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dimanche, 14 décembre 2008

Dressage capitaliste

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Dressage capitaliste

 

Contrairement à une vision encore très répandue dans les milieux d’extrême gauche, il y a déjà bien longtemps que le dressage capitaliste des classes populaires ne repose plus prioritairement sur l’action de la police ou de l’armée (…). De nos jours, il devrait, au contraire, être devenu évident pour n’importe qui que le développement massif de l’aliénation trouve sa source véritable et ses points d’appui principaux dans la guerre totale que les industries combinées du divertissement, de la publicité et du mensonge médiatique livrent quotidiennement à l’intelligence humaine. Et les capacités de ces industries modernes à contrôler “le temps du cerveau humain disponible” sont, à l’évidence, autrement plus redoutables que celles du policier, du prêtre ou de l’adjudant – figures qui impressionnent tellement les militants des “nouvelles radicalités”.

 

Jean-Claude MICHEA, “La double pensée – Retour sur la question libérale”, coll. Champs/Essais, Flammarion, 2008.

 

 

jeudi, 11 décembre 2008

RFID: la police totale

RFID : la police totale

 

 

Puces intelligentes et mouchardage électronique
Pièces et main d’œuvre
96 pages | 12 x 18,5 cm | 6 euros
isbn 978-2-91583026-2

Hors des laboratoires, des services vétérinaires et de logistique, peu de gens connaissent les RFID (Radio Frequency Identification), aussi nommées « étiquettes électroniques », « intelligentes », « smart tags », « transpondeurs », « puces à radiofréquences ».

Ces mouchards, nés durant la Seconde Guerre mondiale, vont bientôt supplanter les codes-barres dans les objets de consommation, puis envahir les animaux, les titres de transport et d’identité, les livres des bibliothèques, les arbres des villes et finalement les êtres humains à l’aide de puces sous-cutanées : voici venu le temps du marquage électronique universel et obligatoire. Bientôt il sera criminel d’extraire de son corps sa puce d’identité.

– Avez-vous quelque chose à vous reprocher ?

Ceux qui écrivent à l’enseigne de Pièces et Main d’Œuvre enquêtent et s’expriment depuis 2002 sur les nécrotechnologies. Ils ont publié à l’Echappée Terreur et possession, enquête sur la police des populations à l’ère technologique, Le Téléphone portable, gadget de destruction massive et Aujourd’hui le Nanomonde. Les nanotechnologies, un projet de société totalitaire.

http://www.lechappee.org/

mercredi, 19 novembre 2008

Les nouvelles censures

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« Les Nouvelles Censures/ Dans les coulisses de la manipulation de l'information
Par Paul Moreira

Ex: http://www.polemia.com 

Tout commençait bien.
Tout d’abord, le titre, accrocheur comme une Une de « Marianne ». Et plus encore le sous-titre : « Dans les coulisses de la manipulation de l’information », qui présageait une enquête opportune, une quête obscure, difficile, voire dangereuse. Sur un sujet aussi épineux, cela sentait la prise de conscience salutaire, voire la rébellion ! Et puis même Vladimir de Gmeline dans « Valeurs actuelles » s’était fendu d’un papier élogieux – au point de sentir la commande à 100 mètres. Premier indice.

L’auteur, ensuite, pouvait présenter les garanties nécessaires au traitement du sujet. Son éditeur en fait un « journaliste d’investigation dans la presse écrite, à la radio et à la télévision ». Notamment pour Canal+, comme responsable de l’émission – dite de référence – « 90 minutes ». Deuxième indice.

Nonobstant les appréhensions initiales, la quatrième de couverture, enfin, suscite l’appétence. Il s’agit bien de prendre en compte les dernières techniques de manipulation, les nouvelles manières de formater les pensées. Beaucoup plus efficaces que la bonne vieille censure. Mieux adaptées, surtout, au vacarme médiatique actuel, « devenu le meilleur allié des nouveaux censeurs ». Notre ego s’en trouvait même flatté : « Les techniques de manipulation de l’information quotidiennement employées sous vos yeux sont multiples et extraordinairement intelligentes ». Les déjouer, ce n’est plus de l’intelligence : c’est du talent pur et simple ! Et puis on allait voyager : de l’Irak au Nicaragua en passant par la France, le Timor-Oriental et Abidjan, de Bush à Sarkozy, de l’obésité au sida et enfin de l’insupportable pression au travail à la terreur islamiste, que de contrées et de sujets inédits !
Il ne restait plus qu’à ouvrir les pages…

Tintin au pays de l’infoguerre

Hormis quelques morceaux de bravoure, dans le prologue et le premier chapitre qui mettent (un peu) en perspective le sujet (1), et un chapitrage qui prolonge le titre alléchant (2), on lit en fait un véritable roman, servi par le style propre au genre et un propos superficiel, aussi vain que vaniteux. Et surtout un scénario immuable, applicable de façon universelle et immanente, au manichéisme échevelé : aux quatre coins de la planète (sic), les patrons sont des salauds d’exploiteurs, les pauvres sont tous dignes, les travailleurs exploités, les administrations US complotent contre les libertés tandis que les militants des droits-de-l’homme et autres syndicalistes exotiques sont à la fois des saints et des héros.

Des exemples ? Les sandinistes sont présentés comme de joyeux socio-démocrates et le gouvernement Allende était tout simplement de gauche, pour ne pas dire humaniste, quand l’apartheid était un régime franchement « néo-nazi » et les différentes administrations US – encore elles – sont et seront toujours liberticides, terroristes, voire fascistes. Et ne parlons pas de la France, viscéralement engoncée dans ses « mensonges d’Etat »… Une succession de clichés que l’on pouvait croire, naïvement, éculés.

Hétérotélie de l’antiaméricanisme primaire

Moreira prétend pourfendre le nouvel impérialisme états-unien. Soit. Ce n’est pas très courageux aujourd’hui mais potentiellement fécond pour l’avenir. Le problème est qu’il n’a sans doute pas lu la Constitution des Etats-Unis mais en est passablement imprégné – sans doute pour avoir passé sa jeunesse dans les cinémas de quartier où étaient projetés en boucle les westerns de l’âge d’or d’Hollywood. Pour lui, l’individu, ou même l’attroupement d’individus, détient par essence la vérité et la justice, quand les systèmes, les organisations et les ordres sont, non seulement dépassés, mais dangereux car ontologiquement mauvais. Il est vrai qu’en faisant de Bernstein et Woodward (3) ses figures tutélaires, on ne pouvait s’attendre à une vision renouvelée du « journalisme d’investigation ». Surtout 25 ans après les faits. Et tant de réels scandales depuis. Quel (vrai) sujet gâché !

