samedi, 25 avril 2026
Et Sofia ouvre la voie

Et Sofia ouvre la voie
Andrea Marcigliano
Source: https://electomagazine.it/e-sofia-prende-il-largo/
Ils n'ont jamais la paix à Bruxelles. Jamais un moment de tranquillité pour von der Leyen, Kàllas et leur cour d’eurocrates.
Ils venaient à peine de finir de fêter, semble-t-il, le supposé retour de Budapest au sein de la famille commune, que voilà qu’apparaît déjà une nouvelle crise.
Et une crise vraiment amère à avaler.
La Bulgarie a voté. Et, avec un résultat de proportions vraiment bulgares, c’est Rumen Radev qui l’a emporté, déjà président de la République, qui a démissionné précisément pour se présenter aux législatives.
Et avec un programme précis: renouer les relations avec Moscou. Mettre fin à un ostracisme absurde qui met à rude épreuve l’économie d’un pays encore en voie de développement.
Le désespoir de nos vestales du dit «européisme». Qui voudraient que tous les pays de l’UE se plient aux diktats de la Commission de Bruxelles.
Et qui aiment ce Parlement européen dont la compétence principale consiste à disserter sur la courbure des bananes.
Laissant à d’autres le soin de faire de la politique.
Mais il y aurait, cependant, un petit détail. Qui inquiète les eurocrates et leurs naïfs supporters.

Radev (photo) est un homme de gauche. Et grâce à lui, la gauche revient au gouvernement de Sofia, en délogeant une «droite» dépenaillée et totalement alignée sur les diktats de l’UE.
Gauche, mais pro-russe, nous suggère la machine de la calomnie ordinaire.
Plutôt, réaliste. Et, donc, conscient que pour la Bulgarie, il est impossible de faire abstraction de ses relations avec Moscou.
Une relation profonde, historique et culturelle, bien plus qu'économique comme elle l’est aujourd’hui, l'économie étant devenue incontournable.
Radev est parfaitement conscient du lien historique entre Bulgares et Russes. Ce n’est pas un hasard si l’alphabet cyrillique a été conçu par les saints Cyrille et Méthode pour écrire le bulgare, puis a été adapté à la langue russe.

Ce n’est pas non plus un hasard si Sofia porte encore les traces de la libération du joug ottoman portée par les armées des tsars.
Et, bien sûr, il y a aussi l’intérêt immédiat.
La Bulgarie est un pays en forte croissance. Pour cela, elle dépend en grande partie du gaz et du pétrole qui lui arrivent de Moscou.
Couper ce cordon ombilical, et acheter des hydrocarbures aux compagnies pétrolières américaines, comme le prétendraient les eurocrates asservis, serait pire qu’un simple dommage.
Ce serait un véritable suicide. De nature à repousser tout le pays vers un état de retard et de sous-développement.
Radev, donc, a brandi le drapeau de l’intérêt national. Et il a largement remporté la victoire.
Droite et gauche n’ont plus d’importance. Ce ne sont que des vestiges du passé. Il faut maintenant faire face à la réalité.
On ne peut que le constater: cette affaire bulgare constitue un signal clair.
L’UE, avec ses prétentions et son service à des intérêts qui n’ont rien à voir avec les peuples européens, n’est qu’un corbillard.
Ils mettent, ou croient avoir mis, un pansement sur la plaie hongroise. Et, aussitôt, apparaît une nouvelle faille en Bulgarie.
Un système de pouvoir déconnecté de la réalité. Et lié à des intérêts qui n’ont rien à voir avec ceux de la véritable Europe.
Ce système est en train de mourir. En fait, il semble déjà être dans un état avancé de décomposition.
17:02 Publié dans Actualité, Affaires européennes, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, bulgarie, rumen radev, europe, balkans, affaires européennes |
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jeudi, 23 avril 2026
"Superautoritaire" : Règlement de comptes avec la reine de Bruxelles

"Superautoritaire": Règlement de comptes avec la reine de Bruxelles
Par Karl Brüning
Source: https://www.compact-online.de/superautoritaer-abrechnung-...
Ursula von der Leyen règne sur l’Europe comme une souveraine absolue. Maintenant, son compagnon de longue date se lâche. Une femme extrêmement dangereuse, dont le casier judiciaire a été compilé dans l’édition de COMPACT intitulée "La dictatrice – La guerre éclair contre les peuples". Plus important que jamais ! Découvrez-en plus ici: https://www.compact-shop.de/shop/compact-magazin/compact-5-2025-die-diktatorin-blitzkrieg-gegen-die-voelker/.
Pendant cinq ans, Charles Michel et Ursula von der Leyen ont travaillé côte à côte à la tête de l’Union européenne. Mais ce que dit maintenant l’ancien président du Conseil européen et Premier ministre belge en public ressemble à une véritable liquidation. Dans une interview accordée au Brussels Times, Michel ne mâche pas ses mots à l’encontre de son ancienne collègue :
« Il y a une gestion superautoritaire. Les commissaires européens ne jouent plus aucun rôle. »
Alors que von der Leyen est devenue célèbre en Allemagne sous le nom de Flintenuschi (ministre de la Défense - "Ushi Carabine"), elle a reçu dans l’appareil de l’UE un autre surnom : Queen of Brussels (Reine de Bruxelles). Cela n’a jamais été une flatterie. La querelle entre elle et Michel dure depuis des années.

Deux carrières, une lutte pour le pouvoir
Michel et von der Leyen sont tous deux issus de l’establishment européen. Le premier, fils d’un politicien européen belge, a dirigé son pays de 2014 à 2019 en tant que Premier ministre, avant d’être élu président du Conseil européen, l’organe qui rassemble les chefs d’État et de gouvernement des États membres.
Von der Leyen, fille de l’ancien ministre-président de Basse-Saxe Ernst Albrecht (CDU), décédé en 2014, au départ médecin et ancienne ministre de la Défense sous Angela Merkel, a pris en 2019 la tête de la Commission. Tous deux ont été reconduits en 2024 pour un second mandat. Michel a démissionné prématurément pour se porter candidat aux élections européennes. Il a échoué.
La Commission européenne, dirigée par von der Leyen, est l’exécutif de l’UE, elle propose des lois, supervise leur mise en œuvre et gère le budget. Les 27 commissaires, un par État membre, doivent y participer de façon équitable. La Conseil européen, que Michel a dirigé jusqu’en 2024, représente les chefs d’État et de gouvernement des États membres et fixe les orientations politiques. Les deux institutions doivent se contrôler mutuellement. Mais selon Michel, von der Leyen a systématiquement démantelé cet équilibre.
Il l’accuse de concentrer tous les pouvoirs dans son propre bureau et de réduire les commissaires à de simples fonctionnaires administratifs. Michel ne mâche pas ses mots : « Jamais dans le passé, je n’ai rencontré un collègue posant autant de difficultés dans la collaboration. Jamais. »

Sofagate et plans pour les services secrets
Les tensions ont éclaté dès avril 2021, lors de l’incident "Sofagate" à Ankara, lorsque Michel a pris la seule chaise disponible à côté du président turc Erdoğan, tandis que von der Leyen a été reléguée sur un canapé sans siège réservé. Elle avait alors évoqué un sexisme. Michel dément encore aujourd’hui :
« Le protocole a été parfaitement respecté. La Commission a décidé d’instrumentaliser cet incident pour accroître son pouvoir et s’immiscer dans des affaires qui ne relèvent pas de sa responsabilité. »
La fracture s’est creusée. Lors de la crise au Moyen-Orient en 2023, von der Leyen s’est rendue en Israël sans concertation et a parlé publiquement au nom de toute l’Union. Michel a organisé en parallèle une conférence de presse au Caire. Le historien britannique et expert de Bruxelles Peter Ludlow qualifiait déjà, il y a plusieurs années, cette petite guerre entre les deux de «gaminerie». Par la suite, ils ont systématiquement évité de faire des apparitions communes. Lorsque le Premier ministre indien Modi, venait en visite, Michel était exclu. Lorsque ce dernier rencontrait le président chinois Xi, elle restait à l’écart.
Les accusations de Michel ne sont en rien isolées. La haute représentante de l’UE pour les affaires étrangères, Kaja Kallas, aurait qualifié von der Leyen en interne de «dictatrice». Son prédécesseur, Josep Borrell, l’a accusée d’avoir «systématiquement dépassé ses compétences» en matière de politique extérieure.
L’ancien commissaire au marché intérieur Thierry Breton l’a aussi accusée de «gestion douteuse» de ses fonctions et a affirmé qu’elle agissait dans son dos pour le pousser à la démission. Sur le plan structurel, il faut ajouter qu’elle aurait tenté de créer une nouvelle cellule des services secrets pour contourner le centre existant de l’UE, et de s’approprier l’autorité au détriment du service diplomatique de l’Union.

Pfizergate et quatre motions de censure
Pendant la pandémie de Covid-19, von der Leyen a négocié personnellement via SMS avec le patron de Pfizer, Albert Bourla, des contrats de milliards d’euros pour les vaccins, qu’elle a déclarés comme une priorité absolue. Lorsque le New York Times a exigé d’accéder à ces échanges, la Commission a refusé de les rendre publics.
En mai 2025, la cour de l’UE a jugé que l’affirmation selon laquelle ces messages étaient introuvables était tout simplement peu plausible. Les SMS ont disparu jusqu’à ce jour. En janvier 2026, elle a survécu à sa quatrième motion de censure au Parlement européen.
Bruxelles bruisse. Reste à voir si ces accusations auront des conséquences. Von der Leyen s’est jusqu’à présent tenue silencieuse face au règlement de comptes commis par Michel.
Elle a survécu à plusieurs motions de censure et veut maintenant renforcer son pouvoir. Mais elle ne doit pas s’en sortir si facilement : il faut en finir avec la dissimulation et la secretomanie ! COMPACT présente le dossier d’accusation contre Ursula von der Leyen. Notre édition "La dictatrice" démasque durablement la présidente de la Commission européenne. Pour toute commande voir le lien supra.
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Interview du général Fabio Mini - Sur le plan politique, l’OTAN est déjà disloquée

«Il n’y a pas un dollar américain dépensé en Europe et dans l’OTAN qui n’ait servi les intérêts américains»
«Sur le plan politique, l’OTAN est déjà disloquée»
Interview du général Fabio Mini
Source: https://www.sinistrainrete.info/geopolitica/32807-fabio-m...
L’AntiDiplomatico a interviewé le général Fabio Mini, ancien commandant de l’OTAN lors de la mission KFOR au Kosovo.
Général, du moins jusqu’à aujourd’hui, les États-Unis n’ont pas réussi à obtenir le soutien de leurs alliés de l’OTAN pour la guerre contre l’Iran: l’Espagne a interdit aux États-Unis d’utiliser ses bases et même son espace aérien pour tous les aéronefs américains. La France s’est jointe à eux, tout comme l’Italie et l’Allemagne. Est-il possible que cette conjoncture mène réellement à la sortie des États-Unis de l’OTAN ou, du moins, à une dislocation de cette organisation ?
Sur le plan politique, l’OTAN est déjà disloquée. Certains États membres tergiversent en attendant que Trump parte. Le même secrétaire général, avec ses petits voyages de zébulon volant, est le fantôme de l’OTAN, qui utilise d’un côté la désintégration comme appel à l’unité et à la cohésion, tout en l’alimentant en soutenant ces «volontaires» schizophrènes qui prétendent vouloir une OTAN européenne. L’OTAN que nous voyons dans l’ombre est le simulacre organisationnel qui tient par l’habitude, tout simplement. Je ne pense pas que les États-Unis quitteront l’OTAN, et même s’ils le faisaient, ils exerceraient un contrôle encore plus strict et plus coûteux, surtout au niveau politique-stratégique et économique.
Le plan de Trump consiste à faire payer aux pays européens, dans l’OTAN ou hors de l’OTAN, les soi-disant «services rendus à l’Europe» dans le passé et ceux à fournir pour l’avenir. Trump ne considère pas que les cadeaux faits à l’Europe durant toute la guerre froide et après n’étaient pas du tout des cadeaux, et qu’ils n’ont pas été exclusivement donnés pour le bénéfice des Européens.

La guerre en Europe a sauvé les États-Unis de la récession, la division de l’Europe en a fait le champ de bataille entre blocs, la soupape de sécurité de toutes les tensions et le potentiel cimetière de guerre le plus vaste et le plus peuplé de l’histoire. Pendant des décennies, le bureau de comptabilité du Congrès a présenté un rapport annuel dans lequel étaient listés et monétisés les «contributions étrangères à la sécurité américaine». Tous les pays européens étaient listés selon la «contribution» qu’ils versaient. La soi-disant couverture nucléaire garantie par l’OTAN était en réalité le piège destiné à limiter le conflit nucléaire au théâtre européen.
Si l’Europe voulait réellement acquérir une indépendance stratégique, elle devrait reprendre en main ces données. Elle devrait considérer combien d’instabilité a été créée en Europe par ce qu’on appelle l’aide américaine, et combien de richesses ont été transférées aux Américains par le fait de la dépendance européenne.
Aucun dollar américain dépensé en Europe et dans l’OTAN ne l’a été qu'au service des intérêts américains, les a enrichis, tandis que les Européens étaient appauvris et soumis, malheureusement avec leur consentement patent et satisfait. Trump ne veut pas lâcher prise sur l’Europe, et il le fait de manière explicite, brutale, en menaçant de quitter l’OTAN: c’est un bluff qui vise à laisser aux Européens face à des conflits déclenchés par les États-Unis, en les obligeant à payer pour les services de renseignement, les télécommunications, le commandement et le contrôle, la cyber-guerre, etc., actuellement confiés à l’OTAN, et à acheter des armements et équipements américains pour ces services demain.
La prétendue indépendance et autonomie stratégique européenne se résument à jouer le rôle d’exécutant de la politique américaine et à poursuivre leurs conflits. Malheureusement, avec des méthodes moins flagrantes mais tout aussi arrogantes, c’est le même système adopté par toutes les administrations américaines passées et sûrement futures.
Même l’attitude supposée de certains pays concernant l’autorisation de survol ou l’utilisation des bases est une imposture. Les États-Unis, pas seulement sous Trump, ont démontré depuis 1991 qu’ils se foutaient du droit international et même des traités bilatéraux. S’ils évitent d’utiliser des espaces et bases à l’étranger, c’est parce qu’il leur est avantageux d’éviter ou de créer des embarras internes aux vassaux.
Quasi tous ceux qui étaient à Sigonella pendant une certaine nuit de l'année 1985 sont morts: la version héroïque d’un pays vassal qui se libère du joug est passée. Peu de choses ont été dites sur le rôle de l’amiral Fulvio Martini (photo), chef de notre renseignement militaire, qui a débloqué la situation avant qu’elle ne dégénère. On a parlé des appels furieux entre Rome et Washington durant ces moments dramatiques. Peu de choses ont été dites sur les excuses téléphoniques du lendemain.
L’initiative militaire des États-Unis dans le détroit d’Ormuz peut-elle fonctionner? La guerre contre l’Iran a-t-elle réellement relégué le problème ukrainien à l’arrière-plan de l’agenda de Washington?
Elle peut sûrement aggraver les choses. L’initiative vise à déplacer le conflit en haute mer, hors du golfe, pour l’élargir et le diluer. Elle peut aussi servir de diversion pour soutenir les négociations et faire plaisir à Israël, qui est le vrai deus ex machina de toute cette affaire.
La guerre en Ukraine n’est pas terminée, mais celle-ci dépend aussi de l’évolution de la guerre dans le golfe. L’Ukraine s’est empressée d’envoyer les soi-disant experts en drones dans les pays arabes, tentant de se ranger du côté américain et israélien. Avec peu de succès. Les opérateurs de drones ont été neutralisés, et ni les États-Unis ni Israël n’ont apprécié la lèche ukrainienne. Zelensky tente désespérément de s’appuyer sur les Européens, qu’il a abrutis de discours, et espère maintenant les milliards bloqués par Orban. Toutes ces choses n’apportent aucun avantage sensible dans la guerre contre la Russie. La guerre se terminera quand Moscou le voudra, et Moscou ne veut pas la gagner par la destruction, mais par une capitulation volontaire, même déguisée en compromis « honorable ». C’est en effet la seule solution capable de stabiliser la région pendant de nombreuses années, sans créer une brèche noire dans laquelle faire finir inutilement ressources et hommes. Le principal obstacle à cette solution, c’est justement l’Europe, non pas dans son ensemble, mais dans ces pays et chez ces bureaucrates qui veulent la brèche noire, quitte à s’y enfoncer eux-mêmes. Sacrifiant ainsi toute l’Europe.

La guerre contre l’Iran a considérablement réduit les disponibilités en armements des États-Unis. Selon certains analystes, Washington pourrait se retrouver contraint d’abandonner les livraisons d’armes au profit de Kiev afin de fournir à ses forces armées des stocks suffisants. Est-ce une possibilité réelle? Ou le complexe militaro-industriel américain est-il en mesure de combler les déficits de ses forces armées et de maintenir le niveau précédent de fournitures militaires en faveur de Kiev?
Il faut faire une distinction: la pénurie de systèmes d’armes aux États-Unis ne tend pas vers zéro de manière absolue. Les États-Unis disposent d’une planification opérationnelle globale basée sur la soutenabilité de deux ou trois conflits régionaux simultanés. Les réserves maximales ne doivent pas descendre en dessous de ces besoins. Le conflit en Ukraine et celui au Moyen-Orient épuisent les surplus, s’approchant dangereusement des réserves stratégiques.
Pour certains systèmes, comme ceux de missiles antiaériens, le déficit est déjà atteint, et, ce qui est important, l’industrie du secteur n’a pas une capacité de production capable de compenser la consommation. Ce sont des systèmes très coûteux, mais l’argent n’est pas tout; c’est inutile d’en avoir si on ne peut pas acheter ce qu’on souhaite. La soustraction ou le transfert de ces systèmes depuis d’autres théâtres, comme celui asiatique, pose un problème de dissuasion. Les commandants des zones interarmées où l’outil militaire est déployé dans le monde sont les plus préoccupés, et l’attitude agressive du président envers tous n’aide pas. L’Ukraine est désormais un théâtre de guerre qui compte moins pour les États-Unis, et le soutien américain tend à diminuer malgré les promesses du commandant des forces américaines en Europe.

L’économie de l’Europe occidentale subit de graves répercussions à cause du blocage du détroit d’Ormuz. Pourquoi l’Union européenne — ou les États membres — ne cherchent-ils pas à atténuer les sanctions antirusses, surtout en matière énergétique? Si le prix des hydrocarbures continue d’augmenter, les sommets européens chercheront-ils un compromis avec Moscou?
Ce point est également relatif. Le blocage du détroit impacte de manière sensible l’Asie et l’Europe. Le fait que le coût des carburants affecte aussi les États-Unis n’est qu’une question de spéculation sur l’avenir. En particulier, c’est l’avenir de la production dans d’autres parties du monde, y compris aux États-Unis. Le blocage peut être temporaire, mais la baisse de la production dans toute la région et l’incapacité de la compenser avec les ressources du Venezuela et de l’Afrique s’ajoutent à l’obsolescence des structures de production.
Tôt ou tard, le marché mondial devra réhabiliter les ressources russes, notamment celles utilisables par l’Europe qui, avec la politique de fermeture actuelle, obtient deux résultats négatifs: ne pas finir la guerre et épuiser ses propres ressources. Même ici, fabriquer de l’argent ou ses substituts (dette) sera inutile si la matière disponible est insuffisante.
Malheureusement, le moment de revoir toute la politique énergétique européenne et la politique de sanctions contre la Russie est maintenant. Dans une ou deux semaines, il pourrait être trop tard, non pas parce qu’il n’y aurait pas de pétrole, mais parce que la Russie elle-même et d’autres pays ne seront plus disposés à faire des faveurs à l’Europe.
À la fin de 2025, le gouvernement italien a prolongé l’aide militaire destinée à l’Ukraine malgré une certaine opposition exprimée par la composante liguiste. Plus récemment, le même gouvernement a déclaré que l’aide sera renforcée pour contraindre Moscou à négocier. Quelle est la logique derrière l’augmentation des fournitures militaires «pour la paix»? Pourquoi le gouvernement italien persiste-t-il dans cette attitude, malgré les sondages qui confirment que la majorité des Italiens s’opposent à l’envoi d’armes et souhaitent une solution politique?
L’aide à l’Ukraine n’est pas une question rationnelle et ne tend en rien à résoudre le conflit, encore moins à obtenir la paix. C’est une position idéologique d’alignement avec les politiques américaines d’abord, européennes ensuite. Contre l’idéologie, tout raisonnement est inutile. L’aide est aussi fondamentalement inefficace. On parle d’argent, mais en réalité, il faudrait des moyens et du matériel. Ceux envoyés en Ukraine en quatre ans ont été consumés sans résultats, si ce n’est la poursuite de l’agonie.

Tout l’argent alloué au réarmement européen dans une optique anti-russe ne tient pas compte du nombre de soldats mobilisables et mise plutôt trop sur la capacité ukrainienne à combattre, même avec de nouveaux armements. Il ne prend pas en compte la récession économique que certains pays cherchent à conjurer en déversant des fonds dans le secteur de l’armement. Il ignore l’augmentation des coûts de production et la diminution des ressources. De tous points de vue, c’est une politique ratée pour tout le monde, y compris pour les Ukrainiens.
En ce qui concerne l’Italie, il faut rappeler la participation de Rome à la mission EUMAM, dans le cadre de laquelle des militaires ukrainiens sont formés en Europe occidentale. Partage-t-elle l’idée que la formation d’officiers et de spécialistes ukrainiens sur le sol italien soit, à cette étape, un enjeu pour la sécurité de l’Italie et ses intérêts ?
Si l’on parle d’idéologie, cela peut se justifier. C’est un signe de soutien à l’idéologie de l’Ukraine envahie, sans raison, de manière illégale et sans justification. Si l’on parle de réalité, nous sommes encore dans le monde des rêves. Sur le plan opérationnel, la formation de personnel militaire ukrainien en Italie comme dans d’autres pays est un non-sens: il n’y a pas d’aviation, pas de forces navales, pas de défense anti-aérienne (ou alors relative aux systèmes qui manquent), pas de forces anti-drones — l’Ukraine se vante de posséder les meilleurs drones et leurs opérateurs —, pas de forces spéciales: elle affirme avoir les meilleurs commandos. En matière de forces blindées, d’infanterie, de mines et de champs minés, etc., après quatre ans de guerre, on espère qu’ils ont des instructeurs et des soldats capables d’affronter une guerre réelle, et non celle des manuels qu’on enseignerait à l’étranger. N’est-ce pas ?
Bruxelles tente de convaincre la population de la nécessité de «faire des efforts» pour allouer des ressources au complexe militaro-industriel. Comment une politique de ce genre, de la part de la Commission européenne, peut-elle être perçue? Quels résultats peut-elle produire?
Le simple fait de devoir faire des efforts ou demander des sacrifices à la population signifie que les ressources sont inférieures aux ambitions. Je perçois une grande myopie politico-stratégique dans ce contexte. En temps de paix, la population travaille pour une vie décente, pour donner la sérénité aux familles et pour permettre des perspectives d’amélioration.
En cette période de crise systémique née de la guerre ou amplifiée par elle, détourner des ressources de la population, c’est miner la motivation. Si l’on mise sur la relance du secteur militaire comme secteur productif capable de relancer l’économie, ce n’est qu’une propagande à court terme: il faut «quelque chose à faire rouler» qui ne soit pas seulement un char d’assaut.

