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samedi, 03 janvier 2026

Mad Max: le monde sans freins

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Mad Max: le monde sans freins

Par @BPartisans (Telegram)

Oubliez les règles. Oubliez le droit. Oubliez les discours.

Ce qui se joue autour du Venezuela n’est pas une crise: c’est la version bêta du monde qui vient. Un monde où l’ordre international a été broyé, recyclé, puis revendu en slogans creux pendant que les moteurs de guerre tournent à plein régime.

L’ancien «monde fondé sur des règles» n’a pas été détruit par ses ennemis, mais par ceux qui prétendaient l’incarner. À force d’exceptions, de sanctions unilatérales, de changements de régime sous emballage moral, il a implosé. Résultat: un désert géopolitique où seuls comptent la force, la ressource et la capacité à frapper sans rendre de comptes.

La carte du monde n’est plus faite de frontières mais de zones exploitables. De grands blocs militarisés avancent comme des bandes motorisées. Entre eux, une immensité de pays vulnérables, riches en pétrole, en minerais ou en positions stratégiques, transformés en stations-service du chaos. Le Venezuela n’est pas un cas particulier. C’est un panneau indicateur.

Quand les fragilités internes rencontrent la prédation externe, la recette est connue: asphyxie financière, sabotage institutionnel, polarisation sociale, puis intervention «nécessaire». Le chaos n’est pas un échec de gouvernance : c’est un outil. On ne stabilise plus, on fracture. On ne reconstruit plus, on administre les ruines.

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Le droit international est désormais un cadavre desséché. On l’agite encore dans les discours comme un talisman, mais plus personne n’y croit. L’Organisation des Nations unies n’est plus qu’un décor : beaucoup de micros, aucun levier. Pendant qu’on y débat, les décisions se prennent ailleurs, brutalement, sans vote ni mandat.

L’Amérique latine se voulait «zone de paix». Elle découvre qu’elle est surtout une zone temporairement tolérée, jusqu’à ce qu’une ressource, une élection ou une monnaie deviennent trop utiles pour être laissées tranquilles. Comme le Moyen-Orient, l’Afrique ou l’Asie, elle entre dans l’ère des conflits permanents à basse intensité, suffisamment violents pour détruire, pas assez pour choquer durablement.

Dans ce monde Mad Max, chacun forge son blindage.

La Russie transforme la souveraineté en doctrine de survie: sécurité nationale, économie militarisée, stabilité exportable comme un service stratégique. La Chine observe le chaos sans émotion: dans un désert, celui qui contrôle l’eau et le temps finit toujours par gagner.

Les anciennes élites mondialistes, elles, ont compris trop tard qu’elles ont perdu la main. Alors elles frappent avant d’être frappées. Le chaos devient politique officielle, la peur un instrument de gestion, la coercition un langage diplomatique.

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Et l’Union européenne ?

Elle découvre que dans ce nouveau monde, l’accusation est une arme réversible. À force de disqualifier, sanctionner, moraliser et criminaliser, elle s’expose à subir exactement les mêmes méthodes. Dans l’univers Mad Max, celui qui brandit la vertu attire le tir. Corruption, ingérences, trafics, censures: tout circule, tout se retourne, tout s’utilise.

Nous avons quitté l’ère des lois pour entrer dans celle des convois armés, des économies de guerre et des populations prises en otage entre des puissances qui n’ont plus rien à proposer, sauf la force.

Mad Max n’était pas une dystopie.

C’était une prévision opérationnelle.

@BPARTISANS

Technocratie américaine – De la vision des années 1930 à la technocratie moderne

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Technocratie américaine – De la vision des années 1930 à la technocratie moderne

Markku Siira

Source: https://geopolarium.com/2025/12/22/amerikan-teknaatti-193...

Au début des années 1930, aux États-Unis, en pleine crise de la Grande Dépression, naquit le mouvement technocratique, qui remettait en question l’ordre social dominant. Sa vision radicale était de remplacer la politique et l’économie de marché par une planification scientifique et une distribution efficace des ressources — une société dirigée par des ingénieurs et des scientifiques.

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Bien que l’ingénieur californien William H. Smyth ait popularisé le terme dès 1919, c’est Howard Scott (photo) qui devint la véritable figure idéologique centrale, qui introduisit cette vision dans les années 1930 et la développa davantage.

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La proposition centrale du mouvement technocratique était de créer un “technat” américain: une région géographiquement cohérente, autosuffisante, s’étendant du pôle Nord au canal de Panama, comprenant les États-Unis, le Canada, le Mexique, l’Amérique centrale, ainsi que des parties des Caraïbes et de l’Amérique du Sud. Cette région fut choisie en raison de ses vastes ressources naturelles, ses voies d’eau et ses réserves d’énergie, permettant une quasi-autonomie avec un commerce extérieur minimal.

De nos jours, l’administration Trump a exprimé un vif intérêt à étendre l’influence des États-Unis dans le Nord en annexant le Groenland, qui appartient au Danemark. Trump a justifié cette démarche à plusieurs reprises par des raisons de sécurité nationale, de stratégie arctique et de gestion des terres rares, ce qui correspond à la vision technocratique d’un bloc autosuffisant en ressources.

De même, Trump a proposé d’intégrer le Canada en tant que 51ème État des États-Unis, en insistant sur la sécurité et l’intégration économique de l’ensemble de l’hémisphère occidental — c'est là une répétition de l’idée forgée dans les années 1930, celle d’un continent uni sans frontières politiques.

Le mouvement technocratique des années 1930 souhaitait réaliser cette vision à travers une région aussi vaste et unifiée que possible. Ses ressources, sa production et sa gouvernance devaient être entièrement pilotées par des méthodes techniques et énergétiques, sans recourir aux processus décisionnels politiques traditionnels.

Au cœur de l’idéologie se trouvait la théorie de l’énergie, selon laquelle la valeur et l’activité de la société seraient mesurées en fonction de la consommation d’énergie (en joules ou en ergs). L’ordre économique traditionnel était considéré comme obsolète et à l’origine d’une pénurie artificielle, tandis que la technologie permettrait de créer une abondance.

Chaque citoyen se verrait accorder un droit à vie à une quantité fixe de certificats énergétiques, qui seraient la seule monnaie d’échange dans la société. Ces certificats représenteraient directement la part de l’individu dans la consommation totale d’énergie de la société. Ils expireraient après un an, ne seraient ni échangeables, ni épargnés, ni transférables, afin de maintenir un équilibre entre production et consommation sans l'artificialité de la pénurie.

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La semaine de travail serait réduite à quatre heures par jour, quatre jours par semaine, suivis de trois jours de congé. La production fonctionnerait en rotation continue de sept équipes, permettant aux machines et équipements de fonctionner presque sans interruption.

L’administration serait organisée en unités fonctionnelles et en régions basées sur la latitude et la longitude, permettant une distribution efficace et systématique des ressources et de l’énergie. Le dirigeant suprême serait nommé par des experts, tandis que les gouvernements régionaux seraient subdivisés en segments fonctionnels selon les besoins. Politiciens et hommes d’affaires seraient exclus du système, étant perçus comme sources d’inefficacité et de corruption.

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Le mouvement technocratique s’appuyait fortement sur les idées de l’économiste norvégien-américain Thorstein Veblen (photo), sur les conseils des ingénieurs, ainsi que sur l’optimisme de l’époque selon lequel des machines à calcul mécanique pouvaient équilibrer la production et la consommation en temps réel. Les technocrates voyaient en IBM et ses systèmes une base pour l’automatisation, qui remplacerait les professions traditionnelles et permettrait une surveillance systématique sans erreur humaine.

Le mouvement technocratique connut une courte période de succès entre 1932 et 1933, attirant des chômeurs, des ingénieurs et d’autres victimes de la crise. Les membres portaient des uniformes gris et utilisaient le symbole de la monade, ce qui attira aussi l’attention des médias. Cependant, des conflits internes conduisirent à des divisions du mouvement technocratique en différentes organisations, comme Technoracy Inc. dirigée par Howard Scott.

Le New Deal de Roosevelt offrit une alternative plus pragmatique à la dépression, et la chute annoncée du système économique ne se produisit pas. Le mouvement fut rapidement marginalisé lors de la Seconde Guerre mondiale, en partie à cause de son pacifisme et de son isolationnisme, et se réduisit finalement à une petite organisation qui a presque disparu de l’histoire.

Les critiques furent sévères à l'époque. On reprocha à ce mouvement son élitisme, son autoritarisme et ses tendances totalitaires. Il fut comparée au fascisme et au stalinisme, car il voulait remplacer la démocratie par une gouvernance d’experts sans participation citoyenne. Les marxistes considéraient la théorie de l’énergie comme arbitraire par rapport à la théorie de la valeur travail, et les libéraux y voyaient des traits de “stalinisme progressif”, où la liberté était sacrifiée à l’efficacité.

Bien que le mouvement technocratique d’origine ait disparu, ses idées clés — la domination d’experts, la prise de décisions basée sur les données, la priorité à l’efficacité et le remplacement des processus politiques par une gestion technique — ont été ravivées dans le contexte technologique et géopolitique des années 2020.

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La coopération entre Elon Musk et Donald Trump, ainsi que la forte présence des sociétés technologiques comme Palantir lors du second mandat de Trump, reflètent des traits technocratiques. Le projet DOGE (Department of Government Efficiency), visant à rendre l’administration plus efficace et à réduire la bureaucratie par l’intelligence artificielle, rappelle la vision initiale d’une gestion efficace, politiquement neutre. Il est remarquable que le grand-père d’Elon Musk, Joshua Norman Haldeman, ait été un animateur en vue de la branche canadienne du mouvement technocratique dans les années 1930.

Les plateformes d’intelligence artificielle de Palantir, fondées par l’investisseur en capital-risque et transhumaniste Peter Thiel, permettent la gestion massive de données et la création de bases de données intégrées pour la défense, la surveillance de l’immigration et la prise de décision. Cette évolution associe la puissance technologique du secteur privé à l’action de l’État, soulevant des inquiétudes concernant la vie privée, la surveillance et la réduction de la démocratie.

Dans un monde multipolaire où les États-Unis, la Chine et la Russie rivalisent pour la domination de l’intelligence artificielle, la technologie devient un enjeu stratégique majeur. L’idée d’un bloc autosuffisant, comme le serait une technocratie américaine parachevée, reflète la division géopolitique actuelle, où les grandes puissances cherchent à préserver leur souveraineté technologique et à créer leurs propres écosystèmes numériques.

Ce développement soulève le risque de techno-polarisation — la concentration du contrôle de la technologie et des données, créant de nouveaux centres de pouvoir. Ceux-ci modifient l’autorité traditionnelle de l’État et instaurent une gouvernance basée sur des algorithmes et des identités numériques des citoyens. Les critiques mettent en garde contre des tendances techno-fascistes où l’efficacité et la surveillance restreignent les libertés individuelles.

Bien que le mouvement technocratique des années 1930 soit resté une curiosité historique, sa vision d’un pouvoir d’experts et de suprématie technologique a connu un nouvel essor mondial. La numérisation, le dataïsme et la nécessité de contrôler l’intelligence artificielle ont ramené la pensée technocratique à la vie — dans les États, chez les grandes entreprises technologiques et en politique, où la prise de décision se déplace de plus en plus vers des algorithmes et leurs gestionnaires.

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L’illégitimité: mode d’emploi pour puissances pressées

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L’illégitimité: mode d’emploi pour puissances pressées

Par @BPartisans (Telegram)

Il fut un temps où l’illégitimité d’un dirigeant relevait d’un processus long, fastidieux, presque ennuyeux : élections contestées, recours constitutionnels, médiations internationales, observateurs de l’ONU, débats juridiques. Un âge de pierre procédural.

En 2026, grâce à Marco Rubio, tout cela appartient au musée des conventions obsolètes.

Désormais, la règle est simple, moderne, efficace : « Nous ne le reconnaissons pas comme président ». Traduction opérationnelle : il peut être arrêté, enlevé, exfiltré, neutralisé. Le droit international devient un communiqué de presse assorti d’un plan de vol nocturne. Nicolás Maduro n’est plus un chef d’État, mais une variable d’ajustement géopolitique.

Le plus fascinant n’est pas l’acte, mais la logique. L’illégitimité n’est plus un constat, c’est une arme. Elle ne se démontre pas, elle se proclame. Elle ne se vote pas, elle s’énonce. Celui qui parle le plus fort, avec les moyens militaires adéquats, devient juge, procureur et huissier d’exécution.

Problème : cette logique peut être contagieuse.

Depuis des mois, la Russie affirme que Volodymyr Zelensky n’est plus légitime. Jusqu’ici, l’Occident riait, dénonçait la « propagande », rappelait les sacro-saints principes démocratiques. Mais à partir du moment où Washington transforme la non-reconnaissance politique en justification d’enlèvement physique, l’argument moral s’évapore. Il ne reste que le précédent.

La question n’est donc plus si un dirigeant est légitime, mais qui a le droit de décréter son illégitimité. La réponse est d’une limpidité presque obscène : la puissance dominante du moment. Le peuple ? Accessoire. Les urnes ? Contextuelles. Les constitutions ? Interprétables. L’ONU ? Décorative.

Nous entrons dans l’ère du droit international performatif : dire, c’est faire. Déclarer, c’est autoriser. Accuser, c’est neutraliser. Une fois l’étiquette « régime illégitime » collée, tout devient possible et surtout respectable.

L’Ukraine, dans ce cadre, n’est plus seulement un champ de bataille, mais un terrain d’expérimentation conceptuelle. Si l’illégitimité suffit, alors toute opération cesse d’être une agression pour devenir une « restauration de l’ordre ». Les forces spéciales remplacent les diplomates, et le narratif remplace la loi.

L’Occident applaudit aujourd’hui cette simplification brutale du monde. Demain, il découvrira que les règles qu’on détruit avec enthousiasme ont une fâcheuse tendance à manquer cruellement… quand on en aurait soudain besoin.

@BPARTISANS

La guerre des États-Unis contre le Venezuela a commencé en 2001

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La guerre des États-Unis contre le Venezuela a commencé en 2001

Source: https://comedonchisciotte.org/gli-stati-uniti-attaccano-i...

Les attaques actuelles des États-Unis contre le Venezuela s’inscrivent dans un processus de vingt ans dirigé par les États-Unis et la droite vénézuélienne pour miner le projet bolivarien et sa courageuse décision d’utiliser la richesse pétrolière du pays pour améliorer la vie de sa population.

Par Vijay Prashad, pour peoplesdispatch.org

Les États-Unis n’avaient aucun problème avec le Venezuela en soi, ni avec le pays ni avec son ancienne oligarchie. Le problème que le gouvernement américain et sa classe d’entrepreneurs ont, c’est avec le processus lancé par le premier gouvernement du président vénézuélien Hugo Chávez.

En 2001, le processus bolivarien de Chávez a adopté une loi appelée Loi Organique sur les Hydrocarbures, qui affirmait la propriété de l’État sur toutes les réserves de pétrole et de gaz, réservait les activités en amont d’exploration et d’extraction aux entreprises contrôlées par l’État, mais permettait aux entreprises privées, y compris étrangères, de participer aux activités en aval (raffinage et commercialisation).

Le Venezuela, qui possède les plus grandes réserves de pétrole au monde, avait déjà nationalisé son pétrole par des lois en 1943 puis à nouveau en 1975. Cependant, dans les années 90, dans le cadre des réformes néolibérales promues par le Fonds Monétaire International (FMI) et les grandes compagnies pétrolières américaines, l’industrie pétrolière avait été largement privatisée.

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Lorsque Chávez a promulgué la nouvelle loi, il a ramené l’État au contrôle de l’industrie pétrolière (dont les ventes à l’étranger représentaient 80 % des revenus extérieurs du pays). Cela a mis en colère les compagnies pétrolières américaines, en particulier ExxonMobil et Chevron, qui ont fait pression sur le gouvernement du président George W. Bush pour agir contre Chávez.

Les États-Unis ont tenté d’organiser un coup d’État pour destituer Chávez en 2002, qui a duré plusieurs jours, puis ont poussé la direction corrompue de la compagnie pétrolière vénézuélienne à déclencher une grève pour nuire à l’économie vénézuélienne (finalement, ce sont les travailleurs qui ont défendu l’entreprise et la ont reprise en main).

Chávez a résisté à la fois à la tentative de coup d’État et à la grève parce qu’il bénéficiait d’un large soutien populaire.

