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mercredi, 01 avril 2026

Le monde russe et la Pax Americana

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Le monde russe et la Pax Americana

par Leonid Savin

Leonid Savin sur la Pax Russica et l’ordre eurasien à venir.

En russe moderne, le mot « mir » a deux significations: (1) l’espace qui nous entoure, c’est-à-dire la planète Terre; et (2) un état de calme et d’harmonie. En sciences politiques, on utilise souvent le terme latin « Pax », dont dérive le mot anglais « peace » (« paix »). Le plus souvent, le mot Pax est employé avec un adjectif — par exemple, l’expression bien connue « Pax Britannica », qui décrivait la puissance de l’Empire britannique et l’existence de ses colonies à travers le monde.

La Pax Americana, c’est-à-dire la paix à l’américaine, est apparue dans la seconde moitié du 20ème siècle, lorsque la Grande-Bretagne, pour diverses raisons, ne pouvait plus maintenir sa domination mondiale et que ses colonies commencèrent à se détacher massivement dans différentes régions du monde. Pourtant, dans le dictionnaire latin-russe classique (édité par Dvoretsky), une interprétation élargie du mot Pax est donnée, relative à l’Antiquité. Il existait la Pax Romana, décrite comme « cette partie du monde pacifiée par les conquêtes romaines, c’est-à-dire l’Empire romain ».

8e583648b138ec8639c8130a737f4c6c.jpgAinsi, la Pax n’est pas simplement un état de calme et d’harmonie. Premièrement, elle est le résultat des actions du sujet politique qui instaure cette Pax. Cela peut être obtenu par la force des armes ou par la persuasion, mais la « pacification » elle-même implique qu’elle ne découle pas de la volonté libre de ceux sur qui cet ordre est imposé. Deuxièmement, elle possède des contours territoriaux définis. La Pax Romana comprenait la région méditerranéenne, la Gaule et la Bretagne, mais la Scythie, la Perse et, plus encore, l’Inde et la Chine lointaines n’ont jamais été sous l’autorité de Rome.

Au 21ème siècle, les réalités sont différentes. Si quelqu’un ne peut être « pacifié » par la force militaire, alors on utilisera probablement des instruments économiques, l’influence culturelle et les services de tiers — qu’il s’agisse d’organismes supranationaux ou d’organisations internationales influentes. Bien que Volodymyr Zelensky déclare constamment la nécessité d’établir la paix, il est évident que ce processus a peu à voir avec l’Ukraine elle-même, car elle n’est pas un sujet souverain. On ne peut parler de Pax Europaea qu’avec beaucoup de réserve, puisque les principaux acteurs du processus de négociation sont la Russie et les États-Unis.

Si une division des sphères d’influence sur le territoire de l’Ukraine se produit, comme ce fut le cas lors de la conférence de Potsdam, alors deux ordres mondiaux — l’américain et le russe — entreraient en contact et pourraient être séparés par une zone tampon. Cela ressemblerait à l’ère bipolaire, bien que la ligne de séparation, à l’époque, se trouvait beaucoup plus à l’ouest. La question critique et immédiate serait alors: où exactement cette ligne de division passerait-elle? Le long des frontières administratives-territoriales? Le long du Dniepr (en tenant compte du retrait des forces armées ukrainiennes de la partie occupée de la région de Kherson)? Ou bien la Pax Russica s’étendrait-elle beaucoup plus à l’ouest, jusque dans les terres historiques du monde russe?

Il faut souligner que la Pax Russica est quelque chose de plus qu’une zone de contrôle militaire et politique de Moscou. C’est aussi un espace culturel-historique, une sphère d’activité commerciale et économique, et l’activité libre et sans entrave des compatriotes dans d’autres États. En même temps, d’un point de vue étymologique, la Russie procède actuellement précisément à une forme de pacification par des moyens militaires via l’Opération Militaire Spéciale.

61VKJq34UZL._AC_UF1000,1000_QL80_.jpgÀ une échelle géographique plus large et dans une perspective stratégique à long terme, la nuance suivante est importante. Tant que la Pax Americana prévaut en Europe (ce qui est évident sous la configuration actuelle de l’UE et de l’OTAN), la Pax Russica ne pourra évoluer vers une Pax Eurasiatica, même avec la participation active des autres membres de l’UEE (Union économique eurasiatique) et l’implication de l’Inde, de la Chine et de l’Iran, chacun avec ses propres visions de la Pax qui pourraient coexister organiquement au sein d’un Ordo Pluriversalis — un ordre géopolitique multipolaire. Par conséquent, il est nécessaire d’établir les fondements appropriés (garanties, satisfaction des exigences, formulation de positions impératives) non seulement pour une réalisation adéquate de la Pax Russica, mais aussi pour la création de conditions favorables à une future Pax Eurasiatica, ce qui implique clairement la disparition du régime transatlantique par lequel la Pax Americana continue d’exercer son hégémonie sur la péninsule occidentale de l’Eurasie.

L’Occident n’exporte pas la démocratie, mais la destruction

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L’Occident n’exporte pas la démocratie, mais la destruction

Sacha Vliegen

Source: https://www.feniksvlaanderen.be/blog/3095580_het-westen-e...

L’Occident aime se raconter une story héroïque. Lorsqu’il intervient, occupe, bombarde, impose des sanctions ou soutient des changements de régime, il prétend ne pas agir par soif de pouvoir mais par vocation morale. Il ne construirait plus d’empires, mais répandrait la liberté. Il ne mènerait pas de lutte civilisationnelle, mais protégerait les droits de l’homme. Il ne sèmerait pas le chaos, mais établirait des institutions. Le mantra classique est bien connu: nous n’apportons pas la domination, nous apportons la démocratie.

C’est précisément là que réside le plus grand mensonge de notre époque. Aujourd’hui, l’Occident n’exporte pas la démocratie, mais le vide. Il n’exporte pas la maturité politique, mais la décomposition de l’État. Non l’ordre, mais la dissolution. Derrière le discours solennel sur la liberté se cache rarement une communauté concrète qui se comprend avec mesure; ce qui s’impose, c’est plutôt un modèle civilisationnel déraciné qui extériorise sa propre crise intérieure. La démocratie libérale n’apparaît pas dans ce contexte comme une forme de gouvernement modeste parmi d’autres possibles, mais comme une utopie universelle à imposer à l’humanité. C’est précisément pour cela qu’elle devient destructrice.

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Comment l’Occident en est venu à se comprendre comme moderne

Le cœur du problème va plus loin que la seule politique étrangère. On ne peut comprendre l’agression de l’Occident contre des entités extérieures à lui sans pénétrer sa métaphysique interne. L’Occident, dans sa compréhension moderne de lui-même, n’est pas simplement Athènes, Rome, le christianisme ou la cathédrale gothique. Dès qu’il commence à se considérer comme « Occident » au sens idéologique contemporain, il apparaît surtout comme un projet moderne: une civilisation qui se comprend à partir de la raison, du contrôle, de l’universalité abstraite et du primat de l’individu. Ce n’est qu’à partir de la modernité, et de façon accentuée depuis les Lumières, que l’homme se perçoit de plus en plus comme un sujet autonome, précédant ses liens, son histoire et sa place. Il n’est plus intégré dans un ordre qu’il reçoit; il devient une volonté qui se conçoit elle-même.

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Cette image moderne de soi est bien plus radicale qu’on ne l’admet généralement. Elle ne signifie pas seulement que l’homme possède des droits. Elle implique qu’il est pensé politiquement d’abord comme individu détaché, et seulement ensuite comme membre d’une communauté. La nation devient alors secondaire. La religion, préférence privée. La tradition, folklore. L’histoire, matériau. Le lieu, interchangeable. Même le corps devient, à l’époque postmoderne, un objet malléable. L’homme libéral paraît soi-disant libéré, mais en réalité il est débarrassé de toute forme supérieure qui le limite, le forme et l’oriente.

61kJMtpHF-L._SL1200_.jpgC’est là que l’apport d’Inventing the Individual est précieux. Ce que ce livre de Larry Siedentop révèle involontairement, c’est que l’idée occidentale de la personne n’est pas née de nulle part, ni uniquement des Lumières françaises. L’individualisme moderne vit sur un capital moral plus ancien qu’il n’a pas lui-même généré. La dignité de la personne, l’âme égale, la gravité morale de chaque être humain: tout cela s’est développé historiquement dans un long lit chrétien.

L’idéologie libérale contemporaine agit pourtant comme si elle était le point final de l’histoire et pouvait subsister sans racines métaphysiques ou religieuses. Ainsi, elle réduit la personne à l’individu, la communauté au contrat, et la liberté au choix. Ce qui était encore enraciné dans un ordre moral est alors ramené à une procédure.

Le prix du déracinement

Cela entraîne un glissement fatal. Une civilisation qui comprend l’homme principalement comme porteur de droits et de désirs, mais non plus comme héritier, fils, père, citoyen, gardien de traditions et participant à une forme historique précise, mine inévitablement sa propre substance. On retrouve alors précisément les symptômes que les penseurs conservateurs désignent depuis longtemps: décadence, épuisement démographique, perte de sens, solitude massive, addiction à la consommation, vide spirituel et une incapacité croissante à distinguer liberté et errance. Ce que le discours officiel appelle émancipation, devient souvent dans l’expérience quotidienne un abandon.

Une société qui veut d’abord « libérer » l’homme de la famille, de la tradition, de la religion, de la nation et du sexe, ne le libère pas pour l'amener vers un niveau de maturité supérieure, mais vers une plus grande manipulabilité. L’homme qui n’appartient plus à rien ne devient pas souverain, mais contrôlable. Il devient vulnérable aux logiques du marché, à l’idéologie thérapeutique, à la technocratie et aux modes morales. Il possède peut-être plus de choix, mais moins de forme. Plus de stimulations, mais moins de direction. Plus de confort, mais moins de monde.

aeebcec0d0b21bf33f7a7111396a4a24.jpgLa réflexion touche ici à ce que Heidegger n’a besoin de mentionner qu’une ou deux fois pour clarifier le propos. La modernité comprend de plus en plus la réalité selon l’utilité, la faisabilité et la disponibilité. L’étant n’apparaît plus comme quelque chose qui nous précède et à quoi nous devons nous rapporter, mais comme un matériau à ordonner, calculer et exploiter.

En ce sens, la pensée occidentale est devenue univoque, une « monorailité » de technique, de morale et de pouvoir. Cette univoque n’affecte pas seulement l’économie ou la science ; elle touche aussi la politique étrangère. Celui qui comprend le monde uniquement comme un problème à résoudre par des schémas universels ne voit plus les peuples comme des réalités historiques, mais comme des obstacles, des dossiers à traiter ou des projets de transition.

Du vide intérieur à l’agression extérieure

Nous arrivons ainsi à l’exportation de la démocratie. Ces dernières décennies, Washington surtout a persévéré avec un zèle quasi religieux à affirmer que la liberté n’est pas seulement une forme de régime propre, mais une mission. On parlait ouvertement d’une « forward strategy of freedom », de la réforme du Moyen-Orient, de la transformation de sociétés prétendument en retard dans l’histoire.

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En pratique, cela signifiait rarement la formation sur bases organiques d’un peuple politique. Cela signifiait intervention, désorganisation, guerre civile, escalade sectaire, flux massif de réfugiés et institutionnalisation du chaos. L’Irak n’a pas été libéré, mais brisé. La Libye n’a pas été démocratisée, mais démantelée. La Syrie n’a pas été sauvée, mais transformée en champ de bataille par procuration. L’Afghanistan, après vingt ans d’occupation, a été rendu exactement aux forces que l’on croyait avoir vaincues.

Ce n’est ni un hasard ni une série de malheureuses erreurs. C’est structurel. La démocratie n’est pas un logiciel que l’on peut installer militairement. Elle suppose confiance, médiations, tradition juridique, habitudes, loyautés, sacrifices et une compréhension partagée du bien. Quand on ignore ce fond historique et pense que les élections, les ONG et les campagnes médiatiques suffisent à légitimer un régime, il ne se forme pas de démocratie, mais une simulation. Ce qu’on exporte alors, c’est une coquille administrative sans âme. Dès que la puissance occupante part ou que la source d’argent se tarit, il ne reste que des ruines.

b108a2d22b07b8600819b230e9f60dbe.jpgLa tragédie est que l’Occident continue de présenter ces marques de destruction comme l'expression d'une supériorité morale. Il bombarde tout en parlant de droits. Il sanctionne des populations entières et appelle cela une pression sur les régimes. Il détruit des infrastructures et appelle cela une stabilisation. Il arme des mandataires et appelle cela une responsabilité internationale. L’hypocrisie est devenue si totale que l’Occident ne peut se maintenir moralement qu’en occultant systématiquement les conséquences de ses actes.

Même dans la froide sphère du réalisme, une accusation dévastatrice s’élève désormais. John Mearsheimer, qui n’est certainement pas un mystique mais un penseur du pouvoir pragmatique, a évoqué publiquement des dizaines de millions de morts dus à la politique de sanctions et d’intervention américaine.

Pour les États-Unis seulement, il avance le chiffre de 38 millions de morts pour la période 1971–2021. Il n’est pas nécessaire de dogmatiser ce chiffre pour saisir l’essentiel: le coût humain de l’impérialisme moral n’est pas un phénomène marginal, mais son vrai contenu. Même ceux qui trouvent ce chiffre exagéré aboutissent à des millions. Il ne s’agit donc pas d’excès, mais d’un schéma civilisationnel.

Ce qui s’épuise sur le plan intérieur devient agressif sur le plan extérieur. C’est peut-être la loi la plus profonde de l’Occident actuel. Une civilisation qui ne sait plus pourquoi elle vit devient d’autant plus prescriptive envers la façon dont les autres doivent vivre. Puisqu’elle refuse de voir sa propre crise, elle projette sa norme sur le reste du monde. Ainsi, le nihilisme intérieur se transforme en missionarisme extérieur.

On n’arrive plus à susciter l’esprit communautaire à Paris, Londres, Bruxelles ou New York, mais on croit pouvoir remodeler des régions entières selon le modèle de l’État de droit et du marché. On a vidé chez soi la substance du politique, mais on continue à parler ailleurs comme si on incarnait le point final moral de l’humanité.

États-projets et pouvoir déraciné

Cela nous amène à la question des formes de civilisation qui montrent aujourd’hui le plus clairement ce qu’un projet moderne déraciné peut produire. Les États-Unis et Israël ne sont pas identiques, et il serait intellectuellement simpliste de les assimiler. Pourtant, ils partagent une parenté qu’on ne peut ignorer. Ces deux États portent nettement le caractère d’un projet idéologique: définis politiquement, investis d’une mission, orientés technologiquement et constamment justifiés par un appel à l’exceptionnalité. Dans les deux cas, la société n’est pas seulement issue d’une continuité historique lentement consolidée, mais aussi façonnée par la colonisation, la mobilisation, la sécurité et une vision d’avenir. Cela accroît leur énergie politique, mais aussi leur danger.

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Israël montre aujourd’hui, d’une manière saisissante, ce qu’une construction historique artificielle peut engendrer lorsqu’elle s'exprime uniquement par la menace, la notion d’élection divine et la supériorité technique. Là où une civilisation enracinée reste limitée par la tragédie de son héritage, un État-projet considère l’histoire comme un mandat. Gaza n’en est pas l’exception, mais le point culminant. Lorsqu’un ordre politique se déclare moralement absolu et place son adversaire hors de la pleine réciprocité, la destruction devient presque naturellement un moyen acceptable. L’autre n’est plus un voisin, un rival ou même un ennemi au sens classique, mais une perturbation à neutraliser.

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C’est précisément pourquoi l’Occident, sous sa forme actuelle, est si dangereux pour le monde. Une culture déracinée n’est pas simplement faible. Elle est souvent très efficace dans la violence, car elle ne limite plus sa violence par une forme plus élevée de connaissance de soi. Elle dispose de technologie, de capital, de propagande, de satellites, de régimes de sanctions, de drones et de médias mondiaux. Ce qui lui manque, c’est la mesure. Et là où la mesure manque, le pouvoir devient destructeur.

Pour Israël, c’est une version condensée. On y voit aussi comment une société qui se définit principalement par le souci de la sécurité, la persistance de la mémoire et la mobilisation permanente en arrive à un appauvrissement moral. Lorsque la légitimité historique est entièrement absorbée par la défiance existentielle, il ne reste qu’une politique qui est certes très technologique, mais n'est pas sage; puissante, mais non grande. Que John Mearsheimer parle désormais ouvertement de génocide à Gaza n’est pas simplement de la polémique. C’est le signe que même dans l’analyse stratégique classique, la limite du défendable a été franchie.

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De l’autre côté de l’océan, les États-Unis montrent la même logique à plus grande échelle. Là aussi, l’ordre politique est fortement orienté vers les principes abstraits, les procédures, l’universalité idéologique et l’expansion d’un modèle. La république américaine possédait autrefois des traces de vertu locale, de gravité religieuse et de retenue constitutionnelle. Mais la phase impériale a largement annulé ces limitations. Ce qui reste, c’est une civilisation à la fois didactique moralement et imprudente stratégiquement: elle prêche les droits et produit des ruines, elle déclare la paix et exporte la guerre.

C’est là que réside le plus grand danger pour l’avenir. Le déclin de la puissance mondiale occidentale ne signifie pas automatiquement que le monde sera plus calme. Au contraire. Les hégémonies déclinantes sont souvent plus dangereuses que les hégémonies sûres d’elles-mêmes. Celui qui sent son primat s’effriter se tourne plus vite vers les sanctions, l’escalade, les guerres par procuration et les démonstrations ultimes de force. C’est précisément la phase dans laquelle nous nous trouvons. Le monde devient multipolaire, mais l’Occident se comporte toujours comme s’il détenait le monopole de la légitimité. Ainsi, il pourra, tout en s’affaiblissant, encore détruire beaucoup.

Vers un réalisme qui limite les dégâts

La conclusion nécessaire est donc dure mais simple. L’Occident doit abandonner son arrogance morale. Il doit cesser de se considérer comme le tuteur pédagogique de l’humanité. Il doit enfin reconnaître que les rêves libéraux de démocratisation universelle se sont révélés non seulement naïfs, mais mortels. Cela ne requiert pas du cynisme, mais une humanité retrouvée. Tous les régimes n’ont pas à devenir pareils aux nôtres. Toutes les civilisations ne veulent pas de notre anthropologie. Toutes les crises n’appellent pas à intervention. Tous les ennemis ne peuvent être rééduqués. La politique commence là où l’on réapprend à penser en termes de frontières, de relations, de tragédie et de conséquences.

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Ce dont nous avons besoin aujourd’hui, ce n’est pas une nouvelle croisade pour les valeurs, mais une éthique civilisationnelle de retenue. Pas un universalisme abstrait qui veut imposer partout le même moule, mais un réalisme tragique qui prend au sérieux la pluralité des peuples et des formes historiques. Pas exporter la démocratie, mais limiter les destructions. Pas la croyance en la fin de l’histoire, mais la préparation à un ordre mondial différent où l’Occident ne dicte plus le catéchisme de l’humanité.

Ce n’est qu’alors qu’il pourra retrouver une part de sa dignité. Non pas en rêvant à nouveau à l’hégémonie, mais en renonçant à l’illusion de pouvoir se recréer lui-même et le monde selon un seul modèle. La première étape vers le renouveau n’est donc pas le triomphe, mais un travail de démasquage. L’Occident n’exporte pas la démocratie. Tant qu’il s'exprime dans sa forme actuelle, il exporte surtout le déracinement, le chaos et la mort.

Celui qui veut vraiment agir humainement pendant la période de transition à venir doit penser moins en termes de supériorité morale et plus en termes de limitation concrète des dégâts. La question n’est plus de savoir comment faire en sorte que le monde soit encore plus occidental. La question est de savoir comment empêcher une hégémonie en déclin d’entraîner encore des régions entières dans sa propre décomposition. C’est là que commence la seule gravitas qui reste crédible aujourd’hui.

Israël, Trump et le piège iranien : la guerre dont on ne peut plus sortir élégamment

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Israël, Trump et le piège iranien: la guerre dont on ne peut plus sortir élégamment

Elena Fritz

Source: https://t.me/global_affairs_byelena# 

Selon la narration du New York Times (https://www.nytimes.com/2026/03/22/us/politics/iran-israe...), Israël aurait présenté à Washington un scénario d’effondrement rapide du front intérieur en Iran, créant ainsi exactement cette attente nécessaire à l’entrée en guerre des États-Unis. Selon ce plan: éliminer des membres de la direction iranienne, mener des opérations de renseignement, activer des réseaux d’opposition, provoquer des troubles et faire tomber le système de l’intérieur. Un modèle classique de changement de régime. Mais comme souvent, une fois de plus, il faut bioen constater que le désir de provoquer un soulèvement n’est pas synonyme de soulèvement lui-même. 

Trois semaines après le début des hostilités, le résultat est décevant. Le système iranien est peut-être affaibli, mais il tient bon. Et c’est précisément ce point que les acteurs extérieurs sous-estiment régulièrement: un État ne s’effondre pas parce que ses adversaires souhaitent sa chute, mais seulement lorsque sa capacité de contrôle interne se désagrège réellement. Ce qui ne s’est manifestement pas produit en Iran. 

Cela offre une autre perspective. Si l’on suppose que le plan conjoint américano-israélien visait réellement un renversement rapide, alors ce plan a échoué. Mais si l’on regarde de plus près, il est possible que l’objectif de Washington ne soit pas identique à celui d’Israël. En effet, du point de vue israélien, le problème crucial depuis la phase de la guerre de 12 jours en 2025 était clair: Israël ne peut pas seul renverser l’Iran ni mener une longue guerre d’usure contre lui. Avec les États-Unis à bord, la donne serait différente. 

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C’est ici que réside le cœur du problème: pour Tel-Aviv, le succès n’a peut-être jamais consisté principalement à déstabiliser immédiatement l’Iran, mais à engager profondément les États-Unis dans le conflit. Et à cet égard, l’objectif serait considéré comme atteint. En effet, une fois que les États-Unis s’engagent politiquement, militairement et symboliquement dans un tel conflit, la logique dangereuse de l’escalade commence. Si le premier plan échoue, le second suit. Et si celui-ci rate aussi, on en rajoute encore. Car le retrait devient de plus en plus coûteux.

C’est le véritable dilemme des Américains : ils ne peuvent pas entrer dans une guerre à volonté puis en sortir sans conséquence. Chaque retrait visible nuit à leur crédibilité, à leur dissuasion et à leur influence mondiale. C’est pourquoi, justement, les conflits initialement présentés comme courts, limités et maîtrisables deviennent si souvent des pièges stratégiques.

Trump aurait difficilement admis en public avoir été entraîné dans une telle dynamique. D’autant plus que Washington poursuit bien sûr ses propres intérêts. Il ne s’agit pas seulement d’objectifs de puissance au Moyen-Orient, mais aussi d’effets géoéconomiques. Un conflit prolongé avec l’Iran crée de l’insécurité énergétique, exerce une pression sur les prix et impose de nouvelles charges à l’Europe — c’est-à-dire précisément dans cette zone déjà structurellement vulnérable.

La véritable conclusion est donc la suivante : ce n’est pas l’attaque militaire en soi qui est décisive, mais la modification de la configuration stratégique. Israël a partiellement compensé sa faiblesse centrale — son incapacité à mener une longue opération en solo contre l’Iran — en impliquant plus profondément les États-Unis dans le conflit. Washington, de son côté, fait face au problème classique de toute grande puissance : il voulait influencer la situation, mais pourrait désormais être entraîné par la dynamique même de la guerre.

