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samedi, 11 septembre 2021

Douze œuvres de science-fiction qui ont préfiguré la grande réinitialisation

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Raphael Machado:

Douze œuvres de science-fiction qui ont préfiguré la grande réinitialisation

Ex: http://novaresistencia.org/2021/09/08/12-obras-de-ficcao-cientifica-que-prenunciaram-o-grande-reset/

Le Great Reset est le projet de restructuration économique mondiale et d'ingénierie sociale annoncé par le Forum de Davos l'année dernière, en pleine pandémie. Dans le cadre de son programme, nous avons le capitalisme vert (qui implique la privatisation de la nature), le remplacement à grande échelle des travailleurs par des machines, l'intensification de la précarisation du travail, la promotion du génie génétique et du transhumanisme, et diverses autres idées, toutes au profit des milliardaires et de la destruction inéluctable de l'humanité. Mais la Grande Réinitialisation a été annoncée, tout au long des XXe et XXIe siècles, par des pronostics que l'on repère dans la littérature de science-fiction. Plus que de simples fantasmes lysergiques ou des divertissements puérils, nombre des ouvrages que nous énumérons ici se sont révélés être de véritables manuels de l'élite mondiale.

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12 - Le Camp des Saints (Jean Raspail)

Le Camp des saints, de l'écrivain français Jean Raspail, dûment primé et décédé en 2020, est probablement le point le plus politiquement incorrect et le plus controversé de notre liste. Publié en 1973, Le Camp des saints relate le voyage simultané de centaines d'immenses navires, chacun chargé de milliers ou de dizaines de milliers d'immigrants, du tiers-monde vers l'Europe. Dans les capitales européennes, une élite complaisante et aliénée, dotée d'une "mauvaise conscience", célèbre l'arrivée des immigrants comme une "rédemption" pour le passé.

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Sur les plages du sud de l'Europe, la population autochtone fuit de peur. Les soldats, sans la fibre morale de leurs ancêtres et sans soutien politique ou médiatique, désertent et fuient face à l'invasion. Les hordes invasives refusent de s'intégrer, elles pillent, assassinent les indigènes et continuent d'exiger un niveau de vie digne du premier monde, soutenues dans les rues par des mouvements anarchistes. En quelques jours, tous les gouvernements européens capitulent, les nouveaux arrivants deviennent la majorité de la population en l'espace de quelques mois, et les familles blanches sont contraintes de partager leur foyer avec des immigrants. Le livre est écrit comme s'il s'agissait du journal d'un personnage qui se serait réfugié en Suisse, le seul pays qui n'a pas encore ouvert ses frontières, et qui est condamné et sanctionné par tous les autres pays occidentaux jusqu'à ce qu'il ouvre enfin ses frontières lui aussi. Une vision dystopique véritablement prophétique, et pour cette raison même, condamnée et attaquée de manière de plus en plus fanatique au fil du temps.

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11 - Soft City (Hariton Pushwagner)

Soft City, bande dessinée légendaire de l'icône du pop art norvégien Hariton Pushwagner, offre une vision de la massification titanesque de la vie dans une mégalopole moderne. L'œuvre a été perdue peu après son achèvement en 1975 et n'a été retrouvée, dans un grenier, qu'en 2002. Écrit et dessiné entre (et pendant) des trips de LSD, Soft City dépeint une journée dans une mégalopole d'un futur (ou d'un présent ?) dystopique. Des bâtiments immenses, massifs et impersonnels dominent le paysage, avec des millions de personnes, plus ou moins identiques, vivant un quotidien plus ou moins identique et répétitif, comme des fourmis qui vivent pour travailler, manger, procréer et dormir, et regarder la télévision entre les deux. Pour maintenir la population satisfaite et conforme, des pilules et un régime alimentaire conçus pour éliminer toute dissidence et dissoudre tout sens de la personnalité. Rappelant des œuvres cinématographiques telles que Metropolis de Fritz Lang ou Les temps modernes de Charles Chaplin, Soft City reflète la banalité et l'aliénation de la vie quotidienne qui est la nôtre (ou du moins qui l'était, jusqu'au confinement perpétuel), démontrant que le futur dystopique tant redouté par les visionnaires du début et du milieu du XXe siècle est déjà là.

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10 - Fahrenheit 451 (Ray Bradbury)

Fahrenheit 451 est l'œuvre la plus célèbre de l'écrivain américain Ray Bradbury, peut-être le principal responsable de la promotion de la science-fiction comme haute littérature, et non plus comme épra-littérature". L'œuvre a été écrite en 1953, en pleine période de persécution idéologique du maccarthysme. Mais si, à première vue, il semble qu'il traite principalement des dangers de la censure d'État, et c'est dans ce sens qu'il est diffusé aujourd'hui, ce n'est pas ce que Bradbury avait l'intention d'aborder avec ce livre. En fait, si Fahrenheit 451 ne portait que sur la censure d'État, l'œuvre ne mériterait même pas d'être mentionnée ici. Dans l'univers construit par Bradbury, l'humanité se désintéresse tout simplement des livres avec l'avènement de la télévision. Pour aggraver les choses, tous les pays deviennent tellement "diversifiés" qu'il n'y a tout simplement plus de majorités, seulement des minorités partout. Chacune de ces minorités se sent offensée et agressée par certaines choses, et elles exigent toutes des coupes dans les oeuvres, une censure permanente et des révisions "politiquement correctes" des créations littéraires. Pour faire face à cette situation, et pour concurrencer la télévision, les livres sont de plus en plus abrégés, au point de ne plus contenir de récits, mais seulement des résumés de faits. Ce n'est qu'après tout cela que le gouvernement commence à utiliser les services des pompiers pour brûler de vieux livres, offensants pour les minorités, et sur la base des plaintes des voisins. Et rien de tout cela n'est une "interprétation". Ray Bradbury a littéralement dit que Fahrenheit 451 traitait des dangers du politiquement correct et de l'hégémonie des minorités lors d'interviews dans les années 1990 et la première décennie du nouveau millénaire.

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9 - Neuromancien (William Gibson)

L'un des pères de la littérature dystopique cyberpunk, Neuromancer est probablement la principale œuvre responsable des visions d'un avenir dans lequel l'humanité vit connectée à des appareils de simulation collective de la réalité. En ce sens, le classique de William Gibson a donc été la principale influence littéraire de la série de films Matrix des frères Wachowski. Avec une étrange prescience, Gibson a inventé en 1982 le concept de cyberespace, comme une hallucination collective consensuelle avec un arrière-plan technologique, qui n'est devenu que récemment l'objet de réflexions stratégiques et géopolitiques et un nouveau champ de bataille dans les opérations de guerre hybride des grandes puissances. Le monde de Neuromancer est une désolation urbaine d'immeubles couvrant toute la planète, où il n'y a que des super-riches et des travailleurs précaires, les deux classes "améliorées" par des implants cybernétiques, soit dans des hôpitaux de luxe, soit dans des cliniques clandestines. Dans ce monde entièrement contrôlé par des méga-corporations transnationales sans visage, les hackers agissent comme des mercenaires dans des guerres secrètes privées. C'est un monde entièrement homogénéisé, pasteurisé, standardisé et nivelé par l'accélération de la mondialisation, avec une population nomade et mixte entièrement dépendante de la technologie et totalement ensorcelée par les stimuli hormonaux dérivés d'une réalité virtuelle à laquelle on accède par des implants. Impossible de ne pas être troublé par les parallèles avec notre monde et, pire, avec le monde que le Forum économique mondial veut instaurer par le biais du Great Reset.

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8 - Transmetropolitan (Warren Ellis)

Histoire d'un journaliste indépendant, en guerre contre le gouvernement, les médias et les institutions, Transmetropolitan se déroule dans un avenir lointain où les mégapoles s'étendent sur la majeure partie de la surface de la planète et où la technologie est si avancée qu'elle permet le clonage de masse et toutes sortes de manipulations génétiques. L'humanité se dégrade dans la même mesure, inversement proportionnelle, que la technologie progresse. Dotée d'une mémoire et d'une capacité d'attention très courtes et d'un goût pour l'iconoclasme aveugle, la société humaine suit des modes allant des implants pour ressembler à des extraterrestres à la consommation de chair humaine génétiquement modifiée. Le protagoniste, Spider Jerusalem, est un anarchiste sociopathe toxicomane, clairement inspiré de Hunter S. Thompson, qui lance une enquête sur le président qui révèle d'immenses systèmes de corruption et qu'en fait, le politicien en question ne voulait se faire élire que parce qu'il détestait le peuple et voulait faire de sa vie un enfer. Contre un gouvernement corrompu et un peuple apathique qui ne se soucie que de satisfaire ses propres désirs éphémères, l'arme de la vérité.

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7 - La machine s'arrête (Edward Morgan Foster)

Dans la liste que nous établissons ici, c'est probablement notre lecture la plus sombre et peut-être aussi la plus dérangeante. The Machine Stopped est une nouvelle publiée en 1909 par Edward Morgan Foster, nominé 16 fois pour le prix Nobel de littérature, et surtout connu pour son œuvre A Passage to India, qui a été adaptée au cinéma par David Lean et a remporté deux Oscars. Avec un peu plus de cent ans d'avance, Foster envisageait un avenir d'isolement individuel absolu, où chaque personne vivrait dans des cubicules hexagonaux, sans jamais voir ni avoir de contact personnel avec un autre être humain. Dans ce futur, une immense machine mondiale connecte tous les individus dans un réseau de communication vidéo. Les boutons donnent accès aux produits de première nécessité tels que la nourriture, les vêtements et les divertissements, et pratiquement tout le monde se satisfait de cette existence sans contact humain, sans effort et sans accès au plein air et à la nature.

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Pourquoi vivent-ils tous dans ces cubicules souterrains ? Car selon les autorités, le monde extérieur est inhabitable et il n'est pas possible de respirer l'air de la surface. Les personnes ne doivent pas non plus avoir de contact avec d'autres personnes, en raison du risque de contamination. Le protagoniste est un homme insatisfait et non conformiste, qui prend la difficile décision d'abandonner le confort et la sécurité de son box pour s'échapper de la Machine et s'aventurer dans le monde extérieur, qu'il découvre non seulement habitable mais aussi doté de paysages de nature luxuriante.

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6 - 1984 (George Orwell)

Probablement le titre le plus célèbre de notre liste et, à notre avis, injustement considéré comme le récit dystopique qui ressemblerait le plus à notre présent (ou futur proche). Néanmoins, 1984 reste un classique et une œuvre très intéressante de George Orwell. Nous osons faire une interprétation de cette œuvre qui va au-delà de la surface. La droite admire la littérature orwellienne parce qu'elle a construit le fantasme qu'il est un auteur anticommuniste et que cela suffit (tout comme ils ont falsifié Soljenitsyne). La réalité est que, avec ses nuances (et nous nous référons ici à la notion que le monde d'aujourd'hui doit plus à la dystopie huxleyenne qu'à la dystopie orwellienne), le totalitarisme décrit par Orwell, avec ses éléments de nouveaux riches et de double langage, est pleinement et exactement réalisé dans notre société occidentale globale, libérale et unipolaire. La "désidéologisation" post-libérale qui a lieu dans les années 1990 a précisément pour outil la construction progressive d'un "code linguistique" qui sert à délimiter les positions entre amis et ennemis. Ce "code linguistique" est précisément ce que l'on appelle aujourd'hui le "politiquement correct".

Le politiquement correct est exactement le code linguistique du post-libéralisme (c'est-à-dire du libéralisme dans sa phase postmoderne). Il appelle l'avortement "avortement" et les coupes sociales "réforme". Elle donne à sa dictature mondiale le terme de "gouvernance" et appelle la guerre des sexes et la dé-féminisation des femmes "autonomisation". Les bombardements et les coups d'État sont appelés "interventions humanitaires", tandis que des mots comme "patrie", "virilité" et autres sont interdits ou ridiculisés. La précarisation des relations libérales est appelée "flexibilisation", tandis que les ennemis sont paralysés, effrayés ou réduits au silence par des "mots-clés" tels que "macho", "fasciste", etc. Quelles que soient les intentions d'Orwell, sa dystopie se déroule précisément dans la société ouverte, aux antipodes du fascisme et du communisme. Et c'est là, dans cette imprévisibilité de la réalisation de la prédiction, dans la fuite au-delà des intentions conscientes de l'artiste, que nous voyons comment l'œuvre d'art, lorsqu'elle est vraiment grande, devient beaucoup plus grande que son créateur.

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5 - The Private Eye (Brian K. Vaughan)

The Private Eye de Brian K. Vaughan est présent sur un mode inhabituel dans notre liste. Alors que la plupart des autres œuvres de la liste traitent du rôle croissant de l'internet et de la virtualisation de la vie, The Private Eye traite d'un avenir post-internet. Dans un futur dystopique où l'humanité est entièrement dépendante de l'internet, des médias sociaux et des nuages de stockage de données, un événement aux proportions apocalyptiques surnommé "Cloud Burst" expose publiquement tous les secrets, les goûts, les peurs, les intérêts et les fétiches de l'humanité. La fuite massive de données entraîne une paranoïa généralisée et, à partir de ce moment, tout le monde commence à porter des masques dans ses relations sociales, à utiliser de faux noms et à mener une vie aussi isolée et privée que possible. L'Internet n'existe plus. La vie privée devient le bien le plus précieux, et l'isolement et l'anonymat permanent deviennent la norme. Le protagoniste est un détective privé engagé pour enquêter sur la vie de la personne qui l'a engagé, pour passer au peigne fin toute information passée qui pourrait affecter ses perspectives d'emploi, et finit par être impliqué par inadvertance dans une intrigue beaucoup plus vaste... .

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4 - Altered Carbon (Richard K. Morgan)

Écrit par Richard K. Morgan, l'un des auteurs de science-fiction les plus primés de ces dernières années, Altered Carbon se déroule dans un futur lointain. Tous les pires cauchemars dystopiques se sont réalisés et ont même été transcendés. L'humanité est déjà passée par la phase des cyborgs, des implants cybernétiques et du génie génétique avec la fusion entre l'ADN humain et l'ADN animal. Des scientifiques ont découvert le secret de l'immortalité matérielle, en réalisant une scission artificielle entre la "conscience" et le corps.

La "conscience" est désormais stockée sur des disques durs situés à l'arrière de la tête, et le contenu de ces disques peut être transporté par la technologie de communication par satellite. C'est précisément cette avancée qui a permis à l'humanité de coloniser des planètes dans toute la galaxie. Mais cette séparation définitive entre le corps et la conscience a des implications immenses et sinistres. D'une part, le corps est définitivement devenu une simple marchandise, un pur objet. L'inégalité matérielle fait que les riches peuvent toujours choisir le corps qu'ils retrouveront après leur mort, tandis que les pauvres doivent se contenter de corps tirés au sort, de corps donnés ou de restes. Ceux qui n'y ont pas accès voient leur conscience figée à jamais dans un tiroir.

Des siècles de ce processus ont assuré un abîme incommensurable entre les zillionnaires littéraux (appelés "Mathusalem") et les gens ordinaires. Les technologies de réalité virtuelle sont à l'origine des divertissements les plus populaires. Grâce à elles, il est possible d'expérimenter toutes sortes de sensations et de perceptions depuis un fauteuil. Il est possible de faire l'expérience de la prostitution virtuelle et des robots prostitués, tandis que les Mathusalem (pour la plupart dégénérés par l'ennui généré par l'immortalité) fréquentent assez fréquemment les bordels de luxe où il est possible de payer pour assassiner le corps (mais pas la conscience) d'une prostituée. L'humanité, dispersée sur plusieurs planètes, est gouvernée par une sorte de Fédération sur le modèle de l'ONU. Globalement, on peut dire qu'Altered Carbon dépeint le futur lointain d'un monde où la Grande Réinitialisation s'est déroulée sans entrave.

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3 - Feed : Total Connection (Matthew Tobin Anderson)

Feed : Total Connection, écrit par Matthew Tobin Anderson, est l'une des œuvres les plus récentes de cette liste. C'est peut-être pour cette raison qu'elle présente un très haut degré de précision dans son analyse. Comme de nombreuses autres œuvres de dystopie cyberpunk, Feed aborde des thèmes tels que le consumérisme, la domination planétaire par une oligarchie internationale d'entreprises et des questions telles que les technologies de l'information, l'extraction de données et la protection de la vie privée, mais avec un accent thématique spécifique. Dans Feed, la majeure partie de l'humanité a déjà reçu des implants cérébraux capables de permettre une connexion directe à l'internet. Dans ce cas, il n'y a pas de contrôle personnel sur son corps, ses sentiments ou même sa propre mémoire. Comme aujourd'hui, après avoir simplement mentionné quelque chose qui nous intéresse, nous sommes déjà bombardés par le marketing de produits sur notre téléphone portable et notre ordinateur, dans Feed tout cela se passe dans l'esprit même. Avez-vous pensé à aller à la plage ? Vous recevez immédiatement un marketing publicitaire d'une agence de voyage. De tous les futurs décrits dans la littérature dystopique, celui-ci est peut-être le plus littéralement réaliste et le plus proche de nous aujourd'hui.

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2 - La machine à remonter le temps (H.G. Wells)

Le classique La machine à explorer le temps, du très célèbre H.G. Wells, raconte un futur situé dans des millions d'années, dans lequel l'humanité a évolué au point de se diviser en deux espèces distinctes: les Eloi et les Morlocks. Les premiers sont des êtres physiquement parfaits (mais intellectuellement naïfs, absolument dépourvus d'esprit et d'initiative) qui vivent dans l'oisiveté et ne consomment que ce qui est produit par les Morlocks. Ces derniers sont une race hideuse et grotesque qui vit sous terre et qui est la seule capable de produire des biens de consommation, faisant véritablement vivre les Eloi. Les Morlocks, eux, se nourrissent des Eloi. Le protagoniste de l'histoire, connu seulement comme le Voyageur du temps, considère que, malgré tous les regrets, ce futur de l'humanité est une utopie. Selon lui, c'est le destin de la société de classe: le prolétariat deviendra les Morlocks et l'élite deviendra les Eloi.

Les métaphores avec les divisions de classe dans notre société sont évidentes. Et si nous prenons les autres œuvres mentionnées ci-dessus, ainsi que les récents développements concrets de la science et de la technologie, nous voyons réellement une élite qui s'éloigne de plus en plus des masses et qui aura bientôt accès au génie génétique pour assurer sa propre perfection physique, tandis que la majeure partie de l'humanité vivra très bientôt dans des bidonvilles, des ghettos, des tenements et des cubicules. Le plus intéressant ici, cependant, est que Wells n'était pas simplement un écrivain, mais effectivement un penseur, avec des prétentions d'ingénieur social, engagé dans les projets mondialistes de la Fabian Society. Ses œuvres ne sont pas de simples fantaisies destinées à divertir, mais recèlent des contenus programmatiques.

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Dans des ouvrages comme La conspiration ouverte ou Le nouvel ordre mondial, il prône l'instauration d'un État mondial, fondé sur le libre marché, qui éliminerait les frontières, tout nationalisme, toute identité, gouverné par des techniciens et des scientifiques, qui auraient pour objectif de garantir la paix, le bonheur et les loisirs. Les écrits de Wells ont influencé la fondation de la Société des Nations, ainsi que la Déclaration universelle des droits de l'homme. En pratique, on peut considérer que le Great Reset n'est rien d'autre que la mise en œuvre des idées de H.G. Wells.

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1 - Brave New World (Aldous Huxley)

Il n'est pas surprenant que l'œuvre littéraire qui se rapproche le plus du projet de la Grande Réinitialisation et qui préfigure donc le mieux notre avenir soit le Brave New World d'Aldous Huxley. L'humanité a été presque entièrement unifiée par un État mondial dirigé par une technocratie de scientifiques et d'ingénieurs qui ont fait du transhumanisme une réalité. Les enfants ne naissent plus de manière naturelle, mais sont produits en laboratoire, par génie génétique. Les différentes religions ont été remplacées par une religion synthétique. Les cultures traditionnelles n'existent plus, l'ensemble de l'humanité participe à la même pseudo-culture de divertissement trivial permanent. En outre, les citoyens vivent constamment dopés par le Soma, une drogue de synthèse qui garantit le bonheur, la passivité et la docilité.

L'économie est entièrement basée sur la consommation et grâce à l'omniprésence des médias de masse, l'homme sert l'économie par une consommation constante plutôt que d'utiliser l'économie comme un moyen. Si d'autres dystopies prévoient une coercition directe, Brave New World envisage un avenir dans lequel chaque aspect de la vie humaine est contrôlé par de grandes entreprises et une technocratie gouvernementale, où personne ne possède rien qui lui appartienne ni aucune liberté authentique, mais où personne ne s'en soucie et où tout le monde est simplement heureux et distrait par d'innombrables futilités. Il s'agit d'une expression littéraire de la devise infâme du Forum de Davos énoncée par Klaus Schwab: "Vous n'aurez rien et serez heureux".

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dimanche, 29 août 2021

Les ombres de la surveillance de masse et des régimes éternels

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Les ombres de la surveillance de masse et l'ère des régimes éternels

Emanuel Pietrobon

Ex: https://it.insideover.com/societa/le-ombre-del-controllo-permanente-e-dei-regimi-eterni-sul-futuro-del-mondo.html

L'avenir (in)évitable du monde semble être celui de la surveillance de masse. Un avenir auquel personne ne pourra échapper, car les microphones et les caméras seront partout, et qui changera radicalement l'histoire de l'humanité, peut-être pour toujours. Car ce futur, qui se matérialise progressivement sous nos yeux, ne rencontrant que peu ou pas de résistance de la part des Humains, pourrait être le début d'une nouvelle ère: l'ère des régimes éternels.

Il n'y a pas de retour en arrière possible en matière de surveillance

L'avenir du monde est illibéral, que nous l'acceptions ou non, et par illibéral nous n'entendons pas un avenir dominé par les populismes de droite de mémoire trumpienne, mais un avenir dominé, précisément, par la réduction des libertés individuelles. Un avenir dominé, en somme, par des régimes politiques qui commettent des actes liberticides sous prétexte de protéger les libertés de la collectivité.

Ces manoeuvres liberticides seront acceptées par les masses, qui les accueilleront comme les Troyens en leur temps ont ouvert les portes au Cheval d'Ulysse, et cela pour trois raisons: ils seront intoxiqués par les pluies torrentielles issues des clouds du biopouvoir - des psyops créés pour tromper l'opinion publique -, ils seront assommés par les effets soporifiques de l'hypnopédie et du soma - toute référence à Aldous Huxley est purement intentionnelle - et ils seront empêchés de se rebeller contre les abus de la techno-tyrannie parce qu'ils sont contrôlés en permanence par Big Brother.

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Les plus sceptiques pourront taxer ce scénario d'irréalisme et de pessimisme anthropologique, le croyant entaché d'une fascination pour la dystopie apocalyptique, mais leurs convictions ne peuvent et ne veulent pas altérer la réalité des faits. Et la réalité des faits, c'est-à-dire le cours des événements, suggère que le monde se dirige depuis un certain temps déjà vers le destin du contrôle permanent. Edward Snowden, Yuval Harari et Jean-Luc Mélenchon, trois personnalités très différentes qui, après avoir observé de près le dégagement de la surveillance de masse et la répression de la dissidence pendant la pandémie, nous ont récemment mis en garde contre cette dérive, invitant les citoyens ordinaires à prendre acte de l'émergence progressive de nouveaux totalitarismes.

Vers la montée des régimes éternels ?

Les régimes de contrôle permanent, qu'ils soient occidentaux ou basés dans le reste du monde, ont certaines particularités en commun. La plus importante, sans aucun doute, est liée à leur raison d'être: ils sont créés pour satisfaire des objectifs extemporanés - de la lutte contre le terrorisme à la lutte contre une pandémie - et, une fois l'urgence passée, ils sont maintenus intacts sous réserve de leur utilité pour la sécurité publique et le bien-être collectif. Et ceux qui s'opposent à une mesure destinée à protéger la collectivité ne peuvent, à l'évidence, qu'être nuisibles, qu'ils soient porteurs de sombres secrets, qu'ils soient poursuivis (et poursuivables) au nom de la présomption de culpabilité.

Les régimes éternels sont déjà là, bien que peu l'aient remarqué. Ils sont très répandus, présents sur toutes les masses continentales et régissent un nombre croissant d'États-nations. Ce sont les régimes politiques qui emploient des contrôleurs de réseau - Google, Facebook, Twitter, YouTube et similaires - pour faire taire les dissidents, en les dé-plaçant. Qui, à la fin d'une crise, normalisent l'extraordinaire exceptionnel - constitué de caméras intelligentes pour la reconnaissance faciale, de drones pour le contrôle territorial et de suivi illégal des téléphones portables - en persuadant les citoyens de la bonté et du caractère inévitable de la "nouvelle normalité". Qui réécrivent le passé en renversant les statues et en réécrivant les livres, et qui dominent le présent en imposant des outils orwelliens tels que la psychoréalité, la bisexualité, la bien-pensance, le néo-langage et les moments de haine. Et qui, enfin et surtout, introduisent des états policiers et des formes d'euthanasie de la pensée et de la créativité, comme le système de crédit social, sous couvert de concordia civium murus urbium.

Les régimes éternels sont donc déjà là, et ils sont tels parce qu'ils sont incroyablement capables de légitimer leur existence aux yeux des masses et de réprimer la dissidence par une surveillance omniprésente et la stratégie éternelle de la polarisation induite - les poches d'opposition, au-delà de leur danger réel, sont isolés et suscitent la haine de la majorité manipulée par la propagande - possèdent les capacités régénératrices de l'Hydre de Lerne - dont ils partagent également la toxicité, le génie malin et la propension à tromper.

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Les implications de l'éternisation des régimes politiques

Nous sommes à l'ère des guerres hybrides et sans limites, où tout est ou peut être une arme: des organisations non gouvernementales qui peuvent endoctriner la population de leur rival aux multinationales qui peuvent coloniser des secteurs productifs entiers, des pirates informatiques qui peuvent faire s'effondrer des infrastructures critiques telles que des hôpitaux et des centrales électriques, et des médias, tant nouveaux que traditionnels, qui peuvent diviser les sociétés jusqu'à la guerre civile.

La lente montée en puissance des régimes éternels est cependant destinée à modifier profondément cette façon de faire la guerre et à changer le concept même des relations internationales. Parce qu'un régime éternel, par définition, exerce un contrôle total et omniprésent sur tout ce qui concerne l'État, et est potentiellement capable de se régénérer, et de progresser avec l'âge sans sombrer dans la démence sénile, grâce à l'utilisation de la surveillance de masse. Une surveillance qui dote la classe dirigeante d'un large éventail de pouvoirs, dont la répression préventive des soulèvements populaires, la transformation des opposants en lilliputiens, en Emmanuel Goldstein, et la réduction significative des marges de manœuvre des cinquièmes colonnes.

Ces pouvoirs découlent de l'expansion sans précédent d'une nouvelle forme de surveillance - miniaturisée parce qu'elle est introduite dans les foyers et dûment fixée parce qu'elle peut être projetée partout, des places aux gares -, rendue possible par le progrès technologique et emblématisée par l'expansion des télécaméras intelligentes, le dronage du ciel à des fins policières et la dépendance croissante des gens à l'Internet des objets et du corps.

L'histoire décidera de récompenser ou de condamner cette prédiction qui, si elle se réalise un jour, pourrait annoncer le début d'une ère de confrontations hégémoniques longues et économiquement inconfortables parce qu'elles opposeront des puissances dotées d'un pouvoir thaumaturgique d'auto-guérison. Des puissances éternelles telles que l'Eurasie, l'Eastasie et l'Océanie. Des puissances dont l'existence nous semble être une fiction irréalisable, mais qui existent, aujourd'hui encore, et qui, entre une urgence et une autre, transforment lentement leurs rêves de vie éternelle en réalité.

08:10 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, surveillance, surveillance de masse, dystopie | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

jeudi, 22 juillet 2021

Théorie et pratique du collectivisme oligarchique de J.B.E. Goldstein

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Théorie et pratique du collectivisme oligarchique de J.B.E. Goldstein

Ex: https://rebellion-sre.fr/theorie-et-pratique-du-collectivisme-oligarchique-de-j-b-e-goldstein/

« C’était un lourd volume noir, relié par un amateur sans nom ni titre sur la couverture. L’impression paraissait légèrement irrégulière. Les pages étaient usées sur les bords et se séparaient facilement, comme si le livre avait passé entre beaucoup de mains. Sur la page de garde, il y avait l’inscription suivante : théorie et pratique du collectivisme oligarchique par Emmanuel Goldstein. » Ces mots décrivent l’instant où Winston Smith tient entre ses mains le livre pour la première fois. Il est seul chez lui, se sent en sécurité et commence alors la lecture en savourant chaque mot, chaque phrase, avec une attitude quasi religieuse. C’est l’œuvre damnée par excellence et le lire en Océania relève de la plus grande des transgressions par le simple fait que son auteur, Goldstein, est « l’ennemi du peuple », « le traître fondamental » qui commandait un réseau clandestin de conspirateurs appelé la Fraternité. On raconte qu’il y avait « des histoires que l’on chuchotait à propos d’un livre terrible, résumé de toutes les hérésies […], et qui circulait clandestinement çà et là. Ce livre n’avait pas de titre. Les gens s’y référaient, s’ils s’y référaient jamais, en disant simplement le livre ». Avant de se faire traquer puis torturer par la police de la Pensée, Winston aura eu le temps de lire le premier chapitre « L’ignorance c’est la force » et le troisième, « La guerre c’est la paix »…

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Le lecteur aura bien évidemment reconnu le très fameux 1984 de Georges Orwell, roman dystopique incontournable, écrit en 1948 et qui sous de nombreux aspects, fait écho au monde d’aujourd’hui. Pourtant, ce qui semble être une fiction totale issue d’une imagination débordante, est remise en question dans une vidéo datant de 2014 et qui atteste de l’existence du livre Théorie et pratique du collectivisme oligarchique d’un certain J.B.E. Goldstein. Cette vidéo qui se présente comme une « courte histoire d’un livre maudit » nous explique qu’un client de brocante a trouvé en Belgique un exemplaire dans un carton de vieux livres de sciences politiques datant des années 40. C’est en tombant justement par la suite sur un article traitant de 1984 et qui affirme que le livre en question n’existe pas, que ce client compris la valeur de ce qu’il avait en sa possession. Concernant cette découverte, la vidéo ne nous donne pas beaucoup plus de détails et laisse planer un certain mystère. Qui est ce client ? Dans quelle brocante l’a-t-il déniché ? Où se trouve actuellement l’unique exemplaire ? A-t-il déjà était examiné par des spécialistes ? Sa conclusion est en tout cas sans appel : George Orwell a bien eu connaissance de la théorie de Goldstein, et 1984 n’est qu’une version romancée de ce traité politique. Il est à remarquer que la personne qui met en ligne la vidéo est la même qui publie le texte entier 20 jours plus tôt sur Internet Archive – même pseudo, même principe de compte à usage unique – et l’on peut donc imaginer qu’elle connaisse la vérité sur toute cette affaire. En libre accès sur internet depuis maintenant 7 ans, le texte est désormais disponible en format papier chez Kontre Kulture. 

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Cet ouvrage qui a été traduit du russe en 1948 s’ouvre sur une dédicace pour le moins étrange : « En hommage à mon ami et Frère Édouard Boulard à qui je dois l’idée de cet essai. » L’existence de ce dernier ne laisse planer aucun doute, c’est un militant socialiste et franc-maçon de la fin du xixe siècle qui a notamment écrit une brochure intitulée Théorie et pratique du collectivisme intégral-révolutionnaire, un essai de philosophique politique largement inspiré des idées de Spinoza et qui on ne peut plus modestement se donne pour projet d’« exposer le pourquoi et le comment de tout ce qui est dans le Temps et l’Espace, ainsi que le Vrai et le Faux des principales énigmes que les faits posent à l’Humanité »…

La suite du texte est une citation du chapitre xviii du Prince de Machiavel et qui semble néanmoins avoir était complétée par l’auteur : « Qu’un prince veille donc, avant tout à conserver son État. S’il réussit, les moyens seront toujours estimés honorables, et loués d’un chacun. La foule ne juge que d’après les apparences et les résultats ; le monde entier n’est qu’une foule et pense comme une foule. Les isolés, capables de penser et de comprendre, se tairont, ou on les fera taire. » Ce passage terrible donne le ton et il fait en réalité office d’introduction tant il est révélateur de ce que vont proposer les quatre chapitres du livre. D’ailleurs les titres parlent d’eux-mêmes et sont connus pour être les slogans de l’AngSoc, le mot en novlangue qui désigne le socialisme anglais dans le livre 1984 : « I. Politique intérieure. L’ignorance, c’est la force » ; « II. Information. Qui contrôle le présent contrôle le passé, qui contrôle le passé, contrôle le futur » ; « III. Économie. La liberté, c’est l’esclavage » ; « IV. Politique extérieure. La guerre, c’est la paix ». La théorie du livre est clairement machiavélienne dans le sens où la fin de la politique est la recherche consciente du pouvoir pour le pouvoir et son maintien dans le temps. Il y a donc cette idée complètement assumée que le cœur de l’oligarchie se loge dans les techniques de manipulation des masses issue tout droit de la psychosociologie du xxe siècle d’où les nombreuses références à Psychologie des foules de Gustave Le Bon et Propaganda d’Edward Bernays. La règle fondamentale de la doctrine de J.B.E. Goldstein qui oriente tout le processus de fabrication du consentement se trouve au tout début du premier chapitre : « Il y a une nécessité de ne jamais dévoiler ses véritables intentions à la masse, et de lui présenter d’autres raisons auxquelles on sait qu’elle est sensible. Ainsi il faut nettement séparer la forme de l’intention, et la véritable intention. » Parmi de nombreux exemples, Bernays – neveu de Freud et père de la propagande institutionnelle moderne – est convoqué pour illustrer ce qui pourrait faire songer à l’actualité : Vous êtes le responsable des ventes d’un grossiste en viande et vous voulez décupler la vente de bacon dans le seul but de réaliser du profit (véritable intention) alors inutile de vanter le prix bas du bacon mais faites plutôt appel au corps médical qui se prononcera publiquement sur les effets bénéfiques de sa consommation car manger du bacon tous les matins au petit-déjeuner améliore la santé de tous (forme de l’intention). 

