samedi, 07 mars 2026
Pourquoi l’Iran est-il une théocratie révolutionnaire?

Pourquoi l’Iran est-il une théocratie révolutionnaire?
Source: https://www.facebook.com/empirep.federal
« Pendant l’occultation de l’Imam du Temps (que Dieu hâte sa venue), dans la République islamique d’Iran, la gestion et l’imamat reviennent à un jurisconsulte juste, vertueux, connaissant son époque, courageux, efficace et compétent, qui assumera cette responsabilité conformément au principe 107. Les experts du leadership examineront et consulteront tous les jurisconsultes remplissant les critères énoncés dans les principes 5 et 109, et choisiront parmi eux celui qu’ils jugent le plus sage, le mieux informé des lois et des questions de la jurisprudence islamique, des affaires politiques et sociales, ou celui qui est accepté par le peuple ou possède une des qualités distinctives mentionnées au principe 109. S’il n’y en a pas, ils proposeront l’un d’entre eux-mêmes comme Guide. Le Guide élu par les experts assumera la gestion des affaires et toutes les responsabilités qui en découlent. Le Guide est égal devant la loi aux autres citoyens. » (Constitution de la République islamique d’Iran, 1979)
L’Iran est une théocratie moderne car, bien qu’il possède des institutions républicaines comme un parlement et un président élus au suffrage populaire, suivant le modèle des révolutions oligarchiques d’Europe et de l’anglosphère, le pouvoir politique fondamental repose sur des principes religieux et l’autorité de juristes islamiques. La Constitution de la République islamique a été conçue selon la doctrine du « gouvernement du jurisconsulte », qui affirme que, jusqu’à la réapparition de l’Imam Mahdi (figure messianique du chiisme), l’autorité suprême de la communauté doit revenir à un jurisconsulte (faqih) doté d’un pouvoir politique et religieux supérieur.
Ce rôle du jurisconsulte, appelé « Guide Suprême », dirige et supervise toutes les autres institutions de l’État, et a le dernier mot en matière de politique étrangère, de sécurité nationale et de défense, en plus de nommer les principales figures du système judiciaire et des organes religieux de contrôle comme le Conseil des Gardiens. Cette structure fait que la souveraineté est comprise comme provenant de Dieu et s’exprimant à travers une autorité religieuse, plutôt que directement du peuple, ce qui est caractéristique des théocraties, bien que des éléments formels de représentation populaire existent.
L’Iran n’est pas une théocratie traditionnelle au sens classique, car il y incorpore des mécanismes révolutionnaires modernes copiés et adaptés de l’Occident. Il existe un président élu tous les quatre ans, un parlement (Majlis) avec des représentants des diverses provinces, et des organes juridiques fonctionnant selon des procédures électorales. Cependant, ces organes opèrent dans un cadre institutionnel où leurs décisions et candidats sont filtrés et supervisés par des instances cléricales comme le Conseil des Gardiens, et leur action est subordonnée à l’autorité du Guide Suprême. Ainsi, la République islamique combine des formes révolutionnaires avec une logique de pouvoir théocratique dans laquelle le chef religieux exerce un contrôle structurel sur le système politique, ce qui en fait un système hybride entre la théocratie et la république moderne.
Que se passera-t-il lorsque le Mahdi apparaîtra ?
Lorsque le Mahdi se manifestera publiquement, la république disparaîtra, car son autorité sera absolue et directe ; la tutelle des autorités populaires actuelles ne sera alors plus nécessaire. Le pouvoir politique, militaire et religieux reviendra au Mahdi lui-même, en tant que guide légitime de la communauté islamique chiite par la volonté de Dieu.

Comment se déroulera le retour du Mahdi et de Jésus dans l’eschatologie chiite?
Source: https://www.facebook.com/empirep.federal
Dans l’eschatologie chiite, il existe une forte croyance selon laquelle le Mahdi est occulté et qu’il reviendra à la fin des temps lorsque Dieu l’ordonnera. Les chiites voient en lui un guide juste et oint qui apparaîtra au milieu de grandes tribulations contre les musulmans, afin de rétablir la justice et le véritable gouvernement de Dieu sur Terre, après une période de chaos et de corruption.
Selon ces croyances, le Mahdi ne reviendra pas seul. Dans les récits prophétiques de l’islam chiite, il est dit que lorsque le monde sera rempli d’injustice et que le Jugement dernier approchera, apparaîtra le Dajjal, une figure trompeuse et corrompue décrite comme un faux messie ou antéchrist qui trompera l’humanité et provoquera une grande tribulation. Le rôle du Mahdi sera de diriger les croyants, de les unifier et d’affronter les forces du mal incarnées par le Dajjal, luttant contre l’oppression et le mensonge sous une autorité divine.
Quand la confrontation entre le Mahdi et les forces du Dajjal atteindra son point culminant et que la tromperie et la corruption sembleront prévaloir dans le monde, un tournant décisif aura lieu : la descente et l’apparition de Jésus (‘Isa). Son apparition est complémentaire. Jésus s’unira au Mahdi comme signe divin de soutien et de confirmation, renforçant moralement et spirituellement les croyants au moment le plus difficile. Dans ce contexte, Jésus participe à la défaite du Dajjal. Tandis que le Mahdi dirige la restauration de la justice et de l’unité de la communauté des croyants, Jésus agit comme témoin vivant de la vérité divine et comme réfutation du faux messianisme du Dajjal. La coopération entre les deux représente, dans la théologie chiite, la convergence de la guidance prophétique et de l’autorité légitime de l’imam attendu, mettant fin à la période de grande tribulation.
Après la défaite du mal, la tradition affirme qu’une ère de paix et de justice sans précédent s’ouvrira. Sous la direction conjointe du Mahdi et de Jésus, un ordre basé sur l’équité, la droiture et la soumission totale à Dieu sera instauré. Dans cette ère, selon de nombreux récits, les injustices historiques seront corrigées, les conflits cesseront et la stabilité sociale et spirituelle prévaudra dans le monde.
17:04 Publié dans Actualité, Traditions | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, théocratie, traditions, traditionalisme, chiisme, mahdi, mollahs, iran |
|
del.icio.us |
|
Digg |
Facebook
samedi, 28 février 2026
Protestantisme, souverainisme, orthodoxie

Protestantisme, souverainisme, orthodoxie
Cristi Pantelimon
Source: https://www.facebook.com/profile.php?id=100005135564621
Le souverainisme est né de l’érosion de l’idée de communauté. Pour être plus précis, non pas de « l’idée » en soi, mais de l’état mental et spirituel implicite dans la communauté.
Les auteurs protestants, dans leur lutte contre l’empire catholique, ont déplacé le centre de gravité du monde occidental vers l’individu. La mesure de la foi est devenue «l’intensité» de celle-ci, chez Luther. Tout était dans l’individu, rien ne concernait la communauté, ni la tradition des Pères Saints. Aucune confiance dans le monde communautaire, seulement dans l’individu qui se veut et est un réceptacle de la Parole de Dieu comme «commandement».
De plus, à travers le cadre manichéen hérité d’Augustin, les protestants ont divisé le monde en chrétiens bons/parfaits et d’autres non authentiques. Les premiers n’auraient pas besoin de la loi politique, mais puisque la nature humaine est mauvaise et que les vrais chrétiens sont peu nombreux, jusqu’à la conquête totale de la Cité terrestre par ce christianisme rigoriste, tout-puissant, une puissance laïque, un État, une loi s’imposaient.
La même vision de l’État comme une forme inopportune et inutile dans le christianisme «parfait» se trouve chez le catholique Donoso Cortés, qui croyait sincèrement que l’Europe était la création du catholicisme, c’est-à-dire de l’esprit totalitaire-religieux de l’Ouest.
Chez Calvin, la commandement divin reste la dernière loi, c’est pourquoi sa construction est apparemment politique, mais en réalité théocratique.
Il faut chercher au-delà des mots une atmosphère qui dominait ce monde. Luther sépare les bons chrétiens de ceux qui ne sont qu'imparfaits, mais c’est une séparation totale, dramatique.
Même si, par endroits, les conseils qu’il donne aux princes ressemblent à ce que nous savons des «Enseignements» de Neagoe (icône, ci-contre), le fond est différent. Un monde où l’individualisme a été la base ne peut plus être comme le monde levantin, où le pouvoir n’a jamais été «distribué» comme il l’a été en Occident, c’est-à-dire dualiste.
Une fois une telle séparation opérée, un tel dualisme, nos auteurs cherchent à voir précisément jusqu’où s’étend le pouvoir laïc et où commence le pouvoir spirituel.
Le plus simple est chez Luther: les choses extérieures relèvent du pouvoir laïque, celles de l’âme, du pouvoir spirituel, qui n’obéit qu’à la Parole de Dieu. D’où la «liberté» intérieure du protestant, qui n’est en fait qu’une forteresse fixe, inconfortable, dans laquelle aucun rai de lumière communautaire ne pénètre. Ce monde avait évidemment besoin d’une régulation extérieure excessive, pour contrebalancer le besoin de certitude dans la réception de la Parole de Dieu dans un sens de justesse.
Aucun milieu orthodoxe ne mobilisera autant d’énergie pour préciser ce qu’est la liberté, jusqu’où la foi de l’individu s’étend et où commence l’espace public. «L’espace public» est un autre concept trompeur. Ce n’est pas un espace communautaire, mais l’espace où se manifestent les intérêts individuels. C’est déjà un marché. Pas une famille. Ainsi, la transplantation du souverainisme occidental/américain dans l’espace oriental n'est qu'un implant, un hybride.
Politiquement, nous ne sommes pas dirigés par un Souverain qui devient le lieu de l’incarnation de Dieu sur terre, mais par une symphonie d’ordre spirituel-mondain qui ne connaît pas la séparation, mais s’adapte à toutes les catégories de la communauté qu’il représente. C’est seulement cette symphonie qui représente véritablement l’ensemble communautaire. Le souverain est un solitaire gardé par ses conseillers. L’empereur ou le Seigneur est un père de la nation entouré par le peuple. Dès lors, c’est un autre monde!
Ce que le pouvoir occidental a fait et qui a tracé son destin, le rigorisme excessif, fils du piétisme, l’obéissance à la règle extérieure, etc., sont tous, avec le temps, des éléments qui fragilisent la maison occidentale.
Sans une vie communautaire vivante et large, allant de la culture à la relation entre les hommes, aucune société ne peut survivre.

Les Grecs connaissent le mieux cette leçon. Ils nous donnent aussi la mesure du remède, à travers les présocratiques, où il est dit clairement que la Vérité est communautaire, c’est-à-dire qu’elle ne peut être vraie que ce qui est ressenti en commun par tous.
La question de Luther «Jusqu’où s’étend le pouvoir séculier?» ou «Jusqu’où s’étend l’autorité laïque?» montre elle-même la difficulté dans laquelle le protestantisme a été plongé.
Dans le christianisme oriental, une telle question ne se pose pas, car elle ne peut recevoir de réponse. Comme nous ne pouvons pas savoir exactement, contrairement à ce que croit Carl Schmitt, qui est le souverain, nous ne pouvons pas non plus savoir jusqu’où s’étend l’autorité laïque.
Cela parce que nous n’avons pas deux cités, comme le croyait faussement Augustin, ni deux autorités ou deux souverainetés, comme croyaient les médiévaux, ni un Souverain, comme pensait Hobbes, ni des états d’exception, comme le croient Carl Schmitt ou Agamben.
L’état d’exception n’est qu’une question législative, pas spirituelle. Elle ne peut pas être résolue de manière «politique», mais seulement spirituelle-politique. Les idées de Schmitt sur le Souverain ne diffèrent pas beaucoup de celles de Luther sur l’étendue du pouvoir mondain.
Cette conception occidentale des limites de la souveraineté mondaine provient de la même racine manichéenne qui fonde le christianisme occidental, et qui doit séparer précisément les domaines pour leur assurer une maîtrise absolue. Il semble aujourd’hui tard pour nous, Orientaux, de retrouver notre chemin vers les sources de notre pensée théologico-politique. Mais en réalité, ce n’est pas le cas.
Justement parce que nous vivons l’échec du modèle individualiste occidental, il faut revenir à l’origine de notre tradition, qui est pérenne et orientale, et qui a été, jusqu’à un certain point, aussi celle de l’Occident, mais dont celui-ci s’est éloigné.
Le contexte géopolitique mondial nous est favorable.
20:11 Publié dans Actualité, Traditions | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, occident, tradition, traditionalisme, orthodoxie |
|
del.icio.us |
|
Digg |
Facebook
vendredi, 27 février 2026
Le "monde l'eau" de Golovine comme seuil d'accès à l'Anima Mundi

Le "monde l'eau" de Golovine comme seuil d'accès à l'Anima Mundi
Martin Kovac
ARS INVISIBILITATIS : Stratégie de disparition verticale pour les agents de l'«Anima Mundi» à l'ère de la Quantité Totale.
« Le chemin vers l'Esprit passe par l'Eau. L'Anima Mundi est une porte qu'il est impossible de contourner, on ne peut que la traverser».
SOLUTIO : De la nécessité de liquéfier l'Esprit dans le processus hermétique du Retour.
La topographie de la conscience moderne est dominée par l'élément Terre (Hylé). Nous vivons à une époque de « sécheresse ontologique », où la réalité est perçue comme un ensemble d'objets séparés et rigides, définis par des paramètres mesurables et des frontières rigides. L'ego, fortifié dans sa carapace de matérialisme, est devenu prisonnier de sa propre fixation. Cependant, Evgueni Golovine, dans sa tradition radicale, propose une carte pour s'en échapper: l'ascension vers le «Monde de l'eau».
En y regardant de plus près à travers le prisme du néoplatonisme, nous découvrons que le « monde de l'eau » de Golovine n'est pas une simple métaphore des émotions ou du subconscient, mais une rencontre avec l'Anima Mundi (l'âme du monde) dans sa fonction primaire et dissolvante.
L'architecture fluide de l'âme
Le néoplatonisme enseigne qu'il existe un médiateur entre l'Esprit pur (Noos) et la Matière lourde (Hylé) : l'Anima Mundi. C'est un champ vivifiant qui imprègne tout. Pour l'homme moderne, dont la perception s'est sclérosée, ce médiateur est toutefois inaccessible. Pour pouvoir revenir à l'Unité (Epistrophé), nous devons d'abord abandonner la Matière.

C'est là qu'intervient l'impératif de Golovine: entrer dans l'Eau.
Cet acte n'est pas une « expérience », mais un changement radical d'état de conscience. Le «monde de l'eau» est un état ontologique où l'Anima Mundi cesse d'être un concept théorique et devient une réalité tangible et fluide. L'eau fonctionne ici comme Menstruum Universale – un solvant universel qui élimine les dépôts de fausse individualité.
Phase SOLVE : Dissolution de l'ego
La maxime alchimique Solve et Coagula (Dissoudre et coaguler) nous donne la clé pour comprendre ce processus. Avant qu'une nouvelle cristallisation de l'esprit à un niveau supérieur (Coagula) puisse avoir lieu, l'ancienne forme doit être détruite (Solve). Le «monde de l'eau» de Golovine est le domaine de la fluidité radicale. Y entrer signifie la mort volontaire du «moi» profane. Les frontières rigides qui définissent notre identité sociale et biologique (notre «moi» sec) commencent à se dissoudre au contact de l'Anima Mundi. C'est le moment où nous réalisons que le « moi » n'est pas une île isolée, mais une vague dans l'océan de l'Âme du monde.

Ce processus est dangereux. Les néoplatoniciens mettaient en garde contre «l'humidification de l'âme», qui conduit à la chute dans la génération et la sensualité. Golovine renverse cependant cette crainte : sans humidification, il n'y a pas de vie. Sans dissolution dans l'Anima Mundi, nous restons prisonniers de la matière morte. Le risque n'est pas l'eau elle-même, mais l'incapacité à nager dedans. Nous arrivons ici au cœur du problème. L'entrée dans le «Monde de l'eau» n'est pas le but ultime (celui-ci étant le Feu/l'Unité), mais un seuil critique. C'est une initiation.
Le «Monde de l'eau» de Golovine EST une entrée phénoménologique dans l'Anima Mundi au stade Solve. C'est un acte de sacrifice de la forme au profit de l'essence. Dans cet espace fluide, ce ne sont pas les lois de la mécanique qui s'appliquent, mais celles de la sympathie, de la résonance et de la métamorphose. C'est le moment où la conscience apprend à « respirer sous l'eau », c'est-à-dire à exister en dehors du soutien des dogmes matérialistes rigides et du temps linéaire. Seul celui qui se dissout dans l'Anima Mundi (l'Eau) sans se noyer, celui qui conserve sa verticalité intérieure même au milieu du chaos des vagues, peut commencer à s'élever en elle. Tout comme l'eau se transforme en vapeur sous l'effet de la chaleur, l'âme « dissoute », réchauffée par l'éros intérieur vers la Vérité, commence à se transformer. L'eau lourde devient de l'air léger (Pneuma), prêt à entrer dans la sphère de Noos. Sans l'immersion de Golovine, cependant, cette ascension ne serait pas possible; nous resterions seulement de la poussière sèche à la surface de la Terre, rêvant de voler, mais incapables de quitter la gravité.

Nous sommes maintenant confrontés à un problème stratégique: comment survivre dans un «monde moderne» qui est par essence l'antithèse de l'âme? La modernité est la tyrannie de la quantité (Regnum Quantitatis). C'est un monde qui ne reconnaît que ce qui peut être pesé, mesuré, indexé et vendu. Ceux qui restent «matière solide» seront broyés par les rouages du déterminisme. La seule défense n'est pas la fuite physique (impossible dans le Panoptique mondial), mais l'invisibilité ontologique.
Voici la procédure opérationnelle pour atteindre l'état de Pneuma (Air/Esprit), indétectable par les «capteurs» du matérialisme. Mettez le «masque liquide».
Le système moderne chasse les «identités». Il exige que vous soyez défini : par votre profession, vos opinions politiques, votre profil de consommateur. Acceptez la leçon de Golovine sur l'eau. Soyez conforme en apparence, mais complètement détaché intérieurement. Portez votre rôle social comme un masque (Persona), et non comme un visage. Soyez dans le récipient (le monde), mais soyez le liquide, pas la paroi du récipient. Pour le système, vous êtes « visibles » (vous remplissez une fonction), mais votre essence n'est pas affectée par cette fonction. Sublimez-vous. Réchauffez votre eau intérieure avec le feu de l'intuition intellectuelle (Noos).

Si vous déplacez votre centre de gravité – votre «moi» – dans la sphère de la pensée et de l'esprit, vous devenez insaisissable pour le matérialisme. Votre corps est là, mais votre conscience opère à une fréquence que le radar matérialiste ne peut capter, car il la considère comme «irréelle». Cessez de vous définir par «la possession» ou «l'être». Définissez-vous de manière apophatique (négative): «Je ne suis pas ce corps, je ne suis pas ce statut, je ne suis pas cette réussite». Dès l'instant où vous renoncez à prétendre «être quelqu'un» aux yeux du monde, vous devenez Ulysse dans la caverne du Cyclope. Vous dites: «Je m'appelle Personne (Outis). » Le Cyclope (la force aveugle de la matière qui n'a qu'un seul œil – l'esprit quantifiant) ne peut pas vous atteindre, car il ne peut pas viser «Personne».
Pour que le « moi fluide » ne se dissolve pas dans le chaos (ce qui est le risque de la simple anarchie), il doit être ancré en haut, et non en bas. Maintenez une connexion constante avec l'Unité (Hen). Votre tête doit respirer dans l'Hyper-ouranos (le monde des archétypes), tandis que vos pieds marchent sur Terre. C'est l'état de « veille éveillée ». Pour le monde, vous dormez (vous ne vous intéressez pas à ses jouets, ses drames et ses peurs), mais pour l'Esprit, vous êtes pleinement éveillé.
Vous êtes toujours physiquement présent dans la polis moderne, vous payez vos impôts et vous saluez vos voisins. Mais ontologiquement, vous êtes un étranger. Vous êtes un agent de l'Anima Mundi qui opère dans les arrières de l'ennemi (la Matière) sans être découvert. C'est cela, la véritable invisibilité: être dans le monde, mais pas du monde.
16:37 Publié dans Traditions | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : evgueni golovine, tradition, traditionalisme |
|
del.icio.us |
|
Digg |
Facebook
dimanche, 01 février 2026
La querelle du Groenland et la méditation d’Evola sur le mythe polaire

La querelle du Groenland et la méditation d’Evola sur le mythe polaire
Et si le mythe nordique raconte Mitgard, la Terre du Milieu, comme un pays vert, on pense immédiatement à la terre des Inuits : vert parce que le nom le suggère, dans un temps ancien, avant que la nuit et la glace ne la recouvrent, ne nous recouvrent.
par Luca Negri
Source: https://www.barbadillo.it/127643-la-querelle-groenlandia-...
Il y a toujours et en tout cas un Groenland à conquérir. Un pôle Nord, une demeure arctique dont nous venons peut-être et qui attend notre retour.
En somme, nous comprenons Donald Trump, qui veut mettre la main là-haut, dans le Grand Nord. Et nous comprenons le Danemark, qui défend une colonie conquise à une époque viking, brumeuse et épique. Nous comprenons l’UE, qui montre enfin un peu de fierté contre le nouveau continent, qui est le vrai adversaire géopolitique, tandis que la Russie est un allié naturel. Et nous comprenons aussi Poutine, qui ne serait pas contre le contrôle de l’île, car il n’y a jamais trop de glace. Nous comprenons surtout les raisons stratégiques, politiques et énergétiques des puissants qui veulent le Groenland. Nous les comprenons surtout sur le plan symbolique.

Nous les comprenons parce que nous avons lu et relu Révolte contre le monde moderne de Julius Evola, et le chapitre sur le mythe polaire nous a toujours fasciné. L’île ou la terre ferme arctique, écrivait l’ésotériste et philosophe italien, « représente la stabilité spirituelle opposée à la contingence des eaux ». Le centre de gravité permanent, pour parler comme Battiato, et donc avec Gurdjieff. Image du Soi, de l’ego absolu, de l’Atman hindou. De ce non-lieu en dehors de notre corps, qui en est pourtant l’origine et qui reste imperturbé, non blessé, non touché par les contingences, par la douleur de la vie incarnée.
Le Pôle est « le siège des hommes transcendents », écrivait encore Evola, en citant des traditions et enseignements archaïques. Et nous pouvons tous transcender.
Et si le mythe nordique raconte Mitgard, la Terre du Milieu, comme un pays vert, on pense immédiatement à Groenland : vert parce que le nom le suggère, dans un temps ancien, avant que la nuit et la glace ne la recouvrent, ne nous recouvrent.
« Source de races et de peuples », tel était-il encore considéré au Moyen Âge, dernière époque organique et traditionnelle.
De là, peut-être, nous venons tous. Comme d’un pôle métaphysique, nous descendons dans les vicissitudes de la matière et de l’Histoire.

Cette « île de la splendeur » dans l’extrême nord, serait aussi une « demeure arctique » dans les Védas, selon l’enseignement de Bâl Gangâdhar Tilak (photo), nationaliste indien de confession shivaïte.
C’est peut-être l’ancienne Thule, rêvée et chantée par les Grecs. Île blanche dans la partie septentrionale de l’Atlantique, recherchée par le journaliste, essayiste et militant néo-païen Jean Mabire.
La terre des Hyperboréens, où Nietzsche se sentait idéalement chez lui, invitant ses lecteurs — qui sont tous et personne.
Car ni par la terre ni par la mer, on n'atteint Hyperborée, chantait Pindare. La Voie du Nord, l’« Uttara » hindoue, est dans le monde mais n’appartient pas au monde. Comme le centre géométrique non mesurable, il ne fait pas partie de la géométrie mais permet toute géométrie.
Donc, nous nous engageons surtout à reconquérir ce Pôle Nord.
Mais nous comprenons Trump et les autres puissants, qui peut-être inconsciemment, poussés par l’inconscient collectif, cherchent un peu de terre ferme dans ce monde de plus en plus liquide.
Ce serait une bonne et juste chose si, à partir de cette crise arctique, tout le monde était encouragé à conquérir un Groenland qui lui appartient.
En sortant du symbolique, en revenant à l’actualité, nous espérons néanmoins que la crise se résoudra pacifiquement. De préférence avec la fin de l’OTAN, l’Amérique aux Américains, l’Europe aux Européens (y compris les Russes) et le Groenland aux Groenlandais.
19:51 Publié dans Traditions | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tradition, traditionalisme, groenland, mitgard, mythe polaire, julius evola |
|
del.icio.us |
|
Digg |
Facebook
mercredi, 28 janvier 2026
Vers une stratégie traditionaliste globale

Vers une stratégie traditionaliste globale
Par Alexandre Douguine
Le problème ne réside pas dans le conflit entre les élites et les masses. Ce n’est pas si simple. Il existe deux types d’élites: l’élite spirituelle et l’élite satanique. Les deux tentent de diriger les masses dans des directions opposées. La modernité occidentale constitue l'apex de l’ascension des élites sataniques. Elles détiennent le pouvoir et répriment leurs ennemis, c’est-à-dire nous.
Les masses ne constituent pas un argument. Elles acceptent ce qu’on leur donne ; elles ne peuvent pas faire autrement. Elles ne font que refléter la sagesse réelle ou satanique de quelques-uns. Elles ne sont ni bonnes ni mauvaises, comme la matière. C’est l’esprit qui décide de tout, et le diable est aussi esprit.
Tout le mal auquel nous faisons face aujourd’hui est très ancien. Il y a cent ans, il était déjà si évident que de grandes puissances et mouvements politiques ont commencé à le combattre. Mais ils ont perdu. Le mal a gagné en force. Nous vivons avec ses conséquences.
La démocratie consiste à ce que les masses votent et choisissent. Mais elles ne font que voter et choisir ce que les élites leur suggèrent. Les élites contrôlent la démocratie. C’est leur outil, leur machine. Qui contrôle l’élite contrôle tout le reste, y compris la démocratie.

