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vendredi, 24 septembre 2021

Société contradictoire

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Société contradictoire

par Georges FELTIN-TRACOL

Pour écouter: https://radiomz.org/vigie-dun-monde-en-ebullition-2-socie...

Amis de Radio Méridien Zéro,

L’actuel cirque covidien présente l’avantage de révéler les contradictions inhérentes à la société française et aux impasses qui en résultent. L’obligation du passeport sanitaire pour entrer au restaurant, dans les transports en commun sur de longues distances, au cinéma, au musée et dans les centres de loisirs avalise une ségrégation implicite entre les vaccinés et les non-vaccinés avec des cas personnels parfois absurdes pour les expatriés de retour en France traités par des vaccins chinois et russe non reconnus par les instances mafieuses dites pharmaceutiques occidentales. Or, au début de la crise sanitaire, le virus ignorait les frontières. En revanche, avec l’Ausweis vaccinal, il choisit les terrasses plutôt que les rames bondées du métro.

La hantise répétée des prescripteurs d’opinion reste néanmoins le refus officiel de la moindre différenciation. Or distinguer par le QR-code une personne vaccinée d’une autre qui ne l’est pas constitue une incontestable discrimination sérologique ou médicale. Ainsi, comme il existe de bons et de mauvais chasseurs ou de bons et de mauvais chanteurs de hard rock, il existerait sous nos cieux laïques, tolérants et bien-pensants d’horribles discriminations à combattre et d’autres, hautement citoyennes, à valoriser de manière bien sûr républicaine.

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Ainsi a-t-on vu du 1er décembre 2020 au printemps 2021 une campagne d’affichage financée par Santé publique France autour des malades du VIH qui propage le même message : « Aujourd’hui, avec les traitements, une personne séropositive peut vivre pleinement et en bonne santé sans transmettre le VIH. Vivre avec le VIH, c’est d’abord vivre. »

Décrivons rapidement chacune des cinq affiches. La première montre de dos une femme et un homme enlacés sur le toit d’une métropole au Soleil couchant. Outre le slogan principal, on lit aussi en gros caractères:  « Séropoétique ». La deuxième montre un couple hétérosexuel qui s’enlace dans une pièce et balance : « Séropolissons ». La troisième présente deux hommes heureux au lit. Leur comportement ne peut être que «Séropossessif ». La quatrième met en scène deux teufeurs des banlieues visiblement ravis de s’éclater, d’où le slogan : « Séropopulaire ». La cinquième, enfin, expose un couple africain et leur jeune fille, tous enthousiasmés, parce que « Séropopstars ». Remarquons qu’aucune de ces affiches n’applique les fameux gestes-barrières et le port du masque. Cette campagne officielle donne le vertige d’y voir un monde parallèle. Elle valorise la normalité des personnes atteintes du sida à l’heure où les non-vaccinés et les malades du covid mis en isolement avec en prime visite domiciliaire de la police sont accusés d’irresponsabilité pathologique.

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La focalisation des autorités de santé sur le sida exprime toute l’importance qu’elles accordent aux comportements sexuels et à la toxicomanie, synonymes dans leur esprit pervers d’activités festives, ludiques et joyeuses. En effet, à part le cas des transfusés sanguins et des enfants contaminés dès leur naissance par leurs mères séropositives, les autres malades du sida sont, au contraire des patients du covid-19, victimes de leurs propres turpitudes.

C’est par ailleurs au nom de la lutte contre le sida que la mairie de Paris entend ouvrir de nouveaux centres de shoot avec le léger inconvénient d’exporter hors de la gare du Nord et du quartier de « Stalincrack » quelques désagréments dans les autres arrondissements. Un pognon de dingue est ainsi gaspillé pour aider des zombies irrécupérables.

On ne peut en outre que se scandaliser du double discours officiel. Se vacciner serait un acte civique. Pourquoi alors ne pas étendre le « pass sanitaire » aux sidéens d’autant qu’il n’existe aucun vaccin ? On oublie que dans les années 1990 – 2000, la communauté gay se déchirait à propos du barebacking. Ce terme désigne des rapports sexuels volontairement sans préservatif. Des écrivains tels Érik Rémès ou le défunt Guillaume Dustan se vantent dans leurs écrits de pratiquer dans les backrooms cette conduite dangereuse. Afin de ne pas éveiller les soupçons, certains barebackers n’hésitent pas à percer leurs capotes au préalable.

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Magnifié par un cinéma hexagonal déjà à bout de souffle, le film de Cyril Collard, Les nuits fauves sorti en 1992, reçoit en mars 1993 les Césars du meilleur film, de la meilleure première œuvre, du meilleur espoir féminin et du meilleur montage, trois jours après le décès de son réalisateur – scénariste touché par le sida. Ce film autobiographique raconte la vie vers 1986 de Jean, interprété par Cyril Collard lui-même, bisexuel assumé, qui a une relation avec Laura jouée par Romane Bohringer. Cette dernière peut-elle par amour se faire contaminer ? On frise ici l’interrogation métaphysique.

À la même époque, Act Up - Paris mène des actions médiatiques violentes. Ses militants balancent du liquide rouge, symbole du sang, sur des personnalités publiques. Ils envahissent l’accueil des entreprises pharmaceutiques au cri de « Des molécules pour qu’on s’encule ! » Jamais les gouvernements successifs n’ont osé dissoudre ce groupe perturbateur de l’ordre public. Quelques années auparavant, quand Jean-Marie Le Pen suggéra lors de « L’Heure de vérité », l’émission politique-phare d’Antenne 2, d’isoler ce qu’il nommait les « sidaïques », médecins, experts et journalistes s’élevèrent contre ses propos. De nos jours, des politiciens avancent des mesures semblables à propos du coronavirus. Rappelons que l’acquisition du sida provient à 99 % d’actes lubriques ou toxicomaniques.

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Dans Libération du 16 août 2021, la rubrique éphémère « Sexe, l’été sera chaud » s’intéresse à un certain Florent Benoît. Le journaliste Matthieu Écoiffier raconte que ce « modèle, aquarelliste et égérie de la communauté gay » est pris – je cite - « pour un vieux con car il ne prend pas de drogue, hormis de la bière. Et qu’il est le dernier à utiliser des capotes quand tous ses potes sont sous Prep, le traitement préventif anti-VIH ». Les potes en question paient-ils cette médication de leur poche ou bien est-ce la collectivité nationale qui régale ? Mais on accuse les tests PCR et antigéniques de creuser le déficit de la Sécurité sociale… De même, œuvrant à la Fondation Jean-Jaurès, proche du PS, Chloé Morin fustige « ces “ héros ” [qui] ne défendent rien d’autre, au fond, qu’un nouveau droit, celui de mettre en danger, voire potentiellement de tuer, au nom de leur bon plaisir ». Qu’on se rassure ! Chloé Morin ne vise pas ici les minets du Marais. Sa chronique, intitulée « Démocratie et antipasse » parue dans L’Express du 19 août 2021, dénonce les manifestants anti-pass. Il est si facile de critiquer le covidoscepticisme ! 

Qu’attend donc Santé publique France pour affronter la « covidophobie » ambiante ? Ne peut-on pas être en 2021 « covidopopstars », « covidopopulaire », « covidopossessifs », « covidopolissons » ou bien « covidopoétique » ? Pourquoi n’y lirait-on pas : « Aujourd’hui, avec les traitements comme l’hydroxychloroquine, une personne positive à la covid-19 peut vivre pleinement et en bonne santé. Vivre avec la covid-19, c’est d’abord vivre » ? À croire que l’épidémie coronavirale ne serait qu’un sordide prétexte pour mieux mâter les peuples... 

Salutations flibustières !

  • « Vigie d’un monde en ébullition », n° 2, mise en ligne sur Radio Méridien Zéro le 21 septembre 2021.

mercredi, 22 septembre 2021

L'"anglosphère" s'en prend aussi à l'entreprise italienne Fincantieri

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L'"anglosphère" s'en prend aussi à l'entreprise italienne Fincantieri

par Alberto Negri

Source : Il Manifesto & https://www.ariannaeditrice.it/articoli/l-anglosfera-fa-fuori-anche-fincantieri

Aukus. Le méga-contrat avec l'Australie pour neuf frégates Fremm d'une valeur de 23 milliards a été annulé. Canberra a préféré la proposition britannique, même si le projet n'est encore que sur le papier. Le message des États-Unis est clair : il n'y a pas de place pour l'Europe dans le Pacifique.

L'"Anglosphère", le pacte Aukus américano-britannico-australien, a soulevé l'ire de la Chine et frappé durement la France, qui a retiré ses ambassadeurs à Washington et à Canberra. Les Français affirment avoir été tenus dans l'ignorance de l'annulation de la fourniture de sous-marins nucléaires par Naval Gorup, pour un montant de 56 milliards d'euros, mais en fait, il y avait déjà eu un signal d'alarme car, au début de l'été, les Italiens s'étaient également fait rouler par les Australiens.

Et précisément sur la maxi-fourniture de frégates Fremm à la marine australienne par l'entreprise publique Fincantieri, un projet dans lequel le groupe français Naval est également partenaire. En d'autres termes, le piège est double. C'est une histoire intéressante - passée sous silence par les médias nationaux italiens parce que personne n'aime être trompé - qui révèle le niveau de concurrence entre les Européens et le complexe militaro-industriel de l'"Anglosphère" qui, avec le pacte Aukus - l'OTAN dans le Pacifique - lancé par Biden, Johnson et Morrison veut mettre la Chine dans les cordes.

C'est ainsi que la plus importante commande navale italienne de ces dernières décennies, celle passée à l'Australie pour neuf frégates d'une valeur totale d'environ 23 milliards d'euros, a été annulée en juin. La commande a été remportée par l'entreprise anglaise Bae Systems, devant deux autres concurrents, Fincantieri et l'entreprise espagnole Novantia. Le rêve de vendre des navires italiens, qui étaient en fait le fruit d'une collaboration italo-française, a donc été brisé.

C'était un choix politique plutôt que technique, et pour cette raison, il était d'autant plus brûlant. De la comparaison entre la proposition gagnante et la proposition italienne, un aspect est ressorti avant tout : les frégates britanniques sont encore en phase de conception et ne seront disponibles qu'à la fin de la prochaine décennie, alors que les frégates italiennes sont déjà opérationnelles et testées, ce qui aurait permis aux Australiens d'avoir leurs premiers navires dans quelques années. Les Australiens ont donc misé sur un navire valable sur le papier, au lieu d'un navire qui a déjà prouvé son efficacité. Cette décision ne peut être justifiée sur le plan technique et opérationnel.
Le choix, en effet, n'avait aucune justification sur le plan technologique: les Fremms italo-françaises - souligne l'IAI, l'Institut des affaires internationales - sont les unités en service les plus avancées au monde. En outre, Fincantieri avait prévu d'investir directement en Australie pour la construction des navires et d'impliquer largement les fournisseurs locaux.

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Autres réalisations de la firme italienne Fincantieri

Afin de remporter cette commande, le système national était plus engagé que jamais. Une croisière spécifique d'un Fremm de la marine a été organisée, ainsi que la visite en Australie d'une délégation gouvernementale - militaire, diplomatique et industrielle - culminant avec l'arrivée du ministre de la défense puis du ministre des affaires étrangères.

Pour l'Italie, la perte de la commande navale australienne, qui semblait être une affaire réglée, a été une amère déception. Nous avons été battus par un modèle de frégate britannique qui n'existait que sur le papier. S'il est vrai que, dans le domaine naval, un choix est destiné à conditionner les plans militaires nationaux pendant trente ans, cela signifie que l'Italie (mais aussi la France, partenaire de Fincantieri, dans le cas des frégates) n'a pas été jugée suffisamment fiable. Une rebuffade.

En fait, en coulisses, une discussion animée et empoisonnée s'est engagée entre diplomates, militaires et industriels italiens, en raison de l'habituel transfert de responsabilités, suivi d'un silence assourdissant pour ne pas trop amplifier l'échec. Chut et chut, chut et encore chut... dans le pur style manzonien. Un choix qui s'impose également, étant donné que ces frégates Fremm, que nous avons déjà vendues à l'Égypte d'Al-Sisi et au Qatar, Fincantieri aimerait également les placer auprès de l'Arabie saoudite et du Maroc.

La zone d'expansion et d'influence du complexe militaro-industriel européen, non seulement italien, selon les plans de l'"Anglosphère" devrait être limitée, à quelques exceptions près, à la Méditerranée, au Golfe et à l'Afrique, mais ne pas s'étendre au Pacifique, qui est le quadrant stratégique de prédilection des États-Unis.

C'est l'un des messages qui accompagnent le Pacte d'Aukus. Et alors que l'Union européenne a lancé jeudi une nouvelle stratégie dans l'Indo-Pacifique, première pièce d'un projet baptisé Global Gateway avec lequel les Vingt-Sept veulent signer des accords internationaux qui vont bien au-delà du commerce, dans l'industriel, le numérique, la connectivité et, comme par hasard, dans la "sécurité maritime".

Le "coup de poignard dans le dos" dont parle le ministre français des Affaires étrangères Le Drian à propos du pacte Aukus est le début d'un grand jeu géopolitique qui vise d'une part à faire pression sur la Chine, mais aussi à redéfinir les zones d'expansion militaire et économique dans un monde qui investit l'Eurasie et le Pacifique.

Les États-Unis veulent aussi laisser des miettes à leurs alliés et quelques pièges pour occuper amis et ennemis, de l'Afghanistan à l'Irak, dont ils se retirent à la fin de l'année pour faire place à l'OTAN. Ils nous laissent vingt ans de désastres, de guerres, de millions de morts et de réfugiés civils, de déstabilisation éternelle, de chaos : et même pas un pourcentage des profits du complexe militaro-industriel. Ce sont les Français qui protestent, pas nous, comme d'habitude car nous sommes alignés et couverts.

Le meurtre géopolitique d'Alfred Herrhausen

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Le meurtre géopolitique d'Alfred Herrhausen

par Giacomo Gabellini

Source : Giacomo Gabellini & https://www.ariannaeditrice.it/articoli/l-omicidio-geopolitico-di-alfred-herrhausen

Avant d'embrasser une carrière de banquier et de s'attirer les bonnes grâces du chancelier Helmut Kohl, Alfred Herrhausen avait géré avec une grande intelligence la restructuration de Daimler-Benz, à qui il avait imposé un processus de diversification aboutissant à la transformation de l'entreprise en un groupe technologique intégré, doté du savoir-faire nécessaire pour opérer dans les secteurs stratégiques de l'aérospatiale, de la défense, de l'électronique et de la technologie ferroviaire. Dans le cadre du plan de Herrhausen, la division Mercedes a été progressivement rejointe par les trois autres divisions principales, Dasa, axée sur l'aérospatiale et la défense, Aeg, axée sur l'électronique, et Debis, axée sur les finances.

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En bon industriel "prêté" au monde de la finance, Herrhausen avait prévu de se débarrasser des coûts de la réunification en mettant les hautes compétences des anciens ingénieurs et ouvriers est-allemands au service d'un projet visant à la relance économique de toute l'Europe de l'Est. D'ici dix ans", déclare Herrhausen, "l'Allemagne de l'Est deviendra le complexe le plus avancé technologiquement en Europe et le tremplin économique vers l'Est, de sorte que la Pologne, la Hongrie, la Tchécoslovaquie et même la Bulgarie joueront un rôle essentiel dans le développement européen" (1).

Dans un article publié dans le journal économique allemand Handelsblatt, Herrhausen a dénoncé le fait que la politique d'endettement adoptée par les banques, en particulier les banques américaines, à l'égard des pays en difficulté financière visait à aggraver leurs conditions, et a indiqué que les mesures à adopter pour parvenir à une reprise économique vigoureuse dans les pays en développement étaient une forte réduction du fardeau de la dette (jusqu'à 70 %) des pays pauvres, une réduction des taux d'intérêt à cinq ans et un allongement de la durée des prêts. Une telle recette permettrait en effet "à ces nations de réaffecter à la relance économique les ressources jusqu'alors allouées au service de la dette". (2). 

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Le concept de Herrhausen s'inspire de l'accord de Londres sur la dette de 1953, grâce auquel l'Allemagne de l'Ouest a pu opérer un puissant redressement industriel. Le banquier a estimé que les déséquilibres de la dette constituaient un "risque systémique" et a donc proposé de les atténuer en créant à Varsovie un organisme inspiré de la Kfw, qui avait géré avec succès la relance de l'économie allemande après la Seconde Guerre mondiale. Un organisme alternatif à la Banque mondiale et au FMI, chargé d'accorder des prêts dans le cadre d'un "nouveau plan Marshall" visant à la relance des pays d'Europe de l'Est, et non à leur conversion immédiate au système néolibéral. Dans le droit fil de cette "nouvelle Ostpolitik", le banquier allemand a fait pression pour l'abolition de la dette "intra-entreprise", un chiffre comptable qui accablait les anciennes industries communistes (en 1994, il atteignait 200 milliards de marks) et grâce auquel la Banque mondiale et le FMI tenaient les pays d'Europe de l'Est entre leurs mains.

Le président de la Deutsche Bank est même allé jusqu'à souligner que la renaissance économique de l'ancienne zone soviétique et son intégration dans la structure productive de l'Europe occidentale étaient dans l'intérêt de l'Allemagne qui, pour y parvenir, devrait allouer des ressources à la construction de lignes ferroviaires rapides capables d'assurer le transport rapide des matières premières de la Russie vers les centres industriels allemands. Il s'agissait précisément du type de projet auquel la Grande-Bretagne, puis les États-Unis, avaient opposé une résistance acharnée au cours des décennies précédentes, comme Kissinger l'a lui-même candidement admis: "Si les deux puissances [l'Allemagne et la Russie] devaient s'intégrer économiquement et forger des liens plus étroits, leur hégémonie serait menacée" (3).

Dans la vision profondément novatrice de Herrhausen, l'Allemagne devait être transformée en un pont entre l'Est et l'Ouest et en un moteur pour la reconversion industrielle de l'Europe de l'Est - en particulier de la Pologne, qui était considérée comme la nation clé de la région. Alors qu'il s'efforçait de mettre en pratique ses plans, qui consistaient à libérer l'ensemble du "vieux continent" de la "tutelle" économique américaine par la Banque mondiale et le FMI, Herrhausen a révélé qu'il s'était heurté à des "critiques massives", en particulier de la part du président de la Citibank, Walter Reed, notamment après qu'il eut publiquement plaidé en faveur d'un moratoire sur la dette de l'Europe de l'Est pendant quelques années. 

Malgré la forte résistance à laquelle il est confronté, Herrhausen parvient néanmoins à étendre le champ d'action de la Deutsche Bank en absorbant la Bank of America and Italy, les banques d'affaires Mdm (portugaise), Albert de Bary (espagnole) et Morgan Grenfell (une prestigieuse banque d'investissement londonienne). Le renforcement de ce qui était déjà la plus grande institution de crédit allemande était nécessaire pour constituer un pôle économique valable et puissant pour faire contrepoids aux grands groupes financiers anglo-américains, qui menaient une vaste campagne d'expansion monétaire en accordant des prêts à fort taux d'intérêt aux pays pauvres. Du point de vue de Washington, le projet de Herrhausen représentait une menace particulièrement insidieuse car il remettait en cause l'emprise des États-Unis sur les pays en développement (le président mexicain Miguel de la Madrid, impressionné par les idées de Herrahusen, l'a invité à Mexico en 1987 pour analyser ses propositions) dont dépendait le maintien de l'ordre économique établi pendant l'ère Reagan. "Les marchés financiers et monétaires mondialisés sont désormais une question de sécurité nationale pour les États-Unis" (4), a déclaré sans ambages le directeur de la CIA William Colby, faisant écho à son collègue de la CIA William Webster, qui a déclaré qu'avec la chute du mur de Berlin, "les alliés politiques et militaires de l'Amérique sont désormais [devenus] ses rivaux économiques" (5).

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Le 1er décembre 1989, un engin explosif à déclenchement laser placé devant le domicile de Herrhausen à Bad Homburg (banlieue cossue de Francfort) fait exploser la voiture blindée dans laquelle le banquier venait de monter. La responsabilité a été attribuée au groupe terroriste d'inspiration communiste Rote Armee Fraktion (Raf), bien que la sophistication de l'attaque ait suggéré un spectre plus large d'investigations. Ce n'est pas une coïncidence si les trois membres de la "nouvelle génération" de l'ancienne bande Baader-Meinhof, qui ont été arrêtés au cours des enquêtes initiales, se sont avérés par la suite ne pas être impliqués dans l'attentat. À ce jour, la justice allemande n'a pas été en mesure d'identifier les coupables.

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Le colonel Fletcher Prouty, un vétéran de la CIA qui avait déjà décrit au procureur Jim Garrison le contexte politique dans lequel l'assassinat de John F. Kennedy avait eu lieu, a révélé que l'assassinat de Herrhausen avait eu lieu "quatre jours avant que [le banquier] ne vienne aux États-Unis pour faire un discours qui pourrait changer le destin du monde". Le mur de Berlin était tombé et Herrhausen voulait expliquer aux Américains les nouveaux horizons de l'Europe [...]. Herrhausen a parlé d'une grande Europe unie, sans l'interférence de la Banque mondiale. Il a parlé d'un projet d'intégration entre l'Europe de l'Est et de l'Ouest. Une opération qui aurait changé les relations internationales et qui a été étouffée dans l'œuf". (6). C'est pourquoi, selon Prouty, l'assassinat du président de la Deutsche Bank s'inscrit dans le même cadre général que celui dans lequel se sont déroulés les meurtres d'Enrico Mattei et d'Aldo Moro.

Notes:

1) Voir Engdahl, William, What went wrong with East's Germany economy, "Executive Intelligence Review", 2 octobre 1992.
2) Herrhausen, Alfred, Die Zeit ist reif. Schuldenkrise am Wendepunkt, 'Handelsblatt', 30 juin 1989.
3) Cf. Kissinger : "Der Western muß sich an das neue Selbstbewußtsein der Deutschen gewöhnen", "Welt am Sonntag", 3 mai 1992.
4) Cf. Taino, Danilo, Belzébuth sur le yacht, "Corriere della Sera", 10 mars 1993.
5) Voir le directeur de la CIA, Webster, qui cible les alliés américains, "Executive Intelligence Review", 13 octobre 1989.
6) Voir Cipriani, Antonio, Colonel Prouty : "Je vous explique qui gouverne le monde", "L'Unità", 19 mars 1992.

La France est devenue une puissance régionale de second rang

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La France est devenue une puissance régionale de second rang

Andrei Martyanov

Source Reminiscence of the future

Eh bien, je vais aussi en parler. Je veux dire toute cette affaire AUKUS et la perte par la France d’un énorme contrat pour fournir des sous-marins à la Royal Australian Navy. À ce stade, je ne suis pas intéressé par les détails techniques de cette histoire, car il est inutile de se concentrer sur les détails techniques de quelque chose qui peut encore changer plusieurs fois, peut-être même ne jamais se concrétiser. En revanche, je m’intéresse, comme toujours, aux facteurs fondamentaux qui définissent le cadre du problème. Le Drian et toute personne au sommet de la politique française peuvent bien exprimer leur frustration et jouer aux jeux géopolitiques qu’ils veulent :

Vendredi, la France a rappelé ses ambassadeurs à Washington et à Canberra 
après que l'Australie a abandonné un important programme de sous-marins avec
la France en faveur de l'acquisition de sous-marins à propulsion nucléaire
avec l'aide des États-Unis et du Royaume-Uni. Paris a violemment protesté
contre le nouvel accord entre l'Australie, les États-Unis et le Royaume-Uni,
connu sous le nom d'AUKUS. Le Drian a qualifié l'abandon du programme
franco-australien de "coup de poignard dans le dos".

Cela ne change rien au fait qu’en ces temps de crise grave et terminale de la Pax Americana et du libéralisme occidental, la France n’est plus une superpuissance mondiale et n’est importante que parce qu’elle suit le monde anglo-saxon qui mène une lutte désespérée pour sa survie en tant que puissance mondiale. C’est aussi simple que cela. La France n’est tout simplement pas vraiment importante pour cette lutte existentielle. En fin de compte, D.C. et Londres se préoccupent d’abord d’eux-mêmes, aussi déformée et illusoire que soit cette préoccupation, et Paris est considérée comme une simple « nourriture » qui sera consommée si la nécessité et l’opportunité se présentent. Vous pouvez toujours rétorquer que la France a sa propre dissuasion nucléaire, qu’elle possède Renault et le siège d’Airbus, qu’elle a son propre programme spatial, etc. C’est vrai. Tout cela est un fait, mais n’oublions pas la définition, et non la pseudo-science politique de l’Ouest, de la puissance globale. Bien, la définition est celle des 14 critères de Jeffrey Barnett (à ne pas confondre avec Corelli Barnett) et permettez-moi de vous rappeler ce qu’ils sont. Barnett les a énumérés dans le trimestriel « Paramètres de l’US Army War College », en 1994.  Quelle que soit la façon dont les réalisations de la France sont considérées, dont certaines avec un respect bien mérité, la France ne correspond tout simplement à aucun de ces 14 critères.

La France ne domine pas l’accès à l’espace, les États-Unis, la Russie, la Chine et l’Inde le font ; la France ne contrôle pas les voies de communication maritimes (SLOC), les États-Unis, la Chine et la Russie le font, la France ne fournit certainement pas la majorité des produits finis, la Chine le fait et la France ne domine certainement pas l’industrie de l’armement de haute technologie, les États-Unis et la Russie le font. Même si l’on imagine que demain la Marine Nationale ajoute deux autres porte-avions à propulsion nucléaire à sa flotte, cela ne fera toujours pas de la France une puissance mondiale. Militairement et économiquement, la France est une puissance de second rang, qui a cédé une partie de sa souveraineté à des organisations supranationales telles que l’OTAN et l’UE et qui ne remplit donc pas le critère le plus important définissant une puissance mondiale ou une superpuissance : des politiques mondiales totalement indépendantes et protégées. La France n’est pas non plus capable de créer et de maintenir une quelconque alliance significative par elle-même. Les États-Unis et la Russie le peuvent, tandis que la Chine, en raison de son énormité économique et démographique, est une alliance en soi. De plus, la Chine et la Russie ont des alliances entre elles.

