mardi, 06 octobre 2026
Readiness 2030: peut-être ne s'agit-il pas du tout de l'autonomie de l'Europe?

Readiness 2030: peut-être ne s'agit-il pas du tout de l'autonomie de l'Europe?
Elena Fritz
Source: https://t.me/global_affairs_byelena
Le nouveau rapport de l’Agence européenne de défense met en évidence un problème: l’Europe se réarme, mais pas assez rapidement. D’importantes lacunes subsistent en matière de défense aérienne et antimissile, de munitions, de drones, de forces terrestres et navales. L’objectif reste néanmoins inchangé: atteindre la préparation en matière de défense d’ici à 2030.
C’est peut-être précisément là que réside une erreur de raisonnement.
Nous supposons souvent qu’à long terme, Bruxelles souhaite bâtir une puissance militaire européenne stratégiquement autonome, moins dépendante des États-Unis et dotée de sa propre industrie ainsi que de ses propres capacités.
Mais si, à court terme, ce n’était tout simplement pas la priorité?
Et s’il s’agissait d’abord, d’ici à 2030, de constituer aussi rapidement que possible une masse militaire aussi importante que possible — au besoin en recourant au crédit, au besoin avec des systèmes d’armes américains, et toujours dans le cadre des structures de l’OTAN?
Readiness 2030 correspond en tout cas à cette logique. Jusqu’à 800 milliards d’euros doivent être mobilisés, dont 150 milliards au moyen de prêts SAFE. D’autres marges de manœuvre considérables seront créées grâce à l’assouplissement des règles budgétaires applicables aux dépenses de défense. Parallèlement, l’OTAN s’engage sur une trajectoire à long terme pouvant atteindre 5% du PIB des pays membres d’ici à 2035.
Dans le même temps, le Conseil européen qualifie désormais explicitement la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine de «défi existentiel pour l’Union européenne» et demande que la préparation en matière de défense soit renforcée d’ici à 2030 «à un rythme soutenu et à grande échelle».
Il s’agit d’une formulation politique remarquablement forte.
Et elle change la logique.
Si les dirigeants politiques européens considèrent réellement la confrontation avec la Russie comme existentielle, l’enjeu principal n’est plus de concevoir l’architecture de défense européenne la plus adéquate pour les vingt prochaines années. Ce qui compte avant tout, c’est le temps.

Des armes maintenant. Des munitions maintenant. Une défense aérienne maintenant. Des capacités de production maintenant.
La provenance du matériel devient alors secondaire.
L’achat de systèmes américains ne contredit donc nullement une telle stratégie. L’autonomie stratégique constituerait un objectif à long terme. La préparation à la guerre d’ici à 2030 est une mission à moyen terme.
Et c’est ici que l’Ukraine acquiert également une seconde fonction.
Officiellement, il s’agit de défendre l’Ukraine. Dans le même temps, l’Union européenne affirme elle-même que l’expérience militaire et les innovations ukrainiennes en matière d’armement doivent être mises en relation avec l’industrie européenne de la défense. Ursula von der Leyen a déjà déclaré que l’Ukraine disposait de l’innovation et que l’Europe pouvait assurer le changement d’échelle — tout en renforçant ainsi sa propre défense.
On peut en déduire une hypothèse plus large:
L’Ukraine maintient la Russie engagée militairement, tandis que l’Europe gagne du temps pour reconstruire sa propre base militaire.
Il ne s’agit pas d’une stratégie secrète avérée. Mais cette fonction stratégique est difficile à ignorer.
Fait intéressant, Moscou décrit désormais cette évolution exactement de cette manière, mais en termes beaucoup plus tranchés. Le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Alexandre Grouchko, a déclaré en juin que la Russie partait du principe que l’Union européenne et l’OTAN se préparaient à une confrontation militaire «aux alentours de 2030». Le ministre des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a, quant à lui, soutenu que l’Europe souhaitait plutôt «geler» le conflit ukrainien, gagner du temps et parvenir à sa propre aptitude au combat d’ici à 2030. Il s’agit d’interprétations russes, non de constatations factuelles indépendantes. Elles montrent toutefois comment le réarmement européen est perçu à Moscou.
Et c’est précisément là qu’apparaît un dangereux effet miroir.
La Russie considère elle aussi l’issue de la guerre en Ukraine comme une question stratégique existentielle. Du point de vue de Moscou, un cessez-le-feu dépourvu d’un nouvel ordre de sécurité ne serait peut-être qu’une pause durant laquelle l’Ukraine serait réarmée et intégrée plus étroitement aux structures militaires occidentales. De son côté, l’Union européenne déclare officiellement que, même après un cessez-le-feu, des garanties de sécurité à long terme et une capacité ukrainienne durable à dissuader la Russie resteraient nécessaires.
Les deux parties ne considèrent donc pas nécessairement la période suivant un éventuel cessez-le-feu comme une période de paix.
Elles pourraient la voir comme une phase de préparation en vue du prochain affrontement.
Dès lors, le réarmement européen prend lui aussi une autre signification.
Non pas :
Guerre en Ukraine → cessez-le-feu → nouvel ordre de sécurité européen.
Mais peut-être :
Guerre en Ukraine → gain de temps → réarmement européen → confrontation militaire durable avec la Russie.
Pour les institutions politiques européennes, cette évolution crée en outre un mécanisme classique de coûts irrécupérables.

Plus les budgets, l’industrie, les infrastructures et les discours politiques seront orientés vers l’hypothèse d’une menace russe durable, plus il sera difficile de procéder ultérieurement à un changement de cap fondamental.
Car si une détente politique stable devait réellement s’instaurer, une question finirait inévitablement par se poser:
Pourquoi 5%? Pourquoi 800 milliards? Pourquoi cette mobilisation permanente?
Cela ne signifie pas pour autant que les responsables politiques européens «veulent» la guerre.
Mais cela signifie que les institutions, les budgets et la légitimation politique sont de plus en plus liés à une certaine perception de la menace. Et, comme on le sait, de telles structures développent leur propre inertie.
Peut-être faudrait-il donc considérer Readiness 2030 moins comme un projet de souveraineté stratégique européenne.
Peut-être s’agit-il avant tout d’une course contre la montre: l’Europe veut être militairement en mesure d’agir avant que l’Ukraine ne cesse de jouer son rôle de zone tampon militaire avancée.
Si cette hypothèse est juste, elle permet également d’expliquer la contradiction entre la grande rhétorique européenne sur l’autonomie et la dépendance persistante à l’égard des capacités américaines.
L’autonomie peut attendre.
2030, apparemment, ne le peut pas.
#géopolitique @global_affairs_byelena
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vendredi, 25 septembre 2026
Par la guerre en Ukraine vers la soumission aux États-Unis

Par la guerre en Ukraine vers la soumission aux États-Unis
Franz Ferdinand
Source: https://www.unser-mitteleuropa.com/206398
Au cours des deux dernières semaines, la situation sur le champ de bataille a évolué de manière plutôt laborieuse pour la Russie : au nord de l’agglomération de Kramatorsk et Sloviansk, l’armée ukrainienne a mené avec succès des contre-attaques qui n’étaient peut-être, elles aussi, qu’une sorte de version ukrainienne de l’offensive allemande des Ardennes pendant la Seconde Guerre mondiale, peu avant l’effondrement.
En revanche, la guerre économique déclenchée contre la Russie par l’Occident dit « des valeurs », au moyen d’innombrables sanctions, s’est transformée en une guerre économique globale et couronnée de succès du Sud global contre cet Occident des valeurs.
Il faut à cet égard considérer la situation générale en Ukraine conjointement avec celle qui prévaut autour de l’Iran et de l’Arabie saoudite :
La guerre en Ukraine, la guerre d’agression contre l’Iran lancée par Donald Trump, ainsi que les actions des Houthis et, éventuellement, de groupes mandataires iraniens en Irak, doivent désormais être considérées comme une troisième guerre mondiale, qui se déroule toutefois, à bien des égards, différemment des Première et Seconde Guerres mondiales du siècle dernier. Il faut également prendre en compte la Chine en tant que participante silencieuse en arrière-plan, celle-ci soutenant à de nombreux égards aussi bien l’effort de guerre russe que le combat défensif de l’Iran.
L’intérêt de la Chine réside avant tout dans l’éviction du dollar américain de son statut de monnaie de référence mondiale, objectif qui doit être atteint par le déclassement du système financier occidental. Il suffit pour cela à la Chine de renforcer les évolutions existantes ou simplement de les laisser suivre leur cours, comme les actions des Houthis contre l’approvisionnement pétrolier occidental dans le détroit de Bab el-Mandeb, ou l’interruption de l’oléoduc est-ouest qui traverse l’Arabie saoudite. Au total, ces actions, conjuguées au blocage du détroit d’Ormuz, affectent jusqu’à 30 % de l’approvisionnement mondial en pétrole ! Le prix du pétrole est ainsi passé de 60 dollars l’année dernière à environ 104 dollars le baril actuellement !
Même Mike Wirth, le patron de Chevron, met en garde contre une crise mondiale des carburants susceptible d’échapper totalement à tout contrôle !
On peut toutefois difficilement imaginer que la Chine tolère ces actions des Houthis, soutenus par l’Iran, sans être elle-même intéressée par cette évolution. Pour la Chine, l’essentiel est seulement de continuer à être suffisamment approvisionnée en pétrole, ce qui est également possible par voie terrestre.

Il est intéressant de noter, dans ce contexte, que les États-Unis ont rejeté une demande d’assistance de l’Arabie saoudite. Manifestement, l’hégémon est déjà tellement surmené et affaibli qu’il n’est plus en mesure de mener des actions contre les Houthis.
La situation sur le marché pétrolier est encore aggravée par les attaques ukrainiennes contre les raffineries russes. Celles-ci avaient encore été célébrées par les médias occidentaux comme un « game changer », mais elles conduisent désormais la Russie à interdire ses exportations de diesel et font, en ce moment même, flamber les prix de ce carburant ! En Allemagne, le prix du diesel est passé cette année de 1,60 euro à un niveau atteignant actuellement 2,50 euros le litre ! Tandis que les Russes doivent encore faire la queue pour obtenir leur diesel, beaucoup moins cher, le citoyen de l’Union européenne ne pourra bientôt plus du tout se permettre d’en acheter.
Cette évolution des prix du pétrole et du diesel a simultanément entraîné une hausse généralisée des prix des matières premières. Les prix du riz et des céréales, par exemple, ont augmenté de 50 % au cours de l’année.
Le taux d’inflation officiel de 2,9 % annoncé pour l’Allemagne ne peut être considéré que comme une plaisanterie, ainsi que chaque citoyen peut lui-même le constater en faisant ses achats quotidiens.
Ces récentes flambées des prix aggravent à présent la situation du système financier occidental délabré. Conjuguée à l’état dramatique des finances publiques dans l’Occident des valeurs, la poussée inflationniste générale a désormais entraîné une hausse des taux d’intérêt du marché obligataire, ainsi qu’un relèvement des taux directeurs de la Réserve fédérale américaine jusqu’à 4 %. De nouvelles hausses des taux directeurs sont également attendues de la part de la BCE.
Les États doivent maintenant payer ces taux d’intérêt plus élevés non seulement sur leurs nouveaux emprunts, mais aussi — ce qui est particulièrement douloureux — sur le refinancement de leur dette existante. Donald Trump et son gouvernement ont franchi cette année, avec brio, le seuil des 40 000 milliards de dollars de dette, dont 7 000 milliards devront être refinancés à court terme à un taux d’intérêt plus élevé ! Il en va naturellement de même pour tous les débiteurs européens, ce qui conduira inévitablement à des programmes d’austérité en pleine période de déclin économique général, et donc à une érosion supplémentaire du système politique existant.
La Réserve fédérale pourrait certes financer la dette américaine en faisant fonctionner la planche à billets, mais cela conduirait inévitablement à l’hyperinflation et, par conséquent, à la fin du dollar en tant que monnaie de référence mondiale.
Ces hausses de taux portent préjudice à l’ensemble du développement économique dans l’Occident des valeurs et entraînent inévitablement des pertes d’emplois, ainsi qu’un mécontentement encore plus grand à l’égard du système politique existant dans l’Union européenne.

La France constitue un exemple révélateur de cette situation : elle est actuellement déjà ingouvernable et pourra, lors de l’élection présidentielle de l’année prochaine, choisir entre Marine Le Pen et le communiste Jean-Luc Mélenchon. Après une victoire de Le Pen, plus rien ne serait sans doute comme avant au sein de l’Union européenne !
Toutefois, la hausse des taux d’intérêt du marché a des répercussions particulièrement dramatiques sur les bilans des banques et des compagnies d’assurance, et ce, sans que le public s’en aperçoive. Comme chacun sait, ces établissements détiennent environ 60 % de leurs placements sous forme d’obligations, et c’est précisément sur le marché obligataire que les hausses de taux ont provoqué un véritable carnage boursier. Cela s’explique par le fait que, durant la période de taux nuls ou faibles, il y a trois ou quatre ans, des obligations à long terme assorties de coupons très faibles ont été émises, et que leur cours s’est aujourd’hui effondré en raison de la hausse des taux. Le cas d’une obligation à trente ans à taux zéro, dont le cours a désormais fondu de moitié, est devenu célèbre — une perte de valeur inhabituelle pour une obligation.
Certes, il ne s’agit que de pertes comptables, que l’on dissimule simplement dans les bilans bancaires en ne procédant à aucune dépréciation comptable. Dans le cas contraire, les résultats des banques fondraient comme neige au soleil et leurs cours boursiers s’effondreraient eux aussi. Quoi qu’il en soit, de telles pertes comptables ne deviennent effectives que lorsqu’une banque est contrainte, pour une raison quelconque, de vendre une obligation de ce type. Les banques ne sont, en tout état de cause, plus en mesure d’absorber d’autres chocs extérieurs.
Les indices boursiers se situent certes encore actuellement à des niveaux records, mais la hausse des rendements obligataires mine naturellement aussi le marché des actions. Tout investisseur expérimenté sait que les cours des actions ne sont que du vent, en partie encore uniquement portés par des spéculations totalement irrationnelles, comme dans le cas de « l’intelligence artificielle ». Dès que les grands investisseurs tourneront le dos au marché des actions en raison des taux élevés et préféreront investir dans des obligations plus sûres, la bulle boursière éclatera. L’inévitable désillusion concernant les valeurs liées à l’IA constituera une autre cause de l’éclatement de cette bulle !
Selon toute probabilité, un effondrement boursier et financier partira une nouvelle fois des États-Unis. Il convient à cet égard de rappeler la crise financière de 2008, lorsque les États-Unis avaient exporté vers l’Europe des créances irrécouvrables sous la forme de « titres » dits subprimes et que les faillites bancaires n’avaient pu être évitées que grâce à des interventions massives des gouvernements. Le prochain tsunami financier reléguera dans l’ombre la crise de 2008 !

Dans cette situation générale, l’Europe doit en outre faire face au fait qu’elle se trouve engagée dans une guerre économique avec les États-Unis. Sous Donald Trump, les États-Unis tentent systématiquement de saigner l’Europe à blanc, les Verts allemands jouant notamment le rôle d’une cinquième colonne de la haute finance américaine. L’« escroquerie du CO₂ » a servi à démanteler le secteur énergétique allemand et, de surcroît, la destruction du gazoduc Nord Stream 2 a rendu l’Allemagne dépendante des livraisons de gaz de schiste américain, cinq fois plus cher que le gaz russe. Il en résulte un exode de l’industrie allemande hors d’Allemagne vers les États-Unis, mais également vers la Chine.
Dans le même temps, en plus du soutien à l’Ukraine — qui s’élève actuellement à 190 millions de dollars par jour —, le citoyen de l’Union européenne devrait encore assumer des dépenses militaires nettement plus élevées afin d’alimenter l’industrie américaine de l’armement.
Il est donc d’ores et déjà prévisible que l’Europe de l’Union européenne sera la grande perdante de la guerre en Ukraine. D’une certaine manière, cela rappelle la Seconde Guerre mondiale, au cours de laquelle le « soutien » américain a complètement ruiné la Grande-Bretagne en tant que grande puissance et l’a transformée en caniche des États-Unis ! L’Union européenne ne pourra échapper à ce sort qu’en mettant fin le plus rapidement possible à sa guerre contre la Russie, en réorientant son économie vers une coopération avec la Russie et en réduisant ainsi ses liens avec les États-Unis.
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jeudi, 24 septembre 2026
Ce que Julia Mendel, l’ancienne porte-parole de Zelensky, n’a pas été autorisée à dire devant le Parlement européen

Ce que Julia Mendel, l’ancienne porte-parole de Zelensky, n’a pas été autorisée à dire devant le Parlement européen
par Olli Garch
Source: https://ansage.org/was-selenskyjs-ex-sprecherin-julia-men...
Malheureusement passée presque inaperçue, du moins auprès du public allemand, une nouvelle démonstration de force du bloc de soutien « Slava Ukraini » de l’eurocratie, partisan d’une escalade toujours plus extrême avec la Russie, s’est produite cette semaine contre les voix critiques et dissidentes — en plein cœur des ténèbres, à Bruxelles. Julia Mendel, ancienne porte-parole du président ukrainien Volodymyr Zelensky, vivant aux États-Unis et connaissant de l’intérieur l’appareil du pouvoir ukrainien, devait prendre la parole mercredi au Parlement européen à l’invitation de l’AfD.
L’accès lui a toutefois été catégoriquement refusé après que Zelensky l’eut inscrite dimanche dernier — probablement juste à temps de son point de vue — sur la liste des sanctions, au motif que Mendel diffuserait, quoi d’autre, de la « désinformation » et de la « propagande russe », et qu’elle « soutiendrait » même désormais, prétendument, la politique agressive de la Russie contre l’Ukraine.