Le globalisme est la conspiration mondiale des élites sataniques. Elles ont adopté sa forme définitive avec l’avènement de la modernité occidentale. Aujourd’hui, leur contrôle est presque total. Tel que le disent les Écritures. Mais choisir le bon camp dans cette bataille apocalyptique est le devoir de l’homme.
Les masses ne peuvent pas choisir. Elles suivent et obéissent. Seul l’homme d’élite choisit vraiment. Ce choix est réel, libre et toujours possible dans toutes circonstances, quelle qu’elle soit. Nous devons viser les élites sataniques si nous ne sommes pas d’accord avec leurs gouvernements sataniques. C’est la Révolution. Il n’y a pas d’autre option.
L’élite satanique est globale, unifiée, et totalement solidaire avec son siège central. C’est pourquoi tous les médias et réseaux qu’elle possède suivent exactement la même narration. L’élite mondiale est petite et très disciplinée. L’élite spirituelle qui lutte contre les mondialistes est divisée.

L’élite spirituelle est locale et limitée par la nation et la religion. Elle ne peut pas comprendre l’étendue réelle de l’ennemi mondial, l’Antikeimenos. Elle est faible et dispersée. Mais si elle est vraiment spirituelle, elle reconnaît tous ceux qui portent la marque de l’Esprit. Guénon et Evola ont préparé le terrain.
Le traditionalisme doit devenir une réalité stratégique concrète, un réseau révolutionnaire. Ce ne peut pas être un mouvement ou un parti. Il doit devenir autre chose. Nous pouvons imaginer ce qu’il devrait être en comparant ce que nous rejetons le plus dans toutes les questions régionales.
Ce que nous haïssons le plus dans tous les pays nous unit et prépare le terrain pour un niveau supérieur de pensée. Le traditionalisme doit devenir une stratégie globale. C’est la volonté d'aller résolument vers l’Ordre Civilisationnel. La civilisation signifie essentiellement la tradition.

En luttant concrètement pour notre civilisation contre la civilisation mondiale satanique, nous aidons d’autres civilisations à faire de même. Nous devons comprendre cela. C’est le point qui change les règles du jeu. Nous devons mettre en place l’Internationale Traditionaliste: futuriste et offensive, pas défensive.
Le principal problème des Blancs est qu’ils se sont identifiés à l’Occident, à la modernité, au colonialisme, au matérialisme, au capitalisme, à la technologie. Et tout cela tue (ou a déjà tué) la tradition sacrée que les Blancs possédaient depuis longtemps.
La tradition sacrée des Blancs a été détruite par eux-mêmes. Sans tradition, il n’y a pas de Blancs. Ce n’est pas un homicide, c’est un suicide. Les Blancs ont choisi le suicide, et ils l’ont reçu.
Que signifie être blanc ? Presque rien, sauf l’apparence physique. Sans valeurs sacrées, sans religion, sans racines. Seulement le succès économique et la cupidité capitaliste. Il n’y a plus aucune raison d’être blanc. Le globalisme a été créé et mis en œuvre par les Blancs.
Les Blancs globalistes voulaient que l’humanité soit exactement comme eux, et en partie, ils ont réussi. Mais à un moment donné, ils ont réalisé qu’il n’y avait plus aucune raison de rester blancs. Nous devions tous devenir des « universels ». Et c’est alors que la autodestruction des Blancs a commencé.
Blancs, ne blâmez pas les non-blancs pour votre propre extinction. Blâmez-vous vous-mêmes. Blâmez l’Occident. Blâmez la modernité.
15:25 Publié dans Actualité, Nouvelle Droite, Traditions | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : alexandre douguine, tradition, traditionalisme, traditionalisme révolutionnaire, nouvelle droite, nouvelle droite russe |
|
del.icio.us |
|
Digg |
Facebook
dimanche, 21 décembre 2025
La doctrine indo-européenne du combat et de la victoire

La doctrine indo-européenne du combat et de la victoire
Julius Evola sur la guerre, l'héroïsme et « l'ascèse de l'action »
par Ralf Van den Haute
Introduction : histoire du texte et contexte
La réflexion qui suit résume l'essai de Julius Evola La doctrine indo-européenne de la lutte et de la victoire et harmonise le ton avec votre traduction. Le texte s'articule autour d'une distinction centrale entre une vision moderne et sécularisée de la guerre et une vision indo-européenne traditionnelle dans laquelle la lutte revêt une importance rituelle, initiatique et métaphysique. Historiquement, l'ouvrage a été publié en italien chez Edizioni del Ar (1970) ; une édition française a suivi chez Pardès (1996). Le matériel s'appuie sur des conférences et des notes développées par Evola dès les années 1940. Dans ce qui suit, l'accent est mis sur le fondement symbolique, religieux et métaphysique de l'action, avec quatre sous-titres thématiques.
Tradition contre modernité : la lutte comme rituel
Evola commence par critiquer deux extrêmes modernes: le patriarcat romantique et vitaliste d'une part, et le pacifisme humanitaire d'autre part. Bien que contraires, ils partagent selon lui un même préjugé: la guerre serait dépourvue de toute signification spirituelle supérieure. Ainsi, tant l'apologiste nationaliste que le défaitiste réduisent le combat à un fait purement matériel et bestial.
Face à ce schéma moderne, la vision indo-européenne traditionnelle présente la lutte comme un symbole et un rituel: un épisode terrestre dans le cadre d'une confrontation surnaturelle entre les forces du Cosmos (Κόσμος), de la Forme et de la Lumière, et celles du Chaos (Χάος), de la nature et des ténèbres. L'héroïsme n'est alors pas l'ivresse de la recherche du danger, mais un chemin (via la gloire et la victoire) vers la transcendance et le dépassement de la condition humaine. Dans cette optique, la guerre, la lutte et le divin peuvent coïncider.
Action et contemplation dans l'héritage indo-européen
Dans la lignée du diagnostic de Guénon sur le déclin occidental, Evola nuance l'opposition entre activisme et connaissance intérieure. Par «connaissance», il n'entend pas le rationalisme, et par «contemplation», il n'entend pas la fuite du monde. Dans l'horizon indo-européen originel, l'action et la contemplation sont deux voies vers la même réalisation. La décadence survient lorsque l'action est sécularisée et matérialisée — «faire pour faire» de manière fébrile — tandis que les valeurs ascétiques et contemplatives véritables s'estompent pour devenir des conventions. Une renaissance nécessite donc un retour au sens originel de l'action: l'acte comme transfiguration, comme discipline qui élève l'individu au-dessus de la contingence.
Le combat sacré et la «double âme»: résonances nordiques, indo-iraniennes, islamiques et chrétiennes
Des variantes de la guerre sainte reviennent dans tout le monde indo-européen.
- Monde nordique: le Valhalla comme siège de l'immortalité céleste pour ceux qui sont tombés au combat ; Odin/Wotan comme souverain qui montre la voie à Yggdrasil par le sacrifice de soi; les Walkyries qui choisissent et guident les guerriers; le motif eschatologique du ragnarök comme aboutissement de la lutte métaphysique.
- Monde indo-iranien: Mithra, le «guerrier insomniaque», à la tête des fravaši/fravashi, à la fois force intime de chaque être humain, force tribale/populaire et déesse guerrière qui apporte bonheur et victoire.
- Monde islamique: distinction entre le petit jihād (extérieur) et le grand jihād (intérieur). Le premier est le moyen et le chemin vers le second: la victoire sur les ennemis intérieurs (le désir, le chaos, la passivité) est la condition préalable à la libération; celui qui combat «sur le chemin de Dieu» peut réaliser la mors triumphalis, la mort victorieuse comme percée spirituelle.
- Christianisme/croisades: sous un nouveau masque, le même enseignement résonne. Les prédicateurs qualifient la croisade de purification; Bernard de Clairvaux promet au guerrier «une couronne immortelle» et «une gloire absolue». La «Jérusalem sacrée» a une double fonction (ville terrestre et céleste): ce qui est déterminant, c'est l'intention et la consécration intérieure de l'acte, et non son déroulement extérieur.

Ces exemples trouvent leur aboutissement dans la Bhagavad Gītā: Kṛṣṇa réprimande l'hésitation sentimentale d'Arjuna et lui ordonne de combattre sans attachement: «que chaque acte me renvoie... libre de tout espoir et de tout intérêt». L'acte doit être pur — au-dessus du gain/de la perte, du plaisir/de la souffrance, de la victoire/de la défaite — permettant ainsi au moi d'accéder à la force supra-personnelle qui libère. Dans cette optique, les images classiques du daimōn (δαίμων), du fylgja/Walküre et du fravashi éclairent la notion de «double âme»: la conscience ordinaire et conditionnée contre une force individualisante et supra-individuelle qui transcende la naissance et la mort et se manifeste dans les moments de crise et de combat.
Victoire, gloire et mission de l'homme moderne
Lorsque l'acte guerrier éveille et ordonne cette force supra-individuelle, les plans intérieur et extérieur coïncident : la victoire matérielle est alors le signe et le sceau d'une consécration. D'où le statut sacré du triomphe dans l'Antiquité, le motif de la gloire comme feu céleste (hvarenah), la couronne comme symbole solaire, et Nikè (Νίκη) qui couronne le héros: images d'un état lumineux et impérissable qui scelle le combat.

Dans la conclusion, Evola relie cet enseignement à la crise actuelle : une époque touche à sa fin, et l'alternative à la violence matérialiste et à l'humanitarisme mou est «l'ascèse de l'action» — la lutte comprise comme une catharsis, comme un travail intérieur qui donne forme et sens à l'ordre après la victoire. La paix n'est alors pas un retour à la torpeur bourgeoise, mais l'aboutissement de cette tension. L'ancien credo selon lequel «le sang des héros est plus sacré que l'encre des sages et les prières des pieux» est ici lu comme une métaphore: dans une guerre sainte, ce sont les forces primitives qui agissent — et non les caprices des individus — et ce n'est que lorsque l'acte est spirituel qu'il devient légitime.
Note finale (style et terminologie)
- Pour les concepts clés issus du grec (Kosmos, Chaos, Ouranos, daimōn), l'orthographe grecque a été ajoutée.
- Lorsque la réception originale parle de registres « nationalistes », cela est systématiquement traduit par discours nationaliste d'État lorsque cela est pertinent.
- Le ton est resté essayistique et historique; les images de batailles et de mythologie fonctionnent comme des symboles de transformation intérieure, et non comme des prescriptions littérales.
14:19 Publié dans Traditions | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tradition, traditionalisme, julius evola |
|
del.icio.us |
|
Digg |
Facebook
Sur le Baron Julius Evola: la monumentale biographie d'Andrea Scarabelli

Sur le Baron Julius Evola: la monumentale biographie d'Andrea Scarabelli
par Georges Feltin-Tracol
Quel ouvrage imposant ! 740 pages ! Une masse proche du kilogramme ! Une épaisseur de 4,5 cm, une largeur de 21 cm et une longueur de 29,5 cm ! Son prix s’élève à 52 €. La vie aventureuse de Julius Evola (Ars Magna, coll. « Evoliana », 2025) est sans conteste la biographie la plus riche de Giulio Cesare Evola (1898–1974).
Pour commander l'ouvrage: https://www.editions-ars-magna.com/livre/scarabelli-andre...
Ce travail colossal revient à Andrea Scarabelli. Vice-secrétaire de la Fondation Julius-Evola, il offre au public francophone une édition revue, corrigée et augmentée par rapport à l’édition initiale. Traduit par Istvàn Leszno et préfacé par Alian de Bneoist, le livre contient plusieurs cahiers photographiques, un appareil critique de notes sur quatre-vingt-deux pages, la liste intégrale des livres originaux d’Evola, une bibliographie exhaustive de dix-huit pages suivie de la bibliographie française des ouvrages évoliens parus dans l’Hexagone réalisée par le préfacier, soit quinze pages, et un index de noms propres mentionnés. Très impressionnant !
Au terme de longues et fructueuses recherches, Andrea Scarabelli résout certaines énigmes et écarte des légendes forgées autour de cette personnalité majeure de la vie intellectuelle du XXe siècle. Par exemple, Julius Evola n’a jamais été noble sicilien. Sa famille avec qui il entretient des rapports distants ne descend nullement de seigneurs normands venus en Sicile à l’appel du conquérant Robert Guiscard de Hauteville. Plus favorable à une aristocratie spirituelle qu’à une aristocratie héréditaire, il adopte le titre de «baron». Ce n’est pas anecdotique! Julius Evola déteste être appelé «Maître». Andrea Scarabelli rapporte un entretien entre Placido Procesi et Evola qui déclare: «Je ne suis pas un Maître. Constatez les conditions qui sont les miennes. Même si j’en étais un, je ne pourrais pas me présenter comme tel. J’ai tout écrit parce que je me souviens.» Certains l’appellent «Professeur» bien qu’il n’ait jamais obtenu le moindre diplôme universitaire. Le désigner comme «Baron» pendant les conversations lui convient mieux.
Andrea Scarabelli insiste beaucoup sur l’influence de l’alpinisme dans l’affirmation de sa personnalité. Pratiquer ce sport exigeant développe une vive complémentarité entre la volonté de puissance, la recherche de l’effort et le sens du défi. Méditations du haut des cimes exprime cette grande passion vitale chère à l’écrivain romain. Régulièrement, il part, seul ou accompagné d’une autre personne, dans des courses réputées difficiles, voire dangereuses… Plus tard paralysé des membres inférieurs, son regard s’illumine dès que son interlocuteur évoque ce sujet. Exercer l’alpinisme témoigne d’un solide caractère. Ainsi se montre-t-il désagréable, agacé et irritable à l’égard du personnel médical hospitalier. Ce comportement varie selon les circonstances. «Pour certains, il est froid et distant, pour d’autres, il est empathique et ouvert, sans oublier, poursuit Andrea Scarabelli, ceux qui le voient comme désinvolte et prêt à se jouer de lui-même.»
Toute sa vie, Julius Evola exècre la bourgeoisie. Outre la promotion de la Droite spirituelle hostile à la modernité, il critique la morale commune des communistes et des catholiques qui plombe les années 1950. Il déplore l’interdiction des maisons closes. Il considère les prostituées plus honorables que les bourgeoises et se gausse de la bigoterie gouvernementale. À propos de la prostitution, à travers divers articles, il «propose […] l’institution de structures syndicales visant à protéger et à défendre les prostituées». Il défend aussi les filles–mères célibataires. Ce supposé misogyne tance les hommes qui se défilent de leurs responsabilités paternelles.
Longtemps marginalisé, Julius Evola se surprend qu’après 1945, de nouveaux et précoces activistes au sein de la FUAN (Front universitaire d’action nationale) et du Front de la Jeunesse du MSI (Mouvement social italien) le lisent avec passion. Si le Baron se félicite de cet enthousiasme, il s’agace parfois de leur «évolomanie». Lui qui polémique avec des «guénolâtres» calfeutrés dans une morne adoration, se moque de certains de ses admirateurs dont le comportement moutonnier l’insupporte. Andrea Scarabelli cite Adriano Romualdi, auteur de Julius Evola, l’homme et l’œuvre: «Un jour, entendant qu’un groupe de ses admirateurs consacrait le lundi à la lecture des Hommes au milieu des ruines, le mercredi à celle de Révolte contre le monde moderne et le vendredi à Chevaucher le tigre, Evola les interrompit pour demander non sans malice: “Et quel jour consacrez-vous à la Métaphysique du sexe?”».
Les relations sont loin d’être au beau fixe avec ses correspondants réguliers. René Guénon ne cache pas son scepticisme envers l’Italien qui s’investit un peu trop à son avis dans le fracas du monde moderne. Il oublie cependant que Julius Evola a participé à la Grande Guerre (1915 – 1918) en tant qu’officier d’artillerie. Il recevra au nom de ce passé en 1969 le titre de « chevalier de Vittorio Veneto » signé par le président de la République italienne…
Une incompatibilité d’intention se produit avec Ezra Pound. Le contempteur de l’usure n’adhère pas à la vision du monde évolienne qui récuse toute hégémonie de l’économie. De son côté, l’ancien dadaïste s’interroge sur la poétique poundienne. Il la juge plus que surfaite…
La vie aventureuse de Julius Evola décrit donc les nombreuses facettes de l’auteur de Chevaucher le tigre. Certes, comme l’admet volontiers Andrea Scarabelli, le chantre de l’impersonnalité active n’aurait pas approuvé cette ambitieuse biographie. Qu’importe ! Elle témoigne de la singularité d’un très «bon Européen».
GF-T
- « Vigie d’un monde en ébullition », n° 178, mise en ligne le 15 décembre 2025 sur Radio Méridien Zéro.
12:48 Publié dans Biographie, Livre, Livre, Traditions | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : julius evola, andrea scarabelli, livre, tradition, traditionalisme, biographie |
|
del.icio.us |
|
Digg |
Facebook
mercredi, 19 novembre 2025
Emanuele La Rosa: “Julius Evola en Mitteleuropa et les contacts avec le monde völkisch”

Emanuele La Rosa: “Julius Evola en Mitteleuropa et les contacts avec le monde völkisch”
Brève conversation avec l'éditeur de l'anthologie des textes d"Evola, intitulée De la Méditerranée à l'Olympe nordique - articles et conférences en Mitteleuropa
par les Edizioni Mediterranee
Source: https://www.barbadillo.it/125426-emanuele-la-rosa-julius-...
Dans la première moitié des années trente, Julius Evola entama de longs séjours en Allemagne et en Autriche. Son intervention dans divers domaines culturels, à travers des conférences, des collaborations avec des périodiques et des revues scientifiques, ainsi que les propositions qui lui furent faites de publier écrits et livres, s'avère, avec le recul, d’une importance fondamentale. À partir de la recherche et de l’analyse de ce matériau est née l'anthologie intitulée De la Méditerranée à l'Olympe nordique - articles et conférences en Mitteleuropa (1920-1945). Que représente cette période pour le philosophe romain? Nous en avons discuté avec l'éditeur de ce volume, Emanuele La Rosa, que nous remercions pour cet aimable entretien.
Dans les années trente et quarante, Evola fut une référence pour d’importants cercles intellectuels mitteleuropéens, souvent très élitistes: aristocrates, fonctionnaires d’État, personnalités “imperméables” aux influences culturelles extérieures. Comment parvint-il à effectuer cette percée?
“L’action d’Evola est essentiellement machiavélique, elle repose sur le principe de la Realpolitik. En laissant de côté la prémisse de son action métapolitique – la désintégration de l’esprit aryen en Occident – et l’objectif qu’elle vise – le rétablissement des lois de la Tradition –, Evola sait qu’il ne peut pas utiliser le même ‘vocabulaire’ que celui qu’il emploie en Italie pour pénétrer dans le monde culturel des élites allemandes. C’est dans cette optique qu’il faut interpréter le passage du monde aryo-méditerranéen d’Impérialisme païen à celui de l’Heidnischer Imperialismus, où – presque pour créer un rapport d’empathie avec le public allemand – les fasces sont remplacés par l’aigle d’Odin. À cela s’ajoutent la manière aristocratique de faire et de se présenter d’Evola, sa pensée élitiste tournée vers l’individu plutôt que vers la masse, et ce que nous appellerions aujourd’hui une opération de marketing habile, où le philosophe romain n’est pas seulement baron, mais aussi descendant d’une noble famille normande.”
Quel est le sens de l’action culturelle menée par le philosophe durant ces années, principalement à travers des conférences et des articles ?
“Plus qu’un sens unique, je parlerais plutôt de sens qui s’entrelacent de manière synchrone. Le premier consiste, comme déjà mentionné, à faire revivre dans le monde moderne les structures et l’esprit de la Tradition à travers la réappropriation et la réutilisation de concepts, mythes et symboles qui y sont liés. Le second est celui de créer une élite politico-spirituelle qui puisse guider l’Occident dans une fonction anti-communiste et anti-matérialiste (c’est-à-dire anti-soviétique et anti-américaine). Le troisième consiste à ‘corriger’ ce qui, dans les mouvements de renouveau germanique, était faux, dégénéré et diviseur, et de placer le tout dans une optique d’alliance italo-allemande qui pourrait être symbolisée par l’union de l’aigle impérial romain et celui d’Odin.”
Comment évolue la contribution d’Evola durant cette période particulière ?
“Le premier article que Julius Evola publie en allemand date de 1928 et paraît dans la revue Die Eiche. Viennent ensuite une quinzaine d’autres articles, jusqu’à ce qu’en mai 1934, le philosophe soit invité à donner une série de conférences à Brême et à Berlin, ce qui lui permet d’établir des contacts directs avec le monde völkisch (folciste), dont il voulait devenir l’interlocuteur principal en Italie. Jusqu’à cette date, il est principalement connu dans des cercles révolutionnaires-conservateurs, mais à mesure que ses activités de journaliste et de conférencier entre l’Allemagne et l’Autriche s’intensifient et que ses œuvres sont traduites en allemand, son nom commence aussi à circuler dans les cercles nationaux-socialistes. La série de trois conférences qu’il donna à Berlin en juin 1938, sur invitation de Heinrich Himmler, devant la SS et plusieurs personnalités de l’Ahnenerbe, est particulièrement significative. Les thèmes abordés couvrent tous les domaines d’intérêt du philosophe: la morphologie du mythe, la question de la race et du judaïsme, les réflexions sur l’éthique héroïque-guerrière, ainsi que les ‘affinités et divergences’ entre Nord et Sud occupent une place centrale.”
Qui étaient les figures proches du philosophe à cette époque ?
“Les principaux interlocuteurs d’Evola étaient le baron Heinrich von Gleichen-Rußwurm (photo), fondateur du Herrenklub à Berlin et éditeur de Der Ring; le prince autrichien Karl Anton von Rohan, directeur de la Europäische Revue et animateur du Kulturbund viennois ; les révolutionnaires-conservateurs Wilhelm Stapel et Ernst Niekisch, éditeurs respectivement de Deutsches Volkstum et Widerstand; et le comte Richard Nikolaus Coudenhove-Kalergi, fondateur du mouvement paneuropéen. La relation avec la comtesse hongroise Antonia Zichy, qui l’introduisit dans les milieux conservateurs hongrois, est également à noter. En revanche, la relation avec Alfred Rosenberg, idéologue du NSDAP et éditeur des Nationalsozialistische Monatshefte et du Völkischer Beobachter, était plutôt fluctuante.”
En ce qui concerne le “problème de la modernité”, que met en évidence le rôle d’Evola dans ce cycle mitteleuropéen d’articles et de conférences?
“À première vue, cela peut sembler contradictoire, mais Julius Evola — un philosophe archaïsant, car ses catégories appartiennent à un monde très éloigné dans le temps et l’espace — ne pourrait exister en dehors de la modernité. C’est un penseur de la décadence, et cela correspond à la condition de notre époque: sans cela, il n’y aurait pas de sens à parler d’un recouvrement des valeurs de la Tradition. Sa réaction est une réponse à la dégénérescence de la civilisation et de l’homme moderne, éloigné de lui-même et esclave de facteurs externes, pris au piège dans le matérialisme comme moteur du monde, aveuglé par la manie du collectivisme comme synthèse de la société, et habitué à l’utilitarisme comme base de la conception de l’État. En ce sens, en reprenant une formule qu’il a utilisée il y a quelque temps, sa pensée est vraiment celle de quiconque veut survivre ‘droit et debout’ sur les ruines du Troisième Millénaire.”
17:40 Publié dans Entretiens, Révolution conservatrice, Traditions | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : julius evola, tradition, entretien, traditionalisme, révolution conservatrice |
|
del.icio.us |
|
Digg |
Facebook
dimanche, 16 novembre 2025
Une Proto-Noomachie douguinienne dans «Les Racines Métaphysiques des Idéologies Politiques»

Une Proto-Noomachie douguinienne dans «Les Racines Métaphysiques des Idéologies Politiques»
Raphael Machado
Les plus attentifs d'entre les observateurs politiques savent que l’« opus magnum » du philosophe russe Alexandre Douguine est la série en 25 volumes intitulée « Noomakhia » (littéralement «guerre des intellects/mentes»), regroupant plus de 15.000 pages consacrées à l’étude des structures noétiques des cultures humaines.

Les outils théorico-méthodologiques de l’œuvre — expliqués dans les deux premiers volumes — peuvent être condensés dans la découverte du caractère constitutif de trois éléments, aspects ou orientations — appelés par Douguine les « logoi » — qui opèrent comme des paradigmes noétiques, et qui, dans leurs multiples combinaisons et conflits, façonnent la manière dont chaque culture ou civilisation se développe.
Dans la réinterprétation douguinienne de la dualité Apollon/Dionysos théorisée par Nietzsche, Douguine ajoute au Logos d’Apollon et au Logos de Dionysos le Logos de Cybèle.