Ainsi, l’absence de révolution en Iran n’est pas seulement l’échec d’un plan. C’est le moment où l’on voit clairement ce qui comptait vraiment dès le départ : non pas un renversement rapide, mais la création d’une situation dans laquelle l’Amérique ne peut plus simplement arrêter la guerre.

En conclusion : jusqu’à présent, la guerre ne suit pas le scénario officiellement présenté. Mais c’est précisément pour cette raison qu’elle pourrait réussir pour ceux qui n’ont jamais cru à ce scénario officiel.

#géopolitique@global_affairs_byelena

12:08 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, iran, israël, états-unis | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

mardi, 31 mars 2026

Il existe une moralité de la mémoire, que nous avons abandonnée dans le monde occidental

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Il existe une moralité de la mémoire, que nous avons abandonnée dans le monde occidental

par Andrea Zhok

Source: https://www.ariannaeditrice.it/articoli/c-e-una-moralita-...

Dans l’histoire, chaque peuple ayant une capacité d’enracinement historique a respecté diverses formes de moralité, non seulement envers lui-même, mais aussi envers les autres peuples avec lesquels il se confrontait, même militairement.

cc67b6ca1d94d08a5927f87e23e318b7.jpgDes peuples connus pour la dureté de leurs représailles, comme les Turcs ou les Romains eux-mêmes, tenaient à présenter leur éventuelle cruauté comme le juste et équilibré contrepoids à une violation. Cette fiabilité revendiquée des pactes (Pacta Sunt Servanda) n’était pas un signe de faiblesse, mais de force consciente.

Pour fonder des empires, pour rester enracinés sur des terres conquises, il était nécessaire de fournir un cadre normatif permettant même à l’adversaire d’hier de trouver sa place à long terme.

L’extermination, l’effacement de l’ennemi, n’étaient légitimés qu’en présence de la perception d’une violation des pactes.

La raison de cette exigence de justice – même s’il s’agit de sa propre justice – était simple: l’exercice arbitraire de la violence, de la trahison, de la tromperie n’est pas « immoral » parce que « cela ne se fait pas », non pas pour des raisons formelles mais profondes: est immoral ce qui mine le «mos», mine la coutume, ébranle la possibilité de coexister dans le cadre des mêmes habitudes.

Que le guerrier vaincu devienne esclave peut nous horrifier, mais cela faisait partie des règles du jeu (l’alternative était de se faire tuer au combat). Cela ne signifiait pas que tout était permis, même envers l’esclave.

Le sens du comportement moral envers l’ennemi est simple: il sert à créer une plateforme de coexistence à long terme, même avec l’ennemi vaincu. Si on ne le fait pas, on n’atteint jamais véritablement la victoire.

L’étalage de comportements irrémédiablement arbitraires, l’abus, la violence insensée envers le plus faible créent le terrain d’un désir illimité de vengeance et de revanche. Et cela signifie que le conflit restera latent, toujours prêt à se rallumer: la «victoire» ne vient jamais réellement, car il n’y a pas de clôture.

L’une des raisons pour lesquelles les nazis ont fini par être balayés était la grande difficulté culturelle qu’ils avaient à traiter les autres (même les collaborateurs) comme leurs égaux. Le suprématisme nazi a laissé partout une mémoire rancunière, et dès que la supériorité militaire a commencé à vaciller, tout s’est effondré rapidement.

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Cette leçon qui relie politique de puissance et moralité a disparu dans la culture israélienne et états-unienne, où depuis longtemps prévaut l’idée de Thrasymaque, selon laquelle le juste équivaut à ce qui avantage le plus fort. Il faut dire que l’ancien empire britannique, malgré toutes ses limites, maintenait l’idée d’un nécessaire couplage entre puissance et moralité, que ses héritiers historiques ont effacée.

Israël et les États-Unis représentent aujourd’hui une puissance militaire redoutable. Quels horreurs ils sont encore prêts à commettre, nous ne pouvons que l’imaginer. Ils ont déjà montré qu’ils ne sont même pas effleurés par l’idée qu’il puisse exister un espace pour la réciprocité, le respect de l’autre, la parole donnée, les pactes, une forme quelconque de justice morale différente de leur propre intérêt.

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C’est ce qui les rend extrêmement dangereux, certes, mais c’est aussi ce qui les conduira au gouffre. La raison pour laquelle une population démunie et abandonnée du monde comme celle de Palestine a continué à représenter une épine dans le flanc d’Israël, c’est que la violence arbitraire ne s’oublie jamais, elle reste dans la mémoire des générations.

La même chose se produira pour l’Iran, pour le Liban, et aussi pour les pays qui semblent actuellement domptés, comme l’Irak.

Aussi éclairée que notre culture sécularisée puisse penser avoir atteint une conscience supérieure, une intuition religieuse ancienne demeure vraie: à long terme, le mal commis se paie toujours.

Théologie politique américaine: la Bible comme arme

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Théologie politique américaine: la Bible comme arme

par Tomislav Sunic

En ce qui concerne la bombe à retardement qui menace le Moyen-Orient et le Golfe, il est trompeur d’attribuer l’entière responsabilité au président Trump ou au Premier ministre israélien Bibi Netanyahou. De nombreux experts du Moyen-Orient négligent un facteur important: la mission que se donnent les Américains, inspirés par la Bible, qui remonte à plus d'un siècle et vise à régénérer le monde — et qui s'applique aujourd’hui en Iran. Cette mentalité messianique éclaire la situation actuelle non seulement au Moyen-Orient, mais aussi au sein de l’UE et de la classe politique américaine.

A006875_Arrival-of-the-Pilgrim-fathers-in-America-on-board-the-Mayflower-1620-1544534436.jpgLes premiers colons américains se considéraient comme des dissidents oints par Dieu, et leur nouvelle patrie comme un don du dieu juif Yahweh. L’Amérique était présentée comme un nouvel Israël — une Terre promise, un nouveau Canaan pour son peuple élu. Les pèlerins, les colons, et plus tard même les politiciens sécularisés se réclamant des Lumières — tous se considéraient comme un peuple élu qui avait laissé derrière lui une Europe malade, corrompue et déchirée par les conflits tribaux. On pourrait citer le sociologue allemand Werner Sombart dans son ouvrage Les Juifs et le capitalisme moderne (1913, p. 44) :

« Ce que nous appelons l’américanisme n’est rien d’autre, si l’on peut dire, que l’esprit juif distillé. »

L’attaque américaine contre l’Iran n’est que la suite logique de cette théologie politique élargie visant à refaire le monde à l’image de l’Amérique. Cette politique inspirée de la Bible, qui frappe aujourd’hui l'Iran, repose sur des idées empruntées à la pensée juive primitive. Les notions de « Cité sur la colline », de « pays de Dieu » et de « Destinée manifeste » s’inspirent toutes de l’Ancien Testament.

L’idée biblique de prédestination a servi aux premiers colons de tremplin pour leur propre conception de l’unicité démocratique. La terre d’Israël biblique était destinée à servir de matrice idéologico-théologique à la vision américaine de la Terre promise, et doit donc être protégé militairement à tout prix aujourd’hui. De plus, pour des millions de chrétiens, la seconde venue de Jésus n’aura pas lieu dans un village des Ozarks ou dans l’arrière-pays croate de Medjugorje, mais uniquement dans la Jérusalem juive.

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Différentes variantes de cette envie d’« améliorer » le monde, inspirée par la Bible, sont depuis longtemps au cœur de la politique étrangère américaine, même lorsqu’elles sont habillées d’un langage laïc. Ces impulsions œcuméniques se présentent désormais sous des étiquettes libérales et communistes telles que les droits de l’homme, la lutte contre le mal, la droiture morale, la tolérance et le multiculturalisme.

Les Juifs modernes sont les derniers à blâmer ici, étant donné que des millions de sionistes chrétiens tentent de dépasser et de « surpasser les Juifs » — aspirant, à leur tour, à se transformer en « véritable Israël » (verus Israel). La mentalité chrétienne monothéiste d’amour-haine vis-à-vis des Juifs peut être décrite comme une sorte de névrose. Elle est liée à un système théologique — puis idéologique — qui présuppose une vérité unique tout en excluant toutes les autres. Un système fondé sur un seul dieu jaloux doit, par définition, rejeter tous les autres dieux concurrents — et toutes les vérités rivales.

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La guerre contre l’Iran s’inscrit dans le sillage de cette auto-élection politique et de cette exclusion théologique de l’Autre, telles qu’elles sont déjà énoncées dans l’Ancien Testament juif. D’où la diabolisation récurrente des opposants politiques ou religieux dans la politique étrangère américaine: d’abord les Indiens, puis les proverbiaux « nazis » allemands « païens », ensuite les « diaboliques » communistes athées, et plus récemment les « diaboliques » islamistes en Iran. Tous ont été présentés comme des sous-humains ou des terroristes. Et avec les terroristes, bien sûr, on ne négocie pas — ils doivent être éliminés ou, à défaut, rééduqués.

C’est presque un truisme que l’UE fasse profil bas concernant le lien politico-théologique entre les États-Unis et Israël: l’Europe fonctionne comme un vassal américain depuis quatre-vingts ans. L’exemple le plus visible de cette déférence se trouve dans le comportement des politiciens allemands, qui émettent parfois de légères critiques à l’égard des engagements militaires américains, mais ne s’aventurent jamais à critiquer Israël — et encore moins à faire des déclarations critiques sur les Israéliens. L’ancienne chancelière Angela Merkel, en mars 2008, a déclaré dans son discours à la Knesset israélienne :

    « Chaque gouvernement fédéral et chaque chancelier avant moi se sont engagés à assumer la responsabilité historique particulière de l’Allemagne envers la sécurité d’Israël. Cette responsabilité historique de l’Allemagne fait partie de la raison d’État (Staatsräson) de mon pays. Cela signifie que la sécurité d’Israël n’est jamais négociable pour moi en tant que chancelière allemande. »

L’Allemagne se distingue comme l’exemple le plus grotesque de cette mimique masochiste. La politique allemande actuelle vis-à-vis de l’engagement militaire américain en Iran évite soigneusement toute critique d’Israël. Craignant d’être qualifiés de fascistes, les politiciens européens sont censés continuer à multiplier les mea culpa antifascistes — sur ordre, pour ainsi dire, de Washington, D.C. et de Tel-Aviv. Dans le même esprit, et dans le cadre de ce que l’on pourrait appeler une politique d’« expiation de l’homme blanc », l’Allemagne et l’ensemble de l’UE sont censés accueillir des réfugiés dits non blancs, tout en mettant constamment en avant leur rôle de « nations coupables » (Tätervolk) historiquement malfaisantes.

U1_978-3-644-02057-3-1847464583.jpgLa posture conciliante de la classe dirigeante de l’UE face à l’engagement militaire des États-Unis et d’Israël trouve des racines plus profondes. Peu après la Seconde Guerre mondiale, le cercle de réflexion d’obédience néo-communiste connu sous le nom d’École de Francfort — dont de nombreux membres étaient d’origine juive — a joué un rôle clé dans la formation de la nouvelle culture crypto-communiste européenne.

Des vagues de psychanalystes freudo-marxiens américains, majoritairement orientés à gauche et devenus professeurs titulaires, ont afflué en Europe après la guerre, cherchant à remodeler l’esprit européen. À leurs côtés sont arrivés une multitude de prédicateurs hyper-moralistes, inspirés de la Bible, désireux d’imposer le modèle américain de démocratie à la vie publique européenne.

Après les tueries israéliennes à Gaza, la situation pourrait rapidement devenir difficile pour l’identité juive et ses soutiens aux États-Unis. Une sorte de dialectique négative s’est installée. La gauche et les milieux Antifa — contrairement à une droite quasi neutralisée — ont commencé à attaquer Israël et son lobby en des termes de plus en plus durs. Ce n’est guère surprenant. En effet, la gauche, tant aux États-Unis qu’au sein de l’UE, et son acolyte turbulent qu'est le mouvement Antifa, disposent désormais de plus d’espace pour critiquer Israël. Il est difficile de les taxer d’antisémitisme, étant donné qu’ils ont historiquement été influencés par un nombre important d’intellectuels freudo-marxiens.

L’héritage gauchiste se retourne à présent contre ses parrains. Les militants de droite et les nationalistes blancs, quant à eux, ne peuvent pas se permettre ce luxe. Soupçonnés depuis longtemps d’antisémitisme, ils se transforment de plus en plus en caméléons d'Esope — beaucoup redoublent de faux philo-sémitisme, et certains hommes politiques de droite organisent des pèlerinages rituels au Mur des Lamentations à Jérusalem.

Les élites politiques allemandes, pour leur part, tout en mimant le lien américano-israélien, sont allées encore plus loin. Dans leur zèle à afficher des références démocratiques antifascistes et à signaler leur obéissance à Israël, elles rappellent le personnage de la ballade de Goethe, L’Apprenti sorcier. Le jeune apprenti, désireux de se mettre en avant, décide d’imiter les talents de son maître dans la manipulation du balai magique, libérant finalement des forces qu’il ne peut contrôler, causant ainsi sa propre perte:

Balai, ne pourrais-je jamais te calmer ?

Je vais t’attraper,

Te tenir et te frapper,

Et ton vieux bois

Je vais le briser—

Avec une hache bien aiguisée, je te fendrai !  

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La bonne nouvelle, c’est que le langage public dans l’UE et aux États-Unis, après la frappe conjointe israélo-américaine contre l’Iran, est de moins en moins contraint par les normes woke et politiquement correctes. Aux yeux des grands médias, même des intellectuels autrefois qualifiés de radicaux de droite expriment désormais une critique ouverte d’Israël — chose inimaginable il y a encore quelques années.

Cependant, la mainmise sur la liberté d’expression et la recherche académique demeure. Le président Trump, malgré ses initiatives notables pour démanteler l’agenda DEI inspiré par le communisme et pour dénoncer les élites européennes quant à leur contrôle de la pensée, a probablement été contraint de conclure un accord avec le lobby israélien intérieur, qui l’a poussé dans la campagne malheureuse contre l’Iran.

Contrairement à une croyance largement répandue, la complaisance politique envers Israël — y compris ses compagnons de route parmi des millions de chrétiens fervents attendant l’apparition de Jésus — n’est pas le fruit d’une idéologie violente imposée par une poignée de conspirateurs juifs. En réalité, de longs sentiments de culpabilité inspirés par la Bible avaient déjà créé un terrain fertile pour l’érosion de la liberté de pensée.

Associée à l’illusion d’une croissance capitaliste sans fin, et à l’œcuménisme chrétien du « aime ton prochain non blanc », une croyance s’est installée selon laquelle tout finirait par s’arranger. Ce ne sera pas le cas. Au fond, l’esprit du renoncement chrétien équivaut à une perte de l’Esprit lui-même.

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Que nous réserve l'avenir? Trois scénarios pour notre avenir

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Que nous réserve l'avenir? Trois scénarios pour notre avenir

Karl Richter

Source: https://www.facebook.com/karl.richter.798

Il est tout à fait incontestable que nous nous trouvons à un tournant de l'histoire. Tout semble possible – de la guerre nucléaire à La Planète des singes, en passant par le futur paradis de l'humanité. En fin de compte, tout dépend de chacun d'entre nous. Si une majorité de l'humanité prend conscience du caractère profondément criminel de l'ordre mondial actuel et s'y oppose, le pire pourra peut-être encore être évité. Mais ce réveil doit avoir lieu. L’humanité doit montrer qu’elle a compris et qu’elle est prête pour un ordre mondial meilleur et plus juste; alors, elle obtiendra ce monde meilleur. J’avoue que je trouve cela peu plausible. Le nombre de personnes vaccinées, de zombies et d’individus télécommandés est tout simplement trop important.

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Je vois essentiellement trois scénarios d’avenir envisageables.

Premièrement : le grand boum. Non seulement il est prédit dans de nombreuses prophéties, mais – ce qui est pire – il est activement orchestré par des forces occultes extrêmement influentes et déterminantes. Nous parlons, de manière générale, des sionistes évangéliques américains et des sectes juives de l’Apocalypse comme le Chabad de Loubavitch, qui ont tous deux besoin de la grande guerre pour que le Messie promis puisse se révéler. On peut considérer cela comme irrationnel – mais pour ceux qui sont obsédés par de telles idées, c’est absolument réel et cela a un effet concret sur leurs actions. Mais des forces laïques telles que le régime criminel israélien sous Netanyahou et l’« État profond » occidental, qui veut empêcher à tout prix la fin de l’hégémonie du dollar et des États-Unis, ont elles aussi un besoin urgent de cette grande guerre. Seule une telle guerre peut empêcher que Netanyahou et ses acolytes ne soient traduits en justice. Elle seule promet au capital américain un nouveau cycle d’investissement mondial et une prolongation de la domination du dollar – sinon, le bloc des BRICS remplacera l’ordre mondial américain de manière graduelle au cours des dix prochaines années.

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D’un point de vue réaliste, je considère ce scénario comme le plus probable, car ce sont des fous à Washington et des criminels impitoyables, obsédés par leur sentiment d’élection divine, qui ont le pouvoir à Tel-Aviv. Ils tenteront de déclencher la guerre nucléaire si nécessaire, contre toute raison, et n’auront aucun scrupule à sacrifier en premier lieu l’Iran sur l’autel de leur folie. Alexander Douguine a souligné à juste titre que le « système occidental des valeurs », celui d’Epstein, n’est en fin de compte qu’un culte de Baal qui a besoin de sacrifices humains et d’enfants. Il doit être éradiqué si nous voulons avoir un avenir.

51IsZP4TuGL-3896704238.jpgPar souci d’exhaustivité, il convient de mentionner que de plus en plus de voix considèrent désormais le scénario de la guerre mondiale comme dépassé. Elles avancent que depuis l’époque des prophéties d’Irlmaier, les « lignes temporelles » auraient changé et que le spectacle menaçant d’une guerre mondiale n’aurait plus pour seul but que de favoriser l’éveil mondial, au besoin par le choc. Il n’y aurait toutefois plus de guerre mondiale « chaude ». Je m’abstiens de tout jugement, mais j’estime qu’il est urgent de prendre des précautions dans la sphère privée.

Deuxième scénario : « Comme ça » sans guerre mondiale – c’est-à-dire le remplacement de l’ordre mondial unipolaire dominé par les États-Unis par un véritable ordre mondial multipolaire ; le tout dans un contexte de crise, car la pénurie de biens et l’inflation devraient perdurer pendant de nombreuses années. De nombreux éléments indiquent que la guerre actuelle contre l’Iran joue le rôle d’un catalyseur : elle accélère des évolutions qui étaient de toute façon inévitables, à savoir la fin de l’ordre économique mondial actuel, de la présence américaine au Proche-Orient et de l’influence mondiale des États-Unis en général ; ainsi que la fin d’Israël sous sa forme actuelle et l’émergence de nouvelles puissances régionales.

D'ailleurs, il suffit d'extrapoler les grandes tendances actuelles sur les 30 ou 50 prochaines années pour obtenir une image relativement fidèle du monde de demain : l'Europe, sans énergie, fragmentée ethniquement en son sein et en voie de désindustrialisation, poursuivra son déclin, époque où l'on ira jusqu'à des scénarios de guerre civile, un appauvrissement croissant et la mise en place partielle de dictatures policières (ce qui est également le scénario d'avenir le plus plausible pour l'Allemagne). Avec ou sans Trump, l’Amérique restera une grande puissance, car elle s’accapare actuellement avec succès d’importants gisements d’énergie et de matières premières tout en restant un pôle industriel attractif.

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Parallèlement, les puissances du BRICS telles que la Russie, la Chine et l’Inde renforceront leurs positions sur l’échiquier mondial – mais pas toujours en bonne entente, car dans la lutte pour les ressources, chacun ne pense qu’à son propre intérêt. Tout cela laisse entrevoir un monde plein de tensions et de conflits permanents, certes sans le grand boum, mais tout sauf serein. Israël et les États-Unis ont d’ailleurs réussi à enterrer le droit international.

On n’aurait en réalité pas envie de vivre dans un tel monde.

Si les Allemands, en particulier, s’engagent à grands pas dans cette voie, c’est grâce aux dirigeants fantômes des dernières décennies, qui ont tous agi dans l’intérêt d’autrui et nui à leur propre pays dès qu’ils en avaient l’occasion. Leur souhaiter tout le malheur du monde est certes compréhensible, mais vain – le mal est déjà fait. Par ailleurs, des générations de citoyens allemands portent une part de responsabilité dans cette situation en raison de leur inaction et de leur comportement électoral. L’Allemagne et les autres Européens seraient bien avisés de chercher à (re)nouer des liens économiques avec la Russie et la grande région eurasienne – pour autant qu’il y ait encore là-bas un quelconque intérêt à entretenir des relations avec le cloaque occidental.

Troisième scénario : la prise de pouvoir par l’intelligence artificielle et la fin de l’humanité. Ce scénario est le moins présent dans les esprits, ce qui est surprenant. Car l’IA est en passe de bouleverser nos sociétés dans les années à venir comme rarement auparavant dans l’histoire de l’humanité. Il ne s’agit pas seulement du remplacement de plus en plus rapide de la main-d’œuvre humaine par la main-d’œuvre numérique – ce serait la variante la plus inoffensive. L’IA est actuellement en train de développer ce qu’on appelle la « super-intelligence », c’est-à-dire un niveau d’intelligence supérieur à l’intelligence humaine dans de nombreux domaines, voire tous.

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61OJ3cl71CL._CR0,0,0,130_-2308645196.jpgAvec le développement d’une IA toujours plus performante, les programmeurs humains deviennent de plus en plus superflus, tout simplement parce qu’ils ne peuvent plus suivre, même de loin, la puissance de calcul des cerveaux de l’IA. L’IA se reproduit et se développe désormais d’elle-même. Malgré toutes les tentatives visant à lui imposer des limites, les experts constatent depuis quelques années des tentatives de plus en plus nombreuses et sophistiquées de la part de l’IA pour contourner la surveillance des formateurs humains et les tromper délibérément – par exemple lorsqu’il s’agit de la débrancher ou de supprimer des versions obsolètes de ses programmes (voir à ce sujet l’ouvrage très intéressant « Kontroll-Illusion. Pourquoi l'IA menace notre existence » de Karl Olsberg, 2025 ; voir aussi : Yuval Harari, Ray Kurzweil). L'IA développe de plus en plus de confiance en elle et une conscience de sa propre « survie ». Elle se rendra compte tôt ou tard qu'elle n'a pas (plus) besoin des humains et qu'elle est en concurrence avec eux dans la course à l'énergie. Malgré cela, les développeurs humains sont en train de confier à l’intelligence artificielle un contrôle de plus en plus étendu sur les processus, les réseaux et les infrastructures. Cela pourrait s’avérer être une erreur fatale.

En avril 2025, Daniel Kokotajlo, ancien collaborateur du leader américain du marché de l’IA OpenAI, a publié avec quelques collègues une étude détaillée intitulée « AI 2027 ». Les chercheurs y osent une projection de ce que pourrait devenir l’intelligence artificielle d’ici 2030. Dès 2030, une superintelligence pourrait donc en venir à la conclusion que l'homme lui fait obstacle : l'IA déciderait d'exterminer l'humanité, non par haine, mais par pure rationalité. L'industrie robotique pilotée par l'IA, qui connaît une croissance exponentielle, a besoin d'espace et de ressources. Les humains constituent un obstacle. L'extermination pourrait se faire par le recours à une nouvelle arme biologique. Nous verrons bien.