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À vrai dire, ce livre laisse derrière lui plus de questions que de réponses. Qui est véritablement ce J.B.E. Goldstein ou plutôt qui se cache derrière ce pseudonyme ? Est-ce le manuel ésotérique – dans le sens de ce qui se transmet à des initiés, à des adeptes – d’un diplomate russe ou est-ce simplement Orwell lui-même ? Il est possible aussi que ce texte soit le travail d’un fan, un canular à la belge mais si c’est le cas attention, c’est une contrefaçon qui a vraiment beaucoup de classe, une falsification de très belle facture qui doit être considérée sérieusement. Il y a dans ce livre une vraie maîtrise de la philosophie, de la psychologie et de la sociologie qui pourrait même laisser penser à un travail de groupe, c’est un travail considérable qui n’est pas à la portée de tout le monde aujourd’hui. À la lecture, il y a un ton d’authenticité qui se dégage et une justesse du propos qui finalement, quelle que soit sa date d’écriture, met en évidence les tenants et aboutissants de la machinerie oligarchique. 

Contrefaçon ou pas, Théorie et pratique du collectivisme oligarchique de l’énigmatique J.B.E. Goldstein donne la possibilité au lecteur, lorsqu’il est mis en perspective avec 1984, de repenser les interactions entre ce qui fonde la réalité et la fiction dans une société où le spectacle domine et où le mensonge est roi.  

David

J.B.E. Goldstein, Théorie et pratique du collectivisme oligarchique,  Kontre Kulture, 448 pages, 24,50 euros

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vendredi, 09 juillet 2021

Le futur entre Huxley et Orwell

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Le futur entre Huxley et Orwell

par Carlo Desideri

Source : InStoria & https://www.ariannaeditrice.it/articoli/il-futuro-tra-huxley-e-orwell

En 1932, l'écrivain Aldous Huxley a publié l'un de ses plus célèbres romans, Le meilleur des mondes, qui est devenu à terme l'un des textes les plus représentatifs du genre dystopique dans la littérature du XXe siècle. Le monde imaginé par Huxley est un monde régi par un gouvernement mondial, où les principes éthiques et moraux tels que nous les connaissons sont complètement annulés et oubliés au profit d'une société divisée en castes, qui indiquent de véritables classes sociales, dédiée à l'idéologie progressiste et maintenue fermement par un véritable culte religieux appelé "culte de Ford", en l'honneur de l'entrepreneur américain dont la figure est adorée comme une sorte de divinité.

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Le monde est dirigé par un groupe oligarchique appelé "alpha plus", qui jouit de privilèges supérieurs à la moyenne, mais qui doit maintenir un code de conduite blindé, basé sur une socialisation poussée, un temps de solitude réduit au minimum, des relations centrées principalement sur la polygamie, et l'expression constante de louanges et d'appréciation de la société du nouveau monde ; la répudiation de ce système social n'est en aucun cas autorisée ou envisagée.

En fait, dans la deuxième partie du récit, Huxley nous montre comment une forme de l'ancienne société a survécu, dans une réserve contrôlée et gérée par le gouvernement du nouveau monde comme un véritable lieu touristique, où il est possible de rencontrer des sujets, appelés "les sauvages", qui vivent selon des règles totalement opposées au nouveau monde, dans une structure sociale monogame, qui croit fermement aux idéaux du mariage et qui est fortement liée à une croyance religieuse - au point de conduire à un véritable fanatisme - largement basée sur le christianisme, mais avec quelques éléments rituels rappelant le paganisme.

Il est important de noter que les membres du nouveau monde entrent en contact avec les habitants de la réserve en tant que simples touristes, mais ils les considèrent comme fortement inférieurs et n'ont aucunement l'intention de laisser ces individus influencer leur mode de vie. Ce ressentiment est toutefois également ressenti par les sauvages, qui considèrent le nouveau monde comme un fléau et méprisent les idéaux qu'il représente.

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Deux structures sociales, donc, liées par des idéaux extrêmes et opposés, qui ne peuvent en aucun cas envisager une coexistence autre que celle décrite par Huxley qui prévoit le pouvoir et le contrôle de l'une sur l'autre. Dans les deux cas, l'invincibilité de la structure sociale présentée dans le récit est démontrée par l'évolution de l'histoire de ce qui peut être présenté comme les deux protagonistes.

Le premier est Bernard Marx, un représentant de la classe alpha plus qui ne se reconnaît pas du tout dans les impositions sociales, tendant vers l'isolement, des sentiments profonds envers une fille unique qui suggèrent une tendance à la monogamie et cherchant toujours à se rebeller et à agir selon ses propres désirs et non ceux des autres, mais lorsqu'il est menacé d'être transféré dans un endroit isolé, loin de chez lui, précisément à cause de sa conduite négative, perdant ainsi les privilèges que lui confère sa position sociale, il décide d'embrasser complètement le style de vie du nouveau monde, devenant peut-être l'une des principales figures représentatives de l'alpha plus.

Le second est John, un personnage qui vit dans la réserve et qui est reconnu comme appartenant au groupe des sauvages, mais qui est en fait le fils du principal représentant du plus alpha, qui a abandonné une de ses nombreuses compagnes dans la réserve qui, neuf mois plus tard, donnera naissance à John. Le garçon se trouve donc être un enfant de deux mondes; il a grandi dans la réserve, mais sa famille vient du nouveau monde. Cela l'amène à développer un teint de peau différent de celui des sauvages, c'est pourquoi il est traité avec une forte distanciation au sein de la réserve. Malgré cela, il est très conditionné par le mode de vie et les principes des sauvages et, suite à son transfert dans le nouveau monde, il développe un grand sentiment de malaise et de dégoût envers cette société qui lui offre tant, en réalité beaucoup trop pour lui, et d'une manière trop différente et contre toute logique telle qu'il la comprend, un malaise qui le conduira bientôt au suicide, ayant alors réalisé qu'il ne peut pas changer le monde dans lequel il se trouve vivre.

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En 1949, un autre texte dystopique important, symbole du XXe siècle, est publié : 1984 de George Orwell, pour l'élaboration duquel il s'est inspiré du Nouveau Monde de Huxley, dans lequel il s'en prend amèrement à l'idéologie qui sous-tend les systèmes de pouvoir totalitaires, d'une manière en partie liée à l'analyse qu'il a développée dans ses travaux précédents, dont La Ferme des animaux, mais, alors que, dans ce texte, il analysait et critiquait principalement le système stalinien, dans 1984 nous pouvons trouver des éléments qui, en plus de nous ramener au stalinisme toujours fortement présent - comme la figure de Big Brother - peuvent être associés à toute forme de pouvoir totalitaire.

L'univers décrit par Orwell voit un monde divisé en trois macro-continents, constamment en guerre les uns contre les autres, formés à la suite d'une dernière grande guerre. L'histoire se déroule à Londres, qui se trouve sur le continent océanien, contrôlé par un parti totalitaire et oppressif, le Socing, dirigé par le personnage de Big Brother, dont on ne sait même pas s'il existe réellement.

Dans l'État d'Océanie, la vie de tout individu est extrêmement axée sur l'adoration et le respect du parti et de Big Brother et sur la haine des subversifs et des autres États. La société entière vit un quotidien programmé minute par minute et constamment surveillé par une série de caméras et de microphones situés partout, de la rue aux lieux de travail, et même dans les maisons; la vie privée n'est pas envisagée dans le cadre de 1984. Toute forme de subversion, même la plus minime et insignifiante, est sévèrement punie en prenant les sujets subversifs et en les transférant dans le lieu appelé le Ministère de l'Amour, où ils sont interrogés, analysés et finalement torturés jusqu'à ce que leur esprit devienne la proie du conditionnement du parti, les amenant à ressentir de la terreur, mais aussi de l'amour pour Big Brother; la vie de ces sujets, une fois soumise à la torture devient si vide et conditionnée qu'elle perd complètement son importance.

Le protagoniste de l'histoire est Winston, un homme qui travaille au ministère de la Vérité, le lieu où toutes les informations relatives à la situation interne et externe de l'État d'Océanie sont retravaillées puis rediffusées au profit de l'image du Parti, afin que la société puisse le percevoir comme parfait, supérieur à ses ennemis, internes et externes.

Winston n'est pas à l'aise avec les politiques du Parti, il déteste toute la situation qu'il est forcé de vivre, mais, en même temps, il doit faire attention à ne pas extérioriser de telles pensées. Dans l'Etat d'Océanie, en effet, il existe un organisme de surveillance appelé la psychopolice, qui a pour mission de trouver toute personne présentant des signes de pensées subversives à l'égard du parti, afin de la récupérer et de l'amener au ministère de l'amour.

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Winston cultive donc secrètement des pensées et des désirs non conformes aux principes totalitaires du parti et de Big Brother, jusqu'à ce qu'il rencontre Julia, une fille qui partage entièrement les visions de Winston. Winston et Julia entament une histoire d'amour en secret et prennent plaisir à enfreindre les règles imposées par le parti, qui incluent les relations amoureuses qui ne visent pas exclusivement la procréation et l'idolâtrie de Big Brother; toute pratique susceptible de véhiculer un plaisir personnel non lié à la figure du parti, qu'elle soit sexuelle ou ludique, est rigoureusement interdite.

Winston et Julia, dans la deuxième partie du roman, sont découverts et arrêtés. Une fois séparés, ils sont emmenés au ministère de l'Amour, où ils subissent des tortures physiques et psychologiques qui les amènent à s'abandonner totalement à une foi aveugle dans le parti, en le respectant, en le craignant et en l'aimant en même temps, ce qui rendra leur vie insignifiante et soumise au point d'éliminer totalement ce qu'ils étaient auparavant. À la fin, nous ne comprenons même pas complètement si Winston est réellement tué ou non, mais après tout ce qu'il a traversé et qui l'a façonné, cette information perd même de son importance.

L'histoire de Huxley et celle d'Orwell sont deux histoires apparemment aux antipodes l'une de l'autre, avec deux systèmes de contrôle basés sur des principes opposés, mais menant au même résultat. Les deux sociétés décrites sont complètement assujetties, liées par une idéologie unique qui ne permet aucune forme de subversion et qui punit lourdement toute forme de désobéissance.

Dans Le Nouveau Monde, le pouvoir est entre les mains d'un petit groupe d'individus ; dans 1984, au contraire, il est apparemment entre les mains d'un seul homme, mais dans les deux cas, il y a une forme de contrôle de fer, avec des moyens différents, mais menant au même résultat. Le libre arbitre est dans les deux cas complètement éteint et les systèmes décrits par les auteurs sont tous deux invincibles, les protagonistes n'ont finalement qu'une seule option: la soumission totale aux principes et au mode de vie imposés par le système, ce qui peut conduire à plus d'une conclusion, de la mort à la perte totale de la conscience de soi, mais dans tous les cas, toute forme de rébellion, qu'elle soit matériellement visible ou seulement sous forme psychologique ou spirituelle, est inévitablement éradiquée.

En 1958, Huxley publie un essai, d'une importance fondamentale pour ce qui concerne sa pensée politique et philosophique, reprenant son récit Le Nouveau Monde et associant ses éléments à la réalité géopolitique et sociale que vit la société mondiale et aux principaux événements qui, au cours des vingt-cinq dernières années, ont entraîné des crises et des changements.

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Dans son essai, Huxley n'oublie pas de considérer le texte d'Orwell, en le louant d'un point de vue qualitatif et analytique, mais en observant que, si en 1949 l'univers décrit par Orwell pouvait être fortement crédible et refléter une réalité qui, selon toute vraisemblance, pouvait se retrouver au sein d'un système totalitaire comme celui présenté dans 1984, près de dix ans plus tard, les choses semblent avoir changé. En fait, Huxley observe que la société mondiale, qu'elle soit dans un système totalitaire ou démocratique, va lentement mais sûrement dans la direction qu'il a décrite dans Le Nouveau Monde. Même en Union soviétique, explique Huxley, les gens commencent à préférer le conditionnement transmis par un système de privilèges et pas seulement le conditionnement par la peur et la répression, même si, bien sûr, les formes de répression envers les subversifs, ou les sujets considérés comme tels, continuent d'exister.

Huxley explique que certaines formes de centralisation du pouvoir, économique et politique, peuvent se produire à la suite de certaines crises qui, si elles sont mal gérées, peuvent conduire à un point de rupture qui aboutit à la centralisation du pouvoir sur un seul sujet ou un petit groupe d'élite. En effet, dans les récits de Huxley et d'Orwell, ces centralisations du pouvoir se sont produites à la suite d'une sorte de crise mondiale apparemment liée à un contexte de guerre. En particulier, Huxley affirme que l'une des principales causes susceptibles de provoquer une crise qui rendrait inévitable une telle prise de pouvoir est le danger de surpopulation, qui entraînerait un déséquilibre entre la consommation et la disponibilité des ressources.

Toutefois, de nombreux éléments peuvent conduire à un point de rupture, ou point de non-retour, qui entraînerait à son tour les conséquences décrites ci-dessus. Il suffit d'un mauvais choix, d'une confiance mal placée dans un sujet, ou un groupe restreint de sujets, qui se révèlent alors incapables de gérer certaines situations, ou qui profitent de leur position pour instaurer une forme de régime doucement ou durement coercitif.

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De nombreux exemples similaires peuvent être trouvés dans l'histoire politique, mais ils sont aussi fortement présents dans la littérature. On trouve un scénario similaire, par exemple, dans le roman Lord of the Flies de William Golding, publié en 1954. Golding imagine en effet un groupe d'enfants qui, à la suite d'un accident d'avion, se retrouvent à vivre sur une île déserte, sans guide adulte. Dans ce contexte, les enfants sont obligés de chercher un moyen de survivre par eux-mêmes et de former une société organisée.

Ils essaient donc de s'organiser dans une société semi-démocratique, mais, à la fin, la direction passera entièrement sous la responsabilité de l'un d'entre eux, celui qui s'avère être le plus fort et le plus charismatique et donc, apparemment, transmet la sécurité et la sérénité, même s'il était clair que le plus apte en réalité à assumer le rôle de guide était un autre personnage, un garçon prudent, sage et toujours dubitatif, inquiet pour l'avenir du groupe, mais constamment marginalisé et traité violemment par tous à cause de son peu de charisme et de sa piètre forme physique.

Au fur et à mesure que le leadership passe sous la coupe du mauvais sujet, ou des mauvais sujets (puisque vers la fin de l'histoire, il y aura un transfert de pouvoir), les garçons s'embarquent dans un voyage qui les amènera à faire des choix de plus en plus mauvais qui mettront en danger la structure même de la société et sa survie et qui les amèneront progressivement mais sûrement à régresser vers un état animal, abandonnant de plus en plus leur humanité.

Ces narrations romanesques, et bien d'autres encore, ont en commun la représentation d'une société d'un point de vue dystopique qui, à la suite d'une crise provoquée par diverses raisons, a atteint un point de non-retour et s'est enfoncée dans une voie qui mène inexorablement à la perte totale de ce que l'on considère aujourd'hui comme des valeurs et des droits humains. C'est pourquoi il est fondamental de pouvoir éviter d'atteindre ce point de rupture et de réagir judicieusement à certaines crises, sous quelque forme que ce soit, avant de commettre des erreurs dont il est difficile de revenir en arrière.

Carlo Desideri, In Storia.it N° 162 / Juin 2021 (CXCIII)

BIBLIOGRAPHIE

Golding W., Le Seigneur des mouches, Mondadori, Milan 2014.

Huxley A., Il Mondo Nuovo e Ritorno al Mondo Nuovo, Mondadori, Milan 2015.

Orwell G., 1984, Mondadori, Milan 2015.

Orwell G., La Fattoria degli animali, Mondadori, Milan 2014.

lundi, 08 mars 2021

Tribes of Europe : Netflix prophétise un avenir européen

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Tribes of Europe : Netflix prophétise un avenir européen

https://www.azionetradizionale.com/

Notre première ligne reste fidèle à elle-même : "Le monde moderne nous entoure d'images, de symboles et de messages qui sont tout sauf positifs, à travers toutes sortes de véhicules : nouvelles, musique, livres et films. Et même les séries télévisées, la nouvelle "drogue" pour beaucoup, n'en sont pas moins négatives. En rentrant du travail, détruit, on se met sous la dent la première chose qu'on trouve dans le frigo, on éteint le cerveau et on allume Netflix. Épisode après épisode, se prélasser sur le canapé, ruminer ses déboires - cette routine est la réalité pour beaucoup d'entre nous".

Cette fois-ci, la série (par coïncidence Netflix) que nous allons passer en revue est Tribes of Europe, une grande fresque dystopique, avec de moins en moins de science-fiction car de plus en plus proche et ancrée dans notre monde contemporain. Cela nous inquiète, même de façon convaincante, dirions-nous, car l'accoutumance des masses au type de stimulus cognitif transmis par ces scénarios de films désormais hyperréalistes est presque totale et sans aucune barrière critique. En fait, la dystopie fictionnalisée et bien narrée a aussi, comme dans le passé, un excellent potentiel d'alerte pour un type humain capable d'élaborer un contrepoison de manière critique et avec discernement, tout en se déplaçant entre les catégories dichotomiques du bien et du mal. Mais aujourd'hui, avec l'homme réduit à ne plus être qu’une créature totalement passive, effrayée, et se disant que "tout ira bien", toujours et pour toujours, cela s'avère au mieux un simple divertissement.

Nous disons dans le meilleur des cas parce que malheureusement il est maintenant bien établi que regarder un film ou une série télévisée n'est jamais simplement une action en soi. Bien sûr, nous pouvons le dire car, en effet, beaucoup de nos contemporains ne voient même pas le problème. Notre cerveau capte et avale tout, plus que ce que nous pensons avoir vu. Sa partie consciente nous dira "tout est faux" mais, en gros, notre cerveau se mettra au contraire au niveau actuel des progrès graphiques et cinématographiques où "tout est vrai" ; notre cerveau dira alors : "j'ai vu ça". Et qu'implique ce résultat ? Il est certain que l'acquisition d'une réponse et d'un modèle comportemental, acquisition glanée malgré nous, a induit subrepticement une possible expérience réelle, similaire à celle que nous avons vue dans le film de fiction; sans oublier une acceptation anticipée qui nous rend prêts à toute occurrence éventuelle d'événements similaires.

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En bref, si un jour quelque chose de catastrophique, semblable à ce que vous avez vu, se produit, soyez assuré qu'avant d'élaborer une réponse entièrement personnelle basée sur votre propre raisonnement, instinct ou discernement, votre première impulsion sera quelque chose de très similaire à ce que vous avez déjà vu au cinéma. Elle ne s'appliquera pas à tout le monde, mais elle le s’applique déjà chez beaucoup d’entre nous.

Le discours prononcé jusqu'à présent est long et complexe, et mériterait des pages et des pages juste pour en effleurer sérieusement la surface, alors concluons cette parenthèse générale mais nécessaire avec le lancer d’un dernier caillou dans l'étang (et peut-être le mettrons-nous dans votre chaussure, juste pour vous ennuyer). Les séries télévisées pourraient-elles également véhiculer des anticipations sur l'avenir qu'une certaine élite mondiale espère atteindre dans un avenir proche ? Pourrait-il y avoir dans ces scénarios une sorte de "script" à atteindre pour les responsables qui le cachent dans un produit destiné aux masses ? Espérons que non, mais si c'était le cas, ce dernier en serait déjà partiellement dépendant.

Maintenant que nous vous avons donné matière à réflexion, passons aux détails troublants de cette série d'une grande beauté scénographique (oui, elle est malheureusement très bien faite). La conception des costumes et des décors est très élaborée. L'ensemble est extrêmement réaliste et est conçu pour faire apparaître la façon dont chaque "tribu" réagirait au black-out mondial. Oui, car les points sur lesquels réfléchir à cette série sont, à notre avis, au nombre de trois : le black-out technologique, énergétique et informatique, la dégénérescence des populations en une sorte de société tribale (mais seulement de nom) et le maintien apparent et le développement continu de la technologie par une enclave humaine semi-inconnue.

Un peu de fantasy-story: la série nous catapulte en 2074, dans une Europe dont nous savons qu'elle n'existe plus, qui s’est effondrée en raison d'un mystérieux black-out survenu en décembre 2029 (appelé depuis Black December), lorsque l'ensemble du monde technologique s'est embrouillé et que l'obscurité a enveloppé le continent, détruisant les nations, effaçant le système social et entraînant la décomposition de la population en différentes tribus, qui se battent maintenant les unes contre les autres pour la suprématie territoriale. Pour la vulgate, c'est évidemment une Europe qui a régressé vers un nouveau Moyen-Âge (l'idée de l'âge des ténèbres ne peut être écartée). Dans ce qui était autrefois l'Allemagne (où la toponymie a également été complètement modifiée), les deux principales factions sont à couteaux tirés : l'État militaire de la République pourpre, née des restes de l'Armée commune européenne, et la nation techno-féodale des Crows, rigidement divisée en castes. Dans ce contexte, un vaisseau "atlante" (la population possédant apparemment encore un niveau technologique très avancé comme dans les œuvres de science-fiction) s'écrase. Tout le monde veut mettre la main sur la technologie atlante, et surtout tous agissent pour rechercher un mystérieux "cube", qui était en possession du pilote atlante, porteur d'un message inquiétant : une menace venue de l'Est est sur le point d'investir le continent européen.

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C'est l'intrigue principale. Il faut d'abord souligner une chose, non, ces pseudo nations ou pseudo groupes humains unis ne sont pas des tribus, et ici le message véhiculé est vraiment sournois en fait: ce sont des sous-cultures. Oui, dès que nous avons vu ce qui est proposé et comment par le réalisateur, nous avons tout de suite pensé que le terme le plus approprié était celui de sous-culture, quelque chose qui existe déjà dans notre monde, dans lequel les spectateurs peuvent se retrouver, mais des sous-cultures portées à leurs extrêmes conséquences. Et c'est ce que nous avons fait:

Les Origines. En gros, une sorte de commune hippie qui a rejeté la technologie mais qui a adopté la chasse et la vie de pionnier, des survivants très arc-en-ciel et verts qui se retirent du monde convaincus de pouvoir survivre en se cachant dans la forêt. [Spoiler, ce ne sera pas le cas].

 "Les Corbeaux". Pseudo-vikings modernes, bien coiffés et soignés, martiaux et sculpturaux, tout cela dans l'honneur et la gloire, mais ils ne perdent pas un instant pour se consacrer au culte de la force ainsi qu'au déferlement constant de musique techno et de drogues (qu'ils produisent et exportent).

"The Crimson". Fondamentalement, l'OTAN sans les Américains, l'idée serait celle de la République romaine, mais en faisant un clin d'œil à l'Empire britannique. Ils promettent la paix et la protection en échange du service militaire, ils accueillent toutes les tribus tant qu'elles portent leur uniforme... mais l'appartenance à une tribu ne semble rien signifier d'autre que beaucoup de bavardages superficiels. Le brandy et les fêtes semblent être la seule activité pratiquée alors qu'il n'y a pas d'actions militaires. Trahison, intrigues politiques et tactiques peu honorables sont à l'ordre du jour. Ils s'appellent eux-mêmes les "gentils" dans l'émission.

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"Les Atlantes". Une population mystérieuse ; contrairement à leur nom, ils semblent être les seuls à ne pas être technologiquement décomposés... ou peut-être ceux qui ont fait tomber tous les autres

"Les Femen’’. Oui, une tribu de nouvelles amazones, un peu féministes révolutionnaires, un peu culte de la Déesse Mère, qui se nomment comme un mouvement qui existe encore aujourd'hui. Coup de génie pour continuer à véhiculer des idées et des messages stéréotypés comme le veut le Système. Bien sûr, ils semblent absolument être une faction positive, même s'ils sont encore peu présents sur les scènes.

Ce sont là les principaux groupes, mais d'après ce que l'on peut entendre dans la série, ils sont innombrables, et qui ne vit pas dans une tribu semble vivre comme dans le Far West de la mémoire hollywoodienne, des saloons, des bordels et des écuyers locaux entourés de voyous. Manifestement, ne pas dire que les "tribus" sont toutes multiethniques et raciales, libres de tout préjugé sexiste et que chacun ne s'aligne que superficiellement sur l'idéal dominant et peut ensuite faire et être ce qu'il veut de bien ?

Nous nous posons donc une question : les tribus d'Europe s'affrontent entre deux idées de l'Europe ?

Nous lisons ce commentaire sur le web que nous citons :

"Les Crimsons et les Crows (Corbeaux) sont tous deux des sociétés militarisées, mais cette apparence superficielle cache de profondes différences. Les Crimsons représentent les idéaux du projet européen original: le respect des différentes identités culturelles, l'aspiration à la paix et à la liberté individuelle, l'idée de la guerre comme une nécessité pour se défendre des ennemis, la recherche du compromis et de la négociation. Les Corbeaux sont leur antithèse : voués à la violence, au pillage et à l’exaltation du droit du plus fort à piétiner le plus faible, ils prospèrent grâce à l'exploitation féroce d'une masse d'esclaves, obtenue par le pillage des territoires voisins. Cependant, ils ont deux caractéristiques que les Crimsons eux-mêmes envient : un sens de l'honneur élevé et l'incapacité de mentir. En d'autres termes, les deux tribus représentent d'une certaine manière les idéaux - et les faiblesses - des démocraties occidentales et des États autoritaires respectivement, bien qu'elles soient poussées à l'excès. Nous ne savons pas lequel des deux l'emportera, mais lorsqu'il s'agit d'en venir aux mains, l'approche des Corbeaux est certainement la plus efficace. En tout cas, les deux factions rêvent de réunifier le continent une fois de plus, en diffusant leur vision du monde au reste des tribus. En bref, c'est l'éternel retour du mythe de l'Empire romain, qui s'est conjugué de mille façons dans la fiction".

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Nous ne sommes pas du tout d'accord. Les deux visions expliquées ici n'appartiennent pas à la véritable idée et à l’identité européennes. Tous deux sont le fruit d'une dégénérescence moderne. Celui qui l'emportera, que ce soit dans la fiction ou dans une éventuelle réalité, représentera toujours une victoire de la subversion. Et cessez à tout prix de salir ne serait-ce que le nom et l'idée de Rome.

Cette série véhicule l'hypothèse d'un avenir où régneront en Europe la hiérarchie, l'impérialisme, l'individualisme de groupe (poussé à l'extrême dans le concept subculturel erronément appelé tribu), l'anarchie et le libertinage des coutumes, l'exploitation des plus faibles et la peur. Une Europe fracturée et divisée, où chacun ne poursuit que des objectifs économiques de survie et de perte de bien-être matériel. Un État bourgeois sauvage.

Nous n'irons pas plus loin, nous avons déjà trop écrit, si vous voulez regarder cette série avec un regard très attentif et critique, vous pourriez trouver intéressant de réfléchir à notre futur proche. Dernière note qui nous a vraiment fait "tristement" rire ? Dans l'"Europe des tribus" montrée en 50 ans dans cette série, où chaque aspect socioculturel de notre société terminale semble avoir survécu, extrême et totalement dégénéré, il y a une grande, grande absence : la religion. Elle n'est jamais mentionnée, il n'y a jamais de référence explicite à une pensée religieuse, même les tribus ne semblent pas avoir de rituels particuliers, sinon quelque chose de simple et d'extrêmement séculier. Faites donc attention à la sonnette d'alarme.

mardi, 29 décembre 2020

H.G. Wells’ Dystopic Vision Comes Alive With the Great Reset Agenda

 
Matthew Ehret
 
Ex: https://www.strategic-culture.org
 

700.jpgIn the Time Machine, society one million years in the future has evolved into two separate species called Morlocks and Eloi. The Morlocks represent the ugly dirty producers who by this future age, all live under ground and run the world’s manufacturing. The Eloi are the effect of the inbreeding of the elite, who by this time are simple-minded, Aryan, above-ground dwellers living in idleness and consuming only what the Morlocks produce. What was the trade off?

The Morlocks periodically rise above ground in hunting parties to kidnap and eat unsuspecting Eloi in this symbiotically vicious circle of life.

This famous story was written by a young British writer in 1893 whose ideas and pioneering work in shaping new techniques of cultural warfare which profoundly affected the next 130 years of human history. These ideas led to the innovation of novel techniques of “predictive programming”, and to mass psychological warfare. In contrast to the optimistic views of mankind and the future potential envisioned by the great science fiction writer Jules Verne earlier, Wells’ misanthropic tales had the intended effect of reducing the creative potential and love of humanity that Verne’s work awoke.

To restate the technique more clearly: By shaping society’s imagination of the future, and embedding existential/nihilistic outcomes within his plotlines, Wells realized that the entire zeitgeist of humanity could be affected on a profound level than simple conscious reason would permit. Since he robed his poison in the cloth of “fiction” the minds of those receiving his stories would find their critical thinking faculties disengaged and would simply take in all trojan horses embedded in the stories into their unconsciousness. This has been an insight used for over a century by social engineers and intelligence agencies whose aim has always been the willing enslavement of all people of the earth.

While he is best known for such fiction works as The War of the Worlds, The World Set Free, The Invisible Man, The Island of Doctor Morrow, and The Time Machine, Wells’ lesser-known non-fiction writings like The Open Conspiracy, The New World Order, The Outline of History, The Science of Life and The World Brain served as guiding strategic blueprints for the entire 20th century war against sovereign nation states and the very idea of a society built on the premise of mankind made in the image of God.

Thomas Huxley’s Revolution

The members of the London-centered oligarchy to which Wells had devoted himself at an early age had found themselves stuck in a rut by the turn of the 19th century. These inbred families and retainers who managed the dying British Empire had long been encrusted by the vices of decadence by the time a young man of low breeding and high talent arose amidst the London-ghettos treating syphilis patients as a surgeon’s assistant. This young surgeon’s name was Thomas Huxley.

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Huxley possessed a sardonic wit, a deep misanthropy, and an intelligence that were soon discovered by powerful patrons, and by his mid-20’s, this young man found himself a rising star in Britain’s Royal Academy of Science. Here he quickly became a leading creative force, shaping Britain’s powerful X Club, serving as Darwin’s bulldog promoting popular debates featuring himself against literalist members of the clergy. In these debates he argued for Darwin’s chaos-bound interpretation of evolution. He also founded Nature magazine as a propaganda instrument which has been used to enforce scientific consensus favorable to a world empire to this very day.

Huxley chose his opponents carefully, ensuring that he could easily and publicly obliterate the arguments of simple-minded Anglican clergy, and thus convince all onlookers that the only choice they had to account for the evolution of new species was either literal Biblical creationism or his brand of Darwinian evolution. The many alternative scientific theories of the 19th century (such as those found in the works of Karl Ernst von Baer, Georges Cuvier, Lamarck and James D. Dana) which accounted for both the evolution of species, and the harmonics of all parts to a whole, as well as creative leaps were forgotten amidst this false dichotomy which this author unpacked in a recent interview.

https://youtu.be/5yAitkCMvP0

Wells Picks up Huxley’s Torch

During his later years, Huxley mentored a young H.G. Wells, together with a whole generation of new imperial practitioners of the arts of social engineering (and social Darwinism). This social engineering soon took the form of Galton’s eugenics quickly becoming an accepted science practiced across the western world.

51TkzlASuKL._SX315_BO1,204,203,200_.jpgWells was himself the son of a lowly gardener, but, like Huxley, exhibited a strong misanthropic wit, passion and creativity lacking in the high nobility, and he was thus raised from the lower ranks of society into the order of oligarchical management by the 1890s. During this moment of vast potential- and – it cannot be restated enough- the oligarchical order that had grown overconfident during the 200+ years of hegemony were petrified to see the nations of the earth rapidly breaking free from this hegemony thanks to the under the international spread of Lincoln’s American System across Germany, Russia, Japan, South America, France, Canada and even China with Sun Yat-sen’s 1911 republican revolution.

As outlined in Cynthia Chung’s ‘Why Russia Saved the USA’, the oligarchy just no longer seemed to have the creative vitality and sophistication required to snuff out these revolutionary flames.

Wells described this problem in the following terms:

“The undeniable contraction of the British outlook in the opening decade of the new century is one that has exercised my mind very greatly… Gradually, the belief in the possible world leadership of England had been deflated by the economic development of America and the militant boldness of Germany. The long reign of Queen Victoria, so prosperous, progressive and effortless, had produced habits of political indolence and cheap assurance. As a people we had got out of training, and when the challenge of these new rivals became open, it took our breath away at once. We did not know how to meet it…”

The science of population control advanced by Huxley, Galton, Wells, Mackinder, Milner and Bertrand Russell was the basis for a new scientific priesthood and “world government” that would put a stop to the startling disequilibrium unleashed by the electric spread of sovereign nation states, protectionism and commitment to scientific and technological progress.