Maria Corina Machado, qui en 2025 a reçu le Prix Nobel de la Paix, a fondé un groupe appelé Sumaté (« Unis »), qui a soumis à référendum la révocation du président. En 2004, environ 70% des électeurs inscrits se sont rendus aux urnes, et une large majorité (59%) a voté pour maintenir Chávez à la présidence.

Mais ni Machado ni ses soutiens américains (y compris les compagnies pétrolières) ne se sont calmés. Depuis 2001, ils ont cherché à renverser le processus bolivarien, pour remettre effectivement au pouvoir les compagnies pétrolières détenues par les États-Unis.

La question du Venezuela ne concerne donc pas tant la « démocratie » (un mot usé, qui perd peu à peu de sa signification), mais la lutte de classe internationale entre le droit du peuple vénézuélien à contrôler librement son pétrole et son gaz, et celui des compagnies pétrolières américaines à dominer les ressources naturelles vénézuéliennes.

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Le processus bolivarien

Lorsque Hugo Chávez est apparu sur la scène politique dans les années 90, il a capturé l’imagination de la majorité du peuple vénézuélien, en particulier de la classe ouvrière et des paysans.

La décennie a été marquée par les trahisons dramatiques des présidents qui avaient promis de protéger le pays riche en pétrole contre l’austérité imposée par le FMI, puis ont adopté ces mêmes propositions du FMI. Peu importait qu’ils soient social-démocrates (comme Carlos Andrés Pérez de Acción Democrática, président de 1989 à 1993) ou conservateurs (comme Rafael Caldera des Démocrates Chrétiens, président de 1994 à 1999).

L’hypocrisie et la trahison caractérisaient le monde politique, tandis qu’un niveau élevé d’inégalité (avec un indice de Gini de 48,0, un chiffre incroyablement élevé) accablait la société. Le mandat de Chávez (qui a remporté l’élection avec 56% contre 39% pour le candidat des anciens partis) était contre cette hypocrisie et cette trahison.

Le fait que les prix du pétrole soient restés élevés de 1999 (lorsque Chávez a pris ses fonctions) jusqu’en 2013 (lorsqu’il est mort à seulement 58 ans) a aidé Chávez et le processus bolivarien. Après s’être approprié les revenus du pétrole, Chávez les a utilisés pour obtenir d’extraordinaires résultats sociaux. Tout d’abord, il a développé une série de programmes sociaux de masse (« misiones ») qui ont redirigé ces revenus pour satisfaire les besoins humains fondamentaux, comme les soins de santé de base (Misión Barrio Adentro), l’alphabétisation et l’éducation secondaire pour la classe ouvrière et les paysans (Misión Robinson, Misión Ribas et Misión Sucre), la souveraineté alimentaire (Misión Mercal puis PDVAL) et la construction de logements (Gran Misión Vivienda).

L’État a été réformé comme un véhicule de justice sociale, et non comme un outil pour exclure la classe ouvrière et les paysans des bénéfices du marché. Avec l’avancement de ces réformes, le gouvernement a cherché à construire le pouvoir populaire à travers des outils participatifs comme les communes (comunas). Ces communes sont nées initialement des conseils communaux (consejos comunales) et ont ensuite évolué en organes populaires pour contrôler les fonds publics, planifier le développement local, créer des banques communautaires et former des entreprises coopératives locales (empresas de producción social).

Les communes représentent l’un des contributions les plus ambitieuses du processus bolivarien: un effort – irrégulier mais historiquement significatif – pour bâtir le pouvoir populaire comme une alternative durable à la domination oligarchique.

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La guerre hybride imposée par les États-Unis au Venezuela

En 2013-2014, deux événements ont profondément menacé le processus bolivarien : d’une part, la disparition prématurée de Hugo Chávez, sans doute la force motrice de l’énergie révolutionnaire dans le pays, et d’autre part, le déclin lent puis constant des revenus pétroliers. Chávez a été remplacé à la présidence par l’ancien ministre des Affaires étrangères et syndicaliste Nicolás Maduro, qui a tenté de stabiliser la situation, mais a dû faire face à un défi sérieux lorsque les prix du pétrole, atteignant un pic en juin 2014 à environ 108 dollars le baril, ont chuté drastiquement en 2015 (en dessous de 50 dollars) puis en janvier 2016 (en dessous de 30 dollars). Pour le Venezuela, dépendant des ventes de pétrole brut à l’étranger, cette baisse a été catastrophique. Le processus bolivarien n’a pas réussi à revoir la redistribution dépendante du pétrole (pas seulement à l’intérieur du pays, mais aussi dans la région, notamment via PetroCaribe) ; il est resté piégé par sa dépendance aux exportations pétrolières et par ses contradictions en tant qu’État rentier. De même, le processus bolivarien n’avait pas exproprié la richesse des classes dominantes, qui continuaient à peser fortement sur l’économie et la société, empêchant ainsi une transition complète vers un projet socialiste.

Avant 2013, les États-Unis, leurs alliés européens et les forces oligarchiques d’Amérique latine avaient déjà forgé leurs armes pour une guerre hybride contre le Venezuela. Après que Chávez ait remporté ses premières élections en décembre 1998, et avant qu’il n’entre en fonction l’année suivante, le Venezuela a connu une fuite accélérée de capitaux, l’oligarchie vénézuélienne transférant ses richesses à Miami. Lors du coup d’État et du blocus pétrolier, d’autres preuves de fuite de capitaux ont encore affaibli la stabilité monétaire du Venezuela. Le gouvernement américain a commencé à poser les bases diplomatiques pour isoler le Venezuela, en qualifiant le gouvernement de problème et en constituant une coalition internationale contre lui. Cela a conduit, en 2006, à des restrictions d’accès aux marchés financiers internationaux. Les agences de notation de crédit, les banques d’investissement et les institutions multilatérales ont constamment augmenté les coûts de financement, rendant plus difficile le refinancement bien avant que les États-Unis n’imposent des sanctions formelles au Venezuela.

Après la mort de Chávez, avec la chute des prix du pétrole, les États-Unis ont lancé une guerre hybride ciblée contre le Venezuela. Par guerre hybride, on entend l’utilisation coordonnée de coercition économique, d’asphyxie financière, de guerre de l’information, de manipulation légale, d’isolement diplomatique et de violence ciblée, employées pour déstabiliser et inverser les projets politiques souverains sans invasion à grande échelle. Son objectif n’est pas la conquête territoriale, mais la soumission politique : discipliner les États qui tentent la redistribution, la nationalisation ou une politique étrangère indépendante.

La guerre hybride opère par la militarisation de la vie quotidienne. Attaques monétaires, sanctions, pénuries, narrations médiatiques, pressions des ONG, vexations juridiques (lawfare) et crises de légitimité orchestrées sont conçues pour éroder la capacité de l’État, épuiser le soutien populaire et fragmenter la cohésion sociale.

La souffrance qui en résulte est ensuite présentée comme une preuve d’un échec intérieur, masquant l’architecture extérieure de la coercition. C’est précisément ce que le Venezuela a affronté depuis que les États-Unis ont imposé illégalement des sanctions financières au pays en août 2017, puis aggravé par des sanctions secondaires en 2018. En raison de ces sanctions, le Venezuela a subi l’interruption de tous ses systèmes de paiement et canaux commerciaux, étant contraint à une conformité excessive aux réglementations américaines.

Pendant ce temps, les narrations des médias occidentaux ont systématiquement minimisé les sanctions, amplifiant inflation, pénuries et migration comme des phénomènes purement internes, renforçant le discours sur le changement de régime.

La chute du niveau de vie au Venezuela entre 2014 et 2017 ne peut être séparée de cette stratégie à plusieurs niveaux d’étouffement économique.

Attaques de mercenaires, sabotage du réseau électrique, création d’un conflit avantageant ExxonMobil entre la Guyana et le Venezuela, invention d’un président alternatif (Juan Guaidó), attribution du Prix Nobel de la Paix à quelqu’un qui prône la guerre contre son propre pays (Machado), tentative d’assassinat du président, bombardements de pêcheurs au large des côtes vénézuéliennes, saisie de pétroliers en partance du Venezuela, accumulation d’une flotte au large des côtes du pays : chacun de ces éléments est conçu pour créer une tension neurologique à l’intérieur du Venezuela, menant à la reddition du processus bolivarien en faveur d’un retour à 1998, et donc à l’annulation de toute loi sur les hydrocarbures promettant la souveraineté du pays.

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Si le pays devait revenir à 1998, comme le promet Maria Corina Machado (photo), tous les progrès démocratiques obtenus par les misiones et les comunas, ainsi que par la Constitution de 1999, seraient invalidés. En effet, Machado a déclaré qu’un bombardement étasunien de ses compatriotes vénézuéliens serait « un acte d’amour ». Le slogan de ceux qui veulent renverser le gouvernement est : « En avant vers le passé ».

En octobre 2025, entre-temps, Maduro a dit en anglais à un public à Caracas: «Écoutez-moi, non à la guerre, oui à la paix, peuple des États-Unis.»

Ce soir-là, dans un discours radiophonique, il a averti: «Non au changement de régime, qui nous rappelle tant les guerres infinies et ratées en Afghanistan, en Irak, en Libye, etc. Non aux coups d’État orchestrés par la CIA.»

La phrase «non à la guerre, oui à la paix» a été reprise sur les réseaux sociaux et remixée en chansons. Maduro est apparu à plusieurs reprises lors de rassemblements et rencontres avec de la musique à plein volume, chantant « non à la guerre, oui à la paix » et, à au moins une occasion, portant un chapeau avec ce message.

Venezuela: attaques américaines, la "fenêtre des War powers" – et le retour des sphères d'influence

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Venezuela: attaques américaines, la "fenêtre des War powers" – et le retour des sphères d'influence

Elena Fritz

Source: https://t.me/global_affairs_byelena

Les États-Unis ont frappé militairement (https://www.welt.de/politik/article6958bd00fb77630dac275f... ). La Maison Blanche a confirmé les frappes aériennes contre le Venezuela. Caracas invoque l’article 51 de la Charte des Nations Unies et revendique le droit à l’autodéfense. Un appel téléphonique entre Nicolás Maduro et Donald Trump est resté sans effet.

La destruction précédemment rapportée de navires vénézuéliens apparaît rétrospectivement comme un test – tant sur le plan militaire que politique.

Le véritable cœur de cette escalade n’est pas militaire, mais juridique. Trump opère dans une "fenêtre de pouvoir", précisément calculée et inscrite dans le droit constitutionnel américain.

L’instrument juridique : War Powers

Selon la War Powers Resolution de 1973, le président doit informer le Congrès des États-Unis dans les 48 heures. Sans mandat explicite, une opération ne peut durer plus de 60 jours (plus jusqu’à 30 jours de retrait).

Important : le président peut commencer immédiatement les hostilités. C’est précisément cette "fenêtre" que Trump utilise – pendant la pause du Congrès. Plus il y a de faits établis avant le retour du parlement, plus la limite politique pour une cessation est haute.

Le récit pour légitimer

Trump argumentera que les États-Unis ont réagi à une attaque. Selon cette lecture, Washington mène contre le Venezuela une « guerre anti-drogue-terroriste », car ce dernier introduit délibérément des drogues aux États-Unis.

Ce récit est central: l’autodéfense permet d’agir sans l’approbation préalable du Congrès. C’est ici que la discussion ultérieure commence :

Quand commence le compteur de 60 jours ? Une opération anti-drogue devient-elle de facto une guerre contre un État ?

Venezuela en tant que nœud géopolitique

Le Venezuela n’est pas un théâtre isolé, mais un point de convergence de plusieurs intérêts des grandes puissances.

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Chine :

Pékin est depuis plusieurs années un acteur stratégique au Venezuela : crédits, infrastructures, technologie, énergie. Juste avant l’attaque américaine, il aurait eu des accords oraux sur une coopération militaire – pas un traité, mais un signal clair.

Du point de vue américain, le Venezuela n’est pas seulement un « État problème », mais aussi une porte d’entrée pour la présence chinoise dans l’hémisphère occidental – exactement ce que la doctrine Monroe veut empêcher.

Russie :

Moscou a investi environ 20 milliards de dollars au Venezuela – principalement dans l’énergie et la défense. Le facteur déterminant reste cependant le pétrole : le Venezuela possède certaines des plus grandes réserves prouvées au monde.

Si les États-Unis y accèdent ou les contrôlent directement, Washington pourrait mieux contrôler le marché mondial du pétrole – avec des conséquences indirectes pour la Russie : prix, revenus, stabilité budgétaire.

Il ne s’agit donc pas seulement d’investissements perdus, mais d’un déplacement stratégique du marché et du pouvoir.

La logique plus large – miroir de Monroe

En profondeur, l’escalade suit une vieille logique froide.

L’« opération spéciale » de la Russie en Ukraine reflète une application miroir de sa propre logique Monroe: pas de projection d'une puissance étrangère dans la zone immédiate.

L’approche américaine au Venezuela est une version pure de la doctrine Monroe : pas d’acteurs externes dans l’hémisphère occidental – si nécessaire, leur imposer militairement cette interdiction.

Deux grandes puissances, deux sphères d’influence, deux « opérations spéciales » – même logique, mais avec des étiquettes différentes.

Conclusion pour l’Allemagne

Pour l’Allemagne, la leçon ne réside pas dans une appréciation morale, mais dans une compréhension correcte de la réalité.

Cette escalade montre que les grandes puissances n’agissent pas selon des valeurs, mais selon leurs intérêts – à travers des sphères d’influence, des ressources, la sécurité et le contrôle du marché.

Des termes tels que « ordre basé sur des règles » ou « défense de la liberté » servent principalement à légitimer, et non à gérer le pouvoir.

Une politique extérieure allemande réaliste commence là où l’on accepte que le monde est plus complexe, plus dur et plus cynique – et que des États qui n’y définissent pas eux-mêmes leurs intérêts deviennent l’objet de stratégies étrangères.

#geopolitik@global_affairs_byelena

vendredi, 02 janvier 2026

La course aux armements devient un état permanent – et ce que cela signifie pour l’Europe

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La course aux armements devient un état permanent – et ce que cela signifie pour l’Europe

Elena Fritz

Source: https://t.me/global_affairs_byelena

L’Institut de Kiel pour l’économie mondiale vient de révéler quelque chose (https://www.kielinstitut.de/de/publikationen/aktuelles/au... ), qui a cependant été réalisé depuis longtemps sur le plan politique, mais a été soigneusement dissimulé dans la communication: la confrontation avec la Russie n’est pas une exception temporaire, mais un facteur structurel à long terme dans la politique de l’UE, avec des conséquences fiscales directes pour l’Europe.

L’étude utilise des données historiques couvrant environ 150 ans et montre un schéma stable et récurrent: le renforcement militaire est d’abord financé par la dette, puis par des impôts plus élevés, ponctionnés de façon permanente. Pas ponctuellement, pas temporairement, mais de manière systématique.

Le mécanisme est clairement décrit. Dans la première phase, la dette publique augmente rapidement. Fonds spéciaux, budgets d’exception, dépenses de défense financées par crédit. Cela paraît d’abord abstrait: mais historiquement, la deuxième étape suit de manière parfaitement prévisible: des augmentations d’impôts, de nouvelles taxes, des charges indirectes plus élevées, qui ne sont pas entièrement annulées après la fin des tensions militaires. Dix ans après le début d’une phase de renforcement, les recettes fiscales sont en moyenne supérieures de 20 à 30 % par rapport au niveau initial. Ce n’est pas un cas extrême, mais la norme.

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La comparaison historique, que les chercheurs de Kiel eux-mêmes établissent, est particulièrement révélatrice. La montée actuelle des armements des pays de l’OTAN fait partie des plus grands cycles de militarisation des pays industrialisés occidentaux depuis 150 ans — comparable aux périodes qui ont précédé les guerres mondiales ou ont suivi la guerre de Corée. Ceux qui prennent ces références au sérieux le savent: de tels cycles laissent des cicatrices fiscales durables.

Pour l’UE, cela signifie un déplacement silencieux mais profond des priorités. L’état d’urgence politique se transforme en une logique de planification permanente. La guerre — ou au moins une capacité de guerre permanente — passe d’un cas exceptionnel à une normalité calculée dans la gestion budgétaire de l’État.