Donc, dans ce cas, étant une puissance régionale de second rang, la France ne peut pas s’attendre à ce que ses intérêts soient sérieusement pris en compte lorsque l’on parle de projets aussi immenses, financièrement parlant, que l’AUKUS. Les alliances sont créées non seulement contre quelqu’un mais aussi pour un accès exclusif aux capitaux et aux marchés, en particulier les marchés d’armes, au sein de ces alliances. Dans ce cas particulier, la France est un outsider et peu importe les hyperboles utilisées par les politiciens français frustrés pour décrire la « trahison » de la France par les Anglo-Saxons, c’est une réalité. Scott Ritter a peut-être raison lorsqu’il décrit l’affaire AUKUS comme une histoire d’achats militaires géopolitiques devenus fous. Mais si l’on considère l’état économique des États-Unis qui est en bout de course, tous les moyens sont bons pour maintenir un flux de trésorerie et la France a simplement été supprimée sur la route de ce flux de trésorerie. C’est aussi simple que cela. A temps désespérés, mesures désespérées. Un truisme, vraiment.

Ainsi, quelques soient les détails techniques de tout ce cirque, certaines leçons sont déjà évidentes et je souscris ici à chaque mot de la conclusion de Ritter :

Mais le fait demeure que les États-Unis n'ont pas de riposte militaire significative 
face à la Chine, que le Royaume-Uni n'est pas capable de maintenir une présence
militaire crédible dans le Pacifique et que l'Australie ne peut pas se permettre
d'acquérir et d'exploiter une force de huit sous-marins d'attaque à propulsion
nucléaire. Le projet de sous-marin nucléaire australien est une plaisanterie
dangereuse qui ne fait qu'exacerber la crise géopolitique existante avec la
Chine en y injectant une dimension militaire qui ne servira à rien.

Toute cette histoire d’AUKUS, comme je l’ai déjà dit précédemment, est un excellent indicateur du déclin de la puissance des États-Unis, qui, dans leurs tentatives désespérées de préserver les restes de leur hégémonie mondiale autoproclamée, sont prêts à tout, sauf, espérons-le, à la guerre nucléaire, et s’il faut humilier et « sacrifier » la France, qu’il en soit ainsi. L’Europe occidentale devrait se préparer à l’être aussi, comme je l’écris depuis de nombreuses années (je cite un article d’il y a 2 ans) :

Macron fait une erreur ici. Eh même plusieurs erreurs, en fait. Pour commencer, 
"pousser la Russie hors d'Europe" n'était pas une "erreur stratégique" - c'était
le plan et l'objectif principal de Washington, dirigé à l'époque par Obama et
continuellement mis en œuvre maintenant par l'administration Trump. De plus,
"chasser la Russie" ne concerne pas seulement la Russie, mais aussi l'Europe
elle-même. L'Europe, telle qu'elle existe aujourd'hui, ne présente aucun intérêt
pour la Russie dans un sens métaphysique, si ce n'est un intérêt purement économique
en tant que marché, mais la majorité des Russes se félicitent aujourd'hui de la
réussite de cette "mise à l'écart". L'Europe, pendant ce temps, est un agneau
sacrifié pour les États-Unis qui, dans une tentative désespérée de sauver leur
peau, vont démolir l'Europe économiquement parce que les élites européennes
sont une pathétique parodie de direction politique, certaines d'entre elles
sont carrément des imbéciles, sans oublier qu’un certain nombre sont effectivement
des produits de la sélection américaine. Donc, non - laissez l'Europe traiter avec
les États-Unis, ou vice-versa, et laissez la Russie en dehors de cela.

Alors, ne me dites pas que je ne vous ai pas prévenu. Oh, allez, les États-Unis ont besoin de manger aussi. Au moment où la France a réintégré pleinement l’OTAN en 2009, un processus défendu par le président de l’époque, Sarkozy , tout a été fini pour elle. Dommage qu’elle ne l’ait pas vu venir. Eh bien, elle le voit maintenant. Comme on dit : mieux vaut tard que jamais. Tolstoï l’avait déjà vu il y a longtemps :

Un Français est sûr de lui parce qu'il se considère personnellement, tant dans 
son esprit que dans son corps, comme irrésistiblement attirant pour les hommes
et les femmes. Un Anglais est sûr de lui, car il est citoyen de l'État le mieux
organisé du monde, et donc, en tant qu'Anglais, il sait toujours ce qu'il doit
faire et sait que tout ce qu'il fait en tant qu'Anglais est indubitablement correct.
Un Italien est sûr de lui parce qu'il est excitable et qu'il s'oublie facilement
et oublie les autres. Le Russe est sûr de lui parce qu'il ne sait rien et ne
veut rien savoir, car il ne croit pas que l'on puisse savoir quoi que ce soit.
L'assurance de l'Allemand est la pire de toutes, la plus forte et la plus
répugnante de toutes, car il s'imagine connaître la vérité - la science - qu'il
a lui-même inventée mais qui est pour lui la vérité absolue.

Eh bien, que dire. Nous sommes au XXIe siècle et la France n’a absolument rien appris depuis le départ de son dernier Titan et Héros, parti en 1969. Ou, plutôt, chassé par ce que beaucoup considèrent encore comme une révolution de couleur organisée par les États-Unis. Il est donc temps de faire face aux conséquences.

Pendant ce temps, la Russie continue de construire ces corvettes à missiles comme s’il n’y avait pas de lendemain, la dernière en date, Grad (Grêle), a été mise à l’eau à Zelenodolsk hier (vidéo en russe):

https://www.youtube.com/watch?v=FTSAcvhVL8M

Avec les nouveaux 3M14M d’une portée de 4 500 km, ces navires peuvent frapper n’importe quel pays d’Europe à partir d’un fleuve ou d’un lac situé au cœur du territoire russe. Au cas où. Autre nouvelle connexe :

TEHRAN (Iran News) - L'Agence fédérale russe du transport aérien (Rosaviatsia) 
et l'Organisation de l'aviation civile de la République islamique d'Iran ont
signé le 6 septembre 2021 un protocole d'accord visant à "créer des conditions
favorables à l'approbation de la conception standard des équipements de l'aviation
civile russe exportés en Iran"
. L'accord est le résultat des négociations qui ont

eu lieu entre les deux autorités aéronautiques en juin 2021, a expliqué Rosaviatsia
dans un communiqué.

L’Iran recevra un grand nombre de SSJ-100R entièrement russifiés. Le MS-21 est en cours, une fois que la Russie aura satisfait ses besoins internes en matière d’aviation commerciale.

Andrei Martyanov

Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone

mardi, 21 septembre 2021

Les Etats-Unis s'orientent vers le Pacifique et contre la Chine: l'Europe demeure dans l'obscurité.

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Les Etats-Unis s'orientent vers le Pacifique et contre la Chine: l'Europe demeure dans l'obscurité

Enric Ravello Barber

Ex: https://www.enricravellobarber.eu/2021/09/estados-unidos-se-desplaza-al-escenario.html#.YUjJjX06-Ul

Les États-Unis renforcent leur puissance dans le Pacifique en créant une alliance militaire anti-chinoise avec le Royaume-Uni et l'Australie. La tension dans la zone Pacifique entre les deux grandes puissances mondiales (la Chine et les États-Unis) a gagné en intensité ces dernières semaines, avec un regain de tension sur une question qui oppose Washington à Pékin depuis des décennies : la souveraineté de l'île de Taïwan, que la Chine revendique comme son propre territoire et sur laquelle Pékin a fixé une date limite pour son incorporation complète, 2049, année du centenaire de la proclamation de la République populaire de Chine.

Il ne s'agit pas d'une décision majeure de l'actuel président Joe Biden, mais simplement de la poursuite d'une politique déjà annoncée par Obama : le centre géostratégique du monde se déplace vers le Pacifique et les États-Unis s'installent sur la nouvelle grande scène de la politique mondiale. Selon Barack Obama lui-même, 60% de la flotte de guerre américaine devait être située dans l'océan Pacifique.

L'alliance militaire AUKUS (Australie + Royaume-Uni + États-Unis) correspond parfaitement à la recherche par les États-Unis d'alliés dans la région pour contrebalancer la puissance chinoise. Logiquement, ses premiers et plus fidèles alliés seront recherchés dans le monde anglo-saxon (1). L'Australie a dû choisir entre son premier allié commercial (la Chine) et son premier allié militaire (les États-Unis), avec lesquels elle entretient des liens culturels et ethniques déterminants, liens qu'elle partage avec la "mère patrie" britannique commune.

Cette alliance dans le Pacifique comprend déjà - suivant la même logique de recherche d'alliés - le Canada et la Nouvelle-Zélande (les "Five Eyes"), qui sont susceptibles de rejoindre l'alliance militaire dans un avenir proche.  Dans la stratégie américaine, cela représente une nouvelle étape clairement définie dans sa stratégie: l'abandon de l'Europe occidentale. Les scénarios ont changé et l'Atlantique est désormais un océan secondaire.

La France, qui est désormais la seule voix de l'Europe dans la politique internationale, a réagi contre la décision de l'Australie pour deux raisons précises: 1) la rupture du contrat d'achat de sous-marins nucléaires signé entre Paris et Canberra, qui les achètera désormais aux Etats-Unis, et 2) sa non-inclusion dans la stratégie militaire du Pacifique qui laisse ses possessions du Pacifique sans le parapluie militaire du Pentagone (2). Mais Paris sait que la raison profonde est la suivante: la France, comme toute l'Europe, est en train de devenir un acteur secondaire ou tertiaire dans la géopolitique militaire mondiale et que l'OTAN n'aura bientôt plus aucun sens, ne protégera plus l'Europe, et que l'UE doit maintenant commencer à construire une armée européenne. Les déclarations du ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, sont claires pour qui veut les comprendre (3). Le véritable problème n'est pas que les États-Unis ne soient plus un "allié fiable". Les États-Unis n'ont jamais été un allié, mais la puissance dominante qui a soumis l'UE à un contrôle colonial. Aujourd'hui, les scénarios changent et l'Europe ne constitue plus un intérêt majeur pour Washington, qui, comme le font tous les pays forts, se désengage simplement, se débarrasse d'un fardeau qui ne lui est plus utile.

La Chine, puissance montante, a menacé de qualifier cette alliance d'"irresponsable" (4). Pékin ne réagira pas immédiatement; sur le plan militaire elle sait qu'elle n'est pas encore en mesure de le faire, et, diplomatiquement, elle vient d'enregistrer ses deux derniers triomphes: l'accord avec les Talibans en Afghanistan et la récente incorporation de l'Iran dans l'Organisation de Coopération de Shanghai (OCS), triomphes qui lui donnent un grand avantage stratégique dans son premier objectif géopolitique actuel: la construction de la nouvelle route de la soie sous son contrôle.

A l'exception de la voix de Paris, l'UE, pathétique alliance de faiblesses délétères, montre son impuissance dialectique en déclarant, en pleurnichant abondamment, que "Nous n'avons pas été informés". Ce que je me demande personnellement, c'est si les dirigeants de l'UE seront capables de percevoir les changements stratégiques que l'Europe sera obligée de faire dans le très court terme, et qui passent inévitablement par un rapprochement avec la Russie.

Notes:

(1) https://www.elconfidencial.com/mundo/2021-09-15/eeuu-influencia-china-respuesta-alianza-uk-australia_3290279/

(2) https://www.abc.es/internacional/abci-francia-denuncia-pacto-eeuu-australia-y-reino-unido-punala-espalda-202109161151_noticia.html

(3) https://www.elmundo.es/internacional/2021/09/18/61464634fdddffe8248b45bb.html

(4) https://www.ansa.it/sito/notizie/mondo/2021/09/16/cina-irresponsabile-accordo-usa-australia-su-sottomarini_4406874f-76c8-4fa0-9121-a8ef006df627.html

 

lundi, 20 septembre 2021

Habermas et l’hypothèque idéologique allemande

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Habermas et l’hypothèque idéologique allemande

Par Gérard Dussouy, professeur émérite des universités, essayiste

Ex: https://www.polemia.com

Polémia suit attentivement la situation politique et sociale en Allemagne. Nous publions ainsi régulièrement des articles de notre envoyé spécial outre-Rhin, François Stecher. Alors que les élections législatives et fédérales approchent, nous partageons avec nos lecteurs un texte brillant de la plume de Gérard Dussouy. Dans une analyse philosophique passionnante, Gérard Dussouy nous dresse un portrait édifiant d’une nation soumise à un endoctrinement social de grande ampleur.

Un texte à lire avec attention pour comprendre ce qui se passe chez nos voisins.
Polémia

Angela Merkel prend sa retraite et il est probable que le SPD va remporter les législatives ou fédérales du 26 septembre 2021. Que le résultat soit celui-là ou qu’il soit autre, cela ne changera pas grand-chose. En effet, l’Allemagne est depuis plus de cinquante ans recouverte par la même chape idéologique qui l’inhibe sur le plan politique et qui, du même coup conditionne l’action politique de l’Union européenne. Cette idéologie qui explique, quels que soient les partis ou les coalitions au pouvoir, que sa politique extérieure demeure fixe, c’est-à-dire systématiquement alignée sur les États-Unis, et qu’elle se fasse le porte-drapeau de tous les desiderata onusiens. Elle explique aussi pourquoi, bien que l’Allemagne soit la puissance industrielle et financière qu’elle est, elle ne fait guère entendre sa voix sur la scène internationale, et surtout pourquoi elle ne l’élève jamais quand il s’agit de revendiquer une émancipation de l’Europe.

Bien entendu, pour comprendre cette apathie, il faut compter avec le statut international de l’Allemagne depuis 1945 qui est celui d’une « souveraineté limitée », comme on le disait des Démocraties Populaires à l’époque de l’Union soviétique, ou si l’on préfère « surveillée ». Cependant, comme l’a dénoncé le philosophe Peter Sloterdijk il y a quelques années déjà, le consensus idéologique allemand, tel qu’il a été imposé, vient principalement de ce que « dans les années 1970 lorsque Habermas a pris le pouvoir, […] l’anti-nietzschéisme de la Théorie critique, de l’École de Francfort, est devenu la tonalité dominante en Allemagne. La Théorie critique […] montant une espèce de « garde sur le Rhin », elle a tout fait pour minimaliser la pensée française en Allemagne qu’il s’agisse de gens comme Deleuze, comme Foucault ou d’autres »[1]. A tel point que, selon Sloterdijk, la philosophie désormais dominante en Allemagne est devenue productrice d’une « hypermorale » (selon le concept d’Arnold Gelhen) qui s’oppose à toute pensée critique, et qui exerce son interdit sur toute orientation politique non conforme avec le statuquo établit.

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Il faut savoir que la majeure partie de l’œuvre de Jürgen Habermas est consacrée à la récusation du paradigme de la domination présent dans presque tous les courants de la philosophie politique. Dans l’étude qu’il a consacrée à ce philosophe, Arnauld Leclerc en arrive à la conclusion suivante:  « premièrement, contre Arendt, Habermas fait valoir l’impossibilité de penser le pouvoir en excluant la domination; deuxièmement, contre Hobbes, Schmitt et Weber, Habermas fait valoir l’impossibilité de réduire le pouvoir à la domination qui peut, certes, être rationalisée, mais jamais être légitime; troisièmement, contre les théories critiques de la domination, allant de Marx à  Bourdieu, en passant par l’École de Francfort et Foucault, Habermas fait valoir l’impossibilité absolue de faire de la domination un paradigme de la théorie politique »[2]. C’est à ce titre qu’il prône le passage à l’ère postnationale, qui fait des Allemands des citoyens du monde et non plus un peuple en soi, et qu’il veut voir dans la mondialisation un « horizon sans domination » par suite de l’homogénéisation des hommes. Il faut dire que ce nouvel état des choses a plutôt été facilement accepté par les Allemands, sachant que leur économie, remarquablement spécialisée, a profité à plein de la mondialisation.

9782081249868.jpgAfin de dissoudre l’ethnocentrisme inhérent à chaque individu et à chaque peuple, Habermas entendait faire appel à la « raison communicationnelle » qu’il interprète, note le philosophe pragmatiste américain Richard Rorty, « comme l’intériorisation de normes sociales, plutôt que comme une composante du « moi humain ». Habermas entend « fonder » les institutions démocratiques ainsi que Kant espérait le faire ; mais il ambitionne de faire mieux en invoquant, à la place du « respect de la dignité humaine » une notion de « communication exempte de domination », sous l’égide de laquelle la société doit devenir plus cosmopolite et démocratique »[3]. L’objectif de Jurgen Habermas est que l’action communicationnelle, couplée à une sphère publique bien structurée, puisse conduire l’homme à se débarrasser de son identité nationale, romantique, et autoriser l’humanité à s’unir dans une paix perpétuelle en dépassant les souverainetés et en écartant ainsi toute velléité de conflit[4].

Dans les faits, le triomphe d’Habermas et l’adoption de ses idées par les milieux officiels (tel celui de l’éducation) ont abouti à l’hégémonie communicationnelle et idéologique de son camp en Allemagne, avec l’aval de ses « alliés » satisfaits de la passivité politique induite, plutôt qu’à un dialogue digne de ce nom. A la suite du contrôle de l’information, des médias et des différents processus de socialisation, a été possible le formatage de la représentation collective, jusqu’à changer radicalement la culture politique de la nation allemande. Analysant le programme de rééducation politique et historique dont ont été gratifiés les Allemands, mais aussi les Japonais, Thomas U. Berger n’hésite pas à écrire « qu’ils furent bombardés par une propagande antimilitaire qui fut au moins aussi violente que la propagande de la période de la guerre qui l’avait précédée »[5].

51Aua5tdFxL.jpgL’ankylose idéologique dont souffrent les partis politiques allemands explique notamment le peu d’entrain de l’Allemagne à suivre Emmanuel Macron quand il parle de « souveraineté européenne » et qu’il propose des avancées en matière de défense communautaire ou d’armée européenne. Le président français, adepte lui-même des thèses d’Habermas qu’il est allé visiter au début de son quinquennat, aurait pourtant dû s’y attendre.

Or, le dilemme est d’autant plus difficile à résoudre que dans le même temps plusieurs pays partenaires de l’Allemagne, notamment ceux du sud de l’Union européenne dont la France,  demeurent tributaires d’elle dans la mesure où elle leur sert de « parapluie monétaire » ; et qu’en cas de désaccord profond ou de séparation, c’est la banqueroute qui les menace. Il faudra donc attendre que des événements exceptionnels se produisent pour que l’hypothèque idéologique allemande soit levée.

Gérard Dussouy
19/09/2021

Notes:

[1] Sloterdijk Peter, Le Magazine Littéraire, entretien, n°406, février 2002, p.34.
[2] A. Leclerc, « La domination dans l’œuvre de Jürgen Habermas. Essai sur la relativisation d’une catégorie », Politeia, N°1 Politique et domination à l’épreuve du questionnement philosophique, Novembre 1997, p. 53-85.
[3] R. Rorty, Contingence, ironie et solidarité, Paris, Armand Colin, 1993, p. 205.
[4] J. Habermas, La paix perpétuelle. Le bicentenaire d’une paix kantienne, Paris, Le Cerf, 1996.
[5] T. U. Berger, « Norms, Identity and National Security in Germany and Japan », Peter J. Katzenstein, The Culture of National Security, New York, Columbia University Press, 1996, p. 317-356.

dimanche, 19 septembre 2021

Ce que l'élargissement de l'OTAN pourrait coûter

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Ce que l'élargissement de l'OTAN pourrait coûter

Leonid Savin

Ex: https://www.geopolitica.ru/article/vo-chto-mozhet-oboytis-rasshirenie-nato

L'un des principaux groupes de réflexion américains en matière de sécurité et de politique étrangère, le Center for Strategic and International Studies, a présenté le 8 septembre 2021 une étude sur l'élargissement de l'OTAN.

L'étude a porté principalement sur les besoins des forces armées et les coûts nécessaires qu'ils impliquent. L'aspect même du document est tout à fait symptomatique: alors que les sommets parlent année après année de l'acceptation éventuelle de nouveaux membres ou de leur report, et que les représentants américains et britanniques incitent constamment à la cooptation d'autres nations - ce qui relève de la politique rhétorique, l'analyse rationnelle des avantages et des inconvénients indique déjà une routine systématique, avec des calculs détaillés et la prise en compte des expériences précédentes.

Les auteurs affirment d'emblée que le projet est né du succès de l'OTAN et des changements apportés au système de sécurité européen en raison de la "montée d'une Russie hostile et militairement résurgente". Ils affirment également que la valeur de l'OTAN elle-même, ou son élargissement passé, n'est pas remise en question. "L'objectif de ces discussions est plutôt de renforcer la sécurité des États-Unis et de leurs alliés de l'OTAN et de maintenir la stabilité de l'Europe dans son ensemble. Le partage du fardeau de ces engagements futurs pourrait être une question politique et militaire importante."

En effet, le montant de la contribution de chaque pays a fait l'objet d'un débat animé entre les membres de l'alliance au cours des dix dernières années. Il est clair que l'auteur soulève délibérément la question à l'avance afin que les décideurs disposent de suffisamment de temps pour élaborer les mécanismes et les options nécessaires. Le rapport se concentre sur cinq pays - la Géorgie, l'Ukraine, la Bosnie-Herzégovine, la Finlande et la Suède. "Trois de ces pays - la Géorgie, l'Ukraine et la Bosnie-Herzégovine - cherchent activement à devenir membres. La Finlande et la Suède ne cherchent pas à adhérer et restent attachées au non-alignement."

Bien que le désir de la Bosnie-Herzégovine soit discutable en raison de la nature anti-OTAN de la Republika Srpska ainsi que du statut spécifique de l'entité fédérale elle-même avec une souveraineté limitée, il est par ailleurs vrai que l'expérience du Monténégro et de la Macédoine a montré que les petits pays des Balkans peuvent être absorbés par l'OTAN assez rapidement si les bonnes conditions pour cela ont été préalablement créées, c'est-à-dire s'il y a présence de leurs agents d'influence dans les organes directeurs clés du pays. Ce faisant, les auteurs mettent en évidence un surprenant dilemme associé aux États européens.

"Les pays non membres de l'OTAN sont bien placés pour répondre aux situations de crise, aux contingences à petite échelle et à la coopération en matière de sécurité, car ils ont effectué de nombreuses missions de ce type depuis la fin de la guerre froide. Pour les opérations à grande échelle, les capacités sont sévèrement limitées. Par rapport à la Russie, les coûts et les forces des pays non membres de l'OTAN sont beaucoup plus importants. Toutefois, l'OTAN a du mal à déployer des forces, même modestes. L'OTAN, qui a déployé 40 divisions (environ 360 bataillons de combat) en Europe du Nord pendant la guerre froide, a eu du mal à déployer quatre bataillons dans les pays baltes."

En d'autres termes, les membres non membres de l'OTAN sont eux-mêmes tout à fait capables de combattre. La question est de savoir qui ils considèrent comme une menace et contre qui ils ont l'intention d'utiliser leurs forces armées. De toute évidence, si un chapitre entier est consacré à la Russie dans l'étude, le pays n'est pas simplement sous-entendu, mais est présenté comme un agresseur possible contre lequel une stratégie de défense collective est nécessaire. Par conséquent, les convictions des États non membres de l'OTAN quant aux intentions ambitieuses et agressives de Moscou doivent être maintenues afin de façonner l'opinion publique et d'obtenir le soutien nécessaire des gouvernements.

Pour l'OTAN, en revanche, il a été démontré que les forces armées elles-mêmes et les capacités économiques de ces pays présentent un intérêt significatif. Parce qu'ils permettent des dépenses relativement élevées, ils constituent un atout intéressant pour améliorer les capacités globales de l'OTAN.

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En Suède, par exemple, on fait valoir à juste titre que l'OTAN présente plusieurs faiblesses, telles que la dépendance à l'égard de la stratégie générale des États-Unis, le chevauchement des responsabilités entre les commandants de l'OTAN, les fournisseurs de troupes et les pays hôtes, qui complique un éventuel renforcement et une éventuelle expansion, la faiblesse relative des membres de l'Est, le manque d'infrastructures en Europe, qui rend problématique les mouvements et les déploiements rapides de troupes, et le manque d'équipements pour certains pays.

Les auteurs notent également un problème de lenteur dans la prise de décision. Il est évident que l'élargissement de l'alliance rendra ce processus plus difficile encore. Le choix d'une stratégie politico-militaire en période de conflit a également toujours été difficile.

"Lorsqu'ils examinent le concept de défense, les planificateurs de l'OTAN sont depuis longtemps confrontés à un choix difficile: maintenir une défense avancée qui tient le territoire mais qui est potentiellement fragile, ou mener une défense mobile qui force dans un premier temps le retrait du territoire et nécessite une contre-offensive ultérieure. La défense mobile présente de nombreuses caractéristiques militairement attrayantes et occupe une place importante dans les discussions sur la guerre de manœuvre. La politique, cependant, est une chose compliquée. Les nations sont réticentes à céder tout territoire à un ennemi, même temporairement, si un retrait stratégique peut avoir un sens militaire. Par la suite, les contre-attaques élargissent inévitablement la portée géographique des opérations, et souvent aussi la portée politique. Ces expansions augmentent les enjeux du conflit et peuvent provoquer l'utilisation d'armes nucléaires."

Les discussions précédentes sur cette question ont révélé un consensus certain au sein de l'OTAN sur le fait qu'il devrait y avoir un avantage de trois contre un, voire plus. Il doit également avoir une grande expérience de l'entraînement des troupes pour les opérations mobiles et de la préparation aux pertes civiles et aux pertes de biens. Rien de tout cela n'est observé parmi les membres de l'OTAN, comme l'ont démontré les exercices de ces dernières années et l'"efficacité" de l'OTAN en Afghanistan. Quant aux candidats possibles à l'adhésion à l'OTAN, leur potentiel et leur pertinence géopolitique sont décrits comme suit.

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La Géorgie. L'OTAN organise des exercices annuels conjoints avec l'armée géorgienne depuis 2016 et maintient un bureau permanent en Géorgie pour "faciliter le dialogue politico-militaire dans la coopération pratique" entre Tbilissi et Bruxelles. Sur le plan militaire, la Géorgie est inférieure aux unités de l'armée russe dans le Caucase dans un rapport de deux à un. Pour que la Géorgie réussisse une opération militaire contre la Russie, même avec la participation de l'OTAN, au moins deux conditions doivent être remplies. 1) La possibilité d'un transport aérien opérationnel de forces armées importantes par des avions de transport militaire. 2) L'implication de la Turquie dans le conflit, y compris le déploiement de troupes sur le territoire turc avec des mouvements ultérieurs vers la Géorgie par voie terrestre et maritime. L'OTAN prévoit également une supériorité aérienne dans un tel conflit. La mise en œuvre de la dissuasion envisagée nécessite également des mesures sérieuses - le déploiement d'une division de l'OTAN, d'une autre division américaine, d'équipements et de composants pour les équipements lourds, et une présence permanente des forces de défense aérienne américaines.

Sept milliards de dollars par an sont nécessaires pour couvrir le coût des infrastructures, du déploiement, de la rotation des troupes et des exercices. La moitié de cette somme incomberait aux États-Unis et l'autre moitié aux membres européens de l'OTAN.

