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dimanche, 07 août 2022

Hypothèses sur le regard asiatique

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Hypothèses sur le regard asiatique

par Pierluigi Fagan

Source : Pierluigi Fagan & https://www.ariannaeditrice.it/articoli/ipotesi-sullo-sguardo-asiatico

Si nous devions assumer l'objectif stratégique américain vis-à-vis de la Chine, c'est-à-dire, si ce n'est l'isoler, la mettre en grande difficulté, mettre des frictions sur le cours de sa croissance économique, donc de sa puissance et de sa stabilité interne, comment devrions-nous évaluer le voyage de Pelosi ?

Le premier problème avec les articles et les commentaires que je lis à ce sujet est qu'ils sont écrits avec une mentalité occidentale et qu'ils s'adressent à un public occidental. Mais le jeu est en réalité purement oriental. Non seulement la Chine est orientale, mais le système dans lequel elle s'inscrit est oriental. C'est ce système, le système asiatique, qui alimente la croissance chinoise et qui en est tout aussi dépendant. 

Le deuxième problème est le type d'image du monde qu'a l'analyste. Les géopolitologues sont désormais très en vogue après une longue domination des économistes. Mais malheureusement, tout comme les économistes font des analyses monofocales qui ignorent la grammaire géopolitique, les géopoliticiens souffrent tout autant d'un biais monofocal envers les faits économiques. C'est un gros problème, car là, dans la réalité des choses, ainsi que dans les mentalités politiques des acteurs sur le terrain (chefs des différents gouvernements de la zone), il n'y a pas une telle division, la réalité à laquelle nous devons faire face est une.

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Le troisième problème auquel nous devons faire face est l'enrôlement des observateurs occidentaux dans les systèmes de jugement impliqués dans le sujet. Ils peuvent être atlantistes et ainsi réciter une suite de concepts et de jugements complètement déséquilibrés comme je l'ai lu par hasard ce matin dans un article de Marta Dassù, ou à l'autre bout du spectre citer des éditoriaux enflammés du Global Times. Ainsi, par exemple, ceux qui, au mépris de la mentalité séculaire du conflit asymétrique chinois, ont imaginé des chasseurs chinois abattant l'avion de Pelosi dans le pur style Top Gun, c'est-à-dire Hollywood.

Maintenant, je ne veux pas me vendre pour ce que je ne suis pas, je ne suis pas un expert de l'Asie, je ne suis un expert de rien, je suis un généraliste qui s'occupe de la complexité, donc de beaucoup de choses. Cependant, je vais essayer de faire une analyse basée sur le peu que je sais, en essayant d'éviter les trois biais mentionnés ci-dessus.

  1. 1) La Chine réalise près de 50% de ses importations en provenance d'Asie et un peu moins, 46%, de ses exportations. On peut dire que la force économique et commerciale de la Chine est essentiellement asiatique et qu'à l'Asie, elle donne (c'est-à-dire importe) plus qu'elle ne prend (exporte). La Chine est le premier pays dans les deux domaines pour chacun des un peu plus de 50 états asiatiques et quand elle n'est pas la première, elle est la deuxième ou dans de rares cas la troisième. On peut dire de manière systémique que pour le système asiatique, pour le bien commun asiatique, c'est-à-dire l'intérêt commun de tous les États asiatiques, la Chine agit comme la locomotive, le cœur systémique, la pompe centrale de la circulation des richesses. Ce qui implique que tout problème d'élan dans la locomotive chinoise serait payé par l'ensemble du train asiatique. Il faut également se souvenir des multiples forums (fora) et accords liant les pays asiatiques à la Chine, RCEP, AIIB, SCO etc.
  2. 2) À l'inverse, la Chine est un géant démographique et un géant en matière de puissance dans le monde asiatique. Avec peu d'inclinaison pour l'impérialisme dans son voisinage au cours de son histoire, du moins au cours des derniers siècles, si vous êtes un État asiatique, en particulier un État adjacent, vous pouvez évidemment avoir quelques inquiétudes. Les diverses questions relatives aux frontières maritimes, aux détroits, à la diaspora chinoise, au grand renforcement techno-militaire chinois récent, bien qu'elles ne soient pas toujours directement menaçantes, ne sont certainement pas rassurantes. Il convient toutefois de rappeler que la Chine n'a pas de tradition de manipulation des gouvernements d'autrui ; elle n'a pas à son actif le financement politique, celui des groupes de réflexion, du lobbying, de l'influence de la presse et de bien d'autres choses encore qui caractérisent l'empire hybride américain.
  3. 3) Nous avons donc deux dynamiques, l'une poussant à l'établissement de relations étroites avec la Chine, l'autre conseillant une certaine contre-assurance, ce que l'on peut appeler, en relations internationales, le classique "numéro d'équilibriste". Le candidat naturel à l'équilibrage est les États-Unis, l'ennemi de mon ami/ennemi. L'acteur qui illustre le mieux cette posture équilibrée est l'Inde. Dans l'OCS, dans l'AIIB et surtout dans les BRICS, elle est avec la Chine, mais, simultanément, elle flirte militairement et technologiquement avec l'Amérique (et en vérité aussi avec la Russie en termes d'énergie et d'armes).
  4. 4) Dans les nombreux mérites et capacités des Américains, il manque certaines qualités typiquement asiatiques: la patience, la stratégie à long terme, la diplomatie, l'art du conflit-coopération, les formes d'interaction indirectes, obliques et diagonales. Pour rappel, le Global Times (GT) cite un certain nombre de diplomates de l'ASEAN et d'autres qui ont été déconcertés par la décision américaine sur le voyage de Pelosi. GT ne cite pas de noms et surtout fait - habituellement - de la propagande ; cependant, pour autant que je puisse connaître la mentalité asiatique, l'information semble très crédible. Aussi parce qu'elle est confirmée par le fait que le président coréen a fait semblant d'être en vacances (à son domicile de Séoul, semble-t-il) pour ne pas avoir à rencontrer l'Américaine même étant donné qu'une rencontre entre Sud-Coréens et Américains n'aurait pas été du tout scandaleuse aux yeux de Pékin. En outre, ces derniers jours, certaines sources asiatiques ont affirmé que Taipei elle-même avait supplié Pelosi de reporter son voyage, mais en vain. Rien ou presque n'est plus opposé que la mentalité asiatique et celle du Far West, je me contente de prendre une photo, quel que soit le jugement que l'on puisse en porter.
  5. 5) Taipei dépend à 28% de Pékin pour ses exportations et à 24% pour ses importations, la RPC étant de loin son premier partenaire, bien sûr. Il convient de noter que la réaction chinoise, au-delà de la tradition de la guerre des feux d'artifice dans la région, a montré avec quelle facilité Taipei pouvait être soumise à un blocus naval. Un blocus naval poserait un gros problème aux États-Unis. Taïwan n'est pas un État reconnu par l'ONU et par la communauté internationale. Si la Chine devait procéder demain à un blocus naval sérieux, et si les Américains allaient le forcer, ils se rendraient formellement coupables d'agression. Un blocus naval plus un blocus économique étoufferaient Taïwan dans un délai raisonnable. Mais dès les blocages d'exportation effectués par les Chinois (par exemple le sable que les journalistes de notre grande presse désignent comme indispensable à la construction sans savoir qu'il est aussi du silicium, même s'il n'est pas très pur) en guise de punition pour la rencontre criminelle, on voit comment l'objectif chinois est d'opposer le pouvoir économique taïwanais (qui est celui qui domine l'île) au pouvoir politique qui est tout sauf monolithique. Je dois également souligner que toute la paranoïa excitée, crachée par les médias occidentaux sponsorisés par les Américains dès le deuxième jour de la guerre en Ukraine, selon laquelle la Chine est sur le point d'envahir Taïwan, est insignifiante. Taiwan doit rejoindre la RPC dans les vingt-sept ans (2049) et il n'y a aucune raison de précipiter les choses. Notamment parce que la Chine continentale voudra probablement convaincre les insulaires ou une bonne partie d'entre eux du caractère inévitable du fait avant de faire des gestes plus décisifs. À la fois parce que régner sur un territoire hostile est un problème, et parce que cela montrerait un visage trop agressif envers ses voisins-partenaires asiatiques.

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Cela dit, l'opération est loin d'être facile, les Chinois ne se reconnaissent pas dans les champions du soft power, les Taïwanais préféreraient rester autonomes, les Américains, les Britanniques et toute la cohorte occidentale feront tout pour mettre des bâtons dans les roues. Cependant, la géographie, l'anthropologie et l'économie, ainsi que la bonne utilisation du temps, sont en faveur des Asiatiques.

De nos jours, il est essentiel de comprendre et de se rendre compte qu'il y a vraiment beaucoup à étudier. Étudions plus et jugeons moins, l'anxiété est l'ennemi d'une bonne adaptation à l'ère complexe. Vous aurez fait l'expérience décourageante de voir dans un film étranger comment ils traitent notre italianité avec des clichés, projetant sur nous leurs pauvres et stupides schémas mentaux. Ne faites pas de même avec les Asiatiques, ce n'est pas une bonne façon de s'orienter dans le futur vers les 60% de la population mondiale. Si vous ne savez pas certaines choses, vous pouvez toujours vous taire, n'est-ce pas ?