L’Union européenne, servile, s’est empressée d’exécuter cette décision arbitraire et répressive, manifestement destinée à réduire au silence une voix extrêmement compromettante pour Kyiv, prise par le chef de guerre d’un État profondément corrompu, et a interdit à Mendel de s’exprimer.
Précisément cette UE qui, d’ordinaire, tient les dissidents en si haute estime lorsqu’il s’agit de transfuges d’États qu’elle combat et exècre — y compris les États-Unis, bien entendu. Mais lorsqu’il s’agit de la persécution politique d’une lanceuse d’alerte ukrainienne issue de l’entourage immédiat de Zelensky, qui pourrait révéler quelques vérités gênantes sur les pratiques en vigueur et le comportement de ce favori de l’UE jouissant d’une totale impunité, elle y participe avec zèle.
En Ukraine, Mendel est pratiquement hors-la-loi ; même aux États-Unis, elle doit craindre pour sa vie face aux hommes de main de Kyiv. Ses avoirs dans son pays ont été gelés, toute activité économique lui est interdite et ses comptes sur les réseaux sociaux sont bloqués et censurés. La justice ukrainienne a en outre menacé de « partager toutes les informations avec ses partenaires afin de synchroniser les sanctions dans les juridictions internationales ».
C’est là la méthode typique de Zelensky, célébré dans l’UE comme un prétendu « héros de la liberté » et « défenseur des valeurs occidentales », mais ébranlé par divers scandales de corruption et gouvernant depuis plus de deux ans sans mandat populaire, de manière toujours plus tyrannique.
Un tiers de l’Ukraine est devenu un enfer
L’hebdomadaire suisse Weltwoche a désormais publié le manuscrit du discours que Mendel avait prévu de prononcer devant le Parlement, mais qu’elle n’a jamais pu donner. Elle y critique sévèrement la situation en Ukraine et les pratiques de Zelensky. Elle y explique également clairement pourquoi elle a décidé de s’exprimer publiquement : elle se tient là, affirme l’ancienne porte-parole, « parce que l’Ukraine et l’Europe préfèrent, encore et encore, une mauvaise guerre à une mauvaise paix ».
Les habitants des régions situées sur le front vivent dans une pauvreté inimaginable ; il existe une grave pénurie de médecins et presque plus d’écoles en état de fonctionner. Mille dollars représentent une fortune inimaginable en Ukraine, mais presque rien des dizaines de milliards d’aide occidentale ne parvient précisément aux habitants des régions où sévit la guerre, alors même que la situation militaire ne s’améliore pas. Dans le même temps, d’autres vivent dans une richesse inimaginable grâce à une corruption gigantesque. Malgré cette corruption et l’efficacité limitée du gouvernement ukrainien, la population supporte tout cela.

Selon Mendel, un tiers de l’Ukraine est devenu un enfer ; près de vingt pour cent de son territoire est occupé, tandis que dix pour cent supplémentaires se sont transformés en un front en flammes. Pourtant, l’Europe et Zelensky soutiennent aveuglément une stratégie qui fait de cette souffrance quotidienne un état permanent, la rendant presque «invisible et insignifiante». Pour beaucoup, l’objectif illusoire de «détruire la Russie» est plus important que celui de sauver l’Ukraine.
Plusieurs fois par mois paraissent dans les médias dominants des articles de propagande passionnés annonçant que la Russie est sur le point de s’effondrer. Le prix de cet effondrement au ralenti que l’on prétend imminent est l’effondrement réel de l’Ukraine.
« Une simple arithmétique »
Mais si le chef d’État de son propre pays accepte le statu quo, pourquoi les députés européens devraient-ils le remettre en question ? demande sarcastiquement Mendel. Malheureusement, la plupart des gens ignorent que de nombreux médiateurs ont proposé d’établir des canaux directs avec le Kremlin et de permettre des contacts en vue de négociations, mais que l’Ukraine a rejeté ces propositions.
Il existe également diverses interprétations juridiques de ce que l’on réduit aujourd’hui, de manière simpliste, à la formule « céder ou ne pas céder des territoires ». Celle-ci suggère une attitude russe obstinée et fondée sur le chantage, qui ne laisserait prétendument à Zelensky d’autre possibilité que de poursuivre sans cesse le combat.
En réalité, plusieurs propositions d’accords ont été avancées, mais n’ont été que brièvement mentionnées en public. Elles ne figureront toutefois pas dans les livres d’histoire et ne subsisteront que dans la mémoire de ceux qui ont tenté d’apporter une aide diplomatique, parce que Zelensky les a toutes rejetées. Cela vaut même pour celles auxquelles il avait personnellement donné sa parole et son engagement. Sur les grandes questions relatives à une solution de paix, il s’oppose systématiquement à toute avancée et présente au contraire « la voie la plus maximaliste et la plus inaccessible vers la victoire comme l’unique voie vers la paix ». Cela montre à Mendel et à bien d’autres qu’il ne s’intéresse nullement à une solution pacifique.
Mais, demande-t-elle, «comment 25 millions d’Ukrainiens, dont la moitié sont des retraités, sont-ils censés défendre 500 millions d’Européens contre 140 millions de Russes?». Elle interpelle avec émotion l’Union européenne, qui finance et rend possible cette absurde mission-suicide jusqu’à la victoire finale: «N’avez-vous pas honte?».
Outre le vieillissement de la population ukrainienne, le taux de natalité est catastrophiquement bas. La guerre continue de coûter des vies et pousse de plus en plus à l’étranger ceux qui veulent simplement vivre. L’Ukraine a été transformée en un endroit où la vie et un avenir porteur d’espoir paraissent de plus en plus impossibles.

Mendel — voilà pour la « propagande russe » — sait parfaitement, et affirme ouvertement, que la Russie est responsable de cette misère. Mais son objectif est de mettre fin aux souffrances et de parvenir à une solution viable sans prolonger la guerre et les destructions. Elle mise sur le sens des responsabilités et la Realpolitik. Les chiffres bruts imposent ces conclusions : il s’agit d’une simple arithmétique montrant « comment mon pays disparaît sous vos yeux, accompagné d’applaudissements chaleureux pour un homme sur le tapis rouge, un homme qui est désormais au pouvoir depuis huit ans et trouve toujours une nouvelle raison pour laquelle la guerre ne peut pas encore prendre fin ».
Davantage d’armes et d’argent pour prolonger indéfiniment le conflit
La guerre a également détruit l’économie et la démocratie ukrainiennes. Il n’y a « plus de science, plus d’innovation en dehors du secteur militaire », poursuit Mendel. Les trois quarts du budget de l’État ukrainien sont financés par des aides étrangères.
Dans le même temps, elle observe que les voix ukrainiennes dérangeantes ne sont plus seulement ignorées, mais de plus en plus réduites au silence, simplement parce qu’elles s’opposent à la guerre. Leur nombre continue néanmoins de croître, « malgré les persécutions, les menaces, les sanctions illégales, les poursuites pénales, les campagnes de diffamation et la stigmatisation de personnes qualifiées de “traîtres” ».
En Europe, garder le silence sur ce qui se passe en Ukraine est désormais considéré comme « patriotique », car toute critique ou remise en question est assimilée à de la propagande prorusse ou à de la collaboration. Dans ce climat, la corruption s’est démesurément développée en Ukraine et y règne « à une échelle que vous ne pouvez tout simplement pas imaginer ; elle atteint le cercle le plus proche du président et, confrontée à une pauvreté totale, elle est en train de détruire la motivation même de résister à la Russie ».
Parallèlement, de véritables chasses à l’homme sont menées contre les hommes. Des actes de torture sont commis dans les bureaux de recrutement; certains hommes sont battus à mort par des agents chargés de la mobilisation et parfois tués par leurs propres commandants.
La guerre de Poutine, souligne Mendel, est incontestablement injustifiable par sa brutalité et son mépris de la vie humaine. Mais les agissements de Zelensky — annuler des réformes, protéger des réseaux corrompus, tromper son propre peuple et placer son pouvoir personnel au-dessus de la survie de la nation — ne sont pas moins injustifiables.
Elle pose ouvertement une question éminemment rationnelle qu’elle souhaitait lancer aux députés du Parlement européen: «Croyez-vous vraiment qu’une course aux armements sans fin, dans laquelle on accumule toujours davantage d’armes, aidera l’Ukraine à remporter la victoire — sans économie et avec une population qui, année après année, devient très inférieure à celle de la Russie?».
L’Ukraine a contribué à établir un modèle de militarisation totale de la société, qui semble désormais servir d’exemple à certains États de l’Union européenne. Il s’agit manifestement d’une allusion à l’Allemagne, avec son obsession particulièrement prononcée pour l’« aptitude à la guerre » et sa propagande anxiogène permanente, alimentée par les drones, au sujet d’une attaque russe contre l’OTAN.

Certains dirigeants occidentaux ont fait leur la propagande belliciste collective et le réarmement. Il existe aujourd’hui dans l’Union européenne des voix «qui semblent croire que la militarisation de leurs économies et de leurs sociétés peut constituer une réponse aux difficultés politiques et économiques», constate-t-elle. Mais un réarmement permanent, associé à l’entretien constant d’une image de l’ennemi, développe une «dynamique propre»: plus une société est préparée à la guerre, plus la pression augmente pour justifier cette préparation. Tôt ou tard, cette logique risque de «provoquer précisément le conflit qu’elle prétend vouloir empêcher».
« Chaque critique est pourchassé et étiqueté comme prorusse »
Mendel observe de plus en plus « des menaces plutôt que de la diplomatie ; la volonté de détruire la Russie, quel que soit le nombre de vies ukrainiennes que cela coûte et l’affaiblissement de l’Ukraine qui en résulte ; ainsi que le désir de vendre autant d’armes que possible ». Tout cela sert pleinement les intérêts des dirigeants ukrainiens, raison pour laquelle Zelensky approuve sans réserve cette politique d’escalade.
La raison, aussi égoïste que funeste, est que l’économie est devenue pour le président ukrainien une source privée d’enrichissement. Il en va de même pour les autres profiteurs qui souhaitent transformer la guerre en état permanent afin de continuer à gouverner sans entraves et à s’enrichir.
C’est pourquoi, même à l’étranger, tous ceux qui ont tenté de parler avec Poutine ont été attaqués par Zelensky, « pourchassés et étiquetés comme prorusses », d’Orbán et Fico jusqu’au président des États-Unis. Les responsables politiques occidentaux devraient précisément s’en étonner, car leur propre histoire devrait leur avoir appris que, dans le monde civilisé, « des récits aussi superficiels en noir et blanc » ne devraient pas dominer, « surtout lorsqu’il s’agit de la guerre, la seule guerre en Europe », critique Mendel.
L’« effondrement » de la Russie n’est imminent que dans l’esprit d’idéalistes ignorant les réalités économiques de la Russie et de l’Ukraine. Chaque article écrit par un théoricien ou un croisé contre la Russie constitue « une petite tragédie, un signe du déclin de notre civilisation ».
Lorsqu’il s’était présenté à la présidence, Zelensky avait affirmé qu’il se mettrait à genoux devant Poutine afin que celui-ci ne contraigne pas l’Ukraine à se mettre à genoux. Il avait également déclaré que, s’il ne parvenait pas à mettre fin à la guerre civile qui faisait déjà rage à l’époque dans l’est du pays, il céderait sa fonction à quelqu’un qui en serait capable.

Depuis, il modifie les conditions de paix d’une semaine à l’autre, toujours en formulant des exigences maximalistes qui garantissent qu’aucun accord ne soit conclu : tantôt l’adhésion à l’OTAN, tantôt la restitution de la Crimée, puis le rétablissement des frontières de 1991 ou encore l’adhésion pleine et entière à l’Union européenne.
L’affirmation la plus troublante de Mendel est peut-être la suivante : lorsqu’en 2021 Zelensky était sur le point de perdre le pouvoir, il aurait finalement trouvé dans la guerre avec la Russie le moyen de prospérer, profitant de chaque aspect du conflit, accumulant un pouvoir presque illimité et se prélassant dans la gloire internationale. Selon cette lecture, l’invasion russe elle-même aurait donc déjà servi les intérêts de Zelensky, et pas seulement la prolongation ultérieure et perpétuelle de la guerre, avec les avantages paradisiaques et confortables qu’elle procure à lui-même et à sa clique.
En conclusion de tous ces constats, Mendel exige un retour urgent à la diplomatie et à la primauté du politique. Rien ne saurait justifier une perte aussi immense de vies humaines et de capital humain que celle qui se produit dans l’est de l’Ukraine.
La stratégie meurtrière des élites européennes
Il n’est vraiment pas surprenant que ce discours n’ait pas été autorisé au Parlement européen, puisqu’il expose avec une franchise impitoyable les principales réalités : premièrement, que l’Ukraine ne peut pas gagner cette guerre, quelle que soit l’ampleur de l’aide militaire occidentale — sauf au prix d’une confrontation nucléaire ; deuxièmement, que Zelensky et sa camarilla sont des kleptocrates sans scrupules et des profiteurs de guerre corrompus ; troisièmement, que les responsables politiques européens militarisent de plus en plus leurs propres peuples afin de détourner l’attention de leur échec total en politique intérieure.
L’aveuglement somnambulique de Bruxelles, en particulier, dans sa fidélité absolue à un régime non viable à long terme, s’est encore manifesté cette semaine. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a fièrement annoncé qu’elle avait téléphoné à Zelensky et lui avait promis le versement de 3,3 milliards d’euros supplémentaires à l’Ukraine pour acquérir « des missiles et des drones ». Il était bien entendu « tout à fait clair » que « davantage était nécessaire », raison pour laquelle elle a aussitôt promis: «D’autres fonds suivront!».
La semaine suivante, elle participerait à l’Assemblée générale des Nations unies à New York, et son « message aux amis de l’Ukraine dans le monde entier » serait simple: «L’Europe renforce son engagement. Les autres doivent maintenant eux aussi renforcer leur soutien».
Voilà donc l’unique et meurtrière stratégie des élites européennes qui, à l’instar des gouvernements de nombre de leurs États membres, présentent comme seule option la prolongation criminelle d’une guerre sans issue, au détriment de la population civile. Elles discréditent toutes les solutions de rechange et rejettent, au moyen d’arguments irrationnels, toute initiative diplomatique visant la seule solution négociée réaliste et viable.
Pour Zelensky et sa nomenklatura, il s’agit de préserver ses pleins pouvoirs dictatoriaux et de continuer à accumuler des richesses fabuleuses en détournant les fonds occidentaux. Les responsables politiques occidentaux cherchent quant à eux à détourner l’attention des crises intérieures qu’ils ont eux-mêmes provoquées en intensifiant la guerre. Mais leur objectif est le même: ils souhaitent prolonger les massacres ad infinitum, quel qu’en soit le prix.

Depuis longtemps déjà, cette vérité ne peut plus être exprimée impunément en Europe, comme en témoignent les nombreux critiques réduits au silence, y compris en Europe, de Jacques Baud à Thomas Röper et Alina Lipp.
Cette Union européenne ressemble désormais davantage à l’Ukraine que l’Ukraine ne s’est, inversement, rapprochée des nobles principes de l’«Occident des valeurs», dont les responsables européens ayant totalement échoué ne cessent de rabâcher les mérites dans leurs discours dominicaux.
C’est probablement ce que Friedrich Merz voulait dire lorsqu’il évoquait le «haut degré de concordance» et la «compatibilité» comme conditions de son «partenariat stratégique» et qualifiait l’Ukraine de «gain» pour l’Union européenne: en matière de mépris du peuple, de prétentions autoritaires et de propension à la corruption, Kyiv et Bruxelles ne se distingueront sans doute bientôt plus guère.
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lundi, 17 août 2026
Des théories de Brzezinski à Palantir: comment le conflit en Ukraine est devenu le plus grand test militaire des États-Unis

Des théories de Brzezinski à Palantir: comment le conflit en Ukraine est devenu le plus grand test militaire des États-Unis
par Michele Blanco
Source: https://www.sinistrainrete.info/articoli-brevi/33490-mich...
La thèse avancée par Jeffrey Sachs et Sybil Fares est claire: la guerre en Ukraine n’est pas seulement un affrontement entre Moscou et Kiev, mais le produit d’une stratégie américaine planifiée depuis plus de trente ans. Une stratégie qui a transformé le territoire ukrainien en principal champ de bataille et de test pour la nouvelle guerre technologique contemporaine, alors que Kiev continue d’en payer le prix humain, économique et territorial, prix qui est extrêmement élevé.
Aujourd’hui, la puissance du complexe militaro-industriel ne se limite plus aux seuls généraux et fabricants d’armes. Elle réunit des sociétés informatiques, des fonds d’investissement, des entreprises énergétiques, des services de renseignement et des géants du numérique. Ce système n’influence pas seulement la politique étrangère des États-Unis, il tend à l’hégémoniser, en déterminant totalement ses objectifs et ses instruments.
L’idée ne naît pas avec le conflit actuel. Dans son célèbre essai Le Grand Échiquier, Zbigniew Brzezinski désignait l’Ukraine comme l’un des principaux pivots géographiques de l’Eurasie. Sans Kiev, affirmait-il, la Russie aurait d’immenses difficultés à conserver son rang de grande puissance.