La préparation à la guerre en temps de paix repose sur le principe d’avoir le consensus. De plus, la fabrication de tout outil de guerre nécessite du temps, une technologie avancée et des coûts élevés. La guerre est donc adaptée aux États riches, disposant de grandes capacités industrielles, d’une main-d’œuvre à employer, et d’une volonté de combattre ou de faire combattre les autres pour leurs propres intérêts.
Je ne pense pas que l’Europe puisse compter beaucoup sur quelqu’un d’autre pour se battre gratuitement pour elle, ni qu’elle soit si riche ou insouciante qu’elle puisse se permettre de préparer une véritable guerre régionale. Au roi qui lui avait demandé comment renforcer l’armée, le stratège chinois Sun Bin répondit : « Rends la nation prospère. »

16:15 Publié dans Actualité, Affaires européennes, Entretiens | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : fabio mini, entretiens, italie, europe, affaires européennes, actualité, otan, iran, ukraine |
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mardi, 21 avril 2026
Slovénie - Sortir de l’OTAN: une voie vers une véritable indépendance ?

Slovénie
Sortir de l’OTAN: une voie vers une véritable indépendance ?
par Mario Grünwald
Source: https://pi-news.net/2026/04/nato-austritt-als-weg-zu-echt...
Le nouveau président du parlement slovène, Zoran Stevanovic, fait sensation internationale en annonçant un référendum sur une sortie de l’OTAN.
La nouvelle concernant le référendum prévu en Slovénie sur la sortie de l’OTAN est un signal pour ceux qui militent depuis longtemps pour une révision du rôle des États européens dans l’alliance. La déclaration de Zoran Stevanovic (photo), porte-parole du parti eurosceptique Resni.ca et nouveau président de l’Assemblée nationale slovène, ouvre un débat qui n’est plus seulement d’actualité dans les Balkans, mais dans toute l’Europe.
L’argument principal en faveur d’une sortie de l’OTAN est le coût financier énorme pour les budgets nationaux. Les contributions annuelles et les dépenses pour maintenir les standards et les opérations militaires de l’alliance absorbent une part considérable des fonds qui pourraient être utilisés pour résoudre des problèmes internes.

L’adhésion à l’OTAN coûte à l’Allemagne plus de deux pour cent du PIB chaque année, ce qui représente des milliards d’euros. Cet argent pourrait être investi dans l’amélioration des infrastructures, l’augmentation du niveau de vie des citoyens et la résolution de la crise migratoire.
Le deuxième aspect important concerne la question de la souveraineté. L’adhésion à l’OTAN impose à certains pays des obligations qui entrent parfois en contradiction avec leurs intérêts nationaux. Ainsi, les pays membres sont tenus de participer aux opérations de l’alliance, même si cela ne correspond pas à leurs priorités en matière de politique étrangère.
Une sortie de l’OTAN ne conduit pas automatiquement à moins de sécurité. Au contraire, elle ouvre de nouvelles possibilités. Le développement de canaux diplomatiques et de partenariats économiques offre souvent plus de garanties de sécurité que les alliances militaires.
Le référendum en Slovénie pourrait également constituer un signal pour l’Allemagne. Nous devons nous poser quelques questions difficiles. Le modèle actuel de l’OTAN correspond-il vraiment aux intérêts des citoyens allemands? Pourquoi dépensons-nous des milliards pour les guerres alors que nous avons à la maison tant de problèmes non résolus? N’est-il pas temps de repenser notre rôle dans cette alliance ou même d’en envisager la sortie, comme le font la Slovénie et la Turquie?
L’Allemagne, en tant que puissance économique de l’Europe, est capable d’assurer sa propre sécurité. Nous disposons de toutes les ressources nécessaires – une économie développée, des spécialistes hautement qualifiés, des technologies avancées. Nous ne devons pas dépendre des décisions de Washington.
Il est temps d’abandonner les blocs militaires dépassés et de construire un nouveau système de sécurité basé sur la coopération et non sur la confrontation, sur les intérêts nationaux et non sur des obligations envers Washington. Et l’Allemagne doit diriger ce processus de changement – pour le bien-être de ses citoyens et pour l’avenir de l’Europe.
20:55 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : slovénie, actualité, otan, europe, affaires européennes |
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Politique européenne des engrais: l’attaque silencieuse contre la souveraineté alimentaire de l’Europe

Politique européenne des engrais: l’attaque silencieuse contre la souveraineté alimentaire de l’Europe
Le «Plan d’action européen pour les engrais» pourrait encore augmenter la pression sur l’agriculture européenne et renforcer sa dépendance aux importations. Wolfgang Hartmann met en garde contre un risque pour la sécurité d’approvisionnement due à des incitations politiques mal conçues.
Par Wolfgang Hartmann
Source: https://www.freilich-magazin.com/politik/eu-duengemittelp...
La politique européenne en matière d’engrais est aujourd’hui vivement critiquée: la hausse des coûts et une dépendance croissante aux importations pèsent sur l’agriculture et menacent la sécurité d’approvisionnement.
Ce qui se discute actuellement autour du « Plan d’action pour les engrais » de l’UE dépasse largement une simple question technique pour les responsables agricoles ou les entreprises chimiques. Il s’agit de savoir si l’Europe, et donc aussi l’Autriche, sera encore capable à l’avenir de maintenir une production alimentaire stable — ou si elle se laisse, de manière imprudente, entraîner vers une dépendance accrue aux importations.
Car les engrais ne sont pas une simple périphérie de l’agriculture moderne, mais l’un de ses piliers fondamentaux. Sans une alimentation suffisante en azote, phosphore et potassium, les rendements chutent. Les champs produisent moins, les coûts de production augmentent, et au final, moins de nourriture est produite. Ceux qui prétendent que les engrais ne sont qu’un sous-produit industriel parmi d’autres méconnaissent la réalité du terrain. Les engrais sont un facteur déterminant pour les récoltes, et les récoltes constituent elles-mêmes la base pour des aliments abordables et la sécurité d’approvisionnement.
Pression sur la production d’engrais
C’est précisément pourquoi l’évolution actuelle est si sensible. Depuis des années, le cadre européen en matière de climat et de régulation pèse lourdement sur les industries à forte consommation d’énergie. La production d’engrais appartient à ces secteurs particulièrement touchés par les prix élevés de l’énergie, les coûts de CO₂ et la surcharge bureaucratique. Si, dans ce contexte, on discute maintenant de mesures qui accroissent la pression concurrentielle par des importations moins chères, il ne s’agit pas d’une ouverture de marché intelligente, mais d’un nouveau coup porté à la production locale et européenne.
« En outre, le ministre autrichien de l’Agriculture, Totschnig, semble vouloir détruire définitivement l’industrie des engrais en Autriche », déclare clairement le député européen de la FPÖ, Roman Haider, à propos de la proposition de Totschnig d’interrompre le mécanisme européen de taxation carbone, le CBAM (Carbon Border Adjustment Mechanism), pour les importations d’engrais en provenance de pays tiers comme la Biélorussie. Avec le CBAM, certains biens en provenance de pays tiers sont soumis à une taxe punitive si leur production y est beaucoup moins coûteuse en raison de l’absence d’obligations environnementales dans ces pays.

Politique contradictoire
Ce qui est particulièrement problématique dans ce contexte, c’est le déséquilibre politique: d’un côté, on augmente sans cesse le coût de production dans notre propre espace par des réglementations motivées par des élucubrations idéologiques, et de l’autre, on envisage de favoriser les fournisseurs étrangers par des dérogations ou des assouplissements des mécanismes de protection supplémentaires. C’est une politique économique contradictoire et une menace pour l’agriculture. Ceux qui imposent des coûts élevés aux producteurs locaux ne doivent pas en même temps assouplir la protection contre la concurrence moins chère des pays tiers.
Mais ce qui pèse encore plus lourd, c’est la dimension stratégique. L’Autriche n’est pas totalement autosuffisante en matière d’approvisionnement alimentaire. En particulier pour les produits végétaux, l’autonomie est partielle. Cela signifie que toute faiblesse de l’agriculture nationale et de ses filières affaiblit encore plus la dépendance aux importations. Et cette dépendance peut, en périodes de stabilité, sembler pratique — mais en temps de crise, elle devient un risque.
Dépendance croissante aux marchés mondiaux
Les années passées auraient dû servir d’avertissement. La pandémie, la guerre, les problèmes des chaînes d’approvisionnement et la crise énergétique ont clairement montré à quelle vitesse les marchés internationaux peuvent se déséquilibrer. Ceux qui ne peuvent pas produire suffisamment par eux-mêmes paient le prix: coûts plus élevés, incertitude accrue, marge de manœuvre réduite. La sécurité d’approvisionnement ne commence pas seulement dans les rayons des supermarchés, mais beaucoup plus tôt — dans l’énergie, l’industrie, l’agriculture et, bien sûr, dans la production d’engrais.
La pénurie alimentaire ne signifie pas nécessairement des rayons vides en Europe, mais elle commence insidieusement: par des rendements en baisse, des coûts de production en hausse, une dépendance accrue aux importations et une forte hausse des prix des aliments. Ce qui, au début, semble une charge pour les agriculteurs, finit par toucher toute la population. Si les récoltes diminuent ou deviennent plus chères, la nourriture devient plus chère. Et si un pays ne peut plus assurer lui-même ses besoins essentiels dans certains domaines, il perd une partie de sa souveraineté économique et politique.
Sécurité d’approvisionnement plutôt qu’idéologie
C’est pourquoi il ne suffit pas de traiter les symptômes. Il faut une politique qui prenne la sécurité d’approvisionnement au sérieux. Cela implique de ne pas surcharger l’agriculture de nouvelles charges en permanence. Mais cela signifie aussi de préserver la base industrielle, indispensable à cette agriculture. Qu’on proclame le Green Deal sous sa forme actuelle comme une doctrine inviolable, c’est ignorer les conséquences concrètes pour la production, la compétitivité et le coût de la vie.

On peut vouloir la protection du climat, sans ruiner les fondements de notre approvisionnement. On peut poursuivre des objectifs environnementaux, sans mettre en même temps la pression sur les agriculteurs, l’industrie et les consommateurs. Ce qui ne fonctionne pas, c’est une politique qui privilégie les symboles d'idéologies abracadabrantes au détriment de la raison économique. Et cette impression ne cesse de s’intensifier dans la politique européenne des engrais.
Au final, la question est simple : l’Autriche pourra-t-elle encore à l’avenir produire une part essentielle de ses denrées alimentaires, ou se contentera-t-elle de devenir de plus en plus dépendante des marchés étrangers? Ceux qui veulent renforcer l’autonomie alimentaire ne doivent pas traiter les engrais comme une question secondaire. Ils constituent une clé pour la récolte, la stabilité des prix et la résilience du pays en temps de crise.
Qui est Wolfgang Hartmann?
Wolfgang Hartmann est originaire de Haute-Autriche et travaille depuis des années, à plein temps, dans le secteurs des médias et de la presse.
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Signification géopolitique de la chute de Viktor Orbán

Signification géopolitique de la chute de Viktor Orbán
Ronald Lasecki
Source: https://ronald-lasecki.blogspot.com/2026/04/geopolityczny...
Sur le plan géopolitique, l’échec de Viktor Orbán est une victoire pour l’UE – une de plus après la Moldavie et la Roumanie. La Hongrie, tout comme la Slovaquie, est un pays trop petit pour fonctionner sans injections extérieures de capitaux (son développement économique et civilisationnel le plus important s’est produit dans la seconde moitié du 19ème siècle grâce aux capitaux juifx et à l’administration allemande).
Le principal fournisseur de capitaux pour la Hongrie est actuellement l’UE, qui, dans le cadre du paquet général, impose un programme civilisationnel et idéologique libéral. Orbán, justement désireux de rejeter ce programme, a tenté, à différents moments, de rechercher des sources de soutien à l’extérieur, que ce soit en Russie, en Chine, aux États-Unis, en Turquie ou en Israël. Aucune de ces tentatives n’a cependant fonctionné.
Les déserts eurasiens
La Russie ne dispose pas de capitaux à exporter, en dehors des secteurs militaire, nucléaire et gazier. Sur ces deux derniers secteurs, Orbán a tiré des bénéfices, mais cela n’a pas suffi à dynamiser l’économie hongroise. La croissance économique de la Hongrie en 2025 n’a atteint que 0,7%, en partie en raison de faibles investissements et d’une demande extérieure également modeste pour ses marchandises. Le déficit budgétaire de la Hongrie a atteint 4,7% dans le même temps, avec une perspective de croissance supérieure à 5% cette année. La dette publique frôle 74%, et cette tendance haussière devrait se maintenir dans les années à venir, la portant à près de 80% du PIB à la fin de la décennie.
Pendant ce temps, la Russie a mal géré son intervention en Ukraine, n’a pas encore gagné la guerre et il ne semble pas y avoir de perspectives sérieuses pour qu’elle puisse soumettre l’Ukraine dans un avenir proche. Par conséquent, Budapest n’a pas obtenu de liaison territoriale directe avec un empire russe potentiel ou un bloc continental, ce qui lui aurait permis de construire une alternative réelle à l’UE.
Le projet chinois 16+1 a été bloqué il y a une décennie par les États-Unis par le biais de la Pologne, ce qui a fait perdre à Pékin tout intérêt pour l’Europe de l’Est. La Biélorussie a été la plus frappée, car elle basait sa stratégie de développement sur la nouvelle route de la soie. Les perspectives qu'aurait pu apporter un financement chinois pour la Hongrie et pour son émancipation de l’UE ont également été anéanties.
La Turquie est davantage une puissance aspirante qu’une force réelle dans les Balkans. On peut parler, au mieux, d’une «pénétration turque» dans la région plutôt que de la Turquie en tant que fournisseur crédible de biens pour les pays balkaniques. Quant à Israël, il fonctionne dans le cadre du mondialisme américain, principalement en soutenant des gouvernements amis dans le monde arabe et en Afrique, en Europe en comptant sur l’hégémonie de Washington, qui agit comme gardien des intérêts de Tel-Aviv – le pays hébraïque « reçoit » (soutien diplomatique, politique, renseignement, etc.) mais ne donne rien en retour.
Résultats nuls Outre-Atlantique
C’est cependant pour les États-Unis que la défaite d’Orbán représente le plus grand échec. En effet, les Stars and Stripes se sont directement engagées pour soutenir la Hongrie… mais seulement en paroles. Le 7 novembre 2025, l’ancien Premier ministre hongrois a effectué une visite très médiatisée à Washington. Comme on s’en souvient, elle s’est déroulée dans une atmosphère cordiale, le «God Emperor» accueillant le Premier ministre hongrois à déjeuner, le complimentant à plusieurs reprises comme un «leader exceptionnel» et soutenant sa politique envers les migrations, en opposition à celle menée par les élites libérales d’Europe de l’Ouest. En dehors d’un coup de patte symbolique, les résultats de la visite ont été très modestes pour la Hongrie.

Budapest a tenté d’obtenir une exemption illimitée des sanctions sur l’importation de gaz naturel russe (74% du gaz utilisé en Hongrie en 2024 provenait de Russie) et de pétrole (86% également), mais Washington a déclaré que cela ne devrait durer que jusqu’en novembre 2026. De retour des États-Unis, le Premier ministre hongrois a annoncé que Trump avait promis à la Hongrie une «bouclier financier» contre le chantage budgétaire de l’UE, mais le président américain a déclaré que, bien que la Hongrie ait demandé cette aide, il ne lui avait rien promis. Orbán a donc été publiquement ridiculisé par Trump (qui lui a probablement menti lors de sa visite), ce qui a jeté le doute sur sa crédibilité dans la société hongroise.
Les autres accords conclus lors de la visite étaient déjà des concessions de la Hongrie envers les États-Unis, visant à compenser la suspension temporaire des sanctions américaines contre la Russie: Budapest s’est engagée à acheter du gaz liquéfié aux États-Unis pour 600 millions de dollars, à acheter des armes américaines pour 700 millions de dollars, à acheter du combustible nucléaire américain pour 114 millions de dollars, ainsi qu’à ouvrir son marché aux technologies nucléaires américaines et à rejoindre le programme spatial Artemis. En d’autres termes, les États-Unis ont assuré leur profit avec leur client hongrois, tout en évitant d’apporter leur soutien avec leur capital dans une période de besoin évident.
Après 2007, la Russie a progressivement réduit ses préférences tarifaires pour la Biélorussie dans la vente de gaz (en 2011, Vladimir Poutine a qualifié cela de «subvention à l’économie biélorusse» à hauteur de 4 milliards de dollars par an), ce qui a progressivement alimenté la crise de l’État-providence biélorusse, culminant dans une crise politique liée aux élections de 2020. Il était alors juste de rappeler que, si l’on veut avoir un empire, il faut en assumer le coût.
L'Amérique, avare sur le plan économique
Trump, lors de la campagne électorale, remettait en question l’idée d'un empire mondial américain, qui s'opposerait au principe «America First». Cependant, il l’a appliqué à moitié: les Stars and Stripes ont, au cours des deux dernières années, bombardé ou frappé la Syrie, l’Irak, l’Iran, le Yémen, la Somalie, le Nigeria, ainsi que le Venezuela et l’Équateur, et ils ont menacé le Mexique, le Panama, Haïti, Cuba, le Groenland, tout en élaborant des plans de colonisation de la bande de Gaza par le capital oligarchique américain. Cependant, les États-Unis ont toujours caché que leur prétendue « puissance douce » – leur influence interne (perception de l’idée de l’empire américain dans l’élite et la société) et leur « puissance extérieure » (la sympathie envers cette idée dans le reste du monde) – s’est considérablement réduite, car ils ne peuvent plus garantir la liberté des mers (le détroit d’Ormuz bloqué par les vedettes iraniennes) ni injecter du capital dans l'économie de leurs clients géopolitiques. Sans Israël, le sort d’Orbán aurait probablement été partagé depuis longtemps par le général al-Sissi en Égypte. Sans l’UE, le gouvernement pro-occidental en Ukraine aurait probablement été renversé il y a plusieurs mois.
Ainsi, les États-Unis ne financent plus leurs clients potentiels comme la Hongrie ou l’Ukraine. Ils ne garantissent plus «la liberté des mers». Ils ne peuvent pas « changer le régime » en Iran. Ils ne peuvent pas mobiliser leurs vassaux européens (refus de l’Europe de participer à l’attaque contre l’Iran), comme ils sont eux-mêmes «mobilisés» par Israël. Les États-Unis ne peuvent pas non plus annexer librement les territoires qu’ils convoitent (le canal de Panama, le Groenland, le Canada). Ce sont là des signes réels que, bien que matériellement les États-Unis soient toujours si grands qu’ils ne rentrent pas dans la ligue normale des acteurs géopolitiques, leur « soft power » – la perception intérieure (dans l’élite et la société) et extérieure (l’approbation du reste du monde) de l’idée de l’empire américain – s’est tellement réduite qu’ils deviendront bientôt une ombre de l'hegemon mondial qu'il furent jadis, car personne ne voudra plus compter sur eux.
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dimanche, 19 avril 2026
La princesse et le candidat

