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mercredi, 06 août 2008

Banlieue rouge

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La "banlieue rouge" ou l'entrée en politique de "la zone"

“Porte d’Orléans, tous les cafés étaient fermés. Les grands espaces déserts des nuits de banlieue commencent là”, raconte Roger Vailland dans Bon pied, bon oeil (1950). A l’époque l’image d’un Paris vivant et populaire s’opposait à celle d’une banlieue souvent triste et grise, parfois, pourtant, traversée d’éclairs de fête: les goguettes et les guinguettes de La Belle équipe. C'est un regard parmi d’autres que celui de Vailland. Banlieue des marges, banlieue de la sécession par rapport au “régime bourgeois”, banlieue de la rélégation, mais aussi banlieue du repos et de la famille “qui pousse” au vert, banlieue des dimanches sur l’herbe, des baisers volés et des amants qui se donnent, banlieue bastion du prolétariat et fief des vendeurs de l’Humanité, ces images se sont superposées au fil du temps.

 

Particulièrement en région parisienne, un curieux composé se forme. D’un coté,  l’esprit “anar”, sentimental et grande gueule: celui des années Gabin. De l’autre, un esprit de solidarité, de camaraderie et de lutte sur fond d’identification à un parti politique de masse qui represente une forme de contre-société et d’espoir, le P.C.F. Et l’étonnant est que les deux “marchent “ ensemble: le mythe de l’anarchiste “de droite” Gabin est associé à celui du dirigeant communiste Thorez (“Maurice”).

 

La banlieue est, pour ses habitants à l’origine rurale, façon de s’acclimater à la ville. L’ouvrier et l’employé cultivent leurs jardins-ouvriers, revendiquent pour les transports, participent à la vie politique locale par des réseaux associatifs et amicaux, où, à partir de 1920 et surtout de 1930, le parti communiste tient une place grandissante. En un mot, le banlieusard est fier de “sa” banlieue. “Bobigny, notre Bobigny”, chante-t-on dans la future préfecture de la Seine Saint Denis. Mais le banlieusard veut aussi continuer à intervenir dans Paris. La banlieue est pour lui un lieu d’enracinement, elle ne doit pas être un ghetto. “Demain, moi je serai place de la république. Mon pater s’y est battu en février 1934 contre les factueux (...). Place de la République , j’y tiens, même si maintenant je crèche ici en banlieue”. De là l’image de la banlieue comme “écume battant les murs de la ville”, comme dit Le Corbusier. Image que les communistes s’emploient à renforcer: “Paris encerclé par le prolétariat révolutionnaire !”, écrit Paul Vaillant-Couturier dans l’Humanité du 13 mai 1924, à la suite de législatives favorables à l’extrème-gauche. Espoir de certains qui est bien sûr la crainte des autres. Renversement de la situation de la Commune : les Versaillais sont dans Paris et les Communards autour !

 

La banlieue est aussi le banc d’essai des modernités. Par exemple en architecture, avec une construction comme le groupe scolaire baptisé in extrémis Karl Marx (à la place de Jean Jaurès) à Villejuif. Construite par André Lurçat en 1933, c’est “la plus belle école de France” selon l’Humanité, tandis que le grand quotidien conservateur de l’époque, Le Matin, fulmine: “Ce groupe scolaire campagnard (sic) est plus luxueux que le plus moderne des lycées parisiens”.

 

Avant 1914, l’installation en banlieue est parfois une étape dans l’ascension sociale. On quitte les appartements petits de Paris, - mais dont les loyers sont souvent bloqués - pour se mettre “à l’aise” en banlieue. Cela se voit dans les écrits  de Jules Romains. Mais pour beaucoup, l’installation en banlieue, c’est la recherche d’un air meilleur, de plus de place, et le souci de se rapprocher des usines, c’est-à-dire de son lieu de travail. Ce qui est parfois totalement contradictoire...  comme à Aubervilliers réputé pour ses mauvaises odeurs.

 

Dans l’entre-deux-guerres, période de crise aigüe du logement, la banlieue, c’est surtout la construction de “pavillons”. Ces constructions pavillonnaires se font dans les difficultés financières, au sein de lotissements souvent dénués de tout assainissement, par carence et esprit de lucre des propriétaires privés. L’état des lotissements est souvent d’autant plus dramatique que si les maisons rurales étaient construites la plupart du temps par des gens de métier, l’auto-construction représente en banlieue une part importante des bâtisses. De nombreuses luttes sont alors menées, faisant pression sur les pouvoirs publics et les propriétaires pour la viabilisation et l’arrivée d’équipements. La banlieue est aussi le terrain de l’expérience des cités-jardins, habitat conçu pour l’ensemble des couches populaires et moyennes, à mi chemin entre la maison de village et l’immeuble collectif, mais où les espaces verts sont au cours de années trente grignotés dans la mesure où l’Etat ne tient pas ses propres engagements financiers. Ceci aboutira à limiter l’expérience des cités-jardins à environ une quinzaine (Suresnes, Vitry, Chatenay-Malabry, le Plessis-Robinson, Charenton, ...). En même temps sont construits, comme à Drancy de sinistre mémoire, les premiers grands ensembles et gratte-ciels. 

 

Banlieue verte des jardins (400 m2 en moyenne) et banlieue grise des usines, la banlieue est aussi rouge, dans la mesure où elle est  dominée par le Parti communiste, au vrai surtout dans la première couronne, beaucoup moins au delà, et non sans exceptions: Boulogne-Billancourt est socialiste jusque dans les années 60, jamais communiste, Aubervilliers est jusqu'à la guerre la ville de l'ancien socialiste pacifiste devenu homme de la droite modérée Pierre Laval. Mais le P.C est une force ascendante pendant une trentaine d'années. Dans le département de la Seine , le nombre de municipalités communistes passe de 11 à 26 entre 1929 et 1935. A la veille de la guerre, le maire communiste d’Ivry Marrane dispute au socialiste Sellier, le maire de Suresnes, l’hégémonie au sein de l’association des maires de la région parisienne. L’enjeu (déjà !) est de proposer des solutions globales à la question de l’engorgement de la région parisienne. Et si les personnalités locales comptent, soit qu'elles existent à partir du vote communiste - comme Clamanus à Bobigny, avant son ralliement à Doriot sous l'Occupation, soit en réaction contre le P.C, - comme Laval à Aubervilliers, elles sont fragiles. Doriot est ainsi battu à la législative de 1937 à Saint-Denis par le candidat communiste.

 

Cette banlieue des années Thorez et des années Gabin est tuée par le déménagement des usines en province, par la montée de l’individualisme, la fin des cinémas et l’arrivée de la télé “couleur”, la destruction des vieux coeurs de ville (voir ainsi l’assassinat de Choisy-le-roi) et le désenchantement de la politique. Dans un film superbe de Denys de La Patellière , Rue des Prairies (1959), on voit un chef de chantier, habitant cette rue alors villageoise du 20ème arrondissement, travailler à la construction de Sarcelles, c’est-à-dire à sa propre fin par la construction d’un cadre de vie dans lequel il n’aura plus sa place. Allons, allons ! pas de nostalgie. Comme l’écrit l’historienne Annie Fourcaut dans son beau prologue: “La forme de la ville a, depuis la révolution industrielle, toujours changé plus vite que le coeur des mortels, et la nostalgie, accompagnée de peur sociale, est le mode habituel d’appréhension des changements urbains”. On ne saurait mieux dire.

 

Pierre Le Vigan.

 

Revue Autrement: Banlieue rouge, 1920-1960. Années Thorez, années Gabin: archétype du populaire, banc d’essai des modernités, Sous la direction d’Annie Fourcaut, Le Seuil, 1992.

 

Voir aussi:

* Hérodote, Après les banlieues rouges, n°43, 1986.

