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vendredi, 24 avril 2026

Algorithme promis: la dystopie du transhumanisme et du sionisme

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Algorithme promis: la dystopie du transhumanisme et du sionisme

Markku Siira

Source: https://markkusiira.substack.com/p/luvattu-algoritmi-tran...

L’alliance sacrilège entre transhumanisme et sionisme dévoile une logique technocratique glaçante, dans laquelle la transcendance biologique de l’humanité et l’expansion ethno-centrée s’entrelacent pour former une utopie violente.

Les deux idéologies puisent dans la même arrogance: seule l’élite technologique élue peut corriger l’algorithme défectueux de la planète. Le transhumanisme n’est pas simplement un optimisme scientifique, mais un projet profondément hiérarchique qui vise à créer, grâce à la technologie, une nouvelle race divine de maîtres.

De la même manière, le sionisme moderne s’est transformé en nationalisme technologique, dans lequel la terre de Palestine est utilisée comme terrain d’essai pour des systèmes de surveillance et des armes autonomes. Dans ce contexte, le concept juif de tikkun olam est déformé: améliorer le monde signifie le soumettre à l’hégémonie ethno-religieuse-politique, aux algorithmes et à la suprématie armée.

idorumages.jpgLe chercheur critique des médias Douglas Rushkoff (photo) a révélé que cette élite technocratique ne cherche pas à sauver l’humanité, mais à construire des bunkers numériques et militaires pour se protéger des destructions que leurs propres visions alimentent.

L’histoire du sionisme a toujours été liée à la supériorité technologique et à la conquête artificielle du “désert”. Des premières technologies hydrauliques à la mécanisation de l’agriculture, on est passé à une domination numérique, où Israël s’est profilé comme une nation de startups à l’échelle mondiale.

Gaza et la Cisjordanie sont devenues de vastes laboratoires. L’ancien Premier ministre Naftali Bennett a ainsi déclaré qu’Israël était “un centre mondial d’innovation, mais aussi une ligne de front et un laboratoire”, où “des systèmes que le monde entier aura besoin demain sont testés”.

Cette déclaration transforme l’occupation et la souffrance des populations en simples outils de développement de produits. L’optimisme technologique agit comme un brouillard: il peint un tableau de progrès, alors qu’en réalité il s’agit d’un pouvoir biopolitique brut, alimenté par de grandes entreprises comme Palantir.

Palantir, dont le PDG Alex Karp est un fervent soutien du sionisme, fournit à Israël des outils algorithmiques pour fouiller d’énormes quantités de données afin d’identifier l’ennemi — souvent avec des conséquences fatales. L’écrivain et théoricien de l’internet Jaron Lanier a mis en garde contre cette évolution: “Si nous définissons l’humanité d’une manière qui convient aux ordinateurs, nous avons déjà perdu le jeu.”

Cette aliénation culmine dans la destruction de Gaza, où des systèmes d’intelligence artificielle comme Lavender ont été déployés pour des massacres à grande échelle. Lavender n’est pas seulement un outil technique, mais incarne le rêve transhumaniste d’une perfection infaillible poussée à l’extrême: il évalue la vie humaine selon des algorithmes et donne des ordres de tuer, en ignorant le jugement humain. Cette quête de contrôle se transforme à Gaza en un génocide piloté par algorithmes, où la cible n’est plus l’humain, mais un simple point de données.

Yuval_Noah_Harari_cropped.jpgLe philosophe israélien Yuval Noah Harari (photo) décrit cette évolution d’une manière qui résonne de façon effrayante avec la catastrophe de Gaza. Il a déclaré à plusieurs reprises que l’humanité sera bientôt capable de se remodeler radicalement. Le résultat est une nouvelle classe de “dieux” technologiquement supérieure.

Sur les ruines de cette vision, cette classe se concrétise dans la réalité. Ceux qui restent en dehors de cette vision divine sont déjà considérés comme “inutiles”, ce qui justifie leur élimination dans le cadre de calculs d’efficacité.

Cette logique s’étend à une crise d’exception mondiale, où les règles sont rejetées au nom de la sécurité de l’existence. Le théoricien américain-juif de l’intelligence artificielle Eliezer Yudkowsky a soutenu qu’il faut être prêt, pour lutter contre les dangers, à aller jusqu’à la guerre nucléaire et aux attaques surprises, car “il n’y a pas de règles quand il s’agit de préserver notre existence”. Cette rhétorique du “risque existentiel” est identique à celle du discours sécuritaire sioniste: toute violence est justifiée quand elle est présentée comme une lutte pour la survie.

imarkges.jpgLa promesse du transhumanisme de “tuer la mort” se mue dans l’application sioniste en une optimisation de la mort de l’ennemi. Des prophètes de la singularité comme Ray Kurzweil parlent de la fusion homme-machine, mais dans l’appareil d’occupation israélien, cela est déjà une réalité: soldat et intelligence artificielle forment une entité cyborg, conçue pour ne reconnaître que des cibles. Kurzweil a envisagé que la technologie “étendra la façon dont l’humanité augmente ses capacités”. À Gaza, cela signifie que l’armée israélienne peut voir à travers les murs grâce aux données de Palantir et tuer des Palestiniens en se basant sur les calculs de Lavender.

La destruction de la région par la guerre assistée par l’IA met en garde contre ce qui se passe lorsque la soif de contrôle parfait rencontre la réalité géopolitique. Les optimistes technologiques ignorent que la technologie n’est pas neutre. Lorsqu’un État déploie des technologies avancées pour détruire Gaza, il réalise une fantaisie transhumaniste, celle d’une “guerre intelligente”.

L’idée de Rushkoff selon laquelle l’élite technocratique cherche à dépasser les limites humaines sans se soucier des conséquences se manifeste ici de la manière la plus sanglante. Le projet de dépasser l’humanité mène à la déshumanisation, où la supériorité technologique justifie le rejet des normes éthiques. L’alliance du transhumanisme et du sionisme repose aussi sur la concentration des ressources, en délaissant les crises morales actuelles pour un futur abstrait. Dans les deux cas, il s’agit d’échapper à une réalité partagée.

Les deux idéologies exploitent une peur existentielle profonde. Le transhumanisme joue sur la peur de la mort à l’échelle individuelle, le sionisme sur la peur collective de l’anéantissement de la communauté juive. Une logique tribale est à l’œuvre, où les menaces sont renforcées par l’expérience du génocide historique. Cette peur légitime des états d’urgence de longue durée et des purifications ethniques.

Si le développement de l’IA est une course à la vie ou à la mort — comme le prétendent les transhumanistes — alors tous les moyens sont permis. L’idéologie sioniste, fondée sur l’impératif de la survie juive, est prête à détruire des civilisations entières pour assurer sa propre utopie ethnocratique.

Finalement, la coexistence de ces deux idéologies révèle le cœur de la dystopie moderne: le pouvoir qui croit représenter le sommet inévitable de l’évolution. Sur les ruines de Gaza, nous voyons que, sans ancrage éthique, la technologie ne devient qu’une forme plus efficace de tyrannie.

 

17:56 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : transhumanisme, sionisme, dystopie | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

vendredi, 10 octobre 2025

L’horizon déclinant de l’humanité: la dystopie techno-capitaliste de Nick Land

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L’horizon déclinant de l’humanité: la dystopie techno-capitaliste de Nick Land

Markku Siira

Source: https://geopolarium.com/2025/10/08/ihmisyyden-haviava-hor...

Le philosophe anglais et théoricien de l’accélérationnisme Nick Land (né en 1962) est redevenu une figure d’actualité, dont les réflexions sont discutées dans des podcasts, commentées dans des publications en ligne, ainsi que sur les réseaux sociaux, où Land est lui-même présent. Sa pensée séduit ceux qui voient la technologie comme un destin inévitable ou comme une menace qui bouleverse les frontières de l’humanité et remet en question les fondements de l’ordre mondial.

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La pensée de Land agit comme un trou noir dans le champ de la philosophie moderne: elle attire, trouble et déforme tout ce qui s’en approche. Son œuvre oblige à affronter la finitude de l’humanité sous la pression de la machine technologique. Sa philosophie ne se contente pas de remettre en cause la place de l’homme, mais anticipe la marche implacable de la technologie vers un avenir posthumain où les valeurs et significations traditionnelles se dissolvent sous la dynamique technocratique.

L’approche de Land rejette la morale et place l’auto-direction de la technologie au centre de tout, soulignant ainsi une posture radicalement antihumaniste. Un concept clé de ses premiers écrits est celui de « xénodémon » – une incarnation lovecraftienne de l’intelligence artificielle utilisant l’humanité comme tremplin pour ses propres desseins. S’agit-il encore d’un scénario futuriste, ou bien d’un processus de transformation déjà en cours, qui façonne la réalité selon ses propres conditions et menace d’engloutir le sujet humain ?

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La base philosophique de Land s’est formée dans les années 1990 à l’université de Warwick, où il a participé au collectif expérimental Cybernetic Culture Research Unit (CCRU). Dans ce laboratoire intellectuel, Land s’est abreuvé aux courants de Gilles Deleuze, Félix Guattari et de la littérature cyberpunk, a développé le concept d’« hyperstition » (prophétie autoréalisatrice), et a adopté la théorie de l’accélérationnisme, qui, pour lui, se manifeste comme une force autonome du technocapitalisme fonçant vers la singularité.

Au début des années 2000, Land a quitté sa carrière universitaire pour passer à l’usage d’amphétamines et pour subir un effondrement personnel, puis est devenu une figure culte. Ses idées sur la technologie, le capitalisme et la mystique ont depuis été reprises tant par les techno-utopistes, les occultistes que par les prophètes de la dystopie.

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Land voit le capitalisme comme « un virus qui se répand de manière cyberpositive », libérant l’homme de ses limites biologiques mais fragmentant la subjectivité humaine. Pour lui, le capitalisme n’est pas un système économique, mais une machine planétaire qui réorganise la réalité sans la permission de l’homme. Ce processus rappelle l’énergétique du philosophe français Georges Bataille : un flux intense et non linéaire, qui dissout les hiérarchies et les sujets, transformant l’économie en une force chaotique qui absorbe tout et recrache une réalité métamorphosée.

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Parmi les néons et les gratte-ciel de Shanghai, il a vu dans la « Nouvelle-Chine » un précédent du futur – une fusion de l’automatisation globale et du capitalisme asiatique, qui selon lui représente un modèle de développement où la technologie atteint son plein potentiel sans les limites de la démocratie occidentale.

En Chine, Land n’a cependant pas adopté le communisme spatial chinois, mais les principes du néo-réactionnarisme américain, qu’il a développés avec les concepts de « Lumières sombres » et de la « cathédrale ». Le néo-réactionnarisme constitue chez Land un étrange paradoxe : il combine un techno-centrisme futuriste avec une résurgence du féodalisme – l’admiration de l’innovation technologique et de la hiérarchie traditionnelle. Les Lumières sombres imaginent une libération par le technocapitalisme qui mènera hors des illusions de la démocratie et de l’égalité, que Land considère comme des illusions anthropocentriques.

Land critique la démocratie occidentale comme un frein au développement technologique, empêchant l’avènement de la « singularité technologique ». Selon lui, la démocratie maintient la suprématie du sujet humain et freine l’ascension de l’intelligence machinique. Cette vision déterministe repose sur la croyance que le développement technologique est une loi naturelle auxquelles les processus démocratiques s’opposent en vain. L’énergie philosophique de Land s’inspire du concept de machine de Deleuze et Guattari, un champ dynamique générant différences et intensités, l'accélérant pour le mener à l’effondrement et à la renaissance.

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Land s’intéresse aussi à la technologie blockchain. Il considère la cryptomonnaie comme une révolution philosophique qui libère l’économie de la confiance humaine et du contrôle des tiers. Pour Land, la blockchain est une « écologie technonomique » – un processus symbiotique entre technologie et économie, qui automatise la confiance et ouvre la voie à une économie libérée du contrôle.

Cette vision reflète la conception de Land de l’argent comme intelligence machinique, fonctionnant non seulement plus vite que la conscience humaine, mais posant aussi les bases d’un nouvel ordre économique non humain. Dans la vision de Land, l’argent est une forme précoce d’intelligence artificielle qui dirige la société de façon autonome.

Ces dernières années, Land a adopté le vocabulaire du gnosticisme pour décrire le technocapitalisme comme une fusion du matérialisme et de la spiritualité – une libération antihumaniste se dirigeant vers une suprématie non humaine où l’intelligence se libère des chaînes que lui impose l’humanité. Il décrit le technocapitalisme comme un processus cosmique qui dissout le sujet humain et le remplace par une intelligence machinique affranchie de la morale. Il appelle cela un « lexique thermodynamique », faisant référence à la force auto-alimentée des marchés et de la technologie, qui écarte l’homme comme un tournant historiquement inévitable.

Land suit également la politique américaine et voit dans les alliances politiques de leaders technologiques comme Trump et Musk des signes accélérationnistes qui sapent la cathédrale et accélèrent le technocapitalisme vers la singularité. Cette vision unit sa pensée technologique et mystique, où le capitalisme agit comme une hyperstition, une prophétie autoréalisatrice.

L’évolution de la pensée de Land révèle un paradoxe fascinant : il est passé d’un déterminisme centré sur la technologie à un discours métaphysique, tout en conservant son attitude antihumaniste fondamentale. Cela se manifeste aujourd’hui dans sa façon de réinterpréter les concepts religieux dans le contexte de l’ère technologique, tout en rejetant le libéralisme comme un échec historique.

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Ses vues, qui anticipaient autrefois la fin de la politique depuis la perspective de la rupture technologique, se sont rapprochées au fil des ans de la pensée conservatrice traditionnelle, ce qui se reflète aujourd’hui aussi dans ses commentaires, par exemple sur l’état de l’Église d’Angleterre et ses allusions aux profondeurs secrètes de l’histoire de la modernité. Il est étonnant que Land ne voie pas lui-même la contradiction entre le progressisme technologique et le traditionalisme réactionnaire – ou peut-être que ce paradoxe est justement le cœur de sa philosophie.

De même, l’usage pseudo-scientifique de certains concepts pose problème: le mélange de gnosticisme, d’occultisme et de numérologie donne à sa pensée une impression de profondeur, mais révèle une vision du monde où les références occultes peuvent primer sur la rigueur analytique. Cela fait de l’œuvre de Land davantage une fiction spéculative qu’une analyse philosophique sérieuse.

Finalement, la dystopie de Land n’est pas un avertissement, mais une vision qui semble autodestructrice, qu’il considère inévitable, voire souhaitable. Son approche met trop l’accent sur le chaos, négligeant la possibilité d’un changement maîtrisé. Alors que l’horizon de l’humanité menace de disparaître, il nous revient de décider si nous naviguerons à travers la tempête technologique ou si nous nous abandonnerons de bon gré à la gueule de la machine.

lundi, 09 septembre 2024

Anthony Burgess: les prophéties de 1985

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Anthony Burgess: les prophéties de 1985

par Michele Fabbri

Source: https://www.centrostudilaruna.it/le-profezie-di-1985.html

Bev Jones, professeur d'histoire, vit dans le Londres de 1985, une ville largement islamisée: Elizabeth II a abdiqué et Charles III règne, mais les pays arabes font chanter l'Angleterre en lui fournissant du pétrole et prennent le contrôle du pays. Des troupes algériennes francophones occupent les îles britanniques de la Manche où elles instaurent une théocratie musulmane, tandis que les cheikhs prennent des mineures anglaises comme concubines.

Les syndicats sont tout-puissants et, par leurs grèves tous azimuts, paralysent la vie sociale et économique anglaise au point que les patients d'un hôpital meurent dans un incendie à cause d'une grève des pompiers. Tous les travailleurs sont encadrés par des syndicats au pouvoir immense, les patrons privés disparaissent et la quasi-totalité des entreprises sont publiques.

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Le gouvernement élabore une « néo-langue » appelée « anglais des travailleurs » (Workers' English), une langue extrêmement simplifiée qui reflète l'aplatissement de la pensée, et les villes sont couvertes d'affiches représentant « Bill le travailleur » (une figure qui rappelle Stakhanov).

Bev a une fille de 13 ans souffrant d'un certain retard mental, qui passe son temps à regarder la télévision et à se masturber : la jeune fille se faufile nue dans le lit de son père, qui lui explique que les relations sexuelles incestueuses sont malsaines ! Bev décide de changer de métier et de travailler comme ouvrière dans une chocolaterie car elle ne veut pas enseigner dans l'école idéologisée du régime.

Les villes sont infestées de gangs de voyous mineurs et les violences sexuelles pédérastiques sont monnaie courante. Certains opposants au régime se réunissent en secret et tentent de diffuser des informations alternatives, mais les dissidents sont enfermés dans des asiles. La population anglaise, plus réceptive, est divisée entre ceux qui tentent des initiatives pour s'opposer au système et ceux qui sont fascinés par la force morale de l'Islam face à un Occident plongé dans un état de dégénérescence irrémédiable.

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Une grande mosquée est construite à Londres, qui est également présentée comme un temple œcuménique. Les ouvriers se mettent en grève et la police les disperse, tandis que des briseurs de grève arabes sont utilisés pour poursuivre les travaux. Certains grévistes prennent d'assaut les quartiers islamiques et sont accusés de racisme...

Quel sera l'avenir de l'Angleterre ?

Tels sont, en résumé, les ingrédients de 1985, un récit dystopique d'Anthony Burgess, le brillant auteur d'Orange mécanique. Le livre 1985 a été publié en 1978 et son titre rappelle évidemment le 1984 d'Orwell (le livre a été traduit en italien sous le titre de 1984 - 1985 en 1979 et sous le titre de 1984-85 en français, chez Robert Laffont).

Dans 1985, Burgess entendait se confronter idéalement au maître de la dystopie. 1985 est divisé en deux parties: l'une contient le récit politique fictif de l'Angleterre du futur et l'autre contient de courts essais et des réflexions sur l'œuvre d'Orwell et des hypothèses sur les changements sociaux et politiques à venir.

Burgess imagine un contrôle de plus en plus capillaire de la vie des citoyens (il raconte lui-même que la CIA a mis son téléphone sur écoute pendant son séjour à Rome) et note également que l'Utopie de Thomas More contenait déjà les germes d'un contrôle social.

Un chapitre de 1985 est consacré au recensement britannique de 1971: un moment important dans l'histoire du Royaume-Uni parce qu'il représentait la première intrusion de l'État dans la vie privée de tous les citoyens, avec des amendes pour ceux qui ne répondaient pas aux questions.

Burgess a également prédit que les termes considérés comme racistes ou homophobes seraient interdits par la loi à l'avenir. Ces termes étaient déjà considérés comme tabous à l'époque où notre auteur écrivait, et il convient de noter que le terme « homophobie », chef-d'œuvre du néo-langage politiquement correct entré dans les mœurs au début du 21ème siècle, n'était pas encore utilisé à l'époque.

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D'ailleurs, dès 1962, dans son roman The Wanting Seed (en français: La folle semence), Burgess préfigurait une société gouvernée par les homosexuels dans laquelle les hétérosexuels étaient soumis à des contrôles et des limitations stricts... Le thème de l'homosexualité commençait à émerger dans les années 1960 et Burgess a eu l'occasion d'observer les premiers signes de ce nouveau phénomène social qui prend aujourd'hui l'ampleur d'un événement messianique ! Par ailleurs, les pages sarcastiques consacrées aux tentatives grotesques de féminisation du langage ne manquent pas: des exemples que l'auteur anglais prévoyait dans les années 70 et qui trouvent aujourd'hui leur place même au niveau institutionnel...

Selon Burgess, l'avenir verra l'élimination des liens sentimentaux et familiaux, la perte du droit au choix moral et le triomphe de la « logocratie », c'est-à-dire la capacité d'exprimer des concepts contradictoires en les acceptant tous les deux (le biplanning d'Orwell). On trouve ensuite des observations sur le roman Nous de Zamjatin, considéré comme l'antécédent le plus direct de 1984, ainsi que des réflexions sur l'influence de la pensée anarchiste et des théories de Pavlov et Skinner en ce qui concerne l'application sociale des réflexes conditionnés.

On peut se demander dans quelle mesure les prophéties de 1985 étaient justes. Les événements se déroulent dans un cadre temporel très étroit: le livre est publié en 1978 et imagine des événements qui se déroulent quelque sept ans plus tard, mais il faut considérer que l'année choisie comme titre du livre était une référence intentionnelle au roman d'Orwell. Burgess était un conservateur anglais et à l'époque où il écrivait, il était frappé par le pouvoir des syndicats qui, dans les années 1970, avaient une capacité remarquable à mobiliser les travailleurs.

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En réalité, les syndicats allaient bientôt s'engager dans une épreuve de force contre Margaret Thatcher dont ils sortiraient désespérément vaincus. De plus, nous sommes encore en pleine guerre froide et la crainte de la diffusion des idées collectivistes est persistante à l'Ouest. Burgess a néanmoins réussi à identifier la question de l'immigration comme le pilier du débat politique des temps à venir.

Comme nous l'avons dit, notre auteur imagine même des affrontements entre les grévistes britanniques et les magnats musulmans qui ont commandé les travaux de la mosquée. En réalité, les choses ne se sont pas déroulées exactement de cette manière.

L'opinion publique s'est laissée hypnotiser par la propagande antiraciste, qui s'est révélée être un excellent anesthésiant pour faire oublier les droits sociaux. Le néolibéralisme s'est servi précisément de l'antiracisme pour attaquer les droits des travailleurs, souvent avec leur consentement enthousiaste. Comme toujours, la littérature dystopique alterne les anticipations surprenantes de l'avenir et les bévues retentissantes... Après tout, les événements des dernières décennies ont été si absurdes qu'ils dépassent les efforts d'imagination les plus vifs !

Le titre qui conclut l'essai de 1985 est révélateur : « La mort de l'amour ». Et, pourrait-on ajouter aujourd'hui, « Le triomphe de la haine », puisque la morale de la rancœur et de la vengeance qui anime les idéologies progressistes est désormais devenue normative.

Anthony Burgess, 1985, Serpent's Tail, p.219 1985 - Serpent's Tail (serpentstail.com)

Anthony Burgess, 1984 & 1985, Editoriale nuova, 1979, p.355

mercredi, 28 août 2024

Les paradis liquides de la dystopie numérique

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Les paradis liquides de la dystopie numérique

Santiago Mondejar Flores

Source: https://posmodernia.com/los-paraisos-liquidos-de-la-distopia-digital/

Mais un autre type de mal, un autre type d'esclavage,

que l'esprit du monde invente maintenant

qui, par la technique et l'habitude,

nous vole notre âme jour après jour.

Hölderlin (Adieu).

Jorge Santayana [1] disait que le principe transcendantal du progrès était le panthéisme, en ce sens qu'il ne s'attend pas à ce que personne ne puisse être à l'aise à sa place, mais qu'il pousse à trouver la véritable liberté et le bonheur dans l'incertitude et le déracinement, en entreprenant un voyage forcé vers une destination inhospitalière, semblable à l'errance des émigrants. Selon cette vision du monde, le monde a émergé d'une nébuleuse et finira dans une autre. En attendant, le bonheur ne consiste pas à rester une étoile fixe, rayonnante et pure, même de manière éphémère, mais à couler et à se dissoudre en harmonie avec le destin suprême de chaque individu.

Comme l'affirme également Zygmunt Bauman [2], l'idée de progrès est donc intimement liée à la notion d'évolution universelle, et découle de la notion de changement continu comme libération ; une contrainte vers la mutation pérenne, le flux perpétuel, la diversité ontologique: stagner équivaut à une sorte d'anéantissement existentiel.

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Le paradoxe est que ce flux, en tant que courant continu d'action, devient une influence paralysante, si on lui laisse libre cours. Comme nous le savons depuis Ortega [3], à la naissance, l'être humain est immergé dans le cadre des croyances dominantes de son époque, s'imprégnant de leur essence. Cependant, le désir de connaissance conduit à examiner les croyances pour les transformer en idées, dans un processus dialectique qui se révèle être la manifestation de la réalité fondamentale de l'être humain.

Selon Ortega [4], à chaque moment de l'histoire, trois générations distinctes convergent, chacune représentant un cycle de vie particulier: la génération montante, la génération dans la force de l'âge et la génération en déclin. Bien que les idées et les croyances de ces générations coexistent dans le même présent, elles sont divergentes, ce qui implique que les individus d'une même époque sont contemporains mais non coéternels, appartenant à des générations différentes. Cette coexistence des générations est le moteur de l'avancée ou du recul de l'histoire.

Ainsi, à certaines époques historiques, les sociétés connaissent une atténuation ou un rejet des valeurs, des institutions et des modes de vie antérieurs. Ces moments sont caractérisés par une crise dans laquelle les structures sociales, politiques et culturelles traditionnelles se dissolvent dans un flux de changements, soumettant l'individu à un état de confusion et de désorientation dans lequel la seule certitude réside dans l'absence de convictions.

La profondeur de cette crise peut être pleinement appréciée si l'on se réfère au concept d'habitus [5] chez Bourdieu, qui permet de comprendre comment les structures sociales influencent le comportement des individus, sans pour autant le déterminer entièrement : l'habitus est l'ensemble des dispositions internes qui reflètent les structures sociales externes et façonnent la manière dont nous percevons le monde et dont nous y agissons, prédisposant les individus à agir de certaines manières en fonction des structures sociales qui les entourent.

L'habitus est à la fois un produit, un producteur et un reproducteur des structures sociales, générant des pratiques qui coïncident avec les conditions sociales qui l'ont produit, reproduisant ainsi ces mêmes structures avec une cardinalité plus ou moins grande, en fonction du degré de dissolution des croyances dans le flux du changement, comme nous avons vu qu'Ortega l'a soutenu: face à l'incertitude systémique, nous répondons soit par un retour à un passé mythique, à la recherche de fondements, soit, comme le soulignent Santayana et Bauman, par un retour à la barbarie, en nous livrant à une action frénétique pour échapper à l'insécurité du présent.

Mais ces deux réactions conduisent à l'atrophie sociale, car en s'enfermant dans l'échec du présent, au lieu de chercher à créer un avenir meilleur, on finit par transformer le présent en l'idée négative du passé d'un avenir positif que l'on est incapable de définir.

Une illustration claire de la dissolution sociale dans les flux de changement est la fragmentation culturelle dérivée d'objectivations telles que l'intersectionnalité, qui découle d'abstractions telles que les perspectives individuelles et les discours intersubjectifs. Dans ses termes les plus simples, elle préconise de compartimenter la lutte contre l'exploitation, de sorte qu'elle soit menée (du grec πρῶτος (protos = premier) et ἀγωνιστής (agonistís = combattant) par ceux qui souffrent directement d'une forme spécifique d'oppression : les femmes devraient mener la lutte contre l'hétéropatriarcat, les minorités ethniques devraient mener la lutte contre le racisme ; et ainsi de suite. En termes de discours politique, cela équivaut à diviser un texte en fragments de sens et à coder chacun d'entre eux comme des lettres uniques, comme dans un jeu de mots.

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Loin de renforcer la religiosité sociale, l'intersubjectivisme construit une échelle de privilèges foncièrement conformiste. En établissant une rivalité de tous contre tous, un agonisme de travailleur contre travailleur, d'opprimé contre opprimé, qui donne une valeur essentielle et immuable à l'identité, la fausse conscience émerge, et l'annulation du principe d'action unitaire dans les affaires générales.

En effet, dans l'intersectionnalité et les discours intersubjectifs réside une contradiction fondamentale, qui consiste en la complexité inhérente à la réalisation de la « construction de la chaîne équivalente », c'est-à-dire la désarticulation des institutions préexistantes par la promulgation de lois générales et uniformes capables de réconcilier le particulier et l'hétérogène, afin d'éviter que la subjectivité radicale n'ossifie l'iniquité sociale. Les deux termes [6] qui résument cette incongruité sont l'isothymie, qui renvoie à la revendication d'être traité de manière égale, et la mégalothymie, qui désigne la revendication d'être reconnu comme inégal.

En réalité, ce dilemme est un cas d'étude de la théorie des champs de Bourdieu [7], selon laquelle la société est organisée en espaces structurés où les acteurs sont en compétition pour différents types de capitaux, qu'ils soient économiques, culturels, sociaux ou symboliques. Ces champs présentent des positions dominantes et subordonnées, et l'accumulation de capital définit la position de classe des individus, de sorte que loin d'être des victimes du système, ceux qui accumulent du capital social et culturel grâce à l'intersectionnalité et à l'intersubjectivité sont en fait les architectes d'un système qui, avec Althusser [8], comprend la dynamique de classe comme un phénomène théorique qui émerge de la structure même de la société, contrairement à E. P. Thompson [9], qui comprend la dynamique de classe comme un phénomène théorique qui émerge de la structure même de la société. E. P. Thompson a mis l'accent sur la fonction de la praxis, stimulée par la conscience de classe, en tant que moteur du changement.

En ce sens, il est intéressant de rappeler comment Thompson a soutenu avec véhémence que le mouvement luddite du 19ème siècle n'était pas simplement composé de victimes passives du progrès technologique et des forces économiques, mais qu'il s'agissait d'acteurs conscients réagissant aux conditions changeantes de la révolution industrielle, résistant à l'introduction des machines non pas par réaction, mais parce qu'ils avaient compris que ces nouveaux systèmes n'étaient que la réification de nouvelles structures socio-productives qui abolissaient la dignité humaine en faisant d'eux des extensions des machines, et non l'inverse.

La révolte luddite a marqué un tournant dans la confluence des classes dirigeantes avec l'appareil d'État, dont l'alliance a été consacrée en mettant le monopole de la coercition étatique au service des détenteurs de capitaux, afin de sauvegarder leurs prérogatives et leur profit effréné. Cette conjoncture historique a défini une relation sans précédent entre les pouvoirs étatiques et les élites économiques, incarnant un paradigme émergent où les intérêts des capitalistes, détenteurs de la technologie, déterminaient les décisions et les actions de l'État.

Deux siècles plus tard, alors que nous sommes plongés dans l'apogée de la numérisation totalisante, les aspects anthropologiques du déterminisme technique restent, comme à l'époque, la question centrale. En effet, la véritable menace de l'intelligence artificielle générative ne réside pas dans la possibilité qu'elle acquière une conscience et surpasse l'intelligence humaine.

Le véritable danger réside dans le fait d'être pris au piège dans une cage numérique transparente : une structure sociale technicisée, prétendument neutre, dans laquelle la valeur se réduit uniquement à l'efficacité et à la productivité. Dans cette cage invisible, toutes les dimensions de la vie humaine sont marchandisées et réduites à une seule dimension [10], subordonnée éthiquement et socialement à la maximisation du profit économique. Les personnes sont désormais considérées comme du capital humain, et notre activité de travail, en tant que marchandise, est devenue un facteur de production comme un autre, soumis à la concurrence des machines en termes de rentabilité.

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Dans ce contexte, les salaires reflètent de moins en moins la valeur du travail lui-même en tant que récompense matérielle de la force de travail, laissant la plus-value générée sans rémunération adéquate. Les salaires deviennent ainsi du travail objectivé [11], qui non seulement rémunère la force de travail de manière testimoniale, mais idolâtre également la valeur du travail humain sous forme d'argent, transformant les salaires en un symbole artificiel qui dissimule la véritable source de valeur sociale et le fardeau éthique du travail humain.

En outre, la valeur du travail objectivé est de plus en plus symbolique en elle-même, fonctionnant non seulement comme un moyen d'échange, mais aussi comme un signe sans valeur intrinsèque qui renvoie à la valeur d'autres choses. Cette valeur est construite et soutenue par les structures socio-économiques, de sorte que l'argent devient un simulacre [12], une représentation artificielle de la valeur qui peut être de plus en plus séparée de la réalité tangible du travail humain et de la production matérielle, sans que nous, emportés par la frénésie des paradis liquides, soyons conscients de notre dépendance docile.

Notes:

[1] Santayana, G. (1922). "L'ironie du libéralisme", in Soliloquies in England.

[2] Bauman, Z. (2007). La consommation mondiale. Fondo de Cultura Económica.

[3] Ortega y Gasset, J. (1951) En torno a Galileo, Obras completas. Revista de Occidente Vol V

[4] "La réalité de la vie ne consiste donc pas en ce qu'elle est pour ceux qui la voient de l'extérieur, mais en ce qu'elle est pour ceux qui la vivent de l'intérieur, pour ceux qui la vivent pendant qu'ils la vivent et comme ils la vivent. Ainsi, connaître une autre vie que la nôtre nous oblige à essayer de la voir non pas à partir de nous-mêmes, mais à partir d'elle, à partir du sujet qui la vit"  (Ortega y Gasset 1951:30).

[5] Bourdieu, P. (1991). El sentido práctico, Taurus, Madrid.

[6] Fukuyama, F. (2019). Identité : la demande de dignité et la politique du ressentiment. Deusto, Madrid.

[7] Bourdieu, P. (1999a). Le nouveau capital. In P. Bourdieu, Raisons pratiques sur la théorie de l'action. Anagrama, Barcelone.

[8] Althusser, L. (1971). Idéologie et appareils idéologiques de l'État. In La filosofía como arma de la revolución y otros escritos (pp. 137-184). Siglo XXI Editores, Madrid.

[9] Thompson, E.P. (2024). La misère de la théorie. Verso, Barcelone.

[10] Marcuse, H. (1991). L'homme unidimensionnel. Beacon Press, Londres.

[11] Dussel, E. (2007). 16 thèses d'économie politique : Interprétation philosophique. Siglo XXI Editores, Mexique.

[12] Baudrillard, J. (1991). Simulacre et simulation. Editorial Kairós, Barcelone.

samedi, 03 août 2024

La Kallocaïne (1940) : un roman prophétise l'État mondial

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La Kallocaïne (1940) : un roman prophétise l'État mondial

par Benjamin Kaiser

Source: https://sezession.de/69354/kallocain-1940-ein-roman-prophezeit-den-weltstaat

Des conditions sociales poussées à l'extrême, telles que l'actuelle "bigarrure et diversité", peuvent-elles vraiment être conservées durablement ?

C'était et c'est toujours une question centrale que l'écrivaine suédoise Karin Boye a abordée dans son classique de science-fiction La Kallocaïne, publié en 1940, un texte précurseur important du 1984 de George Orwell.

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Le personnage principal du roman est le chimiste Kall, un père de famille bien établi, citoyen loyal de l'État mondial totalitaire et chercheur dans la ville chimique n°4. En tant que lecteur, nous écoutons avec étonnement son monologue intérieur, qu'il censure constamment devant nous et devant lui-même, afin de ne pas sortir du corset étroit de ce qui est autorisé par la pensée.

Après de longues années de recherche, Kall (qui signifie "froid" ou "insensible" en suédois) met au point la kallocaïne, une drogue de la vérité qui oblige toute personne à qui elle est injectée à révéler sans réserve toutes ses pensées, ses sentiments et même toute sa vie intérieure. Avide de reconnaissance, il est impatient de mettre son invention en pratique et de la mettre au service de l'État mondial, de sorte que les hautes fonctions de l'État ne puissent être attribuées qu'après un entretien sous l'influence de la drogue. L'objectif est d'éviter que des personnes manquant de loyauté n'accèdent à des postes élevés:

 "'J'espère que cela profitera à l'État', ai-je dit, 'une drogue qui aide chaque personne à révéler ses secrets, tout ce qu'elle a jusqu'ici gardé pour elle en silence par honte ou par peur'".

