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vendredi, 05 août 2022

Les provocations américaines pour déclencher des guerres par procuration se multiplient. Grâce aux atlantistes

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Les provocations américaines pour déclencher des guerres par procuration se multiplient. Grâce aux atlantistes

Augusto Grandi

Source: https://electomagazine.it/si-moltiplicano-le-provocazioni-usa-per-scatenare-guerre-per-procura-grazie-agli-atlantisti/

Les élections de mi-mandat approchent, les sondages sont extrêmement négatifs, et le président Biden tente de gravir les échelons en multipliant les actes de provocation dans toutes les parties du monde. Après avoir provoqué Poutine en Ukraine jusqu'à déclencher la guerre, il tente de faire monter le niveau de tension dans les Balkans et, avec le voyage de provocation de dame Pelosi à Taïwan, il a également envenimé les relations avec la Chine à un niveau très élevé. Tout cela avec l'assentiment servile et obtus des atlantistes.

"Mon impression", explique Daniele Lazzeri, président de la boite à penser italienne Il Nodo di Gordio, "est que la multiplication vertigineuse de nouveaux foyers de crise dans diverses régions de la planète révèle la faiblesse politique et militaire croissante des États-Unis. Les difficultés objectives sur le front ukrainien - qui, malgré les déclarations audacieuses de Zelensky, prouvent l'impossibilité d'offrir une résistance totale à la puissance de feu russe - obligent à mon avis les États-Unis à allumer des foyers de turbulence dangereux dans d'autres pays. Nous le constatons avec la réactivation du conflit balkanique entre le Kosovo et la Serbie quelques mois avant les élections en Bosnie-Herzégovine du 2 octobre prochain et avec la visite soudaine, mais aussi improvisée, de la présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, à Taïwan".

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Le risque est que ce ne soit que le début. Et qu'à Washington, on médite sur l'augmentation des zones de conflit, sans avoir besoin d'une intervention américaine directe mais en utilisant la stupidité de serviteurs écervelés.

"L'administration Biden, poursuit Lazzeri, met donc en œuvre une stratégie de désarticulation mondiale par le biais de 'guerres par procuration', de guerres indirectes, qui affectent gravement l'équilibre déjà délicat de certaines lignes de faille géopolitiques qui font l'objet de conflits et de paix gelée. Je ne serais pas surpris si, dans les semaines à venir, nous pouvions assister à de nouvelles tensions dans les territoires du Moyen-Orient et en Afrique du Nord. Je pense notamment à la Syrie et à la Libye où, avec beaucoup de difficultés, une stabilité substantielle avait été obtenue entre les intérêts russes et les influences turques. Les récents succès diplomatiques du président Erdogan constituent toutefois une dangereuse menace pour l'administration Biden. Bien qu'elle soit un rempart de l'OTAN en Méditerranée, une Turquie trop indépendante et autoritaire qui, même ces dernières années, a fait des clins d'œil répétés au Kremlin n'est pas une garantie suffisante pour les stratégies américaines de préservation du pouvoir sur le théâtre euro-méditerranéen.

Et la tension provoquée par l'OTAN au Kosovo va précisément dans ce sens. Parce que Moscou est lié à Belgrade tandis qu'Ankara protège les musulmans kosovars. De même, les atlantistes italiens pourraient favoriser une montée des tensions en Libye où Poutine et Erdogan avaient réussi à trouver une sorte de modus vivendi entre la Tripolitaine et la Cyrénaïque.

Quant aux conséquences de la provocation de Nancy Pelosi, "selon toute vraisemblance", conclut Lazzeri, "la réponse chinoise n'aura pas d'implications militaires immédiates. Il n'est pas dans l'intérêt de Pékin, en fait, de déclencher une confrontation directe avec les États-Unis. On peut plutôt s'attendre à des représailles commerciales et diplomatiques qui renforceront encore les relations que le président chinois Xi Jinping tisse depuis des années non seulement avec Vladimir Poutine mais aussi avec la plupart des pays qui ne sont pas alignés sur l'"Occident" dirigé par les États-Unis.

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samedi, 23 juillet 2022

Il n'a jamais été question de démocratie contre autocratie

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Il n'a jamais été question de démocratie contre autocratie

par Emanuel Pietrobon

Source : Emanuel Pietrobon & https://www.ariannaeditrice.it/articoli/non-e-mai-stata-una-questione-di-democrazia-contro-autocrazia

La ligne de Biden qui évoque la dualité "démocraties contre autocraties" avait peu d'espoir de succès au départ, chiffres en main, mais elle a été sabordée une fois pour toutes par la guerre en Ukraine.

Un coup porté à l'image de Biden, et à celle de son parti, dont on pourra mesurer les dégâts à la mi-mandat.

Mais voyons pourquoi la bataille de Biden avait peu de sens avant les opérations russes en Ukraine et encore moins maintenant.

Selon l'indice de démocratie de 2021 (Democracy Index 21 - DI21), il n'y a que 21 démocraties accomplies dans le monde. 21! Et les Etats-Unis ne font même pas partie de cette catégorie, ayant été placés par DI21 parmi les "démocraties imparfaites", qui ne sont pas moins de 53.

Et le reste du monde ? Divisé entre les régimes hybrides (34) et les régimes autoritaires (59). Dont le nombre est en baisse, car DI21 n'a pas pu calculer la nature démocratique de réalités étatiques ou semi-étatiques telles que le Sahara occidental, la Somalie, le Sud-Soudan, etc.

21 États contre 93. Ou 74 contre 93. Mais peut-on considérer les démocraties imparfaites (comme la Serbie, la Hongrie, les Philippines, etc.) comme des alliées des démocraties "pures" ? Question de perspectives.

Mais ce n'est pas (seulement) sur une question de chiffres que Biden a perdu cette bataille, lancée seulement l'année dernière avec le Sommet pour la démocratie et déjà née en voie d'obsolescence. C'est à cause d'un manque de sens de la réalité.

Les démocraties seules ne peuvent rien faire, ni combattre qui que ce soit. En partie parce que, qu'on le veuille ou non, l'histoire a montré que la démocratie n'est pas un système exportable. Un peu parce que les démocraties, pour amortir le choc de la guerre en Ukraine, ont été obligées d'ouvrir grand les bras aux régimes hybrides et autoritaires, qui, comme par hasard, sont riches en ressources qui nous sont utiles pour maintenir notre train de vie élevé : gaz, pétrole, terres rares, métaux, etc.

On pense à Mario Draghi, qui a traité Erdogan de dictateur l'année dernière et qui s'est rendu aujourd'hui à Ankara pour présenter des excuses informelles, chapeau à la main.

Pensez à la Suède et à la Finlande, modèles pour toute démocratie libérale, qui ont dû faire un compromis éthique avec la Turquie en échange de la levée du veto sur leur entrée dans l'OTAN.

Pensez aux États-Unis eux-mêmes, où Biden avait promis qu'il ferait de l'Arabie saoudite un paria dans les relations internationales et s'y est maintenant rendu, également comme un fils prodigue en quête de pardon et de rédemption, pour demander un soutien dans la lutte contre l'énergie chère. Sans parler du Venezuela : un changement de régime sacrifié sur l'autel de la Realpolitik.

La bataille entre les démocraties et les autocraties est perdue, elle n'a jamais eu la moindre chance, mais cela ne signifie pas qu'elle sera abandonnée.

La "guerre économique" contre la Russie, par exemple, est motivée par des raisons éthico-morales : les gens désinvestissent et quittent le marché russe à cause de l'agression contre l'Ukraine.

Et l'autre guerre froide, avec la Chine, a aussi un côté éthique-moral assez prononcé : le désinvestissement se fait à cause des conditions de vie imposées aux Ouïghours, mais aussi aux Tibétains et aux Hongkongais.

Tout cela pour faire passer un message : ne cédez jamais à la tentation de ce que le pape François a appelé le "format du petit chaperon rouge". Car, très souvent, le loup se déguise en agneau et crie ensuite au loup. Et beaucoup mordent à l'hameçon.

Il n'a jamais été question de démocratie contre autocratie, mais de moment unipolaire contre transition multipolaire.

samedi, 09 juillet 2022

De la soumission des Européens à Biden et aux présidents démocrates

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De la soumission des Européens à Biden et aux présidents démocrates

Nicolas Bonnal

Biden, si gâteux et impopulaire qu’il soit chez lui, peut exiger ce qu’il veut de ses sujets européens ; même Obama n’osait pas – n’osa pas – aller si loin ; il est vrai que cette soumission est suicidaire et risque d’être génocidaire, et par là limitée dans le temps et dans l’espace : par haine rabique de la Russie et soumission social-démocrate aux intérêts ricains en Europe, on peut benoitement demander à tout un continent de crever.

On verra. Impossible n’est pas européen, par les temps qui courent.

Il y a quelques années j’avais publié sur fr.sputniknews.com un texte de rappel repris par Médiapart : Trotsky soulignait la soumission des Européens aux yankees.

« Contrairement à ses disciples archéo-crétins ou néocons, Léon Trotsky est souvent irréprochable sur le terrain de l’analyse: voyez ce qu’il dit de Léon Blum dans son journal! Sur l’actuelle soumission de l’Europe, on peut lire ces lignes prononcées en juillet 1924:

« Le capital américain commande maintenant aux diplomates. Il se prépare à commander également aux banques et aux trusts européens, à toute la bourgeoisie européenne. C’est ce à quoi il tend. Il assignera aux financiers et aux industriels européens des secteurs déterminés du marché. Il réglera leur activité. En un mot, il veut réduire l’Europe capitaliste à la portion congrue… »

Trotsky confirmait une balkanisation de l’Europe voulue par les USA :

« Déjà, dans les thèses pour le 3e congrès de l’I. C., nous écrivions que l’Europe est balkanisée. Cette balkanisation se poursuit maintenant. »

Trotsky soulignait aussi le risible «mot d’ordre d’émancipation » si caractéristique de l’invraisemblable cruauté américaine (Tocqueville ou Beaumont en parlaient déjà : pour liquider les Indiens ou exploiter les noirs, faites donner les juristes !) :

« L’histoire favorise le capital américain: pour chaque brigandage, elle lui sert un mot d’ordre d’émancipation. En Europe, les États-Unis demandent l’application de la politique des “portes ouvertes”… Mais, par suite des conditions spéciales où se trouvent les États-Unis, leur politique revêt une apparence de pacifisme, parfois même de facteur d’émancipation. »

Puis j’ajoutais :

« Trotsky affirme que le meilleur allié des Etasuniens dans cette infecte inféodation des Européens n’est jamais la droite, quelque couards et stupides que puissent être ses politiciens! Non, le meilleur allié du ploutocrate américain, c’est la gauche, c’est la social-démocratie. Et c’est le Révolutionnaire du siècle passé qui l’écrit :

« Pendant ce temps, l’Amérique édifie son plan et se prépare à mettre tout le monde à la portion congrue… La social-démocratie est chargée de préparer cette nouvelle situation, c’est-à-dire d’aider politiquement le capital américain à rationner l’Europe. Que fait en ce moment la social-démocratie allemande et française, que font les socialistes de toute l’Europe ? Ils s’éduquent et s’efforcent d’éduquer les masses ouvrières dans la religion de l’américanisme; autrement dit, ils font de l’américanisme, du rôle du capital américain en Europe, une nouvelle religion politique. »

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Il faut reconnaître que ce rappel, si juste qu’il soit, doit être nuancé : les Européens ont méprisé Bush (c’était encore autorisé) puis craché sur Trump, qui ne leur avait fait aucun mal ; et ils divinisent Biden, qui ne demandent que leur mort – ainsi il est vrai (Davos-City oblige) que la mort des USA. Biden incarne à la perfection le complexe décrit jadis par le libertarien Rothbard : welfare state et warfare state. Un Etat incompétent, dépensier, chaotique, méphitique, interventionniste, tentaculaire et démentiel est la marque aujourd’hui de l’Amérique démocrate comme de son atroce ersatz de colonie européenne : l’Europe n’est pas le petit cap de l’Asie de Valéry, mais bien celui de l’Amérique qui peut en faire l’usage ordurier qu’elle désire. Les partis socialistes et les droites post-souverainistes (le « centre » façon Juppé-Macron-Bayrou)  iront jusqu’au bout dans cette vilénie qui tourne à l’infamie. Aux Gamelin de Xavier Moreau  succèdent les Ganelon.

Les prochaines élections US devraient consacrer (sauf truquage informatique béni par Zuckerberg et les médias) un triomphe républicain ; les républicains sont moins populaires en Europe catho-centriste-socialo que les démocrates mais on ne sera pas sortis de l’auberge. Ce qui nous sauvera c’est une volonté de vivre pas une volonté de suivre un maître (une élite hostile au sens strict) qui extermine froidement depuis 1917 la civilisation européenne.

Sources :

Bibliographie Léon Trotsky- Discours sur les perspectives de l’évolution mondiale (Marxists. Org)

https://blogs.mediapart.fr/danyves/blog/220117/comment-trotsky-explique-la-soumission-europeenne-aux-usa

 

jeudi, 16 juin 2022

Le Sommet des Amériques montre l'échec des États-Unis

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Le Sommet des Amériques montre l'échec des États-Unis

Leonid Savin

Source: https://www.geopolitika.ru/article/sammit-amerik-pokazal-nesostoyatelnost-ssha

La veille du sommet de l'Organisation des États américains (OEA), qui, selon le plan de l'administration Biden, devait consolider les liens entre pays de la région conformément à la politique de la Maison Blanche, s'est effondrée. La participation officielle d'un certain nombre de dirigeants et de politiciens s'est muée en pathos, rien de plus.

L'idée même de l'Organisation des États américains remonte à la fin du XIXe siècle, lorsque l'Union internationale des républiques américaines a été fondée en avril 1890. Elle est ensuite devenue l'Union panaméricaine en 1910. Et en 1948, une Charte a été signée en Colombie, établissant une organisation régionale [i]. Un an plus tard, l'Accord de Rio a été signé, qui a effectivement établi une alliance de défense dans la région [ii].

Nous pouvons constater que la réorganisation intervient au début de la guerre froide, lorsque les États-Unis tentaient activement de redessiner la carte du monde en fonction de leurs propres intérêts. Pour eux, l'Amérique latine était considérée comme une arrière-cour à pacifier selon les plans et les aspirations de Washington, pour ensuite utiliser les pays de la région comme satellites.

L'OEA elle-même se compose de trois principaux organes de décision - un conseil permanent, un secrétariat général et une assemblée générale. Le budget est constitué par les contributions des États, et en 2022, il s'élève à 81 millions de dollars.  L'organisation compte 35 États membres, mais Cuba ne participe pas à l'OEA depuis 1962 et a été expulsé en 2009. L'OEA compte des observateurs (70 pays) et jusqu'à récemment, la Russie en faisait partie.

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Le dernier sommet de l'OEA s'est tenu au Pérou en 2018, et c'est la première fois qu'un président américain était absent - Donald Trump a refusé de se rendre à l'événement.

Le Council on Foreign Relations a relevé cinq points principaux à l'ordre du jour à la veille du sommet :

1. COVID-19. Près de 1,7 million de personnes dans la région sont mortes de cette maladie, qui a endommagé les systèmes de santé et provoqué des troubles sociaux. Mais dans certains pays, comme Haïti, les campagnes de vaccination sont au point mort.

2 . Changement climatique. Selon un récent rapport d'experts de l'ONU, les pays d'Amérique latine sont parmi les plus vulnérables au changement climatique. La région connaît des températures plus élevées, une sécheresse généralisée, une perte record de forêts et des inondations, des tempêtes tropicales et des cyclones plus intenses et plus fréquents, ce qui a exacerbé les problèmes agricoles et l'insécurité alimentaire.

3. La reprise économique. Bien que l'Amérique latine ait connu une croissance économique modérée en 2021, elle est confrontée à une inflation croissante, un chômage élevé, des inégalités de revenus, une dépréciation de la monnaie et une dette croissante. D'autres défis sont liés aux relations croissantes de la région avec la Chine et la Russie, qui sont des partenaires commerciaux majeurs.

4. Migration et sécurité. L'instabilité économique, les troubles politiques, le changement climatique et le banditisme poussent un nombre record de migrants à fuir leur pays d'origine. Plus de six millions de réfugiés ont fui la crise humanitaire au Venezuela, tandis que des dizaines de milliers d'autres, venus de Cuba, d'Haïti et même de certains pays africains, ont traversé le périlleux détroit de Darien pour atteindre la frontière sud des États-Unis.

5. Polarisation politique. Les divisions idéologiques et les craintes d'une désinformation généralisée se sont intensifiées ces dernières années. Malgré les efforts des États-Unis et de l'OEA pour promouvoir la démocratie, les régimes autoritaires continuent de consolider leur pouvoir. Dans des pays comme le Chili et le Pérou, les électeurs ont soutenu les candidats outsiders"[iii].

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Il s'agit donc du programme démocrate mondialiste typique, qui comprend le mélange habituel de droits de l'homme et d'égalité, d'écologie, de narratifs sur la démocratie et la prospérité économique dans un avenir incertain. Mais il y a aussi des références à la Russie et à la Chine ainsi qu'aux "régimes autoritaires", à la désinformation et à d'autres idéologies. Une indication claire qu'il ne devrait y avoir qu'une seule idéologie - une idéologie libérale-démocratique calquée sur celle des États-Unis.

C'est pourquoi Politico a noté que Biden était très préoccupé par le succès des populistes dans la région. Cela était également lié à sa réticence à inviter Cuba, le Nicaragua et le Venezuela au sommet [iv]. Après tout, si les représentants d'une idéologie et d'un parcours politique différents sont plus efficaces, alors pourquoi écouter les États-Unis ?

Des impératifs aussi durs de la part de Washington ont eu un effet indésirable pour eux lorsque les chefs d'autres pays ont exigé de manière ultimatum des invitations obligatoires de la part des trois pays en question. En conséquence, les dirigeants du Mexique, du Honduras, de la Bolivie et du Guatemala ont refusé de se rendre au sommet après des critiques fortes et justifiées.

Et les chefs d'État de l'Argentine et du Belize ont fait des déclarations sévères contre les États-Unis lors du sommet. À propos, un contre-sommet de ceux qui soutiennent Cuba et le Venezuela, et s'opposent également à la politique étrangère agressive des États-Unis, s'est tenu à Los-Angeles, dans la vieille tradition de l'antimondialisme. Le cortège de Biden a été accueilli avec des drapeaux cubains et pendant qu'il parlait, un groupe de personnes dans la salle a commencé à crier des slogans politiques hostiles.

Selon les experts américains, le sommet a été l'occasion pour l'administration Biden de promouvoir sa vision régionale. Pour cette raison, Biden a tenté de freiner la migration vers les États-Unis, a annoncé une initiative "Build Back Better World" pour stimuler le développement des infrastructures, et a également légèrement assoupli les sanctions contre Cuba et le Venezuela. Mais cela n'a pas beaucoup aidé.

En fait, les mêmes experts du Council on Foreign Relations ont déclaré après la fin du sommet qu'avant même qu'il ne commence, il y avait de nombreuses contradictions qui ne pouvaient être résolues [v]. Maintenant, la Maison Blanche essaie fébrilement et a proposé de tenir le Sommet des Amériques de 2023 à Denver, Colorado, pour encourager d'une manière ou d'une autre les pays d'Amérique latine à coopérer.

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Biden a également proposé le lancement du Partenariat des Amériques pour la prospérité économique, mais à en juger par le manque de réaction, il est peu probable qu'il obtienne une quelconque adhésion. Les pays d'Amérique latine pourraient développer leurs propres mécanismes à leurs propres frais ; il existe, après tout, un certain nombre d'associations régionales à cet effet. Et les États-Unis ne sont manifestement pas disposés à dépenser de l'argent uniquement pour acheter une loyauté politique. En outre, l'époque des années 90, où Washington mettait en scène ses marionnettes et les soutenait avec des subventions, est révolue.

À l'issue du sommet, une seule déclaration sur la migration a été signée, dans laquelle les parties ont convenu de résoudre d'une manière ou d'une autre la question. Au même moment de l'événement, on a appris qu'une énorme colonne de réfugiés d'Amérique centrale avait traversé la frontière vers le Mexique. On ne les a pas empêchés et il est peu probable qu'on les empêche de passer aux États-Unis.

Il est clair que même au niveau de l'image, Washington ne peut plus rien offrir à la région. Le Département d'État n'est plus en mesure de donner une image attrayante pour, d'une part, alimenter sa propre démographie avec des cadres issus des pays latino-américains, facilitant ainsi la fuite des cerveaux d'Amérique latine, et d'autre part, pour parachever un mur de fer, comme Donald Trump a tenté de le faire.

Les États-Unis, en particulier les États du sud, sont déjà suffisamment latino-américanisés pour créer leurs propres réseaux de diasporas et leurs économies parallèles. De manière générale, la politique américaine en tant que telle suscite une frustration croissante en Amérique du Sud et centrale, ainsi qu'au Mexique, sans parler du fait que Washington n'a pas d'ordre du jour bien clair.

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Quant au populisme, une sorte de test décisif sera le second tour des élections présidentielles en Colombie le 19 juin. Si le candidat de gauche Gustavo Pedro (photo) l'emporte, cela signifiera l'effondrement du projet pro-Washington dans ce pays, l'amélioration des relations entre les Etats contestataires et la Colombie et un exemple à suivre dans d'autres pays où des forces politiques de droite orientées vers les États-Unis détiennent encore le pouvoir.

D'ailleurs, l'uribiste Rodolfo Hernandez, qui le talonne, a annoncé qu'il pourrait même retirer sa candidature à l'élection. Il est probable que les autorités puissent jouer la carte de l'instabilité avant les jours cruciaux du vote pour perturber la victoire de Pedro. Et il y aura des élections au Brésil à l'automne, où l'ancien président Lula da Silva a de bonnes chances.

En conclusion, l'OEA n'est pas la seule entité de la région à servir d'organisation parapluie. L'association la plus prometteuse est la CELAC (Communauté des pays d'Amérique latine et des Caraïbes), qui s'intéresse à l'intégration et à la coopération régionales.

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En outre, la CELAC interagit avec la Russie et la Chine, ce qui suggère un programme  plus large pour l'organisation. Le Brésil s'est retiré de la CELAC en 2020, arguant que Cuba, le Nicaragua et le Venezuela contrôlaient l'union, ce qui n'est pas vrai. Il est plus probable que cela ait été fait à l'instigation des États-Unis afin de briser la structure.

Cuba, le Venezuela et le Nicaragua (ainsi que la Bolivie) ont leur propre alliance, l'ALBA, établie en 2004 par les dirigeants vénézuéliens et cubains Hugo Chavez et Fidel Castro.

Il y a aussi l'UNASUR (Union des nations sud-américaines), créée en 2008, mais en 2018, à cause du Venezuela, de nombreux membres ont quitté l'union. Par ailleurs, Prosur (Forum pour le progrès de l'Amérique du Sud) a été créé en 2019 avec l'Argentine, le Brésil, le Chili, l'Équateur, le Pérou, la Colombie, le Paraguay et la Guyane.

Dans tous les cas, il est dans l'intérêt des pays d'Amérique latine de promouvoir activement leur propre vision au sein de leurs alliances, plutôt que de gaspiller des ressources et de l'énergie sur les projets américains au sein de l'OEA.

Notes:

[i] http://www.oas.org/en/sla/dil/inter_american_treaties_A-4...

[ii] http://www.oas.org/juridico/english/treaties/b-29.html

[iii] https://www.cfr.org/in-brief/whats-stake-biden-2022-summi...

[iv] https://www.politico.com/news/2022/06/06/six-things-to-wa...