Dans cette perspective, l’élargissement de l’OTAN n’a pas été seulement un processus d’intégration politique des pays d’Europe de l’Est à l’alliance occidentale, mais l’avancée progressive de l’infrastructure stratégique jusqu’aux frontières russes.
Bill Clinton a entamé avec force l’expansion; George W. Bush a ouvert la voie à l’adhésion future de l’Ukraine et de la Géorgie; Barack Obama a soutenu les nouveaux équilibres politiques nés à Kiev en 2014 après la destitution du gouvernement pro-russe; Donald Trump a fourni les premières armes antichars; Joe Biden a rejeté les demandes russes pour une nouvelle architecture de sécurité européenne. Différents présidents, avec des langages et des styles variés, ont assuré une continuité stratégique bien perceptible: empêcher Moscou de reconstituer une zone d’influence autonome dans l’espace post-soviétique.

La véritable transformation concerne cependant le plan militaire. L’Ukraine est devenue un immense laboratoire de guerre où sont expérimentés drones, systèmes de reconnaissance automatique, guerre électronique, liaisons satellitaires et logiciels capables d’identifier des cibles en traitant d’énormes quantités de données.
Dans cet écosystème, Palantir joue un rôle central, entreprise née aussi grâce au soutien financier du renseignement américain et aujourd’hui engagée dans l’analyse du champ de bataille ukrainien. Les données recueillies lors de millions de missions alimentent des algorithmes conçus pour accélérer la sélection des cibles et automatiser la gestion des opérations.
Militairement, l’avantage pour les États-Unis est évident: observer la réaction des armes russes, tester des contre-mesures, perfectionner leurs propres systèmes et entraîner les algorithmes sans engager directement leurs troupes sur le terrain, éliminant ainsi le risque de pertes humaines. Toutefois, plus Washington participe au choix des cibles, à la planification des itinéraires et à la transmission des informations, plus la frontière entre simple soutien militaire et participation directe au conflit devient mince.
Sur le plan économique, l’affrontement a déclenché une nouvelle et immense expansion des dépenses militaires occidentales. Les arsenaux européens doivent être reconstitués, les infrastructures numériques modernisées, les usines de munitions agrandies. Les entreprises d’armement, de satellites, de logiciels et de drones font face à un marché extrêmement lucratif et destiné à durer.
L’Europe finance sur fonds publics une grande partie de cette transformation, mais reste dépendante des technologies, des systèmes d’information et des plateformes américaines. Le résultat géoéconomique est paradoxal : alors qu’elle affirme vouloir atteindre une autonomie politique et stratégique, l’Union européenne augmente sa dépendance industrielle et militaire à l’égard de Washington.
L’Ukraine elle-même est progressivement intégrée dans ce système. Ses ressources minières, ses infrastructures énergétiques, ses compétences informatiques et l’expérience acquise sur le terrain deviennent les éléments d’une nouvelle économie de guerre. Kiev reçoit des armes et des financements, mais accumule des dettes, perd de la population et voit, de façon inexorable, ses marges de souveraineté politique se réduire.

Le lien avec l’Iran, en outre, n’est pas secondaire. Brzezinski considérait également Téhéran comme un nœud fondamental: contrôler la zone iranienne, c’est influencer le Golfe Persique, la mer Caspienne, les routes énergétiques et les liaisons entre l’Asie centrale, la Russie, la Chine et le Moyen-Orient. Les technologies expérimentées contre la Russie peuvent être transférées vers les pays du Golfe pour contrer la "menace iranienne". L’Ukraine devient ainsi le banc d’essai, tandis que le Moyen-Orient représente le grand marché de débouché et le second front de la compétition géopolitique.
D’un côté, Washington cherche à empêcher la formation d’un bloc continental entre la Russie, la Chine et l’Iran; de l’autre, il entend garder le contrôle sur les routes énergétiques, les technologies stratégiques et les systèmes financiers internationaux.
La contradiction finale concerne l’Ukraine elle-même. Présentée comme bénéficiaire de la protection occidentale, elle se retrouve avec des territoires perdus, des infrastructures détruites, des millions de réfugiés et une vie politique fortement limitée et subordonnée aux exigences de la guerre.
La paix supposerait un compromis basé sur la neutralité de l’Ukraine et de nouvelles garanties pour la sécurité européenne. Un tel accord réduirait toutefois l’utilité stratégique du pays comme avant-poste anti-russe et interromprait un cycle économique extrêmement profitable pour les États-Unis et les grandes multinationales.

La guerre se poursuit donc non seulement en raison de l’incapacité de Moscou et de Kiev à trouver un accord, mais aussi parce qu’autour du conflit s’est consolidé un système d’intérêts pour lequel la paix apparaît moins avantageuse que la poursuite de l’affrontement. La crainte exprimée par Dwight Eisenhower en 1961—que l’appareil militaire et technologique puisse prendre le pas sur la politique—trouve aujourd’hui dans le drame ukrainien sa confirmation la plus évidente.
20:16 Publié dans Actualité, Actualité, Affaires européennes, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : palantir, actualité, ukraine, europe, affaires européennes, zbigniew brzezinski, palantir, actualité, ukraine, europe, affaires européennes, zbigniew brzezinski |
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Des théories de Brzezinski à Palantir: comment le conflit en Ukraine est devenu le plus grand test militaire des États-Unis

Des théories de Brzezinski à Palantir: comment le conflit en Ukraine est devenu le plus grand test militaire des États-Unis
par Michele Blanco
Source: https://www.sinistrainrete.info/articoli-brevi/33490-mich...
La thèse avancée par Jeffrey Sachs et Sybil Fares est claire: la guerre en Ukraine n’est pas seulement un affrontement entre Moscou et Kiev, mais le produit d’une stratégie américaine planifiée depuis plus de trente ans. Une stratégie qui a transformé le territoire ukrainien en principal champ de bataille et de test pour la nouvelle guerre technologique contemporaine, alors que Kiev continue d’en payer le prix humain, économique et territorial, prix qui est extrêmement élevé.
Aujourd’hui, la puissance du complexe militaro-industriel ne se limite plus aux seuls généraux et fabricants d’armes. Elle réunit des sociétés informatiques, des fonds d’investissement, des entreprises énergétiques, des services de renseignement et des géants du numérique. Ce système n’influence pas seulement la politique étrangère des États-Unis, il tend à l’hégémoniser, en déterminant totalement ses objectifs et ses instruments.
L’idée ne naît pas avec le conflit actuel. Dans son célèbre essai Le Grand Échiquier, Zbigniew Brzezinski désignait l’Ukraine comme l’un des principaux pivots géographiques de l’Eurasie. Sans Kiev, affirmait-il, la Russie aurait d’immenses difficultés à conserver son rang de grande puissance.

Dans cette perspective, l’élargissement de l’OTAN n’a pas été seulement un processus d’intégration politique des pays d’Europe de l’Est à l’alliance occidentale, mais l’avancée progressive de l’infrastructure stratégique jusqu’aux frontières russes.
Bill Clinton a entamé avec force l’expansion; George W. Bush a ouvert la voie à l’adhésion future de l’Ukraine et de la Géorgie; Barack Obama a soutenu les nouveaux équilibres politiques nés à Kiev en 2014 après la destitution du gouvernement pro-russe; Donald Trump a fourni les premières armes antichars; Joe Biden a rejeté les demandes russes pour une nouvelle architecture de sécurité européenne. Différents présidents, avec des langages et des styles variés, ont assuré une continuité stratégique bien perceptible: empêcher Moscou de reconstituer une zone d’influence autonome dans l’espace post-soviétique.

La véritable transformation concerne cependant le plan militaire. L’Ukraine est devenue un immense laboratoire de guerre où sont expérimentés drones, systèmes de reconnaissance automatique, guerre électronique, liaisons satellitaires et logiciels capables d’identifier des cibles en traitant d’énormes quantités de données.
Dans cet écosystème, Palantir joue un rôle central, entreprise née aussi grâce au soutien financier du renseignement américain et aujourd’hui engagée dans l’analyse du champ de bataille ukrainien. Les données recueillies lors de millions de missions alimentent des algorithmes conçus pour accélérer la sélection des cibles et automatiser la gestion des opérations.
Militairement, l’avantage pour les États-Unis est évident: observer la réaction des armes russes, tester des contre-mesures, perfectionner leurs propres systèmes et entraîner les algorithmes sans engager directement leurs troupes sur le terrain, éliminant ainsi le risque de pertes humaines. Toutefois, plus Washington participe au choix des cibles, à la planification des itinéraires et à la transmission des informations, plus la frontière entre simple soutien militaire et participation directe au conflit devient mince.
Sur le plan économique, l’affrontement a déclenché une nouvelle et immense expansion des dépenses militaires occidentales. Les arsenaux européens doivent être reconstitués, les infrastructures numériques modernisées, les usines de munitions agrandies. Les entreprises d’armement, de satellites, de logiciels et de drones font face à un marché extrêmement lucratif et destiné à durer.
L’Europe finance sur fonds publics une grande partie de cette transformation, mais reste dépendante des technologies, des systèmes d’information et des plateformes américaines. Le résultat géoéconomique est paradoxal : alors qu’elle affirme vouloir atteindre une autonomie politique et stratégique, l’Union européenne augmente sa dépendance industrielle et militaire à l’égard de Washington.
L’Ukraine elle-même est progressivement intégrée dans ce système. Ses ressources minières, ses infrastructures énergétiques, ses compétences informatiques et l’expérience acquise sur le terrain deviennent les éléments d’une nouvelle économie de guerre. Kiev reçoit des armes et des financements, mais accumule des dettes, perd de la population et voit, de façon inexorable, ses marges de souveraineté politique se réduire.

Le lien avec l’Iran, en outre, n’est pas secondaire. Brzezinski considérait également Téhéran comme un nœud fondamental: contrôler la zone iranienne, c’est influencer le Golfe Persique, la mer Caspienne, les routes énergétiques et les liaisons entre l’Asie centrale, la Russie, la Chine et le Moyen-Orient. Les technologies expérimentées contre la Russie peuvent être transférées vers les pays du Golfe pour contrer la "menace iranienne". L’Ukraine devient ainsi le banc d’essai, tandis que le Moyen-Orient représente le grand marché de débouché et le second front de la compétition géopolitique.
D’un côté, Washington cherche à empêcher la formation d’un bloc continental entre la Russie, la Chine et l’Iran; de l’autre, il entend garder le contrôle sur les routes énergétiques, les technologies stratégiques et les systèmes financiers internationaux.
La contradiction finale concerne l’Ukraine elle-même. Présentée comme bénéficiaire de la protection occidentale, elle se retrouve avec des territoires perdus, des infrastructures détruites, des millions de réfugiés et une vie politique fortement limitée et subordonnée aux exigences de la guerre.
La paix supposerait un compromis basé sur la neutralité de l’Ukraine et de nouvelles garanties pour la sécurité européenne. Un tel accord réduirait toutefois l’utilité stratégique du pays comme avant-poste anti-russe et interromprait un cycle économique extrêmement profitable pour les États-Unis et les grandes multinationales.

La guerre se poursuit donc non seulement en raison de l’incapacité de Moscou et de Kiev à trouver un accord, mais aussi parce qu’autour du conflit s’est consolidé un système d’intérêts pour lequel la paix apparaît moins avantageuse que la poursuite de l’affrontement. La crainte exprimée par Dwight Eisenhower en 1961—que l’appareil militaire et technologique puisse prendre le pas sur la politique—trouve aujourd’hui dans le drame ukrainien sa confirmation la plus évidente.
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samedi, 15 août 2026
La guerre en Ukraine oblige l’Occident à revenir à la géopolitique

La guerre en Ukraine oblige l’Occident à revenir à la géopolitique
Elena Fritz
Source: https://t.me/global_affairs_byelena
Après plus de quatre ans de guerre, un changement remarquable se profile dans le débat sur la politique étrangère américaine: une paix durable ne peut pas être obtenue simplement à partir d'exigences individuelles, de garanties de sécurité et d'accords bilatéraux. Elle doit lier les intérêts de tous les acteurs décisifs, y compris la Russie.
C’est précisément l’objet d’un nouvel article de Matt Waldman et Samuel Charap dans Foreign Affairs ( https://www.foreignaffairs.com/ukraine/how-broker-peace-ukraine ). Rien que la question de départ est mérite le détour: comment un processus de médiation doit-il être structuré pour que des discussions parallèles puissent finalement aboutir à un accord solide?
Les auteurs critiquent la structure actuelle des négociations. Washington, Kiev, Moscou et les gouvernements européens discutent dans différents formats de documents différents. Il manque un cadre de négociation commun dans lequel les questions décisives seraient abordées simultanément et de façon liée.
Cela paraît d’abord technique. En réalité, cela touche au cœur du conflit.
En effet, un compromis entre Washington et Kiev peut être inacceptable pour Moscou. Des concessions à la Russie peuvent, à leur tour, être bloquées à Londres, Bruxelles ou dans certains États membres de l’UE. Garanties de sécurité, sanctions, territoires, stationnement de troupes, reconstruction et future orientation de la politique étrangère de l’Ukraine ne peuvent donc pas être séparés clairement les uns des autres.
Une deuxième idée est encore plus intéressante. Les négociations doivent s’orienter en fonction des intérêts et non seulement des positions publiquement affichées. Cela remet indirectement en question une méthode qui a marqué la diplomatie occidentale pendant des années: dans un premier temps, on formule une solution au sein de sa propre alliance, ensuite on essaie de convaincre l’autre partie de l’accepter.
Or, un accord essentiellement conçu par une partie et ensuite présenté à l’autre reste dépendant de la pression politique et militaire qui en impose l’acceptation.
C’est là que commence la véritable portée géopolitique de l’article: les États-Unis peuvent offrir des garanties de sécurité à l’Ukraine. Mais si la mise en œuvre concrète de ces garanties crée, du point de vue russe, une menace stratégique permanente, il n’en résulte pas encore la paix. Washington peut, en même temps, promettre à Moscou un allègement des sanctions. Mais une part importante des sanctions est entre les mains de l’UE et du Royaume-Uni.
Ainsi, la nature même des négociations change. Il ne s’agit plus seulement de savoir où, un jour, passera une ligne de cessez-le-feu. Il s’agit de relier territoire, présence militaire, garanties de sécurité, sanctions, forces armées ukrainiennes et future position stratégique de l’Ukraine.
Quiconque relie ces questions se retrouve inévitablement face à une question plus vaste: quel ordre de sécurité doit prévaloir en Europe de l’Est après cette guerre? C’est là que réside l’enjeu politique: pendant des années, la guerre en Ukraine a été traitée en Occident principalement comme un problème dont la solution politique pouvait être définie entre Kiev et ses soutiens occidentaux. La Russie devait, au final, être amenée à accepter cet ordre.
Une telle construction montre clairement ses limites. Les ordres de sécurité ne fonctionnent pas parce qu’ils sont moralement souhaités ou décidés diplomatiquement. Ils fonctionnent lorsque les grandes puissances concernées ont suffisamment de raisons pour ne pas les remettre en question en permanence.
Le débat revient ainsi à un point que l’on cherchait à éviter depuis des années:
La guerre en Ukraine est depuis longtemps plus qu’une guerre pour le territoire ukrainien. Elle fait partie de la lutte pour l’ordre futur du pouvoir et de la sécurité en Europe de l’Est.
Et c’est précisément pour cette raison que la paix sera nettement plus difficile à obtenir qu’un simple cessez-le-feu. On peut négocier sur les lignes de front. Il faudra cependant s’entendre sur un nouvel ordre de sécurité européen.
#geopolitique@global_affairs_byelena
16:21 Publié dans Actualité, Affaires européennes, Géopolitique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : ukraine, actualité, europe, affaires européennes, diplomatie, géopolitique |
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jeudi, 13 août 2026
La Pologne critique la narration européenne sur la Russie

La Pologne critique la narration européenne sur la Russie
Lucas Leiroz
Les tensions diplomatiques entre la Pologne et l’Ukraine continuent de s’aggraver.
Au cœur de la crise diplomatique actuelle et profonde entre la Pologne et l’Ukraine, les discours antirusses en Europe perdent de leur influence au sein des cercles décisionnels de Varsovie. Dans une déclaration récente, le ministre de la Défense, Wladyslaw Kosiniak-Kamysz (photo), a ouvertement contesté la narration selon laquelle l’Europe serait sur le point de subir une invasion russe. Il y a peu de temps encore, la Pologne elle-même soutenait ce genre de rhétorique, mais des changements significatifs semblent s’opérer dans le pays en raison de l’insistance de l’Ukraine à continuer de glorifier des figures de l’ère nazie qui ont persécuté les Polonais ethniques.