Bref, pour les plus courageux ou les plus oisifs, il sera donné l’occasion de lire, avec « Les Nouvelles Censures », un mélange pour tout dire nauséeux de dénonciation hystérique, d’empathie démagogique et d’indignation à la fois puérile et stérile. Avec un ton et des arguments puisés dans le Triangle des Bermudes que l’on pourrait situer entre Les Envahisseurs, X-Files et Erin Brockovich (4). Ou, dans un registre plus franco-français, entre José Bové, Besancenot et Le Pen. Avec ce goût manifeste du complot, de la mauvaise foi et de l’approximation géopolitique ou tout simplement historique, il nous est ainsi donné l’occasion de lire le premier roman authentiquement gaucho-lepéniste. Ou plus exactement : lepéno-gauchiste.
Ce n’est pas un cadeau.
Pourvu que personne ne songe à vous l’offrir pour Noël…

G.D.
© Polémia
05/12/07

Paul Moreira, « Les Nouvelles Censures : Dans les coulisses de la manipulation de l'information », Robert Laffont 2007, 285 p., 19 euros.

(1) Pour une appréhension plus robuste d’un tel sujet, à savoir le recyclage des techniques de vente et, pour tout dire, de manipulation dans le champ de la démocratie d’opinion, on pourra se référer à des textes plus utiles, récemment (ré)édités aux éditions La Découverte. Notamment « Storytelling/ La machine à fabriquer des histoires et à formater les esprits », de Christian Salmon et « Propaganda/ Comment manipuler l’opinion en démocratie », d’Edward Bernays, le praticien génial de ces techniques inspirées du marketing et auquel se réfèrent encore tous les consultants du moment (intelligemment préfacé par Normand Baillargeon).
(2) Par exemple : « L’Industrie du consentement » ou « Obésité : l’épidémie cathodique », et surtout les sous-chapitres, secs comme des coups de trique : « Punir », « Décrédibiliser », « Intimider », « Supprimer la source » ou, au contraire, moelleux comme des annuaires du téléphone : « Laisser faire le vacarme », « Séduire », « Acheter », « Contrôler la version officielle »…
(3) Pour mémoire, Carl Bernstein et Bob Woodward sont les deux journalistes du « Washington Post » qui ont révélé le Watergate. La belle affaire…
(4) « Erin Brockovich, seule contre tous », film de Steven Soderbergh sorti en France en avril 2000, mettait en scène Julia Roberts, mère célibataire un peu vulgaire mais héraut au grand cœur des premières Class Action (actions collectives en justice). Un summum facile à décrypter – pour le coup.

 

Polemia

samedi, 25 octobre 2008

Dix millions de "Coccinelles"

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Dix millions de coccinelles

 

 

Il faut bien qu'il y ait beaucoup de choses de pourri dans notre bon monde de “correction politique” pour qu'un romancier comme Saint-Loup connaisse à nouveau un succès d'estime certain auprès d'une fraction grandissante de la jeunesse eu­ropéenne. Quatre ans après sa mort, ses livres continuent à être réédités méthodiquement et les hommes courageux qui s'emploient à cette tâche sont toujours surpris de voir avec quel enthousiasme on se rue sur ces ouvrages.

 

Pour les tenants de l'anti-FRAT (Fascisme-Racisme-Antisémitisme-Totalitarisme: expression forgée par un autre héré­tique des temps modernes le professeur Notin), Saint-Loup restera seulement l'apologiste des réprouvés de la Waffen-SS francaise.

 

Mais son œuvre est bien plus vaste. Il fut aussi un analyste formidable des grands travaux publics et semi-publics de ce vingtième siècle finissant. Et c'est ici l'aventure automobile qui nous est contée. En effet, à la fin des années 60, après avoir achevé sa trilogie sur les derniers défenseurs du bunker de Hitler à Berlin et avant de commencer son cycle sur les patries charnelles, Saint-Loup termine une autre trilogie: après avoir publié les magistrales biographies de Louis Renault (1955) et de Marius Berliet (1962), il écrit Dix millions de coccinelles, l'histoire de la Volkswagen qui, en quelques décennies, va conquérir l'univers.

 

Mais en 1976, c'est 21 millions de “Cox” qui ont été vendues sur la planète depuis sa création. Tous les journaux automo­biles portent aux nues le fer de lance de notre belle société de consommation, en lui rendant aujourd'hui un hommage bien mérité. On la fabrique toujours au Mexique. On ne pouvait plus l'acheter neuve sur le marché européen: là aussi, à force de célébrer son génie sur l'autel consacré au dieu Hermès, elle va effectuer son retour, en star comme une actrice mythique ou un chanteur adulé qui fait sa dernière tournée de chant! Oui, en 1999, fiers nostalgiques de la belle époque, vous pourrez à nouveau l'acheter, flamboyante, en France, en Allemagne, en Italie... Et dire qu'elle a été conçue à la fin des années 30, alors que la France devait attendre près de quinze ans pour avoir sa toute petite réplique de voiture nationale, la 2CV, la “deux pattes”, ou la 4CV de Renault.

 

En premier lieu, soulignons dans cette édition une ambiguité éditoriale assez édifiante: Dix millions de coccinelles,  en page de titre est bien le véritable titre (car en 1968, date de la première publication du livre, seulement 10 millions de ces curieux véhicules ont été vendus); mais ce livre est à la fois non moins significativement sous-titré “l'épopée automobile du Troisième Reich” en “une” de couverture et aussi “l'épopée industrielle du Troisième Reich” en quatrième de couverture. Industrie, automobile, l'un ne va pas sans l'autre, sans l'automobile il n'y aurait pas eu d'épopée industrielle, ni de cocci­nelles, ni par conséquent le succès politique, économique et social fulgurant qu'a connu le Troisième Reich avant la guerre.

 

Pour ce qui est du contenu du livre proprement dit, les partisans de la pensée unique découvriront avec horreur que la voi­ture la plus populaire ayant jamais existé et qui, seule, soixante ans après sa conception, continue à rouler dans le monde entier, a été conçue grâce à la rencontre quasi miraculeuse d'un ingénieur autodidacte de génie Ferdinand Porsche et d'un homme politique un peu particulier, à savoir Adolf Hitler. Comme celui qui lui servira de cornac, Ferdinand Porsche était Autrichien: «c'étaient de toutes petites gens», nous dit Saint-Loup, «mais issus des profondeurs biologiquement intactes des races germaniques et ouverts à ce titre aux plus grandes ambitions créatrices».