[v] https://www.cfr.org/councilofcouncils/global-memos/region...

mercredi, 15 juin 2022

Le sommet de l'OEA ou quand l'hégémonisme échoue

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Le sommet de l'OEA ou quand l'hégémonisme échoue

Source: https://www.geopolitika.ru/it/article/quando-legemonia-fa-fiasco

Du 6 au 10 juin, le sommet de l'OEA a eu lieu aux États-Unis. L'objectif initial du sommet était de restaurer l'image des États-Unis en Amérique latine et de tenter de consolider l'hémisphère occidental contre la Russie et la Chine. Mais tout ne s'est pas déroulé comme prévu.

Du 7 au 10 juin, le Sommet des Amériques s'est tenu à Los Angeles sous les auspices de l'OEA (l'Organisation des Etats Américains), censé symboliser le retour des États-Unis en Amérique latine et dans les Caraïbes. L'objectif principal de l'événement était de renforcer la position des États-Unis en Amérique latine.

Plongeons un peu dans l'histoire du sommet. L'Organisation des États américains (OEA) est une organisation internationale qui a été fondée le 30 avril 1948. L'objectif de l'organisation est la coopération entre l'Amérique du Nord et l'Amérique du Sud. L'OEA comprend les États d'Amérique latine, des Caraïbes et les États-Unis eux-mêmes. Le sommet s'est tenu pour la première fois en 1994. En juin 2022, ce fut le 9e Sommet des Amériques. Le slogan de cet événement, publié sur le site officiel du gouvernement américain, était "construire un avenir durable et équitable". Cependant, dans le contexte actuel, ce mot d'ordre semble très douteux.

Cette fois, il y a eu plusieurs incidents en même temps. Les États-Unis n'ont pas invité le Venezuela, Cuba et le Nicaragua. Six États ont refusé de participer au sommet: le Mexique, le Guatemala, le Honduras, la Bolivie, Antigua et la Barbade. Ces pays étaient indignés que le président américain Biden n'ait pas invité les principaux États des Caraïbes. À cet égard, l'ordre du jour du dernier sommet perd radicalement de sa valeur. Tout ce que les États-Unis peuvent offrir à l'Amérique latine est un engagement de 300 millions de dollars en faveur de la sécurité alimentaire. En comparaison, le commerce de la région avec la Chine dépasse 450 milliards de dollars. La Chine est déjà le premier partenaire commercial des pays situés au sud des Caraïbes.

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Dans le contexte de la situation actuelle, le ministre mexicain des Affaires étrangères, Marcelo Ebrard, a proposé de recréer l'OEA. Il a noté que l'OEA a joué un rôle négatif dans le coup d'État en Bolivie en 2019. Il a également condamné l'organisation pour avoir imposé des sanctions contre des pays d'Amérique latine. Le Premier ministre du Belize, John Briceño, a critiqué les actions de la Maison Blanche et a qualifié l'absence de certains Etats d'"inexcusable". "Il est inconcevable que nous ayons isolé des pays d'Amérique, qui ont contribué à résoudre les problèmes les plus importants de l'hémisphère", a souligné le chef du gouvernement.

"De toute évidence, l'Organisation des États américains et son modus operandi ont fait leur temps", a déclaré le ministre, ajoutant que la proposition mexicaine consiste à former un groupe de travail qui présentera un projet visant à recréer l'organisation pour la coopération interétatique américaine.

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Mais les problèmes dans la conduite du sommet ne se sont pas arrêtés là. Biden a de nouveau "trébuché sur l'échelle, incapable de garder son équilibre". Le président américain s'est efforcé de justifier toutes les actions des Etats-Unis, qui sont critiquées. Il est arrivé avec sa femme et a accueilli tous les invités. Alors que Biden parlait depuis la scène de paix et de prospérité, le service de sécurité présidentiel a brutalement réprimé toutes les tentatives des manifestants de s'exprimer contre lui. Un seul piquet de protestation, organisé par une femme, s'est soldé par une arrestation. En outre, le discours de Joe Biden au sommet a été interrompu par des manifestants qui hurlaient de slogans hostiles. Le président américain s'est arrêté de parler, a gloussé et a poursuivi son discours. Comme l'ont précisé des témoins oculaires, Biden a été interrompu au même moment par deux personnes venues de l'assistance, qui ont été rapidement emmenées hors de la salle par les services de sécurité.

Ainsi, le sommet, conçu comme une démonstration de force américaine, s'est soldé par un échec. Cela s'est produit pour plusieurs raisons. Tout d'abord, les États-Unis ont commencé à perdre leur pouvoir économique. Puis, l'influence politique a commencé à s'estomper. De nouveaux acteurs forts, tels que la Russie et la Chine, sont apparus sur l'échiquier.

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Deuxièmement, l'Amérique du Sud et l'Amérique centrale avaient des contradictions avec l'Amérique du Nord. Aujourd'hui, la Russie fait la promotion du système GLONASS dans les pays d'Amérique latine et du Sud. Des conseillers militaires russes travaillent au Venezuela et à Cuba. Le gouvernement nicaraguayen achète 90 % de toutes ses armes à la Russie et, tout récemment, il a accordé la permission aux troupes, aux navires et aux avions russes d'utiliser le territoire du pays pour participer à des formations, des exercices et fournir une aide humanitaire.

La Chine sape visiblement l'hégémonie américaine sur le continent en utilisant ses connexions au Nicaragua. La Russie soutient également le Nicaragua au même titre que la Chine. Le statut de la Maison Blanche en Amérique latine perd considérablement de son pouvoir.

L'expert de l'Institut d'études américaines et canadiennes de l'Académie russe des sciences, le docteur en économie Vladimir Vasiliev, déclare: "Personne ne peut vraiment dire aujourd'hui quelle est la chose la plus importante de ce sommet. Biden a déformé sa rhétorique sur la démocratie. Par exemple, il est nécessaire de développer la démocratie dans les pays d'Amérique latine, alors que Cuba, le Nicaragua et le Venezuela sont des "États non démocratiques". Mais il s'avère une chose intéressante : seuls les migrants de ces pays aux États-Unis ont des opinions opposées, sont venus pour une vie meilleure et jusqu'à présent ne sont pas très heureux de leur séjour en Amérique. Il s'avère que l'Amérique est arrivée à ce sommet avec un problème central: le problème de la migration. Les pays d'Amérique latine, les pays d'Amérique centrale, disent-ils, développent notre économie. Mais Biden a proposé un plan décoratif, rien de concret. Les États-Unis eux-mêmes ne les aideront pas beaucoup".

Il faut en conclure que le sommet n'a apporté aucun résultat positif concret. Ce n'est qu'une fois de plus qu'il est devenu une pomme de discorde entre les pays d'Amérique latine et les États-Unis. Le Sommet des Amériques a montré que les États-Unis n'ont pas beaucoup de partenaires régionaux, et l'absence d'un certain nombre de pays dans le forum constitue un défi patent à l'"hégémonie". Les compétences oratoires du président Joe Biden ne sont pas non plus à la hauteur. Il fait souvent des erreurs et des réserves, qui se retrouvent ensuite sur Internet et ne provoquent que des "rires nerveux". Le sommet montre une fois de plus que les Américains perdent leur puissance. La tentative des États de consolider l'hémisphère occidental contre la Russie et la Chine a échoué. Ce sommet peut se résumer en trois mots : fiasco, échec et déception.

lundi, 13 juin 2022

Les guerres énergétique et alimentaire se retournent l'une contre l'autre et mettent Biden au pied du mur

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Les guerres énergétique et alimentaire se retournent l'une contre l'autre et mettent Biden au pied du mur

Par Alfredo Jalife Rahme

Source: KontraInfo / https://noticiasholisticas.com.ar/las-guerras-energetica-y-alimentaria-se-retroalimentan-y-ponen-a-biden-contra-la-pared-por-alfredo-jalife-rahme/

La Russie gagne la "guerre économique" (https://bit.ly/3xohBsg) que lui imposent les États-Unis et l'OTAN - qui contrôlent une Union européenne (UE) méconnaissable - alors que les prix du pétrole et du gaz ont grimpé en flèche jusqu'en des hauteurs stratosphèriques, tandis que le rouble, désormais la monnaie la plus puissante du monde, s'échange à moins de 61 pour un dollar.

Le Wall Street Journal fait une excellente remarque : "Ne riez pas (sic) : La Maison Blanche veut fabriquer des panneaux solaires et des bombes thermiques pour arrêter Vladimir Poutine" (https://on.wsj.com/3GTQxo5).

Biden rend la guerre de Poutine en Ukraine responsable de son "urgence énergétique" - qui met en péril l'approvisionnement en électricité cinq mois avant les élections de mi-mandat - par le biais de l'amendement de la production de défense, exhumé depuis la guerre contre la Corée, pour stimuler les panneaux solaires et autres "énergies propres" (https://bit.ly/3tjoaKg). Le problème des "énergies renouvelables" - solaire (note : les trois quarts de leurs modules proviennent d'Asie du Sud-Est) et éolienne - est leur caractéristique "intermittente" qui dépend des caprices de la météo.

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M. Biden rend également Poutine responsable de la hausse imparable des prix de l'essence, de l'inflation la plus élevée depuis 40 ans et de la crise alimentaire mondiale en cours. Jusqu'à présent, il ne l'a pas rendu responsable de la crise surréaliste des "aliments pour bébés" aux États-Unis.

Puisque nous utilisons ici la méthode dialectique, il vaut la peine d'écouter le point de vue du président Poutine qui, dans une interview à Rossiya 1 TV, a mis à nu la manipulation financière de Wall Street derrière la crise alimentaire, bien avant son "opération militaire" en Ukraine : "la masse monétaire aux États-Unis a augmenté de 59.000 milliards de dollars en moins de deux ans, de février 2020 à fin 2021, avec une productivité (sic) sans précédent des machines à imprimer l'argent" alors que le "taux de liquidité total a augmenté de 38,6 %".

M. Poutine estime qu'il s'agit d'une "erreur des autorités économiques et financières américaines, qui n'a rien à voir avec les actions de la Russie en Ukraine, il n'y a pas la moindre corrélation".

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Poutine est manifestement bien conseillé par Sergey Glazyev (photo), un économiste russe réputé, dont les théories sur "l'économie physique" qui l'emporte sur "l'économie financière spéculative" du duo anglo-saxon de Wall Street et de la City (Londres), et dont les travaux récents méritent d'être consultés.

Selon Poutine, l'impression dérégulée de la masse monétaire par Wall Street "a été la première étape - immense - vers la situation alimentaire défavorable actuelle" qui a "explosé immédiatement". Et Poutine n'aborde pas la manipulation du cartel alimentaire anglo-saxon, le fameux ABCD : ADM-Bunge-Cargill-Dreyfus (https://bit.ly/3Q5ohmv).

Il a également critiqué les politiques européennes en matière d'"énergie verte", qui ont exagéré les capacités des "énergies alternatives", lesquelles ne peuvent être produites "dans les quantités requises, avec la qualité requise et à des prix acceptables", alors que "dans le même temps, elles ont commencé à éclipser l'importance des types d'énergie conventionnels, y compris, surtout, les hydrocarbures".

Poutine en déduit que le résultat de tout cela est que "les banques ont cessé d'émettre des prêts (...) Les compagnies d'assurance ont cessé de garantir les règlements. Les autorités locales ont cessé de garantir les contrats, d'attribuer des parcelles de terrain pour étendre la production, et ont réduit la construction de transports spéciaux, y compris les pipelines. Tout cela a conduit à une pénurie d'investissements énergétiques et à une flambée des prix : "Les vents n'ont pas été aussi forts que prévu l'année dernière, l'hiver a été retardé et les prix ont augmenté instantanément, et avec la hausse des prix du gaz est venue une hausse des prix des engrais", que les "Anglo-Saxons" ont aggravée en "imposant des sanctions sur les engrais russes".

La morosité qui plane sur la Maison Blanche est désormais compréhensible, selon le site Internet Politico (https://politi.co/3xz7UaR).

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mardi, 17 mai 2022

Une majorité d'Américains pense qu'il serait préférable que Biden quitte ses fonctions plutôt que Poutine

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Une majorité d'Américains pense qu'il serait préférable que Biden quitte ses fonctions plutôt que Poutine

Bernhard Tomaschitz

Source: https://zurzeit.at/index.php/mehrheit-der-us-amerikaner-glaubt-es-waere-besser-wenn-biden-aus-amt-scheidet-als-putin/

Le mécontentement à l'égard de Biden menace les démocrates d'une débâcle lors des élections de mi-mandat de cet automne

Les élections de mi-mandat au Congrès en novembre risquent d'être une débâcle pour les démocrates de gauche du président américain Joseph "Joe" Biden. Dans un sondage réalisé par le Democracy Institute et le journal britannique Express, 50% des personnes interrogées ont déclaré vouloir soutenir les républicains de l'opposition. Seuls 42 pour cent ont déclaré vouloir voter pour les démocrates.

Les résultats du sondage indiquent que Biden tire son parti vers le bas, en particulier en ce qui concerne sa politique en Ukraine. 53% des Américains estiment que les sanctions contre Moscou font plus de mal aux États-Unis qu'à la Russie. Et 56% ne sont pas satisfaits de la politique étrangère de Biden en général. En ce qui concerne la gestion de la crise ukrainienne par Biden, seuls 38% des 1.500 citoyens américains interrogés dans le cadre de l'enquête ont exprimé leur accord, tandis que 52% ont exprimé leur désaccord.

Autre détail intéressant : 43% des personnes interrogées estiment qu'il est "acceptable" que les Etats-Unis laissent l'Ukraine perdre contre la Russie, contre 41% qui ne le pensent pas. 16% ont déclaré ne pas avoir d'opinion sur la question. Par ailleurs, seuls 16% des Américains estiment que la Russie est la plus grande menace pour leur pays. En revanche, 42 % considèrent la Chine comme la plus grande menace pour les États-Unis, 20 % l'Iran et 18 % la Corée du Nord.

Même la propagande de l'industrie de l'opinion, qui présente le président russe Vladimir Poutine comme la personnification du mal, n'a qu'un impact limité. En effet, la majorité des Américains pensent qu'il serait préférable que Biden quitte ses fonctions plutôt que Poutine (53% contre 44%).

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samedi, 23 avril 2022

Israël, Biden et les élections de mi-mandat de 2022 

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Israël, Biden et les élections de mi-mandat de 2022 

par German Gorraiz Lopez

Source: https://www.ideeazione.com/israele-biden-e-le-midterms-2022/

Les offensives militaires israëliennes successives contre Gaza et la Cisjordanie ont toujours été protégées par la "spirale du silence" des principaux médias mondiaux contrôlés par le lobby juif transnational, une théorie formulée par la politologue allemande Elisabeth Noelle-Neumann dans son livre The Spiral of Silence. Public Opinion: Our Social Skin (1977).

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Cette thèse symboliserait "la formule de superposition cognitive qui établit la censure par une accumulation délibérée et étouffante de messages à un seul signe", ce qui produirait un processus en spirale ou une boucle de rétroaction positive et la manipulation conséquente de l'opinion publique mondiale par le lobby juif transnational (droit d'Israël à se défendre).

Cependant, le caractère inéquitable de la punition infligée aux Palestiniens de Gaza, avec près de 300 morts, des centaines de blessés et la destruction des infrastructures de base à Gaza, entraînerait une répudiation internationale contre Netanyahou et la chute de Bibi devant l'AIPAC. Après quoi, le gouvernement de coalition dirigé par le centriste Yair Lapid et le droitier Naftali Bennett (Coalition Arc-en-ciel) s'est cristallisé. Cela représente le déclin politique du dernier empereur israélien, Netanyahou, après 12 ans au pouvoir mais suivant l'endémisme atavique de tous les gouvernements israéliens, l'actuel gouvernement Bennett poursuit sa campagne systématique de colonies illégales, dont l'avant-dernier épisode serait l'annonce de la création des nouvelles colonies d'Asif et de Matar dans le but avoué de "doubler la population du plateau du Golan" après avoir reçu les bénédictions des deux administrations Trump et Biden et aurait signé des alliances avec les Émirats arabes unis et l'Arabie saoudite pour former une entente contre l'Iran, pour laquelle il utilisera une fois de plus la dictature invisible de la peur du troisième holocauste.

L'Iran, la "bête noire" d'Israël

En 1978, Zbigniew Brzezinski déclarait dans un discours : "Un arc de crise s'étend le long des rives de l'océan Indien, les structures sociales et politiques fragiles d'une région d'importance vitale pour nous menacent de se fragmenter. La Turquie et l'Iran, les deux États les plus puissants du flanc sud, sont potentiellement vulnérables aux conflits ethniques internes, et si l'un ou l'autre était déstabilisé, les problèmes de la région deviendraient incontrôlables", ébauche d'une théorie qu'il a fini par dessiner dans son livre The Grand Chessboard. American supremacy and its geostrategic imperatives (1997), considéré comme la bible géostratégique de la Maison Blanche ainsi que la table de chevet de générations successives de géostratèges et de politologues.

L'Iran a acquis une dimension de puissance régionale grâce à la politique erratique des États-Unis en Irak, (le résultat de la myopie politique de l'administration Bush obsédée par l'Axe du Mal) éliminant ses rivaux idéologiques, les talibans sunnites radicaux et Saddam Hussein avec le vide de pouvoir qui en résulte dans la région, pour lequel il a réaffirmé son droit inaliénable à la nucléarisation, mais après l'élection de Hasan Rowhani comme nouveau président élu de l'Iran, un nouveau scénario et une nouvelle opportunité se sont ouverts pour la résolution du différend nucléaire entre les États-Unis, Israël et l'Iran, car un éventuel blocus du détroit d'Ormuz (par lequel passe un tiers du trafic énergétique mondial) pourrait aggraver la récession économique mondiale et affaiblir profondément l'ensemble du système politique international, ce qui obligerait les États-Unis à reconsidérer le rôle de l'Iran en tant que puissance régionale et arbitre potentiel dans le différend syrien.

Toutefois, après l'approbation par le Congrès et le Sénat américains d'une déclaration préparée par le sénateur républicain Lindsey Graham et le démocrate Robert Menéndez, qui affirme catégoriquement que "si Israël est contraint de se défendre et d'agir (contre l'Iran), les États-Unis seront à vos côtés pour vous soutenir militairement et diplomatiquement", nous assisterions à une pression accrue du lobby pro-israélien américain (AIPAC) pour procéder à la déstabilisation de l'Iran par des méthodes rapides.

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Ainsi, le Sénat américain a renouvelé à l'unanimité l'Iran Sanctions Act (ISA) jusqu'en 2026 et après que l'Iran ait lancé un nouveau missile balistique, Trump a augmenté les sanctions contre plusieurs entreprises iraniennes. liées aux missiles balistiques sans violer l'accord nucléaire signé entre le G+5 et l'Iran en 2015, connu sous le nom de Joint Comprehensive Plan of Action (JCPOA), un accord que l'administration Trump a abandonné.

Cet abandon a eu pour effet secondaire d'étrangler les exportations de pétrole brut de l'Iran et de le faire entrer dans l'orbite d'influence de la Chine, ainsi que d'augmenter son enrichissement d'uranium à 60 %, pour lequel Israël déplacerait ses pièces MOSSAD par le biais d'attaques médiatiques. et sélective pour déstabiliser le régime du Guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei à l'époque. Israël scellerait alors des alliances avec les Émirats arabes unis et l'Arabie saoudite pour former une entente contre l'Iran. Ainsi, Bennett considère l'Iran comme "le plus grand exportateur de terreur et de violation des droits de l'homme dans le monde alors qu'il continue à enrichir de l'uranium et dangereusement proche d'obtenir une bombe nucléaire". Et selon un rapport du portail Veterans Today, "Israël transfère des armes de défense aérienne, de l'artillerie à longue portée, des hélicoptères et des avions de combat F-15 à Erbil, la capitale du Kurdistan irakien, en vue d'une guerre plus large contre l'Iran" (Operation Persia).

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Biden et les élections de mi-mandat de 2022

La démocratie américaine est sui generis. Les Etats-Unis auraient comme pilier de leur système politique l'alternance successive au pouvoir des partis démocrate et républicain (tous deux engloutis par le lobby), avec Joe Biden comme nouvel outsider de l'AIPAC. Ainsi, la victoire surprise de Donald Trump sur Hillary Clinton a représenté Israël "perdant un ami précieux pour gagner un meilleur ami", Donald Trump, qui a établi le puzzle désarticulé du chaos qui s'est terminé par la victoire du candidat démocrate Joe Biden, qui a déclaré en 2007: "Je suis un sioniste. Il n'est pas nécessaire d'être juif pour être sioniste". Alors que les réserves stratégiques américaines n'ont jamais été aussi élevées et que l'industrie américaine du schiste ne parvient pas à décoller malgré la flambée des prix du pétrole, et qu'un défi croissant à l'hégémonie américaine est représenté par le géant chinois, cela pourrait obliger Joe Biden à utiliser une première attaque surprise d'Israël contre l'Iran pour déclencher une nouvelle guerre au Moyen-Orient avec le double objectif de drainer les sources d'énergie de la Chine et de diluer les stigmates de la division dans la société américaine.

L'attrition subie par Biden après le fiasco en Afghanistan, l'inflation galopante et l'entrée possible de l'économie en récession l'année prochaine après la guerre en Ukraine, pourraient conduire à une victoire républicaine aux élections de mi-mandat de 2022 qui anticiperait un retour triomphal de Trump aux élections présidentielles de 2024 et ce qui serait un paradigme de la récente victoire républicaine dans l'État de Virginie. Ainsi, après les fiascos de la Syrie, de la Libye et de l'Irak, l'Iran serait le nouvel appât du plan machiavélique esquissé par l'Alliance anglo-israëlienne en 1960 pour attirer à la fois la Russie et la Chine et provoquer un conflit régional majeur qui marquerait l'avenir de la zone dans les années à venir et qui serait un nouvel épisode local qui s'inscrirait dans le retour à l'endémie récurrente de la guerre froide américano-russe. Ce conflit pourrait impliquer les trois superpuissances (USA, Chine et Russie) comptant comme collaborateurs nécessaires les puissances régionales (Israël, Syrie, Egypte, Jordanie, Arabie Saoudite et Iran), couvrant l'espace géographique s'étendant de l'arc méditerranéen (Libye, Syrie et Liban) au Yémen et à la Somalie, avec l'Irak comme épicentre et rappelant la guerre du Vietnam avec Lyndon B. Johnson (1963-1969).

jeudi, 07 avril 2022

Les 5 principales tendances géostratégiques du nouvel ordre mondial selon Biden

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Les 5 principales tendances géostratégiques du nouvel ordre mondial selon Biden

Andrew Korybko 

Source: https://novaresistencia.org/2022/04/06/as-5-principais-tendencias-geoestrategicas-da-nova-ordem-mundial-de-biden/?amp=1#.Yk5vPxViPhU.twitter

Quiconque pense que les États-Unis ont tout simplement été vaincus dans le scénario actuel et qu'ils se retireront en Amérique du Nord se trompe. L'élite américaine est déjà en train de calculer ses pertes et de se réorganiser pour prendre la direction du monde post-Ukraine et post-pandémie.

Le président américain Joe Biden a déclaré lundi : "Il va y avoir un nouvel ordre mondial, et nous devons le diriger, et nous devons unir le reste du monde libre pour le faire". Jusqu'à ce moment-là, l'expression même de "Nouvel Ordre Mondial" (NOM) était traitée comme une supposée "théorie du complot" et impitoyablement supprimée dans le discours médiatique hégémonique, bien que l'ancien président américain George H.W. Bush soit responsable de l'introduction du concept vers la fin de l'ancienne guerre froide. Cependant, maintenant que Biden a publiquement prononcé cette phrase, il n'est plus "politiquement incorrect" d'en parler. En effet, elle pourrait même faire partie du récit officiel dans un avenir proche. L'objectif de cet article est d'identifier les cinq principales tendances géostratégiques du Nouvel Ordre Mondial de Biden et de prédire sa trajectoire future.