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L'Ukraine présente un cas plus compliqué. Le rapport a été publié avant la signature de l'accord russo-biélorusse du 9 septembre 2021, qui implique également une intégration militaire, et ne tient donc pas compte du rôle du Belarus dans la participation à un conflit potentiel aux côtés de la Russie. Sinon, les évaluations auraient été différentes. Mais là encore, les auteurs fantasment sur une agression russe et citent un scénario de simulation dans lequel les troupes russes prennent le contrôle de la rive gauche de l'Ukraine, encerclant l'armée ukrainienne, qui tenterait de défendre Kharkov et un certain nombre de villes de l'Est. Bien que, dans ce scénario, l'aviation de l'OTAN soit en mesure de frapper les troupes russes, elle ne pourrait pas les arrêter. Il faudrait à l'OTAN trois mois pour créer les conditions d'une contre-attaque, mais la Russie riposterait avec des armes nucléaires tactiques. Le renforcement de la sécurité de l'Ukraine nécessitera le déploiement permanent de trois brigades (une américaine, deux de l'OTAN), l'achat et le déploiement d'équipements, le déploiement d'une brigade de défense aérienne, la mise à disposition d'instructeurs et de personnel de commandement américains (250 personnes), de deux escadrons de l'US Air Force et d'un de l'OTAN. Tous ces besoins nécessitent 27 milliards de dollars.

Le facteur Donbass avec la population russophone de l'Ukraine est également pris en compte. La répression du soulèvement devrait être une affaire coûteuse. Pour le "maintien de la paix", 98 milliards de dollars sur cinq ans et 130 milliards de dollars supplémentaires sur cinq ans pour les opérations anti-insurrectionnelles seront nécessaires. L'expérience de l'Irak et de l'Afghanistan (avec probablement une composante de corruption au profit des entreprises contractantes américaines) a été prise en compte dans les calculs.

En Bosnie-Herzégovine, le principal problème est la population serbe et la position de la Serbie elle-même. On suppose qu'il sera nécessaire de résister aux interférences, ce qui nécessitera 24,6 milliards de dollars. Il est révélateur que dans le cas de la Bosnie-Herzégovine, on dise qu'elle est déjà membre de l'OTAN et qu'il faudra y maintenir des troupes et l'ordre public.

La Suède. Là encore, les auteurs laissent libre cours à leur imagination. "Dans un conflit de l'OTAN avec la Russie, comme l'invasion russe des États baltes, la Suède serait profondément impliquée. Comme la Finlande fait office de tampon contre la Russie, une attaque depuis la terre est hautement improbable. Au lieu de cela, la Suède sera confrontée à trois tâches défensives: se défendre contre les attaques aériennes et les missiles russes, défendre son vaste territoire contre les infiltrations russes, et protéger l'île de Gotland et d'autres infrastructures clés afin que les forces armées de l'OTAN puissent les utiliser pour défendre l'entrée de troupes dans les États baltes et ailleurs." Cela nécessite le prépositionnement d'avions et de moyens de défense aérienne pour couvrir le Gotland et un certain nombre de positions en Suède. Cela coûterait 3,2 milliards aux États-Unis et l'OTAN devrait ajouter 6,4 milliards supplémentaires. Il est noté que "outre les tâches purement militaires, la Suède est confrontée à des problèmes militaires et politiques en adhérant à l'OTAN: l'adhésion à l'OTAN ne garantit pas simplement le territoire suédois contre une agression extérieure - elle exige également que la Suède s'engage dans des conflits avec d'autres pays, ce qu'elle n'a pas fait depuis le XVIIIe siècle". Cela dissuadera Stockholm de prendre une telle décision.

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La Finlande coopère activement avec les pays occidentaux, notamment en participant à des manœuvres avec l'OTAN et les États-Unis. Les Finlandais ne sont vraisemblablement pas intéressés à inviter des troupes étrangères sur leur territoire, afin de ne pas provoquer la Russie. Afin de justifier d'une manière ou d'une autre le conflit russo-finlandais, les auteurs avancent une version concernant l'occupation des îles Aland, à laquelle Helsinki devra répondre. Mais la Finlande ne dispose ni d'avions de combat de la classe nécessaire pour résister à la Russie, ni d'un système de défense aérienne. Et si l'OTAN veut venir à la rescousse, cela prendra beaucoup de temps en raison de la géographie et de la distance. Pour une dissuasion minimale, un peu plus d'un milliard serait nécessaire, et pour un renforcement plus qualitatif, 5,3 milliards seraient nécessaires. Mais, comme la Suède, la Finlande devra s'accommoder de son nouveau rôle.

Bien que la solution politique et les questions techniques relatives aux nouveaux membres restent hypothétiques, le rapport montre clairement l'intention des États-Unis non seulement de présenter la Russie comme une menace future et un ennemi des pays européens, mais aussi de donner l'impression que les pays clients et les États relativement neutres sont désespérés et n'ont aucune alternative.

vendredi, 17 septembre 2021

Le pacte AUKUS et l'Europe

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Le pacte AUKUS et l'Europe

Ex: https://www.kulturaeuropa.eu/2021/09/17/il-patto-aukus-e-leuropa/

Le Pacte AUKUS est né. L'Australie, l'Angleterre et les États-Unis s'unissent dans un pacte militaire, qui aura également une dimension économique, dans le but déclaré de maintenir la zone indo-pacifique "libre et ouverte". Il va sans dire que l'intention, même si elle est mal dissimulée, est d'endiguer la (sur)puissance croissante et de plus en plus rampante de la Chine.

Mais ce qui devrait nous faire réfléchir, c'est que les États-Unis et le Royaume-Uni ne se sont même pas posé le problème de savoir qui devrait être leur partenaire dans cette nouvelle frontière géopolitique: l'Europe doit être hors jeu, ils se tournent donc vers l'Australie. Celle-ci n'est certainement pas un partenaire militairement stratégique, mais elle l'est à coup sûr tactiquement dans une position clé dans la région, même s'il faut dire qu'au troisième millénaire, le dernier problème pour l'armée Stars and Stripes est de trouver un point d'ancrage. Cela suggère que le seul objectif, en fin de compte, était de donner une gifle au Vieux Continent. Et ça a marché, ça a vraiment marché. La France, à l'occasion de la naissance de ce nouvel accord, a perdu une commande d'environ 31 milliards d'euros pour l'achat de sous-marins à propulsion nucléaire qu'elle s'apprêtait à vendre à l'Australie.

L'Alliance atlantique s'effrite, comme en témoignent les déclarations de Rome, Paris et Berlin (les capitales des pays les plus influents de l'UE) qui ont ouvertement admis qu'ils n'avaient nullement été informés. Ainsi, le très apprécié et acclamé Joe Biden, après une retraite de Kaboul, à la limite de la lâcheté et de l'embarras, a porté un nouveau coup à ce qui serait l'Alliance des pays les plus à même de garantir l'"équilibre" au niveau mondial. 

Il faut admettre que l'équilibre de l'OTAN a déjà été mis à l'épreuve, il n'est donc pas surprenant que les Anglo-Américains continuent à tirer les ficelles. En effet, pour être précis, suite à la déclaration de la future projection de l'UE dans la zone indo-pacifique, les Etats-Unis indiquent clairement qu'ils veulent et désirent évidemment que leurs alliés européens soient là où ils mènent leurs guerres (même si elles sont plus ou moins froides), mais plus généralement les Etats-Unis veulent que les Européens soient et se déplacent comme eux le veulent, sans jamais agir de manière autonome.

Dans ce contexte, que faire ? Malheureusement rien, l'UE n'est qu'un grand fourre-tout qui s'effondre et qui a réussi à réveiller un nationalisme renaissant, mais qui n'a aucune intention apparente de se transformer en un véritable État qui prend des décisions dans son propre intérêt.

Le temps nous dira comment les choses évolueront, mais ce qui est certain, c'est que nous semblons toujours aimer nous montrer comme d'humbles serviteurs. Pas étonnant qu'ils nous traitent de cette façon.

Les ombres d'Angela

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Les ombres d'Angela

Lorenzo Vita

Ex: https://it.insideover.com/politica/tramonto-angela-merkel.html

Il est très difficile de comprendre l'héritage d'Angela Merkel. Les élections de fin septembre marqueront la fin du quatrième mandat de chancelière de la figure de proue de la Cdu. Et inévitablement, le moment de faire le point arrive.

Selon de nombreux experts, l'adieu de la chancelière n'est pas ce qu'elle et ses partisans souhaitaient. La "dame de fer" de la politique allemande a toujours donné l'impression qu'elle maîtrisait la situation et que son leadership, tant comme personnage clé de la Cdu que comme cheffesse du gouvernement, semblait sans égal. Pourtant, même Mme Merkel, l'étoile de la politique allemande qui a donné une image de stabilité presque granitique face à une Europe en perpétuelle ébullition, a récemment subi des coups durs.

Et ce coucher de soleil merkelien a aussi le goût d'un adieu amer. La gestion de la pandémie, notamment avec certains blocages, a souvent donné l'impression de ne pas être particulièrement fluide, laissant de nombreux Allemands méfiants. Les inondations qui ont frappé le cœur de l'Allemagne ont également mis en lumière un pays encore fragile face aux fureurs de la nature: des éléments qui, dans un électorat attiré par les Verts, ne sont certainement pas secondaires.

Et enfin, une ombre supplémentaire apparait quant au choix de son successeur, Armin Laschet, que les experts considèrent comme une erreur retentissante. Les sondages les plus récents confirment que la Cdu, pour la première fois depuis des années, pourrait être dépassée par les sociaux-démocrates de la Spd. Et le fait que le ministre des finances, Olaf Scholz, soit considéré par certains comme le véritable héritier de Mme Merkel, est un signe qu'il ne faut pas sous-estimer.

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La fin peu réjouissante d'une longue période de pouvoir ne saurait résumer les quatre mandats de chancelier. Et il serait injuste de réduire Angela Merkel à la dernière étape d'un parcours qui l'a vue passer des décombres du mur de Berlin au sommet de la République allemande. Toutefois, le fait que cette ombre soit tombée comme un voile au cours de la dernière année à la tête du pays permet, d'une certaine manière, de déchirer le voile d'une hagiographie excessive que l'on pourrait écrire sur le leadership de Mme Merkel. Et elle est révélatrice des difficultés inhérentes à l'évaluation de la longue ère de son mandat de chef de file incontesté des chrétiens-démocrates.

En politique intérieure, la capacité de Mme Merkel à diriger le pays face aux différentes crises qui ont frappé l'Europe peut être considérée comme un luxe digne uniquement d'un grand dirigeant. Cette capacité est évidente, à laquelle s'ajoute celle d'avoir créé l'idée de la Grande Coalition comme exemple de gouvernement stable de large accord sans être considéré comme étranger à l'électorat. Pour la Cdu, en outre, la saison de Merkel est aussi celle qui a permis d'éviter l'effondrement du consensus lors de l'explosion des mouvements souverainistes, notamment l'Afd. Et cette capacité à absorber les dérives les plus extrêmes de l'Allemagne s'est surtout manifestée avec la crise des réfugiés en provenance de Syrie, lorsque la multiplication des épisodes criminels de groupes d'étrangers combinée à l'explosion du racisme et de l'antisémitisme a fait craindre que le pays ne sombre dans une spirale de violence. Cela n'a pas été le cas, même s'il ne faut pas oublier que la période merkelienne a également été celle où le terrorisme islamique a frappé le peuple allemand, et où des signes de résurgence du phénomène néonazi sont apparus pour la première fois dans certains appareils d'État. Les forces de défense et de sécurité intérieure ont fait défaut, confirmant non seulement les avertissements de nombreux experts sur les difficultés de la structure militaire allemande, mais aussi les craintes que Berlin ne soit pas en mesure de gérer les engagements extérieurs ou les défis à la sécurité nationale et de garantir la sécurité à l'intérieur de son propre pays.

D'un point de vue économique, l'Allemagne a été le symbole d'un pays caractérisé par une forte croissance, un faible taux de chômage et une grande stabilité financière. Bien qu'il y ait des signes précurseurs de crise, notamment dans la classe moyenne. Et les scandales financiers et industriels (du Dieselgate à Wirecard) ont montré une Allemagne moins attentive aux dangereuses dérives de la finance et de l'industrie nationale. Des taches qui, si elles ne nuisent pas à l'image d'une puissance économique, révèlent certainement un côté sombre que l'on ne peut nier et qui va de pair avec certains signes de difficulté de la part de la population. L'un d'entre eux est le problème de l'immobilier et des loyers.

Le jugement sur la politique étrangère est également complexe. Angela Merkel a tenté, surtout ces dernières années, de faire du poids économique de l'Allemagne un poids politique. L'exemple le plus proche est celui d'avoir "arraché" à l'Italie le lieu où se déroulent les discussions sur la Libye, désormais défini non plus par la réunion de Palerme mais par les sommets tenus à intervalles réguliers à Berlin. Cette démarche est à mettre en parallèle avec la présence allemande dans le dialogue sur le nucléaire iranien, ainsi que dans le jeu plus délicat (pour l'Europe) entre la Russie et l'Ukraine.

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L'Allemagne joue un jeu d'insertion dans les Balkans et d'harmonisation entre les positions de la Grèce et de la Turquie. Elle est également entrée récemment dans le secteur de la défense, devenant un pays extrêmement actif au Sahel et se projetant dans d'autres zones de crise jusqu'à l'Indo-Pacifique. Tout cela sans tenir compte du poids spécifique que Merkel (et avec elle l'Allemagne) a pris en Europe ces dernières années. Le leadership de Mme Merkel est devenu si fondamental que, pendant de nombreuses années, la chancelière allemande était considérée comme la véritable maîtresse de la politique européenne, Bruxelles apparaissant presque comme un protectorat allemand au lieu d'une capitale indépendante des intérêts des différents États.

Mais face à ces nombreuses tentatives de prise de pouvoir, l'Allemagne de Merkel a également montré des faiblesses (et parfois une myopie) qui ont souvent révélé un revers de la médaille sous-estimé. De nombreux experts, par exemple, soulignent qu'il est vrai que la Chancelière a déplacé ses pions pour avoir une Allemagne de plus en plus importante au niveau stratégique, mais cela n'a jamais permis d'avoir une Allemagne véritablement autonome. Dario Ronzoni l'explique dans Linkiesta. Liée aux États-Unis pour l'OTAN, à la Russie pour le gaz et à la Chine pour le commerce, l'Allemagne s'est montrée forte mais jamais indépendante. Et si tout cela a été synonyme de multipolarité, d'un autre côté il ne faut pas oublier que Berlin s'est parfois transformé en un territoire de confrontation plutôt que de pouvoir. Et dans le contexte européen, de nombreux critiques pointent du doigt l'austérité promue par les faucons allemands comme complice (si ce n'est le véritable auteur) à la fois de la crise de la zone euro et de l'explosion des mouvements eurosceptiques et centrifuges qui ont conduit, par exemple, au Brexit. On peut dire la même chose de la question commerciale, puisque la surproduction allemande a également déclenché des crises avec les États-Unis, qui ont également conduit à des tensions sur les tarifs douaniers brandis comme menace par Donald Trump.

Ces analyses laissent de nombreuses questions ouvertes et ne peuvent occulter l'importance d'Angela Merkel dans l'histoire plus récente de l'Allemagne et du continent européen. Mais ce sont des questions qui mènent surtout à une autre question: quel est le véritable héritage de la chancelière. La réponse peut être difficile, mais il est clair que si l'Europe considère Mario Draghi et Emmanuel Macron comme ceux qui seront capables de combler le vide laissé par le dirigeant allemand, nous avons déjà une réponse. Après Merkel, l'Allemagne pourrait ne plus être l'étoile polaire de l'Union européenne. Et c'est déjà un fait qui pourrait faire froncer les sourcils des partisans de la Cdu.

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mercredi, 15 septembre 2021

Les Balkans: une crise permanente

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Les Balkans: une crise permanente

L'Europe de l'Est dans une nouvelle situation géopolitique

Ex: https://katehon.com/ru/article/balkany-permanentnyy-krizis

Bulgarie : une troisième élection ?

Depuis le début de l'année 2021, la Bulgarie se trouve dans un état de crise politique permanente. Dans le contexte des manifestations de masse contre le parti libéral de droite au pouvoir, le GERB, des élections législatives ont été organisées début avril. En conséquence, aucune des forces politiques n'a été en mesure de former un gouvernement. De nouvelles élections ont eu lieu en juin. Cependant, aucun gouvernement n'a encore été formé.

Le parti de protestation, qui porte pour nom "Il existe de telles personnes", dirigé par le présentateur de télévision Slavi Trifonov (photo), a remporté le plus grand nombre de voix lors des élections de juin. Mais l'équilibre des pouvoirs au Parlement est tel qu'il est très peu probable qu'un gouvernement soit formé. La Bulgarie doit donc affronter sa troisième élection parlementaire en un an.

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Lors des élections de juin, le GERB et le parti de M. Trifonov, qui se distingue par l'absence d'une idéologie claire, ont obtenu un nombre de sièges à peu près égal - 65 et 63 - mais n'ont pas pu former un gouvernement, car il a besoin d'un partenaire parmi les partis libéraux minoritaires, mais refuse simultanément de soutenir l'une ou l'autre des deux forces politiques.  Le président bulgare Rumen Radev a confié le mandat de former un gouvernement au "Parti socialiste bulgare", arrivé troisième aux élections. Si cette troisième tentative de formation d'un cabinet échoue également, le chef de l'État dissoudra le Parlement et décidera d'un troisième tour d'élections législatives anticipées.

En général, toutes les forces politiques qui se partagent le pouvoir en Bulgarie se distinguent par leur orientation vers l'OTAN et l'UE. Les populistes de "droite", populaires auparavant, ont perdu toute crédibilité. "Le parti socialiste bulgare - également pro-OTAN et pro-UE mais exploitant des sympathies pro-russes - a également perdu ses anciens soutiens.

Dans le contexte de la crise politique que traverse la Bulgarie, le lobby occidental s'est employé à attiser le sentiment anti-russe. En mars 2021, plusieurs personnes soupçonnées d'espionnage pour la Russie ont été arrêtées en Bulgarie. Il s'agit de la sixième arrestation depuis 2019 pour des accusations similaires.

Le service russe de renseignement extérieur a commenté l'arrestation des "espions" dans le cadre d'une campagne visant à accroître la russophobie en Bulgarie : "Selon les informations reçues, les services de renseignement américains ont lancé une campagne à grande échelle visant à compromettre les personnalités politiques et publiques des pays d'Europe orientale qui prônent le développement de relations de bon voisinage avec la Russie. A cette fin, les agents et les organisations non gouvernementales financés par les agences officielles américaines sont mobilisés.

En Bulgarie, l'organisation Bellingcat, déjà mentionnée, a tenté de promouvoir un scandale avec une implication russe présumée dans les attentats à la bombe en République tchèque en 2014. Ses représentants ont déclaré que l'attentat visait les activités du marchand d'armes bulgare Emelian Nagrev, qui stockait des armes et des munitions en République tchèque pour les envoyer en Ukraine.

Serbie et Monténégro : entre eurasisme et atlantisme

En juillet 2021, le gazoduc Balkan Stream, une branche du Turkish Stream, a atteint la Hongrie. Il a fallu un peu plus d'un an et demi pour faire passer le gazoduc par la Serbie. Au cours de l'année et demie précédente, on a essayé de construire le pipeline à travers la Bulgarie, en rencontrant de nombreux obstacles. La Serbie a démontré qu'elle était un partenaire plus fiable pour la Russie.

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Dans l'ensemble, les dirigeants serbes maintiennent des liens avec l'Occident et une orientation générale vers l'adhésion à l'UE, qu'ils combinent toutefois avec un nationalisme serbe occasionnel et des sentiments pro-russes.

Parmi les exemples de l'utilisation de l'agenda nationaliste, citons les contacts entre Aleksandrov Živuć et le membre serbe de la présidence de Bosnie-Herzégovine Rostislav Godik, les contacts entre la Serbie et la Republika Srpska et l'utilisation du syntagme "monde serbe" par les dirigeants serbes.

Les dirigeants serbes s'opposent à l'élargissement de la liste des pays qui ont reconnu l'indépendance du Kosovo. Toutefois, l'attitude de Belgrade à l'égard des États-Unis reste la plus bienveillante. Les États-Unis ont soutenu l'initiative visant à créer un espace économique commun entre la Serbie, le nord de la Macédoine et l'Albanie - Opera Balkan. Cette initiative est soutenue par l'administration Vucic, mais les autorités sécessionnistes du Kosovo refusent de rejoindre le bloc.

Les négociations entre Pristina et Belgrade, par lesquelles les États-Unis et l'UE espèrent faire avancer la reconnaissance de l'indépendance du Kosovo et l'absorption ultérieure de la Serbie dans les structures de l'UE et de l'OTAN, ont jusqu'à présent peu progressé. Les résultats des élections de mars 2020 au Kosovo n'y ont pas contribué non plus. Le leader du mouvement d'autodétermination, Albin Kurti (photo), qui est farouchement opposé à tout compromis avec Belgrade, est devenu premier ministre. Kurti est orienté vers les cercles de gauche-libéraux en Europe et le parti démocrate américain.

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La Bosnie reste un point d'instabilité potentiel, où le chef du bureau du Haut Représentant, l'Autrichien Valentin Inzko, avec le soutien des communautés croates et musulmanes, a fait passer une loi criminalisant la non-reconnaissance du "génocide" de Srebrenica. La loi est dirigée contre la Republika Srpska.

L'une des principales vulnérabilités des élites des Balkans est la corruption et les liens avec la mafia (principalement la mafia de la drogue). Cela permet aux Atlantistes de contrôler les élites de ces pays et d'exercer une pression en faisant chanter les représentants du gouvernement et des entreprises. Ces derniers mois, des accusations de liens avec la mafia ont également été utilisées contre le président serbe Aleksandar Vučić.

En juin, le parlement monténégrin a adopté une résolution sur le "génocide de Srebrenica". En substance, elle interdit de considérer les événements tragiques de 1995 dans cette localité bosniaque comme autre chose qu'un "génocide". La résolution a démontré la faiblesse du gouvernement de Zdravko Krivokapic, qui dépend du soutien des partis libéraux pro-occidentaux. Le fait qu'il ait été poussé par le président Milo Djukanovic et soutenu par Krivokapic montre que Djukanovic reste une personnalité politique sérieuse, capable de faire passer des solutions qui éloignent le Monténégro de la Serbie.

L'accord entre l'Église orthodoxe serbe et le Monténégro a également causé des difficultés. Krivokapic devait signer un accord de base sur le statut juridique de l'Église orthodoxe serbe au Monténégro en mai 2021, mais ne l'a pas fait. L'Église orthodoxe serbe a reçu l'accord modifié au début du mois d'août et ne fait encore que s'y familiariser. Zdravko Krivokapic a justifié son refus de normaliser les relations avec l'UOC (d'autres confessions du pays ont déjà de tels accords avec l'État) par la crainte d'être arrêté sous prétexte de violer la constitution du Monténégro. Krivokapic a déclaré qu'il ne se rendrait pas dans la capitale historique du Monténégro, Cetinje, pour la cérémonie d'intronisation du nouveau métropolite du Monténégro, le prêtre Joannikije, le 5 septembre 2021.

Le régime de Milo Djukanovic a été renversé par des protestations contre sa politique anti-églises. La grande majorité des Monténégrins sont des fidèles de l'Église orthodoxe serbe. Cependant, pour l'Occident, il est important de briser l'unité spirituelle des Serbes et des Monténégrins, car les Serbes sont perçus comme le facteur continental le plus important.

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L'intronisation du Métropolite Joannikije (photo), le 5 septembre, s'est déroulée dans un contexte d'agitation des nationalistes monténégrins soutenus par Milo Dukanovic. Le conseiller de Milo Djukanovic, Veselin Velovic, figurait parmi les instigateurs de l'émeute détenus par les forces de l'ordre. Jusqu'à présent, les nationalistes monténégrins d'orientation atlantiste n'ont pas réussi à influencer sérieusement la situation de l'Église. Cependant, ils ont montré leur force, ce qui signifie que l'Occident - et surtout les États-Unis - soutiendra cette tendance comme étant prometteuse. Zravko Krivokapic s'est révélé être un politicien faible, facilement soumis à la pression et incapable de défendre le choix des Monténégrins orthodoxes qui l'ont porté au pouvoir - le choix en faveur de l'amitié avec la Serbie et de la protection de l'église canonique.

Albanosphère

L'Albanie, la Macédoine du Nord et le Kosovo continuent de mener des politiques extrêmement pro-américaines. Par exemple, les trois pays ont accepté d'accueillir des réfugiés d'Afghanistan après le retrait des troupes américaines de ce pays. Dans tous ces pays, y compris en Macédoine du Nord, le rôle principal est joué par des élites albanaises étroitement liées à la mafia de la drogue. En Macédoine du Nord, le gouvernement du social-démocrate atlantiste Zoran Zaev est au pouvoir et dépend entièrement des partis albanais. La majorité slave de ce pays est devenue l'otage de facto d'une minorité de libéraux et d'Albanais, faisant de la Macédoine du Nord un pays albanais de facto.

En août 2020, ces trois pays ont déclaré à l'unanimité qu'ils étaient prêts à accueillir des réfugiés afghans, en coopérant pour la plupart avec les États-Unis. Outre l'aspiration à plaire au partenaire étranger, on peut y voir les intérêts de la mafia albanaise de la drogue intéressée par le renforcement des communications avec l'Afghanistan et l'ajustement des communications avec les réseaux de drogue de ce pays. C'est précisément la mafia albanaise de la drogue qui contrôle de facto les frontières communes de l'Albanie, de la Macédoine du Nord et du Kosovo.

Albin Kurti, le premier ministre du Kosovo depuis mars 2021, n'a pas modifié la politique étrangère des séparatistes de Pristina. En avril, M. Kurti a voté par défi aux élections en Albanie, soulignant qu'il possède une double nationalité. Nationaliste albanais et atlantiste, il est aussi anti-serbe que les anciens dirigeants de la République autoproclamée du Kosovo.

Une extension de la sphère du séparatisme albanais a été l'entrée de la municipalité serbe de Bujanovac dans l'"Union des communautés albanaises" à l'été 2021. Cette organisation comprend Tirana, Pristina, Presevo (Serbie), Tetovo (Macédoine du Nord) et Ulcinj (Monténégro). En novembre 2020, le ministre albanais des Affaires étrangères, Gent Cacaky, a déclaré que Tirana soutiendrait les Albanais du sud de la Serbie qui seraient victimes de discrimination.