La princesse et le candidat
par Georges Feltin-Tracol
La pré-campagne présidentielle démarre en fanfare ! La couverture de Paris Match du 9 avril 2026 officialise l’idylle entre, d’une part, Jordan Bardella, le président du Rassemblement national (RN) et, au Parlement dit européen, du groupe Les patriotes pour l’Europe, et, d’autre part, la princesse Maria Carolina de Bourbon-Siciles. Dix ans auparavant, le même hebdomadaire offrait en quelques mois plusieurs couvertures avantageuses du couple Brigitte et Emmanuel Macron. Malgré les avertissements insistants de ses plus proches conseillers, François Hollande n’imaginait pas encore que son jeune ministre de l’Économie se lancerait à sa place dans la compétition élyséenne. La princesse et Jordan Bardella avaient déjà été vus ensemble le 13 janvier dernier en quittant le Grand Palais à Paris lors de la réception organisée pour les deux cents ans du Figaro.
Pour l’instant et dans l’attente du verdict en appel de l’affaire des assistants parlementaires du 7 juillet prochain, Marine Le Pen demeure la candidate naturelle de la formation nationale-centriste tandis que Jordan Bardella entend briguer Matignon. Mais une sentence plus lourde et/ou une exécution provisoire aggravée écarteraient de facto Marine Le Pen de la course et laisserait le champ libre avec sa bénédiction à son Dauphin.
Force est de constater que la romance entre l’enfant originaire du 9-3 (la Seine Saint-Denis) et une descendante de Hugues Capet, de Saint Louis, d’Henri IV et de Louis XIV dont elle descend à la onzième génération fait jaser la médiasphère. Le député ex-LFI et apparenté Vert de Seine Saint-Denis, Alexis Corbière, s’élève contre «le peopopulisme… ou la nouvelle étape écœurante de la banalisation de l’extrême droite». On en frissonne déjà. Quelques pétroleuses déphasées s’indigneront de l’écart d’âge - huit ans ! – entre Jordan Bardella (30 ans) et Maria Carolina (22 ans). Les plus hystériques en hurleront presque au détournement de mineure ! Pour sa part, l’organe-phare de la désinformation et des interprétations tendancieuses, Le Monde du 16 janvier, exprime à travers un article d’Ariane Chemin et d’Ivanne Trippenbach qu’«en s’affichant avec une héritière royale, Jordan Bardella prend le risque de brouiller son image». Une telle liaison serait-elle une erreur grossière de la part d’un parti qui tenait naguère des positions anti-Système? Et si la publicité de cette relation était, au contraire, un atout pour le président du RN? Dans la Grande-Bretagne industrialisée de la seconde moitié du XIXe siècle, le futur premier ministre conservateur Benjamin Disraeli prônait au sein du mouvement Jeune Angleterre une alliance entre le peuple prolétaire et l’aristocratie nobiliaire contre la bourgeoisie fidèle aux Whigs. Ne sommes-nous pas en présence d’une circonstance semblable en plus médiatique ?
La population peut se montrer en effet sensible à cette histoire qui, en ces temps saturés de féminisme, change les codes habituels. Ce n’est plus le prince charmant qui sauve une jeune bergère endormie, mais une vraie princesse qui choisit un roturier. Bien sûr, certaines admiratrices passionnées éprises en leur for intérieur de «Jordan» se sentiront dépitées, mais la majorité se fiche de la vie privée du personnel politique. Mieux encore, cette idylle renforce l’image personnelle du patron des Patriotes pour l’Europe qui rassure l’électorat libéral-conservateur historiquement réticent à voter pour un RN jugé fiscaliste et trop de gauche. Se lier à une Bourbon permet à Jordan Bardella de récuser tout collectivisme de sa part. Lénine aurait-il épousé une grande-duchesse russe?
Dans Le Figaro (du 15 avril 2026), un professeur en Sciences politiques à l’université de Nottingham, Hugo Drochon, estime que « s’afficher avec quelqu’un dont le nom évoque l’héritage [celui de l’Ancien Régime] est une autre manière de rejeter l’ordre contemporain. Cette union de l’homme du peuple avec l’aristocratie peut plaire». On ne peut que penser au couple mythique argentin Juan et Eva Peron. La femme du chef de l’État argentin portait manteau de fourrure et belle parure de bijoux tout en étant adulée par les «sans-chemises» justicialistes.
Enfin, Le Monde (du 15 avril 2026) publie sur deux pages un nouvel article cosigné Chemin–Trippenbach au fond vipérin. Pratiquant un confusionnisme voulu qui mêle l’origine des photographies parues dans Paris Match (prises au télé-objectif ou préparées à l’avance?), elles parviennent à y placer Jeffrey Epstein et le président légitime de la Syrie, Bachar al-Assad. Chapeau bas, les artistes!
Qui est donc cette princesse des Deux-Siciles? Née le 23 juin 2003 à Rome, Maria Carolina Chantal Edoarda Beatrice Januaria est la fille aînée de Charles de Bourbon-Siciles et de Camilla Crociani. À leur mariage à Monte-Carlo en 1998, l’un de leurs témoins n’était autre que le futur prince Albert II de Monaco. Le couple a une seconde fille, Maria Chiara, née en 2005.
Jouant les mannequins de mode à l’occasion et étudiante à l’université de Monte Carlo en section «Mode et études de luxe», Maria Carolina appartient à la Jet Set et participe aux raouts huppés dans les Antilles sur les îles de Saint-Barthélémy et de Saint-Martin, à Dubaï, à Hong Kong et à Monaco. Soucieuse néanmoins d’écarter la réputation facile de fêtarde, elle a accepté la proposition d’Albert II de Monaco d’intervenir en ambassadrice du projet Passion Sea pour la sauvegarde des océans.
Éprise de vitesse, Maria Carolina de Bourbon-Sicile percute à vive allure en moto en mai 2025 un mur à Monaco. Elle avouera plus tard que le port du casque intégral et des soins intensifs prodigués à l’hôpital l’ont sauvée. Instruite à domicile hors de tout système scolaire par des précepteurs, elle parle couramment le français, l’italien, l’espagnol, le portugais, l’anglais et, ô horreur !, le russe. Serait-elle donc un agent clandestin de Poutine? Les mauvais esprits complotistes ne s’interrogent pas encore, mais cela ne tardera pas…
Sa marraine est l’actrice espagnole Inès Sastre (photo). Quant à ses parrains, ils se nomment Laurent de Belgique, frère cadet du roi des Belges Philippe, et Jean-Christophe Napoléon Bonaparte, chef de la Maison impériale de France. La mère de ce dernier s’appelle Béatrice de Bourbon-Siciles, sœur aînée de Charles, le père de Maria Carolina.
La presse présente Maria Carolina comme prétendante au trône du royaume des Deux-Siciles disparu au moment de l’unification italienne en 1861. Elle porte par conséquent les titres de duchesse de Calabre et de Palerme. Le 14 mai 2016, son père Charles décide d’abroger la loi salique en faveur du principe de primogéniture absolue et mentionne dans sa décision des textes diplomatiques cosmopolites tels la Convention du 18 décembre 1979 de l’ONU, le traité de Lisbonne du 13 décembre 2007 et le traité sur le fonctionnement de l’Union européenne du 1er décembre 2009.
Toutefois, ses cousins rejettent cette modification d’autant que perdure une vieille querelle successorale entre les deux manifestations des Bourbons-Siciles. Le père de Maria Carolina, Charles en 22e position dans l’ordre de succession de la couronne de France selon les royalistes légitimistes, relève de la branche cadette dite «de Castro». Les généalogistes désignent l’aînée comme la «branche de Calabre».
Les Bourbons-Siciles forment l’un des deux rameaux italiens (avec les Bourbon-Parme) des Bourbons d’Espagne de Philippe V, le petit-fils du « Roi-Soleil ». À l’instar du triste et fâcheux précédent du traité d’Utrecht conclu en 1713 qui interdit toute union personnelle entre les royaumes de France et des Espagnes, à la fin de la guerre de Succession de Pologne en 1738, le traité de Vienne empêche le règne commun entre les Espagnes et les Deux-Siciles. Les rois d’Angleterre ignorent ces restrictions d’où leur souveraineté nominale sur l’Écosse, le Canada, l’Australie, la Nouvelle-Zélande et maints petits États des Indes Occidentales dans les Caraïbes. On doit aussi remarquer que toujours influencés par Londres, les Bourbons-Sicile restent à l’écart du troisième «pacte de famille» de 1761 noué entre les Bourbons de France, d’Espagne et de Parme en complémentarité géopolitique avec la grande alliance franco-habsbourgeoise de 1756.
En 1900, Charles de Bourbon-Siciles (1870–1949) renonce devant notaire à Cannes à ses titres et à sa Maison parce qu’il va épouser l’année suivante la sœur aînée du roi Alphonse XIII d’Espagne, Marie des Grâces. Il deviendra dès lors un infant inscrit dans l’ordre de succession espagnole. Le destin des Bourbons-Siciles repose sur son frère aîné Ferdinand-Pie (1869–1960) dont l’unique fils, Roger, décède en 1914. À son décès, son neveu Alphonse (1901–1964), duc de Calabre et comte de Caserte, déclare nulle et non avenue la renonciation de 1900 de son père et, arguant de son droit d’aînesse, se proclame chef de la Maison des Bourbons-Siciles. Il entre en opposition frontale avec son oncle Rénier (1883–1973), duc de Castro, un ancien officier espagnol naturalisé français en 1904 et arrière-grand-père de Maria Carolina, qui revendique lui aussi la direction exclusive de sa Maison.
Aujourd’hui, le petit-fils d’Alphonse est le prince Pierre de Bourbon-Siciles, par ailleurs onzième dans l’actuel ordre de succession du royaume d’Espagne. Les Bourbons d’Espagne, les légitimistes français, les Bragance au Portugal, les Habsbourg, les Saxe-Cobourg-Gotha en Bulgarie, les Oldenbourg de Grèce, les Orléans-Bragance au Brésil reconnaissent les prétentions de la branche de Calabre. Le 25 janvier 2014, un acte de réconciliation signé à Naples entre Calabre et Castro confirmait leurs titres respectifs et apaisait les tensions internes. La fin abrupte de la loi salique a rendu ce rapprochement interne caduc.

Ces querelles picrocholines sont très loin de Carcassonne, de Hénin-Beaumont et d’Agde, trois municipalités RN, sans oublier que la mère de Maria Carolina ne parle plus à sa propre sœur Cristiana qui l’accuse d’avoir demandé à leur mère, l’actrice et femme d’affaires italienne Edoarda Vesselovsky épouse Crociani, connue sous le nom de scène d’Edy Vessel (photo), d’une intention maligne de la déshériter. Il s’en suivit pour la princesse Camilla divers déboires devant les tribunaux des Îles anglo-normandes et de Curaçao (Antilles néerlandaises).
Hors de toutes ces discordes familiales et dynastiques, les photographies du jeune couple prises dans le paysage bucolique du littoral corse représentent un départ tonitruant dans la longue marche électorale vers un autre palais, celui de l’Élysée.
GF-T
- « Chronique flibustière » n° 189, d’abord mise en ligne le 16 avril 2026 sur Synthèse nationale.
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Retour à la rhétorique de la peur en Occident – Une analyse réaliste de la Russie

Retour à la rhétorique de la peur en Occident – Une analyse réaliste de la Russie
Markku Siira
Sources: https://markkusiira.substack.com/p/irti-lansimaisesta-pel... & https://ecfeda1c.delivery.rocketcdn.me/wp-content/uploads...
La discussion sur la Russie est piégée dans une boucle de rhétorique répétitive. La prévision constante d’une expansion du conflit, tout en soulignant la menace et la faiblesse de la Russie, ne constitue pas une analyse constructive, mais plutôt une prophétie auto-réalisatrice, peu fondée sur la réalité. Il est plus judicieux d’aborder la situation de la Russie de manière réaliste, sans se laisser guider par la rhétorique de la peur occidentale, et en tenant compte des défis et des opportunités réels du pays.
L’élite académique russe a récemment brisé certains tabous en politique étrangère. Dmitri Trenin (photo), président du Conseil pour les Affaires internationales et la Sécurité (RIAC), a déclaré que la Russie se trouve au milieu d’un « nouveau conflit mondial contre le monde occidental collectif », tout en critiquant l’expertise en politique étrangère de son propre pays comme étant déconnectée de la réalité. Cette autocritique ne traduit pas une faiblesse, mais plutôt une vigilance stratégique.
Ivan Timofeïev, directeur du programme du Club de Valdai, est allé encore plus loin. Selon lui, le manque de modernisation technologique, scientifique et industrielle rend difficile, voire impossible, le maintien de la compétitivité. Timofeïev s’appuie sur l’héritage de Pierre le Grand: la modernisation de l’époque était violente, mais nécessaire, avec une technologie et un savoir empruntés aux ennemis occidentaux.
Depuis, avec la détérioration de la coopération avec l’Europe, la Russie s’est tournée vers de nouveaux partenaires – notamment la Chine – tout en ne fermant pas la porte à une relance de la coopération avec l’Occident. Cette ouverture, même en pleine hostilité, témoigne du pragmatisme russe.
Dans le domaine de la quatrième révolution industrielle et de la digitalisation, la Russie a fait des avancées importantes, notamment sous la contrainte des sanctions. Ces sanctions ont accéléré la transition vers des logiciels nationaux et renforcé l’autosuffisance technologique.


L’État a investi dans la normalisation de la digitalisation industrielle, et dans le secteur civil, de grandes entreprises métallurgiques comme Severstal, NLMK et MMK ont été à l’avant-garde de l’intégration de l’intelligence artificielle et des jumeaux numériques. Dans l’industrie de la défense, l’IA a été intégrée dans des plateformes telles que Okhotnik et Narval, et le président Poutine a souligné l’importance de l’IA dans le nouveau programme d’armement.
Ces progrès s’inscrivent dans une stratégie plus large, où la Russie construit une nouvelle base économique malgré la pression extérieure. Bien que sa position dans les institutions économiques occidentales se soit affaiblie, le pays développe activement des alternatives notamment dans le cadre des BRICS. La part des monnaies nationales dans le commerce avec les partenaires des BRICS a considérablement augmenté.
Du point de vue de la sécurité stratégique, la Russie se trouve entre deux pôles: à l’ouest, l’UE en tant qu’adversaire, à l’est, la Chine en tant que partenaire stratégique. Leur arsenal nucléaire sert de dissuasion contre une attaque de grande ampleur, mais le pays reste vulnérable face à des conflits de faible intensité à ses frontières sud.
Sur le plan intérieur, la Russie lutte encore contre des défis connus: inégalités sociales, disparités régionales, bureaucratie lourde, infrastructure défaillante et problèmes environnementaux.
La militarisation de l’économie sollicite la main-d’œuvre, la crise démographique est grave, et le blocus technologique causé par les sanctions est critique. Pourtant, le pays possède des atouts importants: une population hautement qualifiée, un patrimoine culturel riche, une résilience prouvée en période de crise, et une longue tradition de percées technologiques même dans les temps difficiles.
Le groupe au pouvoir, prudent, de Poutine n’élargira pas le conflit en dehors de l’Ukraine. Toute escalade éventuelle ne viendrait pas de Moscou, mais plutôt d’acteurs occidentaux, surtout de cercles dirigés par Londres. La menace continue d’une invasion russe, par exemple dans la Baltique ou en Finlande, est davantage une source de peur qu’une analyse crédible.
L’objectif stratégique de l’Occident semble être d’obtenir une gouvernance russe sensible, prévisible et subordonnée à ses propres intérêts. Pour les intérêts nationaux russes, une alternative plus pertinente pourrait être un modèle chinois: une économie socialiste de marché où l’État guide l’économie et sélectionne la technologie, sans dépendance aux démocraties occidentales ni transfert de ressources à des capitaux étrangers.
Après Poutine, la Russie aura besoin d’un nouveau leader nationaliste et technocrate capable de conduire une modernisation à la chinoise, sans renoncer à la souveraineté stratégique du pays.
La Russie se trouve à une croisée des chemins stratégiques. Elle ne souhaite pas élargir la guerre, et elle ne peut pas se retirer d’Ukraine sans accord, ce qui signifierait la fin du régime actuel. Se détacher à la fois du poids de l’époque soviétique et du cercle vicieux de l’économie de guerre nécessiterait une réévaluation, une nouvelle direction et la capacité de gérer conflits internes et pressions externes. Le résultat final dépendra en fin de compte de la manière dont la Russie définira son propre chemin – non de la façon dont l’extérieur l’interprétera.
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Magyar reste sur la ligne Orbán: rejet du Pacte sur la migration, renforcement de la clôture frontalière

Magyar reste sur la ligne Orbán: rejet du Pacte sur la migration, renforcement de la clôture frontalière
Source: https://unzensuriert.at/329481-magyar-bleibt-auf-orban-li...
Péter Magyar a remporté une victoire décisive lors des élections législatives et se positionne comme le futur Premier ministre désigné de Hongrie. La joie des élites occidentales était grande, mais il apparaît désormais que, en matière de migration, l’ancien dissident du Fidesz ne diffère guère du Premier ministre actuel Viktor Orbán.
Les questions fondamentales restent intouchées
Le parti conservateur Tisza de Magyar a obtenu 53% des voix et s’est assuré 138 des 199 sièges – une majorité des deux tiers permettant de réaliser des réformes importantes. Le Fidesz d’Orbán a recueilli 38% des voix et 57 sièges; Orbán a reconnu la défaite, suite à un record de participation électorale de 78%. Magyar, qui était autrefois un confident d’Orbán, devrait prendre ses fonctions en mai et promet un changement de pouvoir sans rupture de cap sur les questions essentielles.
Clair rejet du Pacte européen sur la migration
Peu après sa victoire électorale, Magyar a déclaré sans ambiguïté: «Nous n’accepterons aucun pacte ni aucun mécanisme de redistribution en ce domaine». Il s’oppose ainsi ouvertement au Pacte européen sur la migration et l’asile, qui prévoit des quotas obligatoires et des procédures accélérées – une ligne qui rappelle la politique d’Orbán. Il critique les sanctions de l’UE de 200 millions d’euros plus un million par jour comme étant une lourde charge pour le budget hongrois, et cherche des voies juridiques pour y mettre un terme.
Renforcement de la clôture frontalière et lutte contre le trafic d’êtres humains
La clôture existante à la frontière sud, emblème de la politique hongroise depuis 2015, ne doit pas seulement être maintenue, mais aussi renforcée pour combler les lacunes. Magyar prévoit une approche plus dure contre le trafic d’êtres humains et se distancie de la décision d’Orbán de libérer en 2023 plus de 2200 contrevenants condamnés pour trafic.
Une large feuille de route de réformes au-delà de la migration
Outre la politique migratoire, Magyar annonce des changements importants: déplacement du siège du gouvernement, dissolution de la radio publique, lutte contre la corruption et amélioration des relations avec l’UE par le déblocage d’aides bloquées d’une valeur de 20 milliards d’euros. Il prévoit l’expulsion des « migrants VIP » d’Orbán et un changement de cap pour s’éloigner de la ligne proche de la Russie.
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Surprise pour la direction des syndicats allemands! Les membres de ces syndicats votent plus souvent pour l’AfD que les non-membres

Surprise pour la direction des syndicats allemands! Les membres de ces syndicats votent plus souvent pour l’AfD que les non-membres
Peter W. Logghe
Source: https://www.facebook.com/peter.logghe.94
Au cours de ces dernières années, les syndicats allemands ont fait de "la lutte contre l’extrême droite", et plus précisément contre l’AfD, un point important de leur programme. Et voici maintenant que claque un coup de tonnerre dans un ciel syndical tout bleu: selon une analyse du groupe de recherche Wahlen, les membres des syndicats en Allemagne votent plus fréquemment pour la droite conservatrice qu'est l'AfD que les non-syndiqués et d’autres catégories de la population allemande. C’est ce que révèle Reinhard Bispinck (photo), ancien directeur scientifique du service de documentation du DGB (= Union syndicale allemande), sur le site tarifpolitik.info.
Reinhard Bispinck s’est basé sur les résultats des dernières élections régionales en Allemagne, celles du Bade-Wurtemberg et de la Rhénanie-Palatinat. D’après l’analyse des résultats dans le Bade-Wurtemberg, 24% des syndiqués ont voté pour l’AfD, alors que le parti a obtenu en moyenne 18,8% dans ce Land. Qui plus est: 18% des travailleurs non syndiqués ont voté pour l’AfD. Ce fait est d’autant plus remarquable que les syndicats jouent un rôle important aux côtés des groupes d’extrême gauche dans la lutte contre l’AfD classée à droite: ainsi, la présidente actuelle du DGB, Yasmin Fahimi (ancienne députée SPD), est l’une des opposantes les plus acharnées à l’AfD.

(Texte: Ne vous laissez pas abuser quand on vous dit qu'exiger des alaires plus élevés conduit nécessairement à l'inflation. Cela ne peut se déduire des statistiques qui nous ont été présentées).
L’AfD a trois fois plus de soutien chez les syndiqués que la SPD…!
Ces résultats doivent aussi inquiéter le syndicat, qui est traditionnellement proche de la SPD: selon l’étude, en moyenne, seulement 8% des syndiqués ont voté pour la SPD en Bade-Wurtemberg: ça fait mal! Avec cela, les «camarades» sociaux-démocrates n’ont recueilli qu’un tiers des voix qui sont allées à l’AfD, dite d’extrême droite. Chez les syndiqués, les Grünen sont arrivés en tête dans le Bade-Wurtemberg, avec 29%. Ensuite vient l’AfD, avec 23%, puis la CDU en troisième position avec 23%. Die Linke n’a recueilli que 6%.
En Rhénanie-Palatinat, l’AfD occupe également la deuxième place parmi les électeurs syndiqués. Dans ce Land, 23% d’entre eux ont voté pour l’AfD, alors qu’en moyenne, le parti a obtenu 19,5% dans cette région. Le parti le plus fort parmi les membres des syndicats en Rhénanie-Palatinat reste la SPD, avec 32%. La CDU, qui a obtenu 31% dans ce Land, reçoit peu de soutien chez les membres syndicaux, avec seulement 21%.
Dans ces deux Länder, l’AfD est clairement devenue le deuxième parti politique parmi les travailleurs syndiqués. Et ce qui est important à noter: l’AfD a recueilli plus de voix chez les syndiqués que la moyenne. Quant à savoir si cette étude apportera plus de réalisme aux syndicats, c'est malheureusement peu crédible.
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samedi, 18 avril 2026
L’Europe passe du statut de soutien à celui de zone de production de cette guerre

L’Europe passe du statut de soutien à celui de zone de production de cette guerre
Elena Fritz
Source: https://t.me/global_affairs_byelena#
Avec la révélation de sites concrets de fabrication de drones et de composants en Europe, Moscou a marqué un point qui est systématiquement minimisé dans le débat européen. Il ne s’agit plus simplement d’aide militaire, de paquets financiers ou de soutien politique à Kiev. Il s’agit du fait que le sol européen devient lui-même de plus en plus partie intégrante de la chaîne de production militaire de cette guerre.
C’est précisément là que réside le changement qualitatif. Tant que l’Europe fournit, on peut encore parler de soutien sur le plan politique. Mais dès lors qu’il y a production, montage, financement et intégration technique sur le territoire européen, le soutien se transforme peu à peu en implication industrielle. Ce n’est pas seulement une question sémantique, mais une question stratégique. Celui qui ne se contente plus de transmettre du matériel de guerre, mais qui permet sa fabrication sur son propre territoire, aura de plus en plus de mal à se réfugier derrière la confortable fiction selon laquelle il aurait seulement une relation indirecte avec la guerre.

Le message russe ne visait pas uniquement les gouvernements, mais visiblement aussi l’opinion publique européenne. Le sous-texte est clair: votre sécurité n’est pas seulement menacée par le conflit extérieur, mais aussi par les décisions de vos propres élites politiques, qui entraînent l’Europe de plus en plus profondément dans la logique militaire de cette guerre. Cela est d’autant plus sensible politiquement que cela dévoile un conflit que la classe dirigeante européenne préfère garder dans l’ombre: la contradiction entre la rhétorique officielle de crise et l’escalade réelle via une production commune et une intégration militaro-industrielle.
Par ailleurs, le processus met aussi en lumière un problème du côté russe. La dissuasion repose sur la crédibilité. Ceux qui, pendant des années, ont tracé des lignes rouges, risquent de voir leurs avertissements devenir inopérants s’ils ne sont pas suivis de conséquences visibles. Voilà le dilemme stratégique de Moscou: en nommant publiquement des sites européens, la menace devient plus claire, mais cela oblige aussi la Russie à se mettre sous pression. En effet, chaque avertissement perd en impact s’il n’est perçu que comme un rituel médiatique supplémentaire.