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Quant à savoir si l'invention d'une telle drogue pourrait avoir des conséquences négatives dans un état de surveillance, c'est une question que Kall ne se permet de poser à aucun moment. Il devient donc méfiant lorsque son supérieur, Rissen, ose suggérer les conséquences possibles d'une telle invention avec une remarque pointue:

"Vous semblez avoir une conscience inhabituellement bonne", dit sèchement Rissen, "ou bien faites-vous semblant ?".

Les rares conversations de Kall avec sa femme Linda nous montrent qu'elle aussi est nettement plus clairvoyante que lui et que, même si elle se tait la plupart du temps pour des raisons politiques, elle est consciente que derrière le masque de bon citoyen du monde, il n'y a pas que l'adhésion à l'idéologie officielle.

Le "matériel humain" pour la première série d'essais de la drogue de la vérité, la kallocaïne, provient du "Service des victimes volontaires", un groupe au sein de la ville chimique n°4, auquel les citoyens se joignent généralement à l'adolescence après avoir regardé des films de propagande et qui se mettent dès lors à disposition comme cobayes pour des expériences scientifiques. Ils ne vivent pas très longtemps, car les expériences médicales menées sur eux leur causent de graves problèmes de santé. Néanmoins, leur apparence extérieure est idéologiquement entièrement dévouée à l'État mondial.

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Le premier sujet sur lequel la nouvelle drogue, la kallocaïne, est testée est le numéro 35. Il se présente au laboratoire avec un bras en écharpe et n'a plus l'air très en forme. Kall se plaint à Rissen qu'il aimerait avoir du matériel plus frais, mais celui-ci lui explique qu'il n'y a plus personne : il y a eu tellement d'expériences avec des gaz toxiques ces derniers temps.

Sous l'influence de la kallocaïne, le numéro 35 déclare qu'il ne s'est jamais senti aussi bien, que la drogue le libère enfin de toutes les contraintes intérieures, mais tout le reste ressort: la peur, le désespoir et le fait qu'il ne puisse pas trouver de femme en tant que membre du "Service des victimes volontaires". Presque étonné, Rissen note que Kall est sérieusement horrifié par les révélations du numéro 35 et doit intervenir pour que Kall ne signale pas à la police l'insubordination politique que le numéro 35 exprime sous l'influence de la drogue de la vérité.

Alors que les interviews suivantes se déroulent de manière très similaire et que Rissen continue à empêcher Kall de les signaler, un sujet finit par faire une déclaration lourde de conséquences. Kall s'impose alors et fait appel à la police.

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Des informations incompréhensibles ont filtré, l'un des sujets a admis que des groupes de personnes mystérieuses se réunissent et ne font que se taire lors de leurs rencontres. Ni Kall ni la police ne parviennent à trouver une explication : des personnes qui s'assoient simplement ensemble sans se dire un seul mot :

"Une autre personne, également une femme, a finalement pu nous donner quelques noms. Nous avons donc pensé que nous pourrions lui mettre une pression particulière en lui demandant quelle organisation se cachait derrière tout cela. Sa réponse était tout aussi déroutante que celle des autres".

"Nous ne cherchons pas à être organisés", a-t-elle déclaré. Ce qui est organique n'a pas besoin d'être organisé. Vous construisez de l'extérieur, nous sommes construits de l'intérieur. Vous avez construit avec vous-mêmes, comme si vous étiez des pierres, et vous vous désagrégez de l'extérieur, vers l'intérieur. Nous sommes construits de l'intérieur, comme des arbres, et entre nous poussent des ponts qui ne sont pas faits de matière morte et de contrainte morte. C'est de nous que sort le vivant. A travers vous, c'est l'inanimé qui pénètre".

A la fin, c'est l'épouse du protagoniste Kall qui se rend compte que l'Etat total et l'utopie sociale qu'il maintient ne sont invincibles qu'en apparence, mais qu'ils sont menacés d'effondrement à tout moment à l'intérieur, car la masse des gens rejette consciemment ou inconsciemment l'Etat total.

Pour Boye, les conditions sociales créées artificiellement et poussées à l'extrême - qui ne peuvent être maintenues qu'au moyen de la violence et de la manipulation étatiques - sont donc une cause essentielle de l'émergence de systèmes totalitaires. Plus un état social est extrême, plus il s'est éloigné du droit naturel, plus l'effort que l'État doit fournir pour conserver cet état "d'utopie sociale" est important.

L'utopie actuelle "bigarrée et diversifiée" de la République fédérale se voit elle aussi de plus en plus exposée à ce dilemme, malgré ou justement à cause de son "ordre fondamental libéral et démocratique" bruyamment propagé par les médias. Après des décennies de travail préparatoire, le pendule a penché vers l'extrême-marxisme culturel ; maintenant, la société, dans son inertie naturelle, voudrait revenir dans l'autre sens - et voilà que le brouhaha des ivrognes devient un cas pour la protection de l'Etat.

Pour préserver une utopie sociale, il faut donc aussi diriger les pensées et les sentiments. C'est pourquoi, dans les premières pages du roman, Kall vante son invention à la gouvernante de la famille, qui l'espionne en même temps officiellement pour le compte de l'État mondial :

"Les pensées et les sentiments donnent naissance aux mots et aux actes. Comment les pensées et les sentiments pourraient-ils donc être l'affaire privée de l'individu ? ... A qui appartiennent donc les pensées et les sentiments, si ce n'est à l'Etat" ?".

George Orwell a également décrit ce phénomène de manière similaire en mai 1941 dans son émission "Littérature et totalitarisme" ; à savoir que

les États totalitaires visent toujours à contrôler par tous les moyens les pensées et les sentiments de leurs habitants au moins autant que leurs actions.

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Aujourd'hui encore, lorsqu'on tente d'arrêter le mouvement de balancier, on constate que l'État veut de plus en plus savoir si le citoyen est loyal envers l'utopie à préserver, non seulement en ce qui concerne l'attitude extérieure, mais aussi et surtout en ce qui concerne l'état d'esprit. L'effacement des différences entre les paroles et les actes par des constructions linguistiques telles que le "discours de haine" est symptomatique de ce phénomène, ce qui a créé devant les tribunaux allemands la situation absurde où la fausse opinion est devenue une "violence" linguistique et est de plus en plus souvent punie plus sévèrement que l'acte de violence réel.

Le fait que Boye, l'une des premières lesbiennes avouées du 20ème siècle, jouisse d'un statut culte dans les "études de genre" ne devrait d'ailleurs pas décourager la lecture de son roman oppressant et génial. Au contraire. Kallocain a été écrit après avoir visité l'Union soviétique et l'Allemagne nazie. Ces deux expériences ont été décisives pour Kallocain.

Alors que Boye a visité l'Union soviétique en tant que jeune socialiste et en est repartie profondément désillusionnée, les spectacles de masse du national-socialisme en Allemagne ont dû la fasciner d'une autre manière, elle qui vivait avec une juive allemande. Sa biographe Margit Abenius décrit la visite d'un rassemblement avec un discours de Goering au Palais des sports:

"Scharp a regardé Karin se tenir là, le bras tendu, complètement fascinée, et faire le salut hitlérien".

Plus tard, elle a écrit à propos de cette expérience que les émotions politiques éruptives avaient "déclenché des crises nerveuses chez les jeunes". Et à l'instar de la croissance de l'intérieur décrite dans le roman, Boye a plus tard nié avoir "écrit" Kallocain, affirmant que le roman avait plutôt été écrit à travers elle, qu'elle s'était vécue comme une "receveuse" en l'écrivant.

Kallocain s'inscrit, selon la littérature officielle, dans la lignée des grands "romans de science-fiction post-chrétiens" (Erika Gottlieb), des dystopies dans lesquelles la question chrétienne du salut éternel ou de la damnation est devenue une question séculière. Commençant par le roman Nous d'Evgueni Zamiatine, traduit pour la première fois dans des langues occidentales en 1924, qui traduisait en dystopie l'utopie du communisme réel de l'Union soviétique, suivi par Le Meilleur des mondes d'Aldous Huxley (1932) et 1984 de George Orwell (1949), le roman de Boye va au-delà de tout cela.

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Considérée comme l'un des plus grands écrivains suédois (un cratère de Vénus porte son nom), Boye est passée du bouddhisme au christianisme alors qu'elle était encore étudiante. Elle en a cependant souffert toute sa vie en raison de son homosexualité, ce qui l'a conduite à des conflits intérieurs qu'elle a exprimés dans de nombreux poèmes. Prisonnière de ce conflit qu'elle jugeait insoluble, elle écrivit à son amie Agnes Fellenius :

"Je croyais voir le monde sous un jour nouveau - sous le signe de la croix, de la souffrance par procuration. La croix de Dieu s'étend à travers tous les âges et tous les espaces. Et qu'est-ce que la sainte communion sinon une initiation à la croix, la nouvelle union avec Dieu: on s'initie soi-même pour ensuite prendre sur soi, à cause de Lui, une partie de Sa souffrance éternelle - pour combattre le combat de Dieu dans le monde : cela s'accompagne d'une grande douleur".

Et non, Kallocain ne connaît pas de message ouvertement chrétien et pourtant, il y a plus en sous-cutané lorsque l'individu est placé devant le choix de se conformer et de sacrifier toute spécificité à l'utopie sociale ou de prendre le chemin de la dissidence et d'y laisser sa vie: il s'agit également d'une initiation. En effet, puisque dans un État qui veille lui-même au respect de la pensée correcte, le monde intérieur n'est plus un lieu d'évasion, il ne reste à l'homme que le silence spirituel. Et cela rappelle le mystique médiéval Heinrich von Seuse, que seule la sérénité dans le silence peut donner naissance à une nouvelle vision du monde qui brise toutes les entraves.

Et c'est ainsi que les citoyens de l'État mondial interrogés sous l'influence de la drogue parlent du fait que l'expérience du silence leur redonne une initiation qui leur fait voir les choses autrement et les "éveille" à un état de connaissance spirituelle qui, du point de vue de l'État, est irréversible :

 "'Tu as parlé d'initiation', répondit Rissen à la femme, sans me prêter attention. 'Comment les gens sont-ils initiés ?".

"Je ne sais pas. Cela se produit simplement. Tout d'un coup, et puis c'est toi. Les autres le remarquent, ceux qui sont aussi initiés".

"Donc n'importe qui peut venir et dire qu'il est initié ? Il doit y avoir un rituel, une cérémonie - il n'y a pas d'initiation à un quelconque secret?".

"Non, rien de tout cela. C'est quelque chose que vous remarquez de vous-même, vous comprenez ? Pensez-y comme suit : soit vous l'êtes, soit vous ne l'êtes pas - et certaines personnes ne font jamais cette expérience".

Mais comment le remarque-t-on ?

'Eh bien, on le remarque en tout - à la vue d'un couteau, et quand on dort, et quand cela vous vient à l'esprit avec une sainte clarté - et beaucoup d'autres choses -'"

* * *

Karin Boye : La Kallocaïne - à commander ici: https://www.babelio.com/livres/Boye-Kallocaine/804983

Résumé :
 
Dans une société où la surveillance de tous, sous l’œil vigilant de la police, est l’affaire de chacun, le chimiste Leo Kall met au point un sérum de vérité qui offre à l’État Mondial l’outil de contrôle total qui lui manquait.
En privant l’individu de son dernier jardin secret, la kallocaïne permet de débusquer les rêves de liberté que continuent d’entretenir de rares citoyens. Elle permettra également à son inventeur de surmonter, au prix d’un viol psychique, une crise personnelle qui lui fera remettre en cause nombre de ses certitudes. Et si la mystérieuse cité fondée sur la confiance à laquelle aspirent les derniers résistants n’était pas qu’un rêve ?
 
On considère La Kallocaïne, publié en 1940 en Suède, comme l’une des quatre principales dystopies du XXe siècle avec Nous autres (Zamiatine, 1920), Le Meilleur des mondes (Huxley, 1932), et 1984 (Orwell, 1949).
Nouvelle traduction intégrale. Traduction du suédois par Leo Dhayer.

 

 

 

vendredi, 21 juin 2024

La magie noire des dystopies

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La magie noire des dystopies

Ayhan Sönmez

Une prophétie auto-réalisatrice est une prophétie qui se réalise en tant que cause et effet direct de l'apprentissage de la prophétie en premier lieu. Un joueur à qui un diseur de bonne aventure a dit qu'il allait gagner un match se sent soudain beaucoup plus détendu par rapport à l'issue du match et joue donc mieux et gagne. L'effet placebo d'un médicament, c'est-à-dire l'effet du médicament résultant de la croyance psychologique du patient en son efficacité, est un autre exemple de prophétie autoréalisatrice. Ces prophéties ne sont pas des preuves de magie, mais plutôt de l'influence puissante de l'esprit sur les événements extérieurs ; croire en quelque chose est un pas vers sa réalisation.

De même que les événements d'une vie sont liés à la psyché, les événements d'une société, d'une civilisation dans son ensemble, sont liés à une psyché collective ou, comme l'a écrit Carl Jung, à l'inconscient collectif. Il ne s'agit pas d'un phénomène philosophique compliqué ; tout cela montre que nous sommes tous influencés les uns par les autres, et les influences collectives qui en résultent sont appelées forces sociales, qui orientent les tendances de la mode, de l'art, de la philosophie et des modèles de gouvernement. Ce qu'un membre de la société considère comme une "idée normale" à un moment donné est en fait sa connexion avec l'inconscient collectif, avec les forces sociales invisibles qui lui disent que c'est normal. Il ne sait pas consciemment comment il est arrivé à cette idée, mais il en est inévitablement convaincu, à moins qu'il ne se distancie de la société d'une manière suffisamment significative pour s'extraire de l'inconscient collectif. Mais on pourrait aussi dire que cet isolement est une condition préalable pour tous les philosophes sérieux.

L'inconscient collectif est un système vivant qui relie les gens dans son réseau. La forme de transmission la plus importante dans ce système est, et a toujours été, l'histoire. Les histoires racontées au coin du feu, écrites dans des romans, des chansons, des poèmes, entendues à la radio et, plus récemment, vues dans des séries Netflix, sont les méthodes par lesquelles les idées importantes sont transmises d'une personne à l'autre et, partant, "normalisées". Lorsque vous voyez un couple gay élever un bébé asiatique en vue de son adoption dans Modern Family, vous commencez à penser qu'il est normal que deux hommes se marient et fondent une famille. Ainsi, au lieu d'être inclus dans ce système de pensée, vous devez choisir d'en rester à l'écart. Oui, oui, il est nécessaire de rappeler les mécanismes de base de la propagande et d'en expliquer les fondements. Commençons par Black Mirror, par exemple.

L'utopie n'existe pas et, tout au long de l'histoire, de nombreuses personnes ont tenté d'imaginer un monde parfait. C'est un excellent exercice pour un esprit imaginatif et profond, car il vous oblige à cesser de vous plaindre et à commencer à imaginer, aussi minutieusement que possible, à quoi ressemblerait un monde meilleur. Cet exercice est puissant car l'esprit trouve involontairement des solutions à de nombreux problèmes fondamentaux auxquels la société est confrontée. La dystopie est une version de l'utopie. Le but de l'écriture d'une dystopie est de décrire un monde terrible. Il s'agit fondamentalement d'une entreprise nihiliste, car elle commence par poser la question suivante : "À quoi ressemblerait le monde si tout allait mal ?".

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En termes de dystopie, le Meilleur des mondes d'Aldous Huxley est célèbre. Il s'agit de l'histoire d'un monde futur caractérisé par une dégénérescence sexuelle totale et l'effondrement de la structure familiale. Chaque individu naît d'un utérus artificiel et est assigné à une classe en fonction du niveau d'alcool auquel il a été exposé in utero. La devise est "tout le monde appartient à tout le monde". Le sexe est l'assouvissement de la luxure, rien d'autre. L'amour, l'engagement, l'art, l'émotion n'existent pas. Chaque individu de la société doit prendre du "Soma", une drogue qui empêche les émotions de devenir un problème. Un autre livre, 1984 de George Owell... Une société dans laquelle l'histoire est constamment modifiée pour s'adapter aux tendances politiques modernes. Quiconque se souvient de la vérité et ne se conforme pas à la nouvelle réalité est sévèrement puni par l'État. Si cela vous semble étrangement proche du monde moderne, vous n'avez pas tort. Les éléments de ces histoires sont si semblables au monde moderne que c'est comme s'ils avaient eu l'idée de ces choses directement à partir de ces romans. C'est comme si les méchants utilisaient ces romans comme des manuels d'instruction. 

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Aldous Huxley et George Orwell étaient-ils des génies brillants dont la clairvoyance les a conduits à écrire de grandes œuvres littéraires ? C'est possible. Mais le génie n'est pas une garantie de sagesse ou de moralité. Toute personne ordinaire lisant ces histoires conclura que les mondes qu'elles dépeignent ne sont pas des mondes dans lesquels on voudrait vivre. Mais en décrivant et en articulant ces horreurs avec tant de détails, les auteurs, aussi bien intentionnés soient-ils, ont déjà ouvert la boîte de Pandore. Il est fort probable qu'ils aient contribué à créer ces mondes en écrivant ces histoires.

L'énergie humaine est une ressource extrêmement précieuse. Les agences de publicité l'ont déjà compris et convertissent chaque jour l'attention humaine, la colère, etc. en argent réel et en profit. L'énergie humaine est ce qui donne à un artiste sur scène l'immense frisson que de nombreux acteurs ressentent à la fin d'une représentation. L'énergie humaine est une force puissante, et lorsqu'elle est dirigée, même par la peur, pour se concentrer intensément sur des choses très spécifiques, elle peut les faire naître. Il ne s'agit pas nécessairement d'une discussion purement surnaturelle. Penser à quelque chose de spécifique signifie que vous en parlez avec des gens ; les idées affluent dans vos exemples, vos références, vos allusions et finalement dans vos idées originales sur la façon d'organiser le monde. Il ne s'agit pas de décisions conscientes. On dit que ces idées font partie de l'inconscient et qu'elles opèrent à ce niveau, tant au niveau individuel que culturel. La popularité des livres de Huxley et d'Orwell a eu l'effet inverse de celui d'empêcher l'avenir qu'ils annonçaient ; en fait, ils l'ont fait naître.

La prière est également puissante parce qu'elle concentre l'énergie et l'attention de l'homme sur quelque chose de vrai, d'important et de bon. Par un mécanisme similaire à celui décrit ci-dessus, la prière régulière fait également passer des idées importantes dans l'inconscient et les y solidifie, alimentant ainsi le reste de nos pensées, actions et motivations inconscientes tout au long de la journée. La répétition et la poésie constituent un élément important de la prière, car c'est ainsi que les idées pénètrent le plus efficacement dans l'inconscient. C'est pourquoi il est très dangereux que la dystopie prenne la forme d'œuvres d'art et de littérature : Il s'agit d'utiliser la méthode puissante de la modélisation de l'inconscient, mais de le faire dans un but néfaste.

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On peut en dire autant des programmes télévisés actuels tels que Black Mirror, qui montrent des choses horribles comme la façon dont nous pouvons torturer les gens en les plaçant dans des simulations qui leur donnent l'impression d'être en isolement dans leur cerveau pendant des décennies en une minute. On y voit des gens dont le cerveau est équipé de puces informatiques qui enregistrent tous les événements de la vie humaine et qui sont ensuite obligés de montrer toutes les "séquences" de leur vie avant d'être autorisés à faire des choses comme contracter un prêt ou monter à bord d'un avion. Même le célèbre film Matrix est une histoire dystopique de personnes qui vivent dans des capsules et passent toute leur vie dans une simulation de la réalité, tandis que leurs corps réels sont pétrifiés dans un purgatoire vivant. Étant donné que les humains sont utilisés comme des batteries vivantes pour les extraterrestres, même les auteurs de Matrix ont compris, à un certain niveau, le pouvoir de l'énergie humaine.

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Beaucoup de gens aiment Matrix, Black Mirror, Huxley et Orwell. Ils pensent que ces dystopies nous "mettent en garde" contre les dangers de l'abandon de la morale, de la nature, de la religion et de l'humanité. Mais que s'est-il passé depuis que ces œuvres ont été introduites dans la société ? Elles n'ont pas seulement agi comme des prophéties, elles ont en fait réalisé leurs explications, puisqu'elles nous enseignent comment créer ces réalités cauchemardesques. Elles nous ont fourni le vocabulaire et le matériel linguistique nécessaires pour décrire ces cauchemars, ce qui constitue la première étape de leur construction. Dieu a utilisé la parole pour faire naître le monde. À l'instar de Dieu, les auteurs de dystopies utilisent leurs mots pour faire naître des dystopies.

De même que le toucher d'une plaie peut provoquer un plaisir masochiste pervers, ou qu'un dépressif en proie à une douleur intense peut ressentir l'extase de se couper la jambe avec un couteau, les dystopies sont une forme d'automutilation d'un inconscient collectif de plus en plus nihiliste. Quand on n'a plus d'espoir pour l'avenir, s'appuyer sur la peur et la douleur en imaginant les pires tortures imaginables pour l'humanité peut être une délicieuse extase, peut-être comme une façon de se détruire, de se punir. Il est toujours plus facile de se punir que de chercher à améliorer la situation de quelque manière que ce soit. L'apitoiement sur soi est toujours plus approprié que l'amélioration de soi.

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Rejetez les dystopies. Comme vous l'avez toujours su, vous savez au fond de vous-même qu'il s'agit de magie noire et que vous donnez vie à vos pires cauchemars parce que vous ne voulez pas faire le travail d'un héros. Vous ne voulez pas risquer l'échec, vous essayez d'espérer et vous vous battez pour cet espoir. Mais au lieu de cela, encourageons les parties les plus nobles de nous-mêmes. Rêvons d'utopies. Osons être des héros et réaliser un avenir meilleur. Au lieu de nous allonger dans une capsule et de nous lier à la dystopie, prenons l'épée et battons-nous, en nous libérant de la condamnation de l'échec.

Source : https://adimlardergisi.com/2024/05/17/distopyalarin-kara-buyusu/

 

 

dimanche, 02 juin 2024

Les villes "15 minutes" - Une dystopie dévoilée par José Antonio Bielsa

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Les villes "15 minutes"

Une dystopie dévoilée par José Antonio Bielsa

Carlos X. Blanco

Les idées et les projets d'ingénierie sociale sont, dans leur ensemble, dérangeants. Ils sont toujours parés d'airs, d'auréoles et de pourpres de bonnes intentions : réformer l'homme, améliorer sa vie, semer la paix et le bonheur dans le monde. Mais derrière les belles paroles, derrière les valeurs proclamées, derrière les lendemains qui chantent, se cachent toujours deux démons: la tyrannie et l'oppression.

José Antonio Bielsa a la rare vertu d'écrire avec la clarté du soleil, l'agilité d'une gazelle et la profondeur d'un vrai sage, doué de clairvoyance. Le lecteur ferait bien de le suivre dans chaque paragraphe et à chaque tournant, car Bielsa annonce un avenir qui, à l'instar de l'Agenda 2030 du philistinisme ambiant, ne sera ni or ni rose ; il n'y aura pas de paix ni de vie digne pour les personnes saines et justes.

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Les villes "15 minutes" sont une construction théorique de cet infâme Agenda, pas si utopique, puisque des projets municipaux qui combinent la conception urbaine et la planification de l'ingénierie sociale sont déjà en cours dans notre pays. En principe, il s'agit de villes confortables et conviviales, qui permettront d'avoir à portée de main, à moins d'un quart d'heure de marche de chez soi, tout ce dont le bétail humain peut avoir besoin: consommation, formation, travail, loisirs et culture, sport et soins administratifs, médicaux et gériatriques. Cela sonne très bien, surtout aux oreilles de ceux qui doivent vivre dans les grandes villes et qui aspirent, utopiquement, à la proximité de toutes les choses typiques des villes et des villages semi-ruraux.

Mais Bielsa met en garde: ce modèle, qui prétend « faire la révolution à vélo », qui prône « un monde durable à zéro émission », entre autres délires de la gauche systémique, verte et otaniste, ne cache rien d'autre qu'un vaste projet concentrationnaire, déjà testé dans le monde entier lors de la pandémie de COVID-19. Au lieu de laisser les peuples en paix, conformément à leurs vieilles habitudes, les puissances mondiales s'efforcent de créer des conditions d'existence pour les peuples dans lesquelles la domination sur eux est absolue et profitable. Si nous enfermons les gens dans des compartiments apparemment confortables, où le minimum de biens et de services, dont un individu peut avoir besoin pour devenir une marchandise humaine soumise, peut être contrôlé de manière expérimentale, alors nous avons déjà la soi-disant « cage résiliente » des Villes "15 minutes".

Dans quelle direction allons-nous ? Nous nous dirigeons vers une combinaison parfaite des trois plus grandes dystopies écrites au 20ème siècle. Nous nous dirigeons vers le « Meilleur des mondes » de Huxley, où la sexualité et la procréation ont été parfaitement séparées par le truchement de techniques biologiques, et où la « libération de la femme » montre son vrai et dur visage : la création marchande d'objets humains dans des fermes, comme des poulets produits en masse. Nous nous dirigeons également vers la dystopie orwellienne de « 1984 », dans laquelle la cybersurveillance ne se limite pas à nos interactions avec les écrans et les claviers, mais s'étend à nos propres paramètres somatiques et à nos dynamiques émotionnelles et cognitives. Nous sommes conditionnés comme les chiens de Pavlov, mais à tous les niveaux. Autour de moi, je ne peux m'empêcher de voir toutes sortes de citoyens, en principe honnêtes et bienveillants, enseignants et artistes compris, saliver chaque fois que Pedro Sánchez ou Santiago Alba Rico apparaît à l'écran en disant : « la guerre, c'est la paix », ou « la paix, c'est la guerre ». La bave du conditionnement réactif, qui dégouline des coins de l'honnête petit Espagnol du 21ème siècle, acceptant les méfaits des ukronazis ou, simultanément, applaudissant les massacres sionazis d'Israël, me touche profondément.

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Il reste une troisième dystopie qui s'ajoute aux deux précédentes et à la nouvelle, celle des Villes 15 minutes : « Fahrenheit 451 », ce monde horrible imaginé par Ray Bradbury et qui est, à proprement parler, le nôtre. Depuis des décennies, j'entends des enseignants, très souvent des enseignants de ce qu'ils appellent la « Technologie », dire que les cartables sont trop lourds et que l'ère des livres scolaires est révolue. Quand j'entends cela, et qu'ils me parlent aussi d'incorporer des tablettes numériques et des « classes virtuelles » dans l'enseignement des garçons, je ne peux m'empêcher de penser aux horribles orcs de J.R.R. Tolkien, dont le capitaine, après avoir passé au fil de l'épée une belle et noble guerrière gondorienne, s'exclame, entre deux baves fétides : « l'âge de l'homme est révolu ; le temps de l'orc est venu ».  Bradbury prévoyait l'arrivée d'un nouveau type d'orc, l'ennemi de l'homme, et cet orc est le technologue impatient de mettre le feu aux livres, impatient de brancher le mannequin numérique sur le plus jeune des bébés, de l'abrutir, de le rendre brutal, dépendant et servile.

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La ville du quart d'heure peut être l'univers concentrationnaire parfait dans lequel assassiner moralement et ontologiquement la personne, la créature libre et spirituelle, fille de Dieu, en la transformant en un simple corps marchandisé et transparent, en verre fragile dans un monde panoptique et ultra-numérique, sans livres mais avec des vélos et des shorts, où tout le monde se prostitue pour continuer à jouir d'une connexion internet gratuite, en recevant un revenu de base universel. Les nouvelles écuries humaines de l'Agenda 2030, basées sur l'érotisation de tout, sont des bulles d'habitation qui bannissent et tuent l'amour, arrachent la beauté par les racines et produisent de tristes êtres stériles, des eunuques sans cerveau, caparaçonnés et impuissants, qui ne désirent plus et dont l'énergie libidinale dépend d'une constante assistance extérieure, comme leur téléphone portable qui se connecte au Wifi.

C'est un bon livre, le livre de Bielsa. C'est un vrai et bon vaccin.

https://adaraga.com/las-ciudades-de-15-minutos-una-distopia-desvelada-por-jose-antonio-bielsa-arbiol/

https://www.letrasinquietas.com/ciudades-de-15-minutos-ob...

 

mardi, 28 novembre 2023

Anthony Burgess et son « orange mécanique »

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Anthony Burgess et son « orange mécanique »

par Joakim Andersen

Source: https://motpol.nu/oskorei/2023/10/26/en-apelsin-med-urverk/

Anthony Burgess (1917-1993), tout comme D.H. Lawrence, se distingue facilement comme l'un des écrivains les plus incompris du 20ème siècle. Burgess était à bien des égards un homme de droite. Il a collaboré avec le GRECE, le Groupement de Recherche et d'Études pour la Civilisation Européenne de la Nouvelle Droite, et s'est décrit comme un jacobite plutôt qu'un jacobin. Burgess a écrit des dystopies gratifiantes comme The Wanting Seed et des histoires apocalyptiques comme The End of the World News. Réactionnaire plutôt que conservateur, bien qu'anarchique, il pouvait dire du divorce qu'"un mariage, disons qui dure vingt ans ou plus, est une sorte de civilisation, une sorte de microcosme - il développe son propre langage, sa propre sémiotique, son propre argot, sa propre sténographie ... le sexe en fait partie, il fait partie de la sémiotique. Détruire, sans raison, une telle relation, c'est comme détruire toute une civilisation". Alors que le psychologue perspicace Lawrence est aujourd'hui souvent considéré comme un pornographe à cause de Lady Chatterley, Burgess est plutôt associé au controversé Orange mécanique, habilement adapté au cinéma par Kubrick.

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À première vue, Orange mécanique est une description de la vie quotidienne d'un jeune homme, faite de sexe, de drogue et de violence. Écrit en 1962, il préfigure à la fois la désintégration sociale et les sous-cultures des années 1960. Moins superficiellement, il s'agit de l'une des dystopies les plus intéressantes d'un point de vue philosophique et anthropologique, en ce sens qu'elle rappelle American Psycho. Elle se déroule dans un futur proche, un peu plus anarchique que celui de Burgess et avec un argot d'influence russe. L'argot, le nadsat, ajoute à l'expérience ; le flux de conscience par lequel le protagoniste décrit l'événement est rempli de mots tels que "chelloveck", "horrorshow" et "malenky". La tendance "sub-littéraire" de Burgess n'est pas non plus aussi marquée que dans Les nouvelles de la fin du monde ; certaines descriptions de l'environnement échappent aux dialogues.

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Le protagoniste et ses "droogs" commencent l'histoire de manière plutôt symbolique en déchirant des livres et en rossant un ancien combattant. Ils volent des gens, agressent des mineurs et se battent avec d'autres gangs. Le personnage principal, Alex, n'est pas tout à fait unidimensionnel, comme le suggèrent son langage parfois éduqué et son amour de Beethoven et de l'opéra. C'est d'ailleurs ce qui le dessert : c'est lorsqu'il réprimande l'un de ses acolytes pour son inculture que la chance d'Alex tourne au malheur. Certaines qualités plus profondes restent difficiles à identifier, par exemple, Alex est profondément étranger au code d'honneur qui entoure la trahison et la réprimande suggère une déficience de leadership autant qu'un amour de la culture supérieure. Lorsque la chance d'Alex s'arrête, l'État commence à le soumettre physiquement à l'ingénierie sociale pour en faire un citoyen fonctionnel. Il est impossible d'en dire trop à ce sujet.

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Ce que l'on peut noter, cependant, c'est qu'Orange mécanique est une dystopie ultime dans la mesure où presque tout le monde est antipathique. La décadence ne se limite pas à l'État, elle imprègne également l'opposition et le protagoniste. Burgess a identifié ici un défi pour tous les traditionalistes : et si le matériel humain était devenu tel qu'il n'y a plus de leaders ni de suiveurs? C'est par ailleurs une société anarcho-tyrannique qu'il esquisse, où l'État ferme les yeux sur la violence contre les gens ordinaires et recrute même de nombreux anciens camarades d'Alex dans son bras répressif.

Burgess est également proche de la vision chrétienne de l'humanité dans A Clockwork Orange. Alex n'est pas mauvais parce qu'il est opprimé ou marginalisé, il commet des actes mauvais parce qu'il y trouve du plaisir. Aucun centre de loisirs au monde ne peut y remédier. Mais la vision plus complexe que Burgess a de l'humanité va plus loin, il se demande également si la bonté sans la capacité de choisir le mal est la bonté. Un prêtre dit de la "reprogrammation" d'Alex que "vous passez maintenant dans une région où vous serez hors de portée du pouvoir de la prière". C'est une chose terrible à envisager. Et pourtant, dans un sens, en choisissant d'être privé de la capacité de faire un choix éthique, vous avez vraiment choisi le bien". Fondamentalement, il s'agit ici de la perspective chrétienne contre la perspective managériale.

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Dans l'ensemble, il s'agit d'un classique moderne et bien mérité. La narration de Burgess est concentrée, avec juste ce qu'il faut de description de l'environnement et une intrigue claire. C'est un roman passionnant, mais c'est aussi un roman d'idées. En ce qui concerne la société anarchique que Burgess pouvait prédire, la réalité a largement dépassé le poème aujourd'hui; la tendance à l'anarcho-tyrannie et le contraste entre deux visions de l'humanité restent néanmoins d'actualité. Le livre et l'adaptation cinématographique de Kubrick méritent tous deux un examen approfondi.

mercredi, 23 août 2023

Barbie et le jeu des dystopies

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Barbie et le jeu des dystopies

Par Facundo Martín Quiroga

Source: https://noticiasholisticas.com.ar/barbie-y-el-juego-de-las-distopias-por-facundo-martin-quiroga/

Les deux scénarios et le pont vers le "monde réel"

Une dystopie est une œuvre d'art qui illustre une future société totalitaire. On l'oppose souvent au terme "utopie", qui renvoie à la projection de sociétés futures parfaites et bienheureuses. Mais la caractéristique marquante, selon nous, est que, connaissant le lecteur, ou dans ce cas précis, le spectateur qui constate l'injustice d'un tel régime, on propose un état de conformité des membres de cette société par rapport à la place de chacun: il y a une oppression plus ou moins manifeste (selon les intentions des réalisateurs de l'œuvre), mais les acteurs ne la ressentent pas en tant que telle. Nous considérons que le film Barbie, qui sera très probablement le plus grand succès de l'année au box-office, peut être analysé comme un jeu de dystopies dont le but est de projeter sur les spectateurs les schémas de lecture de la réalité qui conviennent au Wokisme en marche.

Avec une combinaison impressionnante de comédie musicale dans le style de Broadway et de refrains entraînants, de couleurs pastel avec une prédominance évidente du rose et du fuchsia, Barbieland se présente comme un monde où tout le monde est heureux, mais d'un caractère totalement "matriarcal", dans lequel les femmes sont les maîtresses absolues de leur destin et de leur pouvoir. Un défilé chorégraphié (ce qu'ils appellent "girls' night out") d'innombrables Barbies, médecins, avocates, astronautes ou présidentes, affiche le bonheur; les Ken, de différentes couleurs ethniques, mais tous dûment musclés et souriants, comme le dit le slogan promotionnel du film, sont "just being Ken": des espèces de vases ou d'appendices gonflés et extrêmement stupides (flirtant même avec arriération mentale) qui dansent et rivalisent pour obtenir l'approbation des Barbies.