Ce que cela signifie concrètement pour l’Europe peut être clairement déduit des données: des charges fiscales croissantes, moins d’espace fiscal, une pression accrue sur les budgets sociaux et d’infrastructure. Pas nécessairement par des coupes ouvertes, mais par un sous-financement insidieux et des charges croissantes pour de larges couches de la population. La marge financière de l’individu se réduit, tandis que l’État consacre des moyens toujours plus importants à la défense et au service de la dette.

Ce qui est frappant — et politiquement révélateur —, c’est ce qui n’est plus discuté dans l’analyse. La question du sens de cette course aux armements n’apparaît pas. Elle est considérée comme tranchée. Seules la mise en œuvre, le rythme et le financement sont soumis à débats — pour l’instant encore, on tient compte de l’acceptation publique. Le débat fondamental a été clôt silencieusement avant d’être ouvert en Europe en général et en Allemagne en particulier.

En résumé, l’Institut de Kiel ne fournit pas matière à polémique, mais un diagnostic sobre. C’est justement pourquoi il est si éclairant: l’UE se prépare structurellement à une crise fiscale de longue durée.

La facture n’est pas immédiatement présentée. Mais elle est déjà prise en compte.

#geopolitik@global_affairs_byelena

Chinois, Arabes, Indiens, Américains: tous s'arrachent les reliquats d'une Allemagne en déroute

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Chinois, Arabes, Indiens, Américains: tous s'arrachent les reliquats d'une Allemagne en déroute

Enrico Toselli

Source: https://electomagazine.it/cinesi-arabi-indiani-statuniten...

À qui revient l'Allemagne ? À eux ! Non, non, pas aux Allemands. Mais à tous ceux qui mettent sur la table des industriels de l'ancienne locomotive de l'Europe une somme considérable en dollars, roupies, yens, yuans, rials. En somme, toute devise provenant de n'importe quelle partie du monde est la bienvenue. Tout comme en Italie. La seule différence est qu'ici, les acheteurs potentiels se montrent difficiles lorsqu'il s'agit d'acheter l'ancienne Ilva ou les nombreuses entreprises métallurgiques en difficulté, tandis que l'industrie allemande profite encore d'une image d'efficacité.

Le résultat, cependant, est le même. On vient faire ses achats en Europe parce que les entrepreneurs du Vieux Continent ne sont plus à la hauteur de leurs pères et grands-pères qui ont bâti les entreprises. Avec les exceptions incontournables, bien sûr. Ferrero s'engage à se développer tant en interne que par des acquisitions à l'étranger. Mais c'est justement une exception. Avec quelques autres. En Italie comme en Allemagne. Et aussi en France, à part Arnault et quelques autres rares entrepreneurs.

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Pour le reste, mieux vaut beaucoup d'argent, puisqu'on est fichu, et tout de suite. Volkswagen s'apprête, pour la première fois, à fermer une usine sur le sol allemand. Et il y a déjà des étrangers prêts à prendre la relève. Cela vaut pour la chimie, les technologies de pointe, les secteurs innovants, les services qui attirent les Américains.

Les acquisitions étrangères ont augmenté ces dernières années, représentant un cinquième de toutes celles effectuées dans l'Union européenne, et concernent non seulement les grands groupes, mais aussi, de plus en plus souvent, les PME.

Les données relatives aux investissements étrangers greenfield, c'est-à-dire ex novo, sont également particulièrement intéressantes. L'Espagne occupe la première place en Europe, suivie de près par l'Allemagne. Cela signifie que les entrepreneurs étrangers croient au potentiel des travailleurs européens, ainsi qu'aux opportunités offertes par les différents pays. Ce sont les entrepreneurs européens qui manquent de courage et de compétences. Ils sont remplacés par des collègues venus du monde entier.

Ils rachètent des entreprises mécaniques, automobiles et électroniques. Mais les Chinois sont également sur le point de finaliser l'acquisition d'activités commerciales telles que celles du groupe allemand Ceconomy, qui détient, en Italie, le réseau Mediaworld. Sans oublier le secteur de la mode et de l'alimentation.

 

L’espace stratégique en expansion de la Chine – De la grande profondeur marine à l’Arctique, de la Lune au cyberespace

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L’espace stratégique en expansion de la Chine – De la grande profondeur marine à l’Arctique, de la Lune au cyberespace

Markku Siira

Source: https://geopolarium.com/2025/12/12/kiinan-laajeneva-strat...

La politologue et sinologue Elizabeth Economy examine dans Foreign Affairs comment la Chine cherche systématiquement à approfondir sa présence et son influence dans des domaines stratégiquement importants : en haute mer, dans la région arctique, dans l’espace, dans le cyberespace et dans le système financier international. Economy met en avant la cohérence de la politique chinoise – investissements massifs dirigés par l’État, pénétration des institutions existantes, création de forums alternatifs et engagement des pays émergents dans sa sphère d’influence – ainsi que l’objectif du président Xi Jinping de remettre la Chine au centre de la politique mondiale.

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Concernant les ressources minérales en haute mer, Economy décrit de manière fiable la montée en puissance de la Chine. Le pays possède la plus grande flotte de navires de recherche civile au monde, cinq contrats d’exploration minière accordés par l’Autorité internationale des fonds marins (ISA) (le plus grand nombre au monde) et une représentation importante dans les organes décisionnels de l’organisation. La Chine poursuit une accélération de l’exploitation minière et a bloqué l’adoption de moratoires environnementaux au sein de l’ISA. Cependant, la majorité des membres de l’ISA – près de 40 pays – s’oppose à cette ligne et demande des mesures de protection plus strictes. La supériorité technologique de la Chine est indiscutable, mais lors de la définition des normes, elle a jusqu’à présent perdu.

Dans la région arctique, Economy met en avant la Route de la soie polaire et le premier transport direct de fret maritime vers l’Europe, réalisé en octobre. La coopération de la Chine avec la Russie s’est renforcée suite à la guerre en Ukraine, menant à de nouveaux projets miniers, portuaires et ferroviaires. Cependant, seulement 18 des 57 propositions d’investissements arctiques de la Chine ont été réalisées – les autres États arctiques (Canada, Danemark, Islande, Norvège, Suède et Finlande) ont rejeté ces financements chinois pour des raisons de sécurité. La Russie a ouvert ses portes sous prétexte d’un partenariat stratégique, mais maintient fermement le contrôle décisionnel et insiste sur le fait que la Chine ne possède pas le statut de véritable puissance arctique.

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Dans l’espace, la Chine progresse de manière convaincante : elle dispose de plus de 700 satellites, d’une station spatiale habitée (Tiangong - photo) et prévoit de construire une base lunaire permanente. Dans le cadre du projet ILRS dirigé par la Chine et la Russie, 11 pays participent, tandis que l’Accord d’Artemis, signé par 60 États, n’est pas représentatif d’un affaiblissement diplomatique chinois, mais d’une stratégie délibérée, où les objectifs nationaux priment sur le consensus international. La Chine peut atteindre ses principaux objectifs spatiaux sans réseau de partenaires étendu.

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Dans les secteurs du cyberespace et de la technologie, Economy souligne la volonté de la Chine de remodeler l’architecture fondamentale d’Internet. Un exemple clé est le New IP, une architecture réseau proposée par Huawei et l’Union internationale des télécommunications (UIT). La proposition aurait permis un contrôle étatique beaucoup plus strict et des moyens intégrés pour couper des parties du réseau si nécessaire. Présentée comme une avancée technologique, elle a été largement perçue comme une menace pour Internet ouvert, et le projet a été rejeté par les pays occidentaux et le secteur civil. Il est notable que même des pays bénéficiant du soutien financier chinois ont rejeté la proposition. Bien que le nombre de propositions de normes chinoises ait explosé, leur influence dans les organes clés reste limitée.

Dans le système financier, la montée du renminbi chinois s’est arrêtée à un niveau faible: sa part dans les paiements SWIFT (2,5-3,2 % en 2025) et ses réserves en devises dans les banques centrales (environ 2,1-2,2 %) restent marginales. Alors que la politique de sanctions des États-Unis a accéléré la dédollarisation en Iran, en Russie, au Brésil et en Inde, le renminbi ne devient pas une alternative au dollar. Une internationalisation totale nécessiterait une libéralisation des flux de capitaux et une soumission de la banque centrale aux normes du système financier occidental, ce qui est impossible pour la Chine sans renier son modèle économique dirigé par l’État et renoncer à sa souveraineté économique.

Un analyste américain reprend finalement les clichés habituels: face à la concurrence chinoise, les États-Unis doivent investir dans leurs capacités militaires et technologiques, renforcer leurs alliances et restaurer leur réputation en tant que leader responsable. Ces lignes directrices sont compréhensibles, mais semblent optimistes, car les propositions de solution ne prennent pas suffisamment en compte les dommages causés par la politique américaine elle-même. Par exemple, la critique de Trump envers l’Europe, ses menaces d’ignorer les règles de l’ISA ou d’interpréter unilatéralement des accords, pourrait affaiblir l’Occident plus rapidement que la montée de la Chine.

Economy propose une vision américaine de la stratégie à long terme de la Chine, mais son interprétation est parfois alarmiste. La Chine a certes progressé dans de nombreux domaines, mais son influence dans le système mondial reste limitée. Les préoccupations environnementales, les peurs sécuritaires, les différends réglementaires et l’attrait d’un modèle plus ouvert se sont révélés plus puissants que prévu. La question décisive n’est pas seulement la persévérance de la Chine, mais aussi si les États-Unis ou tout autre pays peuvent offrir une vision crédible et attrayante d’un avenir commun pour la communauté mondiale. À l’heure actuelle, cela ne semble pas être le cas.

16:31 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, chine, asie, affaires asiatiques | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

jeudi, 01 janvier 2026

Échec du F-35: le Pentagone et Lockheed Martin refusent d’en assumer la responsabilité

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Échec du F-35: le Pentagone et Lockheed Martin refusent d’en assumer la responsabilité

par Drago Bosnic

Source: https://steigan.no/2025/12/f35-fiaskoen-pentagon-og-lockh...

Le prétendu programme Joint Strike Fighter était censé fournir aux États-Unis et à leurs alliés un «avion miracle» pouvant remplacer toute une génération d’avions de chasse. Au lieu de cela, le Pentagone se retrouve avec une flotte de F-35 à peine disponible la moitié du temps, avec des coûts d’entretien énormes, des défaillances techniques constantes – et un fournisseur toujours récompensé par des milliards de primes. Par ailleurs, tant les exercices que l’expérience de guerre réelle montrent que l’appareil ne remplit ni ses fonctions de plateforme d’armement ni ses fonctions de système de renseignement.

Défaillances chroniques sans solution

À un moment donné dans un avenir proche, quelqu’un établira une liste des pires avions militaires de l’histoire. La question n’est pas de savoir si le F-35 y figurera, mais à quel rang.

Ce jet de combat américain a échoué à passer en revue tous les audits et révisions en dix ans de service. L’organe de contrôle américain, le Government Accountability Office (GAO), a publié plusieurs rapports sur près de 900 écarts et défauts dans le programme Joint Strike Fighter (JSF) – allant de la disponibilité et de la préparation au combat à la robustesse et à la fiabilité.

Selon le dernier rapport, aucun de ces problèmes n’a été résolu. Au contraire, de nouvelles faiblesses ont été découvertes, aggravant la réputation déjà catastrophique du programme F-35.

Disponibilité inférieure à 50% – mais des milliards de bonus pour Lockheed

Le contrôleur général du ministère de la Défense affirme que la flotte totale de F-35 dans les forces armées américaines – tous les branches qui utilisent cet appareil – n’a pas amélioré sa disponibilité opérationnelle. La flotte reste sous la barre des 50%.

Dans une révision publiée le 19 décembre dernier, il est indiqué que «même si les avions n’étaient pas disponibles pour le vol la moitié du temps, et que des problèmes d’entretien empêchaient de répondre aux exigences minimales pour un service militaire», le Pentagone a tout de même versé 1,7 milliard de dollars en primes à Lockheed Martin.

Le rapport met en garde contre le fait que le ministère de la Défense « n’a pas systématiquement tenu Lockheed Martin responsable des défaillances liées à l’entretien du F-35, dont l’entreprise est contractuellement responsable».

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Avions de combat plus récents – mais une disponibilité inférieure à celle des appareils vétérans

Les audits précédents ont montré que la faible disponibilité, les besoins extrêmes en entretien et les coûts élevés de cycle de vie du F-35 ont considérablement affaibli la capacité de combat, souvent jusqu’à seulement 29%. Lockheed Martin a, à plusieurs reprises, promis des améliorations, mais a systématiquement échoué.

Ce qui est particulièrement inquiétant pour le Pentagone, c’est que les avions les plus récents de l’arsenal ont une disponibilité en opération bien inférieure à celle d’avions vieux de plusieurs décennies comme le F-15, le F-16 et le F/A-18E/F. Ces appareils plus anciens ont une disponibilité opérationnelle nettement meilleure, malgré plus de 30 ans d’utilisation intensive.

Plus alarmant encore, cela indique une disponibilité encore plus faible pour le F-35 à mesure que les appareils vieillissent, tandis que la maintenance deviendra plus coûteuse et plus complexe – ce qui réduira encore la capacité de combat, probablement en dessous de 30%.

Courte durée de vie et retrait anticipé

La situation est si grave que le Pentagone prévoit probablement de commencer à retirer certains F-35 dès 2026, moins de dix ans après leur mise en service officielle.

L’US Air Force (USAF) doit acheter des variantes fortement modernisées du F-15 pour compenser le manque d’avions modernes réellement combatifs, afin d’avoir au moins une chance théorique face aux avions russes et chinois.

Cela s’explique par le fait que la durée de vie prévue du fuselage du F-35 n’est que de 8000 heures de vol, tandis que le nouveau F-15EX est conçu pour atteindre 20.000 heures – 2,5 fois plus.

En pratique, cela signifie que le F-15, un modèle des années 1970, durera plus longtemps que le tout récent F-35. Un F-15EX, introduit au début des années 2020, pourra voler jusqu’au 2080, soit plus de cent ans après la mise en service de la première version du F-15. En comparaison, le dernier F-35 devrait être retiré d’ici la fin des années 2070, à condition que le programme JSF survive aussi longtemps.

À l’exception du F-35I, auquel Israël a le droit d’apporter des modifications selon ses besoins, le programme JSF a été une série ininterrompue d’échecs – y compris les moteurs Pratt & Whitney F135 peu fiables et sujets à la surchauffe, et une multitude de bugs logiciels.

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F-35 comme « plateforme de capteurs » – une mythologie qui a éclaté

L’armée américaine a souvent affirmé que l’atout principal du F-35 ne réside pas dans ses capacités militaires, mais dans ses qualités de plateforme de renseignement, de surveillance et de reconnaissance (ISR) – une sorte de «multiplicateur de puissance» pour d’autres systèmes.

Mais la seule fois où l’avion a eu réellement la chance de prouver cela, il a échoué complètement.

En février 2022, après que la Russie a lancé son opération spéciale en Ukraine, des F-35 de la 388ème et 419ème escadre de chasse, déployés en Allemagne, ont été utilisés pour la collecte de renseignements électroniques (ELINT) afin de capter les signaux des défenses aériennes russes.

Malgré des capteurs avancés et une connexion au vaste réseau ISR de l’OTAN, le F-35 n’a pas pu identifier les systèmes de missile sol-air russes (SAM). Le pilote d’un des appareils raconte que toutes les ressources de surveillance dans la zone indiquaient la présence d’un S-300, mais que les capteurs très sophistiqués de l’appareil n’ont pas pu classifier le système correctement.

«Nous avons identifié le système SA-20 [nom OTAN pour le S-300PMU-1/2]. Je savais que c’était un SA-20, et le renseignement a confirmé qu’un système SA-20 était en opération dans la zone, mais mon avion n’a pas pu le reconnaître – probablement parce que la défense aérienne fonctionnait en "mode réserve de guerre" que nous n’avions jamais rencontré», a déclaré le pilote de l’US Air Force.

Performances inférieures – même face à de vieux F-16

En termes de performance pure, le F-35 reste très inférieur même aux vieux F-16 – sans parler des chasseurs russes et chinois modernes.

L’idée JSF pouvait en théorie sembler attrayante: un avion unique pour couvrir les besoins de la défense aérienne, des attaques, de la marine et de l’infanterie de marine – une «plateforme universelle» pour remplacer plusieurs avions différents.

Mais dans la pratique, c’est tout autre chose: les plateformes spécialisées sont presque toujours supérieures aux solutions universelles qui tentent de tout faire en même temps.