Cela ne change cependant rien au véritable problème européen. En Occident aussi, on travaille avec une fiction: celle selon laquelle il serait possible d’approfondir encore le soutien militaire à l’Ukraine, d’étendre la production sur le territoire européen, de renforcer la coopération opérationnelle, tout en affirmant que l’Europe ne serait pas davantage impliquée dans le conflit. Cette idée est politiquement commode, mais stratégiquement peu sérieuse. Plus l’Europe devient non seulement bailleur de fonds, mais aussi espace de production et centre organisationnel de la guerre, plus la distance avec le conflit réel diminue.
Le véritable scandale ne réside donc pas seulement dans la réaction de la Russie, mais dans la banalisation de la militarisation de l’Europe. Ce qui aurait été considéré, il y a quelques années, comme une escalade exceptionnelle est aujourd’hui traité comme une simple opération administrative: financement ici, fabrication là, coopération entre-temps. Le public doit s’habituer à l’idée que sur le sol européen, il devient de plus en plus évident que des infrastructures de guerre se développent pour un conflit en cours. Et c’est précisément cette habituation qui représente la partie la plus dangereuse de cette évolution.
Car cela ne modifie pas seulement la politique extérieure, mais aussi la constitution intérieure de l’Europe. Là où la militarisation devient la nouvelle norme, la langue politique se déplace également. Les risques sont minimisés, la participation politique est réduite, et toute critique fondamentale est moralisée. Les citoyens sont invités à payer, à se taire, et à accepter cette nouvelle réalité comme inévitable.
#géopolitique@global_affairs_byelena
20:11 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : armement, production de guerre, europe, affaires européennes, ukraine |
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jeudi, 16 avril 2026
Quelques commentaires sur les récentes élections municipales en France

Quelques commentaires sur les récentes élections municipales en France
par Georges Feltin-Tracol
Les élections municipales des 15 et 22 mars 2026 sont terminées. Malgré le tropisme médiatique accordé aux communes les plus peuplées (Paris, Marseille, Lyon, Bordeaux, Toulouse, Nice, Strasbourg, Lille, Nantes), il paraît difficile d’en tirer des conclusions de portée nationale tant les situations diffèrent d’une municipalité à l’autre.
On peut cependant émettre deux observations générales qui confirment le contexte chaotique ou de transition, voire d’avant-guerre, dans lequel nous sommes dorénavant plongés : un éclatement inouï de la donne politique et la montée inexorable de l’abstention.
La réforme du mode d’élection dans les communes les moins peuplées imposant la sotte parité et abolissant le panachage ainsi que la rature des candidats explique en partie la forte abstention du premier tour: 42,90% au lieu de 36,45% en 2014 (on oubliera les élections de 2020 marquées par la mystification covidinguienne). Notons que cette année, 68 communes françaises n’ont pas ouvert de bureau de vote, faute de liste présentée ! En 2020, on en recensait 106 et six ans plus tôt 64…
La désaffection des électeurs se comprend en outre par l’effacement du pluralisme: 68% des communes n’offraient qu’une seule liste élue d’office dès le premier tour avec 100% des suffrages exprimés. La présence de deux listes ne concernait que 25% des communes, ce qui n’a pas empêché la hausse de l’abstention et le fort accroissement des votes nuls et des bulletins blancs. Dans Le Monde (du 27 mars 2026), le chercheur Pierre-Henri Bono précise que le nombre de listes uniques dans les communes de 3500 à 5000 habitants est passé de 12% en 2008 à 31% cette année. Si l’on élargit le critère démographique des communes entre 1000 et 20.000 habitants, il relève un phénomène plus massif encore: 32% en 2014 et 48% cette année! Le désintérêt des électeurs n’en est que plus flagrant.

Ce désaveu civique accentue la fragmentation de l’actuelle offre politique. Certes, le PS conserve Paris, Le Printemps marseillais divers-gauche la cité phocéenne et les Verts Lyon, mais la gauche municipale perd des symboles historiques tels Clermont-Ferrand. L’alliance LR–macroniste remporte la mairie auvergnate aux mains des socialistes depuis 1944. Accédant au second tour grâce à 11,29% des voix, la liste RN s’effondre à 3,64%. Ses électeurs se reportent en masse vers le candidat du bloc central par hostilité compréhensible envers l’édile socialiste sortant qui préférait mieux combattre la section locale du Bastion social et des identitaires que les trafiquants de drogue implantés dans certains quartiers de sa pauvre ville.
Le PS perd aussi des municipalités dans le Nord, en banlieue parisienne et en périphérie lyonnaise au profit de LFI mélanchoniste (Saint-Denis, Roubaix, Sarcelles, Vaulx-en-Velin). Vieille terre communiste, Vénissieux tombe aussi! La mobilisation permanente des quartiers de l’immigration en faveur des candidats de Jean-Luc Mélenchon a payé. Les notables socialistes se font «grands-remplacés». Tant mieux! On ne les pleurera pas!
Quant au RN, il faut ici distinguer la majorité des candidats des cadres et autres responsables nationaux. La voie vers l’Élysée en 2027 s’annonce plus difficile que prévue. En effet, le RN ne conquiert ni Marseille, ni Toulon, mais il gagne deux secteurs marseillais (les 5e et 6e, donc les IXe, Xe, XIe et XIIe arrondissements). Les métropoles confortent leur vive hostilité envers le parti de la flamme tricolore: 7,07% pour l’UDR Alexandre Dupalais à Lyon, 5,20% à Grenoble avec Valentin Gabriac, 7,02% à Bordeaux pour Julie Rechagneux, 7% à Strasbourg pour l’excellente Virginie Joron. En revanche, le RN s’implante dans les villes moyennes: Menton, Vierzon, Carcassonne, Rognac, La Seyne-sur-Mer, etc. Diverses municipalités RN sont reconduites dès le premier tour avec brio (77,71% à Hénin-Beaumont, 62,22% à Moissac). On notera la perte de Villers-Cotterêts au second tour alors que le maire sortant élu en 2014 et réélu en 2020, Franck Briffaut (photo), adhérent au FN dès 1977, ne sollicitait pas un nouveau mandat.

La poussée frontiste se concrétise dans les villes moyennes. Par exemple, dans les Monts du Beaujolais situés dans le département du Rhône, l’assistant du député RN Jonathan Gery de la circonscription voisine, Rémy Berthoux, devient le maire de Thizy-les-Bourgs. Le cas est intéressant. Le 1er janvier 2013, cinq communes limitrophes fusionnent à l’initiative du maire de Thizy, Michel Mercier, sénateur centriste, président MoDem du conseil général du Rhône et ministre de la Justice de 2010 à 2012. Cette commune nouvelle se trouve dans la 9e circonscription du Rhône tenue par le LR Alexandre Portier. La liste RN réalise au second tour en triangulaire 46,36%. Les «Bo-Bo» lyonnais n’en dorment toujours pas!
La presse locale a évoqué la première mairie d’extrême droite du département de la Loire. Commune rurale de la plaine du Forez, Chalain-le-Comtal ne présente qu’une seule liste à l’initiative de Tom Rieu (aucun rapport a priori avec Damien Rieu). Employé agricole de 23 ans, le nouveau maire a été le suppléant du candidat RN aux législatives de 2022 et de 2024 dans la 2e circonscription de la Loire (Saint-Étienne Sud intra muros). Il quitte le RN après la condamnation de Marine Le Pen sur les assistants parlementaires européens. Il rejoint alors Identité–Libertés de Marion Maréchal. Son engagement public lui vaut 178 votes sur 586 inscrits sans omettre 7,51% de bulletins nuls et 8,87% de votes blancs. Les journalistes pensent que quatre à cinq autres communes de la Loire auraient maintenant des maires encartés au RN et à l’UDR.
On a vu que les agglomérations sont rétives aux candidats du RN. Pourtant dans la préfecture de la Loire, Saint-Étienne, après une éclipse survenue en 2020 (9,24% au premier tour), le RN devient avec huit conseillers municipaux la principale opposition à la nouvelle équipe communale socialiste–verte–communiste–Place publique. Au soir du 15 mars, le RN arrivait déjà en deuxième position derrière l’alliance de gauche et devant les quatre listes de droite et de centre-droit (18,97% et 8212 voix exprimés). Or, par rapport aux résultats de 2014, le RN perdait néanmoins 688 suffrages. Toutefois, arrivé deuxième lui a procuré un vrai dynamisme puisqu’au soir du 22 mars, le RN a réalisé 26,68%, 11.786 suffrages, soit un apport supplémentaire de 3574 voix ! Ce résultat ne devrait pas étonner. Dès le premier tour de la présidentielle de 1995, la Loire plaçait en tête Jean-Marie Le Pen à l’instar de six autres départements (Haut-Rhin, Bas-Rhin, Moselle, Var, Bouche-du-Rhône et Vaucluse). Le FN faisait de si bons résultats qu’au début des années 2000, des rumeurs couraient autour du parachutage électoral éventuel de Bruno Gollnisch sur la ville aux sept collines ou dans ses environs immédiats (Saint-Chamond et la vallée du Gier ou la vallée ouvrière de l’Ondaine).
Bien que non victorieux, le succès le plus brillant revient sans la moindre contestation possible à Jean-Eudes Gannat à Segré-en-Anjou-Bleu en Maine-et-Loire. Le 15 février 2016, sans aucune mention au cours de la campagne électorale de 2014, quinze communes s’unissent dans une commune nouvelle d’une superficie de 242 km². En comptant les bois de Vincennes et de Boulogne, la superficie de Paris fait 105 km². Lyon couvre près de 48 km² et Marseille s’en approche avec environ 241 km². Arrivée troisième et dernier lors de l’unique tour de scrutin, Jean-Eudes Gannat fait 21,72%, soit 1517 voix. Sa liste obtient sept conseillers municipaux et envoie deux représentants à l’intercommunalité.
Dans un environnement difficile car la commune nouvelle se trouve dans la 7e circonscription, fief d’un député MoDem de la majorité présidentielle, Jean-Eudes Gannat suscite la sympathie des électeurs. Il profite de son statut d’enfant du pays comme d’ailleurs Tom Rieu qui bénéficie en outre d’un autre atout non négligeable: Chaloin-le-Comtal vote largement pour les candidats RN.
Jean-Eudes Gannat apporte la preuve magistrale qu’une démarche radicale réfléchie ne révulse pas toutes les franges de l’électorat. Son succès relatif risque cependant de lui attirer la vindicte de Thémis qui, pour avoir retransmis la sinistre réalité sur les réseaux sociaux, pourrait lui valoir une exécution provisoire et la privation durable de ses droits civiques, civils et de famille, car il est bien plus dangereux qu’un violeur d’enfant ou un trafiquant de drogue. Si sa liste courageuse réussit dans un milieu assez défavorable, pourquoi son exemple n’inciterait-il pas d’autres militants à l’imiter dans des zones bien plus propices à l’Opposition nationale, populaire, sociale, identitaire et européenne par exemple en Ardèche septentrionale autour d’Annonay qui a quand même élu un député UDR, et en Haute-Loire? Avis aux bonnes et fermes volontés, imitons les exemples de Tom Rieu et de Jean-Eudes Gannat pour l’échéance municipale de 2033 !
Ne soyons donc pas pessimistes ! Il est dès à présent certain que des maires élus sans étiquette sont en leur for intérieur de sensibilité nationaliste-révolutionnaire ou identitaire, nous en connaissons plusieurs dans le Massif Central, dans le Morvan ainsi que dans le Jura.
GF-T
- « Chronique flibustière », n° 187, d’abord mise en ligne sur Synthèse nationale, le 6 avril 2026.
21:36 Publié dans Actualité, Affaires européennes, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, france, élections municipales, europe, politique, affaires européennes |
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Le super-continent n’est pas euro-atlantique!

Le super-continent n’est pas euro-atlantique!
Cristi Pantelimon
Source: https://www.facebook.com/profile.php?id=100005135564621
Nous sommes en 2019, sous le premier mandat de Trump. À mi-chemin d’un demi-siècle depuis la « pivotation » des États-Unis vers l’Asie (Obama), qui sent que quelque chose se passe et doit freiner la montée de la puissance asiatique.
En février 2012, le futur président chinois, Xi Jinping, revient des États-Unis et retourne en Chine, en faisant deux escales: en Irlande et en Turquie…
Recep Tayyip Erdogan, suite à la dernière escale de Xi, se rend en Chine, d’abord dans la province d’Urumqi, sans suivre l’exemple de Charles de Gaulle au Québec: il parle d’« une seule Chine », et non d’une région ouïgoure libre… bien qu’auparavant il ait eu des positions en faveur de ce séparatisme-là.
Les contacts entre la Turquie et la Chine s’intensifient énormément d’un point de vue économique.
Pour la Chine, l’Asie ne se limite pas à l’Asie du Sud-Est. L’Asie s’étend jusqu’à la Méditerranée. Ainsi, le Moyen-Orient fait partie de l’Asie. Ce Moyen-Orient produit exactement la quantité de pétrole dont ont besoin les géants économiques asiatiques (Chine, Inde, Japon, etc.), et seul l’Asie centrale et le Moyen-Orient peuvent la fournir.
La Chine, qui dans les années 80 était autosuffisante en matière de consommation de pétrole, est aujourd’hui le plus grand importateur mondial de cet hydrocarbure. Parce qu’elle connaît une croissance soutenue.
La Chine a dépassé les États-Unis tant en importations qu’en exportations de la zone du Golfe depuis 2006-2009. Il ne s’agit pas seulement de pétrole, mais de tous types de biens.
La croissance est si forte que les Américains ne savent plus comment penser stratégiquement cette nouvelle réalité.
Habitués aux jeux à somme nulle, ils pensent que ce que la Chine gagne, ils le perdent.
Même un Iranien-américain comme Vali Nasr partage cette opinion. Et il croit aussi que les alliés asiatiques des États-Unis demanderont aux Américains d’intervenir pour empêcher la Chine de couper leurs sources d’approvisionnement en pétrole du Moyen-Orient !
Voici une grave défaillance de perception. Les alliés des États-Unis, dont parlait Nasr il y a moins d’un dixième de siècle (dans son livre The Dispensable Nation, 2013), sont désormais irrémédiablement attirés, comme des satellites, par la force gravitationnelle de la Chine. Ils vont naturellement se détacher des États-Unis et s’aligner sur d’autres orbites. Rien n’est éternel sous le Soleil.
La puissance du Super-Continent peut résider dans le potentiel démographique énorme de toute cette zone et, implicitement, dans sa tendance au «traditionalisme».
Une synergie eurasiatique n’est pas seulement une «intégration économique». La plupart des représentations parlent uniquement d’investissements et de chiffres. Il s’agit plutôt d’un potentiel qui se trouve justement «de l’autre côté» de la modernité.
Une Europe « pré-moderne » aurait eu pratiquement un potentiel de croissance infini. La modernité typiquement occidentale l’a démographiquement et civilisationnelement bloquée.
Il y aurait encore beaucoup à dire…
La guerre actuelle au Moyen-Orient concerne aussi le blocage des relations entre l’Occident et l’Orient du Super-Continent, où la Chine et l’Europe sont des piliers. Les Américains en sont conscients et le disent ouvertement, comme à leur habitude:
«L’Europe et la Chine se trouvent à mi-chemin l’une de l’autre: elles sont situées aux antipodes de l’Eurasie. A elle deux, elle représentent les noyaux de civilisations contrastées; leur relation est marquée par un héritage complexe ou se juxtaposent distance culturelle et passé impérial.
Cependant, elles partagent le même continent et une histoire de contacts importants, même s'ils ont été intermittents, avec peu de barrières géophysiques entre elles. En tant que deux des plus grandes zones de production et de technologie dans le monde en dehors des États-Unis, elles partagent également de fortes attractions économiques mutuelles. Pour qu’un supercontinent eurasiatique à portée mondiale naisse, l’Europe et la Chine devraient en être les piliers de soutien » (Nasr, p. 178).
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mardi, 14 avril 2026
Orban a (massivement) perdu

Orban a (massivement) perdu
Martin Sellner
Bron: @MSellnerAdmin (Telegram)
Avec une victoire écrasante, le Tisza, soutenu par l'UE, a obtenu une majorité des 2/3 et peut désormais démanteler progressivement le travail de construction du Fidesz depuis 2010.
Peut-être réécrivent-ils même la constitution de Pâques d'Orban — et transforment-ils la Hongrie en un État modèle, selon les critères du libéralisme de gauche.
Alors que la Hongrie de Magyar s'assimile dans l'UE, il est probable que le pays soit inondé de fonds et qu'une période de grâce lui soit accordée pour la redistribution des demandeurs d'asile, la censure des discours de haine et l'endoctrinement en matières de genre — afin d'éviter toute agitation dans le pays. À quoi cela est-il dû?
Je ne suis pas d'accord avec de nombreux analystes dits de droite:
Orban était, économiquement parlant et dès le départ, sans aucune chance. Un petit État enclavé sans ressources ni tourisme, étouffé par l'UE suite à des sanctions et à la suspension de fonds, ne peut pas offrir à son peuple une économie attrayante. La corruption, qui doit être condamnée en tant que telle, n'est probablement ni plus ni moins présente que dans tout autre pays bénéficiaire net.
La seule façon pour Orban d’échapper à ce "traitement" aurait été d’ouvrir les frontières et de jouer le jeu géopolitique. Mais cela n'aurait pas conduit à un mieux comme dans n'importe quelle autre satrapie de l'UE.
Quant à l'approche d'Orban envers des "puissances étrangères", on ne peut guère lui en faire reproche parce qu'il était sous cette contrainte. Il devait essayer de créer des options alternatives pour satisfaire les attentes de prospérité de ses électeurs. Mais il n’a manifestement pas réussi.
Orban a certainement aussi commis des erreurs. Mais même s'il n'avait pas fait d'erreurs, il aurait eu peu de chances à long terme sous une telle pression. Les forces libérales de gauche dans l'UE sont encore trop fortes. La Hongrie n’a pas pu tenir suffisamment longtemps.
Contre l'offre de Magyar: lutte contre la corruption, critique de la migration + fonds européens, Orban est vraiment impuissant. Il n’y a pas non plus de reproche à faire aux électeurs. Il est compréhensible qu'ils aspirent à un changement et à une amélioration de leurs conditions de vie.
C’est là toute la perversité de l'"arme des sanctions", qui crée une opposition politique par l’appauvrissement ciblé.
Voici maintenant l’épreuve qui s'ensuivra: Orban a investi délibérément dans des structures métapolitiques en dehors du parlement. Avec ces structures, une hégémonie peut même "survivre" à une défaite électorale. À condition que la phalange des intellectuels de droite organiques puisse rapidement passer en mode opposition.
Ce fut également suite à une défaite électorale en 2002, que le travail métapolitique d'Orban a commencé. La liste Kubatov doit être réactivée. Une phase d'opposition peut justement, pour un milieu métapolitique fort, avoir un effet revitalisant.
Le besoin pousse à l’ingéniosité. Hölderlin l’appelle la "grande maîtresse".
"Le vieil homme Faust a rajeuni;
Elle arrive, comme la foudre de Dieu,
Et détruit des montagnes rocheuses,
Et déploie sa voie sur les géants."
Que le besoin qui s'installera dans les années à venir puisse rajeunir, activer, et faire revenir encore plus fort le bloc national hongrois !
13:41 Publié dans Actualité, Affaires européennes, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : politique, actualité, hongrie, viktor orban, fidesz, europe, affaires européennes, europe centrale, europe danubienne |
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Leçon de Hongrie

Leçon de Hongrie
Elena Fritz
Source: https://t.me/global_affairs_byelena#
La Hongrie est bien plus qu’un simple message électoral. C’est une leçon sur les limites de la politique nationale dans un système qui tolère la déviation au niveau national uniquement tant qu’elle reste sans conséquence.
La défaite d’Orbán montre qu’en Europe, il ne suffit plus de gagner des élections, de former un gouvernement et de se référer à la souveraineté dans des discours. En effet, le vrai pouvoir se trouve souvent plus en profondeur: dans des réseaux, des institutions, des flux financiers, des milieux médiatiques et des terrains idéologiques qui se sont largement affranchis du contrôle démocratique.
C’est précisément là que réside le problème fondamental de tous les gouvernements qui s’opposent à la ligne dominante sans toucher aux structures sur lesquelles cette ligne repose. On peut s’attaquer à Bruxelles, critiquer la politique migratoire, refuser le courant dominant, mais aussi longtemps que les strates clés d’influence et d’interprétation restent dans le même vieil ordre, toute résistance demeure précaire. Alors, ce n’est pas l’État qu’on dirige, mais seulement sa surface visible.
Orbán a été pendant des années la figure symbolique d’une contradiction limitée apportée sur le théâtre européen. Il incarnait la tentative de préserver un espace d’action national au sein de l’UE. Mais cette tentative avait dès le départ ses limites: elle contredisait le système sans véritablement sortir de ses mécanismes de pouvoir. La Hongrie est restée profondément intégrée, sur le plan financier, institutionnel, sécuritaire et idéologique, dans le bloc occidental. Dans de telles conditions, tout conflit avec Bruxelles devient un combat dans une arène dont les règles ont déjà été fixées par d’autres.
Le problème réside dans la structure même de l’UE. Car l’Union européenne n’est plus vraiment l’Europe des nations libres que l'on a autrefois vendue à ses citoyens. Elle est devenue un espace de gouvernance politique où la conformité est récompensée et la déviance est sanctionnée. Pas toujours par des moyens ouverts, pas toujours avec une pression bruyante, mais avec une grande cohérence. Par des structures de financement, par des ONG, par un cadrage médiatique, par une étiquetage moral, par des blocages institutionnels et par la tentative permanente de présenter toute politique nationale indépendante comme suspecte.
C’est précisément là que réside la finesse de ce modèle. Il n’est plus nécessaire d’imposer des interdits ouvertement. Il suffit de façonner les conditions du concours politique de façon à isoler, épuiser et délégitimer progressivement l’écarté. En apparence, tout reste propre, démocratique et conforme aux règles. En revanche, à l’intérieur, un appareil agit en connaissance de cause, en sachant quelles forces encourager et lesquelles combattre.
La forme moderne de désarmement ne s’appuie plus sur des chars, mais sur la maîtrise du discours, la pression par réseaux et l’épuisement institutionnel. La défaite d’Orbán est donc bien plus qu’un événement propre à la Hongrie. Elle est un signal à tous les acteurs politiques qui pensent qu’il est possible d’agir durablement en souverain dans cette architecture de pouvoir européenne, sans remettre en question ses fondements.
Cela ne concerne pas seulement l’Europe centrale et orientale. Au fond, cela concerne chaque acteur politique, qui veut hiérarchiser ses intérêts nationaux par rapport aux injonctions d’un système transnational technocratique. Celui qui ne remporte que des gouvernements, mais pas les centres de pouvoir qui se profilent derrière ces gouvernements, reste une figure passagère.
C’est pourquoi la lecture de ce phénomène dépasse également l’Europe. Car le motif est toujours similaire: des figures de leadership populistes ou résistantes entrent en confrontation avec un ordre de pouvoir qui va plus profondément que les cabinets, partis ou campagnes électorales. Elles peuvent mobiliser, irriter, freiner. Mais elles échouent tandis que les appareils permanents restent intacts. Le cas d’Orbán n’est donc pas seulement hongrois. Il est un cas exemplaire pour tous.
L’autodétermination nationale n’est que partiellement prévue dans l’UE d’aujourd’hui. Orbán n’a pas seulement perdu une élection. Il a échoué face à la réalité d’un système qui ne tolère la démocratie nationale que tant qu’elle ne touche pas à l’ordre du pouvoir.
11:25 Publié dans Actualité, Affaires européennes, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : politique, actualité, europe, affaires européennes, hongrie, europe danubienne, europe centrale, viktor orban |
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lundi, 13 avril 2026
La Hongrie a voté

La Hongrie a voté
Björn Höcke
Source: https://www.facebook.com/Bjoern.Hoecke.AfD
La défaite électorale de Viktor Orbán marque une étape importante – non seulement pour la Hongrie, mais pour l’ensemble de l’ordre politique en Europe. Elle résulte d’un jeu complexe d’interactions économiques, politiques, structurelles et psychologiques, ainsi que d’une influence propagandiste massive venant de l’extérieur. Il ne s’agit pas d’un échec isolé d’un seul politicien.
Quelles sont les causes de ce résultat électoral ?
1. L’économie l’emporte sur la politique. L’inflation, la perte du pouvoir d’achat et la hausse du coût de la vie sont, selon l’expérience, les facteurs déterminants les plus puissants dans le choix électoral. Historiquement, il apparaît constamment que les gouvernements – quelle que soit leur orientation politique – sont sanctionnés en période de tension économique. En ce sens, Viktor Orbán n’a pas été autant victime de sa ligne nationaliste que du fonctionnement classique des cycles démocratiques, stimulés par les cycles économiques.
2. La promesse de prospérité relativise, pour la majorité des électeurs hongrois, un facteur souvent présenté par les patriotes comme décisif: la migration de masse. Alors que ce sujet est aujourd’hui déterminant dans de nombreux pays d’Europe occidentale, il ne joue pas le même rôle en Hongrie, simplement parce que l’expérience réelle des effets négatifs de la migration fait défaut. Les récits politiques déconnectés de la vie quotidienne ont peu de force mobilisatrice.
3. Il ne faut pas sous-estimer le cadre international: Orbán s’est retrouvé face à un champ d’adversaires exceptionnellement large – sur le plan politique, médiatique et institutionnel. La tension entre la souveraineté nationale et les intérêts supranationaux, notamment dans le cadre de l’UE, s’est considérablement accentuée ces dernières années. La Hongrie est devenue de plus en plus le théâtre visible de ce conflit, incarnant la défense ferme de la souveraineté nationale face aux prétentions supranationales de Bruxelles. Une élection dans de telles conditions n’est plus une simple décision purement intérieure.
4. Orbán est l’un des rares politiciens européens à avoir une approche digne d’un homme d’État. Pour permettre à son petit pays d’emprunter un chemin identitaire particulier et, dans les circonstances présentes, d’ouvrir des marges de manœuvre, il a dû chercher de puissants partenaires. La Hongrie entretenait sous Orbán des liens étroits avec Israël. On suppose que l’attaque du groupe Pager contre le Hezbollah en septembre 2024, menée à l’aide d’appareils de communication manipulés en Hongrie, en est une preuve. Alors qu’un rapprochement avec Benjamin Netanyahou était longtemps un atout pour Orbán et sa formation, le Fidesz, il s’est récemment mué en désavantage. La politique de plus en plus religieuse du Premier ministre israélien, ainsi que l’attaque des États-Unis et d’Israël contre l’Iran, ont sans doute causé à Orbán des dégâts sur le plan intérieur.

5. Seize années à la tête du gouvernement ont transformé le Fidesz en un parti d’État – dans le sens négatif du terme. Nombre de jeunes Hongrois m’ont parlé d’un népotisme excessif. Cette culture du favoritisme, même si dans la majorité des cas elle s’inscrivait dans un cadre légal, est devenue pour un nombre croissant de Hongrois une véritable source d’agacement. Pour la jeune génération, elle était souvent décisive lors du vote. Non sans raison, l’AfD collabore au Parlement européen avec un parti patriotique hongrois (Mi Hazánk Mozgalom / Mouvement Notre Patrie), qui, pour diverses raisons, est explicitement critique vis-à-vis de Orbán.
6. Le temps lui-même est un acteur politique. Depuis 2010 au pouvoir, Orbán a été l’un des chefs de gouvernement les plus durables d’Europe. Mais une longévité politique entraîne presque inévitablement des effets d’usure. Une tension prolongée, qui serait très productive, ne peut être maintenue indéfiniment par une communauté ou un individu. C’est aussi pour cette raison que les électeurs recherchent cycliquement un changement, dans l’espoir d’impulsions nouvelles – souvent avec une amère déception.
Que signifie la défaite de Viktor Orbán pour nous, patriotes, et pour l’Europe?
À court terme, c’est sans aucun doute un affaiblissement des forces patriotiques en Europe. Avec Orbán, nous perdons une figure nationale symbolique au sein de l’UE, un acteur qui a systématiquement défendu la marge de manœuvre nationale face au centralisme européen, et qui a au moins freiné la grande transformation démographique. Après le changement politique en Pologne et les instabilités dans d’autres pays, la relation de force se déplace encore davantage en faveur de l’establishment anti-national de l’UE. La confrontation avec la Russie pourrait également s’intensifier, ce qui m’inquiète profondément en tant que patriote pacifiste.

Ce qui me donne de l’espoir, c’est que Péter Magyar (photo) n’a pas été élu comme un simple agent de l’UE, mais surtout pour rompre avec l’immobilisme partisan du cercle dirigeant du Fidesz. Magyar a plaidé lors de la campagne en faveur de frontières fortes, n’a pas exclu à court terme une coopération énergétique avec la Russie, et a agit avec légèreté en levant le drapeau hongrois. Il s’est présenté comme un patriote. Reste à voir s’il le sera vraiment. Les doutes sont légitimes. Mais il a tout de même critiqué Orbán pour ne pas avoir suffisamment défendu la minorité hongroise en Slovaquie. Dans ce contexte, il a également appelé à l’abrogation des décrets Beneš. Si Magyar renforçait ces positions, cela pourrait même ouvrir la voie à un débat historique fécond pour toute l’Europe.
Regard vers l’avenir : confiance plutôt que résignation
En tant que patriotes européens, nous pouvons rester optimistes malgré le « choc électoral en Hongrie ». Pour notre programme de renouveau, nous avons besoin d’une longue respiration. Et les éléments porteurs de l’avenir au sein des courants politiques ne disparaissent pas à cause de défaites électorales partisanes — ils se transforment. Le soutien constant aux partis patriotes dans des pays comme l’Allemagne ou l’Autriche repose sur le fait, qui ne peut être dissimulé même avec le déploiement d'une propagande des plus sophistiquées, que les montagnes de problèmes accumulés — migration, souveraineté, déclin économique — ne peuvent plus être résolus par la classe politique au pouvoir, car l’aveuglement idéologique et l’incapacité technique empêchent un changement de cap fondamental. Le seul problème est que, sans ce changement, tous les pays européens devront d’abord continuer leur descente. Et les dégâts s’amplifient chaque jour vers le bas, la bulle de scories se remplit sans cesse jusqu’à éclater. Les rénovateurs politiques devront à l’avenir accomplir des tâches herculéennes.
Dans cette situation, une pensée d’Albert Camus prend toute son importance: l’alternative fondamentale entre résignation et révolte. Pour nous, patriotes européens, cela ne peut signifier qu’une chose : une recomposition stratégique vaut mieux qu’un recul résigné. Les défaites électorales ne doivent pas forcément signifier une perte de signification, mais peuvent, malgré toutes les déceptions, devenir le point de départ d’une nouvelle orientation. Et plus la voiture s’enlise profondément dans la boue, et cela dans tous les pays, plus le potentiel de renouveau s'avèrera fondamental, prêt à être activé par un esprit pionnier déterminé.
Les élections de Hongrie doivent donc être considérées non pas comme une annulation du projet patriotique de changement, mais comme un indicateur enrichissant la compréhension des phénomènes: les limites de la durée d'une conception particulière de la politique, le pouvoir des réalités économiques — et la dynamique persistante d’une Europe qui doit encore trouver sa propre voie vers l’avenir.
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Une nouvelle violation de la souveraineté en Europe de l'Est

Une nouvelle violation de la souveraineté en Europe de l'Est
Cristi Pantelimon
Source: https://www.facebook.com/profile.php?id=100005135564621
Le scénario des élections en Roumanie s’est répété à Budapest. La différence est que là-bas, les choses ont été négociées plus simplement, et Viktor Orban a désigné son successeur, avec l’aide des nouvelles forces qui mettent la Hongrie sous tutelle, cette fois, beaucoup plus facilement.
A première vue, nous sommes face à une victoire du « mondialisme » contre le « souverainisme » — Alex Soros a salué le résultat des élections, ce qui, beaucoup le pensent, constitue un signe clair et définitif. En réalité, les choses sont, à coup sûr, beaucoup plus compliquées.
En substance, il s’agit de ce qui suit :
1. La victoire de l’UE contre la tentative des États-Unis de contrôler l’Europe de l’Est par le biais de simulacres de mouvements MAGA.
2. La repositionnement géopolitique de la Russie dans le camp européen, après la pause d’Anchorage. Probablement que, sans la guerre contre l’Iran, que la Russie et la Chine ne peuvent tolérer sur le plan géopolitique, les États-Unis auraient été laissés gagnants, du moins symboliquement, en Hongrie.

3. L’Europe se rouvrira à une coopération énergétique avec la Russie, car Donald Trump cherche des solutions pour bloquer le détroit d’Ormuz. L’Europe n’a pas d’alternative à l’énergie russe, et l’ingérence américaine en Europe de l’Est signifiait bloquer tout lien avec la Russie (l’apparence est que l’UE veut se détacher de la Russie à ce sujet — nous verrons si ce n’est pas plutôt le contraire !).
4. La Russie est, d’une certaine manière, obligée de tenir compte du désir de l’Europe de se libérer de la tutelle américaine, ce qui n’est que dans son intérêt.
5. La Chine a également intérêt à ce que les États-Unis soient écartés symboliquement de l’Europe de l’Est (« la menace » d’envoyer des troupes américaines de l’Ouest vers l’Est est une comédie géopolitique que seul le déclin de la puissance militaire américaine peut engendrer — si l'on tient compte du contexte iranien).
6. L’adhésion de l’Angleterre à ce concert eurasiste et anti-atlantiste constitue la véritable surprise géopolitique mondiale, mais ce n’est pas du tout inexplicable, car… le capital sent mieux que quiconque d’où viendra la prochaine vague de « choc » qui apportera de la prospérité.
7. La relation entre la Russie et la Chine reste plussolide que jamais; la Russie a cherché un équilibre, face au duo UE-Grande-Bretagne, en tentant un rapprochement avec les États-Unis, mais face à l’évidence que la politique américaine ne peut s’adapter au multipolarisme, elle a adopté une position de neutralité, ce qui a permis aux forces «européennes» de conquérir pacifiquement la Hongrie.
8. L’Ukraine sera simplement « intégrée » au même courant européen général, et la guerre avec la Russie sera menée en façade. Le conflit géopolitique majeur s’est déplacé en Iran, tandis que les dernières évolutions dans la zone Taiwan-Chine ne présagent rien de bon pour les États-Unis. D’autant plus qu’Orban… aurait dû perdre !
9. En Hongrie, ce n’est pas l’UE qui a gagné, mais l’alliance entre la Chine, la Russie et l’Europe anti-américaine. C’est-à-dire la même alliance qui résiste aux États-Unis en Iran !
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samedi, 11 avril 2026
Les critiques de Trump à l'égard de l'OTAN s'intensifient: l'article 5 est-il encore en vigueur?

Les critiques de Trump à l'égard de l'OTAN s'intensifient: l'article 5 est-il encore en vigueur?
Markku Siira
Source: https://markkusiira.substack.com/p/trumpin-nato-kritiikki...
Le président américain Donald Trump participait à une réunion bilatérale avec le secrétaire général de l'OTAN, Mark Rutte, en marge de la réunion annuelle du Forum économique mondial (FEM), le 21 janvier 2026 à Davos, en Suisse. Cette réunion annuelle des dirigeants politiques et économiques intervenait dans un contexte de tensions croissantes entre les États-Unis et l'Europe sur toute une série de questions, notamment la promesse de Trump d'acquérir le Groenland, un territoire danois semi-autonome.
Le second mandat du président Donald Trump a porté les tensions internes au sein de l'OTAN à un niveau sans précédent. Même si l'attitude critique de Trump envers l'alliance militaire n'est pas nouvelle, ses récentes déclarations indiquent un changement de nature: il ne s'agit plus seulement de se plaindre du déséquilibre des contributions financières, mais de remettre fondamentalement en question l'alliance dans son ensemble.
Selon Risto E. J. Penttilä, spécialiste en politique internationale, l'OTAN se trouve à nouveau en pleine crise suite aux dernières déclarations de la Maison Blanche. La nouveauté réside dans le fait que tant le président Trump que le ministre des Affaires étrangères Marco Rubio parlent ouvertement d’une réorganisation des relations internationales dans le chef des Etats-Unis. Il ne s’agit pas de diplomatie habituelle envers les "alliés", mais, selon la description de Penttilä, d’une « crise conjugale dans les relations transatlantiques ».
Au cœur des dernières critiques de Trump à l'égard de l'OTAN se trouve l'attitude réticente des pays européens face à l'appel des États-Unis à participer à l'ouverture du détroit d'Ormuz pendant la guerre avec l'Iran. Trump estime avoir aidé l'Europe en Ukraine, et pense donc qu'il était désormais au tour de l'Europe de soutenir les États-Unis. La porte-parole de la Maison Blanche, Karoline Leavitt, a qualifié l’attitude des Européens de « test qu’ils ont échoué ». Dans la vision cynique du monde de Trump, un tel comportement ne sera ni oublié ni pardonné.

Les alliés européens des États-Unis n’ont pas condamné l’attaque américaine contre l’Iran, pas plus qu’ils n’ont condamné l’attaque russe contre l’Ukraine – alors qu’en Europe, celle-ci a été considérée comme une guerre d’agression illégale. Les alliés de l’OTAN n’ont même pas été informés à l’avance de la planification opérationnelle. Si l’OTAN est une alliance de défense, pourquoi ses membres devraient-ils soutenir les États-Unis dans une opération bafouant le droit international, dans laquelle le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou a entraîné Trump ? Pourquoi les règles applicables à la Russie ne s’appliquent-elles pas à tous les pays ?
Dans les cercles euro-atlantiques, l'idée se renforce que les États-Unis ne sont plus aussi déterminés à défendre l'Europe – et en particulier les pays limitrophes de la Russie. L'article 5 de l'OTAN, selon lequel une attaque contre un État membre est une attaque contre tous, est la pierre angulaire de l'alliance depuis la guerre froide.
Si la fiabilité de ce mécanisme automatique venait à s’effriter, l’OTAN se transformerait essentiellement en une plateforme de coordination où la coopération européenne serait mise en avant et où la puissance militaire américaine ne servirait plus que de moyen de dissuasion potentiel – et non plus de garant de sécurité certain.
Une théorie marginale mais politiquement intéressante s'inscrit dans ce contexte: Trump souhaiterait retirer les États-Unis de l'OTAN, car après la guerre avec l'Iran, la prochaine cible potentielle d'Israël pourrait être la Turquie – un pays membre de l'alliance militaire. Dans ce cas, l'article 5 de l'OTAN serait considéré comme un obstacle stratégique à toute attaque israélienne.

Pour l’administration Trump, Israël est un partenaire nettement plus important que la Turquie, et dans un contexte plus large, le rêve sioniste d’un « Grand Israël », auquel s’ajouteraient des territoires de Syrie, du Liban, d’Égypte, de Jordanie, d’Irak, d’Arabie saoudite et de Turquie, refait surface.
Les tensions entre Israël et la Turquie se sont considérablement intensifiées ces dernières années. Le ministre israélien de la Diaspora, Amichai Chikli, a qualifié le président turc Recep Tayyip Erdoğan de « fondamentaliste islamiste » et a décrit la Turquie comme un « nouvel Iran ».
Une rhétorique similaire a également été renforcée dans une récente analyse du Jerusalem Post, qui considère la Turquie comme une menace croissante pour l’Occident et Israël – une sorte de successeur de l’Iran en tant que perturbateur régional, soutenant le Hamas et remettant en cause l’unité de l’OTAN.
Erdoğan a quant à lui qualifié les actions d’Israël à Gaza de génocide et a émis un mandat d’arrêt contre le Premier ministre Netanyahou. Israël a renforcé sa coopération en matière de défense avec la Grèce et Chypre, rivaux traditionnels de la Turquie.
Derrière les menaces publiques d’Israël pourrait également se cacher une volonté stratégique de renforcer la position politique intérieure d’Erdoğan. Au sein du Parlement turc, le président a été critiqué pour avoir maintenu une coopération pratique avec Israël, contrairement à sa rhétorique publique.
Les dernières données du Bureau central des statistiques israélien montrent que la Turquie a exporté vers Israël pour plus de 924 millions de dollars de marchandises en 2025. Les échanges commerciaux se sont poursuivis – en partie via des pays tiers et grâce à des pratiques statistiques contestables. Ce décalage entre les discours et les actes rend improbable une rupture totale.
Une théorie spéculative concernant une éventuelle attaque d'Israël contre la Turquie – soutenue par les États-Unis en dehors du cadre de l'OTAN – illustre toutefois une dynamique plus large: l'administration Trump ne considère pas l'OTAN comme une alliance de défense sacrée, mais comme un outil dont on peut se passer si nécessaire, s'il ne sert plus les intérêts de sécurité des États-Unis ou de leurs alliés proches.
Le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, qui a déjà surnommé Trump « papa », a qualifié sa rencontre à la Maison Blanche de « franche et ouverte ». Cette formulation diplomatique adoucit probablement le ton irrité du président. Rutte a déclaré comprendre la déception de Trump, mais a souligné que de nombreux pays européens avaient aidé les États-Unis contre l’Iran – par exemple en mettant leurs aéroports à la disposition des bombardiers.
Les États-Unis ne se retireront sans doute pas complètement de l’OTAN – Trump ne pourrait d’ailleurs pas prendre une telle décision seul –, mais la question du redéploiement des troupes a déjà été évoquée lors des discussions : des soldats pourraient être transférés d’Allemagne vers la Roumanie, par exemple, et vers d’autres pays, ceux qui se sont montrés les plus fidèles à Trump.

Bien que l’OTAN ait été confrontée à des tempêtes répétées au cours du second mandat de Trump – les menaces d’annexion du Groenland en étant l’exemple le plus grave –, les acteurs euro-atlantiques espèrent que l’alliance s’en sortira, même si ce n’est plus sous sa forme actuelle. Certains s’attendent à ce que la situation se normalise sous le mandat du prochain président américain.
Une architecture de sécurité à bâtir entre la Russie et l’Europe étant, dans la situation actuelle, une option totalement exclue, l’OTAN de demain pourrait être plus européenne et moins dépendante des garanties de sécurité américaines. Le poids symbolique et opérationnel de l’article 5 s’affaiblit, laissant place à une coopération plus ponctuelle et fondée sur les intérêts. Ce changement pourrait s’avérer l’héritage transatlantique le plus marquant du second mandat de Trump.
13:36 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, europe, états-unis, affaires européennes, otan, donald trump, alliance atlantique |
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vendredi, 10 avril 2026
Si Orbán gagne: Bruxelles prévoit des sanctions

Si Orbán gagne: Bruxelles prévoit des sanctions
Bruxelles/Budapest. À une semaine des élections législatives hongroises du 12 avril, la nervosité monte à Bruxelles. Officiellement, on mise sur une défaite du Premier ministre Viktor Orbán, mais la victoire du challenger Péter Magyar est tout sauf certaine. C’est pourquoi les bureaucrates européens élaborent déjà des plans d’urgence — au cas où Orbán remporterait à nouveau les élections à Budapest.
Les opposants d’Orbán dans l’UE ne cachent pas leur préférence pour Magyar. Cependant, de nombreux Hongrois le voient comme une marionnette de Bruxelles. Orbán lui-même se méfie à juste titre des sondages qui montrent son parti Fidesz en recul. Son député européen András László soupçonne que l’on veut présenter une victoire de Fidesz comme «peu plausible» ou «illégitime».
En cas de – nouvelle – victoire d’Orbán, Bruxelles annonce déjà des conséquences: António Costa, président du Conseil européen, a déclaré au sujet du blocage persistant de la Hongrie sur un prêt de 90 milliards pour l’Ukraine: «Ce que fait la Hongrie est totalement inacceptable». Un diplomate européen de haut rang, qui souhaite garder l’anonymat, a précisé que si Orbán l’emportait, «on quitterait les gants de velours». La députée européenne et lobbyiste pour la défense, Marie-Agnes Strack-Zimmermann (FDP), réclame depuis longtemps de couper l’accès au financement pour la Hongrie et de lui retirer rapidement son droit de vote.
Concrètement, une réflexion est en cours pour étendre le droit de veto actuel et la «majorité qualifiée» à des domaines qui requièrent jusqu’à présent l’unanimité — une mesure radicale qui pourrait également frapper des pays comme la République tchèque ou la Slovaquie. Le gel d’autres fonds européens est aussi à l’étude. En revanche, une expulsion de la Hongrie de l’UE serait difficile juridiquement: les traités n’autorisent qu’une sortie volontaire (article 50 du TFUE), et non une exclusion forcée.
La ligne d’Orbán — notamment en matière de protection des mineurs contre la propagande de genre ou sur la question migratoire — recueille l’approbation de nombreux Hongrois. Et en Allemagne, en France ou en Italie, des majorités écrasantes se déclarent en faveur de contrôles plus stricts aux frontières. Orbán n’est pas aussi impopulaire en Europe que dans le Parlement européen. Si Bruxelles devait recourir à des méthodes douteuses en cas de réélection, cela ne favoriserait guère la popularité de l’Union (mü).
Source: Zu erst, avril 2026.
20:20 Publié dans Actualité, Affaires européennes, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, europe, affaires européennes, hongrie, europe centrale, europe danubienne, élections hongroises, viktor orban, fidesz |
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Essai sur le masochisme, la décadence de l'Europe et la volonté d'autodestruction

Essai sur le masochisme, la décadence de l'Europe et la volonté d'autodestruction
A. Moncada
Source: https://socialismomultipolaridad.blogspot.com/2026/04/ens...
I. Les fondements biologiques du masochisme selon Sabina Spielrein
Pour comprendre le panorama vaste et sombre qui s'étend devant nous, il faut partir d'une découverte qui a ébranlé les fondements mêmes de la jeune science psychanalytique: la notion, formulée par Sabina Spielrein, selon laquelle au plus profond de l'instinct sexuel humain se niche une pulsion paradoxale, un désir de souffrance qui n'est pas une simple pathologie individuelle mais une composante structurelle de la vie psychique.
Spielrein, d’abord disciple puis collègue et également maîtresse présumée de Carl Gustav Jung, ainsi que collaboratrice de Sigmund Freud, a développé dans son ouvrage fondamental, La destruction comme cause du devenir, une thèse aussi audacieuse que troublante: aux côtés des pulsions d’autoconservation et de reproduction, il existe une pulsion de mort qui ne recherche pas l’anéantissement pur et simple, mais une sorte de plaisir dans la douleur, une jouissance dans l’autodestruction qu’elle a appelée, au grand dam de la terminologie ultérieure, «masochisme».


Le biologique, dans sa conception, ne se réduit pas à la simple tendance à la vie; la cellule ne cherche pas seulement à se perpétuer, mais elle contient aussi en elle-même le germe de sa propre dissolution, et de cette tension entre le vouloir vivre et le vouloir mourir naît, selon Spielrein, la possibilité même du changement, de l’évolution, de la transformation. Il ne s’agit pas d’une simple perversion, mais d’un fait biologique fondamental: l’organisme doit, en un certain sens, désirer son propre anéantissement pour pouvoir renaître sous une forme nouvelle, plus complexe.
Le plaisir, dans ce cadre, n’est pas seulement la satisfaction d’un besoin, mais aussi le soulagement qui accompagne la libération de la tension accumulée, et la tension ultime, la plus radicale, est celle qui sépare l’individu de sa propre mort.
Ainsi, le masochisme ne serait que le nom que nous donnons à la capacité, inscrite dans notre chair, de trouver un plaisir ambigu dans la douleur, de chercher dans l’humiliation une forme égarée de libération, et d’embrasser l’esclavage comme s’il s’agissait, paradoxalement, d’une expression de la volonté la plus intime.
II. L’homo europaeus en tant que sujet masochiste : l’autodestruction de 1914 à 1945
Si nous appliquons cette perspective spielreinienne à l’histoire de l’Europe au cours des premières décennies du 20ème siècle, le spectacle qui se déploie sous nos yeux est celui d’un continent tout entier se livrant à une frénésie d’autodestruction qui défie toute explication purement rationnelle ou économique. Qu'étaient les deux guerres mondiales, sinon un immense acte de masochisme collectif, une gigantesque mise en scène de cette pulsion de mort que Spielrein croyait avoir identifiée au plus profond de l'âme humaine? L'homo europaeus, qui pendant des siècles avait dominé le monde grâce à sa technique, sa science et sa foi dans le progrès, s'est lancé entre 1914 et 1945 dans une orgie de violence sans précédent, tuant des dizaines de millions de ses semblables, rasant ses villes, détruisant son art et sa mémoire, et s'exposant finalement aux humiliations les plus atroces.

Ce n’était pas seulement la lutte entre nations ou idéologies; c’était, à un niveau plus profond, le triomphe d’une volonté d’anéantissement qui semblait jaillir des entrailles mêmes de la civilisation européenne. Les soldats qui couraient joyeusement vers les mitrailleuses en 1914, les peuples qui acclamaient des dictateurs leur promettant souffrance et grandeur, des sociétés entières qui acceptaient la faim, le froid et la mort comme le prix de leur loyauté envers des symboles vides: tout cela témoigne d’un profond masochisme culturel, d’un besoin de punition et d’expiation qui ne peut s’expliquer que comme la manifestation historique de ce fait biologique dont parlait Spielrein.
L’Europe a voulu se détruire elle-même, et elle l’a fait avec une efficacité et un enthousiasme qui nous laissent encore aujourd’hui stupéfaits. Bien que ce soit l’anglosphère qui ait causé la mort et l’humiliation de l’Europe, et le capitalisme qui en ait été le poison mortel, ce désir – alimenté par ses ennemis et utilisant le mode de production comme instrument – était un désir intime. L’homo europaeus a démontré, au cours de ces trente années de folie, qu’il portait en lui non seulement le conquérant et le civilisateur, mais aussi, et de manière prépondérante, le masochiste qui trouve dans son propre anéantissement la forme la plus élevée de plaisir.
III. L’émigration massive comme nouvelle mise en scène du masochisme collectif
Et voici qu’aujourd’hui, cette pulsion autodestructrice n’a pas disparu, mais a trouvé de nouvelles formes d’expression, plus subtiles, mais peut-être plus définitives. L'Européen contemporain, celui-là même qui a survécu aux guerres et aux totalitarismes, semble avoir décidé de mener à bien son œuvre séculaire, non plus par la violence active des champs de bataille, mais par une sorte de suicide démographique et culturel passif, une dissolution volontaire dans le flot de l'émigration massive qui, venue d'Afrique, d'Asie et du Proche-Orient, inonde ses terres.

Et c’est là que nous devons poser la question la plus dérangeante, celle qu’aucun politicien, baignant dans le politiquement correct, n’ose formuler : si l’homo europaeus accepte, voire encourage, l’arrivée massive de populations qui ne partagent ni son histoire, ni sa langue, ni sa religion, ni ses coutumes; s’il permet que ses villes se transforment en mosaïques de cultures en conflit; s'il utilise son propre État de droit pour démanteler les frontières qui le protégeaient; s'il est, en somme, disposé à se diluer, à disparaître en tant que sujet historique, ne serait-il pas en train de révéler ainsi son désir le plus intime, celui que Spielrein a identifié au fond de toute vie? Ne chercherait-il pas, au fond, à être lui-même l'esclave et l'étalon qu'il croit faire venir de l'extérieur? Car l’Européen qui regarde les immigrés avec une condescendance bienveillante, qui parle de leur «diversité» comme d’un bel ornement exotique, qui se complaît dans la culpabilité post-colonialiste et l’autocritique perpétuelle, n’est qu’un masochiste qui a trouvé dans l’immigration le fouet avec lequel il peut enfin se flageller. Il veut être dominé parce qu’au fond, il ne croit plus en son droit de dominer; il veut être envahi parce qu’il ne fait plus confiance à ses propres frontières ni à sa propre identité; il veut que d’autres prennent sa place parce qu’il a perdu la volonté de l’occuper lui-même.
Et si l’on parle crûment d’«esclaves et de reproducteurs», ce n’est pas par grossièreté mais par fidélité à la vérité: l’économie européenne a besoin de corps pour le travail servile et de corps pour la reproduction biologique, et l’Européen, dans son masochisme, non seulement l’accepte mais le désire, car ainsi se confirme son rôle de maître décadent qui a besoin du barbare pour se sentir encore civilisé, et de l’esclave pour se sentir encore libre. Mais cette liberté et cette civilisation ne sont plus que des fantômes: ce qui reste, c’est la pure pulsion de mort, la jouissance dans la dissolution, le plaisir amer de savoir que l’histoire que l’on incarne touche à sa fin et que rien de ce qui viendra après ne portera plus son nom.
IV. Le Capital et le masochisme: une lecture marxiste
Cette situation ne serait toutefois pas possible sans la complicité active de cette force qui, depuis deux siècles, a façonné l’Europe plus que toute autre: le Capital. D’un point de vue marxiste, le masochisme collectif de l’Européen n’est pas un simple accident psychologique ou culturel, mais une nécessité fonctionnelle du système. Le Capital a besoin de corps, il a besoin de travailleurs, il a besoin de consommateurs, et il en a besoin qui soient dociles, dépouillés de leur histoire et de leur identité, réduits à de la pure force de travail et à un pur désir de marchandises. L'émigration massive, loin d'être une menace pour le Capital, est son allié le plus précieux: elle fournit une armée industrielle de réserve permanente, maintient les salaires à un niveau bas, fragmente la classe ouvrière en rivalités ethniques et religieuses, et surtout, démantèle toute possibilité de communauté politique solide qui pourrait s'opposer à la logique implacable de l'accumulation.

Le Capital veut le masochisme de l’Européen car un Européen masochiste est un Européen qui a renoncé à sa souveraineté, à son identité, à son avenir; c’est un Européen qui accepte d’être gouverné par des technocrates anonymes, qui se contente de la consommation et du divertissement, qui cède ses frontières et ses lois à des organismes internationaux qu’il ne contrôle pas, et qui regarde, impassible, son monde s’effondrer parce qu’au fond, c’est ce qu’il souhaite.
Mais ici, nous devons aller encore plus loin et relier cette lecture marxiste aux faits biologiques mis en exergue par Spielrein. Car le Capital n’est pas seulement une structure économique externe qui nous opprime; c’est aussi, comme l’a bien compris le marxisme critique de l’École de Francfort, un mode de vie, une culture, une subjectivité. Le Capital a su inoculer dans l’âme européenne cette pulsion de mort dont parlait Spielrein, il a su transformer le désir de vivre en désir de consommer, et le désir de consommer en désir de s’anéantir par la consommation. L’Européen qui se dissout dans l’émigration massive n’est pas seulement victime du Capital; il en est aussi le complice le plus enthousiaste, car il a intériorisé jusqu’à la moelle la logique de la marchandise, qui ne connaît que le présent perpétuel et la destruction de tout lien durable.
Le Capital, dans sa phase tardive, n’a plus besoin de soldats ni de citoyens ; il a besoin de consommateurs et d’esclaves, et il les trouve chez cet Européen masochiste qui préfère l’esclavage confortable de la société de consommation à la liberté exigeante d’une communauté politique vivante.
V. Spengler et la théorie de la décadence
Et c'est ici, à ce point de densité conceptuelle maximale, que la voix d'Oswald Spengler résonne avec une force presque prophétique. Car Spengler, dès les années 1920, avait compris quelque chose que la plupart de ses contemporains préféraient ignorer: que les cultures, à l’instar des organismes vivants, naissent, grandissent, s’épanouissent, déclinent et meurent, et que la civilisation occidentale, cette prodigieuse culture faustienne qui avait étendu sa domination à l’ensemble de la planète, était déjà entrée dans sa phase finale, dans son hiver.

Spengler a appelé « civilisation » cet état terminal d’une culture, celui où les formes spirituelles originelles se pétrifient, où la grande ville cosmopolite succède à la campagne et à la petite ville de province, où la technique devient une fin en soi et non un moyen d’expression de l’âme, où l’argent, cette pure abstraction, domine toutes les sphères de la vie jusqu’à ce qu’il soit finalement renversé par la force brute de César, du dictateur qui impose l’ordre par le sang et le feu.
Spengler, qui n’a jamais été un national-socialiste mais qui a su voir clairement la direction que prenait l’histoire, nous a avertis que la décadence n’est pas une catastrophe venant de l’extérieur, mais un processus interne, organique, inévitable, dans lequel la culture elle-même perd sa capacité à engendrer de nouvelles formes et se replie sur elle-même, s’adonnant à une répétition stérile, au culte du succès immédiat, à l’idolâtrie du pouvoir nu.
Le masochisme de l’Européen, cette volonté de dissolution que nous avons décrite en suivant Spielrein, n’est que le corollaire psychologique de cette décadence objective: lorsqu’une culture ne croit plus en elle-même, lorsqu’elle a perdu la foi en ses propres dieux et en ses propres lois, elle commence à désirer sa propre mort, à chercher chez l’autre, chez l’étranger, chez le barbare, la force qu’elle-même ne possède plus. Spengler nous a également enseigné que la décadence n’est pas, à proprement parler, quelque chose qu’il faille déplorer ou célébrer; c’est simplement un fait, une phase du cycle vital qu’aucune culture ne peut éluder.

Ce que nous appelons «l’Europe» n’est plus une culture vivante, mais une civilisation moribonde, un ensemble de techniques et de formes vides qui survivent à son esprit, et qui ne peuvent prolonger leur existence qu’au prix de la négation de leur propre nature.
L'émigration massive, la dissolution démographique, le masochisme collectif ne sont pas, dans cette perspective spenglerienne, des anomalies pouvant être corrigées par de meilleures politiques; ce sont les symptômes d'une agonie qui dure depuis déjà un siècle et qui, probablement, se prolongera encore quelque temps avant que, finalement, sur les ruines de la civilisation faustienne, ne surgissent de nouvelles cultures que nous, les habitants du crépuscule, ne pouvons même pas imaginer.
Conclusion
Le masochisme n’est donc ni une perversion mineure ni une rareté clinique; c’est le nom que nous donnons à la pulsion de mort que toute vie porte en elle, et qui, dans le cas de l’homo europaeus, s’est manifestée avec une intensité et une clarté exemplaires tout au long du siècle dernier. Des tranchées de la Grande Guerre aux vastes rivages de l’émigration massive, en passant par les totalitarismes et les camps d’extermination, l’Européen a démontré à maintes reprises que sa volonté de vivre est plus faible que sa volonté de mourir, que son désir de s’affirmer est moins puissant que son désir de se dissoudre.
Et le Capital, cette forme suprême de la civilisation décadente, a su tirer parti de cette pulsion autodestructrice, en la canalisant vers des formes qui perpétuent sa domination et empêchent toute véritable renaissance.
Spengler, en annonçant la décadence de l’Occident, ne faisait que décrire le cadre objectif dans lequel ce masochisme collectif déploie ses effets; et Spielrein, en identifiant la destruction comme cause du devenir, nous donnait la clé biologique pour comprendre pourquoi l’être humain, et en particulier l’Européen de notre temps, semble si enclin à chercher dans son propre anéantissement la forme la plus élevée de son plaisir. Nous ne savons pas si cette pulsion peut être inversée ou si, au contraire, nous assistons aux derniers soubresauts d’une culture qui a déjà accompli son cycle.
Ce que nous savons, c’est que tant que l’Européen continuera à désirer sa propre dissolution, aucun politicien, aucun parti, aucune idéologie ne pourra le sauver de lui-même. Car le salut, s’il est encore possible, ne viendra pas de l’extérieur, mais d’un regain de cette volonté de vivre que le masochisme a réussi à étouffer, et qui ne pourra renaître que si l’homo europaeus recommence à croire en sa propre histoire, en sa propre identité, en son propre avenir. Et cette croyance, à ce stade du crépuscule, semble être la plus improbable de toutes les utopies.
13:02 Publié dans Actualité, Philosophie, Psychologie/psychanalyse | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : oswald spengler, masochisme, sabina spielrein, psychanalyse, europe, déclin de l'europe, déclin |
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jeudi, 09 avril 2026
Pourquoi Orbán est devenu pour beaucoup d’Européens un modèle

Pourquoi Orbán est devenu pour beaucoup d’Européens un modèle
Elena Fritz
Source: https://t.me/global_affairs_byelena#
Viktor Orbán n’est pas un problème pour l’élite euro-globaliste parce que la Hongrie serait économiquement ou militairement surpuissante (https://www.n-tv.de/politik/Vance-ueberbringt-Orban-Liebe... ). Il l’est parce qu’il gouverne comme si un État avait encore le droit de défendre ses propres intérêts. C’est précisément cela qui le rend attrayant pour beaucoup d’Européens et dangereux pour l'eurocratie de Bruxelles.
Orbán a compris ce que beaucoup de gouvernements occidentaux ont oublié: un État n’a pas pour mission de mettre en œuvre des idéologies transnationales, mais de protéger sa propre communauté. C’est pourquoi il ne parle pas seulement de «valeurs» de manière abstraite, mais agit en fonction d’intérêts nationaux concrets.
Sur la question de l’immigration, Orbán a rapidement compris que des frontières ouvertes ne signifient pas un plus d'humanité, mais une perte de contrôle social et politique. Alors que de vastes parties de l’Europe de l’Ouest ont idéalisé l’immigration massive et en ont fait porter les conséquences à leur propre population, la Hongrie a sécurisé ses frontières et affirmé clairement: c’est l’État qui décide qui entre, pas des réseaux de passeurs, des ONG ou des irresponsables excités à la moraline. C’est là l’une des premières grandes provocations d’Orbán: il a ramené la question des frontières à la question du pouvoir politique.

En politique familiale, Orbán a fait quelque chose qui paraît presque révolutionnaire en Europe: il a compris qu’un peuple qui ne prend plus son propre avenir démographique au sérieux disparaît politiquement à long terme. Au lieu de masquer le déclin démographique par de nouvelles vagues d’immigration, son gouvernement a ouvertement mené une politique familiale, une politique en faveur des enfants et de la reproduction du peuple national, ce qui constitue un enjeu véritablement politique. Cela dépasse la simple politique sociale. C’est le refus d’accepter le déclin démographique comme un état de choses normal.
En matière d’énergie et d’économie, Orbán agit de façon beaucoup plus intelligemment que les gouvernements occidentaux ivres de drogues idéologiques. Il ne subordonne pas aveuglément la substance économique du pays à des dogmes qui serait soi-disant supérieurs sur le plan moral. Alors qu’ailleurs, l'industrie nationale est affaiblie par une politique de sanctions, on assiste à une flambée des prix de l’énergie et on fait joujou avec une symbolique "verte", Budapest essaie de préserver la capacité d’agir de l'État hongrois. Orbán ne gouverne pas selon le principe de l’auto-représentation morale, mais selon celui de la survie politique.
En politique européenne, Orbán est de toute façon devenu une réelle alternative. Il n’accepte pas l’UE comme une organisation salvatrice hors du temps, mais la considère comme ce qu’elle devrait être: une alliance d’États, non la préfiguration d’un régime administratif supra-national sans frontières. Par là, il s’oppose à une évolution où la démocratie nationale est de plus en plus vidée de son contenu, parce que les décisions importantes sont délocalisées, enlevées à des parlements et des gouvernements nationaux pour être dirigées vers des commissions, des tribunaux, des agences et des réseaux informels. Orbán ne se borne donc pas à perturber certaines décisions. Il remet en question la logique du système.
Et c’est précisément pour cela qu’il est combattu avec autant de férocité par l’élite euro-globaliste. Orbán n’est pas seulement un adversaire politique. Il constitue un précédent dangereux. Il montre qu’il est possible de s’opposer à l'eurocratie de Bruxelles. Il prouve qu'une politique nationale autonome reste possible au sein de l’UE. Et pire encore, du point de vue des élites: il montre à d’autres peuples européens que la soumission n’est pas une fatalité.
C’est la véritable raison pour laquelle Orbán suscite autant d’agressivité. Pas parce qu'il fait passer une loi particulière, pas parce qu'il tient un discours extrême, mais par le simple fait qu’il détruit le grand récit. Ce récit affirme que plus de centralisation est inévitable, que plus de déresponsabilisation des nations est une tendance moderne et positive, que plus de gouvernance technocratique est la voie de la raison, et que la résistance à cette gouvernance technocratique est une position rétrograde ou dangereuse. Orbán réfute ce récit par sa simple existence politique.
#géopolitique@affaires_mondiales_par_elena
19:54 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : viktor orban, hongrie, europe, europe centrale, europe danubienne, affaires européennes |
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mardi, 07 avril 2026
L'Atlantisme est-il en voie de disparition, et Trump sera-t-il le fossoyeur de l'Empire américain?

L'Atlantisme est-il en voie de disparition, et Trump sera-t-il le fossoyeur de l'Empire américain?
Franz Ferdinand
Source: https://www.unser-mitteleuropa.com/194689
La guerre contre l’Iran, déclenchée par Donald Trump, a entraîné une rupture nette entre les États-Unis et l’Union européenne. Même dans le conflit en Ukraine, la chimie entre l’Amérique et l’Europe ne fonctionne plus.
Dans les médias mainstream, la guerre contre l’Iran est, pour la première fois, qualifiée d’agression illicite selon le droit international, ce qui est bien sûr le cas, mais le proclamer est sans nul doute une nouveauté. Jusqu’à présent, toutes les guerres d’agression américaines ont toujours été présentées comme en quelque sorte justifiées. Mais cette fois, ça suffit. Même la fameuse belliciste, Mme Marie-Agnes Strack-Zimmermann, a exprimé une position critique! Cela veut vraiment la peine de le mentionner!
On peut même supposer que la colère qui règne au sein de la direction de l’UE est décrite de manière assez édulcorée dans les médias.
Il faut bien réaliser ce que cette guerre signifie pour l’UE.
Pour mémoire: la guerre en Ukraine a été initialement provoquée par le coup d’État de Maidan et par le non-respect des accords de Minsk. C’était en quelque sorte un projet commun de l’UE et des États-Unis pour dépecer la Russie et encercler la Chine. Le plan, à travers cette guerre, de remplacer Poutine par un vassal occidental docile, a échoué. Donald Trump a déjà, il y a quelque temps, dans des moments de lucidité, compris qu’il n’y avait aucun sens à continuer cette guerre pour une moitié d'oblast ukrainien.

Seule l’UE souhaite continuer cette guerre par pure folie des grandeurs, et aussi pour ne pas perdre la face après avoir dépensé des milliards d’aide, sans compter, pour soutenir le corrompu Zelensky !
Avec la guerre contre l’Iran, Donald Trump laisse l’UE sur place sans l'avoir avertie, voire lui tourne carrément le dos. Donald Trump s’est obstiné, résistant à tout, dans le même piège dans lequel Poutine est enfermé depuis quatre ans. La durée de cette guerre contre l’Iran est totalement incertaine. Ce qui est certain, c’est que la Russie et la Chine feront tout pour qu’elle dure le plus longtemps possible et pour affaiblir au maximum les États-Unis.
Cela signifie toutefois qu’un soutien américain à la guerre en Ukraine n’est plus à prévoir. L’UE doit désormais assumer seule cette guerre. De plus, les missiles, censés assurer la défense de l'Europe otanienne, missiles tout aussiessentiels dans la guerre en Ukraine, sont désormais utilisés en Israël et dans les États du Golfe.
En outre, la résistance acharnée, asymétrique, de l’Iran dans le détroit d’Ormuz conduit à une crise énergétique et économique gravissime. Si l’UE s’était déjà tirée une balle dans le pied avec ses sanctions contre la Russie, elle se trouve soudainement, et de façon inattendue, sanctionnée aussi par l’Iran, qui considère l’UE comme un groupe d’États ennemis.
Il faut craindre que toutes ces destructions en Iran, que Donald Trump célèbre actuellement comme une « victoire », finissent par être payées, en quelque sorte, par une sorte de péage pour passer le détroit d’Ormuz, péage qui sera imposé par la communauté internationale. Il est fort probable que cette taxe ne sera perçue que par des navires d’États ennemis de l'Iran, ce qui ne pèsera donc que sur ces économies-là!
La crise économique prolongée qui s’annonce affaiblira plutôt les partis politiques mainstream du « Monde occidental » et fera tomber définitivement leurs coalitions fragiles, plutôt que de faire tomber le régime des mollahs. Ce dernier a été renforcé par les bombardements criminels et illicites selon le droit international qui sont perpétrés par Israël. En fin de compte, les plus stupides d'entre nos concitoyens ont compris qu’il existait un lien entre la violence brutale qui a coûté la vie à des milliers de personnes (dont des forces de sécurité) et les bombardements, lors desquels, par exemple, 170 fillettes d'une école primaire ont été tuées.
Du point de vue de l’UE, il aurait sûrement été « plus raisonnable » de d’abord mettre fin à la guerre en Ukraine dans un sens favorable à l’Ukraine, avant de s’occuper de l’Iran. Au lieu de cela, Donald Trump, de manière unilatérale, et motivé par Netanyahu, un homme recherché par la Cour pénale internationale de La Haye comme criminel de guerre, a déclenché la guerre contre l’Iran sans consulter ses partenaires européens. Il se comporte ainsi comme une sorte de dictateur mondial, pris dans un délire césarien, auquel tous doivent obéir sans discuter.

La question qui se pose désormais est de savoir si cette rupture atlantique pourra se résorber après la fin du régime de Trump ?
Probablement pas, car la furie trumpiste va bouleverser irréversiblement l’ordre mondial existant jusqu’à la fin du mandat de Trump. Un retour au point de départ d’avant l’arrivée de Trump ne sera plus possible. De plus, déjà sous Biden, la relation entre les États-Unis et l’UE n’était pas aussi amicale qu’elle était décrite dans les médias, si l’on pense notamment à l’attaque terroriste contre le gazoduc Nord Stream, annoncée par Biden lui-même!
Ce qui peut au moins être considéré comme certain, c’est que la Russie, durant cette période, ira conquérir les quelques milliers de kilomètres carrés restants dans l’oblast de Donetsk, et la guerre en Ukraine se terminera victorieusement pour la Russie. L’UE sera humiliée. Elle devra peut-être même supplier Poutine pour du pétrole et du gaz afin de maintenir son économie à flot. Poutine exigera alors un prix politique (par exemple la reconnaissance internationale des conquêtes).
Il est possible que l’UE finisse par reconnaître que la Russie serait le partenaire naturel de l’UE, comme Gorbatchev et même Poutine l’avaient proposé, avec une Europe commune de Lisbonne à Vladivostok.
Les États-Unis seront encore affaiblis par une guerre prolongée contre l’Iran. Il se pourrait même que les monarchies du Golfe expulsent les États-Unis de leurs territoires et concluent la paix avec l’Iran. Sinon, ces monarchies ne seront plus viables. Si changement de régime il y aura, il faudra plutôt l'attendre dans ces pays-là!
20:44 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, affaires européennes, europe, états-unis, otan, atlantisme |
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dimanche, 05 avril 2026
La guerre contre l’Iran – Quelles onséquences après une guerre d’agression contraire au droit international?

La guerre contre l’Iran – Quelles conséquences après une guerre d’agression contraire au droit international?
par Siegfried Bublies
Le 28 février, lorsque les forces aériennes d’Israël et des États-Unis ont lancé leurs attaques coordonnées contre des responsables iraniens, des commandants militaires et des institutions de l’État iranien, tuant notamment le guide iranien Ayatollah Ali Khamenei ainsi que près de 50 hauts représentants du régime iranien, cela a été justifié par la déclaration qu’il s’agissait simplement d’exercer le droit à l’auto-défense. En principe, toutefois, pour tous les membres des Nations Unies, l’interdiction de faire usage de la menace ou de la force militaire est établie dans l’article 2 de la Charte des Nations Unies. Les exceptions à cette règle sont strictement limitées aux mesures de légitime défense en cas d’attaque ou d’attaque imminente.
Tant l'armée israélienne que les États-Unis soutiennent que leur attaque constitue une « frappe préventive ». En général, la doctrine du droit international ne justifie une frappe préventive qu’en dernier recours, avant une attaque imminente. Mais ce n’est pas le cas en l'occurrence.
Déjà du 13 au 25 juin 2025, les installations du programme nucléaire iranien avaient été largement détruites par des frappes aériennes israéliennes et américaines. De nombreuses rampes de lancement de missiles balistiques avaient également été détruites lors de cette guerre de 12 jours. Les capacités militaires de l’Iran avaient ainsi été suffisamment neutralisées pour qu’on ne puisse plus envisager une attaque à court terme de l’Iran contre Israël ou les États-Unis. Il faut surtout voir comme particulièrement pernicieuse l’attaque des forces aériennes d’Israël et des États-Unis contre la direction iranienne le 28 février, d’autant plus qu’elle a eu lieu à un moment où, parallèlement, les négociations entre les États-Unis et l’Iran – selon les déclarations du ministre des Affaires étrangères omanais, qui agissait en tant que médiateur – étaient proches d’un aboutissement décisif, et où l’Iran avait promis de faire de larges concessions en matière d’enrichissement d’uranium (avec un accès permanent pour les inspecteurs américains aux installations) et de programme de missiles. Joseph Kent, un républicain et directeur du Centre américain de lutte contre le terrorisme, un représentant éminent du mouvement MAGA, a annoncé sa démission à Trump à la mi-mars, en déclarant : « Je ne peux pas soutenir en conscience cette guerre persistante en Iran. L’Iran ne représentait pas une menace immédiate pour notre pays. »

On peut évidemment contourner l’interdiction d’utiliser la force, telle qu’elle est prévue dans la Charte des Nations Unies, si l’on possède la puissance militaire suffisante pour agir sans subir ensuite des sanctions. Tant les États-Unis que Israël disposent de cette force militaire. En ce qui concerne les sanctions de l’ONU, ni les États-Unis ni Israël ne doivent s’en soucier, car les États-Unis, en tant que membre permanent du Conseil de sécurité, peuvent bloquer toute mesure par leur droit de veto.
Il s’agit en tout cas d’une guerre d’agression contraire au droit international. Cependant, Israël et les États-Unis soutiennent également – dans une démarche de mise en scène moralisante – que ces aspects du droit international seraient sans importance, dès lors qu’il est établi que le régime des mollahs en Iran mène une politique criminelle, tant par le soutien à des groupes islamistes terroristes au Moyen-Orient que par la répression brutale de sa propre population. Il est évident que cette vision – que Trump et Netanyahou, en tant que représentants d’une mission anti-islamiste et humanitaire, semblent partager – est largement répandue dans le spectre politique conservateur-libéral en Allemagne, un récit que l’on se plaît à adopter, car il reflète l’attitude servile des rêveurs transatlantiques face à la puissance occidentale de plus en plus agressive, incarnée par les États-Unis.
Ainsi, Ulf Poschardt (photo), rédacteur en chef du journal Die Welt, peint déjà le tableau utopique d’un Iran orienté vers les valeurs occidentales, après un changement de régime provoqué par des bombardements israéliens et américains. Ce point de vue méconnaît non seulement la complexité du système de pouvoir iranien, dans lequel la Garde révolutionnaire islamiste possède une base de plusieurs millions d’adhérents avec un potentiel militaire et économique considérable, mais il ignore aussi complètement la situation géopolitique et la logique de puissance des États-Unis et d’Israël au Moyen-Orient.
Cela témoigne d’une naïveté de belle ampleur et d’un dogmatisme idéologique propre aux conservateurs-libéraux en Allemagne, qui pensent à tort que cette guerre d’agression extrêmement coûteuse et risquée, menée par les forces américaines et israéliennes contre l’Iran, aurait pour but la libération du peuple iranien d’un régime dictatorial, afin de leur offrir ensuite les promesses de bonheur de la communauté occidentale. Cette guerre d’agression n’est qu’un autre exemple de l’application brutale de leurs propres intérêts géopolitiques par les États-Unis et Israël. Il serait également pertinent de se demander quelle est l’attractivité réelle d’une communauté de valeurs occidentale, telle qu’elle est proposée dans la version américaine, qui piétine constamment les fondements du droit international qui visent à assurer une coexistence pacifique entre peuples et nations, un Occident américain qui utilise sa puissance militaire de manière impitoyable et coercitive, même envers ses alliés.

Israël voit dans cette situation, qui est tout à fait compréhensible pour un État entouré d’ennemis, une occasion d'affaiblir militairement ou même d’éliminer l’Iran en tant que principal ennemi au Moyen-Orient, à court terme, par le biais de frappes militaires. Netanyahou profite de la guerre en cours, en coordination réfléchie avec les ultra-orthodoxes, pour intervenir militairement au Liban et potentiellement occuper durablement le sud du pays. Il ne s’agit pas seulement de détruire le Hezbollah, mais aussi d’établir progressivement un Grand Israël, projet auquel Netanyahou a explicitement adhéré. Cela inclut la Cisjordanie, Jérusalem-Est, la bande de Gaza, le plateau du Golan syrien et probablement aussi le sud du Liban.

Les États-Unis considèrent que l’Iran est surtout un allié de la Russie et de la Chine, et cherchent donc, par leur intention de réduire l’Iran à néant, à détruire un système de alliances qui se resserre, lequel sert principalement les ambitions énergétiques chinoises en matière de sécurisation des ressources, mais va à l’encontre des intérêts impérialistes américains.
La concurrence politico-militaire, de plus en plus claire et également plus dangereuse, entre les deux superpuissances restantes, les États-Unis et la Chine, s’est – et ce n’est pas nouveau depuis la guerre d’agression illégale contre l’Iran – déplacée de la rivalité économique vers la confrontation militaire. La volonté d'escalade provient clairement des États-Unis. Les alliés européens n’ont pas été informés avant le début de la guerre d’agression contre l’Iran, et les conséquences encore imprévisibles sur le plan énergétique et financier leur ont été imposées comme autant de faits accomplis. Une puissance dirigeante occidentale, aussi impitoyable dans la poursuite de ses propres intérêts, a perdu toute légitimité à prétendre façonner et diriger la grande région en tant qu’hégémonie, que ce soit culturellement, juridiquement ou économiquement.
Cela implique des conséquences pour une orientation politique à long terme des États européens :
1.
La guerre d’agression illégale des États-Unis et d’Israël contre l’Iran met en évidence de manière éclatante que la situation géopolitique impose un retour des États européens à une politique de sécurité qui leur est propre. Les États-Unis et Israël poursuivent leurs propres intérêts stratégiques, qui ne sont pas compatibles avec ceux des Européens. Il en découle impérativement que la sécurité d’Israël ne peut pas être la raison d’État de l’Allemagne. De plus, la concurrence conflictuelle entre les États-Unis et leur adversaire oriental, la Chine, tourne autour des marchés de débouché et des sources de matières premières. Les Européens, économiquement et militairement impuissants, ne jouent plus aucun rôle en tant qu’acteurs sur la scène mondiale.
2.
Les obligations d’alliance au sein de l’OTAN doivent être redéfinies. Il est probable que les États-Unis se retireront eux-mêmes de l’OTAN. Si cela n’était pas le cas, les responsabilités devront être renégociées. Il est incompréhensible que le commandant suprême des forces de l’OTAN en Europe – doté de compétences très étendues – doive toujours être un général américain. À moyen terme, les Européens ont besoin d’une alliance de défense propre pour remplacer l’OTAN.
3.
Étant donné que les bases militaires américaines en Allemagne (environ 35.000 soldats sont stationnés sur le sol allemand), qui servent de points d’appui opérationnels pour les interventions militaires américaines en Afrique et au Moyen-Orient, sont essentielles pour la machine de guerre américaine, dès lors une résiliation des accords d’implantation serait dans l’intérêt de l’Allemagne si elle ne souhaite pas être impliquée dans l’escalade guerrière des États-Unis dans les périphéries de première importance pour l’Europe, c'est-à-dire en Afrique et au Moyen-Orient.
4.
La politique énergétique vitale pour l’Allemagne, en tant qu’État industriel, ne doit pas dépendre des intérêts américains. À court et moyen terme, nous avons à nouveau besoin de la Russie en tant que fournisseur de pétrole et de gaz. Pour des raisons géographiques, énergétiques, sécuritaires, politiques et, plus prosaïquement, égoïstes, l’Europe est donc durablement dépendante d’un partenariat étroit avec la Russie. Réactiver ette orientation politique doit être rapidement décidé, et les Européens doivent se préparer à résister résolument aux États-Unis.
5.
Le droit international est le droit des faibles ! L’Allemagne, ainsi que les peuples et États européens, sont des nains militaires, et c’est précisément pour cette raison qu’ils doivent faire des normes du droit international, telles qu’elles sont inscrites dans la Charte des Nations Unies et reconnues mondialement comme éléments de sécurité pacifique, la base de leur politique internationale et le fondement de leur conception politique. Cela inclut le non-recours à la violence et la reconnaissance de la souveraineté des nations ainsi que du droit à l’autodétermination des peuples comme des remparts contre l’arrogance des acteurs mondialistes et impérialistes.
Qui est Siegfried Bublies?
Siegfried Bublies, est éditeur, est le fondateur de la revue « wir selbst » en 1979, est le propriétaire de la maison d’édition Bublies et de la maison d’édition Lindenbaum. La version imprimée de « wir selbst » (revue pour l’identité nationale) a été suspendue en 2002 puis relancée en 2019 en tant que revue en ligne. Depuis 2022, des éditions imprimées de la revue « wir selbst » sont à nouveau publiées. Vous trouverez ci-dessous les numéros encore disponibles des quatre dernières années.
Site des éditions Bublies: https://bublies-verlag.de/
Site des éditions Lindenbaum: https://lindenbaum-verlag.de/
Lien pour commander les numéros de "wir selbst": https://lindenbaum-verlag.de/produkt-kategorie/zeitschrift/

18:33 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : iran, actualité, europe, affaires européennes |
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samedi, 04 avril 2026
Carl Schmitt: Miniatures de Plettenberg 18 – Berlin-Schlachtensee, mars-mai 1945

Carl Schmitt: Miniatures de Plettenberg 18 – Berlin-Schlachtensee, mars-mai 1945
Jeroným Černý
Source: https://deliandiver.org/carl-schmitt-plettenberske-miniat...
Contexte
Ces notes de journal datant de 1945 sont tirées de l'édition critique des archives littéraires de Schmitt, préparée dans le cadre d'un projet d'édition à long terme financé par la Communauté allemande de recherche (Deutsche Forschungsgemeinschaft, DFG). Le texte s'appuie sur les manuscrits originaux et les notes sténographiques (sténographie de Gabelsberger) conservés dans les archives littéraires de Carl Schmitt à Plettenberg. L'édition a été préparée sous la supervision scientifique de la Carl-Schmitt-Gesellschaft e. V. dans le cadre de la collection Plettenberger Miniaturen.
La publication des notes de journal de Carl Schmitt prises à Schlachtensee, près de Berlin, au printemps 1945, constitue une réalisation éditoriale remarquable qui met à la disposition du lecteur un texte né de l’expérience immédiate d’un tournant historique, et non d’une réflexion rétrospective. Il ne s'agit ni d'un document de repentance ni d'une justification a posteriori du passé, mais de la poursuite de la pensée de Schmitt sous forme de journal, caractérisée par la distance, l'observation et une réflexion sur le présent, concise sur le plan linguistique. La critique ne vise donc pas à porter un jugement moral sur l’auteur, mais à examiner la nature du texte lui-même, son cadre éditorial et son importance pour la réception contemporaine de l’un des penseurs politico-juridiques les plus controversés du 20ème siècle.
La critique est structurée en blocs thématiques qui ne suivent pas la succession mécanique des entrées du journal, mais la logique interne de la réflexion de Schmitt.
Berlin 1945 : l'effondrement du monde
Les notes du journal de Carl Schmitt, datant de mars à mai 1945, ont été rédigées alors que Berlin se trouvait dans un état de décomposition effective de l'ordre politique, juridique et civilisationnel. La ville, où Schmitt réside dans le quartier de Schlachtensee, est certes éloignée des combats les plus violents du centre, mais elle est néanmoins pleinement entraînée dans la logique de la guerre totale: bombardements, chaos, mouvements de réfugiés, effondrement de l’approvisionnement, présence de forces armées et menace constante de violence. Le journal de Schmitt n’est pas une chronique des événements militaires, mais le récit d’une expérience existentielle de la fin du monde, dans laquelle les catégories politiques se désagrègent en une réalité nue faite de peur, de faim et d’incertitude.


Un thème récurrent est le rétrécissement de l’horizon de la vie humaine à des actes élémentaires: la recherche de nourriture, d’eau, de combustible, la quête d’un espace relativement sûr, l’attente de l’arrivée des troupes, l’interprétation des bruits de tirs. Schmitt remarque comment la réalité quotidienne se réduit à la survie biologique, tandis que tout ce qui revêtait auparavant une signification « d’ordre supérieur » – la culture, l’éducation, l’État, les institutions – apparaît comme vide ou impuissant. Selon lui, cette expérience révèle la véritable nature de la civilisation moderne: sa capacité à diriger le monde se transforme, en temps de crise, en une incapacité à protéger qui que ce soit. En même temps, il y a une peur permanente, qui n’est pas seulement la peur de la mort, mais la peur de l’imprévisibilité de la situation. Schmitt souligne à plusieurs reprises que ce ne sont pas des règles qui décident de la vie et de la mort, mais le hasard, l’instant, la rencontre avec un soldat ou un officier en particulier. Cette expérience revêt une profonde signification théorique : elle montre l’effondrement de la distinction entre légalité et illégalité, entre guerre et criminalité, entre décision et arbitraire. Le pouvoir ne se manifeste pas ici comme un acte souverain, mais comme un simple fait de violence, dépourvu de toute forme de légitimation.

L’attention de Schmitt se porte à plusieurs reprises sur la figure du soldat, notamment russe, mais pas dans un sens idéologique. Les Russes ne sont pas décrits dans le journal comme des ennemis avant tout, mais comme les porteurs d’un rapport au pouvoir et à la réalité différent, étranger à Schmitt, mais compréhensible. Il déduit de leurs agissements une combinaison de brutalité et de pragmatisme qui contraste avec la décomposition de l’autorité étatique allemande. Alors que l’État allemand s’effondre dans les formules toutes faites, les ordres vides de sens et l’obéissance formelle, le vainqueur apparaît comme une puissance brutale, mais d’autant plus efficace. Une caractéristique importante de ces notes est l’absence de pathos lié à la défaite. Schmitt évite les formulations héroïques ou tragiques. Il ne voit pas la fin du Reich comme une chute dramatique, mais comme un épuisement qui révèle le vide des constructions idéologiques. Il se moque à plusieurs reprises des clichés linguistiques qui, il y a peu encore, légitimaient la violence, et constate leur totale futilité face à la menace réelle.
C'est également à cette phase du journal qu'apparaît le motif du silence. Schmitt constate que tout discours sensé devient impossible. Le langage de la politique, du droit et de la philosophie fait défaut ; il ne reste que de brèves notes, des bribes, tantôt ironiques, tantôt résignées. Le silence n’est pas ici l’expression d’un vide, mais un geste de défense, un simple refus de poursuivre un discours qui s’est révélé faux. Le premier bloc thématique du journal dépeint ainsi Berlin en 1945 non pas comme une toile de fond historique, mais comme un laboratoire de l’effondrement de l’ordre moderne. Schmitt n’y propose pas encore de réflexion systématique sur la culpabilité ou la responsabilité ; ces questions viendront plus tard. Pour l’instant, nous en sommes à l’expérience fondamentale: le monde, qui était perçu comme juridiquement et politiquement ordonné, s’est effondré en une succession de situations où règnent la force, le hasard et la capacité de survivre.
Culpabilité, nihilisme et effondrement du sens
Après une première expérience de la menace physique et de l'effondrement de l'ordre quotidien, le journal de Schmitt évolue progressivement vers une réflexion plus profonde sur la culpabilité et le sens, ou plutôt vers la question de savoir s'il est encore possible, dans une situation de défaite totale, de parler de responsabilité dans les catégories morales et juridiques traditionnelles.

Chez Schmitt, le thème de la culpabilité n'apparaît pas sous la forme d'une confession autocritique explicite, mais comme un problème théorique et théologique qui émerge de la confrontation avec le nihilisme de l'époque moderne. Schmitt constate à plusieurs reprises que l’effondrement de l’ordre politique est en même temps un effondrement du contenu significatif, dans lequel se sont vidés de leur sens les concepts par lesquels la guerre, l’État et la nation étaient légitimés. Le langage qui, il y a peu, servait encore à justifier les décisions et à mobiliser la société, apparaît désormais vide de sens. C’est précisément dans ce vide que se révèle, selon Schmitt, le cœur du nihilisme: non pas comme une négation active des valeurs, mais comme une situation dans laquelle les valeurs cessent d’avoir un caractère contraignant.
Dans ce contexte, des motifs théologiques apparaissent de plus en plus souvent dans le journal, notamment des références à la conception chrétienne de la culpabilité, du jugement et de la rédemption. Schmitt ne revient pas ici au christianisme sous la forme d’une piété personnelle, mais comme au dernier cadre conceptuel capable de nommer une situation dénuée de sens. Alors que la morale moderne échoue selon lui, le langage théologique de la culpabilité et du jugement conserve la capacité de structurer l’expérience de la catastrophe.
La distinction entre culpabilité personnelle et culpabilité politique joue ici un rôle fondamental. Schmitt refuse de réduire la défaite et les crimes du régime à des défaillances morales individuelles, tout en évitant d’assumer directement sa propre responsabilité politique. Dans son interprétation, la culpabilité est plutôt structurelle: elle découle de la participation à un ordre qui s'est effondré plutôt que d'une action concrète. Ce mode de réflexion permet à Schmitt de garder ses distances tant par rapport à une introspection moralisatrice qu'à une simple auto-justification. Dans son journal, le thème du jugement revient à plusieurs reprises, mais il n’est pas compris avant tout comme un jugement humain, mais comme un jugement historique ou divin. Schmitt remarque qu’après l’effondrement de l’État, l’instance capable de statuer avec autorité sur la culpabilité et l’innocence disparaît. C'est précisément cette absence d'autorité décisive qui, selon lui, constitue l'un des traits les plus profonds du nihilisme: un monde où personne ne peut légitimement juger est un monde sans ordre.

Une caractéristique marquante de ces passages est la critique du moralisme d'après-guerre, que Schmitt anticipe avant même la fin de la guerre. Il craint que la défaite ne soit interprétée non pas comme un fait politique, mais comme un drame moral dans lequel les vainqueurs se présenteront comme des juges sans responsabilité propre. Cette critique n’est pas formulée ouvertement, mais transparaît dans des remarques ironiques sur la « morale des vainqueurs » et la condamnation universelle des vaincus. Parallèlement, cependant, apparaissent dans le journal des moments d’incertitude existentielle qui ne peuvent être réduits à une construction théorique. Schmitt note des sentiments de vide, de désespoir et de silence qui ne sont surmontés par aucune foi claire. Le christianisme fonctionne ici plutôt comme un langage permettant de parler de ce vide, et non comme une source de réconfort ou d’espoir.
Le deuxième bloc thématique montre ainsi Schmitt dans la position d’un penseur confronté à l’échec radical de l’ordre politique et moral moderne, sans disposer d’une alternative convaincante. La culpabilité n’est pas résolue ici, le nihilisme n’est pas surmonté et la théologie n’offre pas le salut, mais seulement un cadre conceptuel dans lequel cette situation peut être réfléchie. Le journal devient ainsi le récit d’une pensée en situation limite, où les anciennes catégories se sont effondrées et où les nouvelles ne font que se chercher péniblement.
L'État, la légalité et l'effondrement de la souveraineté
Dans le troisième niveau des notes du journal, Carl Schmitt revient sur les concepts qui constituent le cœur de sa propre théorie politico-juridique: l'État, la souveraineté, la légalité et la décision. Pour lui, l’année 1945 ne représente pas seulement la défaite historique de l’Allemagne, mais aussi un test empirique de la validité de ces concepts. En ce sens, le journal se lit comme une réévaluation silencieuse, mais fondamentale, des catégories théoriques à travers lesquelles Schmitt a analysé la politique moderne pendant des décennies. Schmitt constate que l’État, en tant que garant de l’ordre, a de fait cessé d’exister avant même sa capitulation formelle. Les institutions continuent d’émettre des ordres, mais ces ordres n’engagent plus personne; les normes subsistent sur le papier, mais perdent leur force normative. La légalité se détache de la réalité et se transforme en une forme vide. C'est précisément cette situation qui, selon Schmitt, révèle la faiblesse de l'État de droit moderne: sa dépendance à l'égard d'un pouvoir de fait qu'il n'est pas en mesure de garantir lui-même.

Schmitt accorde une attention particulière à l'effondrement de la décision souveraine. Dans ses travaux antérieurs, il définissait le souverain comme celui qui décide de l’état d’exception. En 1945, cependant, aucune décision de ce type n’est prise. L’état d’exception existe, mais sans souverain. Le pouvoir se désagrège en fragments que personne ne rassemble, et la prise de décision bascule dans le domaine du hasard et de l’arbitraire local. Cette expérience est paradoxale pour Schmitt: l’état d’exception, qui devait confirmer la souveraineté, devient la preuve de son inexistence.
Dans ce contexte, le journal formule une critique virulente de l'État bureaucratique. Schmitt constate que c'est précisément en temps de crise que la bureaucratie se révèle totalement impuissante. Elle est capable de produire des documents, des ordres et des actes formels, mais pas de véritables décisions; l'État se réduit ainsi à un appareil administratif dépourvu de noyau politique, ce qui, selon Schmitt, représente la phase finale de son évolution moderne. Schmitt réfléchit également à la relation entre le droit et la victoire. Il prend conscience que l’ordre d’après-guerre ne reposera pas sur la continuité des normes juridiques, mais sur le fait de la victoire. Le droit n’apparaît pas ici comme un système neutre de règles, mais comme un instrument de légitimation du pouvoir des vainqueurs. Cette perspective conduit Schmitt à un profond scepticisme à l’égard de l’idée d’un droit international universel et neutre sur le plan des valeurs, qui, selon lui, présuppose toujours un porteur politique concret.
Le journal laisse également entrevoir une autocritique implicite de la théorie de Schmitt lui-même. Si l’État échoue précisément au moment où il doit décider, il faut alors repenser la relation entre la décision, les institutions et la légitimité. Schmitt ne formule certes pas ces questions de manière systématique, mais ses remarques révèlent qu’après 1945, il n’est plus possible de s’en tenir sans autre forme de procès à l’ancien schéma conceptuel.
Schmitt apparaît ainsi non pas comme un théoricien de la souveraineté, mais comme un auteur dont les propres catégories sont mises à l’épreuve par une réalité implacable. L’État, la légalité et la souveraineté n’apparaissent pas dans le journal de 1945 comme des concepts stables, mais comme des constructions problématiques dont la validité est conditionnée par des circonstances historiques et de pouvoir concrètes. C’est précisément cette expérience qui fait de ce journal l’un des documents les plus intéressants et les plus contradictoires de la pensée tardive de Schmitt.

Vainqueurs, vaincus et nouvel ordre mondial
Dans ce cadre conceptuel, le journal de Schmitt passe de l’expérience immédiate de l’effondrement de l’État à une réflexion plus large sur l’ordre mondial d’après-guerre. La victoire des puissances alliées n’est pour lui pas seulement un fait militaire, mais le signe d’une transformation plus profonde de l’ordre politique mondial. Schmitt ne raisonne toutefois pas en termes de restauration de la vieille Europe, mais dans la perspective de la fin définitive d’une époque où l’Europe constituait le centre de la prise de décision politique. Il accorde une attention particulière à l’Union soviétique, qui n’apparaît pas dans ses notes principalement comme un adversaire idéologique, mais comme le porteur d’un autre type de pouvoir, radicalement différent. Pour lui, la Russie incarne une forme d’existence politique qui n’est pas encombrée par les fictions juridiques libérales ni par l’universalisme moral. Son pouvoir s’exprime directement, sans besoin d’être légitimé par des valeurs abstraites. C’est précisément cette « sincérité du pouvoir » qui, selon Schmitt, rend la présence soviétique effrayante, mais en même temps politiquement compréhensible.
À l’inverse, l’Occident, principalement sous la forme des puissances anglo-américaines, apparaît dans le journal comme une force qui combine la supériorité militaire avec le langage moral des valeurs universelles. Schmitt voit dans cette alliance entre pouvoir et morale un danger fondamental: les vainqueurs se stylisent en juges de l’humanité, masquant ainsi leurs propres intérêts politiques et transformant le conflit politique en condamnation morale. Cette critique anticipe les réflexions ultérieures de Schmitt sur la « notion discriminatoire de la guerre » et sur la rhétorique humanitaire en tant qu’instrument de pouvoir. Dans cette configuration, l’Europe apparaît comme un espace sans voix propre. Schmitt remarque que le vieux continent a perdu la capacité de formuler son propre projet politique et devient l’objet des décisions d’autrui. L’Allemagne, qui était encore récemment considérée comme un acteur clé de la politique européenne, se réduit désormais à un territoire conquis dont le destin sera déterminé de l’extérieur. Schmitt interprète cet état non pas comme une défaite temporaire, mais comme le symptôme d’un épuisement plus profond de la tradition politique européenne.

Le journal aborde le thème de la fin du nomos européen, c’est-à-dire de l’ordre spatial et juridique qui a structuré la politique mondiale pendant des siècles. L'effondrement de l'Allemagne est ici compris comme faisant partie d'un processus plus large, dans lequel se désagrège la conception européenne de l'ordre fondée sur la souveraineté étatique, le territoire délimité et l'équilibre des pouvoirs. Selon Schmitt, le monde d'après-guerre se caractérisera par une asymétrie, dans laquelle les grandes puissances mondiales, agissant avec des prétentions universalistes, auront le dernier mot. Dans le même temps, Schmitt rejette toutefois toute nostalgie simpliste. Il n’appelle ni au retour de la vieille Europe, ni à la réhabilitation de l’État vaincu. Il constate plutôt que la politique s’est déplacée vers un autre plan, où les catégories européennes traditionnelles cessent de fonctionner. Ce glissement est pour lui source d’angoisse intellectuelle, mais non d’espoirs illusoires.
À ce niveau, le journal s’étend du domaine de l’expérience personnelle à un diagnostic géopolitique, où le réalisme du pouvoir se mêle à un profond scepticisme envers l’universalisme moral des vainqueurs. Schmitt apparaît ici comme un penseur qui tente de comprendre le nouvel ordre mondial au moment de sa naissance, sans se faire d’illusions ni sur la position des vaincus ni sur l’avenir de l’Europe.
Autoréflexion, silence et « système Plettenberg »
Dans les derniers passages de son journal, l'attention de Carl Schmitt s'éloigne progressivement des événements immédiats et des réflexions géopolitiques pour se tourner vers sa propre existence après la défaite. Le journal se transforme alors en un espace d’introspection, caractérisé toutefois par la retenue, le caractère fragmentaire et le refus de toute confession explicite. Schmitt n’écrit ni confession ni plaidoyer; ses notes prennent plutôt la forme d’une cartographie silencieuse de nouvelles conditions d’existence. Le silence est l’un des thèmes clés. Schmitt suggère à plusieurs reprises que parler signifie s’exposer à un danger, non seulement physique, mais aussi moral et politique. Les mots perdent leur fonction protectrice et deviennent des éléments de preuve. Le silence est donc compris non pas comme un vide, mais comme une forme d’autodéfense et, en même temps, comme un moyen de préserver son autonomie intérieure dans une situation où l’espace public cesse d’être sûr.

La maison de Carl Schmitt à Plettenberg.
C’est dans ce contexte qu’apparaît l’embryon de ce que des interprétations ultérieures qualifieront de «système Plettenberg»: un retrait de la vie publique, universitaire et politique, vers une vie privée qui reste toutefois intensément intellectuelle. Le journal laisse entendre que ce retrait n’est pas seulement une réaction forcée face à la défaite et à l’ostracisme, mais aussi une stratégie consciente. Schmitt prend conscience que la possibilité de poursuivre sa réflexion est subordonnée à une prise de distance par rapport au discours public, désormais dominé par les vainqueurs et leurs catégories morales. Chez Schmitt, l’auto-réflexion ne se situe pas au niveau du regret face à des décisions politiques concrètes, mais au niveau du destin d’un penseur qui faisait partie d’un ordre effondré. Il revient sans cesse à l’idée que l’intellectuel est inévitablement impliqué dans des structures de pouvoir qu’il ne peut pas entièrement contrôler. Cette perspective lui permet de concevoir son propre passé comme tragique, mais pas nécessairement criminel, évitant ainsi une nouvelle fois toute auto-évaluation morale univoque.
Le temps joue un rôle important dans ces passages. Schmitt est conscient qu’un jugement immédiat est inévitablement injuste, tandis qu’une véritable compréhension exige du recul. Le journal travaille ainsi implicitement avec l’idée d’un décalage historique, dans lequel le sens des événements ne se révèle qu’a posteriori. Cette orientation vers la réception future de sa propre œuvre est manifeste dans les notes sur ce qui doit être conservé, ce qui doit être oublié et ce qui doit rester tu. Les dernières parties du journal ne montrent aucun signe d’optimisme ni d’espoir de restauration de l’ordre politique. Pourtant, elles ne sont pas l’expression d’une résignation. Elles signalent plutôt un glissement de la réflexion vers un autre plan, où il n’est plus question de décisions politiques, mais d’interprétation du monde après la catastrophe. C’est précisément sur ce plan que naît le Schmitt d’après-guerre – un auteur dont l’influence va paradoxalement croître au cours des décennies suivantes depuis la périphérie, depuis l’espace du silence et de la correspondance privée.
Le dernier bloc de réflexion de cette recension conclut ainsi le journal non pas par une conclusion, mais par une transition. La défaite ne conduit pas à une conclusion théorique, mais à une transformation de la manière de penser et d’exister. Le journal de 1945 apparaît en ce sens comme un tournant : la fin d’un monde et, en même temps, le début d’une longue période de réflexion qui façonnera l’œuvre tardive de Schmitt ainsi que sa réception ambivalente.

Le journal de 1945 dans l’œuvre de Schmitt
Les notes du journal de Carl Schmitt de 1945 constituent, dans son œuvre, un document exceptionnel qui se distingue tant de ses écrits théoriques systématiques que de ses textes essayistiques ultérieurs. Il ne s’agit ni d’une révision théorique au sens strict du terme, ni d’une confession personnelle, mais d’un enregistrement de la pensée dans une situation limite, où l’appareil conceptuel existant s’avère insuffisant, mais encore irremplaçable. C’est précisément cette ambivalence qui fait du journal une source essentielle pour comprendre la pensée tardive de Schmitt.
Le journal de 1945 est avant tout un document sur l’effondrement de l’ordre politique moderne, vu du point de vue de l’auteur qui a analysé et articulé théoriquement cet ordre pendant des décennies. Schmitt ne présente pas ici un nouveau concept d’État, de souveraineté ou de droit, mais observe leur effondrement effectif dans une situation où l’état d’exception ne conduit plus à une décision, mais à la dissolution du pouvoir dans la réalité nue de la violence et du hasard.
Cette désintégration est à la fois une confirmation et une réfutation empiriques de sa propre théorie: une confirmation en ce sens que la politique se réduit effectivement au conflit et à la décision, une réfutation en ce sens que la décision cesse d’avoir un caractère souverain. Le journal revêt également une importance particulière pour la compréhension du rapport de Schmitt à la culpabilité et à la responsabilité. Au lieu d’un règlement moral direct avec le passé, le texte propose une réflexion structurelle et théologique qui permet de nommer la catastrophe sans la condamner ni la clore définitivement. La culpabilité n’est ici ni individualisée ni pleinement externalisée; elle reste un problème non résolu, repoussé à l’horizon d’un jugement historique ou transcendant. Ce caractère inachevé est l’une des caractéristiques les plus problématiques, mais aussi les plus éloquentes du journal.
Sur le plan géopolitique, le journal anticipe les réflexions ultérieures de Schmitt sur la fin du nomos européen et l’émergence d’un nouvel ordre mondial, dans lequel le pouvoir se légitime par le biais de valeurs universalistes.
La critique de l’universalisme moral des vainqueurs, associée à une reconnaissance réaliste du fait de la victoire, prend ici la forme d’un diagnostic discret mais rigoureux, qui sera réinterprété et instrumentalisé à maintes reprises au cours des décennies suivantes. De plus, elle est plus que jamais d’actualité en 2026.
Le journal de 1945 marque ainsi la transition vers l’existence d’après-guerre de Carl Schmitt, caractérisée par un repli sur la vie privée, le silence et une influence indirecte par le biais de la correspondance et des visites. En ce sens, il ne s’agit pas de la fin de la pensée de Schmitt, mais de sa transformation. L’expérience de la défaite ne conduit pas à un nouveau projet politique, mais à une réflexion de longue haleine sur un monde où la politique s’est définitivement dissociée de la tradition européenne de l’État. Dans l’ensemble, le journal de 1945 peut être lu comme un texte « frontalier » qui révèle les possibilités de la théorie politique de Schmitt au moment même de sa vérification historique. Son importance ne réside pas dans les réponses qu’il apporte, mais dans les questions qu’il laisse ouvertes et qui restent d’actualité dans les débats actuels sur la crise de l’État, du droit et de la légitimité politique.
Sources:
Édition : Carl Schmitt – Opuscula (Miniatures de Plettenberg, volume 18)
Carl Schmitt, Berlin-Schlachtensee mars–mai 1945, Éd. Martin Tielke et Gerd Giesler, 26 pages, ISBN 978-3-9820020-7-1, Publié à la demande de la Carl-Schmitt-Gesellschaft e. V. (2025)
18:36 Publié dans Théorie politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : carl schmitt, 1945, défaite allemande, allemagne, europe, théorie politique, politologie, sciences politiques |
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vendredi, 03 avril 2026
Les États-Unis comme éternel ennemi de l’Europe

Les États-Unis comme éternel ennemi de l’Europe
Raphael Machado
Source: https://telegra.ph/Gli-Stati-Uniti-come-eterno-nemico-del...
Si les États-Unis sont les amis de l’Europe, alors l’Europe n’a pas besoin d’ennemis.
Nous nous sommes habitués à considérer la relation entre les États-Unis et les pays européens, notamment ceux d’Europe occidentale, comme une alliance irréprochable, une véritable amitié entre les peuples. D’ailleurs, le discours dominant parle d’une seule « civilisation occidentale », qui unit l’Amérique du Nord et l’Europe, fondée sur les mêmes « valeurs judéo-chrétiennes ».
Cette perspective, partagée par de nombreux atlantistes et anti-impérialistes, est erronée en raison de sa myopie. Elle repose sur une lecture limitée de l’histoire, qui ne prend en compte que le monde depuis la seconde moitié du 20ème siècle jusqu’aux dernières années.
Ainsi, face aux événements contemporains qui témoignent d’un certain mépris, voire d’une hostilité, des États-Unis envers l’Europe, certains restent stupéfaits. Peut-être les Européens eux-mêmes, mal informés et victimes d’ingénierie sociale, restent-ils déconcertés, sans comprendre ce qui se passe.
Au-delà de la politique étrangère britannique elle-même, qui a toujours été anti-européenne, la fondation même des États-Unis s’est faite dans une perspective anti-européenne. Pour les « pères pèlerins », les pays européens étaient tyranniques, oppressifs et hédonistes. Le papisme était le siège même de l’Antéchrist. Même les pays protestants comme les Pays-Bas étaient critiqués et condamnés comme libertins et insuffisamment religieux.
Extrêmement sectaires, les puritains qui allaient fonder les États-Unis ne considéraient même pas possible de continuer à respirer le même air que les Anglais, les Hollandais et, en général, les Européens d’autres confessions chrétiennes. Le gouverneur de Plymouth, William Bradford, également l’un des premiers écrivains américains, le précise très bien dans son ouvrage Of Plymouth Plantation où il commente, par exemple, que « Satan semble avoir suivi une méthode similaire en ces derniers jours, puisque la vérité a commencé à émerger et à se répandre après la grande apostasie de cet homme du péché, l’Antéchrist papal ».
Il n’est donc pas surprenant que dès le XIXe siècle, les États-Unis fassent leurs débuts sur la scène internationale avec une politique étrangère spécifiquement anti-européenne, visant à forcer l’expulsion des Européens de leurs derniers territoires en Amérique latine afin de remplacer la présence européenne par la leur. L’objectif principal à l’époque était l’Espagne (et dans ce cas, même la foi catholique espagnole jouait un rôle dans la propagande américaine).
Après avoir achevé l’expulsion des Européens (à l’exception des Anglais et, en partie, des Français) des Amériques, la politique étrangère américaine s’est concentrée sur l’ingérence permanente dans les affaires européennes, visant toujours à étouffer l’émergence de toute puissance capable de défier sa force croissante. À l’ombre de l’Empire britannique, qui au début du 20ème siècle commençait déjà à montrer des fissures, les États-Unis ont attisé la Première Guerre mondiale pour liquider quatre empires à la fois: les empires allemand, austro-hongrois, ottoman et russe, et affaiblir également la France et le Royaume-Uni.
La Société des Nations, quant à elle, fut créée pour permettre aux États-Unis d’influencer la politique européenne via les votes de leurs représentants latino-américains, sans que les États-Unis eux-mêmes ne se soumettent à son mandat.
On pourrait ici rappeler brièvement le rôle de Wall Street dans le soutien initial à la montée d’Hitler en Allemagne, mais même sans tenir compte de cet aspect, il est de notoriété publique et bien connu que l’OTAN a été conçue non seulement comme une arme pour tenir l’URSS hors d’Europe, mais aussi comme une structure d’occupation pour garantir la soumission des Européens et cimenter l’occupation militaire américaine du continent européen.
Maintenir l’Europe sous tutelle a toujours été un objectif principal des États-Unis, qu’ils poursuivent encore aujourd’hui.
Il est nécessaire d’insister sur cette dimension historique afin que l’on soit conscient de l’horizon radicalement anti-européen de la politique étrangère américaine. Prenons, par exemple, l’épisode de la naissance de l’euro en 1999. Malgré les critiques répandues contre l’Union européenne et l’euro de la part des souverainistes, on tentait encore parfois d’orienter le projet d’intégration européenne dans une direction qui défierait l’hégémonie économique et financière des États-Unis. Autrement dit, pendant une courte période, on tenta de considérer l’euro comme une possible voie vers la dédollarisation.
Mais juste après la naissance de l’euro, les États-Unis ont lancé une guerre en Europe, bombardant la Serbie sans aucune justification légitime, si ce n’est celle d’écraser les Serbes (alliés historiques de la Russie). L’impact immédiat pour le reste de l’Europe fut un effondrement immédiat de l’euro, car les investisseurs le vendaient pour acheter des dollars, et une baisse significative sur tous les marchés boursiers européens, autrement dit une fuite de capitaux. Un simple dommage collatéral… ou l’intervention en Serbie avait-elle été pensée dès le départ aussi comme un coup contre l’Europe ?
Le moment actuel de tension entre les États-Unis et l’Europe n’est donc pas un simple accroc dans ces relations.
Récapitulons ce qui s’est passé ces dernières années.
Les États-Unis ont convaincu les dirigeants européens d’allumer le feu en Ukraine, avec le Maïdan et la préparation d’une guerre contre la Russie. La réaction russe avec l’opération militaire spéciale a immédiatement entraîné la plus grande vague de sanctions de l’histoire de l’humanité, mais le principal perdant fut l’Europe, qui a perdu l’accès à des sources d’énergie extrêmement bon marché venant de Russie.

L’impact économique fut immédiat, avec une hausse de l’inflation et un ralentissement de l’activité économique. Des pays comme la Bulgarie, la Slovaquie, la Finlande, la République tchèque et la Lituanie ont vu leur PIB diminuer entre 2 et 5 %.
L’attentat contre le gazoduc germano-russe Nord Stream a encore aggravé la situation, en particulier pour l’Allemagne qui, à partir de ce moment, est simplement entrée en récession, avec un PIB en baisse de près de 1% par an jusqu’à la stagnation à partir de 2025. Parallèlement, le secteur industriel allemand s’est réduit, avec une perte d’emplois allant jusqu’à 200.000 unités. Pendant ce temps, bien que l’Allemagne ait réussi à remplacer le gaz russe par du gaz naturel liquéfié, les coûts restent environ 80% plus élevés que le gaz russe, avec des répercussions sur l’économie et les prix.

En d’autres termes, la “locomotive” économique de l’Europe a déraillé. Il s’agit de l’Allemagne même qui, dans la géopolitique classique (que les stratèges atlantistes connaissent très bien), a toujours été considérée comme un allié naturel et complémentaire de la Russie. En effet, depuis au moins 200 ans, l’un des objectifs principaux de la géopolitique atlantiste a été d’empêcher une alliance entre l’Allemagne et la Russie.
Pendant ce temps, très vite, les États-Unis, déjà sous Trump, ont commencé à exercer une pression encore plus forte sur l’Europe, avec la question du Groenland, les droits de douane et les tentatives de faire supporter aux Européens les coûts d’un conflit principalement géré à Washington.
Pour empirer les choses, depuis 2022, les États-Unis ont exercé des pressions pour éliminer tout achat de gaz russe par les Européens. Cet objectif a été pratiquement atteint début 2026. Peu après, les États-Unis ont déclenché une guerre dans le Golfe, provoquant la paralysie de l’industrie pétrolière régionale et une envolée des prix du baril de pétrole. Une grande partie du pétrole, du GNL et de certaines autres matières premières dont dépendait l’économie européenne provenait justement du Golfe…
Si les États-Unis sont les amis de l’Europe, alors l’Europe n’a pas besoin d’ennemis.
Article original : Strategic Culture Foundation
16:59 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : europe, affaires européennes, états-unis, politique internationale |
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