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dimanche, 03 mai 2026

Le nationalisme eschatologique américain

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Le nationalisme eschatologique américain

Evgueni Vertlib

Le système politique américain actuel a officiellement constaté la mort de l'hégémonie mondiale. Conformément à la Stratégie de sécurité nationale 2025, Washington a de facto reconnu la faillite du modèle expansionniste... et a entamé une évacuation forcée, un repli, vers les frontières de l'hémisphère occidental. Il ne s'agit pas simplement d'un changement de cap, mais d'une anabase stratégique — un retour définitif à la doctrine de Monroe et la transformation de l'Amérique en une île-forteresse isolée.

Donald Trump incarne ici une figure de rupture ontologique totale. Les États-Unis ont gagné la guerre froide, mais ont perdu la « paix froide » dans un monde désormais en miettes, passant du statut d’architecte de l’ordre mondial à celui d’otage de leurs propres instruments de destruction. Sa méthode est un régime de purge existentielle, où la suspicion de type maccarthyste a dégénéré en un fascisme institutionnel de type mussolinien, qui considère la nation comme un organisme nécessitant l’ablation chirurgicale des éléments "déloyaux"  pour assurer la survie du système.

ff7ead55f3ec7680d60b49c6375b6993.jpgCependant, la rupture décisive se produit au niveau métaphysique. Trump est catégoriquement incapable d’assumer le rôle déclaré des États-Unis en tant que «gardien» et que Katechon. Sa pensée est imprégnée d’une religiosité «pseudo-israélite» — un code archaïque, vétérotestamentaire, qui substitue l’impératif messianique à la souveraineté nationale des États-Unis. Dans cette optique, Israël n’est pas un allié géopolitique, mais un "centre sacré" pour lequel Trump est prêt à sacrifier la sécurité de la citadelle américaine.

C’est précisément pour cette raison que Trump comptait, avec l’aide du mouvement MAGA, «assécher le marécage de Washington» — débarrasser le pays de l’influence du «gouvernement secret». Cependant, il en est arrivé à l’exact contraire: il s’est pris pour l’ancien roi Cyrus et a joué les «shabbat goy», subordonnant la définition des objectifs des États-Unis aux intérêts du judaïsme païen.

C’est là que se révèle la véritable essence des accusations de Tucker Carlson: Trump, étant par nature un «païen titanesque» vouant un culte à la force, à l’or et au succès, a volontairement endossé le statut de «shabbat goy» ontologique. Il a rabaissé la puissance américaine au rang d’instrument au service de la réalisation d’un projet eschatologique étranger.

Alors que l'appareil stratégique américain tente de clore derrière lui les «portes de l'Eurasie» et de se replier dans l'auto-isolation, conformément à la doctrine isolationniste, Trump maintient ces portes ouvertes, entraînant la nation dans un conflit mortel avec l'Iran,  un conflit inutile et coûteux en ressources.

Depuis la fin de la Guerre froide, la planification militaire américaine repose sur la doctrine des «deux guerres et demie», qui suppose la capacité des États-Unis à participer simultanément à deux conflits régionaux majeurs tout en conservant des forces pour une opération de moindre envergure: «La stratégie des “deux guerres et demie” soit la capacité de mener simultanément deux conflits régionaux majeurs (MRC), tout en conservant des forces suffisantes pour une action de maintien plus modeste et limitée». Cependant, sous la pression d’Israël — et contrairement à la logique de la Stratégie de sécurité nationale —, Washington a dû se lancer tête baissée dans un troisième conflit à part entière et coûteux en ressources: celui avec l’Iran. La tentative du système de fonctionner en mode «3.0» alors que sa limite physique était de 2,5 a conduit à l'épuisement des ressources américaines. Le «bénéficiaire» de l'ordre mondial n'a tout simplement pas supporté le poids de trois fronts eschatologiques, transformant une erreur de calcul stratégique en une catastrophe finale.

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Cette surchauffe stratégique, provoquée par la tentative de tenir trois fronts avec des ressources suffisantes pour «deux guerres et demie», déclenche un processus de destruction irréversible au sein même de la métropole. Lorsque le roi Jéroboam-Trump se rend compte que les «veaux d’or» de sa puissance économique ne suffisent pas à acheter la réalité, il tourne l'essentiel de sa colère « païenne » vers l’intérieur du pays, compensant son impuissance extérieure par une cruauté systémique.

Le fascisme institutionnel devient non seulement une méthode, mais le seul moyen d’imiter l’unité. À ce stade, la «forteresse Amérique» commence à s’en prendre même aux plus hautes autorités spirituelles: la remarque du pape sur la nécessité de «redresser la barre» des États-Unis — un appel à revenir de la folie messianique à l’universalisme chrétien — a été accueillie à Washington avec la fureur d’une secte assiégée.

Ce refus d’écouter le Vatican révèle une transformation inquiétante: le système ne recherche plus à débusquer les «communistes», il a trouvé un autre fétiche — les «traîtres au devoir sacré», selon l’évaluation des «véritables» païens de l’Ancien Testament. L’Antisemitism Awareness Act (mai 2024), activement défendu par des structures du niveau du B’nai B’rith, est devenu le précédent et le fondement juridique de cette folie. Cette loi, qui criminalise de facto le rationalisme politique en imposant la définition de l’antisémitisme de l’IHRA, a privé les États-Unis de leur souveraineté intellectuelle. Désormais, toute mention d’un pragmatisme national allant à l’encontre du plan messianique de l’allié est légalement qualifiée de crime. Par ce mécanisme, le pays est poussé vers le fascisme, où la judéophobie et la judéophilie eschatologique se fondent en un seul instrument punitif contre quiconque n’est pas prêt à sacrifier l’économie américaine au profit d’un Troisième Temple étranger.

Margarita-Robles-1.jpgAlors que Washington met en place cette dictature théocratique, le monde extérieur entame un repli forcé. L'Espagne a été la première à servir de baromètre de l'ère à venir, non seulement en fermant son espace aérien aux avions américains attaquant l'Iran, mais aussi en proclamant officiellement une «nouvelle voie socialiste».

En mars 2026, la ministre espagnole de la Défense, Margarita Robles (photo), a justifié cette décision par des arguments fermes: «No autorizamos ni el uso de las bases militares ni el uso del espacio aéreo para acciones relacionadas con la guerra en Irán» («Nous n'autorisons ni l'utilisation de nos bases militaires ni celle de notre espace aérien pour des actions liées à la guerre en Iran»). Cette démarche de Madrid est devenue un manifeste de la souveraineté européenne, mettant en lumière la rupture du «bénéficiaire», dont la tunique est déjà déchirée en lambeaux.

Au sein même des États-Unis, cette fracture est comblée par l’ombre de Bernie Sanders, dont le socialisme austère attend le moment où une nation épuisée exigera sa «voie espagnole» en réponse à la terreur de droite. La nation se retrouve prise en étau entre la fascisation à droite, où le code de l’Ancien Testament est devenu la massue de la répression, et la revanche socialiste à gauche.

Jéroboam-Trump croit que son néo-maccarthysme sauvera l’unité, mais en réalité, il ne fait que préparer le terrain pour que Hitler et Marx s’affrontent dans un combat final sur les ruines du Capitole. L'Amérique de 2026, c'est un autel qui commence à crépiter, sur lequel le «titan païen» brûle le dernier élément qui lui reste: la subjectivité même de la nation. La prophétie d’Achija (de Silo) est implacable: lorsque le roi commence à contester le Grand Prêtre et à réclamer des taureaux pour satisfaire une commande eschatologique étrangère, sa maison est vouée à la division.

Cette discorde interne débouche inévitablement sur une paralysie régionale: lorsque la coupole idéologique au-dessus du Capitole s'effondre, les États commencent à s'évacuer des décombres de l'empire.

Conséquence directe de cette tendance — la rupture du système en mode «3.0» alors que sa limite physique est à 2,5 —, le danger de sécession des États «bastions» s'intensifie au sein de la «Forteresse Amérique». Lorsque le centre fédéral se transforme en aspirateur messianique, pompant les impôts pour les consacrer à la guerre contre l’Iran, les États donateurs activent leurs mécanismes d’autoprotection. Le Texas et la Floride forment déjà de facto leurs propres structures militarisées, protégeant leurs frontières que Washington a abandonnées au profit de l’escalade au Proche-Orient.

Dans ce contexte, le socialisme de Kamala Harris, qui a réaffirmé ses ambitions présidentielles, n’apparaît pas comme une alternative, mais seulement comme une autre manière d’exploiter les restes de la nation. La démence du «bidénisme», d'il y a quelques années, n’est pas une alternative au Trump sionisé; ce ne sont que les différentes étapes d’une même agonie.

Representation-saint-Jean-Chrysostome-349-407-Art-byzantin-fresque-debut-XIIe-siecle-Eglise-Panagia-Asinou-Mont-Troodos-Chypre_0.jpgLa véritable issue pour la santé de la nation exige de mettre à nu les racines gnoséologiques de l’«israélisme» en tant qu’hérésie officielle. Du point de vue des Pères de l’Église, en particulier Jean Chrysostome (icône, ci-contre), l’Église est le Verus Israel (le Vrai Israël), qui a entièrement remplacé l’Ancien Testament. La ligne de conduite actuelle des États-Unis est une «hérésie des judaïsants», ressuscitée, qui détruit le Logos spirituel de la nation.

L'adoption de l'Antisemitism Awareness Act est devenue le fondement juridique de cette folie: ce système «promis» ne recherche plus les «communistes», il a trouvé un autre fétiche — les «traîtres au devoir sacré», selon l'évaluation des «véritables» païens de l'Ancien Testament, ceux de la « trumpophilie ». Cette loi criminalise le droit d’un chrétien d’affirmer que l’Amérique n’est pas tenue de servir un projet messianique étranger, effaçant complètement le testament d’Abraham Lincoln sur l’égalité des nations.

Lincoln insistait sur un principe qui semble aujourd’hui blasphématoire à Washington: «Nous devons entretenir des relations justes et équitables avec tous les peuples, sans laisser les intérêts d’une nation absorber les nôtres ou nous dicter notre volonté». En faisant d’un pays particulier une «priorité sacrée» à laquelle Trump se soumet «plus» qu’à sa propre Constitution, l’élite actuelle commet un acte d’idolâtrie politique. La justice universelle de Lincoln a été remplacée par un fanatisme tribal étroit, transformant la puissance américaine en personnel de service au service de la «voie exceptionnelle» d’un autrui.

Plus encore. Ne se cache-t-il pas derrière la façade du fanatisme religieux une sinistre théorie du complot: la guerre menée conjointement avec Israël contre l’Iran n’a-t-elle pas été déclenchée pour étouffer dans l’œuf la dangereuse résonance de l’affaire Jeffrey Epstein, désormais étalée au grand jour?! Cette escalade sanglante vise à noyer dans le vacarme des explosions les noms des dégénérés issus du cloaque des élites, afin que rien n’empêche de mener à bien le «nouvel ordre mondial des Epstein» jusqu’à son aboutissement victorieux: l’avènement de l’Antéchrist. La nation américaine est aujourd’hui divisée non pas tant entre «démocrates» et «conservateurs», mais entre les vrais croyants et les fanatiques endiablés du «pluralisme», élevés sur l’île d’un prédateur de Lolitas de 13 ans, retrouvé pendu en prison.

Mais à ce point d'impasse eschatologique s'ouvre une autre perspective. Le Katechon, qui sommeillait à l'état embryonnaire en Moscovie après la résection stalinienne et qui a résisté à la corruption des eltsiniens, est prêt à rendre au monde la destinée que Dieu lui a réservée. Ce principe conservateur qui s'éveille éloigne le gouffre apocalyptique de la dernière guerre menée pour la destruction de la civilisation terrestre.

Tandis que Washington, au service des intérêts des élites « epsteiniennes », entraîne le monde dans l'abîme, la Russie rétablit la verticalité de l'esprit. La prophétie d'Achija s'accomplit: le pluralisme frénétique cède la place à la vérité austère de la foi. L'Armageddon est reporté, car le Katechon a pris ses fonctions, redonnant à l'histoire son rythme sacré et son sens authentique.

samedi, 02 mai 2026

Les nationalistes celtes empêcheront-ils Reform UK d’accéder au pouvoir?

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Les nationalistes celtes empêcheront-ils Reform UK d’accéder au pouvoir?

Peter W. Logghe

Source: https://www.facebook.com/peter.logghe.94 

«Les changements qui se profilent à l'horizon semblent de nature sismique», déclare Angus Robertson, ministre du gouvernement écossais. Les sondages indiquent qu’après les élections du 7 mai, l’Angleterre sera entourée de régions où des partis nationalistes de gauche domineront la scène politique: il s’agit de Plaid Cymru au Pays de Galles, du Parti national écossais (SNP) en Écosse et de Sinn Féin à Belfast (Irlande du Nord). Cela exercera une pression encore plus forte sur le gouvernement travailliste de Sir Keir Starmer. 

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L’Écosse se rendra aux urnes le 7 mai. Jusqu’en 2022, le SNP (Parti national écossais) de gauche-nationaliste atteignait jusqu’à 50% des voix en Écosse, mais avec un programme progressiste de type woke, sans égal en Europe, avec des turbulences internes et un référendum sur l’indépendance décevant, le SNP a perdu du terrain. Il remonte d’un creux difficile et espère obtenir entre 34 et 40% des voix (en 2021, il avait recueilli 48%). Le Labour et Reform UK se disputent la deuxième place, chacun avec environ 15% des voix. Si le SNP gagne, il a déjà promis d’organiser un nouveau référendum sur l’indépendance écossaise. 

Trois des quatre nations du Royaume-Uni seront-elles dirigées par des nationalistes ?

En mai également, le Pays de Galles ira aux urnes, avec des attentes élevées, puisque le parti nationaliste de gauche Plaid Cymru (PC) recueille environ 29% des suffrages dans les sondages, juste devant Reform UK, qui pourrait atteindre près de 28%. Rhun ap Iorwerth, président de PC, parviendra-t-il à mettre fin à 103 ans de domination travailliste au Pays de Galles? Ce serait une révolution. Il est clair que les peuples celtes estiment que leurs revendications ne reçoivent pas assez d’attention et que peu de ressources sont allouées à l’Écosse, au Pays de Galles et à l’Irlande du Nord. 

Selon Angus Robertson, ministre écossais, cela représenterait une catastrophe pour le gouvernement travailliste de Starmer. Car si trois des quatre nations du Royaume-Uni seront bientôt dirigées par des nationalistes celtes de gauche, et si Nigel Farage de Reform UK parvient à s’emparer de l’Angleterre, la quatrième nation du Royaume-Uni, alors ce dernier risque de se désintégrer plus rapidement qu’on ne l'aurait pensé. 

En tout cas, une discussion approfondie a déjà eu lieu entre John Swinney, premier ministre écossais, et Michelle O’Neill du Sinn Féin (Irlande du Nord). Starmer, qui a remporté les élections de 2024, notamment avec la promesse d’améliorer les relations entre Anglais et peuples celtes, a échoué. Mais les nationalistes celtes représentent aussi un obstacle gênant sur la voie de Nigel Farage vers le pouvoir.

«Les étoiles sont tombées sur terre»: la guerre en Iran comme affrontement entre idéologies religieuses

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«Les étoiles sont tombées sur terre»: la guerre en Iran comme affrontement entre idéologies religieuses

Leonid Savin

L'attaque des États-Unis et d'Israël contre l'Iran a levé un coin du voile sur la dimension métaphysique du conflit — les contours d'un affrontement entre doctrines et idéologies religieuses y sont clairement apparus.

Les représentants de toutes les traditions abrahamiques – judaïsme, christianisme et islam – y sont impliqués, et le contrôle effectif exercé par Israël sur les lieux saints de ces religions – le Mur des Lamentations, le Saint-Sépulcre à Jérusalem et la mosquée Al-Aqsa – confère à ces événements une spécificité particulière.

Cette année, pour la première fois, l’accès des musulmans à Al-Aqsa a été interdit pendant la célébration du mois sacré du ramadan, bien que le service religieux chrétien traditionnel dans le sanctuaire de Jérusalem, où se déroule la cérémonie de la descente du Feu sacré à la veille de Pâques, ait tout de même eu lieu. Cependant, le monde chrétien reste divisé.

Dès 2024, dans ses félicitations adressées au président iranien nouvellement élu, Masoud Pezeshkian, le patriarche de l’Église orthodoxe russe, Kirill, avait déclaré: «Nos peuples sont unis par la volonté de préserver leurs traditions historiques, spirituelles et culturelles, ainsi que par leur attachement à des principes moraux immuables».

Il s’est également adressé avec beaucoup de chaleur au nouveau guide suprême de l’Iran, l’ayatollah Mojtaba Khamenei, élu après l’assassinat de son père au cours de la guerre actuelle.

