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dimanche, 14 juin 2026

L’approche civilisationnelle: le seul paradigme possible pour la Russie

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L’approche civilisationnelle: le seul paradigme possible pour la Russie

Par Alexandre Douguine

Nous ne luttons pas seulement contre l’Occident, nous luttons contre l’Occident moderne (et postmoderne), contre un Occident qui, déjà au XIe siècle, s’est écarté de notre voie chrétienne commune et avançait, cherchant à atteindre la fin des ténèbres, toujours plus loin vers le crépuscule extérieur.

Les conditions métaphysiques d'une trêve éventuelle sont les suivantes :

- soit l’Occident, tout en restant moderne (et postmoderne), tel qu’il veut être et tel qu’il est, nous laisserait en paix (ce qui est d'emblée exclu, car c’est impossible, personne là-bas ne l’envisage ne serait-ce qu’un instant: Satan ne s’arrête pas);

- soit l’Occident change radicalement de direction et, suivant la voie de l’Éternel Retour, fait un retour décisif EN ARRIÈRE, vers ses propres racines (chrétiennes, gréco-romaines), qui sont communes aux nôtres (simplement, l’Occident s’en est beaucoup éloigné et nous non), ce qui est très improbable, mais pas impossible en théorie (car Nietzsche, Husserl, Spengler, Heidegger, Guénon, Evola – cela, c’est l’Occident, mais le bon, le sensé, celui qui n’est pas obsédé par le progrès, le libéralisme et les perversions).

Nous avons lancé un cours intensif d’«Occidentologie», ici à Moscou. Nous avons terminé la rédaction du manuel, qui sera publié prochainement; nous avons réalisé des essais pilotes, collecté des avis et donné les premiers cours d’essai à des adultes et à des enfants. Selon l’opinion générale (certains ne sont pas d’accord, mais c’est très bien), l’«occidentologie» est exactement ce dont tout le monde a besoin aujourd’hui. Le très estimé recteur de la RGGU, Andreï Viktorovitch Loginov, a justement fait remarquer il y a quelques jours, lors de l’inauguration de notre programme de formation continue: mais que faisions-nous à l’époque soviétique, sinon de l’«occidentologie»? À l’époque, cela s’appelait «critique de la philosophie bourgeoise».

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Mais cela ne concerne pas que l’idéologie officielle. N’était-ce pas déjà de l’occidentologie que les enseignements des slavophiles et des sophiologues, des eurasistes et des cosmistes, de Florenski et Rozanov (icône et portrait, ci-dessus), de tout l’Âge d’Argent en général? N’était-ce pas de l’«occidentologie» que les idées de Zinoviev et Soljenitsyne, de Meyer et Bakhtine, de Khoroujiy et Chafarevitch, de Foudel et Lossiev, de Lifchitz et Ilienkov, de Bibikhine et Batichtchev, de Gachev et Goricheva? Tous nos penseurs, tant les officiels (qui, bien sûr, ne sont pas tout à fait des penseurs) que les non officiels (parmi lesquels il y avait de véritables esprits)? Ils étaient tous patriotes, pour la plupart (presque toujours) chrétiens orthodoxes, au minimum idéalistes, mystiques, sophiologues, slavophiles… Et tous portaient un vif intérêt à l’Occident. Mais lequel exactement? Et comment s’y intéressaient-ils? Dans quel but?

Tout cela sera clarifié dans notre cours d’«occidentologie», ainsi que dans le nouveau grand projet «Philosophie du Monde», dont j’espère, avec l’aide de Dieu, terminer l’élaboration cet été. «Occidentologie», «État-civilisation» et les quatre volumineux tomes de la «Philosophie du Monde»: voici notre œuvre, notre front philosophique, qui avance (non sans difficultés, mais en pleine guerre et avec la guerre) vers la victoire de la pensée russe et de l’esprit russe.

Quelques mots importants sur l’approche civilisationnelle. Nous avons désormais obtenu que l’approche civilisationnelle soit prise au sérieux, et sans les déviations d’autrefois. Il y a une nuance. On a persuadé tout le monde de la reconnaître précisément comme une approche. Autrement dit, on dit qu’il est désormais possible de considérer qu’il existe des civilisations au pluriel, différentes, originales, qui font ce qu’elles veulent dans le cours de leur production (de choses et de significations). C’est une approche que l’on autorise maintenant.

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Mais réfléchissons: comment serait TOUTE AUTRE approche ?

Et ici se révèle ce qu’il y a de plus intéressant: toute approche non civilisationnelle, c’est la croyance en l’universalité et l’obligation, la normativité de la voie occidentale du développement, autrement dit, un serment d’allégeance à la vision occidentale du monde. En Occident, le libéralisme règne aujourd’hui sûrement et même de façon totalitaire (le capitalisme bourgeois dans sa version postmoderne – d’où l’interdiction des LGBT, des migrants, etc., dans la Fédération de Russie), et donc, l’approche non civilisationnelle aujourd’hui est synonyme d’acceptation de l’hégémonie de l’Occident et, dans la situation actuelle, du libéralisme. Nous sommes en guerre avec l’Occident dans la Grande Guerre Patriotique, donc l’approche non civilisationnelle n’est rien d’autre que la cinquième colonne des ennemis dans la guerre cognitive pour la conscience sociale des Russes.

Bien sûr, il reste le marxisme classique, qui est lui aussi «non civilisationnel» (avec sa théorie du changement des formations économiques de l’humanité, comme en Occident), mais cela ne fait qu’entraver la voie et alimente le moulin des libéraux. Ainsi, Marx lui-même se montrait solidaire de la bourgeoisie aux étapes où celle-ci renversait le christianisme, les ordres traditionnel et les valeurs de la Tradition. Et plus tard, pensait Marx, nous nous débarrasserions aussi d’eux. Nous savons comment tout cela s’est terminé. Nous avons renversé, il semblait que tout commençait à bien marcher (grâce à la grandeur du peuple russe et au pouvoir central fort, essentiellement impérial, de Staline), puis, soudain, de nouveau l’accumulation primitive du capital, les années 1990, le capitalisme sauvage, les adeptes de ce capitalisme qui arboraient des vestes de couleur framboise, les bandits, les tueurs à gages et les agents de la CIA au gouvernement de la Fédération de Russie.

Ainsi, la relativisation de l’approche civilisationnelle est:

- soit une tentative d’apologie du libéralisme globaliste totalitaire (ce qui est presque toujours le cas); c’est-à-dire une opération à grande échelle des services secrets occidentaux pour mener une guerre cognitive — nos humanistes sont passés, en 30 ans, par toutes les étapes du recrutement systématique: bourses, conférences, offres impossibles à refuser, indices de citation, réformes éducatives, etc.;

- soit du marxisme inerte, la douleur fantôme d’une idéologie chimérique à moitié disparue.

Dans le premier cas, on frôle l’espionnage direct; on le voit dans le cas des agents étrangers Sineokaya et Shulman. Ici, tout est clair. Le libéral est un ennemi du peuple, presque un terroriste potentiel.

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Dans le second cas, ce sont les hallucinations des générations les plus âgées, qu’il faut tolérer, mais qu’il ne faut pas prendre au sérieux. Si, au contraire, le marxisme se renouvelle, il s’agirait probablement d’espionnage, et il faudrait alors chercher un «curateur» étranger.

C’est pourquoi la perspective civilisationnelle n’est pas une approche parmi d’autres, mais le seul paradigme possible, si la Russie est bel et bien un État-civilisation, et si Poutine et le pouvoir affirment que c’est très exactement une civilisation. Par conséquent, il faut chercher le pluralisme non pas en dehors du paradigme civilisationnel, mais en son sein. Et c’est très important: il y a de la place pour la droite et la gauche, mais pour une droite civilisationnelle (russe, eurasienne) et une gauche civilisationnelle (russe, eurasienne). En général, pour tous. Mais à l’intérieur du paradigme. Hors de lui, ce n’est que ténèbres. Un crépuscule extérieur. Il ne faut pas s’y aventurer, car le mal y rôde.

samedi, 13 juin 2026

Blocus maritimes

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Blocus maritimes

Andrea Marcigliano

Source: https://electomagazine.it/blocchi-marittimi/

Kaja Kallas ne se dément pas. Elle annonce, avec une joie toute triomphante, que l’UE a «autorisé» le blocus et la saisie des navires marchands russes, ou soupçonnés de transporter des marchandises russes, dans toute la Méditerranée.

«Autorisé». Au nom de quel droit, sur quelles bases juridiques, cela n’est cependant pas précisé. Et, d’ailleurs, cela ne semble pas inquiéter Kallas. Son interprétation du rôle de «ministre des affaires étrangères» de la fantomatique Union européenne a de quoi, pour le moins, laisser perplexe.

Car, au lieu de chercher des solutions diplomatiques aux différends, la gentille dame semble vouloir pousser, avec toutes ses – il est vrai assez limitées – énergies, en direction de la guerre.

Mais cela importe finalement peu. Tout comme, sur la scène internationale, Kallas et ses ardeurs bellicistes comptent peu, voire pas du tout.

Ce qui nous intéresse ici, c’est le soi-disant «blocus naval» anti-russe en tant que tel.

Admettons, sans vraiment le concéder, qu’il soit réellement possible: à qui nuirait-il?

Certainement à l’Espagne, qui achète ouvertement du pétrole et du gaz à la Russie, à des prix bien inférieurs à ceux pratiqués par les États-Unis.

Et puis à tous ces pays méditerranéens qui ont recommencé, discrètement peut-être, à importer de Russie, au mépris des blocus décidés par Bruxelles.

Moscou, elle, n’en subirait qu’un préjudice relatif. D’autant que ses marchés se sont considérablement élargis, devenant mondiaux.

Aujourd’hui, la majeure partie de la production russe part vers la Chine, l’Inde et d’autres pays du monde.

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Le Kremlin peut regarder le blocus européen avec une tranquille indifférence.

D’autant plus qu’il pourra continuer à miser sur ses excellentes relations avec le monde du Maghreb, en fournissant à ces pays du pétrole et ses dérivés, qui seront ensuite exportés vers l’Europe à des prix nettement majorés.

En réalité, ce «blocus», annoncé par la fantasque et imprévisible dame estonienne, a une signification politique précise. Une signification pour le moins très inquiétante.

C’est, sans détour, une véritable déclaration de guerre.

Car bloquer les exportations de la Russie, c’est tout simplement entrer ouvertement en guerre avec Moscou.

Et cela, le Kremlin le sait pertinemment.

Les récentes déclarations de Lavrov en sont la preuve.

Le ministre des Affaires étrangères russe, de tout temps le plus mesuré de l’establishment moscovite, a déclaré clairement qu’il n’y a désormais plus aucune possibilité de dialogue ou de médiation diplomatique avec l’Europe.

La parole est aux armes.

Et il l’a dit avec colère, certes, mais aussi avec une pointe de tristesse.

La frustration de celui qui, ces derniers mois, s’est beaucoup investi pour chercher une solution concertée à la crise ukrainienne.

Et qui s’est heurté à la volonté obtuse et belliciste de Londres et de Bruxelles.

La joyeuse cigale estonienne, donc, peut bien jubiler en annonçant de fantaisistes blocus navals.

Nous, en revanche, avons de quoi nous inquiéter. Et gravement.

La loi hongroise sur la protection de l’enfance serait contraire aux «valeurs de l’UE»!

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La loi hongroise sur la protection de l’enfance serait contraire aux «valeurs de l’UE»!

Peter W. Logghe

Source: https://www.facebook.com/peter.logghe.94 

À peine quelques jours après la défaite électorale de Viktor Orban en Hongrie, la Cour de justice de l’Union européenne a rendu un arrêt aux conséquences considérables: la loi hongroise sur la protection de l’enfance, adoptée en 2021, qui interdit d’exposer les mineurs à la «propagande LGBT», a été déclarée contraire au droit de l’UE et aux «valeurs fondamentales» de l’Union européenne. Tant le contenu que la date de cette décision ont de quoi surprendre.

C’est la Commission européenne, soutenue par 16 États membres et le Parlement européen, qui avait engagé la procédure contre la Hongrie. L’ancien Premier ministre néerlandais, Mark Rutte, n’avait d’ailleurs laissé aucun doute à ce sujet: la Hongrie «devait être mise à genoux». La décision de justice a été unanimement saluée par l’establishment, et plusieurs ONG l’ont qualifiée d’«historique». Elle confirme une fois de plus la primauté du droit européen sur les législations nationales en matière d’éducation et de mœurs, même lorsque ces lois nationales sont adoptées à de larges majorités parlementaires et après référendum.

Tout tourne, bien sûr, autour des fonds européens gelés…

Pour les ONG, il est désormais clair qu’aucun État membre ne pourra adopter de lois visant à empêcher l’exposition des enfants à la propagande de genre sans s’exposer à la colère de la Cour de justice de l’UE, même si des majorités le demandaient expressément. Mais attention: dans ses motivations, la Cour ne remet pas en cause le principe même de la protection de l’enfance, elle retire simplement aux États membres le droit de l’inscrire dans la loi.

Il y a bien sûr un autre élément, qui concerne le moment choisi pour cette décision. Péter Magyar, le nouveau Premier ministre hongrois, a déjà laissé entendre qu’il souhaite de meilleures relations avec les institutions européennes et qu’il aimerait débloquer les fonds européens gelés. Il s’agit de milliards d’euros. Ces milliards d’euros valent-ils, aux yeux de Magyar, une «compensation»?

Il demeure une perception cynique: les États membres ne sont libres de décider eux-mêmes que dans la mesure où ils se conforment à l’orthodoxie idéologique de la Commission. Une voie dangereuse…

Le Forum de Saint-Pétersbourg et la guerre de la Russie avec l’Europe - L’État-civilisation, la multipolarité et la nouvelle réalité mondiale

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Le Forum de Saint-Pétersbourg et la guerre de la Russie avec l’Europe

L’État-civilisation, la multipolarité et la nouvelle réalité mondiale

Alexandre Douguine

Alexandre Douguine livre ici son analyse incisive de l’affrontement global actuel, du sens de la Russie comme « État-civilisation » et des évolutions profondes qui s’opèrent dans la société russe et dans la pensée de ses élites.

Entretien avec Alexandre Douguine dans l’émission Eskalation sur Sputnik TV

Alexander_Stubb_-_2024_(73516)_(cropped).jpgAnimateur : Le président finlandais Alexander Stubb (photo) espère élargir sensiblement l’Union européenne à 40 pays. Le chiffre de 13 nouveaux membres qu’il souhaite intégrer est assez symbolique. Dites-nous, pourquoi la Finlande – en la personne de Stubb – a-t-elle besoin de cela maintenant, et pourquoi l’Union européenne en aurait-elle besoin? Un tel élargissement massif implique pourtant de nombreux facteurs – économiques, idéologiques, et d’autres encore. Quel est le calcul derrière tout cela à ce moment précis?

Alexandre Douguine : Je ne pense pas que l’Union européenne ait besoin de ces pays supplémentaires d’un point de vue purement économique. Ce dont il est vraiment question, c’est que de telles déclarations – et même les mesures politiques concrètes qui ouvrent la voie à l’adhésion de nouveaux pays à l’UE – s’inscrivent dans une nouvelle vague de la guerre menée par l’Occident contre la Russie.

32176041961.jpgVous savez, il existe une discipline appelée géopolitique. Je l’étudie, la développe et la promeus depuis de nombreuses décennies, depuis la fin des années 1980, à une époque où presque personne ne s’y intéressait et où le terme lui-même était à peine connu. Cette discipline a été introduite dans le champ universitaire par les Britanniques, en particulier Halford J. Mackinder. Au fond, elle décrivait la stratégie de domination mondiale anglo-saxonne. Mais, naturellement, puisqu’ils décrivaient le monde selon leur vision, il était logique que ceux placés en position d’objet – soit l’ennemi des Anglo-Saxons – développent une géopolitique alternative. Une géopolitique qui ne se fonde pas sur les intérêts de la « civilisation de la mer », représentée par les Anglo-Saxons – la civilisation du capitalisme, du commerce, et de la marchandisation – mais sur la « civilisation de la terre », que ces mêmes Anglo-Saxons qualifiaient de civilisation de l’héroïsme, des valeurs conservatrices et traditionnelles.

31449573185.jpgNos Eurasistes ont esquissé les premiers contours, et à partir des années 1980, j’ai développé cette géopolitique alternative. Elle obéit, dans le fond, aux mêmes règles, lois et schémas – mais vus depuis le continent, depuis l’Eurasie, depuis la Russie, depuis le « Heartland ».

Si l’on applique ce prisme géopolitique, on observe ceci: dans la lutte entre la mer et la terre, la question décisive est le contrôle de l’Europe en tant que zone littorale – le fameux Rimland. Du point de vue des Anglo-Saxons, des atlantistes, des partisans de l’OTAN (c’est-à-dire de l’atlantisme), il s’agit d’étendre leur zone d’influence aux dépens de la civilisation de la terre – donc de la Russie.

L’effondrement du Pacte de Varsovie a été un coup fondamental porté à notre première ligne de défense. Ces territoires étaient contrôlés par nous à la suite de la Grande Guerre patriotique. Ils nous ont été retirés, alors qu’ils nous revenaient géopolitiquement. Cela s’est produit en 1989, après l’effondrement programmé du Pacte de Varsovie, et on nous a même persuadés que c’était la bonne chose à faire.

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La vague suivante fut la séparation des pays post-soviétiques, historiquement parties d’un même État. Ce fut un autre grand succès pour la civilisation de la mer – pour nos adversaires. Aujourd’hui, le conflit en Ukraine a ouvert la troisième étape de leur expansion. Nous avons tenté de garder l’Ukraine dans notre sphère d’influence, car il s’agit de notre peuple, de nos valeurs, de notre civilisation, de notre Monde russe. En réponse, nous avons reçu un coup massif de l’Occident collectif. Et désormais, l’Occident cherche à étendre encore son influence sur ces territoires post-soviétiques, en les amenant à rejoindre l’Union européenne – et en réalité, l’OTAN. Il s’agit, en substance, de la troisième vague de la Grande Guerre des continents.

Animateur : Je vous interromps un instant. Il y a un autre détail intéressant: le Canada figure aussi sur cette liste. Que fait l’Union européenne sur un autre continent? Et l’inclusion du Canada ne serait guère vue d’un bon œil par les États-Unis. Alexandre Guelievitch, êtes-vous toujours avec nous? Dites-nous, pourquoi le Canada figure-t-il sur la liste d’élargissement proposée par Stubb?

Alexandre Douguine : Je pense qu’il s’agit là d’un coup destiné à Trump. Trump s’écarte en effet de cette ligne atlantiste, mondialiste, libérale. Il tente de rétablir un monde unipolaire – toujours anglo-saxon, mais centré sur les États-Unis et non sur une gouvernance mondiale. Autrement dit, Trump voit le gouvernement mondial comme son propre gouvernement – un gouvernement purement américain. Cela le met en opposition avec les dirigeants libéraux et mondialistes de l’Union européenne et du Canada, qui ont leur propre vision.

C’est justement ce camp libéral-mondialiste qui a déclenché le conflit avec nous en Ukraine. À ce moment-là, c’est un mondialiste et libéral – Biden – qui était à la Maison-Blanche, et les dirigeants des États européens étaient du même bord. Ils ont lancé cette guerre contre nous. Trump, donc, voit les choses autrement… Mais il poursuit ce conflit car il l’a hérité de ses adversaires idéologiques.

Le Canada a été ajouté à la liste justement pour montrer à Trump qu’il existe dans le monde occidental une structure de pouvoir oligarchique globale – le « deep state » international – et non pas son projet individualiste (et, avec Netanyahou, assez aventureux). On essaie de ramener l’Amérique de Trump dans ce cadre. Le Canada, en somme, est une gifle pour Trump, un signal qu’il devra abandonner son impérialisme américain direct et brutal et revenir à l’agenda mondialiste – devenir « aussi européen », faire partie de l’Union européenne. En principe, inviter le Canada dans l’UE est une attaque contre Trump, destinée à le forcer à revenir dans le giron mondialiste.

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Je pense que leurs querelles internes ne sont pas si fondamentales, même si elles pourraient s’aggraver selon les circonstances. Pour l’instant, c’est surtout du trolling. Mais le projet d’admettre l’Ukraine, la Moldavie, l’Arménie, éventuellement la Géorgie, l’Azerbaïdjan ou même la Biélorussie (ce qui est évidemment impossible sous Loukachenko, mais de telles idées circulent) – cela, c’est différent. C’est le Grand Jeu géopolitique, vieux de plusieurs siècles. C’est le code géopolitique. Ce ne sont pas de simples déclarations extravagantes de politiciens. Quelle influence réelle a la Finlande? Elle n'en a guère. Et pourtant, je prends cela au sérieux. Ces signaux révèlent des tendances géopolitiques profondes, plus fortes que les idéologies, l’économie, le business, la technologie ou les structures politiques. Les systèmes politiques, les dirigeants et les idéologies passent, mais la géopolitique demeure. Ses lois fondamentales – la façon dont les États sont enracinés dans l’espace – ne changent pas.

Il faut donc prendre ces signaux au sérieux. L’Occident montre clairement son intention de mener la guerre contre nous jusqu’à notre défaite stratégique, notre démembrement, notre effondrement ou notre désintégration interne par l'action de mouvements de protestation. Dit autrement, l’Occident combat déjà contre nous à visage découvert, sans aucune retenue. Nous devons l’admettre et, selon moi, nous préparer à une grande guerre, sérieuse et difficile, contre l’ensemble de l’Occident collectif – sans faire d’exception même pour l’Amérique, car Trump n’est qu’un épisode temporaire.

Animateur : Par ailleurs, rejoindre l’Union européenne, au-delà de tout avantage économique, comporte un risque civilisationnel très sérieux pour les États-nations. Cela implique d'accepter sans broncher tout ce que nous considérons ici comme extrémiste et qui est, à ce titre, interdit, ainsi qu’une politique migratoire totalement différente. Les élites dirigeantes n’en tiennent-elles vraiment pas compte? Pourquoi tant d’États – pas seulement ceux de la liste de Stubb, mais beaucoup d’autres – le savent très bien et se précipitent pourtant pour adhérer? Pourquoi cela se produit-il?

Alexandre Douguine : La réalité, c’est que les libéraux utilisent le nationalisme comme instrument. Il n’y a aucun doute sur qui contrôle qui. Le nationalisme – et même le nazisme – est un instrument artificiel dans les mains des libéraux. Ils le cultivent et permettent à une entité naine, un État raté, de croire à sa grandeur, à sa souveraineté, à son indépendance – pour qu’il puisse se détacher de l’influence de la Russie ou d’autres pôles émergents du monde multipolaire.