Trois variantes coûteuses – faible standardisation commune

La famille F-35 en est la preuve. À l’origine, il était exigé que les trois principales variantes – F-35A (USAF), F-35B (US Marine Corps) et F-35C (US Navy) – partagent au moins 80% de leurs composants.

En réalité, le taux de partage était de seulement 20 à 40%, selon la version. On s’attendait à ce que le F-35B, avec son décollage court et son atterrissage vertical, soit la plus différente. Mais personne n’avait prévu que les variantes A et C deviendraient aussi différentes qu’elles le sont finalement lors de leur approbation pour la production en série.

Le résultat est que le Pentagone a en fait trois avions différents intégrés dans un seul modèle. Il aurait été plus économique et plus simple de développer trois avions séparés, adaptés à leurs missions spécifiques, plutôt qu’une solution bâtarde qui ne fonctionne bien dans aucun rôle.

La Marine et le Corps des Marines condamnés à des solutions médiocres

L’insistance sur le F-35 a laissé les trois branches des armées américaines avec des solutions médiocres qui deviendront à terme plus coûteuses et moins efficaces que des systèmes spécialisés alternatifs.

La Marine américaine continue donc d’acheter le F/A-18E/F «Super Hornet» et de l’équiper de nouveaux missiles longue portée air-air, comme le AIM-174B. Transporter ces armes sur le F-35 est presque impossible, ce qui oblige la Marine à maintenir le « Super Hornet » en première ligne – simplement parce que le F-35 ne peut pas rivaliser avec la portée des missiles air-air russes et chinois.

Le Corps des Marines n’est pas non plus satisfait du F-35B. L’avion est beaucoup moins robuste et beaucoup plus cher que l’AV-8B « Harrier II », qui aurait dû être retiré il y a plus de dix ans.

Pourtant, le USMC doit encore maintenir le F-35B en service au moins jusqu’en 2027 – probablement plus longtemps, en raison des nombreux retards, même si l’avion est déjà dépassé.

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Avertissements de la GAO ignorés – les intérêts de l’industrie militaire dominent

Comme mentionné, la GAO (Office of the U.S. Government Accountability) a à plusieurs reprises averti des nombreuses faiblesses du programme F-35 – sans que cela n’ait eu de conséquences concrètes.

Bien que la hiérarchie militaire ne soutienne pas vraiment le F-35, le complexe militaro-industriel (MIC) et le secteur «du renseignement et de la sécurité» ont des intérêts importants à la poursuite du programme JSF – respectivement pour le profit et pour un accès électronique étendu chez les alliés.

Le résultat est un avion imposé aux États-Unis et à leurs alliés, malgré ses évidentes faiblesses opérationnelles. Comme le démontre le rejet constant de l’Inde, aucun État souverain et respecté ne veut acheter volontairement le F-35. La liste des clients se limite en pratique aux États-Unis, à leurs vassaux et à leurs États satellites.

Cet article a été publié par Info-BRICS. Traduit en norvégien et publié par Derimot.no.

Gaspillage d’argent pour la Norvège pour une génération

La Norvège s’est engagée à acheter 52 chasseurs F-35A, tous livrés à ce jour (avril 2025). L’engagement total pour l’achat (incluant avions, équipements de soutien, simulateurs, armes, formation et infrastructure) est estimé à environ 104 milliards de couronnes norvégiennes (environ 9 milliards d’euros).

Les coûts de cycle de vie (exploitation, maintenance, modernisations jusqu’en 2054 environ) sont estimés à plus de 394 milliards de couronnes norvégiennes au total.

lundi, 29 décembre 2025

Cirque médiatique et diversion identitaire

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Cirque médiatique et diversion identitaire

Nicolas Maxime

Source: https://www.facebook.com/nico.naf.735

Il n’aura pas fallu quelques jours de répit pendant les fêtes pour que le cirque médiatique se remette en marche.

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De l’autre côté, le député de LFI Carlos Bilongo a tenu des propos misogynes en déclarant que Rachida Dati aurait bénéficié d’une “promotion canapé” pour en arriver là. Un épisode révélateur qui démontre que l’intersectionnalité des luttes ne semble pas véritablement fonctionner. On constate que le combat antiraciste n’empêche ni la reproduction de schémas sexistes, ni l’usage d’une violence symbolique dirigée contre une femme, y compris lorsqu’elle appartient au camp adverse. Ici, la domination ne s’additionne pas mécaniquement, et certaines grilles militantes peinent à penser leurs propres angles morts.

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Bref, heureusement que le cirque médiatique — pour reprendre Guy Debord — est là pour assurer une diversion identitaire, permettant d’occuper l’espace public avec des polémiques morales et émotionnelles, pendant que l’essentiel disparaît du champ de vision.

Car pendant que l’on commente caricatures et dérapages verbaux, on ne parle pas du projet de loi spéciale sur le budget 2026, pourtant lourd de conséquences sociales et révélateur de la crise institutionnelle actuelle, sur les choix économiques à venir et le débat démocratique à mener.

Mais cela, évidemment, fait moins d’audience que le spectacle permanent des indignations sélectives. Le spectacle, écrivait Debord, n’est pas un ensemble d’images, mais un rapport social médiatisé par les images. Et une fois encore, il remplit parfaitement sa fonction en détournant l'attention et en récupérant les colères.

L’armement européen comme logique Maginot du 21ème siècle – une contextualisation historique

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L’armement européen comme logique Maginot du 21ème siècle – une contextualisation historique

Elena Fritz

Source: https://t.me/global_affairs_byelena

Lorsque l’on parle aujourd’hui d’une «ligne Maginot du 21ème siècle», il ne s’agit pas d’une directive concrète, mais d’un schéma de pensée. Le terme fait référence à la Ligne Maginot – cette gigantesque fortification française des années 1930, qui promettait la sécurité, suggérait la stabilité, mais qui s’est finalement avérée stratégiquement inefficace.

La leçon historique est claire: la France n’a pas échoué par manque de ressources, mais en raison d’une hypothèse erronée sur la sécurité. On a compté sur la technologie, le béton et une défense rigide – alors que la guerre, les systèmes d’alliances et les dynamiques politiques avaient déjà changé depuis longtemps. L’adversaire n’a pas été arrêté, mais a contourné le système. La sécurité s’est révélée une illusion.

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Ce même schéma revient aujourd’hui à l’échelle européenne.

L’Union européenne prévoit un armement sans précédent: 800 milliards d’euros, coordonnés au niveau central, politiquement chargé, moralement justifié. Mais comme dans les années 1930, on confond à nouveau argent et stratégie, structure et capacité d’action.

L’antenne bruxelloise du think tank hongrois Mathias Corvinus Collegium (MCC) parle donc à juste titre (https://europeanconservative.com/articles/news/mcc-report... ) d’une nouvelle ligne Maginot. Car même aujourd’hui, les ambitions financières ne correspondent pas à la réalité industrielle, à l’unité politique ou à la capacité sociale.

Industrie plutôt que politique anxiogène

L’UE ne dispose ni d’une industrie de défense indépendante et résiliente, ni de chaînes d’approvisionnement sécurisées. Munitions, drones, renseignement, communication, capacités satellitaires – tout cela reste dépendant de pays tiers, notamment des États-Unis. Des programmes se chiffrant à des milliards n’y changent pas grand-chose à court terme. Sur le papier, cela donne de la force, dans la réalité, cela crée une dépendance.

Sécurité bureaucratisée

Comme pour la ligne Maginot historique, c’est d’abord la question du «Combien?» qui est posée. Les questions cruciales restent sans réponse :

- Pourquoi cet armement? Contre qui précisément? Avec quel objectif politique? Et à quelles conditions de désescalade? La sécurité est administrée, non pensée stratégiquement. La coordination ne remplace pas le leadership.

Le facteur oublié: la société

Les armées ne sont pas faites de budgets, mais de personnes. Et c’est là que se situe la rupture centrale:

- Il n’existe pas de demos européen, pas d’identité politique commune pour laquelle les gens seraient prêts à risquer leur vie.

- Pour leur nation, leur patrie, leur ordre social – oui.

- Pour une gestion supranationale abstraite – non.

L’UE a relativisé les liens nationaux pendant des décennies, délégitimé la souveraineté, délimité la responsabilité politique. Et voilà qu’on doit soudain se mobiliser, se montrer disponible au sacrifice – sans lien démocratique, sans ancrage culturel, sans consensus social.

Le vrai danger

Historiquement, ce n’est pas le manque de technologie militaire qui s'avère le plus risqué, mais la militarisation sans raison politique. L’armement crée ses propres dynamiques: on crée images de l’ennemi, on se réfère à des logiques d’escalade, à des logiques de blocs. Particulièrement problématique est la fixation croissante sur la Russie, fixation qui devient un récit identitaire. Elle remplace l’analyse par la morale et la diplomatie par la rhétorique de la dissuasion.

La ligne Maginot est née de la peur, du traumatisme et du désir de contrôle. Elle a créé une fausse sécurité – et a empêché, par là même, une réflexion stratégique.

Conclusion

L’armement européen suit une logique historique bien connue :

- beaucoup d’argent, beaucoup de technologie, peu de stratégie.

- Tant que l’Europe croit que la sécurité peut être gérée plutôt que négociée, financée plutôt que politiquement justifiée, elle ne bâtit pas une capacité de défense, mais une illusion de contrôle.

Une ligne Maginot – hier comme aujourd’hui – ne protège pas contre les conflits.

#géopolitique@global_affairs_byelena

samedi, 27 décembre 2025

Les six raisons pour lesquelles l’Occident périra selon Jiang Xueqin

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Les six raisons pour lesquelles l’Occident périra selon Jiang Xueqin

de Riccardo Paccosi

Source : Riccardo Paccosi & https://www.ariannaeditrice.it/articoli/i-sei-motivi-per-...

Puisque ce fut Noël tout récemment, que Noël est une tradition, et que la tradition est quelque chose que la culture néolibérale dominante en Italie et en Europe considère comme “de droite”, essayons de faire un post de Noël qui fasse le point sur ce type de problèmes.

Jiang-Xueqin-2193036597.jpgDans une vidéo très intéressante, dont les réflexions émises dans l’espace des commentaires – et en vérité peu rassurante concernant les scénarios de guerre futurs – l’analyste géopolitique chinois Jiang Xueqin (photo) énumère les raisons pour lesquelles le système occidental est arrivé à la fin de sa propre existence.

La réflexion, bien sûr, reprend la thèse d’Oswald Spengler selon laquelle chaque civilisation est soumise à un cycle de naissance, de maturation et de mort. De plus, certaines des critiques énumérées coïncident avec celles exposées par Emmanuel Todd dans son récent essai La Défaite de l’Occident.

Je pense qu’il vaut la peine de mettre en lumière la liste établie par le chercheur chinois en précisant cependant que la division aujourd’hui se fait entre ceux qui considèrent les phénomènes historiques/antropologiques rapportés ci-dessous comme des problèmes, et ceux qui, au contraire, leur donnent une lecture positive ou nient leur existence.

Je pense également que ceux qui considèrent leur position sur ces questions selon le schéma droite-gauche ne font qu’exprimer une fausse conscience et une mystification rhétorique.

Ces phénomènes, au contraire, ont détruit la raison d’être des catégories de droite et de gauche lorsque le concept de progrès apparaît aujourd’hui déconnecté de celui de justice sociale, alors que le concept de justice sociale exprime une exigence de conservation dès qu’il est évoqué.

Revenant à Jiang Xueqin, il affirme que “ce qui se passe en Occident, ce n’est pas un déclin dont on pourrait peut-être se relever dans quelques décennies, mais une phase terminale, un lit de mort”.

Il énumère ensuite les raisons de cette conviction : 

1. L’hyperurbanisation, c’est-à-dire le pourcentage croissant de la population qui s’entasse dans des mégapoles finissant par avoir, par rapport au reste de la nation environnante, une fonction parasitaire (c'est là un problème réel – je tiens à le noter – mais qui ne concerne pas uniquement l’Occident.)

2. La répulsion pour la famille et la procréation, en partie générée par le sentiment de précarité et en partie par l’exaltation philosophique de l’individu seul et privé de tout lien. Or, si le rejet de la famille implique la dissolution des fondements de la cohésion sociale, le refus de la procréation constitue tout simplement une condamnation à mort par effondrement démographique.

3. L’inégalité sociale, qui fait qu’au-delà de la part toujours plus élevée de la classe moyenne entraînée dans la pauvreté, il existe un 0,1% de riches capables de contrôler toutes les ressources et tous les actifs stratégiques.

4. Le fait que, pour faire la guerre, l’Occident doit – à l’instar de l’Empire romain à son stade terminal – recourir à des barbares et des mercenaires (les djihadistes en Libye et en Syrie, les Ukrainiens face aux Russes, etc.).

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5. La décadence générale exprimée par des phénomènes comme OnlyFans, où plus de 10% des jeunes femmes vendent leur nudité, et où, en même temps, la culture libérale-progressiste qualifie cet acte d’émancipation (note personnelle: ce point est lié au point 2, car OnlyFans est un phénomène de clôture de la sexualité dans le marché, avec une désexualisation parallèle de la culture mainstream, ainsi qu’un effondrement statistiquement constaté de l’activité sexuelle chez les jeunes.)

6. Enfin, le problème de l’immigration sans limite. Aujourd’hui, ce phénomène explose dans les métropoles occidentales non pas tant pour des raisons liées aux graves problèmes du travail, mais surtout en raison d’une question anthropologique que, bien qu’évidente, l’idéologie dominante a réussi à dissimuler pendant trente ans: une société où ses différentes composantes ne partagent ni langue, ni coutumes, ni surtout mémoire historique, est simplement une non-société, un amas informe où des segments sociaux totalement étrangers les uns aux autres cohabitent de force.

Pour donner un cadre philosophique à tous ces phénomènes, il y aurait la vision qui est à la racine de la pensée libérale, selon laquelle on peut se passer du passé ou même le supprimer.

Mais cela fera l’objet d’une autre contribution.

Une ligne ferroviaire contre les sanctions: la Russie et l'Iran comblent le vide dans le corridor nord-sud

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Une ligne ferroviaire contre les sanctions: la Russie et l'Iran comblent le vide dans le corridor nord-sud

Moscou/Téhéran. Un tournant géopolitique important au cœur du continent eurasien vient de se produire: grâce à une nouvelle liaison ferroviaire, la Russie et l'Iran comblent le dernier vide dans le corridor international de transport nord-sud (INSTC). Le tronçon Rasht-Astara, long de 162 kilomètres, relie le réseau ferroviaire iranien au Caucase du Sud et crée une route multimodale directe entre l'Inde et la Russie via l'Iran. Ce corridor de 7200 kilomètres devrait à l'avenir servir d'alternative au canal de Suez. L'achèvement prévisible de la ligne ferroviaire est également un coup géopolitique destiné à contrer les sanctions occidentales contre les deux partenaires.

Le financement du projet de 1,6 milliard de dollars est pris en charge par Moscou, tandis que Téhéran fournit les terrains. Un accord initial avec l'Azerbaïdjan portant sur 500 millions de dollars avait échoué en 2018, par crainte des sanctions américaines après le retrait de Washington de l'accord sur le nucléaire. La recherche par la Russie d'alternatives commerciales, rendue plus urgente par la guerre en Ukraine, l'a amenée à devenir un acteur décisif. Lors d'une visite à Moscou en janvier 2022, le futur président iranien Ebrahim Raisi a obtenu une ligne de crédit de cinq milliards de dollars pour les infrastructures.

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La ligne ferroviaire est plus qu'une simple voie de transport. Elle marque un rapprochement encore plus étroit entre les deux pays. Alors que Moscou soutenait autrefois les sanctions occidentales, elle est aujourd'hui le principal allié stratégique de Téhéran. Ce projet s'inscrit dans le cadre d'un partenariat global qui englobe également l'armement, l'énergie et, malgré les inquiétudes internationales, la technologie nucléaire. En septembre dernier, les deux pays ont signé un accord portant sur la construction de quatre petites centrales nucléaires d'une valeur de 25 milliards de dollars.

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Les obstacles techniques liés au relief montagneux du nord de l'Iran et les coûts élevés font de ce projet un véritable défi. Mais les arguments stratégiques sont plus forts: le corridor devrait être jusqu'à 30% moins cher et de 40% plus court que la route maritime passant par le canal de Suez. Jusqu'à dix millions de tonnes de marchandises sont prévues pour la première année. Pour l'Iran isolé et la Russie qui s'oriente de plus en plus vers l'Est, la nouvelle ligne ferroviaire est une artère vitale – et un coup indirect porté à l'Occident et à sa politique de sanctions (mü).