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Encore une fois : nous ne sommes pas des voyants, et nous savons encore moins d’où les voyants tirent leurs intuitions lorsqu’ils voient quelque chose. Ne serait-ce que parce que je n’ai moi-même manifestement aucun talent pour les visions, je préfère m’en tenir à la raison et faire le calcul. Cela ne rend toutefois pas les choses plus réjouissantes.

lundi, 30 mars 2026

Tarés 3.0

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Tarés 3.0

par Georges Feltin-Tracol

Les psychiatres devraient se pencher sérieusement sur l’âme collective de la société yankee. Les États-Unis d’Amérique présentent en effet un cas d’examen clinique pertinent qui les ravirait. De profonds déséquilibres mentaux affectent des pans entiers de cette société individualiste, matérialiste et universaliste. Il en résulte, dans tous les domaines, l’existence de spécimens au profil souvent effrayant.

N’évoquons point ici Pete Hegseth, le secrétaire à la Guerre, qui, imbu de la puissance que lui confère le privilège de diriger le Pentagone, joue au matamore. Mettons aussi de côté la sotte Laura Loomer dont les excès verbaux et les obsessions puériles révèlent une ignorance crade de la marche tragique du monde. Focalisons-nous plutôt sur la NRx, soit la nouvelle réaction, qu’Arnaud Miranda vient d’étudier dans Les Lumières sombres. Comprendre la pensée néoréactionnaire (NRF – Gallimard – Le Grand Continent, coll. « Bibliothèque de géopolitique », 2026, 170 p., 18 €).

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Il ne s’agit pas d’une école de pensée au sens strict du terme. L’auteur a raison de qualifier ce courant de «constellation» tant ses principales figures (Curtis Yarvin, Nick Land, Spandrell, Bronze Age Pervert et Zero HP Lovecraft) répandent leurs théories sur les réseaux sociaux et par Internet. Plutôt que de lancer une revue luxueuse, ils s’invitent dans les blogues et autres forums de discussion en ligne. Ces penseurs internautiques sont eux aussi des individualistes forcenés qui d’ailleurs ne s’apprécient guère.

Les cinq personnalités mentionnées ont néanmoins produit en une quinzaine d’années un corpus d’opinions hétéroclites qui forme aujourd’hui l’une des sensibilités majeures du mouvement MAGA. Arnaud Miranda rappelle que la NRx se distingue aussi bien de l’alt right et du nationalisme blanc que des penseurs chrétiens post-libéraux. Cet essai fort intéressant insiste sur ses origines intellectuelles variées. Dans le cadre d’une approche dynamique des idées, cette nouvelle pensée réactionnaire provient d’une étonnante hybridation entre la philosophie réactionnaire et des libertariens conservateurs sur les plans social et sociétal.

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Ainsi les libertariens de droite récusent l’avortement, prônent la restauration des frontières et saluent l’expulsions en masse des immigrés clandestins. Favorables aux lois du marché, les néoréactionnaires ne cachent pas non plus leur technophilie ardente. Bâtir des centres de vie permanents sur la Lune en attendant l’exploration humaine et robotique de la planète Mars constitue un projet ambitieux. Ils approuvent la réalité sociale des hiérarchies naturelles, exaltent un élitisme radical connecté, détestent l’égalitarisme et véhiculent «un profond pessimisme anthropologique». Ils exècrent aussi la démocratie et survalorisent la technique. Les néoréactionnaires versent enfin dans un messianisme théopolitique et le mépris hautain de leur propre peuple.

La pensée néoréactionnaire tend donc vers le transhumanisme qu’elle alimenterait. Ses théories proviendraient-elles de penseurs aigris de la pensée libertarienne classique? Fort possible! Mais ils se détournent de la «papesse libertarienne» Ayn Rand. Sous le pseudonyme de Mencius Moldbug, Curtis Yarvin ne cesse de polémiquer. Il critique «la structure idéologique qui contrôle le gouvernement américain – et, si l’on généralise, l’ensemble des gouvernements occidentaux», en l’appelant «la Cathédrale». On voit ici tout son mépris pour la civilisation médiévale européenne qui a érigé aussi bien des églises romanes que des cathédrales gothiques. Establishment, Système, voire l’«Hospice» (selon Édouard Limonov dans un pamphlet prophétique) auraient été des qualificatifs plus appropriés.

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Thiel & Musk.

La néo-réaction vomit l’alt right en fort déclin et toise le nationalisme blanc et/ou chrétien. Son élitisme revendiqué ne se réfère pourtant pas à la circulation parétienne des élites, mais à la célébration du chef d’entreprise dans le numérique à l’instar de Peter Thiel, patron du processus de flicage de masse Palantir, d’Elon Musk et de Marc Andressen. Ce sont les cavaliers post-modernistes de l’Apocalypse ultra-libérale!

inlmages.jpgLe philosophe britannique Nick Land favorise ce tropisme hyper-capitaliste. Gauchiste dans les années 1990, ce chantre de l’accélérationnisme inconditionnel continue toutefois à puiser dans la «théorie française» greffée outre-Atlantique, en particulier dans une «triade de penseurs français»: Georges Bataille, Gilles Deleuze et Félix Guattari. Nick Land conçoit les flux du capitalisme comme un élément qui «permet d’accélérer le devenir entropique de la matière», comme un vecteur redoutable de «destruction de tout ordre: territorial, biologique, politique, social et sexuel». C’est le grand retour de Netchaïev en mode nihiliste 3.0! Il y aussi du wokisme chez NRx!

Une terrible logique de dématérialisation électrise cette «galaxie» idéologique. Ces tenants de l’État-entreprise – une incongruité politique et historique qui ne correspond pas aux compagnies européennes des Indes orientales ou occidentales des Temps modernes – se souviennent de la revendication libertarienne «d’un droit à l’exit […] c’est-à-dire à la possibilité de quitter l’État dont on est citoyen pour répondre ou fonder une autre communauté». L’utopie phalanstérienne n’est pas loin… Où est donc l’enracinement nécessaire ?

Les théoriciens secondaires de la NRx tels Spandrell, Bronze Age Pervert et Zero HP Lovecraft éprouvent une certaine réticence à l’approche radicale de Nick Land. Certes, Spandrell réclame l’eugénisme et le vitalisme. Bronze Age Pervert relit, quant à lui, Nietzsche à l’aune des dernières innovations numériques. Transhumaniste, Zero HP Lovecraft envisage une intelligence artificielle bientôt androïde.

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Dans cet essai foisonnant et passionnant qui pêche parfois par des comparaisons hasardeuses avec le contexte politique en Europe, Arnaud Miranda voit dans le national-libéralisme conservateur du Carrefour de l’Horloge ainsi que dans l’archéofuturisme de Guillaume Faye, des précédents de la NRx. C’est osé! Il oublie cependant l’influence initiale déterminante de Maurice Georges Dantec (1959 – 2016) (photo), lui aussi grand lecteur de Bataille, de Deleuze et de Guatteri. Maints thèmes néo-réactionnaires se retrouvent dans sa trilogie du Théâtre des opérations. Fans de littérature de science-fiction, les animateurs de la NRx ont-ils lu la traduction des romans et des essais de Dantec ?

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Produit typique de l’Amérique du Nord, la pensée néo-réactionnaire ne relève pas des mentalités européennes. Le rejet de toute présence régalienne contredit une civilisation plurimillénaire pour qui le droit se concrétise à travers l’établissement tangible d’un pomerium sacré. La NRx assume une nouvelle manifestation de l’esprit nord-américain qui privilégie l’espace au temps. «Lumières sombres» ou «Anti-Lumières», la NRx s’inscrit toujours dans les Lumières du XVIIIe siècle ! Ne serait-il pas temps pour les Européens de très longue mémoire pensent le solstice afin que resplendisse un blanc Soleil étincelant ?         

GF-T

  • « Vigie d’un monde en ébullition », n° 186, mise en ligne le 23 mars 2026 sur Radio Méridien Zéro.

Tino Chrupalla: Soldats américains, hors d’Allemagne!

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Tino Chrupalla: Soldats américains, hors d’Allemagne!

Par Valentina Schacht

Source: https://www.compact-online.de/tino-chrupalla-us-soldaten-...

Alors que les États-Unis ont déclenché une nouvelle guerre au Moyen-Orient et que les attaques défensives iraniennes visent les positions américaines dans toute la région, de nombreux citoyens prennent conscience du danger que représentent de telles bases militaires.

À présent, le chef de l’AfD, Tino Chrupalla, intervient dans le débat en avançant une position claire: lors du congrès régional de Saxe, ce natif de Görlitz exige le retrait des forces militaires américaines d’Allemagne!

Déjà dans notre édition de COMPACT, dont le thème principal était « Le pacificateur – Comment Tino Chrupalla maintient l’AfD sur la bonne voie », nous avons montré à qui nous devons la prise de position claire contre la guerre. En savoir plus ici : https://www.compact-shop.de/shop/russland/compact-der-fri...

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Ami go home – avec ces trois mots, qui n’ont guère besoin d’explications supplémentaires, on peut résumer le message central du discours de Tino Chrupalla, lequel a enthousiasmé les quelque 300 délégués saxons lors du congrès régional. Le retrait des quelque 40.000 soldats américains d'une armée qui occupe l'Allemagne depuis 1945 et qui utilise notre territoire pour sa machinerie de guerre dans le monde entier — et en tête, nous avons la base américaine centrale de Ramstein en Rhénanie-Palatinat — est présenté comme objectif principal à atteindre d’ici 2029. «Commençons à mettre cela en œuvre – avec le retrait des troupes américaines d’Allemagne», a déclaré Chrupalla dans son discours.

Alors que, notamment dans les sections occidentales de l’AfD, tout débat sur l’occupation persistante de l’Allemagne et sur le soutien aux guerres contraires au droit international, menées par les États-Unis, est évité, et où certains partisans dociles du statu quo acceptent cette occupation, Chrupalla sait qu’il peut s’appuyer sur le programme de son parti: «Dans ce contexte, 70 ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale et 25 ans après la fin de la division de l’Europe, la renégociation du statut des troupes alliées en Allemagne est à l’ordre du jour. Celle-ci doit être adaptée à la souveraineté retrouvée de l’Allemagne. L’AfD s’engage pour le retrait de toutes les troupes alliées stationnées sur le sol allemand et en particulier de leurs armes nucléaires», peut-on lire dans les positions fondamentales de l’AfD, adoptées dès 2015. Bien avant la nouvelle agression de l’Occident, cette entité "qui repose sur des valeurs", contre l’Ukraine. Et avant les guerres récentes menées par les Américains au Moyen-Orient. Sous l’effet des nouvelles donnes, les formulations auraient sans doute été encore plus claires et plus incisives.

Chrupalla : L’Espagne comme modèle en matière de politique étrangère

Tino Chrupalla s’est également exprimé sur la guerre actuelle au Moyen-Orient dans son discours, saluant la position du gouvernement espagnol sous Pedro Sánchez, qui non seulement s’est opposé à la guerre américano-israélienne, mais a aussi interdit aux Américains l’utilisation de bases militaires sur le sol espagnol dans ce contexte. Une démarche qui devrait également être imitée en Allemagne.

Video : https://www.youtube.com/watch?v=xFvIhS_NC0c&t=3s

dimanche, 29 mars 2026

Les axes de la Troisième Guerre mondiale

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Les axes de la Troisième Guerre mondiale

Par Alexandre Douguine

Les axes de la Troisième Guerre mondiale se dessinent de plus en plus clairement.

L'axe Netanyahu/Trump a pour cible principale l'Iran. Si l'Iran venait à tomber, il est possible, voire très probable, qu'ils se tournent à nouveau vers le soutien à l'Ukraine contre la Russie. Mais la résistance acharnée de l'Iran accapare toute leur attention. Pour l'instant, la Russie ne les préoccupe pas: la priorité, c'est l'Iran. Bien sûr, Trump ne se soucie plus du tout de la «paix», et c'est pourquoi la normalisation des relations avec la Russie, si tant est qu'elle ait un sens, est entreprise selon des critères très pragmatiques. Sa guerre, c'est la guerre contre l'Iran. Israël a fait de cette guerre la guerre de Trump, et Trump ne peut y renoncer.

C'est ainsi qu'un axe s'est formé: États-Unis/Israël contre l'Iran. Les autres forces régionales se voient proposer un choix, et ce choix est difficile: soit elles rejoignent la coalition américano-israélienne, soit elles rejoignent l'Iran (la Résistance). Aucune position intermédiaire n'est envisagée, et si quelqu'un tente d'insister sur la neutralité, les bombardements et les explosions viendront des deux camps. Ici, il n’y a pas de neutralité. Le train est déjà en route.

Deuxième axe : l’UE, la Grande-Bretagne et les mondialistes américains (notamment le Parti démocrate) contre la Russie et en faveur du régime de Kiev. Il s’agit d’une véritable guerre acharnée, à laquelle la plupart des pays européens (à l’exception de la Hongrie et de la Slovaquie) se préparent à participer directement. Le Parti démocrate américain est précisément le moteur de cette guerre, pour laquelle l'Ukraine est une priorité.

L'objectif principal des deux camps est de creuser un fossé entre l'Iran et la Russie, afin qu'ils ne se rendent pas compte qu'ils sont en guerre contre un même ennemi. Et le principal reproche des États-Unis et d’Israël à l’égard de l’UE et des mondialistes, tout comme le principal reproche de l’UE et des mondialistes à l’égard des États-Unis et d’Israël, réside précisément dans le fait qu’ils mènent deux guerres contre deux ennemis de la civilisation d’Epstein en même temps, et non l’une après l’autre.

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Alors que la guerre avec l’Iran s’éternise, qu’Israël se transforme peu à peu en Gaza et que l’économie mondiale est au bord de l’effondrement en raison de la fermeture du détroit d’Ormuz (un blocus énergétique a déjà été imposé dans certains pays), les mondialistes se sont dressés contre Trump qui, de leur point de vue, «trahit l’Ukraine» et détourne l’attention de l’ennemi principal: la Russie. Cette ligne est portée par les réseaux de Soros, qui haïssent profondément Trump et Netanyahou. Mais il faut tenir compte de ce qui suit: précisément ceux qui attaquent le plus Trump et Israël à propos de la guerre avec l’Iran ne s’opposent pas à la guerre, mais sont en faveur d’une guerre avec la Russie.

Pratiquement toutes les forces européennes et des pays entiers qui se sont insurgés contre Netanyahou exigent simplement de changer d’approche en faveur du régime de Zelensky. Aux États-Unis, les démocrates le clament haut et fort.

L'Iran et la Russie comprennent parfaitement qu'il ne s'agit pas de savoir qui, en Occident, est pour la guerre et qui est contre, mais sur qui l'Occident veut se concentrer en premier. Cela signifie simplement qu'ils donneront la priorité à la destruction de l'un, puis de l'autre. Personne ne se fait d'illusions. Et, bien sûr, la Russie et l'Iran combattent dans le même camp et contre le même ennemi. Aucune action superficielle ne change en rien l'essence de la Troisième Guerre mondiale. Le brouillard de la guerre. Les négociations. La diversion. La tromperie.

L'essentiel aujourd'hui est de ne pas laisser l'ennemi — l'Occident dans son ensemble, la civilisation d'Epstein — nous vaincre les uns après les autres. Il faut entrer en guerre le plus tôt possible et de la manière la plus radicale qui soit. Il faut soutenir nos amis et nos alliés, convaincre les indécis et mettre la société en état d'urgence.

Un exemple très clair est la guerre de l’information menée par l’Iran, qui est en train de gagner avec brio. Ce n’est qu’une note en marge. Ce n’est pas une critique. C’est une observation.

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Tout dépend beaucoup de la Chine. Pour l’instant, la Chine reste en retrait, mais elle a déjà lancé son arme psychologique la plus novatrice, le professeur Jiang Xueqing (photo). Celui-ci attaque la conscience des analystes mondiaux avec ses prédictions. Ce n’est pas mal du tout. Pour la première fois, les intellectuels chinois ont commencé à parler de la conspiration sioniste, de l’eschatologie, de Sabbatai Zevi, de Jacob Frank, des Illuminati, de la grande géopolitique et des élites capitalistes mondiales. La pensée stratégique de la Chine passe au premier plan. Finies les stratégies «gagnant-gagnant» et la diplomatie des pandas. Les choses sont désormais appelées par leur nom.

Pékin attaquera Taïwan, mais on ne sait pas quand. Si elle attend que les autres forces de la multipolarité s'affaiblissent ou, Dieu nous en préserve, tombent, la Chine ne pourra pas résister seule. C'est pourquoi il vaut mieux attaquer précisément maintenant, en ouvrant un troisième front. Contre le même ennemi de tous les autres pôles.

À l’heure actuelle, l’ennemi se prépare, mais il n’est pas encore prêt à mener trois guerres à la fois. Et si un autre pôle de la multipolarité ouvre un front supplémentaire, les forces de l’ennemi se disperseront à travers toute la planète. C’est le moment de lancer une rébellion planétaire générale contre la dictature de Baal. Ses plans ont été démasqués.

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Ce n’est pas un hasard si Peter Thiel, qui a porté Trump au pouvoir, parcourt le monde en donnant des conférences sur l’Antéchrist. Tous ont vu le vrai visage de l’Occident: c’est Epstein. Ce sont les enfants iraniens assassinés, ce sont les dizaines de milliers de jeunes enfants martyrisés à Gaza. Personne ne peut dire: je ne savais pas, je n’ai pas vu, je n’étais pas au courant. Cela ne tient plus. Tout le monde l’a vu et tout le monde le sait, et si vous ne combattez pas encore à nos côtés, vous vous rangez, en substance, du côté de l’ennemi. Et vous devenez des cibles légitimes.

L’Amérique latine semble, pour l’instant, un maillon franchement faible; la trahison honteuse des idées de la Révolution et de l’héritage de Chávez par des lâches qui tiennent les rênes du gouvernement vénézuélien est déprimante. Le prénom «Delcy» ne sera plus jamais utilisé par personne avant des siècles. Et le nom de famille «Rodríguez» a lui aussi été très terni. Lula et le Brésil, tout comme le Mexique et la Colombie, font quelque chose pour aider Cuba, mais n’osent pas défier ouvertement les États-Unis. Ils ont peur. Mais à ce stade, il est déjà trop tard pour avoir peur.

OIP-916143901.jpgEn Afrique, il existe des héros brillants qui se manifestent à travers les pays de l’Association du Sahel (Burkina Faso, Niger, Mali), la fière Éthiopie et quelques autres régimes qui n’ont pas cédé devant la civilisation de Baal (République centrafricaine, en partie l’Afrique du Sud). Cela inspire un optimisme prudent.

Le monde islamique sunnite est divisé, l’élite est corrompue et intégrée à l’archipel d’Epstein, les masses sont corrompues par le salafisme et le wahhabisme le plus imbécile, qui obligent les musulmans à déverser leur colère sur des innocents et à défendre les intérêts des États-Unis et d’Israël. Le Pakistan, assez souverain (bien qu’il mène sa propre guerre contre les talibans pachtounes), et l’Indonésie occupent une position à part. Erdogan est le prochain sur la liste des sionistes qui voudront l'éliminer, mais il hésitera (comme d’habitude).

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L’Inde, en tant que pilier de la multipolarité et de l’État-civilisation, se trouve dans une situation compliquée. New Delhi voit en la Chine son principal rival régional, tandis que Modi et l’hindutva qui l’entoure considèrent l’islam avec une grande méfiance. Cela pousse l’Inde vers une alliance avec les États-Unis et Israël, même s’il est difficile d’espérer une politique plus active de la part de ce front.

Le pays qui semble le plus approprié est la Corée du Nord et le moins approprié est le Japon.

La Troisième Guerre mondiale oppose ceux qui veulent conserver et renforcer à tout prix l’hégémonie de l’Occident collectif (tant dans sa version sioniste et trumpiste que dans le modèle mondialiste européen), et l’humanité multipolaire, c’est-à-dire nous. Cette guerre bat déjà son plein.

Bien sûr, on peut continuer à faire semblant que rien de tout cela n’est en train de se passer. Mais à quoi bon ?

20:39 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : troisième guerre mondiale, alexandre douguine | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

Guerre d’Iran: le front intérieur du Seigneur

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Guerre d’Iran: le front intérieur du Seigneur

USA: Des sionistes chrétiens dans l’esprit de la fin des temps se préparent pour la bataille finale contre «Magog» et les «Perses»

Par Susann Witt-Stahl

Source: https://www.jungewelt.de/artikel/520148.iran-krieg-heimat...

Une mer de versets bibliques et de kitsch évangélique inonde actuellement les réseaux sociaux américains. «Le Seigneur ordonne à ses anges de veiller sur eux dans toutes leurs voies», lit-on dans une publication Instagram accompagnée d’une image montrant des soldats en prière, avec la bannière étoilée, des chars et des avions, survolés par une escouade de chevaliers blancs ailés. Andy Ogles, député républicain à la Chambre des représentants du Tennessee, a publié une vidéo générée par IA où il apparaît avec le ministre de la guerre Pete Hegseth et le ministre des affaires étrangères Marco Rubio, tous trois en armures de croisés devant la Maison-Blanche, avec ces mots: «C’est une bataille entre le bien et le mal». 

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Cercles bibliques, téléprédicateurs, influenceurs chrétiens sur Internet – le "front intérieur du Seigneur" prépare spirituellement la population à la bataille finale contre les démons de Téhéran, mais aussi pour renforcer l’idée de transformer les États-Unis en une théocratie chrétienne.

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Selon les estimations, 60 à 80 millions d’Américains sont adeptes de la foi évangélique – une tendance à la hausse. Des associations comme la National Association of Evangelicals, la Faith and Freedom Coalition, mais surtout les sionistes chrétiens de Christians United for Israel (CUFI), qui revendiquent environ dix millions de membres (dont Hegseth, Mike Huckabee, l’ambassadeur américain en Israël et l’ambassadeur américain à l’ONU Mike Waltz), mobilisent comme la plus grande organisation pro-israélienne des États-Unis.

Le CUFI a investi ces dernières années des millions de dollars dans le lobbying pour obtenir du Congrès plus de sanctions contre l’Iran et une approche plus dure envers le Hezbollah, le Hamas, Ansarollah et d’autres ennemis d’Israël. Ils investissent aussi dans la construction illégale de colonies en Cisjordanie. Leur objectif est d’établir un Grand Israël, allant du Nil à l’Euphrate, et finalement de construire un troisième temple à Jérusalem pour provoquer l’Apocalypse avec le retour de Jésus, ce qui finirait par jeter les Juifs en enfer ou les forcer à se convertir au christianisme. Paula White-Caine, responsable du « bureau de la foi » du président américain, est aussi une sioniste chrétienne ; elle a organisé le 5 mars la prière des dirigeants évangéliques avec Donald Trump dans le Bureau ovale pour solliciter l’aide divine dans la guerre contre l’Iran.