Fabians, Round Tablers and Coefficients: New Think Tanks Emerge

FabianSociety.jpgH.G Wells, Russell and other early social engineers of this new priesthood organized themselves in several interconnected think tanks known as 1) the Fabian Society of Sidney and Beatrice Webb which operated through the London School of Economics, 2) the Round Table Movement begun by the fortunes left to posterity by the racist diamond magnate Cecil Rhodes which also gave rise to the Rhodes Trust, and Rhodes Scholarship programs established to indoctrinate young talent in the halls of Oxford, and finally 3) the Co-Efficients Club of London. As noted by Georgetown Professor Carol Quigley, in his 1981 The Anglo-American Establishment, membership in all three organizations was virtually interchangeable.

Wells described the rise of these original think tanks and documented the inner elite’s inability to meet the challenge of the times saying: “Our ruling class, protected in its advantages by a universal snobbery was broad-minded, easy going and profoundly lazy… Our liberalism was no longer a larger enterprise, it had become a generous indolence. But minds were waking up to this. Over our table at St Ermin’s Hotel wrangle Maxse, Bellairs, Hewins, Amery and Mackinder, all stung by the small but humiliating tale of disasters in the South African war, all sensitive to the threat of business recession, and all profoundly alarmed by the naval and military aggressiveness of Germany.”

Fearful of the prospect of a US-Russia-China alliance outlined in depth by Fabian/Roundtable members Halford Mackinder and Lord Alfred Milner, the solution was simple: kick over the chess board and get everyone to just slaughter each other. Accounts of the British imperial efforts to orchestrate this war have been told in many locations, but none as efficiently as the 2008 documentary 1932: Speak Not of Parties.

In the wake of the destruction which left 9 million dead on all sides and ruined countless lives, Wells, Russell and the Milner Roundtable became leading voices for world government under the League of Nations (c. 1919) advocating “enlightened cosmopolitanism” to replace the era of “selfish nation states”.

The Battle For World Government

A decade after its founding, the League was less successful than Wells and his co-thinkers would have liked, with nationalists from around the world recognizing the evil hand of empire lurking behind the apparent language of “liberal values and world peace”. Sun Yat-sen, among many others was among the anti-Wellsian voices and warned his fellow Chinese in 1924 not to fall into this trap saying:

“The nations which are employing imperialism to conquer others and which are trying to maintain their own favored positions as sovereign lords of the whole world are advocating cosmopolitanism [aka: global governance/globalization -ed] and want the world to join them… Nationalism is that precious possession by which humanity maintains its existence. If nationalism decays, then when cosmopolitanism flourishes we will be unable to survive and will be eliminated”.

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In response to this patriotic resistance across the world, a new strategy had to be concocted. This took the form of H.G. Welles’ 1928 The Open Conspiracy: Blueprint for a World Revolution. This little-known book served as a guiding blueprint for the next century of imperial grand strategy calling for a new world religion and social order. According to Wells:

“The old faiths have become unconvincing, unsubstantial and insincere, and though there are clear intimations of a new faith in the world, it still awaits embodiment in formulae and organizations that will bring it into effective reaction upon human affairs as a whole.”

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In his book, Welles outlines the need for a new scientific gospel to supersede the Judeo-Christian faiths of the western world. This new gospel consisted of a series of tomes which he and his colleague Julian Huxley composed, entitled: 1) The Outline of History (1920) where Wells re-wrote all of history wishing this analysis to replace the book of Genesis, 2)The Science of Life (1930), co-written with Sir Julian Huxley (Thomas Huxley’s Grandson who continued the family tradition along with Aldous), and 3) The Work, Wealth and Happiness of Mankind (1932).

Part of this immense project to create a new coherent synthetic religion to re-organize humanity involved a re-packaging of a Darwinism that was falling out of favor with many scientists of the 1920’s. They recognized its failure to account for obvious features of nature such as directionality in evolution, spirit, intention, ideas and design.

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This re-packaging took the form of the “New Evolutionary Synthesis” which attempted to save Darwin’s theory and its eugenic corollaries using Jesuit priest Pierre Teilhard de Chardin’s doctrine of the “Omega Man”. De Chardin’s system synthesized the foundation of Darwinian assumptions with an acknowledgment of evolutionary directionality, the possibility of spirit, and the existence of mind as a force of nature. The destructive slight of hand used by Chardin was that all of these “transcendent” features of design- spirit, mind, reason, etc.- were: 1) bound to a finite future point of no change which dominated and guided all apparent change in living space time, and 2) binding the world of mind and spirit to the forces of the material world. The Chardin-Huxley-Wells remix kept Darwin’s laws relevant and kept science compatible with imperial modes of social organization.

Outlining the aims of The Open Conspiracy, Wells writes: “Firstly, the entirely provisional nature of all existing governments, and the entirely provisional nature therefore, of all loyalties associated therewith; Secondly, the supreme importance of population control in human biology and the possibility it affords us of a release from the pressure of the struggle for existence on ourselves; and Thirdly, the urgent necessity of protective resistance against the present traditional drift towards war.”

By 1933, the planned Bankers’ Dictatorship, meant to solve the four years’ long great depression and organized during the months-long London Conference, was on the verge of being sabotaged by the recently-elected American President Franklin Delano Roosevelt. It was then that Wells published a new manifesto in the form of a fiction book called ‘Shape of Things to Come: The Ultimate Revolution’. This book (soon made into a Hollywood movie), served as an early tool of mass predictive programming showcasing a world destroyed by decades of global war, pandemic, and anarchy- all caused by… sovereign nation states.

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The “solution” to these dark ages took the form of a masonic society of social engineers who descended from planes (Wells’ ‘Benevolent Dictatorship of the Air’) to restore order under a world government. Wells had his main character (a social psychologist) state “while the World Council was fighting for and directing and carrying on the unified World State, the Educational Control was remoulding mankind”. The social psychologists managing the World Government were “becoming the whole literature, philosophy and general thought of the world… the reasoning soul in the body of the race.”

The greatest problem to overcome, stated Wells, was “the variability of mental resistance to direction and limits set by nature to the ideal of an acquiescent cooperative world.”

Wells’ hero, Gustav de Windt, was “pre-occupied by his gigantic schemes for world organization, had treated the ‘spirit of opposition’ as purely evil, as a vice to be guarded against, as a trouble in the machinery which was to be minimized as completely as possible.”

In 1932, Wells gave an Oxford speech championing a global order run by liberal fascists saying: “I am asking for liberal Fascisti, for enlightened Nazis”. This was not paradoxical when one realizes that the rise of fascism was never a “nationalist” phenomenon as popular history books have asserted for decades but rather was the artificial consequence of a supranational financier-oligarchy from above who wished to use “enforcers” to bend their societies to a higher will.

The World Brain

WorldBrain.jpgBy the time World War II began, Wells’ ideas had evolved new insidious components that later gave rise to such mechanisms as Wikipedia and Twitter in the form of “The World Brain” (1937) where Wells calls for reducing the English language to a “basic English” of 850 accepted words which would make up a world language. In this book, Wells states that “thinkers of the forward-looking type whose ideas we are now considering, are beginning to realize that the most hopeful line for the development of our racial intelligence lies rather in the direction of creating a new world organ for the collection, indexing, summarizing and release of knowledge, than in any further tinkering with the highly conservative and resistant university system, local, national and traditional in texture, which already exits. These innovators, who may be dreamers today, but who hope to become very active organizers tomorrow, project a unified, if not centralized, world organ to pull the mind of the world together.”

By 1940, Wells wrote the The New World Order which again amplified his message. In writing this,  he coordinated his efforts with the many Fabians and Rhodes Scholars who had infiltrated western foreign policy establishments in order to shape the the war, but more importantly, the post-war global structure. These were the networks that hated Franklin Roosevelt, Vice-President Henry Wallace, Harry Hopkins and other genuine “New Dealers” who wanted nothing more than to destroy colonialism once and for all in the wake of the war.

Wells insists that the “new age of brotherhood” that must guide the new United Nations must not tolerate sovereign nation states as FDR dreamed (and as was formally enshrined in the UN Charter) but must rather be guided by his caste of social engineers pulling the levers of production and consumption within a system of mass “collectivization” saying:

“Collectivisation means the handling of the common affairs of mankind by a common control responsible to the whole community. It means the suppression of go-as-you-please in social and economic affairs just as much as in international affairs. It means the frank abolition of profit-seeking and of every device by which human beings contrive to be parasitic on their fellow man. It is the practical realisation of the brotherhood of man through a common control”.

If Wells’ outlines look similar to those ideas recently made public by the World Economic Forum’s Great Reset, then don’t be surprised.

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Wells’ Death and the Continuity of a Bad Idea

With Wells’ 1946 death, other Fabians and social engineers continued his work during the Cold War. One of the leading figures here being Wells’ associate, Lord Bertrand Russell, who wrote in his 1952 The Impact of Science on Society:

“I think the subject which will be of most importance politically is mass psychology…. Its importance has been enormously increased by the growth of modern methods of propaganda. Of these the most influential is what is called ‘education’. Religion plays a part, though a diminishing one; the press, the cinema and the radio play an increasing part… it may be hoped that in time anybody will be able to persuade anybody of anything if he can catch the patient young and is provided by the state with money and equipment.”

“The subject will make great strides when it is taken up by scientists under a scientific dictatorship. The social psychologists of the future will have a number of classes of school children on whom they will try different methods of producing an unshakable conviction that snow is black. Various results will soon be arrived at. First that the influence of home is obstructive. Second that not much can be done unless indoctrination begins before the age of ten. Thirdly verses set to music and repeatedly intoned are very effective. Fourth that the opinion that snow is white must be held to show a morbid taste for eccentricity. But I anticipate. It is for future scientists to make these maxims precise and discover exactly how much it costs per head to make children believe that snow is black, and how much less it would cost to make them believe it is dark gray.”

51Qtrz4m2-L._SX373_BO1,204,203,200_.jpgAlthough the bodies of Wells, Russell and Huxley have long since rotted away, their rotten ideas continue to animate their disciples like Sir Henry Kissinger, George Soros, Klaus Schwab, Bill Gates, Lord Malloch-Brown (whose disturbing celebration of the Coronavirus as a golden opportunity to finally restructure civilization) should concern any thinking citizen. The idea of a “Great Reset” expounded by these modern mouthpieces of history’s bad ideas signals nothing more than a new Dark Age which should turn the stomach of any moral being.

It is here useful to hold the words of Kissinger in mind who had channeled the spectre of Wells telling a group of technocrats in Evian, France in 1992:

“Today, America would be outraged if U.N. troops entered Los Angeles to restore order. Tomorrow they will be grateful! This is especially true if they were told that there were an outside threat from beyond whether real or promulgated, that threatened our very existence. It is then that all peoples of the world will plead to deliver them from this evil. The one thing every man fears is the unknown. When presented with this scenario, individual rights will be willingly relinquished for the guarantee of their well-being granted to them by the World Government.”

jeudi, 24 décembre 2020

Ray Bradbury : Il n'y aura personne pour vivre dans la "maison intelligente"

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Ray Bradbury : Il n'y aura personne pour vivre dans la "maison intelligente"

Valentin Katasonov

Ex: https://www.geopolitica.ru

Traduction de Juan Gabriel Caro Rivera

Plus l'environnement matériel de la vie devient "intelligent", plus les hommes perdent leurs qualités humaines

L'humanité est entraînée vers un "brillant avenir numérique". Nous assistons à la numérisation rapide de tous les aspects de la société et de la vie humaine. Les gens s'attachent à une multitude d'appareils électroniques, sans lesquels ils ne peuvent plus exister. Que ce soit un ordinateur avec Internet et les réseaux sociaux, un téléphone portable avec de nombreuses applications et des cartes bancaires en plastique, des "portefeuilles électroniques", des "navigateurs" dans les voitures, etc.

Un autre domaine de numérisation de la vie personnelle des gens est la "maison intelligente". Il s'agit d'un système de dispositifs électroniques et automatiques capables d'effectuer des actions et de résoudre certaines tâches quotidiennes sans intervention humaine. Certains éléments de la "maison intelligente" font depuis longtemps partie de la vie quotidienne, en particulier de ceux qui ont des revenus élevés. Il s'agit, par exemple, de la régulation automatique du système de chauffage ou de climatisation. De l'allumage et de l'extinction automatiques des lumières, du déclenchement automatique de l’alarme en cas d’incendie ou de fuites d'eau. Ces éléments comprennent un système électronique pour protéger la maison (les locaux) contre les intrusions (sécurité), des interphones, des serrures électroniques, des clés électroniques, etc. Ces systèmes sont une partie importante, mais pas la seule, d'une "maison intelligente". C'est la partie appelée la maison intelligente. Le terme "maison intelligente" a été créé en 1984 par l'Association nationale américaine des constructeurs d'habitations. Aujourd'hui, elle a été adoptée par de nombreuses grandes entreprises et constructeurs.

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Le deuxième élément de la "maison intelligente" est l'électroménager "intelligent", qui fait référence au monde des "choses intelligentes". Les appareils électroménagers ont commencé à remplir les maisons il y a plus d'un siècle. Cela a remplacé de nombreuses opérations manuelles à la maison : fours électriques (cuisinières), cafetières, lave-vaisselle, réfrigérateurs domestiques, fers à repasser, grille-pain, etc. La plupart d'entre eux sont aujourd'hui des appareils automatiques, "intelligents". De nombreux types d'appareils ménagers peuvent être rendus encore plus "intelligents" à l'aide de microprocesseurs, qui permettent une autorégulation fine des appareils. Par exemple, il existe des aspirateurs qui peuvent nettoyer une pièce par eux-mêmes (sans aide humaine), en se déplaçant indépendamment sur le sol. Et la même cafetière peut vous faire du café si vous le dites avec votre voix. Et vous pouvez même spécifier la concentration de café dont vous avez besoin. Ces appareils sont souvent classés comme "intelligents". Une maison intelligente suppose qu'elle est pleine de choses intelligentes.

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Cependant, ma conversation ne porte pas tant sur la "maison intelligente" que sur l'écrivain américain Ray Bradbury (1). Cette année marque le 100e anniversaire de la naissance de ce classique littéraire de notre époque. Il est décédé récemment, en 2012, à l'âge de 92 ans. Ray Bradbury est généralement connu comme un écrivain qui a travaillé dans le genre de la science-fiction. La dystopie est une littérature portant sur un avenir indésirable. Un écrivain qui crée une dystopie avertit le lecteur d'un avenir indésirable, fait ce qui est en son pouvoir pour empêcher cet avenir de se produire. La dystopie la plus célèbre de Ray Bradbury est Fahrenheit 451 (1953). Peu avant sa mort, l'écrivain a déclaré aux journalistes : "Je n'essaie pas de prédire l'avenir. J'essaie de l'empêcher".

Ray Bradbury a prédit l'émergence d'un monde "intelligent" et a exprimé de sérieux doutes sur le fait qu'une personne dans un environnement "intelligent" se sentirait plus heureuse et plus protégée. Au contraire, c'est tout le contraire. Plus encore. Dans les œuvres de Bradbury, la pensée suivante émerge : plus l'environnement matériel de la vie devient "intelligent", plus les hommes perdent leurs qualités humaines.

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Bradbury utilise souvent le terme de "technologie robuste". Je fais référence à ces innovations scientifiques et techniques qui tuent la culture, divisent les gens, les rendent stupides, faibles, insensibles. Bradbury utilise le téléphone comme exemple. Cette invention, selon lui, a permis de relier les gens entre eux, mais à la fin de sa vie, l'écrivain a vu l'émergence du smartphone. Il trouvait une telle innovation assez négative: le smartphone commençait à éloigner les gens. Il a également vivement critiqué les réseaux sociaux, qui remplacent la communication en direct des personnes par des réseaux virtuels.

De nombreux admirateurs de l'œuvre de Bradbury sont surpris par le nombre d'innovations techniques prévues dans ses romans, ses nouvelles et ses histoires. En effet, la naissance de nombre de ces prédictions remonte à 1950. C'est-à-dire qu'ils ont exactement 70 ans. Il s'agit tout d'abord des Chroniques martiennes (recueil d'histoires et d'essais), qui ont rendu cet écrivain de 30 ans mondialement célèbre. Dans les Chroniques martiennes, il convient de souligner le récit visionnaire "Il y aura une pluie douce". Dans la même année 1950, Bradbury publie le terrible récit visionnaire The Veldt. Dans la même ligne se trouve l'histoire The Killer (publiée en 1953, écrite en 1950). Le résultat des Chroniques martiennes et d'une série d'histoires qui a généré le roman Fahrenheit 451, qui évoquait également des "choses intelligentes", dont personne ne rêvait à l'époque aux États-Unis.

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L'histoire There Will Be Gentle Rains est un classique de la dystopie. Certains pensent que c'est un thriller. Les événements décrits dans le récit ne durent qu'une seule journée, du 4 au 5 août 1985. Par la suite, l'auteur a changé la date des événements pour la fixer à 41 ans plus tard (2026). L'accent est mis sur une maison de la ville américaine d'Ellendale, en Californie, appartenant à la famille McClellan. La veille, il y a eu une catastrophe : la ville a été détruite par une attaque nucléaire. Personne n'a survécu, toutes les maisons ont été détruites. Miraculeusement, seule cette maison a survécu. Selon les normes actuelles, une "maison intelligente" classique, mais sans propriétaire, puisque ce propriétaire a été instantanément détruit par une explosion nucléaire (il n'a laissé qu'une empreinte sur un des murs de la maison). Le dernier à mourir a été le chien qui a compris que les propriétaires étaient partis.

Cependant, les machines et les robots de la "maison intelligente" fonctionnent toujours : ils préparent le petit déjeuner, font les lits, nettoient la maison et font la vaisselle. En même temps, comme toujours, ils fredonnent quelque chose, plaisantent, chuchotent tendrement... Tout fonctionne comme la meilleure horloge suisse : "Dans la cuisine, le four soupire d’un ton rauque et de son ventre chaud sortent huit toasts parfaitement faits, quatre œufs sur le plat, seize tranches de bacon, deux tasses de café et deux verres de lait froid. Aujourd'hui à Ellendale, en Californie, le 4 août, deux mille vingt-six", a dit une autre voix depuis le plafond de la cuisine. Il a répété le chiffre trois fois pour mieux s'en souvenir. "Aujourd'hui, c'est l'anniversaire de M. Featherstone, l'anniversaire de mariage de Tilita. La prime d'assurance est due, il est temps de payer l'eau, le gaz et l'électricité. Le robot est un peu confus la nuit. Il est habitué à ce que l'hôtesse lui demande de réciter son poème préféré "Il y aura une douce pluie". Sans attendre la demande habituelle, le robot répète le poème.

L'attaque nucléaire a apparemment causé quelques dommages à l'automatisation de la "maison intelligente" : soudain, un incendie se déclare dans la cuisine, qui engloutit rapidement toute la maison. Les systèmes d'extinction des incendies ne peuvent pas arrêter la propagation du feu. Enfin, l'ordinateur central qui contrôle toute la "maison intelligente" brûle. Les cendres seules restent de la maison. Un seul des murs a miraculeusement survécu avec un appareil audio séparé. Dès le matin, il s'allume et se met à dire en continu : "Nous sommes le 5 août 2026, nous sommes le 5 août 2026...". Le titre de l'histoire est tiré d'un poème de la célèbre poétesse américaine Sara Teasdale (1884-1933). Voici la première et la dernière strophe de ce poème :

Il y aura une douce pluie, il y aura une odeur de terre,

Des sauts rapides et agiles d'une aube à l'autre

Et la nuit, les grenouilles se roulent dans les étangs

Et la floraison des prunes dans les jardins de mousse blanche

Et ni l'oiseau ni le saule ne verseront une larme,

Si la race humaine meurt partout sur la terre.

Le printemps et le printemps trouveront une nouvelle aube

Sans se rendre compte que nous sommes partis.

L'inclusion de ce poème de Ray Bradbury dans votre histoire n'est pas un hasard. L'écrivain a averti il y a 70 ans que les progrès scientifiques et technologiques, pour lesquels toute la communauté "progressiste" prie, pourraient en fait conduire la race humaine à périr sur terre.

51YU00K618L.jpgEt voici l'histoire de "The Killer". Le personnage principal est Albert Brock, un patient placé en clinique, qui souffre dans la technosphère, ce qui le prive de paix et de joie. Les bracelets radio (radio au poignet), les maisons parlantes, la télévision, le bruit des voitures, la publicité intrusive, la musique assourdissante ne permettent pas à une personne d'être seule avec elle-même. Les autorités le tiennent en laisse en l'appelant au téléphone. Ce n'est pas encore un téléphone portable, mais un appareil qui est toujours avec Brock, dans une voiture équipée d'une radio :

"C'est aussi pratique pour mes supérieurs : je voyage pour affaires et il y a une radio dans la voiture, et ils peuvent toujours me joindre. Contact ! Dis-le doucement. Contact, bon sang ! Attache tes mains et tes pieds ! Attrape, attrape, écrase, broie avec toutes ces voix de radio. Vous ne pouvez pas sortir de la voiture une minute, vous devez certainement signaler : "Je me suis arrêté à la station-service, je vais aux toilettes." - "C'est bon, Brock, allez-y." "Brock, pourquoi jouez-vous autant ?" - "Je suis désolé, monsieur !"

Le psychiatre essaie de l'aider avec les moyens habituels, mais Albert Brock dirige inopinément l'énergie et la passion dans la technosphère qui empêche une personne de vivre. Il commence à détruire le matériel dont il dispose : téléphone, radio, télévision, etc. Pendant un certain temps, il retrouve la paix et le calme, se sent à nouveau en bonne santé. Mais le médecin qui l'aide tente de ramener le protagoniste à son état initial, estimant que ses actes sont la manifestation d'une exacerbation de la maladie. Malheureusement, il s'agit d'une rébellion solitaire que tout le monde considère comme étant le fait de malades mentaux.

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Et voici une autre histoire de Ray Bradbury, The Veldt, publiée pour la première fois en 1950 dans The Saturday Evening Post. Son nom d'origine est Le monde que les enfants ont fait. Les héros de la pièce sont une famille américaine de parents (George et Lydia) et deux enfants nommés Peter et Wendy. Ils vivent dans une maison qui, selon les normes modernes, répond à la définition d'une "maison intelligente". Dans l'histoire, la maison s'appelle "Tout pour le bonheur". Là-bas, les gens n'ont même pas besoin de lever le petit doigt ; tout est fait par des machines, de la cuisson des aliments à la confection des lacets. De plus, les habitants reproduisent des choses agréables (musique, vidéos) avec le soutien émotionnel de machines intelligentes. Les enfants reçoivent cette recharge ludique dans une salle spéciale appelée The Veldt. Ce mot, d’origine afrikaander, signifie la savane (sud-africaine) sauvage, l'Afrique sauvage. Et la technologie de la "maison intelligente" reproduit exactement le paysage de la jungle et de la prairie africaines. Les images qui apparaissent devant les enfants sont indissociables de la réalité. Peter et Wendy aiment vraiment se trouver dans ce monde. En plus de la flore, il existe aussi une faune sous forme de lions sauvages. Les enfants adorent les scènes avec les lions, surtout quand ils mangent les carcasses d'autres animaux. Un passe-temps cher aux enfants dans la pièce Veldt. Mais leur assiduité commence à mettre les parents sur leurs gardes, et ils essaient de limiter le passe-temps favori de leurs enfants dans la pièce Veldt. Le psychologue leur recommande de quitter la "maison intelligente" pendant un certain temps et d’installer toute la famille dans une autre ville. Les enfants demandent à être séparés une nouvelle fois dans la salle Veldt. Les parents sont venus les en enlever, mais les enfants les tuent. En fait, dans la pièce Veldt, le meurtre est devenu la norme (les lions rongent leurs victimes et les mangent). Pour les enfants, Veldt a complètement remplacé le monde réel de leurs parents. Pour rester dans ce monde virtuel, les enfants ont décidé de sacrifier leurs parents qui étaient moins précieux et moins importants.

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L'Internet moderne ne nous rappelle-t-il pas le Veldt ? Ray Bradbury a non seulement pu prévoir l'émergence de nouvelles technologies, mais aussi les conséquences désastreuses que ces technologies entraînent. Les romans et les histoires des classiques de la littérature américaine devraient servir d'avertissement à l'humanité plongée dans des jeux dangereux appelés "maison intelligente", "trucs intelligents", "intelligence artificielle" et tout ce qui est appelé "numérisation".

Note :

  1. https://www.fondsk.ru/news/2020/06/25/rej-bredberi-o-tom-...

Source: https://www.fondsk.ru/news/2020/12/02/rej-bredberi-v-umno...

jeudi, 10 décembre 2020

La fin d'un monde : quand Evola a anticipé Orwell et Huxley

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La fin d'un monde : quand Evola a anticipé Orwell et Huxley

Andrea Scarabelli

Ex : https://blog.ilgiornale.it/scarabelli

La-Torre_1-213x300.jpegLa nouvelle édition de La Torre, la revue mythique dirigée par Julius Evola en 1930, vient d'être publiée par la maison d’édition Mediterranee ; c’est une version critique, remise à jour, comprenant des notes, des bibliographies et des analyses approfondies. En plus d'être un document historique comme il y en a peu d'autres, cette réédition témoigne d'une approche "métapolitique" et "spirituelle", qui a tenté d'orienter la politique de l'époque dans un sens différent de celui pris dans les années ultérieures. À l'occasion de cette nouvelle édition, nous rapportons, avec l'aimable autorisation de l'éditeur, une note signée par Evola dans le quatrième numéro de la revue, le 16 mars 1930, dans la rubrique qu'il a dirigée, la rubrique L'Arco e la Clava. Ici, le philosophe répond clairement à tous ces périodiques (La Volontà d'Italia, Roma Fascista, L'Italia Letteraria, L'Ora, etc.) qui l'accusent de "catastrophisme", car, comme on le sait, il s’était penché sur le thème de la fin des civilisations. Dans cette réponse, Evola anticipe non seulement des analyses plus connues aujourd’hui de par le monde, contenues par exemple dans des textes tels que Le meilleur des mondes de Huxley (1932), La dialectique des Lumières d’Adorno de Horkheimer (1947), le 1984 d’Orwell (1949) et L'homme unidimensionnel de Marcuse (1964).De surcroît, iloffre un portrait impitoyable, une analyse quasi chirurgicale, de notre monde. Dans cette singulière variation sur le thème de la "fin du monde" (dont le spectre erre encore dans le débat public actuel), Evola imagine néanmoins une calamité bien différente de celles, littéraires et dystopiques, auxquelles nous nous sommes habitués, pour finir par décrire en fait... notre contemporanéité, avec ses tics et ses tabous, avec tous ses masques et ses acteurs que le lecteur - nous en sommes sûrs - n'aura pas de mal à reconnaître. C'est aussi parce qu'il n'y a souvent pas besoin de catastrophes naturelles - ou de pandémies, pourrait-on ajouter, pour basculer dans la dystopie. Une civilisation peut aussi mourir d'une mort naturelle. C'est peut-être le cas de la nôtre.

Andrea Scarabelli.

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Texte de Julius Evola

Le monde occidental se dirige vers sa "fin". Mais c'est précisément ce que signifie "fin" qui doit être compris ! Nos points de référence ne sont pas du tout ceux qui ont cours actuellement. Nous ne prophétisons pas, nous démontrons - par l'observation de personnages et de processus précis de l'histoire et de la culture - le déclin d'une civilisation, et ce même fait, aux yeux de la plupart des gens, pourrait prendre un aspect très différent et pas du tout alarmant.

Expliquons cela à l'aide d'un exemple. Nous ne pensons pas du tout que la fin du monde occidental devrait nécessairement avoir cet aspect chorégraphique et catastrophique auquel la plupart des gens pensent immédiatement. Il ne s'agira pas nécessairement de cataclysmes, ni même de ces nouvelles guerres mondiales, sur les horreurs desquelles on a déjà maintes fois disserté et sur les résultats d’une éventuelle extermination de la race humaine ; non, plus simplement, de nombreuses personnes bien vivantes nous montrent déjà ce déclin, de manière lugubre. Au contraire, une guerre... un autre bon mais radical écrasement définitif - que peuvent espérer de plus ceux qui espèrent encore?

On voit encore plus noir. Voici, par exemple, l'une des formes sous lesquelles, entre autres, nous pourrions aussi dépeindre la "fin du monde".

Plus de guerres. La fraternité universelle. Nivellement total. Le seul mot d'ordre : obéir - incapacité, de devenir « organique » vu la contre-éducation des générations successives, alors qu’il faudrait faire tout sauf obéir. Pas de dirigeants. La toute-puissance de la "société". Les hommes, des moyens d'action sur les choses. L'organisation, l'industrialisation, le mécanisme, le pouvoir et le bien-être physique et matériel atteindront des sommets inconcevables et vertigineux. Soigneusement libérés scientifiquement de l'ego et de l'esprit, les hommes deviendront très sains, sportifs, travailleurs. Parties impersonnelles de l'immense agglomération sociale, rien, après tout, ne les distinguera les uns des autres. Leur pensée, leur façon de ressentir et de juger seront absolument collectives.

Avec les autres, même la différence morale entre les sexes disparaîtra, et il se peut aussi que le végétarisme fasse partie des habitudes rationnellement acquises de ce monde, se justifiant sur la similitude évidente des nouvelles générations avec les animaux domestiques (les animaux sauvages n'étant alors plus autorisés à exister que dans quelques jardins zoologiques). Les dernières prisons enfermeront dans l'isolement le plus terrifiant les derniers agresseurs de l'humanité : les penseurs, les témoins de la spiritualité, les dangereux maniaques de l'héroïsme et de l'orgueil guerrier. Les derniers ascètes vont s'éteindre un à un sur les sommets ou au milieu des déserts. Et la messe se célébrera par la bouche de poètes officiels et autorisés, qui parleront des valeurs civiles et chanteront la religion du service social. À ce moment-là, une grande aube se lèvera. L'humanité sera véritablement régénérée, et elle ne conservera même plus le souvenir des temps passés jugés désormais « barbares ».

Maintenant : qui vous permettrait d'appeler "fin" cette fin ? Pour voir, avec nous, l'effondrement total, la chute finale ? Seriez-vous capable de concevoir un mythe plus splendide, un avenir plus radieux pour l'"évolution" ?

mardi, 15 septembre 2020

The Dystopian Age of the Mask - How Ernst Jünger predicted the ubiquity of masks

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The Dystopian Age of the Mask

How Ernst Jünger predicted the ubiquity of masks

Huxley’s Brave New World (1932) has Alphas, Betas, and Epsilon Semi-Morons – genetically engineered classes with uniform clothing and uniform opinions. Orwell’s Nineteen Eighty-Four (1948) has the Thought Police and Newspeak. While Zamyatin’s We (1921) has numbers instead of people – D-503, I-330, O-90: vowels for females, consonants for males.

If there is a single defining characteristic of dystopian literature, it is the eradication of all individuality. “Self-consciousness”, Zamyatin writes, “is just a disease”. For this reason, dystopias are invariably told by tormented outsiders: those who are well aware of the commodity-like standardisation of their fellow humans, yet either fear the consequences of speaking out or resent their own sense of self. After all, “no offence is so heinous as unorthodoxy of behaviour”, as Huxley writes.

Given their tyrannical preoccupation with uniformity, it is little wonder that, as a literary form, dystopias emerged at the beginning of the twentieth century. The totalitarian regimes of Russia and Germany as well as their technocratic Western counterparts, inspired by the likes of F. W. Taylor and Henry Ford, were central sources of inspiration. For all their apparent differences, these competing ideologies are united by the utopian attempt to redraw not just society, but the human being himself. The increasing power of science and technology gave rise to the idea that nature itself, in all its messy complexity, could be finally put straight.

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Besides these three canonical authors, however, this generation produced another equally impressive, if much less well known, dystopian writer: the enigmatic German, Ernst Jünger. Known primarily for his First World War diaries and steadfast opposition to Weimar liberalism, Jünger went on to live until the age of 103, writing on topics from entomology and psychedelics to nihilism and photography. In the second half of his career he produced three principal works of dystopian fiction: Heliopolis (1949), Eumeswil (1977), and, perhaps his finest, The Glass Bees (1957).

Arguably his most chilling vision, however, is offered in an extended essay published on the eve of the Nazi ascension to power in 1932. The Worker, as Jünger calls it, aims to sketch what he regards as the coming new world order – an order defined by a fundamentally new type of human. Having dispensed with the liberal values of the past and embraced his fate in the factories and on the battlefields of the early twentieth century, the hallmark of the new man is an uncanny resemblance – both in body and soul – to the machine. Born to human parents, Jünger’s “worker” is nevertheless a child of the industrial age.

Following the dystopias of his contemporaries, the prime casualty of this new age is also the individual. For the logic of the machine permits no difference. Whether the natural world or the human mind, Jünger argues that everything is increasingly defined by “a certain emptiness and uniformity”. The result, to use Orwell’s words, is “a nation of warriors and fanatics, marching forward in perfect unity, all thinking the same thoughts and shouting the same slogans” – millions of people, he adds, “all with the same face”.

Our readiness to hide our face reflects the dehumanising tendencies that underlie the modern period

It is in this last respect that The Worker takes on a disturbing relevance for our own times. For the uniformity of the new age is symbolised, Jünger suggests, by the sudden proliferation of the mask in contemporary society. “It is no coincidence”, he writes, “that the mask is again beginning to play a decisive role in public life. It is appearing in many different ways … be it as a gas mask, with which they are trying to equip entire populations; be it as a face mask for sport and high speeds, seen on every racing driver; be it as a safety mask for workplaces exposed to radiation, explosions, or narcotic substances. We can assume”, he continues, with an eerie prescience, “that the mask will come to take on functions that we can today hardly imagine”.