Superficiellement, on peut caractériser le Logos d’Apollon par son caractère vertical, exclusif, hiérarchique, transcendant, lumineux, masculin, etc. ; le Logos de Dionysos par son caractère médiateur, dialectique, extatique, transcendant-immanent, sombre, androgynique, etc. ; et le Logos de Cybèle par son caractère horizontal, inclusif, démocratique, immanent, obscur, féminin, etc.
Il s’agit de trois manières distinctes d’appréhender le monde, qui façonnent ainsi toutes les œuvres humaines.
Mais, malgré la relative nouveauté de cette formulation douguinienne, il est possible de retrouver, de manière involontaire, des racines possibles de cette « science noologique » dans un texte écrit trente ans plus tôt, « Les Racines Métaphysiques des Idéologies Politiques », un article dans lequel Douguine cherche à proposer une « méta-théologie politique » comme fondement ultime des principales idéologies politiques.
Il ne s’agit pas simplement d’une « théologie politique » à la Carl Schmitt, car ici il ne s’agit pas simplement d’associer des perspectives religieuses explicites, comme le déisme, à leurs expressions politiques possibles, comme le libéralisme classique, mais de remonter jusqu’aux éléments structurants qui sous-tendent même les perspectives théologiques.
Douguine identifie trois principes fondamentaux des idéologies politiques, qu’il nomme « Paradis Polaire », « Créateur-Création » et « Matière Magique ».

Le principe paradisiaque-polaire est identifié par Douguine comme correspondant au caractère absolu et singulier de la nature divine, où tout est conçu comme le reflet de cette même nature divine. Il n’existe pas de distance ou d’intermédiation entre le Sacré et la politique, qui n’est qu’une des clairières où apparaît le Sacré. Par le propre caractère concentré d’absoluité, Douguine voit dans ce principe une tendance monarchique et structurellement impériale (c’est-à-dire une aspiration à l’intégration de vastes territoires sous la tutelle de l’empereur), ainsi qu’un impulsion révolutionnaire et eschatologique.
Le principe créationniste est identifié comme correspondant à une perspective dualiste-dialectique de la réalité, dans laquelle le sujet et l’objet, l’homme et le monde, sont clairement séparés, même si en relation permanente marquée par l’altérité. Le sujet est lancé en périphérie du monde, derrière laquelle se cache le Créateur, et le Sacré n’émerge que par l’intermédiaire du sacerdoce. La forme politique de l’État-nation démocratique et d’autres formulations conservatrices sont imprégnées de cette perspective, dont l’impulsion fondamentale est la stabilisation de la réalité donnée.

Le principe magique-matérialiste est identifié par Douguine comme correspondant essentiellement à une forme de panthéisme. Le sujet n’existe pas en tant que tel, étant simplement un miroir du monde et un objet parmi d’autres immergé dans le monde. La relation au monde est purement instrumentale et guidée par des forces impersonnelles, de sorte que le rôle de l’homme dans le monde est interprété de manière mécaniste. Le monde, en tant que système autonome, identifié à la Raison, ne connaît comme seul mouvement possible que l’évolution. Et c’est ici que résident les tendances politiques niveleuses, comme le communisme et la social-démocratie.
Le principe paradisiaque-polaire et le principe magique-matérialiste peuvent être facilement associés, respectivement, au Logos d’Apollon et au Logos de Cybèle, mais le principe créationniste semble un peu plus éloigné du Logos de Dionysos. Ils se rapprochent dans la perception dualiste-dialectique de la réalité, mais il semble manquer une clarté quant à la nature transcendante/immanente (c’est-à-dire, de « l’Esprit incarné ») propre à la perspective dionysiaque. En réalité, le créationnisme se voit attribuer un caractère purement ésotérique, où le Sacré apparaît toujours comme quelque chose de distant et de médiatisé, tandis que, dans le dionysiaque, le Sacré est toujours à la portée de l’expérience extatique de l’initié. Il est intéressant de noter, cependant, comment Douguine voit dans les deux une connexion, entre autres, avec l’idéalisme actualiste de Giovanni Gentile.
Cette distance entre l’article des années 80 et la Noomakhia peut s’expliquer par le fait que, dans le mûrissement intellectuel de l'auteur, la perception claire des distinctions entre le Logos de Dionysos et le Logos de Cybèle n’apparaît qu’au sein de l’œuvre « À la recherche du Logos Sombre », qui précède la Noomakhia.
Un autre aspect intéressant de cet article, qui est l’un des premiers publiés par Douguine, est que dans son analyse de ce qu’il appelle « matérialisme magique », il est possible de repérer des aperçus de ce qui serait éventuellement développé sous la forme d'une « ontologie orientée objet », notamment dans sa description de l’homme comme un objet pur immergé dans un monde de forces impersonnelles qui dictent le développement autonome de la rationalité du monde.
14:59 Publié dans Nouvelle Droite, Philosophie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : alexandre douguine, nouvelle droite, nouvelle droite russe, noomachie, philosophie, traditionalisme |
|
del.icio.us |
|
Digg |
Facebook
jeudi, 13 novembre 2025
Douguine et la Kabbale - Les racines sacrées que le libéralisme veut oublier

Douguine et la Kabbale
Les racines sacrées que le libéralisme veut oublier
Constantin von Hoffmeister
Constantin von Hoffmeister examine comment un débat mal cité montre un Alexandre Douguine invoquant la Kabbale pour tenter d'expliciter le rejet du sacré par la modernité libérale.
Peu de penseurs contemporains ont été aussi systématiquement mal interprétés qu’Alexandre Douguine. Ses détracteurs n’abordent que rarement ses véritables propos. Au lieu de cela, ils se basent sur des fragments extraits d’échanges plus longs, présentés isolément pour donner l’illusion qu'il répand de l'irrationalité ou du fanatisme. Un exemple récent concerne son supposé « éloge de la Kabbale ». En réalité, cette phrase provient d’un débat de 2017 entre Douguine et l’intellectuel juif américain libéral Leon Wieseltier, et lorsqu’on l'examine dans son contexte complet, la signification s'avère tout autre.
Voici la vidéo :
Le débat a eu lieu devant un public d’universitaires occidentaux, dont plusieurs penseurs juifs libéraux, parmi lesquels le futur secrétaire d’État américain Antony Blinken. La tâche de Douguine dans ce cadre était d'ampleur formidable: défendre l’idée de Tradition, d’ordre métaphysique, et de dignité spirituelle des peuples face à un public profondément emberlificoté dans l’universalisme des Lumières.
Wieseltier commence par déclarer l’obsolescence de toute sagesse traditionnelle:
"Il n’y a absolument rien de nouveau dans le populisme, et il n’y a absolument rien de nouveau dans la foi mystique et la sagesse du peuple. Ce sont des idées très anciennes et, à mon avis, de très vieilles erreurs, parce qu’une des choses que montre l’histoire…". Etc.
Dans cette introduction, Wieseltier rejette à la fois le populisme et la tradition mystique comme des erreurs dépassées, des reliques d’une époque pré-rationnelle. Son argumentation implique que tous les appels à « la sagesse du peuple » ou à l’héritage sacré doivent en fin de compte conduire à la tyrannie ou à la folie. C’est la thèse libérale classique: que la liberté est sauvegardée par le scepticisme, par la raison procédurale, et par la neutralisation délibérée de l’âme collective.
Douguine l’interrompt avec une déclaration provocante, qui touche aux racines de la civilisation même de son adversaire:
"La tradition de la Kabbale est la plus grande réalisation de l’esprit humain".
La phrase, si souvent citée contre lui, n’était pas un sermon mais un défi. Douguine invoquait la tradition cabalistique — si profondément ancrée dans la métaphysique juive — comme l'exemple d’un héritage spirituel vivant. Ce faisant, il forçait Wieseltier à faire face à un paradoxe: comment peut-on nier la valeur de la Tradition tout en appartenant à un peuple dont le système mystique a inspiré des siècles de vie intellectuelle et religieuse?
Wieseltier répond en insistant, avec l’autorité calme d’un rationaliste libéral:
"Mon ami, j’ai étudié la Kabbale toute ma vie en hébreu, et je dois vous dire que cela n’a absolument rien à voir avec la sagesse du peuple. Ce que montre l’histoire, c’est que la sagesse du peuple devient souvent une justification pour des crimes terribles. Et que ce qui est présenté comme la sagesse du peuple peut conduire directement au mal. Et si nous nous référons au système américain, assurément, lorsque les Pères fondateurs ont écrit notre Constitution, ils ont pris le populisme en considération. Ils l’ont appelé démocratie directe. Et ils l’ont rejeté au profit de la démocratie représentative, précisément pour permettre la délibération et la prise en considération rationnelle des questions auxquelles le pays est confronté".

Cette réponse est révélatrice. Wieseltier (photo) rejette explicitement toute association entre la sagesse kabbalistique et l’esprit collectif d’un peuple. Il met en garde que ce qu’on appelle « la sagesse du peuple » peut devenir «une panoplie de justifications pour des crimes terribles». Pour lui, les pères fondateurs de la démocratie (américaine) avaient raison de supprimer la participation directe au profit d’un ordre médiatisé et technocratique: un ordre de raison oblitérant l’âme, un ordre de délibération dominant toute passion, et un ordre universaliste bridant tout réflexe identitaire.
L’intervention brève de Douguine, lorsqu’elle est replacée dans son contexte, prend toute sa portée philosophique. Il ne « promeut pas la Kabbale » pour les Russes orthodoxes ni ne loue le mysticisme juif. Il confronte son adversaire avec son propre héritage sacré, en l’utilisant comme un prisme pour révéler ce que le libéralisme moderne a perdu. La remarque de Douguine, « La tradition de la Kabbale est la plus grande réussite de l’esprit humain », est un appel ironique mais sérieux à la réalité de la transcendance—un appel à l’idée que l’humanité a un jour cherché à comprendre la structure divine de l’être, et que cette aspiration est supérieure au pragmatisme gestionnaire de la modernité.

Pourtant, isolée, cette seule ligne, extraite du flot de ses paroles, a été instrumentalisée pour dépeindre Douguine comme un crypto-mystique prêchant déraisonnablement des doctrines ésotériques aux masses. La vidéo complète réfute cela. Elle montre un philosophe rigoureux utilisant la rhétorique stratégiquement, poussant son adversaire à reconnaître qu’au sein même de la tradition juive, il y eut autrefois une hiérarchie de sens et une conception de l’ordre cosmique totalement étrangère à l’égalitarisme libéral.
Nous avons là l’essence de la confrontation de Douguine avec la pensée occidentale: la défense de la Tradition contre la réduction de toutes les valeurs à une neutralité procédurale. Dans le même débat, il parle de Trump, du retour de l’histoire, du besoin de pluralité civilisationnelle, et on peut percevoir un réel malaise dans le public. Les intellectuels libéraux, habitués à parler depuis le sommet moral du « progrès », rencontrent soudain un homme qui rejette totalement leur cadre conceptuel.
Le débat de 2017 reste l’une des rencontres les plus illustratives entre deux visions du monde: l’une qui vénère le sacré, et l’autre qui idolâtre l’autosuffisance de la raison. Lorsqu’il parle de la Kabbale, Douguine n’abandonne pas l’orthodoxie ou la Russie. Au contraire, il rappelle à ses auditeurs et critiques que même leurs propres traditions religieuses ont autrefois aspiré à l’Absolu. Ce geste — philosophique, rhétorique et civilisationnel — reste entièrement fidèle à son projet plus large: ressusciter un monde où l’esprit, et non l’abstraction, détermine le destin des peuples.
Le populisme, dans son sens le plus profond, transcende la division conventionnelle gauche/droite. C’est le pouls de la volonté collective: le cri d’un peuple en quête de sens contre la stérilité corporatiste. Qu’il soit habillé de couleurs socialistes ou nationalistes, le populisme affirme que la politique n’est pas une simple gestion, mais une destinée, la renaissance de l’esprit dans l’histoire.
La Kabbale est une manière ancienne du judaïsme de voir le monde comme une chaîne vivante entre Dieu et l’homme. Des fragments tombent, des lettres se réagencent, et la lumière perce le code. La Kabbale enseigne que toute la création coule à travers dix étapes d’énergie divine, reliant le ciel et la terre. Des griffonnages dans les marges, des circuits de souffle, le courant divin reconfiguré. Chaque partie de la vie reflète ce motif, des mouvements des étoiles aux pensées d’une personne. Un nom se plie en un autre, des étincelles tombent à travers l’alphabet. Étudier la Kabbale, c’est rechercher comment l’esprit se déplace à travers le monde et en soi, donnant ordre, sens et direction à l’existence. Tout se connecte, se disperse et revient, tout se réécrit dans la lumière.
12:12 Publié dans Nouvelle Droite, Philosophie, Traditions | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : alexandre douguine, nouvelle droite, nouvelle droite russe, tradition, traditionalisme |
|
del.icio.us |
|
Digg |
Facebook
mercredi, 22 octobre 2025
La lecture dialectique initiale de l’œuvre d’Evola selon Douguine

La lecture dialectique initiale de l’œuvre d’Evola selon Douguine
Raphael Machado
L’étude de la dimension politique de l’œuvre du philosophe traditionaliste italien Julius Evola se heurte toujours au « mur » représenté par sa phase tardive — celle qui se définit par le célèbre (et peu lu) livre Cavalcare la Tigre (= Chevaucher le Tigre).
L’œuvre en question tire son nom d’une parabole orientale qui raconte la terreur causée par un grand tigre dans une région désertique. La seule solution, que trouve le « héros », le cas échéant, est, au lieu d’affronter directement le tigre, de sauter sur son dos, de l’agripper et de s’y tenir jusqu’à ce que la bête s’épuise. Ce n’est qu’alors qu’il devient possible de donner le « coup de grâce ».


Ce que cela signifie politiquement, pour Evola, fait l’objet d’innombrables interprétations divergentes.
La période tardive d’Evola est habituellement décrite comme une période de «lassitude» face à l’engagement politique — surtout celui de ses «disciples», puisque lui-même n’a eu que quelques années pour tenter d'influencer positivement les régimes fascistes européens des années 30-40.
Cependant, l’Italie des années 50 et du début des années 60 représentait le nadir spirituel de la nation. Elle était occupée militairement par une puissance étrangère, culturellement corrompue par l’invasion de produits de l’industrie culturelle américaine, psychologiquement fracturée par le chaos démocratique, et dans le panorama politique intérieur, Evola voyait que même le nationalisme anti-libéral et anti-communiste s’était rendu conforme à l’ordre hégémonique de manière qui n’était pas simplement superficielle.

En sous-main, de plus, les plus exaltés commençaient à recourir au terrorisme et à la guérilla urbaine comme tactique de déstabilisation de l’ordre libéral-démocratique. Aux yeux d’Evola, une aventure vouée à l'échec.
Dans ce contexte, la posture à adopter par « l’homme différencié » est celle de l’apolitisme (l'apoliteia).
À partir de ce point, cependant, il est possible d’offrir une vision peut-être plus profonde; la question pourrait être la suivante: dans le stade actuel du cycle civilisationnel, tout effort pour inverser ou contenir la déchéance par l’action politique serait voué à l’échec — le cycle étant trop avancé, et la pourriture intérieure du fascisme et son échec inévitable en étant la preuve évidente.
Selon cette lecture, assez répandue, aucune action politique n’est plus utile ou nécessaire jusqu’à la fin du Kali Yuga. Cavalcare la Tigre représente l’attitude de ceux qui, simplement, « vivent parmi les ruines » en attendant la Fin. D’où l’apolitisme. Naturellement, il ne s’agit pas d’une attente passive, mais d’une attente dans laquelle « l’homme différencié » entreprend le chemin de la lutte spirituelle, cherchant à atteindre sa libération — ou, selon la phase philosophique d’Evola, à devenir « l’individu absolu ».

Certains disciples d’Evola ont toutefois compris l’apolitisme non comme un abandon de tout engagement politique extérieur, mais comme une disposition intérieure impliquant un double engagement: 1) ne pas se soumettre aux règles politiques du système hégémonique; 2) ne pas s’impliquer émotionnellement dans tout engagement politique extérieur (d’où l’appel au dialogue entre Krishna et Arjuna dans la Bhagavad Gita, comme modèle d’un ethos de l'« action désintéressée »). Pour l’« homme différencié », il restait, selon cette lecture plus radicale, le chemin de la « milice » et de la « guerre sainte ».
Ce dernier point est resté marginal dans l’école évolienne, la majorité ayant toujours interprété l’apolitisme comme une abandon total de l’engagement politique et une focalisation complète sur la « jihad intérieur », avec un autre courant adoptant une posture « modérée » à l’égard de l’engagement politique.

Le « premier Douguine » propose une lecture particulière de cette question.
Plus récemment, Douguine s’est longuement replongé dans la pensée d’Evola et lui a consacré un livre entier — Julius Evola : Stella del Mattino (= Étoile du Matin), publié jusqu’à présent en Italie uniquement. Dans cette œuvre, notre ami russe propose une lecture essentiellement métaphysique et alchimique de la métaphore du Cavalcare la tigre, en se concentrant sur le caractère yang/yin de la métaphore (puisque Douguine fait remonter la maxime jusqu’à la Chine ancienne), où le tigre représente les forces déchaînées du yin, et le chevaucheur, qui est sous-entendu dans la parabole, n’est pas proprement le yang (qui serait, en réalité, affaibli, déchu à l’ère présente), mais le représentant terrestre du yang.
Mais 35 ans auparavant, en 1990, Douguine avait formulé quelques réflexions politiques significatives sur l'ouvrage Cavalcare la Tigre, qui furent peu après publiées dans son livre intitulé Révolution conservatrice (Konservativnaïa Revolioutsia). Le penseur russe le situe spécifiquement dans une sorte d’antipode apparent de l’« impérialiste païen ».
Le terme désigne le sujet hypothétique de l’ouvrage Impérialisme païen, un texte de jeunesse dans lequel Evola propose une critique programmatique du fascisme à partir de la perspective d’une pensée politique « conservatrice révolutionnaire » fondée sur une tradition impériale à la fois romaine et gibeline. Là, Evola esquisse — parfois de façon générale, parfois en détail — sa conception de l’État idéal, sa « Platonopolis ». L’œuvre représente, peut-être, le « degré maximal » de politisation de la Tradition, et c’est dans ce sens que Douguine le pose comme la contrepartie de Cavalcare la Tigre.
Tandis que la posture prônée dans Cavalcare la Tigre ressemble à celle de l’anarque jüngerien qui amorce son « Waldgang » — ou, en d’autres termes, la figure de l’« anarchiste de droite » — 30 ans auparavant, Evola offrait au monde la perspective de l’« impérialiste païen ». Changement d’avis ? Maturité ?
Douguine nie toute chose de ce genre. Au contraire, dans la lecture douguinienne, l’« homme différencié » reste toujours le même, ce qui change est le monde du devenir, constamment affecté par les mouvements cycliques et les chocs entre volontés de pouvoir.
Et dans la mesure où le monde change, l’« homme différencié » aborde le monde de différentes manières, selon la phase dans laquelle il se trouve. En ce sens, l’« impérialiste païen », le « gibelin radical », le « conservateur révolutionnaire » devient « anarchiste » et « se retire dans la forêt » lorsque les conditions deviennent défavorables, et que la lutte politique devient infructueuse. La seule chose que l’« homme différencié » a à offrir au monde dominé par les forces de la Contre-Institution est son « Non ».

Mais dans la mesure où le monde n’est pas, encore une fois, statique, l’«anarchiste» évolien est toujours prêt à «prendre d’assaut les cieux» lorsque les conditions objectives redeviennent favorables à l’action politique (désintéressée).
En réalité, toute la période de la « jihad intérieur » est aussi une préparation à la conquête extérieure du monde, à la «jihad extérieure», «lorsque les étoiles seront alignées».
La lecture douguinienne de cette question offre la sortie la plus adaptée à l’impasse de la «scolastique évolienne» concernant les possibilités d’action dans les phases finales du Kali Yuga.
14:04 Publié dans Nouvelle Droite, Traditions | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tradition, traditionalisme, traditionalisme révolutionnaire, nouvelle droite, alexandre douguine, julius evola, nouvelle droite russe |
|
del.icio.us |
|
Digg |
Facebook
jeudi, 02 octobre 2025
«De la Méditerranée au Nord Olympien»: entre articles et conférences, l’héritage hyperbolique de Julius Evola

«De la Méditerranée au Nord Olympien»: entre articles et conférences, l’héritage hyperbolique de Julius Evola
Une nouvelle anthologie de textes de l’écrivain traditionaliste qui situe sa production de 1920 à 1945
par Giovanni Sessa
Source: https://www.barbadillo.it/124930-dal-mediterraneo-al-nord...
Dal Mediterraneo al Nord olimpico, de Julius Evola
Julius Evola fut un penseur à la production extrêmement vaste. Au cours de son existence, notamment à partir des années vingt du siècle dernier, il entretint de nombreuses relations avec des personnalités éminentes du monde politique et, surtout, culturel, qu'il ait été italien ou européen. Il voyagea beaucoup en Europe centrale, se rendant à plusieurs reprises en Autriche, en Allemagne, en Hongrie, en Roumanie. Vient de paraître en librairie une anthologie précieuse d’articles et de conférences du penseur traditionaliste, qui permet de faire la lumière sur ses vastes relations internationales autant que sur ses intentions politiques et métapolitiques, lors des années décisives de 1920 à 1945. Il s’agit de Julius Evola, Del Mediterraneo al Nord olimpico; Articoli e conferenze nella Mitteleuropa (1920-1945), paru dans le catalogue des Éditions Mediterranee (pour commander: ordinipv@edizinimediterranee.net, ++39-6/3235433).
Les nouveautés dans ce livre
Les traductions des textes et la direction de l’ouvrage sont dues à Emanuele La Rosa, collaborateur de la Fondation Evola, qui a retrouvé dans les archives et bibliothèques allemandes des articles jusqu’ici inconnus ou jamais traduits en italien.
La Rosa et Nuccio D’Anna, spécialiste de l’histoire des religions et du symbolisme, signent deux essais introductifs, propédeutiques à la compréhension de l’action dite d’« interventionnisme traditionnel » menée par Evola en Europe centre-orientale. Le livre se distingue également par sa troisième partie, qui rassemble des articles consacrés à Evola par la presse germanophone de l’époque, dont beaucoup restent inédits en italien, et par son appendice composée d’une revue de presse dédiée à Evola peintre.

Les voyages, les écrits et les conférences du traditionaliste visaient à la constitution d’un front commun paneuropéen, révolutionnaire et conservateur, destiné, d’une part, à « rectifier » les limites théoriques et pratiques du fascisme et du national-socialisme, et d’autre part, à donner une réponse forte et convaincante à la prégnance du moderne dans tous les domaines de la vie. D’Anna note : « Dans ses interventions, il n’omettait pas d’indiquer des comportements “exemplaires”, des formes de coutume et des modèles existentiels considérés comme importants dans une société qui, à la suite du lourd krach économique de 1929, avait sombré dans une profonde crise d’identité » (p. 9).

À l’avis de l’auteur, la revue la plus prestigieuse dans laquelle écrivit Evola fut la Europäische Revue du prince Rohan (photo). Parmi ses collaborateurs figuraient, entre autres, W. F. Otto, Heidegger, Schmitt, Sombart, C. G. Jung et notre compatriote Ernesto Grassi.
Dans tous les cas, même dans d’autres périodiques: « Evola continuera à avancer […] dans une seule direction dont les caractéristiques fondamentales apparaissent ordonnées autour de traditions sacrées […] symboles et formes du prépolitique qui trouvent sur le plan métahistorique leur véritable raison d’être » (p. 11).

Pour Evola, en effet, l’organisation de l’État de la Tradition était caractérisée par la synthèse de deux puissances, la temporelle et la spirituelle (Melchisédek), que le Moyen Âge gibelin tenta de réintroduire dans l’histoire (cycle du Graal). À la lumière de telles positions, le traditionaliste œuvra à renforcer, dans des termes non seulement politiques, l’alliance italo-allemande. Dans cette anthologie figurent également des écrits dans lesquels Evola critique la version purement biologique du racisme alors prédominante en Allemagne, au nom d’une race de l’esprit, traditionnelle, consciente de la tripartition humaine en esprit, âme et corps.
Impérialisme païen en Italie et en Allemagne
De certains des textes d’Evola, comme l’observe La Rosa, on relève d’importantes différences entre la version italienne de Impérialisme païen et sa traduction allemande de 1933: dans la première, le penseur « oppose au “danger euro-chrétien” la fonction positive d’une reprise de la tradition méditerranéenne, tandis que dans la version allemande il se fait porte-parole de la tradition nordique-germanique » (p. 31).
Ce changement de perspective s’explique par des raisons biographiques (la rupture avec Reghini, néo-pythagoricien et partisan de la très ancienne sapientia italique de Vico, ayant fini devant les tribunaux) et par des motivations idéales. Certes, comme il ressort de l’essai du directeur de la publication, il y eut chez Evola un choix stratégique, de type « machiavélique », visant à déplacer son influence théorique vers les pays d’Europe centrale, ce qui permet d’interpréter les deux versions d'Impérialisme païen « comme deux programmes politiques différents par leur forme et leur contenu […] comme une proposition (méta)politique offerte tantôt au gouvernement fasciste, tantôt au gouvernement national-socialiste naissant » (p. 32).