Source: Zu erst, Décembre 2025. 

Netflix et Warner Bros., la consolidation du monopole narratif à l’ère du capitalisme des histoires

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Netflix et Warner Bros., la consolidation du monopole narratif à l’ère du capitalisme des histoires

Jaime DQVA

Source: https://geoestrategia.eu/noticia/45523/seguridad/la-europ...

Un nouveau siècle de “storytelling” sous un même baldaquin

La récente annonce de Netflix qui évoque l’acquisition de Warner Bros. Discovery pour une valeur d’entreprise de 82,7 milliards de dollars n’est pas simplement une nouvelle fusion d’entreprises. C’est une étape stratégique dans l’évolution du capitalisme tardif, où la concentration du capital et la production de récits se fusionnent en un seul mouvement. Dans sa publication sur X, Netflix déclare: «Together, we’ll define the next century of storytelling» ("Ensemble, nous définirons le prochain siècle du storytelling"). Cette phrase, apparemment anodine, révèle une ambition démesurée : contrôler le flux d’histoires qui façonneront l’imagination mondiale dans les décennies à venir.

La concentration du capital comme moteur de la concentration narrative

La transaction, qui inclut des studios de cinéma et de télévision, HBO Max et un catalogue historique allant de “Casablanca” à “Game of Thrones,” consolide un oligopole du divertissement. Netflix, déjà leader mondial du streaming, absorbe non seulement des actifs, mais aussi un capital narratif symbolique. Cela dépasse la logique économique traditionnelle: il s’agit de l’accumulation d’imaginaires.

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Comme l’analyse Christian Salmon dans son livre Storytelling. La machine à fabriquer des histoires et à formater les esprits, nous sommes face à l’émergence de “mutations d’entreprises” dans la nouvelle ère du capitalisme. Ces entreprises ne se limitent plus à produire des biens ou des services, mais s’organisent en “organisations de storytelling”, où le récit constitue l’actif principal et le mécanisme de contrôle. La fusion Netflix-Warner Bros. est l’incarnation de cette mutation: une machine à fabriquer et diffuser des histoires à l’échelle planétaire, dotée d’une capacité sans précédent à standardiser archétypes, valeurs et cadres culturels.

Le chapitre des “entreprises mutantes”, lorsque le capitalisme se pare de ses habits de conteur

Dans le chapitre “Les entreprises mutantes de la nouvelle ère du capitalisme”, Salmon décrit comment des sociétés comme Nike, Apple ou Enron (avant sa chute) opéraient comme des entités narratives, construisant des mythologies de marque qui dépassaient leurs produits. Netflix a perfectionné ce modèle dès ses débuts, mais avec cette acquisition, elle franchit une étape qualitative: elle ne produit plus seulement des récits, elle acquiert et canonise la mémoire audiovisuelle du 20ème siècle. L’“héritage centenaire” de Warner Bros. s’intègre dans un algorithme de consommation à la demande, où classiques et nouveautés coexistent sous une même logique d’engagement et de data mining.

Cette concentration engendre une paradoxe: alors qu’on promet “plus d’options pour le consommateur”, la diversité des sources et des voix créatives diminue. Le contrôle des canaux de distribution et de production par une seule entité menace la pluralité, essentielle à une culture démocratique. Ce n’est pas seulement un monopole de marché, mais un oligopole de l’attention et de la signification.

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Le récit de la politique, la story d’Ashley et la fabrication du consensus

Un autre chapitre crucial, “Le récit de la politique”, nous offre une clé pour comprendre les implications de cette fusion. Salmon analyse le cas de “L’histoire d’Ashley”, le clip utilisé lors de la campagne de réélection de George W. Bush en 2004. Cette vidéo, montrant le président réconfortant une jeune femme dont la mère est morte le 11 septembre, ne défendait pas des politiques publiques; elle racontait une histoire à forte charge émotionnelle qui fabriquait du consensus. Son efficacité résidait dans son pouvoir narratif, pas dans sa véracité ou sa profondeur programmatique.

Netflix, en se proclamant architecte du “prochain siècle du storytelling”, vise un rôle similaire: devenir le grand narrateur de l’ère mondiale. Ses algorithmes curent et priorisent déjà les contenus selon des profils psychologiques et de consommation. En intégrant le catalogue de Warner Bros., elle renforce sa capacité à modeler les perceptions, à normaliser certaines visions du monde et à en marginaliser d’autres. Dans un contexte où la politique se joue de plus en plus dans le domaine des émotions et des identités narratives (comme le montrent les campagnes populistes dans le monde entier), celui qui contrôle les histoires dominantes aura une influence profonde sur l’espace public.

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Qui nous contera nos récits?

L’acquisition de Warner Bros. par Netflix est un symptôme d’une tendance plus large: la financiarisation de la culture et la concentration du pouvoir narratif entre les mains de méga-corporations. Ce processus n’est pas neutre. Comme Salmon le met en garde, le storytelling corporatif et politique cherche à “formater les esprits”, à créer des réalités sur mesure et à remplacer tout débat rationnel par de l’adhésion émotionnelle.

Face à ce panorama, il est urgent de promouvoir, au niveau international, des politiques antitrust adaptées à l’ère numérique, qui considèrent la diversité culturelle comme un bien public. Et, en tant que citoyens et spectateurs, nous devons cultiver une alphabétisation critique face aux récits dominants, en gardant à l’esprit que les histoires les plus puissantes ne sont pas toujours celles avec le plus grand budget, mais celles qui préservent l’autonomie, la mémoire collective et la pluralité des voix.

Le “prochain siècle du storytelling” ne devrait pas s’écrire à partir d’un seul scénario. Le défi est de faire en sorte qu’il reste une conversation ouverte, et non un monologue corporatif.

Sources consultées:

Bravo, S. (2011, 23 de enero). Storytelling – El arte de dominar el relato [Blog]. Sandra Bravo. https://sandrabravo.wordpress.com/.../storytelling-%E2.../

Netflix [@netflix]. (2025, 5 de diciembre). Today, Netflix announced our acquisition of Warner Bros. Together, we’ll define the next century of storytelling, creating an extraordinary entertainment offering for audiences everywhere [Publicación en X]. X. https://x.com/netflix/status/1996912825508462707?s=20

Netflix. (2025, 5 de diciembre). Netflix to acquire Warner Bros. from Discovery Global for total enterprise value of $82.7 billion (equity value of $72 billion). https://about.netflix.com/.../netflix-to-acquire-warner-b...

Salmon, C. (2008). Storytelling. La máquina de fabricar historias y formatear las mentes. Ediciones Península.

Storytelling. (2024, 2 de diciembre). En Wikipedia. https://en.wikipedia.org/wiki/Storytelling

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vendredi, 26 décembre 2025

Escalade sans limite: pourquoi l’UE veut croire à la guerre

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Escalade sans limite: pourquoi l’UE veut croire à la guerre

Elena Fritz

Source: https://t.me/global_affairs_byelena

L’ancien conseiller à la sécurité nationale Michael Flynn formule une accusation (https://x.com/i/status/2002518869609431458 ) qui touche au cœur de l’architecture du pouvoir occidental: la pression pour promouvoir l’escalade vis-à-vis de la Russie ne vient pas de Moscou – mais des structures occidentales de sécurité et d’intérêts elles-mêmes.

Le déclencheur a été l’intervention de la coordinatrice du renseignement américain Tulsi Gabbard, qui a publiquement contredit la thèse selon laquelle la Russie planifierait de prendre le contrôle total de l’Ukraine. Rien que cette rupture avec le récit établi constitue une transgression du tabou. Flynn va plus loin – et nomme acteurs et motifs.

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La thèse centrale de Flynn (photo) – synthétisée:

La CIA agit en collaboration avec le MI6 britannique et certaines parties de la bureaucratie sécuritaire européenne pour stabiliser un conflit permanent avec la Russie. Non par nécessité de défense, mais parce que le conflit est institutionnellement utile: pour les budgets, l’influence et la présence politique.

La logique structurelle:

- Les appareils sécuritaires ont besoin d’une menace.

- Sans escalade, pas de légitimité, pas de moyens, pas de projection de puissance.

- La “guerre sans fin” n’est donc pas une erreur, mais un état du système.

Flynn fait référence à l’Afghanistan et à l’Irak : 20 ans d’engagement, des milliards de coûts, une perte de prestige – sans conséquence stratégique.

L’UE comme accélérateur:

Ce qui est particulièrement frappant, c’est l’indication de Flynn que la volonté d’escalade vient aujourd’hui plus de l’Europe que des États-Unis. Alors que certaines élites américaines sont fatiguées de la guerre, l’Europe agit de plus en plus comme un vecteur moral de la confrontation – sur les plans politique, financier, rhétorique.

L’analyse du Premier ministre hongrois Viktor Orbán entre en jeu ici. Il dit ce qui, à Bruxelles, est considéré comme inavouable:

Une partie de la politique européenne croit sérieusement qu’un État doté d’armes nucléaires peut être vaincu dans une guerre conventionnelle. « Bonne chance », dit Orbán sèchement.

L’illusion dangereuse:

Orbán désigne trois groupes moteurs:

- Les fabricants d’armes qui veulent la guerre à tout prix.

- Les banques qui misent sur l’accès aux actifs russes.

- Et les politiciens qui ne sont pas suffisamment lucides pour voir où cette logique s’arrête. Sa conclusion est sombre: il ne faut pas compter sur une régulation en temps voulu par les élites européennes.

La dimension américaine:

Flynn appelle Donald Trump à rester ferme. Le public américain n’est pas prêt à financer une nouvelle guerre par procuration, encore moins le président ukrainien Volodymyr Zelensky, que Flynn qualifie délibérément de “petit dictateur”. Cette provocation n’est pas un hasard, mais une tentative de briser l’immunité morale de Zelensky.

Synthèse:

Ce qui se profile ici, ce n’est pas une question de narratifs, mais de puissance économique et géopolitique.

L’Europe joue avec l’illusion d’une “guerre non nucléaire” contre la Russie.

Flynn et Orbán confirment, sous différents angles, la même chose: le moteur de l’escalade se trouve en Occident lui-même.

Qui le contrôle et qui en profite ?

#géopolitique@global_affairs_byelena

À quoi sert la population pour les capitalistes?

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À quoi sert la population pour les capitalistes?

Jan Procházka

Source: https://deliandiver.org/k-cemu-je-kapitalistum-obyvatelst... 

Pour les travaux qualifiés, artisanaux et autres, après trente ans de campagnes de diffamation contre l’enseignement professionnel, il faudra tout de même importer des travailleurs.

Pour réaliser des bénéfices. Et si les actionnaires étrangers, bénéficiaires, ne veulent pas se donner la peine de travailler dans les plantations ou dans les ateliers de montage, alors on élimine la population de souche et on en importe d’autres, peut-être d’Afrique, d’Inde ou d’Indonésie. Nos propriétaires étrangers ont des siècles d’expérience dans cette pratique. Propos exagérés? Pourtant, c’est ainsi qu’est née, par exemple, la population des îles, colonies britanniques et néerlandaises, où l'on cultivait des épices (Bandy, Ambon, Zanzibar, Maurice), celle des îles à sucre (Antilles) et des Indes occidentales (Jamaïque, Honduras britannique, etc.). Les habitants originels étaient trop fiers pour se plier aux desiderata des exploiteurs et se sont rebellés contre les monopoles. C’est pourquoi les Européens les ont «éliminés» et ont fait venir à leur place des «agents de service» d’Afrique équatoriale. Grand Remplacement ! Cela vous semble familier?

La situation, ici, est bien sûr différente. Les autochtones d’Europe centrale ne seront probablement pas éliminés si facilement, et une part significative d’entre eux a d’ailleurs (volontairement ?) suivi des études universitaires auto-détruisantes, qui ne leur permettent d’occuper que des emplois précaires, voire de survivre comme un prolétariat diplômé, ou plutôt comme un «précariat de service». Il n’est même pas nécessaire d’attendre la première grande crise financière («lorsque les subventions seront coupées»). Autrefois, on appelait ces gens des domestiques, et il est étonnant de voir comment ce peuple (peu fier) de serviteurs, de servantes, de sous-hommes, de paysans et de cochers (nos ancêtres directs ! Non pas les Celtes antiques, les Indo-Européens proto-historiques, etc.) — dont les nationaux ont formé le peuple tchèque au 19ème siècle (toujours rempli de dénonciateurs notoires ou occasionnels de la monarchie "impériale et royale") — retourne sans problème dans la hiérarchie de l’humanité à un état de soumission, dans lequel il vivait depuis des siècles… Pour les travaux qualifiés et autres, il faudra importer des travailleurs après trente ans de campagnes de diffamation contre l’enseignement professionnel (on importera donc des Polonais, et pas seulement en Grande-Bretagne!).

Dépouiller une couche entière des autochtones, pour que leur groupe humain devienne déficitaire et donc non-autonome, est aussi une pratique coloniale-impérialiste éprouvée — autrefois principalement avec les «hautes classes» («religieux», guerriers), mais cela continue en fait encore aujourd’hui, car qu’est-ce sinon une «fuite des cerveaux» des périphéries vers les centres? Le capitalisme est une hiérarchie, une pyramide avec des zones centrales au sommet. Le capitalisme ne fonctionne toujours que sur la base d’une relation inégale entre le noyau et la périphérie. Le noyau, avec un pouvoir d’achat plus élevé, exploite la périphérie comme elle exploiterait un élevage, comme une source de main-d’œuvre peu coûteuse, comme un centre de transit et une décharge, tout en la maintenant dépendante et empêchant son développement. On crée des plantations, des usines de montage et des centres de transit, les bénéfices sont privatisés et sortis du pays — de la «zone» (selon les méridiens de Greenwich), tandis que les pertes sont socialisées. Les coûts et la charge pour maintenir l’infrastructure nécessaire sont supportés par la population locale. Qui nomme son enfant Oliver, Mia ou Emma et l’inscrit à une «école maternelle anglaise», qui augmente ainsi ses chances que cet enfant devienne une partie de la caste de service ou même de gestion. Par exemple, devienne un fonctionnaire colonial dans un secteur à but non lucratif.

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Pas d’économie de marché libre. Pas que chaque petit État (survivant) puisse librement commercer avec les biens et denrées qu’il veut et dont il a besoin. «L’ordre international basé sur des règles» signifie monopoles, oligopoles, embargos, sanctions, droits de douane contre les rivaux, traités coloniaux asymétriques, blocus navals et bombardements. Les vassaux jouent dans la hiérarchie comme semi-périphérie, c’est-à-dire comme une périphérie qui a sa propre périphérie, dont elle peut manger des morceaux. Comme nous le savons, l’Hegemon n’a ni amis ni ennemis, seulement des intérêts. Il n’a pas d’alliés, seulement des rivaux ou des concurrents, rien entre les deux. Le format colonial est la seule norme que reconnaissent les relations internationales. Et avec l’oppression des révoltes coloniales et la pacification de continents entiers, il a aussi des siècles d’expérience en ce domaine.

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La pacification et l’intimidation des populations indigènes ont toujours été effectuées par des soldats venus d’autres colonies. Ainsi, pour pacifier les Arabes à Zanzibar, on a envoyé des Perses, pour pacifier les Chinois dans la Victoria britannique (Hong Kong actuel), on a envoyé des Gurkhas, des soldats coloniaux du Népal. Pour pacifier Macao, possession portugaise en Chine, on a envoyé des Noirs, souvent ivres, du Mozambique et d’Angola. Cela se pratiquait depuis des siècles, et finalement — par exemple — ce sont aussi des Tchèques qui ont été déployés contre les paysans afghans. À Kaboul, on combattait pour Prague, n’est-ce pas? Et n’oublions pas que, pendant la Seconde guerre de l’opium, les Gurkhas ont également combattu pour Katmandou.