* Les premiers banlieusards. Aux origines des banlieues de Paris, 1860 - 1940, sous la direction d'Alain Faure, 1991, éditions CREAPHIS (79 Rue du Faubourg Saint-Martin, 75 010 PARIS). 284 pages, 195 F.

mardi, 05 février 2008

Ville nouvelle, vecteur de contre-civilisation

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Winfried KNÖRZER:

La ville nouvelle, vecteur de contre-civilisation

La revue du Dr. Hans-Dietrich Sander, Staatsbriefe, a publié il y a près de dix ans (n°11/1996) un dossier sur la ville ensauvagée de notre fin de millénaire. Les événements qui ont secoué les banlieues françaises en novembre 2005 nous obligent à méditer une fois encore ce texte fondamental dû au philosophe allemand Knörzer, qui fait figure de véritable prophète aujourd’hui. Nous en avions publié, dans les colonnes de “Vouloir”, l’introduction et le texte complet. (Synergies Européennes - Bruxelles/Nuremberg/Munich - janvier 2006)

Winfried Knörzer, Staatsbriefe n°11/1996) - Déjà le 15ième siècle connaissait une misère architecturale. A ses débuts, le classicisme a atteint des sommets, en faisant royalement renaître les éléments de l’architecture antique, redécouverts pendant la Renaissance. Ensuite, cet élan classique s’est essouflé, ses réalisations ont sombré dans le pur académisme, en dépit de l’adjectif “nouveau” ou du préfixe “néo” qu’on lui accollait. A la fin de la trajectoire de ce classicisme, on a vu apparaître, superbe et génial, le Jugendstil, qui a illuminé les premières décennies de notre 20ième siècle, qui, ensuite, est devenu le pire des déserts architecturaux de l’histoire humaine. Une véritable cacophonie… A titre d’expérience, le Bauhaus était fascinant mais il a rapidement dégénéré sous l’effet d’une volonté de reproduire en masse les réalisations marquées par ce style épuré à l’extrême. Les tentatives de rénover l’architecture sous le IIIième Reich procédaient d’une volonté somme toute assez originale de réconcilier certaines techniques du Bauhaus avec les styles du Jugenstil et du classicisme, mais l’effondrement catastrophique de ce régime et sa démonisa­tion ont bloqué toutes recherches synthétiques dans ce sens après 1945. Les raisons de notre misère architecturale sont donc nombreuses. La rage de détruire, à laquelle on a assisté pendant la seconde guerre mondiale, et la fébrilité de reconstruire vite, à la manière des termites, dans les années 45-55, ne sont finalement que les expressions radicalisées d’une évolution, que l’on pouvait déjà prévoir depuis longtemps, et dont certaines déviances avaient pu être observées dès la fin du 19ième. Déjà Paul Ernst avait cru bon, avant la première guerre mondiale, d’intituler son essai sur les techniques artistiques, Der Weg zur Form [= La Voie vers la Forme]. Ce titre est révélateur: le sens des formes s’évanouissait dans les sociétés industrielles avancées et dominantes. Ce livre dénonçait “tous les instincts” de l’époque car ils étaient pervertis par le dieu “argent” généra­teur d’un esprit tout de médiocrité, où ne subsistait plus que la relation de base de l’économie, soit la relation “producteur-con­sommateur”. Sous cette médiocrité, disparaissaient graduellement tous les instruments que la volonté humaine s’était donnés au cours de l’histoire. La perte du sens de la forme accompagne toujours un déclin des mœurs et des coutumes tradition­nelles. Au bout de cette involution, on débouche sur l’“urbanité”, sur une ville qui n’est plus porteuse de civilisation.

Le désert croît…

Imaginons une personne qui a résidé longtemps à l’étranger et qui revient subitement en Allemagne. Que verra-t-elle, lorsqu’elle aura quitté son logement et se mettra à observer ce qui se passe dans les rues?