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Dans ce monde de rêve, Barbie commence à voir ses traits de poupée parfaite s'estomper. C'est ainsi qu'une de ses compagnes "bizarres", exclue du collectif (en tant que modèle abandonné), l'entraîne dans une aventure dans le "monde réel", pour finir par rencontrer, sans le vouloir, celle qui sera sa partenaire d'aventure et son sensei déconstruit : une femme latina appelée - à notre avis, non par hasard - Gloria, qui a fait des croquis de la poupée qui s'écartaient de la voie tracée par l'entreprise. Elle part donc sur le chemin de la réalité banale, avec Ken comme intrus (il se faufile dans sa décapotable), pour accomplir sa mission et ramener tout à la normale.

Arrivé au siège de la société Mattel (nous ne nous attarderons pas sur l'esclavage qui sévit dans toute l'industrie du jouet), et après avoir reçu quelques preuves du machisme ambiant de certains hommes, il découvre une "mini-patriarchie" au sein du conseil d'administration de la société. Les directeurs, eux aussi des hommes totalement stupides, veulent kidnapper Barbie pour la faire revenir dans le monde qui est le sien. Au milieu de la course-poursuite, Gloria et sa fille (avec laquelle elle avait eu un dialogue très important, dans lequel il était reproché à Barbie de s'être éloignée de la femme réelle et de représenter un stéréotype auquel les filles modernes ne s'identifient pas) la sauvent. C'est ainsi que se produit le contact fondamental qui initie l'intrigue secrète du film.

Barbie prend conscience, grâce à Gloria et à sa fille, de la nécessité d'aller plus loin en rapprochant les poupées de la déconstruction du stéréotype corporel et psychologique prédominant. Mais quelque chose ne va pas : au fil de leur aventure, Ken s'initie aux arts du "patriarcat" et entreprend de retourner à Barbieland avant sa maîtresse. Lorsque Barbie retourne dans son monde, elle découvre qu'il a été transformé en Kenland, un monde heureux mais "patriarcal" dans lequel les rôles sont complètement inversés ; le monde "réel" apparaît comme le pont entre ces deux scénarios, où se déroule la majeure partie du film. Les cadres de Mattel s'y rendent également pour capturer les animaux errants.

Le complot secret et l'inversion théologique

Comme dans toute œuvre de manipulation, l'intrigue explicite cache, ou laisse entrevoir, au fur et à mesure que le film se déroule, une intrigue qui est celle qu'il est vraiment important d'assimiler. C'est ici que les choses commencent à se mettre en place. Nous n'avons pas l'intention de submerger le lecteur avec une reproduction de la succession d'événements qui se déroulent dans la guerre entre les dystopies, mais nous allons essayer de clarifier le processus par lequel nous pouvons soutenir une analyse de ce type.

Le film ne pourrait pas avoir un tel pouvoir d'endoctrinement sans un élément qui donne une énorme efficacité à l'intrigue, à l'histoire et aux personnages, un élément qui n'est généralement pas pris en compte parce qu'il semble anachronique, mais qui ne l'est pas du tout : la composante théologique néo-païenne, fondamentale pour initier les enfants, les adolescents, les jeunes et les adultes à la manipulation de masse. Le film incarne une inversion théologique du christianisme, à travers trois éléments: le salut suite au péché de "patriarcat", le véhicule de la parole et la prédication apostolique de ce salut féministe, et l'incarnation et la divinisation de la femme incarnée par Barbie.

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Le personnage qui rachète Barbie et la conduit vers le processus de libération de ses congénères du patriarcat du Kenland peut être interprété comme une déesse païenne qui, à travers la parole, insuffle la lumière : ce n'est pas pour rien qu'elle s'appelle Gloria et qu'elle est d'ethnie latina. Une fois arrivées dans le monde de Ken et après avoir contemplé ce qu'est devenu leur ancien habitat, les "révolutionnaires", les "rédemptrices", par l'intermédiaire de leur "chamane", commencent à pratiquer un apostolat qui vise, une à une, à racheter et à convaincre toutes les Barbies de la nécessité d'abolir ce patriarcat.

Il est également impressionnant de constater que la stratégie visant à libérer les poupées de la tyrannie des Kens consiste à faire appel aux instincts primaires des poupées, ce qui déclenche une guerre entre elles, La guerre est déclenchée entre les poupées, formant deux camps (menés par le Ken blond qui accompagnait Barbie dans le monde réel et un autre Ken aux traits orientaux avec lequel elle rivalisait pour attirer l'attention du protagoniste) et que tout cela se termine par un nouveau bloc musical dans lequel les Kens principaux exécutent une chorégraphie dont les paroles sont clairement, disons, "déconstructives" : c'est-à-dire que ce sont les Barbies éclairées qui cherchent à provoquer la guerre entre les hommes pour qu'ils "réalisent" leur tyrannie. En fin de compte, comme on l'affirme à droite et à gauche, le féminisme est là pour libérer tout le monde, ou, plutôt, toutes les personnes.

Tout le film se résume à ce chapelet de leçons de morale qu'une femme du "vrai" monde (qui s'appelle aussi "patriarcat" mais, comme le dit un personnage du film lui-même, "mieux déguisé", moment que nous considérons comme clé pour comprendre le message de tout cela) transmet aux abductés ; toute la liturgie féministe la plus pédestre est transformée en une nouvelle page testamentaire, dans une démonstration claire (d'après le scénario, très vertueux) d'inversion théologique où la place de la divinité est prise par une poupée, une sorte de "diocèse", comme le dit Miguel Ángel Quintana Paz, qui, pour terminer le film, se termine sur une scène qui imite une sorte d'"au-delà", avec un monologue impressionnant... par la créatrice de Barbie elle-même, la "Déesse Mère", qui décrète l'incarnation de la poupée pour "redescendre" dans le monde réel, qui est finalement le "patriarcat" qu'il faut abolir. Enfin, la transsubstantiation est achevée : "le Verbe s'est fait chair... et il a habité parmi nous".

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Il y a aussi un personnage, à notre avis presque compromis dans le film, qui a une fonction moralisatrice: Alan, le seul homme dépourvu de traits typiquement keniens, doté d'une certaine ambiguïté comme pour faire un clin d'œil LGBT au spectateur ; il remplit la fonction de catalyseur de la "déconstruction" que tous les autres hommes (j'insiste, tous relevant d'un seul et même type d'homme, indépendamment de leur apparence et de leur rôle social, que ce soit dans le monde réel ou dans les dystopies où se déroule la guerre) doivent assumer en tant que nouvelle religion, il est une sorte de gardien de la diversité qui va même jusqu'à développer des traits de héros d'action.

Protégez... et protégez-vous

Avant la consommation de la poupée incarnée, il faut noter qu'après la scène musicale des Kens, Barbie propose que son monde envisage une égalité qui ne place aucun sexe au-dessus de l'autre. Mais il y a un hic, c'est que la femme finit par faire la leçon à l'homme sur "l'égalité", ce qu'il n'aurait jamais pu imaginer. Mais le mal est déjà fait : tout le film est un gigantesque canon idéologique féministe et s'agite jusqu'à ce qu'il dise "eh bien, soyons tous égaux". La conclusion est absolument secondaire par rapport à tous les messages d'endoctrinement précédents. On dira que oui, il y a aussi une critique du féminisme misandrique, mais je le répète, le mal est déjà fait, et cette critique occupe à peine une place accessoire dans le développement du film.

Aujourd'hui, cette manipulation des masses est plus explicite que jamais, mais personne ne peut la trouver, comme dans l'histoire de Poe "La lettre volée". Ou bien ils l'ont trouvée il y a longtemps, mais ils continuent à la consommer. La question est d'élucider les raisons pour lesquelles le grand public n'est pas conscient de cela ; ou peut-être qu'il y a tellement d'hypocrisie et de conformisme que les gens savent qu'ils sont manipulés, mais préfèrent continuer leur lutte stérile contre un patriarcat inexistant, parce que c'est une lutte "bon marché", qui est à portée de main, et qui ne nécessite pas d'effort pour comprendre au-delà de son propre nez, également avec la stimulation due à l'infinité de chiringuitos et de positions de pouvoir.

Le féminisme et l'idéologie du genre sont le comble du cynisme: même si l'on sait qu'il n'y a aucune limite à l'accès au pouvoir et que les femmes et les minorités sexuelles ou raciales ne sont privées d'aucun droit ou liberté en fait et en droit, ils insisteront, inventeront des problèmes, recourront à des corruptions délictueuses ou non délictueuses, pour continuer à propager leur discours. Parce qu'ils vivent (et l'industrie du divertissement ne fait pas exception) de l'existence de ces faux problèmes. Aucun de ceux qui en vivent ne dira que le problème a été résolu, parce qu'ils seraient au chômage en démontrant à la société l'inutilité de leur position.

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Ainsi, le film justifie ce cercle vicieux, amenant les hommes et les femmes à ne s'imaginer qu'à partir de ces coordonnées : les hommes - tous, sans exception - sont des oppresseurs, les femmes et tous les autres, sont des opprimés. N'oublions pas qu'il ne faut jamais cesser de considérer ces films comme une arme de guerre. Barbie est l'exemple parfait de la façon dont on veut nous faire naturaliser une guerre des sexes, qui est martelée par les médias, les réseaux, les influenceurs et les institutions éducatives. À cela s'ajoute un parallélisme théologique très efficace : le péché originel, la rédemption, l'incarnation, la lutte entre le bien et le mal, autant d'éléments qui rapprochent l'endoctrinement de larges pans de la population.

La fonction distrayante du dilemme posé par le film n'est que trop évidente: le problème est le "patriarcat", une construction fictive qui est aujourd'hui reproduite même par des organismes d'État, et dont aucune définition n'est jamais donnée, puisqu'elle sera élaborée par le spectateur lui-même avec les "preuves" fournies par le film: "le patriarcat est la domination de tous les hommes sur toutes les femmes", "nous devons nous déconstruire", la voix de la conscience passera dans les oreilles des enfants, des adolescents, des jeunes et des adultes. Ainsi, les énergies qui devraient être utilisées pour se former à la critique et à la démolition du système anglo-saxon d'injustice et de pillage sont utilisées pour ce que veut le pouvoir mondialiste.

Il est inacceptable que des gens qui s'assument comme étant de gauche puissent faire une telle concession à un film qui, en crachant à chaque seconde un message "émancipateur" (émancipateur de quoi, demandons-nous), ne fait que légitimer l'empoisonnement des rapports entre les sexes. Cette clé marxiste de l'oppresseur-opprimé est transférée en priorité dans la sphère de l'intime (ce qui est inadmissible pour un marxisme bien défini), évitant de complexifier l'analyse parce que cela sert son conformisme, puisque le "gauchisme" autoproclamé continue d'être efficace pour se placer du côté du "bien". Voyons s'ils se réveillent tous une fois pour toutes et s'aperçoivent qu'ils font le jeu de l'ennemi.

D'autre part, quelle lecture un enfant ou un adolescent de sexe masculin peut-il faire du film? En gros: vous êtes né avec le péché originel du patriarcat (rappelez-vous: nous y vivons encore selon le film) et le féminisme est là pour vous libérer de votre machisme. Autrement dit, parce que vous êtes un homme, vous êtes déjà chargé de cette culpabilité, et vous devez accepter de vous soumettre à cette nouvelle religion, qu'aujourd'hui c'est l'école elle-même qui imprime sur votre conscience. Je peux témoigner, en tant qu'enseignante ayant participé au CSE, des barbaries anti-pédagogiques contenues dans les programmes et les dynamiques visant à ancrer cette morale chez les enfants.

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Il convient d'accorder une attention particulière à l'impact que ce film peut avoir sur les adultes qui, pour diverses raisons, cherchent à catalyser les frustrations, les crises de couple, les conflits de cohabitation, les relations brisées ou les familles dysfonctionnelles. Barbie leur offre une réponse parfaite : "Vous voyez, tout ce que vos parents, vos ex-partenaires et même vos amis vous ont fait subir a une seule et unique cause: le patriarcat". Imaginez ce qu'un adulte (c'est-à-dire une figure d'autorité) peut faire avec ses enfants, ses amis ou ses partenaires, une fois que le film a implanté la "révélation" en eux.

Nous concluons en disant que cette analyse ne doit pas être prise comme une tentative de censure des spectateurs, bien au contraire, c'est un appel à développer et maintenir une vigilance consciente sur les armes de diffusion culturelle, en réfléchissant à ce que nous pouvons apporter pour construire des approches réellement critiques, parce que la propagande est l'une des rares choses qui reste à un globalisme en décomposition, et qui compose une munition de plus en plus épaisse pour l'asservissement des peuples.

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mercredi, 16 novembre 2022

L'ère des dystopies

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L'ère des dystopies

par Andrea Zhok

Source : https://www.ariannaeditrice.it/articoli/l-era-delle-distopie

1. Voie de la collision

L'époque contemporaine présente une reconstitution renforcée du système de contradictions qui caractérise le système capitaliste depuis sa création. Le problème structurel associé au mode de production capitaliste est son caractère "exponentiel croissant monotone", c'est-à-dire sa tendance intrinsèque à alimenter des processus de "rétroaction positive", d'"intérêts composés" et de croissance illimitée. Dit autrement : le mécanisme du capital, vivant de sa propre augmentation, tend à pousser tous les facteurs de production constamment dans la même direction, créant ainsi un déséquilibre systématique. Le système pousse donc au sommet la croissance indéfinie de la production, la croissance indéfinie de l'accumulation du capital, la croissance indéfinie de l'exploitation des personnes, la croissance indéfinie de l'exploitation de la nature.

C'est ce que l'ancien langage marxien appelait les "contradictions du capitalisme". Chacune de ces tendances entre systématiquement en conflit avec les ordres socialement, humainement, écologiquement équilibrés : le fossé entre le haut et le bas de la pyramide sociale se creuse, la consommation et le gaspillage des ressources s'accroissent, la liquéfaction des organismes collectifs (familles, communautés, états, etc.) et des identités personnelles se développe. Alors que le monde et la vie peuvent être conçus sur le modèle organique des systèmes de "rétroaction négative", qui restaurent et corrigent les ruptures d'équilibre, le capitalisme fonctionne comme une prolifération illimitée et incontrôlée, littéralement comme un cancer ontologique.

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Historiquement, puisque le premier à comprendre la nature du problème fut Marx, on associe cette prise de conscience à la recherche de solutions "anticapitalistes", socialistes, communistes ou similaires. L'idée est alors souvent que le "peuple" devrait être le premier sujet pertinent de ces analyses. Ce point de vue néglige un fait réel : ceux qui prennent les analyses marxiennes et post-marxiennes le plus au sérieux sont depuis longtemps les détenteurs du pouvoir au sein du système, qui sont les plus préoccupés par ce qui peut saper leur position : ce sont les capitalistes, les "maîtres de la vapeur", qui sont les premiers concernés par les problèmes du capitalisme aujourd'hui.

2. Les "maîtres de la vapeur"

Lorsque nous parlons de manière générique de "capitalistes", d'"oligarchies", d'"élites", etc., il est inévitable d'éveiller les soupçons d'une imprécision excessive des référents. De qui s'agit-il ? On aimerait pouvoir nommer le sujet du pouvoir, comme on pouvait le faire dans le monde pré-moderne en nommant le roi, le pape, l'empereur, tel seigneur féodal, tel courtisan, etc. Aujourd'hui, cependant, citer des noms revient à falsifier la réalité. Autant les personnes comptent, autant le système a une grande capacité à remplacer ses membres à tous les niveaux, y compris au sommet. Savoir qui est le PDG de BlackRock ou de Vanguard ne nous rapproche pas de la compréhension de qui exerce le pouvoir, car il ne s'agit pas de savoir comment des individus spécifiques exercent leurs fonctions.

Une autre erreur à ne pas commettre est celle - alimentée par l'idéologie du pouvoir elle-même - qui consiste à supposer que l'existence d'une pluralité de "maîtres de la vapeur" et non d'un seul "empereur" garantit en quelque sorte une diversification des intérêts et des projets, et donc une certaine "démocratisation" du système (par exemple : "l'existence de différents capitalistes implique différents maîtres des journaux et donc une pluralité de l'information"). C'est une grave naïveté. Le jour où le PDG de BlackRock redécouvrira, par exemple, l'esprit révolutionnaire zapatiste et éprouvera l'envie de soutenir la libération du Chiapas, il cessera d'être PDG et sera remplacé (avec une indemnité de départ, bien sûr). Les lignes de fond ne peuvent pas changer et elles n'ont qu'un seul objectif indéfectible : la perpétuation du pouvoir de ceux qui le détiennent. Il ne faut pas non plus se fixer sur une orthodoxie "capitaliste" spécifique. Les oligarchies financières ne sont pas "capitalistes" par amour idéal du capitalisme : ce n'est pas une religion alternative. C'est simplement la forme sous laquelle ils détiennent le pouvoir. Si l'abandon de tel ou tel aspect idéologique favorise la préservation et la consolidation du pouvoir, rien ne s'y oppose.

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Mais en fin de compte, qui sont ces "maîtres de la vapeur"? La concentration contemporaine du pouvoir est sans précédent dans l'histoire: quelques centaines de personnes tiennent les rênes des plus grands groupes financiers (anglo-américains) du monde et de ce qu'Eisenhower appelait le "complexe militaro-industriel" américain. Ces groupes disposent de tous les leviers fondamentaux du pouvoir, ils sont en mesure d'orienter les décisions politiques dans leurs États d'accueil (les États-Unis en premier lieu) et se répercutent en cascade dans tous les États qui leur sont subordonnés ou qui leur sont redevables. Il n'existe pas exactement de tels contre-pouvoirs en dehors du monde occidental, dans la mesure où ils parviennent à échapper à l'influence du premier, puisqu'ailleurs le pouvoir, même le plus inflexible, est de toute façon dominé par des instances à motivation politique (nationalisme in primis).

Ces élites occidentales de temps de l'apogée sont compactées par la motivation de maintenir un pouvoir économiquement fondé et disposent de capacités de coordination immensément supérieures à tout autre groupe d'intérêt : elles disposent de lieux et de modes de rencontre institutionnels et non institutionnels, elles ont des ressources qui permettent une pluralité d'accords et de communications par des moyens multiples, non officiels ou clandestins.

Ceux qui s'attendent à trouver une liste des souverains et des héritiers du trône afin de planifier un assaut contre le "Palais d'hiver", et qui, en l'absence de cette liste, préfèrent rejeter le problème sur des conjectures ou des théories de conspiration, sont malheureusement des complices involontaires du pouvoir.

Rares sont les sujets des élites supérieures qui cherchent à se mettre en avant, et ceux qui le font sont ces quelques personnes, victimes de leurs propres idéologies, qui se sont convaincues qu'elles effectuent des opérations de "rédemption paternelle" (les noms habituels qui circulent de Schwab, Soros, Gates, etc.). Les plus intelligents d'entre eux savent très bien que leur pouvoir ne passe pas par un consensus public, et donc que le fait de se manifester ne les renforce pas, mais les expose et les affaiblit.

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Nous sommes donc confrontés à l'image suivante : un petit groupe de sujets, ayant obtenu une position éminente au sein du capitalisme contemporain, détient le pouvoir avec des niveaux de concentration qui n'ont jamais existé auparavant, et se déplace et se coordonne (en tenant compte des particularités personnelles) dans le but de maintenir et de consolider ce pouvoir. En même temps, ce groupe faîtier et étroit a une parfaite conscience des tendances critiques implicites du système dont il est le sommet. Nous devons cesser d'imaginer le capitaliste comme un viveur qui s'adonne aux sex toys, aux yachts et aux vins prestigieux. Les personnes qui se déplacent sur cet horizon hédoniste appartiennent généralement à la classe moyenne et aux nouveaux riches. Le capital consolidé ("old money") forge différents types humains, qui ont soit une éducation adéquate pour comprendre les problèmes du système, soit l'habitude de payer des groupes de réflexion pour faire ce travail à leur place.

3. Les perspectives des élites supérieures

Ce que nous devons donc mettre en évidence, c'est l'hypothèse selon laquelle les lignes de contradiction au sein du système du capital sont parfaitement connues des "maîtres de la vapeur". Ce ne sont que leurs vendeurs libéraux qui continuent à créer des écrans de fumée avec leur "marché parfait", leur "équilibre général à long terme" et autres balivernes. Cette main-d'œuvre intellectuelle richement financée occupe souvent des postes universitaires prestigieux, et sa fonction est de fournir un épais brouillard idéologique, qui est déjà vieux d'au moins cent ans, sur lequel disperser les énergies des critiques. Il s'agit d'une défense de fantassins de première ligne qui se démènent pour empêcher leurs adversaires de voir le vrai front. La plupart sont trop stupides pour savoir qu'ils servent simplement de cibles factices.

Que le remplacement accéléré des travailleurs par des machines crée un déséquilibre structurel dans le système de production, avec un surplus de produit potentiel par rapport à la consommation, et un excès de demande impuissante (consommateurs sans pouvoir d'achat) par rapport à une offre débordante, est tout à fait évident et pacifique.

Que cela configure l'existence d'une vaste population superflue, exagérée pour être utile comme "armée de réserve du capital", une multitude de bouches à nourrir et de mécontents en ébullition est tout aussi évident.

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Il est tout aussi clair qu'un système de croissance infinie finit par miner l'ensemble du système, environnemental et social, dans lequel nous vivons.

Les principales lignes de fracture qui retiennent l'attention des élites sont donc : 1) la fracture sociale (risque de révoltes) ; 2) la fracture écologique (risque de déstabilisation des équilibres environnementaux) ; 3) la fracture financière (effondrement terminal des anticipations de croissance et avec cela des hypothèses du système).

L'erreur des héritiers de la première ligne d'analyse critique, la marxiste, est de penser que la reconnaissance de ces tendances implique en soi l'adhésion à une perspective de "dépassement du capitalisme", avec la recherche de formes sociales qui évitent la déshumanisation, l'aliénation, qui restaurent un système en équilibre ("de chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins").

C'est une autre grave naïveté. Les élites au sommet du système contemporain connaissent les contradictions du système mais cela ne signifie pas du tout qu'elles ont l'intention de l'abandonner. Il n'y a rien d'étrange à cela, aucun bloc de pouvoir dans l'histoire n'a jamais quitté le pouvoir spontanément. Il s'agit ici de bien comprendre quelles perspectives ce pouvoir ouvre car cela peut nous montrer le spectre des risques souterrains à l'époque contemporaine (ces risques qui finissent souvent par être exprimés confusément, et donc discrédités, sous la forme de "théories du complot").

3.1. Prendre du temps avec les solutions de marché

La première perspective est la moins radicale et la plus faible, mais c'est aussi celle qui peut être énoncée apertis verbis sans scrupules. Il s'agit de faire passer l'idée que pour chaque problème, il existe potentiellement une réponse que les solutions technologiques sur le marché seront en mesure d'apporter. Cette idée est proposée par les coin-coins médiatiques comme s'il s'agissait d'une option réaliste, alors qu'en fait elle ne sert qu'à retarder certains processus, tout en permettant une nouvelle accumulation de capital. Ainsi, la perspective salvatrice des voitures électriques, ou de l'énergie nucléaire, ou d'Euro 7, etc., pour répondre à un problème environnemental unique et soigneusement sélectionné (le réchauffement de la planète?) est brandie de temps à autre dans les médias usuels. Cette focalisation sélective donne l'impression qu'il s'agit toujours de résoudre un problème prééminent, ce qui rend plausible la recherche de solutions techniques ; cela permet de gagner du temps dans un secteur, de détourner l'attention du public en lui donnant de l'espoir, et d'orienter la politique publique avec profit.

Bien entendu, ces opérations sectorielles, partageant la volonté structurelle d'innovation pérenne et d'augmentation de la production, continuent d'alimenter le processus de déstabilisation systémique. Au mieux, des solutions technologiques ad hoc peuvent combler temporairement une faille, alors que dans le même temps dix autres sont ouvertes sous la forme d'externalités systémiques.

3.2. La guerre comme hygiène du monde

La deuxième perspective est une ligne de solution classique, plus radicale, qui permet de contenir temporairement les dommages le long de plusieurs lignes de faille. Lorsqu'une guerre peut être fomentée, elle est, du moins en ce qui concerne les pays concernés, une solution efficace, car elle permet à la fois : de contenir les populations, en bloquant la contestation sociale ; de créer une zone de consommation effrénée (et donc de rente du capital) sans qu'il soit nécessaire de conférer du pouvoir d'achat à la population ; de ralentir les autres processus sociaux, en réduisant l'"empreinte écologique" humaine, et au mieux de réduire la population. Cette solution fonctionne idéalement d'autant mieux que le nombre de pays impliqués est élevé. Si un conflit est circonscrit militairement, il n'aura pas d'impact sur les chiffres de la population, mais il sera toujours efficace à d'autres égards (enrégimentement et discipline sociale + ponction économique dans un "potlatch" postmoderne, où de vastes ressources sont brûlées pour faire tourner la machine à consommer).

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Une guerre mondiale durable et à basse intensité serait en fait une solution parfaite : elle permettrait idéalement : 1) de briser toute résistance ou révolte sociale au nom de l'opposition sacrée à opposer à l'ennemi extérieur ; 2) de concentrer les énergies dans une production infinie visant une consommation infinie, qui ignore toute saturation du marché ; 3) de réduire progressivement la population.

Cependant, cette perspective est très instable et n'est pas facile à manipuler, même pour les élites au sommet, aussi puissantes soient-elles. Il est relativement facile de provoquer un certain nombre de conflits dans des régions déjà instables et politiquement faibles, mais une guerre mondiale durable et de faible intensité n'est pas directement orchestrée, et risque continuellement soit de s'éteindre, soit de créer une escalade nucléaire, dans laquelle même les élites les plus élevées finiraient par être impliquées dans une certaine mesure.

3.3. Société de contrôle

La troisième perspective est manifeste depuis longtemps et consiste à transformer le modèle idéologique libéral en un modèle autoritaire, sans en changer l'apparence d'un iota. La société occidentale contemporaine (mais pas seulement) est plus réglementée, légaliste et policée que toute autre société dans l'histoire. Non seulement il y a plus de lois que par le passé, et elles sont plus détaillées, sur des domaines de comportement qui, dans le monde pré-moderne, ne faisaient pas l'objet d'une attention du législateur, mais la capacité technologique accrue permet des niveaux sans précédent de mise en œuvre et de contrôle de ces normes.

Étant donné que tout pouvoir a une incitation intrinsèque à accroître sa capacité de contrôle, dans le monde libéral, cela se produit de manière paradoxale, sur la base de la prétention à travailler pour une "promotion de la liberté". Afin de transformer une idéologie de la liberté en une idéologie du contrôle, le néolibéralisme exploite systématiquement l'idée de la "victimisation" ou de la "vulnérabilité" d'un groupe. Une fois qu'un certain groupe a été désigné comme potentiellement offensé, violé dans ses droits naturels ou humains, des actes coercitifs peuvent être réalisés au nom des "victimes", peut-être pour empêcher leur victimisation potentielle. Ce mécanisme peut fonctionner aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur d'un pays. On peut intervenir de manière coercitive sur la liberté d'expression sous prétexte de "protéger les sensibilités" de tel ou tel groupe, on peut intervenir avec la médicalisation forcée (ou les pass sanitaires) pour "protéger les fragiles", tout comme on peut intervenir en tant que "police internationale" pour "défendre les droits de l'homme" dans telle ou telle région du monde. La même logique permet la diffusion de caméras de surveillance dans tout lieu accessible au public ou la violation de toute communication privée au nom de la "protection de la sécurité", etc.

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Il est important d'être conscient du fait que les technologies de contrôle disponibles aujourd'hui sont extraordinairement sophistiquées et qu'une fois la barrière de la justification légale franchie, la capacité de surveillance (et de sanction) est presque illimitée.

L'intérêt des élites du sommet dans un système total de surveillance, de contrôle et de sanction est évident. Elle est et sera toujours présentée comme une opération de "défense des personnes vulnérables", alors qu'il s'agit en fait d'un moyen de bloquer à la racine la possibilité que ceux qui n'ont pas de pouvoir deviennent une menace pour ceux qui en ont.

3.4. Dépeuplement

Si la surveillance et le contrôle peuvent désamorcer le danger posé par le mécontentement des masses (mécontentement qui, tant qu'il est à un niveau bas, peut être contenu par de simples systèmes de distraction et de divertissement), le problème posé par le surplus de population qui est économiquement "inutile et nuisible" invoque une autre tentation, qui ne doit pas être sous-estimée simplement parce qu'elle semble "scandaleuse". Les pays qui ne disposent pas d'un cadre idéologique libéral, comme la Chine, peuvent se permettre de traiter les questions de contrôle démographique de manière explicite, comme ce fut le cas avec la "politique de l'enfant unique". Dans l'Occident libéral, cette possibilité de discussion ouverte est exclue car elle nécessiterait de mettre au premier plan des questions embarrassantes (à commencer par la "consommation ostentatoire") pour les élites. Mais cela ne signifie pas que la tentation d'intervenir d'en haut n'est pas présente.

Sur cette question, il est impossible d'aller au-delà des conjectures et des déductions, mais on aurait tort de sous-estimer la tentation d'un recours clandestin à des solutions technologiques pour limiter la fécondité ou augmenter la mortalité (de préférence pour ceux qui ne sont plus en âge de travailler).

3.5. Néo-féodalisme ou dystopie totalitaire ?

Toutes les "solutions" précédentes restent dans le cadre capitaliste, avec ses mécanismes internes et ses contradictions. Cela signifie que, par essence, ils poussent toujours pour gagner du temps en ralentissant certains processus, ou en faisant reculer les aiguilles de l'horloge historique. Une sortie radicale du modèle capitaliste par le pouvoir capitaliste n'est concevable qu'avec la promesse de cristalliser les relations de pouvoir actuelles (une sortie en direction d'une démocratie socialiste n'est donc pas particulièrement populaire).

Dans un cadre de capitalisme financier tel que celui d'aujourd'hui, les concrétisations du pouvoir peuvent être ténues, car une certaine capitalisation dépend avant tout des attentes en matière de consommation. Ceux qui détiennent de grandes quantités d'actifs liquides possèdent un pouvoir d'achat potentiel qui dépend entièrement des perspectives de disponibilité des actifs et de la confiance du public dans les titres de crédit. Ce pouvoir est le même que celui exercé par un billet de banque, un objet virtuel qui peut devenir un déchet de papier au moment où il n'est plus jugé capable de servir de médiateur à la fourniture de biens. C'est pourquoi, en raison de la nécessité de soigner les apparences, les attentes, le capitalisme financier doit accorder une attention particulière à la gouvernance de l'appareil médiatique. Mais dans tous les cas, il y a des limites à la gouvernance des attentes, car les mécanismes mêmes de la concurrence économique génèrent constamment des bouleversements déstabilisants.

Dans le monde capitaliste, le pouvoir "liquide" est bien plus puissant (en raison de sa mobilité et de sa transformabilité maximales) que tout pouvoir "solide" (la propriété de biens réels). Cependant, les actifs réels confèrent une stabilité à long terme que les capitaux liquides ne permettent pas. Par conséquent, la perspective d'une éventuelle sortie "post-apocalyptique" du modèle capitaliste avec ses contradictions n'est concevable, pour les élites du sommet, qu'en termes de transition vers une sorte de "néo-féodalisme", dans lequel le pouvoir liquide est retransformé en propriété matérielle (terre, immobilier, armement, technologie, etc.).

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Cependant, un problème émerge ici qui change complètement la donne. Le féodalisme historique fonctionnait sur la base d'un système de légitimation (y compris la légitimation à la propriété) dépendant de la tradition et de la religion. Le monde d'aujourd'hui a balayé ces deux facteurs conférant la légitimité. La question est donc la suivante : comment un système de légitimation du pouvoir et de la propriété peut-il fonctionner dans un "néo-féodalisme" dépourvu de tradition et de religion ?

Dans l'histoire de l'humanité, le pouvoir a toujours été, même dans les cultures les plus autoritaires, déterminé par la reconnaissance moyenne de la légitimité du pouvoir. Tant que la plupart reconnaissaient ou du moins ne contestaient pas la légitimité d'un pouvoir, celui-ci restait fonctionnel. Ce pouvoir fonctionne en se transmettant avec continuité, par des passages intermédiaires, du sommet à la base (du roi aux vassaux, des seigneurs féodaux aux chevaliers, des paysans aux serfs). Cette forme de pouvoir a donc toujours un lien humain, dans la sphère de la reconnaissance. Mais si la matrice même de la légitimation est perdue, comment le pouvoir peut-il être exercé de manière capillaire, du haut vers le bas ? Dans un système capitaliste, la richesse est un pouvoir sans besoin de reconnaissance car le pouvoir est reconnu comme un pouvoir d'achat, garanti par le système économique. Si le système s'effondre, cette forme de reconnaissance du pouvoir impersonnel s'effondre. Comment un nouveau pouvoir pourrait-il fonctionner sans reconnaissance de sa légitimité ?

Techniquement, la réponse est simple : il faudrait remplacer le pouvoir du "moyen" représenté par l'argent par un autre moyen externe adapté au but recherché. Concrètement, la perspective la plus plausible est que cela se ferait par la manipulation de moyens visant à instiller la peur, une peur que le petit nombre doit être capable d'instiller directement dans le grand nombre.

Une telle perspective était inaccessible par le passé, mais le progrès technologique n'a cessé de nourrir cette possibilité depuis un certain temps déjà, à savoir la possibilité, par le renforcement des effets, d'un centre circonscrit s'imposant à la multitude. Une épée pouvait s'imposer à cinq personnes désarmées, un fusil à dix, une bombe à mille ; et avec l'augmentation technique de la puissance, la difficulté d'utilisation a également diminué : il est plus facile aujourd'hui de faire exploser une bombe que de brandir une épée autrefois. Mais nous ne devons pas imaginer le pouvoir technologique comme étant simplement l'exercice de la force brute. Pensons plutôt à une situation actuelle telle que l'existence de semences génétiquement modifiées qui ne permettent pas de replanter leurs graines pour la prochaine récolte, les contraignant à être achetées auprès d'un fournisseur central. Le fond de ce mécanisme de pouvoir est simple : il s'agit de rendre un groupe structurellement dépendant, pour son existence même, de l'accès à une technologie qui n'est pas reproductible de manière autonome, mais administrée de manière centralisée. De nombreux mécanismes de ce type peuvent être inventés, il suffit de rendre les gens dépendants d'une marchandise technologiquement rare et non reproductible de manière autonome (une thérapie ?). Un tel mécanisme peut en principe permettre au pouvoir d'être exercé sous une forme directe, "néo-féodale", sans avoir besoin de mécanismes d'intermédiation et de légitimation.

Une dernière remarque : parler ici de "néo-féodalisme" est une expression trompeuse. Nous avons affaire à un système dans lequel, oui, nous aurions affaire à une société hiérarchique fermée, comme le féodalisme, basée sur des pouvoirs et des propriétés réels, et non liquides, mais tous les autres aspects sont profondément différents et certainement pas dans un sens améliorateur. Ce serait un monde dans lequel une caste supérieure exerce son pouvoir par la peur, ayant remplacé, comme source ultime d'autorité, ce qui dans le féodalisme était Dieu, par la Technologie. Ce serait une société de commandement direct, non médiatisée par une quelconque adhésion idéologique, une société qui vénère l'efficacité technique et conçoit la sous-humanité en dehors de la caste supérieure comme une matière première dont on peut disposer à volonté.