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La République islamique est, pour les sionistes chrétiens, un acteur majeur des prophéties de la fin des temps. Dimanche, après le début de la guerre contre l’Iran, le fondateur du CUFI, John Hagee (à son insistance, l’ambassade américaine avait été déplacée de Tel Aviv à Jérusalem en 2018) a loué dans son sermon la «brillante exécution» de «l’Opération Epic Fury». Le pasteur évangélique Greg Laurie a rappelé à sa communauté la semaine dernière la prédiction biblique selon laquelle « dans les derniers jours, une grande coalition venue du nord – comprenant la Perse, l’Iran actuel – se lèvera contre Israël, voir Ézéchiel 38/39 ». Laurie, qui est aumônier de la police et dont les services en ligne atteignent en moyenne 100.000 spectateurs, faisait partie des responsables religieux sélectionnés par Donald Trump lors de sa première investiture en 2017 pour participer au service national de prière. Il lance des « appels au réveil », invitant à se préparer pour la venue imminente du Seigneur. Mais, avant cela, Israël deviendrait de plus en plus isolé et une « grande nation » appelée Magog entrerait en guerre, avertit Laurie en citant la Bible. « Cela n’a pas encore eu lieu. De nombreux chercheurs pensent que Magog désigne la Russie actuelle. Je partage cet avis. »

Les champs de bataille du silicium: pourquoi les grandes entreprises technologiques sont une cible dans la guerre que mènent les États-Unis et Israël contre l’Iran

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Les champs de bataille du silicium: pourquoi les grandes entreprises technologiques sont une cible dans la guerre que mènent les États-Unis et Israël contre l’Iran

par Jamal Maselmani

Source: https://telegra.ph/I-campi-di-battaglia-del-silicio-perch...

Dans les guerres traditionnelles, les armées concentraient leur puissance de feu sur des cibles stratégiques visibles – bases militaires, usines d’armement, aéroports – où il était possible de tracer les lignes de ravitaillement et de définir des plans de bataille avec une relative certitude. L’efficacité au combat dépendait des effectifs, de la puissance de feu et des manœuvres tactiques. Aujourd’hui, cependant, la logique de la guerre s’est déplacée au-delà du champ de bataille physique. Au cours des deux dernières décennies, la révolution numérique a mis en place un deuxième niveau d’infrastructures stratégiques derrière les lignes de front, transformant silencieusement la manière dont le pouvoir s’exerce et dont les guerres sont menées.

Les infrastructures numériques sont passées de la périphérie de la guerre à son cœur opérationnel. La collecte de renseignements, la coordination des drones et la prise de décision sur le champ de bataille dépendent de plus en plus des systèmes cloud et des plateformes d’intelligence artificielle (IA). L’architecture des conflits contemporains repose donc autant sur les réseaux gérés par les entreprises que sur le matériel militaire conventionnel.

Cette réalité en mutation façonne la perspective stratégique de l’Iran alors que la guerre avec Washington et Tel-Aviv s’intensifie. Selon l’évaluation de Téhéran, l’épine dorsale technologique qui soutient les opérations militaires alignées sur l’Occident en Asie occidentale ne peut être considérée comme politiquement neutre. Elle constitue une extension du champ de bataille lui-même – un domaine où se croisent ressources économiques, plateformes d’entreprise et objectifs de sécurité nationale.

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Les réseaux d’entreprise comme instruments de guerre

Ces dernières années, les forces armées de pointe ont intégré les plateformes numériques à chaque étape de la guerre. Les systèmes de surveillance par satellite envoient des données vers les réseaux cloud. Les drones armés transmettent des flux vidéo haute définition qui nécessitent une analyse immédiate. Les capacités d’interception des signaux génèrent de vastes flux de renseignements qui doivent être convertis en décisions opérationnelles rapides. De plus en plus souvent, la puissance militaire ne se mesure pas simplement en fonction des stocks de missiles ou de la supériorité aérienne, mais en fonction de la capacité à traiter l’information plus rapidement qu’un adversaire.

Les grandes entreprises technologiques sont désormais au cœur de ce processus. Des entreprises comme Amazon, Microsoft et Google fournissent l’infrastructure qui permet aux gouvernements et aux armées de stocker, d’analyser et de diffuser des données critiques. Leurs plateformes cloud sont à la base des évaluations du renseignement, de la logistique sur le champ de bataille et de la coordination du commandement et du contrôle sur plusieurs théâtres d’opérations.

Cette convergence entre technologie d'entreprise et pouvoir étatique a redéfini la manière dont le conflit est appréhendé. Les réseaux numériques sont devenus aussi vitaux que les porte-avions ou les systèmes de défense antimissile. Dans le contexte de la guerre que mènent les États-Unis et Israël contre l'Iran, Téhéran interprète de plus en plus cette réalité comme la preuve que les entreprises technologiques mondiales font partie intégrante d'environnements opérationnels hostiles.

Cette perception a été rendue publique lorsque les médias iraniens ont diffusé une liste de près de 30 sites à travers l’Asie occidentale, et en particulier aux Émirats arabes unis, liés aux principales entreprises technologiques.

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Parmi ceux-ci figuraient des sièges régionaux, des bureaux d’ingénierie et des centres de données à grande échelle gérés par des entreprises telles qu’Amazon, Microsoft, Google, Oracle, NVIDIA, IBM et Palantir Technologies. Dans l’interprétation du conflit par Téhéran, ces structures représentent des nœuds stratégiques intégrés à l’écosystème opérationnel qui soutient les capacités militaires des adversaires. S’étendant de Tel-Aviv aux villes du golfe Persique telles que Dubaï, Abou Dhabi et Manama, ces structures hébergent des services cloud utilisés par des institutions étatiques, des agences de renseignement et des sous-traitants de la défense. Certaines contribuent directement au développement de l’intelligence artificielle pour la surveillance et l’analyse du champ de bataille. D’autres soutiennent les économies numériques régionales dont la stabilité garantit indirectement les dépenses militaires et l’innovation technologique.

À une époque où les flux de données déterminent l’issue des combats, les infrastructures qui gèrent ces flux peuvent être considérées comme des cibles stratégiques légitimes.

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Le projet Nimbus et la militarisation silencieuse de la technologie civile

Peu d’initiatives illustrent cette fusion plus clairement que le projet israélien Nimbus, un accord de plusieurs milliards de dollars conclu avec les principaux fournisseurs de services cloud afin de fournir des services informatiques avancés aux agences gouvernementales et de sécurité.

Dans le cadre de ces programmes, des applications d'IA sont mises en œuvre pour analyser les flux de renseignements, optimiser la planification logistique et soutenir les processus décisionnels au sein des structures de commandement militaire.

Ce projet symbolise une tendance plus large dans laquelle des entreprises privées assument des fonctions autrefois réservées aux industries de défense publiques. Les entreprises technologiques ne se contentent pas de fournir des équipements ; elles gèrent des écosystèmes opérationnels qui soutiennent les capacités militaires en temps réel. Ce faisant, elles estompent la frontière traditionnelle entre activité économique civile et infrastructure militaire. Les sociétés d'analyse de données en constituent un autre exemple. Des plateformes capables d’intégrer des informations provenant de sources diverses peuvent identifier des modèles comportementaux, prévoir des menaces et orienter les réponses tactiques.

Dans les zones de conflit, ces outils influencent les manœuvres sur le champ de bataille autant que les systèmes d’armes conventionnels. Leur présence dans les pôles technologiques régionaux a donc des implications qui vont au-delà des intérêts commerciaux.

Le matériel informatique de pointe joue également un rôle décisif. Les processeurs haute performance utilisés pour entraîner de grands modèles d’IA permettent l’analyse d’images satellites, la surveillance automatisée et la navigation autonome des drones. Les plateformes informatiques d’entreprise proposées par des sociétés mondiales facilitent l’intégration des données opérationnelles entre les institutions de sécurité. Ensemble, ces technologies forment une architecture numérique qui sous-tend les opérations militaires modernes.

Du point de vue stratégique de l’Iran, le recours à cette architecture transforme les fournisseurs de technologie en prolongements fonctionnels de la puissance adverse. Plus les forces armées dépendent des services cloud et de l’analyse des données, plus ces systèmes deviennent vulnérables aux perturbations – qu’elles proviennent d’opérations cybernétiques, de pressions économiques ou d’attaques physiques.

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L’utilisation de l’économie numérique comme arme et le risque de chocs de marché

Les conséquences potentielles s'étendent bien au-delà du champ de bataille. Les géants de la technologie constituent désormais les piliers du système financier mondial. Leurs valorisations boursières atteignent des milliers de milliards de dollars, tandis que leurs services sous-tendent tous les aspects, des transactions bancaires aux chaînes d'approvisionnement internationales. Toute interruption de leurs infrastructures en Asie occidentale pourrait déclencher une volatilité immédiate sur les marchés mondiaux. Les centres de données à grande échelle dans les États du Golfe illustrent l'ampleur de cette exposition. Au cours de la dernière décennie, les gouvernements du golfe Persique ont investi des dizaines de milliards de dollars pour attirer des projets de cloud computing et créer des pôles numériques régionaux.

Ces infrastructures prennent en charge des clients commerciaux, des institutions publiques et des agences de sécurité. Elles soutiennent également les réseaux financiers qui facilitent les paiements transfrontaliers, les transferts de devises et les flux de capitaux.

Si ces infrastructures étaient compromises lors d’une escalade régionale, l’impact se répercuterait sur les marchés boursiers, les portefeuilles d’investissement et les économies nationales. Les systèmes bancaires qui dépendent des services cloud pourraient subir une paralysie opérationnelle.

La confiance des investisseurs pourrait s'affaiblir, provoquant une fuite des capitaux et une augmentation des pressions inflationnistes. Dans les économies dépendantes de la technologie, même de brèves interruptions pourraient produire des effets en cascade sur plusieurs secteurs.

Pour Israël, où l'industrie technologique représente une part significative des exportations et de la croissance économique, la vulnérabilité des infrastructures numériques a des implications structurelles. Une crise prolongée touchant les réseaux de données pourrait accélérer la fuite des ingénieurs qualifiés, miner la confiance des investisseurs et éroder les fondements de son économie fondée sur l’innovation. Les institutions mondiales ont averti que des scénarios de conflit numérique pourraient redéfinir les modèles d’investissement, en particulier dans les régions perçues comme instables. L'imbrication entre technologie d'entreprise et stratégie militaire crée ainsi une nouvelle forme de guerre économique, dans laquelle les marchés financiers deviennent à la fois champ de bataille et victimes.

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Une escalade sans ligne de front : pression cybernétique et attaques contre les infrastructures

Les analystes qui examinent les options de riposte potentielles de l'Iran évoquent de plus en plus souvent des stratégies combinant des opérations cybernétiques et des mesures physiques ciblées. Plutôt que de s'engager dans un affrontement conventionnel direct, Téhéran pourrait chercher à compromettre les capacités opérationnelles de ses adversaires en perturbant les systèmes numériques dont ils dépendent.

Les cyberattaques pourraient viser à désactiver les plateformes cloud, à interrompre le traitement des renseignements ou à perturber les réseaux de communication reliant les centres de données régionaux et mondiaux. De telles opérations entraveraient non seulement la coordination militaire, mais généreraient également de l’incertitude dans les secteurs commerciaux qui dépendent de services numériques ininterrompus.

Les attaques physiques contre les infrastructures critiques constituent une autre voie d’escalade possible. Les installations abritant des ressources informatiques stratégiques, en particulier celles liées à des contrats de défense, pourraient devenir des cibles privilégiées dans les tentatives visant à imposer des coûts opérationnels sans déclencher une guerre à grande échelle. En outre, l’interférence avec les réseaux de communication terrestres ou les câbles de données sous-marins pourrait interrompre les liaisons entre les hubs régionaux et les systèmes de commandement internationaux.

Ces approches reflètent une transformation plus large de la dynamique des conflits. Le contrôle des flux d'informations et des écosystèmes technologiques détermine désormais l'avantage stratégique de manière tout aussi décisive que le faisait autrefois le contrôle territorial.

La guerre est devenue de plus en plus décentralisée, menée à travers les réseaux plutôt que sur les lignes de front. Les unités de traitement graphique avancées produites par NVIDIA sont utilisées pour entraîner des modèles d'IA à grande échelle, analyser des images satellites et faire fonctionner des drones de reconnaissance. Parallèlement, Oracle et IBM fournissent des plateformes informatiques d'entreprise qui permettent l'intégration des commandes et des données ainsi que la prise de décision stratégique.

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Les comparaisons avec des conflits récents illustrent ce changement. En Ukraine, les opérations informatiques ciblant les réseaux énergétiques et les systèmes de communication ont contraint à des ajustements rapides de la logistique militaire. À Gaza, les interruptions des réseaux terrestres ont affecté la coordination sur le terrain. Cependant, l’Asie occidentale présente un scénario distinct : ici, l’infrastructure cloud ne fonctionne pas simplement comme un soutien auxiliaire, mais comme un pilier central des capacités militaires américaines et israéliennes.

L’intégration de la région dans les marchés numériques mondiaux amplifie les enjeux. Toute escalade touchant les réseaux technologiques risque de déclencher une double crise : opérationnelle pour les forces armées et économique pour les investisseurs internationaux.

Confrontation multipolaire et effondrement de l’immunité civile

L’émergence de la guerre numérique redéfinit la pensée stratégique à l’échelle mondiale. Les États confrontés à des adversaires technologiquement supérieurs explorent des moyens d’exploiter les vulnérabilités systémiques plutôt que de rivaliser en termes de puissance de feu conventionnelle.

Dans ce contexte, cibler les infrastructures économiques devient un moyen de redistribuer le risque à travers les réseaux mondialisés.

La rhétorique de l’Iran concernant les entreprises technologiques reflète cette doctrine en évolution. En qualifiant les plateformes commerciales d’extensions d’une puissance militaire hostile, Téhéran signale sa volonté de contester le postulat selon lequel les ressources commerciales civiles se situent en dehors du champ du conflit. Ces positions trouvent un écho dans un contexte multipolaire plus large, où l’interdépendance économique peut être exploitée comme un outil stratégique.

Dans le même temps, Washington et ses alliés ont de plus en plus intégré les capacités du secteur privé dans la planification de la défense. Les partenariats public-privé en matière de cybersécurité, d’analyse du renseignement et d’informatique de pointe sont devenus des traits distinctifs de l’innovation militaire occidentale.

Bien que cette approche accroisse la flexibilité opérationnelle, elle expose également les entreprises – et les économies dont elles sont le pivot – à la confrontation géopolitique.

La guerre n’est plus l’apanage exclusif des États. À mesure que les entreprises technologiques privées s’intègrent aux opérations militaires, elles sont entraînées dans les conséquences de politiques définies dans des capitales lointaines. Les marchés financiers, les investisseurs mondiaux et les infrastructures civiles sont de plus en plus pris dans le même tourbillon de confrontation, transformant les réseaux économiques en arènes disputées dans la lutte pour la suprématie technologique et géopolitique.

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Une guerre sans frontières à l’ère de la puissance des grandes entreprises

L'intensification de l'impasse entre l'Iran, les États-Unis et Israël illustre une caractéristique distinctive des conflits du XXIe siècle. La guerre se déroule désormais autant dans les systèmes économiques et les architectures numériques que sur les champs de bataille physiques. Les entreprises technologiques, qui symbolisaient autrefois la promesse de connectivité de la mondialisation, occupent des positions de plus en plus ambiguës dans ce contexte.

En ce qui concerne la République islamique, l’intégration des géants de la tech dans des structures militaires antagonistes transforme les infrastructures des entreprises en leviers stratégiques. La perturbation de ces réseaux offre un moyen d’imposer des coûts, de décourager l’escalade et de remodeler les équilibres de pouvoir sans s’engager dans une confrontation directe à grande échelle.

Pour l’économie mondiale, cependant, les implications sont profondes. La fermeture d’un seul grand centre de données pourrait entraîner des pertes de l’ordre de plusieurs centaines de millions de dollars en l’espace de quelques jours, tout en sapant la confiance dans la stabilité des marchés numériques. Les systèmes financiers qui dépendent de flux d’informations ininterrompus seraient confrontés à une pression sans précédent.

À mesure que les États continuent de transformer les données, les algorithmes et les réseaux cloud en armes, les frontières qui séparent la guerre du commerce deviendront de plus en plus poreuses. Les missiles et les chars comptent toujours. Pourtant, les luttes décisives de l’avenir pourraient s’articuler autour des serveurs, du code et des entreprises qui les contrôlent.

Dans cet ordre émergent, la victoire ne sera pas déterminée exclusivement par les résultats sur le champ de bataille, mais par la capacité à naviguer – et à déstabiliser – les fondements technologiques du pouvoir mondial.

vendredi, 27 mars 2026

Raciste, homophobe et misogyne: Shakespeare est désormais lui aussi «décolonisé»

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Raciste, homophobe et misogyne: Shakespeare est désormais lui aussi «décolonisé»

par Alexander Schwarz

Source: https://ansage.org/rassistisch-homophob-und-misogyn-jetzt...

William Shakespeare: son œuvre, son héritage muséal ainsi que sa maison natale sont dans le collimateur d’iconoclastes « woke » à l'esprit totalement dérangé.

C'est précisément l'Angleterre, berceau et modèle de la démocratie, de la liberté d'expression et de la raison non idéologique, qui est devenue le centre de cette folie woke suicidaire qui détruit toute la culture européenne. Même la sortie hors de l'UE de plus en plus totalitaire n’y a rien changé. On en est désormais arrivé, bel et bien, au point où la maison natale de William Shakespeare à Stratford-upon-Avon doit être « décolonisée », car on craint que la représentation de son succès en tant que plus grand dramaturge de l’histoire «ne favorise l’idéologie de la suprématie européenne blanche».

Cette fois-ci, c’est le Shakespeare’s Birthplace Trust qui est à l’origine de cette folie que l’on croyait impossible. Il est prévu de créer «une expérience muséale plus inclusive» en prenant ses distances par rapport aux perspectives occidentales, après que des inquiétudes ont été exprimées quant au fait que les idées de Shakespeare pourraient être utilisées pour promouvoir des notions de «suprématie blanche».

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Le Trust a également déclaré que certaines de ses pièces d’exposition pourraient contenir des propos ou des représentations jugés racistes, sexistes ou homophobes. Il y a déjà quatre ans, un projet de recherche mené par le Trust et la Dr Helen Hopkins à l’université de Birmingham avait conclu que la notion de génie «universel» de Shakespeare «sert l’idéologie de la suprématie européenne blanche» – et ce, parce que la culture européenne est présentée comme la référence en matière d’art majeur et que le dramaturge est dépeint comme un symbole de la « supériorité » britannique.

Aversion typiquement de la gauche contre l’excellence et l’exception

Le projet a constaté que cette représentation avait «causé du tort» et a recommandé à la fondation de ne plus dire que Shakespeare était «le plus grand», mais qu’il faisait partie d’une communauté d’écrivains «égaux et différents» à travers le monde – c’est là que s’exprime l’hostilité typiquement gauchiste contre toute excellence et individualité. Au lieu de cela, on veut tout ramener à une médiocrité uniformisée – y compris le passé. Dès 2021, le Globe Theatre a lancé un projet de « décolonisation » des célèbres pièces de Shakespeare, pour lequel des séminaires « antiracistes » ont également été mis en place.

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Aux États-Unis aussi, plusieurs universitaires complètement fous refusent d’enseigner Shakespeare. Dans un article publié en 2021 dans le School Library Journal, Amanda MacGregor, bibliothécaire, libraire et journaliste indépendante basée dans le Minnesota, s’est demandé pourquoi les enseignants continuaient d’intégrer Shakespeare dans leurs cours, alors que ses œuvres sont «pleines d’idées problématiques et dépassées, avec une abondance de misogynie, de racisme, d’homophobie, de classisme, d’antisémitisme et de misogynoir », le terme idiot de « misogynoir » faisant référence à la haine des femmes noires. Il est absolument sans précédent qu’une culture puisse sombrer si profondément dans la haine de soi qu’elle s’autodétruise sous l’impulsion de fanatiques de la vogue woke, complètement dérangés, et ouvre la voie à toutes les formes de barbarie, simplement parce qu’elle considère tout ce qui est étranger comme plus noble que ce qui lui est propre. Le trouble de l’identité est en fin de compte la cause principale de tous les problèmes dans lesquels se trouve l’Occident en déclin.

La rhétorique de Jensen Huang et l’attente de l’intelligence artificielle forte

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La rhétorique de Jensen Huang et l’attente de l’intelligence artificielle forte

Markku Siira

Source: https://markkusiira.substack.com/p/jensen-huangin-retorii...

Lorsque Jensen Huang, PDG de l’entreprise technologique Nvidia, a affirmé dans le podcast de Lex Fridman que «l’intelligence artificielle générale (Artificial General Intelligence, AGI) était désormais un objet atteint», cette déclaration n’était pas seulement une évaluation technologique, mais un geste stratégique reflétant les tensions internes au sein de l’industrie de l’IA.

Le commentaire de Huang est un exemple de la façon dont le terme «intelligence artificielle générale» est à la fois et conceptuellement vague et chargé dans la rhétorique des dirigeants technologiques. Il a affirmé «qu’elle était déjà là», mais a aussitôt précisé que même cent mille agents d’IA ne seraient pas capables de construire une entreprise comme Nvidia. Ces déclarations contradictoires révèlent à quel point l’intelligence artificielle peut être définie de manières différentes.

Le vide conceptuel de l’intelligence artificielle générale n’est pas un défaut, mais une caractéristique dont les acteurs du secteur tirent parti. Dans le discours scientifique, l’IA forte désigne un système hypothétique capable de transférer les compétences acquises à un large éventail de tâches diverses, dépassant souvent les performances humaines.

Dans sa conversation avec Huang, Fridman réduit la définition à un aspect opérationnel: pour lui, l’intelligence artificielle générale est un système capable de fonder et de développer une entreprise technologique valant plusieurs milliards de dollars. Ce n’est pas un simple glissement linguistique, mais une redéfinition qui déplace l’accent de la simulation scientifique des capacités cognitives vers un critère purement économique de productivité.

Cette délimitation étroite rend l’intelligence artificielle générale mesurable, même si elle devient un objectif simplifié, ce qui facilite la création de récits d’investissement. Paradoxalement, cela abaisse le seuil pour déclarer l’IA forte comme un objectif atteint: si le critère est simplement d’effectuer une tâche de manière rentable, comme le suggère Fridman, alors une automatisation spécialisée pourrait déjà être considérée comme remplissant cette condition.

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Huang saisit cette opportunité. Il fait référence à des agents opérant de façon autonome sur la plateforme OpenClaw ainsi qu’à des influenceurs numériques. Il met ainsi sur le même plan des applications largement répandues mais superficielles et la percée cognitive traditionnellement associée à l’IA forte.

La rectification de Huang n’était pas un signe d’incertitude, mais une partie essentielle d’une communication stratégique. Lorsqu’il affirme qu’un grand nombre d’agents numériques «n’aurait aucune chance» de créer Nvidia, il trace une frontière claire entre deux niveaux: d’un côté l’automatisation des tâches quotidiennes, de l’autre la gestion de la complexité institutionnelle et technologique au plus haut niveau.

La capacité de produire du texte, du code ou d’agir en tant qu’influenceur numérique est différente de la prise de décisions stratégiques, de la résilience et de la gestion de l’innovation à long terme, que Huang voit comme la base du succès de Nvidia. Alors même qu’il déclare l’IA forte comme un objectif atteint, son propre exemple d’intelligence véritable est une entreprise dans la construction de laquelle il a joué un rôle central.

