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mardi, 19 mai 2015

Relecture du Grand Dieu Pan d'Arthur Machen

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Relecture du Grand Dieu Pan d'Arthur Machen

À propos de Arthur Machen, Le Grand Dieu Pan (traduction de Paul-Jean Toulet, préface d'Anne-Sophie Yoo, Éditions Pierre-Guillaume de Roux, 2015).

Ex: http://www.juanasensio.com


panmachen.jpgC'est en 2013 que j'ai envoyé à Alexandrine Duhin, dirigeant la collection Mille et une nuits chez Fayard, un petit dossier exposant, en termes simples, percutants, bref, en novlangue publicitaire et en maigres éléments de langage comme il se doit, les excellentes raisons de publier à nouveaux frais l'un des meilleurs textes d'Arthur Machen, Le Peuple blanc, par ailleurs évoqué dans la Zone.
La réponse, attendue, quoique polie et relativement argumentée, ne tarda point : trop ceci (confidentiel, fantastique, etc.), pas assez cela (connu, vendeur, etc.). Du moins cette personne prit-elle le soin, et par les services postaux c'est dire, de me répondre, ce qui suffirait à lui faire gagner le Paradis des éditeurs, s'il en existe un ce dont je doute fort.


Voici quelques années aussi, je conseillai à Pierre-Guillaume de Roux, qui m'avait demandé de lui dénicher des textes écrits par des auteurs intéressants mais quelque peu oubliés ou injustement méconnus, français ou étrangers, susceptibles d'être publiés en France, de s'intéresser au grand Arthur Machen (parmi quelques autres noms comme celui de Lorentzatos). Je crois que Pierre-Guillaume de Roux me remercia, ce qui était la moindre des choses, et classa dans quelque recoin de son cerveau fort ordonné les différents noms que je lui avais suggérés, en se disant, sans doute : qui sait ?
Je constate en tout cas avec un grand plaisir que cet éditeur viscéral, dont je n'ai jamais compris l'intérêt pour le très piètre Richard Millet qu'il a bien trop publié, n'a pas dû totalement oublier nos échanges, puisque paraît dans sa maison une réédition du Grand Dieu Pan dans la superbe traduction qu'en donna Paul-Jean Toulet. Je ne lui en veux même pas de ne pas avoir, ne serait-ce que d'une ligne, exprimé sa gratitude au modeste passeur que je suis, puisque, après tout, c'est lui qui s'est déclaré scandalisé quand, me parlant de Robert Penn Warren, je lui affirmai que je ne savais rien de lui ! Je n'ai pour ma part jamais oublié, y compris publiquement et en caractères gras, quelle était ma dette à son égard.


Cette réédition du Grand Dieu Pan est soignée, cependant point dépourvue d'erreurs, même vénielles (1) et les très rares notes sont utiles. La couverture de Philippe Druillet est laide, à tout le moins sans aucun intérêt graphique, et pas franchement en rapport avec l'histoire que nous conte Machen, bien évidemment au coin du feu, par une nuit diaboliquement noire.


Ce qui est en revanche beaucoup moins utile, c'est la préface, pseudo-poétique et assez pompeuse dans sa multitude de références pas toutes pertinentes, d'Anne-Sophie Yoo qui choisit d'illustrer la seule thématique du regard, ce qui ne nous permet guère avouons-le, d'y voir clair : «Le Grand Dieu Pan, écrit-elle ainsi, demeure un récit tout en ombres et lumières, un Mystère si fermement dévolu à la religion du regard qui boit le calice de la lumière jusqu'à la lie qu'aucun voyeurisme ne parviendra jamais à expliquer aux yeux du critique contemporain – que n'épargne pourtant plus la moindre obscénité – le scandale qu'il suscita en son temps» (p. 12). Il ne suffit point, pour être poète ou plutôt jouer à l'être, de décliner les variations autour d'un même thème (en première de sa classe, Anne-Sophie Yoo nous rappellera utilement le nom de cette figure de style, un polyptote), ici celui du regard, et, pour être un honnête préfacier, il faut écouter la petite musique que fait l'auteur commenté avant de prétendre jouer sa propre partition.


De fait, bien moins que la thématique du regard ou de la vision, certes illustrée par Machen (cf. p. 130), c'est je crois celle de la fascination pour l'origine qui est intéressante, y compris, surtout à vrai dire, dans sa version démoniaque. Finalement, Arthur Machen affirme dans son magnifique conte une impossibilité ontologique, celle d'un retour aux sources qui serait opéré par des moyens faustiens, qu'il empêche de plusieurs façons, moins en insistant, de façon classique, sur l'impuissance du langage à proférer l'improférable, à rendre compte de ce que nous ne saurions voir ni entendre, qu'en matérialisant les conséquences d'une telle dévolution, le triomphe de la pourriture, du chaos. Anne-Sophie Yoo évoque, du reste, cette thématique, mais de façon superficielle (cf. pp. 13 et 25 de sa Préface).


Cette dévolution est admirablement figurée par la technique narrative de l'enchâssement (ou bien des «suites de boîtes chinoises», évoquées p. 70) déployée par Machen, une histoire en englobant une autre, les différents personnages constituant autant de relais qui nous permettent de nous approcher, du moins jusqu'à une certaine distance, de la source du Mal. Lovecraft, qui tant admira Machen, a lui aussi été sensible à la technique narrative de l'écrivain : «Mais le charme de l'histoire réside dans son récit. Personne ne pourrait décrire le suspense accumulé et l'horreur consommée dont regorge chaque paragraphe, sans suivre exactement l'ordre dans lequel Arthur Machen dispose ses sous-entendus et ses révélations» (2).


pan03861616_o.jpgNous approchons de la source de la corruption, une jeune femme appelée Hélène Vaughan, qui causera plusieurs suicides et brusques chutes d'hommes dans la folie mais, une fois encore, le thème du regard interdit compte moins que celui d'une entité chaotique (si je puis dire) et originelle, «quelque chose qui [n'est] ni l'homme ni la bête, ni la vie ni la mort, mais toutes choses mêlées, l'apparence mouvante de toutes choses» (pp. 44-5) qui constitue le soubassement infernal sur lequel l'ordre s'est érigé, comme la présence de vase, à la surface d'une rivière, indique son origine profonde (3).


C'est dans les toutes dernières lignes que nous sera révélé le spectacle de la dissolution de l'héroïne maléfique, qu'il faudrait sans doute rattacher aux théories de l'évolution de Darwin, bien sûr, ici, récapitulées, inversées, selon le grand mouvement décadent de l'à rebours : «La peau, la chair, les muscles et les os, et la ferme structure du corps humain, tout ce que j'avais jugé jusque-là aussi invétéré, aussi permanent que le diamant, commença de fondre et de se dissoudre. Je savais que des agents extérieurs pouvaient ramener un corps à ses éléments, mais j'eusse refusé de croire ce que je voyais maintenant, car il y avait là une force interne dont je ne savais rien et qui ordonnait la dissolution et la métamorphose» (pp. 136-7) et, immédiatement après : «Ici, se répéta devant moi tout l'effort dont l'homme est issu. Je vis la chose vaciller de sexe à sexe, se disjoindre et s'unifier à nouveau; je vis le corps revenir aux bêtes dont il procède, et ce qui était au sommet des êtres descendre jusqu'aux bas-fonds, jusqu'aux abîmes» (p. 137).


Finalement, Le Grand Dieu Pan d'Arthur Machen est une parabole sur la place, dans l'univers, qui est celle de l'homme, et sur la nécessité, absolue, de ne point désirer en sortir, aiguillonné par la tentation faustienne de vouloir connaître ce qui doit demeurer hors de notre portée. L'écrivain illustrera dans un autre de ces textes, admirable également, intitulé La Terreur, cette modestie que nous pourrions confondre avec un humanisme bien entendu. C'est à ce prix que nous pourrons nous prétendre les gardiens de la «maison de la vie» (p. 145), et empêcher que la Bête cherchant qui dévorer n'y pénètre et ne devienne l'hôte purulent de notre propre chair. Le Grand Dieu Pan, dans sa signification la plus profonde, est peut-être une apologie de la beauté du monde, de la tempérance, de la merveille que représente l'équilibre ou, mieux, l'harmonie des forces, de la lumière mais aussi, merveille quotidienne et insoupçonnable, de la chair qui, si elle devait servir aux expérimentations scientifiques les plus hasardeuses, pourrait devenir le sépulcre de l'horreur, dans une parodie d'incarnation, comme il s'en voit dans Sous le soleil de Satan que j'ai rapproché d'ailleurs du texte de Machen.
Mais c'est là un tout autre sujet d'études, certes passionnant.

Notes


(1) Comme dans les Repère bibliographiques, où il est affirmé que le recueil intitulé Le Peuple blanc comporte un texte intitulé Les Archers - Les Anges de Mons, mon exemplaire n'indiquant que le seul titre original (The Bowmen) soit Les Archers (p. 148). De même, page 147, c'est par erreur qu'est indiquée une Petite Bibliothèque des Ombres en lieu et place de la Petite Bibliothèque Ombres.
(2) H. P. Lovecraft, Épouvante et surnaturel en littérature (traduction de J. Bergier et F. Truchaud, Christian Bourgois, 1985), p. 143. Je constate que Pierre-Guillaume de Roux a réédité cet ouvrage, également présenté par Anne-Sophie Yoo. Suggérons-lui, cette fois-ci publiquement, de rééditer L'Apprenti sorcier de Hanns Heinz Ewers.
(3) Cf. p. 124 : «Si vous voyez de la vase à la surface d'une rivière, vous pouvez être certain qu'elle vient du fond; j'allai au fond" déclare ainsi un des personnages, qui ne peuvent qu'annoncer ceux que prononcera, avant d'explorer le labyrinthe souterrain des Aveugles, Fernando Vidal Olmos dans le deuxième tome de la trilogie romanesque de Sábato, intitulé Héros et Tombes.

lundi, 18 mai 2015

Evola e Dante. Esoterismo ed Impero

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Evola e Dante. Esoterismo ed Impero

Autore:

Ex: http://www.centrostudilaruna.it

evola-e-danteTra i molti libri dedicati ad Evola nel 2014, in occasione del quarantennale della scomparsa, vale senz’altro la pena ricordare il volume di Sandro Consolato Evola e Dante. Ghibellinismo ed esoterismo, pubblicato dalle edizioni Arya (per ordini: arya@oicl.it, euro 18,00). Il valore di questo lavoro va colto nella organicità della trattazione, nell’uso accorto delle fonti e dei documenti, nell’elaborazione di tesi esegetiche che non risentono né dei limiti della denigrazione preconcetta, né della semplice esaltazione agiografica. Peraltro, il tema trattato, presenta aspetti di grande rilevanza per la contestualizzazione storico-teoretica dell’opera evoliana. Il saggio è strutturato in quattro densi capitoli preceduti da una premessa e seguiti dalle conclusioni dell’autore e da una   postfazione di Renato Del Ponte.

Consolato rileva come l’interesse mostrato da Evola per Dante, fosse assai diversificato: il tradizionalista si occupò, a più riprese, degli aspetti puramente esoterici del Poeta, di quelli esoterico-politici, ed infine della sua teoria dell’Impero. Per quanto attiene al primo, molti giudizi evoliani sono influenzati dalla sagace capacità interpretativa di Luigi Valli. Questi si distinse, sulla scorta del Pascoli esegeta di Beatrice, nel leggere l’espressione Fedeli d’amore che compare nella Vita Nova, riferita a compagni “dello stesso Dante in una fraternità esoterica ghibellina” (p. 14). A parere di Evola, ricorda l’autore, Valli destrutturò i criteri interpretativi dominanti allora la critica dantesca, quello estetico e quello centrato sulla ortodossia cattolica. Il cuore dell’esoterismo dell’Alighieri sarebbe racchiuso nel mistero della “Donna”, operante non solo nell’opera citata, ma anche nella Commedia, come confermato dalla lezione del Marezkovskij. “Donna-Beatrice” sarebbe figura evocante simbolicamente tre significati a lei consustanziali: La “Sapienza santa”, la dottrina segreta, l’organizzazione detentrice e custode della segretezza della dottrina. Tale Sapienza corrisponde a ciò che Aristotele aveva definito intellectus agens, impersonale e di origine extra-umana. Evola ritiene che amore e donna risveglino ciò che nell’uomo di senso comune è solo in potenza, possibile ma non agente, così come avviene nelle pratiche tantriche “l’elemento shivaico che prima dell’unione con la donna è inerte e inane” (p. 22). Per questo, la “donna” genera un essere nuovo, un essere latore di salus.

Dante-Statue_6537.jpgRispetto all’interesse evoliano per il dato esoterico-politico nell’Alighieri, è opportuno ricordare che la cerca del Poeta è sintonica, e la cosa è accortamente rilevata da Consolato, a quella che maturò negli ambienti graalici in rapporto al problema dell’Impero. Caratterizzata, in particolare, dal continuo riferirsi al motivo dell’imperatore latente, mai morto e per questo atteso e al Regno isterilito, simbolizzato in modo paradigmatico dall’Albero secco che rinverdirà con il rimanifestarsi nella storia dell’Impero, per l’azione del Veltro-Dux. L’Impero, per esser tale, deve far riferimento ad un re-sacerdote il cui modello è Melchisedec, custode della funzione attiva e di quella contemplativa. L’autore suggerisce che in tema di Veltro e relativamente alla sua esegesi storico-politica, Evola si richiama alla lezione di Alfred Bassermann, grazie alla quale egli coglie come Dante, in tema, si sia fermato a metà strada, “la sua concezione dei rapporti tra Chiesa e Impero rimase imperniata su di un dualismo limitatore…tra vita contemplativa e vita attiva” (p. 39). Lo stesso esoterismo dell’Alighieri era legato ad una sorta di via iniziatica platonizzante, non pienamente giunta a rilevare, come accadrà nel puro templarismo, che l’iniziazione regale risolve in sé i due momenti del Principio, contemplazione ed azione. In questo contesto, suggerisce Consolato, deve essere letta la polemica di Cecco d’Ascoli nei confronti dell’Alighieri, attaccato in quanto “deviazionista” rispetto all’iniziazione propriamente regale. In questi termini, Dante è il simbolo più proprio, per Evola, dell’età in cui visse, il medioevo. Età in cui la Tradizione tornò ad affacciarsi ma nei panni spuri e dimidiati del cattolicesimo.

In merito al tema dell’Impero, nonostante i limiti su ricordati, Evola vede in Dante un predecessore, in quanto “il pensiero di Evola è stato…un pensiero fondamentalmente monarchico, perché…egli trasferì l’ideale della sua giovanile ascesi filosofica…nella figura dell’Adepto…e poi pose questo…al centro e al vertice del suo ideale di Impero e di civiltà” (p. 48). Tale idea di Ordnung, si pone ben oltre i suoi surrogati moderni, in quanto espressione di un Potere dall’alto, con-sacrato e mirato a indurre nella comunità una Pace reale e non meramente fittizia. Capace, pertanto, di far sorgere negli uomini di ogni tempo quella spinta anagogica, verso l’Alto, che la tradizione classica, ha detto essere scopo essenziale del Politico. La Dittatura, sintesi delle prospettive filosofico-politiche della modernità maturate lungo la linea speculativa hobbesiano-schmittiana, può placare solo momentaneamente il conflitto, ma resta semplicemente il luogo della contraddizione eternamente riemergente. Ciò non significa che Evola ci inviti a non operare, a non agire. In quanto filosofo della pratica, nelle drammatiche contingenze dei primi anni Quaranta, e la cosa è riportata ancora una volta da Consolato, richiamò “l’ideale che Dante difese, affermando che l’Impero doveva essere cosa dei Romani” (p. 61). Fu la contingenza storica a dettare in quel frangente il necessario riavvicinamento di Italia e Germania, ed Evola “contrariamente a quanto sostenuto nello stesso Terzo Reich dalle correnti più strettamente nazionaliste, razziste e pangermaniste”(p. 62), era convinto che l’idea imperiale fosse l’unica a poter avvicinare i due popoli.

Probabilmente, per capire appieno le ragioni della prossimità di Evola e Dante, è bene far riferimento a Platone, o meglio a un Platone correttamente interpretato come filosofo politico e non come pensatore sic et simpliciter metafisico e pre-cristiano. A questo Platone assomigliava davvero Dante, la cui vocazione realizzativa fu ben colta da Gian Franco Lami quando scrisse “egli si fece carico d’incarnare, di persona, l’uomo classico, conforme alla realtà politica più antica” (Tra utopia e utopismo. Sommario di un percorso ideologico, Il cerchio, Rimini 2008, p. 139, a cura di G. Casale). Tentò, ma non vi riuscì del tutto, come ricordato da Evola e Consolato.

dimanche, 17 mai 2015

Le Siècle des Charognes de Léon Bloy

Le Siècle des Charognes de Léon Bloy

par Juan Asensio

Ex: http://www.juanasensio.com

À propos de Léon Bloy, Le Siècle des Charognes (dessins de Felix de Recondo, Éditions Fata Morgana, 2015).
 
bloy4640.jpgC'est à la date du 9 janvier 1900 que Léon Bloy recopie dans son Journal Le Siècle des Charognes, paru le 4 février de la même année dans le cinquième, et dernier, numéro de Par le scandale. Le texte est dédié à «quelqu'un» sur lequel Bloy ne souffle mot, puisqu'il a dû cesser à cette date d'être l'ami du mendiant ingrat, en fait un certain Édouard Bernaert, poète belge qui fut ami de Léon Bloy, et créateur de l'éphémère revue en question.

L'absence de tout apparat critique, dans l'édition de ce court texte donnée par Fata Morgana, en accroît la puissance, que ne semblent même pas atténuer les dessins vagues de Felix de Recondo. N'est pas Goya qui veut, ni même Daumier, et je ne comprends pas franchement quel rapport les éditeurs ont souhaité établir entre ces visions de créatures molles et invaginées avec la précision toute létale des traits que décoche l'écrivain sur le grand et puant cadavre des catholiques, progressistes ou pas.

Imaginons un instant, de nos jours, un auteur qui, comme Léon Bloy, oserait écrire, serait assez fou pour écrire, à la cinquantaine passée, un tel texte, et le soumettrait par exemple aux imbéciles confits de La Croix ou de tout autre rinçure catholique poussant, comme des champignons consacrés, sur les étals d'une quelconque Procure, et qui n'aurait pas peur, pauvre belluaire inconscient, d'être immédiatement attaqué pour injure ou diffamation par une bonne cinquantaine de ligues vertueuses ! Pourrait-il écrire ces mots ? : «Je n'ai jamais cessé de l'écrire depuis vingt ans. Jamais il n'y eut rien d'aussi odieux, d'aussi complètement exécrable que le monde catholique contemporain – au moins en France et en Belgique – et je renonce à me demander ce qui pourrait plus sûrement appeler le Feu du Ciel» (p. 16) et plus loin, histoire d'enfoncer le clou sur la Croix d'un Christ qui est tout de même mort pour racheter les imbéciles (y compris, et c'est absolument prodigieux, les imbéciles de La Croix) : «le spectacle des catholiques modernes est une tentation au-dessus de nos forces» (p. 17).

bloy1.jpgComme il serait réjouissant, tout de même, qu'un moderne contempteur de baudruches pieuses, crevant de honte à l'idée que, lui-même catholique et pourtant «forcé d'obéir au même pasteur» (p. 18) que les ouailles dégoulinantes de mansuétude, devrait bien finir par reconnaître que les catholiques français, ces cochons, sont bel et bien ses frères ou, du moins, précise immédiatement Léon Bloy, ses «cousins germains» (p. 17), comme il serait drôle et intéressant qu'un tel butor évangélique ose affirmer que les ouvrages publicitaires de Fabrice Hadjadj ne sont rien de plus qu'une amélioration toute superficielle du catéchisme délavé qu'il a pieusement écouté (d'une seule oreille) lorsqu'il était petit, ou bien que Jacques de Guillebon, lorsqu'il mourra (je prierai pour son âme c'est sûr) et se présentera devant son Créateur, n'aura rien de plus à Lui montrer qu'une poignée de de pelures de navets et de poudre de courge, tout ce qui restera en fait de ce qu'il a osé publier, des livres paraît-il et qui me semblent, à moi, ne pas même constituer un fumier utile, digne de faire prospérer des plantes plus vivaces et nobles que ses rangées de tiges dolentes et blettes avant même de sortir de terre et qui, une fois sorties de terre, sont aussi féroces qu'un pissenlit porté au revers d'une veste de mariage.
La moquerie est facile me direz-vous. Oui, évidemment, et, par politesse, m'en tenant aux deux seuls cas d'Hadjadj et de Guillebon (son clone Falk van Gaver semble s'être perdu, quelque part entre Katmandou et Kirtipur), je n'ai même pas évoqué les très hautes pensées que Solange Bied-Charreton, comme une portée de coucous grimaçants et piailleurs, s'avise de déposer dans de petits nids journalistiques, où elle finira bien par se faire une place digne de celle de l'hystérique patronne de Causeur : cette jeune femme, pseudo rebelle à plein temps comme d'autres sont entrées au couvent, ne craint pas de donner son avis sur tout, la calotte papale et la pénétration annale, sans compter, sujet infiniment plus profond, les livres de Jérôme Leroy, un sujet de méditation tellement complexe qu'il n'est réservé, dit-on, qu'à quelques athlètes de l'intelligence et pucelles charismatiques, visitées uniquement par les plus hautes visions extatiques.

Oui, la moquerie est facile bien sûr, et il est évident que seuls les mauvais lecteurs, et Marc-Édouard Nabe qui se prend pour son ultime héritier, estiment que Léon Bloy est avant tout intéressant pour la truculence de son extraordinaire méchanceté. Pauvre homme tout de même, obsédé jusqu'à la folie par son talent de lilliputien et son nombril de la taille d'un univers. Les plus hautes railleries, les plus féroces méchancetés, chez Léon Bloy, ne sont intéressantes que parce qu'elles constituent le langage, en quelque sorte codé ou plutôt inversé, par lequel des vérités surnaturelles s'expriment, sont vues en somme comme au travers d'un miroir, obscurément. Pauvre Nabe, oui, sous-Bloy plus méchant que talentueux, plus disert que doué, plus clown qu'inspiré, qui n'a toujours pas compris de quelle formidable façon celui dont il ose se réclamer eût vomi son esthétisme pornographique qui, au mieux, nous arrache un sourire entre 12 et 14 ans, le seul âge où lire cet auteur prolifique peut avoir un quelconque intérêt autre que celui d'exacerber un disgracieux acné.

De fait, ce tout petit article de Léon Bloy, que nous pourrions croire n'être qu'une de ses innombrables charges contre les catholiques, est avant tout un texte sur l'Argent, qui mentionne même le titre d'un livre (L'Argent, justement) qui ne fut jamais écrit sous cette forme par Léon Bloy, qui sans doute préféra le diffracter dans presque chacun de ses livres, et peut-être même dans chacune des lignes qu'il écrivit.

Les charognes, en effet, ce sont les catholiques, le siècle qu'elles contaminent est le XIXe, même si les «putréfiés du XIXe siècle» risquent d'asphyxier, derrière elles, le XXe, si «le Feu n'intervient pas» (p. 11, châtiment invoqué encore à la page 16), et la substance qui permet aux charognes de prospérer est le vivant par excellence aux yeux de Léon Bloy, c'est-à-dire le Pauvre. Les catholiques s'engraissent et prospèrent parce qu'ils dévorent le Pauvre, quel prélat ne verrait là, dans une telle énormité, un blasphème adressé à la sainte Trinité et, bien sûr, à l’Église ? Outrecuidances d'un fou, dira-t-on.

Il est étonnant qu'en aussi peu de pages Léon Bloy se confronte à l'habituelle indigence du langage, qu'il regrette faussement (1), lui, l'admirable manieur d'hyperboles et d'énormités coruscantes (mais aussi le prodigieux écrivain, inventeur d'images émouvantes de simplicité (2)), et il est tout aussi étonnant, du moins superficiellement, qu'il adopte la posture qui lui sied le mieux, celle de l'herméneute fulgurant qui s'interroge par exemple de la manière suivante, faussement détachée : «À ce propos, et pour le dire en passant, quand donc viendra l'herméneute, l'explicateur comme il ne s'en est jamais vu, par qui nous saurons enfin que le Cantique des cantiques est simplement un récit préalable de la Passion, antérieur d'une trentaine de générations aux quatre Évangiles ?» (pp. 16-7). Nous retrouvons par ailleurs la figure du fils prodigue (cf. p. 18) que l'écrivain évoquera dans Le Salut par les Juifs ou les Propos digestifs des Histoires désobligeantes, et une autre des thématiques les plus paradoxales de Bloy, la réversibilité : «Mais lorsque, songeant à la réversibilité des douleurs, on se rappelle, par exemple, qu'il est nécessaire qu'un petit enfant soit torturé par la faim, dans une chambre glacée, pour qu'une chrétienne ravissante ne soit pas privée du délice d'un repas exquis devant un bon feu; oh ! alors, que c'est long d'attendre ! et que je comprends la justice des désespérés !» (pp. 24-5, l'auteur souligne).