Le bloc occidental dirigé par les États-Unis s'est consolidé

La réaction sans précédent et planifiée à l'avance de l'Occident dirigé par les États-Unis à l'opération militaire spéciale de la Russie en Ukraine a servi à consolider ce bloc sous l'hégémonie américaine. L'UE a sacrifié sa souveraineté stratégique à son mécène transatlantique sous le prétexte de "se défendre contre la menace russe", bien que cela entraîne d'énormes conséquences économiques, lesquelles sont auto-infligées. Ce résultat sera exploité par l'Axe anglo-américain pour chasser les concurrents de leurs entreprises, racheter certaines de celles qui restent et endommager définitivement la compétitivité globale du bloc dans un avenir prévisible. Le modèle hégémonique activement mis en œuvre par les États-Unis ces jours-ci pourrait également être utilisé pour réduire et finalement rompre les relations entre la Chine et l'UE.

La Russie accélérera sa réorientation stratégique majeure

La grande puissance eurasienne a réorienté son principal axe stratégique vers le Sud depuis le début des sanctions occidentales orchestrées par les États-Unis en 2014, mais elle va accélérer cette tendance car elle n'a littéralement plus le choix. À son crédit, cependant, la Russie a fait des progrès impressionnants dans la région non-occidentale au cours des huit dernières années. En bref, elle se coordonne avec la Chine en tant que moteurs jumeaux de l'ordre mondial multipolaire (OMM) émergent ; elle s'appuie sur la combinaison de son Pivot Oumma avec des pays à majorité musulmane comme le Pakistan et de son partenariat stratégique réaffirmé avec l'Inde, co-leader du Neo-NAM, pour éviter de manière préventive une dépendance disproportionnée vis-à-vis de la République populaire ; elle est devenue un faiseur de roi en Asie occidentale en raison de son rôle irremplaçable en Syrie ; et elle étend rapidement son influence en Afrique et en Amérique latine également.

La neutralité renaît

Le fait que la grande majorité de la communauté internationale ait refusé de sanctionner la Russie, malgré l'immense pression américaine en ce sens, témoigne de sa volonté de rester neutre sur le théâtre de la nouvelle guerre froide en Eurasie occidentale entre la Russie et les États-Unis. De grands pays comme la Chine, l'Inde, l'Iran et le Pakistan n'ont pas non plus voté contre la Russie à l'Assemblée générale des Nations Unies, tout comme certains pays africains. Le renouveau de la neutralité de principe dans les relations internationales, qui sera également pratiqué de manière prévisible lorsque le théâtre eurasien oriental de la nouvelle guerre froide entre l'Amérique et la Chine s'échauffera inévitablement sur le modèle eurasien occidental avec la Russie, prouve que les États-Unis ne sont plus en mesure d'exercer unilatéralement leur volonté sur tous les autres comme dans les années 1990 et au début des années 2000.

Les alternatives non occidentales seront privilégiées

L'armement des plates-formes et systèmes occidentaux contre la Russie dans le cadre de la guerre hybride à spectre complet menée par les États-Unis contre ce pays encouragera le reste du monde qui se trouve encore en dehors de la "sphère d'influence" américaine nouvellement formalisée (c'est-à-dire les pays non occidentaux) à donner la priorité au développement rapide d'alternatives non occidentales. En effet, ils craignent, à juste titre, de finir par devenir "la prochaine Russie" s'ils continuent à affirmer de manière indépendante leurs intérêts nationaux et à rester stratégiquement autonomes. L'effet à long terme de cette tendance est que la domination des États-Unis sur les plates-formes, les systèmes et les normes disparaîtra inévitablement, ce qui pourrait les inciter à initier la "balkanisation" du système international jusqu'ici largement mondialisé avant que cela ne se produise, dans une tentative désespérée d'instrumentaliser le chaos.

Les dimensions idéologiques et systémiques de la nouvelle guerre froide

La dernière tendance qui se dégage des quatre précédentes est la division incontestée du monde entre l'Occident du "milliard d'or", dirigé par les États-Unis, et le Sud global non occidental, qui s'efforce de réaffirmer l'hégémonie unipolaire déclinante de l'Amérique sur les relations internationales ou de mettre enfin en œuvre le Nouvel ordre mondial qui était inscrit dans la Charte des Nations unies mais n'a jamais eu la chance de se concrétiser en raison de l'ancienne guerre froide, puis du bref "moment unipolaire". Actuellement, l'ordre mondial transitoire peut être décrit comme bi-multipolaire selon le modèle introduit par Sanjaya Baru, qui place les superpuissances américaine et chinoise au sommet du système, suivies des grandes puissances comparativement plus petites de l'époque, mais on ne sait pas quelle sera sa forme future.

***

Les cinq tendances géostratégiques majeures identifiées dans cette analyse se manifestent également de manière importante dans le cadre de la "Grande Réinitialisation"/"Quatrième Révolution Industrielle" (GR/4IR) en cours, dont les processus de changement de paradigme à large spectre ont été accélérés par les efforts non coordonnés de la communauté internationale pour contenir la COVID-19 ("Guerre mondiale C"), que même la Russie a embrassée dans une certaine mesure conformément à ses propres intérêts tels que ses dirigeants les comprennent. Les observateurs ne doivent pas oublier ce contexte socio-économique, même si les questions géopolitiques et militaires priment aujourd'hui dans la conscience publique. Pris ensemble, ces facteurs vont tout remodeler et constitueront donc sans aucun doute le noyau du Nouvel Ordre Mondial dont Biden a parlé en début de semaine.

Source : Revue Orientale

mardi, 22 mars 2022

Xi Jinping et la Chine donnent une leçon de diplomatie aux États-Unis

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Xi Jinping et la Chine donnent une leçon de diplomatie aux États-Unis

par Giulio Chinappi

Source: http://www.cese-m.eu/cesem/2022/03/xi-jinping-e-la-cina-danno-una-lezione-di-diplomazia-agli-stati-uniti/

Le 18 mars, les chefs d'État des deux principales puissances économiques mondiales ont tenu une vidéoconférence dont le sujet principal était le conflit en Ukraine.

Le sommet virtuel qui s'est tenu le 18 mars entre le président de la République populaire de Chine, Xi Jinping, et le président des États-Unis d'Amérique, Joe Biden, a mis en évidence la stature politique et diplomatique du premier, face à un Biden qui, ces derniers jours, n'a pas su faire grand-chose, sinon lancer des insultes personnelles au président russe Vladimir Poutine.

Alors que les États-Unis continuent à envoyer des armes en Ukraine, faisant du peuple ukrainien de la chair à canon pour leur propre projet hégémonique mondial, la Chine s'efforce de trouver une solution diplomatique au conflit dans l'ancienne république soviétique. Xi Jinping a encouragé les États-Unis et l'OTAN à entamer un dialogue avec la Russie pour résoudre les problèmes sous-jacents de la crise ukrainienne et a exprimé son opposition aux sanctions aveugles imposées à la Russie, tout en exhortant les puissances occidentales à mettre un terme au flux d'armes vers l'Ukraine.

"La crise ukrainienne n'est pas quelque chose que nous voulons voir se perpétuer, et les événements montrent une fois de plus que les pays ne devraient pas en arriver au point de se rencontrer sur le champ de bataille. Le conflit et la confrontation ne sont dans l'intérêt de personne, et la paix et la sécurité sont ce que la communauté internationale devrait chérir le plus", a déclaré Xi Jinping lors de la vidéoconférence.

"Les remarques du président Xi sur la crise ukrainienne ont exposé de manière exhaustive la position de la Chine et, se situant à un niveau supérieur, ont encouragé les pourparlers de paix entre l'Ukraine et la Russie et les pourparlers entre les États-Unis, l'OTAN et la Russie", a déclaré Lü Xiang, chercheur à l'Académie chinoise des sciences sociales, au Global Times. "Je pense que l'entretien de vendredi n'était pas seulement significatif pour les relations sino-américaines, mais aussi pour la situation géopolitique mondiale. Les remarques du dirigeant chinois ont montré aux pays qui suivent de près les États-Unis dans la fomentation de la crise ce qu'une grande puissance responsable devrait faire face aux problèmes", a ajouté l'universitaire.

La situation actuelle ne fait que démontrer que les politiques coercitives menées par les États-Unis et d'autres puissances occidentales contre les pays qu'ils considèrent comme "hostiles" ne peuvent mener à autre chose qu'à l'exacerbation du conflit. Les sanctions imposées à la Russie depuis des années, et en particulier celles qui ont été renforcées ces dernières semaines, se sont avérées totalement inefficaces pour atteindre leur objectif.

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"La question de l'Ukraine est la conséquence des problèmes accumulés entre les États-Unis et la Russie ou de la pression et des défis continus à la sécurité de la Russie par l'OTAN dirigée par les États-Unis. Ainsi, les États-Unis, au fond, ne s'attendent pas à ce que la Chine résolve le problème, mais ils veulent quand même attirer la Chine dans leur pétrin ou lui demander de les aider, car la situation actuelle a dépassé leurs attentes et il deviendra plus difficile pour les États-Unis d'éviter d'y être directement impliqués", a encore dit Lü.

La position de la Chine sur la crise ukrainienne a été longuement réitérée par le porte-parole du ministère des Affaires étrangères de Pékin, Zhao Lijian, lors d'une conférence de presse avec des représentants des médias étrangers : "En tant qu'initiateurs de la crise ukrainienne, pourquoi les États-Unis ne réfléchissent-ils pas à leur propre responsabilité et à celle de l'OTAN dans la cause de la crise sécuritaire actuelle en Europe ? Pourquoi ne repensent-ils pas à leur hypocrisie en attisant les flammes de la crise ukrainienne ?" a demandé Zhao de manière provocante.

Zhao a déclaré que la Chine avait de la peine pour les victimes civiles, mais il a également rappelé les victimes des raids aériens des États-Unis et de l'OTAN dans les différents pays que les puissances occidentales ont bombardés depuis 1999 : "Nous nous souvenons tous qu'en mars 1999, sans l'autorisation du Conseil de sécurité de l'ONU, l'OTAN dirigée par les États-Unis a lancé de manière éhontée 78 jours d'attaques en Yougoslavie, tuant 2 500 civils et en blessant plus de 10.000. Au cours des 20 dernières années, les États-Unis ont effectué des milliers de raids aériens en Syrie, en Irak, en Afghanistan et en Somalie", a rappelé le porte-parole, qui s'est demandé si les États-Unis s'inquiéteraient également de la mort de ces civils à la suite de leurs actions militaires.

Alors que les États-Unis et l'Union européenne continuent d'envoyer des armes à l'Ukraine - mercredi dernier, les États-Unis ont annoncé une aide militaire de 800 millions de dollars à l'Ukraine - la Chine a offert une aide humanitaire aux réfugiés civils du conflit, envoyant de la nourriture, du lait en poudre, des sacs de couchage, des édredons et d'autres produits de première nécessité à l'ancienne république soviétique. "La dernière assistance armée américaine à l'Ukraine a-t-elle apporté la stabilité et la sécurité à l'Ukraine ? Ou bien cela entraînera-t-il davantage de victimes civiles ? Le peuple ukrainien a-t-il besoin de plus de nourriture et de sacs de couchage ou de fusils et de munitions ? Il n'est pas difficile pour les personnes dotées de rationalité et de bon sens de faire le bon jugement", a commenté Zhao.

Une fois de plus, la crise ukrainienne démontre l'hypocrisie de l'administration américaine, par opposition à la cohérence et à l'efficacité du gouvernement chinois dans la gestion des crises, comme ce fut le cas avec la pandémie de Covid-19, pour ne citer qu'un incident récent.

vendredi, 11 mars 2022

Pourquoi Biden voulait que Poutine attaque l'Ukraine

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Pourquoi Biden voulait que Poutine attaque l'Ukraine

Maria Scopece 

Toutes les convergences parallèles de la Russie et des États-Unis en Ukraine. Le rôle du Qatar sur le gaz à destination de l'Europe selon l'administration américaine. Et les faiblesses internes de Biden et de Poutine. Conversation entre Germano Dottori (Limes) et Lucio Martino (Institut Guarini)

SOURCE : https://www.startmag.it/mondo/ucraina-russia-usa/?fbclid=IwAR2eShy-pb385NegsS_0TTT8kXsvbNBTzUFlRIl2uAArvB5XNheqDgeB7Qc

Cui prodest la menace de guerre en Ukraine ? Au président russe Vladimir Poutine et au président américain Joe Biden. Le professeur Germano Dottori, analyste géopolitique et conseiller scientifique de la revue de géopolitique Limes, et Lucio Martino, membre de l'Institut Guarini pour les affaires publiques de l'Université John Cabot et ancien directeur de recherche au Cemiss, le Centre militaire d'études stratégiques, soutiennent la convergence parallèle des intérêts des deux dirigeants.

Dossier Ukraine

"Les objectifs de politique étrangère actuellement poursuivis par l'administration américaine sont clairement wilsoniens, l'extension et la protection de la démocratie partout dans le monde font désormais partie d'une stratégie et d'une idéologie néo-conservatrices - a souligné Lucio Martino lors d'une conversation sur la page Facebook du professeur Dottori . De plus, la politique étrangère de l'administration Biden est entre les mains de personnes comme Victoria Nuland, l'épouse de Robert Kagan, l'idéologue de l'administration de Bush fils, celui des guerres du Moyen-Orient, mais aussi comme Jake Sullivan, le conseiller à la sécurité nationale, ou Antony Blinken, le secrétaire d'État lui-même. C'est la même équipe qui a signé la politique étrangère américaine de 2003, la guerre en Irak, la question du Kosovo de 2008 et la crise ukrainienne de 2014. C'est une équipe qui a pour objectif de réduire la taille de la Fédération de Russie, de ce point de vue idéologique, il y a donc une cohérence."

Victoria Nuland et le scandale de la crise ukrainienne de 2014

Victoria Nuland est une diplomate de longue date, elle a été directrice adjointe du département des affaires soviétiques pendant la présidence Clinton et conseillère du vice-président Dick Cheney. George Bush Jr l'a nommée ambassadrice auprès de l'OTAN à Bruxelles et, sous le président Obama, elle est devenue secrétaire d'État adjointe aux affaires européennes et eurasiennes, gérant les relations diplomatiques avec les pays européens et l'OTAN. Elle a joué un rôle central dans la gestion de la crise ukrainienne en 2014, et a été au centre d'un scandale parce qu'elle a dit Fuck the EU lors d'un appel téléphonique privé avec l'ambassadeur américain en Ukraine, Geoffrey Pyatt. L'appel téléphonique a été intercepté et publié sur Youtube.

Biden et les difficultés de la politique intérieure

Environ un an après son élection, Joe Biden navigue déjà en eaux troubles. Sa cote d'approbation personnelle n'a cessé de baisser, passant de 55 % à 36 %, son retrait précipité d'Afghanistan a porté un coup à son image, l'inflation a atteint 6 % pour la première fois depuis des décennies et le déficit fédéral a atteint le chiffre record de 3000 milliards de dollars. "L'administration Biden n'a guère connu de lune de miel avec son électorat", a ajouté M. Martino. "L'inflation est la plus élevée depuis quarante ans, ce qui a même entraîné une pénurie de produits de première nécessité. C'est un pays divisé culturellement, politiquement et aussi ethniquement selon des lignes identitaires qui sont les mêmes que celles de la guerre civile d'il y a 150 ans". Dans ce contexte, le succès en politique étrangère pourrait être une porte de sortie. "L'administration Biden se tourne vers la politique étrangère pour chercher l'affirmation et le succès, ce théâtre pourrait être l'Ukraine".

Les intérêts américains au Qatar

L'une des raisons des intérêts anti-russes des États-Unis concerne le gaz qatari.  Selon Lucio Martino, les Etats-Unis voudraient "rediriger les intérêts européens loin de la Russie par le biais d'un mécanisme de sanction encore plus sévère que celui qui est actuellement en place. Je ferais le rapprochement entre la crise ukrainienne et l'accord qui vient d'être conclu avec le Qatar, qui est un autre grand producteur de gaz naturel". Le Qatar "a été élevé au rang de pays allié, presque comme s'il était membre de l'OTAN. Le grand dessein, s'il en est un poursuivi par l'administration Biden, me semble être celui-ci", a ajouté M. Martino.

Poutine cherche le succès en politique étrangère

Détourner l'attention des problèmes intérieurs vers la politique étrangère n'est pas l'apanage de l'administration américaine. "J'ai l'impression que le succès que Poutine cherche à obtenir actuellement en Ukraine est de fixer des enjeux et d'empêcher l'alliance atlantique de s'étendre davantage vers l'est, en arguant que la Fédération de Russie ne peut l'accepter, et en essayant également de montrer aux dirigeants ukrainiens actuels que la garantie de sécurité fournie par l'Occident à leur pays n'est pas si solide. Le jeu dialectique qui se joue entre les parties atteindra à un moment donné un "moment de vérité".

La guerre : une hypothèse plausible pour le déclenchement des sanctions

La guerre, selon Dottori, serait une hypothèse plausible. Mon impression est que les Américains essaient de convaincre les Russes que l'agression peut être payante", selon le conseiller scientifique de la revue Limes : "Au moment où ils font savoir au monde entier que la guerre est probable, ils en font en quelque sorte une hypothèse normale, voire acceptable, à laquelle l'opinion publique internationale est préparée, et d'autre part, en abandonnant les Ukrainiens à leur destin, ils mettent Poutine dans la position de devoir envisager une attaque facile, ou en tout cas une situation dans laquelle l'Ukraine se retrouve complètement seule".

L'attaque contre l'économie européenne

Tout cela peut entraîner d'énormes conséquences. "Si les Russes n'attaquent pas, la stratégie américaine tire un coup dans l'eau - a ajouté M. Dottori - Si les Russes attaquent et mènent une offensive même limitée, des sanctions sont déclenchées, ce qui pourrait être le véritable objectif de l'administration américaine, afin de séparer définitivement la Russie du marché européen de l'énergie et de porter en quelque sorte un coup à la solidité de l'économie européenne à un moment où l'Europe sort de la pandémie et a besoin de se relancer. La stratégie comporte de multiples objectifs dans lesquels l'Europe peut également être une cible. L'Ukraine est un jeu complexe dans lequel les Européens, les Américains et les Russes ne sont pas complètement alignés, en fait ils me semblent être en compétition les uns avec les autres.

Maria Scopece

vendredi, 25 février 2022

Psychopathes géopolitiques

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Psychopathes géopolitiques

par Georges FELTIN-TRACOL

Non content de tripoter les petites filles, Joe Biden tripote les faits et les renseignements que lui fournissent chaque matin les agences spécialisées. Le fameux contentieux entre l’Ukraine et la Russie démontre une fois de plus la malfaisance de la Maison Blanche et sa propension inégalée à alarmer inutilement l’opinion publique.

Selon les experts extra-lucides du Département d’État, le 16 février 2022 signifiait le commencement de l’offensive russe en Ukraine. Les Ukrainiens attendent toujours l’arrivée des blindés de Vladimir Poutine (l'actualité vient de démentir cette phrase...). Les Anglo-Saxons (Étatsuniens et Britanniques) élèvent au rang d’art appliqué la désinformation ainsi que les manipulations de masse. L’exagération des menaces agace un gouvernement ukrainien qui n’apprécie pas les conseils donnés aux ressortissants occidentaux de quitter le pays et le transfert à l’Ouest de l’Ukraine des ambassades. Les journalistes européens sur place confirment par leurs prises d’antenne et leurs reportages que Boris Johnson et Joe Biden détournent la réalité dans le seul but de provoquer une guerre déstabilisatrice pour l’aire eurasiatique.

Organisation belliciste, l’OTAN concentre de nombreuses troupes aux frontières de la Russie, du Bélarus et de l’Ukraine. Les Polonais et les Lituaniens favorisent ces mouvements militaires et livrent des armes aux Ukrainiens par russophobie et par ressentiments historiques non dépassés. Certes, des cénacles nationaux-soviétiques et néo-eurasistes en Russie rêvent de reprendre l’Ukraine. Mais Varsovie et Vilnius convoitent aussi les mêmes terres au nom d’un héritage historique commun. La Turquie et Israël ne sont pas non plus insensibles au devenir du chétif État ukrainien.

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Huit longues années de conflit au Donbass ont développé et fortifié le sentiment national ukrainien. Nombreux sont les Ukrainiens de tout âge et des deux sexes qui s’exercent au maniement des armes et s’entraînent au combat sur leur temps libre. Il faut saluer ce magnifique esprit patriotique bien qu’on reste par ailleurs perplexe quand ils souhaitent adhérer à l’Alliance Atlantique et à l’Union dite européenne, deux asiles psychiatriques planétaires réputés ! Ukrainiens et Russes n’ont encore pas fait leur révolution intérieure anti-matérialiste !

Les propos sensationnalistes et volontairement délirants de Joe Biden et de son déplorable comparse Boris Johnson servent en priorité à masquer leurs déboires politiques intérieurs. Le clown du 10, Downing Street s’enferre dans le scandale médiatique des fêtes clandestines organisées en plein confinement covidien. La probité douteuse de « BoJo » en prend un sérieux coup et ravit au contraire l’opposition travailliste ainsi que les conservateurs thatchériens qui n’acceptent toujours pas son virage social. 

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Quant à Biden, il assiste médusé à la convergence contre toute intervention US à l’Est de l’Europe de l’aile isolationniste des Républicains menée par la représentante de Géorgie Marjorie Taylor Greene, et de l’aile gauchiste des Démocrates conduite par la meneuse du « Squad » (le quateron féministe wokiste) Alexandria Ocasio-Cortez. La forte inflation bloque en outre le plan de relance économique à plusieurs centaines de milliers de milliards de dollars adopté dans la douleur par un Congrès divisé. Dans ce contexte socio-économique difficile s’ajoutent une hausse sans précédent de la criminalité et le blocage des institutions. À l’approche des élections de mi-mandat, le bilan, fort mauvais, de « Sleepy » Joe tient sur un simple timbre-poste. Sa seule chance de ne pas perdre la majorité au Sénat, voire à la Chambre des représentants, serait de se lancer dans une nouvelle aventure militaire étrangère. Or, la Russie de Vladimir Poutine en 2022 n’est pas le Guatemala du président Árbenz de 1954…

Ce calcul de politique extérieure démontre de la part d’un Joe Biden qui veut porter le vêtement trop grand pour lui de commandant en chef, d’un comportement de psychopathe géopolitique. Le moindre prétexte à la frontière russe risque de déclencher des hostilités dont le continent européen deviendrait le principal théâtre d’opération. Maints commentateurs estiment que l’ambiance actuelle entre les principales puissances s’apparente à une véritable avant-guerre. Il est envisageable que ce conflit général commence par une provocation montée par les Polonais ou les Lituaniens qui passeraient pour des soldats russes attaquant une garnison ukrainienne frontalière. Les États-Unis d’Amérique ont une très longue tradition de victimisation qui leur donne ensuite l’avantage moral. Des motifs de l’invasion du Mexique en 1846 – 1848 aux mensonges de Colin Powell au Conseil de sécurité de l’ONU en 2003 en passant par l’explosion accidentelle de l’USS Maine dans le port de La Havane à Cuba le 15 février 1898 et l’attaque japonaise de Pearl Harbor acceptée par Roosevelt, Washington se sert des événements pour lancer des guerres soi-disant défensives alors que l’« État profond » yankee est naturellement agressif.