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Given the sudden ubiquity of the face mask in 2020, across the entire globe and in an increasing number of social contexts, it is impossible to avoid the conclusion that this is precisely the sort of development Jünger had in mind. Our readiness to obscure the face reflects the dehumanising tendencies that, for Jünger, underlie the modern period. It represents another stage in the degradation of the individual that became explicit in the First World War. Whether as a scrap of material on the battlefield or a cog in the machine of the wartime economy, the modern age has a habit of reducing the human being to a functional object. Everything “non-essential” – everything, that is, that makes us human – is blithely discarded.

The question for us is what it means to resemble such a dystopian vision. Are we happy to rationalise the transformations of our everyday lives, or are we concerned by the proximity of today’s world with some of the most basic dystopian tropes? Whether the call for social isolation, perpetual “vigilance”, or mandatory face masks, the measures of the last six months represent more than an assault on liberty. They implicitly enjoin us to sacrifice our humanity in order to save our lives. Even if this Rubicon has not yet been crossed, it is worth thinking about the point at which it is. For perhaps there is more to life than its mere continuation. Perhaps “the object”, as Winston Smith well knew, “is not to stay alive but to stay human”.

mercredi, 27 mai 2020

Armer manipulierter Orwell

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Armer manipulierter Orwell

von Viktor Timtschenko

Ex: https://www.compact-online.de

George Orwell hat ein Buch über Nationalismus geschrieben, verstand ihn aber in  unorthodoxer Weise. Dennoch versuchen politisch-korrekte Intellektuelle ihn für linksgrünen Globalismus zu vereinnahmen. Viktor Timtschenko hat ebenfalls ein Buch über Nationalismus geschrieben, und verteidigt den berühmten Kollegen gegen seine Fehldeuter.

Gottbegnadete Menschen dürfen das. Sie dürfen einen Vogel „Tisch“ nennen und schreiben: „Ein Tisch sitzt auf dem Baum“. Und sie dürfen ein Vogel-Buch „Über Tische“ nennen. So ist es mit dem erstmals auf Deutsch erschienenen Buch von George Orwell „Über Nationalismus“.

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Nationalismus ist nicht gleich Nationalismus

Zugegeben: Von Anfang an klärt der berühmte englische Autor („Farm der Tiere“, „1984“) den Leser über die „Vogel-Tisch-Problematik“ auf: Er hat sich „für die Bezeichnung ‚Nationalismus‘ entschieden, aber wir werden gleich sehen, dass ich dieses Wort nicht im üblichen Sinne verwende“. Allerdings! Was ist unter dem Nationalismus in diesem 1945 geschriebenen Artikel gemeint? Orwell hüllt sich nicht in Metaphysik: „Der Nationalismus im erweiterten Sinne, wie ich ihn verwende, umfasst Bewegungen und Neigungen, wie (jetzt aufpassen! – V. T.) den Kommunismus, den politischen Katholizismus, den Zionismus, den Antisemitismus, den Trotzkismus und den Pazifismus.“ Was hat das mit dem „konventionellen Nationalismus“ zu tun?

Da Orwell nicht ohne Grund vermutet, dass der Leser etwas irritiert sein könnte, nennt er „auf der Hand liegende Beispiele“ des von ihm neu definierten Nationalismus: „Das Judentum, der Islam, das Christentum, das Proletariat und die weiße Rasse sind allesamt Gegenstand leidenschaftlicher nationalistischer Empfindungen.“ Und fügt hinzu: „Ein Nationalist ist jemand, der einzig und allein – oder überwiegend – in Kategorien konkurrierenden Prestiges denkt.“ Und die Nationalisten eifern nicht um die Belange einer Nation, sondern einer „eigenen Machteinheit“ – Sekte, Organisation, Gruppe von Gleichgesinnten oder beispielsweise der Partei der „Sozialisten, deren Nationalismus die Form des Klassenhasses annimmt“.

Also hat ein Nationalist, wie Orwell ihn definiert, nicht unbedingt etwas mit Nation und Rasse am Hut. Das ist einfach ein engstirniger indoktrinierter Mensch, der blind(wütig) seine „Sache“ verteidigt, keine Argumente wahrnimmt und in schwarz-weiß-Kategorien denkt – und diese Doktrinen können religiöser, politischer, aber auch ethnischer Natur sein. Das Pamphlet „Über Nationalismus“ ist eine Invektive gegen Sturheit und Besessenheit, gegen Obsession und Rechthaberei. Das ist ein Text nicht über die Politik, sondern über die „Geisteshaltung“, über die „Emotion“, wie Orwell selbst erklärt oder „eine Mentalität, eine zum Habitus gewordene Ideologie“, wie Gustav Seibt in der Süddeutschen schreibt.

Durchaus aktuell. Aber wie!

An dieser Stelle darf nicht vergessen werden, dass Orwell den Essay eigentlich über die damalige Geisteshaltung der britischen Intelligenzija schreibt – und manche Kunstschaffende (exemplarisch Gilbert Keith Chesterton – der mit den Krimis um Pater Brown – , sowie Evelyn Waugh und T. S. Eliot) kriegen ihr Fett weg: „Die bei der Intelligenzija vorherrschende Form von Nationalismus (wir erinnern uns, wie breit er den Begriff gefasst hat – V. T.) ist selbstverständlich der Kommunismus“, den Orwell nicht auf die Mitglieder der Kommunistischen Partei begrenzt, sondern alle „Russlandfreunde“, was zu diesem Zeitpunkt Stalinfreunde bedeutete, einbezieht.

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Schonungslos deckt Orwell die Fälschungen auf, die diese, von ihren Ideen besessenen, Propagandisten produzieren. Fakten werden von ihnen unterdrückt, „Zitate aus dem Kontext gerissen und so bearbeitet, dass sich ihr Inhalt verändert. Ereignisse, die, so das Gefühl, nie hätten stattfinden sollen, bleiben unerwähnt und werden letztlich geleugnet.“ Ein Beispiel: „1917 ließ Tschiang Kai Schek Hunderte Kommunisten bei lebendigem Leib verbrühen, und doch wurde er innerhalb von zehn Jahren zu einem Heroen der Linken. Die Neuordnung der Weltpolitik hatte ihn ins antifaschistische Lager befördert, und so hatte man das Gefühl, das Verbrühen der Kommunisten ‚zähle nicht‘ oder sei vielleicht nie geschehen“, berichtet der Literat.

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Eric Blair_(George Orwell) from his Metropolitan Police file.
Foto: The National Archives UK / No restrictions. Wikimedia, CC0

Also, „so das Gefühl“: „Lückenpresse“ und Haltungsjournalismus gab es schon damals auf der britischen Insel! Es gibt auch andere recht aktuelle Bezüge in dem vor 75 Jahren geschriebenen Text. Als einer der Formen des Nationalismus beschreibt Orwell die Anglophobie der englischen „Intellektuellen“: „Innerhalb der Intelligenzija ist eine spöttische und dezent feindselige Haltung gegenüber Großbritannien mehr oder weniger Pflicht.“ Etwas später schwappt diese Haltung auch nach Deutschland über, es erklingt nun „dezent“ „Deutschland verrecke!“ und „Bomber Harris“, der – unter anderem – 1945 Dresden in Schutt und Asche legte, wird mit Applaudissement bedacht.

Was ist das für ein perverses Phänomen, dass die Menschen ihr eigenes Land hassen, welche Geistesverfassung besitzen sie? Orwell aus dem Jahr 1945: „Natürlich wollten englische Linksintellektuelle nicht wirklich, dass die Deutschen oder die Japaner den Krieg gewannen, aber viele von ihnen zogen einfach einen Kick daraus, wenn sie sahen, wie ihr eigenes Land gedemütigt wurde.“ Der Unterschied zu Deutschland ist schon gut sichtbar: Die von Orwell beschriebenen Hasser saßen damals nicht in der britischen Regierung. Deutlich beschreibt der Schriftsteller und Zeitzeuge die Wendehälsigkeit, „Bigotterie“ solcher linken „Nationalisten“: „Auf dem europäischen Kontinent rekrutieren sich faschistische Bewegungen überwiegend aus Kommunisten – in den nächsten Jahren läuft die Sache möglicherweise in die entgegengesetzte Richtung.“  Meinte er, dass aus Faschisten „Anti-Faschisten“ werden? Läuft!

Die Ikone wird instrumentalisiert

Warum publiziert Mainstream den alten Orwell’schen Essay gerade jetzt? Die Frage ist leicht beantwortet: Weil der Nationalismus auf dem Vormarsch ist. Politische Parteien, die die Interessen ihrer eigenen Völker und nicht die Interessen der anderen Völker und globaler Konzerne in den Vordergrund stellen (exemplarisch „Amerika zuerst!“), gewinnen an Zuspruch. Die AfD in Deutschland, Lega in Italien, Viktor Orban in Ungarn, der Nationalisten in Belgien, Dänemark, Estland, Finnland, Schweden, Frankreich, Polen, Slowakei verbuchen Erfolge. Großbritannien ist aus dem EU-Imperium raus. In den USA, in Russland, China, Pakistan, Indonesien, Kambodscha, Indien, Südkorea, Japan, in der Türkei sind Nationalisten an der Macht.

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Daher bekommt der linksgrüne Mainstream kalte Füße. Woher die Stärkung des Nationalismus kommt, möchten sie nicht ehrlich beantworten oder vermögen es nicht. Einziger Ausweg: man sucht (auch in historischen Mottenkisten) nach Prominenz, die sagt (oder sagen sollte): Nationalismus ist eine ga-a-a-nz böse Sache.

So kommen sie auf Orwell, einen der bedeutendsten Schriftsteller der Weltliteratur. Da sich die Herausgeber der Antiquiertheit des Textes bewusst sind, versehen sie die nicht einmal 40 Buchseiten des originalen Orwell mit einem opulenten Nachwort des Soziologen Armin Nassehi. Mit vielen Verrenkungen macht er dabei eine gute Figur und, wie der NDR-Rezensent Alexander Solloch bemerkt, schafft es immerhin „in einem leicht aktualisierungsneurotischen Abschnitt, den Nationalismus, von dem Orwell einst sprach, mit den heutigen ‚Klimaprotesten‘ (und mit Brexit! – V. T.) in Verbindung zu bringen.“
Das ist der Publikationsgrund Nummer zwei.

Der Mainstream, sowohl der politische als auch der mediale (samt Armin Nassehi), schwört auf die „sozialistischen Ansichten“ Orwells. Das stimmt nur so weit: Orwell war Sozialromantiker, ein Sozialträumer, der an irgendeinen „Sozialismus“ glaubte, der in der Realität gar nicht existierte (und nicht existiert). Was gab es da? Es gab den von Orwell rigoros abgelehnten Sozialismus Stalin’scher Prägung in der Sowjetunion, wo Millionen (politische) Häftlinge den Belomor-Kanal und Eisenbahnlinien in Sibirien bauten, es gab in Palästina sozialistische Kibbuzim, die unter Verzicht auf das Nötigste das Paradies auf Erden zu erschuften suchten. Beide „Projekte“ sind bitterböse gescheitert. Aber was Orwell nicht erleben konnte, war der Pol-Pot-Sozialismus der Roten Khmer in Kambodscha – mit Millionen Toten, der Sozialismus in China mit Freiheiten à la Platz des Himmlischen Friedens, der Sozialismus der Entbehrungen in ganz Osteuropa, in Nordkorea und auf Kuba. (Fortsetzung des Artikels unter dem Werbebanner)

Aber geniale Autoren, wie Orwell einer war, sind auch deshalb genial, weil sie in ihren Werken nicht ideologisch geblendet sind. Die Logik der Erzählung an sich, die erschaffenen Charaktere führen den Autor oft zu literarischen Erkenntnissen, die seinen eigenen Überzeugungen diametral gegenüberstehen. Einen ähnlichen „permanenten Kampf des Autors mit dem Helden“ bemerkt Literaturwissenschaftler Jakow Sundelowitsch auch bei Fjodor Dostojewskij. Der Autor Orwell glaubt an seinen romantisierten „Sozialismus“, die Gestalten, die aus seiner Feder kommen, entlarven aber das unmenschliche Wesen dieser politischen Ideologie. Deshalb heißt totalitäre Herrschaft in „1984“ – „Engsoz“, englischer Sozialismus.

Ein Beispiel von dem „ersehnten Sozialismus“ gibt Orwell in der „Grammatik des (sozialistischen – V. T.) Neusprechs“: „Das Wort frei gab es zwar im Neusprech noch, aber es konnte nur in Sätzen wie ‚Dieser Hund ist frei von Flöhen‘, oder ‚Dieses Feld ist frei von Unkraut‘ angewandt werden. In seinem alten Sinn von ‚politisch frei‘ oder ‚geistig frei‘ konnte es nicht gebraucht werden, da es diese politische oder geistige Freiheit nicht einmal mehr als Begriff gab und infolgedessen auch keine Bezeichnung dafür vorhanden war.“

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Orwell als Apologet des Sozialismus? Keineswegs! Eher entschiedener Gegner des Überwachungsstaates, der Meinungsmanipulationen, political correctness und der gendersensiblen Sprache. Die beabsichtigte Schmähung des Nationalismus durch einen überzeugten „Sozialisten“ ist mit der Veröffentlichung des Buches „Über Nationalismus“ also weit daneben gegangen. Daraus wurde ein Schuss ins eigene linke Bein. Die Versuche vieler Rezensenten, Orwell umzuinterpretieren (indem man das Orwell’sche Verständnis für „seinen“ Nationalismus einfach weglässt) und aus dem Text einen Strick für den modernen Nationalismus zu drehen, sind kläglich gescheitert. Der Text ist aktuell, der Text ist brisant, und zwar nicht, weil er die Liebe zur Nation anprangert, sondern weil er den heutigen verlogenen politischen Eliten einen Spiegel vor ihre Fratzen hält.

Orwell, George: Über Nationalismus, dtv Verlagsgesellschaft mbH, München, 2020.

dimanche, 12 avril 2020

Cauchemar totalitaire, de la quarantaine au communisme

Le récit glaçant d’un cauchemar qu’a fait Marcello Veneziani. Même si nous conservons l’optimisme naïf de croire que la fin est exagérée et relève plus du fantasme que de l’anticipation, toute la première partie ne relève désormais plus de la fiction: nous sommes en plein dedans, ou nous y serons quand le « déconfinement » sera décrété.

Cauchemar totalitaire, de la quarantaine au communisme

Marcello Veneziani
La Verità, 7 avril 2020

Ex: http://www.benoit-et-moi.fr

La captivité prolongée engendre de mauvaises pensées. De ceux qui la subissent, de ceux qui la décrètent. Malus mala cogitat, qui vit mal pense mal, pourrions-nous traduire. Ainsi, dans un demi-sommeil, entre la nuit et l’aube, j’ai fait un cauchemar. J’ai vu, j’ai pensé, j’ai rêvé – je ne sais pas trop – où porterait la longue détention pour raisons sanitaires: à un régime totalitaire jamais vu auparavant qui priverait les citoyens des libertés les plus fondamentales et n’admettrait aucune dissidence, au nom de l’urgence sanitaire suprême. Niés, les droits principaux, qui précèdent même les droits démocratiques: sortir de la maison, se promener, rencontrer sa famille et ses amis, s’embrasser, vivre en plein air, aller à la messe. Stoppée, toute activité productive, détruite, toute forme de travail, de récréation, de la lecture au café; seulement les distractions centralisées et contrôlées, car administrées par le Réseau directement à la maison.

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Marcello Veneziani

Dans ce cauchemar, l’obligation de porter des masques était devenue permanente, dans le but de museler les citoyens, de les empêcher de parler librement et de se faire comprendre, avec l’excuse de préserver leur santé. Sous la menace de la maladie, de l’hospitalisation et de la mort, le peuple effrayé devenait docile et n’opposait pas de résistance Toute réunion de trois personnes ou plus était strictement interdite, et toute manifestation requérant une assemblée était interdite. Toute foi était déracinée, réduite au seul secret de sa propre intimité (enfermés dans les toilettes pour prier), la politique contrainte au privé, par contre, permission de fumer et de promener le chien.

À un certain moment, l’interdiction absolue de sortir fut supprimée, mais avec quatre lourdes conditions.

  • La première fut que même respirer en plein air, sortir de la maison, marcher, était considéré comme une concession, une grâce du pouvoir clément, et donc les gens devaient être reconnaissants à leurs geôliers de pouvoir enfin faire ce que personne dans l’histoire de l’humanité n’avait interdit à tout un peuple. La libre circulation était cependant limitée. Même pour les opinions et les dissensions, l’interdiction de circuler restait en vigueur, une commission spéciale était chargée de les réprimer.
  • La deuxième condition fut le prix à payer pour cette grâce ; considérant qu’un virus peut évoluer et se régénérer sous d’autres formes, alors la prophylaxie, les contrôles, la distanciation sociale, les voyages supervisés et toutes les restrictions en vigueur furent seulement tempérés et réglementés mais ne disparurent pas. On pouvait faire deux pas, sans exagération, respecter les horaires pour prendre la voiture et aller au supermarché, régler sa vie au rythme de la cloche de l’État qui scandait les horaires, les permis et les interdictions. En échange de cette liberté limitée, les sujets devaient être contrôlés par des bracelets électroniques et des colliers, des téléphones portables de surveillance, des bracelets de cou qui signalaient la présence, le mouvement et le temps de sortie. La mer, synonyme de liberté, était interdite.
  • Mais le régime totalitaro-sanitaire devint vraiment odieux quand il affronta la puissante crise économique et sociale que la contagion avait créée, la faillite de millions d’activités, la perte d’emplois pour des millions de travailleurs, la misère et à la faim. Après avoir promis une intervention de l’État pour protéger, soutenir ceux, nombreux restés à terre, après avoir promis des revenus et des fonds pour redémarrer, les caisses se vidèrent, il fut décidé, après un prélèvement forcé sous forme d’impôt sur la fortune, d’adopter un remède plus radical. Remettre tous les salaires à zéro, tout le monde reçoit le même revenu universel de citoyenneté. Autrement dit, à chacun selon ses besoins. Niée toute reconnaissance du mérite et des compétences, des études et du CV, de l’inventivité et de l’ingéniosité. Ainsi se réalisa l’utopie du communisme, mais elle fut appelée par un autre nom pour rassurer les gens; et elle fut promue par des gens qui ne venaient pas du communisme mais de rien ou du cirque.

  • ‘A livella (*) devint l’hymne universel, acclamé par les nouveaux prolétaires affamés. Aucun régime, pas même le plus sanguinaire, n’avait réussi à étendre le contrôle totalitaire et les revenus égalitaires de manière aussi radicale. La crainte de la contagion et la crise qui s’ensuivit y parvinrent. On soupçonna alors que le virus avait été induit, ou du moins véhiculé, manipulé, monté. Et que les mêmes pays d’où il était parti avait pris le dessus étendant le régime communiste à l’Occident.
  •  
  • Enfin, la misère économique et sociale, les subventions d’État et le contrôle à but sanitaire, produisirent de fait l’extinction de la souveraineté politique, populaire et nationale et le transfert du pouvoir à un protectorat médico-économico-technocratique qui garantissait les flux financiers et le budget. C’est de cette façon que le communisme coopta les oligarques de la finance. Avec le despotisme maocapitaliste, on installe les chevaux de la Troïka (cavalli di Troïka, jeu de mots avec cavalli di Troia, chevaux de Troies), « trio » (terne: peut-être allusion à la liste de trois noms soumis à l’approbation du Pape lors de la nomination d’un évêque) de commandement composées d’un banquier, d’un manipulateur de médias et d’un soldat. Les pays développés vaincus et leur production démantelée, les pays qui vivaient du pétrole réduits à la famine, la société nivelée et la démocratie révoquée, le communisme implicite était dominé par un clan de faux scientifiques et de vrais satrapes.

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Un rayon de soleil qui avait filtré dans la pièce me libéra du cauchemar mais il resta dans mes yeux, dans mon esprit, dans mes poumons, dans ma gorge. Bien sûr, ce sont de mauvaises pensées; même Paul Valéry a écrit ses mauvaises pensées en temps de captivité sous la seconde guerre mondiale et pendant l’occupation allemande.

La douceur interdite d’avril, qui était le mois le plus beau et le plus prometteur – beau pour le printemps qu’il déverse, prometteur pour l’été qu’il annonce – est devenue avec la prison domestique « le plus cruel des mois », comme l’a écrit T.S. Eliot.

Et l’interdiction de la Résurrection pour raisons d’hygiène, imposée pendant la Semaine Sainte, a rendu la détention encore plus atroce.

Si vous privez un homme de Pâques, au nom de la santé, vous lui refusez la possibilité d’être sauvé.

Ndt

(*) Poème napolitain (1964) de Totò (1898-1967), acteur comique très populaire en Italie . Il y est question d’un dialogue entre deux morts enterrés côte à côte dans un cimetière, un éboueur et un aristocrate, et la morale est le nivellement que la mort opère entre tous les hommes (wikipedia en italien).

dimanche, 05 avril 2020

Six choses que vous ignorez sur George Orwell et 1984

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Six choses que vous ignorez sur George Orwell et 1984

Ex: https://www.actualitte.com

Le 8 juin 1949 était publié ce qui reste aujourd'hui le plus influent des romans de SF. Une chose est sûre : 1984 nous triture encore les méninges, surtout au regard des inquiétudes de la société actuelle vis-à-vis de la surveillance et de la manipulation dont sont capables les gouvernements. Le combat de Winston Smith contre la répression qu'exerce Big Brother fait froid dans le dos. Génie visionnaire, George Orwell ? En tout cas, voilà une dystopie auréolée de mystères... et de sympathiques anecdotes. 

1. 1984 ne devait pas s'appeler 1984

C'est un tout autre titre qu'avait en tête George Orwell à l'époque. Le livre devait s'intituler The Last Man in Europe (Le dernier homme d'Europe), en référence à la solitude que ressentait l'écrivain, isolé sur l'île du Jura, en Écosse. Finalement, son éditeur le convainquit d'adopter un titre plus commercial... En revanche, contrairement à ce que suggèrent la plupart des éditions étrangères du roman (dont la version française), le titre exact choisi par Orwell ne s'écrit pas en chiffres mais bien en lettres : Nineteen Eighty-Four.

2. L'intrigue de 1984 est fortement inspirée d'un roman russe

George Orwell l'a toujours nié, mais les spécialistes du genre sont formels : l'histoire, les personnages, le contexte futuriste de 1984 ont été repris d'un roman écrit par Ievgueni Zamiatine et intitulé Nous autres. Sorti en 1920, le livre relate les réflexions d'un homme du futur sur la liberté, et sa remise en question du conditionnement dans lequel l'État unique enferme la société. L'ironie étant qu'Orwell, s'il a démenti avoir puisé son inspiration dans l'œuvre de Zamiatine, a néanmoins rétorqué qu'Aldous Huxley ne s'en était pas privé pour Le Meilleur des mondes...

3. Avant de mourir, Orwell nous avait lancé un dernier avertissement

SI l'écrivain n'hésitait pas à qualifier son œuvre de parodique, il ne se faisait néanmoins pas d'idées sur la déchéance à laquelle semble voué notre monde. 6 semaines avant son décès, il profita d'une interview de la BBC pour mettre les spectateurs en garde contre « l'intoxication du pouvoir ». Bien entendu, nul n'aurait pu discerner à l'époque l'inquiétant réalisme dont faisait preuve l'auteur dans son avertissement. C'est sur ces mots qu'il concluera sa diatribe : « Ne laissez pas cela se produire. Tout dépend de vous. »
 


4. David Bowie voulait adapter 1984 en comédie musicale

Farfelu ? Génial ? On se demande ce que ça aurait pu donner, mais le projet n'a (malheureusement ?) jamais abouti... La faute à Mme Orwell, qui lui a refusé ce droit. Toujours est-il que l'album Diamond Dogs sorti en 1973 contient quelques-uns des titres qui ont été inspirés à Bowie par le roman de George Orwell, dont « 1984 », « Big Brother » ou encore « We Are Dead ».
 


5. George Orwell est un pseudonyme


Le romancier avait déjà plusieurs travaux derrière lui avant la publication de 1984, dont certains écrits sous le nom d'Eric Blair... George Orwell n'est en fait qu'un pseudonyme, qui lui avait été conseillé pour plusieurs raisons : tout d'abord parce que Blair était un nom bien trop commun, qui manquait de punch et que l'on oubliait facilement ; ensuite, parce qu'Eric Blair s'était bâti une réputation... plus que médiocre. Et finalement, George Orwell s'en est bien mieux tiré que Blair.

6. Apple s'est basée sur 1984 pour une publicité choc


Le premier ordinateur MacIntosh s'était démarqué avant même sa sortie grâce à la publicité conceptuelle que lui avait offerte Apple. Diffusé lors de la finale du Superbowl en 1984, le spot réalisé par Ridley Scott lui-même mettait en avant une sorte de Big Brother asseyant sa domination sur la société et défiée par une héroïne libératrice... Le tout, sans présenter le produit de Steve Jobs. Une curieuse manière de promouvoir le premier Mac, d'ailleurs incomprise à l'époque ; aujourd'hui, la publicité est devenue culte. Et ne vous méprenez pas : c'est sans aucun doute la figure « libératrice » qu'était censé représenter Apple, et pas le Big Brother... 
 
 
« De tous les carrefours importants, le visage à la moustache noire vous fixait du regard. BIG BROTHER VOUS REGARDE, répétait la légende, tandis que le regard des yeux noirs pénétrait les yeux de Winston... Au loin, un hélicoptère glissa entre les toits, plana un moment, telle une mouche bleue, puis repartit comme une flèche, dans un vol courbe. C'était une patrouille qui venait mettre le nez aux fenêtres des gens. Mais les patrouilles n'avaient pas d'importance. Seule comptait la Police de la Pensée. »
 

jeudi, 20 juin 2019

Your Nineteen Eighty-Four Sources in Full

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Your Nineteen Eighty-Four Sources in Full

Connolly, Burnham, Orwell, & “Corner Table”

“In the torture scenes, he is merely melodramatic: he introduces those rather grotesque machines which used to appear in terror stories for boys.”
—V. S. Pritchett, The New Statesman [2], June 18, 1949

The torture section in Nineteen Eighty-Four[1] [3] was planned from the beginning, and intended to be the story’s core and culmination. The key influence here was James Burnham’s The Struggle for the World (discussed below), which George Orwell reviewed in March 1947, shortly before starting the first full longhand draft of the new novel. In Struggle, Burnham emphasized the likelihood of another World War within another few years, and probably even a war using the “atomic bomb.”

This found its way into Nineteen Eighty-Four, as did Burnham’s analysis of Communism (though Orwell didn’t call it that). Terror, torture, disinformation, humiliation: these are not unfortunate byproducts of Communist revolution, said Burnham, they are the system itself.

The original model for Nineteen Eighty-Four wasn’t as grim as that. It was frivolous, really, and written years and years before the Cold War was dreamt of. It was a little black comedy that used torture strictly for laughs. Titled “Year Nine,” Cyril Connolly dashed it off at the end of 1937.[2] [4] It appeared in The New Statesman in January 1938.

It’s a brief farce, less than two thousand words, yet in there are prefigured Big Brother, the Thought Police, Newspeak, and the Ministry of Love. To tell a brief story briefly: After happening upon a basement art exhibit, the narrator – an assembly-line envelope-flap-licker – is accused of thoughtcrime (approximately). He is arrested, severely tortured, and sentenced to excruciating execution.

Orwell was much impressed with it, and so were John Betjeman and others.[3] [5] Up to this point, Connolly was known mainly as an idler and failed novelist. Very soon, though, he published a memoir, Enemies of Promise, founded Horizon (“A Review of Literature & Art”), became editor of The Observer‘s book section (where he farmed out reviews to Orwell and Evelyn Waugh and Arthur Koestler), and was generally London’s number-one all-’round critic and litterateur.

From “Year Nine”:

As the hot breath of the tongs approached, many of us confessed involuntarily to grave peccadilloes. A man on my left screamed that he had stayed too long in the lavatory.

 * * *

Our justice is swift: our trials are fair: hardly was the preliminary bone-breaking over than my case came up. I was tried by the secret censor’s tribunal in a pitchdark circular room. My silly old legs were no use to me now and I was allowed the privilege of wheeling myself in on a kind of invalid’s chair. In the darkness I could just see the aperture high up in the wall from whence I should be cross-examined . . .

Our narrator (not a Winston Smith type, more of a garrulous Connolly/O’Brien) is sentenced to be “cut open by a qualified surgeon in the presence of the State Augur.”

“You will be able to observe the operation, and if the Augur decides the entrails are favourable they will be put back. If not, not . . . For on this augury an important decision on foreign policy will be taken. Annexation or Annihilation? . . .

Yes, I have been treated with great kindness.[4] [6]

There is a cultural time-stamp on “Year Nine,” clearly visible. The Moscow Purge Trials were underway and widely known about, but Connolly pins the Stalinist outrages in his tale – torture, forced confessions, anonymous denunciations – upon a cartoonish pseudo-Nazi regime, complete with Stroop Traumas, Youngleaderboys, and a population in thrall to Our Leader. (Connolly hadn’t a political bone in his body, but he posed as a Fellow Traveler, that being comme il faut.)

Conversely, when Nineteen Eighty-Four came out in 1949, it too drew on the Moscow Trials, and no one questioned (least of all Pravda) that Orwell was depicting a Soviet-style police-state. This happened even though Orwell slyly denied that it was about Communism. You can see this in the novel’s own disclaimers, and in external press releases that author and publisher sent out.

A curious legacy of “Year Nine” is that its Punch-and-Judy brilliance shines through the surface narrative of Nineteen Eighty-Four, giving the torture scenes a lurid “vaudeville” feel. Orwell probably didn’t intend the scenes in the Ministry of Love (Miniluv) to be black comedy, but that’s what he got, from O’Brien’s jabberwocky speeches, all the way to the rats in the cage-mask. (“‘It was a common punishment in Imperial China,” said O’Brien as didactically as ever.’”)

Lord of Chaos

Connolly/O’Brien is your emcee and Lord of Chaos in the Miniluv torture clinic. This is far from the standarGO1.jpgd crib-note interpretation of O’Brien (“zealous Party leader . . . brutally ugly”), but pray consider: a) Connolly was Orwell’s only acquaintance of note who came close to the novel’s description of O’Brien, physically and socially; b) if you bother to read O’Brien’s monologues in the torture clinic, you see he’s doing a kind of Doc Rockwell routine: lots of fast-talking nonsense about power and punishment, signifying nothing.

This is one reason why O’Brien fails as a villain. Villains must be monolithic. Here we have an Inner Party exemplar-cum-old Etonian who still boasts of his “antinomian tendencies” – a humorist and parodist, author of The Theory and Practice of Oligarchical Collectivism as well as “Where Engels Fears to Tread”;[5] [8] in short, a louche Fellow-Traveler-of-convenience, renowned for self-indulgence and amorality. And thus he fits right in with what O’Brien tells us about the Inner Party ethos (do read the monologues): someone who’s amoral, capricious, and power-hungry (and a potential sociopath, if O’Brien’s description of the Party’s lust for power is anything to go by).

* * *

If Orwell wanted to put Connolly out of his mind while working on Nineteen Eighty-Four, he couldn’t, because he was forever revising an essay-memoir about the school they went to together between 8 and 14. It was the most miserable time of life for young Eric Blair (for such he was). He had probably started this memoir in the early 1940s, and still had the unpublished typescript with him in London when he was playing with notes and abortive chapters for his projected novel in 1945 and 1946. And then he brought it with him to the Isle of Jura, Inner Hebrides, in the spring of 1947, where he finally began to handwrite the first draft of The Last Man in Europe (as he was then calling the Winston Smith novel). He also revised the memoir, sending a carbon to his publisher in late May. Then, in 1948, when he was laid up with TB in a hospital near Glasgow and struggling to rewrite the novel with his writing arm in a cast, he revised the memoir yet again. It wouldn’t be published in Great Britain until 1967.

The memoir was Cyril Connolly’s idea. Connolly had put his fond-but-unnerving school memories into Enemies of Promise (which made him famous), and suggested his old schoolmate Blair might do the same: a companion piece or “pendant” to Connolly’s sardonic memoir. So Blair/Orwell decided to do a Dickens about his time as an upper-middle-class poor boy at St. Cyprian’s, enduring six years of oppression, humiliation, and petty tortures. He attended the school on reduced fees (as the Headmaster’s wife reminded him loudly and often) because he was expected to win a scholarship to Eton, and so bring glory and honor to St. Cyprian’s. From age 11 onward, Young Blair was “crammed with learning as cynically as a goose is crammed for Christmas” (as he wrote), mainly Latin and Greek.

This is the nearest thing to an autobiography we ever got out of Orwell, and the disgusted, sulky, sharp-eyed loner we see in his essays and Winston Smith is thoroughly recognizable as the boy at St. Cyprian’s. To make himself seem even lonelier and more miserable – or perhaps for some other motive – he cut Cyril Connolly entirely out of story.

At one point in the memoir, Orwell pulls back and says he doesn’t mean to suggest his school was a kind of Dotheboys Hall. Then he marches off again and tells us about the filthy lavatories and disgusting food, and how he once saw a human turd floating on the surface of the local baths in Eastbourne. On finally leaving St. Cyprian’s – off to Eton, but first a term at Wellington – he looked to the future with despair. “[T]he future was dark. Failure, failure, failure – failure behind me, failure ahead of me . . .”

Orwell’s publisher and friends thought the memoir was just too embarrassing and self-pitying to publish. It would be bad for Orwell’s reputation, they said, and probably libelous. So the perennial work-in-progress didn’t see the light of day until Orwell was safely dead and Partisan Review in New York ran a slightly altered version in their September-October 1952 issue. It ran for 41 pages, called St. Cyprian’s “Crossgates,” and used Orwell’s title: “Such, Such Were the Joys.”[6] [9]

* * *

You sometimes hear that Orwell plagiarized from another dystopian story, usually one set many centuries in the future, with little or no resemblance to Orwell’s. In 2009, on Nineteen Eighty-Four‘s sixtieth anniversary of publication, Paul Owen in The Guardian tried to make the case that Orwell “pinched the plot” from Yevgeny (or Eugene) Zamyatin’s early-1920s novel, We.[7] [10] As evidence, Owen says that Orwell read Zamyatin’s book three years before Nineteen Eighty-Four was published (1949). This is a lie by misdirection. Orwell had been making notes and outlines since at least 1944, and finished his first draft in 1947. He first heard of Zamyatin’s book in 1943, failed to find a copy of the 1920s English translation published in New York,[8] [11] and finally settled for a French one, his review appearing in early 1946.[9] [12] Owen’s biggest claim is completely wrong: “that Orwell lifted that powerful ending – Winston’s complete, willing capitulation to the forces and ideals of the state – from Zamyatin.” The ending of Nineteen Eighty-Four is in fact a retread of a novel ending that Orwell wrote in 1935.

GO4.jpgA good deal of Nineteen Eighty-Four, in fact, is a twisted retelling of Keep the Aspidistra Flying.[10] [13] Orwell wrote Aspidistra in 1935 during his Hampstead bookshop-assistant days, and was ever after ashamed of it. Never mind, it’s a beautiful piece of pathetic self-mockery, giving us a 1930s-model Winston Smith. Instead of surrendering to Big Brother at the end, the Winston-figure, Gordon, finally sells out to the “Money God” – and goes back to his job as an advertising copywriter. A happy ending, strangely enough.

In place of glowering Big Brother posters, Gordon is surrounded by vast images of “Corner Table,” a “spectacled rat-faced clerk with patent-leather hair,” grinning over a mug of Bovex. (Presumably Bovril + Oxo.) “Corner Table enjoys his meal with Bovex,” shouts the poster all over town. Everywhere Gordon is stared down by the Money God, in the guise of advertisements on all the hoardings. “Silkyseam – the smooth gliding bathroom tissue.” “Kiddies clamour for their Breakfast Crisps.”

Like Winston, Gordon is under constant surveillance at home (from his landlady) and takes his girlfriend out to the countryside, where they have sex on the wet ground. When he gets in trouble with the law, he wakes up in a jail with walls of “white porcelain bricks,” like the lockup at Miniluv. His O’Brien-analogue, an upper-class literary friend and little-magazine publisher named Ravelston, shows up and rescues him from the clink. Instead of taking him to a torture chamber, he puts Gordon up in his flat and gently badgers him to straighten out his life, which Gordon does eventually, but not just yet. Torture was different in the Thirties.

* * *

Connolly’s “Year Nine” provided an amusing, pocket-sized framework for building a terror-regime satire, while Keep the Aspidistra Flying gave the naturalistic “human” elements to be restyled for Nineteen Eighty-Four. The new novel also needed serious geopolitical underpinnings, and here Orwell leaned heavily on James Burnham. It’s long been known that Orwell took the “three super-states” idea from Burnham’s The Managerial Revolution (1941).[11] [14] Orwell and his publisher cited Burnham and that book when they wrote a press release in June 1949, explaining what Nineteen Eighty-Four was “about.” (Press interest was intense, and the hat-tip to Burnham looks suspiciously like a red herring.)

Burnham’s “three super-states” schema was the inspiration not only for Oceania-Eurasia-Eastasia, but most probably the entire novel; it was like a piece of grit in the oyster, waiting for the pearl to form around it. It became Orwell’s pet geopolitical concept, and from 1944 onward we find him continually dropping mentions of “three super-states” in his reviews, articles, and columns.

 [15]Nevertheless, it was a later book by Burnham, The Struggle for the World (1947)[12] [16] that really gave Nineteen Eighty-Four its horror and worldview. Here, Burnham argued that another World War was likely soon (say, 1950), and something nuclear would probably be in play. This provided the backstory to Oceania’s murky history of war and revolution, along with some early memories for Winston Smith. An “atomic bomb” – as we called them then – was dropped near London in Colchester. Burnham argued that a preventive war might well be necessary before the Soviets get the A-bomb. The rush of events soon outran that warning, needless to say.

But the really vital input from Struggle came from Burnham’s analysis of Communism. International Communism really, truly, does seek mastery of the globe, he maintained. He had made the argument a couple of years earlier, when he was with the OSS, but in 1947 it became the freshest insight in US foreign policy. Furthermore, he focused on a matter that most pundits feared to address, lest they look like unhinged extremists: the integrality of terror to the Communist apparatus. This was obvious to many people in those post-war years, but it was Burnham who took the logical leap and articulated the idea in a book: If your main activity is terror, then terror is your business.

GO84penguin.jpgTo repeat the obvious, Burnham was describing Communism, not some theoretical “totalitarianism,” as in some press blurbs for Nineteen Eighty-Four. As noted, Orwell explicitly disavowed any connection between his fictional “Party” and the Communist one. Nevertheless, the political program that O’Brien boasts about to Winston Smith is the Communist program à la James Burnham. It’s exaggerated and comically histrionic, but strikes the proper febrile tone.

First, some O’Brien:

Power is in inflicting pain and humiliation. Power is in tearing human minds to pieces and putting them together again in new shapes of your own choosing. Do you begin to see, then, what kind of world we are creating? It is the exact opposite of the stupid hedonistic Utopias that the old reformers imagined. A world of fear and treachery is torment, a world of trampling and being trampled upon, a world which will grow not less but more merciless as it refines itself. Progress in our world will be progress towards more pain. . . .

The espionage, the betrayals, the arrests, the tortures, the executions, the disappearances will never cease. It will be a world of terror as much as a world of triumph. The more the Party is powerful, the less it will be tolerant: the weaker the opposition, the tighter the despotism.[13] [17]

Now bits of Burnham:

The terror is everywhere, never ceasing, the all-encompassing atmosphere of communism. Every act of life, and of the lives of parents, relatives and friends, from the trivial incidents of childhood to major political decisions, finds its way into the secret and complete files. . . . The forms of the terror cover the full range: from the slightest psychological temptings, to economic pressure . . . to the most extreme physical torture . . .

* * *

It should not be supposed that the terror . . . is a transient phenomenon . . . Terror has always been an essential part of communism, from the pre-revolutionary days . . . into every stage of the development of the communist regime in power. Terror is proved by historical experience to be integral to communism, to be, in fact, the main instrument by which its power is increased and sustained.[14] [18]

Burnham and Orwell were of very different mentalities, the first always gushing theories with the fecundity of a copywriter dashing off taglines; while the second was constitutionally averse to abstractions and hypotheticals, much preferring near-at-hand things, such as the common toad. It’s striking that Orwell could not only find something useful and intriguing in Burnham, he honored him with a few of the most insightful and appreciative critiques.

JB-SW.jpgIn March 1947, while getting ready to go to Jura and ride the Winston Smith book to the finish even if it killed him (which it did), Orwell wrote his long, penetrating review of The Struggle for the World. He paid some compliments, but also noted some subtle flaws in Burnham’s reasoning. Here he’s talking about Burnham’s willingness to contemplate a preventive war against the USSR:

[Burnham sees that] appeasement is an unreal policy . . . It is not fashionable to say such things nowadays, and Burnham deserves credit for saying them.

But suppose he is wrong. Suppose the ship is not sinking, only leaking. Suppose that Communism is not yet strong enough to swallow the world and that the danger of war can be staved off for twenty years or more: then we don’t have to accept Burnham’s remedy – or, at least, we don’t have to accept it immediately and without question.[15] [19]

Orwell was just using moderation and common sense here, but what he’s suggesting is what in fact began to happen that year (1947). Instead of the predicted war of destruction; policies of “containment,” “rollback,” “interventions”; defense treaties (NATO); and targeted economic aid (Marshall Plan) might work at least as effectively against the Soviets, as well as being far pleasanter and more manageable.

Ironically, Orwell did not pay much attention to what was going on in the outside world that year or next; he had bigger things to worry about. But as the world moved on, it diverged more and more from the fundamental premises of Nineteen Eighty-Four. There wouldn’t be an “atomic war” in 1950 (war, yes; not atomic) and Soviet-style terror regimes weren’t going to swallow all of Europe, however likely that looked in the spring of 1947.

Notes

[1] [20] The actual title of the book on publication date was Nineteen Eighty-Four in London (Secker & Warburg) on June 8, 1949; and 1984 on June 13, 1949 in New York (Harcourt Brace). Orwell and his publisher slightly preferred the numerals, but chose to go with the words for the London edition. Orwell used both styles interchangeably – obviously one is more convenient to type. (George Orwell: A Life in Letters, Ed. Peter Davison [London: W.W. Norton], 2010.)

[2] [21] Cyril Connolly, “Year Nine,” collected in The Condemned Playground (London: Routledge, 1945), originally published in The New Statesman, January 1938. Connolly was inspired by a visit to the “Degenerate Art” exhibition in Munich, where he got the uneasy sense he was expected to leer with a disapproving expression.

[3] [22] Clive Fisher, Cyril Connolly (New York: St. Martin’s Press, 1995).

[4] [23] Connolly, The Condemned Playground.

[5] [24] Connolly, The Condemned Playground.

[6] [25] George Orwell, “Such, Such Were the Joys,” Partisan Review, Vol. 19, No. 5 (New York), Sept.-Oct. 1952.

[7] [26] Paul Owen, “1984 thoughtcrime? Does it matter that George Orwell pinched the plot? [27]”, The Guardian, 8 June 2009.

[8] [28] E. (or Y.) Zamyatin, We, tr. Gregory Zilboorg (New York: E. P. Dutton), 1924. This English-language edition was actually the first publication of We.

[9] [29] George Orwell, review of WeTribune (London), January 4, 1946.

[10] [30] George Orwell, Keep the Aspidistra Flying, many editions. Originally: London: Victor Gollancz Ltd., 1936.

[11] [31] James Burnham, The Managerial Revolution (New York: John Day, 1941).

[12] [32] James Burnham, The Struggle for the World (New York: John Day, 1947).

[13] [33] Nineteen Eighty-Four, Part III, iii.

[14] [34] James Burnham, The Struggle for the World (New York: John Day, 1947).

[15] [35] George Orwell, “James Burnham’s view of the contemporary world struggle,” New Leader (New York), March 29, 1947.

 

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[2] The New Statesman: https://www.newstatesman.com/books/2013/03/fitzgerald-woolf-and-j-g-ballard-five-classic-book-reviews-ns-archive

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[27] 1984 thoughtcrime? Does it matter that George Orwell pinched the plot?: https://www.theguardian.com/books/booksblog/2009/jun/08/george-orwell-1984-zamyatin-we

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jeudi, 02 mai 2019

Misreading Animal Farm

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Misreading Animal Farm

If you’re seeing a lot of Nineteen Eighty-Four editions showing up in bookstores these days, it’s because 2019 marks the seventieth anniversary of the novel’s publication. And I suppose next year we’ll see even more Orwelliana, because we have the seventieth anniversary of George Orwell’s death in January, followed by the seventy-fifth anniversary of Animal Farm.

Of all the popular literature of the past century, those two books are among the ones that people in the English-speaking world are most likely to have read – or at least imagine they’ve read. (Notice I say the English-speaking world, thereby neatly skating around the juvenile fodder that pimply adolescents in America get assigned year after year – the Mockingbird one and the Gatsby one, and those books about prep-school boys in the 1940s.)

The Orwell storylines are starkly simple, easily put into one-line elevator pitches that anyone would recognize:

In a totalitarian hell, doomed lovers dream of rebelling, but get tortured and killed.

Animals take over a farm, but their cruel pig bosses make their lives harder than ever.

As with so many stories that are too easily simplified, Nineteen Eighty-Four and Animal Farm are grossly misperceived in popular understanding and CliffsNotes-level criticism. Winston and Julia’s slave-state dystopia often got dismissed as a nightmarish vision of the future, or else an unsubtle condemnation of Stalinism. But really, it’s mainly a book about political propaganda: the slogans, the posters, the slant on the news (forever being rewritten to serve the party line of the day) – all inspired by Orwell’s own experience writing broadcasts at the Ministry of Truth (BBC Broadcasting House). And, of course, those inescapable telescreens continually shouting at you, like the hectoring CNN flatscreens that now disfigure every airport concourse and waiting area. Large chunks of the book are given over to discussions of how to enforce politically correct speech (herein called Newspeak), as well as a letter-perfect lampoon of a Marxist political tract called The Theory and Practice of Oligarchical Collectivism.

One could spend pages upon pages dissecting all the pastiches, black-comedy turns, and inside jokes that Orwell put into his Big Brother book, and no doubt I shall very soon. Today, though, I want to focus on the shorter, earlier book, the one with the talking animals. It covers many of the same themes that are expanded upon later, and like Nineteen Eighty-Four is stuffed with parody (Orwell actually writes two different “patriotic” songs for the animals to sing), and is itself an extended spoof of jolly children’s books about Life on the Farm with the Friendly Cow. There are long snatches of the narrative that are positively irenic: Boxer and Clover, the drayhorses, and Benjamin the donkey, all cheerfully working in the sunshine.

You can see why, in the original CIA-funded animated film of Animal Farm (1954), there was an irresistible push to tack on a happy ending, in which the animals mount another rebellion and throw out their pig masters. Presumably, this was a hopeful nod of encouragement directed at the new slave satrapies behind the Iron Curtain.

Animal-Farm-Poster.jpgWhen Orwell finished Animal Farm in 1945, it was a very bad time to promote anti-Communist books with talking animals. This one was too clearly an allegory about the Bolshevik Revolution and the Stalinist aftermath, as subtle as a cow-pie (one barnyard feature that does not appear in the book). Over two dozen publishers rejected it promptly; Churchill’s coalition government had been touting a pro-Soviet line since 1941. Against this background, Animal Farm was about as welcome as a sympathetic book review of Mein Kampf (which Orwell did in fact once publish, during the Phony War period).

Though he liked to describe himself as a Man of the Left, that was mainly window-dressing to maintain his literary viability. He was a socialist, but one with a very deep nationalist streak (as anyone reading “England, Your England” or “In Defence of P.G. Wodehouse” grasps immediately). He thought the Reds were gunning for him, figuratively and literally – and maybe they were.

Around the time he finished Animal Farm, he met Ernest Hemingway at the Ritz in Paris and asked to borrow a pistol, because the Russians had tried to kill him in Spain and still wanted him dead. Hemingway thought the old boy was overwrought, but found him a Colt .32. (This is recounted in Hemingway’s posthumous True at First Light.)

And yet, Animal Farm isn’t really a straightforward allegory about the Soviet Union. What it really is, is subtle propaganda that pretends to share the prejudices and idioms of a Parlor Pink or Fellow Traveler of the 1935-45 period. Orwell’s trick is what is known today in Internet culture as concern-trolling. Concern-trolling is when you insert yourself into an ongoing discussion or dispute, and feign sympathy with the participants’ viewpoint. Then, gradually and unctuously, you raise mild objections to the consensus belief. These quibbles confuse your interlocutors, sending the discussion off into a new direction. You might not get your new friends to reverse their opinions, but you’ve certainly planted some doubts.

The Leftist verities that Orwell pretends to endorse can be really preposterous. Yet even today, many people accept them unquestioningly as dogma. Some of the more egregious examples:

  1. The (Bolshevik) Revolution was a Good Thing.
  2. But it was betrayed and ruined by Napoleon the Pig (Stalin).
  3. The animals (Soviet people) were much happier and more prosperous after the Revolution than before.
  4. Religion (i.e., Christianity) is an unnecessary, false, wasteful distraction.
  5. After the Revolution, Animal Farm (Russia) was more enlightened than its rivals, which were cruel and corrupt, and oppressed their workers.

In order for Animal Farm to work as political propaganda, you pretty much have to accept most of these premises. You have to suspend disbelief and make yourself a wide-eyed fool willing to believe such obnoxious pap as, “Communism can build Heaven on Earth, but it’s never really been tried!”

Orwell completely avoids some matters that would have made his fairy tale unpublishable. There is the Jewish Question. Most of the leading Bolsheviks were Jews, and that is a very difficult fact to finesse. (Stalin, of course, was not; but his wife and best friend were.) Certainly, it must have been on Orwell’s mind throughout the writing. Perhaps this is why he made the lead animals pigs; for pork is most unkosher. Yes, the author is saying, the pigs are the Bolsheviks, so I’m not saying the Bolsheviks were Jews. (I am reminded that when Art Spiegelman drew his Maus graphic novel in the 1980s, he portrayed the Poles as pigs, thus emphasizing that they were very, very un-Jewish.)

AF-pig.jpgBut the use of pigs raises all sorts of other complications. All the male pigs but Napoleon, we are told, have been castrated. This fact is introduced late in the book, and rather obliquely: “Napoleon was the only boar on the farm.” But hold on: Napoleon has sired many porkers, presumably male often as not. Surely they’re still intact – some of them, anyway. Is Orwell just being forgetful, or does he fear certain distasteful matters will slow down the story?

The pigs bothered a lot of publishers’ readers when Orwell sent the typescript around. Jonathan Cape wanted to publish the book, but only if the pigs were swapped out for something else. “It would be less offensive if the predominant caste in the fable were not pigs.”

Over at Faber & Faber, T. S. Eliot liked it, too, but turned it down with a perversely hilarious rejection letter, wondering why the pigs had to be villains:

[A]fter all, your pigs are far more intellectual than the other animals, and therefore the best qualified to run the farm – in fact, there couldn’t have been an Animal Farm at all without them: so that what was needed (someone might argue), was not more communism but more public spirited pigs.[1] [2]

The Animal Farm/USSR analogy really goes off the rails with the depiction of the two rival neighboring farmers, Frederick and Pilkington. These stand in for Britain and France, on the one hand, and Germany on the other, in the years leading up to the Second World War. Like Oceania in Nineteen Eighty-Four, which is always at war with either Eastasia or Eurasia, the pigs at Animal Farm are forever making alliances with Frederick or Pilkington. Frederick and Pilkington, moreover, are forever scheming to overpower or swindle Animal Farm. And they often succeed, because the pigs are greedy and shortsighted.

But this is the reverse of what actually happened with the USSR and its geopolitical rivals and allies. From the 1920s onward, the Soviets were always trying to penetrate Western intelligence services and political parties. Conversely, there was little or no attempt on the part of Britain or France, or even Germany, to set up espionage networks in the USSR. So far from being a duped victim, perpetually gulled and taken advantage of, the USSR was always the sly aggressor. In every wartime conference where he showed up – Tehran, Yalta, Potsdam – Stalin was always the one who stacked the deck and came out with a winning hand.

At the end of Animal Farm, we see the farmers and pigs at table together, all looking very much alike. The suggestion is that the Revolution has failed because the neighboring farmers knew how to lead the pigs astray.

What Orwell is doing here, again, is inverting reality in a bid for sympathy, cozening us into believing that Britain and France – and Germany – were the bad guys all along. Of course, he didn’t believe this, but he needed a finish to the story, so he drove home the moral that the Revolution had been betrayed. Pigs are bad and humans are bad, but the doltish animals at Animal Farm are still idealistic and good.

It’s a weak, confused ending, and thoroughly dishonest. Orwell doesn’t believe it for a moment. He knows the Soviets are evil, murderous shits, and even now they’re out to kill him.

On the other hand, Animal Farm was written as a didactic fable. When you write talking-animal propaganda, you can’t be expected to tell the truth.

Note

[1] [3] These quotations are taken from Jeffrey Meyers, Orwell: Wintry Conscience of a Generation (New York: W. W. Norton, 2001).

 

Article printed from Counter-Currents Publishing: https://www.counter-currents.com

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[2] [1]: #_ftn1

[3] [1]: #_ftnref1

 

jeudi, 28 mars 2019

Michael Snyder et la dystopie californienne

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Michael Snyder et la dystopie californienne

Par Nicolas Bonnal

Ex: https://leblogalupus.com

Les films de dystopie (Blade runner, Rollerball, Soleil vert) nous promettaient un futur abominable et surréaliste, et en vérité nous avons un futur nul qui confirme l’observation de Léon Bloy faite en 1906, à savoir que nous sommes déjà morts. On est dans un monde bête, laid, matérialiste, certes surpeuplé, mais qui ne va pas trop mal, qui fonctionne globalement. Ce n’est pas grave, on continue dans les fictions de nous promettre un futur abominable au lieu de nous montrer notre présent cher et dégoûtant… Il semble que ce pessimisme extra soit de mise dans nos sociétés pour établir la dictature ou cet imprécis ordre mondial dont rêve une partie des élites humanitaires. On nous promet le pire pour nous donner des ordres. Mais c’est un autre sujet… je maintiens que le seul film de dystopie réaliste reste Alphaville puisqu’il montrait notre décor, notre apparence de réalité, mais truffé de contrôle mental et cybernétique. C’est bien là que nous sommes, et pas dans les espaces infinis.

ms-bend.jpgJe lis Michael Snyder et son blog apocalyptique depuis des années et je fais donc attention chaque fois qu’à la télévision on montre des images de la vie quotidienne en Amérique. Or de petits films sur mes espagnols à travers le monde démontrent qu’effectivement les conditions de vie aux USA sont devenues sinistres et hors de prix, sans qu’on puisse évoquer la poétique de Blade runner…Plusieurs amis fortunés qui font aussi des allers et retours et m’ont confirmé que le vieil oncle Sam coûte bien cher, comme Paris, Londres et des milliers d’endroits (même se loger en Bolivie devient un exploit, vive Morales-Bolivar-Chavez…), pour ce qu’il offre ; d’autres amis moins fortunés, universitaires, survivent durement. Car il y a en plus les persécutions politiques qui gagent nos si bienveillantes démocraties…

On écoute les dernières révélations de Snyder sur la Californie :

« 53% des californiens veulent partir… Cela montre simplement ce qui peut arriver lorsque vous laissez des fous diriger un État pendant plusieurs décennies. Dans les années 1960 et 1970, la possibilité de s’établir sur la côte ouest était «le rêve californien» de millions de jeunes Américains, mais à présent, «le rêve californien» s’est transformé en «cauchemar californien».

Snyder ajoute ce que nous savons par le cinéma (qui ment toujours moins que les news) :

« Les villes sont massivement surpeuplées, la Californie connaît le pire trafic du monde occidental, la consommation de drogue et l’immigration clandestine alimentent un nombre incroyable de crimes, les taux d’imposition sont abominables et de nombreux politiciens de l’état semblent être littéralement fous. Et en plus de tout cela, n’oublions pas les tremblements de terre, les incendies de forêt et les glissements de terrain qui font constamment les gros titres dans le monde entier. L’année dernière a été la pire année pour les feux de forêt dans l’histoire de la Californie , et ces jours-ci, il semble que l’État soit frappé par une nouvelle crise toutes les quelques semaines. »

calg.jpgEn vérité les gens supporteraient tout (« l’homme s’habitue à tout », dixit Dostoïevski dans la maison des morts), mais le problème est que cette m… au quotidien est hors de prix ! Donc…

« Un nombre croissant de Californiens envisagent de quitter l’État – non pas à cause d’incendies de forêt ou de tremblements de terre, mais à cause du coût de la vie extrêmement élevé, selon un sondage publié mercredi. Le sondage en ligne, mené le mois dernier par Edelman Intelligence, a révélé que 53% des Californiens interrogés envisagent de fuir, ce qui représente un bond par rapport aux 49% interrogés l’année dernière. L’enquête a révélé que le désir de quitter le pays le plus peuplé du pays était le plus élevé. »

On évoque les règlementations de cet état exemplaire pour tous les progressistes et sociétaux de la foutue planète :

« Grâce à des restrictions de construction absolument ridicules, il est devenu de plus en plus difficile de construire de nouveaux logements dans l’État. Mais entre-temps, des gens du monde entier continuent à s’y installer car ils sont attirés par ce qu’ils voient à la télévision. »

Notre grand pessimiste documenté précise :

« En conséquence, l’offre de logements n’a pas suivi la demande et les prix ont explosé ces dernières années. Les chiffres suivants proviennent de CNBC …

À l’échelle de l’État, la valeur médiane des maisons en Californie s’élevait à 547 400 $ à la fin de 2018, tandis que la valeur médiane des maisons aux États – Unis était de 223 900 $ . À titre de comparaison, la valeur médiane des maisons dans l’État de New York s’établissait à 289 000 dollars et à 681 500 dollars à New York; New Jersey était 324 700 $. Oui, il y a beaucoup d’emplois bien rémunérés en Californie, mais vous feriez mieux d’avoir un très bon travail pour pouvoir payer les paiements hypothécaires d’une maison valant un demi-million de dollars. »

Du coup il faut vivre avec des colocataires, même en couple !

« Bien sûr, de nombreux Californiens se retrouvent dans une situation financière extrêmement pénible en raison de coûts de logement incontrôlables. Ils sont donc plus nombreux que jamais à emménager avec des colocataires. En fait, un rapport récent a révélé que le nombre de couples mariés vivant avec des colocataires «a doublé depuis 1995» … Le nombre de couples mariés vivant avec des colocataires a doublé depuis 1995, selon un rapport récent du site immobilier Trulia. Environ 280 000 personnes mariées vivent maintenant avec un colocataire – et cela est particulièrement vrai dans les villes coûteuses comme celles de la côte ouest. »

La Californie n’est pas seule dans ce cas :

« À Honolulu et à Orange Country, en Californie, la part des couples mariés avec des colocataires est quatre à cinq fois supérieure au taux national. San Francisco, Los Angeles, San Diego et Seattle ont également des taux très élevés de couples mariés avec colocataires. Ces mêmes villes ont des coûts de location et de logements très supérieurs à la moyenne (Trulia note que les coûts de logement dans tous ces marchés ont augmenté de plus de 30% depuis 2009), les habitants de San Francisco, extrêmement coûteux, ont besoin de plus de 123 000 dollars de revenus pour vivre confortablement… »

Puisqu’on parle d’Honolulu, je ne saurais trop recommander, sur la dystopie hawaïenne, le film d’Alexander Payne avec Clooney, film nommé justement les Descendants, qui traite du néant dans la vie postmoderne. Honolulu, un Chicago au prix de Monaco. Dire qu’il y en a encore pour critiquer Rousseau…

calcrazy.pngLes impôts pleuvent comme en France :

« En plus des coûts de logement, de nombreux Californiens sont grandement frustrés par les niveaux de taxation oppressifs dans l’État. À ce stade, l’État a le taux d’imposition marginal le plus élevé de tout le pays … Avec 12,3%, la Californie est en tête des 50 États en 2018 avec le taux d’imposition marginal le plus élevé, selon la Federation of Tax Administrators ; et cela n’inclut pas une surtaxe supplémentaire de 1% pour les Californiens ayant des revenus de 1 million de dollars ou plus. »

Evidemment on a d’autres privilèges culturels…Snyder :

« Hier, j’ai écrit un article intitulé «Les rats, la défécation publique et la consommation de drogue à ciel ouvert: nos grandes villes occidentales sont en train de devenir des enfers inhabitables» , et cela a déclenché une tempête de feu. Plus de 1 000 commentaires ont déjà été publiés sur cet article, et quelques personnes enthousiastes ont tenté de convaincre le reste d’entre nous que la vie sur la côte ouest n’est pas si mauvaise. Je suis désolé, mais si votre ville compte beaucoup plus de toxicomanes par voie intraveineuse que d’élèves du secondaire, ce n’est pas un endroit où je voudrais fonder une famille … »

La conclusion pas très gaie :

« Au total, environ 5 millions de personnes ont fait leurs valises et ont quitté définitivement la Californie au cours des 10 dernières années. Malheureusement, la nation tout entière est en train de devenir comme la Californie et si nous ne renversons pas les choses, il n’y aura plus de place où aller. »

C’est TS Eliot, cité dans Apocalypse now, qui dans ses Hommes creuxévoque ce monde qui ne finira pas dans une déflagration, mais dans un pleurnichement (not in a bang but a whimper). Nous y sommes et cette agonie interminable peut encore bien durer cent ans…

Note

J’ajouterai cet extrait de Ron Unz sur la Californie :

« Le style de vie californien, riche et extrêmement agréable, de l’après-guerre, était largement reconnu aux États-Unis, et ce leurre magnétique fut à l’origine des premières étapes de la croissance démographique très rapide de l’État. Mais plus récemment, les effets néfastes de la congestion routière, des options de logement épouvantables et de la concurrence acharnée sur le marché de l’emploi ont considérablement réduit l’attrait de l’État. La croissance a fortement diminué , en partie parce que l’afflux continu d’immigrants a été partiellement compensé par un départsimultané de résidents existants. »

https://nicolasbonnal.wordpress.com/2019/02/18/michael-sn...

 

mardi, 20 février 2018

Comment Internet et l'informatique ont créé notre dystopie

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Comment Internet et l'informatique ont créé notre dystopie

par Nicolas Bonnal

Ex: http://www.dedefensa.org

Pendant que nous avons le nez plongé dans nos portables ou nos écrans d’ordinateur, le monde s’endette, s’enlaidit et s’appauvrit. Les huit hommes les plus riches du monde ont autant que les quatre ou cinq milliards les plus pauvres, et cent millions de gamines pas forcément idiotes s’extasient tous les jours de la page Instagram de la fille Jenner. On peut continuer pendant des pages…

Les hommes les plus riches du monde sont souvent jeunes et sortis de la nouvelle économie. Ils hypnotisent ou contrôlent des milliards d’hommes (Alfred Hitchcock parle d’une orgue dont les touches sont l’humanité, et que les malins font résonner à volonté), emploient des milliers ou des millions de personnes en Inde ou ailleurs, et payés au lance-pièces. La globalisation est néo-féodale et divise le monde en deux castes principales : les brainlords, les manipulateurs de symboles, qui ont détruit les classes moyennes en occident par le « progrès technologique » (défense d’exploser de rire) et les techno-serfs. On va tout expliquer.

Voici comment j’annonçais la situation présente à la fin de mon livre sur Internet nouvelle voie initiatique (les Belles lettres, 2000), traduit en portugais et recensé par Roger-Pol Droit dans le Monde.

« Si le programme de la nouvelle économie est la richesse et l'information pour tout le monde, la réalité est tout autre. Robert Reich avait déjà remarqué en 1990 que l'informatique ne nourrissait pas du tout son homme. Il distingue une élite, des cadres et des mainteneurs, chargés de vider ou de recharger les machines. L'assemblage des ordinateurs ne coûte guère non plus, quand il est fait au Mexique ou en Malaisie.

L'externalisation vers les pays les plus pauvres est contemporaine de cette explosion de richesses soudaines concentrée entre les mains de quelques-uns. 85 % de la croissance boursière américaine est restée entre les mains de 10 % de la population. En France même, paradis autoproclamé du socialisme, les richesses boursières ont décuplé en dix ans ; et pendant que les médias célèbrent les stock-options et les richesses en papier des créateurs de start-up, ils passent sous silence les difficultés de dix millions de personnes.

Drucker-portrait-bkt_1014.jpgL'émergence d'une nouvelle économie techno-féodale qui distingue les information rich et les information-poor (et certes il ne suffit pas de se connecter sur le réseau pour être information rich) fait les délices des polémistes. Le gourou du management moderne Peter Drucker (photo) dénonce cette société qui fonctionne non plus à deux mais à dix vitesses : « Il y a aujourd'hui une attention démesurée portée aux revenus et à la richesse. Cela détruit l'esprit d'équipe. » Drucker comme le stupide Toffler, qui devraient se rappeler que Dante les mettrait au purgatoire en tant que faux devins, font mine de découvrir que la pure compétition intellectuelle génère encore plus d'inégalités que la compétition physique. C'est bien pour cela que les peuples dont les cultures symboliques sont les plus anciennes se retrouvent leaders de la Nouvelle Économie.

C'est encore un artiste, un écrivain de science-fiction, qui a le mieux décrit le monde féodal en train d'émerger, et qui disloque les schémas keynésiens archaïques.

neuromancer_by_davidsimpson2112-d4ft3sr.jpgWilliam Gibson, l'inventeur du cyberspace, imaginait en 1983 une société duale gouvernée par l'aristocratie des cyber-cowboys naviguant dans les sphères virtuelles. La plèbe des non-connectés était désignée comme la viande. Elle relève de l'ancienne économie et de la vie ordinaire dénoncée par les ésotéristes. La nouvelle élite vit entre deux jets et deux espaces virtuels, elle décide de la consommation de tous, ayant une fois pour toutes assuré le consommateur qu'il n'a jamais été aussi libre ou si responsable. Dans une interview diffusée sur le Net, Gibson, qui est engagé à gauche et se bat pour un Internet libertaire, dénonce d'ailleurs la transformation de l'Amérique en dystopie (deux millions de prisonniers, quarante millions de travailleurs non assurés...).

Lui-même souffre d'agoraphobie cyber-spatiale et ne se connecte jamais ; mais il encourage les pauvres, I’underclass, à le faire pour oublier ou dépasser le cauchemar social américain. Et de regretter que pendant les émeutes de Los Angeles les pauvres ne volaient pas d'ordinateurs, seulement des appareils hi-fi ... Comme nos progressistes, Gibson n'admet pas que les pauvres ne veuillent pas leur bien. Une classe de cyber-shérifs obligera sans doute un jour les pauvres et les autres à se connecter pour leur bien.

Pour Michael Vlahos, dans la Byte City de l'an 2020 qu'il décrit sur le Web, les castes dirigeantes regrouperont les gens les mieux informés. Ce sont les brainlords. Viennent ensuite les cyber-yuppies puis les cyber-serfs, le peuple perdu (on retrouve cette division chez Reich, Huxley, et mon ami Raymond Abellio avait recyclé les castes hindoues dans ses romans du huitième jour). L'inégalité n'est ici pas dénoncée avec des larmes de crocodiles, elle est au contraire encouragée et célébrée avec cynisme. Pendant longtemps – avant la révolution industrielle - les forts en thème et en maths n'ont pas été riches ; ils le deviennent avec le réseau, la technologie et le néocapitalisme qui ne récompense plus seulement les meilleurs, mais les plus intelligents. C'est à une domination néo-cléricale qu'il faut s'attendre maintenant. Abellio me parlait du retour de la caste sacerdotale ; lui-même écrivit deux livres sur la bible comme document chiffré (voyez mon chapitre sur la technognose).

lessard1.pngLes rois de l'algorithme vont détrôner les rois du pétrole. Les malchanceux ont un internaute fameux, Bill Lessard (photo), qui dénonce cette nouvelle pauvreté de la nouvelle économie. Lessard évoque cinq millions de techno-serfs dans la Nouvelle Économie, qui sont à Steve Case ce que le nettoyeur de pare-brise de Bogota est au patron de la General Motors. Dans la pyramide sociale de Lessard, qui rappelle celle du film Blade Runner (le roi de la biomécanique trône au sommet pendant que les miséreux s'entassent dans les rues), on retrouve les « éboueurs » qui entretiennent les machines, les travailleurs sociaux ou webmasters, les « codeurs » ou chauffeurs de taxi, les cow-boys ou truands de casino, les chercheurs d'or ou gigolos, les chefs de projet ou cuisiniers, les prêtres ou fous inspirés, les robots ou ingénieurs, enfin les requins des affaires. Seuls les quatre derniers groupes sont privilégiés. Le rêve futuriste de la science-fiction est plus archaïque que jamais. Et il est en train de se réaliser, à coups de bulle financière et de fusions ...

Gibson reprend dans son roman le thème gnostique du rejet du corps. Case « taille des ouvertures dans de riches banques de données », il est donc un hacker. Puni, il voit son système nerveux endommagé par une myxotonine russe (toujours ces Russes ! Sont-ils utiles tout de même !), et c’est « la Chute. Dans les bars qu'il fréquentait du temps de sa gloire, l'attitude élitiste exigeait un certain mépris pour la chair. Le corps, c'était de la viande. Case était tombé dans la prison de sa propre chair. »

neuromancer-william-gibson-editora-aleph.jpg

Gibson a popularisé le cyberspace. Le héros Case, un cow-boy donc, avait « projeté sa conscience désincarnée au sein de l'hallucination consensuelle qu'était la matrice ». L'expression « hallucination consensuelle » évoque les univers conditionnés de Philip K. Dick, elle évoque surtout le réseau des réseaux, paramétré pour nous faire vivre une seconde et meilleure vie. « La matrice tire ses origines des jeux vidéo, explique Gibson, des tout premiers programmes holographiques et des expérimentations militaires ... une guerre spatiale en deux dimensions s'évanouit derrière une forêt de fougères générées de manière mathématique, démontrant les possibilités spatiales de spirales logarithmiques ... le cyberspace est une représentation graphique extraite des mémoires de tous les ordinateurs du système humain ... des traits de lumière disposés dans le non-espace de l'esprit. »

Cet univers algorithmique et non-spatial est dominé par des Modernes, « version contemporaine des grands savants du temps de ses vingt ans ... des mercenaires, des rigolos, des techno-fétichistes nihilistes ». Gibson nous fait comprendre de qui ces Modernes sont les héritiers : « Pendant des milliers d'années, les hommes ont rêvé de pactes avec les démons. »

Sur ces questions lisez Erik Davies.

Le monde techno-paranoïaque de Gibson, où l'on est identifié par son code de Turing, est dirigé par des multinationales à qui il donne le fameux nom nippon de zaibatsu. Ces derniers, « qui modèlent le cours de l'histoire humaine, avaient transcendé les vieilles barrières. Vus comme des organismes, ils étaient parvenus à une sorte d'immortalité ». Le Neuromancien s'achève par la vision d'une araignée cybernétique qui tisse sa toile pendant le sommeil de tous (…).

william_gibson.jpg

Les brainlords nous laissent miroiter la noosphère, et accaparent la bonne terre. Ils sont les dignes héritiers des évêques médiévaux. Evoquons la résistance maintenant.

L'injustice moderne génère alors ses hérétiques et ses rebelles, les hackers. Les hackers, ou pirates du Web, sont les nouveaux brigands de la société techno-féodale. Sans scrupules et surdoués, ils reproduisent les archétypes des voleurs de Bagdad et des Mandrins d'antan. C'est sans doute pour cela qu'ils sont rarement condamnés sévèrement: ils suscitent trop d'admiration. Ils sont susceptibles d'autre part de pirater les puissants, sociétés, administrations, portails importants, et donc de venger l'internaute moyen. Ils font peur, comme le dieu Loki de la mythologie scandinave qui passe des farces et attrapes au Ragnarök ; car ils peuvent déclencher l'apocalypse virtuelle qui fascine tout le monde et justifient les stocks d'or ou les garde-manger des milices et des paranoïaques.

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Le hacker représente le dernier bandit de l'histoire, et le premier criminel du cyberspace. Il y a une mystique du hacker qui recoupe celle du Graal. C'est le très professionnel Mark Pesce qui l'affirme dans un texte baptisé Ignition et adressé aux world movers, aux cyber-nomades du Grand Esprit. L'inventeur du langage virtuel énonce les vérités suivantes : « Commençons par l'objet de notre désir. Il existe, il a existé de tout temps, et il continuera éternellement. Il a retenu l'attention des mystiques, des sorcières et des hackers de toutes les époques. C'est le Graal. La mythologie du Sangraal - du Saint-Graal - est l'archétype de l'illumination retirée.

La révélation du Graal est toujours une expérience personnelle et unique ... Je sais – parce que je l'ai entendu d'innombrables fois de beaucoup de gens dans le monde - que le moment de la révélation est l'élément commun de notre expérience en tant que communauté. Le Graal est notre ferme fondation. »

(…)

Le cyberspace de Pesce correspond à l'espace sacré antérieur décrit par Mircea Eliade. Dans un monde pollué et réifié par la consommation touristique, le cyberspace devient le nec plus ultra du pèlerinage mystique.

Pesce présente ici le hacker comme un mystique hérétique en quête du Graal. Le Graal est lié au centre sacré, Montsalvat ou le château du roi-pêcheur. Il est père nourricier, donne vie éternelle et santé, et la connaissance absolue du monde : tout ce qui est attendu par les prêtres du cyberspace et du Net, censés résoudre toutes les contradictions de l'humanité. Le hacker dans ce cadre fait figure de chevalier sauvage. L'expression chevalier sauvage désigne le guerrier initié, soumis à la solitude et à l'effroi des lieux les plus sinistres, mais également à la volonté du Bien, celui qui comme Lancelot n'a pas un sillon de terre et qui sillonne toute la terre pour quérir les aventures les plus étranges et merveilleuses. Comme le jongleur (joker de Batman, homme qui rit de Hugo), initié mué en bouffon, l'extraordinaire Lancelot se déplace sans cesse dans un espace-temps où rien ne le retient, si ce n'est ce lien particulier qui le relie à l'Esprit, et qui est figuré par sa Dame la Reine, source de de vie et de sagesse pour tout chevalier sauvage, tout Fidèle d' Amour. Montsalvat est un lieu où l'espace rejoint le temps, comme dit Wagner. L'ère numérique répond ainsi à des aspirations immémoriales.

Bibliographie

Nicolas Bonnal – Perceval et la reine (alchimie et ésotérisme dans la littérature arthurienne, préface de Nicolas Richer, professeur à l’EN.S., Amazon.fr) – Internet nouvelle voie initiatique (Amazon.fr, Avatar éditions) – Comment les peuples sont devenus jetables (Amazon.fr)

William Gibson – Le neuromancien (Editions j’ai lu)

Erik Davies – Techgnosis

Roger-Pol-Droit-.jpgRoger-Pol Droit, "Les démons du web" (29.09.2000). Je cite un extrait de son article :

« Nicolas Bonnal brosse le portrait de cette résurgence de vieilles terreurs sur les réseaux nouveaux. D'après lui, nous serions en pleine croissance de la technognose. Ainsi, le « w » correspondant en hébreu au chiffre 6, beaucoup se préoccuperaient aujourd'hui que le World Wide Web (www) équivale à 666, soit le chiffre de la Bête dans l'Apocalypse de Jean. Le Net, ce serait le filet contre lequel Job se battait déjà. Dans la kabbale, il n'est question, comme sur Internet, que de portails, de codes, de nœuds. Comme dans la gnose, la vieille lutte contre le corps, ses pesanteurs et ses incohérences, est à l'ordre du jour : certains rêvent d'entrer dans le réseau, de devenir téléchargeables, de survivre comme pure information. Pour ces anges New Age, évidemment, notre viande est une gêne. Ils rêvent de n'être que lumière, instantanément diffusée dans un monde sans pesanteur ni animalité.

Les hackers, ces pirates qui contournent les barrières et les mesures de sécurité des systèmes informatiques, sont les chevaliers d'Internet, selon Nicolas Bonnal. Déjouer les plus retorses défenses est leur quête du Graal, aussi interminable que celle des compagnons du roi Arthur. Ce ne serait donc pas un hasard si les jeux de rôles - donjons, dragons et autres occasions de mortels combats - se sont développés sur la Toile de manière spectaculaire. Les ordinateurs se délectent d'anciennes légendes. Ils brassent allégrement Pythagore et la Kabbale, des secrets chiffrés et des mœurs médiévales. On les croyait postmodernes. Ils risquent de se révéler préclassiques.

…Nicolas Bonnal, en dépit de certaines imperfections, met le doigt sur une question importante : le monde hypertechnique est aussi un univers mythologique, régressif, crédule, traversé éventuellement de toutes les hantises et les phobies des âges les plus anciens, celles que l'on avait cru trop vite révolues. Sans doute ne faut-il pas noircir aussitôt le tableau. Il n'est pas vrai que nos disques durs soient truffés de signes maléfiques et nos modems peuplés de gremlins prêts à bondir. Mais il y a une tendance. Une sorte de boucle possible entre l'avenir et le passé. Le futur risque d'être archaïque. On pense à ce mot attribué à Einstein : “Je ne sais pas comment la troisième guerre mondiale sera menée, mais je sais comment le sera la quatrième : avec des bâtons et des pierres.” » 

mercredi, 07 février 2018

Néo-totalitarisme: Huxley fait le point en 1957

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Néo-totalitarisme: Huxley fait le point en 1957

Les carnets de Nicolas Bonnal

Nota : ce texte est long et dûment référencé. Il apparaîtra pessimiste à certains.

On est en 1957. Sputnik fait rêver les plus conditionnés, mais Aldous Huxley rappelle :

« En 1931, alors que j'écrivais Le Meilleur des Mondes, j'étais convaincu que le temps ne pressait pas encore. La société intégralement organisée, le système scientifique des castes, l'abolition du libre arbitre par conditionnement méthodique, la servitude rendue tolérable par des doses régulières de bonheur chimiquement provoqué, les dogmes orthodoxes enfoncés dans les cervelles pendant le -sommeil au moyen des cours de nuit, tout cela approchait; se réaliserait bien sûr, mais ni de mon vivant, ni même du vivant de mes petits-enfants. »

Il fait un constat après la guerre, comme Bertrand de Jouvenel :

« Vingt-sept ans plus tard, dans ce troisième quart du vingtième siècle après J-C. et bien longtemps avant la fin du premier siècle après F., je suis beaucoup moins optimiste que je l'étais en écrivant Le Meilleur des Mondes. Les prophéties faites en 1931 se réalisent bien plus tôt que je le pensais. L'intervalle béni entre trop de désordre et trop d'ordre n'a pas commencé et rien n'indique qu'il le fera jamais. En Occident, il est vrai, hommes et femmes jouissent encore dans une appréciable mesure de la liberté individuelle, mais même dans les pays qui ont une longue tradition de gouvernement démocratique cette liberté, voire le désir de la posséder, paraissent en déclin. Dans le reste du monde, elle a déjà disparu, ou elle est sur le point de le faire. Le cauchemar de l'organisation intégrale que j'avais situé dans le septième siècle après F. a surgi de lointains dont l'éloignement rassurait et nous guette maintenant au premier tournant. »

AH-MdM1.jpgLe communisme a facilement chuté partout finalement mais il a été remplacé parce que Debord nomme le spectaculaire intégré. Tocqueville déjà disait « qu’en démocratie on laisse le corps pour s’attaquer à l’âme. »

Le futur c’est la carotte plutôt que le bâton (cf. mes textes sur Tocqueville, Nietzsche ou le film Network) :

« A la lumière de ce que nous avons récemment appris sur le comportement animal en général et sur le comportement humain en particulier, il est devenu évident que le contrôle par répression des attitudes non conformes est moins efficace, au bout du compte, que le contrôle par renforcement des attitudes satisfaisantes au moyen de récompenses et que, dans l'ensemble, la terreur en tant que procédé de gouvernement rend moins bien que la manipulation non violente du milieu, des pensées et des sentiments de l'individu. »

La manipulation est donc à l’ordre du jour :

« Pendant ce temps, des forces impersonnelles sur lesquelles nous n'avons presque aucun contrôle semblent nous pousser tous dans la direction du cauchemar de mon anticipation et cette impulsion déshumanisée est sciemment accélérée par les représentants d'organisations commerciales et politiques qui ont mis au point nombre de nouvelles techniques pour manipuler, dans l'intérêt de quelque minorité, les pensées et les sentiments des masses. »

La clé du système est son renforcement par la démographie explosive :

« De plus, l'accroissement annuel lui-même s'accroît : régulièrement, selon la règle des intérêts composés et irrégulièrement aussi, à chaque application, par une société technologiquement retardataire, des principes de la Santé publique. A l'heure présente, cet excédent atteint 43 millions environ pour l'ensemble du globe, ce qui signifie que tous les quatre ans l'humanité ajoute à ses effectifs l'équivalent de la population actuelle des Etats-Unis - tous les huit ans et demi l'équivalent de la population actuelle des Indes. »

Huxley remet à sa place les blablas sur la pseudo-conquête spatiale :

« Une nouvelle ère est censée avoir commencé le 4 octobre 1957, mais en réalité, dans l'état présent du monde, tout notre exubérant bavardage post-spoutnik est hors de propos, voire même absurde. En ce qui concerne les masses de l'humanité, l'âge qui vient ne sera pas celui de l'Espace cosmique, mais celui de la surpopulation. »

Conséquence ? Les « trous à merde » de Donald :

« Les faits contrôlables semblent indiquer assez nettement que dans la plupart des pays sous-développés, le sort de l'individu s'est détérioré de façon appréciable au cours du dernier demi-siècle. Les habitants sont plus mal nourris; il existe moins de biens de consommation disponibles par tête et pratiquement tous les efforts faits pour améliorer la situation ont été annulés par l'impitoyable pression d'un accroissement continu de la population. »

Le « plus froid des monstres froids » (Nietzsche) va se développer. Une remarque digne de Jouvenel :

« Ainsi, des pouvoirs de plus en plus grands sont concentrés entre les mains de l'exécutif et de ses bureaucrates. Or, la nature du pouvoir est telle que même ceux qui ne l'ont pas recherché mais à qui il a été imposé, ont tendance à y prendre goût… »

Le Deep State (le « minotaure » de Jouvenel) est condamné à croître avec le totalitarisme dans les pays en voie de surpeuplement :

« Insécurité et agitation mènent à un contrôle accru exercé par les gouvernements centraux et à une extension de leurs pouvoirs. En l'absence d'une tradition constitutionnelle, ces pouvoirs accrus seront probablement exercés de manière dictatoriale. »

AH-TF2.jpgLa surpopulation américaine menacera la démocratie américaine (triplement en un siècle ! La France a crû de 40% en cinquante ans) :

« Pour le moment, la surpopulation ne constitue pas pour la liberté individuelle des Américains un danger direct, mais déjà la menace d'une menace. »

Eugéniste, proche de Carrel ici, Huxley annonce un déclin qualitatif de notre population et de notre intelligence, fait aujourd’hui reconnu :

« Malgré les nouvelles drogues-miracle et des traitements plus efficaces (on peut même dire en un certain sens, grâce à eux), la santé physique de la masse ne s'améliorera pas, au contraire, et un déclin de l'intelligence moyenne pourrait bien accompagner cette détérioration. »

Huxley critique froidement les progrès de la médecine (ou leur mauvaise gestion) :

« La mort rapide due à la malaria a été supprimée, mais une existence rendue misérable par la sous-alimentation et le surpeuplement est main- tenant la règle et une mort lente, par inanition, guette un nombre de plus en plus grand d'habitants. »

Huxley ici reprend Bernays sur la montée des élites :

« Nous voyons donc que la technique moderne a conduit à la concentration du pouvoir économique et politique ainsi qu'au développement d'une société contrôlée (avec férocité dans les Etats totalitaires, courtoisie et discrétion dans les démocraties) par les Grosses Affaires et les Gros Gouvernements. »

Notre auteur cite Fromm :

« …Notre société tend à faire de lui un automate qui paie son échec sur le plan humain par des maladies mentales toujours plus fréquentes et un désespoir qui se dissimule sous une frénésie de travail et de prétendu plaisir. »

Puis Huxley évalue la nullité des hommes modernes et par là se rapproche de René Guénon (voyez l’anonymat dans le règne de la quantité) :

« Ces millions d'anormalement normaux vivent sans histoires dans une société dont ils ne s'accommoderaient pas s'ils étaient pleinement humains et s'accrochent encore à « l'illusion de l'individualité », mais en fait, ils ont été dans une large mesure dépersonnalisés. Leur conformité évolue vers l'uniformité. »

Le futur est à la termitière :

« La civilisation este entre autres choses, le processus par lequel les bandes primitives sont transformées en un équivalent, grossier et mécanique, des communautés organiques d'insectes sociaux. A l'heure présente, les pressions du surpeuplement et de l'évolution technique accélèrent ce mouvement. La termitière en est arrivée à représenter un idéal réalisable et même, aux yeux de certains, souhaitable. »

Termitière ? Plus effrayant encore ce passage – car tous les mots sont rentrés dans notre lexique :

« Ainsi que l'a montré Mr. William Whyte dans son remarquable ouvrage, The Organization man, une nouvelle Morale Sociale est en train de remplacer notre système traditionnel qui donne la première place à l'individu. Les mots clefs en sont : « ajustement », « adaptation », « comportement social ou antisocial », « intégration », « acquisition de techniques sociales », « travail d'équipe », « vie communautaire », « loyalisme communautaire », « dynamique communautaire », « pensée communautaire », « activités créatrices communautaires »…

Car l’ingénierie sociale c’est la fin du christianisme et même du Christ :

« Selon la Morale Sociale, Jésus avait complètement tort quand il affirmait que le sabbat a été fait pour l'homme pour l'homme; au contraire, c'est l'homme qui. a été fait pour le sabbat, qui doit sacrifier ses particularités natives et faire semblant d'être la sorte de bon garçon invariablement liant que les organisateurs d'activités collectives considèrent comme le plus propre à leurs fins. »

En bon patricien britannique (voyez mon livre sur Tolkien, mes essais sur Chesterton), Huxley refuse cet assemblage :

« Un gouffre immense sépare l'insecte social du mammifère avec son gros cerveau, son instinct grégaire très mitigé et ce gouffre demeurerait, même si l'éléphant s'efforçait d'imiter la fourmi. Malgré tous leurs efforts, les hommes ne peuvent que créer une organisation et non pas un organisme social. En s'acharnant à réaliser ce dernier, ils parviendront tout juste à un despotisme totalitaire. »

Le futur indolore de la domination est programmé :

« Dans les dictatures plus efficaces de demain, il y aura sans doute beaucoup moins de force déployée. Les sujets des tyrans à venir seront enrégimentés sans douleur par un corps d'ingénieurs sociaux hautement qualifiés. »

AH-RMdM3.jpgDix ans avant Umberto Eco (voyez mon livre sur Internet), Huxley annonce un nouveau moyen âge, pas celui de Guénon bien sûr, celui de Le Goff plutôt :

« Les forces impersonnelles du surpeuplement et de l'excès d'organisation jointes aux ingénieurs sociologues qui essaient de les diriger, nous poussent vers un nouveau système médiéval. »

Huxley annonce la propagande à venir en occident :

« La propagande pour une action dictée par des impulsions plus basses que l'intérêt présente des preuves forgées, falsifiées, ou tronquées, évite les arguments logiques et cherche à influencer ses victimes par la simple répétition de slogans, la furieuse dénonciation de boucs émissaires étrangers ou nationaux, et l'association machiavélique des passions les plus viles aux idéaux les plus élevés… »

Huxley méprise la liberté de la presse en rappelant ce simple fait :

« En ce qui concerne la propagande, les premiers partisans de l'instruction obligatoire et d'une presse libre ne l'envisageaient que sous deux aspects : vraie ou fausse. Ils ne prévoyaient pas ce qui, en fait, s'est produit- le développement d'une immense industrie de l'information, ne s'occupant dans l'ensemble ni du vrai, ni du faux, mais de l'irréel et de l'inconséquent à tous les degrés. En un mot, ils n'avaient pas tenu compte de la fringale de distraction éprouvée par les hommes. »

On retombe dans le pain et les jeux de Juvénal :

« Pour trouver une situation comparable, fût-ce de loin, à celle qui existe actuellement, il nous faut remonter jusqu'à la Rome impériale, où la populace était maintenue dans la bonne humeur grâce à des doses fréquentes et gratuites des distractions les plus variées, allant des drames en vers aux combats de gladiateurs, des récitations de Virgile aux séances de pugilat, des concerts aux revues militaires et aux exécutions publiques. Mais même à Rome, il n'existait rien de semblable aux distractions ininterrompues fournies par les journaux, les revues, la radio, la télévision et le cinéma. »

Une prédiction (prédiction ou constatation ?) terrible :

« Une société dont la plupart des membres passent une grande partie de leur temps, non pas dans l'immédiat et l'avenir prévisible, mais quelque part dans les autres mondes inconséquents du sport, des feuilletons, de la mythologie et de la fantaisie métaphysique, aura bien du mal à résister aux empiétements de ceux qui voudraient la manipuler et la dominer. »

Le futur est à la « distraction ininterrompue » qui se mêlera à la propagande.

Huxley cite Albert Speer. Après Hitler on n’a pas arrêté le progrès.

« Depuis l'époque de Hitler, l'arsenal des moyens techniques à la disposition de l'aspirant-dictateur a été considérablement développé! En plus de la radio, du haut-parleur, de la caméra de cinéma et de la presse rotative, le propagandiste contemporain peut faire usage de la télévision pour transmettre non seulement la voix, mais l'image de son client et enregistrer le tout sur des bandes magnétiques. Grâce aux progrès techniques, le Grand Frère peut maintenant être omniprésent presque autant que Dieu. D'ailleurs, il n'y a pas que dans ce domaine que des atouts nouveaux ont été apportés au jeu du dictateur. Depuis Hitler, des travaux considérables ont été faits en psychologie et neurologie appliquées, domaines d'élection du propagandiste, de l'endoctrineur, et du laveur de cerveaux. »

Puis Huxley compare Hitler à Bernays, l’inventeur de la cigarette pour les femmes :

« C'est par la manipulation de « forces cachées » que les experts en publicité vous incitent à acheter leurs produits - une pâte dentifrice, une marque de cigarettes, un candidat politique - et c'est en faisant appel aux mêmes, ainsi qu'à d'autres trop dangereuses pour que s'y frotte Madison Avenue, que Hitler a incité les masses allemandes à s'acheter un Führer, une philosophie insane et une Deuxième Guerre mondiale. »

Après Hitler, la publicité commerciale. Huxley cite Vance Packard et ajoute :

« Nous n'achetons plus des oranges, mais de la vitalité. Nous n'achetons plus une voiture, mais du prestige. » Il en est de même pour tout le reste. Avec un dentifrice, nous achetons non plus un simple détersif antiseptique, mais la libération d'une angoisse : celle d'être sexuellement repoussant. Avec la vodka et le whisky, nous n'achetons pas un poison protoplasmique qui, à doses faibles, peut déprimer le système nerveux de manière utile au point de vue psychologique, nous achetons de l'amabilité, du liant, la chaleur… Avec l'ouvrage à succès du mois, nous acquérons de la culture, l'envie de nos voisins moins intellectuels et le respect des raffinés. »

AH-PP4.jpgHuxley n’est pas très optimise non plus sur l’avenir des enfants mués en de la chair à télé :

« Comme on pouvait s'y attendre, les jeunes sont extrêmement sensibles à la propagande. Ignorants du monde et de ses usages, ils sont absolument sans méfiance, leur esprit critique n'est pas encore développé, les plus petits n'ont pas atteint l'âge de raison et les plus âgés n'ont pas acquis l'expérience sur laquelle leur faculté de raisonnement nouvellement découverte pourrait s'exercer. En Europe, les conscrits étaient désignés sous le nom badin de « chair à canon ». Leurs petits frères et leurs petites sœurs sont maintenant devenus de la chair à radio et à télévision. Dans mon enfance, on nous apprenait à chanter de petites rengaines sans grand sens ou, dans les familles pieuses, des cantiques. Aujourd'hui, les petits gazouillent de la publicité chantée. »

Pas d’illusions sur les élections et la politique :

« Les partis mettent leurs candidats et leurs programmes sur le marché en utilisant les mêmes méthodes que le monde des affaires pour vendre ses produits… Les services de ventes politiques ne font appel qu'aux faiblesses de leurs électeurs, jamais à leur force latente. Ils se gardent bien d'éduquer les masses et de les mettre en mesure de se gouverner elles-mêmes, jugeant très suffisant de les manipuler et de les exploiter. »

Sur le lavage de cerveau pratiqué dans notre planète-prison, Huxley rappelle :

« Si le système nerveux central du chien peut être brisé, celui d'un prisonnier politique aussi. Il s'agit seulement d'appliquer les doses de tension voulues pendant le temps voulu. A la fin du traitement, l'interné sera dans un état de névrose ou d'hystérie tel qu'il avouera ce que ses geôliers voudront. »

Huxley explique pourquoi notre système de suggestibilité encourage le somnambulisme puis il rappelle tristement :

« L'efficacité de la propagande politique et religieuse dépend des méthodes employées et non pas des doctrines enseignées. Ces dernières peuvent être vraies ou fausses, saines ou pernicieuses, peu importe. Si l'endoctrinement est bien fait au stade voulu de l'épuisement nerveux, il réussira. »

Opiomanie ou toxicomanie ? Huxley rappelle ici le fameux soma de son roman :

« La ration de soma quotidienne était une garantie contre l'inquiétude personnelle, l'agitation sociale et la propagation d'idées subversives. Karl Marx déclarait que la religion était l'opium du peuple, mais dans le Meilleur des Mondes la situation se trouvait renversée : l'opium, ou plutôt le soma, était la religion du peuple. »

Huxley rappelle nos progrès en chimie du cerveau et il prophétise l’addiction américaine responsable aujourd’hui de dizaines de milliers de morts :

« …prenez le cas des barbituriques et des tranquillisants. Aux U.S.A., ces remèdes peuvent être obtenus avec une simple ordonnance de docteur, mais l'avidité du public américain pour quelque chose qui rendra un peu plus supportable la vie dans le milieu urbain et industriel est si grande, que les médecins ordonnent actuellement de ces spécialités au rythme de 48 millions de prescriptions par an. »

On contrôlera donc l’opposition politique par les tranquillisants !

« Les masses ne risqueront pas de créer la moindre difficulté à leur maître. Seulement, dans l'état actuel des choses, les tranquillisants peuvent empêcher certaines personnes de créer assez de difficulté, non seulement à leurs dirigeants, mais à elles-mêmes. »

On peut même gagner la guerre par les tranquillisants !

« Lors d'une récente conférence sur le méprobamate, à laquelle je participais, un éminent biochimiste proposa en riant que le gouvernement des U.S.A. envoyât gratuitement au peuple soviétique 50 milliards de doses du plus populaire des tranquillisants. La plaisanterie avait son côté inquiétant. »

Chez Huxley comme chez La Boétie le fond du problème n’est pas la malignité de la science ou des élites sinon la médiocrité de la nature humaine démontrée ici par la science...

« Les idéaux de la démocratie et de la liberté se heurtent au fait brutal de la suggestibilité humaine. Un cinquième de tous les électeurs peut être hypnotisé presque en un clin d'œil, un septième soulagé de ses souffrances par des piqûres d'eau, un quart suggestionné avec rapidité et dans l'enthousiasme par I'hypnopédie. A toutes ces minorités trop promptes à coopérer, on doit ajouter les majorités aux réactions moins rapides dont la suggestibilité plus modérée peut être exploitée par n'importe quel manipulateur connaissant son affaire, prêt à y consacrer le temps et les efforts nécessaires. »

AH-J5.jpgQuant au futur, no comment :

« La liberté individuelle est-elle compatible avec un degré élevé de suggestibilité? Les institutions démocratiques peuvent-elles survivre à la subversion exercée du dedans par des spécialistes habiles dans la science et l'art d'exploiter la suggestibilité à la fois des individus et des foules? »

Il reste que le futur, en 1957, c’est aussi, c’est surtout cent millions de couillonnes sur Instagram admirant et imitant Kylie Jenner. Huxley :

« Et l'uniformisation des êtres était encore parachevée après la naissance par le conditionnement infantile, l'hypnopédie et l'euphorie chimique destinée à remplacer la satisfaction de se sentir libre et créateur. Dans le monde où nous vivons, ainsi qu'il a été indiqué dans des chapitres précédents, d'immenses forces impersonnelles tendent vers l'établissement d'un pouvoir centralisé et d'une société enrégimentée. La standardisation génétique est encore impossible, mais les Gros Gouvernements et les Grosses Affaires possèdent déjà, ou posséderont bientôt, tous les procédés pour la manipulation des esprits décrits dans Le Meilleur des Mondes, avec bien d'autres que mon manque d'imagination m'a empêché d'inventer. »

Le monde une prison, conclue Hamlet avec Rosencrantz et Guildenstern.

Huxley poursuit cruellement par les banalités d’usage sur l’éducation qui nous rendrait résistant :

« Si nous voulons éviter ce genre de tyrannie, il faut que nous commencions sans délai notre éducation et celle de nos enfants pour nous rendre aptes à être libres et à nous gouverner nous-mêmes. »

Cette éducation (cf. la chasse aux fake news) peut aisément être recyclée en ce que l’on sait !

Il rappelle ce truisme :

« Les effets d'une propagande mensongère et pernicieuse ne peuvent être neutralisés que par une solide préparation à l'art d'analyser ses méthodes et de percer à jour ses sophismes. »

Huxley rappelle à temps que personne ne veut de contre-propagande !

« Et pourtant, nulle part on n'enseigne aux enfants une méthode systématique pour faire le départ entre le vrai et le faux, une affirmation sensée et une autre qui ne l'est pas. Pourquoi? Parce que leurs aînés, même dans les pays démocratiques, ne veulent pas qu'ils reçoivent ce genre d'instruction. Dans ce contexte, la brève et triste histoire de l'Institute for Propaganda Analysis est terriblement révélatrice. Il avait été fondé en 1937, alors que la propagande nazie faisait le plus de bruit et de ravages, par Mr. Filene, philanthrope de la Nouvelle-Angleterre. Sous ses auspices, on pratiqua la dissection des méthodes de propagande non rationnelle et l'on prépara plusieurs textes pour l'instruction des lycéens et des étudiants. Puis vint la guerre, une guerre totale, sur tous les fronts, celui des idées au moins autant que celui des corps. Alors que tous les gouvernements alliés se lançaient dans “la guerre psychologique”, cette insistance sur la nécessité de disséquer la propagande sembla quelque peu dépourvue de tact. L'Institut fut fermé en 1941. »

Huxley rappelle les raisons de cette timidité :

« L'examen trop critique par trop de citoyens moyens de ce que disent leurs pasteurs et maîtres pourrait s'avérer profondément subversif. Dans sa forme actuelle, l'ordre social dépend, pour continuer d'exister, de l'acceptation, sans trop de questions embarrassantes, de la propagande mise en circulation par les autorités et de celle qui est consacrée par les traditions locales. »

AH-Dm6.jpgDans son maigre énoncé des solutions (il n’en a pas), Huxley évoque alors la prison sans barreau (the painless concentration camp, expression mise en doute par certains pro-systèmes !) :

« Il est parfaitement possible qu'un homme soit hors de prison sans être libre, à l'abri de toute contrainte matérielle et pourtant captif psychologiquement, obligé de penser, de sentir et d'agir comme le veulent les représentants de l'Etat ou de quelque intérêt privé à l'intérieur de la nation. »

Huxley recommande de protéger les lieux publics et la télévision. Or on ne peut protéger les lieux publics et la télévision qui ne sont là que pour vendre et pour puer : il faut donc les éviter. Si ton œil t’est objet de tentation…

Il note justement que « les formes libérales serviront simplement à masquer et à enjoliver un fond situé aux antipodes du libéralisme », et que le futur n’est guère plus joyeux que le présent de Bernays : « Entre-temps, l'oligarchie au pouvoir et son élite hautement qualifiée de soldats, de policiers, de fabricants de pensée, de manipulateurs mentaux mènera tout et tout le monde comme bon lui semblera. »

Sur notre futur monopolistique, Huxley ne se fait guère d’illusions (qui s’en fait encore ?) :

« Mais c'est un fait historique aujourd'hui que les moyens de production sont rapidement centralisés et monopolisés par les Grosses Affaires et les Gros Gouvernements. Par conséquent, si vous avez foi en la démocratie, prenez des mesures pour distribuer les biens aussi largement que possible. »

Huxley, beaucoup moins méchant que ce que pensent pas mal d’antisystèmes, propose une solution de révolution médiévale digne de Chesterton et Belloc :

« Par conséquent, si vous souhaitez éviter l'appauvrissement spirituel des individus et de sociétés entières, quittez les grands centres et faites revivre les petites agglomérations rurales, ou encore humanisez la ville en créant à l'intérieur du réseau de son organisation mécanique, les équivalents urbains des petits centres ruraux où les individus peuvent se rencontrer et coopérer en qualité de personnalités complètes, et non pas comme de simples incarnations de fonctions spécialisées. »

Mais rien n’y fait (on est à l’époque du génial Mumford) :

« Nous savons que, pour la plupart de nos semblables, la vie dans une gigantesque ville moderne est anonyme, atomique, au-dessous du niveau humain, néanmoins les villes deviennent de plus en plus démesurées et le mode de vie urbano-industriel demeure inchangé. »

Huxley, qui finit par citer Dostoïevski et son grand inquisiteur, ne se fait guère d’illusions, sondages à l’appui :

« Aux U.S.A. - et l'Amérique est l'image prophétique de ce que sera le reste du monde urbano-industriel dans quelques années d'ici - des sondages récents de l'opinion publique ont révélé que la majorité des adolescents au-dessous de vingt ans, les votants de demain, ne croient pas aux institutions démocratiques, ne voient pas d'inconvénient à la censure des idées impopulaires, ne jugent pas possible le gouvernement du peuple par le peuple et s'estimeraient parfaitement satisfaits d'être gouvernés d'en haut par une oligarchie d'experts assortis, s'ils pouvaient continuer à vivre dans les conditions auxquelles une période de grande prospérité les a habitués. »

Les jeunes sont soumis, les ados sont pires que les autres, comme je l’ai constaté dans ma jeunesse et comme  le montrera le succès mondial de culture sexe, drogue, rock. Huxley :

« Que tant de jeunes spectateurs bien nourris de la télévision, dans la plus puissante démocratie du monde, soient si totalement indifférents à l'idée de se gouverner eux-mêmes, s'intéressent si peu à la liberté d'esprit et au droit d'opposition est navrant, mais assez peu surprenant. »

Il évoque les oiseaux (La Boétie évoquait les chiens) …

« Tout oiseau qui a appris à gratter une bonne pitance d'insectes et de vers sans être obligé de se servir de ses ailes renonce bien vite au privilège du vol et reste définitivement à terre. »

La suite est lyrique !

« Le cri de « Donnez-moi la télévision et des saucisses chaudes, mais ne m'assommez pas avec les responsabilités de l'indépendance », fera peut-être place, dans des circonstances différentes à celui de « La liberté ou la mort ».

Et le maître de conclure :

« Il semble qu'il n'y ait aucune raison valable pour qu'une dictature parfaitement scientifique soit jamais renversée. »

Demandez à Zuckerberg, à la NSA et à Monsanto ce qu’ils en pensent.

Sources complémentaires

Huxley – Le meilleur des mondes ; retour au meilleur des mondes (1957), sur archive.org

Nicolas Bonnal – Comment les peuples sont devenus jetables ; comment les Français sont morts ; la culture comme arme de destruction massive (Amazon.fr)

Umberto Eco – Vers un nouveau moyen âge (1972)

Bertrand de Jouvenel – Du Pouvoir (Pluriel)

Vince Packard – Hidden persuaders

Armand Mattelart – Histoire de l’utopie planétaire (la Découverte)

Chesterton – What I saw in America (Gutenberg.org)

Shakespeare – Mesure pour mesure ; Hamlet ; La tempête (inlibroveritas.net)

La Boétie – Sur la servitude volontaire (Wikisource)

Tocqueville – De la démocratie en Amérique (classiques.Uqac.ca)

Debord – Commentaires

mercredi, 10 janvier 2018

Yevgeni Zamiatin “El Dragón”

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Yevgeni Zamiatin “El Dragón”

por Anna Prystupa

http://revista-arbil.es

A Yevgeni Zamiatin se le considera el maestro de la prosa. Su obra más conocida es la novela "Nosotros". El escritor ruso aparte de esa novela escribió además una serie de cuentos cortos, uno de los cuales se titula "El Dragón".

“ El Dragón “ es un cuento breve, que apenas ocupa una página. Es el primer texto que sitúa la revolución como tema central. La obra describe San Petersburgo en un día de invierno del mes de febrero. La ciudad se encuentra en llamas. Se ve la imagen de los hombres-dragones que bajan del cielo. Están montados en los tranvías. Somos testigos del diálogo que mantienen los dos entre ellos. Uno ha encontrado por la calle a un intelectual y cuenta a su compañero cómo lo asesinó. No se siente culpable, porque le parece que ha hecho lo correcto. Se siente orgulloso. Lo sorprendente es que el hombre que acaba de aniquilar al intelectual, en razón de pertenecer a una cierta clase social, es capaz al instante de salvar la vida a un gorrión. El pájaro que se encuentra, estaba helado, a punto de morir. Pero el soldado suelta la bayoneta y concentra todas sus fuerzas en soplar al animal para que entre en calor. No quiere que se muera. El pájaro se recupera y vuelve a volar. El cuento termina con el dato de que el tranvía coge el rumbo a lo desconocido, abandonando el mundo humano.

En la obra el gran símbolo es el dragón. Tiene su referencia histórica en los dragones de la Guardia, como se llamaba al cuerpo de élite del ejército ruso. En la primera etapa de la Revolución, este tipo de soldados realizaban patrullas por la ciudad. El hombre - dragón era uno de ellos. En la cultura rusa este tipo de criatura aparece en el escudo de Moscú. Ahí nos encontramos con el personaje de San Jorge que lucha contra un dragón. El animal mítico simboliza el mal y el santo- es la alegoría del bien. Se muestra el eterno conflicto entre el bien y el mal. En el cuento, los dragones son asesinos, los servidores de la revolución, que es el macro tema de la obra. El cuento se desarrolla en el trayecto del tranvía. El camino que recorre es desde los cielos hacia lo desconocido. Deja de ser un recorrido real. Lo oculto, lo que no se sabe, es el camino a dónde va a llegar la revolución. El tranvía sale de la ciudad ardiente, del delirio humano y va hacia fuera, había lo inhumano.

zamdrag.jpgLo sorprendente es la capacidad de los dragones de unir lo positivo y lo negativo. Matan a los seres humanos, pero son capaces de resucitarles, y devuelven la vida a un ser que está mucho más abajo en la evolución. Por otro lado, vemos que poco significa la vida humana, según el cuento, menos que la de un pájaro. El cuento está lleno de contrastes. Uno de ellos es el personaje del soldado – dragón: asesino y salvador a la vez. Ya la misma ciudad, el espacio en el que se desarrolla la acción está lleno de contradicciones. La ciudad arde, pero está helada. Tenemos las dos fuerzas ancestrales luchando. Estamos en invierno, y la ciudad está congelada, muerta, parada. Al mismo tiempo, el fuego de la revolución la despierta, “ la hace vivir “. Las llamas derriten el hielo, que es la capa que oprime todo, pero también queman, matan.

Una de las dualidades más importantes es la pugna entre el bien y el mal. Son los dos elementos que deben mantener un equilibrio. Aunque según los cuentos fantásticos, en las leyendas de las cuales procede el personaje del dragón, finalmente el bien siempre gana. En la obra de Zamiatin ocurre lo contrario. Gana el mal, la revolución. La destrucción es total: por un lado, la ciudad que arde en llamas, y por otro, el humano para el cual, asesinar, quitar la vida al otro, no significa nada. Otra oposición que, me parece importante es la comparación entre la tierra y el cielo. El dragón viene de arriba, desde el cielo. El ser humano tiene en sí mismo algo divino, ha sido creado por Dios. Cuando baja a la tierra, pierde su “rasgo divino”, se convierte en un ser malvado. ¿Y dónde terminará? No sabemos. Ziemiatin ahí deja la pregunta en el aire. El tren se va a lo desconocido, ¿dónde llegará?

El cuento “ Dragón “ denuncia lo que es inaceptable de la revolución- la crueldad. Hay que recordar que Zamiatin, al principio, apoyaba la revolución, veía positivamente el cambio. Cuando vio que todo esto estaba lleno de crueldad y que no era lo esperado, se empezó a distanciar de ello. La obra fue escrita en el año 1918. Es el aviso de que la revolución corre peligro de convertirse en el terror. Desgraciadamente eso es el lo que ocurrió. Zamiatin no se equivocaría, predijo el futuro. El deber del escritor es decir la verdad. En el cuento que acaba de analizarse por primera vez, el escritor denuncia el terror de la revolución. Se retracta de sus ideas, quita el apoyo que daba a la iniciativa socialista.

Nos encontramos con un nuevo tipo del cuento. Se le suele llamar “anticuento”. Hay una búsqueda de nuevas vías, una nueva experiencia literaria. En la obra están incorporados los elementos políticos y simbólicos. Por supuesto no falta lo fantástico que coge Zamiatin de Hoffman, pero es muy triste que la visión del escritor se haya cumplido. La revolución trajo el terror y la crueldad, se volvió en contra de los que la apoyaban, y los destruyó.


Anna Prystupa

 

dimanche, 07 janvier 2018

Histoire et pouvoir: quand la fiction de "1984" devient la réalité

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samedi, 08 juillet 2017

Rutherford Instituut: Toekomst Westerse burgers is totalitaire controle en onderdrukking

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Rutherford Instituut: Toekomst Westerse burgers is totalitaire controle en onderdrukking

Ex: http://xandernieuws.punt.nl

‘Het onbenullige Westerse publiek bestaat voornamelijk uit niet-lezers en televisie- en internet zombies’

‘Als u wilt weten hoe de toekomst eruit ziet: een laars die op een menselijk gezicht stampt – voor altijd’


Social media, en vooral Facebook, zijn een machtig wapen in de hand van overheden, multinationals en lobbygroepen, die de mensheid in één politiek-correcte richting willen dwingen, en alle afwijkende meningen stapsgewijs willen criminaliseren.

John W. Whitehead, oprichter van The Rutherford Institute en auteur van ‘Battlefield America: The War on the American People’, schrijft dat een groot aantal bekende science fiction films uit het verleden over een totalitaire staat waarin de burgers in ruil voor ‘veiligheid’ al hun vrijheden zijn kwijtgeraakt, in het Westen inmiddels waarheid zijn geworden, of dat in de nabije toekomst zullen worden. ‘De overheid en grote concerns volgen alles wat we doen, net zoals Big Brother in Orwells ‘1984’. We veranderen in een samenleving van toeschouwers wier vrijheden worden afgepakt, maar daar blij om zijn, omdat de mensen door propaganda en hersenspoeling (door de media) geen enkele neiging meer hebben om in opstand te komen.’ Dat kan maar tot één soort toekomst leiden: totalitaire controle en onderdrukking.

Het gros van de Amerikanen en Europeanen ‘weten hun plek en hun plichten, en begrijpen dat ze geen echte rechten hebben, maar dat ze zullen worden beschermd zolang ze zich conformeren en zo min over zichzelf denken, dat ze hun aangewezen lot accepteren, en niet in opstand komen of vluchten.’ Zo’n samenleving wordt omschreven in ‘The Handmaid’s Tale’.

Minority Report voor groot deel realiteit geworden

15 jaar geleden was Steven Spielbergs Minority Report –met megaster Tom Cruise- een wereldwijde sf-kaskraker. Die film, gebaseerd op Philip K. Dicks duistere, bijna profetische visie van een toekomstige politiestaat, speelde zich in 2054 af, maar dat had volgens Whitehead net zo goed 2017 kunnen zijn. ‘We zitten nu al gevangen in een wereld met een alziende, alwetende en almachtige overheid. Als je het waagt buiten de lijnen te treden zullen in het zwart geklede SWAT teams en pre-crime eenheden een paar hoofden platstampen om de bevolking onder controle te brengen.’

Toezicht- en bewakingscamera’s die overal worden opgehangen, en deels worden uitgerust met gedrag-voorspellende software (vooral op luchthavens), enorme datacenters die miljarden telefoongesprekken en emails van nietsvermoedende burgers opslaan, (in ontwikkeling zijnde) zelfrijdende auto’s, spraakgestuurde apparaten, gezichtsherkenningsystemen, drones, cyberaanvallen (niet in het minst door de overheid zelf), en politie eenheden die speciaal gericht zijn op het stoppen van criminelen (en terroristen) vóordat ze hun slag slaan – al deze aspecten uit ‘Minority Report’ zijn realiteit geworden.

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Onbenullige Westerse publiek bestaat voornamelijk uit zombies

Al deze zaken konden zonder slag of stoot worden ingevoerd, omdat ‘het onbenullige Amerikaanse (en Europese) publiek voornamelijk bestaat uit niet-lezers en televisie- en internet zombies. Toch zijn we jarenlang in boeken en films gewaarschuwd voor zo’n onheilspellende toekomst. De volgende films geven wellicht het best weer waar we ons als samenleving nu mee geconfronteerd zien: ‘

Fahrenheit 451 (1966): In een futuristische samenleving zijn boeken verboden. De maatschappij is zo obsessief politiek-correct geworden, dat vrijwel iedereen zijn gewone spreken en praten vooraf (zelf) censureert. (Kortom: de grote droom van modern ‘links’).

THX 1138 (1970): Een ontmenselijkte samenleving wordt totaal gecontroleerd door een politiestaat. De burgers moeten gedwongen pillen slikken om hen passief te houden. Hun namen zijn vervangen door cijfer/letter combinaties zoals THX1138. Iedereen die het waagt de regels te trotseren wordt onmiddellijk door de politie met elektroshock wapens (inmiddels ook in Nederland realiteit) tot gehoorzaamheid gedwongen.

Soylent Green (1973): In het overbevolkte New York zijn de mensen afhankelijk van synthetisch voedsel geproduceerd door de Soylent Corporation. De chaotische wereld wordt beheerst door gewetenloze multinationals wier enige doel het maken van zoveel mogelijk winst is.

Blade Runner (1982): In het 21e eeuw is een mensenleven weinig meer waard. Iedereen kan naar believen worden geëlimineerd door de politie (of ‘blade runners’). Androïden (robots) lijken in zowel uiterlijk als gedrag als twee druppels water op echte mensen, en hebben hen in veel beroepen vervangen.

Nineteen Eighty-Four (1984): De beste verfilming van George Orwells beroemde sf-roman. In een door technologie gedomineerde wereld zijn de mensen al hun vrijheden kwijtgeraakt, en worden ze 24/7 totaal gecontroleerd en gemanipuleerd door het complex van overheid-media en multinationals. Beroemd geworden slogans zoals ‘Vrijheid is Slavernij’ en ‘Onwetendheid is Kracht’ gelden anno 2017 voor steeds meer mensen die onvoorwaardelijk blijven geloven dat de overheid altijd het goede met hen voorheeft, en de media hen de waarheid vertellen.

They Live (1988): Mensen zijn gevangenen geworden van hun eigen apparaten, en worden zo in beslag genomen door entertainment en de media, dat ze niet in staat zijn om effectief in opstand te komen – of enkel elkaar aanvallen.

The Matrix (1999): De mensheid wordt door technologie, die de vorm heeft aangenomen van hyperintelligente wezens, in een constante droomstaat, de ‘Matrix’ gehouden. Hacker Thomas Anderson, wier alias ‘Neo’ is, ontdekt dat de complete realiteit om hem heen niet echt is, maar een illusie om alle mensen volgzaam en onder controle te houden.

Minority Report (2002): Zoals eerder in dit artikel omschreven laat deze film een wereld zien waarin technologie autonoom is geworden (zoals zelfrijdende auto’s), en alle mensen bij voorbaat verdachten zijn in een wereld die zo strak wordt bestuurd en gecontroleerd door computers en machines, dat alle misdaad is uitgebannen.

V for Vendetta (2006): Een corrupte en totalitaire overheid houdt door middel van een keihard optredende geheime politie de controle over de samenleving. Iedereen die hier aan probeert te ontsnappen of zelfs maar een afwijkende mening heeft, is automatisch een ‘terrorist’.

Land of the Blind (2006): Gebaseerd op een aantal historische gebeurtenissen, waarin tirannen tijdens revoluties omver werden geworpen, en werden vervangen door nieuwe leiders die net zo kwaadaardig bleken te zijn.

Bevolking wordt wakker, maar te laat

De rode draad in al deze films is het (te) langzaam groeiende besef bij een deel van de Westerse bevolking dat de overheid niet per se het goede met hen voorheeft, en niet meer luistert naar hun wensen en zorgen. In Europa en Nederland geldt dat met name de massa immigratie en islamisering van onze landen. Denk ook aan genegeerde referendums zoals dat over de Europese Grondwet, en vorig jaar over Oekraïne.

De sluipend sterker wordende politiestaat, waarin nog maar één politiek-correcte mening wordt toegestaan, is wellicht het duidelijkste zichtbaar in Duitsland en Zweden, waar overheidsmedewerkers die zich kritisch uitlaten over het massa immigratie beleid en over de islam worden berispt en/of ontslagen, en social media inmiddels miljoenenboetes kunnen krijgen als ze weigeren vergelijkbare kritische berichten van bezorgde burgers te verwijderen.

Maar ook in ons eigen land gaat het hard die kant op. Voorbeeld: het bijna collectief in de ban doen van de tweede politieke partij, waarmee de mening en –gezien de toenemende criminaliteit en terreuraanslagen meer dan terechte- zorgen van anderhalf miljoen kiezers als niet-politiek-correct worden genegeerd.

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Blijven slapen... totdat het ook met u en uw geliefden gebeurt

‘Zelfs de beste intenties van mensen bij de overheid moeten onvermijdelijk wijken voor het streven om ten koste van alles de macht en controle behouden,’ vervolgt Whitehead. ‘Uiteindelijk zullen de mensen wakker moeten worden voor de politiestaat. Vroeg of laat zullen de zaken die nu alleen andere mensen overkomen, ook ons en onze geliefden overkomen.’

‘Zodra die pijnlijke realiteit begint door te dringen, zal dat gebeuren met de kracht van een SWAT team dat door uw voordeur heen breekt, een taser op uw buik zet, en een pistool tegen uw hoofd zet. En dan kunt u niet wegzappen, niet naar een andere realiteit, en u nergens achter verschuilen.’

‘Zoals George Orwell al waarschuwde: ‘Als u wilt weten hoe de toekomst eruit ziet: een laars die op een menselijk gezicht stampt – voor altijd.’

Xander

(1) The Rutherford Institute via Zero Hedge

 

mardi, 28 mars 2017

"Nous", le roman qui a inspiré Huxley, Orwell et Terry Gilliam

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"Nous", le roman qui a inspiré Huxley, Orwell et Terry Gilliam

 
Par 
Ex: http://www.lepoint.fr 
 
Son nom ne vous dit sans doute rien, mais Evgueni Zamiatine a écrit en 1920 un ouvrage d'anticipation (réédité aujourd'hui) sidérant d'acuité

Tout le monde (ou presque) a oublié son nom. L'écrivain russe Evgueni Ivanovitch Zamiatine est pourtant un auteur majeur. Né le 1er février 1884 à Lebedian, une petite ville à 300 kilomètres au sud de Moscou, d'un père pope orthodoxe et d'une mère musicienne, cet architecte naval n'a que peu publié. Son œuvre compte moins d'une vingtaine de romans, recueils de nouvelles et pièces de théâtre. Si le nom de Zamiatine est passé à la postérité, c'est comme scénariste de Jean Renoir. Il a, de fait, signé l'adaptation des Bas-Fonds de Maxime Gorki, un an avant de mourir à Paris, à l'âge de 53 ans, le 10 mars 1937.

Son roman le plus remarquable, écrit en 1920, est aujourd'hui republié aux éditions Actes Sud dans une nouvelle traduction d'Hélène Henry. Et il faut absolument le lire ! Son titre, « Nous » (« Мы » en russe), résume son propos. Il consiste à décrire froidement le monde dans lequel « nous » nous apprêtons à vivre. Un univers futuriste, à l'époque où Zamiatine écrit son roman, mais qui ressemble aujourd'hui à une allégorie de notre époque.

Qu'on en juge… Nous sommes au XXVIe siècle et la Terre sort de deux cents ans de guerre où se sont affrontés deux mondes : celui de la campagne et celui de la ville. Le héros, D-503 (les hommes ont perdu depuis longtemps leur identité au profit d'un matricule), est ingénieur. Il travaille sur le chantier de construction d'un vaisseau spatial surnommé l'Intégral. Cet engin est destiné à entrer en contact avec des civilisations extraterrestres dans le but de coloniser leurs planètes et de les convertir au « bonheur » terrestre. Mais il fait aussi figure de bateau de sauvetage pour l'humanité tant notre monde ressemble à un enfer.

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Journal intime

Régie par un « État unitaire » despotique qui ne tolère chez ses sujets aucun secret, la plus grande partie du globe est recouverte par une immense cité, composée de grandes tours de verre transparent où tout un chacun vit au vu et au su de tout le monde. (Snowden, es-tu là ?). Les seuls moments d'intimité tolérés consistent en ces brefs instants où les habitants ont pour mission de procréer afin d'assurer la perpétuation de l'espèce humaine. Et encore… pour être autorisé à tirer le rideau, encore faut-il avoir obtenu un sésame : en l'espèce un ticket rose, parcimonieusement distribué aux sujets les plus obéissants. La rencontre de D-503 avec une jolie femme, I-330, va bouleverser son existence en lui faisant découvrir qu'une autre vie est possible où il est loisible d'avoir des secrets. Et, encore mieux, de jouir de liberté, même si cela rime avec imprévisibilité et précarité.

I-330, « résistante » au système (elle boit, fume et fait l'amour à qui lui plaît), parviendra-t-elle à le faire s'évader de cet État totalitaire pour rejoindre la dernière parcelle de nature qui se dissimule derrière un grand mur vert ? Les deux amoureux échapperont-ils à la sinistre police du « Bienfaiteur », comme s'est autoproclamé le tyran qui règne sur l'État ? Composé comme un journal intime, découpé en quarante chapitres, où D-503 expose tour à tour son quotidien, ses fantasmes et ses états d'âme, Nous gardera jusqu'au bout les réponses à ces questions.

Algorithmes

On l'aura compris : ce roman est une dystopie, comme on nomme les contre-utopies cauchemardesques en science-fiction. On ne s'étonnera pas qu'Aldous Huxley ait puisé dans l'univers dysfonctionnel de Zamiatine l'inspiration du Meilleur des mondes, tout comme George Orwell celle de 1984. Ce roman a également beaucoup influencé Kurt Vonnegut pour son Pianiste déchaîné et Terry Gilliam : plusieurs scènes de Brazil semblent tout droit tirées de ce livre. Interdit de publication par Moscou qui y voyait, à juste titre, une dénonciation du régime bolchevique, Nous, paru initialement en 1924 en Grande-Bretagne où Zamiatine avait vécu quelques mois sur le chantier de construction de navires-brise-glace (dont l'Intégral semble la transposition SF), avait été traduit en français en 1929 sous le titre de Nous autres (Gallimard). Il n'est sorti en URSS qu'en 1988.

Critique acerbe de la société pré-stalinienne, cet ouvrage ne saurait cependant être réduit à son anticommunisme, car, même s'il était un adversaire de Trotski, Zamiatine n'en avait pas moins été un compagnon de route des révolutionnaires léninistes. S'il résonne encore aujourd'hui, c'est surtout parce que ce roman singulier décrit une modernité broyant les individus sous le poids de la technologie et de la science. À commencer par ces algorithmes prédictifs, censés apporter le bonheur aux hommes en gommant toutes les aspérités que nous appelons le hasard. Cela ne vous rappelle rien ?

Nous , d'Evgueni Zamiatine, traduction d'Hélène Henry, éditions Actes Sud, 240 pages, 21 €

Extrait :
 
« Je ne fais ici que recopier – mot pour mot – ce que publie aujourd'hui le Journal officiel : Dans cent vingt jours, la construction de l'Intégrale sera achevée. Proche est l'heure historique où la première Intégrale s'élèvera dans l'espace universel. Il y a mille ans, vos héroïques ancêtres ont soumis le monde entier au pouvoir de l'État Unitaire. Vous avez devant vous un exploit encore plus glorieux : la résolution de l'équation infinie de l'Univers grâce à l'Intégrale, cette machine électrique de verre qui souffle le feu. Vous êtes destinés à soumettre au joug bienfaisant de la raison des êtres inconnus qui habitent d'autres planètes et sont peut-être encore en état de liberté primitive. S'ils refusent de comprendre que nous leur apportons un bonheur mathématiquement exact, notre devoir sera de les obliger à être heureux. Mais avant de recourir aux armes, nous essayons la parole. »

dimanche, 04 septembre 2016

France’s Multicultural Dystopia

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France’s Multicultural Dystopia

Why many of Europe's Muslims don't want to integrate with secular society

It all started, as it does quite frequently these days, as a debate on Facebook, this one among a group of libertarians discussing the relationship between religion and state.

A friend posted a news story reporting that a halal supermarket—i.e., a supermarket selling only food and drinks that are permissible under Islamic law—in Paris has been ordered by local authorities to sell pork and alcohol (which are not halal) or face closure. Apparently older residents of the area had complained that they were no longer able to buy the full range of products that had been available under the store’s previous ownership. 

“We want a social mix,” said the head of the municipality. “We don’t want any area that is only Muslim or any area where there are no Muslims.” He added that he would have reacted in the same way had a kosher supermarket opened on the site, and indicated that the authority was taking legal action to revoke the shop’s lease, which runs until 2019. 

Members of the Facebook group seemed to agree that this was another example of the French tradition embodied in the nation’s constitutional requirement of laïcité, or the strict separation of state and religious activities. This is sometimes contrasted with the First Amendment of the U.S. Constitution—which guarantees freedom of religion but doesn’t require the government to maintain secularism.

Notwithstanding a recent court ruling that a Denver bakery could not refuse to make a wedding cake for a gay couple, the general consensus among my Facebook friends was that what had taken place in Paris would never occur in the U.S. No federal, state, or local government would force a licensed halal supermarket to “diversify” the range of its products by adding alcohol and non-halal meats.

But as the group’s contrarian, I decided to challenge the evolving agreement among my friends. Aren’t we being perhaps a bit dogmatic when we elevate political principles above the lessons we draw from real-life experiences?

♦♦♦

Are we going to allow members of a religious group that worships nude to show up unclothed in public places? Why is female circumcision wrong and male circumcision fine? And why not legalize polygamy, which has been around longer than same sex-marriage? You allow Muslims to have their own halal supermarkets based on commitment to freedom of religion. Why not allow Muslim men to marry several wives?

We could go on and on with this kind of debate, which should not be dismissed as one of those reductio ad absurdum exercises. After all, there are millions of Muslims worldwide who practice polygamy, which is in accordance with their religious law. So it was not surprising that a prominent Italian-Muslim leader proposed recently that polygamy must become a civil right in Italy similar to same-sex marriage, which the country allowed earlier this year. And why not? There are probably more Muslims than gays in Italy today.

“There’s no reason for Italy not to accept polygamous marriages of consenting persons,” proposed Hamza Piccardo, founder of the Union of Islamic Communities and Organizations, adding: “When it comes to civil rights here, then polygamy is a civil right. Muslims don’t agree with homosexual partnership and still they have to accept a system that allows it.”

In the West we seem to agree that female circumcision is cruel; we even refer to it as “female genital mutilation.” But it was estimated this year that 200 million women have undergone the procedure—in 27 countries in Africa, as well as in Indonesia, Iraqi Kurdistan, and Yemen. What happens if Muslims from these countries decide to settle in Europe in the coming years? Why are we going to deny them the right to practice their religion, even though all attempts to criminalize male circumcision, practiced by both Jews and Muslims, have failed? Why the double standard?

The answer is clear: the majority of Americans are members of the Abrahamic religions who regard, for instance, public nudity as running contrary to their core cultural values. In case you haven’t noticed, there aren’t many pagans around, and unlike, say, gays, they don’t have a major influence in Hollywood and Broadway.

To put it simply, when it comes to freedom of religion and figuring out the exact boundaries between religion and state, numbers count. And as more Muslims settle in the West, and gain citizenship and the right of vote, the contours of the debate over religion and its place in society are bound to change.

We like to imagine that debates over core political issues are conducted by great philosophers who are committed to our sacred values. But in liberal democratic societies, the principle of one-man-one-vote carries a lot of influence in terms of how we define morality or, for that matter, what we recognize as a “legitimate” religious belief.

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The debate over religion and state that evolved in the Christian West in the aftermath of devastating religious wars—and was applied to other societies with large Christian majorities, and with sprinklings of assimilated Jewish communities (completing our so-called Judeo-Christian civilization)—may have to change.

Members of a religion whose adherents don’t subscribe to the notion of religious freedom, who believe that religion and state cannot be separated, are beginning to challenge what we regard as the basic axioms of the Enlightenment. They are doing that by using their growing political power, and they are quite confident that they have the upper hand in the birth-rate battles that are transforming demographics worldwide.

♦♦♦

During our above-mentioned Facebook debate, several of the Jewish discussants were horrified to learn that a French official might have the power to force a kosher butcher to sell pork. But the analogy between kosher butcher stores and halal supermarkets is misplaced.

The declining Jewish population of France, of around 500,000, consists mostly of secular Jews who have assimilated into French society, with many leading Jewish politicians and intellectuals celebrating France’s principles of secularism and state-religion separation. In fact, most French Jews aren’t likely to frequent kosher butcher shops, and with the exception of a small ultra-Orthodox community, they aren’t residing in neighborhoods with Jewish majorities.

On the other hand, France has the largest Muslim population in Europe, about 5 million, and it keeps growing as a result of emigration from the Middle East and high birth rates. And unlike modern Jews, most Muslims in France haven’t been going through a process of secularization and integration into French society. They probably wouldn’t understand what the terms “secularism” and “liberalism” mean, and if anything, under the influence of growing religious radicalization in the Muslim world, they have been embracing less tolerant and open forms of Islam in recent years.

According to the common liberal fantasy, the multicultural nature of Western societies allows these Muslims to have their cake and eat it too, to maintain their religious identity while integrating into the general population and becoming French or German or Swedish “like us.” Soon enough, the hijab-wearing woman will look like any other sexually liberated French woman.

In reality, Muslim immigrants take advantage of multiculturalism to maintain their religious identity while resisting pressure to assimilate into French society. Parisians hope that the Muslims congregating in their neighborhoods will eventually leave their ghettos, like Jews did after being granted civil rights following the French Revolution. A few halal stores might remain, but the majority of Muslims will shop in the general supermarket.

Most Muslims are not following this liberal game plan. With their growing population, they are spreading into new parts of the cities. They will become the majority in more and more neighborhoods in Paris, where new mosques will be built and where more women will be wearing hijabs. And one day, the only option for France’s aging Christian population will be to shop at the local halal supermarket.

If you think this is a farfetched nightmare scenario concocted by an Islamophobic mind, consider the way that members of the ultra-Orthodox Jewish community or Haredi in Israel have been winning the demographic wars, strengthening their political power, and gradually transforming their secular country.

The ultra-Orthodox Jews, who still dress like it’s 1815 in Eastern Europe, adhere to rigorous religious laws, including strict separation between men and women, and shun any form of modern education, including basic prerequisites of math, science, and language.

They constituted a tiny minority of 30,000 when Israel was established in 1948, residing in a few small neighborhoods in Jerusalem and near Tel Aviv, with many refusing to recognize the legitimacy of the new state. But Israel’s secular founders, including the first prime minister, David Ben Gurion, agreed to exempt the young Haredi studying in religious schools from mandatory military service, to provide them with government subsidies to study, and to support their expanding families of five to ten children (compared to secular Jewish families with two to three children).

A vicious cycle developed. With the number of the ultra-Orthodox Jews growing dramatically, the community was able to increase its political influence, with its parties joining coalition governments and acquiring new financial and other benefits for its members and allowing them to grow their families—which continued to live on government subsidies, becoming a drag on the economy.

Today the ultra-Orthodox Jews number around 800,000 and constitute 11 percent of the Israeli population. With a growth rate of 5 percent, one of the highest of the world, they could increase to 20 percent of the population by 2030.

While much of the public rhetoric in Israel has been about multiculturalism and coexistence between secular and ultra-Orthodox Jews, in reality the Haredi resist embracing the liberal and secular values of Israeli society. They not only maintain their separate religious and cultural identity, but also are gradually able to force their norms on the secular Jewish majority.

Hence their political parties ensure that, despite growing pressure from the younger, secular Israeli Jews who reside in advanced modern urban centers in and around Tel Aviv, no attempt will be made to separate religion and state in Israel. The Orthodox-controlled rabbinate continues to maintain jurisdiction over personal-status issues such as Jewish marriages and Jewish divorce, as well as Jewish burialsconversion to Judaism, and kosher laws, while rabbis representing the Reform and Conservative branches of American Judaism continue to fight for state recognition.

In addition to new towns established by the government to accommodate the growing Haredi population, many ultra-Orthodox Jews are also trying to establish a presence in other areas of the country. And the storyline is familiar: several Haredi families move to a mostly secular neighborhood, where they demand that their “religious rights” be protected by, for example, banning traffic and forcing stores to close down during the Sabbath. More Orthodox Jews then join the first group, and before you know it, the entire neighborhood becomes another Haredi outpost. Most recently, under pressure of the religious parties, stores in the Tel Aviv area have lost their permits to open during the Sabbath.