« Cher frère ! Je vous félicite chaleureusement pour votre élection par le Conseil des experts de l’Iran au poste de guide suprême du pays ! Ce moment historique a été marqué par une épreuve personnelle difficile, liée à la disparition de votre vénérable père et de vos proches », a déclaré le patriarche au Rahbar.

«Vous assumez la responsabilité de l’État et de ses citoyens en cette période dramatique où l’Iran est confronté à de nombreux défis existentiels», a-t-il ajouté.

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En Russie, le clergé perçoit clairement ce conflit comme le signe avant-coureur de bouleversements mondiaux qui pourraient ne pas toucher seulement le Proche-Orient et les États-Unis.

À la veille du dimanche des Rameaux, le patriarche Cyrille a déclaré: «Nous croirons et espérerons que la protection de la Très Sainte Reine des Cieux s’étendra sur la Russie».

«Prions le Seigneur afin qu’Il étende Sa bénédiction sur notre pays, sur nos autorités et nos forces armées, sur notre président Vladimir Vladimirovitch. Afin que la Russie s’élève véritablement de force en force», a déclaré le chef de l’Église orthodoxe russe.

«Afin que toutes les possibilités potentielles de notre pays se réalisent aujourd’hui pour le bien de notre peuple, pour le bien et la sécurité de notre Patrie et, bien sûr, pour la prospérité de notre Église — martyre et confesseuse, qui vit aujourd’hui peut-être le moment le plus inspirant et le plus beau de son histoire récente», a-t-il souligné.

Il est important de noter que dans l’orthodoxie, le Messie juif (Mashiach) est souvent interprété comme l’Antéchrist, car le véritable Messie était Jésus-Christ, ce que les Juifs n’ont pas compris. Et cela rapproche les peuples orthodoxes et les chiites sur le plan doctrinal et théologique. L’Iran possède sa propre eschatologie.

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La tradition de l’islam chiite affirme que le douzième imam juste, le Mahdi, qui vit dans l’occultation, reviendra dans ce monde à la veille du Jour du Jugement dernier. Avec le Christ (le prophète Isa dans la doctrine musulmane), il prendra la tête d’une armée pour combattre le Dajjal (l’Antéchrist).

Le Mahdi viendra du Khorasan, qui couvre historiquement une partie de l'Iran actuel, ainsi que le Turkménistan et l'Afghanistan.

Il est fait mention d'un homme malfaisant nommé Sufyani (Soufiani), qui agira à la veille de l'apparition du Mahdi. Citons quelques prophéties musulmanes.

«Soufiani est de couleur rouge et jaune, avec des yeux bleus. Il n’a jamais adoré Allah et n’a jamais vu ni La Mecque, ni Médine. Et il dira: «Ô Seigneur, j’ai soif de sang, même si je dois finir dans le feu!».

«Soufiani est inévitable. <…> Quinze mois s'écouleront entre le début de son apparition et sa fin, dont six pendant lesquels il fera la guerre. Lorsqu'il aura conquis cinq terres, il régnera pendant neuf mois, sans qu'il n'y soit ajouté ne serait-ce qu'un seul jour» (Muhammad ibn Ibrahim Nu'mani, «Al-Ghaiba»).

«Sufyani sortira sous une bannière verte et avec une croix d’or. <…> Et il fait partie de ceux qui convoitent ce monde (ses biens et son pouvoir)» («Basharat al-Islam»).

«L’armée qui s’opposera à l’imam Mahdi sous la conduite de Sufyani sera engloutie par la terre» (As-Sunân al-varid fil-fitân, ad-Dâni).

Les Iraniens peuvent interpréter cette conquête de territoires de différentes manières. Par exemple, comme une alliance entre les États-Unis et l’Arabie saoudite, le Koweït, le Qatar, Bahreïn et les Émirats arabes unis, qui ont permis aux Américains de frapper le territoire iranien et ont encaissé une riposte.

Quant à la mention de la croix sur le drapeau, ils peuvent la comprendre comme une appartenance nominale de l’armée de Sufyani au christianisme. La disparition d’une partie de l’armée sous terre — comme une indication qu’il ne s’agit pas d’une bataille de type classique.

Les États-Unis, dont les dirigeants affirment depuis le 19ème siècle leurs racines chrétiennes et prônent l’idée d’une nation élue par Dieu et de la construction de la Cité sur la Colline (d’où l’imposition de leur politique aux autres pays), ont commencé sous Donald Trump à soutenir Israël de manière particulièrement active.

Tant dans la première que dans la deuxième administration Trump, on a trouvé de nombreux partisans du «sionisme chrétien» — une vision du monde particulière selon laquelle les chrétiens doivent soutenir Israël à tous les niveaux.

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C'est précisément pour cette raison qu'ont vu le jour les «accords d'Abraham», grâce auxquels Washington a commencé à faire pression sur plusieurs pays arabes pour qu'ils établissent des relations diplomatiques avec Israël. La conception des sionistes chrétiens est à la base du soutien militaire apporté à Israël et sous-tend toutes les déclarations des prédicateurs américains.

Cette rhétorique suscite une réaction négative de la part du chef du Vatican: Léon XIV (qui est d'ailleurs le premier pape américain de l'histoire) a condamné les propos du ministre américain de la Défense Pete Hegseth sur la nécessité de recourir à la violence contre les ennemis au nom du Christ, affirmant que «Dieu n'écoute pas les prières de ceux qui font la guerre».

Cela a conduit à une critique virulente du pape par Trump. Le pontife a répondu: «Je n’ai pas peur de proclamer haut et fort le message de l’Évangile — c’est, selon moi, la raison pour laquelle je suis ici, et celle pour laquelle l’Église existe».

Ainsi, les catholiques — du moins les hiérarques et de nombreux fidèles — se sont retrouvés dans des camps opposés à ceux des protestants radicaux qui soutiennent Israël.

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La justification par Washington de l’opération militaire par la menace nucléaire iranienne rappelle ce qui s’est passé avec l’Irak en 2003. À l’époque, sous le faux prétexte que Saddam Hussein disposerait d’armes de destruction massive, les États-Unis avaient lancé, sans résolution de l’ONU, une campagne militaire qui avait conduit à une occupation de plusieurs années et à des millions de victimes parmi la population civile.

Comme aujourd’hui, cela a provoqué une fracture parmi les alliés des États-Unis. Seule la Grande-Bretagne protestante a directement soutenu Washington. Les autres partenaires de l’OTAN s’y sont opposés.

George W. Bush, dans son discours, a invoqué la théologie en déclarant: «Dieu m’a dit de frapper l’Irak». Il est important de noter que les néoconservateurs qui soutenaient Bush appuyaient activement Israël et plaidaient en faveur d’une augmentation de l’aide américaine à ce pays.

Aujourd’hui, l’administration américaine actuelle affirme que «Dieu est du côté de l’Amérique dans la guerre contre l’Iran». Bush et Trump sont tous deux protestants. Le premier a été élevé dans l’Église épiscopale, mais s’est converti au méthodisme, tandis que le second appartenait à l’Église presbytérienne, avant de déclarer plus tard qu’il était un «chrétien sans confession». C’est précisément parmi les protestants que l’on trouve de nombreux partisans du sionisme chrétien.

Pourtant, Israël lui-même ne cherche nullement à synchroniser ses objectifs avec ceux de ses sympathisants d’outre-Atlantique, bien qu’il les utilise volontiers et activement comme lobbyistes pour ses propres intérêts. L’État hébreu, sous la direction de Benjamin Netanyahou, est clairement enclin à prendre des décisions radicales.

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L'intention de détruire la mosquée Al-Aqsa a été exprimée à plusieurs reprises, afin de construire à sa place le Troisième Temple qui, selon la tradition juive, doit devenir le centre spirituel du peuple juif et de l'humanité tout entière. À cette fin, des génisses rousses ont déjà été achetées aux États-Unis. Elles sont nécessaires pour l'abattage rituel et la « purification » du Mont du Temple avec leurs cendres.

Les soldats de l’armée israélienne portent des insignes représentant le territoire de leur État, qui englobe des parties de l’Égypte, de la Syrie, de l’Irak et du Liban actuels. Les opérations de nettoyage dans la bande de Gaza et en Cisjordanie — tout comme les bombardements du Liban — s’inscrivent dans une stratégie globale visant à établir une hégémonie régionale.

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Soit dit en passant, tous les juifs ne soutiennent pas Israël dans le conflit actuel. Plus encore, tous les juifs ne soutiennent pas l’existence même d’Israël. En particulier, le mouvement «Neturei Karta» estime que la création d’un État juif enfreint les commandements du Talmud et mènera donc inévitablement à une catastrophe.

Ceux qui dirigent la politique d'État d'Israël ne se soucient toutefois guère de ces opinions largement marginales. Tout comme ils ne se soucient guère des divergences de vision du monde avec les élites de Washington. Les Israéliens et les Américains nourrissaient depuis longtemps des plans visant à détruire l'Iran, qui a toujours soutenu le peuple palestinien.

Cependant, les multiples tentatives visant à provoquer une «révolution colorée» en République islamique (les États-Unis sont intervenus activement pour la première fois dans le processus électoral en 2009, lors de la réélection du président Mahmoud Ahmadinejad) et les sabotages réguliers (notamment les assassinats de physiciens nucléaires) n’ont pas abouti aux résultats escomptés.

C'est pourquoi, le 13 juin 2025, Israël a lancé des bombardements contre des cibles iraniennes, puis les États-Unis se sont joints à lui. La guerre de douze jours s'est terminée sans qu'un vainqueur ni un vaincu ne soient clairement désignés. Mais chaque camp a tiré ses propres conclusions et s'est mis à se préparer à une guerre future, qui a éclaté en février dernier.

Pour les chrétiens — tant catholiques qu’orthodoxes —, la description biblique de la fin des temps par le prophète Daniel et l’apôtre Jean revêt bien sûr une grande importance.

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Chez le prophète Daniel, nous lisons qu’un «roi de l’arbitraire» viendra de l’Orient «dans une grande fureur, pour exterminer et anéantir beaucoup de gens»: «Et ce roi agira selon son bon plaisir; il s’élèvera et s’exaltera au-dessus de toute divinité; il prononcera des paroles de blasphème contre le Dieu des dieux, et il prospérera jusqu’à ce que la colère soit accomplie; car ce qui est prédestiné s’accomplira. Il ne pensera pas aux dieux de ses pères, ni au désir des femmes, ni même à la divinité, car il s’élèvera au-dessus de tous».

«Et il bâtira une forteresse avec un dieu étranger; à ceux qui le reconnaîtront, il multipliera les honneurs et donnera le pouvoir sur beaucoup, et distribuera le pays en récompense. Vers la fin des temps, le roi du Sud le combattra, et le roi du Nord fondra sur lui comme une tempête avec des chars, des cavaliers et de nombreux navires, et il attaquera les régions, les envahira et les traversera…», ainsi est-il écrit dans le livre.

«À partir du moment où le sacrifice quotidien sera suspendu et où l’abomination de la désolation sera mise en place, mille deux cent quatre-vingt-dix jours s’écouleront», dit la prophétie.

Les exégètes peuvent considérer la République islamique d’Iran comme le «roi du Sud». Et le «roi du Nord» pourrait être la Russie. Cependant, la guerre n’a pas éclaté.

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Tout au début de l’Apocalypse de Jean le Théologien, on lit: «Je connais tes œuvres, ta détresse et ta pauvreté (bien que tu sois riche), et les calomnies de ceux qui se disent Juifs, mais ne le sont pas, mais qui sont une bande satanique». Cela peut être interprété comme une allusion aux dirigeants d’Israël.

Au chapitre 3, il est écrit: «Écris à l’ange de l’Église de Philadelphie: ainsi parle le Saint, le Véritable, celui qui détient la clé de David, celui qui ouvre et que personne ne ferme, celui qui ferme et que personne n’ouvre: je connais tes œuvres; voici, j’ai ouvert devant toi une porte, et personne ne peut la fermer; tu n’as pas beaucoup de force, et tu as gardé ma parole et tu n’as pas renié mon nom».

Et plus loin: «Voici, je ferai en sorte que, parmi la bande satanique, parmi ceux qui se disent Juifs mais ne le sont pas, mais mentent, — voici, je ferai en sorte qu’ils viennent se prosterner à tes pieds, et qu’ils sachent que je t’ai aimé».

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Philadelphie est l’actuelle capitale de la Jordanie, Amman (photo), qui faisait partie de la Décapole de l’Empire romain. Et la dynastie royale hachémite est la gardienne officielle des clés tant des mosquées que des églises chrétiennes de Jérusalem.

Le plus effrayant dans les prophéties commence après la rupture des sceaux de l’Apocalypse: «Et quand Il brisa le sixième sceau, je regardai, et voici, il y eut un grand tremblement de terre, et le soleil devint noir comme un sac de deuil, et la lune devint comme du sang. Et les étoiles du ciel tombèrent sur la terre, comme un figuier secoué par un vent violent qui laisse tomber ses figues vertes. Et le ciel disparut, enroulé comme un livre; et toutes les montagnes et toutes les îles furent déplacées de leur place».

Puis voici ce qui se passe: «Et les rois de la terre, les grands, les riches, les chefs de mille, les puissants, tout esclave et tout homme libre se cachèrent dans les cavernes et dans les ravins des montagnes».

D’après les descriptions, les conséquences de l’ouverture du sixième sceau font penser à une guerre nucléaire — dans les images filmées d’essais d’armes thermonucléaires, on voit le ciel s’enrouler comme un rouleau de livre, et les émanations de produits de combustion former un voile épais que la lumière du soleil ne parvient pas à traverser. Les bunkers souterrains ressemblent à des grottes et à des gorges de montagnes, où tous ceux qui survivront s'y réfugieront.

Ce n’est bien sûr pas encore la fin des catastrophes — après l’ouverture du septième sceau, les anges sonneront de la trompette, et s’ensuivra une série d’événements terribles et de tourments pour la plupart des survivants. Il y est également question de la venue de l’Antéchrist: «Toute la terre s’émerveilla et suivit la bête, et ils adorèrent le dragon qui avait donné le pouvoir à la bête, et ils adorèrent la bête, en disant: Qui est semblable à cette bête? Et qui peut lutter contre elle?».

D'une manière générale, l'interprétation politique des textes sacrés est une entreprise plutôt douteuse et dangereuse. La tentation est grande non seulement d'attribuer certaines caractéristiques à tel ou tel personnage, mais aussi de se placer au-dessus des prophètes, dont le langage allégorique est non seulement complexe, mais recèle également de nombreuses significations et symboles parallèles. À chaque époque, il y a eu des exégètes qui ont vu dans les signes de leur temps des indices annonçant la fin des temps.

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Il n'est pas négligeable qu'un autre grand acteur géopolitique, qui s'est toujours tenu à l'écart, soit celui qui est le plus éloigné des tentatives de considérer la politique mondiale à travers le prisme des prophéties bibliques. Il s'agit de la Chine, qui possède la plus grande armée du monde et se classe au deuxième rang des dépenses militaires après les États-Unis.

Bien que les approvisionnements en pétrole en provenance d'Iran soient d'une importance capitale pour l'économie du pays, suite à la prise de contrôle du Venezuela par les États-Unis, la République populaire de Chine ne montre aucun signe indiquant qu'elle se trouve dans une situation de menace existentielle.

Il n'y a pas chez eux d'ambiances eschatologiques comme en Europe ou au Moyen-Orient. La raison en est que la Chine possède une tradition différente – un mélange de taoïsme, de culte des ancêtres et de confucianisme, plutôt que la croyance selon laquelle Dieu aurait créé l'humanité à son image.

Cela explique le rejet de la version occidentale de la doctrine des droits de l'homme – lorsque quelqu'un commence à s'opposer au cours du parti, il peut, comme un enfant désobéissant dans une grande famille, être puni selon ses propres lois. Et personne ne dicte à l'État chinois sa conduite dans ce domaine.

C'est pourquoi, dans leurs extrêmes, les valeurs morales, avec une distinction entre le bien et le mal, telles qu'on les trouve dans le christianisme ou l'islam, n'existent pas en Chine. La Chine condamne l'attaque contre l'Iran à sa manière et considère que cela nuit à la coexistence pacifique ainsi qu'à la promotion de projets chinois dans la région et dans le monde entier.

* * *

En d’autres termes, si l’on considère la guerre actuelle au Proche-Orient à travers le prisme des doctrines éthiques, sans interprétations religieuses, on peut conclure que les États-Unis et Israël sont coupables — mais il n’y a personne pour les juger. Or, avec l’ajout de telles interprétations, le conflit prend l’ampleur d’une lutte entre les forces de la Lumière et celles des Ténèbres.

Cette cosmogonie métaphysique, où un scénario précis est inscrit, est interprétée par chaque partie en fonction de sa propre vision du monde et de ses traditions. Bien que le massacre de 165 écolières iraniennes au tout début de la guerre, tout comme celui de la population civile au Liban et en Palestine, ressemble davantage aux agissements de la civilisation de Baal.

Amérique latine: les élections générales au Pérou pourraient réserver des surprises

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Amérique latine: les élections générales au Pérou pourraient réserver des surprises

Leonid Savin

Le virage à droite en Amérique latine se poursuit, mais la gauche résiste.

Le 12 avril 2026, le Pérou a tenu des élections générales pour élire le président, deux vice-présidents, 60 sénateurs, 130 députés et cinq membres du Parlement andin. Le processus électoral au Pérou est une procédure obligatoire à laquelle participent tous les citoyens âgés de 18 à 70 ans. Une amende est infligée en cas d'absence au bureau de vote sans motif valable (le montant dépend de la région de résidence).

En raison de problèmes techniques liés à la distribution des bulletins de vote dans plusieurs bureaux de vote, notamment dans la capitale et à l'étranger, les élections ont été prolongées jusqu'au 13 avril. Tous les votes n'ont finalement pas pu être dépouillés avant la fin de la semaine, bien qu'environ 90% des bulletins aient été traités.

Les élections se sont déroulées dans un contexte d'instabilité politique interne persistante: au cours des dix dernières années, le pays a connu neuf présidents. Bien que ce processus électoral ait été marqué par les promesses de plusieurs candidats de mettre fin aux troubles et au chaos, il est difficile d'y croire.

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Cela dit, contrairement à ses voisins, le Pérou connaît une situation économique plus ou moins stable. La croissance du PIB pour 2026 était prévue à plus de 3%, et compte tenu de la hausse des prix du cuivre et d’autres minerais, dont le Pérou est un grand exportateur, ainsi que de la mise en service du mégaport de Chankay, aucun effondrement économique n’est prévu.

Au total, 37 partis et 35 candidats à la présidence ont participé aux élections, parmi lesquels figuraient des personnalités assez extravagantes, mais au moment de la rédaction de cet article, seuls sept partis avaient franchi le seuil des 5% nécessaire pour entrer au Congrès. Il s'agit de «Renouveau national», du Parti de la bonne gouvernance, de «Force populaire», du «Parti civique du travail», de «Nation maintenant», de «Ensemble pour le Pérou» et de «Un monde pour tous».

Le parti de gauche « Pérou libre », dont le président Pedro Castillo avait été élu lors du dernier scrutin, n’a même pas réussi à atteindre 0,5%. Des résultats tout aussi faibles ont été enregistrés par des partis tels que les «Verts démocrates», «Intégration démocratique», «Coopération populaire», «Force et liberté», «Foi au Pérou», «Action Pérou», «Pérou moderne», «Une autre voie», le PRIN, «Sauvons le Pérou» et le Parti démocratique fédéral. Les autres partis, parmi lesquels on trouve aussi bien des formations de gauche que de droite et du centre, ainsi que des combinaisons idéologiques diverses, ont obtenu des scores légèrement supérieurs, mais tout aussi insuffisants pour entrer au Parlement.

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Le désagrégation du spectre politique de gauche est révélatrice, similaire à celle qui s’est produite en Bolivie auparavant (au Chili, il y avait tout de même une polarisation évidente des préférences, mais la gauche et ceux qui la soutenaient n’ont pas réussi à remporter la victoire).

Il s'avère que la baisse de confiance envers les partis de gauche a été provoquée par des motifs idéologiques et politiques, notamment des divisions internes et une activité accrue de la droite.

imakfges.jpgCependant, parmi les candidats à la présidence, le candidat de gauche Roberto Sánchez, du parti «Ensemble pour le Pérou» (12%), a réussi à se hisser à la deuxième place. En tête se trouve Keiko Fujimori (17%) de «Force populaire». Il s'agit d'une candidate clairement pro-Washington. Elle a été députée au Congrès de 2006 à 2011. Lors de l'élection présidentielle de 2011, elle a perdu face à Ollante Humale. Elle a été arrêtée dans le cadre d'une affaire de corruption et a été incarcérée. Mais elle a continué à faire de la politique avec acharnement. Il convient de noter qu'au Pérou, tout un courant politique idéologique, appelé le fujimorisme, s'est déjà développé.

imrfaages.jpgAu cours des premiers jours du dépouillement, Rafael López Aliaga, du parti Renouveau national, la talonnait, mais il a été relégué à la troisième place (11,9%), ce qui signifie qu'il ne pourra pas participer au second tour de l'élection présidentielle. C'est sans doute pour cette raison qu'Aliaga a piqué une crise, affirmant qu'il y avait eu de nombreuses irrégularités et que 600.000 habitants de Lima n'avaient pas pu voter. Il a même promis de verser une prime de 5800 dollars américains à toute personne qui signalerait et confirmerait ces irrégularités. Cependant, les observateurs internationaux n'ont pas constaté de violations graves.

Aliaga, ancien maire de Lima et oligarque, est surnommé Porky en raison de sa ressemblance avec un personnage de dessin animé américain. Il avait précédemment déclaré soutenir les initiatives de Donald Trump, ce qui lui a valu d’être qualifié de « trumpiste » local. Son parti a été créé en octobre 2020 sur la base du parti «Solidarité nationale». Il allie conservatisme (au sens religieux et catholique), néolibéralisme et populisme de droite. Avant les dernières élections, le parti comptait dix députés et un gouverneur au sein des structures du pouvoir. Lors des précédentes élections présidentielles, remportées par Pedro Castillo, López Aliaga avait soutenu Keiko Fujimori au second tour – la droite avait ainsi uni ses forces pour empêcher le candidat de gauche de l’emporter, mais sans succès.

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Pedro Castillo, actuellement en détention, a appelé à voter pour Roberto Sánchez (photo) en mars, qualifiant de «traîtres» les membres du parti «Pérou libre», sous la bannière duquel il s'était lui-même présenté auparavant. Il faut toutefois reconnaître que «Pérou libre» a de quoi être critiqué. Comme cela a été souligné, pour le chef du parti, Vladimir Serrón, «la pire contribution a été l’accord avec la mafia, et en particulier avec le fujimorisme, auquel a été accordé un contrôle absolu sur les organes de l’État, tels que la Cour constitutionnelle et le Conseil national de la justice, ainsi que le ministère public, qui ont facilité toutes les magouilles pendant de nombreuses années, en échange d'avantages personnels et familiaux».

C'est pourquoi, en ce qui concerne la course à la présidence, l'histoire se répète: au second tour s'affronteront Keiko Fujimori, qui s'était déjà présentée la dernière fois et avait également atteint le second tour, et le candidat de gauche. Il est évident que cela se déroulera non seulement sur fond de polarisation droite-gauche, mais aussi dans un contexte de tentatives manifestes de diabolisation des adversaires.

L’ancien ministre de l’Économie et des Finances du Pérou, qui a également occupé le poste d’ambassadeur aux États-Unis, Luis Miguel Castilla, estime que Sanchez est dangereux (du point de vue des néolibéraux orientés vers Washington, ce qui est logique), mais même s’il l’emporte au second tour, il pourra difficilement mener à bien les réformes promises, car il se heurtera à une forte résistance au Congrès, où la droite occupe des positions suffisamment solides.

En ce qui concerne les élections législatives, deux de ces partis figurent parmi les trois premiers. Il s'agit de la «Force populaire» de Fujimori et du «Renouveau national».

imjnages.jpgLe Parti de la bonne gouvernance, créé en août 2023 par Jorge Nieto – ancien ministre de la Défense et de la Culture du gouvernement de Pablo Kuczynski –, a obtenu un excellent résultat pour ses premières élections générales (environ 15%). Le parti prône à la fois les idéaux de l'Antiquité et célèbre le Pérou en tant que civilisation andine, défend les principes démocratiques, notamment l'État de droit, la protection des droits des femmes, le développement technologique, etc. Il plaide en faveur de la mise en œuvre de réformes. Son programme ne précise pas les principes qui régiront la politique étrangère de l'État. Selon les critères des idéologies traditionnelles, ce parti peut être classé parmi les partis libéraux-centristes, bien qu’il comporte une part non négligeable de populisme.

imarbges.jpgLe « Parti civique du Travail » se définit, selon ses principes déclarés, comme national-démocrate et réformiste. Il se positionne comme anti-Fujimori. On peut classer ce parti comme de centre-gauche. Il a été créé en 1989. Le chef du parti est le présentateur de télévision Ricardo Belmont, qui s'était auparavant allié à divers blocs lors des élections (depuis 2018, il a coopéré avec « Pérou libre » et soutenu Pedro Castillo).

«Nation maintenant» est un parti relativement jeune, fondé le 13 mai 2023 par l'économiste et ancien recteur de l'Université nationale d'ingénierie Alfonso López Chau. Sur le plan idéologique, il se positionne comme un parti social-démocrate et nationaliste, défendant la justice sociale, le développement durable, la transparence dans la gestion publique et le respect des droits de l'homme. Auparavant, López Chau avait annoncé qu'en cas de victoire aux élections présidentielles, il gracierait Pedro Castillo.

«Ensemble pour le Pérou» est une coalition politique de centre-gauche fondée en 2017. Elle rassemble des partis de gauche et progressistes, des organisations politiques et des mouvements sociaux. Elle a également obtenu 12% des voix pour l'élection au Sénat (chiffres provisoires).

imavmvges.jpg« Un pays pour tous » est également un nouveau parti, créé en avril 2023, mais qui n’a été légalisé qu’en août 2024. Il s’agit d’un parti libéral-conservateur avec des éléments populistes, c’est-à-dire de centre-droit. Le chef du parti est l'ancien gouverneur de la province de Juárez, Vladimir Mesa Villareal (photo), qui fait actuellement l'objet d'accusations de corruption. Le comédien Carlos Álvarez a été désigné candidat à la présidence par le parti.

Même s'ils s'unissent, les partis de gauche ne parviendront pas à former une majorité ni à la Chambre des députés ni au Sénat. Le parti « Bonne gouvernance » pourrait jouer un rôle clé dans cette situation ; c'est donc de son choix lors des votes que dépendra l'adoption ou le rejet des projets de loi.

Internet menacé: les câbles sous-marins du détroit d'Ormuz en danger

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Internet menacé: les câbles sous-marins du détroit d'Ormuz en danger

Meinrad Müller

Source: https://derstatus.at/welt/internet-blackout-unterseekabel...

Alors que tout le monde a les yeux rivés sur les pétroliers en feu et la flambée des prix du pétrole, une véritable bombe à retardement se cache sous l'eau. Au fond du détroit d'Ormuz s'étendent ces fragiles câbles de transmission de données dont dépend notre monde numérique.

Alors qu'en surface, les pétroliers sont bloqués et que le prix du pétrole s'envole, une bombe à retardement d'un tout autre genre émet son tic-tac fatidique dans les profondeurs. Il s'agit des câbles sous-marins posés au fond du détroit d'Ormuz.

La véritable bombe est cachée au fond de la mer

Comme l’a rapporté hier l’agence Reuters, l’Iran a lui-même récemment attiré l’attention sur cette infrastructure de données critique composée de fibres optiques sensibles. Cela n’est pas vraiment rassurant. En effet, ces câbles sont fins, souvent à peine plus épais qu'un tuyau d'arrosage. Contrairement aux grands océans, où ils se trouvent en eaux profondes, ceux du détroit d'Ormuz sont relativement proches de la surface, généralement à seulement 150 à 200 mètres de profondeur, et la mer est même encore moins profonde à certains endroits. Cela en fait une cible facilement vulnérable pour les drones plongeurs, les petits sous-marins ou les plongeurs spécialisés d'une armée belligérante.

Le problème, c’est que cette route achemine une part considérable du trafic Internet entre l’Europe, l’Asie et le Moyen-Orient. Les pays du Golfe investissent des milliards dans l’intelligence artificielle et l’avenir numérique, et tout repose sur ces câbles invisibles. S’ils sont coupés, cela risque de très mal tourner. Vous voulez consulter un site web? Oubliez ça car cela sera aussi hasardeux que les trains de la Deutsche Bahn en hiver; ensuite, les vidéos mettront une éternité à charger, les appels Zoom se figeront, les services bancaires en ligne dérailleront et le site de livraison de colis ne répondra plus. Ce n’est pas une cigogne qui s’est posée sur le câble, ni une baleine curieuse qui l’a sectionné par inadvertance. Non, ici, c’est une artère vitale qui aura été sectionnée. Une petite bombe bien placée suffit – tout comme pour Nord Stream.

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Risque lié à des dommages accidentels ou à un sabotage ciblé

Selon les experts, une panne totale d’Internet serait certes peu probable, car il existe des contournements. Mais des perturbations massives, des retards de plusieurs heures ou jours et des pannes de réseau garantiront le chaos, notamment dans les secteurs de la finance, du commerce et des services cloud. Les satellites comme Starlink sont certes utiles pour une communication de fortune et quelques services de base, mais ils ne pourront jamais absorber le volume de données véhiculées par les câbles sous-marins. De plus, les flux de données ne peuvent pas être simplement redirigés.

Le détroit, un « point faible numérique »

L'Iran a lui-même publié – dans une intention menaçante – une carte indiquant l'emplacement des tracés de câbles et a qualifié le détroit de « point faible numérique ». Jusqu'à présent, les câbles névralgiques ont certes été épargnés, contrairement à certains centres de données de la région du Golfe, notamment aux Émirats et au Qatar, qui ont déjà été touchés par des missiles iraniens. Mais plus la guerre dure, plus le risque de dommages accidentels ou de sabotage ciblé augmente. L'Occident n'a pas encore vraiment pris conscience de ce danger ; depuis des décennies, le détroit d'Ormuz est connu comme un passage critique pour le commerce mondial du pétrole – mais il apparaît désormais qu'il est au moins tout aussi vulnérable en tant que goulot d'étranglement numérique. Un petit impact sous l'eau – et des millions de personnes dans le monde s'en rendront compte immédiatement si soudainement plus rien ne fonctionne. À notre époque, l'infrastructure invisible au fond de la mer est en effet au moins aussi sensible que celle qui est visible à la surface.

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15:38 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : câbles sous-marins, golfe persique, internet, actualité | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

vendredi, 01 mai 2026

Allemagne: un 1er mai calme avant de réels affrontements

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Allemagne: un 1er mai calme avant de réels affrontements

par Wolfgang Hübner

Source: https://pi-news.net/2026/05/ein-1-mai-vor-den-kaempfen/

Pour l'instant, presque personne ne se précipite dans les rues en ce 1er mai – le 1er mai 2027 s'annonce toutefois plus intéressant.

Le 1er mai était autrefois la journée internationale de lutte de la classe ouvrière. Certes, on entendra aujourd’hui les discours habituels de la DGB (Confédération allemande des syndicats) avec toutes sortes d’avertissements sur la détérioration de la situation des salariés et des retraités. Et les médias en rendront compte consciencieusement. On devrait également signaler quelques émeutes dans les bastions antifascistes de Berlin et Leipzig. Mais cela n’a, une fois de plus, rien de particulièrement passionnant. Seul le trafic lié aux excursions pourrait, en raison des trois jours fériés consécutifs, provoquer quelques perturbations avec des victimes d’accidents de la route.

Aucune trace de lutte des classes ce 1er mai ? Seuls ceux qui perçoivent l’évolution politique et socio-économique réelle de notre pays à travers le filtre des médias dominants, largement alignés, peuvent croire cela. Car la lutte des classes est bel et bien menée avec ardeur ! Mais pas par le bas, c’est-à-dire par les travailleurs, par ceux-là même qui créent de la valeur ajoutée, ni par les petits retraités et les retraités ordinaires, et encore moins par ceux qui sont réduits au silence par les prestations sociales.

La lutte des classes de notre époque est bien au contraire menée de manière très intense par le haut. Car les classes aisées et dirigeantes en Allemagne ont depuis longtemps compris que, sans croissance et avec une économie politiquement condamnée au déclin, il faut sévir davantage contre les classes posées comme inférieures si l’on veut préserver ses propres privilèges. Dans la forme de gouvernement la plus utile à cet effet, à savoir «notre démocratie» qui est un État totalitaire structurés par les partis, ses principaux bénéficiaires ne mènent bien sûr pas une lutte des classes ouverte, mais mettent par exemple en place des commissions.

À ma connaissance, ni la commission sur la « réforme de la santé », ni celle sur la « réforme des retraites » ne compte un seul membre qui sera affecté négativement par les résultats de ces « réformes ». Et ceux qui mènent un réarmement militaire et veulent rendre le pays apte à mener une guerre ont déjà acquis des paquets d’actions de Rheinstahl et de fabricants de drones. La militarisation, et ce n’est pas seulement le cas en Allemagne, ne profite toujours qu’aux profiteurs politiques et économiques, mais jamais aux masses populaires.

Notre peuple est actuellement très frustré par le gouvernement fédéral et par un chancelier qui non seulement ment de manière notoire, mais s’est également révélé pleurnichard patenté. Mais cette frustration est généralement passive, c’est pourquoi presque personne ne se précipite dans la rue pour l’instant. Cela ne restera toutefois pas ainsi, même chez nos compatriotes qui font montre d'une légendaire patience de mouton.

Car la lutte des classes qui s'intensifie depuis le sommet approche rapidement du point où les opprimés, soit se laissent faire complètement, soit commencent à se défendre. Ceux qui mènent la lutte des classes depuis le sommet misent sur cette dernière option. C'est aussi et surtout pour cette raison que l'appareil de propagande et de répression a été considérablement perfectionné. Le 1er mai 2027 s'annonce intéressant.

1er mai 2026: de la politique d'agression à l'étranger à la politique de démantèlement à l'intérieur

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1er mai 2026: de la politique d'agression à l'étranger à la politique de démantèlement à l'intérieur

par Dirk W.

Source: https://zannekinbond.org/1-mei-2026-van-buitenlandse-agressiepolitiek-naar-binnenlands-afbraakbeleid/

La question centrale que nous devons nous poser aujourd'hui, en ce 1er mai, plus que jamais, est la suivante : « Qui contrôle l'économie qui détermine ma vie ? ». Les attaques incessantes contre les acquis sociaux dans notre pays sont une conséquence structurelle de l'accumulation capitaliste à l'échelle mondiale. La modération salariale, la flexibilisation (promotion des flexijobs, réduction du coût du travail de nuit, contrats temporaires, économie des plateformes, etc.) sont autant de manifestations de la pression que subit la classe ouvrière en Flandre et en Wallonie sous l’effet de la concurrence mondiale et de la mondialisation.

Dans ce modèle, où les élites riches et puissantes n’ont plus de patrie, il y a un fort transfert financier vers des comptes bancaires gérés à l’échelle mondiale (comprendre: dans des paradis fiscaux) par le centre impérialiste. Le lien entre l’impérialisme occidental et la pression exercée sur les droits sociaux et les acquis en Belgique n’est ni une coïncidence ni une « adaptation à la mondialisation », mais une conséquence structurelle de l’accumulation capitaliste à l’échelle mondiale. Il existe un lien direct entre, d’une part, les attaques de la N-VA contre les mutuelles, le syndicalisme, les chômeurs, etc. et, d’autre part, la politique de guerre et la militarisation auxquelles le ministre belge de la Guerre Francken (N-VA) contribue fortement. La politique des partis politiques libéraux, avec en tête la N-VA et le MR, s’inscrit dans une logique de compétitivité plus large, façonnée notamment par les rapports de force mondiaux (par l’impérialisme).

4c4da51cccae74fcf4ada66d9a1b5049.jpgTrump a tout de même le mérite – probablement son seul – d’avoir rendu l’impérialisme occidental beaucoup plus visible aux yeux de l’ensemble de l’opinion publique européenne. Les États-Unis ne s’avèrent pas être ce soutien et ce refuge toujours prêts à garantir « l’ordre mondial libéral » dans lequel l’UE aime se profiler. Trump a mis en évidence le coût de la sécurité européenne au sein du système impérialiste occidental, confirmant ainsi d’emblée le déclin de l’évidence de l’hégémonie américaine. Ceci, conjugué à l’agression de l’État voyou israélien contre l’Iran, le Liban et les Palestiniens, a ravivé le débat sur l’« impérialisme » et quelque peu relégué au second plan l’accent exclusif mis sur la « politique identitaire » en Europe (tant à gauche qu’à droite).

L’impérialisme se manifeste également en Flandre lorsque la concurrence mondiale et les rapports de force se traduisent par une pression quotidienne sur le travail, les salaires et la protection sociale. Le système économique actuel est dominé par les grandes entreprises et les groupes financiers. Trusts, holdings, formation de monopoles… autant de manifestations de la concentration du capital, avec des élites au pouvoir qui utilisent l’État pour défendre leurs intérêts à l’échelle mondiale (conflits commerciaux, contrôle des matières premières…) et jugent nécessaire d’investir dans des moyens militaires à cette fin. La concurrence internationale avec les pays à bas salaires, un capital bien plus mobile que la main-d’œuvre et des politiciens qui veulent rester « compétitifs » conduisent tout droit à une pression sur la formation des salaires, à des tentatives de restreindre la lutte syndicale et à des coupes budgétaires persistantes dans la sécurité sociale.

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La politique d’armement, le débat sur l’indépendance économique, l’autonomie stratégique… ont mis fin aux rêves naïfs de mondialisation des élites libérales. Tout cela devient également plus clair pour la classe ouvrière, le débat sur l’impérialisme perd de son caractère abstrait. La population en ressent les conséquences: hausse des prix de l’énergie due à la dépendance vis-à-vis du pétrole et du gaz étrangers, suite à la coupure des approvisionnements russes et à la guerre d’agression illégale contre l’Iran. Augmentation de la charge de travail et délocalisation, car les entreprises transfèrent leur production vers des pays à bas salaires ou les pays européens s’alignent eux-mêmes sur ce niveau. Hausse des prix alimentaires due à la dépendance vis-à-vis des marchés mondiaux et à la spéculation sur les matières premières, qui s’accompagne d’une politique anti-agricole en Flandre. Renforcement de l’armement et politique de guerre pure et simple par l’implication belge ou européenne via la contrainte de l’OTAN, le lobbying de l’industrie de la défense, etc.

L’impérialisme (et la résistance qui s’y oppose) n’est donc pas une « politique lointaine » ; il est lié aux flux commerciaux dans nos ports (routes commerciales plus instables, sanctions géopolitiques et réactions en chaîne, déplacement de la production mondiale, coûts logistiques et risques accrus, etc.), à l’augmentation des budgets de défense alors qu’ailleurs, partout, on fait des économies au détriment des services sociaux et publics, aux sanctions de l’UE qui ont des répercussions sur les emplois dans l’industrie et l’exportation, aux flux migratoires et de réfugiés résultant des guerres que l’Occident déclenche dans d’autres parties du monde. Il devient de plus en plus évident pour un nombre croissant de personnes qui sont les gagnants dans tout cela (les multinationales, le secteur financier privé, l’industrie de la défense), qui paie pour tout (la classe ouvrière via les impôts, les hausses de prix et les mesures d’austérité) et qui décide de tout : Washington, les élites libérales de l’UE, l’OTAN et les grands acteurs économiques.

Lorsque les matières premières sont pillées dans les pays du Sud, lorsque des guerres sont menées pour conquérir des marchés et des sphères d'influence, lorsque des travailleurs sont exploités ailleurs pour des salaires de misère, nous le ressentons ici. À travers la pression concurrentielle, la modération salariale, la précarité de l'emploi, les coupes dans la sécurité sociale… L'impérialisme là-bas est synonyme de pression et d'incertitude ici. Pour les travailleurs flamands et wallons, c’est clair : ce système ne fonctionne pas pour nous. Alors que nous travaillons, produisons et faisons tourner la société, le pouvoir est exercé par une élite belge qui est très éloignée de nous. Une élite libérale qui s’inscrit dans un système impérialiste plus large, où les multinationales, les puissances financières et les institutions internationales pro-occidentales déterminent la direction à suivre. La Flandre et la Wallonie ne sont pas des communautés libres de travailleurs. Elles sont enfermées dans une structure étatique belge qui ne part pas des besoins de la population, mais de compromis, de jeux de pouvoir et de la protection des intérêts capitalistes établis. Plus que jamais, il est clair que le militarisme et la politique d’agression à l’étranger vont de pair avec une politique de démantèlement intérieur au détriment de la classe ouvrière.

Le Zannekinbond soutient la transformation révolutionnaire du système politique et économique, et rejette toute collaboration avec la politique partisane réformiste qui sert le statu quo institutionnel et idéologique. C’est pourquoi nous affirmons aujourd’hui encore :

Pas de politique néolibérale, mais une combativité militante de la classe ouvrière !

Pas de concurrence entre les travailleurs, mais la solidarité des travailleurs flamands et wallons contre le système belge et européen !

Pas d’austérité pour nous et de cadeaux pour les riches !

Pas de politique de guerre en notre nom !

L’Etat de droit: menacé ou menaçant?

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L’Etat de droit: menacé ou menaçant?

Jean-Louis Feuerbach

Quand moi j’emploie un mot, il veut dire exactement ce qu’il me plait qu’il veuille…, ni plus, ni moins (Lewis Carroll).

Patrice Spinosi était de passage à Strasbourg pour faire la promotion de son livre: Menace sur l’Etat de droit.

Qui parle ? Un avocat d’importance aux Conseils et devant les cours suprêmes (Cour de cassation, Conseil d’État, Conseil constitutionnel).

De quoi parle-t-il ?

Le conférencier ne dira rien de ce qu’est l’État de droit.

Façon pour lui d’inviter à le lire dans son ouvrage ? Que nenni.

L’auteur est emprunté. Au début de son livre, il avoue ne pouvoir fixer la notion que négativement.

Embêtant.

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Une notion sans définition se voue à l’incantation, au slogan publicitaire, au prophétisme. Ce n’est pas science mais croyance. À usage de groupies.

Ainsi le concept reste-t-il posé et opposé à « son contraire ».

Quel est alors ce contraire ? « L’Etat de non-droit ».

L’avocat ne plaide plus. Sa toge vire dans la procure.

En 234 pages, il développe un ouvrage très polémique en trois parties:

- « Les assauts contre l’État de droit »;

- « Les conséquences d’une prise de pouvoir d’un parti populiste en France»;

- « Si tu veux la paix, prépare la guerre » !

Nous sortons du prétoire et de son théâtre de légitimation par la procédure (Niklas Luhmann) pour entrer en militance.

L’Etat de droit serait menacé

De qui ? De quoi ? Pour quoi ?

 Cette fois il va nous le dire et l’écrire.

Spinosi de cingler qui « l’exception », qui « les populismes », qui la « tyrannie des majorités ». Tel est son programme insurrectionnel.

Il métamorphose et mute l’activité dite de « justice « en démonstration de ce qu’auctoritas facit veritas, la force s’érige en Maître et fait du droit la « machine à réembrayer » (Bruno Latour) au travail du « théologiquement correct » (Alexandre Kojève).

L’état de droit devient « système-fétiche » (Robert Kurz) ; mieux : faitiche (Bruno Latour). Parce que cache-sexe d’autre chose en son autre dimension. Diantre !

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L’Etat de droit menaçant

D’abord, « l’Etat de Droit » vit de l’exploitation de la désignation par lui de l’ennemi. Il s’entretient comme « gardien », arbitre des discours, pensées et gestes de quiconque et mobilise les vigies sourcilleuses contre « les menaces sur l’Etat de droit ».

L’inconvénient de la posture tient en ce qu’elle se retourne. Qui désigne l’ennemi, se désigne lui-même comme ennemi.

D’expression de la positivité historique, le droit devient négatif. Il usurpe le pouvoir souverain qui relève du peuple. Français, Polonais, Hongrois, Américains, Vénézuéliens, Italiens, Russes,…. ( ce sont les cibles flinguées dans l’ouvrage), gare à vous.

De là, l’invention du concept criminalisatoire de « populisme ».

Qu’est-ce à dire ?

Il ne saurait y avoir de légitimité valable par les urnes contre la super-légalité par l’élection dans le sillage du «Livre».

Que nul ne s’avise de se prévaloir d’avoir été élu pour oser heurter les canons de l’État de droit. Qui blasphémise s’abîme dans « l’illibéralisme » (car libéral tient du livre, au sens latin de liber, libris, le code des lois et commandements édités sous le titre de Bible, Thora, Testaments).

Ensuite, Spinosi nous apprend que la forme État de droit fonctionne depuis «3000 ans». Bigre. Soit avant 1958, avant 1948, avant 1789, avant Clovis.  Donc depuis moins 500. Ainsi entendue, située et datée, la chose "État de droit" estampille «l’âge axial» (Karl Jaspers), c’est-à-dire la modernité.

Nous entrons dans le sillage de la révolution platonico-socratiste. De par cette révolution théologique, les peuples sont précipités à la domination du droit noachide (David Nowak). C’est la raison du droit du plus fort qui proclame que son droit est le plus fort et que c’est du droit.

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Ce qui jure avec la praxis de Maître Spinosi. Il se fait fort de sa clientèle d’associations engagées, de victimes opprimées, de champions des « droits humains ». Il combat donc pour des minorités et leur vocation performative à la répression des peuples. Il ne précise pas être de gauche ou de droite mais dit "fréquenter des magistrats de droite qui répriment". Ce faisant, il nous précipite dans la méta-théologie, là où gauche et droite ne sont pas ce que l’on est prié de croire. Et il ouvre la voie à la loi du plus fort-faible, ce nouvel avatar de la loi de Fechner du grand passage de l’eau en vin, de la quantité à la qualité, du faible au fort!

Ainsi l’état de droit de devenir croyance en la garantie immortelle des positions juridiques acquises des minorités et des individus, pérégrins en-tête, en leurs prétentions contre. … Ce qui passe par la « fondamentalisation » des normes qui fondent les droits des humains.

Y ajoutant, l’entreprise de se révulser contre la « tyrannie des majorités électorales ». Horresco referens, les élections sont suspectes ; doivent être cadenassées ; ne valent qu’autant que les minorités consentent aux résultats du vote. Révocabilité ad nutum !

Si la minorité sanctifiée en ses minorités reçoit titre de créance et capacité à harceler, agresser voire criminaliser les peuples dans leur majorité n’y a-t-il pas là ouverture à bagarre des souverainetés ? Le privilège à l’exaltation des luttes minoritaires n’est-il pas armement de croisade ? Ne fait-il pas le lit des gradations dans la mise en ignominie ?

Cela ne contrevient-il pas à la lecture classique de ce qu’il est convenu d’appeler « démocratie » soit pouvoir du peuple en ses majorités ?

Enfin, la doctrine de Spinosi fait assaut contre « l’exception », le « droit de l’exception », et assiège par l’état d’exception. Foin de dérogation, d’évitement, d’exception à sa loi de fer.

L’état d’exception ne se ramène-t-il pas alors à dispositif d’exception qui prohibe toute autre exception qui risquerait de vexer ses paroissiens ? Aussi instille-t-on et instaure-t-on une « sanctuarisation « d’une normalité d’exception normée à ses normes « essentialisées » de « droits essentiels » et motorise-t-on l’appareil d’État contre le « non- droit », l’illibéralisme, l’impiété.

Le suprémacisme de l’état du droit n’est-il pas gros enfin d’une mise en illégalité de ce qui disconvient à d’aucuns et ne va-t-il jusqu’à illégitimiser toute légalité en procédant ?

À ce compte, le plus grand juriste de tous les temps devient Gyorgy Lukacs, et tant pis s’il fut hongrois.

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Hétérotélie

Il doit être objecté à l’entreprise théorique et pratique proposée par Patrice Spinosi que souverain n’est pas qui crée, exploite ou surfe sur l’état d’exception, mais celui qui y met fin.

Nous en sommes loin.

Qui se fait conservateur de l’exception, la met en état et en fait la source du droit devient exception lui-même. Exception au principiel. Secondarité. Réactionnarité.

Il est toutefois au mérite de Maître Spinosi que de visibiliser ce que les plus fins juristes qualifient de « constitution invisible » (Hugues Rabault, Martin Loughlin, Laurence T. Tribe). Il fait la lumière, ouvre à la transparence et situe les soviets à l’œuvre. En ce qu’ils savent ce qu’ils font.

Il dévoile s’inscrire au plan axial, indicie à ses tenants et aboutissants, éclaire le pourquoi de la rigueur par la "société des anges" (Emanuele Coccia).

Grâce à l’auteur, nous pouvons mieux comprendre que « l’État de droit » n’est autre que l’état pentateutique du droit. Synonymie de théocratie. Pas de république. Pas de démocratie. Pas de laïcité.

Dictature de l’angélinat !

Qu’on se le lise.

Parere legem quam ipse fecisti ! Subis les conséquences de ta propre loi.

Jean-Louis Feuerbach

Patrice Spinosi, Menace sur l’Etat de Droit, 2025, Allary Editions.

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Jacqueline de Roux est-elle une fée? 

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Jacqueline de Roux est-elle une fée? 

par Frédéric Andreu

Appel à témoin 

Mes entretiens téléphoniques échangés avec Jacqueline de Roux viennent de se terminer. Ils ont permis la rédaction d’un livret contenant  les anecdotes entourant  une vie entière consacrée à l’édition et à la littérature.       