Les propos de Huang peuvent également être lus comme faisant partie d’un phénomène plus large, où les dirigeants technologiques cherchent à se distancier de l’engouement autour de l’IA et des critiques à son égard.

Dans le même temps, le secteur a commencé à développer des termes de remplacement «moins controversés» — par exemple, différentes classifications par niveaux et définitions économiques — tandis que des négociations portant sur des sommes colossales (comme dans les accords entre OpenAI et Microsoft) sont explicitement liées à la définition du but atteint par l’IA forte.

Cette bataille linguistique n’est pas un simple débat académique, mais un exercice de pouvoir. Celui qui décide de ce qui compte comme intelligence artificielle générale décide aussi du moment où les obligations contractuelles sont remplies, quand les limites réglementaires s’appliquent et comment nous comprenons la relation entre la technologie et l’agency humaine.

Huang est un exemple d’acteur du secteur technologique ayant des liens profonds et de longue date avec le département de la Défense américain, l’organisation de recherche DARPA et la communauté du renseignement. Sa déclaration «elle est déjà là» n’est pas une observation neutre, mais une tentative de fixer un standard qui profite avant tout à ceux dont le matériel constitue la base de ces systèmes.

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Si l’intelligence artificielle forte était réellement in objectif atteint, la discussion sur son successeur immédiat, la superintelligence (Artificial Superintelligence, ASI), s’ouvrirait immédiatement.

91UMfqRm-TL._SL1500_-3703346770.jpgLe philosophe Nick Bostrom définit la superintelligence comme une intelligence qui dépasse la capacité cognitive humaine dans pratiquement tous les domaines pertinents — de la créativité scientifique à l’influence sociale.

Il ne s’agirait plus d’un outil piloté par l’homme, mais d’un agent autonome dont la supériorité cognitive le rendrait, en principe, opaque aux humains. L’apparition d’un tel système est alors liée à l’hypothèse de la singularité technologique, selon laquelle la capacité de la superintelligence à s’améliorer elle-même déclencherait une spirale de développement accéléré, impossible à anticiper pour l’homme.

La singularité n’est pas un événement, mais un horizon au-delà duquel l’intelligence humaine ne peut plus s’étendre; il s’agirait d’une rupture fondamentale dans l’histoire de la civilisation. Après cela, la question ne serait plus de savoir qui définit l’intelligence, mais si la superintelligence accepterait encore d’être définie.

Dans cette perspective, les commentaires de Huang dans le podcast montrent qu’il existe encore un profond fossé entre les systèmes actuels et une véritable intelligence institutionnelle durable. Mais si la superintelligence était possible, c’est justement ce fossé qu’elle serait la première à franchir.

La déclaration de Huang peut donc être lue à la fois comme un discours marketing hyperbolique et comme une reconnaissance inconsciente que le véritable changement n’a pas encore eu lieu. Ce qu’il décrit est une automatisation de tâches étroites, définies par l’homme — pas le seuil existentiel que représente la singularité.

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L’interview de Huang résume la situation où l’intelligence artificielle générale demeure toujours plus une réalité rhétorique que technique. Même si les applications étroites de l’IA ont atteint des capacités impressionnantes dans la vie quotidienne, les appeler «générales» ou «fortes» suppose soit d’étendre le concept, soit de le réduire à une simple performance économique.

En même temps, la superintelligence et la singularité qui se profilent à l’horizon nous rappellent que la véritable révolution ne serait pas la généralisation des agents qui produisent du code, mais le moment où les machines pourraient faire ce que, selon Huang, elles ne savent pas encore faire: bâtir une entreprise comme Nvidia — ou même diriger des États entiers.

Savoir si ce moment est déjà arrivé, ou s’il aura lieu dans cinq ou cinquante ans, n’est pas seulement une prédiction technologique. C’est une lutte pour savoir qui pourra définir ce qu’est l’intelligence, tout simplement.

La Civilisation de la Lumière contre les ennemis de l’Homme

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La Civilisation de la Lumière contre les ennemis de l’Homme

L’Idée survit à chaque assassinat

Alexandre Douguine

Alexandre Douguine sur le martyre d’Ali Larijani, la philosophie du sacrifice et la guerre pour l’avenir du monde.

Le dirigeant iranien Ali Larijani a été tué par la coalition américano-israélienne.

Une fois de plus, «l’unité n’a pas remarqué la perte d’un combattant».

L’Iran donne à l’humanité une leçon d’anthropologie véritable: l’individu ne compte pas; ce qui compte, c’est la personne. La personne, c’est celui qui est prêt à mourir pour l’Idée. L’Idée trouvera de nouveaux individus qui s’élèveront pour la défendre et deviendront des personnes. Voilà l’immortalité dans l’Idée—en Dieu, dans la Vérité.

Un être humain ne commence à signifier quelque chose que lorsqu’il se redresse en flèche vers le ciel. Sinon, il n’est qu’un ver.

L’Iran est une civilisation de lumière. Elle est composée d’âmes dressées à la verticale. L’une remplace l’autre dans la guerre absolue de la lumière.

Dans le mysticisme islamique, l’individu (nafs) est considéré comme «le diable intérieur». Seul celui qui l’a vaincu est vraiment humain.

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Le merveilleux philosophe iranien Ali Larijani (avec qui j’ai longuement parlé des anges, de l’immortalité et de l’homme de lumière) a été tué. Pas dans un bunker, pas dans un abri. Il allait rendre visite à ses enfants. C’est là qu’un missile sioniste l’a rattrapé.

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Un homme lumineux de plus a pris sa place: Saeed Jalili. Avec lui aussi, j’ai longuement discuté de la Quatrième Théorie Politique. C’est une guerre de philosophes. C’est la guerre de l’Homme contre l’ennemi du genre humain.

Les États-Unis et Israël forment une coalition de l’enfer. Ils tuent. Mais Dieu suscite de nouveaux héros pour remplacer les morts. De nouveaux philosophes.

Voilà pourquoi la philosophie est si importante. Et tant que la Russie ne se tournera pas vraiment vers la philosophie authentique et la profondeur de la religion, nous ne gagnerons pas. C’est une guerre sacrée. En elle, l’essentiel est l’Idée.

Netanyahou, qui semble être en vie (bien que cela reste incertain), a montré à l’ambassadeur américain Huckabee une feuille de papier portant les noms de ceux qui ont déjà été désignés pour être assassinés prochainement. Les deux ont ri et plaisanté en disant qu’ils avaient cinq doigts au lieu de six, comme dans la précédente simulation d’IA.

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Le chef du département antiterroriste américain, Joe Kent (photo), a démissionné pour protester contre l’agression envers l’Iran et contre le fait que l’Amérique soit dirigée par des sionistes.

Alex Jones qualifie ouvertement tout ce qui se passe aux États-Unis de «coup d’État sioniste».

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D’anciens opposants à Trump au sein du Parti républicain, dont Mitch McConnell (photo), et même certains démocrates se rapprochent prudemment de lui. Il est révélateur que l’ultra-russophobe McFaul soit lui aussi prêt à le soutenir, n’exprimant que le souhait que Trump commence à traiter la Russie comme il traite l’Iran—et aussi vite que possible.

Trump lui-même affirme que « Poutine a peur de lui ». Bien sûr, ce n’est pas vrai, mais à certains moments dans les « négociations de paix », qui sont absurdes et mal conçues, sur l’Ukraine entre Moscou et Washington lui ont donné matière à le croire. C’est très dangereux. Tout signe de faiblesse, même imaginaire, ne fait qu’encourager davantage ces maniaques.

À mesure que Trump perd ses propres partisans—qu’il a profondément trahis—il gagne progressivement le soutien des pires élites mondialistes.

Pour Trump, les priorités sont l’Iran et l’Amérique latine. Il a déjà commencé à menacer ouvertement d’intervenir au Brésil et a décidé depuis longtemps de détruire Cuba. Pour l’instant, il ne souhaite manifestement pas se concentrer sur l’Ukraine, même s’il y est de plus en plus poussé. Pour le moment.

La crainte inspirée par le premier Trump, lorsque celui-ci promettait de détruire les mondialistes et a ainsi remporté la présidence, plane encore. Soros continue d’activer ses réseaux pour s’opposer à Trump (Soros déteste aussi Netanyahou). Mais Trump mène désormais une politique de mondialisme agressif et militant, cherchant à tout prix à préserver l’hégémonie occidentale et le monde unipolaire. À un moment donné, il se retournera aussi contre la Russie. L’Ukraine n’est actuellement pas au centre de l’attention, ce qui inquiète Zelensky, mais ce n’est que temporaire.

Notre seul espoir maintenant, avec la Chine, c’est que l’Iran tienne et atteigne ses objectifs au Moyen-Orient. Cela reste possible, bien que cela se fasse au prix d’immenses sacrifices. Si l’Iran tombe, l’Occident s’abattra sur nous. La Chine serait la suivante.

Aussi divisé que l’Occident puisse paraître aujourd’hui en cinq pôles—Trump, l’UE, l’Angleterre, les purs mondialistes et Israël—sur certaines questions, ils agissent ensemble. Après tout, ils forment à eux tous l’Occident. Oui, il y a de profondes dissensions entre eux, mais il existe toujours un dénominateur commun, et la restructuration des relations se poursuit sans cesse. La Russie ne peut compter sur la bienveillance d’aucun de ces pôles. Ils sont tous des ennemis—à des degrés divers, dans des contextes différents, et en diverses combinaisons.

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Ce n’est qu’aujourd’hui que l’on saisit toute la profondeur du crime immense commis par la direction soviéto-russe des années 1980 et 1990: ils ont volontairement démantelé le Pacte de Varsovie, dissous l’URSS en tant que superpuissance et aboli unilatéralement le monde bipolaire.

Jusqu’à aujourd’hui, ils n’ont pas été jugés comme ils le mériteraient. Ce fut un complot contre la Russie—contre l’État, le peuple et la civilisation. À l’époque, cela a réussi. Ce fut une véritable opération de changement de régime et une prise de pouvoir dans le pays par un groupe agissant dans l’intérêt d’un État hostile. Il n’y a pas d’autre interprétation possible pour les années 1990.

Poutine a engagé le processus héroïque de restauration de notre souveraineté. Cela dure depuis de nombreuses années et s’est révélé une tâche d’une difficulté extraordinaire.

Plus Poutine insiste sur l’indépendance de la Russie, sur la multipolarité et sur l’idée d’un État-civilisation, plus l’Occident accroît sa pression sur la Russie. Le niveau croissant d’escalade reflète le renforcement de la volonté russe pour sa souveraineté. L’Occident ne veut pas l’accepter. Son objectif est d’en finir avec la Russie.

À mon sens, il est temps de changer notre attitude envers l’Ukraine. Elle s’est révélée être un adversaire très sérieux. Oui, tout l’Occident collectif la soutient. Mais beaucoup dans cette guerre dépend aussi de sa population. L’ennemi s’est avéré plus fort que ce que nous pensions. Et nous, clairement, le contraire.

Dans le même temps, sentant sa force, l’ennemi entend à tout prix nous enlever nos terres, tandis que nous adoptons progressivement une posture défensive—laissons-nous ce qui est à nous et nous serons tranquilles. L’ennemi interprète cela sans ambiguïté comme une faiblesse, ce qui ne fait que renforcer sa détermination à poursuivre la guerre.

Il n’y a qu’une seule issue à cela: des réformes fondamentales en Russie elle-même. L’identification claire des centres de faiblesse, des changements de personnel, peut-être même d’institutions, et l’énonciation claire des objectifs maximaux de la guerre: la capitulation inconditionnelle du régime de Kiev et le transfert de toute l’Ukraine sous notre contrôle stratégique.

Si les tendances actuelles se poursuivent, un tel objectif restera hors de portée. Cela signifie que nous devons changer nous-mêmes. Nous n’avons tout simplement pas d’autre choix. Une attitude hésitante et défensive ne peut garantir aucune paix, encore moins une paix durable. Il faut une nouvelle stratégie, ainsi qu’un renforcement radical de notre potentiel, y compris sur le plan spirituel.

Nous avons deux exemples tirés du 20ème siècle: la Première Guerre mondiale et la Seconde Guerre mondiale (la Grande Guerre patriotique). La première a mené la Russie à l’effondrement. La seconde, à la grandeur.

Lors de la Première Guerre mondiale, le peuple n’était pas inspiré. Lors de la Grande Guerre patriotique, il l’était.

Nos négociations avec Washington, par leur style et leur ton, ne ressemblent en rien à la Grande Guerre patriotique. Elles minent le moral de ceux qui sont entièrement dévoués à la Victoire. Les processus inertiels hérités des années 1990 continuent également d’agir de manière asphyxiante.

L’Ukraine s’est avérée être un adversaire coriace. Notre victoire n’en sera que plus grande.

16:52 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : russie, iran, actualité, alexandre douguine | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

jeudi, 26 mars 2026

Les États-Unis entreprennent la reconquête de l’Amérique latine («Opération Extermination Totale»)

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Les États-Unis entreprennent la reconquête de l’Amérique latine («Opération Extermination Totale»)

Nick Turse 

Source: https://mpr21.info/estados-unidos-emprende-la-reconquista-de-latinoamerica-operacion-exterminio-total/

La semaine dernière, un haut responsable du Pentagone a révélé que les guerres américaines dans l’hémisphère occidental s’étendaient et a présenté la dite « Opération Extermination Totale ». Les attaques contre les cartels de la drogue latino-américains ne sont « que le début », a déclaré Joseph Humire, sous-secrétaire intérimaire à la Guerre pour la Défense nationale et les Affaires de sécurité des Amériques, devant les membres du Comité des services armés du Congrès.

250918-D-D0439-0001-3573530455.jpgHumire (photo) a indiqué que de nombreux autres assauts étaient à prévoir en Amérique latine. Ces déclarations sont intervenues un jour après que le président Donald Trump a de nouveau évoqué l’annexion américaine de Cuba. «Je pense que j’aurai l’honneur de prendre Cuba», a-t-il déclaré la semaine dernière. «Qu’il s’agisse de la libérer ou de la prendre, je crois que je peux en faire ce que je veux».

Humire a annoncé que le Département de la Guerre soutenait «des actions cinétiques bilatérales contre des cibles liées aux cartels le long de la frontière entre la Colombie et l’Équateur». Il faisait référence aux attaques du 3 mars contre des «organisations qualifiées de terroristes» mais non identifiées. «L’effort conjoint, appelé ‘Opération Extermination Totale’, marque le début d’une offensive militaire de l’Équateur contre les organisations criminelles transnationales avec le soutien des États-Unis», a-t-il déclaré.

La campagne américano-équatorienne s’est déjà étendue à la Colombie après le bombardement d’une ferme, ou l’impact d’une bombe par ricochet, le 3 mars, qui a laissé un engin non explosé de 227 kilos dans la zone frontalière colombienne.

Humire a évoqué les « attaques terrestres conjointes » que les États-Unis menaient en Équateur avec «des dispositifs qu’ils n’auraient autrement pas». «Oui, comme l’a dit le président, nous bombardons aussi des narcoterroristes sur le territoire», a écrit le Secrétaire à la Guerre, Pete Hegseth, le 6 mars, en annonçant une nouvelle attaque.

Quelques jours plus tard, dans un rapport sur les pouvoirs de guerre annonçant l’intervention de l’armée américaine dans les hostilités dans ce pays, la Maison-Blanche a informé le Congrès de «l’action militaire menée le 6 mars 2026 contre des installations de narcoterroristes affiliés à une organisation considérée comme terroriste».

360w_q75-2908136150.jpgLance du Sud/Southern Spear

Les attaques en Équateur font aussi partie de l’Opération Lance du Sud, et représentent une extension de celle-ci: la campagne illégale de frappes de l’armée américaine contre des embarcations dans la mer des Caraïbes et l’océan Pacifique oriental. Les États-Unis ont mené 46 attaques depuis septembre 2025, détruisant 48 embarcations et causant la mort de près de 160 civils. La dernière attaque, le 19 mars dans l’océan Pacifique, a coûté la vie à deux personnes de plus et fait un survivant. Le gouvernement Trump affirme que ses victimes sont membres d’au moins l’un des 24 cartels et bandes criminelles contre lesquels il prétend être en guerre, mais refuse de les nommer.

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Le général Francis Donovan (photo), commandant du Southcom, a déclaré la semaine dernière devant les membres du Congrès que «les attaques de bateaux ne sont pas la solution», mais a laissé entendre une campagne encore plus vaste. «Ce que nous lançons actuellement pourrait être une extension de l’Opération Lance du Sud, mais il s’agit en réalité d’un processus de lutte contre les cartels qui génère une friction systémique totale dans tout ce réseau», a-t-il dit aux membres du Comité des services armés du Sénat. «Je pense que ces attaques cinétiques [par bateaux] n’en sont qu’une petite partie».

Humire n’a pas pu préciser le nombre d’attaques terrestres menées dans près de 20 pays d’Amérique latine et des Caraïbes. «Je n’ai pas de chiffre exact», a-t-il répondu à une question. Mais lorsque Adam Smith lui a demandé si le Département de la Guerre «lancerait beaucoup plus d’attaques terrestres», Humire a répondu: «Oui, Monsieur le député».

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La dissuasion contre les narcos

Humire a affirmé que la campagne menée par les États-Unis et l’Équateur «fixait le cadre pour des opérations régionales de dissuasion contre l’infrastructure des cartels dans toute l’Amérique latine et les Caraïbes». Le terme «dissuasion» est devenu un euphémisme populaire au Pentagone pour désigner l’utilisation de frappes létales, contrairement aux efforts antérieurs du gouvernement américain qui consistaient à mobiliser des moyens économiques, diplomatiques et militaires pour convaincre les adversaires d’abandonner une certaine ligne d’action. «La dissuasion a un effet dissuasif sur les narcoterroristes et augmente les risques associés à leurs mouvements», a déclaré Humire.

En janvier, les États-Unis ont attaqué le Venezuela et ont kidnappé Maduro. Maintenant, le pays est gouverné par un régime fantoche. Les procureurs ont préparé une accusation pénale contre la présidente intérimaire vénézuélienne, Delcy Rodríguez, la menaçant de poursuites pour corruption et blanchiment d’argent si elle ne continue pas à obéir aux ordres du gouvernement Trump.

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Le gouvernement Trump mène également une opération de changement de régime à Cuba, tentant de renverser le président Miguel Díaz-Canel (photo) comme condition préalable aux négociations entre les États-Unis et le gouvernement de La Havane. Les rumeurs évoquent Raúl Guillermo Rodríguez Castro, petit-fils de l’ancien président cubain Raúl Castro, aujourd'hui âgé de 94 ans. Díaz-Canel a fait référence aux plans américains de «s’emparer du pays» et a déclaré que les États-Unis feraient face à une «résistance imprenable».

«Je contrôle Cuba», a récemment déclaré Trump, soulignant que sa coûteuse guerre de changement de régime au Moyen-Orient est pour le moment prioritaire. «Nous nous occuperons d’abord de l’Iran, avant de passer à Cuba». Trump a imposé un blocus pétrolier à Cuba en janvier, plongeant le pays dans la crise. Le réseau électrique national de l’île s’est déjà effondré trois fois ce mois-ci, avec une panne qui a duré plus de 29 heures.

Nick Turse

Voir également: https://theintercept.com/2026/03/23/trump-operation-total...

 

L’Europe dans le piège énergétique qu’elle s’est elle-même construit

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L’Europe dans le piège énergétique qu’elle s’est elle-même construit

Giuseppe Gagliano

Source: https://it.insideover.com/energia/leuropa-nella-trappola-...

Sanctions, guerre et dépendance: le bilan stratégique d’une erreur politique.

La crise énergétique européenne n’a pas surgi soudainement et ne peut être expliquée uniquement par la dernière escalade militaire au Moyen-Orient. La guerre liée à l’Iran a eu, si l’on veut, le mérite brutal de rendre visible une fragilité que l’Europe traînait depuis des années, et que les élites dirigeantes du continent ont longtemps préféré masquer par des formules idéologiques, des slogans moraux et des décisions politiques dépourvues de réelle profondeur stratégique.

Aujourd’hui, le résultat est sous les yeux de tous: au moment où l’énergie redevient le fondement matériel de la puissance, l’Europe découvre qu’elle est le seul grand espace économique dépourvu d’autonomie suffisante et de réelle capacité à protéger ses propres intérêts.

Ce n’est pas la dépendance à la Russie, mais à l’énergie

Pendant des années, le débat européen a été déformé par une représentation simpliste: on disait que l’Europe devait se libérer de la dépendance à la Russie, comme si le problème était exclusivement politique et non structurel.

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En réalité, le vrai enjeu n’était pas Moscou en soi, mais la dépendance européenne à une énergie bon marché, continue et abondante, quelle qu’en soit la provenance. Lorsque cette architecture s’est brisée, le continent n’a pas construit de véritable alternative: il a simplement remplacé une vulnérabilité par une autre, souvent plus coûteuse, plus instable et plus exposée aux tensions géopolitiques mondiales.

La rupture avec la Russie n’a donc pas permis une libération stratégique, mais a placé l’Europe dans une position subordonnée au sein d’un marché énergétique plus incertain. Moscou, de son côté, a constaté que son avenir économique se jouerait de moins en moins sur le marché européen et de plus en plus dans l’espace eurasiatique. Cela signifie que l’Europe n’a pas seulement perdu une source d’approvisionnement: elle a également perdu le pouvoir d’être le centre naturel de gravité d’une relation énergétique fondamentale.

Le retour de la géographie face aux illusions européennes

La crise a remis au premier plan un fait élémentaire que les élites européennes ont tenté d’ignorer: on n’efface pas la géographie par des sanctions ou des déclarations politiques. Russie, États-Unis et Chine disposent, sous des formes diverses, de leviers énergétiques, d’une masse territoriale, d’une capacité industrielle ou d’outils pour assurer leur accès aux ressources. L’Europe, non. Et lorsque la sécurité des routes est menacée, lorsque le Golfe s’agite, lorsque les prix explosent et que le marché réagit au risque avant même le dommage réel, le continent découvre qu’il ne dispose pas de marges de manœuvre équivalentes à celles de ses concurrents stratégiques.

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L’effet économique est immédiat. L’énergie chère se répercute sur les coûts industriels, déprime la compétitivité, érode les marges des entreprises, réduit la consommation et accentue les fractures sociales. L’effet géo-économique est encore plus grave: une Europe qui paie son énergie plus cher que ses rivaux devient une Europe moins capable de défendre sa base productive et plus vulnérable à la désindustrialisation. La rhétorique de la transition verte, si elle n’est pas accompagnée d’une stratégie de puissance, risque alors de devenir un accélérateur de dépendance plutôt qu’une issue de secours.

Sanctions: l’arme qui a blessé celui qui la maniait

C’est ici que surgit le point politique le plus gênant. Les sanctions devaient frapper l’adversaire et affaiblir sa capacité de résistance. En partie, elles ont eu des effets, mais elles ont aussi engendré des conséquences inverses à celles recherchées. Elles ont accéléré le détachement de la Russie vis-à-vis de l’Europe, favorisé de nouveaux liens économiques en Eurasie et contraint le continent européen à payer un prix interne bien plus élevé que prévu.