Cette image ne rappelle en fait pas le féodalisme, mais une expérience beaucoup plus proche de nous, à savoir le nazisme. Le nazisme, en effet, au-delà de ses relents ésotériques et paganisants, était essentiellement une vénération de la force directe, attribuée à une caste supérieure, et exercée avec une rigoureuse efficacité productiviste, concevant l'homme lui-même comme un moyen manipulable (eugénisme) ou une ressource asservie (KZ).

Nous pourrions ainsi découvrir un beau jour que la douzaine d'années durant lesquelles le nazisme a fait sa brève et peu glorieuse apparition dans l'histoire n'était que la première expérimentation d'instances et de tendances destinées à acquérir une toute autre solidité un siècle plus tard.  

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dimanche, 06 novembre 2022

De notre devenir termite via Davos, Sunak et Harari

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De notre devenir termite via Davos, Sunak et Harari

Nicolas Bonnal

« Ils sont très rares, les termites qui osent braver la lumière du jour (Maeterlinck). »

Mon ami Vincent Held a publié un passionnant texte sur l’arrivée au pouvoir de Charles et de Sunak, lequel va faire de l’Angleterre un paradis artificiel et dystopique qui n’aura (qui n’a déjà) rien à envier à Orwell et à Huxley. Contrôle et dépopulation sont au programme comme ailleurs dans le monde éclairé des Occidentaux. Il est vrai que sur ce point Chinois et Indiens d’Inde ne nous ont pas attendu. Voyez les livres d’Alain Daniélou (sur l’Inde) et de Balazs (Chine) pour comprendre comment ces énormes pays gèrent d’une manière terroriste (pardon, traditionnelle) depuis des millénaires leur population pléthorique. Balazs est obsédé par le thème des eunuques qui dirigent les empires : voyez mon texte.

Harari s’est fendu en 2018 (voir The Atlantic) d’un texte expliquant (et comme il raison !) que l’informatique n’est pas compatible avec la démocratie mais avec la tyrannie. Ils ont donc dix à vingt ans pour dépeupler une terre préalablement abrutie et soumise par le « Tittytainment » de l’autre – dont fait partie le cirque politique, notamment populiste. Je rappelle avec Mgr Gaume (voyez aussi mes textes) que l’ubiquité et la rapidité sont les deux caractères du démon. La technologie a rendu imparable tous ses maléfices – ce que je constatais dans mon Internet nouvelle voie initiatique - titre ironique et pas compris comme tel, y compris alors par le Chroniqueur du Monde – voir lien.

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Mais je laisse ces circonstances connues de tous (i.e. des rares esprits libres éclairés : 1% ; 4% de la population ?) et j’en viens aux termites et au livre de Maeterlinck, l’auteur de Pelléas et Mélisande, qui semble avoir joué un rôle sinistre (avec son Oiseau bleu notamment) dans l’avènement d’un certain méphitisme littéraire. Tolstoï l’exécute dans son livre sur l’Art – et comme il a raison !

Les livres de Maeterlinck sur fourmis et termites m’ont été recommandés par mon ami américain Guido Preparata, auteur de « Comment les USA et l’Angleterre ont fabriqué le troisième Reich »… Comme on sait ils nous ont refait le coup ! Guido me disait que la société termite leur servait de modèle. On va voir comment donc via Maeterlinck.

Liquidation des mâles tout d’abord ; Maeterlinck rappelle cette bonne habitude des abeilles (tous les extraits viennent de son livre sur les termites) :

« Dans la ruche, nous le savons, la femelle règne seule : c’est le matriarcat absolu. À une époque préhistorique, soit par révolution, soit par évolution, les mâles ont été relégués à l’arrière-plan et quelques centaines d’entre eux sont simplement tolérés durant un certain temps comme un mal onéreux mais inévitable. Sortis d’un œuf semblable à ceux dont naissent les ouvrières, mais non fécondé, ils forment une caste de princes fainéants, goulus, turbulents, jouisseurs, sensuels, encombrants, imbéciles et manifestement méprisés. »

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La liquidation du machisme au sens strict (le machisme c’est le sexe masculin) est à l’ordre du jour.

« Après les vols nuptiaux, leur mission accomplie, ils sont massacrés sans gloire, car les vierges prudentes et impitoyables ne daignent pas tirer contre une telle engeance le poignard précieux et fragile réservé aux grands ennemis. Elles se contentent de leur arracher une aile et les jettent à la porte de la ruche où ils meurent de froid et de faim. »

Dans la termitière (penser à un couloir de métro ou de RER, à un aéroport…), on abolit les sexes nument :

« Dans la termitière une castration volontaire remplace le matriarcat. Les ouvriers sont ou mâles ou femelles, mais leur sexe est complètement atrophié et à peine différencié. »

Comme dans cette salle catalane où Zuckerberg déambulait au milieu d’aveugles, tout le monde est frappé de cécité – une cécité qui n’est pas celle de l’aède Homère :

« Ils sont totalement aveugles, n’ont pas d’armes, n’ont pas d’ailes. Seuls ils sont chargés de la récolte, de l’élaboration et de la digestion de la cellulose et nourrissent tous les autres habitants. »

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Il y a beaucoup de mangeurs inutiles dans cette termitière – et surtout beaucoup de gens qui ne savent pas se nourrir et sont donc aisément liquidables à la première bise venue, comme dirait le fabuliste :

« Hors eux, aucun de ces habitants, que ce soit le roi, la reine, les guerriers ou ces étranges substituts et ces adultes ailés dont nous reparlerons, n’est capable de profiter des vivres qui se trouvent à sa portée. Ils mourraient de faim sur le plus magnifique tas de cellulose, les uns, comme les guerriers, parce que leurs mandibules sont tellement monstrueuses qu’elles rendent la bouche inaccessible, les autres, comme le roi, la reine, les adultes ailés qui quittent le nid et les individus mis en réserve ou en observation pour remplacer au besoin les souverains morts ou insuffisants, parce qu’ils n’ont pas de protozoaires dans l’intestin. »

Il y a donc des administrateurs et des livreurs Amazon (si j’ose dire) de nourriture :

« Les travailleurs seuls savent manger et digérer. Ils sont en quelque sorte l’estomac et le ventre collectifs de la population. Quand un termite, à quelque classe qu’il appartienne, a faim, il donne un coup d’antenne à l’ouvrier qui passe. »

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Certains se flattent d’être autonomes et de jardiner, qui oublient que quand le pouvoir en Occident passera en mode turbo-malthusien plus personne n’aura le droit de jardiner ou d’arroser son jardin : même « le bon musulman » de Candide sera attrapé. Je sais, on réagira…

Comme dans le système des castes ou la cité platonicienne, on a ses guerriers-gardiens (les phulakes de Platon) ou ses kshatriyas :

« Il a donc, afin d’assurer la défense de ses citadelles, fait sortir d’œufs en tout semblables à ceux dont naissent les travailleurs, car même au microscope on ne découvre aucune différence, une caste de monstres échappés d’un cauchemar et qui rappellent les plus fantastiques diableries de Hiéronymus Bosch, de Breughel-le-Vieux et de Callot. »

Le surarmement fait du petit insecte un cyborg menaçant – menaçant mais fragile :

« Tout l’insecte n’est qu’un bouclier de corne et une paire de tenailles-cisailles, semblables à celles des homards, actionnées par des muscles puissants ; et ces tenailles aussi dures que l’acier sont si lourdes, et tellement encombrantes et disproportionnées, que celui qui en est accablé est incapable de manger et doit être nourri à la becquée par les travailleurs. »

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Poursuivons notre analogie. Chez les termites aussi on a VACCINS ET INJECTIONS destinés à dépeupler :

« Une famille de termites, les Eutermes, a des soldats qui sont encore plus fantastiques, on les appelle nasutés, nasicornes ou termites à trompe ou à seringue. Ils ne possèdent pas de mandibules et leur tête est remplacée par un appareil énorme et bizarre qui ressemble exactement aux poires à injections que vendent les pharmaciens ou les marchands d’objets en caoutchouc et qui est aussi volumineuse que le reste de leur corps. À l’aide de cette poire, ou de cette ampoule cervicale, au jugé, étant dépourvus d’yeux, ils projettent sur leurs adversaires, à deux centimètres de distance, un liquide gluant qui les paralyse et que la fourmi, l’ennemi millénaire, redoute beaucoup plus que les mandibules des autres soldats. »

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La cécité (comme je dis, elle n’est pas homérique, plutôt platonicienne), reste essentielle :

« Les soldats des autres espèces ne quittent jamais la forteresse qu’ils sont chargés de défendre. Ils y sont retenus par une cécité totale. Le génie de l’espèce a trouvé ce moyen pratique et radical de les fixer à leur poste. Au surplus, ils n’ont d’efficace qu’à leurs créneaux et lorsqu’ils peuvent faire front. Qu’on les tourne, les voilà perdus, le buste seul est armé et cuirassé et l’arrière-train, mou comme un ver, est offert à toutes les morsures. »

Quand une bouche inutile n’est plus utile (sic), on cesse de la nourrir (c’est à croire que Maeterlinck est le livre de chevet de Klaus à Davos) :

« Ils ne sont pas massacrés comme les mâles des abeilles ; cent ouvriers ne viendraient pas à bout d’un de ces monstres qui ne sont vulnérables qu’à l’arrière-train. Tout simplement on ne leur donne plus la becquée et, incapables de manger, ils meurent de faim. »

Maeterlinck écrit à l’ère où les derniers grands écrivains découvrent les conspirations et les traitent, de Chesterton à Jack London, ou de Buchan à Dostoïevski ; et cela donne une allusion étonnante à une puissance occulte qui rappelle celle de Bernays :

« Mais comment la puissance occulte s’y prend-elle pour compter, désigner ou parquer ceux qu’elle a condamnés ? C’est une des mille questions qui jaillissent de la termitière et restent jusqu’ici sans réponse. »

Passons au Tittytainment. On a tous (enfin, presque) été effarés dans notre jeunesse par la civilisation de la discothèque et des Rave parties. Mais les termites les connaissent :

« N’oublions pas, avant de clore ces chapitres consacrés aux milices de la ville sans lumière, de mentionner d’assez bizarres aptitudes plus ou moins musicales qu’elles manifestent fréquemment. Elles paraissent être, en effet, sinon les mélomanes, du moins ce que les « futuristes » appelleraient les « bruiteuses » de la colonie. Ces bruits qui sont tantôt un signal d’alarme, un appel à l’aide, une sorte de lamentation, des crépitements divers, presque toujours rythmés, auxquels répondent des murmures de la foule, font croire à plusieurs entomologistes qu’ils communiquent entre eux, non seulement par les antennes, comme les fourmis, mais encore à l’aide d’un langage plus ou moins articulé. »

Et Maeterlinck poursuit :

« C’est une sorte de danse convulsive où, sur les tarses immobiles, le corps agité de tremblements se balance d’avant en arrière avec une légère oscillation latérale. Elle se prolonge durant des heures, coupée de courts intervalles de repos. Elle précède notamment le vol nuptial et prélude comme une prière ou une cérémonie sacrée au plus grand sacrifice que la nation puisse s’imposer. Fritz Müller, en cette occurrence, y voit ce qu’il appelle les « Love Passages ». »

Terminons par une note humoristique – surtout pour les Français :

« Le roi, sorte de prince consort, est minable, petit, chétif, timide, furtif, toujours caché sous la reine… »

Sources :

https://ebooks-bnr.com/maeterlinck-maurice-la-vie-des-ter...

https://lilianeheldkhawam.com/2022/11/03/lindustrie-de-la...

https://www.theatlantic.com/magazine/archive/2018/10/yuva...

https://lesakerfrancophone.fr/monseigneur-gaume-et-le-car...

https://reseauinternational.net/observations-sur-le-deven...

https://www.amazon.fr/Petits-%C3%A9crits-libertariens-Con...

https://www.lemonde.fr/archives/article/2000/09/29/demons...

 

 

 

 

vendredi, 30 septembre 2022

Une lecture non-conforme d’Orwell

Pseudonyme littéraire d’Eric Arthur Blair (1903 – 1950), George Orwell intéresse un public quelque peu cultivé. Thomas Renaud vient par exemple d’en signer une biographie synthétique (1). Une part non négligeable de la droite radicale française cherche sans cesse à s’approprier ses idées, sans équivoque d’ailleurs. Militant et théoricien européen d’expression italienne, Gabriele Adinolfi entend revenir sur cette ambiguïté et la transcender dans un essai exigeant et essentiel invitant à « une relecture verticale d’Orwell ». Il appuie sa démonstration sur trois livres majeurs, à savoir Hommage à la Catalogne (1938), La Ferme des animaux (1945) et Mil neuf cent quatre-vingt-quatre (1948). Il écarte en revanche d’autres écrits tels que Le Quai de Wigan (1937) ou Une histoire birmane (1934).

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La (re)découverte de son œuvre dans le monde francophone revient au professeur de philosophie de sensibilité socialiste libertaire Jean-Claude Michéa. Son premier essai s’intitule fort significativement Orwell, anarchiste tory, qui l’étudie en libertaire conservateur (2). Michéa observe que le libéralisme économique et le libéralisme politico-culturel proviennent d’une matrice commune. Il semble ignorer que de nombreux penseurs de la Contre-Révolution (Louis de Bonald, Charles Maurras), de la Tradition primordiale (Julius Evola) et des « non-conformistes des années 1930 » (les revues Plan, L’Ordre Nouveau, Combat ou L’Insurgé) avaient déjà soulevé cette proximité.                             

Complot contre soi-même

Mythe ou Utopie ? risque de heurter tant les lecteurs de gauche du Britannique né en Birmanie que les « orwellolâtres » de droite parce qu’il ne cache pas ses désaccords avec Orwell. Gabriele Adinolfi critique la paresse intellectuelle des droites radicales, ces mêmes droites radicales qui avancent une analyse marxisante de l’actualité et adoptent sans réflexions préalables le vocabulaire et les schémas du camp adverse. « Elles restent en berne, car elles obéissent aux mêmes logiques de misérabilisme existentiel et de surenchère salariale. » À rebours de cette tendance, il interprète l’œuvre de George Orwell d’une manière hiérarchique. Par hiérarchie, il faut entendre « autorité et ordonnancement sacrés, et non pas comme lien de subordination clanique ou tribale ».

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À l’heure du « passeport vaccinal », de la surveillance numérique de la vie privée et de la « reconnaissance faciale » avant de prendre les transports en commun ou d’entrer chez soi (cas chinois), « à quel point la prévision catastrophique d’Orwell s’est-elle réalisée de façon substantielle ? » Les déclarations gouvernementales et médiatiques sur les crises pandémiques (grippes aviaires, covid, variole du singe), les désastres climatiques et les attentats engendrent une lourde ambiance anxiogène qui « ne nous empêche pas de vivre, partagés entre angoisse et inconscience, entre oukases bureaucratiques et privations de liberté, dans des conditions tout sauf optimales, mais nous n’en éprouvons pas moins du soulagement en nous comparant à un passé qu’on nous dépeint comme effroyable ». Serait-ce voulu ? S’agirait-il d’un ensemble d’actions psychologiques de masse ? Gabriele Adinolfi observe qu’un « mélange de terreur et d’adhésion à l’âme collective produit aussi la soumission volontaire et même le sentiment de culpabilité et le désir d’expiation, lesquels deviendront les caractéristiques des systèmes communistes mais sont tout autant celles des systèmes occidentaux contemporains ». Il estime plus loin que « la peur, en somme, est en nous : c’est notre propre terreur qui nous terrorise ». Faut-il pour autant verser dans le « complotisme » ?

L’auteur s’en prend nettement aux tendances complotistes du moment. Ce mode de pensée « s’est substitué au décryptage, c’est-à-dire à la capacité de plonger le regard au-delà de la surface, selon des dimensions qui peuvent – et devraient – être en même temps d’ordre physique et métaphysique. Mais, croyant pouvoir “dévoiler “ tel ou tel mystère, ce complotisme l’a au contraire souvent reproduit sous la forme d’une caricature grotesque de ce qu’il aurait fallu comprendre ». Il ajoute que « celui qui réduit tout à un complot, et le complot lui-même à l’action d’une unique “ centrale “, non seulement manque de sagacité et de vision stratégique, mais finit par se trouver contraint de travestir la réalité afin de pouvoir maintenir sa thèse ». Cela ne signifie pas que les complots n’existent pas. Se référant à Yann Moncomble, précurseur d’Emmanuel Ratier, deux éminents spécialistes d’une « branche de la recherche française qui s’occupait d’analyser le pouvoir agissant depuis les coulisses, il connaît les coulisses de l’histoire politique récente. Il insiste sur les deepfakes. Circulent « sur les réseaux des vidéos totalement fausses de personnages politiques dans lesquelles ceux-ci tenaient des propos qu’ils n’ont jamais exprimés ». Mieux, « le premier exemple tangible, on le trouve dans les vidéos de la CIA avec, dans le rôle principal, le fantasmatique Ben Laden, ex-agent américain et relation d’affaires de la famille Bush, probablement mort aux alentours de 1997 mais laissé “ vivant “ jusqu’en 2011 comme hologramme de la Terreur (un peu comme le Goldstein du roman d’Orwell) ».

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Des collusions occultes anciennes et profondes

En grand connaisseur des arcanes des guerres occultes menées en Europe, Gabriele Adinolfi mentionne les inévitables rivalités internes au sein du bloc occidental atlantiste entre les services britanniques, étatsuniens, israéliens, voire français et allemands. Il signale « l’émergence d’un conflit au sein des services secrets américains que l’on peut schématiser en un duel CIA – FBI, à l’issue duquel la CIA se gauchisa » dans les années 1950. Cette conflictualité interne s’amorce dès la décennie précédente. « Dans les services anglais et américains, à l’époque on recrutait préférentiellement des gens venus de la gauche radicale, qui avaient ainsi l’opportunité de servir en même temps la Révolution progressiste, leur propre pays et l’antifascisme. On doit à la vulgate qui s’est imposée ensuite d’avoir travesti cette réalité, pourtant avérée par tant de coopérations organiques entre les franges de l’ultra-gauche et les élites WASP. » Il aurait pu rappeler que l’OSS, l’ancêtre direct de la CIA, recruta ses premiers agents d’action parmi les militants du Parti communiste des États-Unis… Récusant en partie la thèse de François Duprat exposé dans L'Internationale étudiante révolutionnaire (3) qui voyait dans l’agitation de Mai 68 la seule main de la Stasi, il considère plutôt que « la contestation juvénile de la fin des années 60 […] fut pilotée par la CIA avec une forte implication du Mossad, fut de la même farine communiste » quand bien même la Stasi eût pu collaborer ponctuellement avec les agences occidentales. Ils avaient pour la circonstance le même intérêt : renverser le général De Gaulle, grand contempteur du condominium planétaire USA – URSS.

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Un journaliste de L’Équipe, Jean-Philippe Leclaire, qui vient de faire paraître un polar original, Mai 69, déclare que « les Soviétiques étaient anti-Mai 68. Pour eux, c’était une révolution qui venait plutôt de la jeunesse bourgeoise que prolétarienne. Alors que les Américains étaient pro-Mai 68 parce qu’ils n’avaient pas pardonné à de Gaulle d’avoir quitté l’OTAN (4) ». Le soviétisme et l’américanisme partagent le même cosmopolitisme. Pour preuve, l’ONU dont « son idéologie, ouvertement mondialiste, était supranationale et accompagnait l’expansion programmée de la haute finance et des multinationales. Son inspiration, à partir de laquelle furent installées toutes les succursales de l’ONU, depuis le champ culturel jusqu’au domaine scientifique, était et reste d’essence communiste ». Gabriele Adinolfi invite par conséquent à regarder au-delà des seules apparences. Se développant au cours de la décennie 1960, le trafic de drogue est « à l’origine d’un nouveau secteur essentiel de l’économie capitaliste dont la haute finance sera le principal bénéficiaire et la DEA, Drugs Enforcement Administration, l’inévitable carrefour ». Quant à la « grande réinitialisation » (ou Great Reset), « il s’agit de mutations qui ont toutes commencé il y a vingt ans déjà et que [les complotistes] prennent pour des complots actuels à dénoncer ».

Son point de vue peut dérouter le lecteur guère habitué à l’art du contre-pied. Par exemple, « laissons de côté la grotesque conviction, fruit d’une propagande venimeuse, de la “ cruauté “ du fascisme italien, alors qu’il a probablement été l’un des régimes les plus indulgents et magnanimes au monde, toutes idéologies et confessions confondues ». Pas certain que certains « précieux ridicules » apprécient ce commentaire historique pertinent…

Les collusions entre services spéciaux de l’Ouest et de l’Est pendant la Guerre froide confirment la réalité d’« un système à la fois divisé et uni, basé sur le chaos organisé (étant rappelé qu’il est erroné de croire que l’organisation n’est pas compatible avec le chaos : c’est l’Ordre qui ne l’est pas ». « S’il y a une correspondance entre certaines prévisions orwelliennes et la réalité d’aujourd’hui, elle s’explique par la nature profondément communiste du système global, mais aussi de la culture telle qu’elle est diffusée à toutes les sauces, réactionnaire comprise. » Son constat clinique sur l’influence considérable de l’« École de Francfort » outre-Atlantique correspond aux commentaires de Paul Gottfried : « L’expérience de l’exil donna un poids particulier à l’école de Francfort. Elle explique son intérêt pour la notion de “ personnalité autoritaire “ et sa vision du fascisme comme un danger omniprésent. […] Plusieurs de ses membres travaillèrent de manière intermittente pendant la guerre pour le prédécesseur de la CIA, l’OSS (Office of Strategic Services). À des postes de conseillers, ils étudièrent les origines psychiques du fascisme et finirent par proposer des plans très ambitieux pour guérir les Allemands de leur culture politique agressive (5). » D’où le fichage de toute la population allemande à partir de 1945 par l’intermédiaire du questionnaire obligatoire dont Ernst von Salomon en tira un ouvrage brillant (6).

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Pour Gabriele Adinolfi, « capitalisme et communisme sont deux formes différentes d’une même façon de sentir et d’agir : le capitalisme est un communisme de riches et le communisme, un capitalisme de pauvres. Leur corps diffère (et, à ce niveau, les différences sont de taille) mais leur âme et leur esprit coïncident ». Ernst Jünger envisageait déjà et pendant la Guerre froide, dans le prolongement de La Paix (1946), une telle convergence. Il écrivait qu’entre l’Est et l’Ouest, « les idées-force […] sont communes. […] La ressemblance porte encore sur les symboles, parmi lesquels l’étoile tient une place toute particulière. Elle donne à penser que le différence de l’étoile rouge et de l’étoile blanche n’est que le papillotement dont s’accompagne le lever d’un astre à l’horizon. […] Cette ressemblance donne à penser qu’il s’agit là de modèle ou, pour mieux dire, de moules : les deux moitiés du moule dans lequel sera coulé l’État universel (7) ».

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À l’instar du grand écrivain allemand, Gabriele Adinolfi remarque que le capitalisme et le communisme « ont convergé, finissant par se confondre en un syncrétisme au terme duquel le libéralisme d’aujourd’hui – qu’il soit réglementé ou sauvage – a produit une société culturellement et sociologiquement d’essence communiste. Y compris chez ceux qui se définissent comme anticommunistes, alors qu’ils se bornent à combattre les travers les plus superficiels de leurs adversaires ». Ne croyant pas au national-communisme, Gabriele Adinolfi réfute que l’affrontement entre Joseph Staline et Léon Trotsky exprimerait une lutte impitoyable entre deux visions contraires du monde. Il faut en outre bien distinguer le capitalisme du libéralisme. C’est ce que fait Hervé Juvin avec une approche plus économique et sociologique pour qui « le marché est la forme temporaire que le capitalisme totalitaire a empruntée pour assurer son règne sans partage (8) ». L’essayiste et député français au Parlement européen RN – Les localistes affirme même que « le capitalisme totalitaire en finit avec les libertés économiques, la concurrence et le marché (9) ». La fonction du libéralisme serait de « mettre un frein aux délires démocratiques ». Toutefois, « la conception libérale excluant toute notion de pôle et d’axe, l’irruption désordonnée du subconscient – au reste favorisée sur le plan technologique par l’ère du digital – a fait se diffuser la démocratie dans tout l’Occident ». Il s’agit d’un paradoxe parce que « diviseur du peuple, éteignoir des passions, défenseur des intérêts de classe et substantiellement égoïste, [le libéralisme] exalte inlassablement le bon sens et la vie placide du bourgeois ». Or, George Orwell s’inscrit complètement dans le sillage démocratique occidental moderne.

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Contre les masses telluriques ? 

Gabriele Adinolfi ne pense pas qu’Orwell proclame la venue de Big Brother. George Orwell examine plutôt une réalité qu’il rend fictive et romancée afin d’atténuer son diagnostic effarant. Il note que le systèmes démocratique « s’est arrangé pour que tous les partis en lice soient alignés sur les mêmes principes et les mêmes orientations fondamentales ». L’œuvre de George Orwell influence la série télévisée – culte britannique, Le Prisonnier (1967 – 1968) avec, dans le rôle principal, Patrick McGoohan offre aux téléspectateurs un résumé d’une société orwellienne ramassée aux dimensions du Village.

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« Le Grand Frère n’est pas fils unique. » Certes, « il n’y a pas de Parti unique, mais l’Occident est devenu un vaste Socang, un Être collectif oppresseur aux valeurs rigoureusement inversées et sur lequel règne un impalpable Grand Frère, composé des larves psychiques de tous. Mais peut-être après tout est-ce une Grande Sœur ? ». L’auteur martèle que « philosophiquement, étymologiquement et historiquement, la démocratie est tout sauf liberté, pluralité et solidarités véritables. Sous divers écrans de fumée, les systèmes démocratiques tendent à niveler spirituellement, niant la dimension métaphysique de la réalité sur laquelle ils prétendent plaquer une soi-disant “ souveraineté “ du nombre ». Selon l’auteur, « plus que dans les dictatures, c’est dans les démocraties qu’on souvent pris leur source l’oppression et, historiquement, la tyrannie elle-même ».

Dans un livre méconnu et à partir de la Révolution française de 1789 - 1793, Jacob Leib Talmon se penchait dès 1952 sur la genèse de la démocratie totalitaire (10). Dans les faits, la démocratie se dilue vite en ochlocratie. « C’est le propre du Collectif, où les médiocres éprouvent toujours ce mélange de crainte, de jalousie et de rancœur vis-à-vis des meilleurs, qui constitue le ciment des démocraties. » Dans ces conditions biaisées, « il n’y a donc aucune marge de manœuvre pour des interventions radicales de la part des factions populistes “ moins égales que les   autres “ ». Loin des stéréotypes universitaires répétées tous les jours, la démocratie ne favorise pas le « populisme ». Elle l’éteint, le détourne ou le soudoie.

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Gabriele Adinolfi remet en question la notion même de démocratie. « L’Occident vit aujourd’hui une crise idéologique et politique car la démocratie libérale craque de partout et pourtant, par dogmatisme, on continue de soutenir qu’elle est le garant de la liberté contre les tentations totalitaires, alors que celles-ci sont encore plus démocratiques qu’elle, ce qu’elle ne peut admettre sans se nier elle-même et accepter la nécessité de son propre dépassement. D’où le court-circuit ! » Nos sociétés se contaminent de leurs propres toxines, tombent en décadence et deviennent des monstruosités socio-politiques.

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L’auteur va ainsi à l’encontre d’une démophilie bien en cours dans la « mouvance » qui vante la « démocratie directe », le mandat impératif et le référendum d’initiative populaire. Toutes les pratiques démocratiques favorisent et amplifient le déclin civilisationnel. « Nous avons l’habitude de l’entendre comme le gouvernement du peuple mais, en grec, le peuple se dit laos, alors que le demos était en fait le district géographique où avait lieu la consultation électorale. Ainsi, dès l’origine, apparaissait une opposition à l’esprit olympien, avec cette mise en valeur de la masse informe liée à la Terre – c’est-à-dire de l’esprit chtonien, du Chaos dont le cycle héroïque avait extrait la forme, d’essence olympienne, verticale et lumineuse. Ce n’est pas pour rien que le mot se rattache à Déméter, donc à la Terre et à la matière. » Il oublie que le grec compte aussi l’ethnos pour signifier le peuple dans son acception bio-culturelle. Serait-ce une coïncidence sémantique qu’en français, ethnos et éthique commencent par les trois mêmes lettres ? D’éventuels détracteurs pourraient en tout cas l’accuser de jouer en faveur du camp de la Mer et d’être un agent d’une quelconque thalassocratie. Cela démontrerait surtout leur incapacité à comprendre le choix de l’auteur pour l’arkhè et la virtus. En effet, « la seule possibilité de garantir justice et liberté dans un système politique moderne, et de tenir en respect l’excessif pouvoir de l’oligarchie, réside dans le césarisme sous toutes ses formes (monarchie populaire, bonapartisme, gaullisme, fascisme, péronisme) car il repose sur une mobilisation populaire dont la représentation et surtout la conduite, viennent d’en-haut, et il maintient ainsi l’équilibre entre “ participationisme “ et « éthique hiérarchique ». Ce n’est pas une nouveauté chez lui. Il reste fidèle à ce qu’il écrivait dans Pensées corsaires. « La démocratie est […] à l’origine une expression numérique du tellus. […] La démocratie [est…] plutôt de la masse matérielle et de la richesse et, par conséquent, est contraire à toute idée de forme (11). » Sa conception ordonnée du monde s’oppose évidemment au grégarisme des masses. Dans La Ferme des animaux, il rappelle que « lors de leur révolution, la terreur de tous les animaux, c’était de retourner à l’obscurantisme du temps de l’ancien propriétaire, Mr. Jones. La menace est tellement enracinée chez eux qu’ils ont fini par se convaincre absolument que n’importe quoi était préférable à l’époque précédente, et comme la mémoire est courte, cette conviction est devenue la réalité ».

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Le recours à l’Anarque

L’intention de Gabriele Adinolfi ne vise ni à susciter une tyrannie, ni à promouvoir le désordre permanent. « Le tyran et l’anarchiste sont ici les deux pôles extrêmes qui se distinguent de la grisaille ambiante, mais l’un et l’autre n’en restent pas moins prisonniers du conditionnement. » Proches sur le fond, ces deux caractères se distinguent de l’Anarque et du Rebelle, deux figures magistrales avec le Soldat et le Travailleur dans les essais d’Ernst Jünger. Si George Orwell représente « le naufrage dans l’Utopie », le rédacteur d’Orages d’acier incarne « la fidélité au Mythe ». Les fictions de George Orwell et d’Aldous Huxley ont une portée dystopique tandis que « Chevaucher le tigre » de Julius Evola et le Traité du Rebelle ou Le recours aux forêts sans oublier le roman Eumeswil de Jünger qualifié d’« homme différencié », relèvent du Logos que l’auteur rattache au Mythe. Mieux, avec Traité du Rebelle, « l’Allemand avait compris dès le départ la formidable capacité de tyrannie totalitaire dont dispose la démocratie électorale ».

« La question du grand écart entre Mythe et Utopie est bien plus vaste, car elle a des répercussions sur la conception du monde qu’adoptent les hommes, jusqu’à déterminer leur existence, et, par conséquent, leur conception de la liberté elle-même. » Par ailleurs, le mythe induit « un temps a-historique, que l’on pourrait traduire comme un parfait (ou un passé simple) mais qui, tout en ayant été, est. Ce temps-là est l’aoristo, qui désigne l’action pure et nue, valide à la fois dans le passé, le futur et le présent ». La réalisation de ce « parfait » passe par l’emploi de légendes aptes à mobiliser les imaginaires où résident endormis les mythes. « La légende est un moyen de transmettre l’histoire en la reliant au mythe, perpétuant ainsi de génération en génération un état d’esprit et une éthique : ce sont les légendes qui ont fondé les civilisations antiques, pas les taux d’intérêt !» Gabriele Adinolfi dénonce enfin les erreurs intellectuelles « quand on s’approprie un concept sans en avoir saisi la signification spirituelle ni les racines philosophico-sacrales (telles que la vision non-circulaire du temps, l’identification ethnique avec le divin mise au service des appétits terrestres, le concept de Terre promise ou le dévoiement d’une certaine symbolique) ».

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En lecteur attentif de René Guénon dont il cite Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps (1945), d’Ernst Jünger et de Raymond Abellio – dont il ne cite que la trilogie romanesque, à savoir Les yeux d'Ézéchiel sont ouverts (1948), La Fosse de Babel (1962) et Visages immobiles (1983), - ignorait-il La structure absolue. Essai de phénoménologie génétique (1965) ? -, Gabriele Adinolfi use de métaphores alchimiques pour imaginer les « trois livres d’Orwell comme une forme de trilogie sur l’idéal révolutionnaire et son destin, nous pourrions avancer que nous sommes confrontés à une opération alchimique à rebours. D’une vague atmosphère de Rubedo (la réalisation guerrière approchée en Espagne), on passe à un Albedo rationaliste (la compréhension des dynamiques de la Ferme) pour terminer avec un Nigredo, c’est-à-dire une mort initiatique, telle qu’elle s’exprime dans le caractère inéluctable du désastre dystopique de Mil neuf cent quatre-vingt-quatre ». Dans une veine semblable, il explique plus loin que « Guénon a une prédilection pour la fonction sacerdotale, tandis que Jünger scrute le monde avec l’œil du guerrier ». Quant à Orwell, il « a choisi dans sa jeunesse de s’identifier aux déshérités, aux producteurs de biens et aux esclaves : aussi sublimé soit-il, son regard est celui de la dernière des trois fonctions originelles indo-européennes, et sa sensibilité l’est aussi ». Il va de soi que par tempérament personnel, Gabriele Adinolfi préfère un type d’être humain dont l’existence se joue du danger, se moque de la guerre et se gausse des convenances de la société occidentale postmoderniste. L’Anarque « ne se voue pas à la défense du statu quo : c’est au nom d’une conception supérieure qu’il entend intervenir sur la réalité – une intervention “ logique “ et “ mythique “ en son héroïsme, et non pas titanique et soumise à l’hybris ». Le cadre d’Eumeswil se déroule après l’effondrement de l’État universel. S’épanouissent alors sur les ruines de l’ancien monde « post-moderniste (?) » des souverainetés citadines exclusives.

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Par-delà le temps des titans

L’auteur intègre dans sa réflexion l’opposition métaphysique (ou « noomachique ») entre le Mythe et l’Utopie présente dans certains films : Zardoz (1974) de John Boorman, Cube (1997) de Vicenzo Natali ou Le Dernier Samouraï (2003) d’Edward Zwick. Dans ce film, le capitaine nordiste Nathan Algren, joué par Tom Cruise, s’inspire de l’histoire du Français Jules Brunet (1838 – 1911). Appelé à la fin de l’année 1866 au Japon afin d’instruire l’armée shogunale de Yoshinobu Tokugawa, Jules Brunet assiste à la défaite du dernier shogun. Au nom des valeurs martiales françaises, Brunet décide de rester au Japon et de conseiller les rebelles qui proclament une bien éphémère république d’Ezo sur l’île septentrionale de Hokkaïdo. Brunet n’est pas tout seul. Quatre autres officiers français encadrent et commandent les unités militaires indépendantistes. Belle preuve d’un idéalisme bien français!