En Inde, la même chose s’est produite: dans les régions majoritairement hindoues, des musulmans ont été nommés comme administrateurs et soldats coloniaux. Lorsque les Indiens se sont rebellés contre les monopoles, ils ont été confrontés à des sicaires islamiques. Étudions attentivement l’histoire de la Compagnie des Indes orientales pour mieux comprendre notre avenir. Car même si — comme par miracle — un jour, un mouvement de libération nationale se levait, prêt à lutter, tout le système de réseaux d’experts, de mercenaires et de collaborateurs serait contre lui. Et importer de nouveaux habitants du Sud global, où il y a encore un surplus de ressources humaines, comme on nous les appelle maintenant, ne poserait aucun problème à nos propriétaires: ouvriers du bâtiment d’Asie centrale, personnel frigorifique de Roumanie, soudeurs d’Indonésie, personnels de santé d’Afrique, chauffeurs de taxi du Pakistan ou de Biélorussie. Tout cela commence déjà à se produire lentement. Où en sommes-nous quant à la mobilisation, où les «gars» de notre région centre-européenne seront envoyés pour faire la guerre à la Russie, pendant que la police coloniale, dans le cadre de l’intégration, forme ses policiers coloniaux? Nous devrions en discuter.

jeudi, 25 décembre 2025

Le Venezuela comme cas d’essai – sur les intérêts, les règles et les limites de la multipolarité

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Le Venezuela comme cas d’essai – sur les intérêts, les règles et les limites de la multipolarité

Elena Fritz

Source: https://t.me/global_affairs_byelena

Le président américain Donald Trump a affirmé que les navires-citernes saisis par les États-Unis, et chargés de pétrole vénézuélien, seraient retenus. Le pétrole doit être vendu ou ajouté aux réserves stratégiques. À première vue, cela ressemble à une étape supplémentaire dans la politique de sanctions bien connue. En réalité, il s’agit de plus: d’un précédent qui en dit long sur l’état réel de l’ordre international.

Car il ne s’agit pas seulement du Venezuela, mais de la question de la signification des règles encore en vigueur, lorsque celles-ci entrent en collision avec des intérêts géopolitiques et économiques concrets. Sur le plan juridique, la démarche des États-Unis peut être juridiquement sécurisée ou du moins argumentée. Sur le plan politique, en revanche, un modèle familier se manifeste: la mise en œuvre factuelle de ses propres intérêts prime sur le droit international, tant que la résistance anticipée reste gérable.

C’est précisément pour cette raison que le cas du Venezuela est si instructif. Le pays n’est pas pertinent parce qu’il serait un acteur géopolitique central, mais parce qu’il fonctionne comme un maillon faible dans la chaîne internationale. Les réactions restent limitées, les protestations sont ritualisées, et aucune conséquence sérieuse ne se produit. Pour Washington, cela envoie un signal: la marge de manœuvre est plus grande qu’on ne le croit dans les déclarations officielles relatives à l’ordre fondé sur des règles.

De nombreuses analyses évoquent actuellement une transition irréversible vers la multipolarité. Cette hypothèse paraît rassurante, mais elle ne tient que partiellement devant une analyse plus approfondie. La multipolarité n’est pas une loi de la nature, elle ne se produit pas automatiquement par la perte relative de pouvoir d’un acteur dominant. Elle suppose que d’autres acteurs soient prêts et capables de répondre politiquement à toute violation des règles. Ce qui fait souvent défaut.

Les États-Unis n’agissent donc pas comme une puissance en retrait structurel, mais comme un acteur qui teste activement son espace de manœuvre restant. Dans ce contexte, le Venezuela n’est pas une exception, mais un laboratoire d’essai: jusqu’où peut-on aller sans provoquer une réaction sérieuse ? Quelles normes résistent – et lesquelles ne sont que de la rhétorique ?

La véritable leçon de cette affaire ne se trouve donc pas tant dans les Caraïbes, mais dans la politique d’ordre mondial. Tant que les violations des règles restent sans conséquences, il n’y a aucune incitation pour les acteurs hégémoniques à la retenue. Parler d’un monde multipolaire stable sans prendre en compte ces asymétries de pouvoir, c’est méconnaître la réalité.

En résumé : le Venezuela ne montre pas la force des États-Unis, mais la faiblesse du système qui aurait dû leur imposer des limites.

#géopolitique@global_affairs_byelena

La guerre intérieure aux États-Unis - Aristocratie nationale-industrielle vs oligarchie financière de Wall Street

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La guerre intérieure aux États-Unis

Aristocratie nationale-industrielle vs oligarchie financière de Wall Street

Lorenzo Carrasco

Source: https://jornalpurosangue.net/2025/12/20/a-guerra-interna-...

La nouvelle Stratégie de Sécurité Nationale (SSN) des États-Unis représente une rupture à plusieurs égards avec les versions précédentes de ce document doctrinal, reflétant l’intention du “noyau dur” des supporters du président Donald Trump de repositionner le pays sur la scène mondiale, en retrouvant les lignes directrices qui ont fait des États-Unis la première puissance économique mondiale, qui ont promu le système américain d’économie politique, tout en s’éloignant de l’agenda “globaliste” favorisé par ses prédécesseurs.

Parmi celles-ci, l’économie mérite une attention particulière, avec un concept de sécurité économique basé sur:

1 – un commerce équilibré;

2 – la réindustrialisation;

3 – un accès sécurisé aux chaînes d’approvisionnement et aux matériaux critiques;

4 – la domination énergétique (avec le rejet des “politiques désastreuses de ‘zéro émission de carbone’ et du changement climatique”, ainsi que la promotion des combustibles fossiles et de l’énergie nucléaire);

5 – le renforcement de la base industrielle de défense; et

6 – la préservation de la domination dans le secteur financier.

imaalhamges.jpgUne mention particulière revient au secrétaire au Trésor Alexander Hamilton (illustration), père intellectuel du système américain, qui repose historiquement sur le protectionnisme des industries naissantes/stratégiques, d’importants investissements publics dans l’infrastructure et un crédit orienté vers les activités productives.

En substance, le gouvernement Trump s’efforce d’inverser la désindustrialisation américaine, en promouvant ce que l’on pourrait appeler un “national-industrialisme stratégique”. Cet élan provient d’un groupe d’entrepreneurs et d’investisseurs réunis autour du vice-président J.D. Vance et dirigé par Chris Buskirk (photo, ci-dessous), fondateur du réseau Rockbridge, qui vise à rétablir et consolider une “aristocratie productive” au commandement du pays. Selon ses mots : “Soit vous avez une élite extractive — une oligarchie —, soit vous avez une élite productive — une aristocratie — dans chaque société.”

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Ce sont des concepts qui devraient faire l’objet d’études approfondies par d’autres pays de l’hémisphère occidental, y compris le Brésil, pour leur adaptation et leur emploi propre, leur permettant ainsi de se positionner de manière non manichéenne face à ce que la SSN qualifie de zone d’influence prioritaire des États-Unis.

Jacob Savage et la génération perdue

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Jacob Savage et la génération perdue

par Joakim Andersen

Source: https://motpol.nu/oskorei/2025/12/21/lastips-jacob-savage...

G8S80dqbMAAhEmu.jpgLa discrimination envers les hommes blancs est devenue systématique au cours des dernières décennies, notamment dans des sphères telles que le monde académique, les médias et le divertissement. Cela a conduit de jeunes hommes blancs à ressentir beaucoup plus de difficultés à faire carrière que leurs frères et pères un peu plus âgés, et cela a également contribué à leur radicalisation, remettant en question la société et l’idéologie qui les ont diabolisés et marginalisés. Ce genre de choses arrive lorsqu’on essaie de faire cuire la grenouille trop rapidement. Quoi qu’il en soit, l’esprit du temps a quelque peu changé depuis la présidence de Trump, et on accepte plus aisément maintenant de parler de cette discrimination. Ce qui était connu depuis des années dans les cercles de droite peut désormais aussi être abordé par des libéraux (de gauche), ce qui constitue en soi un pas positif dans la bonne direction. Un signe en est la large diffusion de l’article de Jacob Savage, The Lost Generation.

Le texte de Savage est bien écrit et approfondi. Il décrit, à l’aide de statistiques et de récits personnels, comment les hommes blancs ont commencé à être discriminés autour de 2014, à la suite de mouvements comme BLM et MeToo, et comment plusieurs institutions d’élite ont collectivement fait tout leur possible pour en embaucher le moins possible.

Savage cite le souvenir d’un recruteur de cette période, qui disait: «Il était évident que nous n’allions pas embaucher la meilleure personne… C’était choquant de parler d’exclure les hommes blancs». Le résultat a été dramatique. Un exemple dans le monde académique est celui de Brown: «Depuis 2022, Brown a recruté quarante-cinq professeurs en tenure-track dans les sciences humaines et sociales. Seuls trois étaient des hommes américains blancs (6,7%)». Savage écrit aussi que, «en 2011, l’année où j’ai déménagé à Los Angeles, les hommes blancs représentaient 48% des scénaristes de télévision de niveau inférieur; en 2024, ils ne représentaient plus que 11,9%. La rédaction de The Atlantic est passée de 53% d’hommes et 89% de blancs en 2013 à 36% d’hommes et 66% de blancs en 2024. La proportion d’hommes blancs est passée de 39% des postes fixes dans les sciences humaines à Harvard en 2014 à 18% en 2023. Rétrospectivement, 2014 a été le tournant, l’année où la DEI est devenue institutionnalisée dans la vie américaine». Les conséquences pour ces hommes blancs millenials qu’il a rencontrés ont été déterminantes: on leur a refusé des missions et des emplois encore et encore, leur indiquant plus ou moins clairement que cela était dû à leur race et à leur genre. Ces hommes ont en outre exigé qu’il ne publie pas leurs noms. Beaucoup d’entre eux sont bloqués dans leur vie, sans possibilité de fonder une famille.

L’article de Savage aborde un aspect important du phénomène, celui qui relève du générationnel. Beaucoup de décideurs clés, professeurs et autres, sont toujours des hommes blancs. Mais ils ont bloqué les opportunités de carrière pour les jeunes hommes blancs, par peur ou par sympathie envers l’esprit woke et ses défenseurs agressifs. Savage évoque aussi le lien entre la politique anti-blanc et l’idéologie anti-blanc («le changement démographique a remodelé non seulement qui énonçaient les narratifs, mais aussi lesquels étaient racontés »). Un journaliste soupçonnait aussi que cette politique contre les blancs contribuait à la dérive à gauche des institutions: les blancs qui y étaient encore se sentaient obligés d’adopter «une sorte de coloration protectrice, une mentalité d’allié» pour survivre. Ce n’est généralement pas suffisant, il faut le souligner. L’article vaut la peine d’être partagé avec des amis libéraux: les statistiques et les interviews sont frappantes et confirment que «au cours des années 2010, presque tous les mécanismes que l’Amérique libérale utilisait pour conférer du prestige ont été réévalués selon des lignes identitaires». Quiconque prend encore au sérieux la rhétorique sur les «privilèges blancs» après avoir lu le texte de Savage ne mérite pas non plus d’être pris au sérieux.

71vPORUO1nL._UF1000,1000_QL80_.jpgCependant, le texte présente aussi des lacunes. La conclusion est accablante : au lieu de légitimer la colère légitime, Savage aurait dû écrire quelque chose comme «la vérité, c’est que je ne suis pas un talent exceptionnel qui a été ignoré ; je suis un talent ordinaire — et en temps ordinaires, cela aurait suffi». Un complément précieux et nécessaire à cet article viral est donc celui de Compact, intitulé Lost Generation, too little, too late, du penseur qui se cahce derrière le pseudonyme de "Bronze Age Pervert" ("BAP"). BAP voit l’article comme globalement positif: il diffuse la connaissance nécessaire parmi les libéraux. Mais il identifie aussi des faiblesses cruciales et un focus erroné. Au lieu de promouvoir un récit de victime, où les hommes blancs ne doivent que prendre leur place parmi les groupes de victimes, BAP veut clairement mettre l'accent sur sur les échecs médiocres de l’establishment. Il écrit que «à mesure que ce récit se répand, cet article sera compris comme une victimisation et une supplication sentimentale, quémandant de la sympathie, plutôt que comme une condamnation juste d'un pouvoir corrompu et maladroit». Il n’a pas tout à fait tort. La discrimination que Savage décrit, et l’esprit qui la pousse et la traverse, sont anti-faustiennes et anti-méritocratiques. Les élites qui ont expulsé des hommes et femmes compétents et créatifs ont pratiquement menée notre civilisation au bord du gouffre. Une question que Savage ne pose pas, et qu’en 2025 il ne peut pas ne pas poser, est la suivante: une méritocratie ininterrompue aurait-elle garanti une surreprésentation des hommes issus de l’Occident faustien? Il s’agit du conflit entre l’Occident faustien et son esprit indo-européen d’un côté, et d’un monstre chimérique issu de l’ancien despotisme oriental de Marx et de la modernité managériale de l’autre. C’est aussi un point abordé par BAP : plutôt que de se lamenter, on pourrait rompre avec ces institutions anti-blanches et, comme Pewdiepie, créer soi-même quelque chose.

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BAP remarque aussi que le processus décrit par Savage est bien plus ancien que 2014. les Blancs ont été discriminés dans divers contextes depuis des décennies, pas seulement en tant que groupe blanc. Plus important encore, des types de personnalité rares ont été exclus de l’université, de Hollywood, etc., même avant 2012 (« pas d’emplois pour les freaks, excentriques ou créatifs audacieux à Hollywood avant 2012 »). Le résultat était une culture interne repoussante et une production également repoussante. BAP note: «Je me souviens de l’époque avant 2012, et ce n’était pas beaucoup mieux, surtout dans les domaines qu’il met en avant : journalisme, université, Hollywood ou médias».

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En somme, les articles de Savage et de BAP sont tout à fait dignes d’être lus. Une idéologie et un esprit anti-faustiens ont envahi la plupart des institutions que Althusser qualifiait d’AEI, d'Appareils d’État Idéologiques. Cela a empêché les jeunes hommes blancs d’accéder à des carrières, à l’élite et à la participation à la culture. Les hommes blancs plus âgés ont survécu de justesse tant qu’ils s’adaptaient. Le résultat a été un glissement idéologique clair et un déclin culturel, où Trump peut finalement être considéré comme une réaction. Il s’agit aussi d’une « génération de vengeance », pour reprendre une expression alt-right déjà ancienne. Cette génération s’est en grande partie construite en dehors des institutions, et en a créé de nouvelles. Leur but n’est pas d’être reconnus comme une autre groupe dans la hiérarchie officielle des victimes, mais de la remplacer par d’autres, plus saines.

Liens :

- Jacob Savage – The Lost Generation: https://www.compactmag.com/article/the-lost-generation/

- BAP – Compact « Lost Generation » DEI article: too little, too late: https://www.bronzeagepervert.yoga/p/compact-lost-generation-dei-article

mardi, 23 décembre 2025

Le suicide de l’Europe

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Le suicide de l’Europe

Andrea Marcigliano

Source: https://electomagazine.it/il-suicidio-delleuropa/

Un suicide. Il n’y a pas d’autre mot pour décrire ce qui se passe dans cette Europe, de plus en plus pauvre. Un suicide assisté par von der Leyen et les bureaucrates de l’Union. Ce qu’ils sont en train de causer, il semble impossible qu’ils ne comprennent pas.

Ils veulent la guerre. Contre la Russie, bien sûr. Et ils la veulent pour une série de raisons qu’il serait un euphémisme de qualifier de mesquines, misérables.

Car il ne s’agit pas de grandes visions idéologiques, même si celles-ci seraient erronées. Ce qui pousse cette brochette de Messieurs et de Mesdames à tout faire pour provoquer une guerre mondiale, est quelque chose de beaucoup, beaucoup moins… complexe.

Car il s'agit d'intérêts particuliers. La plupart du temps personnels. La soif de richesse. La corruption.

Et je pourrais allonger la liste…

Et c’est précisément cela qui rend la situation extrêmement dangereuse. Et, surtout, difficile à résoudre.

Car nous ne sommes pas face à un Napoléon ou, pire encore, à un Hitler. Mûs par des ambitions débridées, et une soif de domination absolue.

Mais face à des hommes et des femmes, qui, comme je le disais, agissent pour leurs intérêts personnels, mesquins. Incapables, simplement, de voir les choses, et de penser la réalité, dans une perspective plus large. En substance, au-delà du bout de leur propre nez.

Bien sûr, derrière Merz, Macron, von der Leyen et leurs acolytes, il y a des lobbies et des groupes financiers, plus ou moins obscurs, qui tirent d’énormes profits de la tension et du conflit.

Et pourtant, même eux doivent être vus, ou mieux, devraient être vus, en fin de compte, pour ce qu’ils sont: des “gnomes” malveillants, capables uniquement de penser à l’argent en vase clos, en faisant abstraction de tous les autres éléments du réel. D’accumuler, sans autre but que la possession. Et, en substance, aveugles à une vision plus large des choses.