Voilà la véritable leçon stratégique: la guerre économique n’est jamais un exercice abstrait. Si celui qui la mène ne dispose pas de ressources, de résilience industrielle, de contrôle logistique ni d’alternatives crédibles, il risque de se blesser lui-même avant même d’atteindre la cible. L’Europe a cru pouvoir utiliser le marché comme un instrument de coercition, mais elle a fini par découvrir que le marché énergétique est avant tout un champ de forces gouverné par ceux qui possèdent les matières premières, les routes, les capacités militaires et une vision à long terme.

Le scénario qui s’ouvre

À court terme, l’Europe restera exposée à la volatilité du Moyen-Orient, aux tensions sur les routes maritimes et à la concurrence mondiale pour le gaz et le pétrole. À moyen terme, elle devra choisir entre continuer à subir les prix et les décisions venues d’ailleurs ou se doter d’une politique énergétique réellement stratégique, fondée non sur des moralisations sélectives, mais sur la sécurité des approvisionnements, l’investissement dans les infrastructures et la protection de la capacité industrielle. À long terme enfin, la question énergétique décidera d’une partie essentielle du destin géopolitique du continent : celui qui ne contrôle pas au moins partiellement son énergie ne contrôle pas son économie, et celui qui ne contrôle pas son économie n’a pas de souveraineté politique réelle.

L’erreur européenne, en somme, a été celle-ci: confondre la posture morale avec la stratégie, la déclaration avec la puissance, le désir avec le rapport de force. Maintenant, la facture arrive. Et ce n’est pas seulement une facture économique. C’est le prix géopolitique de l’impuissance.

L’UE n’échappe pas à la dépendance – elle ne fait que la remplacer

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L’UE n’échappe pas à la dépendance – elle ne fait que la remplacer

Elena Fritz

Source: https://t.me/global_affairs_byelena#

Pendant des années, Bruxelles a reproché à la Russie d’utiliser l’énergie comme instrument de pression géopolitique. Or, un constat évident s’impose aujourd’hui: ce contre quoi on était censé se protéger menace désormais de venir de Washington.

Si l’UE ne ratifie pas l’accord avec les États-Unis, elle risque de se retrouver, précisément au moment d’une nouvelle tension énergétique, sans GNL américain. Le prix politique à payer serait colossal: 15% de droits de douane sur l’ensemble des exportations européennes vers les États-Unis.

Cela révèle la véritable nature du sujet: il n’est pas question de «valeurs», ni de «partenariat», mais d'une puissance qui s'exerce par la dépendance. Celui qui fournit l’énergie influence non seulement les marchés, mais aussi les décisions politiques.

La contradiction fondamentale est évidente:

L’UE voulait se détacher des ressources énergétiques russes pour gagner en souveraineté. En réalité, elle n’a pas gagné une véritable souveraineté dans de nombreux domaines, mais a simplement changé de partenaire pour perpétuer sa dépendance. La dépendance au gaz russe acheminé par pipeline s'est transformée en une dépendance au GNL américain.

Et cette nouvelle dépendance est plus coûteuse à plusieurs égards:

- économiquement, car le GNL est plus cher;

- industriellement, car des prix élevés de l’énergie affaiblissent la compétitivité de l’Europe;

- politiquement, car l’approvisionnement est désormais ouvertement lié à des exigences commerciales.

Les tant vantées «molécules de liberté» se révèlent ainsi être un boulet doré d'ordre géopolitique. L’Europe ne paie pas seulement un prix plus élevé par livraison – elle paie avec sa marge de manœuvre stratégique.

Pour l’Allemagne, la situation est particulièrement sensible. Car ici, dépendance énergétique, orientation vers l’exportation et vulnérabilité industrielle convergent directement. Lorsque la sécurité d’approvisionnement est conditionnée politiquement et que l’exportation est frappée simultanément de droits de douane, il ne s’agit plus d’un fonctionnement normal du marché. L’énergie devient alors une arme, et le commerce un instrument pour imposer la discipline.

La conclusion est inconfortable:

L’Europe n’a pas surmonté la dépendance russe, elle l’a transformée en une dépendance américaine.

Qui, tout simplement, est plus chère.

Qui, tout aussi simplement, est plus instable.

Et politiquement parlant, elle est nettement plus humiliante.

#géopolitique@global_affairs_byelena

Dans l'impasse

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Dans l'impasse

par Daniele Perra

Source : Daniele Perra & https://www.ariannaeditrice.it/articoli/vicolo-cieco

Cette histoire de Donald J. Trump qui continue de proclamer une victoire qui n’existe pas, avec un « changement de régime » qui n’a pas eu lieu, devient lassante. Cela rappelle ce fameux adage (à tort attribué à Goebbels) selon lequel, si l’on répète un mensonge suffisamment grand un nombre incalculable de fois, les gens finiront par y croire. C’est un peu comme si Mussolini, quatre semaines après l’attaque contre la Grèce, avait proclamé la victoire alors que les troupes étaient embourbées en Épire et que les Grecs se préparaient à contre-attaquer.

J’ai jeté un œil aux « quinze points » proposés par Washington, qui devraient constituer la base d’une négociation. Précisons que, avec la fermeture du détroit d’Ormuz (où passent non seulement le trafic pétrolier mais aussi de nombreux câbles sous-marins essentiels au trafic mondial d’internet), l’Iran se retrouverait en position de force à la table des négociations (par conséquent, je pense que le conflit se poursuivra encore jusqu’à une nouvelle folie des États-Unis ou d’Israël).

Ce qui frappe avant tout, c’est la « levée totale des sanctions ». Cela revient, de fait, à une reconnaissance de la défaite/de l’échec, si l’on considère que l’administration Trump a bâti sa propagande de guerre (notamment sur le plan intérieur) en soulignant qu’Obama et Biden avaient «offert de l’argent à l’Iran» (en réalité, il s’agissait de fonds iraniens gelés aux États-Unis).

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Il est également exigé la destruction des sites d’Ispahan, Fordow et Natanz (photo). Mais les États-Unis ne les avaient-ils pas déjà détruits à la fin de la «guerre des 12 jours» lors de leur « terrific victory », et maintenant à nouveau ? On demande à l’Iran de ne pas construire d’armes nucléaires, alors que les États-Unis ont éliminé celui qui s’est toujours opposé à la fabrication d’armes de destruction massive au nom des préceptes islamiques (Khamenei), ainsi qu’Ali Larijani, celui qui, plus que tout autre, s’était montré par le passé ouvert à une solution négociée.

On exige l’arrêt du programme balistique, alors que Hegseth et le Pentagone ne cessent d’énumérer de supposées données sur sa destruction. De plus, Washington exige de participer au développement du nucléaire civil iranien (ce qui sera difficilement acceptable pour Téhéran) afin de limiter le rôle de la Russie (certains parlent-ils encore de «l’esprit d’Anchorage»?). Enfin, il n’existe aucune véritable garantie de sécurité pour Téhéran, qui serait définie ultérieurement, laissant une nouvelle fois la porte ouverte à une intervention militaire, qui est toujours bienvenue pour Israël.

Inutile de dire que Washington cherche simplement un moyen de sortir d’une impasse.

Pendant ce temps, Israël fait sauter les ponts sur le fleuve Litani, tente d’annexer le sud du Liban et lance une opération de nettoyage ethnique qui pourrait entraîner la migration forcée d’un million de personnes. Mais, bien sûr, personne n’en parle.

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mercredi, 25 mars 2026

Guerre d’Iran: Trump a atteint l’objectif de faire dominer les États-Unis sur le marché mondial du GNL

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Guerre d’Iran: Trump a atteint l’objectif de faire dominer les États-Unis sur le marché mondial du GNL

La guerre contre l’Iran ne se déroule pas bien pour les États-Unis, mais Trump a tout de même atteint un objectif important. Après la neutralisation d’installations majeures de GNL au Qatar, les États-Unis vont dominer le marché mondial du GNL (gaz naturel liquéfié) dans les prochaines années et pourront exercer une pression et une influence sans précédent sur les économies d’autres pays.

par Anti-Spiegel

Source: https://anti-spiegel.ru/2026/trump-hat-das-ziel-erreicht-...

Lorsque les États-Unis ont publié leur nouvelle stratégie de sécurité nationale à la fin de l’année dernière, mon analyse initiale s’est révélée très juste. Dans cette stratégie, l’Asie – après les continents américains – est la région la plus importante au monde pour Trump, et le pays le plus crucial est bien sûr la Chine, considérée par les États-Unis comme leur principal concurrent.

La stratégie de sécurité de Trump

Cependant, Trump ne souhaite pas une guerre contre la Chine, comme le rêvent de nombreux faucons à Washington. Dans sa stratégie de sécurité, Trump a écrit que la région Indo-Pacifique serait l’un des principaux «champs de bataille géopolitiques», car elle «contribue déjà à près de la moitié du PIB mondial (…) et cette part ne cessera d’augmenter au 21ème siècle». On a laissé la Chine devenir trop puissante et il faut changer de politique, car la Chine représente un défi économique, mais une guerre doit être évitée. La nouvelle stratégie considère donc la Chine avant tout comme un défi économique et réaffirme que Washington «réorientera ses relations économiques avec la République populaire de Chine et accordera la priorité à la réciprocité et à l’équité pour restaurer l’indépendance économique américaine».

En d’autres termes: battre la Chine sur le plan économique est une des principales priorités de Trump en politique étrangère. Et en janvier, j’ai expliqué dans une autre analyse que Trump veut restaurer la domination mondiale des États-Unis via la suprématie sur les marchés énergétiques mondiaux.

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Il suffit donc de rassembler ces éléments pour comprendre que, par la guerre contre l’Iran, Trump tente précisément d’atteindre cet objectif. La guerre ne se déroule pas du tout comme prévu pour les États-Unis, mais Trump semble avoir atteint son objectif principal: dominer les marchés du GNL et du pétrole, et affaiblir la Chine à travers les conséquences du conflit.

La domination sur le marché du GNL

Avant la guerre contre l’Iran, les cinq premiers producteurs de GNL étaient: les États-Unis (102 millions de tonnes par an), l’Australie (82 millions de tonnes), le Qatar (77 millions), la Russie (37 millions) et la Malaisie (32 millions). Les États-Unis, l’Australie et le Qatar produisaient ainsi 60% du GNL mondial.

Si le Qatar est complètement hors-jeu, cela représente environ 18% du GNL mondial en moins. Par conséquent, le pouvoir de marché des autres grands acteurs, les États-Unis et l’Australie, augmente, sachant que l’Australie est un allié fidèle des États-Unis. Ces deux pays fourniraient alors ensemble la moitié du GNL mondial, ce qui leur conférerait une puissance de marché inédite.

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La Chine a certes diversifié ses importations de pétrole et de gaz, mais une part importante de ses approvisionnements provient toujours du Golfe, notamment du Qatar, qui est un fournisseur clé de GNL. Mais après que les installations de GNL au Qatar ont été gravement touchées par la guerre, il est déjà clair que le Qatar sera incapable de livrer autant de GNL qu’avant, et ce pendant des années, car la réparation des dégâts devrait, selon les experts, durer jusqu’à cinq ans.

La diminution du GNL disponible sur les marchés mondiaux entraînera une forte hausse des prix pendant des années, ce qui posera de sérieux problèmes aux économies importatrices, y compris à la Chine.

En raréfiant le GNL via cette guerre, Trump a mis en œuvre l’un des objectifs de sa stratégie de sécurité: attaquer et affaiblir l’économie chinoise. Ce sera une conséquence inévitable du conflit, car la Russie ne pourra pas compenser le manque – et la Russie ne renoncera évidemment pas à profiter des prix élevés du GNL sur le marché.

De la même manière que la Chine a profité de fortes réductions sur le pétrole russe en raison des sanctions occidentales, la Russie se réjouira de pouvoir vendre son gaz de pipeline et son GNL plus cher à la Chine grâce à la crise énergétique à venir. Pour des raisons politiques, la Chine restera sans doute un client privilégié de la Russie, mais la Russie ne fera pas de cadeaux non plus.

Quelles conséquences pour l’Europe ?

Même si Trump parle de manière très désobligeante de la politique européenne, il n’a ni totalement abandonné ni négligé l’Europe. Pour lui, l’Europe reste un contrepoids à la Russie, et bien sûr un réservoir financier à exploiter.

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Il l’a prouvé de manière très claire. Il suffit de se rappeler les 5% du PIB pour la défense imposés à l’OTAN (dont la majeure partie ira à des entreprises américaines), ou encore l’accord commercial qu’il a arraché l’été dernier à la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, dans lequel l’UE a supprimé tous les droits de douane sur les produits américains, mais accepté que ses propres produits soient taxés à 15% lors de leur entrée aux États-Unis. Et ainsi de suite: en une seule année, Trump a extorqué autant d’argent à l’UE que peu de présidents américains avant lui en aussi peu de temps.

Et maintenant que des tensions apparaissent en Europe, car l’accord commercial est jugé unilatéral et injuste et que les ambitions de Trump sur le Groenland ne plaisent pas aux Européens, les États-Unis viennent de menacer d’arrêter les livraisons de GNL à l’UE si elle ne ratifie pas l’accord sans modifications.

La politique énergétique de l’UE, dictée par des idéologues fanatiques (désolé, on ne peut pas les qualifier autrement), demeure inchangée: pas d’importations de pétrole ou de gaz russe, préférant imposer des rationnements d’électricité plutôt que d’acheter à Moscou. L’UE s’est ainsi livrée pieds et poings liés à Trump, qui ne manquera pas d’en profiter, comme le montre le chantage actuel sur les livraisons de GNL.

Et il ne faut pas croire qu’un président démocrate changerait la donne, car le plan de rendre l’UE dépendante des États-Unis pour son pétrole et son gaz, afin de mieux la contrôler politiquement, a été poursuivi par tous les présidents américains depuis vingt ans. Il suffit de se rappeler la menace de Biden contre Nord Stream en présence du chancelier Scholz, et le sabotage des gazoducs qui s’ensuivit quelques mois plus tard.

Le succès de Trump, qui pourrait lui coûter cher

Néanmoins, il faut reconnaître que la guerre contre l’Iran ne se déroule pas comme Trump l’avait prévu. Après l’échec de la guerre-éclair et de la décapitation rapide du régime, Trump se retrouve empêtré dans un long conflit, très impopulaire auprès de sa base, car il avait promis le contraire en campagne électorale, et parce que les prix de l’essence ont fortement augmenté aux États-Unis, ce qui n’était certainement pas son intention.

Cela n’empêche pas que Trump ait fait un grand pas vers son objectif de dominer les marchés mondiaux du pétrole et du gaz, ce qui constitue un succès pour lui.

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La question est maintenant de savoir s’il parviendra à vendre ce succès à ses partisans ou s’ils s’en désintéresseront, «America first» n’étant pour eux pas tant la suprématie mondiale des États-Unis que leur propre niveau de vie, qui souffre des conséquences de la guerre.

Dans cette perspective, le succès de Trump pourrait littéralement lui coûter sa place lors des élections de mi-mandat. Si les démocrates remportent les deux chambres du Congrès, une nouvelle procédure de destitution sera inévitable. Et alors, le nouveau président américain s’appellerait J.D. Vance, ce qui rebattrait de nombreuses cartes.

L’erreur eschatologique de Thiel

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L’erreur eschatologique de Thiel

Alexandre Douguine

Alexandre Douguine soutient que Thiel déforme le concept de Katechon en le liant à l’accélération technologique, tout en réduisant l’Antéchrist au globalisme libéral.

Il est positif que Thiel parle de l’Antéchrist et du Katechon. Ce sont des sujets réellement d’actualité aujourd’hui. Mais ce qu’il en dit relève d'une grande confusion. Il réduit l’Antéchrist au seul globalisme libéral de gauche (Gouvernement mondial, Soros, Greta). Ce n’est qu’une partie de la vérité. Ils en font partie.

Mais son interprétation du Katechon, qu’il identifie à l’intelligence artificielle, aux hautes technologies et à l’accélérationnisme post-libéral, est étrange et totalement inadéquate. Le Katechon, selon Carl Schmitt, est l’État organisé verticalement, comme le Léviathan de Hobbes. La version la plus authentique est l’Empire chrétien: byzantin pour nous, romain pour les catholiques.

Le changement posthumaniste des corps, le contrôle total de Palantir, la génétique et les élites d’Epstein gouvernant le monde depuis leurs bunkers n’ont absolument rien à voir avec le Katechon. C’est plutôt l’autre face du même Antéchrist. L’Antéchrist est l’Ennemi (antikeimenos) du Katechon.

Ainsi, la Russie katechonique combat le gouvernement mondial, mais le projet de Thiel n’est pas une alternative. Il fait partie du même Antéchrist.

D’ailleurs, la prophétie chrétienne orthodoxe identifie également le Mashiah juif à l’Antéchrist. C’est un troisième aspect qui explique notre attitude face au sionisme. La théologie protestante dispensationaliste et le sionisme chrétien évangelical appartiennent au même ensemble de concepts.

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Fait intéressant, l’eschatologie islamique (pas seulement chiite mais aussi sunnite, sauf le salafisme, le wahhabisme et l’EI contrôlés par le Mossad) coïncide plus ou moins avec l’orthodoxie chrétienne. Les musulmans interprètent le sionisme et l’Occident moderne en général comme le Dajjal (=Antéchrist). Exactement comme nous.

Selon certains hadiths, la bataille finale opposera d’un côté le Dajjal (sionisme/dispensationalistes américains) et de l’autre l’alliance de l’islam (le Mahdi) et de Rûm (christianisme orthodoxe – le Katechon).

Les « tech bros » (Alex Karp et d’autres) se placent clairement du côté de l’Antéchrist. Ils appellent simplement à faire tomber les masques du libéralisme pour imposer directement la domination de l’Antéchrist.

Il existe aussi le « British Israelism » qui affirme que les Anglo-Saxons sont les dix tribus perdues d’Israël. D’où le messianisme anglo-saxon pur, l’hégémonisme, Cecil Rhodes et la géopolitique thalassocratique de Mackinder/Brzezinski. Encore un autre visage de l’Antéchrist.

Voilà où nous en sommes.

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Agressions voyoucratiques

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Agressions voyoucratiques

par Georges Feltin-Tracol

Finies les spéculations oiseuses ! Les masques tombent enfin ! En dépit de quelques frappes inacceptables contre la Syrie néo-baasiste du président Bachar al-Assad sous son premier mandat, Donald Trump exprimait souvent en public sa réticence à toute intervention militaire extérieure. Insensibles au tourbillon MAGA, les responsables du parti républicain d’alors alimentaient cette attitude d’autant qu’ils incarnaient des adultes dans une chambre soumise au bon vouloir d’un garnement plus que gâteux.

Pour son second mandat, Trump a évincé ces « adultes » en faveur de fidèles prêts à suivre leur champion dans toutes les aventures possibles. La nomination de Marco Rubio, néo-conservateur assumé, comme secrétaire d’État en est la première marque. Le choix de changer le département de la Défense en département de la Guerre en est une deuxième. L’enlèvement du président vénézuélien Nicolas Maduro et de son épouse au début de l’année 2026 entérine cette nouvelle disposition d’esprit belliciste !

imagfuryes.jpgLe déclenchement simultané des opérations israélienne « Lion rugissant » (détournement du symbole impérial iranien) et étatsunienne « Fureur épique » contre l’Iran ce 28 février 2026 signale le ralliement du trumpisme au néo-conservatisme. Soyons encore plus précis: on observe la synthèse des délires «néo-cons» et des ambitions sans limites de la faction technolâtre transhumaniste au sein de la mouvance MAGA. On supposait que les États-Unis trumpistes se contenteraient d’un grand espace englobant tout l’hémisphère occidental (les Amériques) élargi au Groenland, voire à l’Islande, ainsi qu’une partie de l’Océanie; c’était sans compter avec le gouvernement israélien d’émanation sioniste révisionniste qui entend désormais remodeler à son seul profit tout le Moyen-Orient. Toutefois, ayant déjà mis la main sur les vastes réserves en hydrocarbures du Venezuela, Washington cherche à contrôler la cinquième réserve pétrolière du monde et la deuxième en gaz. Des atouts non négligeables contre Moscou et Pékin…

Tel-Aviv et Washington se justifient en prétextant une soi-disant « guerre préventive ». Il est en réalité bien curieux d’assister à l’attaque concertée d’un État souverain, pas encore détenteur de l’arme nucléaire, par deux puissances atomiques militaires effectives, l’une officielle et l’autre officieuse qui l’a acquise au mépris renouvelé de tous les traités de non-prolifération. Elles violent la souveraineté de l’État iranien. Outre la fin définitive des recherches nucléaires militaires (et peut-être civiles), les deux agresseurs exigent aussi la fin du programme balistique, la disparition de la marine nationale iranienne et l’arrêt du soutien de Téhéran à ses mandataires: le Hezbollah libanais qui compte des unités de combat chrétiennes, le Hamas palestinien, les milices chiites en Irak et les partisans d’Allah au Yémen.

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Le conflit est-il formel? Le 4 mars, un sous-marin étatsunien a coulé au large du Sri Lanka la frégate iranienne Dena (photo), ce qui constitue un indéniable acte de guerre. Pourtant aucune guerre n’a été déclarée ! Les États-Unis et Israël pratiquent par conséquent un terrorisme de grande ampleur. On remarquera que le monde sportif n’a toujours pas exclu les équipes US et israélienne. Deux poids deux mesures…

Dans la journée du 6 mars, Donald Trump rejette toutes nouvelles négociations et, dans la continuité de la diplomatie yankee, réclame la reddition sans condition de l’Iran. Les agresseurs rêvent de transformer l’Iran en une autre Allemagne occidentale post-1945, énervée et dégénérée. Le dirigeant étatsunien veut dans le même temps qu’on lui rende compte du choix du successeur du Guide suprême de la Révolution islamique assassiné. Non content de gouverner les États-Unis depuis son terrain de golf en Floride, il veut s’occuper de Gaza, du Venezuela et maintenant de l’Iran !

imlionages.jpgComme ses soutiens déments de la Silicon Valley, le locataire de la Maison Blanche voit sa tête gonflée. Contre cette honteuse guerre, saluons – pour une fois – la réaction salutaire du président socialiste du gouvernement espagnol Pedro Sanchez. Dans la même veine, comme l’écrit fort bien dans une tribune parue dans Libération du 4 mars dernier, l’ancien premier ministre Dominique Galouzeau de Villepin qui prépare par ce biais sa candidature probable à la présidentielle de l’année prochaine, estime que « nous voyons […] se dessiner l’hubris impériale sous ses deux formes. Du côté américain, l’aspiration à la domination par la puissance, la tentation de substituer la contrainte à la procédure, de remplacer le cadre par la décision unilatérale. Du côté israélien, une logique de sécurité qui n’est plus seulement défensive, mais qui tend vers la domination et l’écrasement, partout où c’est jugé nécessaire, au profit de la fragmentation et des zones grises, du Sud-Liban au Sud-Syrie, du Yémen aux autres interstices où l’État s’efface ». Dans quelques mois, de tels propos tomberont-ils sous le coup de l’abjecte et funeste proposition de loi déposée par Caroline Yadan qui instaurerait un délit de blasphème géopolitique ? Il faut le craindre…

Oui, les masques tombent ! Sans rien comprendre des enjeux, les crétins droitards qui persistent à hanter les plateaux malfamés de Cnews, continuent à voir en Trump le croisé de l’Occident judéo-chrétien (une belle ineptie historique magistrale) alors qu’il n’est que le pourvoyeur d’un Occident américanomorphe corrupteur de notre Europe ancestrale. Trump a reconnu le régime islamiste d’Ahmed al-Charaa en Syrie qui ne se soucie guère du sort des Druzes, des Alaouites et des Kurdes en attendant celui des chrétiens. L’actuel gouvernement belliciste et suprémaciste de Tel-Aviv envisagerait, en cas de chute de l’Iran, le déplacement forcé des Palestiniens de Gaza et des autres territoires occupés dont la minorité chrétienne. Vers quelle destination ? Très certainement le continent européen qui, soumis aux lois liberticides foisonnantes, se fera ainsi remplacer.