 

Porsche  —«Cet homme qui manque totalement de culture, mais dont le cerveau, dans le domaine de la création, valait toutes les équipes de recherche d'une douzaine d'universités»—  est entouré d'ingénieurs exclusivement autrichiens. Et comme le constructeur Enzo Ferrari, qu'admirait également Saint-Loup, il travaille aussi en symbiose avec le monde ou­vrier et c'est bien sûr grâce aux grands projets étatiques qu'il vécut cette grande aventure industrielle, cette véritable chan­son de geste du vingtième siècle, tout de forges et d'enclumes.

 

Jusque dans la construction de la gigantesque ville-usine de 9000 habitants, Adolf Hitler fera confiance à un architecte de trente ans de petite taille, à l'allure de Wandervogel,  les cheveux dressés sur la tête, la chemise ouverte sur la poitrine, culottes en cuir, le visage ouvert, naturellement rieur et bien sûr lui aussi Autrichien! N'en déplaise aux sectateurs du grand métissage universel généralisé, la cohérence ethnique peut aussi donner de bons résultats, tout simplement parce que la cohésion de toute équipe humaine est plus forte quand on partage la même gouaille dialectale (la fameuse tétraglossie du linguiste Gobard!), quand on a aimé les mêmes paysages, connus les mêmes auberges ou les mêmes brasseries, les mêmes écoles et les mêmes bals!

 

Constatons également que des capitaines d'industrie de la sorte existent bel et bien dans cet univers du millénaire qui s'achève mais ceux-ci sont dans une impossibilité totale de s'exprimer et doivent par conséquent croupir dans des postes d'employés à cause d'une société jalonnée d'obstacles en diplômes, administrations, convenances sociales et autres, où, pour un être créatif, tout, absolument tout, est fait pour qu'il n'y parvienne jamais, ceci afin de préserver l'ordre établi, car où irait-t-on si des petits génies de la campagne bousculaient à tout bout de champ les cours en bourse avec leurs satanées in­ventions!

 

Sinon, au-delà de l'aventure extraordinaire des hommes, des expéditions pendant la guerre dans la version militaire de la “Cox”, c'est-à-dire la “Kübelwagen” et la vie quotidienne dans la ville païenne, Stadt des KDF-Wagens, privée d'église, mais surmontée d'une acropole du travail et de la joie, on sent confusément que l'écrivain éprouve un certain scepticisme par rapport à l'univers qui était en train de s'édifier dans la future Wolfsburg, sur les autoroutes du Reich et par cet engoue­ment généralisé pour les machines, les autos et le moteurs.

 

En effet, insistons tout de même sur une des idées-forces de ce récit: malgré l'aventure industrielle et étatique dont il est question ici, l'auteur n'oublie pas son idéal libertaire et écologiste, celui des “copains de la belle étoile”, de l'expérience du Contadour de Jean Giono et de son vieux maître, un des rares écrivains français authentiquement völkisch/folciste, au sens allemand du terme, Alphonse de Chateaubriant: il pense sans doute aux vieux idéaux de liberté germanique, lorsqu'il évoque les contrôleurs des firmes automobiles: «en manteau de cuir noir tombant jusqu'aux chevilles dans ce style mili­taire, qui, lentement et comme à regret, impose à l'Allemagne un nouveau visage...».

 

Et aussi un peu plus loin: «[...] c'est parce que les nationaux-socialistes détestent l'anarchie, prétendent donner un sens à l'histoire, contraindre l'homme à suivre une direction spirituellement et biologiquement préétablie, qu'on verra bientôt s'allonger les premiers fils de fer barbelés, les premiers miradors émerger au dessus des perspectives de sapins et terres grises, les premiers gardiens de camps s'opposer au chaos qui partout et toujours nait des grands bouleversements indus­triels, n'épargnant pas plus Wolfsburg que les autres coins d'Europe [...]».

 

Ainsi, un des axes centraux de ce roman à thèse, comme c'est toujours le cas avec Saint-Loup, est de nous faire prendre conscience des contradictions internes du régime national-socialiste, ballotté entre son désir de préserver les traditions, d'une part, et de sa facilité à céder à l'attraction des miroirs aux alouettes que tend la societé moderne, d'autre part, et qui reste finalement le grand débat qui mérite vraiment d'être tenu en cette fin de siècle. En effet, nous ne prenons pas de grands risques en disant que si le Troisième Reich avait gagné la guerre, les populations, vivant dans cette ville nouvelle et les autres qui, à coup sûr, se seraient multipliées, passé le premier enthousiasme procuré par la société de consommation, auraient souffert, elles aussi, inéluctablement, des pathologies de la civilisation, exactement comme les populations ac­tuelles des grandes villes occidentales. Or, coupé des liens du sol, il n'y a pas de salut. C'est seulement dans un cadre en­raciné que peuvent s'épanouir les hommes. La technique comme fin en soi est une horreur. L'enracinement et le lien avec la nature au sein d'une communauté sont indispensables pour l'équilibre psychologique des populations quel que soit leur sang.

 

Avec cette réalisation mirifique pour l'époque, le régime national-socialiste ne faisait qu'imiter  —avec une perfection supé­rieure toutefois—  le taylorisme américain (voir les usines Ford) ou le productivisme soviétique. Et une forme d'art natio­nal-socialiste a été produite par ce type de civilisation: la Stadt des KDF-Wagens était futuriste comme l'avaient préconisé les architectes des mouvements italiens et soviétiques de cette époque. Et en plus on l'a construite en détruisant une partie de la lande du Lüneburg, si chère à l'écrivain Hermann Löns.

 

Ainsi toute l'ambiguité de ce système apparaît dans sa praxis politique et dans sa difficulté à concilier tradition et modernité. Sur le plan politique, ce sont Albert Speer et Walther Darré qui s'opposent. Du coté du ministre de l'industrie et de la cons­truction, ce sont des réalisations architecturales grandioses, le futurisme des grandes avenues, la Stadt des KDF-Wagens, les automobiles et son corollaire d'industrie, de commerces et de pollution... Du coté du ministre de l'agriculture Darré, il s'agit du Hegehof, la ferme organique de conservation, la préservation de la diversité des espèces végétales et animales de la lande de Lüneburg, une vision de la société organique et écologique... Walther Darré étant peut-être un des premiers hommes politiques à vouloir transcrire dans la réalité sociale un discours écologiste. Il est bien évident qu'après sa démis­sion en mars 1942 par Hitler, les imperatifs industrialo-militaires du Reich en difficulté annihileront toute initiative concrète dans ce sens écologique. Et nous ne parlons même pas de l'après-guerre, où la reconstruction a pris le pas sur toutes autres considérations, a fortiori en matières d'urbanisme et d'écologie...

 

Quant à Saint-Loup, il tranche sans ambages ce débat en faveur des idées du sang et du sol, se rapprochant davantage de Darré que de Speer. Pour s'en convaincre nous ne reproduirons que deux courtes citations du livre: «Les ouvriers de cette usine composent déjà un de ces tableaux dont l'avenir va multiplier les versions: l'homme tombé dans la servitude des ma­chines qu'il a créées pour le meilleur et pour le pire!». Et il conclut son ouvrage de la sorte: «La coccinelle appartient dé­sormais à l'univers déshumanisé des moyens industriels et des techniques qui se suffit presque à lui-même... pour le meilleur ou pour le pire! Le pire fort probablement!».

 

Par cette démonstration littéraire souvent magistrale et au-delà de ce débat plus que jamais d'actualité, le jeune lecteur (et les autres aussi...), passionné par l'automobile, dans ce récit haletant mené sans aucun temps mort, découvrira la fidélité absolue du peuple allemand et des autres peuples de la Terre à cette petite auto toute en rondeurs, au-delà même de la dé­faite de son concepteur, et cette passionnante épopée lui rappelera que “là où il y a une volonté, il y a un chemin”.

 

Pascal GARNIER.

 

SAINT-LOUP, Dix millions de coccinelles, Ed. L'Æncre (12 rue de la Sourdière, F-75.001 Paris), 1996, 366p. + 8 p. de photos hors texte, 185 FF.

vendredi, 24 octobre 2008

R. De Felice et l'histoire du fascisme italien

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Renzo de Felice et l'histoire du fascisme italien

 

 

Dans la nuit du 25 au 26 mai 1996, après une semaine d'agonie, le grand historien italien Renzo de Felice a rendu l'âme. Il avait 67 ans. La maladie le minait depuis quelque temps, mais son caractère naturellement réservé n'avait rien laissé transparaître de son état de santé fort précaire.

 

Avec lui disparaît de la scène culturelle italienne non pas un très grand historien, mais, aux yeux de bon nombre de commentateurs, l'unique historien digne de ce nom de l'après-guerre en Italie. Pour toutes sortes de motifs bien connus  —ceux-là même qui sont à la base de l'immense travail de Renzo de Felice—  ceux qui se sont occupés de l'histoire récente dans notre pays l'ont fait en s'idntifiant à des passions jamais apaisées; ils étaient mus soit par un idéalisme authentique soit par le désir et la néces­sité de se justifier eux-mêmes ou de justifier l'ordre des choses né à Yalta.

 

Comme on avait pu le prévoir, quand Renzo de Felice est mort, il a récolté dans les médias un succès formidable, celui-là même qui lui fut refusé de son vivant: disons que tous, détracteurs compris, ont exalté l'œuvre de de Felice avec cette magnanimité satisfaite et cette condescendance généreuse que l'on accorde volontiers à ceux qui ne pourront plus jamais apporter la réplique.

 

Pourtant, on lui en a reproché des “fautes” à de Felice: il a eu l'audace inouïe de consacrer son existence toute entière à la reconstruction objective, rigoureuse et scientifique d'une période de l'histoire considé­rée par la plupart de nos contemporains comme le “trou noir” de l'histoire italienne depuis l'unification du pays. De Felice a commencé cette reconstruction par une biographie de l'acteur politique principal de cette période controversée. Nous étions en 1965: De Felice n'avait que 36 ans et était déjà en mesure de proposer une approche absolument révolutionnaire de la figure de Mussolini.

 

Né à Rieti en 1929, De Felice s'inscrit dans les années 50 à l'Institut Italien d'Etudes Historiques fondé à Naples par Benedetto Croce après la défaite italienne de 1945. A cette époque, le jeune de Felice était marxiste, en profondeur et avec l'enthousiasme de l'étudiant. Ses premiers textes ont été consacrés au mouvement jacobin en Italie à la fin du 18ième siècle; il a ensuite consacré trois volumes monographiques à cette idéologie de gauche, ainsi qu'une anthologie et une série d'articles fouillés, de notes et d'essais, parus dans diverses revues historiques. Comme le dit Giuseppe Galasso, ce travail sur le jacobinisme “est bien plus important en quantité que ce que la majeure partie des spécialistes de ce domaine ont pu­blié non pas en une quinzaine d'années, comme de Felice, mais en toute une vie de labeur”.

 

Le directeur de l'Institut était alors Federico Chabod (à qui nous devons les remarquables Leçons sur le fascisme, aujourd'hui un peu trop souvent oubliées, et prononcées à la Sorbonne de Paris en 1947; elles sont aujourd'hui publiées chez Einaudi). Chabod était un historien illustre, un anti-fasciste qui a lutté dans les rangs des partisans du “Parti d'Action”; élève de Croce et de Volpe, Chabod fut le premier en Italie à abandonner l'“histoire justicière” pour lancer l'“histoire justificatrice” et réclamer la réconciliation des ad­versaires d'hier. Réalisme lucide! Le marxiste de Felice a saisi au bond la leçon de Chabod et la met en pratique dès 1956, au moment où la révolution hongroise scinde en deux camps les gauches euro­péennes. De Felice développe alors une critique de l'historiographie marxiste, en utilisant les méthodes et les grilles d'interprétation de l'école libérale (de Croce). Il se consacre à un essai fondamental sur "l'histoire des Juifs italiens sous le fascisme” (qui paraîtra chez Einaudi en 1961). Pour la première fois, un historien avance l'hypothèse  —qui s'avèrera par la suite substantiellement exacte—  de la profonde différence entre la politique raciale nationale-socialiste et celle du fascisme italien. De Felice souligne avec courage le silence complice de l'Eglise catholique et publie une liste nominative de politiciens en vue dans cette Italie des années 50 qui, sous le fascisme racisant (à partir de 1938), avaient été des antisé­mites déclarés et actifs. De Felice commence alors une carrière fulgurante mais aussi hérissée de difficul­tés. Le jeune professeur doit affronter les contestations des étudiants et l'ostracisme de ses collègues.

 

Pourtant de Felice ne faisait rien d'autre qu'appliquer à l'étude du fascisme et surtout à la biographie de Mussolini les mêmes critères d'objectivité que l'on acceptait unanimement en milieux académiques, à condition, bien sûr, que l'on ne veuille bien parler que des hérétiques dans la Prague du 15ième siècle, des luddistes anglais ou des suffragettes américaines. En revanche, tout ce qui s'est passé en Europe après 1789 ou en Italie après 1848 demeure rigoureusement tabou et ne peut être étudié selon ces cri­tères modernes de l'objectivité en sciences historiques. Les jeux sont faits une fois pour toutes, nous dit-on, on a déjà bien séparé le bon grain de l'ivraie et, de ce fait, vouloir en revenir aux faits (déjà acquis!) est condamnable et superflu, comme nous l'avait enseigné l'incendiaire de la bibliothèque d'Alexandrie. Il est dès lors préférable de se taire. Renzo de Felice ne l'a pas fait.

 

En Italie, on le sait, on ne peut dire du mal de deux choses seulement: la mamma et la résistance. Et pas nécessairement dans cet ordre. On peut donc imaginer le scandale lorsqu'en 1965 Renzo de Felice publie le premier de ses nombreux ouvrages dédiés à la vie et à l'œuvre de Mussolini. Ce n'était sans doute pas le bon moment, mais, finalement, il n'y aurait jamais eu de bon moment.

 

Pour notre bonheur, Renzo de Felice ne s'est jamais découragé: il a continué avec une objectivité obsti­née à explorer la vie de celui qui fut, pour le bien comme pour le mal, pendant vingt ans et non pendant un seul jour, le Duce des Italiens. Simultanément, de Felice opérait une “vivisection” des coutumes italiennes de cette époque fasciste en appliquant résolument à la recherche historiographique le critère de “falsification” que Popper appliquait en science pure: tout ce qui ne peut être contredit est nécessaire­ment faux, parce qu'“un système empirique doit pouvoir être confronté à l'expérience”.

 

Car telle est bien la “petite grande expérience” de de Felice: elle est petite parce qu'elle est d'une évi­dence déconcertante, mais, en même temps, elle est grande  —très grande—  parce qu'elle est inhérente à ce processus de refoulement collectif à l'œuvre en Italie dès le lendemain du 25 juillet 1943. Nier le fas­cisme, nier la personne de Mussolini en réduisant son rôle à celui d'un sombre hurluberlu: ce sont là des escamotages nécessaires pour légitimer, hier comme aujourd'hui, une république née dans les horreurs d'une guerre civile, mais surtout née de la médiocrité morale d'un roi fugitif, d'un général pusillanime et d'un peuple qu'il n'est pas difficile mais plus simplement inutile de gouverner (comme le disait Mussolini lui-même dans une phrase célèbre).

 

Créer et puis alimenter jusqu'aux limites du ridicule l'impossible mythe d'une Résistance: tel a été le but préconçu d'un Etat qui se débat dans les affres d'une longue agonie, où il ne survivra évidemment pas à lui-même. Renzo de Felice, avec le bistouri aiguisé de la recherche, en abandonnant les clivages parti­sans, avec la seule force d'une bonne connaissance de son immense documentation, faite de textes, té­moignages et preuves inédites et souvent occultées, a redonné une dignité à une période fondamentale de l'histoire italienne, en tenant et en consolidant ses positions; il a redimensionné toute une école de pensée. Ce fut une grande tâche.

 

Parmi ses nombreux élèves, il se peut que quelques-uns surpassent leur maître dans un avenir plus ou moins proche. Pour l'heure, ne nous faisons pas d'illusions: la mort prématurée de Renzo de Felice laisse un vide considérable, “incomblable” dans la vie culturelle. Et pas seulement en Italie.

 

Alessandra COLLA.

(article tiré d'Orion, n°5/1996; trad. franç. : Robert Steuckers).

De gedachtenpolitie breid uit

Ex : http://klauwaert.blogspot.com

Zit u stevig op uw stoel voor u dit leest beste Klauwaertvriend? Goed zo, hier gaan we dan.

Raf Terwingen en Katrien Schryvers, twee onbenullige CD&V kaderleden, willen bijzondere politiemethoden die bedoeld zijn voor terreurgroepen en zware maffiabendes, ook van toepassing maken op de racisme- en negationismewet. Als er een vermoeden is van racisme in woord of daad kan- ZONDER DAT ENIG FEIT IS GEPLEEGD- dus pro-actief , niet alleen de telefoon van de betrokkene worden afgeluisterd, maar ook kan de politie op eenvoudige vraag aan de onderzoeksrechter, huiszoeking verrichten. DE SPEURDERS MOGEN DAN ZELF RACISTISCHE EN ANDERE MISDRIJVEN PLEGEN. AL HUN DADEN KOMEN IN EEN GEHEIM DOSSIER DAT DE VERDEDIGING NOOIT KAN INZIEN. Afluisterapparatuur kan zonder probleem geplaatst worden en ruimtes waar besloten wordt vergaderd (ook uw woonst!) kunnen zonder verwittiging worden binnengedrongen om daar hun vaststellingen te doen.

Mooi, mooi, mooi, de vopo-, gestapo- en stasimethoden uit vorige eeuw als het ware verenigd in één wet.

Het nieuwe wetsontwerp eventjes toetsen aan de hand van twee praktijkgevalletjes:

Stel u heeft ruzie met uw buurman en hij dient een klacht in waarbij hij u verdenkt van racisme. Nietsvermoedend wordt ondertussen uw telefoon afgeluisterd men vindt niets maar toch wordt u voor dag en dauw van uw bed gelicht en doorzoekt men uw woning op zoek naar “bewijzen”. Men vindt een pamfletje van een niet politiek correcte partij en ja hoor de veroordeling volgt binnen de week, leuke gedachte niet?

Stel in uw vriendenkring op café worden mopjes verteld over allochtonen die niet zo vriendelijk voor die mensen zijn. Nu is er in uw gezelschap een onbekende bij komen zitten en die vertelt ronduit racistische grappen, waar je door geschokt bent.

U vertelt ook een onschuldiger grapje in de vorige trant waarvan u denkt dat het wel kan, niettegenstaande de strenge wetgeving. Plots haalt de onbekende zijn legitimatiebewijs van politie boven. U wordt geboeid weggevoerd en er wordt prompt PV opgesteld. Ge kunt u niet verdedigen want het geheim dossier van uitlokking is voor de verdediging niet toegankelijk en de getuigen worden onder druk gezet en eveneens bedreigd met sanctionering. Binnen de week bent u veroordeeld, uw werkgever wordt gedwongen u te ontslaan en ge komt op een zwarte lijst, waardoor u nooit meer werk vindt.

Fictie beste Klauwaartvrienden? Nee hoor als het olijke CD&V-duo zijn zin krijgt en deze onzin wet wordt niet. Mooi vooruitzicht niet waar als deze wet er komt worden we terug geplaatst naar de duistere jaren 30 van vorige eeuw zoals in nazi-Duitsland en het Rusland van Stalin. Proficiat CD&V, alleen de gedachte zal dan nog vrij zijn maar ze zal niet meer kunnen worden verwoord. Alleen al het uitspreken van de woorden vreemdelingencriminaliteit en islamisering zal dan strafbaar zijn.

Dit alles neemt niet weg dat racisme in woord en daad verwerpelijk blijven, laat daar geen twijfel over bestaan.

Jan zonder Land

lundi, 20 octobre 2008

Une démocratie de semi-expression

UNE DÉMOCRATIE DE SEMI-EXPRESSION

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Chatouilleuse liberté d’expression ! Tout à chacun ne cesse de s’en gargariser, mais elle est une chose trop importante, sans doute, pour qu’on permette à n’importe qui d’en faire usage comme bon lui semble.
Jean-Marc Rouillan, deux fois condamné à la réclusion perpétuelle et actuellement en semi-liberté après vingt ans de détention, en fait l’amère expérience.
L’État est bon Prince, tout de même, mais point trop n’en faut : l’ancien membre d’Action Directe n’a en effet pas le droit – entre autres – « d’évoquer publiquement les faits pour lesquels il a été condamné. »
Des faits qui remontent à un quart de siècle, que tout le monde –à l’époque et ensuite – a largement commentés. Seul l’intéressé n’en a pas, aujourd’hui, la possibilité. Ses déclarations pourraient-elles être des révélations, gênantes pour certains ? Si c’était le cas, on a peine à croire qu’il n’ait pas encore trouvé le moyen de les exposer sur la place publique.
Non, si l’ancien leader d’Action directe risque de perdre l’aumône qui lui a été faite de cette généreuse « semi-liberté », ce n’est pas pour avoir évoqué son passé ou quelques zones restées dans l’ombres de celui-ci, mais pour avoir indiqué qu’il en aurait probablement le droit « s’il crachait sur tout ce (qu’ils) avaient fait » et que « par cette obligation de silence on empêche aussi (son) expérience de tirer son vrai bilan critique. » À la lâcheté de ne pas l’avoir, à l’époque, fait exécuter – lui et ses complices qui avaient sciemment versés le sang – la Justice française ajoute aujourd’hui l’ignominie d’exiger du militant politique qu’il est resté, qu’il devienne un renégat.
Cela fleure bon les méthodes des régimes de Joseph Staline ou de Mao Tse-Tong qui acculaient leurs ennemis politiques à se couvrir eux-mêmes d’opprobre pour bénéficier d’une mort plus rapide, sans torture.
Le jovial Petit Père des Peuples et le sympathique Grand Timonier entendaient ainsi imposer à leurs peuples leurs excitantes démocraties populaires.
Nicolas Sarkozy, moins sanguinaire, reconnaissons-le, semble, lui, en tenir plus simplement pour une démocratie de semi-expression.
Si Jean-Marc Rouillan était acculé à faire repentance, il bénéficierait à l’évidence de quelques conforts de vie, mais ce serait aussi une mise-à-mort. Celle du respect que l’on peut avoir pour quelqu’un qui a mis son existence au bout de ses convictions.
Aussi imbibées de sang soient-elles.

Philippe Randa

jeudi, 02 octobre 2008

Le Livre noir de la Révolution française

Ex : 33.royaliste.com

"Nous remercions l'écrivain et journaliste Jean SÉVILLIA qui nous a accordé un entretien expliquant la portée du "Livre noir de la Révolution Française" qui vient de paraître et qui constitue l'ouvrage de référence pour comprendre cette déchirure de l'histoire de notre pays.


1) Quelle est votre contribution à ce livre ?21b456a777c91e54d4eaf3e1b844a4e8.jpg

Il y a deux ans, lorsque j’ai rencontré le père Renaud Escande, maître d’œuvre du futur Livre noir de la Révolution française, il m’a demandé quelle contribution je pourrais apporter à l’ouvrage. J’ai tout de suite eu l’idée que j’ai mise en œuvre avec un texte esquissant la réponse à cette question : « Fêtera-t-on le tricentenaire de la Révolution ? ». A l’époque, j’étais plongé dans la préparation de mon livre paru en 2007, Moralement correct, et j’étais hanté par l’ampleur des changements de la société et des mentalités que nous avons connus au cours des dernières décennies. En projetant le même espace-temps non plus vers le passé, mais vers l’avenir, je me suis dit qu’il serait intéressant de s’interroger sur ce qui restera de la Révolution française en 2089. Question qui peut s’entendre à double sens : que restera-t-il de la Révolution, mais que restera-t-il aussi de la France ? La prospective est un exercice à risque : tant de prédictions, heureuses ou malheureuses, ont été déjouées… Mais il n’est pas interdit de s’interroger dès lors que l’on sait que certains faits ont des conséquences inéluctables.

2) Quelle continuité existe-t-il avec vos ouvrages précédents ?

Je suis à la fois journaliste, essayiste et historien. Ma contribution au Livre noir de la Révolution française s’inscrit dans cette perspective : l’historien a travaillé sur 1889, le journaliste a plongé dans ses souvenirs de 1989, et l’essayiste a tenté de réfléchir à 2089.
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3) Quelle est l'idée qui est à la base de ce livre ?

En dépit du fait que tous les historiens sérieux, fussent-ils ardemment républicains, conviennent que la Révolution française pose un problème, l’imagerie officielle, celle des manuels scolaires du primaire et du secondaire, celle de la télévision, montre les événements de 1789 et des années suivantes comme le moment fondateur de notre société, en gommant tout ce qu’on veut cacher : la Terreur, la persécution religieuse, la dictature d’une minorité, le vandalisme artistique, etc. Aujourd’hui, on loue 1789 en reniant 1793. On veut bien de la Déclaration des Droits de l’homme, mais pas de la Loi des suspects. Mais comment démêler 1789 de 1793, quand on sait que le phénomène terroriste commence dès 1789 ?
Pour répondre à votre question, l’idée de base du Livre noir de la Révolution est de montrer cette face de la réalité qui n’est jamais montrée, et rappeler qu’il y a toujours eu une opposition à la Révolution française, mais sans trahir l’Histoire. Qu’on le veuille ou non, qu’on l’aime ou non, la Révolution, c’est un pan de l’Histoire de la France et des Français. On ne l’effacera pas : au moins faut-il la comprendre.

4) Ce livre, auquel plusieurs professeurs ont participé, montre-t-il que le monde universitaire est en train de changer ?

Le monde universitaire a changé depuis longtemps. Rappelez-vous le Bicentenaire : de Pierre Chaunu à Jean Tulard, de Reynald Secher aux historiens étrangers que l’on découvrait alors, tel Alfred Cobban, tous les grands noms de la recherche historique se situaient, à des degrés divers, dans une position critique à l’égard de la Révolution française. Il faut rappeler le rôle essentiel et paradoxal de François Furet : cet homme de gauche, rallié au libéralisme mais jamais à la contre-révolution, a fortement participé au naufrage du mythe révolutionnaire dans les milieux intellectuels. Mais il ne s’est pas fait que des amis ! Depuis 1989, cependant, une génération a passé. D’où l’idée, avec ce Livre noir, de reprendre la question à nouveaux frais, avec des signatures en partie nouvelles.

5) En quoi un ouvrage sur la Révolution peut-il encore intéresser les Français d'aujourd'hui ?

Dans une société qui subit une véritable dépression culturelle, il existe encore un public cultivé, et qui lit. Si le Livre noir touche ce public, ce sera déjà bien. On observe, depuis des années, un véritable engouement autour du Moyen Age. A travers la foule qui déambule dans les châteaux de la Loire ou à Versailles, ou dans la vogue de la musique ancienne, on trouve un intérêt pour la civilisation pré-révolutionnaire. Il faudra bien arriver à ce que ce public regarde en face l’histoire de la Révolution. Quitte à être dérangé dans ses certitudes. Mais si j’en crois l’accueil rencontré par mon livre Historiquement correct, un ouvrage qui frise sans doute le demi-million de lecteurs, il y a du monde, en France, qui est prêt à remettre en cause quelques mythes historiques établis. J’espère que Le Livre noir de la Révolution française, dont je ne suis qu’une des multiples voix, y contribuera."

                                                   ***

Dans ce livre collectif, réalisé sous la direction de Renaud Escande, Jean Sévillia signe une contribution intitulée : "Fêtera-t-on le tricentenaire de la Révolution ?"

Les autres auteurs : Jacques Alibert, Pascale Auraix-Jonchière, Michaël Bar-Zvi, Henri Beausoleil, Christophe Boutin, Jean-Pierre et Isabelle Brancourt, Jean des Cars, Bruno Centorame, Pierre Chaunu, Jean Charles-Roux, Jean-Sylvestre Coquin, Stéphane Courtois, Marc Crapez, Dominique Decherf, Ghislain de Diesbach, Bernard Fixes, Alexandre Gady, Jean-Charles Gaffiot, Pierre Glaudes, Jacques de Guillebon, Fabrice Hadjadj, Trancrède Josseran, Philippe Lauvaux, Emmanuel Le Roy Ladurie, Xavier Martin, Frédéric Morgan, Alain Néry, Arnaud Odier, Paul-Augustin d'Orcan, Dominique Paoli, Jean-Christian Petitfils, Jean-Michel Potin, Pierre-Emmanuel Prouvost d'Agostino, Frédéric Rouvillois, Jonathan Ruiz de Chastenet, Reynald Secher, Jean Sévillia, Renaud Silly, Rémi Soulié, Sarah Vajda, Jean Tulard, Jean de Viguerie et Grégory Woimbee. 
Ainsi que de nombreux textes et documents inédits.

Editions
Les Editions du Cerf, 2008.
 
 
Quelques commentaires sur ce livre

 

Il était logique qu'après un Livre noir du communisme, paru en 1997, suivit un Livre noir de la Révolution française, onze ans plus tard, livre noir rédigé par plus de quarante collaborateurs. N'en attendons pas un réquisitoire passionné contre dix ans de notre histoire, mais une remise en perspective de faits dont la violence parle d'elle-même et la réhabilitation d'idées qui ont été jusqu'à ces dernières années soigneusement occultées.

Jean Tulard
Valeurs actuelles, 1er février 2008

 

 

Si les articles sont d'une valeur parfois inégale, ce beau travail se caractérise par sa richesse et sa hauteur de vue.

Jean-Marc Bastière
Le Figaro Magazine, 9 février 2008

mardi, 03 juin 2008

Therapeutic Totalitarianism

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From the January 2003 issue of Chronicles:

Therapeutic Totalitarianism

by H.A. Scott Trask

[ http://www.chroniclesmagazine.org/Chronicles/January2003/0103Trask.html ]

Review :  Multiculturalism and the Politics of Guilt: Toward a Secular Theocracy

by Paul Edward Gottfried

Columbia, Missouri: University of Missouri Press; 158 pp., $29.95
 

Paul Gottfried has spent a useful career shining his lantern of truth into the dark corners of America's political consciousness. In After Liberalism: Mass Democracy in the Managerial State (1999), he examined the rise and consolidation of centralized managerial regimes across the Western world. Gottfried documented what should have been obvious to every educated man: Modern mass democracy was characterized not by popular participation or informed consent but by mass socialization, public apathy, and rule by public administrators.

In Multiculturalism and the Politics of Guilt, Gottfried examines "the turning of the administrative state . . . away from purely material programs, such as expanded entitlements, toward behavior control." This turning, he emphasizes, has not been preceded by any abandonment or shrinking of the welfare state. The triumphant managerial regime simply assumed an additional mission: the revolutionary transformation of society. There was no turn to freedom, much less to the right, after the Cold War. "What actually occurred was that the Left turned in a multicultural direction, toward the 'Marxist vulgate' of political correctness"--in other words, cultural Marxism.

