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mercredi, 16 novembre 2016

XAVIER MOREAU: “L’AMÉRIQUE EST UN PEU LA RUSSIE DE 1999-2000”

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XAVIER MOREAU: “L’AMÉRIQUE EST UN PEU LA RUSSIE DE 1999-2000”

Homme d’affaires, cofondateur du site Stratpol et expert en géopolitique, Xavier Moreau s’exprime régulièrement pour TV Libertés. Lors de son passage à Paris, Xavier Moreau a accepté de répondre aux questions de Martial Bild. Il a apporté un regard original et pointue sur l’élection du président Trump et sur l’attitude de la Russie à son égard. Pour ce spécialiste en géostratégie, l’Amérique est un peu la Russie de 1999-2000, il y a la rencontre d’un peuple avec son chef. Dans un second temps, Xavier Moreau consacre une large part de son entretien à l’évocation de la primaire de la droite où les candidats ont, sur la question des relations internationales avec la Russie, des points de vues différents pour ne pas dire antinomiques. Pour l’expert, la ligne de fracture entre souverainisme et libéralisme traverse la primaire de la droite avec d’un côté Poisson-Fillon et dans une moindre mesure Sarkozy et d’un autre côté, Juppé, Le Maire et NKM.

 

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mardi, 15 novembre 2016

Coup de tonnerre dans le ciel européen: le tournant pro-russe?

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Bob Woodward

Ex: http://www.decryptonewsonline.com

La Bulgarie entre en territoire inconnu lundi après la démission de son premier ministre, l'europhile Boïko Borissov, et l'élection dimanche d'un président novice, au discours conciliant vis-à-vis de la Russie.

Le premier ministre conservateur bulgare Boïko Borissov, admirateur déclaré de la chancelière allemande Angela Merkel, a remis sa démission ce lundi au Parlement, deux ans avant la fin de son mandat et au lendemain de l'élection présidentielle. Le vainqueur du scrutin de dimanche, Roumen Radev, 53 ans, n'entrera lui en fonction que le 22 janvier. Mais son programme s'annonce déjà chargé, et des élections législatives semblent inévitables.

radev.jpgLa confortable victoire de Radev - ancien chef de l'armée de l'air soutenu par les socialistes (PSB, ex-communiste) - par près de 60% des suffrages, a sonné comme un désaveu cinglant pour le premier ministre au pouvoir depuis fin 2014, qui soutenait pour sa part la candidature de la présidente du Parlement, Tsetska Tsatcheva. Roumen Radev a notamment bénéficié du mécontentement suscité par le gouvernement de centre-droit dont les efforts en matière de lutte anti-corruption et de réorganisation du secteur public auront été jugés trop lents. Cette victoire traduit également un «contexte international qui encourage la volonté de changement», selon Parvan Simeonov, directeur de l'institut Gallup, qui cite «l'écroulement des autorités traditionnelles en Europe occidentale» et l'élection de Donald Trump, aux États-Unis.

Les premiers pas de Roumen Radev sont attendus sur la scène européenne après la volonté de dialogue avec la Russie manifestée durant sa campagne. Son message anti-immigration et favorable à l'abandon des sanctions européennes contre Moscou a rencontré un écho inattendu parmi les Bulgares à l'heure où l'Union européenne doit composer avec le Brexit et la montée des partis nationalistes. Dès dimanche soir, Roumen Radev a confirmé son engagement à «travailler en vue d'une levée des sanctions» contre la Russie. «L'appartenance de la Bulgarie à l'UE et à l'Otan n'a pas d'alternative, ça ne signifie pas que nous devons nous déclarer ennemis de la Russie», avait-il affirmé durant la campagne.

Dans le système parlementaire bulgare, c'est bien le gouvernement qui définit la politique générale, sur le plan intérieur comme en matière de relations internationales. Le président est quant à lui chef des armées et représente le pays à l'étranger. Cette répartition des compétences fait douter le politologue Antoniy Todorov d'un quelconque tournant prorusse de la Bulgarie, membre de l'Union européenne et de l'Otan: «Il n'y aura pas de revirement en matière de politique étrangère» car «le président n'a pas de tels pouvoirs». Pour Evgueni Daynov, analyste et directeur du Centre de pratiques sociales, «les déclarations du général Radev ont été surinterprétées», et le nouveau président a «un raisonnement européen et pro-atlantique», affirme-t-il.

Sans être antieuropéen, le parti socialiste bulgare, qui a porté la candidature de Roumen Radev, est une formation russophile. Mais il n'est pas donné favori pour les législatives anticipées. Ces élections devraient être organisées à partir de mars 2017. Le parti Gerb de Boïko Borissov est crédité des meilleures chances de victoire.

Igor-Dodon.jpgLa victoire annoncée d’Igor Dodon, candidat ouvertement prorusse à l’élection présidentielle moldave, a bien eu lieu. Dimanche soir 13 novembre, les premiers résultats donnaient au dirigeant du Parti des socialistes moldaves un score de 56,5 %, contre 43,5 % à sa rivale pro-européenne, Maia Sandu. Celle-ci a pu espérer un miracle avec une participation en forte hausse chez les jeunes, mais elle n’améliore que peu son résultat de 38 % obtenu lors du premier tour le 30 octobre. M. Dodon, lui, avait rassemblé 47 % des suffrages.

Signe de la polarisation extrême du scrutin, les deux candidats ont dénoncé, en début de soirée, des fraudes, et le manque de bulletins disponibles pour les nombreux électeurs de la diaspora, réputés plus favorables à l’intégration européenne du pays et donc à Mme Sandu.

Ancien ministre de l’économie et du commerce qui a commencé sa carrière en soutenant le rapprochement de la Moldavie avec l’Union européenne, M. Dodon, 41 ans, entend convoquer « rapidement » un référendum consultatif sur « l’orientation géopolitique » de la Moldavie, qui pourrait menacer l’accord d’association signé entre Bruxelles et Chisinau à la fin de 2013. Cet homme à poigne, président de la fédération nationale d’échecs, voit en Vladimir Poutine un modèle, veut « ramener l’ordre » dans son pays et y défendre les « valeurs traditionnelles », expliquait-il au Monde avant le premier tour, depuis son quartier général de campagne tapissé de clichés le montrant en compagnie du président russe ou du patriarche orthodoxe de Moscou.

« C’est dans l’intérêt de la Moldavie d’avoir des relations proches avec la Russie, mais surtout avec son marché », expliquait-il, alors que le Kremlin a largement fermé la porte aux importations moldaves depuis la signature de l’accord. Moscou est aussi le principal soutien de la République de Transnistrie, amputée au territoire moldave depuis 1991.

Hormis cette menace de référendum, les pouvoirs du président sont limités. Mais le nouvel élu bénéficiera d’une légitimité populaire immense, cette élection étant la première au suffrage universel depuis vingt ans. « Face à une classe politique à bout de souffle, Dodon dispose de des leviers pour faire dérailler le processus d’intégration européenne », estime le politologue Dionis Cenusa. Reste toutefois une incertitude : la volonté russe de s’impliquer en Moldavie. « Moscou veut évidemment conserver de l’influence en Moldavie, estime un diplomate occidental, mais le pays n’a toujours été qu’une pièce rapportée dans l’empire, pour laquelle les Russes ne veulent pas trop investir. Ils en ont déjà assez de devoir financer la Transnistrie. »

Devant l’importance de l’enjeu, plusieurs candidats proeuropéens s’étaient retirés de la course avant même le premier tour, laissant le champ libre à Maia Sandu, figure de la contestation antigouvernementale de 2015 et ancienne ministre de l’éducation formée à Harvard et passée par la Banque mondiale. Sa probité unanimement reconnue – une incongruité dans le paysage politique moldave – n’a pas suffi à combler le déficit de notoriété dont elle souffrait. Mais surtout, le soutien très mou dont elle a bénéficié de la part du gouvernement proeuropéen a soulevé des doutes quant à la réalité de ce ralliement. Pour nombre d’observateurs, l’élite proeuropéenne au pouvoir s’accommoderait mieux d’un président certes prorusse, mais avant tout populiste et en bons termes avec l’oligarchie, que de cette candidate résolument opposée aux pratiques opaques de la classe dirigeante.

Quoi qu’il en soit, la victoire de M. Dodon, en même temps que celle d’un autre candidat prorusse en Bulgarie, sonne comme un coup de tonnerre dans le ciel européen et constitue, s’il en fallait, un nouvel avertissement pour Bruxelles. La désillusion est d’autant plus forte qu’au fil des ans, l’ancienne république soviétique de Moldavie s’était imposée comme le « meilleur élève » du partenariat oriental, et un modèle régional. Le pays a aussi largement bénéficié des fonds européens, Bruxelles lui octroyant plus de 800 millions d’euros pour la seule période 2010-2015. Cela n’a pas empêché le soutien de l’opinion à l’Union européenne, supérieur à 70 % il y a quelques années, de devenir minoritaire.

Les ingrédients de la méfiance moldave sont en partie les mêmes que pour le reste du continent. Après un voyage de Mme Sandu à Berlin, la presse tabloïde avait par exemple assuré que la candidate avait accepté la demande insistante de la chancelière allemande, Angela Merkel, d’accueillir 30 000 réfugiés syriens. A cela s’ajoutent la présence d’une importante minorité russophone (plus de 20 %) et la diffusion importante des télévisions russes, populaires au-delà de cette seule minorité.

Mais l’explication principale du désamour est ailleurs. Elle tient à la faillite des partis politiques proeuropéens, au pouvoir depuis 2009. L’épisode le plus saillant de cette faillite fut la découverte, à la fin de 2014, de la disparition des caisses de trois banques du pays de 1 milliard d’euros, soit 15 % du PIB, qui vont durablement plomber le budget national. Le « casse du siècle » a profondément choqué un pays où 40 % de la population vit avec moins de 5 dollars par jour.

Plus généralement, le champ politique « pro-européen » a été monopolisé par des oligarques corrompus qui ont profité de leur accès au pouvoir pour faire main basse sur de larges pans de l’économie nationale et prendre le contrôle des institutions de l’Etat, en premier lieu la justice. L’un d’eux, Vladimir Plahotniuc, dont le Parti démocrate dirige les différentes coalitions gouvernementales depuis 2009, a focalisé l’essentiel des attaques durant la campagne présidentielle, jusqu’à son vrai-faux ralliement à MmeSandu.

« Ce sont ces gens qui ont décrédibilisé l’idée européenne, tempête un diplomate occidental. L’Europe est devenue ici synonyme de cette prédation organisée. Et les Européens eux-mêmes ont une part de responsabilité, pour les avoir laissé faire leurs affaires au nom de la sacro-sainte stabilité, et parce qu’ils brandissaient un drapeau européen. »

Alexei Tulbure, ancien représentant de la Moldavie à l’Organisation des Nations unies et au Conseil de l’Europe, qui fut un temps dans le parti de M. Plahotniuc, partage cette vision, et évoque même « l’épouvantail » de la menace russe : « Cette opposition géopolitique a été gonflée pour éviter que les sujets délicats soient abordés. Plahotniuc et ses gens vont continuer à jouer de cette menace en tentant de se présenter en uniques recours face aux prorusses. »

Trump, très bien. Mais les Européens doivent se défendre

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Trump, très bien. Mais les Européens doivent se défendre

par Jean-Paul Baquiast

Ex: http://www.europesolidaire.eu

Un certain nombre de citoyens et d'homme politiques européens se réjouissent de l'accession de Donald Trump à la Maison Blanche. Ceux qui, en nombre bien plus grand et d'une façon irresponsable, souhaitaient le succès de Hillary Clinton, finissent par se résigner. Mais au lieu de seulement réagir aux péripéties de la vie politique américaine, ils devraient se poser la question de savoir comme les Etats européens feront face à l'Amérique plus agressive économiquement qui devrait résulter de l'application du programme de Trump.

Rappelons que les grandes lignes de ce programme 1), si elles sont appliquées, consistent en un retour à un Etat protectionniste dans le domaine économique, un Etat investisseur en matière notamment de grands travaux, un Etat refusant l'entrée illégale de travailleurs étrangers clandestins. Le tout devrait bénéficier à une diminution des inégalités sociales, avec promotion des classes populaires face aux 1% de dominants.

Rappelons aussi que face à ce programme, les grands intérêts financiers et politiques qui font le coeur de l'Etat profond américain ont décidé de réagir, non pas dans un premier temps en s'opposant à Trump sur le territoire américain, mais en renforçant les processus d'exploitation et de domination qu'ils ont toujours imposés aux Etats Européens, notamment dans le cadre de l'Union européenne (UE).

Ceci veut dire qu'ils tenteront, plus encore qu'actuellement, de supprimer les velléités de protectionnisme face à la concurrence extérieure que ces Etats pourraient avoir pour réagir à une crise qui ne cessera de s'aggraver. Ils combattront parallèlement les tentations de retour à un Etat investisseur et social tel que celui ayant fait le succès de la France après la Libération. Plus que jamais enfin, ils profiteront de leur emprise sur l'UE et sur la zone euro pour faire en Europe ce qui leur sera plus difficile dans l'Amérique de Trump. Ils le feront en s'appuyant sur les « oligarchies» européennes qui ont toujours par intérêt joué leur jeu.

Redéfinir les programmes politiques européens

Les forces politiques européennes, trop rares encore, qui refuseront de voir notre continent faire les frais de la réforme sociétale proposée par Trump à l'Amérique, devront transposer en ce qui concerne l'Europe les solutions découlant du programme de Trump. Ceci voudra dire notamment en revenir au protectionnisme dans les secteurs où celui-ci est devenu indispensable. Il en résultera, sans doute une course aux renforcement des barrières douanières comme aux dévaluations des unités monétaires. Mais s'inscrire dans cette course sera préférable que supporter unilatéralement les mesures protectionnistes qu'adoptera de toutes façons l'Amérique.

Concernant les Etats, résister aux effets du programme de Trump voudra dire en revenir à un Etat capable, directement ou par fonds d'investissement interposés, de recréer une industrie et des services dévastés par le refus d'investissement des conseils d'administrations privés. Il faudra aussi renoncer définitivement à honorer les dettes publiques, le poids de la dette empêchant tout effort d'investissement public. Rappelons que cette répudiation des dettes a toujours fait la force de l'Etat américain, s'appuyant sur la banque fédérale et la suprématie du dollar pour en faire payer le prix aux préteurs étrangers.

Les Européens enfin devront, quels qu'en soient les coûts, relancer les diverses politiques sociales ayant fait la force des Etats dits Providence qui avaient jusqu'ici évité la création d'inégalités excessives entre possédants et non-possédants. Or sous la pression des intérêts financiers internationaux, la plupart de ces politiques sont actuellement dégradées, y compris en Scandinavie.

Se posera alors pour les Européens la question de savoir si l'UE sous sa forme actuelle, pourra être suffisamment réformée pour se débarrasser du poids des intérêts américains et adopter les différentes politiques de protection aux frontières, d'investissements et de transferts sociaux résumées ci-dessus. Ce ne pourra évidemment pas être possible dans le cadre des institutions européennes actuelles. Il faudra que les gouvernements européens s'accordent pour faire de l'UE, à tous les niveaux, la grande puissance diplomatique, politique et économique qu'elle pourrait être dans le cadre d'institutions réformées de type fédéral.

Mais si ceci se révèle impossible, du fait de l'opposition d'Etats comme l'Allemagne ou de ceux de l'Europe de l'Est, qui risqueront longtemps d'être soumis à l'impérialisme américain, il faudra que les forces politiques européennes, principalement celles qui se situent actuellement dans l'opposition, et les gouvernements qu'elles se donneront, acceptent de sortir de l'UE et d'appliquer seuls les réformes que nous évoquons dans cet article.

Ceci bien évidemment voudra pas dire refuser les coopérations sur mesure avec d'autres gouvernements, tant européens qu'appartenant à la zone Brics, dans les nombreux secteurs, tels que le transport, l'espace, la santé ou la recherche scientifique dans lesquels la coopération internationale est préférable à l'isolationnisme.2)

1) Voir "Donald Trump. Espoirs à Main Street, assurance tranquille à Wall Street"
http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=2362...

2) Sur le sujet des rapports futurs USA-Europe, lire un excellent article du politologue Alexandre del Valle
"Les conséquences géopolitiques de l'élection de Donald Trump : du souhaitable au plus probable" http://www.lasyntheseonline.fr/idees/gouvernance_mondiale/les_consequences_geopolitiques_de_lelection_de_donald_trump_du_souhaitable_au_plus_probable,31,5690.html

Voir son site http://www.alexandredelvalle.com/

 

lundi, 14 novembre 2016

Trump vainqueur du globalisme coalisé

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Trump vainqueur du globalisme coalisé

par Thomas Ferrier

Ex: http://www.thomasferrier.hautetfort.com

He made it. Donald Trump est devenu le 45ème président des Etats-Unis d’Amérique. Il s'est imposé avec 306 grands électeurs contre 232 seulement pour son adversaire Hillary Clinton, remportant 32 Etats dont certains avec une marge très conséquente (65% dans l’Oklahoma, 63% dans l’Alabama, 59% dans l’Idaho, et 69% en Virginie occidentale), même si son score est inférieur de 0,2% à son adversaire au niveau national, ce qui n’a pas beaucoup de sens aux USA, où certains électeurs républicains ne votent pas dans des États où ils savent que les démocrates sont imbattables (New York, Californie).

Victime d’une campagne de diffamation comme jamais on n’a pu connaître dans l’histoire des USA, une telle attitude ayant été limitée à des candidats très à droite, comme Buchanan ou Duke, alors que Trump est une figure très connue et un entrepreneur respecté, le candidat républicain s’est néanmoins imposé. Il a vaincu non seulement le clan Clinton, qui pensait gagner sans combattre, mais toute l’hyper-classe occidentale qui ne lui donnait aucune chance. François Hollande n’avait même pas prévu de discours au cas où. Et le magazine Newsweek avait préparé à l’avance une couverture et un dossier à la gloire de la future présidente, « Madam President », dont tous les exemplaires ont dû atterrir dans une déchetterie.

Il a obtenu 58% des voix chez les blancs, dont 53% chez les femmes blanches, même si 42% seulement des femmes (toutes origines confondues) ont voté pour lui, même si son score est plus faible chez les jeunes et dans l'électorat des grandes métropoles. C’est un vote identitaire, masculin comme féminin, d’une Amérique qui ne veut pas mourir ni se faire remplacer sur son propre sol. Et Donald Trump incarnait remarquablement le rêve américain, celui d’un homme qui s’est bâti par lui-même et a vaincu tous les obstacles. C’est cette opiniâtreté qui a fait de lui un président. Il n’a jamais renoncé, jamais cessé de croire en son étoile. Les électeurs américains ont rêvé d’une Amérique qu’ils pensaient disparue. Et le temps d’un instant, en votant pour Trump, ils ont eu le sentiment de retrouver leur patrie.

Les minorités ethniques et sexuelles ont bien sûr rejeté Trump. 88% des Noirs, 65% des Asiatiques et des Latinos, 78% des Homosexuels et 71% des Juifs ont voté Clinton. C’était prévu. Même si Trump était le plus favorable à Israël et a été chaudement félicité en conséquence pour son succès par Benyamin Netanyahu, Naftali Bennett et Ayelet Shaked, beaucoup de Juifs américains restent « de gauche ». Mais la perspective de voter Clinton n’a pas enchanté ces électeurs, et beaucoup sont restés chez eux. Leur manque de motivation pour une candidate qu’Obama avait vaincue il y a huit ans aux primaires explique pour partie la victoire de Trump.

Si Trump a été accusé de populisme par son adversaire et par les media du monde entier, alors que seule la Russie semblait s’enthousiasmer pour sa victoire, faisant preuve d’un style percutant, Trump ne s’est jamais aventuré sur des terrains glissants. Il n’a jamais fait preuve de mépris à l’égard de minorités pour lesquelles il savait ne pas pouvoir compter sur le vote. Rien ne permettait objectivement de le qualifier de raciste ou d’extrémiste de droite. La manipulation médiatique a été totale.

Il était prévu qu’une femme devienne président après un noir. Clinton était convaincue qu’elle serait élue. Son seul argument de campagne ? « Je suis une femme. » Comme si cette caractéristique la rendait nécessairement compétente. En revanche le procès en incompétence de Trump fut constamment répété, y compris par le président en exercice Barack Obama. Mais la politique n’est pas un métier. C’est un art. Et à ce jeu Trump a été le meilleur. Il a su séduire et incarner l’Amérique profonde, l’Amérique désespérée qui attendait un sauveur. Il est difficile de savoir s’il sera à la hauteur de cette confiance et s’il ne décevra pas rapidement.

ClintEastwoodSept10TIFF.jpgFace à Clinton donc, mais face aussi aux caciques du parti républicain qui l’ont attaqué à chaque prétendu dérapage, Paul Ryan et John McCain en tête, alors qu’il était désavoué par les Bush et combattu par les néo-conservateurs, et que même Schwarzenegger s’est dégonflé, ne bénéficiant dès lors que du soutien explicite de Clint Eastwood et de Steven Seagal, et du soutien implicite des Stallone, Willis, Norris et autres acteurs des films d’action, il a vaincu. Il a remporté les primaires, humiliant les Kasich et les Jeb Bush. Il a su obtenir le ralliement de Ted Cruz, son adversaire le plus déterminé mais qui, une fois vaincu, s’est montré ensuite d’un soutien sans faille. Il a su conserver le soutien aussi de Priebus, le président du parti républicain, face aux manœuvres des Romney et Ryan qui voulaient au mépris du vote des citoyens le renverser.

Personne ne le pensait capable de gagner les primaires. Personne ne le pensait capable de mener une campagne tambour battant. Personne ne l’imaginait à la Maison Blanche. Sa réussite est un démenti cinglant à tous ces prétendus analystes. Et encore, sans la candidature parasite du libertarien Gary Johnson, la victoire était encore plus humiliante pour Clinton. En effet, six états de plus (Colorado, Maine, Minnesota, Nevada, New Hampshire et Nouveau-Mexique) dont certains démocrates de longue date, n’ont pas été gagnés par Trump de justesse en raison du vote Johnson, que certains républicains appelaient à soutenir. La vague Trump a donc été particulièrement puissante malgré tout. A part les grandes villes comme New York, Washington ou Los Angeles qui se refusèrent nettement à lui, l’Amérique a choisi explicitement Trump.

Les manifestations extrémistes de gauchistes et alter-mondialistes qui refusent de considérer Trump comme leur président, au mépris des traditions américaines et des règles fondamentales de la démocratie, et qui défilent en exigeant son retrait, agacent au plus haut point une Amérique qui a fait son choix. Un choix contre Soros. Un choix contre le globalisme qui détruit les emplois et encourage l’immigration clandestine mexicaine. Pour le meilleur ou pour le pire, l’Amérique a choisi Trump. Et tous doivent l’accepter.

La victoire de Trump que les élites « européennes » décrépies fustigent est pourtant un signe fondamental, un arrêt du globalisme là où il se croyait le plus fort et implanté. C’est une occasion historique, et Poutine ne s’y est pas trompé, de mettre fin à ce projet totalitaire. L’Europe devrait en profiter pour assumer son destin, rompre avec des politiques qui la mènent à un sort funeste, se réconcilier avec la Russie et engager une politique de renaissance de sa civilisation. L’isolationnisme de Trump est un moyen de mettre fin à l’OTAN, qui a perdu toute légitimité d’existence depuis 1991, de calmer les ardeurs manipulées d’une partie de l’Europe de l’Est contre les Russes. Même Le Monde écrit un éditorial intitulé « Europe 1st ». Prenons le au mot.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens).

dimanche, 13 novembre 2016

Trump: vers une révolution de couleur?

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Trump: vers une révolution de couleur?

par Antonin Campana

Ex: http://www.autochtonisme.com

Que se passe-t-il aux Etats-Unis ?  On manifeste à New York, Chicago, Los Angeles, Portland ou Philadelphie. Des routes et des autoroutes sont bloquées. Les forces de l’ordre sont agressées, des biens sont détruits, des effigies de Trump sont brûlées. En Californie, où 61% des électeurs ont voté Clinton, les manifestants font campagne pour que l’Etat devienne un pays indépendant (Califrexit). Bien sûr, il serait présomptueux d’en tirer une conclusion pour le moment, mais certains indices peuvent nous laisser penser qu’on pourrait, peut-être, assister aux premiers balbutiements d’une tentative de révolution de couleur.

Le « soulèvement » auquel nous assistons se déroule en effet selon les techniques qui ont déjà été mises en œuvre en Yougoslavie, Géorgie ou Ukraine : manifestations non violentes (veillées aux bougies…) associées à des actions coup de poing plus ou moins agressives, implication de « stars » faisant office d’autorités morales (ici Whoopie Goldberg, Madonna ou Cher qui incitent ouvertement les manifestants « à se battre »), diabolisation du Président à déchoir ( dénonciation du racisme, du sexisme, de l’homophobie, de la  xénophobie supposés de Trump), utilisation de slogans simplistes (« Not my President », hashtag tweeter #Notmypresident#), refus hypocrite du résultat des élections (sous prétexte que Clinton a recueilli plus de voix que Trump) ,  etc.

Pour Donald Trump, d’ailleurs, ces manifestations sont un « coup monté » par les médias. Mais un coup pour faire quoi ? Trump a été élu, Clinton elle-même l’a reconnu !

Ce n’est pas si simple, car ce n’est pas Trump qui a été élu mais un collège électoral qui doit à son tour nommé le Président. Si sur le papier les délégués de Trump sont majoritaires la Constitution ne leur interdit pas de voter pour Clinton (en 1836, Richard Johnson a ainsi subi la désaffection de 23 électeurs de Virginie). Une pétition appelle d’ailleurs les grands électeurs à voter Clinton le 19 décembre. Elle a déjà reçu plus de deux millions de signatures !

Le Système cherchera à démettre Trump s’il ne se soumet pas. Certaines voix appellent sans complexe à son élimination physique (ainsi de Monisha Rajesh, journaliste au Guardian, qui tweet : « il est temps de tuer le président »), mais le Système n’écartera sans doute pas un processus « démocratique », si celui-ci est possible.

Ainsi, des pressions efficaces sur les grands électeurs, associées à la pression de la rue, pourraient complètement inverser les résultats. Les semaines qui viennent vont être cruciales. Il ne faut surtout pas que les manifestations s’amplifient et dégénèrent. Certains délégués de Trump pourraient y trouver prétexte, au nom de l’unité du pays, à un vote en faveur de Clinton. On assisterait alors à un coup d’Etat, mais gageons que ni Pujadas ni Le Monde n’y trouveront à redire.

Antonin Campana

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Mise à jour 12 novembre

On sait que Trump a dénoncé la participation de « professionnels » dans les manifestations contre sa présidence. De fait, il est facile de trouver sur le site Craigslist (un site américain d’offres d’emplois)  des annonces pour l’embauche d’activistes anti-Trump à la semaine, à temps partiel ou à temps pleins, payés de 15 à 20 dollars l’heure (images ci-dessous, un lien ici à titre d’exemple) ! Les annonceurs comme Working America (cf. notre lien) ou Washington CAN (cf  photo ci-dessous) sont financés par Georges Soros. Washington CAN fait partie du réseau USAction dont Soros est le maître d’œuvre.  

Autre grand organisateur des manifestations, le groupe de pression MoveOn.org qui appelle à la résistance anti-Trump. MoveOrg.org est lui-aussi financé par Soros. Selon David Rhodes, de Fox News, MoveOn.org « possède » le parti démocrate et Georges Soros possède MoveOrg.org.

Tout cela en dit long sur la « spontanéité » des manifestations et sur la bienveillance des médias à leur égard. A suivre…

Combattre Trump : embauche d'activistes à plein temps

Combattre Trump : embauche d'activistes à plein temps

Fight The Trump agenda

Fight The Trump agenda

The Anti-Trump Protesters Are Tools of the Oligarchy

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The Anti-Trump Protesters Are Tools of the Oligarchy

I think I know who they are. They are thugs for hire and are paid by the Oligarchy to delegitimize Trump’s presidency in the way that Washington and the German Marshall Fund paid students in Kiev to protest the democratically elected Ukrainian government in order to prepare the way for a coup.

The organization, change.org, which claims to be a progressive group, but might be a front, along with other progressive groups, for the Oligarchy, is destroying the reputation of all progressives by circulating a petition that directs the electors of the Electoral College to annul the election by casting their votes for Hillary. Remember how upset progressives were when Trump said he might not accept the election result if there was evidence that the vote was rigged? Now progressives are doing what they damned Trump for saying he might do under certain conditions. 

The Western presstitutes used the protests in Kiev to delegitimize a democratically elected government and to set it up for a coup. The protest pay was good enough that non-Ukrainians came from nearby countries to participate in the protest in order to collect the money. At the time I posted the amounts paid daily to protesters. Reports came into me from Eastern and Western Europe from people who were not Ukrainian but were paid to protest as if they were Ukrainians.

The same thing is going on with the Trump protests. CNN reports that “for many Americans across the country, Donald Trump’s victory is an outcome they simply refuse to accept. Tens of thousands filled the streets in at least 25 US cities overnight.” This is the exact reporting that the Oligarchy desired from its presstitutes and got.

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I hope no one thinks that simultaneous protests in 25 cities were a spontaneous event. How did 25 independent protests manage to come up with the same slogans and the same signs on the same night following the election?

What is the point of the protests, and what interest is served by them? As the Romans always asked, “who benefits?”

There is only one answer: The Oligarchy and only the Oligarchy benefits.

Trump is a threat to the Oligarchy because he intends to stop the giveaway of American jobs to foreigners. The jobs giveaway, sanctified by the neoliberal junk economists as “free trade,” is one of the main reasons for the 21st century worsening of the US income distribution. Money that was formerly paid in middle-class wages and salaries to American manufacturing employees and college graduates has been re-routed to the pockets of the One Percent.

When US corporations move their production of goods and services sold to Americans offshore to Asian countries, such as China and India, their wage bill falls. The money formerly paid in middle-class incomes goes instead into executive bonuses and dividends and capital gains to shareholders. The ladders of upward mobility that had made America the land of opportunity were dismantled for the sole purpose of making a handful of people multi-billionaires.

Trump is a threat to the Oligarchy because he intends peaceful relations with Russia. In order to replace the profitable Soviet Threat, the Oligarchy and their neoconservative agents worked overtime to recreate the “Russian Threat” by demonizing Russia.

Accustomed to many decades of excess profits from the profitable Cold War, the military/security complex was angry when President Reagan brought the Cold War to an end. Before these leeches on American taxpayers could get the Cold War going again, the Soviet Union collapsed as a result of a right-wing coup against Soviet President Mikhail Gorbachev.

The military/security complex and their zionist neoconservative agents cooked up “the war on terror” to keep the money flowing to the One Percent. But as hard as the presstitute media worked to create fear of “the Muslim threat,” even insouciant Americans knew that the Muslims did not have thousands of ICBMs carrying powerful thermonuclear weapons capable of destroying the entirety of the United States in a few minutes. Neither did the Muslims have the Red Army capable of overrunning all of Europe in a couple of days. Indeed, the Muslims haven’t needed an army. Refugees from Washington’s wars enabled by Europeans are overrunning Europe. 

The excuse for the annual trillion dollar ($1,000 billion ) military/security budget was missing. So the Oligarchy created “the New Hitler” in Russia. Hillary was the Oligarchy’s principle agent for heating up the new Cold War.

trumpnope.jpgHillary is the tool, enriched by the Oligarchy, whose job as President was to protect and to increase the trillion dollar budget of the military/security complex. With Hillary in the White House, the looting of the American taxpayers in behalf of the wealth of the One Percent could go forward unimpeded. But if Trump resolves “the Russian threat,” the Oligarchy takes an income hit.

Hillary’s job as President was also to privatize Social Security in order that her Wall Street benefactors can rip off Americans the way that Americans have been ripped off by the insurance companies under Obamacare.

Those Americans who do not pay attention think, mistakenly, that the FBI cleared Hillary of violating National Security protocols with her email practices. The FBI said that Hillary did violate National Security, but that it was a result of carelessness or ignorance. She got off from the indictment because the FBI concluded that she did not intentionally violate National Security protocols. The investigation of the Clinton Foundation continues.

In other words, in order to protect Hillary the FBI fell back on the ancient common law rule that “there can be no crime without intent.” (See PCR and Lawrence Stratton, The Tyranny of Good Intentions.)

One would think that protesters if they were legitimate, would be celebrating Trump’s victory. He, unlike Hillary, promises to reduce tensions with powerful Russia, and we hope also with China. Unlike Hillary, Trump says he is concerned with the absence of careers for those very people protesting in the streets of 25 cities against him.

In other words, the protests against the American people for electing Trump as their president are pointless. The protests are happening for one reason only. The Oligarchy intends to delegitimize the Trump Presidency. Once President Trump is delegitimized, it will be easier for the Oligarchy to assassinate him. Unless the Oligarchy can appoint and control Trump’s government, Trump is a prime candidate for assassination.

The protests against Trump are suspicious for another reason. Unlike Hillary, Obama, and George W. Bush, Donald Trump has not slaughtered and dislocated millions of peoples in seven countries, sending millions of refugees from the Oligarchy’s wars to overrun Europe.  

Trump earned his fortune, and if by hook or crook, not by selling US government influence to foreign agents as Bill and Hillary did.

So what are the protesters protesting?

There is no answer except that they are hired to protest. Just as the Maidan protesters in Kiev were hired to protest by US and German-financed NGOs.

The protests in Kiev were equally pointless because presidential elections were only months away. If Ukrainians really believed that their president was conspiring with Russia to keep Ukraine from becoming a Western puppet state and wished to become a puppet state regardless of the costs, the opportunity to vote the government out was at hand. The only reason for the protests was to orchestrate a coup. The US did succeed in putting their agent in control of the new Ukrainian government as Victoria Nuland and the US ambassador in Kiev confirmed in their telephone conversation that is available on the Internet.

The Maidan protests were pointless except for making a coup possible. The protests were without any doubt arranged by Washington through Assistant Secretary of State Victoria Nuland, a neoconservative brought into the State Department by Hillary Clinton for the purpose of creating conflict with Russia.

Trump is being protested in order to make him vulnerable in the event he proves to be the threat to the Oligarchy that he is thought to be.

Trump won the presidency, but the Oligarchy is still in power, which makes any real reforms difficult to achieve. Symbolic reforms can be the product of the contest between President Trump and the oligarchs.

Karl Marx learned from historical experience, and Lenin, Stalin, and Pol Pott learned from Karl Marx, that change cannot occur if the displaced ruling class is left intact after a revolution against them. We have proof of this throughout South America. Every revolution by the indigenous people has left unmolested the Spanish ruling class, and every revolution has been overthrown by collusion between the ruling class and Washington.

Washington has conspired with traditional elites to remove the elected presidents of Honduras on a number of occasions. Recently, Washington helped elites evict the female presidents of Argentina and Brazil. The presidents of Venezuela, Ecuador, and Bolivia are in the crosshairs and are unlikely to survive. Washington is determined to get its hands on Julian Assange. To achieve this Washington intends to overthrow the Ecuadoran government that, in defiance of Washington, gave Julian Assange political asylum.

Hugo Chavez had the power to exile or to exterminate the Spanish ruling class in Venezuela when the ruling class participated in a CIA coup against Chavez. But before the CIA could kill Chavez, the people, and the military forced his release. Instead of punishing the criminals who would have murdered him, Chavez let them go.

According to Marx, Lenin, and Stalin, this is the classic mistake of the revolutionary. To rely on good will from the overthrown ruling class is the certain road to the defeat of the revolution.

Latin American has proved itself unable to learn this lesson: Revolutions cannot be conciliatory.

Trump is a dealmaker. The Oligarchy can permit him the sheen of success in exchange for no real change.

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Trump is not perfect. He might fail on his own. But we should back him on the two most important elements in his program: to reduce tensions between the major nuclear powers, and to halt Washington’s policy of permitting globalism to destroy Americans’ economic prospects.

If tensions between nuclear powers worsen, we won’t be here to worry about other problems. The combination of the economy hollowed out by globalism and immigration is an economic nightmare. That Trump understands this is a reason to support him.

Note: Some believe that Trump is a ruse conducted by the Oligarchy. However, as Hillary is the bought-and-paid-for representative of the Oligarchy, such an elaborate ruse is unnecessary. It is preferable for the Oligarchy to win on its own platform than to install a president on the opposite platform and then change him around. Another sellout increases the anger of the people. If Hillary had won, the Oligarchy would have had the voters’ mandate for their platform.

The Best of Paul Craig Roberts

Paul Craig Roberts, a former Assistant Secretary of the US Treasury and former associate editor of the Wall Street Journal, has been reporting shocking cases of prosecutorial abuse for two decades. A new edition of his book, The Tyranny of Good Intentions, co-authored with Lawrence Stratton, a documented account of how americans lost the protection of law, has been released by Random House. Visit his website.

The Clintons and Soros launch America’s Purple Revolution

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The Clintons and Soros launch America’s Purple Revolution

By Wayne Madsen

Ex: http://www.strategic-culture.org

Defeated Democratic presidential candidate Hillary Rodham Clinton is not about to «go quietly into that good night». On the morning after her surprising and unanticipated defeat at the hands of Republican Party upstart Donald Trump, Mrs. Clinton and her husband, former President Bill Clinton, entered the ball room of the art-deco New Yorker hotel in midtown Manhattan and were both adorned in purple attire. The press immediately noticed the color and asked what it represented. Clinton spokespeople claimed it was to represent the coming together of Democratic «Blue America» and Republican «Red America» into a united purple blend. This statement was a complete ruse as is known by citizens of countries targeted in the past by the vile political operations of international hedge fund tycoon George Soros. 

The Clintons, who both have received millions of dollars in campaign contributions and Clinton Foundation donations from Soros, were, in fact, helping to launch Soros’s «Purple Revolution» in America. The Purple Revolution will resist all efforts by the Trump administration to push back against the globalist policies of the Clintons and soon-to-be ex-President Barack Obama. The Purple Revolution will also seek to make the Trump administration a short one through Soros-style street protests and political disruption.

It is doubtful that President Trump’s aides will advise the new president to carry out a diversionary criminal investigation of Mrs. Clinton’s private email servers and other issues related to the activities of the Clinton Foundation, especially when the nation faces so many other pressing issues, including jobs, immigration, and health care. However, House Oversight and Government Reform Committee Chairman Jason Chaffetz said he will continue hearings in the Republican-controlled Congress on Hillary Clinton, the Clinton Foundation, and Mrs. Clinton’s aide Huma Abedin. President Trump should not allow himself to be distracted by these efforts. Chaffetz was not one of Trump’s most loyal supporters.

America’s globalists and interventionists are already pushing the meme that because so many establishment and entrenched national security and military «experts» opposed Trump’s candidacy, Trump is «required» to call on them to join his administration because there are not enough such «experts» among Trump’s inner circle of advisers. Discredited neo-conservatives from George W. Bush’s White House, such as Iraq war co-conspirator Stephen Hadley, are being mentioned as someone Trump should have join his National Security Council and other senior positions. George H. W. Bush’s Secretary of State James Baker, a die-hard Bush loyalist, is also being proffered as a member of Trump’s White House team. There is absolutely no reason for Trump to seek the advice from old Republican fossils like Baker, Hadley, former Secretaries of State Rice and Powell, the lunatic former U.S. ambassador to the United Nations John Bolton, and others. There are plenty of Trump supporters who have a wealth of experience in foreign and national security matters, including those of African, Haitian, Hispanic, and Arab descent and who are not neocons, who can fill Trump’s senior- and middle-level positions.

Trump must distance himself from sudden well-wishing neocons, adventurists, militarists, and interventionists and not permit them to infest his administration. If Mrs. Clinton had won the presidency, an article on the incoming administration would have read as follows:

«Based on the militarism and foreign adventurism of her term as Secretary of State and her husband Bill Clinton’s two terms as president, the world is in store for major American military aggression on multiple fronts around the world. President-elect Hillary Clinton has made no secret of her desire to confront Russia militarily, diplomatically, and economically in the Middle East, on Russia’s very doorstep in eastern Europe, and even within the borders of the Russian Federation. Mrs. Clinton has dusted off the long-discredited ‘containment’ policy ushered into effect by Professor George F. Kennan in the aftermath of World War. Mrs. Clinton’s administration will likely promote the most strident neo-Cold Warriors of the Barack Obama administration, including Assistant Secretary of State for European and Eurasian Affairs Victoria Nuland, a personal favorite of Clinton».

President-elect Trump cannot afford to permit those who are in the same web as Nuland, Hadley, Bolton, and others to join his administration where they would metastasize like an aggressive form of cancer. These individuals would not carry out Trump’s policies but seek to continue to damage America’s relations with Russia, China, Iran, Cuba, and other nations.

Not only must Trump have to deal with Republican neocons trying to worm their way into his administration, but he must deal with the attempt by Soros to disrupt his presidency and the United States with a Purple Revolution

No sooner had Trump been declared the 45th president of the United States, Soros-funded political operations launched their activities to disrupt Trump during Obama’s lame-duck period and thereafter. The swiftness of the Purple Revolution is reminiscent of the speed at which protesters hit the streets of Kiev, the Ukrainian capital, in two Orange Revolutions sponsored by Soros, one in 2004 and the other, ten years later, in 2014.

As the Clintons were embracing purple in New York, street demonstrations, some violent, all coordinated by the Soros-funded Moveon.org and «Black Lives Matter», broke out in New York, Los Angeles, Chicago, Oakland, Nashville, Cleveland, Washington, Austin, Seattle, Philadelphia, Richmond, St. Paul, Kansas City, Omaha, San Francisco, and some 200 other cities across the United States. 

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The Soros-financed Russian singing group «Pussy Riot» released on YouTube an anti-Trump music video titled «Make America Great Again». The video went «viral» on the Internet. The video, which is profane and filled with violent acts, portrays a dystopian Trump presidency. Following the George Soros/Gene Sharp script to a tee, Pussy Riot member Nadya Tolokonnikova called for anti-Trump Americans to turn their anger into art, particularly music and visual art. The use of political graffiti is a popular Sharp tactic. The street protests and anti-Trump music and art were the first phase of Soros’s Purple Revolution in America.

President-elect Trump is facing a two-pronged attack by his opponents. One, led by entrenched neo-con bureaucrats, including former Central Intelligence Agency and National Security Agency director Michael Hayden, former Homeland Security Secretary Michael Chertoff, and Bush family loyalists are seeking to call the shots on who Trump appoints to senior national security, intelligence, foreign policy, and defense positions in his administration. These neo-Cold Warriors are trying to convince Trump that he must maintain the Obama aggressiveness and militancy toward Russia, China, Iran, Venezuela, Cuba, and other countries. The second front arrayed against Trump is from Soros-funded political groups and media. This second line of attack is a propaganda war, utilizing hundreds of anti-Trump newspapers, web sites, and broadcasters, that will seek to undermine public confidence in the Trump administration from its outset.

One of Trump’s political advertisements, released just prior to Election Day, stated that George Soros, Federal Reserve chair Janet Yellen, and Goldman Sachs chief executive officer Lloyd Blankfein, are all part of «a global power structure that is responsible for the economic decisions that have robbed our working class, stripped our country of its wealth and put that money into the pockets of a handful of large corporations and political entities». Soros and his minions immediately and ridiculously attacked the ad as «anti-Semitic». President Trump should be on guard against those who his campaign called out in the ad and their colleagues. Soros’s son, Alexander Soros, called on Trump’s daughter, Ivanka, and her husband Jared Kushner, to publicly disavow Trump. Soros’s tactics not only seek to split apart nations but also families. Trump must be on guard against the current and future machinations of George Soros, including his Purple Revolution.

samedi, 12 novembre 2016

Pierre Manent et Natacha Polony: La France post-Charlie

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Pierre Manent et Natacha Polony: La France post-Charlie

Ex: http://lenouveaucenacle.fr

Réflexions sur la France post-Charlie après lecture des essais de Pierre Manent, Situation de la France, Desclée de Brouwer, septembre 2015, et de Natacha Polony, Nous sommes la France, Plon, octobre 2015.

 « Sous le nom de marché mondial, nous avons construit un système d’action que l’on ne peut mieux décrire que comme une Providence artificielle : à la fois la seule chose que nous puissions faire, et le mieux que nous puissions faire, c’est de répondre avec docilité aux indications du marché mondial, chacune d’elles ayant pour elle la force surhumaine du Tout et son autorité. » – Pierre Manent, op. cit.

« Refonder l’école pour revivifier la République.Et revivifier la République pour éviter que la Nation ne se délite. Tel est aujourd’hui le défi qui s’impose à nous. D’abord parce que la remise en cause progressive du pacte républicain à travers la destruction de l’école, le creusement des inégalités, l’éradication de toute forme de méritocratie au profit de la pétrification d’élites oublieuses de leurs devoirs, tout cela ressemble à un nuage de grêle flottant au-dessus du pays et annonçant la catastrophe. » – Natacha Polony, op. cit.

Manent, partant du constat que les attentats de janvier ont été perpétrés pour « venger le prophète » et analysant les réactions consécutives (notamment celles, diverses, des musulmans, divers eux aussi), propose un contrat au groupe social musulman.

Cet automne 2015 ont paru deux essais de qualité sur la France post-Charlie, avec analyses pertinentes et propositions iconoclastes à la clé. Intellectuel majuscule, loin des élucubrations outrées d’une grande partie des intellos médiatiques, Pierre Manent redonne ses lettres de noblesse à la figure décriée, dans notre démocratie de marché, de l’intellectuel, ce frein au business is everything. Manent constate, analyse, propose, questionne, doute. Il n’impose pas de pensée pré-mâchée, au contraire : la lecture de Manent dérange, interroge les certitudes, incite à réfléchir, oblige à l’introspection et à la remise en question… Situation de la France est un essai de haut vol, écrit pour être lu – entendez par là que Pierre Manent ne jargonise pas pour « faire intellectuel », il s’adresse à tous. Le propos de cet essai est fondamental dans le débat public qui nous occupe aujourd’hui. Les attentats de janvier 2015 ont cruellement révélé le délitement de la Nation et mis en avant la problématique de la place de l’islam en France : personne ne peut nier qu’un fossé s’est creusé entre une large partie du groupe social musulman et le reste de la population française ; personne ne peut nier que depuis 1945, rarement la Nation a été aussi divisée, malmenée de l’intérieur, soumise aux feux croisés de ceux qui – communautaristes, mondialistes alter ou non, européïstes[1], libéraux-libertaires… – veulent l’amoindrir à défaut de ne pouvoir la liquider purement et simplement. Manent, partant du constat que les attentats de janvier ont été perpétrés pour « venger le prophète » et analysant les réactions consécutives (notamment celles, diverses, des musulmans, divers eux aussi), propose un contrat au groupe social musulman (qu’il ne baptise pas communauté), leur concédant de conserver l’essentiel de leurs mœurs en échange d’un investissement réel dans la vie de la Nation et du respect des principes fondamentaux de la République.

La question de l’école

Dans un genre différent, la journaliste Natacha Polony revient sur les attentats des 7 et 9 janvier 2015, en recherche les causes profondes, analyse la manifestation du 11 janvier… Après avoir constaté et démontré le déni de réalité de la part de nos élites, à commencer par nos dirigeants, elle propose un état des lieux, une généalogie de ce qui a conduit la France dans cette situation dégradée, et esquisse des solutions fondées sur le retour à la Nation, entendue comme un legs riche du passé et un présent commun, partageant des valeurs et une volonté de progresser ensemble. C’est le seul cadre de la démocratie réelle. Polony se base sur la revalorisation de l’école républicaine pour transmettre cet héritage nécessaire à tout un chacun, au-delà de son origine, pour se sentir Français. Moins iconoclaste et plus attendu de la part d’une journaliste ayant quasi-quotidiennement la parole dans de grands médias nationaux, Nous sommes la France n’en est pas moins un essai intéressant en ce qu’il propose de se baser sur ce qui fait rêver de la France pour restaurer son identité, sa Nation, sa démocratie. On est loin du retour en arrière que ne manqueront pas de dénoncer les professionnels des « heures sombres de notre histoire » sans même avoir lu l’ouvrage.

Chacun à sa manière, Polony et Manent constatent cet abandon de l’État par les élites politiques, économiques, médiatiques.

Autant l’annoncer d’emblée, si la lecture de Pierre Manent a été stimulante et passionnante, nous sommes plus sensibles au propos de Natacha Polony. Manent constate que l’Etat souverain a atteint ses limites, abandonné le spirituel et l’éducation. Il est devenu incapable de comprendre le fait religieux, se bornant à invoquer une laïcité brandie comme un totem, devenue caduque par son impossibilité selon l’essayiste. L’abandon de la transcendance (la Nation pour Polony, le spirituel pour Manent) et de l’éducation sont flagrants. De fait, l’État en France est décrié, délégitimé, par les actes de ses représentants mêmes, ceux qui depuis quarante ans se sont attachés avec autant d’hypocrisie que de zèle à le vider de son sens : soumission au marché via l’Union européenne au lieu de l’Europe des Nations voulue par de Gaulle, abaissement volontaire du niveau scolaire pour faire de parfaits consommateurs-producteurs stupides et manipulables, destruction de l’histoire, de la géographie et de la Nation pour obtenir des êtres parfaitement interchangeables et déracinés, n’étant plus en mesure de se défendre contre les voraces sans visage inféodés au Saint-Fric mondialisé, seul maître de nos dirigeants de gauche comme de droite aujourd’hui. Bien entendu, tout cela s’est fait en tenant le discours exactement inverse.

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Chacun à sa manière, Polony et Manent constatent cet abandon de l’État par les élites politiques, économiques, médiatiques. En revanche, si nous partageons le constat que l’État est devenu incapable de comprendre le fait religieux, la religion ayant été remplacée par le marché et la course sans fin aux droits individuels, il nous semble, avec Polony, que la laïcité est la solution, et non comme le pense Manent, qu’elle devenue illusoire, voire impossible.

La fin d’une communauté de destin

Pour nous, le problème ne se situe pas essentiellement dans la différence de culture entre l’islam et la France, mais dans l’abandon de l’assimilation républicaine et dans le rejet idéologique de la Nation telle que l’entendait Renan. Cette communauté de destin fondée sur des valeurs partagées, un héritage commun et la volonté de construire ensemble a été sacrifiée au nom des droits de l’homme et de la concurrence libre et non-faussée. La traduction dans les faits, nous l’avons évoquée plus haut et dans d’autres articles : abandon de l’exigence, du mérite, de l’éducation, substitution de l’égalité par l’égalitarisme, adoption en douce du modèle communautariste anglo-saxon au nom des droits de l’homme et en prônant l’unité indivisible de la France… La somme de ces abandons, de ces mensonges et de ces lâchetés est, bien plus que le souvenir de la colonisation ou de l’esclavage exploité à des fins idéologiques, la raison réelle de la difficulté de certains de nos compatriotes musulmans à trouver leur place.

La démocratie se fondant sur la distinction entre vie privée et vie publique, chacun est libre de conserver ses traditions et ses rites dans son cadre intime.

Sauf à considérer que le musulman est ontologiquement incompatible avec la France, ce qui est pour le moins réducteur. La France est un pays multi-ethnique, mais ce n’est pas un pays multiculturel. La République est laïque, la France est chrétienne, pour reprendre les mots du Général de Gaulle ; ce qui n’a jamais empêché la France d’accueillir des Juifs, des athées, des musulmans… Le principe qui doit nous guider est celui de l’hospitalité pour les immigrés légaux (à Rome, fais comme les Romains) et celui de l’assimilation républicaine pour les Français d’origine étrangère (seul principe qui leur évitera d’être renvoyés en permanence à leurs origines et qui permet de préserver la cohésion nationale). La démocratie se fondant sur la distinction entre vie privée et vie publique, chacun est libre de conserver ses traditions et ses rites dans son cadre intime. En revanche, la discrétion est de mise en public. Raciste me diront Médiapart, Libération, l’Obs et tutti quanti ? Alors quid de l’Arabie saoudite ? Des États-Unis ? De la Chine ? Du Japon ? Natacha Polony le montre dans son essai, l’assimilation républicaine ne détruit en rien les identités propres de chacun, elle les respecte et les laisse s’exprimer dans la mesure du respect de la loi (qui, rappelons-le, n’est pas en France l’imposition par la force d’une volonté dictatoriale à des populations faibles, mais le fruit du vote démocratique, c’est-à-dire de la volonté du peuple souverain – ou de ce qu’il en reste aujourd’hui). Cela implique effectivement que dans l’espace public, on s’empêche, comme dirait Camus (Albert, pas Renaud). Cela étant, personne – pas même les sectateurs de la liberté des femmes de porter niqab – ne se choque de cette concession faite à la société en ce qui concerne les naturistes…

Pierre Manent face à la République

C’est pourquoi lorsque Pierre Manent propose d’autoriser franchement les mœurs musulmanes, à l’exception sine qua non du voile intégral et de la polygamie, nous ne pouvons pas être en accord. Cela signerait la fin de la République une et indivisible, démocratique, sociale et laïque telle que définie par la constitution. La proposition de Manent est-elle pour autant scandaleuse ? Elle le serait si elle était le fruit d’une lâcheté ou d’une soumission, or tel n’est pas le propos de l’essayiste. Partant du constat que « c’est la réalité même qui s’est déjà rendue largement indépendante de l’ordre politique légitime – de la République ou de la laïcité », il établit que « l’institution politique légitime, telle que nous la comprenons, n’est pas en état d’opérer ce que nous attendons d’elle. Cela ne signifie pas que l’on renonce à la République, moins encore que l’on souhaite l’abolir, cela signifie plutôt que l’on cherche les moyens de ranimer l’intention du projet républicain dans ce que celui-ci a de plus essentiel, de la ranimer dans des circonstances où la forme qu’il a prise depuis deux siècles a épuisé ses vertus »[2].