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Au départ, on présente les choses ainsi: «Vous serez tous nationalistes, souverains, vous pourrez tout avoir à votre guise». C’est nécessaire pour rompre radicalement avec notre influence, sous la bannière de la souveraineté et du nationalisme – loin de nous, de la Chine, de l’Inde. Tout État-civilisation, tout pôle indépendant, est une menace pour les mondialistes. Mais ensuite, les dirigeants prétendument nationalistes, champions de la souveraineté, deviennent soudain de simples gestionnaires au sein de l’Occident global. Toutes leurs revendications de souveraineté s’évaporent aussitôt. Ils s’alignent sur l’agenda mondialiste, et leurs rêves d’indépendance réelle s’évanouissent.

Cela vaut aussi, d’ailleurs, pour de nombreux pays déjà membres de l’UE. Regardez Giorgia Meloni. Elle se présentait à l’origine comme une figure d’extrême droite. Son parti, « Fratelli d’Italia », vainqueur des élections, s’affichait très radical. Et soudain, elle est devenue une exécutante docile des politiques de Kaja Kallas, d'Ursula von der Leyen et de Klaus Schwab. Autrement dit, elle soutient pleinement les démarches les plus anti-nationales et anti-souverainistes de l’UE, bien qu’elle soit arrivée au pouvoir avec des slogans sur la restauration de la souveraineté. Mais cela n’a pas duré.

Il en ira de même – et même plus encore – pour la direction ukrainienne, pour Pachinian ou pour Sandu. Il n’y a même pas à discuter. Ils seront simplement absorbés. La logique de l’Occident est simple: «Aujourd’hui, vous êtes nationalistes? Très bien, tant que vous êtes contre la Russie. Demain, vous ferez partie de nous et nous vous gérerons». Que pensent les forces nationalistes dans tous ces pays? Rien du tout.

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Je regarde comment réagissent les autres peuples post-soviétiques – à l’exception de la Biélorussie et de sa population avisée. Tous les autres avalent l’appât de ce nationalisme fictif, impossible et irréel, alors qu'il est pourtant totalement interdit selon les normes internes de l’UE.

Il y a une contradiction flagrante entre cet appât nationaliste – voire nazi – qui donne à la population (ukrainienne ou autre) l’espoir de pouvoir «tout attaquer, détruire, proclamer l'ascendance de toute race que vous voulez…» Et puis, dès que l’opération contre nous est accomplie – et là, c’est la grande géopolitique – ils deviennent aussitôt des exécutants dociles de l’agenda libéral. Ils participent aux défilés adéquats et deviennent un simple menu fretin, géré par les élites mondialistes.

Bienvenue dans un monde où les gens croient faire carrière, alors qu’ils ne sont que des éléments sur le menu de ces élites globales. La logique de l’Occident: si vous détestez les Russes, vous pouvez être ce que vous voulez. La haine est justement ce que recherchent ces forces destructrices. C’est ce que l’on voit aujourd’hui en Ukraine. Et quel nationalisme est-ce là? Ce pays disposait d’un vaste territoire, qu’il contrôlait paisiblement – personne ne lui contestait rien. Mais dès que les libéraux ont poussé l’Ukraine vers l’OTAN et l’UE, les pertes colossales ont commencé: perte de territoires, de souveraineté, d’indépendance, d’économie, de population. Tout a déraillé. Quel nationalisme est-ce là?

Ils continuent d’attaquer et de commettre des actes terroristes sans voir la contradiction évidente. C’est, à mon avis, un profond seuil de conscience. Le même schéma se répète chez d’autres radicaux est-européens, post-soviétiques ou même ouest-européens. Ils crient: «Nous allons gouverner ici, pas de migrants», mais en réalité, ils deviennent docilement les exécutants de la volonté mondialiste.

Les mondialistes contrôlent les nationalistes, pas l’inverse. Toute tentative de s’allier aux forces mondialistes est vouée à l’échec – c’est une impasse. Pourquoi ceux qui sont séduits ne le voient-ils pas ? Pourquoi perdent-ils toute capacité de raisonnement politique qui pourrait peser la vraie souveraineté et les intérêts réels ? Difficile à dire, mais le degré d’aveuglement cognitif dans les sociétés modernes est sidérant.

Animateur : Puisque vous avez évoqué l’Ukraine, abordons ce sujet. Il y a d’abord eu la lettre ouverte et bruyante de Zelensky, écrite dans un langage totalement inacceptable pour la politique publique. Puis la rencontre entre Zelensky, Macron, Starmer et Merz, après laquelle un nouvel ultimatum a été adressé à notre pays. Pourquoi répètent-ils sans cesse les mêmes schémas? Espèrent-ils obtenir quelque chose? Quel est le but de tout cela?

Alexandre Douguine : Bien sûr, ils mènent une guerre contre nous. Ils espèrent nous infliger une défaite stratégique. Nous répondons généralement qu’ils n’y parviendront pas. Je suis persuadé que nous avons raison – ils n’y parviendront pas – mais ce «n’y parviendront pas» n’arrivera pas tout seul.

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Si nous nous réveillons, si nous nous ressaisissons, rassemblons notre volonté, notre intelligence, notre détermination, et regardons honnêtement ce qui nous manque vraiment pour une victoire authentique et convaincante… Qu’est-ce que la victoire? Ce serait, par exemple, être prêt à infliger une défaite stratégique à l’Ukraine. Non pas à l’Occident, mais à l’Ukraine. Oui, cela veut dire démilitarisation et «dénazification». Cela signifie établir le contrôle sur ce territoire pour qu’il ne puisse plus nous menacer, ni idéologiquement, ni militairement. Voilà à quoi ressemblerait une défaite stratégique du régime ukrainien actuel. L’Europe, qui le soutient, serait l’étape suivante.

Eux ont une autre perception. Ils pensent qu’en luttant contre nous, ils peuvent nous infliger une défaite stratégique. Ils voient apparemment nos faiblesses – que nous-mêmes ne percevons peut-être pas, ou qu’ils imaginent, ce qui est possible aussi. En tout cas, ils estiment que, par exemple, nous en sommes à la quatrième ou cinquième année de guerre avec des résultats très relatifs. En ce sens, ils ont raison de leur point de vue. Donc, ils pensent qu'il faut continuer à faire pression sur la Russie par des sanctions, des provocations, des menaces, pour qu’elle perde confiance, se sente faible, et que sa société se fracture.

Vous croyez que rien de tout cela ne fonctionne? Si, cela fonctionne. Bien sûr, c’est surtout de la propagande ennemie, mais, à l’intérieur du pays, les gens commencent aussi à se poser des questions: comment est-ce possible? Où est l’image de la victoire? Où est la logique claire? Beaucoup deviennent insatisfaits, et c’est précisément ce sur quoi ils comptent. L’ennemi parie sur le fait qu’en faisant pression sur la Russie, en élevant le niveau de confrontation, il atteindra son but. D’autant que nos réactions ont été assez modérées jusqu’ici. «Oreshnik» sans ogives spéciales, frappes sur des cibles peu symboliques…

Ce n’est pas drôle. Leur volonté de nous infliger une défaite stratégique n’a rien d’amusant. Hitler aussi voulait infliger une défaite stratégique à l’URSS – c’était extrêmement sérieux, et nous n’avons gagné la Grande Guerre patriotique qu’au prix d’immenses efforts. Aujourd’hui, il se prépare quelque chose d’aussi grave, voire plus. L’Europe compte 400 millions d’habitants, c’est beaucoup. Et l’Amérique a une population énorme et des capacités économiques et technologiques colossales.

Je ne veux effrayer personne. Je dis simplement que la situation prend une tournure très dangereuse. Si nous attendons d’eux qu’ils fassent un pas vers nous, qu’ils négocient ou changent de ton – pourquoi feraient-ils cela? Avons-nous des arguments irréfutables à faire valoir? Avons-nous de tels succès qu’ils seraient contraints de négocier – par exemple, arrêter notre offensive puissante? Si Kharkov et Odessa étaient à nous, si nous étions aux portes de Kiev – là, ils changeraient de ton. Mais tant que la ligne de front reste à peu près ce qu’elle est, la situation est très dangereuse. Eux croient sincèrement qu’ils gagnent. Nous savons que ce n’est pas le cas, mais, puisqu’ils le croient, nous ne pouvons pas l’ignorer.

Animateur : Le Forum économique international de Saint-Pétersbourg vient de s’achever. Outre les enjeux économiques, il portait sur l’ordre mondial futur. Le président Vladimir Poutine y a longuement parlé du futur ordre mondial. Alexandre Guelievitch, quelle importance ont de tels forums aujourd’hui pour déterminer la façon dont nous vivrons demain ? Quel est leur rôle ?

Alexandre Douguine : Tous les forums sont différents. Il y a Davos, où les mondialistes élaborent leurs projets. Il y a des forums dominés par la Chine, où on parle surtout de la Chine. D’autres, islamiques, centrés sur des enjeux propres aux pays islamiques.

yevgeny_primakov.jpgLe Forum économique international de Saint-Pétersbourg a été conçu – et j’étais là à ses débuts, quand Egor Stroïev et Evgueni Primakov (photo) en ont posé les bases à la fin des années 1990 (vers 1997-1998). Lors des premières éditions, j’y présentais mes livres et projets: Les Fondements de la géopolitique, La Patrie absolue, Notre voie. Je me souviens combien ces idées paraissaient alors intempestives – elles suscitaient de l’incompréhension. Nous en discutions avec des responsables du système Eltsine, ses conseillers, ministres et vice-ministres. De mon point de vue, tout ce que je disais était juste, mais, pour eux, cela sonnait comme un terrible contretemps. Même si Primakov et son entourage, ainsi que certains militaires, appréciaient beaucoup.

Mais, en près de trente ans, d’immenses changements ont eu lieu. D’abord, Vladimir Poutine a donné au forum une ampleur considérable dans les années 2000. Il est devenu une vitrine de la Russie – de ses réussites et de ses succès. Les dirigeants de nombreux États européens venaient alors, lorsque les tensions avec l’Europe n’avaient pas atteint le stade actuel de guerre ouverte. C’était une fenêtre sur une Russie nouvelle, montante, désireuse de s’intégrer à l’Occident tout en préservant sa souveraineté.

Ce projet s’est progressivement effondré. D’abord à cause du Covid, qui a annulé ou vidé le forum. Puis avec le début de l’Opération militaire spéciale. Au début, le forum a connu un reflux – tentative d’isoler et de diaboliser la Russie. Tous ces invités de haut rang et représentants de grandes entreprises, qui formaient le cœur du forum dans les années 2000, ont disparu. Ce forum de l’époque avait ses zones d’ombre, ses excès festifs. Saint-Pétersbourg devenait une sorte de « vitrine sur l’Europe » où affluaient, des deux côtés, des personnages peu recommandables. Mais ce SPIEF orienté vers l’Occident n’existe plus.

Pendant quelques années, le forum a été un peu désorienté, pendant que nous reprenions des forces et démontrions que nous construisions notre propre voie. Les invités venaient surtout de civilisations non occidentales. C’était bien aussi: la Russie n’était pas oubliée, nous restions ouverts – mais plus au monde occidental.

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Et aujourd’hui, à ce forum, j’ai noté une évolution intéressante: il redevient puissant, gagne en force, et nous revenons à nous-mêmes. Nous retrouvons une confiance en nos capacités, et un tournant profond s’opère chez nos élites politiques vers notre identité civilisationnelle profonde et vers la multipolarité évoquée par le Président. Et cette confiance inspire tout le monde.

Cette année, les invités nous regardaient tout autrement – y compris de nombreux Occidentaux. Des personnalités marquantes sont venues, comme Candace Owens, journaliste américaine indépendante, influente auprès de dizaines de millions de personnes. On sentait que ces gens venaient en Russie en connaissance de cause, et les Russes présents savaient aussi qui ils étaient. Lorsqu’une attaque de drone est survenue au matin, cela n’a effrayé personne, au contraire, cela a uni les gens. Ils se sont sentis un tout.

Il n’y avait plus cette domination des libéraux systémiques. Avant, les patriotes porteurs d’idées souverainistes – Glaziev, Galouchka, Malofeev, Isaev – paraissaient des oiseaux rares. Désormais, il n’en reste rien. Des représentants de nos élites, des régions, et des invités étrangers, tous très concentrés, déterminés, énergiques, comprenaient ce qu’est la Russie comme État-civilisation.

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Oui, il y avait encore des défauts, comme l’exposition de voitures étranges, vestiges de l’« archéo-modernité » des années 2000-2010. Nous n’échappons pas à ces vagues d’absurdité. Mais souvenez-vous: autrefois, le pavillon Tsargrad de Malofeev était décoré en style Khokhloma (illustration, ci-dessus), et tout le monde était étonné. Puis sont apparus des kokoshniks électroniques. Désormais, presque chaque stand met en avant des éléments russes. Les pavillons de nos régions montraient leurs traditions ethniques et culturelles – régions russes et républiques nationales. Chaque ville montrait son unicité, mais nous sommes un même peuple.

Il n’y a plus de division entre «ceux qui sont en guerre» et «ceux qui ne le sont pas». Gouverneurs, fonctionnaires, ministres, entrepreneurs – tous participent à ce processus historique. Tous comprennent la gravité de la situation. Pour moi, ce forum fut une démonstration unique du retour progressif de la Russie comme État-civilisation pleinement souverain, qui ressent sa dignité, sa force et sa liberté. Et cette Russie est prête au dialogue avec tous ceux qui le veulent: à l’Est, à l’Ouest, en Afrique, en Amérique latine. La Chine était très présente. Une excellente journaliste indienne est venue, ravie de ce qu’elle a vu. En somme, les contours du nouveau monde se dessinent sous nos yeux.

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Notre forum, celui de Saint-Pétersbourg – où, à l’origine, je distribuais un peu seul la brochure « Notre voie » qui décrivait ce à quoi nous sommes finalement parvenus avec tant de peine – m’a laissé d’abord un sentiment de solitude, d’avance prématurée. Et aujourd’hui, à ce forum où j’ai participé, j’ai ressenti: oui, c’est lent – « les moulins des dieux tournent lentement » – tous nos processus sont lents. Mais si l’on a confiance, si l’on travaille, si l’on attend, si l’on aime son pays et qu’on s’y consacre sans relâche, alors, en trente ans, on voit des résultats. Surtout si la direction du pays continue dans la voie patriotique.

C’est donc la confirmation d’un long et immense effort, d’un travail minutieux de millions de Russes. Autrement dit, nous avons dévié le navire de la Russie de la trajectoire difficile de l’intégration dans l’Occident vers l’affirmation de notre identité, de notre souveraineté, de notre liberté, de nos valeurs civilisationnelles et traditionnelles. Et nous avons franchi un seuil. Les deux forums précédents étaient déjà bons, mais il était difficile de dire clairement ce que nous proposions. Nous montrions que nous commencions à nous rassembler, à repenser notre place dans le monde, à faire de la substitution d’importations. Mais aujourd’hui, la question n’est plus la substitution, mais comment libérer le potentiel infini de la Russie – en politique, ressources, économie, technologie.

J’ai aussi été agréablement surpris par les sessions cette année. Une sur deux portait sur la démographie, la natalité, le développement régional, l’aménagement urbain. Une partie de l’agenda était patriotique – soutien aux mères, aux femmes et aux familles; l’autre, sur la percée technologique, l’intelligence artificielle, les innovations. C’est un programme optimal.

À la session que nous avons organisée avec Malofeev (photo, ci-dessus), nous avons discuté des menaces pour 2050 et des moyens d’y répondre. Ce fut l’une des plus vivantes et fréquentées après le discours du Président. La salle n’a pas suffi: il aurait fallu tripler la capacité. Cela montre que les gens prennent l’avenir très au sérieux. Ils comprennent quels dangers planent sur notre pays et les défis à surmonter. Il n’y avait aucune trace de suffisance ou de fanfaronnade. Nous sommes unis, nous nous rétablissons, nous sommes forts, et on ne peut pas nous intimider. Nous sommes enfin consolidés dans notre dimension patriotique. Il n’y a pas d’autre option – tout le reste a disparu ou s’est tu, du moins ce n’était pas visible au forum. Les gens présents savaient leur tâche: sauver la Russie dans des conditions difficiles. Difficiles, mais pas désespérées.

Animateur : Alexandre Guelievitch, au forum comme dans de nombreux discours publics, on parle de la Russie comme «État-civilisation» et de la création d’un monde multipolaire, qui avance activement. Dans le contexte d’un monde multipolaire, que signifie la Russie comme État-civilisation? Quelle est cette civilisation?

Alexandre Douguine : Je viens de publier un livre intitulé L’État-civilisation, rédigé sur commande de l’État.

Qu’est-ce que cela veut dire, «être une civilisation»? Cela signifie détenir le monopole absolu sur le sens. Autrement dit, la Russie décide elle-même de ce qui est bien ou mal, de ce qui est humain ou non, de quels objectifs nous poursuivons, de quel type de société nous bâtissons, de quel système nous choisissons – et personne de l’extérieur ne peut nous imposer ses valeurs. Si nous voulons, nous les acceptons librement ; si nous ne voulons pas, nous les rejetons. C’est ce degré de souveraineté civilisationnelle qui est inaccessible à un État ordinaire.

L’Italie, l’Espagne, les Pays-Bas ou la Belgique sont aussi des États souverains. Le Maroc et l’Égypte aussi. Mais ils appartiennent à une civilisation ou une autre et doivent en partager les valeurs, même contre leur intérêt national. Une civilisation décide des choses les plus importantes. Elle détermine non seulement le bien et le mal, mais même ce qui existe ou non. Une civilisation a son propre cosmos; elle décrit la structure même de l’être selon ses propres idées.

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Notre civilisation est sans aucun doute d’essence orthodoxe et slave orientale. C’est le Monde russe – notre noyau. Cette affirmation calme et digne du principe russe comme axe de notre civilisation, l’orthodoxie comme contenu spirituel, la puissance étatique et impériale comme expression politique de notre messianisme historique – avec les valeurs de miséricorde, d’ouverture, d’universalité, de famille traditionnelle, d’attitude traditionnelle envers les générations – tout cela constitue la vie intérieure de notre peuple. C’est ce qui nous façonne.

C’est bien plus important que la technologie, les ressources, l’économie, le commerce, la finance ou les affaires. Tout cela compte, mais c’est secondaire, instrumental dans la civilisation. Les Russes doivent avoir une économie russe et un système financier russe. Si quelque chose à l’étranger nous plaît – la finance islamique ou d’autres formes de gestion financière –, nous pouvons l’adopter, mais ce doit être notre choix. Si nous voulons, nous prenons; sinon, nous rejetons. Personne ne peut nous imposer quelle monnaie utiliser, avec qui commercer, avec qui être ami ou coopérer. Tout vient d’un seul endroit – du centre de notre âme, du cœur russe.

L’idée d’État-civilisation est une philosophie, une doctrine, une vision du monde, une idéologie – ce que vous voulez. Ce terme unique ouvre un champ immense de significations. Si nous sommes une civilisation indépendante, nous ne sommes pas l’Occident. Et alors, l’Occident perd son universalité, son exclusivité, son monopole, son hégémonie sous toutes ses formes.

On peut prendre du bon à l’Ouest et rejeter le reste. Et personne ne peut dire: «Pourquoi n’adoptez-vous pas les droits de l’homme?». Parce que nous comprenons autrement les droits et l’humain. Voilà pourquoi nous ne suivons pas votre conception. De plus, vos «droits de l’homme» sont une idéologie libérale individualiste à votre service. Nous ne jouons pas ces jeux. Nous avons notre propre vision de l’homme et de ses droits, fondée sur notre tradition orthodoxe et humaniste plus que sur vos idées récentes.

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Autrement dit, nous fixons nous-mêmes nos normes, critères, objectifs, mesures. Voilà ce que signifie être une civilisation. Cela vaut pour tout: éducation, politique, etc. Par exemple, en tant qu’État-civilisation, nous pouvons abolir la démocratie. Les gens s’affolent: «Pourquoi supprimer la démocratie?». Mais nous pourrions ne pas l’abolir… Voyez: on panique, on croit qu’il n’y a pas d’alternative à la démocratie. Pourtant il y en a. C’est une invention ouest-européenne de l’époque moderne, qui fonctionne mal, dégénère, et devient une dictature masquée des élites. Pourquoi y tenir? Ce n’est pas une loi divine, juste une construction humaine.

Ce n’est pas mauvais en soi. Nous avions le système du zemstvo, la zemshchina – des assemblées populaires. Ce type de démocratie nous convient. Quant à la démocratie libérale, nous l’avons déjà rejetée avec le libéralisme, mais nous pouvons en garder certains éléments si nous le voulons. C’est l’essentiel: si nous avons des éléments de démocratie, ce sera parce que nous l’aurons choisi, pas parce qu’on nous l’a imposé. Ce sera une décision réfléchie. Mais pour cela, il faut d’abord comprendre si nous en avons besoin. Peut-être que nous vivrons mieux sans elle. Et si l’on panique – «Non, impossible sans la démocratie!» – on tombe dans le piège.

Sur ce point, les penseurs doivent se réunir en conseil populaire. Peuple russe, voulez-vous la démocratie? Le peuple pourrait dire: «Peu importe, donnez-nous la prospérité, la justice, l’honnêteté, un État fort – à quoi bon la démocratie?». Ou bien: «Non, je veux vraiment la démocratie». Si le peuple le veut, on l’adoptera.

L’essentiel est de comprendre que nous pouvons choisir ou non. Nous ne devons rien à personne. Cela vaut pour les droits de l’homme, la société civile: si nous voulons, nous construisons une grande puissance et choisissons ce que nous voulons. C’est cela, l’État-civilisation: l’autonomie totale. Personne ne peut nous imposer de religion, d’idéologie, de politique, de culture, de science, de normes éducatives – tant que nous, le peuple russe, réfléchissons honnêtement et profondément. Voilà ce que donne la civilisation: la liberté la plus large possible dans l’histoire humaine.

Animateur : Faut-il pour autant l’inscrire dans la loi? Ou cela doit-il rester de l’ordre de la vision du monde? Car tout ce que vous avez dit – et peut-être me trompé-je – me fait penser à une idéologie, or la Constitution l’interdit. Ne faudrait-il pas évoluer?

Alexandre Douguine : Les avis divergent. D’abord, rappelons les conditions de l’adoption de la Constitution: un moment historique particulier. Mais la Constitution n’est pas une loi divine. Les constitutions s’adoptent, changent, s’annulent, se réécrivent, ou un pays peut vivre sans. C’est un phénomène historique, il ne faut pas l’absolutiser.

Oui, l’idéologie d’État est interdite chez nous. Pourtant, jusqu’au début de l’Opération militaire spéciale, nous en avions une. C’était le libéralisme occidental, incarné dans l’économie et la culture: «Soyez individualiste, faites carrière, tournez-vous vers l’Occident – tel est le but». C’était notre idéologie réelle. Formellement interdite, mais dominante.