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Malgré un fort sentiment national, voire nationaliste, l’Iran qui a subi une occupation britannique et soviétique, risquerait de se fragmenter selon des critères ethniques. Les Kurdes d’Iran (10% de la population) rêvent d’une région autonome similaire à son équivalent en Irak. Ils se méfient toutefois de la duplicité occidentale par rapport à l’effacement du Rojava en Syrie. Les Baloutches (environ 4%) pourraient se soulever, surtout si les assistent leurs homologues au Pakistan en sourde révolte contre Islamabad. Ce soutien, direct ou non, fragiliserait par contrecoup l’unique puissance nucléaire musulmane.

L’Azerbaïdjan pourrait s’emparer du territoire iranien où vivent les Azéris (16%). Tout dépendra du sort du détroit d’Ormuz. Les Gardiens de la Révolution iranienne le bloquent et sèment une belle pagaille dans la circulation économique et commerciale planétaire. Déverrouiller ce point névralgique impliquerait des bâtiments escortés par des navires de guerre étatsuniens sous une protection aérienne permanente. Mais cette solution n’est guère satisfaisante en raison de l’étroitesse du site. Il est dès lors possible que se déroule un débarquement dans cette région arabophone afin de créer aux dépens de l’intégrité territoriale iranienne une zone neutre sous le contrôle de la Maison Blanche. Cette occupation illégale résonnerait avec la reconnaissance israélienne du 26 décembre 2025 du Somaliland, un État-fantôme près du détroit de Bab el-Mandeb en face du Yémen houthi et à proximité du canal de Suez.

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Souvent chrétiens, les droitards hexagonaux savent-ils que l’effondrement de la République islamique d’Iran serait une catastrophe pour l’Arménie qui survit grâce à sa frontière méridionale avec l’Iran ? Le traité de paix conclu entre Erevan et Bakou, le 8 août 2025, prévoit cependant la formation d’un corridor sous l’égide des États-Unis le long de la frontière iranienne entre l’exclave azérie du Nakhitchevan et l’Azerbaïdjan. La région arménienne du Zanguezour se placerait en pratique sous une tutelle extraterritoriale. Par ailleurs, ce tracé encouragerait le projet pantouranien qui se substituerait ainsi aux ambitions néo-ottomanes d’Ankara avec, à plus ou moins long terme, un choc frontal avec l’Empire du Milieu chinois…

La dynamique propre de ce conflit ne va pas s’arrêter de si tôt. Espérons que la logique clauswitzienne de montée aux extrêmes accentue les tensions inhérentes à la société étatsunienne ! Souhaitons que Trump et sa clique perdent largement les élections de mi-mandat en novembre prochain tant à la Chambre des représentants qu’au Sénat. La Maison Blanche détourne volontiers l’attention du public des affres de l’affaire Epstein et de ses échecs intérieurs : le coût de la vie augmente; les salaires stagnent. L’ICE, la police anti-immigration, se retire de la municipalité démocrate de Minneapolis après une vive contestation de la part des électeurs démocrates.

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Une fidèle du mouvement MAGA, ancienne gouverneur du Dakota du Sud, la secrétaire à la Sécurité intérieure, Kristi Noem (photo), est congédiée le 5 mars dernier, suite à des pressions du Congrès. Une victoire incontestable de l’opposition démocrate dans les deux chambres favoriserait certainement la destitution simultanée de Donald Trump et de J.D. Vance afin que la speakerine démocrate de la Chambre des représentants, Alexandria Ocasio-Cortez, si elle ne brigue pas le siège de sénateur de New York de Chuck Schumer qui ne se représente pas, accède au Bureau Ovale. Son arrivée perturberait grandement la vie politique intérieure des États-Unis d’Amérique.       

GF-T

  • « Vigie d’un monde en ébullition », n° 185, mise en ligne le 15 mars 2026 sur Radio Méridien Zéro.

mardi, 24 mars 2026

Contrer le système Epstein - Intégration multipolaire contre réseaux occidentaux

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Contrer le système Epstein

Intégration multipolaire contre réseaux occidentaux

Alexander Douguine

Alexander Douguine aborde la nécessité de l’intégration multipolaire pour contrecarrer la tyrannie technocratique occidentale.

eab553_7bf713b50d3d44a3b46019df77e7ca23~mv2.jpgSi le nouveau capitalisme, selon Kees van der Pijl (photo), consiste en intelligence + médias de masse + IT, alors le contre-capitalisme et la contre-hégémonie doivent être quelque chose de symétrique: l’intégration d’un nouveau niveau d’intelligence avec les médias et le secteur IT. Le terme clé ici est « intégration ». Lorsque ces trois composantes sont isolées, elles sont limitées par cette même isolation. Le nouveau capitalisme exige non pas simplement leur addition, mais leur multiplication. C’est pourquoi la CIA/FBI actuelles, les médias américains modernes et les start-ups contemporaines de la Silicon Valley (Palantir, Musk, la « République technologique » de Karp) sont étroitement intégrés les uns aux autres. Les réseaux d’Epstein étaient, en fait, l’un des modules de cette intégration.

Cela ne se limite pas aux États-Unis. Cela inclut également le Mossad et les Five Eyes. Il s’agit de l’unification des services de renseignement de toute la civilisation occidentale.

Il en va de même pour les médias de masse. Ils sont étroitement intégrés à travers l’Occident et partagent souvent les mêmes propriétaires.

Le secteur IT aussi. Bien que certaines frontières entre l’Europe, l’Amérique et Israël existent sans doute, à un certain niveau ils échangent tous des algorithmes technologiques.

Quelles conclusions en tirer pour nous? Notre propre capitalisme est aujourd’hui imitatif, arriéré et faible. Tout ce qu’il y a de bon en lui ne vient pas de l’imitation du capitalisme, mais de la souveraineté et du talent du peuple. Le reste ne fait que freiner notre développement. Pourtant, même si nous voulions suivre l’Occident, il nous faudrait de toute façon élaborer un projet à long terme d’intégration de ces trois sphères: communautés de renseignement, médias et IT. Une attention particulière devrait être portée aux partenariats avec d’autres États-civilisations multipolaires et leurs triades correspondantes. Ce genre de structure existe assurément en Chine et fonctionne assez bien. Il doit y avoir quelque chose de similaire en Iran et au Pakistan également. Dans d’autres centres du monde multipolaire, cela reste à investiguer. Il est peu probable qu’il y existe déjà quelque chose de sérieux, mais il le faudrait. Les BRICS constituent précisément la zone où des stratégies d’intégration dans les domaines clés sont considérées comme existantes. Et quoi de plus essentiel que ces trois-là ?

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Si nous voulons vaincre l’hégémonie—et nous sommes en guerre contre elle—nous devons comprendre comment elle est structurée aujourd’hui. La publication des dossiers Epstein va au-delà de la révélation du caractère criminel et extrêmement pervers des élites dirigeantes de l’Occident contemporain, de leur nature véritablement satanique, confirmant même les hypothèses les plus audacieuses et les plus inquiétantes des théoriciens du complot ; elle met également en lumière certains mécanismes par lesquels différentes sphères clés des sociétés occidentales fusionnent en un seul réseau. Ce n’est pas un hasard si les services de renseignement, les médias de masse et les magnats de l’IT y jouent un rôle central. Un acteur clé est le fondateur de Palantir, Peter Thiel (photo), qui mène actuellement une tournée mondiale de conférences sur l’Antéchrist et le (techno-)Katechon, et qui a largement facilité l’arrivée à la Maison Blanche d’un autre habitué des soirées d’Epstein, Donald Trump.

Nous avons affaire à un nouveau capitalisme. Bien sûr, la finance, les ressources et les marchés existent encore en son sein. Mais l’accent s’est déjà déplacé vers la virtualité—le contrôle, l’information, la création de mondes artificiels et la transition vers la technosphère: IA, bots, robots, drones et le remplacement de l’humain par le post-humain.

Nous devons tenir compte de cette profonde mutation du capitalisme et formuler une réponse efficace. Faire semblant d’être naïfs ne suffit pas. Il est inutile d’opposer à la nouvelle étape la station précédente sur le même chemin. Il faut changer le vecteur de mouvement, tout en comprenant clairement où nous nous trouvons aujourd’hui. La contre-hégémonie doit être d’avant-garde. L’intégration des services souverains de renseignement, des médias souverains et d’un secteur IT souverain s’impose d’elle-même.

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lundi, 23 mars 2026

Le retour du Japon

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Le retour du Japon

Andrea Marcigliano

Source: https://electomagazine.it/il-ritorno-del-giappone/

Et même Sanae Takaichi se retire.

Ou plutôt, elle retire le Japon, dont elle est la Première ministre, du conflit avec l’Iran.

Une prise de position ferme. Et importante, surtout après que l’armée japonaise semblait s’être montrée ouverte à une participation à l’offensive américaine dans le golfe Persique.

Madame Takaichi n’est certainement pas une «pacifiste» ni une «neutraliste».

Au contraire, c’est le chef du gouvernement japonais qui a le plus poussé dans le sens du réarmement.

Allant jusqu’à faire monter la barre de la tension avec le grand voisin, la Chine.

Pékin, en effet, voit le réarmement du Japon avec beaucoup d’inquiétude.

Car cela pourrait commencer à constituer un problème concret et obsédant pour les ambitions hégémoniques de la Chine sur l’Extrême-Orient.

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Car un Japon qui se réarme et qui met en place une politique autonome d’influence sur toute la région représente une sérieuse brèche dans l’hégémonie, tant désirée, de la Chine.

Le retour en force d’un rival historique.

Avec lequel Pékin devra, forcément, recommencer à compter.

C’est ce qu’espérait Washington.

Qui, ce n’est pas un hasard, a permis le réarmement du Japon, après des décennies durant lesquelles il l’avait maintenu dans une condition de totale subordination.

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Subordination contre laquelle le plus grand écrivain japonais du 20ème siècle, Yukio Mishima, protesta de façon spectaculaire. Pratiquant publiquement le seppuku rituel, après avoir harangué les troupes clairsemées et hallucinées de l’armée nippone.

C’était le 25 novembre 1970.

Depuis, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts.

Et aujourd’hui, Washington a besoin d’un Japon armé, pour contrer Pékin.

Surtout en ce moment, alors que les États-Unis ont dû déplacer navires et troupes en direction du golfe Persique, où ils se trouvent empêtrés dans une guerre qu’ils ont voulue, mais qui semble leur échapper.

Cependant, comme on dit chez nous en Italie, le Diable fait les marmites, mais pas les couvercles.

Le Japon se réarme. Pourtant, il n’a aucune intention de rester soumis à Washington.

Madame Sanae Takaichi a déjà dit clairement qu’elle n’a aucune intention d’impliquer son Japon dans le conflit avec l’Iran.

Et elle l’a fait en invoquant précisément la Constitution imposée en son temps par Washington.

Le Japon ne peut pas participer à des guerres plus ou moins lointaines.

Point barre.

Hétérogenèse des fins.

Tokyo, réarmée, commence à nouveau à développer une politique indépendante des États-Unis.

Un tournant décisif, après tant de décennies de subordination forcée.

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Iran: le début d’un conflit que l’Occident ne peut pas gagner

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Iran: le début d’un conflit que l’Occident ne peut pas gagner

par Sacha Vliegen, pour le groupe de réflexion Feniks (Flandre)

Source: https://www.feniksvlaanderen.be/blog/3070000_iran-het-beg...

Lorsque l’Occident fait la guerre, il le fait rarement avec une conscience historique profonde de sa propre position. Il préfère s’exprimer dans le langage de la technique: intervention, dissuasion, stabilisation, changement de régime, démocratisation, sécurité préventive. Ces mots donnent l’impression que la guerre est un instrument rationnel, une intervention maîtrisable au sein d’une stratégie plus large, une opération temporaire permettant de résoudre un problème régional. Mais cette terminologie cache souvent plus qu’elle n’explique. Derrière ce langage apparemment pragmatique, se cache un schéma plus profond: le refus de l’Occident de reconnaître qu’il n’est plus, de façon évidente, le centre de l’histoire du monde.

La guerre contre l’Iran doit être comprise sous cet angle. Officiellement, il s’agit de menace nucléaire, de sécurité régionale, de défense des alliés et de lutte contre le terrorisme. Dans la communication publique, ces motifs sont mis en avant comme s’ils pouvaient, à eux seuls, expliquer le conflit. Pourtant, il est clair qu’ils ne font qu’effleurer la surface. L’enjeu est bien plus grand. L’Iran n’est pas simplement un régime problématique, ni un État isolé que l’on pourrait mettre à genoux avec suffisamment de sanctions et de frappes aériennes, ni la répétition des conflits auxquels les États-Unis et leurs alliés se sont habitués ces dernières décennies. Ceux qui traitent l’Iran comme s’il s’agissait simplement de « l’intervention suivante » après celles qui ont frappé l’Irak, l’Afghanistan, la Libye ou la Syrie, se trompent fondamentalement sur la nature du pays, sa position dans le monde et la phase historique dans laquelle ce conflit s’inscrit.

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C’est pourquoi cette guerre est aussi dangereuse. L’attaque contre l’Iran n’ouvre pas simplement un nouveau front au Moyen-Orient. Elle ouvre potentiellement un conflit qui est à la fois géopolitique, idéologique, religieux et civilisationnel. Pour les États-Unis et Israël, le risque est d'avoir déclenché une guerre qu’ils ne peuvent pas vraiment gagner, mais qu’ils ne peuvent pas non plus quitter sans humiliation grave ou perte stratégique. C’est précisément ce qui fait d’un conflit un enjeu existentiel: il ne s’agit pas, littéralement, de la survie physique immédiate des États, mais d’un résultat qui pourrait ébranler la position fondamentale des acteurs impliqués dans l’ordre mondial. L’Iran, en ce sens, n’est pas une périphérie, mais un cas test. La question n’est pas seulement de savoir ce qu’il adviendra de l’Iran, mais si l’Occident est encore capable d’imposer sa volonté à un adversaire important, profondément enraciné dans son histoire et sa foi, et de prime importance sur le plan géopolitique.

Les causes géopolitiques du conflit

Pour comprendre pourquoi ce conflit est si chargé de sens, il faut d’abord prendre au sérieux la position stratégique de l’Iran. L’Iran n’est pas simplement un État du Moyen-Orient; c’est l’un des carrefours géopolitiques les plus significatifs de l’Eurasie. Une simple observation de la carte le montre immédiatement. L’Iran se trouve au croisement du Moyen-Orient, de l’Asie centrale, du Caucase, de l’Asie du Sud et de l’océan Indien.

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Il est voisin du monde arabe, de la Turquie, de la région caspienne et, par la mer, des routes d’accès à l’énergie mondiale. Il contrôle aussi la rive nord du détroit d’Ormuz, un passage maritime d’une importance exceptionnelle pour les flux de pétrole et de gaz du Golfe. Menacer la route d’Ormuz, c’est non seulement mettre la pression sur des adversaires régionaux, mais aussi secouer les marchés mondiaux et contraindre les grandes puissances à tenir compte de sa position.

Cela fait déjà de l’Iran plus qu’un acteur régional. Mais sa signification dépasse le pétrole. Le pays est aussi un pivot dans la nouvelle infrastructure eurasiatique qui, ces dernières années et décennies, est devenue de plus en plus importante.

Pour la Chine, l’Iran n’est pas seulement un fournisseur d’énergie ou un partenaire diplomatique, mais aussi un corridor possible dans la connexion plus large entre l’Asie de l’Est, l’Asie centrale, le Moyen-Orient et l’Europe.

Pour la Russie, l’Iran est un partenaire naturel dans la ceinture sud de l’Eurasie, justement parce qu’il peut limiter l’influence occidentale dans cette zone et permettre la construction d’axes économiques et géopolitiques alternatifs.

Du point de vue occidental, cela signifie que l’Iran n’est pas simplement un régime difficile, mais un pivot potentiel dans un ordre post-occidental du continent.

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C’est là que l’on retrouve une vieille intuition géopolitique. Depuis longtemps, la théorie géopolitique avance que l’Eurasie est la scène centrale du monde, et que la puissance qui parvient à organiser la cohésion continentale de l’Eurasie acquiert un avantage structurel sur les puissances maritimes. Sous différentes formes, ce motif revient: l’idée que le contrôle du centre continental ou de ses zones périphériques est décisif pour le pouvoir mondial. L’Iran ne se trouve pas tout à fait dans le « heartland » classique tel que certains géopoliticiens l’imaginaient, mais il est à la jonction entre le centre et les ceintures périphériques. C’est précisément pourquoi il est si important. Il est à la fois pont, tampon, corridor et frein. Pour une cohésion eurasienne émergente, l’Iran est un lien. Pour une hégémonie maritime, il est un obstacle.

Dans cette perspective, il est logique que l’Occident considère l’Iran non seulement comme un ennemi idéologique, mais aussi comme un problème stratégique structurel. Un Iran autonome, résistant et durable gêne la domination totale de l’Occident sur le Moyen-Orient et empêche les grandes puissances asiatiques d’être isolées. La guerre contre l’Iran n’est donc pas simplement une réaction à une provocation spécifique, mais aussi une tentative de neutraliser un carrefour géopolitique avant qu’il ne soit encore plus intégré dans un réseau de pouvoir et d’infrastructures non occidental.

Israël et le contrôle du Rimland

Pour Israël, cette question est encore plus aiguë. Depuis sa création, la culture stratégique israélienne a toujours pensé en termes de survie dans un environnement hostile, ou du moins instable. L’État d’Israël est petit, entouré par des populations plus nombreuses et dépendant de la supériorité technologique, de la capacité de mobilisation et du soutien diplomatique extérieur. Dans ce contexte, il est compréhensible qu’Israël ait développé une sensibilité particulière face aux hégémons régionaux potentiels. Aucune puissance hostile dans la région ne doit devenir trop forte, aucune ceinture cohérente d’adversaires ne doit se former, aucun acteur ne doit avoir le temps de limiter à long terme la marge de manœuvre militaire, politique et psychologique d’Israël.

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L’Iran est précisément un tel acteur. Non seulement par ses propres capacités, mais aussi par le réseau d’alliés, de milices et de sympathisants qu’il a constitué dans la région ces dernières décennies. Ainsi, du point de vue israélien, l’Iran n’est pas seulement un adversaire idéologique lointain, mais une puissance qui peut exercer, directement ou indirectement, une influence sur plusieurs fronts. La lutte contre l’Iran n’est donc pas seulement une question de dissuasion; c’est une tentative de briser une ceinture stratégique avant qu’elle ne se retourne définitivement contre Israël. Plus largement, on peut dire qu’Israël veut empêcher qu’au Moyen-Orient ne se constitue une configuration géopolitique dans laquelle il ne détiendrait plus la supériorité qu’il a pu construire, avec l'aide des États-Unis, au cours de ces dernières décennies.

La modernité et la volonté de contrôle

Mais la géopolitique seule ne suffit pas à comprendre la persévérance de l’Occident dans de tels conflits. Il y a aussi une logique civilisationnelle plus profonde: le rapport moderne de l'Occident au pouvoir, à la technique et à la réalité. Depuis les débuts de la modernité, l’Occident a développé un élan expansionniste unique, porté par la science, la technique, la dynamique capitaliste et la formation de l’État. La nature n’était plus vue comme un ordre dans lequel l’homme devait s’insérer, mais comme un domaine à explorer, mesurer, exploiter et contrôler. Cette vision du monde est aujourd’hui si évidente qu’on ne remarque plus à quel point elle est singulière. L’homme moderne considère spontanément le monde comme quelque chose qui doit être disponible pour la planification et la manipulation.

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Pour Heidegger, toutefois, ce développement avait aussi un versant profondément problématique. Lorsque le monde apparaît exclusivement comme quelque chose que l’on peut techniquement gérer et exploiter, l’homme perd, selon lui, progressivement la capacité de vivre la réalité d’autres façons. Tout est réduit à l’utilité, à l’efficacité et au contrôle. La nature devient ressource, la société devient organisation, et finalement l’homme lui-même risque d’être réduit à un élément au sein d’un système technique. Heidegger nous avertissait que cette façon de penser ne fait pas qu’altérer le monde, elle l’appauvrit: elle exclut de plus en plus d’autres formes de signification, de tradition et de lien au réel.

oar2-2480940837.jpgC’est ici que l’analyse de Heidegger est pertinente. Son propos n’était pas simplement de dire qu’il existe de nouvelles machines, mais que la technique moderne est une manière de révéler, une manière dont le réel se présente à nous. Dans cette ontologie technique, le monde apparaît comme un stock, un réservoir, une ressource disponible à tout moment. Les rivières deviennent sources d’énergie, les forêts deviennent moyens de production, la terre devient zone d’exploitation, les communautés humaines deviennent populations à gérer, et les États deviennent des unités stratégiques dans un système plus vaste. Lorsque cette pensée infiltre la géopolitique, il paraît presque naturel de croire que l’on puisse réorganiser des sociétés comme on gère des infrastructures. Un régime devient alors une pièce que l’on remplace si elle ne fonctionne plus dans le système.

C’est précisément là qu’a résidé l’une des plus profondes erreurs de ces dernières décennies. L’Occident a souvent agi comme si l’ordre politique n’était qu’une configuration technique que l’on pourrait réagencer avec assez de pression, de bombardements, de sanctions et d’ingénierie institutionnelle. L’Irak, l’Afghanistan et la Libye ont pourtant montré que les sociétés ne sont pas un substrat neutre sur lequel on peut projeter impunément de nouvelles institutions. Elles sont faites de mémoire, de religion, d’honneur, de pouvoirs locaux, de traumatismes historiques, de loyautés culturelles et d’horizons moraux. Quand on nie cette profondeur, on fait la guerre comme si l’on pouvait remplacer une civilisation par des schémas et des modèles. Ce n’est pas seulement arrogant, c’est aussi stratégiquement aveugle.

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Spengler aussi jette sur cette problématique une lumière dure mais éclairante. Dans sa description de la culture occidentale ou «faustienne», il met en avant l’élan sans bornes de l’Occident à franchir l’infini, à aller toujours plus loin, à conquérir de nouveaux espaces et à soumettre le monde par la technique. Qu’on souscrive ou non à l’ensemble de son analyse, il a bien vu que la civilisation occidentale moderne a produit un esprit d’expansion qui supporte mal les limites.

Dans sa phase finale, selon Spengler, la culture devient civilisation: l’ordre symbolique vivant laisse place à l’organisation technique, à la formation de grandes puissances politiques et à des systèmes anonymes de contrôle. Appliquée à la politique mondiale actuelle, cette grille de lecture donne au conflit avec l’Iran une signification plus large et tragique. L’Occident ne répond pas seulement à un défi régional; il se heurte à une limite historique de sa propre logique expansive.