Aucun grand rêve, aussi pathologique et erroné soit-il. Aucune vision de l’histoire ou de l’homme. Rien, absolument rien. Juste l’argent. L'argent, l'argent… seulement l’argent. Rien d’autre.

Et c’est précisément pour cela que la situation actuelle est devenue si dangereuse. Incontrôlable.

Parce qu’il n’y a pas une seule intelligence qui pense à la guerre. Et qui reconnaît aussi les risques que cela pourrait comporter.

En résumé, il n’y a pas d’intelligence. Mais plutôt un mélange d’instincts, d’orgueils, d’ambitions, d’intérêts…

Un enchevêtrement difficile à démêler. Et qui, cependant, peut tous nous mener à la ruine.

UE. L’état des choses

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UE. L’état des choses

Andrea Marcigliano

Source: https://electomagazine.it/ue-lo-stato-delle-cose/

Orbán, Fico et le Tchèque Babis, se tiennent à l’écart. Ils refusent de participer au méga-financement de Zelensky pour continuer la guerre, déjà perdue, contre la Russie.

Gaspillage d’argent, l’a qualifié Orbán, avec sa franchise habituelle et brutale.

Oui, gaspillage d’argent. Et pourtant, l’Union insiste pour en verser, à pleines mains, dans l’incendie ukrainien. Pour faire un cadeau – car il s’agit bien d’un cadeau – au régime le plus corrompu d’Europe. En faisant semblant d’ignorer le gaspillage commis par les oligarques de Kiev, qui envoient le peuple à la boucherie, mais qui se délectent de nombreuses subventions, soudaines et imméritées. Et les toilettes en or ne sont qu’un petit aspect de ce vol perpétré avec arrogance.

Il est toutefois intéressant de noter que la Hongrie, la Slovaquie et la République tchèque se tiennent à l’écart. Orbán a été très clair. Et extrêmement dur. Donner encore de l’argent à l’Ukraine est une folie, inutile et délirante.

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L’Union européenne, donc, s’est ainsi rompue formellement. Et ce n’est qu’un premier signal. Car le malaise grandit dans d’autres pays. Pas seulement en Europe de l’Est, compte tenu des positions, de plus en plus différenciées, de l’Espagne et de la Belgique.

Bruxelles, et surtout l’Allemagne et la France, ont tenté de sauver ce qui peut l’être. Les milliards pour Zelensky ne viendront pas des dépôts russes gelés en Europe. Ce qui aurait fait exploser la situation, menant à une crise financière sans précédent. Comme Lagarde de la BCE, elle-même, l'a déclaré.

Cependant, ce sont des sommes d’argent, considérables, qui seront dépensées aux dépens, et au détriment, des peuples européens. Qui devront payer le prix fort en subissant une réduction effrayante des services, de la santé, des salaires et des pensions.

Et tout cela uniquement pour financer Zelensky. Et pour permettre à von der Leyen de poursuivre sa politique belliciste démentielle. Aussi pour masquer la corruption de sa Commission. Et, bien sûr, la sienne propre.

Un fardeau que beaucoup de peuples européens ne sont pas disposés à accepter passivement.

Des manifestations, de véritables révoltes populaires, sont signalées à Bruxelles, Paris, dans toute la France et dans de nombreux autres pays, de la Grèce à l’Allemagne.

L’Allemagne, où Merz cherche à mettre en place une astuce juridique pour éliminer l’AfD, le parti populaire qui a, désormais, conquis tout l’est. Et qui progresse également massivement dans les Länder occidentaux.

Et l’AfD est absolument opposée au conflit avec la Russie. Car elle veut la paix…

Bien sûr, rien de cela n’est mentionné dans nos médias mainstream. L’Italie et les Italiens sont maintenus dans une sorte de stupeur, comme s’ils avaient été drogués. Et ils sont totalement désinformés.

Pendant ce temps, Meloni continue de jongler entre Washington et Bruxelles. Elle flatte tantôt Trump tantôt von der Leyen. Incapable, en substance, de prendre une décision claire. Ce qui pourrait lui coûter très cher au printemps prochain.

Et, surtout, ce qui coûte déjà très cher, bien trop cher, aux Italiens. Où une grande partie de l’opinion publique semble encore endormie. Étourdie et inconsciente.

Le seul espoir, ce sont les protestations croissantes des agriculteurs.

Espérons, justement, que ce soit un premier signe de réveil.

lundi, 22 décembre 2025

Bruxelles contre l'alimentation européenne. Plus d'armes et moins de pain

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Bruxelles contre l'alimentation européenne. Plus d'armes et moins de pain

Enrico Toselli

Source: https://electomagazine.it/bruxelles-contro-il-cibo-europe...

90 milliards d'euros. C'est le montant du prêt accordé à Zelensky pour poursuivre la guerre. Une somme que l'Union européenne devra trouver d'une manière ou d'une autre. 90 milliards d'euros. C'est le montant de la réduction décidée par l'Union européenne pour pénaliser le secteur agricole du Vieux Continent. Curieuse coïncidence entre les chiffres. Curieuse cette volonté des esprits étroits de Bruxelles de détruire un secteur qui est véritablement fondamental pour assurer la souveraineté européenne. Car sans agriculture, sans nourriture, il n'y a pas de souveraineté.

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D'ailleurs, les images diffusées par les journaux télévisés étaient éloquentes. À l'intérieur du palais, élégants, méprisants, les eurocrates. Occupés à décider où prendre l'argent des autres et à qui le donner. À l'extérieur, en colère, les agriculteurs qui défendaient leur travail, leur labeur. Mais ils défendaient aussi la culture européenne, qui est aussi déterminée par la nourriture, l'alimentation.

Des agriculteurs qui doivent respecter des règles de plus en plus strictes, tandis que les eurocrates voudraient autoriser l'entrée en Europe de produits cultivés selon des méthodes interdites à nos agriculteurs européens.

Mais il est évident que la viande aux œstrogènes, provenant d'animaux élevés dans d'autres pays où les règles du travail sont également très différentes, coûterait moins cher. Et elle serait à la portée des Européens qui, grâce aux imbéciles de Bruxelles, deviendront de plus en plus pauvres.

Des imbéciles qui interdisent à leurs sujets d'utiliser les poêles à bois pour se chauffer, car ils polluent. Mais ensuite, ils offrent à la bande de Zelensky des armes qui polluent mille fois plus. Et ils achètent du gaz liquéfié américain, beaucoup plus cher, transporté par des navires qui augmentent la pollution. Tout comme ils pollueront davantage les produits alimentaires acheminés à travers les océans pour remplacer la nourriture européenne.

L'important, cependant, est de poursuivre la guerre.

Les 90 milliards qui n’existent pas – le financement de l’Ukraine par l’Europe comme placebo politique

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Les 90 milliards qui n’existent pas – le financement de l’Ukraine par l’Europe comme placebo politique

Elena Fritz

Bron: https://pi-news.net/2025/12/90-milliarden-die-es-nicht-gi... 

"Merci, cher Friedrich !": L’Ukraine, le pays le plus corrompu du monde, reçoit de l’UE un prêt sans intérêt de 90 milliards d’euros.

Les décisions nocturnes du Conseil européen nous laissent surtout une impression: celle d’un théâtre politique destiné à donner une illusion d’action, là où il ne reste pratiquement plus d’espace de manœuvre. Beaucoup de problèmes semblent résolus, beaucoup de déclarations paraissent grandes – mais en y regardant de plus près, il reste étonnamment peu de substance.

Commençons par le supposé rassurant: les avoirs d’État russes gelés en Europe restent intacts. Malgré des mois de débats, de charges morales et de menaces politiques, Bruxelles n’a finalement pas osé franchir cette ligne juridique. Cela n’est pas tant l'expression de principes propres à l’État de droit, mais plutôt la reconnaissance que la confiscation formelle d’actifs étrangers serait un précédent dangereux – pour le marché financier européen, la confiance des investisseurs internationaux et la crédibilité fragile des garanties de propriété occidentales.

Au lieu de cela, on a présenté un chiffre qui capte mieux l’attention dans les médias: 90 milliards d’euros pour 2026 et 2027, "provenant du budget de l’UE". C’est là que commence le problème.

Car ce budget de l’UE existe déjà – et il est largement planifié. Le cadre financier pluriannuel 2021-2027 comprend au total 1074 milliards d’euros, soit environ 153 milliards par an. Pour l’Ukraine, aucune ligne budgétaire spécifique n’est prévue. Si l’on mobilisait effectivement 90 milliards d’euros en deux ans, cela représenterait jusqu’à 30% du budget annuel – une ampleur qui bouleverserait fondamentalement la structure financière actuelle de l’UE.

Le budget de l’UE n’est pas un simple coffre-fort, mais le résultat de compromis politiques. Il est principalement alimenté par les contributions de quelques payeurs nets – notamment l’Allemagne, la France, l’Italie et l’Espagne – et finance des politiques classiques de l’UE: subventions agricoles, projets de transport et d’infrastructure, développement régional. De grands bénéficiaires comme la Pologne en profitent tout particulièrement en chiffres absolus, tandis que des pays comme l’Estonie en profitent en proportion de leur PIB.

Un déplacement massif en faveur de l’Ukraine entraînerait donc inévitablement des perdants au sein de l’UE. Ce que ce vote nocturne ne dit pas. Reste à voir si les programmes existants seront coupés, si de nouvelles dettes seront contractées ou si les règles du budget seront simplement assouplies. Jusqu’à présent, le budget de l’UE est officiellement en équilibre; un déficit structurel serait politiquement délicat et, du moins juridiquement, nécessiterait des explications.

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Il n’est donc pas exclu qu’un troisième scénario se dessine: que la référence au "budget de l’UE" soit avant tout rhétorique – un signal politique sans financement assuré. Un simple marqueur pour gagner du temps.

Dans ce contexte, le mécanisme de remboursement choisi est particulièrement révélateur. L’Ukraine remboursera les fonds lorsque la Russie versera des réparations. Cela semble juridiquement net, politiquement élégant – mais c'est économiquement une fiction. En réalité, il s’agit de subventions assorties d’une promesse morale de remboursement. Personne à Bruxelles ne compte sérieusement sur un tel paiement.

Il ne reste donc du grand vote qu’une seule chose: un report. La question fondamentale – qui doit financer à long terme le budget de l’État ukrainien et ses besoins militaires – n’a pas reçu de réponse, mais à été reportée à l’avenir. Chaque euro devra être négocié durement, avec une opposition intérieure croissante dans les États payeurs nets.

L’UE voulait montrer sa détermination, mais a plutôt révélé son épuisement financier. Le problème central n’est pas le manque d’argent, mais le manque de sincérité quant aux limites du possible.

dimanche, 21 décembre 2025

La crise de Trump et du mouvement MAGA: MTG va-t-elle agir ou se retirer? 

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La crise de Trump et du mouvement MAGA: MTG va-t-elle agir ou se retirer? 

Joaquin Flores

Source: https://telegra.ph/La-crisi-del-MAGA-di-Trump-MTG-sta-pre...

Quoi qu'il arrive à l'avenir, cela ne sera ni silencieux ni discret, car c’est l’art du théâtre en politique américaine.

Rien ne peut égaler la politique américaine avec ses drames exagérés, qui attirent l’attention du monde entier, car comment pourrait-il en être autrement? Que l’on aime l'Amérique ou qu’on la déteste, son histoire est l'histoire étincelante et étoilée de l’effondrement du mondialisme, et la grande réorientation du pays porte en elle toutes les nuances du théâtre, tous les modes de l'histoire humaine tissée de trahison et de destruction. Il est impossible de détourner le regard lorsque la mise en jeu atteint chaque coin de la planète. Ainsi, lorsqu’une députée américaine et figure favorite du mouvement MAGA, Marjorie Taylor Greene, rompt avec le président Donald Trump et annonce qu’elle démissionnera du Congrès, la question se pose: est-ce la fin de la carrière de Greene, la fin du mouvement MAGA, une guerre civile interne ou une opportunité solide pour MTG de réussir son coup ?

MTG pourrait-elle se tourner vers la politique nationale ou orienter ses ambitions vers les élections au gouvernorat de la Géorgie ? Trump hésitera-t-il entre les forces populistes et oligarchiques, pour finir marginalisé dans une manœuvre ratée visant à équilibrer des intérêts de classe contradictoires, où le plan économique America First ne peut fonctionner ? Trump se réconciliera-t-il finalement avec MTG comme il l’a fait avec Elon Musk, ou s'éloignera-t-il d'une grande partie de sa base ?

La crise politique qui couvait depuis longtemps au sein du mouvement MAGA, autour d’Epstein, d’Israël et plus tard de l’assassinat de Charlie Kirk, avait déjà anticipé l’annonce de Greene, confirmant ainsi que le mouvement MAGA était irrémédiablement divisé. Les démocrates envisagent sans aucun doute de réaliser des résultats positifs à mi-mandat et de reprendre la Chambre, étant donné que le pessimisme quant à l’état de l’économie demeure élevé.

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Greene a été submergée à la fois par des critiques et par des soutiens, mais dans tous les cas, «toute mauvaise publicité est bonne publicité», ou, du moins, c’est ce qu’on dit. Elle contrôle toujours sa narration, ce qui équivaut à un capital politique. On dit aussi que rien en politique n’est fortuit, et si Greene pourrait être hors-jeu, cette controverse pourrait aussi finir par lui offrir une opportunité de surfer sur la vague de l’influence vers des sommets toujours plus hauts.

Les luttes politiques sous-jacentes au différend entre MTG et Trump sont parfaitement en ligne avec ce qu’on appelle la guerre civile au sein du mouvement MAGA, qu’il serait étrange de laisser passer. Mais qu’est-ce qui motive MTG et qu’y a-t-il derrière ce conflit qui rend la politique de mouture MAGA si instable? S’agit-il vraiment d’une guerre civile au sein du mouvement MAGA ou bien est-ce l'émergence de forces populistes dans le mouvement MAGA qui s’opposent de plus en plus clairement aux intérêts corporatistes et sionistes bien ancrés dans le monde politique américains, intérêts qui ont dominé la politique républicaine pendant des décennies?

Le mouvement MAGA auquel MTG a adhéré était la vague populiste insurgée qui a percé partout où le terrain politique le permettait, et cette ouverture s’est produite il y a quelques années au sein du Parti républicain, malgré les efforts incessants de la vieille garde pour réprimer la révolte et ramener le parti à l’austérité de Wall Street et à la géopolitique néoconservatrice. Trump est considéré comme trop modéré ou trop compromis avec le statu quo lui-même, dont la crise de légitimité a été la clé de son succès; et c’est précisément ici que réside toute la tension.

Mais Greene a-t-elle vraiment rompu avec Trump ou avec le mouvement dans son ensemble? Le mouvement MAGA est souvent, à tort, considéré comme une étiquette générique pour quiconque soutient Trump, mais la réalité, bien connue depuis longtemps, que les électeurs pro-Trump hors MAGA existent, a été confirmée le 28 novembre dans un article et une enquête de Politico, qui montrent que «plus de la moitié des électeurs de Trump de l’année dernière — 55 % — se considèrent comme des adeptes du mouvement MAGA, mais un pourcentage significatif de 38% ne le fait pas. »

MAGA contre les néoconservateurs sur la vaccination, Israël, le mondialisme et l’UE

Après que Trump a commencé à remodeler la politique républicaine vers la fin des années 2010, beaucoup de néoconservateurs républicains traditionnels qui s’étaient opposés à lui ont compris que le combattre était une stratégie perdante, et ils ont progressivement commencé à le soutenir publiquement. Dans les années 2020, cela a donné naissance à un monde plus large d’influenceurs conservateurs sur les réseaux sociaux en dehors du mouvement MAGA, appelé «Conservative Inc.» ou «Sometimes Trumpers», combinant les intérêts des grands donateurs, des réseaux AIPAC et d’un écosystème d’influenceurs sur les réseaux sociaux, tous enveloppés dans un drapeau MAGA. Ils ont des thèmes de guerre culturelle qui se superposent à certaines parties de l’agenda interne de MAGA, mais minimisent ou individualisent constamment la crise socio-économique plus profonde qui a écrasé la classe ouvrière et la classe moyenne américaines, à laquelle le mouvement MAGA accorde une grande importance, en chevauchant un électorat autrefois exclusivement démocrate, et en tire donc une partie de sa puissance et de sa signification stratégique.