À peine refermé ce petit ouvrage, il est déjà rempli de cette insatisfaction que connaissent bien les écrivains. Suis-je parvenu à retranscrire, en fidèle sismographe, les lignes directrices de la vie de Jacqueline ? Rien n’est moins certain. Mon sentiment est d’avoir si peu goûté au sel d’une existence. Au fond de ma mémoire, cependant, s’agite le chiffon rouge d’un souvenir particulier. Ce chiffon, c’est le mot d’Aurore, l’arrière-petite-fille de Jacqueline:

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« Mamy est une fée ! »

Quatre mots prononcés par une enfant : 1 : Mamy / 2 : est / 3 : une / 4 : fée. Quatre mots comme les quatre points cardinaux, comme les quatre âges d’une vie: enfance, adolescence, âge adulte, vieillesse. Comme le nombre de témoignages indispensables pour instruire un procès en « authenticité de fée».

À ce jour, le dossier « Jacqueline de Roux est-elle une fée ? » compte trois témoignages. Il en manque donc un pour lancer la procédure — l’administration du merveilleux, comme chacun sait, ne tolère aucune approximation.

Au témoignage de la petite Aurore s’ajoute celui de Rémi Soulié. À celui de Rémi s’ajoute le mien. Je peux en effet témoigner sur l’honneur que les coups de téléphone de Jacqueline sont presque tous tombés en parfaite synchronie avec des moments très particuliers de mon existence.

Je traversais une période de doute, de lassitude, et le téléphone se mit à sonner ! À l’instant même où j’ouvrais la porte pour me rendre à la pharmacie acheter des antidépresseurs: « Dring ! Dring !… Bonjour, c’est Jacqueline !..»

En termes savants, cela s’appelle une « synchronicité ». Un appel, passe encore — le hasard a bon dos — mais trois, quatre, cinq, six appels « synchrones »… cela relève du surnaturel !

À cette heure où druides et autres bardes ont disparu de notre univers — et où ceux qui persistent ne le sont que dans des replis purement folkloriques —, qui pourrait aujourd’hui faire autorité en matière de fées ? Les rabbins, les prêtres, les imams ? Ce n’est pas gagné. Les Historiens ? Ils s’intéressent aux faits plus qu’aux fées. Les anciens grimoires écrits en latin ? Ils sont si rares ! Ceux qui évoquent les fées sont cependant formels sur un point: quatre témoignages d’apparitions ou de phénomènes inexpliqués sont requis pour instruire un procès en authenticité. Ni deux, ni trois, mais quatre. Moins de quatre, et les termes du procès restent en suspension. Quel dommage ! A ce jour, il manque un témoignage !

Fée du logis ? Fée Gribouille ? Fée marraine de Cendrillon ? Fée bleue de Pinocchio ? Mais qui est donc Jacqueline de Roux ?

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En évoquant le cas « Jacqueline » entre écrivains et éditeurs, je n’ai essuyé que réponses vagues, suspicions, voire des moqueries. Les « fées » n’existeraient donc plus dans la société contemporaine ? Voilà qui est rassurant. Nous pouvons donc continuer à croire aux graphiques, aux algorithmes et aux notifications, sans être dérangés par le moindre battement d’aile.

Tout compte « fait », mieux vaut ne pas évoquer les « fées », même lorsque certains « faits » troublants (les appels téléphoniques) sont, disons, obstinément têtus !

Qu’il me soit ici donné l’occasion de citer François Mauriac : « sous la couche épaisse de nos actes, notre âme d’enfant demeure ». Certains ouvrages ont le pouvoir de rajeunir l’âme. Ils agissent comme le font certaines rencontres marquantes. Il arrive qu’une heure passée entre les pages d’un ouvrage de Louis-Ferdinand Céline ou de Dominique de Roux puisse avoir l’effet d’un décapant. Nos voiles intérieurs dissous, le monde qui nous entoure nous apparaît dans une fraîcheur nouvelle. Telle une légende.

Si je ne croyais pas que le livre puisse décaper nos embourgeoisements d’âme, briser nos vraies chaînes et nos fausses fenêtres, je n’écrirais pas. Ce texte que vous lisez en ce moment n’existerait donc pas.

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Oui, mais voilà : je crois que, « derrière la couche épaisse de nos actes », pour reprendre le mot de Mauriac, la trame de notre vie — transfigurée, arc-en-cielisée, légendaire — reste intacte. La guerre à livrer est tout à la fois extérieure et intérieure. En chacun de nous, l’aristocrate lutte contre le bourgeois ; le poète contre le poseur ; la lumière contre les ténèbres. Ce combat-là, personne ne peut le livrer à notre place.

Certes, le bourgeois méprisant domine le monde d’aujourd’hui. Et il en fait un usage particulièrement laid. Lorsqu’en plus il est investi d’une autorité, celle du scientifique, les choses ne s’arrangent pas. Il regarde et ne voit pas, entend et n’écoute pas. Et bien sûr, il ne croit pas aux fées. Pourtant, sa théorie des infrarouges et des ultraviolets n’affirme pas autre chose. Simplement, le scientifique s’exprime avec d’autres mots, ceux qui appartiennent au langage des titans — ennemis déclarés de la poésie, et probablement allergiques à toute forme d’enchantement.

Bref, la question demeure : Jacqueline de Roux est-elle une fée ? À chacun de lire Il était une fois Jacqueline de Roux pour se faire une opinion. Ce modeste livret commence par une série de témoignages ; il se termine par un appel à témoin.

Frédéric Andreu

Le 28 avril 2026

contact : fredericandreu@yahoo.fr

 

Les origines de la fête du 1er mai

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La déesse Maia

Les origines de la fête du 1er mai

La déesse Maia

Le mois de mai était consacré à Maia et sa fête, célébrée le 1er mai, s'appelait « Maiae ».

On lui attribue la racine «Ma» comme «Mère», mais aussi comme «Maius», c'est-à-dire «plus grand» et «abondant», et l'abondance signifiait des récoltes copieuses et des animaux bien nourris qui assuraient la survie.

Chaque 1er mai, le dieu Vulcain, c'est-à-dire ses prêtres, lui offraient en sacrifice une truie gestante, afin que la terre soit elle aussi gestante de fruits. Ce qui fait penser à une déesse mère qui gouverne les volcans, donc déesse du feu.

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La Madonna dell'Avella (avec son fils et la conque de Vénus)

En effet, le nom «maiale» (cochon) dérive d'elle, du latin «sus maialis». Ses origines sont grecques, de la déesse Maia qui signifie «nourricière». En effet, la Terre nourrit toutes ses créatures.

À Rome, cette nymphe fut identifiée à une déesse italique préexistante, Maiesta (d'où le mot «majesté») ou Maia. Elle était donc invoquée, en particulier au cours du mois qui lui était dédié, et surtout au début du mois, c'est-à-dire le 1er mai, également en tant que garante des contrats agricoles ou du bétail.

Si un mois lui a été dédié, celui de mai, on comprend à quel point cette divinité était importante à l’époque archaïque.

Octave, pour ne pas être en reste, s’est fait dédier un mois rien que pour lui, à savoir août, et a dédié le mois de juillet, Iulius, à son père adoptif.

059558699628f624afcad9b8b03c9d41.jpgMais il n'osa pas retirer la dédicace du mois de mai à la déesse vierge Maia, qui était, en plus de tout, la mère d'un dieu aussi important, à savoir l'infatigable travailleur Mercure, qui servait de messager entre les dieux et les hommes, était le patron des commerçants, des voyageurs et des voleurs, et accompagnait enfin les âmes des défunts dans l'au-delà.

La déesse Maia était si importante que l'Église dut s'employer activement à effacer son souvenir, très vivant et vénéré par la population, en le dédiant à une autre Vierge, à Marie, c'est-à-dire à la Vierge Marie; en effet, le mois de mai lui est désormais dédié.

En effet, Maïa était, elle aussi, vierge, mais malgré cela, comme toutes les Grandes Mères, elle avait des relations sexuelles et avait même des enfants; en effet, Mercure est né d’elle. Autrefois, la virginité ne désignait pas un état physique mais un état mental. La Vierge était celle qui n’avait pas de mari et était donc libre d’aller avec qui elle voulait, à tel point que la vierge au sens physique était appelée la «Virgo intacta».

Comme attributs, la déesse avait le cytise, la torche enflammée, la corne d'abondance, les volcans.

Les noms de Maia

- Mara

- Maiesta

- Mammona (devenue un démon dans le catholicisme).

- Mamma Mammosa - la nature visible

- Cinorhodon

- Mamma Mammona - la nature invisible, c'est-à-dire l'énergie divine qui la gouverne.

À Florence, via Strozzi, on a trouvé une épigraphe fragmentaire dédiée au dieu Mercure et à sa mère Maia; il y avait probablement un temple qui leur était dédié.

Ce n'est pas un hasard si Mercure est également un psychopompe, c'est-à-dire un passeur d'âmes vers l'au-delà. Le fils accomplissait une tâche qui appartenait à la mère. En tant que déesse mère, Maia était en effet une déesse triple, régnant dans le ciel (en tant que lune), sur la terre (à travers la production des plantes et des champs cultivés) et dans les Enfers (en tant que déesse des morts).

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De Maia à la Madonne

«Le mois de mai des roses et de la Madone trouve son origine au Moyen Âge, lorsque, dans le but de christianiser les fêtes païennes en l’honneur de la nature et de la déesse Maia, on pensa que l’on pouvait associer à la Madone, la créature la plus élevée, les thèmes de la nature et de la Sainte Vierge. Selon l’historien médiéviste Cardini, la pratique des premières dévotions remonte «au 16ème siècle, lorsque l’on commença à réagir contre l’esprit de la Renaissance jugé trop païen: c’est ainsi que le mois de mai prit également un caractère réparateur».

Ce qui confirme que, dans les campagnes, jusqu’au 16ème siècle, on adorait encore les anciens dieux selon les anciens rituels; ce n’est pas un hasard si l’Église a brûlé sur le bûcher un nombre disproportionné de sorcières, car le paganisme était considéré comme de la sorcellerie ou de la diablerie. À Rome, le mois de mai était dédié à la déesse Maia, et les roses lui étaient également consacrées. Le mois de mai vient donc de Maia, ancienne déesse italique préromaine puis romaine.

La Maiella

Le mont Maiella, dans les Abruzzes, tire son nom de la déesse et a vu naître la légende des gigantesques «maiellane», ces femmes guerrières mythiques ornées de grandes boucles d’oreilles en anneaux et de colliers voyants qui, dans des temps très reculés, luttaient avec acharnement pour défendre leur indépendance.

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La déesse du Mont Maiella

La légende remonte à des époques très anciennes où les femmes luttaient et combattaient, si nécessaire, comme les hommes. Il suffit de se rappeler les Amazones qui dominaient l'Europe orientale et une partie de l'Asie.

Ce n’est pas un hasard si, sur une crête de la Maiella, fut érigée l’abbaye de Santa Maria dell’Avella, construite avant le 10ème siècle, où un autel était certainement autrefois dédié à la déesse.

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De plus, le 1er mai, on célèbre dans les Abruzzes la « Madonna della Mazza » (la Madonne à la massue) et les habitants de Pretoro montent en pèlerinage sur la Maiella pour aller chercher la statue au sanctuaire et la transférer à la paroisse de Pretoro, où elle reste pour y être solennellement vénérée jusqu'à la fin du mois de juin.

Cela fait penser à une ancienne fête de Maia, dont le sanctuaire devait s'élever sur la montagne, où se déroulaient des processions et des rituels, surtout pendant les Maiaie.

Par ailleurs, toujours dans les Abruzzes, il existe la légende de la nymphe Maia, fille d'Atlas, qui s'enfuit sur la montagne pour sauver son fils blessé, lequel mourut néanmoins et y fut enterré, au grand chagrin de sa mère. On reconnaît clairement ici la réinterprétation du mythe du fils-végétation qui meurt chaque année pour renaître l'année suivante. Mythe repris ensuite par l'Église catholique avec le Christ mort et ressuscité.

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La Bona Dea 

La fête de Maia - Les Maiae

"Kalendae Maiae sunt antiquae hemisphaerii septentrionalis feriae vernae die 1 Maii habitae, usitate feriae publicae, et in multis culturis translaticiae veris feriae. Cum Internationali Operariorum Die congruit. In multis linguis tantum Dies Maii appellari potest; Anglice (lingua anglicana) autem in Havaiis (lingua Hawaiana)". (« Les Kalendae Maiae sont d'anciennes fêtes hivernales de l'hémisphère nord célébrées le 1er mai, autrefois fêtes publiques, et dans de nombreuses cultures, véritables fêtes populaires. Elles coïncident avec la Journée internationale des travailleurs. Dans de nombreuses langues, on peut simplement l'appeler Dies Maii; en anglais (langue anglo-saxonne) et à Hawaï (langue hawaïenne)»). 

Il s’agissait avant tout d’une fête des champs, au cours de laquelle on célébrait les pousses de la prochaine récolte et le vin de l’année écoulée. Dans les temps anciens, on offrait les prémices à la déesse ; par la suite, le rituel devint sanglant et on sacrifiait la truie gestante, symbole du printemps et de tout ce qui fleurit et produit, ce qui devint pour les femmes un augure de fertilité.

satr.jpgLe sacrifice de la truie était une particularité des sacrifices dédiés à la Terre Mère, ce qui fait que la déesse Maia était nécessairement une Terre Mère et une Grande Mère, très puissante et très vénérée dans les temps anciens. Après avoir sacrifié l'animal, celui-ci était cuit et mangé, un rituel très important dans les campagnes, où le porc salé et aromatisé pouvait constituer une nourriture de réserve pour toute l'année.

À cette occasion, on offrait des morceaux des porcs sacrifiés à ceux qui avaient connu diverses épreuves ou une récolte moins fructueuse, ce qui renforçait considérablement les liens entre les villages de la campagne.

Bien sûr, ce rituel était beaucoup plus répandu à la campagne qu'en ville, mais il était également d'usage que les nobles romains possédant des villas rustiques en dehors de la ville se rendent précisément dans ces villas, tant pour contrôler les esclaves qui y travaillaient que pour célébrer dignement les Maiae.

Bona_Dea_Marble_Statue_with_Epigraph.jpgS'agissant d'un rituel ancien, il se prolongeait jusque tard dans la nuit, favorisant les unions amoureuses et autres. Les femmes, tout comme les tables dressées, étaient ornées de rameaux de cytise. Le fait que la déesse eût pour attribut la torche faisait que le rituel se prolongeait jusqu'à la nuit, grâce aux feux allumés pour l'occasion dans les campagnes.

Ici, les femmes mariées qui souhaitaient avoir des enfants se préparaient une sorte de lit fait de branches d’aulne et orné de guirlandes de cytise, puis elles avaient des rapports sexuels avec leurs maris après avoir récité les prières appropriées. Cependant, la fête avait un caractère très licencieux et il arrivait même que les couples mariés aiment changer de partenaire et s’accorder quelques escapades avec la bénédiction de la déesse.

La fête était préparée plusieurs jours à l'avance, avec des chants, des danses, des banquets et de la musique, où les esclaves mais aussi les poètes locaux étaient invités à s'exprimer pour honorer la déesse qui assistait aux festivités sous la forme d'une statue, parfois en bois, en tant que divinité très ancienne.

Les Maiae aujourd'hui

Plusieurs coutumes festives issues de cette tradition ont survécu jusqu'à aujourd'hui. En Italie, on l'appelle souvent Calendimaggio (les Calendes de mai qui tombaient ce jour-là ou étaient fixées le 1er mai) ou Cantar Maggio, une fête saisonnière célébrant l'arrivée du printemps.

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Ontano

La fonction magico-propitiatoire de ce rite s’exerce souvent lors d’une quête au cours de laquelle, en échange de dons (traditionnellement des œufs, du vin, de la nourriture ou des friandises), les maggianti (ou maggerini) chantent des strophes de bon augure aux habitants des maisons qu’ils visitent.

Il s'agit manifestement d'un vestige des dons offerts aux plus pauvres, mais aussi aux esclaves qui, en échange de ces dons, proposaient divers petits spectacles, chants, danses et musique, participant eux aussi à la fête d'une certaine manière.

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La partie centrale des rituels consiste aujourd’hui en l’exécution de chants de quête et souvent, les chants de Pâques/calendimaggio se retrouvent dans le nord de l’Italie, comme par exemple dans les collines piémontaises, dont le modèle de «quête des œufs» correspond exactement à ce que l’on appelle dans l’Oltrepò pavese «la galina grisa» (photo).

Ancienne déesse italique

Il y a ensuite le chant du Carlin de mai (déformation de « calendes »), issu du courant «lyrique magique profane» qui, depuis les lacs Cusio, Verbano et Ceresio s'étend tout le long de l'Apennin septentrional jusqu'à rencontrer les autres types de chants de mai (dramatiques, lyriques sacrés) des montagnes toscanes et émiliennes, pour reprendre ensuite sa présence dans l'Apennin central.

lalbero-della-cuccagna.jpgSouvent, une très grosse branche d'aulne est transportée par les «Maggerini» (les chanteurs du mois de mai) et on y suspend les dons offerts dans les maisons, donnant ainsi naissance à l'arbre de la Cuccagna (de la Cocagne).

Cet arbre folklorique trouve ses racines dans des traditions très anciennes, car il symbolisait le réveil de l'Arbre de Vie, cet arbre cosmique qui, en se réveillant après l'obscurité hivernale, offrait ses fruits aux hommes et aux animaux, permettant ainsi la perpétuation de la vie.

Les aulnes et les cytises, qui accompagnent les « maggerini » et les fleurs (violettes et roses) mentionnées dans les couplets des chants et dont les participants se parent, sont les symboles de la renaissance printanière. En particulier, l’aulne, qui pousse le long des cours d’eau, est considéré comme le symbole de la vie, c’est pourquoi il est souvent présent dans le rituel.

Il s'agit d'une célébration qui remonte aux peuples de l'Antiquité, très en phase avec les rythmes de la nature, comme on l'a constaté chez les Celtes, les Étrusques, les Bruzi, les Samnites et les Ligures. Mais elle s'étendait certainement à l'ensemble du territoire italique, romain et préromain.

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La fête des travailleurs

Aujourd'hui, la fête du 1er mai commémore les révoltes aux États-Unis visant à réduire le temps de travail des ouvriers, qui ont été réprimées dans le sang. Pendant les vingt années du fascisme, à partir de 1924, la célébration a été avancée au 21 avril, pour coïncider avec la fête de la fondation de Rome, devenant pour la première fois un jour férié sous le nom de «Fête de la fondation de Rome – Fête du travail». Elle fut ensuite reportée au 1er mai après la fin de la guerre mondiale, en 1945, tout en conservant son statut de jour férié. Elle reste toutefois une fête d’abord romaine, puis fasciste, transformée en fête communiste.

Le 1er mai 1955, le pape Pie XII institua la fête de saint Joseph travailleur, afin que cette date devienne une fête catholique plutôt que laïque comme elle l’était à l’origine. On oublia pour cette fête celle de Maia, remplacée par celle de Marie et, elle aussi, oubliée.

Depuis 1990, les confédérations syndicales CGIL, CISL et UIL, en collaboration avec la municipalité de Rome, organisent un grand concert pour célébrer le 1er mai sur la place San Giovanni, de l’après-midi jusqu’à la nuit, avec la participation de nombreux groupes musicaux et chanteurs, retransmis en direct à la télévision par la Rai.

BIBLIOGRAPHIE

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- Walter Burkert - Greek Religion - 1985 - section III -

- Michael Ventris et John Chadwick - Documents in Mycenaean Greek (Documents en grec mycénien) - Cambridge UP - 1956 -

- Caius Plinius Secundus - Historia naturalis -

- John A. - Religion romaine - Oxford - Oxford University Press pour la Classical Association - 2000 -

- AA.VV, - Le 1er mai dans l'histoire de la classe ouvrière - Milan - Lotta Comunista - 2005 -

jeudi, 30 avril 2026

La “sibérianisation” de la Russie et ses conséquences

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La “sibérianisation” de la Russie et ses conséquences

Stefano Vernole

Source: https://telegra.ph/La-siberianizzazione-della-Russia-e-le...

Le concept de “sibérianisation” se réfère à la réorientation stratégique de la Russie vers ses profondeurs, des Monts Oural à l’Extrême-Orient et à l’Arctique.

Le concept de “sibérianisation”, popularisé en Europe ces dernières années par le politologue Sergei Karaganov, concerne le réalignement stratégique de la Russie vers ses profondeurs, des Monts Oural à l’Extrême-Orient et à l’Arctique. Il articule un recentrage identitaire, économique et stratégique vers l’Asie, dans un contexte de rupture définitive avec l’Occident. Pour Moscou, la priorité stratégique du 21ème siècle consiste à ancrer le développement de la Fédération dans ses régions asiatiques. Cela constitue la dimension intérieure d’un phénomène plus largement connu depuis la moitié des années 2000 sous le nom de “pivot vers l’Est” de la Russie.

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Le discours sur la “sibérianisation” apporte une cohérence doctrinale à certaines tendances déjà en cours: un déplacement des échanges commerciaux vers l’Asie et la Chine en particulier, un recentrage sur la profondeur stratégique, et la réactivation d’un imaginaire sibérien comme matrice de l’identité nationale.

La “sibérianisation” de la Russie se présente comme l’aspect géopolitique d’une vision qui englobe identité, économie, industrie et stratégie. Cette idée programmatique doit être comprise à la lumière du conflit qui se déroule en Ukraine, lequel marque un changement paradigmatique dans le destin du pays. À ce stade, cependant, les deux orientations (le conflit versus la perspective sibérienne) sont en compétition pour les ressources disponibles. Le risque pour Moscou est que, en poursuivant simultanément ces deux ambitions, le gouvernement russe perde tout en un seul coup: le méga-projet sibérien pourrait absorber les fonds nécessaires à la victoire en Ukraine, et l’Opération Militaire Spéciale, quant à elle, pourrait retarder de plusieurs décennies la nécessaire diversification de l’économie russe.

Loin d’être nouvelle, l’idée eurasiste a pris une forme administrative au début du troisième mandat de Vladimir Poutine (devenant un concept officiel dans la doctrine de politique étrangère russe en 2023), dans un contexte de rupture délibérée avec l’Occident. Les étapes institutionnelles et économiques de cette “sibérianisation” — qui n’avait pas encore de nom à l’époque — révèlent une politique déterminée en principe, mais dont les ambitions ont été systématiquement repoussées, par habitude et par confort, au profit d’un modèle de développement “libéral” relativement aisé et agréable, surtout pour les élites du pays.

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Le virage de Poutine s’inscrit parfaitement dans cette séquence: la perception de trahison de la part de l’Occident justifie la recherche d’une présence en Asie, et la “sibérianisation” en constitue la manifestation intérieure. La nouveauté ne réside donc pas dans le diagnostic identitaire, dont Karaganov est plus le consolidateur que l’inventeur, mais dans la décision politique de couper délibérément les interdépendances économiques et financières avec l’Occident et de geler le pendule. Alors que l’histoire de la Russie suggère que chaque phase d’hostilité est finalement suivie d’un rapprochement avec l’Occident, une partie de la direction actuelle du Kremlin envisage la possibilité d’une rupture définitive que la “sibérianisation” devrait ancrer dans sa structure.

La volte-face de 2014 (l'annexion de la Crimée suivi du processus des sanctions occidentales) puis celle de 2022 (début de l’Opération Militaire Spéciale en Ukraine) imposent une accélération du déplacement de trois piliers du développement national: l’industrie, la population et la défense. Le quatrième axe émerge implicitement: la connectivité, qui se présente comme la clé de voûte des trois précédents. En effet, sans moderniser chemins de fer, ports et aéroports, les incitations au transfert vers les vastes étendues de la Sibérie échoueront — et leur développement sera anéanti par l’absence d’infrastructures de soutien efficaces.

La “paresse mentale” d’une partie encore importante de la classe dirigeante de Moscou a poussé Vladimir Poutine vers une appeasement inutile à l’égard des États-Unis, et à identifier l’Europe comme “principal ennemi”. Outre le fait de n’avoir jusqu’à présent apporté aucun bénéfice à la Russie, qui s’est en quelque sorte “narcotisée” politiquement et militairement pendant un an en attendant que “l’esprit d’Anchorage” prenne forme, cette disponibilité envers l’administration Trump a causé un nouveau dommage (sur le plan de l'image) à la volte-face du Kremlin vers le sud et l’est.

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Le projet “phare” de l’establishment actuel de Washington est précisément de rompre avec les liens patiemment construits par les élites eurasistes avec les pays en développement, via des plateformes géoéconomiques comme les BRICS et l’Organisation de Coopération de Shanghai. La Syrie, le Venezuela, Cuba et l’Iran sont l’emblème de cette tentative américaine, et la posture défensive adoptée par Moscou sur ce front ne contribue pas à la réalisation de sa stratégie. Tout comme l’espoir d’atténuer “la pression” européenne en soutenant des leaders conservateurs comme Viktor Orbán a essentiellement échoué, en raison de leur proximité avec Israël et la Coalition Epstein, dont la crédibilité est au plus bas auprès des populations. La situation est différente pour des politiques comme Fico ou Radev, dont le patriotisme socialiste et neutraliste est beaucoup plus en phase avec la vision multipolaire et bénéficie d’un plus grand soutien populaire.

Aujourd’hui, la nature profondément politique de la “sibérianisation”, pilotée et dirigée par le centre, dépend moins d’une dynamique spontanée ou endogène que d’une structure de pouvoir verticale consolidée.

En tant qu’acteur dominant, l’État doit faire face à au moins deux types de compromis continus.

Le premier concerne l’allocation des ressources entre dépenses civiles et dépenses militaires. Actuellement, les investissements publics dans le secteur militaro-industriel dépassent nettement ceux destinés aux activités civiles, même si la frontière entre ces deux sphères reste poreuse. Alors que les centres industriels se développent dans les deux cas, la production civile souffre d’une concurrence croissante en matière de budget et de logistique, notamment en termes de connectivité et d’infrastructures, qui tend à la reléguer à un rôle secondaire en l’absence d’une mobilisation totale des populations.

Le deuxième compromis oppose les périphéries entre elles. Les territoires annexés en Ukraine absorbent une part croissante des crédits budgétaires pour la “réhabilitation” et le “développement”, réduisant ainsi les ressources disponibles pour l’amélioration des infrastructures de l’Ukraine orientale et des villes sibériennes.

Cette double politique du Kremlin divise ainsi un organisme déjà affaibli et soumis à d’immenses pressions.

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La population russe (environ 145 millions d’habitants) est répartie de façon très inégale: 110 millions résident à l’ouest des monts Oural, et 35 millions à l’est, principalement sur les versants méridionaux, le long des anciennes lignes ferroviaires. Le district fédéral de l’Extrême-Orient représente 41% du territoire national, mais n’abrite que 6% de la population. Le climat extrême, le manque d’infrastructures et la faiblesse des services urbains compliquent la tâche de peupler cette région de façon durable. Cette situation s’inscrit dans une dynamique de déclin naturel: faible natalité, excès de décès par rapport aux naissances, aggravés par les pertes militaires et l’émigration d’une partie de la main-d’œuvre qualifiée à partir de 2022.

Pour freiner l’exode sibérien et attirer des populations dans les régions reculées, Vladimir Poutine a ratifié en 2016 une loi offrant gratuitement un hectare de terre cultivable en Extrême-Orient russe pour une durée de cinq ans aux citoyens qui en font la demande. Ce droit, initialement réservé aux résidents de l’Extrême-Orient, a été étendu à tous les citoyens russes à partir de février 2017. En 2022, d’autres hectares situés dans l’Arctique ont été ajoutés au programme. Selon les données officielles, sur les 180 millions d’hectares disponibles (dont 1 million dans la région arctique), environ 65.000 ont été attribués (beaucoup de demandes étant rejetées par les régions elles-mêmes), principalement dans le Territoire du Littoral, en Yakoutie et dans la région de Khabarovsk. Outre ces incitations foncières, les salaires y sont supérieurs d’environ 50% à la moyenne nationale dans certaines zones, il existe des programmes résidentiels, des structures sanitaires et de nouvelles universités, notamment dans le cadre du programme Priorité 2030, qui vise à transformer en centres d’excellence scientifique et d’attraction des talents les sites sibériens et de l’Extrême-Orient.

En plus de ces incitations foncières et salariales, la réponse du Kremlin au déficit démographique en Sibérie et dans l’Extrême-Orient prévoit aussi un recours accru à la migration de travail. Les autorités russes estiment qu’environ 10,9 millions de travailleurs supplémentaires seront nécessaires d’ici 2030 pour compenser le déclin démographique, la baisse du taux de natalité et l’exode d’une partie de la main-d’œuvre depuis 2022, ce qui implique un afflux massif de travailleurs migrants.

Le modèle dominant reste celui de la migration temporaire en provenance d’Asie centrale, qui couvre une part importante des besoins en main-d’œuvre tout en étant peu intégrée dans le pays (et dont le destin varie selon les relations entre Moscou et les capitales d’Asie centrale).

En Extrême-Orient, les projets d’infrastructures et des secteurs entiers, comme l’agriculture, dépendent fortement de la main-d’œuvre étrangère, notamment chinoise. L’afflux de main-d’œuvre nord-coréenne a été au centre du débat politique après la signature du Traité d’assistance mutuelle entre Moscou et Pyongyang en 2024.

Cette dépendance à la main-d’œuvre importée met en évidence le décalage entre l’ambition de repeupler l’Orient et l’absence d’un réel flux de travailleurs russes dans les régions périphériques. Il faut aussi prendre en compte la révolution technologique, car l’automatisation des activités pourrait grandement contribuer à pallier le manque de main-d’œuvre dans les secteurs de haute technologie.

La question militaire a consolidé le rôle de la Sibérie comme réserve stratégique, et cette dimension demeure sans doute sa principale force motrice aujourd’hui. La “sibérianisation” répond à une logique de profondeur stratégique imposée par le conflit, accélérée par la vulnérabilité du territoire russe face aux attaques à longue portée en Ukraine. Alors que la projection des forces reste orientée vers l’ouest, les profondeurs sibériennes servent désormais de refuge pour trois fonctions complémentaires: protéger les équipements stratégiques, déplacer la base industrielle de la défense loin des attaques, et régénérer les unités déployées.

Parallèlement, le front arctique est renforcé et les projets de développement y relatifs se poursuivent. Cette montée en puissance progressive — qui consiste d’abord à réactiver les stations existantes, puis à étendre le réseau et à combler les lacunes — traduit un dessein géopolitique poursuivant trois objectifs: rendre coûteuse toute présence militaire étrangère dans la région, étendre les capacités de contrôle au-delà des eaux territoriales, et garantir la sécurité de la Route Maritime du Nord comme corridor stratégique reliant l’Europe russe au Pacifique.

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Avec la mise en service des nouveaux sites, la côte arctique cesse d’être une zone isolée: des bases insulaires comme Tiksi et des avant-postes comme Alykel forment un réseau d’observation et de communication reliant les garnisons à l’intérieur des terres au front nord, faisant de la Sibérie un véritable pont de commandement entre le cœur du territoire russe et l’Arctique.

Qu’il s’agisse de délocaliser des entreprises, du personnel ou des forces stratégiques, le principal défi — et le plus grand obstacle à ce stade — réside dans la liaison des territoires isolés. En effet, pour comprendre la logique de l’intégration russo-asiatique, il faut considérer le territoire de l’Extrême-Orient comme un tout intégré, où les ressources sont extraites au Nord et à l’Est, transportées par fleuve, route et voie ferrée, puis expédiées aux frontières terrestres de la Chine ou dans les ports du Pacifique. Le défi est à la fois quantitatif et qualitatif: il consiste à multiplier les infrastructures industrielles — ponts, ports secs, chemins de fer, ports arctiques, etc. — et à en maximiser l’efficacité dans un cadre intégré.

Reste une question centrale: dans quelle mesure cette approche proactive se traduit-elle par une présence matérielle durable? Les données disponibles montrent une activité commerciale sino-russe intense, un déplacement accru vers l’Est des forces stratégiques, d’importants investissements dans certains secteurs et corridors, mais aussi des faiblesses structurelles persistantes, notamment dans la zone transversale du réseau de ressources.

Plusieurs risques structurels menacent le succès de ce recentrage stratégique. La complexité et l’ampleur du projet augmentent les coûts, tant économiques que politiques, et sapent la confiance des investisseurs. Les sanctions limitent l’accès aux technologies et aux financements, contraignant à des solutions alternatives qui impliquent des dépenses et des risques supplémentaires, ainsi que des ajustements continus.

Surtout, l’approche prudente de la Chine vis-à-vis des investissements souligne que Pékin n’est pas guidé par une rhétorique politique, mais par une évaluation pragmatique du risque et du rendement, notamment à la lumière de la “fidélité” russe envers Trump, et de l’absence d’évolution du pays vers un régime idéologique socialiste, où jouent encore un rôle important les “oligarques” privés.

À cela s’ajoute une prudence similaire de la part des investisseurs russes eux-mêmes, conscients de la compétition entre les exigences budgétaires en temps de guerre, la reconstruction des régions annexées et la modernisation des infrastructures orientales. On assiste ainsi à un changement de cap entre différentes priorités, toutes coûteuses, dans un contexte de contraintes budgétaires et de concurrence pour le contrôle des dépenses publiques.

Si la stratégie de “sibérianisation” aboutissait, elle alimenterait l’effort militaire par une profonde modernisation et diversification du tissu économique et stratégique de la Russie. À l’inverse, si Moscou remportait la victoire dans le conflit en Ukraine et consolidait son contrôle sur les territoires annexés, elle pourrait alors concentrer ses efforts sur l’accélération du recentrage vers l’Est.