♦♦♦

The ultra-Orthodox have some cultural and historical ties to the secular Jewish majority, and they certainly doesn’t pose any national-security threat. And yet not only have the secular Israeli Jews failed to integrate and assimilate the Haredi, but the latter have used their growing demographic power to help them transform the norms of Israel’s secular culture.

Why would anyone believe that a religious minority like the Muslim population of France in Europe, which has historically and culturally been estranged from the secular Christian majority, would be able to integrate—or would even be interested in integrating—into secular European politics and culture?

Add to that the national-security challenges that a radicalized Muslim population poses to Europe, and it becomes clear that the notion that multiculturalism and religious freedom will eventually resolve these problems is nothing more than wishful thinking. That a European political leader would actually take steps to increase the number of Muslim immigrants makes no sense at all, unless the goal is to commit national political and cultural suicide.

It goes without saying that many Muslims and Jews who practice their religion can be assimilated into secular Western societies. Unlike the Haredi, modern Orthodox Jews do coexist with the secular Jewish majority. Exposed to modern education and culture, they don’t try to preserve a separate identity or exhibit intolerance toward those who don’t share their values, and they have excelled in science, business and other professional arenas.

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There are many Westernized and modern Muslims in Europe and the United States. In fact, one of the reasons that so many Muslim immigrants have done so well in the United States is that the majority of them, especially those who arrived from Iran and South Asia, tended to be highly educated and secular, which isn’t the case with the more recent arrivals from countries like Somalia and Afghanistan.

And let’s face it: there aren’t so many Muslims, or for that matter ultra-Orthodox Jews, living in the United States. They amount to tiny and insignificant minorities, and that can be accommodated in our pluralistic society. Even if they fail to assimilate into the secular environment, they aren’t able to change American society and culture in the way that the large Hispanic population could in the coming decades.

Secularism and other legacies of the Enlightenment, including liberalism, democracy, and capitalism, may be “universal” in the sense that they have been embraced by many different societies. But nonetheless, each society’s unique history and culture determine whether and how that process takes place.

Hence the German form of capitalism is quite different from the American or Anglo or Chinese one. The United States, Switzerland, and India all have democratic systems, but would anyone seriously suggest that those systems have anything in common save the right to vote? And liberalism means different things in different places. Not even our British cousins have embraced the American tradition of a free press. The Scandinavian style of social democracy could develop only in the small and homogenous societies of Scandinavia. And then, as discussed above, there are the different ways that the Americans and French interpret the principle of freedom of religion.

From that perspective, a nation that absorbs a large number of immigrants from societies whose core cultural values and beliefs run contrary to its dominant norms cannot expect to maintain its common traditions in the long run, as members of a group that rejects them increase in numbers and gain more influence.

So prepare yourself for the inevitable. Expect the Muslim population in Europe to use its growing numbers to do what is clearly in its interest: remaking Europe to reflect its own culture and values.

Leon Hadar is a senior analyst with Wikistrat, a geo-strategic consulting firm, and teaches international relations at the University of Maryland, College Park.

mardi, 31 mai 2016

«2084» de Boualem Sansal: «Attention, ça brûle!»

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«2084» de Boualem Sansal: «Attention, ça brûle!»

BS-2084.jpgTranquillement assis, comme si de rien n’était, Boualem Sansal attend ses lecteurs. Ce mardi soir, dans le petit théâtre de l’Alliance française, à Paris, seuls un vigile à ses côtés et des contrôles d’identité à l’entrée laissent transparaître le caractère explosif de ses idées. Avec son roman acclamé 2084, l’auteur algérien dépeint la menace du terrorisme islamiste et n’exclut plus une troisième Guerre mondiale. Tiré à 290 000 exemplaires, ce livre l’a propulsé au cœur de l’actualité brûlante d’une France qui se cherche. Couronné « Meilleur livre en 2015 » par le magazine Lire, son scénario avait déjà reçu le Grand prix du roman de l’Académie française. Depuis, Boualem Sansal court les rencontres littéraires pour s’expliquer auprès de ses lecteurs. Entretien.

RFI : Chez vous, la séance de dédicaces dure aussi longtemps que la rencontre littéraire. Comment réagissent vos lecteurs face à votre monde totalitaire de 2084, cette dictature planétaire nommée Abistan, avec son Dieu Yölah et son prophète Abi ?

Boualem Sansal : Jusque-là, les gens réagissent plutôt bien par rapport aux livres que j'écris. Avec 2084, il y a peut-être quelque chose de nouveau. Il y a un contexte, une actualité. 2084 parle d’une dictature religieuse et en ce moment, il y a des événements liés à la religion en Europe et un peu partout dans le monde. Cela inquiète beaucoup de gens. Mon roman amène une réflexion sur ces choses-là. C’est ce que les gens veulent.

Depuis vos prix littéraires, vous êtes beaucoup lu et écouté. Avez-vous le sentiment d’être vraiment entendu et réellement compris par rapport à votre roman 2084 ?

Les gens vous entendent. Comme nous tous entendons les gens. Est-ce qu’on fait toujours ce qu’ils nous recommandent ? Ce n’est pas toujours évident. Parfois, on ne peut pas agir. Parfois, je me dis que les gens sont souvent comme les enfants. Ils ne réagissent pas quand on les avertit : « Attention, ça, ça brûle ! ». Et puis, un beau jour, ils mettent la main et se brûlent. Mais, c’est trop tard.

Depuis mon premier roman [Le Serment des barbares, ndlr] et au-delà des romans, des articles et des interviews, cela fait quinze ans que j’attire l’attention des gens sur l’évolution de l’islamisme notamment. Les gens n’ont qu’à écouter. Certains disent : oui, c’est vrai, c’est risqué, c’est dangereux, mais qu’est-ce qu’ils peuvent faire ? Les États devaient écouter les lanceurs d’alertes, mais ils ne les écoutent pas, parce qu’ils gèrent des intérêts. Et ces intérêts passent même avant la raison.

En 2015, dans la Russie de Poutine, le livre 1984 de George Orwell est devenu un best-seller. Votre roman 2084, inspiré par Orwell, est en train de devenir un best-seller dans une France marquée par les attentats islamistes et l’état d’urgence. Est-ce un signe inquiétant ?

Oui, en tout cas, c’est le signe que la population, ou au moins ceux qui lisent ces livres ont un fort sentiment d’inquiétude. Pour le moment, ils ne savent pas comment le traduire en actes. Des fois, ils le font d’une manière qui joue plutôt contre eux, par exemple, quand ils vont vers l’extrême droite en disant : « Il y a un danger qui arrive. Il y a des écrivains qui nous le disent, donc on peut le croire. Et pour nous prémunir de ça, allons vers l’extrême droite. » Ce n’est pas la solution. D’autres vont vers des solutions encore plus violentes que la violence qui les attaque. Par exemple, aux Etats-Unis, quand le candidat républicain Donald Trump dit qu’il faut chasser les musulmans et leur interdire de venir dans le pays. C’est de la folie.

BS-2070149759FS.gifVous affirmez n’écrire « que des histoires vraies ». Pour vous, 2084 n’est pas de la science-fiction, mais se déroule aujourd’hui. Pendant l’écriture de votre roman, vous avez utilisé comme temps de narration le présent. Pourquoi cela a-t-il provoqué un casse-tête chez les grammairiens de Gallimard ?

Ce genre de texte est très difficile à écrire sur le plan de la temporalité. C’est une projection. Donc il faudrait utiliser le futur pour dire ce qu’il va arriver. Moi, personnellement, je pense que c’est dangereux de faire ça, parce qu’on peut passer pour un gourou ou pour quelqu’un qui joue au prophète. C’est très dangereux, surtout en littérature. On peut le faire dans un essai.

Dans un essai on démontre ce qu’on affirme. Dans un roman, on ne démontre rien. On dit. Pour moi, la seule solution était de me mettre en 2084 et de raconter cela en étant en 2084. Donc c’est forcément le présent. Mais il se trouve que… on ne peut pas s’en rendre compte si on n’écrit pas soi-même : c’est difficile de raconter le futur – en étant dans le futur – au présent. C’est très difficile.

Imaginez que vous racontez une de vos journées dans vingt ans. Comment allez-vous faire ça ? Comment allez-vous dire : « Ce jour, je suis sorti pour aller au stade et puis manger avec des amis ». Le lecteur le lit aujourd’hui. Donc il ne comprend pas. Vous vous rendez compte de la complexité ? Finalement, en parler au passé reste la situation la moins perturbante. C'est-à-dire qu’on se met dans le futur, mais comme si c’était quelque chose de passé. C’est très étonnant.

Cela rejoint donc une réalité, parce que les gens se posent la question : est-ce que ce danger-là – pour faire court, on va dire l’islamisme – est-ce que c’est devant ? Ça va venir ? Ou est-ce que c’est déjà là ? Ou est-ce que c’est déjà un peu passé dans la mesure où l’on est en train de prendre des mesures ? Alors c’est presque fini et on se dit : encore deux mois et on aura fini avec Daech… Donc la question de la temporalité est très importante !

Dans 2084 vous ne nous projetez pas dans un monde technologique et futuriste. Ce n’est pas la technologie qui est en jeu, mais nos attitudes, notre suivisme, notre collaboration avec le système. Votre livre parle de « la force du mouvement infinitésimal, rien ne lui résiste, on ne s'en rend compte de rien pendant que, vaguelette après vaguelette, angström après angström, il déplace les continents sous nos pieds… ». On y est déjà ? Cela se passe-t-il déjà en France et en Europe ?

Absolument. Toutes les évolutions se font comme ça, millimètre par millimètre. Sauf dans le domaine technologique où il peut y avoir des découvertes où tout change, du jour au lendemain. Comme l’ordinateur qui a bouleversé notre univers technologique. Mais les évolutions politiques, sociales, philosophiques, religieuses, se sont faites dans l’immobilité…

BS-811H2vPmrHL._SL1500_.jpg… ou par « Soumission » pour nommer le livre de Michel Houellebecq.

Houellebecq est vraiment dans le quotidien d’aujourd’hui. Il ne fait pas de projection. 2022, c’est comme 2017 ou aujourd’hui avec la question : qui va être élu ? Hollande, Sarkozy, Jupé ou Monsieur Abbes [dans le livre de Houellebecq, Mohammed Ben Abbes, le candidat de la Fraternité musulmane, devient en 2022 le premier président musulman de la République française, ndlr]. Ce n’est pas une véritable projection. Ce sont des choses qui se font, qui sont là, dans la société…

Depuis l’attentat contre Charlie Hebdo, il y des caricaturistes qui admettent pratiquer une certaine autocensure. Il y a aussi le cas de Michel Onfray (« Le débat en France n’est plus possible ») qui a renoncé à publier en France son livre-entretien Penser l’islam. Est-ce qu’il y a déjà un soupçon de « Abistan » dans l’air, ici en France ?
 
Quand j’ai écrit 2084, ma conviction était faite : on va là-dedans, on va vers ça ! Il y a des raisons religieuses, mais aussi des raisons beaucoup plus fortes encore. C’est comme le réchauffement de la planète. C’est quelque chose qui se fait.

Ce n’est pas parce qu’on va prendre quelques mesures avec la COP21 ou la COP22 ou la COP23 qu’on va arrêter l’évolution du monde. On est sept milliards d’habitants. On sera dix milliards. Il y aura plus de voitures, plus de maisons, il faudra produire plus pour plus de gens. Il est inévitable que la température augmente. La question est : faut-il tout arrêter pour empêcher le réchauffement climatique ? Ou apprendre à vivre avec le réchauffement climatique ?

Ce genre de texte est très difficile à écrire.
L’écrivain Boualem Sansal sur la difficulté de la temporalité de son roman « 2084 ».
14-01-2016 - Par Siegfried Forster
Pour écouter:

http://www.rfi.fr/afrique/20160114-2084-boualem-sansal-at...

Autres documents audio:

► Ecouter aussi l’interview avec Boualem Sansal dans l’émission Religions du monde
► Ecouter aussi l’interview avec Boualem Sansal dans l’émission Littérature sans frontières
► Lire aussi la critique du livre 2084

► L’agenda des prochaines rencontres littéraires de Boualem Sansal

vendredi, 27 mai 2016

Science fiction begins with Bulwer-Lytton's attack on egalitarianism

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The First Dystopia

Science fiction begins with Bulwer-Lytton's attack on egalitarianism

Science fiction has flooded television and Hollywood in recent decades. Our pop culture has been completely saturated by it—and it has often played a key role in our cultural and political commentary. Films and novels such as Christopher Nolan’s The Dark Knight or Suzanne Collins’s The Hunger Games touch upon issues ranging from the War on Terror to the Occupy Wall Street movement.

Yet while left-leaning science-fiction writers and directors tend to be explicit in their political allegiances, we rarely see a display of right-wing credentials in the genre. This may be understandable, given the entrenched liberal culture of Hollywood. But considering the roots of science fiction, such silence is unfortunate. After all, one of science fiction’s founding fathers was a 19th-century conservative named Edward Bulwer-Lytton.

vrilrwjZGSIL._AC_UL320_SR214,320_.jpgAn eminent novelist, playwright, poet, and politician in Victorian Britain, Bulwer-Lytton has been largely neglected since his death in 1873. People remember the phrases he coined—such as “it was a dark and stormy night” or “the pen is mightier than the sword”—but not the man himself. His single contribution to the science-fiction genre, The Coming Race, came in the twilight of his life after an already long and prestigious career. But then, there really was no “science-fiction genre” when The Coming Race appeared, which is what makes this book remarkable—it prefigures many of the themes that have since come to define a rather large part of our popular culture.

In the 1830s, early in his career, Bulwer-Lytton was a Radical novelist and dandy of aristocratic birth, prone to bouts of melancholia, with a strong penchant for Byron. Along with his friend Benjamin Disraeli, also a Radical novelist at the time, Bulwer-Lytton enjoyed the glamour and gossip of London high society. He wrote several novels about English society—from Pelham, which recounted the life of a society dandy and aspiring politician, to the criminal underbelly portrayed in his Newgate novels, which recounted the adventures of highwaymen and murderers. This eye for Britain’s social and cultural life was a defining feature of Bulwer-Lytton’s style and work.

Following the death of his mother in 1843, Bulwer-Lytton inherited the family title and estate. It gave him a new purpose and responsibility: the dandy of the 1830s was gone. By the 1840s, he had become a moderate Whig and a serious Victorian gentleman. Bulwer-Lytton was a committed protectionist, however, and grew increasingly disillusioned with his fellow Whigs. He eventually joined the Conservative Party in 1852, a defection facilitated by his friendship with Disraeli. This was a counterintuitive move for a rising star in Parliament: for the next two decades, the Conservatives would languish in opposition, with only brief attempts at governing. During these years, Bulwer-Lytton was Disraeli’s ally in the House of Commons.

By 1871, Bulwer-Lytton was an aged, deaf, and increasingly sick man. Years of political opposition had prevented him from ascending to the heights of political office. The world was also a very different place: as a young man Bulwer-Lytton had fought tooth and nail to prevent the rise of free trade and the growth of democracy, both of which he saw as destructive forces and vehicles for class warfare. But both had come to pass with repeal of the Corn Laws in 1846 and the Second Reform Act in 1867. Britain was no longer an exclusively agricultural, Anglican, and hierarchical society, but rather an increasingly industrialized, pluralistic, and democratic one.

Vril_The_Power_of_the_Coming_Race.jpgIt would have been easy for Bulwer-Lytton to resign himself to the fact that the political battles which had defined so much of his life were lost. Instead he published The Coming Race, anonymously, in 1871. The novel addressed new dangers he feared would await Britain through the allegorical story of a subterranean master race called the Vril-ya, whose strange abilities were made possible by the immense power of an energy source called Vril. This mysterious substance is likened to electricity or an “atmospheric magnetism” which has attained “unity in natural energic agencies.” It can influence all forms of matter by providing a power source for machinery, healing physical ailments, establishing telepathic communication, and destroying entire cities.

The novel proved incredibly popular, selling through five editions by January 1872. In retrospect we can see The Coming Race as a progenitor of the science-fiction genre, but Bulwer-Lytton was drawing upon numerous other genres he had already experimented with. He was well versed in such subjects of popular fascination as the occult and macabre, as well as the growing late Victorian obsession—shared by Sir Arthur Conan Doyle—with clairvoyance and the afterlife.

Where The Coming Race displays its innovative spirit, however, is in Bulwer-Lytton’s use of satire to blend the occult with the scientific, prophesying the dangers of utopian faith in egalitarian doctrine and technological advancement.

The year before The Coming Race was published, France had descended into chaos in the wake of the Franco-Prussian War—which witnessed the birth of the Paris Commune that inspired Karl Marx’s line about the  “dictatorship of the proletariat.” Not for the first or last time, an Englishman would look upon an episode of political violence in France and feel compelled to speak out against the dangers of misguided utopianism. For Bulwer-Lytton, the new radical doctrine threatening Western civilization in 1871 was egalitarianism.

In The Coming Race, Bulwer-Lytton chooses to tell his anti-egalitarian satire through a nameless narrator: a young gentleman from an unspecified time and place in 19th-century America, who falls down a mineshaft and discovers the Vril-ya. At first this might appear to be a counterintuitive choice of protagonist for a British aristocrat in the twilight of his life. But therein lies the interesting twist.

The narrator is as much the subject of anti-egalitarian criticism as he is the voice for anti-egalitarian commentary. Bulwer-Lytton’s dripping disdain for democracy is evident from the very beginning as the narrator recalls how his father “once ran for Congress, but was signally defeated by his tailor.” Bulwer-Lytton was baffled by liberal intellectuals’ support for democracy, which was in his view a highly anti-intellectual system. It is perhaps for this reason that he robbed his narrator of his sense of superiority by having him judged a barbarian by the Vril-ya, despite his heroic presentation of American democracy.

vril867218-M.jpgEgalitarian doctrine is embodied in the Vril-ya. Their society enjoys absolute equality of class and between sexes. Theirs appears to be a utopia in which crime, disease, and conflict do not exist. Leftist writers have conceived of such places in science fiction for decades, with Gene Roddenberry’s Star Trek being the most prominent example of recent times. This progressive spirit has been elevated to theological heights by the Vril-ya, who base their religion on the “conviction of a future state, more felicitous and more perfect than the present.” But the narrator soon discovers that this serene paradise is in fact one of the most civilized hellscapes to grace science fiction.

The society produced by absolute equality of outcome is ultimately sterile and monotonous, as it has traded away individuality for the common good. There is no state coercion of any kind; instead, convention and custom govern the lives of the Vril-ya thanks to their ability to self-discipline their behavior through the aid of Vril. All the Vril-ya put the common good before all other considerations, thus producing an authoritarian order in which a single magistrate rules, albeit with no formal coercive power, and citizens abide by the motto “No happiness without order, no order without authority, no authority without unity.” Language such as this calls to mind the totalitarian dystopias of George Orwell’s 1984 or Alan Moore’s V for Vendetta. Individuality and the unequal distinctions that arise from it are actively repudiated by the Vril-ya, rooted in the belief that greed for status, privilege, and fame could only lead to conflict and poverty.

Having once admired utilitarian social reformers in the 1830s, Bulwer-Lytton was aware of the many utopian arguments that claimed the state could change people’s habits, and thus their character, through measures such as public education or teetotalism. The Vril-ya represent this approach in excelsis. With Vril supplying all needs, no one indulges in alcoholic intoxication, adulterous love, devouring meat, hunting animals, or rude language. The Vril-ya’s rational morality is utterly divorced from human emotion or animal instincts—at the cost of all artistic endeavor and spiritual expression. Blandness and mediocrity define their way of life. Without competition, there is no opportunity for greatness to emerge. Bulwer-Lytton’s narrator even goes so far as to say that if you took the finest human beings from Western civilization and placed them among the Vril-ya, “in less than a year they would either die of ennui, or attempt some revolution.” Egalitarianism is portrayed as a doctrine that can only destroy all the particularities, idiosyncrasies, and joyfulness of human existence.

vrilPompeii-C1.jpgThe Coming Race’s contribution to science fiction is obvious in its exploration of technological advancement and its effects on society. Vril is not just an agent for modeling social and political life; it is a means of technological salvation. Bulwer-Lytton’s narrator likens Vril to electricity, but Vril’s abilities will remind modern readers of technologies that came after Bulwer-Lytton’s time—specifically, Vril has the ability to “reduce to ashes within a space of time too short for me to venture to specify it, a capital twice as vast as London.” As a result, this “mutually assured destruction” led to centuries of peace among the underground peoples, allowing the Vril-ya to develop and for nations to fragment into tribal communities tied together by mutual consent instead of state-sanctioned coercion. Unwittingly, Bulwer-Lytton managed to prophesy the nuclear age.

In what has come to be a hallmark of science fiction, Bulwer-Lytton considered the dehumanizing impact that technological advancement might have on society, prefiguring authors such as H.G. Wells, who used Gothic imagery to describe the subterranean Morlocks, or Orwell and Aldous Huxley, who both crafted technocratic dystopias. These early pioneers were certainly aware of The Coming Race, and, by accident or design, they echoed the themes explored by Bulwer-Lytton.

vrilzanoni cover.jpgThe Vril-ya center their lives around machinery and scientific advancement, with no consideration for the soul or emotion. They augment themselves with mechanical wings for personal transportation, which calls to mind later ideas of cyborgs and transhumanism. This notion that every technological leap robs some part of our humanity has become a recurring theme in science fiction, so much so that it has become cliché—yet in many ways, it started with Bulwer-Lytton.

There is much in The Coming Race still worthwhile for a modern reader. Through the eyes of the author, this vain old English aristocrat, we can witness the passing of an age and the foreshadowing of a new one of industrialized warfare and utopian crusades. Despite its occasionally turgid prose, The Coming Race offers a gripping story that entices the reader to consider the implications of the Vril-ya’s civilization. In writing this book, Bulwer-Lytton was lamenting the loss of the England he grew up in—but also giving warning to those like us, who would face this future defined by egalitarianism and technology, threatened by the reckless pursuit of utopian bliss. 

David A. Cowan was an American Conservative editorial assistant last fall.

lundi, 23 mai 2016

Contes de la folie dystopique

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Contes de la folie dystopique

Après avoir navigué dans les eaux claires et bienveillantes des fictions utopiques, il est temps d’accoster son envers ténébreux, le sinistre continent carcéral des dystopies. Inspirées des satires du XVIIe siècle, les dystopies (ou contre-utopies) naissent à une période critique et anti-totalitaire survenant au lendemain de l’âge d’or du scientisme, du positivisme social et de la croyance dans le progrès élaborés durant le XIXe siècle.

Les progrès de la technique et de la science n’ont pas seulement permis l’industrialisation de l’Occident mais ont profondément transformé les rapports de l’homme à l’univers et à sa propre nature biologique. La Première Guerre mondiale et son cortège d’armes chimiques, l’échec des grandes idéologies, la montée du fascisme en Europe de l’Ouest et l’expérience des camps de la mort durant la Seconde Guerre mondiale sont les principales causes de la dégénérescence de l’utopie. Les nombreuses désillusions qui traversent le XXe siècle vont progressivement pousser les utopistes à changer leur conception de l’avenir de l’humanité. Ils imaginent un monde dans lequel l’homme, constitué entièrement par la science, verrait ses actes et ses pensées déterminés génétiquement. Pourtant, les prémisses de la critique du “totalitarisme utopique” avaient déjà vu le jour trois siècles auparavant.

Généalogie du genre dystopique

labyrd3f4cfafe862f994c1.jpgLe préfixe dys de dystopie renvoie au grec dun qui est l’antithèse de la deuxième acception étymologique d’utopie (non pas u mais eu, “lieu du bien”). On fait remonter l’origine du mot “dystopie” tantôt au livre du philosophe tchèque Comenius intitulé Le labyrinthe du monde et le paradis du cœur (1623-1631), tantôt au livre Mundus Alter et Idem (Another world and yet the same, 1605) de l’évêque Joseph Hall, considéré comme l’inventeur de la subdivision du genre littéraire de l’utopie : la satire dystopique. Hall tourne en ridicule les récits de voyages populaires et s’emploie à fustiger les vices, notamment en inventant une carte de pays imaginaires dont chacun est régi par un vice dominant : par exemple, la Pamphagonia est le pays de la gloutonnerie, ou l’Yvronia, la région de l’ébriété.

Mais les signes avant-coureurs de la dystopie sont encore plus prégnants au XVIIIe siècle. Selon Raymond Trousson, les « quatre forces destructrices de l’utopie » que sont « le réalisme, le pessimisme, l’individualisme et le scepticisme » se déploient dans certains ouvrages, mettant sérieusement en cause l’optimisme des Lumières : La Fable des abeilles de Bernard Mandeville (1714), dénonçant l’ascétisme utopique et la suppression des pulsions individuelles ; Les Voyages de Gulliver de Jonathan Swift (1726), qui dévoile la mesquinerie ambiante de Lilliput, la décadence de Laputa et la méchanceté naturelle des Yahoos ; Le Philosophe anglais ou Histoire de Cleveland de l’abbé Prévost (1731), qui refuse l’entente parfaite entre la Raison et la Nature et considère l’utopie comme un faux paradis ; L’Histoire des Galligènes ou Mémoires de Duncan de Tiphaigne de la Roche (1765) enfin, rétablissant le sens d’une marche fatale de l’histoire liée à la nature des choses humaines. On compte aussi quelques précurseurs durant la seconde moitié du XIXe siècle : Le monde tel qu’il sera d’Emile Souvestre en 1846 et L’an 330 de la République de Maurice Spronck en 1895.

On peut en outre ajouter, pêle-mêle, selon l’écrivain Fernando Ainsa dans La reconstruction de l’utopie, tout un ensemble de catastrophes de politique-fiction : « les chocs futuristes d’Adolph Toffler, les catastrophes démographiques de Paul Ehnrlich, les grandes technocraties de Herman Kahn, les projets mécanistes de Buckminster Fuller, […] la révolution prônée par Marshall Mac Luhan » dans le domaine des communications. Y compris le terme de kakotopies (utopie de l’enfer) s’inspirant de Cackatopia de John Stuart Mill…

« La dystopie est un Enfer terrestre, mis à jour, créé par l’homme, sans intervention divine. »
Éric Faye

Le renversement radical du système utopique

Contrairement à ce que l’on pourrait penser de prime abord, une dystopie n’est pas le contraire d’une utopie mais, comme le dit l’historien Frédéric Rouvillois, « une utopie en sens contraire », de sorte qu’en poussant les logiques totales qui président toute utopie traditionnelle, on débouche sur le pire des mondes possibles. Les mondes définis par les œuvres dystopiques sont l’inverse des utopies, dans le sens où elles exposent les mauvais lieux alternatifs, la face sombre de l’utopie. Comme l’exprime l’essayiste Georges Jean dans Voyages en Utopie, la dystopie dénonce le mécanisme atroce et paradoxal de l’utopie qui aboutit « à l’inverse de ce à quoi elle prétend ». Il faut cependant se garder de confondre ces “utopies à l’envers” (en 1981 le chercheur Kingsley Widmer parle d’« utopisme inversé ») avec les « mondes à l’envers » et autres carnavals littéraires.

Ainsi, nous pouvons affirmer avec Gérard Klein que la contre-utopie met « en scène une eunomie pour établir son inhumanité du fait de son incomplétude. En effet, l’eunomie repose sur le concept d’une nature humaine, servant de socle absolu à la définition de la bonne loi. Les anti-utopistes apportent la preuve par la fiction qu’un tel socle n’existe pas et qu’il se trouvera toujours au moins une modalité de l’humain à échapper au bénéfice présumé de la perfection utopique. » (Dictionnaire des utopies) Cette échappatoire se réalise, le plus souvent, par un retour à la nature et une libération absolue de l’individu.

« La dystopie n’est pas le contraire d’une utopie mais une utopie en sens contraire. »

Et d’un point de vue strictement littéraire, Raymond Trousson note que l’utopie « moderne » (entendre “contemporaine”), c’est-à-dire la dystopie, remet en cause le côté normatif et figé de l’utopie « traditionnelle ». Elle inverse l’utopie, en redonnant au héros une consistance qu’il n’avait plus ou pas dans l’utopie. Avec le héros revient également le sens de l’intrigue, le goût des choix, des pensées et des libertés individuelles. L’anti-utopie redevient romanesque, un vrai roman en somme, avec des péripéties et un dynamisme qui n’existent pratiquement pas dans le genre littéraire utopique.

La critique romanesque des maux modernes

« La dystopie peut être interprétée comme une utopie du désenchantement qui prospère sur les décombres des utopies. »

Kustodiev_Zamyatin.jpgC’est en 1920 avec la parution de Nous autres que la fiction dystopique naît véritablement. Cette œuvre phare de l’ingénieur russe Evguéni Ivanovitch Zamiatine donne ainsi ses “lettres de noblesses” au genre. Son ouvrage influença considérablement bon nombre de récits analogues tels que Le Meilleur des mondes d’Huxley et 1984 d’Orwell, publiés respectivement douze et vingt-huit ans plus tard.

Les contre-utopistes renouent avec la veine des utopies satiriques mais de façon beaucoup plus corrosive et en ciblant spécifiquement l’uniformisation de la vie, les manipulations idéologiques auxquelles sont soumis les individus dans les mondes utopiques, et, par corollaire, leur réduction à des pièces interchangeables de la machine sociale.

Les dystopies sont donc des œuvres politiques au sens fort, puisqu’elles se veulent aussi des critiques cinglantes, ironiques, caricaturales ou désespérées selon les cas, de sociétés réellement existantes, par exemple le monde plus spécifiquement pré-soviétique pour Zamiatine ou tous les totalitarismes de son époque pour Orwell. Comme le dit l’historien Bronislaw Backzo, dans Lumières de l’utopie (1978), « l’anti-utopie est une expression parfois plus corrosive et puissante que l’utopie… » pour dénoncer le monde présent. Elle témoigne d’un violent pessimisme en l’homme et en la nature, ce qui la démarque de presque toutes les utopies classiques largement optimistes qui popularisent le mythe du bon sauvage. La dystopie peut donc à juste titre être interprétée comme une utopie du désenchantement qui prospère sur les décombres des utopies, sur ce monde réel dont les caractéristiques ont parfois largement dépassées dans l’horreur les plus systématiques propositions utopiques.

nous-autrres.jpgCes œuvres voient donc dans l’utopie non pas une chance pour l’humanité, mais un risque de dégénérescence terriblement inhumaine qu’il faut empêcher à tout prix. Le but n’est pas de réaliser des utopies, mais au contraire d’empêcher qu’elles se réalisent. C’est l’avertissement du philosophe existentialiste Nicolas Berdiaeff en exergue du Meilleur des mondes : « Les utopies apparaissent comme bien plus réalisables qu’on ne le croyait autrefois. Et nous nous trouvons actuellement devant une question bien autrement angoissante : comment éviter leur réalisation définitive ?… Les utopies sont réalisables. La vie marche vers les utopies. Et peut-être un siècle nouveau commence-t-il, un siècle où les intellectuels et la classe cultivée rêveront aux moyens d’éviter les utopies et de retourner à une société moins utopique moins “parfaite“ et plus libre. »

Le refus viscéral du bonheur obligatoire

« Et peut-être un siècle nouveau commence-t-il, un siècle où les intellectuels et la classe cultivée rêveront aux moyens d’éviter les utopies et de retourner à une société moins utopique moins “parfaite“ et plus libre. »
Nicolas Berdiaeff

Les régimes liberticides sont ainsi combattus par l’ironie, la parodie, la caricature, la parabole, l’allégorie, la fable, le pamphlet, etc. Les ouvrages sont souvent désespérés, mais lucides : le totalitarisme, l’étatisme omniprésent, l’infantilisation généralisée, le bonheur grégaire, l’asservissement des individus et l’absence de liberté sont l’antithèse absolue d’une société ouverte. Dénoncer, s’opposer, décrire l’horreur… c’est donc aussi en arrière plan, proposer et susciter l’inverse : une société libre.

La vision dystopique est strictement individualiste, excentrique, donc contestataire. Les groupes réfractaires redeviennent des garants d’une ouverture possible, d’un avenir moins sombre, qu’ils soient « Méphis » dans Nous autres, « sauvages » dans Le Meilleur des mondes, membres de la « Fraternité » dans 1984, « hommes-livres » chez Ray Bradbury (Fahrenheit 451) ou « incurables » chez Ira Levin (Un bonheur insoutenable). Dans la plupart des ouvrages dystopiques, le seul recours face au monde inhumain est effectivement contenu dans la figure du rebelle, de l’opposant, du dissident, du fugitif, du réfractaire. L’écrivain Gilles Lapouge, dans Utopie et civilisations, affirme que le contre-utopiste est « un libertaire libertin individualiste […] qui se moque de la société et ne veut connaître que l’individu. » Il s’oppose à l’idéologie du bonheur universel : « Il a choisi le vital contre l’artifice, la nature contre l’institution. »

Il est tout de même important de rappeler, encore une fois, la relative porosité des frontières entre les genres utopiques : certaines utopies peuvent sombrer dans le désespoir (Quand le dormeur s’éveillera de H. G. Wells, 1899) quand quelques dystopies se laissent tenter par des rêves de réconciliation (Île d’Huxley, 1962).

« Le contre-utopiste a choisi le vital contre l’artifice, la nature contre l’institution »
Gilles Lapouge

Finalement, en dévoilant les logiques profondes de l’utopie – instaurer une perfection définitive ici-bas entièrement conçue comme totalité –, les dystopies donnent ainsi à voir, dans le détail le plus infime, les horreurs des totalitarismes à venir au XXe siècle. C’est cette corrélation entre totalitarisme et les trois grands romans dystopiques (Nous autres, Le Meilleur des mondes et 1984), qui sera l’objet d’une troisième et dernière partie.

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