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mercredi, 24 mai 2017

La Table Ronde, cet agréable refuge où régnait un climat d'improvisation ingénue

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La Table Ronde, cet agréable refuge où régnait un climat d'improvisation ingénue

par Pierre Poucet

Ex: http://www.oragesdacier.info 

Au lancement de la Table Ronde, « agréable refuge où régnait un climat d’improvisation ingénue » dixit Michel Déon, la revue alors dirigée par François Mauriac collectionne quelques plumes illustres, et pour le moins hétérogènes : Albert Camus, Thierry Maulnier, Raymond Aron... mais c’est surtout Roger Nimier, Jacques Laurent, Antoine Blondin et Michel Déon qui se distinguent de leurs aînés par leur zéro de conduite. Nimier, tout d’abord, qui à 23 ans publie Les Épées, et poursuit deux ans plus tard en 1950 avec Perfide, Le Grand d’Espagne et Le Hussard bleu sa chronique d’une jeunesse désabusée. Proie du mal du siècle, Nimier donne dans l’impertinence. A l’heure où tout le monde se découvre résistant, Sanders, héros du Hussard bleu, dit s’être engagé dans la résistance « par manque d’imagination » avant de rejoindre la Milice parce qu’il y trouve « des garçons énergiques, plein de muscles et d’idéal »... après tout, « les anglais allaient gagner la guerre. Le bleu marine me va bien au teint. Les voyages forment la jeunesse. Ma foi, je suis resté ». Tout Nimier tient dans cette phrase, ironie et dandysme. Et dans ses formules lapidaires semées à la Table Ronde, qui inciteront au peu Mauriac à foutre le camp de la revue, du genre : « le silence de Monsieur Camus, dans le silence universel, n’aurait rien de très remarquable, si le même écrivain ne s’élevait pas, avec éloquence, en faveur des nègres, des palestiniens ou des jaunes », avant de conclure, au sujet d’une éventuelle guerre : « nous ne la ferons pas avec les épaules de M. Sartre, ni avec les poumons de M. Camus »... qui était atteint de tuberculose. 
 

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Jacques Laurent n’est pas mal non plus. C’est un peu la figure martiale des « Hussards ». C’est lui qui déclare la guerre à Jean-Paul Sartre en 1950 et met un point d’honneur à « démilitantiser » la littérature. Si vis pacem para bellum. Jacques Laurent fonde en 1952 La Parisienne, « revue de caprice et d’humeur », et part à l’assaut des Temps modernes. Le premier numéro résume bien l’ambition : 
La défaite que la littérature a subie aura été une courte victoire du politique. Le politique n’a pas tué la littérature. Il l’a engagée comme décoratrice. Il a recouru à elle pour orner son salon avant de l’ouvrir au public (...). La Parisienne se propose d’effectuer ce qu’on appelle en termes administratifs un dégagement des cadres (...). Elle ne souhaite servir rien d’autre que la littérature. Autrement dit, cette revue n’est pas un cours du soir habile. Elle vise à plaire. 

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L’opposition à la politique est bien là. Mais l’apolitisme recherché dans cet art de plaire – plutôt delectare que docere en somme – est encore et malgré tout politique. Pas seulement parce que rhétorique et politique sont les deux faces d’une même médaille, mais parce que l’affirmation de la primauté de la littérature sur la politique, l’idée de sa gratuité et de son irresponsabilité – la thématique de « l’innocence du roman » surgie à la Libération – fondent un engagement aux antipodes du paradigme sartrien. A bien des égards, d’ailleurs, les romans de Jacques Laurent peuvent se lire comme des manuels d’antimarxisme, plus précisément d’anti-hégélianisme. Laurent a en horreur cette dialectique conflictuelle que ressassent tous les philosophes de l’après-guerre. Ce qu’il défend là, c’est une vision de l’histoire dominée par le règne de l’aléatoire et du contingent. On le voit chez ses héros, qui flottent à côté d’éléments dont ils ne peuvent être tenus responsables : ils ne font pas le monde, ils le subissent. Face au règne de la volonté rationnelle et souveraine, Jacques Laurent veut rétablir dans les conduites des hommes un espace de jeu et d’aléatoire. Ainsi Faypoul, le héros du Dormeur debout, déclare : « Mon livre est un anti-Hegel. Celui-ci avait prétendu, comme Bossuet, éliminer le hasard et les contingences et, comme Platon, transformer l’histoire en un reflet des idées, or mon expérience et mon tempérament m’ont entraîné à considérer comme essentiels les accidents de parcours et à substituer le délire à la raison ». On voit toute l’empreinte des pères fondateurs de la droite littéraire : l’histoire n’est pas le produit de la volonté humaine, mais la résultante de processus naturels ou divins. Contingence contre dialectique. Tempérament contre volonté. Providentialisme contre rationalisme. Un providentialisme, d’ailleurs, qui reste peut-être la marque distinctive de la droite littéraire depuis plus de deux siècles. Et Nimier de résumer : « Les hommes font leur destin, mais ils ne le sauront jamais, ce qui revient à ne rien faire ». Reste donc à l’Homme d’expérimenter sa liberté par la gratuité du geste, l’exaltation de la vie, la célébration du moi, dans un ordre du monde où demeure « la bonne chance ». 
 
Pierre Poucet, Les Hussards, cavaliers des arts et des lettres

dimanche, 21 mai 2017

Nouveau Gouvernement Macron : ultra-libéralisme, soumission à Bruxelles et bellicisme

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Nouveau Gouvernement Macron : ultra-libéralisme, soumission à Bruxelles et bellicisme

Nous avons un nouveau gouvernement. Qu'importe, d'ailleurs ! C'est Macron qui gouvernera, ou plutôt l'éminence noire Attali ; l'un des maîtres du monde les plus redoutables, Rothschild ; l'UE des banksters et l'Amérique profonde des néo-conservateurs. Et ce gouvernement, sans doute très provisoire, n'est là que pour flouer les futurs électeurs aux Législatives.

D'ores et déjà, quatre tendances:

- Ultra libéralisme,

- Soumission à Bruxelles,

- Mise en place du Nouvel Ordre Mondial, totalitaire (un seul Parti), liberticide, asexué..

- Préparation aux guerres...

L'ultra libéralisme saute aux yeux. Peu importe d'ailleurs que l'on se dise de gauche, de droite, du centre, il suffit de voir arriver Gérard Collomb, grand bourgeois partisan de la mondialisation malheureuse, ou au Travail (quelle provocation !) Muriel Pénicaud, engagée dans les multinationales notamment du CAC40. La contestation sera dans la rue, et de masse ! Surtout avec le grand perdant de la Primaire, Bruno Le Maire, parrain des jobs à 5 euros (http://www.lepoint.fr/presidentielle/et-bruno-le-maire-cr...), qui hérite de l'Economie. L'homme est choisi par Macron pour son libéralisme impitoyable...
 

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La TOTALE soumission à Bruxelles passera entre autres par deux Européistes acharnées, la Modem De Sarnez pour toujours plus d'UE des banksters, et horreur suprême, pour le TAFTA (https://www.libre-echange.info/veille/article/vote-desast...), et la « centriste » Goulard, ne voyant pas l'austérité dans les politiques actuelles, et adversaire résolue de la liberté d'information sur le Net. Cette politique de folle soumission à Bruxelles sera totalement contraire aux intérêts des Français. Et au numérique, voici un homme issu de la diversité, d'une famille marocaine, pour créer des « French Bureau ». On est loin d'un Montebourg...

Le Nouvel Ordre Mondial (NWO) cher à Attali se met INSIDIEUSEMENT en place, dès ce mercredi matin avec l'annonce du choix des rythmes scolaires par nos écoles, pour pas après pas, mener à l'autonomie des établissements, et à la PRIVATISATION de l'enseignement public ; qui le voit ? Tout est si bien présenté pour nous berner ! Le NWO est totalitaire, avec un seul Parti - comme celui que le pion Macron prépare discrètement -, des médias collabos (ainsi, C dans l'Air annonce déjà « la palme d'or du casting » pour ce gouvernement), des lois liberticides (Macron a prévu la poursuite de la loi d'Urgence, et qu'il gouvernera par ordonnances ; Mme Goulard veillera à bâillonner la ré-information), la préparation à un monde asexué (la féministe Marlène Schiappa travaillera au respect de l'égalité des femmes et des hommes, prélude d'un futur monde asexué)...
 

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Pire que tout, des va-t-en guerres réputés rentrent dans le nouveau gouvernement Macron-Rothschild, de Mme De Sarnez mettant sur le même plan l'humaniste (http://eva-coups-de-coeur.eklablog.com/assad-n-est-pas-un...) Assad et les égorgeurs de Daesh, à Sylvie Goulard (on peut s'attendre avec elle à un déploiement en Syrie voire contre la Russie, et à une Défense européenne soumise à l'OTAN), et ne parlons pas de Le Drian, qui a fait ses preuves en ciblant obsessionnellement le Président Assad, en osant soutenir et armer (au nom, l'hypocrite, de la « lutte contre le terrorisme ») l'I, en laissant prospérer Boko Haram, en jouant au pompier-pyromane en Afrique, pour après avoir délégué des mercenaires islamistes, proposer les services de la France afin de « rétablir l'ordre », comprenez : contrôler la politique d'Etats africains, et piller leurs ressources. Le Drian ne va-t-il pas aussi se confronter à Poutine ? Alerte, la France sera sur un volcan...

De toutes façons, même si nous avons là une idée de la politique qui sera menée par Macron-Rothschild, il s'agit certainement d'un gouvernement provisoire, mélangeant individus de Droite, de Gauche, du Centre, au bilan désastreux, recyclés pour donner aux Français l'illusion de « rassemblement », alors que le but est de draguer les Electeurs déboussolés par tous les bouleversements, en particulier par les difficultés que connaissent actuellement les Partis traditionnels, victimes du machiavélisme du pouvoir actuel appuyé en coulisses par le plus perfide, François Hollande, et les médias aux ordres du Système.

Pour séduire les Electeurs, on fait miroiter un rassemblement harmonieux, alors qu'il a en son sein un Bayrou qui sera vite floué (http://actualiteevarsistons.eklablog.com/macron-et-bayrou...), le leurre provisoire Hulot prié de collaborer avec un gouvernement pour qui le profit prime sur tout, sur la défense de l'environnement en particulier, et qui défendra les centrales nucléaires comme le gaz de schiste !
« Un pathétique pitre dont la veste est évidemment réversible vient d'être nommé premier sinistre » (AbdalahGeronimoCohen)
La vie politique moralisée ? Foutaises ! Le Premier Ministre lui-même traîne plusieurs boulets (https://www.legrandsoir.info/edouard-philippe-implique-da..., http://www.lexpress.fr/actualite/politique/edouard-philip.....), et le travail de la Haute Autorité est toujours contestable, car elle n'a jamais dénoncé, par ex, les multiples casseroles de Macron (voir mon dossier http://actualiteevarsistons.eklablog.com/macron-et-bayrou...).
 

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Ainsi, tout est imposture : Gouvernement au casting fourre-tout pour berner les indécis, ministres leurres, pseudo renouveau, buts réels masqués dont le plus important est de « diviser pour régner »... Et la menace Macron est plus que jamais d'actualité (http://actualiteevarsistons.eklablog.com/la-menace-macron...).

Les Français vont-ils mordre à l'hameçon, ou enfin démasquer l'imposteur Macron ?
 
 
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samedi, 20 mai 2017

Sylvain TESSON – Sur les chemins noirs

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Sylvain TESSON – Sur les chemins noirs

par Paul NAYRAL de PUYBUSQUE

Sylvain TESSON – SUR LES CHEMINS NOIRS – Gallimard, octobre 2016 (144p)

On pourra s’étonner de voir un site consacré à l’innovation et à la prospective, porter son attention sur un livre qui loue la France rurale et les bienfaits d’un monde déconnecté, qui célèbre la lenteur et les vertus des savoirs ancestraux, et qui juge sans aménité le monde moderne marqué par le culte de la vitesse et du changement.

Justement, il n’est pas mauvais de considérer l’opinion de ceux qui s’inquiètent des dérives possibles voire avérées de notre modernité, et de faire la part entre la nostalgie un peu stérile d’un monde défunt, et la véracité de l’appel d’un « lanceur d’alerte »  inquiet devant un avenir où se met en place un « dispositif » qui tendrait à asservir l’individu (mot qui revient souvent sous la plume de Sylvain Tesson et emprunté au philosophe italien Agamben).

Sylvain Tesson est connu comme un écrivain prolifique et talentueux qui, le plus souvent, a mis en scène sa vie aventureuse entre Himalaya et Sibérie. Son sens de la formule, ses considérations sur le fond de la nature humaine qui se construit dans l’ancrage à une histoire et des cultures, et qui se révèle face à la nature, enfin son sens picaresque de la vie, rendent ses ouvrages toujours enrichissants à lire.

Ses plus récents succès, Six Mois dans les Forêts de Sibérie, expérience de solitude sur les bords glacés du Lac Baïkal, et Bérézina qui narre son parcours hivernal en side-car sur les traces de la Grande Armée, témoignent de son style original.

Sur les Chemins Noirs marque une sorte de rupture dans l’aventure. En effet, à la suite d’une chute du haut d’un toit qui lui cause de multiples fractures, dont une sorte de paralysie faciale (il avoue y être monté dans un état fortement alcoolisé), il doit suivre une longue rééducation et doit renoncer à sa précédente vie aventureuse. Sylvain Tesson décide alors de cheminer pour parachever cette rééducation, et ainsi s’éprouver pour contrer son désespoir d’avoir pour compagnon un corps désormais amoindri.

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Comme il le dit, il veut remonter la pente qui le conduira à retrouver ses capacités physiques précédentes, et, en quelque sorte, à nouveau vieillir normalement.

Il décide pour cela de traverser la France à pied par une grande diagonale qui le mènera du Mercantour au Cotentin en empruntant le plus possible « les chemins noirs », ceux qui sont méconnus, loin des grands axes des randonneurs ou des pèlerins. Il s’ingénie ainsi  à traverser la France de « l’hyper-ruralité », dont il fera un de ses thèmes majeurs. C’est là un choix délibéré, à contre-courant de la modernité pour lesquelles notre piéton a peu d’appétence ; « ce que nous autres, pauvres cloches romantiques, tenions pour une clef du paradis terre – l’ensauvagement, la préservation, l’isolement – était considéré par l’Etat comme des catégories du sous-développement. »

C’est là, il le reconnait, une forme de fuite devant un monde qui l’inquiète. « Les nouvelles technologies envahissaient les champs de mon existence, bien que je m’en défendisse. Il ne fallait pas se leurrer, elles n’étaient pas de simples innovations destinées à simplifier la vie. Elles en étaient le substitut. Elles n’offraient pas un aimable éventail d’innovations, elles modifiaient notre présence sur cette terre. Il était « ingénu de penser qu’on pouvait les utiliser avec justesse », écrivait le philosophe italien Giorgio Agamben[1] dans un petit manifeste de dégout. Elles remodelaient la psyché humaine. Elles s’en prenaient aux comportements. Déjà, elles régentaient la langue, injectaient leurs bêtabloquants dans la pensée. Ces machines avaient leur vie propre. Elles représentaient pour l’humanité une révolution aussi importante que la naissance de notre néocortex il y a quatre millions d’années. Amélioreraient-elles l’espèce ? Nous rendraient-elles plus libres et plus aimables ? La vie avait-elle plus de grâce depuis qu’elle transitait sur les écrans ? Cela n’était pas sûr. Il était même possible que nous soyons en train de perdre notre pouvoir sur nos existences. »

Sa randonnée dans la variété des paysages français lui permet d’observer la ruralité, qu’il partage en quatre temps :

  • L’antique, disparue, celle du Giono des Hauts plateaux provençaux.
  • Celle des Trente Glorieuses, qui perdure mais « perfusée de subventions », agriculture technique devenue une industrie comme une autre, en charge de produire. Durement confrontée par ailleurs aux circuits économiques ouverts et concurrentiels de la mondialisation.
  • La ruralité des néoruraux, qui cherchent à vivre « à l’ancienne » et dans une atmosphère un peu muséale.
  • Enfin le quatrième visage, celui des « paysans pionniers » qui veulent « cultiver sans user des méthodes de l’aviation américaine ». « Ils recouraient à une agriculture vieille comme l’antique, à qui ils donnaient le nom d’ « innovation », ou bien ils qualifiaient de « traditionnelles » des pratiques ultra-techniques. Mais la cause était belle, et ses fruits étaient bons.»

Sylvain Tesson pose ainsi la question du lieu de vie, du territoire ; précédemment local, charnel et le plus souvent rural, demain urbain (avec un « chez soi » souvent locatif), connecté et dématérialisé.  Comment résister à l’écartèlement entre lieux physique et virtuel, sans possibilité de se ressourcer au sein d’un espace lié à la nature et où l’on se sent véritablement « chez soi » ?  Comme le dit Jacques Arènes, « La pauvreté n’est pas l’absence d’espace. C’est la désarticulation des espaces[2]»

Traversant la France, à la lisière des villes ou au plus profond des forêts, il  s’interroge sur le monde qui vient, véritable métamorphose, où les notions de vitesse et de transformation deviennent prégnantes. Or, dit-il, « Personne se savait très bien ce que lui promettaient les métamorphoses. Les nations ne sont pas des reptiles : elles ignorent de quoi sera faite leur mue. » Philippe Tesson sait-il que le général de Gaulle en 1970 dans ses Mémoires d’espoir soulignait une inquiétude similaire ? Le monde virtuel qu’il le déplore est-il l’ultime avatar des temps modernes ? « Dans le progrès général, un nuage est suspendu sur le sort des individus. A l’antique sérénité d’un peuple de paysans certains de tirer la terre une coexistence médiocre mais assurée, a succédé chez les enfants du siècle la lourde angoisse des déracinés ».

Alors, « pauvre cloche romantique », ou lanceur d’alerte à écouter avec attention ? A chacun d’en décider, et, pour cela, auparavant, l’accompagner sur les chemins noirs.

[1] Qu’est-ce qu’un dispositif ? Payot, 2007

[2] In Au crépuscule des lieux, habiter ce monde en transition fulgurante. Pierre Giorgini. Bayard. 2017

vendredi, 19 mai 2017

Emmanuel Macron et la soumission de la France aux Etats-Unis

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Emmanuel Macron et la soumission de la France aux Etats-Unis

par Jean-Paul Baquiast

Ex: http://www.europesolidaire.eu 

Le nouveau gouvernement français désigné par Emmanuel Macron comporte certes des personnalités intéressantes. Mais la ligne politique de ce gouvernement et sa marge de manoeuvre dépendront du résultat des élections législatives du 18 juin
 Selon le poids et la nature de l'opposition à Macron qui en résultera, le programme de celui-ci, au plan intérieur, pourra plus ou moins bien être appliqué. De toutes façons, tout laisse penser qu'il sera plus orienté à droite qu'à gauche. La France en Marche a beau vouloir refuser le recours à ce qu'elle prétend être une terminologie dépassée, l'opinion continuera à reconnaître les différences entre la droite et la gauche. Ainsi une législation du travail faisant comme il est prévisible une large part aux exigences du MEDEF et du CAC 40, au détriment des intérêts des salariés, sera sans ambiguïté ressentie comme de droite.

Mais la question n'est pas là. La vraie question concerne le positionnement de la France au plan international. Ceci tant en ce qui concerne l'Union européenne que dans le domaine des relations avec les Etats-Unis et la Russie. En ce qui concerne l'Union, nous avons précédemment indiqué que malgré les demandes de la France, renouvelées lors de la dernière entrevue à Berlin Merkel-Macron, rien ne changera. L'Allemagne continuera à refuser toute politique visant à relancer l'économie française par des investissements industriels européens, comme à protéger l'économie, non seulement française mais européenne, par un minimum de barrières extérieures. Or comme l'Allemagne a réussi à la suite d'abandons français successifs, à mettre la politique de l'Union au service de ses intérêts à court terme, les nouveaux ministres « européens » du gouvernement Macron n'obtiendront aucune concession de sa part.

Il y a plus grave. Aucun effort ne sera fait par la France pour se dégager de la domination des intérêts de la finance américano-centrée. Ceci d'autant plus que les intérêts économiques des groupes qui ont financé la campagne de Macron et qui continueront à l'appuyer vivent essentiellement de leurs activités à Wall Street. Aucun effort ne sera fait non plus pour rapprocher la France d'un rôle qui correspondrait pourtant à sa situation géographique et à ses intérêts pour l'avenir, celui d'une puissance eurasiatique. Les candidats aux présidentielles qui proposaient un début de rapprochement avec Moscou n'ont pas été entendu. Emmanuel Macron n'a jamais proposé la moindre démarche en ce sens, le nouveau gouvernement français vu sa composition n'en fera rien non plus.

Or des évènements très importants se préparent au plan intérieur américain. Tout laisse penser qu'à Washington la campagne anti-Donald Trump prendra de plus en plus d'ampleur. Il risque d'être prochainement destitué. Les éléments les plus bellicistes du complexe militaro-diplomatique américain prendront alors le pouvoir. Si la France n'a pas su prendre ses distances vis-à-vis des Etats-Unis, elle sera entrainée, comme tous les alliés de ceux-ci, notamment au sein de l'Otan, dans des affrontements pouvant prendre une forme militaire avec la Russie et la Chine.

Mais manifestement Macron dans ce domaine n'est pas et ne sera pas De Gaulle. Se positionner d'une façon équilibrée entre l'Est et l'Ouest ne paraît pas être le moindre de ses soucis. Atlantiste il est, atlantiste il restera.

mardi, 16 mai 2017

Guillaume Faye & Yann-Ber Tillenon: Macron président, quel avenir pour la France ?

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Guillaume Faye & Yann-Ber Tillenon:

Macron président, quel avenir pour la France ?

lundi, 15 mai 2017

Préciser au plus vite les thèmes des futures oppositions

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Préciser au plus vite les thèmes des futures oppositions

par Jean-Paul Bastiat & Jean-Claude Empereur

Ex: http://www.europesolidaire.eu 

Emmanuel Macron a été élu avec plus de 65% des votes, comme le laissaient présager les sondages. Mais il a été élu avec un nombre important d'abstentions, environ 26% et un nombre record de votes blancs estimés à 8% . Même si tous les abstentionnistes ne peuvent être comptabilisés comme anti-Macron, l'essentiel de ceux-ci, ainsi que les votes blancs résultant du refus de choisir entre Macron et Marine Le Pen, font que l'élection du nouveau Président, en fait sinon en droit, n'a été décidée que par une minorité d'électeurs.
Macron n'aura recueilli sur son nom qu'environ 20 millions de suffrages sur les 46 millions de français en âge de voter. De plus, de nombreux électeurs d'Emmanuel Macron n'ont voté pour lui que pour faire barrage à Marine le Pen. Sauf erreur, c'est la première fois dans l'histoire de la 5e République qu'un Président aura été si mal élu.

On peut donc penser que le pays est profondément divisé et n'arrivera pas à s'unir sous ce nouveau Président. Des pans entiers de la population paraissent prêts à entrer dans une opposition radicale, que certains observateurs pensent pouvoir qualifier de future sécession.

Ce qui sauvera momentanément le nouveau pouvoir sera l'incapacité, pour un temps, des opposants de tous bords à s'unir dans une opposition cohérente. Ceci apparaît déjà dans la préparation des futures élections législatives. Face aux candidats de En Marche, une gamme incohérente d'adversaires se prépare. Elle réunit ce qui reste de vrais réfractaires dans le Parti socialiste, les soutiens de la France Insoumise, c'est-à-dire de Jean-Luc Mélenchon, quelques « communistes » et bien évidement les membres du Front National. Ceux-ci, même s'ils se divisent entre durs et moins durs, sur le mode de Florian Philippot, même si beaucoup reprochent à Marine Le Pen de nombreuses erreurs de campagne, ne devraient jamais accepter de se rallier à la nouvelle majorité présidentielle. On voit mal d'ailleurs pourquoi Marine Le Pen refuserait à l'avenir d'en prendre la direction.

Parmi ces opposants, on ne comptera évidemment pas ceux qui, chez Les Républicains, le Parti socialiste ou le Modem, font aujourd'hui quelques objections de forme à rejoindre En Marche, non par conviction mais pour faire payer plus cher leur ralliement.

Les conflits de principe ou oppositions personnelles caractérisant ces divers opposants les empêcheront de se présenter rassemblés aux électeurs, en se mettant d'accord sur des candidats uniques face à ceux de En Marche. Tout laisse donc penser qu'une majorité présidentielle substantielle favorable au nouveau Président se dégagera, lui laissant les mains libres pour appliquer ses objectifs politiques et géostratégiques, ou plutôt ceux des forces profondes qui ont provoqué sa candidature et financé sa campagne.

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Deux France

Il en résultera qu'à terme, deux France se dégageront et nécessairement s'opposeront. La première sera une France des beaux quartiers profondément imbue de libéralisme économique, de soumission aux intérêts financiers et à l'Amérique. La deuxième France sera celle des quartiers urbains périphériques et d'une partie de la France rurale, qui refuseront de plus en plus de servir les intérêts de la première. Mentionnons seulement pour être précis que dans la première France, celle dite ici des beaux quartiers, figurent aussi un certain nombre d'opposants à Emmanuel Macron se présentant eux-mêmes comme de gauche – notamment un certain nombre de militants de la France Insoumise.

Confrontés aux prochaines élections législatives, comme aux 5 années suivant ces dernières, les opposants ont théoriquement deux possibilités. La première consistera à s'unir quelles que soient leurs divergences pour constituer à tous une forte minorité voire une majorité de députés. Cette union n'est pas impossible, mais paraît cependant très improbable vu les antagonismes actuels entre les diverses oppositions. La France Insoumise et le Front national, par exemple, accepteraient-ils de s'entendre sur le candidat le mieux placé pour l'emporter sur un candidat En Marche ou Les Républicains.