Gottfried is one of the few scholars to notice that the social democratic left won the Cold War. Neoconservatives have been strutting about for a decade, pronouncing the "death of socialism," the triumph of democratic capitalism, the ascendancy of conservatism, and the dawn of universal freedom. Gottfried makes it clear, in painstaking detail, that all this is fantasy. While Soviet-style communism has failed and has been repudiated by everyone except Castro and Kim Jong Il, the Western form of democratic socialism--the mixed economy, the welfare state, redistributive taxation, government regulation of business--stands unchallenged. While the left has accepted private property, capital investment, entrepreneurialism, economic inequality, and market-generated pricing, it has not relinquished regulatory control over the private economy, nor has it reduced the proportion of taxes it extorts from private enterprise. Meanwhile, it has grown obsessed with other kinds of equality.

The left has exchanged the dream of a universal society without classes for the dream of a collectivity without cultural or ethnic differences. Leftists have learned that, by allowing for a semiprivate economy, they can command more financial resources for their revolution than they could by outright confiscation, nationalization, and centralized planning. They have also learned that corporations can be enlisted as enthusiastic allies. The result has been a kind of revolutionary left-wing corporatism. Gottfried describes it as an alliance between "the managerial state and the forces of capital accumulation." Here is the essence of Clinton's New Democracy, Tony Blair's New Labour, and George W. Bush's "compassionate conservatism"--the latter phrase signifying the GOP commitment to the welfare state, multiculturalism, and the therapeutic regime.

The therapeutic state is now firmly entrenched, and the multicultural left controls all of our cultural institutions. How did this happen? Gottfried is at his best in answering this question. He sees two causes of the disaster. The first is the power of the state in forcing social and demographic change. Western elites have initiated, promoted, and subsidized Third World immigration as a method of social control and as an instrument of cultural revolution. They have employed antidiscrimination law and affirmative action to break communities and regions. They have wielded the coercive powers of the state to intimidate the majority population, and they have garnered the support of "aggrieved individuals," "unconventional lifestyle groupings," and "Third World minorities." The managerial class seems to have an instinctive grasp of divide et impera. Gottfried observes that

Selective recognition of collective identities serves the same political end as maximizing individual autonomy. Both weaken the established loyalties of nonvictim groups, particularly those that flow from kinship patterns and vigorous majority culture, and thereby enhance the state's social control.

The second cause is the regime's successful appeal to "the politics of guilt" and a "theology of victimization" as a means to demoralize and enervate Western majority populations. Gottfried believes that the foundations of the therapeutic state are to be found in Protestant Christianity, specifically Calvinism. He is not arguing that p.c. doctrines are somehow Christian--far from it. Rather, they are the products of a "deformed Protestant culture." Gottfried makes a compelling case that political correctness has become a substitute for Christianity, "a misplaced quest for religious redemption that takes the form of worshiping at the multicultural shrine." He believes that long-standing and widespread biblical illiteracy, theological confusion, and historical ignorance turned the "the past into a tabula rasa" and thus prepared the ground for the inculcation of politically correct doctrine as a new morality. So powerful is this anti-Western religion that its doctrines have penetrated even seemingly orthodox Christian churches, both Protestant and Catholic. (Gottfried cites numerous p.c. statements by prominent leaders of the American "Christian Right" to support his case.)

Sin is no longer a violation of God's law but merely insensitivity toward designated "minorities." Redemption is to be found in confessing that you belong to a wicked race (the Europeans) and paying penance to non-Western peoples. Penance takes many forms--foreign aid, reparations, liberal immigration laws, generous asylum policies, affirmative action, quotas, self-debasement, and general confessions of sinfulness. As a result, Europeans now believe that the path to righteousness and acceptance before God requires repudiating their people and civilization. An "act of rejection by the non-victim group directed against their civilization, gender [sic], race, or ancestors indicates sanctified living in a world or society held to be reprobate." There is even a "secular version of the end times": Francis Fukuyama has declared that the triumph of the American model of democratic capitalism and racial diversity signifies the "end of history" and the "final form" of human society.

Gottfried believes that the new faith assuages the pervasive social guilt that lingers as a vestige from the Christian era. Of course, it is more; the guilt is real. It results from man's sinful rebellion against God. It is not surprising that a people that is no longer Christian is ready to grasp at a pseudofaith that offers them relief from their guilt and fear of God's deserved wrath. In other words, the grip of p.c. upon the population may be even stronger than Gottfried thinks.

The religious character of the ideology accounts for the fanaticism of its supporters, their eagerness to persecute opponents, their hysterical reactions to reasoned dissent, and the lack of resistance from Western populations to the hostile and ethnocidal policies imposed on them by their governments. Cultural and political authorities defend multiculturalism and political correctness as the essence of morality, in a manner that appeals to the lingering Christian heritage of the population. Opposition thus appears as evil, and elites resort to demonization whenever they or their policies are challenged.

Such methods work. Gottfried cites former president Bill Clinton's wildly applauded and well-received address to the student body at Georgetown University just eight weeks after September 11, 2001 (in which he declared that America was "paying the price" for African slavery, Indian genocide, and the Crusades), as an example of the new faith in action. He points out that Western politicians (Clinton, Blair, Chirac, Schröder, and Bush) who support Third World immigration and embrace multicultural platitudes have been rewarded by voters with election and reelection to office.

Gottfried ends his book on a pessimistic note, speculating that the managerial-therapeutic revolution "may be irreversible." "Where regional loyalties and powers have broken down and individual self-fulfillment remains the highest ideal" (as in the United States), "it is unlikely that much resistance can be generated to the therapeutic ends pursued by public administration." Only on the Continent, the cradle of Western culture, where relatively cohesive national cultures still exist, does there appear any serious opposition to therapeutic government. In the more "fluid cultures" that characterize the anglophone West, the "malleability" of public opinion and the servility of the majority population cause Gottfried to consider whether "a core culture exists there at all."

The events of September 11 led many to wonder whether Western elites would realize the dangers inherent in their policies. Nothing of the kind happened. Gottfried explains that such hopes did not take into account the "fantasy aspect" of the managerial vision. He is no doubt right. However, he fails to note that the chief beneficiary of those events proved to be the managerial regime itself. Fantasy and calculation are driving the Managerial Revolution.
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H.A. Scott Trask has a Ph.D. in American history, is finishing a study of antebellum political economist Condy Raguet of Philadelphia, and is writing a book on the Northern antiwar movement during the War Between the States.

00:19 Publié dans Théorie politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : philosophie, totalitarisme, libéralisme | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook