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vendredi, 01 octobre 2021

Alexandre Douguine sur les résultats des élections au Bundestag: "La politique allemande est caractérisée par la haine de soi"

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Alexandre Douguine sur les résultats des élections au Bundestag: "La politique allemande est caractérisée par la haine de soi"

L'élection du Bundestag qui s'est tenue dimanche met fin à l'ère d'Angela Merkel. Dans une interview exclusive accordée à RT DE, le philosophe russe Alexandre Douguine commente les résultats des élections et leurs conséquences sur les relations russo-allemandes.

Source : Sputnik © ALEXANDER WILF & https://de.rt.com/inland/124923-alexander-dugin-ueber-ergebnisse-der-bundestagswahl/?fbclid=IwAR3v-qVX7Z_Qa_ijZjG2uSti0S2-ilnqKTd2dmgfHqZ5Az_6dpPynsy7zu0

Après les élections du Bundestag de dimanche, RT DE s'est entretenu avec le philosophe, politologue et sociologue russe Alexander Dugin. Dans une interview exclusive accordée à la chaîne, l'homme de 59 ans a commenté les résultats des élections et leurs conséquences sur les relations germano-russes. Le politologue a qualifié les dernières élections au Bundestag d'inhabituelles. Il a souligné la défaite "colossale" de la CDU et de la CSU. Le résultat, a-t-il dit, est un coup dur pour le centre-droit et les libéraux de droite avec lesquels la Russie entretenait de bonnes relations. Dans le même temps, M. Dugin a rappelé que les relations bilatérales avaient été encore meilleures sous la chancellerie de l'homme politique du SPD, Gerhard Schröder.

    "Les relations entre la Russie et l'Allemagne ont une dimension beaucoup plus profonde et vont au-delà de telle ou telle coalition gouvernementale."

Selon Dugin, seul un événement extraordinaire, tel qu'une victoire des Verts, que beaucoup avaient prédite, pourrait radicalement détériorer cette relation. Le politologue a décrit Annalena Baerbock comme une représentante du mouvement de l'investisseur américain George Soros et a accusé son parti d'être beaucoup plus mondialiste que vert. Dugin a notamment souligné que les Verts s'étaient prononcés contre le gazoduc Nord Stream 2.

    "Les sociaux-démocrates, qui ont maintenant gagné, et la CDU/CSU représentent une continuation du statu quo pour la Russie."

Dans sa conversation avec RT DE, le philosophe a partagé que les relations entre la Russie et l'Allemagne étaient pourtant tout sauf merveilleuses. Il a cité comme raison la dépendance de la politique étrangère allemande vis-à-vis du gouvernement américain, malgré la force économique du pays et sa sympathie pour la Russie.

    "L'Allemagne est totalement dépendante de la politique américaine. Ce n'est pas un État souverain. <...> A cet égard, c'est en quelque sorte un territoire occupé jusqu'à présent."

M. Douguine a décrit la présence militaire américaine en Allemagne comme la poursuite de l'occupation d'après-guerre, malgré le retrait des troupes soviétiques. Bien que l'Allemagne tente de défendre ses intérêts économiques, elle n'y parvient que partiellement, a-t-il déclaré. Se référant à plusieurs collègues, le penseur a informé que le pays faisait face à une période de turbulence avec une possible crise politique et sociale. Trop de contradictions se sont accumulées, a-t-il dit.

    "Les Allemands sont en effet très chaotiques. Tout leur ordre découle du fait qu'ils le savent et qu'ils ont une peur terrible de ce chaos."

Le politologue a également commenté le sort du soi-disant continentalisme européen sous le règne d'Angela Merkel en tant que chancelière allemande. Dugin a souligné que les positions du continentalisme avaient été plus fortes sous Schröder. Dans le contexte de la guerre en Irak en 2003, l'axe Paris-Berlin-Moscou avait émergé, mais il a ensuite été détruit par les "atlantistes". Sous Merkel, le continentalisme avait fait quelques pas en arrière. Bien que la Chancelière ait tenté d'aplanir certains courants, elle s'est trouvée dans le sillage de l'atlantisme américain et d'un politicien "docile". Les tendances continentalistes, en revanche, se retrouvent au sein du SPD, de la gauche et de l'AfD.

M. Dugin a également expliqué la perte de voix de l'AfD, alors que lui-même avait précédemment prédit une remontée du parti. L'AfD a remis en question le consensus des élites libérales pro-occidentales, marchant sur une corde raide en étant accusé d'extrémisme. Cependant, l'AfD est profondément bourgeoise.

    "Le bourgeois allemand est tout simplement à bout de patience parfois. C'est pour cela qu'il doit formuler ses opinions de manière beaucoup plus dure, et c'est pour cela qu'il vote pour l'AfD."

Cependant, ce parti avait commencé à s'effriter et n'avait pas réussi à trouver un modèle idéologique plausible. Il n'avait pas utilisé sa chance et avait perdu des voix à cause de conflits internes. En même temps, Dugin a exprimé l'opinion que l'Allemagne a besoin d'un tel parti qui critique le libéralisme, l'atlantisme et la mondialisation. Au cours de la période de turbulence à venir, a-t-il déclaré, l'AfD renforcera ses positions si elle est assez intelligente pour saisir sa chance.

Dans son interview exclusive avec RT DE, le philosophe a également commenté le nombre record de votes pour les Verts. Dans ce contexte, il a décrit la protection de l'environnement comme le dernier refuge des politiciens qui n'ont rien à dire.

    "L'absence absolue de philosophie politique est remplacée par des idées simplistes sur la nécessité de protéger l'environnement."

Dugin a lié le succès des Verts à l'infantilisme, à la myopie et à l'hystérie. Le politologue s'est réjoui que le résultat des Verts ait été plus modeste que prévu. S'ils arrivaient au pouvoir, il n'y aurait plus du tout de politique internationale en Allemagne. Pour la Russie, le renforcement de leurs positions serait tout sauf positif. Le politologue a comparé le comportement des Verts au fascisme. En Allemagne, le fascisme, par sa recherche excessive d'ordre et de rationalité, a finalement dégénéré en folie nationaliste.

    "Aujourd'hui, c'est l'inverse : l'idée de liberté, de détente, d'humanité, de charité, ainsi que l'indulgence pour les vices et les maladies, en vertu de la même intempérance allemande, conduisent désormais au pôle opposé."

Puisque les Verts sont, entre autres, contre le gazoduc Nord Stream 2, rien de bon ne peut être prévu pour les relations bilatérales avec la Russie dans le cas de leur gouvernement. Selon Dugin, le projet est bénéfique à la fois pour Berlin et pour Moscou. L'industrie allemande a besoin des ressources naturelles russes pour maintenir le statu quo dans l'économie et le rythme de la croissance.

Dugin a décrit les relations entre Washington et Berlin comme n'étant pas un dialogue égalitaire. Il a déclaré que le gouvernement américain traite l'Allemagne comme une colonie qui a longtemps été économiquement autonome et indépendante.

    "C'est précisément cette contradiction qui conditionne la relation américano-allemande. Les Allemands paieraient un prix élevé pour accroître ne serait-ce qu'un peu leur souveraineté, mais les Américains les tiennent comme George Floyd a été tenu un jour au point de ne plus pouvoir respirer."

Cette contradiction est tout sauf saine, dit-il. Après la Seconde Guerre mondiale, a-t-il dit, l'idéologie allemande voulait que le peuple allemand déteste tout ce qui est allemand. Douguine a appelé ce phénomène "politique de la haine de soi". Cette contradiction caractérise également les relations entre Berlin et Moscou. On ne peut que plaindre l'Allemagne dans cette situation, d'autant qu'elle souffre déjà d'une sorte de syndrome de Stockholm.

mardi, 14 septembre 2021

Aude Lancelin et la réélection de Macron

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Aude Lancelin et la réélection de Macron

par Nicolas Bonnal

Il a été élu dans un fauteuil il y a quatre ans (66.6% des voix…), face à une incapable qui sera cette fois taclée par Zemmour, le candidat des cons et des islamophobes, et il sera réélu car pour les bourgeois il n’y a rien d’autre. Le putsch du CAC40 (X2 en 12 mois) pourra se prolonger, le coup d’Etat deviendra permanent. Mais n’en sommes-nous pas là depuis deux siècles de bonapartisme et de dirigisme français, au bout de trois décennies de trique gouvernementale au service du capital néolibéral ?

On va relire quelques passages du splendide et nourri texte d’Aude Lancelin, daté du 20 avril 2017, qui expliquait à quelle sauce oligarque le capital allait nous bouffer. On pourrait intituler cet extrait « la présentation du chérubin au temple » :

« C’était à la fin de l’été dernier, je venais de rendre le manuscrit du « Monde libre ». Mon regard errait devant les images de BFM TV, dans les vestiges d’une canicule parisienne achevée il y a peu. C’est alors que je compris brutalement que l’année 2017 serait terrible, et que la présidentielle à venir ne ressemblerait à rien de ce que ce pays avait connu jusqu’ici. La première chaîne d’informations en continu du pays, fleuron du groupe Altice-SFR détenu par Patrick Drahi, n’avait pas lésiné sur les moyens en ce 30 août 2016. Le tout pour couvrir un événement considérable, imaginez du peu : la démission du ministère de l’économie d’un jeune baron du hollandisme encore quasi inconnu du public deux ans auparavant. Un scoop d’importance planétaire, on voit ça, qui valait bien la mobilisation générale de toutes les équipes de la chaîne détenue par ce milliardaire français issu des télécoms. L’étrange spectacle qui s’étalait sur les écrans du pays ce jour-là, c’était un chérubin en costume-cravate s’échappant du ministère de Bercy en navette fluviale pour remettre sa démission à l’Elysée, poursuivi par les caméras de BFM TV, le tout dans le style flouté et distant caractéristique de la paparazzade, de l’image arrachée à l’intimité d’une personnalité livrée bien malgré elle à la convoitise des foules. Comme l’Hyppolite de Racine, le futur ex-ministre en question, qui n’était autre qu’Emmanuel Macron, semblait ainsi être saisi par surprise en train de « traîner tous les cœurs après lui » sur la Seine, dans une étrange séance de ski nautique géant national. Ce que le téléspectateur ignorait à ce stade, c’est que ce sont les cœurs des patrons du CAC 40 qui battaient la chamade pour lui depuis déjà un petit moment, et que tous avaient un plan pour la France : porter à la Présidence de la République le chérubin si compréhensif aux doléances du capital. A ce stade il n’était rien, mais ça n’était pas un problème. Ses Geppetto, les poches pleines de billets et les rédactions pleines de journalistes, étaient prêts à en faire tout. »

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Aude Lancelin commente ce « blitzkrieg médiatique » :

« La scène, totalement surréaliste, m’est toujours restée en mémoire. De même que la surexcitation des commentateurs en plateau, chargés de faire mousser le non-événement, et de faire passer la dérisoire péripétie pour un événement susceptible de casser l’histoire du monde en deux. Ce jour-là, oui, j’eus le pressentiment que nous nous apprêtions à vivre une opération de propagande d’une dimension et d’une nature tout à fait inhabituelles. Une blitzkrieg médiatique à côté de laquelle les éditoriaux érotiques du « Monde » en faveur d’Edouard Balladur en 1995, ou les tribunes culpabilisatrices de « l’Obs » ou de « Libération » pour faire gagner le « Oui » en 2005, ne furent que de dérisoires et fort rudimentaires précurseurs. »

La France n’est pas un pays libre, dixit reporters sans frontières :

« Il est certain en effet que la situation dans les médias s’est spectaculairement dégradée depuis ces années là, jusqu’à faire chuter la France au 45ème rang du classement 2016 de la liberté de la presse établi par « Reporters sans Frontières », quelque part entre le Botswana et la Roumanie. Le tout à cause, contentons-nous de citer l’organisme international sur ce point, « d’une poignée d’hommes d’affaires ayant des intérêts extérieurs au champ des médias qui ont fini par posséder la grande majorité des médias privés à vocation nationale. » Jamais une situation pareille de mainmise quasi totale sur la presse ne s’était vue en France depuis 1945. De sinistre mémoire, le quinquennat Hollande restera du reste comme celui de la victoire par KO du capital sur l’indépendance des rédactions. »

Les énumérations à la Prévert (ou à la Rabelais ?) se succèdent pour expliquer le  triomphe de la cause oligarque sur celle informative :

«  C’est également sous ce quinquennat qu’aura lieu la prise de contrôle du groupe « Canal+ » par Vincent Bolloré avec les conséquences sinistres que l’on sait. Ou encore le rachat en 2015 du « Parisien » par Bernard Arnault, déjà propriétaire des « Echos » et premier annonceur publicitaire de la presse, bien connu également pour son progressisme social, sans parler de sa sympathie pour le populo. Mais aussi, après l’absorption en 2010 du quotidien « le Monde » par un trio d’investisseurs emmené par Xavier Niel, ogre concurrent des télécoms, l’avalement par ce même groupe de la quasi-totalité de la presse social-démocrate mainstream, avec le rachat en 2014 de « L’Obs », là encore surveillé comme le lait sur le feu par le président de la République. »

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Aude Lancelin ajoute sur le sinistre Hollande :

« Ainsi ce dernier pensait-il encore, début 2016, en dépit de sa popularité exécrable, avoir mis autant d’atouts que possible de son côté pour la reconquête de son fauteuil présidentiel. Las, c’était sans compter sur Emmanuel Macron, le polichinelle que lui avaient mis dans le tiroir ses nouveaux amis du CAC 40. »

Et le Français toujours « enthousiaste » (Céline) élut le ministre de l’économie (du dénommé Hollande) qu’on lui  présenta alors comme un homme neuf (il n’a donc pas la télé le Français !). Lancelin rappelle la stratégie du cruel louveteau :

« Plus précoce que sa dupe élyséenne, il y a des années que Macron plaçait ses pions auprès des géants des médias. Déjà lorsqu’il était banquier d’affaires chez Rothschild, le protégé d’Alain Minc avait conseillé le groupe Lagardère pour la vente de ses journaux à l’international. Excellentes aussi, les relations entretenues par Macron avec le sulfureux patron de Canal+, Vincent Bolloré, dont on connaît la passion pour les démocrates africains et l’indépendance des rédactions. Très étroites également, celles qu’il a avec le fils de ce dernier, Yannick Bolloré, PDG d’Havas, géant de la communication mondiale. Avec le groupe de Patrick Drahi, c’est aussi la love story à ciel ouvert, même si en période électorale les pudeurs de carmélite s’imposent. Ainsi le Directeur général de BFM TV est-il régulièrement obligé de se défendre de faire une « Télé Macron », sans convaincre grand monde, tant les affinités électives sont avérées entre le candidat à la présidence et l’entité Altice-SFR Presse. Lorsque Martin Bouygues et Patrick Drahi s’affronteront pour le rachat du groupe SFR, c’est Emmanuel Macron, devenu le successeur d’Arnaud Montebourg à Bercy, qui entérinera le deal en faveur du second… »

Et on reparle du tout-puissant monsieur Niel, qui sort presque d’un texte de Balzac (on y revient) :

« C’est toutefois avec Xavier Niel, à qui le même Perdriel revendit l’Obs en 2014, que les relations avec le candidat Macron sont devenues au fil du temps carrément torrides. Entre capitalistes qui s’assument, désirant pour la France un destin de « start up nation », peuplée de benêts rêvant de devenir milliardaires, c’est peu de dire que le courant passe. Alors même qu’un reportage diffusé au 20 heures de France 2 annonçait début 2016 que le patron de Free s’apprêtait à financer les ambitions de l’autre, Niel est devenu plus taiseux sur la question. Difficile en effet d’admettre publiquement pour l’homme fort du groupe « Le Monde » son degré de proximité avec le candidat d’En Marche!, alors même que beaucoup accusent déjà le quotidien du soir d’être devenu le bulletin paroissial du macronisme. »

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Aude Lancelin évoquait déjà cette mission Marchand qui allait déboucher sur un Fachoda de nos libertés :

« Une enquête particulièrement bien informée de « Vanity Fair » sur la reine de la presse people, Michèle Marchand dite « Mimi », levait début avril un coin du voile sur les dîners privés organisés entre Xavier Niel et le couple Macron un an avant la présidentielle. « Quand lors d’un dîner avec les Macron, j’ai entendu Brigitte se plaindre des paparazzis, explique ainsi tranquillement Niel à « Vanity Fair », je lui ai naturellement conseillé Mimi. » Et la journaliste Sophie des Déserts de préciser que c’est le patron du groupe « Le Monde » qui organisa la rencontre à son domicile. Un hôtel particulier du Ranelagh, où il réside avec la fille de Bernard Arnault, patron de LVMH et autre grand fan du petit prince Macron, dont le CAC 40 voulait faire son loyal gérant élyséen. »

Et de poursuivre sur le devenir-Sarkozy (ou Badinguet) de la France superficielle – et non profonde – de la postmodernité. La France, dit la belle Aude, n’aura plus que ses yeux pour pleurer :

« Davantage qu’une intuition, c’est une certitude : si Emmanuel Macron devait être élu à la Présidence de la République, on se réveillerait en mai avec une nouvelle nuit du Fouquet’s, des révélations feuilletonnées sur toutes sortes de grands donateurs, des histoires de premier cercle rappelant les pires heures du sarkozysme, de collusions d’une ampleur inédite entre très gros intérêts industriels, médiatiques et financiers. Partout l’argent rode autour de cette candidature, tout le monde le sait. Lorsque les conditions concrètes qui ont présidé à cette mise sur orbite sortiront enfin dans la presse, post festum, car elles finiront par sortir, ces choses-là finissent toujours par sortir, les Français n’auront alors plus que leurs yeux pour pleurer. »

Et les impôts ? Il faut comprendre que pour faire économiser trente milliards d’euros à une poignée d’oligarques chéris et adorés, il faut pressurer beaucoup plus dix ou vingt millions de contribuables à raison de deux-trois mille euros (comme dit Jean-Luc Mélenchon, les vingt-sept Français les plus riches ont plus que les trente millions les plus pauvres).

Lancelin :

 « Entre temps, l’ISF sur les grands patrimoines financiers aura été supprimé, le code du travail ravagé à coups d’ordonnances, les services publics sévèrement amputés, les dividendes toujours mieux reversés. Un véritable continent oligarchique est là encore à demi-englouti, prêt à surgir sous nos yeux le 8 mai prochain, et personne n’a jugé bon jusqu’ici de le dévoiler aux citoyens… »

Notre commentatrice de remarquer tristement :

« Toutes les idées sont tolérées dans ces rédactions-là où, non sans stupéfaction, j’ai par exemple pu entendre un chef de service défendre le programme économique de François Fillon comme étant le meilleur d’entre tous début 2016. Toutes les idées, oui, sauf celles de la gauche debout contre le néolibéralisme. Toutes les idées, sauf celles aujourd’hui portées par un social-démocrate conséquent comme Jean-Luc Mélenchon, repeint par le Président de la République actuel en dictateur et en ennemi de l’Occident. »

Interrogé par la télé russe, j’avais parlé de Louis-Philippe. (Rothschild, Balzac, libéralisme frou-frou, Villermé, modèle anglo-saxon, etc.). Aude Lancelin conclut brillamment sur ce présent permanent de l’Histoire :

« Macron, c’est le 19ème siècle à travers les âges et son indifférence complète à la souffrance populaire, à peine barbouillé de couleurs acidulées et de Silicon Valley. Macron, c’est en réalité ni plus ni moins que le retour du Comité des Forges, et de sa fameuse presse, entièrement asservie par l’argent de la haute finance et celui de la grande industrie, dont les anciens résistants formèrent le rêve de débarrasser le pays à jamais, une fois les « Jours heureux » venus. »

Saluons ce complot permanent du pognon, « mouvement autonome du non-vivant » (Hegel), définitivement plus actif, disait Baudrillard, que l’homme...

Sources :

https://www.legrandsoir.info/emmanuel-macron-un-putsch-du-cac-40.html

Nicolas Bonnal - Chroniques sur la Fin de l’Histoire, Balzac et le déclin de la France… 

 

 

La course à trois pour la chancellerie : ce que disent les sondages allemands

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La course à trois pour la chancellerie: ce que disent les sondages allemands

Andrea Muratore

Ex: https://it.insideover.com/politica/elezioni-germania-2021-sondaggi.html

A moins d'un mois des élections allemandes, le jeu que dessinent les sondages est plus complexe que jamais. Alors que le nombre de jours qui restent avant l'élection qui sanctionnera le début de l'ère post-Merkel diminue, les prévisions semblent avoir complètement démenti le scénario qui voyait une course à deux voies entre le Cdu d'Angela Merkel et les Verts décidés à éroder le consensus du parti social-démocrate. Porté par l'effet propulseur de la candidature du ministre des finances Olaf Scholz, c'est le SPD qui, désormais, se taille la part du lion dans les sondages.

L'été allemand a apporté divers éléments de discussion pour les politologues et les initiés, qui ont signalé un renversement des perspectives avec la montée progressive mais inexorable des sociaux-démocrates (SPD) due à la baisse de confiance dans les deux partis considérés comme leaders et à la hausse de la popularité de leur candidat chancelier.

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Le fait que Scholz fasse partie intégrante du gouvernement de Merkel et puisse revendiquer la continuité de son action politique, les gaffes d'Annalena Baerbock ces dernières semaines et l'impréparation manifeste du dauphin de Merkel, Amin Laschet, face au chaos des inondations de juillet ont contribué à rebattre les cartes pour la énième fois dans cette longue course électorale. Fin août, les sondages ont montré que les sociaux-démocrates dépassaient l'Union Cdu/Csu, ce qui était inattendu il y a seulement quelques semaines. Au début du mois de septembre, ils semblent certifier que le parti de Scholz a pris la tête.

Les sondages récompensent les sociaux-démocrates

Après des années en tant que partenaire junior de la Cdu dans les gouvernements de coalition et après une série de défaites électorales, la SPD est-elle tirée en avant par Scholz au point d'amorcer un dépassement inattendu du parti de Merkel ? Il est encore trop tôt pour le dire, mais les sondages semblent indiquer une tendance positive pour le centre-gauche allemand. Et l'avance se creuse de jour en jour.

Fin juillet, les principaux sondages (de l'institut Insa à ceux de Forsa, en passant par l'agence démoscopique Allensbach) estimaient que le SPD était épinglé en dessous des niveaux décevants des élections de 2017, entre 15 et 17% de consensus. Un mois plus tard, cependant, les estimations variaient entre les 19,5 % d'Allensbach et les 23 % attribués à Forsa (semaine du 16 au 23 août) et à Insa (20 au 23 août), ce qui plaçait le parti de Scholz au moins un point au-dessus de la Cdu-Csu quinze ans après la dernière fois qu'un tel chiffre avait été enregistré. Et tous les sondages s'accordent sur le rôle positif joué par le candidat chancelier dans l'évolution des sondages.

YouGov, Kantar et Forschungsgruppe Wahlen pour la période allant de la dernière semaine d'août au 2 septembre montrent une croissance de 25% pour les sociaux-démocrates. L'institut Wahlkreisprognose les situe même à 27%. Surtout, aucun institut de recherche ne semble désormais sanctionner un avantage pour les chrétiens-démocrates.

La Cdu divisée sur l'après-Merkel

L'alliance Cdu-Csu, elle, risque de perdre quinze à vingt points du vote de 2017 au terme d'une campagne électorale où, en un an et demi, l'Union est passée d'un positionnement autour de 40% des intentions de vote dans la phase initiale de la pandémie à un premier recul devant les Verts alors que la deuxième vague de Covid-19 faisait rage et que le chaos vaccinal commençait, pour ensuite capitaliser sur le redressement de l'exécutif et de la Chancelière.

À l'approche de la fin de l'ère Merkel, le parti s'est retrouvé orphelin et divisé entre l'aile plus ouverte aux compromis acceptés sur l'économie et la gouvernance politique au cours de cette année et demie et la faction plus rigoureuse, rangée pour défendre l'austérité et le retour au passé, et par conséquent polarisée dans son jugement sur la chancelière. L'hémorragie considérable du consensus, vécue par la Cdu-Csu au bénéfice des libéraux (Fdp), parmi les plus farouches partisans de la rigueur, doit être lue dans cette optique. Quand la Cdu-Csu avait entre 30 et 35% des voix en février et mars, les libéraux étaient entre 6 et 7%. Jusqu'à la fin du mois d'août, les sondages montraient une symétrie entre la progression de leur soutien, qui se situait entre 12 % (Forsa) et 13 % (Insa), et le déclin de l'Union, qui ne bénéficiait d'un avantage considérable sur le SPD que grâce à Allensbach, qui lui donnait une avance d'environ 25 % et 27,5 % des voix, mais que les principales agences considéraient désormais comme inférieure à 25 %.

Les révélations les plus récentes amènent à niveler encore ce chiffre vers le bas. La Cdu se situerait autour de 20-22%, et le plus intéressant à noter est le fait que, début septembre, un transfert de voix vers le parti de Scholz a commencé, capitalisant sur son rôle de véritable "héritier" de Merkel.

Les sondages pour les Verts

De ce point de vue, les sondages indiquent un recul de la vague verte qui, à partir de 2017, a conduit les écologistes désormais dirigés par Annalena Baerbock à aspirer sérieusement à des rôles gouvernementaux au niveau fédéral. Certes, en termes absolus, il s'agira tout de même d'une avancée considérable: sixième parti avec 8,9 % des voix en septembre 2017, les Verts ont été largement crédités ces derniers mois de la deuxième place dans les sondages.