L'autre solution serait que les deux composantes majeures de l'opposition, France Insoumise et Front national, se bornent à tenter, dans les circonscriptions où ils pourraient l'emporter sur En Marche ou Les Républicains, de faire élire un de leurs représentants. Ils pourraient ainsi constituer dans la future Assemblée Nationale des minorités plus ou moins fortes susceptibles de gêner beaucoup la mise en oeuvre du programme d'Emmanuel Macron, comme les dérives possibles de ce dernier vers un pouvoir personnel.

Dans les deux cas, ces minorités seront, lors des élections comme durant les 5 années qui viennent, d'autant plus aptes à susciter des soutiens dans l'électorat qu'elles préciseront les grandes lignes de leurs objectifs politiques, en mettant en évidence les points de convergence, nombreux selon nous, que ces objectifs pourraient présenter.

Il devrait leur être possible de recenser ces points de convergence et de préciser les questions sur lesquelles les divers programmes demeurent encore trop flous. Ainsi, concernant l'Union européenne ou l'euro, il serait indispensable, sans mentionner une possible sortie qui paraît aujourd'hui très impopulaire, de se mettre d'accord sur les aménagements que France Insoumise et Front national jugent aujourd'hui nécessaires. L'opposition se distinguerait ainsi de la soumission à des institutions conçues dès l'origine pour imposer le poids des Etats-Unis et de la finance atlantiste sur l'ensemble de l'Europe, et en particulier sur une France jugée encore trop « gaullienne ».

Nous nous efforcerons pour notre compte de recenser sur ce site les divers éléments qui devraient selon nous être pris en compte par les futures oppositions, quelles que soient par ailleurs leurs divergences.

( A suivre. Ci-dessus, version révisée à la date du 13/05/2017)

 

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En relisant notre article, j'ai un commentaire

Par Jean-Claude Empereur
 
Je pense que tôt ou tard il faudra créer et structurer un véritable " bloc national" que seul l'approfondissement de la crise sous sa triple composante financière , identitaire et au bout du compte, géopolitique rendra inévitable.
La question est de savoir de quoi sera composé ce bloc.
Deux questions se posent aujourd'hui qui n'ont pas été posées dans le bon ordre au cours de cette passionnante campagne  : que faire? et comment en est on arrivé, là ?
Malheureusement les différents candidats, par opportunisme et par électoralisme, voire par démagogie,se sont contentés de ne poser que la première c'est ã dire la plus facile ,sans jamais aborder la seconde qui , bien entendu , était un préalable , mais qui était aussi la plus difficile et surtout la plus dangereuse.
Tout est donc ã recommencer. Il faudra du temps...
 

 

«Grands enjeux de l’élection présidentielle en France: la gouvernance contre le peuple»

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«Grands enjeux de l’élection présidentielle en France: la gouvernance contre le peuple»

par Diana Johnstone

Ex: http://cerclearistote.com

(article rédigé en avril 2017) 

L’élection présidentielle française 2017 n’est pas une plaisanterie. Il s’y dessine un conflit lourd de  conséquences entre deux conceptions radicalement opposées de la vie politique. D’une part, la « gouvernance », qui signifie l’administration de la société par une élite cooptée, sur le modèle des sociétés commerciales. D’autre part, le système traditionnel appelé « démocratie, » qui signifie que le peuple choisit ses dirigeants par des élections libres et loyales.

Historiquement, en France, les événements politiques ont tendance à caractériser des époques et à clarifier des dichotomies ; en l’occurrence, il s’agit de la distinction évanescente entre la gauche et la droite. Cette élection pourrait bien être un événement de cette sorte.

Qu’est-ce que la gouvernance ?

Il est de plus en plus clair que le pouvoir des élites transatlantiques a décidé depuis longtemps que la démocratie représentative traditionnelle n’est plus adaptée à un monde globalisé fondé sur la libre circulation du capital. En revanche, son modèle favori est « la gouvernance », terme emprunté au  monde des affaires, et qui se rapporte à la bonne gestions de  de grandes entreprises accordées dans la poursuite d’un objectif unique et visant à une efficacité maximale. Cette origine est évidente en bien des aspects de la gouvernance politique : unanimité obligatoire sur les « valeurs », renforcée par des médias organisés ; mise en œuvre de comités spécialisés pour fournir des suggestions sur des sujets délicats et rôle joué par la « société civile » ; recours à la psychologie et à la communication pour façonner l’opinion publique ; mise à l’écart des trublions et cooptation des leaders.

Ces traits caractérisent toujours davantage la vie politique de l’Ouest. Aux États-Unis, la transition de la démocratie à la gouvernance a été ménagée par le système bipartite, qui limite le choix des électeurs à deux candidats, sélectionnés et approuvés par les principaux actionnaires du business national, selon leur engagement à suivre le programme de la gouvernance. Tout cela fonctionnait gentiment, jusqu’à ce qu’Hillary Clinton, l’insurpassable favorite de !’élite tout entière, fut battue d’une choquante façon par un intrus non adoubé, Donald Trump. Si la réaction sans précédent de l’élite de la gouvernance montre combien elle est peu disposée à céder le pouvoir à un profane, la situation en France est encore plus claire. Trump représente à bien des égards un coup du sort, un loup solitaire, sans base populaire clairement définie et qui n’a, en l’état actuel, pas réussi à arracher le pouvoir à « l’État profond », demeuré loyal aux options de la  gouvernance occidentale. La situation aux États-Unis demeure donc incertaine, mais le renversement s’affirme, bien que difficile à définir : ressentiment populaire contre les gouvernants globalisants, spécialement en raison des inégalités économiques et du déclin du niveau de vie pour la majorité de la population.

Hillary Clinton a réellement choisi de faire usage du mot « gouvernance » pour décrire ses objectifs, en partenariat avec Goldman Sachs et d’autres représentants de la « société civile ». Toutefois, elle n’était pas un aussi pur produit du système globalisant que ne l’est le candidat français Emmanuel Macron.

La gouvernance personnifiée

La première façon d’éclairer le rôle assigné à Macron est tout simplement de jeter un œil sur les médias : les couvertures stéréotypées à l’infini des magazines, les boniments débités, les interviews sur des platitudes – et jamais un mot de critique (tandis que ses principaux rivaux sont systématiquement dénigrés) . En janvier, Foreign Policy, présentait Macron à ses lecteurs comme « l’anglophone germanophile, que l’Europe politique attend».

Sa carrière professionnelle explique pourquoi les médias du courant dominant en Europe saluent Macron comme le messie.

Né à Amiens il n’y a que 39 ans, Emmanuel Macron a passé la plus grande partie de sa vie à l’école. Comme la plupart des dirigeants français il a été formé dans plusieurs des meilleures écoles de l’élite française,  mais non dans la meilleure (pour les connaisseurs : il a échoué à Normale Supérieure ; mais il a « fait » Sciences-po et l’ENA). Les médias US paraissent impressionnés de ce qu’en cours de route, il ait étudié la philosophie ; mais ce n’est pas une affaire en France.

En 2004 il a réussi au concours de l’Inspection Générale des Finances, l’un des corps qui ont fait la réputation du système français depuis Napoléon. Les Inspecteurs des finances ont la garantie de l’emploi à vie et sont choisis comme conseillers économiques des administrations ou du secteur privé. À l’Inspection Générale des Finances, il fut distingué par Jean-Pierre Jouyet, haut fonctionnaire dans la cinquantaine, aux relations très influentes, qui le recommanda à Jacques Attali, le plus spectaculaire gourou intellectuel des 35 dernières années qui ait régalé les gouvernements français successifs de ses visions futuristes (Jérusalem  capitale d’un futur gouvernement mondial, par exemple). En 2007 Attali coopte Macron dans sa super- élitiste « Commission pour la Libération de la Croissance », accréditée pour cornaquer la Présidence. Une étoile était née – une étoile du monde des affaires.

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La commission Attali prépara une liste de 316 propositions explicitement dévolues à « instaurer une nouvelle gouvernance au service de la croissance ». Dans ce contexte, « croissance » signifie,  naturellement, croissance des profits, par la réduction du coût du travail, la levée des barrières à la circulation du capital, la dérégulation. Les quarante membres de l’élite planifiant l’avenir de la France incluaient les présidents de la Deutsche Bank et de la firme suisse Nestlé. Ce qui fournissait au jeune Macron un très précieux carnet d’adresses.

En 2008, sur recommandation d’Attali, Macron fut engagé par la banque Rothschild à de hautes fonctions.  Les commissions consécutives à l’achat de Nestlé pour neuf milliards de dollars firent de Macron un millionnaire.

À quoi devait-il cette ascension qui, il y a deux siècles, aurait fait le sujet d’un roman de Balzac ? Il était « impressionnant » rappelle Attali. Il cheminait avec tout le monde et « ne contrariait personne ».

Alain Minc, une autre star experte en tout, le définit un jour comme ceci : Macron est chic, mais par-dessus tout il fait un bon banquier parce qu’il est « charmant » – une qualité nécessaire pour faire « un métier de putes ».

Macron est fameux pour ses maximes pleines de sagesse, comme  :

« Ce dont la France a besoin c’est de davantage de jeunes qui veulent devenir milliardaires ». Ou bien : « Qu’avons-nous à faire de programmes ? Ce qui compte c’est la vision. »

Ainsi Macron a-t-il lancé sa carrière sur la base de son charme et de sa « vision ». S’il a une vision claire, c’est certainement celle du chemin vers les sommets.

Formation de l’élite de la gouvernance

Ce chemin est pavé de contacts. Les membres de l’élite de la gouvernance opèrent par cooptation. Ils se reconnaissent les uns des autres, ils « se flairent entre eux », ils ont la même mentalité.

En ce moment, l’active police de la pensée est certes prompte à condamner les propos dénonçant la « gouvernance» comme des manifestations de la théorie du complot. Mais il n’y a pas de complot, parce que l’on n’en n’a pas besoin. Des gens qui pensent de la même façon agissent de concert, personne n’a à leur dire ce qu’ils ont à faire.

Ceux qui dénoncent toute allusion au « complot » paraissent croire que des gens qui possèdent un immense pouvoir, spécialement financier, ne se soucient pas d’en user. Ils préfèrent rester en retrait et disent « Au  peuple de décider » ; comme, par exemple, George Soros.

En réalité, ceux qui détiennent le pouvoir, non seulement l’utilisent mais sont convaincus qu’ils doivent l’utiliser, pour le bien de l’humanité et du monde entier. Ils savent les choses mieux que quiconque, pourquoi donc devraient-ils laisser les décisions capitales aux masses ignorantes ? C’est pourquoi David Rockefeller a fondé la commission trilatérale il y a 40 ans, pour étudier comment résoudre la difficulté d’un « excès de démocratie »

De nos jours, des idéologues amusent les masses par des considérations sur eux-mêmes ; leurs groupes d’appartenance identitaire, le genre auquel ils pourraient appartenir, qui trahit qui, et qui est-ce qu’il faut « haïr » pour crime de « haine ».

Et pendant ce temps-là, l’élite se rencontre, se concerte et décide du meilleur...

Grâce à Jouyet, Macron fut coopté en 2007 dans un club appelé les Gracques (allusion à deux héros de l’histoire romaine) qui se consacre à étudier les « valeurs » découlant du rejet de l’État keynésien, impropre à la globalisation et au développement de l’Union européenne.

En 2011, il fut coopté dans le club de la Rotonde,  qui entreprit de conseiller au président Hollande d’administrer à la France un « choc de compétitivité »… favorisant l’investissement par l’allègement de la dépense publique et des coûts du travail.

En 2012, il fut accueilli au sein de la Fondation Franco-américaine, réputée pour sélectionner les « jeunes leaders» du futur.

En 2014, Macron a décroché le gros lot. Le 31 mai et le 1er juin de la même année, il fut associé à la réunion annuelle du Bilderberg à Copenhague. Ce rassemblement ultra-secret des architectes de la « gouvernance » a été fondé en 1954 par le prince Bernhard des Pays-Bas. Aucun journaliste n’est autorisé à assister aux réunions du Bilderberg, mais les barons de la presse y vont, pour s’entendre sur le consensus qui doit être répandu dans les masses.

Et les programmes Politiques ? Que sont-ils ?

Avec toutes ses accréditations, Macron s’imposa comme conseiller économique de François Hollande en qualité de ministre de l’Economie, des finances et de l’économie numérique, sous le premier ministre Manuel Valls, où il promut vigoureusement la maison Attali, sur  le prétexte de dynamiser « la croissance ». Entre autres choses, il inversa la politique de son prédécesseur en approuvant la vente à la General Electric d’un joyau de la couronne de l’industrie française, la branche énergie d’Alstom, dont dépend l’industrie nucléaire en France,

Ministre, Macron fut responsable des mesures les plus impopulaires de toute l’impopulaire présidence de Hollande. La loi dite « loi Macron » promouvant une dérégulation massive conforme aux directives de l’Union européenne, ne put obtenir l’approbation d’une  majorité au parlement, et dut être promulguée par  recours à l’article 49-3 de la Constitution, qui autorise le premier ministre à publier une loi sans vote.

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Son exploit suivant fut plus voilé. Il élabora la « réforme » (c’est à dire le démantèlement partiel) de la loi française sur le travail, présentée au public sous le nom de la jeune ministre du Travail née au Maroc, Myriam El Khomri. Mme El Khomri n’avait pratiquement rien à voir avec « sa » loi, si ce n’est qu’elle prêtait son joli minois et son nom issu de la « diversité ethnique » à  une législation furieusement impopulaire, qui fit descendre dans la rue pendant plusieurs semaines des foules de travailleurs protestataires, éclater le parti socialiste et obligea le premier Ministre Manuel Valls à recourir une fois de plus, à l’article 49-3 pour promulguer cette loi.

Ici l’histoire devient presque comique. Les coups et le choc de Macron au sein du gouvernement Hollande/Valls, détruisant pratiquement le parti socialiste français, l’a laissé divisé et démoralisé. La voie lui est ouverte désormais pour apparaître en  champion héroïque du « futur », « ni à gauche ni à droite », de « la France des gagnants », dans son nouveau parti, « En marche » (ce qui peut signifier « toujours plus haut et vite »)

A présent, Macron s’est hissé au sommet des sondages, au coude à coude avec le coureur de tête Marine Le Pen, pour le premier tour du 23 avril  et, par conséquent, favori pour le tour décisif du 7 mai. Son charme, qui lui a valu une brillante carrière de banquier et la flagornerie des médias de masse, fait merveille  pour le porter à la présidence, par ses seuls appas  juvéniles.

Les Medias et le peuple

Comme jamais auparavant, la presse et la télévision, d’où la plupart des gens tirent leur information, sont devenues non seulement unanimes dans leurs choix et sans scrupules dans leurs procédés,  mais tyranniques pour condamner les sources d’information indépendantes, qu’elles taxent de  « trucage » et de « fausseté». On devrait les qualifier de « médias de formatage des esprits ». L’objectivité appartient désormais au passé.

Il y a onze candidats officiels au poste de président de la République. L’extravagante admiration des médias de formatage des esprits pour Macron leur fait traiter ses rivaux les plus sérieux comme des délinquants, jeter quelques os à ronger à ceux dont l’élimination est certaine et ignorer les autres. Appuyé par ces médias de formatage, Macron est le candidat d’une gouvernance autoritaire, contre tous les autres candidats et la démocratie française elle-même.

Traduit de l’anglais par Philippe Renoux et Yves Branca.

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Source : Site Counterpunch, tell the facts, name the names, 31 mars 2017.)

Diana Johnstone née en 1934, est une universitaire et journaliste américaine. Diplômée d’études slaves, elle a obtenu son doctorat à l’Université du Minnesota. Journaliste à l’Agence France Presse dans les années 1970, elle a séjourné en France, en Allemagne et en Italie, avant de s’installer définitivement à Paris en 1990. Ouvrages traduits en français :

  • La Croisade des fous : Yougoslavie, première guerre de la mondialisation, Le Temps des Cerises, 2005
  • Avec Stephen Lendmann et d’autres auteurs, Ukraine, le coup d’état fasciste orchestré par les Etats-Unis, article ‘Ukraine, nouveau rideau de fer » – édition Delga, Paris,2014 )
  • Hillary Clinton : La reine du chaos, Delga, 2016

Macron, le président du vieux monde

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Macron, le président du vieux monde

par Hervé Kempf (Reporterre)

Ex: https://reporterre.net 

Sous les habits neufs de M. Macron, le néo-libéralisme continue sans changer. Marginalisant l’écologie, et oubliant l’inégalité sociale.

Emmanuel Macron est un personnage remarquable : on ne gravit pas aussi rapidement les échelons de la pyramide du pouvoir si l’on n’est pas doté de qualités exceptionnelles. Et même si la chance a largement joué son rôle - la faillite de François Fillon, la déliquescence plus rapide que prévue du Parti socialiste -, la capacité à s’engouffrer dans les opportunités est un talent que tous n’ont pas. Il ne fait pas de doute que cette énergie ascensionnelle va continuer à se déployer dans les premiers mois de la nouvelle présidence.

Il reste que M. Macron n’a pas gravi la montagne à la force de son seul poignet. Massivement soutenu par tous les médias des dominants (faut-il encore rappeler que la "presse" est aujourd’hui l’instrument des Arnault, Bolloré, Bouygues, Dassault, Drahi, Lagardère, Niel, Pigasse, Pinault... ?), il n’a pas gagné à la loyale. Plutôt qu’un duel Macron-Le Pen, on aurait pu assister à un duel Macron-Mélenchon bien plus stimulant si la presse oligarchique n’avait pas pilonné dans la dernière ligne droite le candidat de la France insoumise. Mais l’oligarchie avait bien sûr choisi son camp. Ce serait Fillon ou Macron. Fillon tombant à l’eau, ce fut Macron.

Homme remarquable, appliquant les méthodes entrepreneuriales en vogue - En marche a appliqué tous les outils marketing et a fonctionné en mode "start-up", comme l’a raconté Mediapart -, M. Macron n’en est pas moins porteur des idées du vieux monde. Le vieux monde ? Celui où l’on croit que la croissance reste le moteur de l’équilibre social, que la question écologique est secondaire, et qu’une société peut vivre sans désordre avec de fortes inégalités.

Pour grimper rapidement, M. Macron a adopté les idées de ses parrains. Ou étaient-ce les siennes ? Peu importe. Deux hommes en particulier l’ont propulsé vers les hautes sphères : Henry Hermand, millionnaire ayant fait fortune dans la construction de centres commerciaux dévoreurs de terres agricoles et propageant l’étalement urbain, et Jacques Attali, qui l’a recruté en 2007 dans sa "Commission pour la libération de la croissance". Le nom de cette commission créée par M. Sarkozy en disait tout. Parmi les prescriptions qui révélaient la pertinence de ses analyses, il y avait la libération accrue des règles du marché financier parisien, un an avant que n’éclate la grande crise financière... Mais l’oligarchie n’a cure de ses erreurs, et M. Attali continue à parader, tandis que ses poulains galopent dans les prairies du pouvoir. Et de l’argent, puisque M. Macron est passé par la banque Rotschild.

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Béton, croissance et finances

Béton, croissance et finances, voilà donc le terreau idéologique sur lequel M. Macron s’est épanoui. Le nouveau président a déjà quatre ans d’expérience gouvernementale à son actif, à l’Elysée où il a conseillé François Hollande dans son orientation néo-libérale, puis au ministère de l’Economie.

Et la liste des actes ou intentions de M. Macron parle d’elle-même : travail le dimanche, facilitation de l’affichage publicitaire, permis de recherche de gaz de schiste, soutien au projet nucléaire d’Hinkley Point, autorisation de l’extraction de sable à Lannion, accord très favorable aux sociétés autoroutières, encouragement à l’exploitation minière en Guyane, amendement législatif sur les déchets nucléaires à Bure - l’écologie est le cadet des soucis du nouveau président.

Et les signaux qu’il a lancé ne sont pas très positifs : en matière d’agriculture, il veut « continuer le combat » de son « ami » Xavier Beulin, chantre de l’industrialisation agricole et de la compétitivité. Son programme d’investissement sur la transition écologique s’élève à un modeste 15 milliards d’euros sur cinq ans, moins, rappelait Thomas Porcher lors de notre Alter soirée électorale que le coût du projet nucléaire d’Hinkley Point en Angleterre. Quant à son entourage proche, il vient pour partie du monde du béton de son parrain Henry Hermand : avant de rejoindre En marche comme porte-parole, Benjamin Griveaux était chez Unibail Rodamco, grand promoteur de l’immobilier commercial (qui veut par exemple lancer Val Tolosa). « Le programme Macron fait saliver les promoteurs », signale La Lettre A, en laissant notamment prévoir l’abaissement des possibilités de recours contre les permis de construire.

Sur les autres domaines que l’environnement, n’attendez pas de progrès. Le mot « inégalité » n’apparait pas dans le programme de M. Macron, pas plus que celui d’évasion fiscale. Une nouvelle loi Travail sera imposée par ordonnances (une variante du 49.3, consistant à forcer la main au Parlement pour légiférer), et pour la « sécurité », on embauchera 10.000 policiers et gendarmes supplémentaires et l’on construira 15.000 places de prison.

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Tout cela n’est guère encourageant. Le néo-libéralisme continue sous de nouveaux habits, l’écologie est marginalisée, le vieux monde perdure.

Mais il craque. Le niveau étonnamment élevé des votes blancs ou nuls au deuxième tour de l’élection présidentielle montre que de plus en plus de gens ne supportent plus le chantage qui nous est imposé entre le fascisme et le néo-libéralisme. L’assise de M. Macron n’est pas solide. Et autre tournant porteur d’espoir de cette campagne présidentielle, le camp de la gauche a solidement intégré l’écologie dans sa vision du monde et dans sa politique. Il reste à ce que ce camp s’unisse. Sinon les vieilles idées de M. Macron continueront à détruire le monde.


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samedi, 13 mai 2017

Macron, président ready made...

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Macron, président ready made...

par Richard Millet

Ex: http://metapoinfos.hautetfort.com

Nous reproduisons ci-dessous une chronique de Richard Millet, cueillie sur son site personnel et dans laquelle il évoque, pour le quotidien italien La Verità Emmanuel Macron, le nouveau président de la République...

Auteur de La confession négative (Gallimard, 2009) et de Tuer (Léo Scheer, 2015), Richard Millet a publié l'automne dernier aux éditions Léo Scheer un roman intitulé Province.

Macron, président ready made

D’une certaine façon, Macron a toujours déjà été élu. L’unanimité extatique qui l’a porté au pouvoir s’est drapée d’une prétendue contestation à gauche (le bobo trotskiste Mélanchon) et de l’habituel épouvantail d’ «extrême-droite » : Marine Le Pen, dont les hystériques défenseurs des « valeurs républicaines », prétendument menacées par la « montée du fascisme », n’admettraient pour rien au monde qu’elles trouvent en Le Pen un ardent défenseur.

Macron n’a donc pas été élu, comme on le dit, sur les ruines des partis politiques (y compris le Front national) ; il l’a été par un système qui avait besoin de faire croire à sa propre décomposition pour présenter Macron comme l’homme « providentiel », principalement parce qu’il est jeune. L’argument du « jeunisme » est en effet puissant dans un pays qui tient encore aux apparences pour cacher la fatigue de l’enchantement démocratique. La démocratie, en l’occurrence, consiste à faire croire aux gens qu’ils peuvent décider d’un destin politique qui ne serait pas entièrement soumis à l’argument économique : on aurait ainsi le choix entre plusieurs candidats, puis deux ; et si Macron n’est pas Le Pen, Le Pen et Macron représentent bien les deux faces d’un même désastre : le candidat par défaut – conséquence de la « défection » de Dominique Strauss-Kahn, en 2012, qui a porté Hollande au pouvoir, et aujourd’hui, Fillon ayant conduit la « droite » au suicide, Macron, candidat secret de l’Élysée. Ce défaut marque la fin de l’apparatchik français, clientéliste, conservateur, qui vivait de l’indifférenciation entre la droite et la gauche. De ce « renouveau », le ready made Macron est la quintessence, comme Trudeau, Merkel, Obama, Blair, etc., noms génériques de la social-démocratie mondialiste. Tous s’enchantent de l’élection d’un homme dont on peut dire qu’il a été aussi porté au pouvoir pour que l’Europe ne connaisse pas un Trump français.

Macron a donc été élu non par le peuple français (quel « peuple » ? et qui est vraiment français, dans cet imbroglio post-démocratique ?) mais par les médias officiels - détenus par une poignée de business men post-gauchistes, qui ont fait voter les lois sur l’euthanasie, le mariage homosexuel, la procréation assistée, la gestation pour autrui, bientôt la libéralisation du cannabis, les manipulations génétiques, le vote des étrangers, et tous ces dispositifs nihilistes que le Système politico-médiatique présente comme l’unique version du progrès.

Et comme nous sommes en France, ancienne nation littéraire, la farce électorale a pris une dimension théâtrale, malgré l’absence de femmes, mais avec ses traitres, la lutte entre jeunes et vieux, ses rebondissements, et le grotesque qui tient lieu de débat ; car les vraies questions ont été soigneusement évitées, notamment celle de l’immigration de masse, principalement musulmane, Le Pen modérant son discours pour ne pas trop paraître Front national, Macron pour faire un peu oublier qu’il était le candidat déclaré des musulmans.

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Observons pour finir les symboles de la victoire de Macron, cet homme qui a prétendu qu’il n’y a pas de culture française tout en se disant l’ami du philosophe Paul Ricœur : la cour du Louvre, la pyramide mondialiste de Pei, Bonaparte et Beethoven, l’hymne « européen », une foule « bigarrée », parfaitement sélectionnée ethniquement par les organisateurs du spectacle ; bref, le vieux rituel du mortifère Mitterrand au service d’un homme jeune mais en fin de compte très vieux : rien de neuf, donc, sous le soleil de la République médiatique ; les Français, qui ont fait semblant de réfléchir à leur avenir, sont passés de l’insignifiant Hollande au sémillant Macron ; ils peuvent continuer de dormir de leur sommeil d’esclaves consentants.

Richard Millet (Site officiel de Richard Millet, 9 mai 2017)

Les conceptions atlantiques et européennes de Charles de Gaulle et de Ludwig Erhard, 1963-1966

charles de gaulle, ludwig ehrard, france, allemagne, union européenne, marché commun, europe, affaires européennes, histoire, économie, années 60,

Grandeur ou Grand Marché?

Les conceptions atlantiques et européennes
de Charles de Gaulle et de Ludwig Erhard,

1963-1966

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Frederik Dhondt 

Mémoire de Recherche 

Academiejaar: 2008-2009

Institut d'Études Politiques de Paris
ÉCOLE DOCTORALE DE SCIENCES PO
Master 2 recherche : Relations Internationales (Histoire)  

Soutenu le 24 septembre 2009

Mémoire sous direction du Prof. Maurice VAÏSSE

Jury : M. Maurice VAÏSSE (Professeur des Universités à l’IEP de Paris)
M. Christian WENKEL (Docteur en Histoire, Institut Historique Allemand/IEP de Paris)

vendredi, 12 mai 2017

Terreur et amnésie: fabrique de la soumission

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Terreur et amnésie: fabrique de la soumission

TERRE & PEUPLE Magazine n°71

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Communiqué de "Terre & Peuple - Wallonie"

TERRE & PEUPLE Magazine n°71

Le numéro 71 de TERRRE & PEUPLE Magazine est centré sur le thème 'La guerre toujours et partout'.

Dans son éditorial, Pierre Vial prophétise « Les anges iront en enfer'.  Les anges, ce sont ceux qui croient se préserver de la guerre en se contentant de la refuser.  En commençant par la nier quand elle leur crève les yeux.  Ceux qui se bousculent pour trahir les leurs, victimisant les Théo et autres fauteurs de 'petites' émeutes, qui ne sont que des répétitions pour la grande.  Il cite Ernst Jünger : « Les longues périodes de paix favorisent certaines illusions d'optique.  L'une d'elles est la croyance que l'inviolabilité du domicile se fonde sur la Constitution, est garantie par elle.  En fait, elle se fonde sur le père de famille qui se dresse au seuil de sa porte, entouré de ses fils, la cognée à la main. »

Dans son introduction au dossier central, Pierre Vial répète que la guerre n'est pas une institution humaine, mais une loi de la nature.  Il souligne qu'elle n'est pas seulement militaire, mais également militante, notamment dans la guerre culturelle, par l'information et la désinformation.  Nous faisons à présent l'objet d'une guerre de conquête, par des envahisseurs qui sont dans nos murs et pour qui nous sommes les 'croisés'.   Effectivement, nous défendons la Terre Sainte d'Europe, mais certainement pas Israël, dont nous n'avons pas à être les harkis.  C'est une guerre totale, armée mais aussi et surtout idéologique, culturelle.  Notamment, comme le souligne Patrick Buisson dans son dernier livre 'La cause du peuple', une guerre contre l'idéologie multiculturaliste venue des Etats-Unis.  C'est un guerre qui vise à paralyser sans tuer, à détruire les valeurs spirituelles au nom d'une pseudo-démocratie apatride, qui ne défend la liberté que de l'argent.  C'est dans ce climat que les fous d'Allah trouvent à s'immerger au sein de nos sociétés, notamment dans l'armée et la police.  Pierre Vial, qui cite le général Vincent Desportes (« On peut rêver un monde sans guerre : il n'existe pas. »), évoque le modèle immémorial d'une élite disposée au sacrifice, avec la tradition des compagnonnages guerriers, depuis les berserkirs germaniques jusqu'aux Templiers.  C'est la Révolution française, avec la levée de masses qu'on s'applique à fanatiser par la diabolisation de l'ennemi, qui va déboucher sur la guerre total, celle qui nous est menée.  Il n'y a pas d'autre voie de la paix que s'y préparer : para bellum.

Jean Haudry souligne que, dans l'ensemble de leur période commune, nos ancêtres indo-européens n'avaient pas de vocable pour désigner la lutte armée entre deux peuples ou deux partis.  Pour eux, il ne s'agissait pas là d'un événement particulier, mais de l'état normal de la vie durant la saison guerrière.  Le nom du héros grec Héraclès, comme son correspondant russe Yaroslav, signifie 'gloire de la belle saison'.  Mais, à la période la plus ancienne, la notion de guerre n'existe pas, alors que les squelettes de la période pré-agricole révèlent trois fois plus de morts par violences que la moyenne mondiale actuelle !  C'est la pratique de la razzia, apparue avec l'élevage au Néolithique ancien, qui préfigure la guerre des temps historiques.  Dans la société des quatre cercles (famille de trois génération-village-clan-tribu), elle est une activité de la belle saison, une fonction guerrière.  Chaque cercle sera à la base d'une unité militaire. Le premier sens du mot latin populus est armée (populare = dévaster).  Les saisons guerrière et agricole coïncidant, elles ont amené à répartir les fonctions et à distinguer les classes.  Le succès à la guerre passant pour un jugement des dieux, il importe d'avoir respecté les formes et les engagements, ce qui va conférer une  priorité à la première fonction religieuse.  La vengeance apparaît non seulement comme un droit, mais comme un devoir, mais elle fera bientôt place à la compensation par le prix du sang.  C'est vers la fin de la période commune, avec les migrations des Indo-Européens à travers l'Eurasie, qu'apparaissent des activités guerrières proprement dites, avec une sorte de contre-société héroïque de jeunes guerriers compagnons d'un roi, dans le cadre d'un engagement mutuel de fidélité qui vient se substituer à la solidarité naturelle.  Les dieux donnent alors la victoire à ceux qui honorent leur serment.  Les rituels d'initiation de ces compagnonnages, qui vont se prolonger dans la chevalerie, instituent la première forme d'armée permanente.  Avec la formation des empires, la discipline au sein de la phalange va primer l'action d'éclat héroïque.  C'est de même dans les temps historiques qu'apparaît l'affrontement de factions internes, la guerre civile 'qui glace les coeurs'.

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Thierry Thodinor rappelle que l'Hégémôn américain, en déclin, vise à rien moins qu'imposer au monde ses 'biens publics fondamentaux' (dollar et normes), par le contrôle des flux d'information et de capitaux, au moyen de chaînes d'interdépendance présentées comme une panacée morale et rationnelle.  Tout récalcitrant doit soulever l'indignation de la 'communauté internationale', avec un devoir d'ingérence, qui peut être problématique militairement (la Russie) ou symboliquement (le Vatican).  Le Nouvel Ordre Mondial agonise.  L'idéologie des Droits de l'Homme et du marché illimité patine.  Le dollar, adossé à une montagne de dettes, a perdu 98% de sa valeur par rapport à l'or.  Plus indigestes à avaler que Kadhafi et que Saddam Hussein, la Russie et la Chine manoeuvrent pour dé-dollariser     leurs transactions internationales.  Il ne reste que les sanctions et la guerre financière, totale mais furtive.  Les départements américains du Trésor et de la Justice, en application du Patriot Act, pris suite au 11Septembre pour traquer le financement du terrorisme, pénalisent d'amendes gigantesques les entreprises étrangères (BNP Paribas, Deutsche Bank, Siemens, Alcatel...) prises en défaut d'application des sanctions.  Les Russes sont menacés d'expulsion de la coopérative de transferts financiers internationaux SWIFT, instrument majeur de globalisation.  Ils ont répliqué en créant, en 2014 avec les états du BRICS, une nouvelle banque de développement et en adhérant, en 2015, à la Banque asiatique créée par la Chine.  Brisant le monopole américain en matière de notation du crédit, ils ont mis en place leur propre agence AKRA.  SWIFT, qui informe la NSA (voir Snowden), a déconnecté en 2013 le Vatican, resté fermement attaché au secret bancaire.  Son administration a été alors promptement purgée (démission de  Benoît XVI) !  L'incompétence des Néocons et l'obsolescence des organisations internationales qu'ils contrôlent encore accélèrent l'autodestruction du mondialisme américain.

Robert Dragan dresse un dossier richement documenté (arte.tv et les historiens américain Robert C. Davies et français Jacques Heers) de l'enfer qu'ont fait subir les Arabes à plus d'un million d'Européens (et d'Américains), qu'ils ont traînés en esclavage en terre d'islam à l'époque moderne.  Ce drame fait l'objet d'un silence assourdissant de la part de nos maîtres à penser.  Or la saignée a été lourde car le chiffre d'un million est d'autant plus écrasant que l'Europe était beaucoup moins peuplée :  pour quinze millions de Français, il n'y avait que cinq millions d'Espagnols et quatre millions d'Anglais.  Au moyen-âge déjà, ce fléau frappait les marins et les populations côtières européens jusqu'en Scandinavie et même en Islande.  C'est Meknès, capitale du sultanat du Maroc, qui en était le centre et le Sultan Moulay Ismaïl (1672-1727) une des figures marquantes, par sa brutale cruauté.  Des chrétiens renégats (le capitaine hollandais Jan Janszoon) et des juifs ont collaboré aux rapts, au commerce et à l'élevage du bétail humain blanc (production de métis).  Entre 1609 et 1616, les pirates barbaresques ont arraisonné 466 navires marchands anglais et ont vendus les survivants.  Moins intensive dans ses débuts, cette traite remonte au moyen-âge.  Elle durera jusqu'au XIXe siècle, jusqu'au bombardement d'Alger par une flotte anglaise en 1816 et à sa conquête, en 1830, par les troupes de Charles X.  Ce qui est reproché à crime aujourd'hui et reconnu dans les repentances d'opportunistes mondialistes.  Aujourd'hui encore, les pays de la péninsule arabique se fournissent en jeunes prostituées blanches en Europe de l'Est.

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Fabrice Lehénaire cite Macron (« L'arrivée de milliers de migrants est une opportunité économique. »), pour souligner la nécessité de bien distinguer le demandeur d'asile, réfugié qui, pour échapper à des violences extrêmes, aspire à obtenir un statut légal temporaire, d'une durée aussi brève qu'on peut l'espérer, de l'immense majorité des immigrés, migrants de plus en communément illégaux, qui ont des motivations d'opportunité personnelle, quand elles ne sont pas d'invasion conquérante, voire de violence terroriste.  C'est la flagrante infériorité numérique des premiers par rapport aux seconds qui commande d'y déceler une opération stratégique de démantèlement de la civilisation européenne.

Roberto Fiorini présente le livre de Jehan Morel 'Guerilla contre guerilla' paru aux éditions DPF-CHIRE (contact@chire.com).  C'est la honte de la débandade de l'armée français en mai 1940 qui détermine l'auteur à se laver de ce déshonneur en s'engageant pour aller combattre en Indochine, où il a « la chance d'être affecté à une unité qui pratique la contre-guerilla », des supplétifs vietnamiens que des responsables politiques carriéristes abandonneront honteusement, comme ils abandonneront ensuite les harkis.  Il achèvera sa carrière de guerillero au Katanga, contre les forces de l'ONU.  Il note au passage la réalité écrasante de l'explosion démographique créée par la bonne conscience des Européens (25% de la population mondiale en 1900, ils n'en représenteront plus que 4% avant la fin de ce siècle ).  Il a retiré de ses expériences du terrain un catalogues de principes et de recettes incomparables pour mener une guerre asymétrique, notamment la pureté morale et le dévouement par quoi mériter la loyauté.

Roberto Fiorini consacre un long article à Georges Sorel (1847-1922), fondateur du syndicalisme révolutionnaire, qui prêche l'action directe de guerre contre le monde bourgeois.  Pour lui, le suffrage universel est un piège tendu par la démocratie libérale pour confier le pouvoir aux possédants.  Il incombe aux minorités conscientes d'éduquer et d'entraîner les masses dans une démocratie de base, directe et participative.  La violence ouvrière, par la grève générale, est l'arme ultime et légitime du désespoir.  Sorel conteste aux classes la possibilité d'intérêts communs et dénonce l'oligarchie de puissants entrepreneurs, ligués aux dépens de la nation.  Comme il  dénonce l'opération des partis qui ont confisqué le mouvement ouvrier.  La première CGT était profondément sorélienne.  Pour élever intellectuellement et moralement la classe laborieuse du peuple, il préfère l'action quotidienne et le mythe mobilisateur, expression d'une poésie populaire, qui fait appel à l'intuition de préférence à la raison pour inviter à l'héroïsme désintéressé.  Pour rester en prise avec la réalité que vit le peuple, il prône la mobilité des idées, ce qui fera que Lénine, qui l'admire, le jugera « brouillon ».

Pour Alexis Arette, c'est par la voie de la presse que la bourgeoisie capitaliste a matérialisé le peuple, dans une société vouée au Veau d'or (où l'entraîneur-vedette du PSG rafle une indemnité de licenciement de 22 millions € quand les paysans sont réduits aux restos du coeur). Une société où des juges condamnent Zemmour pour avoir « dépassé les limites de la liberté d'expression » que ne dépassent pas des rappeurs qui appellent à « saigner les flics comme des porcs ».  Une société où les bulles des complots prétendument déjoués ne masquent pas ceux qui ne l'ont pas été parce qu'on a libéré des multirécidivistes,  où François Hollande ne se suicidera pas comme Allende, mais s'éteindra dans le confort bourgeois que la République garantit à ses maquereaux.  A moins que surgisse un gouvernement de salut public.  Car il y a du changement dans l'air.  La Norvège renvoie ses suspects.  Le Japon est fermé aux musulmans.  Cuba interdit une mosquée.  La Pologne s'aligne sur les Hongrois et les Tchèques.  L'Angola interdit l'islam.  Sept états des Etats-Unis jugent la charia incompatible avec la loi américaine.  Même Merkel ose réagir contre les métèques violeurs.  Erdogan confirme que les armes des djihadistes étaient d'origine occidentale.  Il reste à la si conciliante Eglise conciliaire à découvrir qu'il n'y a pas de Coran alternatif.

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Jean Haudry définit son 'Message de nos ancêtres' comme un ouvrage militant, destiné à la formation des adolescents.  Il a accepté de rédiger à l'initiative de notre Président.  Il y narre l'histoire des Braves, un peuple sédentaire indo-européen installé en Europe centrale aux temps protohistoriques  (seconde moitié du deuxième millénaire), dont le roi revendique, selon l'usage de l'époque, le titre de 'roi du monde' et qui, à défaut de conquérir le monde, le fait venir à lui.  Les Braves ne représentent pas le noyau fondateur des Indo-Européens, mais leur histoire correspond à celle des Gaulois (qui ont donné leur nom à la Gaule), des  Francs (qui ont donné leur nom à la France) et des Angles (qui ont donné le leur nom à l'Angleterre).  Un épisode se passe chez les Hyperboréens.  Le nom de ceux-ci (qui signifie 'au nord des montagnes) désigne les régions au nord de la Grèce, et non la composante arctique mise en évidence par Tilak.  Jean Haudry rappelle que l'hostilité à l'égard de l'étude de la parenté des langues de l'Europe, de l'Inde et de l'Iran trouve sa source dans l'incompatibilité de cette parenté avec le thème biblique des trois fils de Noé.  Le livre est richement illustré par Eric Heidenkopf.

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Vous servant à chaque parution de TERRE & PEUPLE Magazine une synthèse du dernier numéro, nous sommes bien placés pour apprécier la qualité altière de la recension que Jean Haudry a réalisée dans cette livraison du numéro 66 de Nouvelle Ecole consacré à Charles Maurras.  Il ne serait pas raisonnable de tenter une synthèse d'une synthèse.  Outre le sommaire, qui est déjà riche d'enseignement, nous nous en tiendrons aux réflexions de notre maître et ami sur trois axes de la pensée, très riche, du fondateur du nationalisme intégral. Aux quatre états confédérés que Maurras reconnaît à l'anti-France, juifs, francs-maçons, protestants et métèques, Jean Haudry estime qu'il fallait déjà à l'époque (condamnation de l'Action Française), et qu'il faut également aujourd'hui, ajouter les catholiques, à quelques exceptions près.  Par rapport à son mot d'ordre 'Politique d'abord', Maurras est presque toujours en porte à faux (son agnosticisme par rapport à la catholicité des rois ; sa prophétie manquée de la 'divine surprise' ; son anti-germanisme viscéral).  Sa revendication-programme « Je suis romain, je suis humain. » est à la fois pertinente et inacceptable, en ce qu'elle oublie l'héritage celte et germanique.  Jean Haudry se doit d'évoquer celui de la grande famille indo-européenne.  Il conclut avec une citation d'Alexandre Douguine sur l'eurasisme et le retour de l'Indo-Européen aux racines de sa patrie primordiale.

Sommaire du thème central de Nouvelle Ecole n°66

Maurras vu par Lucien Rebatet

Portrait de Charles Maurras (Olivier Dard)

Le jeune Maurras, félibre et fédéraliste (Rémi Soulié)

Maurras et l'Abbé Penon (Axel Tisserand)

Heidegger et Maurras à Athènes (Baptiste Rappin)

La République, la bourgeoisie et la question ouvrière (Charles Maurras)

La géopolitique selon Maurras (Martin Motte)

Maurassiens et Mai 68 (Gérard Leclerc)

Maurras et le romantisme (Alain de Benoist)

Charles Maurras et le positivisme d'Auguste Comte (Francis Moury)

Maurras en Amérique Latine (Michel Lhomme)

L'anarchiste, c'est Créon (Charles Maurras)

 

Roberto Fiorini nous envoie au cinéma, voir le dernier film de Ken Loach 'Moi Daniel Blake', sur les effet du libéralisme sur la société anglaise. 

jeudi, 11 mai 2017

Abel Bonnard ou l’exemple de la cohérence

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Abel Bonnard ou l’exemple de la cohérence

par Philippe Baillet

Ex: http://www.zentropa.info 

« Croyez-moi, les hommes qui par leurs sentiments appartiennent au passé, et par leurs pensées à l’avenir, trouvent difficilement leur place dans le présent » (Louis de Bonald à Joseph de Maistre, 22 mars 1817)

« Nous n’aimons que les choses rares, les pierres, le cristal pareil à du soleil gelé, le corail, sceptre de l’aurore, les perles, larmes de la lune » (Abel Bonnard)

« L’homme considère les actes, mais Dieu pèse les intentions » (Imitation de Jésus-Christ, II, 6, 2)

Les Modérés sont l’ouvrage le plus célèbre d’Abel Bonnard (1883-1968), le meilleur aussi et le plus important, de l’avis unanime de ceux qui s’intéressent à son œuvre. Sa parution chez Grasset en 1936 marque un tournant décisif dans la vie et l’œuvre de Bonnard. on que celui-ci ne se fût jamais soucié auparavant de la politique, mais il l’avait fait jusque-là de façon marginale, soit par des articles, donnés pour l’essentiel au Figaro et au Journal des débats(accessoirement aussi à la Revue de Paris), soit à travers des digressions et réflexions glissées dans ses nombreux récits de voyages. Il importe d’insister sur ce point, pour ne pas faire de Bonnard ce qu’il ne fut pas : un théoricien ou un doctrinaire. Il fut avant tout un artiste et un esthète, et son engagement politique à partir de 1936 ne doit pas cacher ce qui demeura toujours, pour lui, sa raison de vivre. Parvenu au soir de sa vie, Bonnard déclare le 22 mars 1960 devant la Haute Cour de justice : « … je puis assurer que, toutes les fois que j’ai exercé une activité politique, je m’y suis livré sans réserve, mais non pas tout entier, car la partie profonde de mon être restait toujours attachée à l’activité littéraire et artistique que je considérais comme la plus haute justification de mon existence » (1).

Les Modérés sont en fait l’aboutissement d’une longue réflexion, entamée vingt ans plus tôt environ, sur les malheurs de la France et leurs causes lointaines, sur la montée aussi d’une espèce de nouvelle barbarie universelle destinée à effacer tout ordre et toute civilisation dignes de ce nom. Face à l’uniformisation croissante des modes de vie et des cultures, face à la laideur qui s’étend partout, le clerc authentique est appelé à témoigner pour les valeurs de l’esprit, d’abord en se faisant le chantre du retour à l’ordre et le défenseur de la civilisation.

Les Modérés ont pour sous-titre Le drame du présent. Le caractère dramatique du XXe siècle est presque une obsession chez Bonnard. Son époque lui paraît dramatique pour la France — parvenue, dit-il dans le présent livre, « au terme d’une phase de son histoire, qui a ses commencements visibles au XVIIIe siècle » —, d’autant plus que s’y ajoute le « défaut, si répandu parmi les Français, de ne pas ressentir un drame dramatiquement ». « Ils oublient », en effet, « que, dans une tragédie, tout est question de temps ». Cette époque est dramatique également pour l’homme européen, et même pour l’homme blanc en général : reculant sur tous les fronts, il est contraint de se redéfinir impérativement.

On cherchera donc à expliquer pourquoi Bonnard, brillant causeur de salon dont le sens de la repartie et les mots d’esprit faisaient la joie des “gens du monde”, est devenu le contempteur impitoyable du triomphe de la rhétorique, mal français par excellence. Pourquoi, en somme, ce « petit monsieur, tiré à quatre épingles, au complet très repassé, aux bottines à tiges, à la cravate soyeuse, à la chevelure très floue, très grise, très ramenée, à la voix fluette » (3), ne faisait qu’un avec l’homme qui, le 30 janvier 1943, achève ainsi un discours prononcé devant les rugueux chefs miliciens réunis à Marseille : « Camarades, la Révolution ne se fera pas toute seule. Elle se fera parce que nous la ferons, la Révolution nécessaire, la Révolution sacrée, la Révolution de renaissance » (4).

À l’écart des modes et des chapelles

Ce qui frappe sans doute le plus lorsqu’on essaie de prendre une vue d’ensemble de l’œuvre et de la personne d’Abel Bonnard, c’est une singulière indépendance d’esprit. Bonnard donne toujours l’impression de traverser les salons littéraires et artistiques, qu’il fréquenta pourtant en grand nombre, comme s’ils n’avaient d’autre raison d’être que de lui permettre de satisfaire sa curiosité et d’approfondir sa connaissance des hommes. Jusqu’au début des années trente, il n’est pas touché par le virus de la politique, et l’esprit de chapelle, qui exerce déjà tant de ravages, lui demeure profondément étranger. De son “splendide isolement” intellectuel, Bonnard avait une conscience très nette. C’est ainsi qu’il écrit le 5 mars 1940 à l’un de ses lecteurs les plus attentifs, l’abbé irlandais Farnar : « Je crois que ce qui me caractérise, sans que je songe à me prévaloir le moins du monde de ce trait particulier, c’est que je me suis toujours formé hors des influences de mon temps, et aussi loin des modes courantes que des étroites chapelles » (5).

Bonnard naît à Poitiers le 19 décembre 1883. Il est le fils selon l’état-civil d’Ernest Bonnard, ancien gardien de prison devenu directeur des prisons de la Vienne. Son vrai père, comme l’a établi Olivier Mathieu, est Joseph Napoléon Primoli, né à Rome le 2 mai 1851, arrière-petit-fils, par sa mère, de Lucien et Joseph Bonaparte. Mécène, collectionneur, bibliophile, Primoli se piquait volontiers de littérature et collabora notamment à la Revue des Deux Mondes et à la Revue de Paris. Après avoir vécu à Marseille à partir de l’année 1893, Abel Bonnard s’installe à Paris en 1900. Il sera élève au lycée Henri-IV, puis en khâgne à Louis-le-Grand. Il échoue au concours d’entrée de l’École Normale Supérieure, se contentant d’une modeste licence ès Lettres. Déjà attiré par l’histoire de l’art, il va bientôt suivre les cours de l’École du Louvre.

Il publie son premier recueil de poèmes, Les Familiers, en 1906. Le poète François Coppée salue la qualité de ces pièces où s’exprime l’amour de Bonnard pour les animaux. Dans les années qui précèdent la Première Guerre mondiale, Bonnard entame une carrière journalistique au Figaro. C’est à cette époque qu’il noue de nombreuses relations dans les milieux littéraires, faisant la connaissance d’Anna de Noailles, Proust (avec qui il correspond pendant plusieurs années), Morand, Alfred Fabre-Luce, D’Annunzio, Barrès, Bergson, André Maurois. Plus tard, il connaîtra aussi Cocteau et Julien Benda et se liera d’amitié — point qui n’est pas sans intérêt — avec des auteurs d’origine juive comme le dramaturge Henri Bernstein et l’écrivain André Suarès.

Lorsque la guerre éclate, Bonnard, ambulancier, demande à passer au service armé. Simple soldat en Champagne jusqu’en 1916, il est ensuite nommé officier et plus précisément commissaire de la Marine sur le Marceau, basé à Brindisi. Son patriotisme et son comportement au front lui valent la Croix de Guerre, la Légion d’Honneur et plusieurs citations. À l’époque, Bonnard n’est pas spécialement germanophile. En 1918, il écrit par exemple dans son Journal, à propos des Allemands : « … il faut être aussi peu cultivé que certains de leurs docteurs pour croire à une race élue qui va régenter la terre » (6).

Dans le même Journal, intitulé Caractère de la guerre et toujours inédit, Bonnard impute aux philosophes du XVIIIesiècle la perte du « sens profond de la destinée », du « sentiment amer et grand du drame humain ». Les jugeant responsables d’une « vulgarisation » et d’une « laïcisation de la pensée », il affirme nettement que la pensée, pour ne pas déchoir, doit demeurer un exercice solitaire et désintéressé. Le modèle traditionnel du clerc occupé à ne réfléchir que sur les questions métaphysiques doit recouvrer toute sa dignité, après que « les philosophes se sont mis à penser à plusieurs, avec les autres, pour les autres ». Or, pour Bonnard, « on ne pense pas en commun » (7).