C’est, depuis Giscard, la trahison des politocards qui est en marche.

Compte-tenu de cela, il serait irresponsable de ne pas réfléchir à une solution. Cependant, il nous semble que ce n’est pas le cadre politique légitime qui est en crise. C’est jeter le bébé avec l’eau du bain. Ce n’est pas le verre qui est sale, mais bien le pastis qui est frelaté. Le problème est le personnel politique dont les qualités intellectuelles, morales, patriotiques, démocratiques ne cessent de se dégrader depuis le décès de Pompidou. C’est, depuis Giscard, la trahison des politocards qui est en marche. Depuis lors, les « élites » politiciennes de gauche comme de droite et dans leur majorité ont décidé que la France était un petit pays et qu’il fallait se fondre dans la globalisation, se soumettre au marché, se renier pour survivre. La classe politicienne est le problème, pas la République ou la laïcité. Ses intérêts n’épousent ni l’intérêt général, ni le respect des choix démocratiques du peuple. Preuve en est la frilosité incroyable manifestée par les parlementaires quand il s’agit de connaître leurs sources de revenus (i. e. pour prévenir les conflits d’intérêts) : c’est la ruée contre ce populisme qui voudrait savoir pour qui roulent réellement les élus ! Si les politiciens servaient la France au lieu de se servir de la France, cette question n’intéresserait personne.

accommodements-raisonnables.jpgManent se garde bien de postuler une ontologie du musulman, comme il l’écrit : « il ne s’agit pas de postuler une essence immuable de l’islam, seulement de reconnaître son existence et pour ainsi dire sa consistance (…). Notre régime politique et nos mœurs nous incitent à ramener les masses spirituelles aux individus qui les composent, mais enfin, aussi désireux que nous soyons de ne voir partout que des sujets titulaires de droits et des individus cherchant leur intérêt, nous nous heurtons à quelques grands faits collectifs qui sont déterminants pour la vie du monde. Nous nous y heurtons chaque jour davantage. Qui a peur du scandale trébuchera sur la pierre du scandale »[3]. Par ailleurs, il constate avec raison la négligence des gouvernants quant aux masses spirituelles, aveuglés qu’ils sont par l’individualisme libéral-libertaire du toujours plus de droits. Toutefois, sa réponse ne nous paraît pas souhaitable. Si nous sommes d’accord pour dire que les humiliations sont vexatoires et inutiles, autoriser les menus confessionnels, les horaires réservés et autres « accommodements raisonnables » comme on dit dans la Belle Province revient à rompre de fait l’égalité républicaine (rien à voir avec l’égalitarisme socialiste). Le groupe social musulman est composé de citoyens égaux en dignité et en droits aux autres. Il n’a pas a bénéficier de règlements spécifiques. D’une part, la population musulmane en métropole n’en a jamais eu besoin avant la lâcheté de Jospin en 1989, quand ce dernier s’est défaussé devant l’entrisme intégriste à Creil, et d’autre part, étant de peuplement récent en France (majoritairement arrivée à partir du regroupement familial dans les années 1970), elle doit s’adapter au pays qui l’accueille et dont elle a choisi de prendre la nationalité.

Le peuple français est un peuple hospitalier pourvu qu’on le respecte dans son identité et ses choix démocratiques.

Cela implique la liberté complète d’expression, que Manent invite à rétablir, et notamment la liberté de caricaturer Mahomet et de critiquer l’islam ; cela implique l’égalité homme/femme ; cela implique l’acceptation de l’apostasie et des mariages exogènes. Comme le disait le Général de Gaulle, « Si une communauté n’est pas acceptée, c’est qu’elle ne donne pas de bons produits, sinon elle est admise sans problème. Si elle se plaint de racisme à son égard, c’est qu’elle est porteuse de désordre. Quand elle ne fournit que du bien, tout le monde lui ouvre les bras ». Le peuple français est un peuple hospitalier pourvu qu’on le respecte dans son identité et ses choix démocratiques. Cela n’en fait pas un peuple raciste, xénophobe, racialiste ou que sais-je encore… C’est juste un peuple qui a une identité, une histoire, une géographie communes et qui entend être respecté pour ce qu’il est, comme n’importe quel peuple. La proposition de Manent ne nous semble pas souhaitable pour toutes ces raisons. En revanche, il serait bon d’entendre Pierre Manent pour restaurer la République et la laïcité. Son analyse de la situation est très pertinente, et même nécessaire pour comprendre les problèmes, préalable à toute solution. Manent a raison quand il écrit que « l’affaiblissement politique et spirituel de la nation en Europe est sans doute le fait majeur de notre temps » (p.123). De même, il a raison sur le fait que « si l’islam s’étend et se consolide dans un espace dépourvu de forme politique, ou dans lequel toutes les formes du commun sont livrées à la critique rongeuse des droits individuels devenus la source exclusive de toute légitimité, alors il n’y a guère plus d’autre avenir pour l’Europe qu’une islamisation par défaut » (p.124).

La faute à l’État ?

Si la vigueur de l’islam dans le monde et l’intrusion d’un certain islam en France expliquent en partie les difficultés que peuvent éprouver un certain nombre de musulmans en France, il faut reconnaître que depuis la loi Haby, les gouvernements successifs ont tout fait pour que ni eux ni personne ne puisse se sentir Français. Natacha Polony le montre bien : l’abandon de la langue, de l’histoire, de la géographie, les perpétuels renvois idéologiques à l’esclavage, la colonisation, aux « heures les plus sombres de notre histoire » interdisent l’assimilation républicaine. La France en perte d’identité est faible du fait de l’abandon de ce qu’elle est imposé par ses dirigeants au nom des droits de l’homme et du cours de la bourse. On ne s’intègre pas à un pays ou à une culture faibles, on ne s’y assimile pas. Au mieux, on y cohabite, chaque communauté scrutant l’autre en chiens de faïence ; au pire on l’efface.

L’abandon de l’État-Nation comme cadre naturel de l’exercice démocratique et l’abandon de l’éducation au profit du mondialisme et du pédagogogisme ont conduit in fine à la situation dans laquelle nous sommes.

Sans identité, pas d’âme, pas de projet, pas de fierté à vivre ensemble dans une même Nation, pas d’intégration, pas d’assimilation, pas d’hospitalité. L’abandon de l’État-Nation comme cadre naturel de l’exercice démocratique et l’abandon de l’éducation au profit du mondialisme et du pédagogogisme ont conduit in fine à la situation dans laquelle nous sommes. Il est à craindre que les attentats se multiplient, renforçant la méfiance entre le groupe social musulman et le reste de la population, suscitant les haines et attisant les peurs. C’est le résultat de 40 années d’abandon de la France et de son peuple par ses élites. La solution, Natacha Polony la propose : retrouver ce qui fait la fierté de la France en se basant sur ce qui l’a fait envier dans le monde. À partir de là, restaurer l’État-Nation démocratique et légitime, et restaurer l’éducation. Les perspectives pour 2017 nous laissent pessimiste sur une résolution démocratique et pacifique de cette crise majeure d’identité.

Le Librairtaire

[1]Nous entendons par le barbarisme européïstes les sectateurs de l’Union européenne telle qu’elle s’exprime dans ses dérives anti-démocratique, ultra-libérale, anti-historique, dont Junker, avec son fameux « il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens ».

[2]Pierre Manent, op. cit., p. 58.

[3]Pierre Manent, op. cit., pp. 62-63.

Battle for the ages: Protectionist Trumponomics vs. Neoliberalism

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Battle for the ages: Protectionist Trumponomics vs. Neoliberalism

by Pepe Escobar

Ex: http://thesaker.is

Donald Trump’s red wave on Election Day was an unprecedented body blow against neoliberalism. The stupid early-1990s prediction about the ‘end of history’ turned into a – possible – shock of the new.

The new global nativism? Perhaps a new push towards democratic socialism? Too early to tell.

Once again. A body blow, not a death blow. Like the cast of The Walking Dead, the zombie neoliberal elite simply won’t quit. For the Powers That Be/Deep State/Wall Street axis, there’s only one game in town, and that is to win, at all costs. Failing that, to knock over the whole chessboard, as in hot war.

Hot war has been postponed, at least for a few years. Meanwhile, it’s enlightening to observe the collective American and Eurocrat despair about a world they can’t understand anymore; Brexit, Trumpquake, the rise of the far-right across the West. For the insulated financial/tech/think-tank elites of liquid modernity, criticism of neoliberalism – with is inbuilt deregulation, privatization a-go-go, austerity obsession – is anathema.

The angry, white, blue collar Western uprising is the ultimate backlash against neoliberalism – an instinctive reaction against the rigged economic casino capitalism game and its subservient political arms. That’s at the core of Trump winning non-college white voters in Wisconsin by 28 points. Blaming “whitelash”, racism, WikiLeaks or Russia is no more than childish diversionary tactics.

The key question is whether the backlash may engender a new Western drive towards democratic socialism – read David Harvey’s books for the road map – or just nostalgic nationalism raging against the neoliberal Washington/EU/NAFTA/ globalization machine.

Read my lips: much lower taxes

Trump is proposing to turn the tables on the neoliberal game. Throughout his campaign he criminalized free trade – the essence of globalization – for decimating the American working class, even as US businesses blamed free trade for forcing them to squeeze workers’ wages.

So let’s see how Trump will be able to impose his priorities. In parallel to addressing the appalling structural decline in US manufacturing, he wants to pull a China: a massive $1 trillion infrastructure project over 10 years via public-private partnerships and private investments encouraged by lower taxes. That’s supposed to create a wealth of jobs.

Lower corporate taxes in this case translate into a whopping $3 trillion over 10 years, something like 1.6 percent of GDP. That would be the way to incite huge multinationals to repatriate the hundreds of billions of dollars in profits stashed abroad. This fiscal shock would create 25 million jobs in the US over the next 10 years, and propel a 4 percent growth rate.

And then there’s the protectionist drive that will renegotiate NAFTA and kill TPP for good. Not to mention raising import tariffs over manufactured products (many by de-localized US multinationals) imported from China and Mexico.

It’s open to fierce debate how Trumponomics will manage to square the circle; with more economic growth fueled by less taxes, imports will rise to satisfy internal demand. But if these products are subjected to stiffer tariffs, they will become more expensive, and inflation will inevitably rise.

Anyway, the bottom line of protectionist Trumponomics would be a huge blow against global trade. Deglobalization, anyone?

Asia braces for impact

Predictably, the heart of deglobalization will be the Trump-China relationship. Throughout the campaign, Trump blamed China for currency manipulation and proposed a 45 percent tariff on Chinese imports.

In Hong Kong banking circles, no one believes in it. Key argument: the already strapped basket of “deplorables” simply won’t have the means to pay more for these Chinese imports.

Another thing entirely would be for Trumponomics to find mechanisms to hurt US companies that de-localize in Asia. That would translate into serious problems for outsourcing Meccas such as India and the Philippines. Outsourcing in the Philippines, for instance, serves mostly US companies and attracts revenue as crucial to the nation as total Filipino worker remittances from abroad, something like 9 percent of GDP.

It’s quite enlightening in this context to consider what Narayana Murthy – founder of Indian IT major Infosys – told the CNBC TV-18 network; “What is in the best interest of America is for its corporations to succeed, for its corporations to create more jobs… to export more… so I’m very positive.”

Some months ago Nomura Holdings Inc. issued a report titled “Trumping Asia”. No less than 77 percent of respondents expected Trump to brand China a currency manipulator; and 75 percent predicted he will impose tariffs on exports from China, South Korea and Japan.

So no wonder all across Asia the next months will be nerve-wracking. Asia – and not only China – is the factory of the world. Any Trump trade restriction over China will reverberate all across Asia.

Brace for impact: deglobalized Trumponomics vs. Neoliberalism will be a battle for the ages.

Trump président – les risques et les chances

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Trump président – les risques et les chances

 
 
 
 
 
C’est donc arrivé : Hillary n’a pas gagné ! Je dis cela au lieu de dire que «Trump a gagné», parce que je considère cet aspect même plus important que le premier. Pourquoi ? Parce que je n’ai aucune idée de ce que Trump fera ensuite. J’ai cependant une excellente idée de ce que Hillary aurait fait : la guerre avec la Russie. Trump ne la fera très probablement pas. En fait, il l’a dit expressément dans son discours d’acceptation :

"Je veux dire à la communauté mondiale que même si nous mettrons toujours en avant les intérêts de l’Amérique, nous allons traiter équitablement avec tout le monde – tous les peuples et toutes les nations. Nous chercherons un terrain commun, pas l’hostilité ; le partenariat, pas le conflit".

La réponse de Poutine a été immédiate :

"Nous avons entendu ses déclarations alors qu’il était candidat à la présidence, visant le rétablissement des relations entre nos pays. Nous nous rendons compte et nous comprenons que ce ne sera pas une voie facile, compte tenu du niveau de dégradation qu’ont atteint nos relations aujourd’hui, malheureusement. Mais comme je l’ai déjà dit, ce n’est pas notre faute si nos relations avec les États-Unis se trouvent dans cet état.

La Russie est prête et cherche à revenir à des relations pleines et entières avec les États-Unis. Permettez-moi de le dire encore une fois, nous savons que ce ne sera pas facile, mais nous sommes prêts à nous engager sur cette voie, à prendre des mesures de notre côté et à faire tout ce que nous pouvons pour remettre les relations russo-étasuniennes sur une trajectoire de développement stable.

Ce serait bénéfique tant pour les peuples russe qu’américain et aurait un effet positif sur le climat général des affaires internationales, étant donnée la responsabilité particulière que partagent la Russie et les États-Unis pour le maintien de la stabilité et de la sécurité mondiales".

Cet échange est une raison suffisante pour que la planète entière se réjouisse de la défaite de Hillary et de la victoire de Trump.

Trump aura-t-il maintenant le courage, la volonté et l’intelligence de purger l’exécutif étasunien de la cabale néocon qui l’a infiltré depuis des décennies ? Aura-t-il la force d’affronter un Congrès et des médias extrêmement hostiles ? Ou essayera-t-il de les rencontrer à mi-chemin et espérera-t-il naïvement qu’ils n’utiliseront pas leur pouvoir, leur argent et leur influence pour saboter sa présidence ?

Je ne sais pas. Personne ne sait.

L’un des premiers signes à observer sera les noms et les origines des gens qu’il nommera dans sa nouvelle administration. En particulier son chef d’état-major et son secrétaire d’État.

J’ai toujours dit que le choix du moindre mal est moralement faux et pragmatiquement erroné. Je le crois encore. Dans ce cas, cependant, le plus grand mal était la guerre thermonucléaire avec la Russie et le moindre mal pourrait bien se révéler être que l’Empire cède progressivement pour sauver les États-Unis, plutôt que de les sacrifier aux besoins de l’Empire. Dans le cas de Hillary contre Trump, le choix était simple : la guerre ou la paix.

trumpivanka16280638357.jpgTrump peut déjà être crédité d’un immense succès : sa campagne a contraint les médias dominants étasuniens à montrer leur vrai visage – le visage d’une machine de propagande mauvaise, menteuse et moralement corrompue. Par son vote, le peuple américain a récompensé ses médias avec un gigantesque «Allez vous faire foutre !», un vote de défiance et de rejet total, qui détruira à jamais la crédibilité de la machine de propagande de l’Empire.

Je ne suis pas naïf au point de ne pas comprendre que le milliardaire Donald Trump fait aussi partie du 1%, un pur produit de l’oligarchie étasunienne. Mais je ne suis pas non plus si ignorant de l’Histoire pour oublier que les élites se dressent les unes contre les autres, en particulier lorsque leur régime est menacé. Ai-je besoin de rappeler à tout le monde que Poutine est aussi venu des élites soviétiques ?

Idéalement, la prochaine étape serait que Trump et Poutine se rencontrent, avec tous leurs ministres importants, pour une longue semaine de négociations dans le style de Camp David, au cours de laquelle tout, tous les différends en cours, pourrait être mis sur la table et un compromis recherché dans chaque cas. Paradoxalement, cela pourrait être assez facile : la crise en Europe est totalement artificielle, la guerre en Syrie a une solution absolument évidente et l’ordre international peut facilement s’accommoder d’États-Unis qui «traiteraient équitablement avec tout le monde – tous les peuples et toutes les autres nations» et «chercheraient un terrain commun, pas l’hostilité, le partenariat, pas le conflit». La vérité est que les États-Unis et la Russie n’ont pas de raisons objectives de conflit – seulement des problèmes idéologiques résultant directement de l’idéologie insensée de l’impérialisme messianique de ceux qui croient, ou prétendent croire, que les États-Unis sont une «nation indispensable». Ce que le monde veut – ce dont il a besoin – ce sont des États-Unis comme pays normal.

Le pire des cas ? Trump pourrait se révéler une tromperie totale. J’en doute personnellement beaucoup, mais j’admets que c’est possible. Il est plus probable qu’il n’aura pas la clairvoyance et le courage d’écraser les néocons et qu’il essayera de les apaiser. S’il fait comme ça, c’est eux qui l’écraseront. C’est un fait que, tandis que les administrations ont changé tous les 4 ou 8 ans, le régime au pouvoir ne l’a pas fait, et que les politiques intérieure et extérieure des États-Unis ont été étonnamment constantes depuis la fin de la Deuxième Guerre Mondiale. Trump amènera-t-il finalement non seulement une nouvelle administration mais un véritable «changement de régime» ? Je ne sais pas.

Ne vous méprenez pas – même si Trump finit par décevoir ceux qui ont cru en lui, ce qui est arrivé aujourd’hui a porté un coup mortel à l’Empire. Le mouvement Occupy Wall Street n’a pas réussi à réaliser quelque chose de tangible, mais la notion de «gouvernement du 1%» est issue de ce mouvement et elle est restée. C’est un coup direct à la crédibilité et à la légitimité de tout l’ordre socio-politique des États-Unis : loin d’être une démocratie, c’est une ploutocratie/oligarchie, presque tout le monde l’admet plus ou moins aujourd’hui. De même, l’élection de Trump a déjà prouvé que la presse américaine est une prostituée et que la majorité des Américains haïssent leur classe dirigeante. Là encore, c’est un coup direct à la crédibilité et à la légitimité de l’ordre socio-politique tout entier. L’un après l’autre, les mythes fondateurs de l’Empire américain s’écroulent et ce qui reste, c’est un système qui ne peut gouverner que par la force.

Alexandre Soljenitsyne disait que les régimes pouvaient être mesurés sur un spectre allant des régimes dont l’autorité est leur pouvoir, aux régimes dont le pouvoir réside dans leur autorité. Dans le cas des États-Unis, nous pouvons maintenant voir clairement que le régime n’a pas d’autre autorité que son pouvoir et cela le rend à la fois illégitime et non viable.

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Finalement, que les élites étasuniennes puissent l’accepter ou non, l’Empire américain touche à sa fin. Avec Hillary, nous aurions eu un déni du genre Titanic jusqu’au dernier moment, qui pourrait bien être arrivé sous la forme d’un champignon thermonucléaire au-dessus de Washington DC. Trump, cependant, pourrait utiliser ce qui reste de puissance aux États-Unis pour négocier leur retrait mondial dans les meilleures conditions possibles pour son pays. Franchement, je suis quasiment sûr que les dirigeants mondiaux importants comprennent que c’est dans leur intérêt de faire des concessions (raisonnables) à Trump et de travailler avec lui, plutôt que de traiter avec les gens qu’il vient d’évincer du pouvoir.

Si Trump peut tenir ses promesses de campagne, il trouvera des partenaires solides et fiables dans Vladimir Poutine et Xi Jinping.  Ni la Russie, ni la Chine n’ont quoi que ce soit à gagner à une confrontation ou, moins encore, à un conflit avec les États-Unis. Trump aura-t-il la sagesse de le comprendre et d’en faire usage au bénéfice des États-Unis ? Ou continuera-t-il avec sa rhétorique anti-chinoise et anti-iranienne ?

Seul le temps le dira.

Traduit par Diane, vérifié par Wayan, relu par Cath pour le Saker francophone

vendredi, 11 novembre 2016

Patrick Buisson: "Il est temps de refermer le cycle des Lumières"

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"Il est temps de refermer le cycle des Lumières"

Entretien exclusif avec Patrick Buisson

Propos recueillis par Philippe Maxence

Ex: http://www.hommenouveau.fr

Si nous n’avions écouté que les grands médias et ceux qui les répercutent, nous n’aurions pas lu le livre de Patrick Buisson, La Cause du peuple (Perrin). La critique des années Sarkozy et le portrait sur le vif de celui-ci ne nous intéressent pas plus que ceux concernant François Hollande, sinon à titre d’études des symptômes révélant la maladie. Mais, comme souvent, au lieu de regarder ce que désigne le doigt, les médias, dans un réflexe pavlovien se sont arrêtés au doigt lui-même.

En lisant La Cause du peuple, nous avons été au contraire surpris d’y voir d’abord une analyse fondée sur les grands principes de notre civilisation et non simplement sur les dernières transes d’une actualité en mal de sensation. Nous y avons découvert un auteur se décrivant comme un « objecteur de modernité », ce qui, au-delà du bonheur de la formule, semble pointer du doigt la racine même des maux profonds auxquels nous sommes confrontés.

À L’Homme Nouveau, nous essayons de nous imposer une ascèse, généralement mal comprise de nos propres amis. Nous tentons d’étudier les causes des faits plutôt que de réagir impulsivement à ces derniers et d’en dépendre sans cesse. Nous préférons la perspective du temps long au rétrécissement de l’immédiateté et de l’éphémère. Nous voulons souligner les permanences plutôt que le fugitif. En un mot, nous souhaitons tracer des itinéraires de civilisation plutôt que de nous laisser envahir par le culte de l’évanescent. Ce but est à la fois exigeant et implique une forme de pauvreté ascétique dans le travail. Elle vise pourtant à la vraie liberté de l’intelligence, même au regard des réflexes qui guident les personnes et les milieux dont nous sommes proches.

Nous remercions Patrick Buisson pour le temps qu’il nous a accordé, à la fois au moment de notre rencontre, où nous l’avons assailli de nos questions, et lors de la relecture et de la réécriture de cet entretien. Nous aurions souhaité aller encore plus loin, avec lui, notamment sur deux points : sur la nature profonde du système, qui ne se limite pas selon nous aux institutions de la Ve République, mais incarne les objectifs de la modernité et ensuite sur les moyens de refermer définitivement le cycle des Lumières sans être réduits au rôle d’éternels supplétifs de ceux qui finissent toujours par ramasser la mise à leur profit.

Cet entretien unique en son genre sera disponible gratuitement pendant une durée limitée sur notre site (sauf pour nos abonnés) avant d’être proposé à l’achat. Nous demandons à ceux qui le citent de respecter le droit de la presse en ne le reproduisant pas dans son intégralité et en citant clairement les sources, notamment en renvoyant vers le site de L’Homme Nouveau. Nous mettons cet entretien à disposition de tous dans le cadre de la bataille des idées. Mais cela n’enlève rien au fait qu’un vrai travail de presse implique un coût et que pour continuer cette bataille, plus que jamais nécessaire, il est important que tous ceux qui en profitent y participent financièrement. En attendant, bonne lecture !

Philippe Maxence

buisson-1_5707629.jpgN’y a-t-il pas maldonne sur ce qu’est votre livre, présenté généralement comme un livre de vengeance alors qu’il apparaît à sa lecture comme un livre d’idées ou du moins, d’analyse ?

Patrick Buisson : La télé-démocratie a besoin de scandales comme autant de combustibles. Elle fonctionne à l’émotion ou à l’indignation et dans une ingénierie des affects d’où la réflexion est proscrite. La règle d’or des médiagogues, c’est l’hégémonie des sentiments. À partir du moment où vous avez été acteur de la tragi-comédie du pouvoir même en coulisses – je dirai surtout en coulisses car l’ombre agite les fantasmes – cela fait de vous le dépositaire d’un certain nombre de choses plus ou moins secrètes qui suscitent l’intérêt et la curiosité, souvent malsaine d’ailleurs, des médias centraux. Mon livre ne les a intéressés qu’en tant que supposé règlement de comptes envers l’ancien président de la République. Ils l’ont donc investi d’une dimension polémique largement surfaite. Or je n’ai rien rapporté dans ce livre qui ne serve d’illustration à un propos politique, c’est-à-dire à une démarche d’analyse, de réflexion, autour de l’exercice du pouvoir en France et de la déliquescence de l’appareil d’État dans son fonctionnement comme dans son incarnation au plus haut sommet. Il ne me reste plus à espérer que les lecteurs qui auront acheté ce livre pour de mauvaises raisons finissent par le lire pour de bonnes.

Ce qui frappe d’abord dans la lecture de votre ouvrage, c’est votre réflexion sur le pouvoir et la crise des institutions de la Ve République. Est-on arrivé au terme d’un processus ?

La critique que je fais de la présidence de Sarkozy vaut pour celle de Hollande. Le principe fondateur de la Ve République a été de rompre avec cette volonté d’abstraction qui remonte à la révolution de 1789, et de renouer avec une tradition plus longue, plus ancienne et plus profondément enracinée, selon laquelle en France, pays latin de culture chrétienne, le pouvoir suprême s’exerce non par délégation, mais par incarnation. Ce que Marcel Gauchet résume excellemment quand il décrit ledit pouvoir comme un « concentré de religion à visage humain ». Or aussi bien Sarkozy que Hollande n’auront eu de cesse de s’inscrire par leurs actes dans une logique d’abaissement et de trivialisation de la fonction présidentielle. L’un au nom de la « modernité », l’autre au nom de la « normalité » ont conclu à l’impérieuse nécessité d’une sécularisation du pouvoir, au dépouillement de son armature symbolique, protocolaire et rituelle. Ils ont, pour reprendre la terminologie de la théologie politique venue du Moyen Âge, dépouillé le corps mystique du roi tout en profanant son corps physique. Nul plus que les deux derniers titulaires de la charge n’auront sapé les fondements de la fonction présidentielle en transposant au sommet de l’État le processus d’individuation et d’infantilisation qui affecte la société française. Avec eux c’est l’esprit de 68 qui a investi l’Élysée : désormais c’est l’individu qui l’emporte sur la fonction et qui à travers un jubilé permanent de sa propre personne, se montre moins préoccupé de l’intérêt général que de « jouir sans entraves ».

N’est-ce pas la légitimité du pouvoir qui se trouve dès lors remise en cause ?

Si et en profondeur. L’idée que l’autorité politique ne constitue pas un dominium, un droit de propriété rapporté à un individu mais un ministerium, c’est-à-dire un office exercé au nom de tous est au cœur de la pensée occidentale. Elle est au cœur de la doctrine de la chrétienté médiévale récapitulée par saint Thomas d’Aquin quand celui-ci stipule que « le bien commun est toujours plus divin que le bien de l’individu ». Et l’Aquinate d’ajouter : « Le pouvoir est un sacrifice, seul le service rendu fonde la légitimité ». À l’aune de ce critère, les présidences de Sarkozy et de Hollande livrées à la toute-jouissance du pouvoir, se trouvent frappées d’illégitimité et comme telles n’ont eu le droit ni au respect ni à l’obéissance des Français. L’erreur profonde de nos dirigeants est de croire que la proximité et non la grandeur est source de popularité. Aujourd’hui le souci du politique est de gommer tout ce qui le distingue du commun. En premier lieu l’altitudo qui, chez les anciens monarques, désignait à la fois l’élévation et la profondeur. Autrement dit, leur but est de s’offrir non plus en exemple ou en modèle comme le faisaient autrefois les hommes d’État mais en support.

La dégradation de la fonction présidentielle ne serait à vous lire que la transposition au sommet de l’État d’une évolution en profondeur, le passage, dites-vous, de la société gouvernée à la société gouvernante…

En effet : dans une société où ni la force de caractère ni la force d’âme ne sont plus portées au crédit de ceux qui en font montre, mais assimilées aux vertus les plus archaïques, le politique se croit tenu de s’abaisser pour s’humaniser et de s’étaler pour se signaler. Il se fait une obligation de montrer sa faiblesse pour tenter de remuer le cœur des foules sentimentales. Le pouvoir, faute d’une autorité qui le légitime, est devenu pour reprendre la formule d’Hannah Arendt, un « pouvoir qui ne vaut rien », un lieu vide, sans tête, de moins en moins incarné mais de plus en plus narcissique. En dernière analyse, c’est la postmodernité qui a eu raison de la fonction présidentielle comme elle a emporté tous les « grands signifiants despotiques » de l’autorité. Soit ce vaste processus qui vise à délégitimer, décrédibiliser et finalement destituer tout rapport à la transcendance et à l’immatériel. Le défi de l’homme postmoderne est de vouloir affronter le monde sans la protection du roi, du prêtre, du soldat et autres figures à l’ombre tutélaire desquelles les générations précédentes s’étaient, durant des siècles, abritées. De Giscard à Hollande en passant par Sarkozy, la crise de la fonction présidentielle n’aura eu en définitive qu’une seule origine : le refus des présidents successifs d’incarner la place du sacré dans la société.

Charles-de-Gaulle-president-de-la-Republique-francaise_large.jpgAu-delà des défaillances des personnes, le système partisan n’a-t-il pas également une part de responsabilité ?

En faisant ratifier par les Français le principe de l’élection du président de la République au suffrage universel, De Gaulle a voulu parachever l’œuvre qui consistait à conjurer le spectre du régime des partis. Depuis, la partitocratie n’a eu de cesse que de chercher à récupérer à son profit le monopole du processus de sélection des candidats à la magistrature suprême. Elle y est si bien parvenue qu’elle a surtout apporté la preuve éclatante de son inaptitude profonde à sélectionner des hommes capables de se hisser à la hauteur de la charge. Les candidats à la primaire de la droite sont tous, à une exception près, des produits de l’endogamie partisane. De ce mode de reproduction des pseudo-élites ne peut sortir qu’un personnel estampillé d’un même brevet de conformité à l’idéologie dominante, gouverné par l’anthropologie dérisoire de l’économisme qui prétend réduire les hommes à la seule poursuite de leur intérêt, dépourvu de toute vision autre que l’horizon indépassable de la matière et des chiffres. Et pour finir aussi inaccessible à la dimension symbolique du pouvoir qu’imperméable au legs de la tradition et de l’histoire nationale. Pour reconstituer le corps politique du chef de l’État, lui redonner la faculté d’incarner la communauté et opérer à travers sa personne la symbiose entre la nation et la fonction, il faut mettre fin à ce que Jacques Julliard appelle la « mise en propriété privée des moyens de gouvernement » que le système des partis a réalisée à son profit.

Pour en revenir au contresens volontaire des médias au sujet de votre livre, n’est-ce pas révélateur aussi d’un rapport au temps qui nous place d’emblée dans l’accélération permanente, créant de facto cette dictature de l’éphémère qui exclut inévitablement la question des idées ?

Cette accélération permanente, cette tyrannie de l’immédiat et de l’éphémère, ce bougisme invertébré et décervelé que vous évoquez n’est pas seulement la maladie de Parkinson de la sphère médiatique où se recrutent en priorité les agités du global. Ces pathologies ont gagné la politique. C’est ainsi que Sarkozy aura été l’inventeur et le promoteur d’une téléprésidence instantanée. Il y a eu d’emblée quelque chose de circulaire entre la frénésie épiphanique d’un président cathodique et l’insatiable voyeurisme des chaînes d’information continue. La question que pose la politique aujourd’hui n’est plus « que faire ? » mais « que dire ? ». Pour l’actuelle classe dirigeante, l’urgence de dire dispense, en quelque sorte, de l’obligation de faire. L’administration des choses et le gouvernement des hommes ont cédé la place à un exercice de narratologie. Le laboratoire en aura été l’Amérique du début des années soixante où la construction du mythe Kennedy a donné naissance à ce qu’il convient d’appeler le storytelling. Soit l’élaboration d’un grand récit médiatique destiné à créer au bénéfice des dirigeants politiques une identité narrative qui recouvre leur identité réelle. Au terme de l’opération, le faux doit apparaître plus vrai que le vrai. L’importance ainsi accordée à la fabrication de cet artéfact rend compte du fait que la communication et ses techniques a peu à peu supplanté la politique.

En a-t-on mesuré toutes les conséquences ?

Les Français en ont, en tout cas, perçu quelques-uns des effets pervers à travers les deux derniers présidents qui en ont fait un usage inconsidéré. En fait, ce qui apparaît de plus en plus, c’est que bien communiquer et bien gouverner sont deux exercices totalement antinomiques. Communiquer c’est chercher à séduire, gouverner c’est privilégier le bien commun au risque de déplaire et d’être impopulaire. Communiquer c’est établir le primat des apparences, gouverner c’est prendre à bras-le-corps le réel. Communiquer c’est obéir au temps court de la tyrannie médiatique ; gouverner c’est s’inscrire dans la durée et le temps long de l’histoire. Communiquer c’est produire de l’émotion, gouverner c’est développer une réflexion qui embraye sur l’action.

Vous avez été conseiller politique d’un candidat puis d’un président de la République. Pensiez-vous alors que le système était réformable de l’intérieur et qu’il valait la peine de le tenter ?

Je n’ai jamais nourri l’idée chimérique de vouloir réformer le système de l’intérieur. Je pensai et je pense toujours que la politique, c’est d’abord l’art de gérer les symboles. En période de crise, ces rétributions symboliques sont d’autant plus importantes qu’un certain nombre d’engagements programmatiques deviennent difficiles voire impossibles à tenir. Face à l’offensive massive de dénigrement du passé national, il m’est apparu très vite que je pouvais contribuer à la nécessaire œuvre de réarmement en faisant en sorte que le président puisse proposer aux Français des sujets de fierté légitime, des pages et des figures héroïques tirés de ce qu’il est convenu d’appeler, depuis Michelet, le « roman national ». J’ai tenté de convaincre Nicolas Sarkozy de l’urgence qu’il y avait, pour reprendre la formule de Victor Hugo, à faire la « guerre aux démolisseurs », c’est-à-dire à nous défendre contre toutes les entreprises de dissolution de la sociabilité nationale. Et à préserver ce prodigieux capital immatériel que représentent une mémoire profonde, des mœurs communes, un imaginaire historique. Je n’ai pas toujours été suivi. On a préféré Guy Môquet à Honoré d’Estienne d’Orves, Camus à Péguy.

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Vous l’avez été au moins sur la reconnaissance publique par le candidat puis par le chef de l’État des racines chrétiennes de la France. Ce que son prédécesseur s’était obstinément refusé à faire…

C’est sans doute la raison pour laquelle, je n’éprouve pas avec le recul le sentiment d’un complet gâchis, d’une expérience humainement coûteuse et politiquement inutile. Jamais un président de la République française n’aura aussi pleinement assumé l’héritage chrétien de la France, un héritage de civilisation et de culture. Dans la basilique du Latran comme au Puy-en-Velay en passant par la Lorraine à Domrémy et Vaucouleurs pour le 600e anniversaire de la naissance de Jeanne d’Arc. Peu importe la part d’insincérité et de calcul électoral qui entra alors dans le propos présidentiel. L’essentiel est bien que ces paroles aient été prononcées et que même en partie à son insu le sixième président de la Ve République ait renoué avec la Gesta Dei per Francos, la geste de Dieu pour les Francs. Plus que la célébration du catholicisme comme composante majeure de l’identité nationale et en tant que culte « historial » de la France, le grand mérite, peut-être le seul, de Sarkozy, aura été de comprendre que l’étymologie du mot « religion » – religare et relegere, c’est-à-dire relier et rassembler – définissait l’essence même du politique. Ce fut le sens du discours du Latran sur la « laïcité positive » et de la redécouverte du fait que la religion n’était pas une affaire purement privée qui fondait le rapport de l’individu à l’au-delà mais ce qui reliait les individus entre eux, un élément important et même comme le pensait Tocqueville, le fondement du lien social. Bref, qu’il y avait là une ressource de socialité immédiatement disponible là où l’intégrisme laïque échouait à produire du sens et du partage faute d’être adossé à une espérance. Il est d’ailleurs paradoxal que certains aillent chercher dans les religions séculières un modèle de sociabilité alors que l’Église a été à travers l’histoire et singulièrement celle de la France la grande pourvoyeuse de lien social quand notre modernité technologique ne sait fabriquer qu’une socialité de synthèse, des relations humaines aussi virtuelles qu’artificielles dont facebook et twitter sont les paradigmes les plus en vogue.

À vous entendre, la déchristianisation de la France aurait eu des conséquences politiques ?

C’est l’évidence même. Le retrait du sacré n’est pas qu’une malédiction spirituelle. Il est aussi synonyme de déréliction sociale. On pense au mot d’Heidegger : « L’homme dépourvu de transcendance erre sans but sur la terre dévastée ». De techno-parade en rave-party, d’Halloween en marches blanches : autant d’ersatz rituels qui tous consacrent la perte de sens dans les deux acceptions du terme ; à la fois perte de signification et absence d’orientation. On pense aussi à ce mot de Nietzsche à propos de celui qu’il appelle « le dernier homme », l’homme qui a « inventé le bonheur » : « Malheur ! Viendra le temps où aucun homme ne saura plus enfanter une étoile ! C’est le temps du plus méprisable qui ne sait plus se mépriser lui-même ».

Vous appelez de vos vœux ce que vous nommez une « politique de civilisation ». Quelle place le christianisme peut-il tenir dans celle-ci ?

Le phénomène de déchristianisation propre à notre modernité et au développement du mythe du progrès n’a été rien d’autre, à bien l’examiner, qu’un christianisme inversé. Il a correspondu à ce moment de l’histoire – la sécularisation – où les grands thèmes théologiques ont été non pas abandonnés mais retranscrits sous une forme profane. De ce point de vue, il est parfaitement exact de dire que capitalisme et communisme qui se disputent le monopole de l’idéologie du progrès depuis le XIXe siècle, relèvent d’idées chrétiennes ramenées sur terre, de ces « idées chrétiennes devenues folles » dont parlait Chesterton. D’un côté, la prédestination protestante. De l’autre, le déterminisme marxiste. D’une part, l’obéissance à la volonté divine jusqu’à la négation de la liberté humaine. D’autre part, l’amour de l’homme jusqu’à la mort de Dieu. La ruine de ces deux idéologies à la fois rivales et jumelles laisse le champ libre à une politique de l’espérance. Le grand mystère chrétien laïcisé, désormais libéré de ces derniers avatars, se trouve disponible pour une autre incarnation, une autre aventure. Régis Debray notait que le fait majeur de la fin du XXe siècle aura été « la fin de la politique comme religion et le retour de la religion comme politique ». C’est vrai pour l’islam et nous ne le savons que trop. En France comme dans les pays qui formaient jadis la chrétienté, un État théologico-politique n’est nullement souhaitable. Mais nous disposons en revanche d’un patrimoine historique et spirituel dont peuvent renaître les déterminants directs de l’établissement. En d’autres termes, une politique de civilisation répondant à la volonté, de plus en plus manifeste, du peuple français, de retrouver en partage un monde commun de valeurs, de signes et de symboles qui ne demande qu’à resurgir à la faveur des épreuves présentes et des épreuves à venir.

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Vous citez dans l’épilogue de votre ouvrage cette phrase de Péguy : « Il faut que France, il faut que chrétienté continue ». Est-ce pour vous un programme politique ?

Métapolitique plutôt que politique. Par chrétienté Péguy entendait non pas tant une adhésion confessionnelle que cette amitié supérieure, cet assemblage unique au monde qui lie les Français entre eux, une fraternité authentique qui a façonné notre sociabilité nationale. L’invocation incantatoire et répétitive par la classe dirigeante des « valeurs républicaines » depuis que la vague terroriste s’est abattue sur la France, a eu au moins pour vertu de réveiller des pans entiers de la mémoire nationale. Lorsque François Hollande s’écrie « tuer un prêtre, c’est profaner la République » au lendemain de la décapitation du Père Hamel dans l’église de Saint-Étienne du Rouvray, au-delà d’une tentative dérisoire pour sacraliser la République – on ne peut profaner que ce qui est sacré – il profère un mensonge historique puisqu’aussi bien chacun sait que la République s’est fondée sur la persécution, la déportation et le massacre des prêtres. Plus que d’être restaurée, la République a besoin d’être réorientée et de retrouver son cours plus originel que l’absolu commencement qu’elle prétend être. Car ses « valeurs », qu’on le veuille ou non, procèdent d’une inspiration chrétienne, dénaturée et dévoyée certes, mais essentiellement chrétienne. On oublie trop aisément la dernière partie de sa devise initiale : « Liberté, égalité, fraternité ou la mort ». L’Évangile, par opposition, inaugure une fraternité vraie parce que gratuite, ni une fraternité d’extermination (« Sois mon frère où je te tue »), ni une fraternité d’inversion (« Sois mon frère et que je t’utilise »). On n’y est pas frère contre, on y est frère avec. C’est ce trésor inestimable que nous avons reçu en dépôt et qu’il nous faut maintenant défendre contre des mystiques venues d’ailleurs. Des mystiques qui sont la négation de notre esprit, de notre manière d’être et de vivre.

Vous dites que la réponse ne viendra pas de la politique ordinaire, mais d’une réforme intellectuelle et morale qui finira par surgir. En voyez-vous les prémisses ?

L’économiste américain Hirschman oppose les périodes où prédominent les intérêts à celles où excellent les valeurs. Au lendemain la présidence Sarkozy qui est apparue aux yeux de beaucoup comme la consécration d’une droite strictement identifiée à l’argent, d’une droite qui, au fil de l’histoire, avait subi une reductio ad pecuniam, une inflexion singulière s’est produite avec « La Manif pour tous ». Au-delà d’une protestation contre une réforme sociétale, ce mouvement s’est distingué par une profonde remise en cause de notre société exclusivement marchande et matérialiste. Ce qui était visé à travers la dénonciation du « mariage » homosexuel, c’était la complémentarité dialectique du capitalisme consumériste et du progressisme hédoniste. Ce fut d’abord et contre toute attente une insurrection contre le nouveau Mammon libéral-libertaire dont la loi Taubira n’aura été que l’un des multiples produits dérivés. Le fait politique majeur est là : pour la première fois depuis des lustres, une droite a défilé pour affirmer le primat du sacré sur le marché en se réappropriant la garde de l’être contre la société de l’avoir.

Ce n’est pas le cas de la droite de gouvernement qui, à en croire le débat des primaires, est sur une tout autre ligne que celle-là. Vous êtes très sévère avec cette droite que vous qualifiez de « droite situationnelle ».

La méprise dure depuis plus de deux siècles. Il ne suffit pas d’être classé à droite pour être de droite. C’est ce qui est arrivé au libéralisme qui n’était pourtant que l’une des déclinaisons de la philosophie des Lumières. On assiste, aujourd’hui, à un repositionnement des idéologies sur le spectre politique. Un temps fixé à droite, le libéralisme retourne à sa source originelle au terme de la trajectoire inverse de celle qu’il avait empruntée entre le XVIIIe et le XXe siècle. Longtemps, on a voulu distinguer comme pour le cholestérol entre un bon libéralisme (le libéralisme économique) et un mauvais (le libéralisme culturel ou sociétal). Ce distinguo n’a plus été possible dès lors que la financiarisation de l’économie a mis en évidence l’unité philosophique du libéralisme à travers ces deux faces complémentaires qui conduisent, dans une totalité dialectique, à étendre la logique de la marchandise à la sphère non marchande des activités humaines.

lequilibre-et-lharmonie-gustave-thibon.jpgGustave Thibon auquel vous avez consacré un film, met en évidence dans Diagnostics l’artificialité des notions de droite et de gauche dont il dit qu’elles « mutilent l’homme ». Quelle analyse portez-vous à la fois sur les propos de Thibon et sur la permanence malgré tout d’un système reposant sur le couple droite-gauche ?

Le diagnostic de Thibon porte sur la droite attachée à l’argent-chiffre, à l’argent-signe. Celle qui n’a jamais été, à travers l’histoire, autre chose qu’une force de conservation des privilèges des classes dominantes. Cette droite-là est, par définition, incapable de comprendre qu’avec l’avènement de l’économisme comme réenchantement du monde, quelque chose d’humain a pris fin selon le beau mot de Pasolini. Le fait marquant de ces dernières années réside dans l’apparition, au sein de ce qu’il est convenu d’appeler la droite, d’un mouvement antimoderne récusant le présupposé du libéralisme qui fait de la société une collection d’individus n’obéissant qu’aux lois mécaniques de la rationalité et de la poursuite de leur seul intérêt. Ce mouvement est en train de renouer, dans une fidélité inventive aux racines d’une droite plus originelle, avec l’idée qu’une société ne peut reposer exclusivement sur le contrat c’est-à-dire sur le calcul, mais sur l’adhésion à un projet qui fait d’elle une communauté. Le cycle ouvert par les Lumières est en train de se refermer. Nous ne sommes qu’à l’aurore d’une nouvelle ère et nous voudrions déjà cueillir les fruits de la maturité. En fait, nous ne supportons pas l’idée que ces grandes questions de civilisation ne reçoivent pas de réponse dans la temporalité qui est celle de nos vies humaines. Toutes les raisons d’espérer sont pourtant réunies. À commencer par celle qu’exposait le vers fameux d’Hölderlin : « Là où croît le péril, croît aussi ce qui sauve ».

Patrick Buisson, La cause du peuple, Perrin, 464 p., 21,90 €.

jeudi, 10 novembre 2016

Une nouvelle révolution atlantique?

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Une nouvelle révolution atlantique?

Ex: http://cerclenonconforme.hautetfort.com

La victoire de Trump s'inscrit dans une dynamique d'ensemble de l'Occident que nous allons tenter de décrypter.

Les « révolutions atlantiques »

A la suite de Jacques Godechot auteur de La Grande Nation en 1956, de Robert R. Palmer avec The Age of Democratic Revolution en 1959 et 1964 puis des Atlantic Studies s'affirme le concept de « révolutions atlantiques ». Il s'agit d'une approche globale des mouvements d'idées et des révolutions de la deuxième moitié du XVIIIeme siècle qui permet d'appréhender les bouleversements aux Amériques et en Europe comme un phénomène commun.

En effet, outre les Lumières, véritable phénomène européen qui s'exporte aux Etats-Unis notamment via Jefferson (ambassadeur en France sous Louis XVI), le monde occidental subit de nombreux bouleversements autour de 1780/1790. Les deux principales révolutions, américaine (1774-1783) et française (1789-1799) auxquelles on peut ajouter celle des Caraïbes dès 1791 puis d'autres révolutions, inachevées, en Belgique (1786-1791) ou en Pologne (1791-1794) ou même l'échec aux Provinces-Unies de la révolte contre le Stadhouter (1783 – 1787).

Aux Etats-Unis et en France, les deux révolutions ont une certaine proximité. Elles mobilisent toutes les deux une symbolique et des préoccupations issues de l'Antiquité gréco-romaine comme l'affirmation du citoyen, idéal du propriétaire terrien (1) qui doit être un soldat et un acteur de la vie publique. Toutes deux excluent les femmes de la citoyenneté. Le député montagnard Amar proclamera même devant la Convention le 30 octobre 1793 : « En général, les femmes sont peu capables de conceptions sérieuses. [...] Nous croyons donc qu'une femme ne doit pas sortir de sa famille pour s'immiscer dans les affaires du gouvernement. ». Plus tard, Bonaparte, dans le Code Civil, placera le père au centre du foyer et les femmes seront considérées comme mineures. Les Noirs aux Etats-Unis et les étrangers en France, terre d'invention de la « nation », sont aussi exclus de la citoyenneté.

Si, dans le monde protestant, les révolutions sont plutôt lockienne (de John Locke) ou hobbesienne (de Hobbes) et centrées sur les libertés individuelles, en France celle-ci sera plutôt rousseauiste et centrée sur les libertés collectives. De là le fédéralisme d'un côté et le jacobinisme de l'autre.

On le comprend, depuis les Grandes Découvertes initiées par les Portugais puis par les Espagnols, l'Europe a basculé vers l'Atlantique et cette « mer occidentale » est le théâtre sur lequel s'est joué une partie de notre histoire comme l'atteste l'exemple des « révolutions atlantiques ».

Du 9 novembre au 9 novembre

Le 9 novembre 1989, les habitants de Berlin-est font une brèche puis franchissent le mur de Berlin. C'est alors un vent de liberté qui souffle en Occident et, avec la fin de l'URSS en 1991, c'est la fin du bloc de l'est et du communisme dont il subsiste toutefois quelques scories comme en Corée du Nord ou quelques nostalgies comme en Russie. Fukuyama publie en 1992 La fin de l'histoire ou le dernier homme. L'idée d'un monde en paix, unifié et uniformisé par le libre-échange sous le regard paternaliste des Etats-Unis fait alors son chemin.

Oui mais voilà, la mondialisation heureuse est en réalité depuis 25 ans un cauchemar qui n'a profité qu'aux 1% les plus riches et à une caste d'oligarques et d'apparatchiks qui a su s'entendre avec ces 1%. Le reste ? Ils n'ont plus que la consommation et la société du spectacle pour seul horizon. Endettement, chômage, délocalisation, précarisation, violence, communautarisme, terrorisme, sans oublier le basculement vers le Pacifique, le quotidien des sociétés occidentales s'est profondément dégradé depuis 1991 et l'influence des puissances occidentales a progressivement diminué. Le chaos multiethnique sous fond d'économies arasées par la finance et les pays asiatiques.

A l'international, si quelques puissances émergentes tirent leur épingle du jeu c'est au détriment des conditions de travail, de l'environnement ou des populations autochtones comme les nombreuses populations amérindiennes menacées en Amérique du sud ou les minorités ethno-confessionnelles décimées au Moyen-orient (Chrétiens, Yezidis). Les conflits pour les ressources n'ont fait que s'accroître pour nourrir la bête de la consommation et enrichir quelques privilégiés occasionnant des guerres à répétition en particulier au Moyen-Orient mais aussi en Afrique. Aujourd'hui, la mer de Chine est un territoire explosif du fait des prétentions chinoises.

L'idéologie mondialiste s'est diffusée partout via les médias, le cinéma et la terreur politique : aux Etats-Unis, un propos jugé offensif peut vous valoir une diffusion publique sur Youtube par un.e cinglé.e qui prétend défendre les « minorités » ethniques et sexuelles. Le politiquement correct est omniprésent, les grosses entreprises pratiquent la discrimination positive, vous pouvez être traqué chez vous ou sur votre lieu de travail si vous refusez l'utopie multiculturelle de la mondialisation heureuse.

Voila ce que le peuple des Etats-Unis a envoyé valser le 9 novembre 2016.

Une nouvelle révolution atlantique ?

Après la constitution du groupe de Visegrad, la victoire volée au FPÖ en Autriche, les hauts scores du Front National, le Brexit, voilà que les Etats-Unis portent Trump à la plus haute fonction sur un programme assez clair : rendre l'Amérique grande à nouveau. Comment ? Et bien en s'attaquant à la finance, à l'immigration illégale ou au terrorisme islamiste. Le fera-t-il ? Difficile à dire. Mais ce n'est pas important, comme au XVIIIème siècle, car malgré les différences évidentes entre l'Europe et l'Amérique, l'Occident bat en rythme autour des mêmes préoccupations. Cocus de la mondialisation, menacés dans leur identité, les classes moyennes et populaires blanches, pour la plupart, ont entamé un processus de reprise en main du pouvoir, de rejet de l'oligarchie, de la défense de leurs pays d'un même pas. Le FPÖ, le FN, le Brexit ou Trump sont autant un symptôme qu'un baromètre, à l'instar de ce que fut le « printemps-arabe » dans l'ère civilisationnelle arabo-islamique.

Si Christophe Guilluy parlait de « France périphérique », on pourrait désormais parler « d'Occident périphérique » tant les cartes électorales se ressemblent. Les grandes métropoles multiethniques et les territoires gagnants de la mondialisation soutiennent systématiquement les candidats du Système (Vienne, Paris, Londres, New-York, Los Angeles, etc...) là où les territoires des périphéries et des marges voient leur électorat soutenir massivement les candidats « anti-Système » ou anti-establishment. Même un milliardaire comme Trump car il représente le capitalisme entrepreneurial national et non le capitalisme financier international. Si ce phénomène était isolé à la seule France, on pourrait en tirer des conclusions nationales, mais aujourd'hui, ce n'est plus possible. La victoire de Trump, c'est la victoire des « petits blancs » de l'Amérique oubliée. La victoire de ceux qui en ont marre de subir la culpabilisation en plus du déclassement et de la criminalité.

Dans les années 60 les Occidentaux battaient en rythme autour de la libération des mœurs, du rock n' roll ou des revendications politiques contre la guerre du Vietnam, désormais ils ont des inquiétudes en lien avec les différentes formes d’insécurités : économique, sociale, culturelle ou identitaire. N'en déplaise aux anti-occidentalistes et aux anti-américains primaires, l'Occident fonctionne comme un organisme. Aujourd'hui c'est un organisme qui se défend. La victoire de Trump est donc bien plus significative pour nous que la main mise de Poutine sur la Russie. Pourquoi ? Car Poutine est dans la tradition russe de l'impérialisme tsariste d'origine eurasiatique là où Trump porte une contestation de la mondialisation dans son cœur, les Etats-Unis. La Russie a une histoire très différente de l'Occident sur le plan politique et son rythme lui est propre. L'Angleterre, les Etats-Unis ou la France sont des piliers de la civilisation occidentale (telle que déterminée par Huntington). La victoire de Trump valide donc au moins symboliquement nos orientations récentes sur la Russie et l'Occident.

L'imprévu dans l'histoire ?

Dominique Venner était un passionné de l'histoire des Etats-Unis et il avait bien vu qu'il existait deux Amériques. Mais peut-on pour autant affirmer que l'imprévu dans l'histoire vient de l'élection de Trump ?

Le développement du numérique a beaucoup contribué à ce phénomène, au même titre que l'imprimerie avait pu favoriser le développement de la Réforme au XVIeme siècle qui était un mouvement d'émancipation de Rome assez classique chez les populations germano-nordiques. Perçu comme un moyen de connecter l'humanité, internet a au contraire accentué le phénomène de tribalisation en regroupant les utilisateurs par groupes d'intérêts. Les mouvements patriotes, identitaires et populistes ont su tirer profit d'internet qui permet de contourner la presse officielle, acquise à la mondialisation, par le biais des medias de réinformation. L'imprévu dans l'histoire porte peut-être un nom : Julian Assange. Les révélations de Wikileaks ont grandement aidé Trump, bien qu'évidemment aucun média traditionnel n'en ait parlé. Cela vient en tout cas appuyer une idée que j'ai depuis longtemps et qui déplaira à une partie de notre lectorat, les hackers sont plus utiles que des bataillons de militants impuissants. La victoire de Trump scellera par exemple probablement le sort du TAFTA, ce que n'aurait permis aucun collage d'affiche et aucune manifestation.

La victoire de Trump illustre un phénomène assez récurent : l'homme qui porte les aspirations de son époque et bénéficie des nouvelles méthodes de communication. Même si cela pourra paraître caricatural, reconnaissons que l'excommunication de Luther ne l'a jamais empêché d'impulser la Réforme, car il pouvait s'appuyer sur la création de l'imprimerie dans des territoires qui lui étaient favorables. De la même façon, les mandats d'arrêts contre Julian Assange n'ont pas pu empêcher l’œuvre de Wikileaks. La « nouvelle opinion publique occidentale » est désormais une réalité et elle a peut-être conquis la première puissance mondiale. Il ne s'agit pas ici de voir Trump comme le héraut d'une révolution quelconque, mais d'analyser le phénomène comme un événement de l'histoire immédiate dans le temps long historique.

Une question se pose désormais : la France sera-t-elle à la hauteur de son histoire dès 2017 ?

Jean / C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

Relire notre article : Trump sans l'aimer ?

Notes :

1 Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen, article 2 : « le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l'homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l'oppression. »

Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen, article 17 : « la propriété étant un droit inviolable et sacré, nul ne peut en être privé [...]»

mercredi, 09 novembre 2016

Progressive Foreign Policy Fails Again

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Progressive Foreign Policy Fails Again

impech.jpgWhat happened in Libya and Syria is simply a manifestation of a very dangerous mindset known as progressivism.  Progressivism amounts to a blind faith that government force can improve any given situation.  It is usually associated with domestic policy but progressivism also operates in foreign policy. Progressives ignore costs and consequences.  Progressives plunge into situations they do not understand, heedless of the consequences.  When progressives fail, they invariably attribute the failure to not using enough government force.  Thus, Obama, explaining his failure in Libya, stated, “I think we underestimated... the need to come in full force.”[1]

Thus, it is not merely Obama and Clinton who need to be held responsible.  Their underlying ideology also needs to be called to account.  We need to impeach progressivism too lest that dangerous ideology leads us into an endless series of future foreign policy disasters as it has already led us into 100 years filled with them. 

It is important to understand that a callous disregard of consequences is intrinsic to progressivism,[2] whether applied to domestic or foreign policy. One consequence of foreign intervention which the progressives utterly ignore is blowback in the form of terrorist attacks in direct retaliation against the intervention.  It is probably a Freudian slip that those who supported overthrowing Gaddafi and Assad were oblivious to the consequences as these men had few ties to terrorism in recent years.  However, if all that was said about them was true, then they should have been concerned about such retaliation.  There is no similar excuse concerning ISIS, however.  And true to form, ISIS has delivered, in Paris, in the skies of Egypt and in San Bernardino and Orlando.  As of November of 2015, ISIS had engaged in over 1500 terrorist attacks.[3]

Another consequence of war that is rarely discussed in advance is the legal risk of engaging in war.  When a state is attacked, it has the legal right to respond and defend itself.[4]  Such a response may include attacking any military facility in the attacking state. Obviously, any such attacks in modern war run the risk of civilian casualties.  Since this is rarely if ever mentioned by politicians, they apparently expect us to simply put all of this out of our minds.

What is truly revolting is this.  Obama and Clinton, who are protected by heavy security, have launched the United States into wars against parties likely to retaliate against innocent and vulnerable civilians, when the perpetrators of these illegal wars are utterly incapable of stopping such attacks or protecting such civilians.  The only legal remedy for such moral depravity is impeachment. 

Although foreign progressivism is a species of the same genus as domestic progressivism, it is important to understand that foreign progressivism is even worse.  Foreign progressive intervention has several features that differ from the domestic variety.  First, progressives know even less about foreign lands than they do about their own country where they still make huge policy blunders.  They are particularly unaware of the age-old conflicts among racial, ethnic and religious groups. They bring with them a Western-style assumption, rooted in archism, that national borders are rational, just and sacrosanct.  Thus, they are blind to the fact that the state boundaries in most parts of the world are unjust, arbitrary and usually imposed by imperial powers after violent conquest.  Of course, as progressives (and archists), the notion that states need to be broken up into smaller parts that would allow the various warring tribes and groups to run their own nations, is loathsome to them.  Centralization is a primary progressive value.  So, for example, after the U. S. conquest of the artificial state of Iraq, they insisted on its continued integrity.  It was thus predictable that the Shiite majority would control the entire state after elections and impose its will on the minority Sunnis and Kurds, leading to the inevitable civil war.  Hillary Clinton, who voted for the Iraq War, was herself blissfully unaware of this inevitability.

progrostrow.jpgSecond, people in foreign lands have never approved in any way the progressives’ intervention into their own country.  Third, that being the case, while domestic intervention has a number of tools at its disposal, foreign intervention has only one primary tool, war.  War involves killing people and destroying property.  Not only does this directly engender resistance and retaliation but it also strips away the protective coating of propaganda that usually cloaks state action.  For example, since most people comply with tax laws, the state only rarely has to use actual force to collect them.  Thus, the violent nature of taxation is hidden underneath the usual avalanche of birth-to-death progressive propaganda.  For example, it is based on voluntary compliance; it is the citizens’ duty, and it’s all good because it was democratically approved.  While all these rationalizations are nonsense, it is not easy to cut through the propaganda when the audience spent twelve years in a government school being brainwashed.  In sharp contrast, when a bomb blows up an apartment building and kills thirty people, the facts are plain and the ability of propaganda to make people think that black is white, is minimal.  Naturally, they tend to react, resist and retaliate.

To sum up, progressivism fails in foreign policy for a number of important reasons.  First, the progressives are pervasively ignorant about the countries they are invading and conquering.  Second, such intervention fails to deal with the underlying causes of problems, usually being related to the preexisting culture and character of a people or the arbitrary borders into which disparate ethnic, racial and religious groups have been consigned.  Third, such intervention sparks resistance and retaliation among the victims. Finally, such intervention usually results in unforeseen and unintended bad consequences.

Thus, the lesson of this book is not just that Obama and Clinton blundered by intervening into Libya and Syria but that, once again, progressives applied their utopian theory beyond the borders of the United States with the usual disastrous consequences.

Notes:

[1] T. Friedman, “Obama on the World,” nytimes.com, Aug. 8, 2014 (emphasis added); Progressivism: A Primer, supra at 21, et seq.

[2] And archism as well.

[3] M. Keneally & J. Diehm, “Sobering Chart Shows ISIS Is the Terror Group With Most Mass Killings Since 2000,” abcnews.go.com, Nov 16, 2015.

[4] See, United Nations Charter, Article 51.

James Ostrowski is a trial and appellate lawyer in Buffalo, NY. He is CEO of Libertymovement.org and author of several books including Progressivism: A Primer on the Idea Destroying America. See his website.

Le chaos s’éclaircit: voici pourquoi les USA utilisent l’ISIS pour conquérir l’Eurasie

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Le chaos s’éclaircit: voici pourquoi les USA utilisent l’ISIS pour conquérir l’Eurasie

 
omme tout document exceptionnel, le texte qu’Arrêt sur Info reproduit ci-dessous, rédigé en 2014, demeure d’actualité.

L’auteur développe là une analyse unique en son genre, comparant les pratiques de premières frappes préventives des USA et de leurs associés à celles des guerres de course menées par les corsaires et les pirates… il y a seulement quelques siècles. Il y aborde notamment les risques d’une troisième guerre mondiale, le Pape, ISIS, les Baptistes, l’Ukraine, la question kurde…


mort-1c26a45.pngAu XVIe siècle, les pirates et les corsaires semaient la terreur sur les mers

Les corsaires étaient des particuliers (souvent des armateurs), qui engageaient des capitaines habiles dans la navigation, pour poursuivre leurs propres intérêts, en collaboration avec les intérêts politiques d’une puissance, qui leur fournissait, justement, une « lettre de course ». Cette lettre les habilitait à attaquer et à piller les vaisseaux d’autres puissances, sous certaines conditions (en général une guerre).

Les activités des pirates et celles des corsaires étaient pratiquement les mêmes. Seules changeaient les couvertures politiques officielles. Certains corsaires finissaient leur carrière comme pirates, parfois pendus par les mêmes gouvernements qui les avaient engagés.

De fait, les corsaires pouvaient se permettre de faire les choses qu’un État considérait comme politiquement ou économiquement imprudent de faire lui-même.

Les Compagnies commerciales constituaient une variante à bien plus grande échelle, et bien plus organisée. Elles étaient dotées de privilèges, comme la célèbre Compagnie anglaise des Indes orientales, qui, quoique totalement privée (la Couronne anglaise ne possédait pas même une action des Compagnies anglaises), jouissait du nihil obstat [1] [l’autorisation donnée par l’autorité compétente, NdT] pour conduire des guerres et des activités de gouvernement.

« Corsaires » et pirates ont suscité les fantaisies romantiques et libertaires de générations de gens qui, par contre, fronçaient le nez devant les entreprises de leurs mandants.

Aujourd’hui, l’histoire se répète, en pire

Depuis plus de 30 ans, les groupes armés des soi-disant fondamentalistes islamiques constituent une forme encore plus perverse de ces grandes compagnies d’aventuriers, au service de l’Empire étatsunien. Les bases de cette alliance-service furent jetées pendant la Première Guerre mondiale par des gens comme St. John Philby [2] et Gertrude Bell [3], brillants agents anglais parfaitement préparés, qui travaillaient en contact étroit avec les princes saoudiens.

On a vu cette alliance à l’œuvre en Afghanistan dans les années 80, sous la savante conduite criminelle de Zbigniew Brzezinski [4], puis en Bosnie, au Kosovo, en Tchétchénie, en Libye, en Syrie et maintenant en Irak. Il est vraisemblable que son bras long s’étendra jusqu’en Inde, via le Pakistan, et jusqu’au Xinjiang ouighour, en Chine.

L’ISIS, c’est-à-dire l’État Islamique de l’Irak et du Levant (Syrie), est la forme la plus sophistiquée de cette stratégie corsaire. Plus encore qu’Israël [5], l’ISIS est la quadrature du cercle : un État-non-État qui, étant par définition une entité terroriste, a le « droit » d’être en dehors de quelque légalité que ce soit. Les USA ont raison, de leur point de vue, de l’appeler « organisation terroriste » : le soutien politique direct, le soutien organisationnel via l’Arabie saoudite, et, justement, cette définition elle-même, constituent la « lettre de course » que la Superpuissance leur fournit. En d’autres termes, ils ont le droit-devoir d’être des terroristes.

Exactement comme c’était le cas des corsaires jadis, sous le déguisement de « combattants de la liberté » (anti-Assad), ils ont suscité les fantaisies romantiques d’humanistes ingénus (parfois, hélas, ils sont même tombés dans la mortelle toile d’araignée) et de soi-disant internationalistes, dont Jupiter avait décidé la perte. Nous pouvons supposer qu’à présent ils se sentent un peu perdus. Nous, au contraire, nous commençons à voir plus clairement les contours d’un dessin assez précis.

La stratégie des premières attaques, analogue à celle des corsaires avec leurs Guerres de course

Dans les années 80 déjà, la Rand Corporation [6] avait « prévu » que les guerres futures seraient un mixte de conflits stellaires et de conflits prémodernes menés par des entités infra-étatiques. Prévision aisée à faire, puisque la Rand faisait partie du complexe qui était en train de préparer ce scénario.

Cette stratégie s’appuie sur une parfaite logique. En fait, les « guerres des étoiles », menées jusqu’à leurs dernières conséquences, ne peuvent que se transformer en conflits nucléaires. Par contre, la guerre de course, par l’intermédiaire d’entités infra-étatiques, conduite par les USA, après les premiers coups « orthodoxes » portés par l’engeance des Bush et Clinton, a permis à la Superpuissance de lancer cette série de premières attaques (first strikes), qui auraient été très risqués, et donc impossibles, sous forme de guerres orthodoxes entre États, même si la nouvelle attitude nucléaire (New Nuclear Posture [7]) élaborée par les néo-cons sous Bush Jr. ne les excluait pas.

La débandade initiale des rivaux stratégiques démontre qu’il y avait là un coup de génie, évidemment criminel. On a même l’impression que ces rivaux préfèrent courir le risque de guerres terroristes infra-étatiques plutôt que celui d’un conflit ouvert avec un adversaire sans scrupules, et de plus en plus agressif, parce que de plus en plus en difficulté. Une difficulté toutefois relative, que nous chercherons à préciser.

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Un État-non-État à l’abri de son drapeau noir de pirate

Qu’y a-t-il de mieux pour les USA que d’installer dans le centre névralgique de l’Eurasie (déjà objet des cauchemars et des désirs du conseiller de Carter pour la sécurité, le « prophétique » Zbigniew Brzezinski) un État-non- État, un État-zombie, un être-non-être, une organisation territoriale qui, à l’abri de son drapeau noir de pirate, peut menacer d’actions effroyables tous les États voisins, depuis la Syrie, la Russie, l’Iran, la Chine, les républiques centre-asiatiques, puis, tout au long du corridor qui, à travers du Pakistan, pénètre en Inde et qui, à travers le Xinjiang ouighour, prend la Chine à revers ? Difficile d’imaginer meilleure arme non conventionnelle. Très difficile. C’est un terrible pieu planté au beau milieu de l’Organisation de coopération de Shanghaï.

Mais ce n’est pas tout : même l’Europe peut être menacée (cela n’a-t-il pas déjà été fait ?). Cela peut être utile, si elle se montrait trop récalcitrante face au projet néo-impérialiste états-unien, avec des annexes et des connexions du type du criminel Traité transatlantique de libre-échange (TTIP).

La difficulté où se trouveraient, disions-nous, les USA, ne réside pas dans un éventuel déclin inexorable du pays, selon on ne sait quelles lois géopolitiques ou économiques. En réalité, la difficulté réside dans le système capitaliste même, qui est aujourd’hui encore centré sur les USA, ce qu’on ne peut contester que si l’on pense que le système capitaliste est mesurable en termes de profits, Produit intérieur brut, échanges commerciaux et réserves de devises. Cela compte aussi, mais pas uniquement, parce que le système capitaliste est un système de pouvoir.

De plus, les puissances émergentes ont émergé, pour ainsi dire, « en retard » (il ne pouvait en être autrement), c’est-à-dire que les capacités destructrices militaires, industrielles, écologiques et financières mondiales ont déjà été massivement hypothéquées par un État-continent appelé États-Unis d’Amérique et par ses vassaux. Il est vrai que nous, pays capitalistes occidentaux à capitalisme mûr, ne comptons que pour 1/7e de la population mondiale, mais c’est justement ce qui donne l’inquiétante mesure du problème, puisque nous comptons immensément plus pour ce qui est de la capacité destructrice.

Une totale absence de scrupules

Le réalisateur Oliver Stone et l’historien Peter Kuznick ont fait remarquer, avec beaucoup d’acuité, qu’avec Hiroshima et Nagasaki, les USA ne voulaient pas seulement démontrer qu’ils étaient surpuissants, mais aussi (ce qui encore plus préoccupant) qu’ils n’auraient aucun scrupule dans la défense de leurs intérêts propres : ils étaient prêts à réduire massivement en cendres hommes, femmes et enfants.

Les populations libyennes, syriennes et irakiennes, martyrisées par les corsaires fondamentalistes, sont l’effroyable démonstration de cette absence de scrupules : ces épisodes de génocides par étapes sont accomplis en lieu et place de l’unique extermination nucléaire, jugée trop risquée. Dans ce sens précis, l’ISIS est utilisée comme une arme de destruction massive échelonnée.

En Occident, cette stratégie reste incompréhensible pour la plupart des gens

Il est vrai qu’elle est complexe, parce qu’elle se fonde sur un jeu complexe d’intérêts différenciés, depuis des intérêts purement idéologiques jusqu’à des intérêts purement maffieux. Cela n’en reste pas moins surprenant, parce que, outre que cette stratégie est désormais claire dans ses objectifs (évidemment parce que les USA eux-mêmes les ont éclaircis), elle est, comme on l’a vu, la réédition d’une stratégie connue et bien connue.

Sa perception pouvait être confuse pendant le conflit afghan des années 80. Il pouvait alors être difficile de comprendre la connexion entre choc des cultures, invasion soviétique et naissance de la guérilla islamiste, soutenue et organisée par les USA. Pourtant, certains chercheurs, en petit nombre, il est vrai, et traités comme des excentriques, avaient déjà fait remarquer les connexions entre crise systémique, reaganomics [8], financiarisation, conflits géopolitiques, et la reprise d’initiative néo-impériale des USA après la défaite au Vietnam (combien de fois a-t-on présenté les USA comme fichus !). Je veux parler des chercheurs regroupés dans l’école du « système-monde ».

Il est en tout cas curieux qu’une gauche aussi déterminée dans les années 60 et 70 à lutter pour la défense du prosoviétique Vietnam se soit retrouvée, très peu d’années après, à faire des clins d’œil aux fondamentalistes soutenus par les USA contre une Union soviétique maintenant considérée comme l’Empire à détruire à tout prix.

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Les ex-militants de gauche sont devenus des supporters de la nouvelle politique impériale

Avec les Tours jumelles, début de la Troisième Guerre Mondiale par zones dont parle même aujourd’hui le Pape (a-t-il vraiment fallu 13 ans au Vatican pour le comprendre ?), la dérive totale de la gauche était pré-annoncée par un spectaculaire chant du cygne : les énormes manifestations contre les guerres de Bush Jr. et les politiques néo-libérales globalisées. On était sur la bonne voie, car c’étaient là exactement les deux aspects complémentaires du mariage entre argent et pouvoir, mis à nu par la crise systémique. Et pourtant, il a suffi de l’approfondissement de cette crise et de son irruption dans les centres capitalistes occidentaux, puis de l’élection sanctifiée de Barack Hussein Obama, pour faire dérailler tout raisonnement : et des centaines de milliers d’ex-militants ont été transformés en supporters actifs, passifs ou inconscients de la nouvelle politique impériale. Ce n’est pas une exagération : il suffit de comparer les 3 millions de personnes dans la rue à Rome en 2003 contre la guerre contre l’Irak et les 300 (trois cents !) personnes dans la rue à Rome en 2011 contre la guerre contre la Libye.

Mais le pire, c’est que ce n’est pas le résultat d’un programme de conditionnement sophistiqué ! C’est le succès des stratégies de communication introduites en leur temps par le Nazi Goebbels, redistribuées à travers les vieux et les nouveaux médias, avec une variante décisive : non seulement des mensonges gros comme des maisons répétés partout à l’unisson et par tous les médias, mais, en plus, assaisonnés avec les termes et les concepts qui plaisent le plus à la gauche. Si lancer des bombes fait froncer le nez, il suffit de dire qu’elles sont intelligentes ou même humanitaires, voire qu’elles constituent tout bonnement des aides humanitaires.

L’Empire parle alors un langage d’un registre étendu, depuis le registre réactionnaire, jusqu’au registre du progrès technique, social et politique. Ce n’est pas vraiment une nouveauté, mais sa cible est une société en voie de désarticulation, à cause de la crise toujours plus féroce, abandonnée et même trahie par les intellectuels et les politiciens auxquels elle s’était confiée, et où, hélas, même dans les quelques bastions de résistance qui restent, les effets mutagènes du langage impérial exercent leurs ravages.

Comme le commenta alors [2011] une vignette d’Altan [Dessinateur humoriste italien, NdT], il y a un truc, cela se voit parfaitement, mais tout le monde s’en fiche. Les raisons devraient en être étudiées de façon beaucoup plus approfondie que dans les rapides propositions qui précèdent, pour comprendre comment on peut sortir de ces limbes suspendus au-dessus du gouffre.

De toute façon, la « guerre contre le terrorisme » n’a abattu aucun terrorisme, parce qu’il n’y avait aucun terrorisme à abattre. En revanche, elle a détruit des États, d’abord l’Afghanistan, puis l’Irak.

Entre temps, le terrorisme est entré en sommeil, et n’est réapparu que pour donner quelques nécessaires preuves de vie, à Madrid et Londres, au cœur de l’Europe. En réalité, il était en phase de réorganisation, dans le sens où on était en train de le réorganiser pour les nouveaux théâtres d’opérations, peut-être, au début, pas encore très clairs dans l’esprit des stratèges états-uniens parce que, dans les crises systémiques, même celui qui génère et utilise le chaos en ressent les conséquences.

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La gauche a déployé une stupéfiante capacité à ne rien comprendre

Avec Obama, les objectifs et la stratégie s’éclaircissent progressivement. Une fois la nouvelle armée corsaire réorganisée et montée en puissance, éclate la nouvelle offensive, moyennant deux préludes : le discours d’Obama à l’Université du Caire en 2009 et les « printemps arabes » commencés l’année suivante.

Dans les deux cas, la gauche a déployé une stupéfiante capacité à ne rien comprendre. Ayant désormais complètement séparé l’anticapitalisme de l’antiimpérialisme, la plus grande partie du « peuple de gauche » s’est laissé envelopper dans la mélasse du couple « bonnes intentions-droits humanitaires » [… ], élevant n’importe quel bla-bla au rang de concept, puis de Verbe. Il suffit qu’Obama parle, et on s’écrie en chœur : que c’est beau ! Quelle différence entre Obama et ce belliciste antimusulman de Bush ! Vous avez entendu ce qu’il a dit au Caire ?

Pas le plus léger soupçon que l’Empire est en train d’exposer sa nouvelle doctrine d’alliance avec l’Islam politique (alliance qui a son centre logistique, financier et organisationnel en Arabie saoudite, le partisan le plus fidèle et le plus ancien des USA au Moyen-Orient).

C’est encore pire avec les « printemps arabes »

Même alors que les bombardements sur la Libye ont commencé, la gauche n’a pas le bon sens de réviser son enthousiasme pour ces « révoltes ». Paradigmatique fut le démentiel et déplaisant appel de Rossana Rossanda [9] à s’enrôler dans les rangs des égorgeurs de Benghazi (dont le chef venait directement de Guantanamo, avec couverture de l’Otan), « comme les antifascistes l’avaient fait en Espagne ». Cet appel était le signe de la corruption aristotélicienne, non pas d’un cerveau de vieillard, mais de plusieurs générations de rêveurs ayant grandi sous le ciel de l’empire américain, naturel comme le firmament, et invisible comme le temps, donc non perceptible. Sous cette coupole étoilée et globalisée, le capitalisme devenait non plus un rapport social vivant dans une société et des lieux géographiques matériels, mais un simple concept qui s’opposait à un autre concept, celui du capital à celui du travail. Rien de moins matérialiste depuis les temps des discussions sur le sexe des anges.

Désaccoupler le capitalisme de l’impérialisme c’est comme prétendre dissocier l’hydrogène de l’oxygène, tout en voulant en même temps conserver l’eau. Pour un chrétien, c’est comme dissocier le Christ du Saint-Esprit : il en reste quelque chose, qui hésite entre l’érudition livresque et les bons sentiments instinctifs, livré comme une proie à tout démon fourbe et déterminé.

On est arrivé au point qu’un chef d’état-major étatsunien, le général Wesley Clark, révèle que la Libye et la Syrie étaient déjà en 2001 sur une liste d’objectifs sélectionné par le Pentagone, et que de soi-disant marxistes continuent, tranquillement, à croire à des « révoltes populaires », ces révoltes populaires qu’eux-mêmes n’ont pas été et ne sont pas capables de susciter dans leur propre pays. Bref, ce sont là les effets de crises d’abstinence.

Le Mouvement 5 étoiles et Sinistra Ecologia Libertà, apportent un peu de lucidité en Italie

Mais ce sont là désormais des détails résiduels, qui concernent des résidus historiques, privés de valeur politique. Ils servent tout au plus à illustrer le bien plus grave phénomène de toute une gauche confrontée à la Troisième Guerre Mondiale, et qui y arrive dans un état d’impréparation totale, sur les plans théorique, politique et idéologique. Elle est plus désarmée que le « peuple de droite », et souvent se range ouvertement dans le camp des bellicistes.

Ah ! Pasolini, comme tu avais raison de tonner contre les « irresponsables intellectuels de gauche » ! Jusqu’où sommes-nous arrivés !

Il n’y a qu’un petit rayon dans cet été si nuageux. On ne peut qu’être d’accord avec le Mouvement 5 étoiles [10] et le Sinistra Ecologia Libertà [11] sur leur opposition à l’envoi d’armes aux Kurdes (d’ailleurs à quels Kurdes ?). Divers raisonnements s’unissent ici, comme l’indécence d’exporter des armes et l’inutilité de la chose pour résoudre le conflit. Mais la vraie inutilité et l’indécence résident dans le fait que ce conflit est un jeu à somme nulle, dans lequel se trouveront prises des milliers de personnes, à 90 % des civils, comme c’est le cas dans tous les conflits modernes, et comme nous en avertissent des organisations comme Emergency.

Les preuves de ces forfaitures sont là, il suffit de les regarder

Le sénateur John McCain, en apparence franc-tireur, mais en réalité agent plénipotentiaire de la politique de chaos terroriste d’Obama, s’est mis d’accord aussi bien avec les leaders du Gouvernement régional kurde en Irak qu’avec le Calife de l’ISIS, Abu Bakr al- Baghdadi, ex Abu Du’a, ex Ibrahim al-Badri, un des cinq terroristes les plus recherchés par les USA, avec une récompense de 10 millions de dollars.

Il y a des témoignages et des preuves photographiques. Et c’est sur ces photos que se fonde la dénonciation devant l’autorité judiciaire, présentée par leurs familles, du sénateur McCain comme complice de l’enlèvement au Liban, par l’ISIS, de plusieurs personnes.

De même que Mussolini avait besoin d’un millier de morts à jeter sur la table des négociations de paix, les USA, l’ISIS et les dirigeants kurdo-irakiens ont besoin de quelques milliers de morts (civils) à jeter sur la scène de la tragédie moyen-orientale, afin de mener à bien la tripartition de l’Irak et le vol de zones du nord-est de la Syrie (ce qui est le contraire d’une union contre les terroristes de la Syrie et des USA, comme l’écrivent des voyous frivoles dont la plume est vendue au régime). Le tout au bénéfice du réalisme du spectacle.

[…]

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En 1979, Zbigniew Brzezinski avait compris et écrit que le futur problème des USA était l’Eurasie et qu’il fallait donc la balkaniser, en particulier la Russie et la Chine.

Au début du siècle passé, en pleine hégémonie mondiale de l’Empire britannique, le géographe anglais Halford Mackinder [12] écrivait « Qui contrôle l’est de l’Europe commande le Heartland, qui contrôle le Heartland commande l’Ile-Monde, qui contrôle L’Ile-Monde commande le monde ».

Les infatigables déambulations de McCain entre Ukraine et Moyen-Orient ne sont donc pas un hasard. La pensée dominante est toujours la même. Ce qui a changé, c’est que les USA ont compris qu’il n’est pas nécessaire que ce soit ses propres troupes qui fassent tout le sale boulot.

Piotr | 25 Août 2014

[1] Nihil obstat est une locution latine signifiant proprement « rien ne s’oppose ».

[2] Harry St. John Bridger Philby (né le 3 avril 1885 à Badulla, Ceylan – mort le 30 septembre 1960 à Beyrouth, Liban), également connu sous les noms de Jack Philby ou Sheikh Abdullah (الشيخ عبدالله), fut espion britannique, explorateur, écrivain, et ornithologue (wikipedia, français).

[3] Gertrude Margaret Lowthian Bell, née le 14 juillet 1868 à Washington Hall dans le comté de Durham en Angleterre et décédée le 12 juillet 1926 à Bagdad, était une femme de lettres, analyste politique, archéologue, alpiniste, espionne et fonctionnaire britannique (wikipedia, français).

[4] Zbigniew Kazimierz Brzeziński (né le 28 mars 1928 à Varsovie en Pologne) est un politologue américain d’origine polonaise. Il a été conseiller à la sécurité nationale du Président des États-Unis Jimmy Carter, de 1977 à 1981 (wikipedia, français). Il est l’auteur du fameux livre Le grand échiquier (les-crises.fr, français).

[5] Étant formellement un État internationalement reconnu, Israël doit se soumettre à la légalité internationale, même s’il ne le fait pratiquement jamais (il se prévaut de larges dérogations), et il a une organisation politico-institutionnelle complexe (mais celle-ci compte de moins en moins, comme chez nous [en Europe, NdT]).

[6] La RAND Corporation, fondée en 1945, est une institution américaine à but non lucratif qui a pour objectif d’améliorer la politique et le processus décisionnel par la recherche et l’analyse (wikipedia, français).

[7] A New Nuclear Posture (armscontrol.org, anglais, 05-2010)

[8] Le terme de Reaganomics, mot-valise de « Reagan » et « economics » se réfère aux politiques en matière d’économie du président américain Ronald Reagan. Ses quatre piliers furent d’augmenter les dépenses du gouvernement, notamment militaires, de réduire les impôts sur le revenu du travail et du capital, de réduire la régulation, et de contrôler l’argent utilisé pour réduire l’inflation (wikipedia, français).

[9] Rossana Rossanda (Pola, aujourd’hui en Croatie, 23 avril 1924), est une journaliste et une femme politique italienne, dirigeante du Parti communiste italien dans les années 1950 et 1960 (wikipedia, français).

[10] Le Mouvement 5 étoiles (en italien, Movimento 5 Stelle ou Cinque Stelle, M5S) est un mouvement politique italien qui se qualifie d’« association libre de citoyens » (wikipedia, français).

[11] Gauche, écologie et liberté, un des petits partis à gauche de la gauche (wikipedia, français).

[12] Halford John Mackinder (15 février 1861 – 6 mars 1947) est un géographe et géopoliticien britannique. D’après sa théorie du Heartland, on observerait ainsi la planète comme une totalité sur laquelle se distinguerait d’une « île mondiale », Heartland (pour 2/12e de la Terre, composée des continents eurasiatique et africain), des « îles périphériques », les Outlyings Islands (pour 1/12e, l’Amérique, l’Australie), au sein d’un « océan mondial » (pour 9/12e). Il estime que pour dominer le monde, il faut tenir ce heartland, principalement la plaine s’étendant de l’Europe centrale à la Sibérie occidentale, qui rayonne sur la mer Méditerranée, le Moyen-Orient, l’Asie du Sud et la Chine (wikipedia, français).

Note du traducteur : Nous avons supprimé deux courts passages concernant la politique intérieure italienne, qui nous paraissent trop spécifiques pour le public francophone. Nous les avons signalés par la mention […].

Original : Perché gli USA usano l’ISIS per conquistare l’Eurasia

Traduit par Rosa Llorens 

Source:https://blogs.mediapart.fr/danyves/blog/030914/le-chaos-s... 

dimanche, 06 novembre 2016

Mondialisme, globalisme, multiculturalisme: analyse en profondeur de trois armes de déconstruction massive

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Mondialisme, globalisme, multiculturalisme: analyse en profondeur de trois armes de déconstruction massive

Dominique Baettig
Médecin, Ancien Conseiller national
Ex: http://www.lesobservateurs.ch

S’il est un ouvrage récent qu’il faut lire, quand on veut s’appuyer sur la « droite des valeurs » et sa juste voie de révolution conservatrice, c’est bien « Le multiculturalisme comme religion politique » du québécois Mathieu Bock-Côté (Editions du Cerf, 2016). Passionnant, convaincant, un travail complet de déconstruction de l’idéologie utopique de la révolution permanente, de « l’adaptation permanente aux exigences de la modernité ». La lutte historique des classes ayant montré ses limites pour faire avancer la Révolution mondiale, les régimes mis en place dans la ligne soviétique ayant furieusement tendance à réactiver des valeurs honnies comme la hiérarchie, le sens de l’Etat, la voie nationale, l’héroïsme de la lutte, l’esprit de sacrifice, la « nouvelle  gauche » soixante-huitarde a franchi une nouvelle étape du démontage vers une société fluide. Atomisée, autoritairement démunie de toute norme, différence, mémoire, enracinement, Etat-Nation, valeur spirituelle, religion, concepts qu’elle appelle « fascisme » par commodité, simplicité  de diabolisation.

Et cette lutte est totale, totalitaire, avec une police vigilante de la pensée qui traque tous ceux qui auraient la velléité de faire référence au Mal absolu et ses stéréotypes : nation, culture, hiérarchie, différence/ complémentarité des sexes, rituels religieux,  existence de Dieu, différence des générations, mémoire historique, souveraineté, démocratie de majorité, bon sens commun. La gauche s’étant ralliée à la Loi du Marché libéral  et à la social-démocratie, alors que la droite économique applique les valeurs hédonistes et de relativisation culturelle, sur fonds de globalisation de l’Economie, il ne reste plus que la surenchère maximaliste de déconstruction des valeurs pour concurrencer la gauche moraliste et la droite du pouvoir économique et financier. On y est. Les partis « libéraux » cèdent complètement sur les valeurs de bon sens pour laisser se déconstruire la cellule familiale, le mariage hétérosexuel, l’identité menacée par les flux migratoires incontrôlables, l’Etat social protecteur qui édicte des règles, des normes, met en place des digues régulatrices pour tempérer la concurrence sauvage et déloyale. Le démontage de la prospérité sociale par imposition de migrants, sur le modèle de l’inclusion (renoncement au principe de la vraie intégration/assimilation),  la judiciarisation de la vie politique avec menaces de faire condamner toute critique. Le conservatisme, critique raisonnable du mythe du progrès permanent est appelé phobie maladive, préjugé, repli frileux sur soi, homophobie, racisme, populisme, machisme, autoritarisme comme l’Ecole de Francfort caractérise la civilisation européenne chrétienne et gréco-romaine.

Ce modèle dominateur n’est pas démocratique, il ne compare pas son projet avec des alternatives, il s’impose comme le Bien, au service d’un « empire humanitaire universel »supérieur, sur le modèle des droits humains, à la démocratie et la gouvernance politique souveraine. Et condamne ses ennemis, les psychiatrise (la personnalité autoritaire, la paranoïa des critiques « complotistes », le pervers narcissique machiste qui ose se défendre contre des accusations), les ringardise, les rééduque comme dans la bonne société soviétique de l’URSS.

L’égalitarisme absolu, la judiciarisation du politique, la gouvernance morale ombrageuse d’en haut, la globalisation de la gouvernance (qui s’appuie sur le mythe du réchauffement climatique alors que l’écologie est une attitude éthique et responsable) est un rouleau compresseur qui s’accélère lorsque la résistance apparaît. Il faut en faire plus, intervenir militairement et humanitairement contre les vestiges autoritaires du passé, condamner plus, activer les flux migratoires, amplifier la stratégie du chaos et de la gouvernance mondiale. Activer la nouvelle démocratie égalitariste diversitaire, la  méfiance de soi, la repentance, la diabolisation du passé et de la mémoire. Ce livre est éclairant et il va jusqu’au noyau de la pensée totalitaire subversive. Il n’y manque que la réponse à la question : dans un monde sans frontières, sans identité, où l’humain est mis à nu, dépossédé de soi, sans valeurs d’enracinement et de vrai respect des différences, apparemment sans hiérarchie visible (tu seras condamné si tu t’opposes ou même ose y penser !) qui est aux commandes et qui  profite de cette machinerie totalitaire ?

Dominique Baettig, médecin, ancien Conseiller national, 3.11.2016

vendredi, 04 novembre 2016

Der Dollar als Leitwährung - Ein unverschämtes Privileg

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Der Dollar als Leitwährung
Ein unverschämtes Privileg
 
von Thomas Fuster 
Ex: http://www.nzz.ch
 
Seit Jahrzehnten kommt dem Dollar die Rolle einer internationalen Leitwährung zu. Für die USA hat dies handfeste Vorteile. Ist ein Ende des Privilegs absehbar?

Dank der weltweiten Akzeptanz des Dollars können sich die USA zu günstigeren Konditionen verschulden.

Wer auch immer das Rennen um das Weisse Haus für sich entscheiden wird: Sie – oder er – wird sich von anderen Staatschefs zumindest in einem Punkt abheben können: Nur in den USA wacht der Präsident über ein Land, deren Heimwährung zugleich die internationale Leitwährung ist. Diese Besonderheit bringt Vorteile, die im Ausland oft für Irritationen und Verärgerung sorgen. Eher undiplomatisch formulierte diesen Unmut in den 1960er Jahren der damalige französische Finanzminister Valéry Giscard d'Estaing: Er attestierte Amerika ein «exorbitantes Privileg».

Grösste Flagge im Wind

Wie exorbitant ist dieses Privileg tatsächlich? Allein mit Statistiken lässt sich die Frage kaum beantworten. Denn eine Währung ist ein nationales Symbol, ähnlich einer Flagge. Und wenn eine einzelne Flagge auf weit grösserem Tuch im Wind flattert als alle anderen, nagt dies am Selbstbewusstsein der übrigen Fahnenträger. In Debatten zur Rolle des Dollars ist denn auch oft von Hegemonie oder monetärem Imperialismus die Rede. Es fallen Begriffe, die eher wenig mit Ökonomie zu tun haben. Dünnhäutig agieren dabei vor allem jene, die mit ihrer Währung ebenfalls ins Scheinwerferlicht drängen, etwa die Machthaber Chinas.

Kurz, der Neid auf den Dollar ist gross – und dessen Dominanz ebenso. Laut der Bank für Internationalen Zahlungsausgleich (BIZ) ist die amerikanische Währung an 88% aller Devisentransaktionen beteiligt. Für den Euro gilt dies nur bei 31%, und der chinesische Renminbi liegt mit 4% lediglich auf dem achten Platz der am häufigsten gehandelten Währungen. Auch bei den Devisenreserven ist die Sachlage klar: 63% aller beim Internationalen Währungsfonds gemeldeten Devisenreserven lauten auf Dollar, nur 20% auf Euro. Das globale Finanzsystem dreht sich vor allem um den Greenback.

Subventionierter Lebensstil

Für Amerikas Regierung hat diese Dominanz handfeste Vorzüge: Sie kann sich zu tieferen Zinssätzen verschulden, da ihre Schuldpapiere weltweit von Notenbanken zu Reservezwecken gehalten werden. Weil der Emittent der Leitwährung allein kraft seiner Grösse als sicher empfunden wird, tätigen auch andere Investoren einen Grossteil ihrer Anlagen im Dollar. Entsprechend liquid ist Amerikas Kapitalmarkt. Dies drückt die Renditen zusätzlich und erlaubt es den USA, zu günstigeren Kosten ein höheres Handelsbilanzdefizit finanzieren zu können als andere Staaten. Damit subventioniert das Ausland indirekt die Zwillingsdefizite (Handel und Haushalt) der USA und deren schuldenfinanzierten Lebensstil, so der oft artikulierte Groll ausserhalb Amerikas.

Doch subventioniert wird nicht nur der Staat. Gleiches gilt für Amerikas Unternehmen. Ihnen bleiben teure Absicherungsgeschäfte erspart, da ein Grossteil des Handels und die meisten Rohstoffe (etwa Erdöl) ohnehin in Dollar fakturiert werden. Währungsschwankungen spielen für sie daher eine weit geringere Rolle als für ausländische Konkurrenten, was einen Wettbewerbsvorteil begründet. Auch geht mit dem Privileg, im Herkunftsort der Leitwährung zu operieren, ein gewisser Versicherungsschutz gegen finanzielle Schocks einher: Selbst nach Krisen, die von den USA ausgehen – etwa der Kollaps von Lehman Brothers im Herbst 2008 – fliesst erfahrungsgemäss weiterhin viel Geld in den Dollar, da es den Investoren schlicht an ähnlich liquiden Alternativen mangelt.

Kein Ende absehbar

Nicht zu unterschätzen ist auch der pekuniäre Vorteil eines höheren Gewinns aus der Geldschöpfung (Seigniorage); gemeint ist damit die Differenz zwischen den Produktionskosten und dem Nennwert einer Geldeinheit. So kostet es die USA laut Fed derzeit nur 14,3 Cents, um eine 100-Dollar-Note zu drucken. Andere Länder müssen hingegen Güter oder Dienstleistungen im Wert von 100 Dollar anbieten, um einen solchen Geldschein zu erhalten. Da von einer Leitwährung naturgemäss auch im Ausland grosse Mengen zirkulieren, fällt dieser einmalige Gewinn entsprechend grösser aus. So schätzt das Fed, dass derzeit die Hälfte bis zwei Drittel aller im Umlauf sich befindlichen Dollar im Ausland gehalten werden.

Ist ein baldiges Ende des Dollar-Privilegs absehbar? Eher nicht. Zwar wird die Weltwirtschaft mit dem Aufstieg von Schwellenländern wie China oder Indien immer multipolarer – ein Trend, der anhalten dürfte. Dennoch sind keine Währungen erkennbar, die dem Dollar die Führungsposition in absehbarer Zukunft streitig machen könnten. Am ehesten in Frage kämen der Euro und Renminbi. Doch der amerikanische Ökonom Barry Eichengreen bringt in seinem Buch «Exorbitant Privilege» die Nachteile dieser zwei Rivalen in knappen Worten auf den Punkt: Der Euro ist eine Währung ohne Staat – und der Renminbi eine Währung mit zu viel Staat.

Bonus des Amtsinhabers

Was heisst das? Gerät der Euro-Raum in eine Krise, existiert keine handlungsfähige Regierung, die Gegensteuer geben kann. Das beschämende Hickhack nationaler Regierungen seit Ausbruch der Euro-Krise zeigt dies deutlich. Dem Vertrauen in Europas Einheitswährung war dies wenig förderlich. Chinas Regime hingegen beharrt auf einem Zuviel an Handlungskompetenz und pocht auf Kapitalverkehrskontrollen. Man tut sich schwer damit, den heimischen Finanzmarkt für ausländische Akteure vollständig zu öffnen. Die zwei zentralen Voraussetzungen für eine Leitwährung – Vertrauen in die Stabilität des Währungsraums und Existenz eines reifen Kapitalmarkts mit frei konvertierbarer Währung – erfüllen daher weder der Euro noch der Renminbi.

Wie bei politischen Wahlen kommt dem Dollar der Bonus des «Amtsinhabers» zugute. Es ist also für den Dollar bei der Verteidigung seines internationalen Führungsanspruchs von gewichtigem Vorteil, die Führung bereits beanspruchen zu können. Dies deshalb, weil es sich für Exporteure oder Anleger meist lohnt, dieselbe Währung zu nutzen wie andere Exporteure oder Anleger. Dieser Netzwerkeffekt, der den Status quo stärkt, ist vergleichbar mit dem Nebeneinander konkurrierender Computerprogramme. Wer sicher sein will, dass sein per Email verschicktes Dokument vom Empfänger problemlos gelesen werden kann, tut gut daran, das am Markt führende Programm zu benutzen. Nicht anders ist es mit dem Dollar – er bleibt die wichtigste Software der Weltwirtschaft.

 

mercredi, 02 novembre 2016

Presseschau - November 2016

 

mardi, 01 novembre 2016

Un « pivot américain vers l'Asie » de plus en plus problématique

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Un « pivot américain vers l'Asie » de plus en plus problématique

par Jean-Paul Baquiast

Ex: http://www.europesolidaire.eu

Obama avait annoncé à grand bruit en 2009 le déplacement vers l'Asie du sud est et de la mer de Chine d'une partie des forces américaines stationnées en Europe et menaçant la Russie. L'objectif annoncé était officiellement de contenir une expansion militaire chinoise dans cette zone, expansion supposée mettre en danger les Etats de la région. Il s'agissait d'une opération appelée “pivot to Asia”.
 

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Dans la suite, les Etats-Unis avaient obtenu l'accord de la plupart de ces Etats pour notamment conduire des manœuvres aéronavales communes. Il s'agissait en premier lieu des Philippines, du Japon, de l'Australie et de la Malaisie.

Aujourd'hui, la spectaculaire visite d'Etat à Pékin du président philippin Rodrigo Duterte, faisant suite à diverses déclarations de ce dernier annonçant qu'il se séparera désormais des Etats-Unis et établira une nouvelle « relation spéciale » avec la Chine semble marquer le début de la fin du « pivot américain. vers l'Asie.

Mais Obama est confronté à d'autres défections. La Thaïlande, alliée jusqu'ici docile des Etats-Unis, a décidé de se procurer des sous-marins chinois. De son côté le premier ministre malais Najib Razak cherche le soutien officiel de Pékin, notamment face aux allégations de corruption formulées par Washington à son égard. De même le premier ministre japonais Shinzo Abe vient d'annoncer qu'il mettrait désormais un terme aux conflits diplomatiques avec la Chine, faisant suite à la guerre russo-japonaise de la seconde guerre mondiale, notamment à propos des iles Kurile.

Enfin, l'Australie, alliée fidèle entre les fidèles, refuse désormais de participer à des opérations militaires avec les Etats-Unis visant à assurer une prétendue « liberté de navigation » face aux revendications territoriales chinoises en mer de Chine Sud.

Ces diverses défections semblent provoquées par la volonté des classes dirigeantes de ces Etats de ne pas compromettre des liens commerciaux avec la Chine, qui est désormais son plus grand partenaire économique. Ceci explique par ailleurs leurs réticences à se laisser engager dans le Trans-Pacific Partnership (TPP) présenté par Obama, aux Etats-Unis, comme assurant un avenir brillant aux entreprises américaines investissant dans la zone - et dont d'ailleurs semble-t-il ni Clinton ni Trump ne voudront compte tenu des ravages sur l'emploi américain en découlant. 

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Malgré ces défections annoncées, en faisant augurer d'autres, Washington et le Pentagone n'ont pas renoncé à provoquer des conflits avec la Chine, notamment dans les iles Paracel. Ils viennent de décider l'entrée en mer de Chine de la Troisième Flotte américaine, comprenant 100 navires de guerre et 4 porte-avions. Au cas où l'ultra-militariste Hillary Clinton accédait à la Maison Blanche, ces moyens seraient mobilisés contre la Chine, provoquant des engagements militaires avec cette dernière, pouvant dégénérer en affrontements nucléaires au moins tactiques.

Pékin vient d'annoncer cependant qu'il n'a aucunement la volonté de se laisser faire. Il a prévenu qu'il riposterait « par des moyens appropriés » aux agressions américaines, sans préciser évidemment ce que seraient ces moyens. Voir à ce sujet un article du journal chinois quasiment gouvernemental Global Times, accessible par le lien ci-dessous:

http://www.globaltimes.cn/content/1013206.shtml

Elections législatives islandaises : rien de nouveau sur la glace

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Elections législatives islandaises: rien de nouveau sur la glace

par Thomas Ferrier

Ex: http://thomasferrier.hautetfort.com

Article écrit sur la base de 80% des votes dépouillés.

Tous les analystes s’attendaient à un succès des Pirates (Piratar) partisans d’une démocratie directe et d’un référendum sur l’adhésion à l’Union Européenne. Avec 14,5% des voix (+9%) et 10 députés (+7), il réalise certes un résultat correct, mais apparaît malgré tout comme un feu de paille, comme cela a été le cas en Allemagne. Certains électeurs au dernier moment ont hésité à voter pour ce mouvement nouveau.

Le Parti de l’Indépendance, principal mouvement islandais depuis 1945, continue de dominer les débats. Avec 29% des voix (+2,2) et 21 députés (+2), il augmente son résultat de 2013. Le succès du Parti de l'Indépendance et celui des Pirates se font sur le dos des autres partis, de gauche comme populistes. Toutefois, les deux partis ne sont pas en mesure de construire une coalition autour d’eux, à moins que les Pirates ne s’associent aux différentes formations de gauche.

icelandelections.pngLe parti « rouge-vert » des écologistes de gauche avec 15,9% des voix (+5.1) et 10 sièges (+3) est également un des grands vainqueurs de ce scrutin. Cela explique aussi sans doute la contre-performance des Pirates par rapport aux promesses des sondages.  De même les écologistes pro-européens de Vidreisn, nouvelle formation politique, avec 10,5% des voix et 7 sièges, rentrent au parlement où ils y renforcent la gauche. Avec les sociaux-démocrates islandais, en perte de vitesse, n’obtenant que 5,7% des voix (-7,1) et 3 sièges (-6), la gauche et les Pirates réunis n'auraient 30 sièges (sur 63). Mais il s’agirait d’une coalition certes légèrement majoritaire mais très hétéroclite.

Le Parti Progressiste, libéral mais eurosceptique, avec 11,5% des voix (-13.4) et 8 sièges (-11), s’effondre littéralement, aspiré par les Pirates et aussi par un vote utile en faveur du Parti de l’Indépendance. Il est si fragilisé que sa participation à une coalition paraît compromise. Le mouvement libéral-démocrate et pro-européen « Futur Clair » (Björt framtið), libéral et démocrate, ne réussit pas davantage, avec 7,2% des voix (-1) et 4 sièges (-2), réalise lui aussi une contre-performance et recule pour les mêmes raisons. C’est enfin le cas du mouvement Aurore (« Dögur ») qui n’obtient que 1,7% des voix (-1.8) et aucun siège. La droite pourrait gouverner, avec 33 sièges, mais à la tête d'une coalition fragile. La victoire du Parti de l’Indépendance s’apparente donc à celle de Pyrrhus, puisqu’il est le premier parti du pays mais au détriment de ses alliés potentiels.

Les mouvements de droite nationale, car pour la première fois depuis 1943 un parti nationaliste, le Front National Islandais (Islenska Þjoðfylkingin), était candidat. Il n’obtient certes que 0.2% des voix, présent dans seulement deux régions sur six. L’extrême-gauche, représentée par le Front du Peuple Islandais (Alþyðufylkingin), ne réussit guère mieux avec 0,3% des voix. Ces formations restent marginales mais leur existence est déjà le signe d’une certaine tension.

La société islandaise, un pays de 300.000 habitants dont 246.000 ont voté à cette élection, est très spécifique, puisqu’elle correspond à une conurbation de taille moyenne en France (le Grand Nancy fait 300 000 habitants). Elle se rapproche d’un modèle démocratique à échelle plus humaine. Elle est néanmoins bouleversée par des enjeux qui la dépassent, et notamment son rapport compliqué vis-à-vis de l’Europe. Cela ne sera pas tranché par ce résultat.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

lundi, 31 octobre 2016

Hoe de fijnburgerij een rebel liquideert

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Mark Grammens:

Hoe de fijnburgerij een rebel liquideert

Ex: http://www.doorbraak.be

Trump anders bekeken

De vrienden van Amerika krijgen het zwaar te verduren. Er komen nog weinig positieve berichten uit dat land. De laatste tijd lijkt er een campagne aan de gang te zijn tegen de Republikeinse presidentskandidaat Donald Trump, waarbij hij door de media wordt voorgesteld als een geesteszieke. Hoe kan dat nu? Men associeert toch nog altijd het geestesziek verklaren van politieke tegenstanders met de tijd toen Brezjnev in de Sovjetunie aan de macht was en daar iedereen die tot de “dissidenten” behoorde, in psychiatrische instellingen werd ondergebracht. Daalt het land dat ooit een baken van vrijheid was, nu af tot dat niveau?

Het is zeer opvallend dat een blad als Elsevier, dat traditioneel kosten noch moeite spaarde om het  Nederlandse taalgebied gunstig te stemmen voor de VS, zich nu ineens zwaar beklaagt over wat de hedendaagse Amerikaanse samenleving te zien geeft. Het blad (editie 24 oktober) noemt de Amerikaanse verkiezingscampagne die thans bezig is, “de meest bizarre uit de geschiedenis”. Het schrijft: “De meeste media hebben een ware haatcampagne gevoerd tegen de Republikeinse kandidaat Trump en zijn familie.” Elsevier besluit dat de Amerikaanse media “een nieuwe dimensie hebben toegekend aan een haatcampagne, te weten haat om de haat.” Dit betekent, aldus Elsevier, dat de Democratische kandidaat Hillary Clinton de volgende president van Amerika wordt, maar dan wel de president “van een Amerika vol haat en onoverbrugbare conflicten”. De verontwaardiging moet wel zeer groot zijn want dat is een taal die we in Elsevier nog niet tegenkomen zijn als het om Amerika gaat. Straks zal men het er nog over eens zijn dat miljardairs, zakenbelangen en banken, buiten proportie geld hebben uitgegeven aan de campagne tegen de kandidaat Trump. En de  Bill Clintonstichting, zo genoemd naar de voormalige president en echtgenoot van Hillary Clinton, heeft omvangrijke giften afkomstig uit Qatar en Saoedi-Arabië naar de campagne van de Democraten doorgesluisd.