N'oublions pas, bien évidemment, le thème principal de ce petit texte, la défense du Pauvre, comme je l'ai dit, la charogne, le catholique contemporain étant l'ennemi surnaturel de celui qu'il chasse (cf. p. 25), ennemi qui est une "brute inexorable qu'on est forcé d'arrêter avec une faux ou un paquet de mitraille dans le ventre» (p. 28).

Léon Bloy, avant de conclure, décoche sa dernière flèche herméneutique, et opère, comme à l'accoutumée, l'une de ces transsubstantiations métaphoriques qui font l'intérêt de sa pensée et de son écriture : «Le Verbe de Dieu est venu dans une étable, en haine du Monde, les enfants le savent, et tous les sophismes des démons ne changeront rien à ce mystère que la joie du riche a pour SUBSTANCE la Douleur du pauvre» (p. 29, l'auteur souligne).

Et voici comment, en quelques lignes seulement d'un texte de Léon Bloy après tout assez banal, nous avons dépassé les fadaises pieuses pieusement débitées par nos indigents scribouilleurs plus haut mentionnés. Et voici pour quelle raison Léon Bloy sera toujours l'auteur détesté par les prudents et les imbéciles, que sa prose a par avance cloués sur la planche de liège que l'on réserve au classement des différentes variétés d'insectes et d'animalcules.

Notes

(1) «Au surplus, toutes les figures ou combinaisons de similitudes supposées capables de produire le dégoût sont d'une insuffisance plus que dérisoire quand on songe, par exemple, à la littérature catholique !...» (p. 23, l'auteur souligne. Quelques pages plus loin, Léon Bloy se déclare "mécontent de cette espèce de parabole qui suggère mal ce [qu'il] pense et surtout ce [qu'il] sent» (p. 28).
(2) Ainsi parle-t-il des bêtes, «étonnées de la méchanceté des hommes qui ont l'air de vouloir noyer Caïn dans les lacs tranquilles de leurs yeux» (p. 28).

Entretien avec Pierre-Guillaume de Roux

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Entretien avec Pierre-Guillaume de Roux: «Il y a chez mon père une volonté de briser les idoles.»

Pierre-Guillaume de Roux a dirigé de nombreuses maisons d’édition (éditions de la Table Ronde, éditions du Rocher) avant de créer la sienne en 2010, qui porte son nom. Il est le fils de l’écrivain et éditeur Dominique de Roux, fondateur des Cahiers de l’Herne et défenseur d’une conception de la littérature en voie de disparition.

PHILITT : Pouvez-vous nous parler de la fondation des éditions et des Cahiers de L’Herne ?

Pierre-Guillaume de Roux : Les Cahiers de L’Herne ont été créés en 1961, avec un premier cahier René Guy Cadou. Mais l’histoire commence en 1956 avec une revue un peu potache tirée à 300 exemplaires qui s’appellait L’Herne, dans laquelle mon père et ses amis vont publier leurs premiers textes. Cette période va réunir autour de lui des gens aussi différents que Jean Ricardou, qui passera ensuite à Tel Quel, Jean Thibaudeau, Georges Londeix et quelques autres. C’est la première cellule.

L’Herne représente pour mon père une forme de littérature comparée : on coupe une tête, elle repousse toujours. À Lerne de la mythologie, il a ajouté sa lettre fétiche, le H, qu’on retrouve dans les Dossiers H ou dans la revue Exil(H). Cette lettre va l’accompagner toute sa vie. Cette première période va se terminer en 1958. Il va y avoir un moment de rupture, de réflexion. Entre 1958 et 1960 va mûrir l’idée de cahiers livrés deux fois par an dans le but de réévaluer la littérature, c’est-à-dire de changer la bibliothèque. Les surréalistes l’avaient fait quelques décennies plus tôt.

dominiquederoux1.jpgCadou était un coup d’essai, un pur fruit du hasard. C’est grâce au peintre Jean Jégoudez qu’on a pu accéder à des archives et constituer ce premier cahier. Cadou est un poète marginal qu’on ne lit pas à Paris : c’est l’une des raisons pour lesquelles mon père s’y est intéressé. Mais c’est Bernanos qui donnera le coup d’envoi effectif aux Cahiers. Mon père avait une forte passion pour Bernanos. Il l’avait découvert adolescent. Et par ma mère, nous avons des liens forts avec Bernanos car mon arrière-grand-père, Robert Vallery-Radot, qui fut l’un de ses intimes, est à l’origine de la publication de Sous le soleil de Satan chez Plon. Le livre lui est d’ailleurs dédié. C’est ainsi que mon père aura accès aux archives de l’écrivain et se liera d’amitié avec l’un de ses fils : Michel Bernanos. Ce cahier, plus volumineux que le précédent, constitue un titre emblématique de ce que va devenir L’Herne.

Ce qui impose L’Herne, ce sont les deux cahiers Céline en 1963 et 1965 — et, entre les deux, un cahier Borgès. Il y avait une volonté de casser les formes et une façon très neuve d’aborder un auteur : par le biais de l’œuvre et celui de sa vie. Une volonté non hagiographique. Il ne faut pas aborder l’auteur avec frilosité mais de manière transversale, éclatée et sans hésiter à être critique. L’Herne aujourd’hui a été rattrapée par l’académisme. L’Herne n’a plus rien à voir avec la conception qu’en avait mon père. La maison d’édition a été depuis longtemps trahie à tous les niveaux. On y débusque trop souvent de gros pavés qui ressemblent à d’insipides et assommantes thèses universitaires lancées à la poursuite de gloires établies.

PHILITT : Quelle était la conception de la littérature de Dominique de Roux ? Voulait-il réhabiliter les auteurs dits « maudits » ?

pound1.jpgPierre-Guillaume de Roux : Il suffit de voir les auteurs qui surgissent dans les années 60. Céline est encore un proscrit qu’on lit sous le manteau. Il n’est pas encore le classique qu’il est devenu aujourd’hui. Parler de Céline est plus que suspect. Ce qui explique que mon père sera traité de fasciste dès qu’il lancera des publications à propos de l’écrivain. C’est la preuve qu’il avait raison : qu’il y avait un vrai travail à accomplir autour de Céline pour lui donner une place à part entière dans la littérature. C’est de la même manière qu’il va s’intéresser à Pound. Pound, un des plus grands poètes du XXe siècle. Il a totalement révolutionné la poésie américaine mais, pour des raisons politiques, il est complètement marginalisé. Mon père va procéder à la réévaluation de son œuvre et à sa complète réhabilitation. Pound est avant tout un très grand écrivain qu’il faut reconnaître comme tel. Tous ces auteurs sont tenus dans une forme d’illégitimité politique mais pas seulement. Pour Gombrowicz c’est différent : c’est l’exil, c’est une œuvre difficile que l’on a pas su acclimater en France. Il va tout faire pour qu’elle le soit.

Il y a chez mon père une volonté de briser les idoles, de rompre avec une forme d’académisme qui était très prégnante dans cette France des années 60. D’où son intérêt pour Céline, pour Pound, pour Wyndham Lewis qui sont tous des révolutionnaires, en tout cas de prodigieux rénovateurs des formes existantes.

PHILITT : Quelle relation entretenait-il avec les Hussards ?

Roger-Nimier-et-lesprit-hussard-livre.jpgPierre-Guillaume de Roux : C’est compliqué. Dans un livre que j’ai publié il y a deux ans avec Philippe Barthelet, Roger Nimier, Antoine Blondin, Jacques Laurent et l’esprit hussard, il y a un extrait du journal de mon père de l’année 1962 où il se montre très critique à leur égard. Il est injuste, n’oublions pas l’âge qu’il a à ce moment-là (26 ans).  Il rencontre néanmoins Nimier à propos du Cahier Céline. Malheureusement, la relation n’a pu s’épanouir avec Nimier puisqu’il est mort trop tôt. Pourtant, je pense qu’ils avaient beaucoup de choses en commun : ce goût impeccable en littérature, cette manière de reconnaître immédiatement un véritable écrivain, cette curiosité d’esprit panoramique, ce goût pour la littérature comparée…

PHILITT : Dominique de Roux dénonçait le conformisme et le règne de l’argent. Était-il animé par une esthétique antimoderne ?

Pierre-Guillaume de Roux : À cet égard, je pense que oui. N’oubliez pas que mon père est nourri de Léon Bloy et de sa critique de l’usure. Mais aussi de Pound qui s’est penché sur toutes ces questions économiques. C’est à la fois quelqu’un qui a su sentir la modernité littéraire – d’où son adoration pour Burroughs, Ginsberg, Kerouac – et qui a une approche antimoderne vis-à-vis de la société. Il était aussi lecteur de Péguy. Le Cahier dirigé par Jean Bastaire a beaucoup compté pour mon père.

PHILITT : Quelles sont les rencontres qui l’ont le plus marqué ?

Pierre-Guillaume de Roux : Pound, Gombrowicz, Abellio, Pierre Jean Jouve font partie des rencontres les plus importantes de sa vie. Avec Abellio, il y a eu une amitié très forte. Abellio m’a écrit un jour que mon père était son meilleur ami. Ils se rencontrent en 1962 et ils vont se voir jusqu’à la mort de mon père en 1977 sans discontinuité. Il lui a évidemment consacré un Cahier de L’Herne.

PHILITT : Pound et Borgés, ce sont plutôt des rencontres…

Pierre-Guillaume de Roux : Oui, Pound est déjà un homme très âgé mais il va quand même beaucoup le voir. Entre 1962 et sa mort, il le voit très régulièrement. La rencontre avec Gombrowicz se fait entre 1967 et 1969 et pendant cette courte période ils se voient très souvent. Mon père passe son temps à Vence où vit aussi le grand traducteur Maurice-Edgar Coindreau qu’il fréquente beaucoup à cette époque. Je détiens d’ailleurs leur superbe correspondance.

PHILITT : Il n’a jamais rencontré Céline ?

Pierre-Guillaume de Roux : Ils n’ont fait que se croiser. Au moment où mon père initie les Cahiers Céline en 1960, tout va très vite et Céline meurt en juillet 1961. Il n’a pas eu le temps de le rencontrer.

hallier_all_ws1.jpgPHILITT : Quelle est sa relation avec Jean-Edern Hallier ?

Pierre-Guillaume de Roux : Très compliquée. Ils ont été très amis. Ils se sont beaucoup vus au début des années 1960. C’est une relation passionnelle avec beaucoup de brouilles plus ou moins longues jusqu’à une rupture décisive après mai 68. Jean-Edern le traîne dans la boue, le calomnie, en fait un agent de la CIA. On retrouve là toutes les affabulations habituelles de Jean-Edern qui était tout sauf un être fiable, tout sauf un ami fidèle. C’est un personnage qui ne pensait qu’à lui, une espèce d’ogre qui voulait tout ramener à sa personne. Rien ne pouvait être durable avec un être comme ça.

PHILITT : Pouvez-nous parler de ses engagements politiques, de son rôle lors de la révolution des Œillets au Portugal et de son soutien à Jonas Savimbi en Angola ? La philosophie de Dominique de Roux était-elle une philosophie de l’action ? Peut-on le rapprocher des écrivains aventuriers que furent Conrad ou Rimbaud ?

Pierre-Guillaume de Roux : Pour ce qui est de son engagement au Portugal, il se fait un peu par le fruit du hasard, sous le coup d’une double rupture dans sa vie. Il y a d’abord son éviction des Presses de la Cité. Il dirigeait avec Christian Bourgois la maison d’édition éponyme ainsi que la collection de poche 10/18. En 1972, mon père publie Immédiatement, un livre qui tient à la fois du recueil d’aphorismes et du journal. L’ouvrage provoque un énorme scandale puisque Barthes, Pompidou et Genevoix sont mis en cause. La page 186-187 du livre est censurée. On voit débarquer en librairie des représentants du groupe des Presses de la Cité pour couper la page en question. Mon père a perdu du jour au lendemain toutes ses fonctions éditoriales. Un an et demi plus tard, il est dépossédé de sa propre maison d’édition à la suite de basses manœuvres d’actionnaires qui le trahissent. C’est un moment très difficile dans sa vie. Il se trouve qu’il connaît bien Pierre-André Boutang – grand homme de télévision, fils du philosophe Pierre Boutang – et le producteur et journaliste Jean-François Chauvel qui anime Magazine 52, une émission pour la troisième chaîne. Fort de ces appuis, il part tourner un reportage au Portugal. Il se passe alors quelque chose.

dominique de Roux 2.jpgCette découverte du Portugal est un coup de foudre. Il est ensuite amené à poursuivre son travail de journaliste en se rendant dans l’empire colonial portugais (Mozambique, Guinée, Angola). Il va y rencontrer les principaux protagonistes de ce qui va devenir bientôt la révolution des Œillets avec des figures comme le général Spinola ou Othello de Carvalho. Lors de ses voyages, il entend parler de Jonas Savimbi. Il est très intrigué par cet homme. Il atterrit à Luanda et n’a de cesse de vouloir le rencontrer. Cela finit par se faire. Se noue ensuite une amitié qui va décider d’un engagement capital, puisqu’il sera jusqu’à sa mort le proche conseiller de Savimbi et aussi, en quelque sorte, son ambassadeur. Savimbi me dira plus tard que grâce à ces informations très sûres et à ses nombreux appuis, mon père a littéralement sauvé son mouvement l’Unita au moins sur le plan politique quand a éclaté la révolution du 25 avril 1974 à Lisbonne. Mon père consacre la plus grande partie de son temps à ses nouvelles fonctions. Elles le dévorent. N’oubliez pas que nous sommes en pleine Guerre Froide. L’Union Soviétique est extrêmement puissante et l’Afrique est un enjeu important, l’Angola tout particulièrement. Les enjeux géopolitiques sont considérables. Mon père est un anticommuniste de toujours et il y a pour lui un combat essentiel à mener. Cela va nourrir sa vie d’écrivain, son œuvre. Son roman Le Cinquième empire est là pour en témoigner. Il avait une trilogie africaine en tête. Concernant son côté aventurier, je rappelle qu’il était fasciné par Malraux même s’il pouvait se montrer également très critique à son égard. Il rêvait de le faire venir à Lisbonne pour en faire le « Borodine de la révolution portugaise ». Il a été le voir plusieurs fois à Verrières. Il dresse un beau portrait de lui dans son ouvrage posthume Le Livre nègre. L’engagement littéraire de Malraux est quelque chose qui l’a profondément marqué.

PHILITT : Vous éditez vous aussi des écrivains controversés (Richard Millet, Alain de Benoist…). Quel regard jetez-vous sur le milieu de l’édition d’aujourd’hui ? Êtes-vous plus ou moins sévère que ne l’était votre père vis-à-vis des éditeurs de son temps ?

rm3783784_450_49.jpgPierre-Guillaume de Roux : Pas moins. Si j’ai décidé d’ouvrir cette maison d’édition, c’est parce que je pense que pour faire des choix significatifs, il faut être complètement indépendant. Un certain travail n’est plus envisageable dans les grandes maisons où règne un conformisme qui déteint sur tout. En faisant peser sur nous comme une chape de plomb idéologique. Cependant, nous sommes parvenus à un tournant… Il se passe quelque chose. Ceux qui détiennent le pouvoir médiatique – pour aller vite la gauche idéologique – sentent qu’ils sont en train de le perdre. Ils s’accrochent à la rampe de manière d’autant plus agressive. C’est un virage extrêmement délicat et dangereux à négocier. L’édition aujourd’hui se caractérise par une forme de conformisme où, au fond, tout le monde pense la même chose, tout le monde publie la même chose. Il y a bien sûr quelques exceptions : L’Âge d’homme, Le Bruit du temps par exemple font un travail formidable. Tout se joue dans les petites maisons parfaitement indépendantes. Ailleurs, il y a une absence de risque qui me frappe. L’argent a déteint sur tout, on est dans une approche purement quantitative. On parle de tirage, de best-seller mais plus de texte. C’est tout de même un paradoxe quand on fait ce métier. Le cœur du métier d’éditeur consiste à aller à la découverte et à imposer de nouveaux auteurs avec une exigence qu’il faut maintenir à tout prix.

PHILITT : Pensez-vous que Houellebecq fasse exception ?

Pierre-Guillaume de Roux : Oui, Je pense que c’est un écrivain important. Je l’avais repéré à la sortie de L’Extension du domaine de la lutte. J’avais été frappé par ce ton neuf. On le tolère parce qu’il est devenu un best-seller international et qu’il rapporte beaucoup d’argent. Ce qui n’est pas le cas de Richard Millet. S’il avait été un best-seller, on ne l’aurait certainement pas ostracisé comme on l’a fait honteusement.

PHILITT : La prestigieuse maison d’édition Gallimard a manqué les deux grands écrivains français du XXe siècle (Proust et Céline). Qu’est-ce que cela nous dit du milieu de l’édition ?

Pierre-Guillaume de Roux : Gallimard est, comme le dit Philippe Sollers, le laboratoire central. Quand on voit ce que cette maison a publié en cent ans, il y a de quoi être admiratif. Il y a eu en effet le raté de Proust mais ils se sont rattrapés d’une certaine manière. Gide a raté Proust mais Jacques Rivière et Gaston Gallimard finissent par le récupérer. Pour Céline, c’est un peu le même topo. Mais à côté de ça… que de sommets ! Gide, Claudel, Malraux… Gaston Gallimard a été un éditeur prodigieux parce qu’il a su s’entourer, parce qu’il avait une curiosité extraordinaire et parce qu’il a su aussi être un chef d’entreprise. Il a toujours joué de cet équilibre entre les écrivains dont il savait qu’ils n’allaient pas rencontrer un grand succès mais qu’il soutenait à tout prix et des livres plus faciles. Ce que je regrette aujourd’hui, c’est que cette pratique ait quasiment disparu. On se fout de l’écrivain, on ne pense qu’à la rentabilité. On finit par promouvoir des auteurs qui n’ont pas grand intérêt. Et contrairement à ce que disent les pessimistes, il y a de grands écrivains en France. Mais encore faut-il les lire et les reconnaître. Et la critique littéraire ne joue plus son rôle. Les journaux font de moins en moins de place aux suppléments littéraires. Tout ce qui relève véritablement de la littérature est nié.

Crédit photo : www.lerideau.fr

samedi, 16 mai 2015

"Le songe d'Empédocle" de Christopher Gérard

 
par Francis Richard
Ex: http://www.francisrichard.net

Les racines spirituelles de l'Europe sont gréco-romaines et judéo-chrétiennes. Même s'ils peuvent sembler aujourd'hui bien diminués, l'un comme l'autre, sous les coups d'un athéisme militant, les deux grands courants spirituels fondateurs, que sont le polythéisme antique et le monothéisme chrétien, continuent d'exister et de s'affronter, sous des formes toutefois bien différentes de celles d'origine.

Dans son livre, Les pierres d'angle, Chantal Delsol observe qu'"au naturel, l'homme est païen, c'est-à-dire polythéiste", que "les dieux du polythéisme sont inventés par les sociétés humaines", alors que "le Dieu du monothéisme se révèle", que "l'athéisme est né contre le christianisme" et qu'"il n'existe pas sans lui".

L'homme, au naturel, est païen. Le mot important ici est naturel. Le paganisme, naturellement, conduit au temps circulaire, à la prédestination, à la transmigration, tandis que le christianisme, culturellement, induit le temps fléché et défend la croyance que l'individu humain est une personne capable de prendre son destin en main, qu'elle est largement autonome sans être totalement indépendante.

empedocle-gerard.jpgDans Le songe d'Empédocle, Christopher Gérard fait revivre le paganisme naturel et originel européen à la faveur d'un voyage initiatique et romanesque entrepris par un jeune homme de sa génération. C'est prétexte pour l'auteur à revisiter une vision spiritualiste païenne bien différente de celle du paganisme matérialiste d'aujourd'hui.

L'auteur raconte ainsi, dans ce livre, que, depuis Empédocle, philosophe grec du Ve siècle avant Jésus-Christ, ce paganisme s'est transmis et a survécu, de génération en génération. A partir du XVe siècle, cette transmission et cette survie se sont opérées grâce à l'action d'une société secrète, la Phratrie, fondée par Pléthon.

Le héros du livre, Padraig, est le rejeton singulier d'Hélène, "une svelte Brabançonne", c'est-à-dire une svelte Belge, et de Cathall, "un journaliste venu d'Hibernie", c'est-à-dire venu d'Irlande. Livré tôt à lui-même - son père meurt après avoir sombré dans l'alcool, sa mère s'exile en Espagne -, Padraig hérite de l'hôtel particulier de son grand-père, qui abrite une bibliothèque de vingt mille volumes:

"A condition de vivre chichement, le jeune homme pouvait se permettre un luxe inouï, son rêve le plus cher: disposer de son temps, échapper au travail obligatoire, ne dépendre d'aucun maître."

Le fait est que Padraig dispose bien de son temps. Il lit, étudie, réfléchit. Un mémoire sur l'empereur Julien, le dernier souverain païen, lui fait prendre conscience qu'il est en fait "un suivant des anciens Dieux" et que sa conversion au polythéisme n'est que l'aboutissement d'un long processus, "sans doute commencé dans l'enfance".

Padraig entend parler pour la première fois de la Phratrie des Hellènes lors de propos échangés entre son grand-père Léopold Bidez et l'un de ses amis, Pierre Mazée, un dominicain défroqué, dont le pseudonyme, Psellos, lui sera connu par la suite.

Des années plus tard, cette conversation lui revient quand il découvre dans la bibliothèque de son aïeul une liasse, annotée par ce dernier, contenant un document manuscrit intitulé Groupe de Delphes "et comportant des noms manifestement des pseudonymes: Bessarion, Juvénal, Zalmoxis et bien d'autres, tout aussi étranges":

"Un certain Arminius y apparaissait comme le représentant d'un Collège thiois, secondé de deux autres frères: Psellos et Maugis."

La rencontre de Padraig avec Arminius, qui habite à deux pas de chez lui va déterminer son  destin. Arminius est certes un Incivique - il a choisi le mauvais camp lors de la deuxième Grande Déflagration et a ainsi commis l'Error le mettant au ban de la Phratrie -, mais c'est à la fois un peintre et un érudit, avec lequel ce jeune esprit indépendant va apprendre beaucoup.

Arminius va ainsi faire connaître à Padraig la longue chaîne des Païens qui, d'Empédocle, en passant par Platon, Epicure, Lucrèce, Virgile, Plutarque, Porphyre, Julien, Simplicius, Pléthon, aboutit au Groupe de Delphes. Il va aussi parler de lui à des membres actuels du groupe, qui perpétuent l'idéal de la Phratrie des Hellènes au Collège de Bretagne, à Brocéliande, où se trouve le maître Mabinog.

Pourra alors commencer l'initiation de Padraig aux mystères, au cours de laquelle il prendra le pseudonyme d'Oribase. Après Brocéliande, il en gravira en effet les degrés en se rendant les années suivantes à Delphes, où vit le maître Bessarion; à Rome, dans les environs de laquelle vit le maître Cautopatès, près de l'antique Préneste; à Kashi, en Hindoustan, où vit le Pandit Surya.

A la fin de chacune de ces étapes initiatrices, Oribase subira les assauts d'un des tableaux du polyptique peint par Arminius et intitulé Le songe d'Empédocle: "Chacune des quatre toiles est carrée, et mesure un peu plus d'un mètre soixante de côté, est frappée du même E." L'Epsilon delphique... Et cela aura pour vertu de parfaire les épreuves qu'il aura préalablement endurées...

Car, devant chacun de ces tableaux, Oribase assistera aux combats incessants entre l'Amour et la Haine, sera aux prises avec "la divine alternance: illusion et réalité, être et non-être, conjonction et dissociation", subira le flux et le reflux: "l'unité des contraires, depuis toujours et à jamais, ainsi que nous l'enseignent tous les maîtres de vérité".

Pour un Galiléen, "l'âme, auparavant inexistante, est créée par Dieu chaque fois que se forme un nouveau corps". Cette création à partir de rien est insensée aux yeux d'un Païen, pour qui l'âme est "éternelle dans l'avenir comme dans le passé"...

Cette différence de conception de l'âme, et toutes les différences qui en découlent, empêchent-t-elles un Galiléen de s'intéresser à ce que pense un Païen? Que non pas, pour peu que rien de ce qui est humain ne lui soit étranger et qu'il ait, de plus, fait ses humanités...

Francis Richard

Le songe d'Empédocle, Christopher Gérard, 344 pages, L'Age d'Homme (première parution en 2003)

Livre précédent de l'auteur chez le même éditeur:

Osbert et autres historiettes (2014)

jeudi, 14 mai 2015

Jef Geeraerts: van ketter naar bestseller-auteur

Jef Geeraerts: van ketter naar bestseller-auteur

 

jgeeraerts_0.jpgDeze week overleed Jef Geeraerts (1930). De schrijver werd bekend door zijn vierdelige Gangreen-cyclus, waarvan vooral het eerste deel (Black Venus) in 1968 veel stof deed opwaaien. Sommigen zagen het werk als racistisch of pornografisch. Vooral de Katholieke Kerk deed er alles aan opdat gelovigen het boek niet zouden lezen.
 
Na de oorlog blijft België een verzuild land, maar de almacht van de kerk is gebroken. Toch blijven ‘ketterjagers’ als kanunnik Joris Baers met zijn tijdschrift Lectuurgids de katholieken (en hun bibliothecarissen) voorhouden welke boeken ze wel en niet in huis mogen halen, dit tot grote ergernis van niet-gelovige uitgevers als Angèle Manteau die zo veel minder exemplaren kunnen slijten dan ze wel hadden gewild.