Stables autour de 20% depuis des mois, avec quelques incursions jusqu'à 25%, les Verts semblent aujourd'hui plus restreints dans leurs succès potentiels après les gaffes qui ont miné le parcours de Baerbock et après la démonstration des limites d'un agenda programmatique accusé de "moralisme" excessif par leurs adversaires. Les derniers sondages Insa, Kantar, Allensbach et Forsa placent les Verts entre 17 et 19% en tant que troisième parti : ce qui est surprenant, c'est qu'il ne semble pas y avoir eu de transfert direct de voix vers les sociaux-démocrates, qui puisent principalement dans la Cdu et chez les anciens abstentionnistes, témoignant du fait que, selon toute vraisemblance, les écologistes allemands, progressistes et enracinés dans les zones urbaines, ont également construit un bloc sensiblement homogène. Leur expansion, cependant, apparaît désormais de plus en plus marquée de complexité.

Les effets du second débat sont attendus

Jamais auparavant il n'a été aussi clair que lors de ces élections que l'acceptation des dirigeants par l'électorat allemand jouera un rôle décisif. L'effet Scholz est, selon les sondages, en même temps l'effet Laschet-Baerbock : le ministre des finances convainc parce qu'il est considéré comme plus pragmatique et préparé que ses concurrents. Le deuxième débat télévisé du dimanche 12 septembre a donc pris de l'importance. Laschet est passé à l'attaque contre Scholz et est même allé jusqu'à critiquer le gouvernement de large coalition dont il est le ministre des finances, dirigé par Angela Merkel : "Si mon ministre des finances travaillait comme vous, je prendrais des mesures", a déclaré Laschet, attaquant Scholz pour les scandales de ces dernières années, avant que Baerbock n'intervienne et s'en prenne à toute la structure de pouvoir du gouvernement noir-rouge avec ses déclarations. Les effets de ce duel sur les sondages à quelques semaines du vote sont attendus dans les prochains jours.

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Comment se portent l'Afd et Linke

En ce qui concerne les autres formations, les libéraux ont été mentionnés : avec les chiffres qu'elle peut désormais alignés, la Fdp pourrait aspirer à la fois à un gouvernement avec la SPD et les Verts et à rechercher une coalition avec la Cdu et les écologistes, se positionnant en tête des futures négociations gouvernementales.

L'Alternative für Deutschland, parti de droite populiste, serait en reflux dans ses bastions d'Allemagne de l'Est, voué à être contre-attaqué par les libéraux et à reculer par rapport aux 12,6 % qu'il avait obtenus en 2017. Tous les principaux sondages placent la formation entre 10 et 11%, juste au-dessus de l'extrême gauche de Die Linke, perchée entre 6,5% et 7%. Les deux groupes les plus radicaux pourraient, avec ces chiffres, être destinés à former les plus petits groupes du prochain Bundestag : à sa manière, par rapport à il y a quelques années, cela pourrait être l'un des principaux thèmes du vote de septembre. Avec ces chiffres, il semble de plus en plus probable que la formation du gouvernement se jouera entre les trois grands partis, les libéraux pouvant faire pencher la balance.

lundi, 13 septembre 2021

Baerbock, Laschet, Scholz Leur politique étrangère accroît le risque de guerre

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Baerbock, Laschet, Scholz: leur politique étrangère accroît le risque de guerre

Oskar Lafontaine

De Gaulle le savait, Brandt le savait, Macron le sait aussi : l'Europe a besoin d'une politique étrangère indépendante. Lorsque les États-Unis, contrairement à toutes leurs promesses, étendent l'OTAN, transformée en alliance de guerre, jusqu'à la frontière russe et encerclent non seulement la Russie mais aussi la Chine, et que le président Biden, coresponsable de nombreuses guerres américaines qui violèrent le droit international, parle d'une possible "véritable guerre avec une grande puissance", alors le découplage des États-Unis et l'affirmation de soi de l'Europe sont une question de survie pour l'Allemagne également.

Baerbock a prouvé qu'elle n'est absolument pas apte à être chancelière en exigeant que la chose la plus importante maintenant soit "d'augmenter la pression sur la Russie", que le gazoduc Nord Stream 2 de la mer Baltique soit "retiré de tout soutien politique". Elle veut également augmenter la pression sur la Chine. Parce que les Verts continuent d'inviter la tueuse d'enfants Madeleine Albright en tant qu'experte en géopolitique (les sanctions américaines contre l'Irak ont entraîné la mort de 500.000 enfants, mais "nous pensons que le prix en vaut la peine"), qu'ils prônent les drones armés et les guerres qui violent le droit international, leur politique étrangère augmente le risque de guerre en Europe, y compris la guerre nucléaire.

Armin Laschet, qui prônait à l'origine de bonnes relations avec la Russie (Laschet a critiqué une "montée en puissance rhétorique et une diabolisation (de la Russie)" en 2018 et a déclaré en 2019: "Même s'il y avait et continue d'y avoir des différences politiques entre la Russie et l'Allemagne, il est particulièrement important maintenant de poursuivre le dialogue". Nous devons renforcer les liens qui unissent nos pays, resserrer ces liens et intensifier la compréhension mutuelle entre nos peuples, et nous devons aborder ouvertement les choses qui nous divisent"). Il sait pertinemment qu'une politique étrangère agressive à l'égard de la Chine serait désastreuse pour l'économie allemande mais donne malheureusement l'impression de grimacer lorsque les médias allemands bellicistes le réprimandent, et encore plus lorsque le grand frère à Washington fronce les sourcils.

Scholz, qui a été fait roi des sondages par Laschet et Baerbock, a montré lors du débat d'aujourd'hui au Bundestag qu'il serait également un mauvais élève en tant que chancelier. Il n'a jamais entendu parler de la politique étrangère sociale-démocrate traditionnelle. Jugez-en par vous-même : https://youtu.be/IgwCG1Su_tA?t=1550

Brandt voulait la paix et le désarmement. Scholz affirme la guerre et le réarmement. Quelle façon de passer de la génuflexion à Varsovie à la génuflexion devant l'impérialisme américain et l'industrie de l'armement.

Source: https://katehon.com/de/article/baerbock-laschet-scholz-ihre-aussenpolitik-erhoeht-die-kriegsgefahr

dimanche, 12 septembre 2021

Élections allemandes : qui remplacera Mme Merkel et comment les relations entre Berlin et Moscou vont-elles évoluer ?

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Élections allemandes: qui remplacera Mme Merkel et comment les relations entre Berlin et Moscou vont-elles évoluer?

Daria Platonova

Ex: https://www.geopolitica.ru/article/vybory-v-germanii-kto-smenit-merkel-i-kak-izmenyatsya-otnosheniya-berlina-s-moskvoy

L'Allemagne tiendra des élections législatives le 26 septembre pour élire les membres du vingtième Bundestag. Pour la première fois depuis 2005, Angela Merkel ne sera pas chancelière. Cette décision, probablement justifiée à la fois par la fatigue politique et la baisse de la cote de son parti, l'Union chrétienne-démocrate (CDU), a été prise le 29 octobre 2018. En outre, les sondages d'opinion préliminaires montrent que les élections pourraient entraîner une fragmentation importante du Bundestag, ce qui pourrait conduire à de longues négociations sur la formation de la coalition à hisser au pouvoir (trois à six mois, comme ce fut le cas en 2013 ou 2017) .

Après les élections, les partis allemands négocieront la formation d'un gouvernement et, par conséquent, la nomination d'un chancelier. Le chancelier devra être soutenu par une majorité de tous les membres élus du Bundestag. Si, après trois tentatives, le Bundestag ne parvient pas à nommer un chancelier, le président allemand (une figure presque nominale dans une république parlementaire) a le droit de nommer un candidat qui obtient une pluralité de voix, créant ainsi un gouvernement minoritaire.

Les successeurs possibles de Mme Merkel sont actuellement Armin Laschet (CDU/CSU), Olaf Scholz (SPD) et Annalena Baerbock (Verts).

LES PRINCIPAUX ACTEURS : UNE CARTE DES FORCES POLITIQUES EN ALLEMAGNE

Il y a six acteurs principaux dans ces élections - le Parti social-démocrate, la coalition gouvernementale composée des partis CDU et CSU, les Verts, le Parti démocratique libre (FDP), l'Alternative pour l'Allemagne (AfD), la Gauche (Die Linke).

- Le Parti social-démocrate d'Allemagne (SPD) - défend la redistribution des impôts en faveur des moins bien lotis, a une position géopolitiquement européenne, et fait partie d'une coalition gouvernementale avec la CDU/CSU depuis 2013. Le candidat du parti au poste de chancelier est Olaf Scholz. Selon les sondages, le parti bénéficie d'un soutien de 25%. La cote du parti a recommencé à augmenter à la fin du mois de juillet, pour atteindre et dépasser celle de la CDU/CSU le 23 août (le public en a assez du statu quo).

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- L'Union chrétienne-démocrate (CDU), le principal parti conservateur, dirige le gouvernement depuis 2005. Ses homologues bavarois sont le parti de l'Union chrétienne-sociale (CSU). Ce parti a une orientation droite-libérale, est officiellement orienté vers le partenariat atlantique, et a traditionnellement suivi une voie vers une Europe unie. Le candidat du parti au poste de chancelier est Armin Lachet. Selon les derniers sondages, le bloc CDU/CSU obtient 19% des voix. Depuis février 2021, la cote de ce bloc a commencé à baisser de manière intensive (à la fin du mois de janvier 2021, elle était de 36 %). En outre, de nombreux Allemands sont mécontents de la manière dont les autorités gèrent les conséquences des inondations désastreuses qui ont touché certaines régions du pays cet été.

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- Les Verts sont un parti à vocation mondialiste dont le principal message est la nécessité de protéger la nature et l'environnement sous le contrôle de l'État. Elle promeut aussi activement les droits des minorités sexuelles et des migrants. Depuis 2018, sa coprésidente est Annalena Baerbock (la plus jeune candidate à la chancellerie, elle a 40 ans). Selon les sondages préliminaires, le parti pourrait obtenir 17% des voix. Le parti a atteint le sommet de sa popularité en mai 2021 (lorsque les Verts ont atteint jusqu'à 25%), mais une série de scandales liés au livre d'Annalena Baerbock, accusée de plagiat, ont réduit la popularité du mouvement.

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- Le Parti démocratique libre (FDP) est un parti libéral qui prône une diminution générale des impôts, moins de bureaucratie, le maintien des libertés individuelles et les droits de l'homme. Le candidat du parti au poste de chancelier est Christian Lindner. Selon les sondages, leur cote est de 13% des voix.

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- Alternative für Deutschland (AfD) est un parti eurosceptique de droite avec un programme anti-migration bien développé. Jeune mais gagnant activement en popularité, le parti est désormais représenté dans toutes les circonscriptions d'Allemagne. Les candidats du parti au poste de chancelier sont Alice Weidel et Tino Chruppala. Selon les sondages, ils ont un taux d'approbation de 11 %.

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- La gauche (anciens communistes) est un parti qui critique la mondialisation, l'américanisation de l'UE, et qui est favorable à une régulation de l'économie par l'État. Le candidat chancelier du parti est Jeanine Wissler, Dietmar Bartsch. Les derniers sondages indiquent une part de 6 % des voix.

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PRÉVISIONS POUR LA RUSSIE

Si Armin Lachet (CDU) ou Scholz (SPD) est élu chancelier, nous pouvons nous attendre à ce que les relations avec la Russie soient fondées sur une approche pragmatique recherchant un bénéfice mutuel, dans l'esprit de Merkel et, éventuellement, dans le climat actuel d'affaiblissement de l'hégémonie américaine en Europe.
 
De tous les candidats à la direction de la CDU, Armin Lachet est le plus favorable à la coopération avec la Russie, comme le montrent ses appels à ne pas diaboliser notre pays, et contrairement à ses rivaux de la CDU, Röttgen et Merz, il est également plus positif au sujet de Nord Stream 2. Cependant, Lachet ne peut pas non plus être qualifié de "pro-russe", il s'est inquiété, comme Merkel, de "l'empoisonnement de Navalny" et a également soutenu les sanctions occidentales contre la Russie.

M. Scholz, appelé en plaisantant "Scholzomat" en Allemagne pour ses discours mécaniques et technocratiques, est partisan d'une politique réservée et dure à l'égard du Kremlin. Il a critiqué la réunification de la Russie avec la Crimée et la politique de Moscou à l'égard des minorités sexuelles, et a également évoqué à plusieurs reprises le thème de "l'empoisonnement de Navalny" pour faire pression sur le Kremlin. En même temps, le parti social-démocrate lui-même a une évaluation plutôt positive de la coopération avec la Russie: l'ancien chancelier allemand Gerhard Schröder, qui a prôné la formation d'un axe géopolitique continental Paris-Berlin-Moscou, est issu de la SPD.
 
L'arrivée de Baerbock (Verts) au poste de chancelier pourrait, au contraire, conduire à un net refroidissement des relations germano-russes. C'est d'autant plus probable que, selon plusieurs publications allemandes, le parti est financé par des mouvements environnementaux qui font partie d'un réseau lié à l'Open Society de George Soros. C'est elle qui s'est activement opposée à Nord Stream 2 et qui a également demandé à plusieurs reprises de nouvelles sanctions contre la Russie. Il est également possible que Mme Baerbock soit nommée ministre des affaires étrangères dans le nouveau gouvernement, auquel cas elle tentera également de saboter les relations russo-allemandes.
 
Les plus pro-russes sont les représentants des partis de la Gauche (Die Linke) et de l'Alternative pour l'Allemagne (AfD). Ils plaident activement en faveur d'une alliance avec la Fédération de Russie et l'un de leurs dirigeants, Sarha Wagenknecht, a appelé à plusieurs reprises à une révision de la politique allemande à l'égard de la Russie, ainsi qu'à l'abandon de la "politique unilatérale voulue par les États-Unis". Entre-temps, le parti lui-même a déclenché une guerre des clans et, à la veille des élections, Sarha Wagenknecht, l'étoile la plus brillante de la gauche allemande, a même fait l'objet d'une tentative d'exclusion du parti pour son livre Die Selbstgerechten, dans lequel elle critiquait le parcours libéral-gauchiste de ses camarades du parti.

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 L'"Alternative pour l'Allemagne", dont les principaux dirigeants sont Alice Weidel et Tino Chrupalla, prône une réinitialisation des relations entre l'Allemagne et la Russie et est extrêmement sceptique à l'égard du mondialisme, déclare que l'Allemagne doit quitter l'UE et revenir à une politique souveraine, reconnaît la nécessité de lever les sanctions contre la Russie car elles frappent également l'économie allemande, et a activement soutenu la construction de Nord Stream 2. Les députés du parti ont déclaré à plusieurs reprises que "l'abandon du gazoduc signerait la fin du pays en tant que puissance industrielle développée".

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Les candidats de la Gauche et de l'Alternative pour l'Allemagne n'ont aucune chance réaliste de devenir chancelier lors de ces élections, mais en fonction des résultats, ils pourraient faire partie de la coalition gouvernementale et ainsi influencer la composition du gouvernement.

L'ALLEMAGNE VA-T-ELLE SE COMPLAIRE DANS LA CRISE ?

Le groupe de réflexion bien connu et apprécié, Stratfor, note que les prochaines élections en Allemagne "donneront naissance à un gouvernement modéré qui soutiendra l'adhésion à l'UE et à l'OTAN, cherchera à assainir les finances publiques après la pandémie de COVID-19 et mettra en œuvre des politiques visant à réduire les émissions de carbone au fil du temps". Selon Stratfor, le rythme d'un tel programme dépendra de la composition idéologique de la prochaine coalition gouvernementale.
 
Toutefois, il convient de noter qu'il existe des contradictions irréconciliables entre les principaux acteurs de la course électorale sur tous les fronts susmentionnés. L'adhésion de l'Allemagne à l'UE est critiquée par l'AfD, on trouve même des critiques modérées de l'UE au sein de la CDU/CSU (en termes d'attitude à l'égard des mesures aggravant la division des marchés financiers dans la zone euro - l'introduction d'une garantie commune des dépôts pour les banques de l'UE), la gauche (Die Linke) est activement opposée à l'OTAN. L'agenda vert, malgré sa présence dans les programmes du SPD et de la CDU/CSU, divise également les partis - car les Verts poussent à une transition énergétique rapide tandis que le SPD et la CDU/CSU considèrent qu'il est plus approprié de maintenir un équilibre entre la transition énergétique et la protection de la compétitivité de l'industrie allemande. L'agenda environnemental a déjà conduit à l'échec des pourparlers de formation d'une coalition entre la CDU/CSU et les Verts après les élections de 2017.
 
Ainsi, aucun consensus de parti ne peut émerger dans la situation politique actuelle, contrairement aux prédictions des think tanks américains, et l'Allemagne risque de plonger dans une crise prolongée assortie d'un long processus de formation d'un nouveau gouvernement. Personne ne peut prédire quelle en sera l'issue à l'heure actuelle. De nombreux analystes allemands estiment que l'Allemagne entre dans une zone de turbulences politiques. La crise évidente de la communauté atlantique après le retrait américain d'Afghanistan, la récession économique dans l'UE, les problèmes sanitaires, juridiques et technologiques exposés à l'ère de la pandémie, tout cela crée une atmosphère très défavorable pour qu'une société allemande calme et équilibrée continue à le rester.
 

 

mercredi, 01 septembre 2021

Écosse : Des presbytériens sans Dieu ?

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Écosse: Des presbytériens sans Dieu?

Konrad Rękas

https://www.geopolitica.ru/en/article/scotland-presbyterians-without-god

Politiciens chrétiens dans un pays athée

L'identité historique des Écossais s'est forgée dans le feu des luttes religieuses, pour l'essentiel convergentes avec les disputes politiques. Et celles-ci n'ont jamais été douces ou particulièrement transparentes au sein de cette nation constituée de clans. Car lorsque l'Église calviniste d'Écosse, qui s'assume comme "nationale", a été victorieuse des catholiques habituellement royalistes, elle a immédiatement dû lutter contre l'influence de l'épiscopalisme qui proposait sa vision politique d'une oligarchie couronnée. Et les presbytériens écossais eux-mêmes - les Covenanters - étaient divisés comme les hussites, entre les radicaux, appelés le parti Kirk, qui voyaient l'Écosse comme une fédération de clans / congrégations, même dans une alliance avec les Anglais puritains, et ceux qui choisissaient une forme de collaboration avec leur propre dynastie nationale comme méthode de maintien de l'indépendance vis-à-vis du voisin du sud éternellement agressif. Oui, la religion en Écosse a toujours été vivante, avec de nombreuses morts violentes. Alors pourquoi est-elle presque morte aujourd'hui ?

Le genre au lieu de Dieu

L'Écosse a (?) la réputation d'être le pays le plus sécularisé d'Europe occidentale. Selon diverses estimations, environ 56 % des habitants se déclarent athées, et près de 70 % sont généralement non religieux. Et ce malgré, ou peut-être précisément parce que, la principale dénomination, l'Église d'Écosse, continue d'être reconnue comme l'Église nationale et une composante importante de l'identité écossaise en tant que telle. Cela est dû en partie au fait que la politique écossaise est devenue athée mais n'a pas perdu les caractéristiques formelles et typiques du calvinisme. Elle reste donc agressivement missionnaire et empreinte de déclarations moralisatrices. Sauf qu'aujourd'hui, bien sûr, elle est complètement opposée au rigorisme éthique historique des anciens protestants. Les politiciens écossais d'aujourd'hui sont le plus souvent les successeurs de presbytériens fanatiques qui ne croient plus au presbytérianisme, mais qui croient toujours fermement au fanatisme.

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Justement, avec un tel feu, digne de John Knox (bien que contre toutes ses recommandations) - le gouvernement autonome écossais de Nicola Sturgeon fixe ses principaux objectifs idéologiques pour imposer une plate-forme "gendériste" complète, y compris la doctrine du "genre par choix" avec des réglementations pénales très strictes pour les contrevenants et contestataires, dépassant toutes les limites de la définition des crimes de haine. Sur la base de la nouvelle loi de 2021 sur les crimes de haine et l'ordre public (Écosse), une raison suffisante pour engager des poursuites pour discours haineux n'est pas seulement une critique acerbe ouinjurieuse du "gendérisme", mais même le simple fait de constater que seules les femmes ont leurs règles. Pour compléter le sentiment d'étouffement qu'impose le serpent du progressisme, il convient de mentionner que cette loi est déjà utilisée pour poursuivre non pas des misogynes, mais... des féministes et des lesbiennes.

Oui, ces deux attitudes, sans rien changer dans leurs présupposés - ne sont plus classées comme modernes et progressistes, mais comme... réactionnaires et fascistes! La première de ces attitudes pour avoir rappelé que les suffragettes sont allées en prison pour obtenir le droit de vote et d'éligibilité et non pour avoir réclamé quelques mascarades comme le droit d'utiliser les toilettes pour femmes et de gagner des compétitions sportives féminines. La seconde de ces attitudes, parce que les lesbiennes s'entêtent à affirmer qu'elles veulent coucher avec d'autres femmes, et non avec des hommes en prétendant que cela a donné de la personnalité aux femmes.

D'abord l'homme - ensuite la femme politique

Voilà quel est le niveau actuel des querelles idéologiques en Écosse, de sorte que la consternation a été d'autant plus grande que l'on a vu apparaître au sein du gouvernement local une secrétaire déclarant ouvertement et à haute voix son attachement aux valeurs chrétiennes et témoignant de leur confession dans la vie privée et publique. Kate Forbes (photo), 31 ans, secrétaire d'État aux finances et à l'économie, est une militante du Scottish National Party (organisation responsable de toutes les expériences idéologiques susmentionnées), une partisane enthousiaste de l'indépendance du pays - et en même temps une fidèle zélée de la Free Church of Scotland, la faction presbytérienne du XIXe siècle, décrite aujourd'hui avec un peu de mépris comme "quelque chose comme l'Église d'Écosse mais avec du christianisme".

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Fille de missionnaires calvinistes en Inde, où elle a passé son enfance, Mme Forbes parle de sa dévotion à Dieu avec une passion que ses parents lui ont inculquée. "Pour être franche, je crois en la personne de Jésus-Christ. Je crois qu'il est mort pour moi, qu'il m'a sauvée et que ma vocation est de le servir et de l'aimer et de servir et d'aimer mes prochains de tout mon cœur, de toute mon âme, de tout mon esprit et de toute ma force. Pour moi, c'est donc essentiel à mon être. La politique passera. Je suis une personne avant d'être une femme politique et cette personne continuera à croire que je suis faite à l'image de Dieu" - a déclaré l'actuel secrétaire, il y a quelques années, dans une interview pour la BBC, et rappelons que ce ne sont pas des mots que l'on entend souvent aujourd'hui de la part des politiciens occidentaux.

Paradoxalement, une éthique chrétienne comme celle de Mme Forbes, et aussi expressive, se démarque radicalement de la ligne dominante actuelle du SNP, qui jusqu'à récemment était encore multiforme, avec une forte aile moralement conservatrice, autrefois construite sous le patronage de la légendaire Winnie Ewing (photo, ci-dessous), la première députée SNP élue à la Chambre des Communes en 1967.

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Toutefois, cette tendance a été presque totalement éliminée au sein du SNP. La démission de Dave Thompson (photo, ci-dessous), l'animateur du mouvement des Chrétiens pour l'Indépendance, et aujourd'hui le leader du groupe de campagne Action pour l'Indépendance, le père spirituel de la carrière politique de Forbes, avec qui elle a commencé comme assistante, en est l'illustration. Mais d'un autre côté, la jeune politicienne a gagné la reconnaissance des communautés chrétiennes, même celles de l'autre côté de la rivière Tweed.

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Exprimons notre foi sans crainte

L'actuelle secrétaire est toutefois fidèle à son parti, même si elle n'hésite pas à faire valoir une opinion distincte - qui n'est d'ailleurs plus populaire dans les rangs du SNP mainstream, dont la direction fait la chasse au "politiquement incorrect", à toute trace de "trans-" et "queerphobia", sans parler d'attitudes encore plus... réactionnaires. Pendant ce temps, Kate Forbes a prié à voix haute lors de la Journée de prière publique de 2018: "Que nos politiciens reconnaissent que la façon dont nous traitons les plus vulnérables - que ce soit les enfants à naître ou les malades en phase terminale - est une mesure du véritable progrès". Ainsi, alors que même les politiciens de l'opposition unioniste admettent qu'il n'y a personne au Parlement écossais qui n'aime pas Kate personnellement - au sein de son propre parti, il y avait de sérieux doutes sur sa promotion de secrétaire à l'un des postes les plus importants du gouvernement autonomiste. Forbes doit s'occuper, entre autres, des préparatifs pour l'introduction de sa propre monnaie par l'Écosse indépendante - et cela peut-il être fait par quelqu'un dont l'attitude envers le mouvement LBGTQ est pour le moins controversée !

Forbes, cependant, a reçu la nomination en tant que secrétaire, ce qui a été considéré comme un geste de la direction du SNP envers les électeurs plus traditionalistes, en particulier ceux de la région des Highlands et des îles, où les communautés chrétiennes (Église d'Écosse, Église libre d'Écosse et catholiques), bien que ne soutenant pas le postmodernisme extrême de Holyrood, mais appuyant bien sûr aussi le nationalisme écossais, constituent de véritables bastions du mouvement indépendantiste. Il y a quelques mois, les milieux les plus radicaux du gendétisme ont donc lancé une attaque collective, tant en public qu'en coulisses, dans le but d'empêcher les partisans de Forbes de voter pour former un gouvernement. Toutefois, une députée de l'une des plus belles circonscriptions d'Écosse - Skye, Lochaber et Badenoch - a répondu dignement qu'elle représentait tous ses électeurs, quelle que soit leur attitude vis-à-vis de la religion. Mais le christianisme est l'essence même de son existence, et elle considérait et considère qu'une telle honnêteté sur sa foi est le plus important. - Je voudrais que mon exemple inspire d'autres personnes à surmonter la peur et les difficultés liées à l'expression publique de notre foi dans le service public - a annoncé Mme Forbes.

Les critiques se sont tues. Mais nous pouvons être sûrs que ce ne sera pas pour longtemps...

mardi, 24 août 2021

La Bulgarie lutte pour sortir de l'ère des "petits rois" politiques

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La Bulgarie lutte pour sortir de l'ère des "petits rois" politiques

Angel Petrov

Ex: https://katehon.com/ru/article/bolgariya-pytaetsya-vyyti-iz-epohi-politicheskih-koroley

Les électeurs refusant de céder le pouvoir à une autorité reconnue lors des élections, la politique du pays risque de s'enliser dans un blocage prolongé.

Si le terme d'"interrègne" devait être expliqué à l'aide d'exemples contemporains dans un manuel scolaire européen, la Bulgarie pourrait bien être utilisée pour décrire ce qui est essentiellement une période (potentiellement sombre) entre deux régimes.

Après deux élections en avril et en juillet, le pays, habitué à couronner des messies politiques - d'Ivan Kostov et Siméon de Saxe-Cobourg-Gotha à l'ancien Premier ministre Boyko Borisov (photo, ci-dessus) - n'a toujours pas de gouvernement.

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Toutefois, une nouvelle étoile montante, le chanteur et présentateur de télévision devenu politicien Stanislav "Slavi" Trifonov, ne s'est pas avéré suffisamment "messianique" pour obtenir un soutien dans le pays le plus pauvre de l'UE, malgré la défaite de l'ancien Premier ministre Borisov. Les partis suivants, qui pourraient obtenir des mandats pour former un gouvernement, y compris le GERB de Borisov, ne semblent pas vouloir ou pouvoir éviter une troisième élection.

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Stanislav Trifonov

Pour comprendre la situation, il convient d'analyser la période de 12 ans pendant laquelle Borisov était l'homme politique le plus influent et les relations entre les partis.

Cela montrerait également que si la raison de l'impasse parlementaire actuelle est que de nombreux Bulgares ont soif de changement, leur nombre n'est pas suffisant pour provoquer ce changement - et la manière dont ils ont soutenu ce changement n'était pas du goût des nouveaux dirigeants.

Un déclin lent

Une troisième élection ne sera pas la fin du monde en Bulgarie; les Israéliens ont voté quatre fois en deux ans. Toutefois, à la différence de l'ancien Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, autrefois surnommé "King Bibi", son collègue bulgare Borisov n'a pas de successeur clair en tant que "roi" du système politique, que ce soit en tant que personnalité majeure ou, comme ce fut le cas en Israël, en tant qu'équipe de politiciens expérimentés réunis autour d'un objectif unique (dans ce cas, se débarrasser de Netanyahou).

Borisov était une figure controversée, mais il savait se montrer plus malin que ses ennemis sur le plan politique. Son problème était que plus il restait au pouvoir, plus il était hanté par des accusations de corruption et d'incapacité à consolider les fondements de la démocratie, tandis que ses nombreux problèmes avec l'État de droit et la liberté des médias aggravaient les problèmes de stagnation du niveau de vie, comme le note le dernier rapport de l'UE sur la Bulgarie. "L'automne de Borisov" était le titre du numéro de septembre 2018 d'un magazine, en référence au célèbre livre de Gabriel-Garcia Márquez, L'automne du patriarche, qui évoque un dictateur fictif. Borisov n'est pas un dictateur, mais son "automne" politique a duré longtemps après l'impression de ce titre, et il est difficile de savoir si son "hiver" politique est arrivé.

Sa chute a été lente, en partie à cause de la relative stabilité politique et économique de la Bulgarie (en partie grâce à l'adhésion à l'UE) et en partie à cause de l'absence d'une alternative forte. Les alternatives actuelles ont vu le jour lors des manifestations de l'année dernière, déclenchées par l'incident dit de la plage et la décision du procureur général Ivan Geshev de faire une descente à la présidence.

Les "votes de protestation" n'ont pas suffi

Selon un sondage Gallup International Balkan, réalisé à l'époque, 62 % des Bulgares soutenaient les protestations. Bien que les manifestants se comptent généralement par milliers plutôt que par millions, ils ont déclenché une bataille entre les politiciens pour gagner le cœur des mécontents.

En conséquence, plusieurs partis se faisant appeler "partis du changement" ont vu le jour. Les manifestations ont fortement augmenté le soutien à la Bulgarie démocratique, représentée principalement par les électeurs urbains éduqués, ce qui en fait le quatrième parti du pays. Les organisateurs de la manifestation qui n'y sont pas affiliés ont formé leur propre parti, Stand Up ! Bandits Out ! (rebaptisé par la suite), qui a également franchi le seuil électoral.

Sur la vague de popularité qu'il a gagnée lors du référendum de 2016, le parti de Trifonov, There Are Such People (ITN), a remporté une fameuse mise, arrivant en deuxième position lors des élections d'avril. Mais il n'a pas pu obtenir la majorité, même avec l'aide d'autres "partis du changement". Il est arrivé en tête des élections de juillet, mais n'a obtenu que 24 % des bulletins de vote.

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La proposition "à prendre ou à laisser" de M. Trifonov, qui n'offrait rien en échange du soutien des autres partis, a eu des conséquences désagréables, tout comme sa deuxième proposition. Il partait du principe que les partis du "changement" soutiendraient tout "gouvernement du changement", mais ils ne voulaient pas risquer de rester sans visage en donnant carte blanche à Trifonov, et leurs querelles publiques ont entaché les négociations de coalition.

De plus, comme ces partis communiquaient également avec leurs électeurs (dont certains considèrent que les électeurs d'ITN sont moins instruits en raison de la nature de l'émission de télévision de Trifonov et de sa rhétorique populiste), tous les politiciens du "changement" étaient occupés à jouer avec leurs électeurs.

Des accusations ont suivi, et Trifonov a été attaqué pour avoir suivi Borisov. Ses décisions - prises à l'aide de déclarations télévisées depuis son canapé - faisaient écho aux monologues de Borisov sur Facebook Live dans le véhicule à quatre roues motrices qu'il conduisait autrefois dans tout le pays en tant que Premier ministre.

Pire encore, le Mouvement pour les droits et libertés (MRF), qu'il a décrit comme un "parti du statu quo", a contribué à voter pour son candidat au cabinet du président, tandis que les socialistes, qui portent la même étiquette négative, ont soutenu son gouvernement.

Même le parti de Borisov, le GERB, a suggéré qu'il pourrait aider le gouvernement dirigé par le MII à obtenir un soutien suffisant des députés en permettant à ses 63 députés de quitter la salle avant le vote, ce qui a réduit le quorum. Mais même si les trois "partis du changement" s'unissaient autour du MII, leurs voix ne suffiraient pas à obtenir huit sièges pour une majorité.

Bien que la proposition de Borisov ait été retirée, la méfiance à l'égard de Trifonov et de ses candidats au gouvernement, dont les références ont été mises en doute par des journalistes et des experts, a persisté. Mais aucun parti ne voulait former un gouvernement avec le GERB car Borisov était considéré comme "toxique". Le président aurait pu transférer le troisième mandat ailleurs, mais l'incertitude est apparue après que l'ITN a déclaré qu'elle passerait dans l'opposition et ne soutiendrait pas le nouveau cabinet.

Impasse

Le mystère demeure entier quant à savoir si Trifonov a un plan ou s'il est simplement inexpérimenté. Mais la crise n'est pas entièrement de son fait. Les trois "partis du changement" n'ont pas assez de députés pour obtenir une majorité.

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En juillet, le taux de participation n'a été que de 42 %, le plus faible jamais enregistré en Bulgarie. Ainsi, les millions de personnes qui ont soutenu les manifestations, selon un sondage Gallup, n'ont été attirées par aucun des trois partis - qui le savent et ont utilisé le parlement temporaire formé après les élections d'avril pour entrer dans la course à l'approbation populaire en introduisant de nouvelles lois. Chacun des trois partis s'en tient à sa propre image de la durabilité, en espérant que cela l'aidera lors des prochaines élections ou qu'il pourra faire plier les autres partis à sa volonté.

Les "partis du statu quo", dont les votes sont essentiels à la survie du nouveau gouvernement, jouent eux aussi leur propre jeu.

Pour le GERB, c'est un jeu d'attente, car Borisov espère revenir au pouvoir après une période d'instabilité causée par d'autres partis. Les socialistes luttent pour la survie de leur chef, Cornelia Ninova (photo, ci-dessous), qui n'a pas été désignée par son parti depuis son élection à la tête de la formation de centre-gauche en 2016. Les socialistes, quant à eux, hésitent entre soutenir ou rejeter le MII, en fonction de l'opinion publique. Quant au DPS, tout parti faisant équipe avec lui risque de ternir sa réputation.

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Mais le principal problème est que personne n'est aussi fort que Borisov dans la fleur de l'âge, pas même Borisov lui-même. Personne d'autre ne peut personnellement établir les règles, même s'il gagne les élections. Le soutien au changement ne s'est pas concrétisé dans les urnes, et même s'il se concrétise la prochaine fois, il ne permettra pas de choisir un "roi" ou une "reine" spécifique. Tant Borisov que Trifonov et d'autres devront s'y habituer. La question de savoir si et quand ils contribueront à établir un nouveau régime qui ne tourne pas autour d'un leader omniprésent reste ouverte.

 

mercredi, 11 août 2021

L’analyse de François Jay : La nouvelle campagne du Général Macron

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L’analyse de François Jay

La nouvelle campagne du Général Macron

 

Source: www.liguedumidi.com

 

Le petit caporal Macron a pris en 2017, le pouvoir à la hussarde. Une affaire réglée en quelques mois et à la surprise des vieilles badernes du PS, et de LR. Devenu Président, nous dirons « général », il a engagé une nouvelle campagne pour se maintenir au pouvoir. Comme pour la précédente, il prend des risques et surprend.

 

LE PAYS DIVISÉ EN DEUX

 

Les commentateurs et les conseillers s'affolent : une partie de la population s'est mobilisée, dans la rue, en plein été, contre les mesures « Passe-Sanitaire ». Du jamais vu… Tout au moins à notre époque. On se souvient que les « évènements » de mai 68 ont été enterrés par les vacances... Aujourd'hui, c'est l'inverse qui se produit. Les manifestations grossissent, pendant les vacances. Les échéances successives qui imposent à la population la vaccination, poussent dans la rue de plus en plus de Français. L'action du Gouvernement est en train de créer, de toute pièce, une opposition irréductible. Macron divise les Français en deux camps, un camp important, ceux qui bénéficient du « passe-sanitaire », les vaccinés (deux fois pour le moment) et les autres. Ces deux camps sont de taille inégale, les Kollabos sont une large majorité, mais les manifestants sont certainement les plus déterminés. Ils sont à la limite de la révolte, face à l'agression qu'ils subissent. Ils ont conscience d'être pris dans un piège. Ils le vivent très mal. Ils sentent bien qu'ils sont pris dans une nasse, et pris pour des cons.

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Macron veut qu'ils se soumettent. Et pour les faire céder, Macron va jusqu'à leur faire perdre leur emploi (et sans droit au chômage, un scandale pur, pour des gens qui ont cotisé !), ne plus pouvoir se faire soigner, ne plus pouvoir se déplacer, ne plus pouvoir s'approvisionner dans les grands centres commerciaux. Ils se retrouvent, par la volonté du Prince, privés de services pour lesquels ils payé impôts et cotisations... Volés, comme dans un bois !

 

BOUTE FEU

 

Il est clair que Macron veut mettre le feu au pays. La manœuvre est évidente, grossière. Et personne, parmi les leaders, ne proteste. Aucune dénonciation (à part Philippot). Les syndicats sont couchés -à part Force Ouvrière- et quelques syndicats catégoriels. Comment les Centrales syndicales peuvent-elles accepter une agression pareille contre les salariés ? L'absence de réaction en dit long sur l'état du mouvement syndical en France. Les syndicats vivent des subventions de l'Etat. Ils ne sont plus une arme de défense des salariés. Ils sont un instrument aux mains du pouvoir.

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Même silence, incroyable, du monde politique. Macron ne semble pas avoir d'opposant. La classe politique s'est compromise depuis des mois dans la glu des mesures « politiques » de lutte contre l'épidémie : pas de masques, masques obligatoires ; enfermement, libération, enfermement, libération... ; Remdesivir, puis plus de Remdesivir ; vaccins libérateurs, puis vaccins obligatoires... Elle semble sidérée comme la majorité de la population... Les politiques ont peur. Ils attendent ! Macron est seul sur scène, et il fait le spectacle tout seul. Il mène la danse, les journalistes battent la mesure et font la claque. Les mesures qu'il prend et qui risquent de mettre le pays à feu et à sang, semblent même approuvées par l'opposition. Il va pouvoir les justifier par « l'épidémie », et jouer le « sauveur ». Quand la rue sera en feu, le boutefeu deviendra pompier. Comme De Gaulle en 68, il recueillera les suffrages de la peur...

Tout au moins, voilà sa manœuvre. N'oublions pas qu'il y a eu un premier acte à cette méthode, l'affaire des gilets jaunes. La répression (sanglante) et sans pitié a permis à Macron de remonter dans les sondages. Parce que, même avec presque rien à perdre, l'électeur veut de l'ordre... Un climat social tendu, ce serait pour Macron l'assurance d'une réélection... Il a vérifié, avec les gilets jaunes, que ça marche.

 

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L'INCONNUE DE LA JEUNESSE

 

C'est une constante de l'histoire, qu'une population jeune est propice à la guerre ou aux mouvements sociaux violents. C'est ce que nous avons vu, récemment, avec les « Printemps Arabes ». Aujourd'hui, la mobilisation estivale touche une population peu politisée, qui se situe à droite ou à gauche...des actifs, ou des retraités, des femmes autant que des hommes. Les jeunes, lycéens et étudiants ne sont pas présents.

 

Mais que se passera-t-il à la rentrée ? Même si la population française est relativement âgée, la jeunesse qui est rassemblée pendant la période scolaire dans les centres-villes des Métropoles, peut entrer dans les manifestations de protestation. Ce qui ne s'était pas passé au moment du mouvement des gilets jaunes. Les motifs de mobilisation touchent directement les préoccupations des jeunes et des adolescents : la possibilité de voyager, de sortir en boite, d'aller aux concerts, aux spectacles, de trouver des jobs d'étudiant...

 

Le thème de la liberté, et de l'avenir est très sensible. Et que dire de l'inconnue des effets à long terme des vaccins qui ne sont que des produits expérimentaux ? Difficile que cette crainte ne touche pas les plus jeunes.

 

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Même s'il a eu la prudence d'exonérer les forces de l'ordre des obligations vaccinale, même s'il a désamorcé la bombe que constitue le transport routier en permettant aux chauffeurs de continuer à travailler sans être vaccinés, Macron prend un risque politique. Il reste l'inconnue de l'ampleur de la réaction du monde étudiant. Macron compte certainement sur ses supplétifs que sont les black-blocks pour diviser le mouvement de protestation. Pour monter les manifestants de droite contre les manifestants de gauche... Mais cette méthode qui a si bien réussi contre les gilets jaunes, fonctionnera-t-elle cette fois encore ?

 

Les gauchistes vont-ils encore sauver Macron ?

dimanche, 25 juillet 2021

Le nouvel ordre mondial aurait-il recruté son Robespierre?

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Le nouvel ordre mondial aurait-il recruté son Robespierre?

Notes sur le rôle d'Emmanuel Macron dans la séquence politique de notre temps.

par Frédéric Andreu

On laisse entendre que le président Macron aurait accumulé une somme de bévues dans l'exercice du pouvoir telle qu'il ne puisse pas se représenter en 2022. Les dernières saillies médiatiques du young leader président, alliage d'idéologie, d'incompétence et d'arrogance de classe, prêchent de manière caricaturale vers sa sortie avant même la fin de son présent mandat.

I : Astralité du système versus Théorie du complot.

Évidence en trompe-l'œil, car la réélection de Macron n'est pas la question que se pose l'oligarchie. Celle-ci agit par étapes subversives et non par complot. Un agent du nouvel ordre mondial peut être contraint de jouer la carte de la nation ou au contraire de jouer le tout pour le tout mondialiste quitte à être remplacé par un autre fusil politique à un coup. C'est cette dernière voie stratégique que le président semble avoir prise.
Cependant, face à la comtemporanéïté du Nouvel Ordre mondial (N.O.M.), de ses agencements visibles, il faut garder à l'esprit que le système de domination mondiale, bien réel, ressemble moins à un complot ourdi qu'au reflet de sa propre astralité. Celle du système de l'argent. Guy Debord définit le concept de la cybernétique automate du capital. Ce dernier ne peut pas se repérer dans le court terme médiatique du temps mais se révèle grâce de la longue temporalité historique. Ce sont les longues courbes historiques qui peuvent rendre visible le pouvoir métamorphosant et subversif de la marchandise. Il faut premièrement se tenir éloigné des théories complotistes simplistes désignant une oligarchie qui contrôlerait le monde ou, du moins, comprendre que ces groupes oligarchiques qui contrôlent les multinationales et les banques ne sont elles-mêmes que les métastases de l'"astralité" financière.

Il est des forces d'une tout autre nature aux manettes de l'Histoire que celle d'une petite clique oligarchique cagoulée genre les Cigares du Pharaon de Hergé. "Il existe un Etat visible, un Etat profond, mais aussi un Etat invisible" ajoute Francis Cousin. La cybernétique du capitalisme, dans sa phase terminale génère une esthétique du mal et secrète aussi les phénotypes des derniers temps. La société de 2021 est déjà largement métamorphosée par rapport à celle des années 90. Une génération soumise à l'Éducation (anti-)nationale, à l'antiracisme et au métissage laïc et obligatoire, a déjà tourné la page de la "patrie", des valeurs et des saveurs.

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Les chefs d'État eux-mêmes reflètent cet imaginaire cybernétique. Il est amusant de voir que le fétichisme de la marchandise a engendré aux États-Unis un octogénaire sénile, à peine capable de tenir debout, alors qu'en France, un quadra à la fois tyrannique et incompétent règne sans partage.

Les théories complotistes sont à la fois anxiogènes et rassurantes, elles donnent une explication simpliste qui empêche de penser. En revanche, prendre en compte l'astralité de l'argent, son emprise sur notre imaginaire collectif, nécessite un recul épistémologique et une temporalité longue. Cette prise de conscience décalée permet de comprendre comment le système avance dans nos consciences étape après étape. On comprend aussi beaucoup mieux pourquoi l'opposition que Macron peut engendrer est elle-même un reflet de l'immanence dialectique du capital.

Tout le monde pressent en effet que Marine Le Pen élue ne remettrait rien en cause du système de domination, ayant renoncé à toute radicalité et à toute «incarnation» crédible. Pour gouverner la cinquième puissance économique du monde, encore faudrait-il que Marine le Pen soit capable de gouverner son parti politique. Or, en plus d'avoir provoqué la banqueroute du FN, elle aura accumulé toutes les bourdes, manqué tous les rendez-vous politiques que l'actualité lui présentait sur un plateau d'argent.

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Silence du RN face aux PMA GPA, aucune réaction frontale face au Pass liberticide de juillet 2021. Au lieu de reprendre le flambeau légué par son père, Marine Le Pen agit par anti-anti front national. Elle a validé l'idée que pour arriver au pouvoir, elle devait éteindre le caractère incendiaire et anti-système du parti dont elle a hérité. Elle ne comprend pas que le patriotisme est une énergie, une foi, pas une algorithme électoraliste de conquête du pouvoir. Victoire du système, elle a transformé le patriotisme de l' "espèce amoureuse" en une sorte de national-gouvernance. On a beaucoup de peine à suivre le brillant Alain De Benoist dans son analyse concernant Marine Le Pen. Il faudrait selon lui ne pas risquer une dilusion du vote contre Marine, mais à quoi bon élire une candidate qui pourrait nous faire regretter Macron ?   

Le système électoraliste a peu de chance de faire vaciller le pouvoir usurpateur en France, à moins d'un retournement populaire radical, hors sphère politicienne. Le logos explosif de la France, son fond bonapartiste, le caractère rebelle des Français peut rentre possible une réaction populaire, d'où l'idée de métisser suffisamment le peuple par le double levier de l'affaiblissement de la famille et de l'ouverture des frontières, afin de le dissoudre.

II : Macron et l'"empirisme désorganisateur" :

A l'horizon 2050, la société "française" sera en effet suffisamment métissée pour ne plus représenter de danger pour le pouvoir. Un bétail infantilisé et soumis naîtra du ventre de Macron. Seul le mariage de la base populaire insurrectionnelle et des forces de l'ordre, voire de l'armée, pourrait freiner ce processus mortifère et ébranler le pouvoir mondialiste en France. Il se pourrait aussi que Mélenchon libère le Jacques Doriot qui est en lui des menottes de l'antiracisme. Il sait, comme n'importe quel étudiant de première année d'Histoire, qu'il ne fait que retarder son heure historique en révélant publiquement ce qu'il pense et ce qu'il est.

Mais la capacité du système à torpiller de l'intérieur les contre-révolutions, à fomenter de fausses alternatives qui ne mettront pas en cause la feuille de route de l'oligarchie, tient du prodige. Une fois de plus, comprenons que le système avance par étapes chaotiques et non par complot ourdi. Il avance en bloquant l'Histoire par de fausses alternances politiciennes et de promesses non tenues. C'est l'effet du «fameux cercle de raison» décrété par le divin Alain Minc dans les années 90, consensus à l'intérieur duquel aucune idée ne serait être audible autre que le ronron droit-de-l'hommiste et les petits arrangements entre partis politiques.

De ce point de vue, Macron, en dépit de ses bévues, ou même grâce à la sidération qu'elles engendrent dans l'option, est d'une redoutable efficacité. L'important est qu'il applique objectivement le plan de dissolution des frontières (nationales, familiales et même individuelles) imposées par le mondialisme.

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Bref, tel est le retournement de paradigme qu'il est nécessaire d'effectuer afin de comprendre comment et pourquoi un trader insignifiant issu de la haute finance, n'ayant assumé aucun mandat électoral de sa vie, est parvenu à remporter la magistrature suprême de la cinquième économie mondiale ; comment ce dernier se maintient au pouvoir, au terme d'élections régionales bâclées, avec 3,5 % effectif de son camp. Même si le passage en force de la loi Macron parvient à attirer a lui la suspicion de tout un peuple, rien ne dit qu'il ne sera pas réélu en 2022. En fait, la cage de fer néo-libérale, lorsqu'elle est enguirlandée de promesses et d'une musiquette de foire monarchiste, développe un pouvoir d'attraction envers la masse. Les gens se disent : mieux vaut le plan néo-libéral de soumission au FMI, la vaccination obligatoire que l'aventure lepeniste. Bref, mieux vaut la démocrature macronienne que le risque d'une remise en cause du système.

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Macron n'est d'ailleurs pas qu'un simple exécutant sans profondeur, il est porteur d'une certaine profondeur historique, et sait habiter le paraître du paraitre du principe monarchique. Il sait habiter comme un acteur de théâtre qu'il est, le scène dorées du pouvoir. Il sait faire des génuflexions médiatiques devant le pape tout en favorisant l'avortement de masse. Il n'a pas peur du ridicule, d'où la morgue et l'arrogance qu'il parvient à faire passer pour de l'autorité.

Alors ministre de l'Économie, ne déclarait-il pas : "Il y a dans le processus démocratique et dans son fonctionnement un absent. Dans la politique française, cet absent est la figure du Roi, dont je pense fondamentalement que le peuple français n'a pas voulu la mort" avouait-il tout en gouvernant, une fois élu, à contre-courant de tout «empirisme organisateur». On pourrait même affirmer - sans surenchère rhétorique - que Macron gouverne par «empirisme désorganisateur». Il y a le plan, l'idéologie, mais aussi l'action quotidienne qu'il convient de rendre la plus antinationale possible.

Nombreux sont ceux qui ressentent la casse sociale engendrée par Macron, cet «homme dangereux» (Dupont-Aygnan), ce "fou" (Phillipot), mais mesurons-nous la casse engendrée dans l'âme collective de la nation ? Le désert psychologique qu'engendre la casse sociale et le confinement ?

Le refus idéologique de rétablir des frontières à deux reprises (au début de la pandémie en 2019, puis en juin 2021 alors que le soi-disant "variant Delta" entrait en France), a obligé à instaurer une frontière de toile : la masque. Depuis, séquence cafouillage à répétition : masques proscrits dans les transports, puis rendus obligatoires, principe du "Pass Sanitaire" rejeté puis rendu obligatoire, l'incompétence du gouvernement masque les ajustements de l'agenda mondialiste. Le déroulement des faits dépasse Macron lui-même puisque, une fois encore, il est immanent à l'argent lui-même.

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Le gauleiter de la province France n'a d'ailleurs pas besoin d'être informé de ce qui se trame dans l'État major de l' «État profond». Les flux de la marchandise généralisés n'ont rien à voir avec un soi-disant "complot", mais plutôt à la "Forme-Capital". Le Libéralisme est l'astre noir en orbite autour de notre sphère sociale, c'est cet astre qui crée notre imaginaire collectif. Réélu ou non en 2022, Macron aura de toute façon fait avancer "le plan", et c'est là l'essentiel.

Macron surpassera-t-il le pantin Sarkozy qui, en détruisant le verrou libyen de l'Afrique, en bradant une part importante de la réserve d'or français, en déclarant que le métissage n'était pas "un choix, mais un devoir" ? Le plan doit être appliqué "avec des mesures coercitives s'il le faut" déclarait-il en 2008 devant un public sidéré de l'école polytechnique de Palaiseau. Bref, Sarkozy a manifesté une transparence et une énergie sans égale pour faire avancer la cause. Mais Emmanuel Macron est en de bonnes voies pour accéder au sommet du podium.

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En effet, le gouvernement Macron aura fait passer des lois généticiennes que H.G. Wells n'aurait même pas imaginé dans ses romans de Science Fiction. Désormais, les embryons humains pourront être manipulés ; ils pourront même être croisés à des gènes issus d'animaux, les fameuses "chimères" manipulées en laboratoire. L'avortement légal est pour sa part passé à 9 mois de grossesse ; PMA, GPA, derrière l'amateurisme apparent de l'apprenti sorcier Macron, il y a les rouages du système. Dans un entretien radiophonique, Aude de Kerros posait une de ces réflexions philosophiques dont elle a le secret : peut-on être dissidents dans l'ère du Libéralisme ?

Être dissident du Libéralisme commence par ne pas avoir peur de dire, écrire et publier ce que l'on pense. Mais vivre en illibéral est devenu aussi facile que de ne pas glisser sur un toboggan lubrifié par le savon du politiquement correct. Toute une série de détergents, allant de l'antiracisme au racisme anti- blanc, aura préparé la pente.
Ma génération aura été particulièrement immunisée par toute une série de vaccins. Je me souviens qu'après les séances d'antiracisme de l'éducation nationale on se regardait les yeux dans les yeux en se demandant comment ne pas être suspecté de racisme. Beaucoup ont résolu ce complexe en se mariant avec une chinoise ou une noire.
Il existe d'autres moyens pour limiter la soumission au libéralisme castrateur et tyrannique. La réappropriation de notre Histoire nationale en est une. Il s'agit de désigner les mensonges et non-dits de l'Histoire qui métastasent la république.

III : le pantin Macron dans les scénarios déjà joués de  l'Histoire : 

Afin de donner une voilure historique à ses notes, voyons comment la séquence idéologique exacerbée que nous avons la disgrâce de vivre peut être comparé à d'autres époques. Par ses excès, 2020-2021 ressemble étrangement à la séquence 1793-94 de la décennie révolutionnaire. Ses deux dates marquent l'instauration d'un régime hors-sol, totalitaire, qui ira jusqu'à l'instauration du culte de l'Être suprême. Robespierre, idiot utile de la classe bourgeoise, incorruptible personnellement, resta jusqu'à la fin certain de son bon droit. Il instaura le culte de l'Etre suprême tout comme Macron instaure, par des mesures liberticides, le culte de l'Être à la fois libéral et coercitif. L'augmentation hystérique de l'immigration vise un temps messianique où la lutte des classes sera remplacé, comme le dit Francis Cousin, par la lutte des races. L'immigrationnisme ne vise à rien d'autre que l'effacement de la société traditionnelle, l'annihilation de ses immunités culturelles et l'éradication de ses particularismes. Il s'agit d'un double crime, le premier contre la nation et le second contre les immigrés eux-mêmes.

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Macron et Robespierre vivent les mêmes intensités historiques. D'ailleurs, les deux hommes se ressemblent, chétif de corps, impavides, piètres orateurs, mais convaincus de leur bon droit et se sentant investis d'une sorte de messianisme politique. La dimension religieuse est en effet présente chez Macron, messie de l'Union européenne. La séquence que nous traversons en France n'est pas sans rappeler l'instauration du Salut public. Les élites de l'époque avaient soit été exécutées, soit réduits à l'exil. L'annihilation de la Noblesse rendit possible 10 ans de rivalité entre divers factions républicaines. Ce sont ces 10 ans de guerre civile que l'on nomme dans les livres d'Histoire la "Révolution française", dont la révolution euromondialiste que nous vivons aujourd'hui est la poursuite historique.

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Les deux périodes historiques ne sont pas sans point commun. La pandémie covidiste et la crise économique créent des conditions qui justifient elles aussi des "lois d'exception". En 93, la peur de l'invasion de la France par les armées contre-révolutionnaires correspond, aujourd'hui, à la peur covidiste.

On me rétorquera que les deux épisodes historiques ne sont pas comparables ; on aurait tort : les événements diffèrent, mais l'idéologie des révolutionnaires de 1789 est la même que celle de 2021. Ce sont deux messianismes révolutionnaires, le premier vise la destruction des provinces au nom de la nation ; le second la destruction des nations sur l'autel de l'euromondialisme.

Dans les deux cas, il s'agit de la guerre que livre le pays légal contre le pays réel, l'homme abstrait contre l'homme enraciné. Alors que la France était menacée par la première coalition, le gouvernement de Salut public proclama des lois d'exception. La tentative de fuite du roi, son arrestation à Varennes, donnèrent prétexte à l'assassinat du roi. La suppression de tous les verrous qui freinent l'exploitation bourgeoise et étatique, déchaîne alors les forces d'exploitation et engendre la nuit sociale du XIXe Siècle. La "liberté" scandée par les révolutionnaires est devenue synonyme d'abolition des corporations, loi Le Chapelier en tête.

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Après avoir détruit les ordres organiques d'Ancien Régime, Robespierre fut renversé. Il avait servi la cause et devait être renversé, car jugé pas assez corrompu par la caste bourgeoise au pouvoir. Quelques jours avant sa destitution, sachant que son heure avait sonné, malade et exténué physiquement, il prononça un superbe discours devant l'assemblée. Au lieu de fuir à l'étranger, il prononça ce discours sachant qu'il serait le dernier. Quelques heures plus tard, la mâchoire défoncée, il avance devant l'échafaud, un cri d'effroi retentit lorsque le bourreau lui arrache le bandage qui maintenait son menton.
Je ne souhaite pas que l'idéologue Macron subisse le même sort car la prise de conscience d'avoir été l'idiot utile du système, pourrait lui prodiguer des remords bien plus acides encore. Il deviendra insupportable de vivre avec un tel poids sur la conscience.

Il comprendra alors pourquoi les intérêts de la classe dominante qui l'a mis au pouvoir préfèrent les modérés et les corrompus. Tel fut le cas des gouvernements qui succédèrent à Robespierre. Le Directoire, puis le Consulat aux mains de la Bourgeoisie industrielle et de la banque d'affaire, savaient que le meilleur moyen d'assurer ses prébendes était de se débarrasser de Robespierre et de faire élire un Bonaparte.
Aujourd'hui, Macron doit satisfaire les prébendes de l'hyperbourgeoisie mondiale, patrons de grandes chaînes de supermarchés, trusts internationaux et grands groupes pharmaceutiques, mais le zèle qu'il manifeste pour accélérer les réformes n'est peut-être pas du goût de tous les oligarques. Il convient de mettre une certaine dose de nation et de patriotisme dans la solution pour la rendre plus comestible.

Il s'agit donc de "déconstuire l'Histoire de France" mais tout en jouant sur la fibre patriotique. Il s'agit d'affirmer que "Napoleon est une part d'entre nous", tout en remplaçant le peuple de France.

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On en vient à se poser la question du soft power de la révolution. A la fin de l'Ancien Régime, l'Angleterre parvint à répandre l'idéologie libérale en Europe, soft power de l'époque visant le hard power de la machine industrielle. L'historien Olivier Blanc a montré dans un livre admirable, Les hommes de Londres, la teneur de l'entrisme britannique pendant la Révolution française. Les agitateurs qui ont financé les "Black Blocks" de l'époque étaient payés par l'Angleterre. Le but était de torpiller la France de l'intérieur.

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Une fois sans rivale sur les mers du monde, la couronne anglaise eut les mains libres pour organiser le servage libéral universel, quitte à abolir l'esclavage, afin de se draper dans les habits blancs de la vertu, tout en s'octroyant l'exclusivité des taxes douanières.
Imagine-t-on que pour en finir avec l'hégémonie française, le Royaume-Uni finança ces groupes contre le royauté française puis toutes les guerres contre Napoléon à hauteur d'une somme équivalente à sept fois la masse monétaire mondiale ? C'est dire l'enjeu que représentait la mise à mort de la France dans la domination du monde. Il en vint ensuite de même avec la Russie qui devint, après la France, le rival principal du Royaume-Uni.

Ce parallèle historique, sans doute incomplet, nous montre cependant qu'une nouvelle idéologie est toujours couplée avec une nouvelle classe d'intérêt. Partout, le dispositif avance masqué d'idées de liberté. Les régimes subversifs que nous avons connus depuis la Révolution sont tous marqués par la propension au dualisme, entre le peuple et l'aristocratie sous Robespierre, entre les communistes et les non-communistes après-guerre, les winners et les losers du libéralisme anglo-saxon, les vaccinés et les non-vaccinés de la pandémie de l'ère globale. C'est l'absence d'autorité monarchiste qui rend caduque toute espèce d'empirisme organisateur. Sans cette autorité, la société organique explose et en temps de crise, le chef d'État se transforme alors en apprenti dictateur. Macron en est l'illustration parfaite.

L'Histoire montre qu'une idéologie qui cherche à calquer le principe monarchique sans en être finit toujours en diarrhée tyrannique. Le désordre qu'il engendre rend le retour à l'ordre militaire. N'oublions pas que c'est le directoire qui mit au pouvoir Bonaparte, au départ un simple général opportuniste. Après la remise à l'ordre, un pouvoir plus consensuel apparaît. Louis XVIII succède à Napoléon déclaré "hors-la-loi" par ceux qui l'avaient mis au pouvoir quelques années plus tôt... On comprend que l'oligarchie n'a pas besoin de roi ou de pouvoir légitime. Il a besoin d'idéologue convaincu pour faire le travail de sape nécessaire à la pagaille puis de retour à l'ordre.

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On notera au passage que le retour de De Gaulle se termine aussi par un désaveu ; son successeur, Pompidou, représente un peu l'équivalent de Louis XVIII, personnage poussif et consensuel. Cette séquence politique débute là encore par un entrisme idéologique dans les consciences, le communisme.

Nous vivons aujourd'hui un autre cycle dominé, lui, par l'idéologie mondialiste et l'illimitation du capital. La crise systémique qu'elle engendre entraînera-t-elle un retour à l'ordre militaire ? Puis le retour à un pouvoir plus apaisé ? Les années 2021 et 2022 ne se gêneront pas pour s'imposer comme réponse radicale.

Frédéric Andreu

contact : fredericandreu@yahoo.fr

vendredi, 16 juillet 2021

Élections parlementaires bulgares, juillet 2021

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Élections parlementaires bulgares, juillet 2021

par Enric Ravello Barber

Les résultats des élections législatives bulgares d'avril dernier ont été tels qu'il était impossible de former un gouvernement comme nous l'avions annoncé (1).

Le 11 juillet, les Bulgares se sont à nouveau rendus aux urnes pour voter sur la composition de leur parlement national. Si, en avril, le candidat Slavi Trifonov (ITN - "Il y a un tel peuple") avait été le dauphin surprise avec 16,1%, il est maintenant devenu le vainqueur des élections, passant à 24,1%, laissant en deuxième position celui qui est toujours président par intérim et fut le vainqueur en avril, le conservateur Boiko Borissov (GERB), qui passe de 33,7% en avril à 23,5%.

Trifonov est un chanteur et célèbre présentateur de télévision, anticorruption et négationniste du COVID-19, qui a basé sa campagne sur l'attaque de la corruption structurelle du parti conservateur au pouvoir.  Pour cette raison, toute possibilité de gouvernement de coalition entre son parti ITN et le parti conservateur GERB était exclue. Une autre option, mathématiquement possible mais politiquement irréalisable, aurait été une coalition entre l'ITN et le Parti socialiste, qui a atteint 15 % en avril et se situe maintenant à 13,4 %. La troisième option mathématiquement possible, une coalition entre conservateurs et socialistes, avait également peu de chances de se concrétiser. Les analystes évoquent déjà la possibilité d'une troisième élection.

Dans le camp nationaliste, la division des candidatures a provoqué le départ du parlement des formations nationalistes présentes depuis 2017.  L'existence de quatre candidatures a fragmenté le vote et aucune d'entre elles n'avait atteint en avril les 4% requis pour entrer au Parlement. La même situation s'est répétée en juillet. Les quatre candidatures patriotiques ont obtenu 8,41 % des voix, mais aucune d'entre elles n'a réussi à franchir la barre des 4 %.

Patriotes bulgares (candidat formé par : VMRO - Mouvement national bulgare, Front national, Front pour la santé de la Bulgarie et de la Volva) : 3,16 %.

Renaissance : 2,97 %.                            

Été bulgare : 1,81 %.          

Ataka : 0,47 %.

Espérons que si une troisième chance se présente, les nationalistes sauront trouver la formule pour être présents au Parlement de Sofia.   

Source: https://www.enricravellobarber.eu/2021/04/elecciones-legistaltivas-en-bulgaria.html#.YPANPn7tb

mardi, 13 juillet 2021

La dictature de Macron comme à la parade

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La dictature de Macron comme à la parade

par Nicolas Bonnal

Voici où nous en sommes : vaccination avant incarcération et extermination (mais avec assentiment populaire). Et cela gagnera toute l’Europe. Voyez la Grèce, l’Allemagne ou la Belgique…

Macron établit sa dictature avec l’assentiment de la ploutocratie totalitaire : voyez mon livre de 2017, quand j’ai évoqué la fin des libertés. J’annonçais aussi de nouvelles résistances, mais de ce côté, au pays de Louis XIV, de Napoléon, de Napoléon III, de la Vendée, des Massacres de septembre, des guerres mondiales et coloniales, des droits du citoyen et du politiquement correct remixé Mai 68, on a été moins entreprenant que prévu – à part la protestation pétrolière et vite calmée (et encadrée) des gilets dits jaunes.

Tout cela je l’avais exposé dans mon universitaire pamphlet intitulé le Coq hérétique : la France n’était pas la terre de la liberté. Point. Les plus grands écrivains du dix-neuvième siècle l’avaient dit, et ils avaient fini par inspirer le dernier grand esprit français François Furet (Penser la révolution française). Jouvenel dans son Du pouvoir eut le courage de mettre les pendules à l’heure après 1945 quand il inventa la fastueuse expression « démocratie totalitaire » depuis rebaptisée « société ouverte ».

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De la même manière on assiste depuis quelques semaines à une disparition des antisystèmes ; le front se fracture et je l’avais dit aussi en me basant sur le film de Don Siegel L’invasion des profanateurs de sépulture. A la fin le héros (excellent Kevin McCarthy – sic) se retrouve seul face aux extraterrestres ou comme dirait Philippot aux rhinocéros. La fin-vaseline a été rajoutée sur ordre des studios, alors que Siegel (l’évadé d’Alcatraz…) voulait montrer une seule chose : nous devenions des légumes face à l’Etat et à la télé ; rappel, le héros résistant est médecin aussi, et c’est un beau clin d’œil. A la même époque on réalise aussi à Hollywood l’Homme qui rétrécit, qui rétrécit face à la science, face au médecin, face au chat, face à la femme libérée. Rien de neuf là aussi : lisez le livre VIII de Platon et le compte-rendu que j’en ai fait.

Les antisystèmes et les rebelles se volatilisent donc comme l’Eglise. Des gusses comme le Saker insultent, le vieux catho Castelnau ronchonne, Raoult rétropédale, le Tandonnet évoque une panique, les pépères comme Sannat résistent passivement, les Ménard et les Marianne veulent vacciner à tour de bras. En réalité ce n’est pas qu’il y avait fausse opposition ou opposition contrôlée, c’est qu’il n’y avait pas d’opposition du tout. Les types aboient, prennent leur coup de pied et partent la queue entre les pattes. C’est très bien expliqué dans Point Break.

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Tandonnet, ex-conseiller de Sarkozy et biographe de Tardieu (il faut le faire), ose écrire que le pouvoir panique. C’est comme si on disait que Louis-Napoléon Bonaparte paniquait le 2 décembre 1851 ou que Hitler tremblait de peur avant l’incendie du Reichstag. Il devrait lire Jouvenel ou Tocqueville au lieu de les citer ; le pouvoir ne fait que se renforcer. Il le fait car il a affaire à un peuple de semi-esclaves qui a cru se libérer en 1789 ou en 1870. On en revient à l’hallucination collective dont j’ai parlé maintes fois et qui dure en occident depuis la Renaissance et la machine à imprimer (Gutenberg, Faust, la planche à billets…).

La liberté occidentale est un mythe absolu : les gouvernements occidentaux sont toujours enragés, bolchéviques, oligarchiques, fascistes, ce qu’on voudra. Le populo continuera de se coucher, comme le remarquaient en leur temps Céline, Drumont et Bernanos.

Les bourreaux volontaires vont charger, et le troupeau s’incliner.

On conseillera aux résistants de se faire une raison avec leurs paquets. Ce n’est pas la Résistance qui a libéré la France, contrairement à l’énième mythe reçu.

Liens:

https://reseauinternational.net/celine-et-la-soumission-i...

https://reseauinternational.net/ecrabouillement-de-trump-...

https://reseauinternational.net/le-nouvel-ordre-mondial-e...

https://www.dedefensa.org/article/platon-nous-decrivait-i...

http://www.dedefensa.org/article/de-platon-a-cnn-lenchain...

mardi, 29 juin 2021

Bilan des élections régionales (Second Tour)

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Bilan des élections régionales (Second Tour)

par Thomas Ferrier

Ex: http://thomasferrier.hautetfort.com/archive/2021/06/28/ne-sortez-pas-les-sortants-6324148.html

Désertion des urnes.

65% des électeurs français, soit près de deux électeurs sur trois, ont choisi l’abstention au second tour des élections régionales, à peine moins qu’au premier tour. Cette désertion en masse des urnes est la conséquence mécanique de plusieurs phénomènes : la lassitude générale face au discours politique d’une opinion usée par les mesures sanitaires prises depuis plus d’un an, une absence totale de campagne d’information du gouvernement concernant ces élections, le refus par le président du Sénat de les décaler à l’automne, la construction de grandes régions artificielles sans enracinement identitaire (à l’instar du « Grand Est » en lieu et place de la Lorraine, de l’Alsace et de la Champagne) par la réforme d’Hollande, et enfin une campagne terne où un discours consensuel mou a dominé, y compris au Rassemblement National.

Victoire des sortants dans un contexte de démobilisation générale.

Confortant les résultats du premier tour où droite et gauche étaient renforcées dans les régions qu’elles dirigeaient depuis 2015, la droite classique réalise des résultats importants dans trois régions : la Provence avec Renaud Muselier face au RN (57,3%), l’Auvergne-Rhône Alpes avec Laurent Wauquiez (55,18%) et les Hauts de France avec Xavier Bertrand (52,37%) des voix, ce dernier profitant de l’occasion pour rappeler aux électeurs ses velléités de candidat aux élections présidentielles.

Dans les autres régions, la droite sortante gagne avec une sécurité suffisante et confortable : Valérie Pécresse en Ile de France (45,92% contre 33,68% pour la coalition de la gauche et de la gauche radicale), Hervé Morin en Normandie (44,26%), Jean Rottner (40,3%) dans le Grand Est ou Christelle Morançais dans les Pays de la Loire (46,45%).

De la même façon, la gauche conserve ses régions à l’instar de la Nouvelle Aquitaine (Rousset, 39,51%) et connaît même un triomphe en Occitanie avec Carole Delga, réélue avec 57,78% des voix, face au candidat RN, Garraud, incapable de récupérer les voix de la droite, malgré le résultat désastreux de Pradié pour les LR (18,22% des voix).

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Désastre pour le Rassemblement National.

Les appels du RN à la mobilisation des électeurs susceptibles de voter en sa faveur n’ont pas obtenu de réponse. Les résultats confortent donc l’impression défavorables du premier tour, à l’exception de deux régions. Ou bien le RN régresse, victime d’un vote utile, comme en Ile de France où Jordan Bardella obtient seulement 10,79% des voix, ou encore dans l’Ouest, ou bien il stagne dans la plupart des régions, ou il progresse de manière infime, dans les Hauts de France par exemple où Sébastien Chenu obtient 25,6% des voix.

Dans le Grand Est, Laurent Jacobelli (ex-DLF) obtient 26,3% des voix contre 21% environ au premier tour, en récupérant une partie importante des électeurs de Florian Philippot (6,95% des voix au premier tour). Cette progression est donc artificielle.

Thierry Mariani en Provence espérait en revanche être élu. Les derniers sondages laissaient espérer un duel serré avec Renaud Muselier (LR), soutenu par tous les autres partis politiques et ayant bénéficié du retrait du candidat écologiste. Avec 42,7% des voix, Mariani est très loin du compte.

Le recentrage stratégique de Marine Le Pen dans le cadre de la stratégie de présidentialisation ourdie par son beau-frère Philippe Olivier a oublié les électeurs, considérés comme un dû. Ceux-ci au contraire ont manifesté leur incompréhension et leur désaccord en ne participant pas au vote pour un parti qui devient comme les autres. Les prises de position récentes de Marine Le Pen en faveur de la CEDH, pour donner des gages aux musulmans ou encore en faisant le procès en extrémisme d’Eric Zemmour, ont troublé son électorat dans un scrutin à faible enjeu.

Au soir de l’échec, aucune remise en question pourtant n’a eu lieu. Marine Le Pen s’est limitée à rappeler l’importance des élections présidentielles, la « mère des batailles » aux yeux de son père, pour éviter d’avoir à rendre des comptes sur sa campagne des élections régionales. Pour Philippe Olivier, chef d’orchestre de la stratégie présidentielle, il est hors de question de mettre en doute ce repositionnement au centre qui sera mené jusqu’à son terme.

Bilan des élections régionales.

Pour Emmanuel Macron comme pour Marine Le Pen, la stratégie de court terme sera de faire oublier ce fiasco électoral des deux partis attendus au second tour des élections présidentielles de 2022 selon tous les sondages. Leur erreur aura été notamment de vouloir nationaliser une élection à enjeux locaux.

Les sondages ont également démontré leur pertinence limitée, avec un RN clairement surévalué dans les sondages des deux tours des élections régionales, et peut-être dans les sondages relatifs aux élections présidentielle.

Enfin, Eric Zemmour apparaît désormais comme le seul candidat à droite capable de déstabiliser suffisamment Marine Le Pen pour prendre sa place au second tour ou en tout cas plomber la campagne de la candidate, celle-ci ayant annoncé sa décision très tôt, ce qui n’est pas forcément une stratégie habile. Ce n’est pas Nicolas Dupont-Aignan, dont les rares listes n’ont pas dépassé 2% des voix, qui pourra lui désormais lui disputer ce rôle.

Quant à la droite, elle va continuer de se déchirer entre différents candidats qui tous espèrent représenter LR aux élections, Bertrand et Pécresse en tête. Mais Wauquiez peut désormais se poser également la question.

Il ne faut pas transposer les résultats de ces élections régionales à un contexte présidentiel où l’abstention sera nécessairement beaucoup plus réduite, mais c’est en tout cas un indice. Les chances de victoire de Marine Le Pen au second tour des présidentielles face à Emmanuel Macron paraissent désormais très minces.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

vendredi, 25 juin 2021

Bonnal et les élections régionales

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Bonnal et les élections régionales

 
Le Coup de Gueule de Nicolas Bonnal, rubrique de Café Noir du mardi 22 juin 2021. Publiée le jeudi 24 juin 2021.
 
 
Chroniques sur la Fin de l’Histoire https://www.amazon.fr/Chroniques-sur-...
 
LIVRES DE BONNAL CHEZ AVATAR EDITIONS
 
Louis Ferdinand Céline – La Colère et les Mots https://avatareditions.com/livre/loui...
 
 
Internet – La Nouvelle Voie Initiatique https://avatareditions.com/livre/inte...
 
Le Choc Macron – Fin des Libertés et Nouvelles Résistances https://avatareditions.com/livre/le-c...
 
SITE DE NICOLAS BONNAL: https://nicolasbonnal.wordpress.com/

samedi, 19 juin 2021

Les Verts ont-ils atteint le sommet trop tôt en Allemagne ?

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Les Verts ont-ils atteint le sommet trop tôt en Allemagne ?

Par Tom Luongo

Source Gold Goats ‘n Guns

Au cours de l’année écoulée, le parti des Verts a vu sa popularité grimper en flèche, profitant, d’après ce que j’ai pu comprendre, d’une sorte de vague anti-gouvernementale venant de la gauche grâce à la mauvaise gestion continuelle du programme de vaccination COVID par Angela Merkel et à l’épuisement dû à de multiples séries de confinements.

Les manifestations à travers l’Allemagne, peu relayées par les médias, ont proliféré et la montée des Verts peut être considérée comme une sorte de simple vote de protestation contre le gouvernement actuel, une autre des grandes coalitions de Merkel entre son Union chrétienne-démocrate (CDU) de centre-droit et les sociaux-démocrates (SPD).

Le SPD a perdu un soutien considérable au cours du mandat de ce gouvernement et les Verts en ont été les bénéficiaires. J’en ai déjà parlé et j’ai expliqué comment Mme Merkel se sert des Verts comme d’un fouet à la Chambre haute, le Bundesrat, pour faire avancer la politique allemande dans le sens défini par ses maîtres à Davos.

Cela a entraîné une perte de soutien pour la CDU et le SPD au niveau national, tandis que les Verts ont progressé, de sorte que le paysage électoral en Allemagne n’est pas meilleur que celui de l’Espagne ou de l’Italie.

Et de là où je suis, cela a toujours semblé être le plan. Le problème, cependant, c’est qu’après avoir atteint un pic national de près de 28 % au début de l’année, le soutien des Verts est en train de décliner, les gens écoutant sincèrement les idées qu’ils défendent réellement.

Ils sont devenus de plus en plus belliqueux, soutenant la guerre en Ukraine pour contrer la Russie et se sont tus récemment sur le conflit entre le Hamas et Israël. Ils sont dirigés par des personnes interventionnistes et de plus en plus néoconservatrices en interne, tout en faisant commerce de leurs racines pacifistes. Et cette dichotomie commence à les rattraper apparemment, du point de vue des électeurs allemands.

En effet, les Verts, tout comme Mme Merkel, sont une filiale à part entière du programme du forum de Davos visant à rendre le monde sûr pour le communisme et le Green New Deal, un document législatif européen de 593 pages qui est bloqué par des luttes idéologiques intestines au sein du Parlement européen, où les membres se battent pour des raisons classiques telles que la définition des mots et ce qui est ou n’est pas assez pur idéologiquement.

411a4tVd1JL._SX323_BO1,204,203,200_.jpgC’est le problème de « l’éléphant et le cavalier » de Jonathan Haidt qui se joue au niveau politique.

Dans un billet destiné à mes Mécènes le 23 mars dernier, j’ai dit que les plus grands ennemis du Green New Deal étaient les Verts.

Une grande partie de la « guerre culturelle », qui se transforme en une « guerre de tous contre tous » à la Hobbes, est due à la spirale logique construite sur de fausses prémisses, comme le réchauffement climatique d’origine humaine, et qui s’amplifie à partir de là.

W.B. Yeats appelait cela un « tourbillon en expansion », mais c’est la raison pour laquelle l’UE ne parviendra jamais à mettre en place ses règles d’investissement vertes, et certainement pas à temps pour l’échéance de 2030. Rappelez-vous, je considère l’UE comme la dernière tentative des oligarques occidentaux de coloniser le monde par une domination réglementaire à la californienne.

Le discours incessant sur l’élargissement de l’UE a pour but d’amener plus de pays sous sa rubrique réglementaire, forçant plus de gens à adhérer à ses normes, ce qui augmente ensuite la pression sur les partenaires commerciaux pour qu’ils fassent de même.

C’est la Californie sous stéroïdes léninistes.

Et je ne crains toujours pas le Green New Deal en lui-même, mais la façon désordonnée dont il sera mis en œuvre une fois que les lobbyistes auront mis la main dessus. Ce sera un morceau de porc pourri horriblement gonflé que l’électeur allemand moyen, fiscalement conservateur, sait qu’il devra finalement payer.

Ainsi, en gardant cela à l’esprit et en considérant que les Verts atteignent un pic dans les sondages à quatre mois des élections au Bundestag, une institution zombie en raison du droit de veto des Verts au Bundesrat obtenu grâce à Merkel, il est possible que nous assistions à un revirement brutal dans les sondages au moment des élections.

Pourquoi ? Les élections au niveau des États

La semaine prochaine, des élections régionales auront lieu dans l’État allemand de Saxe-Anhalt. Et plus nous nous rapprochons de ces élections, plus les sondages allemands sont intéressants, pour la première fois depuis des mois. En effet, le parti jusqu’ici incompétent Alternative für Deuschland (AfD) a réussi à se positionner pour remporter ces élections, ce qui rend très difficile pour Mme Merkel, incarnation même du canard boiteux, de les tenir à l’écart du gouvernement par le biais de tractations en coulisses.

Que la CDU soit le parti qui recueille le plus de voix est une chose, mais que l’AfD se voit refuser un siège à la table après deux cycles électoraux en Saxe, alors qu’elle dispose d’un niveau de soutien stable de 23 à 25 %, qui augmente à mesure que nous approchons du jour des élections, en est une autre.

Ainsi, si l’AfD remporte cette élection, ce sera un camouflet pour tous les autres partis s’ils refont le même coup que lors du dernier tour des élections, en refusant même de discuter avec eux. Et cela pourrait être le catalyseur d’un véritable mouvement dans les sondages en octobre.

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Je maintiens que l’AfD a gâché ses nombreuses chances de devenir le porte-drapeau du centre-droit pour l’Allemand moyen. L’AfD est toujours embourbé sous le seuil critique des 16 % au niveau national, tandis que le SPD est devenu insignifiant. Des sondages récents montrent que le nombre de voix au niveau national est en train de remonter depuis le creux de la vague post-Coronapocalypse. La question est maintenant de savoir s’ils saisiront l’occasion qui se présente à eux de mettre l’agenda du Davos en échec à un moment critique de l’histoire européenne et de se positionner comme le véritable parti anti-guerre et pro-classe moyenne allemande.

Je ne suis pas très optimiste à ce sujet, compte tenu de l’histoire de ses dirigeants, mais cela vaut la peine d’être observé alors que le fossé entre l’ancienne Allemagne de l’Est et de l’Ouest s’élargit politiquement. Le Davos promeut toujours des actions visant à assurer un affaiblissement du leadership dans les pays clés. Et il me semble que la situation en Allemagne est instable et pourrait compromettre leurs meilleurs plans.

Tom Luongo

Traduit par Zineb, relu par Wayan, pour le Saker Francophone

samedi, 08 mai 2021

Élections régionales de Madrid: punition pour la gauche

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Élections régionales de Madrid: punition pour la gauche

Par Jordi GARRIGA

Ex: https://metainfos.com/2021/05/06/

Ce mardi 4 mai, des élections régionales anticipées ont eu lieu dans la Communauté de Madrid. Elles étaient anticipées car les dernières avaient eu lieu en 2019. La raison de l’avance électorale était la rupture du pacte gouvernemental entre le Parti populaire et Ciudadanos dans la région de Murcie et l’accord du nouveau gouvernement régional de Ciudadanos avec le parti socialiste. La présidente de Madrid, Isabel Díaz Ayuso, craignant le même mouvement à Madrid (puisqu’elle gouvernait grâce à la même combinaison), a décidé de faire avancer les élections, malgré le fait que la gauche ait tenté d’éviter cet appel, signe que le plan était bien de faire la même chose qu’à Murcie.

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Malgré les sondages gouvernementaux, qui prédisaient une victoire pour les partis de gauche, l’actuelle président de Madrid a réalisé un grand triomphe, obtenant 65 députés (+35) et touchant la majorité absolue (sur 132 sièges). Il faut tenir compte du fait qu’elle gouvernait auparavant grâce au pacte de ses 30 députés à l’époque avec les 26 de Ciudadanos et 12 de VOX. Elle a donc gagné son pari !

Le parti le plus perdant a été Ciudadanos, un parti du centre libéral qui avait joué électoralement aux côtés de la droite, mais de manière inattendue et contre l’opinion de ses cadres et des membres du parti, ou des électeurs, qui s’étaient alors tourné vers le parti socialiste en essayant changer le gouvernement de trois régions par des motions de défiance. La punition a été totale: de 26 députés à 0. Plus de 500 000 voix perdues.

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Au contraire, la présidente Díaz Ayuso, qui a été diabolisée et assiégée à la nausée par le gouvernement central et ses médias, a reçu le soutien de 1.600.000 voix, remportant 1 million de voix en plus et représentant la force la plus plébiscitée dans tous les districts de Madrid et sur 176 des 178 communes de la région. Dévastateur ! Les raisons les plus plausibles de ce soutien populaire ont sans aucun doute été sa position contre la fermeture des lieux de travail  en défendant une circulation maximale, organisant du coup une confrontation permanente avec le gouvernement socialiste en Espagne pendant et sur la crise du COVID.

Le parti socialiste est descendu de la première position à la troisième, avec son candidat Gabilondo, personnage gris sans charisme, dépassé de quelques milliers de voix par un autre candidat de gauche, séparé du PODEMOS, Más Madrid.

VOX a pour sa part été maintenu, passant de 12 à 13 députés et remportant près de 50 000 voix supplémentaires. Il a déjà annoncé sans surprise sa volonté de soutenir un gouvernement du Parti populaire dans la région.

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Le soir même des élections, Pablo Iglesias, qui avait démissionné de son poste de vice-président du gouvernement espagnol pour être candidat du PODEMOS, a annoncé sa démission de ses fonctions et de la politique. Comme je l’ai annoncé (https://metainfos.com/2021/04/18/pablo-iglesias-ou-quand-...), même si je ne m’attendais pas à ce que ce soit si tôt. Sa candidature a obtenu 80 000 voix de plus qu’en 2019, mais c’est clairement un échec avec 7% de voix au total. Dans tous les quartiers populaires qu’ils prétendent représenter, la droite a gagné et l’étrange campagne intimidante, dans laquelle ils ont reçu des lettres avec des balles à l’intérieur, ainsi que leurs appels à parier entre «démocratie ou fascisme» n’ont guère influencé les résultats. En fait, le véritable électorat espagnol, au-delà des cris hystériques des médias, ne se préoccupe pas des problèmes typiques d’une guerre civile qui a pris fin il y a plus de 80 ans, mais plutôt de pouvoir manger et pouvoir travailler tous les jours. Les appels antifascistes ou anticommunistes (Vox avec son « nous avons arrêté le communisme à Madrid« ) ont déjà perdu de leur efficacité à cause d’une certaine saturation passéiste. Le monde a changé mais certaines générations comme en France ne s’en sont pas encore rendu compte !

En fait, les vrais communistes et fascistes qui se sont présentés à ces élections, avec leurs candidatures marginales qui n’ont pas atteint 1% des voix, ont été encore plus acculés: le Parti communiste des travailleurs d’Espagne (PCTE) est passé de 2610 à 1 653 voix (0,05%) et la Falange Española de las JONS (FE de las JONS) de 2 217 à 1 129 voix (0,03%)…

Le chef du PP, Pablo Casado, dans son euphorie a annoncé que ces élections marquent le début de la récupération du gouvernement espagnol. Certes, puisque la lecture initiale de ces élections pourrait bien être le retour, dans peu de temps, du bipartisme en Espagne. Si, jusqu’à récemment, cinq partis se disputaient directement des positions de pouvoir dans les différentes élections, la carte politique espagnole est maintenant la suivante:

– Ciudadanos, après une série d’erreurs stratégiques  disparaîtra rapidement et presque tous ses électeurs iront au Parti populaire.

– PODEMOS, après le départ de Pablo Iglesias a de nombreuses possibilités de désintégration, puisque son leader était le pilier fondamental de sa cohésion.

– VOX, qui malgré son maintien, ne cesse de suivre le Parti populaire, court le risque que ses électeurs finissent tôt ou tard par parier sur le parti le plus grand, le plus modéré et qui en dit autant sans trop crier.

mardi, 04 mai 2021

Éric Zemmour à découvert

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Éric Zemmour à découvert

par Georges FELTIN-TRACOL

Le microscopique landerneau des « nationaux » hexagonaux connaît ces derniers temps une véritable fièvre politico-intellectuelle. Éric Zemmour se présentera-t-il à la présidentielle en 2022 ? Le maire d’Orange, Jacques Bompard, mobilise les ressources de son micro-parti, la Ligue du Sud, afin que le chroniqueur-vedette de CNews le soit.

L’hypothèse d’une candidature présidentielle de Zemmour n’est pas neuve. En 2015 bruissaient déjà des rumeurs autour de cette hypothèse. Quelques sondages lui accordaient au premier tour entre 12 et 16 %. Le futur directeur de la rédaction de Valeurs Actuelles, Geoffroy Lejeune, publia même une fiction politique intitulée Une élection ordinaire (1) qui imaginait sa victoire face à François Hollande (2). Il est vrai que contre « Flamby », même une chèvre l’emporterait tant le bilan du septième président de la Ve République est désastreux.

La tentation est grande. Le mécontentement de l’opinion populaire est si vif qu’il rend possible l’entrée en lice d’un candidat « vafanculiste » ou, tel Christophe Mercier dans les ultimes épisodes de la troisième et dernière saison de Baron noir, un « anti-Système » capable de bouleverser les rapports de force politiciens habituels (3) et de s’approche ainsi de l’Élysée.

Une candidature nécessaire ?

Les actuels soutiens politiques d’Éric Zemmour ne cachent pas leur volonté de faire chuter Marine Le Pen qui a déjà commencé sa troisième campagne présidentielle. Se prépare-t-elle dès à présent, malgré des sondages flatteurs qui indiquent un vrai conditionnement en amont de l’opinion publique, à un nouvel échec ? Elle sait si bien transformer l’or des intentions de vote en plomb des suffrages. Un nouveau second tour entre les protagonistes de 2017 installerait pour au moins trois décennies la présidente du Rétrécissement népotique dans une posture monopolistique qui étoufferait toute tentative sérieuse de renouvellement politique et générationnel. Une candidature Zemmour conduite à son terme logique, c’est-à-dire sa présence au premier tour de l’élection, nonobstant les difficultés financières, le problèmes d’obtenir les inévitables cinq cents parrainages, l’obstruction éventuelle de la part d’une justice guère indépendante et l’effroyable tir de barrage médiatique (4), aboutirait à l’écarter du duel final, à l’empêcher de danser ensuite le soir de sa nouvelle défaite sur des airs musicaux des années 1980 et à la renvoyer à son occupation favorite et sympathique : l’élevage des chatons.

41TsW-sneOL._SX340_BO1,204,203,200_.jpgToutefois, Éric Zemmour mériterait-il l’appui, matériel, humain et financier, de l’Opposition nationale, populaire, sociale, identitaire et européenne ? On peut en douter à la lecture de L’Autre Zemmour de Youssef Hindi. L’auteur des Chroniques du sionisme (Kontre Kulture, 2019) enquête sur le fer de lance journalistique de la réaction néo-conservatrice hexagonale. Il entend dévoiler les impostures et les contradictions du rédacteur d’Un quinquennat pour rien (2016). Ce livre n’est pourtant pas un pamphlet qui attaquerait la personne.

Youssef Hindi expose dans un style clair, précis et agréable une stratégie qu’il qualifie de « violence par tiers interposée (p. 188) » et dont Éric Zemmour serait sinon l’instigateur, pour le moins le bénéficiaire. « Cette stratégie […] consiste […] à désigner à un allié de circonstance un ennemi, ou un bouc émissaire, pour dévier la violence vers ce tiers et ainsi atteindre un objectif stratégique (p. 188). » Éric Zemmour ne serait-il pas néanmoins l’un de « nôtres » ? Son intervention, la plus virulente et la plus applaudie, à la Convention de la droite du 28 septembre 2019 n’est-elle pas ouvertement identitaire (5) ? N’a-t-il pas naguère accordé un long entretien au magazine Réfléchir & Agir (6) ? Suivant les conseils de son entourage, il n’a en revanche jamais donné suite aux demandes répétées de venir dans le local de la radio Internet dissidente Méridien Zéro

Une autre interprétation française

Rejoignant les analyses d’Emmanuel Todd, Youssef Hindi estime qu’« Éric Zemmour est un outil de détournement d’une colère populaire (p. 49) ». À l’instar de ses équivalents de « gauche », Bernard-Henry Lévy, Claude Askolovitch, Edwy Plenel, grands promoteurs d’« un multiculturalisme qui mine la société (p. 190) », Éric Zemmour s’oppose à leurs propositions mortifères sans pour autant se préoccuper de la question sociale. « Le peuple est pris en étau entre ces deux discours idéologiques apparemment antagonistes mais en réalité complémentaires (p. 190). » Son infléchissement idéologique dû à divers facteurs se vérifie quand on s’intéresse à sa « trilogie française ». Le Suicide français (2014) et Destin français (2018) exposent un panorama décliniste qui ignore les causes profondes de cette décadence. Leur auteur ne semble pas connaître l’œuvre remarquable d’Emmanuel Beau de Loménie, en particulier son étude en cinq volumes sur Les Responsabilités des dynasties bourgeoises. Dans Mélancolie française (2010), sa perspicacité y était plus affinée. Certes, son anti-féminisme anachronique l’incite à critiquer le renversement des alliances de 1756 orchestré par Madame de Pompadour et à déplorer le mariage autrichien de Napoléon Ier alors que Louis XV et l’empereur des Français avaient compris l’avantage de s’allier durablement à la Maison d’Autriche au nom des équilibres géopolitiques fondamentaux du continent européen face au nouveau bloc protestant Angleterre – Provinces-Unies – Hanovre – Prusse.

817FYEFLIOL.jpgÉric Zemmour appartient sans aucune contestation possible à une « droite » qui fait sienne l’universalisme républicain. Youssef Hindi le qualifie donc de « militant télévisuel d’un laïcisme de combat (p. 59) ». Or, « l’Autre Zemmour, le vrai, n’a pas été à l’école publique et laïque ni sur les bancs d’une école privée catholique comme pourraient l’imaginer ses lecteurs et admirateurs. Il a passé son enfance dans des écoles confessionnelles juives (p. 60) ». Pour la circonstance, l’auteur retrace la généalogie intellectuelle du judaïsme politique et insiste sur la « pénétration de la kabbale dans la Révolution et la République (p. 65) ». Il rappelle par ailleurs que « le mouvement assimilationniste juif […] avait un lien de parenté direct avec la secte frankiste dont le père est le rabbin kabbaliste et messie autoproclamé Jacob Frank (1726 – 1791) (p. 66) ». Un autre chercheur non formaté au politiquement correct, Pierre Hillard, a mis en lumière les liens étroits entre les cénacles kabbalistes et frankistes et le néo-conservatisme anglo-saxon par l’intermédiaire, d’une part, du philosophe politique Leo Strauss et, d’autre part, des dynasties européennes installées via le rôle subversif, discret et déterminant des Battenberg – Mountbatten…

L’antinomie France – République

Youssef Hindi ne commet pas l’erreur d’Éric Zemmour de lier la France et la république dans la même continuité politique. Bien au contraire, « la république s’est fondée dans une opposition radicale et sanglante à la France catholique. C’est une rupture historique, idéologique et certainement pas une union (p. 112) ». Si Éric Zemmour ne comprend pas que l’idée républicaine issue des abjectes Lumières corrompt la France, Youssef Hindi confirme à demi-mot la thèse « gallovacantiste » ou « francovacantiste », ce qui explique l’abêtissement sans précédent du « peuple » français.

41ySDqKJPyL.jpgOn peut cependant lui reprocher de ne pas s’intéresser suffisament aux liens anciens et étroits entre certains mouvements sionistes et des factions entières de la Droite nationale. En 1967, au moment de la Guerre des Six Jours, cette Blitzkrieg lancée par Israël contre ses voisins arabes, le journaliste Serge de Beketch voulait s’engager dans les forces armées israéliennes. Jean-Marie Le Pen et Dominique Venner apportaient leur soutien à l’État hébreu dans Minute. Auteur du Livre noir de la droite (1998), Éric Zemmour connaît bien cet arrière-plan idéologique que regrettaient Maurice Bardèche, François Duprat et Pierre Sidos et qui apparaît aujourd’hui comme un « national-sionisme ». La référence idoine de ce nationalisme français pro-israélien demeure néanmoins Pierre Boutang. Le fils spirituel prodigue de Charles Maurras se rallia à la Ve République gaullienne, écrivit en 1980 un retentissant pamphlet contre Valéry Giscard d’Estaing, Précis de Foutriquet, et ne cessa jusqu’à sa mort en 1998 d’approuver les actions d’Israël. Il voyait dans le sionisme un nationalisme maurrassien juif. Éric Zemmour renoue avec l’héritage du fondateur de La Nation française.

L’Autre Zemmour de Youssef Hindi est un vrai pavé jeté dans la mare. Certes, l’auteur ne débattra pas à 19 h sur le plateau de CNews avec son brillant sujet… Les gazettes droitières tairont bien évidemment l’ouvrage et il serait plus qu’improbable de le trouver sur la devanture des librairies parisiennes dites « rebelles », à part bien sûr la Librairie Vincent qui vient d’avoir les honneurs de la deuxième page de Charlie Hebdo du 14 avril 2021. C’est le lot habituel des livres qui dérangent vraiment.

Georges Feltin-Tracol

Notes

1 : Geoffroy Lejeune, Une élection ordinaire, Ring, 2015.

2 : Sur la recension d’Une élection ordinaire, cf. Georges Feltin-Tracol, « Opération Monsieur Z », mis en ligne sur Europe Maxima, le 14 juillet 2019.

3 : cf. Georges Feltin-Tracol, « Les leçons de Baron noir », mis en ligne sur Europe Maxima, le 1er novembre 2020.

4 : Les accusations récentes d’agressions sexuelles contre Éric Zemmour à l’initiative de quelques femmes qui réagissent quinze ans après les faits supposés, reprises et amplifiées par les « petits soldats » de Mediapart dans un article fielleux paru le 29 avril dernier dénotent une réelle inquiétude de la part d’une certaine gauche en coma dépassé à propos d’une éventuelle candidature présidentielle du polémiste.

5 : cf. Éric Zemmour, « La société progressiste est une société liberticide », mis en ligne sur Polémia, le 3 octobre 2019.

6 : « Brillant à grand pas Éric Zemmour », entretien d’Éric Zemmour par Pierre Gillieth, dans Réfléchir & Agir, n° 26, été 2007, pp. 36 – 38.

• Youssef Hindi, L’Autre Zemmour, préface d’Alain Soral, Kontre Kulture, 2021, 252 p., 17,50 €.

mardi, 13 avril 2021

Élections législatives en Bulgarie – Avril 2021

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Élections législatives en Bulgarie – Avril 2021

Enric Ravello Barber

Ex : https://www.enricravellobarber.eu/2021/04/

Le parti conservateur GERB a de nouveau remporté les élections bulgares de la semaine dernière avec 25,7% des voix. La deuxième place revient au jeune parti ITN (There is such a people) dirigé par un célèbre chanteur et présentateur de télévision, qui s’affiche ‘’anti-corruption’’ et nie ouvertement le COVID-19,  Slavi Tritonov. Il constitue la grande surprise des élections qui, avec ses 16,2% des voix, laisse les sociaux-démocrates du BSP en troisième position avec 15%. Le quatrième parti est le DPS, un parti libéral de l'importante minorité turque, qui obtient 11,9% des voix.

Malgré la victoire électorale, les résultats ne sont pas bons pour le GERB gouvernemental qui perd 8 points par rapport aux 33,7% réalisés en 2017. Le panorama post-électoral laisse l'actuel président Boiko Borissov dans une situation très compliquée pour pouvoir former un gouvernement. Slavi Tritonov - le vainqueur moral des élections - a annoncé qu'il n'entrerait dans aucune coalition.

Il est peu probable que les sociaux-démocrates rejoignent une quelconque coalition gouvernementale avec le GERB, car il leur est très difficile de le faire.

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Slavi Tritonov.

Le GERB a formé un gouvernement avec les nationalistes du VMRO (Organisation révolutionnaire macédonienne interieure - Mouvement national bulgare), qui ont perdu leurs 12 députés et sont désormais exclus de la Chambre car ils n'ont pas atteint les 4% nécessaires pour obtenir une représentation (3,64% ; ils avaient eu 9,07% en 2017). Le gouvernement avait le soutien parlementaire d'une autre formation nationaliste, Volya, qui, avec 2,2% (7% en 2017), perd également toute représentation. Deux autres candidatures nationalistes se présentaient aux élections: Revival, avec 2,2%, et Ataka, qui comptait auparavant trois députés européens, avec 0,49% des voix. La désunion nationaliste et l'incapacité à présenter une liste unique, les a laissés hors du Parlement. Ils auraient certainement obtenu des sièges s'ils avaient présenté une liste unique, bien qu'ils auraient eu moins de députés qu'en 2017 en raison de l'effet de la candidature de Tritonov.

Les négociations pour former un gouvernement seront longues, et personne n'exclut de nouvelles élections, sinon le gouvernement sera faible pour affronter les quatre prochaines années avec stabilité.

lundi, 12 avril 2021

Un slogan révélateur

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Un slogan révélateur

par Georges FELTIN-TRACOL

Ex; http://www.europemaxima.com

Il y a cent ans et quelques mois surgissait d’une scission au congrès socialiste de Tours en décembre 1920 la SFIC (section française de l’Internationale communiste) qui deviendra ensuite le Parti communiste français (PCF). Incontestable puissance électorale au début de la IVe République, ce parti lié à l’Union Soviétique va lentement décliner suite à une conjonction de plusieurs facteurs défavorables pour son supposé prestige : les crises de Budapest en 1956 et de Prague en 1968, le retour au pouvoir du général De Gaulle en 1958 et la signature du Programme commun de la gauche préparée par le machiavélique François Mitterrand.

Aux élections européennes de 2019, la liste communiste conduite par Ian Brossat n’a obtenu que 564 949 suffrages, soit 2,49 %, ce qui est encore beaucoup trop pour un parti connu pour sa plasticité politicienne d’Anne Hidalgo à Jean-Luc Mélenchon. Malgré une réalité groupusculaire, ce parti politique dispose toujours d’un groupe parlementaire à l’Assemblée nationale et au Sénat, dirige encore le conseil départemental du Val-de-Marne et administre quelques centaines de municipalités. Ancien organe officiel du parti, L’Humanité demeure le papier-toilette imprimé le plus subventionné de France. Au moment des élections municipales de l’année dernière, le PCF qui a troqué la faucille et le marteau pour une étoile à cinq branches cherchant à se confondre avec l’Hexagone, une larme (de sang ?) au-dessus d’elle, a présenté un étonnant slogan qu’on va revoir aux prochaines élections départementales et régionales : « L’humain et la planète d’abord ».

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Ce slogan exprime toute la trahison de la formation de la place du Colonel-Fabien par rapport au prolétariat. Soumis au politiquement correct, il tend à privilégier l’humain à l’homme, car il ne faudrait surtout pas indisposer les femmes, les non-binaires trans-fluides et autres catégories auto-psychiatriques avérées. Il ne s’adresse finalement qu’à un agrégat biologique supra-moléculaire. Le postulat y est clairement individualiste, féministe et gendériste, d’où l’emploi systématique de la stupide écriture inclusive.

Cette valorisation hyper-individualiste se complète d’une référence appuyée à la « planète ». L’invocation est maintenant courante de la part des « escrologistes » verts et des jeunes crétins qui, chaque vendredi ouvré – journées, bien sûr, sans coronavirus -, manifestent pour le climat. La formule mentionne la planète et non pas le monde, la Terre ou le globe, comme si les ultimes momies communistes venaient de la découvrir depuis leur lointain espace intersidéral…

« L’humain et la planète d’abord » imite évidemment l’injonction habituelle en cas de naufrage « Les femmes et les enfants d’abord ». Cri dont on doit condamner le sous-entendu patriarcal, sexiste, âgiste, anti-jeuniste, transphobe, voire validiste… En se focalisant sur l’humain et sur la planète, ce slogan efface toutes les communautés intermédiaires, naturelles, volontaires et contractuelles. il nie les ensembles d’appartenance intermédiaires (la famille, la civilisation continentale, le métier, le travail, la région, la nation, etc.). Il ne favorise qu’un hyper-individualisme égotiste ainsi qu’un cosmopolitisme planétarien béat. La priorité accordée à un tas de viande vivant et à un organisme planétaire conscient écarte ainsi toute velléité anti-spéciste. Que faire des insectes, des lombrics et des vers à soie dans cette intolérable perspective individuo-mondialiste ?

« L’humain et la planète d’abord » ne peut toutefois que ravir George Soros et les ploutocrates de l’hyper-classe mondiale. Ils nous préparent en effet un avenir sinistre d’êtres réduits en simples atomes sans sexe ni identité essentielle qui surconsomment et s’endettent. On regretterait presque les tentatives infructueuses en 1938 de Maurice Thorez de passer du Front populaire à un « Front des Français » belliqueux anti-allemand, les charges de bulldozers au début des années 1980 contre les foyers Sonacotra et les trafiquants de drogue dans les fiefs communistes de la « ceinture rouge » parisienne ou les timides rapprochements rouge-brun entre 1992 et 1994.

Il est par conséquent temps que le PCF, ses responsables, ses militants, ses sympathisants et ses électeurs soient promptement euthanasiés. La politique française et la « planète » ne s’en porteraient pas plus mal.

Georges Feltin-Tracol

• « Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n° 209, mise en ligne sur TVLibertés, le 6 avril 2021.

mardi, 06 avril 2021

La dérive des Verts

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La dérive des Verts

par Franck BULEUX

On peut considérer Les Verts – ou plus exactement depuis 2010, Europe-Ecologie – Les Verts (EELV) – sous plusieurs aspects.

En France, la réelle poussée de ce mouvement politique date des municipales de 1977 avec des scores dépassant les 10 % dans de nombreuses grandes villes, leur permettant assez souvent, grâce à un massif report de voix à gauche, socialiste ou communiste, de battre des maires sortants proches alors de la majorité giscardienne. Brice Lalonde, à Paris, et Antoine Waechter, à Mulhouse, se présentaient comme des candidats neufs, issus de la candidature de René Dumont, aux présidentielles de 1974, qui capitalisa 1,3 % des suffrages exprimés.

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Ce ballon d’essai de 1977 mettra du temps à se pérenniser dans les urnes, malgré une certaine sympathie du public. Il faudra attendre 1989 pour qu’une liste « verte » dépasse les 5 % aux européennes avec les 11 % d’Antoine Waechter, qui, avec près de 2 millions des suffrages, talonne la liste de Jean-Marie Le Pen, déjà ancré dans la vie politique, avec 12 %.

Antoine Waechter n’hésitait pas, d’ailleurs, à cette époque, à participer à des conventions organisées par le GRECE (Groupement de recherches et d’études pour la civilisation européenne), principal mouvement de ce que l’on appelle la « Nouvelle Droite ». D’ailleurs, Waechter quitta le mouvement vert, devenu rose et rouge, pour fonder, plus tard, le Mouvement écologiste indépendant (MEI) qu’il dirige toujours, sans visibilité électorale.

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Les années 1990 virent une concurrence politique entre « réalistes » et « fondamentalistes », selon l’expression allemande consacrée au sein des « Grünen », mettant en scène le toujours sémillant Lalonde, roue de secours de la gauche et Noël Mamère, avec Génération écologie (GE) face à Dominique Voynet, pour Les Verts, qui deviendra ministre. Les enquêtes d’opinion nous montrèrent assez rapidement et clairement qu’il y avait une porosité certaine entre les électorats socialiste et écologiste. La chute du PS à partir de 1992 (avec les affaires financières et celle du « sang contaminé » et l’usure du président Mitterrand) faisait gonfler le vote écologiste, même fractionné, plafonnant à 15 % aux régionales de 1992.

Et puis, la suite se passe à gauche toute : une ministre écologiste en 1997 dans le gouvernement Jospin (le temps de la « gauche plurielle » cinq ans avant la « gauche plus rien »), le retour du « révolutionnaire des crèches » (voir son livre Le Grand bazar) Daniel Cohn-Bendit tête de liste aux européennes de 1999… Depuis cette fin de siècle, Les Verts, qui deviendront, en symbole de leur totale soumission à l’Union européenne, EELV, ce mouvement n’est qu’un pseudopode du PS. La preuve la plus récente : pour éviter que les socialistes ne tombent en dessous des 5 % aux présidentielles, Les Verts ne présentèrent pas de candidat (une première depuis 1974) pour soutenir le candidat résiduel, l’élu islamo-compatible de Trappes, Benoît Hamon qui, en culminant avec 6 % des suffrages, évita la déroute totale, puisque Defferre avait fait moins bien que lui, en candidat socialiste, en 1969, avec 5 %. Hamon mieux que Defferre ! On a les victoires que l’on mérite, merci les écologistes !

Et pourtant, il y eut des « tendances » plus marquées à droite, le combat environnementaliste n’est-il pas celui d’une droite conservatrice ancrée dans le respect de l’ordre naturel ? La biodiversité, si chère aux écologistes, ne devrait-elle pas, aussi, s’appliquer aux populations humaines en tous points du globe ? Plus haut, j’ai indiqué la présence de Waechter auprès d’Alain de Benoist, le « pape » de la « Nouvelle Droite ». Il fut même un temps, que tout le monde a oublié, que je rappelle dans un de mes essais consacré à l’Europe des régions, où, à Strasbourg, le groupe des Verts incluait la Ligue du Nord italienne, mouvement dont est issu l’ancien ministre Matteo Salvini, en compagnie, d’ailleurs, des nationalistes flamands [NDLR Europe Maxima : de la Volksunie et non du Vlaams Blok].

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À une certaine époque, le mouvement Vert permettait des débats sur certains sujets de société, comme celui des vaccins. La députée européenne (depuis 2009), Michèle Rivasi, qui se proclame « vaccin critique » n’hésitait pas à dire : « Aujourd’hui, les vaccins créent plus de problèmes qu’ils n’en résolvent, il est temps de changer de paradigme sur la prévention. ». Et aujourd’hui, cette ancienne députée de la Drôme (1997 – 2002) n’a plus accès à la parole publique.

Le très convenable Yannick Jadot, avec ses 13 % aux européennes (à comparer avec les 11 % de Waechter dès 1989 ou les 10 % de Cohn-Bendit en 1999, voire les 15 % aux régionales de 1992…) se voit en « faiseur de roi », ou roi lui-même, sur un malentendu électoral, en 2022.

Les prises de position de Jadot sont celles du PS, parfois plus audibles pour cause d’une absence de charisme du secrétaire national socialiste actuel, un certain Olivier Faure. Certes, on peut penser que la très parisienne Hidalgo fera oublier aux électeurs Bobos (qui sont nombreux à voter EELV : plus de chanvre et moins d’automobiles, plus de tofu et moins de viande…) l’existence même de Jadot.

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Le vote écologiste, sous son double aspect environnementaliste et animaliste (même si les 2 % du Parti animaliste en 2019 permettent de distinguer un électorat proche de la conception « anti-spéciste » des espèces), est un électorat qui est compatible avec une droite fondée sur les respects des valeurs traditionnelles. La porosité, pour légère qu’elle soit, existe entre la droite nationale et les écologistes, les mouvements politiques concernés commencent à s’en rendre compte avec le développement du thème du « localisme ». En revanche, le « vote Bobo » qui s’exprime parfois au PS, parfois chez EELV, est probablement l’électorat le plus servile du système, celui qui, faisant fi du localisme, préférera toujours le lointain à son prochain.

Le « râteau » Jadot, sorti pour mobiliser l’électorat jeune en 2019, risque de servir, encore une fois, en 2022. Il est donc temps, sans démagogie électorale, de séparer le bon grain de l’ivraie, la préservation d’un ordre naturel versus le Village global, si cher à nos « pastèques » (verts à l’extérieur mais rouges à l’intérieur).

Franck Buleux

• D’abord mis en ligne sur Meta Infos, le 29 mars 2021.

mardi, 23 mars 2021

Les variations de la Ligue

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Les variations de la Ligue

par Georges FELTIN-TRACOL

Ex: http://www.europemaxima.com

Il faut revenir sur le soutien officiel qu’apporte la Lega de Matteo Salvini au gouvernement de Mario Draghi. On ne doit cependant pas oublier que la vie politique italienne riche en exemples transformistes (le passage d’élus d’un camp à un autre) s’apparente à une comedia dell’arte permanente.

Malgré l’impulsion dans un sens national-souverainiste donné par le secrétaire fédéral Salvini, la Lega demeure foncièrement un mouvement fédéraliste qui garde en son sein des tendances composites. Avant de devenir le chantre de la cause du Pô, Umberto Bossi était proche de l’extrême gauche. Sa rencontre avec les autonomistes francophones du Val d’Aoste, par ailleurs disciples du philosophe suisse Denis de Rougemont, l’ancien non-conformiste des années 30, est cruciale dans son itinéraire politique. Quant à Salvini, le journal Le Monde a naguère publié une photographie de lui, jeune élu au conseil municipal de Milan portant à la boutonnière une épinglette du drapeau basque et une autre à l’effigie du Che Guevara. Matteo Salvini animait alors une faction « Communistes pour la Padanie ». Ce groupe cohabitait à l’intérieur de la Ligue du Nord avec des tendances libertariennes ou néo-celtiques paganisantes.

En décembre 1989, la Ligue du Nord naît de l’accord conclu entre des formations autonomistes, régionalistes, voire indépendantistes : les puissantes Ligues lombarde et vénète s’allient à Piémont autonomiste, à l’Union ligure, à l’Alliance toscane et à la Ligue d’Émilie – Romagne. Le discours officiel de la Ligue va alors varier au gré des circonstances politico-électorales. Tantôt elle prône la sécession de la Padanie, tantôt elle envisage une république fédérale constituée d’une Italie méridionale ouverte à la Méditerranée, d’une Italie centrale orientée par Rome et d’une Haute-Italie plus tournée vers les mondes alpin et danubien (les Habsbourg ont régné de 1815 à 1859 sur la Lombardie et jusqu’en 1866 sur la Vénétie).

On retrouve ces fluctuations politiques au Parlement européen. De 1989 à 1994, les euro-députés liguistes siègent dans le groupe écologiste – fédéraliste « Arc-en-ciel » aux côtés de la Volksunie flamande et des nationalistes de gauche écossais. La Ligue soutient en 1994 l’euro et entre au groupe centriste des libéraux, démocrates et réformateurs en compagnie de l’UDF de Valéry Giscard d’Estaing. En 1999, la Ligue participe avec le FN, le Vlaams Blok et les libertaires italiens au Groupe technique des indépendants que la Cour de justice de l’Union européenne invalide en 2001. En 2004, les liguistes adhèrent à « Indépendance et Démocratie » avec Philippe De Villiers, l’UKIP et les calvinistes fondamentalistes néerlandais. Les élus de la Ligue rejoignent ensuite successivement l’« Union pour l’Europe des Nations » (avec le RPF de Charles Pasqua et le PiS polonais), puis « Europe de la Liberté et de la Démocratie » (avec le LAOS national-conservateur grec). En 2015, la Lega s’associe avec le FPÖ autrichien et le FN dans le cadre d’« Europe des Nations et des Libertés ». Enfin, en 2019, le RN, l’AfD, le FPÖ et la Ligue forment « Identité et Démocratie ». Certains spéculent déjà sur une adhésion prochaine au Parti populaire européen

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Par-delà l’activisme de Matteo Salvini, la Ligue du Nord n’est pas un mouvement centralisé et monolithique. Son principal dirigeant doit compter sur une opposition interne qui reprend les aspirations des PME et des entrepreneurs de Lombardie et de Vénétie. Candidat malheureux au secrétariat de la Ligue face à Salvini, Gianni Fava (20 % des votes militants) déplore dans l’hebdomadaire français L’Express du 15 août 2018 que « Salvini a volé notre rêve. Il s’est approprié notre mouvement d’inspiration libérale et pro-européenne, et il l’a transformé en parti souverainiste d’extrême droite, résolumment hostile à Bruxelles ».

L’inflexion prise par le « Capitaine » vers le national-souverainisme ne l’empêche pas de louvoyer. Ainsi renonce-t-il à sortir de l’euro après la défaite présidentielle de Marine Le Pen en 2017. Il donne aussi des gages à la bien pensance médiatique. Il refuse de reconduire aux européennes de 2019 le sortant Mario Borghezio. Cinq ans auparavant, la direction liguiste cherchait déjà à s’en débarrasser en l’envoyant dans la circonscription électorale de l’Italie centrale (Latium, Toscane, Ombrie, Marches) où l’ancien militant de la branche italienne de Jeune Europe de Jean Thiriart aurait perdu son mandat. Or, Mario Borghezio fut réélu (5837 voix au vote préférentiel) grâce à l’appui décisif de CasaPound. Rappelons que les ministres liguistes de l’Intérieur n’ont jamais cessé de persécuter le mouvement de Gianluca Ianonne et se sont montrés incompétents dans l’arrêt de l’immigration clandestine.

À la lumière de ce rappel historique, on ne doit donc pas être surpris par le parcours sinueux de la Ligue du Nord. Malgré une volonté séparatiste qui anime maints de ses militants et de ses cadres, la Lega appartient bien à l’esprit politique italien.

Georges Feltin-Tracol

• « Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n° 206, mise en ligne sur TVLibertés, le 16 mars 2021.

jeudi, 18 mars 2021

Peut-on interpréter le retour au pouvoir des "élites" comme une incohérence du populisme?

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Peut-on interpréter le retour au pouvoir des "élites" comme une incohérence du populisme?

Entretien avec le Prof. Marco Tarchi

Propos recueillis par Filippo Romeo

Source : https://www.ariannaeditrice.it

Le terme "populisme" est l'un des plus récurrents dans le débat politique actuel. Il est fréquemment utilisé comme un élément de discrimination à l'encontre de telle ou telle force politique, présente sur l’échiquier politique. Pour libérer le terrain des interprétations trompeuses, nous reproposons une interview donnée par le professeur Marco Tarchi en novembre 2017 (et publiée sur le portail vita.it), réactualisée en ce mois de mars 2021 à la lumière du nouveau cadre politique installé en Italie depuis quelques semaines. Édité par Filippo Romeo.

Entretien de 2017

Comme vous êtes l'un des plus grands spécialistes du phénomène populiste, pourriez-vous nous donner une définition appropriée du terme "populisme" ?

La définition que j'en ai donnée dans mon livre Italia populista est la suivante : "la mentalité qui identifie le peuple comme une totalité organique artificiellement divisée par des forces hostiles, lui attribue des qualités éthiques naturelles, oppose son réalisme, son travail et son intégrité à l'hypocrisie, à l'inefficacité et à la corruption des oligarchies politiques, économiques, sociales et culturelles et revendique sa primauté comme source de légitimation du pouvoir, au-dessus de toute forme de représentation et de médiation". Presque trois ans plus tard (ndt : après la parution du livre), je la trouve plus appropriée que jamais.

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Quelles sont les conditions idéales qui permettent à ce phénomène de s'enraciner et de se développer?

Des situations de crise et de méfiance généralisée envers la classe politique, qui peuvent être déterminées par les facteurs que j'ai indiqués dans la définition que je viens de mentionner. En ce sens, le populisme n'est pas, comme on le prétend souvent, un facteur d'usure des systèmes politiques démocratiques, mais un produit de leurs insuffisances.

Quels sont les objectifs politiques poursuivis par ses promoteurs ?

Dans l'abstrait - ou, si l'on préfère, à long ou très long terme - la restauration de cette unité et de cette harmonie du corps populaire qui est à la base de leur imagination. Concrètement, et à moins long terme, la conquête du pouvoir, du gouvernement, en espérant qu'il soit le seul à ne pas avoir à subir de conditionnements et d'entraves, pour mettre en œuvre les réformes qu'ils jugent essentielles pour atteindre les objectifs ultimes. Habituellement, parmi les premières mesures espérées, figure le lancement de procédures de démocratie directe qui remplaceront progressivement les institutions fondées sur le principe de la représentation indirecte, qui, aux yeux des populistes, n'est rien d'autre qu'un mécanisme visant à exproprier le peuple des prérogatives d'autogestion auxquelles il a droit. Évidemment, ces projets sont complétés par d'autres dans divers domaines, toujours orientés vers l'objectif principal.

Le populisme peut-il être incarné par les membres des institutions ? Si oui, pouvez-vous donner quelques exemples ?

Si nous nous référons aux institutions représentatives traditionnelles, il est certainement possible que ceux qui en font partie ou qui les dirigent utilisent le jargon et la rhétorique du populisme ; mais il s'agit généralement d'utilisations instrumentales, qui ne se rapportent pas à la mentalité que j'ai mentionnée. De nos jours, pas mal de politiciens professionnels, représentants de ce que les populistes appellent l'establishment, réalisant l'emprise que certains arguments typiquement populistes ont sur des secteurs importants de l'opinion publique, les empruntent pour affronter ces adversaires sur leur propre terrain. Cela explique pourquoi Renzi, par exemple, a souvent recours à des attaques verbales virulentes contre des sujets que les populistes mettent au pilori : les "bureaucrates de Bruxelles", "l'Europe des banques et de la finance", etc.

Dans votre livre "L'Italie populiste", vous définissez notre pays, l’Italie, comme un laboratoire du populisme. Pouvez-vous nous donner les raisons de cette évaluation ?

Il me semble que l'histoire politique de l'Italie républicaine démontre abondamment que les formes les plus diverses de populisme ont été expérimentées sur notre sol : le qualunquisme, le laurisme, certains aspects du radicalisme panéliste, le légaïsme, le dipyethrisme, le réseau d'Orlando, le berlusconisme, les Girotondi, jusqu'aux formes de prédication propres à Beppe Grillo ; et la liste pourrait continuer. Dans mon livre, j'ai essayé de mettre en évidence toutes les caractéristiques, communes et spécifiques, de ces phénomènes, qui autorisent à parler d'un véritable laboratoire. Mais avant moi, l'historien latino-américain Loris Zanatta, à qui nous devons la création de l'expression, l'avait remarqué. L'historien et politologue français Guy Hermet est allé plus loin en parlant de l'Italie, pour les mêmes raisons, comme du "paradis des populistes".

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Loris Zanatta et deux de ses ouvrages sur le populisme en Argentine.

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Est-il correct d'interpréter les récents événements politiques en Europe et aux États-Unis comme une vague populiste ?

Oui, à condition de ne pas mettre dans un même sac tous ces mouvements qualifiables de « populistes » et de savoir distinguer la spécificité de chacun des phénomènes qui l'ont caractérisée: dans le Brexit, dans l'élection de Trump et dans les succès des partis de Marine Le Pen, Geert Wilders et Hans-Christian Strache, il y a des éléments communs mais aussi des différences que l’on ne peut nullement considérer comme secondaires.

Les mouvements et partis de "droite radicale" qui progressent dans diverses régions d'Europe peuvent-ils être inclus dans la catégorie du populisme ?

Cela dépend. Je me méfie de l'étiquette très utilisée qui entend désigner les "partis de la droite radicale populiste", car, comme je l'ai démontré de manière argumentée dans le livre que vous avez cité, la droite radicale ou l'extrême droite - et là aussi on se heurte au caractère glissant des classifications, sur lesquelles, dans le domaine scientifique, il n'y a pas de consensus, loin s'en faut - se distingue du populisme sur un grand nombre d'aspects. Après tout, dans une sphère, on peut parler d'une véritable idéologie, tandis que dans la seconde, on est confronté à une mentalité caractéristique : ce sont des entités différentes. Cela explique pourquoi ils attribuent des significations différentes à des concepts fondamentaux, tels que le peuple, la nation, l'État, la société, l'individu, le dirigeant, l'élite, la démocratie, le marché - et les utilisent par conséquent de manière parfois opposée. Cela ne nous empêche pas d'enregistrer certaines contiguïtés ou chevauchements dans leurs positions ou campagnes, ou l'identification de cibles polémiques communes. Mais, pour donner un exemple, il y a une nette différence, en Allemagne, entre l'AfD (Alternative für Deutschland), populiste, et la Npd (Nationaldemokratische Partei Deutschlands), d'extrême droite, ou en Italie entre Lega Nord et Forza Nuova.

Quels sont les partis ou mouvements en Italie que l'on pourrait définir comme populistes? Et pour quelles caractéristiques?

Les caractéristiques, évidemment, doivent être celles qui figurent dans la définition dont je suis parti. Si nous parlons de populisme pur, aujourd'hui en Italie, je vois deux manifestations: la Ligue du Nord et le discours politique de Grillo, que je sépare de l'action politique du Mouvement 5 étoiles parce que plusieurs fois, sur des questions qui ne sont pas secondaires, les " grillini " ont pris des chemins différents de ceux indiqués par leur " garant " ou leur " mégaphone " (il suffit de penser au problème de l'immigration). Cependant, je n'ai pas une vision monolithique du populisme : étant une mentalité, par nature fluide, on peut le trouver en différents pourcentages dispersés chez différents acteurs du système politique, et il se peut que le M5S finisse par en absorber de telles doses qu'on puisse l'attribuer à cette catégorie, comme le pensent déjà divers autres chercheurs, ou qu'il s'en débarrasse progressivement, en se détachant de l'empreinte du fondateur.

Addendum de 2021

Au cours de la dernière décennie, le phénomène populiste a alterné entre des moments de grand succès et des moments de déclin, parmi lesquels la victoire du Leave en Grande-Bretagne en 2016 ou l'ascension de Trump et sa récente sortie de scène. Quel bilan peut-on tirer de ce phénomène politique ?

Le populisme a toujours eu un schéma cyclique: explosion, succès, déclin, disparition, puis à nouveau explosion. Ce n'est pas un hasard si un spécialiste attentif comme Loris Zanatta l'a comparé à une rivière karstique, qui suit un long parcours souterrain pour ensuite réapparaître à la surface. Cela dépend de sa nature en tant que phénomène de protestation: il recueille des soutiens lorsque les choses vont mal et, s'il existe des leaders et des mouvements efficaces pour l'interpréter, il gagne des positions; lorsque le scénario s'améliore ou que les préoccupations qui l'avaient motivé sont dépassées par d'autres, il perd de la force. Dans les cas que vous avez mentionnés, cela s'est passé comme suit: en Grande-Bretagne, le seul objectif de Farage était de quitter l'Union européenne. Ayant atteint cet objectif, ses partisans se sont tournés vers d'autres questions, que ni l'Ukip ni le Brexit Party n'ont pu aborder efficacement. Trump a été vaincu par la pandémie, face à laquelle il s'est montré peu préparé et peu rationnel ; cela ne l'a pas empêché d'élargir sa base électorale mais l'a rendu incapable d'attirer les électeurs indécis et indépendants. En général, la Covid-19 a vu les populistes indécis sur ce qu'ils devaient faire et fluctuants dans leurs choix. Mais dans tous les pays, cela ne les a pas fait reculer dans la faveur populaire. Il est donc impossible de dresser un bilan net, et il est probable que leur présence persistera, avec des hauts et des bas, pendant longtemps, dans des régimes politiques qui, comme les démocraties occidentales, continuent à lutter pour résoudre des problèmes ayant un impact social grave.

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Comment évoluent les forces qui, aux États-Unis et en Europe, sont devenues les protagonistes du "moment populiste" ces dernières années ?

Une réponse qui comprendrait pleinement leur dynamique est impossible, car une autre caractéristique de ces formations est la relation presque exclusive qu'elles entretiennent avec leur contexte national spécifique: chacune ne parle qu'à son propre peuple, sans élaborer de projets et de propositions à une échelle qui dépasse les frontières de l'État dans lequel elle opère. Ainsi, chacun d'entre eux suit une stratégie spécifique et met en œuvre les choix tactiques qui en découlent: il y a ceux qui radicalisent les tonalités anti-establishment et ceux qui les atténuent, ceux qui envisagent une opposition rigide aux gouvernements sociaux-démocrates ou libéraux et ceux qui cherchent plutôt à obtenir une place dans les coalitions gouvernementales de même signe. Cela dépend des opportunités qui se présentent, mais aussi de ce que l'on appelle en sciences politiques la variable idiosyncratique, c'est-à-dire le caractère, la psychologie, les ambitions de leurs dirigeants. Il n'y a donc pas d'évolution commune ; les chemins peuvent être très différents.

Peut-on interpréter le retour au pouvoir des "élites" comme une incohérence du populisme?

Tout d'abord, c'est un signe de la force de ces mêmes élites - ou oligarchies, comme les populistes préfèrent les appeler -, qui continuent à détenir des ressources considérables de pouvoir, à commencer par leur poids financier, qui, à une époque où la politique est si fortement conditionnée par la logique économique qu'elle lui apparaît presque toujours subordonnée, compte de manière décisive. Ces élites ont également, et exercent, un grand pouvoir dans la sphère culturelle, et par ce biais, elles influencent massivement la mentalité générale des populations, les attirant vers leurs propres choix et solutions. Et puis, bien sûr, il y a les insuffisances de ces partis populistes qui, ayant réussi à exercer (plus souvent en commun qu'en propre) des fonctions gouvernementales, n'ont pas tenu une partie plus ou moins grande des promesses qu'ils avaient faites. Et cela tient aux faibles ressources en termes d'expertise technique que possèdent les populistes, à leur habitude de traiter les questions complexes de manière simpliste : un défaut auquel ils n'ont pas pu remédier jusqu'à présent et qui les met en difficulté face à "ceux d'en haut".

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L'expérience populiste italienne, avec l’ex-alliance M5S/Lega, en fin de partie, conduit à la formation de ce que beaucoup appellent déjà le "Gouvernement des élites". Quelles conclusions peut-on en tirer?

Cette institutionnalisation est le grand ennemi des mouvements populistes (à supposer que le M5S puisse réellement être considéré comme tel): elle risque de les transformer en partis comme les autres et leur enlève toute envie de remettre en cause l'establishment.

mercredi, 17 mars 2021

Si les populistes ne disparaissent pas, ils sont condamnés à se transformer en conservateurs ou en progressistes "modérés"

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Si les populistes ne disparaissent pas, ils sont condamnés à se transformer en conservateurs ou en progressistes "modérés"

par Franco Cardini

Source : https://www.lintellettualedissidente.it/

Sur le thème du populisme, nous présentons aujourd’hui un interview du professeur Franco Cardini, historien de renommée internationale. Déjà en 2017, il était intervenu sur le sujet (avec une interview publiée sur vita.it que nous reproduisons ici sous une forme actualisée) "prophétisant" le reflux des mouvements populistes et soulignant les différences avec les mouvements populaires. Aujourd'hui, à la lumière du nouvel ordre politique, social et géopolitique, également déterminé par l'avènement de la pandémie de la Covid-19, Cardini exclut une "résurrection à court terme" du phénomène populiste désormais "englouti par la politique" et, surtout, ne voit pas d'opportunités pour l'Europe subordonnée au dessein hégémonique des États-Unis. Édité par Filippo Romeo en 2017.

Ces derniers temps, nous assistons à une croissance exponentielle du populisme. Pourriez-vous nous aider à cadrer le phénomène d'un point de vue historique en expliquant ce qu'il est, où il est apparu et comment il s'est développé ?

Je crois que l’on a déjà répondu cette question de manière exhaustive : mon ami et collègue Marco Tarchi, avec lequel je suis entièrement d'accord, y a précisément répondu et je reconnais son extraordinaire compétence en la matière.

Quelle a été son évolution en Italie ?

Je ne remonterai pas trop loin, et en particulier je n'aborderai pas la question de savoir si le fascisme était un populisme ou s'il avait un quelconque caractère y afférant. Il va sans dire qu'en Italie les grands mouvements "populaires" (y compris le communisme, qui se présentait comme classiste mais ne l'était pas en réalité) n'étaient pas populistes dans la mesure où du populisme ils n'avaient pas un caractère fondamental: la méfiance et/ou la lassitude et/ou le mépris de la politique. Le fascisme lui-même, qui avait en commun avec le populisme classique (boulangisme, par exemple) le mépris de la politique comme praxis ou comme revendication "démocratique", résolvait ce mépris en termes de hiérarchie et de discipline dans le militantisme ; de même, étant anti-classe et inter-classe, il résolvait cette position en termes corporatifs, s'inspirant de théoriciens très proches de la doctrine sociale de l'Église (Toniolo).

515i91eUP4L._SX333_BO1,204,203,200_.jpgQuant aux mouvements "populistes" actuels, leur parabole a déjà été parcourue au cours des vingt dernières années par la "Lega" et est en train d'être parcourue par le "M5S" : succès initial soudain, dû à la nouveauté, insistance sur quelques thèmes de propagande facilement déclinés avec quelques variables (anti-islamisme, xénophobie, anti-européanisme, "anti-politique", moralisme, etc.), lassitude vis-à-vis de la politique politicienne démocratique habituelle, due à la routine d’une politique professionnelle et incompétente, puis impasse et crise dues à une détérioration rapide – à un vieillissement. L'absence de véritables programmes et surtout d'une authentique tension civique conduit fatalement à un échec cyclique mais peut-être aussi à une résurrection rapide sur des modules récurrents (le berlusconisme et le recyclage des thèmes et sympathies de l'ex-Ligue dans le grillisme en sont la preuve).

En Europe, outre l'avancée du populisme, nous assistons à une croissance exponentielle des partis et mouvements nationalistes. Quelles sont les implications de ces phénomènes ?

Je n'ai aucune estime ni confiance dans les mouvements néo-micro-nationalistes: la seule issue possible pour un mouvement nationaliste sérieux dans un pays européen, dans les décennies entre les années 1950 et aujourd'hui, aurait été de viser, avec des mouvements nationalistes similaires, une identité européenne sérieuse, la construction d'un patriotisme européen et d'une conscience civique européenne. Sur ce sujet, il y avait eu quelques tâtonnements dans les années 1960 (le mouvement de Jean Thiriart, héritier en grande partie du "socialisme européen" de Pierre Drieu La Rochelle). La constellation de groupes et de personnalités du petit monde de la culture - je ne veux pas les appeler "intellectuels" parce que je n'aime pas ce terme - qui, depuis les années 70, a trouvé un catalyseur en Alain de Benoist, aurait pu reprendre ces thèmes: elle a choisi une autre voie, très intéressante cependant. Je n'attends rien du développement et peut-être du succès électoral des groupes néo-micro-nationalistes, sinon une utilisation hystérique et en même temps instrumentale de la xénophobie. Si et quand certains de ces groupes prendront comme objectif principal la nécessité d'une sérieuse reprise en mains de la souveraineté nationale, ce qui implique avant tout la sortie de l'OTAN, alors nous pourrons relancer le débat sur une base plus sérieuse et concrète. Jusque-là, je ne vois que des vœux pieux et une chasse aux sièges.

790x1200.jpgLe populisme peut-il être lu comme la énième désintégration d'une pensée européenne construite sur des cathédrales, des monastères et des universités ?

La pensée "européenne" de la chrétienté occidentale - celle qui est chantée dans un célèbre essai de Novalis - est celle qui s'est exprimée précisément dans les cathédrales, les monastères et les universités. C'est une pensée fondée sur la métaphysique, sur les distinctions hiérarchiques et sur le communautarisme. La modernité, qui est essentiellement l'individualisme et le primat de l'économique et du technologique, l'a détruit. Le monde moderne, celui de l'économie-monde, de "l'échange symétrique" et de l'exploitation généralisée de l'homme par l'homme (c'est ce qu'est la mondialisation) n'est pas né d'un développement harmonieux de ce qui existait auparavant, mais d'une révolution: la Révolution individualiste et matérialiste. Il faudra une autre Révolution pour le détruire. Sur le plan social et anthropologique, le mot grec qui exprime le mieux le caractère de ce type de Révolution est Metanoia.

La définition de "populiste" a été adoptée, par des spécialistes faisant autorité, également par le pontificat du pape Bergoglio. A votre avis, peut-on parler d'un moment populiste dans l'Eglise catholique ?

Mario Jorge Bergoglio a été péroniste dans sa jeunesse : il a donc connu un mouvement aux caractéristiques populistes-charismatiques assez explicites et avancées. Lorsqu'il est entré dans la Compagnie de Jésus, il a certainement gardé intacte cette tension vers la justice qui avait très probablement caractérisé son expérience péroniste, mais il l'a métabolisée, précisément, en termes de Metanoia. Je ne vois aucune trace de populisme dans la pensée de Bergoglio : j'y vois une profonde vocation eschatologique et une vocation prophétique-apocalyptique. Je ne sais pas si Bergoglio est le "dernier pape" prophétisé par Malachie : je sais qu'il est un pape des derniers temps, qui invite à vivre l'Eschata.

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Propos complémentaires de 2021

Dans votre interview de 2017, vous avez prédit de manière prophétique le flux et le reflux des mouvements populistes. Face à la situation socio-politique actuelle, quelle direction le phénomène prendra-t-il ? Et sous quelle forme pourrait-elle ressusciter ?

Il n'y avait pas de prophétie: c'est la tendance, parfaitement observable, des mouvements populistes qui soit échouent en tant que tels, soit sont réabsorbés par la politique (politicienne établie). Max Weber dirait que, puisqu'ils sont à leur manière du côté du "charisme", tôt ou tard, l'"institution" a raison d'eux. D'autre part, comme les révolutionnaires et les extrémistes, les populistes, s'ils ne disparaissent pas, sont condamnés à se transformer en conservateurs ou en progressistes "modérés". Maintenant, à part les boutades de Grillo qui - au moins aujourd'hui - est le premier à ne pas y croire, le gros du M5S prendra la voie des mécontents vaguement de gauche, à part une certaine frange de droite qui reviendra à sa position initiale. Sans aucun doute, le choix de Giorgia Meloni, outre le fait qu'il était obligatoire si elle voulait éviter de faire partie de l’inutile charrette de queue du nouveau gouvernement, était politiquement intelligent : Lorsque la "lune de miel" entre Draghi et la majeure partie de la politique italienne (ne parlons pas de la "vraie" société civile, qui ne se distingue même plus, submergée par les clameurs des médias) sera terminée, c'est-à-dire dans quelques semaines ou quelques mois, l'ancien M5S réapparaîtra fragmenté ou du moins redimensionné, à l'exception des politiciens les plus compétents qui le composent et qui font déjà la queue pour s’engager dans un PD, qui, à son tour, entre également en crise. Une "résurrection populiste" à court terme n'est pas prévisible : la métabolisation du mouvement « pentastellé » (Cinq Etoiles) devenu un semi-parti sera lente.

Peut-on considérer l'institutionnalisation comme un facteur de déclin des mouvements populistes ?

C'est généralement la règle: soit ils réussissent et se transforment en forces politiques, soit ils disparaissent. Le fait est qu'ils ont raison de se méfier de la politique, qui est injuste et malhonnête. C'est pour cette raison qu'elle a toujours raison d'eux: elle les engloutit, aussi parce qu'en général, à leur tête, il y a des gens qui meurent d'envie de faire de la politique, en se transformant d'outsiders en leaders.

La pandémie de la Covid 19 a accéléré certains processus qui ont affecté l'architecture géopolitique, et révélé, s'il en était encore besoin, la limite des modèles actuels d'organisation économique et sociale. À votre avis, à quoi ressemblera la prochaine mondialisation ? Les nouveaux changements pourraient-ils être une opportunité pour l'Europe ?

Franchement, je ne vois pas de changement qui pourrait constituer une opportunité. Draghi a été très explicite: volontairement ou non, il a énoncé un programme et un projet très clairs, parlant d'atlantisme et d'européanisme. Par "atlantisme", Draghi entend la fidélité aux pactes constitutifs de l'OTAN, qui sanctionnent la subordination politique et militaire, et donc diplomatique, de l'Union européenne au dessein néo-hégémonique américain, une caricature du "multilatéralisme" auquel Obama croyait peut-être sérieusement, caractérisée par un retour au programme "classique" du parti démocrate américain: le "gendarme démocratique" américain qui surveille et sanctionne le monde entier, au nom du principe axiomatique selon lequel la paix et la prospérité du monde (c'est-à-dire de 10% de la population mondiale, qui possède et gère 90% des richesses de la planète entière), donc la stabilité du statu quo, coïncident avec les intérêts des États-Unis. Par "européanisme" Draghi entend précisément le statu quo, c'est-à-dire une "Union" économico-financière/technologique qui doit considérer l'OTAN comme son bras militaire (dont la politique est dictée à Washington) et ne jamais rêver d'atteindre l'indépendance et la souveraineté politique en se transformant en une Fédération ou une Confédération souveraine capable de développer une position internationale propre, ce qui serait très utile et louable, soit une position de médiation entre les deux blocs de la nouvelle "guerre froide" qui se prépare entre les États-Unis d'un côté, la Russie et la Chine de l'autre.

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Pour autant que je sache, le lancement d'une véritable Fédération européenne - maintenant que le projet de constitution, lancé il y a des années, a lamentablement échoué sur le faux obstacle du préambule relatif aux "racines chrétiennes" - n'est plus à l'ordre du jour ni à Bruxelles ni à Strasbourg; aucun signe de mouvement politique européiste à l'horizon; la seule personne qui a eu l'intelligence concrète de relancer un discours politique pro-européen unitaire, en écartant explicitement la formule fédéraliste, inadaptée à l'histoire européenne, et en parlant plutôt d'un possible projet confédéré, a été Giorgia Meloni. Il s'agissait d'un appel nouveau et intelligent, lancé une seule fois à ma connaissance et qui n'a été repris par personne. En revanche, Meloni ne peut rien faire: elle est "sous la claque" et le sait très bien. Si, dans quelque compétition électorale future, elle parvenait à dépasser les 15%, aussitôt quelque part exploseraient quelques bombes sous un monument à la Résistance, contre les murs de quelque synagogue, apparaîtraient quelques croix gammées, l'ANPI se mettrait aussitôt en branle, la "question morale antifasciste" renaîtrait et elle serait à nouveau formellement isolée. D'autre part, avec un "Parlement européen" comme celui-ci, expression des parlements des différents pays et marionnette de la volonté des Etats-Unis, on fait peut-être une politique des "fonds de relance", mais on ne va pas aller au-delà de l'euro. C'est la fin du projet européiste inauguré il y a des décennies par De Gasperi, Adenauer et Schuman.

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lundi, 01 mars 2021

Grande coalition bancaire

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Grande coalition bancaire

par Georges FELTIN-TRACOL

Dans une actualité monopolisée par le covid-19, l’événement est presque passé inaperçu en France. La Belgique exporte en Italie sa coalition « Vivaldi ». En effet, le 13 février dernier est entré en fonction le 67e gouvernement de la République italienne sous la direction de l’ancien président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi. Il s’agit aussi du troisième gouvernement investi sous la XVIIIe législature élue en 2018.

Cette législature commença avec l’entente populiste jaune – verte entre le Mouvement Cinq Étoiles (M5S) et la Lega. Puis, en 2019, les impatiences de Matteo Salvini et les nombreuses réticences de l’aile gauche des Cinq Étoiles provoquèrent la rupture de cette alliance paradoxale. L’intervention du fondateur du M5S, Beppe Grillo, sauva le mandat de ses parlementaires en négociant avec les « rouges » du Parti démocrate (PD). Giuseppe Conte resta à la tête d’un nouveau gouvernement M5S – PD. Or le PD connut une scission en septembre 2019 orchestrée par l’ancien Premier ministre Matteo Renzi, créateur d’Italia Viva (IV). Le 11 janvier 2021, IV se retira de la coalition rouge – jaune et mit en minorité au Sénat le second gouvernement Conte.

Après quelques tractations de façade, le président de la République, Sergio Mattarella, chargea Mario Draghi de bâtir une nouvelle majorité parlementaire. L’élection biaisée de Joe Biden a dès à présent des répercussions internationales, tout particulièrement en Italie dont la souveraineté demeure plus que jamais limitée. Fort de son profil d’indépendant et de son aura de technicien hors-paire des arcanes économiques et financières, Mario Draghi se révèle incontournable. Son atlantisme, son mondialisme, son européisme et son financiarisme en font dès lors l’homme fort d’une nation bien affaiblie.

Le « magicien » Draghi parvient à constituer une majorité de 545 députés sur 630 et de 266 sénateurs sur 321. Comment ? Il contraint les principales forces politiques à s’entendre autour de sa nomination. Son gouvernement repose sur un large accord transpartisan : il rassemble le M5S, le PD, IV, les éco-socialistes de LeU (Libres et Égaux), mais aussi Forza Italia de Silvio Berlusconi et la Lega de Salvini. Il faut toutefois signaler que Giorgia Meloni de Fratelli d’Italia en progression constante dans les sondages se réserve pour l’heure entre l’abstention et l’opposition active.

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L’équipe ministérielle de Mario Draghi compte 23 ministres (15 hommes et 8 femmes). Les indépendants sont les plus représentés (dix). Outre la présidence du Conseil, ils occupent les ministères de l’Intérieur, de la Justice, de l’Éducation, de l’Environnement et de l’Économie et des Finances. Le M5S conserve quatre ministères (les Affaires étrangères, les Relations avec le Parlement, la Jeunesse, l’Agriculture et l’Alimentation). Forza Italia prend les portefeuilles de l’Administration publique, des Relations avec les régions, du Sud et de la Cohésion territoriale. La Défense, la Culture et le Travail reviennent au PD. La Lega obtient le Développement économique, le Tourisme et le Handicap.

En entrant dans un gouvernement conduit par Mario Draghi, le M5S et la Lega renoncent à leurs origines populistes et confirment ainsi leur intégration dans le Système partitocratique. Il est maintenant possible que les députés européens liguistes délaissent prochainement le groupe Identité et Démocratie cofondé avec le RN, le FPÖ, l’AfD et le Vlaams Belang.

L’exemple politique italien est à suivre avec attention pour la situation française découlant de l’élection présidentielle de 2022 si le scrutin n’est pas reporté sine die. Réélu, Emmanuel Macron ne pourrait plus disposer d’une majorité, même relative, au Palais-Bourbon. Ne souhaitant pas gouverner avec les reliquats d’une gauche élargie aux Verts divisée contre elle-même, il pourrait nommer à la place de Jean Castex, Valérie Pécresse, Christian Estrosi, Xavier Bertrand, voire – audace suprême – Marine Le Pen elle-même. La présidente du Rétrécissement national poursuit par ailleurs sa reptation devant le Système. Elle a renoncé à toute sortie de l’euro et rejette le Frexit. Elle vient d’entériner les accords de Schengen et prône toujours une assimilation républicaine suicidaire pour les Albo-Européens.

Il ne fait guère de doute que les « grandes coalitions bancaires » à la mode italienne ont un bel avenir en Europe.

Georges Feltin-Tracol

• « Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n° 203, mise en ligne sur TVLibertés, le 23 février 2021.

vendredi, 26 février 2021

Salvini, Draghi et la Lega : l’Italie dans le “Great reset”

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Salvini, Draghi et la Lega : l’Italie dans le “Great reset”

par Gabriele Adinolfi

Ex: https://strategika.fr

Gabriele Adinolfi est un théoricien politique italien. Il a dirigé la rédaction du journal Orion et lancé divers projets médiatiques et métapolitiques comme le site d’information NoReporter ou le think tank Centro Studi Polaris. Il a aussi parrainé en Italie les occupations illégales d’immeubles abandonnés à destination des familles italiennes démunies, occupations dont la plus connue est la Casapound (dont le nom fait référence à l’écrivain Ezra Pound) et qui est aujourd’hui un mouvement politique national. A partir de 2013 il anime un think tank basé à Bruxelles, EurHope. Les activités de Eurhope et de Polaris aboutissent au projet de l’Académie Europe (2020) qui relie des intellectuels, des activistes et des entrepreneurs de plusieurs pays. Le but de cette initiative est de créer une élite politique et entrepreneuriale apte à influer sur la politique européenne à l’échelle continentale. Dans le cadre de cette Académie Europe, il donne un cours de méthodologie politique en français tous les jeudis à 18h. Cours accessible en ligne ici.

Pour déterminer si la Ligue a ou non trahi ses électeurs, le premier élément à considérer est leur sentiment. L’augmentation de consensus pour la Ligue, après le vote Draghi, a doublé par rapport à celle pour Fratelli d’Italia (Frères d’Italie) qui a choisi de rester en dehors du nouveau gouvernement.

Pourquoi le choix de la Ligue devrait-il être perçu comme une trahison ? Telle est la perception de ce qu’on appelle en sociologie les sous-cultures. Dans la communication moderne, des ghettos sociaux sont créés et à l’intérieur de ces ghettos sociaux certains utilisateurs s’influencent mutuellement, transformant la réalité des partis et des politiciens (Salvini, Trump, Poutine, Orban) à leur guise. Ils rejettent tout ce qui contredit leur vision et soulignent ce qui leur tient à cœur. Ils pensent ainsi que le succès de ces partis ou de ces politiciens est dû aux raisons que les utilisateurs des ghettos sociaux considèrent comme fondamentales et, quand la réalité fait tomber leur illusion, ils croient que les électeurs ont été trahis et qu’ils se retourneront contre les traîtres. Mais cela ne réside que dans la fausse perception de la réalité par les ghettos sociaux.

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La Ligue, l’euro et l’Europe

La bataille de Salvini pour la sortie de l’euro a duré un an, de 2016 à 2017. Compte tenu de la façon dont cette ligne avait pénalisé Marine Le Pen à l’élection présidentielle, Salvini l’a brutalement abandonnée.

Il faut dire aussi que cette campagne démagogique a été lancée par une Ligue qui était à son plus bas résultat historique (4%), alors qu’elle était marginale et pouvait se permettre de dire ce qu’elle voulait.

Cependant, la Ligue est revenue pour gouverner les régions productives italiennes, pour représenter les industries, le tourisme, le commerce et là, si quelqu’un propose de quitter l’Euro, ils appellent directement une clinique psychiatrique.

Les ghettos sociaux n’ont pas compris cela car il y a encore trois ou quatre représentants de la Ligue qui jouent le no euro et les anti-allemands et, comme d’habitude, les utilisateurs sociaux confondent ceux qui viennent pêcher dans leur environnement avec l’ensemble du mouvement qui lui n’est pas du tout sur ces positions.

Il faut dire aussi que le souverainisme est suivie de près par les loges anglaises; loges qui veulent la faiblesse italienne et européenne, et donc soutiennent les lignes anti-euro.

Le personnage principal du parti de la City et de la Bourse proche de la Lega est Paolo Savona, qui fut l’un des architectes de la séparation entre la Banque d’Italie et le Trésor et l’un des porte-étendards des privatisations. Sa tâche n’est pas de nous sortir de l’euro, mais de saboter la puissance économique européenne. La pieuvre britannique du souverainisme en soutien au dollar et à la livre n’est pas dans la Ligue, elle opère à l’extérieur (Paragone, Giubilei, Fusaro). Au sein de la Ligue, le plus grand critique de l’euro et de l’Europe est Alberto Bagnai, l’homme qui célèbre publiquement le bombardement de Dresde. À un niveau beaucoup plus bas de la hiérarchie, il y a Borghi et Rinaldi, dont l’impact dans la Ligue et sur l’électorat de la Ligue est insignifiant mais qui sont imaginés par les ghettos sociaux comme dirigeants de la Ligue.

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Draghi et les Italiens

Draghi a obtenu 86% des voix au Sénat et 89% des voix au Parlement.
Le consensus des Italiens pour Draghi est inférieur à celui exprimé par les partis, mais il est juste légèrement inférieur, car il approche des 80%.

Draghi est considéré comme l’homme qui a réussi à vaincre la ligne d’austérité de la Banque centrale et à aider l’économie italienne. Les Italiens qui continuent à être appelés eurosceptiques à l’étranger ne sont pas du tout eurosceptiques. Il est nécessaire de comprendre la mentalité italienne et l’expression comique de la politique.
En Italie, par tradition, l’État est quelque chose d’étranger à la vie quotidienne: on le maudit en payant des impôts mais on l’invoque pour l’aide économique et l’emploi.
C’est comme si vous aviez affaire à un grand-père qui se considère riche et de qui vous espérez obtenir quelque chose mais que vous êtes très réticent à rester auprès de lui.
Les chrétiens-démocrates avaient une majorité ininterrompue pendant cinquante ans, mais rencontrer alors quelqu’un qui prétendait voter pour DC était plus rare que de trouver un trèfle à quatre feuilles. Avec une mentalité syndicale, les Italiens ont tendance à critiquer ce qu’ils votent réellement, mais parce qu’ils croient qu’en faisant cela, leur soutien semblera décisif et qu’ils pourront exiger et obtenir plus de leur seigneur.

La relation avec l’UE de la part des Italiens est exactement la même. C’est un européanisme passif.

Depuis que Merkel a forcé les Européens à aider à restaurer l’économie italienne, les Italiens se font des illusions sur le fait qu’ils peuvent se remettre sur les épaules des autres et pensent que Draghi a l’autorité nécessaire pour que cela se produise à un coût limité.

Considérant aussi à quel point les deux gouvernements présidés par Conte se sont révélés amateurs, le consensus pour Draghi n’est inférieur, dans l’histoire italienne, qu’à celui de Mussolini.

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L’Italie et la comédie

Chaque peuple a ses comédies et la démocratie est la comédie par excellence.
Aucune comédie n’est sérieuse. Mais les comédies sont différentes d’un pays à l’autre. En France, la tendance est à la vantardise, en Italie à être cabotin.

Le fanfaron doit respecter autant que possible le rôle qu’il joue, l’histrion change de rôle sans avoir de problèmes et joue un autre rôle à la seconde.

L’improbable unité italienne derrière Draghi est incompréhensible ailleurs. Salvini qui rencontre les dirigeants du Parti démocrate et qui s’apprête à gouverner avec eux. Salvini parlant avec le ministre de l’Intérieur qui a pris sa place contre lui et trace une ligne commune, Borghi inventant que Draghi est un “souverainiste”, sont des singeries qui ne seraient possibles nulle part ailleurs dans le monde mais qui en Italie sont très normales, comme les films de Sordi et Gassman l’enseignent.

La Ligue et Draghi

On ne sait pas exactement ce que Draghi essaiera de faire ni s’il réussira. J’espère pour ma part que cela échouera pour une raison simple : je crois qu’il faut maintenant la catastrophe la plus noire et la plus violente en Italie pour qu’il se produise un effet de choc qui puisse, peut-être, faire exister les vertus italiques chez quelqu’un parce qu’aujourd’hui l’Italie est, collectivement, une immense bouffonnade.

En tout cas, pour imaginer ce que Draghi tentera de faire, il faut abandonner tous les clichés en cours dans les ghettos sociaux. Draghi ne veut pas «liquider» l’Italie pour un méchant patron allemand ou français et ne veut pas la mettre en faillite. Au contraire, il veut rationaliser les dépenses, contrôler les revenus et relancer la production. Ce qui n’est pas du tout contraire à la soi-disant grande réinitialisation de Davos car, si vous lisez leurs documents préliminaires, ils sont préoccupés par la santé des entreprises productives; pour la simple raison que quiconque se nourrit du sang des autres, quand il meurt, doit lui donner des transfusions robustes.

Draghi n’est pas encore au travail mais certaines données s’éclaircissent. Le poids politique de la droite, et en particulier de Berlusconi, est très fort. Draghi veut se lancer dans un bras de fer avec l’État profond parasite italien et le choix de Brunetta comme ministre de l’administration publique le confirme. Trois ministères sont allés à la Ligue, dont deux revêtent une importance stratégique et pour l’économie et pour l’électorat de ce parti. Il s’agit du ministère du Tourisme, qui va à Massimo Garvaglia et du ministère du Développement économique qui va à Giancarlo Giorgetti, qui a grandi au MSI (note Strategika : Mouvement Social Italien, droite nationale post-fasciste).

Qu’elle gagne ou qu’elle perde, la Ligue a donc toutes les références pour bien jouer son jeu. Si ce match réussissait, la Ligue triompherait. Et si le jeu échoue ? Il ne se passerait pas grand-chose : elle jouerait ensuite un autre match. Le transformisme politique italien et la mentalité avec laquelle la comédie est vécue chez nous permettront tout autre nouveau saut périlleux. N’oublions pas que la Ligue a été à tour de rôle sécessionniste, autonomiste, souverainiste et européiste et que, changeant de masque, elle est toujours restée en selle. Tout simplement parce que elle est l’expression de territoires productifs et de classes sociales pénalisées par l’État profond et la bureaucratie. Par conséquent, elle risque peu ou rien dans son nouvel investissement.

lundi, 22 février 2021

Sur le pamphlet de Dominique de Roux

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Sur le pamphlet de Dominique de Roux

par Georges FELTIN-TRACOL

En hommage au fils de Dominique de Roux, l’éditeur non-conformiste et homme libre Pierre-Guillaume de Roux qui vient de disparaître.

***

« Les dimensions de l’entreprise néo-radicaliste, avec ses ambitions, ses rouages, ses tentacules européennes [sic !], son arsenal financier, cette volonté de vampiriser les masses, s’apparente beaucoup plus à une tentative de pouvoir totalitaire, utilisant les voies démocratiques de la légalité, plutôt que de la confrontation authentiquement démocratique des intérêts, des positions diverses à l’intérieur de la vie française d’aujourd’hui (pp. 74 – 75). » C’est ainsi que l’écrivain et éditeur français Dominique de Roux s’attaque aux pontes de la plus vieille formation politique de l’Hexagone, le Parti radical, et en particulier à son sémillant secrétaire général d’alors, Jean-Jacques Servan-Schreiber, dans un pamphlet justement intitulé Contre Servan.

unnamed.jpgJean-Jacques Servan-Schreiber (1924 – 2006) (ou JJSS) ne dit plus rien aux nouvelles générations. Fondateur en 1953 de l’hebdomadaire L’Express et auteur en 1967 du Défi américain, celui qu’on prenait (et qui se prenait) pour le « Kennedy français » représente la Meurthe-et-Moselle à l’Assemblée nationale de 1970 à 1978. Président du conseil régional de Lorraine (avant les lois de décentralisation) de 1976 à 1978, il est ministre des Réformes pendant treize jours sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing et dans le gouvernement de Jacques Chirac, cette « étrange éclosion de traîtres, d’UDR défraîchis et de polissons, Schreiber, Lecanuet, le mépris, le dégoût nous monte à la tête (1) ». Adversaire farouche du « Programme commun » conclu entre le PS de François Mitterrand, le PCF de Georges Marchais et une moitié du Parti radical qui se scinde pour l’occasion en Radicaux de gauche et en Parti radical valoisien (son siège social se trouvant dans le 1er arrondissement de Paris, place de Valois), il préside à deux reprises ce parti d’audience négligeable de 1971 à 1975 d’abord, puis de 1977 de 1979. Soutien critique à Giscard d’Estaing, il accepte néanmoins que son mouvement intègre l’entente de centre-droit nommée UDF (Union pour la démocratie française).

Contre le néo-centrisme

En 1970, avec l’aide de Michel Albert, Jean-Jacques Servan-Schreiber publie Le Manifeste radical. D’abord ronéotypé, ce texte de 197 pages, qui sera bientôt édité (2), est largement diffusé la veille d’un énième congrès tenu les 14 et 15 février 1970. Les auteurs souhaitent arrêter le déclin d’un parti politique qui n’est plus que l’ombre de lui-même. Naguère pivot des majorités dans les dernières décennies de la IIIe République, le Parti radical (3) poursuit une inexorable déchéance électorale. Pour Dominique de Roux, « le Manifeste radical exige que la France abdique la première le privilège de sa souveraineté nationale, en acceptant qu’il lui soit interdit de l’exercer au-delà de ses frontières (p. 89) ».

« Néo-Jeune Turc » du Parti radical, Jean-Jacques Servan-Schreiber défend, à l’encontre du jacobinisme centralisateur historique de son propre parti, la décentralisation politique, la fin de la dissuasion nucléaire française au profit de l’OTAN, la réintégration dans le giron atlantiste ainsi que l’avènement des États-Unis d’Europe occidentale. « C’est ainsi que le Manifeste prouvera fidélité à la ligne traditionnelle du radical-socialisme français, dont le vœu suprême a toujours été de ramener les destinées de la France à la politique de décervelage, vision de vieillards forclos, séniles et lâches, écume misérable et obscène d’une classe dirigeante ayant assis ses prérogatives d’origine sur la spoliation et le lucre, et que l’excès même de ses crimes a épuisée, réduite à ne plus aspirer qu’aux délices tranquilles de la déchéance et de l’assujettissement (pp. 98 – 99). »

Dédié à Mao Tsé-Toung, Contre Servan ne ménage pas « le vautour – capon de L’Express (p. 104) ». Dominique de Roux y lit l’« hystérie d’un compradore en cavale qui se rue sur le pouvoir et agit en conséquence (p. 17) ». « Compradore » désigne, en Amérique hispanique, les indigènes par l’intermédiaire desquels se faisaient obligatoirement le commerce entre les compagnies coloniales et les populations que leurs dirigeants, souvent corrompus, interdisaient tout rapport avec les étrangers. Ce texte de Servan-Schreiber confirme « la démagogie d’un Parti radical tombé entre les mains d’un état-major assujetti à des principes d’internationalisme boiteux, [qui] vise non seulement à l’aliénation de la politique gaulliste de souveraineté nationale française, mais au déboulonnage final de sa destinée (p. 87) ».

HZugx.jpgLucide, l’auteur de L’Harmonika-Zug reconnaît cependant que « depuis Saint-Simon, en France, les idées générales ne servent qu’à soutenir la carrière de quelques-uns, de même que les grandes réussites finissent toujours par se perdre dans les divers ruisseaux, voire dans les égouts du courant de l’histoire qui les porte (p. 21) ». Il dénonce donc la profonde insincérité de ce manifeste. « Le compradore Servan-Schreiber ment comme tout grand cabotin nihiliste qui veut se couronner, tenir ne serait-ce qu’une seule seconde le téléphone présidentiel d’une Europe allemande, d’un nouveau Reich germano-américain (p. 17). » « À la pointe de la démagogie ignoble qui permet au Parti radical d’encadrer psychologiquement et politiquement les masses françaises, un but inavouable, continue-t-il : l’abdication de la France et, sur les entrailles du sacrifice rituel de la France, l’Europe des grands arrangements monétaires (p. 85). » Pour l’auteur de La mort de Louis-Ferdinand Céline, « les États-Unis d’Europe, but stratégique ultime des commanditaires cachés de Servan-Schreiber ne sauraient être réalisés que par l’Allemagne, la France n’étant que défaillance morale, économique, politique (p. 80) ».

Non aux nouveaux compradores !

Contre Servan suscite un intérêt familier en 2020. Jean-Jacques Servan-Schreiber anticipe un comportement servile qui se généralisera dans les quatre décennies suivantes et que contestera, parmi d’autres, Emmanuel Todd à partir de 1997. « Si le compradore Servan-Schreiber propose à la France le modèle allemand c’est parce que l’Allemagne, pense-t-il, s’est admirablement libérée de son histoire (pp. 58 – 59). » Dominique de Roux développe un argumentaire virulent. Il explique que « le pouvoir politique aujourd’hui n’est rien, semble-t-il, sans les arrières d’une économie de croissance. S’emparer du pouvoir revient en fin de compte à s’emparer des postes clés de l’économie (p. 36) ». À travers Jean-Jacques Servan-Schreiber et son Manifeste radical, une conjuration qui « dévoile son projet en le cachant (p. 53) », en gaullien transfiguré depuis L’Écriture de Charles de Gaulle (1967), il s’indigne des menées cosmopolites en ce début de décennie 1970. S’il n’évoque jamais le Club Bilderberg ou les dîners mensuels du Siècle, il mentionne en revanche son fondateur, Georges « Bérard-Quélin, le vice-président et trésorier du groupe (p. 71) » radical qui s’oppose d’ailleurs au très opportuniste Servan-Schreiber…

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Pour Dominique de Roux, « l’heure des grands compradores est là et comme d’habitude ils vont droit au but, liés à leur itinéraire de rapines de bijoux, de gonzesses et de tam-tam (p. 23) ». Il révèle que « les structures capitalistes d’oppressions sociales et de colonialisme économique sur le territoire se trouvent complètement séparées de la nation, des couches populaires, fonctionnant soit par l’intermédiaire du régime en place, soit à travers la contre-option d’une éventuelle prise de pouvoir centriste (p. 25) ». Dans quatre ans, la France se donnera de peu à Valéry Giscard d’Estaing, chantre d’un « libéralisme avancé » qui va accélérer la décadence française en autorisant à la fois l’avortement incontrôlé (et non eugénique), le regroupement familial allogène et l’immigration de travail. Si Contre Servan assimile les propositions de JJSS à la « Nouvelle Société » du Premier ministre Jacques Chaban-Delmas (1969 – 1972) sous la présidence de Georges Pompidou (1969 – 1974), son auteur qui incline vers un PCF revigoré par le « tribun » Georges Marchais et qui prend au cours de cette période une relative apparence nationale-populiste, ne se doute pas que, d’une part, Giscard éliminera dès le premier tour de la présidentielle anticipée de 1974 le candidat « vieux-gaulliste » Chaban-Delmas grâce à la trahison des « 43 » gaullistes-pompidoliens parmi lesquels Jacques Chirac et que, d’autre part, Marchais renoncera à se présenter à ce scrutin afin de soutenir la candidature d’union de la gauche de François Mitterrand. Il annonce en outre qu’« en réalité, depuis le départ du général de Gaulle, les mêmes puissances capitalistes anti-nationales dirigent et manœuvrent et le gaullisme en place et le centrisme des congrès (p. 24) ». En se référant à Mao, Dominique de Roux inaugure sans le savoir un tournant politique que les maoïstes de L’Humanité rouge, anciens de PCMLF (Parti communiste marxiste-léniniste de France), adopteront quelques mois plus tard en approuvant la force de frappe nucléaire française et en soutenant la réunification allemande.

En citant de longs passages du Manifeste radical, Dominique de Roux y voit encore une ferme volonté d’« effacement de la “ souveraineté nationale ” (p. 58) ». Dans un empressement tout polémique, il ne remarque pas l’influence du fameux essai de James Burnham L’ère des organisateurs (4). Il estime pourtant que pour Jean-Jacques Servan-Schreiber, « la géopolitique relève du managering, tout comme la philosophie politique de la pédicure (p. 19) ».

Refuser l’américanisation de l’Europe

imagesWGDDR.jpgLa défiance de Dominique de Roux à l’égard du projet européen se renforce avec l’américanisation croissante des esprits et des modes de vie en Europe occidentale. « Donner la Californie aux Français, comme s’en vantent les faquins de la place de Valois, c’est encore prendre la France en viager pour le compte des négriers en gants jaunes du supercapitalisme mondial, oser donner au peuple le moins valet du monde des bijoux en verre de siphon comme jadis les Frères de la Côte, dans les pays d’extorsion, les mers du Sud, et la Bretagne (p. 96). » Constatant qu’« on invente les sociétés “ multinationales ” pour donner au pouvoir des Empires, ceux des ice-cream en boîte ou des poulets en berlingo, un air azuréen d’œcuménique innocence (p. 63) », il juge que « l’anti-civilisation de l’objet total domine. L’Europe, aujourd’hui ne constitue plus qu’une marche contestée (p. 61) ». Pis, « le problème n’est pas de savoir si l’Europe d’aujourd’hui deviendra l’Amérique d’hier (p. 63) ». Il se fait même prophétique : « Les écumeurs maoïstes ou les névropathes trotskystes […] céderont […] à la main qui les flattera (p. 69). » Le parfait exemple n’est-il pas l’ancien maoïste Serge July, ex de Libération, signataire d’un récent Dictionnaire amoureux de New York (5) ?

Dominique de Roux accuse Jean-Jacques Servan-Schreiber et son Parti radical d’œuvrer en faveur de la Subversion en Espagne, en Grèce et au Portugal. Depuis que JJSS a obtenu la libération et l’exil du compositeur et musicien Mikis Théodarakis, les étudiants qui affrontent la junte des colonels d’Athènes considèrent l’élu lorrain « comme le leader d’une certaine Europe de la subversion bourgeoise qui n’aspire qu’à la puissance de nouvelles classes privilégiées (p. 68) ». Dominique de Roux en profite pour s’attarder un instant sur les rapports de forces internes qui parcourent la junte. Celle-ci dépendrait d’un Conseil national de la Révolution lui-même divisé entre « modérés » libéraux – conservateurs pro-Washington et « ultras » nationaux-révolutionnaires plus « neutralistes ». « Nationalistes, violemment anti-capitalistes au moins autant qu’anti-monarchistes et anti-marxistes, la fraction dure du Conseil de la Révolution est en marche vers des prises de position analogues à celles de la Yougoslavie titiste, de la Révolution nassérienne ou du régime du colonel Boumédienne. Au-delà de l’Union Soviétique et des relations politico-économiques étroites avec l’Albanie, la Bulgarie et la Roumanie, les extrémistes de la Junte regardent, depuis juin 1969, vers Pékin. Par l’intermédiaire de l’Ambassade de Chine à Bucarest, plaque tournante de l’ensemble stratégique de la politique chinoise en Europe de l’Est, la Grèce se trouve déjà en relation avec le commandement de l’armée populaire chinoise. Aussi la fraction extrèmiste de l’État-Major révolutionnaire secret d’Athènes envisagerait-elle un changement de ligne qui risque d’être fatal à l’ensemble du dispositif stratégique occidental en Méditerranée et dans le Sud-Est européen. Comme la question d’un retour aux délices équivoques de la démocratie royale n’est possible que dans les salons de l’intelligentsia parisienne, “ tendance Nouvel Obs ou Préfecture de Police ”, et que le passage, avec armes et bagages, dans le camp socialiste est à exclure, vu l’attitude monolithique du peuple grec lui-même, la seule carte à jouer en Grèce, pour le “ capitalisme à la papa ”, capitalisme d’Onassis et des commanditaires d’un Servan-Schreiber, reste, malgré tout, celle de la fraction modérée de la Junte (pp. 106 – 107). » Dominique de Roux est le seul à mentionner ce Conseil national de la Révolution. On peut se demander s’il ne serait pas ici victime d’une fausse interprétation des événements. En revanche, « en 1973, souligne Georges Prévélakis, Papadopoulos aurait été renversé par Ioannidis manipulé par la CIA à cause de son refus d’accorder aux Américains l’utilisation de l’espace aérien grec pour soutenir Israël (pendant la guerre du Kippour). Beaucoup d’officiers qui soutenaient Georges Papadopoulos étaient très influencés par le colonel Kadhafi (6) ». Était-il nécessaire d’évoquer la Grèce des colonels ? Pendant les sept années de la junte hellène, « les organisations para-étatiques ont pris la forme d’un État anti-communiste au service des intérêts américains (7) ».

dominique_de_roux02_450.jpgCette forme (idéalisée ?) d’organisation clandestine influence-t-elle le fondateur des Cahiers de l’Herne ? « L’emportera le groupe qui sera capable de former à ses ordres une armée de protection dialectique de sa propre vision du monde, une élite détachée de l’économique, voire même, détachée, aussi, de la politique, ce que Lénine avait appelé “ les révolutionnaires professionnels ”. Sur le plan de l’histoire, sur le plan des activismes qui font et défont la marche de l’histoire, l’emporteront donc, à l’heure actuelle, ceux qui sauront donner aux masses engagées dans leurs manœuvres l’encadrement de révolutionnaires professionnels, de cadres activistes (pp. 114 – 115). » On peut voir dans cette description d’une avant-garde militante en acier forgé une allusion aux « convives de pierre » évoliens ou à l’Ordre de la Couronne de fer ? Dominique de Roux se révèle ici en vrai penseur de la stratégie (méta)politique. Il avoue que « la noblesse de la politique, en vérité sa noblesse d’être, est de contraindre les fatalités (p. 20) ». Il s’agit par ailleurs de se méfier des opérations sous faux drapeau. « Devant la marée montante de la révolution sociale en Europe et dans le monde, la subversion du capitalisme–apatride mobilise aujourd’hui ses doctrinaires et ses meneurs de l’ombre avec la consigne d’inventer des stratégies d’urgence, combines et propagandes à double étage qui leur permettent de ralentir et de paralyser le cours actuel des choses (p. 22). » Il prend ainsi acte très tôt de la formidable capacité du « Système » à récupérer ses oppositions et à s’en servir. « Il est pourtant notoire que chaque fois qu’on fait appel au peuple en flattant démagogiquement sa soi-disant légitimité charismatique, ses droits et son mystère, prévient-il encore, c’est que l’on complote en réalité pour lui inventer un nouvel asservissement, la sémantique nouvelle de sa mis en condition (p. 40). » Attention donc aux « populismes » conduits par de « faux héros contre-révolutionnaires » prévenus par Thomas Molnar (8) à l’instar de l’illibéral hongrois Viktor Orban, ancien pensionné de George Soros… Cette mise en garde est plus que jamais d’actualité.

Vouloir l’Europe libre franco-allemande

Dominique de Roux considère dans le phénomène Servan-Schreiber une manière d’« empêcher […] que la révolution en profondeur voulue par le général de Gaulle ne parvienne à se faire; que le travail national et le pouvoir politique total de la France n’aient à se rencontrer sur les décombres des puissances capitalistes des régimes bourgeois (p. 33) ». Il ironise que l’homme de presse reprenne à son compte les suggestions géopolitiques révolutionnaires et grandes-européennes du président du NPD (Parti national-démocrate d’Allemagne), Adolf von Thaden, mais « dans un sens final absolument contraire à celui qui à un moment donné avait failli rassembler l’Europe autour de l’axe gaullisme franco-allemand (p. 76) ». Quelques mois auparavant, en 1969, von Thaden regrettait déjà dans un entretien paru dans… L’Express (!) la vive hostilité du gouvernement de Bonn à « la politique européenne du général de Gaulle, politique dont le postulat fondamental était celui d’une véritable force de dissuasion nucléaire française destinée à transformer, ensuite, en force nucléaire européenne (p. 75) ». « Sur le plan militaire, Adolf von Thaden voyait une armée nucléaire française secrètement soutenue par une infra-structure économique allemande (p. 80). » À l’époque, outre-Rhin, le journaliste et politologue Armin Mohler défendait des positions géopolitiques fort semblables.

FIC139873HAB40.jpg« L’Europe allemande de facture française, l’Europe des compradores Servan-Schreiber et Willy Brandt, est appelée à se cogner subversivement à l’Europe française de facture allemande dont le général de Gaulle avait su rêver, à Ingolstadt en 1917, en 1939 sur les marches de l’Est, à Montcornet en 1940, en 1945 quand il fut reçu en Rhénanie par les survivants d’une Allemagne que, malgré tout et plus que n’importe qui d’autre, il avait contribué à relever; en 1958 enfin, et de par son silence même, aujourd’hui, à l’heure où se lèvent à nouveau les sombres boucliers du néant auxquels lui, l’homme des tempêtes, n’a plus rien à opposer si ce n’est le concept apocalyptique et l’espérance qui ne l’est pas moins du terme. Or, ce terme nous sommes déjà quelques-uns à le savoir, ne saurait être dialectiquement que le terme du terme (p. 114). » Se matérialise ici l’esquisse de la future « Internationale gaulliste » et son orientation en faveur d’une troisième voie géopolitique pour qui « la suppression des blocs militaires, préalable à la mise en marche d’une Conférence pan-européenne, passe par la thèse gaulliste de l’indépendance nationale, de la coopération politique inter-européenne et annule à la base le point de vue social-démocrate (p. 95) ». Il en appelle à la réunion d’une Conférence continentale sur la sécurité européenne, ce qui débouchera sur les accords d’Helsinki de 1975 et, à la fin de la Guerre froide, à la création d’une Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE). Dominique de Roux rappelle qu’« en 1944 le général de Gaulle s’était élevé avec fermeté – et en en prenant tous les risques – contre le plan Morgenthau, ayant compris selon la dialectique visionnaire du corps doctrinaire gaulliste, que, sans l’Allemagne, la France se trouverait dans l’impossibilité de faire l’Europe, et que sans l’Europe une certaine idée de la France périclitait (p. 83) ».

Grand dessein alter-gaulliste

Quel est donc le « grand dessein » de Charles de Gaulle ? « Pour que le grand dessein européen et mondial gaulliste s’accomplisse et qu’il trouve son terme, il aurait fallu que le gaullisme puisse continuer son action pour un idéal à travers les réalités, continuer la France révolutionnairement et dans les profondeurs, outil d’une véritable rupture, d’un grand accomplissement politico-historique français et européen à l’avant-garde du Troisième État de la révolution mondiale. L’idée gaulliste prévoyait, avant tout, le changement ontologique de la France sur le double plan des institutions de gouvernement et de sa politique extérieure. À l’intérieur, il s’agissait, il s’agit toujours de forger l’outil politico-militaire de l’indépendance nationale française en terme de dissuasion nucléaire et de renouvellement de l’économie nationale. La transformation profonde de l’agriculture, la réorganisation régionale, définie par Jeanneney, la participation des ouvriers aux bénéfices de l’entreprise, le dégonflage du mythe université et le plan de mise à jour technologique de l’industrie et de la recherche, tout ce qui exigeait que le pays se ressaisisse et change, s’est trouvé saboté, démantelé, par la concentration d’intérêts représentés à l’heure actuelle par le Parti radical du compradore Servan-Schreiber. Ce monde clos avait compris que la révolution gaulliste était sur le point de constituer une barrière infranchissable contre les manipulations d’un milieu qui pense politique en termes d’arrangements monétaires, de sur-exploitation colonialiste du travail, d’agences clandestines sans visage ni identité avouable à la solde du capitalisme apatride et qui, finalement, rejoint le néant (pp. 90 à 92). » Face à l’apathie française, Dominique de Roux reportera ensuite cette quête spirituelle et géopolitique vers un cinquième empire lusophone et pluri-continental (9). Il signale toutefois d’une manière sibylline à une lecture originale des Mémoires d’Espoir de Charles de Gaulle par l’économiste non-conformiste François Perroux. L’interprétation de ce dernier paraît préparer le terrain, cinquante ans plus tard, à la publication d’une série de lettres du fondateur de la Ve République, à la tonalité explosive, adressées à un historien français d’origine alsacienne, recruté « malgré lui » pour le front de l’Est, déserteur de la Wehrmacht et ancien officier de l’Armée rouge soviétique. À côté de ces enjeux géopolitiques, Dominique de Roux s’attache à la révision complète des relations sociales. Il affirme que « depuis les jacobins vénérés, la seule idée authentiquement révolutionnaire en France a été celle de la participation gaulliste du capital et du travail (p. 25) ». Cette idée révolutionnaire d’avenir est bien sûr sabotée par un Pompidou bien trop proche du grand patronat français immigrationniste.

9782268034195-200x303-1.jpgCe pamphlet constitue un tournant décisif dans la vie de l’auteur de L’Ouverture de la chasse. Il clôt sa période d’éditeur et prépare ses voyages en Afrique portugaise. Une légende veut que Jean-Jacques Servan-Schreiber aurait acquis tous les exemplaires du pamphlet disponibles en France. En s’appuyant sur une lettre adressée à Jacques Fauvet du 15 juillet 1970, Jean-Luc Barré raconte que le notable lorrain dépêcha « un intermédiaire auprès de Dominique de Roux pour racheter l’intégralité du tirage initial. Faute d’y parvenir, il réussit cependant à empêcher sa diffusion à Nancy, tandis qu’à l’initiative d’un de ses jeunes supporters un exemplaire de l’ouvrage est brûlé sur la place de la ville (10) ».

Contre Servan combat le dévoiement de l’idée européenne. Les corrupteurs de cette auguste idée sont maintenant très nombreux puisqu’on les trouve autant chez les mondialistes que chez les souverainistes ou chez les altermondialistes. Est-ce une coïncidence si Dominique de Roux décède d’une crise cardiaque neuf mois avant la naissance de la réincarnation politique de Servan-Schreiber, Emmanuel Macron ?

Georges Feltin-Tracol

Notes

1 : Lettre de Dominique de Roux à Philippe de Saint-Robert du 1er juillet 1974, cité dans Jean-Luc Barré, Dominique de Roux. Le provocateur (1935 – 1977), Fayard, 2005, p. 451. L’UDR est le parti gaulliste précédant le RPR.

2 : cf. Jean-Jacques Servan-Schreiber et Michel Albert, Ciel et Terre. Le Manifeste radical, Denoël, coll du « Défi », 1971, avec en annexes les contributions de Hugh Scott, « Force et faiblesse de l’industrie française », et de Pierre Uri, « Rapport sur l’inégalité en France ».

3 : Fondé en 1901, le Parti radical valoisien s’appelle en réalité Parti républicain, radical et radical-socialiste. Un temps à l’UDI (Union des démocrates et indépendants), il fusionne ensuite avec son frère ennemi radical de gauche pour un Mouvement radical et social tout aussi groupusculaire avant de se séparer…

4 : cf. James Burnham, L’ère des organisateurs, préface de Léon Blum, Calmann-Lévy, coll. « La Liberté de l’Esprit », 1947.

5 : Serge July, Dictionnaire amoureux de New York, Plon, 2019.

6 : Georges Prévélakis, Géopolitique de la Grèce, Éditions Complexe, coll. « Géopolitique des États du monde », 1997, p. 127.

7 : Idem, p. 125.

8 : Thomas Molnar, La Contre-Révolution au XXe siècle, La Table Ronde, 1980.

9 : Dominique de Roux, Le Cinquième Empire, préface de Raymond Abellio, Belfond, 1977.

10 : Jean-Luc Barré, op. cit., pp. 386 – 387.

• Dominique de Roux, Contre Servan-Schreiber, André Balland, 1970, 118 p.