Sans nulle doute, elle éprouvera un malaise diffus autant que profond, qu’elle n’interprétera pas aisément. Elle ne parviendra pas d’emblée à définir ce qui a changé en son absence. Car les changements semblent marginaux mais sont néanmoins per­sistants et significatifs. Des prospectus vantant les prix proposés par un supermarché, des folicules publicitaires, virevoltent au gré du vent entre les rangées de maisons. Le long des murs s’amoncellent des sacs jaunes remplis de déchets en matières plastiques. Ci et là, elle trouvera des conteneurs pour les bouteilles ou pour les vieux journaux, autour desquels pourrissent de vieilles boîtes de carton jetées pêle-mêle sur les trottoirs. Une odeur persistante de vin imprègne l’atmosphère autour de ces grosses bulles uvulaires qui recueillent les verres non consignés. Si elle parvient à jeter un coup d’oeil dans les cours des immeubles, elle verra à coup sûr quelques rats qui s’éclipsent après s’être gavés des déchets accumulés dans les poubelles réservées aux déchets biologiques. Plus loin, son regard tombera sur de vieilles et vénérables façades maculées d’inscriptions et de graffitis, de “tags”, par lesquels les bandes de jeunes marquent leur territoire. Où se trouvaient jadis une sympathique épicerie ou la boutique d’un ferblantier, elle verra, aposées sur des vitrines sales, des affiches “second hand shop” ou “à louer”. Dans beaucoup de quartiers, elle constatera un nombre impressionnant d’immeubles vides ou de nouveaux terrains vagues.

Ce n’est pas la nature qui revient dans la ville. Ce n’est pas la verte fraîcheur de gras pâturages que captent ses yeux, ni la grande variété de verts des arbustes de nos latitudes ni les couronnes majestueuses de nos feuillus, mais les affres d’un dé­sert qui ne cesse plus de croître. Emplacements vides et rues devenues inutiles, chienlit luxuriante et mauvaises herbes défi­gurent de plus en plus les villes. Ces espaces vides constituent un “no-man’s-land” qui ne relève plus de la nature vierge ni de la civilisation urbaine. Plus personne n’est responsable de l’aménagement de ces espaces. Le désert croît…

La zone piétonnière d’une grande ville du Sud de l’Allemagne a été naguère partagée en deux morceaux par le tracé d’un grand axe de circulation. Récemment, on a décidé d’inclure cet axe dans la zone piétonnière et, en quelque sorte, de la réunifier. On n’a pas obtenu l’effet attendu. On n’a pas vu un flot humain se déverser sur l’asphalte libéré de cet ancien axe de communica­tion. Au contraire. Les deux moitiés de la zone piétonnière ne se sont pas resoudées. Leur séparation est devenue plus visible. L’ancienne chaussée traverse le quartier, mais elle est morte, elle marque la zone d’un trait net, comme si elle était une cica­trice permanente. C’est comme si les deux moitiés de la zone piétonnière ne recelaient plus en elles-mêmes la force de sur­monter la bande d’espace vidé qu’il y a désormais entre elles. La foule bigarrée des chalands et des badauds n’a pas envahi la rue. Un espace mort et béant s’est instauré en plein milieu du tissu urbain. Dans les rues latérales, les boutiques ont désor­mais les volets baissés: “liquidation totale”, “à louer”, etc. proclament laconiquement les affiches.

Les limites de la civilisation urbaine

La civilisation urbaine a atteint les limites de son expansion en Allemagne aujourd’hui. Cette civilisation se comporte comme un empire qui exécute son dernier baroud et recule une dernière fois ses frontières en conquérant un territoire étranger mais sans plus avoir la force de le peupler et de s’en emparer réellement. Cette civilisation n’est pourtant pas prête d’avouer son échec, de renoncer à ses avant-postes. Elle maintient l’illusion et fait croire que la vie réelle s’épanouit encore en son sein.

Quand disparait la volonté politique de donner une forme précise à l’ensemble de l’espace urbain, des îlots de chaos apparais­sent partout. Toute rue soustraite à la circulation devient, après quelque temps, un parking d’autos. Cela signifie qu’un système d’organisation supérieur (la circulation) cède le pas à un système d’organisation inférieur (le parquage). Lorsque je parle de “système d’organisation supérieur”, il s’agit tout simplement d’un système qui réclame une plus forte consommation d’énergie, qui mobilise plus d’intelligence pour sa gestion, qui postule une réglementaton plus sophistiquée pour se maintenir à flot. Arnold Gehlen écrivait: «Dans le déclin, les mouvements sont toujours naturels et parfaitement prévisibles; à l’ère de la grandeur, les mouvements sont plus exigents, plus catégoriques, réclament plus d’énergie, sont marqués par davantage d’improbabilité. On peut dès lors prévoir le chaos, à l’instar des plus anciens mythes de l’humanité, et ce chaos est toujours “naturel” dans la pensée mythologique; en revanche, le cosmos, lui, est divin et risqué».