Begin 1968 verschijnt de roman Gangreen 1. Black Venus van Jef Geeraerts. Daarin beschrijft de ex-koloniale ambtenaar zijn avonturen in het Congo van vóór de onafhankelijkheid. De expliciete seks bezorgt menige lezer rode oortjes, terwijl nogal wat mensen de voorstelling van de Congolezen in het boek racistisch en kolonialistisch vinden. Het bijwijlen lyrische Black Venus groeit uit tot een bestseller.
 
jgeeblackvenus.jpgIn november 1969 vergadert de jury van de Driejaarlijkse Staatsprijs – op dat ogenblik de belangrijkste literaire onderscheiding in Vlaanderen. Een van de vijf juryleden, romanschrijver Piet Van Aken, weigert mee te stemmen. Dat uitgerekend de vrijzinnige en linkse Van Aken zich ergert aan Gangreen 1 is merkwaardig. Koestert hij bezwaren tegen het beeld wat Geeraerts van de Congolezen ophangt of tegen de expliciete seks? Misschien. Maar de kans is groter dat Van Aken, die de Amerikaanse literatuur goed kent, meent wat hij zegt, namelijk dat hij zich stoort aan Geeraerts’ navolging van de lange zinnen zonder punten of komma’s van de Amerikaan Henry Miller – Miller die trouwens ook bekendstaat om zijn bedscènes. Wat er ook van zij, Geeraerts krijgt zijn Staatsprijs. Groot is dan ook de verontwaardiging wanneer de Brusselse politie medio december 1969 binnenvalt bij de bekende boekhandel Corman en er een exemplaar van Gangreen 1 meeneemt. Dat gebeurt op donderdag. De dag daarop verneemt de uitgever het nieuws. Hij brengt meteen een Nederlands weekblad op de hoogte.
 
Zondagavond lucht Geeraerts zijn verontwaardiging op de radio. ‘s Maandags verklaart de gerechtelijke brigade van de Brusselse politie dat ze inderdaad een aantal boeken heeft meegenomen. Er is een klacht neergelegd omdat Corman onder meer het bekende ‘voorlichtingsboek’ Variaties van de Deen Oswald Kolle verkoopt. Ook de bekende 18de-eeuwse Engelse ‘zedenroman’ Fanny Hill van John Cleland, de Kama Soetra en Ik, Jan Cremer zijn meegenomen.

De Vereniging van Vlaamse Letterkundigen laat protest horen en weldra komt de zaak ter sprake in de Kamer van Volksvertegenwoordigers, waar de Franstalige socialist Guy Cudell de bezwaren herhaalt van Van Aken tegen Black Venus. De Vlaamse minister van cultuur, de christendemocraat Frans Van Mechelen, verdedigt de beslissing van de jury. Op vragen over de inval in de boekhandel antwoordt de socialistische minister van Justitie Vranckx dat het boek niet in beslag is genomen maar ‘voor nazicht’ meegenomen in het raam van een gerechtelijk onderzoek op basis van artikel 383 van het Strafwetboek betreffende schending van de ‘openbare zedelijkheid’.

Er komt ook een discussie in de Senaat, waar de socialist Willy Calewaert wijst op de ‘contradictie’ tussen artikel 383 en de vrijheid van drukpers, gewaarborgd door de grondwet. Hij krijgt steun van de liberalen. Maar ook minister Van Mechelen verklaart zich een voorstander van de artistieke vrijheid. Vranckx zegt dat niet hij, maar het gerecht – dat onafhankelijk is – besloot tot een onderzoek. Waarop hij een pleidooi houdt tegen pornografie ‘als inzet voor de strijd voor de vrijheid’. Bij een andere gelegenheid noemt hij Black Venus ‘een boek waarin de Belgen worden afgeschilderd als een Herrenvolk’.

Op 3 december adviseert het parket aan de Brusselse onderzoeksrechter dat er geen reden is tot vervolging en inbeslagname, en Corman krijgt zijn exemplaren van Black Venus terug.

Jef Geeraerts: 1930-2015

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Door: Johan Sanctorum

Ex: http://www.doorbraak.be

Jef Geeraerts: 1930-2015

Hoe een collegejongen tot pornograaf uitgroeide, met Congo als keerpunt

De dood van Jef Geeraerts beroert slechts weinigen, en terecht: voor deze toegewijde veelschrijver was literatuur toch in de eerste plaats een substituut voor wat in de Congolese natuur écht kon, namelijk negerinnen bespringen terwijl hun luie mannen toch maar onder een boom liggen te slapen. Gezien de blanke vrouwen ietwat preutser en minder onderdanig zijn, zat er voor de teruggekeerde koloniaal weinig anders op dan zijn seksuele kapriolen te verplaatsen naar de literaire ruimte. Daar is niets op tegen, au contraire: het geeft blijk van een groot aanpassingsvermogen en ook wel enige zelfkennis.

Racisme en seksisme dus, laten we er niet om heen draaien, in tempore non suspecto. Het kon inderdaad niet anders dan literatuur opleveren van teruggekeerde assistent-gewestbeheerders die doelloos achter hun lul lopen onder een grauwe Belgische hemel, tussen bleke, magere, frigide skeletten met regenkapjes. Je zou voor minder een gloeiende Congo-roman schrijven. Vlaamse pornografie als auto-terapie van negerinnenneukers met afkickproblemen. Het tijdgewricht is belangrijk: we zitten in de jaren '60 en ook Vlaanderen was klaar voor een culturele revolutie, die - niet toevallig - door collegejongens en gewezen misdienaars werd opgezet, zoals studentenleider Paul Goossens.

jgee57_001.jpgEn toevallig was daar Jef Geeraerts, met Black Venus. We hadden ons schandaal. In het begin had Jef wat last met de censuur, maar alles went, en vooral: het is maar literatuur. Want dat hadden de machthebbers snel begrepen: vuile boekjes, broekjes en doekjes zijn beter dan echte subversiviteit. Laat ze spuiten, die schrijvers, ondertussen doen ze geen groter kwaad.

Jef nam dus, eerder instinctief dan rationeel, de literaire piste. Een kwestie van overleven. Een oefening in het elegant masturberen, die tot een broodwinning kan leiden. Zijn dochter Ilse walgde van dat postkoloniale macho-gebral. Maar niettemin in zijn geval een goede keuze, deze strategie van de sublimatie heeft hem en de maatschappij veel ellende bespaard: met wat tegenslag en minder talent had hij een Dutroux of Farid le Fou kunnen worden. Jef is en bleef een misdienaar met een vuile broek en een goede pen.

Langzamerhand werd de literaire seksheld een zielig oud ventje, lallend met een dubbele tong, en gekweld door erectieproblemen. Dat was vóór het Viagra-tijdperk. Dus verkaste 'de Vlaamse Hemmingway' opnieuw naar een ander genre, zijnde de crimi. Dan kwam zijn tweede vrouw in zijn leven, meer een muze dan de seksslavin die zijn eerste vrouw niet kon zijn.

Vanaf nu werden de grote stijve leuters schietgeweren en de spermasalvo's kogelregens. Ook dit dient men te zien als een aanpassingsmodus bij naderende impotentie, maar tegelijk toch ook weer als een verdrongen wens om echt in het rond te schieten: de crimi als vluchtheuvel van de vermoeide pornograaf.

Naar Vlaamse normen was Jef Geeraerts een groot schrijver. Naar Vlaamse normen. En in de specifieke Belgische context van de postkoloniale melancholie rond een verloren paradijs waarin de blanke bwana eindeloos kon stoeien en tussendoor de karwats kon bezigen.

De Boekenbeurs zal hem missen. Ach, zijn we in sé niet allemaal uit het paradijs gesmeten fantasten, op zoek naar een redelijk surrogaat?

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"L'enfant de Mers el-Kébir" de Sophie Colliex

 
par Francis Richard
Ex: http://www.francisrichard.net

Mers el-Kébir est le nom d'un village de pêcheurs à l'ouest d'Oran, en Algérie, au bord d'une vaste baie en demi-lune:

"Mers el-Kébir, en arabe, signifie "le Grand Port". L'immense baie est ceinturée par un amphithéâtre de montagnes. Le djebel Murdjadjo, sombre, creusé de vallées profondes, pousse dans les flots ses deux bras escarpés: à l'est, la presqu'île de Santa Cruz; à l'ouest le Santon, dressé en pain de sucre au-dessus de la mer."

Dans les années 1930, ce site exceptionnel attire l'attention de la Marine française. En 1939, un décret signé Edouard Daladier décide de le transformer en base navale militaire...

mers-el-kebir-colliex.jpgPour ceux qui connaissent l'histoire de la Deuxième Guerre mondiale, Mers el-Kébir est le nom tragique des attaques menées par la marine anglaise, les 3 et 6 juillet 1940, contre des bâtiments de la Royale, qui y mouillaient tranquillement, faisant près de 1'300 morts parmi les marins français.

Après la première attaque: "La mer, luisante et noire, est recouverte de mazout. Plus de la moitié des bateaux a disparu. Quelques uns ont pu fuir, l'un a coulé à pic, et les deux cuirassés encore visibles dans la rade ne sont que des amas de tôle fumante échoués dans le paysage."

Après la seconde: "Les sauveteurs repêchent morts et blessés, aidés par les pêcheurs et les ouvriers du chantier naval. Les cercueils du premier bombardement, alignés sur le rivage encore en attente d'être inhumés, gisent éventrés, leur macabre contenu répandu partout."

Mers el-Kébir, ce que l'on sait moins, est aussi un des lieux du débarquement américain de novembre 1942: "Six gros bâtiments de guerre ont accosté à la grande jetée. En l'espace de quelques heures, des milliers d'hommes ont pris pied dans le village. Un long défilé d'engins, camions, tanks, chars, jeeps, traverse Kébir à vive allure."

L'enfant de Mers el-Kébir, de Sophie Colliex, se passe en ce lieu de mémoire de 1939 à 1951, c'est-à-dire quelque temps avant le massacre de 1940 et pendant les onze années qui suivent. Michel, l'enfant, dont il est question dans le récit, a huit ans au début et, donc, vingt à la fin, la tranche de vie décisive pour devenir un homme.

Le père de Michel, Joseph d'Ambrosio, Pepico, d'origine napolitaine, est pêcheur, comme la plupart des habitants du village. Sa mère, Marthe, Moman, d'origine espagnole, travaille de temps en temps chez Sardine pour compléter les maigres revenus paternels

Joanno, le grand frère de Michel, de dix ans plus âgé que lui, pêcheur comme leur père, a été mobilisé en septembre 1939 et ne reviendra qu'à la fin de la guerre. Tessa, leur soeur, de sept ans plus âgée, "joliment tournée, la taille fine et les épaules rondes", devra arrêter des études brillantes pour devenir bonne épouse et mère...

Michel est artiste. Un jour, une dame de la ville, chez qui sa mère l'a amené, lui donne une boîte de couleurs. C'est, semble-t-il, providentiel, parce que dessiner lui est facile: "Il ignore d'où vient cette connaissance profonde, instinctive. Une grosse vague s'est soulevée en lui, le jour où la boîte de couleurs est entrée dans sa vie. Son dessin, c'est son refuge, le rempart qu'il dresse quotidiennement entre lui et des souffrances qu'il ne comprend pas."

Peu à peu il va comprendre ces souffrances. Leur pourquoi va lui être révélé notamment à la faveur de rencontres qui ne seront pas toutes fortuites. Celle, par exemple, avec la dame qui dessinait et qui lui a adressé la parole quand il jouait au cerf-volant avec ses amis Norbert et Samir. Celle avec ce marin rescapé de l'attaque anglaise et qui a sculpté un pêcheur dans une branche d'olivier pour remercier son père de l'avoir secouru.

Le roman de Sophie Colliex n'est cependant pas seulement l'histoire de Michel et de Mers el-Kébir, de l'enfant et du port de guerre, dont les travaux titanesques bouleversent profondément le paysage alentour. C'est aussi le portrait d'une famille modeste qui se débat dans des circonstances exceptionnelles, et la peinture d'une époque révolue où le respect des convenances orientait davantage qu'aujourd'hui le cours des vies.

Certes on s'aimait, mais le coeur ne l'emportait pas souvent sur la raison. Certes on faisait des études, mais les moyens matériels manquaient souvent à ceux qui voulaient les poursuivre. Et, en même temps, cette époque, qui n'est pas si lointaine que ça, n'est pas dépourvue de charme. Sans doute parce que Sophie Colliex a su donner vie à des personnes attachantes et restituer avec justesse et plaisir les couleurs, les odeurs et la chaleur de l'Afrique.

Francis Richard

L'enfant de Mers el-Kébir, Sophie Colliex, 312 pages, Editions Encre Fraîche

El Archipiélago Orwell

Archivio 2002

El Archipiélago Orwell

Ex: http://www.galeon.com/razonespanola

Rosúa, Mercedes. El Archipiélago Orwell. Grupo Unisón Ediciones. Madrid, 2002, 488 páginas.

george-orwell-nsa.jpgLa implantación del comunismo en China en 1949, después de una prolongada guerra civil, en cuyo desenlace jugó un importante papel la incomprensión del problema por parte del gobierno de los Estados Unidos miembros de la Secretaría de Estado veían en Mao Tse tung, no un marxista leninista, sino a un «reformador agrario»-, supuso la realización de los experimentos sociales de consecuencias más desoladoras en la historia de la humanidad. Ante la magnitud de los datos que se conocen hoy, es muy posible que, en número de víctimas, se superase incluso las terribles cifras del estalinismo. Sobre dichas consecuencias trágicas existen numerosísimos testimonios no sólo de estudiosos occidentales, sino originales chinos.

Pero el libro de la doctora Rosúa, catedrática de Lengua y Literatura, supone el enfoque del problema desde perspectivas nuevas, en gran parte desconocidas. La autora no sólo ha sido una estudiosa de las consecuencias del «Gran Salto adelante», la campaña de «Las cien flores» o la «Revolución Cultural», sino que vivió y enseñó en China durante varios años en plena efervescencia de la misma, experimentando personalmente en la vida cotidiana de diferentes centros de enseñanza los terribles efectos de la más gigantesca campaña de agitación de masas en la historia humana.

El título del extenso y apretado libro es sumamente acertado . Las premoniciones de Orwell en su más conocida obra: «1984» inspiradas en su época indudablemente en el estalinismo, con su «lavado de cerebro" sobre las masas, el dominio y control total de la mente, no sólo fueron llevadas a la realidad en la China maoista, sino que superan las predicciones orwelianas. De forma más absoluta, si cabe, en el control del pensamiento, en el uso del «doblepensar», de la neolengua, sin necesidad de utilizar instrumentos técnicos como los descritos en la fantasía de Orwvell, como las máquinas repetitivas, o la especie de televisores-receptores vigilando la intimidad. No, la «revolución cultural», y el culto al nuevo «gran hermano orwelliano» -Mao- y a las consignas cambiantes del partido, se impone sin necesidad de técnica, sino de modo más eficaz, mediante el control y la sumisión total de las conciencias. Y cuando el ser humano se convierte en esclavo mediante la sumisión total del propio pensamiento, sólo cabe el suicidio como escape a la auto-tiranía controladora.

Mercedes Rosúa, a lo largo de la obra, extensa y sumamente apretada como antes decíamos, ofrece numerosos ejemplos por ella vividos en diferentes centros de enseñanza del Estado chino verdaderamente estremecedores. El control del pensamiento, la sumisión a las normas y consignas impuestas por el partido ofrecen paralelismos increibles con el «1984» de Orwell. Así las consignas del odio contra los que ayer eran líderes y camaradas de armas del presidente Mao y ejemplo para el partido comunista, constituyen el más fiel reflejo de la «semana del odio» orweliana. De golpe un ultraizquierdista como el íntimo amigo, seguidor y fiel discípulo del déspota Mao, cual era Lin Piao, se transforma en el reptil más venenoso y repugnante; el comunista puro y ejemplo para el partido pasa a ser un ultraderechista rabioso, fascista, traidor que busca la restauración del capitalismo. Rosúa asiste a sesiones donde se corean las consignas, donde se siguen furibundamente, sin que quepa la más mínima reserva mental, no ya contra Confucio y Mencio cuyas obras así como la cultura clásica deben ser destruidas, sino contra los políticos, profesores, intelectuales del partido, acusados de revisionismo, oportunismo y de traidores al proletariado, al campesinado, y enemigos del pueblo.

Se exalta con lo que nos parecería verdadero infantilismo, sino fuese algo trágico, a héroes populares para los que se intentan leyendas e historias magnificadoras de su papel en circunstancias heroicas. Así se habla de un alumno que se lanza sin vacilar entre las llamas de un incendio para salvar los bienes del Estado. Al recobrar el conocimiento en el hospital, lo primero que preguntó fue «¿Cómo están los bienes del Estado?»

En una especie de catecismo laico maoista, el profesor escribe en una pizarra lo que no es correcto, utiliza la neolengua para la doble expresión de conceptos antaño burgueses, y repite sin cesar temas memorizados, preguntando al alumno: «¿Eres tu buen alumno del presidente Mao?. Si lo soy. ¿Por qué? Porque estudio todos los días las obras escogidas del presidente Mao» Los ejemplos por ella vividos ofrecidos por la autora en el Instituto de Lenguas Extranjeras, en otros centros en Pekín, en Xian, en el Hotel de la Amistad entre los Pueblos, etc. resultan abrumadores. Rosúa penetra hasta lo más íntimo en la mentalidad china más que deformada, creación de nuevo cuño, del maoismo. Mao admira al mítico emperador Shi Huang ti, pero lo supera en su crueldad en la consecución no del poder material, sino en la consecución del hombre nuevo. Los experimentos anteriores tan terribles de Lenin y de Stalin en esa consecución de un nuevo especímen, el «homo sovieticus», son trascendidos en extensión y en profundidad. Mientras tanto los oráculos occidentales del progresismo como «Le Monde» no sólo ignoraban el sin número de atrocidades, sino que ponían de relieve la aportación de los nuevos valores a la busqueda de la sociedad sin clases.

El fracaso en el tema específlco que llevó a la autora a residir en China esos años, el de la cultura, concretamente el de formación de profesores, traductores e intérpretes, es total. El desastre causado por la «revolución cultural» en su persecución a los antiguos profesores conocedores de idiomas, acusados de traidores, renegados, burgueses, derechistas, atacados aún con más furor si ocuparon puestos en el partido, desterrados al campo, humillados, o destinados a limpiar letrinas y trabajos semejantes, dejaron en cuadro a los aprendices de idiomas, con un nivel ínfimo, para elevar el cual no sirven las consignas repetitivas del libro rojo de Mao. Este utilizado de forma tan grotesca para querer dar más calidad a la fundición de objetos domésticos, únicamente no fue utilizado en las plantas de energía nu-clear, o en la aviación, pues los aviones y los edificios, por mucho que cueste admitirlo, no se sostienen en el aire aplicando sólo los pensamientos maoistas.

Después de la extensísima parte del libro destinada al análisis del archipiélago Orwell, la autora extrae conclusiones aplicables a España, y que por su enjundia merecerían una obra aparte. Resulta verdaderamente trágico el comprobar, como demuestra fehacientemente Rosúa analizando la situación de la educación en España, la terrible similitud con la exposición maoista provocada por la experiencia socialista española. Acertadamente expone que la extensión del desastre intelectual de la reforma educativa comenzada en los ochenta dispuso de una fuerza de choque que se investía a si misma con todos los atributos de la falsa ciencia, con el monopolio de la modernidad, imponiendo una innegable dictadura a favor de las utopías. Entre las medidas dictatoriales adobadas con la ignorancia, la ridiculez y la necedad, figura de forma destacada la imposición de esa neolengua orwelliana, con el aluvión de palabras desprovistas de su verdadero sentido y utilizadas en el «doblepensar»: curricular, transversal, habilidades y destrezas, estrategias didácticas, instrumento, taller, herramientas.... sustitución de conceptos de fácil comprensión y claridad inequívoca como recreo, por segmento de ocio, etc. etc. Acogidas también con gran gozo, por sentar aureola de progresismo por el presidente de la comunidad de Madrid, hombre tan proclive a hacer suyo cualquier planteamiento de izquierda, siempre que tenga resonancia propagandística, como es el control de la reforma educativa. Aún correspondiendo a un partido en principio distante del socialismo neo marxista-capitalista, pero ambos coincidentes, hasta ahora, en la aplicación totalitaria en la enseñanza de la utopía más absurda e irreal, a pesar del riesgo de formar generaciones de ignorantes, cada vez más acentuados en esa ignorancia enciclopédica que envuelve inmisericordemente a gran parte de la juventud actual.

El nuevo proceso totalitario, señala Rosúa, dispone una especial animosidad contra la grandeza. una perversión del término democracia y una imposición generalizada del gregarismo y del anonimato. Apunta todas sus baterías, concluye la autora, hacia la anulación del individuo y no advierte que, con él, elimina la fuente y raíz fundamental del progreso y la aventura humana.


Angel Maestro.

mercredi, 13 mai 2015

Stanislas Parvulesco & Laurent James

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mardi, 12 mai 2015

Solitude du témoin, de Richard Millet

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Solitude du témoin, de Richard Millet

 
Francis Richard
Resp. Ressources humaines
Ex: http://www.lesobservateurs.ch
 

Richard Millet est un écrivain inlassable et inclassable.

Ne serait-ce qu'en 2014, il a publié six livres:

- Sibelius. Les cygnes et le silence, aux Éditions Gallimard

- Sous la nuée, aux Éditions Fata Morgana

- Chrétiens jusqu'à la mort, aux Éditions L'Orient des livres

- Lettres aux Norvégiens sur la littérature et les victimes, aux Éditions Pierre-Guillaume de Roux

- Charlotte Salomon, précédé d'une Lettre à Luc Bondy, aux Éditions Pierre-Guillaume de Roux

- Le corps politique de Gérard Depardieu, aux Éditions Pierre-Guillaume de Roux

rm9782756106366.jpgRichard Millet est classé à l'extrême-droite par ceux qui ne l'ont pas lu et se permettent de le juger. C'est le "vieux mécanisme de la victime émissaire mais chargée des maux d'un ordre qu'elle a dérangé". Il est affublé par d'aucuns de l'étiquette imprécise et fantasmée de nazi ou de fasciste - ce qui n'est pas la même chose: "Quand le directeur d'un hebdomadaire de gauche me traite de néonazi, il faut entendre dans ce vocable, une tentative de meurtre, et avant tout la décomposition du langage journalistique, en France."

Ce classement sans cause, ces étiquettes, qui lui sont collées à la peau pour le détruire, lui ont valu d'être banni de la sphère médiatico-littéraire, de perdre son emploi d'éditeur (chez Gallimard), mais cela ne l'a pas empêché de continuer à écrire, comme on vient de le voir: "Ma position de banni est celle de l'outsider, en fin de compte un rôle comme un autre, à ceci près que je fais chaque jour l'épreuve de ce bannissement dans ma vie quotidienne, avec la nécessité de parler pour ne pas laisser triompher le parti dévot."

Solitude du témoin? Richard Millet s'avance au sein d'une grande solitude. Il ne s'agit pas de la solitude sociale à laquelle l'a contraint son bannissement, mais de "l'isolement qui tient à la position de celui qui voit et qui dit ce qu'il voit: le témoin, personnage insupportable en un temps d'inversion générale où, pour paraphraser une formule célèbre, le vrai est devenu un motif fictionnel du mensonge."

Ce qui le désole, c'est de vivre sous le régime de la fin, d'une fin qui n'en finit pas, parce que la mort est déniée (en tant que catholique, il n'attend pas la mort, mais la fin de la mort). Aussi traque-t-il cette oeuvre de mort: "Le mouvement perpétuel du mourir qu'on tente de nous fourguer sous le nom même de vie, de la même façon que c'est au nom même du vivant qu'on pratique l'avortement, l'eugénisme, l'euthanasie, de quoi témoignent les euphémistiques "interruption de grossesse" et "accompagnement de fin de vie"."

Ce qui le désole, c'est que la fin de l'histoire, "métastase du refus du passé", soit proclamée et voulue par le capitalisme mondialisé - que j'appellerais plutôt capitalisme de connivence avec les États - qui veut substituer aux nations le Marché - que j'appellerais plutôt mondialisme, c'est-à-dire contre-façon éhontée, régulée par les États, du marché des libéraux, où les individus échangent librement entre eux et respectent le principe de non-agression. Cette fin de l'histoire ne serait qu'"un fantasme qui se nourrit de la non-événementialité, c'est-à-dire du vertige d'une fin qui n'en finit pas".

Ce qui le désole, c' est que le Culturel, c'est-à-dire l'alliance du Divertissement et de la Propagande, remplace la culture générale, l'horizontalité la verticalité: "Par son déni de la dimension verticale de la tradition judéo-chrétienne, le Culturel est la conséquence d'Auschwitz, tout comme la vie moderne est, dans son ensemble, Péguy, Bloy, Bernanos, l'ont répété avec force, un refus de toute vie spirituelle, de la dimension surnaturelle de l'histoire."

