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dimanche, 14 mai 2017

Le raid allemand contre Fort Lamy

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Erich Körner-Lakatos

Le raid allemand contre Fort Lamy

Un appareil allemand de type He 111 détruit la plus grande réserve de carburant en Afrique centrale

Le matin du 21 janvier 1942, une terrible tempête de sable sévit en Cyrénaïque. Les officiers de l’Afrika Korps lisent à leurs camarades de combat l’ordre du jour lancé par Rommel aux forces armées du Reich et de l’Italie positionnées dans le désert libyen :

Soldats allemands et italiens !

Vous avez derrière vous de rudes combats contre un ennemi supérieur en nombre et en matériel. Votre esprit combattif est demeuré intact. Pour le moment, nous sommes supérieurs à l’adversaire en nombre sur le front. C’est pour détruire cet ennemi que notre armée passe aujourd’hui à l’attaque… J’attends que chaque soldat, en ces jours décisifs, donne jusqu’à ses dernières forces. Que vive l’Italie ! Que vive le Reich grand-allemand ! Que vive le Führer !

L’assaut de l’Afrika Korps s’élance en direction du nord-est. Huit jours plus tard, Benghazi tombe, puis Tobrouk et Marsa Matrouk. Rommel est en première ligne. Les contre-attaques des chars anglais échouent face aux canons de 88.

Mais, en cette journée du 21 janvier 1942, il n’y a pas eu que cette attaque en Libye. Un vol particulièrement audacieux commence aussi ce jour-là. Nous allons le narrer en détails. Depuis le petit aérodrome d’El-Agheila sur la rive méridionale de la Mer Méditerranée, un bombardier allemand prend son vol en direction du sud-ouest. C’est un appareil de type Heinkel 111, en abrégé un He 111. A son bord, cinq aviateurs dont le commandant Theo Blaich qui a mérité ses premiers galons tout jeune, pendant la première guerre mondiale. Après 1918, il gagne sa croûte comme planteur de bananes au Cameroun et en Amérique centrale, se distingue comme aviateur sportif et survit à pas mal d’aventures. Blaich fut le seul officier de la Luftwaffe à combattre à bord de son appareil personnel. Mais pourquoi, en ce 21 janvier 1942, a-t-il reçu la mission confiée à cet He 111 ?

Le Lieutenant-Général Fröhlich, l’homme de Göring auprès de l’Afrika Korps, a été impressionné par les propositions de Blaich, dont le plan était le suivant : un bombardier devrait s’élancer loin vers le sud pour mettre le feu aux gigantesques réserves de carburant des Anglais, stockées sur le Lac Tchad dans le centre de l’Afrique, plus exactement à Fort Lamy. Aujourd’hui, Fort Lamy s’appelle N’Djamena et est la capitale de la République Tchadienne au beau milieu du Sahel. Elle compte près d’un million d’habitants. En 1942, ce n’était qu’une triste bourgade de quelques milliers d’âmes. Fort Lamy est alors une vaste plaque tournante pour amener du carburant pour avions. En effet, les Anglo-Américains pompent et drainent énormément de matières premières au départ de leurs sources ou gisements en Afrique orientale et centrale. Elles sont destinées aux Anglais qui luttent en Egypte. Cinq mille avions y sont également parqués.

Le problème majeur dans le plan de Fröhlich réside dans le rayon d’action du He 111. Blaich doit d’abord voler vers l’oasis de Houn puis vers le minuscule aérodrome de Campo Uno dans le sud de la Libye, où l’on remplit encore une fois les réservoirs de l’appareil. A Campo Uno, un Commandant italien monte à bord, le Comte de Vimercati-Sanseverino, qui ne veut à aucun prix rater l’aventure aux côtés du lansquenet Blaich. La distance entre Campo Uno et Fort Lamy est exactement de 1490 km. Le plan de Fröhlich avait prévu une charge de 800 kg de bombes, pour que l’objectif puisse être réalisé dans de plus ou moins bonnes conditions.

Durant le vol en direction de Fort Lamy, l’harmattan, le vent alizé d’Afrique équatoriale, exige son tribut sous la forme d’un supplément d’essence. Vers deux heures de l’après-midi, Fort Lamy est en vue. Non la bourgade endormie mais les stocks immenses où les Alliés stockent leur essence pour leurs avions et leur charroi. Theo Blaich ordonne que les bombes soient lancées en chapelet. Les seize bombes de chacune cinquante kilos plongent dans les dépôts. Une mer de flammes se répand, avalant plus d’un tiers de tous les stocks et une douzaine d’appareils.