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[Le livre ci-dessus est fantastique, je le recommande vivement, il est écrit par le plus grand expert de la mentalité chinoise que nous ayons ici en Europe, un Maître, une figure rare en ces temps de précipitation et de superficialité].

vendredi, 05 août 2022

Les provocations américaines pour déclencher des guerres par procuration se multiplient. Grâce aux atlantistes

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Les provocations américaines pour déclencher des guerres par procuration se multiplient. Grâce aux atlantistes

Augusto Grandi

Source: https://electomagazine.it/si-moltiplicano-le-provocazioni-usa-per-scatenare-guerre-per-procura-grazie-agli-atlantisti/

Les élections de mi-mandat approchent, les sondages sont extrêmement négatifs, et le président Biden tente de gravir les échelons en multipliant les actes de provocation dans toutes les parties du monde. Après avoir provoqué Poutine en Ukraine jusqu'à déclencher la guerre, il tente de faire monter le niveau de tension dans les Balkans et, avec le voyage de provocation de dame Pelosi à Taïwan, il a également envenimé les relations avec la Chine à un niveau très élevé. Tout cela avec l'assentiment servile et obtus des atlantistes.

"Mon impression", explique Daniele Lazzeri, président de la boite à penser italienne Il Nodo di Gordio, "est que la multiplication vertigineuse de nouveaux foyers de crise dans diverses régions de la planète révèle la faiblesse politique et militaire croissante des États-Unis. Les difficultés objectives sur le front ukrainien - qui, malgré les déclarations audacieuses de Zelensky, prouvent l'impossibilité d'offrir une résistance totale à la puissance de feu russe - obligent à mon avis les États-Unis à allumer des foyers de turbulence dangereux dans d'autres pays. Nous le constatons avec la réactivation du conflit balkanique entre le Kosovo et la Serbie quelques mois avant les élections en Bosnie-Herzégovine du 2 octobre prochain et avec la visite soudaine, mais aussi improvisée, de la présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, à Taïwan".

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Le risque est que ce ne soit que le début. Et qu'à Washington, on médite sur l'augmentation des zones de conflit, sans avoir besoin d'une intervention américaine directe mais en utilisant la stupidité de serviteurs écervelés.

"L'administration Biden, poursuit Lazzeri, met donc en œuvre une stratégie de désarticulation mondiale par le biais de 'guerres par procuration', de guerres indirectes, qui affectent gravement l'équilibre déjà délicat de certaines lignes de faille géopolitiques qui font l'objet de conflits et de paix gelée. Je ne serais pas surpris si, dans les semaines à venir, nous pouvions assister à de nouvelles tensions dans les territoires du Moyen-Orient et en Afrique du Nord. Je pense notamment à la Syrie et à la Libye où, avec beaucoup de difficultés, une stabilité substantielle avait été obtenue entre les intérêts russes et les influences turques. Les récents succès diplomatiques du président Erdogan constituent toutefois une dangereuse menace pour l'administration Biden. Bien qu'elle soit un rempart de l'OTAN en Méditerranée, une Turquie trop indépendante et autoritaire qui, même ces dernières années, a fait des clins d'œil répétés au Kremlin n'est pas une garantie suffisante pour les stratégies américaines de préservation du pouvoir sur le théâtre euro-méditerranéen.

Et la tension provoquée par l'OTAN au Kosovo va précisément dans ce sens. Parce que Moscou est lié à Belgrade tandis qu'Ankara protège les musulmans kosovars. De même, les atlantistes italiens pourraient favoriser une montée des tensions en Libye où Poutine et Erdogan avaient réussi à trouver une sorte de modus vivendi entre la Tripolitaine et la Cyrénaïque.

Quant aux conséquences de la provocation de Nancy Pelosi, "selon toute vraisemblance", conclut Lazzeri, "la réponse chinoise n'aura pas d'implications militaires immédiates. Il n'est pas dans l'intérêt de Pékin, en fait, de déclencher une confrontation directe avec les États-Unis. On peut plutôt s'attendre à des représailles commerciales et diplomatiques qui renforceront encore les relations que le président chinois Xi Jinping tisse depuis des années non seulement avec Vladimir Poutine mais aussi avec la plupart des pays qui ne sont pas alignés sur l'"Occident" dirigé par les États-Unis.

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mercredi, 03 août 2022

Tambours de guerre en Extrême-Orient: l'Ukraine sera-t-elle bientôt une question secondaire ?

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Tambours de guerre en Extrême-Orient: l'Ukraine sera-t-elle bientôt une question secondaire?

Par Théo-Paul Löwengrub

Source : https://ansage.org/kriegstrommeln-in-fernost-wird-die-ukraine-bald-zur-nebensache/

Ce que l'on craignait depuis longtemps semble désormais se préciser : favorisé par la focalisation maniaque de l'Occident sur la guerre en Ukraine et ses conséquences globales, le prochain scénario catastrophe possible se prépare également en Asie - avec des conséquences bien plus graves pour la politique mondiale. Toute la région en crise autour de la péninsule coréenne et de Taïwan risque de se retrouver au centre d'un échange de coups entre deux puissances mondiales, face auxquelles la "guerre par procuration" dans le Donbass, déjà opaque, ressemblera à une escarmouche. Les développements actuels donnent raison aux observateurs qui avaient rapidement mis en garde contre un rapprochement entre la Russie et la Chine et qui craignaient que l'escalade dans le nouveau conflit Est-Ouest ne soit un scénario bienvenu pour Pékin afin d'obtenir enfin le "règlement" de la question de Taïwan, non résolue pour la Chine depuis 70 ans.

Le président du groupe parlementaire FDP, le Comte Alexander Lambsdorff, met lui aussi en garde contre une attaque de la Chine contre l'île et fait remarquer que, dans ce cas, les Etats-Unis devraient décider à court terme s'ils interviennent ou non. Roderich Kiesewetter, membre de l'Union chrétienne-démocrate (CDU) en charge des affaires étrangères, a également exprimé sa crainte qu'une attaque chinoise contre Taïwan soit plus précoce que prévue. Et la Chine surveille de très près la manière dont l'Occident traite la Russie. "Les dirigeants chinois pourraient voir un avantage stratégique dans une attaque à plus brève échéance, car l'Occident mobilise actuellement de nombreuses capacités dans le conflit russe", a déclaré M. Kiesewetter - qui a toutefois, jusqu'à présent, soutenu sans critique la politique ukrainienne de l'Allemagne, débordante de mégalomanie morale, avec ses conséquences sur l'approvisionnement énergétique, principalement allemand, et qui, la semaine dernière encore, a préparé les Allemands à "deux ou trois hivers difficiles".

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Pelosi joue avec le feu

En Chine, on ne croit manifestement pas qu'un président américain complètement déconnecté et prédicateur puisse encore évaluer correctement la situation. Entre-temps, des politiciens américains subalternes, comme la vieille présidente démocrate de la Chambre des représentants américaine, Nancy Pelosi, sont perçus comme les véritables acteurs. Le géant rouge, qui considère Taïwan comme une province sécessionniste, a organisé samedi des manœuvres militaires à tirs réels près de Taïwan, comme s'il voulait lancer un avertissement à Mme Pelosi pour qu'elle renonce d'urgence à sa visite dans le pays. Le président chinois Xi Jinping est également conscient du fait que les sanctions suicidaires de l'Occident ne représentent aucun danger pour la Russie et que ses livraisons d'armes prolongeront la guerre sans en modifier l'issue, tout comme la certitude que la dissuasion nucléaire continue de très bien fonctionner. Il pourrait donc se servir de l'Ukraine comme d'un modèle pour "faire table rase", même à sa propre porte.

En cas d'attaque, les conséquences seraient catastrophiques pour notre économie - bien plus que dans le cas de la Russie si l'Occident devait faire preuve de la même intransigeance morale et sanctionner les importations chinoises. Ce serait fatal - car non seulement les États-Unis, mais aussi l'Allemagne et l'UE dépendent autant de la Chine que de Taïwan. Lambsdorff fait remarquer qu'un tiers de la production mondiale de semi-conducteurs provient de Taïwan - précisément dans la partie des chaînes d'approvisionnement qui est jusqu'à présent la moins touchée par les perturbations actuelles des voies commerciales. "Chez nous, presque toutes les chaînes d'approvisionnement dans l'industrie seraient touchées, de nombreux produits techniques ne pourraient plus être fabriqués. De la machine à laver à l'avion", explique M. Lambsdorff.

Des risques économiques incomparablement plus importants

Les États-Unis ont déjà intensifié leurs efforts pour devenir moins dépendants de la production de puces en Asie en faisant adopter par le Congrès un projet de loi visant à promouvoir la fabrication nationale de semi-conducteurs. L'Allemagne n'est pas en mesure de faire de même. Il est donc "dans notre propre intérêt d'éviter un conflit parallèle entre la Russie et l'Ukraine et entre la Chine et Taïwan". L'homme du FDP devrait se pencher sur ses propres errements passés - et vérifier si la politique étrangère et de sécurité de l'UE, qualifiable de kamikaze, et aussi celle de la coalition tricolore au pouvoir en Allemagne, n'a pas précisément accéléré ce phénomène - en isolant complètement la Chine de l'Occident et en encourageant de nouvelles alliances impitoyables entre des blocs de pouvoir non démocratiques.

La situation favorable de la politique étrangère et l'absence de réaction de l'Occident ne sont pas les seuls facteurs qui rendent probable une intervention militaire prochaine ; le régime du PC chinois est également sous pression sur le plan intérieur et pourrait tenter d'éviter les frustrations et les troubles imminents en jouant la carte ultranationaliste de Taïwan. En effet, le président chinois Xi Jinping a causé d'énormes dommages économiques à son pays par sa politique impitoyable de confinement, de "Corona Lockdown". Malgré le règne totalitaire du PC, les critiques internes à son encontre se sont récemment faites de plus en plus virulentes.

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Une nouvelle guerre de Corée est-elle imminente ?

