lundi, 06 juillet 2026
La Troisième Guerre Mondiale est encore en préparation

La Troisième Guerre Mondiale est encore en préparation
Cristi Pantelimon
Source: https://www.facebook.com/profile.php?id=100005135564621
La seule manière pour les États-Unis de rester aux commandes des affaires mondiales est une guerre mondiale, c’est-à-dire un conflit à grande échelle dans lequel les États-Unis endossent le rôle d’arbitre et non de participant direct.
L’imagination des stratèges américains n’est pas très riche, c’est pourquoi on répète des schémas datant d’il y a un siècle – par exemple, le réarmement de l’Allemagne et sa préparation au combat contre l’URSS.
Aujourd’hui, l’ennemi désigné, à première vue, c’est la Russie, car la Russie est en action, mais la vraie cible est surtout la Chine, le grand rival stratégique de l’Amérique.
Un point doit être souligné : pour les Américains, peu importe qui remportera le combat.
Le réarmement de l’Europe, conçu soi-disant pour sa défense contre Poutine, peut très bien mener à la ruine de l’Europe. Tant mieux ! Ce qui importe, c’est la guerre et l’arbitre (les États-Unis) dans l’ombre, non son résultat.
De même, le réarmement du Japon, qui ne peut se faire qu’en opposition à la Chine, ne signifie pas que les Américains souhaitent vraiment – ou espèrent – que le Japon l’emporte (tout comme ils n’espèrent pas que l’Ukraine l’emporte sur la Russie). La stratégie est plus cynique : l’important est de provoquer la guerre.
Et les États qui produisent ou achètent des armes (le fameux 5 % du PIB), une fois saturés de technologie militaire, peuvent facilement être dressés les uns contre les autres.
Le cas ukrainien est exemplaire. Une Ukraine bien armée sera toujours une cible pour la Russie. Mais il en va de même pour la Pologne ou un État balte. La tension monte, l’histoire européenne, avec toutes ses tragédies passées, attend cela : la course à l’armement entre voisins. Les motifs de guerre ne manquent jamais !
Voici ce qu’écrit le PDG de Palantir dans un livre d’une franchise typiquement américaine sur la politique d’armement des alliés des États-Unis :
1. Allemagne
« Une résistance face à de nouveaux investissements militaires a, bien sûr, été particulièrement répandue en Allemagne. Günter Grass, romancier et auteur du “Tambour”, s’est célèbrement opposé à la réunification de l’Allemagne de l’Est avec l’Allemagne de l’Ouest, arguant qu’un État allemand unifié pourrait ouvrir la possibilité d’un nouvel Auschwitz. En 1991, il écrivait : “Rien – ni le sentiment d’appartenance nationale, aussi idyllique soit-il dépeint, ni la certitude de la bonne volonté des générations nées après la guerre – ne peut modifier ou effacer l’expérience que nous, criminels, avec nos victimes, avons vécue en tant qu’Allemagne unie.”
Pourtant, la neutralisation de facto du pays au cours des cinquante dernières années a eu des conséquences. Le retrait d’une Allemagne forte et affirmée a sans doute contribué à l’invasion de l’Ukraine par la Russie en février 2022. Vladimir Poutine a correctement calculé qu’il ne paierait pas un prix significatif pour cette action. Après des décennies d’autoflagellation, l’armée allemande en était venue à ressembler davantage à une caricature de force armée authentique. »
2. Japon
« Il en va en grande partie de même pour le Japon. La démocratie la plus riche de la région aurait aujourd’hui encore besoin du soutien des États-Unis pour repousser – et a fortiori survivre à – une invasion à grande échelle (...)
La faute n’a pas été de dissoudre l’armée impériale japonaise et d’adopter des garanties juridiques destinées à empêcher sa reconstitution dans l’immédiat après-guerre. L’erreur a été de maintenir cette politique pendant trois quarts de siècle, malgré la transformation de l’ordre mondial, y compris l’ascension d’une Chine de plus en plus puissante et affirmée, ainsi que d’une Russie redevenue ambitieuse.
Le désarmement et la privation de l’Allemagne d’une capacité militaire significative ont constitué une réaction excessive, pour laquelle l’Europe paie désormais un lourd tribut. Un engagement similaire, largement théâtral, envers le pacifisme japonais menace, s’il est maintenu, de modifier également l’équilibre des forces en Asie. »
La conclusion est simple, à l’image de l’histoire récente !
17:58 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, troisième guerre mondiale, états-unis, europe, allemagne, affaires européennes, japon, asie, affaires asiatiques |
|
del.icio.us |
|
Digg |
Facebook
Le conflit permanent contre l’Europe

Le conflit permanent contre l’Europe
par Daniele Perra
Source : Daniele Perra & https://www.ariannaeditrice.it/articoli/un-conflitto-cont...
En campagne électorale, Donald J. Trump avait affirmé qu’il mettrait fin au conflit en Ukraine dans le mois suivant son élection. Aujourd’hui, près de deux ans plus tard, la situation est bien différente. Ou, ce qui est beaucoup plus probable, Trump mentait en toute connaissance de cause, comme à son habitude. Le conflit en Europe de l’Est est en effet fonctionnel aux plans de «reconstruction» industrielle des États-Unis. Plus précisément, les Américains, selon Trump et le secrétaire général de l’OTAN, vont se «contenter» de produire des armes que les Européens (contraints de porter leurs dépenses militaires à 5% du PIB) devront payer, avant d’en céder une partie à l’Ukraine.
Evidemment, l’objectif est aussi de provoquer la désindustrialisation de l’Europe ; une stratégie qui a été amorcée dès le début des années 2000 et a été révélée en son temps par Edward Snowden. Celui-ci a en effet mis en lumière comment la NSA a pu espionner toutes les communications internes de l’entreprise allemande Volkswagen, afin d’obtenir des avantages compétitifs pour l’industrie automobile américaine (la fameuse « Opération Dragonfish »). C’est assez curieux si l’on pense que les États-Unis accusent constamment la Chine d’espionnage industriel.
Quoi qu’il en soit, ce processus s’est poursuivi avec le démantèlement de la relation économique entre les ressources énergétiques russes et le potentiel industriel de l’Europe occidentale: conflit ukrainien, sabotage du Nord Stream à la clé, et réarmement allemand en accord avec les plans de Palantir, qui vise à utiliser l’Allemagne en tant qu’outil anti-russe (voir « The Technological Republic » d’Alex Karp). La diffusion de la russophobie, en ce sens, est essentielle pour insister sur le réarmement européen et maintenir en vie le complexe militaro-industriel américain; revitaliser la «rust belt» et achever de détruire également l’industrie automobile européenne.
Aujourd’hui, nous assistons à une nouvelle phase d’aggravation du conflit, que la Russie continue de gagner territorialement (mais très lentement), mais de perdre sur le plan sensationnaliste et propagandiste (même si les attaques ukrainiennes sur le territoire russe posent désormais de graves problèmes à Moscou). Un conflit, à mon sens, désormais dépourvu de sens, surtout pour l’Europe qui, si elle n’était pas gouvernée par une élite corrompue et servile, devrait tout faire pour y mettre fin avant qu’il ne soit trop tard.
12:26 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, états-unis, europe, affaires européennes, politique internationale |
|
del.icio.us |
|
Digg |
Facebook
La nécessité de distinguer entre les difficultés subjectives et les nécessités objectives

La nécessité de distinguer entre les difficultés subjectives et les nécessités objectives
par Riccardo Paccosi
Source : Riccardo Paccosi & https://www.ariannaeditrice.it/articoli/la-necessita-di-d...
À l’été 2024, bien conscient de mes grandes limites en tant qu’observateur extérieur au contexte allemand, j’avais écrit que le parti souverainiste-marxiste BSW de Sahra Wagenknecht aurait dû chercher un accord avec les souverainistes-libéraux de l’Alternative für Deutschland.
Évidemment, j’ai alors essuyé de nombreuses critiques venant de la gauche. L’actualité politique nous apprend cependant qu’en ce moment — avec un retard énorme et à partir d’une position de faiblesse — Wagenknecht semble vouloir justement s’engager dans cette voie: à savoir, une collaboration suivie entre les deux partis souverainistes visant à mettre fin à la guerre avec la Russie.
Il ne s’agit pas, pour l’instant, d’une véritable proposition d’alliance électorale, mais plutôt de démarrer un processus d’entente progressive: dans un premier temps, Wagenknecht rompt le cordon sanitaire érigé par tous les partis allemands autour de l’AfD en la légitimant en tant que force démocratique avec laquelle dialoguer ; dans un second temps, on évoque la possibilité d’un soutien externe des souverainistes-marxistes au cas où l’AfD formerait un gouvernement avec un premier ministre indépendant ; en troisième lieu, lors des prochaines élections régionales, le BSW pourrait s’abstenir au second tour, permettant ainsi à l’AfD de l’emporter.

Le fait est que le BSW aurait dû entamer ce processus dès sa fondation, c’est-à-dire à l’époque où certains sondages le créditaient de plus de 10 %. Aujourd’hui, la position des souverainistes-marxistes apparaît déséquilibrée, pour ne pas dire quémandeuse. En effet, la proposition de Wagenknecht à Alice Weidel d’organiser quelques débats publics en duo a été refusée par cette dernière: après tout, pourquoi la secrétaire d’un parti crédité à 30 % s’associerait-elle à la leader d’un parti à 4 %, qui n’a même pas dépassé le seuil d’entrée au Bundestag lors des dernières élections ?
Et pourtant, malgré toutes ces problématiques, cette affaire impose de réfléchir et de distinguer entre difficultés subjectives et nécessités objectives.
La difficulté subjective de l’AfD est celle commune à tous les partis souverainistes de droite: vouloir défendre la souveraineté tout en adhérant à la doctrine économique du néolibéralisme, c’est-à-dire une doctrine qui, en soumettant la société au marché, érode par nature les frontières mêmes de la souveraineté puisqu’elle laisse le champ libre à toutes les influences et ingérences supranationales. Si à cela on ajoute le soutien de Weidel et de ses collègues à un pays comme Israël, qui vise à orienter une large part des pays occidentaux par le biais du lobbying politique, alors le « souverainisme de droite » révèle tout son caractère oxymorique.
La difficulté subjective du BSW semble, en miroir, résider dans la persistance en son sein d’une culture et de dynamiques identitaires encore liées à la gauche: on l’a vu lors des dernières élections régionales, où les souverainistes-marxistes se sont alliés en Thuringe et dans le Brandebourg avec les partis bellicistes CDU et SPD, et c’est confirmé par les rumeurs selon lesquelles la base du BSW serait actuellement agitée précisément à cause de cette récente ouverture de Wagenknecht à l’AfD.
Malgré ces énormes difficultés subjectives, deux nécessités objectives subsistent, indépendamment de la faisabilité ou non d’un accord entre le BSW et l’AfD.
1) La nécessité d’un front institutionnel large, aussi large que possible, pour arrêter la guerre en Europe.
2) La nécessité d’une redéfinition de la politique occidentale qui efface la fausse opposition entre droite et gauche et la remplace par celle entre mondialistes et souverainistes. .
Le point 2) ne pourra être atteint que lorsque la droite et la gauche cesseront de se percevoir et de se qualifier comme telles: pour les personnes issues de la droite, il s’agira de comprendre la nature du néolibéralisme et son rôle destructeur des traditions et des identités des peuples ; pour celles issues de la gauche, il s’agira de prendre TOUT ce que la gauche politique a pensé, dit et fait depuis les années 1970 jusqu’à aujourd’hui, de l’emballer puis de le jeter sans regret à la poubelle de l’histoire.
11:54 Publié dans Actualité, Affaires européennes, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, allemagne, bsw, sahra wagenknecht, afd, europe, affaires européennes |
|
del.icio.us |
|
Digg |
Facebook
dimanche, 05 juillet 2026
L’Allemagne s’arme et Washington encaisse

L’Allemagne s’arme et Washington encaisse
Elena Fritz
Source: https://t.me/global_affairs_byelena
Mark Rutte dispose à Washington d’un argument pour l’OTAN qu’il aime répéter : les commandes d’armement européennes et canadiennes, d’une valeur de 300 milliards de dollars, garantissent près de 200.000 emplois aux États-Unis. Ce qu’il présente comme une success-story de l’Alliance est en réalité une facture, et la seule question est de savoir qui la paiera à la fin.
Nous payons plus. Nous assumons plus de responsabilités militaires. Et pour les capacités décisives, nous restons tout de même dépendants des États-Unis. Ce n’est pas un effet secondaire du nouveau partage des charges, c’en est le véritable objectif.
L’Allemagne supporte l’une des plus grandes parts de l’aide à l’Ukraine, met en place une brigade entière en Lituanie et assume des responsabilités de commandement sur le flanc est de l’OTAN. La technologie clé nécessaire à cela est achetée aux États-Unis: F-35, Patriot, Chinook. L’argument habituel est qu’il n’existe actuellement aucune alternative européenne d’un degré comparable. C’est vrai, mais cela met un problème en exergue, et n'est pas une justification. C’est précisément pour cela que chaque décision d’achat qui privilégie l’interopérabilité à la souveraineté détermine la voie des trente prochaines années. Avec chacun de ces systèmes, nous nous engageons pour des décennies à acheter des munitions, des pièces de rechange, des logiciels et de la maintenance, une dépendance technique dont il sera quasiment impossible de se libérer.
Pour Washington, c’est un modèle confortable: l’Europe supporte les coûts et la charge conventionnelle pendant que l’industrie américaine de l’armement se développe et que l’influence stratégique des États-Unis perdure. On peut présenter cela, comme Rutte, comme une garantie de solidarité renforcée: qui est étroitement lié économiquement sera, en cas de besoin, plus facilement défendu. Mais si l’on regarde les dernières années – droits de douane, doutes publics sur l’article 5, luttes pour chaque engagement – on constate que l’interdépendance économique ne remplace pas la fiabilité politique. Elle donne de l’influence à l’industrie américaine, sans lier Washington.
Pour l’Allemagne, le bilan est tout autre. Nous payons la facture, nous nous trouvons géographiquement dans la zone de guerre potentielle, nous devenons la plaque tournante logistique du flanc est et nous gagnons très peu en autonomie politique ou technologique.
C’est la différence entre s’armer et devenir souverain. Une politique de sécurité digne de ce nom commencerait par se demander quelles capacités servent nos propres intérêts et lesquelles nous devons construire nous-mêmes, plutôt que de les acheter. Opposer à cet argument de bon sens que l’on manque de temps, c’est confondre une excuse avec un argument : justement parce que la construction prend des années, il aurait fallu commencer il y a des années ; chaque nouveau paquet d’achats qui ne pose pas cette question reporte la sortie de la dépendance d’une décennie supplémentaire.
La politique actuelle est tout autre : argent allemand, soldats allemands, risques allemands. Technologie américaine, valeur ajoutée américaine.
Rutte dit que cela donne davantage de responsabilité à l'Europe. Du point de vue allemand, il s’agit surtout de perpétuer notre dépendance – mais à un prix btoujours plus élevé.
#geopolitique@global_affairs_byelena
16:25 Publié dans Actualité, Affaires européennes, Défense | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : réarmement, allemagne, actualité, europe, otan, affaires européennes |
|
del.icio.us |
|
Digg |
Facebook
Jeux de pouvoir eurasiens: l’Arménie, nouveau bélier de Washington

Jeux de pouvoir eurasiens: l’Arménie, nouveau bélier de Washington
Washington/Erevan/Moscou. Les États-Unis ont réussi à détacher l’Arménie de la Russie. C’est la conclusion à laquelle parvient l’analyste géopolitique américain et ancien militaire Brian Berletic. Dans une récente intervention sur la plateforme « The New Atlas », il évoque une stratégie américaine poursuivie depuis les années 1990.
Berletic voit en l’Arménie un « bélier » supplémentaire contrôlé par les États-Unis, destiné à être utilisé contre la Russie et l’Iran. Selon lui, les récentes élections en Arménie s’inscrivent dans les plans à long terme des élites américaines visant à contenir des concurrents comme la Chine, la Russie et l’Iran. Déjà en 1992, le « New York Times » décrivait cette doctrine dans un article intitulé « US Strategy Plan Calls for Ensuring No Rivals Develop ». Les États-Unis poursuivaient ainsi l’objectif d’assurer leur suprématie mondiale en encerclant et en endiguant leurs rivaux géostratégiques.
L’analyste fait référence à l’étude RAND publiée en 2019, « Extending Russia: Competing from Advantageous Ground ». Elle y détaille des options politiques que les États-Unis ont depuis mises en œuvre: de la livraison d’armes létales à l’Ukraine cette même année, à l’armement de terroristes en Syrie – ce qui a conduit, selon lui, à l’effondrement du gouvernement syrien en 2024 –, en passant par la destruction physique des gazoducs Nord Stream, ainsi que par l’élargissement constant des sanctions et des opérations de blocus maritime contre les exportations d’énergie russes.

Berletic souligne que le basculement de l’Arménie de la Russie vers l’UE et l’OTAN est souvent attribué à l’influence européenne. Mais selon lui, les protestations de 2018, la soi-disant « Révolution de velours », ont été orchestrées par les États-Unis – au nom de la lutte contre la corruption et l’autocratie. L’organisation d’influence bien connue « National Endowment for Democracy » (NED) l’a elle-même reconnu dans son rapport annuel de 2018 et a soutenu des organisations telles que « Union of Informed Citizens » et « Boon TV ». « Comme dans d’autres pays que les États-Unis ont placés sous leur contrôle politique, la ‘révolution colorée’ et le ‘changement de régime’ en Arménie n’ont été qu’un début », explique Berletic. « Avec un régime fantoche au pouvoir, les vannes de l’ingérence étrangère américaine sont ouvertes. »
La NED et ses partenaires européens créent en outre un canal « permettant de façonner une jeunesse pro-occidentale, pro-américaine, pro-OTAN et pro-UE, et de manipuler l’opinion publique de sorte qu’elle serve les intérêts américains – au détriment de ses propres intérêts objectifs ». Berletic établit des parallèles avec la Géorgie et la Serbie au début des années 2000, ainsi qu’avec l’Ukraine en 2014. L’appropriation politique de l’Arménie par les États-Unis, selon lui, reproduit exactement les mêmes schémas.
Dans l’étude RAND de 2019, l’Arménie est expressément mentionnée, souligne l’analyste. Deux options y sont décrites pour le Caucase du Sud: des relations plus étroites de l’OTAN avec la Géorgie et l’Azerbaïdjan, ce qui pousserait probablement la Russie à renforcer sa présence militaire ; ou une rupture de l’Arménie avec la Russie. L’étude admet « sans détour » que « l’intégration de l’Arménie – tout comme celle de la Géorgie – renforcerait non seulement l’encerclement de la Russie, mais aussi de l’Iran voisin, et ouvrirait aux États-Unis l’accès aux ressources énergétiques de la mer Caspienne ». Un basculement de l’Arménie était alors jugé difficile – mais il a néanmoins eu lieu.
Berletic qualifie l’ingérence américaine dans les élections d’« instrument à peine compris et rarement évoqué dans les médias, mais d’une puissance incroyable » dans la quête d’hégémonie et l’objectif de « s’assurer qu’aucun rival ne se développe ». L’ingérence électorale et la mainmise politique sur les pays cités, reconnues par les États-Unis eux-mêmes, ont modifié la carte géopolitique mondiale au profit de Washington – tandis que ces processus restent largement ignorés par les médias (mü).
Source: Zu erst, juillet 2026.
10:12 Publié dans Actualité, Affaires européennes, Géopolitique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, caucase, arménie, europe, affaires européennes, géopolitique |
|
del.icio.us |
|
Digg |
Facebook
samedi, 04 juillet 2026
L’aide européenne à l’Ukraine a désormais une date d’expiration

L’aide européenne à l’Ukraine a désormais une date d’expiration
Elena Fritz
Source: https://t.me/global_affairs_byelena
À l’approche du sommet de l’OTAN à Ankara, des négociations portent sur 70 milliards d’euros d’aide militaire à destination de l’Ukraine pour l’année 2026. Pour 2027, on souhaite également mobiliser une somme comparable.
Mais c’est précisément là que commencent les divergences. Une année supplémentaire d’aide pourrait encore être décidée. Toutefois, de moins en moins de gouvernements veulent s’engager à contracter une obligation durable.
L’Allemagne prévoit au moins 11,5 milliards d’euros d’aide militaire pour 2026, assumant ainsi à nouveau une part particulièrement importante. La France, l’Italie et l’Espagne avaient déjà auparavant rejeté des quotas annuels fixes pour l’Ukraine. Désormais, l’Italie remet également en question une contribution équivalente pour 2027.
Ainsi, la formule européenne du « aussi longtemps que nécessaire » atteint pour la première fois, et de manière visible, ses limites politiques et financières. Presque tous les États continuent de soutenir l’Ukraine. Mais dès qu’il s’agit de milliards d’euros bien concrets à verser sur plusieurs années, l’unité commence à s’effriter.
Pour l’Allemagne, cela crée un schéma bien connu: les autres affichent leur solidarité, Berlin prend en charge une part croissante de la facture. Mais le problème fondamental est plus profond. Une stratégie militaire ne peut pas se limiter à définir chaque année de nouveaux montants et des lots d’armes. Elle doit expliquer quel objectif politique doit être atteint avec ces moyens.
Faut-il tenir la ligne de front? Faut-il reconquérir des territoires? Faut-il forcer la Russie à négocier? Et comment saurait-on que cet objectif a été atteint, ou qu’il ne l’est plus?
Celui qui ne répond pas à ces questions n’a pas de stratégie, mais seulement un plan de dépenses. Les moyens militaires doivent servir un objectif politique réaliste. Ils peuvent faire gagner du temps et modifier les positions de négociation. Mais ils ne peuvent pas remplacer une solution politique absente.
C’est précisément ce qui se passe actuellement: l’Europe finance la poursuite de la guerre sans s’être entendue sur une issue atteignable. Plus d’armes devraient pousser la Russie à négocier. Mais dans le même temps, de véritables négociations sont reportées à plus tard.
Il s’instaure ainsi un cercle vicieux:
L’aide militaire remplace la diplomatie, et l’absence de solution est à nouveau compensée par encore plus d’aide militaire. Les 70 milliards d’euros peuvent financer des munitions, la défense aérienne, la formation et la production d’armement ukrainienne. Ils peuvent aider l’Ukraine à continuer de se battre.
Mais ils ne répondent pas à la question: comment cette guerre doit-elle se terminer? Le débat autour de 2027 révèle donc plus qu’un manque de ressources budgétaires. Il montre que la volonté de l’Europe de financer indéfiniment une guerre dont l’objectif politique devient de plus en plus flou s’amenuise.
Le sommet d’Ankara pourra à nouveau décider des milliards. Cela peut permettre de gagner du temps. Mais sans objectif politique, le temps gagné ne ferait que prolonger la guerre.
#geopolitique@global_affairs_byelena
18:49 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : europe, affaires européennes, ukraine, actualité |
|
del.icio.us |
|
Digg |
Facebook
Le parti BSW de Sahra Wagenknecht prend les devants: des majorités à l’avenir aussi avec l’AfD

Le parti BSW de Sahra Wagenknecht prend les devants: des majorités à l’avenir aussi avec l’AfD
Magdebourg/Schwerin. Sahra Wagenknecht ne cesse de surprendre. Cette fois, son parti a de nouveau critiqué le « cordon sanitaire » dressé par les vieux partis contre l’AfD – et avance une proposition aussi inhabituelle que constructive. Dans une lettre adressée à la cheffe de l’AfD, Alice Weidel, et à son co-président Tino Chrupalla, le BSW invite à deux débats publics – l’un à Magdebourg, l’autre à Schwerin. Le public devrait être témoin d’un « débat controversé sur une grande place publique de l’Est de la République », indique l’alliance BSW dans la lettre.
Pour justifier cette démarche inhabituelle, il est avancé que les deux partis seraient « combattus par le mainstream pour des raisons différentes ». Sahra Wagenknecht, cheffe du BSW, en profite également pour lancer une attaque générale contre l’audiovisuel public. Celui-ci serait « devenu une radio-télévision de propagande d’État, à l’image de la télévision de l'ex-RDA », déclare la fondatrice du BSW. L’AfD y serait à peine présente, et le BSW, quasiment plus du tout.
La lettre est signée par les deux coprésidents du BSW, Fabio De Masi et Amira Mohamed Ali. Le parti y réitère aussi sa demande de « ministres-présidents indépendants des partis » en Saxe-Anhalt et dans le Mecklembourg-Poméranie-Occidentale. Ceux-ci devraient « gouverner avec des majorités variables, incluant l’AfD ». Une participation gouvernementale de l’AfD serait ainsi exclue, reconnaît le BSW. Mais désormais, des majorités au parlement régional devraient aussi pouvoir être organisées avec les voix de l’AfD – un modèle que tous les partis traditionnels refusent encore catégoriquement.
Le 6 septembre auront lieu les élections en Saxe-Anhalt, le 20 septembre dans le Mecklembourg-Poméranie-Occidentale. Selon les sondages actuels, le BSW est sur le point d’entrer au parlement à Schwerin, tandis qu’à Magdebourg, il reste pour l’instant nettement en dessous du seuil des cinq pour cent. L’AfD, en revanche, a de grandes chances dans les deux Länder : en Saxe-Anhalt, elle est créditée de plus de 41 %, et dans le Mecklembourg-Poméranie-Occidentale de 35 % (rk).
Source: Zu erst, juillet 2026.

18:37 Publié dans Actualité, Affaires européennes, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, bsw, sahra wagenknecht, allemagne, politique, afd, europe, affaires européennes |
|
del.icio.us |
|
Digg |
Facebook
Un film qui pose les bonnes questions: Qui a fait exploser Nord Stream?

Un film qui pose les bonnes questions: Qui a fait exploser Nord Stream?
Berlin. Le 26 septembre 2022, quatre explosions ont secoué la mer Baltique près de l’île danoise de Bornholm. Les gazoducs Nord Stream, qui transportaient du gaz naturel russe vers l’Allemagne et l’Europe de l’Ouest, ont été détruits. Les conséquences furent considérables et se font encore sentir aujourd’hui : explosion des prix de l’énergie, délocalisations d’entreprises, perte de la stabilité économique de l’Allemagne. Les enquêtes officielles n’ont jusqu’à présent apporté aucune réponse convaincante à la question de savoir qui a commis cet attentat et pour le compte de qui. Les médias dominants se concentrent sur une seule explication – particulièrement maigre : quelques Ukrainiens à bord d’un voilier affrété.

C’est là qu’intervient le nouveau documentaire « Nord Stream – Die Sprengung » de Moritz Enders et Gunther Merz. Produit par Ronald Thoden de la maison d’édition Hintergrund, le film réunit des experts internationaux : le journaliste d’investigation allemand Dirk Pohlmann, le physicien du MIT et ancien conseiller militaire Theodore Postol, le chercheur sur la paix suédo-norvégien Ola Tunander, l’ex-analyste de la CIA Ray McGovern, l’ancien inspecteur général de la Bundeswehr et ancien président du comité militaire de l’OTAN Harald Kujat, ainsi que l’ingénieur suédois Erik Andersson, qui a examiné et analysé les débris des gazoducs à l’aide de son propre drone sous-marin.
Les réalisateurs posent les questions essentielles que d’autres éludent. Ils remettent en question la plausibilité de la thèse de l’équipage du petit voilier ukrainien. Ils replacent l’attentat dans son contexte géopolitique et de rapport de force plus large. Ils s’attardent également sur les omissions du livre très commenté du journaliste Bojan Pancevski, qui prétend pourtant livrer « la véritable histoire ».
Le film rappelle aussi l’événement mémorable du 7 février 2022, lorsque le président américain Joe Biden annonça, en présence du chancelier Olaf Scholz, la fin de Nord Stream – sans la moindre objection de Scholz. Donald Trump, quant à lui, a déclaré à plusieurs reprises, lors de sa campagne de réélection, qu’il avait déjà stoppé le gazoduc lors de son premier mandat.
Le documentaire s’appuie en grande partie sur les révélations du journaliste américain Seymour Hersh, qui a publié en février 2023, pour la première fois, des informations selon lesquelles le gouvernement américain aurait commandité l’attentat. Bien que Enders et Merz n’aient pas pu s’entretenir avec Hersh, le physicien Theodore Postol, ancien conseiller de la US Navy, a confirmé devant la caméra que les détails techniques des informations confidentielles de Hersh étaient corrects. Il les avait vérifiés pour Hersh et les avait jugés exacts.
L’ex-analyste de la CIA Ray McGovern déclare dans le film, au sujet de la réaction allemande : « La réaction allemande me stupéfie. Il est clair que l’Allemagne a reçu une gifle au visage lors de cette opération. Les politiciens allemands agissent toujours avec cette “soumission de moutons” – comme l’appelait Sebastian Haffner. »
L’économiste Christian Kreiß a fait remarquer en octobre 2022 sur la plateforme « apolut » que l’affaiblissement massif de l’économie allemande offrait « une formidable opportunité » pour les capitaux américains, en quête d’investissements rentables. Les entreprises pourraient être rachetées à bas prix suite à des ventes forcées. Fait particulièrement important : « Un fort ralentissement ouvre la possibilité d’acquérir enfin, à grande échelle, des entreprises industrielles allemandes de taille moyenne. Parmi elles se trouvent de nombreuses perles qui, jusqu’à présent, étaient hors de portée des fonds américains. »
Les réalisateurs posent également la question de savoir s’il ne serait pas temps pour l’Allemagne et l’UE de se détacher des anciennes alliances et de lutter pour leur autonomie politique et économique dans l’ordre mondial multipolaire qui se dessine. Si cela était possible, les explosions pourraient rétrospectivement être perçues comme un signal d’alarme. Mais, selon le film, cet espoir est illusoire. Les États-Unis tiennent trop fermement leur sphère d’influence – toute tentative de s’en écarter exposerait à une forte dépendance. Les laquais régionaux de la superpuissance mondiale trahissent les intérêts de leurs propres pays.
Le film sera présenté en avant-première le 2 juillet au cinéma Babylon à Berlin (mü).
Source: Zu erst, juillet 2026.

18:21 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, nord stream, mer baltique, europe, affaires européennes, gazoducs, allemagne |
|
del.icio.us |
|
Digg |
Facebook
jeudi, 02 juillet 2026
Quel rôle joue la Corée du Sud dans la militarisation de l’UE?

Presque personne n'est au courant !
Quel rôle joue la Corée du Sud dans la militarisation de l’UE?
Presque personne ne sait à quel point la Corée du Sud est devenue importante pour la militarisation de l’UE. Pourtant, la Corée du Sud est, après les États-Unis, le deuxième plus grand fournisseur d’armes aux États européens membres de l’OTAN, dépassant ainsi l’Allemagne et la France.
par Thomas Röper
Source: https://anti-spiegel.ru/2026/welche-rolle-suedkorea-bei-d...
Que la Corée du Sud soit devenue un important fournisseur d’armes pour les pays européens, je l’ai déjà vu à plusieurs reprises dans les dépêches au cours des dernières années, car c’est surtout la Pologne qui mise fortement sur les chars et l’artillerie sud-coréens. Mais je ne mesurais pas à quel point la Corée du Sud était devenue cruciale pour la militarisation de l’UE, jusqu’à ce que je l’apprenne dans un article du correspondant de TASS en Corée du Sud, que je traduis ici car il montre aussi quels problèmes géopolitiques cela pose pour la Corée du Sud.
Début de la traduction :
Qui fournit des armes à l’Europe: la Corée du Sud, principal « arsenal d’arrière » de l’Occident
Igor Ivanov, correspondant de TASS en Corée du Sud, sur la participation de Séoul à la militarisation de l’Europe et les conséquences potentielles pour la concurrence ainsi que pour les relations avec la Russie et les États-Unis.
La Corée du Sud est devenue, entre 2021 et 2025, après les États-Unis, le deuxième plus grand fournisseur d’armes aux États européens de l’OTAN, dépassant ainsi l’Allemagne et la France. Depuis 2022, les entreprises coréennes ont conclu des contrats d’armement avec la Pologne, la Norvège, la Roumanie, la Finlande et l’Estonie. Dans un climat de panique sur le flanc oriental de l’OTAN, les exportations de l’industrie de l’armement sud-coréenne ont augmenté à un rythme record.
Des coûts inférieurs à ceux des concurrents occidentaux, tout en respectant les normes de l’OTAN, une volonté d’exécuter rapidement les commandes, et la localisation de la production face aux retards des groupes européens et américains, ont permis à Séoul d’augmenter rapidement sa part de marché et de faire de la Corée du Sud « l’arsenal » de l’OTAN.
Tout cela a déjà été évoqué en 2022, mais aujourd’hui une autre question se pose : combien de temps cette coopération va-t-elle durer ?
Le contexte a fondamentalement changé. Auparavant, l’apparition d’armes coréennes en Europe était surtout analysée dans le contexte du conflit en Ukraine : les fabricants sud-coréens ont en quelque sorte pris le relais pour reconstituer les stocks européens vides après que Varsovie, Oslo et d’autres capitales eurent transféré leur matériel à Kiev. Désormais, l’Europe a officiellement adopté une stratégie de militarisation totale et se prépare ouvertement à une guerre contre la Russie, en effrayant le public avec des dates – parfois 2029, puis 2030, voire 2035.
On pourrait dire que la Corée du Sud se retrouve de nouveau à un carrefour. Même les analystes coréens favorables à un rapprochement militaire avec l’Europe reconnaissent que Bruxelles cherchera à entraîner Séoul dans un conflit politique avec Moscou et peut-être même avec Washington. Sont-ils prêts à cela ?

La « vague coréenne »
L’intérêt croissant des médias occidentaux pour la Corée du Sud et son industrie de l’armement est lié à la visite en Europe du président Lee Jae-myung. Il y a effectivement beaucoup à dire : la république asiatique produit en série des munitions et des armes légères, des chars et des obusiers automoteurs, des navires de guerre et des avions. La géographie des livraisons est tout aussi vaste, couvrant l’Europe de l’Est, le Moyen-Orient, l’Amérique latine et même l’ex-URSS.
Dès 2022, des entreprises sud-coréennes ont conclu avec la Pologne un accord record comprenant la livraison de 980 chars K2, 648 obusiers automoteurs K9 et 48 chasseurs légers FA-50. Un contrat a également été signé pour 288 lance-roquettes multiples K239 Chunmoo. La valeur totale des affaires atteint 12,4 milliards de dollars américains. Les contrats prévoient une large localisation : l’assemblage des K2 et la production des lance-roquettes multiples ont lieu directement dans des usines polonaises.
Même l’Arménie a manifesté de l’intérêt pour les chars K2 : des ingénieurs coréens ont adapté le véhicule au terrain vallonné de leur péninsule natale, qui ressemble à bien des égards aux montagnes du Caucase du Sud. Selon des médias coréens, le ministre arménien de la Défense, Suren Papikjan, aurait exploré en 2024, lors d’une visite à Séoul, la possibilité d’acheter des chars K2. En mai 2026, lors d’une visite à Varsovie, Papikjan a ouvertement exprimé son intérêt pour ces chars produits en Pologne, bien que leur production n’ait même pas encore commencé.

Sur le marché de l’artillerie lourde également, les Coréens gagnent du terrain. En 2023, Hanwha Aerospace a remporté un appel d’offres pour fournir des obusiers automoteurs K9 à l’armée roumaine. En février 2026, la construction d’une usine d’assemblage sous licence a débuté à Petrești, en Roumanie. Les obusiers K9 sont actuellement en service, ou le seront bientôt, en Australie, en Égypte, en Inde, en Norvège, en Pologne, en Corée du Sud, en Roumanie, en Turquie, en Finlande et en Estonie (six de ces dix pays sont membres de l’OTAN). Fait intéressant, selon les médias coréens, une livraison de ces obusiers à l’État socialiste du Vietnam est également prévue.
En avril 2026, la Corée du Sud a signé un nouveau contrat avec la Finlande pour la livraison d’obusiers automoteurs K9. En décembre 2025 et janvier 2026, il a été annoncé que le système de lance-roquettes multiples Chunmoo serait exporté vers la Norvège et l’Estonie.
Comme déjà mentionné, l’exportation d’armes coréennes ne se limite pas à l’Europe. Lors des affrontements avec le Cambodge en 2025, l’armée de l’air thaïlandaise a utilisé des bombes guidées et des chasseurs T-50TH fabriqués en Corée. Lors de la récente escalade du conflit au Moyen-Orient, les Émirats arabes unis ont utilisé des systèmes de missiles sol-air Cheongung-2 contre des cibles balistiques. D’ailleurs, la Corée du Sud a travaillé directement avec des ingénieurs russes pour développer le système de défense aérienne Cheongung, mais la presse coréenne appelle le résultat de cette coopération « les Patriots coréens ».
En 2025, le Pérou et Séoul ont signé un accord-cadre pour la livraison de chars K2 et de véhicules blindés K808. Hanwha Aerospace développe la production du véhicule blindé Redback en Australie.
« Flux et reflux »
Les succès des dernières années ont permis à l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI) de classer la Corée du Sud, entre 2021 et 2025, comme le neuvième exportateur d’armes au monde avec une part de marché de 3 %. La république asiatique a obtenu des résultats phénoménaux en Europe : elle a fourni 8,6 % des armements aux membres européens de l’OTAN, se classant ainsi deuxième derrière les États-Unis (58 %), mais loin devant Israël (7,7 %) et la France (7,4 %).
Séoul vise néanmoins à entrer dans le « top 4 des plus grands producteurs d’armement » d’ici 2030. Or, les choses ne se passent pas sans accroc : sous le président précédent Yoon Seok-yol, il était prévu d’atteindre cet objectif dès 2027, mais la réalité économique a imposé des ajustements.
En 2022, l’industrie coréenne de l’armement a réalisé un record d’exportation de biens de défense d’une valeur de 17,3 milliards de dollars américains. En 2023, ce chiffre est tombé à 13,5 milliards de dollars, puis à 9,5 milliards en 2024. Selon le ministre de la Défense Ahn Kyu-baek, les exportations sont remontées à 15 milliards de dollars en 2025. D’ici 2030, Séoul vise 20 milliards de dollars d’exportations.

La presse internationale a également souligné une série de revers subis par la Corée du Sud dans le domaine naval. En novembre 2025, le chantier naval coréen Hanwha Ocean a perdu un appel d’offres pour la construction de sous-marins de classe Orka pour la Pologne. En avril 2026, Mitsubishi Heavy Industries du Japon a reçu une commande de l’Australie pour la construction de navires. Un accord de production de sous-marins entre Thyssen-Krupp Marine Systems et l’Inde devrait être signé cet été, mais là aussi, les chantiers coréens sont écartés. Le résultat de l’appel d’offres canadien pour douze sous-marins, d’une valeur de 39 milliards de dollars, pourrait être décisif pour Séoul.
Toutefois, la concurrence pourrait encore s’intensifier avec le temps. Par exemple, le gouvernement japonais a levé en avril 2026 les restrictions sur les exportations d’armes.
Une nouvelle phase ?
Récemment, un autre aspect important de la coopération entre la Corée du Sud et l’Europe est apparu. Alors que Séoul fournissait jusqu’à présent principalement des armes à de petits pays comme la Norvège et l’Estonie, les entreprises coréennes établissent désormais des contacts avec des acteurs européens majeurs comme l’Allemagne (4e du classement SIPRI) et l’Espagne (10e).
Le 16 juin, les entreprises d’armement sud-coréenne et allemande LIG Defense & Aerospace et Rheinmetall Air Defence ont annoncé un partenariat stratégique dans le domaine de la défense aérienne « en réponse à la demande croissante sur le marché européen ». Les partenaires veulent développer, localiser et vendre dans l’UE des « solutions clés en main », il s’agit du développement d’un nouveau système de défense aérienne à courte portée. Dès mars 2026, le groupe Indra et Hanwha Aerospace ont signé un contrat pour le développement et la production conjoints d’un système d’artillerie automoteur basé sur le système coréen K9, utilisant une technologie espagnole.
La Corée du Sud ne se contente donc plus de fournir du matériel à l’UE, elle est en fait contrainte de partager des technologies dans lesquelles l’Europe accuse un retard important. La conclusion s’impose d’elle-même : Séoul se crée sur le marché de l’armement ses propres concurrents directs. Que se passera-t-il si l’Europe rattrape son retard ? Combien de temps Berlin et Paris accepteront-ils qu’un État asiatique joue la « seconde viole » dans leur secteur de la défense ?

Les relations avec la Russie
Comme déjà mentionné, même les partisans sud-coréens d’un rapprochement militaire avec l’OTAN reconnaissent que le prix de l’accès au marché européen de l’armement sera l’exigence de Bruxelles d’une « position plus claire » vis-à-vis de Moscou. Autrement dit, l’Europe tentera d’entraîner Séoul, au moins sur le plan rhétorique, dans le conflit avec la Russie.
L’intégration étroite avec les fabricants européens d’armement n’échappe pas à Moscou, alors que l’UE a choisi la voie de la militarisation et de la préparation à un conflit avec la Russie.
Les experts coréens s’accordent à dire que le gouvernement sud-coréen devra bientôt choisir entre les profits élevés des commandes de l’OTAN (beaucoup étant de court terme) et l’espoir à long terme d’un retour de l’économie coréenne en Russie après le conflit ukrainien. Dans sa prise de décision, Séoul tiendra probablement compte non seulement des considérations économiques, mais aussi de la situation sécuritaire dans la péninsule coréenne. Depuis 2024, il existe en effet un accord de partenariat global entre la Russie et la Corée du Nord.
« Ne te mêle pas des affaires des autres »
Si cela ne suffisait pas, le gouvernement sud-coréen devrait prendre en compte un autre facteur : ses relations avec les États-Unis. Il n’est pas un secret que les relations entre Bruxelles et Washington ne sont pas au beau fixe. La volonté européenne de renforcer rapidement sa puissance militaire trouve ses racines dans des divergences avec les États-Unis et des doutes sur Washington en tant qu’allié.
Dans ce contexte de division transatlantique, l’industrie sud-coréenne de l’armement se présente de plus en plus comme un substitut aux armes américaines. Mais est-ce avantageux pour Séoul de se présenter ainsi ? Dès 2022, les fabricants d’armes américains avaient exprimé leurs inquiétudes concernant les contrats européens attribués aux entreprises coréennes.
L’industrie sud-coréenne de l’armement trouve ses origines dans la production sous licence d’armes américaines. Le char K1 ressemblait tellement au M1 Abrams que les troupes américaines dans la péninsule l’appelaient le « Baby Abrams ». Actuellement, la Corée du Sud importe 93 % de ses composants et technologies militaires critiques des États-Unis.
Le mécontentement mutuel entre Washington et Bruxelles ne disparaîtra pas forcément avec le départ de Donald Trump : la politique étrangère américaine vise à protéger ses propres marchés. C’est pourquoi les dirigeants sud-coréens devraient peser avec soin si leur décision d’intégrer le secteur européen de la défense ne risque pas de compromettre leur relation avec Washington, leur principal allié.
Fin de la traduction
Qui est Thomas Röper?
Thomas Röper, né en 1971, a occupé des postes de direction et de supervision dans des sociétés de services financiers en Europe de l’Est et en Russie. Aujourd’hui, il vit dans son pays d’adoption, à Saint-Pétersbourg. Il vit depuis plus de 15 ans en Russie et parle couramment le russe. Son travail médiatique critique est centré sur l’image (médiatique) de la Russie en Allemagne, la critique de la couverture médiatique occidentale en général, ainsi que sur les sujets de (géo)politique et d’économie.
14:28 Publié dans Actualité, Affaires européennes, Défense | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, corée du sud, europe, affaires européennes, défense, armement |
|
del.icio.us |
|
Digg |
Facebook
mardi, 30 juin 2026
Quatre textes sur la Biélorussie

Quatre textes sur la Biélorussie
par Elena Fritz
Source: https://t.me/global_affairs_byelena
Biélorussie: l’antichambre disputée de la Russie
L’Institut de l’Union européenne pour les études de sécurité met en garde contre le fait de continuer à considérer la Biélorussie comme un simple sujet périphérique de la politique orientale européenne. Minsk fait déjà partie intégrante d’un espace militaire russo-biélorusse commun.
L’armée biélorusse n’a même pas besoin d’entrer en Ukraine. La simple possibilité d’une attaque depuis le nord oblige Kiev à y déployer des troupes et des systèmes de défense aérienne.
La Biélorussie exerce déjà une influence militaire par sa position géographique.
Il faut y ajouter des structures de troupes communes, des droits de stationnement russes, des infrastructures développées et des systèmes nucléaires potentiels. Les entreprises biélorusses approvisionnent l’appareil militaire russe, tandis que Minsk dépend fortement de Moscou pour l’énergie, les marchés et les finances.
La Biélorussie est donc dangereuse pour l’UE, car son territoire offre à la Russie une antichambre stratégique face à la Pologne, aux États baltes et à l’Ukraine.
Le rapport de l’EUISS devient intéressant lorsqu’il aborde les conséquences politiques. Bruxelles semble reconnaître qu’il faudra à nouveau traiter la Biélorussie comme un acteur indépendant.
Ceux qui ne voient plus Minsk que comme un avant-poste russe abandonneront finalement le pays entièrement à Moscou.
L’approche européenne doit donc devenir plus flexible: pression accrue, sanctions et soutien aux forces pro-occidentales, mais aussi incitations limitées et offres de dialogue au régime.
Cela repose sur une hypothèse claire: Loukachenko souhaite préserver son pouvoir et l’indépendance formelle de la Biélorussie. Une implication directe dans la guerre ou une fusion politique totale avec la Russie pourrait justement faire disparaître cette indépendance.
L’Occident veut exploiter cette contradiction.
L’objectif immédiat n’est donc guère de «ramener rapidement la Biélorussie en Europe». Les conditions politiques nécessaires font défaut pour l’instant.
Bruxelles veut d’abord éviter qu’une dépendance étroite ne se transforme en une intégration irréversible.
Minsk ne doit mettre son infrastructure à disposition de la Russie qu’avec parcimonie. La souveraineté biélorusse doit rester un levier possible pour une réorientation ultérieure. Parallèlement, des forces pro-européennes sont préparées pour l’ère post-Loukachenko.
La formule «La Biélorussie n’est pas la Russie» décrit avant tout une stratégie occidentale.
Moscou tente d’intégrer durablement la Biélorussie sur les plans militaire, économique et politique dans sa sphère d’influence. L’UE cherche à ralentir ce processus et à préserver un reste d’autonomie biélorusse.
Aujourd’hui, la Biélorussie est l’antichambre russe – mais pas encore une partie totalement intégrée de la Russie.
C’est justement sur cet espace restant que la lutte se concentre aujourd’hui.
#geopolitique@global_affairs_byelena

Biélorussie: l’alliée que Moscou ne peut ni perdre ni envoyer à la guerre
Les entretiens entre Poutine et Loukachenko à Valdaï ont eu lieu alors que le rôle de la Biélorussie est de plus en plus mis sous pression. La Biélorussie fait déjà partie de l’infrastructure de guerre russe. Le pays met son territoire et ses installations militaires à disposition, héberge des armes nucléaires tactiques russes et fournit à la Russie des produits industriels et du carburant. Minsk n’a toutefois pas envoyé ses propres troupes en Ukraine.
C’est précisément cette position intermédiaire qui rend la Biélorussie précieuse pour Moscou: proche alliée, arrière stratégique et fournisseur – sans devenir elle-même un théâtre de guerre ouvert.
Kiev commence à attaquer cette zone grise. Zelensky a exigé la fermeture de relais sur le territoire biélorusse qui, selon l’Ukraine, soutiennent les drones russes. Il a fixé un délai et menacé d’agir lui-même. Par ailleurs, il a critiqué la forte hausse des livraisons de carburant biélorusse à la Russie. La ligne ukrainienne devient ainsi plus claire: la Biélorussie doit payer le prix pour tout soutien concret à l’effort de guerre russe.
Pour Loukachenko, cela représente un problème difficile à résoudre. S’il laisse les systèmes et livraisons russes fonctionner sans restriction, le risque de frappes ukrainiennes contre les infrastructures biélorusses augmente. S’il cède à la pression de Kiev, il abîme l’alliance avec Moscou et crée un précédent pour de futures exigences.
La Russie aussi se trouve face à un dilemme: les raffineries biélorusses compensent actuellement les pénuries russes de carburant. Si ces installations deviennent des cibles, Moscou perd un fournisseur et doit en assurer la défense. La Russie devrait alors déployer des systèmes de défense aérienne, du carburant et d’autres moyens en Biélorussie, alors que ces ressources sont déjà rares.
Une Biélorussie en guerre ne serait pas automatiquement un avantage militaire pour la Russie. L’arrière stratégique pourrait rapidement devenir une seconde zone de vulnérabilité.
Moscou ne peut cependant accepter un retrait progressif de Minsk de la structure militaire et économique commune. La Biélorussie est la dernière alliée majeure de la Russie à la frontière occidentale avec l’Europe. Un éloignement politique affaiblirait l’ensemble de l’architecture sécuritaire russe.
Cette contradiction a probablement joué un rôle central à Valdaï: Poutine a besoin d’une Biélorussie solidement intégrée. Loukachenko a besoin de suffisamment de distance pour que son pays ne soit pas entraîné dans la guerre.
Le voyage en Asie qui a suivi immédiatement prend dans ce contexte une importance supplémentaire. Si Pékin est effectivement concerné, il ne s’agit pas seulement de commerce. La Chine a un intérêt propre à la stabilité de la Biélorussie. Des voies terrestres importantes vers l’Union européenne traversent le pays. Un nouveau front, une infrastructure détruite ou une escalade militaire durable nuirait aussi aux intérêts économiques chinois. Loukachenko pourrait donc tenter d’utiliser le poids chinois comme assurance politique. Pékin n’a pas besoin de garantie formelle. Un intérêt clair pour la stabilité et l’intégrité territoriale de la Biélorussie renforcerait sa position de négociation vis-à-vis de Moscou et de Kiev.
La Biélorussie se trouve donc à un carrefour stratégique. Si la zone grise subsiste, Minsk peut continuer à soutenir la Russie tout en évitant une guerre directe. Si cette construction est détruite sous la pression ukrainienne ou russe, la Biélorussie passerait de l’arrière stratégique à une possible seconde ligne de front.
#geopolitique@global_affairs_byelena

La Biélorussie comme pivot diplomatique
Selon une source diplomatique anonyme, il se pourrait que lors des discussions entre Poutine et Loukachenko à Valdaï, une répartition fondamentale des rôles ait été confirmée:
La Biélorussie ne participe pas directement à la guerre et gère elle-même ses relations avec Kiev. En contrepartie, la Russie renonce à un contingent supplémentaire sur le sol biélorusse.
Officiellement, cela n’a pas été confirmé. Mais la construction correspondrait aux intérêts des deux parties.
Loukachenko veut préserver l’alliance avec la Russie, tout en maintenant la Biélorussie hors du conflit. Pour Moscou, un arrière stable vaut mieux qu’un nouveau front à défendre et à approvisionner.
La Biélorussie resterait ainsi dans l’espace sécuritaire russe sans devenir belligérante. De cette position spéciale pourrait émerger à nouveau un rôle diplomatique. Poutine a déjà cité la Biélorussie comme possible médiateur et lieu de négociation. Minsk a déjà accueilli des discussions sur le Donbass. Selon la source anonyme, Moscou vise plus qu’un simple cessez-le-feu. Poutine cherche une entente plus large sur l’Ukraine et l’ordre de sécurité européen à venir.
L’Ukraine ne serait alors qu’une partie d’une négociation plus vaste sur les territoires, les sanctions, les garanties de sécurité et les relations entre la Russie et l’Europe.

C’est là que la Chine intervient. Juste après Valdaï, Loukachenko s’est rendu à Pékin. Xi Jinping a promis à la Biélorussie un soutien à sa souveraineté, son indépendance et son intégrité territoriale.
Cela renforce la position de Loukachenko: la Biélorussie reste fortement liée à la Russie, mais la Chine continue de la considérer comme un acteur indépendant.
Selon la source, Moscou et Minsk espèrent donc un soutien chinois à un dialogue entre la Russie et l’Union européenne. Minsk pourrait accueillir les négociations, Pékin apporter le poids politique. La Chine a des liens étroits avec la Russie, une influence considérable sur la Biélorussie et de fortes relations économiques avec l’Europe.

En outre, Pékin a un intérêt propre à la stabilité des routes commerciales eurasiatiques. Reste à voir si la Chine est prête à assumer ce rôle de médiateur. Jusqu’à présent, Pékin appelle à la négociation, mais évite les garanties contraignantes.
Le modèle possible est néanmoins clair: la Biélorussie reste en dehors de la guerre, sert de plateforme de dialogue et reçoit un soutien politique de la Chine. La Russie tente d’intégrer la question ukrainienne dans une réorganisation plus large de l’Europe.
Ce n’est pas encore un plan de paix – c’est une esquisse.
La Biélorussie comme tampon, la Chine comme garant, et l’Ukraine comme élément d’un débat plus vaste sur l’avenir de l’ordre européen.
Actuellement, il semble que Pékin prépare quelque chose de plus grand.
#geopolitique@global_affairs_byelena

Biélorussie: entre Moscou, Kiev et Pékin
La tension a récemment monté autour de la Biélorussie et semble pour l’instant s’apaiser quelque peu. Beaucoup laisse penser que Kiev ne prévoyait pas d’attaque contre le pays, mais utilisait Minsk comme canal pour une nouvelle proposition de négociation. Poutine a confirmé que la partie ukrainienne avait mis deux points sur la table: les combats terrestres devraient être limités à Donetsk, Louhansk, Zaporijia et Kherson. De plus, les deux parties devraient renoncer à des attaques de grande envergure, y compris sur les installations énergétiques à l’arrière.
Loukachenko avait précédemment confirmé que des discussions avec des représentants de Zelensky avaient eu lieu. La Biélorussie aurait donc à nouveau joué le rôle de médiateur informel entre Kiev et Moscou. Pour l’Ukraine, un tel accord serait compréhensible. La Russie peut frapper beaucoup plus durement les infrastructures ukrainiennes d’énergie, de transport et d’industrie que l’inverse. La fin des attaques à longue distance soulagerait donc nettement Kiev.
Poutine a tout de même rejeté la proposition. Du point de vue russe, un accord limité donnerait à l’Ukraine du temps pour réorganiser ses troupes et stabiliser sa production d’armement.
On conserve donc le schéma antérieur: combats sur le front et attaques mutuelles sur l’arrière. Loukachenko tente, pour sa part, de garder la Biélorussie à l’écart de cette escalade. Après ses entretiens avec Poutine, il s’est rendu à Pékin. Là, Xi Jinping a promis à la Biélorussie un soutien à sa souveraineté, son indépendance et son intégrité territoriale.
Ce n’est pas une garantie militaire chinoise. En cas d’urgence, la Russie reste le principal garant de sécurité. Mais la Chine peut soutenir la Biélorussie politiquement, économiquement et technologiquement.
La Russie assure à Minsk la sécurité militaire. La Chine donne à Loukachenko une marge de manœuvre supplémentaire.
Sa ligne est donc claire: la Biélorussie doit rester proche de la Russie sans devenir belligérante. Minsk veut être canal de dialogue avec Kiev, partenaire stratégique de Moscou et acteur indépendant soutenu par Pékin.
Loukachenko essaie donc de ne pas perdre la Russie tout en maintenant la guerre hors de la Biélorussie.
#geopolitique@global_affairs_byelena
19:00 Publié dans Actualité, Affaires européennes, Géopolitique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : biélorussie, belarus, europe, affaires européennes, actualité, géopolitique |
|
del.icio.us |
|
Digg |
Facebook
La Belgique et sa justice défaillante

La Belgique et sa justice défaillante
par Pieter
Source: https://zannekinbond.org/belgie-en-haar-falende-justitie/
Consultez chaque jour le compte Telegram de Robert Steuckers (liens vers des articles, dans les six langues de l'Académie Royale) : t.me/steuckers
La crise que traverse la justice belge n’est ni un hasard, ni la conséquence de quelques erreurs individuelles seulement. Elle reflète en réalité le caractère même de l’État bourgeois belge. Les tribunaux, les prisons et le droit pénal sont présentés comme des instruments neutres de justice, mais fonctionnent en réalité dans un système où les intérêts des classes possédantes priment sur ceux de la population laborieuse. L’homme ordinaire, qui subit quotidiennement les conséquences de l’insécurité économique, de la criminalité et de la désagrégation sociale dans la société libérale chaotique, constate une justice confrontée à un sous-financement chronique, à des prisons surpeuplées et à la violation de droits fondamentaux (« dortoirs au sol », internés dans des prisons classiques, etc.). Il voit de dangereux criminels libérés après un certain temps, tandis que les victimes et leurs familles restent avec le sentiment d’une justice incomplète.
L’indignation suscitée chez beaucoup par la libération conditionnelle du meurtrier multirécidiviste Freddy Horion traduit une méfiance plus profonde envers le système existant. Le cas Horion illustre la crise des prisons belges, résultant d’une combinaison de surpopulation structurelle, de soins de santé inadéquats, de pénurie de personnel et d’un sous-financement de longue durée. La sécurité à l’intérieur et à l’extérieur des prisons est mise à mal par plus de 13.000 détenus alors que la capacité des établissements tourne autour de 11.000 places. Dans le même temps, la classe ouvrière a bien raison de penser que les responsables politiques et les représentants de l’élite économique subissent rarement, à titre personnel, les conséquences de leurs décisions. Ainsi, le fait que l’ancien Premier ministre Guy Verhofstadt n’ait pas été sanctionné par le juge de police malgré des faits avérés est à juste titre cité comme un exemple de justice de classe: une mesure pour les puissants, une autre pour la population ordinaire. Les États libéraux ne sont des États de droit que de nom.

Socialisme populaire : l’État a un devoir de protection face aux éléments antisociaux
Il est correct d’affirmer que la classe ouvrière, dans un État bourgeois et un environnement capitaliste, est toujours plus rapidement victime de l’appareil répressif que l’élite dirigeante et la classe possédante. La violence d’État reste toujours un instrument du pouvoir de classe. Cela n’empêche pas de poursuivre l’idéal d’une société socialiste, où l’État socialiste joue à la fois un rôle émancipateur et protecteur.
La classe ouvrière a droit à la sécurité, qu’elle ne doit pas acheter sous la forme de gains financiers auprès de sociétés de sécurité privées. Les intérêts des victimes et de la communauté au sens large ne pèsent pas moins que ceux du coupable. Selon notre vision, les grands criminels ne sont pas des « victimes de la société » au sens où cela annulerait leur responsabilité. Il faut différencier la criminalité issue de la pauvreté, de la marginalisation ou de la désintégration sociale, de la criminalité au caractère résolument antisocial (meurtres en série, viols, abus sur enfants, trafic de drogue organisé, terrorisme).
Les prisonniers politiques dans les prisons occidentales ne peuvent même pas être considérés comme des criminels, mais appartiennent généralement à l’avant-garde militante du changement politique et social fondamental. En tant que victimes des États bourgeois occidentaux, ils sont donc entièrement hors du sujet de ce texte.
Contrairement à la conception libérale, où la peine est avant tout une question de culpabilité et de droits individuels, nous pensons que la peine doit être considérée comme un instrument de protection de la communauté et, lorsque cela est possible, de rééducation. Lorsque la rééducation s’avère impossible, l’incarcération à long terme ou, dans des cas exceptionnels, la peine de mort, peuvent être justifiées.
Nous partageons la vision notamment de Domenico Losurdo, qui rejette un humanisme abstrait séparant les droits du coupable des intérêts de la société. La compassion envers le coupable ne doit jamais mener à l’indifférence envers les victimes, souvent elles-mêmes issues des classes populaires.
Le socialisme réel a prouvé qu’il est possible de combattre simultanément la pauvreté, la toxicomanie, la désintégration sociale et de lutter énergiquement contre la criminalité organisée et les crimes violents graves.
Aujourd’hui encore, les Républiques populaires de Chine, du Vietnam, de Corée, etc., ainsi que Cuba, associent un discours sur les causes sociales de la criminalité à un droit pénal très sévère à l’égard des crimes graves. Une société socialiste doit s’attaquer aux causes sociales de la criminalité, mais ne peut pour autant tolérer ceux qui terrorisent, nuisent ou exploitent délibérément et de façon répétée la population.
Libéralisme : zèle d’austérité et droits de l’homme mal interprétés
Magistrats, commissions diverses et spécialistes de la justice de tout bord ont à maintes reprises souligné les conséquences néfastes des économies et du sous-financement imposés par les nombreux gouvernements libéraux successifs qui démantèlent les services publics (nous utilisons ici «libéral» au sens large, au-delà des clivages partisans. Toutes les coalitions bourgeoises, tous les partis de pouvoir sont redevables à l’idéologie libérale, avec des nuances d’accent).
Le manque de personnel, les systèmes informatiques obsolètes, les ressources insuffisantes pour les palais de justice et leur sécurité, les importants retards au sein des parquets et tribunaux, mais aussi la complexité de l’État belge (répartition compliquée des compétences, charge de travail élevée, changements législatifs fréquents, lenteur de la prise de décision, endettement important, etc.) contribuent à la situation catastrophique actuelle qui nuit surtout à la classe ouvrière.
Le discours occidental sur les droits de l’homme, appliqué de manière sélective à l’international pour défendre des intérêts géopolitiques et impérialistes, sert au niveau national à maintenir les rapports de force et à créer une classe ouvrière divisée et affaiblie. L’influence des droits de l’homme interprétés de manière libérale sur la justice belge est très importante. Ils imposent des limites à l’action de l’État et du juge, et favorisent une vision dans laquelle la peine ne relève pas seulement de la répression, mais met l’accent, outre la réinsertion du coupable, sur la protection excessive de ses droits.
La justice bourgeoise belge est, outre la Constitution à dominante très libérale, également soumise à la Convention européenne des droits de l’homme, à la Cour européenne des droits de l’homme, à la Cour de justice de l’Union européenne (pour le droit de l’UE), etc. Dans ces textes et jurisprudence, on constate une insistance excessive sur les droits des coupables. Les interprétations libérales des droits de l’homme privilégient les libertés politiques formelles de l’individu, tandis que les sociétés socialistes accordent la priorité aux droits sociaux et économiques de l’individu, ainsi qu’aux intérêts et droits collectifs.

Nous renvoyons une fois encore à Domenico Losurdo (1), qui distingue à juste titre la liberté formelle de la liberté matérielle. Le droit de vote, la liberté de la presse et les droits individuels signifient peu lorsque de larges pans de la population restent dépendants économiquement. Les droits sociaux (travail, éducation, soins de santé) sont tout aussi essentiels que les libertés bourgeoises classiques.
Losurdo (photo) rejette la conception libérale de l’homme comme individu abstrait doté de droits intemporels. Les droits sont le résultat de luttes historiques et de l’émancipation collective. C’est pourquoi nous soulignons aussi le rôle de la lutte des classes, des mouvements anticoloniaux et des mouvements de libération nationale. Nous ne rejetons pas l’idée de la dignité humaine ou des droits, mais, à la suite de Losurdo, nous affirmons que l’idéologie libérale des droits de l’homme présente à tort son propre développement historique comme universel, neutre et cohérent, alors qu’elle a en réalité toujours été imbriquée dans le colonialisme, la domination de classe et les rapports de force inégaux.
En tant que nationaux-révolutionnaires flamands, nous rejetons donc non seulement l’État belge et l’UE, mais nous ne nous sentons pas non plus redevables aux déclarations de droits d’inspiration occidentale-libérale. Nous ne plaidons pas pour l’abolition des droits, mais pour une conception historique et matérielle de l’émancipation, dans laquelle les libertés bourgeoises sont complétées par des droits sociaux, des droits collectifs et le droit à l’autodétermination nationale. Nous ne sommes pas opposés aux droits de l’homme en tant que tels, mais rejetons fermement leur monopolisation et application sélective par le libéralisme.
Une part importante de la population estime que les grands criminels sont trop légèrement punis et/ou devraient purger leur peine dans sa totalité, et se montre méfiante envers les libérations anticipées. Les juges doivent cependant confronter les lois et décisions aux normes juridiques auxquelles l’État bourgeois belge s’est engagé.
Une critique récurrente est que l’Europe accorde beaucoup d’attention aux conditions de détention des détenus individuels, alors que des problèmes structurels comme le chômage de masse, le sans-abrisme, la pauvreté ou les conséquences sociales des réformes néolibérales ne sont pas considérés comme des questions relevant des droits de l’homme. Une part croissante de la classe ouvrière a du mal avec « l’État de droit » libéral, considéré comme un système où les droits individuels et les garanties procédurales pèsent plus lourd que la sécurité collective et la justice sociale.

L’opposition à la décadence et à la permissivité libérale envers l’usage de drogues s’accroît également, tout comme l’essor de la criminalité organisée, qui sont autant de manifestations de sociétés capitalistes ou bourgeoises où l’injustice et l’inégalité dominent. Une large partie du camp marxiste occidental est infectée par des idées libérales, qui se manifestent, outre par la politique identitaire, par l’indulgence et l’acceptation de la consommation de drogues. Ils doivent être considérés, tout comme les valets du régime d’extrême-droite, comme des adversaires politiques.
Les gros trafiquants de drogue, les pédophiles (la pédophilie étant une forme extrême d’exploitation et de violence à l’encontre des vulnérables), etc., sont des contre-révolutionnaires qui constituent une menace pour la communauté. Dans la tradition socialiste, les libertés individuelles n’ont pas de caractère absolu. Répression et prévention ne s’opposent pas, mais se complètent. Si la consommation de drogues nuit à la communauté, l’État peut, selon cette conception, intervenir avec de lourdes peines de prison, la confiscation des biens, des programmes de désintoxication obligatoires, etc. Même la sanction suprême de la peine de mort peut être justifiée, ce qui implique, comme déjà indiqué, le rejet des règles juridiques (inter-)nationales fortement libérales dans lesquelles agit l’État bourgeois belge. Ainsi, au sein de l’UE, la peine de mort est incompatible avec l’adhésion (article 2 de la Charte des droits fondamentaux de l’UE et du droit de l’UE) et les protocoles 6 et 13 de la Convention européenne des droits de l’homme interdisent la peine de mort. Les propositions réformistes de l’extrême-droite ne sont donc que des emplâtres sur une jambe de bois. Elles séduisent une part importante de la classe ouvrière à des fins purement électorales mais n’ont aucune valeur de fond. Une justice différente, juste et adaptée à la classe ouvrière n’est possible que par une critique systémique approfondie et un rejet strict de la politique bourgeoise et de ses structures institutionnelles teintées d’idéologie. L’État socialiste, avec sa « dictature » de la classe ouvrière, offre, contrairement à l’État libéral occidental, la garantie de la protection des droits sociaux, dont le droit à la sécurité pour l’homme ordinaire. Il offre ordre, solidarité et responsabilité sociale là où les ploutocraties libérales deviennent des États-mafias décadents où l’individualisme va de pair avec la loi du plus fort.
Note:
(1) Domenico Losurdo, Critique de l’apolitisme. La leçon de Hegel d’hier à nos jours. Éditions Delga, Paris, 2012, pp. 66-69.
16:52 Publié dans Actualité, Affaires européennes, Belgicana, Droit / Constitutions | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : belgique, justice, droit, actualité, europe, affaires européennes |
|
del.icio.us |
|
Digg |
Facebook
samedi, 27 juin 2026
Comme en 1941: la confusion des chars menace la puissance de frappe de l’Europe

Comme en 1941: la confusion des chars menace la puissance de frappe de l’Europe
Paris/Düsseldorf. Depuis le début de la guerre en Ukraine, l’UE mise sur une politique de réarmement et de militarisation à coups de milliards. La Russie sert de repoussoir. Mais un regard sur le salon de l’armement « Eurosatory » à Paris, qui a récemment rouvert ses portes pour sa vitrine annuelle, révèle un problème fondamental de la politique européenne de défense, rappelant étrangement les difficultés similaires de la Wehrmacht allemande pendant la Seconde Guerre mondiale : voilà des années que les gouvernements européens invoquent une politique commune de sécurité et d’armement. Pourtant, lors de la principale rencontre du secteur sur le continent, c’est l’inverse qui a été observé : au lieu d’un char de combat unifié pour les prochaines décennies, on voit apparaître de plus en plus de développements nationaux spécifiques. En cas de conflit militaire sérieux, cela pourrait poser un problème logistique considérable à l’OTAN.

Pratiquement chaque grand constructeur présente aujourd’hui ses propres modèles de chars. KNDS expose le « Leopard » 2 A-RC 3.0 avec tourelle téléopérée, système de chargement automatique, ainsi que radar et défense anti-drones. Parallèlement, l’entreprise met en avant le « Capint » comme possible successeur du char français « Leclerc ». Rheinmetall, de son côté, mise sur le « Panther » KF51 doté d’un canon de 130 mm et de sa propre défense antiaérienne. À cela s’ajoutent le projet avorté germano-français MGCS, le projet européen MARTE, d’autres variantes du « Leopard », ainsi que des voies nationales comme la version polonaise K2 sur base sud-coréenne.
Le résultat : une mosaïque de plus en plus complexe de types, concepts et prototypes. Chaque nouveau char amène son propre logiciel, ses capteurs, son système de conduite de tir, ses pièces détachées et ses exigences de formation. Il faut y ajouter des calibres et des types de munitions différents. En cas d’engagement commun, les forces alliées devraient donc disposer d’une gamme presque ingérable de pièces de rechange, d’outils et de chaînes d’approvisionnement. L’interopérabilité, promue depuis des années, tourne ainsi à la farce. D’un point de vue logistique, on se dirige vers un scénario où plusieurs armées devront certes combattre ensemble, mais où elles seront de moins en moins compatibles sur le plan technique.
Or, la guerre en Ukraine n’a nullement signé la fin du char de combat, contrairement à ce que beaucoup pensaient. Selon une étude de l’institut français IFRI, plus de 5000 chars ont été perdus des deux côtés depuis février 2022. Pourtant, l’analyste Léo Péria-Peigné conclut que les chars demeurent indispensables. « Les drones sont rarement la cause unique d’une perte », écrit-il. Bien souvent, les véhicules endommagés ne sont détruits par des drones qu’après avoir été touchés par des mines, de l’artillerie ou des armes antichars. Beaucoup pourraient même être réparés et remis en service.
L’industrie répond par des concepts toujours plus sophistiqués. Les chars modernes devront à l’avenir disposer de systèmes de protection active, de leur propre défense anti-drones et de capteurs performants. Mais cela fait grimper les coûts de développement, et creuse encore davantage les écarts techniques.

La situation est particulièrement complexe pour les projets européens communs. Le MGCS ne devait être opérationnel qu’au milieu des années 2040, mais avec MARTE, un nouveau programme européen de char standard est déjà lancé. Parallèlement, Rheinmetall pousse le « Panther » sur le marché de l’export, espérant notamment des commandes d’Italie, de Hongrie, de Roumanie et d’Ukraine.
L’édition 2026 d’Eurosatory n’a donc rien montré d’une future flotte européenne de chars commune. Si cette évolution se poursuit, l’OTAN – ou ce qu’il en restera – pourrait disposer dans les années 2030 de six ou sept plateformes différentes, avec des pièces détachées incompatibles, des types de munitions variés et des systèmes logiciels non interopérables. Pour chaque armée, cela signifiera des coûts accrus, et pour la logistique, en cas de crise, un défi presque insurmontable. Aucune solution n’est en vue. (he)
17:21 Publié dans Actualité, Affaires européennes, Défense, Militaria | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : défense, défense européenne, chars de combat, europe, affaires européennes |
|
del.icio.us |
|
Digg |
Facebook
Jared Kushner et la géopolitique: de quoi s’agit-il vraiment dans la «Révolution des flamants roses»?

Jared Kushner et la géopolitique: de quoi s’agit-il vraiment dans la «Révolution des flamants roses»?
Tirana. Dans l’ombre d’autres grands conflits géopolitiques, les manifestations de masse qui se poursuivent depuis des semaines en Albanie ne reçoivent qu’une attention marginale dans les médias grand public. Pourtant, elles pourraient bien déboucher sur un nouveau conflit aux répercussions internationales – l’un des principaux acteurs étant Jared Kushner, le gendre du président américain Donald Trump.
Les protestations ont débuté autour d’un projet touristique de plusieurs milliards de dollars, largement promu par Kushner. Des milliers de personnes manifestent contre celui-ci – mais désormais, les revendications dépassent ce projet précis dans la région de Zvërnec et visent également la corruption et le manque de transparence du gouvernement.
Sous des slogans tels que «L’Albanie n’est pas à vendre», «Rama, démission» ou «Zvërnec nous appartient», des rassemblements ont lieu chaque jour dans de nombreuses villes du pays, ainsi que dans les communautés albanaises en Grèce, en Allemagne et au Royaume-Uni. Le mouvement a pris un nouvel élan après la diffusion d’une vidéo montrant un manifestant agressé par un agent de sécurité sur le chantier. Depuis, la dite «Révolution des flamants roses» ne cesse de s’amplifier.
Le mouvement tire son nom des flamants roses de la lagune de Narta, l’une des zones humides les plus riches en biodiversité du bassin méditerranéen. Les défenseurs de l’environnement mettent en garde contre des dégâts irréversibles. Joni Vorpsi, de l’organisation PPNEA, parle de « massacre » de la nature et critique: «Nous sommes contre un tel investissement, car il est destructeur. Depuis plus d’un mois, des engins y opèrent sans autorisations environnementales, endommageant l’habitat naturel. Quelle valeur a une zone protégée si les autorités ne la protègent pas?». Il précise aussi que ni permis de construire, ni étude d’impact environnemental ne figurent sur les panneaux de chantier.
Outre le complexe touristique de 1,6 milliard de dollars près de Zvërnec, un autre projet d’envergure d’environ 1,4 milliard de dollars est prévu sur l’île de Sazan – mais celui-ci est quasiment absent dans les médias. Là aussi, Kushner est impliqué.

Pendant la guerre froide, Sazan était l’une des îles les plus fortifiées de la Méditerranée. Plus de 3000 soldats y étaient stationnés. L’île comptait quelque 3600 bunkers en béton, plus de 16 kilomètres de tunnels souterrains, un centre de commandement sécurisé, de l’artillerie côtière moderne, des systèmes de missiles antiaériens, des radars ainsi qu’un port militaire pour patrouilleurs et vedettes lance-torpilles. La péninsule voisine de Zvërnec était également protégée par des fortifications côtières et des postes de tir.
Rien n’a changé à cette configuration stratégique hautement sensible. Sazan contrôle toujours l’accès à la baie en eaux profondes de Vlora, le principal port naturel d’Albanie pour les grands navires de guerre. La côte italienne, au niveau du détroit d’Otrante, n’est qu’à 75 kilomètres – soit une distance comparable au détroit d’Ormuz (39 km) ou au détroit de Bab el-Mandeb (32 km). Ce passage constitue le seul lien entre l’Adriatique et la Méditerranée, ce qui lui confère une importance majeure pour le commerce, l’approvisionnement énergétique et les liaisons maritimes militaires. On y trouve de nombreux ports pétroliers, gaziers (GNL, GPL), dont Trieste et Venise. Il existe aussi des projets de gazoduc reliant le champ gazier israélien Leviathan, via la Grèce, jusqu’à l’Italie, un tracé qui pourrait passer à proximité immédiate de la zone du projet.
Dans ce contexte, certains observateurs soupçonnent que le projet de construction ne sert qu’en apparence des intérêts touristiques, mais vise en réalité, à long terme, l’avantage stratégique d’un tel goulet d’étranglement maritime. Le gouvernement de Tirana rejette cependant toutes les accusations et maintient ses deux projets. (mü)
Source: Zu erst, juin 2026.

16:54 Publié dans Actualité, Affaires européennes, Géopolitique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : adriatique, méditerranée, albanie, balkans, europe, affaires européennes, sazan, révolution des flaments roses, jared kushner |
|
del.icio.us |
|
Digg |
Facebook
Roberto Vannacci ad portas: la nouvelle force politique italienne s’appelle «Futuro Nazionale»

Roberto Vannacci ad portas: la nouvelle force politique italienne s’appelle «Futuro Nazionale»
Rome. En Italie, le spectre politique de droite est en mouvement. Le nouveau parti « Futuro Nazionale » de l’ancien général Roberto Vannacci progresse nettement dans les sondages actuels et concurrence de plus en plus la Lega de Matteo Salvini.
Vannacci n’a fondé son parti qu’en février de cette année. Cet officier de 57 ans a participé à des missions à l’étranger en Libye, en Somalie, en Afghanistan et en Irak. Encore en 2024, il était entré au Parlement européen sur la liste de la Lega de Matteo Salvini. Désormais, il suit cependant sa propre voie avec « Futuro Nazionale » — ce qui accentue la pression concurrentielle dans le camp de droite.
Selon l’institut de sondage Ipsos, « Futuro Nazionale » est actuellement crédité de 4,8%, tandis qu’une enquête YouTrend pour Sky TG24, réalisée les 16 et 17 juin 2026, lui attribue même 5,9%. Pour la première fois, le parti dépasserait ainsi la Lega, qui n’obtient que 5,8% dans la même enquête.
La force politique incontestée reste toutefois la Première ministre Giorgia Meloni. Son parti Fratelli d’Italia arrive largement en tête avec 27,8 %, suivi par le Parti démocrate social-démocrate à 22,2 % et le Mouvement 5 étoiles, qui recueille actuellement 12,1 %.

Sur le fond, Vannacci se démarque aussi bien de la gauche que des actuels partis du centre-droit. L’une des priorités de son programme est la demande de remigration. Parallèlement, il prône un renouveau politique à droite du centre. Selon la direction du parti, « Futuro Nazionale » compte déjà plus de 100.000 membres.
La nouvelle force gagne aussi en poids au niveau des élus. Cinq députés de la Lega et de Forza Italia ont déjà rallié Vannacci. Le parti obtient ainsi une présence parlementaire supplémentaire et peut exercer une pression sur la concurrence de droite.
Sur la scène politique romaine, ce nouvel acteur est déjà bien présent. Dans les coulisses, il se murmure déjà que Meloni pourrait, à l’avenir, élargir sa coalition gouvernementale actuelle — composée de Fratelli d’Italia, de la Lega et de Forza Italia — à « Futuro Nazionale ». (mü)
Source: Zu erst, juin 2026.
16:18 Publié dans Actualité, Affaires européennes, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, italie, politique, futuro nazionale, roberto vannacci, europe, affaires européennes |
|
del.icio.us |
|
Digg |
Facebook
mercredi, 24 juin 2026
Georg Mayer (FPÖ): «La politique énergétique de l’UE conduit l’Europe à une crise d’approvisionnement»

Georg Mayer (FPÖ): «La politique énergétique de l’UE conduit l’Europe à une crise d’approvisionnement»
Baisse des niveaux de stockage, prix élevés en été et concurrence croissante venant d’Asie : l’Europe est à nouveau menacée par une situation tendue sur le marché du gaz.
Par Georg Mayer
Source: https://www.fpoe.eu/mayer-eu-energiepolitik-fuehrt-europa...
Les récentes mises en garde des experts de l’énergie et des représentants du secteur confirment, selon l’eurodéputé de la FPÖ et membre de longue date de la commission de l’énergie, Georg Mayer, l’échec définitif de la politique énergétique européenne. Selon des rapports récents, l’Europe est à nouveau menacée d’une situation d’approvisionnement tendue sur le marché du gaz, en raison de la baisse des niveaux de stockage, de prix élevés en été et d’une concurrence croissante en provenance d’Asie.
« La réalité rattrape la Commission européenne. Alors qu’auparavant l’Europe disposait d’une énergie sûre et bon marché, l’Union européenne doit désormais rivaliser sur le marché mondial avec les pays asiatiques pour obtenir des livraisons coûteuses de GNL. Le résultat: des prix plus élevés, une plus grande incertitude et une dépendance croissante aux foyers de crise mondiaux », explique Mayer.

Ce qui est particulièrement alarmant, c’est que les réserves européennes de gaz sont actuellement inférieures à la moyenne des années précédentes, ce qui oblige l’Europe à importer beaucoup plus de gaz naturel liquéfié que l’an passé, rien que pour atteindre les objectifs de remplissage fixés.
« Avant les sanctions contre la Russie et l’auto-mutilation énergétique imposée par Bruxelles, la sécurité d’approvisionnement de l’Europe n’était pas menacée. Aujourd’hui, les Européens paient des prix de l’énergie plusieurs fois supérieurs à ceux d’autrefois et craignent malgré tout une rupture d’approvisionnement durant l’hiver. C’est la conséquence directe d’une politique idéologique qui a remplacé la raison économique par du symbolisme politique. »
Mayer juge particulièrement critique la situation décrite dans le rapport, selon laquelle des pays asiatiques comme la Chine, la Corée du Sud ou le Vietnam disposent, grâce à leurs instruments de contrôle étatique, d’avantages lors de l’achat de gaz sur les marchés mondiaux, tandis que l’UE a à peine d’influence sur ses propres approvisionnements.
« Même les fonctionnaires de l’UE sous Von der Leyen reconnaissent désormais qu’en temps de crise, chacun agit pour soi. La plateforme commune d’achat créée par la Commission n’a pas répondu aux attentes et les grands acteurs du marché l’ont largement ignorée. Cela montre une fois de plus que Bruxelles s’accapare toujours plus de compétences, mais n’est pas capable de tenir ses promesses. »
La situation actuelle est d’autant plus contradictoire au vu de l’infrastructure énergétique européenne existante. « L’Europe disposait de nombreux gazoducs et avait pendant des décennies accès à une énergie fiable et abordable. Au lieu de miser sur cet avantage, l’UE oblige ses citoyens et ses entreprises à une compétition mondiale pour l’achat de GNL. Alors que pratiquement tous les pays en développement misent sur une énergie sûre et bon marché pour permettre la croissance, la prospérité et l’industrialisation, l’UE fait le choix inverse et affaiblit délibérément sa propre compétitivité. »
Pour Georg Mayer, il est évident que l’Europe doit revenir à une politique énergétique pragmatique. « La Commission a sacrifié la sécurité énergétique de l’Europe pour poursuivre coûte que coûte sa politique de sanctions et de climat. Les victimes en sont les citoyens européens, les travailleurs et les entreprises. Il est temps d’évaluer notre situation à nouveau de façon objective. Cela implique également, bien entendu, la reprise des importations d’énergie russe, car cela garantit la sécurité d’approvisionnement, la compétitivité et des prix abordables pour l’Europe».
«L’Europe n’a pas besoin de chimères énergétiques, mais d’un approvisionnement sûr à des prix raisonnables. C’est le seul moyen de préserver notre prospérité, notre industrie et nos emplois», conclut Mayer.
Qui est Georg Mayer?
Membre de la Commission des pétitions (PETI) - Membre suppléant de la Commission de l’industrie, de la recherche et de l’énergie (ITRE)
15:42 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : fpö, autriche, énergie, gaz, europe, affaires européennes |
|
del.icio.us |
|
Digg |
Facebook
jeudi, 18 juin 2026
Après l’Ukraine: Bruxelles mène-t-elle l’Arménie à sa perte ?

Après l’Ukraine: Bruxelles mène-t-elle l’Arménie à sa perte?
Elena Fritz
Source: https://www.compact-online.de/nach-ukraine-treibt-bruesse...
La victoire électorale de Nikol Pachinian en Arménie est considérée par les médias occidentaux comme la confirmation d’un changement historique de cap: s’éloigner de Moscou, se rapprocher de l’UE, se tourner vers l’Occident. Mais ces réjouissances occultent la question essentielle: qui protège l’Arménie si les promesses européennes se brisent sur la réalité du Caucase?
Proximité, mais pas de sécurité
L’Arménie n’est pas un projet de réforme abstrait, conçu sur une table stratégique bruxelloise. Elle ne se situe pas entre la Belgique et le Luxembourg, mais entre la Turquie et l’Azerbaïdjan – au cœur de l’une des régions les plus sensibles de l’Eurasie. Le pays dispose de ressources limitées, d’une profondeur stratégique réduite et de lignes de conflit non résolues avec ses voisins. Quiconque veut soustraire l’Arménie à l’architecture de sécurité existante doit expliquer quelle nouvelle garantie pour sa protection viendra la remplacer.

L’UE peut accueillir Pachinian, le féliciter, envoyer des missions d’observation et allouer quelques millions d’euros d’aides. Elle peut rédiger des résolutions, organiser des séances de photos et hisser des drapeaux européens. Mais, en cas d’urgence, elle ne pourra pas protéger l’Arménie.
C’est là que réside le véritable danger. Bruxelles offre la proximité, mais pas la sécurité. De la symbolique, mais pas de bouclier. Des gestes politiques, mais pas de garantie stratégique. Et dans le Caucase du Sud, la situation peut devenir grave à tout moment: à cause de l’Azerbaïdjan, des ambitions turques, de la question du soi-disant corridor de Syunik et d’un nouvel ordre régional qui ne se dessine pas à Bruxelles, mais à Bakou et à Ankara.

Le risque pour l’Arménie
Le corridor de Syunik (ou du Zangezour) illustre parfaitement les véritables enjeux. En Europe, il est souvent perçu comme une simple voie de communication ou un projet économique d’avenir. Pour la Turquie et l’Azerbaïdjan, il représente bien plus: un levier géopolitique. S’il est mis en œuvre selon les conditions de Bakou et d’Ankara, l’Arménie ne deviendra pas bénéficiaire d’une nouvelle architecture commerciale, mais se réduira à un simple pays de transit – économiquement dépendant, politiquement vulnérable et sous pression territoriale.
C’est la dure réalité de la géographie. Sur le plan économique aussi, le rêve européen est dangereusement naïf. Beaucoup d’Arméniens espèrent que le rapprochement avec l’Europe ouvrira de nouveaux marchés, favorisera les investissements et apportera la prospérité. Mais l’expérience de l’Ukraine montre que, souvent, entre les promesses occidentales et le développement économique, il n’y a pas l’essor, mais la dépendance. Parfois même la guerre.
L’UE n’intègre pas par charité. Elle retient ceux qui servent ses propres intérêts. Une petite économie comme celle de l’Arménie n’a pas le poids de l’Ukraine, de la Pologne ou de la Turquie pour Bruxelles. Elle peut être utile politiquement – comme symbole contre la Russie. Mais cette valeur symbolique ne remplace ni une base industrielle, ni une politique énergétique, ni une garantie de sécurité, ni un bouclier stratégique.
Le véritable risque pour l’Arménie ne réside donc pas uniquement à Moscou, Bakou ou Ankara. Il réside dans le décalage entre espoirs et réalité. Pachinian vend à son pays l’idée que l’Europe apportera à la fois investissements, protection, soutien politique et perspectives économiques. Mais l’expérience prouve que l’UE est généreuse en paroles – et parcimonieuse dès que cela devient réellement coûteux.
Qui paiera ?
Au final, une question simple se pose: qui paiera pour la sécurité de l’Arménie? Ni les journalistes européens qui célèbrent aujourd’hui un «changement historique de cap». Ni les bureaucrates bruxellois qui applaudissent Pachinian. Ni les stratèges occidentaux qui voient l’Arménie comme une pièce de plus dans le jeu anti-russe.
C’est l’Arménie qui paiera. Par l’endettement. Par la perte de prospérité. Par l’émigration. Par une dépendance accrue. Peut-être par de nouvelles concessions territoriales. Et, dans le pire des cas, par la vie de ses citoyens. Tel est l’enseignement de l’Ukraine, et il semble que l’Arménie soit en train de le rejouer à ses propres dépens.
21:03 Publié dans Actualité, Affaires européennes, Géopolitique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : géopolitique, actualité, caucase, arménie, union européenne, europe, affaires européennes |
|
del.icio.us |
|
Digg |
Facebook
L’Ukraine dans l’UE ? Des critères apparemment différents

L’Ukraine dans l’UE ? Des critères apparemment différents
Jeanne Delahaye
Source: https://www.facebook.com/jeanne.delahaye.7
Depuis des années, l’Union européenne explique à ses citoyens que tout candidat à l’adhésion doit remplir des conditions strictes. L’État de droit, la lutte contre la corruption, des institutions démocratiques stables, la protection des minorités, la viabilité économique et l’adoption complète du droit européen sont officiellement considérés comme des critères indispensables.
Mais lorsqu’on regarde du côté de l’Ukraine, une question gênante se pose :
Ces critères s’appliquent-ils encore aujourd’hui ?
L’Ukraine est en guerre. Des parties de son territoire reconnu internationalement ne sont pas sous son contrôle. Le pays dépend de façon exceptionnelle de l’aide financière étrangère. Les organisations internationales soulignent depuis des années de graves problèmes de corruption. L’UE elle-même réclame sans cesse des réformes dans le domaine de la justice, de l’administration et de l’État de droit.
Pourtant, à Bruxelles, on parle déjà comme si l’adhésion n’était plus qu’une question de volonté politique.
C’est précisément là que le problème commence.
Quiconque prend au sérieux les critères officiels d’adhésion doit constater que l’Ukraine est encore loin de ce que les candidats précédents ont dû accomplir. Aucun autre pays n’aurait été mené sur la voie de l’adhésion à l’UE avec la même détermination politique dans des conditions comparables.
À cela s’ajoute un autre aspect dont on parle étonnamment peu.
Alors qu’en Europe de l’Ouest toute forme de nationalisme est surveillée de près, des évolutions comparables en Ukraine sont souvent évaluées de façon beaucoup plus indulgente. La vénération de personnalités nationalistes controversées, les tensions autour des droits linguistiques et des minorités ainsi que les conflits de longue date entre différents groupes de population sont souvent passés sous silence ou minimisés dans le débat européen.
Pourtant, la protection des minorités devrait justement faire partie des valeurs fondamentales de l’Union européenne.

Ceux qui pointent ces contradictions sont vite classés politiquement. Mais la véritable question demeure sans réponse :
Pourquoi faudrait-il appliquer à l’Ukraine des critères différents de tous les autres candidats à l’adhésion ?
Les conséquences économiques sont elles aussi à peine débattues ouvertement. L’Ukraine dispose d’immenses terres agricoles, d’un besoin d’investissement colossal et aura besoin d’une reconstruction massive après la guerre. Une adhésion aurait des conséquences profondes sur les subventions agricoles, le budget de l’UE, les fonds structurels et les marchés du travail. Beaucoup de citoyens européens devront finalement en assumer les conséquences financières.
Néanmoins, le débat est souvent mené sur le plan moral plutôt que factuel.
Celui qui exprime des doutes est vite considéré comme manquant de solidarité. Celui qui pose des questions est soupçonné de soutenir le mauvais camp. Or, la démocratie vit précisément du fait qu’on puisse poser les questions qui dérangent.
La solidarité ne doit pas signifier fermer les yeux sur les problèmes.
La vraie question n’est donc pas de savoir si l’Ukraine mérite du soutien.
La véritable question est :
L’Ukraine remplit-elle réellement les conditions d’une adhésion à l’UE – ou bien s’engage-t-on ici, pour des raisons géopolitiques, sur une voie particulière qui n’aurait été acceptée pour aucun autre candidat ?
Tant que cette question n’aura pas reçu de réponse honnête, l’impression restera que l’UE adapte ses propres règles dès que les intérêts politiques prennent le dessus sur les critères qu’elle a elle-même définis.
Des règles identiques pour tous – ou pas de règles du tout.
* * *
Le site de Mme J. Delahaye: www.sichtwechsel.lu
19:03 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, europe, ukraine, affaires européennes, union européenne |
|
del.icio.us |
|
Digg |
Facebook
mercredi, 17 juin 2026
Allemagne: le Verfassungsschutz, symptôme d'une contradiction irréconciliable

Allemagne: le Verfassungsschutz, symptôme d'une contradiction irréconciliable
par Ralf Van den Haute
Lors de la création de la République fédérale d'Allemagne en 1949, on a délibérément opté non pas pour une Verfassung, mais pour une Grundgesetz. En français, lorsqu'on parle de la « Constitution » allemande, une distinction importante est souvent perdue de vue. En effet, la République fédérale ne dispose pas d'une Verfassung (Constitution), mais d'une Grundgesetz (loi fondamentale). Ce choix terminologique était délibéré en 1949. Les auteurs du nouvel ordre étatique ouest-allemand voulaient éviter de donner l’impression que la division de l’Allemagne était définitive. La Grundgesetz était conçue comme un régime provisoire, valable jusqu’à ce que le peuple allemand se dote librement de sa propre constitution.
Cette distinction n’est pas purement sémantique. Dans la tradition constitutionnelle européenne, une constitution n’est pas simplement un ensemble de règles juridiques fondamentales. Elle est l’expression du pouvoir constituant d’un peuple qui se dote d’un ordre politique. Une Verfassung suppose un moment constituant au cours duquel une communauté politique s’organise et légitime ses institutions. La Grundgesetz, en revanche, a vu le jour sous la tutelle des Alliés, dans une Allemagne divisée et partiellement occupée. À l’origine, elle n’était pas destinée à être l’expression constitutionnelle définitive de la nation allemande.
Pas de moment constitutionnel
La réunification allemande de 1990 offrait théoriquement la possibilité d’adopter une véritable Verfassung. L’article 146 de la Grundgesetz prévoyait en effet que cette loi fondamentale perdrait sa validité dès que le peuple allemand se serait doté d’une constitution par une décision libre. Cette possibilité n’a toutefois pas été saisie. Au lieu de cela, le modèle étatique ouest-allemand existant a été étendu à l’ancienne RDA. L’Allemagne a certes été réunifiée, mais le moment constituant où le peuple allemand unifié se serait doté d’un nouvel ordre étatique n’a pas eu lieu.
Cette particularité historique jette un éclairage intéressant sur le développement ultérieur de la République fédérale. À mesure que la légitimité de l’ordre politique repose moins sur un acte constituant explicite du peuple, l’importance des institutions qui veillent sur cet ordre et l’interprètent s’accroît. La Cour constitutionnelle fédérale (Bundesverfassungsgericht) et l’Office fédéral pour la protection de la Constitution (Verfassungsschutz) en sont les exemples les plus visibles. Non seulement ils protègent l’ordre juridique existant, mais ils déterminent aussi dans une large mesure quelles opinions politiques sont jugées compatibles avec ce qu’on appelle le « freiheitliche demokratische Grundordnung » (l’ordre constitutionnel libéral et démocratique). C'est là que naît la tension fondamentale de l'État allemand d'après-guerre: entre la démocratie en tant qu'expression de la volonté populaire et la démocratie en tant que protection d'un ordre étatique prédéfini et imposé par les Alliés.
Le professeur de sciences politiques et homme politique du SPD, le Dr Carlo Schmid (photo), a déclaré en 1948 dans sa conférence intitulée « Was heißt eigentlich Grundgesetz? » ([1] ) : « La Constitution est la décision commune d’un peuple libre sur la forme et le contenu de son existence politique. Une telle Constitution contient les normes fondamentales de l’État. Elle détermine, sans pouvoir être renvoyée à une instance supérieure, les limites de la souveraineté sur son territoire et fixe tant les droits de l’individu que les limites de l’autorité de l’État. Rien n’est au-dessus de la Constitution, personne ne peut la suspendre, personne ne peut l’ignorer. Une constitution n’est rien d’autre que la réalisation juridique de la liberté d’un peuple. C’est là que réside son pathos, et c’est pour cela que des peuples sont montés aux barricades. »
Schmid en conclut que la République fédérale fondée en 1949 ne pouvait être considérée comme un État au sens démocratique plein et entier du terme. Selon lui, elle s’organisait tout au plus comme un système de type étatique (vielleicht staatsähnlich), mais pas comme l’expression politique d’un peuple allemand constituant. Il va même jusqu’à affirmer que, tant que le caractère provisoire de cet ordre persiste, celui-ci reste essentiellement la forme organisationnelle d’une réalité politique délimitée par des puissances extérieures.
La question fondamentale qui en découle est de savoir si un État est purement une structure de domination – étrangère si nécessaire – ou bien une réalité populaire vivante : une démocratie qui ne reçoit pas sa forme de l’extérieur, mais se constitue d’elle-même par sa propre volonté. Pour Schmid, la réponse était claire. À l’ère démocratique, un État n’est légitime que s’il est le résultat d’un acte constitutif libre (konstitutiver Gesamtakt) d’un peuple souverain.
Il est remarquable que Wolfgang Schäuble, l’un des hommes politiques les plus influents de la CDU dans l’Allemagne d’après-guerre et alors ministre des Finances, ait déclaré lors du Congrès bancaire européen de 2011 que «depuis le 8 mai 1945, nous n’avons à aucun moment été pleinement souverains en Allemagne». Il faisait sans doute référence à la position constitutionnelle particulière de la République fédérale et au débat qui, depuis sa création, porte sur sa légitimité constitutionnelle. Schmid voyait dans un ordre étatique imposé de l’extérieur le danger d’un système politique qui perdrait progressivement son fondement démocratique et constitutif pour se transformer en un système principalement géré sur le plan administratif et juridique. Lorsque l'État n'est plus l'expression d'une volonté populaire constituante, il risque d'être réduit à un appareil qui tire sa légitimité de ses propres procédures et institutions.
Protection de la Constitution ou de la loi fondamentale ?
Dans cette perspective, la dénomination « Verfassungsschutz » revêt également un caractère paradoxal. Si l'on pousse le raisonnement de Carlo Schmid jusqu'au bout, la République fédérale ne dispose pas, à proprement parler, d'une Verfassung légitimée par un acte populaire constituant, mais d'une Grundgesetz qui était à l'origine conçue comme un ordre étatique provisoire. La question se pose alors de savoir ce qui est précisément protégé par une institution qui se présente comme « protectrice de la Constitution ». Pour Krebs, penseur de la nouvelle droite et fondateur du Thule Seminar, cela recèle une contradiction fondamentale. Tant que l’État allemand ne repose pas sur une Verfassung librement choisie par le peuple allemand, le Verfassungsschutz ne protège pas tant une Verfassung que l’ordre institutionnel et normatif existant du Grundgesetz. Krebs affirme donc que ce service devrait en réalité s’appeler « Grundgesetzversicherung »[2] plutôt que « Verfassungsschutz ».

La question de droit constitutionnel que nous devons nous poser ici est la suivante: le Verfassungsschutz protège-t-il une constitution qui tire sa légitimité d’une volonté populaire constituante, ou protège-t-il un ordre institutionnel issu de l’histoire qui tire sa légitimité principalement de sa propre continuité juridique? En d’autres termes: le service veille-t-il à l’autodétermination démocratique du peuple allemand, ou veille-t-il aux limites dans lesquelles cette autodétermination peut s’exercer? C’est précisément cette question qui fait du Verfassungsschutz plus qu’un simple service de sécurité ou de renseignement et le place au cœur du débat allemand sur la légitimité.

Sur le plan institutionnel, le Verfassungsschutz se compose d’un office fédéral (Bundesamt für Verfassungsschutz) et de seize services régionaux (Landesämter für Verfassungsschutz). Formellement, il s'agit de services de renseignement intérieurs chargés de collecter et d'analyser des informations sur des personnes, des organisations et des mouvements considérés comme une menace pour l'ordre constitutionnel libéral et démocratique. À cette fin, ils disposent d'un vaste arsenal de moyens, notamment la surveillance, les informateurs, l'infiltration et d'autres méthodes d'enquête secrètes. La décision finale quant à savoir si une organisation est effectivement anticonstitutionnelle n'appartient toutefois pas au Verfassungsschutz, mais au pouvoir judiciaire et en particulier à la Cour constitutionnelle fédérale (Bundesverfassungsgericht). C'est précisément cette interaction entre les services de sécurité et le pouvoir judiciaire qui soulève la question de savoir dans quelle mesure la frontière entre la protection juridique objective et l'interprétation politique de l'ordre constitutionnel peut réellement être maintenue.
Observation vs participation
La problématique se complexifie encore davantage lorsque l'on examine de près le mode de fonctionnement opérationnel du Verfassungsschutz. En effet, le service ne se limite pas à une observation passive de personnalités et de mouvements politiques, mais recourt largement à des informateurs (V-Leute), à des agents infiltrés et à d'autres méthodes secrètes de collecte d'informations. Il en résulte un paradoxe fondamental. À mesure que l’État s’infiltre plus profondément dans une organisation considérée comme potentiellement dangereuse pour l’État, la frontière entre observation et participation s’estompe. La question se pose alors de savoir dans quelle mesure un mouvement agit encore de manière totalement autonome lorsque ses structures, son processus décisionnel ou ses activités sont partiellement influencés par des personnes qui travaillent en réalité pour les services de sécurité. Cette problématique a été mise en évidence de manière flagrante lors des procédures engagées contre le NPD, où il est apparu qu’un nombre considérable de figures dirigeantes entretenaient des contacts avec le Verfassungsschutz ou agissaient en tant qu’informateurs pour ce service. Cela a soulevé la question délicate de savoir si l’État était encore un simple observateur ou s’il était, dans une certaine mesure, présent au sein de l’organisation qu’il considérait comme une menace pour l’ordre constitutionnel: la Cour constitutionnelle fédérale a estimé que la présence d’agents infiltrés au sein de la direction du parti rendait impossible de déterminer avec certitude quelles déclarations et activités émanaient du parti lui-même et lesquelles avaient pu être influencées par les infiltrés [3] . La question touche à un problème fondamental de l'État de droit: un État peut-il se prononcer de manière convaincante sur la dangerosité d'une organisation alors qu'il fait lui-même partie, directement ou indirectement, de son fonctionnement?
En d’autres termes: lorsque l’État est présent au sein des organisations qu’il observe, qui veille alors à la ligne de démarcation entre la protection de l’ordre démocratique et la participation à la construction de la réalité politique qu’il prétend seulement observer?


Le paradoxe de la tolérance
La légitimité de telles institutions est souvent recherchée dans ce que Karl Popper appelait le paradoxe de la tolérance. Une société qui fait preuve d’une tolérance illimitée envers des forces qui cherchent à détruire son propre caractère tolérant court le risque de finir par périr elle-même [4]. Il en découle, selon Popper, qu’une démocratie a le droit de se défendre contre ses ennemis. Mais qui détermine quelles personnes, organisations ou idées doivent être considérées comme des ennemis de l'ordre démocratique? Cela nous amène à une question déjà posée par Juvénal: quis custodiet ipsos custodes [5]?
La question de savoir qui doit être considéré comme un ennemi de l’ordre démocratique nous amène à Carl Schmitt. Dans Der Begriff des Politischen (1932), Schmitt soutient que toute communauté politique est finalement confrontée à la décision de déterminer qui est un ami et qui est un ennemi. Dans une démocratie activiste, cette question revêt une signification particulière . La question centrale n’est plus de savoir si l’ordre démocratique a le droit de se défendre, mais qui détient le pouvoir de déterminer quelles personnes, organisations ou idées sont considérées comme une menace pour cet ordre.
Selon la conception de la souveraineté de Schmitt, la souveraineté se déplace alors vers l'instance qui prend cette décision. «Est souverain celui qui décide de l'état d'exception». La question n'est donc plus seulement de savoir qui est l'ennemi, mais aussi qui détient l'autorité de définir quelqu'un comme ennemi.
Paradoxe fondamental
Le Verfassungsschutz se présente comme le protecteur de l’ordre constitutionnel de la République fédérale. C’est précisément là que réside le paradoxe fondamental. Si l’on prend au sérieux le raisonnement de Carlo Schmid, l’Allemagne ne dispose pas à ce jour d’une Verfassung au sens classique du terme: une constitution issue d’un acte constituant libre d’un peuple souverain. Ce qui est protégé, ce n’est donc pas tant une constitution en tant qu’expression de la volonté populaire, mais un ordre institutionnel et normatif issu de l’histoire, dont la légitimité repose principalement sur sa propre continuité juridique.
Le Verfassungsschutz n’est donc pas tant la solution à un problème constitutionnel que l’expression institutionnelle du champ de tension entre la souveraineté populaire et la démocratie des valeurs.
Le Verfassungsschutz apparaît ainsi comme le symptôme d’une contradiction plus profonde et irréconciliable au sein de l’ordre étatique allemand d’après-guerre. D'une part, la République fédérale invoque la légitimité démocratique et la souveraineté populaire ; d'autre part, elle s'appuie de plus en plus, pour sa survie, sur des institutions qui déterminent quelles opinions politiques, quels partis et quels mouvements relèvent encore de l'ordre constitutionnel. Le Verfassungsschutz tire sa raison d’être de la protection d’une Verfassung qui n’a jamais existé. Il ne veille pas sur la volonté constituante d’un peuple souverain, mais sur les limites d’un ordre normatif qui précède ce peuple et dont la signification est déterminée par des institutions qui se soustraient en grande partie au processus décisionnel démocratique.Tant que la question de l’origine constitutionnelle de cet ordre et celle du contrôle démocratique de ses gardiens resteront sans réponse, la question de la légitimité du Verfassungsschutz lui-même est également légitime.
Pas seulement en République fédérale
La question de la légitimité du Verfassungsschutz ne se limite pas à la République fédérale, mais peut s’étendre sans difficulté à l’évolution au sein des démocraties libérales occidentales. Dans presque tous les États d'Europe occidentale, on observe un glissement progressif de la prise de décision politique fondée sur la souveraineté populaire vers une prise de décision de plus en plus filtrée par des institutions administratives, judiciaires et supranationales. Il n'est pas rare que les institutions nationales des droits de l'homme agissent à la fois en tant que conseillères, plaignantes et parties au procès dans des litiges sociaux. Les tribunaux européens et nationaux sont de plus en plus souvent confrontés à des questions qui relevaient autrefois du domaine exclusif de la prise de décision politique. Le débat permanent sur la relation entre le droit national et le droit européen touche également à cette même question fondamentale: où se situe en fin de compte le centre de la souveraineté politique et qui a le dernier mot lorsque des choix démocratiques se heurtent à des cadres normatifs supérieurs?
À mesure que la légitimité de l'ordre politique se fonde moins sur la volonté immédiate du peuple et davantage sur la protection de valeurs abstraites, de droits fondamentaux et de principes constitutionnels, le pouvoir des institutions chargées d'interpréter, de veiller au respect et de faire respecter ces valeurs s'accroît également. L'État moderne risque d'évoluer d'une communauté politique (politisches Gemeinwesen) vers un système normatif géré sur le plan juridico-administratif. La nouvelle droite française a défini cela comme un totalitarisme doux.
Ce qui se manifeste en Allemagne à travers le Verfassungsschutz se manifeste ailleurs par le biais des cours constitutionnelles, des instances de défense des droits de l’homme et des ordres juridiques supranationaux. Partout, la même question se pose: la légitimité ultime de la communauté politique réside-t-elle encore dans le peuple, ou dans les institutions qui déterminent comment la volonté de ce peuple doit être interprétée?


Le politologue américain Sheldon S. Wolin (photo) qualifie cette évolution d’«inversion du totalitarisme» [6], une forme de gouvernement dans laquelle les institutions démocratiques continuent d’exister formellement, mais où le pouvoir effectif se déplace progressivement vers un réseau d’élites administratives, économiques et juridiques. Václav Havel [7] parle d’un système dans lequel la conformité est imposée moins par la contrainte ouverte que par la pression sociale, professionnelle et institutionnelle.
Notes:
[1] Carlo Schmid, Was heißt eigentlich Grundgesetz?, rede gehouden in de Parlementarischer Rat, Bonn, 1948.
[2] Dr. Pierre Krebs, Fangt die Rebellen und macht sie Mundtot! Zunächst… , Ahenrad der Moderne, Kassel, 2018.
[3] BVerfG, décision du 18 mars 2003, 2 BvB 1/01, 2 BvB 2/01 et 2 BvB 3/01 (procédure d’interdiction du NPD).
[4] Popper, Karl R., The Open Society and Its Enemies, Vol. I-II, London: Routledge, 1945.
[5] Decimus Junius Juvenalis, Satirae (Satires), livre VI, vers 347–348.
[6] Sheldon S. Wolin, Democracy Incorporated : Managed Democracy and the Specter of Inverted Totalitarianism, Princeton, NJ : Princeton University Press, 2008.
[7] Václav Havel, The Power of the Powerless, dans John Keane (éd.), The Power of the Powerless: Citizens Against the State in Central-Eastern Europe (Armonk, NY : M.E. Sharpe, 1985).
19:43 Publié dans Actualité, Affaires européennes, Droit / Constitutions, Théorie politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, allemagne, europe, affaires européennes, verfassungschutz, grundgesetz, droit, constitution, philosophie politique, politologie, sciences politiques, théorie politique |
|
del.icio.us |
|
Digg |
Facebook
mardi, 16 juin 2026
Poutine prêt à livrer du gaz immédiatement: le voyage de l’AfD en Russie prouve l’échec délibéré du gouvernement allemand!

Poutine prêt à livrer du gaz immédiatement: le voyage de l’AfD en Russie prouve l’échec délibéré du gouvernement allemand!
Source: https://www.unser-mitteleuropa.com/199902
Le succès diplomatique du voyage de l’AfD en Russie représente pour Merz la deuxième humiliation consécutive. Désespéré, il s’est emporté lors d’une session spéciale au Bundestag qu’il avait lui-même demandée. La raison: Poutine a déclaré que les livraisons de gaz pour l’économie allemande en difficulté ne demandaient qu'à être reprises par une simple pression sur un bouton.
Honte supplémentaire: la Russie a publiquement exigé des éclaircissements sur les dérives antidémocratiques en Allemagne, face aux discussions sur une éventuelle interdiction de l’AfD.
«La politique étrangère est une politique d’intérêts, pas une compétition de vertu», a rétorqué le porte-parole de l'AfD aux affaires étrangères Markus Frohnmaier face à l’hystérie de la CDU, du SPD et des Verts au Bundestag.
Avec une délégation de l’AfD, il a participé la semaine dernière au plus important forum économique des pays BRICS avec une équipe solide: l’eurodéputé Petr Bystron, le porte-parole pour l’énergie Steffen Kotré et le leader de l’AfD en Saxe, Jörg Urban.
Crise économique ? Un non-sujet pour la coalition…
Alors que l’industrie allemande continue de reculer, les débats du gouvernement sont dominés par la question ukrainienne. Le député CDU Jens Spahn a qualifié les représentants de l’AfD de «traîtres à la patrie». Alice Weidel a répliqué: la rhétorique de guerre sert à détourner l’attention de leur propre échec économique, qui a conduit l’Allemagne à la désindustrialisation.
La politique étrangère de Merz est un boulet sur le plan international. L’Allemagne a échoué dans sa candidature à un siège au Conseil de sécurité de l’ONU. De plus, le gouvernement fédéral a laissé tomber l’économie allemande lors du Forum économique international de Saint-Pétersbourg (SPIEF) – le sommet le plus important pour les matières premières dans le monde des BRICS – sans lui apporter de soutien. Rien que cela représente deux défaites diplomatiques en une seule semaine.
Ce que le voyage de l’AfD a révélé
Sans la délégation de l’AfD, des faits économiques majeurs seraient restés absents du débat public. Ainsi, Matthias Schepp, de la Chambre de commerce extérieure germano-russe, a confirmé: environ 1600 entreprises allemandes sont encore actives en Russie, avec un chiffre d’affaires global de 20 milliards d’euros. Avant les sanctions, l’Allemagne était le principal partenaire commercial européen de la Russie.
Ce vide est aujourd’hui principalement comblé par la Chine: rien que durant le premier trimestre de cette année, 1400 nouvelles entreprises chinoises ont été enregistrées en Russie. Selon le directeur du DIW, le préjudice économique subi par l’Allemagne à cause des sanctions pourrait s’élever à 200 milliards d’euros.
Les États-Unis rappellent à l’Europe l’histoire culturelle de la Russie
Tandis que les États membres de l’UE boycottaient le forum, Washington a envoyé Rodney Mims Cook, président de la commission culturelle américaine. Il a évoqué les liens culturels séculaires avec la Russie – de l’architecture de Saint-Pétersbourg au ballet.

Le député européen de l’AfD, Petr Bystron (photo), a commenté sèchement: c’est une honte pour l’Europe qu’après 2000 ans d’histoire commune, il faille une intervention des États-Unis pour rappeler l’importance culturelle de la Russie.
Poutine : le gaz pourrait être livré dès demain !
La révélation la plus explosive du voyage: Poutine a publiquement déclaré que la Russie était prête à «livrer du gaz à l’Allemagne dès demain».
Ainsi, selon leurs propres dires, les représentants de l’AfD réfutent la thèse selon laquelle le gaz russe ne serait tout simplement plus disponible – et renouvellent leur exigence: une clarification sur la destruction des gazoducs Nord Stream.
22:01 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : russie, allemagne, afd, actualité, gaz, gaz russe, europe, affaires européennes |
|
del.icio.us |
|
Digg |
Facebook
Qui contrôle les semences contrôle l’alimentation: l’UE ouvre la voie à une nouvelle expansion des grands groupes

Qui contrôle les semences contrôle l’alimentation: l’UE ouvre la voie à une nouvelle expansion des grands groupes
Plus de diversité? Non – Bruxelles réforme le marché des semences au profit des grands acteurs
Source: https://uncutnews.ch/wer-das-saatgut-kontrolliert-kontrol...
L’UE présente sa nouvelle réforme des semences comme une victoire pour la biodiversité, l’innovation et les variétés locales. Dans le communiqué de presse du Conseil de l’Union européenne, il est question d’«agro-biodiversité», de «variétés de conservation» et de «plus de flexibilité». Mais derrière ce langage séduisant se cache une tout autre réalité:
Celui qui contrôle le marché européen des semences aura désormais la tâche encore plus facile. Les petits acteurs, eux, resteront en marge.
Le nouveau règlement sur les «matériels de reproduction des plantes» – c’est-à-dire les semences, boutures, plants et autres matériaux de multiplication – remplace un patchwork de dix directives par un cadre réglementaire unique pour toute l’UE. Officiellement, il s’agit de modernisation et de simplification. En réalité, cependant, le principe de base reste inchangé:

Les semences devront toujours être enregistrées et certifiées avant de pouvoir être mises sur le marché. (consilium.europa.eu)
C’est précisément là que réside le cœur du problème.
Car si les grands groupes semenciers disposent de leurs propres services juridiques, d’experts en homologation et de budgets de plusieurs millions, l’enregistrement, les contrôles et les obligations de documentation représentent souvent un obstacle presque insurmontable pour les petits sélectionneurs.
Les gagnants sont déjà connus:
Bayer (Allemagne)
Corteva (États-Unis)
Syngenta (Suisse/Chine)
BASF (Allemagne)
Ces groupes contrôlent déjà aujourd’hui une part considérable du marché mondial des semences commerciales. Pour eux, un marché intérieur européen harmonisé signifie avant tout: une expansion facilitée au-delà des frontières nationales.
Bruxelles parle certes de «règles facilitées» pour les variétés de conservation et les plantes adaptées localement. Mais des organisations paysannes, des réseaux de semences et des associations de sélectionneurs mettent en garde depuis longtemps: la réforme risque de restreindre encore davantage les droits des petits producteurs. Déjà lors des phases de négociation précédentes, des organisations comme IFOAM, ARCHE NOAH et Via Campesina ont critiqué le fait que l’échange de semences entre agriculteurs serait limité et que la diversité serait corsetée par des réglementations. (IFOAM Organics Europe)
Le langage employé dans le communiqué de presse est particulièrement frappant. On retrouve sans cesse les expressions:
- documentation numérique,
- techniques biomoléculaires,
- traçabilité,
- contrôles harmonisés,
- cadres officiels de surveillance.
Cela sonne comme de l’efficacité. Mais cela signifie aussi :
Plus de contrôle centralisé sur quelles semences peuvent être vendues, par qui et sous quelles conditions.

L’UE affirme que la réforme renforcera la biodiversité. Mais la véritable diversité ne naît pas de systèmes réglementaires toujours plus complexes, mais de milliers de paysans, de petits sélectionneurs et d’initiatives régionales qui peuvent travailler de façon indépendante.
La question gênante est donc la suivante:
Comment un petit conservateur de semences avec quelques employés peut-il rivaliser avec des groupes qui brassent des milliards et disposent de départements entiers pour la conformité et les autorisations?
La réponse est sans appel: il ne le pourra quasiment pas.
Le nouveau règlement semencier ressemble donc moins à une libération pour la diversité européenne qu’à une nouvelle étape d’un système hautement réglementé, dans lequel les grands peuvent continuer à croître tandis que les petits doivent se contenter d’exceptions.
Bruxelles parle d’harmonisation.
Les critiques parlent d’industrialisation et de centralisation rampantes de notre approvisionnement alimentaire.
Car celui qui contrôle les semences mises sur le marché contrôle, à terme, ce qui pousse dans les champs européens – et donc une part décisive de notre souveraineté alimentaire.
21:31 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : agriculture, actualité, europe, affaires européennes, semences, union européenne |
|
del.icio.us |
|
Digg |
Facebook
Au-delà de la remigration: les questions que la politique italienne n’aborde pas

Au-delà de la remigration: les questions que la politique italienne n’aborde pas
Luca Bagatin
Source: https://amoreeliberta.blogspot.com/2026/06/oltre-la-remig...
La remigration fut, historiquement, un projet promu par le syndicaliste et écrivain jamaïcain Marcus Garvey (1887-1940) (photo).
Garvey fut parmi les premiers promoteurs du mouvement panafricain, fondé sur l’unité des peuples d’origine africaine et sur la recherche de leur autodétermination et de leur émancipation, sur les plans culturel, politique et économique, afin de s’affranchir du colonialisme et du racisme européen et américain.
Son slogan, « L’Afrique aux Africains », s’inscrivait dans cette logique et il fut l’un des premiers à théoriser la naissance d’une nation africaine forte, souveraine et indépendante.
C’est dans ce contexte qu’est né son concept de remigration, ou de « retour en Afrique » (Back to Africa), c’est-à-dire encourager le retour volontaire en Afrique des peuples qui avaient dû la quitter, afin de s’affranchir des sociétés occidentales et de travailler à la construction d’une nation africaine sur leur terre d’origine.
Un projet souvent saboté par les gouvernements occidentaux, qui tiraient leur force du colonialisme et de l’exploitation des Africains.
Le panafricanisme d’inspiration nationaliste de Garvey, mais aussi celui d’inspiration socialiste de W. E. B. Du Bois, ont d’ailleurs beaucoup influencé les mouvements pour les droits civiques et des personnalités politiques telles que Thomas Sankara, Kwame Nkrumah, Mouammar Kadhafi et, plus récemment, Kemi Seba.
Cela a de quoi surprendre d’entendre une certaine extrême droite italienne parler aujourd’hui de « remigration », en utilisant ce terme à des fins de propagande et en ignorant sa signification originelle.
Dans leurs programmes et projets, il n’est en effet jamais fait mention des responsabilités occidentales, ni des guerres d’invasion et de prédation menées contre les peuples du Tiers et du Quart Monde, qui figurent parmi les principales causes de l’immigration de masse.
Un aspect, d’ailleurs, qui n’est nullement abordé non plus par la droite gouvernementale ni par la prétendue gauche d’opposition, en Italie.
Peut-être parce que l’immigration arrange les entreprises, qui peuvent ainsi payer moins leurs employés immigrés. Peut-être parce que nous continuons d’être alliés à des gouvernements qui, ces guerres d’exportation de mort et de prédation, continuent de les mener ou, comme la France et/ou les États-Unis, continuent d’être fiers de leur passé colonial et de leur présent néocolonial.
Ce qui devrait pourtant scandaliser, c’est qu’il existe encore des forces politiques qui agitent des épouvantails propagandistes, sans jamais aller au cœur du problème.
Et ce sont, malheureusement, la très grande majorité.
Il est étonnant que l’on crie au scandale lorsqu’un crime est commis par un immigré, alors que l’on s’abstient de le faire lorsqu’il est commis par un compatriote.

Et ainsi, on sous-estime le phénomène, extrêmement dangereux, des bandes de jeunes, des viols, des violences domestiques ou en maison de retraite, des féminicides. On pense tout résoudre avec des mesures ridicules comme le bracelet électronique ou l’assignation à résidence, au lieu d’introduire et d’appliquer des peines sévères et exemplaires, qui pourraient aller jusqu’à la déchéance de la nationalité et la perpétuité incompressible, y compris pour les citoyens italiens qui commettent des crimes contre la personne, surtout s’ils visent des mineurs, des personnes âgées ou des personnes incapables de se défendre.
On parle à tort et à travers de « remigration », mais on se garde bien de parler de la défense des droits humains de chaque victime de violence. Une violence de plus en plus répandue dans les rues et qui n’est aucunement endiguée par une classe politique qui, en dehors de la propagande électorale, se garde bien d’intervenir et de soulever sérieusement la question, en la plaçant au premier plan de l’agenda politique.
Est-il possible qu’il existe des pays où, si un mineur commet un délit ou des actes de violence contre une personne, il va en prison dès l’âge de 12 ans (et, à mon avis, il serait juste qu’il soit également incorporé dans l’armée à 18 ans, afin d’être utile à la société toute sa vie et d’apprendre la discipline) et où les parents sont sanctionnés par une amende et un parcours de rééducation, alors qu’en Italie cela n’existe pas ?
Sans une société moralement assainie et ordonnée, on n’ira pas loin et les violations des droits des victimes n’iront qu’en augmentant de façon démesurée, mais cela, la classe politique ne veut ni le comprendre, ni en assumer la moindre responsabilité.
L’agenda politique devrait être centré sur peu mais de vrais points fondamentaux, dont personne ne parle actuellement dans ce pauvre pays : justice sociale, souveraineté nationale, indépendance économique, ordre et respect d’autrui.
Et tout cela n’est ni de droite, ni de gauche, mais devrait, à mon sens, être au service de la communauté.
Une communauté qui devrait enfin être placée au centre. Non pas au sens politique ou idéologique (d’autant que, désormais, ceux qui se disent du centre regardent vers l’extrême droite), mais au sens pratique et pragmatique.
Luca Bagatin
https://amoreeliberta.blogspot.com
20:55 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, remigration, italie, europe, affaires européennes |
|
del.icio.us |
|
Digg |
Facebook
lundi, 15 juin 2026
La leçon de Belfast

La leçon de Belfast
Andrea Marcigliano
Source: https://electomagazine.it/la-lezione-di-belfast/
Belfast est en flammes. Protestants et catholiques, laissant de côté, pour un instant, les vieilles rancœurs et les vengeances, sont descendus dans la rue. Et ils mettent à feu et à sang tout l’Ulster.
Un immigré, qui serait soudanais, poignarde un passant. Et tente ensuite de le décapiter. Mais il est en Irlande, et là-bas, on n’est pas habitué à subir sans réagir. Des décennies de guerre civile ont forgé les hommes. Et l'intervention d'un riverain l’arrête.
Ensuite, explose la fureur populaire. Contre les immigrés, pour une fois. Et Starmer, depuis Londres, déplore la situation. Il envoie des troupes. Défend un modèle multiculturel qui se révèle pour ce qu’il est: un échec total.
Et c’est justement là que réside la leçon de l’Irlande du Nord.
La démonstration, dramatique, que l’utopie de la société multiethnique promue par certains modèles progressistes n’est qu’une illusion.
Pire encore : c’est l’antichambre de la tragédie qui s’apprête à nous submerger.
Bien sûr, les Irlandais sont des Européens à part. Forgés par des décennies de guerre civile, ils ne sont pas habitués à subir sans réagir.
À détourner les yeux, indifférents ou effrayés, pour ne pas voir ce qui se passe dans leurs villes.
Ou plutôt, dans nos villes. Car ce qui s’est passé à Belfast n’est qu’un épisode rendu visible par la réaction populaire.

Mais des situations similaires se voient, et se vivent désormais, dans toute l’Europe occidentale.
Une Europe qui a été soumise à une immigration sauvage. Qui n’a servi que certains cercles économiques auto-référentiels, pour leurs propres intérêts. Indifférents aux dégâts dévastateurs qu’ils causaient, et causent encore, à nos pays.
Et cela, sans apporter, par ailleurs, aucun avantage à l’Afrique. Bien au contraire, en lui retirant ses forces vives, incapables de s’intégrer et donc plus facilement exploitables. Et en abandonnant la masse des Africains dans une misère indescriptible. Les condamnant, littéralement, à mourir de faim.
À nous, on raconte le conte de l’intégration multiraciale. D’un monde d’égaux, plus beau et plus juste.
En réalité, ils exploitent simplement des ressources qui seraient nécessaires dans leurs pays d’origine, et les exploitent sans aucune perspective de rédemption future.
C’est à nous, pourtant, qu’on en fait payer le prix. À nous, simples Européens, qui sommes progressivement marginalisés, remplacés. Réduits à l’état de « réserves » pour espèces en voie de disparition.
Certes, la réaction de Belfast est une fureur aveugle. Et elle ne fait de cadeau à personne.
Et il est tout aussi certain que beaucoup d’immigrés viennent en Europe pour chercher du travail, pas pour commettre des délits.
Toutefois, le problème est d’ordre plus général.
Nous subissons un processus de substitution ethnique pour les intérêts de quelques cercles économiques.
Et cela n’a, ni ne pourra jamais avoir, de justification idéologique.
Belfast n’est qu’un signal. Fort, parce que fort est l’esprit combatif des Nord-Irlandais.
Mais toute l’Europe occidentale est désormais soumise à une pression indicible.
Et elle pourrait facilement exploser d’un moment à l’autre.
Tragique, certes. Mais la catharsis régénératrice passe toujours par la tragédie. Malheureusement, c’est le sang qui purifie, pas les bavardages.
20:24 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : actualité, belfast, irlande, ulster, europe, affaires européennes |
|
del.icio.us |
|
Digg |
Facebook
L’UE et Londres craignent leur propre escalade

L’UE et Londres craignent leur propre escalade
Elena Fritz
Source: https://t.me/global_affairs_byelena
Autour de possibles négociations quant à l’Ukraine, un nouveau jeu d’information se déploie. Officiellement, il s’agit de formats, de conditions et d’interlocuteurs. Mais en réalité, il s’agit de bien plus: l’UE et la Grande-Bretagne souhaitent manifestement s’asseoir à la table maintenant, car leur propre rôle dans la guerre devient dangereusement visible.
Moscou continue de se référer à la « ligne d’Anchorage », c’est-à-dire aux ententes entre Poutine et Trump, nouées en Alaska. Ce qui y a été convenu reste flou. Officiellement, un seul point est mentionné: le retrait des troupes ukrainiennes du Donbass. La Russie n’exclut pas des discussions avec les soutiens européens de Kiev, mais seulement dans cette logique, et non selon le scénario bruxellois.
Kiev tente de contrer cette ligne. Zelensky réclame des négociations directes et un gel du front. Mais le ton adopté est tel que Moscou ne peut guère y répondre. De Berlin aussi, on entend soudain que le moment serait venu pour un règlement.
La question est: pourquoi précisément maintenant?
La guerre a changé. L’Ukraine ne combat plus uniquement avec des armes occidentales sur son propre sol. Une partie de la production militaire est transférée dans des pays de l’UE. Des drones de longue portée y sont développés. Des structures militaires, industrielles et logistiques, appartenant à des États occidentaux, sont de plus en plus intégrées dans l’effort de guerre ukrainien.
Cela crée une nouvelle donne: l’Ukraine peut frapper la Russie plus en profondeur – mais de plus en plus avec l’aide de structures ouest-européennes.
Pour Kiev, c’est un avantage. Pour Bruxelles, Londres et Berlin, c’est un risque. Car plus la production, la logistique et le soutien technique sont organisés depuis l’espace de l'UE et de l'OTAN, plus il devient difficile d’affirmer qu’on n’est qu’un « soutien » et non une partie prenante de l’architecture de guerre.
À cela s’ajoute: cet avantage est limité dans le temps. La Russie va adapter sa défense anti-aérienne. Les nouvelles routes de drones sont surtout efficaces au début. Ensuite, l’adversaire s’adapte. C’est justement pour cette raison que l’UE et la Grande-Bretagne disposent d’une fenêtre temporelle étroite: négocier maintenant, tant que la pression fonctionne encore – et avant que Moscou ne fasse de l’implication ouest-européenne un sujet central.
En effet, les frappes contre Kiev impressionnent peu les soutiens occidentaux de l’Ukraine. Elles n’atteignent pas les structures qui permettent désormais de consolider une partie de la capacité militaire ukrainienne. Du point de vue russe, une autre conclusion s’impose donc: si les États de l’UE et la Grande-Bretagne s’impliquent de plus en plus, ils pourraient finir par payer eux-mêmes le prix de ce rôle.
Cela ne veut pas dire que la guerre s’étendra à l’Europe de l’Ouest dès demain. Mais la menace plane: les sites de production militaire qui travaillent directement pour l’Ukraine pourraient entrer dans la logique de dissuasion russe.
Dans ce contexte, les nouveaux signaux de négociation prennent une autre dimension. Il ne s’agit pas seulement de paix. Il s’agit aussi de contenir une escalade que Bruxelles, Londres et certaines capitales ont elles-mêmes contribué à préparer. Un gel du front soulagerait Kiev, gagnerait du temps et stabiliserait la production. Pour Moscou, ce serait sans doute un «Minsk nouvelle version»: un cessez-le-feu comme pause, non comme solution.
Pour l’Allemagne, c’est particulièrement dangereux. Berlin participe à une logique d’escalade dont elle ne contrôle pas l’issue. Or l’intérêt allemand n’est pas de déplacer les risques de la guerre ukrainienne dans l’espace de sécurité allemand et européen.
Qui fait venir la production d’armement ukrainienne dans des pays de l’UE, n’importe pas seulement des capacités. Il importe aussi des risques en tant que cible.
C’est pourquoi l’Allemagne devrait désormais insister sur la limitation: pas de fuite en avant, pas de transfert d’infrastructure militaire ukrainienne dans notre espace de sécurité, pas de négociations comme simple pause avant la prochaine guerre.
Car plus l’UE et la Grande-Bretagne font entrer la guerre, sur le plan technique, en Europe de l’Ouest, moins elles peuvent, sur le plan politique, prétendre rester en dehors de ce conflit.
#geopolitique@global_affairs_byelena
18:32 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : ukraine, europe, affaires européennes, union européenne |
|
del.icio.us |
|
Digg |
Facebook
dimanche, 14 juin 2026
Que se passe-t-il en Albanie? - La révolte contre le projet méditerranéen d'Israël

Que se passe-t-il en Albanie?
La révolte contre le projet méditerranéen d'Israël
Oğul Tuna
Oğul Tuna sur les ambitions méditerranéennes grandissantes d’Israël et le soulèvement en Albanie.
Le célèbre entêtement du peuple albanais s’est manifesté une fois de plus, cette fois d’une manière qui pourrait bien entraîner toute la Méditerranée et l’Europe dans la controverse.
Les Balkans sont actuellement secoués par ce qui est devenu la réaction populaire politique la plus passionnée et la plus profonde de ces dernières années dans la région. Lors de manifestations largement ignorées par les médias occidentaux, des milliers de personnes ont occupé les rues de Tirana, la capitale, ainsi que celles de Vlorë, tout au long de la semaine passée.
Au centre de la colère populaire, on retrouve les États-Unis et Israël. Bien qu’ils ne soient pas la cause initiale des troubles, les manifestants dirigent leurs slogans et leurs banderoles vers Washington et Tel-Aviv. Les personnes considérées comme directement responsables sont Jared Kushner, le gendre du président américain Donald Trump, et sa fille Ivanka Trump. L’indignation s’est accrue depuis que des projets ont été révélés pour transformer l’île de Sazan (photos), au large des côtes albanaises et autrefois base militaire soviétique, en un gigantesque complexe de tourisme de luxe.


Pourquoi ces figures sont-elles visées ?
Dans le cadre du projet de Kushner et Ivanka, les îles albanaises de Sazan et Zvërnec s’ouvriraient au « tourisme ». Mais il s’agit, sans doute, d’un type de tourisme très particulier. Pour citer l’intellectuel turc Yalçın Küçük, on pourrait dire que « la dégradation humaine » est à nouveau utilisée comme prétexte, ou peut-être comme couverture, dans cette région pittoresque des Balkans:
Peut-être que l’un des mots les plus ignobles est « tourisme ». On peut comprendre le communisme ou le socialisme. Mais le “isme” du tour correspond à la corruption de l’homme, et avec le temps j’ai compris qu’il s’agissait du mode de mouvement du dégénéré (Caligula : Saralı Cumhur, p. 16).
Dans la lignée de l’observation de Küçük, derrière un projet qui pourrait transformer une région déjà gangrenée par la mafia et la dépendance extérieure – non seulement l’Albanie, mais une grande partie des Balkans – en une société entièrement dévouée à servir les étrangers, on retrouve des acteurs bien connus. Selon un reportage de Fırat Çelik (GZT), l’initiative est menée par le fonds d’investissement de Kushner, Affinity Partners. Le projet devrait coûter 6 milliards de dollars, financés, dit-on, par des capitaux du Golfe et d'Israël.
Le développement comprend tout ce que l’on attend: hôtels de luxe avec des milliers de chambres, marinas, villas privées, etc. Tandis que l’on débat de la « dubaiïsation » d’Istanbul, c’est désormais un projet de « dubaiïsation » de l’Albanie qui se profile. Cette vision inquiète non seulement les Albanais, mais aussi de nombreux internautes à travers le monde. En effet, depuis les révélations sur Jeffrey Epstein et la publication de documents connexes, certains craignent qu’une nouvelle version de Little Saint James, plus connue sous le nom d’Île Epstein, ne soit installée dans cette partie du monde.

Quelles que soient les spéculations et les allégations, le contexte général et les connexions en jeu ont poussé les manifestants à descendre dans la rue depuis plusieurs jours, exprimant leur opposition à de nombreuses figures, du Premier ministre socialiste Edi Rama à Ivanka Trump. Selon le média Harici, Ivanka aurait visité l’Albanie plus tôt cette année et se serait rendue sur l’île de Sazan, aujourd’hui intégrée à un parc national.
Rama, qui a qualifié le projet de « fake news » et affirmé que les manifestations de rue étaient soutenues par l’Iran, avait déjà fait face à des protestations en février dernier concernant des accusations de corruption. Le Premier ministre, qui s’emploie activement à faire entrer l’Albanie dans l’Union européenne, a également été critiqué pour ses séances photo extravagantes avec des dirigeants de l’UE et pour ses déclarations lors d’une visite en Israël en janvier 2026. S’adressant à la Knesset, Rama a déclaré :
Me tenir devant Netanyahou, l’un des plus grands orateurs du monde, me fait trembler les genoux.
Lors d’une rencontre avec le président israélien, Rama a également lancé cette invitation :
D’ailleurs, nous sommes prêts à accueillir à bras ouverts tous les Israéliens qui souhaitent venir ici : touristes, entrepreneurs, artistes, écrivains, travailleurs de la haute technologie, ou ceux qui s’occupent des personnes âgées. Dans ce pays, situé au cœur de l’Europe, sur les rives de deux mers et entouré de nombreux fleuves, nos portes sont ouvertes à ceux qui veulent construire leur maison ici. Dans une géographie très restreinte, dans un pays aussi petit que l’Albanie, la nature offre tout ce que l’on peut rechercher.
La question de fond : la Méditerranée est-elle la véritable cible ?
Même si les manifestations en Albanie dominent actuellement les débats dans les Balkans et la Méditerranée orientale, une lecture plus large oblige à se demander: la Méditerranée elle-même n’est-elle pas la véritable cible ?
Après tout, nous approchons de l’anniversaire de la guerre Iran-Israël-États-Unis. Au cours de l’année écoulée, de nombreux rapports sur des investisseurs et entrepreneurs israéliens sont parus. De nombreux commentateurs ont écrit sur la façon dont le gouvernement de Tel-Aviv, qui cherche à établir un front aux côtés de la Grèce et de Chypre du Sud contre la Turquie, a accru ses activités, notamment dans le sud de l’île.

Bien sûr, ces activités ne se limitent pas au domaine militaire et politique. Selon un article publié en mai par Ecem Şahinli Ögüç (Anadolu Agency), le village de Trozena, près de Limassol, aurait été racheté par des Israéliens, les habitants chypriotes-grecs étant apparemment empêchés d’y entrer.
En parallèle des nombreuses analyses avertissant que le nord de Chypre devient une cible de l’intérêt israélien et que la sécurité de la République turque de Chypre du Nord est de plus en plus menacée, on constate également que la région est devenue une destination pour les investisseurs et colons israéliens. De même, après l’intensification de la guerre contre l’Iran, de nombreux Israéliens auraient fui non seulement vers Chypre du Sud, mais aussi vers le nord. Selon un rapport d’août 2025 d’Emir Abdurrahman Bulut (Independent Türkçe), le mouvement Loubavitch (Chabad) et divers investisseurs y auraient acquis des biens depuis longtemps. Le sujet a pris tant d’ampleur que les autorités chypriotes du Nord et les médias israéliens se sont affrontés l’an dernier après la multiplication des titres affirmant que «Chypre du Nord est aussi un problème israélien».

En mai 2026, The Jerusalem Post attire l’attention sur un tout autre pays. Une entreprise israélienne, IDM Kalamata Monoprosopi AE, envisagerait d’investir 136,5 millions d’euros à Kalamata (photo), dans le sud de la Grèce. Ce projet vise à attirer aussi bien des touristes étrangers que des personnes intéressées par l’achat de biens immobiliers dans la région.
Bien entendu, dans une logique d’économie de marché, la nationalité ou l’identité du capital est généralement jugée indifférente. C’est pourquoi, du côté des responsables albanais, désireux d’accélérer l’intégration à l’Occident et d’attirer les investissements étrangers, l’origine des fonds importe peu. Mais dès que l’on prend du recul et que l’on examine la carte des investissements, des reportages et des réactions publiques qui se multiplient, il devient difficile d’ignorer qu’il se passe quelque chose d’important sur la façade orientale de la Méditerranée européenne.
Du moins, c’est ainsi que les manifestants albanais perçoivent la situation. Après une semaine entière de mobilisation, ils continuent de remplir les rues de cris et de slogans vigoureux. Comme le déclare Rama, ce ne sont peut-être pas les plus grandes manifestations qu’il ait connues, mais il serait difficile de parler d’un mouvement qui s’essouffle. Ce qui doit le plus l’inquiéter, c’est que des Albanais de toutes origines sociales et de toutes tendances politiques se sont unis contre lui et contre le projet.
Ces manifestations feront-elles tomber le gouvernement ou déclencheront-elles un effet domino en Europe ? Il est encore trop tôt pour le dire. Il faut se rappeler que de nombreux Européens, tout comme les Albanais et leurs voisins, sont de plus en plus conscients que les citoyens ordinaires souffrent, tandis que leurs gouvernants semblent absorbés par des projets qui ne servent guère les intérêts de leur pays. Dès lors, il ne serait guère surprenant que l’été voie éclore des manifestations similaires dans de nombreuses autres villes européennes, au-delà de Tirana.
(Traduit du turc)
15:56 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : albanie, sazan, balkans, europe, affaires européennes |
|
del.icio.us |
|
Digg |
Facebook
samedi, 13 juin 2026
Blocus maritimes

Blocus maritimes
Andrea Marcigliano
Source: https://electomagazine.it/blocchi-marittimi/
Kaja Kallas ne se dément pas. Elle annonce, avec une joie toute triomphante, que l’UE a «autorisé» le blocus et la saisie des navires marchands russes, ou soupçonnés de transporter des marchandises russes, dans toute la Méditerranée.
«Autorisé». Au nom de quel droit, sur quelles bases juridiques, cela n’est cependant pas précisé. Et, d’ailleurs, cela ne semble pas inquiéter Kallas. Son interprétation du rôle de «ministre des affaires étrangères» de la fantomatique Union européenne a de quoi, pour le moins, laisser perplexe.
Car, au lieu de chercher des solutions diplomatiques aux différends, la gentille dame semble vouloir pousser, avec toutes ses – il est vrai assez limitées – énergies, en direction de la guerre.
Mais cela importe finalement peu. Tout comme, sur la scène internationale, Kallas et ses ardeurs bellicistes comptent peu, voire pas du tout.
Ce qui nous intéresse ici, c’est le soi-disant «blocus naval» anti-russe en tant que tel.
Admettons, sans vraiment le concéder, qu’il soit réellement possible: à qui nuirait-il?
Certainement à l’Espagne, qui achète ouvertement du pétrole et du gaz à la Russie, à des prix bien inférieurs à ceux pratiqués par les États-Unis.
Et puis à tous ces pays méditerranéens qui ont recommencé, discrètement peut-être, à importer de Russie, au mépris des blocus décidés par Bruxelles.
Moscou, elle, n’en subirait qu’un préjudice relatif. D’autant que ses marchés se sont considérablement élargis, devenant mondiaux.
Aujourd’hui, la majeure partie de la production russe part vers la Chine, l’Inde et d’autres pays du monde.

Le Kremlin peut regarder le blocus européen avec une tranquille indifférence.
D’autant plus qu’il pourra continuer à miser sur ses excellentes relations avec le monde du Maghreb, en fournissant à ces pays du pétrole et ses dérivés, qui seront ensuite exportés vers l’Europe à des prix nettement majorés.
En réalité, ce «blocus», annoncé par la fantasque et imprévisible dame estonienne, a une signification politique précise. Une signification pour le moins très inquiétante.
C’est, sans détour, une véritable déclaration de guerre.
Car bloquer les exportations de la Russie, c’est tout simplement entrer ouvertement en guerre avec Moscou.
Et cela, le Kremlin le sait pertinemment.
Les récentes déclarations de Lavrov en sont la preuve.
Le ministre des Affaires étrangères russe, de tout temps le plus mesuré de l’establishment moscovite, a déclaré clairement qu’il n’y a désormais plus aucune possibilité de dialogue ou de médiation diplomatique avec l’Europe.
La parole est aux armes.
Et il l’a dit avec colère, certes, mais aussi avec une pointe de tristesse.
La frustration de celui qui, ces derniers mois, s’est beaucoup investi pour chercher une solution concertée à la crise ukrainienne.
Et qui s’est heurté à la volonté obtuse et belliciste de Londres et de Bruxelles.
La joyeuse cigale estonienne, donc, peut bien jubiler en annonçant de fantaisistes blocus navals.
Nous, en revanche, avons de quoi nous inquiéter. Et gravement.
18:11 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : blocus naval, actualité, europe, méditerranée, affaires européennes |
|
del.icio.us |
|
Digg |
Facebook