Il précise: "Déculturation et déchristianisation vont de pair; et les zélotes du parti dévot, les sicaires du Nouvel Ordre Mondial, les thuriféraires du Bien universel sont les héritiers de ceux qui ont rendu possibles le génocide arménien, Auschwitz, le goulag, les Khmers rouges, le Rwanda, et tout ce qui est à venir sur le mode de l'inhumain, de l'amnésie, du reniement de soi que l'incantation démocratique rend acceptables comme abstractions éthiques (l'abstraction comme fatalité de la "masse", redéfinie en concept d'humanité)."

Ce qui le désole, c'est l'avènement de la guerre civile induite par l'idéologie du multiculturalisme (le refus des valeurs du pays d'accueil, manifestation du "vif souci de ne pas s'assimiler, tout en tirant des avantages nationaux", entraîne une coexistence forcée entre personnes de cultures tellement différentes qu'elles ne se mêlent pas et qu'elles sont facteur de guerre civile) et par l'islamisme, allié du capitalisme mondialisé ("la coalition américano-qataro-saoudienne tend à entourer le chiisme d'un cordon sanitaire").

Les premières victimes de cette guerre civile en cours sont les chrétiens d'Orient: "La fin des chrétiens orientaux sera le signe non seulement de notre honte mais aussi la fin de notre civilisation, laquelle est déjà moribonde. Les chrétiens d'Orient meurent silencieusement de ce que nous ne voulons plus être chrétiens."

Ce qui le désole, c'est que l'"oeuvre de mort se joue d'abord sur le terrain du langage". La langue française s'est, semble-t-il, "retournée contre elle-même au point d'inverser ses valeurs fondamentales, sémantiques et syntaxiques" - prélude à sa disparition -, son mouvement naturel d'évolution étant "confisqué par la Propagande, le Spectacle, le babélisme marchand, le sabir: l'absence de phrase comme dimension servile de "l'homme"". Exemple, qui n'est pas anecdotique, de cette mise en oeuvre de mort sur le terrain du langage:

""On s'est couchés": la grammaire contemporaine n'est que l'histoire d'une évacuation, j'allais dire d'une épuration, comme on le voit non seulement pour le subjonctif, le futur simple, les subordonnées, mais aussi pour le nous qui disparaît de l'oral pour s'absenter de l'écrit et imposer le solécisme cité en entrant. On est neutre et de la troisième personne du singulier, et ce pronom ne saurait donc gouverner le pluriel couchés."

Il précise: "Le fantasme d'une langue simplifiée va de pair avec un esprit abaissé ou esclave des maîtres du langage, en l'occurrence les publicitaires qui vont main dans la main avec les politiques, sous l'oeil bienveillant du capitalisme mondialisé dont on ne dira jamais assez qu'il a plus besoin d'un langage que d'une langue."

Tout ce qui désole Richard Millet, et dont il témoigne, fait-il de lui l'être haïssable, classé et étiqueté de méchante manière par les zélotes du parti dévot, comme il les appelle gentiment? J'en doute. Mais, ce dont je suis sûr, c'est que Richard Millet est un écrivain, un véritable écrivain, qui se tient dans la solitude de la langue et à l'écart du courant dominant:

"L'écrivain travaille [...] dans la démonétisation, la déprogrammation, la marge, tout ce que l'on peut résumer sous le nom de forêt." Sa forêt? "Ma forêt, c'est la langue et la singularité que celle-ci déploie dans un monde devenu sourd au grand bruissement forestier de la mémoire ou de l'invisible, du spirituel."

"C'est pour avoir montré le lien entre la fausse monnaie littéraire et le discours multiculturaliste" confie-t-il "que j'ai été détruit socialement, banni, réduit à prendre le chemin de la forêt, ou, plutôt, à me rendre compte moi-même comme sujet radical dans un mouvement où l'objectivation, l'universel sont infiniment menacés par un système qui entend me renvoyer à une forme de solipsisme ou d'enfermement narcissique, alors que je reste tourné vers le dehors, l'immense fraîcheur de l'aurore, avec cette chance qu'est devenue l'inappartenance sociale."

Francis Richard, 3 mai 2015

Solitude du témoin, Richard Millet, 180 pages, Éditions Léo Scheer

Publication commune Lesobservateurs.ch et Le blog de Francis Richard

H. P. Lovecraft’s The Conservative

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The First Steampunk:
H. P. Lovecraft’s The Conservative

theconservative-frontcover Ex: http://www.counter-currents.com 

H. P. Lovecraft
The Conservative: The Complete Issues 1915–1923 [2]
Foreword by Alex Kurtagić
London: Arktos, 2013

Prior to the internet, or even the telephone, how fast could a written message travel from one end of Manhattan to another? You might think a day or two, or even hours, but you’d be wrong. In the early part of the last century, a system of pneumatic tubes enabled a piece of paper, sealed in a capsule, to travel from Wall Street to Harlem in a matter of seconds.[1]

James Howard Kunstler, proponent of livable cities and enemy of our fossil-fueled “happy motoring” lifestyle, has observed that if the power grid went out (as he devotedly wishes), and our everyday technology was rolled back to before even the automobile, we’d be effectively in the 1900s, a period surviving records show was not experienced as a Dark Age whose inhabitants wandered around lifelessly, wishing they could fly to Bangkok in a couple hours.[2]

The point is — and so-called “conservatives” used to know this, before they became obsessed with “creative destruction” and “the rapture” — our ancestors knew a thing or two,[3] and lived quite well without all our “mod cons.”[4]

American popular culture has always been infused with a DIY ethic: “Yankee ingenuity,” Emerson’s “Self-Reliance” and his “American Scholar” creating his own tradition, seeking an “original relation to the universe,” all the way to Robert Johnson’s Coke bottleneck guitar which Muddy Waters made loud nightclub-friendly with electricity. It lies behind America’s plethora of home-made religions, from uptight Mormonism and Fundamentalism to acid experimentation and cults of the space brothers;[5] the Old Weird America where the Amish farmer and the laid-back hippie become indistinguishable;[6] where people made their own damn culture and didn’t buy it from a global — or even a New York[7] — corporation.

The whole “steampunk” genre, and lifestyle, appears to address this loss, although it also seems to do so more as hipster nostalgia and “irony” rather than a genuine rebirth,[8] although the related interests in home brewing and beekeeping (both recently legalized in . . . New York City!) shows promise, especially for those prepping for the collapse.[9]

Anyhow, so back in the 1860s, folks became wild about printing and mailing around their own homemade newspapers or journals, and H. P. Lovecraft, who had entered a period of seclusion following his failure to matriculate and a nervous breakdown, jumped in as enthusiastically as any basement-dwelling World of Warcraft addict.[10]

In fact, you could say he pursued the gamer’s dream of becoming a game designer himself, moving from contributing to others’ periodicals to producing his own, The Conservative, whose issues are collected here.[11]

Lovecraft seems to have come out swinging, maintaining a quarterly schedule for two years, then backing off to a yearly issue, finally skipping several years and putting out two more issues, numbered as if the missing volumes had somehow appeared (virtually?). Although he didn’t write all of it, he wrote most of it; and it wasn’t just pseudo-Augustan poetry and essays about cats. Lovecraft had a mission: world dominance, at least of the amateur press universe:

Promoting his own vision of amatuerdom as a haven for literary excellence and a tool for humanistic education.[12]

In this capacity, he contrived to become the head of the Department of Public Criticism (lovely title!) for the whole ’zine — I mean, amateur journalism scene.

Otherwise, the Conservative promoted Lovecraft’s favorite crochets, being described by him as:

[. . . ] an enthusiastic champion of total abstinence and prohibition; of moderation, healthy militarianism as contrasted with dangerous an unpatriotic peace-preaching; [. . .] of constitutional or representative government, as opposed to the pernicious and contemptible false schemes of anarchy and socialism.

Indeed, the choice of name is significant, and it’s hard to tell at many points whether Lovecraft, addressing the reader in the name of The Conservative, is speaking as Editor of the journal of that name, as the archetypal “conservative,” or as himself.

Joshi is right to notify us that these are Lovecraft’s notoriously “conservative” opinions in their original form, before later modifications and nuance.[13]

We [sic] will find that some of Lovecraft’s early opinions are quite repugnant, and many of them are uttered in a cocksure, dogmatic manner greatly in contrast to his later views.[14] Nevertheless, it was evident to all amateurs that the editor of the Conservative was an intellectual force to be dealt with.[15]

lovecraft__dedo9__by_artlessilliterate-d5he7mq.jpgBut therein lies their charm. Consider this collection, to continue the pop culture metaphor, a kind of Lovecraft Unplugged.

Some quotes, which most of our reader may find bracing rather than “repugnant”:

It appears that the CONSERVATIVE’S review of Charles D. Isaacson’s recent paper was not accepted in the honestly critical spirit intended, and that Mr. Isaacson is preparing to wreak summary verbal vengeance upon the crude barbarian who cannot appreciate the loathsome Walt Whitman, cannot lose his self-respect as a white man, and cannot endorse a treasonable propaganda designed to deliver these United States as easy victims to the first hostile power who cares to conquer them.[16]

The strongest tie in the domain of mankind, and the only potential source of social unity, is that mystic essence compounded of race, language, and culture; a heritage descended from the remote past.

Why any sane human being can believe in the possibility of universal peace is more than the CONSERVATIVE can fathom. The essential pugnacity and treachery of mankind is only too evident; and that very nation, even though pledged, would actually abolish means of warfare is absolutely unthinkable.

On those damn’d immigrants:

Leaving their own countries in dissatisfaction, they assume the cloak of American citizenship; organise any finance conspiracies with American money; and finally, with an audacity almost ironical, call upon the United States for help when overtaken by justice! Half the detestable violence of the Irish “Fenians” and “Sinn Fein” ruffians was hatched in America by those who dare drivel about such a thing as “neutrality”!

Traditional hierarchy, but a nobility of achievement, not birth:

In Germany, Austria, Spain and Italy, every son of a noble is a noble. The titled class is very large, as a rule very worthless, and possess numerous privileges subversive to the rights of so-called inferior men.

Indeed, the honest yeoman is the true friend — and beneficiary — of a traditional society:

It has been more than once remarked, that there is an intangible bond of kinship betwixt the highest and the humblest elements of the community. Whilst the bourgeois complacently busy themselves with their commonplace, respectable, and unimaginative careers of money-grabbing, the artist and the aristocrat join forces with the ploughman and the peasant in an involuntary mental wave of reaction against the monotony of materialism.

Although many on the alt-Right may find issue with some of Lovecraft’s ideas, such as the value of teetotalism:

He who strives against the Hydra-monster Rum, strives most to conserve his fellow-men.

Or his sadly jingoistic enthusiasm for WWI, despite taking a broader view in evolutionary terms:

Englishmen and Germans are blood brothers, descended from the same stern Woden-worshipping ancestors, blessed with the same rugged virtues, and fired with the same noble ambitions.

Amateur journalism got Lovecraft back in contact with human kind, or at least the more acceptable specimens in this sadly non-18th century world, and for this we later readers can be thankful. Although he eventually shifted his attention to the pulp magazine world, the bulk of his time and writing would continue to be devoted to maintaining a sort of virtual existence via mail, this time with a far-flung network of correspondents, editors, and “revision” clients;[17] although Lovecraft traveled far more than many might think (Florida, Montreal), there were a number of lifelong friends that Lovecraft never met. [18]

Editor Kurtagić proudly notes that this is the first “professional” reprinting of The Conservative in 25 years (since the stapled pamphlet with only Lovecraft’s contributions, edited by Joshi) and the first complete edition in 35. Perhaps more importantly, we can add that the introduction is more than merely scholarly; unlike Joshi, Kurtagić is sympathetic to Lovecraft’s “conservative” agenda, striving to show how Lovecraft’s various opinions are, though not “systematic,” nevertheless consistent and well-founded; in this he succeeds, since, after all, they are.

For example, Lovecraft, though so thoroughly steeped in the Augustan poets that he could almost be said to write only pastiches himself, and opposed both to Whitman’s free verse and the contemporary Imagists like Pound or Eliot, also thoroughly approved of the Victorian-bashing favored by same.

It is time . . . definitely to challenge the sterile and exhausted Victorian ideal which blighted Anglo-Saxon culture for three quarters of a century and produced a milky “poetry” of shopworn sentimentalities and puffy platitudes . . .

But these two attitudes are no more “inconsistent” or paradoxical than the demand voiced by the proponents of “historically informed performance practice” such as Nikolas Harnoncourt, that we need to strip away a century or two of calcified notions of how to perform, say, Bach or Monteverdi, not so that we can achieve some mythical “authentic” sound but so that we can craft our own response to the music; again, “an original relation to the universe.”[19]

On one other matter, though, Kurtagić would draw Lovecraft’s ire. Speaking of The Conservative being “a haven for literary excellence,” Lovecraft begins the very first issue, right under the masthead, thusly:

The Conservative desires to apologize for any errors in proofreading which may be found in this issue. Circumstances . . . rendered haste a prime essential.

Constant Readers will recall that I’ve found a lot to criticize in the publications Kurtagić has put out under the Wermod or Palingenesis Project labels. Here, Arktos seems to have done a much better job of copyediting, for which they are to be lauded. Except . . .

In my experience, introductions, prefaces, forewords and the like are not infrequently presented without footnotes, [20] at least to material quoted from the main text to follow. I like my prefaces to give me some hint of what’s to come, a kind of “coming attractions,” and it’s nice to be able to turn to the quotations in context. So I was happy to see footnotes here, but then disappointed to find that they are wildly inaccurate, presumably due to changes in pagination during the editorial process. Now really, if you are going to provide footnotes at all, how hard is it to make sure a dozen or so in the prefatory matter are accurate? [21]

That said, this is really a must have for the Lovecraftian, as well as any Counter-Currents reader who would like to sample the pleasures of real olde skool alt-Right blogging.

Notes

[1] Sen. Ted Stevens of Alaska was not far off in his reference to Al Gore’s invention as “the intertubes [3].” According to Wikipedia [4], “Eventually the network stretched up both sides of Manhattan Island all the way to Manhattanville on the West side and “Triborough” in East Harlem, forming a loop running a few feet below street level. Travel time from the General Post Office to Harlem was 20 minutes. A crosstown line connected the two parallel lines between the new General Post office on the West Side and Grand Central Terminal on the east, and took four minutes for mail to traverse. Using the Brooklyn Bridge, a spur line also ran from Church Street, in lower Manhattan, to the general post office in Brooklyn (now Cadman Plaza), taking four minutes. Operators of the system were called “Rocketeers””

[2] As late as the ’60s and on TV no less, such a time could symbolize not the zombie apocalypse but the Good Olde Days, worth jumping off a train for; see “Next Stop Willoughby” — only the most iconic example of Twilight Zone’s somewhat disingenuous (where’s the ham-fisted “liberalism”?) nostalgia for the time when life was slower – or, equally disingenuous, com-symp Orson Welles’ lugubrious opening and closing eulogies of 19th century Midwest life in The Magnificent Ambersons. All this is related to the phenomenon I’ve called “liberal psychogeography;” see “The Gilmore Girls Occupy Wall St.” in The Homo and the Negro (San Francisco: Counter-Currents, 2012); the liberal attempts to eat his cake and have it too, by gentrifying small towns or neighborhoods (Martha’s Vineyard, the Hamptons, Ann Arbor, Greenwich Village) after the awful rednecks and other White ethnics who built them are purged.

[3] Pompous private scholar and anti-modern curmudgeon Harry Haller, the titular Steppenwolf of Hesse’s novel, strikes a rather Evola-esque note as he mocks his landlady’s son’s interest in radios among other modern contraptions, noting that communication through the air over long distances was a phenomenon well-known to the ancient Hindus. By the end of the book the humbled and drug-addled Haller will be forced by Mozart himself to listen to a broadcast of a Handel Concerto Grosso.

[4] Fr. Rolfe (“Baron Corvo”) observed that the magnificence of life in the Italian Renaissance lay not in a vulgar obsession with ever more “new” knowledge, but rather in the belief that everything was already discovered and known; a man could acquire a complete set of knowledge and then concentrate his energies in ever more elaborate and beautiful presentation thereof. See A History of the Borgias, Preface.

[5] See Donna Kossy’s Kooks: A Guide to the Outer Limits of Human Belief [5] (Portland: Feral House, 1994); also see my reviews of The Magical Universe of William Burroughs (here [6]) and Erik Davis’s Nomad Codes (here [7]).

[6] Greil Marcus, The Old Weird America (Picador, 2011; published in 1997 as Invisible Republic: Bob Dylan’s Basement Tapes).

[7] “New York City!” exclaim the cowboys on learning of the origins of their store-bought alsa.

[8] The season of Portlandia announced that “The Dream of the 1890s Is Alive in Portland.” The origins of the genre arguably lie on TV as well: The Wild Wild West (CBS, 1965-69), specifically the iconic character of Dr. Miguelito Loveless (played, I’m glad to point out, by my fellow Detroiter Michael Dunn), introduced in an episode with the rather Lovecraftian title “The Night the Wizard Shook the Earth.” The character, played by Kenneth Branagh, was still the only point of interest in the insultingly stupid 1999 movie, which attempted to cash-in on the fad, while simultaneously bowing to the contrary mania for making older works “relevant” by replacing White characters with negroes; a typically Judaic attempt to play all the angles by director Barry Sonnenfeld.

[9] See Claus Brinker’s review of Survive the Economic Collapse, here [8].

[10] The current job market for Brown University grads offers little hope of anything but the same poverty Lovecraft endured, although apparently what he really missed was access to Brown’s telescope.

[11] The move from consumer to producer prompts Kurtagić’s comparison to the ’zine and cassette scenes of the ’90s.

[12] I Am Providence: The Life and Times of H. P. Lovecraft by S. T. Joshi (New York: Hippocampus, 2010); Chapter 6: “A Renewed Will to Live.”

[13] This was not, however, the liberal’s usual disingenuous “evolution” of opinion. For example, his Social Darwinist defense of capitalism would eventually, under the pressure of personal penury and the Great Depression generally, mutate into a qualified, then enthusiastic, support of the New Deal; but with typical Lovecraftian perversity, this was not in spite of, but because, it seemed like the closest thing to Fascism. Ralph Adams Cram came to the same conclusion; see my “Ralph Adams Cram: Wild Boy of American Architecture” in The Eldritch Evola … & Others (San Francisco: Counter-Currents, 2014).

[14] Not unlike the Simpsons’ “Comic Book Guy.”

[15] Ibid.

[16] Isaacson, a fellow amateur journalist, was a “good” Jew of the Germanic, assimilating sort, but Lovecraft, although willing to praise his talents, always had a sharp eye — and pen — for the traces of the “Jewish mentality” that prevented him from appreciating Aryan literature and society.

[17] The astounding bulk of his letters dwarfs his fiction, and Joshi may be correct in suggesting that eventually, like weird pioneer Horace Walpole, his literary reputation may rest on these rather than the famous Cthulhu mythos. See I Am Providence, op. cit., Chapter 26: “Thou Art Not Gone.”

[18] Lovecraft’s remarks on friendship are often as odd as his comments about love and marriage. Robert E. Howard (Conan) died a few months before Lovecraft himself; hearing the news, Lovecraft remarked about how odd it would be to know that there was no longer anyone to collect mail at Howard’s PO Box. (Which is not to say that HPL did not otherwise express a normal sort of grief over the loss of his close friend (“Mitra, what a man!”); see Joshi, op. cit., Chapter 23: “The End of One’s Life.”

[19] Of course, Emerson was a big, early fan of Whitman, who, in turn, was another proponent of self-publication in both senses. Harnoncourt’s remarks occur in the liner notes to a one-disc sampler of the Teldec 153 disc box set, Bach 2000 (1999). It’s of note that the Traditionalist author and violist Marco Pallis was an associate of Arnold Dolmetsch, the distinguished reviver of early English music and one of the pioneers of the so-called “authenticity” movement, whom in turn directed Pallis to the writings of René Guénon; see “Biography of Marco Palllis,” here [9].

[20] Like book reviews, hah!

[21] Answer: not hard at all.

Article printed from Counter-Currents Publishing: http://www.counter-currents.com

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[1] Image: https://secure.counter-currents.com/wp-content/uploads/2014/07/theconservative-frontcover.jpg

[2] The Conservative: The Complete Issues 1915–1923: https://secure.counter-currents.com/the-conservative/

[3] the intertubes: http://www.urbandictionary.com/define.php?term=intertubes

[4] Wikipedia: http://en.wikipedia.org/wiki/Pneumatic_tube_mail_in_New_York_City

[5] Kooks: A Guide to the Outer Limits of Human Belief: http://en.wikipedia.org/wiki/Donna_Kossy#Kooks_.281994.29

[6] here: http://www.counter-currents.com/tag/the-magical-universe-of-william-s-burroughs/

[7] here: http://www.counter-currents.com/2014/11/ever-sacred-ever-vexed/

[8] here: http://www.counter-currents.com/2015/04/survive-the-economic-collapse/

[9] here: http://www.worldwisdom.com/public/authors/Marco-Pallis.aspx#_ednref1

dimanche, 10 mai 2015

Jünger o la mística de la violencia

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Jünger o la mística de la violencia
Ex: http://elpais.com
 
Ha sido el gran acontecimiento del otoño editorial en Alemania. Tres años después de su muerte aparecen los artículos 'malditos' de Ernst Jünger, textos escritos durante la República de Weimar que el pensador germano se negó a incluir en sus obras completas. El nacionalismo, el heroísmo, la guerra y la destrucción son sus claves.

Desde la muerte de Ernst Jünger en 1998 no ha transcurrido un solo año sin que saliese al mercado alemán alguna novedad perteneciente a su legado intelectual. Varios especialistas trabajan con ahínco en distintos ámbitos con el fin de publicar todos los escritos que puedan resultar de interés para la comprensión de un escritor tan polémico como longevo. Después de la publicación de varias correspondencias con distintas personalidades de su tiempo, esta vez le ha tocado el turno a sus artículos 'malditos' durante el periodo de Weimar, una publicación esperada, puesto que Ernst Jünger se negó a incluirlos en la edición de sus Obras completas en Klett-Cotta. Esta editorial, sin embargo, ha reunido todos los artículos políticos escritos entre 1919 y 1933, 145 en total, en un volumen separado, excelentemente comentado y anotado por el politólogo Sven Olaf Berggötz.

POLITISCHE PUBLIZISTIK, 1919-1933

Ernst Jünger Sven Olaf Berggötz (editor) Klett-Cotta. Stuttgart, 2001 850 páginas. 98 marcos alemanes

Jünger estaba obsesionado con una revolución, viniese de donde viniese, siempre que fuese nacional

Otro de los alicientes de este volumen es que por fin se ofrecen ordenados cronológicamente los artículos dispersos en varios periódicos o revistas como Arminius, Das Reich, Die Standarte, Der Widerstand o el Völkischer Beobachter, la mayoría de ellos, efímeros órganos de propaganda nacional-revolucionaria, que han servido como arsenal para atribuir a Jünger un claro papel de precursor del nacionalsocialismo o para hacer hincapié en su apología de la violencia. Y no se puede negar que muchos de estos artículos son dinamita, no sólo por su contenido, sino por un estilo fascinante que rompe las limitaciones del panfleto político; no resulta extraño que Jünger se convirtiese en el escritor más solicitado en ese tipo de publicaciones; su prosa limpia y acerada, pero al mismo tiempo de un radicalismo deslumbrante, encontró una entusiástica acogida en numerosos jóvenes, frustrados por la derrota y posterior humillación de Versalles. Tampoco olvidemos que a Jünger le rodeaba el nimbo de su condición de héroe de guerra, era el representante y el símbolo de una generación que lo había sacrificado todo y se creía traicionada por fuerzas oscuras de la retaguardia: la leyenda de la puñalada por la espalda que también Jünger asumió y difundió.

ej8258-1093770.jpgEn estos artículos, que muestran la obsesiva actividad proselitista del autor, no nos encontramos con el Jünger elogiado por Hermann Hesse o H. G. Gadamer, con el ensayista profundo, el novelista imaginativo o el observador preciso, sino con el agitador político que lanza sin ambages su mensaje subversivo. No obstante, en estos escritos también se puede comprobar cierta evolución temática e intelectual. En los primeros textos se ocupa principalmente de la experiencia guerrera, del valor del sacrificio y de la sangre como cemento de una nueva sociedad, a lo que se une un profundo odio a la burguesía y a la República de Weimar. Jünger consideraba que en su generación había surgido un nuevo 'tipo humano', forjado en la guerra de material y de trincheras, a quien, a su vez, correspondía forjar un nuevo mundo: 'Como somos los auténticos, verdaderos e implacables enemigos del burgués, nos divierte su descomposición. Pero nosotros no somos burgueses, somos hijos de guerras y de enfrentamientos civiles...'. Inspirándose en Nietzsche, Spengler y Sorel, y haciendo suyo el pathos del futurismo italiano, Jünger ensalza el odio y la destrucción como elementos creativos: 'La verdadera voluntad de lucha, sin embargo, el odio verdadero, se alegra de todo lo que destruye a su contrario. La destrucción es el único instrumento que parece adecuado en las actuales circunstancias'. En estos pasajes, el escritor adopta un nihilismo heroico que convierte la violencia en un fin en sí mismo, en una experiencia mística del combatiente que debe continuar su lucha en la sociedad civil. En ellos desarrolla una estética pura de la violencia que se mueve en un vacío ético y que, supuestamente, según el autor, debería generar nuevos valores.

Mitrailleurs_allemands_en_1918.jpgEn el terreno ideológico, los artículos reflejan una visión particular y nebulosa que no llega a identificarse con ninguna de las ideologías dominantes. Sus rasgos principales son, en su vertiente negativa, un profundo sentimiento antidemocrático y antipacifista, así como un fuerte rechazo de las instituciones, excluyendo al ejército como encarnación de la idea prusiana. Su odio a la República de Weimar es manifiesto; una República, si bien es cierto, que se ha definido con frecuencia como la 'democracia sin demócratas' y que era el blanco favorito del desprecio de la mayoría de los intelectuales. Aunque Jünger se confiesa nacionalista, en concreto 'nacionalista de la acción', no asocia el concepto con una forma política concreta, más bien se limita a describir vagamente modelos utópicos o retóricos que encontrarán un desarrollo más maduro en su libro El trabajador. Armin Mohler empleó el término 'revolución conservadora' para explicar esta posición política, pero Jünger también se acercó al nacionalismo de izquierdas de un Niekisch e incluso colaboró en su revista Der Widerstand, prohibida con posterioridad por los nacionalsocialistas. La impresión que recibimos es que Jünger estaba obsesionado con una revolución, viniese de donde viniese, siempre que fuese nacional. En sus escritos solía dirigirse a 'los nacionalistas, los soldados del frente y los trabajadores'. Este empeño revolucionario fue el que le acercó al nacionalsocialismo en los primeros años del movimiento: 'La verdadera revolución aún no se ha producido, pero se aproxima irresistiblemente. No es ninguna reacción, sino una revolución auténtica con todos sus rasgos y sus manifestaciones; su idea es la popular, afilada hasta un extremo desconocido; su bandera es la cruz gamada; su forma de expresión, la concentración de la voluntad en un único punto: la dictadura. Sustituirá la palabra por la acción, la tinta por la sangre, la frase por el sacrificio, la pluma por la espada'.

No obstante, en los años treinta se advierte cierto distanciamiento del nacionalsocialismo quizá debido a la influencia de su hermano, F. G. Jünger, y de Niekisch. Jünger rechazó la oferta de Hitler para ocupar un escaño en el Reichstag, y en el año 1933 interrumpió sus colaboraciones, evitando dar el paso hacia el paganismo político nazi, ni siquiera en la forma del colaboracionismo oportunista de Heidegger, Carl Schmitt o Gottfried Benn. La edición de los artículos políticos de Ernst Jünger, de cuyo contenido se deduce claramente su terca resistencia a 'resucitarlos', supone una decisión acertada, sobre todo porque así se dispone de una imagen completa de un escritor controvertido que no dudó en 'maquillar' algunos pasajes escabrosos de su obra temprana; una actitud que despertó rechazo incluso entre sus lectores más afines. Pero también podemos decir que esta obra adquiere una importancia extraordinaria porque explica el comportamiento posterior de una juventud fascinada por la violencia, la cual, por esta causa, fue presa fácil del totalitarismo y víctima de su producto: la guerra total; tampoco tenemos que resaltar mucho su actualidad, pues nos hallamos en una nueva dimensión de la violencia, cuyos portadores asumen hasta sus últimas consecuencias esa visión mística del acto destructivo y del sacrificio que tanto sufrimiento ha traído y traerá a la humanidad.

samedi, 09 mai 2015

Fight club : de la destruction de l’anonymat à l’âge des héros

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Fight club : de la destruction de l’anonymat à l’âge des héros

Avant-propos :

Que cela soit volontaire ou non, l’histoire de Palahniuk, habilement adaptée sur écran par David Fincher, affiche clairement les ambitions d’une révolte radicale, de cette génération broyée entre les mâchoires de la modernité et de l’individualisme triomphant. Décrié à sa sortie comme un film d’inspiration fasciste, « Fight club » est devenu l’icône d’une certaine jeunesse, dévoyée, malheureuse, mais alerte, laquelle, peu à peu, a posé des mots sur ses maux.

S’il entre dans le registre de ces ouvrages d’« anticipation sociale », il est pourtant plus dans la description d’une réalité omniprésente que dans l’appréhension d’un futur incertain et c’est à ce titre qu’il inspira quelques travaux psychosociologiques, qui bien qu’insuffisants, n’en demeurèrent pas moins un appui potentiel à une étude sérieuse du sujet. De sorte que pour la réalisation de cet article, nous avons cru bon d’en étayer l’idée générale, bien que ces vulgaires précédents, tâcherons parodiques d’une véritable analyse, ne présentent au fond que les résidus d’un monde universitaire loin, très loin des préoccupations soulevées par Fincher et Palahniuk.

Partant de cette disjonction, deux professeurs, Jocelyn Lachance et Sébastien Dupont présentèrent dans « La temporalité dans les conduites à risque : l’exemple du film “Fight club” » une vision typiquement conventionnelle de l’œuvre – tout en se faisant gloire d’en faire une relecture originale. En effet, au-delà de la prétention à l’objectivité qui voile d’ordinaire les rendus universitaires, nous percevons sans mal l’avis des auteurs et la critique qu’ils opposent aux personnages, vus comme des adolescents en période de trouble intérieur.

Fight club serait ainsi, pour nos auteurs, la définition évidente du cheminement de l’adolescent en perte de repère, livré à lui même, à la recherche de sens et en marge de la temporalité. Tout se résumerait à un déséquilibre intérieur induisant une remise en question de la société de consommation.

Or pourquoi un déséquilibre est-il source d’une remise en question du mode de vie moderne ? Simplement, car ce mode de vie est par essence déséquilibré, aussi est-il naturel qu’il entretienne une action déstabilisante sur tout ce qu’il touche. Nous pourrions également nous questionner sur cette tendance à estimer que la négation de la civilisation occidentale moderne doive forcément tenir d’une triviale « révolte » adolescente et puérile, et non pas d’un simple constat d’échec qui aurait pu être conduit par n’importe quel intellectuel véritable. La réponse nous apparaîtrait clairement que le constat est trop amer, de sorte qu’il en devient gênant, et comme il est fort difficile à atténuer, le système s’attaque directement aux troubles fête, réduits à n’être que des « ados » déséquilibrés.

Que le personnage principal ait perdu son rapport à la temporalité ne nous paraît pas contestable,. Schizophrène, il ne sait plus s’il dort ou rêve. Cependant, pour notre part, loin de critiquer cette allégorie d’une totale libération du temps profane, nous la mettrons en avant comme relevant – en filigrane – d’une sorte de révélation.

Les deux universitaires nous disent ainsi que « Fight Club est également allégorique d’une autre dimension des comportements humains, celle des conduites à risque. […] Le personnage principal, qui est présenté au début du film comme un homme déprimé, en quête de sens, et que nous interprétons comme un adolescent tourmenté par la perte des repères de l’enfance, va ainsi bouleverser son existence en se livrant à plusieurs types de conduites à risque : les combats du Fight Club, la vitesse en voiture, les activités délictueuses (vols, menaces à main armée, vandalisme), une tentative de suicide, etc. »

Alors, si toute la critique présente dans l’ouvrage n’est réduite qu’à une simple « conduite à risque », interrogeons-nous sur ce risque ; celui de s’opposer par la violence, à la violence d’un mode de vie absurde et totalitaire, à une société s’étant saisie de la plus grande violence possible en tant qu’elle pourfend la civilisation. Ce que ces auteurs interprètent comme une somme de « conduite à risque » nous apparaît plutôt comme autant d’étapes rituelles d’une initiation balbutiante.

Or, si ce point de vue pourrait paraître badin chez certains, notre partialité ne nous fait souffrir d’aucun complexe face aux castrés de la demi-mesure et autre échanson, servant benoîtement le vin empoisonné de la modernité à toute une jeunesse ivre de diplômes. Si Fight Club, de même qu’American Psycho, ont su se présenter comme des anomalies inhérentes à la propagande hollywoodienne, peinant le vrai visage de la civilisation occidentale, celui du matérialisme aigu, nous doutons fort que quelques travaux universitaires puissent annihiler le dérangeant souvenir que laisse ce genre d’œuvre cinématographique. Car il perdure telle une fine graine déposée dans les esprits fertiles de toute une génération, qu’il s’agira ici de faire germer.

1) Évincement de la variable temporelle et rédemption

Le temps de l’homme moderne est, qu’il le veuille ou non, réglé comme une montre. Jamais celle-ci n’arrête sa course, attachant irrémédiablement l’espèce au temps profane ; dénué de toute transcendance et de toute reproduction d’actes primordiaux.

« Avec l’insomnie, plus rien n’est réel ! Tout devient lointain. Tout est une copie, d’une copie, d’une copie… » Tyler Durden

chuck1.jpgLa première étape traversée par le personnage principal revient donc à s’en affranchir. On apprend doucement à prendre du recul, à concevoir l’apparente réalité comme une extrême relativité, une illusion dont Sigismond en traduirait ainsi les contours en tant que « […] nous sommes dans un monde si étrange que vivre ce n’est que rêver, et que l’expérience m’enseigne que l’homme qui vit rêve ce qu’il est, jusqu’au moment où il s’éveille. […] Dans ce monde, en conclusion, chacun rêve ce qu’il est, sans que personne s’en rende compte ». Pedro Caldéron, « La vie est un songe ».

« Et alors il s’est passé quelques choses, je me suis laissé aller, dans un total oubli de moi même envahi par la nuit, le silence et la plénitude. J’avais trouvé la liberté. Perdre tout espoir, c’était cela la liberté », (Tyler Durden). Comment ne pas y voir une référence à l’inscription qui orne les portes des enfers que Dante expose dans la divine comédie ; perdre l’espoir est la première étape d’une élévation, ainsi que Dante plonge dans les enfers tout comme le prophète de l’Islam.

« Dans une adaptation de la légende musulmane, un loup et un lion barrent la route au pèlerin comme la panthère, le lion et la louve font reculer Dante… Virgile est envoyé à Dante et Gabriel à Mohammed par le Ciel ; tous deux, durant le voyage, satisfont à la curiosité du pèlerin. L’Enfer est annoncé dans les deux légendes par des signes identiques : tumulte violent et confus, rafale de feu… L’architecture de l’Enfer dantesque est calquée sur celle de l’Enfer musulman : tous deux sont un gigantesque entonnoir formé par une série d’étages, de degrés ou de marches circulaires qui descendent graduellement jusqu’au fond de la terre ; chacun d’eux recèle une catégorie de pécheurs, dont la culpabilité et la peine s’aggravent à mesure qu’ils habitent un cercle plus enfoncé. Chaque étage se subdivise en différents autres, affectés à des catégories variées de pécheurs enfin, ces deux Enfers sont situés tous les deux sous la ville de Jérusalem… Afin de se purifier au sortir de l’Enfer et de pouvoir s’élever vers le Paradis, Dante se soumet à une triple ablution. Une même triple ablution purifie les âmes dans la légende musulmane : avant de pénétrer dans le Ciel, elles sont plongées successivement dans les eaux des trois rivières qui fertilisent le jardin d’Abraham… »

Miguel Asîn Palacios, « La Escatologia musulmana en la Divina Comedia », Madrid, 1919.

La perte de l’espoir n’est d’ailleurs pas le seul signe de la descente aux enfers qu’entreprennent les membres du Fight Club, qui chaque soir glissent dans la noirceur des caves d’un infréquentable troquet. Il peut néanmoins apparaître troublant que pour s’élever, il faille ainsi tomber dans les arcanes des enfers, toutefois, si c’est là un moyen de s’épargner le vestibule des lâches dont nous rappelions dans un précédent billet qu’il est « cet état misérable […]celui des méchantes âmes des humains qui vivent sans infamie et sans louange et qui ne furent que pour eux mêmes […] Les cieux les chassent, pour n’être moins beaux et le profond enfer ne veut pas d’eux, car les damnés en auraient plus de gloire » (Dante, la descente aux enfers).

Ce « pèlerinage » se présente ainsi comme indispensable à la libération de son orgueil, de même qu’à l’observation de son enfer intérieur, il est telle une croisade contre les plus bas instincts de l’homme, caractérisés dans Fight club par la lutte interne qu’oppose le narrateur contre Tyler Durden, n’étant rien d’autre qu’une lutte pour l’existence. Le Fight club apparaît alors comme la mise en abîme de cette lutte interne du « soi » contre le « moi ».

« Qu’est-ce qui est pire, l’enfer ou rien du tout ? Ce n’est qu’après avoir été capturés et punis que nous pouvons être sauvés. » Tyler Durden.

Ainsi la première étape de l’élévation est donc la descente, dont le but est de gagner le grand Djihad ou la croisade intérieure ; de même que la rédemption nous apparaît comme la pierre angulaire de l’œuvre. De même, ne dirait-on pas que l’auteur ait voulu opter pour la souffrance virile, celle des hommes qui finissent par se haïr à mesure qu’ils aiment et acceptent leur mal ?

« S’améliorer soi-même c’est de la masturbation. C’est se détruire soi-même. » Avec cette phrase, Tyler Durden lance alors une vérité apparaissant telle une critique acerbe du culte individuel, physique, prôné par les médias. On entrevoit ainsi cette volonté d’autoflagellation détruisant le masque de l’indifférenciation.

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Sur cette question, nous retrouvons également dans American Psycho de Bret Easton Ellis, un passage révélateur de la tendance actuelle au culte du moi et au résultat qu’il induit :

« J’habite au 11ème étage de la tour American Gardens, sur la 81ème rue ouest. Je m’appelle Patrick Bateman et j’ai 27 ans. Je prends grand soin de moi, en mangeant léger, et en faisant de l’exercice chaque jour. Au réveil si je suis légèrement bouffi, je m’applique des sachets de glace sur mon visage pendant mes abdos du matin. Je peux en faire 1000. Après avoir ôté le sachet de glace, j’applique une lotion désincrustante. Puis, sous la douche, j’utilise tout d’abord un gel moussant, puis un gommage corps au miel et aux amandes et un gommage pour le visage. Ensuite j’applique un masque à la menthe sauvage que je laisse pénétrer 10mn. Pendant ce temps là, je prépare la suite des hostilités. J’utilise toujours un after-shave sans alcool ou avec très peu d’alcool parce que ça irrite et dessèche la peau, alors vous vieillissez plus vite. Une crème reconstituante, suivie d’une crème contour des yeux, et pour finir, une crème protectrice hydratante. Il existe une image de Patrick Bateman, une sorte d’abstraction, mais je n’existe pas vraiment, ce n’est qu’une entité, quelque chose d’illusoire. Et bien que je puisse cacher mon regard froid, que vous puissiez me serrer la main et sentir ma chaire s’agripper à la votre, vous pourriez vous dire que nos vies sont comparables, mais je ne suis tout simplement… pas là ! »

2) De la destruction de l’anonymat dans l’« infra humain » vers l’anonymat du « supra humain »

L’anonyme dans nos sociétés contemporaines est en voie de dissolution, il n’est rien de plus qu’une statistique évoluant dans un rapport d’activité, noyé par un travail pétri de procédures.

« Nous voyons que l’ouvrier y est bien aussi anonyme, mais parce que ce qu’il produit n’exprime rien de lui-même et n’est pas même véritablement son œuvre, le rôle qu’il joue dans cette production étant purement “mécanique”. En somme, l’ouvrier comme tel n’a réellement pas de “nom” parce qu’il n’est, dans son travail, qu’une simple “unité” numérique sans qualités propres, qui pourrait être remplacée par toute autre “unité” équivalente, c’est-à-dire par un autre ouvrier quelconque, sans qu’il y ait rien de changé dans le produit de ce travail ; et ainsi ,[…] son activité n’a plus rien de proprement humain mais, bien loin de traduire ou tout au moins de refléter quelque chose de “supra-humain”, elle est au contraire réduite à l’“infra-humain” et elle tend même vers le plus bas degré de celui-ci, c’est-à-dire vers une modalité aussi complètement quantitative qu’il est possible de la réaliser dans le monde manifesté. Cette activité “mécanique” de l’ouvrier ne représente d’ailleurs qu’un cas particulier (le plus typique qu’on puisse constater en fait dans l’état actuel parce que l’industrie est le domaine où les conceptions modernes ont réussi à s’exprimer le plus complètement) de ce que le singulier “idéal” que nos contemporains voudraient arriver à faire de tous les individus humains et dans toutes les circonstances de leur existence ; c’est là une conséquence immédiate de la tendance dite “égalitaire”, ou en d’autres termes, de la tendance à l’uniformité, qui exige que ces individus ne soient traités que comme de simples “unités” numériques, réalisant ainsi l’“égalité” par en bas puisque c’est là le seul sens où elle puisse être réalisée “à la limite”, c’est-à-dire où il soit possible, sinon de l’atteindre tout à fait (car elle est contraire, comme nous l’avons vu, aux conditions mêmes de toute existence manifestée), du moins de s’en approcher de plus en plus et indéfiniment jusqu’à ce qu’on soit parvenu au « point d’arrêt » qui marquera la fin du monde actuel. »

René Guénon, «Le règne de la quantité », le double sens de l’anonymat

Le travail, passé du métier à la profession, nous transforme en ce qu’il y a de plus inférieur et l’avènement du néotaylorisme qui perdure dans le secteur tertiaire prouve, s’il en était besoin, qu’aucune évolution n’est apparue dans ce domaine. Or « vous n’êtes pas votre travail, vous n’êtes pas votre compte en banque, vous n’êtes pas votre voiture, vous n’êtes pas votre portefeuille, ni votre putain de treillis, vous êtes la merde de ce monde prête à servir à tout. »

Constat que nos universitaires appréhendent comme un comportement à risque, parcequ’il dérange leur propre confort intellectuel, en tant qu’il est le bilan de leurs illusions, ou de ce Paradis qui est en réalité notre enfer ; mais également parce qu’il fait trembler leur petit monde bourgeois et borné, renversant à lui seul leurs structures cognitives dévoyées par des siècles de limitation « infra-humaine ». En réalité ces individus ne présentent de risque que pour une certaine catégorie de notables, profitant alors d’une médiocrité qu’ils imposent arbitrairement à l’ensemble de leurs contemporains.

Nous voyons là un rejet du matérialisme et de cette équation qui transforme les hommes en les objets qui les environnent, car « les choses qu’on possède finissent par nous posséder ». Ainsi, disons-le avec Tyler Durden : « Je rejette tous les présupposés de la civilisation (modernes, NDA) et spécialement l’importance des possessions matérielles » et Chateaubriand lui répondra glorieusement qu’« un homme bien persuadé qu’il n’y a rien de nouveau en histoire perd le goût des innovations, goût que je regarde comme un des plus grands fléaux qui affligent l’Europe dans ce moment. L’enthousiasme vient de l’ignorance ; guérissez celle-ci, l’autre s’éteindra ; la connaissance des choses est un opium qui ne calme que trop l’exaltation. »

C’est un fait, que la négation de l’idéologie matérialiste, qui se retrouve aussi bien dans la propension à user du sentimentalisme que dans le scientisme ou le rationalisme, est un préalable à toute modification structurelle de nos êtres.

« L’individu se perd dans la “masse”, ou du moins il tend de plus en plus à s’y perdre ; […] dans la quantité pure, […], la séparation est à son maximum, puisque c’est là que réside le principe même de la “séparativité”, et l’être est d’ailleurs évidemment d’autant plus “séparé” et plus enfermé en lui-même que ses possibilités sont plus étroitement limitées, c’est-à-dire que son aspect essentiel comporte moins de qualités ; mais, en même temps, puisqu’il est d’autant moins distingué qualitativement au sein de la “masse”, il tend bien véritablement à s’y confondre. Ce mot de “confusion” est ici d’autant mieux approprié qu’il évoque l’indistinction toute potentielle du “chaos”, et c’est bien de cela qu’il s’agit en effet puisque l’individu tend à se réduire à son seul aspect substantiel, c’est-à-dire à ce que les scolastiques appelleraient une “matière sans forme” où tout est en puissance et où rien n’est en acte, si bien que le terme ultime, s’il pouvait être atteint, serait une véritable “dissolution” de tout ce qu’il y a de réalité positive dans l’individualité ; et en raison même de l’extrême opposition qui existe entre l’une et l’autre, cette confusion des êtres dans l’uniformité apparaît comme une sinistre et “satanique” parodie de leur fusion dans l’unité. »

[…]

Si nous nous demandons ce que devient l’individu dans de telles conditions, nous voyons que, en raison de la prédominance toujours plus accentuée en lui de la quantité sur la qualité, il est pour ainsi dire réduit à son seul aspect substantiel, à celui que la doctrine hindoue appelle rûpa (et en fait, il ne peut jamais perdre la forme, qui est ce qui définit l’individualité comme telle, sans perdre par là même toute existence), ce qui revient à dire qu’il n’est plus guère que ce que le langage courant appellerait un «corps sans âme», et cela au sens le plus littéral de cette expression. Dans un tel individu, en effet, l’aspect qualitatif ou essentiel a presque entièrement disparu (nous disons presque, parce que la limite ne peut jamais être atteinte en réalité) ; et comme cet aspect est précisément celui qui est désigné comme nâma, cet individu n’a véritablement plus de «nom» qui lui soit propre, parce qu’il est comme vidé des qualités que ce nom doit exprimer ; il est donc réellement «anonyme», mais au sens inférieur de ce mot. C’est là l’anonymat de la «masse» dont l’individu fait partie et dans laquelle il se perd, «masse» qui n’est qu’une collection de semblables individus, tous considérés comme autant d’«unités» arithmétiques pures et simples ; on peut bien compter de telles «unités», évaluant ainsi numériquement la collectivité qu’elles composent et qui, par définition, n’est elle-même qu’une quantité ; mais on ne peut aucunement donner à chacune d’elles une dénomination impliquant qu’elle se distingue des autres par quelque différence qualitative. »

René Guénon, «Le règne de la quantité », le double sens de l’anonymat

Aussi, le retour à l’acte dans les premiers pas de l’initiation présente dans l’œuvre, était donc de détruire l’anonymat « infra-humaine » , ceci par le refus d’une désintégration dans la masse. L’individu sans lien et déraciné se devait de renouer avec ses frères, et ce fut dans le fracas des os contre la chair, comme dans la douleur teintée des cris diffus d’une catharsis soulevant des lambeaux de poussière entremêlés du sang des siens.
Le Fight club s’est présenté comme le retour au « soi », que Socrate appréhende dans la formule du « connaît toi toi-même », or « comment tu peux te connaître si tu t’es jamais battu ? » répond Tyler Durden.

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L’objectif est donc de déconnecter l’homme des limites qu’impose la société moderne, d’où la volonté du « lâché prise » qu’on perçoit durant l’épisode de la voiture ; s’il est vrai, comme disait Cicéron que « philosopher, c’est apprendre à mourir », l’on ne peut s’élever qu’en abandonnant toute peur de la mort. De même qu’il faut cesser d’être un enfant s’imaginant que tout n’arrive qu’aux autres, chantre d’un optimisme béat, de même dans un raisonnement absolu on pourrait dire que rien n’a d’importance, comme « l’être qui a atteint un état supra-individuel est, par là même, dégagé de toutes les conditions limitatives de l’individualité, c’est-à-dire qu’il est au-delà des déterminations de “nom et forme” (nâma-rûpa) qui constituent l’essence et la substance de cette individualité comme telle ; il est donc véritablement “anonyme” parce que en lui le “moi” s’est effacé et a complètement disparu devant le “Soi”. » (René Guénon, « Le règne de la quantité », le double sens de l’anonymat)

Néanmoins, loin de soutenir que les protagonistes réalisent une quelconque élévation spirituelle, il n’empêche que la chute dont ils étaient alors victime s’est stoppée net, de sorte qu’une récupération de la voie droite peut alors être possible. Car en s’extirpant de tous les préjugés modernes, par un solipsisme frisant parfois avec le nihilisme, l’homme du Fight club vint à chevaucher le tigre en se gardant de l’emprise d’un système mortifère. L’avènement de la marginalité, le contre-pied de la normalité et les concepts de bien et de mal, ont définitivement fait place à celui de justice.

3) Un retour à l’âge des héros ?

Nous disions que l’œuvre fraye avec le nihilisme, mais il ne va pas forcément jusqu’à la remise en question de toute signification et de tout but de l’existence humaine, il ne rend pas le monde comme fruit d’un hasard, tel que peuvent l’expliquer les dégénérés comme Stephen Hawking, mais s’arrête à l’expression rageuse d’un abandon de Dieu.

Pourtant, jamais son existence n’est niée, mais c’est finalement la volonté d’une vie simple qui l’emporte sur les spéculations métaphysiques :

« Dans le monde tel que je le vois, on chassera des élans dans des forets humides et rocailleuses du Rockfeller center. On portera des vêtements en cuir qui dureront la vie entière. On escaladera d’immenses lianes qui entoureront la tour sear. Et quand on baissera les yeux, on verra de minuscules silhouettes en train de piller du maïs ou de faire sécher de fines tranches de gibier sur l’aire de repos déserte d’une super-autoroute abandonnée. »

La mise en place d’un temps sacré apparaît comme une nécessité et renvoie à la réalisation des actes primordiaux ; les héros, ce sont les Grecs qui fabriquèrent les premiers savons avec les cendres des leurs soldats. Ce même savon, cette foi sortant des bourrelets d’une myriade de femmes obèses, gavées aux fast foods et découpées jusqu’à en faire sortir les précieuses graisses, va finalement faire exploser la société de consommation et avec elle le mode de vie moderne. Société dissoute dans le souffle d’une monnaie scripturale avalée par des lignes de codes n’ayant de réalité que parce qu’ils nichent dans des serveurs aux sous-sols de ces grandes machines à travailler.

Le résidu de la folie humaine va ironiquement faire s’envoler les piliers du système de domination et nous ramener à l’inconfort d’une société normale. Mais les idées modernes s’en iront-elles pour autant ? La mentalité cadavérique de l’anti-sacré fuira-t-elle le cœur des hommes ? Pour le savoir, il n’y a bien qu’une chose à faire… du savon.

Jérôme Carbriand

Étudiant en économie, j'ai outrepassé les limites de l'enseignement universitaire en m'intéressant aux post-keynesiens, j'ai en cela une solide maîtrise des réalités économiques. D'autre part, j'ai parallèlement voué un intérêt particulier à la lecture d'une grande partie de la philosophie occidentale dont l'incohérence générale m'a incité à étudier la "métaphysique". Dans cette voie, certains auteurs m'ont véritablement touché, c'est le cas de René Guénon, Julius Evola et Mircea Eliade. Que suis-je donc, sinon une Cassandre sans génie, dont le seul mérite aura été de tomber avant les autres, écrasé par une foule arrogante et aliénée. Je suis le mouton noir d'un troupeau aveugle, dont les yeux s'entrouvrent pour percevoir l'abîme dans lequel nous nous jetons. Je suis le cauchemar de la modernité et la honte de la Tradition pour avoir enduré la boue d'une époque aussi souillée.

1915 : mort de Rupert Brooke, l'ange foudroyé

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CENTENAIRE DE 14-18
1915: mort de Rupert Brooke, l'ange foudroyé

Michel Lhomme
Ex: http://metamag.fr
 

«Si je devais mourir, pensez de moi ceci : Qu'il est un coin de champ, dans un autre pays Qui sera pour toujours l'Angleterre.»


brooke.jpgIl y a cent ans mourait en Méditerranée sur le chemin des Dardanelles, le 23 avril 1915, le « plus beau jeune homme de l'Angleterre » selon les propos de Yeats, l'un de ses plus grands poètes, Rupert Brooke. Tout écolier anglais a récité à l'école ou le 11 novembre, devant le monument aux morts de son village les célèbres vers du sonnet The Soldier . Lors du conflit des Malouines de 1982, les engagés anglais prononcèrent encore les vers patriotiques de ce sonnet célèbre avant de partir au combat. Pourtant, Brooke ne mourut pas les armes à la main mais d'une piqure d'insecte mal soignée sur le navire-hôpital français Le Duguay-Trouin, face à l'île grecque de Skyros où son corps repose en haut d'une colline, comme la tombe de Stevenson au Samoa.


Pourquoi évoquer Rupert Brooke ? 


Il s’agit de l’un de ces poètes de guerre anglais, mort au début du premier conflit mondial, en avril 1915. Une cérémonie officielle vient d'avoir lieu dans cette île de la Mer Egée devant l'Apollon solaire qui surplombe la ville. Elle a célébré à sa façon le centenaire de la mort du poète qui, après avoir connu ses heures de gloire en Angleterre, semble, depuis quelque temps, sombrer dans l’oubli. Cet anniversaire est donc le bon moment pour le ressusciter des mémoires oublieuses.


Un numéro spécial Hors-série de la revue littéraire Inverses vient de paraître. Rupert Brooke (1887-1915) a ses aficionados, ses happy few. Né et élevé à Rugby, Rupert Brooke a tourné durant sa courte vie à Cambridge autour du cercle de Bloomsbury dont il ne faisait pourtant pas partie. Il appartenait à un autre groupe d'artistes, les poètes de Dymock, ce qu'on appelle aussi les néo-païens de l'Angleterre géorgienne, les Apôtres. 


Brooke écrivit une poésie déchirée, éprise de néo-romantisme mais aussi capable d'une modernité pointilleuse dans le réalisme accordé aux objets. Mais Brooke fut surtout un « grand amoureux » : « I have been so great a lover », courtisé par les hommes, tenté par l'amour élitiste des garçons mais inspiré au lit par les femmes. Personnage contrasté, frôlant la dépression et même la folie paranoïaque, il quittera l'Angleterre pour voyager à Berlin et aux Etats-Unis dont il rapportera ses saisissantes Lettres d'Amérique. Puis ce sera la tentation tropicale et la renaissance sentimentale et existentielle dans les Mers du Sud. Son voyage dans les îles du Pacifique est à l'origine du paradis perdu tahitien. A Papeete, il composera ses plus beaux poèmes dont Tiare Tahiti, cité en exergue de L'envers du Paradis par Francis Scott Fitzgerald, l'auteur de Gatsby le magnifique dont l'adaptation cinématographique australienne par Baz Luhrmann en 2013 fut remarquée. 


Rupert Brooke trouvera dans les îles du Pacifique l'amour féminin païen, l'amour ''sauvage'' mais tranquille, prodigue en caresses et loin des revendications égalitaristes des suffragettes anglaises qui l'assommaient. Les « exotiques » s'avéraient plus civilisées que les Européennes. Mais Brooke rentrera des Mers du Sud peu avant le déclenchement de la Première Guerre Mondiale et dès la déclaration de guerre, sans hésiter, il s'engagera : « Quand l'Armageddon frappe  à la porte, il faut y aller ». 


brookeer_9781849548014_-_Copy.jpgContrairement aux écrivains de Bloomsbury qui opteront pour l'objection de conscience, Brooke entre sur recommandation de Churchill en personne dans une division de la Marine britannique et comme officier, il prendra part à l'expédition catastrophique d'Anvers d'octobre 1914 en Belgique. En Février 1915, après une courte permission en Angleterre où il écrira ses cinq sonnets de guerre qui le rendront célèbre pour l'éternité, il s'embarque pour les Dardanelles mais il ne verra ni Gallipoli ni Constantinople. Il sera atteint de septicémie et son corps repose enterrée dans une oliveraie d'une petite île égéenne. Dans ses poèmes de guerre, Rupert Brooke exprime l'optimisme du bleu et du jeune engagé qui part joyeux défendre son pays. Ce sont les premiers mois de la guerre et l'enthousiasme patriotique est encore présent. Or, ce style ne sera plus celui des autres poètes de guerre anglais, ces monuments littéraires que sont Siegfried Sassoon et Wilfried Owen, versificateurs d'une œuvre sombre et tragique, aux vers révoltés et quasiment anarchistes dans leur dénonciation de la brutalité et de l'absurdité du premier conflit mondial. Brooke, drôle de coïncidence mourut le jour de la St-Georges et date du traditionnel anniversaire de Shakespeare. Il est l'emblématique poète anglais de 14-18 même si son charme poétique paraît parfois un peu suranné, innocent, naïf. Il écrira d'ailleurs Songs of Innocence tandis que Sassoon et Owen écrivent - et c'est tout un programme ! - Songs of Experience.


La poésie anglaise doit beaucoup à Rupert Brooke mais aussi les Pink Floyd ou Star Trek. Dans l'éloge funèbre qui avait été préparé lors du vol d'Apollo 11 et que le Président des Etats-Unis, Richard Nixon aurait du prononcer dans l'éventualité où les astronautes Neil Armstrong et Buzz Aldrin auraient été dans l'impossibilité de quitter la lune, c'est une paraphrase du Soldat de Brooke qui aurait du être utilisée et prononcée par le Président américain : « Désormais chaque être humain qui lèvera les yeux vers la lune saura qu'il existe un petit coin sur un autre monde qui est à tout jamais l'Humanité ». Ce petit coin, il faudrait l'appeler, le coin du « great lover », le coin de Rupert. Oui, il existe un petit coin de la mer Egée, dans un champ d'oliviers, une petite île, à moitié sauvage, à moitié touristique, sur laquelle dort un poète immortel et un bouleversant païen.


Pour faire plus ample connaissance avec Rupert Brooke :


- Hors-Série n°3 d'Inverses qui vient de sortir en librairie au prix de 15 euros, sous la direction de Michel Lhomme.- le numéro 1 de la revue Connexions, téléchargeable gratuitement sur le site de notre collaborateur, l'anthropologue et océaniste Jean Guiart - un essai de Philippe Barthelet, Le ciel de Cambridge - Rupert Brooke, la mort et la poésie, chez Pierre-Guillaume de Roux (23,50 euros).

Who Killed George Orwell?

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Who Killed George Orwell?
(’Twas Granny Gow, Evidence Suggests)

There’s a story about George Orwell’s death that’s been bubbling up from the underground for the past 20 years or so. To the best of my knowledge it’s never been published anywhere. And this is odd indeed, because all the essential pieces have been out on public display for a long time—in biographies, memoirs, and newspaper headlines. Anyone, almost anyone who cares to, can connect the dots.

So here’s the story, as briefly as I can put it. The writer George Orwell, alias Eric Blair, is supposed to have died at age 46, quietly and suddenly, of a lung hemorrhage, on the night of January 21, 1950, at University College Hospital, London. But actually he did not go like that. One way or another, Orwell was murdered.

UCH

University College Hospital
Slightly before Orwell’s time

At the very least, there was foul play, inasmuch as he was permitted to die a lingering death for the hour or two it took him to suffocate. Because apart from those pre-midnight hours of January 21, 1950, Orwell had been getting round-the-clock care, with nurses and orderlies always in attendance. The nurses’ station was a short distance down the hall. But on this particular night the attendants all stayed away, and let Orwell—or made Orwell—choke to death on his own blood.

He’d been in UCH for four months, and he was the hospital’s celebrity patient. Visitors to his sickbed included David Astor [1] and novelist and school friend Anthony Powell; as well as Malcolm Muggeridge, Julian Symons, and Stephen Spender.[2]  Orwell was England’s, perhaps the world’s, most famous and successful living writer.  Nineteen Eighty-Four had been topping the bestseller lists throughout Britain and North America, having sold a half-million (hardbound) copies in its first six months of publication.[3] After decades of struggle, he was now rich and famous, with a beautiful young new wife named Sonia Brownell, a former assistant editor of Horizon.

Sonia Brownell Orwell, shortly before her marriage

Sonia Brownell Orwell, shortly before her marriage

True enough, he was also frail and weak from tuberculosis. But he and Sonia and the doctors believed he was now sturdy enough to fly to a sanatorium in Switzerland on January 25th. A friend gave him a fishing rod as a going-away present. Orwell kept it at the foot of his bed, his mind full of thoughts of angling in the mountain streams around Gstaad. Sonia chartered a airplane for the flight on the 25th. On the night of the 21st, she was out at a private bar with her friends Ann Dunn and Lucian Freud, making last-minute plans for the trip (Freud was coming along to assist George). Next morning Sonia rang the hospital and learned that her husband was dead.[4]

Orwell’s sudden death, about three days before he was to fly out of the country—and when moreover he was thought healthy enough to do so—is just a little too pat, a little too fishy. And just a little too convenient for any Orwell ill-wishers, who, if not exactly legion, were nevertheless highly placed, and had a good motive for getting rid of Orwell.

Because Orwell had been “naming names” for an anti-Stalinist propaganda section of the Attlee government’s Foreign Office.  This covert propaganda office (blandly called “Information Research Department”) were hoping to enlist some liberal-minded writers to produce articles and books “to combat Communist propaganda, then engaged in a global and damaging campaign to undermine Western power and influence.”[5]

The Guardian, 11 July 1996

The Guardian, 11 July 1996

But which writers should they approach? Who in Ernie Bevin’s Foreign Office (then giving steady employment to the highly unsteady likes of Guy Burgess and Donald Maclean) could possibly distinguish between, say, a patriotic British socialist like Orwell, and a crypto-Communist or fellow-traveller?

Fortuitously there was an IRD official, Celia Paget Kirwan, who was a personal friend of Orwell himself. She proposed enlisting his aid. So in the Spring of 1949 Celia paid George a visit (he was then in a TB sanitorium in the Cotswolds). Orwell said he’d be delighted to help; he would draw up a list of filmmakers, actors, “journalists and writers who in my opinion are crypto-Communists, fellow-travellers or inclined that way and should not be trusted as propagandists . . .”[6] [7]

The list of 35 “politically unreliable” names that Orwell sent to Kirwan was amusing, opinionated, and of dubious practical value. (“Paul Robeson—Very anti-white; John Steinbeck—Spurious writer, pseudo-naif; Bernard Shaw—Reliably pro-Russian on all major issues . . .”) Nevertheless the list, and the story of Orwell’s cooperation with the IRD, remained a state secret till 10 July 1996, when the Public Records Office declassified and released the IRD documents. The following day the story that Big Brother’s creator had himself “named names” was all over the front page of London broadsheets.

The newspapers never thought to draw a connection between Orwell’s bedridden anti-Communism of April 1949 and his sudden death nine months later. No one seemed to recall that one of Orwell’s last visitors was a fellow named Andrew S. F. Gow, Orwell’s onetime classics tutor at Eton, latterly a don at Trinity College, Cambridge.

In January 1950, “Granny” Gow (as the boys had called him at Eton) suddenly materialized at University College Hospital and paid Orwell a visit.[8] The visit is suspicious on several counts. Gow had been ensconced at Cambridge since 1925 and seldom travelled even to London. He and Orwell were not fast friends; Gow had not thought much of the young Eric Blair when the latter was a lazy student at Eton College in the early ’20s. Orwell did send Gow a copy of Animal Farm in 1946, but otherwise the old tutor and student had seldom communicated. They don’t seem to have laid eyes on each other since 1927.

So what was the old don doing at UCH that day? Gow offered Orwell the lame explanation that “he was in UCH to see a Trinity man and happened to hear that Blair was there too. Years afterwards,” writes biographer Bernard Crick,”[Gow] could not remember the name of that Trinity man, and was probably making an excuse . . .”[9]

That is putting it lightly. According to several espionage historians and at least one very prominent art critic,  Gow was Anthony Blunt’s controller within the Soviet spy apparatus, and probably his recruiter as well.[10] If this is true, Gow not only was the Soviet nexus to Blunt, he controlled the other, younger, “Cambridge Spies” too—Philby, Burgess, Maclean, Cairncross, the lot.

Dessicated, crusty old Granny Gow was a most unlikely candidate for spymaster. And this could be why he was so supremely successful. Gow died in 1978 (a year before Blunt was exposed in the press), leaving very little evidence that he had ever existed. Strangely for a scholar, he published next to nothing. There are books of Horace and Theocritus “edited” by Gow; a dusty anthology or two; and a thin collection of four extremely dull Christmas letters from the early 1940s, telling about how Trinity is getting on during wartime, that I once found in the Kensington Branch Library in London. And that’s pretty much it. When you go hunting Gow, he turns into the little don who wasn’t there.

*   *   *

Brian Sewell, c. 1970

Brian Sewell, c. 1970

For the past 35 years, racy memoirist and art critic Brian Sewell has been talking and writing about his decades-long friendship with Anthony Blunt, the disgraced ex-spy, art historian, and onetime Surveyor of the Queen’s Pictures. Inevitably, in Sewell’s stories about Blunt, Andrew Gow always makes an appearance.[11]

Sewell first met Gow in 1970, when Blunt asked him to go to Cambridge and deliver a drawing that Gow wished to buy. Thereafter, till Gow died in 1978, Sewell served as a courier and go-between for the two old men. Indeed, it was Andrew Gow himself who first confided to Sewell the role Blunt had played as a Soviet spy.

But Sewell did not care for Gow at all:

Gow struck me as the coldest man I had ever encountered, a man of calculated silences, intimidating, and, beginning with “Anthony wishes you to know . . .” he told me the tale of communism and espionage that now everybody knows; he offered no other reason for doing so.[12]

In late 1979, following Sir Anthony Blunt’s public exposure as the “Fourth Man” (he had actually confessed to MI5 many years before), newspapers began to speculate about a Fifth Man. Brian Sewell wrote a letter to the Times, supporting the beleaguered Blunt, and finishing with the declaration that “the fifth man is dead.”

So Sewell long knew about Gow, and Anthony Blunt knew that he knew:

When, very shortly before his death, Anthony asked who my fifth man was, he did not demur when I said, “Andrew Gow”, but broke eye contact and stared out of the window.[13]

*   *   *

So where does this leave us? Andrew Gow—Cambridge don, Fifth Man, Soviet spy—was one of the last to see Orwell alive. It’s not necessary to wonder why or how Gow might have arranged Orwell’s demise. If we accept the idea as plausible, then the obvious answer is that Moscow gave Gow the order. Moscow had motive; Moscow had opportunity. Moscow had agents in the Foreign Office and knew that the author of Animal Farm and Nineteen Eighty-Four was assisting anti-Communists in the IRD.

So Gow went up to London, dropped in at University College Hospital, visited Orwell (“Sheer coincidence, old boy!”), noted his room location, and discovered that this quarry was planning a move to Switzerland. This last bit of news made it imperative to dispose of Orwell while he was still near at hand and could be finished off discreetly.

If we reject this explanation, then we are left with the official, “received” version, a dubious tale with nothing to recommend it. We are asked to believe that Gow’s visit was pure happenstance, completely unconnected to his role as spymaster. Orwell hemorrhaged and died—just like that!—right there in his hospital bed, with his new fishing pole nearby. And as he gasped for breath for an hour or two, not a single orderly, nurse, or physician ever bothered to look in and check up on their most famous patient.

Notes

1. David Astor, 1912-2001, publisher of The Observer newspaper, and son of American expatriates Waldorf and Nancy Langhorne Astor. Astor was also best man at Orwell’s hospital-bed wedding at UCH in October 1949.

2. Bernard Crick, Orwell (1980), and Gordon Bowker, George Orwell (2003).

3. Bowker, Ibid.

4. There is disagreement among biographers about the time of Orwell’s death. Bowker, Crick, and Hilary Spurling (Sonia’s biographer) say it was late on the 21st, while Jeffrey Meyers (Orwell, 2000) makes it the wee hours of the 21st, nearly a full day earlier.

5. Jeffrey Meyers, Orwell (2000).

6. Meyers says the Cranham visit was in April; the Guardian article from July 1996 says it was in March.

7. One of the books promoted by the IRD was Orwell’s own Animal Farm, in many foreign-language editions. IRD papers include an amusing note from an embassy official in Cairo, praising the book’s usefulness: “The idea is particularly good for Arabic in view of the fact that both pigs and dogs are unclean animals to Muslims.” (Guardian, 11 July 1996.)

8. The story of Gow’s visit to UCH is recounted in several Orwell biographies, but as of 1996 it had appeared in only one, the “authorized” George Orwell by Bernard Crick.

9. Crick, George Orwell.

10. Barrie Penrose and Simon Freeman’s Conspiracy of Silence: The Secret Life of Anthony Blunt (1988) seems to be the first “Cambridge Spies” history to discuss the Blunt-Gow connection, but this had been rumored and discussed ever since Blunt’s exposure in 1979.

11. I interviewed Sewell in 1997 for a magazine article that touched upon Blunt, and got in a question or two about Gow. The story Brian related was essentially the same one recounted here.

12. Brian Sewell, Outsider II: Always Almost: Never Quite by Brian Sewell (2012), herein excerpted [2] in The Australian, December 2012.

13. Ibid.

Article printed from Counter-Currents Publishing: http://www.counter-currents.com

URL to article: http://www.counter-currents.com/2015/05/who-killed-george-orwell/

URLs in this post:

[1] Image: http://www.counter-currents.com/wp-content/uploads/2015/05/George-Orwell.jpg

[2] herein excerpted: http://www.theaustralian.com.au/news/world/the-art-of-espionage-anthony-blunt-and-me/story-fnb64oi6-1226536778233

André Müller und Ernst Jünger

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André Müller und Ernst Jünger

Tatsächlich eine Liebesgeschichte

Von Jörg Magenau

Ex: http://www.deutschlandradiokultur.de

Beitrag hören

Für den "Zeit"-Journalisten André Müller war es ein Lebenstraum, den Schriftsteller Ernst Jünger zu interviewen. Mindestens fünf Mal trafen sich die beiden zwischen 1989 und 1996, drei Gespräche wurden aufgezeichnet. Die Originaltranskripte verraten viel über das väterliche Verhältnis Jüngers zu Müller.

Am Tag vor Ernst Jüngers 100. Geburtstag im März 1995 notierte André Müller:

"Jünger ist ein ganz unanalytischer Mensch, naiv wie ein Kind, unfähig zur Auswahl von Wichtigem, alles notierend auf verzweifelter Suche, in der unbewussten Hoffnung, andere mögen ihn (der sich nicht kennt) finden."

Vermutlich hat er damit Recht. Der Ernst Jünger, den Müller erlebte, ist weit weg vom Weltkriegs-Haudegen der "Stahlgewitter" und dem demokratiefeindlichen Theoretiker des "Arbeiters". Müller entdeckt das Kind im alten Mann. Und der Andere, den er ihm unterstellt, um gefunden zu werden, das könnte dann er selbst, Müller, sein.

André Müller war berühmt für seine Interviews in der "Zeit", die er stets konfrontativ, ja mit einer gewissen Verachtung dem Gesprächspartner gegenüber anlegte. Eigentlich ging es dabei immer nur um ihn selbst und um seinen Nihilismus und um die verzweifelte Suche nach Wahrheit. Nur drei von all seinen zahlreichen Gesprächspartnern hat er wirklich geachtet: Thomas Bernhard, Elfriede Jelinek und eben Ernst Jünger, den er hartnäckig umwarb, bis er endlich einwilligte. Bei Jünger war es sogar ein Liebesverhältnis, und Müller zögerte nicht, es genau so nach Wilflingen zu schreiben und sich ganz zu offenbaren: "Herr Jünger, ich liebe sie." So gelang es ihm, das Vertrauen des Alten zu gewinnen, der für ihn zu einer Vaterfigur werden sollte.

Originaltranskript mit Floskeln und Nichtigkeiten

Mindestens fünf Mal haben die beiden sich zwischen 1989 und 1996 getroffen. Drei dieser Gespräche wurden auf Tonband aufgezeichnet, doch nur das erste, geführt am Tag vor dem Mauerfall, ist dann stark bearbeitet und gekürzt in der "Zeit" erschienen. Jetzt kann man es zusammen mit den beiden anderen, vom Tag nach der Währungsunion 1990 und von einem Wintertag 1993, in voller Länge als Originaltranskription nachlesen, mit allen Floskeln und Nichtigkeiten, die ein Gespräch ja auch ausmachen. Das ist gerade im Falle Ernst Jüngers wichtig, für den das Gespräch – neben dem Traum – eine offene, neugierige Annäherung an Einsichten gewesen ist.

Herausgeber Christophe Fricker hat diese Dokumente belassen wie sie sind und sich auf Anmerkungen und einleitende, sehr hilfreiche Erläuterungen beschränkt. Dazu bietet der Band den Briefwechsel der beiden Gesprächspartner, Postkarten, und Mitschnitte von Jüngers Anrufen auf Müllers Anrufbeantworter. Herausgekommen ist ein Buch, mit dem man Ernst Jünger tatsächlich – und das ist schon eine Sensation – nahekommen kann, weil er sich in seiner Empfindsamkeit zeigt. Nebenbei erfährt man auch etwas über seine Verhältnisse zu Frauen und davon, dass er im Wald beim Spazierengehen laut schrie.

Es wird viel gelacht

"Gespräche über Schmerz, Tod und Verzweiflung" lautet der Untertitel. Das ist auch nicht falsch, und doch ist die Stimmung zumeist gelöst und heiter, es wird viel gelacht, Jüngers berüchtigtes, stakkatohaft-militärisches "Ha Ha!" durchzieht den Text wie ein grundierender Rhythmus. Müller berichtet, dass er, zunächst irritiert von diesem Lachen, mitzulachen versuchte, damit aber wiederum Jünger irritierte, weshalb er es dann unterließ. Der Tod jedenfalls, das ist bekannt, hat Jünger nicht geschreckt. Auch der Tod wurde von ihm als Freund begrüßt und mit einem Lachen quittiert. Komik entfalten die Gespräche auch deshalb, weil sich Müller sehr viel besser an viele Details aus Jüngers Leben zu erinnern scheint. Auf Ereignisse aus dem 1. Weltkrieg angesprochen, weiß Jünger nicht viel mehr zu sagen als: "Das ist lange her" oder "So, so, aha" oder "Wenn Sie das sagen" oder "Ha, ha." Die Gespräche produzieren bei aller Coolness, die beide zur Schau stellen, eine große Nähe und Wärme. Es ist tatsächlich eine Liebesgeschichte. Das macht dieses Buch zu einem berührenden Leseabenteuer.

Christophe Fricker (Hg.): Ernst Jünger – André Müller. Gespräche über Schmerz, Tod und Verzweiflung
Böhlau Verlag, Köln 2015
234 Seiten, 24,90 Euro

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Céline médecin et écrivain

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« Céline médecin et écrivain » par Frédéric VITOUX

Académie Nationale de Médecine (2007)

 
Frédéric Vitoux, de l'Académie française, a tenu une discussion sur le thème de Céline médecin et écrivain à l'Académie Nationale de Médecine lors de la journée du livre en septembre 2007, entretien diffusé sur Canal Académie, «magazine francophone des Académies sur Internet». Frédéric Vitoux est l'auteur de nombreux romans et essais, notamment de Louis-Ferdinand Céline, misère et parole (Gallimard, 1973), Bébert, le chat de Louis-Ferdinand Céline (Grasset, 1976), d'une biographie de Céline, La vie de Céline (Grasset, 1988). Il vient de faire paraître chez Fayard Jours inquiets dans l'Île Saint-Louis.
 

Il destino di Céline che abbandonò la vita per la letteratura

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Il destino di Céline che abbandonò la vita per la letteratura

di Stenio Solinas

Fonte: Il Giornale

La biografia firmata da De Roux è una meditazione sulla morte e sullo stile: "Aveva rischiato per tutti quelli che non rischiano niente, lecchini e giustizieri"

Dopo l'uscita di La mort de L.F. Céline , Abel Gance, un nome che da solo incarna il cinema, definì il libro «una delle più grandi pagine della nostra letteratura» e il suo autore, Dominique de Roux, uno di «quegli illuminados » sopravvissuti alla modernità.

«Quando si scava volontariamente il fossato che vi separa dagli altri - si finisce per scavare la propria tomba - ma i geni la superano e se la lasciano alle spalle. Si accorgono allora di non poter tornare indietro perché, come dice Nietzsche, “il precipizio più piccolo è il più difficile da riempire”. La tragedia dei grandi uomini comincia allora, morti o vivi, quando hanno superato la loro tomba».

A quel tempo de Roux aveva appena compiuto i trent'anni, Gance stava per toccare gli ottanta, ma a essere «più vecchio di se stesso» il primo era abituato: gli era successo con Ezra Pound, con Gombrowicz, con Borges, numi tutelari e solitari che si era messo sulle spalle e aveva riportato al centro della scena. A vent'anni aveva già fondato una rivista e scritto il suo primo romanzo, a venticinque una casa editrice da dieci titoli l'anno. La sua era un'esistenza compressa e insieme dilatata, una bulimia di esperienze propria di chi viveva con la morte in tasca: un «soffio al cuore» ereditario senza scampo, a meno di non ritirarsi ai margini, «pensionarsi» nell'illusione così di risparmiarsi. Morì che non ne aveva ancora quarantadue, lasciandosi alle spalle un pugno di libri editi e qualcuno inedito; una serie di reportage sulla guerriglia nell'Africa allora portoghese; un ruolo di consigliere politico di Jonas Savimbi, il capo dell'Unita, il movimento di liberazione antimarxista dell'Angola; un numero incredibile di polemiche giornalistiche e letterarie, prese di posizione, rotture, censure, accuse, maldicenze. «È inutile sforzarsi a invecchiare, ogni riuscita è impossibile, minati come siamo dalle nostre necessità di rottura».

È anche alla luce di questa esistenza di corsa e da corsaro delle idee che quel libro su Céline acquista un valore particolare e ora che per la prima volta è qui da noi tradotto ( La morte di Céline , Lantana editore, pagg. 135, euro 16, traduzione di Valeria Ferretti, a cura di Andrea Lombardi), il lettore italiano capisce di avere di fronte non tanto una biografia o il profilo di uno scrittore, ma una meditazione sulla morte e sullo stile, sul valore e il senso della letteratura, sul ruolo stesso di chi la fa. «L'opera di Céline resta uno degli enigmi esemplari del nostro tempo. È la scrittura a condannare Céline; è anche colei che lo salva». Come nota nella sua introduzione Marc Laudelout, editore del Bulletin célinien , la più incredibile e informata rivista sull'autore del Voyage , «mai in così poche parole il destino tragico di Céline sarà così ben definito».

Proprio perché non è una biografia in senso classico, e proprio perché scritto negli anni in cui il vero e il falso su Céline erano ancora strettamente mischiati, il libro di de Roux conserva qualche cliché céliniano (la trapanazione del cranio mai avvenuta, la copertina dell' Illustré National mai esistita, il lungo viaggio attraverso la Germania in fiamme che in realtà fu breve...) di cui il tempo ha fatto giustizia. Anche la natura dell'antisemitismo di Céline gli sfugge, ponendosi egli sulla scia di quell'interpretazione-metafora di André Gide che ormai non regge più. Non gli sfugge però già allora la natura del suo razzismo, nata sull'ossessione per la decomposizione del mondo moderno, basata sul culto della salute e della bellezza come possibile rinascita.

Di là da ciò, La morte di Céline è, come già accennato, una meditazione sulla scrittura. «La parola letteraria non ha più senso. Scrivere, e ancor più scrivere in francese, sembra essere la proiezione di una certa decadenza, di un totale fallimento di se stessi». Si avanza insomma su «termitai di parole decadute», intorpiditi nell' art and business , dove i critici si auto-proclamano creatori e gli scrittori pensano alla carriera, mai all'opera. «Pubblicano e pubblicano, sono delle pulci, ma non se ne rendono conto. Dandies paurosi come conigli, “vecchi parrucconi” della mia generazione». È l'epoca della colonizzazione dei premi letterari e dell'imperialismo degli editori: «Il prestigio si riduce al vuoto, un folclore di cretini si sostituisce alla crudeltà della poesia; la chitarra la venale vanagloria del disco, e tutte quell'esperienze ridicole, così l'Europa dell'anno I dell'era atomica».

La morte, spirituale prima che fisica di Céline, vuol dire proprio questo, il venir meno di un destino. «Céline attribuiva al poeta il potere di cambiare il mondo! Scrivere pamphlet inauditi fu il suo destino, perché voleva che la sua protesta fosse udita. Passare il limite equivaleva a screditarsi. Abbandonava la vita per la letteratura, pratica opposta a quella di Rimbaud». Isolato nel suo miraggio dell'uomo leggendario, Céline aveva capito che «le masse de-spiritualizzate, spoetizzate sono maledette».

Il fatto è che per de Roux «la carriera dell'uomo di letteratura non richiede né audacia né capacità. Si basa su così tanti stratagemmi infimi, che il primo venuto può arrampicarsi facilmente e ingannare il pubblico, con la complicità della moda del momento». Niente a che vedere, insomma, con uno che «aveva rischiato per tutti i letterati che non rischiano niente, lecchini e giustizieri. Aveva voluto essere il messaggero della totalità. Ma all'ultimo atto della tragedia, la catastrofe si esprime da sé in sentenza di morte. Si voleva che niente restasse di Céline».

Così, il pamphlet che gli dedica è una sorta di chiamata alle armi: «In Francia siamo in territorio nemico. Noi saremo sempre in territorio nemico. Gli scrittori che non vogliono sottomettersi alle parole d'ordine, alla macchina delle critiche ufficiali, che lotteranno contro le leggi e la vile dittatura delle mode, che dimostreranno con la loro opera vivente, con la provocazione delle loro vite - contro i traditori incoscienti e i falsi testimoni di professione, contro le razze degli spiriti prostrati - costoro raggiungeranno le sparse membra di Céline in questo deserto dei Tartari dove egli monta la guardia contro chi non giungerà mai». Da allora è passato mezzo secolo e purtroppo non è cambiato niente.


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vendredi, 01 mai 2015

Mishima entdecken

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Mishima entdecken

von Jens Strieder

Ex: http://www.blauenarzisse.de

Dieses Jahr wäre Yukio Mishima 90 Jahre alt geworden. Ein Sammelband beleuchtet die verschiedensten Facetten des japanischen Ausnahme-​Autors. Zweifelsohne: Mehr als ein Geheimtipp für Mishima-​Leser.

mishDDDD.jpgBereits vor fünf Jahren, kurz vor dem 40. Jahrestag seiner öffentlich inszenierten Selbstentleibung, erschien mit Yukio Mishima – Poesie, Performanz und Politik ein Sammelband. Er behandelt zentrale Themenkomplexe in dessen Werk.

Kein starrer, politischer Blick

Die behandelten Themen reichen von Mishimas Ästhetisierung und Poetisierung des Politischen über seine Beziehung zur traditionellen japanischen Dichtung und dem Theater bis hin zum performativen Charakter der eigenen Vita und der philosophischen Selbstkonzeption des Autors. Sämtliche Beiträge des Bandes stammen von Japanologen und ausgewiesenen Kennern der Materie.

Dieser Umstand hat positive und negative Seiten. Zum einen wird so ein allzu starrer Blick auf den politischen Werdegang Mishimas verhindert, zu dem häufig vor allem diejenigen neigen, die ausschließlich aus diesen Gründen mit dem Autor sympathisieren. Auf der anderen Seite führt die größere Distanz der Beiträger jedoch auch zu dem altbekannten akademischen Dünkel, der sich, ganz dem Zeitgeist verpflichtet, auch gern mal in moralisierenden Urteilen erschöpft.

Nichtsdestotrotz weisen die einzelnen Texte auf viele interessante Sachverhalte hin und untersuchen ihren jeweiligen Gegenstand mit großer Akribie. Christoph Held, der sich mit Mishimas kurzer Erzählung Yukoku, zu Deutsch Patriotismus, befasst, legt beispielsweise überzeugend dar, warum die politische Dimension der Geschichte in erster Linie als Teil ihrer ästhetischen Konstruktion zu verstehen ist. Mishima selbst sagte einmal, Yukoku sei keine politische Erzählung. Tatsächlich ging es Mishima wohl eher darum, den derart in Szene gesetzten Tod als höchsten Akt der Reinheit und ästhetischen Vervollkommnung in seinem Sinne darzustellen.

Verbindung von Geist und Tat

Sehr interessant ist auch ein Beitrag von Gerhard Bierwirth, der sich mit Mishimas Streben nach Anerkennung befasst und dabei Hegels Phänomenologie des Geistes im Hinterkopf hat. Dabei bestechen besonders seine Thesen zu Mishimas Konzeption der Verbindung von Geist und Tat hervor. Sie waren charakteristisch für den Japaner und er machte sie er auf verschiedene Weise für sich fruchtbar. In dem Beitrag Mishimas Seppuku als performatives Motiv bei Murakami und Shimada von Claudia Wünsche wird vor allem das Verhältnis der späteren japanischen Autorengeneration zu Mishima beleuchtet. Dass ein stark vom Westen geprägter Autor wie Haruki Murakami mit Mishima vergleichsweise wenig anzufangen weiß, dürfte auf der Hand liegen. Umso interessanter ist es zu sehen, wie die beiden Autoren die Person Mishimas in ihr Werk integrieren. Dies geschieht beispielsweise durch eindeutige Anspielungen. Hier wird aber auch deutlich, wie sehr Mishimas gesamtes Schaffen nach wie vor primär vor dem Hintergrund seines Todes und seiner letzten Lebensjahre betrachtet wird.

Nietzsche und Mishima

Zu dieser Zeit entstand seine nicht selten als Hauptwerk bezeichnete Roman-​Tetralogie Das Meer der Fruchtbarkeit. Auf den ersten Blick wenig originell mag der Beitrag des japanischen Sozialphilosophen Ken´ichi Mishima wirken. Gegenstand ist hier der Einfluss Nietzsches auf Mishima. Nun gibt es in der ersten Hälfte des 20. Jahrhunderts etliche Autoren, die sich mit Nietzsche beschäftigten. Der Text enthält aber einige interessante und wichtige Erkenntnisse zu Mishimas Nietzsche-​Rezeption, die unter anderem maßgebend für seinen vitalistisch-​ästhetizistischen Heroismus war. Auch die Distanz zum eigenen zeitgenössischen kulturellen Umfeld teilten beide. Etwas trockener wird es bei Rebecca Maks Untersuchung von Die Stimmen der toten Helden, die sich mit der intermedialen Dualstruktur dieser Prosaerzählung befasst und primär Japanologen bzw. Literaturwissenschaftler interessieren dürfte.

Erfreulicherweise befindet sich die Erzählung auch im Anhang, so dass deutschsprachige Leser die Möglichkeit haben, einen weiteren, bisher nicht ins deutsche übertragenen Text Mishimas kennen zu lernen. Ohne Zweifel: Alle in diesem Band versammelten Texte lesenswert. Entscheidend ist dabei wohl, wo der Interessenschwerpunkt des jeweiligen Lesers liegt. Für begeisterte deutsche Mishima-​Leser ist der Band jedoch wohl unverzichtbar. Denn die bisher zu diesem Autor erschienene Sekundärliteratur ist kaum oder nur noch antiquarisch erhältlich.

Yukio Mishima – Poesie, Performanz & Politik. Iaponia Insula. Studien zu Kultur und Gesellschaft Japans Bd. 21. Iudicium Verlag 2010. 269 Seiten. 24 Euro.

mercredi, 29 avril 2015

Knut Hamsun, pagano europeo contro Mammona

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Knut Hamsun, pagano europeo contro Mammona

Autore:

Ex: http://www.centrostudilaruna.it

Quando si crede nell’individuo come persona umana e non come numero imbastardito, si è a disagio nella società dei costruttori di artifici economici. Quando si ama la propria terra natìa, fatta di boschi, paesaggi, volti conosciuti, si lenzi di natura profonda, ci si sente estranei al caos volgare della massa cosmopolita. E quando si crede alla dignità dell’uomo, al suo onore di vivere in sintonia col creato e in armonia con una vita semplice e onesta, nella comunità dei simili solidali, si avverte repulsione per il mondo sub-umano dei trafficanti di denaro, dei lucratori del lavoro altrui, della setta oscura che giorno e notte tesse la tela delle frodi finanziarie e degli inganni ideologici umanitari.

kh1.jpgKnut Hamsun fu di questo stampo: l’uomo europeo eterno. Un figlio della sua terra, la Norvegia, che portò sempre nel cuore anche quando, da giovane, visse a lungo in quell’altro mondo, quel vero e proprio mondo alla rovescia che erano già alla fine dell’Ottocento gli Stati Uniti: la terra promessa della schiuma dell’umanità, dove alcuni avventurieri senza scrupoli erano diventati magnati e grandi capitalisti, dando fondo con l’ottusità fanatica che è tipica del talmudista quacchero a tutto un prontuario di egoismi utilitaristi, in ossequio alla legge oscena del profitto. Hamsun ebbe modo di conoscere bene e da vicino il concetto di “libertà” in uso nella repubblica stellata, i suoi metodi di “umanitarismo” massonico e la sua pratica di perversione acquisitiva. Conobbe di persona l’ignoranza e la rozzezza intellettuale, la povertà spirituale e l’arroganza di un ammasso umano che con l’idea tradizionale europea di popolo non ha mai avuto nulla in comune.

Un paese che, eternamente con la Bibbia in mano, praticò e pratica lo schiavismo molto più a Nord che a Sud e sia in casa propria che in quelle altrui e fin dagli esordi, erigendo quella spaventosa società di paria alienati che è la cosmopoli industriale, nella cui fornace sin dalle origini venivano gettati bambini, donne, negri e immigrati di ogni sorta, al fine di costruire un freddo Leviatano, al cui vertice una ristretta congrega di arricchiti dominava già allora con metodi discriminatori una massa enorme di manipolati. La volgarità dei gusti americani fu ben tratteggiata dal giovane Hamsun, il quale, fin dai suoi tempi, riconobbe la sostanza inferiore di una mentalità che rifiuta l’intelligenza in favore dell’astuzia, non riconoscendo il genio creatore ma solo la scaltrezza necessaria al parvenu per far fortuna con la frode, per accumulare denaro e potere.

In La vita culturale dell’America moderna (1889) il giovane Hamsun avanzava osservazioni che ognuno di noi, a così tanti decenni di distanza, farebbe bene a rimeditare: «Dal punto di vista dello spirito, l’America è in realtà una nazione terribilmente sorpassata. Possiede uomini d’affari energici, investitori scaltri, speculatori temerari, ma ha troppo poco spirito, troppo poca intelligenza… In America si è sviluppata una vita che ha come unici scopi il procacciamento del cibo, l’acquisizione di beni materiali e l’accumulo di patrimoni. Gli Ameriani sono talmente presi dalla loro corsa al guadagno che su questa si concentra tutto il loro ingegno e ogni loro interesse orbita intorno al profitto. I cervelli si assuefanno a lavorare solo con valori e sfilze di numeri, i pensieri non hanno occupazione più gradita di quella offerta dalle diverse operazioni finanziarie».

La miseria morale di un anti-popolo suddiviso fra padroni-detentori della ricchezza e massa anonima istigata all’unica legge del consumo, veniva vista da Hamsun come la degenerazione e il rovesciamento dell’ideale europeo di civiltà. Era già qualcosa di morto nonostante fosse appena nato, qualcosa di corrotto e superato. La sindrome del produttivismo ha generato incoltura e istinti volgari, in un mare di piattezza dozzinale, dove ogni barlume di quella poca cultura ricevuta di seconda mano dall’Europa diventava, allora come oggi, “merce di strada”, giornalismo popolano, sensazionalismo plebeo, una merce priva di ogni stile, qualità, valore: «In America – scriveva Hamsun – non c’è possibilità di sviluppo per le cose che non possono essere misurate in numeri e non c’è, quindi, nessuna speranza che possa nascere una vita intellettuale… Gli Americani sono uomini d’affari, nelle loro mani tutto diventa operazione economica, ma sono gente poco spirituale e la loro cultura è pietosamente inesistente». L’America ha riclato gli sbandati di mezzo mondo, ne ha fatto dei cittadini, ma cittadini americani, e nulla di più. Essi sono un deflagrante miscuglio di iattanza anglo-calvinista e di carenza valoriale, di stampo apolide e cosmopolita. Il tutto, pericolosamente rimestato, ha prodotto il paradossale etnocentrismo statunitense, un’acida infusione di fondamentalismo biblista, insolenza xenofoba, fanatismo provinciale. Hamsun sottolineava con forza questo grossolano oltranzismo: «L’assoluta ignoranza nei riguardi dei popoli stranieri e dei loro meriti è uno dei difetti nazionali dell’America. Gli Americani non studiano il grande sapere universale nelle loro common schools. La sola geografia autorizzata in queste scuole è quella americana, la sola storia autorizzata è quella americana – il resto del mondo viene liquidato con un’appendice di un paio di pagine». Ed è infatti risaputo che le famose università americane, senza la cattura a pagamento dei migliori cervelli europei, sarebbero solo vuote cattedrali di ignoranza e di incolto provincialismo.

kh2.jpgHamsun elogiava l’autoctonia, non il provincialismo; l’autoctonia di chi, avendo come lui molto viaggiato, a ragion veduta riconosce l’importanza delle radici, della Heimat, del contatto con le sane e immutabili origini. Nato nel 1860, Knut Hamsun fin dalla giovinezza fece tutti i mestieri, da calzolaio a maestro elementare a spaccapietre, finché la sua sete un po’ vichinga per gli spazi non lo portò in America dove, anche qui, nonostante il suo animo sensibile e le sue doti di poeta e scrittore, non si peritò di fare il venditore ambulante o il cocchiere: spirito di viandante, non emigrante ignaro e disperato, ma uomo ben cosciente della sua dignità. Tanto che dopo molto aver visto e conosciuto in America, in Europa e in Asia, se ne tornò alla sua terra e di questa, sentita come Madre-patria e scrigno di identità, divenne uno dei massimi cantori che abbia avuto la narrativa europea. Amore per le proprie radici, culto della terra madre, devozione panteista verso la natura e le sue segrete energie, esaltazione della vita semplice dell’uomo dei campi, di colui che difende la propria personalità dagli assalti della violenta società progressista.

Questi i valori di Hamsun. Da uomo antico, egli disprezzava le “mezze culture” che hanno partorito l’industrialismo e la febbre mercantile; in lui il prestigio aristocratico del “signore della terra” è una celebrazione di potenza poetica, che ne fa, insieme ad altri ingegni (pensiamo a Pound, a d’Annunzio, a Heidegger), uno degli ultimi grandi testimoni della civiltà europea. Il suo soggettivismo (che non è individualistico egoismo alla liberale, ma eroismo faustiano di un figlio del popolo) e il suo lirismo naturalistico lo innalzano a figura degna di un paganesimo mistico, che si leva in una vibrante condanna della razza dei profittatori.

Rude anima nordica, la sua, ma capace di passione, di sensuale commozione e di dolci abbandoni, alla maniera della natura, che sa essere ad un tempo selvaggia e tenera. Hamsun era capace di misterici trasporti, conversava con piante e pietre, avvertiva presenze sacre nei silenzi notturni: «È la luna, dico in silenzio, con passione, è la luna! E il mio cuore batte per lei con nuovi battiti. Dura qualche minuto. Un alito di vento, un vento sconosciuto viene a me, una strana pressione dell’aria. Che cosa è? Mi guardo attorno e non vedo nessuno. Il vento mi chiama e l’anima mia assentendo si piega a quel richiamo ed io mi sento sollevato dalle realtà circostanti, stretto a un invisibile petto, i miei occhi si inumidiscono, io tremo. Dio è in qualche luogo vicino e mi guarda…», così scrisse in Pan (1894), uno dei suoi capolavori.

A un simile poeta, tuttavia, la loggia dei fabbricanti d’oro volle riservare l’infamia.Vincitore nel 1920 del premio Nobel per la letteratura, Hamsun aveva aderito fin da giovane al movimento neoromantico nazionalista norvegese, che conciliava laengtam (la volontà inflessibile) con staenming, l’armonia cosmica in cui uomo e macrocosmo si fondono. Amico della Germania ma anche della cultura russa, vide con favore l’ascesa del nazionalsocialismo tedesco, ravvisando in Hitler i tratti del vendicatore della tradizione europea contro i manipolatori economici e finanziari e il creatore di una nuova religiosità di stirpe. Resa visita al Führer nel 1943 al Berghof, collaborò col regime di Quisling, difese il progetto europeo con l’arma della sua penna. E quando Hitler morì tragicamente, lungi dal piegare la testa dinanzi ai vincitori, su un quotidiano di Oslo ne celebrò la figura di «guerriero in lotta per l’umanità, un apostolo del diritto dei popoli e un riformatore del più alto rango».

kh3.jpgCe n’era abbastanza perché, alla maniera con cui gli americani e i sovietici usavano trattare i loro oppositori intellettuali, nel 1945 venisse giudicato pazzo e rinchiuso in manicomio, ripetendo la medesima via di passione imposta a Ezra Pound. Nel suo libro Per i sentieri dove cresce l’erba, scritto negli ultimi tempi della sua vita, Hamsun così ricordava la dichiarazione che aveva reso coraggiosamente davanti ai giudici: «Mi era stato detto che la Norvegia avrebbe occupato un posto eminente nella grande società mondiale germanica in gestazione; chi più chi meno, allora tutti ci credevamo. E anch’io vi avevo creduto… Pensate: la Norvegia del tutto indipendente, rilucente di luce propria nell’estremo nord dell’Europa! E quanto al popolo tedesco, come pure al popolo russo, io li vedevo come astri rilucenti. Codeste due potenti nazioni mi possedevano e pensavo che esse non avrebbero deluso le mie speranze!».

Il sogno europeo di Hamsun parve abominio ai suoi giudici democratici asserviti ai nuovi padroni, la sua passione per la patria eterna proprio dai traditori venne spacciata per tradimento. Condannato nel 1948 a un risarcimento in denaro per i suoi “crimini”, Hamsun fu rovinato moralmente e materialmente e, ultranovantenne, venne infine rinchiuso in un ospizio e ufficialmente diffamato. Ma ciò che a noi resta di lui, e che i suoi persecutori non poterono cancellare, è l’esempio di una vita libera e nobile, di un uomo che non ha piegato la schiena neppure nella sventura. Resta la sua religione della vita, del lavoro onesto e silenzioso, la sua mistica della solitudine creatrice, del senso panico della natura primordiale e del popolo che vive in sintonia con la sua terra. Restano i valori di uomo della tradizione che attraversa la degenerazione della modernità senza farsene contagiare, ma anzi rinsaldando la volontà di opporre la qualità alla quantità, la forza di un Io integro allo sfaldamento coscienziale dell’alveare massificato: tutto questo è racchiuso nei suoi molti romanzi, da Fame (1890) a Terra favolosa (1903), da Un viandante canta in sordina (1909) fino a Il cerchio si chiude (1936). La lotta sostenuta a viso aperto e per tutta la vita da quest’uomo antico e insieme moderno appare oggi un severo e insieme trascinante insegnamento per tutti coloro che non vogliono imboccare la strada della resa di fronte ai dominatori cosmopoliti.
 
Oggi Hamsun rappresenta un esempio straordinario per tutti i popoli gelosi della loro identità, e per quelli europei in modo particolare. La congiura dei dissacratori e dei farisaici materialisti, dal basso di una putrescente “normalità” da insetti, non poteva non giudicare “pazzo” un uomo così diverso da loro, così orgoglioso della sua anima norrena e del suo sangue di contadino europeo.
 
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Tratto da Italicum, novembre-dicembre 2014, anno XXIX, pp. 30-32.

vendredi, 24 avril 2015

Cinéma: les enfants terribles de Big Brother

Cinéma: les enfants terribles de Big Brother

Œuvre contre-utopique par excellence, 1984 de George Orwell a depuis longtemps connu une prospérité indéniable dans les salles obscures. Pas tant en termes d’adaptation qu’en celui d’influence. D’Alphaville de Jean-Luc Godard à Matrix des frères Wachowski, en passant par Brazil de Terry Gilliam et Equilibrium de Kurt Wimmer, partons à la rencontre des rejetons orwelliens.

Publié en 1948, le célèbre roman d’Orwell nous propulse dans une société totalitaire où la liberté individuelle n’existe pas ; les personnes sont broyées, conditionnées, enrégimentées, sous la coupe d’élites déshumanisées y faisant la loi pour leur propre intérêt.

1984 est aujourd’hui devenu le terme générique pour ceux qui veulent, sous forme de fable, pourfendre tous les totalitarismes ou formes totalitaires de domination, et pas seulement le communisme ou le fascisme que l’auteur a connu et combattu. Comme le note François Bordes, « Orwell est, en effet, devenu, une sorte d’imago, une projection fantasmatique. Son visage se confondrait alors avec l’image inconsciente d’un maître perdu, d’un penseur de gauche pur et « adorable », au sens étymologique, c’est-à-dire que l’on peut adorer et prier dans l’espoir de retrouver une explication du monde. » (« French Orwellians ? La gauche hétérodoxe et la réception d’Orwell en France à l’aube de la Guerre froide », Agone, n° 45, mars 2011)

Transpositions éclectiques

Le cinéma n’échappe pas à cette réappropriation (parfois malencontreuse) du roman d’Orwell. Laissons de côté les adaptations des deux Michael (Anderson en 1956, Radford en 1984) pour se concentrer sur les références – explicites ou non – présentes dans certaines œuvres de science-fiction.

« Il arrive que la réalité soit trop complexe pour la transmission orale. La légende la recrée sous une forme qui lui permet de courir le monde », annonce la voix caverneuse au début d’Alphaville (1965) de Godard. Réalité d’un monde déshumanisé, mécanique et froid comme le carrelage des grands ensembles des années 1960, préfigurant l’horreur urbaine dans toute sa splendeur (et faisant songer aux décors uniformes et glacés de THX 1138 (1971) de George Lucas). Légende d’un cinéma luttant contre la disparition de l’art et de la conscience dans les sociétés consuméristes post-modernes, avides de technologies et de contrôle. La réalité, c’est aussi une bureaucratie étouffante et kafkaïenne, à l’instar de celle de Brazil (1985), dans laquelle déambulent des humains plus soumis qu’autonomes qui, s’ils ne sont pas prisonniers de cuves remplies de liquide amniotique comme dans Matrix (1999) n’en demeurent pas moins esclaves (souvent inconscients) du système qui les écrase. Dans tous les cas, la surveillance est proportionnelle au bonheur/Bien universel proclamés par l’État/parti totalitaire.

Violence mécanique contre lutte biologique

À l’instar de Winston déclarant, dans 1984, « Je comprends COMMENT ; je ne comprends pas POURQUOI », il ne faut jamais dire « pourquoi » mais « parce que » dans Alphaville. Ou quand les finalités du système nous obsèdent et nous échappent inlassablement. Le « pourquoi » étant la question légitime de tout homme libre désirant trouver un sens à l’absurdité du monde, quand le « parce que » découle de la logique implacable d’individus devenus machines qui ne savent rien mais calculent, enregistrent et se contentent de tirer des conséquences. La conséquence de cette logique ? La force comme seule et unique réponse. « Ici, il n’y a pas de pourquoi », répond le nazi d’Auschwitz à Primo Levi, qui venait de lui demander pourquoi il lui avait arraché le glaçon qu’il espérait lécher pour étancher sa soif.

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Brazil, de Terry Gilliam

Le Parti de 1984 se livre à l’élimination systématique des opposants, réels ou potentiels : on « épure », on arrête ou on « vaporise » à tout va. Les gens non assimilables par le système sont exterminés. Dans Matrix, les machines de Zero One dissolvent et recyclent les humains inutiles pour nourrir les vivants. Une logique identique, en quelque sorte, à celle de Soleil Vert (1973) de Richard Fleischer. Dans Alphaville, on condamne des hommes à mort pour avoir agi de façon illogique : pleurer la mort de sa femme est synonyme d’une rafale de mitrailleuse dans le bide. On exécute également les « anormaux » dans un théâtre en forme de chaise électrique géante, puis on les jette aux ordures pour laisser la place à de nouveaux condamnés. La solution écologique extrême pour régler le problème démographique en somme… Néanmoins, certains peuvent être guéris à grands coups de propagande. On les envoie donc dans… un HLM (Hôpital de la longue maladie) !

Une autre caractéristique de cette violence est l’impérialisme exponentiel. Tout totalitarisme maintient un état de guerre permanent et total en fédérant la masse contre un ennemi objectif en vue de réaliser un paradis terrestre (la fin de l’histoire ou la pureté de la race). Dans 1984, cela se traduit par les conquêtes extérieures se réalisant à travers la guerre aux deux autres États totalitaires (l’Estasia et l’Eurasia).

« Il y a partout la même structure pyramidale, le même culte d’un chef semi-divin, le même système économique existant par et pour une guerre continuelle. » (1984)

Se considérant d’une race supérieure, Alpha-60, l’ordinateur tout puissant d’Alphaville, ne trouve rien d’illogique à détruire l’homme ordinaire et à écraser les peuples « inférieurs » des autres galaxies. Devant la sidération de Lemmy Caution (« c’est impensable, une race entière ne peut être détruite »), l’ordinateur fasciste prétend tout calculer pour que l’échec soit impossible. Et Caution de rétorquer : « Je lutterai pour que cet échec soit possible », notamment en liquidant les savants fous qui « serviront d’exemple terrible à tous ceux qui prennent le monde pour un théâtre où la force technique et le triomphe de cette force mènent librement leur jeu. »

Novlangue variable et temps malléable

alphaville.jpgAlphaville de Jean-Luc Godard

Dans 1984, le parti manipule le langage à sa guise. Le déplacement des mots déréalise la réalité : c’est le but de la novlangue qui, en supprimant des mots et en les contractant, rend abstraite la réalité qu’ils décrivaient et détruit la pensée qui les sous- tendait. C’est le cas notamment des termes majeurs comme « honneur, justice, moralité, internationalisme, démocratie, science, religion. » La vérité historique est détruite : les rectifications sont des rectifications mensongères et les nouvelles statistiques sont des corrections de statistiques fantaisistes. La substitution d’un non-sens à un autre. Tout est incertain, le passé est aboli dans la mesure où on peut le réécrire au gré des besoins de la politique quotidienne.

Au sein d’Alphaville, des mots maudits disparaissent, remplacés par des nouveaux : « pleurer », « lumière d’automne » et « tendresse » sont supprimés au nom de la rationalité. Personne ne sait plus ce que veut dire le mot « conscience ». Natacha cherche en vain sa signification dans la Bible, seul livre autorisé, transformé en dictionnaire et réduit au strict logique minimum. Comme le dit cyniquement Alpha-60, « La signification des mots et des expressions n’est plus perçue. Un mot isolé ou un détail isolé dans un dessin peuvent être compris mais la signification de l’ensemble échappe. »

« Le mot « guerre », lui-même, est devenu erroné. Il serait probablement plus exact de dire qu’en devenant continue, la guerre a cessé d’exister. […] Une paix qui serait vraiment permanente serait exactement comme une guerre permanente. [C’est] la signification profonde du slogan du parti : La guerre, c’est la Paix. » (1984)

Le roman de George Orwell accorde également une importance considérable à la question du temps car il représente un enjeu aux yeux du pouvoir. Maîtriser le temps, c’est assurer sa domination sur les citoyens en régissant tous les instants de leur vie. Les individus se trouvent dépossédés de toute appréhension personnelle du temps : non seulement ils ne décident pas de la façon de l’occuper, mais ils ne peuvent pas non plus se repérer dans l’histoire, puisque celle-ci fait l’objet de falsifications. Ils sont donc livrés, pieds et poings liés, à la structure du temps imposée par le Parti de façon autoritaire. En affirmant un présentisme absolu et indiscutable (« personne n’a vécu dans le passé, personne ne vivra dans le futur. Le présent est la forme de toute vie ») l’ordinateur Alpha-60 est celui qui contrôle le passé et donc l’avenir, le présent et donc le passé.

Huxley en contre-champ

Orwell, qu’on a tendance à mettre à toutes les sauces, n’est pourtant pas la seule référence du cinéma de science-fiction contestataire. L’influence du Meilleur des mondes (1932) d’Aldous Huxley est tout autant primordiale chez les cinéastes de la seconde moitié du XXe siècle.

Dans ce roman, l’État mondial impose le bonheur à tous ses sujets grâce à l’abondance des biens renouvelables, la satisfaction des sens, la liberté sexuelle, la suppression de toute privation, de toute émotion, le soma euphorisant, etc. Les hommes sont donc heureux dans l’ordre matériel. C’est là une grande différence avec l’anticipation sombre d’Orwell dans laquelle le Parti a une soif insatiable de pouvoir total sur tout être humain. De plus, l’auteur de 1984 s’inspire davantage de la contre-utopie archétypale du Russe Evguéni Ivanovitch Zamiatine, Nous autres (1920), que du Meilleur des mondes, car la soif de pouvoir, le sadisme et la cruauté sont absentes du roman d’Huxley, tandis que Zamiatine avait perçu ce côté irrationnel, barbare et fanatique du totalitarisme, essentiel selon Orwell.

On trouve ainsi l’inspiration du Meilleur des mondes dans Bienvenue à Gattaca (1997) d’Andrew Nicol pour la dimension eugéniste. Chez Huxley, les bébés naissent en flacons par portées de jumeaux pouvant atteindre 16 012 individus, tous identiques, ne possédant aucune curiosité intellectuelle. Dans le film génial de Nicol, le génotype des enfants est pré-sélectionné avant leur naissance et conditionne leur vie future, professionnelle comme sentimentale.

nous-autresDe son côté, Equilibrium (2002) de Kurt Wimmer explore l’annihilation des sentiments à coups de drogue permanente. Le prozium du film, censé protéger les hommes de leurs passions destructrices, renvoie au soma du livre qui réduit tous les obstacles entre le désir et la satisfaction et permet de se libérer de la réalité au profit du rêve.

Dans THX 1138 (déjà cité), le bonheur est obligatoire et le consumérisme est l’unique horizon indépassable : « Achetez plus et soyez heureux. » Cependant, l’interdiction des actes sexuels renvoie davantage à la ligue Anti-sexe de 1984. Les influences de ces deux colosses se croisent et se complètent couramment.

Alphaville, quant à lui, fait directement écho à la caste suprême du Meilleur des mondes : les Alphas. Les sujets de l’État mondial imaginé par Huxley, répartis en castes immuables (alpha, bêta, gamma, delta et epsilon) dès leur mise en flacon, ne questionnent jamais la légitimité de la place et des tâches qui leur sont assignées. Le pouvoir absolu choisit, dirige, réprime et neutralise tout ce qui pourrait menacer l’ordre. À ce titre, Alphaville, cité des êtres supérieurs dénués d’émotion inutiles, est bien le « monde des meilleurs ».

Enfin, et pour compléter ce sombre tableau, l’art, qui se nourrit de tragédies, de larmes, d’angoisses, de passions violentes, n’a pu survivre dans le monde du signe de T (comme le modèle de voiture T de Ford), pas plus que dans celui de Big Brother. La littérature fait peur à l’institution car le patrimoine culturel, le pouvoir des mots pourraient contrecarrer la soumission aux stéréotypes officiels, susciter une pensée personnelle, déstabiliser le discours d’autorité. La littérature véhicule une représentation du monde ancien qu’il faut détruire. Elle informe, éveille, aiguise l’esprit critique, transmet de génération en génération des textes qui restent toujours vivants. On brûle donc les tableaux dans Equilibrium, les livres dans Fahrenheit 451 (1966) et lorsque Alpha-60 demande à Lemmy Caution : « Savez-vous ce qui transforme la nuit en lumière ? », celui-ci répond : « la poésie ».

L’amour comme acte politique

Et l’espoir dans cette armada de cauchemars ? Le seul recours au monde inhumain est incarné par le rebelle, l’opposant, le dissident, le fugitif, le réfractaire, les prolétaires des bas-fonds de Londres d’Orwell, les sauvages de la réserve d’Huxley. Et, plus que tout, c’est l’amour qui constitue l’acte révolutionnaire par excellence face à la machine totalitaire. Dans 1984, tout amour, tout lien érotique, toute tendresse, donc toute fusion intime personnelle, est prohibé car échappant à l’emprise de l’État. Comme pour I-330 dans le roman de Zamiatine et, de manière plus ambiguë, pour Lenina dans celui d’Huxley, c’est une femme qui incarne la rébellion, la possibilité de la dissidence, tout simplement parce que, malgré ses travers et ses manques, elle incarne la vie, le vivant, ce qui est par définition et essence impossible à totalement canaliser. Ainsi, l’embrassement de Winston et Julia « avait été une bataille, leur jouissance une victoire. C’était un coup porté au Parti. C’était un acte politique. » L’amour, cette  « chose qui ne varie ni le jour ni la nuit, dont le passé représente le futur, […] une ligne droite qui pourtant, à l’arrivée, a bouclé la boucle » : la réponse à l’énigme de Caution, Alpha-60 ne pourra la trouver sous peine de devenir humain (« mon semblable, mon frère ») et donc de s’autodétruire.

« Le commandement des anciens despotismes était : « Tu ne dois pas ». Le commandement des totalitaires était : « Tu dois ». Notre commandement est : « Tu es ». » (1984)

On se souvient également du baiser de Trinity qui ramène Néo d’entre les morts au beau milieu du chaos final, perturbant la logique mécanique des agents de la matrice. C’est aussi Natacha qui prononce lentement « Je…vous…aime », les derniers mots du film de Jean-Luc Godard, se sauvant elle-même de l’aliénation mentale. Une fin infiniment plus optimiste que celle de 1984 où les anciens amants, après un passage terrifiant au Ministère de l’Amour, ont retourné leur amour réciproque pour celui, véritable, envers Big Brother. En ce sens, Brazil est plus fidèle à la contre-utopie d’Orwell avec un faux espoir final des plus déprimants.

Le feu de la subversion

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Matrix Revolutions

Dans Le Meilleur des mondes, John le Sauvage, face à l’humiliant esclavage d’une structure sociale fermée et étouffante, réitère son droit à la transgression. « Je n’en veux pas du confort. Je veux Dieu, je veux de la poésie, je veux du danger véritable, je veux de la liberté, je veux de la bonté. Je veux du péché. » Le « droit d’être malheureux » qu’il revendique en toute lucidité participe de la condition et du bonheur d’être un homme véritable.

Demeurer un homme en refusant la perfection mathématique de la raison instrumentale c’est également ce que fait Lemmy Caution, en répliquant à l’un des 14 milliards de centres nerveux composant Alpha-60 qui trouvent logique de le condamner à mort : « Je refuse de devenir ce que vous appelez normal. […] Allez vous faire foutre avec votre logique ! »

Nos desserts :

jeudi, 23 avril 2015

Bij het overlijden van Günter Grass (1927-2015)

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Door: Jean-Pierre Rondas

Grassland

Bij het overlijden van Günter Grass (1927-2015)

Jean-Pierre Rondas neemt afscheid van Günter Grass

GGé.jpgBij me thuis hangt een litho van Günter Grass met een zelfportret als Dummer August, een domme nar of triestige ‘rode’ clown met een zotskap gemaakt van het krantenpapier waarop de Duitse ‘weldenkende’ pers hem als nazi had besmeurd. Gij domme august, zegt het gedicht dat rond zijn kop gekrabbeld staat, komisch toch zoals ge hier nu muilen staat te trekken onder het snelrecht van de rechtvaardigen: Schnellgericht der Gerechten. Had beter kunnen weten.

Deze ‘Gerechten’ waren de mensen die hem in de media hadden belasterd omdat hij in 2006 in een roman (De rokken van de ui) had opgebiecht dat hij zich in 1944 op zeventienjarige leeftijd bij het leger had aangemeld om het vaderland te verdedigen. Hij wou bij de onderzeeërs vertelde hij, maar werd onmiddellijk ingelijfd bij de Waffen-SS. Gelukkig werd hij in april 1945 door de ‘Amis’ gevangengenomen. Wie goed naar de foto’s van toen had gekeken wist dit natuurlijk allemaal. Maar nu vertelde Grass de geschiedenis van zijn indiensttreding voor de eerste keer van naaldje tot draadje, het ‘detail’ van de SS inbegrepen. Het gehuil in de pers der ‘Gerechten’ was enorm. Eindelijk hadden ze hem te pakken, de man die het heel zijn leven had bestaan om anderen te beoordelen. Weliswaar net zoals zijn belasteraars politiek links, maar zoals nu bleek met een duister verleden. Hele boekdelen zijn er verschenen met alleen maar de persknipsels rond deze zaak – druipend van verontwaardiging.

Het punt van zijn tegenstanders was dat hij met een eerdere bekentenis van het ‘SS-detail’ nooit tot het geweten van Duitsland had kunnen uitgroeien. Nu bleek dat hij niet beter was dan de andere Duitsers van die generatie die hij juist vaak hun Lebenslüge had verweten. Deze leugen bestond er dan in dat ze zo laat mogelijk met de hele waarheid op de proppen waren gekomen. Als ‘geweten’ van Duitsland stond Grass trouwens in een lange en respectabele traditie. De namen van Thomas Mann en Heinrich Böll mogen hier volstaan om dit fenomeen op te roepen. Maar deze status liet het hem ook toe om dingen ter sprake te brengen die ‘rechtsere’ auteurs slechts konden vermelden op straffe van eeuwige intellectuele verbanning. Grass was moedig, en schreef over de miljoenen Duitsers die in 1945 uit het Oosten werden verdreven, met als tragisch hoogte- of dieptepunt de keldering van de Gustloff in de Baltische Zee, met duizenden slachtoffers tot gevolg. Ook Duitsers hadden onder de oorlog geleden. Het heeft lang geduurd voor links dat kon toegeven. De ultieme stap was zijn SS-verhaal, met het beschreven gevolg. Einde Geweten van de natie.

gg1.jpgGrass was wel wat tegenstand gewoon, en als meester-spelmaker van de publieke opinie kon hij zijn belagers ook gemakkelijk uiteenspelen. Memorabel is die kaft van Der Spiegel waarop de gevreesde criticus Marcel Reich-Ranicki een roman van Grass letterlijk in tweeën scheurt – hopelijk was het boekwerk al een beetje ‘voorgescheurd’ want in een twee drie kon je de turven van Grass niet zomaar kleinkrijgen: De bot, De rattin, Een gebied zonder eind, De blikken trommel – ik vermeld enkel de ‘dikste’. En telkens won Günter Grass. De bitterheid in de correcte pers werd er niet minder om. Tot ze hem tot prulschrijver degradeerden – precies zoals ze nu doen met de filosoof Peter Sloterdijk.

Grass is zijn leven lang een militant van die goeie ouwe SPD geweest, de socialistische partij van Duitsland. Hij heeft een hyperactieve literair-intellectuele verkiezingscampagne gevoerd voor de beide socialistische bondskanseliers Willy Brandt en Helmut Schmidt. Toch is onlangs uit correspondentie en uit interviews gebleken dat de raspolitici de bemoeienis van de ‘beweger’ Grass niet altijd op prijs hebben gesteld. Hij dacht namelijk op basis van zijn bijdrage een heel belangrijke plaats in de SPD in te kunnen nemen. Zoals we hier te lande kunnen ervaren, weten we dat bewegers en politici heel andere rollen te spelen hebben.

Koele minnaar van de hereniging

Op nog een ander niveau heeft Grass zich heel consequent vergist. Lang voor de val van de Muur (1989) was er al sprake van de hereniging van de ‘beide Duitslanden’, de Bondsrepubliek en de DDR. En al veel langer zag Grass dat niet zitten. In 1983 vertelde hij mij in een interview dat er een Duitse cultuurnatie moest gesticht worden waarbij het aantal politieke staten om het even was. Net zoals die Franse minister na de Eerste Wereldoorlog hield Grass zoveel van Duitsland dat hij er zoveel mogelijk van wilde. Dat zegde hij omwille van dezelfde redenen die deze Fransman aanhaalde: de middenpositie van Duitsland in Europa is nu eenmaal problematisch. Verleid Duitsland dus niet! In die tijd haalde Grass altijd dezelfde voorbeelden aan van de Rheinbund en van het Frankfurter parlement dat in 1848 in de Paulskirche vergaderde – waarbij hij nooit kon kiezen tussen een federaal Grossdeutschland (te groot want met Oostenrijk erbij, maar toch democratisch) dan wel een Kleindeutschland (leuker want klein, maar jammer genoeg met de militaristische Pruisen aan het bewind).

Het komt erop neer dat Grass de hereniging van Duitsland absoluut niet heeft toegejuicht. Toch heeft hij altijd de nationale kwestie ter sprake willen brengen. Met Grass kon je op hartelijke manier luidruchtig van mening verschillen over de natie en het nationalisme. Hij heeft de kwestie niet aan rechts overgelaten, en tegelijkertijd bezat hij de gave zich in de positie van de tegenstander te verplaatsen en zelfs vele elementen van diens redenering over te nemen – anders was er immers geen dialoog. En tot dialoog was Grass altijd bereid. Want zijn grote onderwerp, zijn macro-propositie als het ware, was en bleef Duitsland. Duitslands geschiedenis, Duitslands verwording in het Derde Rijk, en Duitslands wederopstanding vandaag, maar dan kritisch begeleid en met wantrouwen bekeken. Daartoe was hij gerechtigd.

In de praktijk (maar minder in theorie) had Grass op zijn eentje lang voor de val van de Muur Duitsland herenigd. Hij deed dat op twee manieren. Ten eerste waren er zijn pogingen om zijn collega’s uit het verstikkende regime van de DDR weg te verleiden. Hij was de grote inspirator van onder meer het Haager Treffen (in Den Haag): een ontmoeting van West-Duitse auteurs met hun DDR-collega’s, met Stefan Heym, Hermann Kant, Christa Wolf, Stefan Hermlin, Günter de Bruyn en vele anderen die ik daar heb leren kennen. Dit heeft onmiskenbaar bijgedragen tot de val van het regime. En ten tweede waren het zijn geschriften die Duitsland mentaal herenigden, bijvoorbeeld door het juweeltje van Das Treffen in Telgte, of met zijn adagium van die andere Wahrheit die niet A of Niet-A is. Na de val van de Muur heeft hij zijn terughoudendheid tegenover de hereniging laten varen in de schitterende, maar jammer genoeg minder bekende roman Ein weites Feld (Een gebied zonder eind) waarin het de spionage is die het continuüm vormt tussen alle historische Duitslanden die er geweest zijn, van Metternich tot de Stasi, van Fontane tot Hans-Joachim Schädlich.

Oskar Matzerath

gg3.jpgEn dan, natuurlijk, zijn ‘echte’, grote, originele, onnavolgbare debuut: De blikken trommel. Die Blechtrommel is evident een oorlogsroman. Het is juist dat de immer klein blijvende Oskar Matzerath op den duur als ‘pseudo-dwerg’ bij een variétégroep belandt die de soldaten aan het front en aan de Atlantikwall wat amusement moest brengen. Maar de beschreven gebeurtenissen en oorlogshandelingen kunnen niet verder staan van wat bijvoorbeeld een Jonathan Littell evoceert in De welwillenden. Daarin komen slechts gruwelen voor, begeleid door de analyse van de psyche van hen die de gruwelen beramen. Met De blikken trommel konden de Duitsers leven: geschreven van binnenuit, en dus met als stof datgene wat de mensen toentertijd redelijkerwijze konden weten – mensen die immers over geen ooievaarsblik beschikken maar slechts over de beperkte blik van de spelers op de kleine rechthoek waar ze handelen. In vergelijking met wat Reemtsma’s Wehrmacht-tentoonstellingen te zien gaven gebeurt er in De blikken trommel niets. Precies daardoor heeft deze roman bijgedragen tot Auseinandersetzung en Vergangenheitsbewältigung.

De blikken trommel is een boek dat wemelt van beelden en fantasieën, van ware leugens en gelogen waarheid. Wie Volker Schlöndorffs film gezien heeft weet wat ik bedoel. De grootmoeder zit ergens in de Kaschuben (de streek ronds Grass geboortestad Danzig) op een aardappelveld rauwe aardappelen te roosteren op een smeulend vuurtje. Ze draagt drie rokken, en met het verhaal van de wekelijkse verwisseling van deze rokken begint Grass zijn roman. Daar loopt in de verte een figuurtje weg voor zijn Pruisische achtervolgers. Tot hij cirkels begint te trekken rond de grootmoeder, almaar nauwer. En zich onder haar rokken verstopt. En zo werd Oskars vader verwekt.

Tenminste, zo trommelt het kinds blijvend kind Oskar dit verhaal op. Op een blikken trommel die ook Grass’ motieventrommel is gebleven tot het einde van zijn leven. Grass ‘begeleidt’ me nu al veertig jaar. Ik ben er hem dankbaar om. Moge hij, clown of niet, blijven leven in Grassland! Want daar vertelt hij alle ‘rechtvaardigen’ gewoon omver.