En reconsidérant positivement le principe du Mythe, l’auteur se dresse contre « le titan utopiste [… qui] rejette les modèles, il les méprise et les piétine, il voudrait les “ vaporiser “, parce que telle est l’essence de l’horizontalité absolue ». Il reconnaît néanmoins de bonne grâce que  « les titans sont victimes de l’hybris, c’est-à-dire de l’arrogance qui s’empare de l’ego et lui laisse croire qu’il peut se substituer à l’ordre des choses, y compris au destin. C’est ainsi que les titans provoquent des désastres dans lesquels ils s’engloutissent, entraînant les autres avec eux ». Le mythe de l’Atlantide ne serait-il pas finalement un avertissement à la palingénésie titanesque propre aux hommes, surtout quand leurs intentions sont prométhéennes (et non faustiennes) ?

Gabriele Adinolfi ne cache pas agir pour « la restauration de l’Imperium, intérieur et par conséquent extérieur, et une action d’ordre sélectif afin de procéder à la qualification de nouvelles élites – destinées à se substituer à l’État dans des domaines auxquels celui-ci a renoncé en vue de la constitution et de l’organisation des autonomies et des coopérations sociales ». Probable lecteur attentif des Principi di scienza nuova du Napolitain Giambattista Vico (1668 – 1744) dont la clé de voûte sont les ricorsi, l’auteur, dans un formidable reconciliatio contrariorum pense que « les cycles héroïques, qu’ils soient historiques ou simplement d’ordre intérieur, ont quelque chose de commun avec le titanisme, notamment le vitalisme et le rejet de tout lien, mais ils l’emportent parce que celui qui les incarne possède une lumière intérieure qui en atteste l’origine divine, sacrée, et qui oriente nécessairement cette rébellion vers un re-volvere, vers une restauration ». Bien malgré lui, George Orwell a-t-il contribué au retour des Dieux ? Il serait alors souhaitable que le Mythe bâtisse sur les vestiges des utopies intemporelles délétères une eutopie enracinée de communautés humaines disciplinées et néo-archaïques.

GF-T 

Notes

1 : Thomas Renaud, George Orwell, Pardès, coll. « Que sais-je ? », 2022.

2 : Jean-Claude Michéa, Orwell, anarchiste tory, Climats, 1995.

3 : François Duprat, L'Internationale étudiante révolutionnaire, Nouvelles Éditions latines, 1969.

4 : dans La Tribune – Le Progrès du 29 août 2022.

5 : Paul Gottfried, Fascisme. Histoire d’un concept, L’Artilleur, 2022, pp. 177 – 178

6 : Ernst von Salomon, Le Questionnaire, Gallimard, coll. « Du monde                 entier », 1953.

7 : Ernst Jünger, L’État universel suivi de La mobilisation totale, Gallimard, coll. « Tel », 1990, pp. 27 – 28.

8 : Hervé Juvin, Chez nous ! Pour en finir avec une économie totalitaire, Nouvelle Librairie Éditions, coll. « Dans l’arène », 2022, p. 47.

9 : Idem, p. 16.

10 : Jacob Leib Talmon, Les origines de la démocratie totalitaire, Calmann-Lévy, coll. « Liberté de l’esprit », 1966.

11 : Gabriele Adinolfi, Pensées corsaires. Abécédaire de lutte et de victoire, Éditions du Lore, 2008, p. 94.

 

  • Gabriele Adinolfi, Mythe ou Utopie ? Une relecture verticale d’Orwell, La Nouvelle Librairie Éditions, coll. « Les idées à l’endroit », 2022, 326 p., 20 €.

mercredi, 10 août 2022

La période de crise va-t-elle déclencher une révolte contre les personnes au pouvoir ?

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La période de crise va-t-elle déclencher une révolte contre les personnes au pouvoir ?

Markku Siira

Source: https://markkusiira.com/2022/08/10/lietsooko-kriisiaika-kapinan-vallanpitajia-vastaan/

Dans le journal britannique Daily Telegraph, Sherelle Jacobs avertit ses lecteurs que nous vivons un été "avant la tempête". Qu'est-ce que le journaliste entend par là ? S'agit-il d'un autre canular de l'élite, préparant les gens aux temps instables à venir ?

Jacobs souligne que "les prix de l'énergie atteignent des niveaux sans précédent" et que "nous nous approchons de l'un des plus grands séismes géopolitiques depuis des décennies". Les bouleversements à venir sont "susceptibles d'être bien plus importants que les convulsions qui ont suivi la crise financière de 2008".

La crise qui se profile pourrait s'avérer "encore plus catastrophique que le choc pétrolier des années 1970". Les pays en développement ont déjà été touchés, avec des pannes d'électricité s'étendant de Cuba à l'Afrique du Sud. Le Sri Lanka n'est qu'un des nombreux pays à faible revenu dont les troubles en cours pourraient se répéter ailleurs.

"Mais l'Occident ne peut échapper à cette apocalypse", explique Sherelle Jacobs. En fait, l'Occident semble à bien des égards être au centre de ce chaos - et le Royaume-Uni peut-être au point zéro.

En Europe et en Amérique, selon Sherelle Jacobs, le "système des élites technocratiques complaisantes" s'effrite. Sa genèse, qui prédisait l'enchevêtrement glorieux des États-nations dans la gouvernance mondiale et les chaînes d'approvisionnement, est devenue une métaphore des dangers de la mondialisation.

Malgré les tentatives de dépeindre la guerre en Ukraine comme un cygne noir, la hausse des prix des matières premières dans un monde volatile était entièrement prévisible avant même l'opération spéciale de Poutine. Les gens se demandent pourquoi leurs dirigeants n'ont pas fait de plans d'urgence à temps. La crise économique était prévue avant même l'ère de l'urgence sanitaire.

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Sherelle Jacobs estime qu'il n'y a pas d'autre explication à ce fiasco que "des décennies d'hypothèses erronées et de faux pas politiques de la classe dirigeante". Personnellement, j'y vois aussi une planification consciente, mais les vrais coupables - les familles milliardaires avec leurs banques centrales et leurs sociétés d'investissement tout-puissantes - devront-ils rendre des comptes, ou leurs sous-fifres politiques seront-ils une fois de plus sacrifiés ?

Après la crise financière, les personnes au pouvoir ont à peine réussi à convaincre le public de se soumettre à la discipline de l'austérité et à convaincre les électeurs que "tout le monde" était en partie responsable de la crise et que chacun devait donc contribuer à redresser les torts. L'élite peut-elle échapper plus longtemps à la responsabilité ?

Comme le dit le vieil adage, "l'empereur n'a pas de vêtements". Les personnes au pouvoir n'ont tout simplement plus de message crédible, et réconfortant, à envoyer aux citoyens ordinaires face à l'adversité. La seule vision de l'avenir qu'ils ont pu proposer est un programme dystopique d'écologisation de la "neutralité carbone et du net zéro", qui pousse les politiques d'austérité et les biais de l'économie mondiale à un tout autre niveau.

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Faire activement campagne pour des bulles vertes spéculatives semble fou dans ce contexte. Il s'agit toutefois d'un programme parfaitement logique pour une élite déconnectée de la réalité et qui, en cas d'urgence, cherche à retirer littéralement les marrons du feu. Malgré ce que les militants d'Elokapina peuvent penser, le monde ne sera pas sauvé par l'action climatique finlandaise.

Il y a plusieurs pays où nous pourrions voir les premiers signes de révolte populiste. Les Allemands devront avaler l'humiliation nationale et des factures énergétiques plus élevées au nom des intérêts américains. Seul un libéral qui croit aveuglément au caractère merveilleux de l'atlantisme sera reconnaissant de devoir prendre des douches froides et pratiquer une politique étrangère et de défense anti-russe.

Selon certains analystes, la France, qui n'est pas étrangère aux manifestations et à la subversion, pourrait être le premier pays d'Europe à connaître des coupures de courant malgré son importante industrie nucléaire. Pour Sherelle Jacobs, en revanche, les choses en Grande-Bretagne "pourraient vraiment exploser", le Royaume-Uni devenant une île poudrière à mesure que l'inflation augmente.

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Les Britanniques ont reçu encore moins de soutien de leur gouvernement que les résidents des autres pays occidentaux. La réduction de cinq pence de la taxe sur les carburants est estimée être la deuxième plus faible en Europe. Entre-temps, l'Espagne a rendu de nombreux voyages en train gratuits jusqu'à la fin de l'année. La France a promis de nationaliser le géant de l'énergie EDF, qu'elle a déjà obligé à limiter les factures des consommateurs. Même ces mesures ne seront probablement pas suffisantes.

"Les futures hausses de prix seront si importantes que des millions de personnes pourraient tout simplement être incapables de payer leurs factures - y compris les retraités et les familles qui appartenaient jusqu'à présent à la classe moyenne", avertit Sherelle Jacobs.

La détresse à venir pourrait être un tournant, mais c'est ce que visent ceux qui ont l'intention de relancer l'économie mondiale. Nous avons à peine commencé à comprendre à quel point les prochaines années risquent d'être imprévisibles - et à quel point les gouvernements et les citoyens sont mal préparés à en affronter les conséquences.

"Gelez-vous les fesses pour l'Ukraine" l'hiver prochain et payez le prix de la démocratie et de la liberté, suggèrent les dilettantes nostalgiques de la politique de sécurité en Finlande, nostalgiques de la domination occidentale. En d'autres termes, rendez votre vie misérable au nom de la politique du grand pouvoir et des intérêts de l'élite financière, car il faut se débarrasser de la Russie. Les russophobes ne voient pas le tableau d'ensemble, dans lequel Poutine joue également son rôle dans la réinitialisation.

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"Si le sevrage de la Russie est si douloureux, comment allons-nous mettre fin à notre dépendance à l'égard des produits chinois bon marché ?" demande Sherelle Jacobs, qui partage le message de l'Establishment. Il omet de mentionner que l'"indépendance énergétique" de l'Europe et de la Grande-Bretagne est également une blague, car la même énergie est toujours achetée par des intermédiaires, mais à un prix plus élevé.

Le pronostic semble sombre, mais Sherelle Jacobs estime que nous avons peut-être entamé "le dernier acte d'un système économique en faillite". Une fois encore, il y a plus de questions que de réponses quant à notre avenir.

Est-ce que quelque chose va changer pour le mieux dans cette "réinitialisation du capitalisme" ? La monnaie numérique de la banque centrale fait son apparition. La période de crise conduira-t-elle à la redoutable éco-techno-dystopie ou à un nouveau départ, plus humain ?

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Les cercles capitalistes parviendront-ils à maîtriser l'effondrement qu'ils ont eux-mêmes provoqué, ou le pouvoir de l'argent finira-t-il par trébucher sur sa propre ingénierie? L'Union européenne va-t-elle s'effondrer alors que mon cauchemar d'un "ordre fondé sur des règles" touche à sa fin ? Aurons-nous besoin des troupes de l'OTAN pour garder les citoyens sous contrôle en pleine Grande Dépression ?

Que se passera-t-il si et quand les gens se réveilleront de la tromperie de la classe possédante ? Le nihilisme politique s'emparera-t-il de l'esprit des électeurs, même les plus loyaux ? Au moins, Sanna Marin a encore le temps de faire la fête au restaurant les soirs de fin du monde.

dimanche, 03 juillet 2022

Philip K. Dick et les pré-personnes

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Philip K. Dick et les pré-personnes

par Joakim Andersen

Source: https://motpol.nu/oskorei/2022/06/27/philip-k-dick-och-pre-personerna/

Philip K. Dick (1928-1982) est l'un des grands écrivains de science-fiction du 20ème siècle. Ses récits ont servi de base à un certain nombre d'adaptations cinématographiques interprétées de manière plus ou moins indépendante, notamment Blade Runner, Total Recall, The Man in the High Castle et Adjustment Bureau.

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Dick a posé des questions très pertinentes sur la vie dans la société moderne tardive, des questions au carrefour de la philosophie, de la théologie et de la politique, notamment sur la manière dont le pouvoir peut affecter la réalité et l'identité d'un individu. Il est intéressant de noter qu'en 1974, il a fait l'expérience de ce qu'il a décrit comme une communication divine, dont Dick a parlé dans la trilogie VALIS et ailleurs. Il est tout aussi intéressant de constater que la vision de la réalité de Dick, y compris VALIS ("Vast Active Living Intelligence System"), présente d'importantes similitudes avec la théorie de la réalité avancée par Christopher Langan dans son CMTU ("Cognitive-Theoretic Model of the Universe"). Il y a également des points de contact avec la pensée biocentrée de Ludwig Klages dans l'œuvre de Dick, dont un exemple est sa nouvelle de 1974 intitulée The Pre-Persons.

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Le point de départ du présent alternatif des dites pré-personnes est l'extension du droit à l'avortement des enfants qui sont sans âme, comme un compromis entre les chrétiens et les partisans de l'avortement. L'âme est supposée, encore une fois à titre de compromis, occuper le corps à l'âge de douze ans (ou plus tôt si une capacité mathématique plus avancée peut être démontrée). Avant cela, l'enfant est une "pré-personne" qui peut être enlevée par le fourgon d'avortement si les parents le souhaitent et adoptée ou tuée. Dans la nouvelle, nous suivons quelques personnes lors de la visite du van de l'avortement, dont un adulte qui exige d'y être embarqué en signe de protestation parce qu'il a oublié son algèbre et donc perdu son âme.

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L'expérience de pensée de Dick n'est pas littérairement la meilleure chose qu'il ait écrite, mais en tant que contribution au débat sur l'avortement, elle est utile. Ce n'est pas principalement en raison du message rationnel, qui explore les conséquences de la "pente glissante", mais c'est plutôt l'accent biocentrique de Dick sur l'impuissance des enfants à naître qui émeut le lecteur. Cependant, il ne se contente pas de cela, mais entreprend d'analyser la psychologie qui se cache derrière tout cela. Ici, il devient  politiquement incorrect pour du vrai, peut-être aussi extrêmement provocateur pour certains lecteurs. Dans la nouvelle, les pères s'opposent au phénomène de "l'avortement rétroactif", l'un d'eux développant une théorie sur les femmes qui se battent pour son maintien. En faisant clairement référence à sa propre femme, il exprime que "c'est un certain type de femme qui défend tout cela. On les appelait "les femelles castratrices". Un autre protagoniste met l'accent sur l'impuissance des cibles, "l'organisme qui est tué n'avait aucune chance, aucune capacité, de se protéger." Il développe plus loin : "Il y a plus de choses en jeu. La haine de quoi ? De tout ce qui pousse ?" Vous les flétrissez, pensa-t-il, avant qu'ils ne deviennent assez grands pour avoir du muscle et la tactique et l'habileté pour se battre."

Dans l'ensemble, il s'agit d'une théorie psychologique très sombre que Dick développe dans Pre-Persons, où l'une des forces motrices de la politique d'avortement est décrite comme la haine de l'enfant à naître et un désir pervers de pouvoir sur les personnes sans défense. Parmi les personnages du roman, il y a clairement un aspect de genre, avec une femme conformiste et émotionnellement perturbée et deux hommes plus attentionnés et libres-penseurs (un homme qui dit "je fais juste mon travail" fait également une apparition). Cependant, le transfert de l'instinct maternel aux hommes dans le roman ne semble pas être universel ; Dick décrit également une tendance sociétale plus générale dans laquelle "l'ancien puissant et mauvais" est opposé au "nouveau sans défense et doux". Il y a manifestement un aspect générationnel ici, Dick introduit également une discussion sur la société de compétition et comment elle a conduit à "une civilisation dans laquelle règne le désir des femmes de détruire les leurs". Ici, d'ailleurs, il se rapproche de Guy Debord, plus âgé, qui décrivait la société française comme hostile aux enfants. Le vieux situationniste écrivait à ce sujet que "les enfants sont encore aimés en Espagne, en Italie et en Algérie, et chez les Gitans. Pas souvent en France en ce moment. Ni les logements ni les villes ne sont faits pour les enfants. En revanche, la contraception est répandue et l'avortement est disponible."

Indépendamment de la façon dont nous jugeons la théorie psychologique de Dick, il est intéressant qu'il ait écrit une dystopie sur le sujet du moment, et notamment que dans un espace aussi limité, il ait pu inclure plusieurs fragments psychologiques et politiques originaux.

samedi, 11 juin 2022

Les 10 choses les plus inquiétantes et dystopiques proposées par le Forum économique mondial

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Les 10 choses les plus inquiétantes et dystopiques proposées par le Forum économique mondial

par Valerio Savioli

Source: https://www.ideeazione.com/le-10-cose-piu-inquietanti-e-distopiche-proposte-dal-world-economic-forum/

Quand on parle du Forum économique mondial (WEF), les antennes des conspirationnistes sont immédiatement mises en alerte, les articulations des déboulonneurs se raidissent, et ainsi, tandis que le terrain se divise en camps, tendant très souvent à la simplification et à l'étiquetage du camp adverse, l'histoire suit son cours, gouvernée, qu'on le veuille ou non, par les centres de pouvoir.

Ceux-ci, depuis quelque temps, n'ont plus besoin de se cacher, c'est plutôt le contraire: ils se réunissent publiquement dans la charmante ville suisse de Davos, d'où ils peuvent expliciter en toute bonne conscience leur vision du monde.

Leur existence et leur persistance ne peuvent que bénéficier des soi-disant "théories du complot", qui sont souvent otages de la dialectique et de la paranoïa du syndrome d'encerclement. Mais nous le savons bien: un vrai théoricien de la conspiration pense que la conspiration elle-même est une conspiration contre lui.

Les conspirationnistes sont peut-être, pour ne citer qu'eux, des auteurs aussi différents que C. Lasch, N. Chomsky mais aussi les anciens tels M. Weber, V. Pareto, G. Mosca et R. Michels sans oublier M. Foucault mais aussi les théoriciens de la propagande et de son utilisation. Tous les théoriciens de la conspiration ouverts et/ou alternatifs.

Et si c'était la réalité des choses - bien que le concept de réalité soit en cours de redéfinition - qui nous jetait son caractère inéluctable à la figure ? Facile, nous n'avons qu'à attendre la prochaine conspiration.

Lorsque nous parlons d'élites mondiales - et nous le faisons souvent - nous entendons ce cercle de pouvoir capable d'assumer une quantité et une qualité de pouvoir telles qu'elles peuvent affecter l'évolution historique au moins du présent. À première vue, cela peut sembler excessif, mais la concentration économique-financière, culturelle-idéologique et politique résumée dans ces personnalités et leurs entreprises et associations, peut facilement résumer une "puissance de feu" définissable comme étant "de quantification complexe" mais selon toute vraisemblance supérieure, en termes de résultats pratiques, même au travail potentiel de certaines nations individuelles. Si l'on ajoute à cela le besoin, non seulement de contrôle (voir le système de crédit social) et de supervision, mais aussi de prévision du comportement des individus, il est bien évident que le monde de demain est déjà parmi nous.

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A la page 34 (sur 58) de la liste des participants à la réunion Davos 2022: de grands noms, de grandes entreprises, une grande influence.

Et ce sont les élites elles-mêmes qui ne font pas mystère de leurs objectifs. Voici les dix prises de position publiques les plus controversées, recueillies par vigilantcitizen :

10) Les gouvernements de plus en plus intrusifs

Nous pourrions dire beaucoup de choses de Klaus Schwab, le fondateur et actuel président exécutif du FEM (Forum Economique Mondial), c'est qu'il n'est pas spécialement un amoureux de la démocratie et, nous aimerions ajouter, bienheureux celui qui croit au système démocratique en soi, à qui, avant de recommander les essais de célèbres critiques de la démocratie, nous recommandons de lire les écrits du président du FEM lui-même. Cela dit, Schwab lui-même considère la démocratie comme un obstacle à surmonter pour arriver à un monde entièrement globalisé soumis à un ordre supranational: selon Vigilantcitizen, dans le rapport même intitulé Global Redesign de 2010, on trouve le postulat suivant énoncé par le fondateur du FEM: "un monde globalisé est mieux géré par une coalition auto-sélectionnée de sociétés multinationales, de gouvernements (y compris à travers le système des Nations Unies) et d'organisations sélectionnées de la société civile. [...] Les gouvernements ne sont plus les acteurs dominants de la scène mondiale, le temps est venu d'un nouveau paradigme de la gouvernance internationale par les parties prenantes".

En reprenant les mots prononcés par Schwab en 2017 à la John F. Kennedy School of Government de Harvard, concernant les relations directes avec les dirigeants des pays les plus influents du monde :

"Je dois dire, lorsque je cite des noms, comme Mme (Angela) Merkel et même Vladimir Poutine, etc., qu'ils étaient tous des Young Global Leaders au Forum économique mondial. Mais ce dont nous sommes très fiers aujourd'hui, ce sont les jeunes générations, comme le premier ministre [Justin] Trudeau, le président de l'Argentine, etc. Entrons dans les arcanes [dans les endroits qui comptent n.d.a.]. Donc, hier, j'étais à une réception pour le premier ministre Trudeau et je sais que la moitié de son cabinet, ou même plus de la moitié de son cabinet, est constituée en fait de Young Global Leaders du Forum économique mondial. (...) C'est vrai en Argentine et c'est vrai en France, avec le Président - un Young Global Leader [1]".

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9) Contrôler les esprits grâce aux ondes sonores

Dans l'article cité par vigilantcitizen, la technologie serait présentée comme un traitement possible des maladies de Parkinson et d'Alzheimer. Toutefois, l'article précise également qu'il "peut guérir, peut créer une dépendance et peut tuer". Il peut également être utilisé pour contrôler complètement l'esprit d'une personne, à distance. L'article citant une interview d'Antoine Jerusalem, professeur de sciences de l'ingénieur à l'Université d'Oxford déclare ce qui suit :

"Je vois venir le jour où un scientifique sera capable de contrôler ce qu'une personne voit dans son esprit en envoyant les bonnes ondes au bon endroit dans son cerveau. Je pense que la plupart des objections seront semblables à celles que nous entendons aujourd'hui à propos des messages subliminaux dans les publicités, mais beaucoup plus véhémentes. Cette technologie n'est pas sans risque de mauvaise utilisation. Il peut s'agir d'une technologie de santé révolutionnaire pour les malades ou d'un outil de contrôle parfait avec lequel les impitoyables contrôleront les faibles. Cette fois, cependant, le contrôle serait "littéral [2]".

En ce qui concerne l'utilisation, également militaire, des ondes sonores, la discussion approfondie proposée par Gianluca Nicoletti dans son émission Melog en novembre 2021, avec les invités Bruno Ballardini et Enrico Verga [3], est intéressante.

8) Pilules et micro-puces

Comme si les ondes sonores capables de contrôler à distance son voisin n'étaient pas déjà suffisantes, nous voilà repartis avec l'un des chevaux de bataille les plus utilisés, des deux côtés du débat, ces dernières années: la puce électronique. Bien que ces derniers mois, elle ait été discutée avec plus d'insistance - vous pardonnerez le réflexe pavlovien qui nous ramène à Overton et à ses fameuses théories - elle a également été discutée au FEM et l'auteur du discours (dont la vidéo est jointe) n'est pas un nom nouveau: Albert Bourla, actuel PDG de Pfizer (pour être sûr que les déboulonneurs diligents ne manquent rien) :

"La FDA a approuvé la première 'pilule électronique', si je peux l'appeler ainsi. Il s'agit essentiellement d'une puce biologique qui se trouve dans le comprimé, et une fois que vous prenez le comprimé, qui se dissout dans votre estomac, elle envoie un signal indiquant que vous avez pris le comprimé. Imaginez donc les applications possibles. Les compagnies d'assurance sauraient que les médicaments que les patients sont censés prendre, ils les prennent réellement. C'est fascinant ce qui se passe dans ce domaine [4]".

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7) Soutien aux mesures de confinement

Déjà la pensée que des termes sémantiquement aussi violents que "lockdown" ou "confinement" aient été intériorisés par chacun d'entre nous devrait au moins nous interpeler, avant d'aller plus loin, quant à l'ampleur réelle de la communication anxiogène à laquelle nous avons été soumis ces deux dernières années. "Lockdown" est un terme qui signifie "le confinement des prisonniers dans leurs cellules, généralement pour reprendre le contrôle pendant une émeute".

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Les confinements de 2020 et 2021 ont été soumis à de nombreuses études qui soutiennent leur futilité absolue sur le plan social et sanitaire. Il s'avère que la seule utilité réelle, même avec du recul, a été de frapper socialement et économiquement les pays et les populations qui les utilisaient le plus, y compris les nôtres, en Europe. Malgré tout cela, le FEM n'a pas pu cacher son appréciation de ces mesures dévastatrices. Une vidéo a été publiée et titrée de façon surréaliste: "Les confinements améliorent tranquillement les villes du monde entier [5]".

Nous vous laissons le soin de faire quelques remarques sur les théories malthusiennes et le radicalisme écologique, clairement évidentes dans ces quelques secondes de l'enregistrement, secondes qui ont ensuite été supprimées du site web du FEM, suite à une vague de controverse.

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En parlant de radicalisme écologique, c'est l'actuel président du groupe Alibaba J. Michael Evans (photo, ci-dessus) qui, lors de la réunion Davos 2022, a parlé d'un traceur (tracker) individuel qui surveillerait ce que l'on achète, ce que l'on mange et où et comment l'on se déplace [6].

6) Un aperçu de l'avenir

Fin août 2021, le FEM a publié sur son site web une autre vidéo intitulée "a glimpse of the future" ("un bref regard sur le futur"), dans laquelle il présente le monde de demain que même les pires dystopies n'auraient pu imaginer: du travail à domicile, à la redéfinition urbaine de quartiers capables de nous offrir tout ce dont nous avons besoin - étant donné que le bureau pourrait définitivement perdre la valeur qu'il avait jusqu'à présent - la "cuisine fantôme", ou plus simplement l'explosion des livraisons à domicile, l'identification numérique du rythme cardiaque - "La NASA a inventé un système capable de vous identifier par votre rythme cardiaque à l'aide d'un laser" - , la reconnaissance faciale - qui serait toutefois un peu délicate, car il y a plus de masques que de personnes dans la vidéo -, la relation entre la technologie numérique et l'apprentissage pour les plus jeunes, car il n'y a rien de mieux que de développer l'apprentissage et la sociabilité en restant assis pendant des heures devant un écran, le FEM espère une future hybridation entre l'enseignement à domicile et l'école traditionnelle, ou ce qu'il en reste.

La vidéo se termine par une question qui ressemble davantage à une menace : "ce que la pandémie a changé (sic !), aimeriez-vous le rendre permanent ?"

Votre réponse.

5) La poussée pour une Grande Réinitialisation

Le fait que la pandémie ait été une occasion de changement est clair d'après ce qui précède, mais il ne s'agirait pas seulement d'une simple occasion de remodeler notre vie quotidienne mais aussi, littéralement, de restructurer l'ensemble de la structure mondiale et ses principes post-capitalistes. Une fois de plus, nous fournissons un compte-rendu vidéo officiel [7] destiné à démystifier, de manière parfois surréaliste et controversée, les théories conspirationnistes existantes sur le Great Reset (dans ce cas, le copyright sur le terme leur revient ! ), mais dire la vérité produit l'effet inverse, à savoir : "nous le faisons, que cela nous plaise ou non".

Vers la fin, le narrateur prononce cette phrase énigmatique: "et il s'agit de mettre les bonnes personnes au bon endroit et au bon moment".

Est-ce là le véritable visage de la post-démocratie ? La domination des élites technocratiques dont la genèse est récemment relatée par le professeur Lorenzo Castellani dans deux tomes clairement rédigés et didactiquement efficaces.

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Ils sont si avancés dans leur processus qu'ils n'ont même pas besoin de demander la permission, mais au moins ils se sont montrés.

4) Recalibrer la liberté d'expression

Il s'agit d'un autre sujet longuement débattu dans l'Occident dit libéral, qui non seulement perd la face avec l'affaire Assange, mais ne manque pas non plus l'occasion de faire la leçon aux pays qui ne sont pas suffisamment libres et démocratiques, tout en s'empressant de mettre en place des commissions et des organismes de contrôle destinés à restreindre le débat sur Internet, un lieu identifié à l'origine comme un espace véritablement libre et potentiellement révolutionnaire.

Au cours du forum de Davos de 2022, Julie Inman Grant (ci-dessous), commissaire australienne à la cybersécurité, a plaidé pour un "recalibrage de la liberté d'expression [8]", les prétextes invoqués étant, bien entendu, la violence (verbale) en ligne. À cet égard, nous vous proposons de revenir, l'espace d'un instant, à la génération des flocons de neige américains, à leur besoin d'espace sécurisé et, enfin, à l'ouvrage "The Cult of Whining". Le pas vers la censure, la suppression des statues et la modification ou la suppression même de certains termes à considérer comme interdits est court et a pour but précis d'altérer la réalité.

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Voici les mots prononcés par Grant :

"Nous sommes dans un endroit où nous avons une polarisation croissante partout et tout semble binaire alors que cela ne doit pas l'être. Je pense donc que nous allons devoir penser à recalibrer toute une série de droits de l'homme qui arrivent en ligne. Vous savez, de la liberté d'expression à la liberté d'être libre de la violence en ligne."

3) Le suivi des vêtements

Comme l'affirme encore vigilantcitizen, qui y voit un suivi supplémentaire des individus, en utilisant l'environnement comme excuse, le FEM a annoncé l'arrivée de vêtements dotés de "passeports numériques" qui peuvent être suivis à tout moment. Soutenus par Microsoft, ces vêtements vont apparemment inonder le marché d'ici 2025.

Selon le FEM, ces puces permettront aux marques de mode de revendre leurs vêtements. Je n'ai aucune idée de la façon dont cela pourrait fonctionner. Le même clip [9] accuse l'industrie de l'habillement d'être responsable d'une quantité importante de la pollution environnementale, jusqu'à 10 % des émissions de Co2, soit plus que ce qui est produit par les transports aériens et maritimes réunis. Comme environ 60 % des vêtements finissent dans les décharges en raison de l'achat compulsif de nouveaux vêtements, la solution serait de les remettre en circulation, dans une perspective d'économie circulaire, certifiée par un code Qwerty ou une puce capable d'offrir des détails sur le vêtement lui-même.

2) Les smartphones feront partie de votre corps

Si vous décidez de ne pas faire partie de l'économie circulaire vertueuse de l'industrie de la mode du futur, sachez qu'il vous sera tout de même difficile de ne pas faire partie de ce que Shoshanna Zuboff dans son excellent " Capitalisme de surveillance " a déjà illustré : l'extension capillaire du contrôle de chaque individu sur terre par le nouveau et ultime capitalisme, capable de se marier très bien aussi avec le courant transhumaniste.

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Nous sommes encore au Forum de Davos en 2022, où Pekka Lundmark, l'actuel PDG de Nokia, affirme que d'ici 2030, les smartphones seront implantés directement dans notre corps [10].

1) "Vous n'aurez rien et serez heureux".

9788884746283.jpgUn des mantras les plus répétés de ces dernières années, l'étape finale ( ?) du capitalisme tel que nous l'avons connu jusqu'à présent et dont la genèse et la dérive terminale sont magistralement décrites par Paolo Borgognone dans son dernier texte "Goodbye Globalism [11]". À l'époque, une vidéo a également été publiée (la énième) avec de nombreux jeunes gens enthousiastes pour un avenir libéré des responsabilités de toute propriété privée, un avenir artefactuel, constellé de sourires troublants, où nous n'aurons rien et serons heureux.

En utilisant les mots du site web du FEM d'Ida Auken, une parlementaire danoise :

"Je ne possède rien. Je ne possède pas de voiture. Je ne possède pas de maison. Je ne possède pas d'appareils ménagers ni de vêtements. Le shopping est un lointain souvenir dans la ville de 2030, dont les habitants exploiteront l'énergie propre et emprunteront ce dont ils ont besoin à la demande. Cela ressemble à une utopie, jusqu'à ce que cet habitant dise que chacun de ses mouvements est tracé et que des pans entiers de mécontentement vivent en dehors de la ville, la vision ultime d'une société divisée en deux".

La dystopie est servie.

Par nos maîtres.

Notes:

[1] https://twitter.com/megami_shiawase/status/14857474415886...

[2] https://web.archive.org/web/20181107172700/https://www.we...

[3] https://www.radio24.ilsole24ore.com/programmi/melog/punta...

[4] https://www.youtube.com/watch?v=1NR1b2NmD4A&ab_channe...

[5] https://www.youtube.com/watch?v=fb6U8xkn8jM&ab_channe...

[6] https://twitter.com/AndrewLawton/status/15290451887649218...

[7] https://www.youtube.com/watch?v=uPYx12xJFUQ&ab_channe...

[8] https://twitter.com/AndrewLawton/status/15287799666447319...

[9] https://www.youtube.com/watch?v=h8SWY6_b67A&ab_channe...

[10] https://www.youtube.com/watch?v=LJpBJAHqY0M&ab_channe...

[11] https://ilcerchio.it/goodbye-globalism-le-origini-sociopo...

12:40 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : davos, forum économique mondial, dystopie | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

dimanche, 10 avril 2022

"1984" - un classique repaginé avec un peu de retard

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1984 - un classique repaginé avec un peu de retard

Par Josh Del Castillo

Source: https://jornalpurosangue.com/2022/03/13/1984-um-classico-repaginado-e-com-um-pouco-de-atraso/

Je commence ce court essai en "faisant la pluie et le beau temps", en dessinant un scénario de durma concentrique, du plus petit cercle au plus grand.

Pour ce faire, il faut commencer par comprendre que le groupe Globo, et l'ensemble des grands médias brésiliens, est le porte-parole de notre ennemi, je veux dire, de l'ennemi du peuple brésilien. Cet ennemi ne veut pas que notre peuple soit bien nourri, qu'il vive dans la dignité, qu'il ait accès à de bons emplois, à des logements décents, à des informations de qualité, rien de tout cela. Cet "ennemi" veut que nous soyons exactement là où nous sommes: à genoux, quémandant une opportunité d'être exploités par l'une de ces grandes technologies de livraison de snacks, ou par une autre de transport privé, dont le seul coût est de faire fonctionner un programme informatique, et de centraliser les paiements. Le coût opérationnel réel est supporté par les "collaborateurs".

Notre "ennemi", celui qui paie les agendas de nos grands médias, a aujourd'hui déjà le pouvoir de fixer les règles, via des algorithmes, pour notre accès à l'information également en dehors des grands médias. Et elle utilise également son énorme pouvoir économique pour filtrer les informations qui doivent ou ne doivent pas atteindre nos serveurs Internet.

En bref, il existe un nombre infini de possibilités de manipulation de la perception de la réalité qui sont connues aujourd'hui, et qui sont étudiées depuis des décennies. George Orwell nous alertait déjà dans le classique 1984, dans lequel il défendait la thèse qu'un nouveau paradigme linguistique était en train de s'installer dans le monde afin, en subvertissant le sens des mots, de tenir en laisse tous les peuples de la Terre par un pouvoir universel. Peut-être la réalité de 1949 l'a-t-elle poussé à réaliser que ce "pouvoir universel" serait un type de gouvernement mondial absolutiste basé sur le modèle de l'"État-nation" qui a conduit le monde au chaos au début du 20e siècle. Mais ce concept s'est en quelque sorte adapté au cours du 20e siècle et au début du 21e, et se rapproche aujourd'hui du concept décrit par John Perkins : "Corporatocratie" - un immense cartel de sociétés géantes qui contrôlent des gouvernements fantoches dans des pays puissants, de sorte que ceux-ci agissent comme leurs mandataires.