Le changement théorique s’explique aussi par des raisons idéales: après la rencontre avec Guénon, Evola changea de perspective sur la civilisation méditerranéenne et porta un autre regard sur la Renaissance italienne. Alors que dans Impérialisme païen, Giordano Bruno et la philosophie de la Renaissance (comme dans ses œuvres philosophiques) jouent un certain rôle, dès le début des années trente, le philosophe de la vicissitude universelle et les néoplatoniciens du Quattrocento ne sont plus cités, sauf négativement. Dans Révolte, le traditionaliste en viendra à affirmer : « La véritable Renaissance (de la Tradition), c’est le Moyen Âge ».
Evola « transpose dans l’idée impériale celle de la réalisation de l’individu […] dont la règle fondamentale est le principe de solidarité entre les éléments d’un organisme » (p. 33). L’Empire devient le modèle métapolitique du philosophe, réponse autant à l’internationalisme marxiste qu’à la ploutocratie américaine. La même inflexion “nordique” se manifeste également au niveau des symboles: du faisceau liturgique on passe à l’aigle impérial. « Evola doit agir “machiavéliquement” en activant des forces motrices, des symboles et des mythes […] capables de fasciner […] le public auquel il s’adresse » (p. 35).

La dimension cruciale de la pensée d’Evola
Cet interventionnisme traditionnel ne produisit ni en Italie, ni en Allemagne, les résultats espérés. Il ressort pourtant, même de ce recueil, le legs hyperbolique du penseur. Sur le plan individuel, il est symbolisé par l’individu absolu, « délié » au sens latin, libéré, même de lui-même, tendu dans la tension existentielle induite par l’incipit vita nova. Son existence est déjà, en soi, exemplaire, elle renvoie, métapolitiquement, au dépassement sublime des organisations politiques contemporaines. Son arbitraire ne saurait être compris par l’œil moderne, éduqué aux distinctions exclusives induites par le logocentrisme.
Del Meditarraneo al Nord olimpico est une œuvre qui apporte une lumière supplémentaire sur la pensée abyssale de Julius Evola, à lire et méditer avec un regard non représentatif, absolu, au-delà de la dichotomie sujet-objet, car pour Evola, phénomène et noumène disent la même chose…
Julius Evola, Del Mediterraneo al Nord olimpico. Articoli e conferenze nella Mitteleuropa (1920-1945), sous la direction d’Emanuele La Rosa, Éditions Mediterranee, 331 pages, 31,50 euros.
16:10 Publié dans Livre, Livre, Révolution conservatrice, Traditions | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : julius evola, révolution conservatrice, tradition, traditionalisme, livre |
|
del.icio.us |
|
Digg |
Facebook
mercredi, 24 septembre 2025
Quelle est donc cette « civilisation judéo-chrétienne » à laquelle nous appartiendrions ?

Quelle est donc cette «civilisation judéo-chrétienne» à laquelle nous appartiendrions?
Pierre-Emile Blairon
Ce texte pourrait constituer une suite à mon précédent article : L’Occident et la droite nationale française face à l’anéantissement de Gaza (Ier septembre 2025), s’il n’en était plus logiquement… son introduction.
Les Français, et les Européens, sont-ils « judéo-chrétiens » ?
Il n’est peut-être pas nécessaire d’entretenir le suspense : si l’on s’en tient au plan historique, le judéo-christianisme stricto sensu n’aura duré qu’un siècle environ puisqu’il ne concerne que les « chrétiens », à l’origine une secte juive qui s’est dispersée après la mort du Christ et surtout après la destruction du temple de Jérusalem en 70 par Titus. Secte qui a réussi puisqu’elle a converti 2.5 milliards d’habitants dans le monde et demeure la première religion de la planète en 2025 même si les statistiques constatent une érosion croissante au profit des non-affiliés et des musulmans.
Cependant, le terme de « judéo-christianisme » a été plus largement assimilé à des valeurs occidentales plus qu’européennes (c’est-à-dire englobant les deux Amériques, mais surtout les Etats-Unis) désignant un corpus moral issu de la Bible quand elle revêt ses plus beaux atours (tolérance, humanisme, etc). Les Américains sont dans leur ensemble profondément biblistes, se référant, depuis l’arrivée des Pères pilgrims, à la Bible de l’Ancien testament, donc juive, plus qu’au catholicisme du Nouveau testament, à l’instar de leur président Trump, ce qui explique bien des prises de positions pour le moins étonnantes de ce dernier. Ce qui explique aussi la proximité politique et spirituelle d’Israël et des Etats-Unis.

Les premiers colons américains, les Puritains, qui débarquent en Amérique dans l’Etat actuel du Massachusetts en novembre 1620 du May Flower ont été chassés d’Angleterre à cause de leur fanatisme religieux. Les colons ont gardé une certaine rancœur à l’encontre de la mère-patrie, et de l’Europe en général (ils avaient séjourné un temps en Hollande, où ils ne se plaisaient pas).
Nombre d’Américains considèrent même Israël comme leur véritable patrie spirituelle, identifiant l’exil qui les a conduits en Amérique à celui des Juifs et l’Amérique à leur « Terre promise », Israël constituant la nouvelle « maison-mère » des Américains.
Si l’Occident contemporain (1) peut être considéré globalement comme judéo-chrétien, ce ne peut être le cas pour l’Europe des peuples (que j’oppose à l’Union européenne) ni même pour la France, 53% des Français ne s’identifiant à aucune religion et se déclarant sans religion (agnostique, athée ou non-croyant).
L’expression « judéo-christianisme » constitue un amalgame qui permet d’englober de manière abusive dans le « camp du bien », de l’Etat profond et du mondialisme tous ceux qui ne trouvent pas matière à protester.
Les Indo-Européens : chronologie courte et chronologie longue
Les peuples français, comme tous les peuples vivants sur le sol européen, sont d’origine indo-européenne, si l’on excepte les peuple basque et sarde de provenance plus ancienne.
Mes propos vont s’éloigner quelque peu des idées reçues dans le domaine de l’archéologie, de la préhistoire, de l’anthropologie ou de l’histoire conventionnelles.
- Bien sûr qu’il y a de nombreux peuples français (cultures locales, patries charnelles – patrie : la terre des pères -, terroirs, régions …) (2) qui vivent sur le même territoire depuis que les « tribus » gauloises (celtes), au nombre d’une centaine, ont disparu au profit d’une « nation » française dont on situe la première ébauche au couronnement de Clovis, sacré roi des Francs en 481 et converti au christianisme lors de son règne. Mais c’est en 987 que Hugues Capet inaugurera la dynastie des rois capétiens qui durera jusqu’en 1792. Les limites de cette nation française recoupent encore actuellement à peu près celles de l’ancienne Gaule si l’on en retranche l’Italie du Nord, terre des Insubri, un peuple gaulois qui avait Milan pour capitale (3).
- Bien sûr qu’il y a une unité ethnique des peuples européens (4), et non pas seulement linguistique, qui s’est constituée il y a 6000 ans comme en témoignent les sépultures kourganes (en steppe pontique et eurasienne), et qui s’est étendue au moins jusqu’à l’Oural (fleuve et monts) et au-delà aux confins de la Sibérie.
Il s’agit d’un passé récent, d’une chronologie courte… et conventionnelle.


L’Atlantide
L’ésotériste Paul Le Cour (1871-1954) (photo) se réfère à un passé plus lointain puisqu’il évoque l’Atlantide, ce continent disparu sous les eaux il y a 12.000 ans, dont Platon avait assuré l’existence dans ses Dialogues, le Timée suivi du Critias. L’Atlantide, selon Platon, avait été engloutie parce que ses habitants s’étaient peu à peu dispensé des lois morales inculquées par les souverains d’Atlantis et avaient sombré dans la corruption et le matérialisme.
Le mythe de l’Atlantide a fait florès et quantité « d’aventuriers du continent perdu » ne cessent encore aujourd’hui de tenter de le localiser.
Pour René Guénon, l’un des premiers théoriciens de la Tradition primordiale, l’Atlantide était un comptoir, une colonie, un centre secondaire d’Hyperborée, continent enfoui sous les glaces de l’Arctique bien des millénaires auparavant, civilisation-mère et source de toutes les civilisations traditionnelles qui lui ont succédé.
Paul Le Cour, le fondateur de la revue Les Etudes atlantéennes et l’auteur de L’Ere du Verseau (1937), se basant chronologiquement sur le cycle des ères zodiacales, fait remonter la création du christianisme à la période atlantéenne et, donc, rejette lui aussi l'expression "judéo-christianisme" car il considère qu'elle représente un amalgame erroné et une déviation des racines spirituelles authentiques du christianisme, compris dans sa propre vision.
Le primordialisme
Pour ma part, comme je suis primordialiste, (tenant de la Tradition primordiale), je remonte notre passé aux débuts de notre cycle, celui qui s’achève actuellement, qui a commencé, selon les sources traditionnelles il y a 64.800 ans; sa dernière partie, la plus courte, l’Âge de fer, aura duré environ 6480 ans (5); il lui reste quelques années, ou quelques dizaines d’années avant de disparaître dans un cumul de catastrophes de toutes sortes, naturelles et humaines; mais notre cycle n’est que l’un des nombreux cycles qui ont déroulé leurs anneaux pendant des millénaires et ont disparu l’un après l’autre, toujours de la même façon, depuis l’apparition du peuple-source, qui vivait en Hyperborée, ce continent qui serait désormais enfoui sous les glaces (6).

Selon la tradition shivaïte, notre grand cycle d’Humanité, que les Hindous appellent Manvantara, est le septième sur Terre; la première Humanité est née il y a plus de 400.000 ans.
Le système des cycles dans les anciennes sociétés traditionnelles
Notre Manvantara, dont nous pourrions voir la fin rapidement, s’est étendu sur 64.800 ans, nombre qui correspond à: 2,5 cycles précessionnels de 25.920 ans, 5 « grandes années » de 12.960 ans, 30 « Ères » zodiacales de 2160 ans. Tous ces nombres sont à la fois symboliques et réels. Il ne s’agit pas d’une « tradition » basée sur le « merveilleux », mais d’observations empiriques, à un niveau de connaissance que nos astronomes contemporains commencent à acquérir… (7).
Avant d’entrer dans l’Ère du Verseau, nous sortons de l’Ère des Poissons, caractérisée par la prédominance du christianisme grâce à la descente de l’avatar Christ.
Dans la tradition hindoue, un avatar est la descente d’un dieu ou d’un représentant de Dieu qui s’incarne pour rétablir l’ordre et sauver le monde à chaque ère zodiacale.
Notre Humanité a donc connu au moins 30 avatars, mais sûrement plus, car il peut y avoir apparition de plusieurs avatars pour chaque début d’ère zodiacale, qui ont à peu près tous le même profil: fils de Dieu, ou d’un dieu et d’une mortelle vierge, venus combattre le démon, ou les démons, guérisseurs et initiateurs, périssant en sacrifice avant de remonter vers le Père (voir, par exemple, la figure d’Héraklès ou celle de Mithra, ou celle d’Horus).

Pour le primordialiste chrétien Jean Phaure (photo, ci-dessous), le Christ a ceci de différent d’avec ses prédécesseurs, c’est qu’il arrive à la fin du grand cycle, du Manvantara, pour le clôturer dans l’Apocalypse, la gloire de la Révélation et la parousie qui est le second avènement du Christ (8).

Une vision quelque peu différente de celle de Paul Le Cour que nous avons évoquée auparavant.
Cette fin apocalyptique pourrait survenir dans un délai très court à l’heure où nous écrivons car Jean Phaure, reprenant un texte sacré hindou, précise qu’elle pourrait se situer en… 2030 (9).
Pérennité de la Tradition primordiale à l’époque chrétienne
Il paraît inconcevable qu’un continent enfoui sous les glaces, dépendant d’une zone, l’Arctique, qui s’étend sur une superficie de 21.027.000 km2 pouvant donc contenir 38 fois la France n’ait laissé aucune trace physique de sa très ancienne présence. Il est vrai que l’épaisseur du pergélisol (glace qui ne fond jamais) est de 600 mètres en Yacoutie et peut atteindre 1 km selon les régions.
Il n’a cependant pas cessé de produire ses effluves tout au long des siècles en s’incarnant de façon éphémère, quelquefois fulgurante et inattendue, dans des personnages, des idéaux, des groupes qui ont laissé des traces dans l’histoire; en France, la plupart de ces manifestations ont surgi au Moyen-Âge et démontrent que la sagesse et la connaissance de nos druides anciens est passée secrètement en héritage à des structures traditionnelles plus catholiques que chrétiennes, rompant ainsi de manière cinglante avec le mythe du « judéo-christianisme ». Pour exemple, en vrac: le Cycle du Graal (10), le roi Arthur et les chevaliers de la Table ronde, les cours d’amour, l’édification des églises romanes (l’Ordre cistercien) puis gothiques, des châteaux-forts, Jeanne d’Arc, les ordres de chevalerie (11) comme les Templiers, les chevaliers teutoniques ou les chevaliers de l’Ordre de Saint-Jean de Malte.

Autant de signes et de manifestations qui dénotent que le génie européen et indo-européen et, au-delà, hyperboréen, avait pris dès lors le pas sur les influences judéo-chrétiennes en Europe même afin de produire ces chefs-d’œuvre sous forme de personnages, de groupes spirituels ou guerriers et de constructions flamboyantes.
Monothéismes
C’est l’apparition du (ou des) monothéisme (s) à caractère linéaire (un début-une fin) qui va se substituer au système cyclique cosmique traditionnel qui n’a ni début ni fin.
A l’origine, la spiritualité du peuple juif était identique à celles des autres peuples qui lui étaient contemporains.
Le principe cyclique auquel se référaient toutes les sociétés traditionnelles tenait sa légitimité de l’observation des lois naturelles régies par le triptyque naissance-vie-mort que personne ne venait contester.
Toute cette belle mécanique céleste va se gripper avec l’apparition du monothéisme chez les Hébreux. Ce monothéisme israélite va lui-même engendrer deux autres versions, le christianisme et l’islam; un seul dieu, mais pour chacune des trois variantes (qui apparaîtront à des périodes différentes), toutes trois issues du Moyen-Orient: on les appellera religions du Livre (parce qu’elles sont issues d’un livre « révélé ») ou abrahamiques (parce qu’elles se réclament du même Père virtuel: Abraham) (12).

Dès lors, chacune des trois variantes va se reporter à la « tradition », c’est-à-dire une « histoire », une « fable », un « conte », une « légende », un « merveilleux », un « roman » national ou religieux, ou les deux, inventé et adapté à la mentalité et aux besoins du peuple concerné plutôt qu’au strict examen des faits naturels dont découlait l’observance de lois, ce qui était la démarche logique des peuples « païens » (13) d’avant l’apparition du monothéisme. Il n’existe que de très faibles indices permettant de reconnaître l’authenticité des écrits bibliques originels. Les historiens contemporains en réfutent la quasi-totalité. Et rappelons que ce n’est qu’en 495 que le Décret de Gélase fixe définitivement le contenu des Évangiles du Nouveau Testament.
Comment est apparu le monothéisme juif ?
C’est l’aboutissement d’un lent processus; les Hébreux pratiquaient une sorte d’hénothéisme (14): ils croyaient en plusieurs dieux d’un panthéon où trônait Yahweh (YHWH) qui rappelle le panthéon grec dont les dieux étaient soumis à l’autorité de Zeus.

La croyance en Yahweh comme dieu unique se renforcera après l’exil du peuple juif à Babylone (586-539); Yahweh sera sollicité pour venger ses malheurs. Le monothéisme des Juifs aura vraisemblablement été inspiré par le zoroastrisme alors contemporain, religion fondée par le prophète perse Zarathoustra dont le dieu est appelé Ahura Mazda; cette religion est encore pratiquée de nos jours par une partie des Perses, peuple indo-européen de l’actuelle Iran. Il est plaisant de voir ici désigné le personnage de Friedrich Nietzsche comme l’un des inspirateurs du… judaïsme ! Mais il n’y a rien de plus logique que le chantre du « surhumain » ait nommé son « héros » Zarathoustra et que le peuple juif ait pris ce même Zarasthoustra comme idéal religieux.

Rappelons le récit mythique du peuple hébreu: les Hébreux étaient esclaves des Egyptiens sous la XVIe dynastie (vers -1500); un personnage légendaire nommé Moïse (légendaire parce qu’on n’en trouve nulle trace historique) apparaît, qui guide la fuite de son peuple vers le pays des Cananéens, la «terre promise» aux Hébreux, après avoir erré dans le désert du Sinaï pendant 40 ans; « terre promise » par qui? Par un dieu caché dans un «buisson ardent» qui parle à Moïse; passons sur les tribulations invraisemblables qui amènent Moïse et son peuple aux portes de Judée, peuple désormais « élu » par Dieu, un dieu qui ne peut être donc qu’unique par réciprocité, c’est ce que dit le philosophe des monothéismes, Jean Soler: «Aux termes de "l'alliance", si le peuple vénère ce dieu au-dessus des autres dieux, le dieu le placera au-dessus des autres peuples. Il s'agit d'un accord strictement ethnique».

Ainsi commença le monde profane, celui des hommes, qui, dans l’esprit de ses promoteurs, devait succéder au monde sacré, celui des dieux.
Pour le monde européen, Julius Evola avait bien compris la nature de cette rupture lorsqu’il distinguait la Voie des Pères introduite par le Titan Prométhée qui donne le pouvoir à l’Homme qui se survit à lui-même par la lignée, et la Voie des Dieux, ou Voie olympienne, où l’Homme admet et respecte la supériorité divine tout en s’efforçant d’atteindre à nouveau ce statut perdu.

La dispersion des Juifs dans le monde (diaspora) commence après la destruction du temple de Jérusalem par le romain Titus en 70. Les Hébreux, ensuite dénommés Israélites, puis Juifs, vont alors prendre leur revanche sur les grandes puissances de l’Antiquité qui les ont chassés et contraints à de nombreux exils ou exodes: l’Egypte, l’Assyrie (15), la Mésopotamie, Rome, en prenant une place importante dans le monde économique contemporain dédié de plus en plus à la matérialité comme il sied à chaque fin de cycle.
La diaspora juive a, dans sa grande majorité, continué à pratiquer avec ferveur sa religion, appliquant les règles strictes des origines qui, sous couvert de prescriptions religieuses, servaient surtout à canaliser les pulsions primaires des fidèles en leur imposant des garde-fous sanitaires et moraux, règles archaïques qui sont toujours en vigueur mais qui n’ont plus beaucoup de sens à notre époque.
Parallèlement, le judaïsme, comme toutes les grandes religions, a élaboré un ésotérisme, la Kabbale, qui a perduré dans le monothéisme indépendamment des contraintes dogmatiques ultérieures, comme il existe un ésotérisme chrétien, qu’on dit hermétique ou mystique, ou un ésotérisme musulman, représenté par le soufisme.
Economie, religion et spiritualité: nous sommes loin de ce qui est en place actuellement en Israël: le sionisme dogmatique qui risque de provoquer la disparition du pays par les excès de sa politique jusqu’au-boutiste.
Titanisation et satanisation de « l’Occident » : le cauchemar de Gaza
Involution
Israël, comme l’ensemble de la planète, ne peut échapper à l’inexorable course du monde vers sa fin, avant le dernier salto qui le fera retomber sur ses pieds pour entamer un nouveau cycle; Israël semble bien être en pole position pour cet ultime tour de piste, cette dernière facétie macabre.
L’observation de la marche cyclique du monde nous apprend que toutes les manifestations terrestres vont toujours dans le même sens: l’involution, du meilleur au pire, de la naissance à la mort, du spirituel au matériel, de la beauté à la flétrissure. Rien ne pourra arrêter ce processus qui dément toutes les utopies qui vous ont fait croire aux lendemains qui chantent. Le principe de « progrès » et d’évolution qu’on a fait entrer dans la tête et la logique de tous au point d’être considéré comme une évidence est la plus formidable réussite de manipulation et de conditionnement des masses, avant même celle de la pseudo-pandémie et du pseudo-vaccin que nous avons vécue en direct il y a quelques années. Et ceci depuis que la vie est apparue sur notre planète (16).
C’est pour cette raison que le principe d’un temps linéaire est absurde.

Les cycles se suivent et se ressemblent, ils se terminent tous dans la confusion, le chaos, la décadence et la totale inversion de toutes les valeurs vertueuses qui constituaient le socle de nos sociétés millénaires, il faut attendre l’horreur absolue (et je crois que nous n’en sommes pas loin) pour voir arriver la fin de ces désordres et l’émergence du nouveau cycle.
Deux processus maléfiques sont en cours et vont trouver leur point de jonction dans une explosion de terreur et d’épouvante. Ils se rattachent l’un et l’autre au titre même de notre article: l’un est un produit de la mythologie juive, l’autre de la mythologie européenne.
Ces deux processus ont des racines qui remontent très loin dans le temps et dans les mythes de leurs histoires respectives mais chacun des deux a produit un être artificiel, une représentation qui n’est pas liée directement aux deux grandes figures mythologiques dont nous allons parler (si ce n’est le nom pour l’une des deux!) qui a bouleversé et effrayé les imaginations populaires: le Golem et Frankenstein.

Le Golem de la mythologie juive est créé par le rabbin Loew au XVIe siècle, c’est un monstre qui est fait de terre glaise, d’argile, il est destiné à protéger son créateur.
L’autre créature est celle d’un jeune savant nommé Frankenstein qui fabrique un être à partir de chairs mortes, de cadavres, lequel va semer la terreur quand il sera animé par son créateur; le roman a été publié en 1818 par une jeune femme, Mary Shelley sous le titre: Frankenstein ou le Prométhée moderne, un nom, Prométhée, qui va réapparaître – coïncidence? - dans les lignes qui suivent.
Titan
Je parle de siècles et de millénaires.
Si je vous disais que les transhumanistes sont les héritiers de la race des Titans qui, dans la mythologie grecque, ont voulu se mesurer aux dieux par la révolte de leur figure la plus emblématique qui s’appelle Prométhée, lequel est réputé avoir créé les humains; le prométhéisme, ou le titanisme, a donné naissance au surhumanisme, qui est lui-même l’antichambre de l’actuel transhumanisme, qui milite pour un « homme augmenté », équivalent du surhomme.

Cette vanité, cet orgueil qui a poussé les Titans à défier les dieux s’appelle l’hubris, la démesure élevée en mode de fonctionnement de nos sociétés actuelles, la folie titanesque; je ne prendrai pour seul exemple de cette folie, exemple qui est caricatural, que cette course à celui qui élèvera la plus haute tour au monde (on pense à la Tour de Babel), compétition engagée par les Bédouins richissimes du Golfe persique qui les distrait de leurs collections de Ferrari ou des courses de chameaux dont ils sont restés friands ; ils ont été pris de cette même frénésie de constructions verticales apparue à New-York et à Chicago, à la fin du XIXe siècle, hautes tours qu’on a appelées gratte-ciel – le mot gratte-ciel symbolise à merveille cette volonté de concurrencer les dieux.

Le psychothérapeute Paul Diel (photo) dira que « Les hommes, en tant que créatures de Prométhée, formés de boue et animés par le feu volé, réalisent la révolte du Titan et ne pourront que se pervertir. Guidés par la vanité de l’intellect révolté, fiers de leurs capacités d’invention et de leurs créations ingénieuses, les hommes s’imagineront être pareils aux dieux » (17).

C’est en effet le Titan Prométhée qui, dans la mythologie grecque, a été chargé de créer l’être humain. Il va le faire en façonnant de l’argile, de la terre glaise.
Le mythe de l’Homme (Adam) créé à partir d’argile va se retrouver dans la genèse monothéiste, comme, on l’a vu, il se retrouve aussi dans la création du Golem.
Mais il y a mieux : de récentes découvertes scientifiques accréditent le fait que la vie serait apparue sur Terre à partir d’une certaine espèce d’argile, la montmorillonite, qui tient son nom d’un village français, Montmorillon, dans le département de la Vienne (18)
Ainsi, le mythe européen du Titan sera à l’origine de la filiation : humanisme, surhumanisme, transhumanisme, posthumanisme (avec la robotisation de l’être humain qui s’annonce).
Il constitue l’un des deux volets de l’emprise du Mal sur le monde sous son aspect lisse high tech.
Satan
Et ce n’est pas un hasard si l’équivalent des Titans chez les monothéistes sont les anges rebelles, et de ce fait déchus, dont le chef s’appelle évidemment Satan, dont la racine serait la même que celle de Titan, selon le chercheur Daniel E. Gershenson. La cause de la déchéance de ces anges est identique à celle qui a poussé Prométhée à défier les dieux: l’hubris, l’orgueil, la vanité, la volonté de se mesurer à Dieu, voire de le remplacer.
Le satanisme, qui s’acoquine avec le titanisme, présente un aspect plus ancien, dans un décor fait de vieux grimoires et de chaudrons de gorgones qui concoctent une bouillie d’êtres en décomposition destinée à nourrir le monde des vivants. C’est un tableau qu’on pourrait trouver actuellement dans ces spectacles qui rassemblent des centaines de milliers de personnes, spectacles largement promus et subventionnés par la secte satano-mondialiste, comme ce fut le cas lors des derniers Jeux olympiques. C’est de ce satanisme que se réclament ouvertement les dirigeants de notre monde occidental qui ont vendu leur âme au diable pour réaliser leur rêve d’immortalité.
De nombreux Israéliens ont gardé leur dignité et leur humanité face au cauchemar que leurs dirigeants font vivre à ce qu’il reste de la population de Gaza comme ce psychiatre et écrivain français, Gérard Haddad, qui apporte son témoignage indigné (19)
Le monde se bouche les oreilles, les yeux et le nez avec lâcheté et indifférence devant ces horreurs ; il ne sortira pas intact de cette épreuve qui l’a vu basculer et se prosterner devant le trône du Prince des ténèbres.
Mais l’Occident s’en balance, Trump attend que les derniers enfants Palestiniens soient massacrés pour mettre en place son projet de station balnéaire à Gaza (20).
Notes :
(1) Ce qu’on peut appeler l’Occident actuel est composé d’Israël, des Etats-Unis et de l’Union européenne.
(2) Voir L’Europe aux cent drapeaux de Yann Fouéré, éditions de l’Institut de Documentation Bretonne et Européenne. Thème repris sous forme de poème par Maurice Rollet, Hyperborée n° 4, nouvelle série.
(3) Mediolanon : mot gaulois qui signifie « centre sacré ».
(4) Peuples grecs, italiques, albanais, indo-iraniens, celtiques, germaniques, nordiques, slaves, arméniens.
(5) À peu de chose près, à l’apparition des peuples indo-européens, si l’on s’en tient à la chronologie officielle.
(6) Voir les travaux du mathématicien indien Bal Gangadhar Tilak (1856-1920): Orion ou Recherche sur l'antiquité des Védas et L'Origine Polaire de la Tradition védique, éditions Edidit & Archè, Milan et Paris. « Tilak effectue des recherches sur les textes des Védas [qui] l'amènent à défendre la théorie d'une origine arctique de la tradition indo-européenne. Sa thèse influence profondément le philosophe italien Julius Evola. Elle est reprise par Jean Haudry. » (Wikipedia). Voir aussi Adriano Romualdi (trad. de l'italien par le professeur Jean Haudry), La question d'une tradition européenne, Akribeia, 2014.
(7) Ainsi, si je prends comme exemple le nombre 25 920, il correspond à une durée réelle du cycle précessionnel comme indiqué ci-dessus, mais aussi :
-La vitesse de la lumière est de 300.000 km par seconde, comme il y a 86.400 secondes en un jour, la lumière parcourt donc 25.920 millions de kilomètres par jour.
-Encore une « coïncidence » ? La vitesse de la Terre autour du Soleil est de 30 km par seconde. Elle couvre donc 2.592.000 km par jour. Et il y en a d’autres…
(8) Jean Phaure, Le cycle de l’Humanité adamique, éditions Dervy, p. 245 et suiv.
(9) Ibid, p. 511.
(10) « …cette possession du Graal représente la conservation intégrale de la Tradition primordiale dans un tel centre spirituel. La légende, d’ailleurs, ne dit pas où ni par qui le Graal fut conservé jusqu’à l’époque du Christ ; mais l’origine celtique qu’on lui reconnaît doit sans doute laisser entendre que les Druides y eurent une part et doivent être comptés parmi les conservateurs réguliers de la Tradition primordiale. » René Guénon, Le Roi du Monde, NRF Gallimard, p.43.
(11) Voir notre article du 2 février 2025: L’être « sigma » : manipulation CIA-woke-LGBTQ+ ou résurgence des valeurs chevaleresques ?
(12) Virtuel parce que les historiens n’ont jamais trouvé nulle trace de ce personnage : « Si la question de l’historicité du personnage biblique Abraham a fait, au cours du XXe siècle, l’objet d’un important travail scientifique par les archéologues, au début du XXIe siècle, les chercheurs ont depuis longtemps renoncé à tenter de faire de la figure d'Abraham — pas plus que de celles d'Isaac ou de Jacob — un personnage historique et la ʺquête d'un Abraham historiqueʺ, propre à l'archéologie biblique, a été abandonnée. […] la Terre promise du récit biblique ne saurait se trouver sur aucune carte dans la mesure où elle est à comprendre comme un lieu symbolique et non géographique » (Article Abraham, Wikipedia).
(13) Je n’emploie pas souvent le mot « païen » (paganus) qui, dans la bouche des premiers chrétiens installés à Rome, avait une connotation péjorative à l’encontre des gens du cru, les paysans qui avaient conservé leurs pratiques polythéistes.
(14) Culte prédominant rendu à un dieu particulier, tout en acceptant l’éventuelle existence d'autres divinités.
(15) Les recherches historiques démentent le récit sioniste inventé par un Netanyahou qui s’acharne à vouloir démontrer que l’Iran est l’ennemi héréditaire d’Israel : « Les Juifs sont déportés à Babylone par les Assyriens à la suite de la prise de Jérusalem par le roi Nabuchodonosor en 586 avant J.-C. Cinquante ans après, les Juifs sont libérés par le roi de Perse Cyrus. Entre temps, les Perses (indo-européens) avaient éliminé les Assyriens (sémites) et pris Babylone. Cyrus ne se contente pas de libérer les Juifs, il patronne leur réinstallation à Jérusalem : 40.000 y retournent, les autres restant en Mésopotamie. Il nomme un préfet juif, Néhémie. C’est sous la domination politique des Perses qu’est reconstruit le Temple de Jérusalem. Mais il y a plus : c’est à ce moment qu’est mise au point la Bible hébraïque dans la version que nous connaissons. » (Aleteia, Roland Hureaux, 21/03/2017)
(16) Voir notre article du 3 octobre 2023: La France, laboratoire de la Secte mondialiste
(17) Paul Diel, Le Symbolisme dans la mythologie grecque, Payot.
(18) Voir mon ouvrage La Roue et le Sablier édité chez Amazon.
(19) https://www.facebook.com/100063440329884/videos/731797502...
17:17 Publié dans Traditions | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : traditions, traditionalisme |
|
del.icio.us |
|
Digg |
Facebook
lundi, 11 août 2025
La fin du politique

La fin du politique
Renzo Giorgetti
Source: https://www.heliodromos.it/la-fine-della-politica/
En ces moments historiques, se taire pourrait sembler de l'apathie – et c'est la seule raison pour laquelle nous écrivons ces considérations – même s'il n'y aurait en réalité presque rien à ajouter, ayant déjà largement préfiguré dans le passé les développements sinistres de la situation actuelle. La chute des derniers masques derrière lesquels se cachait le régime tyrannique du totalitarisme mondial n'est pas une surprise, car elle était prévisible, du moins pour ceux qui avaient un minimum de sensibilité et d'intelligence pour discerner les dynamiques du pouvoir des deux derniers siècles dans le monde occidental dit moderne.
Le fait que toutes les « conquêtes » et tous les « droits » du passé aient été éliminés avec une totale désinvolture et sans aucune résistance ne peut que susciter l'hilarité et la peine (surtout à l'égard de ceux qui y ont cru), car tout cet appareil de formules vides n'était rien d'autre qu'un décor, une fiction créée pour persuader les malheureux de vivre dans un monde libre. Il ne s'agissait en fait que de produits artificiels, présentés comme des valeurs absolues, mais qui n'étaient en réalité que de misérables concessions dont l'apparence d'intangibilité n'était garantie que par la parole, c'est-à-dire par des déclarations solennelles mais inconsistantes d'individus à la crédibilité douteuse.

Et en effet, tout ce qui a été donné a ensuite été repris avec intérêts, laissant en plus les dommages psychologiques du lavage de cerveau sectaire, de l'incapacité à élaborer des pensées réellement alternatives. Il est inutile maintenant de se plaindre et de réclamer « plus de droits », « plus de liberté » ou même de se plaindre du « manque de démocratie » : ces schémas sont perdants. Ils ont été implantés dans l'esprit de la population à une époque où les besoins de l'époque imposaient ce type de fiction. Il fallait en effet faire croire que l'on avait été libéré (on ne sait pas bien par qui) et, après une série de « luttes » et de « conquêtes », que l'on était enfin arrivé au summum de l'évolution et du progrès. Mais aujourd'hui, les choses ont changé et de nouvelles fictions sont nécessaires pour garantir la continuité du pouvoir.
Le « Nouveau Régime » (1789-2020) est en cours de restructuration, devenant « Tout Nouveau » : la période de transition que nous vivons sera caractérisée par le démantèlement définitif de tout l'appareil des droits et des garanties qui ont caractérisé la vie civile précédente. Ce démantèlement ne sera pas suivi d'un vide, mais de nouveaux ordres fondés sur de nouvelles logiques et de nouveaux paradigmes. La destruction du pacte social ne conduira pas à l'état de nature (qui n'a probablement jamais existé) et au rejet de toutes les règles, mais à un « nouveau pacte » avec de nouvelles règles plus ou moins volontairement acceptées. La forme de gouvernement des derniers temps ne sera pas l'anarchie mais l'imperium, un sacrum imperium, une hégémonie à la fois spirituelle (façon de parler) et temporelle, une forme de pouvoir avec sa sacralité toute particulière, très différente de la laïcité du présent.

La polis, entendue comme lieu de rencontre et de résolution dialectique et pacifique des conflits, s'est désormais effondrée, désagrégée par le lent travail mené à l'intérieur de ses propres murs, et tout discours politique est donc dépassé, irréaliste, irréalisable, un tour de passe-passe sans aucun effet pratique. Mais la désagrégation de la polis ne ramènera pas à l'état sauvage. Le retour aux origines sera d'un tout autre ordre. À la polis, c'est-à-dire à la civitas, ne s'oppose pas la silva, mais le fanum, ce territoire consacré au dieu, dont les habitants doivent se soumettre aux règles de la divinité à laquelle ils appartiennent. Ceux qui vivent dans le fanum vivent selon des lois particulières, selon un ordre qui n'est pas celui de la vie civile, un ordre différent, pas nécessairement négatif. Le cives se rapporte aux autres sur un plan horizontal, tandis que le fanaticus vit la dimension verticale, il est possédé, parfois pour le meilleur, parfois pour le pire (le terme fanatique doit être compris dans un sens neutre, son anormalité n'étant telle que dans un monde politique) ; ses actions répondront à des critères différents dans la mesure où la présence de l'invisible s'est désormais manifestée, rendue à nouveau tangible, agissant dans le monde de manière concrète.
Dans la mesure où des influences qui ne sont plus liées à la stricte matérialité entrent dans le monde, tout reprend alors des accents sacrés et rien ne peut plus être profane, rien ne peut plus être exclu de l'irruption du numineux qui imprègne et transfigure tout.
Par « sacré », nous entendons au sens large ce qui n'est pas confiné dans les limites de la matière, et le terme peut donc désigner à la fois ce qui est proprement sacré (comme la spiritualité supérieure) et ce qui s'y oppose comme une force blasphématoire, exécrable, même si elle possède sa propre « sainteté ».

L'irruption du transcendant dans le monde laïc et matérialiste (dans le monde profane) entraîne un changement historique, modifiant non seulement les règles de la vie civile, mais aussi les paradigmes mêmes sur lesquels repose l'existence. La fin de la politique s'inscrit dans ce contexte et porte la confrontation sur un autre plan.
L'effondrement du monde politique laisse déjà entrevoir, parmi les décombres, la montée d'une puissance étrangère, le numen, les forces de l'altérité qui déconcertent en manifestant la puissance du tremendum. Le nouveau saeclum verra se manifester ce qui, invisible mais existant, se cachait derrière l'apparence d'une matérialité fermée et autoréférentielle, des forces absolues qui agiront de manière absolue, ignorant les constructions conventionnelles inutiles de la pensée humaine. La dernière époque verra le retour des dieux.
Mais cela, qu'il soit dit pour le réconfort de tous, ne se fera pas à sens unique. Certaines forces ne peuvent se manifester impunément sans que d'autres, de signe opposé, descendent pour rétablir l'équilibre.
La lutte reviendra à des niveaux primaires, car l'anomie, l'hybris a trop prévalu et, dans sa tentative de s'imposer, risque sérieusement de bloquer le cours même de la vie. En effet, comme nous l'ont montré de nombreux mythes (nous devons nous tourner vers le mythe car la situation actuelle n'a pas de précédent historique connu), cet état de choses n'est pas durable et conduit toujours à des interventions d'équilibrage qui, en contrant les forces de la prévarication, éliminent également le déséquilibre devenu trop dangereux pour l'ordre cosmique lui-même.
La fin de la polis conduit à l'impossibilité de résoudre les conflits par le compromis et la médiation. Tout passe désormais du politique au fanatique, car les forces qui s'affrontent sont des forces antithétiques, absolues, qui, tout comme la vie et la mort ou la justice et l'injustice, ne peuvent coexister simultanément dans un même sujet.

Ces discours ne sont peut-être pas très compréhensibles pour ceux qui ont été programmés selon les anciens schémas de pensée, mais il serait bon de commencer à les assimiler, car l'avenir ne fera pas de concessions à ceux qui tenteront de survivre avec des outils désormais obsolètes : avec la polis, c'est en effet cette autre construction artificielle appelée raison qui s'est effondrée. La nouvelle ère, en montrant l'aspect le plus vrai de la vie, c'est-à-dire la confrontation entre des forces pures, rendra à nouveau protagoniste ce qui a été trop longtemps et injustement appelé l'irrationnel.
Renzo Giorgetti
16:31 Publié dans Philosophie, Théorie politique, Traditions | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : philosophie, philosophie politique, théorie politique, tradition, traditionalisme |
|
del.icio.us |
|
Digg |
Facebook
lundi, 17 mars 2025
Julius Evola et la "Flamma non urens"

Julius Evola et la Flamma non urens
par Troy Southgate
Source: https://troysouthgate.substack.com/p/julius-evola-and-fla...
JULIUS Evola (1898-1974), dans son ouvrage de 1931, La Tradition Hermétique : Symboles et Enseignements de l'Art Royal, note que:
« Le feu est la vertu propre du principe solaire, non pas le feu du désir, de l'ardeur génératrice ou de la luxure, mais la flamma non urens, le principe immatériel de toute animation. La lumière, en elle-même, est plus étroitement liée au principe féminin, lunaire, comme Sagesse qui, par rapport au [soleil], a la même nature que la lumière que la Lune reflète du principe solaire. » (p.35)
Examinons ce concept en termes quotidiens. Lorsque nous lisons à la lumière d'une petite lampe de chevet placée d'un côté de nous, que ce soit à gauche ou à droite, la page la plus éloignée de la lampe reçoit plus de lumière que celle qui est plus proche de la source lumineuse. Cela, naturellement, est dû à la position de la lumière et à l'effet de l'ombre. Il n'y a rien de particulièrement surprenant dans cette observation, mais la page la plus éclairée peut être utilisée pour illuminer la page qui est moins discernable à l'œil humain. En d'autres termes, la lumière sur la surface de la page plus claire peut être dirigée vers celle qui est moins claire.

En astronomie, ce processus est connu sous le nom de « lumière cendrée » et se produit lorsque la lumière du soleil se reflète sur la surface de la Terre et éclaire la portion non éclairée de la Lune. Cela signifie que la lumière du soleil est reflétée deux fois: d'abord par la Terre, puis par la Lune. Si l'on imagine que le Soleil est l'ampoule de notre lampe de chevet et que la Terre est la page du livre la plus éloignée, nous pouvons voir que la page moins lumineuse est éclairée de la même manière que la portion non éclairée de la Lune.
Le point d'Evola, pour poursuivre avec ma propre analogie, est que le texte sur la page plus sombre devient essentiellement lisible grâce à la lumière qui se reflète de la surface de ce qui est comparativement plus lumineux. La perspective féminine, dans la vision du monde d'Evola, repose donc sur des considérations matérielles et sa « lumière » du désir humain ne doit pas être comparée à la pureté plus transcendante du principe solaire.
En s'appuyant sur la création artificielle de lumière, d'autre part, l'ampoule à incandescence dans mon exemple est elle-même le résultat de facteurs générateurs et - pour rester cohérent - peut être elle-même décrite comme flamma non urens, ou flamme sans feu.
17:14 Publié dans Traditions | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tradition, traditionalisme, julius evola, flamma non urens |
|
del.icio.us |
|
Digg |
Facebook
vendredi, 07 mars 2025
Deux réflexions sur l'oeuvre de Henry Corbin
Deux réflexions sur l'oeuvre de Henry Corbin
Henry Corbin et les racines ésotériques de l'histoire
Troy Southgate
Source: https://troysouthgate.substack.com/p/henry-corbin-and-the...
Le philosophe français Henry Corbin (1903-1978) a été profondément influencé par L'Être et le Temps de Heidegger et s’est attaché à démontrer que la conscience ne peut être réduite à des forces physiques, sociales ou historiques. Il a ainsi développé une interprétation fascinante à la fois de l’espace et du temps. Concernant le premier, il affirme que nous n’existons pas dans l’espace tel que le suggèrent les positivistes newtoniens, mais que nous spatialisation le monde en accord avec la distinction faite par Heidegger entre l'existential (ce que signifie être) et l'existentiell (la vie dans une perspective profane). Comme l’explique Corbin :
"L’orientation est un phénomène primordial de notre présence au monde. Une présence humaine possède la propriété de spatialiser un monde autour d’elle, et ce phénomène implique une certaine relation de l’homme avec le monde, son monde, cette relation étant déterminée par le mode même de sa présence au monde. Les quatre points cardinaux, est et ouest, nord et sud, ne sont pas des choses rencontrées par cette présence, mais des directions qui expriment son sens, l’acclimatation de l’homme au monde, sa familiarité avec lui. Avoir ce sens, c’est s’orienter dans le monde."
Ainsi, notre manière d’interpréter l’espace n’est pas prédéterminée, en ce sens que nous devons nous adapter au monde et en tirer le meilleur parti, mais elle dépend plutôt de la façon dont nous nous concentrons sur l’acte de présence.
En ce qui concerne l’analyse du temps par Corbin, le penseur français s'inscrit dans la continuité de la philosophie de son homologue allemand en employant la notion heideggérienne d’historicité. Celle-ci constitue la structure ontologique cachée qui rend l’Histoire – et donc une temporalité plus fondamentale – possible. Si cela n’apparaît pas immédiatement, selon Heidegger, c’est en raison de la prédominance du monde profane. Même la culture, selon Corbin, renforce notre incapacité à percevoir ce qui se cache sous la surface du temps dans sa forme la plus basique et profane. Corbin rend hommage à la philosophie de Heidegger en ces termes :
"Je dois dire que le cours de mon travail a pris naissance dans l’analyse incomparable que nous devons à Heidegger, mettant en évidence les racines ontologiques de la science historique et prouvant qu’il existe une historicité plus originelle, plus primordiale que celle que nous appelons Histoire Universelle, l’histoire des événements extérieurs, la Weltgeschichte, l’Histoire au sens ordinaire du terme […] Il y a le même rapport entre historicité et historicité qu’entre l’existentiel et l’existentiell. Ce fut un moment décisif."
Plus intéressant encore, l’inspiration que Corbin a puisée dans cette interprétation phénoménologique unique du temps l’a conduit à conclure qu’une structure ontologique cachée ne nous rend pas totalement impuissants et que tout repose sur deux possibilités : "se jeter dans le courant ou lutter contre lui". Ironiquement, Corbin rejette ces deux options, car se soumettre ou combattre revient à accepter les limitations de l’espace quantitatif. Il nous rappelle donc que les objets du monde sont à notre merci, et non l’inverse.
En refusant de reconnaître "l’historicité de l’Histoire", comme Corbin la décrit, nous validons ainsi une historicité impliquant "les racines secrètes, ésotériques, existentielles de l’Histoire et de l’historique". Autrement dit, c’est la seule méthode véritablement efficace pour mener une guerre spirituelle contre le passage linéaire du temps.
* * *

Henry Corbin et «l’Être-vers-l’Autre-Côté-de-la-Mort»
Troy Southgate
Source: https://troysouthgate.substack.com/p/henry-corbin-and-bei...
J’ai récemment mentionné que Henry Corbin avait été profondément inspiré par l’approche phénoménologique dans L'Être et le Temps (1927) de Martin Heidegger, mais pour Corbin, ce dernier n'était qu'une clé philosophique ouvrant la voie à une potentialité bien plus grande.
Bien que Heidegger ait évoqué l’idée selon laquelle le Da du Dasein renvoie à la présence effective de l’individu dans le monde, Corbin estime que la focalisation du penseur allemand sur la notion d’« être-pour-la-mort » est trop ancrée dans la finitude humaine et qu’elle enferme inévitablement la pensée heideggérienne dans une historicité incapable d’appréhender une question bien plus essentielle : celle de « l’être-vers-l’autre-côté-de-la-mort ».
Le fait que Heidegger ait consacré bien moins de temps à la question de l’éthique humaine, selon Corbin, l’empêche de réaliser que sa propre analyse du Dasein contient en réalité le secret fondamental qui permet de s’éloigner d’une interprétation purement séculière de l’histoire. Une fois les limites de « l’être-pour-la-mort » dépassées, la réunification de l’éthique et de l’ontologie aboutira à un sens plus profond de la présence, permettant ainsi à l’humanité de dépasser l’horizon de la finitude et de poser la question essentielle : « À quoi la présence humaine est-elle présente ? »
15:42 Publié dans Philosophie, Traditions | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : henry corbin, martin heidegger, philosophie, tradition, traditionalisme |
|
del.icio.us |
|
Digg |
Facebook
samedi, 01 mars 2025
Guénon et Georgel: un lien philosophique et métaphysique

Guénon et Georgel: un lien philosophique et métaphysique
Alexandre Douguine
Georgel a crédité Guénon de lui avoir fourni la "boussole" pour naviguer et développer ses idées, en particulier celles dérivées de la cosmologie hindoue et d'autres sources traditionnelles.
Gaston Georgel (1899–1978) était un historien et écrivain français qui est devenu un adepte et disciple intellectuel significatif de René Guénon, le célèbre métaphysicien et penseur traditionaliste.

Georgel n'était pas un élève dans le sens formel d'un étudiant en fac, mais plutôt quelqu'un de profondément influencé par les idées de Guénon, en particulier son travail sur les doctrines traditionnelles et les cycles cosmiques.
Leur relation était davantage une dynamique de mentor-disciple, ancrée dans des recherches intellectuelles et spirituelles partagées. Georgel, étudiant en histoire à Paris, est tombé sur le concept des cycles historiques à travers un article qu'il avait lu dans une salle d'attente durant les années 1930.
Cela a éveillé sa curiosité pour les motifs présents dans l'histoire, le conduisant aux écrits de Guénon. Guénon, déjà une figure bien établie à ce moment-là, avait esquissé la doctrine des cycles dans des œuvres comme Formes Traditionnelles et Cycles Cosmiques (publiée à titre posthume mais basée sur des articles antérieurs).

Georgel a crédité Guénon de lui avoir fourni la "boussole" pour naviguer et développer ses idées, en particulier celles dérivées de la cosmologie hindoue et d'autres sources traditionnelles. La contribution la plus notable de Georgel, Les Quatre Âges de l’Humanité (1949), s'appuie directement sur le cadre des cycles de Yuga établi par Guénon — la division de l'histoire humaine en quatre âges déclinants (Satya, Treta, Dvapara et Kali).
Guénon avait proposé un Manvantara (un cycle complet de l'humanité) de 64.800 ans, le Kali Yuga, l'actuel "âge sombre", s'étendant sur 6480 ans. Georgel a poussé cela plus loin, calculant des dates spécifiques, suggérant initialement que le Kali Yuga avait commencé vers 4450 av. J.-C. et se terminerait en 1999 apr. J.-C., bien qu'il ait par la suite ajusté cela pour proposer l'année 2030 apr. J.-C. dans Le Cycle Judéo-Chrétien (1983).
Guénon a examiné les premiers travaux de Georgel, approuvant la plupart d'entre eux mais suggérant un cycle plus large de 25.920 ans lié à la précession des équinoxes, que Georgel a incorporé dans ses études ultérieures.
Leur connexion n'était pas seulement intellectuelle — il existe des preuves de correspondance directe entre eux, dont certaines subsistent aujourd'hui. Le travail de Georgel a attiré l'attention pendant la Seconde Guerre mondiale, mais ses livres, comme Les Rythmes dans l’Histoire, ont été saisis par la Gestapo en 1942 pour leur critique perceptible de l'idéologie nazie, l'amenant en prison jusqu'à ce que la Croix-Rouge intervienne. Guénon, vivant alors au Caire, est resté pour lui une influence-guide, encourageant Georgel à affiner ses théories sous le prisme traditionaliste.

14:26 Publié dans Traditions | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : gaston georgel, rené guénon, tradition, traditionalisme, alexandre douguine |
|
del.icio.us |
|
Digg |
Facebook
lundi, 24 février 2025
Julius Evola: vues sur le Droit, l'État et l'Empire

Julius Evola: vues sur le Droit, l'État et l'Empire
Troy Southgate
Source: https://troysouthgate.substack.com/p/julius-evolas-revolt...
Du point de vue d'Evola, le DROIT est inséparable des principes de « vérité, réalité et stabilité ». Le fait que le pouvoir et l'autorité descendent de ce qui est spirituellement transcendant, plutôt que de procéder du domaine humain, confère à la sphère juridique une légitimité divine qui l'emporte sur toutes les considérations terrestres :
Par conséquent, l'homme traditionnel soit ignorait, soit considérait comme absurde l'idée que l'on puisse parler de règles de droit et de l'obéissance qui leur est due si ces règles avaient une simple origine humaine – qu'elle soit individuelle ou collective. Toute règle de droit, pour être considérée comme objective, devait avoir un caractère « divin ». Une fois le caractère « divin » d'une règle sanctionné et son origine rattachée à une tradition non humaine, son autorité devenait absolue : cette règle devenait alors quelque chose d'ineffable, d'inflexible, d'immuable et au-delà de toute critique. [p.21.]
Ainsi, toute transgression de ce droit n'est pas simplement perçue comme un crime ordinaire contre la société, mais comme une offense religieuse qui apporte honte et déshonneur à l'individu ainsi qu'à sa famille. Inutile de préciser que, lorsque l'autorité spirituelle est placée à la racine même du système judiciaire, il devient très difficile de plaider sa cause sur des bases plus séculières, ce qui entraîne inévitablement des accusations d'hérésie.

Dans le contexte de la Tradition, le droit n'est pas un simple outil fonctionnel comme il l'est aujourd’hui, mais il fait partie intégrante de l'ordre naturel tout entier :
La notion d'utilité est le critère matérialiste ultime de la société moderne, alors que ce n'était pas le cas dans les sociétés traditionnelles, qui la considéraient plutôt comme un moyen au service d'un objectif supérieur. [p.22.]
Comme nous l'avons vu préalablement, en d'autres articles, cela découle du fait que le pouvoir émane d'en haut et se manifeste ensuite dans la personne du monarque juste.

Evola se penche ensuite sur la nature de l'État et affirme que les affaires politiques, sociales et économiques ne doivent jamais être confinées à l'ordre temporel, comme c'est le cas dans le monde moderne. Dans les sociétés traditionnelles, il était fréquent que l’autorité spirituelle exerce une influence considérable sur les affaires gouvernementales, à l’image de la hiérarchie catholique dans l’Europe médiévale :
Ainsi, les États et empires traditionnels employaient souvent les symboles de la « centralité » et de la « polarité » associés à l'archétype de la royauté. [p.23.]
Reprenant la « doctrine des deux natures » évoquée dans le premier chapitre – une référence à la séparation entre les royaumes physique et métaphysique – il l'applique ici à la division entre l'État et le peuple (demos). Tandis que les États non traditionnels ou anti-traditionnels tirent leur légitimité du peuple, Evola rejette catégoriquement cette idée en la qualifiant de « perversion idéologique ». Bien que je comprenne pourquoi l'Italien s'oppose aux formes d'autorité non spirituelles, cette situation est rare en pratique, car les gouvernements modernes sont en réalité contrôlés par de grandes banques et corporations dont l'unique objectif est l'enrichissement personnel au détriment du plus grand nombre.
Néanmoins, Evola associe les formes plus authentiques d'autorité populaire à
des formes sociales naturalistes dépourvues d'un véritable chrême spirituel. Une fois que cette voie fut empruntée, un déclin inévitable s’ensuivit, qui se termina par le triomphe du monde collectiviste des masses et l’avènement de la démocratie radicale. [p.24.]

La solution proposée par l'auteur de Révolte contre le monde moderne est la réinstauration de « l'ordre venu d'en haut », ce qui implique même de dépasser l'idée des « droits de l'homme ». Sur ce point, je suis d'accord, car la notion contemporaine selon laquelle nous avons un « droit » à quoi que ce soit repose entièrement sur un anthropocentrisme fallacieux. Cela ne signifie pas que les individus ne doivent pas participer au processus décisionnel, mais Evola rejette toute structure qui ne porte pas l'approbation divine.

Pour approfondir la question de l'ordre social, le Baron fait référence au système des castes indo-européennes (aryennes). Comme le prédisent les prophéties du Vishnu Purana, les sociétés finiront entre les mains de barbares, tandis que les monarchies établies délaisseront leurs responsabilités et régneront d’une main de fer. La caste dominante sera celle des shudras, les artisans et ouvriers, tandis que les vaishyas abandonneront l'agriculture et seront traités comme des serfs. Par ailleurs, les kshatriyas, guerriers, pilleront leurs propres terres au lieu de les protéger, et les brahmanes, prêtres, perdront leur piété et leur respect de soi, étant alors réduits au rang d’hommes ordinaires.
Evola note également que la différence entre les ārya (« deux fois nés ») de la noblesse aryenne et la « masse indifférenciée » des śūdra illustre bien le déclin progressif du système des castes. À l'origine, dit-il, les śūdra étaient contrôlés par les brāhmana, un rôle qui fut ensuite repris par l'État et son système juridique. En utilisant cet exemple, Evola cherche à établir une affinité entre l'État et la royauté divine universelle, bien que cette justification du gouvernement traditionnel semble vague et discutable.

Bien qu'il reconnaisse que l'État est une création tardive, il est surprenant qu'il l’intègre dans la vision traditionaliste, étant donné que l’humanité a survécu sans lui durant la majeure partie de son histoire et préhistoire. Contrairement à René Guénon, qui a contourné la question de l'État en prônant la théocratie ou en affirmant la primauté du spirituel sur le temporel, Evola – ce qui explique pourquoi certains de ses admirateurs incluent des fascistes et des totalitaires – considère l'État comme un instrument de la Tradition.
Le troisième pilier de la pensée d'Evola est l’empire, qu’il voit comme un prolongement logique du droit et de l’État. Contrairement à l’État, qui est limité par des frontières, l’empire s’étend au-delà des limites géographiques et élève l’unité à un niveau supérieur.
Les critiques de l’impérialisme sont bien connues – notamment les désastres de l'Inde britannique ou du Congo belge –, mais Evola dépasse ces considérations administratives en légitimant l'empire comme une transmission des valeurs spirituelles des castes guerrières traditionnelles vers d'autres peuples. Naturellement, ceux qui ont perdu leur souveraineté ne seraient sans doute pas d’accord avec cette vision, mais pour Evola, l’empire est une réalité métaphysique qui transcende le temps et l’espace. Ainsi :
le « monde » ne disparaîtra pas tant que l'Empire romain existera. Cette idée est liée à la fonction mystique de salut attribuée à l'empire, à condition que le « monde » ne soit pas compris dans un sens physique ou politique, mais plutôt comme un « cosmos » garantissant l'ordre et la stabilité face aux forces chaotiques. [p.27.]
Et, finalement :
Les empires furent remplacés par des « impérialismes », et l’État ne fut plus compris que comme une organisation temporelle, nationale, particulariste, sociale et plébéienne. [p.28.]
On ne peut contester cette assertion même si, comme nous l’avons vu, il n’y a pas d’aspect authentiquement « plébéien » dans la démocratie occidentale.
15:08 Publié dans Traditions | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tradition, traditionalisme, julius evola |
|
del.icio.us |
|
Digg |
Facebook
jeudi, 20 février 2025
Nuits magiques (et brûlantes) entre les deux guerres racontées par Julius Evola

Nuits magiques (et brûlantes) entre les deux guerres racontées par Julius Evola
Un recueil rassemble désormais une série de reportages du philosophe datant des années trente (seuls deux des articles figurant dans cette anthologie remontent à 1929)
Par Giovanni Sessa
Source: https://www.barbadillo.it/119337-notti-magiche-e-roventi-...
Dans l'année qui vient de s'achever, 2024, et qui marque le cinquantenaire de la mort de Julius Evola, plusieurs livres consacrés au penseur traditionaliste ont été publiés, ainsi que de nouvelles éditions de ses œuvres. Nous nous intéressons ici à la dernière parutio : une anthologie de ses articles intitulée Notturno europeo - Serate sull'orlo della catastrofe (Vies nocturnes en Europe. Soirées au bord de la catastrophe, publiée chez Altaforte Edizioni sous la direction d’Andrea Scarabelli et Adriano Scianca (156 pages, 16,00 euros). Le livre s’ouvre sur une note de la Fondation Evola, suivie d’une introduction de Scarabelli et d’une postface signée Scianca. Le volume rassemble une série de reportages du philosophe datant des années trente (seuls deux des articles inclus remontent à 1929). L’auteur y apparaît comme un observateur attentif de la vie nocturne des grandes capitales européennes. Ces textes sont issus de divers journaux auxquels le penseur collaborait : en premier lieu Il Regime Fascista de Farinacci, dont Evola devint, à partir de 1937, correspondant à l’étranger, mais aussi Il Tevere, Il Corriere Padano et Il Roma. Le livre se clôt sur une annexe regroupant deux lettres du traditionaliste adressées au peintre De Pisis, ainsi que divers témoignages sur la fréquentation par Evolae des établissements nocturnes.

À certains lecteurs, cet intérêt du philosophe, cette activité méconnue, pourraient sembler atypiques, voire impensables. Pourtant, il n’en est rien. Comprendre les raisons qui poussèrent Evola à fréquenter les tabarins jusqu’à l’aube – et pas seulement les cloîtres cisterciens ou les sommets enneigés – permet d’acquérir une vision plus complète de sa personnalité, centrée sur la volonté de se mettre sans cesse à l’épreuve. Il parcourut les capitales européennes pour interviewer d’éminents représentants du monde politique et culturel de son époque, notamment au sein du milieu révolutionnaire-conservateur allemand et autrichien. Il explicitait ainsi ses intentions métapolitiques qui, comme le note Scarabelli, avaient « la révolution conservatrice pour abscisse “horizontale” et le traditionalisme intégral pour ordonnée “verticale” » (pp. 12-13).
La vie nocturne est observée par le philosophe avec une attention et une distance intérieure propres à un convive de pierre. Pour saisir le sens profond de l’anthologie, il convient de garder à l’esprit qu’Evola rédigea ces textes à l’aube de la catastrophe européenne, alors que se profilait l’issue fatale du Second Conflit mondial. Comme introduction, on peut citer ce que note le philosophe dans Moments de l’Europe nocturne : « La “vie nocturne” est […] un concept bourgeois. C’est à la conception bourgeoise que l’on doit […] l’opposition entre la vie diurne normale, plus ou moins domestiquée […] et la “vie nocturne”, entendue comme […] une compensation […] aux accents d’interdit […] et de péché » (p. 26).

Une Europe en déclin
Vienne est décrite par Evola en ces termes : « Tu n’es plus la Vienne royale et impériale […] la monumentalité toute et pérenne de ton âme de pierre » (p. 50) appartient désormais au passé. La vie viennoise est marquée par une agitation perpétuelle, dépourvue de centre et de sens, où s’étend la haine de la grandeur et de l’aristocratie. La Vienne qu’il décrit est une ville sans qualité. À Budapest, le souvenir de la grandeur passée est ravivé en lui par les violons tziganes : cette musique, empreinte de magie, suscite, sur fond de nuit danubienne, l’éveil d’une vision du monde momentanément assoupie. Magnifique et envoûtant, souligne Scarabelli, est le récit de sa chevauchée nocturne aux abords de la ville hongroise, où le philosophe éprouva la vastitude et la douceur du ciel étoilé, face auquel « ce qui n’était qu’un sentiment se libère et s’illumine, et la nostalgie humaine cède place à une nostalgie plus vraie et virile, la nostalgie de l’infini » (p. 93). À Belgrade, l’eau-de-vie, consommée dans les établissements nocturnes, plonge Evola dans des états de conscience où « il semble que les impressions des choses […] nous parviennent […] comme dans une révélation naturelle et calme » (p. 42).
Entre traditions perdues et flânerie métaphysique
Le philosophe fit des expériences similaires à Capri, île païenne, avant qu’elle ne devienne, à partir des années trente, le théâtre de l’invasion touristique perpétrée par des barbares modernes insensibles à la voix du Méditerranée métaphysique. Là, il comprit que la vie dionysiaque transfigure la réalité, révélant l’unité dans la physis, dans la multiplicité tragique et éblouissante de la nature solaire. Il se confronta à l’invisible, au principe qui anime le monde, aussi bien lors de ses séjours alpins, dans le château hanté des Tauferes à Campo Tures (photo ci-dessous).


Dans l’essai final du recueil, Scianca établit une comparaison originale entre l’écriture nocturne d’Evola et celle des situationnistes. Selon lui, Evola, à l’instar du premier Debord, réalise ici un exercice de psycho-géographie : « Il ne s’agit pas d’imaginer des synthèses artificielles entre Evola et le situationnisme, mais plutôt de lire Evola à travers le prisme du situationnisme » (p. 137). Evola et les situationnistes ont en effet élaboré une critique radicale de la vie quotidienne, dénonçant l’urbanisme moderne et ses déterminismes souterrains, capables d’agir en profondeur sur l’imaginaire collectif. Pour déconstruire le mécanicisme de la modernité, la dérive urbaine, les rencontres fortuites dans les cabarets nocturnes jouèrent, pour Evola comme pour les situationnistes – tous deux sensibles au mythe –, un rôle déterminant. Evola apparaît ainsi comme un flâneur baudelairien, porteur d’une métaphysique de l’épisodique (préférons ici l’expression de philosophie du singulier).
Dans les cabarets, le philosophe mit à l’épreuve son idéal d’individu absolu, tendu vers la conquête d’une liberté sans cesse en devenir. C’est la référence à Dionysos qui différencie Evola de Debord. L’errance éthylique du traditionaliste vise un moi renforcé, intégrant en lui des éléments dionysiaques sublimés dans une lucidité supérieure, où Dionysos parle avec la voix d’Apollon (p. 150). Son dionysisme n’est pas une simple échappatoire à la vie bourgeoise, mais la conscience de la présence éternelle de la potestas dionysiaca, de l’origine. Là où le situationnisme s’arrête, Evola franchit un seuil grâce à sa conception de la tradition : le spectacle de la tradition, avec ses mythes et ses rites, est l’antidote à la société du spectacle contemporaine, car il enracine l’homme dans une communauté de destin.
Que le lecteur sache que ces articles d’Evola sont de véritables joyaux littéraires. Sa prose, parfois lyrique et poétique, reflète l’homme difficile de Hofmannsthal. Il appartenait à cette race d’hommes à l’aise aussi bien dans les cabarets que sur les sommets alpins, digne représentant de l’aristocratie de l’esprit dont parle Péter Esterházy dans Harmonia Caelestis. Quitte à bousculer les dogmes de la vulgate des "évolomanes".
19:52 Publié dans Traditions | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tradition, traditionalisme, julius evola, années 30 |
|
del.icio.us |
|
Digg |
Facebook
dimanche, 16 février 2025
La royauté sacrée. Universalité et antiquité du roi sacré

La royauté sacrée. Universalité et antiquité du roi sacré
Walter Venchiarutti
Source: https://www.ereticamente.net/la-regalita-sacra-universali...
Le pouvoir politique, autrefois basé sur les vertus divines dans le cadre d'une monarchie sacrée, est aujourd'hui passé de main en main. Il est cependant encore possible de retrouver dans les démocraties, fondées sur le dogme du nombre, les vestiges survivants de cette institution désormais réduite à la parodie ; ces vestiges sont souvent camouflés sous la matérialité des idéaux, cachés sous les apparences du sentimentalisme humanitaire envers les marginaux, lorsqu'ils sont parés d'eschatologie salvifique.

Dans l'Occident européen, à une époque lointaine médiévale, il existait la croyance selon laquelle le pouvoir surnaturel, en particulier celui qui est d'ordre thaumaturgique, provenait directement du pouvoir souverain par des interventions surnaturelles. Cette conviction, riche de témoignages séculaires, a été observée sous les premiers Capétiens et dans l'Angleterre normande. En France, elle était officiellement reconnue grâce à l’onction et à l'incarnation royale, cérémonies réalisées par le pouvoir religieux (illustration, ci-dessus). L'attribution de ce privilège se produisait officiellement avec la transmission du pouvoir du père au fils aîné, désigné pour hériter du trône. La légitimation des rois-saints, détenteurs du pouvoir guérisseur, reposait sur la croyance selon laquelle un malade de la scrofule, de l'épilepsie ou souffrant de douleurs musculaires pouvait guérir grâce à l'imposition des mains du monarque (illustration, ci-dessous), selon la formule bien connue: "Le roi te touche, Dieu te guérit". Cette investiture impliquait le toucher royal sur les malades, accompagné du signe de la croix. Les grands monarques, grâce à ce pouvoir traditionnel, étaient réputés être des guérisseurs prodigieux, des personnages sacrés et les gardiens de la santé de la société.

Même la structure théocratique des premières sociétés africaines plaçait au sommet la figure du roi divin.
"Comme le pharaon, ce roi est le médiateur entre les forces cosmiques et le peuple et est lui-même considéré comme ayant une essence divine. Il réunit dans ses mains le sacré et le profane et est à la fois grand prêtre et législateur suprême. Son pouvoir est absolu, mais uniquement dans les limites de sa fonction sociale. Il est responsable devant le peuple du bien-être collectif qu'il doit assurer et maintenir constant par des rituels appropriés." (B. de Rachewiltz, Eros nero, 1963).
Frazer évoque la figure associée aux fonctions sacrées royales et divines, présentes dans la figure du roi de la forêt, du roi sacrificiel à Rome et du magistrat appelé "roi" à Athènes. Ces archétypes apparaissent fréquemment "au-delà des limites de l'Antiquité classique et sont communs à des sociétés de tous les degrés, de la barbarie à la civilisation... ainsi, dans les forêts du Cambodge, il existe deux souverains mystérieux appelés "roi du feu" et "roi de l'eau" (J.G. Frazer, Le rameau d'or, vol. I, 1965, p. 169). Dans la poésie tamoule, "l'hommage au souverain et l'adoration du dieu se confondent, les bardes louent les rois de la même manière qu'ils exaltent les divinités du sol" (E. Zolla, Les trois voies, 1995).

"Les grandes civilisations de l'Antiquité qui se sont développées à l'époque de la soi-disant révolution urbaine – Mésopotamie, Égypte, Chine – étaient des sociétés stables gouvernées par des ‘rois sacrés’. De même, les États agricoles de l'Amérique centrale et méridionale, les Aztèques et les Incas étaient organisés comme des monarchies sacrées, tout comme les sociétés d'Afrique, d'Europe et d'Asie, qui ont maintenu ces réalités pendant des millénaires." (Encyclopédie des religions, dirigée par Mircea Eliade, vol. I, Objet et modalités de la croyance religieuse, Milan, 1993).

L'épilogue de cette institution en Occident s'est produit au 18ème siècle, pendant la Révolution française, avec la décapitation du "citoyen" Louis XVI. Par la suite, la saga de la royauté sacrée s'est définitivement conclue avec le massacre de la famille entière de Nicolas II Romanov, empereur et martyr. Dans le passé, ce privilège et la dignité des souverains n'avaient jamais été annulés délibérément ; bien que certains aient trouvé la mort au combat ou aient été assassinés, cette légitimité était portée par la suite de la lignée ou par le remplacement de la dynastie déchue.

La figure du roi sacré, en plus d'être extrêmement ancienne et universelle, a toujours assumé, bien que sous différentes formes, la fonction de gardien et de garant du bien-être social. En particulier, la royauté divine dans le contexte africain est liée au pouvoir sacré, un attribut lié à la fertilité de la terre. Depuis des temps immémoriaux, le roi devient homme-Dieu, incarne le numen, ses prérogatives permettant la guérison et la protection de la communauté. Cette défense peut être d'ordre sanitaire ou, dans le cas des Ashantis de la Côte d'Ivoire, se manifeste dans la préservation des récoltes, garantissant ainsi la soumission des forces naturelles, telles que l'arrivée de la pluie nécessaire et favorable, ou l'éloignement de la grêle et des inondations, la gestion du feu ami et simultanément sa soumission contre le danger d'incendie.


Chez les Abron (ci-dessus), qui font partie du groupe Akan résidant toujours en Afrique de l'Ouest, le roi représente le principe même de la vie (M. Lunghi, Les Abron de la Côte d'Ivoire, Milan 1984). C'est pour cette raison qu'il ne parle jamais. Une énergie extraordinaire lui vient de l'Être Suprême par transmission directe. Le chef, en tant que père terrestre, est le représentant de toute la communauté tribale et transmet à son tour cette force vitale à tous les membres des tribus. Pour ce peuple, la sacralité du chef est le prérequis même de la vie. Le roi reçoit les dons de fécondité prolifique de Dieu. Lors de la fête des ignames (tubercules amidonnés qui jouent un rôle majeur dans l'alimentation), le souverain, ayant autorité sur les quatre familles entre lesquelles la communauté est divisée, s'adresse aux points cardinaux respectifs avec des inclinaisons, remercie l'Être Suprême et les ancêtres pour lui avoir accordé d'être le médiateur de la continuation vitale, qui se manifeste à travers l'octroi de récoltes abondantes. Les simulacres des ancêtres, les anciens prédécesseurs, sont présents à l'église comme des protecteurs et occupent la place des saints. La fonction du roi est de communiquer avec la divinité, de recevoir les pouvoirs, de transmettre les messages et les volontés célestes, et de distribuer les récoltes dont les fruits proviennent directement de l'Être Suprême.
Les délégitimation de l'institution monarchique observées précédemment se sont produites selon un processus historique qui a vu la diffusion de la laïcité des mœurs et de la rationalité de la pensée, ces évolutions se manifestant tant dans les gouvernements démocratiques que dans les régimes autoritaires. Dans les deux cas, ces nouvelles tendances, d'abord soutenues par un large consensus, n'ont pas toujours su être à la hauteur des engagements pris. Aujourd'hui, à la naïveté, à la force brute et à la corruption s'est ajoutée la finesse du système informationnel. Cette option indolore est aujourd'hui active et pratiquée à grande échelle. Le lavage de cerveau contribue davantage que la force brute à affaiblir et à enterrer les quelques voix rares de la dissidence. Le résultat obtenu est atteint en droguant les consciences des utilisateurs.
Dans les cas historiques européens et africains, selon différentes modalités, la mystique du roi s'est manifestée dans les mythes des guérisseurs et dans les rituels de fertilité qui ont contribué à la protection prophylactique et à la sécurité alimentaire des communautés. Des anecdotes superficiellement considérées comme secondaires de faits sociaux (maladies, récoltes) deviennent les pierres angulaires pour identifier l'universalité sur laquelle repose la légitimité justifiée du pouvoir, car défendre, administrer et protéger une communauté, garantir l'application des lois et des jugements impartiaux est le premier pas vers la légitimation.
Bien que sous différentes formes, la royauté sacrée, des rois français aux chefs africains, répondait à des problématiques d'ordre alimentaire ou sanitaire visant à suppléer aux besoins primaires d'une collectivité. Ces fonctions trouvaient résolution dans les rituels de reconnaissance. Ces processus historiques d'aide ont continué à évoluer. Dans certains cas, on est passé du roi sacré en tant que divinité, au roi prêtre, ce dernier étant le médiateur, porte-parole des entités suprêmes mais non pour cela considéré comme Dieu. Et pour continuer jusqu'à nos jours, nous les voyons reflétés dans les fonctions attribuées et soutenues par l'icône de l'expert environnementaliste, dernier connaisseur, détenteur et diffuseur des vérités ultimes, désigné pour la sauvegarde de l'environnement et donc de l'humanité, investi d'une véritable ou présumée onction destinée à la défense planétaire.
20:34 Publié dans Traditions | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tradition, traditionalisme, royauté sacrée, royauté |
|
del.icio.us |
|
Digg |
Facebook
mercredi, 22 janvier 2025
Les écrits de Julius Evola pour "Vie della Tradizione"

Les écrits de Julius Evola pour "Vie della Tradizione"
La collection complète des essais d'Evola parus dans la revue traditionaliste sicilienne
par Giovanni Sessa
Source: https://www.barbadillo.it/118364-gli-scritti-di-julius-ev...
Parmi les livres d'Evola les plus importants, publiés à l'occasion du cinquantième anniversaire de la mort du penseur traditionaliste, on trouve Julius Evola, Scritti per « Vie della Tradizione » 1971-1974, récemment édité par L'Arco e la Corte (sur commande: info@arcoelacorte.it, pp. 119, euro 15,00). Le recueil a été publié en première édition comme supplément au numéro 104 de la même revue. La nouvelle publication contient l'avant-propos de Gaspare Cannizzo, l'inoubliable fondateur de la revue, et l'introduction de Gianfranco de Turris, accompagnée d'une brève note d'Anna Cannizzo. Dans le volume est également reproduite une lettre d'Evola du 29 juillet 1971 adressée à Cannizzo concernant les modalités de sa collaboration à « Vie della Tradizione ». Le philosophe n'a pas seulement collaboré avec le périodique, mais il a également fait le nécessaire pour obtenir d'autres contributions précieuses pour la revue. Cannizzo écrit, après avoir rendu hommage à la cohérence de la vie et de la pensée d'Evola : « Notre supplément [...] se veut un hommage à sa mémoire, un hommage à un véritable, peut-être dernier, homme de tradition » (p. 17). Les contributions d'Evola, au nombre de douze, seront publiées à partir du deuxième numéro de 1971 et ne cesseront d'arriver à la rédaction que l'année de la mort du penseur (1974).

De Turris note qu'il s'agit autant d'essais organiques, doctrinaux et interprétatifs que d'écrits à caractère journalistique. Ce sont les écrits du premier type qui prévalent, certains d'entre eux étant réellement pertinents d'un point de vue théorique. Ils abordent « des thèmes et des philosophies chers à Evola [...]: le bouddhisme zen, la Voie de la Main Gauche, l'initiation, la magie sexuelle » (p. 21). On notera, entre autres, Les centres initiatiques et l'histoire et Le mystère de la décadence. Pour des raisons de place, nous n'en évoquerons que quelques-uns. En particulier, ceux qui sont les plus proches de la sensibilité de l'auteur. Commençons par Dionysos et la « Voie de la Main Gauche ». Dans ses pages, Evola présente au lecteur les pouvoirs divins de Dionysos et d'Apollon. L'homme originel était animé d'une "vocation inouïe", il voulait se placer au-delà de l'être: "par le pouvoir de l'être et du non-être, du Oui et du Non" (p. 85). Un tel homme avait en lui, contrairement aux dieux, également une nature mortelle, avec l'infini en lui; vivait, au-delà de tout dualisme, le fini. Les pouvoirs spirituels sont statiques: « sous la forme d'existences objectives autonomes [...] devenues extérieures et fugitives à elles-mêmes, le pouvoir a perdu l'espèce de l'existence objective [...] et la liberté [...] est devenue la contingence [...] des phénomènes » (p. 86). Le « dieu tué » de l'illimité, Dionysos, prend les traits de la limite, de la forme, de l'acte aristotélicien : il devient Apollon.

Ce dieu est essentiellement un savoir distinctif, centré sur la « visualité » spatio-temporelle du principium individuationis. L'homme commence à « dépendre » des choses, du désir, et il est rhétoriquement, aurait commenté Michelstaedter, conditionné: « la tangibilité et la solidité des choses matérielles [...] sont l'incorporation » du principe infini (p. 87). La limite est représentée par la loi, positive et morale à la fois, qui fait taire le pouvoir. Il s'agit, par la « Voie de la Main Gauche », de surmonter l'horreur de l'apeiron. L'individu absolu, dans ce contexte, se place au-delà du domaine de la signification et du finalisme: sa conscience est la même que celle qui vit dans le Tout unique, dans le cosmos, elle n'est plus corrélativement liée aux choses, aux actes, elle descend dans les profondeurs de la vie, au-delà des catégories de la « causalité » et de la « raison suffisante » et de tout « providentialisme ». Le « je » a en lui la possibilité dionysiaque d'abattre les barrières apolliniennes: « Ainsi est attestée la tradition concernant le “Grand Œuvre”, la création d'un second “Arbre de Vie” » (pp. 89-90). Pour cela, il faut déchirer les voiles qui cachent la puissance qui nous habite : il faut consister en elle, sans reculer. Telle est en effet la « mort initiatique ». Un chemin, nous rappelle Evola, dangereux, pour les plus rares....

Le penseur revient sur ce thème dans l'essai Le symbolisme érotique antique en Orient et en Méditerranée. Dans cet essai, il montre comment la pensée chinoise considère le yin et le yang, le mâle et la femelle, principes agissant dans le cosmos, dans une interaction instable. Une doctrine qui n'est pas sans rappeler celle attestée dans le tantrisme par Çiva et Çakti. L'Europe ancienne, la Grèce et la Rome aurorales, connaissaient également de telles conceptions, et Bachofen, en les rappelant à la vie, a construit sa propre vision du monde, centrée sur l'antithèse de la génécocratie et de la civilisation uranique (qu'Evola a inversée).
Pour le traditionaliste, à cet égard, le symbolisme de l'étreinte inversée, déjà attesté dans l'Egypte ancienne, est décisif : une étreinte caractérisée par l'immobilité du mâle et la motilité de la femelle: « La vraie virilité n'agit pas de façon matérielle, elle suscite seulement le mouvement, elle le commande » (p. 115). Dans la « Voie de la Main Gauche », la dvandvâita est supérieure à tous les contraires, au masculin comme au féminin, elle n'est plus liée à la dimension réelle des entités, elle est pure liberté-puissance : « la voie peut être comparée à chevaucher sur le fil du rasoir ou à chevaucher le tigre » (p. 117).
L'essai La morsure de la tarentule mérite une attention particulière. Dans cet essai, Evola présente les civilisations traditionnelles comme différentes de la civilisation moderne produite par la « morsure de la tarentule ». L'homme occidental souffre de cette morsure mortelle, productrice de décadence, depuis que son imagination a été colonisée par l'idole de la démesure capitaliste. Le philosophe, dans ces pages, critique sévèrement, plus que dans d'autres écrits, la politique expansionniste et mondialiste de la civilisation américaine : le capitalisme, précise-t-il, « a pour but de procéder à de nouvelles invasions barbares » (p. 105). Un projet qu'il faut donc arrêter. La morsure de la tarentule est un essai d'une grande actualité. Scritti per « Vie della Tradizione » 1971-1974 est un volume à lire et à méditer.
12:50 Publié dans Livre, Livre, Traditions | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tradition, traditionalisme, julius évola, livre |
|
del.icio.us |
|
Digg |
Facebook
lundi, 30 décembre 2024
Raâga Blanda, les compositions poétiques d'Evola 1916-1922
Raâga Blanda, les compositions poétiques d'Evola 1916-1922
L'éditeur évoque, avec une évidente participation émotionnelle, sa rencontre avec Evola, un auteur qui a joué un rôle important dans l'histoire de la courageuse maison d'édition romaine.
par Giovanni Sessa
Source: https://www.barbadillo.it/117475-libri-strenne-di-natale-...
Raâga Blanda, un recueil de poèmes de Julius Evola pour les éditions Mediterranee
À l'occasion du 50ème anniversaire de la mort de Julius Evola, un nombre considérable d'œuvres du philosophe ou qui lui sont dédiées ont été imprimées. Nous abordons ici le recueil de compositions poétiques d'Evola, Raâga Blanda, récemment sorti en librairie grâce aux Edizioni Mediterranee (pour les commandes : 06/3235433, ordinipvdizionimediterranee.net, pp.79, 14,50 euros). Le livre, qui comprend un essai introductif de Giorgio Calcara, se termine par une postface de Giovanni Canonico, patron des Edizioni Mediterranee, ainsi que par une brève biographie du penseur. L'éditeur évoque, avec une évidente participation émotionnelle, sa rencontre avec Evola, un auteur qui a joué un rôle important dans l'histoire de la courageuse maison d'édition romaine. Il s'attarde en particulier sur l'histoire de la couverture du volume que nous présentons, reproposée dans cette nouvelle édition anastatique, exactement telle qu'elle a été conçue et souhaitée par le philosophe.
Calcara, dans l'essai introductif, présente, de manière organique et avec des accents persuasifs, le sens et la signification de la production poétique d'Evola. Il s'agit d'un moment central dans la production artistique futuriste-dadaïste du traditionaliste et d'une grande importance. La première édition de Raâga Blanda est parue en 1969, grâce à l'extraordinaire sensibilité éditoriale de Vanni Scheiwiller.
La saison poétique d'Evola, contemporaine de sa saison picturale, s'est en effet achevée vers 1922. Ses lueurs poétiques ont attendu cinquante ans pour être éditées dans leur intégralité, grâce à l'insistance de l'auteur qui considérait ces expériences « de jeunesse » comme centrales dans son processus de réalisation spéculative. Les compositions de Raâga Blanda témoignent, comme l'indique la Note préparée par la Fondation, de « l'unité profonde d'un philosophe encore capable de penser en artiste et d'un artiste qui [...] n'a jamais cessé de faire de la philosophie » (p. X). Le terme Raâga apparaît pour la première fois chez Evola en 1920, dans le poème I sogni (Rêves), inclus dans Arte astratta (Art abstrait), texte capital de la théorie abstractionniste européenne. Calcara affirme qu'il évoque : « une présence mystérieuse qui se manifeste sous la forme d'une expression phonique abstraite » (p. XIV). Ce lemme prend une forme définitive dans le poème La parole obscure, devenant l'un des quatre « élémentaires » de cette composition, Monsieur Raâga.
Ce dernier exerce une fonction d'enregistrement, en transcrivant : « les mécanismes du paysage intérieur activés par les trois élémentaires précédents » (p. XIV), Lilian, Ngara, Hhah. Grâce à l'étude d'Elisabetta Valento de 1989, centrée sur la relation épistolaire que l'artiste-philosophe entretenait avec le dadaïste Tzara, nous savons que, dès 1919, Evola pensait à son livre poétique, probablement achevé à la fin de l'année 1920. Le livre ne vit pas le jour à ce moment-là en raison de désaccords avec Marinetti et les futuristes et, par conséquent, certaines des compositions furent intégrées à l'essai théorique L'art abstrait, un texte qui, à bien des égards, était déjà dadaïste. Franco Crispolti, éminent critique d'art, a redécouvert le caractère crucial de la production artistique d'Evola à la fin des années 1950 et a organisé une exposition de ses peintures à la galerie de Claudio Bruni à Rome en 1963. Comme nous l'avons dit, Scheiwiller a adhéré avec enthousiasme à la proposition d'Evola, comme en témoigne la correspondance entre les deux hommes, conservée dans le Fonds Apice de l'Université de Milan.
Pour saisir le sens de ces poèmes, il est nécessaire de se référer à la signification que le terme raâga avait dans le bouddhisme primitif. Il peut être traduit par « attachement », « désir » et fait allusion à ce qui pèse sur l'esprit, le reléguant à la seule dimension « causale », « sensorielle ». En sanskrit, ce mot peut être traduit par « couleur », « tache sombre », signe de l'impureté de la condition humaine générant « la souffrance et l'impossibilité d'atteindre l'état final de la grande libération » (p. XVII). L'adjectif blanda (doux) vise, quant à lui, à adoucir cette condition de stase existentielle, en faisant allusion à son possible dépassement. Les poèmes d'Evola ont donc des traits de « mystérieuses abstractions verbales, ils décrivent des paysages intérieurs [...] qui tantôt chantent des territoires doux et acides et des galops féroces, tantôt descendent soudain dans de sombres profondeurs abyssales pour finir projetés sur des orbites stellaires glacées » (p. XIX). À travers l'expérience du vide, les poèmes d'Evola font allusion au dépassement de la limite qui nous caractérise encore, en découvrant, alchimiquement, notre nature divine.
La parole poétique évolienne est mantra, rébus phonologique, qui libère le dire de la dimension de la signification, c'est une parole magique qui porte en elle l'incipit vita nova, tant à l'égard du moi que du monde, comme dans les accords de la perspective philosophique de l'idéalisme magique. Raâga blanda témoigne de l'irruption du spirituel dans l'art. L'art authentique, en effet, est orphique, acte dé-déterminant, mettant en évidence l'être toujours à l'œuvre au commencement.
Pour ce faire, le mot doit se libérer de son rapport univoque aux choses, mais aussi de son propre usage métaphorique : ce n'est que dans ce cas qu'il devient une porte royale grande ouverte sur le divin. Sur les trente compositions rassemblées dans le volume, huit sont tirées de L'art abstrait, bien que révisées. Certains textes sont explicitement dadaïstes. Parmi eux, « A » dit : Lumière dans lequel est évoqué le serpent Ea, typique de l'imagerie hermétique évolienne. Les poèmes de la première période se réfèrent, à partir de 1916, à la phase picturale de l'« idéalisme sensoriel » : « ce qui frappe [...], c'est le recours obsessionnel à l'addition des couleurs » (p. XXII). Ceci est particulièrement évident dans les Esquisses (Schizzi). Les poèmes composés pendant la période où Evola a participé à la Première Guerre mondiale sont également dignes d'intérêt. Dans ces poèmes, « ce qui est représenté, c'est la conséquence de l'action : la visée, le tir [...] et l'explosion » (p. XXII).
Il convient de noter que, transversalement, dans de nombreux poèmes, il y a une valorisation évidente du « féminin », on pense surtout à la Ballade en rouge (Ballata in rosso). La nouvelle édition de Raâga blanda permet au lecteur de saisir pleinement la valeur de la poésie d'Evola, moment saillant de son parcours idéal et de sa réalisation.
20:13 Publié dans Littérature, Livre, Livre, Philosophie, Traditions | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : julius evola, poésie, dadaïsme, art abtrait, lettres, lettres italiennes, littérature, littérature italienne, tradition, traditionalisme |
|
del.icio.us |
|
Digg |
Facebook
lundi, 18 novembre 2024
Les écrits redécouverts d'Adriano Romualdi et le «réalisme» en politique étrangère

Les écrits redécouverts d'Adriano Romualdi et le «réalisme» en politique étrangère
Toujours proche de Julius Evola, il a obtenu son diplôme en discutant, de manière semi-clandestine, un dimanche matin, d'une thèse sur les auteurs de la révolution conservatrice allemande à l'université « Sapienza », sous la direction de Renzo De Felice et avec le rapporteur Rosario Romeo.
par Giovanni Sessa
Source: https://www.barbadillo.it/116750-gli-scritti-ritrovati-di...
Adriano Romualdi est l'un des noms les plus significatifs de la droite culturelle italienne. Fils de Pino, l'un des principaux protagonistes du fascisme et du néofascisme, il a connu très tôt le débat qui animait la vie du MSI de l'intérieur. Actif au sein de Giovane Italia et de la Fuan, il a donné vie à plusieurs clubs de jeunes, dont le « Gruppo del Solstizio ». Au milieu des années 60, il obtient son diplôme en discutant, de manière semi-clandestine, un dimanche matin, une thèse sur les auteurs de la révolution conservatrice allemande à l'université « Sapienza », dont le directeur et le co-rapporteur étaient Renzo De Felice et Rosario Romeo. Toujours proche d'Evola, qu'il fréquentait dans sa maison du Corso Vittorio Emanuele, il est considéré comme le seul véritable disciple du « Maître qui ne voulait pas de disciples ». Il fut l'assistant de Giuseppe Tricoli, historien de l'époque contemporaine, à l'université de Palerme. Il a eu la chance, comme quelqu'un de « cher aux dieux », de mourir à seulement trente-trois ans, le 12 août 1973, des suites d'un accident de voiture. En témoignage de sa profonde culture, ses livres demeurent. Parmi eux, la première biographie d'Evola.

L'anthologie des écrits retrouvés d'Adriano Romualdi
Une compilation de ses articles et essais (67 au total, parus dans diverses revues entre 1957 et 1973), intitulée Scritti ritrovati (Écrits redécouverts), est actuellement en librairie grâce aux éditions Arya. Le volume comprend un avant-propos de Gianfranco de Turris, ami personnel d'Adriano, ainsi qu'une introduction contextuelle de l'éditeur Alberto Lombardo, l'un des plus grands exégètes de l'œuvre de Romualdi (sur commande : info@edizioniarya.it, pp. 312, euro 29.00). Le texte est accompagné d'un important dossier photographique et se termine par un appendice présentant une interview de de Turris pour Intervento et deux autres articles du jeune chercheur. Les premiers articles ont été publiés dans la revue étudiante romaine Le corna del diavolo, dirigée par Franco Pintore. Ce dernier était chercheur contractuel à l'université de Pavie. Il s'occupait de philologie égéenne-anatolienne et cultivait un profond intérêt pour l'ésotérisme et la Tradition. Ces domaines de recherche le lient au jeune Romualdi. Les articles de ce dernier, certains signés de son nom, d'autres de pseudonymes, traitent de sujets disparates: de Thomas Mann à Spengler, de l'Ulysse de Joyce à une critique d'un ouvrage d'Oswald Mosley .
Parmi les plus importants, d'un point de vue théorique, figurent les quatre écrits intitulés Perspectives. Ils traitent de la Tradition européenne qui, pour lui, se divise en quatre moment : les Aryens, Hellas, Rome et le Moyen Âge comme midi de la civilisation européenne. Des thèmes qui, comme le note Lombardo, seront un « véritable work in progress » tout au long de la vie d'Adriano, car il s'avère qu'au cours des deux années 1965-1966, ce travail a débouché sur trois cycles de formation de la FUAN-Caravella intitulés « Documents pour une vision du monde » (p. 31). Sur deux numéros de la revue apparaissent, en première page, des dessins qui pourraient, pour le moins, avoir été inspirés par les idées de Romualdi, en particulier celui d'avril 1961, qui rappelle Chevaucher le Tigre d'Evola, publié la même année. Cinq, en revanche, sont les écrits qu'Adriano a publiés dans Il Conciliatore de Milano, une glorieuse publication fondée en 1818 par Pellico et Berchet, reprise par Carlo Peverelli en 1952. Trois des écrits de Romualdi « traitent de la Seconde Guerre mondiale [...] un sur l'édition critique de Nietzsche, un autre sur la deuxième édition de Chevaucher le Tigre » (p. 34).
La collaboration à L'Italia che scrive, journal fondé en 1918 par Angelo Fortunato Formiggini, est plus substantielle. Il s'agit d'écrits sur la philosophie de Nietzsche, de critiques d'ouvrages de Huizinga, Cantimori et Gibbon, ainsi que du long texte I settant' anni di Julius Evola. L'article consacré à Wagner a lui aussi une approche clairement évolienne : le musicien est en effet critiqué en termes nietzschéens et évoliens. La monographie photographique du Touring Club italien consacrée au paysage du Latium, qu'Adriano croyait profondément animé, comme Bachofen l'avait déjà compris, par les anciens potestats divins, est intéressante. Tout aussi importants sont les essais parus dans Pagine Libere, revue dirigée par Vito Panunzio et publiée par Volpe. Dans ses colonnes paraît l'essai Idee per una cultura di Destra. Romualdi prend ses distances avec la nostalgie patriotarde du MSI.
Dans l'annexe, le lecteur trouvera la distance décisive prise par la direction du périodique par rapport aux positions exprimées sur le sujet par Adriano, confirmant la fermeture culturelle étroite de la classe dirigeante du MSI, à des années-lumière des thèses d'Evola et de Romualdi. L'Occident et l'Occidentalisme sont au cœur de la compréhension de la vision du monde d'Adriano. Par cet écrit, le jeune érudit montre qu'il est conscient de la nécessité de réveiller les Européens pour qu'ils redécouvrent les racines sacrées du continent.
Il faut souligner que Romualdi était, à la différence de Thiriart et de Jeune Europe, animé par un réalisme politique qui lui faisait considérer comme « pure velléité de penser à se libérer [...] de la défense armée américaine » (p. 39), ce qui l'aurait rendu indigne du communisme en marche. Ici aussi, Adriano épouse les positions évoliennes. Sont également rassemblés dans le livre les écrits romualdiens sur Cavour (deux à caractère historique), de La Torre (trois, dont un posthume) et de La Destra (trois articles significatifs, notamment celui concernant les courants politiques allemands actifs de 1918 à l'avènement du nazisme), ainsi que ceux de L'Italiano, tribune libre de la droite culturelle. On notera en particulier les écrits relatifs aux manifestations étudiantes, d'où il ressort qu'il avait compris que le « carnavalesque soixante-huitard » visait à faire taire la Tradition.
Scritti ritrovati nous permet de reconstruire le bref mais intense itinéraire de Romualdi. Adriano, rappelle Lombardo, comme Locchi, a dépassé les limites du « traditionalisme », estimant que la pensée devait assumer le poids de la confrontation avec la modernité. C'est le moment le plus important de son héritage. L'appel à une Europe en tant que nation, bien que tempéré par le réalisme politique, reste, à notre avis, le moment le plus faible de sa proposition. L'Europe est ontologiquement plurielle. Pour reprendre les termes d'Andrea Emo, il s'agit en effet d'un « pays du crépuscule », d'un laboratoire toujours en cours d'expérimentation. En son sein, toute stagnation ou mise en forme politique du monde, dans la mesure où elle s'expose au tragique, quintessence de la vie, doit être transcendée dans l'incipit vita nova, dans un Nouveau Commencement.
18:36 Publié dans Livre, Livre, Nouvelle Droite | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : adriano romualdi, italie, livre, nouvelle droite, traditionalisme, traditionalisme révolutionnaire |
|
del.icio.us |
|
Digg |
Facebook
jeudi, 31 octobre 2024
Evola et le catholicisme

Evola et le catholicisme
Troy Southgate
Source: https://troysouthgate.substack.com/p/evola-and-catholicis...
Une lettre écrite en mai 1945 par Julius Evola à un ami catholique, le père Clemente Rebora (1885-1957) (portrait, ci-dessous), donne un aperçu fascinant de l'état d'esprit du philosophe traditionaliste au lendemain des blessures qu'il avait subies lors d'un bombardement à Vienne.

Bien que le prêtre rosminien et ancien poète athée ait rendu visite à Evola à l'hôpital quatre jours auparavant, pour lui demander s'il souhaitait l'accompagner en train à Lourdes - ce qui a donné lieu plus tard à la spéculation erronée selon laquelle Evola était sur le point de se convertir au catholicisme - ce dernier a écrit pour dire que, bien qu'il soit reconnaissant de l'offre qui lui était fairte d'entreprendre un tel voyage, cela impliquerait ipso facto que tout ce qui l'intéressait était d'obtenir la grâce qui ne mènerait à rien de plus que la possibilité de guérison de ses blessures physiques. Bien que, pour de nombreuses personnes, cela semble être une raison parfaitement compréhensible de visiter le célèbre sanctuaire pyrénéen, il poursuit en expliquant que
"S'il fallait demander une grâce, ce serait plutôt de comprendre le sens spirituel de ce qui s'est passé, que cela reste ainsi ou non, et plus encore de comprendre la raison pour laquelle il faut continuer à vivre".
Après tout, la raison précise pour laquelle Evola s'était exposé à toute l'horreur d'une attaque aérienne soutenue des Alliés était précisément de répondre à cette question. Le résultat, bien sûr, suggère qu'en dépit du fait qu'il ait été confiné dans un fauteuil roulant pendant les vingt-neuf années suivantes, un rôle crucial l'attendait encore. Comme il l'expliquera plus tard dans les pages de son autobiographie, Il cammino del cinabro (1963):
« Rien n'a changé, tout s'est réduit à un empêchement purement physique qui, en dehors des soucis pratiques et de certaines limitations de la vie profane, ne m'a pas du tout affecté, mon activité spirituelle et intellectuelle n'étant en aucune façon altérée ou ébranlée ».
La guérison d'Evola était donc bien moins importante que sa capacité à poursuivre le Grand Œuvre.
19:57 Publié dans Traditions | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : tradition, traditionalisme, julius evola, catholicisme, clemente rebora |
|
del.icio.us |
|
Digg |
Facebook
mercredi, 28 août 2024
Les quatre paliers de l’Apocalypse

Les quatre paliers de l’Apocalypse
par Pierre-Emile Blairon
Partie I : Mise en place et accélération des étapes du déclin
Cet article sera édité en deux parties ; la première expose les quatre paliers historiques qui nous conduisent à l’Apocalypse, une « fin des temps » dans la religion chrétienne. Je passerai rapidement sur les trois premières phases, sujets largement développés dans mes articles précédents, publiés sur ce même site et, pour la plupart réunis en recueil dans mes derniers livres, et je m’attarderai sur celle qui est actuellement en cours, le quatrième palier donc, riche en péripéties jusqu’alors inédites dans l’Histoire du monde.
La deuxième partie de l’article, nous donne quelques pistes, pour le moins dérangeantes, je dirais plutôt : ahurissantes, établies par de très anciennes civilisations traditionnelles, en l’occurrence indienne, qui a su décrire, avec une précision qui laisse pantois, les terribles moments que nous sommes en train de vivre et, selon toute logique, qui vont voir arriver le cataclysme final. Et son retournement salvateur.

Première phase : 1789, anéantissement des valeurs traditionnelles
Dans le processus involutif rythmé par les divers paliers de putréfaction qui nous entraînent vers la fin apocalyptique de ce cycle, dans la période historique contemporaine, nous avons d’abord assisté à la destruction par les sectes mondialistes de toutes les valeurs traditionnelles et naturelles qui fondaient le socle des civilisation, première phase qui s’est déroulée en accéléré (après quelques siècles de préparation), dès la date symbolique et tragique de la sanglante et barbare Révolution française (1), avec un succès universel que n’espéraient pas aussi transposable (comme la Révolution bolchevique en premier lieu) les promoteurs de ce saccage.

Deuxième phase : 2020, tests de soumission et de réduction des populations, lobotomisation
La deuxième phase, placée sous le signe de la peur qui doit être inculquée aux masses pour les rendre malléables à souhait, a démarré en 2020 avec la mise en place des divers tests de soumission et de réduction des populations qui ont été initiés dans le cadre de la pseudo-pandémie et de l’inoculation des pseudo-vaccins ; cette phase n’a pas été couronnée par la même réussite que la première tout au moins en ce qui concerne la tentative de réduction des populations telle qu’elle figure dans les projets de la secte mondialiste, à peine déguisée : les dégâts provoqués par la mini-grippe ayant été minimes et ceux causés par les pseudo-vaccins se faisant encore attendre, bien que nous puissions quand même déjà enregistrer un nombre important de décès de personnes dont l’âge et la maladie ne correspondent à aucune norme scientifique.
Mais la grande réussite de cette phase a été la mise en place de l’ingénierie sociale, une manipulation psychologique des foules destinée à les soumettre à la première injonction, autrement dit la parfaite lobotomisation (ablation virtuelle du cerveau) des individus et donc leur soumission. Les Français ont été presque instantanément transformés en toutous : au café : prenez-le debout, non, assis, non, couché ; portez le masque, ne le portez plus, portez-le à nouveau ; à la plage : ne bronzez pas en position statique, donc couché, au contraire, marchez sans vous arrêter ; le soir, aboyez à 20 heures pour soutenir les soignants, ne les soutenez plus, n’aboyez plus, au contraire, mordez-les et jetez-les à la rue sans ressource, ce sont de mauvais citoyens ; pour vous soigner, prenez du Doliprane ou du Rivotril si vous pensez être sur le point de mourir…
Troisième phase : 2024, satanisation, Terreur
Dans l’agenda de nos fausses élites, agenda qu’elles ne cherchent même plus à dissimuler et qui se place sous le signe d’une accélération du processus involutif en 2024, une troisième phase a été révélée en pleine lumière, si l’on peut parler ainsi puisqu’il s’agit d’un culte rendant hommage à un personnage ambigu comportant deux faces d’apparence antagoniste d’une même médaille, Satan et Lucifer (le nom de ce dernier signifiant porteur de lumière) alors que Satan est le personnage sombre et maléfique que l’imagerie populaire nous transmet : il s’agit de la « satanisation » de toutes les manifestations rassemblant un public par définition déjà captif et faible puisqu’il s’adonne à l’idolâtrie ; deux événements mondiaux ont, cette année, été consacrés à la glorification du démon : l’Eurovision (qui, comme son nom ne l’indique pas, rassemble d’autres pays que les seuls européens) et les Jeux Olympiques. Cette satanisation concerne également la plupart des chanteurs et chanteuses connus mondialement qui auraient signé un « pacte avec le diable », selon les dires mêmes de certains de ces saltimbanques ; on sait les foules immenses que drainent chacune de leurs apparitions publiques qui s’apparentent à de grandes messes diaboliques ; il est ici judicieux de rappeler que l’Eurovision est entièrement dédié à leur promotion et que les J.O. ont permis à ces « idoles » de subjuguer (c’est le mot qui convient : de placer sous le joug) le public en les laissant pratiquer leur « art » pendant la majeure partie des cérémonies d’ouverture et de fermeture de ces J.O.
J’ai indiqué dans nombre de mes articles précédents (2) la probable genèse de ce culte à Satan qui trouverait, paradoxalement, ses origines dans les trois religions du Livre et qui a fait florès, par dévoiement ou réaction, au sein de la société américaine et de ses élites depuis l’arrivée des premiers pionniers anglo-saxons, les « pilgrims », rejetés d’Angleterre justement à cause de leur fanatisme biblique.
Il est difficile de comprendre comment et pourquoi des personnes qu’on suppose intelligentes (puisqu’elles sont « l’élite mondiale ») peuvent invoquer et magnifier le « diable », notion que les esprits rationnels considèrent comme une superstition de foules crédules ; il n’y a pas de réponse à cette question à moins de faire appel à des éléments de connaissance d’ordre surnaturel, ou de considérer plus prosaïquement que ces élites mettent en avant ce concept pour maintenir d’une manière constante, encore une fois, une peur irraisonnée au sein de ces masses ; à l’appui de cette dernière thèse, il suffit de songer que le premier palier de ce processus nocif a commencé avec la Révolution et que la période la plus représentative de cet événement qui a bouleversé la société française a été appelée la Terreur.

La Terreur : cette sauvage péripétie de notre Histoire, dont les Français auraient à rougir plutôt qu’à perpétuer la mémoire, a été rappelée avec une délectation malsaine et une mise en scène sanglante par les concepteurs de la cérémonie d’ouverture de ces J.O. 2024 avec la décapitation de la reine Marie-Antoinette sous les yeux d’un public apathique, si ce n’est ravi (3) ; cette foule ne se demandant jamais ce que venait faire la représentation de ces horreurs lors de la célébration d’un événement mondial propre à rassembler sereinement les peuples : la compétition pacifique et saine d’athlètes réunis dans le même amour du sport.
Quatrième phase : 2024- 20… ? Confusion, imposture, transgenrisme, la bête de l’événement
Un autre aspect, tout aussi étrange et saugrenu que cette satanisation, est apparu d’une manière récurrente dans ces manifestations mondiales, comme couplé avec la célébration du Malin.
Je veux parler du transgenrisme.
Il s’agit d’abord de créer une confusion générale dans l’esprit des masses, déjà considérablement perturbé et déficient, par la banalisation de l’imposture dans ce qu’elle a de plus extrême, dans le fait qu’elle porte atteinte à ce qu’il y a de plus naturel et habituel : l’identité sexuelle (4). En fait, l’imposture et Satan vont de pair : Satan est la représentation du mensonge (5) et l’imposture le paroxysme du mensonge puisque l’imposture ne se contente pas de mentir : elle met en place une pseudo-réalité de substitution procédant de la classique inversion des valeurs qui se produit à la fin d’un cycle.

Depuis plusieurs années, on assiste à une mise en scène théâtrale mettant en avant des personnes dites « transgenres » ; il s’agit d’hommes qui se travestissent en femmes, ou le contraire ; un rapport de la FRA (organisme de l’Union européenne pour les droits fondamentaux) du 9 décembre 2014 indique que « le terme « transgenre » est utilisé pour désigner les personnes dont l’identité de genre et/ou l’expression de genre diffère du sexe qui leur a été assigné à la naissance. Ce terme peut couvrir de nombreuses identités de genre. L’enquête a énuméré plusieurs sous-catégories : personnes transsexuelles, transgenres, travesties, ayant une variance de genre, homosexuelles ou ayant une identité de genre différente. »
On notera avec intérêt cette partie du texte : « qui leur a été assigné à la naissance » pour se demander logiquement « par qui » ce sexe leur a été assigné ? Réponse : d’abord par ses parents, ce qui serait un bon début d’explication, et, plus formellement, la plupart du temps par le personnel médical qui assiste à la naissance et qui arrive encore à distinguer un sexe masculin d’un sexe féminin sans demander une analyse ADN.
J’ai tenté d’en savoir plus, mais j’ai renoncé à entrer dans les méandres des divers statuts et appellations des personnes trans+, leurs problèmes, psychologiques, psychiatriques et sexuels, leurs opérations esthétiques diverses et nombreuses, l’absorption de multitude d’hormones remboursées par la Sécurité sociale, cette recherche pouvant m’entraîner à déployer un temps et une énergie qui me sont précieux pour un résultat somme toute inintéressant.
Même si cette étrange communauté constitue un pourcentage infime de la population (entre 1 et 3% en France), elle est hyper-représentée médiatiquement et s’insère dans cette quatrième phase comme un élément indispensable qui permet d’ajouter à la déstabilisation que la secte mondialiste s’efforce d’instaurer en permanence dans la société, d’autant plus que cette communauté LGBTQQIP2SAA (mais oui, ça vient de sortir, on n’arrête pas le progrès) est autorisée à faire du prosélytisme auprès d’enfants souvent très jeunes dans les écoles. Qui est qui ? Est-ce un homme ? Une femme ? Autre chose ? Questions cruciales que des enfants ne devraient jamais avoir à se poser. Et c’est pourtant là le but recherché par ce militantisme malsain.

Le monde entier, lors de ces deux grands événements médiatiques qu’ont été l’Eurovision et les Jeux Olympiques, a bien noté, en même temps que l’évocation insistante du démon et de ses symboles et attributs, la présence massive, sans jeu de mots, de ladite communauté précitée.
Cette phase 4 consiste à préparer l’apparition quasi-miraculeuse d’un mouvement de résistance, ou d’un personnage providentiel, qui, dans ses discours, promettra de faire cesser le chaos et d’organiser la restauration des valeurs traditionnelles ; ce sera encore un faux espoir car cette organisation, ou ce personnage, seront créés et manipulés par cette même caste mondialo-sataniste (6). Cette organisation, ou ce personnage, auront pour unique rôle d’attirer vers eux la sympathie, l’adhésion, voire l’adulation des foules toujours prêtes à s’enflammer pour ceux qui leur promettent monts et merveilles : puissance du verbe et de l’apparence ! Cet avènement, la bête de l’événement, comme disait Macron qui pouvait prophétiser sans se donner trop de mal, sera le coup de grâce donné à toute autre tentative de résurgence d’un ordre souverain.
Ce sera une nouvelle épreuve pour ceux, peu nombreux, qui avaient réussi à garder un esprit lucide, une colonne vertébrale et un minimum de bon sens et qui verront avec tristesse leurs congénères tomber (à nouveau) dans le piège grossier qui leur sera tendu.
* * *
Les quatre paliers de l’Apocalypse
Partie II : Fin de cycle ? Fin du monde ? Apocalypse ?
Fin de cycle ? Fin du monde ? Apocalypse ? Antéchrist ?
En ce qui concerne l’apparition hypothétique de ce « Sauveur », que les traditions religieuses appellent aussi faux Messie ou Antichrist, ou Antéchrist, qui reste, quelle que soit sa dénomination, un imposteur, il s’agit d’une éventualité qui n’est évidemment pas une invention de mon cerveau exalté ; je ne vais pas jouer au prophète inspiré, comme Macron, qui connaît, semble-t-il, tous les détails du plan élaboré par l’Organisation qui l’a mis à la place qu’il occupe.
L’apparition de ce personnage faussement providentiel est attestée dans les livres sacrés des religions monothéistes lorsque viendra la fin des temps, ou l’Apocalypse, chez les chrétiens, mais aussi dans la plupart des traditions anciennes, mais aussi dans les témoignages et les prédictions de nombre de visionnaires.
Nous allons faire un rapide survol des éléments dont nous avons connaissance.
L’apparition du monothéisme juif, suivi du christianisme et de l’islam, a entraîné une conception du temps différente de celle des antiques civilisations; pour entrer dans la logique d’un dieu révélé qui aurait élu le peuple juif, il fallait qu’il y ait un début et une fin (de préférence heureuse) à cette élection réciproquement partagée, il fallait donc adopter le concept d’un temps linéaire, concept artificiel qui amènerait celui d’évolution et de progrès (du pire au meilleur).
Pour les traditions anciennes qui se référaient à la nature et à son fonctionnement, le temps était logiquement cyclique (les astres, les saisons, les jours, les arbres et leurs feuilles, toutes les manifestations naturelles naissent, meurent et reviennent en permanence) et son déroulement était involutif (du meilleur au pire), les choses de la vie naturelle sur Terre allant toujours en se dégradant jusqu’à la mort et non pas en s’améliorant (on ne naît pas vieux décrépi pour finir jeune et beau en parfaite forme).

C’est ainsi que les Indo-Européens (Grecs, Italiques, Iraniens, Indiens, Celtes, Nordiques, Slaves, Arméniens) ont établi des mesures de ce cycle divisé en quatre périodes appelées âges, donc du meilleur au pire : Âge d’or, d’argent, de bronze, de fer ; le cycle auquel nous appartenons aurait duré 64800 ans et nous nous situons à la fin de la fin du dernier âge, l’Âge de fer, connu également sous sa dénomination indienne: Kali-yuga, ou nordique: Ragnarök.
Comment savons-nous que nous sommes exactement à la fin de notre cycle?
Tout simplement parce que les livres sacrés des anciennes civilisations ont décrit la façon dont se terminent tous les cycles et cette façon est peu ou prou identique à chaque fin de cycle. D’autre part, les religions du Livre ont repris certains éléments de ces anciennes traditions.
Un exemple ? La fin des Assours
L’indianiste Alain Daniélou (7) nous rapporte un extrait des Puranas, livres sacrés indous où il est question d’une guerre entre les dieux Vishnu et Shiva; Vishnu, pour détruire le peuple des Assours, a l’idée de créer un personnage pervers appelé Arihat qui sera un imposteur : « Le faux sage s’approcha du dieu et lui demanda : quel est mon nom ? Que dois-je faire ? Vishnu dit : ton nom sera Arihat (destructeur de gens pieux). Tu dois composer un pseudo-livre saint de 1600 versets en langage populaire condamnant les castes et les devoirs des divers âges de la vie. Tu seras doué du pouvoir de faire quelques miracles. La base de ton enseignement sera: le ciel et l’enfer n’existent que dans cette vie et tu enseigneras cette doctrine aux Assours de façon qu’ils puissent être détruits. »
On ne peut s’empêcher de penser à une approximative figure du Christ, ou du Bouddha, représentée par cet Arihat l’imposteur. Arihat, prônant l’égalitarisme et la non-violence, parvint à ses fins: le déclin des Assours.
Ce déclin se manifeste de différentes façons ; c’est dans le détail de ce curieux inventaire que l’on va retrouver quelques aspects de notre vie de tous les jours:
- Le nombre des princes et des agriculteurs décline graduellement.
- Les classes ouvrières veulent s’attribuer le pouvoir royal et partager le savoir, les repas et les lits des anciens princes.
- La plupart des nouveaux chefs est d’origine ouvrière. Ils pourchassent les prêtres et les tenants du savoir.
- On tuera les fœtus dans le ventre de leur mère et on assassinera les héros.
- Des voleurs deviendront des rois, les rois seront des voleurs.
- Les dirigeants confisqueront la propriété et en feront un mauvais usage.
- Ils cesseront de protéger le peuple.
- De la nourriture déjà cuite sera mise en vente.
- Le nombre des vaches diminuera.
- Des groupes de bandits s’organiseront dans les villes et les campagnes.
- Les commerçants feront des opérations malhonnêtes.
- Ils seront entourés de faux philosophes prétentieux.
- Tout le monde emploiera des mots durs et grossiers
- On ne pourra se fier à personne.
- Les gens du Kali-Yuga prétendront ignorer les différences de race et le caractère sacré du mariage, la relation de maître à élève, l’importance des rites.
- Les agriculteurs abandonneront leurs travaux de labours et de moisson pour devenir des ouvriers non-spécialisés et prendront les mœurs des hors-castes.
- L’eau manquera et les fruits seront peu abondants.
- Beaucoup seront vêtus de haillons, sans travail, dormant par terre, vivant comme des miséreux.
- Les gens croiront en des théories illusoires.

Le Dieu Shiva, voyant cette décadence, « lança contre elle son arme la plus terrible, une arme de feu qui, en un instant, brûlait tout, détruisait toute vie […] Seuls furent sauvés quelques fidèles de Shiva qui s’étaient échappés dans la région où vivent les Gana (les compagnons de Shiva), c’est-à-dire le monde Mahar ou monde extra-planétaire. Ce sont ces rescapés qui ont préservé en secret certains éléments du savoir des Assours pour les humanités futures ».
Où l’on voit, avec ces dernières lignes, que les cycles se terminent tous de la même façon.
Une minorité lucide et volontaire subsiste après le cataclysme; elle a pris soin de rassembler les éléments positifs qui constituent le meilleur de leur Humanité et traverse, avec son bagage sur le dos, le gué qui la mène vers l’inconnu.
C’est grâce à eux, à ces hommes et ces femmes de savoir, ces êtres éveillés, que le nouveau cycle peut démarrer sur les bases de l’ancien. Les racines étant préservées, un nouvel arbre peut dès lors s’épanouir et fleurir. Nous remarquerons que ces survivants sont amenés à se réfugier sur une autre planète, chez les Gana.

L’un de ces textes sacrés, le Lingä Purânä, comporte des prédictions qui se rapportent non plus à l’Humanité dans laquelle vivaient les Assours il y a plus de soixante mille ans, mais à la nôtre ; nous allons alors retrouver la thèse développée par Nostradamus, celle d’un Grand Justicier, le Grand Monarque, qui vient faire une guerre totale aux « méchants » ; dans ce cas, la catastrophe finale n’est plus seulement d’ordre cataclysmique mais se rapporte directement à l’attitude des hommes qui provoquent cette catastrophe. Il s’y ajoute alors une raison d’ordre moral qui fait que la catastrophe devient une opération de purification. « Durant la période de crépuscule qui termine le Yugä, le justicier viendra et tuera les méchants. Il sera né de la dynastie de la Lune. Son nom est Guerre (Samiti). Il errera sur toute la terre avec une vaste armée. Il détruira les Mlécchä (les Barbares de l’Occident) par milliers. Il détruira les gens de basse caste qui se sont saisis du pouvoir royal et exterminera les faux philosophes, les criminels et les gens de sang mêlé. Il commencera sa campagne dans sa trente-deuxième année et continuera pendant vingt ans. »
Il y a dans ce texte, que j’ai fait paraître dans mon premier livre il y a 18 ans (8), l’intégralité de ce qui se passe actuellement et de ce qui pourrait arriver :
- Arihat est le faux messie, l’antéchrist ou l’antichrist de la Bible ; celui-là même que la secte mondialiste a l’intention de nous proposer comme « guide suprême ».
- Le détail de toutes les avanies que cette même secte nous fait subir ; si vous transposez le langage ancien décrivant l’Inde de cette période lointaine dans notre période actuelle, vous constaterez que nous sommes en train de vivre presque toutes ces mésaventures, avec – petit retour en arrière - plusieurs références à ce qui s’est passé pendant la Révolution qui est à l’origine de ce désastre.
- Une guerre atomique éclate ensuite qui détruit la presque totalité de l’espèce humaine ne laissant en vie que quelques personnes, ces « êtres différenciés » debout au milieu des ruines chers à Julius Evola, qui vont pouvoir redémarrer le nouveau cycle.
Donc, voilà, tout y est ; il n’y a rien de nouveau sous le soleil, le monde est en perpétuel recommencement.
Nous pouvons remarquer que nous sommes un peu plus concernés par ce qui s’est passé à la fin du cycle précédent, il y a 64.800 ans, que par les prédictions concernant celui que nous vivons, à savoir l’apparition d’un justicier (la parousie, le retour du Christ, le Grand Monarque ?) qui anéantira les satanistes, pour simplifier.
Jean Phaure, primordialiste (9) chrétien, (1928-2002) annonçait en 1974 la fin des temps pour... 2030 !
Jean Phaure écrivait ces mots bouleversants en 1973: « Douloureux honneur que d’appartenir à une Humanité finissante qui ne sait pas sa fin prochaine, qui ne veut pas le savoir, - et de le dire pourtant, car il faut qu’en cette époque certaines choses soient dites, aussi inconfortables soient-elles. Dans le demi-siècle à venir, les événements les plus brutaux, les plus inconcevables , à la fois maléfiques et bénéfiques, vont éclater – et ce n’est qu’alors que la plupart s’apercevront que certains les avaient prévus. Car cette Humanité est sourde et aveugle, et son réveil sera sanglant (10)... »
Selon la tradition shivaïte, notre grand cycle d’Humanité, que les Hindous appellent Manvantara est le septième sur Terre; la première Humanité est née il y a plus de 400.000 ans.
Notre Manvantara, dont nous pourrions voir la fin rapidement, s’est étendu sur 64.800 ans, nombre qui correspond à: 2,5 cycles précessionnels de 25.920 ans, 5 « grandes années » de 12.960 ans, 30 « Ères » zodiacales de 2160 ans (11).
Avant d’entrer dans l’Ère du Verseau, nous sortons de l’Ère des Poissons, caractérisée par la prédominance du christianisme suite à la descente de l’avatar Christ. Dans la tradition hindouiste, un avatar est la descente d’un dieu ou d’un représentant de Dieu qui s’incarne pour rétablir l’ordre et sauver le monde à chaque ère zodiacale.
Notre Humanité a donc connu au moins 30 avatars, mais sûrement plus, car il peut y avoir apparition de plusieurs avatars pour chaque début d’ère zodiacale, qui ont à peu près tous le même profil: fils de Dieu, ou d’un dieu, et d’une mortelle vierge, venus combattre le démon, ou les démons, guérisseurs et initiateurs, périssant en sacrifice avant de remonter vers le Père (voir, par exemple, la figure d’Héraklès ou celle de Mithra). Pour Jean Phaure, le Christ a ceci de différent, et de spirituellement supérieur, d’avec ses prédécesseurs, c’est qu’il arrive à la fin du grand cycle, du Manvantara, pour le clôturer dans l’Apocalypse, la gloire de la Révélation et la parousie qui est le second avènement du Christ (p. 248).
Cette fin apocalyptique pourrait survenir dans un délai très court à l’heure où nous écrivons car Jean Phaure, reprenant un texte sacré hindou, précise qu’elle pourrait se situer en... 2030.
« C’est donc la grande Tribulation de l’Antéchrist qui représente le terme de la cyclologie adamique, le renversement total de l’âge d’Or primordial, et la fin du Cycle proprement dit. Une tradition hindoue situe cette « fin » (fin du Kali-Yuga) en 2030. Nicolas de Cuse (1401-1464) « tombe » sur la même date! […] Quelle que soit l’importance des traditions que nous venons d’évoquer, ce n’est évidemment qu’à titre d’hypothèse de travail que nous faisons état de cette datation (2030), qui nous semble cependant prêter à l’échelonnement des événements de la Fin un cadre chronologique de grande vraisemblance».
Comment être du bon côté du manche
Je voudrais terminer sur une note optimiste (si c’est possible dans ce contexte), à savoir que je lis ce matin même, 20 août 2024, sur le site canadien nouveaumonde.ca (12), que « Selon un décret signé par le président Vladimir Poutine, Moscou fournira une assistance à tous les étrangers qui souhaitent échapper aux idéaux néolibéraux mis en avant dans leur pays et s’installer en Russie, où les valeurs traditionnelles règnent en maître.
En vertu de ce document, ces ressortissants étrangers auront le droit de demander une résidence temporaire en Russie « en dehors du quota approuvé par le gouvernement russe et sans fournir de documents confirmant leur connaissance de la langue russe, de l’histoire russe et des lois fondamentales ».
Les demandes peuvent être fondées sur le rejet des politiques de leurs pays « visant à imposer aux gens des idéaux néolibéraux destructeurs, qui vont à l’encontre des valeurs spirituelles et morales traditionnelles de la Russie ».
Cela peut toujours servir, à défaut de pouvoir vous réfugier sur une autre planète comme l’ont fait les derniers survivants des Assours…
Pierre-Emile Blairon
- (1) Victor Hugo avait déjà perçu en son temps la Révolution française comme une étape constitutive de ce singulier satanisme qui resurgirait à la fin de notre cycle, dans son œuvre inachevé : La Fin de Satan.
- (2) Notamment dans La France, laboratoire de la secte mondialiste, octobre 2023.
- (3) Preuve, s’il en fallait, que l’opération d’ingénierie sociale évoquée dans la deuxième phase a parfaitement fonctionné.
- (4) Système XY de détermination sexuelle : « Il est fondé sur la présence de chromosomes sexuels différents entre les différents individus de l'espèce. Ainsi, les mâles possèdent un chromosome X et un chromosome Y, alors que les femelles possèdent deux chromosomes X. Le sexe hétérogamétique (possédant donc deux chromosomes sexuels différents) est donc le sexe mâle » (Wikipedia). La polémique qui a été créée aux J.O. 2024 à propos d’une personne de nationalité algérienne qui a gagné la finale de boxe féminine n’avait pas lieu d’être ; cette polémique est née du fait que le C.I.O a avancé pour toute justification que cette personne possédait un passeport indiquant son sexe féminin comme critère de son statut, alors que les fédérations de boxe le contestent. Il est évident qu’une mention sur un passeport n’est pas une preuve suffisante. Il faut recourir à une analyse du génotype contenu dans une cellule d’ADN qui indiquera sans le moindre doute le genre de l’individu.
- (5) C’est encore Victor Hugo qui écrivait dans Les Misérables: « Mentir, c’est la face même du démon ; Satan a deux noms : il s’appelle Satan et il s’appelle Mensonge. »
- (6) Il y a une constante : la secte mondialo-sataniste procède toujours par test, c’est dans son ADN, puisque ce « sauveur » qu’elle semble vouloir mettre en place n’est rien d’autre que la répétition préalable à l’avènement de la vraie Bête chère à leur cœurs (façon de parler, ces gens n’ont pas de cœur) ; a priori, l’apparition récente du RN en force dans l’Assemblée nationale et de son jeune représentant ne semblent pas devoir être assimilés à ce projet, le RN se cantonnant pour l’instant dans un silence prudent.
- (7) Le Destin du monde selon la tradition shivaïte, première partie : la théorie des cycles, p. 21 à 40. Albin Michel, 1985
- (8) La Dame en signe blanc, 2006.
- (9) Primordialiste, ou traditioniste : qui se réclame de la Tradition primordiale, laquelle peut se définir par quelques caractéristiques fondamentales, à savoir : la cyclologie : le temps se déroule par cycles (il n’est pas linéaire), en involution (il n’est pas évolutionniste, ou progressiste), la fin d’un cycle est marqué par l’inversion des vraies valeurs qui fondent les civilisations, la Tradition primordiale implique que toutes les religions, civilisations ou spiritualités proviennent d’une source unique, une civilisation primordiale de caractère à la fois solaire (Apollon) et polaire (Hyperborée), qui a ensuite répandu sa connaissance à travers le monde ; pour l’ésotérisme chrétien, le Christ est d’essence apollinienne.
- (10) Le Cycle de l’Humanité adamique, introduction à l’étude de la cyclologie traditionnelle et de la fin des temps, p. 503, Dervy, 1973.
- (11) Ibid. p. 240 et 509.
- (12) https://nouveau-monde.ca/la-russie-offre-un-refuge-aux-pe...
15:35 Publié dans Actualité, Traditions | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : pierre-émile blairon, apocalypse, tradition, traditionalisme, théorie des cycles, cycles, kali yuga |
|
del.icio.us |
|
Digg |
Facebook