Aujourd’hui, nous nous en libérons – du libéralisme – et ouvrons un nouvel horizon idéologique. Dans le cadre de l’État-civilisation, chaque idéologie sectorielle a droit de cité, chaque forme politique peut être discutée. L’État-civilisation n’est pas un modèle dogmatique, c’est l’ouverture à tout, sauf à la dictature de l’Occident et au libéralisme imposé.

vendredi, 12 juin 2026

Russie et Chine: deux civilisations dépourvues de prétentions impériales et hégémoniques

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Russie et Chine: deux civilisations dépourvues de prétentions impériales et hégémoniques

Davide Rossi

Source: https://telegra.ph/Russia-e-Cina-due-civilt%C3%A0-prive-d...

Dans l’analyse géopolitique, rien n’est plus grave que d’universaliser les catégories interprétatives. Les chercheurs occidentaux étendent généralement leurs références culturelles à d’autres civilisations, commettant ainsi, en fin de compte, une erreur aussi grossière que trompeuse.

Cette erreur est particulièrement commise à l’égard de la Russie et de la Chine, aussi pour renforcer l’interprétation de ces deux pays comme “adversaires systémiques” à vaincre, partant du postulat selon lequel les relations internationales seraient dominées par des tentatives constantes d’hégémonie au détriment des autres acteurs du théâtre mondial.

Il demeure donc impossible pour les chercheurs d’orientation atlantiste de comprendre la complexité et la multiplicité de systèmes socio-économiques qui représentent de véritables civilisations : séculaire pour la Russie, millénaire pour la Chine.

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Pour renverser cette série de préjugés prépondérants et profondément trompeurs, la lecture de l’essai « La Cina non si USA », de Fabio Massimo Parenti, géographe économico-politique et enseignant en Études Globales, devient non seulement passionnante, mais aussi fondamentale et incontournable, du moins pour comprendre la Chine socialiste d’aujourd’hui.

Parenti entre immédiatement dans le vif du sujet en expliquant que les logiques de domination, de puissance et de rivalité occidentales mènent toujours à la guerre, et sont diamétralement opposées aux concepts fondateurs de l’idée étatique chinoise, à savoir l’unité et l’harmonie: «Par unité, la tradition chinoise entend la continuité politico-étatique et civilisationnelle d’un espace intrinsèquement pluriel; par harmonie, la capacité à composer et à gouverner les différences, sans pour autant les annuler. L’harmonie implique la gestion du conflit et des contradictions au sein d’un ordre partagé. Ces deux catégories sont centrales dans la pensée confucéenne et dans la construction historique de l’État-civilisation chinois».

On pourrait en dire autant de la Russie, nation où culture, tradition, respect, religions – tant orthodoxe que musulmane, ainsi que le chamanisme chez les peuples russo-sibériens – représentent, avec l’antifascisme issu de la Grande Guerre patriotique, qui a vu vingt-sept millions de Soviétiques tomber pour la liberté de l’Europe face au nazisme et au fascisme, une identité partagée et, en même temps, les racines profondes de la civilisation russe, formée dans un contexte – celui des immenses étendues nordiques – où la notion d’espace et de temps acquiert un sens différent de celui qui prévaut chez d’autres peuples et civilisations.

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Vassili Grossman (photo), bien qu’il fût un célèbre critique du bolchevisme et du stalinisme, écrit à ce sujet dans Tout passe (1963): «Le nom de Staline est inscrit dans l’histoire de la Russie pour l’éternité. C’est en scrutant Staline que la Russie post-révolutionnaire s’est connue elle-même et a trouvé un langage révolutionnaire capable d’apporter de la clarté… Le parti bolchevique avec Staline est devenu le parti de l’État national, de sorte que l’État et le Parti ont trouvé leur expression aboutie et convergente dans la personnalité de Staline. Dans le caractère, l’intelligence, la volonté de Staline, capables d’unir la culture asiatique à la culture marxiste, l’État a ainsi manifesté son caractère, sa volonté, son intelligence. Le système étatique russe n’est pas historique, mais méta-historique, son principe est universel, inébranlable, applicable à tous les régimes de la Russie à travers son histoire millénaire. Avec l’aide de Staline, les catégories révolutionnaires, essence et fondement de la nouvelle étaticité socialiste, ont fusionné dans la tradition nationale russe millénaire».

Il apparaît donc évident que la Chine et la Russie ne sont pas et ne peuvent pas être assimilées à des puissances impériales en quête d’hégémonie. Au contraire, Chinois et Russes ont pleinement conscience de la valeur sociale et collective de la vie, de son sens communautaire, indispensable à la juste expression de la citoyenneté ; femmes et hommes ne sont donc pas de simples monades abruties par un individualisme égoïste, uniquement préoccupées par la réussite économique ou l’enrichissement personnel.

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Il convient d’ailleurs de rappeler que la Chine aussi a compté vingt millions de morts pendant la Seconde Guerre mondiale, soutenant presque à elle seule le choc de l’impérialisme japonais allié des nazis-fascistes, et cela bien avant l’intervention tardive des États-Unis.

C’est ainsi qu’émerge clairement que la proposition d’un ordre mondial multipolaire constitue un nouveau paradigme global fondé sur l’idée d’un avenir partagé pour l’ensemble de l’humanité. Le respect mutuel entre nations, la coopération et la collaboration deviennent l’horizon possible et le moteur de la conviction, de plus en plus répandue dans le Sud Global, que la proposition sino-russe est la seule voie possible pour bâtir l’avenir.

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Dans le conflit sino-américain, le professeur Fabio Massimo Parenti décèle, pour de nombreuses raisons, l’incompatibilité croissante entre Confucius et Hobbes: «Selon Confucius, le réseau de la vie est harmonieux par nature, reflet de l’ordre cosmique; pour Hobbes, au contraire, la vie est guerre à l’état naturel, et l’ordre naît de la peur. Deux visions de l’humanité, deux anthropologies, deux conceptions de l’ordre qui peuvent dialoguer ou s’affronter. L’affrontement invisible ne se fait pas de tranchées, de missiles et de drones, mais d’idées et de significations. C’est une guerre silencieuse entre deux paradigmes. D’un côté, le paradigme de la domination: la conviction que l’homme doit s’imposer au monde pour survivre et que la paix naît de la guerre. De l’autre, le paradigme de l’harmonie: l’idée que l’ordre découle de la relation et de la bienveillance humaine, que la force réside dans l’équilibre et que la coexistence est la forme la plus élevée de civilisation. Ce n’est pas seulement une différence de systèmes politiques ou de modèles économiques, mais avant tout une différence dans la conception de l’humain. L’un parle le langage de l’individu et de la conquête, l’autre celui de la société et de l’équilibre».

L’Occident, dominé par l’anglosphère, en vient ainsi à interpréter la paix comme une étroite et brève parenthèse entre guerres économiques, commerciales et même militaires, menées pour affirmer la domination hégémonique de l’Empire étoilé sur le reste de la planète, avec des bénéfices précaires pour ses subordonnés et subalternes européens. Une vision désormais inacceptable pour tout le Sud Global, qui aspire à un multipolarisme destiné à clore définitivement l’ère prédatrice et violente du pillage des ressources énergétiques, minières et alimentaires, pour en ouvrir une nouvelle qui garantisse aussi à leurs peuples un chemin de croissance matérielle et spirituelle.

C’est précisément le Sud Global qui voit en la Chine et en la Russie les initiatrices d’une proposition de nouvel ordre mondial sans aucun projet de domination hégémonique.

C’est plutôt l’Inde de Narendra Modi qui se pose, avec une fermeté de plus en plus évidente et préoccupante, comme la seule alternative impérialiste à Washington, n’hésitant pas, en raison de sa population, la plus importante au monde, et de sa troisième place en économie, à ambitionner de diriger la planète, en interprétant le rôle de l’hindouisme comme moteur d’une innovation destinée à se transformer en domination mondiale, d’ailleurs en étroite alliance avec le sionisme et ses représentants de plus en plus dangereux.

Tandis que l’Occident entretient de faux récits décrivant l’univers sino-russe comme un espace d’«autocraties», voire en qualifiant directement ces nations de «dictatures», il apparaît évident que, dans les deux États, ceux qui sont appelés à gouverner possèdent des compétences développées et profondes, alors que dans les démocraties occidentales formelles, c’est tout le contraire; tout comme les valeurs de la justice sociale et de la solidarité restent déterminantes, au même titre qu’un horizon profondément éthique et moral.

En substance, plus encore que l’amélioration individuelle et autocentrée, la proposition multipolaire offre une issue définitive au colonialisme et au néocolonialisme, c’est-à-dire une voie vers une pleine et entière indépendance et souveraineté nationale, laquelle, en contrôlant les richesses nationales, permettra d’assurer un bien-être généralisé à l’ensemble de la collectivité.

Les femmes et les hommes d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine ont pleinement conscience que le nouvel ordre multipolaire ambitionne d’apporter paix et coopération à toutes celles et ceux qui vivent sous le ciel ; les Chinois appellent cela «Tianxia», car la quête de l’harmonie sera toujours préférable à l’arbitraire de l’impérialisme, d’autant que l’Occident a perdu le sens du futur, alors que pour le camp multipolaire, celui-ci est clair et fondé sur la coopération et l’esprit communautaire.

Article original : Strategic Culture Foundation

15:22 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : russie, chine, actualité | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

Alexandre Douguine: On a l’habitude de rendre la vieille intelligentsia russe responsable de tous les malheurs de la Russie

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Alexandre Douguine: On a l’habitude de rendre la vieille intelligentsia russe responsable de tous les malheurs de la Russie

par Alexandre Douguine

On a l’habitude de rendre la vieille intelligentsia russe responsable de tous les malheurs de la Russie. Ce concept est purement russe, et dans d’autres langues on écrit intelligentsia, en sous-entendant qu'il y a un contexte russe. Le terme latin intelligentia signifie raison, être raisonnable, intelligence. Ce n’est pas du tout ce que nous entendons ici.

Je ne me hâterais pas de généraliser à propos de l’intelligentsia. L’influence néfaste de l’Occident n’a pas été apportée en Russie par l’intelligentsia, qui n’existait pas encore au XVIIIe siècle. C’est l’État – le tsar Pierre – qui l’a fait.

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Pouchkine disait qu’en Russie, le seul Européen (c’est-à-dire le salaud) c’est l’État. Il voulait dire que le peuple est différent, qu’il est porteur de sa propre civilisation russe et particulière.

L’intelligentsia russe est apparue au XIXe siècle et elle était très diverse. Elle se réunissait en cercles, était animée par des idées, cherchait la vérité, écrivait des romans et des poèmes, des tableaux et des symphonies, en discutait le sens, se disputait jusqu’à l’enrouement, vivait de la pensée. Ce sont ces jeunes Russes ardents de Dostoïevski qui rêvaient d’un idéal élevé. Elle pouvait être orgueilleuse et se tromper, être fière et lancer des slogans irresponsables, mais elle allait aussi chez les starets à Optina, se repentait et souffrait, promettait de changer et retombait à nouveau dans les excès. Elle souffrait sincèrement pour le peuple et l’aimait de tout son cœur, ne comprenant parfois pas du tout ce qu’elle aimait et pour qui elle se battait. Elle essayait de dire que la Russie, c’est plus que l’État, que c’est un pays (une civilisation), une société, une personne, une communauté, un peuple. Qu'elle n’était pas entièrement occidentalisée. Qu'elle était au moins pour moitié (sinon plus) véritablement russe, authentiquement elle-même. Même les libéraux russes occidentalisés (pas tous, mais beaucoup) étaient d’abord et avant tout des nationalistes russes, qui cherchaient à adopter les technologies occidentales pour devenir plus forts et affronter l’Occident d’égal à égal. Et en Occident, l’intelligentsia russe cherchait quelque chose qui lui était proche, quelque chose de russe. Quant aux populistes de gauche russes, y compris les SR (socialistes-révolutionnaires), voire les terroristes, ils se livraient au terrorisme non pas pour le libéralisme, mais pour le peuple, pour sa vérité, pour sa russéité. Et l’État, ils ne le considéraient pas comme tel. Ils y voyaient l’Occident. Mais ils voulaient la Russie. Quant à l’intelligentsia slavophile ou orthodoxe, je n’en parle même pas. Elle se souciait de tout cœur de l’État, mais celui-ci l’a simplement trahie.

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L’intelligentsia russe de l’Âge d’Argent aspirait à un renouveau. Dans la Russie impériale tardive, elle ne voyait rien d’autre qu’une bureaucratie idiote. Même le monarchiste radical Lev Tikhomirov ne fut pas surpris de la chute de la monarchie. Elle était condamnée – non pas par manque de libéralisme, mais par son excès.

Dans les années 1960–1970 du XXe siècle, l’intelligentsia soviétique voulait une continuité avec l’Âge d’Argent. Elle voulait Akhmatova et Mandelstam, elle voulait l’orthodoxie et la sophiologie, le cosmisme et l’idéalisme, Stravinsky et Scriabine, mais pas le marché ni la mondialisation, ni les théories du genre, ni le mouvement LGBT (aujourd'hui interdit en Russie). C’est l’État, incarné par les hauts responsables du Parti communiste – Iakovlev et Kossyguine, Andropov et Gorbatchev, Eltsine et Sobtchak – qui s’est précipité vers l’Occident. Encore et toujours, c’est l’État qui, en Russie, devient à chaque fois le principal occidentaliste, libéral et Européen. Pas l’intelligentsia. Mais on rejette tout sur l’intelligentsia.

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Ce n’est pas qu’elle soit totalement innocente. Par sa division, sa vanité, son égoïsme, son hystérie, son envie, son scepticisme venimeux, elle n’améliore pas la situation. Elle ne pouvait pas sauver la Russie, elle n’y parvint pas. Mais l’intelligentsia russe n’est cependant pas le principal coupable de nos malheurs. Voilà ce que je veux dire. Les plus grands méchants de notre histoire n’étaient pas des intellectuels russes, mais autre chose. Dans les années 90, ceux qui sont arrivés au pouvoir en Russie n’étaient pas des intellectuels, mais une bande de véritables ordures. Une élite d’État russophobe et étrangère a cédé le pouvoir à une autre – directement coloniale, libérale, qui n’était même plus occidentalisée, mais tout simplement occidentale. Les émissions Ogonyok, Echo de Moscou et les Komsomols de Moscou ont été créées et soutenues par l’État. D’en haut. La faute de l’intelligentsia, c’est de ne pas avoir compris cela tout de suite, de ne pas s’être indignée, de ne pas s’être soulevée. Non, elle a collaboré avec la bourgeoisie comprador de la même manière qu’autrefois avec la dictature bolchevique. C’est bien sûr honteux. Mais ce n’est pas elle qui prenait les décisions. Tout se décidait à un autre niveau. L’État s’est trahi lui-même. Le peuple et l’intelligentsia sont devenus les objets et les victimes de cette opération. Ils ont été trompés.

jeudi, 11 juin 2026

En Italie aussi: un mouvement pour la neutralité exige un changement de cap

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En Italie aussi: un mouvement pour la neutralité exige un changement de cap

Rome. La Première ministre italienne, classée à droite, Giorgia Meloni, avait promis un changement politique lors de sa prise de fonction spectaculaire en octobre 2022. Du moins en matière de politique étrangère, rien de tout cela n’est visible – l’Italie reste un fidèle vassal des États-Unis (où, tout comme en Allemagne, des armes nucléaires américaines sont stationnées), et à propos de l’Ukraine, Rome suit docilement la politique d’escalade de l’Occident. Face à cette situation, la contestation commence à émerger.

Avec le « Comitato Italia Neutrale », une initiative citoyenne s’est formée, visant à instaurer une neutralité permanente du pays et à l’inscrire comme principe constitutionnel.

Les initiateurs se réfèrent à l’article 11 de la Constitution italienne, qui rejette la guerre comme instrument de résolution des différends internationaux. Face à la montée des tensions géopolitiques, il est temps, selon les fondateurs du « Comitato », de renforcer la souveraineté nationale et de se détacher des structures d’alliances militaires.

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La revendication centrale du mouvement est une modification constitutionnelle qui placerait durablement l’Italie en dehors des alliances militaires. Le territoire national devrait également être débarrassé des bases militaires étrangères. À leur place, il faudrait adopter une politique étrangère autonome, fondée sur la médiation, la diplomatie et la consolidation de la paix. Les initiateurs citent en exemples les modèles de neutralité de la Suisse, de l’Autriche et de Malte (qui, cependant, deviennent eux aussi de plus en plus fragiles dans le sillage de la guerre en Ukraine).

Pour concrétiser ce projet, le comité collecte depuis le 10 mai des signatures en vue d’une initiative populaire. Il faut au moins 50.000 soutiens pour qu’un projet de loi correspondant soit examiné au Parlement.

Le mouvement justifie son initiative par la présence militaire croissante dans le pays. Selon eux, il y aurait plus de 120 bases militaires étrangères sur le sol italien. S’y ajoutent l’augmentation des dépenses de défense et la crainte d’être entraîné dans des conflits internationaux.

L’ajout proposé à l’article 11 de la Constitution est le suivant: «L’Italie adopte, pour protéger sa souveraineté et son indépendance, le statut de neutralité permanente vis-à-vis des blocs ou alliances militaires avec d’autres États, sans préjudice du droit légitime à la défense de la nation». Selon les initiateurs, la paix, la sécurité et l’autodétermination politique ne peuvent être garanties par une hausse constante des dépenses militaires, mais uniquement par la neutralité et l’indépendance nationale.

Source: Zu erst, juin 2026.

Un narco-État aux portes de l’Europe: le Maroc

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Un narco-État aux portes de l’Europe: le Maroc

Source: https://mpr21.info/un-narcoestado-a-las-puertas-de-europa...

Le Maroc est le principal fournisseur de drogues de l’Europe et ses réseaux ne se limitent plus depuis longtemps au seul cannabis. Avec 50.000 hectares dans la vallée du Rif et 3000 tonnes par an, le Maroc est le pays qui est en tête dans le monde pour la production et l’exportation de cannabis.

edr25-commentary-thumb.pngLa majeure partie du cannabis marocain à destination de l’Europe transite d’abord par l’Espagne, principal pays de sortie, avant d’être acheminée vers d’autres pays européens. Le rapport «Marché des drogues de l’Union européenne 2025» signale la saisie de 551 tonnes de résine de cannabis ces dernières années lors de plus de 265.000 opérations, le cannabis marocain représentant la majorité des drogues interceptées.

Ce qui a changé, c’est l’ampleur et la nature du trafic. Les réseaux de haschisch du Rif ont servi de base à une diversification vers la cocaïne latino-américaine. Les réseaux de trafic intercontinentaux ont mis en place un système d’échange direct: un kilo de haschisch contre un kilo de cocaïne, un accord jugé économiquement plus avantageux que les paiements en espèces, car il permet d’augmenter considérablement le pouvoir d’achat des organisations criminelles. Ce trafic de haschisch s’est progressivement étendu à la cocaïne, plus lucrative. Les réseaux issus de ce commerce dans les années 1990 opèrent principalement en Belgique et aux Pays-Bas et contrôlent aujourd’hui un tiers du marché européen de la cocaïne.

Le port de Tanger joue un rôle central dans ces réseaux: avec plus de 10 millions de conteneurs traités en 2024, soit une augmentation de près de 20 % en un an, il est devenu le principal port méditerranéen, devant Algésiras. Sa position sur le détroit de Gibraltar lui permet d’accueillir des flux de marchandises provenant de toutes les régions du monde, qui sont ensuite redistribués dans des circuits secondaires difficiles à tracer. Un véritable paradis logistique pour les cartels.

Ce qui distingue le Maroc des autres pays producteurs de drogues, c’est la complicité institutionnelle. Des membres de la Marine marocaine collaborent avec les trafiquants afin d’acheminer des ballots de haschisch vers l’Espagne, un patrouilleur de la Marine royale marocaine ayant même servi de navire-mère pour les vedettes rapides impliquées dans le trafic.

L’Indice mondial de la criminalité organisée 2025 souligne que les bandes criminelles gagnent du terrain au Maroc, avec une croissance particulière des activités liées au trafic de drogues, dont l’impact dépasse largement les frontières marocaines.

Crise dyarchique à Dakar

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Crise dyarchique à Dakar

par Georges Feltin-Tracol

Coup de tonnerre, ce 22 mai 2026, à Dakar! Le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, limoge le Premier ministre, son vieil ami Ousmane Sonko. Cette révocation scelle la fin d’une vieille complicité et marque le point culminant de fortes tensions entre eux.

En janvier 2014, Ousmane Sonko, alors inspecteur principal des impôts et des domaines, fonde le parti PASTEF (Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité) classé « souverainiste de gauche populiste ». Le secrétariat général du mouvement revient à un autre inspecteur des finances publiques, Bassirou Diomaye Faye. Lors de l’élection présidentielle de 2019, Ousmane Sonko obtient 15,67 % des suffrages et arrive en troisième position. En 2022, il remporte ensuite la mairie de Ziguinchor en Casamance au Sud du Sénégal.

Sa popularité croissante contrarie le président Macky Sall. Plusieurs affaires de mœurs surgissent fort opportunément pour freiner l’ascension d’Ousmane Sonko dans l’opinion sénégalaise. Condamné, le président des PASTEF désigne Bassirou Diomaye Faye pour l’élection présidentielle de 2024. Or le futur président est lui-même en détention – sans jugement – d’avril 2023 à mars 2024 pour «diffusion de fausse nouvelle, outrage à magistrat et diffamation envers un corps constitué»!

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La répression judiciaire et les exactions policières n’arrêtent pas l’admiration de la jeunesse envers les PASTEF. De nombreuses émeutes ponctuent entre 2021 et 2024 la fin du second mandat présidentiel de Macky Sall. Ce dernier tente même de contourner la Constitution et cherche à rester en fonction. Il interdit aussitôt le parti PASTEF. Cependant, sous la pression conjointe de la rue, de la classe politique, des confréries religieuses musulmanes, des puissances étrangères occidentales et du Conseil constitutionnel, Macky Sall renonce à son projet. Il propose au contraire une large amnistie qui profite à tous ses opposants.

Inéligible, Ousmane Sonko confirme la candidature de Bassirou Diomaye Faye qui, à peine libéré, se lance dans une brève et intense campagne électorale sous le mot d’ordre: «Diomaye, c’est Sonko!». Le 24 mars 2024, dès le premier tour, le numéro 2 devient le cinquième chef de l’État sénégalais avec 54,28 % des voix.

Ousmane-Sonko-1547415975.jpgInvesti chef de l’État, Diomaye Faye choisit Ousmane Sonko (photo) pour Premier ministre. Mais le tandem doit composer avec une Assemblée nationale hostile en raison de la présence d’une majorité favorable à Macky Sall. Le nouveau président ne peut pas la dissoudre tout de suite. Ce frein constitutionnel empêche tout élan salvateur envisageable pour les cent jours décisifs… Le 12 septembre 2024, l’Assemblée nationale est enfin dissoute. Les législatives qui suivent voient la victoire écrasante des PASTEF: 130 sièges sur 165 !