Melania Trump 09.jpgHet heeft allemaal iets akeligs en het verwondert niet dat volgens peilingen een meerderheid van Amerikanen vindt dat de verkiezingen niet helemaal correct  en eerlijk verlopen (Knack 22 oktober). Men kan er niet naast zien dat de kandidaat Trump het slachtoffer is van een soort samenzwering “die de hele elite in binnen- en buitenland” verenigt (Knack, id.). Zelfs staatsorganen als de federale recherche zijn actief in de bestrijding van de kandidaat Trump.

Wat heeft Trump gedaan om al die haat tegen zijn persoon op te roepen? Natuurlijk, hij heeft zijn wat bizarre kanten. Het is niet de man waarmee u of ik het weekend zouden willen doorbrengen, maar ironisch gezegd: hoeveel  Amerikaanse presidenten zouden dat geweest zijn? Toch zeker Richard Nixon niet, de man die als president werd afgezet wegens het Watergate-schandaal? Of Georges W. Bush, die ons probeerde wijs te maken dat Amerika en de  wereldvrede gevaar liepen doordat Irak kernwapens bezat en de raketten om ze over de hele wereld te verspreiden. Toen Bush dan Irak binnenviel om de wereld te redden, werd geen enkel spoor van een kernwapen of een raket aangetroffen. En president John Kennedy, die in Europa heilig werd verklaard, heeft tijdens de presidentsverkiezingen van 1960 met stemmen van dode kiezers de staat Illinois (Detroit) binnen gehaald, die naar zijn tegenstander had moeten gaan, en dan was Kennedy geen president geworden.

Wat wil Trump? Hetzelfde als wat blijkens peilingen 65% van de blanke Amerikanen wil (ofwel 40% van de totale bevolking), namelijk dat de immigratie stopt en dat er een muur gebouwd wordt op de grens met Mexico om verdere immigratie te verhinderen. Men kan daarover van mening verschillen, maar de mensen die zo denken, hebben evenveel recht als anderen op hun mening en op een presidentskandidaat die hun mening uitdraagt. Wat wil Trump nog? Hij wil voorrang geven aan Amerikanen bij het toekennen van banen en hij wil dat de christelijke traditie van Amerika wordt beschermd. Hij gaat openlijk door als de representant van diegenen die zich in Amerika in de steek gelaten voelen door een elite die het geld bezit, het overwaardeert en zich moreel veilig stelt door diversiteit een internationalisme te verdedigen. Trump is ook tegen vrijhandel en voor een isolationistische buitenlandse politiek. Hij is niet de eerste Amerikaanse politicus die zich afzet tegen de elite van de Oostkust (Boston, Harvard). Het populisme is ten slotte een Amerikaans politieke uitvinding, die ooit geleid heeft tot het ontstaan van een 'People's Party' aan het eind van de 19de en begin van de 20ste eeuw. Hij staat met tenminste een been in een oude, eigen Amerikaanse traditie. Moest hij daarom zo worden afgemaakt? Bespring de volgende vrouw, riep op een gegeven moment hoofdredacteur Bret Stephens hem toe inde Wall Street Journal. Dat is natuurlijk een niveau waar men het moeilijk van kan halen.

En dus wordt Hillary Clinton, van wie wordt gezegd dat ze het charisma heeft van een vrieskist, de volgende leidster van de wereld. Moeten wij ons soms niet afvragen of wij, dat zijn de inwoners van de hele wereld samen, dit verdienen, of wij moeten bestuurd worden door een “militair-industrieel complex” (Eisenhower) dat geen enkele inspraak duldt van welk volk ter wereld ook? Zien wij dan niet dat er overal, in Amerika, in Europa, in het Midden-Oosten, in Azië, in Afrika, in Latijns-Amerika, iets broeit, dat opstandige bewegingen aanhang en belangstelling krijgen, en dat er een nieuw soort populisme in opmars is? Hebben wij daar geen ander antwoord op dan te proberen het te elimineren?

Kan de wereld de rebel alleen verdragen als hij dood is of nadat hij een leven in gevangenschap heeft  doorgebracht - of nadat hij door de fijnburgerij vermalen werd tot voorwerp van spot en misprijzen?

dimanche, 30 octobre 2016

L'art occidental de perdre la guerre

Ex: http://quebec.huffingtonpost.ca

Parmi les géopoliticiens contemporains, Gérard Chaliand, né en 1934, est sans aucun doute le plus marquant. Pas seulement pour sa connaissance remarquable du terrain - ce qu'il appelle le « savoir de la peau » -, pas seulement non plus pour l'ampleur et la diversité de sa culture ou son style incroyablement sobre, incisif, précis, mais surtout pour son approche résolument non idéologique des conflits et des relations internationales, sa capacité spinoziste à ne pas détester (ce que tout le monde peut faire), mais comprendre (ce qui est aussi précieux que rare).

chaliandpq.jpgDans son dernier livre, Pourquoi perd-on la guerre ? Un nouvel art occidental, Gérard Chaliand cherche à comprendre comment les Occidentaux, avec la supériorité matérielle qui est la leur, n'ont cessé, depuis le Vietnam, de multiplier les échecs sur le terrain militaire et politique, alors qu'ils avaient, lors de la période coloniale qui précède, gagné l'ensemble des guerres asymétriques ou irrégulières (malgré quelques batailles perdues).

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Le livre commence par évoquer la conquête du Mexique par H. Cortés et celle du Pérou par F. Pizarre. Gérard Chaliand rappelle, en ce qui concerne le Mexique, le rôle primordial de la Malinche, esclave indienne qui deviendra la maîtresse et l'interprète de Cortés, et grâce à laquelle les Espagnols auront accès à ce que pensent leurs adversaires, à leur conception du monde, alors que les Aztèques, de leur côté, ne sauront rien des Espagnols, ou très peu. Sans être le seul avantage de Cortés sur Moctezuma, cet élément fut décisif.

Au 19e siècle, les Occidentaux disposent d'un avantage du même ordre : les peuples colonisés les connaissent mal, ou même pas du tout. La révolution scientifique du 17e siècle, le mouvement des Lumières du siècle suivant, la Révolution industrielle au 19e siècle, tout cela est incompréhensible pour des sociétés qui n'ont pas connu le même développement historique. En revanche, du côté occidental, on exige « un enracinement du corps des officiers dans un milieu qui devient partie de l'existence et dont ils acquièrent une connaissance concrète ». Les troupes sont immergées dans la population locale et restent présentes, comme les officiers, sur le long terme.

Cette méconnaissance de l'adversaire s'accompagne aujourd'hui d'un facteur aggravant : l'adversaire, lui, nous connaît, et souvent fort bien.
 

Telle n'est plus désormais la situation sur le terrain, que les soldats occidentaux n'apprennent guère à connaître et où, de toute façon, ils sont, dans une large mesure, de passage. Robert McNamara reconnaissait déjà, à propos de la guerre du Vietnam : « Je n'avais jamais été en Indochine. Je n'en connaissais ni l'histoire ni la culture ». En Irak, en 2003-2004, Paul Bremer n'avait, lui non plus, pas la plus petite connaissance du terrain, multipliant ainsi les erreurs d'une façon qu'il faut bien - même si certaines reproduisaient celles du passé - qualifier d'exceptionnelle.

Cette méconnaissance de l'adversaire s'accompagne aujourd'hui d'un facteur aggravant : l'adversaire, lui, nous connaît, et souvent fort bien. Un adversaire comme l'État islamique sait manipuler avec brio l'opinion publique occidentale, exercer, même, une espèce de fascination, d'ailleurs inlassablement stimulée, ravivée et revivifiée par des médias davantage attirés par le spectaculaire que par la contextualisation instruite. Pourtant, « le phénomène terroriste, dans sa version islamiste, est aujourd'hui, sur le plan militaire, surévalué. Son effet majeur est psychologique : il vise les esprits et les volontés ».

Avant la Première Guerre mondiale, les opinions publiques ne savent pas grand-chose des combats qui se déroulent au loin : « Elles sont soit indifférentes, soit parfois fières des succès remportés, lorsque ceux-ci flattent l'orgueil national ». Le rapport à la guerre en Occident - et en Occident seulement - s'est profondément modifié. Lors de la première guerre d'Irak (1991), le nombre de morts du côté de la coalition menée par les États-Unis s'élevait à 350. Le nombre de morts du côté irakien n'a pas été donné (vraisemblablement entre 35 000 et 70 000). On a estimé que l'opinion publique occidentale n'encaisserait pas une telle disproportion. Nous ne sommes plus à l'époque où l'on pouvait se vanter des lourdes pertes essuyées par l'ennemi.

Gérard Chaliand conclut, de là, que l'asymétrie majeure réside finalement moins dans l'armement ou la technologie que dans l'idéologie. La victoire de Cortés sur les Aztèques a très largement été de l'ordre de l'esprit : « On craint la fin du monde chez les Aztèques avec, en face, des conquérants assurés de leur foi et de la grandeur de leur souverain ». Sur ce plan, l'intense propagande de l'Arabie saoudite à partir de la première crise pétrolière (1973-1974) pour répandre l'idéologie islamiste radicale (dans sa version wahhabite) a porté ses fruits. Le travail de sape opéré sur les populations par les Frères musulmans, rivaux de l'Arabie saoudite, a aussi largement contribué à renforcer l'islamisme radical (comme l'ont montré les élections en Égypte en 2012). Une telle mobilisation des populations par l'idéologie ne peut se comparer qu'à celle du marxisme-léninisme ou à celle de Mao en Chine.

Le succès rencontré par la France au Mali - car il y a quelques succès - s'explique justement en partie par l'incapacité des islamistes à constituer une « base de masse » en raison du fait qu'ils opèrent, au Nord-Mali, dans des zones sous-peuplées. Dans ces conditions, la supériorité technologique des militaires français redevient un avantage de poids - sans compter que la France opère ici sur un terrain qu'elle connaît bien.

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Le succès au Mali s'explique aussi par le fait que, dès le départ, on a « pensé l'après ». L'accompagnement qui s'effectue après la victoire était la donnée majeure de la période coloniale. Il faut, écrit Joseph Gallieni, « développer le plus vite possible le réseau électrique. [...] C'est certainement plus à coup de routes et de télégraphes qu'on fait la conquête d'une colonie, qu'à coup de troupes ». Hubert Lyautey, sous les ordres de Gallieni à Madagascar, reprend le principe de la « tache d'huile » au Maroc : on apporte des améliorations économiques immédiates dans la zone contrôlée et l'on s'étend. Chaliand souligne, par contraste, qu'à l'été 2003, « les forces américaines n'ont pas pris les moyens de rétablir l'électricité à Bagdad, malgré la chaleur torride de l'été ». D'une manière générale, l'après-seconde guerre d'Irak est le contre-modèle des victoires coloniales.

L'islamisme est «condamné à perdre» dans la mesure où ses objectifs sont «totalement illusoires»
 

Les Américains n'ont pas tenu compte du fait que la minorité sunnite représentait la « classe dirigeante » non pas seulement depuis Saddam Hussein, mais déjà à l'époque de l'Empire ottoman, puis pendant le mandat britannique. En renvoyant l'armée et en interdisant à tout membre du parti Baas de faire partie de la future administration, Paul Bremer marginalisait entièrement les sunnites et se condamnait ainsi à l'échec. « Jamais, comme le précise Chaliand, un État anciennement communiste n'avait rejeté ainsi en bloc tous les membres du parti ». Le prix à payer pour cette erreur fondamentale a été, depuis, particulièrement élevé. Comme on sait, les sunnites marginalisés sont passés, comme c'était prévisible, à l'opposition armée : « Finalement, le rejeton de l'intervention américaine en Irak s'appelle l'État islamique ».

Le bilan pour les Occidentaux, depuis le Vietnam, n'est pas glorieux. Et nous n'avons rien dit de la Libye, où l'on ne s'est pas davantage donné les moyens de conquérir la paix. Les problèmes qui s'annoncent sont de taille : l'instabilité de l'Afrique subsaharienne au cours des années à venir laisse présager, en Afrique de l'Ouest comme en Afrique Orientale, une propagation de l'islamisme, nouvelle idéologie de contestation après le marxisme. Un tel problème doit être anticipé et traité, d'autant que la démographie ne nous sera pas favorable. Les erreurs commises dans le passé n'ont rien de fatal, à condition d'en tirer les leçons.

À terme, selon Gérard Chaliand, l'islamisme est « condamné à perdre » dans la mesure où ses objectifs sont « totalement illusoires ». Contrairement à la Chine ou à l'Inde, on ne voit rien, dans un mouvement révolutionnaire de ce genre, qui soit porteur d'avenir. On ne se développe pas par l'ivresse identitaire, mais par le travail. Ce dont disposent les islamistes, c'est d'une capacité de perturbation, elle bien réelle et durable. Dans ce contexte, conclut Chaliand, tout succès militaire de leur part sur le terrain « constitue une dangereuse propagande par l'action. C'est pourquoi, quelle que soit l'ambiguïté de nos alliances officielles, il faut agir de telle sorte que les mouvements islamistes ne remportent pas de victoires militaires, ni en Syrie ni ailleurs ».

samedi, 29 octobre 2016

Les ONG et les mécaniques de la guerre hybride

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Les ONG et les mécaniques de la guerre hybride

Les ONG liées à des intérêts étrangers jouent partout dans le monde un rôle irremplaçable dans la fomentation de guerres hybrides. La loi de la guerre hybride dit que ces types de conflits sont des affrontements identitaires montés de toutes pièces qui reposeraient sur la perturbation, le contrôle, ou l’influence de projets d’infrastructure multipolaires transnationaux conjoints, dans des États de transit clés, au moyen de stratégies de manipulation de régime, de changement de régime, ou de rebot de régime (R-TCR). Ces trois tactiques pourraient également être décrites comme des concessions politiques, une transition de leadership, «pacifique» ou violente, ou une modification fondamentale de l’État par des moyens tels que son détournement sous pression vers une Fédération d’identité facilement manipulable.

En ce qui concerne les types de conflits d’identité que devraient englober les guerres hybrides, ils peuvent être classés comme étant historiques, ethniques, religieux, socio-économiques et géographiques (tant en termes de politique administrative que d’appartenance régionale). Le catalyseur de la guerre hybride pourrait être prémédité ou dû au hasard, mais dans les deux cas, les scénarios de conflit sont poussés en avant par la participation publique ou discrète mais cruciale d’ONG liées à des intérêts étrangers (par leur financement, leur gestion, ou leurs amitiés, etc.), ce qui justifie la raison de leur l’étude dans cette analyse ainsi que des dernières tendances de la guerre hybride.

Pré conditionnement

Au sujet de toutes ces ONG liées à des intérêts étrangers (ci-dessous nommées simplement comme ONG) en dehors de celles qui sont engagées exclusivement dans le travail humanitaire avec l’autorisation explicite et la supervision de l’État hôte, elles se livrent au préconditionnement de la population cible pour lui faire accepter des récits politiques construits. Ces derniers portent principalement sur l’histoire, le social, et / ou des thèmes politiques qui visent à façonner la mentalité du public et contribuent à la formation d’identités absolument nouvelles (par exemple les Kosovars) ou à reformater celles qui existent déjà (par exemple du patriotisme au nationalisme, ou d’une citoyenneté inclusive à des nostalgies séparatistes exclusives).

Les ONG œuvrent aux côtés des médias traditionnels et des réseaux sociaux pour diffuser ces idées et en multiplier l’effet pour modifier la conscience de leur public afin de promouvoir l’organisation et les objectifs de ses modèles prédéterminés de promotion de la destruction de l’identité attaquée. Des «faits»douteux, faux et déshonorants circulent habituellement parmi le triangle des communautés information–médias–milieu universitaire et des agents sympathisants afin de répandre de nouvelles mythologies résultantes de la socio-ingénierie des mentalités des cibles démographiques à travers l’illusion fabriquée par des voix représentant une autorité.

Les graines des idéologies nouvelles et / ou historiquement démystifiées tels que le libéralisme et le nazisme sont plantées dans l’esprit du public et arrosées avec un flux régulier d’informations en soutien visant à accroître leur attrait et à jeter les bases de la prochaine manœuvre anti-gouvernementale. Après avoir été endoctriné avec le libéralisme, par exemple, les gens pourront devenir plus sensibles et jouer le rôle d’«idiots utiles» et manifester agressivement contre leur gouvernement, tout comme les croyants dans le nazisme et les «nationalismes»avant et pendant la Seconde Guerre mondiale ont pu être stimulés pour mener à bien des provocations haineuses contre leurs «ennemis» historiques.

Ces deux types d’idéologies pré-imprimées sont également utiles pour la promotion d’objectifs politiques déterminés au sein de l’État ciblé, l’ONG choisie dépendra de comment la fin exacte du conflit est envisagée. Le libéralisme est plus favorable à la formation de nouvelles identités à des fins séparatistes, alors que le nazisme (ou «nationalisme extrême» pour généraliser) a un rôle à jouer dans la haine furieuse anti-gouvernementale et pour provoquer des conflits interétatiques (par exemple les Oustachis croates tentant obsessionnellement de déstabiliser la Bosnie et la province serbe de Voïvodine).

Financement

Les ONG doivent recevoir leur argent de quelque part, et en dehors de la mendicité (ou de la «sollicitation de dons», comme ils l’appellent) dans les rues pour un peu d’argent de poche supplémentaire, la plupart d’entre elles reçoivent la majeure partie de leur financement de l’une des trois sources principales :

Gouvernements

Le gouvernement des USA finance des organismes gouvernementaux tels que le National Endowment for Democracy (auto-décrit en 1991 pour faire ouvertement ce que la CIA a fait secrètement pendant 25 ans avant) afin de se comporter comme un front d’agences de renseignement public-privé à l’étranger, dissimulant une expérience opérationnelle professionnelle derrière un déni plausible civil.

Sociétés

Certaines sociétés peuvent avoir un intérêt à déployer indépendamment leurs propres ONG, que ce soit pour faire pression au nom de leurs intérêts commerciaux ou pour les agiter contre leurs adversaires, avec potentiellement une escalade jusqu’à mettre une pression de type R-TCR (Régime − Tweaking, Change, Reboot) sur l’un ou l’autre gouvernement pour atteindre leurs objectifs.

Philanthropes

Les donateurs «privés» tels que George Soros et les princes saoudiens opèrent respectivement via la Fondation Soros et les «organisations caritatives islamiques»(ces dernières étant les premières à avoir été utilisées à grande échelle dans le monde entier via un réseau d’ONG dans les années 1980, période de la guerre en Afghanistan), leurs organisations étant réparties partout dans le monde et travaillant parfois pour défendre leurs intérêts cachés, main dans la main avec les clients gouvernementaux sélectionnés.

Chacune de ces trois sources différentes fournit des fonds de démarrage et de formation à leurs mandataires sur le terrain, avec pour désir de les voir réussir à cultiver une communauté de cinquième et même de sixième colonne pour les aider à atteindre leurs objectifs. La formation de l’organisation et les techniques d’organisation sont essentielles en raison de l’ampleur de leur influence sur l’efficacité d’un groupe, car à la fin de la journée, c’est généralement juste un petit noyau de membres qui comptent vraiment puisque leurs cohortes affiliées et les civils sont des bénévoles ou des dépenses temporaires à faible coût.

Les ONG sont également très utiles à leurs clients parce qu’elles fonctionnent comme des intermédiaires facilitateurs en donnant des pots de vin ou en faisant passer des menaces de chantage à différents particuliers (par exemple les journalistes) et des personnalités politiques, et si elles fonctionnent dans un environnement de «laissez faire», alors elles peuvent également participer utilement à différentes échelles d’activités de blanchiment d’argent à ces fins ou à l’appui des intérêts pécuniaires de leurs bailleurs. Même s’ils se font prendre, le seul degré de séparation plausible dont jouissent leurs sponsors en raison de leur statut prétendument «indépendant» est suffisant pour isoler leurs partisans de tout blâme officiel.

Figures de proue

Les ONG ont appris à utiliser des visages et du personnel local pour doter leurs bureaux à l’étranger, étant entendu que cela contribue à détourner toute critique immédiate de leurs liens avec l’étranger ainsi que de confondre les«journalistes d’investigation» un peu naïfs qui ne regardent que superficiellement les passeports des personnes qui y travaillent pour se faire une opinion. En réalité cependant, cette politique sert à peine à obscurcir les liens de ces ONG vers l’étranger quand il s’agit de duper la population sur laquelle elles projettent d’interagir, puisque des détectives spécialisés arrivent généralement avec succès à découvrir les liens financiers, les communications et les relations personnelles qui lient l’organisation étudiée avec une entité étrangère.

Les gens de la rue, cependant, pourraient ne pas avoir la moindre idée que leurs concitoyens, distribuant des tracts anti-gouvernementaux et les encourageant à se joindre à une manifestation, pourraient être employés par des entités étrangères, et même qu’une partie du personnel de l’ONG elle-même n’est pas plus au courant que cela. La volonté de secret qui accompagne les ONG envers les gens qui se joignent à une activité ou à une organisation rend nécessaire de cacher les liens étrangers derrière elle en les occultant délibérément, preuve que les auteurs de ces initiatives comprennent bien que les habitants hésiteraient probablement à participer s’ils savaient qu’ils étaient parrainés depuis l’étranger. Parce que beaucoup d’entre eux n’ont par ailleurs aucune idée à ce sujet, ils sont plus susceptibles d’être induits en erreur et d’y participer.

Ces figures de proue jouent également un autre rôle complémentaire qui est de promouvoir leur réputation vraisemblablement pacifique par la voie des médias en collusion qui ont un intérêt à représenter ces personnes comme des«manifestants calmes pro-démocratie» de manière à modifier sélectivement et suivant de fausses déclarations que les affrontements provoqués délibérément avec les autorités sont le résultat d’une «dictature impopulaire et avide de pouvoir tuant son propre peuple». Peu importe que rien de tout cela ne soit factuellement vrai, mais c’est la perception erronée délibérée qui compte en raison de la facilité avec laquelle ces récits fabriqués peuvent rapidement exploser en un événement local, régional ou national complètement hors de proportion afin de le transformer rapidement en une «crise internationale» qui invite les gouvernements étrangers à faire une pression très médiatisée sur l’état ciblé.Parmi les figures de proue des ONG, il est important de mentionner que les dirigeants des ONG anti-gouvernementales sont parfois des pasteurs (Zimbabwe), des moines (Myanmar, la Région autonome du Tibet), ou des étudiants («traditionnels» dans les révolutions de couleur), tous ayant la réputation internationale d’être apparemment inoffensifs et sans danger. Peu importe si c’était effectivement vrai avant l’événement (je vais détailler plus bas) ou non, le fait est qu’au moment ou ces acteurs prétendûment pacifiques commencent à manifester énergiquement contre le gouvernement, pour provoquer des conflits avec la police et l’armée, et parfois même attaquer les agents d’application de la loi et des biens publics et privés, ils ont perdu leur droit à être traités d’une manière non violente, justifiant ainsi des techniques décisives de contrôle des foules par les autorités (et parfois la main est lourde).

Exigence de «démocratie»

La tactique que toutes les ONG affiliées politiquement (soit ouvertement déclarée ou secrètement pour cet aspect de leur action) finissent par poursuivre est, à terme, de faire pression sur leur gouvernement hôte dans le but de le rendre plus «démocratique». La raison pour laquelle la «démocratie» est une telle obsession pour ces organisations et leurs bailleurs de fonds n’a pas nécessairement quelque chose à voir avec ses qualités intrinsèques «normatives»(le plus souvent dû à une volonté occidentale pour cette idéologie), mais par sa structure pratique qui régulièrement recycle le leadership de ces pays. Les«démocraties» occidentales sous influence ont des cycles électoraux prévisibles qui sont compris dans la théorie de la guerre hybride comme ne représentant rien de plus que des possibilités «pacifiques» pour un changement de régime, démontré par l’activité frénétique que les ONG engagent avant, pendant et immédiatement après ce moment. Les «démocraties» occidentales sont également marquées par une culture politique inséparable des lobbyistes (des corrupteurs juridiques) et les médias grand public à vocation commerciale, ce qui rend le tout plus facile pour les intervenants étrangers et leurs pions que sont les ONG locales pour interférer avec le processus «démocratique», pour le court-circuiter dans le sens de leurs objectifs.

Si les élections ne débouchent pas sur le résultat souhaité par les ONG et leurs bailleurs de fonds internationaux, ou si le cycle électoral suivant n’est pas assez proche dans le temps et que ces acteurs s’impatientent et / ou croient que la fenêtre pour parvenir à leurs fins politiques pourrait se refermer à un moment donné, alors ils conspirent pour concevoir un événement qui met la pression sur le gouvernement et se lancent dans un R-TCR avec la menace omniprésente de la guerre hybride. Parmi les exemples du type de pression qui pourrait être exercé contre les autorités, il y a les drames liés aux élections, les scandales de corruption (éventuellement provoquées par des «fuites» de la NSA grâce aux écoutes électroniques et / ou des documents comme au Brésil lors du «coup d’État constitutionnel» ou la tentative de guerre hybride macédonienne qui a échoué), les mouvements perturbateurs au niveau de la société civile ( l’Electric Yerevan en Arménie par exemple). Il y a aussi la politisation de transactions controversées (par exemple l’accord d’association UE-Ukraine) qui tentent de forcer un nouveau cycle d’élections.

Si le gouvernement n’est pas retourné, ou changé, ou redémarré après l’expérience de la contrainte de la «pacifique» révolution de couleur que les intérêts étrangers et leurs fantassins des ONG tentent de forcer«démocratiquement», alors le(s) gouvernement(s) étranger(s) derrière la mascarade pourrait prendre la décision de commencer une guerre hybride par une transition de la révolution de couleur vers une guerre non conventionnelle. Il n’est pas toujours garanti que ce sera le cas, car parfois certains troubles de type révolution de couleur ne sont pas pleinement soutenus par leurs sponsors étrangers et leur réseau d’ONG et ne sont que des coups de sondes pour l’évaluation des vulnérabilités structurelles, des réponses et d’autres sortes de renseignements précieux qui pourraient être utile dans un scénario de futur R-TCR qui sera mené avec plus de détermination et pris en charge à ces fins. Après tout, si l’état est assez fort pour se défendre contre cette attaque asymétrique en utilisant des mesures de sécurité démocratique et / ou que l’insurrection future n’a pas la viabilité à long terme pour soutenir une campagne réussie de guerre hybride de type R-TCR (peut-être si un efficace arrangement régional Lead From Behind ne peut pas être construit à temps), les bailleurs de fonds étrangers pourraient retirer leur soutien à cette agitation et attendre une autre occasion future qui pourra être conçue à un moment plus décisif.

Faire le saut

Quand une Révolution de couleur avance vers une transition progressive de guerre hybride évoluant vers une guerre non conventionnelle, une grande partie de l’ancien agencement structurel qui tire les ficelles reste tout simplement en place, mais sous un autre nom. La plupart des réseaux d’ONG et leur personnel se transforment en insurgés armés ou fournissent aux combattants un soutien informationnel, organisationnel, logistique et / ou matériel.

Bien que les tactiques de R-TCR aient changé, le principe reste toujours le même, mais avec un afflux notable et moins secret d’aide étrangère (insurgés, armes) pour la poursuite de ces objectifs.

Toutes les ONG et leurs travailleurs ne sont pas liées à des intérêts étrangers et ne participent pas à des activités ouvertement séditieuses, mais il est fort à parier que bon nombre d’entre elles le sont d’une façon ou d’une autre, puisque, après tout, la seule différence entre les révolutionnaires de couleur et leurs homologues des guerres non conventionnelles sont les moyens qu’ils sont prêts à employer pour atteindre leur objectif commun, avec chaque main lavant l’autre dans l’exécution des tâches complémentaires à cette fin.

Pour finir

La guerre hybride est la dernière forme d’agression menée par les forces unipolaires contre l’ordre mondial multipolaire émergeant, et la façon indirecte avec laquelle elle est pratiqué, protège l’auteur de répercussions immédiates et augmente donc l’attrait de ce stratagème. Vu que le recours à la guerre hybride comme instrument de politique étrangère ne montre aucun signe réel d’apaisement dans un avenir prévisible en raison de sa nouveauté et de sa nature rentable dans son application, il y a une urgence pressante à comprendre toutes ses facettes pour mieux la combattre, et donc la pertinence d’exposer le rôle central que jouent les ONG dans ce processus.

Il faut se souvenir que les guerres hybrides reposent sur une instigation depuis l’extérieur et la manipulation par la suite d’un conflit d’identité dans un état de transit ciblé le long de la voie d’un projet multipolaire transnational de premier plan concernant des infrastructures conjointes. Il est beaucoup plus facile de conceptualiser la fonction que les ONG liées à des forces étrangères hostiles qui ont intérêt à mettre cette séquence de «chaos contrôlé» en mouvement. Ces groupes sont chargés de provoquer un sentiment de séparation d’identité parmi la population, un sentiment manipulé par de l’ingénierie sociale dont les organisateurs pensent qu’il finira par transformer des citoyens patriotiques en sympathisants anti-gouvernementaux.

Les réseaux d’ONG et le personnel local participent à ce programme aidé de l’étranger et aspirent à perturber, contrôler ou influencer ces projets d’infrastructure mentionnés ci-dessus grâce à divers degrés de pression R-TCR contre les autorités. Ils peuvent se transformer en insurgés ou d’autres formes de menaces asymétriques lorsque leurs tactiques de révolution de couleur échouent pour commencer progressivement à prendre une forme de guerre non conventionnelle améliorée. Comme les ONG liées à des intérêts étrangers sont les forces d’avant-garde en tête de la dernière itération de la guerre hybride partout dans le monde, il est dans l’intérêt de chaque gouvernement responsable de placer des contrôles de surveillance et des restrictions opérationnelles sur ces groupes afin de neutraliser leurs capacités offensives et d’assurer la sécurité nationale.

Andrew Korybko | 23 septembre 2016

Andrew Korybko est un commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est l’auteur de Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime.

Article original: Oriental Review

Traduit par le blog Vers ou va-t-on

Réflexions géopolitiques sur les turbulences du Donbass

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Robert Steuckers:

Réflexions géopolitiques sur les turbulences du Donbass

Maintes fois, j’ai eu l’occasion de souligner l’importance de l’Ukraine et plus spécialement de la partie orientale de cette nouvelle république née après la dissolution de l’Union Soviétique. Cette partie, le Donbass, est aujourd’hui en effervescence, une effervescence fabriquée et importée dans des buts bien précis. Cette région est en effet une région-portail (une « gateway region » disent les stratégistes américains), c’est-à-dire une région dont la maîtrise assure le contrôle et la fluidité optimale des communications entre les blocs impériaux, les vastes espaces politiquement unifiés, situés à l’Est et à l’Ouest de leur territoire. Si une puissance extérieure à cet espace finit par contrôler une telle région-portail, les communications optimales entre les empires voisins se compliquent voire se tarissent. En l’occurrence, une pacification du Donbass sans russophobie ni europhobie permettrait à l’Union européenne, à la Russie, aux petites puissances du Caucase, au Kazakhstan, à l’Iran et finalement à la Chine de construire et de consolider sur le long terme des réseaux ferroviaires, routiers et fluviaux donc à fonder des impérialités pratiques autorisant tous les échanges sur la masse continentale asiatique : nous aurions un dépassement des infra-impérialismes, des survivances des impérialismes antagonistes du passé, de tous les internationalismes secs et irrespectueux des legs du passé, etc. Les dynamismes globaux pourraient s’exprimer mais sans araser les traditions pluriséculaires voire plurimillénaires des civilisations qui ont marqué de leur sceau de vastes régions d’Eurasie.

L’histoire des théories géopolitiques nous l’enseigne : l’impérialisme britannique hier, l’impérialisme américain aujourd’hui ont toujours refusé toute synergie continentale à même d’impulser des dynamismes qui échapperaient à leur contrôle et procureraient aux peuples des fluidités qui ne seraient pas marines. On connait l’histoire du « Grand Jeu » à partir du 19ème siècle : la puissance maritime britannique, maîtresse des Indes, cherchait par tous les moyens à repousser la puissance continentale des tsars loin des « rimlands » qu’elle entendait contrôler jusqu’à la fin des temps. La guerre de Crimée n’est pas autre chose qu’une tentative de bloquer la Russie sur la rive septentrionale de la Mer Noire. Dans Kim, un roman de Kipling situé aux Indes, il s’agit de démasquer les espions russes qui se promènent, sous prétexte de recherches archéologiques, géologiques ou zoologiques, dans les montagnes de l’Himalaya ou de l’Hindou Kouch. Aujourd’hui, on n’envoie pas la Brigade Légère ou les troupes de Mac Mahon en Crimée : on pratique la guerre de quatrième génération, la guerre indirecte, le « proxy warfare ». Les combats qui se déroulent dans le Donbass à l’heure actuelle ne sont finalement que des réactualisations de ceux qui ont ensanglanté la Crimée entre 1853 et 1856.

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Nous vivons un cycle non encore clos de guerres mondiales depuis les affrontements franco-britanniques en marge de la guerre européenne de Sept Ans, à la suite de laquelle la France a perdu l’Inde et le Canada, soit toute prépondérance en Amérique du Nord et dans le sous-continent indien, dans l’Atlantique Nord et l’Océan Indien (« Océan du Milieu »). Suite à cette défaite majeure, Louis XVI poursuit une politique navale qui mènera le Royaume de France à reprendre le contrôle de l’Atlantique Nord en 1783, suite au soulèvement des « Insurgés » américains, tandis que, la même année, Catherine II, Impératrice de toutes les Russies, boute les Ottomans hors de Crimée et y installe des bases navales russes, dans l’intention de cingler vers Constantinople, de franchir les Dardanelles et de pénétrer dans le bassin oriental de la Méditerranée. Catherine II voulait créer une civilisation éclairée germano-balto-slave entre Baltique et Mer Noire, marqué par les souvenirs lumineux de l’hellénisme.

La situation est analogue aujourd’hui. Un retour de la Russie dans les ports de Crimée signifie, aux yeux des Atlantistes qui ne pensent qu’en termes de belligérance éternelle, 1) une menace permanente sur la Turquie (en dépit de l’alliance actuelle et très récente entre Erdogan et Poutine), 2) un risque de voir Moscou revenir et s’accrocher en Méditerranée orientale, au départ de la base navale de Tartous en Syrie. Pour enrayer ce processus potentiel, contraire aux intentions géopolitiques habituelles des puissances maritimes anglo-saxonnes, il faut désormais, dans la perspective des guerres de quatrième génération, soit fabriquer une nouvelle « révolution orange » analogue à celles de 2004 et de 2011, soit, si ce type de subversion ne fonctionne plus, créer un abcès de fixation durable sous forme d’un conflit chaud plus ou moins classique, afin d’atteindre un double objectif : barrer la route des Dardanelles à la Russie, imposer un verrou sur la nouvelle route de la soie entre l’Europe et la Chine, exactement à l’endroit où Génois et Vénitiens se connectaient aux voies commerciales de l’Asie centrale, vers l’Inde et la Chine, principales puissances économiques de la planète avant la révolution industrielle, la conquête définitive des Indes par les Britanniques et la destruction de la Chine impériale suite aux guerres de l’opium.

La stratégie des révolutions de couleur a certes fonctionné en Ukraine mais elle s’est aussi avérée insuffisante pour éliminer toute présence russe en Crimée et en Mer Noire ou pour gêner l’utilisation de la voie fluviale que constitue le Don, qui se jette en Mer Noire juste à l’Est de la péninsule criméenne, un Don qui lie les espaces maritimes pontique et méditerranéen au cœur des terres russes. Pour pérenniser un abcès de fixation au flanc d’une Russie qui se réaffirme, il faut bien davantage que du désordre civil permanent, que des manifestations ou des concerts de casseroles. Il faut une zone de turbulences chaudes, il faut exploiter des facteurs plus explosifs, plus incendiaires (ce n’est pas un hasard si l’on commence à reparler de « pyropolitique », c’est-à-dire de stratégies visant littéralement à livrer les pays récalcitrants  -ou les régions-portail utiles aux adversaires principaux du moment-  à un feu dévorateur, celui de la guerre chaude entretenue sur le long terme ou celui du terrorisme qui manie explosifs, voitures piégées, etc). Pour déclencher et maintenir cette pyro-stratégie, les services utiliseront des formes résiduaires de nationalisme outrancier, qui ont sans doute eu leurs raisons dans l’histoire, comme d’autres reliquats de nationalismes violents en Europe occidentale. Mais qui aujourd’hui ne servent plus qu’à asseoir des politiques belligènes et retardatrices d’une grande synergie eurasiatique. Je rappelle ici que Carl Schmitt qualifiait de « retardatrices » les puissances thalassocratiques anglo-saxonnes : ou, plus subtilement, des « accélératrices contre leur volonté » car leurs démarches retardatrices accéléraient la prise de conscience de leurs adversaires qui, pour répliquer, ne pouvaient que faire taire tous leurs antagonismes stériles et anachroniques.

Les mêmes services retardateurs (ou accélérateurs involontaires, Beschleuniger wider Wille) importeront, pour parachever l’horreur, dans l’Est de l’Ukraine ou en Crimée, une dose de djihadisme tchétchène pour pallier le manque d’enthousiasme ou de volontaires. On tentera, dans la foulée, de lier ce djihadisme, forcément marginal en Ukraine, terre uniate à l’Ouest, terre orthodoxe au centre, à l’Est et au Sud, à celui des djihadistes du Caucase ou de Syrie. Il se créera ainsi une internationale des forces subversives/retardatrices, insoupçonnée pour le commun des téléspectateurs vu son invraisemblable hétérogénéité, fabriquée au départ de nationalismes résiduaires, de souvenirs de la seconde guerre mondiale, de particularisme tatar ou d’islamisme fondamentaliste : les techniques d’ahurissement médiatique pourront alors donner leur pleine mesure ! C’est là, précisément, que réside la supériorité des internationales de fausse résistance, mises en œuvre par les puissances maritimes : elles sont vendues à un public occidental ignorant à grands renforts de campagnes médiatiques, un public qui, par le truchement d’une autre propagande biséculaire, se croit le plus éclairé de la planète où ne vivraient que des abrutis. Elles parviennent à mobiliser et à unir des forces qui seraient normalement hostiles les unes aux autres, ou qui s’ignoreraient si aucune impulsion extérieure ne s’exerçait, dans un projet destructeur dont elles seront les seules à tirer bénéfice.

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Les Etats-Unis peuvent se permettre une telle stratégie destructrice, pyropolitique, parce qu’ils sont une puissance extérieure aux espaces russe, pontique, méditerranéen oriental, proche-oriental.  Les effets destructeurs qu’ils enclenchent n’ont guère d’effets sur leur propre sanctuaire national. La bride est laissée sur le cou du milliardaire Soros pour créer ce chaos au départ de sociétés en apparence privées, d’organisations non gouvernementales qui reçoivent tout de même de larges subsides de fondations liées aux deux principaux partis américains. Ces interventions subversives sont autant d’indices de ce que la géopolitique allemande de Karl Haushofer nommait des « Wachstumsspitzen », soit des « pointes avancées d’une croissance », en l’occurrence une croissance impérialiste illégitime car anti-impériale et retardatrice de processus unificateurs et pacificateurs.

La présence américaine en Méditerranée est déjà l’indice de l’éviction des puissances maritimes européennes hors de l’espace même de leur propre aire civilisationnelle. Ce processus d’éviction s’est effectué en plusieurs étapes. Immédiatement après la première guerre mondiale, est signé le bien oublié Traité de Washington (1922). Ce Traité impose la parité du tonnage des flottes de guerre pour les Etats-Unis et le Royaume-Uni (+ /- 500.000 tonnes), octroie 300.000 tonnes au Japon qui hérite dans le Pacifique de la Micronésie allemande et ne laisse à la France que 220.000 tonnes et à l’Italie à peine 180.000 tonnes. Les puissances méditerranéennes sont lésées. L’Allemagne et la jeune URSS ne sont pas concernées par le traité, les bâtiments de la flotte austro-hongroise ont été détruits ou redistribués aux alliés vainqueurs (dont la Yougoslavie). Le tonnage et le statut de la flotte allemande sont réglés par le Traité de Versailles, qui les réduit à presque rien. Les puissances thalassocratiques sont telles parce qu’elles ont imposé un traité qui jugulait expressément le tonnage de leurs adversaires ou de leurs alliés putatifs. Aucune puissance ne pouvait égaler ou dépasser la flotte américaine en plein développement depuis 1917 ; aucune puissance maritime mineure (ou devenue mineure) ne pouvait dépasser les tonnages qui leur avaient été imposés en 1922. Ce Traité de Washington est rarement évoqué, bien qu’il soit déterminant pour l’histoire mondiale jusqu’à nos jours (où la Chine développe ses capacités maritimes en face de ses côtes…). On ne l’évoque guère car la France de la Chambre bleue-horizon, qui chante une victoire chèrement acquise au prix du précieux sang de ses classes paysannes, voit cette victoire se transformer en victoire à la Pyrrhus dès le moment où ce Traité de Washington lui barre de fait la route du large et écorne sa puissance en Méditerranée. La flotte de 220.000 tonnes est certes suffisante pour tenir les parts de l’Empire en Afrique du Nord et au Levant mais est bien insuffisante pour dominer le large, pour se projeter vers le Pacifique ou l’Atlantique Sud. Tirpitz l’avait dit : à l’aube du 20ème siècle, une puissance n’est vraiment puissante que si elle a pu développer ses capacités navales. L’Italie n’obéira quasiment jamais aux injonctions du Traité. L’Allemagne ne remontera jamais la pente, en dépit de son régime totalitaire. La France non plus, ni avant guerre ni après guerre, malgré les audaces théoriques de l’Amiral Castex à l’ère gaullienne.

En 1940, l’horrible tragédie de Mers-el-Kébir porte un coup terrible aux capacités maritimes de la France. A partir de 1945, la présence américaine en Méditerranée occidentale et orientale, dans le cœur même de l’espace civilisationnel européen, est prépondérante et se renforce par le soutien inconditionnel apporté à l’Etat d’Israël, devenu au fil des décennies le gardien des côtes les plus orientales de la Grande Bleue, à portée du Canal de Suez. Après l’affaire de Suez en 1956, Britanniques et Français sont vivement priés de cesser toute revendication dans l’espace est-méditerranéen.

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La double problématique de la Crimée et du Donbass doit être pensée dans ce contexte général d’éviction des petites et moyennes puissances maritimes hors des mers intérieures de la grande masse continentale eurasienne. Les grandes puissances thalassocratiques ont d’abord visé la Méditerranée (et l’Adriatique qui offre un tremplin vers le cœur de la Mitteleuropa germano-danubienne), ensuite le Golfe Persique par les interventions successives contre l’Irak de Saddam Hussein et par le boycott de l’Iran (précédé d’un sabotage de la flotte du Shah). Aujourd’hui, c’est la volonté de s’immiscer plus profondément encore dans cette masse continentale, en contrôlant la Mer Noire et en contenant la Russie le plus loin possible de son littoral, qui justifie les interventions en Ukraine et en Crimée, le soutien à une Géorgie en voie d’occidentalisation politique et l’appui indirect, par financement saoudien ou qatari, des djihadistes tchétchènes ou daghestanais. Demain, en déployant une double stratégie de soutien et aux djihadistes caucasiens et à un Azerbaïdjan qui, allié à la Turquie, neutraliserait l’Arménie (encore maîtresse du Nagorno-Karabagh), en organisant ensuite la subversion de l’Ouzbékistan après le récent décès de son président Karimov, la thalassocratie américaine visera à contrôler aussi la Caspienne pour en chasser Russes et Iraniens et pour arrêter la « Wachstumsspitze » économique chinoise en Ouzbékistan, qui lui livre désormais la quasi-totalité des hydrocarbures qu’il produit. Finalement, la stratégie de Brzezinski, élaborée dans son ouvrage Le Grand échiquier (1997), triomphera si aucune résistance ne se dresse, si aucune rétivité par rapport aux médias dominants ne surgit pour contrecarrer ce projet faisant fi de la diversité et de la multipolarité du grand espace eurasien et du monde. Tels sont les enjeux vitaux qui se jouent aujourd’hui au Donbass. Peu d’Occidentaux l’ont compris. Quelques-uns, des aventuriers aux cerveaux hardis, participent à ce combat pour préserver l’héritage de la triple alliance continentale du 18ème entre la France, l’Autriche et la Russie.

 (Forest-Flotzenberg, octobre 2016).

vendredi, 28 octobre 2016

Paper Tiger ISIS Digs Into Mosul

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Paper Tiger ISIS Digs Into Mosul

Islamic State(IS), the defender of Mosul, is a paper tiger, blown out of all proportion by western media.  IS is, as this  writer has been saying for years, an armed mob made up of 20-something malcontents, religious fanatics, and modern-day anarchists.  At its top is a cadre of former Iraqi Army officers with military experience.

These former officers of Saddam Hussain are bent on revenge for the US destruction of their nation and the lynching of its late leader. But IS rank and file has no military training, little discipline, degraded communications, and ragged logistics.

In fact, today’s Islamic State is what the Ottoman Empire used to term, ‘bashi-bazouks,”  a collection of irregular cut-throats and scum of the gutter sent to punish and terrorize enemies by means of torture, rapine, looting, and arson. 

What has amazed me about the faux western war against ISIS is its leisurely nature, lack of élan, and hesitancy. In my view, ISIS was mostly created by the US and its allies as a weapon to be used against Syria’s government – just as the Afghan mujahadin were used by the US and the Saudis to overthrow the Soviet-backed Afghan government. Israel tried the same tactics by helping create Hamas in Palestine and Hezbollah in Lebanon.  Both were cultivated to split the PLO.

ISIS is an ad hoc movement that wants to punish the West and the Saudis for the gross carnage they have inflicted on the Arab world.

Western and Kurdish auxiliary forces have been sitting 1.5 hours drive from Mosul and the IS town of Raqqa for over a year. Instead, western – mainly US – warplanes have been gingerly bombing around these targets in what may be an effort to convince breakaway ISIS to rejoin US-led forces fight the Damascus regime.

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Note that ISIS does not appear to have ever attacked Israel though it is playing an important role in the destruction of Syria. Some reports say Israel is providing logistic and medical support for IS.

The siege of Mosul is being played up by western media as a heroic second Stalingrad. Don’t be fooled. IS has only 3-5,000 lightly armed fighters in Mosul and Raqqa,  maybe even less. The leaders of IS are likely long gone. IS has few heavy weapons, no air cover at all, and poor communications. Its rag-tag fighters will run out of ammunitions and explosives very quickly.

Encircling Mosul are at least 50,000 western-led soldiers, backed by heavy artillery, rocket batteries, tanks, armored vehicles and awesome air power

The western imperial forces are composed of tough Kurdish peshmerga fighters, Iraqi army and special forces, some Syrian Kurds, Iranian ‘volunteers’ irregular forces and at least 5,000 US combat troops called “advisors”, plus small numbers of French,  Canadian and British special forces. Hovering in the background are some thousands of Turkish troops, supported by armor and artillery ready to ‘liberate’ Iraq – which was once part of the Ottoman Empire.

For the US, current military operations in Syria and Iraq are the realization of an imperialist’s fondest dream: native troops led by white officers, the model of the old British Indian Raj. Washington arms, trained, equips and financed all its native auxiliaries.

The IS is caught in a dangerous dilemma. To be a political movement, it was delighted to control Iraq’s second largest city. But as a guerilla force, it should not have holed up in an urban area where it was highly vulnerable to concentrated air attack and being surrounded. This is what’s happening right now.

In the mostly flat Fertile Crescent with too few trees, ground forces are totally vulnerable to air power, as the recent 1967, 1973 Israel-Arab wars and 2003 Iraq wars have shown. Dispersion and guerilla tactics are the only hope for those that lack air cover.

IS forces would best advise to disperse across the region and continue their hit-and-run attacks. Otherwise, they risk being destroyed. But being mostly bloody-minded young fanatics, IS may not heed military logic and precedent in favor of making a last stand in the ruins of Mosul and Raqqa.

When this happens, western leaders will compete to claim authorship of the faux crusade against the paper tiger of ISIS.

mercredi, 26 octobre 2016

The Battle for Mosul and the Kurdish factor

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The Battle for Mosul and the Kurdish factor

Ex: http://www.katehon.com

Over the course of last week, attention was focused on two key points in the Middle East. These points are Syrian Aleppo and Iraqi Mosul where operations are being carried out to liquidate terrorists. In the first case, Syrian and Russian forces are carrying out an operation, while in the second one, an international coalition headed by Iraqi forces and Peshmerga (in fact, the army of the autonomous region of Iraqi Kurdistan) is in charge. 

The situation with Aleppo is more or less clear. Aleppo is a key node located near the border with Turkey. Various terrorist groups, some of which are supported by the West, are concentrated in and around the city. 

The situation in Mosul is different.

Mosul is a strategically important point, which opens the road to the North of Iraq and then to Syria and Turkey, as well as to the south of the country. In addition, oil fields, which are the engine of the Iraqi economy, are situated in its immediate vicinity.

The United States’ intervention in Iraq in 2003 created uncontrollable chaos there.  Washington realized its mistake only much later, even after the appearance of ISIS, the core of which was made up by Al-Qaeda militants and the commanders of the Iraqi Special Republican Guard that were all held at the same place under arrest during US occupation. Now Washington is trying to rectify its mistake by rendering support to the Arab part of Iraq through Baghdad, as well as the Kurdish autonomous region directly through the capital, the city of Erbil.

The Centre for Joint Operations was established in Erbil on the basis of which the military forces of the US, Germany, France, the Netherlands, and Canada conduct operations. The first violin belongs to Washington. In February 2015, the international airport in Erbil actually became a US Air Force base at which multipurpose and military transport helicopters, spy planes, and drones are based. 

US Secretary of Defense Ash Carter visited Erbil on October 23rd and proposed to improve the US’ strategy by purposefully assassinating ISIS leaders. The conventional efforts of American forces are obviously not enough to overwhelm ISIS. 

On Friday, an American instructor died when his car was blown up by a homemade explosive device which was placed by terrorists around Mosul. Moreover, ISIS members use unmanned aircraft packed with explosives to attack the vanguard of the anti-terrorist coalition. Snipers and suicide bombers, regularly undermining armor and troops, have become the norm in the battle for Mosul. Besides, ISIS has succeeded in creating improvised mortars, ammunition, and reconnaissance means. At the military base of Peshmerga, there are trophy “Black Tigers” captured from ISIS which show the ingenuity of the terrorists.  Taking into consideration the fact that among the ranks of ISIS there are citizens from the EU with technical education, it is clear that their knowledge serves the jihadists in their destructive purposes.

Together with the Western coalition, Kurdish Peshmerga, Iraqi forces, and also Shiite militias are actively participating in the operation. Last week, an unprecedented agreement was adopted between the Kurdish autonomy and official Baghdad. Peshmerga coordinated joint actions with Iraqi forces, as reported by Field General S. Barzani. The Kurds have given the Iraqi military a corridor to the north of Mosul to effectively encircle the city. There is no such agreement with the Shiite militia, as Peshmerga is nervous over the Shiite militias which are advancing from the south and could make problems in the Kurdish areas.

On Friday, October 21st, in trying to distract the main force of the assault on Mosul, ISIS terrorists attacked a power plant in Kirkuk and seized a hotel in the city. There was also an attempt to capture a school. Peshmerga, the local police, and Asayîş security forces tracked down a group of 70 people and destroyed the group’s active part. The ensuing firefight lasted until Sunday, October 23rd. The last terrorist blew himself up. Part of the terrorists, including the organizers of the attacks known as Abu Mustafa, Abu Mohamed, az Ezawi, Abu Ali, Abu Ghassan, Abu Yahya and several others, were arrested. Local Arabs were found to have helped terrorists during the attack. So-called “sleeping cells” were activated through which the terrorists managed to get into the city and carry out the attack. 

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Moreover, it is important to note that today the city of Kirkuk is home to a mixed Arab-Kurdish population. Saddam Hussein began to carry out an assimilation policy in the area, but now Kirkuk is part of the Kurdish autonomy. The participation of the Arab population in the terrorist attack worsens their situation. The full resettlement of the city is the most drastic possible measure, although this issue will have to be negotiated with Baghdad.

The issue of internally displaced persons is not a new problem for the Kurds. About one million refugees are found across the territory of Iraqi Kurdistan, both from the regions of Iraq engulfed by the war as well as from neighboring Syria.

Rather, the real problem problem is the Turkish presence. Two weeks ago, the Turkish Armed Forces entered the territory of northern Iraq, justifying such by the need to combat ISIS. However, the main part of the force stopped at 20 km north-east of Mosul in the Ba'shiqah camp. Neither the US nor Kurdish Peshmerga gave approval for further advance. However, relations with the Turks may change. On Sunday, at the request of Peshmerga, Turkish forces supported the Kurds with tanks and artillery. Rumors about the geopolitical ambitions of Turkey concerning both Aleppo and Mosul have no real substantiation. Turkey is most likely trying to demonstrate its capabilities with minimal involvement in the conflict.

The capture and liberation of Mosul will probably take two months. The situation is seriously complicated by the fact that there are many civilians in the city.

Carpet bombings, which the Americans like to do, are unacceptable in the case of Mosul. Meanwhile, the US special operations forces in the ranks of the coalition do not have combat experience in Iraq. This is true for at least most of the American troops, as the author and former US career military intelligence officer, Michael Philip Pregent, officially confirmed during his visit to Erbil.

The US is situationally acting together with the Iraqi forces and Peshmerga, providing aid in the field of intelligence, training, and equipment. This lack of strategy, of course, will delay the success of the operation. ISIS will try to hit somewhere in the other direction, including within Europe. Moreover, even after the defeat of the terrorists, there is a high likelihood that they will merely reorganize. 

General S. Barzani, commenting on the start of the large-scale operation, said on Friday: “We are concerned about the emergence of ISIS 2.0 after the liberation of Mosul.”