La présence depuis soixante-dix ans de bases étatsuniennes en Europe et le maintien de l’Alliance Atlantique perturbent les relations internationales. Même si le monde russe n’appartient qu’en partie à la civilisation européenne, la guerre entre Ukrainiens et Russes demeure une affreuse guerre civile que les diplomates allemands, français et italiens devraient arrêter au plus tôt. Hélas ! Leurs initiatives respectives sont bloquées ou vidées de leur sens par les redoutables coteries atlantistes qui infestent la haute-administration des États européens colonisés. La libération de l’Europe commencera d’abord et avant tout par sa « désaméricanisation », ce qui, on le conviendra, n’est pas une mince affaire.

GF-T

PS : Enregistrée et transmise le 17 février dernier pour une diffusion, le 22 suivant, cette chronique minimisait un peu les tensions entre la Russie et l’Ukraine, entre le nationalisme grand-russe et le nationalisme ukrainien dont l’antagonisme ne cesse d’être alimenté par les régimes occidentaux dévoyés. Malgré l’actualité brûlante et nonobstant la brutalité des faits, sa trame reste plus que jamais pertinente.

  • « Vigie d’un monde en ébullition », n° 21, mise en ligne le 22 février 2022 sur Radio Méridien Zéro.

vendredi, 11 février 2022

Biden et les bellicistes antirusses : ils rejouent Bush, Clinton et Obama

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Biden et les bellicistes antirusses : ils rejouent Bush, Clinton et Obama

Noriko Watanabe et Lee Jay Walker

Une analyse de "Modern Tokyo Times"

Source: http://moderntokyotimes.com/biden-and-anti-russia-warmongers-play-it-again-bush-and-obama/

Durant son administration, Donald Trump a eu un comportement rare dans l'histoire américaine récente. En effet, il n'a pas déclenché une guerre ni incité à en lancer une. Encore récemment, l'administration de Barack Obama avait déstabilisé la Libye et la Syrie - avec les habituelles puissances alliées de l'OTAN et du Moyen-Orient. Les administrations de Bill Clinton et de George Bush junior ont également semé la mort et la misère sur plusieurs continents. Par conséquent, l'option bipartisane et hostile à la Fédération de Russie aux États-Unis incite une fois de plus à déclencher une autre guerre - sous l'administration du président Joe Biden.

Feu Stephen F. Cohen (1938-2020) a déclaré en 2019 : "Pendant des siècles et encore aujourd'hui, la Russie et de grandes parties de l'Ukraine ont eu beaucoup de liens en commun - une longue frontière territoriale, une histoire commune, des affinités ethniques, linguistiques et culturelles, des relations personnelles intimes, des échanges économiques substantiels, etc. Même après les années d'escalade du conflit entre Kiev et Moscou depuis 2014, de nombreux Russes et Ukrainiens se considèrent toujours membres d'une même famille. Les États-Unis n'ont pratiquement aucun de ces points communs avec l'Ukraine".

Biden jette les bases d'une méfiance accrue avec la Fédération de Russie, alors que l'Amérique s'est récemment retirée de l'Afghanistan. En outre, l'administration Biden se met de plus en plus à dos la Chine avec une rhétorique sans fin visant à contenir cette nation. Par conséquent, l'arrière-cour géopolitique de l'Amérique s'applique à faire adopter aux puissances européennes de l'OTAN et à d'autres, jusqu'au Japon, une attitude hostile visant la Fédération de Russie - et cherche l'appui du Japon et d'autres nations de l'Asie-Pacifique qui sont anti-chinoises, pour parfaire sa stratégie "humanitaire" qu'elle considère utile et qu'elle manipule".

L'Amérique - ironiquement - subit actuellement 100.000 décès dus aux opioïdes, rien qu'au cours des 12 derniers mois, sans parler des décès dus au Covid-19 qui atteindront 900.000 cas la semaine prochaine; de surcroît, elle est marquée par des différences culturelles internes croissantes provoquées par les démocrates (du piège racial à la confusion des genres), par des problèmes d'inflation, et par le fait que plusieurs villes sont en train de s'effilocher à cause des sans-abri, de la criminalité et du programme de financement de la police des riches démocrates qui jouent la "carte raciale". Par conséquent, pourquoi Biden ne se concentre-t-il pas sur ces questions et sur la frontière de l'Amérique plutôt que de chercher à déclencher une nouvelle guerre froide avec la Chine et la Fédération de Russie ?

Robert Menendez et d'autres bellicistes hostiles à la Fédération de Russie - qu'ils soient démocrates ou républicains - enflamment la situation en usant d'une rhétorique sans fin. Voice of America rapporte : "En outre, Menendez a dit qu'il s'attend à ce que le Sénat approuve une "assistance supplémentaire à l'Ukraine" sous la forme d'une livraison d'armes létales, ainsi que des sanctions économiques sur des secteurs clés de l'économie russe, et une interdiction pour la Russie de vendre sa dette souveraine sur les marchés internationaux".

Vasily Nebenzya, l'ambassadeur de la Fédération de Russie auprès des Nations Unies, a déclaré que l'Amérique "provoque une escalade". L'ambassadeur a poursuivi en laissant entendre que l'Amérique "attise l'hystérie" à l'encontre de la Fédération de Russie.

Le président de la Fédération de Russie, Vladimir Poutine, est découragé par les réponses obtenues par l'Amérique et l'OTAN concernant les préoccupations géopolitiques de la Fédération de Russie. Il a déclaré : "Permettez-moi de noter que nous analysons de près les réponses écrites reçues des États-Unis et de l'OTAN le 26 janvier. Cependant, il est déjà clair, et j'en ai informé M. le Premier ministre, que les préoccupations fondamentales de la Russie ont été ignorées."

Selon TASS News, M. Poutine "...a expliqué que Moscou n'avait vu aucune réponse adéquate à trois demandes clés - empêcher l'expansion de l'OTAN, ne pas déployer de systèmes d'armes de frappe près des frontières russes et ramener l'infrastructure militaire de l'OTAN en Europe aux positions existantes en 1997, lorsque l'Acte fondateur Russie-OTAN a été signé."

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Le très respecté Stephen F. Cohen a reproché à Bill Clinton d'avoir commencé à étendre l'OTAN plus à l'est vers la Fédération de Russie. Il a déclaré : "La réponse courte mais essentielle fut la décision de Washington, prise par le président Bill Clinton dans les années 1990, d'étendre l'OTAN vers l'est à partir de l'Allemagne et finalement jusqu'à l'Ukraine elle-même. Depuis lors, tant les démocrates que les républicains ont insisté sur le fait que l'Ukraine est d'un "intérêt national vital pour les États-Unis". Ceux d'entre nous qui se sont opposés à cette folie ont prévenu qu'elle conduirait à des conflits dangereux avec Moscou, voire à la guerre. Imaginez la réaction de Washington, disions-nous, si des bases militaires russes commençaient à apparaître aux frontières du Canada ou du Mexique avec les États-Unis. Nous n'avions pas tort : On estime que 13.000 personnes sont déjà mortes dans la guerre ukraino-russe dans le Donbass et que quelque 2 millions de personnes ont été déplacées."

The Guardian (Simon Jenkins), à propos de feu Boris Eltsine plaidant auprès des puissances de l'OTAN pour qu'elles ne se déplacent pas en direction des frontières de la Russie, adopte un point de vue similaire à celui de feu Stephen F. Cohen. Il rapporte : "L'Occident a ouvertement tourné en dérision ce conseil. Les dirigeants de l'OTAN ont savouré leur victoire, recrutant des membres à l'est, en passant par la Pologne, la République tchèque, la Hongrie et les États baltes. Les supplications des modérés russes ont été ignorées, tandis que Londres ouvrait ses portes aux richesses volées de la Russie. Le résultat était prévisible. En 1999, Vladimir Poutine a pris le pouvoir sur un programme populiste et patriotique. Pour l'ancien ambassadeur britannique à Moscou, Rodric Braithwaite, Poutine est passé maître dans l'art d'exprimer "le sentiment d'humiliation ressenti par les Russes après l'effondrement de l'Union soviétique". Il a exploité l'expansionnisme agressif de l'OTAN pour ce qu'il valait. Lorsqu'en 2008, l'Américain George W. Bush a soutenu l'extension de l'adhésion à l'OTAN de la Géorgie et de l'Ukraine (une décision à laquelle l'Allemagne et la France ont opposé leur veto), Poutine s'est emparé de territoires dans ces deux pays".

Il est temps pour l'Amérique - et à un moindre degré pour le Royaume-Uni - de se concentrer sur leurs questions internes qui doivent être traitées. Les élites politiques de Washington et de Londres se sont ingérées partout et ont semé le chaos international en s'immisçant sans fin dans d'innombrables conflits nationaux et internationaux au cours des dernières décennies. Cela concerne toujours l'instigation à commencer des conflits loin des rivages des deux nations.

Le Modern Tokyo Times a récemment déclaré : "Les États-Unis (US) et le Royaume-Uni (UK) se sont impliqués dans la déstabilisation de nombreuses nations - avec d'autres puissances de l'OTAN (la France en Libye et la Turquie en Syrie) - pendant de nombreuses décennies. Ainsi, du soutien au démembrement de la Yougoslavie puis de la Serbie (avec la sécession du Kosovo) - aux intrigues en Afghanistan, en Irak, en Libye, en Syrie et en d'autres conflits - des vagues migratoires massives ont eu lieu. Cela est lié aux États défaillants, au chaos, au terrorisme, aux persécutions ethniques et à d'autres facteurs négatifs".

Le monde a besoin d'une pause dans les conflits constants qui émanent des mêmes puissances. L'Amérique, la France, les États-Unis, la Turquie et d'autres pays continuent de s'ingérer dans les affaires internationales - tous sont des puissances de l'OTAN. Il est donc temps pour l'OTAN et la Fédération de Russie d'avoir un véritable dialogue qui réponde aux préoccupations naturelles de la Fédération de Russie et qui apaise la crise actuelle qui est attisée par Washington et par Londres.

Les effusions de sang se poursuivent dans plusieurs pays qui subissent les conséquences des actes des puissances de l'OTAN. Il s'agit de la poursuite de la déstabilisation de la région du Sahel après que la guerre contre la Libye a fait de cette nation un État en faillite, il s'agit ensuite des convulsions en cours en Irak et en Syrie, de l'occupation continue de la partie nord de Chypre par la Turquie, de l'ingérence de la Turquie dans la région du Haut-Karabakh qui a vu des islamistes être transportés dans la zone de guerre pour tuer des chrétiens arméniens, et d'autres convulsions liées à l'Afghanistan, à l'immigration massive en Europe et au nettoyage des minorités religieuses (chrétiens et yézidis dans certaines parties de l'Irak et de la Syrie). Par conséquent, ce chaos collectif est responsable d'un grand nombre de décès - tout en créant des millions de réfugiés et en déclenchant une immigration massive.

Sources:

https://www.voanews.com/a/us-senate-contemplates-mother-of-all-sanctions-if-russia-invades-ukraine/6421270.html

https://mises.org/wire/why-die-ukraine

https://tass.com/world/1396205

vendredi, 24 décembre 2021

Crépuscule de l'hégémonie : l'échec de Biden et scission aux États-Unis

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Crépuscule de l'hégémonie: échec de Biden et scission aux États-Unis

Daria Platonova

Ex: https://www.geopolitica.ru/article/zakat-gegemonii-proval-baydena-i-raskol-v-ssha

Plus que jamais, la scission des États-Unis en deux parties est évidente aujourd'hui :

- la civilisation mondialiste (Biden, les apologistes de l'unipolarité, les néocons) et

- le camp réaliste représentant le peuple (avec Trump).

Le deuxième pôle aura désormais aussi son propre espace virtuel.

2021 s'est avérée être une année de crises et d'échecs pour Biden :

a) au niveau national

- Une pandémie de coronavirus fait rage (le nombre de nouveaux cas par jour en 2021 a atteint le chiffre record de 300.000 nouveaux cas, il est aujourd'hui de 150.000) ;
- MSN rapporte que le nombre d'homicides dans les villes américaines bat des records ;
- L'inflation est montée en flèche pour atteindre son plus haut niveau depuis trente ans, à savoir 6,2 % pour l'année (les prix des denrées alimentaires, des services et de l'énergie augmentent) ;
- Une forte augmentation du sentiment de protestation, y compris parmi les anciens loyalistes de Biden (BLM) ;
- La crise migratoire à la frontière sud non seulement n'a pas été résolue, mais s'est encore aggravée ;

b) sur la façade extérieure  

- Le retrait de l'Afghanistan, qui a échoué et dont la réputation n'est plus à faire.
- Les tentatives de renforcer l'influence des États-Unis sur la scène internationale en organisant un "sommet des démocraties" virtuel qui s'est transformé en une confrontation accrue entre les États-Unis, la Russie et la Chine.
- Escalade des tensions au sujet de l'Ukraine (revendications de non-reconnaissance des "lignes rouges de Poutine" par les États-Unis), ramenant le monde au seuil d'une guerre mondiale.

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Dans le contexte du taux d'inflation le plus élevé depuis 1982, l'augmentation du budget américain de la défense pour 2022 semble pour le moins injustifiée : il est intéressant de noter que 4 milliards de dollars ont été alloués à l'endiguement de la Russie et de la Chine, tandis que le poste d'aide à l'Ukraine est passé à 300 millions de dollars. Dans un récent discours, M. Biden a établi un lien entre l'inflation et la pandémie, déclarant : "Le COVID-19 a eu un impact sévère sur la capacité à produire de nombreux produits essentiels".

Aux yeux des électeurs, cependant, ces explications n'aident pas beaucoup Biden. Le 8 novembre 2022, il y aura des élections à la Chambre des représentants des États-Unis, où seront élus les représentants des 435 districts du Congrès dans chacun des 50 États américains. La fragile majorité démocrate pourrait s'effriter sous l'assaut des républicains, ce qui entraînerait un certain nombre de difficultés dans la mise en œuvre des initiatives législatives de Biden. Selon un sondage du Wall Street Journal, 44 % des électeurs voteraient républicain si une élection de mi-mandat avait lieu aujourd'hui.
La cote de popularité de Joe Biden n'a jamais été aussi basse : à la mi-novembre, selon le dernier sondage de l'université Quinnipiac, 36 % des Américains approuvent le président Joe Biden (contre 38 % en octobre). Surtout, selon le sondage, les Américains sont mécontents de la politique économique du président. La crise alimentaire aux États-Unis s'est reflétée sur les réseaux sociaux, où les Américains ont commencé à poster des photos des rayons vides des supermarchés avec le hashtag #EmptyShelvesJoe en octobre. À la mi-novembre, le Wall Street Journal a publié un article décrivant comment les grands supermarchés s'efforcent de surmonter les pénuries de produits et de maintenir un "aspect attrayant dans les magasins" : parmi les astuces, on trouve l'exposition de mannequins en carton, y compris des boîtes vides préemballées, ainsi que la technique classique consistant à faire défiler les produits pour cacher les rayons vides, les propriétaires les plus créatifs modifient généralement l'agencement des magasins, en réduisant le nombre d'étagères.

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Il est intéressant de noter que les analystes de la banque d'investissement danoise, Saxo Bank, prévoient un taux d'inflation record dans leurs prévisions pour 2022. "L'inflation annualisée américaine dépassera 15 % au début de 2023, pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale." Ils prévoient que la Fed commencera à relever le taux de base avec un certain retard. En outre, les analystes soulignent l'éventualité d'une crise constitutionnelle de grande ampleur dans leurs prévisions pour l'année prochaine. Cela aussi, selon les analystes, aura un impact économique : "Les rendements des obligations du Trésor américain vont augmenter, tandis que le dollar va baisser en raison de la couverture contre une 'crise existentielle' de la première économie mondiale et de l'émetteur de la monnaie de réserve mondiale".

Les Américains sont également mécontents de la lutte inefficace du président contre la pandémie (augmentation quotidienne de plus de 160.000 nouveaux cas par jour en décembre) ; en outre, ses activités de politique étrangère (Afghanistan et rhétorique militaire agressive) sont également évaluées négativement.

La société sociologique américaine The Trafalgar Group a présenté un tableau similaire, avec des taux d'approbation du président extrêmement bas : le taux d'approbation du président américain en exercice était de 36,3% (en octobre 2021 - 39,6%, en mai - 48,3%), la désapprobation - 59,1% (en octobre 2021 - 56%). La performance de M. Biden est approuvée par 65 % des démocrates, 29,3 % des indépendants et seulement 8,2 % des républicains.

Autre élément important du sondage, 54,2% des personnes interrogées estiment que Biden est responsable "des divisions du peuple américain". Le plan de Biden pour "unir la nation", annoncé dans son discours d'investiture, a complètement échoué. "Mon objectif est d'unir l'Amérique, d'unir notre nation, et je demande à tous les Américains de me rejoindre dans cette cause. Pour lutter contre l'anarchie, la violence, les épidémies, le chômage", a déclaré M. Biden le 20 janvier 2021. Presque un an s'est écoulé, la lutte contre la violence, l'épidémie, le chômage et l'anarchie n'a pas été un grand succès selon les sondages.

L'Amérique fracturée : la confrontation entre l'Amérique profonde et l'État profond

L'historien militaire américain Victor Davis Hansen note que la nouvelle division des États-Unis (en États bleus et rouges) pendant la "nouvelle guerre civile" peut être décrite en termes de géopolitique. Selon son interprétation, l'empire américain d'aujourd'hui s'est divisé entre la Rome cosmopolite et côtière des "États bleus" et la "Byzantine rouge" traditionaliste du Heartland. Dans le même temps, Hansen souligne qu'au lieu de l'éclatement de l'Amérique, ce sont deux systèmes sociaux et systèmes de valeurs, deux versions de la civilisation américaine, en conflit mais n'osant pas encore rompre l'une avec l'autre et conservant une unité symbolique, qui prennent forme au sein d'un espace politique formellement unifié.

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"Notre arrière-pays byzantin et la côte romaine interprètent très différemment leur héritage américain commun, car ils tracent de plus en plus des voies radicalement différentes pour survivre à cette époque terrible. Mais, comme par le passé, il est bien plus probable qu'un modèle d'État s'avère insoutenable et s'effondre qu'une guerre civile n'éclate dans une région donnée."

Sur la base des évaluations ci-dessus de la présidence Biden, on peut supposer que c'est le modèle démocrate qui commence maintenant à échouer et à faire preuve d'instabilité. Et elle provoque la guerre civile qui couve déjà aux États-Unis, du moins dans l'espace en ligne, depuis un certain temps déjà.

L'Amérique alternative de Donald Trump

Dans ce contexte, la période de la présidence de Donald Trump semble au moins plus stable. Et ce n'est pas seulement l'absence de pandémie alors. Dans une récente interview accordée à Fox News, l'ancien président a déclaré que son administration avait réussi à établir de bonnes relations avec les dirigeants de la Russie et de la Chine. Le réalisme dans les relations internationales, dans le chenal duquel Trump a agi en décidant de se concentrer sur la situation intérieure de son pays, a également profité aux conflits internationaux : ainsi, sous son administration, Kiev a été effectivement "abandonnée". Trump a déclaré que "pendant son administration, il a dit à l'Ukraine qu'il n'allait pas se 'battre' pour elle, Kiev devait se battre pour elle-même". L'ancien président s'est également montré assez sévère à l'égard de la politique étrangère de M. Biden et a qualifié le président du comité des chefs d'état-major des forces armées américaines, Mark Milley, de "foutu idiot" pour ne pas avoir retiré les troupes d'Afghanistan.

"Vous avez un avion de 50 millions de dollars. Vous avez un magnifique hélicoptère pour 29 millions de dollars. Nous avions tous les types d'hélicoptères. Beaucoup d'entre eux sont tout neufs. Littéralement sortis hors de leur boîte. Pensez-vous qu'il est moins cher de la laisser là pour qu'ils la récupèrent que de la remplir d'un demi-réservoir d'essence et de l'envoyer par avion au Pakistan ou de la ramener par avion dans notre pays ?" - a exprimé M. Trump.

Il est important de noter que Trump s'est récemment fortement impliqué dans l'opposition à la tyrannie des grandes technologies et s'est employé à développer un espace alternatif de mise en réseau de l'information : ainsi, en juillet 2021, son ancien assistant et représentant Jason Miller a lancé son propre réseau social GETTR, proche en fonctionnalité de Twitter mais se proclamant libre de toute censure. En novembre 2021, la plateforme avait rassemblé plus de 3 millions d'utilisateurs.

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Début décembre, Trump Media & Technology Group, la nouvelle société américaine de médias et de technologies de Trump, ainsi que son partenaire Digital World Acquisition, ont annoncé avoir reçu un milliard de dollars d'un groupe de divers investisseurs institutionnels pour un nouveau projet, Truth Social. Le 20 octobre 2021, Trump Media & Technology Group a publié un communiqué de presse annonçant que la plateforme passera en version bêta limitée pour iOS fin 2021 et sera disponible pour tous les utilisateurs dès 2022.

"Ce milliard de dollars est un signal important envoyé à Big Tech pour lui faire comprendre que la censure et la discrimination politique doivent cesser. L'Amérique est prête pour TRUTH Social, une plateforme qui ne fera pas de discrimination fondée sur l'idéologie politique", a déclaré M. Trump.

Truth Social s'inspire largement de Twitter . Les utilisateurs pourront publier ("vérité") et partager les messages d'autres utilisateurs ("retweets"). La plateforme dispose également d'un fil d'actualités, appelé "fil de vérité", ainsi que d'un système de notification.  La plateforme Truth Social utilisera une version spéciale du logiciel d'hébergement de médias sociaux gratuit et open-source Mastodon.

L'application est décrite dans le descriptif comme une plateforme américaine "qui encourage un dialogue mondial ouvert, libre et honnête, sans discrimination fondée sur l'idéologie politique". Trump Media & Technology Group positionne le réseau comme s'opposant aux grandes technologies, contrant le phénomène destructeur de la "culture de l'annulation" (interdisant l'adhésion à toute idéologie anti-mondialisation) et s'opposant à la discrimination politique.

"En 2021, le balancier médiatique a dangereusement basculé à gauche. La Silicon Valley, les médias grand public et les grandes entreprises technologiques ont commencé à faire taire de force les voix qui ne se conformaient pas à leur idéologie. Les plateformes Big Tech démonétisent, restreignent et défont ceux qui s'écartent du discours dominant. Ils ne se contentent pas de censurer le contenu - ils déterminent ce qui peut et ne peut pas être dit. En contrôlant l'échange d'informations, ils contrôlent l'ordre du jour. Ils contrôlent l'avenir. Ils vous contrôlent", peut-on lire sur la page d'accueil du Trump Media & Technology Group.

James Clayton, journaliste à la BBC, a déclaré que la plateforme pourrait être une version plus réussie d'autres plateformes de médias sociaux basés sur la technologie alternative, comme Parler et Gab.

Le PDG de Gettr, Jason Miller , un ancien conseiller de Trump, a fait l'éloge de Truth Social et a déclaré que la plateforme ferait perdre à Facebook et Twitter "encore plus de parts de marché". La direction des réseaux sociaux de Gab a déclaré dans un communiqué qu'elle soutient Truth Social.

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Dans le contexte de la crise et des échecs politiques de Biden, un tel réseau constitue une excellente plateforme de consolidation en ligne entre les partisans de Trump et les opposants aux politiques mondialistes destructrices du Parti démocrate. Début décembre, M. Trump a laissé entendre sur la chaîne de télévision britannique GB News qu'il pourrait revenir en politique, à la fois en soutenant les candidats républicains aux élections de mi-mandat du Congrès en 2022 et en participant éventuellement à l'élection présidentielle de 2024. La scission des États-Unis en deux parties est aujourd'hui plus évidente que jamais :
- la civilisation mondialiste (Biden, les apologistes de l'unipolarité, les néocons) et
- le camp réaliste représentant le peuple (Trump).