Lorsque les boutiques des commerçants et des artisans sont remplacées par des échopes de soldeurs de tous poils, qui ven­dent des marchandises de seconde main, des vieux stocks, des objets de mauvaise qualité voire des biens volés et stockés en recel, c’est que la volonté de produire disparait. L’économie n’est plus productrice, elle retombe au niveau d’un marché aux puces. On n’a plus la volonté de fabriquer du neuf, d’innover, on se contente de recycler du vieux. On vit sur ses stocks.

Une culture du recyclage…

La “culture du recyclage”, motivée par l’écologie, jette une ombre sinistre sur la vie de nos villes, qui devrait être efferves­cente, innovante, animée et bigarrée. Bien sûr, le recyclage est une nécessité, car il faut mettre un frein à cette désastreuse manie de jeter sans réfléchir nos déchets à tous vents. C’est vrai, il faut économiser les ressources de la planète qui ne sont pas renouvelables. Mais il y a le revers de la médaille. Si l’on consacre ses énergies à trier des ordures et à récupérer des déchets, on génère une “conscience-déchet”, qui tire gloire non pas d’avoir créé quelque chose de grand mais d’avoir sauvé vaille que vaille quelque chose de petit.

L’atmosphère moisie qui se dégage du vieux fourbis des magasins d’objets de seconde main, la lumière glauque de ces no-man’s-lands urbains dans les villes qui se sont déconnectées du processus de civilisation, le spectacle d’une nature elle-même dénaturée nous conduisent aujourd’hui à une bien triste grisaille, qui étouffe les élans, paralyse les volontés. Abrutis de discours ineptes, plongés dans un monde en déclin, dans le laisser-aller, dans des tissus urbains qui échappent à toute forme, nos contemporains perdent la faculté d’imaginer de la nouveauté, perdent la volonté de prendre des initiatives.

Ordre et propreté constituent l’apport à la civilisation des petites gens. S’il est de bon ton de s’en moquer lors des vernissages d’artistes branchés, dans les séminaires des penseurs en chambre et dans les rédactions des journaux à la page, s’il est “smart” de dire qu’il s’agit de manies petites-bourgeoises, si les vertus tranquilles des citoyens sans histoire excitent la verve des pédants, finalement, dans un premier temps, ces petites gens ne s’en soucient guère et poursuivent leurs tâches quoti­diennes. Mais quand les tirades des pédants se répètent à satiété, le socle de la civilisation devient poreux, les idéologèmes de l’ensauvagement s’insinuent dans le système de valeurs du plus grand nombre. Et quand les premiers signes du désordre, du chaos, de l’encrassement et du recul des formes s’installent au cœur du paysage urbain, ils commencent par susciter très naturellement des sentiments de rejet et de dégoût, puis, on finit par s’y habituer et par ne plus voir la progression inéxorable de ces signes très tangibles du déclin. Pourquoi devrions-nous encore nous soumettre à une discipline? Il est plus simple et plus commode de laisser aller le cours des choses.

Nos populations rejettent d’ores et déjà le fardeau de la culture, parce que les normes se sont progressivement effilochées et ce qu’il en reste ne recèle plus aucune signification mobilisante. Tout nous est égal, tout nous apparait dépourvu de sens. Dans cette atmosphère de déclin, la foi en l’avenir se perd et le cercle vicieux du nihilisme s’enclenche. Notre culture vit son cré­puscule. Nous le voyons dans nos villes. Le désert croît.

00:10 Publié dans Architecture/Urbanisme | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook