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lundi, 02 mars 2009

Quand j'entends le mot "culture"....

QUAND J’ENTENDS LE MOT "CULTURE", JE SORS MON HAMBURGER !


La culture étatisée se voulait un élitisme pour tous : elle n’a abouti qu’à une usine à gaz dont seuls les petits malins, les propagandistes, les copains et les coquins, les fumistes, les nullités et les fonctionnaires des arts peuvent comprendre les arcanes. Nous sommes entraînés, avec la masse, dans des expositions temporaires et médiatisées, aux longues queues et à la contemplation du dos et des crânes de nos concitoyens, ce qui, à vrai dire, ne nous change guère de l’univers des fast food. De même, qui n’a pas admiré les théories blasées des publics captifs en tout genre, allant pérégriner dans les lieux "évènementiels", découvrant avec perplexité les inventions géniales de nos installateurs et autres conceptualistes ? Les chiffres occultent la réalité plus sordide d’une société consumériste de moins en moins sensible aux créations profondes, et de moins en moins éduquée à la délectation artistique. Le nombre d’entrées aux musées et autres "espaces" culturels, dont les statistiques sont aussi pertinentes que l’étaient celles de l’industrie soviétique, est inversement proportionnel à ce qui reste de happy few dans une société abêtie par la télévision et cyniquement mercantile.


Mario Resca en tire les conséquences : les nations européennes sont des entreprises dont le patrimoine est le capital qu’ont légué les ancêtres. Il faut le faire fructifier, d’autant plus que l’art contemporain nous a habitués à une connivence intime entre la création et le monde de l’argent. On peut dire par là que Berlusconi achève le processus d’annihilation de l’identité italienne, donc, en grande partie, européenne. »



Claude Bourrinet, "Quand j’entends le mot culture, je sors mon hamburger", VoxNR, 5 février 2009


LE LIBERALISME CONTRE LA CULTURE ET LA MEMOIRE : L’EXEMPLE DE L’ITALIE

dimanche, 08 février 2009

Le libéralisme contre la culture et la mémoire: l'exemple de l'Italie

LE LIBERALISME CONTRE LA CULTURE ET LA MEMOIRE : L’EXEMPLE DE L’ITALIE


L’Etat a décidé que la culture n'était plus un investissement coûteux, mais un revenu financier direct et immédiat. "Pour la première fois, explique l'écrivain Giorgio Van Straten, le budget en tant que valeur absolue arrive sur la scène des idées. C'est l'épilogue d'une révolution politique qui mène de la qualité à la quantité, de la civilisation à la publicité." Au moment où son intervention serait plus que nécessaire, l'Etat frappe la culture au nom de la crise et de la rigueur. (...) Dans les trois ans à venir, les restrictions budgétaires atteindront le record de 1 milliard d'euros. L'Italie, qui détient 60 % des œuvres de l'art antique occidental, sera dans l'incapacité d'entretenir son patrimoine. La Toscane compte à elle seule 615 musées, soit un musée pour 6 000 habitants, le record planétaire absolu. Florence accueille trois des dix œuvres d'art les plus connues au monde, sept des galeries les plus visitées d'Italie, cinq des trente musées les plus fréquentés d'Europe. Un étranger sur deux vient en Italie pour découvrir l'art toscan. L'Italie, le pays du G8 le plus riche sur le plan culturel, occupe la dernière place en matière d'investissements. Aucun de ses musées ne fait partie des vingt premiers du monde en nombre de visiteurs ; pas une seule université italienne ne se trouve parmi les 190 meilleures mondiales en termes de ressources disponibles. Au sein de l'UE, l'Italie occupe la 17e place en ce qui concerne les financements attribués à la culture, la 28e pour l'innovation, la 24e pour la formation et la 29e pour la recherche.


En Italie, c'est la première fois qu'une réflexion sur le destin de la culture inspire de la crainte aux interlocuteurs. La nomination, au lendemain de l'annonce des restrictions, de Mario Resca, ancien dirigeant de McDonald's, comme "supermanager" à qui le ministre de la Culture a demandé d'imiter le modèle du Louvre à Abou Dhabi, n'est qu'une goutte d'eau. En réalité, dans la politique contemporaine, la place de la culture – qui est la source même du savoir – est déjà occupée. "Il y a déjà la télévision commerciale et la publicité, précise Aldo Schiavone, président de l'Institut supérieur de sciences humaines. ''Nous sommes à la fin d'un long processus de 'déséducation' : l'histoire de l'art est devenue un prétexte pour le tourisme et les spéculations immobilières ; le passé culturel, un vecteur de crédibilité pour une classe politique qui a perdu tout son prestige à l'étranger. Ce n'est plus notre culture qui est en jeu, mais notre démocratie.''"


"Une classe dirigeante médiocre, renchérit Mario Lolli Ghetti, le directeur du Patrimoine de la Toscane, survit si elle réduit le pays à son propre niveau. Elle présente la culture comme quelque chose qui doit dégager des bénéfices, pour la vider de son sens. Si même le David de Michel-Ange devient une marque, il n'y a plus de différence entre l'art et le marketing. Dans les institutions de protection du patrimoine, l'âge moyen est de 54 ans. Il y a plusieurs années que l'Etat n'assure plus – et interdit même – le remplacement des intellectuels, qui doivent fournir le ciment de l'unité d'un peuple." »



La Reppublica, janvier 2009