La crise taïwanaise n'est pas le seul scénario de conflit qui se dessine concrètement en Extrême-Orient : Xi cherche également à resserrer significativement les liens avec la Corée du Nord, avec le dictateur nord-coréen Kim Jong Un. Ce dernier a récemment menacé une nouvelle fois la Corée du Sud d'"anéantissement" et annoncé une nouvelle grande guerre contre le sud du pays, divisé depuis la fin de la guerre de Corée en 1953. "Notre armée est prête à répondre à n'importe quel défi. Nous sommes en mesure d'utiliser notre dissuasion nucléaire de manière ciblée et efficace", a déclaré Kim. Les menaces sont loin d'être aussi vides qu'il y a quelques années, lors de la démocratie présidentielle décalée d'opérette entre Kim et Donald Trump. Pyongyang dispose désormais de missiles hypersoniques qui lui permettraient d'atteindre n'importe quelle cible aux États-Unis.

De son côté, la Corée du Sud est en train de mettre en place un bouclier antimissile contre les attaques du Nord, ce qui permettrait également une riposte immédiate. Le fait que la Chine, ancienne puissance protectrice de la Corée du Nord, se rapproche activement de la dictature stalinienne de sa propre initiative, soulignant ainsi une nouvelle position de front contre les États-Unis, n'est pas de bon augure. Washington est donc confronté, en plus du conflit avec la Russie, à une nouvelle escalade dans le conflit déjà tendu à l'extrême avec la Chine, qui pourrait chercher des avantages de politique intérieure dans une attaque contre Taïwan - et devrait en même temps user des forces, par rapport auxquelles le Vietnam et l'Irak auraient été des promenades de santé, dans une éventuelle guerre contre la Corée du Nord aux côtés du Sud, et où la Chine pourrait officiellement se tenir à l'écart. De tels scénarios d'horreur et leurs conséquences économiques et politiques catastrophiques conduiraient sans doute définitivement la "politique de sécurité" allemande au nirvana. Et c'en serait fini de la "politique étrangère féministe" à la Baerbock.

jeudi, 16 juin 2022

Comment est née la scission entre Beijing et Taipei

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Comment est née la scission entre Beijing et Taipei

Emanuele Pietrobon

SOURCE : https://it.insideover.com/storia/cina-taiwan-storia.html

Le passé ne passe jamais, il est donc essentiel de lire le présent avec les yeux de l'historien. Les événements d'aujourd'hui sont le résultat des événements d'hier, tout comme le futur est la conséquence du présent. Une répétition continue d'erreurs. Un éternel retour des antagonismes et des inimitiés. Une saṃsāra où les empires, les peuples et les civilisations vivent, meurent et renaissent encore et encore.

On ne peut pas comprendre la "troisième guerre mondiale en morceaux", pourquoi elle est apparue et comment elle pourrait évoluer, sans connaître l'histoire des derniers siècles. Histoire utile pour comprendre comment certaines des compétitions d'aujourd'hui, du Grand Jeu 2.0 à la nouvelle course à l'Afrique, ne sont que des remakes des grandes confrontations d'hier. Histoire fondamentale pour comprendre comment dans certains des théâtres les plus chauds du monde contemporain, par exemple Taïwan, nous nous approchons de l'inéluctable redde rationem des jeux qui ont commencé il y a longtemps.

Il n'y a pas de Chine sans Taïwan

Il y a deux catégories de pouvoirs, le post-historique et l'historique, mais il ne peut y avoir qu'un seul type d'empire, à savoir celui qui préserve jalousement le mythe fondateur et qui est voué à un horizon spatio-temporel extra-mondain et messianique, car l'histoire enseigne que la perte de mémoire et la temporalité sont les antichambres du déclin et de la mort.

Si la République populaire de Chine réécrit peu à peu la face du monde, avec l'ambition de toucher et d'altérer ses cordes sensibles, c'est parce que, prenant acte des erreurs commises par la dynastie Qing, elle s'est réapproprié cette propension à la transcendance qui remontant à l'époque perdue des Trois Augures et des Cinq Empereurs, avait placé la Cité interdite au centre du monde jusqu'au milieu du XIXe siècle - jusqu'à l'atterrissage malencontreux de l'Empire britannique dans la Sinosphère et le début consécutif de l'Âge de l'Humiliation (百年國恥).

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Remettre les lunettes de l'occidentalo-centrisme dans le tiroir, en utilisant à leur place les lentilles sobres de l'objectivité historique, c'est se rendre compte que dans le cas en question, celui de la Chine, il ne peut y avoir de transcendance, et donc aucune forma mentis apte à réintégrer l'histoire après le Siècle de l'Humiliation et la lente renaissance pendant la Guerre Froide, qui va au-delà de la sécurisation des cinq ventres mous traditionnellement infiltrés et incendiés par les puissances rivales - Hong Kong, Mongolie intérieure, Taïwan, Tibet, Xinjiang - et qui ne vise pas à surmonter la condition tellurocratique dans laquelle l'Empire céleste a été enfermé au moyen de la stratégie de la chaîne d'îles.

Après avoir déforesté Hong Kong, muselé les mouvements séparatistes au Tibet et au Xinjiang, et sécurisé la Mongolie intérieure, la direction prévoyante et patiente du Parti communiste chinois, qui se croit prête à accomplir le destin de l'Empire du Milieu renaissant, n'a plus qu'un dernier objectif : Capturer Taïwan parce que c'est ce que souhaitent les maîtres de la Cité interdite, pour qui le monde est trop petit pour deux Chine, et parce que c'est ce que réclament les stratèges, sachant que la survie de la mondialisation et du système asphyxiant de la chaîne insulaire dépend de l'État insulaire.

Tous fous pour Taïwan

Taïwan, également connue sous le nom de Formose ou de Taipei chinois, est et sera longtemps au centre du chapitre indo-pacifique de la compétition entre grandes puissances. Pour certains, à la lumière des intérêts en jeu - elle détient 92% de la capacité de production de semi-conducteurs avancés, ergo, elle est le cœur battant du Nord mondial, et est l'épine dorsale de la chaîne d'îles -, elle pourrait être l'Armageddon dans lequel, si Pékin tente une annexion manu militari, la troisième guerre mondiale éclatera.

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Beaucoup a été écrit et dit sur les raisons pour lesquelles Taïwan est cruciale pour les États-Unis, et l'histoire qui a conduit au désaveu d'une Chine en faveur de la reconnaissance de l'autre est également bien connue, mais il est nécessaire, pour des raisons d'objectivité et d'impartialité, d'examiner également celles de la République populaire de Chine.

Taïwan est ce que l'on appelle en géostratégie un "pivot" et en géophilosophie un "lieu de destin". Contrôler cet archipel revient à détenir les clés des mers entourant la Chine continentale, qui, de Taïwan, peuvent constituer une tête de pont pour l'obtention d'une profondeur stratégique dans le Pacifique, ou qui, de Taïwan, peuvent être maintenues dans une condition tellurocratique pour l'utilisation et la consommation de rivaux historiques - comme le Japon - ou récemment acquis - les États-Unis et leurs sœurs de l'anglosphère.

Le divorce jamais digéré

La nature géostratégique de Taïwan est la raison pour laquelle les dynasties successives sur le trône de la Cité interdite ont dû se battre continuellement et avec ténacité pour imposer leur autorité à l'ennemi du jour. Au début, ce sont les hordes de pirates qui ont fait de Taïwan une forteresse dans laquelle se réfugier pour échapper aux armées de l'Empire céleste. Plus tard sont venus les Espagnols, puis les Portugais et enfin les Hollandais. Les soldats de la dynastie Ming ont réussi à expulser les colons européens dans la seconde moitié du XVIIe siècle, établissant le royaume de Tungning sur l'île.

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En vert, au nord, les parties de Formose contrôlées par l'Espagne; en mauve, au sud, les parties contrôlées par la compagnie hollandaise des Indes orientales.

La dynastie Qing, s'appuyant sur l'héritage des Ming, tente de stabiliser l'autorité de la Chine continentale sur l'archipel jamais apprivoisé en en faisant une préfecture, puis une province distincte, mais des facteurs endogènes - le début du déclin - et exogènes - l'arrivée des grandes puissances dans la Sinosphère - vont contrarier le plan. En 1895, à la suite de leur défaite dans la première guerre sino-japonaise, les Qing ont été contraints de céder le contrôle de Taïwan au Japon. Un traumatisme national qui allait façonner des générations entières de nationalistes chinois.

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Soldats japonais à Formose.

Le divorce entre Pékin et Taipei, contrairement à la croyance populaire, a commencé avec la cession de l'État archipélagique à Tokyo. C'est dans le contexte de la domination japonaise que les Taïwanais ont commencé à développer une identité propre, antithétique à celle de la Chine continentale, car ils ont été endoctrinés avec de nouveaux livres d'histoire, initiés aux coutumes japonaises et même élevés dès leur plus jeune âge à l'étude du japonais. Et tandis que Taïwan subit un processus de japonification, qui portera ses fruits dans les décennies à venir, l'Empire céleste sombre dans le chaos de la guerre civile.

Pékin allait oublier Taipei pendant longtemps, pendant toute la durée de la période républicaine, car elle était la proie d'assassinats politiques, de faux messies, d'émeutes et d'un crescendo de violence perpétré par deux extrêmes opposés: les nationalistes de Chiang Kai-shek et les communistes de Mao Tse Tung. Les premiers, malgré le soutien transversal des puissances capitalistes, communistes et fascistes, seront écrasés par le poids d'une insupportable guerre sur deux fronts: contre le Japon et contre les révolutionnaires.