Ce succès masque la lente dégradation des relations au sein de l’exécutif pour diverses raisons. L’histoire institutionnelle sénégalaise témoigne de la grande instabilité de ce poste. En décembre 1962, le président Léopold Sédar Senghor riposte aux manigances du président du Conseil des ministres Mamadou Dia. Senghor conserve la primauté. Le 18 décembre 1962, il supprime cette charge jusqu’au 26 février 1970. Le premier ministre disparaît ensuite du 29 avril 1983 au 8 avril 1991, puis du 14 mai 2019 au 17 septembre 2022. Son rétablissement s’explique par la nécessité d’un coordinateur – metteur en action des injonctions présidentielles.

Les liens entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko se crispent à propos d’abord des événements sanglants de 2021–2024. Ousmane Sonko veut l’arrestation des auteurs de la répression, leur jugement et leur condamnation. Le président se montre plus modéré, prêt à pardonner sans oublier. Il y a en outre la découverte dans les comptes publics d’un déficit caché de sept milliards d’euros. Le Sénégal devient l’État francophone d’Afrique occidentale le plus endetté (111 à 132% du PIB). Le FMI et la Banque mondiale aspirent à négocier avec Dakar dans la perspective d’appliquer une politique d’austérité draconienne. Le chef d’État sénégalais privilégie la discussion et se préparerait à un compromis avec les instances du «Désordre établi mondial», à la différence d’Ousmane Sonko. Son successeur se nomme Ahmadou Al Aminou Lô (photo, ci-dessous), un expert des questions bancaires, financières et monétaires.

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Ousmane Sonko se montre prêt, pour sa part, à l’épreuve de force. Sa position se retrouve néanmoins fragilisée avec la faiblesse avérée de la junte malienne face à l’offensive concertée des islamistes alliés aux indépendantistes touareg sans que n’interviennent les deux autres membres (Niger et Burkina Faso) de la Confédération des États du Sahel.

Le président sénégalais évince donc Ousmane Sonko, relance sa coalition électorale présidentielle et attire vers lui certaines figures politiciennes naguère proches de son prédécesseur, rival historique d’Ousmane Sonko. La base militante PASTEF n’apprécie guère ces manœuvres d’autant qu’elle attend toujours de véritables changements.

Malgré son renvoi, Ousmane Sonko tient le parti gouvernemental et, par conséquent, une large majorité de députés. Le 26 mai, il accède à la présidence de l’Assemblée nationale. Le sortant, Malick Ndiaye, a démissionné quelques heures auparavant. L’Assemblée nationale résistera-t-elle au nouveau gouvernement ? L’avenir le dira. Les commentateurs locaux estiment toutefois que la campagne présidentielle de 2029 vient de commencer avec le probable duel entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko.

Le cas sénégalais est très intéressant pour l’avenir politique immédiat de la France. Des attaches psycho-historiques existent entre les deux États. D’aucuns parlent d’égrégores, de Dasein ou de Logos partagés. Quatre communes du Sénégal furent des communes françaises (Saint-Louis, Gorée, Rufisque et Dakar).

En politique, tout duo ne dure qu’un temps, vite brisé par les ambitions personnelles habituelles. On se souvient de l’antagonisme de 1984 à 1997 entre Lionel Jospin et Laurent Fabius. On se rappelle aussi de la fable des        «amis de trente ans»: Jacques Chirac–Édouard Balladur. Le RN repose actuellement sur un binôme explicite Marine Le Pen–Jordan Bardella que le verdict judiciaire du 7 juillet brisera certainement. On peut imaginer que l’arrivée de Marine Le Pen à l’Élysée et de Jordan Bardella à Matignon aurait inévitablement abîmé leur entente.

Par ailleurs, à l’instar de Syriza en Grèce en 2015, il est probable que le parti national-centriste découvre des déficits gigantesques cachés et soit de facto le syndic de la faillite, le liquidateur officiel de la maison France. Les agences de notation, les marchés et la Commission bureaucratique de Bruxelles se feront un plaisir d’accuser tout gouvernement RN de gestion hasardeuse, accusations reprises et amplifiées par le système médiatique d’occupation mentale et les oppositions…

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Des convergences perdurent encore entre le président et son ancien premier ministre. Au printemps 2026, le Sénégal a renforcé la pénalisation de l’homosexualité. Les éternelles pleureuses des «gens des lettres» s’émeuvent-elles de cette nouvelle loi? À part une lettre ouverte publiée dans Libération du 17 mai 2026 et un article de Jean-Yves Camus dans Charlie Hebdo du 3 juin 2026, le sujet se fait très discret. En ce mois de juin où prolifèrent dans tout l’Hexagone des défilés dyssexuels dans lesquels certains individus manifestent un exhibitionnisme qui, en d’autres temps, leur auraient valu des poursuites judiciaires pour «attentats à la pudeur», gageons que l’indignation sur commande ne ciblera pas le Sénégal qui n’appartient pas au monde blanc. Critiquer sa politique signifierait soutenir un point de vue néo-colonial indécent et anti-intersectionnel.

Les PASTEF sont en pointe de la lutte contre le gendérisme. Ce parti entretient pourtant une chaleureuse connivence avec LFI. Les militants des PASTEF applaudissent beaucoup Jean-Luc Mélenchon en visite à Dakar en mai 2024 jusqu’au moment où le futur quadruple candidat à la présidentielle approuve l’homoconjugalité, d’où une vive bronca. Les Sénégalais n’apprécient pas que l’Occident veule exporte ses mœurs délétères et interdit la bigamie traditionnelle. Il revient par conséquent au Sénégal de trouver le meilleur chemin vers un ethnodifférencialisme assumé.     

GF-T

  • « Chronique flibustière », n° 194, d’abord mise en ligne le 9 juin 2026 sur Synthèse nationale.

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dimanche, 07 juin 2026

Sanctionnée pour double standard: pourquoi la candidature de l’Allemagne au Conseil de sécurité de l’ONU a échoué

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Sanctionnée pour double standard: pourquoi la candidature de l’Allemagne au Conseil de sécurité de l’ONU a échoué

Thomas Röper

Source: https://anti-spiegel.ru/2026/warum-deutschlands-kandidatu...

Le Sud global a présenté à l’Allemagne l’addition pour la politique qu'elle a pratiquée au cours de ces dernières années. Trois États européens se sont portés candidats pour deux sièges non permanents au Conseil de sécurité de l’ONU. L’Allemagne a été sanctionnée et les sièges sont revenus à l’Autriche et au Portugal.

Le Conseil de sécurité de l’ONU compte, en plus des cinq membres permanents que sont la Chine, la France, la Grande-Bretagne, la Russie et les États-Unis, dix membres non permanents, dont les sièges sont répartis entre les groupes régionaux de l’ONU. L’Afrique a droit à trois sièges, les États d’Asie et du Pacifique, les États d’Amérique latine et des Caraïbes, ainsi que le groupe des États d’Europe occidentale et autres, ont chacun deux sièges, et l’Europe de l’Est en a un. Chaque année, l’Assemblée générale de l’ONU élit cinq membres non permanents pour une durée de deux ans.

Mercredi avait lieu l’élection pour les années 2027/2028, au cours de laquelle les deux sièges d’Europe occidentale étaient à pourvoir. Les candidats étaient l’Autriche, le Portugal et l’Allemagne.

L’arrogance allemande

Pour le gouvernement fédéral, il s’agissait d’un projet qui lui tenait à cœur: retrouver un siège au Conseil de sécurité de l’ONU. Der Spiegel rapportait par exemple que le ministre des Affaires étrangères Wadephul s’était rendu spécialement à New York pour une semaine afin de faire campagne pour l’Allemagne. Et même dans Der Spiegel, on trouvait une pointe d’autocritique au sujet des chances de succès de la candidature allemande :

«Autrefois, une candidature allemande allait de soi, ne serait-ce qu’en raison de la grande aide au développement apportée par la République fédérale. Cela a changé. La candidature tardive n’est pas le seul problème. La politique allemande au Proche-Orient et envers la Russie pourrait également porter préjudice au gouvernement».

C’est formulé très poliment, car à part les quelque 50 États de l’ancien “Occident collectif”, aucun pays au monde ne soutient la politique anti-russe et pro-ukrainienne dont l’Allemagne est l’un des principaux moteurs. Contrairement à ce qu’affirment les médias et politiciens allemands, la Russie n'est pas isolée internationalement. Ce sont, comme je l’ai déjà souvent souligné, les promoteurs de la politique anti-russe qui se sont isolés sur la scène internationale. Et le fait que le soutien inconditionnel de l’Allemagne au génocide israélien à Gaza et à ses guerres au Proche-Orient soit ouvertement rejeté par le Sud global ne devrait surprendre que ceux qui ne s’informent que par le Tagesschau.

wm-2022-deutschland-japan.jpegS’ajoute à cela l’arrogance avec laquelle les politiciens allemands veulent imposer leurs “valeurs” au monde entier, à commencer par toute la question LGBT, etc., ce qui, dans le reste du monde où la propagande LGBT n’est pas présente depuis des années dans les manuels scolaires, est très mal perçu. Il suffit de se souvenir de l’intervention de Nancy Faeser avec son brassard LGBT lors de la Coupe du monde au Qatar (photo), qui a provoqué de l’incompréhension et des réactions négatives dans le monde entier.

La “défaite historique”

La “défaite historique” lors de l’élection au Conseil de sécurité de l’ONU est la juste sanction de cette arrogance et de cette hypocrisie qui caractérisent la politique allemande depuis des années. Lors du vote, l’Allemagne a été éliminée dès le premier tour, le Portugal obtenant 134 voix, l’Autriche 131 et l’Allemagne seulement 104.

L’expression “défaite historique” n’est pas de moi, mais du Handelsblatt, qui titrait après le désastre: “Conseil de sécurité de l’ONU – Comment l’Allemagne en est arrivée à sa défaite historique” et écrivait en chapeau de son article :

    “Depuis 2019, Berlin a fait campagne auprès de 191 pays pour obtenir des voix. Mais cela ne suffit pas pour un siège au Conseil de sécurité. Lorsqu’on cherche des raisons, deux noms de pays reviennent aussi : Israël et la Russie.”

L’échec porte un nom

imago0202627441h.jpgL’arrogance allemande n’a pas commencé à déranger le monde en 2022 seulement, mais déjà sous Merkel, qui avait envoyé son proche collaborateur Christoph Heusgen (photo) en tant qu’ambassadeur allemand à l’ONU. Heusgen s’est illustré par son arrogance et sa suffisance, et s’est mis à dos de nombreux pays et représentants.

J’avais déjà écrit en 2022 que la candidature allemande à un siège au Conseil de sécurité de l’ONU était vouée à l’échec. Et l’une des raisons principales en est Heusgen, car il n’est pas seulement arrogant, il ment aussi effrontément (cf. https://web.archive.org/web/20240226181643/https://anti-spiegel.ru/2022/christoph-heusgen-so-dreist-luegen-nur-wenige/).

Je l’ai démontré dans un article à propos d’une interview que Heusgen avait accordée début 2022, avant même l’escalade en Ukraine. Le public allemand, maintenu dans l’ignorance par les médias traditionnels, ne remarque pas ses mensonges, mais sur la scène internationale, les gens et les responsables sont mieux informés, et Heusgen n’a suscité que des hochements de tête.

Heusgen s’est fait à l’ONU autant d’ennemis que peu d’autres auparavant. Ce n’était même pas le fait que l’Allemagne ait parfois une opinion différente sur certains sujets – ce qui est normal. C’est son attitude arrogante et irrespectueuse qui lui a valu des ennemis et a gravement nui à la réputation de l’Allemagne dans le monde.

Lorsque Heusgen a quitté l’ONU, il lui a été clairement signifié ce que l’on pensait de lui là-bas. À ma connaissance, aucun diplomate n’a été congédié avec de tels propos.

Pour les Chinois, la politesse est, de par leur culture, très importante, et il est essentiel pour eux que même les adversaires puissent “sauver la face”. C’est donc un fait unique que Heusgen ait été salué par l’ambassadeur chinois à l’ONU par ces mots :

    “Heureux de nous débarrasser de vous”

L’ambassadeur russe à l’ONU a été un peu plus poli, disant à Heusgen à cette occasion :

    “Quel dommage que vous partiez enfin”

J’ai déjà relaté les “exploits” de Heusgen à l’ONU qui ont sans doute joué un rôle important dans l’élection actuelle, des articles avec détails sont à retrouver ici : https://web.archive.org/web/20240414135827/https://www.anti-spiegel.ru/2020/deutschlands-hoffnungen-auf-einen-staendigen-sitz-im-uno-sicherheitsrat-sind-zerstoben/ ; et ici: https://web.archive.org/web/20240505165513/https://anti-spiegel.ru/2020/deutscher-uno-botschafter-christoph-heusgen-der-diplomatische-supergau/ ).

samedi, 06 juin 2026

Fukuyama et la fin de la «fin de l’histoire»: le modèle chinois défie les certitudes occidentales

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Fukuyama et la fin de la «fin de l’histoire»: le modèle chinois défie les certitudes occidentales

Giulio Chinappi 

Source: https://giuliochinappi.com/2026/06/04/fukuyama-e-la-fine-...

La-Fin-de-l-histoire-et-le-dernier-homme.jpgLa récente évocation par Francis Fukuyama du « modèle chinois » peut être interprétée comme un signe de la crise des certitudes libérales occidentales et de la reconnaissance mondiale croissante de la modernisation chinoise comme voie alternative de développement.

Le politologue américain Francis Fukuyama, surtout connu pour sa thèse sur la «fin de l’histoire», a récemment reconnu dans une interview à la Frankfurter Allgemeine Zeitung que, si la Chine poursuit son élan de développement actuel, alors les prévisions qu’il avait formulées sur ce pays il y a quarante ans s’avéreraient erronées.

Pour Fukuyama, longtemps considéré comme l’un des plus fervents défenseurs de la «démocratie libérale occidentale», il s’agit au moins de la deuxième fois en un peu plus de deux mois qu’il reconnaît publiquement la pertinence du «modèle chinois».

En avril, lors d’une émission, il a déclaré que «les Chinois ont créé un système assez impressionnant» et que celui-ci pourrait devenir «une véritable alternative» à la démocratie occidentale. Bien qu’il n’ait pas totalement abandonné la mentalité binaire «démocratie contre autoritarisme», la thèse même de la «fin de l’histoire» de Fukuyama touche indéniablement à sa fin, entre scepticisme et réflexion, tandis que le «modèle chinois» est de plus en plus observé, accepté et étudié dans le monde.

En tant que l’un des politologues les plus influents, Fukuyama, avec sa thèse de la «fin de l’histoire», a longtemps été utilisé par certains, en Occident, pour attaquer les théories socialistes et discréditer le système chinois. Ses récents changements d’attitude à l’égard du «modèle chinois» ne sont pas des actes isolés; ils reflètent une tendance plus large: les élites intellectuelles occidentales, représentées par Fukuyama, sont de plus en plus contraintes, par la réalité, à porter un regard neuf sur le monde, au-delà de leurs postulats traditionnels.

81GTb0JZm7L._SL1500_.jpgThomas Friedman, auteur de The World Is Flat, a écrit avoir «vu le futur» en Chine et a même suggéré que certains sénateurs américains devraient voyager davantage pour voir le monde de leurs propres yeux. Jonas Nahm, ancien économiste principal au Conseil des conseillers économiques de la Maison Blanche, a décrit «la force de la structure politique chinoise à imposer un changement rapide de haut en bas» comme un facteur clé de son développement. Un changement cognitif autrefois inimaginable s’opère dans les milieux académiques et politiques occidentaux: ils doivent admettre que le soi-disant «consensus de Washington» n’est pas une formule universelle et que le monde n’a pas suivi la voie qu’ils attendaient.

En réalité, l’ensemble des sociétés occidentales traverse un processus historique de «redécouverte de la Chine». Ce qui sous-tend l’aveu de Fukuyama au sujet de ses prévisions «erronées», c’est la visibilité croissante, la reconnaissance et l’adoption des réalisations et de la solution chinoises sur la scène mondiale. Au même moment où Fukuyama constatait que la Chine pourrait devenir «une réelle alternative», un sondage mondial réalisé par Gallup en avril a également attiré une large attention.

Couvrant plus de 130 pays et environ 130.000 personnes interrogées, le sondage a révélé que le taux d’approbation du leadership mondial de la Chine atteignait 36%, dépassant celui des États-Unis, qui était de 31%. Il s’agit du plus grand avantage acquis par la Chine sur les États-Unis depuis près de deux décennies. Les résultats d’enquêtes d’institutions telles que le Yusof Ishak Institute de Singapour, Ipsos et Morning Consult ont également montré la même tendance. Ce n’est ni un hasard ni une coïncidence. Il s’agit plutôt d’une résonance historique de la nouvelle compréhension de la Chine par le monde.

L’Occident a longtemps été le plus réticent idéologiquement et le plus empreint de préjugés envers la Chine. Presque toute la rhétorique pessimiste et les diffamations contre le modèle chinois et les succès du développement chinois sur la scène mondiale proviennent des sociétés occidentales. Pourtant, les barrières idéologiques qui ont longtemps façonné ces visions s’érodent progressivement. Un signe remarquable de ce changement est la popularité croissante des contenus liés à la Chine sur les plateformes sociales étrangères, en particulier occidentales.

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Des tendances comme « China Travel » et le phénomène du « Xiaohongshu cross-checking », qui a amené de nombreux Occidentaux à exprimer leur étonnement quant au sentiment de sécurité en Chine, jusqu’aux thèmes viraux comme « Becoming Chinese » et « Chinamaxxing » sur les réseaux sociaux étrangers, un grand nombre d’internautes ont imité et exprimé leur admiration pour le mode de vie chinois. À travers ces moyens concrets et visibles, la modernisation chinoise a conquis de nombreux jeunes en Occident, et cette vague croissante d’enthousiasme fait fondre progressivement la glace de l’idéologie figée.

En un certain sens, il est historiquement inévitable que la communauté intellectuelle occidentale, longtemps à l’origine de l’idéologie de la guerre froide, relâche ses préjugés contre la Chine, reconnaisse les réussites du développement chinois, admette l’efficacité du modèle chinois et réfléchisse aux limites de la démocratie occidentale. L’aveu de Fukuyama concernant ses prévisions «erronées» peut être vu comme un signe de l’accélération de la sortie de l’état d’ignorance volontaire qui a longtemps caractérisé la compréhension de la Chine par les élites intellectuelles occidentales, et il offre le fondement conceptuel nécessaire à un nouvel ordre mondial, différent, inclusif et basé sur la coexistence harmonieuse.

Au cours des dernières décennies, les élites occidentales représentées par Fukuyama ont considéré la démocratie libérale occidentale comme la seule voie vers la modernisation, alors que toute tentative de suivre un modèle différent était souvent qualifiée d’anomalie ou d’écart par rapport à la norme. Ce monopole du discours et de la théorie a imposé d’importantes limitations intellectuelles à de nombreux pays du Sud global.

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Le succès de la modernisation chinoise n’a pas seulement créé un miracle dans l’histoire du développement humain, mais a aussi produit une profonde libération idéologique pour le monde, brisant le mythe selon lequel « modernisation = occidentalisation ». Un nombre croissant de pays du Sud global poursuivent désormais en toute confiance des voies de développement adaptées à leurs propres conditions nationales, sans douter d’eux-mêmes ni se sentir inférieurs simplement parce que leurs modèles diffèrent de ceux de l’Occident.

Le modèle chinois n’a pas vocation à remplacer qui que ce soit, mais à offrir au monde davantage de choix, en fournissant aux peuples de tous les pays une base théorique plus solide et une référence pratique pour trouver une voie de développement adaptée à leurs propres conditions nationales. L’histoire n’est pas terminée, et l’évolution de la civilisation humaine se poursuit. En tant que participant et contributeur important à ce processus, la Chine continuera à œuvrer avec toutes les nations pour écrire un nouveau chapitre du développement humain.

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Région de la mer Baltique – La mèche du baril de poudre se raccourcit

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Région de la mer Baltique – La mèche du baril de poudre se raccourcit

Alexander Neu

Source: https://www.nachdenkseiten.de/?p=151434

La région de la mer Baltique est actuellement considérée par les experts en sécurité comme la zone de conflit potentiellement la plus explosive, entre l’OTAN et la Fédération de Russie. Une multitude de facteurs de conflit se concentrent dans cette région. Déjà en octobre 2025, j’avais publié sur les NachDenkSeiten un article sur le foyer de tension qu’est la région de la Baltique. Depuis lors, la situation dans cette zone s’est encore aggravée. Il y a quelques jours, j’ai visité la région frontalière entre la Pologne et la Russie. Un silence fantomatique, très peu de trafic transfrontalier avec de longs temps d’attente. L’expression «le calme avant la tempête» m’est venue à l’esprit. Dans ce qui suit, certains de ces conflits potentiels sont esquissés. 

Le terme «région de la mer Baltique» ne doit pas être limité uniquement à la mer elle-même, mais il faut aussi inclure les zones rurales bien au-delà du littoral des États riverains, car ce n’est qu’ainsi que l’on peut saisir l’ensemble des potentiels de conflit.

Données géopolitiques

La mer Baltique est appelée « Ostsee » en allemand. Il s’agit d’une mer intérieure pratiquement fermée, d’une superficie d’environ 413.000 kilomètres carrés et à faible salinité. Le littoral mesure environ 8000 kilomètres. Désormais, à l’exception de la Fédération de Russie, tous les États riverains de la Baltique sont membres de l’OTAN: Danemark, Norvège, Suède, Finlande, Estonie, Lettonie, Lituanie, Pologne et Allemagne. La Russie ne possède que deux accès maritimes, l’enclave de Kaliningrad et Saint-Pétersbourg. Ainsi, environ 7340 kilomètres de côtes appartiennent aux pays de l’OTAN et environ 660 kilomètres à la Russie.

Par conséquent, l’OTAN contrôle environ 92% du littoral et la Russie à peine 8%. Le seul accès à l’Atlantique sont les détroits au Danemark et entre le Danemark et la Suède (Grand et Petit Belt et l’Øresund). Le Danemark et la Suède, donc l’OTAN, contrôlent également ces points de passage. De fait, la mer Baltique est devenue, dans le contexte de l’élargissement de l’OTAN à l’est, une « mer de l’OTAN ». Le changement d’influence est manifeste lorsqu’on se rappelle que, lors de la confrontation Est-Ouest, la région baltique était quasiment une mer du Pacte de Varsovie dirigé par l’URSS. Les États riverains du bloc soviétique étaient: la RDA, la Pologne et l’URSS – les trois États baltes, la Lituanie, la Lettonie et l’Estonie, faisant partie de l’URSS. Ainsi, la partie sud et est de la Baltique était sous contrôle soviétique. Le nord était neutre, en raison de la neutralité officielle de la Finlande et de la Suède. Seule la partie la plus occidentale était bordée par la RFA et le Danemark.

L’accès stratégique aux deux côtes russes, depuis la fin de la Guerre froide et l’élargissement massif de l’OTAN, n'est plus particulièrement avantageux.

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Saint-Pétersbourg

La position géographique de Saint-Pétersbourg, autrefois stratégique, s’est transformée en un piège, surtout avec l’élargissement de l’OTAN aux États baltes et à la Finlande:

Saint-Pétersbourg se trouve à l’extrémité orientale du golfe de Finlande, long d’environ 400 kilomètres. L’accès est contrôlé au nord par la Finlande et au sud par l’Estonie, donc par l’OTAN. La distance entre les deux rives varie de 40 à 120 kilomètres. Là où les rives du golfe deviennent territoire russe, le golfe se rétrécit en un chenal sur lequel est située Saint-Pétersbourg.

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Ainsi, le golfe de Finlande, avec les rives contrôlées par l’OTAN, est en partie sous la juridiction exclusive de la Finlande et de l’Estonie. Cela signifie que pour naviguer, il faut traverser par endroits des «eaux territoriales de l’OTAN». Une sortie de la marine russe du golfe de Finlande pourrait être empêchée militairement en cas de guerre.

La flotte baltique de la Fédération de Russie, en majeure partie stationnée à Kaliningrad, ne pourrait probablement pas quitter la Baltique en cas de conflit, compte tenu des détroits danois, sans être détruite par l’OTAN. La situation stratégique de Kaliningrad n’est guère plus favorable.

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L’OTAN et le « défi » de Kaliningrad

L’exclave de Kaliningrad est le poste avancé le plus occidental de la Fédération de Russie. Il s’agit d’un territoire relativement petit (environ 15.000 kilomètres carrés), séparé du territoire russe par la Lituanie (exclave). Les lignes d’approvisionnement par rail et par route peuvent être coupées par la Lituanie et la Pologne, et celles par mer ou par avion via Saint-Pétersbourg peuvent également être coupées par l’OTAN. Ce fait rend déjà la région de Kaliningrad dépendante du bon vouloir des pays de transit. Mais lorsque la Lituanie a rejoint l’OTAN et l’UE, la position géographique de Kaliningrad est devenue un « défi » pour l’OTAN.

« Au milieu » de la zone OTAN se trouve une exclave russe, donc ennemie – un porte-avions insubmersible. C’est aussi là que se trouve la flotte de la Baltique de la Fédération de Russie. L’existence de cette exclave russe pose désormais problème à l’OTAN. Pour bien comprendre la chronologie, et donc l’argumentation inhabituelle: l’exclave russe de Kaliningrad existe depuis 1991. Auparavant, toute la région était soviétique. L’élargissement de l’OTAN aux États baltes, donc à la Lituanie, a eu lieu en 2004. Désormais, l’OTAN, qui s’est avancée vers l’est, déclare l’existence de l’exclave comme un problème de sécurité – une logique singulière: là où se trouve l’OTAN, les autres acteurs sont un problème de sécurité.

Dans le contexte de la situation tendue, le commandant suprême américain pour l’Europe et l’Afrique, le général Christopher T. Donahue, a déclaré en juillet 2025 que l’OTAN était en mesure de «détruire Kaliningrad plus rapidement que jamais, depuis la terre ferme, et dans un délai jamais atteint. Nous l’avons déjà planifié et développé» (par “développé”, il faut comprendre planifié).

Le ministre lituanien des Affaires étrangères, Budrys, a même récemment réclamé, dans une interview au NZZ et peut-être inspiré par les propos du général Donahue, la nécessité d’une attaque de l’OTAN sur Kaliningrad:

«Nous devons montrer aux Russes que nous pouvons pénétrer dans la petite forteresse qu’ils ont construite à Kaliningrad. L’OTAN a les moyens de détruire les bases de défense aérienne et les systèmes de missiles russes qui s’y trouvent, si nécessaire».

Relations difficiles – États baltes et Russie

Il est étonnant, voire inquiétant, de constater avec quelle légèreté une guerre avec la Russie est évoquée. Ce sont précisément les États baltes qui se distinguent par une attitude belliqueuse, comme s’ils étaient en toutes circonstances protégés par l’OTAN. Les survols de drones ukrainiens dans l’espace aérien balte en direction de Saint-Pétersbourg et la région de Leningrad élèvent les tensions à un nouveau niveau. Qu’il s’agisse de survols simplement tolérés ou peu critiqués, ou même de drones lancés depuis le sol balte, je l’ignore. Il est cependant remarquable qu’il serait déjà une prouesse technique que des drones à longue portée puissent partir d’Ukraine, traverser l’espace aérien polonais et balte, puis attaquer des infrastructures énergétiques dans le nord de la Russie. Quoi qu’il en soit, à Moscou, la pression sur le président Poutine augmente pour tenir les Baltes pour responsables de l’utilisation (selon Moscou) de leur espace aérien par l’Ukraine.

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Du point de vue du droit international, il faut noter que le statut de neutralité d’un État n’est plus garanti s’il permet ou tolère que son territoire – y compris son espace aérien – soit utilisé par des forces militaires étrangères, facilitant ainsi leur projection de puissance ou la rendant simplement possible. L’État « hôte » ne peut plus invoquer son statut de neutralité, il devient de fait partie au conflit, à moins qu’il n’empêche ou ne tente sérieusement d’empêcher une utilisation militaire de son territoire. Cela semble avoir été compris à Bruxelles, au sein de l’OTAN. Récemment, un drone ukrainien a été abattu par un avion de chasse de l’OTAN dans l’espace aérien estonien, preuve que l’OTAN est bien consciente du risque d’escalade majeure.

hqanli720.jpgLe politologue américain reconnu et spécialiste de l’Europe de l’Est au Quincy Institute for Responsible Statecraft, Anatol Lieven (photo), a récemment publié un appel intitulé: «Washington doit agir pour désamorcer la poudrière balte». Le célèbre économiste américain Jeffrey Sachs a également écrit il y a quelques jours une lettre ouverte au chancelier allemand Friedrich Merz, appelant à une action pour éviter une guerre européenne. Cette lettre a été publiée dans la Berliner Zeitung et mérite d’être lue. Dans le même temps, le vice-président du Conseil de sécurité russe et ancien président de la Fédération de Russie a déclaré le 29 mai sur X que l’Europe était désormais en guerre avec la Russie et que les sociétés européennes ne devraient pas être surprises par des frappes:

«Citoyens des pays de l’UE: vous devez comprendre que vos gouvernements ont unilatéralement commencé une guerre avec la Russie. Soyez donc vigilants et ne soyez surpris de rien. Le sommeil paisible est terminé. Mais vous savez à qui demander pourquoi!».

Les États baltes, en tant qu’États frontaliers, prennent un risque énorme pour eux-mêmes et pour toute l’Europe avec la voie suivie jusqu’ici: ce sont eux qui, en cas de guerre, seraient probablement les premiers détruits. Un regard lucide – libre de tout dogmatisme idéologique – sur une carte de l’Europe de l’Est pourrait déjà aider à évaluer correctement leur propre situation.

Tout en comprenant les expériences historiques négatives des Baltes avec Moscou, il faut nommer trois faits que les États baltes devraient aussi reconnaître et traiter, afin de réduire la tension:

Premièrement: en tant que voisins extrêmement petits et faibles, Tallinn, Riga et Vilnius devraient s’efforcer d’au moins maintenir une coexistence pacifique avec Moscou, et non de provoquer la Russie à chaque occasion, impliquant ainsi l’OTAN et surtout les Européens dans une guerre avec la Russie.

En outre: il n’est pas certain que les États-Unis entreraient en guerre mondiale pour les États baltes. Et il n’est pas non plus certain que les autres pays européens membres de l’OTAN – à l’exception de l’Allemagne, de la Pologne, et peut-être du Royaume-Uni et de la France – suivraient ce chemin désastreux. Les parallèles historiques sont évidents: en 1939, la Pologne comptait sur le soutien de Paris et Londres – et fut abandonnée. Hormis les déclarations de guerre formelles de la France et du Royaume-Uni le 3 septembre contre l’Allemagne nazie, il s’est passé très peu de choses en termes d’opérations militaires – la Pologne était littéralement laissée à elle-même.

Deuxièmement: les trois États baltes ont aussi un passé peu glorieux de collaboration avec l’Allemagne nazie pendant la Seconde Guerre mondiale. Aujourd’hui encore, les vétérans baltes de la SS sont célébrés et honorés. Cela devrait soulever des questions en Europe de l’Ouest, au lieu de fermer les yeux sur la nostalgie nazie. Quelle image de l’histoire diffuse-t-on ainsi dans l’UE? De plus, le droit de la citoyenneté et de la langue en Lettonie et en Estonie exclut, au lieu d’intégrer, les minorités russes qui y vivent. Une politique d’intégration intelligente rendrait caduque, du moins dans les pays baltes, l’argumentation russe selon laquelle la Russie doit protéger les Russes de l’étranger, même par la force.

Troisièmement: malgré toutes les craintes, fondées ou non, d’une nouvelle invasion russe, il ne faut pas oublier que l’Union soviétique a retiré ses forces de sécurité en 1990-91 des pays baltes, alors encore soviétiques, ainsi que dans les années suivantes de tous les autres anciens «pays frères» d’Europe de l’Est. Ce geste aurait pu être compris de la part des Baltes comme une main tendue à la réconciliation – cela aurait du moins valu la peine d’essayer.

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Le corridor de Suwałki

Le corridor de Suwałki désigne la région géographique entre la Biélorussie et l’enclave de Kaliningrad, sur une centaine de kilomètres. Les deux États membres de l’OTAN, la Pologne et la Lituanie, y sont voisins. Le terme «corridor de Suwałki» vient de la ville polonaise de Suwałki. Les experts estiment qu’en cas de conflit, la Russie chercherait à contrôler ce corridor, c’est-à-dire à établir une liaison terrestre entre Kaliningrad et la Biélorussie alliée, afin d’assurer une connexion logistique avec Kaliningrad. Fermer le corridor signifierait, logiquement, la création d’un nouveau « corridor de Suwałki », à savoir la séparation physique entre la Lituanie et la Pologne. Cela couperait la liaison terrestre entre les États baltes membres de l’OTAN et le reste de l’OTAN en Europe. Pour les deux camps, le corridor de Suwałki, dans l’une ou l’autre version, est une option stratégiquement peu acceptable.

Dans ce contexte, seule une démilitarisation verbale et matérielle de la région, ainsi qu’une libre circulation par rail et par route entre la Biélorussie/Russie et l’enclave de Kaliningrad, pourraient garantir une stabilité minimale, voire une normalité de bon voisinage.

La « flotte fantôme » russe en mer Baltique

L’UE ou l’OTAN, ou certains de leurs États membres, cherchent à immobiliser (saisir) ou même à bloquer l’accès à la Baltique des navires de la « flotte fantôme » russe ainsi désignée par eux (il s'agit donc d'un blocus naval). Sur la question juridique de la « flotte fantôme », voir ici: https://www.nachdenkseiten.de/?p=140239.

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Cela ne relèverait plus d’une zone grise du droit international, mais constituerait une violation explicite. Ce serait une violation ouverte du droit international. La liberté de navigation (articles 17, 58, 87 et 90 de la Convention sur le droit de la mer), un principe fondamental du droit international, serait suspendue. Plus encore: ce serait une violation du principe de non-recours à la force de la Charte des Nations unies (article 2, paragraphe 4), car les navires battant pavillon russe ont la nationalité russe (art. 91, Convention sur le droit de la mer). La partie russe serait alors en droit d’y réagir, et a déjà menacé de prendre des mesures. Récemment, des navires de commerce battant pavillon russe ont régulièrement été saisis en mer Baltique. La Russie renforce désormais la protection de sa flotte marchande, notamment par des navires d’escorte de la flotte de la Baltique et des démonstrations de force de son aviation. Le potentiel d’escalade est énorme.

Un blocus naval de la Baltique dans le détroit danois pour les navires russes, ou un blocus devant Kaliningrad ou/et Saint-Pétersbourg, serait le casus belli ultime. Une absence de réaction militaire ne serait concevable qu’en cas de renoncement volontaire de la Russie à sa souveraineté. La doctrine nucléaire actualisée de la Fédération de Russie a déjà formulé ses réponses à ce sujet.

Conclusion

Le risque que le baril de poudre explose doit être considéré comme tout aussi élevé dans tous les cas évoqués. Quel que soit le point chaud qui explose en premier, les autres suivront immédiatement, car ils ne sont que des pièces d’un même puzzle: la guerre pour le nouvel ordre mondial du début du XXIe siècle.

Les élites décisionnelles européennes doivent se réveiller à leurs responsabilités envers leurs peuples et redécouvrir la diplomatie, au lieu d’entrer dans la guerre en somnambules, guidées par des principes idéologiques. Cette voie n’est pas démocratiquement légitimée.

 

L’hypocrisie autour du «remplacement de population»

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L’hypocrisie autour du «remplacement de population»

Sacha Vliegen

Source: https://www.feniksvlaanderen.be/blog

Les débats actuels en Flandre, aux Pays-Bas et en Europe sur le concept de « remplacement de population » montrent surtout à quel point notre culture politique peine encore à traiter sérieusement des questions fondamentales pour notre communauté populaire, notre identité et notre démographie. Dès que le mot est prononcé, le débat bascule presque automatiquement de la réalité elle-même vers la suspicion morale à l’égard de celui qui fait usage du vocable. Un premier camp évoque un remplacement délibéré de la population, l’autre réduit toute inquiétude à ce sujet à du complotisme, à du racisme ou à une réédition d’idéologies nées au cours de la première moitié du vingtième siècle. Les deux réactions empêchent une analyse adulte. La question n’est pas seulement de savoir si le terme «remplacement de population» (ndt: ou "Grand remplacement" en France) est bien choisi, mais surtout quels processus sociaux réels se cachent derrière: immigration de masse, déclin démographique, pression sur le marché du travail, fragmentation culturelle, désintégration familiale, perturbations géopolitiques et dépendance structurelle à un modèle économique qui requiert sans cesse de nouveaux travailleurs.

Pour les partis libéraux, de gauche comme de droite, tout le remue-ménage autour du remplacement de population est surtout problématique car ils y voient du complotisme, de la confusion sémantique ou une radicalisation dangereuse. C’est révélateur. Souvent, c’est aussi le seul niveau sur lequel ils formulent une critique. Au lieu de traiter sérieusement les problèmes sous-jacents, ils renvoient à de vieilles théories racialistes, demandent que les partis de droite se distancient d’opinions qui ne figurent pas nécessairement dans leur programme, ou mènent un combat juridique et moral contre des figures et des mouvements qui ne s’inscrivent que partiellement dans ce contexte. Le résultat n’est pas un débat plus serein. Le résultat, c’est que les jeunes, qui ne voient aucun intérêt à faire référence à des fantômes idéologiques vieux d’un siècle, constatent simplement que leurs frustrations concrètes face aux échecs de la société multiculturelle sont d’emblée rendues suspectes. Cela accroît la colère latente. Cela crée précisément le terreau sur lequel un véritable extrémisme peut prospérer, car toute critique raisonnable est étouffée.

815pRxXyDHL._SL1500_-768x1182.jpgC’est pourquoi les questions qui se profilent derrière le concept de "remplacement de population" ne doivent pas être évitées. Quand peut-on considérer quelqu’un comme Flamand, Néerlandais ou Européen? La nationalité de papier suffit-elle? Une carte d’identité suffit-elle? Ou existe-t-il une communauté qui va plus loin que la simple inscription juridique? En Belgique, nous le savons trop bien. Il n’y a pratiquement jamais eu un fort sentiment de "communauté belge", sauf brièvement quand les footballeurs « Diables rouges » avaient encore une chance d'obtenir un succès international. La communauté réelle dans laquelle beaucoup de Flamands se reconnaissent n’est pas inscrite littéralement sur leur carte d’identité. Elle existe dans la langue, l’histoire, les habitudes, les codes sociaux, la mémoire, l’éducation, l’attachement local et les attentes partagées. Elle n’est pas purement biologique, mais elle n'est pas seulement administrative non plus.

Il serait tout aussi absurde de réduire l’identité à la pureté du sang. Faut-il remonter cinq générations pour déterminer qui possède le «bon» sang flamand, néerlandais ou européen? Une telle approche serait non seulement disproportionnellement exclusive, mais aussi nihiliste. Elle remplacerait la réalité vivante de la communauté par une comptabilité généalogique morte. Une communauté n’est pas une catégorie de laboratoire. Elle est historiquement croissante, culturellement formée et vécue relationnellement. On peut rejoindre une communauté, mais pas simplement par des démarches administratives. Cela nécessite assimilation, loyauté, réciprocité et destin partagé. À l’inverse, une communauté peut aussi être redessinée si rapidement que sa reconnaissance disparaît. Ce champ de tension constitue le cœur du débat.

Là où la droite se trompe

L’hypocrisie commence cependant quand les partis de droite nomment bien les symptômes de l’immigration de masse, mais osent rarement en aborder les causes profondes. Il est facile d’utiliser l’immigration électoralement pour expliquer la pression sur le logement, les salaires, les écoles, la sécurité et les prestations sociales. Il est bien plus difficile de reconnaître que l’immigration ne naît pas de rien. Elle est largement poussée par des facteurs d’expulsion. Guerre, perturbation économique, catastrophes écologiques, faillite de l’État et instabilité géopolitique chassent massivement les populations hors de leur région. L’Empire romain d’Occident n’a pas été submergé seulement parce que les Germains voulaient soudain envahir le territoire romain; ils étaient eux-mêmes poussés par les Huns et par de plus grands mouvements aux frontières de l’empire. Aujourd’hui, changements de régime, guerres par procuration, interventions ratées et inégalités mondiales jouent des rôles similaires. Qui veut comprendre l’immigration de masse doit aussi regarder quelle géopolitique déstabilise les sociétés ailleurs dans le monde.

Ce n’est pas un plaidoyer pour un accueil sans limite. C’est au contraire un plaidoyer pour la lucidité. Qui ne voit l’immigration que comme un devoir moral refuse de considérer sérieusement la capacité d’accueil des sociétés. Qui ne voit l’immigration que comme une invasion refuse d’examiner les causes qui obligent les gens à partir. Une position sereine et équilibrée reconnaît les deux: les frontières sont nécessaires, mais la politique extérieure, la politique de guerre et les structures de dépendance économique contribuent aussi aux flux migratoires que l’on déplore ensuite.

The-New-Europeans-National-Geographic-tScheldt.jpgEn plus des facteurs d’expulsion, il existe des facteurs d’attraction. L’accès à la sécurité sociale, à l’éducation, aux soins de santé et au logement rend l’Europe occidentale attractive. C’est compréhensible. L’État-providence est une immense réalisation historique. Mais justement pour cette raison, il ne peut être dissocié indéfiniment de la communauté solidaire d’où il est issu. La solidarité n’est pas seulement un droit abstrait qui peut être revendiqué partout et toujours de la même manière. Elle vit par la confiance, la réciprocité et le sentiment que les sacrifices d’aujourd’hui contribuent à un avenir que l’on reconnaît encore comme le sien. Lorsque des personnes qui n’ont jamais contribué obtiennent immédiatement l’accès à des droits sociaux étendus, cela peut éroder le soutien à la solidarité. Même si les intentions sont humaines, l’effet peut être dissolvant.

Migration: gain ou perte ?

Cela ne signifie pas que chaque migrant est un coût. La question de savoir si l’immigration apporte un gain ou une perte économique ne peut pas être résumée à un seul slogan. Migration de travail, migration familiale, migration d’asile, migration hautement ou peu qualifiée ont des conséquences très différentes. Les jeunes migrants qui travaillent rapidement peuvent contribuer positivement à court et moyen terme. Les migrants qui restent longtemps dépendants des aides, du travail peu rémunéré ou de statuts précaires peuvent en revanche peser lourdement sur les systèmes sociaux. Le résultat budgétaire dépend de l’âge, du niveau d’éducation, de l’emploi, de la taille de la famille, de la durée de séjour, de l’acquisition de la langue et de la qualité de l’intégration. C’est pourquoi il est faux de dire que l’immigration apporte toujours des gains. Mais il est tout aussi faux de dire qu’elle coûte toujours. La vérité est différenciée: certaines formes de migration sont économiquement utiles pour certains secteurs, tandis que d’autres pèsent lourdement sur le plan sociétal, culturel et budgétaire.

La critique prévisible de la droite sur l’idée que la migration peut être utile économiquement a donc en partie un fondement. Il existe effectivement des études et des estimations montrant que certains groupes, surtout quand l’intégration sur le marché du travail échoue, coûtent plus qu’ils ne rapportent. Ces études ne doivent pas être ignorées. En même temps, il faut rester honnête sur leur sensibilité méthodologique. Le résultat de ces calculs dépend fortement de l’horizon temporel choisi, de l’attribution des dépenses collectives, des hypothèses concernant la deuxième génération, la scolarisation et la participation au travail. Les montants précis sont donc moins importants que la conclusion structurelle: la migration devient budgétairement problématique lorsqu’elle s’accompagne de faible emploi, de bas salaires, de dépendance durable et d’intégration insuffisante. Sur ce point, les critiques ont raison. Mais ceux qui en déduisent que la solution consiste simplement en indignation symbolique ou en slogans nostalgiques manquent l’essentiel.

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Le troisième facteur est la démographie. L’État-providence européen se fonde sur un rapport entre suffisamment de contributeurs et une dépendance limitée. Le vieillissement met ce rapport sous pression. Une société avec trop peu d’enfants, de plus en plus de personnes âgées et de moins en moins d’actifs aura tôt ou tard des problèmes à affronter. L’économie moderne tente de résoudre cela par l’activation généralisée, le travail plus longtemps, l’automatisation et l’immigration de travail. Surtout ce dernier facteur devient politiquement explosif. Car ce qui est présenté économiquement comme une nécessité pragmatique est ressenti culturellement comme une perte de repères et de continuité.

Migration et capitalisme

Ici, la question migratoire touche à l’ordre capitaliste lui-même. Dans sa critique de la quatrième phase du capitalisme, Diego Fusaro souligne que le capitalisme contemporain ne fait pas seulement commerce de biens et de travail, mais rend aussi frontières, liens, traditions et communautés fluides. Tout ce qui résiste à la circulation, à la flexibilité et à la consommation est suspecté d’être dépassé, caduc. La nation est désormais perçue comme trop fermée, la famille comme trop restrictive, la religion comme trop normative, la communauté locale comme un élément de ralentissement, la tradition comme pas assez flexible. L’homme idéal du capitalisme tardif est mobile, disponible, individuel, consommable et détaché de tous liens forts. L’immigration s’inscrit dans cette logique, non pas nécessairement comme projet idéologique, mais comme fonctionnalité économique: le travail doit être disponible là où le capital en a besoin.