Le deuxième pôle disposera dorénavant également de son propre espace virtuel.

vendredi, 05 novembre 2021

Agenda vert et/ou retour au charbon: les contradictions "noires" et "vertes" de Biden

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Agenda vert et/ou retour au charbon: les contradictions "noires" et "vertes" de Biden

Alfredo Jalife Rahme

Source: https://www.jornada.com.mx/2021/11/03/opinion/016o1pol & https://www.alfredojalife.com/2021/11/03/las-negras-contradicciones-verdes-de-biden/

Le grave problème que pose le prétendu "leadership mondial" des États-Unis, avec ses mesures de lutte contre le changement climatique depuis près d'un quart de siècle, est la géopolitisation de l'"agenda vert". Ainsi, le protocole de Kyoto, signé en 1997 par Clinton, avec son vice-président pharisien Al Gore - qui se prend pour l'écologiste suprême de la Voie Lactée - a été rejeté en bloc en mars 2001 par Baby Bush. Bill Clinton et Baby Bush se sont lancés la balle du rejet parce que sa mise en œuvre allait coûter 4000 milliards de dollars à leur pays.

De même, Trump, la main sur la ceinture, a rejeté l'Accord de Paris sur le climat de 2016 - signé par le duo Obama/Biden - et qui, dans une large mesure, constitue la matrice opérationnelle de la COP26 qui a connu 25 réunions anticipées avec une exagération cacophonique stridente, mais sans aucune concrétisation. Ni le sommet du G20 à Rome ni celui de la COP26 à Glasgow, en Écosse, n'ont bénéficié de la présence irremplaçable des deux autres superpuissances du "nouvel (dés)ordre tripolaire", la Chine et la Russie, ce qui délégitime toute résolution intrinsèquement non contraignante, même si le tsar Vlady Poutine (https://reut.rs/2Y8TKOw) et le mandarin Xi (https://bit.ly/3CFxsmL) ont tous deux participé à des téléconférences au cours desquelles ils ont fait preuve de souplesse pour atténuer, en fonction des circonstances de chaque nation, l'indéniable changement climatique.

Le problème de Biden n'est pas mondial, pas même dans son hostilité contre la Chine, la Russie et l'Arabie saoudite, mais national, où son propre coreligionnaire démocrate, le sénateur Joe Manchin - pour la Virginie occidentale, deuxième État producteur de charbon après le Wyoming, sans parler de ses ressources en gaz de schiste - entrave son programme vert idyllique qui est également pernicieux pour les États producteurs de pétrole du Texas et de l'Oklahoma. Il s'avère et met en évidence que Biden vante une chose, tout en faisant le contraire, comme c'est le cas avec l'augmentation "pour la première fois en sept ans" de la "quantité d'électricité aux États-Unis générée" par l'abominable charbon, selon le Daily Mail du Royaume-Uni (31/10/21), très proche du MI6, qui affirme que la crédibilité du président assiégé a été sérieusement érodée.

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En raison de la montée en flèche du coût du gaz naturel - qui, soit dit en passant, touche le Mexique depuis l'inconcevable naïveté de López Portillo - "il (Biden) est revenu au charbon" (méga !), selon l'Energy Information Administration américaine.

Les initiés soulignent que l'émergence de l'utilisation du charbon aux États-Unis "est le résultat de politiques qui diabolisent le gaz naturel". Biden et Bill Gates sont tous deux connus pour mener une guerre géopolitique contre le gaz naturel afin de saper le leadership de la Russie, de l'Iran, du Qatar et du Turkménistan (https://bit.ly/3GNUb2b). Autre problème juxtaposé, le gaz naturel reste le premier producteur d'électricité aux États-Unis, devant le charbon, dont la production a augmenté de 22 % depuis le début de l'année, les centrales nucléaires (en tête de cette catégorie), bien avant l'énergie éolienne/solaire naissante et l'hydroélectricité (https://bit.ly/31kb701).

De manière surprenante, le journal mondialiste pro-"vert", le New York Times, expose la contradiction flagrante de Biden qui, tout en "poussant à l'énergie propre, cherche à accroître la production de pétrole" (mégassic !). Biden lui-même a fait remarquer qu'"il semble ironique qu'il appelle les pays riches en énergie à stimuler la production de pétrole" tout en "implorant le monde de juguler le changement climatique" (https://nyti.ms/3q1ZWDI).

Selon le New York Times, Darren Woods, directeur d'Exxon Mobil, a déclaré devant un panel de la Chambre des représentants que "nous ne disposons pas actuellement de sources d'énergie alternatives adéquates", de sorte que "le pétrole et le gaz continueront d'être nécessaires dans un avenir prévisible".

Les jeunes Européens qui adhèrent à l'agenda environnemental ne sont pas disposés à retarder et à envisager la décarbonisation de la planète alors que Biden a ses plus grands détracteurs dans son propre parti, sans parler de la majorité des républicains. La véritable feuille de route et le calendrier de la COP26 seront peut-être décidés lors de l'élection cruciale du gouverneur de Virginie, et non à Glasgow ou à Rome.

Comment lire Alfredo Jalife Rahme sur le net:

https://alfredojalife.com

Facebook : AlfredoJalife

Vk : alfredojalifeoficial

Télégramme : AJalife

https://www.youtube.com/channel/UClfxfOThZDPL_c0Ld7psDsw?view_as=subscriber

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lundi, 27 septembre 2021

L'Amérique est en recul. Il est temps de passer à l'offensive

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L'Amérique est en recul. Il est temps de passer à l'offensive

Alexander Douguine

L'hégémon se ratatine et recule partout!

Les élections en Russie sont terminées. Et c'est une bonne chose. Nous pouvons maintenant revenir aux affaires étrangères. C'est la politique étrangère qui compte vraiment. Et dans cette politique étrangère, un changement extrêmement significatif et important est en plein essor.

Le monde unipolaire s'effondre sous nos yeux. Il est sur une trajectoire descendante depuis un certain temps (depuis le 11 septembre), mais c'est en cette année clé 2021, au milieu de l'interminable crise sanitaire du Covid, que se sont produits certains événements symboliques, rendant irréversible la fin de l'unipolarité.

Déjà, Trump acceptait implicitement un ordre multipolaire, en insistant uniquement sur un statut spécial pour les États-Unis. C'était un programme parfaitement rationnel et responsable. Mais Trump a été renversé. Et cela a été perpétré par des partisans fanatiques du même mondialisme que celui que Trump combattait chez lui.

Avec le soutien des mondialistes, Biden est parvenu au pouvoir et a annoncé la grande réinitialisation. Il faisait référence à un retour aux années 90, années "dorées" (pour les mondialistes et les libéraux). La mondialisation a eu quelques problèmes, ont-ils dit, mais nous allons maintenant les régler rapidement, remettre à leur place tous les prétendants à la multipolarité et continuer à régner sur l'humanité, en l'entraînant de plus en plus profondément dans un programme insensé - presque ouvertement satanique.

Biden est intervenu et Kiev a envoyé des troupes dans le Donbass, démontrant ainsi sa détermination à "assiéger les Russes". Mais dès que Moscou a effectué des manœuvres innocentes sur son propre territoire, Washington a fait marche arrière. Nous ne parlons pas de Kiev, ce n'est pas un sujet. La grande réinitialisation a été reportée.

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Et puis vient la fuite honteuse des États-Unis d'Afghanistan, alors qu'après 20 ans d'occupation brutale, les Américains n'ont même pas eu le temps d'emballer correctement leurs affaires (y compris leurs équipements militaires) et de renvoyer décemment leurs collaborateurs. Vers la fin, Biden tire un missile sur une voiture avec des enfants et s'en vante encore. Même Psaki a pâli devant les absurdités qu'elle a dû exprimer. L'Afghanistan est un embarras total pour l'Amérique.

Et dans la foulée, pour montrer qu'il est encore "wow", le pathétique et sénile Joe proclame l'axe anglo-saxon AUKUS, en scellant des traités avec l'Australie et en rayant d'un trait de plume les fournitures militaires françaises et italiennes (d'ailleurs, on l'oublie souvent) sur lesquelles Paris et Rome comptaient beaucoup, il détruit ainsi la cohésion de l'OTAN.  En réponse, le rappel sans précédent de l'ambassadeur de France à Washington s'ensuivit. Si l'UE comprend l'enjeu de tout cela, c'est que les autorités américaines ont tout simplement perdu la tête.

Voyons maintenant ce qui se passe aux États-Unis mêmes.

Tout d'abord, Biden agit dans un contexte où l'on sait que la moitié de la population le déteste (pour une élection volée et une dictature libérale intolérante) et que tout ce qu'il fait est accueilli avec hostilité. Et dès qu'il commet une erreur - comme en Afghanistan et en Australie, sans parler de la situation totalement foireuse avec les migrants à la frontière sud des États-Unis, non seulement il commet une faute, mais il se fourvoie de manière répétée et démontrable - ses adversaires s'en emparent immédiatement, la font exploser, et commencent déjà à préparer la destitution.

Mais c'est la moitié du problème. Les mondialistes eux-mêmes qui soutiennent Biden sont divisés en droitiers et gauchistes, en faucons néoconservateurs et en ultra-démocrates avec un programme d'idéologie LGBT et de "marxisme culturel". Les néoconservateurs sont furieux du retrait de l'Afghanistan et des promesses de M. Biden de retirer les troupes du Moyen-Orient, en particulier de la Syrie et de l'Irak.  En plus de sa lâcheté flagrante en Ukraine, Biden a déjà fait de son mieux pour s'aliéner la moitié de l'élite qui le soutient - les faucons.

Il semblerait que ce soit la gauche mondialiste qui devrait se réjouir. Oui, ils ont été globalement indulgents envers le retrait des troupes d'Afghanistan, mais personne aux États-Unis n'ose justifier la manière dont cela a été fait.

Mais Biden s'est ensuite souvenu des néoconservateurs et a créé, pour les amadouer, une nouvelle alliance stratégique anglo-saxonne, AUKUS (Australie, Royaume-Uni, États-Unis), écartant sans ménagement l'Europe. Il le fait sous l'égide de la guerre imminente avec la Chine dans le Pacifique. C'est là que les mondialistes de gauche se sont indignés. L'UE n'a rien contre la Chine du tout, et les mondialistes de gauche aux États-Unis essaient même d'utiliser le décollage économique de la Chine dans leurs stratégies. Pourtant, Biden l'ignore et crée AUKUS. Un tel coup porté à l'OTAN, avec en toile de fond le renforcement de la souveraineté de la Russie et du même Cathay, l'indépendance croissante de la Turquie, de l'Iran, du Pakistan, ainsi que de certains pays arabes et africains (une série de coups d'État en Afrique est également un phénomène très intéressant, nécessitant une évaluation géopolitique) - n'aboutit qu'à un affaiblissement brutal de l'élite libérale mondiale, divisée sous leurs yeux le long de la ligne - Anglo-Saxons/Européens et autres "alliés" oubliés.

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Biden a déjà réussi à frustrer la droite et la gauche mondialistes de cette manière, au milieu d'un bras de fer incessant avec les Trumpistes, qui se sont retrouvés dans une position d'opposition fermement réprimée. Lorsque Biden joue les faucons et se rapproche des néocons, il porte un coup au CFR (les mondialistes de gauche). Quand, au contraire, il essaie d'être une colombe, les mondialistes de droite entrent dans une colère noire. Si Joe Biden n'est pas un parfait perdant dans cette situation, alors qu'est-il ?

Cette situation est unique. Jamais, au cours des dernières décennies, la politique américaine n'a été aussi contradictoire, incohérente et carrément vouée à l'échec. C'est la chose la plus importante à retenir. L'Amérique est plus faible que jamais. Et c'est ce dont nous devons tirer parti. Trump s'est attelé à retirer la mondialisation de l'ordre du jour et à se concentrer sur les questions américaines, de manière consciente et responsable. Et il a négocié durement sur chaque question avec les représentants de la multipolarité croissante. Biden, paradoxalement, s'est révélé encore plus utile aux pôles multipolaires - il est tout simplement en train de détruire rapidement l'Amérique, et plus le mondialisme agonise, plus l'humanité voit clairement la faiblesse de quelqu'un qui prétendait encore récemment être le leader incontesté. Pour être réaliste (c'est-à-dire un peu cynique), mieux vaut un ennemi faible et impuissant comme Biden qu'un partenaire rationnel et conscient de lui-même comme Trump. Bien sûr, Biden est le mal absolu et un échec épique pour les États-Unis. Mais pour tous les autres... eh bien, eh bien, eh bien. Il y a quelque chose que nous commençons à aimer chez le vieux Joe...

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C'est ce dont la Russie devrait profiter activement en ce moment. Le déclin rapide de l'hégémonie mondiale américaine libère de vastes possibilités dans le monde entier - des territoires, des pays, des nations, des civilisations entières. Par inertie, certains pourraient craindre l'alliance anglo-saxonne, en disant que la Grande-Bretagne revient, qu'ils vont maintenant s'allier aux États-Unis et aux pays du Commonwealth et restaurer leur emprise coloniale. (Nous parlerons du projet QUAD, plus sérieux, dans un autre article.) Qui va le restaurer ? La Grande-Bretagne n'est plus un véritable sujet de l'historie en cours depuis longtemps. Il n'y a pas grand-chose à dire sur l'Australie. D'ailleurs, la présence financière et même démographique de la Chine dans le Pacifique est déjà un facteur gigantesque aujourd'hui. L'hégémonie se réduit et recule partout. Il y a là une chance pour un grand projet continental de Lisbonne à Vladivostok (dans l'esprit de Thiriart et de Poutine), pour une alliance eurasienne russo-chinoise, pour un nouveau cycle dans les relations entre la Russie et le monde islamique, et pour une avancée en Afrique et en Amérique latine.

    L'Amérique est en recul. Nous devons passer à l'offensive.

Cela nécessite une stratégie, une détermination, une volonté, une concentration des forces. Et ce qui est essentiel, c'est que cela nécessite une idéologie. La grande géopolitique exige de grandes idées. À l'heure actuelle - tant qu'il y aura un idiot au pouvoir aux États-Unis - la Russie a une chance historique non seulement de rendre la multipolarité irréversible, mais aussi d'étendre de manière spectaculaire son influence à l'échelle mondiale. L'hégémonie disparaît. Oui, c'est un dragon blessé, et il peut encore frapper fort et douloureusement. Mais il est à l'agonie. Nous devons donc faire attention aux douleurs fantômes de l'impérialisme, mais nous devons aussi garder la tête haute. Nous devons nous préparer à une contre-offensive. Tant que les choses sont telles qu'elles sont, c'est notre chance historique. Ce serait un crime de le manquer. Notre Empire est tombé en 1991. Aujourd'hui, c'est leur tour. Et il est de notre devoir de revenir dans l'histoire en tant qu'entité géopolitique pleinement souveraine et indépendante.

tg-Nezigar (@russica2)

lundi, 06 septembre 2021

La grande hypocrisie sur la fin de la "guerre sans fin"

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La grande hypocrisie sur la fin de la "guerre sans fin"

Lorenzo Vita

Ex: https://it.insideover.com/politica/la-grande-ipocrisia-sulla-fine-della-guerra-infinita.html

Les guerres sans fin ne sont pas terminées. L'une d'entre elles est terminée, celle de l'Afghanistan, mais il est difficile de croire que la "guerre" que les États-Unis ont menée, mènent et veulent mener est réellement terminée. Ni contre le terrorisme, ni contre d'autres ennemis stratégiques que Washington a depuis longtemps identifiés comme des cibles.

Le Président des Etats-Unis, Joe Biden, s'est empressé ces dernières heures de rappeler un concept: la volonté de mettre fin à ces conflits dont on ne comprend pas la fin et, surtout, les moyens d'y mettre fin. L'Afghanistan en était devenu le symbole: une guerre qui durait depuis vingt ans, avec des objectifs complètement différents, et qui avait atteint le paradoxe selon lequel Washington remettait le pouvoir à ceux-là mêmes qu'il avait chassés de Kaboul et combattus. Un exemple plastique de l'hétérogénéité des finalités qui a fait comprendre, mieux que tout, ce qu'est devenu en pratique le long conflit afghan du point de vue américain.

Cette perception court toutefois le risque d'aller dans le sens de l'idée que l'Amérique a mis fin à une guerre qui s'est terminée en raison de l'absence d'objectifs ou d'ennemis. Une façon de penser risquée, pour la simple raison que le président des États-Unis lui-même a tenté de faire comprendre à son pays que la guerre contre le terrorisme sera simplement menée sous d'autres formes, et qu'il existe d'autres rivaux stratégiques vers lesquels son Amérique se tournera. En bref, la guerre est loin d'être terminée. Elle a simplement mis fin à une forme de cette grande guerre: au mieux, sa plus longue bataille, ou, dans un sens plus large, son front le plus sanglant et le plus coûteux.

Les experts commencent donc à se demander s'il est vraiment nécessaire de considérer comme terminée une guerre qui n'a en fait jamais pris fin. DefenseOne, l'un des sites américains les plus connus traitant des questions stratégiques, a même accusé la politique américaine dans son ensemble de raconter des mensonges aux électeurs. Il l'a fait dans un éditorial cinglant de son rédacteur en chef, Kevin Baron. Foreign Affairs, le magazine américain qui fait autorité, a publié un article au titre illustratif, "The Good Enough Doctrine", que l'on pourrait traduire par la doctrine du "suffisant" ou du "bon".

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En substance, le concept exprimé est qu'il faut accepter la coexistence avec le terrorisme, comprendre qu'il existera toujours une forme de terrorisme de matrice islamiste capable de frapper dans le monde et que la seule chose que l'on puisse faire est de le limiter en le rendant inoffensif par rapport à la sécurité des États-Unis. Le général Mark McKilley, chef d'état-major interarmées des États-Unis, a également repris ce thème. Lors de son point de presse, parlant de l'Afghanistan, il a admis qu'"au cours des 20 dernières années, il n'y a pas eu d'attaque sérieuse contre notre pays, et il nous incombe maintenant de veiller à ce que nous poursuivions nos efforts en matière de renseignement, nos efforts de lutte contre le terrorisme, nos efforts militaires pour protéger le peuple américain au cours des 20 prochaines années, et nous, les militaires américains, sommes déterminés à le faire". Des phrases qui, associées à l'image des talibans entrant triomphants dans Kaboul, révèlent très clairement qu'aucune mission n'a été achevée, ni que la guerre contre l'islamisme a été gagnée. D'autant plus que certains pensent qu'il s'agit désormais d'un mal endémique avec lequel l'Occident, incapable de le vaincre, ne peut qu'apprendre à vivre.

Une coexistence qui, toutefois, met à nu une certaine hypocrisie qui sous-tend les phrases avec lesquelles Biden et la politique américaine ont décidé de décrire le retrait d'Afghanistan. Alors que les raids dans la Corne de l'Afrique se poursuivent, que les porte-avions américains se déplacent en mer d'Arabie pour frapper, dans le cadre d'opérations "au-delà de l'horizon", les bastions de l'autoproclamé État islamique, et alors que des questions restent ouvertes avec l'Irak et la Syrie et que les acronymes de la terreur n'ont pas disparu, ce que Washington veut, c'est simplement arrêter l'hémorragie de l'argent des contribuables et des vies humaines dans une confrontation avec ses propres unités sur le terrain. Mais la guerre "sans fin" est restée telle quelle.

mercredi, 01 septembre 2021

Joe Biden : la fin de l'Amérique

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Joe Biden: la fin de l'Amérique

Alexander Douguine

Ex: https://www.geopolitica.ru/article/dzho-bayden-konec-ameriki

Le siècle américain est terminé. Quelle est la prochaine étape ?

Aujourd'hui, seuls les paresseux ne donnent pas de coup de pied à Biden suite à son échec total en Afghanistan. Mais même les paresseux vont s'y mettre. Et à juste titre.  Un échec aussi dramatique et graphique, un échec aussi épique des mondialistes libéraux, le monde n'en avait pas vu depuis longtemps.

Lorsque Biden se précipitait encore vers le pouvoir, éliminant impitoyablement Trump, il proclamait le slogan "Build Back Better". C'était une sorte de mot de passe pour la grande réinitialisation annoncée par les mondialistes à Davos en 2020. Le plan général était le suivant: 

- Pour faire échouer la montée du populisme et d'abord pour faire dérailler la réélection de Trump aux États-Unis même ;

- restaurer la dictature ébranlée des élites libérales dans l'Union européenne ;

- perturber la consolidation de la souveraineté russe et chinoise, notamment en sapant l'économie du pétrole et du gaz et en renforçant le chantage à l'environnement (énergie verte) ;

- accélérer la mondialisation et un programme universel pour diffuser l'idéologie du genre ;

- passer à un rythme accéléré à un nouvel environnement technologique, où l'intelligence artificielle et les technologies post-humaines (réseaux neuronaux, cyborgs, etc.) seront au premier plan, et, en même temps,

- inoculer à toute l'humanité quelque chose de suspect. 

Dans la pratique, cela signifiait une série d'étapes concrètes plutôt menaçantes pour garantir qu'un tel ordre du jour soit un succès stratégique. Ces étapes étaient les suivantes : 

- Remettre la Russie à sa place, notamment en rendant la Crimée à l'Ukraine, en interrompant Nord Stream 2 et, au passage, en confiant le pouvoir à Moscou à Navalny ou, au pire, à Medvedev ;

- pour gagner rapidement une guerre commerciale avec la Chine ;

- écraser Orban et les Polonais, qui refusent obstinément les politiques migratoires et gendéristes de l'UE ;

- organiser une révolution de couleur en Biélorussie ;

- porter un coup fatal à l'Iran intransigeant et à la Turquie entêtée ;

- renverser le régime d'Assad et

- en finir avec le fondamentalisme islamique, que les États-Unis ont eux-mêmes créé pendant la guerre froide. 

Ensuite, une fois tous ces obstacles désagréables rapidement écrasés, il serait possible de revenir à la construction d'un monde unipolaire et à l'établissement d'un gouvernement mondial. 

C'est ce que l'on attendait du "grand reboot". Et maintenant le moment est arrivé. 

Les néonazis ukrainiens, qui avaient été relancés immédiatement après l'arrivée de Biden, ont tenté de prendre quelques mesures dans le Donbass, mais ont été immédiatement repoussés. Moscou a organisé un exercice de paix et les clowns de Kiev se sont figés de terreur. Nord Stream 2 a été achevé et est sur le point de commencer à fonctionner. A Téhéran, l'ultra-conservateur Raisi a été légitimement élu, enterrant tout espoir d'une restructuration iranienne.  Erdogan est toujours aussi fort. Orban ne laisse pas entrer les migrants et refuse les parades de la gay pride. Lukashenko s'assoit dans son fauteuil et raconte des blagues, faisant atterrir des avions avec des opposants et lançant des réfugiés irakiens dans la Lituanie prise en tenaille par l'OTAN. Assad en Syrie fait ce qu'il veut. La Chine n'a pas reculé d'un pouce par rapport à ses politiques. Le gaz et le pétrole sont encore à un prix élevé. Toutes les mesures de répression contre le Parti républicain et les trumpistes aux États-Unis n'ont fait que diviser davantage le public. 

Et maintenant, enfin, le point culminant: une retraite honteuse de Kaboul, où les Talibans éliminent impitoyablement les retardataires. Mais que voulait Washington? La guerre est perdue pour de bon. Deux décennies d'occupation ont été gaspillées. Et maintenant, le colonisateur en fuite, qui a jeté une montagne d'armes, est escorté,à sa sortie, par des balles, des mines et des explosions. 