Les ouvriers-guerriers de Mao, après avoir survécu à une série de manœuvres d'encerclement en se réfugiant à l'intérieur des terres - la fameuse Longue Marche (长征) -, allaient au début de la Seconde Guerre mondiale profiter des événements pour lancer une puissante attaque contre les centrales républicaines. La guerre civile ne s'achèvera qu'en 1949, avec la prise de la dernière ville aux mains des républicains et la fuite de Chiang Kai-Shek et de ses loyalistes vers Taïwan, qui entre-temps était redevenue indépendante. Et là, croyant qu'un renversement de l'ordre maoïste naissant avec l'aide des États-Unis était possible, Chiang Kai-Shek a mis en place une nouvelle république, croyant être le seul représentant légitime du peuple chinois, ce qui a donné naissance au conflit des deux Chines.

Les États-Unis, qui, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, ont hérité de l'Empire britannique un monde de routes et de goulets d'étranglement à contrôler et une riche expérience en matière de division et de conquête, n'auraient jamais eu de doute sur la marche à suivre. Ils avaient appris la valeur de Taïwan entre l'entre-deux-guerres et la Seconde Guerre mondiale, en observant son utilisation multidimensionnelle par le Japon: comme grenier, comme usine et comme base d'opérations à partir de laquelle lancer des attaques aériennes et maritimes massives contre la Chine continentale. Des épisodes que les stratèges du futur gendarme mondial auraient étudiés avec zèle et qui les auraient incités à faire pression sur l'administration Truman pour qu'elle oublie la déclaration du Caire de 1943, cosignée par Franklin Delano Roosevelt, concernant la restitution de l'archipel à la Chine continentale à la fin de la guerre. Le reste appartient à l'histoire.

Emanuele Pietrobon

dimanche, 20 mars 2022

La fin inachevée de l'histoire et la guerre de la Russie contre l'ordre mondial libéral

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La fin inachevée de l'histoire et la guerre de la Russie contre l'ordre mondial libéral

Alexandre Douguine

La thèse de Fukuyama sur la fin de l'histoire

Du point de vue idéologique, le monde vit encore dans l'ombre de la controverse des années 1990 entre Francis Fukuyama et Samuel Huntington. Quelles que soient les critiques que l'on puisse formuler à l'encontre des thèses des deux auteurs, leur importance n'en est nullement diminuée, car le dilemme subsiste toujours et, en fait, constitue toujours le contenu principal de la politique et de l'idéologie mondiales.

Permettez-moi de vous rappeler qu'au lendemain de l'effondrement du Pacte de Varsovie puis de l'URSS, le philosophe politique américain Francis Fukuyama a formulé la thèse de la "fin de l'histoire". Cela se résume au fait qu'au vingtième siècle, et surtout après la victoire sur le fascisme, la logique de l'histoire s'est réduite à l'affrontement de deux idéologies - le libéralisme occidental et le communisme soviétique. L'avenir, et donc le sens de l'histoire, dépendait de l'issue de leur confrontation. Ainsi, selon Fukuyama, le futur est arrivé, et ce moment a été l'effondrement de l'Union soviétique en 1991 et l'arrivée au pouvoir à Moscou de libéraux qui ont reconnu la suprématie idéologique de l'Occident. D'où la thèse de la "fin de l'histoire".

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Selon Fukuyama, l'histoire est une histoire de guerres et de confrontations, chaudes et froides. Dans la seconde moitié du vingtième siècle, toutes les confrontations et les guerres se limitaient à l'opposition de l'Ouest capitaliste-libéral contre l'Est communiste. Lorsque l'Est s'est effondré, les contradictions ont disparu. Les guerres se sont arrêtées (comme cela semblait être le cas selon Fukuyama). Et, par conséquent, l'histoire était terminée.

La fin de l'histoire - reportée, mais pas rejetée

En fait, cette théorie est à la base de toute l'idéologie et de la pratique du mondialisme et de la mondialisation. Les libéraux occidentaux s'en inspirent encore. C'est l'idée défendue par George Soros, Klaus Schwab, Bill Gates, Jeff Bezos, Mark Zuckerberg, Barack Obama, Bernard Henri Levy, Hillary Clinton et... Joe Biden.

Les libéraux admettent toutefois que tout ne s'est pas déroulé sans heurts depuis les années 1990. Le libéralisme et l'Occident ont été confrontés à divers problèmes et à de nouveaux défis (avec l'islam politique, la nouvelle montée de la Russie et de la Chine, le populisme - y compris en Amérique même sous la forme de Trump et du trumpisme - etc.), mais les mondialistes sont convaincus que le moment de la fin de l'histoire s'est quelque peu éloigné, mais qu'il est inévitable et qu'il arrivera assez tôt. C'est sous le slogan d'un nouvel effort - faire de la fin de l'histoire une réalité et cimenter de manière irréversible le triomphe mondial du libéralisme - qu'a été menée la campagne du mondialiste Joe Biden (Build Back Better, signifiant "Retour à la mondialisation à nouveau - et cette fois avec plus de succès, après avoir construit notre arrière"), inscrite dans le programme planétaire du Great Reset de Klaus Schwab. Autrement dit, Fukuyama et sa thèse n'ont pas été écartés - c'est juste que la mise en œuvre de ce plan, idéologiquement irréprochable du point de vue de la vision libérale du monde dans son ensemble, a été reportée. Néanmoins, le libéralisme a continué à imprégner la société au cours des 30 dernières années - dans la technologie, dans les processus sociaux et culturels, par la propagation de la politique de genre (LGBTQ+), l'éducation, la science, l'art, les médias sociaux, etc. Et cela n'était pas seulement vrai dans les pays occidentaux, mais même dans les sociétés semi-fermées comme les pays islamiques, la Chine et la Russie.

Le nouveau phénomène des civilisations

Dès les années 1990, un autre auteur américain, Samuel Huntington, a présenté une vision alternative à celle de Fukuyama sur les processus mondiaux. Fukuyama était un libéral convaincu, partisan du Gouvernement Mondial, de la dénationalisation et de la "désuperinisation" des Etats traditionnels. Huntington, quant à lui, adhérait à la tradition du réalisme dans les relations internationales, c'est-à-dire qu'il reconnaissait la souveraineté comme un principe très élevé. Mais contrairement aux autres réalistes qui pensaient en termes d'États-nations, Huntington pensait qu'après la fin de la guerre froide et la disparition du bloc de l'Est et de l'URSS, il n'y aurait pas de fin de l'histoire, mais de nouveaux acteurs qui se feraient concurrence à l'échelle planétaire. C'est ainsi qu'il a nommé les "civilisations" et prédit dans son célèbre article (Clash of Civilisations) leur affrontement.

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Huntington est parti du constat suivant : le camp capitaliste et socialiste n'a pas été créé dans un vide au sein duquel des "têtes d'oeuf" ont élaboré des plans idéologiques abstraits, mais sur les bases culturelles et civilisationnelles très précises des différents peuples et territoires. Ces fondements ont été établis bien avant les temps modernes et leurs idéologies simplistes. Et lorsque la querelle des idéologies modernes prendra fin (et elle l'a fait avec la disparition de l'une d'entre elles - le communisme), les contours profonds des anciennes cultures, visions du monde, religions et civilisations émergeront de sous le formatage de surface.

Vrais et faux ennemis du libéralisme mondial

La justesse des hypothèses formulées par S. Huntington est devenue particulièrement évidente dans les années 2000, lorsque l'Occident a été confronté à l'islam radical. À cette époque, Huntington lui-même était mort avant d'avoir pu profiter de sa victoire théorique, tandis que Fukuyama admettait avoir tiré des conclusions hâtives, et même avancé la thèse de l'émergence d'un "islamo-fascisme", qu'il fallait vaincre avant que "la fin de l'histoire" ne puisse advenir: elle ne pouvait, disait-il, advenir avant cette victoire.

Néanmoins, Huntington n'avait pas seulement raison au sujet de l'islam politique. De plus, l'Islam s'est avéré si hétérogène dans la pratique qu'il ne s'est pas coalisé en une force unie contre l'Occident. Et il était commode pour les stratèges occidentaux de manipuler dans une certaine mesure la menace islamique et le facteur fondamentalisme islamique afin de justifier leur ingérence dans la vie politique des sociétés islamiques du Moyen-Orient ou d'Asie centrale.  Un processus beaucoup plus sérieux était la poursuite de la pleine souveraineté par la Russie et la Chine. Là encore, ni Moscou ni Pékin n'ont opposé les libéraux et les mondialistes à une idéologie particulière (d'autant que le communisme chinois, après les réformes de Deng Xiaoping, a reconnu certains biens fondés du libéralisme économique). Il s'agissait de deux civilisations qui s'étaient développées bien avant les temps modernes. Huntington lui-même les a appelées civilisation orthodoxe (chrétienne orientale) dans le cas de la Russie et civilisation confucéenne dans le cas de la Chine, reconnaissant à juste titre en Russie et en Chine un lien avec des cultures spirituelles plus anciennes et plus profondes. Ces cultures profondes se sont fait connaître au moment où la confrontation idéologique entre le libéralisme et le communisme s'est terminée par une victoire formelle, mais pas réelle (!), des mondialistes. Le communisme a disparu, mais pas l'Est, l'Eurasie.

La victoire dans un monde virtuel

Mais les partisans de la fin de l'histoire n'ont pas été complaisants. Ils sont tellement englués dans leurs modèles fanatiques de mondialisation et de libéralisme, qu'ils ne reconnaissent aucun autre avenir. Et c'est ainsi qu'ils ont commencé à insister de plus en plus sur une fin virtuelle de l'histoire. Comme, si ce n'est pas réel, faisons en sorte que ça ait l'air réel et tout le monde y croira. En substance, on mise sur la politique de contrôle des esprits, via les ressources d'information mondiales, la technologie des réseaux, la promotion de nouveaux gadgets et le développement de modèles de cohésion homme-machine. C'est le "Great Reset" proclamé par le créateur du Forum de Davos, Klaus Schwab, et embrassé par le parti démocrate américain et Joe Biden.