C’est pourquoi il est trop simple de voir l’immigration de masse uniquement comme un projet culturel ou moral avancé par les élites progressistes. Une partie de la classe supérieure n’a pas forcément intérêt à une immigration illimitée avec droits sociaux complets. Ce qu’elle trouve bien plus attrayant, c’est une immigration optimisée économiquement: suffisamment de travailleurs pour combler les manques, faire baisser les salaires ou maintenir les secteurs, mais sans que ces travailleurs puissent immédiatement participer pleinement à la communauté solidaire. Cela explique pourquoi certains gouvernements parlent avec sévérité de l’immigration, tout en élargissant les visas de travail. Le migrant idéal pour le modèle économique utilitaire n’est pas le nouveau concitoyen, mais le travailleur temporaire: disponible, remplaçable, dépendant et si possible sans trop de revendications.

Politique migratoire de droite: le slopulisme

La pratique des gouvernements européens de droite montre cette ambivalence. La Pologne sous l'égide du parti PiS a longtemps tenu une rhétorique dure sur l’immigration, mais a en même temps accordé de nombreux permis de travail. L’Italie sous Meloni parlait durement de l’immigration illégale, mais a augmenté les quotas de travailleurs non-européens car l’économie et la démographie l’exigeaient. La Hongrie sous Orbán se présentait comme la défenseuse de la souveraineté nationale et de la continuité culturelle, mais a développé des régimes pour travailleurs temporaires permettant l’immigration de travail sans perspective d’intégration totale. Ce n’est pas un détail. Cela montre la tension fondamentale qui existe entre la politique identitaire électorale et la réalité économique.

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En haut: type de travailleurs itinérants au 19ème siècle; en bas: arrivée massive de travailleurs saisonniers flamands à Paris (en arrière-plan, la Gare du Nord), pour des emplois de misère.

Pour un électorat gagné par la promesse d'une "remigration", d'une restauration et d'un retour à un passé clair, c’est inévitablement décevant. Car même les partis qui critiquent fortement l’immigration de masse se heurtent aux besoins du système économique dès qu’ils gouvernent. Les employeurs demandent des travailleurs. Les établissements de soins demandent du personnel. Agriculture, construction, logistique, restauration et industrie cherchent des gens. La base démographique de la population autochtone est affaiblie. Le marché du travail est construit sur une croissance permanente. Et donc, la porte qui est fermée symboliquement est immédiatement rouverte sur le plan économique.

Voilà la vraie hypocrisie. La droite récolte des voix en critiquant l’immigration, mais n'ose pas souvent critiquer le capitalisme qui rend l’immigration fonctionnelle. La gauche critique parfois le capitalisme en termes abstraits, mais n’ose pas reconnaître que l’immigration de masse peut affaiblir la position des classes inférieures en toutes négociations sociales, puis accroître la pression sur les services publics et miner la cohésion culturelle des quartiers populaires. Les libéraux, des deux côtés de l'échiquier politique, défendent la mobilité, la flexibilité et l’ouverture, mais refusent de voir le prix payé par les communautés. Ainsi s’instaure un débat où chacun détient une part de vérité, mais où presque personne ne veut la dire entièrement.

Solutions au remplacement de population

Un point particulièrement sensible est l’émancipation des femmes sur le marché du travail. Cette émancipation a apporté des avantages indéniables. Elle a donné aux femmes l’autonomie économique, la reconnaissance sociale et l’égalité politique. Aucun projet alternatif sérieux ne doit souhaiter revenir à une époque où les femmes étaient maintenues dans une dépendance structurelle. Mais en même temps, l’intégration des femmes au marché du travail a aussi conduit à une marchandisation totale de la vie familiale. Ce qui pouvait autrefois être porté par un seul revenu nécessite désormais souvent deux revenus. Non parce que les familles sont devenues plus libres, mais parce que le marché s’est adapté à cette nouvelle norme. Les prix de l’immobilier, les normes de consommation, les systèmes fiscaux et les attentes de carrière sont construits autour du modèle du ménage à deux revenus. Le résultat est que le choix d’avoir des enfants est de plus en plus ressenti comme une charge économique, une pression temporelle et une perte dans le plan de carrière.

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La société se retrouve ainsi dans une situation paradoxale. Elle dit que les enfants sont importants, mais organise la vie comme si les enfants étaient surtout une gêne. Elle valorise la famille symboliquement, mais la pénalise économiquement. Elle célèbre la liberté de choix, mais rend presque impossible pour beaucoup de parents d'opter vraiment pour plus de temps à la maison. Elle sacralise le travail et considère les soins à apporter aux enfants comme une activité dérivée. Une civilisation qui réduit sa propre reproduction à un choix individuel de style de vie découvrira tôt ou tard que la démographie ne reste pas une affaire privée. Les faibles taux de natalité ne sont pas une simple addition de choix personnels. Ils expriment la valeur qu’une société accorde à son avenir.

Une politique nataliste peut apporter une amélioration, mais seulement si elle est conçue de façon durable et large. Des primes uniques ou une rhétorique familiale symbolique ne suffisent pas. Il faut une normalisation des familles nombreuses, des logements abordables, des revenus stables, une fiscalité adaptée à la famille, des crèches accessibles et surtout une revalorisation du travail qu'exigent les soins à apporter aux enfants. Un revenu de remplacement à, par exemple, quatre-vingts pour cent du revenu de l’un des partenaires qui souhaite rester temporairement à la maison serait une piste sérieuse. Il est important que de telles mesures soient accessibles non seulement aux groupes à faibles revenus, mais aussi à la classe moyenne. Sinon, la politique familiale devient une politique de lutte contre la pauvreté, alors qu’elle doit être une politique de consolidation de la civilisation. Le but ne doit pas être de renvoyer les femmes à la maison, mais de donner aux parents le vrai choix de ne pas entièrement soumettre le temps, les soins parentaux et l’éducation des enfants à la logique du marché.

Conclusion

Voici le cœur du problème: une société qui épuise économiquement ses propres familles aura tôt ou tard besoin d’immigration de travail pour compenser les conséquences de son propre affaiblissement démographique. Qui veut s’opposer au remplacement de population ne peut donc se contenter de frontières surveillées de manière plus stricte. Il doit restaurer les conditions dans lesquelles sa propre population ose à nouveau faire des projets d’avenir. Cela signifie: des charges de logement moins lourdes, moins de pression de travail absurde, une revalorisation de la maternité et de la paternité, une protection des salaires, un enseignement axé sur la communauté, une assimilation culturelle et une économie qui ne traite pas la famille comme un poste de coût considéré comme inefficace.

Le terme "remplacement de population" reste chargé parce qu’il suggère souvent un projet de substitution conscient et centralisé. Cette forme de complotisme est faible sur le plan analytique et risquée sur le plan politique. Mais il est mensonger de prétendre qu’il n’y a pas de transformation démographique, que l’immigration de masse n’a pas de conséquences culturelles, que l’intégration a réussi partout, ou que toute critique n’est qu’une nostalgie racialiste. L’échec du modèle multiculturel est visible dans les quartiers ségrégués, les normes parallèles, les retards scolaires, les tensions religieuses, les problèmes de sécurité et la perte de codes partagés, voilà qui relève de l'évidence. Celui qui nomme cet échec n’a pas besoin d’être biologiste. Il peut simplement constater qu’une société a besoin de bien plus que de procédures juridiques pour rester une communauté.

61pyKJk3c5L._AC_UF1000,1000_QL80_.jpgLa "remigration" est un thème qui, lui aussi, doit être discuté sobrement. Dans un sens limité, juridique et humain, une politique de retour est évidente: celui qui n’a pas de droit de séjour, qui fraude, qui commet un  crime ou un délit grave ou qui rejette l’ordre fondamental de la société d’accueil ne peut prétendre indéfiniment à rester. Mais la "remigration" comme retour massif et nostalgique vers un passé ethniquement figé est une illusion. La réalité de décennies de migration, des familles mixtes, des minorités intégrées et des nouvelles générations ne peut être effacée sans une immense perturbation morale, juridique et sociale. C’est précisément pourquoi le débat doit être mené de façon sereine et équilibrée: il faut être strict là où c’est nécessaire, mais sans fantasmes ni déni de la complexité du réel.

La lutte contre l’immigration de masse ne sera crédible à long terme que si elle s’inscrit dans une critique plus large du modèle économique qui la rend nécessaire. Ce modèle a dissocié le travail de la communauté, soumis les familles à une pression permanente de production, dévalorisé les soins parentaux, rendu les frontières poreuses économiquement et traité les déficits démographiques comme des problèmes logistiques. Il a réduit la famille à un coût alors qu’elle est en réalité le plus bel investissement dans l’avenir. Il a appris aux communautés à se méfier d’elles-mêmes alors que toute solidarité durable commence justement par la reconnaissance, la continuité et la responsabilité partagée.

Il ne suffit donc pas de dire que la migration coûte de l’argent. Parfois c’est le cas. Parfois elle apporte des gains à certains secteurs. Parfois elle contribue temporairement au financement de systèmes vieillissants. Mais la question la plus profonde n’est pas seulement budgétaire. La question est celle du type de société que l’on veut promouvoir. Une société qui résout ses déficits en important sans cesse de nouvelles personnes, sans restaurer ses propres fondements démographiques, économiques et culturels, achète du temps au détriment de la cohésion. Une société qui pathologise toute critique devient aveugle. Et une droite qui parle de remplacement de population mais se tait sur le capitalisme ne génère qu’une opposition à moitié.

81ergnpqGKL._SL1500_.jpgLa conclusion n’est donc pas que toute migration doit être rejetée. Elle est que l’immigration de masse, le déclin démographique et la dissolution capitaliste doivent être pensés simultanément. Qui ne critique que la migration voit le symptôme mais pas le système. Qui ne critique que le capitalisme, mais se tait sur la pression migratoire qu’il engendre, abandonne les classes populaires et les communautés historiques. En ce sens, la pensée d’Alain de Beonist reste très pertinente: qui critique la migration mais se tait sur le capitalisme ne parle qu’à moitié; qui critique le capitalisme mais se tait sur la migration fait de même.

Sources:

AIVD. (n.d.). Rechts-extremisme. Algemene Inlichtingen- en Veiligheidsdienst. https://www.aivd.nl/onderwerpen/aandachtsgebieden/extremi...

Benoist, A. de. (2011). L’immigration, armée de réserve du capital. Revue Éléments. https://www.revue-elements.com/limmigration-armee-de-rese...

Christl, M., De Poli, S., Hufkens, T., Peichl, A., & Ricci, M. (2022). Migration and public finances in the EU. Joint Research Centre, European Commission. https://publications.jrc.ec.europa.eu/repository/handle/J...

European Commission. (2024). Commission sets out actions to tackle labour and skills shortages. https://employment-social-affairs.ec.europa.eu/news/commi...

European Commission. (2024). Hungary: New immigration law affects residence permits. https://home-affairs.ec.europa.eu/news/hungary-new-immigr...

Fusaro, D. (2018). The new order of things: Property, power and the transformation of the individual. Mimesis International.

ILO. (2022). Temporary labour migration: Unpacking complexities. International Labour Organization. https://www.ilo.org/

Myria. (2022). Immigrant labour market integration in Belgium. Federaal Migratiecentrum. https://www.myria.be/

Nationale Bank van België. (2020). Economic impact of immigration in Belgium. https://www.nbb.be/doc/ts/publications/economicreview/202...

OECD. (2024). International Migration Outlook 2024. OECD Publishing. https://www.oecd.org/en/publications/international-migrat...

OECD. (2024). Society at a Glance 2024: OECD social indicators. OECD Publishing. https://www.oecd.org/en/publications/society-at-a-glance-...

OECD. (2025). International Migration Outlook 2025. OECD Publishing. https://www.oecd.org/en/publications/international-migrat...

Reuters. (2025). Italy to issue half a million non-EU work visas over next three years. Reuters. https://www.reuters.com/

Vlaams Belang. (2024). Fiscale kosten en baten van immigratie voor België. https://www.vlaamsbelang.org/

World Policy Analysis Center. (2023). Parental leave policies in OECD countries. https://www.worldpolicycenter.org/

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jeudi, 04 juin 2026

L’AfD discute avec les Russes du gaz et de Nord Stream. L’irritation du gouvernement Merz

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L’AfD discute avec les Russes du gaz et de Nord Stream. L’irritation du gouvernement Merz

Source: https://www.analisidifesa.it/2026/06/afd-discute-con-i-ru...

Une délégation composée de quatre représentants du parti d’opposition allemand Alternative für Deutschland (AfD), actuellement crédité d’environ 30% des intentions de vote et classé première force politique en Allemagne, a participé au Forum économique de Saint-Pétersbourg, suscitant de vives critiques politiques à Berlin et récoltant des "avertissements" en matière de sécurité et de renseignement.

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Les députés concernés sont Markus Frohnmaier, vice-président du groupe parlementaire AfD au Bundestag, Jörg Urban, président régional en Saxe, le député Steffen Kotré et l’eurodéputé Petr Bystron. Selon les informations disponibles, Frohnmaier aurait également rencontré le PDG du géant énergétique russe Gazprom, Alexeï Miller (photo ci-dessus).

Au centre de l’entretien, toujours selon les déclarations de l’homme politique, figuraient les scénarios possibles de remise en service des gazoducs Nord Stream de la mer Baltique, détruits par un sabotage en septembre 2022, et donc la reprise des approvisionnements énergétiques de la Russie vers l’Allemagne et l’Europe.

« Les parties ont discuté de la situation actuelle sur le marché européen de l’énergie. Une attention particulière a été accordée à l’Allemagne. Il a été noté que les réserves de gaz en Allemagne sont au niveau le plus bas des cinq dernières années. Compte tenu des conditions actuelles du marché, il sera extrêmement difficile de remplir les réserves d’ici l’hiver prochain », écrit l’agence Tass.

Frohnmaier a déclaré à l’agence Deutsche Presse-Agentur qu’au centre de son entretien approfondi avec Miller, au siège de Gazprom, figuraient la possibilité d’une remise en service des gazoducs Nord Stream ainsi que la reprise des livraisons de gaz russe. « Notre mission est de placer, sans compromis, les intérêts nationaux allemands au centre de nos préoccupations », a affirmé Frohnmaier.

Dans une déclaration diffusée à Berlin, un porte-parole du gouvernement fédéral a expliqué que le ministère des Affaires étrangères avait explicitement déconseillé la participation à la mission et avait informé le parti que l’initiative n’était pas soutenue par l’exécutif. Le porte-parole a rappelé que, depuis le début de la guerre en Ukraine, l’Union européenne et l’Allemagne maintiennent la ligne de réduire au minimum les contacts avec les représentants du gouvernement russe, compte tenu des attaques contre la population civile.

Sur ce sujet, le directeur général du Fonds russe d’investissements directs (RDIF), Kirill Dmitriev, qui a rencontré Frohnmaier, est également intervenu hier lors du Forum de Saint-Pétersbourg, affirmant que les pays européens avaient déjà perdu environ 3000 milliards d’euros à cause du refus de l’énergie russe. « L’Allemagne et d’autres pays européens constatent qu’en raison du rejet de l’énergie russe, ils ont déjà perdu environ 3000 milliards d’euros et mènent de fait leurs économies vers l’effondrement. »

Le gouvernement de la guerre permanente – Qui détient réellement le pouvoir à Washington ?

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Le gouvernement de la guerre permanente – Qui détient réellement le pouvoir à Washington?

Marek Wojcik

Beaucoup d’entre nous se demandent quel est le véritable pouvoir du président des États-Unis. Est-il, comme il se désigne lui-même, «l’homme le plus puissant du monde», ou tombe-t-il sous l’emprise des oligarques qui ne cessent de fomenter des conspirations?

Source: https://www.unser-mitteleuropa.com/198981

Ou bien se subit-il peut-être un chantage par le plus grand allié des États-Unis? Les décisions du président, en particulier celles qui concernent la guerre, sont-elles le fruit de son ego démesuré, ou poursuit-il peut-être un plan diabolique visant à jouer ses magnifiques «cartes» fabriquées en Chine?

Les démarches les plus fructueuses de Donald Trump sont les spéculations de ses proches sur les marchés financiers. Si les déclarations chaotiques du président et leur orientation sont connues à l’avance par les élus de la richesse mal acquise, qu’est-ce qui les empêcherait alors de parier sur la hausse – ou selon les intentions capricieuses du président – sur la baisse des actions pétrolières? De cette façon, on peut « gagner » énormément d’argent.

La Constitution devrait tenir le pouvoir en laisse courte. Le Congrès seul devrait déclarer la guerre, contrôler les finances, limiter l'exécutif et rendre des comptes au peuple. Le président devrait exécuter les lois, non pas gouverner par décret, mener des guerres non déclarées ou servir de figure de proue à un empire. Les tribunaux devraient servir de garde-fou contre les abus de l’État, et non valider les pires excès de l’État sécuritaire national.

Chaque président moderne hérite des mêmes pouvoirs de guerre, des mêmes services secrets, du même appareil d’urgence, des mêmes systèmes de surveillance, des mêmes entreprises d’armement, des mêmes forces de police militarisées et de la même soif de pouvoir bipartisan sans responsabilité. Trump n’a pas créé le gouvernement de la guerre permanente. Il l’a hérité, nourri, agrandi, utilisé comme une arme et, comme tous ses prédécesseurs, en est devenu le champion.

Je ne veux pas justifier Trump, ici, mais simplement montrer qu’il a certes introduit son propre style, le « trumpisme », qui repose sur l’imprévisibilité et la rupture de toutes les traditions prétendument à la base du conservatisme. Cependant, les décisions géopolitiques majeures ne sont pas nécessairement prises à la Maison Blanche. Cette maison inconnue, où sont élaborés des plans de guerre, je la qualifierais, vu les intentions qui se profilent derrière ces décisions, de « Maison noire ». Elle n’a pas nécessairement besoin de se trouver sur le territoire des États-Unis.

* * *

Cet article est paru sur le blog de l’auteur world-scam.com

 

17:42 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, donald trump, états-unis, guerre permanente | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

mercredi, 03 juin 2026

Les fronts arctique et baltique de la guerre entre l’OTAN et la Russie fusionnent dangereusement

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Les fronts arctique et baltique de la guerre entre l’OTAN et la Russie fusionnent dangereusement

Andrew Korybko

Source: https://uncutnews.ch/die-arktische-und-baltische-front-de...

Cette tendance à activer des préparatifs militaire dans les zones arctique et baltique représente une menace considérable pour la Russie, mais aussi pour l’UE, si elle conduit Poutine à prendre au sérieux les demandes de ses partisans les plus radicaux en faveur d’une frappe préventive contre l’OTAN.

Récemment, il y a eu une avalanche d’informations concernant l’interconnexion croissante des fronts arctique et baltique du nouveau conflit de la nouvelle Guerre froide. Le Royaume-Uni a annoncé une nouvelle initiative navale multinationale visant à contenir la Russie dans ces eaux. Cela a suivi les avertissements des ambassadeurs russes en Finlande et en Norvège concernant les menaces provenant de ces pays. Auparavant, certaines sources russes avaient accusé les États baltes d’avoir permis à des drones ukrainiens de transiter dans leur espace aérien en direction d’attaques contre Saint-Pétersbourg — ce qui, si cela s’avère vrai, constituerait une grave provocation.

imagages.jpgLes développements mentionnés ci-dessus fournissent le contexte de l’interview accordée par le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Alexandre Grouchko (photo), à Izvestia, sur la manière dont « l’Occident met en œuvre la politique de confinement de la Russie dans la région baltique ». Selon ses propos:

«La région baltique est désormais utilisée par l’Occident comme un laboratoire pour étudier comment les tensions peuvent être intensifiées et comment la Russie peut être contenue à partir de différentes positions régionales et géographiques... À présent, ils se rapprochent de l’Arctique et forment diverses coalitions. Il s’agit évidemment d’une évolution très inquiétante».

Le journal a également cité l’expert du Valdai Club, Andrei Kortunov, qui a mis en garde:

«La situation dans l’Arctique évolue progressivement — malheureusement pour le pire. Si cela continue, la distinction entre la Baltique et l’Arctique va progressivement s’estomper».

Izvestia a en outre informé ses lecteurs que:

«L’Ukraine participe déjà à la dissuasion de la Russie. En mai, des opérateurs de drones ont pris part aux manœuvres suédoises Aurora-26, qui se sont déroulées entre autres sur l’île baltique de Gotland».

imagea26s.jpgÀ la lumière de ce qu’a mentionné l’ambassadeur russe en Norvège dans l’interview cité précédemment, la participation de l’Ukraine à ces exercices pourrait précéder le déploiement possible d’équipes de drones ukrainiens à Gotland pour attaquer la navigation russe en mer Baltique — comme cela serait également envisagé en Norvège pour des attaques dans l’Arctique. Un tel scénario pourrait se développer simultanément le long des fronts arctique et baltique de plus en plus interconnectés, parallèlement à la consolidation de la nouvelle initiative navale multinationale menée par le Royaume-Uni pour contenir la Russie.

Encore plus inquiétant, les États baltes servent désormais de fil déclencheur pour une reprise du conflit en Ukraine après sa fin ou pour l’ouverture d’un nouveau front si la guerre venait à reprendre. Parallèlement, les États-Unis semblent essayer de pousser la Biélorussie à se détacher de la Russie, tandis que la Pologne poursuit son renforcement militaire qui pourrait un jour menacer Kaliningrad. Ce faisant, non seulement le terrain pour une escalade en mer Baltique est préparé, mais aussi le long des côtes — notamment dans le scénario d’un blocus occidental de Kaliningrad, éventuellement en parallèle ou seulement après que la Biélorussie se soit détachée de la Russie.

Comme si tout cela n’était pas déjà problématique pour la Russie, la France va désormais mener régulièrement des exercices nucléaires avec la Pologne contre la Russie et la Biélorussie, étendant ainsi son parapluie nucléaire vers l’est. Cela pourrait couvrir la Pologne si Varsovie envoyait des troupes pour soutenir les États baltes en cas de crise. Cette fusion des fronts arctique et baltique représente une menace considérable pour la Russie, mais aussi pour l’UE, si elle pousse Poutine à prendre au sérieux les demandes de ses partisans d’une frappe préventive contre l’OTAN.

L’observation précédemment mentionnée illustre les dangers de ces nouveaux déploiements et accords. Elle indique aussi que les fronts arctique et baltique, de plus en plus imbriqués, joueront un rôle central dans la reconfiguration de l’architecture sécuritaire européenne après la fin du conflit ukrainien.

Du point de vue des États-Unis, il est crucial de maintenir la paix entre l’OTAN et la Russie pour empêcher une Troisième Guerre mondiale. C’est précisément pourquoi Trump 2.0 devrait donner la priorité à la création d’une telle architecture sécuritaire — que ce soit de manière générale ou spécifiquement axée sur ce front — dès que possible.