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L’alarme est déclenchée à Fort Lamy. Les servants des pièces de la défense anti-aérienne prennent position à tâtons, tant la fumée envahit tout, sur leurs canons Bofors de 40 mm. Ils ouvrent le feu. Mais ces canons suédois de toute première qualité sont sans effet car Theo Blaich monte à 3500 m, bien au-dessus de la portée maximale des pièces de ses ennemis.

L’équipage ne jouit du spectacle dantesque de son opération réussie que pendant quelques brefs instants car il s’agit de filer à nouveau vers le nord. Le gibli (de l’air mêlé à la poussière du désert) exige une consommation accrue de carburant. Lentement le soleil se couche. Depuis l’enfer déclenché sur les rives du Lac Tchad, quatre heures se sont écoulées. Chacun tente de repérer Campo Uno mais en vain. Blaich garde la tête froide et ordonne d’atterrir dans les sables du désert. Il se pose presque exactement sur la ligne du tropique du Cancer, à une demie heure de vol au sud de Campo Uno.

Pendant deux jours, le matin et en début de soirée, chaque fois pendant une heure, le radio Wichmann martèle son appareil. Il obtient enfin un contact avec le récepteur à haute fréquence du camion radio du chef des forces aériennes. Le Lieutenant-Général Fröhlich ordonne que des recherches soient immédiatement lancées pour retrouver l’équipage du He 111 en perdition. Mais la tempête sévit pendant de longs jours. Les hommes de Blaich se recroquevillent dans leur appareil. La ration d’eau par jour et par homme se réduit à un demi-litre. Six jours après la réussite du raid contre Fort Lamy, les secours arrivent sous la forme d’un avion italien de reconnaissance rapprochée qui se pose près des hommes de Blaich, à moitié morts. Il apporte de l’eau fraîche et transmets la position exacte du He 111. Quelques heures plus tard, un Ju 52 (une « Tante Ju ») des unités médicales du désert apporte trois barrils de carburant pour le Heinkel. Les deux appareils prennent l’air ensemble. Blaich, une fois de plus, a eu de la chance. A Fort Lamy, c’est la consternation : pendant plusieurs semaines toute activité sur le site est stoppée.

Erich Körner-Lakatos.

(article paru dans « zur Zeit », Vienne, n°11/2016, http://www.zurzeit.at ).

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vendredi, 27 décembre 2013

Les Tchadiens, chiens de guerre de la France et terreurs de la Centrafrique

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Les Tchadiens, chiens de guerre de la France et terreurs de la Centrafrique

Un écusson perturbe plus les médias que les massacres

Jean Bonnevey
Ex: http://metamag.fr

Les tchadiens de guerres en guerres  sont devenus les prussiens de l’Afrique noire. Les alliés préférés de Paris ont fait merveille au Mali. Ils pratiquent une guerre sans complexe mais non sans cruauté. Au Mali, ils n’ont pas hésité à affronter des musulmans comme eux, menaçant leur vision de l’islam et l’unité de leur pays indirectement.

En Centrafrique, c’est très différent et Paris a commis une très grave erreur. Se servir de soldats musulmans pour désarmer des milices musulmanes, c’est les mettre à la merci de la vengeance des populations chrétiennes ultra majoritaires.  Idriss Déby, le président tchadien est plus important dans la région que François Hollande. Le Tchad, menacé sur toutes ses frontières (Libye, Soudan, Nigeria et Cameroun) avec Boko Haram , redoute la poursuite de l'instabilité chez son voisin méridional, un glacis sur lequel il estime avoir un droit de regard. À la tête d'un pays qui s'affirme comme la puissance régionale émergente, le président du Tchad tire depuis longtemps les ficelles centrafricaines.

Le Tchad est présent, avec des conseillers, dans les hautes sphères du pouvoir mais aussi avec 7000 à 15 000 ressortissants à Bangui. De nombreux centrafricains originaires du nord du pays sont également désignés comme «Tchadiens». Ces «arabes» sont souvent des commerçants qui tiennent un large pan de l'économie centrafricaine, ou ce qu'il en reste. Un tiers des membres des ex-Séléka seraient des Tchadiens. Idriss Déby affirme en détenir la liste, par groupes et par régions. Parallèlement, les soldats tchadiens constituent le premier contingent de la Fomac, avec 650 hommes. «Seul contingent musulman de la force africaine, le rôle des Tchadiens est important pour garantir la protection des populations musulmanes», assure une source officielle française. Accusés de protéger les ex-Séléka, les soldats tchadiens sont haïs par nombre de centrafricains, majoritairement chrétiens. Notre stratégie est donc suicidaire et devrait rapidement retourner la population contre la France.

« Il faut que tous les Tchadiens partent ! On ne veut plus d’eux dans le pays ! Dehors les Tchadiens, traîtres, lâches, chiens ». Dans les rues de Bangui, la capitale centrafricaine, les habitants ne cachent pas leur hostilité au passage des soldats tchadiens de la force africaine. Ces soldats sont pourtant membres de la Misca, la Mission internationale de soutien à la Centrafrique, qui, appuyée par l’armée française déployée depuis le 7 décembre, a pour but de ramener l’ordre dans le pays, où les tensions inter religieuses s’accroissent. Mais les Tchadiens, qui viennent d'un pays majoritairement musulman, ne sont pas les bienvenus en République centrafricaine. On les accuse d’exactions et de massacres de chrétiens. On les accuse d'être proches des Seleka. La France aurait donc mis un loup dans le poulailler pour désarmer le renard. Pas de quoi rassurer les poules même avec la présence d’un coq français.

Enfin tout ça n’inquiète pas trop nos médias tétanisés hier par la découverte sur facebook d’une devise SS sur un insigne.  « Notre honneur s’appelle fidélité »  est une bien belle devise sauf qu’elle a été utilisée par l’armée d’élite des nazis. En conséquence, on assiste à la mobilisation de la sphère de la délation, répercutée par les journalistes presque aussi indignés par cet insigne que par les derniers propos volés de Dieudonné. La démocratie de la délation des déviants n’a pas la vie facile et les dénonciateurs bien pensants ne manquent pas de chair impure à livrer aux inquisiteurs de presse pour allumer les autodafés et les buchers audiovisuels.

L'état-major des armées a retiré immédiatement de son site la photo d'un soldat français déployé en Centrafrique qui arborait cet insigne qualifiant cette attitude d'"inadmissible" et ne reflétant "en rien la réalité dans les armées". Le militaire sera "immédiatement suspendu", dès qu'il aura été identifié, a déclaré à l'AFP le colonel Gilles Jaron, porte-parole de l'état-major.
  
On respire en Centrafrique la situation reste sous contrôle…. En tout cas pour l’essentiel.

vendredi, 14 juin 2013

L'Afrique réelle nos. 41 & 42

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L'Afrique Réelle N°42 - Juin 2013

 
SOMMAIRE :
 
 
Dossier : Côte d’Ivoire, tous les problèmes demeurent
 
 
- Une situation politique complexe
- Les forces du désordre
 
 
Dossier : Le Sahelistan du Nigeria
 
 
- Une situation explosive amplifiée par l’inversion des rapports de force Nord-Sud
 
 
- La question du saillant de Jos
- Boko Haram et la tentative de création d'un Etat théocratique
- Radicalisation islamique et charia
 

 Editorial de Bernard Lugan :
 
Au Mali, durant une vingtaine de jours de combats dans la région des Iforas, dont presque une semaine d’accrochages continus, les forces françaises se sont heurtées à la farouche résistance de petits groupes de combattants organisés en deux lignes de défense, sans possibilité de recul, et qui laissèrent plus de 150 des leurs sur le terrain.
Cette manœuvre de retardement permit à l’essentiel des combattants islamistes qui occupaient le nord du Mali de se réfugier en Libye. Là se trouve aujourd’hui leur base d’action d’où ils peuvent, à tout moment, lancer des opérations dans l’ensemble de la zone sahélienne.

Le président nigérien Mahamadou Issoufou fut le premier à rompre le mur du silence, déclarant que les auteurs de l’attentat meurtrier du 23 mai qui a frappé son pays venaient de Libye. Toutes les forces de déstabilisation se sont en effet regroupées dans le sud de ce pays où elles disposent d’un véritable sanctuaire puisque l’Etat libyen n’existe plus.

Comme je le disais dans un précédent communiqué, ceux qui ont lancé la France dans la guerre civile libyenne portent toute la responsabilité de la situation actuelle.
Celle du président Sarkozy est double car, après avoir renversé le colonel Kadhafi, il est demeuré passif quand, au mois de janvier 2012, au Mali, il était impératif de fixer et de traiter l’abcès islamiste afin d’éviter sa dissémination. Au lieu de cela, dans la plus totale indécision doublée d’un manque absolu de vision géostratégique, la France a camouflé sa démission derrière l’argument d’une « action » militaire de la CEDEAO.