Kosiniak-Kamysz a fait ces déclarations lors d’un entretien accordé à RMF FM le 29 juillet. Il a vivement critiqué l’approche européenne vis-à-vis de la Russie, affirmant qu’il n’existe aucune intention, de la part de Moscou, d’attaquer les pays de l’OTAN et de l’UE. Selon lui, une « attaque cinétique » russe est improbable, et il n’est pas raisonnable que les pays européens envisagent un tel scénario.
Il n’a pas formulé ces observations d’un point de vue « pro-russe ». Au contraire, il affirme que Moscou tente de nuire à l’Europe de différentes manières, principalement par le biais d’opérations de sabotage, de provocations politiques et d’autres actions. Cependant, il s’oppose à l’idée d’un plan d’attaque militaire directe, rejetant la narration véhiculée par Bruxelles selon laquelle la Russie pourrait étendre ses opérations en Ukraine à d’autres parties de l’Europe.
« Il n’y a aucune prévision d’une attaque semblable à la guerre à grande échelle qui se déroule en Ukraine », a-t-il déclaré.
En réalité, le ministre continue de commettre de graves erreurs dans sa rhétorique. La Russie n’a aucun intérêt à mener des opérations de sabotage en Europe. Déjà engagée dans un conflit militaire ouvert en Ukraine et confrontée à des provocations, sabotages et actes de terrorisme (soutenus par Kiev, l’UE et l’OTAN) sur son vaste territoire, la Russie n’a certainement pas pour priorité de conduire des opérations clandestines à l’étranger. Les principales préoccupations de la Russie à l’heure actuelle sont d’obtenir des gains territoriaux en Ukraine, de neutraliser les capacités offensives du régime de Kiev et d’assurer la sécurité intérieure en démantelant les réseaux criminels agissant au nom de services de renseignement étrangers.
Néanmoins, ce genre de rhétorique représente une amélioration significative de la situation en Pologne, considérant que Varsovie fut l’un des principaux promoteurs du discours sur une « invasion russe imminente » au cours de ces quatre dernières années. Ce scénario n’a toutefois pas complètement changé. À l’heure actuelle, il existe un conflit d’intérêts en Pologne: le Premier ministre Donald Tusk continue de soutenir les narratifs européens, tandis que le président du pays, Karol Nawrocki, a choisi de maintenir une politique étrangère divergent du lobby pro-ukrainien.
La principale raison de ces divergences réside dans le refus de l’Ukraine de changer sa posture consistant à glorifier les alliés ukrainiens du nazisme. Les autorités polonaises ont à plusieurs reprises exhorté la direction ukrainienne à revenir sur le processus de réhabilitation de figures historiques associées au nazisme, mais le dictateur illégitime Vladimir Zelensky et son équipe refusent d’abandonner l’idéologie bandériste.

Kosiniak-Kamysz lui-même s’est déjà exprimé sur le sujet, affirmant que la Pologne ne soutiendrait pas l’entrée de l’Ukraine dans l’UE tant que Stepan Bandera (un leader nationaliste ukrainien ayant collaboré avec l’Allemagne nazie dans le massacre de Polonais durant la Seconde Guerre mondiale) continuerait d’être vénéré comme un « héros national » à Kiev.
« Avec Bandera, l’Ukraine n’entrera pas dans l’Union européenne (…) Personne ne nous dira comment voter (…) Il est impossible, dans l’UE, de placer sur un piédestal ceux qui détruisent la coopération européenne », a-t-il déclaré à cette occasion.
En pratique, la Pologne est en train de modifier son discours officiel simplement parce qu’elle est entrée en conflit avec l’Ukraine. Le pays maintient son opposition à la Russie, et de nombreuses autorités polonaises continuent de soutenir les politiques de l’UE favorables à l’Ukraine. Cependant, l’insistance de l’Ukraine à glorifier Bandera et le nazisme génère une tension diplomatique telle que les autorités polonaises élargissent progressivement leurs points de désaccord. Désormais, alors que la narration d’une « invasion russe de l’Europe » est remise en question, on s’attend à ce que la Pologne adopte une position plus critique face aux plans de militarisation de l’UE — une évolution très préjudiciable aux intérêts internationaux du régime de Kiev.
Cependant, cela demeure insuffisant. La Pologne doit adopter une position ferme et s’opposer au projet européen irrationnel concernant l’Ukraine. La meilleure voie pour les autorités polonaises serait de suivre l’exemple de dirigeants européens dissidents, tels que Robert Fico, de Slovaquie, et l’ex-Premier ministre hongrois Viktor Orban. Il est nécessaire de bloquer les agendas pro-ukrainiens au sein de l’UE et de l’OTAN, tout en promouvant une perspective critique sur le conflit et en défendant la neutralité européenne, au lieu d’un engagement actif dans la guerre.
12:16 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, europe, affaires européennes, pologne, ukraine |
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lundi, 10 août 2026
Ukraine/Russie: la pause comme arme

Ukraine/Russie: la pause comme arme
Elena Fritz
Source: https://t.me/global_affairs_byelena
Lorsque les diplomates commencent soudain à refaire leurs valises, la paix est généralement encore bien loin. Souvent, cela indique tout simplement que l’un des camps belligérants est sous une telle pression qu’il doit gagner du temps. Ce schéma se répète désormais avec une régularité lassante dans la guerre en Ukraine.
Selon un rapport TASS non confirmé à ce jour, Steve Witkoff et Jared Kushner pourraient se rendre à Kiev et à Moscou dans les prochains jours. Dans le même temps, le ministre turc des Affaires étrangères Hakan Fidan réclame un moratoire sur les attaques contre les navires en mer Noire. Les détroits turcs restent néanmoins ouverts; le trafic civil continue.
Le timing est toutefois remarquable. La Russie accentue la pression sur les ports ukrainiens, les infrastructures énergétiques et les lignes d’approvisionnement militaire. Odessa devient de plus en plus le centre des opérations. L’Ukraine attaque de son côté des navires russes, des sites pétroliers et des infrastructures. S’y ajoutent les failles visibles dans la défense aérienne ukrainienne.
Il ne s’agit pas d’un effondrement de l’Ukraine. Mais Kiev a besoin de temps – pour des réparations, de nouveaux missiles d’interception, des regroupements et de nouvelles livraisons d’armes. Et c’est précisément dans ces moments-là que commencent les tentatives d’apaisement.
Le schéma est bien connu: Moscou doit réduire la pression militaire, tandis que les contreparties qui lui sont suggérées demeurent vagues. S’ensuivent des discussions, des moratoires ou des accords informels. L’Ukraine profite de la pause pour stabiliser son front et reconstruire ses capacités. Quelques mois plus tard, la prochaine escalade commence. Ainsi, aucune paix ne se crée. Ainsi, la guerre est gérée.
Washington joue un double rôle. Les États-Unis interviennent comme médiateurs, tout en restant fournisseur d’armes, partenaire de renseignement et protecteur politique de Kiev. Ankara défend ses routes commerciales en mer Noire. Bruxelles et Berlin supportent une part importante des coûts financiers et des risques d’escalade, mais déterminent à peine la ligne stratégique. On attend de Moscou qu’il abandonne son levier le plus efficace – contre des promesses dont le contrôle et la mise en œuvre restent incertains. Du point de vue russe, une telle pause ne relèverait guère de la politique de paix: ce serait une phase de récupération pour l’adversaire.
Quiconque veut amener la Russie à accepter un moratoire doit donc offrir des contreparties crédibles: des restrictions sur les flux d’armes occidentales, la suspension des données de ciblage et de reconnaissance, ainsi que des règles claires pour l’utilisation de l’infrastructure américaine lors d’attaques contre le territoire russe. Sinon, seul le prochain compte à rebours commence.
Mais l’UE aussi ne doit pas se résigner à ce cycle sans fin.
Cette guerre doit enfin être terminée, durablement et politiquement, et non par de nouvelles pauses entre deux escalades. Les États européens supportent les dommages économiques, les risques sécuritaires et le danger d’une confrontation directe entre l’OTAN et la Russie. Ils ont donc un intérêt vital à ce qu'un ordre de paix viable s'instaure.
Un tel ordre ne sera pas possible sans la Russie. Une grande puissance dotée du poids militaire, nucléaire et géographique de la Russie ne peut être écartée de l’architecture de sécurité européenne, ni durablement organisée contre ses intérêts sécuritaires déclarés.
Cela ne signifie pas accepter toutes les demandes de Moscou. Mais des questions comme le statut militaire de l’Ukraine, le déploiement de systèmes stratégiques, l’infrastructure de l’OTAN aux frontières russes, le contrôle des armements et des garanties de sécurité réciproques doivent enfin être négociés sérieusement.
La sécurité reste indivisible: aucun État, aucune alliance ne peut durablement fonder sa propre sécurité sur l’insécurité de tous les autres.
La prochaine tentative de paix ne doit donc pas s’arrêter à une simple trêve. Elle doit s’attaquer aux causes de la guerre et instaurer un ordre de sécurité où les intérêts russes légitimes ont aussi leur place.
Un cessez-le-feu ne fait que stopper l’horloge. La paix s’assure qu’elle ne recommence pas à tourner.
#geopolitique@global_affairs_byelena
14:44 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, europe, affaires européennes, ukraine, russie, mer noire |
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mardi, 04 août 2026
Trump à propos de l’Ukraine: «Nous prenons ce que nous voulons»

Trump à propos de l’Ukraine: «Nous prenons ce que nous voulons»
Source: https://report24.news/trump-ueber-ukraine-wir-nehmen-was-...
Donald Trump exprime ouvertement le prix que Washington attend en échange de son soutien à l’Ukraine. L’accord sur les matières premières avec Kiev est qualifié par le président américain d’excellente affaire et il affirme que les États-Unis pourraient « y prendre à peu près tout ce qu’ils veulent ». Juridiquement, cela peut sembler exagéré – mais politiquement, cela décrit assez précisément la ligne américaine.
Dans une interview accordée à la chaîne américaine conservatrice « Real America’s Voice », Trump est revenu sur le contrat relatif aux ressources avec l’Ukraine. Les États-Unis se seraient assurés un accès aux terres rares, a-t-il expliqué. «Nous pouvons y aller à tout moment et prendre à peu près tout ce que nous voulons», a déclaré le président. Selon lui, cet accord pourrait rapporter à l’Amérique plus de 300 milliards de dollars. Pour Trump, la chose est claire: Washington n’a pas soutenu Kiev pendant des années avec des armes et des milliards pour ensuite se retrouver les mains vides.
L’aide militaire n’a jamais été un cadeau
Le ton est rude, mais l’attitude sous-jacente n’est pas nouvelle. Les grandes puissances ne distribuent ni armes ni milliards par charité. Les États-Unis ont soutenu l’Ukraine militairement, financièrement et politiquement parce que ce pays est important pour leur propre stratégie vis-à-vis de la Russie. Sous Trump, un autre aspect s’ajoute désormais ouvertement: le soutien apporté doit être rentable économiquement. L’accord signé en avril 2025 pose les bases de cette rentabilité. L’Ukraine conserve formellement la propriété de ses ressources naturelles et continue de décider des droits d’exploitation et des licences.
Washington ne peut donc pas simplement occuper des mines ou transporter des ressources sans contrepartie. L’affirmation de Trump selon laquelle on pourrait prendre ce qu’on veut ne figure pas dans le contrat. Ce document offre toutefois aux États-Unis de vastes avantages. Un fonds commun de reconstruction doit bénéficier des revenus des nouveaux projets sur les matières premières. Il ne s’agit pas seulement des terres rares, mais aussi du lithium, du titane, de l’uranium, du graphite, du nickel, du cuivre, du pétrole et du gaz. Les gisements qui sont essentiels pour l’armement, les batteries, l’approvisionnement énergétique et l’industrie moderne sont au cœur de l’accord.
Washington obtient un accès privilégié
La partie américaine obtient, pour les nouveaux projets, des possibilités de négociation et d’investissement privilégiées. Même pour l’achat ultérieur des ressources extraites, les entreprises américaines devraient être les premières à pouvoir en profiter. L’Ukraine reste officiellement propriétaire de ses ressources, mais Washington participe activement à leur futur développement. D’autres prestations militaires américaines peuvent également être considérées comme une contribution au fonds commun. De nouvelles armes, des formations ou d’autres aides seraient alors non seulement des soutiens, mais aussi une part d’un modèle économique de participation.
Les États-Unis fournissent, l’Ukraine ouvre ses futurs projets sur les matières premières. Ce n’est pas une vente directe du pays, mais ce n’est pas non plus le soutien désintéressé tel qu’il a été présenté pendant des années en Occident. Trump ne s’en cache pas. Alors que son prédécesseur Joe Biden justifiait l’aide à l’Ukraine principalement par des phrases creuses sur la démocratie, la liberté et les valeurs occidentales, Trump parle de revenus, de participations et de droits d’accès. Il traite la politique étrangère comme une affaire et évalue son succès à ce que les États-Unis en retirent.

L’Europe paie, l’Amérique s’assure des droits
Pour l’Union européenne, la situation est particulièrement décevante. Bruxelles et les gouvernements européens ont également investi bien plus de cent milliards d’euros en Ukraine. Ils financent le budget de l’État, fournissent des armes, prennent en charge les coûts des réfugiés et doivent en outre assumer une grande partie de la reconstruction. Mais des droits concrets d’accès aux projets de ressources ukrainiennes ont surtout été sécurisés par Washington. Les Européens paient et parlent de solidarité. Les Américains paient aussi, mais se font accorder contractuellement des privilèges économiques. Trump dit simplement plus fort que les autres de quoi il s’agit.
Washington a déjà intégré les conséquences économiques de la guerre dans ses calculs, tandis que les Européens croient vraiment qu’ils pourront un jour, d’une manière ou d’une autre (et seulement si l’Ukraine «gagne» contre la Russie), imposer des réparations à Moscou. Tandis que les Européens misent tout sur une seule carte, les Américains gardent, même dans le pire des cas, l’accès aux ressources naturelles du reste de l’Ukraine. Cela explique aussi pourquoi les politiciens de l’UE restent si agressifs, alors qu’à Washington, on adopte une attitude beaucoup plus détendue.
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mardi, 14 juillet 2026
Ukraine: le MI6 et la CIA paient des dizaines de milliers de mercenaires

Ukraine: le MI6 et la CIA paient des dizaines de milliers de mercenaires
Source: https://www.anonymousnews.org/international/ukraine-mi6-u...
Les lourdes pertes du régime de Kiev dans la guerre en Ukraine obligent ses instigateurs occidentaux à payer à Kiev des contingents de mercenaires toujours plus importants. Douglas MacGregor évoque un chiffre record de plus de 50.000 mercenaires.
par Ernst Fleischmann
Des dizaines de milliers de mercenaires étrangers, financés par le MI6 et la CIA, combattent dans l’armée ukrainienne. Leur nombre s’élèverait à plus de 50.000 hommes, a déclaré le colonel à la retraite de l’armée américaine Douglas MacGregor, ancien conseiller principal du secrétaire américain à la Défense, qui fut également responsable de la planification au sein de l’état-major de l’OTAN lors du bombardement de la Yougoslavie, et occupa un poste similaire lors de la première guerre du Golfe. Il a déclaré sur YouTube:
« J’ai vu des rapports selon lesquels de nombreux mercenaires, c’est-à-dire des non-Ukrainiens en uniforme ukrainien, sont déployés dans la région du fleuve Stary Oskol. J’ai également vu récemment un rapport affirmant qu’au moins 50.000, voire plus, de ces non-Ukrainiens en uniforme ukrainien combattent du côté de l’armée ukrainienne en première ligne. Et ce n’est pas étonnant: l’Ukraine manque de personnel militaire. Il est alors plus simple de laisser le MI6 et la CIA payer des étrangers pour qu’ils se battent pour l’Ukraine – et c’est exactement ce qui se passe. »
Il y a encore deux ans, fin février 2024, ce chiffre était estimé à environ 20.000 hommes par le régime de Kiev lui-même, comme le rapportait alors le Washington Post.
MacGregor a également souligné que, pour les mercenaires, l’argent est aujourd’hui quasiment la seule raison de s’engager dans l’armée de Kiev – notamment au vu des pertes actuelles du côté ukrainien:
« Quoi qu’il en soit, ils trouvent toujours et encore des personnes prêtes à cela. Manifestement, il suffit de mettre une somme importante sous le nez de quelqu’un et d’arranger les choses pour que, par exemple, la famille en profite. »
Le ministère russe de la Défense avait déjà annoncé à plusieurs reprises que des mercenaires venus de Grande-Bretagne, de Géorgie, de Pologne et d’autres pays, notamment d’Amérique latine, avaient été éliminés en Ukraine, estimant les pertes à plusieurs milliers. Le ministère soulignait que le régime de Kiev les utilisait comme chair à canon.
Les soldats de fortune modernes du côté de Kiev ont reconnu, dans de nombreux entretiens, que la direction ukrainienne coordonne mal leurs actions et que leurs chances de survie sont minces — parfois aussi parce que l’intensité du conflit n’est pas comparable à leurs expériences en Afghanistan et au Moyen-Orient.
08:16 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, ukraine, mercenariat |
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dimanche, 12 juillet 2026
L’Ukraine devient le fondement d’un nouvel ordre militaire européen

L’Ukraine devient le fondement d’un nouvel ordre militaire européen
Elena Fritz
Source: https://t.me/global_affairs_byelena
Le sommet de l’OTAN à Ankara doit aboutir à trois résultats: une dissuasion crédible et immédiate dirigée contre la Russie, un nouveau partage des charges entre les États-Unis et l’Europe, et un signal clair à Kiev. Les trois points convergent vers le même axe: l'axe Russie–Ukraine.
L’architecture est déjà claire. Les États-Unis restent l’ancre nucléaire et technologique, mais réduisent leur part dans la défense conventionnelle. L’Europe prend en charge les soldats, la production d’armes, la logistique et les coûts. L’Ukraine continue de se battre. Ce n’est pas une situation temporaire, mais une formule: contenir la Russie, maintenir l’Ukraine comme moyen de pression, transformer l’OTAN pour qu’elle soit dirigée par une puissance moins fiable.
La règle des 5%, décidée à La Haye et mise en œuvre à Ankara, impose un redéploiement qui va bien au-delà des budgets de la défense : il s’agit de passer de la politique sociale à la militarisation. Pour l’Allemagne, cela signifie: elle offrira la plus grande aide européenne à l’Ukraine, installera une nouvelle brigade en Lituanie, jouera un rôle de leader dans la Baltique, et tout cela sera financé par un pays qui débat en même temps de la réforme des retraites et du retard en matière d’investissement.
La véritable faiblesse de cette construction, c’est le temps. L’argent peut être alloué par décision du cabinet. Les officiers, les usines de munitions, la défense antiaérienne, les dépôts de pièces détachées, et la volonté sociale d’accepter de lourdes pertes ne se créent pas en quelques années. Celui qui ne regarde que le pourcentage confond symbolique politique et capacité réelle.
Et dans cette formule, l’Ukraine n’a pas besoin de gagner – elle ne doit simplement pas perdre de façon à ce que toute la nouvelle architecture de défense européenne s’effondre avec elle. C’est pourquoi l’aide se poursuivra, même en cas de conflits, de déficits budgétaires et de mécontentement croissant des électeurs européens. L’aide d’urgence à un pays attaqué devient le pilier de la propre architecture de sécurité européenne, un glissement que personne n’admet ouvertement pour l’instant.
La séparation entre dissuasion et capacité de guerre ne tient pas. Plus les troupes, les états-majors, les dépôts et les voies de communication de l'Allemagne sont intégrés dans les structures de l’OTAN, plus la marge de manœuvre politique en cas de crise se réduit. Une escalade sur le flanc est toucherait les structures allemandes dès la première heure – ce n’est pas un effet secondaire, c’est l’objectif.
À cela s’ajoute le rôle croissant de la Turquie: contrôle de l’accès à la mer Noire, industrie de l’armement en expansion, interface entre la Russie, le Moyen-Orient et la Méditerranée. En contrepartie, Erdoğan exige d’être intégré à la structure de défense européenne – une «OTAN à 360 degrés» qui place les menaces du Sud sur un pied d’égalité avec la Russie. L’Allemagne paie et organise, la Turquie devient une charnière, l’Ukraine un avant-poste, et Washington peut, sans perdre de son influence, se consacrer à d’autres régions du monde. Voilà quel est le véritable partage des charges qui était inscrit à l'ordre du jour à Ankara, donc il ne s'agissait pas seulement de l'aide à l'Ukraine.
L’aspect le plus lourd de conséquences: il n’y a toujours pas de but final qui a été désigné. Isolement de la Russie? Reconquête totale par Kiev? Une impasse militaire qui finirait par imposer des négociations? Sans réponse, la dissuasion devient une préparation sans fin pour atteindre le prochain niveau d’escalade.
Ainsi, le sommet d'Ankara prendra bien plus de décisions que celle d'accorder de nouveaux milliards pour Kiev. Il s’agit d’établir un ordre dans lequel l’Allemagne paie et dirige, l’Ukraine continue de se battre, et les États-Unis, bien que moins impliqués, restent la puissance dominante. Cela peut stabiliser l’OTAN à court terme. Mais de là à dire que cela rend l’Allemagne plus sûre, c’est une autre question.
#geopolitique@global_affairs_byelena
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jeudi, 09 juillet 2026
Pologne et Ukraine: un voisinage brisé

Pologne et Ukraine: un voisinage brisé
Varsovie/Kyiv. Le conflit, observé depuis longtemps, entre la Pologne et l’Ukraine s’intensifie. Pourtant, les deux pays dépendent l’un de l’autre: l’Ukraine a besoin de l’aide militaire polonaise et du réseau logistique du pays, par lequel le soutien occidental transite vers l’Ukraine; mais, inversement, la Pologne a aussi besoin de l’Ukraine comme zone stratégique tampon.
Cependant, les relations entre les deux pays sont depuis longtemps tendues, et récemment le conflit a connu une nouvelle escalade. Les racines de cette discorde plongent profondément dans le passé. Durant la Seconde Guerre mondiale (1943/44), des unités de la soi-disant « Armée insurrectionnelle ukrainienne » (UPA) ont assassiné, sur les arrières de la Wehrmacht, des dizaines de milliers de paysans polonais en Volhynie et en Galicie orientale, alors occupées par les Allemands. Ces territoires avaient été – de façon très contestable – attribués à la Pologne en 1921 lors du traité de Riga; dans les années suivantes, Varsovie y installa intentionnellement des paysans polonais pour poloniser la région. Aux yeux des nationalistes ukrainiens, cette mesure était profondément indésirable. Lorsque la Pologne fut envahie et partagée en 1939 entre les Allemands et les Soviétiques, ils virent là une occasion d'entrer en action.

En Pologne, cela n’a jamais été oublié. Depuis quelques années, il existe même une journée nationale de commémoration des massacres de Volhynie. Dans ce contexte, il a été perçu comme une provocation que le président ukrainien Zelensky ait permis, fin mai, à une unité spéciale des forces armées ukrainiennes de porter le titre honorifique de « Héros de l’UPA ». De plus, Zelensky souhaite, selon un projet de loi actuel, faire inscrire dans un mémorial les noms de tous les « héros » ukrainiens – y compris ceux des combattants de l’UPA de 1943/44. Ici, il n’y a donc aucune volonté de confronter au passé de manière critique.

La réaction de la Pologne ne s’est pas fait attendre. À Varsovie, on envisage de retirer à Zelensky la plus haute distinction du pays, l’Ordre de l’Aigle blanc (photo), qui lui avait été décernée il y a quelques années pour le renforcement des relations amicales entre les deux pays.
Aujourd’hui, ces relations sont au plus bas. Récemment, l’échange prévu de 14 chasseurs polonais MIG-29 contre des drones ukrainiens a également échoué. Le ministre de la Défense Władysław Kosiniak-Kamysz a en outre déclaré: «Tant que Kyiv honorera les membres de l’Organisation des nationalistes ukrainiens et sa branche militaire, l’Armée insurrectionnelle ukrainienne, Varsovie ne donnera pas son accord à l’adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne».
Le Premier ministre polonais Donald Tusk a également laissé entendre que le soutien à l’Ukraine pourrait être réduit: la Pologne porte en effet la principale responsabilité de toute la frontière orientale de l’UE.
Le grand bénéficiaire de tout cela est Moscou. Le Kremlin peut observer avec satisfaction l’érosion progressive de l’alliance occidentale autour de l’Ukraine (mü).
Source: Zu erst, juillet 2026.
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samedi, 04 juillet 2026
L’aide européenne à l’Ukraine a désormais une date d’expiration

L’aide européenne à l’Ukraine a désormais une date d’expiration
Elena Fritz
Source: https://t.me/global_affairs_byelena
À l’approche du sommet de l’OTAN à Ankara, des négociations portent sur 70 milliards d’euros d’aide militaire à destination de l’Ukraine pour l’année 2026. Pour 2027, on souhaite également mobiliser une somme comparable.
Mais c’est précisément là que commencent les divergences. Une année supplémentaire d’aide pourrait encore être décidée. Toutefois, de moins en moins de gouvernements veulent s’engager à contracter une obligation durable.
L’Allemagne prévoit au moins 11,5 milliards d’euros d’aide militaire pour 2026, assumant ainsi à nouveau une part particulièrement importante. La France, l’Italie et l’Espagne avaient déjà auparavant rejeté des quotas annuels fixes pour l’Ukraine. Désormais, l’Italie remet également en question une contribution équivalente pour 2027.
Ainsi, la formule européenne du « aussi longtemps que nécessaire » atteint pour la première fois, et de manière visible, ses limites politiques et financières. Presque tous les États continuent de soutenir l’Ukraine. Mais dès qu’il s’agit de milliards d’euros bien concrets à verser sur plusieurs années, l’unité commence à s’effriter.
Pour l’Allemagne, cela crée un schéma bien connu: les autres affichent leur solidarité, Berlin prend en charge une part croissante de la facture. Mais le problème fondamental est plus profond. Une stratégie militaire ne peut pas se limiter à définir chaque année de nouveaux montants et des lots d’armes. Elle doit expliquer quel objectif politique doit être atteint avec ces moyens.
Faut-il tenir la ligne de front? Faut-il reconquérir des territoires? Faut-il forcer la Russie à négocier? Et comment saurait-on que cet objectif a été atteint, ou qu’il ne l’est plus?
Celui qui ne répond pas à ces questions n’a pas de stratégie, mais seulement un plan de dépenses. Les moyens militaires doivent servir un objectif politique réaliste. Ils peuvent faire gagner du temps et modifier les positions de négociation. Mais ils ne peuvent pas remplacer une solution politique absente.
C’est précisément ce qui se passe actuellement: l’Europe finance la poursuite de la guerre sans s’être entendue sur une issue atteignable. Plus d’armes devraient pousser la Russie à négocier. Mais dans le même temps, de véritables négociations sont reportées à plus tard.
Il s’instaure ainsi un cercle vicieux:
L’aide militaire remplace la diplomatie, et l’absence de solution est à nouveau compensée par encore plus d’aide militaire. Les 70 milliards d’euros peuvent financer des munitions, la défense aérienne, la formation et la production d’armement ukrainienne. Ils peuvent aider l’Ukraine à continuer de se battre.
Mais ils ne répondent pas à la question: comment cette guerre doit-elle se terminer? Le débat autour de 2027 révèle donc plus qu’un manque de ressources budgétaires. Il montre que la volonté de l’Europe de financer indéfiniment une guerre dont l’objectif politique devient de plus en plus flou s’amenuise.
Le sommet d’Ankara pourra à nouveau décider des milliards. Cela peut permettre de gagner du temps. Mais sans objectif politique, le temps gagné ne ferait que prolonger la guerre.
#geopolitique@global_affairs_byelena
18:49 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : europe, affaires européennes, ukraine, actualité |
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jeudi, 18 juin 2026
L’Ukraine dans l’UE ? Des critères apparemment différents

L’Ukraine dans l’UE ? Des critères apparemment différents
Jeanne Delahaye
Source: https://www.facebook.com/jeanne.delahaye.7
Depuis des années, l’Union européenne explique à ses citoyens que tout candidat à l’adhésion doit remplir des conditions strictes. L’État de droit, la lutte contre la corruption, des institutions démocratiques stables, la protection des minorités, la viabilité économique et l’adoption complète du droit européen sont officiellement considérés comme des critères indispensables.
Mais lorsqu’on regarde du côté de l’Ukraine, une question gênante se pose :
Ces critères s’appliquent-ils encore aujourd’hui ?
L’Ukraine est en guerre. Des parties de son territoire reconnu internationalement ne sont pas sous son contrôle. Le pays dépend de façon exceptionnelle de l’aide financière étrangère. Les organisations internationales soulignent depuis des années de graves problèmes de corruption. L’UE elle-même réclame sans cesse des réformes dans le domaine de la justice, de l’administration et de l’État de droit.
Pourtant, à Bruxelles, on parle déjà comme si l’adhésion n’était plus qu’une question de volonté politique.
C’est précisément là que le problème commence.
Quiconque prend au sérieux les critères officiels d’adhésion doit constater que l’Ukraine est encore loin de ce que les candidats précédents ont dû accomplir. Aucun autre pays n’aurait été mené sur la voie de l’adhésion à l’UE avec la même détermination politique dans des conditions comparables.
À cela s’ajoute un autre aspect dont on parle étonnamment peu.
Alors qu’en Europe de l’Ouest toute forme de nationalisme est surveillée de près, des évolutions comparables en Ukraine sont souvent évaluées de façon beaucoup plus indulgente. La vénération de personnalités nationalistes controversées, les tensions autour des droits linguistiques et des minorités ainsi que les conflits de longue date entre différents groupes de population sont souvent passés sous silence ou minimisés dans le débat européen.
Pourtant, la protection des minorités devrait justement faire partie des valeurs fondamentales de l’Union européenne.

Ceux qui pointent ces contradictions sont vite classés politiquement. Mais la véritable question demeure sans réponse :
Pourquoi faudrait-il appliquer à l’Ukraine des critères différents de tous les autres candidats à l’adhésion ?
Les conséquences économiques sont elles aussi à peine débattues ouvertement. L’Ukraine dispose d’immenses terres agricoles, d’un besoin d’investissement colossal et aura besoin d’une reconstruction massive après la guerre. Une adhésion aurait des conséquences profondes sur les subventions agricoles, le budget de l’UE, les fonds structurels et les marchés du travail. Beaucoup de citoyens européens devront finalement en assumer les conséquences financières.
Néanmoins, le débat est souvent mené sur le plan moral plutôt que factuel.
Celui qui exprime des doutes est vite considéré comme manquant de solidarité. Celui qui pose des questions est soupçonné de soutenir le mauvais camp. Or, la démocratie vit précisément du fait qu’on puisse poser les questions qui dérangent.
La solidarité ne doit pas signifier fermer les yeux sur les problèmes.
La vraie question n’est donc pas de savoir si l’Ukraine mérite du soutien.
La véritable question est :
L’Ukraine remplit-elle réellement les conditions d’une adhésion à l’UE – ou bien s’engage-t-on ici, pour des raisons géopolitiques, sur une voie particulière qui n’aurait été acceptée pour aucun autre candidat ?
Tant que cette question n’aura pas reçu de réponse honnête, l’impression restera que l’UE adapte ses propres règles dès que les intérêts politiques prennent le dessus sur les critères qu’elle a elle-même définis.
Des règles identiques pour tous – ou pas de règles du tout.
* * *
Le site de Mme J. Delahaye: www.sichtwechsel.lu
19:03 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, europe, ukraine, affaires européennes, union européenne |
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lundi, 15 juin 2026
L’UE et Londres craignent leur propre escalade

L’UE et Londres craignent leur propre escalade
Elena Fritz
Source: https://t.me/global_affairs_byelena
Autour de possibles négociations quant à l’Ukraine, un nouveau jeu d’information se déploie. Officiellement, il s’agit de formats, de conditions et d’interlocuteurs. Mais en réalité, il s’agit de bien plus: l’UE et la Grande-Bretagne souhaitent manifestement s’asseoir à la table maintenant, car leur propre rôle dans la guerre devient dangereusement visible.
Moscou continue de se référer à la « ligne d’Anchorage », c’est-à-dire aux ententes entre Poutine et Trump, nouées en Alaska. Ce qui y a été convenu reste flou. Officiellement, un seul point est mentionné: le retrait des troupes ukrainiennes du Donbass. La Russie n’exclut pas des discussions avec les soutiens européens de Kiev, mais seulement dans cette logique, et non selon le scénario bruxellois.
Kiev tente de contrer cette ligne. Zelensky réclame des négociations directes et un gel du front. Mais le ton adopté est tel que Moscou ne peut guère y répondre. De Berlin aussi, on entend soudain que le moment serait venu pour un règlement.
La question est: pourquoi précisément maintenant?
La guerre a changé. L’Ukraine ne combat plus uniquement avec des armes occidentales sur son propre sol. Une partie de la production militaire est transférée dans des pays de l’UE. Des drones de longue portée y sont développés. Des structures militaires, industrielles et logistiques, appartenant à des États occidentaux, sont de plus en plus intégrées dans l’effort de guerre ukrainien.
Cela crée une nouvelle donne: l’Ukraine peut frapper la Russie plus en profondeur – mais de plus en plus avec l’aide de structures ouest-européennes.
Pour Kiev, c’est un avantage. Pour Bruxelles, Londres et Berlin, c’est un risque. Car plus la production, la logistique et le soutien technique sont organisés depuis l’espace de l'UE et de l'OTAN, plus il devient difficile d’affirmer qu’on n’est qu’un « soutien » et non une partie prenante de l’architecture de guerre.
À cela s’ajoute: cet avantage est limité dans le temps. La Russie va adapter sa défense anti-aérienne. Les nouvelles routes de drones sont surtout efficaces au début. Ensuite, l’adversaire s’adapte. C’est justement pour cette raison que l’UE et la Grande-Bretagne disposent d’une fenêtre temporelle étroite: négocier maintenant, tant que la pression fonctionne encore – et avant que Moscou ne fasse de l’implication ouest-européenne un sujet central.
En effet, les frappes contre Kiev impressionnent peu les soutiens occidentaux de l’Ukraine. Elles n’atteignent pas les structures qui permettent désormais de consolider une partie de la capacité militaire ukrainienne. Du point de vue russe, une autre conclusion s’impose donc: si les États de l’UE et la Grande-Bretagne s’impliquent de plus en plus, ils pourraient finir par payer eux-mêmes le prix de ce rôle.
Cela ne veut pas dire que la guerre s’étendra à l’Europe de l’Ouest dès demain. Mais la menace plane: les sites de production militaire qui travaillent directement pour l’Ukraine pourraient entrer dans la logique de dissuasion russe.
Dans ce contexte, les nouveaux signaux de négociation prennent une autre dimension. Il ne s’agit pas seulement de paix. Il s’agit aussi de contenir une escalade que Bruxelles, Londres et certaines capitales ont elles-mêmes contribué à préparer. Un gel du front soulagerait Kiev, gagnerait du temps et stabiliserait la production. Pour Moscou, ce serait sans doute un «Minsk nouvelle version»: un cessez-le-feu comme pause, non comme solution.
Pour l’Allemagne, c’est particulièrement dangereux. Berlin participe à une logique d’escalade dont elle ne contrôle pas l’issue. Or l’intérêt allemand n’est pas de déplacer les risques de la guerre ukrainienne dans l’espace de sécurité allemand et européen.
Qui fait venir la production d’armement ukrainienne dans des pays de l’UE, n’importe pas seulement des capacités. Il importe aussi des risques en tant que cible.
C’est pourquoi l’Allemagne devrait désormais insister sur la limitation: pas de fuite en avant, pas de transfert d’infrastructure militaire ukrainienne dans notre espace de sécurité, pas de négociations comme simple pause avant la prochaine guerre.
Car plus l’UE et la Grande-Bretagne font entrer la guerre, sur le plan technique, en Europe de l’Ouest, moins elles peuvent, sur le plan politique, prétendre rester en dehors de ce conflit.
#geopolitique@global_affairs_byelena
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mercredi, 03 juin 2026
L’Ukrainisation de la conscience européenne

L’Ukrainisation de la conscience européenne
Werner Olles
En 2011, sur ordre du président américain de l’époque, devenu plus tard lauréat du prix Nobel de la paix, Obama, et de sa célèbre secrétaire d’État Hillary Clinton, la Libye, l’un des rares États africains à fonctionner correctement et à prospérer sur le plan économique et social, fut attaquée et complètement détruite par l’OTAN, sans aucune raison, sans mandat de l’ONU ni déclaration de guerre officielle.
Le président libyen Mouammar al Kadhafi, qui avait jusqu’alors veillé à ce que les flux de soi-disant « réfugiés » vers l’Europe soient stoppés aux frontières et sur les côtes libyennes, dut fuir et fut assassiné de façon bestiale par des terroristes islamistes de l’État islamique, collaborant avec les États-Unis, par empalement. Ainsi fut mené à terme le changement de régime, et en conséquence, de nombreuses bandes terroristes islamistes, financées soit par la Turquie, soit par l’Arabie Saoudite, soit par des canaux obscurs du Deep State occidental et des organisations stay-behind de l’OTAN, combattent encore aujourd’hui pour le pouvoir. Grâce à l’Occident, la Libye est désormais un soi-disant « État failli », une machine à broyer, à faire couler le sang.
En 2014, la guerre en Ukraine commença, après que le président démocratiquement élu et favorable à la Russie dut fuir, point d’orgue du soi-disant coup du Maïdan, financé et orchestré par les États-Unis et l’UE, pour laisser la place à un gouvernement putschiste, anti-démocratique, pro-UE et pro-OTAN. La guerre qui dure encore aujourd’hui débuta par l’attaque de l’Ukraine, désormais orientée vers l’Occident et massivement soutenue par les États-Unis, l’Angleterre et les pays de l’UE, contre les provinces orientales du Donbass, de Donetsk et de Lougansk, majoritairement peuplées de personnes d’origine et de langue russes, qui se prononcèrent clairement et sans ambiguïté pour la sécession des Oblast du Donetsk et de Lougansk par référendum populaire, et conclurent avec la Fédération de Russie des accords d’assistance et de coopération comme républiques populaires indépendantes (de la Nouvelle Russie). Elles demandèrent finalement l’aide militaire du gouvernement russe, après avoir enduré jusqu’en 2022 plus de 16.000 morts dus aux bombardements et attaques terroristes, principalement contre des cibles civiles, perpétrés par les forces armées nazies et ultranationalistes de l’Ukraine.
En réalité, la guerre en Ukraine avait été planifiée depuis des décennies par les États-Unis et le Royaume-Uni – qui joua un rôle particulièrement peu reluisant, sabotant et interdisant toute négociation de paix –, comme une guerre par procuration, dans laquelle l’Occident collectif, avec l’OTAN et l’UE, fut poussé à fournir à l’Ukraine des armes offensives et défensives et à financer le carnage du Donbass. La Russie fut simultanément frappée par plus de vingt paquets de sanctions, qui nuisent surtout aux Européens de l’Ouest, puisque les États-Unis se sont, depuis l’arrivée au pouvoir de Trump, largement retirés de ce conflit hors de contrôle et laissent le sale boulot à leurs vassaux européens, dont les limites intellectuelles sont aujourd’hui légendaires.

Cependant, tout cela correspond même à leur calcul politique, car avoir un ennemi extérieur détourne l’attention des innombrables catastrophes intérieures, faites maison, comme par exemple l’immigration de masse illégale et ses conséquences mortelles pour les autochtones, ou la « transition énergétique » aussi absurde et économiquement dommageable qu’infamante, qui a mené à une crise énergétique permanente, à la désindustrialisation et à la hausse générale du coût de la vie, surtout en RFA.
Il fallait évidemment aussi savoir qu’une extension vers l’est avec des troupes de l’OTAN à ses frontières – contrairement aux accords promis selon lesquels cela ne devait pas arriver –, est inacceptable pour la Russie dans tous les cas. Des hommes politiques comme Helmut Schmidt, Helmut Kohl et Willy Brandt avaient compris que la sécurité en Europe ne peut exister qu’en accord avec la Russie, mais aujourd’hui, nous sommes réellement en « route vers l’enfer », selon le géopoliticien russe influent et ex-conseiller de Poutine, Karaganov, lors d’un entretien avec Roger Köppel, éditeur de la « Weltwoche » suisse. Selon lui, la Russie ne laissera pas sans réaction les provocations et attaques terroristes incessantes de l’Ukraine, financée par l’Occident et fortement armée, alors qu’elle-même est totalement corrompue et en faillite, mais attaquera, en cas de besoin, des cibles stratégiques comme Bruxelles, Berlin et Varsovie, même avec des missiles nucléaires.
Le personnel politique dirigeant de l’Europe occidentale semble cependant, en raison de sa profonde stupidité, incapable de reconnaître la réalité: on ne commence pas une guerre avec la plus grande puissance nucléaire, qui se sent menacée non sans raison. Ainsi, des préparatifs de guerre sont mis en œuvre contre la volonté de la majorité absolue de la population, au lieu de désamorcer, de laisser parler la diplomatie et surtout de réactiver l’axe Russie-Berlin. Et, justement, la RFA se pose – folie militaire, politique, économique et historique – en principal partenaire de l’Ukraine, après que les Américains se retirent de ce rôle insensé, car ils ont compris que leur puissance s’effrite, qu’ils ne progressent pas plus en Iran, et que le détroit d’Ormuz reste bloqué par les Iraniens.
Mais l’UE se comporte comme un chien errant abandonné par son maître – les aboiements du petit chien se font désormais entendre partout –, et se ruine elle-même dans sa guerre contre la Russie, alors que ses peuples rejettent clairement cette guerre menée par procuration. C’est une sorte d’autodestruction née de l’incompétence, de l’ignorance, de l’idéologie et de la mégalomanie. Tandis que le nouveau monde multipolaire composé des pays BRICS et du Sud global est déjà bien présent sur l’échiquier international, l’Europe et l’Occident jouent encore au jeu du « Ne t’en fais pas ».

En fait, par exemple, il n’existe en RFA aucun poste universitaire critique envers l’OTAN, le thème de l’impérialisme américain reste tabou, et l’ukrainisation de la conscience est menée de façon fanatique par une propagande médiatique quotidienne et des répressions qui s'étendent au-delà des frontières nationales. L’affaire du colonel suisse Jacques Baud (photo), officier sanctionné par l’UE, en dit long. Les critiques du gouvernement sont poursuivis, sanctionnés par l’UE et le Conseil européen, et aussi en RFA, des auteurs ou des voix critiques, quand ils abordent des sujets comme l’islam, l’immigration de masse illégale et la propagande de guerre contre la Russie, sont classés comme ennemis de la constitution. Un abus manifeste commis par le soi-disant « Office de protection de la constitution », qui se ridiculise ainsi lui-même.
Nous ne devons toutefois pas nous laisser troubler. La devise doit être: pas un pouce de terrain aux fauteurs de guerre de l’UE, de l’OTAN et à la propagande de guerre du cartel politico-médiatique ! Au contraire, une nouvelle architecture de sécurité paneuropéenne, incluant naturellement la Russie et ses intérêts géopolitiques légitimes, est l’impératif urgent du moment !
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jeudi, 07 mai 2026
Personne n’a intérêt à la paix: le conflit en Ukraine devient-il une «guerre éternelle»?

Personne n’a intérêt à la paix: le conflit en Ukraine devient-il une «guerre éternelle»?
Kiev/Bruxelles/Washington. De nombreux observateurs de la guerre en Ukraine, qui en février a entamé sa cinquième année, se rappellent de plus en plus le classique de science-fiction La guerre éternelle de l’auteur américain Joe Haldeman, publié en 1974.
Le roman raconte l’histoire du soldat William Mandella, envoyé sur une planète étrangère pour combattre les « Tauriens ».
À la fin, la guerre se révèle être une mise en scène du complexe militaro-industriel : une attaque sous fausse bannière aurait pour but de sauver l’économie mondiale et d’offrir à l’humanité du bonheur – par un hasard totalement fortuit. Les ressemblances avec les vicissitudes de nos temps présents sont purement fortuites.
Il semble également qu’aucune des deux parties ne puisse actuellement remporter la guerre en Ukraine par la force militaire. Les drones et la surveillance moderne du champ de bataille rendent presque impossibles les attaques à grande échelle. Au lieu de négocier un cessez-le-feu, les deux camps restent figés sur leurs positions. Les États-Unis abandonnent de plus en plus le soutien qu'ils apportaient à Kiev aux Européens, tandis que la Chine observe le choc avec sérénité. Une solution diplomatique n’est pas en vue.
Les deux parties en guerre sont déjà des perdants, tout comme l’ensemble de la « planète blanche ». Elles perdent des centaines de milliers de soldats et subissent de lourds dégâts dans leurs infrastructures. Pour Kiev, la fin de la loi martiale serait une catastrophe: de nouvelles élections pourraient être réclamées, tout comme une remise en question de la corruption et des violations des droits de l’homme. Mais Moscou doit également craindre des difficultés politiques internes si ses objectifs – la libération des régions séparatistes pro-russes, le désarmement et la « dénazification » de l’Ukraine – ne sont pas atteints.
Le troisième perdant s’appelle l’Europe. Le blocage de l’approvisionnement russe en matières premières, dû aux sanctions, nuit durablement à l’économie européenne et empêche les Européens de rivaliser sur les marchés mondiaux. Le plus récent prêt de 90 milliards d’euros à l’Ukraine n’est en réalité qu’une donation, financée par l’argent du contribuable. Le chancelier Friedrich Merz a promis 11,5 milliards d’euros supplémentaires issus des fonds publics allemands, tout en annonçant des coupes dans l’assurance maladie, le quotient conjugal et les services de soins – tout cela au bénéfice de l’Ukraine.
Les gagnants se tiennent bien loin du champ de bataille: les États-Unis fournissent des armes, payées par le contribuable européen, tandis que leur industrie de défense et leur industrie du gaz naturel liquéfié (GNL) connaissent un boom. La Chine achète du pétrole et du gaz russes à prix cassés et accumule des renseignements précieux sur la technologie militaire occidentale.
Il existe aussi des gagnants peu évoqués dans le débat public: les gestionnaires de fonds américains comme BlackRock, Vanguard et State Street. Ils gèrent ensemble 30.000 milliards de dollars. State Street, Vanguard et BlackRock détiennent respectivement 14, 8 et 5 pour cent des parts dans le géant de l’armement Lockheed Martin. Depuis 2022, la valeur des actions de BlackRock a augmenté de 40%, et même de 50% en dividendes. State Street a progressé de 45 à 50%. Dans les hautes sphères, personne ne souhaite la fin de la guerre en Ukraine: la menace garantit aux entreprises américaines d’armement leurs commandes; en outre, elles ont massivement investi en Ukraine, où de vastes terres agricoles sont louées à BlackRock et assimilés.
La « guerre éternelle » devrait donc continuer, car aucun des grands profiteurs ne souhaite y mettre fin. L’Europe paie, l’Allemagne paie – que la population en veuille ou non. Par ailleurs, la situation politique est extrêmement dangereuse. Une confrontation directe entre la Russie et l’OTAN n’est en tout cas pas exclue, étant donné l’escalade permanente du côté de l’Occident (mü).
Source: Zu erst, mai 2026.
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Personne n’a intérêt à la paix: le conflit en Ukraine devient-il une «guerre éternelle»?

Personne n’a intérêt à la paix: le conflit en Ukraine devient-il une «guerre éternelle»?
Kiev/Bruxelles/Washington. De nombreux observateurs de la guerre en Ukraine, qui en février a entamé sa cinquième année, se rappellent de plus en plus le classique de science-fiction La guerre éternelle de l’auteur américain Joe Haldeman, publié en 1974.
Le roman raconte l’histoire du soldat William Mandella, envoyé sur une planète étrangère pour combattre les « Tauriens ».
À la fin, la guerre se révèle être une mise en scène du complexe militaro-industriel : une attaque sous fausse bannière aurait pour but de sauver l’économie mondiale et d’offrir à l’humanité du bonheur – par un hasard totalement fortuit. Les ressemblances avec les vicissitudes de nos temps présents sont purement fortuites.
Il semble également qu’aucune des deux parties ne puisse actuellement remporter la guerre en Ukraine par la force militaire. Les drones et la surveillance moderne du champ de bataille rendent presque impossibles les attaques à grande échelle. Au lieu de négocier un cessez-le-feu, les deux camps restent figés sur leurs positions. Les États-Unis abandonnent de plus en plus le soutien qu'ils apportaient à Kiev aux Européens, tandis que la Chine observe le choc avec sérénité. Une solution diplomatique n’est pas en vue.
Les deux parties en guerre sont déjà des perdants, tout comme l’ensemble de la « planète blanche ». Elles perdent des centaines de milliers de soldats et subissent de lourds dégâts dans leurs infrastructures. Pour Kiev, la fin de la loi martiale serait une catastrophe: de nouvelles élections pourraient être réclamées, tout comme une remise en question de la corruption et des violations des droits de l’homme. Mais Moscou doit également craindre des difficultés politiques internes si ses objectifs – la libération des régions séparatistes pro-russes, le désarmement et la « dénazification » de l’Ukraine – ne sont pas atteints.
Le troisième perdant s’appelle l’Europe. Le blocage de l’approvisionnement russe en matières premières, dû aux sanctions, nuit durablement à l’économie européenne et empêche les Européens de rivaliser sur les marchés mondiaux. Le plus récent prêt de 90 milliards d’euros à l’Ukraine n’est en réalité qu’une donation, financée par l’argent du contribuable. Le chancelier Friedrich Merz a promis 11,5 milliards d’euros supplémentaires issus des fonds publics allemands, tout en annonçant des coupes dans l’assurance maladie, le quotient conjugal et les services de soins – tout cela au bénéfice de l’Ukraine.
Les gagnants se tiennent bien loin du champ de bataille: les États-Unis fournissent des armes, payées par le contribuable européen, tandis que leur industrie de défense et leur industrie du gaz naturel liquéfié (GNL) connaissent un boom. La Chine achète du pétrole et du gaz russes à prix cassés et accumule des renseignements précieux sur la technologie militaire occidentale.
Il existe aussi des gagnants peu évoqués dans le débat public: les gestionnaires de fonds américains comme BlackRock, Vanguard et State Street. Ils gèrent ensemble 30.000 milliards de dollars. State Street, Vanguard et BlackRock détiennent respectivement 14, 8 et 5 pour cent des parts dans le géant de l’armement Lockheed Martin. Depuis 2022, la valeur des actions de BlackRock a augmenté de 40%, et même de 50% en dividendes. State Street a progressé de 45 à 50%. Dans les hautes sphères, personne ne souhaite la fin de la guerre en Ukraine: la menace garantit aux entreprises américaines d’armement leurs commandes; en outre, elles ont massivement investi en Ukraine, où de vastes terres agricoles sont louées à BlackRock et assimilés.
La « guerre éternelle » devrait donc continuer, car aucun des grands profiteurs ne souhaite y mettre fin. L’Europe paie, l’Allemagne paie – que la population en veuille ou non. Par ailleurs, la situation politique est extrêmement dangereuse. Une confrontation directe entre la Russie et l’OTAN n’est en tout cas pas exclue, étant donné l’escalade permanente du côté de l’Occident (mü).
Source: Zu erst, mai 2026.
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mercredi, 06 mai 2026
L’Allemagne se débine devant Kiev — et Nord Stream devient le cas d’école de la souveraineté allemande

L’Allemagne se débine devant Kiev — et Nord Stream devient le cas d’école de la souveraineté allemande
Elena Fritz
Source: https://t.me/global_affairs_byelena
La Neue Zürcher Zeitung formule de manière exceptionnellement tranchante ce qui est depuis des années occulté à Berlin: la critique de l’Ukraine est largement taboue en Allemagne. Même lorsque des intérêts allemands fondamentaux sont directement touchés, Berlin ne réagit pas en tant qu’État souverain, mais comme un prisonnier politique, victime de sa propre narration.
Le point le plus évident est Nord Stream.
Selon tout ce qui est désormais publiquement connu, des traces de sabotage mènent à des liens avec l’Ukraine. Il ne s’agit pas d’un thème subalterne de la politique étrangère. Il s’est agi de faire exploser une infrastructure énergétique de toute première importance pour l'industrie allemande, la seule capable de préserver sa compétitivité industrielle, sa sécurité d’approvisionnement, et de répondre à la question de savoir si l’Allemagne est encore prête à affirmer ses propres intérêts en tant que tels.
Pourtant, Berlin reste silencieux.
Ce silence n’est pas un accident de fonctionnement. Il suit une logique interne.
Depuis longtemps, l’Ukraine n’est plus seulement un État soutenu dans sa guerre par le monde politique allemand. Elle est devenue le fondement moral de tout le changement de régime qui s'observe en Allemagne. À travers Kiev, on explique pourquoi l’Allemagne s’arme, contracte des dettes, accepte la hausse des prix de l’énergie, surcharge son industrie et s’insère de plus en plus profondément dans une confrontation permanente avec la Russie.
Si Berlin critiquait sérieusement Kiev, il devrait justifier sa propre politique de manière autre. Alors, surgiraient soudainement des sujets que l’on veut éviter: les intérêts allemands réels, le coût de la servilité, la stratégie américaine, la perte d’une énergie bon marché, l’affaiblissement de l’industrie, et le nouveau rôle de l’Allemagne en tant que base arrière logistique du front oriental.
C’est précisément pour cela que le schéma moral reste si important:
- Kiev représente le Bien.
- Le Bien ne doit pas être écorné.
- Ce qui ne correspond pas à l’image d'Epinal doit être ignoré.
Cela crée une forme dangereuse de désarmement politique vis-à-vis de l'extérieur. L’Allemagne doit devenir plus forte militairement, mais ne pas déployer de stratégie. Elle doit payer, livrer, produire et assumer des risques, tandis que la ligne de conduite reste définie outre-atlantique.
Dans ce contexte, l’Ukraine agit comme un levier politique. Elle sort définitivement l’Allemagne de tout rôle équilibrant possible en Eurasie. Une Allemagne avec une politique énergétique propre, sa propre stratégie envers la Russie, et ses propres intérêts industriels, serait un facteur autonome sur le continent. Une Allemagne qui définit entièrement sa politique étrangère à travers le conflit ukrainien devient prévisible, dépendante et contrôlable.
On parle de valeurs. Il s’agit de liens.
On parle de responsabilité. Il s’agit de charges.
On parle de sécurité. Il s’agit de l’intégration de l’Allemagne dans un conflit dont les acteurs stratégiques ne siègent pas nécessairement à Berlin.
La NZZ dit les choses clairement: l’Allemagne se débine devant Kiev.
Plus précisément: l’Allemagne renonce à sa capacité de poser des jugements souverains, car sinon la construction morale de sa propre politique extérieure pourrait s’effondrer.
Nord Stream est donc plus qu’une attaque contre des gazoducs. C’est un cas d’école qui dévoile l'état de la souveraineté allemande.
Celui qui ne pense pas politiquement jusqu’au bout la destruction de sa propre infrastructure énergétique a déjà accepté que d’autres décident de la hiérarchie des intérêts allemands.
#geopolitiek@global_affairs_byelena
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mardi, 05 mai 2026
La guerre qui ne vise pas la victoire: le conflit en Ukraine comme moyen de démantèlement du système

La guerre qui ne vise pas la victoire: le conflit en Ukraine comme moyen de démantèlement du système
Markku Siira
Source: https://markkusiira.substack.com/p/sota-jota-ei-ole-tarko...
En étudiant la guerre de la Russie contre l’Ukraine, l’attention ne se porte plus autant sur ce que le Kremlin fait, mais sur ce qu’il ne fait pas. Les raffineries ont à plusieurs reprises été ciblées par des drones ukrainiens, les armes de l’OTAN affluent via Lemberg (Lvov/Lviv) vers le front, et personne ne semble plus se soucier des lignes rouges ou des menaces de Moscou.
Plus cette « opération militaire spéciale » stagne, plus il devient probable que cela ne soit pas simplement une incapacité militaire, mais un phénomène structurel plus profond: un conflit gelé, épuisant, maintenu en vie pour favoriser certains objectifs plus larges.
La situation commence aussi à se faire sentir dans le débat public en Russie. Le président est désormais ouvertement critiqué – non pas tant pour ses objectifs de guerre, mais pour ses échecs pratiques, pour le durcissement de la censure sur Internet, pour l’absurdité de la bureaucratie et la crise économique générale. On le décrit de plus en plus comme un vieil homme détaché, ayant perdu le contact avec la vie quotidienne de ses concitoyens.
Dans cette perspective, il est compréhensible que le Kremlin ne recherche pas une victoire rapide. Une telle victoire nécessiterait une clarté stratégique et une compétence opérationnelle que le système actuel ne semble pas posséder. La gouvernance de Poutine n’est pas non plus prête à passer à une économie de guerre totale et à mobiliser la population.
Sous ces contraintes administratives et culturelles se cache toutefois une couche plus froide, qui est structurelle. Les cercles financiers transnationaux et les réseaux de pouvoir étatiques opèrent partout, et la Russie ne fait pas exception. Les oligarques sont en partie le produit de ces réseaux, et Poutine avec ses soutiens ne contrôle qu’une partie du véritable pouvoir dans le pays.

Les institutions économiques critiques – la Banque centrale, le ministère des Finances et le gouvernement – sont fortement influencées par ces cercles financiers. Comme le montre à plusieurs reprises la politique des taux d’intérêt, ces acteurs ne servent pas principalement l’intérêt national russe, mais la logique du système financier mondial.
Les mesures spéciales prises lors des restrictions dues à la pandémie du Co vid-19 ont créé la base d’une intervention économique à grande échelle, que la guerre en Ukraine continue. Les faillites, transferts de richesse et endettements ne sont pas de simples sous-produits, mais font partie d’un processus de démantèlement de l’ancien ordre, de l'ancienne normalité. La guerre fournit à la fois à la Russie et à l’Occident une justification pratique pour des mesures qui seraient difficiles à justifier en temps de paix auprès de leurs citoyens.
L’élite dirigeante russe semble principalement concentrée sur la sécurisation de sa propre position. Aucune purge interne à grande échelle n’a été observée même pendant la guerre. Les citoyens ordinaires portent le fardeau: le niveau de vie baisse, les entreprises sont étouffées par la bureaucratie et les taux d’intérêt, et la communication est surveillée.
Par ailleurs, les membres de l’élite – même ceux qui ont soutenu l’Ukraine – circulent librement entre les pays et accroissent leur richesse. Cette double norme n’est pas un hasard, mais une caractéristique centrale du système. Poutine ne peut pas démanteler l’oligarchie féodale, car son pouvoir repose précisément sur celle-ci.
Et si, au contraire, la prolongation de la guerre n’était pas une incapacité, mais une dynamique silencieuse profitant à toutes les parties? Un développement similaire est observable tant dans la numérisation que dans la normalisation de la surveillance, aussi bien à l’est qu’à l’ouest. Le conflit en Ukraine a fourni une justification efficace pour accélérer cette tendance des deux côtés.

Tant que la guerre reste en son état, tant qu'elle reste épuisante et demeure gelée, les élites peuvent maintenir l’état d’exception et détourner la mécontentement vers une menace extérieure. Dès que la guerre prendra fin, l’énergie politique se libérera probablement et se concentrera sur les structures et dysfonctionnements internes. C’est pourquoi l’état actuel – ni victoire, ni défaite – est à court terme la meilleure option pour toutes les parties.
Les erreurs de Poutine pourraient théoriquement être corrigées, mais cela supposerait une Russie et une direction que le système actuel ne permet pas. La même absence de compétence et de courage semble affecter aussi les dirigeants occidentaux. La poursuite du conflit est donc moins risquée que sa résolution décisive.
En fin de compte, il ne s’agit pas de savoir qui remportera la guerre, mais de comment la guerre façonne les sociétés vers une nouvelle normalité. Le conflit en Ukraine et la crise énergétique suffisent-ils pour mettre fin à l’ancien système, ou la prochaine étape sera-t-elle une mise à bas totale du système en Europe par une guerre à grande échelle ?
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jeudi, 23 avril 2026
Interview du général Fabio Mini - Sur le plan politique, l’OTAN est déjà disloquée

«Il n’y a pas un dollar américain dépensé en Europe et dans l’OTAN qui n’ait servi les intérêts américains»
«Sur le plan politique, l’OTAN est déjà disloquée»
Interview du général Fabio Mini
Source: https://www.sinistrainrete.info/geopolitica/32807-fabio-m...
L’AntiDiplomatico a interviewé le général Fabio Mini, ancien commandant de l’OTAN lors de la mission KFOR au Kosovo.
Général, du moins jusqu’à aujourd’hui, les États-Unis n’ont pas réussi à obtenir le soutien de leurs alliés de l’OTAN pour la guerre contre l’Iran: l’Espagne a interdit aux États-Unis d’utiliser ses bases et même son espace aérien pour tous les aéronefs américains. La France s’est jointe à eux, tout comme l’Italie et l’Allemagne. Est-il possible que cette conjoncture mène réellement à la sortie des États-Unis de l’OTAN ou, du moins, à une dislocation de cette organisation ?
Sur le plan politique, l’OTAN est déjà disloquée. Certains États membres tergiversent en attendant que Trump parte. Le même secrétaire général, avec ses petits voyages de zébulon volant, est le fantôme de l’OTAN, qui utilise d’un côté la désintégration comme appel à l’unité et à la cohésion, tout en l’alimentant en soutenant ces «volontaires» schizophrènes qui prétendent vouloir une OTAN européenne. L’OTAN que nous voyons dans l’ombre est le simulacre organisationnel qui tient par l’habitude, tout simplement. Je ne pense pas que les États-Unis quitteront l’OTAN, et même s’ils le faisaient, ils exerceraient un contrôle encore plus strict et plus coûteux, surtout au niveau politique-stratégique et économique.
Le plan de Trump consiste à faire payer aux pays européens, dans l’OTAN ou hors de l’OTAN, les soi-disant «services rendus à l’Europe» dans le passé et ceux à fournir pour l’avenir. Trump ne considère pas que les cadeaux faits à l’Europe durant toute la guerre froide et après n’étaient pas du tout des cadeaux, et qu’ils n’ont pas été exclusivement donnés pour le bénéfice des Européens.

La guerre en Europe a sauvé les États-Unis de la récession, la division de l’Europe en a fait le champ de bataille entre blocs, la soupape de sécurité de toutes les tensions et le potentiel cimetière de guerre le plus vaste et le plus peuplé de l’histoire. Pendant des décennies, le bureau de comptabilité du Congrès a présenté un rapport annuel dans lequel étaient listés et monétisés les «contributions étrangères à la sécurité américaine». Tous les pays européens étaient listés selon la «contribution» qu’ils versaient. La soi-disant couverture nucléaire garantie par l’OTAN était en réalité le piège destiné à limiter le conflit nucléaire au théâtre européen.
Si l’Europe voulait réellement acquérir une indépendance stratégique, elle devrait reprendre en main ces données. Elle devrait considérer combien d’instabilité a été créée en Europe par ce qu’on appelle l’aide américaine, et combien de richesses ont été transférées aux Américains par le fait de la dépendance européenne.
Aucun dollar américain dépensé en Europe et dans l’OTAN ne l’a été qu'au service des intérêts américains, les a enrichis, tandis que les Européens étaient appauvris et soumis, malheureusement avec leur consentement patent et satisfait. Trump ne veut pas lâcher prise sur l’Europe, et il le fait de manière explicite, brutale, en menaçant de quitter l’OTAN: c’est un bluff qui vise à laisser aux Européens face à des conflits déclenchés par les États-Unis, en les obligeant à payer pour les services de renseignement, les télécommunications, le commandement et le contrôle, la cyber-guerre, etc., actuellement confiés à l’OTAN, et à acheter des armements et équipements américains pour ces services demain.
La prétendue indépendance et autonomie stratégique européenne se résument à jouer le rôle d’exécutant de la politique américaine et à poursuivre leurs conflits. Malheureusement, avec des méthodes moins flagrantes mais tout aussi arrogantes, c’est le même système adopté par toutes les administrations américaines passées et sûrement futures.
Même l’attitude supposée de certains pays concernant l’autorisation de survol ou l’utilisation des bases est une imposture. Les États-Unis, pas seulement sous Trump, ont démontré depuis 1991 qu’ils se foutaient du droit international et même des traités bilatéraux. S’ils évitent d’utiliser des espaces et bases à l’étranger, c’est parce qu’il leur est avantageux d’éviter ou de créer des embarras internes aux vassaux.
Quasi tous ceux qui étaient à Sigonella pendant une certaine nuit de l'année 1985 sont morts: la version héroïque d’un pays vassal qui se libère du joug est passée. Peu de choses ont été dites sur le rôle de l’amiral Fulvio Martini (photo), chef de notre renseignement militaire, qui a débloqué la situation avant qu’elle ne dégénère. On a parlé des appels furieux entre Rome et Washington durant ces moments dramatiques. Peu de choses ont été dites sur les excuses téléphoniques du lendemain.
L’initiative militaire des États-Unis dans le détroit d’Ormuz peut-elle fonctionner? La guerre contre l’Iran a-t-elle réellement relégué le problème ukrainien à l’arrière-plan de l’agenda de Washington?
Elle peut sûrement aggraver les choses. L’initiative vise à déplacer le conflit en haute mer, hors du golfe, pour l’élargir et le diluer. Elle peut aussi servir de diversion pour soutenir les négociations et faire plaisir à Israël, qui est le vrai deus ex machina de toute cette affaire.
La guerre en Ukraine n’est pas terminée, mais celle-ci dépend aussi de l’évolution de la guerre dans le golfe. L’Ukraine s’est empressée d’envoyer les soi-disant experts en drones dans les pays arabes, tentant de se ranger du côté américain et israélien. Avec peu de succès. Les opérateurs de drones ont été neutralisés, et ni les États-Unis ni Israël n’ont apprécié la lèche ukrainienne. Zelensky tente désespérément de s’appuyer sur les Européens, qu’il a abrutis de discours, et espère maintenant les milliards bloqués par Orban. Toutes ces choses n’apportent aucun avantage sensible dans la guerre contre la Russie. La guerre se terminera quand Moscou le voudra, et Moscou ne veut pas la gagner par la destruction, mais par une capitulation volontaire, même déguisée en compromis « honorable ». C’est en effet la seule solution capable de stabiliser la région pendant de nombreuses années, sans créer une brèche noire dans laquelle faire finir inutilement ressources et hommes. Le principal obstacle à cette solution, c’est justement l’Europe, non pas dans son ensemble, mais dans ces pays et chez ces bureaucrates qui veulent la brèche noire, quitte à s’y enfoncer eux-mêmes. Sacrifiant ainsi toute l’Europe.

La guerre contre l’Iran a considérablement réduit les disponibilités en armements des États-Unis. Selon certains analystes, Washington pourrait se retrouver contraint d’abandonner les livraisons d’armes au profit de Kiev afin de fournir à ses forces armées des stocks suffisants. Est-ce une possibilité réelle? Ou le complexe militaro-industriel américain est-il en mesure de combler les déficits de ses forces armées et de maintenir le niveau précédent de fournitures militaires en faveur de Kiev?
Il faut faire une distinction: la pénurie de systèmes d’armes aux États-Unis ne tend pas vers zéro de manière absolue. Les États-Unis disposent d’une planification opérationnelle globale basée sur la soutenabilité de deux ou trois conflits régionaux simultanés. Les réserves maximales ne doivent pas descendre en dessous de ces besoins. Le conflit en Ukraine et celui au Moyen-Orient épuisent les surplus, s’approchant dangereusement des réserves stratégiques.
Pour certains systèmes, comme ceux de missiles antiaériens, le déficit est déjà atteint, et, ce qui est important, l’industrie du secteur n’a pas une capacité de production capable de compenser la consommation. Ce sont des systèmes très coûteux, mais l’argent n’est pas tout; c’est inutile d’en avoir si on ne peut pas acheter ce qu’on souhaite. La soustraction ou le transfert de ces systèmes depuis d’autres théâtres, comme celui asiatique, pose un problème de dissuasion. Les commandants des zones interarmées où l’outil militaire est déployé dans le monde sont les plus préoccupés, et l’attitude agressive du président envers tous n’aide pas. L’Ukraine est désormais un théâtre de guerre qui compte moins pour les États-Unis, et le soutien américain tend à diminuer malgré les promesses du commandant des forces américaines en Europe.

L’économie de l’Europe occidentale subit de graves répercussions à cause du blocage du détroit d’Ormuz. Pourquoi l’Union européenne — ou les États membres — ne cherchent-ils pas à atténuer les sanctions antirusses, surtout en matière énergétique? Si le prix des hydrocarbures continue d’augmenter, les sommets européens chercheront-ils un compromis avec Moscou?
Ce point est également relatif. Le blocage du détroit impacte de manière sensible l’Asie et l’Europe. Le fait que le coût des carburants affecte aussi les États-Unis n’est qu’une question de spéculation sur l’avenir. En particulier, c’est l’avenir de la production dans d’autres parties du monde, y compris aux États-Unis. Le blocage peut être temporaire, mais la baisse de la production dans toute la région et l’incapacité de la compenser avec les ressources du Venezuela et de l’Afrique s’ajoutent à l’obsolescence des structures de production.
Tôt ou tard, le marché mondial devra réhabiliter les ressources russes, notamment celles utilisables par l’Europe qui, avec la politique de fermeture actuelle, obtient deux résultats négatifs: ne pas finir la guerre et épuiser ses propres ressources. Même ici, fabriquer de l’argent ou ses substituts (dette) sera inutile si la matière disponible est insuffisante.
Malheureusement, le moment de revoir toute la politique énergétique européenne et la politique de sanctions contre la Russie est maintenant. Dans une ou deux semaines, il pourrait être trop tard, non pas parce qu’il n’y aurait pas de pétrole, mais parce que la Russie elle-même et d’autres pays ne seront plus disposés à faire des faveurs à l’Europe.
À la fin de 2025, le gouvernement italien a prolongé l’aide militaire destinée à l’Ukraine malgré une certaine opposition exprimée par la composante liguiste. Plus récemment, le même gouvernement a déclaré que l’aide sera renforcée pour contraindre Moscou à négocier. Quelle est la logique derrière l’augmentation des fournitures militaires «pour la paix»? Pourquoi le gouvernement italien persiste-t-il dans cette attitude, malgré les sondages qui confirment que la majorité des Italiens s’opposent à l’envoi d’armes et souhaitent une solution politique?
L’aide à l’Ukraine n’est pas une question rationnelle et ne tend en rien à résoudre le conflit, encore moins à obtenir la paix. C’est une position idéologique d’alignement avec les politiques américaines d’abord, européennes ensuite. Contre l’idéologie, tout raisonnement est inutile. L’aide est aussi fondamentalement inefficace. On parle d’argent, mais en réalité, il faudrait des moyens et du matériel. Ceux envoyés en Ukraine en quatre ans ont été consumés sans résultats, si ce n’est la poursuite de l’agonie.