Bonnard constate par ailleurs, avec amertume, que le sursaut national provoqué par la guerre, qui a rappelé les Français au sens de la discipline et à l’esprit de sacrifice, s’est aussitôt perdu dans les méandres de la routine parlementaire, une fois la paix revenue. « De tous les régimes des peuples en guerre — écrit-il alors —, celui de la France est celui qui a le moins consenti à se modifier, et pourtant la guerre n’a été aussi tragique pour aucune autre nation que pour la France qui a eu la Mort à sa porte » (8). On voit déjà se dessiner ici l’un des thèmes récurrents de la critique politique de Bonnard : la République française, nonobstant sa rhétorique héritée de 89, est un régime profondément conservateur, mais conservateur du pire.

À la même époque pourtant, Bonnard, revenant sur l’affaire Dreyfus, y trouve rétrospectivement matière à tempérer son pessimisme. Les événements lui donneront tort, mais il n’est pas indifférent de savoir, pour mieux comprendre les raisons de son futur engagement politique, ce qu’elle signifia pour lui : « Ce triomphe de la mystique républicaine fut comme bien des triomphes : ce fut une fin. Là pour la dernière fois les idées républicaines, égalitaires, mystiques, apparurent avec le prestige étincelant, avec l’ascendant des idées à qui l’avenir et le présent appartiennent. Là pour la dernière fois les idées contraires d’ordre, de discipline, d’autorité, apparurent avec on ne sait quoi de suranné ou d’étroit, un manque d’ascendant, quelque chose d’embarrassé, de gêné, d’un peu ridicule, de caduc » (9).

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C’est également du lendemain de la Première Guerre mondiale que datent les premiers articles donnés par Bonnard au Journal des débats, hebdomadaire à l’audience relativement restreinte mais jouissant d’un certain prestige. Cette collaboration régulière se poursuivra jusqu’au milieu des années trente. En 1928, Bonnard publiera, à 150 exemplaires seulement, un recueil rassemblant cinquante-quatre de ses chroniques parues dans le Journal des débats, sous le titre Le Solitaire du toit (toujours le “splendide isolement” !), recueil dont on ne peut que souhaiter vivement une prochaine réédition. Pendant quinze ans, de 1918 à 1933, Bonnard va faire de nombreux voyages, souvent sous la forme de croisières. D’un long séjour de huit mois, en 1920-21, dans l’ex-“Empire du Milieu”, il rapporte les matériaux de son premier grand livre, En Chine (1924), qui vaut à son auteur le grand prix de littérature décerné par l’Académie française. En Chine sera suivi de Au Maroc (1927), Océan et Brésil (1929), Rome (1931),Navarre et vieille Castille (1937), Le Bouquet du monde (1938).

Toujours dans les années vingt, période décidément très fertile dans la vie de Bonnard, celui-ci fait paraître une série de courts essais, à vrai dire de valeur inégale : La vie amoureuse d’Henri Beyle (1926), L’Amitié et L’Argent(1928), sans oublier un très réactionnaire Éloge de l’ignorance (1926) et, surtout, un remarquable Saint François d’Assise (1929) aux antipodes de l’hagiographie fade et stéréotypée. À l’époque, Bonnard est un auteur connu, qui ne semble pas avoir rencontré de difficultés particulières pour se faire publier, souvent, par les plus grands éditeurs : Flammarion, Fayard, Hachette, Albin Michel.

En 1936, on est donc encore loin du ton très militant adopté par Bonnard devant les chefs miliciens. Mais ce lettré solitaire, élu à l’Académie française en 1932 et reçu sous la Coupole le 16 mars1933, s’engage de plus en plus. Le 4 octobre 1935, il figure parmi les signataires du Manifeste des intellectuels français pour la défense de la paix en Europe ; l’année où paraissent Les Modérés, il préface un recueil, L’Éducation et l’idée de patrie, que publie le Cercle Fustel de Coulanges, proche de l’Action française ; en 1937, il devient président des Cercles populaires français, côtoyant dans cette courroie de transmission du PPF de Jacques Doriot à destination des intellectuels, des hommes comme Bertrand de Jouvenel, Alexis Carrel, Ramon Fernandez, Pierre Drieu La Rochelle, Robert Brasillach. Peu après, il fait partie d’un comité de défense des cagoulards emprisonnés après l’arrestation de membres de la Cagoule en novembre et décembre 1937.

Quand il arrive à la culture officielle de parler de Bonnard, c’est uniquement pour évoquer cet engagement et les responsabilités qu’il assuma sous le régime de Vichy, au détriment de son œuvre littéraire, qu’elle ignore systématiquement. Les idées et les choix politiques de Bonnard ayant donné lieu à des condamnations unilatérales ou à des apologies délirantes et simplificatrices (10), il convient de profiter de cette troisième édition des Modérés pour en étudier les origines et en dégager les grandes lignes, alors qu’on assiste à un regain d’intérêt pour son auteur (11).

À la recherche de la doctrine perdue

Très tôt, Bonnard a perçu que ce qui manquait aux défenseurs de l’ordre en Occident au XXe siècle, c’était une doctrine. Dans son Journal intime de soldat de la Grande Guerre, il écrit : « … si le régime politique va s’affaiblissant en France toujours davantage […], il ne faut pas en conclure que sa ruine soit inévitable. […] Les éléments qui lui sont hostiles ne disposent pas d’une doctrine positive sur laquelle se rassembler : ils restent épars » (12). Cette appréciation revient fréquemment dans ses écrits des années vingt, où elle est même étendue à l’Occident dans son ensemble. C’est ainsi qu’on lit dans En Chine : « Parmi toutes les causes de faiblesse qui affectent l’action des nations blanches, la plus profonde, de beaucoup, est de n’avoir pas de doctrine » (13). Et plus loin, à propos de l’homme blanc : « C’est seulement lorsqu’il se sera refait une doctrine qu’il sera, à la fois, plus noble et plus fort » (14).

Si Bonnard ne se montre pas plus précis sur ce qu’il entend par “doctrine”, c’est sans doute parce que sa nature artiste répugne à la démonstration et aux syllogismes. Mais sa sensibilité nous laisse deviner que, conscient de la crise très profonde engendrée par les Lumières et par le ralliement à celles-ci d’une grande partie de la noblesse française, il a compris que l’idée d’ordre ne retrouvera son prestige qu’en s’appuyant sur des enseignements immémoriaux et universels, valables partout et toujours. Il affirmera dans Les Modérés : « On voit de quelle importance a été la victoire des philosophes au XVIIIe siècle ; ils ont découronné l’ordre pour longtemps : ils l’ont décrédité dans l’âme même de ses défenseurs ». Ceux-ci désormais, pour être à la hauteur du drame universel qui se joue, doivent opposer à la cohorte des fils légitimes et illégitimes des Lumières les plus hautes productions de l’esprit : cela signifie qu’il leur faut faire appel à l’œuvre de Maurras et à l’école contre-révolutionnaire du XIXesiècle, mais plus encore à La République de Platon, à la Politique d’Aristote, à saint Thomas d’Aquin et au Dante du De Monarchia, ou encore — pourquoi pas ? — au Tao Te King de Lao-tseu et à l’Arthashâstra indien, tous textes de la “politique traditionnelle” qui ignorent superbement les anti-principes démocratiques.

L’esprit du temps est en outre propice à l’évasion. Au début des années vingt, Bonnard, comme bien d’autres, ressent l’appel de l’Asie, dont il dit dans En Chine : « Au moment où le matérialisme moderne envahissait son domaine, elle s’emparait, en Europe, de tous ceux que ce matérialisme comblait de dégoût » (15). Il est en cela le compagnon d’esprits aussi différents que Romain Rolland, Hermann von Keyserling, René Guénon, Julius Evola, René Daumal, etc.

On peut d’ailleurs observer sans plus attendre que, dans le domaine oriental, Bonnard faisait preuve d’un jugement très sûr, ne confondant pas les élucubrations de Madame Blavatsky et de sa Société Théosophique, ou les cosmologies syncrétistes et embrouillées de Rudolf Steiner, avec les enseignements traditionnels. Son jugement sur Keyserling — personnage surfait qui eut précisément son heure de gloire dans les années vingt — recoupe parfaitement celui de Julius Evola, auteur avec lequel Bonnard, il est vrai, présente plus d’un point commun (16). Bonnard écrit en effet à propos du pontifiant “penseur” germano-balte : « L’explicateur international, le conférencier universel. […] Il ne pense plus, il se répète, cartonné et magistral. Les livres où il explique tout, écrits à la hâte, sans examen sérieux, il les appelle ses méditations. Ce fabricant fournit des idées générales à des gens qui n’en ont pas de particulières » (17). Cette “bonnardise” d’une ironie mordante est confirmée par Evola, qui eut l’occasion de rencontrer Keyserling : « Le fait de le connaître directement me fit voir clairement que j’avais en face de moi un simple “Philosophe de salon”, vaniteux, narcissique et présomptueux au-delà de toute description » (18).

Par sa façon de traduire partout dans la société la hiérarchie invisible présidant à l’ordonnance de l’univers, la Chine ancienne fait figure de modèle aux yeux de Bonnard : « jamais, peut-être, écrit-il, une société humaine n’a été plus étroitement liée à l’ordre du monde. Chaque fonctionnaire n’était que le dédoublement et la transfiguration d’un agent naturel. Chaque trouble de l’univers avertissait d’un dérangement dans l’État » (19).

En Asie, Bonnard rencontre également un trait qui s’accorde particulièrement bien à sa nature : la communion de l’homme avec tout ce qui est vivant. Elle a pour corollaire le rejet radical de l’individualisme, de tous les Moi dilatés qui étalent leur néant de fatuité sur les tristes tréteaux du monde moderne. Songeant à l’influence du bouddhisme sur la civilisation chinoise, Bonnard saisit admirablement ce qui fait la force de la conception extrême-orientale de la vie : « Le sentiment de la parenté des êtres, la croyance aux renaissances sans nombre, tout concourt à faire qu’un homme, heureux ou misérable, ne se confonde jamais complètement avec sa condition du moment. Il garde sur elle une supériorité passive et ne la considère que comme un vêtement emprunté, qu’il va bientôt rendre et changer au grand vestiaire » (20). Quelques années avant sa mort, dans l’un des quatre articles qu’il donna au Spectacle du Monde, Bonnard confessa toute sa reconnaissance envers saint François d’Assise qui, « en étendant si largement son amour sur tout ce qui vit, et particulièrement les animaux (…) répare en quelque mesure l’immense infériorité de l’âme européenne par rapport à l’âme asiatique », ajoutant aussitôt à cela une réflexion d’inspiration très “guénonienne” : « Sans doute, on trouverait dans le catholicisme du Moyen Âge quelques témoignages des mêmes tendances, car il ne faut pas oublier qu’en dépit de la différence des religions, l’âme du Moyen Âge et celle de l’Asie se sont étendues sur le même plan, et c’est la Renaissance qui a rompu cette continuité, par la prépondérance qu’elle a donnée à l’homme comme être de raison » (21).

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Chez Bonnard, l’amour de l’Asie allait donc bien au-delà de l’attirance esthétique pour les laques, ou les étoffes et les estampes dont il tapissa son cabinet de travail. Son livre sur la Chine prouve qu’il avait lu les meilleurs sinologues de l’époque et l’on sait qu’il était abonné au Bulletin de l’École française d’Extrême-Orient. En 1925, il rend compte élogieusement, dans le journal des Débats, d’un ouvrage de René Guénon, L’Homme et son devenir selon le Vêdânta, qu’il range parmi les livres pouvant donner de l’Asie « une idée profonde et vraie » (22). Quelques années plus tard, dans un numéro de la Nouvelle Revue Française consacré à Gobineau, Bonnard rend hommage en ces termes à l’auteur de l’essai intitulé Les Religions et les philosophies de l’Asie centrale : « Ayant moi-même cette Asie pour patrie personnelle et pour immense refuge, loin du vulgaire Occident, je lui suis reconnaissant d’avoir été l’un de ceux qui la dévoilèrent » (23). Les fracas de l’histoire ne pourront rien contre cette dilection qui, à elle seule, fait de Bonnard un cas à part au sein de la culture de droite en France au XXe siècle. Le 5 mars 1940, il écrit en effet à l’abbé Farnar qu’il rencontre en Extrême-Orient « des façons de comprendre la vie et de contempler le monde en m’associant à lui qui répondent à ma nature » (24).

La poésie de l’ordre

Bonnard, de toute évidence, ne partageait pas les vues anti-orientales de l’école maurrassienne, toujours prête à ne déceler que du “panthéisme” en dehors du catholicisme romain ou, au mieux, des formes de la “mystique naturelle” annonçant la Révélation chrétienne. Mais c’est surtout sa vision poétique de l’ordre qui l’éloigne de Maurras. Pour celui-ci, la solution monarchique est la conclusion nécessaire d’un raisonnement rigoureux, même si le sentiment y entre pour une part ; pour Bonnard, c’est d’abord une affaire de cœur. Il est en cela beaucoup plus proche — sinon par l’écriture, du moins par la sensibilité — des royalistes pré-maurrassiens, donc du légitimisme, qu’illustrèrent sur le mode de la nostalgie poignante des écrivains comme Barbey d’Aurevilly et Villiers de l’Isle-Adam. Bonnard dit d’ailleurs du mouvement légitimiste qu’il « fut certainement ce qu’il y eut de plus noble dans la vie politique de la France au XIXe siècle, précisément parce qu’il ne fut pas un parti, mais, dans le siècle des individus, la réunion des âmes fidèles qui gardaient la nostalgie d’un ordre plus réellement humain ».

« L’ordre est le nom social de la beauté » : partant de cet axiome, Bonnard définit ici, en quelques pages magnifiques, une sorte d’esthétique de l’ordre. Pour cela, il fait appel au général Gneisenau et à l’expression de son loyalisme envers le roi Frédéric-Guillaume de Prusse ; il évoque ses souvenirs d’avant la Première Guerre mondiale, lorsque, se promenant de nuit dans une capitale endormie, peuplée seulement des statues de ses héros et de quelques soldats veillant sur elles, il voyait alors « les deux extrémités d’une hiérarchie où tout se tenait ». Il n’y a en effet aucune contradiction, sinon pour les petits esprits qui réduisent la culture à l’exercice de l’intelligence, entre le service des armes et celui de l’art, le premier étant même, souvent, la condition indispensable à l’épanouissement du second. « Le soldat allait et venait régulièrement — écrit Bonnard — et j’écoutais avec plaisir son pas bien frappé résonner dans le solennel silence : il me semblait entendre les lourds spondées de ce poème de l’ordre, dont les dactyles délicats vibraient au haut des palais, dans le clair de lune ».

Une société noble est une société policée, dans tous les sens du terme. Et il est permis de penser que sa fréquentation assidue des cultures chinoise et japonaise renforça chez Bonnard son penchant pour la poésie de l’ordre, que résumaient si bien, au Japon, l’alliance du tranchant du sabre et de la pureté du chrysanthème dans l’âme du guerrier, ou le contraste entre la fragilité des pétales de la fleur de cerisier et la rigidité de l’armure du samouraï sur laquelle la brise les répand.

Il est significatif que Bonnard, dans l’un de ses derniers écrits, ait de nouveau fait appel à l’ancien Japon pour illustrer de façon particulièrement forte l’opposition entre monde de la Tradition et modernité. « On conservait, rappelle-t-il, au fond des familles nobles du Japon, des lames d’une trempe incomparable qui, au lieu des jolis fourreaux que l’art a concédés là-bas aux moindres poignards, n’ont pour gaines que de simples étuis de bois blanc, par un goût très japonais qui introduit parfois une affectation de rudesse parmi des raffinements infinis. Ces sabres sacrés représentaient, avec une force presque magique, l’honneur intraitable, le dévouement sans bornes, la fidélité sans conditions, la chevalerie la plus scrupuleuse. J’ai lu il y a quelque temps dans un journal qu’ils sont présentement recherchés et acquis par des Américains qui les emportent chez eux, où ils finiront comme des choses mortes dans une armoire ou une vitrine. Cette idée a suffi à me rendre triste tout un soir » (25).

Dans son remarquable essai consacré à plusieurs écrivains qui choisirent la voie de la Collaboration, Paul Sérant a dit de Bonnard : « Ses réflexions religieuses et métaphysiques sont dominées par le souci esthétique » (26). Cette remarque vaut plus encore pour ses idées politiques. Peut-être est-ce dans son livre sur saint François d’Assise que Bonnard a livré l’une des clés permettant de comprendre ses choix, lorsqu’il dit du Poverello, en qui le dépouillement s’associait à la délicatesse : « Comme pour toutes les âmes exquises, le Bien et le Mal devaient lui apparaître sous les espèces du Beau et du Laid » (27).

Or, la République est laide, puisqu’elle « ne peut pas organiser une cérémonie convenable. Cette répugnance esthétique pour un régime privé de toute majesté a pour pendant chez Bonnard le rejet quasi phobique du type humain qui en est comme le précipité final : l’“individu”.

“… Jusqu’à ce que la Révolution détruise la République, la République servira la Révolution”

Peu de livres vont aussi loin que Les Modérés dans la critique contre-révolutionnaire du régime républicain et de ses origines. Rien de la Révolution de 89 ne trouve grâce aux yeux de Bonnard : « Une nation qui veut vivre ne peut tirer de la Révolution française aucun principe de pensée ni de conduite », ne craint-il pas d’affirmer. La Révolution marque la grande rupture d’avec la vieille France, et la seule continuité existant entre l’Ancien Régime et la République est l’obstination dans les défauts de la noblesse du XVIIIe siècle : « La démocratie française est au bas des deux derniers siècles comme un marais sous une cascade : c’est la vulgarisation finale de toutes les erreurs qui ont d’abord enivré les gentilshommes et les beaux esprits ».

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L’appartenance future de Bonnard au camp des ultras de la Collaboration n’autorise pas à sous-estimer la réalité de ses sentiments contre-révolutionnaires. Il a eu, certes, des mots favorables pour les régimes dictatoriaux d’Italie et d’Allemagne, mais où ne percent en vérité ni admiration ni enthousiasme. Nous dirons que Bonnard, par sa formation, ses lectures, ses inclinations profondes, ses fréquentations, venait de trop loin pour “tomber” dans le fascisme, a fortiori pour y voir une “Seconde Révolution”, éventuellement étendue à l’Europe tout entière, susceptible d’annuler les effets de la première en retournant contre elle les armes dont les Jacobins s’étaient servis.

Bonnard est contre-révolutionnaire par la nature même de l’analyse qu’il applique à la Révolution. Lorsqu’il la dépouille des oripeaux romantiques dont elle a été affublée depuis Michelet, il rejoint toute l’historiographie contre-révolutionnaire. Certaines de ses réflexions rappellent de très près Augustin Cochin. Témoin celle-ci : « Les révolutions sont les temps de l’humiliation de l’homme et les moments les plus matériels de l’histoire. Elles marquent moins la revanche des malheureux que celle des inférieurs. Ce sont des drames énormes dont les acteurs sont très petits ». Cette interprétation de la Révolution française comme entrée dans l’ère des masses et première étape d’un processus d’émergence de forces élémentaires infra-humaines qui vont échapper de plus en plus au contrôle des hommes, est un topos de la pensée contre-révolutionnaire, initialement énoncé par Joseph de Maistre dans un passage resté célèbre : « Enfin, plus on examine les personnages en apparence les plus actifs de la révolution, et plus on trouve en eux quelque chose de passif et de mécanique. On ne saurait trop le répéter, ce ne sont point les hommes qui mènent la révolution, c’est la révolution qui emploie les hommes. On dit fort bien, quand on dit qu’elle va toute seule » (28).

Pour Cochin également — qui fut le premier à mettre en relief le rôle joué, dans la Révolution française, par la “machine” impersonnelle que constituaient les sociétés de pensée —, sous la Révolution « le peuple-roi n’a pas connu de maîtres : ses meneurs ne sont que ses valets, ils le proclament à l’envi, et à les voir de près, on est tenté de les prendre au mot : car les gens de loi tirées de leurs études par la Révolution, qui font la leçon au roi tandis que le flot les porte, retombent à leur mesure dès qu’il les abandonne ; et cette mesure est médiocre. […] Le drame est sombre et poignant, mais joué par une troupe de province, et les situations sont plus grandes que les hommes » (29).

La conviction contre-révolutionnaire est si profonde chez Bonnard qu’au moment où la Troisième République, qui n’est que « de la Révolution ralentie et de la Terreur délayée », succombe sous le poids des circonstances auxquelles elle était bien incapable de faire face, cet incroyant pénétré du sens du sacré note dans son Journal, le 25 juin 1940 : « Si la France s’était repentie une seule fois depuis la Révolution, elle eût retrouvé son destin. Un sentiment profond l’eût ramenée aux vérités salutaires » (30). Ainsi le lettré féru de doctrines orientales, mais français par tout son être, retrouve-t-il une des idées maîtresses de la contre-révolution : l’expiation réparatrice de tous les “péchés” commis par la Révolution contre la France, “fille aînée de l’Église”.

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On touche ici du doigt l’une des contradictions de Bonnard, plus sensible dans Les Modérés que partout ailleurs dans son œuvre : cet amoureux du Trône et de l’Autel n’a pas été touché par la grâce. Or, est-il possible d’être vraiment contre-révolutionnaire, quand on est Français, mais que l’on n’est pas catholique ? Bonnard a bien conscience, comme tout contre-révolutionnaire conséquent, de la filiation profonde qui rattache, en-deçà de l’écume des événements, la Révolution française à la Troisième République finissante, ainsi que le prouve ce passage des Modérés: « C’est une des lois les plus certaines de la politique que tout régime a un contenu d’idées et de sentiments qui, de son origine à sa fin, le forcent d’agir selon ce qu’il est […], et cette fatalité n’est jamais plus rigoureuse que lorsqu’il s’agit, comme c’est le cas pour la République française, d’un régime constitué dans les discordes civiles et né avec une âme de parti ».

Il est donc clair que pour Bonnard, tout redressement national effectif « suppose la disparition de la société française née de la démocratie » (31). Mais, parce qu’il n’est pas catholique, Bonnard ne se sent pas obligé de relier son rejet de la Révolution à une tradition religieuse, antérieure et supérieure à la pseudo-tradition républicaine, et de l’appuyer sur une base sociologique qui, qu’on le veuille ou non, appartient aux “tendances lourdes”, profondément enracinées, de la société française : la base que forment, précisément, les “catholiques de tradition”, lesquels étaient évidemment plus nombreux à l’époque des Modérés qu’aujourd’hui, mais peut-être moins conscients des raisons ultimes de leur combat. Cela aussi le sépare de l’Action française.

Bonnard ne se réfère pas non plus à la conception maurrassienne des “quatre États confédérés”, qui eût pu, en principe, lui fournir un argumentaire pour analyser la tare originelle du régime, qu’il énonce comme suit : « Le malheur de la République est d’être née dans la haine : elle date du moment où la France s’est divisée ». Pour Maurras, si la République est un régime de division intestine, c’est aussi parce qu’elle offre en France la particularité d’avoir servi à des minorités plus ou moins organisées à se pousser sur le devant de la scène, afin d’y occuper une place et d’y exercer une influence disproportionnées à leur consistance numérique et à leur contribution à l’ensemble de l’histoire de la nation française. Ébauchée dans L’Action française du 15 août 1904, reprise en 1906 dans Le Dilemme de Marc Sangnier et en 1921 dans La Démocratie religieuse, la conception maurrassienne vise à expliquer « ce qu’on appelle la continuité républicaine » par « l’hégémonie des quatre États confédérés — juif, protestant, maçon, métèque — dont trois au moins sont héréditaires » (32). Ces quatre États, véritables féodalités dans l’État, formeraient l’ossature du régime républicain, par-delà les partis, les étiquettes et les alliances de circonstance : « Sans eux, écrit Maurras, tout se serait effondré dans la plus grossière anarchie, mais ils présentent cet inconvénient politique de ne rien avoir de français tout en possédant la France et d’être intimement hostiles à tout l’intérêt national qu’ils ont cependant assumé le soin de gérer » (33).

On voit ce qu’a d’outré la conception maurrassienne si l’on songe au seul Ancien Régime : il paraît en effet impossible de soutenir que les protestants n’ont, historiquement, « rien de français ». Mais cette conception s’avère plus pertinente lorsqu’on se penche sur le présent. C’est ainsi qu’on pouvait lire dans Le Nouvel Observateur du 31 octobre 1991 : « Depuis 1789, les protestants ont, en effet, conclu avec la gauche un mariage de raison et d’amour.[…] Hormis aux débuts de l’anticléricale IIIe République qu’ils ont portée sur les fonts baptismaux et qui leur demeure si chère, jamais une telle pléiade de huguenots n’a participé à la gestion du pays ». Et cet hebdomadaire d’énumérer complaisamment les noms de Michel Rocard, Lionel Jospin, Pierre Joxe, Georgina Dufoix, du maire de Strasbourg Catherine Trautmann, des financiers Nicolas et Jérôme Seydoux (très liés à l’actuel président de la République) — tous d’origine protestante et tous serviteurs ou soutiens zélés de la pseudo-tradition républicaine la plus hostile au mouvement national. Cela ne saurait d’ailleurs faire oublier la contribution que plusieurs protestants apportèrent au mouvement national, ni la présence, à droite, d’intellectuels d’origine protestante, même s’il s’agit en l’occurrence d’une droite plus ou moins “modérée” au sens de Bonnard. Il suffira de nommer ici Raoul Girardet et Pierre Chaunu.

Du point de vue contre-révolutionnaire le plus rigoureux, ce sont les quatre États confédérés « qui ont imposé en France une autre tradition, une nouvelle tradition, religieuse et nationale, celle des grands principes de 1789, celle de l’anti-catholicisme, celle de la religion démocratique moderne » (34). Tertium non datur : « Car il y a en France deux traditions, inégalement françaises, inégalement anciennes, inégalement traditions. Elles (co)existent sans se confondre » (35).