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Le Kosovo, l'Albanie et la Macédoine du Nord continuent de renforcer leurs liens avec la Turquie.  Ankara a généralement manifesté sa volonté de développer des relations avec tous les pays de la région, y compris la Serbie, et lors de la tournée d'Erdogan dans les Balkans (Bosnie-Herzégovine-Monténégro) en août 2021, ce dernier a déclaré que "la Turquie a une responsabilité historique" envers les pays de la région. L'Albanie développe des liens militaires étroits avec la Turquie, fournissant une base sur l'Adriatique pour la marine turque. L'Albanie et le Kosovo achètent des armes turques. En juin, Tirana a annoncé sa décision d'acheter des drones turcs pour un montant de 8,2 millions d'euros.

Dans l'ensemble, cependant, les perspectives d'adhésion des Balkans à l'UE restent faibles. Par exemple, les négociations sur l'adhésion de la Macédoine du Nord à l'UE sont bloquées par la Bulgarie en raison du différend sur l'histoire et l'identité du pays (la Bulgarie considère la population slave du pays non pas comme une nation distincte - les Macédoniens, mais comme des Bulgares). La France, les Pays-Bas et le Danemark, pour leur part, bloquent les négociations entre l'UE et l'Albanie. L'UE, qui connaît de nombreux problèmes internes au milieu d'une pandémie de coronavirus, démontre son incapacité à accepter que des pays corrompus, criminels et pauvres assument la responsabilité de leur développement. Les pays des Balkans avaient espéré que l'adhésion à l'OTAN serait le premier tremplin vers l'adhésion à l'UE, associée à la perspective de la prospérité économique. Aujourd'hui, pour les membres de l'OTAN comme l'Albanie et la Macédoine du Nord, l'adhésion à l'UE semble une perspective lointaine et la "prospérité" économique un objectif insaisissable.

mardi, 14 septembre 2021

Aude Lancelin et la réélection de Macron

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Aude Lancelin et la réélection de Macron

par Nicolas Bonnal

Il a été élu dans un fauteuil il y a quatre ans (66.6% des voix…), face à une incapable qui sera cette fois taclée par Zemmour, le candidat des cons et des islamophobes, et il sera réélu car pour les bourgeois il n’y a rien d’autre. Le putsch du CAC40 (X2 en 12 mois) pourra se prolonger, le coup d’Etat deviendra permanent. Mais n’en sommes-nous pas là depuis deux siècles de bonapartisme et de dirigisme français, au bout de trois décennies de trique gouvernementale au service du capital néolibéral ?

On va relire quelques passages du splendide et nourri texte d’Aude Lancelin, daté du 20 avril 2017, qui expliquait à quelle sauce oligarque le capital allait nous bouffer. On pourrait intituler cet extrait « la présentation du chérubin au temple » :

« C’était à la fin de l’été dernier, je venais de rendre le manuscrit du « Monde libre ». Mon regard errait devant les images de BFM TV, dans les vestiges d’une canicule parisienne achevée il y a peu. C’est alors que je compris brutalement que l’année 2017 serait terrible, et que la présidentielle à venir ne ressemblerait à rien de ce que ce pays avait connu jusqu’ici. La première chaîne d’informations en continu du pays, fleuron du groupe Altice-SFR détenu par Patrick Drahi, n’avait pas lésiné sur les moyens en ce 30 août 2016. Le tout pour couvrir un événement considérable, imaginez du peu : la démission du ministère de l’économie d’un jeune baron du hollandisme encore quasi inconnu du public deux ans auparavant. Un scoop d’importance planétaire, on voit ça, qui valait bien la mobilisation générale de toutes les équipes de la chaîne détenue par ce milliardaire français issu des télécoms. L’étrange spectacle qui s’étalait sur les écrans du pays ce jour-là, c’était un chérubin en costume-cravate s’échappant du ministère de Bercy en navette fluviale pour remettre sa démission à l’Elysée, poursuivi par les caméras de BFM TV, le tout dans le style flouté et distant caractéristique de la paparazzade, de l’image arrachée à l’intimité d’une personnalité livrée bien malgré elle à la convoitise des foules. Comme l’Hyppolite de Racine, le futur ex-ministre en question, qui n’était autre qu’Emmanuel Macron, semblait ainsi être saisi par surprise en train de « traîner tous les cœurs après lui » sur la Seine, dans une étrange séance de ski nautique géant national. Ce que le téléspectateur ignorait à ce stade, c’est que ce sont les cœurs des patrons du CAC 40 qui battaient la chamade pour lui depuis déjà un petit moment, et que tous avaient un plan pour la France : porter à la Présidence de la République le chérubin si compréhensif aux doléances du capital. A ce stade il n’était rien, mais ça n’était pas un problème. Ses Geppetto, les poches pleines de billets et les rédactions pleines de journalistes, étaient prêts à en faire tout. »

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Aude Lancelin commente ce « blitzkrieg médiatique » :

« La scène, totalement surréaliste, m’est toujours restée en mémoire. De même que la surexcitation des commentateurs en plateau, chargés de faire mousser le non-événement, et de faire passer la dérisoire péripétie pour un événement susceptible de casser l’histoire du monde en deux. Ce jour-là, oui, j’eus le pressentiment que nous nous apprêtions à vivre une opération de propagande d’une dimension et d’une nature tout à fait inhabituelles. Une blitzkrieg médiatique à côté de laquelle les éditoriaux érotiques du « Monde » en faveur d’Edouard Balladur en 1995, ou les tribunes culpabilisatrices de « l’Obs » ou de « Libération » pour faire gagner le « Oui » en 2005, ne furent que de dérisoires et fort rudimentaires précurseurs. »

La France n’est pas un pays libre, dixit reporters sans frontières :

« Il est certain en effet que la situation dans les médias s’est spectaculairement dégradée depuis ces années là, jusqu’à faire chuter la France au 45ème rang du classement 2016 de la liberté de la presse établi par « Reporters sans Frontières », quelque part entre le Botswana et la Roumanie. Le tout à cause, contentons-nous de citer l’organisme international sur ce point, « d’une poignée d’hommes d’affaires ayant des intérêts extérieurs au champ des médias qui ont fini par posséder la grande majorité des médias privés à vocation nationale. » Jamais une situation pareille de mainmise quasi totale sur la presse ne s’était vue en France depuis 1945. De sinistre mémoire, le quinquennat Hollande restera du reste comme celui de la victoire par KO du capital sur l’indépendance des rédactions. »

Les énumérations à la Prévert (ou à la Rabelais ?) se succèdent pour expliquer le  triomphe de la cause oligarque sur celle informative :

«  C’est également sous ce quinquennat qu’aura lieu la prise de contrôle du groupe « Canal+ » par Vincent Bolloré avec les conséquences sinistres que l’on sait. Ou encore le rachat en 2015 du « Parisien » par Bernard Arnault, déjà propriétaire des « Echos » et premier annonceur publicitaire de la presse, bien connu également pour son progressisme social, sans parler de sa sympathie pour le populo. Mais aussi, après l’absorption en 2010 du quotidien « le Monde » par un trio d’investisseurs emmené par Xavier Niel, ogre concurrent des télécoms, l’avalement par ce même groupe de la quasi-totalité de la presse social-démocrate mainstream, avec le rachat en 2014 de « L’Obs », là encore surveillé comme le lait sur le feu par le président de la République. »

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Aude Lancelin ajoute sur le sinistre Hollande :

« Ainsi ce dernier pensait-il encore, début 2016, en dépit de sa popularité exécrable, avoir mis autant d’atouts que possible de son côté pour la reconquête de son fauteuil présidentiel. Las, c’était sans compter sur Emmanuel Macron, le polichinelle que lui avaient mis dans le tiroir ses nouveaux amis du CAC 40. »

Et le Français toujours « enthousiaste » (Céline) élut le ministre de l’économie (du dénommé Hollande) qu’on lui  présenta alors comme un homme neuf (il n’a donc pas la télé le Français !). Lancelin rappelle la stratégie du cruel louveteau :

« Plus précoce que sa dupe élyséenne, il y a des années que Macron plaçait ses pions auprès des géants des médias. Déjà lorsqu’il était banquier d’affaires chez Rothschild, le protégé d’Alain Minc avait conseillé le groupe Lagardère pour la vente de ses journaux à l’international. Excellentes aussi, les relations entretenues par Macron avec le sulfureux patron de Canal+, Vincent Bolloré, dont on connaît la passion pour les démocrates africains et l’indépendance des rédactions. Très étroites également, celles qu’il a avec le fils de ce dernier, Yannick Bolloré, PDG d’Havas, géant de la communication mondiale. Avec le groupe de Patrick Drahi, c’est aussi la love story à ciel ouvert, même si en période électorale les pudeurs de carmélite s’imposent. Ainsi le Directeur général de BFM TV est-il régulièrement obligé de se défendre de faire une « Télé Macron », sans convaincre grand monde, tant les affinités électives sont avérées entre le candidat à la présidence et l’entité Altice-SFR Presse. Lorsque Martin Bouygues et Patrick Drahi s’affronteront pour le rachat du groupe SFR, c’est Emmanuel Macron, devenu le successeur d’Arnaud Montebourg à Bercy, qui entérinera le deal en faveur du second… »

Et on reparle du tout-puissant monsieur Niel, qui sort presque d’un texte de Balzac (on y revient) :

« C’est toutefois avec Xavier Niel, à qui le même Perdriel revendit l’Obs en 2014, que les relations avec le candidat Macron sont devenues au fil du temps carrément torrides. Entre capitalistes qui s’assument, désirant pour la France un destin de « start up nation », peuplée de benêts rêvant de devenir milliardaires, c’est peu de dire que le courant passe. Alors même qu’un reportage diffusé au 20 heures de France 2 annonçait début 2016 que le patron de Free s’apprêtait à financer les ambitions de l’autre, Niel est devenu plus taiseux sur la question. Difficile en effet d’admettre publiquement pour l’homme fort du groupe « Le Monde » son degré de proximité avec le candidat d’En Marche!, alors même que beaucoup accusent déjà le quotidien du soir d’être devenu le bulletin paroissial du macronisme. »

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Aude Lancelin évoquait déjà cette mission Marchand qui allait déboucher sur un Fachoda de nos libertés :

« Une enquête particulièrement bien informée de « Vanity Fair » sur la reine de la presse people, Michèle Marchand dite « Mimi », levait début avril un coin du voile sur les dîners privés organisés entre Xavier Niel et le couple Macron un an avant la présidentielle. « Quand lors d’un dîner avec les Macron, j’ai entendu Brigitte se plaindre des paparazzis, explique ainsi tranquillement Niel à « Vanity Fair », je lui ai naturellement conseillé Mimi. » Et la journaliste Sophie des Déserts de préciser que c’est le patron du groupe « Le Monde » qui organisa la rencontre à son domicile. Un hôtel particulier du Ranelagh, où il réside avec la fille de Bernard Arnault, patron de LVMH et autre grand fan du petit prince Macron, dont le CAC 40 voulait faire son loyal gérant élyséen. »

Et de poursuivre sur le devenir-Sarkozy (ou Badinguet) de la France superficielle – et non profonde – de la postmodernité. La France, dit la belle Aude, n’aura plus que ses yeux pour pleurer :

« Davantage qu’une intuition, c’est une certitude : si Emmanuel Macron devait être élu à la Présidence de la République, on se réveillerait en mai avec une nouvelle nuit du Fouquet’s, des révélations feuilletonnées sur toutes sortes de grands donateurs, des histoires de premier cercle rappelant les pires heures du sarkozysme, de collusions d’une ampleur inédite entre très gros intérêts industriels, médiatiques et financiers. Partout l’argent rode autour de cette candidature, tout le monde le sait. Lorsque les conditions concrètes qui ont présidé à cette mise sur orbite sortiront enfin dans la presse, post festum, car elles finiront par sortir, ces choses-là finissent toujours par sortir, les Français n’auront alors plus que leurs yeux pour pleurer. »

Et les impôts ? Il faut comprendre que pour faire économiser trente milliards d’euros à une poignée d’oligarques chéris et adorés, il faut pressurer beaucoup plus dix ou vingt millions de contribuables à raison de deux-trois mille euros (comme dit Jean-Luc Mélenchon, les vingt-sept Français les plus riches ont plus que les trente millions les plus pauvres).

Lancelin :

 « Entre temps, l’ISF sur les grands patrimoines financiers aura été supprimé, le code du travail ravagé à coups d’ordonnances, les services publics sévèrement amputés, les dividendes toujours mieux reversés. Un véritable continent oligarchique est là encore à demi-englouti, prêt à surgir sous nos yeux le 8 mai prochain, et personne n’a jugé bon jusqu’ici de le dévoiler aux citoyens… »

Notre commentatrice de remarquer tristement :

« Toutes les idées sont tolérées dans ces rédactions-là où, non sans stupéfaction, j’ai par exemple pu entendre un chef de service défendre le programme économique de François Fillon comme étant le meilleur d’entre tous début 2016. Toutes les idées, oui, sauf celles de la gauche debout contre le néolibéralisme. Toutes les idées, sauf celles aujourd’hui portées par un social-démocrate conséquent comme Jean-Luc Mélenchon, repeint par le Président de la République actuel en dictateur et en ennemi de l’Occident. »

Interrogé par la télé russe, j’avais parlé de Louis-Philippe. (Rothschild, Balzac, libéralisme frou-frou, Villermé, modèle anglo-saxon, etc.). Aude Lancelin conclut brillamment sur ce présent permanent de l’Histoire :

« Macron, c’est le 19ème siècle à travers les âges et son indifférence complète à la souffrance populaire, à peine barbouillé de couleurs acidulées et de Silicon Valley. Macron, c’est en réalité ni plus ni moins que le retour du Comité des Forges, et de sa fameuse presse, entièrement asservie par l’argent de la haute finance et celui de la grande industrie, dont les anciens résistants formèrent le rêve de débarrasser le pays à jamais, une fois les « Jours heureux » venus. »

Saluons ce complot permanent du pognon, « mouvement autonome du non-vivant » (Hegel), définitivement plus actif, disait Baudrillard, que l’homme...

Sources :

https://www.legrandsoir.info/emmanuel-macron-un-putsch-du-cac-40.html

Nicolas Bonnal - Chroniques sur la Fin de l’Histoire, Balzac et le déclin de la France… 

 

 

La course à trois pour la chancellerie : ce que disent les sondages allemands

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La course à trois pour la chancellerie: ce que disent les sondages allemands

Andrea Muratore

Ex: https://it.insideover.com/politica/elezioni-germania-2021-sondaggi.html

A moins d'un mois des élections allemandes, le jeu que dessinent les sondages est plus complexe que jamais. Alors que le nombre de jours qui restent avant l'élection qui sanctionnera le début de l'ère post-Merkel diminue, les prévisions semblent avoir complètement démenti le scénario qui voyait une course à deux voies entre le Cdu d'Angela Merkel et les Verts décidés à éroder le consensus du parti social-démocrate. Porté par l'effet propulseur de la candidature du ministre des finances Olaf Scholz, c'est le SPD qui, désormais, se taille la part du lion dans les sondages.

L'été allemand a apporté divers éléments de discussion pour les politologues et les initiés, qui ont signalé un renversement des perspectives avec la montée progressive mais inexorable des sociaux-démocrates (SPD) due à la baisse de confiance dans les deux partis considérés comme leaders et à la hausse de la popularité de leur candidat chancelier.

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Le fait que Scholz fasse partie intégrante du gouvernement de Merkel et puisse revendiquer la continuité de son action politique, les gaffes d'Annalena Baerbock ces dernières semaines et l'impréparation manifeste du dauphin de Merkel, Amin Laschet, face au chaos des inondations de juillet ont contribué à rebattre les cartes pour la énième fois dans cette longue course électorale. Fin août, les sondages ont montré que les sociaux-démocrates dépassaient l'Union Cdu/Csu, ce qui était inattendu il y a seulement quelques semaines. Au début du mois de septembre, ils semblent certifier que le parti de Scholz a pris la tête.

Les sondages récompensent les sociaux-démocrates

Après des années en tant que partenaire junior de la Cdu dans les gouvernements de coalition et après une série de défaites électorales, la SPD est-elle tirée en avant par Scholz au point d'amorcer un dépassement inattendu du parti de Merkel ? Il est encore trop tôt pour le dire, mais les sondages semblent indiquer une tendance positive pour le centre-gauche allemand. Et l'avance se creuse de jour en jour.

Fin juillet, les principaux sondages (de l'institut Insa à ceux de Forsa, en passant par l'agence démoscopique Allensbach) estimaient que le SPD était épinglé en dessous des niveaux décevants des élections de 2017, entre 15 et 17% de consensus. Un mois plus tard, cependant, les estimations variaient entre les 19,5 % d'Allensbach et les 23 % attribués à Forsa (semaine du 16 au 23 août) et à Insa (20 au 23 août), ce qui plaçait le parti de Scholz au moins un point au-dessus de la Cdu-Csu quinze ans après la dernière fois qu'un tel chiffre avait été enregistré. Et tous les sondages s'accordent sur le rôle positif joué par le candidat chancelier dans l'évolution des sondages.

YouGov, Kantar et Forschungsgruppe Wahlen pour la période allant de la dernière semaine d'août au 2 septembre montrent une croissance de 25% pour les sociaux-démocrates. L'institut Wahlkreisprognose les situe même à 27%. Surtout, aucun institut de recherche ne semble désormais sanctionner un avantage pour les chrétiens-démocrates.

La Cdu divisée sur l'après-Merkel

L'alliance Cdu-Csu, elle, risque de perdre quinze à vingt points du vote de 2017 au terme d'une campagne électorale où, en un an et demi, l'Union est passée d'un positionnement autour de 40% des intentions de vote dans la phase initiale de la pandémie à un premier recul devant les Verts alors que la deuxième vague de Covid-19 faisait rage et que le chaos vaccinal commençait, pour ensuite capitaliser sur le redressement de l'exécutif et de la Chancelière.

À l'approche de la fin de l'ère Merkel, le parti s'est retrouvé orphelin et divisé entre l'aile plus ouverte aux compromis acceptés sur l'économie et la gouvernance politique au cours de cette année et demie et la faction plus rigoureuse, rangée pour défendre l'austérité et le retour au passé, et par conséquent polarisée dans son jugement sur la chancelière. L'hémorragie considérable du consensus, vécue par la Cdu-Csu au bénéfice des libéraux (Fdp), parmi les plus farouches partisans de la rigueur, doit être lue dans cette optique. Quand la Cdu-Csu avait entre 30 et 35% des voix en février et mars, les libéraux étaient entre 6 et 7%. Jusqu'à la fin du mois d'août, les sondages montraient une symétrie entre la progression de leur soutien, qui se situait entre 12 % (Forsa) et 13 % (Insa), et le déclin de l'Union, qui ne bénéficiait d'un avantage considérable sur le SPD que grâce à Allensbach, qui lui donnait une avance d'environ 25 % et 27,5 % des voix, mais que les principales agences considéraient désormais comme inférieure à 25 %.

Les révélations les plus récentes amènent à niveler encore ce chiffre vers le bas. La Cdu se situerait autour de 20-22%, et le plus intéressant à noter est le fait que, début septembre, un transfert de voix vers le parti de Scholz a commencé, capitalisant sur son rôle de véritable "héritier" de Merkel.

Les sondages pour les Verts

De ce point de vue, les sondages indiquent un recul de la vague verte qui, à partir de 2017, a conduit les écologistes désormais dirigés par Annalena Baerbock à aspirer sérieusement à des rôles gouvernementaux au niveau fédéral. Certes, en termes absolus, il s'agira tout de même d'une avancée considérable: sixième parti avec 8,9 % des voix en septembre 2017, les Verts ont été largement crédités ces derniers mois de la deuxième place dans les sondages.

Stables autour de 20% depuis des mois, avec quelques incursions jusqu'à 25%, les Verts semblent aujourd'hui plus restreints dans leurs succès potentiels après les gaffes qui ont miné le parcours de Baerbock et après la démonstration des limites d'un agenda programmatique accusé de "moralisme" excessif par leurs adversaires. Les derniers sondages Insa, Kantar, Allensbach et Forsa placent les Verts entre 17 et 19% en tant que troisième parti : ce qui est surprenant, c'est qu'il ne semble pas y avoir eu de transfert direct de voix vers les sociaux-démocrates, qui puisent principalement dans la Cdu et chez les anciens abstentionnistes, témoignant du fait que, selon toute vraisemblance, les écologistes allemands, progressistes et enracinés dans les zones urbaines, ont également construit un bloc sensiblement homogène. Leur expansion, cependant, apparaît désormais de plus en plus marquée de complexité.

Les effets du second débat sont attendus

Jamais auparavant il n'a été aussi clair que lors de ces élections que l'acceptation des dirigeants par l'électorat allemand jouera un rôle décisif. L'effet Scholz est, selon les sondages, en même temps l'effet Laschet-Baerbock : le ministre des finances convainc parce qu'il est considéré comme plus pragmatique et préparé que ses concurrents. Le deuxième débat télévisé du dimanche 12 septembre a donc pris de l'importance. Laschet est passé à l'attaque contre Scholz et est même allé jusqu'à critiquer le gouvernement de large coalition dont il est le ministre des finances, dirigé par Angela Merkel : "Si mon ministre des finances travaillait comme vous, je prendrais des mesures", a déclaré Laschet, attaquant Scholz pour les scandales de ces dernières années, avant que Baerbock n'intervienne et s'en prenne à toute la structure de pouvoir du gouvernement noir-rouge avec ses déclarations. Les effets de ce duel sur les sondages à quelques semaines du vote sont attendus dans les prochains jours.

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Comment se portent l'Afd et Linke

En ce qui concerne les autres formations, les libéraux ont été mentionnés : avec les chiffres qu'elle peut désormais alignés, la Fdp pourrait aspirer à la fois à un gouvernement avec la SPD et les Verts et à rechercher une coalition avec la Cdu et les écologistes, se positionnant en tête des futures négociations gouvernementales.

L'Alternative für Deutschland, parti de droite populiste, serait en reflux dans ses bastions d'Allemagne de l'Est, voué à être contre-attaqué par les libéraux et à reculer par rapport aux 12,6 % qu'il avait obtenus en 2017. Tous les principaux sondages placent la formation entre 10 et 11%, juste au-dessus de l'extrême gauche de Die Linke, perchée entre 6,5% et 7%. Les deux groupes les plus radicaux pourraient, avec ces chiffres, être destinés à former les plus petits groupes du prochain Bundestag : à sa manière, par rapport à il y a quelques années, cela pourrait être l'un des principaux thèmes du vote de septembre. Avec ces chiffres, il semble de plus en plus probable que la formation du gouvernement se jouera entre les trois grands partis, les libéraux pouvant faire pencher la balance.

lundi, 13 septembre 2021

Baerbock, Laschet, Scholz Leur politique étrangère accroît le risque de guerre

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Baerbock, Laschet, Scholz: leur politique étrangère accroît le risque de guerre

Oskar Lafontaine

De Gaulle le savait, Brandt le savait, Macron le sait aussi : l'Europe a besoin d'une politique étrangère indépendante. Lorsque les États-Unis, contrairement à toutes leurs promesses, étendent l'OTAN, transformée en alliance de guerre, jusqu'à la frontière russe et encerclent non seulement la Russie mais aussi la Chine, et que le président Biden, coresponsable de nombreuses guerres américaines qui violèrent le droit international, parle d'une possible "véritable guerre avec une grande puissance", alors le découplage des États-Unis et l'affirmation de soi de l'Europe sont une question de survie pour l'Allemagne également.

Baerbock a prouvé qu'elle n'est absolument pas apte à être chancelière en exigeant que la chose la plus importante maintenant soit "d'augmenter la pression sur la Russie", que le gazoduc Nord Stream 2 de la mer Baltique soit "retiré de tout soutien politique". Elle veut également augmenter la pression sur la Chine. Parce que les Verts continuent d'inviter la tueuse d'enfants Madeleine Albright en tant qu'experte en géopolitique (les sanctions américaines contre l'Irak ont entraîné la mort de 500.000 enfants, mais "nous pensons que le prix en vaut la peine"), qu'ils prônent les drones armés et les guerres qui violent le droit international, leur politique étrangère augmente le risque de guerre en Europe, y compris la guerre nucléaire.

Armin Laschet, qui prônait à l'origine de bonnes relations avec la Russie (Laschet a critiqué une "montée en puissance rhétorique et une diabolisation (de la Russie)" en 2018 et a déclaré en 2019: "Même s'il y avait et continue d'y avoir des différences politiques entre la Russie et l'Allemagne, il est particulièrement important maintenant de poursuivre le dialogue". Nous devons renforcer les liens qui unissent nos pays, resserrer ces liens et intensifier la compréhension mutuelle entre nos peuples, et nous devons aborder ouvertement les choses qui nous divisent"). Il sait pertinemment qu'une politique étrangère agressive à l'égard de la Chine serait désastreuse pour l'économie allemande mais donne malheureusement l'impression de grimacer lorsque les médias allemands bellicistes le réprimandent, et encore plus lorsque le grand frère à Washington fronce les sourcils.

Scholz, qui a été fait roi des sondages par Laschet et Baerbock, a montré lors du débat d'aujourd'hui au Bundestag qu'il serait également un mauvais élève en tant que chancelier. Il n'a jamais entendu parler de la politique étrangère sociale-démocrate traditionnelle. Jugez-en par vous-même : https://youtu.be/IgwCG1Su_tA?t=1550

Brandt voulait la paix et le désarmement. Scholz affirme la guerre et le réarmement. Quelle façon de passer de la génuflexion à Varsovie à la génuflexion devant l'impérialisme américain et l'industrie de l'armement.

Source: https://katehon.com/de/article/baerbock-laschet-scholz-ihre-aussenpolitik-erhoeht-die-kriegsgefahr

dimanche, 12 septembre 2021

Élections allemandes : qui remplacera Mme Merkel et comment les relations entre Berlin et Moscou vont-elles évoluer ?

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Élections allemandes: qui remplacera Mme Merkel et comment les relations entre Berlin et Moscou vont-elles évoluer?

Daria Platonova

Ex: https://www.geopolitica.ru/article/vybory-v-germanii-kto-smenit-merkel-i-kak-izmenyatsya-otnosheniya-berlina-s-moskvoy

L'Allemagne tiendra des élections législatives le 26 septembre pour élire les membres du vingtième Bundestag. Pour la première fois depuis 2005, Angela Merkel ne sera pas chancelière. Cette décision, probablement justifiée à la fois par la fatigue politique et la baisse de la cote de son parti, l'Union chrétienne-démocrate (CDU), a été prise le 29 octobre 2018. En outre, les sondages d'opinion préliminaires montrent que les élections pourraient entraîner une fragmentation importante du Bundestag, ce qui pourrait conduire à de longues négociations sur la formation de la coalition à hisser au pouvoir (trois à six mois, comme ce fut le cas en 2013 ou 2017) .