L’Ukrainisation de la conscience européenne

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L’Ukrainisation de la conscience européenne

Werner Olles

En 2011, sur ordre du président américain de l’époque, devenu plus tard lauréat du prix Nobel de la paix, Obama, et de sa célèbre secrétaire d’État Hillary Clinton, la Libye, l’un des rares États africains à fonctionner correctement et à prospérer sur le plan économique et social, fut attaquée et complètement détruite par l’OTAN, sans aucune raison, sans mandat de l’ONU ni déclaration de guerre officielle.

Le président libyen Mouammar al Kadhafi, qui avait jusqu’alors veillé à ce que les flux de soi-disant « réfugiés » vers l’Europe soient stoppés aux frontières et sur les côtes libyennes, dut fuir et fut assassiné de façon bestiale par des terroristes islamistes de l’État islamique, collaborant avec les États-Unis, par empalement. Ainsi fut mené à terme le changement de régime, et en conséquence, de nombreuses bandes terroristes islamistes, financées soit par la Turquie, soit par l’Arabie Saoudite, soit par des canaux obscurs du Deep State occidental et des organisations stay-behind de l’OTAN, combattent encore aujourd’hui pour le pouvoir. Grâce à l’Occident, la Libye est désormais un soi-disant « État failli », une machine à broyer, à faire couler le sang.

En 2014, la guerre en Ukraine commença, après que le président démocratiquement élu et favorable à la Russie dut fuir, point d’orgue du soi-disant coup du Maïdan, financé et orchestré par les États-Unis et l’UE, pour laisser la place à un gouvernement putschiste, anti-démocratique, pro-UE et pro-OTAN. La guerre qui dure encore aujourd’hui débuta par l’attaque de l’Ukraine, désormais orientée vers l’Occident et massivement soutenue par les États-Unis, l’Angleterre et les pays de l’UE, contre les provinces orientales du Donbass, de Donetsk et de Lougansk, majoritairement peuplées de personnes d’origine et de langue russes, qui se prononcèrent clairement et sans ambiguïté pour la sécession des Oblast du Donetsk et de Lougansk par référendum populaire, et conclurent avec la Fédération de Russie des accords d’assistance et de coopération comme républiques populaires indépendantes (de la Nouvelle Russie). Elles demandèrent finalement l’aide militaire du gouvernement russe, après avoir enduré jusqu’en 2022 plus de 16.000 morts dus aux bombardements et attaques terroristes, principalement contre des cibles civiles, perpétrés par les forces armées nazies et ultranationalistes de l’Ukraine.

En réalité, la guerre en Ukraine avait été planifiée depuis des décennies par les États-Unis et le Royaume-Uni – qui joua un rôle particulièrement peu reluisant, sabotant et interdisant toute négociation de paix –, comme une guerre par procuration, dans laquelle l’Occident collectif, avec l’OTAN et l’UE, fut poussé à fournir à l’Ukraine des armes offensives et défensives et à financer le carnage du Donbass. La Russie fut simultanément frappée par plus de vingt paquets de sanctions, qui nuisent surtout aux Européens de l’Ouest, puisque les États-Unis se sont, depuis l’arrivée au pouvoir de Trump, largement retirés de ce conflit hors de contrôle et laissent le sale boulot à leurs vassaux européens, dont les limites intellectuelles sont aujourd’hui légendaires.

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Cependant, tout cela correspond même à leur calcul politique, car avoir un ennemi extérieur détourne l’attention des innombrables catastrophes intérieures, faites maison, comme par exemple l’immigration de masse illégale et ses conséquences mortelles pour les autochtones, ou la « transition énergétique » aussi absurde et économiquement dommageable qu’infamante, qui a mené à une crise énergétique permanente, à la désindustrialisation et à la hausse générale du coût de la vie, surtout en RFA.

Il fallait évidemment aussi savoir qu’une extension vers l’est avec des troupes de l’OTAN à ses frontières – contrairement aux accords promis selon lesquels cela ne devait pas arriver –, est inacceptable pour la Russie dans tous les cas. Des hommes politiques comme Helmut Schmidt, Helmut Kohl et Willy Brandt avaient compris que la sécurité en Europe ne peut exister qu’en accord avec la Russie, mais aujourd’hui, nous sommes réellement en « route vers l’enfer », selon le géopoliticien russe influent et ex-conseiller de Poutine, Karaganov, lors d’un entretien avec Roger Köppel, éditeur de la « Weltwoche » suisse. Selon lui, la Russie ne laissera pas sans réaction les provocations et attaques terroristes incessantes de l’Ukraine, financée par l’Occident et fortement armée, alors qu’elle-même est totalement corrompue et en faillite, mais attaquera, en cas de besoin, des cibles stratégiques comme Bruxelles, Berlin et Varsovie, même avec des missiles nucléaires.

Le personnel politique dirigeant de l’Europe occidentale semble cependant, en raison de sa profonde stupidité, incapable de reconnaître la réalité: on ne commence pas une guerre avec la plus grande puissance nucléaire, qui se sent menacée non sans raison. Ainsi, des préparatifs de guerre sont mis en œuvre contre la volonté de la majorité absolue de la population, au lieu de désamorcer, de laisser parler la diplomatie et surtout de réactiver l’axe Russie-Berlin. Et, justement, la RFA se pose – folie militaire, politique, économique et historique – en principal partenaire de l’Ukraine, après que les Américains se retirent de ce rôle insensé, car ils ont compris que leur puissance s’effrite, qu’ils ne progressent pas plus en Iran, et que le détroit d’Ormuz reste bloqué par les Iraniens.

Mais l’UE se comporte comme un chien errant abandonné par son maître – les aboiements du petit chien se font désormais entendre partout –, et se ruine elle-même dans sa guerre contre la Russie, alors que ses peuples rejettent clairement cette guerre menée par procuration. C’est une sorte d’autodestruction née de l’incompétence, de l’ignorance, de l’idéologie et de la mégalomanie. Tandis que le nouveau monde multipolaire composé des pays BRICS et du Sud global est déjà bien présent sur l’échiquier international, l’Europe et l’Occident jouent encore au jeu du « Ne t’en fais pas ».

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En fait, par exemple, il n’existe en RFA aucun poste universitaire critique envers l’OTAN, le thème de l’impérialisme américain reste tabou, et l’ukrainisation de la conscience est menée de façon fanatique par une propagande médiatique quotidienne et des répressions qui s'étendent au-delà des frontières nationales. L’affaire du colonel suisse Jacques Baud (photo), officier sanctionné par l’UE, en dit long. Les critiques du gouvernement sont poursuivis, sanctionnés par l’UE et le Conseil européen, et aussi en RFA, des auteurs ou des voix critiques, quand ils abordent des sujets comme l’islam, l’immigration de masse illégale et la propagande de guerre contre la Russie, sont classés comme ennemis de la constitution. Un abus manifeste commis par le soi-disant « Office de protection de la constitution », qui se ridiculise ainsi lui-même.

Nous ne devons toutefois pas nous laisser troubler. La devise doit être: pas un pouce de terrain aux fauteurs de guerre de l’UE, de l’OTAN et à la propagande de guerre du cartel politico-médiatique ! Au contraire, une nouvelle architecture de sécurité paneuropéenne, incluant naturellement la Russie et ses intérêts géopolitiques légitimes, est l’impératif urgent du moment !

lundi, 01 juin 2026

Gigantomachie à Makerfield

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Gigantomachie à Makerfield

par Georges Feltin-Tracol

Dans les prochaines semaines, les électeurs de la circonscription de Makerfield, dans le Nord de l’Angleterre, auront l’étonnant privilège de désigner peut-être le futur chef du gouvernement de Sa Très Gracieuse Majesté. Une élection législative partielle doit s’y dérouler à la suite de la démission du député travailliste Josh Simons. Il laisse son poste éligible à Andy Burnham dans la perspective audacieuse de virer sous peu l’actuel Premier ministre Keir Starmer.

Ce scrutin à venir n’est qu’une nouvelle réplique de l’effondrement du Labour aux élections locales du début de ce mois. Le 6 mai dernier, lors du renouvellement de l’équivalent anglais des conseils municipaux et intercommunaux ainsi que des parlements régionaux en Écosse et au Pays de Galles, les électeurs infligent une cuisante défaite aux travaillistes au pouvoir à Londres: fin avec 11,08% -25,1%) d’une domination séculaire au Pays de Galles au profit des indépendantistes wokistes gallois (35,41%), échec au parlement d’Édimbourg (17 sièges au lieu de 22!) de ravir la première place aux indépendantistes d’extrême gauche écossais du SNP (Parti «national» écossais), perte de 1496 sièges sur 5000 mandats territoriaux dans 136 collectivités locales en Angleterre. Les conservateurs de Kemi Badenoch connaissent eux aussi un net recul de 563 sièges municipaux. En revanche, en dehors des libéraux-démocrates (Lib-Dem), l’habituelle troisième force politique britannique, qui récoltent 155 mandats supplémentaires pour atteindre un gain notable de 844 élus territoriaux, et sans insister sur le succès des indépendantistes gallois et la reconduction au pouvoir des indépendantistes multiculturalistes écossais, les deux grands vainqueurs sont Reform UK et le Green Party.

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Fondée en 2019, la formation du Brexiter Nigel Farage remporte 1453 sièges, soit 1451 en plus, et devient majoritaire dans quatorze conseils. Il s’agit d’une performance inédite puisque Reform UK triomphe autant dans les bastions travaillistes du Nord que dans les fiefs conservateurs du Sud. En outre, les amis de Nigel Farage arrivent en deuxième position tant au Pays de Galles (29,30%) qu’en Écosse (16,65%).

imagzpes.jpgL’autre surprise de l’élection provient du Green Party. Il n’existe plus de parti écologiste unique en Grande-Bretagne. En 1990, les Verts écossais indépendantistes se séparent à l’amiable de leurs camarades anglo-gallois et gouvernent en coalition avec les SNP entre 2021 et 2024. Le système médiatique a les yeux de Chimène pour son animateur principal, Zack Polansky, grand tenant de l’«écopopulisme». Comme quoi, tous les populismes ne sont donc pas répréhensibles pour la cléricature médiatique…

Naguère appelé David Paulden, Zack Polanski naît en 1982. D’abord militant Lib-Dem, il adhère au Green Party en 2017. Il en devient le responsable en septembre 2025 et suscite aussitôt l’engouement d’une presse plus politiquement correcte que jamais. Issu d’une famille juive originaire de Lettonie, l’ancien acteur amateur critique Israël, soutient la cause palestinienne, met en avant son homosexualité, estime que la justice sociale va de pair avec la cause environnementale, prône l’ouverture maximale des frontières et défend l’accueil inconditionnel des étrangers, clandestins ou non.

Sa forte notoriété médiatique torpille la tentative de l’ancien chef du Labour, Jeremy Corbyn, le Mélanchon britannique, de revenir au premier plan. Exclu des travaillistes, mais resté député indépendant à Westminster, Corbyn a lancé Your Party. Mais le jeune parti de gauche radicale se déchire très vite entre ses fondateurs dont Zarah Sultana et Adnan Hussain à propos de la place à donner à la question trans et leur accès aux toilettes publiques dans le programme si bien que les communautés musulmanes d’origine allochtone préfèrent voter pour les «écologistes» qui, avec 587 sièges, en remportent 441 et prennent cinq mairies.

L’élection du 6 mai 2026 dessine par conséquent un nouveau paysage politique éclaté avec cinq forces principales (travaillistes, conservateurs, Reform UK, Verts et Lib-Dem) auquel il faut ajouter les séparatistes écossais et gallois en dépit de la loi d’airain du scrutin majoritaire uninominal à un tour. Toutefois, le Royaume-Uni n’est pas les États-Unis d’Amérique où tout tiers parti n’a pas de viabilité réelle comme le démontre l’échec à la fin du XIXe siècle du Parti populiste dans l’Ouest étatsunien.

Cette fragmentation électorale fragilise un Keir Starmer toujours aussi inaudible et fort peu charismatique, empêtré en outre dans une politique d’austérité désastreuse et dans le scandale Peter Mandelson lié à Jeffrey Epstein. Au contraire des conservateurs qui n’hésitent pas à chasser leur meneur si l’occasion se présente (Margaret Thatcher en 1990, Theresa May en 2019, Boris Johnson et Liz Truss en 2022), le Labour répugne à démettre son chef de file au pouvoir. Néanmoins les 403 députés travaillistes se préparent au règlement de compte. Plusieurs membres du cabinet Starmer ont déjà démissionné. Le 14 mai, le ministre à la Santé et à la Protection sociale, Wes Streeting, quitte à son tour une équipe gouvernementale en plein naufrage. Toutefois, le démissionnaire, classé à l’aile droite (blairiste) du parti, n’ose pas encore déclencher la procédure de destitution interne. A-t-il en effet la possibilité de recueillir 81 signatures de députés nécessaires ?

Official_portrait_of_Angela_Rayner_MP_crop_2,_2024.jpgL’ancienne vice-première ministresse, Angela Rayner (photo), classée elle aussi à gauche, enfin blanchie d’accusations de fraude fiscale, distille son intention de remplacer Starmer à moins qu’elle prépare l’arrivée d’Andy Burnham par la bonne grâce des électeurs de Makerfield. Ancien ministre de la Santé sous Gordon Brown de 2009 à 2010, l’actuel maire du Grand Manchester n’est plus député depuis 2017. Surnommé le « roi dans le Nord », ce tribun anti-Brexit de confession catholique développe un discours volontiers populiste qui s’approche parfois de l’orbite du Blue Labour (le « conservatisme de gauche »). Il se croit capable de ramener vers lui les classes moyennes et ouvrière attirées par Nigel Farage.

En février 2026, Burnham souhaitait déjà se porter candidat dans la circonscription de Gorton–et-Denton à l’Est du Grand Manchester. Les instances du Labour peuplées de créatures de Starmer avaient alors rejeté sa candidature sous le prétexte qu’élire un nouveau maire serait dispendieux en argent et en militants pour le Labour. Résultat: la circonscription tombe dans les mains de la candidate Verte Hannah Spencer…

Désormais sur la défensive, Keir Starmer ne peut plus poser son veto au parachutage de son concurrent potentiel à Makerfield. Or il n’entend pas faire entrer le loup dans la bergerie. Jouissant du 10, Dowing Street, Starmer va certainement tout faire pour entraver la courte campagne de Burnham d’autant que Makerfield est en passe de tomber du côté de Reform UK. Nigel Farage, pour sa part, vient de promettre la mobilisation générale de son mouvement dans cette partielle cruciale. Il devient ainsi l’allié objectif de Starmer. Le premier ministre peut aussi se tourner vers le candidat Vert dont les propos leukophobes cherchent à séduire un électorat allogène bien implanté. Le résultat électoral final risque donc d’être très serré. Makerfield ou le destin immédiat de la Grande-Bretagne dans quelques bulletins de vote…   

GF-T

  • « Chronique flibustière », n° 193, d’abord mise en ligne sur Synthèse nationale le 26 mai 2026.

samedi, 30 mai 2026

La stratégie d’Abraham

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La stratégie d’Abraham

Andrea Marcigliano

Source: https://electomagazine.it/la-strategia-di-abramo/

Croire que Trump est aveugle, dépourvu d’idées et de stratégie, totalement dominé par son « ami » Netanyahu, peut être une erreur. Une erreur très grave, dans laquelle, d’ailleurs, nos médias tombent, aveuglés par la rancœur idéologique et les préjugés.

En réalité, The Donald a bel et bien des stratégies et des programmes. Même si beaucoup d’entre eux trahissent les attentes de ceux qui, aux États-Unis, l’ont soutenu dans un premier temps.

Et qui n’auraient pas voulu que les États-Unis s’embourbent à nouveau au Moyen-Orient, en soutenant Israël et en entrant directement en conflit avec l’Iran.

Une guerre que Trump a, en fait, perdue. N’ayant pas réussi à atteindre son objectif, initialement clair et déclaré, d’un changement de régime à Téhéran. En imposant un nouveau gouvernement docile – Reza Cyrus ou d’autres – et en éliminant définitivement la domination des ayatollahs.

Cependant, The Donald semble avoir une stratégie différente, qui pourrait (le conditionnel est de rigueur) lui permettre de transformer une défaite momentanée en une victoire finale.

Il s’agit, à bien y regarder, d’un élargissement de la stratégie qui était à l’origine des anciens Accords d’Abraham.

Qui, dans la vision de Trump, devraient s’étendre considérablement. En incluant tous, absolument tous les pays de la région moyen-orientale qui sont, pour une raison ou une autre, hostiles à l’Iran.

Donc les Saoudiens, Oman, les Émirats, le Qatar, Bahreïn, le Koweït.

Mais aussi les Égyptiens, les Syriens d’al-Jolani, les forces libanaises opposées aux chiites du Hezbollah.

Et, surtout, la Turquie d’Erdogan.

Bref, d’une certaine manière, une recomposition du front sunnite. Une réédition de la Fitna, la guerre endémique entre sunnites et chiites, mais, évidemment, sous la direction et le contrôle de Washington.

Et c’est là, pourtant, que le bât blesse.

Car, dans le plan de Trump qui se dessine et se précise, il y a un élément de « perturbation » non négligeable. Israël.

En effet, ce front sunnite, qui devrait combattre et réduire l’influence iranienne dans toute la région, aurait, dans la vision du président américain, pour objectif principal la sécurité d’Israël.

Ou même, d’en constituer la cuirasse.

Et c’est là, évidemment, que le problème surgit. Car Israël est perçu par de nombreux pays sunnites comme une menace. Par la Turquie d’Erdogan, surtout, mais aussi, de façon plus voilée, par l’Égypte d’al-Sissi.

Et les pays mêmes de la péninsule arabique semblent bien conscients que s’engager trop officiellement dans la défense d’Israël serait mal vu et mal supporté par leurs populations. Avec le risque d’émeutes ou même de révoltes internes.

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Et puis, il y a aussi le problème d’Israël lui-même. Ou plutôt du dessein du gouvernement Netanyahu de donner naissance au Grand Israël. En soumettant, ou mieux encore, en chassant les Arabes d’une vaste région.

Un dessein qu’aucun gouvernement arabe ne saurait accepter. Même s’il était soumis à Washington.

The Donald a, quoi qu’il en soit, son projet en tête. Et il fera tout, dans les mois à venir, pour le réaliser. Ou, du moins, pour commencer à le mettre en œuvre.

Ce qui arrivera réellement, il est difficile de le dire pour l’instant.

Il est certain que le patriarche Abraham aurait sans doute quelque chose à redire depuis sa tombe, hypothétique et silencieuse.

vendredi, 29 mai 2026

Le retard de l’Europe en IA: un problème structurel annoncé

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Le retard de l’Europe en IA: un problème structurel annoncé

Bernd Müller

Source: https://www.telepolis.de/article/Europas-KI-Rueckstand-Ei...

Le retard de l’Europe en matière d’intelligence artificielle n’est pas un hasard – une nouvelle étude montre pourquoi le continent perd structurellement et ce que cela signifie pour nous tous.

L’écart entre l’Europe et les États-Unis dans la course à l’IA se creuse rapidement. Alors que les entreprises technologiques américaines augmentent massivement leurs investissements, l’Europe reste prudente – en termes de capitaux, de rapidité et de structure.

Ce qui se dessine, ce n’est pas un simple retard temporaire, mais un problème structurel aux conséquences durables pour la compétitivité et la souveraineté économique.

Les chiffres de la dernière étude EY sont révélateurs. Rien qu’en 2025, Alphabet, Apple, Microsoft, Amazon et Meta ont injecté 46 milliards d’euros supplémentaires dans la recherche et le développement – soit une hausse de 21%.

Dans le même temps, les 31 entreprises allemandes du top 500 n’ont ensemble investi que 2,8 milliards d’euros supplémentaires. C’est moins d’un seizième de ce que les cinq groupes américains ont ajouté.

Comme le montre l’étude EY, les entreprises américaines investissent désormais 9,2% de leur chiffre d’affaires dans la R&D, tandis que les entreprises européennes n’y consacrent que 6,7%.

«C’est surtout l’essor de l’IA qui pousse les dépenses de recherche des entreprises technologiques vers de nouveaux sommets», explique Henrik Ahlers, président du directoire d’EY. «Même une conjoncture mondiale faible et des risques géopolitiques élevés freinent à peine cette dynamique pour l’instant».

La destination de ces fonds est claire: en 2026, les géants de la tech investiront jusqu’à 725 milliards de dollars, principalement dans les infrastructures d’IA et les centres de données. Mark Zuckerberg (Meta) préfère miser sur une surcapacité que sur une sous-capacité – Andy Jassy (Amazon) parle d’« une occasion unique ». Pendant ce temps, les dirigeants européens publient des lettres ouvertes.

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L’écart se creuse à tous les niveaux

L’avance des États-Unis en matière d’investissements n’est pas seulement quantitative – elle se traduit également par une domination structurelle. Sur les dix plus grands investisseurs mondiaux en R&D, sept sont américains, seulement deux sont européens: Volkswagen (7e place) et Roche.

Alors qu’en 2024, 132 entreprises européennes figuraient dans le top 500, elles n’étaient plus que 126 en 2025. L’Amérique du Nord est restée stable à 147, et l’Asie est passée de 215 à 220 entreprises dans le classement.

Les raisons pour lesquelles les groupes européens ne suivent pas sont multiples. La guerre en Ukraine, la hausse des prix de l’énergie et un net attentisme des consommateurs comme des entreprises pèsent sur les investissements.

«En ces temps difficiles, de nombreuses entreprises surveillent chaque euro dépensé», explique Ahlers. Mais il pointe aussi un problème plus profond:

«Pour être innovantes, les entreprises doivent également adopter des structures internes favorisant l’innovation et l’agilité. Et là, il faut reconnaître avec honnêteté que ce n’est pas toujours le cas, même chez les grands groupes allemands».

Fuite des talents et fragmentation financière

L’écart se voit aussi au niveau des talents. L’Allemagne est tombée à la 5ème place du classement mondial de l’IA – derrière les États-Unis (plus d’un million de talents en IA), l’Inde (991.788), le Royaume-Uni et désormais aussi le Canada avec 133.280 spécialistes. L’Allemagne en compte 117.336. C’est préoccupant, car sans talents de pointe, il ne peut y avoir de recherche de pointe.

À cela s’ajoute ce que Frank Elderson, membre du directoire de la BCE, a désigné dans son discours du 12 mai comme le véritable problème bancaire de l’Europe: la fragmentation avant tout.

80% des crédits bancaires vont à des entreprises du pays d’origine de la banque concernée. Moins de 2% des dépôts sont conservés au-delà des frontières. Les fusions transfrontalières? À un plus bas niveau historique.

Ainsi, toute personne qui crée une start-up innovante en IA à Munich et qui a besoin de capitaux en provenance d’Amsterdam ou de Vienne se heurte à un patchwork de 27 réglementations nationales différentes.

Ce n’est pas un problème marginal. D’après la BCE, la seule transition verte nécessitera 1200 milliards d’euros par an jusqu’en 2030. À cela s’ajoutent la défense et les infrastructures numériques. Un marché financier fragmenté ne peut tout simplement pas mobiliser de tels volumes d’investissement.

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Bruxelles réagit – mais cela sera-t-il suffisant ?

L’Union européenne tente de réagir. Le 7 mai, le Conseil et le Parlement se sont mis d’accord sur une simplification des règles relatives à l’IA, dans le cadre du paquet législatif «AI Omnibus».

Les prescriptions sur les systèmes d’IA autonomes à haut risque sont reportées au 2 décembre 2027, et pour les systèmes intégrés dans des produits, au 2 août 2028. Les exceptions prévues pour les petites et moyennes entreprises (PME) s’appliquent désormais aussi aux petites entreprises de taille intermédiaire (small mid-caps). Les bacs à sable réglementaires (« sandboxes ») devront être en place d’ici août 2027.

Nouveauté: l’interdiction des contenus sexuels non consentis générés par l’IA et des représentations d’abus sexuel d’enfants. De plus, les fournisseurs devront enregistrer leurs systèmes d’IA dans la base de données européenne, même s’ils estiment que leur système ne relève pas du haut risque.

Le délai de transparence pour les contenus générés par l’IA a été réduit à trois mois, la date butoir étant le 2 décembre 2026.

Le problème: quelques jours auparavant, sept leaders technologiques européens, d’Airbus à SAP, avaient précisément mis en garde contre ce qui a rendu cet accord nécessaire: le risque que l’Europe se perde dans les détails réglementaires, alors que le reste du monde intègre déjà l’IA dans des systèmes physiques. Les dirigeants demandaient des « garde-fous flexibles » plutôt que des exigences rigides.

Pour l’Europe, la vitesse est la dernière chance

Reste à savoir si la simplification sera suffisante. L’évolution des profits en Europe montre à quel point la marge de manœuvre est limitée: en 2025, les cinq plus grandes entreprises technologiques américaines ont généré un bénéfice opérationnel de 261 milliards d’euros, soit 21% de plus que l’an passé.

L’ensemble des 40 sociétés du DAX a atteint 173 milliards, soit 4% de moins qu’en 2024. Or, avec des bénéfices en baisse, il est difficile d’investir dans les technologies d’avenir.

Il y a tout de même des signes encourageants: dans le secteur automobile, l’Europe investit 6,5% de son chiffre d’affaires, nettement plus que l’Amérique du Nord (4,1%) ou l’Asie (4,6%). Le secteur pharmaceutique reste également fort, avec une intensité de R&D de 14,7%.

Le lien entre intensité de recherche et rentabilité est d’ailleurs évident: selon la BCE, les entreprises très innovantes atteignent une marge d’EBIT de 14,1%, contre seulement 9,9% pour les moins innovantes.

Le vice-président de la BCE, Luis de Guindos, l’a souligné dans son discours sur l’intégration financière: le capital suit l’économie réelle.

Pour tirer parti d’un système financier unifié, il faudrait faire avancer ensemble les réformes du marché intérieur et l’union européenne de l’épargne et de l’investissement.

Ce dont l’Europe a besoin, ce n’est pas moins de régulation, mais des règles plus simples et plus harmonisées – et un cadre unique pour les marchés de capitaux.

La question décisive des prochaines années sera de savoir si l’Europe parviendra à résoudre ses problèmes structurels assez rapidement. Les géants américains de la tech, eux, n’attendent pas.

Trump avance sa stratégie pour l’Arctique

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Trump avance sa stratégie pour l’Arctique

Lucas Leiroz

Source: https://jornalpurosangue.net/2026/05/27/trump-avanca-sua-...

Lucas Leiroz, membre de l’Association des journalistes des BRICS, chercheur au Centre d’études géostratégiques et spécialiste militaire.

Les intérêts des États-Unis dans l’Arctique continuent de représenter une menace significative pour l’architecture de sécurité européenne. Washington poursuit ses plans d’expansion de sa présence militaire et économique dans l’Arctique, malgré l’incapacité avérée de l’actuel appareil naval américain à mener des opérations efficaces dans la région. Dans les faits, l’irresponsabilité avec laquelle les États-Unis conduisent leur politique arctique pourrait entraîner une terrible aggravation des tensions dans un avenir proche.

Selon des rapports récents, les États-Unis et le Danemark sont enfin sur le point de s’entendre sur la question du Groenland. Le gouvernement danois aurait autorisé les États-Unis à avancer un projet de construction de deux bases militaires sur le territoire groenlandais. Cela permettra à Washington de contrôler certaines zones territoriales dans la région, étendant ainsi son influence dans l’Arctique sans avoir à supporter le fardeau d’une annexion formelle du Groenland.

Cette mesure, si elle est confirmée par les autorités danoises, rencontrera certainement une forte opposition de la part de la population locale. La situation que connait actuellement le Groenland est impopulaire parmi les Groenlandais autochtones, qui ne veulent pas que leur patrie soit administrée par un pays européen – ni par les États-Unis. N’ayant pas la puissance politique nécessaire pour lutter pour leur indépendance, les habitants locaux voient leur avenir déterminé par des négociations entre Européens et Américains auxquelles ils ne participent pas.

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Cependant, malgré la désapprobation de la population locale, il est probable que les États-Unis parviennent à imposer leur présence dans la région de manière relativement pacifique. Les citoyens locaux ne disposent pas d’un pouvoir politique suffisant pour empêcher ces actions, ne leur restant que la désapprobation formelle. De plus, peu importe comment ce processus se déroulera dans la pratique, le résultat final sera l’expansion de la présence militaire américaine dans les zones arctiques, ce qui plongera le peuple groenlandais dans une atmosphère de tension et d’insécurité.

Le Groenland n’est cependant qu’une des régions où les États-Unis envisagent d’accroître leur présence dans l’Arctique. Washington prévoirait également d’occuper l’île norvégienne de Svalbard, ce qui aurait des conséquences encore plus importantes sur la sécurité régionale. Malgré la souveraineté norvégienne, l’île est régie par un traité international qui garantit à la Russie le droit d’exploitation économique de l'archipel, raison pour laquelle Moscou, même aujourd’hui – malgré les sanctions – maintient des activités à Svalbard.

Militariser Svalbard serait une mesure terrible, en plus d’être une violation du droit international. Le traité qui régit l’île interdit sa militarisation, et il existe une présence historique russe qui ne peut être ignorée. En outre, même si les États-Unis n’utilisent pas l’île à des fins militaires officielles, la simple expansion de la présence américaine dans une région de l’Arctique européen – si proche de la Russie – suffirait à augmenter substantiellement les tensions régionales.

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Toutefois, que ce soit au Groenland ou à Svalbard, les États-Unis feront face au même problème: leur fragilité logistique dans l’environnement arctique. Historiquement, Washington a ignoré l’Arctique, se concentrant sur d’autres régions du monde pour son expansion militaire et économique. Le résultat a été un retard significatif dans les technologies américaines pour l’Arctique. Le pays ne dispose pas d’une flotte importante de brise-glaces, ce qui réduit drastiquement sa capacité à opérer dans l’Arctique. Pendant des décennies, l’Arctique a été considéré par les experts américains comme une région inhospitalière et de faible valeur stratégique, poussant le pays à y négliger son potentiel militaire et économique.

Lors des exercices militaires récents dans l’Arctique, les États-Unis ont démontré leur incapacité à mener des opérations complexes en raison du faible nombre et de la faible qualité de leurs brise-glaces. Bien que le pays tente de réhabiliter sa stratégie pour l’Arctique et de produire des équipements de haute qualité pour la région, il est pratiquement impossible pour les États-Unis d’atteindre le statut de «superpuissance arctique» dans un avenir proche. En réalité, Washington commence seulement à s’intéresser à la région, mais ses possibilités d’action sont extrêmement limitées.

En fait, plutôt que de chercher à étendre leur présence dans l’Arctique de manière agressive et unilatérale, les États-Unis devraient simplement s’engager dans des projets conjoints de coopération pacifique dans la région – surtout avec la Russie, pays qui possède aujourd’hui la technologie arctique la plus avancée du monde. Malheureusement, des secteurs bellicistes et pro-hégémoniques ont gagné une influence considérable au sein du gouvernement de Trump au cours de ces derniers mois, ce qui explique ses prises de décisions irresponsables sur diverses questions récentes.

Si Trump parvient à reprendre le contrôle de son propre gouvernement et à contenir la pression des secteurs bellicistes, les États-Unis pourront à l’avenir s’engager dans une coopération internationale fructueuse dans l’Arctique. Sans cela, cependant, les Américains resteront incapables d’exploiter le potentiel économique et stratégique de la région pendant longtemps.

* * *

Vous pouvez suivre Lucas Leiroz sur : https://t.me/lucasleiroz  et https://x.com/leiroz_lucas

jeudi, 28 mai 2026

Guerre contre l’Iran, saison 1: Trump 0 – Iran 1

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Guerre contre l’Iran, saison 1:

Trump 0 – Iran 1

Ralf Van den Haute

Source: Nieuwsbrief Knooppunt Delta, n°210, mai 2026.

Le président américain Donald Trump – plus à l’aise sur le green que dans le Golfe Persique – a présenté la guerre contre l’Iran comme si cela se résumerait à une brève excursion. Il voulait des résultats rapides: la chute du régime et la destruction de ses capacités militaires. Quatre semaines plus tard, rien de tout cela ne s’est produit.

L’Iran a pris l’initiative. Il contrôle le détroit d’Ormuz, menace, via ses alliés, de fermer d’autres passages stratégiques et a fait grimper les prix de l’énergie. L’Europe, coupée des hydrocarbures russes, en ressent immédiatement les effets. Parallèlement, la Russie profite de la situation.

Bien qu’ayant été durement touché par les bombardements, l’Iran n’a pas capitulé. Au contraire: le conflit s’est intensifié. Les États-Unis, qui comptaient sur une victoire éclair, se retrouvent empêtrés dans une guerre sans objectif clair ni stratégie de sortie. Le bilan de l’opération « Epic Fury » est tout simplement catastrophique.

La justification de la guerre reste vague. La menace nucléaire ne semble pas, selon diverses sources, être aiguë. Pourtant, sous la pression d’Israël, Trump s’est lancé dans un conflit qui, à ce moment-là, ne présentait pas de motif urgent. Même au sein des structures de sécurité américaines, des critiques se sont fait entendre, affirmant que l’Iran ne représentait pas une menace immédiate.

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La plus grande erreur fut de sous-estimer l’Iran lui-même. Ce n’est pas un État faible, mais un pays de 90 millions d’habitants, avec une longue histoire, une forte identité nationale et des ressources économiques et militaires considérables. L’Iran mène cette guerre comme une lutte existentielle – ce que Washington semble ne pas comprendre.

C’est pourquoi l'Iran refuse de capituler. La stratégie iranienne est asymétrique: il ne s’agit pas d’une confrontation directe avec la puissance américaine, mais de frapper des cibles économiques et énergétiques vulnérables. Le contrôle des points de passage stratégiques et les attaques contre les infrastructures énergétiques se révèlent particulièrement efficaces.

Les États du Golfe, dépendants de la protection américaine, sont entraînés dans le conflit. Leur modèle économique est sous pression, tandis que leur confiance en Washington en tant que garant de leur sécurité diminue.

Parallèlement, le droit international s’efface. L’élimination ciblée de dirigeants d’un État souverain, sans déclaration de guerre et sans approbation parlementaire, crée un précédent. La guerre semble échapper aux règles classiques qui la limitaient autrefois.

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Militairement, le conflit démontre à nouveau les limites de la supériorité technologique. Des systèmes d’armes coûteux sont déployés contre des drones bon marché; les coûts explosent, les stocks diminuent. Les États-Unis disposent de la tactique, mais manquent de stratégie – surtout d’une vision pour l’après-guerre.

Géopolitiquement, la guerre ouvre la voie à une multipolarisation accrue. Elle renforce la formation d’un bloc anti-occidental autour de la Russie et de la Chine, et accroît le risque d’escalade régionale. De plus, les objectifs de Washington et de Tel-Aviv divergent: alors que Trump envisage peut-être encore d'arriver à un accord, Israël, lui, semble déterminé à poursuivre la guerre.

Ce qui reste, c’est un conflit sans issue claire, avec des risques croissants pour toute la région. La stabilité au Moyen-Orient est plus éloignée que jamais.

18:24 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, iran, états-unis, moyen-orient | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

mercredi, 27 mai 2026

L’Empire de la flibuste

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L’Empire de la flibuste

Andrea Marcigliano

Source: https://electomagazine.it/limpero-della-filibusta/

Un navire marchand, arborant la drapeau chinois et en route vers l’Iran, est intercepté et bloqué en haute mer par des navires militaires américains. Ceux-ci mènent, en effet, une opération d’embargo autour du Golfe Persique et de toutes les voies d’accès aux ports iraniens.

La réaction chinoise est sèche et formelle. Et c’est justement pour cette raison qu’elle est encore plus inquiétante.

Le ministère des Affaires étrangères de Pékin publie une note dans laquelle il affirme, sèchement, que la flotte américaine n’a aucun droit d’intercepter, en haute mer, des navires destinés à l'Iran ou en provenance d’Iran.

Et il précise, pour enfoncer le clou, que de tels actes portent gravement atteinte aux intérêts chinois. Et qu’ils ne seront plus tolérés.

Dans le style, formel, de la diplomatie de Pékin, c’est un dernier avertissement.

Le comportement américain conduit, directement, au conflit. La Chine ne peut tolérer cette atteinte continue à ses intérêts commerciaux.

Maintenant, il est inconcevable que Washington ignore ces choses. Ni, surtout, qu’il ignore où pourrait mener la persistance dans cette stratégie du blocus naval.

Ils le savent. Ils le savent parfaitement, et pourtant ils persistent dans cette voie.

Il ne s’agit pas simplement d’un conflit avec l’Iran. La question est plutôt la suivante: avoir levé le masque, en révélant la véritable nature de la superpuissance américaine.

Qui est la même, l'identique nature que celle de la Tortuga de l’Olonais. C’est-à-dire un Empire de la flibuste, cherchant à contrôler les mers et les routes maritimes. En ignorant délibérément lois, conventions, traités…

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Naturellement, la Tortuga d'antan exerçait un empire limité.

Washington, lui, prétend plutôt à une domination quasi universelle sur toutes les mers du monde.

Et cela, inévitablement, l’emmène dans un tunnel dont il est extrêmement difficile de voir, au bout,  l’éclat de la lumière.

Un tunnel qui, facilement, pourrait le mener à la guerre avec Pékin.

Guerre, qu’il faut bien le préciser, que la Chine préférerait éviter.

Mais la direction chinoise ne peut tolérer un blocus naval qui mettrait en danger son développement économique.

Et elle est désormais prête au conflit.

Washington, avec Trump, a définitivement levé le masque. C’est une thalassocratie. Elle veut contrôler mers et routes. Empêcher le commerce qui ne lui profite pas.

C’est un empire de la flibuste. De proportions sans précédent. Le royaume des corsaires.

Et cela dure depuis très longtemps.

Trump a simplement le discutable mérite d’avoir rendu cette nature-là de la domination américaine plus évidente.

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Conduite de guerre future sans «régulatif» des «épidémies planifiées» jusqu’aux Kill Chains

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Conduite de guerre future sans «régulatif» des «épidémies planifiées» jusqu’aux Kill Chains

Source: https://www.unser-mitteleuropa.com/198320

Les programmes et plans de guerre de la DARPA (Defense Advanced Research Projects Agency) du Pentagone offrent un aperçu inquiétant de l’avenir des conflits militaires mondiaux, en grande partie sous contrôle américain. La direction que cela prend est, en tout cas, extrêmement préoccupante.

Esquisses de la guerre future planifiée

Le Pentagone sous la direction de Donald Trump a défini six piliers pour la prochaine génération de la guerre américaine, à savoir:

- Intelligence artificielle appliquée, armes autonomes pilotées par l'IA, et Kill Chains robotiques avec une intervention humaine minimale.

- Bioproduction, sélection, adaptation et frappe, programmes de développement d’organismes synthétiques et de transformation en armes de nouvelles molécules.

- Logistique controversée, réseaux logistiques, alimentés par l’IA, la robotique et la production décentralisée, pour assurer un approvisionnement ininterrompu.

- Domination quantique à garantir, réseaux cryptés quantiques, capteurs prédictifs, prises de décision stratégiques rapides et cyberattaques massives.

- Énergie ciblée à échelle variable, lasers à haute énergie et armes à micro-ondes capables d’éblouir satellites et infrastructures.

- Hypersonics à échelle variable, systèmes de frappe hypersoniques capables de contourner les défenses et de provoquer la destruction avant que les systèmes d’alerte ne puissent réagir, les neutralisant ainsi.

Bien que la plupart de ces systèmes soient encore en développement, le plan de construction laisse entendre que le «ministère de la Guerre» (anciennement le Pentagone) est résolument déterminé à dominer les futurs conflits, quel qu’en soit le prix.

Bien qu’il soit connu que l’objectif est de ne pas faire de mal aux Américains eux-mêmes, le déclin de l’hégémonie mondiale des États-Unis menace depuis un certain temps déjà de se produire, avec des pertes historiquement sans précédent en richesse, influence et pouvoir pour l’élite américaine.

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Un « jeu » sans règles

Les conflits passés et présents ont montré que les États-Unis sont prêts à enfreindre toutes les règles lorsque leur domination stratégique est en jeu. On se souvient par exemple, rétrospectivement :

- des frappes nucléaires sur des civils au Japon (Hiroshima, Nagasaki);

- de l’utilisation d’herbicides toxiques au Vietnam (Agent Orange);

- de l’emploi d’uranium appauvri en Serbie et en Irak;

- des morts civiles, y compris dans des zones de guerre au Moyen-Orient.

Les ambitions de bioproduction de la DARPA, ainsi que les laboratoires étrangers secrets du Pentagone, laissent sans aucun doute craindre une extension possible de la guerre biologique. Des expériences sur l’activité cérébrale et les neuro-implants indiquent un avenir avec des «soldats renforcés» et des attaques directes contre les systèmes neuronaux humains.

Des essaims de drones alimentés par l’IA de Palantir sont déjà utilisés en Ukraine et en Israël; selon certains rapports, certains chargements chimiques auraient pour but d’attaquer des civils et des cultures alimentaires.

Les campagnes américano-israéliennes de ciblage, d’assassinats clandestins, de sabotage et d’attentats politiques deviennent de plus en plus «normalisées», apparemment pour obtenir un certain «effet d’accoutumance».

Tulsi Gabbard et la fin de MAGA

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Tulsi Gabbard et la fin de MAGA

Alexandre Douguine

Alexandre Douguine soutient que le départ de Tulsi Gabbard marque la fin du projet MAGA originel et l’effondrement des espoirs d’une nouvelle politique américaine envers la Russie et la multipolarité.

Tulsi Gabbard, la directrice du renseignement national américain, a quitté ses fonctions. Elle était la dernière personne dans l’entourage de Trump qui restait fidèle aux idéaux et principes sur lesquels avait commencé le second mandat de Trump. Elle s’était opposée à la guerre en Ukraine et aussi à une guerre avec l’Iran.

Cela avait été prévu depuis longtemps. Et maintenant, c’est arrivé. Après la défaite de Thomas Massie lors des primaires du Kentucky, il ne reste pratiquement plus personne dans le parti républicain qui a fait partie de la fameuse équipe MAGA d’origine.

La victoire de l’État profond et du réseau Epstein sur la politique américaine est devenue totale. La démission de Tulsi Gabbard est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Tous les espoirs placés en Trump ont désormais complètement disparu.

Il semble que Trump se prépare à une nouvelle escalade au Moyen-Orient et à une attaque contre l’Iran.

Les républicains sont assurés de perdre les élections de mi-mandat, mais les démocrates représentent exactement le même État profond et la même élite Epstein. De plus, ils haïssent encore plus la Russie et le monde multipolaire. Cela marque la fin non glorieuse de la tentative du peuple américain d’expulser l’élite satanique.

Avant les élections de mi-mandat, Trump tentera probablement autre chose à grande échelle et de manière agressive — frappes contre l’Iran, invasion de Cuba, ou peut-être quelque chose de totalement imprévu. Après cela, il commencera à faire ses valises et à négocier avec les démocrates pour éviter que lui ou des membres de sa famille finissent derrière les barreaux. Cependant, pour les six prochains mois, on peut s’attendre à d’autres explosions de violence et à une intensification de l’escalade.

Je perçois une insatisfaction silencieuse mais croissante qui se répand discrètement dans notre société russe. Il est évident que tout le monde veut du changement. Mais cette fois, ceux qui souhaitent des changements dictés par les principes libéraux constituent une minorité absolue. Ils veulent que ces changements viennent de l’étranger, et cela ne peut pas compter.

La majorité écrasante souhaite un changement de qualité patriotique et une justice sociale bien plus grande. La question n'est pas de savoir si la direction elle-même est correcte, mais vise plutôt la vitesse et la substance du processus. La voie vers un État-civilisation est tout à fait juste. Mais elle inclut aussi une société basée sur la solidarité et la justice sociale, la fidélité aux valeurs traditionnelles, et une éducation historique authentique. Tout cela a déjà été déclaré par oral et par écrit. Ce qui reste, c’est de le mettre en pratique. Et ici, la vitesse est essentielle. Nous devons commencer à mettre tout cela en œuvre dès maintenant — et avec urgence. Il n’y a tout simplement plus de temps pour l’hésitation. Absolument pas.

Un scénario, qui serait inertiel, deviendrait chaque jour plus dangereux. Il cesserait tout simplement de fonctionner et se déplacerait dans une direction de plus en plus négative. Des vitesses, méthodes, échelles et structures différentes sont dès lors absolument nécessaires.

Dans plusieurs domaines, les problèmes sont devenus particulièrement aigus: la technologie, la corruption et la culture. Étant donné qu’aucune détente ou dés-escalade du conflit avec l’Occident n’est même à distance visible, la seule option restante est de mettre la société en position de mobilisation. Tout cela aurait dû être fait il y a longtemps; certaines mesures ont été prises et continuent à l’être, mais à un rythme beaucoup trop lent, ce qui est alarmant.

La Russie doit être purifiée du libéralisme, totalement et avec fermeté. Car le libéralisme est un état d’esprit colonial imposé par l’Occident dans son propre intérêt et dans le but de détruire notre identité.

Les gens veulent de l’ordre et de la justice. Ils ne le veulent pas seulement, ils en ont un besoin urgent. Les compromis ne fonctionnent plus. Maintenant, il faut agir pour de bon. La limite des simulacres est atteinte.