Bonnard croyait-il, au moment où il écrivait Les Modérés, que la première tradition formant le cœur de l’identité française avait survécu au point de pouvoir être réveillée et de renverser la République ? Sa position sur ce point présente un certain flottement. Tantôt il répète après Maistre que les peuples ont les gouvernements qu’ils méritent et qu’au lieu d’« opposer une nation pourvue de toutes les bonnes qualités à un régime chargé de toutes les mauvaises, fiction lâche et fausse qui ne mène à rien » — ce qui contredit la distinction maurrassienne entre pays légal et pays réel —, il ne faut « pas craindre de connaître le régime et la nation l’un par l’autre » [dans cette optique, est-on tenté d’ajouter, la conception même des quatre États confédérés relèverait d’une vision “conspirationniste” de l’histoire et de la logique du “bouc émissaire” ; c’est Maurras écrivant en 1912 : « Une démocratie en France ne peut vivre qu’appuyée sur des tempéraments républicains qu’il faut chercher surtout dans la minorité protestante et juive » (36). Tantôt Bonnard dit des républicains convaincus : « Que redoutent-ils donc ? Ils connaissent trop bien les modérés pour pouvoir les craindre. Ce qu’ils paraissent appréhender, c’est qu’il ne subsiste, au-dessous des partis, et malgré tout ce qu’ils ont pu faire pour la détruire, une France des profondeurs, une France des siècles, qui les fera tomber si elle remue ».

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En résumé, si l’opposition entre une tradition française fondée pour l’essentiel sur le catholicisme et ce que nous préférons appeler (contrairement à Jean Madiran), une “pseudo”-tradition républicaine (puisqu’elle ne s’enracine dans rien qui soit effectivement sacré ou authentiquement religieux) poursuivant jusqu’à son terme la déchristianisation de la France peut sembler trop rigide et simplificatrice, le fait est qu’elle aide à saisir, avec d’autres facteurs d’explication, la longue série des guerres et déchirements franco-français depuis la Révolution : insurrection vendéenne et phénomène de la chouannerie, Restauration, Commune de Paris, effervescence boulangiste, affaire Dreyfus, Vichy et la Résistance, sans oublier la situation créée par la récente montée en puissance du Front national. Ce sont là des signes de contradiction de la France moderne et contemporaine, qu’il y a tout lieu de regretter, mais qu’il serait encore plus vain de prétendre ignorer.

En dépit du danger qu’il y a toujours à se livrer à des comparaisons entre des situations différentes, car l’analogie n’est pas l’identité, on peut tout de même s’offrir une brève digression en rapport avec l’actualité. Il serait à première vue logique de reprocher aux contre-révolutionnaires d’aujourd’hui de vouloir défendre si désespérément l’identité nationale tout en insistant, comme ils le font, sur la rupture inaugurale de 89. Mais c’est une chose de détester la République tout en respectant ses lois et ses usages pour ne pas attenter à l’unité nationale ; et c’en est une autre d’entretenir par médias interposés un climat de guerre civile larvée, en “criminalisant” par exemple 15 % de l’électorat (et plus potentiellement, puisqu’un sondage apparemment fiable a montré qu’un Français sur trois se reconnaît peu ou prou dans les thèses du Front national), en envisageant même froidement, comme certains, d’interdire le parti représentant cette frange de l’électorat.

Il ne s’agit pas ici de sous-entendre que ce parti est, aujourd’hui en France, l’expression politique d’une contre-révolution redevenue consciente de son héritage. Regroupement très composite de plusieurs tendances de la droite française, le Front national, comme les nationalistes de la fin du XIXe siècle, associe le “culte” de Jeanne d’Arc à “La Marseillaise”, qui vient clore ses grandes réunions, sans se soucier de cette contradiction pourtant patente. Mais il compte en son sein une tendance “nationale-catholique” — organisée autour du quotidien Présent et des comités Chrétienté-Solidarité — qui ne craint pas de reprendre la devise de la Pucelle, “Dieu premier servi”, et qui est expressément contre-révolutionnaire.

Il est donc probable qu’en vertu de la coexistence en France d’une tradition nationale catholique et d’une pseudo-tradition républicaine, le Front national incarne d’ores et déjà et plus ou moins bien, quelque chose de beaucoup plus grand que lui et qui s’enracine, que la plupart de ses membres en aient conscience ou non, dans une mentalité qui n’est pas acquise de cœur aux “grands principes” de 89.

Psychologie sociale des “Modérés” : individualisme et verbalisme

La politique, elle aussi, est plus grande que ce qu’elle paraît être, et qui inspire souvent tant de dégoût. Elle est un drame, souligne Bonnard, qui rappelle fort justement que « ce qui fait qu’elle ne pourra jamais être négligée, c’est que le sort de tout ce qui la dépasse se décide en elle ». Voilà précisément ce que ne veulent pas voir les modérés, qui pensent pouvoir tout arranger par le dialogue, la conciliation, le compromis, bientôt suivis de la compromission et de la reddition pure et simple à l’adversaire, à son vocabulaire pour commencer. Ces modérés, Bonnard les a visiblement beaucoup fréquentés : sinon, il ne les décrirait pas si bien. Son travail relève à la fois de l’observation empirique et de la psychologie sociale : c’est une théorie des passions et des faiblesses humaines appliquée à la vie collective. Une théorie qu’on peut juger obsolète aujourd’hui, dans la mesure où Bonnard, très brillant dans la description des phénomènes sociaux de surface, n’arrive jamais à une véritable étiologie sociale. Mais une théorie qui a en tout cas le mérite, pour ce qui est des modérés, d’adhérer étroitement à la réalité des choses.

Les modérés « sont les restes d’une société », celle où l’on s’accommodait tant bien que mal des principes de 89 parce qu’ils ne s’étaient pas encore transformés en pseudo-religion des Droits de l’Homme envahissant tous les domaines de la vie civile et, surtout, parce que la République, en France, s’appuyant sur la solidité de l’État et l’omniprésence de l’administration, a toujours su préserver — hélas ! est-on tenté de dire — une apparence d’ordre. Ce désordre établi, cette subversion installée qui fait que les trains arrivent à l’heure et que la sécurité des personnes et des biens est assurée, voilà ce qui satisfait pleinement la bourgeoisie, qui n’est qu’un autre nom des modérés : depuis la Révolution, elle n’a cessé de préférer, dit Bonnard dans une de ces formules dont il a le secret, « une anarchie avec des gendarmes » à « une monarchie avec des principes ».

Jouissant encore des résidus d’un certain ordre dont ils ont hérité sans en connaître le prix et sans jamais songer à le défendre vraiment, les modérés sont pour Bonnard la quintessence de la médiocrité française, l’expression la plus basse du type humain que fabrique la modernité en général : “l’individu”. C’est en tant qu’il est d’abord un individu — à savoir un homme « réduit par l’exigence de la vanité à l’indigence du Moi […], prompt à se pousser dans une organisation sociale dont il profite sans la soutenir » — que le modéré s’oppose nettement au réactionnaire, « plus fier de l’ensemble auquel il reste attaché que des facultés dont est parée sa nature ».

Débiteur qui ne se sent jamais d’obligation envers le passé de sa nation et la communauté à laquelle il appartient, le modéré est devenu peu à peu le modèle de toutes les classes et ses défauts ont fini par atteindre les couches populaires, donnant lieu à la misérable figure sociale de “l’assisté”, dont Bonnard, près d’un demi-siècle avant que le mot se répande, avait tracé, devant les chefs miliciens, un portrait plus vrai que nature : « L’individu, c’est le dernier produit d’une société qui devient stérile, c’est l’être humain tombé de la plénitude de l’homme dans l’exiguïté du Moi, c’est le nain arrogant, l’avorton prétentieux qui, toujours content de soi, n’est jamais content des autres, qui, restant toujours isolé sans être capable de vivre seul, à la fois dissident et dépendant, est l’atome d’une foule au lieu d’être l’élément d’un peuple. L’individu vit perpétuellement dans un état de désertion sociale. Il prétend être entretenu par une société qu’il n’entretient pas, il demande sans apporter, il voudrait tout recevoir sans rien donner et, dans une société décomposée, il représente un abaissement et une déchéance qui se retrouvent à travers toutes les classes » (37).

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Énoncé dans Les Modérés, soit plus ou moins à l’époque où Drieu opposait « la France du camping » à celle de « l’apéro » (on sait que l’une et l’autre se sont très facilement retrouvées depuis), ce rejet du Français-type de la démocratie façon Front Populaire, tout entier résumé dans la formule “j’ai ma combine”, va se durcir encore chez Bonnard pour atteindre à une véritable répulsion qui, dans un style tout différent, n’est pas moins forte que celle de Céline. L’un et l’autre, sous l’Occupation, éprouveront un dégoût physiologique devant la lâcheté, l’attentisme et l’égoïsme de millions d’“individus” français. C’est Céline vilipendant en 1941 les petits-bourgeois gonflés de “droits” : « Ils veulent rester carnes, débraillés, pagayeux, biberonneux, c’est tout. Ils ont pas un autre programme. Ils veulent revendiquer partout, en tout et sur tout et puis c’est marre. C’est des débris qu’ont des droits » (38). Et c’est Bonnard mettant le doigt sur la plaie dans Je suis partout le 25 août 1940 : « Regardez-le, cet homme que la démagogie bourgeoise […] a multiplié chez nous en tant d’exemplaires, à la fois mou et fanfaron, avachi et prétentieux, ne se contentant pas de se relâcher en tout, mais mettant encore un plumet de fatuité à sa négligence » (39).

L’autre point par où la critique de Bonnard s’exerce contre la psychologie sociale des modérés est le verbalisme, le règne des mots, l’inflation verbale. En cela aussi, Bonnard se rattache à toute une lignée de la culture de droite, et plus précisément du traditionalisme anti-moderne, que soude, par-delà des jugements fort différents sur le christianisme, l’insistance sur le thème de la modernité comme âge de la “discussion perpétuelle” (40). Cette dernière formule est de Donoso Cortés, pourfendeur de la bourgeoisie comme “classe discuteuse” par excellence, et qui s’était bien aperçu que, du point de vue de la philosophie démocratique, « la discussion est la vraie loi fondamentale des sociétés humaines et l’unique creuset où, après fusion, la vérité, dégagée de tout alliage d’erreur, apparaît dans sa pureté » (41). Maurras, de son côté, prononcera un jugement analogue : « La République est le régime de la discussion pour la discussion et de la critique pour la critique. Qui cesse de discuter, qui arrête de critiquer, offense les images de la Liberté. La République, c’est le primat de la discussion et de la plus stérile » (dansL’Action française du 22 novembre 1912).

Mais ce qui fait l’originalité de Bonnard, c’est que sa critique de la rhétorique, dont les modérés lui apparaissent comme les champions, s’intègre à une analyse de vieux défauts spécifiquement nationaux que les Français doivent quitter absolument. Le délicat qu’était Bonnard, admirateur de la vie de société portée dans la France du XVIIIesiècle à une manière de perfection, s’était également convaincu que la France moderne « est le pays où les défauts des salons sont descendus dans les rues ». En somme, seuls les charmes de l’ancienne société ne sont plus là, « ses inconvénients durent encore ».

La fatuité bien française qui consiste à croire la bataille gagnée avant de l’avoir engagée, le goût incorrigible pour les bons mots qui évite de penser vraiment et pour la petite anecdote mesquine, le besoin de paraître en toutes circonstances pour masquer le manque d’originalité vraie, la frivolité devenue de longue date une maladie sociale, sont décortiqués dans Les Modérés mieux que dans tout autre livre sur la psychologie nationale. Bonnard estime que les Français, toutes classes sociales confondues, se caractérisent par un « incroyable éloignement du réel » ; leur « curiosité volage pour toutes les idées », qui fait qu’ils se croient généralement très malins, n’est pour lui « que l’incapacité d’en retenir fortement aucune ».

La démocratie, qui érige le café du commerce en système de commentaire permanent de la vie, où le premier crétin venu peut se flatter d’avoir des opinions sur tout à la mesure même de son ignorance, a donc renforcé un vieux défaut national et fourni des conditions idéales, s’il est permis de s’exprimer ainsi, à l’épanouissement béat du phraseur parasitaire. Mais ce que le génie de Bonnard pour saisir la psychologie des peuples met bien en relief, c’est que cet égotisme extrême ne débouche même pas sur une quelconque originalité intéressante.

On sait que l’Angleterre a la réputation justifiée d’être le pays des bizarres et des sociétés d’excentriques. Or Bonnard, dans un écrit postérieur d’un an aux Modérés, avait bien vu tout ce qui sépare l’individualisme français, vêtu de sa seule médiocrité, de l’originalité authentique dont certains Anglais, natifs d’un vieux pays dont l’identité profonde n’a pas été déchirée par les remous de l’histoire, étaient et sont capables de faire preuve. Une intuition infaillible le guide ici, qui lui fait écrire à propos de l’originalité : « En France, elle est ajoutée à l’individu, on pourrait la lui ôter. En Angleterre, elle lui est inhérente. En France, elle est artificieuse et volontaire, en Angleterre ingénue et involontaire. En France, c’est souvent un plumet dont s’attife l’individu ; la prétendue singularité n’est qu’une bravade de l’homme ordinaire. Elle a des origines sociales et non naturelles, c’est une façon de paraître et non d’exister. Elle a des causes mondaines, et ainsi elle est déterminée d’avance par les tendances et par les modes de cette société où l’individu la manifeste. En Angleterre, au contraire, l’originalité visible de l’individu exprime sa singularité réelle […], celui qui la manifeste ainsi se moque de l’opinion, et ne se soucie pas de l’applaudissement social » (42).

Appliquée à la vie politique, la logomachie démocratique fait l’objet de deux remarques essentielles, d’une actualité étonnante, de la part de Bonnard. L’une est d’ordre général et porte sur la guerre sémantique, l’une des caractéristiques majeures du XXe siècle : « Le premier réalisme, en politique, est de connaître les démons qui sont cachés dans les mots ». L’autre est d’ordre local, et chaque jour qui passe en confirme le bien-fondé : « La France est le pays où l’on a peur des mots, comme dans d’autres on a peur des fantômes : en face de ceux qui servent d’épouvantails, il y a ceux qui servent d’appâts ».

La peur française des mots n’empêche pas de parler, bien au contraire. C’est une fausse peur soigneusement calculée qui vise à ahurir par des mots et à couper la parole, à interdire de parole ceux qui ont été préalablement désignés par certains mots employés comme des armes. Cela ne vaut pas seulement pour des termes comme “extrême droite”, “racisme”, “fascisme”, “nazisme”, devenus indéfiniment applicables et extensibles depuis 1945. À l’époque des Modérés, il était déjà admis qu’un “conservateur” est nécessairement hostile à tout “changement”, qu’un “réactionnaire” ne peut que tourner le dos à toute espèce de “progrès”, qu’un catholique convaincu est un homme prisonnier de “dogmes dépassés”, quand d’autres, les francs-maçons par exemple, ont pour eux la “tolérance” et la “liberté d’esprit”.

Mais il est vrai que ces formes de péjoration n’étaient rien en comparaison de la gigantesque imposture lexicale du soi-disant “racisme” d’aujourd’hui. En effet, si les mots avaient encore un sens dans ce pays subverti jusqu’à la moelle, le mot “racisme” devrait désigner exclusivement une idéologie affirmant le caractère central du facteur racial dans le cadre d’une tentative d’explication de l’histoire, ou bien soutenant la supériorité d’une ou plusieurs races sur les autres, et le droit subséquent des premières à exploiter, voire à exterminer les secondes. Or, tout cela n’a strictement rien à voir avec la tradition doctrinale du mouvement national en France, où les théoriciens du “racisme” n’ont jamais eu le moindre succès. Avec l’antiracisme actuel, on sort en fait de toute rationalité, de toute logique, pour tomber dans le conditionnement de masse. Comme l’a bien vu Jules Monnerot, « l’antiracisme est un racisme contre les racistes », ou, plutôt, contre ceux ainsi qualifiés. « Le groupe détesté est construit par le groupe détestateur qui sélectionne des traits réels et même, en plus, des traits imaginaires, traits qui sont l’objet de rites d’exécration et de malédictions collectives à la mode du XXe siècle réputé civilisé, surtout de malédictions médiatiques. Ce sont techniquement les plus parfaites excitations à la haine qu’on ait connues dans l’histoire de l’humanité »(43).

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Rééditer Les Modérés, c’est donc aussi participer à l’entreprise de démontage du terrorisme intellectuel savamment mis en œuvre par les défenseurs des idées “généreuses”.

Enfin, il est évident que l’ouvrage de Bonnard est plus actuel que jamais si on le replace dans l’histoire de la droite française au XXe siècle. L’opposition modéré/réactionnaire sur laquelle Bonnard revient à plusieurs reprises, recoupe deux autres oppositions qui n’ont cessé de marquer le mouvement national en France : celle des “nationaux” et des “nationalistes”, celle des notables et des militants. Les réflexions de Bonnard sur les émeutes du 6 février 1934, qu’on lira au détour de plusieurs pages des Modérés, permettent déjà de comprendre ce qu’il pensait de l’agitation brouillonne des “nationaux”. Dans son Journal, il est beaucoup plus clair, c’est-à-dire beaucoup plus méprisant. C’est ainsi qu’il note à propos du colonel de La Rocque, le chef des Croix-de-Feu : « La Rocque, me dit-on, a quelque chose de fonctionnaire en lui. Non. De factionnaire. Un autre me dit : il organise des défilés. Non. Des défilades » (44).

“Le Destin n’attend pas”

Le 7 décembre 1940, Abel Bonnard écrit dans l’un des articles qu’il réunira l’année suivante sous le titre Pensées dans l’action : « Le Destin n’attend pas : dans la vie des nations comme dans celle des individus, il n’y a que de rares moments de choix, dont il faut reconnaître l’insigne importance, si l’on veut profiter pleinement des chances qu’ils nous offrent. L’Occasion est une déesse qui ne s’assied pas » (45).

Le futur successeur du latiniste Jérôme Carcopino au ministère de l’Éducation nationale du régime de Vichy, poste qu’il occupera du 18 avril 1942 au 20 août 1944, croit donc que la cuisante défaite de juin 1940 est une occasion à saisir pour répudier la démocratie et tenter de rebâtir de fond en comble un ordre français. Une espérance de renaissance a brillé un instant, à laquelle Bonnard s’est rallié, comme tant d’autres, par détestation de la démocratie et de la République, certes, mais aussi par patriotisme. On ne saurait expliquer ses choix, en revanche, par une germanophilie prononcée. Classique par son style et par sa culture, Bonnard a toujours été beaucoup plus tourné vers la Grèce, Rome ou l’Asie que vers l’Europe du Nord, et il est plus que probable que le “romantisme d’acier” cher au Dr Goebbels n’évoquait rien pour lui. Mais Bonnard a succombé aux sirènes “européanistes” de la propagande allemande et pensé — à tort — que l’Allemagne hitlérienne avait sincèrement renoncé à son pangermanisme devant les nécessités urgentes de la “croisade” antibolchevique à l’Est.

L’explication proposée par un esprit pourtant aussi fin qu’Ernst Jünger, qui mentionne Bonnard à quatre reprises dans son Second Journal parisien (1943-1945), n’est pas convaincante. En date du 31 août 1943, Jünger note : « Pourquoi Bonnard, cet homme sagace, à l’esprit clair, se perd-il dans de tels domaines de la politique ? En le voyant, j’ai pensé à ce mot de Casanova, disant qu’aux fonctions d’un ministre devait être associé un charme qu’il ne parvenait pas à comprendre, mais qui opérait sur tous ceux qu’il avait vus dans un tel poste. Au vingtième siècle, il ne reste plus que le travail et les coups de pied de l’âne que vous donne la populace, et auxquels il faut se résigner tôt ou tard » (46).

Bonnard en conseiller du Prince et homme d’influence, délaissant les croisières d’autrefois, les conversations mondaines et les lectures érudites, pour satisfaire un appétit de pouvoir et savourer encore mieux le goût bien agréable de la revanche sur un régime honni ? Peut-être, ce sont des choses qui arrivent assez souvent aux intellectuels, y compris aux plus raffinés d’entre eux. Mais il nous paraît plus juste de penser que Bonnard, qui n’avait personnellement rien à gagner à s’engager dans cette aventure et qui était très au-dessus de la foire aux vanités, s’est engagé avec l’énergie du désespoir : l’occasion offerte par l’histoire a dû lui sembler la dernière chancepour la France et l’Europe. On lit dans l’un des nombreux manuscrits qu’il a laissé inachevés, et qui date du lendemain de la Première Guerre mondiale : « … il y a une gaieté suprême dans les actions presque désespérées : ce sont en un sens les plus libres » (47).

Cette explication nous paraît confirmée par le silence quasi total de l’exil madrilène de Bonnard. Celui-ci aura vécu vingt-trois ans en Espagne (de 1945 à 1968) sans écrire aucun livre, tout en songeant vaguement à reprendre quelques projets d’ouvrages. La misère d’abord, la pauvreté ensuite connues par lui à Madrid, ne peuvent rendre compte, à elles seules, de cette stérilité. Bonnard s’est volontairement muré dans le silence, choisissant de disparaître avec son monde. Ses tout derniers écrits portent la marque d’un pessimisme et d’une misanthropie accusés. Dans le texte présenté comme son testament politique, et qui date de 1962, Bonnard écrit : « Maintenant, tout est dit. […] Désormais, les événements se font tout seuls. On est entré dans une période géologique de l’histoire, qui peut se caractériser aussi bien par des effondrements subits que par des engourdissements infinis, tandis qu’une réalité inconnue monte lentement vers la surface des choses. Tout se tient, aucun problème ne peut plus être encadré, étudié, résolu isolément par l’esprit. […] Le désastre de l’homme s’étend à toute la terre. […] Où nous avions voulu fonder un ordre, un abîme s’ouvre. Il arrive ce que nous nous étions expressément proposé d’éviter : le monde tombe dans le chaos » (48).

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Le 19 février 1962, Bonnard dit, à la manière de Cioran mais avec plus de concision encore : « La Mort nous cache le regret de quitter le monde dans le bonheur de quitter les hommes » (49). Le 6 février 1966, il répond à des amis qui le sollicitent pour la réédition de l’un de ses livres : « Penser à mes papiers me fatigue, outre l’indifférence plénière, foncière, complète, absolue, océanique que j’ai pour ce que les gens peuvent penser de moi » (50).

Que les sombres pronostics de Bonnard sur l’avenir, non pas seulement de la France et de l’Europe, mais de tout ce qui mérite le nom de culture, se vérifient demain ou non, il restera ce joyau que sont Les Modérés, livre écrit dans une langue éblouissante du début à la fin, rempli de phrases à la cadence parfaite et frappées comme des maximes. Céline, qui avait un goût très sûr en matière littéraire et qui savait apprécier les écrivains les plus éloignés de lui par le style, a dit de Bonnard : « Un des plus beaux esprits français […] tout à fait dans la tradition de Rivarol ». Quant au désespoir, nous pourrons toujours lui opposer cette maxime de Bonnard, qui égale celles de la sagesse universelle : « Si l’histoire est une tragédie pour l’âme, elle reste une comédie pour l’esprit ».

► Philippe Baillet, Présentation des Modérés, éd. des Grands Classiques (ELP), 1993.

Notes :

  • (1) Cité dans Olivier Mathieu, Abel Bonnard ou l’aventure inachevée, Avalon, Paris, 1987, p. 199.
  • (2) Toutes les citations sans appel de note sont extraites des Modérés.
  • (3) Henry Muller, Trois pas en arrière, La Table Ronde, Paris, 1952 ; cité dans Olivier Mathieu, op. cit., p. 224.
  • (4) Abel Bonnard, « Discours aux chefs miliciens », in : Id., Inédits politiques, Avalon, Paris, 1988, p. 192.
  • (5) Cité dans Olivier Mathieu, op. cit., p. 11.
  • (6) Ibid., p. 289.
  • (7) Ibid., pp. 145-146.
  • (8) Ibid., p. 159.
  • (9) Ibid., p. 153.
  • (10) Concernant ces dernières, nous voulons bien sûr parler de la biographie d’Olivier Mathieu, Abel Bonnard ou l’aventure inachevée et de sa très longue préface aux Inédits politiques de Bonnard (titre qui ne se justifie pas, d’ailleurs, puisque seule une partie des textes réunis dans ce recueil est effectivement composée d’inédits, mais que nous préférons au grotesque et provocateur Berlin, Hitler et moi choisi par Olivier Mathieu). Après avoir écrit une préface très littéraire et très personnelle pour la deuxième édition desModérés (Livre-Club du Labyrinthe, Paris, 1986), Olivier Mathieu s’est enfoncé dans un délire “post-révisionniste” (sic) dont il n’est apparemment pas sorti. Le délire se constate, il s’explique éventuellement, mais il ne se discute pas : nous ne discuterons donc pas les jugements de Mathieu, qui a eu le mérite de rassembler une documentation considérable sur Bonnard et de travailler activement — sinon intelligemment — à sa redécouverte.
  • (11) Dont témoigne, outre les rééditions de L’Argent, L’Amitié et de Saint François d’Assise (cf. bibliographie), le récent recueil d’articles et d’aphorismes de Bonnard paru sous le titre Ce monde et moi, Dismas, Haut-le-Wastia, 1991. Cet important recueil permet notamment de mieux comprendre la position de Bonnard à l’égard du christianisme. L’auteur des Modérés ne fut pas un païen panthéiste, comme voudrait le faire croire Olivier Mathieu. Mais le souci de la vérité interdit pareillement d’en faire un catholique. L’aphorisme § 351 de Ce monde et moi livre sans doute la solution : « La grâce peut nous manquer : la foi ne dépend pas de nous, mais il dépend de nous de reconnaître sa nécessité et sa valeur. Il n’est pas besoin d’être un homme croyant pour être un homme religieux » (p. 182).
  • (12) Cité dans Olivier Mathieu, op. cit., p. 154.
  • (13) Abel Bonnard, En Chine, Fayard, Paris, 1924, pp. 278-279.
  • (14) Ibid., p. 340.
  • (15) Ibid., pp. 344-345.
  • (16) Bonnard et Evola ont en commun la radicalité de leur révolte “antimoderne”, une sensibilité innée pour saisir correctement en quoi consiste la mentalité “traditionnelle”, voire archaïque, le rejet de tout ethnocentrisme culturel, une profonde admiration pour la civilisation extrême-orientale, en particulier pour le bouddhisme. Enfin, tous deux se sont beaucoup intéressés au problème des races, aux modernes théoriciens “racistes”, défendant l’un et l’autre une conception “dynamique” de la race, très différente du biologisme scientiste qui prévalait dans l’entre-deux-guerres. Certaines phrases de Bonnard contenues dans le manuscritLa Question juive (1937) — consacré en fait au problème des races beaucoup plus qu’à la question juive — pourraient avoir été signées par Evola. Quelques exemples : « Il est trop facile de faire observer que la race n’est pas susceptible d’une définition rigoureuse. Beaucoup de choses existent dans le monde humain que l’on ne peut pas définir scientifiquement, la folie par exemple. […] Le mot de racisme peut aussi bien marquer un but qu’un état, une réalité à atteindre qu’une réalité donnée. On peut précisément être raciste pour sortir du mélange où l’on est, tant qu’il en est temps encore. […] Ce qui constitue une race, ce ne sont pas des mensurations. Il faut la saisir dans la vie, dans une façon de sentir le monde et l’existence, de raconter des histoires et des légendes » (citations extraites de : Abel Bonnard, Inédits politiques, op. Cit., pp. 112 et 127).
  • (17) Cité dans Olivier Mathieu, op. cit., p. 55.
  • (18) Julius Evola, Le Chemin du Cinabre, Archè-Arktos, Milan-Carmagnole, 1983, p. 32.
  • (19) Abel Bonnard, En Chine, op. cit., p. 35.
  • (20) Ibid., p. 22.
  • (21) Abel Bonnard, « Saint François d’Assise, le saint de l’enfance et du bonheur », in : Le Spectacle du Monde, déc. 1963, p. 122.
  • (22) Cité par René Guénon dans une lettre du 20 novembre 1925 adressée à Guido De Giorgio. Cf. Guido De Giorgio, L’instant et l’Éternité et autres textes sur la Tradition, Archè, Milan, 1987, p. 257.
  • (23) Abel Bonnard, Le Comte de Gobineau, Dynamo, Liège, 1968, pp. 8-9.
  • (24) Cité dans Olivier Mathieu, op. cit., pp. 11-12.
  • (25) Abel Bonnard, « L’Empire dont l’empereur est poète », in : Le Spectacle du Monde, mars 1963, p. 64.
  • (26) Paul Sérant, Le Romantisme fasciste, Fasquelle, Paris, 1959, p. 115.
  • (27) Abel Bonnard, Saint François d’Assise, Flammarion, Paris, 1929, p. 214.
  • (28) Joseph de Maistre, Considérations sur la France, Garnier, Paris, 1980, p. 34.
  • (29) Augustin Cochin, La Révolution et la libre-pensée, Copernic, Paris, 1979, p. 9.
  • (30) Cité dans Olivier Mathieu, op. cit., p. 282.
  • (31) Paul Sérant, op. cit., p. 20.
  • (32) Charles Maurras, La Démocratie religieuse, Nouvelles Éditions Latines, Paris, 1978, p. 90.
  • (33) Ibid.
  • (34) Jean Madiran, Les quatre ou cinq États confédérés, Supplément-Voltigeur d’Itinéraires, numéro spécial hors série, oct.-nov. 1979, p. 5.
  • (35) Ibid., p. 10.
  • (36) Charles Maurras, op. cit., p. 200, note 1.
  • (37) Abel Bonnard, Inédits politiques, op. cit., pp. 183-184.
  • (38) Louis-Ferdinand Céline, Les Beaux draps, Nouvelles Éditions Françaises, Paris, 1941, p. 49.
  • (39) Abel Bonnard, « Nos défauts et nous », in Id., Inédits politiques, op. cit., p. 209.
  • (40) Pierre-André Taguieff, « Nietzsche dans la rhétorique réactionnaire », in A. Boyer, A. Comte-Sponville, V. Descombes et al., Pourquoi nous ne sommes pas nietzschéens, Grasset, Paris, 1991, p. 219. On peut renvoyer à ce long article pour l’étude de la tradition droitière de la critique de la modernité comme époque de l’inflation verbale. Ici, l’indéniable érudition et les capacités d’analyse du professeur Taguieff ne sortent pas du cadre scientifique pour justifier la répression policière des idées.
  • (41) Juan Donoso Cortés, « Lettre au cardinal Fornari sur les erreurs contemporaines » (19 juin 1852), in : Les Deux Étendards, I, 1, sept.-oct. 1988, p. 16. Ce grand texte du penseur espagnol a fait l’objet d’une nouvelle traduction, accompagnée d’une longue présentation d’André Coyné cf. Lettre au cardinal Fornari et textes annexes, L’Âge d’Homme, Lausanne-Paris, 1989.
  • (42) Abel Bonnard, Inédits politiques, op. cit., pp. 115-116.
  • (43) Jules Monnerot, « Racisme et identité nationale », dans la brochure collective Le soi-disant anti-racisme, Une technique d’assassinat juridique et moral, numéro spécial d’Itinéraires, 3e éd., 1990, p. 40.
  • (44) Cité dans Olivier Mathieu, op. cit., p. 259.
  • (45) Abel Bonnard, « Franchise ou “habileté” ? », in : Inédits politiques, p. 246.
  • (46) Ernst Jünger, Journaux de guerre, Julliard, 1990, p. 556.
  • (47) Cité dans Olivier Mathieu, op. cit., p. 162.
  • (48) Ibid., pp. 359-360.
  • (49) Ibid., p. 362.
  • (50) Ibid., p . 368.

Islamic Terror: Bienvenue !

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mercredi, 10 mai 2017

Présidentielles : station “État de Grâce” supprimée

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Présidentielles : station “État de Grâce” supprimée

Ex: http://www.dedefensa.org

Dans un texte mêlant dérision et gravité que le New York Times nous restitue en français qui est sa langue du cœur autant que de l’esprit, l’écrivain algérien Boualem Sansal constate : « En France, on change de président tous les cinq ans, mais rien ne change jamais qui vienne vraiment d’eux. » ... On notera que, sans le vouloir précisément même s’il le sait évidemment, l’écrivain a signifié ce nouveau phénomène de la politique française, qui est la durabilité extrêmement réduite des présidents. Depuis Sarko, le président n’est plus réélu même s’il se présente, – et nous pourrions dire jusqu’au paradoxe, “même s’il ne se représente pas”. Nous disons cela comme s’il s’agissait d’une règle nouvelle alors que la démission de De Gaulle, la mort de Pompidou et même l’échec de Giscard de 1981, devraient être considérés comme autant d’avatars accidentels dont certains tragiques. Désormais, ce n’est plus l’accident : la règle semble être devenue, aujourd’hui, que le président est comme un Kleenex, jetable après emploi et qui ne vaut que pour un seul emploi.

(La prochaine étape pourrait être et devrait être, en bonne logique subversive, le président-kleenex impropre à la consommation, jeté avant de s’en servir, bref par interruption du quinquennat pour cause de crise de régime. Macron, le président qui innove en tout, pourrait bien nous apporter également cette “modernisation” décisive de la postmodernité. Il aurait alors bien mérité de la République française, européenne et laïque.)

Plus encore et mieux encore, car l’on nous dit, dans le chef de certaines plumes inspirées, qu’il s’agit de l’élection “triomphale” d’un président. (Dixit sans crainte de la réalité des chiffres qui ridiculise la qualification de la performance l’organe de référence du Système ; le quotidien Le Monde dans sa newsletter d’information pour les les lecteurs réticents : « Le triomphe de Macron, les défis du président »)... Eh bien, ce “triomphe” est immédiatement suivie (le lendemain) d’une manifestation de contestation d’une politique d’ores et déjà condamnée avant que d’exister, avec des accusations redoutables (« En marche vers la guerre sociale »), que même les sites US se font un plaisir de détailler, – ZeroHedge.com, par exemple. On ne parle même pas des horions qu’ont aussitôt échangé ceux qui avaient soutenu Macron par inadvertance, et notamment ceux qui, dans cette diversité de circonstance, ont aussitôt proclamé que leur ralliement s’arrêtait là et qu’ils reprenaient aussitôt leur (vraie ?) bataille ; il suffisait d’entendre un Barouin avertissant que tout soutien à Macron pour les législatives signifierait l’exclusion immédiate du fautif du parti LR. Autrement dit, non seulement il n’y a pas d’état de grâce mais il y aurait plutôt un immédiat état de disgrâce qui suivrait, vingt-quatre plus tard, “le triomphe de Macron”.

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(Certes, nous avons compris la finesse du titreur qui suit le déterminisme imposé par la narrative [déterminisme-narrativiste]. Le triomphe est celui de l’homme sans équivalent, la pure merveille sortie de la glèbe franco-globalisée qui a réussi cet exploit sans précédent de séduire un peuple entier, – et quel peuple, mazette, selon les statistiques de l’élection, – alors que “les défis” sont ceux de cette fonction suprême que le monde entier nous envie.)

Effectivement, la situation est singulière, le gênant n’étant pas l’élection face à la contestation, mais le “triomphe” de l’élection salué aussitôt par la contestation très organisée par des acteurs sociaux habituels (syndicats) et selon une thématique dont l’extrême est du type “vers la guerre sociale”. L’esprit de la Vème République est bien que l’élection présidentielle constitue effectivement un moment sacré (mais laïque, certes car l’on tient aux contradictions du genre) où un personnage identifié à un parti ou à une tendance devient par la grâce de la fonction, et au moins pour une période symbolique (justement dit-“état de grâce”), le président de “tous les Français” ; Hollande lui-même y avait eu droit bien que fort courtement, c’est dire si l’esprit a le cuir épais et ne meurt pas facilement... La postmodernité a finalement balayé tout cela avec le “président Macron” (il sera difficile de se passer de guillemets) comme déjà l’élection de Trump l’annonçait (quoique d’une façon encore ambiguë tant l’opposition publique, – dans la rue et dans les médias, – était ouvertement organisée, manipulée et financée par des manipulateurs idéologisés). L’élection de Macron inaugure donc une époque nouvelle, ce qui fait d’ailleurs partie de son programme.

Il est vrai que le texte de Sansal est intéressant par ce mélange de dérision et de gravité, ce qui est au fond parfaitement définir la forme de l’opération. Aux USA, il y a quelques mois, pour l’élection de Trump, ce fut assez semblable si l’on veut bien s’en souvenir, au point que nous jugeâmes judicieux d’inclure dans notre Glossaire.dde l’expression volontairement paradoxale sinon oxymorique de “tragédie-bouffe”. Au fond, ce phénomène de suppression d’un temps d’armistice pour cause d’“état de grâce” qui renvoie à un processus de modernisation et de rentabilisation, – comme l’on supprime les arrêts pour les bus et les trains, et les stations de métro, – signifie simplement que le temps métahistorique ne prend plus de gants, un peu comme s’il disait : “on n’arrête pas une crise en cours, même pour un nouveau président” ; simplement, enfin, parce que le temps métahistorique est également et nécessairement un temps crisique, et que, par conséquent il ne souffre aucune interruption de la crise.

Emmanuelle-Macron-227x300.jpgAinsi avons-nous de ces contradictions presque immédiates, y compris dans le propos et assumées comme telles, qui rendent compte de cette cohabitation du dérisoire et du tragique. Sans en rendre compte par la logique précise de son analyse le commentateur en rend compte effectivement en faisant défiler ces contradictions. Nous ignorons si cela est voulu, mais dans tous les cas cela a la vertu du vrai (d’une vérité-de-situation fondatrice du caractère tragédie-bouffe). Ainsi nous dit-il que les présidents changent et ne changent rien, parce que « la France ne se gouverne plus elle-même », qu’il y a l’Europe qui donne ses consignes et la “mondialisation” (le globalisation) qui fait que « la terre ne tourne plus que dans un sens », celui du « cartel des banques » ; puis il enchaîne aussitôt par la proposition de bon aloi mais tout de même assez paradoxale « Voilà pourquoi il importait que soient débattus durant la campagne présidentielle tous ces thèmes mondialisés... », pour aussitôt émettre la réserve évidente qui explique tout : « Mais ceux-ci ont été à peine évoqués. Peut-être est-ce à cause d’un sentiment d’impuissance face à ces problèmes. »

... Ce qui fait bouffe encore plus dans cette affaire, bien entendu, c’est qu’on se précipite en désespoir de cause mais pour une si belle cause, jusqu’aux plus extrêmes hystériques contre la chose la plus sérieuse du monde qui est, comme on le sait, la “menace fasciste”. La campagne se fit donc, surtout au second tour, comme si on nous étions en 1924 ou en 1933, ce qui ne gêne pas trop les tenants la globalisation tous comptes faits. Mélenchon s’est vanté, après le résultat final, d’être celui qui avait permis d’arrêter le fascisme (celui de 1924-33, donc) ; bien sûr, puisque c’est lui qui a permis en bonne partie de faire élire l’homme de la globalisation ; la belle intelligence de Mélenchon ne hume-t-elle pas ce que cette contradiction peut avoir de bouffe, à côté de la tragédie ? A peine indirectement, Sansal met cela en évidence lorsqu’il salue plutôt ironiquement le talent rassembleur de Mélenchon (« En tout cas, il a formidablement égayé la campagne. Quel bateleur, quel stratège, ce Jean-Luc! Merci pour ces bons moments »), puis en signale aussitôt la conséquence qui n’est pas des plus habiles (« En affaiblissant les Républicains, le Parti socialiste et le Front national, Mélenchon aura profité à Macron ainsi qu’aux oligarques »). Tout cela crève tellement les yeux que plus personne ne voit distinctement, – ceci explique cela, – que cette bataille si furieuse contre un danger vieux de 80 ans et totalement anéanti dans sa véritable puissance il y a 60 ans est conduite au profit exclusif du seul danger planétaire et sans aucun précédent pour aujourd’hui même. Et pourtant, nombre de ces combattants du passé (les “antifafs”) connaisse parfaitement et dénoncent à mesure l’existence de cette puissance destructrice d’aujourd’hui même qui passe tout puisqu’elle menace le monde lui-même, toutes espèces et idéologies bouffe-fantasmagoriques confondues.

Sans doute se trouve-t-il une frustration secrète de devoir tenir un rôle si faussaire et, en combattant l’ennemi imaginaire, de favoriser non seulement “l’ennemi principal” mais le seul Ennemi possible ; laquelle frustration, à cause de son ampleur, fait souvent tomber le débat “contre le fascisme” dans l’ivresse de l’outrance et du bombastique, – le bruit remplit le vide et écarte les pensées qui pourraient s’aventurer sous l’écume des jours, – qui nous restitue le style tragédie-bouffe qui est le nôtre.

Quoi qu’il en soit, pour les lecteurs avisés, on trouve dans le texte de Sansal plusieurs marques de cette situation attristante. Homme courageux et grand écrivain qui ne craint pas de dénoncer le pouvoir corrompu en Algérie tout en restant sur place au risque des contraintes et des pressions qu’on imagine, Sansal est acclamé par le monde culturel et littéraire (et progressiste-sociétal) français et européen, et les institutions qui vont avec. Il constitue une de ces situations paradoxales si nombreuses où le Système chérie certains critiques de lui-même dans une position spécifique, parce que le jeu de billard pratiqué entre les diverses tromperies et simulacres des situations lui permet tout de même (au Système) d’en tirer avantage du point de vue de la vertu apparente qu’il veut conserver dans le domaine de la communication. Il n’empêche, cet article qui dit une bonne partie de son fait à un nouveau président si exceptionnel par son “triomphe” de jeune homme quasiment “sorti de rien” (les banques, une belle fortune qu’il s’est faite, un an à Bercy mais jamais d’élection, un rassemblement d’influence et de fortunes pour l’encourager de consignes diverses, une presseSystème déchaîné pour le promouvoir et détruire ses adversaires, cela vous donne un innocent aux mains propres, un être d’exception et un “inconnu” vertueux pour une présidentielle), – cet article-là a dû faire penser au Système, où l’on est très strict en ce moment pour maintenir la discipline dans ces moments très difficiles, que la vertu dont on parlait plus haut, dont il a besoin, est parfois payée un peu cher.

Ainsi nous permettons-nous d’emprunter cet article de Boualem Sansal, écrivain, auteur dernièrement de 2084, du 8 mai 2017...

dedefensa.org

 

La France, état altéré

Il y a du nouveau en France: un nouveau système pour désigner le président de la république. Ni plus réellement une démocratie, ni une dictature, c’est quelque chose qui n’a pas encore de nom. Un acronyme ou un mot porte-manteau construit de «démocratie», «dictature» et «ploutocratie» ferait bien l’affaire.

Le mécanisme fonctionne ainsi: des patrons de grands groupes financiers, industriels et commerciaux, ainsi que d’éminents conseillers habitués de l’Elysée, de Matignon et de Bercy ont choisi le futur président de la république — Emmanuel Macron, en l’occurrence — et l’ont instruit de sa mission. Ensuite ces oligarques ont mobilisé l’Etat, le gouvernement, la justice, les médias, les communicants, les artistes, les cachetiers, les sondeurs, les sociétés de Paris et les grands noms de la société civile pour le porter à la magistrature suprême. La machine s’est mise au travail et en un tour de piste a fait de l’impétrant le candidat du peuple, le favori, le héros indépassable. Lui-même en est devenu convaincu.

kid-ger_382866.jpgLe reste était une simple formalité: il suffisait juste d’éliminer les autres candidats. On en a mis beaucoup sur la ligne de départ, désespérant le peuple en lui donnant l’image de la déplorable division dans laquelle les partis politiques ont entrainé le pays. Puis on a promis des primaires pour remédier à ça: il y aura un tri impitoyable! En effet: les candidats sérieux — Manuel Valls, Alain Juppé — ont été éliminés.

La justice a ensuite lancé des fatwas contre les gros candidats qui restaient, et la presse, bras séculier de l’oligarchie, les a traqués. François Fillon et Marine Le Pen ont été poursuivis pour vol à l’étalage, leurs photos placardées à la une des journaux.

On accuse aussi Jean-Luc Mélenchon de pas mal de crimes. Il aurait assassiné le Parti socialiste, caporalisé les communistes, volé des troupes aux Républicains et aux frontistes et contrevenu aux règles de la soumission en appelant son mouvement La France insoumise.

En tout cas, il a formidablement égayé la campagne. Quel bateleur, quel stratège, ce Jean-Luc! Merci pour ces bons moments. Notre côté romantique invétéré a apprécié ton mot en forme de salut à la veille du premier tour: «Allez, viennent les jours heureux et le goût du bonheur!»

En affaiblissant les Républicains, le Parti socialiste et le Front national, Mélenchon aura profité à Macron ainsi qu’aux oligarques — mais tout en gagnant lui-même aussi. Maintenant, les législatives.

L’autre inconnue dans l’affaire aura été le peuple. Il est trop bête, dit-on; c’est un troupeau angoissé, qui peut réagir n’importe comment. D’ailleurs, le moment est peut-être venu d’en changer. Ce peuple-ci a fait son temps. Il parle encore de de Gaulle, Jaurès, Jeanne d’Arc. C’est vrai qu’il rechigne un peu: dimanche, les électeurs se sont abstenus de voter en nombre record.

Le résultat de ce méli-mélo c’est Macron. Jamais élu auparavant, tête d’un mouvement vieux de juste un an, le voilà président de la République. On ne faisait semblant de douter de son ultime succès que pour écarter la suspicion de manipulation politique. Alors que Fillon a été mis en examen et que la justice française a demandé la levée de l’immunité parlementaire de Le Pen à l’Union européenne, elle a refusé d’ouvrir une enquête sur le patrimoine de Macron, pourtant demandée par de nombreux candidats.

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Mais au fond tout ça c’est du frichti, des amusettes, des histoires de carrières personnelles. Valls, Juppé, Le Pen, Fillon, Macron, Mélenchon, Hamon, Tartempion — tout ça c’est pareil, à peu de choses près. En France, on change de président tous les cinq ans, mais rien ne change jamais qui vienne vraiment d’eux.

La France ne se gouverne plus elle-même; l’Europe a toujours son mot à dire. La mondialisation fait que la terre ne tourne plus que dans un sens — le sens du cartel des banques, qui a pris le relais du cartel des compagnies pétrolières, qui avait pris le relais du cartel des compagnies minières.

Voilà pourquoi il importait que soient débattus durant la campagne présidentielle tous ces thèmes mondialisés: l’islamisation, le terrorisme, le réchauffement climatique, la migration, l’affaiblissement des institutions multilatérales. Mais ceux-ci ont à peine été évoqués. Peut-être était-ce à cause d’un sentiment d’impuissance face à ces problèmes. Mais le fait de ne pouvoir rien y changer n’est pas une raison de ne pas y regarder.

Cette campagne présidentielle n’aura pas non plus confronté les options stratégiques de la France à moyen et long terme. La France saura-t-elle réinventer ses institutions? Et surtout: saura-t-elle enrayer son déclin? Saura-t-elle retrouver son rôle de moteur de l’Europe, surtout face à l’Allemagne? Cette campagne présidentielle aura été une campagne de gouvernement qui discute de gestion des ressources et d’équilibre des comptes. On a parlé boutique avec quelques accents lyriques pour faire grandiose. Mais tout du long on a plié sous la tyrannie du court-termisme et du pas-de-vague.

A gauche comme à droite, les grands partis d’antan ont été brisés, discrédités. La recomposition politique en France ressemble à un nettoyage par le vide. Entre-temps la fonction présidentielle a aussi été considérablement affaiblie. Merci Nicolas Sarkozy et François Hollande. Macron, héritier d’une fonction qui a été mise au plus bas, va vite découvrir l’étroitesse de sa marge de manœuvre — d’autant plus qu’il sera l’otage de la troupe disparate qui l’a fait arriver là.

Boualem Sansal

French elections: No Russian influence, and so far an unknown policy toward Moscow

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French elections: No Russian influence, and so far an unknown policy toward Moscow

Ex: http://www.ponarseurasia.org

France concluded a highly divisive presidential election campaign. Emmanuel Macron (En Marche!) won 66% of the vote against Marine Le Pen (National Front). The campaign will be seen by historians as having expelled in the first round the traditional parties (Les Républicains, Socialist Party).

The left-right divide, which is so deeply rooted in French history, became a secondary issue compared to a choice between a centrist, pro-European, and liberal position, and a nativist narrative focusing on anti-European and anti-immigration arguments.

The campaign was marked by a debate about the alleged influence of Russia. Le Pen, who has always been the darling of Russian media (and especially of Russia Today), was received on several occasions by senior Russian officials such as Sergei Naryshkin, then Chairman of the State Duma, and then by President Putin himself in March. An endorsement by a foreign leader is not an issue per se. Barack Obama made a small video clip expressing his support for Macron.

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The Russian funds given to the National Front through the First Czech Russian Bank in 2014 did not develop into larger financial support. The emergence of Les Républicains candidate Francois Fillon, known for his pro-Russian stance, created new competition for the National Front in getting Moscow’s attention. It was a reminder that many among Les Républicains hope for improving relations with Moscow, both because of tight economic links with Russia, but also because they believe in a kind of Gaullist alliance with Russia and support Moscow’s vision of stability in the Middle-East.

Claims that Russia was interfering in the French political campaign were a repetition of U.S. hysteria on that topic. But just because the Russian media showed preference for Le Pen against Macron does not mean they had any solid way to influence the voters. Yesterdays’ results show that Le Pen, even with 10 million voters behind her, failed to rally the broader majority.

The massive leak of thousands of hacked documents from Macron’s campaign (released on Friday) also did not end up having influence. Cybersecurity pundits said the hack came from Russia-affiliated groups. While this remains to be confirmed, we now see that the leak did not play a role. Contrary to the “Russian threat” narrative spread by some experts during the campaign, Moscow was not able to lead discussions to shape the national political debate. It is thus time to deflate the supersized narrative about Russia’s influence stemming from “Kremlin meddling.”

What will be the new French president’s policy toward Russia? It is too early to say. New in politics and without a structured political party, Macron’s policy will be built depending on his forthcoming government. Macron will seek to build a presidential majority along with members of the Socialist Party, the centrists, and Les Républicains, which leaves the door open for adjustments both in terms of domestic and foreign policy.

We do know that Macron has always displayed a resolute pro-European and pro-NATO stance. Trying to relaunch the European project and work closely with Germany will be one of his main goals. He will probably not show any specific inclination to soften France’s relationship with Russia, but he will have to adapt depending on Russia’s actions in the Syrian theater, the potential spillover effects of which may impact Europe far more than the Ukrainian conflict.

mardi, 09 mai 2017

Emmanuel Macron, Président et Idiot utile de l'Islamisme

  • Emmanuel Macron, « idiot utile », n'est pas à proprement parler un allié de l'islamisme. C'est pire, il ne voit pas le problème.

  • L'article de Louizi donne des noms, des dates, et des photos et explique comment le mouvement politique de Macron a été largement infiltré par les Frères musulmans.

  • Macron est-il un promoteur ouvert de l'islamisme en France ? Il est plus politiquement correct de dire que nous avons affaire à un « mondialiste » et un « promoteur actif du multiculturalisme ». L'islamisme n'est pas selon lui une menace nationale dans la mesure où la nation française ou, la culture française n'ont pas d'existence réelle.

Pendant la guerre froide, on les nommait les « idiots utiles ». Ils n'étaient pas membres du Parti communiste, mais ils le considéraient d'un œil favorable, parlaient de lui positivement et ne condamnaient pas les idées de Lénine et Staline. Au 21ème siècle, le communisme a globalement disparu, mais l'islamisme a pris le relais de principale menace mondiale.

De la même manière que le communisme produisait ses Idiots utiles, le totalitarisme islamique produit ses « Infidèles utiles ». A une importante différence près : à l'époque de l'Union soviétique, les Idiots utiles étaient des intellectuels. Maintenant, les Infidèles utiles sont des politiciens, et l'un d'entre vient d'être élu président de la République française.

Emmanuel Macron, Infidèle Utile, n'est pas un partisan du terrorisme ou de l'islamisme. C'est pire : il ne voit même pas la menace. Peu après les horribles attaques du 13 novembre 2015 à Paris, Macron a déclaré que la société française devait assumer une « responsabilité » dans le « terreau » sur lequel le djihadisme a pu prospérer. « Quelqu'un sous prétexte qu'il a une barbe ou un nom à consonance qu'on pourrait croire musulmane, a quatre fois moins de chances d'avoir un entretien d'embauche qu'un autre » a-t-il ajouté. Ce qui revient à considérer que faire ses bagages pour la Syrie et revenir en France armé d'une kalachnikov et d'une ceinture d'explosifs ne peut être que le geste de dépit d'un chômeur de longue durée. 

Macron en vient presque à accuser les Français d'être racistes et « islamophobes ». « Nous avons une part de responsabilité », a-t-il averti » parce que ce totalitarisme se nourrit de la défiance que nous avons laissée s'installer dans la société. Il se nourrit de cette lèpre insidieuse qui divise les esprits, et, si demain nous n'y prenons pas garde, il les divisera plus encore ».

Par conséquent, a conclu M. Macron, la société française « doit changer et être plus ouverte ». Plus ouverte à quoi? À l'islam, bien sûr.

Le 20 avril 2017, après qu'un terroriste islamiste ait assassiné un policier et blessé deux autres à Paris, sur les Champs Elysées, Macron a déclaré : « Je ne vais pas inventer un programme de lutte contre le terrorisme en une nuit ». Après deux ans d'attentats terroristes ininterrompus sur le territoire français, le candidat à la présidence de la République considère les problèmes de sécurité du pays comme quantité négligeable.

L'« affaire Mohamed Saou » est exemplaire du peu de cas que fait Emmanuel Macron de l'islamisme. Le 6 avril, en pleine campagne présidentielle, Barbara Lefebvre, professeur et auteur de livres sur l'islamisme, a révélé au public de L'Emission Politique (France 2), la présence d'un islamiste notoire, Mohamed Saou, dans l'équipe de campagne de Macron. Ce responsable départemental du mouvement « En Marche » avait tweeté « Je n'ai jamais été et je ne serai jamais Charlie » en septembre 2016. Un an plus tôt, il partageait un message Facebook de Marwan Muhammad, le directeur du controversé Comité contre l'islamophobie en France (CCIF).

Sentant venir un scandale potentiel, Macron a demandé à Saou de renoncer à ses fonctions dans l'organisation d'En Marche. Mais le 14 avril, invité à Beur FM, une station de radio française musulmane, Macron croyant être hors antenne, a été surpris à déclarer : « Non, mais il a fait un ou deux truc un peu plus radicaux, c'est ça qui est compliqué. Mais à côté de ça, c'est un type très bien, Mohamed. Et c'est pour ça que je ne l'ai pas viré ».

Un type très bien en effet puisqu'il avait pour fonction de rallier les voix musulmanes de son département à Emmanuel Macron.

Saou est-il un cas isolé ? Bien sûr que non. Le 28 avril, Mohamed Louizi, auteur du livre Pourquoi j'ai quitté les Frères Musulmans, a publié sur Facebook un article détaillé en noms, dates et photos, accusant Macron d'être un « l'otage du vote islamiste ». Republié par Dreuz, un site chrétien anti-islamiste, l'article de Louizi développait l'idée que le mouvement En Marche était largement infiltré par les Frères musulmans. Il sera intéressant de compter combien d'entre eux seront candidats du mouvement de Macron aux prochaines élections législatives.

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Le 24 avril, l'Union des organisations islamiques de France (UOIF), connue pour être le représentant tricolore des Frères musulmans, a, dans un communiqué, « enjoint » les « musulmans de voter contre les idées xénophobes, antisémites et racistes du Front National, et appelé à voter massivement pour Monsieur Macron. »

Pourquoi ?

Il serait bien sur absurde d'affirmer que Emmanuel Macron est un promoteur patenté de l'islamisme et du terrorisme en France. Mais il est plus juste et plus politiquement correct de dire qu'il est un « mondialiste » et un « partisan déclaré du multiculturalisme ». En tant que tel, il ne considère pas l'islamisme comme une menace nationale parce que, pour lui, la nation française ou, comme il l'a dit, la culture française n'existe pas réellement. Macron a en effet nié que la France avec son histoire et sa culture n'a pas d'existence réelle. Le 22 février, en visite aux expatriés français à Londres, Macron a déclaré : « La culture française n'existe pas, il y a une culture en France et elle est diverse ». En d'autres termes, sur le territoire français, la culture française et les traditions françaises n'ont aucune priorité par rapport aux cultures immigrées importées. Le même jour, à Londres, il a ajouté : « l'art français? Je ne l'ai jamais rencontré ».

Multiculturaliste et politicien, Macron ne s'adresse pas à la population française mais à des publics segmentés. En Algérie, Macron a déclaré que la colonisation française était un « crime contre l'humanité » pour séduire les votes des citoyens français d'origine algérienne. Mais au magazine Causeur dont les positions anti-islamistes sont connues, il déclare :« La France n'a jamais été et ne sera jamais un pays multiculturel ».

Désormais président, Macron ne pourra plus tenir ces discours multiples et contradictoires. Mais les Français qui tiennent à leur culture, à leur langue, à leur patrimoine historique ainsi qu'à l'idée qu'ils se font de leur pays pourraient bien avoir quelques déceptions.

Yves Mamou est journaliste et auteur basé en France. Il a travaillé pendant deux décennies pour le quotidien Le Monde, avant sa retraite.

Réflexions sur la notion de Peuple

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Réflexions sur la notion de Peuple

J’écris ces lignes en ne connaissant pas le résultat du deuxième tour des élections françaises.

Dans les deux dernières années, je me suis rendu à quelques « diners en ville » fort intéressants qui avaient lieu chez des amis de ma fille ainée, Emmanuelle.

Le principe en était simple : avant de passer à table, nous écoutions un conférencier qui nous parlait d’un sujet qu’il avait travaillé et qui lui tenait à cœur. Et après, nous dinions et buvions en bonne compagnie.

L’une de ces conférences m’a profondément marqué.

Le conférencier était un ancien élève de la rue de l’ULM devenu rabbin, et la conférence portait sur la notion de peuple et de foule dans l’Histoire. Je vais essayer de résumer ici ce qu’il a dit et ce que j’en ai compris, au risque de le trahir. Mais c’est le propre d’une idée forte que d’être reprise et parfois transformée. Nul n’est propriétaire de ses idées.

Et en réalité, ce que cet homme a dit me taraude depuis des mois car je suis ainsi fait que quand je croise une idée nouvelle (pour moi), je me mets à la ruminer lentement pour qu’elle se dépose au fond de mon esprit où elle pourra se croiser avec d’autres idées «fortes» sans que j’en aie vraiment conscience la plupart du temps.Et à la fin du processus, cette idée devient mienne et je me mets à en parler pour la répandre.

Voici l’idée de départ.

Dans l’antiquité grecque et latine, la foule, la plèbe, étaient considérées comme dangereuses parce qu’imprévisibles et soumises à des emballements « incompréhensibles »  (voir les analyses de René Girard pour une explication).Les gens éduqués, les élites, se tenaient donc le plus loin possible de la plèbe et des petites gens.

Arrive le Christ qui littéralement transforme la notion de foule, de plèbe en une toute nouvelle entité, le Peuple.

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Et cette transformation se passe pendant une prédication de Jésus dans le désert.Une foule immense suivait Jésus, la fin de la journée approche, il se retourne et a pitié d’eux qui ont faim et soif alors que le lieu est désertique.Il leur dit de s’assoir et procède à la multiplication des pains et du poisson.

C’est de ce moment là  que date la notion de Peuple de Dieu, constitué de pauvres, de bancals, d’aveugles, de perclus, d’idiots. Et ce sont ces gens là que Jésus nous demande d’aimer à la place de les mépriser et de les tenir à l’écart. Et ce sont ces mêmes gens qui seront sauvés « Heureux les pauvres, heureux ceux qui pleurent…  car le Royaume des Cieux est à eux». Et d’ajouter, « ce que vous aurez fait pour le plus petit d’entre eux, vous l’aurez fait pour moi »

Ce renversement total de perspective, ou la plèbe devient le Peuple, est bien sûr à l’origine de la civilisation Chrétienne.

L’Eglise Catholique a porté ce message pendant vingt siècles (non sans de nombreux loupés, j’en conviens : « L’Eglise est un vaisseau qui a son gréement dans les étoiles et sa coque dans la merde » disait Bernanos …)

Il n’en reste pas moins que notre bonne vieille Eglise a été à l’origine du développement de la science (puisque le rôle de la créature était de comprendre par la raison ce qu’avait voulu faire le Créateur), des hôpitaux, des écoles , des universités, de la protection des femmes et des enfants au travers de la sanctification de la famille, de la limitation du pouvoir des puissants (trêve de Dieu) et bien sur des droits de l’homme (controverse de Valladolid).

Au XVIII eme siècle avec la Révolution Française et au XIX eme siècle, surtout, avec Marx, tout change.

Les notions de peuple,  de petites gens comme centre de l’histoire franchissent une nouvelle étape. Le Peuple n’est plus sauvé par le Messie, mais le DEVIENT (Marx), ce qui est une novation extraordinaire. Mais cette nouveauté à une conséquence fâcheuse que peu de gens ont compris à l’époque : le Peuple n’a plus besoin d’être aimé, soigné et éduqué mais… guidé.

Et nous nous retrouvons avec le problème qui a plombé l’Eglise Catholique pendant des siècles : comment aimer le peuple sans chercher à le diriger ?

L’église avait non seulement une réponse théorique à cette tentation (à laquelle elle a souvent cédé) « mon Royaume n’est pas de ce monde », mais aussi une réponse pratique, l’émergence de personnalités extraordinaires telles François d’Assise, Vincent de Paul ou Mère Theresa qui aimaient sans chercher à diriger.

Le socialisme ou la technocratie n’en avait  aucune, ce qui revient à dire qu’au bout d’un certain temps, les élites se lassèrent du peuple (ou le peuple des élites) et que le Peuple de Dieu redevint la plèbe, un peu comme il l’était dans la Rome antique.

Et la déchristianisation qui commence à  peu prés à la même époque ne fit qu’accentuer ce phénomène. Bien entendu, ce qui se passe aujourd’hui dans le domaine politique est la preuve de cette régression historique dans la quasi totalité des pays développés du monde en général et en France en particulier.

A l’évidence, la gauche n’aime plus le peuple et le peuple, redevenu la plèbe n’aime plus la gauche.

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En fait, nous  sommes dans un pays ou la gauche a trahi le peuple, le reléguant au rôle de plèbe, tandis que la Droite a trahi la Nation, ce qui laisse une grande partie de ceux qui ont besoin d’être aidés quelque peu désemparés.

Et  c’est ce que constate le géographe Christophe Guilly dans tous ses livres.

La France aujourd’hui est géographiquement distribuée en trois zones concentriques :

  • Au centre, ceux qui sont adaptés à l’économie moderne que j’ai appelé l’économie de la connaissance dans mon livre « C’est une révolte, non Sire c’est une Révolution ».  Ils contrôlent l’économie et les media. Il est d’usage de les appeler les « bobos » et ils constituent l’électorat de Macron.
  • En périphérie des bobos, on trouve les immigrés qui sont de fait les domestiques des bobos (Chauffeurs Uber, Taxis, gardes d’enfants, personnel soignant etc..) et sur lesquels se déversent les subventions étatiques, ce qui permet aux bobos d’avoir des domestiques pas trop chers.  Ce deuxième groupe vote Melenchon.
  • Et enfin, à une heure et demi ou deux heures du centre de la grande ville dans laquelle les bobos résident dans des appartements hors de prix, on trouve les perdants de la mondialisation, ceux qui naguère étaient employés dans le secteur industriel. Ils votaient communistes autrefois, ils votent FN aujourd’hui. Et il n’y a plus aucun contact entre les bobos et les habitants de la troisième zone.

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Et ce que cela veut dire est assez simple : Ce qui fait office d’élites de nos jours n’a que mépris pour ceux qui vivent dans la France de la périphérie. Ce qui implique que « la volonté de vivre ensemble », absolument constitutif d’une Nation n’existe plus. Les élites méprisent la plèbe et plus encore ses représentants encore plus que cela n’était le cas dans la Grèce ou la Rome antique.

A l’époque, et il faut s’en souvenir, les membres de la plèbe étaient appelés en Grèce les « idiotes » et leurs meneurs les « démagogues ».

Plus ça change…

En fait, les bobos méprisent la plèbe et REFUSENT d’entendre sa voix, ce que l’on a fort bien vu lors de cette campagne présidentielle. Toute discussion des problèmes affectant cette troisième zone a été purement et simplement interdite. Et du coup, le Peuple, redevenu plèbe se met à haïr les bobos…

Nous  sommes donc en train de fermer une parenthèse historique qui a duré prés de 2000 ans et c’est sur cette parenthèse que reposait une notion aussi fondamentale que l’égalité de tous devant la Loi.

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En Grande-Bretagne, aux USA le petit peuple a réussi à faire entendre sa voix, au moins partiellement,  en France des manœuvres politiciennes de bas étage ont réussi à empêcher tout débat.

Il reste à notre pays une dernière chance pour permettre à cette partie de la Nation de s’exprimer, les élections législatives de Juin 2017.

Faute d’un résultat qui permettrait aux citoyens de la zone périphérique de se faire entendre, la France serait irrémédiablement coupée en deux et le pire serait à craindre.

Si par malheur la Démocratie ne fonctionnait pas, alors la violence deviendrait non seulement inévitable mais légitime.

 

Macron ou le crépuscule de la France

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Macron ou le crépuscule de la France

par Yvan Perrin

Ancien Conseiller National (Suisse)

Ex: http://www.lesobservateurs.ch  

Emmanuel Macron a réussi son pari, il présidera aux destinées de la France durant les cinq prochaines années. Sa tâche ne sera guère aisée au vu du champs de ruines dont il hérite ce jour. Après un quinquennat Hollande qui aura permis à Flamby de pulvériser les records d'impopularité, il y a eu la campagne présidentielle. Ce fut l'occasion de constater à quel point la classe politique est gangrenée par ces hommes et ces femmes qui se remplissent les poches après avoir voté les lois qui le leur permettent. Sous couvert de légalité du style "tout le monde le fait", on bouffe à tous les râteliers de la République, ceci sans le moindre souci pour le peuple à qui on ne donne la parole que lors d'élections très encadrées comme le souhaitait le Général de Gaulle. Nul doute que cette campagne nauséabonde ne contribuera guère à la popularité du monde politique au sein de la population.

Aujourd'hui, on mesure le caractère visionnaire de Georges Simenon lorsqu'il rédige son roman "Le Président" en 1957. Son personnage principal, incarné au grand écran par l'immense Jean Gabin, s'exclame à l'Assemblée nationale : "une campagne électorale coûte cher mais pour certaines grosses sociétés, c'est un placement amortissable en quatre ans…" Dans le cas présent, c'est durant cinq ans au moins que les promoteurs d'Emmanuel Macron auront l'occasion d'encaisser de juteux bénéfices sur leur investissement. Le poulain de François Hollande, pur produit de la haute finance, veillera consciencieusement, à remercier ses généreux sponsors dès son entrée en fonction. L'homme prévoit de gouverner par décrets, étant d'ores et déjà conscient que ses rapports avec le parlement seront compliqués. Après le verdict du jour, toute la classe politique a les yeux fixés sur les législatives de juin, élections qui dessineront la future représentation du peuple. On ne court pas grand risque à imaginer que l'homme d'En Marche ne disposera que d'une majorité de bric et de broc, composée d'élus intéressés qui marchanderont âprement leur soutien en échanges de prébendes diverses et variées.

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Le nouveau président trouvera très vite ses limites, coincé entre un parlement hétéroclite et la rue où se joueront les prochaines décisions. Fort de son score au premier tour, Jean-Luc Mélenchon entend bien rester à la tête de la gauche authentique après le naufrage du parti socialiste dont la part de marché n'a jamais été aussi faible. Pour conserver son ascendant sur un monde communiste traditionnellement malcommode, Mélenchon va devoir multiplier les actions faisant de lui le véritable représentant du monde du travail. On peut lui faire confiance, l'homme a du talent, du bagout et un culot extraordinaires. Tout ce qu'il faut pour mobiliser les foules à chaque fois qu'une décision gouvernementale le contrariera, ce qui, compte tenu de son caractère, se produira fréquemment.

Comme si tout cela ne suffisait pas, Emmanuel Macron devra répondre aux attentes de la communauté musulmane qu'il a flattée dans le sens du poil depuis des mois, multipliant les déclarations d'amour à une religion dont certains disciples endeuillent régulièrement les rues. Rien d'étonnant de la part d'un personnage qui a nié la culture française, estimant qu'il y a au contraire une culture en France qui serait diverse. Douce musique aux oreilles chatouilleuses de ces islamistes qui ont fait de la destruction des valeurs de la République leur objectif revendiqué. Par ses propos faisant l'éloge du communautarisme, Emmanuel Macron a surtout fait preuve d'une inculture crasse, contestant le Siècle des Lumières et ses philosophes de même que la Déclaration des Droits de l'Homme issue de la Révolution.

Compte tenu de ces divers facteurs contrariants, Emmanuel Macron sera à la Vème République ce que Louis XVI fut aux Capétiens, le dernier d'une lignée qui compta de grands hommes avant de sombrer dans la médiocrité. Dépourvu d'expérience politique, vendu à la fois au grand capital et à l'islam, le héros du jour ne va pas tarder à donner raison à Jean Giraudoux qui disait de la France qu'elle est une bureaucratie tempérée par l'instabilité gouvernementale.

La Côte-aux-Fées, le 7 mai 2017                                                                       

Yvan Perrin

La revue de presse de Pierre Bérard (9 mai 2017)

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La revue de presse de Pierre Bérard (9 mai 2017)

Ex: http://metapoinfos.hautetfort.com

Au sommaire :

GUEULE DE BOIS DANS LA DISSIDENCE

Article du Figaro : Au FN, l’aile droite du parti prépare déjà l’inventaire de la défaite.

 
Un bilan post électoral par Elisabeth Lévy (Causeur).
 
 
Dans le Journal de Montréal Mathieu Bock-Côté (conservateur) souligne l’échec du FN qui a couru après les électeurs, rétifs, de Jean-Luc Mélenchon alors que ceux de François Fillon auxquels il suffisait d’envoyer quelques messages ont été snobés. La porosité des deux électorats rendait possible un rapprochement sur une base identitaire, plus ou moins abandonnée par un FN dont c’était pourtant le logiciel au dépens d’une campagne uniquement souverainiste et basée sur un frexit qui faisait peur aux citoyens de droite. Raisonnement comparable chez Jean-Yves Le Gallou.
 
 
Dans une tribune confiée au Figaro Mathieu Bock-Côté voit en E Macron le représentant du parti unique des élites qui se veulent éclairées, celui de la mondialisation heureuse, de l’Europe post-nationale et de l’idéologie diversitaire. Selon l'auteur, à n’en pas douter, son pouvoir sera un nouveau pas dans le multiculturalisme accompagnant une aggravation de la dissolution du politique. En bref « le système vient de réussir un coup de maître en dégageant l’élection présidentielle des tendances qui traversent le pays… Car les Français ne viennent pas de se convertir d’un coup à la mondialisation, au multiculturalisme... ». Entretien très sévère mais sans doute justifié pour Marine Le Pen (« Elle n’a pas su transformer cette élection en choix de civilisation… C’est une chose de restaurer la fonction protectrice du politique, c’en est une autre de verser dans l’irréalisme économique »). Ajoutons que passer au deuxième tour à 10,6 millions de voix alors que l’on en avait 9,3 millions au premier (MLP + NDA) est assez consternant quoi qu’en disent les responsables du parti. Une défaite que MLP a salué en dansant un rock impétueux avec Jean-Lin Lacapelle sur YMCA, symbole qui à lui seul donne raison à Régis Debray sur notre aliénation à la sous-culture américaine y compris de celle qui a rallié sur son nom tout ce que le pays compte de soi-disant identitaires. Celui-ci vient de publier « Civilisation. Comment nous sommes devenus américains » aux Éditions Gallimard. 
 
 

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Selon Eric Zemmour Marine Le Pen a fait une très mauvaise campagne. Donnée à 30% au premier tour, elle finit à un peu plus de 21%; évaluée à 40% au second tour, elle termine à moins de 34%. Pourquoi ? Parce qu’elle a trop peu abordé les problèmes que posent l’identité, l’immigration, l’islam et la laïcité, vrais sujets qui peuvent rassembler bien au delà de son électorat. En privilégiant la « doctrine Philippot » soit le social au dépens de l’identitaire elle a cassé une dynamique. À cela s’est ajouté le débat où elle a fait preuve d’une incompétence crasse vis à vis de son adversaire tout cela parce qu’elle manque tout simplement de culture. Zemmour se montre partisan de l’alliance entre le FN et une partie de la droite comme le suggère Marion Maréchal Le Pen.
 
 
L’OJIM rend compte des échos qu’a soulevé le débat entre E Macron et M Le Pen dans les médias. Verdict : Marine n’est pas à la hauteur du rôle pour lequel elle concoure. Après des années de dédiabolisation réussie le FN réussit cet exploit de replonger dans les affres de « l’extrême droite ». 
 
 
À l’issue du deuxième tour, Michel Onfray dresse avec talent un bilan accablant le l’élection présidentielle dont il retrace les chausse trappes, les embuscades et les traquenards tendus par le « système » qui devaient amener E Macron à la présidence.
 
 
Dans une chronique l’écrivain Richard Millet évoque, à sa manière, ce dont Macron est le nom.
 
 
Après l’élection de Macron, Laurent Obertone donne à son public des raisons d’espérer malgré tout. Mais pour cela « il serait salutaire d’arrêter de porter tous les espoirs sur la chose politique… Créer des médias, des sites, des groupes, penser des stratégies, organiser des réseaux, occuper le terrain, investir, éditer, diffuser… les possibles sont infinis », dit-il. Autant de choses que le FN n’a pas entrepris.
 
 
Entretien entre Daria Douguine et Thibaud Isabel (rédacteur en chef de la revue Krisis) sur le populisme versus le mondialisme. Isabel souligne à juste titre que la division irrémédiable des anti-mondialistes entre une extrême gauche et une extrême droite rendra difficile leur accès au pouvoir faute d’une culture du compromis face à des adversaires qui savent s’unir comme le montre l’élection d’Emmanuel Macron, candidat du « cercle de la raison ». Brillantes explications.
 
 

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Dans un texte publié par Polémia le politiste Jure Georges Vujic commente le dernier rapport du National Intelligence Council remis à Donald Trump qui manifeste d’importantes contradictions avec l’évolution du monde. Contradictions faites d’un cumul impressionnant d’ignorance et de préjugés où la prétention géopolitique sertsurtout à maintenir en place une dominance exclusive. Il en appelle à une relecture instructive de «Tristes Tropiques » de Claude Lévi-Strauss.
 

lundi, 08 mai 2017

Marco Tarchi : "Il populismo non è sconfitto"

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Marco Tarchi : "Il populismo non è sconfitto"

Avertissement aux lecteurs francophones: Cette analyse du résultat des présidentielles françaises est due au chef de file de la "nouvelle droite" italienne, fourvoyé en France dans le canal historique de la "nouvelle droite" d'Alain de Benoist, qui n'a jamais accordé beaucoup de publicité aux thèses de son très fidèle et obséquieux vicaire florentin, pourtant séduisantes et partagées par la presse militante comme par la grande presse en Italie. La qualité de ces analyses portait ombrage à la médiocrité du gourou parisien. Rien du Prof. Tarchi (ou presque) n'a été traduit dans les officines qui lui sont servilement inféodées. Utilisez le logiciel de traduction, si vous ne maîtrisez pas correctement la langue italienne. Ces logiciels fonctionnent bien entre langues latines. 

Il Professor Tarchi analizza il risultato delle presidenziali in Francia dove il populismo che sembrava inarrestabile ha dovuto fare i conti con la scelta "moderata" di Macron

 

Il populismo sembrava essere il fenomeno più rappresentativo della nostra epoca politica. La vittoria di Donald Trump e l'affermazione della Brexit parevano aver aperto la strada ad una serie di trionfi. Invece, sia in Olanda sia in Austria, ma soprattutto in Francia, la categoria della politica in questione si è arenata.

Come mai? Lo abbiamo chiesto a Marco Tarchi, politologo e docente italiano, professore ordinario presso la Facoltà di Scienze Politiche Cesare Alfieri dell'Università di Firenze dove attualmente insegna Scienza Politica, Comunicazione politica e Teoria politica.

populisme-mc3a9lenchon-le-pen1.pngProfessor Tarchi, l'avanzata del populismo sembrava inarrestabile. Macron è davvero l'argine definitivo all'affermazione dei sovranisti in occidente?

"Non lo penso affatto. E credo siano necessarie due precisazioni. Primo: la descrizione del populismo come una valanga destinata a travolgere ogni resistenza sul suo cammino, emersa in sede giornalistica dopo il successo di Trump, è sempre stata infondata, anche se è stata cavalcata dagli avversari di questa corrente politica, che se ne sono avvalsi per sollecitare una reazione di paura – 'distruggeranno l’Europa', 'cancelleranno l’euro provocando un caos monetario', 'apriranno la caccia agli immigrati' e così via – e poter far passare i pur consistenti progressi elettorali delle formazione populiste per sconfitte clamorose. Secondo: populismo e sovranismo, pur presentandosi a volte in connessione, non sono la stessa cosa. Nel secondo c’è una componente di statalismo in genere assente nel primo. E il connubio non sempre paga".