Après les élections, les partis allemands négocieront la formation d'un gouvernement et, par conséquent, la nomination d'un chancelier. Le chancelier devra être soutenu par une majorité de tous les membres élus du Bundestag. Si, après trois tentatives, le Bundestag ne parvient pas à nommer un chancelier, le président allemand (une figure presque nominale dans une république parlementaire) a le droit de nommer un candidat qui obtient une pluralité de voix, créant ainsi un gouvernement minoritaire.

Les successeurs possibles de Mme Merkel sont actuellement Armin Laschet (CDU/CSU), Olaf Scholz (SPD) et Annalena Baerbock (Verts).

LES PRINCIPAUX ACTEURS : UNE CARTE DES FORCES POLITIQUES EN ALLEMAGNE

Il y a six acteurs principaux dans ces élections - le Parti social-démocrate, la coalition gouvernementale composée des partis CDU et CSU, les Verts, le Parti démocratique libre (FDP), l'Alternative pour l'Allemagne (AfD), la Gauche (Die Linke).

- Le Parti social-démocrate d'Allemagne (SPD) - défend la redistribution des impôts en faveur des moins bien lotis, a une position géopolitiquement européenne, et fait partie d'une coalition gouvernementale avec la CDU/CSU depuis 2013. Le candidat du parti au poste de chancelier est Olaf Scholz. Selon les sondages, le parti bénéficie d'un soutien de 25%. La cote du parti a recommencé à augmenter à la fin du mois de juillet, pour atteindre et dépasser celle de la CDU/CSU le 23 août (le public en a assez du statu quo).

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- L'Union chrétienne-démocrate (CDU), le principal parti conservateur, dirige le gouvernement depuis 2005. Ses homologues bavarois sont le parti de l'Union chrétienne-sociale (CSU). Ce parti a une orientation droite-libérale, est officiellement orienté vers le partenariat atlantique, et a traditionnellement suivi une voie vers une Europe unie. Le candidat du parti au poste de chancelier est Armin Lachet. Selon les derniers sondages, le bloc CDU/CSU obtient 19% des voix. Depuis février 2021, la cote de ce bloc a commencé à baisser de manière intensive (à la fin du mois de janvier 2021, elle était de 36 %). En outre, de nombreux Allemands sont mécontents de la manière dont les autorités gèrent les conséquences des inondations désastreuses qui ont touché certaines régions du pays cet été.

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- Les Verts sont un parti à vocation mondialiste dont le principal message est la nécessité de protéger la nature et l'environnement sous le contrôle de l'État. Elle promeut aussi activement les droits des minorités sexuelles et des migrants. Depuis 2018, sa coprésidente est Annalena Baerbock (la plus jeune candidate à la chancellerie, elle a 40 ans). Selon les sondages préliminaires, le parti pourrait obtenir 17% des voix. Le parti a atteint le sommet de sa popularité en mai 2021 (lorsque les Verts ont atteint jusqu'à 25%), mais une série de scandales liés au livre d'Annalena Baerbock, accusée de plagiat, ont réduit la popularité du mouvement.

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- Le Parti démocratique libre (FDP) est un parti libéral qui prône une diminution générale des impôts, moins de bureaucratie, le maintien des libertés individuelles et les droits de l'homme. Le candidat du parti au poste de chancelier est Christian Lindner. Selon les sondages, leur cote est de 13% des voix.

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- Alternative für Deutschland (AfD) est un parti eurosceptique de droite avec un programme anti-migration bien développé. Jeune mais gagnant activement en popularité, le parti est désormais représenté dans toutes les circonscriptions d'Allemagne. Les candidats du parti au poste de chancelier sont Alice Weidel et Tino Chruppala. Selon les sondages, ils ont un taux d'approbation de 11 %.

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- La gauche (anciens communistes) est un parti qui critique la mondialisation, l'américanisation de l'UE, et qui est favorable à une régulation de l'économie par l'État. Le candidat chancelier du parti est Jeanine Wissler, Dietmar Bartsch. Les derniers sondages indiquent une part de 6 % des voix.

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PRÉVISIONS POUR LA RUSSIE

Si Armin Lachet (CDU) ou Scholz (SPD) est élu chancelier, nous pouvons nous attendre à ce que les relations avec la Russie soient fondées sur une approche pragmatique recherchant un bénéfice mutuel, dans l'esprit de Merkel et, éventuellement, dans le climat actuel d'affaiblissement de l'hégémonie américaine en Europe.
 
De tous les candidats à la direction de la CDU, Armin Lachet est le plus favorable à la coopération avec la Russie, comme le montrent ses appels à ne pas diaboliser notre pays, et contrairement à ses rivaux de la CDU, Röttgen et Merz, il est également plus positif au sujet de Nord Stream 2. Cependant, Lachet ne peut pas non plus être qualifié de "pro-russe", il s'est inquiété, comme Merkel, de "l'empoisonnement de Navalny" et a également soutenu les sanctions occidentales contre la Russie.

M. Scholz, appelé en plaisantant "Scholzomat" en Allemagne pour ses discours mécaniques et technocratiques, est partisan d'une politique réservée et dure à l'égard du Kremlin. Il a critiqué la réunification de la Russie avec la Crimée et la politique de Moscou à l'égard des minorités sexuelles, et a également évoqué à plusieurs reprises le thème de "l'empoisonnement de Navalny" pour faire pression sur le Kremlin. En même temps, le parti social-démocrate lui-même a une évaluation plutôt positive de la coopération avec la Russie: l'ancien chancelier allemand Gerhard Schröder, qui a prôné la formation d'un axe géopolitique continental Paris-Berlin-Moscou, est issu de la SPD.
 
L'arrivée de Baerbock (Verts) au poste de chancelier pourrait, au contraire, conduire à un net refroidissement des relations germano-russes. C'est d'autant plus probable que, selon plusieurs publications allemandes, le parti est financé par des mouvements environnementaux qui font partie d'un réseau lié à l'Open Society de George Soros. C'est elle qui s'est activement opposée à Nord Stream 2 et qui a également demandé à plusieurs reprises de nouvelles sanctions contre la Russie. Il est également possible que Mme Baerbock soit nommée ministre des affaires étrangères dans le nouveau gouvernement, auquel cas elle tentera également de saboter les relations russo-allemandes.
 
Les plus pro-russes sont les représentants des partis de la Gauche (Die Linke) et de l'Alternative pour l'Allemagne (AfD). Ils plaident activement en faveur d'une alliance avec la Fédération de Russie et l'un de leurs dirigeants, Sarha Wagenknecht, a appelé à plusieurs reprises à une révision de la politique allemande à l'égard de la Russie, ainsi qu'à l'abandon de la "politique unilatérale voulue par les États-Unis". Entre-temps, le parti lui-même a déclenché une guerre des clans et, à la veille des élections, Sarha Wagenknecht, l'étoile la plus brillante de la gauche allemande, a même fait l'objet d'une tentative d'exclusion du parti pour son livre Die Selbstgerechten, dans lequel elle critiquait le parcours libéral-gauchiste de ses camarades du parti.

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 L'"Alternative pour l'Allemagne", dont les principaux dirigeants sont Alice Weidel et Tino Chrupalla, prône une réinitialisation des relations entre l'Allemagne et la Russie et est extrêmement sceptique à l'égard du mondialisme, déclare que l'Allemagne doit quitter l'UE et revenir à une politique souveraine, reconnaît la nécessité de lever les sanctions contre la Russie car elles frappent également l'économie allemande, et a activement soutenu la construction de Nord Stream 2. Les députés du parti ont déclaré à plusieurs reprises que "l'abandon du gazoduc signerait la fin du pays en tant que puissance industrielle développée".

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Les candidats de la Gauche et de l'Alternative pour l'Allemagne n'ont aucune chance réaliste de devenir chancelier lors de ces élections, mais en fonction des résultats, ils pourraient faire partie de la coalition gouvernementale et ainsi influencer la composition du gouvernement.

L'ALLEMAGNE VA-T-ELLE SE COMPLAIRE DANS LA CRISE ?

Le groupe de réflexion bien connu et apprécié, Stratfor, note que les prochaines élections en Allemagne "donneront naissance à un gouvernement modéré qui soutiendra l'adhésion à l'UE et à l'OTAN, cherchera à assainir les finances publiques après la pandémie de COVID-19 et mettra en œuvre des politiques visant à réduire les émissions de carbone au fil du temps". Selon Stratfor, le rythme d'un tel programme dépendra de la composition idéologique de la prochaine coalition gouvernementale.
 
Toutefois, il convient de noter qu'il existe des contradictions irréconciliables entre les principaux acteurs de la course électorale sur tous les fronts susmentionnés. L'adhésion de l'Allemagne à l'UE est critiquée par l'AfD, on trouve même des critiques modérées de l'UE au sein de la CDU/CSU (en termes d'attitude à l'égard des mesures aggravant la division des marchés financiers dans la zone euro - l'introduction d'une garantie commune des dépôts pour les banques de l'UE), la gauche (Die Linke) est activement opposée à l'OTAN. L'agenda vert, malgré sa présence dans les programmes du SPD et de la CDU/CSU, divise également les partis - car les Verts poussent à une transition énergétique rapide tandis que le SPD et la CDU/CSU considèrent qu'il est plus approprié de maintenir un équilibre entre la transition énergétique et la protection de la compétitivité de l'industrie allemande. L'agenda environnemental a déjà conduit à l'échec des pourparlers de formation d'une coalition entre la CDU/CSU et les Verts après les élections de 2017.
 
Ainsi, aucun consensus de parti ne peut émerger dans la situation politique actuelle, contrairement aux prédictions des think tanks américains, et l'Allemagne risque de plonger dans une crise prolongée assortie d'un long processus de formation d'un nouveau gouvernement. Personne ne peut prédire quelle en sera l'issue à l'heure actuelle. De nombreux analystes allemands estiment que l'Allemagne entre dans une zone de turbulences politiques. La crise évidente de la communauté atlantique après le retrait américain d'Afghanistan, la récession économique dans l'UE, les problèmes sanitaires, juridiques et technologiques exposés à l'ère de la pandémie, tout cela crée une atmosphère très défavorable pour qu'une société allemande calme et équilibrée continue à le rester.
 

 

La tianxia mondialiste, la double contrainte et le dilemme insoluble de Poutine

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La tianxia mondialiste, la double contrainte et le dilemme insoluble de Poutine

Alexandre Douguine

Ex: https://www.geopolitica.ru/it/article/la-tianxia-globalista-il-doppio-legame-e-lirrisolvibile-dilemma-di-putin

La situation idéologique en Russie à la veille des élections est de plus en plus tendue. Le résultat des élections importe peu, mais le système lui-même commence à trembler, non pas à cause des risques imminents, mais parce qu'il entre en résonance avec les contradictions accumulées en son sein, qui se reflètent non pas dans les élections, mais dans le système lui-même et dans la société. Ces élections ne peuvent même pas prétendre libérer leur charge. Le fait est qu'elles ne publient rien. La vapeur s'accumule, la structure commence à laisser percevoir des tremblements internes.

Tout le monde voit que l'avancée de la cinquième colonne dans la Fédération de Russie n'est que progressive; en outre, plus l'Occident tente de soutenir les organisations terroristes des libéraux, interdites en Russie, moins elles sont considérées à l'intérieur. Le retournement de l'opinion russe s'applique aussi aux entreprises multinationales et surtout aux américaines dans le domaine de l'information; nous assistons dès lors à un processus évident où de nombreux Russes commencent à percevoir de nombreux médias comme étant des agents de l'étranger. Cela remet en question l'existence même de YouTube, Google, Twitter, Facebook, TikTok, etc. Le Goskomnadzor vient d'annoncer la fin des travaux sur le principal VPN, qui permettait de contourner facilement le blocage des sites.

Il convient de noter que dans l'agence de presse, les révélations selon lesquelles non seulement la cinquième colonne (Navalny, agents étrangers directs), mais aussi la sixième, ont fortement augmenté ces derniers temps. Cela nécessite une attention particulière.

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Auparavant, Poutine agissait selon un schéma comparable à la doctrine Tianxia de la Chine, qui prédéterminait le système de relations internationales de la Chine traditionnelle. Ainsi, les voisins de la Chine - principalement la Corée et le Vietnam, mais aussi le Cambodge, le Laos, la Thaïlande et même le Japon - reconnaissent pleinement l'hégémonie culturelle du Céleste Empire (écriture en pictogrammes, coutumes, étiquette, système politique, rituels, canons littéraires, poésie, peinture, musique, danse, etc.), tout en conservant leur souveraineté politique. Officiellement, ils reconnaissaient l'empereur de l'Empire céleste comme leur souverain, mais il s'agissait d'un acte de courtoisie politique, et lorsque la Chine tentait d'établir une domination politique directe sur la Corée ou le Viêt Nam, les dirigeants coréens et vietnamiens se rebellaient farouchement, et parvenaient le plus souvent à défendre leur liberté contre l'agression chinoise ; mais après s'être assurés contre les armées de l'Empire céleste, ils restauraient l'hégémonie culturelle chinoise comme si de rien n'était.

Poutine considère également que la Russie fait partie du monde occidental et ne pense même pas qu'elle puisse constituer une civilisation séparée et isolée. Dans le cas contraire, aurait-il maintenu à la tête de l'État, pendant plus de vingt ans, l'élite libérale pro-occidentale dominante dans les domaines de l'économie, de l'éducation, de la politique étrangère, de la culture et de l'espace d'information? Poutine est d'accord avec l'hégémonie spirituelle occidentale, avec la Tianxia mondialiste libérale, mais seulement jusqu'au moment où la métropole mondiale unifiée (Washington et son satellite Bruxelles) ne pensera pas à intégrer sa culture (économique, de valeur, de domination idéologique - en un mot, le capitalisme) à une subordination directe à la Russie. C'est ici que Poutine prononce le mot; arrêt! Ceux qui ne comprennent pas qu'arrêter signifie arrêter, ça suffit, allez voir Chodorkovsky, Berezovsky, Navalny. C'est pourquoi les autorités écrasent aujourd'hui la cinquième colonne et sont plutôt tolérantes envers la sixième, c'est-à-dire envers les agents libéraux américains de l'élite dirigeante. Si les espions au pouvoir sont personnellement fidèles à Poutine et reconnaissent sa souveraineté politique, alors ils ne sont pas là.

Cependant, dans la structure de l'hégémonie, il est très difficile de tracer une ligne claire

- entre ceux qui soutiennent et développent une culture de libéralisme et

- ceux qui fournissent des informations classifiées (sur les armes, la technologie, l'industrie, etc.) à l'ennemi ou organisent des actions directes de sabotage, déstabilisant gravement la situation.

Il existe un continuum entre la cinquième et la sixième colonne et, bien sûr, tout libéral au pouvoir sympathise secrètement avec les groupes protestataires, rêve que "la Crimée n'est plus à nous" et ne peut attendre la fin du "régime de Poutine." C'est cette contradiction entre la pression croissante sur la cinquième colonne et la prospérité et l'impunité relatives des libéraux au pouvoir qui crée des tensions, surtout avant les élections.

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Le principe de Tianxia a fonctionné avec succès sous Poutine pendant plus de 20 ans. Lorsque le soutien des masses est nécessaire - juste à temps pour les élections - ils se tournent vers le fait que la Russie est une puissance souveraine, qu'ils le veuillent ou non, mais qu'elle est par ailleurs "une partie de l'Europe, du monde occidental", c'est-à-dire qu'elle est régie par les lois de l'hégémonie libérale; et ce n'est que lorsque l'hégémonie empiète sur la souveraineté (comme le font la cinquième colonne, l'"Écho de Moscou" et le mouvement de protestation dans son ensemble) que l'épée punitive s'abat sur elle.

Tout le monde est fatigué de cette situation. Les siloviki pensent: si vous luttez contre les agents, alors vous luttez contre tout le monde, et ils ont un coup d'arrêt venu d'en haut, mais seulement dans le cadre que nous indiquons. En psychologie, on parle de double contrainte, lorsqu'une personne reçoit deux missions qui s'excluent mutuellement. "Cherchez et ne trouvez pas", "fournissez mais perdez", "faites tout pour que rien n'advienne". Si vous interdisez et mettez Navalny en prison, pourquoi s'embêter avec Tchoubai, Gref, Nabiullina, RIAC ou HSE ? Les personnes chargées de la sécurité voient parfaitement la continuité entre la cinquième et la sixième colonne, elles savent que les deux ont les mêmes protecteurs, des systèmes de soutien et de communication communs, et elles ne comprennent pas: s'agit-il d'attraper des espions ou non? Pour renforcer la souveraineté ou simplement pour prétendre qu'ils la renforcent?

Cette incertitude est l'essence même de la stratégie de Poutine pour diriger le pays, la stratégie Tianxia.  La Russie accepte le capitalisme, mais conserve le droit de contrôler son propre territoire. Mais le capitalisme :

    - est de nature internationale
    - est beaucoup plus développée en Occident.

C'est la raison pour laquelle l'Occident est en colère: si notre hégémonie est acceptée, alors ayez aussi la gentillesse d'accepter notre mot à dire en tout. Non seulement avec les silloviki à l'intérieur de la Russie, mais aussi avec l'Occident, avec la métropole capitaliste, il y a une dissonance cognitive.

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Combien de temps cela peut-il durer?  Vladislav Surkov, dans un de ses articles, a suggéré: que ce soit comme ça pour toujours. Une proposition extrêmement suspecte et irréaliste.

Combattre efficacement la cinquième colonne tout en protégeant soigneusement la sixième ne fonctionnera pas longtemps. C'est pourquoi les entreprises qui s'y opposent voient le jour et deviennent rapidement très populaires. En général, Tchoubais est bien plus odieux aux yeux des masses (c'est-à-dire des électeurs) que Navalny, que peu connaissent. Il suffit de le mettre en prison pour faire exploser les résultats des élections, mais il faudrait pour cela rejeter la loi de l'hégémonie libérale, rejeter Tianxia. Je suis sûr que Poutine n'est pas prêt pour cela en ce moment, ce choix est un dernier recours si les troupes ennemies s'approchent du Kremlin, ce qui, Dieu merci, est loin d'être le cas.

D'un point de vue stratégique, il faut choisir, soit la Russie, soit l'hégémonie libérale (capitalisme). Très probablement, ce dilemme fondamental devra réellement être affronté par quelqu'un qui viendra après Poutine.

Traduction par Lorenzo Maria Pacini

La revue de presse de CD - 12 septembre 2021

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La revue de presse de CD

12 septembre 2021

ALLEMAGNE

Élections en Allemagne, la fin du règne d’Angela Merkel

Le 26 septembre prochain, le règne interminable d’Angela Merkel, prendra fin. Il faudrait dire ici « le règne allemand », car nul ne peut affirmer aujourd’hui que ce monstre politique, après quelques mois de semi-repos et de concertation, ne décidera pas de poursuivre, cette fois depuis Bruxelles, sa très nuisible carrière, afin d’y apaiser son goût insatiable pour le pouvoir, cette fois au détriment de tous les Européens, mais toujours au service de la Caste. Quoi qu’il en soit des intentions de la dame, dans les jours et les semaines qui suivront l’élection au Bundestag, les Allemands vont assister à un exercice qui promet d’être assez difficile, celui de la formation de la coalition de gouvernement. L’Allemagne elle-même rentre dans une zone de turbulences, et les mois qui suivront l’élection promettent d’être mouvementés.

Polemia

https://www.polemia.com/elections-en-allemagne-la-fin-du-...

Allemagne. Citoyens d’une nation ou du monde ? La bourgeoisie est à gauche

Par le Junge FreiheitJunge FreiheitJeune liberté » en français) est un hebdomadaire allemand proche des idées de la « Nouvelle Droite » fondé en 1986 dont les ventes augmentent chaque année, jusqu’à atteindre les 30 000 exemplaires vendus. Vous trouverez ci-dessous une traduction d’un article de ce média qui gagne à être connu en France.

Polemia

https://www.polemia.com/allemagne-citoyens-dune-nation-ou...

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DÉSINFORMATION

Les aides à la presse viennent remplir les poches des milliardaires

À lui seul, le groupe Bernard Arnault totalise près du quart des aides à la presse nationale. Son beau-fils Xavier Niel, 7 % pour le Monde. Ainsi nos impôts servent-ils à bourrer les crânes de propagande gouvernementale Jusqu’à quand une telle aberration et un tel pillage ?

Nouvelles de France

https://www.ndf.fr/nos-breves/07-09-2021/les-aides-a-la-p...

ÉTATS-UNIS

CIA : 70 ans de coups d’État et d’assassinats

Les cibles des balles de Washington ont été les dirigeants qui ont tenté d’affirmer la souveraineté économique de leur nation, écrit Jeremy Kuzmarov dans cette critique d’un nouveau livre de Vijay Prashad, Washington Bullets : A History of the CIA, Coups, and Assassinations (Les balles de Washington : une histoire des coups d’Etat et des assassinats de la CIA), avec une préface d’Evo Morales (New York : Monthly Review Press, 2020).

Les-crises.fr

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Lanceurs d’alerte : Le prix de la conscience

Daniel Hale, un ancien analyste du renseignement pour le programme de drones de l’Air Force qui, en tant contractuel en 2013, a divulgué à la presse quelque 17 documents classifiés sur les frappes par drones, a été condamné aujourd’hui à 45 mois de prison. Les documents, publiés par The Intercept le 15 octobre 2015, ont révélé qu’entre janvier 2012 et février 2013, les frappes aériennes des opérations spéciales américaines ont tué plus de 200 personnes. Parmi celles-ci, seules 35 étaient les cibles visées

les-crises.fr

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FRANCE

Nouvelle affaire Fillon : comme par hasard

Comme par hasard, au moment de la rentrée politique, et à quelques semaines du procès en appel de François Fillon, dûment informés en violation du secret de l’enquête, les médias nous apprennent que le fameux PNF diligentait depuis mars 2017 (!) une nouvelle procédure d’enquête préliminaire à l’encontre de l’ancien candidat. Comme par hasard toujours, alors qu’il ne s’était rien passé pendant près de quatre ans et demi, il y avait tout d’un coup urgence à se réveiller, confronter et perquisitionner, en informant immédiatement la presse (en violation de la loi).

Vu du Droit

https://www.vududroit.com/2021/09/nouvelle-affaire-fillon...

Intelligence économique : un impensé français

De l’affaire Raytheon (1994) à l’affaire Alstom (initiée en 2014), la guerre économique a touché de plein fouet les entreprises françaises. Les États, bien loin des préconisations libérales, sont des acteurs constants de cette guerre économique, en particulier des pays comme le Royaume-Uni ou les États-Unis, qui s’affirment comme les plus en faveur de la libre entreprise. Loin de prendre la mesure des enjeux stratégiques de ce terrain d’affrontements, la politique publique française d’intelligence économique est demeurée insuffisante depuis que la chute de l’URSS en a renforcé les enjeux. La défense des entreprises françaises contre les prises de contrôle étrangères susceptibles de conduire à des transferts de technologies sensibles, ou de mettre en péril des emplois, est donc demeurée une oubliée de l’action publique.

Le Vent Se Lève

https://lvsl.fr/comment-la-france-perd-la-guerre-economiq...  

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Derrière le Covid, le ras-le-bol des Français

L’actualité liée au Covid, sur médiatisée, tend à faire oublier que la défiance des Français à l’égard des commandements du politiquement correct et du Pouvoir n’a pas diminué, bien au contraire, comme le montrent les sondages d’opinion, y compris chez les sondeurs habituellement favorables à Emmanuel Macron. Un avertissement pour toute la classe politique dans la perspective des élections présidentielles de 2022.

Polemia

https://www.polemia.com/derriere-le-covid-le-ras-le-bol-d...

Les demi-vérités d’Emmanuel Macron sur le peuple français

En réponse à une enquête d’Harris Interactive pour Challenges intitulée « Le cœur des Français », Emmanuel Macron a rédigé une lettre publiée par le magazine. Il s’y livre à un exercice d’autosatisfaction, vante son bilan et occulte totalement les très nombreuses zones d’ombres de ce sondage. Et de son bilan.

Front populaire

https://frontpopulaire.fr/o/Content/co624634/les-demi-ver...

GAFAM

Marketing, financiarisation et complexe militaro-industriel : les trois sources de la data-économie

Il est devenu banal de dénoncer l’espionnage industriel pratiqué par les GAFAM et l’extraction des données privées qui alimentent leur chiffre d’affaires. Les causes de la croissance folle de cette data-économie sont cependant rarement évoquées. Pour les chercheurs Robert McChesney et John Bellamy Foster, il faut prendre en compte trois dynamiques à l’œuvre depuis des décennies. La militarisation de l’État américain, qui l’a conduit à développer un espionnage de masse pour neutraliser les opposants à sa politique étrangère ; le développement du marketing, qui a révolutionné la publicité en ciblant avec précision des segments de population, grâce l’accumulation de données personnelles ; la financiarisation, enfin, qui a conduit les banques à requérir toujours davantage d’informations auprès de leurs clients afin d’évaluer le « risque » de leurs prêts.

Le Vent Se Lève

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GRANDE-BRETAGNE

Royaume-Uni : La nouvelle Loi sur les secrets officiels transforme les journalistes en criminels

Le gouvernement britannique a proposé une nouvelle législation pour contrer les menaces étatiques, notamment une refonte de la loi sur les secrets officiels (Official Secrets Act). Selon le ministère de l’Intérieur, cette nouvelle législation est nécessaire car « la législation existante ne tient pas suffisamment compte de la nature concrète et bien réelle que représentent les risques de l’État ».

Les-crises.fr

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ONG

Liens entre passeurs de migrants et ONG : les révélations explosives du journal allemand Die Welt n’intéressent pas les médias français

Le journal allemand Die Welt est une institution en Allemagne. Il figure parmi les journaux les plus lus outre-Rhin. Ses articles ont une réputation de sérieux, même auprès de ceux qui ne partagent pas sa ligne éditoriale. L’article qu’a publié le quotidien le 30 août 2021 contient des révélations d’une importance majeure, qui apportent de nouveaux éléments concernant les liens allégués entre les passeurs de migrants et certaines Organisations Non Gouvernementales dont les bateaux croisent en mer méditerranée.

OJIM

https://www.ojim.fr/liens-entre-passeurs-de-migrants-et-o...

Philanthropie et advocacy, des liaisons dangereuses ?

En anglais, le terme “advocacy” a été utilisé aux États-Unis dès les années 1950. Mais le concept de plaidoyer ou d’advocacy est bien plus ancien. Les mouvements abolitionnistes du XVIIIème siècle faisaient déjà de l’advocacy transnationale. Une définition délibérément large et générale pourrait être la suivante : l’advocacy est l’acte, la pratique ou les processus visant à défendre ou promouvoir une idée, une personne, une cause, un mouvement, une législation, mais également un produit ou un projet.

Le Temps

https://blogs.letemps.ch/swiss-philanthropy/2021/09/06/ph...

RÉFLEXION

"Parle à mon cul, Herr Kode !" Nos vies, décidément, sont ailleurs.

Voici un appel enlevé à la désertion numérique, au retrait du jeu, à l’indifférence aux injonctions du progrès. Ne pas ajouter son caillou à l’avalanche : telle était déjà la mise en garde de Karel Capek en 1921 dans sa pièce R.U.R, pour laquelle il forgea - en tchèque - le mot “robot”.Et vous, que préférez-vous : un cyber-fonctionnement, virtuel et optimal, ou une vie d’humain, libre et vivant ?

Pièces et Main-d’oeuvre

https://www.piecesetmaindoeuvre.com/IMG/pdf/parle_a_mon_c...

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RUSSIE

Grandes manœuvres d’automne: à quoi la Russie se prépare-t-elle?

L’armée russe se prépare à réaliser une série d’exercices militaires sur les marches occidentale et centre-asiatique de la Fédération début septembre. Sur le flanc occidental, l’édition 2021 des manœuvres intitulées « Zapad » se déroulera en Biélorussie du 10 au 16 septembre et mobilisera, selon le ministère russe de la Défense, 200 000 hommes, 80 avions et 760 unités blindés. À des milliers de kilomètres de là, « Rubezh-2021 » se tiendra du 7 au 9 septembre au Kirghizistan où ont été rassemblées des troupes en provenance de Russie, du Kazakhstan, et du Tadjikistan qui interagiront avec celles du pays hôte sous l’égide de l’Organisation du Traité de sécurité collective (OTSC), sur fond de retrait américain de l’Afghanistan.

L’Observatoire

https://fr.obsfr.ru/analytics/blogs/12248/

SANTÉ

Scandale derrière la fausse approbation du vaccin Pfizer par la Food and Drug Administration

Ce supposé nouveau statut est utilisé par l’administration Biden et de nombreux États et entreprises pour imposer la vaccination obligatoire. Le conseiller Covid de Biden, Tony Fauci du NIAID, en conflit d’intérêts notoire, s’appuie sur cette décision pour pousser à une vaccination nationale obligatoire dans tout le pays. Ce qui n’est pas révélé, c’est le cloaque de corruption et de conflits d’intérêts entre la FDA et les grandes entreprises pharmaceutiques, dont Pfizer, qui sont à l’origine de cette approbation précipitée. Et il ne s’agit pas d’une approbation complète pour le vaccin de Pfizer, mais seulement pour le vaccin juridiquement différent de BioNTech.

Le Saker francophone

https://lesakerfrancophone.fr/scandale-derriere-la-fausse...

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SUEDE

L’immigration en Suède, source de délinquance et de criminalité. Le rapport qui accable

La Suède ne mène pas une politique sanitaire tyrannique à l’heure actuelle vis à vis de son propre peuple. Cela n’en fait pas un pays modèle, notamment en matière d’immigration, car ce pays scandinave semble être le symbole même de l’aveuglement gauchiste par excellence, aveuglement qui a conduit ce pays à accueillir des immigrés depuis plusieurs décennies (alors que la Suède n’a jamais eu la moindre politique coloniale par le passé), et au final, à mettre en danger sa propre population.

breizh-info.com

https://www.breizh-info.com/2021/09/07/170087/limmigratio...

samedi, 11 septembre 2021

Toutes les failles qui divisent l'Allemagne

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Toutes les failles qui divisent l'Allemagne

Andrea Muratore
Ex: https://it.insideover.com/politica/tutte-le-faglie-che-dividono-la-germania.html

Les toute prochaines élections allemandes révèlent une fois de plus les différentes failles au sein de la République fédérale et la possibilité qu'elles se reflètent dans les années à venir dans un pays qui s'apprête à être orphelin d'Angela Merkel.

Merkel et le syncrétisme allemand

La Chancelière, personnage complexe et souvent controversé, avant même d'exercer un leadership clair et énergique, a été une figure centrale de la politique allemande parce qu'elle a interprété un véritable syncrétisme des âmes politiques et sociales du pays. Chrétienne évangélique, elle a relancé au fil des ans l'alliance entre sa CDU et son "parti jumeau" bavarois, la CSU, gérant également les crises et les tensions avec l'ancien dirigeant de Munich et ministre de l'intérieur Horst Seehofer; premier chef de gouvernement issu de l'ancienne République démocratique allemande et première femme au pouvoir à Berlin, son programme politique a cherché à promouvoir les tentatives de réduction du fossé économique et producteur entre les deux Allemagnes; au nom de la relance et de la centralité de Berlin sur le Vieux Continent, elle a promu des gouvernements de coalition ouverts à la fois aux sociaux-démocrates (trois fois depuis 2005) et aux libéraux (2009-2013), cherchant à créer un consensus général dans l'intérêt national du pays.

Lignes de faille politiques et sociales

Mais un compromis ne peut reposer que sur une seule personne. Au contraire, la division en trois dans les prévisions des sondages électoraux allemands pour le vote du 26 septembre entre la CDU, les sociaux-démocrates et les Verts n'est pas seulement le reflet de la complexité croissante de la société allemande, mais aussi la manifestation de différentes visions du monde au sein du pays.

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Pour faire simple, l'Union chrétienne-démocrate est au mieux de sa forme dans le sud de l'Allemagne et dans son fief traditionnel de Bavière, les Verts ont gagné du terrain en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, véritable État dans l'État avec une population et un PIB comparables à ceux des Pays-Bas et un pôle industriel allemand traditionnel, et les sociaux-démocrates ont connu une hausse principalement due à leur remontée dans les sondages dans les Länder de l'Est, où une grande partie de l'électorat ouvrier et de gauche avait choisi de voter pour le mouvement protestataire Alternative fur Deutschland. Cette tripartition va de pair avec une complexité interne qui émerge et met en lumière des différences économiques, politiques, sociales et même religieuses.

L'Allemagne, un pays divisé

L'Allemagne est un pays qui a toujours lutté au cours des siècles pour trouver l'unité dans la complexité. Depuis les luttes entre les seigneurs féodaux impériaux jusqu'à l'ère du cuius regio eius religio après la Réforme protestante, c'est le pouvoir impérial qui a joué le rôle de médiateur, bien que de Frédéric II de Souabe à Charles V de Habsbourg, même les souverains les plus importants aient fait l'expérience directe de l'animosité des princes allemands; la désintégration du Saint Empire romain germanique à l'époque napoléonienne d'abord, puis l'épopée complexe de la Prusse d'Otto von Bismarck, ont montré à quel point le particularisme est un trait distinctif de la politique et de la société allemandes, sous une forme amplifiée par rapport au reste de l'Europe. L'Allemagne impériale d'abord, le Troisième Reich ensuite, lors des deux guerres mondiales, ont fait respectivement de la Weltpolitik et du pangermanisme revanchard le facteur unificateur pour comprimer les différences internes, voyant leurs projets respectifs sombrer avec la défaite dans la guerre.

Ce n'est qu'après la Seconde Guerre mondiale que la République fédérale a tenté de créer un modèle de développement et une construction sociale qui constituerait un point de référence commun à l'ensemble du pays, tandis qu'à l'Est, le syndrome de la "mort de la patrie" était moins perceptible en raison de la redécouverte par le régime socialiste de divers récits liés à l'histoire du pays. Les vingt premières années après la réunification ont donné lieu à une tentative d'interpénétration entre différentes instances qui est entrée en crise lorsque l'Allemagne, vainqueur de l'intégration économique européenne, superpuissance commerciale, nation au centre de l'Europe, a commencé à subir les conséquences de la récession continentale à laquelle sa politique d'austérité a contribué, que de vieilles failles se sont rouvertes dans la société et que la politique est devenue de plus en plus dépendante du rôle de synthèse dévolu à la chancelière.

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La faille de Munich-Berlin

En 2019, Massimo Cacciari, s'adressant à la revue italienne Limes, soulignait l'ouverture d'une faille entre Munich et Berlin, entre l'Allemagne catholique et conservatrice et celle qui tourne autour de la capitale, entre l'industrie traditionnelle ouverte sur l'Europe centrale et l'idée d'une nouvelle Weltpolitik commerciale, entre la récupération d'un sentiment d'identité et le profil bas que Merkel voulait continuer à maintenir. Dans le contexte allemand, notait Cacciari, "nous avons vu cette contradiction, ce conflit entre les deux capitales de l'esprit allemand, s'accentuer. Cela signifie que la grande synthèse entre ces deux grandes âmes du "centre" allemand, le Zentrum, ne tient plus" et risque de ne pas pouvoir survivre au départ de la Chancelière. L'Union, après le refus de nommer à la chancellerie le leader bavarois Markus Söder à la place de l'anonyme Amin Laschet, risque à terme d'entraîner une défaite politique douloureuse, certifiant la difficulté de relancer cette synthèse qui incarne le compromis géopolitique sur lequel repose l'Allemagne.

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De plus, Söder (photo) lui-même a interprété l'agacement croissant de Munich à l'égard de Berlin qui, d'un point de vue politique, a toujours été davantage orienté vers la volonté de perpétuer la Grande Coalition avec les sociaux-démocrates dont le leader Olaf Scholz, par une étrange hétérogénéité des fins, pourrait reprendre l'héritage. Le fait qu'au début de la pandémie à Munich, le mot d'ordre s'était répandu que le Covid, selon de nombreux dirigeants de la Bavière proches de Söder et la presse populaire, serait amené dans l'État libre par les "Allemands" donne une idée de la façon dont la situation tendue actuelle crée une réouverture de blessures longtemps considérées comme dormantes.

Un modèle social à reconstruire

La crise du compromis Berlin-Munich est le signe d'une tension au sein du monde politique et économique allemand, également, sinon surtout, en ce qui concerne les perspectives du pays après des années où l'objectif stratégique était le renforcement de la capacité d'exportation de l'industrie. Un modèle poursuivi aussi et surtout à travers des réformes déflationnistes internes (en premier lieu le dit "paquet Hartz"), qui a conduit à une augmentation des profits et du chiffre d'affaires mais qui, en contrepartie, a généré une augmentation des inégalités, une croissance de la pauvreté et une réduction du pouvoir d'achat des citoyens qui ont diminué leur possibilité de devenir les premiers acheteurs de l'industrie dont ils étaient dépendants. Le Covid, qui a poussé le gouvernement de la Chancelière à revenir sur le terrain économique, a en fait signalé la nécessité d'un nouveau pacte social, rendu manifeste également par la croissance de la ligne de fracture entre le centre et la périphérie au sein même des Länder les plus prospères.

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La récente catastrophe environnementale liée aux inondations de juillet qui ont touché la Westphalie a signalé, en ce sens, une asymétrie dans la perception des problèmes concrets et des dynamiques actuelles entre des parties du pays qui étaient autrefois plus en communication les unes avec les autres. Les villes bourgeoises, progressistes et libérales d'Allemagne votent vert dans le sillage d'un sentiment écologiste que l'on peut qualifier de légitime; les provinces subissent les dommages de plans d'aménagement du territoire mal conçus, de la dégradation de l'environnement et de questions connexes, ce qui signale un décalage avec la perception de l'électorat urbain.

La question orientale

Dans cette perspective, la question centrale du dualisme Est-Ouest apparaît même diluée. Cette question est tellement structurelle qu'elle a attiré la grande attention des décideurs politiques ces dernières années et a gagné en centralité dans le débat public après le passage en force de l'Afd dans les Länder de l'ancienne RDA. Les gouvernements allemands ont tenté de combler ce fossé en cherchant à réduire les écarts de production et d'investissement, oubliant souvent la matrice culturelle différente liée à un demi-siècle de destins différents pendant la guerre froide. Et, comme l'a rappelé Vladimiro Giacché dans Anschluss, forçant une intégration accélérée de l'Est dans la dynamique du marché occidental, qui a produit dans une première phase un déclin productif et démographique avant que la pente ne commence à s'inverser dès que le moteur économique occidental a ralenti.

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La montée de l'Afd et du vote protestataire à l'Est a mis en avant le problème des inégalités: les Allemands de l'Est, note L'Espresso, ont "une espérance de vie plus faible, des revenus plus bas, un taux élevé de jeunes quittant l'école sans diplôme, une assistance locale sous-développée, etc.", et perçoivent l'Ouest comme "dominant": "une enquête menée par la radio publique Mdr (Mitteldeutscher Rundfunk) en 2021 a révélé que les 29 secrétaires d'État des Länder est-allemands sont tous originaires de l'Ouest. Sur les 108 recteurs d'université des nouveaux Länder, seuls deux sont originaires de l'Est, et seuls deux sur 183 sont membres des conseils d'administration des 30 sociétés cotées à l'indice Dax.

Un pays divisé s'apprête donc à choisir le successeur de celle qui, pendant tant d'années, a incarné les forces et les faiblesses de l'éthique allemande, a servi de point de synthèse pour un pays complexe et a tenté d'équilibrer un système que les inégalités économiques et la pandémie ont mis sous pression. Après le vote, l'Allemagne pourrait être aussi hégémonique en Europe que vulnérable sur le plan intérieur, reproposant pour la énième fois une histoire hétérogène et complexe faite de grandes et petites fragmentations.

jeudi, 09 septembre 2021

"Beauté antimoderne", la primauté ignorée des musées italiens

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"Beauté antimoderne", la primauté ignorée des musées italiens

Par Carlomanno Adinolfi 

Ex: https://www.ilprimatonazionale.it/approfondimenti/

Plus qu'un essai, un traité ou un texte de vulgarisation, La Bellezza Antimoderna (Riccardo Rosati, ed. Solfanelli, pp. 176, € 14.00) est à la fois une déclaration d'amour de l'auteur pour l'art italien et la culture muséale et une dénonciation sincère et concernée de la politique folle et criminelle de ces dernières années visant à démanteler les racines culturelles de la nation.

Et il procède en répétant un fait objectif que tout le monde, en Italie et à l'étranger, ignore ou fait tout pour qu'il soit ignoré: c'est la suprématie des musées italiens dans pratiquement tous les secteurs. Levez la main si l'on vous demande quel est le premier musée du monde en termes de nombre d'œuvres exposées et voyez ce qui se passe si vous ne répondez pas du tac au tac "le Louvre à Paris". Pourtant, fait remarquer Rosati, nos Musées du Vatican dépassent de loin le musée parisien. Mais même dans de nombreux domaines autres que l'histoire de l'art, l'Italie est le leader incontesté.

Peu de gens diront, par exemple, que l'Italie détient le record des collections militaires. Outre son record en termes de nombre de châteaux et de fortifications militaires, l'Italie possède les plus grandes collections d'armes anciennes et modernes, grâce par exemple à l'Armurerie royale de Turin, au Musée historique de l'infanterie de Rome, au Musée national de l'artillerie de Turin, à l'Institut historique du corps des ingénieurs italiens et au Vittoriale degli Italiani, un véritable joyau coupable d'avoir été oublié - et que l'on a fait oublier.

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Mais dans d'autres domaines aussi, auxquels on ne pense pas spontanément, l'Italie est le leader incontesté. Par exemple, l'Italie détient le record des collections de jouets anciens, alors que n'importe lequel d'entre nous, sans disposer de données suffisantes, croirait que l'Allemagne, l'Angleterre ou les pays d'Europe du Nord nous dépassent facilement. Pourtant, avec le Museo della Memoria Giocosa (musée de la mémoire ludique) et la partie consacrée aux jeux dans le musée militaire du parc Piana delle Orme - sur lequel Rosati revient souvent en raison de son importance historique et de l'état d'oubli dans lequel il est délibérément plongé - l'Italie excelle ici aussi. Et ainsi de suite.

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Avions exposés au parc Piana delle Orme.

Mais pourquoi cette conscience de la primauté est-elle si ignorée des Italiens ? Et pourquoi tout semble être fait pour maintenir l'ignorance de ce excellence de nos musées ?

En analysant les politiques culturelles et muséales des récents gouvernements, notamment le gouvernement Renzi dirigé par le ministre Franceschini, Rosati arrive à une conclusion malheureusement évidente: la haine de son propre pays. Pour un certain groupe politique, la volonté de saper toute primauté italienne semble être la base de toute bataille politique. À cela s'ajoute la volonté de démolir scientifiquement toute référence et tout lien avec le Ventennio (les vingt ans du fascisme), en faisant une guerre systématique aussi bien à la culture exprimée dans ces années qu'aux œuvres et aux musées voulus par le Régime. Rosati cite, par exemple, l'incroyable fermeture pour une durée indéterminée du musée de la civilisation romaine de l'EUR, l'un des trésors culturels de Rome et de l'Italie tout entière, qui est désormais réduit à une décharge. Ou encore le déplacement suspect du Museo Nazionale d'Arte Orientale "Giuseppe Tucci" dans la Via Merulana, qui conduit en fait à la réduction, voire à la fermeture, de l'un des joyaux de l'orientalisme en Italie et qui a tout l'air d'être une revanche posthume sur le grand explorateur de l'Orient qui a pleinement soutenu le fascisme. Ou encore l'occultation continue du Vittoriale susmentionné - auquel est rattachée la maison-musée de D'Annunzio, à laquelle l'auteur consacre un chapitre entier - ou du parc Piana delle Orme. Et bien d'autres exemples, coupablement inconnus de la plupart, que Rosati met en lumière avec soin.

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Musée de la civilisation romaine à Rome.

Tout cela est souvent justifié par l'excuse habituelle du "manque de fonds", qui est également utilisée pour justifier de véritables crimes culturels, comme le récent camouflage des restes de l'Arc de Titus près du Circus Maximus - la raison pour laquelle les monuments de ce grand empereur sont occultés est assez évidente - qui a laissé les historiens et les archéologues du monde entier stupéfaits.

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Et pourtant, on trouve souvent des fonds pour d'autres opérations "culturelles" à connotation politique claire, comme ceux alloués à la construction du monstre de Fuksas à l'Eur dans le but de remplacer l'ancien Palazzo dei Congressi - coupable d'avoir été construit sous le fascisme - et dont le coût, qui a augmenté au fil des ans, a créé un véritable trou dans les caisses romaines pour une œuvre incomplète autant qu'objectivement hideuse.

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En haut, le Pallazo dei Congressi et, en bas, ce qui est censé le remplacer: la Nuvola de Fuksas.

Ou comme les millions de fonds alloués à d'autres musées dédiés à blâmer l'histoire récente de l'Italie ou à favoriser de puissants lobbies ou minorités, fonds qui auraient pu au contraire donner une véritable impulsion au monde muséal et culturel italien, malheureusement en train de s'effondrer, bien qu'il soit potentiellement le plus riche du monde.

Carlomanno Adinolfi

mardi, 07 septembre 2021

De nouvelles armes turques pour contrôler la Méditerranée

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De nouvelles armes turques pour contrôler la Méditerranée

Lorenzo Vita

Ex: https://it.insideover.com/difesa/le-nuove-armi-turche-per-controllare-il-mediterraneo.html

La Turquie ne vise pas seulement à se doter de drones aériens, mais aussi de navires sans pilote. Un retournement de situation qui a commencé il y a quelques années et qui montre une évolution très rapide, notamment depuis la fin de l'année 2020. Les dernières nouvelles à ce sujet proviennent du Daily Sabah, l'un des principaux organes de presse de Turquie. Les médias anatoliens ont annoncé que le géant de la défense Aselsan a conçu, en collaboration avec le chantier naval Sefine, de nouvelles plates-formes (de surface et anti-sous-marines), qui représentent pour Ankara une étape supplémentaire dans sa politique de contrôle des mers. Une politique qui, depuis longtemps, a été synthétisée dans la "patrie bleue".

0001906166001-1.jpgLa défense turque a pour objectif de les avoir d'ici la fin de l'année. Elles sont pratiquement indigènes, résultat d'une synergie entre divers segments de l'industrie turque bénis par le gouvernement de Recep Tayyip Erdogan. Un système de nationalisation de l'industrie de l'armement qui, en Turquie, trouve l'un de ses piliers dans le projet Milgem et qui vise non seulement à approvisionner les arsenaux nationaux sans passer par l'importation, mais aussi à vendre ces systèmes à l'étranger. Les drones turcs sont déjà très convoités dans plusieurs pays européens et asiatiques. Et maintenant, Ankara souhaite étendre ce marché au secteur maritime.

Il s'agit d'une double approche qui découle de deux besoins très ressentis par l'administration turque. D'une part, l'objectif de rendre sa propre défense de moins en moins dépendante des pays étrangers. Un problème qui est devenu central pour la Turquie, surtout après avoir pris conscience de la fragilité de la chaîne d'approvisionnement en cas de blocage politique par l'Occident. Le cas du F-35 - avec toutes les différences de l'affaire - illustre un danger qui guette Erdogan: faire une politique étrangère de plus en plus autonome en dépendant de Bruxelles et de Washington au niveau militaire signifie devoir réduire les attentes de son propre travail.

La question est devenue si importante qu'il a dû étendre le programme de drones nationaux aux armes embarquées sur le futur porte-avions Anadolu, transformé pour l'instant en porte-drones ou en projet d'hélicoptères en attendant que la Turquie revienne au programme F-35. Une attente qui n'est cependant pas nécessairement une limitation. En fait, le blocus a rendu nécessaire pour Ankara de développer, le plus rapidement possible, une technologie autonome pour remplacer ces systèmes liés à la volonté de Washington. Et c'est un virage qui a permis à la Turquie de mener à bien un programme national au point de pouvoir utiliser ses drones à la fois comme une arme et comme un moyen de nouer des partenariats avec d'autres États.

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Des sources qualifiées de l'InsdeOver rapportent, par exemple, que c'est précisément en raison de ce développement croissant des drones armés (en particulier, le redoutable Bayraktar) que certains, au sein de l'État grec, pensent que l'hypothèse d'une base pour ces moyens dans la partie nord de Chypre, en particulier à Gecitkale, est toujours sur la table. Une hypothèse émise dans le passé par certains analystes et qui semble aujourd'hui tout à fait irréalisable. Les drones aériens, ainsi que les unités sans pilote pour contrôler les eaux dans un rayon d'environ 600 miles (ce sont les données du projet Aselsan) pourraient constituer un tournant fondamental dans la projection stratégique de la Turquie dans les eaux bouillonnantes de la mer Égée et de la Méditerranée orientale.

Les effectifs de l'armée européenne

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Les effectifs de l'armée européenne

Paolo Mauri

Ex: https://it.insideover.com/difesa/i-numeri-dellesercito-europeo.html

L'issue dramatique de la guerre en Afghanistan a rouvert un fossé au sein de l'OTAN qui semblait avoir été comblé par l'arrivée de Joe Biden à la Maison Blanche. En effet, le nouveau président des États-Unis avait entrepris d'abandonner l'unilatéralisme trumpien pour reprendre le dialogue avec les alliés européens sur la base d'une approche multilatérale renouvelée - et idéalement revigorée.

En réalité, lors de son premier véritable test, cette posture décisionnelle a été mise de côté: l'évacuation de Kaboul a pris les autres pays de l'OTAN par surprise, puisqu'ils ont été mis au courant des décisions américaines alors que "les hélicoptères américains volaient déjà au-dessus de leurs têtes". La même opération d'évacuation des collaborateurs, ainsi que le pont aérien de la capitale afghane, ont été "filtrés" par les États-Unis dans le cadre des accords de Doha, signés avec les talibans en février 2020.

La gestion fortement centralisée de l'évacuation, surtout dans les premiers jours, a provoqué de fortes frictions entre les États-Unis et les alliés qui avaient leurs contingents en Afghanistan, et comme conséquence directe en Europe, ou mieux, dans les pays de l'Union européenne, la politique a recommencé à réfléchir avec plus de volonté de décision sur la possibilité de se doter d'un "instrument de défense" communautaire.

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Très récemment, même en Italie, l'un des plus fidèles alliés des États-Unis, les plus hautes autorités politiques ont exprimé la nécessité pour l'UE d'adopter une politique étrangère et de sécurité commune. Une chose qui, si elle était réellement mise en place, en mettant de côté les exigences de chaque membre de l'Union, serait un précurseur de la naissance d'une armée européenne.

D'un point de vue politique et technique, il existe de nombreuses ficelles (voire de véritables chaînes) qui pourraient empêcher ces deux possibilités, mais avant de les passer en revue, faisons un exercice purement académique en allant voir quelle serait la taille d'une hypothétique armée européenne.

Les 27 pays appartenant à l'Union européenne seraient en mesure de se doter d'environ 1,2 million d'hommes appartenant aux forces armées. À titre de comparaison, les États-Unis en comptent 1,4 million, la Chine 2,8 millions et la Russie 1,14 million.

Quant à l'armée de l'air, l'UE disposerait de 2012 chasseurs-bombardiers (de défense aérienne et d'attaque) et de quelque 609 avions de transport de toutes tailles, les États-Unis en ayant 2717 et 845, la Russie 1531 et 429, et la Chine 1571 et 264. Toujours en ce qui concerne les moyens aériens, l'UE pourrait déployer environ 42 des principaux avions-citernes et quatre Awacs (E-3 français).

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En termes de chars (toutes catégories de poids confondues), les armées des 27 nations européennes en comptent 5081, tandis que les États-Unis en possèdent 6100, la Chine 3205 et la Russie 13.000.

Le nombre total d'unités navales majeures pour l'UE est le suivant: 4 porte-avions, 91 frégates, 15 destroyers, 25 sous-marins (de différents types). La marine américaine compte 11 porte-avions (plus 10 porte-avions d'assaut amphibie), 21 croiseurs, 71 destroyers et 69 sous-marins (y compris ceux en construction et en commande). La flotte de Voenno-morskoj recense dans ses livres un porte-avions, 5 croiseurs, 13 destroyers, 11 frégates et 64 sous-marins, tandis que la marine de la République populaire de Chine a deux porte-avions, environ 50 destroyers, 46 frégates et 79 sous-marins.

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Ces chiffres tiennent compte des actifs "sur papier", c'est-à-dire qu'ils incluent également ceux qui ne sont pas en service parce qu'ils sont en réparation ou n'ont pas encore été mis en service mais sont en cours de livraison. En ce qui concerne l'UE, les 27 F-35A qui devraient entrer en service dans l'armée de l'air danoise et les 18 Rafale prévus pour la Grèce ont été exclus du décompte des chasseurs.

En termes de dépenses militaires, l'UE dans son ensemble dépense environ 185 milliards de dollars chaque année, contre 740 milliards pour les États-Unis, 178 milliards pour la Chine et 42 milliards pour la Russie. Lorsqu'on parle de financement de la défense, il est toujours bon de tenir compte du fait que chaque monnaie a un pouvoir d'achat différent en fonction du coût de la main-d'œuvre, de la dévaluation, de la disponibilité des matières premières, etc., de sorte que, par exemple, il faut beaucoup moins de "dollars" pour acheter un missile intercontinental en Chine qu'aux États-Unis ou en Russie.

Comme nous l'avons déjà mentionné, il existe des "lacets, des cordes et des chaînes". La chaîne la plus lourde est l'arsenal atomique qui, dans l'UE, est en possession de la seule France (maintenant que le Royaume-Uni est sous le coup du Brexit). Paris dispose de plusieurs têtes nucléaires montées sur des Slbm dans les sous-marins de la classe Le Triomphant, seule composante stratégique restante après la fermeture des silos du Plateau d'Albion et compte tenu du fait que le missile de croisière Asmp est classé "préstratégique".

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L'Elysée ne partagerait pas la gestion de sa dissuasion atomique si les autres pays européens ne supportaient pas les coûts de création d'un nouvel arsenal nucléaire (par exemple, de nouveaux Ssbn, de nouveaux missiles, de nouvelles ogives et peut-être même de nouveaux silos au sol). Une telle option constituerait une violation du traité de non-prolifération nucléaire (TNP) et, de plus, il est décidément difficile qu'elle soit réalisable dans un délai raisonnable, pendant lequel le parapluie atomique français serait le seul à protéger l'UE (dans l'hypothèse d'un retrait américain inévitable) et où Paris devrait donc partager la charge financière de la gestion, sans permettre aux autres pays de l'UE d'entrer dans la chaîne de décision du déploiement.

Une Europe sans parapluie atomique est impensable à une époque où la dissuasion nucléaire redevient importante, compte tenu de la fin d'importants traités de désarmement (tels que le FNI).

Par ailleurs, la création et la gestion d'un arsenal atomique seraient, à moyen/long terme, également plus avantageuses sur le plan économique, dans la mesure où il s'agirait d'une dépense moindre par rapport à la nécessité de s'équiper d'un arsenal conventionnel qui, pour avoir un effet dissuasif, devrait être très cohérent et moderne.

Si la question nucléaire représente la plus grande chaîne, il en existe d'autres qui ne sont pas indifférentes. En fait, il faut considérer qu'avec la naissance d'une force armée européenne, il serait nécessaire d'opter pour la fin de la participation des pays de l'UE à l'OTAN, car il est peu probable que l'on puisse penser à une duplication des commandements (donc des infrastructures et du personnel). Cette option, certes courageuse, est difficile à mettre en œuvre car il existe au sein de l'UE des pays qui ont des liens très particuliers avec l'Alliance Atlantique, souvent dictés par des contingences politiques.

Cela nous amène à une autre question cruciale et difficile à résoudre:

Unir les visions stratégiques en matière de politique étrangère et de défense de 27 pays est presque impossible.

De ce point de vue, l'OTAN elle-même est un exemple de la façon dont, parmi ses 30 membres, il n'y a pas les mêmes perceptions de la menace pour leur propre sécurité, les pays d'Europe de l'Est regardant avec inquiétude la Russie et les pays méditerranéens se concentrant davantage sur le "front sud". Il faut maintenant imaginer, en regardant la carte de l'UE, la reproposition du même mécanisme, mais sans un "maître" comme les États-Unis, qui, en dernière instance, décide de ce qu'il faut faire.

L'Union européenne pourrait toutefois se doter d'un mécanisme militaire unique pour les missions internationales, qui devraient être décidées sur la base de nos intérêts en tant qu'Européens et non en suivant uniquement les résolutions de l'ONU ou la volonté de l'OTAN (c'est-à-dire Washington). Dans ce cas, on pourrait penser à un contingent très mobile de forces légères, interarmées et donc capables de disposer de moyens terrestres, maritimes et aériens, géré par un commandement conjoint dans lequel il y aurait une présence permanente des pays de l'UE qui ont les forces armées les plus "substantielles" (France, Allemagne, Italie, Espagne) et, par rotation, un représentant de tous les autres. Sans oublier que pour avoir une armée commune (ou une force d'intervention rapide commune), il est nécessaire d'avoir une formation commune, les mêmes procédures, la même logistique et, surtout, une vision géopolitique commune, car s'il y a quelque chose que les conflits asymétriques du siècle dernier (Vietnam, Afghanistan) nous ont - ou auraient dû - apprendre, c'est que pour gagner une guerre, il faut savoir exactement quoi faire, et il est impensable que l'Union européenne puisse mener une mission militaire sans un objectif unique qui s'applique à tous.

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lundi, 06 septembre 2021

Quel est l'avenir de la Russie en tant que grande puissance?

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Enric Ravello Barber

Quel est l'avenir de la Russie en tant que grande puissance?

Ex: https://www.enricravellobarber.eu/2021/09/cual-es-el-futuro-de-rusia-como-gran.html#.YTYEiN86-Uk

Le scénario mondial actuel, que de nombreux spécialistes qualifient de "multipolaire", est en réalité un moment de transition entre le déclin de la puissance hégémonique jusqu'ici dominante, les États-Unis, et la montée en puissance de celle qui sera hégémonique dans les prochaines décennies: la Chine.

C'est dans ce scénario qu'un troisième acteur, doté de pouvoir et d'influence sur la scène mondiale mais un cran en dessous, pourrait devenir une grande puissance mondiale s'il sait agir stratégiquement, corriger ses défauts et développer son potentiel. Ce troisième acteur est la Russie.

I. La Russie : histoire, déclin et redressement

En termes d'histoire, de culture, de langue et de tradition, la Russie est une nation pleinement européenne. Le russe est une langue slave de la famille indo-européenne, à laquelle appartiennent également les langues latines, helléniques, germaniques, celtiques et baltes, ce qui indique une origine commune très ancienne de tous ces peuples européens. Plus précisément, les peuples slaves entreront dans l'histoire aux alentours des 2e-3e siècles de notre ère, lorsqu'ils seront nommés et mentionnés dans les sources latines. Au cours du développement historique ultérieur, ils vont progressivement se différencier les uns des autres et donner naissance aux peuples slaves que nous connaissons aujourd'hui. Le dernier noyau slave indifférencié était russe-biélorusse-ukrainien, ce à quoi Vladimir Poutine a fait référence dans son récent article "Sur l'unité historique des Russes et des Ukrainiens".  Le premier État russe a été fondé par des Vikings suédois (Varangiens/Varègues) à Kiev, le duché de Moscou a lutté contre les invasions mongoles, le titre de tsar dérive du latin "Caesar" pour revendiquer Moscou comme une Troisième Rome (continuation de l'Empire byzantin) et l'Empire russe a toujours été une barrière contre l'avancée de l'expansionnisme turco-musulman. Peut-on douter que la Russie est non seulement européenne, mais aussi l'une des nations vitales dans l'histoire de notre continent ?

La Russie est devenue une puissance sous le règne de Pierre le Grand - le premier tsar russe à utiliser le titre d'empereur - notamment après ses victoires contre la Suède lors des guerres de la Baltique. A partir de ce moment, la Russie n'est plus seulement une puissance européenne luttant contre des ennemis extérieurs (Mongols, Turcs) mais devient une puissance vitale dans l'équilibre militaire et politique continental.

Après l'effondrement de l'URSS dû à la vision infantile de Gorbatchev, Boris Eltsine et ses politiques libérales de soumission politique à l'Occident et de corruption des magnats locaux ont eu des effets désastreux sur l'économie et la société russes. Le rejet de la demande d'adhésion de la Russie à l'OTAN a été perçu comme un rejet de la Russie par l'Europe et l'Occident, ce qui a fait basculer la Russie volens nolens vers la Chine. Le déclin politique d'Eltsine a été accueilli par de fortes réactions populaires - y compris des coups d'État - qui annonçaient le désir du peuple russe de retrouver sa fierté nationale. C'est l'argument politique que Vladimir Poutine, défenseur pragmatique de son pays, a habilement utilisé pour arriver au pouvoir. Son arrivée au Kremlin signifiait le redressement de la Russie. Le tournant a été la deuxième guerre de Tchétchénie et sa reconfirmation internationale dans les actions de l'armée et de la diplomatie russes dans la guerre de Syrie.

II. L'heure de la Russie. Éléments et problèmes pour devenir une puissance mondiale

- La guerre hybride permanente des États-Unis contre la Russie, qui vise à l'isoler de l'ancien bloc de l'Est, et maintenant de l'espace européen ex-soviétique lui-même, la forçant ainsi à être une puissance n'ayant pratiquement aucune influence en Europe. Le maintien de l'OTAN et son extension aux anciens pays du Pacte de Varsovie, l'agression contre la Serbie - un allié traditionnel de la Russie dans les Balkans - et le déploiement du bouclier antimissile ont été les épisodes de cette première phase. La crise en Ukraine et la tentative de révolution "orange" au Belarus ont été les épisodes de la deuxième phase.

- Le tournant asiatique qui, à mon avis, a une double nature.

1) La création d'organisations autour de la Russie, englobant l'ancien espace soviétique de l'Asie centrale. L'objectif est la coopération économique et la défense militaire de cette région menacée par le radicalisme islamique, et la manipulation américaine pour affaiblir le pouvoir russe dans cette zone vitale pour le contrôle du monde (Traité de sécurité collective et Union économique eurasienne).

2) L'Organisation de Shanghai, née du rapprochement avec la Chine en réponse au rejet de la Russie par l'Occident. Si la vocation de la Russie est de se rapprocher de l'Europe et non de la Chine, sa participation à l'Organisation de Shanghai - la plus grande du monde et où il existe un équilibre entre les États-nations et sa dimension supranationale - réaffirme la position globale de la Russie, la stabilité en Asie et éloigne l'influence et la capacité d'intervention des États-Unis sur le continent asiatique.

- La route de l'Arctique. Si la Chine construit la nouvelle route de la soie comme un pari stratégique, le pari de la Russie doit être de faire de l'Arctique la grande route commerciale mondiale dominée par Moscou. La fonte des glaces fera de l'Arctique une mer navigable toute l'année pour les décennies à venir, et la Russie a déjà commencé à activer cette route pendant les mois de travail. L'Arctique sera la clé du commerce mondial. La Russie est en première ligne pour contrôler cette route; pour réaffirmer ce contrôle, elle devra: étendre ses eaux territoriales arctiques jusqu'aux frontières contestées et étendre sa présence militaire le long de sa côte nord.  Moscou doit assurer sa primauté dans l'Arctique sur la Chine, qui commence déjà à jeter son dévolu sur la région, et sur les États-Unis, qui ne l'ont pas encore fait et qui devraient se retrouver avec un statu quo favorable à la Russie lorsqu'ils le feront.

- Les hydrocarbures et le marché de l'énergie. Surmontant le boycott constant des États-Unis, et malgré le fait que les États-Unis conservent une grande capacité de sabotage, l'achèvement de la branche Nord Stream 2 en Allemagne est une preuve supplémentaire du besoin actuel et croissant de l'Europe occidentale en hydrocarbures russes. C'est une réalité qui contribue à un rapprochement euro-russe, qui dans ce cas est également bénéfique pour les deux parties.

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- Une diversification économique nécessaire.  Malgré son leadership dans le domaine des hydrocarbures, la Russie doit diversifier et mettre en œuvre son économie. C'est son point faible si elle veut devenir une grande puissance mondiale. La Russie va dans cette direction. Son ministre de l'économie, Mikhail Mishustin (photo), promeut un programme ambitieux qui va de la construction d'infrastructures (routes et chemins de fer) à des investissements massifs dans l'éducation.  Le ministre de la défense, Sergey Shoigu, propose la création de nouvelles villes en Sibérie qui seront de futurs centres de technologie de pointe. Tous deux parlent de placer la Russie parmi les quatre premières puissances économiques d'ici la fin de la décennie.

- Leadership dans la technologie militaire. Le test réussi du missile hypersonique Tsirkon en juillet dernier confirme le leadership de la Russie en matière de technologie des missiles. Si l'économie est le grand défi, la technologie militaire est le grand avantage de la Russie, un avantage que personne, semble-t-il, ne pourra contester et qui lui confère une force énorme dans sa position mondiale. 

III. De Lisbonne à Vladivostok La grande Europe et le destin du monde

La Chine développe une pensée stratégique, et planifie déjà ses actions après 2050 en tenant compte des générations futures, ainsi que de la projection du peuple Han dans le monde. L'élite chinoise actuelle sait qu'elle ne sera plus en vie en 2050, mais sa conception du peuple, du destin et de la nation transcende son intérêt personnel; ce sera l'une des clés - probablement la plus importante - du succès de la Chine dans un avenir proche. Les élites mondialistes qui dirigent les États-Unis ont un plan sinistre à mettre en œuvre pour l'humanité dans les décennies à venir. Les dirigeants de l'Europe occidentale ne sont que des nains politiques dont l'horizon ne dépasse jamais quatre ans, c'est-à-dire la prochaine élection, et leur objectif est simplement leur réélection.

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Dans ce scénario compliqué, la Russie a un rôle décisif et vital à jouer. L'Europe occidentale n'a absolument aucun pouvoir, et pire, aucune volonté d'agir en tant que sujet sur la scène mondiale. Son triste destin est simplement de rester une marionnette des États-Unis ou de tomber d'ici quelques années dans la sphère de contrôle chinoise, ce qui pourrait être beaucoup plus dur et infâme que ne le pense le confortable esprit européen.  Ainsi, aujourd'hui, la civilisation européenne, y compris notre vision humaniste du monde, nos valeurs et notre mode de vie, n'a qu'un seul espoir: que la Russie devienne une grande puissance mondiale. La Russie possède une classe dirigeante capable de penser en termes de civilisation, de pouvoir et d'avenir, comme l'a montré le président Vladimir Poutine en proposant l'intégration eurasienne de Lisbonne à Vladivostok comme une alternative géopolitique possible à la puissance des États-Unis et de la Chine.  La Russie n'est pas seulement l'Europe, elle est aujourd'hui le grand espoir de la civilisation européenne.

Le projet de Poutine ne sera pas réalisable à court ou même éventuellement à moyen terme, mais c'est l'objectif que tous les Européens, de Lisbonne à Vladivostok, devraient embrasser. Des défis majeurs doivent être relevés pour que la route vers cet objectif soit possible.

- L'opposition continue des États-Unis à tout rapprochement euro-russe.  Après la Seconde Guerre mondiale, l'Europe occidentale est devenue une colonie américaine. Avec la chute du communisme, cette Europe occidentale a commencé à avoir des intérêts antithétiques par rapport à ceux de Washington. La logique européenne serait de se rapprocher de la Russie et de consolider le fameux axe Paris-Berlin-Moscou. C'est une chose que l'administration américaine ne veut pas permettre, d'où sa politique de tutelle absolue sur l'UE et surtout sur son pays le plus puissant, l'Allemagne, un État qui, politiquement, n'a même pas de traité de paix et qui est né après la Seconde Guerre mondiale sous contrôle américain.

- L'incapacité absolue d'une UE catatonique. L'UE est la somme d'États impuissants, sans aucun poids, pouvoir ou autonomie dans la politique internationale. Le résultat de cette union de l'impuissance est logique: une grande impuissance pachydermique, soumise aux États-Unis, au point d'adopter des mesures commerciales contre la Russie plus strictes que celles imposées par les États-Unis et énormément dommageables pour sa propre économie.

Poutine a oscillé dans son projet d'unité eurasienne. Si, dans un premier temps, il considérait l'UE comme un partenaire, il semble désormais pencher pour des négociations avec ses différents États. La solution ne semble pas vraiment meilleure - l'incapacité de ces États individuels restera manifeste - mais elle offre un peu plus de marge de manœuvre.

- La Russie doit améliorer sa propagande. Si la Russie veut devenir le leader continental et le catalyseur du projet euro-asiatique, elle doit développer un discours continental mobilisateur et acceptable pour les pays qui composent ce que nous pourrions appeler l'espace Visegrad-Intermarium, qui s'étend de la Baltique à la mer Noire. Les pays baltes et la Pologne sont profondément russophobes, ce qui en fait des instruments dociles des États-Unis et de l'OTAN dans leur harcèlement de la Russie. Si cela est possible, c'est parce que l'opinion publique de ces pays continue à craindre la Russie ; on peut en dire autant de l'Ukraine et de la République tchèque. Il en va de même pour la Hongrie, un pays de plus en plus éloigné de Bruxelles, ennemi de George Soros et accusé par Joe Biden de "dictature" - tout comme la Pologne - que la Russie devrait pouvoir attirer dans son orbite avec facilité. Le Kremlin devrait développer un discours inclusif de la part de la Russie qui empêcherait la situation actuelle dans laquelle les États-Unis agissent dans cet espace régional non seulement pour harceler la Russie mais aussi pour empêcher tout rapprochement entre l'Europe occidentale et la Russie, en utilisant ces pays comme un coin pour leurs intérêts.

L'Europe de Lisbonne à Vladivostok est sans doute un projet aussi illusoire que complexe. La première est le capitalisme d'État chinois qui, ayant abandonné le communisme, se fonde sur un néo-confucianisme combiné à un nationalisme agressif et à un racisme qui méprise les autres peuples du monde. L'autre est le délire mondialiste dont les États-Unis sont l'exécuteur et dont le cauchemar est un monde dirigé par "une technocratie mondiale issue de la fusion du grand gouvernement et des grandes entreprises, dans laquelle l'individualité est remplacée par la singularité transhumaniste". 

Il n'y a qu'une seule alternative à ces deux cauchemars, le projet européen de Lisbonne à Vladivostok proposé par Moscou. Ses difficiles chances de succès dépendent avant tout de l'engagement et de la détermination des éléments les plus consciencieux des "trois Europes": l'Ouest, l'Europe centrale et la Russie. 

L'histoire nous donnera le verdict.

dimanche, 05 septembre 2021

La revue de presse de CD - 05 septembre 2021

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La revue de presse de CD

05 septembre 2021

CHINE

Les sociétés militaires privées chinoises

Avec la naissance en 2013 du projet de la Nouvelle route de la soie (One Belt One Road/OBOR ou Belt Road Initiative/BRI), la nécessité pour la Chine d’assurer la protection de ses entreprises, de ses personnels et plus généralement de ses intérêts est devenue une priorité. L’Armée populaire de libération (APL) étant limitée dans ses interventions à l’étranger par des facteurs politiques et matériels, Pékin a dû trouver une solution pour s’assurer que son expansion commerciale et stratégique ne soit pas menacée. Le terrorisme, la piraterie, les révoltes, les conflits armés ou encore les manifestations des populations locales sont autant de menaces qui pourraient mettre à mal le projet BRI. Pour y faire face, Pékin a choisi de faire appel au secteur privé et de déployer des SMP (sociétés militaires privées) chinoises partout où cela est nécessaire.

Cf2r

https://cf2r.org/documentation/les-societes-militaires-pr...

ÉTATS-UNIS

Rapport du renseignement US sur l’origine du Covid-19: une « diversion » de Joe Biden?

Un nouveau rapport des services de renseignement américains a échoué à préciser l’origine du Covid-19. Mais Joe Biden y a toutefois trouvé de quoi accuser Pékin. Le politologue Éric Denécé dénonce la politisation des services secrets servant les enjeux de la politique intérieure.

sputniknews

https://fr.sputniknews.com/international/2021083010460712...  

Julian Assange et l’Espionage Act (6/6) : Assange dans le box des accusés

Le changement le plus important apporté à l’Official Secrets Act de 1989 est son alignement sur l’Espionage Act amendé par McCarran : l’intention a été supprimée, éliminant ainsi la défense de l’intérêt public. Un livre blanc du gouvernement de 1988, qui envisageait des modifications de la loi sur les secrets officiels, était très explicite sur ce sujet.

les-crises.fr

https://www.les-crises.fr/julian-assange-et-l-espionage-a...

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FRANCE

La France de Macron, une dictature post-démocratique

Un sondage IFOP réalisé pour le JDD les 11 et 12 août dernier, montre que pas moins de 43 % des personnes interrogées estiment que la France devient une dictature, du jamais vu dans notre pays. De même, durant tout le mois d’août – ce qui est également tout à fait nouveau –, des centaines de milliers de manifestants défilent chaque samedi dans de nombreuses villes de France, au cri de « liberté », contre l’instauration du passe sanitaire et la vaccination obligatoire des enfants. Manifestement, la question de la dictature ne se réduit pas à un fantasme complotiste…

Polemia

https://www.polemia.com/la-france-de-macron-une-dictature-post-democratique/?utm_source=newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=la_lettre_de_polemia&utm_term=2021-09-01

L’Art : un enjeu géopolitique

Article écrit par Mangu Quesada, un peintre et sculpteur franco-espagnol. Son oeuvre réalise le dialogue nécessaire de la modernité avec sa propre histoire, celle de l’Aventure de l’Homme et d’une Nature retrouvée dans le monde d’aujourd’hui.

Pour évoquer les rapports de l’Art et de l’État en France tels qu’ils se présentent aujourd’hui, il est utile de mettre en évidence deux points de vue contradictoires : le national, qui s’autosatisfait de ses productions, et l’international qui minimise l’art français actuel de quelque nature qu’il soit.

Geopragma

https://geopragma.fr/lart-un-enjeu-geopolitique/  

Marion Maréchal : « Nous assistons à un glissement vers une forme d’ “autoritarisme doux” exercé par un Etat qui voudrait faire notre bien malgré nous »

Passe sanitaire, fracture de la société française, numérisation des données, complotisme, dictature, immigration, élection présidentielle… Marion Maréchal répond aux questions de Boulevard Voltaire en exclusivité !

Boulevard Voltaire

https://www.bvoltaire.fr/marion-marechal-nous-assistons-a...

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GAFAM

Et vous, comment vous informez-vous sur Internet ?

Si Internet peut servir de caisse de résonance aux fausses nouvelles, quel qu’en soit le sujet, son développement a également permis un accès aisé et rapide à de l’information médiatique fiable. Que sait-on de la manière dont les Français exploitent cet univers informationnel foisonnant ?

The Conversation

https://theconversation.com/et-vous-comment-vous-informez-vous-sur-internet-166231?utm_medium=email&utm_campaign=La%20lettre%20de%20The%20Conversation%20France%20du%2029%20aot%202021%20-%202045620138&utm_content=La%20lettre%20de%20The%20Conversation%20France%20du%2029%20aot%202021%20-%202045620138+CID_2cbf5ba8f379996a4c28b45a233fd975&utm_source=campaign_monitor_fr&utm_term=Et%20vous%20comment%20vous%20informez-vous%20sur%20Internet

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Free Basics de Facebook : le nouveau visage du colonialisme numérique ?

Facebook serait-il devenu philanthrope ? C’est l’image que souhaite se donner la compagnie américaine avec le lancement de son application Free Basics en 2013. À la clef, une promesse ambitieuse : garantir un accès universel à Internet. Alors que cette initiative reste largement méconnue en Europe, elle a permis à Facebook de s’imposer comme acteur incontournable dans l’hémisphère sud. Implantée dans 65 pays, Free Basics permet aux utilisateurs d’accéder gratuitement à une version limitée d’Internet, dont le contenu et les modalités sont définies par Facebook. Au carrefour entre le statut de réseau social et de fournisseur d’accès à internet, que dévoile ce projet pionnier sur la capacité de métamorphose de Facebook ? Suspectée d’incarner une forme insidieuse de cyber-colonialisme, la détermination de Facebook à rester maître du jeu est évidente.

https://lvsl.fr/free-basics-de-facebook-le-nouveau-visage...

Twitter désinforme en luttant contre la désinformation

L’été est une saison propice aux transformations ou annonces discrètes, souvent négatives, de l’augmentation du gaz aux nouvelles limitations de vitesse en ville jusqu’au nouvel outil de censure de Twitter, déjà bien armé dans le domaine.

OJIM

https://www.ojim.fr/twitter-desinforme-en-luttant-contre-...

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RÉFLEXION

Sur les mensonges et la post-vérité

De l'homme qui ment, nous trouvons deux formes fondamentales de mensonge : a) lorsqu'un mensonge est expressément énoncé avec l'intention de tromper, et b) lorsqu'une information est dissimulée. Dans la dissimulation, ou "tuer en se taisant", pour parler en créole, l'information est retenue et la vérité n'est pas dite par omission. Dans le cas du mensonge express, une étape supplémentaire est franchie, car les fausses informations sont présentées comme si elles étaient vraies.

Euro-synergies.hautefort.com

http://euro-synergies.hautetfort.com/archive/2021/08/25/s...

Chroniques du totalitarisme 4 - L’apogée paranoïaque

Dans l’hypocondrie délirante de la paranoïa, la maladie est partout, vécue comme dangereuse, mortelle, ennemie du vivant. Le malade est opposé au sain, comme l’impur au pur : ordre est donné d’éliminer (et avant cela, d’« évincer » pour reprendre le mot de Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation Nationale en France, concernant les enfants non vaccinés) la partie du corps social désignée comme impure.

arianebilheran.com

https://www.arianebilheran.com/post/chroniques-du-totalitarisme-4-l-apogee-paranoiaque?utm_campaign=3d9909f9-7c71-4eca-9d48-6685aea263f8&utm_source=so&utm_medium=mail&cid=8fc99f82-d3e6-4f5d-8790-df95fbf30eb9

« Le diable dans la démocratie » de Ryszard Legutko (2)

Un ouvrage détonnant. Comment la démocratie libérale en est venue à devenir en partie cousine avec les régimes communistes au cours des dernières décennies.

Contrepoints

https://www.contrepoints.org/2021/09/02/404081-le-diable-...

samedi, 04 septembre 2021

Skanderbeg, le patriote de l'Albanie qui a défendu les valeurs de l'Europe

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Skanderbeg, le patriote de l'Albanie qui a défendu les valeurs de l'Europe

par Daniele Dal Bosco 

Ex: https://www.centrostudilaruna.it/skanderbeg-il-patriota-dellalbania-che-difese-i-valori-delleuropa.html

Ces dernières années, en raison des événements actuels en Italie et en Europe occidentale en général, il est souvent fait référence à des périodes passées au cours desquelles les valeurs européennes traditionnelles étaient les plus menacées. On mentionne généralement la bataille de Poitiers (732), au cours de laquelle les Francs, avec Charles Martel, ont vaincu l'armée arabo-berbère d'al-Andalus, ainsi que la bataille de Lépante (1571), qui a opposé la Sainte Ligue dirigée par Don Juan d'Autriche à la flotte ottomane dirigée par Mehmet Alì Pacha. Plus rarement, on se souvient de la bataille de Koulikovo (1380) au cours de laquelle les Russes, menés par Dmitri Ivanovitch de Russie, grand duc de Vladimir, ont vaincu les forces tataro-mongoles de la Horde d'or, dirigée par Mamaj, une Horde qui sera à nouveau vaincue un siècle plus tard lors de la bataille sur la rivière Yougra (1480) par les forces russes dirigées par Ivan III de Moscou; ou la bataille de Vienne (1683), au cours de laquelle l'armée polonaise, autrichienne et allemande, réunie dans une nouvelle Sainte Ligue sous la direction du roi polonais Jan II Sobieski, a mis fin au siège ottoman et a constitué un moment décisif des guerres austro-turques.

Il y eut cependant d'autres moments de l'histoire européenne qui ne furent pas moins importants et cruciaux pour arrêter l'avancée ottomane vers l'Europe occidentale, comme le siège de Belgrade (1717) avec la victoire des troupes du prince Eugène de Savoie, la guerre d'indépendance grecque (1821-1832), et enfin la guerre russo-turque (1877-1878) ordonnée par le tsar Alexandre II. Mais il y avait aussi des poches de résistance dans les Balkans, comme la première bataille du Kosovo (1389), où s'affrontèrent les forces chrétiennes dirigées par le prince Lazar Hrebeljanović et les forces ottomanes dirigées par le sultan Murad Ier, et la deuxième bataille du Kosovo (1448), où s'affrontèrent les troupes dirigées par le Hunyadi hongrois et les troupes ottomanes dirigées par Murad II. C'est au cours de ces années qu'émerge, toujours dans les Balkans et en tant que figure anti-ottomane, l'homme qui deviendra plus tard le héros de l'histoire albanaise : Gjergj Kastrioti, connu sous le nom de Skanderbeg, du nom d'Iskander (Alexandre) que lui ont donné les Turcs ottomans, comparant probablement ses prouesses militaires à celles du Macédonien Alexandre le Grand.

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En Albanie, l'avancée ottomane dans les Balkans de ces années-là a dû être stoppée dès 1432, grâce à l'ingéniosité de courageux indépendantistes comme Andrea Thopia et plus tard Gjergj Arianiti, dont la fille Donika deviendra plus tard l'épouse de Skanderbeg. C'est dans ce contexte qu'émerge la figure de Kastrioti, que le pape Calixte III décrira plus tard comme un athlète du Christ et un défenseur de la foi.

L'une des activités de Kastrioti dont il faut se souvenir est son organisation de la Ligue de Lezha (1444), une ville qui était encore vénitienne à l'époque, une alliance défensive de princes albanais formée pour s'opposer à l'avancée de l'Empire ottoman dans les Balkans. C'est lors de la bataille de Torvioll (1444), remportée contre les Ottomans du général Ali Pasha; et ce, après que Kastrioti ait servi l'Empire ottoman pendant vingt ans (1423-1443), que le surnommé Skanderbeg s'est rebellé contre la domination turque, faisant ressortir ses talents de leader; c'est une bataille qui a anticipé d'autres succès de la résistance albanaise contre l'avancée turque.

Ces succès ont toutefois créé, à terme, des frictions avec Venise qui, bien qu'elle ait d'abord soutenu la Ligue de Lezha elle-même (Lezha était un territoire vénitien), a ensuite vu dans les succès locaux de Kastrioti un danger pour le territoire de la République vénitienne elle-même, ce qui a conduit à l'affrontement de la guerre albano-vénitienne (1447-1448) qui s'est terminée par un traité de paix en 1448. Ce n'est toutefois qu'après la chute de Constantinople (1453) que les forces albanaises ont reçu un soutien financier de la part d'autres forces chrétiennes, notamment Naples, Venise et la papauté.

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Kastrioti est probablement né en 1405 dans un lieu non précisé de la Principauté de la noble famille Kastrioti, une Principauté fondée en 1389 par le père de notre leader, Gjon Kastrioti, et qui a perduré jusqu'à la mort de Skanderbeg en 1468. Ce territoire s'étendait sur une zone située entre l'Albanie et la République de Macédoine actuelles.

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Pendant plus de vingt ans, de 1443 à 1468, ses troupes, composées d'environ 15.000 Albanais de souche mais aussi d'autres Slaves, Grecs et Valaques, ont remporté de nombreuses victoires pour défendre la souveraineté du territoire local contre les troupes ottomanes. En 1451, elle reconnaît, à titre de protection, la souveraineté du royaume de Naples, par le traité de Gaète avec le roi Alphonse V d'Aragon, tout en conservant une certaine indépendance; elle vient toutefois en aide au roi Ferdinand d'Aragon, fils d'Alphonse V, lorsque celui-ci lui demande son soutien en raison de la rébellion du prince de Tarente, Giovanni Antonio Orsini (1460-1462). Il soutient également Venise dans la guerre vénitienne-ottomane (1463-79) jusqu'à sa mort en 1468, et devient en 1463 commandant des forces de croisade du pape Pie II (tableau, ci-dessous) jusqu'à la mort de ce dernier l'année suivante.

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Ferdinand était si reconnaissant envers Skanderbeg qu'il a donné à ses descendants le château de Trani, ainsi que les propriétés de Monte Sant'Angelo et de San Giovanni Rotondo. Ses descendants sont encore présents en Italie aujourd'hui, sous le nom de Castriota Scanderbeg (1). De nombreux dirigeants albanais de l'époque se sont également réfugiés dans le Royaume de Naples après la mort de Skanderbeg, tout comme de nombreuses personnes ordinaires fuyant l'envahisseur ottoman, donnant naissance aux communautés albanaises Arbëreshë du sud de l'Italie, qui sont toujours présentes en Italie aujourd'hui.

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La figure de Skanderbeg est considérée par les Albanais comme une image qui représente non seulement la défense des valeurs européennes traditionnelles, mais aussi la coexistence de la tolérance religieuse, ayant grandi dans un environnement islamique, converti au catholicisme en 1443, mais avec une mère orthodoxe et un père d'abord catholique, puis orthodoxe et enfin musulman. Il s'agissait d'une résistance à la souveraineté locale, et certainement pas d'une question purement religieuse, et dans l'Albanie multiculturelle d'aujourd'hui, il est respecté aussi bien par les musulmans, la première religion d'Albanie, que par les orthodoxes, les catholiques et les non-croyants.

Notes

1 http://www.castriotascanderbeg.it

 

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vendredi, 03 septembre 2021

La Corse en litige : une île incomprise au cœur de la Méditerranée

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La Corse en litige : une île incomprise au cœur de la Méditerranée

Par Vincenzo D'Esposito

Ex: http://osservatorioglobalizzazione.it/progetto-italia/la-corsica-contesa/

Située entre la mer Ligure et la mer Tyrrhénienne, la Corse a été pendant des siècles le théâtre de conflits entre les républiques maritimes italiennes, d'abord, et entre la France et l'Italie, ensuite. Une position stratégique et une valeur symbolique trop importantes pour Paris mais trop risquées pour Rome. Au-delà de l'île, ce qui est en jeu, c'est l'avenir de la mer Tyrrhénienne, véritable cœur battant de l'Italie sur les mers.

La Corse, une terre oubliée

La Corse fait partie de la région géographique italienne. L'île est située au nord de la Sardaigne, à l'ouest de la Toscane et au sud de la Ligurie. Au fil des siècles, ces trois territoires ont fortement imprégné d'italianisme la culture et la langue corses, notamment la Toscane en raison de sa proximité géographique et la Ligurie en raison de sa domination séculaire sur l'île. Gérée par la Banco di San Giorgio, la Corse était destinée par le gouvernement génois principalement à l'approvisionnement en bois de châtaignier pour les chantiers navals, alors que les bénéfices pour l'île pendant cette domination étaient très limités. La conformation géographique et la répartition irrégulière de la population l'ont toujours rendue difficile à contrôler, ce qui, à la longue, s'est avéré être un avantage pour la population corse.

Les rébellions qui ont caractérisé l'histoire de la Corse ont bénéficié de la nature accidentée du territoire, qui a favorisé les petites villes et leur regroupement en clans. Cette prémisse est fondamentale pour comprendre pourquoi Gênes et Paris ont eu tant de mal à contrôler la Corse. La France, qui a succédé à Gênes après le bref intermède de l'indépendance, a rencontré une forte résistance à la normalisation de l'île, également en raison de la différence linguistique avec le reste du territoire métropolitain.

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L'abandon auquel la Corse a été condamnée en a fait une terre d'émigration et de banditisme, qui depuis des siècles infeste les régions intérieures et empêche une normalisation de la vie politique. Dans la seconde moitié du XXe siècle, la criminalité de l'île, avec sa branche marseillaise, s'est étendue jusqu'aux États-Unis, où elle a entretenu des liens avec les représentants de la criminalité italo-américaine, bien qu'elle ait été sévèrement combattue au cours des dernières décennies. Cependant, la France, contrairement à l'Italie, n'a pas une solide tradition de répression du crime organisé et a eu plus de mal à endiguer le phénomène. L'attitude française a également été influencée par le fait que, dans les années qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale, les services de sécurité français ont profité de la criminalité pour mettre un terme à la propagation de l'indépendance corse. Néanmoins, d'une part, la France devait lutter contre le banditisme corse en raison du nombre élevé de meurtres qui se produisaient chaque année et des conséquences négatives qui étaient créées par le renforcement de l'organisation, tandis que d'autre part, la cause de l'indépendance n'était jamais vraiment mise de côté par la population corse. La stratégie française de diviser pour régner s'est avèrée moins efficace que prévu à Paris.

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L'importance géopolitique de l'Île de la Beauté pour Paris et Rome

L'instabilité endémique de la Corse en fait un point critique du bassin méditerranéen, les puissances actives dans la zone profitant périodiquement de la situation difficile des gouvernements centraux dans la gestion de l'île pour tenter de tirer profit de sa position géographique favorable.

La France a profité de la faiblesse de Gênes, qui était arrivée au XVIIIe siècle fortement sclérosée, pour entrer de plain-pied dans la Méditerranée centrale, violant ce qui était jusqu'alors un lac italien: la mer Tyrrhénienne. Avec ses bases à quelques kilomètres de la Toscane et avec Rome à quelques jours de navigation, Paris avait capitalisé sur son statut de force de la fin du XVIIIe siècle pour étendre encore son influence en Europe. D'un seul coup, elle était devenue capable de surveiller le commerce de Florence, Rome, Gênes et Naples, cette dernière étant présente jusqu'en 1801 dans la haute mer Tyrrhénienne avec le Stato dei Presidi.

Pasquale_Paoli.jpgBien que l'Île de la Beauté ait été le lieu de naissance de l'empereur Napoléon Bonaparte, elle s'est rebellée contre la domination française au cours de la dernière décennie du XVIIIe siècle et a donné naissance à l'éphémère Royaume anglo-corse. Protégé par la marine anglaise, Pasquale Paoli tente de donner forme à un État détaché de la France et projeté vers l'Italie et l'Angleterre: la première en raison des forts liens linguistiques et culturels qui la lient à la Corse, il suffit de dire que la constitution corse est écrite en italien, la seconde comme seule nation capable d'offrir une protection contre la France. Les tentatives britanniques de s'immiscer de plus en plus dans la politique corse pour faire de l'île une véritable colonie ont toutefois aliéné les sympathies du peuple corse envers Londres et, à la fin du siècle, l'île a été réoccupée par les troupes françaises.

Bien que la France ait apprécié la possession de la Corse sur le plan militaire et stratégique, garantissant le contrôle des liaisons entre la métropole et l'Afrique du Nord, elle a dû faire face, entre le XIXe et le XXe siècle, à l'émergence du phénomène de l'irrédentisme, qui s'est propagé de l'Italie unie à la dernière grande île de la mer Tyrrhénienne encore hors de l'orbite de Rome. Sous le fascisme, en particulier, l'Italie a tenté d'arracher l'île à la France en l'envahissant en 1942. L'occupation ne dure cependant qu'un an en raison de la chute du régime fasciste et du nettoyage des territoires occupés pour laisser la place aux forces de la France libre, qui, avec quelques troupes italiennes, combattent les Allemands en 1943 en Corse, devenant ainsi le premier territoire français d'Europe à être libéré.

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En haut, ouvrage récent sur la réintégration de la Corse dans l'orbite italienne. En bas, des goumiers marocains de l'armée américano-gaulliste défilent après avoir ré-annexé la Corse à la France.

L'Italie s'inquiète de la présence française en Corse pour deux raisons: stratégique et idéologique.

Sur le plan stratégique, la Corse représente un poignard pointé sur le cœur de l'Italie, permettant à Paris de garnir l'arc tyrrhénien qui va des villes industrielles de la Ligurie aux centres sidérurgiques de la Toscane et jusqu'à la capitale de l'État, pouvant également mener des actions pour perturber les liens entre la Sardaigne et le continent. Dans le cas d'une France hostile, la Corse s'élèverait presque naturellement au rôle de base logistique de premier ordre pour frapper le cœur de notre pays et mettre hors d'état de nuire les grands nœuds industriels et politiques de l'Italie centrale et de la Sardaigne.

Sur le plan idéologique, le moteur du Risorgimento reposait sur deux grandes lignes géopolitiques: la réalisation des frontières jusqu'aux Alpes et l'union de tous les peuples parlant des dialectes considérés comme apparentés à l'italien en un seul État. Parce qu'elle a toujours été au cœur des principaux enjeux de la botte, et qu'elle est pleinement intégrée à l'espace géographique et linguistique italien, la Corse est considérée depuis l'Unification de l'Italie comme l'une des terres irrédentes à reconquérir.

L'occupation italienne de l'île pendant la Seconde Guerre mondiale et la propagande française de l'immédiat après-guerre visant à discréditer les Italiens en tant qu'oppresseurs et ennemis des Corses, ont toutefois aliéné les sympathies de la majorité de la population corse envers l'Italie. Aujourd'hui, en effet, très peu de Corses croient qu'un transfert de l'île à Rome est possible, la majorité ayant choisi la voie de l'indépendance.

La force de l'identité

Île montagneuse habitée par des populations fortement attachées à leurs traditions, la Corse a su à la fois repousser et attirer les principales puissances de la Méditerranée. Sa capacité à résister aux influences extérieures a fait qu'après plus de deux cents ans de domination française, la langue corse est encore largement comprise et parlée aujourd'hui. Néanmoins, on observe une tendance à la diminution du nombre de locuteurs en raison de la diffusion des médias français et de l'immigration dans la plaine d'Aléria de nombreux colons français revenant de leurs anciennes possessions africaines.

L'omniprésence de l'État français s'est manifestée non seulement par une tendance répressive à l'égard de l'usage de la langue corse jusqu'à il y a quelques années, mais aussi par le soutien à une grammaire standardisée et éloignée des règles de la langue italienne pour tenter de créer un diaphragme d'incommunicabilité progressive entre Rome et Ajaccio. La population corse elle-même, comme une forme de rejet de l'Italie, considérée comme agressive et impérialiste après l'invasion de 1942, a remis en question ses liens linguistiques avec l'italien, en mettant l'accent sur le corse en tant que langue indigène et en le privant de toute volonté de lien privilégié avec l'Italie.

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Si les tentatives de résistance aux influences extérieures ont souvent été brutales, la population corse n'en a pas moins été contaminée au cours des siècles par les puissances avec lesquelles elle est entrée en contact. La présence de nombreuses résidences secondaires de ressortissants français du continent, par exemple, bien qu'elle soit un sujet de controverse politique en Corse, a contribué à la diffusion de la langue française sur l'île. Même les mouvements indépendantistes de l'île, dans l'exercice de leurs fonctions, utilisent principalement une communication bilingue car toute la population de l'île ne comprend pas le corse, alors qu'en France continentale la langue corse n'est ni parlée ni comprise. Le français est donc un moyen de véhiculer des messages à portée supra-insulaire, tandis que le corse semble relégué au rôle de langue étroitement liée à la dimension locale.

La Corse s'est révélée être une île qui refuse l'idée d'être absorbée par des réalités plus larges, car, ainsi, elle risque de perdre sa spécificité. Bien que la contamination culturelle ait été inévitable grâce au contact avec des cultures extérieures telles que Gênes, la Toscane et la France, en termes politiques et identitaires, la Corse s'est toujours perçue comme quelque chose de différent de tout ce qui l'entourait. Une île, en fait. Ce concept a toutefois été compris peu et tardivement en Italie, un pays qui a senti, tout au long de la première phase de son existence, qu'il devait être le héraut de l'italianité et, par conséquent, récupérer les terres dites irrédentes. Souvent, elle ne tenait pas suffisamment compte de la volonté des personnes qu'elle approchait. La France, en revanche, a annexé une île qu'elle savait dès le départ éloignée d'elle par sa langue et ses traditions. Or, le rôle de puissance que joue Paris en Méditerranée dépend en partie de la possession de ce territoire, qui projette la puissance française directement dans la mer Tyrrhénienne et lui permet de réduire la prééminence italienne dans le secteur central du bassin ouest-méditerranéen.

La culture corse est une culture italienne, tout comme la langue corse. Mais la Corse, sans vouloir être française, ne veut pas nécessairement être italienne. L'histoire lui a appris que les dominations extérieures ne sont que cela, des dominations, et que les avantages pour l'île sont limités. Il est temps que Paris et Rome apprennent à coexister avec cette terre indomptable, dans ce qu'il faut bien appeler l'anomalie corse.

A propos de l'auteur / Vincenzo D'Esposito

Diplômé en études internationales à l'université "L'Orientale" de Naples avec une thèse sur l'hydrohégémonie dans le bassin du Syr Darya. Il est actuellement inscrit au programme de maîtrise en développement durable, géopolitique des ressources et études arctiques au SIOI. Il a étudié et travaillé en Allemagne après avoir obtenu deux bourses Erasmus, qui l'ont conduit d'abord à étudier à Fribourg-en-Brisgau, puis à effectuer un stage à la Chambre de commerce italienne pour l'Allemagne. Passionné par l'Asie centrale et les questions énergétiques, il collabore avec plusieurs groupes de réflexion en tant qu'analyste géopolitique.

mercredi, 01 septembre 2021

Écosse : Des presbytériens sans Dieu ?

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Écosse: Des presbytériens sans Dieu?

Konrad Rękas

https://www.geopolitica.ru/en/article/scotland-presbyterians-without-god

Politiciens chrétiens dans un pays athée

L'identité historique des Écossais s'est forgée dans le feu des luttes religieuses, pour l'essentiel convergentes avec les disputes politiques. Et celles-ci n'ont jamais été douces ou particulièrement transparentes au sein de cette nation constituée de clans. Car lorsque l'Église calviniste d'Écosse, qui s'assume comme "nationale", a été victorieuse des catholiques habituellement royalistes, elle a immédiatement dû lutter contre l'influence de l'épiscopalisme qui proposait sa vision politique d'une oligarchie couronnée. Et les presbytériens écossais eux-mêmes - les Covenanters - étaient divisés comme les hussites, entre les radicaux, appelés le parti Kirk, qui voyaient l'Écosse comme une fédération de clans / congrégations, même dans une alliance avec les Anglais puritains, et ceux qui choisissaient une forme de collaboration avec leur propre dynastie nationale comme méthode de maintien de l'indépendance vis-à-vis du voisin du sud éternellement agressif. Oui, la religion en Écosse a toujours été vivante, avec de nombreuses morts violentes. Alors pourquoi est-elle presque morte aujourd'hui ?

Le genre au lieu de Dieu

L'Écosse a (?) la réputation d'être le pays le plus sécularisé d'Europe occidentale. Selon diverses estimations, environ 56 % des habitants se déclarent athées, et près de 70 % sont généralement non religieux. Et ce malgré, ou peut-être précisément parce que, la principale dénomination, l'Église d'Écosse, continue d'être reconnue comme l'Église nationale et une composante importante de l'identité écossaise en tant que telle. Cela est dû en partie au fait que la politique écossaise est devenue athée mais n'a pas perdu les caractéristiques formelles et typiques du calvinisme. Elle reste donc agressivement missionnaire et empreinte de déclarations moralisatrices. Sauf qu'aujourd'hui, bien sûr, elle est complètement opposée au rigorisme éthique historique des anciens protestants. Les politiciens écossais d'aujourd'hui sont le plus souvent les successeurs de presbytériens fanatiques qui ne croient plus au presbytérianisme, mais qui croient toujours fermement au fanatisme.

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Justement, avec un tel feu, digne de John Knox (bien que contre toutes ses recommandations) - le gouvernement autonome écossais de Nicola Sturgeon fixe ses principaux objectifs idéologiques pour imposer une plate-forme "gendériste" complète, y compris la doctrine du "genre par choix" avec des réglementations pénales très strictes pour les contrevenants et contestataires, dépassant toutes les limites de la définition des crimes de haine. Sur la base de la nouvelle loi de 2021 sur les crimes de haine et l'ordre public (Écosse), une raison suffisante pour engager des poursuites pour discours haineux n'est pas seulement une critique acerbe ouinjurieuse du "gendérisme", mais même le simple fait de constater que seules les femmes ont leurs règles. Pour compléter le sentiment d'étouffement qu'impose le serpent du progressisme, il convient de mentionner que cette loi est déjà utilisée pour poursuivre non pas des misogynes, mais... des féministes et des lesbiennes.

Oui, ces deux attitudes, sans rien changer dans leurs présupposés - ne sont plus classées comme modernes et progressistes, mais comme... réactionnaires et fascistes! La première de ces attitudes pour avoir rappelé que les suffragettes sont allées en prison pour obtenir le droit de vote et d'éligibilité et non pour avoir réclamé quelques mascarades comme le droit d'utiliser les toilettes pour femmes et de gagner des compétitions sportives féminines. La seconde de ces attitudes, parce que les lesbiennes s'entêtent à affirmer qu'elles veulent coucher avec d'autres femmes, et non avec des hommes en prétendant que cela a donné de la personnalité aux femmes.

D'abord l'homme - ensuite la femme politique

Voilà quel est le niveau actuel des querelles idéologiques en Écosse, de sorte que la consternation a été d'autant plus grande que l'on a vu apparaître au sein du gouvernement local une secrétaire déclarant ouvertement et à haute voix son attachement aux valeurs chrétiennes et témoignant de leur confession dans la vie privée et publique. Kate Forbes (photo), 31 ans, secrétaire d'État aux finances et à l'économie, est une militante du Scottish National Party (organisation responsable de toutes les expériences idéologiques susmentionnées), une partisane enthousiaste de l'indépendance du pays - et en même temps une fidèle zélée de la Free Church of Scotland, la faction presbytérienne du XIXe siècle, décrite aujourd'hui avec un peu de mépris comme "quelque chose comme l'Église d'Écosse mais avec du christianisme".

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Fille de missionnaires calvinistes en Inde, où elle a passé son enfance, Mme Forbes parle de sa dévotion à Dieu avec une passion que ses parents lui ont inculquée. "Pour être franche, je crois en la personne de Jésus-Christ. Je crois qu'il est mort pour moi, qu'il m'a sauvée et que ma vocation est de le servir et de l'aimer et de servir et d'aimer mes prochains de tout mon cœur, de toute mon âme, de tout mon esprit et de toute ma force. Pour moi, c'est donc essentiel à mon être. La politique passera. Je suis une personne avant d'être une femme politique et cette personne continuera à croire que je suis faite à l'image de Dieu" - a déclaré l'actuel secrétaire, il y a quelques années, dans une interview pour la BBC, et rappelons que ce ne sont pas des mots que l'on entend souvent aujourd'hui de la part des politiciens occidentaux.

Paradoxalement, une éthique chrétienne comme celle de Mme Forbes, et aussi expressive, se démarque radicalement de la ligne dominante actuelle du SNP, qui jusqu'à récemment était encore multiforme, avec une forte aile moralement conservatrice, autrefois construite sous le patronage de la légendaire Winnie Ewing (photo, ci-dessous), la première députée SNP élue à la Chambre des Communes en 1967.

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Toutefois, cette tendance a été presque totalement éliminée au sein du SNP. La démission de Dave Thompson (photo, ci-dessous), l'animateur du mouvement des Chrétiens pour l'Indépendance, et aujourd'hui le leader du groupe de campagne Action pour l'Indépendance, le père spirituel de la carrière politique de Forbes, avec qui elle a commencé comme assistante, en est l'illustration. Mais d'un autre côté, la jeune politicienne a gagné la reconnaissance des communautés chrétiennes, même celles de l'autre côté de la rivière Tweed.

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Exprimons notre foi sans crainte

L'actuelle secrétaire est toutefois fidèle à son parti, même si elle n'hésite pas à faire valoir une opinion distincte - qui n'est d'ailleurs plus populaire dans les rangs du SNP mainstream, dont la direction fait la chasse au "politiquement incorrect", à toute trace de "trans-" et "queerphobia", sans parler d'attitudes encore plus... réactionnaires. Pendant ce temps, Kate Forbes a prié à voix haute lors de la Journée de prière publique de 2018: "Que nos politiciens reconnaissent que la façon dont nous traitons les plus vulnérables - que ce soit les enfants à naître ou les malades en phase terminale - est une mesure du véritable progrès". Ainsi, alors que même les politiciens de l'opposition unioniste admettent qu'il n'y a personne au Parlement écossais qui n'aime pas Kate personnellement - au sein de son propre parti, il y avait de sérieux doutes sur sa promotion de secrétaire à l'un des postes les plus importants du gouvernement autonomiste. Forbes doit s'occuper, entre autres, des préparatifs pour l'introduction de sa propre monnaie par l'Écosse indépendante - et cela peut-il être fait par quelqu'un dont l'attitude envers le mouvement LBGTQ est pour le moins controversée !

Forbes, cependant, a reçu la nomination en tant que secrétaire, ce qui a été considéré comme un geste de la direction du SNP envers les électeurs plus traditionalistes, en particulier ceux de la région des Highlands et des îles, où les communautés chrétiennes (Église d'Écosse, Église libre d'Écosse et catholiques), bien que ne soutenant pas le postmodernisme extrême de Holyrood, mais appuyant bien sûr aussi le nationalisme écossais, constituent de véritables bastions du mouvement indépendantiste. Il y a quelques mois, les milieux les plus radicaux du gendétisme ont donc lancé une attaque collective, tant en public qu'en coulisses, dans le but d'empêcher les partisans de Forbes de voter pour former un gouvernement. Toutefois, une députée de l'une des plus belles circonscriptions d'Écosse - Skye, Lochaber et Badenoch - a répondu dignement qu'elle représentait tous ses électeurs, quelle que soit leur attitude vis-à-vis de la religion. Mais le christianisme est l'essence même de son existence, et elle considérait et considère qu'une telle honnêteté sur sa foi est le plus important. - Je voudrais que mon exemple inspire d'autres personnes à surmonter la peur et les difficultés liées à l'expression publique de notre foi dans le service public - a annoncé Mme Forbes.

Les critiques se sont tues. Mais nous pouvons être sûrs que ce ne sera pas pour longtemps...