Dans les deux cas, ce qui est nécessaire, c’est une forte impulsion pour renouveler un pays qui souffre encore des contradictions engendrées par les “terribles années 90” et qui a jusqu’à présent repoussé le moment de faire face définitivement à ce passé funeste.

 

Article original : Foundation for Strategic Culture

mardi, 28 avril 2026

La Serbie, la Hongrie et la Macédoine du Nord signent un protocole d’entente pour la voie ferrée Budapest-Belgrade

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La Serbie, la Hongrie et la Macédoine du Nord signent un protocole d’entente pour la voie ferrée Budapest-Belgrade

Stefano Vernole

Source: https://telegra.ph/Serbia-Ungheria-e-Macedonia-del-Nord-f...

La ligne Budapest-Belgrade est la première section du projet de chemin de fer Budapest-Belgrade-Skopje-Athènes, un projet symbole de la coopération entre la Chine et l'Europe centre-orientale qui reliera la Hongrie, la Serbie, la Macédoine du Nord et le port du Pirée, géré par la Chine.

L’opérateur ferroviaire serbe de transport de marchandises Srbija Kargo, en collaboration avec ses homologues hongrois et nord-macédonien, a récemment signé un mémorandum d’entente concernant un «service de transport ferroviaire synchronisé». En particulier, les trois parties se concentrent sur la ligne ferroviaire Budapest-Belgrade afin d’accroître le transport de marchandises par rail depuis la Chine et à l’intérieur de l’Europe.

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Srbija Kargo, Rail Cargo Hungaria et Železnice Republike Severne Makedonije Transport espèrent une «croissance dynamique des échanges commerciaux entre l’Europe et la région environnante». La voie ferrée Budapest-Belgrade occupe une place centrale dans ce plan. Depuis son ouverture au trafic de marchandises fin février, cette ligne représente une artère essentielle pour le transport de fret le long de l’axe Nord-Sud à travers les Balkans.

Le plan prévoit que le volume de transport de marchandises par rail entre les pays signataires atteigne, voire dépasse, les niveaux enregistrés durant la première décennie du 21ème siècle, bien que les entreprises ne précisent pas dans quel délai cela doit se produire.

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«La coopération s’articule en deux directions principales: le transport de marchandises entre la Chine et l’Europe via les corridors ferroviaires existants, ainsi que le transport de marchandises en provenance ou à destination des ports européens, entre les terminaux situés sur le continent européen, complété par le transport routier», écrit Srbija Kargo. La majorité des marchandises chinoises transitent par le port grec du Pirée, d’où elles poursuivent leur route vers l’intérieur de l’Europe via la Macédoine du Nord et la Serbie.

« Un transport organisé de cette manière offre de nombreux avantages : livraisons plus rapides, délais de transit plus courts, meilleure rentabilité, fiabilité dans le respect des délais, processus logistiques plus efficaces et impact environnemental réduit », poursuit Srbija Kargo.

Objectifs clés de la coopération

Les entreprises impliquées affirment que le transport de marchandises par rail sur la route transbalkanique devrait s’améliorer grâce à «l’intégration des relations de transport ferroviaire», à la simplification des chaînes logistiques, à des solutions numériques communes et à une coopération transfrontalière renforcée.

De plus, le protocole d’entente identifie plusieurs domaines de coopération future. Parmi ceux-ci figurent le développement du transport intermodal (semi-remorques, conteneurs), l’interopérabilité, le transfert de connaissances, la simplification des procédures douanières et l’échange numérique de données. Il est également mentionné le développement coordonné des infrastructures ferroviaires, les initiatives de marketing conjointes et la formation du personnel comme domaines potentiels de collaboration.

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Les capitales hongroise et serbe sont désormais officiellement reliées par une infrastructure ferroviaire moderne qui devrait apporter d’importants bénéfices au transport de marchandises par rail.

La ligne Budapest-Belgrade est la première section du projet de chemin de fer Budapest-Belgrade-Skopje-Athènes, un projet symbole de la coopération entre la Chine et l'Europe centre-orientale qui reliera la Hongrie, la Serbie, la Macédoine du Nord et le port du Pirée, géré par la Chine. Selon certaines sources, les sections au sud de Belgrade, en direction de Niš, sont déjà en cours de développement, avec un financement de l’UE désormais intégré dans le projet: une situation singulière où Bruxelles cofinance un corridor en synergie avec les intérêts stratégiques et commerciaux chinois.

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L’avantage principal pour la Chine est de nature stratégique, et non financière. La voie ferrée relie le port du Pirée en Grèce, géré par COSCO, à l’Europe centrale, créant un corridor de fret rapide et fiable permettant de transporter les marchandises chinoises en profondeur sur le marché de l’UE sans dépendre des ports ou des infrastructures de l’Europe occidentale.

La ligne Budapest-Belgrade est explicitement la première section d’un corridor prévu pour relier Budapest à Belgrade, Skopje et Athènes, avec des travaux de construction déjà en cours au sud de Belgrade. En plus de ce projet spécifique, la présence infrastructurelle chinoise en Europe centrale et orientale s’étend dans les secteurs routier, portuaire et énergétique.

La voie ferrée Budapest-Belgrade, projet phare de l’Initiative Belt and Road (BRI), est une infrastructure importante réalisée conjointement par la Chine, la Hongrie et la Serbie pour relier ces deux capitales. La section hongroise, d’environ 158,6 km, est une ligne électrifiée conçue pour le transport de passagers et de marchandises, avec une vitesse maximale de 160 km/h. La construction de la section hongroise, menée conjointement par China Railway Group Limited et des entreprises hongroises locales, a commencé en juillet 2020 et est entrée dans la phase de construction des ouvrages civils en février 2022.

Ce projet marque la première fois que la technologie et les équipements ferroviaires chinois sont alignés sur les spécifications techniques d’interopérabilité (TSI) de l’Union européenne. Une fois la ligne entièrement opérationnelle, le délai de trajet entre Budapest et Belgrade passera d’environ huit heures à environ trois heures et demie. On prévoit que ce lien renforcé facilitera considérablement les échanges entre les personnes et le transport de marchandises, stimulant le développement économique le long du parcours et renforçant la connectivité dans toute l’Europe centrale et orientale.

La Chine a accordé un prêt pour couvrir 85% des coûts de modernisation de la section hongroise de la ligne, et l’industrie fournisseuse du pays a joué un rôle de premier plan dans la réalisation du projet. Il a impliqué la reconstruction de l’ensemble du tracé de Soroksár à Budapest jusqu’à la frontière serbe. Le doublement des voies a été effectué sur tout le parcours, à l’exception de la section entre Ferencváros et Kunszentmiklós-Tass, déjà utilisée par les services suburbains de Budapest. Les travaux ont duré quatre ans et ont été réalisés par un consortium sino-hongrois composé de RM International, China Tiejiuju Engineering & Construction et China Railway Electrification Engineering Group, avec l’installation d’équipements et de systèmes chinois. Un contrat séparé pour augmenter la capacité de la section de 7 km Ferencváros – Soroksár a été attribué en 2022 à un consortium formé par V-Híd et China Railway Magyarország.

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Les entreprises chinoises ont également pris en charge la reconstruction de la section serbe de 183 km. En 2021, China Civil Engineering et China Railway 11th Bureau ont conjointement obtenu un contrat pour la reconstruction de la ligne de 108 km de Novi Sad, passant par Subotica, jusqu’à Kelebia. Les travaux ont commencé en 2022 et, le 3 octobre 2025, le président serbe Aleksandar Vučić a officiellement inauguré la ligne. Les mêmes entreprises ont également travaillé sur la section Belgrade – Novi Sad, avec la réouverture du tronçon Belgrade – Stara Pazova de 34,5 km en mars 2021, suivi par la section Stara Pazova – Novi Sad de 40,4 km en mars 2022.

Article original: Strategic Culture Foundation

La mer Baltique, nouveau théâtre de conflit

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La mer Baltique, nouveau théâtre de conflit

Elena Fritz

Source: https://t.me/global_affairs_byelena

La guerre modifie sa propre géographie. L'Ukraine reste le théâtre de combat visible. Mais le prochain point de pression dangereux se trouve en Mer Baltique.

Pour la Russie, la mer Baltique n'est pas une mer marginale. C'est un accès aux marchés mondiaux, une route pour les exportations d'énergie et une zone de contact avec l'OTAN. Ceux qui y contrôlent des tankers russes, arrêtent des marins ou entravent la soi-disant flotte de l'ombre ne traitent pas d'un aspect secondaire. Ils touchent un point sensible du pouvoir russe.

Du point de vue occidental, il s'agit de déployer une politique de sanctions. Du point de vue russe, cela peut apparaître comme l'organisation d'un blocus maritime. Et les grandes puissances réagissent rarement par voies juridiques aux blocus. Elles réagissent par l'exercice de la puissance politique.

C'est précisément pourquoi les déclarations de Donald Tusk sont très intéressantes (https://www.ft.com/content/1a5a2502-a45a-40c1-af6f-b30ecc... ). Lorsque le Premier ministre polonais parle d'une confrontation potentielle avec la Russie dans les mois à venir et exprime en même temps des doutes quant à la fiabilité des États-Unis, cela révèle le cœur du problème: l'Europe de l'Est souhaite une fermeté maximale vis-à-vis de Moscou, mais a besoin de garanties américaines pour pouvoir mettre cette fermeté en oeuvre.

C'est la logique classique de l'alliance. La Pologne et les États baltes poussent la logique conflictuelle en avant. Les États-Unis, eux, conservent le contrôle stratégique. L'Allemagne, de son côté, doit payer, livrer et fournir des capacités industrielles.

Pour Berlin, c'est là un rôle défavorable. L'Allemagne n'est pas l'architecte de cette ligne qui mène à l'escalade. Elle n'en est pas non plus la principale bénéficiaire. Mais elle serait l'un des principaux payeurs: tant sur les plans financier, industriel et logistique que politique.

Moscou ne voit pas seulement la Bundeswehr d'aujourd'hui. Elle voit l'Allemagne de demain: son industrie, son génie mécanique, ses ports, ses capitaux, sa logistique. Une Allemagne qui serait dirigée sur le long terme vers une économie de défense modifierait l'équilibre des forces en Europe.

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Du point de vue russe, cela donne une image globale: l'Ukraine entrave la Russie. L'Europe gagne du temps. L'Allemagne devient le pilier industriel de la remilitarisation. Parallèlement, la pression sur les voies d'exportation russes en Mer Baltique augmente.

Partager ou non cette perception russe est une question secondaire. Ce qui est essentiel, c'est que cette perception peut influencer l'action russe.

Le danger ne réside pas dans une grande guerre annoncée, mais dans un enchaînement de petites étapes: contrôle des tankers, arrestations, contre-mesures russes, appel à l'article 5, évaluation américaine, escalade européenne.

C'est ainsi que naissent des situations dangereuses: chaque partie considère l'étape qu'elle franchit comme limitée et défensive. L'autre la perçoit comme une attaque.

Pour l'Allemagne, la question centrale demeure :

Quel intérêt allemand y a-t-il à transformer la mer Baltique en une zone de confrontation permanente ?

Toutes les mesures prises contre la Russie ne relèvent pas d'une politique qui assure la sécurité de l'Allemagne. Toute dureté adoptée par l'OTAN ne relève pas de l'intérêt politique de l'Allemagne. Et toute remilitarisation européenne ne renforce pas la souveraineté allemande.

Si Berlin ne développe pas une ligne stratégique propre, l'Allemagne ne sera pas un acteur dans cet ordre, mais une simple ressource: pas un décideur, mais un payeur; pas un stratège, mais un gestionnaire de base logistique pour une politique d'escalade dictée par l'étranger.

Source (https://nationalinterest.org/blog/buzz/russian-media-turn... )

#géopolitique@affaires_mondiales_byelena

Crise iranienne: pourquoi il est encore trop tôt pour enterrer Trump

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Crise iranienne: pourquoi il est encore trop tôt pour enterrer Trump

Elena Fritz

Source: https://t.me/global_affairs_byelena

Friedrich Merz s’est exprimé sur la crise iranienne — et a surtout montré une chose: l’Europe ne craint pas seulement la guerre, mais aussi la perte de tout contrôle sur la stratégie américaine.

Merz affirme en substance que l’Iran « humilie » les États-Unis, que Washington ne dispose d’aucune stratégie claire, et que les Américains ne savent apparemment pas comment sortir de cette impasse. À première vue, cela ressemble à une analyse sobre. À y regarder de plus près, c’est surtout un signal politique.

Car, bien entendu, l’Europe a un intérêt massif à ce que le conflit avec l’Iran se termine le plus rapidement possible. Une guerre plus longue au Moyen-Orient toucherait l’Europe plus durement que les États-Unis. La hausse des prix de l’énergie, la fragilité des chaînes d’approvisionnement, la montée des coûts de sécurité et de nouvelles pressions sur le budget retombent principalement sur l’industrie européenne et les contribuables européens. Washington vend du pétrole et du GNL, l’Europe paie la facture.

C’est précisément ici que réside le cœur du problème: ce qui représente pour Bruxelles et Berlin un risque économique peut pour Trump devenir un levier stratégique. Trump agit comme un joueur qui rassemble les risques, déplace les marchés, met la pression sur ses adversaires et maintient la situation ouverte aussi longtemps que cela lui permet d’obtenir de nouvelles marges de négociation.

Premièrement : un conflit iranien prolongé procure aux États-Unis des avantages économiques. L’Europe a besoin d’énergie, les marchés réagissent nerveusement, le GNL et le pétrole deviennent alors des instruments géopolitiques. Washington en tire profit pendant que l’Europe paie. Les États-Unis détiennent le levier le plus fort.

Deuxièmement : le déplacement massif de moyens militaires vers le Moyen-Orient ne témoigne pas d’un manque de direction, mais d’une préparation. Une trêve serait, dans cette optique, non pas un signal de paix, mais une pause opérationnelle : faire le plein des stocks, repositionner les forces, créer des options.

Troisièmement : le conflit iranien offre à Trump une fenêtre pour se sortir de la guerre en Ukraine. Le message serait simple dans ce cas: si l’Europe exige une retenue américaine au Moyen-Orient, alors l’Europe doit aussi assumer la responsabilité en Ukraine. La formule «Ce n’est pas notre guerre» devient alors soudainement acceptable.

Pour Berlin et Bruxelles, cela constituerait un cauchemar. Car l’Europe s’est engagée très largement dans la stratégie ukrainienne, sans disposer des moyens militaires, industriels et politiques pour soutenir ce conflit de manière autonome.

Quatrièmement : un arc de crise permanent, allant du Moyen-Orient à l’Ukraine, affaiblit surtout les opposants de Trump au sein de l’establishment mondialiste. Ceux-ci doivent mobiliser en permanence de nouvelles ressources, stabiliser de nouveaux narratifs et justifier de nouveaux coûts. Pendant ce temps, Trump peut continuer à affirmer qu’il se débarrasse des charges héritées d’une politique interventionniste ratée.

Cinquièmement : au Moyen-Orient, ce ne sont pas seulement des lignes militaires qui se déplacent, mais aussi des actifs, des zones d’influence et des réseaux politiques qui perdent de leur valeur. Ceux qui survivent à une crise et disposent de liquidités achètent plus tard à bon marché. Là aussi, il s’agit de politique de puissance.

Pour l’Europe, c’est amer. Car l’UE s’est habituée à commenter les crises géopolitiques à l’aide de formules morales, alors que d’autres grandes puissances les utilisent comme instruments de puissance. En Europe, on parle de «valeurs», mais on paie en prix de l’énergie, en délocalisations industrielles et en trous dans le budget.

La véritable humiliation ne réside peut-être pas dans le fait que l’Iran dévoile la faiblesse des États-Unis. La vraie humiliation est que l’Europe, une fois de plus, parle d’une crise dont elle supporte les coûts, mais dont elle ne contrôle guère le déroulement.

Trump peut sembler fragilisé. Mais «fragilisé» ne veut pas dire «impuissant». Sa méthode politique consiste justement à transformer le chaos apparent en matière première pour la négociation.

En conclusion : ceux qui déclarent hâtivement que Trump est un  «canard boiteux» risquent de découvrir à la fin qu’ils n’ont été que des personnages dans un jeu dont les règles ont déjà été écrites depuis longtemps à Washington.

#géopolitique@affaires_globales_byelena

lundi, 27 avril 2026

Nietzsche. Finalisme et histoire selon Pierre Chassard (entre l'éternel retour et la faible critique du christianisme)

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Nietzsche. Finalisme et histoire selon Pierre Chassard (entre l'éternel retour et la faible critique du christianisme)

La réflexion du théoricien de la Nouvelle Droite française, avant tout, cherche à reconstituer la pensée originelle de Nietzsche au-delà de toute interprétation passée, intéressée, instrumentale.

par Luca Negri

Source: https://www.barbadillo.it/130002-nietzsche-finalismo-e-st...