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Le néoconservatisme n’a survécu qu’en imitant faiblement MAGA, avec les «Never-Trumpers» de longue date qui se sont rebaptisés «Sometimes-Trumpers» et qui proclament haut et fort leur fidélité comme «Always-Trumpers», même si leur politique reste beaucoup plus proche de Netanyahu ou Nikki Haley, dirigée par des commentateurs comme Ben Shapiro. Trump semble souvent satisfaire leurs récits avec ses menaces belliqueuses contre l’Iran, le Hamas, le Venezuela ou, plus récemment, le Nigeria.

Mais ce qui finit souvent par décevoir et décourager ces esprits mitigés, fluctuants, qui sans cesse louvoient, c’est que le mouvement MAGA, incarné par MTG, s’aligne sur les enjeux de la classe ouvrière, tant sur le plan social qu’économique, et les considère comme inséparables, cherchant à promouvoir des tarifs douaniers, des règles plus strictes en matière d’immigration, la reindustrialisation, des investissements de partenaires américains et une position commerciale nationaliste-mercantiliste. La santé et le logement abordable restent des questions controversées partagées avec les démocrates, qui les considéraient autrefois comme leur domaine exclusif.

Trump soutient le mouvement MAGA de manière énigmatique, le nomme MAGA, mais en s'en démarquant aussi, suggérant que le mouvement MAGA est quelque chose que Trump aurait découvert ou assemblé à partir de parties de la majorité silencieuse.

Trump piégé entre le peuple et le pouvoir

La tension sous-jacente à la politique de Trump est simplement que le mandat populiste pour lequel il a été élu entre en collision avec sa nécessité de conserver le soutien de l’oligarchie. Reste à voir, ou du moins tel est le débat, si Trump est compromis, s’il a toujours agi de mauvaise foi ou s’il a plutôt l’intention de remplir son mandat électoral et de tenir les promesses fondamentales faites au mouvement MAGA. Trump et le phénomène MAGA ont été la cible d’une persécution énorme et réelle pendant de nombreuses années, sous forme de chasse aux sorcières, à travers des poursuites judiciaires et la politisation du système judiciaire contre Trump pendant sa première mandature et sous l’administration Biden. Les supporters de Trump ont été censurés, boycottés, privés de services bancaires sur les réseaux sociaux. Politiquement, Trump a survécu à ces attaques grâce à sa large base de soutien, qui a vécu ces attaques avec lui, et de là est née une sorte de lien.

Si Trump trahissait ce lien et se présentait comme défenseur du vieux système dans un sens pragmatique, par le biais d’accords commerciaux, en laissant tomber sa base MAGA, nos opportunistes criminels modernes et les forces optimales attaqueraient Trump dès qu’il serait isolé. Trump, pour éviter cela, pourrait se tourner vers la «gauche nationale» et définir la base MAGA par des mesures populistes.

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Depuis le début, MAGA a été engagé dans une guerre à deux fronts: contre la droite chrétienne sioniste et contre le conservatisme économique de Wall Street. MAGA a mené ce conflit non pas en s’opposant au christianisme ou à l’économie en principe, mais en les détournant de leurs objectifs finaux sionistes et mondialistes. Sur le plan économique, MAGA a affronté le programme pro-entreprises et anti-travailleurs des néoconservateurs, non pas en réactivant la vieille lutte des classes propre à la gauche, mais avec une approche transclasse qui relie le monde des affaires et celui du travail afin d'aboutir à des résultats communs pour la nation. L’autre section du front visait le bloc chrétien sioniste, qui soutenait certaines questions internes telles que l’avortement et la guerre culturelle, mais les liait à une vision sioniste qui imposait des guerres infinies auxquelles le mouvement MAGA s’oppose.

Trump tente souvent de concilier ces positions du mouvement MAGA avec des intérêts oligarchiques en faveur de la croissance économique nationale, ce qui ne pose pas de problème intrinsèque. Cependant, en équilibrant cette forme de New Deal, cette grande renégociation du contrat social que seul le moment actuel apporte, il y a des conflits sur les détails, les engagements, les charges qui seront supportées et par qui. Même la politique étrangère n’échappe pas à cette tension. La rhétorique pro-Netanyahu de Trump et son soutien à la censure sur la guerre à Gaza dans les universités américaines contrastent fortement avec les opinions fondamentales du mouvement MAGA. MTG représente publiquement ce pôle-là du mouvement MAGA et montre où il se recoupe avec certaines opinions populistes de gauche chez les démocrates, notamment lorsqu'elle a fait une déclaration conjointe avec le socialiste démocrate Bernie Sanders condamnant le génocide d’Israël à Gaza.

Trump tend souvent à tenir ses promesses, même si parfois il réserve des surprises, mais sa marche en zigzag suscite toujours mécontentement, désespoir et même attente de l’apathie. MTG joue un rôle dans le maintien de la cohérence de ce récit conflictuel, et il est logique que les partis qui ne réussiraient pas à le mettre en pratique échoueraient.

MTG maintient la cohésion du MAGA là où Trump semble en conflit

Trump se trouve face à une sorte de dilemme césarien tel qu'il existât durant le Premier Triumvirat, tiraillé qu'il est entre des intérêts contradictoires à l’intérieur et à l’extérieur de la coalition transclassiste, tout en essayant de gérer les crises créées par les anciennes gardes républicaine et démocrate.

La vieille garde néoconservatrice s’est appropriée l’identité MAGA pour ramener Trump vers leur propre programme. Si Trump y a résisté, l’a permis ou a simplement laissé l’impression qu’il en était ainsi, cela reste discutable. Mais beaucoup d'adeptes du mouvement MAGA, ouvriers et médias, qui ont soutenu MTG croient que les réformes arrivent trop lentement, et que l’implication de Trump avec les oligarques technologiques et les sionistes est la cause ou le sous-produit de ce problème.

Ce qui est significatif dans tout cela, c’est que MTG donne à la déception, qui règne dans le mouvement MAGA vu les louvoiements de Trump, une certaine cohérence, une pertinence et un narratif qui reflète le mécontentement de la base, mais aussi le sentiment qu'il existe une direction et un but, ce qui contraste avec la véritable crise que constitue l’apathie électorale. MTG peut maintenir son soutien à MAGA pendant que Trump tisse sa «Loi de l’Accord» de manière à lui coûter son capital politique, du moins au début.

La marque MTG reste forte, et elle n’est pas en déclin politique. Ce qui semble être un conflit impulsif, un chaos ou des luttes internes est souvent un théâtre politique soigneusement orchestré, partie d’un spectacle plus large qui attire un public de plus en plus vaste dans une sorte d’hyper-réalité baudrillardienne où mythe et réalité fusionnent, créant une narration qui semble complète en soi, même si elle brouille la frontière entre vérité et fiction.

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Étant en position de force avec une visibilité et une portée croissantes, l’idée qu’elle pourrait soudainement décider de quitter la politique n’a pas de sens. La controverse que cela provoquerait est encore moins convaincante, car, bien qu’elle mette en lumière des problèmes structurels plus vastes, peu de gens sont prêts à se battre jusqu’à la mort pour cela. La dispute portait sur les visas H-1B, dont on pense que Trump a fait peu de concessions pour maintenir des relations stables avec la Chine et l’Inde, tout en satisfaisant les grands employeurs de secteurs clés dépendants des coûts de main-d'œuvre plus faibles que ces spécialistes étrangers sont disposés à accepter. Le mouvement MAGA a subi un coup dur lorsque l’équipe de Trump a proposé un prêt sur 50 ans, apparemment destiné à des personnes ne comprenant pas comment fonctionnent réellement les taux d’intérêt.

Newsweek a rapporté il y a quelques semaines l’importance de ces questions de façon populaire, citant des supporters influents du mouvement MAGA comme Matt Morse, créateur de contenu et commentateur d'America First, qui a qualifié l’interview de « catastrophique pour Trump ». Il a écrit sur X: «Quiconque fait partie de l’entourage rapproché de Trump et lui a dit que nous avons besoin de plus de visas H-1B, de prêts sur 30 ans et de 600.000 étudiants chinois doit ÊTRE LICENCIÉ IMMEDIATEMENT. AMERICA FIRST. »

Morse a ajouté: «Je suis l’un des commentateurs pro-Trump les plus importants du pays. Chaque mois, je réalise des dizaines de millions de vues en parlant de l’agenda America First de Trump. Et je suis maintenant complètement F****** FURIOUS, parce que ce soir, sous prétexte de visas H-1B, Trump a dit que les Américains n’ont «pas de talent». Incroyable.»

Cela semble être un problème facile à résoudre si MTG et le mouvement MAGA en parlent et attirent suffisamment d’attention. C’est symbolique d’un problème plus vaste, mais cela offre aussi à Trump une sortie facile sous forme d’un ordre exécutif ou quelque chose de similaire.

Le facteur 2026

Il est vrai de dire que MTG agit parce qu’elle est dans une position trop favorable. Sa sortie le 4 novembre dans The View, suivie du retrait du soutien de Trump le 14 novembre, et culminant avec le vote quasi unanime de la Chambre le 18 novembre sur l’affaire Epstein (427-1), jouent tous en sa faveur. Le récit superficiel semble assez linéaire, avec MTG qui se plaint publiquement de la lenteur des changements au sein du mouvement MAGA, critique la domination des escrocs et exprime sa frustration que sa loyauté n’ait pas été récompensée. Sa rhétorique ultérieure, en réponse au retrait de Trump, qui se compare à une «femme maltraitée», a une charge émotionnelle qui paraît authentique et qui peut toucher un électorat féminin en Géorgie susceptible de basculer entre démocrates et républicains.

Comment tout cela pourrait-il avoir du sens si quelqu’un élaborait une stratégie gagnante sur la base de ces faits? MTG a l’attention nationale, mais elle pourrait être plus efficace si elle se concentrait sur la Géorgie.

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La course au gouvernorat de la Géorgie commencera en 2026, lorsque Brian Kemp aura terminé son mandat et que la voie sera libre. MTG représente le 14ème district de la Géorgie, une région profondément républicaine, mais l’élection du gouverneur nécessite d’attirer les électeurs des banlieues d’Atlanta, qui déterminent le résultat. Son positionnement actuel, combinant messages patriotiques et préoccupations économiques de la classe ouvrière, typiquement associées à la gauche, pourrait-il être calibré pour un public géorgien? La question devient encore plus intrigante si l’on considère que Stacey Abrams, démocrate, pourrait se représenter, créant ainsi la nécessité de mettre en ligne un républicain populiste capable de parler aux indécis et aux femmes qu’Abrams séduira si le GOP fait l’erreur de soutenir une figure conservatrice néocon comme Kemp.

Biden a gagné la Géorgie en 2020 avec moins de 12.000 voix, ce que Trump conteste encore aujourd’hui, et cet État reste fondamentalement indécis, ce qui oblige les républicains à activer et élargir leur base, ce que MTG fait sans aucun doute. Kemp, qui a été soutenu par Trump quelques années auparavant, s’est joint en 2020 à l’alliance anti-Trump avec Pence, rejetant les appels du président à contester les résultats. Avec MTG comme candidate au poste de gouverneur, il pourrait aider à prévenir des irrégularités électorales qui pourraient nuire à Trump en 2028, quel que soit le candidat.

En regardant vers les élections de mi-mandat, si MTG quitte la politique complètement après sa démission de la Chambre en janvier, elle n’aurait rien accompli avec le capital politique qu’elle a gagné, ses bons résultats et sa récente exposition auprès de l’électorat démocrate qui regarde The View.

Le seul point noir dans son CV serait d’avoir abandonné ses électeurs et quitté la politique. Cela ne pourrait être réparé que si elle le faisait pour poursuivre une fonction plus élevée et acquérir plus de pouvoir. Si elle vise la gouvernorat de la Géorgie, ses mouvements récents seraient mieux adaptés à une phase pré-campagne. Se distancier de Trump tout en conservant le message «America First» lui permettrait d’attirer les électeurs sceptiques des banlieues sans aliener sa base. Quand le moment sera venu, Trump pourra se réconcilier avec MTG comme il l’a fait avec Musk pour 2028.

En fin de compte, la question est de savoir si les forces qui façonnent actuellement la politique américaine peuvent être dirigées par ceux qui en sont au centre. MTG pourrait jouer ses cartes ou pas, Trump pourrait recalibrer ou s’effondrer, et MAGA pourrait se diviser ou continuer à être une force motrice dans la base de Trump. Ce qui est clair, c’est que la lutte pour la direction de l’Amérique n’est plus abstraite, et Trump a moins d’un an pour empêcher la défaite de son parti. MTG détient un capital politique énorme, et que ce soit par choix ou par nécessité, Trump finira probablement par miser sur elle. Quoi qu’il advienne, cela ne sera pas silencieux ni inaperçu, car c’est l’art du théâtre dans la politique américaine.

vendredi, 19 décembre 2025

Sur la victoire électorale de Kast au Chili

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Sur la victoire électorale de Kast au Chili

Qui est José Antonio Kast, l’ultra-droitiste qui, lors de sa troisième tentative, accède à la présidence du Chili?

René Fuchsloscher

Source: https://euro-sinergias.blogspot.com/2025/12/sobre-la-vict...

La victoire du conservateur José Antonio Kast au second tour de l’élection présidentielle chilienne constitue sans aucun doute un tournant politique: avec plus de 58 % des voix face à la candidate communiste Jeannette Jara, l’électorat a opté pour une gouvernance de droite associée à l’ordre, à la sécurité et au contrôle, fermant la voie à un projet de gauche largement perçu comme épuisé. Il s’agit de la victoire la plus large depuis la transition démocratique et elle exprime un rejet net de la narration progressiste dominante des dernières années, ainsi qu’une exigence citoyenne de rectifier la trajectoire dans des domaines tels que la criminalité, l’immigration irrégulière et la dégradation de l’espace public.

Cependant, réduire ce résultat à une simple «victoire contre le communisme» serait une lecture incomplète — et en quelque sorte complaisante — de ce qui est réellement en jeu. Le gouvernement annoncé ne semble pas orienté vers une récupération substantielle de la souveraineté politique ou économique du pays, mais plutôt vers une reconfiguration du pouvoir dans les marges du même ordre mondial. Loin d’un conservatisme national ou d’une droite enracinée dans des intérêts productifs internes, le projet de Kast montre des signes clairs d’alignement avec les réseaux transnationaux du grand capital financier et corporatif.

Dans cette optique, ses voyages à Washington et à New York, ainsi que ses rencontres avec des banques d’investissement, des fonds et des organisations comme le Council of the Americas, fondé par David Rockefeller et traditionnellement plateforme d’articulation entre les élites économiques américaines et l’Amérique Latine, doivent être compris. Ces espaces ne fonctionnent pas comme des forums neutres d’échange académique, mais comme des lieux d’influence idéologique et programmatiques, visant à garantir des cadres réglementaires favorables, une ouverture des marchés sans restriction et la subordination des politiques nationales aux exigences de l’investissement international.

Ce modèle correspond à ce qu’on désigne habituellement par une orientation mondialiste: non un internationalisme solidaire ni une coopération entre nations souveraines, mais l’intégration disciplinée des États dans les circuits financiers mondiaux, où les décisions stratégiques sont prises en dehors du cadre démocratique et loin du contrôle citoyen.

De ce point de vue, le nouveau gouvernement s’approche davantage de la tradition néoconservatrice américaine que d’une droite nationale: conservatisme en matière d’ordre public et de valeurs, combiné à une adhésion presque automatique à l’idéologie globale. Dans ce contexte, l’anticommunisme fonctionne plus comme une ressource rhétorique mobilisatrice que comme une doctrine réelle de confrontation idéologique, surtout dans un pays qui a laissé derrière lui, il y a plusieurs décennies, tout un scénario comparable à la Guerre froide.

Ainsi, la victoire de Kast ne peut pas être uniquement interprétée comme une défaite de la gauche radicale, mais elle doit l'être aussi comme la consolidation d’une droite fonctionnelle à l’ordre économique mondial, qui modifie le discours, durcit le ton sur la sécurité et l’immigration, mais maintient intacte la structure de pouvoir qui limite l’autonomie politique de l’État. Le véritable défi pour ce gouvernement ne sera pas seulement de gouverner avec ordre, mais de prouver qu’il est capable — ou même disposé — à mettre des limites réelles à l’influence du grand capital et aux agendas extérieurs, ou si son mandat se résumera, une fois de plus, à une administration locale de décisions prises ailleurs.