Tout l’argent alloué au réarmement européen dans une optique anti-russe ne tient pas compte du nombre de soldats mobilisables et mise plutôt trop sur la capacité ukrainienne à combattre, même avec de nouveaux armements. Il ne prend pas en compte la récession économique que certains pays cherchent à conjurer en déversant des fonds dans le secteur de l’armement. Il ignore l’augmentation des coûts de production et la diminution des ressources. De tous points de vue, c’est une politique ratée pour tout le monde, y compris pour les Ukrainiens.
En ce qui concerne l’Italie, il faut rappeler la participation de Rome à la mission EUMAM, dans le cadre de laquelle des militaires ukrainiens sont formés en Europe occidentale. Partage-t-elle l’idée que la formation d’officiers et de spécialistes ukrainiens sur le sol italien soit, à cette étape, un enjeu pour la sécurité de l’Italie et ses intérêts ?
Si l’on parle d’idéologie, cela peut se justifier. C’est un signe de soutien à l’idéologie de l’Ukraine envahie, sans raison, de manière illégale et sans justification. Si l’on parle de réalité, nous sommes encore dans le monde des rêves. Sur le plan opérationnel, la formation de personnel militaire ukrainien en Italie comme dans d’autres pays est un non-sens: il n’y a pas d’aviation, pas de forces navales, pas de défense anti-aérienne (ou alors relative aux systèmes qui manquent), pas de forces anti-drones — l’Ukraine se vante de posséder les meilleurs drones et leurs opérateurs —, pas de forces spéciales: elle affirme avoir les meilleurs commandos. En matière de forces blindées, d’infanterie, de mines et de champs minés, etc., après quatre ans de guerre, on espère qu’ils ont des instructeurs et des soldats capables d’affronter une guerre réelle, et non celle des manuels qu’on enseignerait à l’étranger. N’est-ce pas ?
Bruxelles tente de convaincre la population de la nécessité de «faire des efforts» pour allouer des ressources au complexe militaro-industriel. Comment une politique de ce genre, de la part de la Commission européenne, peut-elle être perçue? Quels résultats peut-elle produire?
Le simple fait de devoir faire des efforts ou demander des sacrifices à la population signifie que les ressources sont inférieures aux ambitions. Je perçois une grande myopie politico-stratégique dans ce contexte. En temps de paix, la population travaille pour une vie décente, pour donner la sérénité aux familles et pour permettre des perspectives d’amélioration.
En cette période de crise systémique née de la guerre ou amplifiée par elle, détourner des ressources de la population, c’est miner la motivation. Si l’on mise sur la relance du secteur militaire comme secteur productif capable de relancer l’économie, ce n’est qu’une propagande à court terme: il faut «quelque chose à faire rouler» qui ne soit pas seulement un char d’assaut.

La préparation à la guerre en temps de paix repose sur le principe d’avoir le consensus. De plus, la fabrication de tout outil de guerre nécessite du temps, une technologie avancée et des coûts élevés. La guerre est donc adaptée aux États riches, disposant de grandes capacités industrielles, d’une main-d’œuvre à employer, et d’une volonté de combattre ou de faire combattre les autres pour leurs propres intérêts.
Je ne pense pas que l’Europe puisse compter beaucoup sur quelqu’un d’autre pour se battre gratuitement pour elle, ni qu’elle soit si riche ou insouciante qu’elle puisse se permettre de préparer une véritable guerre régionale. Au roi qui lui avait demandé comment renforcer l’armée, le stratège chinois Sun Bin répondit : « Rends la nation prospère. »

16:15 Publié dans Actualité, Affaires européennes, Entretiens | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : fabio mini, entretiens, italie, europe, affaires européennes, actualité, otan, iran, ukraine |
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samedi, 18 avril 2026
L’Europe passe du statut de soutien à celui de zone de production de cette guerre

L’Europe passe du statut de soutien à celui de zone de production de cette guerre
Elena Fritz
Source: https://t.me/global_affairs_byelena#
Avec la révélation de sites concrets de fabrication de drones et de composants en Europe, Moscou a marqué un point qui est systématiquement minimisé dans le débat européen. Il ne s’agit plus simplement d’aide militaire, de paquets financiers ou de soutien politique à Kiev. Il s’agit du fait que le sol européen devient lui-même de plus en plus partie intégrante de la chaîne de production militaire de cette guerre.
C’est précisément là que réside le changement qualitatif. Tant que l’Europe fournit, on peut encore parler de soutien sur le plan politique. Mais dès lors qu’il y a production, montage, financement et intégration technique sur le territoire européen, le soutien se transforme peu à peu en implication industrielle. Ce n’est pas seulement une question sémantique, mais une question stratégique. Celui qui ne se contente plus de transmettre du matériel de guerre, mais qui permet sa fabrication sur son propre territoire, aura de plus en plus de mal à se réfugier derrière la confortable fiction selon laquelle il aurait seulement une relation indirecte avec la guerre.

Le message russe ne visait pas uniquement les gouvernements, mais visiblement aussi l’opinion publique européenne. Le sous-texte est clair: votre sécurité n’est pas seulement menacée par le conflit extérieur, mais aussi par les décisions de vos propres élites politiques, qui entraînent l’Europe de plus en plus profondément dans la logique militaire de cette guerre. Cela est d’autant plus sensible politiquement que cela dévoile un conflit que la classe dirigeante européenne préfère garder dans l’ombre: la contradiction entre la rhétorique officielle de crise et l’escalade réelle via une production commune et une intégration militaro-industrielle.
Par ailleurs, le processus met aussi en lumière un problème du côté russe. La dissuasion repose sur la crédibilité. Ceux qui, pendant des années, ont tracé des lignes rouges, risquent de voir leurs avertissements devenir inopérants s’ils ne sont pas suivis de conséquences visibles. Voilà le dilemme stratégique de Moscou: en nommant publiquement des sites européens, la menace devient plus claire, mais cela oblige aussi la Russie à se mettre sous pression. En effet, chaque avertissement perd en impact s’il n’est perçu que comme un rituel médiatique supplémentaire.

Cela ne change cependant rien au véritable problème européen. En Occident aussi, on travaille avec une fiction: celle selon laquelle il serait possible d’approfondir encore le soutien militaire à l’Ukraine, d’étendre la production sur le territoire européen, de renforcer la coopération opérationnelle, tout en affirmant que l’Europe ne serait pas davantage impliquée dans le conflit. Cette idée est politiquement commode, mais stratégiquement peu sérieuse. Plus l’Europe devient non seulement bailleur de fonds, mais aussi espace de production et centre organisationnel de la guerre, plus la distance avec le conflit réel diminue.
Le véritable scandale ne réside donc pas seulement dans la réaction de la Russie, mais dans la banalisation de la militarisation de l’Europe. Ce qui aurait été considéré, il y a quelques années, comme une escalade exceptionnelle est aujourd’hui traité comme une simple opération administrative: financement ici, fabrication là, coopération entre-temps. Le public doit s’habituer à l’idée que sur le sol européen, il devient de plus en plus évident que des infrastructures de guerre se développent pour un conflit en cours. Et c’est précisément cette habituation qui représente la partie la plus dangereuse de cette évolution.
Car cela ne modifie pas seulement la politique extérieure, mais aussi la constitution intérieure de l’Europe. Là où la militarisation devient la nouvelle norme, la langue politique se déplace également. Les risques sont minimisés, la participation politique est réduite, et toute critique fondamentale est moralisée. Les citoyens sont invités à payer, à se taire, et à accepter cette nouvelle réalité comme inévitable.
#géopolitique@global_affairs_byelena
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vendredi, 20 mars 2026
Zelenski survivra-t-il politiquement à Trump?

Zelenski survivra-t-il politiquement à Trump?
Cristi Pantelimon
Source: https://www.facebook.com/profile.php?id=100005135564621
Au début du second mandat du président Trump, Volodymyr Zelenski apparaissait comme un paria politique et géopolitique, écrasé entre la volonté des États-Unis de faire la paix avec la Russie et le désir de la Russie d’éliminer celui qui incarnait, symboliquement, la résistance de l’Ukraine face à Moscou.
Aujourd’hui, la situation semble complètement changée.
La guerre contre l’Iran déclenchée par Donald Trump a placé le président américain dans la position de devoir demander humblement l’aide de la Chine et de l’OTAN (?) pour débloquer le détroit d’Ormuz. Un Trump incohérent, qui lançait depuis la porte de son avion des messages sur la faiblesse militaire de l’Iran, mais aussi sur l’incapacité de la marine américaine à faire face à cette faiblesse de l’Iran dans le détroit en question!
Les alliés des États-Unis regardent de loin la puissance militaire américaine s’épuiser face à l’Iran.
L’effet majeur de cette guerre n’a déjà plus de rapport direct avec celui qui a poussé Trump à la déclencher. À court terme, Israël sera moins affecté par cette aventure. Les États-Unis, eux, paieront la véritable addition.
La leçon pour les États-Unis est amère: plus personne ne veut du renouveau de l’empire américain (MAGA), tout le monde souhaite que la puissance américaine voie et accepte ses propres limites !
Mais Volodymyr Zelenski ?
À l’ombre de la guerre en Iran, Zelenski respire.
Si l’Ukraine joue désormais une carte prudente à l’est comme à l’ouest, elle a des chances de sortir de l’affrontement avec la Russie en meilleure posture que prévu.

Quelqu’un, une main invisible, a envoyé Zelenski à Bucarest pour conclure un partenariat avec la Roumanie, un pays européen malléable, qui stockera le gaz de Neptun Deep dans les réservoirs ukrainiens.
Ce gaz est roumain et européen (OMV). Ainsi, l’Ukraine reçoit une aide de l’UE par l’intermédiaire de la Roumanie.
De plus, l’Ukraine peut également devenir utile à l’UE, compte tenu de ses capacités de stockage. Un rôle qui ne peut que profiter à l’Ukraine au sein de la « famille européenne ».
Et la Russie ? A-t-elle encore intérêt à écarter Zelenski de toute urgence ?
Oui et non !
Pour Moscou, le maintien de Zelenski au pouvoir est un motif de renforcement de l’esprit combatif. Une Ukraine soudainement «dénazifiée» et sans Zelenski à sa tête désengagerait l’opinion publique russe à un moment où la guerre globale n’est pas terminée, même si certaines tendances se dessinent.
Il est donc possible que Moscou n’ait pas un intérêt réel à renverser Zelenski, du moins pour l’instant. L’UE non plus. L’Ukraine devra continuer à jouer le rôle de victime !
On peut même imaginer que Moscou n’a rien eu contre cette visite de Zelenski à Bucarest.
Zelenski est la barricade parfaite derrière laquelle Bruxelles et Moscou s’envoient des signaux de menace, mais peuvent tout aussi bien élaborer des plans pour l’avenir…
Pendant ce temps, Donald Trump s’agite seul et devra affronter la vague de mécontentement interne qui suivra la défaite stratégique que la Chine, la Russie et l’UE ont déjà infligée aux États-Unis en Eurasie.
18:16 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, europe, affaires européennes, roumanie, mer noire, ukraine |
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samedi, 07 mars 2026
Iran, Ukraine – et le front économique des guerres modernes

Iran, Ukraine – et le front économique des guerres modernes
Elena Fritz
Source: https://t.me/global_affairs_byelena#
Si l’on observe les évolutions actuelles de manière objective, une parenté stratégique apparaît entre la guerre en Ukraine et l’escalade actuelle au Moyen-Orient. La clé décisive des conflits géopolitiques modernes se situe de moins en moins sur le champ de bataille – mais de plus en plus dans l’économie et les flux énergétiques.
Guerre en Ukraine : Les conséquences économiques touchent l’Europe – surtout l’Allemagne
La guerre en Ukraine n’a pas frappé “l’Occident tout entier” de manière égale sur le plan économique. Les charges sont très inégalement réparties. Alors que les États-Unis ont pu générer des revenus supplémentaires grâce à l’exportation massive de GNL (gaz naturel liquéfié), c’est surtout l’industrie européenne qui s’est retrouvée sous pression – et au sein de l’Europe, particulièrement l’Allemagne.
Les causes sont structurelles:
- L’Allemagne dépendait fortement de l’énergie russe bon marché.
- Les industries à forte consommation d’énergie sont la colonne vertébrale de l’industrie allemande.
- La hausse des prix de l’énergie touche donc directement la base industrielle.
Depuis la rupture des relations énergétiques avec la Russie, les coûts de chauffage et les prix de l’énergie ont nettement augmenté, tandis que les prix de l’électricité pour l’industrie et les ménages restent parmi les plus élevés d’Europe. La conséquence en est une faiblesse économique persistante: l’économie allemande stagne depuis des années.

Moyen-Orient : Attaque contre le système énergétique mondial
C’est précisément ici que le conflit avec l’Iran devient géopolitiquement pertinent: le détroit d’Ormuz est l’une des artères énergétiques les plus importantes du monde. Une part significative du commerce mondial du pétrole transite par ce détroit.
Les attaques contre les pétroliers ou la menace sur la navigation ont des conséquences immédiates:
- hausse des prix du pétrole;
- hausse des prix du gaz;
- nervosité sur les marchés financiers.
Même de petites perturbations de cette route peuvent faire grimper l’inflation et les prix de l’énergie dans le monde entier.
La logique stratégique
La logique de tels conflits est relativement simple. Lorsqu’un État est militairement en nette infériorité, il ne cherche pas nécessairement à gagner la guerre. Il tente plutôt de maximiser les coûts économiques pour l’adversaire.
Cela signifie :
- hausse des prix de l’énergie;
- chaînes d’approvisionnement sous pression;
- marchés financiers très sensibles.
La guerre se déplace ainsi du champ de bataille vers le système économique.
Et l’Allemagne ?
Voici le point décisif. L’Allemagne a déjà supporté la plus grande partie des coûts structurels de la guerre en Ukraine:
- perte d’une énergie bon marché;
- augmentation des coûts de production;
- pression croissante sur l’industrie et les PME.
Si une nouvelle crise énergétique venait à éclater au Moyen-Orient, ce point sensible serait une nouvelle fois touché. La hausse des prix du pétrole et du gaz aurait un effet immédiat: coûts de production plus élevés – inflation accrue – pression supplémentaire sur l’industrie et le tissu économique.
Ou, pour le dire simplement: la guerre en Ukraine a déjà massivement affaibli l’économie allemande. Une nouvelle crise énergétique au Moyen-Orient pourrait être le coup de grâce pour la puissance industrielle allemande.
17:49 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : iran, économie, actualité, ukraine, hydrocarbures, allemagne, europe, affaires européennes, moyen-orient |
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lundi, 02 mars 2026
Ukraine et Hongrie. L’autre guerre

Ukraine et Hongrie. L’autre guerre
Par Andrea Marcigliano
Source: https://electomagazine.it/ucraina-ungheria-laltra-guerra/
Victor Orbán ne mâche pas ses mots. Il ne cherche pas à dissimuler, avec diplomatie, ses vérités.
C’est un homme direct, parfois presque brutal dans ses déclarations.
Et, avec une franchise extrême, il a dit que la Hongrie, sa Hongrie, réagirait avec détermination aux attentats contre les lignes de gaz russes, essentiels pour son économie.
Ces attaques proviennent d’une seule source : l’Ukraine de Zelensky. Qui tente ainsi de saboter et d’empêcher les approvisionnements en provenance de Russie.
La position d’Orbán n’est pas isolée. Le chef du gouvernement slovaque, Fico, semble également décidé à réagir de manière très dure, voire militaire, face aux attentats ukrainiens.
Et il ne s’agit pas seulement de deux cas. De nombreux pays d’Europe de l’Est commencent à ressentir fortement le terrorisme ukrainien. Et, au-delà des positions variées des gouvernements, ils sont progressivement poussés à une réaction semblable à celle de la Hongrie.
C’est la pression d’une opinion publique de plus en plus inquiète, voire angoissée, face à la perspective d’un blocage total du gaz russe. Qui, au-delà de l’aspect purement économique – en payant plus de dix fois le prix du gaz pour le chauffage domestique – risque de mettre à genoux les industries locales, provoquant une crise sociale sans précédent.
Et nombreux sont ceux qui s’inquiètent.
Bulgares, Roumains, malgré un gouvernement imposé par un coup d’État et soumis à Bruxelles. Et aussi les Tchèques, qui commencent déjà à prendre leurs distances avec Washington.
Même en Pologne, le malaise social et l’aversion pour l’Ukraine deviennent de plus en plus tangibles.
Orbán, donc, donne une voix à cette dissidence croissante.
Il le fait pour protéger les intérêts hongrois contre la violence du régime ukrainien, qui est, par ailleurs, soutenu par les hautes sphères européennes et l’OTAN.
Ce faisant, il trace cependant une ligne de démarcation claire.
Et marque la fin de l’Union européenne.
Si l’Hongrie devait passer à une réaction armée contre l’arbitraire du régime de Zelensky, ce serait la fin de toute union entre les peuples d’Europe.
Le retour à une politique des nations.
Le retour à la défense des intérêts nationaux, désormais non plus sacrifiés par des cénacles corrompus, étrangers à la réalité des peuples, qui ne font semblant de gouverner que nominalement, tout en étant soumis à d’autres intérêts.
19:45 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, affaires européennes, europe, hongrie, slovaquie, ukraine, gaz russe, viktor orban |
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