Encore un livre sur Nietzsche ? Était-ce vraiment nécessaire ? Telles pourraient être les questions légitimes à la lecture de la publication en italien de Nietzsche. Finalisme et histoire, écrit par Pierre Chassard en 1998 (dernière version) et désormais disponible grâce aux Éditions Moira, traduit et édité par Stefano Vaj, avec une préface de Lorenzo Di Chiara. Pour toute commande: https://www.amazon.it/dp/B0GJFGLFFM?ref=cm_sw_r_ffobk_cp_...

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Il est en effet bien connu que de nombreux essais ont été consacrés au penseur allemand, avec des interprétations franchement variées et souvent contradictoires. Certains le voient comme le parfait prototype du nazi, en raison de son exaltation de la « bête blonde » et du mépris qu’il adresse à la morale des esclaves propre au judéo-christianisme. Mais il existe aussi des lectures que l’on pourrait qualifier d’extrême gauche, inaugurées par Georges Bataille et culminant avec le post-structuralisme de Gilles Deleuze. On a tenté de récupérer son héritage dans une optique chrétienne, motivée par le ton prophétique et biblique via la bouche de Zarathoustra. Des ésotéristes comme Rudolf Steiner et Julius Evola ont vu en lui un mystique manqué, tombé dans la folie pour n’avoir pas supporté une tension spirituelle trop intense dans un corps trop faible. Elémire Zolla, autre auteur qui a fréquenté les univers métaphysiques, a vu en lui le dernier chaman de l’Occident. Et comment oublier les exégèses hautes en couleurs de deux géants du 20ème siècle, Carl Gustav Jung et Martin Heidegger ?

r300283625.jpgOn pourrait penser que chacun a le Nietzsche qu’il mérite, et finisse par se retrouver surtout lui-même dans celui qui écrivait « pour tous et pour personne ».

C’est alors toute l’importance de l’œuvre de Chassard, jadis théoricien de la Nouvelle Droite française, décédé il y a dix ans. Car son essai, avant tout, cherche à reconstituer la pensée originelle de Nietzsche au-delà de toute interprétation passée, intéressée, instrumentale. L’opération a réussi à tel point que nous conseillerions ce livre à quiconque souhaite aborder pour la première fois le philosophe de Par-delà le bien et le mal, y trouvant les concepts authentiques, non défigurés par des approches réactionnaires, progressistes, religieuses ou ésotériques.

Et c’est à ce moment-là que, pour ce qui nous concerne, apparaît clairement à la fois la puissance de Nietzsche et une certaine superficialité philosophique. En effet, il fut plus poète (et l’un des plus grands) que philosophe.

La superficialité est déjà présente dans sa critique du christianisme. Car, dans ses invectives enflammées, Nietzsche finit par s’en prendre surtout, mais sans en avoir pleinement conscience, à l’environnement luthérien qui l’a vu grandir. Il était tout de même fils de pasteur et il ne serait pas totalement absurde d’en faire une lecture psychologique de compétition avec la figure paternelle dans le rejet de la foi de l’enfance (d’autant plus que la situation se reproduisit dans la rupture avec le père spirituel Wagner…).

Nietzsche, de la culture et de la philosophie catholiques, savait très peu de choses, notamment, sa confrontation avec Thomas d’Aquin est totalement superficielle. Pour citer un exemple significatif. Comme l’a souligné Alexandre Douguine, le philosophe du surhomme était totalement ignorant de la tradition chrétienne orthodoxe. En résumé, sa lutte, plus que contre le christianisme, qu’on pourrait difficilement réduire à un essai, était surtout déployée contre le christianisme dans lequel il était né et qu’il avait intégré. La mort de Dieu s’était produite sur la croix du Golgotha, et c’était la mort d’un Dieu placé à l’extérieur de l’être humain. Le Christ ressuscité divinisait donc l’homme, et dans les Évangiles, la morale apparaît comme profondément noble, parce qu’elle est posée verticalement au-dessus des pulsions humaines trop humaines.

Mais venons-en aux thèmes centraux de l’œuvre de Chassard, ceux qui sont réellement plus significatifs dans la philosophie nietzschéenne: la volonté de puissance et le rejet du finalisme historique.

md31238189554.jpgConcernant la première, on pourrait penser qu’après avoir constaté la mort de Dieu et s’être inspiré de Schopenhauer, Nietzsche finit par mettre la même volonté à la place de Dieu, ne sortant en effet pas de la métaphysique, comme le suggérait Heidegger. Mais Chassard démontre que la volonté chez Nietzsche n’est pas unifiée (comme celle du philosophe qui écrivit Le Monde comme volonté et représentation) mais plurielle, multiple. Et à ce stade se pose une question logique majeure: peut-il exister un multiple incréé mais créant, dépourvu d’une seule source? Au moins Platon plaçait, à l’origine et au sommet de ses Idées incréées, celle du Bien, car il est philosophiquement difficile d’imaginer une pluralité originelle. Plus probablement, l’unité primordiale pourrait contenir en puissance toute la multiplicité qui se manifeste ensuite. Telle est la proposition de la pensée traditionaliste inaugurée par René Guénon et fidèle à la métaphysique indienne.

Le finalisme, c’est-à-dire l’idée que l’histoire a un sens et une direction univoque, est, selon l’interprétation commune, introduit par la pensée chrétienne, en particulier par saint Augustin, qui voit dans l’histoire terrestre un processus qui part de la Genèse et se terminera par l’Apocalypse. Cependant, les origines de cette vision remontent au monde perse et à la religion, paradoxalement tout aussi nietzschéenne, du prophète Zoroastre. Il est connu que les traditions pré-chrétiennes, comme celles de l’Inde et de la Grèce, interprétaient l’histoire de manière cyclique (de l’Âge d’or à celui du Fer, puis de nouveau après une conflagration répétée). Là aussi, nous sommes face à une forme de finalisme, voire de déterminisme cyclique.

Nietzsche évoque l’éternel retour et surtout l’amor fati, l'«ainsi voulu» pour fuir le finalisme. L’histoire n’a pas de sens et c’est au surhomme de lui en donner un. Mais en réalité, l’homme simple, sans forcément être surhumain, a toujours cherché à donner un sens à l’histoire, à la fois personnelle et collective. En somme, l’être humain est presque condamné (mais peut-être cela est une bénédiction…) à interpréter, à donner un but et un sens à ce qui advient. Que le finalisme soit imposé par le Dieu révélé, par l’Esprit du Temps hegelien ou par un philosophe solitaire en haute montagne, peu importe. Car il ne faut pas nier une finalité aux événements si l’on veut se lever le matin et ne pas sombrer dans le nihilisme.

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En conclusion, l’inquiétude de Chassard est avant tout éthique et politique, en parfaite harmonie avec les thèmes fondamentaux de la Nouvelle Droite française : le refus de l’universalisme (dont le Dieu biblique et le finalisme historique seraient les principales causes historiques), donc le respect des différences ontologiques, du « polythéisme des valeurs » cher à Alain de Beonist. Sur ce point, nous ne pouvons qu’être d’accord, même si, depuis des années, nous nous demandons si, plutôt que de trop se concentrer sur ce qui différencie hommes et civilisations, il ne serait pas plus sage d’équilibrer ces différences bénies par une idée et une origine communes. La génétique a montré qu’il n’existe pas deux ADN identiques à 100 %, la philosophie chrétienne a parlé d’âmes créées ex nihilo par la volonté de Dieu, chacune différente de l’autre.

Un Dieu commun, une cellule primordiale, un but commun aux habitants de la planète, ont encore beaucoup à nous apprendre.

Nationalisme et communisme: le front transversal sur les rives de la mer Noire - Entretien: «Nous nous appuyons sur la Front patriotique de Bulgarie» 

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Nationalisme et communisme: le front transversal sur les rives de la mer Noire

Entretien: «Nous nous appuyons sur la Front patriotique de Bulgarie» 

Source: https://aufgewacht-online.de/nationalismus-und-kommunismu...

Sofia remplace-t-elle Budapest en tant que nouveau centre de résistance contre le centralisme de l’UE ? Dans notre magazine actuel, « Combat final pour la Hongrie – Orbán contre les mondialistes », nous analysons le modèle Orbán, qui, malgré sa défaite lors des élections législatives, a longtemps influencé la droite européenne. Commandez ICI ce magazine passionnant: https://aufgewacht-magazin.de/produkt/aufgewacht-4-26-end...

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La majorité absolue obtenue par le critique de l’UE, Rumen Radev, lors des élections législatives en Bulgarie, ouvre à ce pays des Balkans, après des années de chaos, une perspective de stabilité politique. Comme un aspirateur, son alliance électorale «Bulgarie progressiste» a siphonné les voix des partis de gauche et de droite, balayant au passage le système politique bulgare jusqu’alors en place. 

Une nouvelle entrée au parlement a été celle du parti nationaliste "Renaissance", qui siège dans le même groupe que l’AfD au Parlement européen. Sur la liste de "Renaissance", figuraient également des partisans du mouvement communiste-nationaliste du 23 septembre. Michael Brück, rédacteur d’Aufgewacht, a interviewé un de ses représentants, qui préfère garder l’anonymat. L’entretien a été mené pendant l’été 2025. 

Quelles positions politiques défendez-vous et quel rôle jouez-vous dans le paysage politique bulgare ? Pouvez-vous présenter votre organisation à nos lecteurs ? 

Le mouvement « 23 septembre » est une organisation marxiste-léniniste. Ses racines remontent aux protestations contre la guerre en Yougoslavie en 1999, et la participation de la Bulgarie, lorsque le gouvernement a ouvert l’espace aérien bulgare aux avions américains. Lorsqu’un groupe de jeunes, en 1989, a constaté quelles seraient les conséquences de la restauration du capitalisme dans le pays, ils ont cherché une alternative aux processus dévastateurs qui s'annonçaient pour la Bulgarie. Ils ont trouvé cette alternative dans la théorie et l’idéologie du marxisme. Peu de temps après, la date du 23 septembre a été choisie pour donner un nom à l’organisation, en référence à la révolte antifasciste de 1923 en Bulgarie. La révolte elle-même a échoué et a été brutalement réprimée par les autorités, mais elle a laissé des traces durables dans la société bulgare et a creusé un fossé entre la population active et le gouvernement réactionnaire. Plus tard, elle est devenue la référence première pour donner la victoire au socialisme dans notre pays. 

Notre organisation a joué, au fil des ans, un rôle important dans la résistance contre l’impérialisme américain en Bulgarie, contre l’installation de bases militaires américaines, et contre la participation de notre pays dans les structures impérialistes de l’UE et de l’OTAN. Nous avons participé à de nombreux combats ouvriers, comme des protestations, des grèves et des manifestations. Enfin, nous défendons les principes et les idées du marxisme dans une situation qui est devenue extrêmement difficile. À l’époque de la restauration du capitalisme, l’anticommunisme est devenu une idéologie d’État, et la réhabilitation de l’ère fasciste dans notre pays est encouragée au plus haut niveau officiel. 

Dans le cadre de notre activité militante, nous avons été soumis à diverses formes de répression. Nos membres ont été arrêtés et poursuivis en justice. Nos camarades ont été agressés physiquement par des groupes fascistes, qui bénéficiaient probablement d’un soutien clandestin des autorités. De nombreuses intrigues ont été ourdies contre nous pour affaiblir nos liens avec la classe ouvrière et d’autres organisations. Malgré cela, le mouvement « 23 septembre » reste la plus grande organisation marxiste-léniniste en Bulgarie.

« Créer une société sans exploitation » 

Pouvez-vous nous citer les objectifs premiers de votre organisation ? 

Le mouvement « 23 septembre » lutte pour la suppression du système capitaliste et la conquête du pouvoir par la classe ouvrière, afin de créer une société sans exploitation. En même temps, l’organisation s’oppose aux structures de l’impérialisme et à la position semi-coloniale dans laquelle végète la Bulgarie aujourd'hui, après qu’elle est tombée sous son influence. 

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Une alliance entre votre mouvement et le parti nationaliste « Renaissance » (bulgare: Възраждане) attire l’attention au-delà des frontières de la Bulgarie. Comment cela est-il arrivé, et quels plans concrets poursuivez-vous ensemble ? 

Il n’existe pas d’alliance formelle entre notre mouvement et « Renaissance », mais une déclaration commune que les deux organisations ont signée sur certains des thèmes politiques les plus importants pour notre pays: 

1. La lutte contre l’adhésion à la zone euro;

2. La résistance à la participation accrue de la Bulgarie à la guerre contre la Russie aux côtés de l’Ukraine;

3. La protection de la mémoire historique et des monuments des partisans et des antifascistes, constamment attaqués par les autorités (et les forces informelles qui leur sont associées);

4. La lutte pour la sauvegarde du secteur énergétique bulgare et contre le soi-disant « Green Deal » écologique.

La déclaration se termine par un appel à d’autres organisations et individus pour la signer. Nous sommes convaincus que le texte aborde des sujets d’importance nationale, et nous souhaitons mobiliser autant de forces que possible pour atteindre ces objectifs. 

En ce qui concerne la coopération avec d’autres organisations, nous suivons les principes du grand communiste et révolutionnaire bulgare Georgi Dimitrov, afin de former un front commun face aux enjeux pressants de notre époque. Cela nécessite souvent de prendre contact avec des personnes et des organisations qui ne partagent pas entièrement nos vues politiques. L’unité sur tous les sujets n’est pas une condition préalable à la constitution d’un front commun. Les sujets les plus importants pour notre peuple sont ceux mentionnés dans la déclaration, et nous sommes prêts à œuvrer pour la création d’un front populaire commun pour défendre ces principes. 

Quant au parti « Renaissance », nous connaissons bon nombre de ses activistes suite aux diverses actions politiques menées dans la rue. Avec des membres de cette organisation, nous avons passé de nombreux jours et nuits à défendre le monument de l’Armée soviétique au centre de Sofia. Ce monument, même s'il était soutenu par des institutions officielles, a été constamment la cible d’attaques des autorités et de divers groupes politiques d’extrême droite et fascistes. Le monument de l’Armée soviétique a été détruit par le gouvernement en décembre 2023, mais la lutte de plusieurs années pour sa préservation a créé de nombreux liens entre ceux qui le protégeaient. Pendant la résistance à sa démolition, le parti «Renaissance» a organisé une manifestation devant la mairie de Sofia, sous le slogan «Mort au fascisme». 

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Des membres du parti « Renaissance » ont grandement contribué à la lutte du peuple bulgare contre l’adhésion du pays à la zone euro, ainsi qu’à la collecte des signatures nécessaires pour un référendum sur cette question. Quatre de leurs membres et sympathisants ont été presque un mois en détention parce qu’ils avaient participé à une protestation contre l’adhésion à la zone euro, durant laquelle le bâtiment de la «Commission européenne» à Sofia a été attaqué avec des cocktails Molotov et de la peinture rouge. 

Avec des membres du parti «Renaissance», nous avons participé à de nombreuses manifestations contre l’influence de l’impérialisme américain en Bulgarie, et contre les tentatives de faire de notre pays un acteur majeur dans le conflit avec la Russie. 

En signant cette déclaration commune, nous espérons que les positions qu’elle expose recevront encore plus de soutien dans la société bulgare et seront reconnues par d’autres individus et organisations.

« Approche commune contre l’impérialisme » 

La coopération entre activistes de gauche et organisations d’extrême droite suscite souvent des critiques, même parmi leurs propres partisans. Quel a été le retour des soutiens — tant du mouvement «23 septembre » que de «Renaissance»? 

Signer une déclaration commune sur les problèmes les plus urgents pour nos pays ne signifie pas renoncer à l’autonomie des organisations ou abandonner leurs principes politiques. C’est plutôt un appel à lutter contre les plus grands enjeux de notre époque. Ainsi, dans les années 1940, la Bulgarie a créé le Front patriotique, qui a uni diverses organisations (certaines d'entre elles, évidemment, n'étaient pas de gauche) pour agir ensemble contre le fascisme, parce que c'était le problème le plus urgent à cette époque. C’est pourquoi nous appelons aujourd’hui à une action conjointe contre l’impérialisme et ses institutions. 

Les réactions de la majorité des supporters des deux organisations sont majoritairement positives. Seuls quelques-uns se laissent aller à du sectarisme, mais cette proportion reste peu significative parmi les militants des deux organisations. Beaucoup de Bulgares comprennent que la situation est extrêmement critique, et que le moment est venu de lutter ensemble contre l’injustice et l’impérialisme. 

Merci beaucoup pour cet entretien ! 

L’interview a été menée par Michael Brück. 

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