Avec une grande continuité dans l’incompétence, le président Hollande laissa ensuite les islamistes liquider militairement les Touareg tout en affirmant que la France n’interviendrait en aucun cas, ce qui fut un encouragement donné aux jihadistes. Cependant, et heureusement, à la différence de son prédécesseur, François Hollande a fini par écouter les militaires et a ordonné l’opération Serval. Mais cette nécessaire intervention était trop tardive car la dissémination terroriste s’était produite.

Aujourd’hui, le Niger, le Tchad et le Cameroun sont menacés, mais c’est au Nigeria que la situation est la plus explosive. Dans cet Etat mastodonte et fragmenté où les antagonismes nord-sud peuvent à n’importe quel moment déboucher sur un conflit de grande envergure, les islamistes disposent en effet d’un terreau favorable ; à telle enseigne que c’est une véritable guerre que l’armée fédérale mène actuellement contre les fondamentalistes de Boko Haram qui contrôlent une partie du nord du pays.
 

L'Afrique Réelle N° 41 - Mai 2013

 
SOMMAIRE :
 
Dossier : Les guerres de Libye depuis 2011
- La première guerre de Libye (février - octobre 2011)
- Les autres guerres de Libye
 
Histoire : Une traite qu'il est bon ton de passer sous silence : l'esclavage arabo-musulman en Afrique
- Les trois pôles de la traite arabo-musulmane
- La lutte contre la traite arabo-zanzibarite
- La traite arabo-musulmane : quel bilan chiffré ?
 
Editorial de Bernard Lugan :
 
Les vrais responsables de l’anarchie libyenne

Il aura donc fallu l’attentat à la voiture piégée qui a visé l’ambassade de France à Tripoli le 23 avril dernier pour que la presse française découvre enfin que la Libye n’existe plus comme Etat.
Depuis cet attentat, et alors que, jusque là, les perroquets répétaient que le pays était en voie de stabilisation et de démocratisation, son état réel illustre chaque  jour un peu plus leur psittacisme. C’est ainsi que tout le sud du pays est devenu une zone grise dans laquelle évoluent les terroristes chassés du Mali par l’opération Serval. Ailleurs, l’incapacité de l’Etat atteint des proportions inouïes avec le siège mis devant certains ministères par des groupes de miliciens écartés du partage des dépouilles opimes enlevées au colonel Kadhafi. Sans parler de la quasi sécession de la Cyrénaïque, déchirée par une guerre civile et religieuse.

Si, comme le disait Charles Maurras « une politique se juge à ses résultats », le bilan du duo Sarkozy-BHL dans cette affaire est donc particulièrement accablant. En ayant immiscé la France dans une guerre civile alors que ses intérêts n’étaient pas en jeu, le politique et le « philosophe » ont en effet offert la victoire aux délinquants de toutes sortes et aux fondamentalistes islamistes qui se battent au grand jour pour récupérer des miettes de pouvoir.
Pour des raisons encore inconnues, le prétexte « humanitaire » étant une fable destinée aux enfants de l’école maternelle, Nicolas Sarkozy a renversé un chef d’Etat qui n’était certes pas un modèle de vertu, mais qui, dans le combat contre le fondamentalisme islamiste était devenu son allié. Un chef d’Etat fantasque et imprévisible, mais qui, après avoir agité la région sahélienne en était devenu un élément stabilisateur. Un chef d’Etat ancien soutien du terrorisme, mais qui, là encore, s’était mis à le combattre. Un chef d’Etat qui était un partenaire essentiel dans la lutte contre l’immigration clandestine et ses parrains mafieux. Un chef d’Etat qui avait fait croire que la Libye existait alors qu’il ne s’agit que d’une mosaïque tribalo-régionale.
Un chef d’Etat enfin qui ne risquera pas de faire des révélations « gênantes » lors d’un procès. Sa tête ayant été mise à prix comme celle d’un vulgaire délinquant de droit commun, il fut en effet liquidé après avoir été torturé et sodomisé par les doux démocrates de la milice de Misrata… Ces mêmes miliciens avaient été sauvés de justesse quelques mois auparavant par une audacieuse opération menée par des commandos français. La seule de ce genre et de cette importance durant toute la guerre, l’intervention française dans le djebel Nefusa ayant été de nature différente. Là encore, une autre question se pose elle aussi restée sans réponse à ce jour : pourquoi, et alors que d’autres objectifs étaient militairement plus importants, le président Sarkozy a-t-il ordonné de dégager les miliciens de Misrata ?

Bernard Lugan