Quali sono stati gli errori di Marine Le Pen?

"È troppo presto per trarre conclusioni su questi punti: occorrono studi sui dati, non solo impressioni. Marine Le Pen ha puntato a conquistare contemporaneamente, su due terreni diversi, elettori sensibili ad argomenti più “di destra” (difesa dell’identità nazionale, maggior rigore nella tutela dell’ordine e della sicurezza) e più “di sinistra” (denuncia del capitalismo finanziario, delle delocalizzazioni, della disoccupazione). Evidentemente il mix proposto non ha convinto del tutto i destinatari. Ma è stato il “moderato” Fillon a renderle la vita difficile, schierandosi immediatamente con Macron, che fino a poche ore prima aveva fustigato come copia conforme di Hollande. Sia la linea Philippot sia quella Marion avevano le loro ragioni e la loro utilità: non se ne è però saputa trovare la sintesi. Quanto alle critiche alle esternazioni papali sulla necessità di non porre limiti all’accoglienza degli immigrati, dubito che abbiano avuto effetto su elettori disposti a votare la candidata frontista".

Nelle grandi città il sovranismo non passa. Eppure il terrorismo ha colpito i grandi centri. La "sicurezza" non paga più?

"Paga poco rispetto a linee di divisione più acute, come quella tra vincenti e perdenti di fronte agli effetti della globalizzazione: i primi vivono perlopiù nella Francia delle metropoli, i secondi nella Francia periferica. E fra i soddisfatti chi propugna un’alternativa al sistema vigente non può trovare consensi. Il populismo, come è noto, trova nella situazioni di crisi il suo humus".

populismeggggg.jpgIl momento che sta vivendo l'Europa sembra essere socialmente travagliato. Eppure in Olanda e in Francia, alla fine, ha vinto il moderatismo. Perchè?

"Si è troppo frettolosamente fatto d’ogni erba un fascio ascrivendo ad uno stesso fenomeno episodi piuttosto diversi. La Brexit è stata legata, oltre che al timore di vari “contagi” – crisi migratoria, perdita di sovranità - che potevano trovare un canale di diffusione nell’Unione europea, alla persistente diffidenza di molti inglesi nei confronti del continente. Trump ha sfruttato soprattutto la delusione di molti verso le incerte politiche di Obama. In Olanda e in Francia la proposta dei movimenti populisti ha valorizzato soprattutto i temi dell’immigrazione e della paventata islamizzazione: due fenomeni la cui gravità è destinata ad acuirsi nel prossimo futuro ma su cui la narrazione dei grandi strumenti di comunicazione ha fatto sin qui da argine, utilizzando con successo il ricatto psicologico della compassione e della commozione (gli immigrati rappresentati solo dal “piccolo Aylan”, dagli annegati, dalle madri incinte trasportate sui fragili barconi) contro il simmetrico ricatto della paura (dietro ogni immigrato un sospetto criminale o terrorista) spesso sbandierato dai populisti".

Il leader di "En Marche!" riuscirà ad adempiere alle richieste di Bruxelles e, contemporaneamente, a sanare la ferita tra la Francia periferica e quella urbanizzata?

"Lei mi chiede una previsione che sa di vaticinio, ma i politologi non sono chiromanti. Di certo, il neopresidente dovrà render conto delle sue molte (vaghe) promesse e dell’aulica prosa sciorinata in campagna elettorale, fatta di cuore, amore, solidarietà, speranze e futuri radiosi. Chi conosce la politica sa come vanno a finire, di solito, queste ubriacature di retorica: i risvegli portano spesso un gran mal di testa. E dallo stato di grazia alla disgrazia il passo è breve".

Cosa c'è da aspettarsi per le legislative francesi di giugno?

"I motivi di curiosità sono molti e si prestano più a domande che a risposte. Sapranno i Républicains riattivare la loro forte rete di insediamento territoriale – fatta di notabilato e clientelismo – superando lo choc del caso-Fillon? I socialisti riusciranno a non soccombere all’effetto di salita sul carro del vincitore che già da un paio di mesi ha gonfiato le vele di Macron? Mélenchon saprà tradurre il successo della brillante campagna di protesta in un solido gruppo parlamentare? E, soprattutto, come si comporterà Macron nella scelta delle candidature per sfruttare il prevedibile effetto-valanga della sua elezione?"

Quale futuro per il Front National e per il populismo francese?

"Stando a ciò che ha detto a caldo, Marine Le Pen vorrebbe travasarlo in un nuovo contenitore, ma il risultato poco brillante ottenuto non le renderà facile tradurre il progetto in pratica, perché troverà più di un’opposizione. Resta poi da capire chi sarebbe disposto a farle da alleato esterno: Dupont-Aignan senz’altro, ma pare che meno del 40% dei suoi elettori ne abbiano seguito la scelta, ed è un problema non da poco. È prevedibile una raffica di critiche alla conduzione della campagna da parte di chi vorrebbe spostare l’asse del partito, o dell’alleanza, più a destra, ma se i Républicains tenessero alle legislative, sarebbe una scelta pericolosa. Marine ha più volte criticato Fini per le sue scelte, accusandolo di aver ceduto sui “fondamentali” e proclamando di preferire di essere sconfitta con le sue idee piuttosto che di vincere con le idee altrui, ma dà l’impressione di star annacquando progressivamente quelle idee. Per lei il periodo post-elettorale non sarà facile: dall’esito delle legislative dipenderà buona parte del suo futuro politico".

La misère Macron...

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La misère Macron...

par Richard Millet

Ex: http://metapoinfos.hautetfort.com

Nous reproduisons ci-dessous une chronique de Richard Millet, cueillie sur son site personnel et dans laquelle il évoque Emmanuel Macron, le probable vainqueur de l'élection présidentielle...

Auteur de La confession négative (Gallimard, 2009) et de Tuer (Léo Scheer, 2015), Richard Millet vient de publier aux éditions Léo Scheer un roman intitulé Province.

La misère Macron

La macronisation de la France est en bonne voie. L’unanimité s’est constituée autour de lui, comme en toute période de crise, ou de pré-dictature ; et Marine Le Pen, censée menacer des « valeurs républicaines » pourtant bien faisandées, ne fait que resserrer davantage cette unanimité. Macron est donc le nom d’une unanimité qui ne reflète nullement la « décomposition du champ politique », comme on peut le lire ça et là ; c’est même tout le contraire qui a lieu : la coalition médiatico-politique et financière se porte mieux que jamais ; elle s’adapte à toutes les situations, y compris à la mort d’une forme de bipartisme qui ne trompait personne, au sein de l’enfumage démocratique. Ne créant plus l’Histoire, la démocratie européenne fabrique de l’événementiel, en l’occurrence un prétendu enjeu, alors que Macron est d’ores et déjà président de la République, parce que le Système le veut.Ainsi voit-on une nouvelle clique de politicards de gauche, du centre et de droite se convertir au macronisme, applaudis par une claque d’acteurs, de chanteurs, de sportifs, d’essayistes mondains, de financiers et d’écrivassiers qui, alors qu’on est sorti du symbolique pour vivre uniquement dans l’économique, ont tous leur mot à dire sur le danger de revivre « les heures les plus sombres de notre histoire » ; on fait parler les morts, ou les demi-morts tels le Marocain Ben Jelloun qui y va de sa plume de dromadaire pour exhorter Macron à être plus de gauche, tandis que les éditorialistes font croire qu’il y a là un enjeu civilisationnel, à tout le moins un « débat », et un suspense.

MacCar1.jpgEn vérité, les jeux sont faits, parce que Macron est tout ce qu’on veut : de gauche, de droite, du centre, hétéro, homo, gendre idéal, fils rêvé, intello, pragmatique, « prodige », marié avec sa mère, mais pas encore père, et tout dévoué pour finir d’évacuer l’idée de nation française dans un « espace France » ouvert au grand rut migratoire et à la soumission. Macron est vide ; mais c’est un vide sémillant, donc acceptable. Macron n’est qu’un Fillon qui a 25 ans de moins que l’ex-candidat de la droite officielle, pour qui il était impossible de voter, me dit une amie, depuis qu’on avait appris que ses discours étaient réécrits par une ordure telle que Macé-Scaron. Ce simple fait en dit long sur la décomposition morale d’une France où les musulmans s’apprêtent à voter pour Macron – raison suffisante pour ne pas le soutenir, me dit encore cette amie ; car partager un bulletin de vote avec un musulman est non seulement une faute, mais une soumission au muezzin du totalitarisme mondialisé.

Si l’on pouvait souhaiter la victoire de Marine Le Pen (à supposer que celle-ci veuille vraiment le pouvoir, et non la puissance de l’opposition), c’eût été uniquement pour qu’il se passe enfin quelque chose : l’état insurrectionnel que ne manquerait pas de déclencher son élection, et qui amènerait un groupe d’officiers catholiques à prendre le pouvoir pour mettre de l’ordre dans un pays prostitué à l’audimat politico-culturel.

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Redisons-le : nul candidat n’a posé les vraies questions – celle qui agite en profondeur la France et l’Europe : l’immigration de masse, principalement musulmane. L’oligarchie règne toujours sur les faibles d’esprit qui constituent le « peuple », du moins ce qu’en daignent montrer les médias. Un peuple qui ne se révolte plus pour dire ce qu’il est et chasser les intrus n’est plus un peuple.

La seule bonne nouvelle, dans ce désastre, est la découverte d’une larve capable de digérer la matière plastique. L’humanité sauvée non par la démocratie mais par une larve ? Les larves humaines devant leur salut à un ver ? Nous sommes non plus chez Macron, qui serait, lui, de l’ordre du plastique, mais chez Pascal : sans Dieu, l’homme n’est qu’une larve. Macron est le nom de cette misère.

Richard Millet (Site officiel de Richard Millet, 1er mai 2017)

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dimanche, 07 mai 2017

LE PARIS DE CÉLINE par David ALLIOT (2017)

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LE PARIS DE CÉLINE par David ALLIOT (2017)

samedi, 06 mai 2017

Paris, Frankrijk, en de Guillotine Permanente: haalde IS de mosterd bij Robespierre?

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Paris, Frankrijk, en de Guillotine Permanente: haalde IS de mosterd bij Robespierre?

Johan Sanctorum

Ex: https://visionairbelgie.wordpress.com 

Onvoorstelbaar hoeveel “Frankrijkkenners” de laatste dagen in de media zijn opgedoken, naar aanleiding van de presidentsverkiezingen waarvan de 1steronde zich morgen voltrekt. In Knack dook onlangs zowaar zelfs Koen Dillen op, zoon van VB-stichter Karel Dillen en auteur van een Mitterrand-biografie. Het expertendom neemt exponentieel toe met de nieuwswaarde van het onderwerp. Mij hebben ze nog niet gevraagd, niettegenstaande ik regelmatig de Bretoense kust bezoek en een goeie Bordeaux wel kan appreciëren.

Gisteren mocht ook DS-columniste Mia Doornaert, het tragisch geval van een 71-jarige barones die er wil uitzien als een 30-jarige airhostess, haar visie komen toelichten en reclame maken voor haar boek in … Het Nieuwsblad, de volks-simpele versie van De Standaard. Ze had het over vergane glorie, en neen, het ging niet over la Doornaert zelf maar over Frankrijk dus, ooit zelfverklaard uitvinder en exportland nummer 1 van de Verlichting, maar nu in diepe duisternis gehuld. Wat is er aan de hand?

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De Eredienst van het Opperwezen

Die Verlichtingslegendes, we gaan ze niet allemaal terug oprakelen: de heden plat geciteerde rebel/humanist Voltaire (die wel de slavernij verdedigde als het economisch opbracht voor Frankrijk), pedagoog J.J. Rousseau (die zijn eigen kinderen in het weeshuis achterliet), en natuurlijk Maximilien-Marie-Isidore de Robespierre niet te vergeten, de man die de 22ste Prairial van het jaar II (in onze kalender: 10 juni 1794) de Loi de la grande terreur instelde, een wet waarmee werkelijk elke zogezegde tegenstander van de revolutie zonder vorm van proces onder de guillotine kon belanden. Iedereen was verdacht en iedereen moest iedereen bespioneren, in naam van de Vrije Rede en de Macht van het Volk.

Minder bekend is dat Robespierre ook een nieuwe staatsgodsdienst invoerde, namelijk de Eredienst van het Opperwezen (le culte de l’Être suprême), waaraan elke burger tot zijn laatste vezel toegewijd moest zijn, ook weer op straffe van onthoofding. Doet het een belletje rinkelen?

Grote hypotheses worden nu door bovenvermelde experten naar voor gebracht, omtrent de reden waarom Frankrijk, en speciaal Parijs, zo geliefd is bij de IS-strategen om er Bataclan te maken. Zeker speelt het toeristisch aspect een rol, werk met ontspanning combineren, een reis naar Parijs blijft leuk en romantisch. Er is de Arc de Triomphe, het Louvre en de Pont des Arts, waar verliefden hun slotjes vastmaakten tot de brug in 2014 ernstige verzakkingsverschijnselen vertoonde. Zo’n brug kan je dan toch gelijk meteen opblazen. Anderen beweren dat het moslimfundamentalisme Parijs uitkiest als vermaledijd symbool van de westerse goddeloosheid. Of een wraak voor de bombardementen op Syrië.

Maar er is nog een andere hypothese. Misschien is de Franse revolutie, de moeder van alle revoluties, ook wel de moeder van de Jihad-revolutie en de kalifaatdroom, en is die aanslag juist een eerbetoon aan de terreurperiode en zijn culte de l’Être suprême. Of waarom de IS-top misschien wel de mosterd bij Robespierre haalde, in navolging van Lenin, Trotzki, Stalin, Pol Pot en andere leiders die het groot zagen.

Het idee dat een staat een revolutionaire ideologie helemaal kan belichamen, in naam van de totale maakbaarheid, met de verplichte medewerking van alle intellectuelen, maakt ook het fameuze Verlichtingsidealisme tot een obscurant fenomeen waar in de limiet zelfs religieuze bewegingen zich op kunnen inspireren. Anders gezegd: het Verlichtingsideaal leidt in zijn pure vorm tot complete duisternis, te beginnen al met Dr. Guillotin die een machine ontwikkelde om politieke dissidenten op “menselijke wijze” te elimineren, zijnde de Guillotine Permanente.

Die kritiek is uiteraard niet nieuw. De filosofen Max Horkheimer (1895–1973) en Theodor W. Adorno (1903 – 1969) beschreven in hun “Dialektik der Aufklärung” al nauwgezet hoe het Westerse denken dacht de mensheid te bevrijden via de wetenschap en de ratio, terwijl het omgekeerde zich voltrok: een nieuwe, ongekende verknechting aan de permanente technologische revolutie, het wetenschappelijk positivisme, de totale objectivering en manipuleerbaarheid van alles en iedereen, bejaarden die in tehuizen tegen robotjes moeten spreken, enzovoort,- dat alles met medewerking van de massamedia en de ingebedde journalistiek. Het verschil tussen religieus fundamentalisme en extreem techno-materialisme, is maar een kwestie van punten en komma’s. Het onthoofdingsritueel hebben ze alvast gemeen, ook al respecteert de guillotine de Droits de l’Homme.

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French Cancan

Zo bekeken is Frankrijk, bakermat van de Revolutie, het achterlijkste land ter wereld, waar de achterlijkste religie ter wereld zich op fixeert. De implosie van het welbekende Franse chauvinisme tot de huidige j’en ai marre-mentaliteit (het kan me geen kloten meer bommen) en het feit dat de helft niet eens gaat stemmen, heeft veel te maken met dat besef: de republiek is, met haar politieke elites, weinig meer dan de travestie van het Ancien Régime en zijn despotisme.

En veel fundamenteler nog: heel de bevrijdingsideologie die toeterend de 18de eeuw afsloot, heeft twee eeuwen later het monster van het vrijemarktglobalisme gebaard, de totale onderhorigheid van het individu aan de Google’s en Monsanto’s van deze wereld. Zij hebben het politieke vrijheidsideaal, sowieso al een waanidee, helemaal ontledigd en getransformeerd tot onderwerping aan het Gouden Kalf van de vooruitgang. Dat alles, paradoxaal genoeg, gekoppeld aan een duizelingwekkende bureaucratie die het rationele universum doorlopend in goede banen moet leiden via duizenden wetten en wetjes waaraan alleen de hogepriesters van de culte de l’Être suprême ontsnappen.

IS is dus op het juiste adres, het is een beetje thuiskomen, in het zelfgewaande middelpunt van het universum, en Frankrijk wordt, zoals Houellebecq het voorspelt, dé plek waar de Europese sharia zijn intrede doet. Niet als antithese, maar als orgelpunt van de Franse Revolutie, als dat geen grap is.

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De nieuwe intellectuele vague in Parijs is, hoe kan het anders, die van het cynisme en het Titanic-orkest: we gaan naar de haaien, maar met stijl. Aanvoerder is een zekere Michel Onfray (1959), auteur van boeken met veelbetekenende titels als “Décadence”, waarin het einde van de Westerse cultuur wordt aangekondigd. Ik mag generatiegenoot Onfray wel, onder meer voor zijn zin voor humor (“Filosofen die niet kunnen lachen moeten we mijden als de pest”) en zijn anarchistische ingesteldheid.

Zijn boeken verkopen als zoete broodjes, er valt ook met de culturele malaise veel geld te verdienen. Maar het einde van Frankrijk is natuurlijk niet het einde van de wereld. Als de EU uiteenvalt dankzij de Le Pen aan de rechterkant of Mélenchon aan de linkerkant, zie ik best wel mogelijkheden om aan de loi de la grande terreur, zowel de westerse als de Arabische, te ontsnappen en een Europese Renaissance te zien oprijzen die zowel politiek als cultureel nieuwe bakens zet. Als we maar stoppen met alles en iedereen heel de tijd te willen verlichten, want het is net daardoor dat de energieschaarste toeslaat, de luchtkwaliteit zo slecht wordt en het ecofascisme weer zijn eigen versie van terreur verzint.

Ziezo, nu heb ik toch wel iedereen een veeg uit de pan gegeven en kunnen we met een gerust hart de French Cancan dansen waardoor we Décadence helemaal niet hoeven te lezen. Veel beter voor de bloedsomloop zolang we het hoofd niet verliezen. Of zoals het refrein gaat uit een strijdlied van 1793 “C’est la guillotine gaie, c’est la guilloti-ne”.

Sputnik et RT déposeront plainte suite aux accusations portées contre eux par Macron

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Sputnik et RT déposeront plainte suite aux accusations portées contre eux par Macron

Auteur : Sputnik (Russie)

Ex: http://zejournal.mobi 

Margarita Simonian, rédactrice en chef de Sputnik et de RT, a déclaré que les médias déposeront plainte suite aux accusations portées contre eux par le QG d'Emmanuel Macron.

Suite à des accusations portées par le QG du candidat à la présidentielle contre Sputnik et RT concernant une prétendue « diffusion active » de l'information, le service de presse de Sputnik a donné ses commentaires:

« Au moment de la déclaration par le parti de M. Macron concernant une prétendue "diffusion active" de l'information, Sputnik avait publié deux articles basés sur les déclarations publiques du parti En Marche!: l'un contenait le démenti de Macron de l'information sur l'offshore, le second évoquait le dépôt de plainte. De plus, la déclaration des parties n'a pas du tout été évoquée sur les réseaux sociaux de Sputnik. Le QG d'En Marche! n'a pas répondu à Sputnik au sujet des raisons de ces fausses accusations. Sputnik a l'intention de consulter ses avocats concernant les accusations mensongères permanentes du QG d'En Marche! »

Le message officiel du service de presse de l'agence indique que la mention de Sputnik et de RT par le QG de M. Macron dans le contexte de l'enquête n'est pas du tout justifiée. C'est un exemple marquant de la naissance d'un faux qui a pour objectif de tromper la confiance des lecteurs, d'après l'agence.

Margarita Simonian, rédactrice en chef de Sputnik et de RT, a déclaré que les agences attaqueraient le QG de Macron en justice:

"On en a marre de leurs mensonges. On va les attaquer en justice", a-t-elle écrit sur son Twitter.

Le QG de campagne d'Emmanuel Macron, candidat à la présidence française du mouvement En Marche!, a accusé les médias Sputnik et RT d'être impliqués dans la diffusion de l'information concernant la détention, par le politicien, d'un compte offshore aux Bahamas. Cette déclaration du QG a été citée par l'AFP: « Quelques minutes plus tard l'information est apparue sur Twitter et a été "activement diffusée" par les "pages des partisans" du président américain Donald Trump, ainsi que par des comptes proches des sites qui soutiennent le dirigeant russe Vladimir Poutine, par exemple Sputnik et RussiaToday" ».

La rédaction de Sputnik répond à la «marche russe» de Macron

Après les allégations de Mme Le Pen sur de supposés comptes offshores de M. Macron aux Bahamas, l’équipe de ce dernier a entraîné Sputnik dans un scandale sur lequel nous n’avons pourtant jamais rien publié. Lassé de ces accusations de fabrication de fake news, répétées et non documentées, Sputnik France répond par cette lettre ouverte au candidat.

Emmanuel Macron, les rumeurs sur sa vie privée, sa visite au Liban, ses comptes offshores aux Bahamas et l'on en oublie sûrement, tout ceci serait des fabrications de Sputnik France, qui voudrait à tout prix influencer les résultats de l'élection présidentielle, selon l'équipe du candidat En Marche! Cette « litanie russe », cette « marche russe » a rythmé la campagne électorale du candidat, mais elle commence à nuire à la réputation de notre média, dont la rédaction publie cette lettre ouverte.

Monsieur le candidat, 

« La menace russe est partout »: nous sommes prêts à jouer à ce petit jeu tant que les journalistes qui travaillent pour Sputnik France peuvent continuer à exercer librement leur métier. Nous avons répondu à plusieurs reprises aux accusations infondées de la part de l'équipe de M. Macron, en invitant à chaque fois ce dernier et ses représentants au dialogue et à venir s'exprimer librement à notre antenne ou dans nos colonnes.

Si nous réitérons bien volontiers cette invitation, nous souhaitons aussi pointer de doigt une situation grave. Le jour du premier tour, nos journalistes n'ont pas pu travailler, comme le faisaient des centaines de leurs collègues, en raison du rejet de la demande d'accréditation par le QG du candidat Macron.

Plusieurs rejets pour être précis.

D'après un porte-parole d'En Marche!, Sputnik France ne peut être considéré « comme un organe de presse ni comme un média, mais réellement comme une agence de propagande d'État ». Le même porte-parole complimente Sputnik France en nous qualifiant de « phénomène assez singulier » et en assurant qu'il se tient « à la disposition » des autorités russes pour leur « expliquer pièces à l'appui » leur choix de ne pas accréditer Sputnik France.

Laissons d'ailleurs le QG d'Emmanuel Macron et le Kremlin se débrouiller pour communiquer entre eux. Mais puisque c'est de Sputnik France qu'il est question dans ces accusations, nous demandons que soient rendues publiques ces fameuses « pièces à l'appui », pour que les personnes (nous en l'occurrence) qui s'occupent quotidiennement du contenu de https://fr.sputniknews.com/ et de notre journal radiophonique apprennent enfin où se trouvent les « fake news » sur ce site.

D'après les journalistes que nous sommes, ne vous en déplaise, il est pour le moins étrange d'affirmer sans cesse qu'il existe des preuves « de la fabrication de "fake news" par Sputnik France », mais de ne jamais les produire. À chaque accusation infondée, Sputnik a répondu honnêtement et de bonne foi, avec les preuves à sa disposition.

Pourquoi donc l'équipe du candidat Macron ne peut-elle pas se permettre la même chose?

Nous pouvons vous assurer qu'avec l'actualité internationale à traiter en continu, notre rédaction ne peut pas se payer le luxe de passer des heures à inventer des histoires concernant Emmanuel Macron, quand bien même nous en aurions envie.

Pour mémoire, Sputnik est une agence qui existe dans plus de 30 langues et 30 pays. Nous travaillons tous les jours en coordination avec nos collègues dans le monde entier, y compris dans les zones de guerre; ils écrivent tous les jours des articles, font des reportages, parfois au péril de leur vie et donnent des points de vue et des informations que la presse mainstream ne traite jamais. Allez donc leur dire qu'ils ne sont pas journalistes, comme vous l'évoquez.

Votre cheval de bataille, le « péril russe », rapportera très certainement encore quelques suffrages à Emmanuel Macron. C'est votre choix de mener une campagne électorale en partie fondée sur des clichés, au risque de lasser le public avec ces rengaines.

Mais ceci est après tout votre problème. Le plus grave dans cette histoire est de mettre en cause le professionnalisme et l'honnêteté de journalistes travaillant pour un média qui vous déplaît et de faire de celui-ci un bouc émissaire pour votre campagne électorale.

Vous qui reprochez au Front national d'entraver la liberté de la presse parce qu'il refuse d'accréditer certains de nos confrères, n'avez-vous pas le sentiment d'un léger manque de cohérence quand vous refoulez nos reporters de vos propres événements?

Terminons cette lettre par notre traditionnelle invitation à Emmanuel Macron et à son équipe à répondre à nos demandes d'interview et à venir nous présenter leurs preuves de fake news sur Sputnik France.

Peut-être pourront-ils en profiter pour nous donner leur commentaire sur le nombre important de proches du candidat qui ont été décorés alors qu'il était Secrétaire général adjoint à l'Élysée ou ministre de l'Économie, une information révélée par Sputnik France et qui n'a jamais fait l'objet d'accusation en fake news.

Cela se fait à deux jours avant le deuxième tour de la présidentielle.

Source: Sputnik


- Source : Sputnik (Russie)