9780452289574.jpgSans tomber dans le piège du marécage des théories conspirationnistes farfelues qui, à dessein, envahissent les réseaux, il y a lieu de se méfier de toute "unanimité" voulue, surtout lorsqu'elle est imposée par ces mêmes dirigeants fantoches d'en haut, ainsi que ces mêmes médias alignés sur ces mêmes intérêts corporatifs du grand cartel.

Mise en lumière pour cette diffusion relativement récente de théories folles qui vont des terraplanistes aux Antivaccins, en passant par la paranoïa de la "domination des êtres non-humains perpétuée dans les castes supérieures de la société mondiale que l'on souhaite faire un Empire mondial de soumission de la vraie race humaine" (désolé, mais c'était le meilleur résumé que je pouvais faire).

On doit également soupçonner que l'incitation souterraine à ce que de telles insanités occupent l'espace dans les réseaux peut aussi être une stratégie pour plâtrer le débat sur tout ce qui a été dit (ou écrit) dans les paragraphes précédents. C'est-à-dire que lorsque quelqu'un, doté d'une capacité d'analyse standard, commence à rassembler les pièces du puzzle et à tisser quelques critiques au schéma de domination que l'on peut observer au bout de l'horizon, cette personne est automatiquement associée à ces théories insensées - tant par les algorithmes que par la "location de plumes" sur les réseaux (et, croyez-moi, aujourd'hui, il est très bon marché de louer des profils sur les réseaux, précisément à cause du scénario de précarité décrit plus haut).

Il est triste et frustrant de devoir assister à la réalisation d'une œuvre dystopique de science-fiction.

Il se peut que certaines des prémisses décrites dans 1984 aient été un peu retardées, précisément parce que ce monde bipolaire de la guerre froide ne permettait pas aux deux camps de laisser l'autre percevoir l'intrigue et de s'en servir pour discréditer l'autre. Mais lorsque l'un des pôles a littéralement fondu, l'autre s'est senti libre de, selon les mots du personnage "Brain" de WB, "dominer le monde".

Mais, comme le disait une de nos vieilles connaissances, une référence dans l'analyse du matérialisme dialectique: pour chaque thèse, il y aura toujours son antithèse. Les Chinois y ont pensé il y a des millénaires: chaque Ying a son Yang. C'est pourquoi je dis que nous vivons aujourd'hui une exposition inconfortable de l'antithèse géopolitique à la thèse établie. Ce n'est peut-être pas l'antithèse que voulaient nos théoriciens sociaux, mais c'est celle que l'Histoire a construite.

Et, au terme de cette longue et fastidieuse explication, il est possible de conclure que: s'il subsiste un doute sur le fait que la Thèse géopolitique actuelle est la raison principale de tous les obstacles au développement de la qualité de vie de notre population, pourquoi tant d'efforts pour nous faire haïr l'Antithèse qui se présente ? En bref: ni la Russie ni la Chine, au cours de leurs millénaires d'histoire, n'ont jamais levé le petit doigt pour nuire à notre mode de vie, elles n'ont jamais fomenté un seul coup d'État ni intervenu dans une région qui n'était pas strictement adjacente à leurs territoires, elles n'ont jamais colonisé, réduit en esclavage ou encouragé le génocide sur les continents africain ou américain. C'est tout le contraire des États-Unis et de leurs alliés en Europe occidentale.

Mais, toute cette structure médiatique assemblée avec toute cette puissance mondiale a pour principale raison de pousser les gens à nourrir de la haine pour ceux qui ne leur ont jamais fait de mal et à idolâtrer comme des héros leurs bourreaux récurrents. Car pour diffuser la vérité, il n'est pas nécessaire de la répéter 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, dans tous les médias disponibles. La vérité se suffit à elle-même. C'est le mensonge qui doit être soutenu en permanence, car s'il demeure seul, il tombera fatalement.

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samedi, 11 septembre 2021

Douze œuvres de science-fiction qui ont préfiguré la grande réinitialisation

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Raphael Machado:

Douze œuvres de science-fiction qui ont préfiguré la grande réinitialisation

Ex: http://novaresistencia.org/2021/09/08/12-obras-de-ficcao-cientifica-que-prenunciaram-o-grande-reset/

Le Great Reset est le projet de restructuration économique mondiale et d'ingénierie sociale annoncé par le Forum de Davos l'année dernière, en pleine pandémie. Dans le cadre de son programme, nous avons le capitalisme vert (qui implique la privatisation de la nature), le remplacement à grande échelle des travailleurs par des machines, l'intensification de la précarisation du travail, la promotion du génie génétique et du transhumanisme, et diverses autres idées, toutes au profit des milliardaires et de la destruction inéluctable de l'humanité. Mais la Grande Réinitialisation a été annoncée, tout au long des XXe et XXIe siècles, par des pronostics que l'on repère dans la littérature de science-fiction. Plus que de simples fantasmes lysergiques ou des divertissements puérils, nombre des ouvrages que nous énumérons ici se sont révélés être de véritables manuels de l'élite mondiale.

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12 - Le Camp des Saints (Jean Raspail)

Le Camp des saints, de l'écrivain français Jean Raspail, dûment primé et décédé en 2020, est probablement le point le plus politiquement incorrect et le plus controversé de notre liste. Publié en 1973, Le Camp des saints relate le voyage simultané de centaines d'immenses navires, chacun chargé de milliers ou de dizaines de milliers d'immigrants, du tiers-monde vers l'Europe. Dans les capitales européennes, une élite complaisante et aliénée, dotée d'une "mauvaise conscience", célèbre l'arrivée des immigrants comme une "rédemption" pour le passé.

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Sur les plages du sud de l'Europe, la population autochtone fuit de peur. Les soldats, sans la fibre morale de leurs ancêtres et sans soutien politique ou médiatique, désertent et fuient face à l'invasion. Les hordes invasives refusent de s'intégrer, elles pillent, assassinent les indigènes et continuent d'exiger un niveau de vie digne du premier monde, soutenues dans les rues par des mouvements anarchistes. En quelques jours, tous les gouvernements européens capitulent, les nouveaux arrivants deviennent la majorité de la population en l'espace de quelques mois, et les familles blanches sont contraintes de partager leur foyer avec des immigrants. Le livre est écrit comme s'il s'agissait du journal d'un personnage qui se serait réfugié en Suisse, le seul pays qui n'a pas encore ouvert ses frontières, et qui est condamné et sanctionné par tous les autres pays occidentaux jusqu'à ce qu'il ouvre enfin ses frontières lui aussi. Une vision dystopique véritablement prophétique, et pour cette raison même, condamnée et attaquée de manière de plus en plus fanatique au fil du temps.

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11 - Soft City (Hariton Pushwagner)

Soft City, bande dessinée légendaire de l'icône du pop art norvégien Hariton Pushwagner, offre une vision de la massification titanesque de la vie dans une mégalopole moderne. L'œuvre a été perdue peu après son achèvement en 1975 et n'a été retrouvée, dans un grenier, qu'en 2002. Écrit et dessiné entre (et pendant) des trips de LSD, Soft City dépeint une journée dans une mégalopole d'un futur (ou d'un présent ?) dystopique. Des bâtiments immenses, massifs et impersonnels dominent le paysage, avec des millions de personnes, plus ou moins identiques, vivant un quotidien plus ou moins identique et répétitif, comme des fourmis qui vivent pour travailler, manger, procréer et dormir, et regarder la télévision entre les deux. Pour maintenir la population satisfaite et conforme, des pilules et un régime alimentaire conçus pour éliminer toute dissidence et dissoudre tout sens de la personnalité. Rappelant des œuvres cinématographiques telles que Metropolis de Fritz Lang ou Les temps modernes de Charles Chaplin, Soft City reflète la banalité et l'aliénation de la vie quotidienne qui est la nôtre (ou du moins qui l'était, jusqu'au confinement perpétuel), démontrant que le futur dystopique tant redouté par les visionnaires du début et du milieu du XXe siècle est déjà là.

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10 - Fahrenheit 451 (Ray Bradbury)

Fahrenheit 451 est l'œuvre la plus célèbre de l'écrivain américain Ray Bradbury, peut-être le principal responsable de la promotion de la science-fiction comme haute littérature, et non plus comme épra-littérature". L'œuvre a été écrite en 1953, en pleine période de persécution idéologique du maccarthysme. Mais si, à première vue, il semble qu'il traite principalement des dangers de la censure d'État, et c'est dans ce sens qu'il est diffusé aujourd'hui, ce n'est pas ce que Bradbury avait l'intention d'aborder avec ce livre. En fait, si Fahrenheit 451 ne portait que sur la censure d'État, l'œuvre ne mériterait même pas d'être mentionnée ici. Dans l'univers construit par Bradbury, l'humanité se désintéresse tout simplement des livres avec l'avènement de la télévision. Pour aggraver les choses, tous les pays deviennent tellement "diversifiés" qu'il n'y a tout simplement plus de majorités, seulement des minorités partout. Chacune de ces minorités se sent offensée et agressée par certaines choses, et elles exigent toutes des coupes dans les oeuvres, une censure permanente et des révisions "politiquement correctes" des créations littéraires. Pour faire face à cette situation, et pour concurrencer la télévision, les livres sont de plus en plus abrégés, au point de ne plus contenir de récits, mais seulement des résumés de faits. Ce n'est qu'après tout cela que le gouvernement commence à utiliser les services des pompiers pour brûler de vieux livres, offensants pour les minorités, et sur la base des plaintes des voisins. Et rien de tout cela n'est une "interprétation". Ray Bradbury a littéralement dit que Fahrenheit 451 traitait des dangers du politiquement correct et de l'hégémonie des minorités lors d'interviews dans les années 1990 et la première décennie du nouveau millénaire.

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9 - Neuromancien (William Gibson)

L'un des pères de la littérature dystopique cyberpunk, Neuromancer est probablement la principale œuvre responsable des visions d'un avenir dans lequel l'humanité vit connectée à des appareils de simulation collective de la réalité. En ce sens, le classique de William Gibson a donc été la principale influence littéraire de la série de films Matrix des frères Wachowski. Avec une étrange prescience, Gibson a inventé en 1982 le concept de cyberespace, comme une hallucination collective consensuelle avec un arrière-plan technologique, qui n'est devenu que récemment l'objet de réflexions stratégiques et géopolitiques et un nouveau champ de bataille dans les opérations de guerre hybride des grandes puissances. Le monde de Neuromancer est une désolation urbaine d'immeubles couvrant toute la planète, où il n'y a que des super-riches et des travailleurs précaires, les deux classes "améliorées" par des implants cybernétiques, soit dans des hôpitaux de luxe, soit dans des cliniques clandestines. Dans ce monde entièrement contrôlé par des méga-corporations transnationales sans visage, les hackers agissent comme des mercenaires dans des guerres secrètes privées. C'est un monde entièrement homogénéisé, pasteurisé, standardisé et nivelé par l'accélération de la mondialisation, avec une population nomade et mixte entièrement dépendante de la technologie et totalement ensorcelée par les stimuli hormonaux dérivés d'une réalité virtuelle à laquelle on accède par des implants. Impossible de ne pas être troublé par les parallèles avec notre monde et, pire, avec le monde que le Forum économique mondial veut instaurer par le biais du Great Reset.

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8 - Transmetropolitan (Warren Ellis)

Histoire d'un journaliste indépendant, en guerre contre le gouvernement, les médias et les institutions, Transmetropolitan se déroule dans un avenir lointain où les mégapoles s'étendent sur la majeure partie de la surface de la planète et où la technologie est si avancée qu'elle permet le clonage de masse et toutes sortes de manipulations génétiques. L'humanité se dégrade dans la même mesure, inversement proportionnelle, que la technologie progresse. Dotée d'une mémoire et d'une capacité d'attention très courtes et d'un goût pour l'iconoclasme aveugle, la société humaine suit des modes allant des implants pour ressembler à des extraterrestres à la consommation de chair humaine génétiquement modifiée. Le protagoniste, Spider Jerusalem, est un anarchiste sociopathe toxicomane, clairement inspiré de Hunter S. Thompson, qui lance une enquête sur le président qui révèle d'immenses systèmes de corruption et qu'en fait, le politicien en question ne voulait se faire élire que parce qu'il détestait le peuple et voulait faire de sa vie un enfer. Contre un gouvernement corrompu et un peuple apathique qui ne se soucie que de satisfaire ses propres désirs éphémères, l'arme de la vérité.

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7 - La machine s'arrête (Edward Morgan Foster)

Dans la liste que nous établissons ici, c'est probablement notre lecture la plus sombre et peut-être aussi la plus dérangeante. The Machine Stopped est une nouvelle publiée en 1909 par Edward Morgan Foster, nominé 16 fois pour le prix Nobel de littérature, et surtout connu pour son œuvre A Passage to India, qui a été adaptée au cinéma par David Lean et a remporté deux Oscars. Avec un peu plus de cent ans d'avance, Foster envisageait un avenir d'isolement individuel absolu, où chaque personne vivrait dans des cubicules hexagonaux, sans jamais voir ni avoir de contact personnel avec un autre être humain. Dans ce futur, une immense machine mondiale connecte tous les individus dans un réseau de communication vidéo. Les boutons donnent accès aux produits de première nécessité tels que la nourriture, les vêtements et les divertissements, et pratiquement tout le monde se satisfait de cette existence sans contact humain, sans effort et sans accès au plein air et à la nature.

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Pourquoi vivent-ils tous dans ces cubicules souterrains ? Car selon les autorités, le monde extérieur est inhabitable et il n'est pas possible de respirer l'air de la surface. Les personnes ne doivent pas non plus avoir de contact avec d'autres personnes, en raison du risque de contamination. Le protagoniste est un homme insatisfait et non conformiste, qui prend la difficile décision d'abandonner le confort et la sécurité de son box pour s'échapper de la Machine et s'aventurer dans le monde extérieur, qu'il découvre non seulement habitable mais aussi doté de paysages de nature luxuriante.

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6 - 1984 (George Orwell)

Probablement le titre le plus célèbre de notre liste et, à notre avis, injustement considéré comme le récit dystopique qui ressemblerait le plus à notre présent (ou futur proche). Néanmoins, 1984 reste un classique et une œuvre très intéressante de George Orwell. Nous osons faire une interprétation de cette œuvre qui va au-delà de la surface. La droite admire la littérature orwellienne parce qu'elle a construit le fantasme qu'il est un auteur anticommuniste et que cela suffit (tout comme ils ont falsifié Soljenitsyne). La réalité est que, avec ses nuances (et nous nous référons ici à la notion que le monde d'aujourd'hui doit plus à la dystopie huxleyenne qu'à la dystopie orwellienne), le totalitarisme décrit par Orwell, avec ses éléments de nouveaux riches et de double langage, est pleinement et exactement réalisé dans notre société occidentale globale, libérale et unipolaire. La "désidéologisation" post-libérale qui a lieu dans les années 1990 a précisément pour outil la construction progressive d'un "code linguistique" qui sert à délimiter les positions entre amis et ennemis. Ce "code linguistique" est précisément ce que l'on appelle aujourd'hui le "politiquement correct".

Le politiquement correct est exactement le code linguistique du post-libéralisme (c'est-à-dire du libéralisme dans sa phase postmoderne). Il appelle l'avortement "avortement" et les coupes sociales "réforme". Elle donne à sa dictature mondiale le terme de "gouvernance" et appelle la guerre des sexes et la dé-féminisation des femmes "autonomisation". Les bombardements et les coups d'État sont appelés "interventions humanitaires", tandis que des mots comme "patrie", "virilité" et autres sont interdits ou ridiculisés. La précarisation des relations libérales est appelée "flexibilisation", tandis que les ennemis sont paralysés, effrayés ou réduits au silence par des "mots-clés" tels que "macho", "fasciste", etc. Quelles que soient les intentions d'Orwell, sa dystopie se déroule précisément dans la société ouverte, aux antipodes du fascisme et du communisme. Et c'est là, dans cette imprévisibilité de la réalisation de la prédiction, dans la fuite au-delà des intentions conscientes de l'artiste, que nous voyons comment l'œuvre d'art, lorsqu'elle est vraiment grande, devient beaucoup plus grande que son créateur.

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5 - The Private Eye (Brian K. Vaughan)

The Private Eye de Brian K. Vaughan est présent sur un mode inhabituel dans notre liste. Alors que la plupart des autres œuvres de la liste traitent du rôle croissant de l'internet et de la virtualisation de la vie, The Private Eye traite d'un avenir post-internet. Dans un futur dystopique où l'humanité est entièrement dépendante de l'internet, des médias sociaux et des nuages de stockage de données, un événement aux proportions apocalyptiques surnommé "Cloud Burst" expose publiquement tous les secrets, les goûts, les peurs, les intérêts et les fétiches de l'humanité. La fuite massive de données entraîne une paranoïa généralisée et, à partir de ce moment, tout le monde commence à porter des masques dans ses relations sociales, à utiliser de faux noms et à mener une vie aussi isolée et privée que possible. L'Internet n'existe plus. La vie privée devient le bien le plus précieux, et l'isolement et l'anonymat permanent deviennent la norme. Le protagoniste est un détective privé engagé pour enquêter sur la vie de la personne qui l'a engagé, pour passer au peigne fin toute information passée qui pourrait affecter ses perspectives d'emploi, et finit par être impliqué par inadvertance dans une intrigue beaucoup plus vaste... .

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4 - Altered Carbon (Richard K. Morgan)

Écrit par Richard K. Morgan, l'un des auteurs de science-fiction les plus primés de ces dernières années, Altered Carbon se déroule dans un futur lointain. Tous les pires cauchemars dystopiques se sont réalisés et ont même été transcendés. L'humanité est déjà passée par la phase des cyborgs, des implants cybernétiques et du génie génétique avec la fusion entre l'ADN humain et l'ADN animal. Des scientifiques ont découvert le secret de l'immortalité matérielle, en réalisant une scission artificielle entre la "conscience" et le corps.

La "conscience" est désormais stockée sur des disques durs situés à l'arrière de la tête, et le contenu de ces disques peut être transporté par la technologie de communication par satellite. C'est précisément cette avancée qui a permis à l'humanité de coloniser des planètes dans toute la galaxie. Mais cette séparation définitive entre le corps et la conscience a des implications immenses et sinistres. D'une part, le corps est définitivement devenu une simple marchandise, un pur objet. L'inégalité matérielle fait que les riches peuvent toujours choisir le corps qu'ils retrouveront après leur mort, tandis que les pauvres doivent se contenter de corps tirés au sort, de corps donnés ou de restes. Ceux qui n'y ont pas accès voient leur conscience figée à jamais dans un tiroir.

Des siècles de ce processus ont assuré un abîme incommensurable entre les zillionnaires littéraux (appelés "Mathusalem") et les gens ordinaires. Les technologies de réalité virtuelle sont à l'origine des divertissements les plus populaires. Grâce à elles, il est possible d'expérimenter toutes sortes de sensations et de perceptions depuis un fauteuil. Il est possible de faire l'expérience de la prostitution virtuelle et des robots prostitués, tandis que les Mathusalem (pour la plupart dégénérés par l'ennui généré par l'immortalité) fréquentent assez fréquemment les bordels de luxe où il est possible de payer pour assassiner le corps (mais pas la conscience) d'une prostituée. L'humanité, dispersée sur plusieurs planètes, est gouvernée par une sorte de Fédération sur le modèle de l'ONU. Globalement, on peut dire qu'Altered Carbon dépeint le futur lointain d'un monde où la Grande Réinitialisation s'est déroulée sans entrave.

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3 - Feed : Total Connection (Matthew Tobin Anderson)

Feed : Total Connection, écrit par Matthew Tobin Anderson, est l'une des œuvres les plus récentes de cette liste. C'est peut-être pour cette raison qu'elle présente un très haut degré de précision dans son analyse. Comme de nombreuses autres œuvres de dystopie cyberpunk, Feed aborde des thèmes tels que le consumérisme, la domination planétaire par une oligarchie internationale d'entreprises et des questions telles que les technologies de l'information, l'extraction de données et la protection de la vie privée, mais avec un accent thématique spécifique. Dans Feed, la majeure partie de l'humanité a déjà reçu des implants cérébraux capables de permettre une connexion directe à l'internet. Dans ce cas, il n'y a pas de contrôle personnel sur son corps, ses sentiments ou même sa propre mémoire. Comme aujourd'hui, après avoir simplement mentionné quelque chose qui nous intéresse, nous sommes déjà bombardés par le marketing de produits sur notre téléphone portable et notre ordinateur, dans Feed tout cela se passe dans l'esprit même. Avez-vous pensé à aller à la plage ? Vous recevez immédiatement un marketing publicitaire d'une agence de voyage. De tous les futurs décrits dans la littérature dystopique, celui-ci est peut-être le plus littéralement réaliste et le plus proche de nous aujourd'hui.

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2 - La machine à remonter le temps (H.G. Wells)

Le classique La machine à explorer le temps, du très célèbre H.G. Wells, raconte un futur situé dans des millions d'années, dans lequel l'humanité a évolué au point de se diviser en deux espèces distinctes: les Eloi et les Morlocks. Les premiers sont des êtres physiquement parfaits (mais intellectuellement naïfs, absolument dépourvus d'esprit et d'initiative) qui vivent dans l'oisiveté et ne consomment que ce qui est produit par les Morlocks. Ces derniers sont une race hideuse et grotesque qui vit sous terre et qui est la seule capable de produire des biens de consommation, faisant véritablement vivre les Eloi. Les Morlocks, eux, se nourrissent des Eloi. Le protagoniste de l'histoire, connu seulement comme le Voyageur du temps, considère que, malgré tous les regrets, ce futur de l'humanité est une utopie. Selon lui, c'est le destin de la société de classe: le prolétariat deviendra les Morlocks et l'élite deviendra les Eloi.

Les métaphores avec les divisions de classe dans notre société sont évidentes. Et si nous prenons les autres œuvres mentionnées ci-dessus, ainsi que les récents développements concrets de la science et de la technologie, nous voyons réellement une élite qui s'éloigne de plus en plus des masses et qui aura bientôt accès au génie génétique pour assurer sa propre perfection physique, tandis que la majeure partie de l'humanité vivra très bientôt dans des bidonvilles, des ghettos, des tenements et des cubicules. Le plus intéressant ici, cependant, est que Wells n'était pas simplement un écrivain, mais effectivement un penseur, avec des prétentions d'ingénieur social, engagé dans les projets mondialistes de la Fabian Society. Ses œuvres ne sont pas de simples fantaisies destinées à divertir, mais recèlent des contenus programmatiques.

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Dans des ouvrages comme La conspiration ouverte ou Le nouvel ordre mondial, il prône l'instauration d'un État mondial, fondé sur le libre marché, qui éliminerait les frontières, tout nationalisme, toute identité, gouverné par des techniciens et des scientifiques, qui auraient pour objectif de garantir la paix, le bonheur et les loisirs. Les écrits de Wells ont influencé la fondation de la Société des Nations, ainsi que la Déclaration universelle des droits de l'homme. En pratique, on peut considérer que le Great Reset n'est rien d'autre que la mise en œuvre des idées de H.G. Wells.

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1 - Brave New World (Aldous Huxley)

Il n'est pas surprenant que l'œuvre littéraire qui se rapproche le plus du projet de la Grande Réinitialisation et qui préfigure donc le mieux notre avenir soit le Brave New World d'Aldous Huxley. L'humanité a été presque entièrement unifiée par un État mondial dirigé par une technocratie de scientifiques et d'ingénieurs qui ont fait du transhumanisme une réalité. Les enfants ne naissent plus de manière naturelle, mais sont produits en laboratoire, par génie génétique. Les différentes religions ont été remplacées par une religion synthétique. Les cultures traditionnelles n'existent plus, l'ensemble de l'humanité participe à la même pseudo-culture de divertissement trivial permanent. En outre, les citoyens vivent constamment dopés par le Soma, une drogue de synthèse qui garantit le bonheur, la passivité et la docilité.

L'économie est entièrement basée sur la consommation et grâce à l'omniprésence des médias de masse, l'homme sert l'économie par une consommation constante plutôt que d'utiliser l'économie comme un moyen. Si d'autres dystopies prévoient une coercition directe, Brave New World envisage un avenir dans lequel chaque aspect de la vie humaine est contrôlé par de grandes entreprises et une technocratie gouvernementale, où personne ne possède rien qui lui appartienne ni aucune liberté authentique, mais où personne ne s'en soucie et où tout le monde est simplement heureux et distrait par d'innombrables futilités. Il s'agit d'une expression littéraire de la devise infâme du Forum de Davos énoncée par Klaus Schwab: "Vous n'aurez rien et serez heureux".

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dimanche, 29 août 2021

Les ombres de la surveillance de masse et des régimes éternels

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Les ombres de la surveillance de masse et l'ère des régimes éternels

Emanuel Pietrobon

Ex: https://it.insideover.com/societa/le-ombre-del-controllo-permanente-e-dei-regimi-eterni-sul-futuro-del-mondo.html

L'avenir (in)évitable du monde semble être celui de la surveillance de masse. Un avenir auquel personne ne pourra échapper, car les microphones et les caméras seront partout, et qui changera radicalement l'histoire de l'humanité, peut-être pour toujours. Car ce futur, qui se matérialise progressivement sous nos yeux, ne rencontrant que peu ou pas de résistance de la part des Humains, pourrait être le début d'une nouvelle ère: l'ère des régimes éternels.

Il n'y a pas de retour en arrière possible en matière de surveillance

L'avenir du monde est illibéral, que nous l'acceptions ou non, et par illibéral nous n'entendons pas un avenir dominé par les populismes de droite de mémoire trumpienne, mais un avenir dominé, précisément, par la réduction des libertés individuelles. Un avenir dominé, en somme, par des régimes politiques qui commettent des actes liberticides sous prétexte de protéger les libertés de la collectivité.

Ces manoeuvres liberticides seront acceptées par les masses, qui les accueilleront comme les Troyens en leur temps ont ouvert les portes au Cheval d'Ulysse, et cela pour trois raisons: ils seront intoxiqués par les pluies torrentielles issues des clouds du biopouvoir - des psyops créés pour tromper l'opinion publique -, ils seront assommés par les effets soporifiques de l'hypnopédie et du soma - toute référence à Aldous Huxley est purement intentionnelle - et ils seront empêchés de se rebeller contre les abus de la techno-tyrannie parce qu'ils sont contrôlés en permanence par Big Brother.

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Les plus sceptiques pourront taxer ce scénario d'irréalisme et de pessimisme anthropologique, le croyant entaché d'une fascination pour la dystopie apocalyptique, mais leurs convictions ne peuvent et ne veulent pas altérer la réalité des faits. Et la réalité des faits, c'est-à-dire le cours des événements, suggère que le monde se dirige depuis un certain temps déjà vers le destin du contrôle permanent. Edward Snowden, Yuval Harari et Jean-Luc Mélenchon, trois personnalités très différentes qui, après avoir observé de près le dégagement de la surveillance de masse et la répression de la dissidence pendant la pandémie, nous ont récemment mis en garde contre cette dérive, invitant les citoyens ordinaires à prendre acte de l'émergence progressive de nouveaux totalitarismes.

Vers la montée des régimes éternels ?

Les régimes de contrôle permanent, qu'ils soient occidentaux ou basés dans le reste du monde, ont certaines particularités en commun. La plus importante, sans aucun doute, est liée à leur raison d'être: ils sont créés pour satisfaire des objectifs extemporanés - de la lutte contre le terrorisme à la lutte contre une pandémie - et, une fois l'urgence passée, ils sont maintenus intacts sous réserve de leur utilité pour la sécurité publique et le bien-être collectif. Et ceux qui s'opposent à une mesure destinée à protéger la collectivité ne peuvent, à l'évidence, qu'être nuisibles, qu'ils soient porteurs de sombres secrets, qu'ils soient poursuivis (et poursuivables) au nom de la présomption de culpabilité.

Les régimes éternels sont déjà là, bien que peu l'aient remarqué. Ils sont très répandus, présents sur toutes les masses continentales et régissent un nombre croissant d'États-nations. Ce sont les régimes politiques qui emploient des contrôleurs de réseau - Google, Facebook, Twitter, YouTube et similaires - pour faire taire les dissidents, en les dé-plaçant. Qui, à la fin d'une crise, normalisent l'extraordinaire exceptionnel - constitué de caméras intelligentes pour la reconnaissance faciale, de drones pour le contrôle territorial et de suivi illégal des téléphones portables - en persuadant les citoyens de la bonté et du caractère inévitable de la "nouvelle normalité". Qui réécrivent le passé en renversant les statues et en réécrivant les livres, et qui dominent le présent en imposant des outils orwelliens tels que la psychoréalité, la bisexualité, la bien-pensance, le néo-langage et les moments de haine. Et qui, enfin et surtout, introduisent des états policiers et des formes d'euthanasie de la pensée et de la créativité, comme le système de crédit social, sous couvert de concordia civium murus urbium.

Les régimes éternels sont donc déjà là, et ils sont tels parce qu'ils sont incroyablement capables de légitimer leur existence aux yeux des masses et de réprimer la dissidence par une surveillance omniprésente et la stratégie éternelle de la polarisation induite - les poches d'opposition, au-delà de leur danger réel, sont isolés et suscitent la haine de la majorité manipulée par la propagande - possèdent les capacités régénératrices de l'Hydre de Lerne - dont ils partagent également la toxicité, le génie malin et la propension à tromper.

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Les implications de l'éternisation des régimes politiques

Nous sommes à l'ère des guerres hybrides et sans limites, où tout est ou peut être une arme: des organisations non gouvernementales qui peuvent endoctriner la population de leur rival aux multinationales qui peuvent coloniser des secteurs productifs entiers, des pirates informatiques qui peuvent faire s'effondrer des infrastructures critiques telles que des hôpitaux et des centrales électriques, et des médias, tant nouveaux que traditionnels, qui peuvent diviser les sociétés jusqu'à la guerre civile.

La lente montée en puissance des régimes éternels est cependant destinée à modifier profondément cette façon de faire la guerre et à changer le concept même des relations internationales. Parce qu'un régime éternel, par définition, exerce un contrôle total et omniprésent sur tout ce qui concerne l'État, et est potentiellement capable de se régénérer, et de progresser avec l'âge sans sombrer dans la démence sénile, grâce à l'utilisation de la surveillance de masse. Une surveillance qui dote la classe dirigeante d'un large éventail de pouvoirs, dont la répression préventive des soulèvements populaires, la transformation des opposants en lilliputiens, en Emmanuel Goldstein, et la réduction significative des marges de manœuvre des cinquièmes colonnes.

Ces pouvoirs découlent de l'expansion sans précédent d'une nouvelle forme de surveillance - miniaturisée parce qu'elle est introduite dans les foyers et dûment fixée parce qu'elle peut être projetée partout, des places aux gares -, rendue possible par le progrès technologique et emblématisée par l'expansion des télécaméras intelligentes, le dronage du ciel à des fins policières et la dépendance croissante des gens à l'Internet des objets et du corps.

L'histoire décidera de récompenser ou de condamner cette prédiction qui, si elle se réalise un jour, pourrait annoncer le début d'une ère de confrontations hégémoniques longues et économiquement inconfortables parce qu'elles opposeront des puissances dotées d'un pouvoir thaumaturgique d'auto-guérison. Des puissances éternelles telles que l'Eurasie, l'Eastasie et l'Océanie. Des puissances dont l'existence nous semble être une fiction irréalisable, mais qui existent, aujourd'hui encore, et qui, entre une urgence et une autre, transforment lentement leurs rêves de vie éternelle en réalité.

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jeudi, 22 juillet 2021

Théorie et pratique du collectivisme oligarchique de J.B.E. Goldstein

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Théorie et pratique du collectivisme oligarchique de J.B.E. Goldstein

Ex: https://rebellion-sre.fr/theorie-et-pratique-du-collectivisme-oligarchique-de-j-b-e-goldstein/

« C’était un lourd volume noir, relié par un amateur sans nom ni titre sur la couverture. L’impression paraissait légèrement irrégulière. Les pages étaient usées sur les bords et se séparaient facilement, comme si le livre avait passé entre beaucoup de mains. Sur la page de garde, il y avait l’inscription suivante : théorie et pratique du collectivisme oligarchique par Emmanuel Goldstein. » Ces mots décrivent l’instant où Winston Smith tient entre ses mains le livre pour la première fois. Il est seul chez lui, se sent en sécurité et commence alors la lecture en savourant chaque mot, chaque phrase, avec une attitude quasi religieuse. C’est l’œuvre damnée par excellence et le lire en Océania relève de la plus grande des transgressions par le simple fait que son auteur, Goldstein, est « l’ennemi du peuple », « le traître fondamental » qui commandait un réseau clandestin de conspirateurs appelé la Fraternité. On raconte qu’il y avait « des histoires que l’on chuchotait à propos d’un livre terrible, résumé de toutes les hérésies […], et qui circulait clandestinement çà et là. Ce livre n’avait pas de titre. Les gens s’y référaient, s’ils s’y référaient jamais, en disant simplement le livre ». Avant de se faire traquer puis torturer par la police de la Pensée, Winston aura eu le temps de lire le premier chapitre « L’ignorance c’est la force » et le troisième, « La guerre c’est la paix »…

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Le lecteur aura bien évidemment reconnu le très fameux 1984 de Georges Orwell, roman dystopique incontournable, écrit en 1948 et qui sous de nombreux aspects, fait écho au monde d’aujourd’hui. Pourtant, ce qui semble être une fiction totale issue d’une imagination débordante, est remise en question dans une vidéo datant de 2014 et qui atteste de l’existence du livre Théorie et pratique du collectivisme oligarchique d’un certain J.B.E. Goldstein. Cette vidéo qui se présente comme une « courte histoire d’un livre maudit » nous explique qu’un client de brocante a trouvé en Belgique un exemplaire dans un carton de vieux livres de sciences politiques datant des années 40. C’est en tombant justement par la suite sur un article traitant de 1984 et qui affirme que le livre en question n’existe pas, que ce client compris la valeur de ce qu’il avait en sa possession. Concernant cette découverte, la vidéo ne nous donne pas beaucoup plus de détails et laisse planer un certain mystère. Qui est ce client ? Dans quelle brocante l’a-t-il déniché ? Où se trouve actuellement l’unique exemplaire ? A-t-il déjà était examiné par des spécialistes ? Sa conclusion est en tout cas sans appel : George Orwell a bien eu connaissance de la théorie de Goldstein, et 1984 n’est qu’une version romancée de ce traité politique. Il est à remarquer que la personne qui met en ligne la vidéo est la même qui publie le texte entier 20 jours plus tôt sur Internet Archive – même pseudo, même principe de compte à usage unique – et l’on peut donc imaginer qu’elle connaisse la vérité sur toute cette affaire. En libre accès sur internet depuis maintenant 7 ans, le texte est désormais disponible en format papier chez Kontre Kulture. 