Les six mois de l'administration Biden peuvent être résumés. C'est un véritable échec. Pas seulement le vieux sénile lui-même. Personne ne se soucie de lui, il est dément et c'est évident pour tout le monde. C'est avant tout un échec du plan des élites mondiales. Elles ont fait une dernière tentative pour revenir aux années 90, pour restaurer les paramètres du moment unipolaire.  Et... et elles ont échoué. C'est la fin du monde unipolaire. Il n'y a plus aucune chance. 

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Peu de gens ont encore pris conscience de la gravité de ce qui s'est passé. Les élites libérales du monde entier espéraient sérieusement une revanche post-Trump. Et voici le résultat. Ce n'est pas facile à comprendre. Et les douleurs fantômes sont encore assez sensibles. Surtout par les néocons et les maniaques de la mondialisation comme Bernard-Henri Lévy, qui a récemment escaladé les gorges du Panjsher pour inspirer la lutte désespérée contre les talibans (interdits en Russie) chez les Tadjiks afghans. Mais partout où Levy est apparu, les mondialistes ont subi une défaite ignominieuse. Des exemples à foison - Syrie, Kurdistan, Ukraine, Géorgie... C'est un véritable Monsieur "pas de chance". Tout libéral aujourd'hui est exactement cela: "Monsieur pas de chance". Pas une seule chance. Tout le monde gagne sauf eux. N'importe qui. Mais pas "Build Back Better".

Il est impossible d'accepter cela pour ceux qui ont dirigé le monde jusqu'à ces dernières années et qui le dirigent encore par inertie. En 1990, l'élite soviétique défunte ne pouvait pas non plus croire que l'URSS était sur le point de s'effondrer. Aujourd'hui, le monde unipolaire s'est réellement effondré. C'est comme un film au ralenti de l'effondrement des tours jumelles. On aperçoit déjà des nuages de poussière, des langues de flamme, des employés qui tombent en grappes des fenêtres, le bâtiment qui s'affaisse et tremble... Mais qui reste debout. Encore un moment...

C'est ce que sont les États-Unis aujourd'hui. Et lorsque Biden agite ses vieux poings secs, en menaçant les extrémistes islamiques (l'ISIS ou les Talibans, qui sont interditsen Russie), cela semble aussi pathétique que les marmonnements inarticulés de Gorbatchev à la veille de sa disparition dans le caniveau de l'histoire. 

Ce n'est pas le fait que les Américains aient quitté l'Afghanistan, c'est la manière dont ils l'ont quitté, c'est ça qui est fondamental. C'est pire qu'un déshonneur. C'est la fin de l'Amérique que nous connaissions. Et ils ne s'en remettront plus jamais. Ils ont essayé de recommencer et de reprendre là où ils s'étaient arrêtés (Build Back Better). Le bilan aujourd'hui est très clair: ça n'a pas marché. Et ça ne marchera plus. Plus jamais.

Dans le nouveau monde post-Afghanistan, c'est maintenant chacun pour soi. Et la souveraineté devra dorénavant être défendue non seulement face à un hégémon évident mais dans une situation beaucoup plus complexe et compliquée. Oui, le monde a été libéré de l'empire américain. Celui-ci est en déclin. Il n'a pas encore atteint le point zéro, mais il est en train de le faire. L'attente ne sera pas longue. 

Mais que faire de cette nouvelle liberté, la nôtre et la vôtre? Comment l'ancrer? Comment le défenderez-vous?

C'est ce que pensent Pékin, Téhéran, Ankara, Riyad et même Kaboul. Ce à quoi le Kremlin pense, je ne peux pas l'imaginer. Mais il est impossible d'ignorer ce qui se passe. Même au Kremlin.

Biden ne s'est pas contenté de glisser et de tomber, il a cassé tout ce qu'il pouvait casser, et il a été placé aux soins intensifs, dont il a peu de chances de sortir.

Les États-Unis sont toujours là, mais il n'y a plus aucun intérêt pour cela. Les États-Unis sont en soins intensifs. Cela vaudrait la peine d'être noté si le nouveau monde post-libéral ne promettait pas tant de problèmes nouveaux et difficiles. Mais quelque chose me dit que nous ne sommes pas du tout préparés.

tg Nezigar (@russica2)

samedi, 31 juillet 2021

Biden ne mettra pas fin aux « guerres sans fin ». Il en prépare même de nouvelles

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Biden ne mettra pas fin aux « guerres sans fin ». Il en prépare même de nouvelles

Par Moon of Alabama

Daniel Larison écrit que la politique étrangère de Joe Biden est probablement pire que celle de Trump :

Le bilan de la politique étrangère de Joe Biden en tant que président au cours 
de ses six premiers mois a été aussi mauvais que ses critiques non-interventionnistes
et anti-guerre le craignaient. Biden a pris une décision importante et correcte
qu'il semble suivre jusqu'au bout, à savoir le retrait des dernières troupes
américaines d'Afghanistan, mais même dans ce cas, il y a des raisons de s'inquiéter
que les forces américaines soient relocalisées dans d'autres pays voisins et que
la guerre contre les talibans se poursuive de loin. Sur presque tous les autres
fronts, Biden n'a pas seulement échoué à défaire certaines des politiques les
plus mauvaises et les plus destructrices de son prédécesseur, mais dans de
nombreux cas, il les a ancrées et renforcées.

Biden n’a pas réussi à arrêter la guerre américano-saoudienne au Yémen. Il maintient des troupes en Irak et en Syrie. Son retrait d’Afghanistan s’avère être un leurre. Il sabote le retour aux accords sur le nucléaire iranien.

Les États-Unis, en contradiction avec leur accord avec les Talibans passé à Doha, ont relancé une campagne de bombardement aérien les visant et vont probablement la poursuivre pendant des années :

Le plus haut général américain chargé de superviser les opérations en Afghanistan 
n'a pas voulu dire dimanche soir si les frappes aériennes américaines contre les
talibans prendraient fin le 31 août, date que les responsables avaient précédemment
fixée comme limite pour ces attaques. Le général Kenneth F. McKenzie Jr, chef du Commandement central des États-Unis,
a refusé de s'engager à mettre fin au dernier levier militaire qu’ont les États-Unis
contre les talibans : les frappes aériennes. ...  

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Les talibans ont réagi furieusement aux frappes, affirmant que c’étaient une 
violation de l'accord négocié entre le groupe militant et les États-Unis en 2020. L’intensité des frappes contre les talibans reflète un nouveau sentiment d'urgence
à Washington qui considère que le gouvernement afghan est en danger. "Je ne suis pas en mesure de faire des commentaires sur l'avenir des frappes
aériennes américaines après le 31 août"
, a déclaré le général McKenzie aux

journalistes après avoir rencontré le président afghan, Ashraf Ghani, et ses
collaborateurs plus tôt dans la journée.

Les talibans ont récemment fait un gros travail de diplomatie en se rendant à Moscou, Pékin et Téhéran. Avec le Pakistan, qui continue à fournir aux talibans des armes et de la main-d’œuvre, ces pays préparent un avenir où les talibans auront le contrôle total du gouvernement afghan, ou du moins un rôle important dans celui-ci. Ils ont promis d’investir en Afghanistan, même si le pays est dirigé par les talibans.

Mais les États-Unis s’opposeront à la reconstruction de la Route de la soie entre la Chine et l’Iran. Ils n’autoriseront pas que ces investissements en Afghanistan soit en sûreté. Au lieu de contrôler l’Afghanistan pour leurs propres besoins, comme ils l’ont fait pendant leur occupation, les États-Unis feront désormais tout leur possible pour empêcher les autres de profiter du pays.

Après avoir fait pression sur le président afghan pour qu’il laisse la place à un gouvernement provisoire, Biden le soutient à nouveau. Lors d’un appel téléphonique vendredi dernier, Biden s’est engagé à soutenir pleinement la ligne intransigeante maintenue par Ghani :

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Le président Joseph R. Biden, Jr. s'est entretenu aujourd'hui avec le président 
Ashraf Ghani d'Afghanistan. Le président Biden et le président Ghani ont discuté
de la situation en Afghanistan et ont réaffirmé leur engagement envers un partenariat
bilatéral durable. Le président Biden a insisté sur le soutien continu des États-Unis,
notamment en matière de développement et d'aide humanitaire, au peuple afghan, y
compris aux femmes, aux filles et aux minorités. Le président Biden et le président
Ghani ont convenu que l'offensive actuelle des talibans est en contradiction directe
avec la prétention du mouvement à soutenir un règlement négocié du conflit.
Le président Biden a également réaffirmé l'engagement des États-Unis à continuer
d'aider les forces de sécurité afghanes à se défendre.

Mais le gouvernement de Ghani n’a aucune chance de survie. Les talibans contrôlent les frontières de l’Afghanistan et peuvent se financer grâce aux droits de douane et aux taxes. Ghani n’aura donc pas les revenus nécessaires pour faire fonctionner l’État. Maintenant, Biden lui promet de donner 4 milliards de dollars par an à l’armée afghane tout en ayant peu de contrôle sur la façon dont cet argent sera dépensé. Ghani et son entourage feront de leur mieux pour piller cet afflux d’argent.

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Au lieu de laisser l’Afghanistan tranquille pour se trouver un nouvel équilibre, Biden est en train de réorganiser le Grand Jeu, dont l’Afghanistan sera à nouveau la première victime.

Pendant sa campagne, Biden avait promis de rejoindre l’accord nucléaire avec l’Iran. Mais aucune action n’a suivi. Les pourparlers avec Téhéran ont commencé trop tard et ont été remplis de nouvelles exigences que l’Iran ne peut accepter sans diminuer ses défenses militaires.

L’arrogance de l’administration Biden se manifeste pleinement lorsqu’elle croit pouvoir dicter ses conditions à Téhéran :

Si les États-Unis déterminent que l'Iran n'est pas prêt à revenir à la mise en œuvre 
complète de l'accord, ou que le programme nucléaire iranien a progressé à un point
tel que les limites de non-prolifération de l'accord ne peuvent pas être récupérées,
ils exploreront d’autres options, y compris pour renforcer l'application des sanctions
économiques, mais ils espèrent ne pas en arriver là, a-t-il dit. "Nous verrons s'ils sont prêts à revenir", a déclaré le haut diplomate américain.

Ce n’est pas l’Iran qui a quitté l’accord JCPOA approuvé par l’ONU. Ce sont les États-Unis qui sont revenus sur cet accord et ont réintroduit une campagne de sanctions « pression maximale » contre l’Iran. L’Iran a déclaré qu’il était prêt à réduire à nouveau son programme nucléaire dans les limites de l’accord JCPOA si les États-Unis supprimaient toutes les sanctions. C’est l’administration Biden qui refuse de le faire tout en formulant de nouvelles exigences. Il est évident que cela ne fonctionnera pas.

Aujourd’hui, le guide suprême iranien Ali Khamenei a rencontré le gouvernement sortant du président Rohani et a mis en garde le gouvernement entrant contre tout espoir que les États-Unis changent leur position déraisonnable :

Khamenei.ir @khamenei_ir - 9:20 UTC - 28 juil. 2021

Les autres devraient utiliser l'expérience du gouvernement de M. Rouhani. L'une 
de ces expériences est la méfiance envers l'Occident. Pour cette administration,
il est devenu clair que faire confiance à l'Occident n'est pas utile. Ils n'aident
pas et ils frappent partout où ils peuvent. Quand ils ne le font pas, c'est parce
qu'ils ne peuvent pas. Les administrations devraient absolument éviter de lier leurs plans à des négociations
avec l'Occident, car celles-ci échoueront certainement. Cette administration aussi, lorsqu'elle s'est appuyée sur des négociations avec
l'Occident et les États-Unis, elle a échoué, et lorsqu'elle s'est appuyée sur le
potentiel national, elle a réussi. Lors des récentes négociations nucléaires, les Américains sont restés obstinément
sur leur position. Lorsqu'ils font des promesses ou sur le papier, ils disent qu'ils
vont lever les sanctions, mais dans la pratique, ils ne l'ont pas fait et ne le
feront pas. Puis ils disent que de nouveaux articles doivent être ajoutés à un
accord qui a déjà été signé. L'Occident et les États-Unis sont totalement injustes et malveillants dans leurs
négociations. Ils n'hésitent absolument pas à violer leurs engagements. Dans l'accord
précédent, ils ont violé leurs engagements et ils ne donnent aucune garantie qu'ils
respecteront leurs engagements à l'avenir non plus.

Si les États-Unis ne reviennent pas dans l’accord JCPOA, sans imposer d’autres conditions, l’Iran finira par quitter l’accord et poursuivra son programme nucléaire comme il l’entend. Cette tactique intransigeante de Biden sera un échec total. On peut se demander ce que l’administration Biden a prévu de faire lorsque cela se produira.

Comme le résume Larison :

La politique étrangère de Biden est jusqu'à présent largement constituée d'échecs 
à atteindre ses objectifs déclarés et d'échecs à renverser les pires politiques
qu'il a héritées de Trump. Dans certains cas, Biden n'a même pas fait l'effort de
d’inverser les choses. L'administration Biden aime utiliser l'expression "America
is back" comme devise de sa politique étrangère. À en juger par les six premiers
mois de Biden, cela signifie simplement que l'Amérique est de retour aux mêmes
politiques destructrices et inhumaines que celles que nous avons menées pendant
des décennies.

Au lieu de mettre fin aux « guerres sans fin », comme Biden l’avait promis pendant sa campagne, il prolonge les anciennes tout en préparant le terrain pour de nouvelles.

C’est un choix qui ne sera pas bon pour les États-Unis d’Amérique.

Moon of Alabama

Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone

jeudi, 08 juillet 2021

La politique iranienne de Biden est déjà dans une impasse

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La politique iranienne de Biden est déjà dans une impasse

Par Moon of Alabama

Très récemment, les États-Unis ont bombardé trois positions de la Force de mobilisation populaire (FMP) irakienne à la frontière syro-irakienne.

Les États-Unis n’avaient aucun droit de le faire. Le raisonnement juridique fourni par l’administration Biden pour justifier cette attaque est absurde. Tout comme le prétendu raisonnement consistant à établir une « dissuasion » contre d’autres attaques contre les troupes américaines par tel ou tel groupe de miliciens irakiens. La dernière frappe dans cette zone en février était censée remplir le même objectif, mais il est évident qu’elle n’a pas eu d’effet dissuasif. La frappe de dimanche a été immédiatement suivie de tirs de missiles contre une position américaine en Syrie. D’autres incidents de ce type suivront.

L’attaque a mis dans l’embarras le Premier ministre irakien Mustafa al-Kadhimi. L’aspect le plus déroutant de cette frappe aérienne est toutefois son timing, puisqu’elle a eu lieu un jour seulement après que le Premier ministre irakien Moustafa al-Kadhimi a assisté à la célébration du septième anniversaire de la création de la FMP, au camp Ashraf, l’ancien quartier général du groupe terroriste anti-iranien Mujahedeen-e-Khalq, situé à environ 100 kilomètres (62 miles) au nord-est de Bagdad. La FMP a fait défiler des milliers de ses combattants, ainsi que des chars, des lance-roquettes et des drones, devant une tribune où se trouvaient, outre Kadhimi, le ministre de la Défense Juma Inad, le ministre de l’Intérieur Othman Ghanmi, le chef d’état-major de l’armée irakienne, le lieutenant-général Abdul Amir Yarallah, et le chef d’état-major du FMP, Abdul Aziz al-Mohammadawi.

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Plus important que la liste des participants, cependant, est ce que Kadhimi a dit à propos de la FMP. Dans un tweet publié pendant le défilé, le Premier ministre a noté que « nous avons assisté au défilé de notre armée héroïque le 6 décembre (2020), ainsi qu’au défilé de la courageuse police, et aujourd’hui nous assistons au défilé de nos fils dans la Force de mobilisation populaire. Nous affirmons que notre travail est sous la bannière de l’Irak, et que protéger sa terre et son peuple est notre devoir. Oui à l’Irak ! Oui à l’Irak, le pays fort et capable ». M. Kadhimi a ensuite souligné le fait que la FMP étaient un service d’État et a fait l’éloge de son rôle dans la lutte actuelle contre État islamique.

Pour rappel, un jour après que le Premier ministre irakien, en compagnie de son équipe militaire et de sécurité nationale, a déclaré que la FMP étaient un élément essentiel de la sécurité de l’État de son pays, les États-Unis bombardaient ces mêmes forces sur des sites en Syrie et en Irak, sites à partir desquelles la FMP mènent les opérations de lutte contre État islamique tant vantées par le Premier ministre irakien, et ce sans en informer le gouvernement irakien au préalable ni lui demander son autorisation. En réponse, M. Kadhimi a convoqué une réunion d’urgence de son état-major de sécurité nationale et a condamné avec force les frappes américaines, les qualifiant de violation manifeste de la souveraineté irakienne, ce qui incitera son gouvernement à étudier toutes les options légales en réponse.

L’attaque a affaibli la position des États-Unis en Irak et a renforcé celle de l’Iran.

Certains analystes affirment que l’attaque était un message adressé à l’Iran dans le contexte des discussions en cours sur l’accord nucléaire. Mais que dit ce message ? Que les États-Unis peuvent bombarder des cibles mineures ? Qu’est-ce que cela apporte de nouveau ?

Revenons à la situation dans son ensemble.

Un objectif primordial de l’administration Biden est de concentrer toutes ses forces dans la compétition avec la Chine. À cette fin, elle a prévu d’abandonner en grande partie le Moyen-Orient – l’endroit où les États-Unis ont gaspillé leurs ressources pendant plus de deux décennies.

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Pour quitter le Moyen-Orient, les États-Unis doivent trouver une forme de paix avec l’Iran. L’administration Biden a donc entrepris de réintégrer l’accord nucléaire. Pour y parvenir, elle doit lever les sanctions que Trump a imposées à l’Iran. Mais la dérive de la mission s’est installée. Au lieu de simplement lever les sanctions en échange de l’adhésion de l’Iran aux limites de l’accord nucléaire, l’administration Biden a cherché à obtenir davantage de concessions de la part de l’Iran tout en offrant moins d’allègement des sanctions.

L’Iran a clairement exprimé sa position. Si les États-Unis lèvent TOUTES les sanctions imposées par Trump, ils soumettront à nouveau leur programme nucléaire aux limites de l’accord. Si les États-Unis ne lèvent pas TOUTES les sanctions, l’Iran continuera à dépasser ces limites avec des marges petit à petit plus importantes.

Le secrétaire d’État Anthony « Pompeo le deuxième » Blinken a l’illusion qu’il peut ramener l’Iran dans le cadre de l’accord nucléaire et maintenir des sanctions importantes. Il veut les utiliser pour faire pression sur l’Iran afin que ce pays limite sa puissance en missiles et qu’il cesse de soutenir ses alliés au Moyen-Orient :

Les hauts responsables de l'administration Biden, de M. Blinken jusqu'au plus bas, 
ont admis qu’il y avait des défauts dans l'ancien accord nucléaire, il fallait
qu'il soit "plus long et plus fort" et qu'il traite du programme de développement
de missiles et du soutien au terrorisme de l'Iran. Aujourd'hui, l'exigence semble s'élargir encore davantage : Il est de plus en
plus évident que tout accord global qui répond aux nombreuses plaintes de l'Amérique
concernant le comportement de l'Iran doit également couvrir un large éventail de
nouvelles armes que les forces iraniennes ne faisaient que bricoler il y a six ans.

L’Iran ne se désarmera pas. Ces objectifs sont impossibles à atteindre :

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Blinken a déjà déclaré que certaines sanctions américaines seraient maintenues 
et qu'elles seraient levées lorsque - et seulement lorsque - Téhéran "changera
de comportement"
. Notez le discret changement. Blinken ne parle pas ici de cadre

nucléaire réglementaire, il devient "manichéen". Ainsi, selon cette mesure
(corriger un comportement malveillant), la question n'est pas de savoir combien
de sanctions individuelles restent en place, mais la nature de celles qui restent.
De toute évidence, la nature de celles qui restent doit impliquer une grande
douleur, si elles doivent vraiment contraindre un Iran irrémédiablement "malfaisant"
à changer de cap stratégique. (C'est un autre exemple de la façon dont le paradigme
bien/mal fige la politique). L'équipe Biden sait, et admet librement, que les pressions maximales de Trump n'ont
pas modifié le comportement iranien. Pourtant, Blinken préconise que les États-Unis
répètent ce qui vient d'échouer. En fait, ce que Trump a fait, c'est persuader

l'Iran de développer sa dissuasion par missiles de précisions et drones, ce qui
a rendu les "armes MAGA" non pertinentes et donné à l'Iran un avantage stratégique.

Pourtant, Blinken flirte désormais avec l’idée de ne pas revenir à l’accord nucléaire :

"Si cela continue, s'ils continuent à faire tourner des centrifugeuses plus 
sophistiquées à des niveaux de plus en plus élevés, nous arriverons à un point
où il sera très difficile, d'un point de vue pratique"
de revenir aux paramètres

de l'accord nucléaire initial, a-t-il déclaré. "Je ne peux pas donner de date", a déclaré M. Blinken à propos du jour où
l'administration Biden pourrait se retirer des négociations nucléaires, mais
"cela se rapproche".

Et puis quoi ?

Si les États-Unis ne reviennent pas bientôt sur l’accord nucléaire, l’Iran le quittera complètement. A mon avis, d’ici la fin de l’année. Il sera alors libre de faire tout ce qu’il veut en matière de nucléaire. L’Iran augmentera également son soutien aux forces mandataires capables de nuire aux forces américaines et aux alliés des États-Unis au Moyen-Orient. Un certain nombre de piqûres d’aiguilles qui ne cessent de s’intensifier – incendies de pétroliers saoudiens, explosions de raffineries, attaques de drones contre des bases américaines – obligeront les États-Unis à rester engagés.

Les États-Unis ne peuvent pas entrer en guerre contre l’Iran. Le pays ne peut pas être occupé et tout bombardement serait suivi d’attaques de missiles et de drones contre toutes les bases américaines et tous les alliés dans la région, y compris Israël.

Un statu quo ou un conflit de faible intensité pourrait donc se poursuivre pendant longtemps. Il consommerait davantage de ressources américaines et de temps de gestion. Du temps que la Chine peut utiliser, sans être dérangée, pour continuer à développer ses capacités. En ajoutant de plus en plus de demandes de levée des sanctions contre l’Iran, l’administration Biden sabote son objectif stratégique global de concurrence contre la Chine.

C’est une politique à très courte vue. L’Iran ne fléchira pas. Les tentatives de faire pression sur lui en tuant quelques miliciens irakiens sont tout simplement ridicules. Le fait que l’administration Biden tente de le faire montre qu’elle s’est engagée dans une impasse et qu’elle ne veut pas faire marche arrière.

Quelle sera donc son prochain acte ?

Moon of Alabama

Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone

mercredi, 30 juin 2021

Biden et Poutine après Genève

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Biden et Poutine après Genève

Par Giuseppe Cappelluti

Ex : https://www.eurasia-rivista.com/

C'était le 6 mars 2009. A Genève, avec une rencontre entre le ministre russe des Affaires étrangères Sergei Lavrov et son homologue américaine de l'époque, Hillary Clinton, scellée par la pression d'un bouton marqué "reset" en anglais et en russe [i], la toute nouvelle administration Obama a lancé le reset, visant à rétablir les relations avec la Russie après la guerre de 2008 en Géorgie. Le but ultime de cette politique, selon les vœux d'Obama, était de construire un partenariat stratégique avec Moscou visant, entre autres, à avoir un Kremlin allié dans la lutte contre le terrorisme et au moins neutre sur les théâtres d'intérêts américains (Chine et Iran surtout). La tentative, pendant les premières années, a semblé fonctionner: en 2009, M. Medvedev a accordé un espace aérien aux vols militaires américains à destination de l'Afghanistan ; en avril 2010, les États-Unis et la Russie ont signé les accords START 2 pour la réduction des dispositifs nucléaires, et un mois plus tard, les deux pays se sont mis d'accord sur des sanctions contre l'Iran. Le président russe de l'époque, M. Medvedev, a joué un rôle non négligeable dans le succès initial de cette politique. Fortement occidentalisé dans son style et en partie dans ses valeurs, malgré ses liens avec Poutine, Medvedev représentait aux yeux d'Obama une Russie en pleine évolution qui laissait derrière elle les années du tsarisme pour se transformer en un pays démocratique à part entière.

L'histoire, cependant, s'est déroulée différemment, et ce qui a commencé comme l'administration de la réinitialisation restera dans les mémoires comme l'administration qui a entraîné l'Occident dans la "nouvelle guerre froide". Un effondrement qui est arrivé à maturité au premier semestre 2014, lorsque la crise ukrainienne a marqué la fin du reset et le début d'une phase de tensions, de sanctions mutuelles et de guerres par procuration qui dure en fait jusqu'à aujourd'hui, mais dont les origines sont à chercher dans une série d'événements survenus entre février 2011 et novembre 2013 (les printemps arabes, les guerres en Libye, le lancement de l'Union eurasienne, les manifestations en Russie, l'affaire Snowden, la position rétive de la Russie sur les armes chimiques syriennes) et la persistance d'une forte divergence des objectifs stratégiques. La sortie de scène de Medvedev, qui a été remplacé par Poutine en mars 2012, a eu un rôle globalement secondaire, mais les répercussions sur les relations personnelles ne sont pas à sous-estimer. Alors que Medvedev entretenait d'excellentes relations avec Obama, au point de devenir l'un des deux hommes politiques qu'il suivait sur Twitter (l'autre étant le secrétaire général de l'OTAN, Jens Stoltenberg) [ii], Poutine était cordialement détesté par Obama, qui lui rendait la pareille.

L'ascension de Biden, en partie pour cette raison, n'était pas une bonne nouvelle pour la Russie. Si l'administration Obama a été le protagoniste de la "nouvelle guerre froide", Joe Biden en a été, d'une certaine manière, l'éminence grise, avec son activisme diplomatique et son rôle souvent en coulisses mais non négligeable. Déjà à l'époque de la réinitialisation, après une visite à Kiev, Joe Biden avait déclaré que "nous avons sous-estimé notre main à Moscou", prédisant que, en raison du déclin de sa population et de ses problèmes économiques, le Kremlin serait contraint de faire des concessions à l'Occident sur un large éventail de questions de sécurité [iii]. Des mots qui, entre autres, ont été interprétés comme une non-reconnaissance de toute sphère d'influence russe dans l'ancien espace soviétique. Pendant la crise ukrainienne, Biden a été l'un des principaux soutiens des manifestations pro-occidentales puis du nouveau gouvernement ukrainien, et en avril 2014, c'est lui qui a donné le feu vert à l'action militaire de Kiev contre les séparatistes du Donbass: sa visite en Ukraine a en effet précédé d'un jour le lancement de ce que Bankova a appelé l’"opération anti-terroriste ". La victoire électorale de Trump, trop souvent imputée à Moscou, n'a certainement pas aidé, et le retour sur le devant de la scène de personnalités fortement anti-russes comme Victoria Nuland et Jen Psaki a immédiatement laissé entrevoir une épreuve de force entre le Kremlin et un parti qui, à tort ou à raison, se sent toujours privé aux mains de Moscou d'une victoire électorale à laquelle il estime avoir droit.

Pourtant, malgré une période de tension, notamment les accusations de Biden selon lesquelles Poutine est un "meurtrier" et les tensions accrues à la frontière ukraino-russe, le conflit entre la Russie et les États-Unis semble être entré dans une phase de stabilisation relative. Dès le mois dernier, alors que Biden proposait une rencontre avec Poutine, l'administration américaine a levé les sanctions sur Nord Stream 2, le deuxième gazoduc reliant la Russie à l'Allemagne à travers la mer Baltique [iv]. Et, lors de leur récente rencontre à Genève, les deux présidents ont accepté de réintégrer leurs ambassadeurs respectifs, retirés après l'escarmouche rhétorique de mars dernier, scellant par un communiqué conjoint hors calendrier leur engagement à maintenir en vie START 2 et à entretenir un dialogue stratégique bilatéral [v]. Les questions géopolitiques brûlantes, de l'Ukraine à la Méditerranée, ont été abordées, mais elles ont eu un poids relatif; il en va de même pour les droits de l'homme, notamment l'affaire Naval'nyj. En fait, lors de la conférence de presse qui a suivi la rencontre, aucun des deux n'a utilisé de mots incendiaires à l'encontre de l'autre: Biden a parlé de "deux grandes puissances", élevant ainsi la Russie du rang de "puissance régionale" auquel Obama l'avait confinée, et Poutine a qualifié son homologue américain d'"homme d'État expert".

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Qu'est-ce qui a changé ces dernières années? En 2014, malgré de nombreux signes contraires, nombreux étaient ceux qui croyaient encore aux illusions d'un monde unipolaire et de la "fin de l'histoire", tandis que peu - du moins à Washington - envisageaient sérieusement la possibilité qu'une Russie éloignée de l'Occident cherche une épaule amicale en Chine. Les déclarations d'Obama selon lesquelles "(en Crimée) la Russie est du mauvais côté de l'histoire", que Biden a certainement partagées, sont révélatrices de cette attitude. Cependant, malgré les sanctions, la Russie ne s'est pas effondrée et a même remporté ces dernières années une série de succès militaires, géopolitiques et même scientifiques qui ont obligé les analystes occidentaux à revoir leurs positions. À tout cela s'ajoute la relation croissante avec la Chine, avec laquelle la Russie a signé un accord d'approvisionnement en gaz en 2014 et un accord de libre-échange en 2019. La Chine, qui, dans les années précédant la pandémie, avait déjà dépassé les États-Unis en tant que première puissance économique mondiale [vi] et lancé un gigantesque programme de construction d'infrastructures baptisé "Belt and Road Initiative", a connu, après le déclenchement de la pandémie, une nouvelle accélération de son ascension géopolitique, comme en témoignent les rachats d'entreprises et d'infrastructures stratégiques effectués ces derniers mois par l'ancien Empire céleste.

Une situation qui inquiète au plus haut point les Etats-Unis, qui ne peuvent se permettre de contenir la Russie et la Chine en même temps, sinon au prix de les unir dans une fonction anti-occidentale. Si Obama a maintenu un intérêt marqué pour l'Europe de l'Est - où sa politique étrangère a largement suivi le jeu préconisé par Brzezinski - et le Moyen-Orient, Trump a perçu beaucoup plus clairement la menace posée par la Chine, cherchant à se réconcilier avec Poutine également dans une fonction anti-chinoise. Biden, qui avait par le passé critiqué à plusieurs reprises la politique de Trump à l'égard de la Chine, est en train d'en devenir le poursuivant, quoique dans une optique de multilatéralisme et non de bilatéralisme et avec un retour à la rhétorique sur les droits de l'homme qui était largement absente lors des années Trump. Et malgré le fait que les premiers mois de son mandat aient été marqués par de fortes tensions, pas seulement rhétoriques, entre Poutine et Biden, ces dernières semaines, les véritables intentions du président américain apparaissent; toutefois, heureusement, elles ne semblent pas inclure une épreuve de force avec l'ennemi russe détesté.

Toutefois, il serait erroné de définir cette réunion comme la base d'une nouvelle remise à zéro. Une véritable réinitialisation nécessiterait une stabilisation définitive de la Syrie et surtout de l'Ukraine, véritable motif des sanctions et contre-sanctions qui limitent aujourd'hui fortement les possibilités d'échanges entre la Russie et l'Occident, peut-être en échange d'une prise de distance de la Russie vis-à-vis de la Chine. Et il est assez peu probable que cela se produise non seulement dans les mois à venir, mais aussi dans les années à venir. Ce qui intéresse Biden, c'est plutôt de geler le front russe afin de se concentrer sur le front de la paix et d'éviter d'être distrait par les problèmes en Ukraine ou sur d'autres théâtres d'intérêt russe. Poutine, quant à lui, cherche à maintenir le Belarus dans sa sphère d'influence, en l'empêchant de se transformer en une seconde Ukraine, et à empêcher cette dernière ou la Géorgie de rejoindre l'OTAN. À cet égard, le démenti apporté par Biden, à la veille du sommet de Genève, aux déclarations du président ukrainien Zelensky qui, dans un tweet, avait parlé d'un consensus entre les pays de l'OTAN sur l'adhésion de Kiev à l'alliance [vii], revêt une importance cruciale. Un démenti qui ne doit pas être confondu avec un arrêt d'un nouvel élargissement de l'Alliance atlantique à l'Est, mais qui constitue en tout cas le signe d'une volonté de geler le front oriental, et qui permet en fait de prédire que, dans les mois à venir, la situation sur ce dernier restera relativement stable.

NOTES

(i)La réunion est également entrée dans l'histoire pour une erreur de traduction: le mot utilisé pour traduire "reset" en russe n'était pas "perezagruzka" mais "peregruzka", qui signifie "surcharge". Une erreur vénielle, mais révélatrice de l'attitude peu coopérative de l'État profond américain (le bouton a été remis à Lavrov par Clinton).

[ii] https://www.themoscowtimes.com/2012/07/26/medvedev-makes-it-big-on-twitter-a16571

[iii] https://www.wsj.com/articles/SB124848246032580581

[iv] https://www.youtube.com/watch?v=-wSQjPJS2H4

[v] https://www.whitehouse.gov/briefing-room/statements-releases/2021/06/16/u-s-russia-presidential-joint-statement-on-strategic-stability/

[vi] A parité de pouvoir d'achat.

[vii] https://nypost.com/2021/06/14/biden-denies-ukraine-prezs-claim-that-nato-confirmed-ukraine-can-join/

Giuseppe Cappelluti

Giuseppe Cappelluti, né à Monopoli (Bari) en 1989, vit et travaille en Turquie. Il est diplômé en langues modernes pour la communication et la coopération internationale à l'université de Bergame, et a obtenu une licence en sciences de la médiation interculturelle à l'université de Bari.

Après avoir passé des périodes d'études à l'université de Tartu (Estonie) et à Petrozavodsk (Russie), il a obtenu en 2016 un master en relations commerciales internationales Italie-Russie à l'université de Bologne. Depuis 2013, il a publié de nombreux articles dans Eurasia. (Magazine d'études géopolitiques) et dans le site web correspondant. Ses contributions sont également parues dans "Fond Gorčakova" (Russie), "Planet360.info" (Italie), "Geopolityka" (Pologne) et "IRIB" (maintenant "Parstoday", Iran).

vendredi, 25 juin 2021

La rencontre Biden-Poutine et le "moment-charnière" de l'OTAN - Orient-Occident, la fatalité d'un affrontement

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IERI - Institut Européen des Relations Internationales: info@ieri.be
 

La rencontre Biden-Poutine et le

"moment-charnière" de l'OTAN

 

Orient-Occident, la fatalité d'un

affrontement

 

Irnerio Seminatore

 

Le contexte général

Dans un contexte d'incertitudes, de tensions internationales et de désaccord de fond sur l'utilité de rencontrer le chef du Kremlin, aggravées par une pandémie politiquement douteuse, se sont tenus les Sommets du G7, de l'Otan, la Conférence USA-UE et la rencontre bilatérale Biden-Poutine.

Ces réunions, promues pour essayer de faire front commun face à la Chine ont été conçues comme un tout et seront analysées comme telles.

Au prélude des quatre journées de rencontres, le Sommet du G7 aux Cornouailles, s'est attelé à casser l'idée d'un déclin de l'Occident et du caractère obsolète du néo-libéralisme. Le souci de stabiliser le système économique mondial a pris la forme d'une tentative de régler les différends commerciaux (aéronautique, sidérurgie, fiscalité des multinationales etc.) et de définir une stratégie pour la création de grandes infrastructures, à l'image des "routes chinoises de la soie", à destination des pays émergents. Les thèmes de discussions et les limites des débats se sont soldés par une caractérisation sans nuances des régimes politiques des pays adverses, taxés d'être illibéraux (Russie) ou anti-démocratiques (Chine).

Le problème de l'unité ou de la crédibilité

Le problème politique de la crédibilité de l'Alliance (Sommet de l'Otan du 14), a été politiquement précédé par celui d'un autre type de crédibilité, celui de l'unité intérieure de l'Amérique, ébranlée socialement et racialement, par le passage de la tornade trumpienne, par celles de l'"America first", de la culture "woke" et d'un exercice déstabilisant du droit de vote aux minorités, préjugeant de la défense des droits de l'homme sur la scène internationale.

Ainsi le Sommet sur le "moment charnière" de l'Alliance en vue du "Duel du Siècle" est à corréler avec la réunion des 7 pays plus industrialisés, le G7 et, in fine, par la journée du 15 à Bruxelles, consacrée aux relations bilatérales USA-UE ! Leurs buts communs était évidents! Donner la priorité à l'isolement de la Chine et, à la désescalade avec la Russie. L'idée de créer une alliance mondiale des démocraties à deux pôles, l'Otan pour le théâtre européen et le Quad (Usa, Japon Australie et Inde) pour l'Asie-Pacifique, a justifié, en arrière fond, deux projets, une indépendance politique et une autonomie stratégique de l'Europe, à sortir de son état d'hibernation et la recherche d'un apaisement vis à vis de la Russie. Face à la résilience de l'Alliance atlantique et à l'influence grandissante de la Chine, la menace immédiate est apparue celle de la Russie (Ukraine et Bélarus, Pays Baltes) et la restauration de la confiance de la part des opinions, décisive à tous les égards.

La solidité d'un recours à l'Art 5 du traité, a été in fine reconfirmée (automatisme de la solidarité transatlantique et assurance dissuasive de la garantie de protection).

Quant au prolongement de la part des USA, pour la durée de cinq ans du traité "New Start (février 2021), facteur de stabilité stratégique et pilier de l'architecture internationale de maîtrise des armements nucléaires, la nouvelle dimension des bouleversements stratégiques a été reportée à la définition du futur concept stratégique "Otan 2030", à adopter au Sommet de Madrid de 2022.

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Ainsi, en conclusion, l'objectif annuel du Sommet de l'Otan du 14 juin 2021 a été atteint sur deux points:

- le renforcement de l'Otan, quant à sa crédibilité et sa cohésion politiques, identifiées par son Secrétaire Général, à "un moment charnière", autrement dit à la difficile transition du multilatéralisme à la multipolarité, et, au plan budgétaire, à un accroissement du budget de 260 milliards depuis 2014

- la préparation aux défis sécuritaires de demain, identifiés aux menaces représentées par la Russie et surtout par la Chine, "puissance militaire sûre d'elle même" et "intrinsèquement menaçante pour les États-Unis" (Jan Bond du Center for European Reform). Rétif à toute unité affichée E. Macron a voulu préciser que "la Chine ne fait pas partie de la géographie atlantique". Il semblerait refuser ainsi, le principe d'une rivalité systémique, ne concernant que les États-Unis.

Cependant, en passant des objectifs conjoncturels aux objectifs historiques et en considérant ce moment comme un tournant, ce sommet a eu pour finalité essentielle, d'évaluer la cohésion de l'alliance et la subordination de tous à l'autorité d'un seul, le Leader de groupe, Hégémon. Autrement dit, son destin et son rôle d'ordonnateur du monde, face aux deux perturbateurs supposés, la Russie et la Chine.

Orient et Occident

Le destin de l'Occident, parvenu à son "moment charnière", est né il y a vingt cinq siècles d'un autre tournant, la bataille des Thermopyles et de la poussée de Xerxès, roi des Perses, vers la Grèce antique. Ce vieux destin, porté par le "Fatum" tragique de la culture hellène, revient aujourd'hui aux grandes puissances de l'Orient, Gog, Magog et la Nation de l'Islam, et pourrait durer tout autant.

Une erreur stratégique, masquée de fatalité consisterait à accepter, voire favoriser une coopération froide et inégale entre la Russie et la Chine, oubliant le fameux piège de Thucydide.

Plus proche de nous et à propos de l'Asie Mineure,l'application des clauses du Traité de Sèvres (1920), sur le démembrement de l'Empire Ottoman et sa constitution en État national, a vu jadis l'humiliation d'Ankara, des génocides et de grands transferts de populations, sur lesquels revient la nostalgie d'Erdogan, soucieux de renverser ce traité et de reparcourir ce chemin à l'envers.

Au titre des spéculations invérifiables mais non invraisemblables, peut on dire que le principal défi à l'ordre civilisationnel du monde d'aujourd'hui n'est guère la puissance ni l'hégémonie, mais la civilisation occidentale elle même et que celle-ci demeure le fondement d'un système de conceptions et de forces qui, avec une philosophie et une métaphysique propres, ont façonné l'histoire de l'humanité?

Le "moment charnière" de l'Otan, la prise de conscience historique et la subordination de la démocratie à l'Hégémonie

Ainsi, qu'une alliance politique et militaire (l'Otan), à son "moment charnière" fonde sa prise de conscience historique sur un tournant, dans l'évolution de l'humanité toute entière et du monde comme géopolitique accomplie, est un paradoxe sans précédents.

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Du point de vue conjoncturel l'antagonisme sino-américain a pris le dessus sur le rapprochement russo-chinois, de telle sorte que la logique de la contingence transforme la nature traditionnelle des concepts et que la démocratie devient un instrument de l'hégémonie (et pas le contraire); une modalité pour garder ou pour atteindre le pouvoir global, puisque la protection et la sécurité sont conditionnées par l'obéissance (Hobbes).

Dès lors le débat sur le "destin national" (Liu Mingfu) quitte le terrain du politique pour devenir le mode de penser d'une civilisation en marche et d'un puissant univers qui ré-émerge et s'affirme (Chine).

La menace n'est plus seulement d'ordre militaire mais repose dans l'unité organique d'un "sens", qui mobilise les esprits et les forces de toute une époque et trouve sa forme accomplie non pas dans un régime politique précaire et abstrait (la démocratie et l'universalisme politique régnant et contingent), mais dans l'empire, la forme "perfectissima" du gouvernement des hommes, transcendant la politique et les changements séculaires des équilibres des pouvoirs.

Pouvons nous dire avec certitude qu'une hégémonie politico-culturelle sur l'Eurasie, plus encore qu'une supériorité politico-stratégique menace l'indépendance des autres États du monde et l'existence même de leur souveraineté?

Rien n'est moins sûr, car le critère de l'ami et de l'ennemi reste latent dans la politique intérieure et sert à briser toute opposition (Navalny, Hong-Kong), remettant en cause la distinction traditionnelle de légalité et de légitimité, poussée à son extrême dans la politique internationale. L'ennemi devient une puissance objective et c'est là, dans les "moments charnière" de Stoltenberg, que la tension latente devient active et maintient l'histoire du monde en mouvement

La confiance stratégique et la coopération authentique d'un Sommet pourront elles interdire, freiner ou retarder la confrontation ou le "duel du siècle"? De la part de qui et sous quelle forme viendra-t-elle la décision? Sera-t-elle individuelle ou collective, proche ou à long terme, vue l'énormité des enjeux et la rupture de la digue, fissurée par l'antagonisme des mondes, qui retient l’Himalaya et le Tibet de leur glissement tectonique vers les deux Océans, indien et Pacifique?

Rappelons que:

- "l'Alliance Atlantique est une alliance politique et militaire à caractère défensif entre les peuples des deux bordures de l'Atlantique et elle a pour but de promouvoir les valeurs démocratiques, de résoudre pacifiquement les différends et de décider par consensus.

Ces principes ont ils la même valeurs à l'intérieur d'une même civilisation, ou à l'extérieur de celle-ci, et deviennent-ils caduques entre civilisations hétérogènes?

USA- UE

Avant de rejoindre Poutine à Genève, l’aplanissement des relations commerciales avec l'UE apparaissait indispensable. Ici aussi, l'idée de faire un front commun face à la suprématie chinoise en matière d'aviation et de contrer les pratiques déloyales de Beijing a permis d'enterrer le conflit entre Airbus et Boeing, qui a duré 16 ans sur le soutien de la part des deux administrations à leurs industries respectives. Ce différend a déjà coûté 10 milliards de dollars aux deux entreprises. La volonté de coopération a prévalu enfin dans le but d'aborder d'autres importants défis mondiaux et a coïncide avec la présentation du rapport du Haut Représentant Européen pour les Affaires Étrangères et de Sécurité, Mr J.Borrel au titre "Riposter, contraindre, dialoguer".

La rencontre Biden-Poutine

Or, des quatre journées des colloques précédents, Biden et Poutine ont tiré profit d'une clarification concernant la multiplications des contentieux. Le but en a été de maintenir les contacts et les canaux de communication, maîtrisés par deux hommes aux styles si différents; expérimenté en politique étrangère le premier (Biden) et calculateur le deuxième, à faible légitimité interne l'américain et au consensus indiscuté le russe. Un style qui, du côté atlantique, se fonde sur l'exigence de prédictibilité et de stabilité stratégiques, dictées à un Occident plein de doutes, qui a interdit aux capacités américaines, engagées sur deux fronts, de prendre l'avantage stratégique sur la Chine.

Représentants d'un pays divisé (l'américain) et d'une opposition verrouillée dans l'autre et donc, respectivement, en position de faiblesse et de force, le Russe n'exigeant rien en contre-partie et l'Américain se satisfaisant d'une rhétorique démocratique creuse.

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Le désaccord entre les deux pays ont porté cependant sur trois points dirimants:

A.

- les lignes rouges respectives, sur lesquelles il est impossibles de transiger, sous peine d'écroulement des deux pouvoirs et de leur glissement dans le chaos

- pour la Russie (l'adhésion de l’Ukraine à l'Otan,perçue comme une menace existentielle),

- pour les États-Unis (les attaques directes par le cyberespace, décuplicatrices d'actions subversives et de paralysie infrastructures vitales, qui appartiennent désormais au domaine de la sécurité nationale).

En effet le monde interconnecté du XXIème siècle multiplie les possibilités d'actions offensives et les anciennes techniques de désinformation, d'intoxication et de propagande, qui ont changé d'échelle, grâce aux réseaux sociaux, interfèrent dans les processus électoraux au plus haut niveau et restreignent ou altèrent le concept de souveraineté, comme capacité de décision et de réponse, dont l'importance militaire, stratégique et sociétale brouille les postures d'attaque et de défense.

B.

- le deuxième regroupement de questions, a concerné la stabilité stratégique, à l'échelle globale et européenne, ainsi que toutes les questions connexes, exigeant confiance et transparence sur un problème existentiel

C.

- les questions virtuellement coopératives (non prolifération, conflits régionaux), ont constitué le troisième regroupement de questions à résoudre et ont fait partie de la troisième corbeille

Cependant, au delà de leurs divergences Biden et Poutine avaient un intérêt commun et partagé, la montée en puissance de l'Empire du milieu. La recherche de la stabilité, totalement antinomique par rapport à l’habilitée de Poutine de surfer sur l'imprévisible, n'interdiraient pas, en théorie, une convergence stratégique à long terme entre l'Amérique et la Russie et la possibilité d'aborder ensemble d'importants défis mondiaux. Cette hypothèse autoriserait une certaine coopération dans la résolution de conflits régionaux (Afghanistan et Iran). De surcroît la rencontre Biden-Poutine a apporté la preuve du caractère creux de toute rhétorique de fermeté et, en conclusion, du caractère incontournable de la Russie à l'échelle globale.