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L'essence de cette politique est la suivante : les globalistes ne contrôlent pas la réalité, mais ils dominent complètement le monde virtuel. Ils possèdent toutes les technologies de réseau de base, les protocoles, les serveurs, etc. Par conséquent, en s'appuyant sur l'hallucination électronique globale et le contrôle total de la conscience, ils ont commencé à créer une image du monde dans lequel l'histoire était déjà terminée. C'est là une image, rien de plus.

Fukuyama a donc conservé son importance, mais non plus en tant qu'analyste, mais en tant que technologue politique mondial tentant d'imposer des perceptions obstinément rejetées par une grande partie de l'humanité.

La guerre de Poutine contre l'ordre libéral

À ce titre, l'évaluation par Fukuyama de l'opération militaire spéciale en Ukraine présente un certain intérêt. À première vue, il pourrait sembler que son analyse devienne alors tout à fait hors de propos, car il ne fait que répéter les clichés courants de la propagande anti-russe occidentale qui ne contiennent rien de nouveau ou de convaincant (dans le style du banal journalisme russophobe). Mais à y regarder de plus près, le tableau change quelque peu si l'on ignore ce qui est le plus frappant - la haine enragée de la Russie, de Poutine et de toutes les forces qui s'opposent à la fin de l'histoire.

Dans un article publié dans le Financial Times, Fukuyama exprime déjà dans le titre même l'idée principale de ses revendications contre la Russie - "la guerre de Poutine contre l'ordre libéral". Et cette thèse en soi est absolument correcte. L'opération militaire spéciale en Ukraine est un accord décisif pour établir la Russie comme une civilisation, comme un pôle souverain d'un monde multipolaire. Cela correspond parfaitement à la théorie de Huntington, mais est complètement en désaccord avec la "fin de l'histoire" de Fukuyama (ou la société ouverte de Popper/Soros).

Oui, c'est exactement ça - "la guerre contre l'ordre libéral".

Le rôle clé de l'Ukraine dans la géopolitique mondiale

L'importance de l'Ukraine pour la renaissance de la Russie en tant que puissance mondiale pleinement indépendante a été clairement reconnue par toutes les générations de géopolitogues anglo-saxons - du fondateur de cette science Halford J. MacKinder à Zbigniew Brzezinski. Auparavant, elle était formulée comme suit : "Sans l'Ukraine, la Russie n'est pas un Empire, mais avec l'Ukraine, elle est un Empire. Si l'on mettait le terme "civilisation" ou "pôle mondial multipolaire" à la place d'"Empire", le sens serait encore plus transparent.

L'Occident mondial a misé sur l'Ukraine comme sur un pion anti-russe et a instrumentalisé le nazisme ukrainien et la russophobie extrême à cette fin. Tous les moyens étaient bons pour lutter contre la civilisation orthodoxe et le monde multipolaire. Poutine, cependant, n'a pas pris ce virage et est entré dans la bataille, mais pas avec l'Ukraine, mais avec le mondialisme, avec l'oligarchie mondiale, avec le Grand Remplacement, avec le libéralisme et la fin de l'histoire.

Et c'est ici que la chose la plus importante est apparue. L'opération militaire spéciale est dirigée non seulement contre le nazisme (la dénazification - avec la démilitarisation - est son principal objectif), mais plus encore contre le libéralisme et le mondialisme. Après tout, ce sont les libéraux occidentaux qui ont rendu possible le nazisme ukrainien, l'ont soutenu, armé et opposé à la Russie - en tant que nouveau pôle d'un monde multipolaire. Mackinder a appelé les terres de la Russie "l'axe géographique de l'histoire" - c'était le titre de son célèbre article, tout au début de sa carrière. Pour que l'histoire se termine (la thèse mondialiste, le but du "Grand Reset"), le pivot géographique de l'histoire doit être brisé, détruit. La Russie en tant que pôle, en tant qu'acteur souverain, en tant que civilisation ne doit tout simplement plus exister. Et le plan diabolique des mondialistes était de miner la Russie dans la zone la plus douloureuse, de dresser contre elle les mêmes Slaves orientaux (c'est-à-dire, en fait, les mêmes Russes), et même les Orthodoxes.

Pour ce faire, les Ukrainiens ont dû être placés à l'intérieur de la matrice mondialiste, pour prendre le contrôle de la conscience de la société ukrainienne à l'aide de la propagande informative, des réseaux sociaux et d'une gigantesque opération de contrôle de la psyché et de la conscience, dont des millions d'Ukrainiens ont été victimes au cours des dernières décennies. Les Ukrainiens ont été persuadés qu'ils font partie du monde occidental (mondial) et que les Russes ne sont pas des frères, mais des ennemis acharnés. Et dans une telle stratégie, le nazisme ukrainien coexistait parfaitement avec le libéralisme, qu'il servait essentiellement de manière instrumentale.

La guerre pour un ordre mondial multipolaire

C'est exactement ce contre quoi Poutine s'est engagé dans une lutte décisive. Pas contre l'Ukraine, mais pour l'Ukraine. Fukuyama a entièrement raison dans ce cas. Ce qui se passe aujourd'hui en Ukraine est "la guerre de Poutine contre l'ordre libéral". C'est une guerre contre Fukuyama lui-même, contre Soros et Schwab, contre la "fin de l'histoire" et le globalisme, contre l'hégémonie réelle et virtuelle, contre la "Grande Réinitialisation".

Des événements dramatiques s'ensuivirent - et c'est là un dilemme universel. Ils décident du sort de ce que sera l'ordre mondial à venir. Le monde deviendra-t-il vraiment multipolaire, c'est-à-dire démocratique et polycentrique, où les différentes civilisations auront voix au chapitre (et nous espérons que c'est exactement ce qui se passera - c'est le sens de notre victoire à venir), ou (Dieu nous en préserve !) sombrera-t-il finalement dans l'abîme du mondialisme, mais sous une forme plus ouverte, où le libéralisme n'affrontera plus le nazisme et le racisme, mais fusionnera inséparablement avec eux. Le libéralisme moderne, prêt à exploiter le nazisme et à le négliger lorsqu'il s'agit des intérêts des nations, est le véritable mal. Le mal absolu. C'est cela, et c'est contre cela que la guerre est menée maintenant.

12 thèses de Francis Fukuyama, basées sur une seule fausse prémisse

Un autre texte récent de Fukuyama, American Purpose, imprimé dans la publication des "néocons" américains (soit les néoconservateurs) en tant que bruyants représentants du nazisme libéral, mérite un certain intérêt. Dans ce document, Fukuyama propose 12 thèses sur la façon dont, selon lui, les événements se dérouleront pendant le conflit en Ukraine. Nous allons les présenter dans leur intégralité. Disons tout de suite qu'il s'agit d'une désinformation totale et d'une propagande ennemie, et c'est à ce titre - fake news - que nous citons ce texte.

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"La Russie se dirige vers une défaite totale en Ukraine. La planification russe a été incompétente, fondée sur l'hypothèse erronée que les Ukrainiens sont favorables à la Russie et que leurs forces armées s'effondreront immédiatement après l'invasion. Les soldats russes transportaient manifestement des uniformes de parade pour le défilé de la victoire à Kiev, et non des munitions et des rations supplémentaires. À ce stade, Poutine a engagé la plupart de ses forces armées dans l'opération - il n'y a pas d'énormes réserves auxquelles il pourrait faire appel pour prendre part à la bataille. Les troupes russes sont bloquées à l'extérieur des différentes villes ukrainiennes, où elles sont confrontées à d'énormes problèmes d'approvisionnement et à des attaques ukrainiennes constantes."

La première phrase est la plus importante. "La Russie se dirige vers une défaite totale en Ukraine". Tout le reste repose sur le fait que, lui, Fukuyama, représente la vérité absolue et qu'il n'est pas à remettre en question. Si nous faisions réellement de l'analytique, cela commencerait par un dilemme : si les Russes gagnent, alors..., si les Russes perdent, alors..... Mais il n'y a rien de tel ici. "Les Russes vont perdre parce que les Russes ne peuvent pas s'empêcher de perdre, ce qui signifie que les Russes ont déjà perdu. Et aucune autre option n'est envisagée, car il s'agirait dès lors de propagande russe." Qu'est-ce que c'est ? Voilà ce qu'est le nazisme libéral. De la pure propagande idéologique mondialiste, plaçant d'emblée le lecteur dans un monde virtuel où "l'histoire est déjà terminée".

Ensuite, tout devient prévisible, ce qui ne fait qu'ajouter à l'hallucination. Nous avons affaire à un exemple de "psy-op", une "opération psychologique".

"L'effondrement de leurs positions pourrait être soudain et catastrophique, plutôt que de se produire lentement, dans une guerre d'usure. L'armée sur le terrain atteindrait un point où elle ne pourrait plus être approvisionnée ni retirée et le moral s'évaporerait. C'est au moins vrai dans le nord ; les Russes s'en sortent mieux dans le sud, mais ces positions seront difficiles à tenir si le nord s'effondre."

Aucune preuve, de purs vœux pieux. Les Russes doivent être des perdants parce qu'ils sont des perdants. Et ceci nous vient du perdant modèle Fukuyama, dont toutes les prédictions ont été démenties de manière démontrable.

Dans l'ensemble, il est construit sur l'hypothèse que Moscou se préparait à une opération qui devait durer deux ou trois jours et culminer par un salut victorieux avec des fleurs de la part d'une population libérée. Comme si les Russes étaient tellement idiots qu'ils n'avaient pas remarqué les trente ans de propagande russophobe, l'encadrement par l'Occident de formations néo-nazies et une armée énorme (selon les normes européennes), pas mal armée (par le même Occident) et entraînée à l'époque soviétique (et l'entraînement était alors sérieux) qui allait déclencher une guerre dans le Donbass puis en Crimée. Et si une opération spéciale menée par les Russes dans une telle situation n'est pas terminée en quinze jours, c'est un "échec".  Une autre hallucination.

L'Occident a sacrifié les Ukrainiens

Et puis Fukuyama poursuit en disant une chose assez importante :

"Avant que cela ne se produise, il n'y a pas de solution diplomatique à la guerre. Il n'existe aucun compromis concevable qui soit acceptable pour la Russie ou l'Ukraine, compte tenu des pertes qu'elles ont subies jusqu'à présent."

Cela signifie que l'Occident continue de croire à sa propre propagande virtuelle et ne va pas faire de compromis avec la Russie et mettre en œuvre un contrôle de la réalité. Si l'Occident attend que la Russie soit vaincue pour entamer des négociations, celles-ci ne commenceront jamais.

"Le Conseil de sécurité de l'ONU a une fois de plus prouvé son inutilité. La seule chose utile a été le vote à l'Assemblée générale, qui permet d'identifier les acteurs peu scrupuleux ou évasifs dans le monde."

Dans cette thèse, Fukuyama fait référence à la nécessité de dissoudre l'ONU et de créer à sa place une Ligue des démocraties, c'est-à-dire des États complètement subordonnés à Washington, qui sont prêts à vivre dans l'illusion de "la fin de l'histoire". Ce projet a été formulé par un autre nazi libéral russophobe, McCain, et a commencé à être mis en œuvre par Joe Biden. Tout se déroule selon le plan du "Grand Reset".

"Les décisions de l'administration Biden de ne pas déclarer une zone d'exclusion aérienne et de ne pas aider à remettre les MiG polonais étaient les bonnes ; ils ont gardé la tête froide à un moment très émotionnel. Il vaut bien mieux que les Ukrainiens battent les Russes eux-mêmes, ce qui prive Moscou de l'excuse selon laquelle l'OTAN les a attaqués, et évite toutes les possibilités évidentes d'escalade. Les MiG polonais en particulier n'ajouteraient pas grand-chose aux capacités ukrainiennes. Bien plus important est un approvisionnement régulier en Javelins, Stingers, TB2s, fournitures médicales, équipements de communication et de partage de renseignements. Je suppose que les forces ukrainiennes sont déjà dirigées par les services de renseignement de l'OTAN opérant en dehors de l'Ukraine."

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Sur la première phrase, en revanche, on peut être d'accord avec Fukuyama. Biden n'est pas prêt à lancer un duel nucléaire qui suivrait immédiatement l'annonce d'une zone de drones et d'autres mesures directes vers une intervention de l'OTAN dans le conflit. L'expression "les Ukrainiens ont eux-mêmes vaincu les Russes" semble cynique et cruelle, mais l'auteur ne comprend pas ce qu'il dit : l'Occident a d'abord dressé les Ukrainiens contre les Russes, puis les a laissés seuls face à eux en s'abstenant de leur apporter une aide efficace. Les Ukrainiens ne sont virtuellement victorieux que dans un monde où l'histoire est terminée. Et devrait, selon la pensée de Fukuyama, s'en réjouir. C'est une petite affaire : il reste à vaincre les Russes.

"Bien sûr, le prix que l'Ukraine paie est énorme. Mais les plus gros dégâts sont causés par les missiles et l'artillerie, auxquels ni les MiG ni une zone d'exclusion aérienne ne peuvent faire face. La seule chose qui puisse arrêter le carnage est la défaite de l'armée russe sur le terrain."

Lorsque Fukuyama dit "le prix est énorme", il est clair, d'après son expression nonchalante, qu'il ne sait pas de quoi il parle.

Poutine et le nouveau départ du populisme

Ensuite, Fukuyama réfléchit au sort du président Poutine. Tout cela dans la même veine de rêverie sur la fin de l'histoire. En termes non équivoques, il déclare :

"Poutine ne survivra pas à la défaite de son armée. Il gagne du soutien parce qu'il est perçu comme un homme fort ; que peut-il offrir lorsqu'il démontre son incompétence et est dépouillé de son pouvoir coercitif ?"

Une autre thèse construite entièrement sur la première prémisse. La défaite des Russes est inévitable, ce qui signifie que Poutine est fini. Et si les Russes gagnent, Poutine n'est que le tout début. C'est ce qui compte, non plus pour le délirant Fukuyama, mais pour nous.

"L'invasion a déjà causé d'énormes dommages aux populistes du monde entier qui, avant l'attaque, n'ont cessé d'exprimer leur sympathie pour Poutine. Parmi eux, Matteo Salvini, Jair Bolsonaro, Eric Zemmour, Marine Le Pen, Viktor Orban et, bien sûr, Donald Trump. La politique de la guerre a exposé leurs tendances ouvertement autoritaires."

Tout d'abord, tous les populistes ne sont pas aussi directement influencés par la Russie. Matteo Salvini, sous l'influence des nazis libéraux et des atlantistes de son cercle intime, a changé son attitude auparavant amicale envers la Russie. Les sympathies pro-russes des autres ne doivent pas non plus être exagérées. Mais là encore, il y a un point curieux. Même si l'on accepte la position de Fukuyama selon laquelle les populistes sont orientés vers Poutine, ils ne perdent que si les Russes sont vaincus. Et en cas de victoire ? Après tout, c'est "la guerre de Poutine contre l'ordre libéral", et s'il la gagne, alors tous les populistes gagnent avec Moscou ? Et puis la fin de l'oligarchie mondiale et des élites du "Big Reboot".

Une leçon pour la Chine et la fin du monde unipolaire

"Jusqu'à présent, la guerre a été une bonne leçon pour la Chine. Comme la Russie, la Chine a développé une armée apparemment de haute technologie au cours de la dernière décennie, mais elle manque d'expérience au combat. L'échec de l'armée de l'air russe risque d'être répété par l'armée de l'air de l'Armée populaire de libération, qui manque également d'expérience dans la gestion d'opérations aériennes complexes. Nous pouvons espérer que les dirigeants chinois ne se berceront pas d'illusions sur leurs capacités comme l'ont fait les Russes en envisageant de futures actions contre Taïwan."

Encore une fois, tout cela est vrai si "les Russes ont déjà perdu". Et s'ils ont gagné ? Alors la signification de cette leçon pour la Chine serait tout le contraire. Autrement dit, Taïwan regagnera son port d'attache plus tôt qu'on ne le pense.

"Il reste à espérer que Taïwan elle-même se réveille et prenne conscience de la nécessité de se préparer à la guerre, comme l'ont fait les Ukrainiens, et rétablisse la conscription. Ne soyons pas prématurément défaitistes".

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Il vaudrait mieux être réaliste, et voir les choses telles qu'elles sont, en tenant compte de tous les facteurs. Mais peut-être que le fait que l'Occident ait des idéologues comme Fukuyama, hypnotisés par leurs propres illusions, est à notre avantage ?

"Les drones Bayratkar de Turquie sont devenus des best-sellers".

Aujourd'hui, des fragments de ces "best-sellers" sont ramassés par des clochards et des pillards dans les décharges de l'Ukraine.

"La défaite de la Russie rendra possible une 'nouvelle naissance de la liberté' et nous fera sortir de nos rêveries sur le déclin de la démocratie mondiale. L'esprit de 1989 perdurera, grâce à un groupe de courageux Ukrainiens."

Voici une grande conclusion : Fukuyama connaît déjà "la défaite de la Russie", comme il connaissait "la fin de l'histoire". Et alors, le mondialisme sera sauvé. Et si non ? Alors il n'y aura plus de mondialisme.

Et ensuite - "bienvenue" dans le monde réel, dans le monde des peuples et des civilisations, des cultures et des religions, dans le monde de la réalité et de la liberté du camp de concentration totalitaire libéral.

dimanche, 31 octobre 2021

Scénarios possibles du conflit RPC-Taiwan

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Scénarios possibles du conflit RPC-Taiwan

Sergey Atamanov

Ex: https://www.geopolitica.ru/article/scenariy-konflikta-mezhdu-knr-i-tayvanem

Dans cet article, nous allons parler du conflit entre Taïwan et la Chine et de ses conséquences possibles.

Il est nécessaire de comprendre que la Chine a besoin de Taïwan, de ses usines de haute technologie et de ses spécialistes. Il ne faut donc pas s'attendre à une mer de feu et de sang. Sinon, une chaîne technologique et d'investissement très importante de la modernisation chinoise sera brisée.

Il n'y aura pas non plus l'introduction d'un contingent limité qui soutiendra la population locale désireuse de rejoindre la Chine, comme dans le cas de la Crimée. Il n'y en a pratiquement pas à Taiwan.

La population de Taïwan est d'environ 24 millions d'habitants. S'emparer du territoire signifierait devoir le conserver en permanence, y compris en réprimant l'agitation populaire. La Chine cherche à obtenir une réunification pacifique en espérant que les Taïwanais se rendront compte qu'ils font partie d'une grande nation et que, d'une manière ou d'une autre, que ce soit pacifiquement ou sous la pression, ils décideront de la rejoindre.

Cependant, un affrontement armé est toujours possible en raison de diverses circonstances, notamment des influences extérieures ou la volonté du hasard.

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Il existe deux options possibles pour la confrontation armée: active et passive. Dans le premier cas, la marine et l'armée de l'air de l'APL imposeraient un blocus naval et aérien sévère à longue et courte portée à Taïwan, qui ne dispose pratiquement d'aucune ressource propre. Cela portera un coup monstrueux à l'économie et à la sphère sociale sans les détruire physiquement. La véritable famine sur l'île pourrait commencer assez tôt. Étant donné que, de nos jours, toutes les guerres ne sont pas seulement menées avec des hommes et des équipements, il y aura également un impact sur l'information. Les forces armées de Taïwan n'ont aucune chance de briser le blocus par leurs propres moyens. Le résultat est la capitulation de Taïwan.

La deuxième option est une option active. La Chine devra montrer le meilleur d'elle-même, tant sur le plan de l'armement que de la tactique. Qui sait ? La Chine possède un grand nombre de drones, y compris des drones militaires. La Chine a récemment testé un essaim de drones, notamment à partir d'un porte-avions ponté. Ils constitueront le premier échelon. Ensuite, grâce au travail actif de l'APL sur l'ISF et au soutien du groupe spatial, une frappe aérienne et de missiles sera lancée.

L'île sera attaquée depuis la direction de l'est, étirant les défenses taïwanaises. Les avions de pont des porte-avions les plus récents, le Liaoning et le Shandong, détruiront les principales défenses côtières de Taïwan en quelques heures.

Au même moment, un débarquement "hybride" maritime et aérien sur l'île commencera. Des centaines, voire des milliers, de petits avions légers tels que les avions à maïs Y-5 débarqueront des "moustiques" et des "pêcheurs hybrides" seront lancés depuis des navires. Ils ne seront pas, bien sûr, armés de cannes à pêche.

L'armée de l'air, la marine et les défenses côtières de Taïwan, qui subissent une pression énorme du fait des frappes aériennes et des missiles chinois, ne peuvent tout simplement pas faire face à autant de cibles.

Ainsi, un certain nombre de têtes de pont seront créées sur l'île pour les unités des forces terrestres de l'APL qui seront redéployées par les navires de débarquement polyvalents Qinchenshan, les navires d'assaut amphibies Type 075 et les aéroglisseurs Type 726. La largeur du détroit de Taiwan à son point le plus étroit n'est que de 150 kilomètres. Avec une portée maximale de 300 miles nautiques, l'aéroglisseur chinois Bison peut traverser le détroit en une heure.

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Une guerre éclair chinoise ne laisserait pas la moindre chance de salut à Taïwan. Il sera inutile d'attendre l'aide des États-Unis et d'autres "alliés". Un effondrement rapide des défenses de Taïwan permettrait, à son tour, à la Chine de ne pas trop souffrir du ressac de l'économie de l'île.

Implications pour la Chine

Les conséquences d'une guerre éclair ou d'un blocus peuvent, de manière très classique, être divisées en "mauvaises" et "bonnes". Commençons par les "plus".

Avec la lutte politique interne en Chine, le blocus de l'Empire céleste par les États-Unis et la situation instable sur le marché boursier, il est nécessaire de consolider la société en suivant l'exemple de la Crimée. Dans ce cas, les ennemis internes et externes seront relégués au second plan pendant un certain temps.

En annexant Taïwan, la Chine deviendra une formidable puissance du Pacifique qui non seulement contrôlera les technologies avancées du monde, mais sera également en mesure de bloquer l'approvisionnement en pétrole du Japon et de la Corée du Sud pro-américains. Elle disposerait également d'un levier qui permettrait à Pékin d'exiger l'élimination des bases militaires américaines dans les deux pays.

L'avantage militaire n'est pas négligeable non plus. Outre l'élimination d'une plate-forme potentielle d'agression contre la Chine (une base aérienne ou navale ennemie située à cet endroit constitue une menace pour l'ensemble du centre industriel de la Chine situé le long de la côte orientale), la Chine obtiendra des échantillons d'équipements militaires des forces armées de Taïwan qu'elle pourra étudier à la suite de la guerre.

La Chine va déplacer son approvisionnement agricole de l'Australie et du Canada vers la Russie et les pays d'Asie centrale. Il en sera de même pour les ressources énergétiques. La Russie est non seulement un partenaire plus fiable, mais aussi une sorte de plaque tournante pour les transports.

Dans 3 à 5 ans, la Chine sera en mesure d'établir une production de micropuces à Taïwan, même si les usines seront partiellement fermées et qu'il y aura une pénurie de travailleurs qualifiés. Au cours de cette période, les produits de haute technologie requis seront achetés en Europe, en Russie, éventuellement au Japon et en Corée du Sud. Pékin deviendra par la suite un leader dans la production de micro-puces, ce qui était auparavant le cas de Taïwan. Le leadership incontesté de la Chine dans un autre domaine, l'extraction et le traitement des métaux des terres rares, dont les experts pensent qu'ils joueront un rôle essentiel dans le développement de l'économie mondiale, pourrait conduire à un leadership dans la fabrication de haute technologie.

Comme vous pouvez le constater, à moyen terme, les "plus" de l'adhésion de Taïwan à la Chine sont nombreux. Examinons maintenant les points négatifs.

Un conflit armé prolongé réduira considérablement la base de développement technologique et économique de Pékin, sans parler des pertes humaines réelles. En outre, cela activera le Japon, qui tentera d'accroître son influence dans la région en devenant un acteur indépendant.

Le détroit de Taïwan est un conduit stratégique pour l'approvisionnement énergétique de la Chine, faisant partie de la route commerciale golfe Persique-détroit de Malacca-Chine. En cas de blocage par un adversaire potentiel, le trafic entre la mer de Chine orientale et la mer de Chine méridionale serait bloqué, isolant la partie nord de la côte chinoise. Ainsi, les plus grands ports du pays, dont Shanghai, seraient bloqués. Cela causerait à son tour d'énormes dommages à l'ensemble de l'économie chinoise, si ce n'est sa chute pure et simple.

Les sanctions technologiques et personnelles seraient un lourd fardeau. La Chine devra chercher des substituts aux semi-conducteurs. La position du Japon, de la Corée du Sud et la capacité de la Chine à contrôler elle-même le marché des semi-conducteurs, qui se trouve à Taïwan, joueront ici un rôle majeur. Il y aura quelques perturbations. La Chine va attirer des semi-conducteurs du monde entier, y compris de Russie et d'Europe, afin de ne pas arrêter la production. Naturellement, cela aura une incidence sur le bien-être de tous en Chine.

Un embargo sur le pétrole ne manquera pas de suivre. La plupart du pétrole arrive en Chine par la mer. Cette route sera bloquée. Seuls la Russie, le Kazakhstan, le Turkménistan et l'Ouzbékistan ont accès à des voies terrestres. L'Asie centrale est extrêmement turbulente en ce moment.

L'émergence de nouvelles alliances et unions, qui ébranleront l'ordre mondial établi, sera également négative. Et comme nous le savons, tout changement est souvent douloureux.

Nous pouvons déjà dire que Taïwan est devenu un certain catalyseur de l'ordre mondial. Une nouvelle alliance militaire est devant nos yeux. AUKUS a uni les États-Unis, la Grande-Bretagne et l'Australie précisément contre la Chine. À ce triple traité s'ajoute le QUAD - Japon, Australie, Inde et États-Unis - qui prône une "région indo-pacifique libre et ouverte". Il y a aussi une coalition de fabricants de semi-conducteurs, qui inclut les États-Unis. Pays-Bas, Taiwan, Japon.

Il est très probable qu'une coalition de pays turcs dirigée par la Turquie (United Turan) émerge.

Une alliance entre l'éternel adversaire des États-Unis, l'Iran, et la Chine est possible.

Compte tenu de l'éloignement des États-Unis des intérêts européens, comme l'illustre l'AUKUS, une nouvelle alliance militaire européenne impliquant la France, l'Italie et l'Allemagne pourrait être créée.

Une alliance entre la Chine et la Russie est extrêmement probable. Ni Pékin ni Moscou ne peuvent rejoindre le camp occidental en tant qu'alliés, Washington en tête.

Dans le même temps, la pression stratégique exercée sur la Chine et la Russie en raison de la détérioration des relations sino-américaines et russo-américaines obligera ces dernières à unir leurs forces afin d'assurer leur propre sécurité. L'alliance ne s'étendra pas seulement à la sphère de la sécurité. Elle aura une incidence sur l'énergie, la sécurité alimentaire et le développement technologique.

En tout état de cause, la Chine sera en mesure de se redresser à moyen terme. Elle pourra ensuite, en fonction des partenaires qu'elle choisira, se développer mutuellement et accroître son influence dans la région, et dans le monde entier.

L'essentiel est que des hostilités actives à Taïwan sont peu probables. La Chine exercera toutes les pressions possibles sur Taïwan pour qu'elle parle d'adhésion de son propre chef. Si l'on compare les évolutions négatives et positives à moyen terme, les points positifs l'emportent sur les points négatifs. Par conséquent, il faut s'attendre à ce que la Chine intensifie ses efforts pour intégrer Taipei.

samedi, 13 mars 2021

Taiwan Face à l'Irrédentisme Chinois

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Café Noir N.14

Taiwan face à l'irrédentisme chinois

Café Noir – Un Autre Regard sur le Monde.
Émission du Vendredi 12 mars 2021 avec Pierre Le Vigan & Gilbert Dawed
 

mercredi, 25 janvier 2017

Le Japon se prépare-t-il à la guerre ?

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Bob Woodward:

Ex: http://www.decryptnewsonline.com 

A partir d'aujourd'hui, les forces d'autodéfense nippones se livrent à des exercices pour anticiper un conflit militaire entre les deux rives du détroit de Formose. L’armée japonaise va effectuer un exercice de simulation d’affrontement militaire entre la Chine et Taïwan, avec la participation en tant qu’observateur de l’armée américaine, a selon l’agence de presse Kyodo.

« Aucun déploiement de troupe n’aura lieu et le scénario est celui d’une réponse des Etats-Unis et du Japon à un conflit militaire« , a indiqué Kyodo.

Selon une source du gouvernement japonais, le but de l’exercice est de vérifier comment les membres de l’armée devraient s’acquitter de nouvelles tâches autorisées en vertu de la nouvelle loi japonaise sur la sécurité dans le déclenchement d’une situation considérée comme menaçant sérieusement la paix et la sécurité du pays, a précisé l’agence de presse japonaise.

De son côté, le ministère chinois des affaires étrangères a rappelé à Tokyo que « la question de Taïwan est une affaire interne de la Chine et nous espérons que le Japon sera très prudent dans ses paroles et ses actes (…) et ne fera rien qui compromettrait la paix régionale et la stabilité« .

« Je pense que cela montre qu’un monde stable est la dernière chose que certains veulent au Japon », a considéré la porte-parole du ministère Hua Chunying. Cette annonce vient compliquer un peu plus la situation.

L’armée taïwanaise a également réalisé des exercices militaires en vue d’une guerre contre la Chine continentale, alors que les relations entre les deux rives de Taïwan restent difficile.

Cet exercice japonais, en présence d’observateur américain, n’apaise en rien les craintes de Beijing, qui doit composer avec une nouvelle administration américaine, ayant déjà rompu avec quatre décennies de relations diplomatique, en prenant un appel téléphonique de la dirigeante taïwanaise Tsaï Ing-wen. Or selon la a source du gouvernement japonais, l’exercice était prévu avant que Donald Trump ne prenne ses fonctions, le 20 janvier.

D’après le reportage de l’agence japonaise, les forces d’autodéfense du Japon (l’armée) feront cet exercice simulé du lundi 23 au vendredi 27 janvier 2017, en présence de militaires américains y participant en tant qu’observateur.

C’est un scénario qui depuis quelques semaines s’invite dans les discussions d’experts et de diplomates : un affrontement militaire entre la Chine et Taïwan. Le Japon vient mettre son grain de sel dans le débat en menant, à partir d’aujourd’hui et jusqu’à la fin de la semaine, des exercices de simulation en cas de conflit entre les deux rives du détroit de Formose. Aucun déploiement de troupes n’aura lieu. Tokyo entend vérifier comment, en cas de clash, les forces d’autodéfense nippones (SDF) effectueraient leurs nouvelles tâches autorisées par la loi de sécurité entrée en vigueur en mars dernier.

Jusqu’à présent, les SDF japonaises n’avaient pas pour mission d’intervenir en dehors des frontières de l’archipel. Si elles l’ont fait par le passé, à de très rares exceptions, c’était uniquement pour des motifs humanitaires. Dorénavant, au nom du principe de «l’autodéfense collective», Tokyo peut fournir un soutien logistique à d’autres forces armées, même si le Japon n’est pas directement menacé.
Coup de fil et coup de sang

En novembre, les SDF et les GI’s de la marine américaine ont d’ailleurs effectué leurs premiers exercices conjoints. Cette semaine, des observateurs américains assisteront aux simulations japonaises qui sonnent comme une nouveauté. Jusqu’à présent, ces entraînements concernaient essentiellement le Japon.

Ainsi, il était fréquent que le ministère de la Défense communique sur des opérations visant à reconquérir une île ou à la défendre contre un agresseur. Le nom était rarement mentionné mais tout le monde comprenait que le Japon surveillait de très près l’évolution autour de l’archipel des Senkaku, nationalisé par Tokyo en 2012, que la Chine revendique en l’appelant «les îlots Diaoyu». Cette fois, les Japonais quittent donc leurs eaux territoriales pour croiser dans des mers chargées en revendications.

L’exercice simulé intervient au moment où les relations entre la Chine et Taiwan connaissent un nouveau pic de tensions. L’échange téléphonique en décembre du président élu Donald Trump avec la présidente taïwanaise Tsai Ing-wen a alarmé Pékin. En prenant l’appel de Tsai Ing-wen, Trump a rompu avec près de quatre décennies de politique américaine qui respectait le principe de la «Chine unique» selon lequel tout Etat entretenant des relations diplomatiques avec Pékin ne peut en avoir simultanément avec Taïpei.

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Depuis 1949 et l’installation sur l’île des nationalistes de Tchang Kaï-chek, les Chinois considèrent Taiwan – indépendante de facto – comme une province renégate qui doit repasser, selon eux, sous le contrôle du continent. Depuis l’élection de Tsai Ing-wen l’année dernière, la Chine n’a cessé les mises en garde et les pressions sur la première présidente élue dans la seule démocratie du monde chinois. Depuis sa victoire, Tsai Ing-wen a appelé le régime chinois à «respecter l’intégrité de l’île». En septembre 1954, alors même que l'acte final de la conférence de Genève allait régler la guerre d'Indochine, Mao Zedong intimait à Zhou Enlai l'ordre de mettre au premier plan la «libération» de Taiwan: «Nous avons eu tort de ne pas nous consacrer à la tâche de libérer Taiwan juste après le cessez-le-feu en Corée; si nous tergiversons encore, nous commettrons une sérieuse erreur politique.» De novembre 1954 à mai 1955, un déluge d'obus s'abattit sur les petites îles tenues par le régime nationaliste, et l'armée populaire de libération s'empara des îles Dachen au nez et à la barbe de l'armada américaine dépêchée dans le détroit de Taiwan. Les Etats-Unis finirent toutefois, en mars 1955, par menacer publiquement d'employer des armes nucléaires tactiques contre la Chine en cas d'agression ultérieure, et notamment contre les îles de Quemoy et de Matsu, beaucoup mieux défendues. En avril 1955, la Chine mit fin à la crise quand Zhou Enlai, depuis le sommet afro-asiatique de Bandung, proclama son désir de paix avec les Etats-Unis.

En août 1958, vingt-quatre heures après que le président Eisenhower eut proposé à Nikita Khrouchtchev le premier sommet soviéto-américain de la guerre froide, et une réduction des armements nucléaires, Mao Zedong déclenchait une deuxième crise dans le détroit de Formose: à nouveau, une pluie d'obus s'abattit contre les petites îles fortifiées détenues par les nationalistes, provoquant la mobilisation de la VIIe Flotte dans le détroit. Après quelques semaines critiques pendant lesquelles les îles furent en danger sérieux, les Américains réussirent à établir une ligne de ravitaillement à Quemoy, y débarquant publiquement, entre autres, des mortiers susceptibles de lancer des charges nucléaires tactiques. Dès lors, l'offensive chinoise perdait toute chance de réussir: mais les bombardements continuèrent de façon intermittente pendant plus d'une décennie.

Ces précédents doivent aujourd'hui être examinés avec soin. D'abord, dans les deux cas, c'est à cause d'une détente internationale que la Chine populaire passa à l'offensive contre la Chine nationaliste, et le monde extérieur fut totalement surpris. En 1954, Mao ne pouvait supporter de voir la question de Taiwan sombrer dans l'oubli, alors que d'autres conflits asiatiques de la guerre froide trouvaient une solution. En 1958, la crise de Quemoy et de Matsu lui permettait de s'opposer à la coexistence pacifique qui s'amorçait entre les deux Grands.

Au début du mois, la Chine a dépêché son unique porte-avions, le Liaoning, dans le détroit de Taiwan, déclenchant l’envoi d’avions de reconnaissance par Taiwan. Il y a vingt ans, les deux rives du détroit avaient traversé une grave crise. Pékin avait tiré plusieurs salves de missiles dans les eaux territoriales taïwanaises au moment où le gouvernement de Lee Teng-hui multipliait les déclarations pro-démocratiques et que le pays s’apprêtait à voter. Alliés de Taïwan, les Etats-Unis avaient alors expédié une partie de leur flotte dans les eaux de la mer de Chine.

Aujourd’hui la Chine de Xi Jinping affirme de plus en plus son hégémonie sur les mers de la région. Et elle entend «défendre ses intérêts fondamentaux dans le cadre des affaires intérieures de la Chine», comme l’a rappelé vendredi Hua Chunying, la porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères qui réagissait à l’annonce des exercices simulés japonais. «Pour certaines personnes au Japon, il semble que la paix est la dernière chose qu’elles souhaitent. […] Nous espérons que le Japon pourra mesurer ses paroles et ses actes sur les questions liées à Taïwan […] et éviter d’envoyer un signal erroné aux forces indépendantes de Taiwan.»

De son côté, l’archipel du nationaliste Shinzo Abe a musclé sa diplomatie et armé sa défense depuis quatre ans. Tout en se posant en «contributeur proactif pour la paix», le Japon s’est montré plus présent dans le Pacifique, multipliant les discours ainsi que les aides techniques et financières aux pays de la région en butte à l’hégémonie chinoise. Avec Taiwan, quatrième partenaire commercial du Japon, Tokyo a renforcé ses relations.

Avant même son élection, Tsai Ing-wen s’était rendue en visite dans l’archipel au grand dam de Pékin. Fin décembre, un parlementaire japonais membre du parti libéral démocrate, Keisuke Suzuki, défendait des liens plus forts entre les deux archipels et l’idée d’une coopération militaire plus étroite. «L’existence d’un Taiwan libre est fondamentale pour la sécurité du Japon. A partir du moment où Taiwan subit trop de fortes pressions de la Chine continentale, c’est aussi un problème pour la sécurité nationale du Japon lui-même.»

Taiwan s’est lancé dans un programme de développement de son arsenal militaire, notamment de sous-marin. Les Etats-Unis suggèrent dorénavant à Taïpei d’augmenter ses budgets de défense. Il y a quelques jours, les troupes taïwanaises ont organisé, elles aussi, des exercices grandeur nature pour se préparer à une attaque chinoise.