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Cet ouvrage qui a été traduit du russe en 1948 s’ouvre sur une dédicace pour le moins étrange : « En hommage à mon ami et Frère Édouard Boulard à qui je dois l’idée de cet essai. » L’existence de ce dernier ne laisse planer aucun doute, c’est un militant socialiste et franc-maçon de la fin du xixe siècle qui a notamment écrit une brochure intitulée Théorie et pratique du collectivisme intégral-révolutionnaire, un essai de philosophique politique largement inspiré des idées de Spinoza et qui on ne peut plus modestement se donne pour projet d’« exposer le pourquoi et le comment de tout ce qui est dans le Temps et l’Espace, ainsi que le Vrai et le Faux des principales énigmes que les faits posent à l’Humanité »…

La suite du texte est une citation du chapitre xviii du Prince de Machiavel et qui semble néanmoins avoir était complétée par l’auteur : « Qu’un prince veille donc, avant tout à conserver son État. S’il réussit, les moyens seront toujours estimés honorables, et loués d’un chacun. La foule ne juge que d’après les apparences et les résultats ; le monde entier n’est qu’une foule et pense comme une foule. Les isolés, capables de penser et de comprendre, se tairont, ou on les fera taire. » Ce passage terrible donne le ton et il fait en réalité office d’introduction tant il est révélateur de ce que vont proposer les quatre chapitres du livre. D’ailleurs les titres parlent d’eux-mêmes et sont connus pour être les slogans de l’AngSoc, le mot en novlangue qui désigne le socialisme anglais dans le livre 1984 : « I. Politique intérieure. L’ignorance, c’est la force » ; « II. Information. Qui contrôle le présent contrôle le passé, qui contrôle le passé, contrôle le futur » ; « III. Économie. La liberté, c’est l’esclavage » ; « IV. Politique extérieure. La guerre, c’est la paix ». La théorie du livre est clairement machiavélienne dans le sens où la fin de la politique est la recherche consciente du pouvoir pour le pouvoir et son maintien dans le temps. Il y a donc cette idée complètement assumée que le cœur de l’oligarchie se loge dans les techniques de manipulation des masses issue tout droit de la psychosociologie du xxe siècle d’où les nombreuses références à Psychologie des foules de Gustave Le Bon et Propaganda d’Edward Bernays. La règle fondamentale de la doctrine de J.B.E. Goldstein qui oriente tout le processus de fabrication du consentement se trouve au tout début du premier chapitre : « Il y a une nécessité de ne jamais dévoiler ses véritables intentions à la masse, et de lui présenter d’autres raisons auxquelles on sait qu’elle est sensible. Ainsi il faut nettement séparer la forme de l’intention, et la véritable intention. » Parmi de nombreux exemples, Bernays – neveu de Freud et père de la propagande institutionnelle moderne – est convoqué pour illustrer ce qui pourrait faire songer à l’actualité : Vous êtes le responsable des ventes d’un grossiste en viande et vous voulez décupler la vente de bacon dans le seul but de réaliser du profit (véritable intention) alors inutile de vanter le prix bas du bacon mais faites plutôt appel au corps médical qui se prononcera publiquement sur les effets bénéfiques de sa consommation car manger du bacon tous les matins au petit-déjeuner améliore la santé de tous (forme de l’intention). 

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À vrai dire, ce livre laisse derrière lui plus de questions que de réponses. Qui est véritablement ce J.B.E. Goldstein ou plutôt qui se cache derrière ce pseudonyme ? Est-ce le manuel ésotérique – dans le sens de ce qui se transmet à des initiés, à des adeptes – d’un diplomate russe ou est-ce simplement Orwell lui-même ? Il est possible aussi que ce texte soit le travail d’un fan, un canular à la belge mais si c’est le cas attention, c’est une contrefaçon qui a vraiment beaucoup de classe, une falsification de très belle facture qui doit être considérée sérieusement. Il y a dans ce livre une vraie maîtrise de la philosophie, de la psychologie et de la sociologie qui pourrait même laisser penser à un travail de groupe, c’est un travail considérable qui n’est pas à la portée de tout le monde aujourd’hui. À la lecture, il y a un ton d’authenticité qui se dégage et une justesse du propos qui finalement, quelle que soit sa date d’écriture, met en évidence les tenants et aboutissants de la machinerie oligarchique. 

Contrefaçon ou pas, Théorie et pratique du collectivisme oligarchique de l’énigmatique J.B.E. Goldstein donne la possibilité au lecteur, lorsqu’il est mis en perspective avec 1984, de repenser les interactions entre ce qui fonde la réalité et la fiction dans une société où le spectacle domine et où le mensonge est roi.  

David

J.B.E. Goldstein, Théorie et pratique du collectivisme oligarchique,  Kontre Kulture, 448 pages, 24,50 euros

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vendredi, 09 juillet 2021

Le futur entre Huxley et Orwell

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Le futur entre Huxley et Orwell

par Carlo Desideri

Source : InStoria & https://www.ariannaeditrice.it/articoli/il-futuro-tra-huxley-e-orwell

En 1932, l'écrivain Aldous Huxley a publié l'un de ses plus célèbres romans, Le meilleur des mondes, qui est devenu à terme l'un des textes les plus représentatifs du genre dystopique dans la littérature du XXe siècle. Le monde imaginé par Huxley est un monde régi par un gouvernement mondial, où les principes éthiques et moraux tels que nous les connaissons sont complètement annulés et oubliés au profit d'une société divisée en castes, qui indiquent de véritables classes sociales, dédiée à l'idéologie progressiste et maintenue fermement par un véritable culte religieux appelé "culte de Ford", en l'honneur de l'entrepreneur américain dont la figure est adorée comme une sorte de divinité.

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Le monde est dirigé par un groupe oligarchique appelé "alpha plus", qui jouit de privilèges supérieurs à la moyenne, mais qui doit maintenir un code de conduite blindé, basé sur une socialisation poussée, un temps de solitude réduit au minimum, des relations centrées principalement sur la polygamie, et l'expression constante de louanges et d'appréciation de la société du nouveau monde ; la répudiation de ce système social n'est en aucun cas autorisée ou envisagée.

En fait, dans la deuxième partie du récit, Huxley nous montre comment une forme de l'ancienne société a survécu, dans une réserve contrôlée et gérée par le gouvernement du nouveau monde comme un véritable lieu touristique, où il est possible de rencontrer des sujets, appelés "les sauvages", qui vivent selon des règles totalement opposées au nouveau monde, dans une structure sociale monogame, qui croit fermement aux idéaux du mariage et qui est fortement liée à une croyance religieuse - au point de conduire à un véritable fanatisme - largement basée sur le christianisme, mais avec quelques éléments rituels rappelant le paganisme.

Il est important de noter que les membres du nouveau monde entrent en contact avec les habitants de la réserve en tant que simples touristes, mais ils les considèrent comme fortement inférieurs et n'ont aucunement l'intention de laisser ces individus influencer leur mode de vie. Ce ressentiment est toutefois également ressenti par les sauvages, qui considèrent le nouveau monde comme un fléau et méprisent les idéaux qu'il représente.

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Deux structures sociales, donc, liées par des idéaux extrêmes et opposés, qui ne peuvent en aucun cas envisager une coexistence autre que celle décrite par Huxley qui prévoit le pouvoir et le contrôle de l'une sur l'autre. Dans les deux cas, l'invincibilité de la structure sociale présentée dans le récit est démontrée par l'évolution de l'histoire de ce qui peut être présenté comme les deux protagonistes.

Le premier est Bernard Marx, un représentant de la classe alpha plus qui ne se reconnaît pas du tout dans les impositions sociales, tendant vers l'isolement, des sentiments profonds envers une fille unique qui suggèrent une tendance à la monogamie et cherchant toujours à se rebeller et à agir selon ses propres désirs et non ceux des autres, mais lorsqu'il est menacé d'être transféré dans un endroit isolé, loin de chez lui, précisément à cause de sa conduite négative, perdant ainsi les privilèges que lui confère sa position sociale, il décide d'embrasser complètement le style de vie du nouveau monde, devenant peut-être l'une des principales figures représentatives de l'alpha plus.

Le second est John, un personnage qui vit dans la réserve et qui est reconnu comme appartenant au groupe des sauvages, mais qui est en fait le fils du principal représentant du plus alpha, qui a abandonné une de ses nombreuses compagnes dans la réserve qui, neuf mois plus tard, donnera naissance à John. Le garçon se trouve donc être un enfant de deux mondes; il a grandi dans la réserve, mais sa famille vient du nouveau monde. Cela l'amène à développer un teint de peau différent de celui des sauvages, c'est pourquoi il est traité avec une forte distanciation au sein de la réserve. Malgré cela, il est très conditionné par le mode de vie et les principes des sauvages et, suite à son transfert dans le nouveau monde, il développe un grand sentiment de malaise et de dégoût envers cette société qui lui offre tant, en réalité beaucoup trop pour lui, et d'une manière trop différente et contre toute logique telle qu'il la comprend, un malaise qui le conduira bientôt au suicide, ayant alors réalisé qu'il ne peut pas changer le monde dans lequel il se trouve vivre.

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En 1949, un autre texte dystopique important, symbole du XXe siècle, est publié : 1984 de George Orwell, pour l'élaboration duquel il s'est inspiré du Nouveau Monde de Huxley, dans lequel il s'en prend amèrement à l'idéologie qui sous-tend les systèmes de pouvoir totalitaires, d'une manière en partie liée à l'analyse qu'il a développée dans ses travaux précédents, dont La Ferme des animaux, mais, alors que, dans ce texte, il analysait et critiquait principalement le système stalinien, dans 1984 nous pouvons trouver des éléments qui, en plus de nous ramener au stalinisme toujours fortement présent - comme la figure de Big Brother - peuvent être associés à toute forme de pouvoir totalitaire.

L'univers décrit par Orwell voit un monde divisé en trois macro-continents, constamment en guerre les uns contre les autres, formés à la suite d'une dernière grande guerre. L'histoire se déroule à Londres, qui se trouve sur le continent océanien, contrôlé par un parti totalitaire et oppressif, le Socing, dirigé par le personnage de Big Brother, dont on ne sait même pas s'il existe réellement.

Dans l'État d'Océanie, la vie de tout individu est extrêmement axée sur l'adoration et le respect du parti et de Big Brother et sur la haine des subversifs et des autres États. La société entière vit un quotidien programmé minute par minute et constamment surveillé par une série de caméras et de microphones situés partout, de la rue aux lieux de travail, et même dans les maisons; la vie privée n'est pas envisagée dans le cadre de 1984. Toute forme de subversion, même la plus minime et insignifiante, est sévèrement punie en prenant les sujets subversifs et en les transférant dans le lieu appelé le Ministère de l'Amour, où ils sont interrogés, analysés et finalement torturés jusqu'à ce que leur esprit devienne la proie du conditionnement du parti, les amenant à ressentir de la terreur, mais aussi de l'amour pour Big Brother; la vie de ces sujets, une fois soumise à la torture devient si vide et conditionnée qu'elle perd complètement son importance.

Le protagoniste de l'histoire est Winston, un homme qui travaille au ministère de la Vérité, le lieu où toutes les informations relatives à la situation interne et externe de l'État d'Océanie sont retravaillées puis rediffusées au profit de l'image du Parti, afin que la société puisse le percevoir comme parfait, supérieur à ses ennemis, internes et externes.

Winston n'est pas à l'aise avec les politiques du Parti, il déteste toute la situation qu'il est forcé de vivre, mais, en même temps, il doit faire attention à ne pas extérioriser de telles pensées. Dans l'Etat d'Océanie, en effet, il existe un organisme de surveillance appelé la psychopolice, qui a pour mission de trouver toute personne présentant des signes de pensées subversives à l'égard du parti, afin de la récupérer et de l'amener au ministère de l'amour.

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Winston cultive donc secrètement des pensées et des désirs non conformes aux principes totalitaires du parti et de Big Brother, jusqu'à ce qu'il rencontre Julia, une fille qui partage entièrement les visions de Winston. Winston et Julia entament une histoire d'amour en secret et prennent plaisir à enfreindre les règles imposées par le parti, qui incluent les relations amoureuses qui ne visent pas exclusivement la procréation et l'idolâtrie de Big Brother; toute pratique susceptible de véhiculer un plaisir personnel non lié à la figure du parti, qu'elle soit sexuelle ou ludique, est rigoureusement interdite.

Winston et Julia, dans la deuxième partie du roman, sont découverts et arrêtés. Une fois séparés, ils sont emmenés au ministère de l'Amour, où ils subissent des tortures physiques et psychologiques qui les amènent à s'abandonner totalement à une foi aveugle dans le parti, en le respectant, en le craignant et en l'aimant en même temps, ce qui rendra leur vie insignifiante et soumise au point d'éliminer totalement ce qu'ils étaient auparavant. À la fin, nous ne comprenons même pas complètement si Winston est réellement tué ou non, mais après tout ce qu'il a traversé et qui l'a façonné, cette information perd même de son importance.

L'histoire de Huxley et celle d'Orwell sont deux histoires apparemment aux antipodes l'une de l'autre, avec deux systèmes de contrôle basés sur des principes opposés, mais menant au même résultat. Les deux sociétés décrites sont complètement assujetties, liées par une idéologie unique qui ne permet aucune forme de subversion et qui punit lourdement toute forme de désobéissance.

Dans Le Nouveau Monde, le pouvoir est entre les mains d'un petit groupe d'individus ; dans 1984, au contraire, il est apparemment entre les mains d'un seul homme, mais dans les deux cas, il y a une forme de contrôle de fer, avec des moyens différents, mais menant au même résultat. Le libre arbitre est dans les deux cas complètement éteint et les systèmes décrits par les auteurs sont tous deux invincibles, les protagonistes n'ont finalement qu'une seule option: la soumission totale aux principes et au mode de vie imposés par le système, ce qui peut conduire à plus d'une conclusion, de la mort à la perte totale de la conscience de soi, mais dans tous les cas, toute forme de rébellion, qu'elle soit matériellement visible ou seulement sous forme psychologique ou spirituelle, est inévitablement éradiquée.

En 1958, Huxley publie un essai, d'une importance fondamentale pour ce qui concerne sa pensée politique et philosophique, reprenant son récit Le Nouveau Monde et associant ses éléments à la réalité géopolitique et sociale que vit la société mondiale et aux principaux événements qui, au cours des vingt-cinq dernières années, ont entraîné des crises et des changements.

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Dans son essai, Huxley n'oublie pas de considérer le texte d'Orwell, en le louant d'un point de vue qualitatif et analytique, mais en observant que, si en 1949 l'univers décrit par Orwell pouvait être fortement crédible et refléter une réalité qui, selon toute vraisemblance, pouvait se retrouver au sein d'un système totalitaire comme celui présenté dans 1984, près de dix ans plus tard, les choses semblent avoir changé. En fait, Huxley observe que la société mondiale, qu'elle soit dans un système totalitaire ou démocratique, va lentement mais sûrement dans la direction qu'il a décrite dans Le Nouveau Monde. Même en Union soviétique, explique Huxley, les gens commencent à préférer le conditionnement transmis par un système de privilèges et pas seulement le conditionnement par la peur et la répression, même si, bien sûr, les formes de répression envers les subversifs, ou les sujets considérés comme tels, continuent d'exister.

Huxley explique que certaines formes de centralisation du pouvoir, économique et politique, peuvent se produire à la suite de certaines crises qui, si elles sont mal gérées, peuvent conduire à un point de rupture qui aboutit à la centralisation du pouvoir sur un seul sujet ou un petit groupe d'élite. En effet, dans les récits de Huxley et d'Orwell, ces centralisations du pouvoir se sont produites à la suite d'une sorte de crise mondiale apparemment liée à un contexte de guerre. En particulier, Huxley affirme que l'une des principales causes susceptibles de provoquer une crise qui rendrait inévitable une telle prise de pouvoir est le danger de surpopulation, qui entraînerait un déséquilibre entre la consommation et la disponibilité des ressources.

Toutefois, de nombreux éléments peuvent conduire à un point de rupture, ou point de non-retour, qui entraînerait à son tour les conséquences décrites ci-dessus. Il suffit d'un mauvais choix, d'une confiance mal placée dans un sujet, ou un groupe restreint de sujets, qui se révèlent alors incapables de gérer certaines situations, ou qui profitent de leur position pour instaurer une forme de régime doucement ou durement coercitif.

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De nombreux exemples similaires peuvent être trouvés dans l'histoire politique, mais ils sont aussi fortement présents dans la littérature. On trouve un scénario similaire, par exemple, dans le roman Lord of the Flies de William Golding, publié en 1954. Golding imagine en effet un groupe d'enfants qui, à la suite d'un accident d'avion, se retrouvent à vivre sur une île déserte, sans guide adulte. Dans ce contexte, les enfants sont obligés de chercher un moyen de survivre par eux-mêmes et de former une société organisée.

Ils essaient donc de s'organiser dans une société semi-démocratique, mais, à la fin, la direction passera entièrement sous la responsabilité de l'un d'entre eux, celui qui s'avère être le plus fort et le plus charismatique et donc, apparemment, transmet la sécurité et la sérénité, même s'il était clair que le plus apte en réalité à assumer le rôle de guide était un autre personnage, un garçon prudent, sage et toujours dubitatif, inquiet pour l'avenir du groupe, mais constamment marginalisé et traité violemment par tous à cause de son peu de charisme et de sa piètre forme physique.

Au fur et à mesure que le leadership passe sous la coupe du mauvais sujet, ou des mauvais sujets (puisque vers la fin de l'histoire, il y aura un transfert de pouvoir), les garçons s'embarquent dans un voyage qui les amènera à faire des choix de plus en plus mauvais qui mettront en danger la structure même de la société et sa survie et qui les amèneront progressivement mais sûrement à régresser vers un état animal, abandonnant de plus en plus leur humanité.

Ces narrations romanesques, et bien d'autres encore, ont en commun la représentation d'une société d'un point de vue dystopique qui, à la suite d'une crise provoquée par diverses raisons, a atteint un point de non-retour et s'est enfoncée dans une voie qui mène inexorablement à la perte totale de ce que l'on considère aujourd'hui comme des valeurs et des droits humains. C'est pourquoi il est fondamental de pouvoir éviter d'atteindre ce point de rupture et de réagir judicieusement à certaines crises, sous quelque forme que ce soit, avant de commettre des erreurs dont il est difficile de revenir en arrière.

Carlo Desideri, In Storia.it N° 162 / Juin 2021 (CXCIII)

BIBLIOGRAPHIE

Golding W., Le Seigneur des mouches, Mondadori, Milan 2014.

Huxley A., Il Mondo Nuovo e Ritorno al Mondo Nuovo, Mondadori, Milan 2015.

Orwell G., 1984, Mondadori, Milan 2015.

Orwell G., La Fattoria degli animali, Mondadori, Milan 2014.

lundi, 08 mars 2021

Tribes of Europe : Netflix prophétise un avenir européen

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Tribes of Europe : Netflix prophétise un avenir européen

https://www.azionetradizionale.com/

Notre première ligne reste fidèle à elle-même : "Le monde moderne nous entoure d'images, de symboles et de messages qui sont tout sauf positifs, à travers toutes sortes de véhicules : nouvelles, musique, livres et films. Et même les séries télévisées, la nouvelle "drogue" pour beaucoup, n'en sont pas moins négatives. En rentrant du travail, détruit, on se met sous la dent la première chose qu'on trouve dans le frigo, on éteint le cerveau et on allume Netflix. Épisode après épisode, se prélasser sur le canapé, ruminer ses déboires - cette routine est la réalité pour beaucoup d'entre nous".

Cette fois-ci, la série (par coïncidence Netflix) que nous allons passer en revue est Tribes of Europe, une grande fresque dystopique, avec de moins en moins de science-fiction car de plus en plus proche et ancrée dans notre monde contemporain. Cela nous inquiète, même de façon convaincante, dirions-nous, car l'accoutumance des masses au type de stimulus cognitif transmis par ces scénarios de films désormais hyperréalistes est presque totale et sans aucune barrière critique. En fait, la dystopie fictionnalisée et bien narrée a aussi, comme dans le passé, un excellent potentiel d'alerte pour un type humain capable d'élaborer un contrepoison de manière critique et avec discernement, tout en se déplaçant entre les catégories dichotomiques du bien et du mal. Mais aujourd'hui, avec l'homme réduit à ne plus être qu’une créature totalement passive, effrayée, et se disant que "tout ira bien", toujours et pour toujours, cela s'avère au mieux un simple divertissement.

Nous disons dans le meilleur des cas parce que malheureusement il est maintenant bien établi que regarder un film ou une série télévisée n'est jamais simplement une action en soi. Bien sûr, nous pouvons le dire car, en effet, beaucoup de nos contemporains ne voient même pas le problème. Notre cerveau capte et avale tout, plus que ce que nous pensons avoir vu. Sa partie consciente nous dira "tout est faux" mais, en gros, notre cerveau se mettra au contraire au niveau actuel des progrès graphiques et cinématographiques où "tout est vrai" ; notre cerveau dira alors : "j'ai vu ça". Et qu'implique ce résultat ? Il est certain que l'acquisition d'une réponse et d'un modèle comportemental, acquisition glanée malgré nous, a induit subrepticement une possible expérience réelle, similaire à celle que nous avons vue dans le film de fiction; sans oublier une acceptation anticipée qui nous rend prêts à toute occurrence éventuelle d'événements similaires.

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En bref, si un jour quelque chose de catastrophique, semblable à ce que vous avez vu, se produit, soyez assuré qu'avant d'élaborer une réponse entièrement personnelle basée sur votre propre raisonnement, instinct ou discernement, votre première impulsion sera quelque chose de très similaire à ce que vous avez déjà vu au cinéma. Elle ne s'appliquera pas à tout le monde, mais elle le s’applique déjà chez beaucoup d’entre nous.

Le discours prononcé jusqu'à présent est long et complexe, et mériterait des pages et des pages juste pour en effleurer sérieusement la surface, alors concluons cette parenthèse générale mais nécessaire avec le lancer d’un dernier caillou dans l'étang (et peut-être le mettrons-nous dans votre chaussure, juste pour vous ennuyer). Les séries télévisées pourraient-elles également véhiculer des anticipations sur l'avenir qu'une certaine élite mondiale espère atteindre dans un avenir proche ? Pourrait-il y avoir dans ces scénarios une sorte de "script" à atteindre pour les responsables qui le cachent dans un produit destiné aux masses ? Espérons que non, mais si c'était le cas, ce dernier en serait déjà partiellement dépendant.

Maintenant que nous vous avons donné matière à réflexion, passons aux détails troublants de cette série d'une grande beauté scénographique (oui, elle est malheureusement très bien faite). La conception des costumes et des décors est très élaborée. L'ensemble est extrêmement réaliste et est conçu pour faire apparaître la façon dont chaque "tribu" réagirait au black-out mondial. Oui, car les points sur lesquels réfléchir à cette série sont, à notre avis, au nombre de trois : le black-out technologique, énergétique et informatique, la dégénérescence des populations en une sorte de société tribale (mais seulement de nom) et le maintien apparent et le développement continu de la technologie par une enclave humaine semi-inconnue.

Un peu de fantasy-story: la série nous catapulte en 2074, dans une Europe dont nous savons qu'elle n'existe plus, qui s’est effondrée en raison d'un mystérieux black-out survenu en décembre 2029 (appelé depuis Black December), lorsque l'ensemble du monde technologique s'est embrouillé et que l'obscurité a enveloppé le continent, détruisant les nations, effaçant le système social et entraînant la décomposition de la population en différentes tribus, qui se battent maintenant les unes contre les autres pour la suprématie territoriale. Pour la vulgate, c'est évidemment une Europe qui a régressé vers un nouveau Moyen-Âge (l'idée de l'âge des ténèbres ne peut être écartée). Dans ce qui était autrefois l'Allemagne (où la toponymie a également été complètement modifiée), les deux principales factions sont à couteaux tirés : l'État militaire de la République pourpre, née des restes de l'Armée commune européenne, et la nation techno-féodale des Crows, rigidement divisée en castes. Dans ce contexte, un vaisseau "atlante" (la population possédant apparemment encore un niveau technologique très avancé comme dans les œuvres de science-fiction) s'écrase. Tout le monde veut mettre la main sur la technologie atlante, et surtout tous agissent pour rechercher un mystérieux "cube", qui était en possession du pilote atlante, porteur d'un message inquiétant : une menace venue de l'Est est sur le point d'investir le continent européen.

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C'est l'intrigue principale. Il faut d'abord souligner une chose, non, ces pseudo nations ou pseudo groupes humains unis ne sont pas des tribus, et ici le message véhiculé est vraiment sournois en fait: ce sont des sous-cultures. Oui, dès que nous avons vu ce qui est proposé et comment par le réalisateur, nous avons tout de suite pensé que le terme le plus approprié était celui de sous-culture, quelque chose qui existe déjà dans notre monde, dans lequel les spectateurs peuvent se retrouver, mais des sous-cultures portées à leurs extrêmes conséquences. Et c'est ce que nous avons fait:

Les Origines. En gros, une sorte de commune hippie qui a rejeté la technologie mais qui a adopté la chasse et la vie de pionnier, des survivants très arc-en-ciel et verts qui se retirent du monde convaincus de pouvoir survivre en se cachant dans la forêt. [Spoiler, ce ne sera pas le cas].

 "Les Corbeaux". Pseudo-vikings modernes, bien coiffés et soignés, martiaux et sculpturaux, tout cela dans l'honneur et la gloire, mais ils ne perdent pas un instant pour se consacrer au culte de la force ainsi qu'au déferlement constant de musique techno et de drogues (qu'ils produisent et exportent).

"The Crimson". Fondamentalement, l'OTAN sans les Américains, l'idée serait celle de la République romaine, mais en faisant un clin d'œil à l'Empire britannique. Ils promettent la paix et la protection en échange du service militaire, ils accueillent toutes les tribus tant qu'elles portent leur uniforme... mais l'appartenance à une tribu ne semble rien signifier d'autre que beaucoup de bavardages superficiels. Le brandy et les fêtes semblent être la seule activité pratiquée alors qu'il n'y a pas d'actions militaires. Trahison, intrigues politiques et tactiques peu honorables sont à l'ordre du jour. Ils s'appellent eux-mêmes les "gentils" dans l'émission.

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"Les Atlantes". Une population mystérieuse ; contrairement à leur nom, ils semblent être les seuls à ne pas être technologiquement décomposés... ou peut-être ceux qui ont fait tomber tous les autres

"Les Femen’’. Oui, une tribu de nouvelles amazones, un peu féministes révolutionnaires, un peu culte de la Déesse Mère, qui se nomment comme un mouvement qui existe encore aujourd'hui. Coup de génie pour continuer à véhiculer des idées et des messages stéréotypés comme le veut le Système. Bien sûr, ils semblent absolument être une faction positive, même s'ils sont encore peu présents sur les scènes.

Ce sont là les principaux groupes, mais d'après ce que l'on peut entendre dans la série, ils sont innombrables, et qui ne vit pas dans une tribu semble vivre comme dans le Far West de la mémoire hollywoodienne, des saloons, des bordels et des écuyers locaux entourés de voyous. Manifestement, ne pas dire que les "tribus" sont toutes multiethniques et raciales, libres de tout préjugé sexiste et que chacun ne s'aligne que superficiellement sur l'idéal dominant et peut ensuite faire et être ce qu'il veut de bien ?

Nous nous posons donc une question : les tribus d'Europe s'affrontent entre deux idées de l'Europe ?

Nous lisons ce commentaire sur le web que nous citons :

"Les Crimsons et les Crows (Corbeaux) sont tous deux des sociétés militarisées, mais cette apparence superficielle cache de profondes différences. Les Crimsons représentent les idéaux du projet européen original: le respect des différentes identités culturelles, l'aspiration à la paix et à la liberté individuelle, l'idée de la guerre comme une nécessité pour se défendre des ennemis, la recherche du compromis et de la négociation. Les Corbeaux sont leur antithèse : voués à la violence, au pillage et à l’exaltation du droit du plus fort à piétiner le plus faible, ils prospèrent grâce à l'exploitation féroce d'une masse d'esclaves, obtenue par le pillage des territoires voisins. Cependant, ils ont deux caractéristiques que les Crimsons eux-mêmes envient : un sens de l'honneur élevé et l'incapacité de mentir. En d'autres termes, les deux tribus représentent d'une certaine manière les idéaux - et les faiblesses - des démocraties occidentales et des États autoritaires respectivement, bien qu'elles soient poussées à l'excès. Nous ne savons pas lequel des deux l'emportera, mais lorsqu'il s'agit d'en venir aux mains, l'approche des Corbeaux est certainement la plus efficace. En tout cas, les deux factions rêvent de réunifier le continent une fois de plus, en diffusant leur vision du monde au reste des tribus. En bref, c'est l'éternel retour du mythe de l'Empire romain, qui s'est conjugué de mille façons dans la fiction".

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Nous ne sommes pas du tout d'accord. Les deux visions expliquées ici n'appartiennent pas à la véritable idée et à l’identité européennes. Tous deux sont le fruit d'une dégénérescence moderne. Celui qui l'emportera, que ce soit dans la fiction ou dans une éventuelle réalité, représentera toujours une victoire de la subversion. Et cessez à tout prix de salir ne serait-ce que le nom et l'idée de Rome.

Cette série véhicule l'hypothèse d'un avenir où régneront en Europe la hiérarchie, l'impérialisme, l'individualisme de groupe (poussé à l'extrême dans le concept subculturel erronément appelé tribu), l'anarchie et le libertinage des coutumes, l'exploitation des plus faibles et la peur. Une Europe fracturée et divisée, où chacun ne poursuit que des objectifs économiques de survie et de perte de bien-être matériel. Un État bourgeois sauvage.

Nous n'irons pas plus loin, nous avons déjà trop écrit, si vous voulez regarder cette série avec un regard très attentif et critique, vous pourriez trouver intéressant de réfléchir à notre futur proche. Dernière note qui nous a vraiment fait "tristement" rire ? Dans l'"Europe des tribus" montrée en 50 ans dans cette série, où chaque aspect socioculturel de notre société terminale semble avoir survécu, extrême et totalement dégénéré, il y a une grande, grande absence : la religion. Elle n'est jamais mentionnée, il n'y a jamais de référence explicite à une pensée religieuse, même les tribus ne semblent pas avoir de rituels particuliers, sinon quelque chose de simple et d'extrêmement séculier. Faites donc attention à la sonnette d'alarme.

mardi, 29 décembre 2020

H.G. Wells’ Dystopic Vision Comes Alive With the Great Reset Agenda

 
Matthew Ehret
 
Ex: https://www.strategic-culture.org
 

700.jpgIn the Time Machine, society one million years in the future has evolved into two separate species called Morlocks and Eloi. The Morlocks represent the ugly dirty producers who by this future age, all live under ground and run the world’s manufacturing. The Eloi are the effect of the inbreeding of the elite, who by this time are simple-minded, Aryan, above-ground dwellers living in idleness and consuming only what the Morlocks produce. What was the trade off?

The Morlocks periodically rise above ground in hunting parties to kidnap and eat unsuspecting Eloi in this symbiotically vicious circle of life.

This famous story was written by a young British writer in 1893 whose ideas and pioneering work in shaping new techniques of cultural warfare which profoundly affected the next 130 years of human history. These ideas led to the innovation of novel techniques of “predictive programming”, and to mass psychological warfare. In contrast to the optimistic views of mankind and the future potential envisioned by the great science fiction writer Jules Verne earlier, Wells’ misanthropic tales had the intended effect of reducing the creative potential and love of humanity that Verne’s work awoke.

To restate the technique more clearly: By shaping society’s imagination of the future, and embedding existential/nihilistic outcomes within his plotlines, Wells realized that the entire zeitgeist of humanity could be affected on a profound level than simple conscious reason would permit. Since he robed his poison in the cloth of “fiction” the minds of those receiving his stories would find their critical thinking faculties disengaged and would simply take in all trojan horses embedded in the stories into their unconsciousness. This has been an insight used for over a century by social engineers and intelligence agencies whose aim has always been the willing enslavement of all people of the earth.

While he is best known for such fiction works as The War of the Worlds, The World Set Free, The Invisible Man, The Island of Doctor Morrow, and The Time Machine, Wells’ lesser-known non-fiction writings like The Open Conspiracy, The New World Order, The Outline of History, The Science of Life and The World Brain served as guiding strategic blueprints for the entire 20th century war against sovereign nation states and the very idea of a society built on the premise of mankind made in the image of God.

Thomas Huxley’s Revolution

The members of the London-centered oligarchy to which Wells had devoted himself at an early age had found themselves stuck in a rut by the turn of the 19th century. These inbred families and retainers who managed the dying British Empire had long been encrusted by the vices of decadence by the time a young man of low breeding and high talent arose amidst the London-ghettos treating syphilis patients as a surgeon’s assistant. This young surgeon’s name was Thomas Huxley.

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Huxley possessed a sardonic wit, a deep misanthropy, and an intelligence that were soon discovered by powerful patrons, and by his mid-20’s, this young man found himself a rising star in Britain’s Royal Academy of Science. Here he quickly became a leading creative force, shaping Britain’s powerful X Club, serving as Darwin’s bulldog promoting popular debates featuring himself against literalist members of the clergy. In these debates he argued for Darwin’s chaos-bound interpretation of evolution. He also founded Nature magazine as a propaganda instrument which has been used to enforce scientific consensus favorable to a world empire to this very day.

Huxley chose his opponents carefully, ensuring that he could easily and publicly obliterate the arguments of simple-minded Anglican clergy, and thus convince all onlookers that the only choice they had to account for the evolution of new species was either literal Biblical creationism or his brand of Darwinian evolution. The many alternative scientific theories of the 19th century (such as those found in the works of Karl Ernst von Baer, Georges Cuvier, Lamarck and James D. Dana) which accounted for both the evolution of species, and the harmonics of all parts to a whole, as well as creative leaps were forgotten amidst this false dichotomy which this author unpacked in a recent interview.

https://youtu.be/5yAitkCMvP0

Wells Picks up Huxley’s Torch

During his later years, Huxley mentored a young H.G. Wells, together with a whole generation of new imperial practitioners of the arts of social engineering (and social Darwinism). This social engineering soon took the form of Galton’s eugenics quickly becoming an accepted science practiced across the western world.

51TkzlASuKL._SX315_BO1,204,203,200_.jpgWells was himself the son of a lowly gardener, but, like Huxley, exhibited a strong misanthropic wit, passion and creativity lacking in the high nobility, and he was thus raised from the lower ranks of society into the order of oligarchical management by the 1890s. During this moment of vast potential- and – it cannot be restated enough- the oligarchical order that had grown overconfident during the 200+ years of hegemony were petrified to see the nations of the earth rapidly breaking free from this hegemony thanks to the under the international spread of Lincoln’s American System across Germany, Russia, Japan, South America, France, Canada and even China with Sun Yat-sen’s 1911 republican revolution.

As outlined in Cynthia Chung’s ‘Why Russia Saved the USA’, the oligarchy just no longer seemed to have the creative vitality and sophistication required to snuff out these revolutionary flames.

Wells described this problem in the following terms:

“The undeniable contraction of the British outlook in the opening decade of the new century is one that has exercised my mind very greatly… Gradually, the belief in the possible world leadership of England had been deflated by the economic development of America and the militant boldness of Germany. The long reign of Queen Victoria, so prosperous, progressive and effortless, had produced habits of political indolence and cheap assurance. As a people we had got out of training, and when the challenge of these new rivals became open, it took our breath away at once. We did not know how to meet it…”

The science of population control advanced by Huxley, Galton, Wells, Mackinder, Milner and Bertrand Russell was the basis for a new scientific priesthood and “world government” that would put a stop to the startling disequilibrium unleashed by the electric spread of sovereign nation states, protectionism and commitment to scientific and technological progress.

Fabians, Round Tablers and Coefficients: New Think Tanks Emerge

FabianSociety.jpgH.G Wells, Russell and other early social engineers of this new priesthood organized themselves in several interconnected think tanks known as 1) the Fabian Society of Sidney and Beatrice Webb which operated through the London School of Economics, 2) the Round Table Movement begun by the fortunes left to posterity by the racist diamond magnate Cecil Rhodes which also gave rise to the Rhodes Trust, and Rhodes Scholarship programs established to indoctrinate young talent in the halls of Oxford, and finally 3) the Co-Efficients Club of London. As noted by Georgetown Professor Carol Quigley, in his 1981 The Anglo-American Establishment, membership in all three organizations was virtually interchangeable.

Wells described the rise of these original think tanks and documented the inner elite’s inability to meet the challenge of the times saying: “Our ruling class, protected in its advantages by a universal snobbery was broad-minded, easy going and profoundly lazy… Our liberalism was no longer a larger enterprise, it had become a generous indolence. But minds were waking up to this. Over our table at St Ermin’s Hotel wrangle Maxse, Bellairs, Hewins, Amery and Mackinder, all stung by the small but humiliating tale of disasters in the South African war, all sensitive to the threat of business recession, and all profoundly alarmed by the naval and military aggressiveness of Germany.”

Fearful of the prospect of a US-Russia-China alliance outlined in depth by Fabian/Roundtable members Halford Mackinder and Lord Alfred Milner, the solution was simple: kick over the chess board and get everyone to just slaughter each other. Accounts of the British imperial efforts to orchestrate this war have been told in many locations, but none as efficiently as the 2008 documentary 1932: Speak Not of Parties.

In the wake of the destruction which left 9 million dead on all sides and ruined countless lives, Wells, Russell and the Milner Roundtable became leading voices for world government under the League of Nations (c. 1919) advocating “enlightened cosmopolitanism” to replace the era of “selfish nation states”.

The Battle For World Government

A decade after its founding, the League was less successful than Wells and his co-thinkers would have liked, with nationalists from around the world recognizing the evil hand of empire lurking behind the apparent language of “liberal values and world peace”. Sun Yat-sen, among many others was among the anti-Wellsian voices and warned his fellow Chinese in 1924 not to fall into this trap saying:

“The nations which are employing imperialism to conquer others and which are trying to maintain their own favored positions as sovereign lords of the whole world are advocating cosmopolitanism [aka: global governance/globalization -ed] and want the world to join them… Nationalism is that precious possession by which humanity maintains its existence. If nationalism decays, then when cosmopolitanism flourishes we will be unable to survive and will be eliminated”.

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In response to this patriotic resistance across the world, a new strategy had to be concocted. This took the form of H.G. Welles’ 1928 The Open Conspiracy: Blueprint for a World Revolution. This little-known book served as a guiding blueprint for the next century of imperial grand strategy calling for a new world religion and social order. According to Wells:

“The old faiths have become unconvincing, unsubstantial and insincere, and though there are clear intimations of a new faith in the world, it still awaits embodiment in formulae and organizations that will bring it into effective reaction upon human affairs as a whole.”

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In his book, Welles outlines the need for a new scientific gospel to supersede the Judeo-Christian faiths of the western world. This new gospel consisted of a series of tomes which he and his colleague Julian Huxley composed, entitled: 1) The Outline of History (1920) where Wells re-wrote all of history wishing this analysis to replace the book of Genesis, 2)The Science of Life (1930), co-written with Sir Julian Huxley (Thomas Huxley’s Grandson who continued the family tradition along with Aldous), and 3) The Work, Wealth and Happiness of Mankind (1932).

Part of this immense project to create a new coherent synthetic religion to re-organize humanity involved a re-packaging of a Darwinism that was falling out of favor with many scientists of the 1920’s. They recognized its failure to account for obvious features of nature such as directionality in evolution, spirit, intention, ideas and design.

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This re-packaging took the form of the “New Evolutionary Synthesis” which attempted to save Darwin’s theory and its eugenic corollaries using Jesuit priest Pierre Teilhard de Chardin’s doctrine of the “Omega Man”. De Chardin’s system synthesized the foundation of Darwinian assumptions with an acknowledgment of evolutionary directionality, the possibility of spirit, and the existence of mind as a force of nature. The destructive slight of hand used by Chardin was that all of these “transcendent” features of design- spirit, mind, reason, etc.- were: 1) bound to a finite future point of no change which dominated and guided all apparent change in living space time, and 2) binding the world of mind and spirit to the forces of the material world. The Chardin-Huxley-Wells remix kept Darwin’s laws relevant and kept science compatible with imperial modes of social organization.

Outlining the aims of The Open Conspiracy, Wells writes: “Firstly, the entirely provisional nature of all existing governments, and the entirely provisional nature therefore, of all loyalties associated therewith; Secondly, the supreme importance of population control in human biology and the possibility it affords us of a release from the pressure of the struggle for existence on ourselves; and Thirdly, the urgent necessity of protective resistance against the present traditional drift towards war.”

By 1933, the planned Bankers’ Dictatorship, meant to solve the four years’ long great depression and organized during the months-long London Conference, was on the verge of being sabotaged by the recently-elected American President Franklin Delano Roosevelt. It was then that Wells published a new manifesto in the form of a fiction book called ‘Shape of Things to Come: The Ultimate Revolution’. This book (soon made into a Hollywood movie), served as an early tool of mass predictive programming showcasing a world destroyed by decades of global war, pandemic, and anarchy- all caused by… sovereign nation states.

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The “solution” to these dark ages took the form of a masonic society of social engineers who descended from planes (Wells’ ‘Benevolent Dictatorship of the Air’) to restore order under a world government. Wells had his main character (a social psychologist) state “while the World Council was fighting for and directing and carrying on the unified World State, the Educational Control was remoulding mankind”. The social psychologists managing the World Government were “becoming the whole literature, philosophy and general thought of the world… the reasoning soul in the body of the race.”

The greatest problem to overcome, stated Wells, was “the variability of mental resistance to direction and limits set by nature to the ideal of an acquiescent cooperative world.”

Wells’ hero, Gustav de Windt, was “pre-occupied by his gigantic schemes for world organization, had treated the ‘spirit of opposition’ as purely evil, as a vice to be guarded against, as a trouble in the machinery which was to be minimized as completely as possible.”

In 1932, Wells gave an Oxford speech championing a global order run by liberal fascists saying: “I am asking for liberal Fascisti, for enlightened Nazis”. This was not paradoxical when one realizes that the rise of fascism was never a “nationalist” phenomenon as popular history books have asserted for decades but rather was the artificial consequence of a supranational financier-oligarchy from above who wished to use “enforcers” to bend their societies to a higher will.

The World Brain

WorldBrain.jpgBy the time World War II began, Wells’ ideas had evolved new insidious components that later gave rise to such mechanisms as Wikipedia and Twitter in the form of “The World Brain” (1937) where Wells calls for reducing the English language to a “basic English” of 850 accepted words which would make up a world language. In this book, Wells states that “thinkers of the forward-looking type whose ideas we are now considering, are beginning to realize that the most hopeful line for the development of our racial intelligence lies rather in the direction of creating a new world organ for the collection, indexing, summarizing and release of knowledge, than in any further tinkering with the highly conservative and resistant university system, local, national and traditional in texture, which already exits. These innovators, who may be dreamers today, but who hope to become very active organizers tomorrow, project a unified, if not centralized, world organ to pull the mind of the world together.”

By 1940, Wells wrote the The New World Order which again amplified his message. In writing this,  he coordinated his efforts with the many Fabians and Rhodes Scholars who had infiltrated western foreign policy establishments in order to shape the the war, but more importantly, the post-war global structure. These were the networks that hated Franklin Roosevelt, Vice-President Henry Wallace, Harry Hopkins and other genuine “New Dealers” who wanted nothing more than to destroy colonialism once and for all in the wake of the war.

Wells insists that the “new age of brotherhood” that must guide the new United Nations must not tolerate sovereign nation states as FDR dreamed (and as was formally enshrined in the UN Charter) but must rather be guided by his caste of social engineers pulling the levers of production and consumption within a system of mass “collectivization” saying:

“Collectivisation means the handling of the common affairs of mankind by a common control responsible to the whole community. It means the suppression of go-as-you-please in social and economic affairs just as much as in international affairs. It means the frank abolition of profit-seeking and of every device by which human beings contrive to be parasitic on their fellow man. It is the practical realisation of the brotherhood of man through a common control”.

If Wells’ outlines look similar to those ideas recently made public by the World Economic Forum’s Great Reset, then don’t be surprised.

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Wells’ Death and the Continuity of a Bad Idea

With Wells’ 1946 death, other Fabians and social engineers continued his work during the Cold War. One of the leading figures here being Wells’ associate, Lord Bertrand Russell, who wrote in his 1952 The Impact of Science on Society:

“I think the subject which will be of most importance politically is mass psychology…. Its importance has been enormously increased by the growth of modern methods of propaganda. Of these the most influential is what is called ‘education’. Religion plays a part, though a diminishing one; the press, the cinema and the radio play an increasing part… it may be hoped that in time anybody will be able to persuade anybody of anything if he can catch the patient young and is provided by the state with money and equipment.”

“The subject will make great strides when it is taken up by scientists under a scientific dictatorship. The social psychologists of the future will have a number of classes of school children on whom they will try different methods of producing an unshakable conviction that snow is black. Various results will soon be arrived at. First that the influence of home is obstructive. Second that not much can be done unless indoctrination begins before the age of ten. Thirdly verses set to music and repeatedly intoned are very effective. Fourth that the opinion that snow is white must be held to show a morbid taste for eccentricity. But I anticipate. It is for future scientists to make these maxims precise and discover exactly how much it costs per head to make children believe that snow is black, and how much less it would cost to make them believe it is dark gray.”

51Qtrz4m2-L._SX373_BO1,204,203,200_.jpgAlthough the bodies of Wells, Russell and Huxley have long since rotted away, their rotten ideas continue to animate their disciples like Sir Henry Kissinger, George Soros, Klaus Schwab, Bill Gates, Lord Malloch-Brown (whose disturbing celebration of the Coronavirus as a golden opportunity to finally restructure civilization) should concern any thinking citizen. The idea of a “Great Reset” expounded by these modern mouthpieces of history’s bad ideas signals nothing more than a new Dark Age which should turn the stomach of any moral being.

It is here useful to hold the words of Kissinger in mind who had channeled the spectre of Wells telling a group of technocrats in Evian, France in 1992:

“Today, America would be outraged if U.N. troops entered Los Angeles to restore order. Tomorrow they will be grateful! This is especially true if they were told that there were an outside threat from beyond whether real or promulgated, that threatened our very existence. It is then that all peoples of the world will plead to deliver them from this evil. The one thing every man fears is the unknown. When presented with this scenario, individual rights will be willingly relinquished for the guarantee of their well-being granted to them by the World Government.”

jeudi, 24 décembre 2020

Ray Bradbury : Il n'y aura personne pour vivre dans la "maison intelligente"

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Ray Bradbury : Il n'y aura personne pour vivre dans la "maison intelligente"

Valentin Katasonov

Ex: https://www.geopolitica.ru

Traduction de Juan Gabriel Caro Rivera

Plus l'environnement matériel de la vie devient "intelligent", plus les hommes perdent leurs qualités humaines

L'humanité est entraînée vers un "brillant avenir numérique". Nous assistons à la numérisation rapide de tous les aspects de la société et de la vie humaine. Les gens s'attachent à une multitude d'appareils électroniques, sans lesquels ils ne peuvent plus exister. Que ce soit un ordinateur avec Internet et les réseaux sociaux, un téléphone portable avec de nombreuses applications et des cartes bancaires en plastique, des "portefeuilles électroniques", des "navigateurs" dans les voitures, etc.

Un autre domaine de numérisation de la vie personnelle des gens est la "maison intelligente". Il s'agit d'un système de dispositifs électroniques et automatiques capables d'effectuer des actions et de résoudre certaines tâches quotidiennes sans intervention humaine. Certains éléments de la "maison intelligente" font depuis longtemps partie de la vie quotidienne, en particulier de ceux qui ont des revenus élevés. Il s'agit, par exemple, de la régulation automatique du système de chauffage ou de climatisation. De l'allumage et de l'extinction automatiques des lumières, du déclenchement automatique de l’alarme en cas d’incendie ou de fuites d'eau. Ces éléments comprennent un système électronique pour protéger la maison (les locaux) contre les intrusions (sécurité), des interphones, des serrures électroniques, des clés électroniques, etc. Ces systèmes sont une partie importante, mais pas la seule, d'une "maison intelligente". C'est la partie appelée la maison intelligente. Le terme "maison intelligente" a été créé en 1984 par l'Association nationale américaine des constructeurs d'habitations. Aujourd'hui, elle a été adoptée par de nombreuses grandes entreprises et constructeurs.

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Le deuxième élément de la "maison intelligente" est l'électroménager "intelligent", qui fait référence au monde des "choses intelligentes". Les appareils électroménagers ont commencé à remplir les maisons il y a plus d'un siècle. Cela a remplacé de nombreuses opérations manuelles à la maison : fours électriques (cuisinières), cafetières, lave-vaisselle, réfrigérateurs domestiques, fers à repasser, grille-pain, etc. La plupart d'entre eux sont aujourd'hui des appareils automatiques, "intelligents". De nombreux types d'appareils ménagers peuvent être rendus encore plus "intelligents" à l'aide de microprocesseurs, qui permettent une autorégulation fine des appareils. Par exemple, il existe des aspirateurs qui peuvent nettoyer une pièce par eux-mêmes (sans aide humaine), en se déplaçant indépendamment sur le sol. Et la même cafetière peut vous faire du café si vous le dites avec votre voix. Et vous pouvez même spécifier la concentration de café dont vous avez besoin. Ces appareils sont souvent classés comme "intelligents". Une maison intelligente suppose qu'elle est pleine de choses intelligentes.

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Cependant, ma conversation ne porte pas tant sur la "maison intelligente" que sur l'écrivain américain Ray Bradbury (1). Cette année marque le 100e anniversaire de la naissance de ce classique littéraire de notre époque. Il est décédé récemment, en 2012, à l'âge de 92 ans. Ray Bradbury est généralement connu comme un écrivain qui a travaillé dans le genre de la science-fiction. La dystopie est une littérature portant sur un avenir indésirable. Un écrivain qui crée une dystopie avertit le lecteur d'un avenir indésirable, fait ce qui est en son pouvoir pour empêcher cet avenir de se produire. La dystopie la plus célèbre de Ray Bradbury est Fahrenheit 451 (1953). Peu avant sa mort, l'écrivain a déclaré aux journalistes : "Je n'essaie pas de prédire l'avenir. J'essaie de l'empêcher".

Ray Bradbury a prédit l'émergence d'un monde "intelligent" et a exprimé de sérieux doutes sur le fait qu'une personne dans un environnement "intelligent" se sentirait plus heureuse et plus protégée. Au contraire, c'est tout le contraire. Plus encore. Dans les œuvres de Bradbury, la pensée suivante émerge : plus l'environnement matériel de la vie devient "intelligent", plus les hommes perdent leurs qualités humaines.

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Bradbury utilise souvent le terme de "technologie robuste". Je fais référence à ces innovations scientifiques et techniques qui tuent la culture, divisent les gens, les rendent stupides, faibles, insensibles. Bradbury utilise le téléphone comme exemple. Cette invention, selon lui, a permis de relier les gens entre eux, mais à la fin de sa vie, l'écrivain a vu l'émergence du smartphone. Il trouvait une telle innovation assez négative: le smartphone commençait à éloigner les gens. Il a également vivement critiqué les réseaux sociaux, qui remplacent la communication en direct des personnes par des réseaux virtuels.

De nombreux admirateurs de l'œuvre de Bradbury sont surpris par le nombre d'innovations techniques prévues dans ses romans, ses nouvelles et ses histoires. En effet, la naissance de nombre de ces prédictions remonte à 1950. C'est-à-dire qu'ils ont exactement 70 ans. Il s'agit tout d'abord des Chroniques martiennes (recueil d'histoires et d'essais), qui ont rendu cet écrivain de 30 ans mondialement célèbre. Dans les Chroniques martiennes, il convient de souligner le récit visionnaire "Il y aura une pluie douce". Dans la même année 1950, Bradbury publie le terrible récit visionnaire The Veldt. Dans la même ligne se trouve l'histoire The Killer (publiée en 1953, écrite en 1950). Le résultat des Chroniques martiennes et d'une série d'histoires qui a généré le roman Fahrenheit 451, qui évoquait également des "choses intelligentes", dont personne ne rêvait à l'époque aux États-Unis.

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L'histoire There Will Be Gentle Rains est un classique de la dystopie. Certains pensent que c'est un thriller. Les événements décrits dans le récit ne durent qu'une seule journée, du 4 au 5 août 1985. Par la suite, l'auteur a changé la date des événements pour la fixer à 41 ans plus tard (2026). L'accent est mis sur une maison de la ville américaine d'Ellendale, en Californie, appartenant à la famille McClellan. La veille, il y a eu une catastrophe : la ville a été détruite par une attaque nucléaire. Personne n'a survécu, toutes les maisons ont été détruites. Miraculeusement, seule cette maison a survécu. Selon les normes actuelles, une "maison intelligente" classique, mais sans propriétaire, puisque ce propriétaire a été instantanément détruit par une explosion nucléaire (il n'a laissé qu'une empreinte sur un des murs de la maison). Le dernier à mourir a été le chien qui a compris que les propriétaires étaient partis.

Cependant, les machines et les robots de la "maison intelligente" fonctionnent toujours : ils préparent le petit déjeuner, font les lits, nettoient la maison et font la vaisselle. En même temps, comme toujours, ils fredonnent quelque chose, plaisantent, chuchotent tendrement... Tout fonctionne comme la meilleure horloge suisse : "Dans la cuisine, le four soupire d’un ton rauque et de son ventre chaud sortent huit toasts parfaitement faits, quatre œufs sur le plat, seize tranches de bacon, deux tasses de café et deux verres de lait froid. Aujourd'hui à Ellendale, en Californie, le 4 août, deux mille vingt-six", a dit une autre voix depuis le plafond de la cuisine. Il a répété le chiffre trois fois pour mieux s'en souvenir. "Aujourd'hui, c'est l'anniversaire de M. Featherstone, l'anniversaire de mariage de Tilita. La prime d'assurance est due, il est temps de payer l'eau, le gaz et l'électricité. Le robot est un peu confus la nuit. Il est habitué à ce que l'hôtesse lui demande de réciter son poème préféré "Il y aura une douce pluie". Sans attendre la demande habituelle, le robot répète le poème.

L'attaque nucléaire a apparemment causé quelques dommages à l'automatisation de la "maison intelligente" : soudain, un incendie se déclare dans la cuisine, qui engloutit rapidement toute la maison. Les systèmes d'extinction des incendies ne peuvent pas arrêter la propagation du feu. Enfin, l'ordinateur central qui contrôle toute la "maison intelligente" brûle. Les cendres seules restent de la maison. Un seul des murs a miraculeusement survécu avec un appareil audio séparé. Dès le matin, il s'allume et se met à dire en continu : "Nous sommes le 5 août 2026, nous sommes le 5 août 2026...". Le titre de l'histoire est tiré d'un poème de la célèbre poétesse américaine Sara Teasdale (1884-1933). Voici la première et la dernière strophe de ce poème :

Il y aura une douce pluie, il y aura une odeur de terre,

Des sauts rapides et agiles d'une aube à l'autre

Et la nuit, les grenouilles se roulent dans les étangs

Et la floraison des prunes dans les jardins de mousse blanche

Et ni l'oiseau ni le saule ne verseront une larme,

Si la race humaine meurt partout sur la terre.

Le printemps et le printemps trouveront une nouvelle aube

Sans se rendre compte que nous sommes partis.

L'inclusion de ce poème de Ray Bradbury dans votre histoire n'est pas un hasard. L'écrivain a averti il y a 70 ans que les progrès scientifiques et technologiques, pour lesquels toute la communauté "progressiste" prie, pourraient en fait conduire la race humaine à périr sur terre.

51YU00K618L.jpgEt voici l'histoire de "The Killer". Le personnage principal est Albert Brock, un patient placé en clinique, qui souffre dans la technosphère, ce qui le prive de paix et de joie. Les bracelets radio (radio au poignet), les maisons parlantes, la télévision, le bruit des voitures, la publicité intrusive, la musique assourdissante ne permettent pas à une personne d'être seule avec elle-même. Les autorités le tiennent en laisse en l'appelant au téléphone. Ce n'est pas encore un téléphone portable, mais un appareil qui est toujours avec Brock, dans une voiture équipée d'une radio :

"C'est aussi pratique pour mes supérieurs : je voyage pour affaires et il y a une radio dans la voiture, et ils peuvent toujours me joindre. Contact ! Dis-le doucement. Contact, bon sang ! Attache tes mains et tes pieds ! Attrape, attrape, écrase, broie avec toutes ces voix de radio. Vous ne pouvez pas sortir de la voiture une minute, vous devez certainement signaler : "Je me suis arrêté à la station-service, je vais aux toilettes." - "C'est bon, Brock, allez-y." "Brock, pourquoi jouez-vous autant ?" - "Je suis désolé, monsieur !"

Le psychiatre essaie de l'aider avec les moyens habituels, mais Albert Brock dirige inopinément l'énergie et la passion dans la technosphère qui empêche une personne de vivre. Il commence à détruire le matériel dont il dispose : téléphone, radio, télévision, etc. Pendant un certain temps, il retrouve la paix et le calme, se sent à nouveau en bonne santé. Mais le médecin qui l'aide tente de ramener le protagoniste à son état initial, estimant que ses actes sont la manifestation d'une exacerbation de la maladie. Malheureusement, il s'agit d'une rébellion solitaire que tout le monde considère comme étant le fait de malades mentaux.

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Et voici une autre histoire de Ray Bradbury, The Veldt, publiée pour la première fois en 1950 dans The Saturday Evening Post. Son nom d'origine est Le monde que les enfants ont fait. Les héros de la pièce sont une famille américaine de parents (George et Lydia) et deux enfants nommés Peter et Wendy. Ils vivent dans une maison qui, selon les normes modernes, répond à la définition d'une "maison intelligente". Dans l'histoire, la maison s'appelle "Tout pour le bonheur". Là-bas, les gens n'ont même pas besoin de lever le petit doigt ; tout est fait par des machines, de la cuisson des aliments à la confection des lacets. De plus, les habitants reproduisent des choses agréables (musique, vidéos) avec le soutien émotionnel de machines intelligentes. Les enfants reçoivent cette recharge ludique dans une salle spéciale appelée The Veldt. Ce mot, d’origine afrikaander, signifie la savane (sud-africaine) sauvage, l'Afrique sauvage. Et la technologie de la "maison intelligente" reproduit exactement le paysage de la jungle et de la prairie africaines. Les images qui apparaissent devant les enfants sont indissociables de la réalité. Peter et Wendy aiment vraiment se trouver dans ce monde. En plus de la flore, il existe aussi une faune sous forme de lions sauvages. Les enfants adorent les scènes avec les lions, surtout quand ils mangent les carcasses d'autres animaux. Un passe-temps cher aux enfants dans la pièce Veldt. Mais leur assiduité commence à mettre les parents sur leurs gardes, et ils essaient de limiter le passe-temps favori de leurs enfants dans la pièce Veldt. Le psychologue leur recommande de quitter la "maison intelligente" pendant un certain temps et d’installer toute la famille dans une autre ville. Les enfants demandent à être séparés une nouvelle fois dans la salle Veldt. Les parents sont venus les en enlever, mais les enfants les tuent. En fait, dans la pièce Veldt, le meurtre est devenu la norme (les lions rongent leurs victimes et les mangent). Pour les enfants, Veldt a complètement remplacé le monde réel de leurs parents. Pour rester dans ce monde virtuel, les enfants ont décidé de sacrifier leurs parents qui étaient moins précieux et moins importants.

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L'Internet moderne ne nous rappelle-t-il pas le Veldt ? Ray Bradbury a non seulement pu prévoir l'émergence de nouvelles technologies, mais aussi les conséquences désastreuses que ces technologies entraînent. Les romans et les histoires des classiques de la littérature américaine devraient servir d'avertissement à l'humanité plongée dans des jeux dangereux appelés "maison intelligente", "trucs intelligents", "intelligence artificielle" et tout ce qui est appelé "numérisation".

Note :

  1. https://www.fondsk.ru/news/2020/06/25/rej-bredberi-o-tom-...

Source: https://www.fondsk.ru/news/2020/12/02/rej-bredberi-v-umno...

jeudi, 10 décembre 2020

La fin d'un monde : quand Evola a anticipé Orwell et Huxley

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La fin d'un monde : quand Evola a anticipé Orwell et Huxley

Andrea Scarabelli

Ex : https://blog.ilgiornale.it/scarabelli

La-Torre_1-213x300.jpegLa nouvelle édition de La Torre, la revue mythique dirigée par Julius Evola en 1930, vient d'être publiée par la maison d’édition Mediterranee ; c’est une version critique, remise à jour, comprenant des notes, des bibliographies et des analyses approfondies. En plus d'être un document historique comme il y en a peu d'autres, cette réédition témoigne d'une approche "métapolitique" et "spirituelle", qui a tenté d'orienter la politique de l'époque dans un sens différent de celui pris dans les années ultérieures. À l'occasion de cette nouvelle édition, nous rapportons, avec l'aimable autorisation de l'éditeur, une note signée par Evola dans le quatrième numéro de la revue, le 16 mars 1930, dans la rubrique qu'il a dirigée, la rubrique L'Arco e la Clava. Ici, le philosophe répond clairement à tous ces périodiques (La Volontà d'Italia, Roma Fascista, L'Italia Letteraria, L'Ora, etc.) qui l'accusent de "catastrophisme", car, comme on le sait, il s’était penché sur le thème de la fin des civilisations. Dans cette réponse, Evola anticipe non seulement des analyses plus connues aujourd’hui de par le monde, contenues par exemple dans des textes tels que Le meilleur des mondes de Huxley (1932), La dialectique des Lumières d’Adorno de Horkheimer (1947), le 1984 d’Orwell (1949) et L'homme unidimensionnel de Marcuse (1964).De surcroît, iloffre un portrait impitoyable, une analyse quasi chirurgicale, de notre monde. Dans cette singulière variation sur le thème de la "fin du monde" (dont le spectre erre encore dans le débat public actuel), Evola imagine néanmoins une calamité bien différente de celles, littéraires et dystopiques, auxquelles nous nous sommes habitués, pour finir par décrire en fait... notre contemporanéité, avec ses tics et ses tabous, avec tous ses masques et ses acteurs que le lecteur - nous en sommes sûrs - n'aura pas de mal à reconnaître. C'est aussi parce qu'il n'y a souvent pas besoin de catastrophes naturelles - ou de pandémies, pourrait-on ajouter, pour basculer dans la dystopie. Une civilisation peut aussi mourir d'une mort naturelle. C'est peut-être le cas de la nôtre.

Andrea Scarabelli.

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Texte de Julius Evola

Le monde occidental se dirige vers sa "fin". Mais c'est précisément ce que signifie "fin" qui doit être compris ! Nos points de référence ne sont pas du tout ceux qui ont cours actuellement. Nous ne prophétisons pas, nous démontrons - par l'observation de personnages et de processus précis de l'histoire et de la culture - le déclin d'une civilisation, et ce même fait, aux yeux de la plupart des gens, pourrait prendre un aspect très différent et pas du tout alarmant.

Expliquons cela à l'aide d'un exemple. Nous ne pensons pas du tout que la fin du monde occidental devrait nécessairement avoir cet aspect chorégraphique et catastrophique auquel la plupart des gens pensent immédiatement. Il ne s'agira pas nécessairement de cataclysmes, ni même de ces nouvelles guerres mondiales, sur les horreurs desquelles on a déjà maintes fois disserté et sur les résultats d’une éventuelle extermination de la race humaine ; non, plus simplement, de nombreuses personnes bien vivantes nous montrent déjà ce déclin, de manière lugubre. Au contraire, une guerre... un autre bon mais radical écrasement définitif - que peuvent espérer de plus ceux qui espèrent encore?

On voit encore plus noir. Voici, par exemple, l'une des formes sous lesquelles, entre autres, nous pourrions aussi dépeindre la "fin du monde".

Plus de guerres. La fraternité universelle. Nivellement total. Le seul mot d'ordre : obéir - incapacité, de devenir « organique » vu la contre-éducation des générations successives, alors qu’il faudrait faire tout sauf obéir. Pas de dirigeants. La toute-puissance de la "société". Les hommes, des moyens d'action sur les choses. L'organisation, l'industrialisation, le mécanisme, le pouvoir et le bien-être physique et matériel atteindront des sommets inconcevables et vertigineux. Soigneusement libérés scientifiquement de l'ego et de l'esprit, les hommes deviendront très sains, sportifs, travailleurs. Parties impersonnelles de l'immense agglomération sociale, rien, après tout, ne les distinguera les uns des autres. Leur pensée, leur façon de ressentir et de juger seront absolument collectives.

Avec les autres, même la différence morale entre les sexes disparaîtra, et il se peut aussi que le végétarisme fasse partie des habitudes rationnellement acquises de ce monde, se justifiant sur la similitude évidente des nouvelles générations avec les animaux domestiques (les animaux sauvages n'étant alors plus autorisés à exister que dans quelques jardins zoologiques). Les dernières prisons enfermeront dans l'isolement le plus terrifiant les derniers agresseurs de l'humanité : les penseurs, les témoins de la spiritualité, les dangereux maniaques de l'héroïsme et de l'orgueil guerrier. Les derniers ascètes vont s'éteindre un à un sur les sommets ou au milieu des déserts. Et la messe se célébrera par la bouche de poètes officiels et autorisés, qui parleront des valeurs civiles et chanteront la religion du service social. À ce moment-là, une grande aube se lèvera. L'humanité sera véritablement régénérée, et elle ne conservera même plus le souvenir des temps passés jugés désormais « barbares ».

Maintenant : qui vous permettrait d'appeler "fin" cette fin ? Pour voir, avec nous, l'effondrement total, la chute finale ? Seriez-vous capable de concevoir un mythe plus splendide, un avenir plus radieux pour l'"évolution" ?

mardi, 15 septembre 2020

The Dystopian Age of the Mask - How Ernst Jünger predicted the ubiquity of masks

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The Dystopian Age of the Mask

How Ernst Jünger predicted the ubiquity of masks

Huxley’s Brave New World (1932) has Alphas, Betas, and Epsilon Semi-Morons – genetically engineered classes with uniform clothing and uniform opinions. Orwell’s Nineteen Eighty-Four (1948) has the Thought Police and Newspeak. While Zamyatin’s We (1921) has numbers instead of people – D-503, I-330, O-90: vowels for females, consonants for males.

If there is a single defining characteristic of dystopian literature, it is the eradication of all individuality. “Self-consciousness”, Zamyatin writes, “is just a disease”. For this reason, dystopias are invariably told by tormented outsiders: those who are well aware of the commodity-like standardisation of their fellow humans, yet either fear the consequences of speaking out or resent their own sense of self. After all, “no offence is so heinous as unorthodoxy of behaviour”, as Huxley writes.

Given their tyrannical preoccupation with uniformity, it is little wonder that, as a literary form, dystopias emerged at the beginning of the twentieth century. The totalitarian regimes of Russia and Germany as well as their technocratic Western counterparts, inspired by the likes of F. W. Taylor and Henry Ford, were central sources of inspiration. For all their apparent differences, these competing ideologies are united by the utopian attempt to redraw not just society, but the human being himself. The increasing power of science and technology gave rise to the idea that nature itself, in all its messy complexity, could be finally put straight.

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Besides these three canonical authors, however, this generation produced another equally impressive, if much less well known, dystopian writer: the enigmatic German, Ernst Jünger. Known primarily for his First World War diaries and steadfast opposition to Weimar liberalism, Jünger went on to live until the age of 103, writing on topics from entomology and psychedelics to nihilism and photography. In the second half of his career he produced three principal works of dystopian fiction: Heliopolis (1949), Eumeswil (1977), and, perhaps his finest, The Glass Bees (1957).

Arguably his most chilling vision, however, is offered in an extended essay published on the eve of the Nazi ascension to power in 1932. The Worker, as Jünger calls it, aims to sketch what he regards as the coming new world order – an order defined by a fundamentally new type of human. Having dispensed with the liberal values of the past and embraced his fate in the factories and on the battlefields of the early twentieth century, the hallmark of the new man is an uncanny resemblance – both in body and soul – to the machine. Born to human parents, Jünger’s “worker” is nevertheless a child of the industrial age.

Following the dystopias of his contemporaries, the prime casualty of this new age is also the individual. For the logic of the machine permits no difference. Whether the natural world or the human mind, Jünger argues that everything is increasingly defined by “a certain emptiness and uniformity”. The result, to use Orwell’s words, is “a nation of warriors and fanatics, marching forward in perfect unity, all thinking the same thoughts and shouting the same slogans” – millions of people, he adds, “all with the same face”.

Our readiness to hide our face reflects the dehumanising tendencies that underlie the modern period

It is in this last respect that The Worker takes on a disturbing relevance for our own times. For the uniformity of the new age is symbolised, Jünger suggests, by the sudden proliferation of the mask in contemporary society. “It is no coincidence”, he writes, “that the mask is again beginning to play a decisive role in public life. It is appearing in many different ways … be it as a gas mask, with which they are trying to equip entire populations; be it as a face mask for sport and high speeds, seen on every racing driver; be it as a safety mask for workplaces exposed to radiation, explosions, or narcotic substances. We can assume”, he continues, with an eerie prescience, “that the mask will come to take on functions that we can today hardly imagine”.

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Given the sudden ubiquity of the face mask in 2020, across the entire globe and in an increasing number of social contexts, it is impossible to avoid the conclusion that this is precisely the sort of development Jünger had in mind. Our readiness to obscure the face reflects the dehumanising tendencies that, for Jünger, underlie the modern period. It represents another stage in the degradation of the individual that became explicit in the First World War. Whether as a scrap of material on the battlefield or a cog in the machine of the wartime economy, the modern age has a habit of reducing the human being to a functional object. Everything “non-essential” – everything, that is, that makes us human – is blithely discarded.

The question for us is what it means to resemble such a dystopian vision. Are we happy to rationalise the transformations of our everyday lives, or are we concerned by the proximity of today’s world with some of the most basic dystopian tropes? Whether the call for social isolation, perpetual “vigilance”, or mandatory face masks, the measures of the last six months represent more than an assault on liberty. They implicitly enjoin us to sacrifice our humanity in order to save our lives. Even if this Rubicon has not yet been crossed, it is worth thinking about the point at which it is. For perhaps there is more to life than its mere continuation. Perhaps “the object”, as Winston Smith well knew, “is not to stay alive but to stay human”.