Orient-Occident. La fatalité d'un affrontement

Or, les réflexions inspirées par la rencontre Biden-Poutine ne peuvent nous tromper ni nous bercer d'illusions.

Leur face à face est inscrit dans un désaccord fondamental, que résume bien l’expression latine Pugna cessat, bellum manet! (la bataille cesse, mais la guerre demeure).

La paix de notre temps découle, par sa nature précaire, de la latence belliqueuse du conflit, "l'intention hostile". Conformément à des préoccupations étendues, opinions et analystes s'interrogent sur le type de paix que nous vivons, d'équilibre au niveau du système et d'hégémonie ou d'empire, selon les acteurs et les sous-systèmes régionaux.

Une autre caractéristique frappe les esprits, épris par l'angoisse des rendez vous qui nous attendent, l'hétérogénéité des civilisations et leur choc annoncé, face à la fatalité de la guerre, dont la dialectique oppose les États, les sociétés et la constellation d'acteurs, exotiques et sub-étatiques, qui peuplent le monde de la multipolarité et qui sont porteurs à leur tour de subversions, de révolutions et d'utopies.

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En ce qui concerne l'Europe, la suggestion de faire de celle-ci une puissance d'équilibre entre l'Amérique et la Russie, aurait la signification historique de prévenir et d'arbitrer un conflit éventuel entre l'Est et l'Ouest et d'unifier en un seul sous-système l'hémisphère nord de la planète, en sauvegardant la civilisation de l'Occident du tsunami superposé de l'islamisme et de l'Orient confucéen.

Cependant nous pouvons en déduire politiquement, par une sorte d'analogie hasardeuse, que la perte de l'unité stratégique de l'Occident, la crise des démocraties, l'émergence de régimes autoritaires et l'ère de la démondialisation actuelle, coïncident avec une période d'amplification des dangers, représentés par des ruptures de la rationalité dissuasive et, au niveau conventionnel, par des combats déréglés, hybrides et hors limites.

Enfin, compte tenu de l'hétérogénéité du système, cette situation engendre une stratégie défensive de la part de l'Hegemon, consistant à anticiper la dissidence de membres importants de la communauté d'appartenance (sortie de la Grande Bretagne de l'UE et éloignement de l'UE des États-Unis), en maintenant au même temps la cohésion des alliances (OTAN).

La rivalité existante passera-t-elle d'une confrontation froide à une forme d'antagonisme chaud ? Les désillusions d'Obama, d'avoir voulu instaurer un dialogue de confiance avec Xi Jinping, constituent aujourd'hui le socle de l'accord bipartisan sur un "containement" de la Chine, qui dépasse largement les fractures irréparables de la société américaine.

Or, si l'histoire du monde se fera au XXIème siècle en Asie, la dynamique multipolaire la plus dangereuse et qui pourra prendre la forme d'une "rupture tectonique", sera l'inversion du rapport de prééminence entre les États-Unis et la Chine.

Ce tournant justifie la prise de conscience historique du "containement" des Thermopyles de l'antiquité, défini de "moment charnière" par le Secrétaire Général de l'Otan, Jens Stoltenberg, un moment symbolique, concernant la poussée millénaire de l'Orient sur l'Occident.


Bruxelles le 21 juin 2021.

samedi, 05 juin 2021

Biden déploie sa machine de guerre

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Biden déploie sa machine de guerre

Par Alexander Markovics

« Nous devons nous attendre à une guerre nucléaire ». Ce qui ressemble à un gros titre datant de l'apogée de la guerre froide est aujourd’hui une déclaration tirée du rapport annuel du commandement stratégique américain. En charge des forces nucléaires américaines, les généraux des Etats-Unis considèrent la guerre nucléaire avec la Russie et la Chine comme une possibilité "dans le spectre actuel des conflits". Dans le même temps, 28.000 soldats de 26 nations se déploient sous la direction des États-Unis en Europe de l'Est, à la frontière sud avec la Russie, dans le cadre des manœuvres "Defender Europe 2021", qui se dérouleront du 1er mai au 14 juin. L'Allemagne ne se contente pas de participer à cet exercice de grande envergure, qui peut littéralement être considéré comme un pistolet braqué sur la poitrine de la Russie, mais sert avant tout de zone de déploiement pour les autres pays de l'OTAN et notamment pour les États-Unis. Mais quel est le contexte politique du déploiement ordonné par Biden en Europe ?

Volodymyr Zelensky - un belliciste dos au mur

A Kiev, le président Zelenskyj bat à nouveau le tambour pour une reconquête du Donbass. En 2014, lorsque l'Occident a organisé un coup d'État contre le président sortant Ianoukovitch et a commencé à organiser des pogroms contre la population russe dans l'est et le sud-est du pays pour forcer une guerre avec la Russie, non seulement la Crimée mais aussi certaines parties du Donbass se sont séparées suite à un soulèvement populaire. L'accord de Minsk qui a suivi a établi un cessez-le-feu entre l'Ukraine et les républiques populaires de Donetsk et de Lougansk à l'est. Outre le retrait des armes lourdes de la région frontalière et un échange de prisonniers, Kiev s'est engagé à réviser sa propre constitution et à accorder aux deux États de l'Est une autonomie qui conduirait à terme à leur réadmission dans l'Ukraine. Mais la réalité est loin de ce qui est écrit dans l'accord de Minsk: chaque jour, de pauvres gens meurent dans le Donbass sous les tirs d'artillerie et, plus récemment, de drones des soldats de Kiev. Plus récemment, un enfant de cinq ans y a été tué par des drones. Même un amendement constitutionnel contenant l'autonomie promise ne s'est pas concrétisé jusqu'à présent. La marionnette de Washington à Kiev, Volodymyr Zelenskyj, a quelque chose de tout à fait différent en tête: ce comédien télégénique qu’est Zelenskyj était devenu célèbre en tant qu'artiste de cabaret, il veut maintenant "résoudre" le conflit dans le Donbass avec l'aide de l'OTAN, comme il l'a déclaré début avril. L'Ukraine ne peut plus attendre d'être acceptée dans l'alliance militaire occidentale, a-t-il déclaré, elle veut aussi rejoindre l'UE. Car sur le plan politique, il a désespérément besoin de succès: depuis son écrasante victoire électorale, il a déçu ses électeurs. Ainsi, pour 42% des Ukrainiens, il a été la grosse déception de 2020, ne pouvant ni lutter contre la corruption dans le pays, ni mettre en œuvre la paix promise.

La crise du coronavirus a encore aggravé la situation économique de l'Ukraine. Les scandales tels que les allégations de corruption à l'encontre du fils du président américain Hunter Biden, qui font passer l'Ukraine pour un bordel et une colonie américaine, font le reste. L'Ukraine est plus dépendante que jamais de l'aide financière de l'Occident, et pas seulement dans le secteur de l'armement. Il perd également de plus en plus de partisans dans le pays même, dont récemment l'oligarque Ihor Kolomojskyj. Par suite, une nouvelle flambée de la guerre lui conviendrait parfaitement. Les officiers de l'armée ukrainienne s'efforcent également depuis des mois d'obtenir un soutien pour une guerre contre l'Est. L'armée ukrainienne, disent-ils, est prête, surtout après sa mise à niveau avec des drones et d'autres matériels de guerre provenant de l'Ouest. En clair, au lieu de la paix et du retrait des armes, cela signifierait l'expulsion et le génocide. Mais lorsque, en réponse, Moscou a massé des troupes à la frontière avec l'Ukraine et en Crimée, Zelenskyi s'est attiré les foudres du public. Soudain, l'Ukraine a été menacée par la Russie. Le président ukrainien a alors imploré l'Occident de lui venir en aide. Ce faisant, il a fait le jeu du nouveau chef de guerre à Washington.

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Car depuis l'investiture du nouveau président américain, le ton des Etats-Unis contre la Russie s'est durci. Si Hillary Clinton ne pouvait expliquer sa défaite face à Donald Trump que par le fantasme de "l'ingérence russe dans l'élection présidentielle", Biden a également eu recours à cet argument non prouvé pour alimenter la peur de la Russie aux États-Unis. De plus, le 15 avril de cette année, Joe Biden a même fait déclarer l'état d'urgence aux États-Unis parce que le service de renseignement extérieur russe, le SWR, aurait été coupable d'une attaque informatique contre les États-Unis. Cette décision a été suivie de l'expulsion de dix diplomates russes et de l'interdiction de négocier des obligations d'État russes. Lorsque, dans le même souffle, Biden souligne qu'il ne cherche pas une escalade avec la Russie, mais veut seulement "réagir de manière appropriée", cela ne peut être compris que comme une farce.

Une crise diplomatique mise en scène

Cette action a entraîné le début d'une crise diplomatique entre l'Occident et la Russie. En Europe également, les États-Unis instrumentalisent leurs alliés pour exercer une pression accrue sur la Russie. L'explosion d'un dépôt de munitions en 2014 a soudainement été utilisée par Prague comme une occasion d'expulser le personnel de l'ambassade russe de la République tchèque. Dans une réaction en chaîne de "solidarité", des diplomates russes ont également été expulsés dans les trois États baltes et en Roumanie. Moscou ne s'est pas laissé faire et a répondu à son tour en expulsant sept diplomates de l'UE. Le point culminant de l'escalade occidentale contre la Russie et ses alliés a finalement été la planification d'une tentative d'assassinat contre le président biélorusse Loukachenko, qui a pu être empêchée par les services russes et biélorusses - plus d'informations à ce sujet dans la rubrique "Objection" de ce numéro de Deutsche Stimme. Le point commun de toutes ces provocations est le fait qu'elles proviennent de l'Occident et sont dirigées contre la Russie. Tout cela ne présage rien de bon pour les futures relations entre la Russie et l'Europe, qui, elle, est devenue un champ de bataille potentiel entre les États-Unis et la Russie et qui demeure dominée par les États-Unis en matière de politique étrangère.

Un déploiement sous le signe de la grande réinitialisation

Globalement, on peut affirmer que les actions et la rhétorique de l'alliance occidentale sous la direction de Joe Biden sont devenues de plus en plus vociférantes et menacent actuellement de dépasser toutes limites. D'un côté, nous voyons un secrétaire américain à la défense transsexuel, un président américain dégringolant des escaliers et lançant des accusations non prouvées d'ingérence dans les élections et dans les affaires américaines. Ce qui semble complètement ridicule à première vue est cependant étayé par des mesures percutantes du côté occidental: les récentes déclarations sur la possibilité d'une guerre nucléaire avec la Russie et la Chine, les expulsions de diplomates russes, le déploiement de l'OTAN dans le sud-est de l'Europe et en mer Noire, ainsi que la tentative d'assassinat d'Alexandre Loukachenko sont autant de quasi-déclarations de guerre contre la Russie qui n'ont pas encore été suivies d'une escalade totale, ce que nous devons avant tout aux nerfs d'acier de Vladimir Poutine et à la retenue de la Russie. Tout cela se déroule sur fond de Great Reset. Deutsche Stimme a consacré un numéro séparé à ce sujet - qui, dans les affaires intérieures des États occidentaux, impose des mesures toujours plus totalitaires de restructuration de la société sous le couvert de la politique ‘’covidiste’’; dans le domaine de la politique étrangère, cela signifie une confrontation toujours plus vive avec des puissances altermondialistes comme la Chine, l'Iran, mais surtout la Russie.

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L'Allemagne a beaucoup d'enjeux dans ce conflit. L'enjeu n'est pas seulement le gazoduc Nord Stream 2, qui revêt une importance considérable pour la sécurité énergétique du pays, mais l'existence même du peuple allemand. En octobre 2020, l'armée de l'air allemande s'est entraînée à larguer des bombes nucléaires américaines sur le territoire allemand dans le cadre de l'exercice "Steadfast Noon". Sachant que les bellicistes du Pentagone et leurs marionnettes à Kiev travaillent à une escalade ouverte avec la Russie et que l'Occident est apparemment prêt pour la guerre nucléaire, une seule mauvaise décision peut conduire à l'anéantissement nucléaire de l'Allemagne et de l'Europe, comme aux beaux jours de la guerre froide. Dans le contexte des développements actuels, il est d'autant plus important que nous ne nous laissions pas atteler à la charrette de Washington, mais que nous nous prononcions inébranlablement pour un retrait de l'OTAN et pour la paix en Europe. Maintenant que les Verts, la gauche et même une grande partie de l'AfD sont attachés au traité de l'Atlantique Nord et au transatlantisme, c'est la seule tâche de l'opposition nationale de mener une authentique politique de paix pour un futur monde multipolaire.

 

mardi, 20 avril 2021

Non, le soldat Ryan n'a pas sauvé les Afghans

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Non, le soldat Ryan n'a pas sauvé les Afghans

par Fulvio Scaglione

Source : Fulvio Scaglione & https://www.ariannaeditrice.it/
 
L'Afghanistan, le retrait et la honte
 
Joe Biden a annoncé le retrait des troupes américaines (3000 hommes) et, par conséquent, des troupes de l'OTAN (7000 hommes) d'Afghanistan. Et il a choisi une date suggestive, le 11 septembre, le jour des tours jumelles, pour parachever le retrait. Inutile de s'appesantir sur le fait que, là aussi, le nouveau président suit les traces de son prédécesseur, ne prenant que quelques mois de marge de manœuvre en plus:il programme ce retrait pour septembre non pas pour mai, comme l'avait suggéré Donald Trump. Deux autres faits importent davantage, que M. Biden a lui-même soulignés, du moins partiellement. La première, c'est que cette guerre de vingt ans a été un échec colossal. Les États-Unis ont dépensé à eux seuls deux trillions de dollars (deux mille milliards) pour la mener à bien, une somme qui aurait pu être utilisée pour prendre l'Afghanistan et le rendre à nouveau neuf. Pour la combattre, 3541 soldats internationaux sont morts, près de  000 soldats afghans, des dizaines de milliers de guérilleros et, surtout, environ 200.000 civils qui, selon les statistiques les plus crédibles, ont été tués à 40% par ceux qui étaient venus de l'autre bout du monde (y compris d'Italie, ndlr) pour les libérer.
 
Et quel est le résultat ? Selon toute vraisemblance, nous assisterons d'ici quelques mois à une répétition de la guerre civile des années 90, car les talibans sont réapparus bien renforcés, au point de pouvoir s'asseoir à la table des négociations de paix en tant qu'interlocuteurs faisant autorité. Il est clair qu'ils ont des plans très très différents pour l'avenir de l'Afghanistan de ceux qui, avec plus ou moins de succès, gouvernent dans l'ombre des canons de l'OTAN. Et selon toute probabilité, ce seront les talibans qui l'emporteront, forts du consensus grâce auquel, surtout dans les campagnes, ils n'ont jamais perdu. Comme dans un jeu de l'oie pervers, nous allons donc revenir presque exactement au point de départ. Vingt ans et 300.000 morts plus tard.
 
L'autre fait, incroyable si l'on s'éloigne de la vision américano-centrée qui a dominé pendant des décennies, est que ce retrait est la réplique d'autres retraits. Celui du Vietnam, par exemple. Ou celle, beaucoup plus proche de nous, de l'Irak, décrétée en 2011 par Barack Obama, qui avait Biden comme adjoint à la Maison Blanche. En Irak, nous savons comment cela s'est passé. George Bush Jr. et Tony Blair ont inventé un tas de mensonges sur les armes de destruction massive pour mener leur guerre coloniale. Ils ont ainsi produit une vague de violence et de destruction responsable de nombreux massacres (environ 15.000 soldats de différentes nationalités, des soldats et des contractants irakiens sont morts, au moins 30.000 soldats de l'armée de Saddam Hussein, au moins 50.000 insurgés et un nombre de civils que personne n'a pu ou voulu préciser, mais qui se chiffre en centaines de milliers de personnes), de la déstabilisation de toute une région et de ces ressentiments qui, plus tard, ont ouvert la voie à Al-Qaïda et à Isis.
 
Et pourtant, à chaque fois, on aboutit à un retrait plus ou moins retentissant, dont on parle comme d'un mérite, d'un geste astucieux, et non comme de la conséquence inévitable d'un formidable entêtement et d'une impitoyable politique. Je me  trouvais en Afghanistan en 2001, lorsque cette folie qui a duré vingt ans a commencé. Je suivais l'avancée de l'Alliance du Nord et il était clair à un kilomètre à la ronde qu'il s'agissait d'une fausse guerre, gagnée d'avance en achetant le consentement des tribus contre les talibans. Comme toujours, l'achat de la victoire n'a pas été difficile. Acheter la paix, en revanche, s'est avéré impossible. Vous verrez, dans vingt ans, ils feront la même chose avec la Syrie. Et ils diront les mêmes choses qu'aujourd'hui.

dimanche, 04 avril 2021

États-Unis et Grande-Bretagne : guerre, commerce et piraterie

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États-Unis et Grande-Bretagne : guerre, commerce et piraterie

par Cristian Taborda

Ex : http://novaresistencia.org/2021/03/28/

Suite à plusieurs défaites subies dans le monde au cours de ces dernières années, un rapprochement stratégique entre les États-Unis et la Grande-Bretagne s’est opéré récemment, surtout ces dernières semaines, avec l'arrivée au pouvoir de Joe Biden et avec une Grande-Bretagne qui est sortie de l'Union européenne. L'objectif est de préserver autant que possible les possessions et l'influence des grandes puissances atlantistes dans le monde.

Avec la sortie de l'UE, le Royaume-Uni avait l'intention et la prétention de reprendre ses liens privilégiés avec les États-Unis et de forger une alliance stratégique pour en quelque sorte reconstruire l'impérialisme anglo-américain, ou du moins préserver son hégémonie et son contrôle en Amérique et en Europe, face à l'avancée de la Chine et parallèlement au harcèlement contre la Russie. Il ne s’agit plus de préserver cette hégémonie par le consensus et le multilatéralisme, mais dorénavant par la force et la violence économique. Cette position a été rendue publique et ouvertement dévoilée par le gouvernement et le Foreign Office britanniques, ainsi que par les États-Unis et la nouvelle administration de Joe Biden.

Il y a quelques mois, le Premier ministre britannique a annoncé le plus grand investissement dans la défense depuis trente ans, le plus important depuis la "guerre froide", 21,9 milliards de dollars, et il a déclaré que "le Royaume-Uni doit être fidèle à son histoire et soutenir ses alliés", un message direct adressé aux États-Unis. Boris Johnson a d'ailleurs été l'un des premiers dirigeants à féliciter Joe Biden après les élections frauduleuses que furent les dernières présidentielles: "Les États-Unis sont notre allié le plus important et j'espère que nous travaillerons en étroite collaboration sur nos priorités communes, du changement climatique au commerce et à la sécurité", a tweeté Boris Johnson. Pour sa part, M. Biden, dans son discours d'investiture, a rendu la politesse et a appelé à la reconquête des alliances historiques. Cela s'est concrétisé par un appel téléphonique au début de l'année, au cours duquel les Britanniques ont félicité Biden pour son retour dans l'accord de Paris sur le changement climatique et dans l'Organisation mondiale de la santé, dont Trump s'était retiré ; les deux puissances ont également commencé à tracer des lignes directrices pour un accord de libre-échange.

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Mais l'irruption du coronavirus a compliqué la stratégie. Jusqu'à présent, le principal bénéficiaire de la "pandémie" a été la Chine, qui parvient à imposer son système de contrôle et de surveillance dans le monde entier, et la crise des vaccins provoquée par le consortium pharmaceutique britannique Astrazeneca confère à la Russie de Poutine une influence géopolitique encore plus grande que celle qu'elle avait déjà. La Russie vise en effet à déstabiliser la bipolarité entre les États-Unis et la Chine, avec des avancées dans le développement scientifique et technologique, le contrôle des ressources, par exemple la fourniture de gaz à l'Europe, et la puissance militaire, grâce à ses capacités en matière de missiles balistiques. Un autre point clé est la diplomatie et la gestion par le Kremlin de l'opinion publique mondiale, malgré l'opposition des médias occidentaux hégémoniques. La géopolitique du coronavirus a déstabilisé le pouvoir absolu des Etats-Unis et largement ruiné les prétentions britanniques.

Cette situation a modifié l'humeur de la Grande-Bretagne et des États-Unis, qui commencent à voir leurs "leaderships" vulnérabilisés et délégitimés par la crise du coronavirus. Le déclin des puissances maritimes est en cours.

Celui qui a le mieux décrit, sans le savoir, le fondement de l'atlantisme, soit la puissance par la maîtrise de la mer, ou, comme le dit très justement Peter Sloterdijk, qui a élaboré une "théorie de la mondialisation", c'est Goethe dans Faust :

"Guerre, commerce et piraterie. Ils sont trois en un, inséparables."

Cette phrase résume la politique étrangère britannique et c'est dans un tel contexte que l'on peut comprendre les dernières déclarations de Boris Johnson contre l'Argentine et celles de Biden contre la Russie.

Ils n'ont plus suffisamment d’approbation ou de consensus dans le monde pour "stabiliser" celui-ci à leur guise et à leur avantage, alors ils font recours à la menace et à la coercition, qu'ils n'ont cependant jamais abandonnées. C'est le désespoir de voir qu’il n’est plus possible de revenir à un monde libéral unipolaire, parce qu’un tel monde n'existe plus. "S'il n'y a plus de piraterie possible et plus de commerce libéral, qu'il y ait alors la guerre" semble être la devise du mondialisme aujourd’hui. Et les disciples de ce mondialisme obéissent à l'ordre : Boris Johnson n'a pas hésité à menacer l'Argentine et indirectement l'Espagne quand elle revendique Gibraltar, selon le rapport publié par The Telegraph, disant aussi qu'il utilisera la force pour défendre les îles Malouines, c'est-à-dire utiliser les forces armées pour "assurer la sécurité des 14 territoires d'outre-mer". Territoires par ailleurs usurpés. Elle ajoute qu'elle "dissuadera et contestera les incursions dans les eaux territoriales britanniques à partir de Gibraltar" et "maintiendra une présence permanente dans les îles Falkland, l'île de l'Ascension et les territoires britanniques de l'océan Indien".

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Presque au même moment, Joe Biden a fait des déclarations dans les médias, qualifiant Vladimir Poutine de "killer" et menaçant de lui faire "payer le prix" pour sa prétendue ingérence dans les élections, ces mêmes élections où plus de morts que de vivants ont voté pour Biden, dans des États où il y a eu plus de votes que d'électeurs, et où le magazine Time a mis en lumière et révélé l'alliance entre le secteur financier de Silicon Valley Big Tech et le parti démocrate pour modifier l'ingénierie électorale en faveur des démocrates par le biais du vote par correspondance avec des contributions importantes. Tout un éventail de fondations ont contribué pour des dizaines de millions de dollars de leurs propres fonds à l'administration des élections. C'est le cas de l'initiative Chan Zuckerberg, qui a apporté 300 millions de dollars dans l’affaire.

D'abord Boris Johnson, puis Joe Biden. Tous deux opèrent en liaison avec des déclarations retentissantes et avec une intentionnalité manifeste. L'un fulmine contre ceux qui ont su résister et affronter l'impérialisme anglo-américain de l'époque, comme l'Argentine de Perón. L'autre fustige ceux qui expriment aujourd'hui une résistance au mondialisme progressiste et à la destruction des valeurs. La distinction entre amis et ennemis est toujours essentielle en politique, ils l'ont bien définie. Tous ceux qui ont osé défendre leur souveraineté et initier une résistance à l'hégémonie anglo-américaine sont des ennemis. L'impérialisme économique a beau se présenter comme égalitaire, avec une rhétorique gauchiste ou un langage inclusif et des drapeaux arc-en-ciel dans une main, il porte toujours le bâton dans l'autre.

Source : Geopolitica.ru