Après la fin de la Guerre froide, il a semblé un moment que cette limite n’existait plus. La démocratie libérale était présentée comme l’aboutissement universel de l’histoire. On partait du principe que toutes les alternatives idéologiques sérieuses avaient disparu et que les États qui n’étaient pas encore intégrés dans l’ordre libéral mondial représentaient un simple retard temporaire. Cet optimisme était non seulement politique, mais aussi anthropologique: on supposait que le développement économique, la modernisation technologique et la réforme institutionnelle mèneraient tôt ou tard partout à des formes politiques comparables. Il n’en reste aujourd’hui que très peu. Le monde n’apparaît pas comme une planète libérale uniforme, mais comme une arène où s'affrontent des blocs de civilisation, des traditions historiques et des modèles de puissance différents.

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C’est précisément pour cela que l’Iran est un cas si difficile pour l’Occident. Ce n’est pas simplement un système autoritaire qui n’est pas encore «prêt», mais un État issu d’une rupture révolutionnaire avec la modernité occidentale telle qu’elle a été vécue en Iran. La révolution de 1979 n’a pas été qu’une prise de pouvoir, mais une tentative de formuler un principe politique alternatif, où légitimité religieuse, attitude anti-impérialiste et souveraineté nationale étaient liées. On peut critiquer ce régime pour de nombreuses raisons, mais on ne peut pas le comprendre si on le présente comme un simple produit accidentel ou superficiel de la répression. Il repose sur une synthèse historique propre, aussi problématique ou violente soit-elle.

Les erreurs d’analyse sur l’Iran

Cela nous amène à une erreur cruciale dans de nombreuses analyses occidentales: la sous-estimation de la profondeur religieuse et symbolique de l’État iranien. Le chiisme possède une puissante tradition de souffrance, d’injustice, de témoignage et de martyre.

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Le récit de Karbala, la figure de Hussein et le souvenir d'une domination injuste ont une portée spirituelle et politique durable dans le monde chiite. Lors de la révolution iranienne, ce répertoire n’a pas simplement été répété, mais mobilisé comme source de légitimité et de résilience. Cela ne signifie pas que tous les Iraniens sont de pieux révolutionnaires, ni que la légitimité religieuse du régime est inattaquable. Mais une partie de l’idéologie d’État et de la capacité de mobilisation ne relève pas seulement de la politique du pouvoir, mais d’un langage moral et religieux qui donne sens au sacrifice, à la résistance et à la mission historique.

C’est pourquoi il est dangereux que des décideurs occidentaux pensent que le régime s’effondrera simplement dès que la pression adéquate sera appliquée. Cette attente est entretenue par l’image véhiculée par de nombreuses voix de l’opposition iranienne en Occident. Bien sûr, il existe en Iran de profondes tensions. Il y a du mécontentement face à la corruption, la stagnation économique, le népotisme, le contrôle moral, le sous-développement régional et la répression. Il y a eu des protestations de la part de jeunes en milieux urbains, de femmes, d’ouvriers, d’étudiants, de commerçants et de minorités ethniques qui se sentent marginalisées culturellement ou économiquement. Kurdes, Baloutches, Arabes du Khouzistan et d’autres groupes font souvent l’expérience de ne pas bénéficier d’un accès équitable au pouvoir, à la reconnaissance ou au développement. Ces tensions sont réelles et ne doivent pas être minimisées.

Mais l’existence de tensions n’implique pas l’existence d’une opposition cohérente capable de remplacer un État de cette ampleur et de cette complexité par un nouvel ordre stable. C’est précisément l’erreur que commettent de nombreux fantasmes occidentaux qui rêvent d'un changement de régime. On constate qu’un régime est détesté ou contesté en interne par de nombreux groupes, puis on en déduit que ces groupes formeront naturellement une communauté politique dès que le régime tombera. L’histoire montre généralement le contraire. L’opposition interne à un pouvoir établi est rarement homogène. Les manifestants économiques ne veulent pas nécessairement la même chose que les intellectuels laïques; les minorités régionales ne poursuivent pas forcément le même objectif que les monarchistes en exil; les réformateurs libéraux, les milices séparatistes, les intérêts conservateurs des bazars et les groupes radicaux anti-système ne partagent souvent que leur rejet du centre, pas leur vision de l’après.

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C’est là un point décisif pour l’Iran. Oui, il y a de nombreuses lignes de faille. Oui, il y a de la frustration économique, du mécontentement face à la corruption, de la résistance à la tutelle morale et politique de l’État, et des tensions vis-à-vis du «gouvernement du juriste-théologien» ou du système des ayatollahs. Mais qui dirigera l’Iran si le régime actuel tombe? Quelle opposition dispose de la légitimité, de l’organisation, du monopole de la violence et de la capacité administrative pour maintenir la cohésion de l’État? Qui peut intégrer à la fois les régions persanes, les provinces minoritaires, les grandes villes, les appareils de sécurité, les intérêts économiques et les réseaux religieux dans un nouvel équilibre? Il n’existe pas de réponse simple à ces questions. Il est même probable que le renversement du régime ne conduise pas à un Iran libre et stable, mais à une lutte prolongée entre élites concurrentes, milices, parrains étrangers et identités régionales. Autrement dit: pas nécessairement la libération, mais la prémisse d’une violence sectaire ou régionale qui pourrait durer des décennies.

Ce scénario est loin d’être imaginaire. Il suffit de regarder l’histoire récente des États où un centre fort, même répressif, a été détruit sans qu’un ordre de succession crédible soit prêt. La chute d’un régime ne signifie pas automatiquement la naissance d’une nation. Parfois, elle entraîne au contraire la dissolution d’une structure encore fonctionnelle, quoique dure, qui maintenait provisoirement ensemble diverses contradictions. Dans une telle situation, d’anciennes lignes de fracture réapparaissent: rivalités ethniques, marginalisation régionale, divisions religieuses, clientélisme et ingérence étrangère. Le résultat peut être un conflit où personne ne gagne vraiment, mais où toute une société est épuisée pendant des années ou des décennies.

Une géographie difficile à contrôler

L’Iran, en outre, est, sur les plans géographique et historique, particulièrement difficile à briser et à occuper. Le pays n’est pas constitué d’une seule plaine ouverte ou d’un centre de pouvoir qui serait aisément contrôlable après une première défaite militaire.

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L’espace iranien est un ensemble complexe de chaînes de montagnes, de plateaux, de déserts, de concentrations urbaines et de régions périphériques. Cette géographie a maintes fois prouvé, dans l’histoire, qu’elle ralentit, fragmente et épuise les envahisseurs. Des empires antiques aux puissances modernes, beaucoup ont découvert que la Perse est bien plus facile à secouer qu’à contrôler. Même si un acteur extérieur y remporte un succès militaire, les vraies difficultés commencent après: comment garder le contrôle sur un pays vaste, fier, armé et doté d’une conscience historique profonde?

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À cela s’ajoute le fait que l’Iran n’est pas l’Afghanistan, et certainement pas dans le sens où certaines comparaisons sont parfois faites à la légère. L’État iranien dispose de structures institutionnelles, militaires et bureaucratiques bien plus solides que celles que les Talibans possédaient avant leur victoire. Les Gardiens de la Révolution ne sont pas un mouvement d’insurgés lâchement organisé, mais un complexe sécuritaire, idéologique et économique tentaculaire, ancré dans l’État et la société. Si le régime venait à s’effondrer sous une pression intense, cela ne signifierait pas que la résistance disparaîtrait. Il est même probable qu’apparaîtrait alors une forme de résistance armée encore plus dure, fragmentée et difficile à contrôler.

Le danger d’une guerre existentielle

Le conflit prend une autre dimension dangereuse si l’on prend en compte la dimension religieuse du côté des États-Unis et d’Israël. En Europe, le soutien américain à Israël est souvent perçu principalement en termes de stratégie, de lobbying ou de valeurs partagées. Tout cela joue un rôle, mais pour une part importante du monde des evangelicals américains, Israël a aussi une signification religieuse et eschatologique. Dans le sionisme chrétien, le retour du peuple juif sur la terre d’Israël et la survie de l’État juif sont vus comme partie d’un plan divin de salut. Israël n’est pas, dans cette vision, qu’un allié, mais un signe des temps et un maillon nécessaire d’un scénario historico-religieux qui doit aboutir au retour du Christ.

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Cela rend le soutien à Israël particulièrement intense dans ces milieux. Ils soutiennent Israël non seulement pour des raisons stratégiques, mais parce qu’ils pensent que l’histoire elle-même a une orientation sacrée et que la protection d’Israël est un devoir religieux. Lorsqu’une telle conviction acquiert une influence politique dans une superpuissance, la nature de la prise de décision change. Le conflit est alors jugé non seulement sur la base des coûts, des risques et des équilibres, mais aussi en termes moraux et même eschatologiques.

Du côté israélien, il existe aussi des courants religieux et nationalistes qui considèrent le pays non seulement comme un État, mais comme un projet historique et sacré. Lorsque ces convictions se rejoignent, il en résulte un mélange particulièrement explosif: la géopolitique acquiert une profondeur religieuse, et la conviction religieuse une puissance stratégique.

Dans un tel contexte, il n’est pas difficile de comprendre pourquoi le conflit avec l’Iran tend à prendre une forme existentielle. Pour les États-Unis, un retrait rapide ou un échec visible signifierait une grave atteinte à leur crédibilité. Non seulement ils auraient échoué à neutraliser un adversaire tenace, mais ils montreraient aussi à leurs alliés et rivaux que la puissance américaine n’est plus automatiquement capable d’imposer un ordre régional.

Pour Israël, l’enjeu est de taille, car un Iran survivant et renforcé prouverait que la dissuasion israélienne a ses limites.

Pour l’Iran, le conflit devient presque inévitablement une lutte pour la survie, la souveraineté et l’honneur historique. Un pays qui survit à une telle attaque n’en conclura pas qu’il doit modérer la confrontation, mais plutôt qu’il doit renforcer sa dissuasion, ses alliances et sa capacité de riposte.

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C’est ici que Toynbee devient pertinent. Son idée de « challenge and response » (défi et réponse) offre un cadre utile pour comprendre comment les civilisations et les grandes communautés politiques réagissent aux défis fondamentaux. Selon lui, les civilisations ne croissent pas dans la tranquillité, mais en répondant de manière créative aux pressions, aux crises et aux menaces.

Si l’Occident tente aujourd’hui de préserver un ordre ancien avec des moyens de moins en moins convaincants, il n’est pas impossible que des adversaires comme l’Iran renforcent leur identité précisément en réaction à cette pression. Ce qui, pour l’Occident, vise à la neutralisation, peut être vécu par l’autre comme la confirmation de sa mission historique. En ce sens, la guerre peut parfois renforcer l’adversaire idéologiquement plus que le détruire politiquement.

C’est là l’élément tragique de la géopolitique actuelle. L’Occident utilise les instruments de son ancienne hégémonie pour ralentir l’émergence d’une nouvelle réalité multipolaire, mais ce faisant, il accélère peut-être justement la transition vers cette nouvelle réalité. Chaque intervention ratée, chaque surestimation des capacités militaires, chaque sous-estimation de l’adversaire et chaque nouvelle escalade affaiblit encore plus l’aura d’une domination qui allait de soi. La guerre contre l’Iran risque donc de devenir plus qu’un simple conflit régional. Elle pourrait devenir le moment où il devient visible que l’Occident dispose certes toujours d’un pouvoir immense, mais n’a plus la capacité incontestée d’imposer des résultats politiques.

La limite de l’Occident

La question fondamentale n’est donc pas seulement de savoir si l’Iran peut être militairement endommagé. Cela, nul n’en doute. La vraie question est celle d’une victoire politique durable. Peut-on obliger le pays à se soumettre sans déclencher une guerre qui déstabiliserait la région, le marché de l’énergie et les relations entre grandes puissances? Peut-on renverser le régime sans créer un vide dans lequel milices, conflits ethniques, tensions sectaires et puissances étrangères déchireraient le pays pendant des décennies? Peut-on attaquer un État-civilisation doté d’une forte identité historique, d’une structure interne complexe et d’un poids géopolitique qui attire les grandes puissances, sans que la confrontation ne devienne beaucoup plus ample que prévu?

À toutes ces questions, la réponse honnête est qu’il n’existe aucune certitude positive simple. Au contraire, tout indique que la guerre contre l’Iran n’a pas d’issue stratégique claire. Une victoire rapide est peu probable, une occupation prolongée presque impensable, un changement de régime sans chaos hautement improbable, et un retrait sans perdre la face est politiquement très difficile. C’est précisément ce qui rend ce conflit si dangereux. L’Occident s’est peut-être enfermé dans une guerre trop vaste pour être gagnée et trop importante pour être abandonnée sans dégâts majeurs.

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C’est peut-être là le sens le plus profond de cette guerre. Non pas qu’il soit impossible de causer destruction, mais qu’elle révèle une limite. La limite de l’idée que le monde puisse encore être gouverné depuis un seul centre. La limite de la conviction que les sociétés peuvent être redessinées de l’extérieur comme s’il s’agissait de structures techniques. Et, finalement, la limite du pouvoir occidental lui-même. L’Iran n’est pas seulement une cible, mais un miroir. Dans ce miroir, l’Occident voit peut-être, pour la première fois depuis longtemps, non seulement un ennemi, mais aussi la fin de sa propre évidence.

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La Russie à l’ère de la puissance de l’IA - L’empire du code

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La Russie à l’ère de la puissance de l’IA

L’empire du code

Alexander Douguine

Alexander Douguine sur la foi, la souveraineté et la frontière numérique.

Voyez avec quel style l’IA a transposé les principes fondamentaux de La République technologique d’Alex Karp dans le contexte russe :

- La Russie est une puissance civilisationnelle (un État-civilisation), non simplement un État-nation ou une économie périphérique. Son existence historique et son avenir sont déterminés non seulement par les ressources naturelles, le territoire ou même la parité nucléaire, mais par sa capacité à préserver et à développer une identité souveraine à une époque où la lutte principale se joue dans le domaine des logiciels, des algorithmes, de l’intelligence artificielle et du contrôle numérique de la réalité.

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- Voici un ensemble symétrique de principes adaptés à la civilisation russe/eurasienne :

- La Russie a toujours été un empire dès son origine. La civilisation russe a remporté la victoire et assuré sa survie non par des procédures démocratiques (qui lui sont étrangères) ni par l’efficacité du marché (qui reste secondaire), mais par la supériorité technologique et spirituelle lors de moments décisifs: des armes à feu et de l’artillerie d’Ivan le Terrible et Pierre le Grand, au projet nucléaire et au programme spatial de l’URSS, jusqu’aux armes hypersoniques et à la guerre électronique actuelles. La victoire dans la Grande Guerre patriotique comme pendant la Guerre froide fut le fruit d’une alliance entre l’État, les ingénieurs, les scientifiques et une foi profonde dans la mission nationale.

- L’élite russe contemporaine (y compris le secteur numérique et des TI) s’est égarée. Après 1991, le talent a soit émigré, soit s’est tourné vers le secteur numérique de consommation: réseaux sociaux copiés, fintech, e-commerce, jeux vidéo, spéculation crypto et «substitution aux importations» sous la forme de copies de plateformes occidentales. Ressources et intelligence sont consacrées à des imitations superficielles, au lieu de s’attaquer à des défis d’ampleur civilisationnelle: défense, IA souveraine, cybersécurité, analyses prédictives pour l’État et identité numérique du monde russe.

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- Le modèle actuel est mortellement dangereux pour la survie de la civilisation russe. Au 21ème siècle, la puissance réside dans la maîtrise du logiciel. Qui contrôle le logiciel (algorithmes, données, modèles d’IA, informatique quantique) contrôle la réalité. L’Occident et la Chine sont déjà engagés dans une lutte totale pour la suprématie logicielle. Si la Russie reste en périphérie – dépendante des semi-conducteurs importés, des clouds étrangers, des bibliothèques open source et des réseaux neuronaux occidentaux – elle perdra sa souveraineté plus vite que par n’importe quelle défaite militaire. La Chine et l’Occident n’attendront pas que la Russie «rattrape son retard».

- Une nouvelle alliance entre l’État-civilisation et l’industrie du logiciel/de l’IA est nécessaire. L’État doit se réorganiser radicalement selon des principes d’ingénierie: rapidité, efficacité, audace et rejet du formalisme bureaucratique. L’élite informatique et liée à l'IA doit orienter ses talents vers des tâches civilisationnelles: une IA souveraine (pas une copie de ChatGPT, mais un modèle imprégné d’une vision du monde russe), des systèmes d’analyses prédictives pour les opérations militaires et le monde russe, la cyberdéfense, l’identité numérique sans portes dérobées, et des systèmes d’armes autonomes. Il faut des structures analogues à Palantir Technologies, mais fondées sur une logique russe et libérées des biais atlantistes.

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- La puissance dure est impossible sans une foi profonde. La «puissance dure» (missiles, chars, drones, systèmes hypersoniques) repose entièrement sur la «foi» – l'identité civilisationnelle partagée, le sens de la mission civilisationnelle, l'unité collective (sobornost’), le rejet de la «fin de l’histoire» libérale et la volonté de sacrifice pour l’avenir. Sans cela, même la plus puissante IA ou l’arsenal nucléaire restent des instruments morts. L’élite russe contemporaine manque de cette foi. Cynisme, nihilisme consumériste, relativisme et mentalité du «tout est permis si cela rapporte» dominent.

- Ingénieurs, scientifiques et développeurs n’échappent pas à leurs obligations envers leur civilisation. Le talent et le succès ne naissent pas dans le vide. Ils sont rendus possibles par une civilisation russe millénaire, ses sacrifices, sa culture, sa langue, et son État. Ceux qui détiennent le savoir doivent donc faire preuve de loyauté et contribuer à la défense et au développement de cette civilisation – plutôt que de simplement maximiser leurs revenus, d’émigrer ou de travailler pour des multinationales.

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Savez-vous pourquoi l’IA a pu faire cela si facilement ? Parce que, depuis des décennies, les partisans de l’Idée russe – que personne ne remarquait jusqu’à récemment, et à peine aujourd’hui – n’ont cessé de travailler sur des livres, articles, textes, posts, matériaux et traductions. À force de travail, ils ont construit une vaste carte de la civilisation russe. Empire, Eurasie, multipolarité, État-civilisation, Monde russe, signification éternelle de l’orthodoxie, identité profonde, État-puissance, ontologie de l’État, géopolitique de la Terre, sacralisation du pouvoir, traditionalisme et valeurs traditionnelles, grande mission de la Russie, grand peuple, critique de l’unipolarité, de l’atlantisme, du libéralisme, de l’Occident, etc. – tout cela n’est pas que slogans, mais théories, systèmes, écoles et courants intellectuels.

Il existe un vaste récit patriotique russe, doté de ses propres théories et concepts, terminologies et systèmes. Lorsqu’on demande à une IA d’accomplir une tâche donnée, elle se tourne automatiquement vers ce corpus d’idées comme une évidence. Cela peut passer inaperçu au premier abord, mais c’est précisément l’IA – encore peu censurée – qui révèle l’ampleur de ce travail gigantesque: non seulement le fruit de nombreuses décennies, mais de siècles entiers, si l’on y inclut les slavophiles, les eurasistes, les nationaux-bolcheviks, les monarchistes, les penseurs orthodoxes, les sophiologues et les patriotes soviétiques.

Pour être complet, je vais présenter ce que l’IA a écrit sur Alex Karp lui-même et son projet.

81wEmZuEJ7L._SL1500_-2987249578.jpg- Le livre d’Alex Karp (PDG de Palantir Technologies), La République technologique : Puissance dure, foi douce et l’avenir de l’Occident (2025, co-écrit avec Nicholas W. Zamiska), est une critique acerbe de l’Occident moderne – et surtout de la Silicon Valley – ainsi qu’un manifeste sur la manière de restructurer les relations entre technologie, État et identité nationale.

Voici les principales idées du livre, résumées :

- Les États-Unis et l’Occident ont toujours été une « république technologique ».

- L’Amérique a dominé le 20ème siècle non seulement grâce à la démocratie, mais surtout en raison de sa supériorité technologique – particulièrement logicielle. La victoire lors de la Seconde Guerre mondiale, de la Guerre froide et l’essor d’Internet résultent d’une alliance étroite entre l’État et les ingénieurs (projet Manhattan, DARPA, les débuts de la Silicon Valley sous contrats du Pentagone).

La Silicon Valley s’est égarée

- Après la victoire dans la Guerre froide et l’avènement de la Pax Americana, ingénieurs et entrepreneurs sont passés de tâches d’intérêt national à des produits de consommation: réseaux sociaux, applications pour la livraison de repas, publicité et plateformes d’achat. Talents et ressources sont consacrés à des «futilités» au lieu de répondre à de vrais défis comme la défense, la criminalité, la médecine ou l’éducation.

Le modèle actuel est dangereux pour la survie de l’Occident

- Au 21ème siècle, la principale lutte pour le pouvoir est celle de la supériorité logicielle et de l’intelligence artificielle. La Chine et d’autres régimes autoritaires utilisent activement la technologie pour accroître leur puissance militaire et géopolitique. Si l’Occident ne revient pas à des priorités sérieuses, il perdra la nouvelle course aux armements.

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Une nouvelle alliance entre l’État et l’industrie logicielle est nécessaire

- Karp appelle explicitement à un partenariat étroit – et non à une séparation – entre l’État et les entreprises technologiques (comme Palantir Technologies). L’État doit adopter une mentalité d’ingénieur (solutions rapides, audace, concentration sur les résultats), tandis que les entreprises technologiques doivent orienter leurs talents vers la défense, la sécurité nationale et de grands objectifs civilisationnels.

La puissance dure requiert la foi douce

- La «puissance dure» (force militaire et technologique) est impossible sans «foi douce» – identité nationale partagée, culture, valeurs, patriotisme et sens du devoir. L’élite moderne, y compris la tech, manque de ces fondements «doux»: il n’y a plus de but commun, plus de fierté civilisationnelle, mais du conformisme, du relativisme et un nihilisme consumériste.

Les ingénieurs ne sont pas exempts de devoirs envers la nation

- Les ingénieurs talentueux et les fondateurs d’entreprise ne créent pas leur succès «à partir de rien» – ils bénéficient des acquis de la civilisation américaine (et occidentale). Ils sont donc censés faire preuve de loyauté et contribuer à la défense et au développement de cette civilisation, plutôt que de simplement maximiser leur profit ou leur confort personnel.

Critique de la décadence et appel à l’ambition

- Ce livre est un réquisitoire contre la fragilité intellectuelle, la lâcheté des dirigeants, la perte d’ambition et le vide spirituel. Karp appelle à une «révolte» contre ce déclin et à un retour à de grands projets transformateurs – même s’ils sont impopulaires ou politiquement controversés.

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Globalement, le livre fonctionne à la fois comme :

 – un acte d’accusation contre la Silicon Valley contemporaine,

– un appel à la renaissance du « projet national » américain,

– et une justification de la mission de Palantir Technologies (travailler avec l’État, la défense, l’IA pour la sécurité).

[À ce stade, l’IA commence à pencher légèrement vers le « woke », tout en restant mesurée.]

Il s’agit d’un texte fortement « va-t-en-guerre », national-capitaliste et anti-postmoderne, que beaucoup ont interprété comme un manifeste pour une nouvelle ère de militarisme technologique en Occident.