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mercredi, 03 juin 2015

Quatre nuances du dernier Houellebecq

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Quatre nuances du dernier Houellebecq

par Georges FELTIN-TRACOL

 

La parution du nouveau roman de Michel Houellebecq, Soumission, a suscité de vifs débats, preuve que son auteur a visé juste et fort. En écrivant cette fiction politique, il pressentait que « ce roman suscitera peut-être des polémiques chez ceux qui gagnent leur vie en polémiquant, mais sera perçu par le public comme un livre d’anticipation, sans rapport réel avec la vie (1) ».

 

La majeure partie des controverses concerne la victoire des islamistes à la présidentielle de 2022. Si certains s’indignent de cette hypothèse qui fracasse leur bel enthousiasme républicain, d’autres s’en réjouissent en espérant que cette éventualité réveillera dès à présent les Français de racines européennes, ces « Français de souche » qui n’existeraient pas d’après l’incroyable sentence d’un tribunal pour qui cette qualification ne couvre « aucune réalité légale, historique, biologique ou sociologique (2) ».

 

La violence des réactions confirme que « ses livres relèvent de la santé publique (3) » parce que « Houellebecq utilise la cendre du marché pour nous entraîner dans des romans éblouissants (4) ». Pourvu d’un style moins terne, moins austère, que dans Les Particules élémentaires (5), Soumission comporte quatre niveaux de compréhension. La plus lisible se concentre sur le héros, François. Ce quadragénaire, expert de l’œuvre de Joris-Karl Huysmans, enseigne à La Sorbonne et traîne en permanence la victimisation surmoderne du libéralisme, cette « idéologie des individus libres luttant tous contre tous (6) ». Vivant dans une morne existence casanière, François dépense son temps entre ses cours de littérature, des loisirs marchands aliénants et ses amours éphémères avec quelques-unes de ses étudiantes. Il symbolise surtout une dépolitisation accomplie, conséquence inéluctable de l’ignorance de l’histoire : « Je ne connaissais au fond pas bien l’histoire, au lycée j’étais un élève inattentif et par la suite je n’avais jamais réussi à lire un livre d’histoire, jamais jusqu’au bout (p. 104). » François agit en véritable monade solitaire, en indéniable atome social. Tant envers Myriam, sa jeune amante juive qui va bientôt s’installer en Israël, qu’envers les prostituées sollicitées (Nadia, Babeth, Rachida et Luisa), voire à l’égard de Sylvie, la dernière compagne de son père défunt ou au moment de la brusque disparition de sa mère à Nevers, le héros exprime un détachement constant qui le ballote d’événement en événement. En Occidental atteint d’épuisement existentiel propre à la logique libérale, François se trouve par conséquent « incapable de fournir un sens, une voie à la réconciliation de l’individu avec son semblable dans une communauté que l’on pourrait qualifier d’humaine (7) ». Après un séjour ennuyeux dans un monastère au cours duquel à rebours du parcours de Huysmans, il perd les ultimes bribes d’une foi chrétien déclinante, il semble finalement éprouver dans l’islam un confort global qui ne le ferait « rien à regretter (p. 300) ».

 

La deuxième approche du roman est politique. Réélu en 2017 face à Marine Le Pen, François Hollande poursuit son impéritie gouvernementale si bien que cinq ans plus tard, son candidat, Manuel Valls, et celui de l’U.M.P., Jean-François Copé, revenu d’entre les morts, sont évincés du second tour au profit d’une Le Pen qui culmine à 34,1 % et de Mohammed Ben Abbes, le candidat de la Fraternité musulmane (22,3 %).

 

Fondée en 2017, « la Fraternité musulmane avait veillé à conserver un positionnement modéré, ne soutenait la cause palestinienne qu’avec modération, et maintenait des relations cordiales avec les autorités religieuses juives. Sur le modèle des partis musulmans à l’œuvre dans les pays arabes, modèle d’ailleurs antérieurement utilisé en France par le Parti communiste, l’action politique proprement dite était relayée par un réseau dense de mouvements de jeunesse, d’établissements culturels et d’associations caritatives (pp. 51 – 52) ».

 

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Pendant l’entre-deux-tours, Ben Abbes bénéficie du soutien officiel du P.S., de l’U.D.I. et de l’U.M.P. au nom d’un front républicain élargi qui l’emporte de peu. En contrepartie, il nomme François Bayrou à Matignon. Si le nouveau président concède aux vieux partis décatis les ministères économiques et financiers, son mouvement se réserve l’enseignement qui s’islamise ainsi très vite. Largement financée par les pétromonarchies du Golfe, La Sorbonne n’accepte plus qu’un personnel musulman d’origine ou bien converti. Les autres sont mis d’office en retraite avec une forte pension. Nouveau président de La Sorbonne et futur ministre, le Français d’origine belge Robert Rediger, devenu une décennie plus tôt musulman, est un ancien identitaire, auteur d’une thèse sur Guénon lecteur de Nietzsche, ce qui est incongru quand on connaît l’antinomie des deux personnages, met en parallèle la soumission de l’homme à Allah avec la soumission volontaire de la femme envers l’homme développée dans Histoire d’O de Pauline Réage alias Dominique Aury. En adoptant l’islam, Rediger prend surtout acte de l’agonie d’une certaine civilisation européenne.

 

Michel Houellebecq se montre vipérin pour François Bayrou et Jean-Marie Le Pen qui sont loin d’être de ses crétins très nombreux à grouiller dans le microcosme politicien. D’ailleurs, si le ralliement des partis du Système à un candidat islamiste contre le F.N. est plausible, la personne adéquate pour personnifier cette collusion ne serait pas l’actuel maire centriste de Pau, mais bien plutôt un autre centriste, l’actuel maire de Drancy, Jean-Christophe Lagarde, par ailleurs président de l’U.D.I., qui s’acoquine déjà avec des minorités ethno-religieuses pour mieux contrôler son territoire.

 

Le troisième sens se veut économique. Conservateur illibéral, Houellebecq imagine que la situation économique de la France s’améliore rapidement sous la présidence de Ben Abbes. Les courbes parallèles de la délinquance et du chômage s’effondrent parce que son gouvernement revalorise l’artisanat et le travail manuel, abaisse l’obligation scolaire à douze ans, augmente massivement les allocations familiales et réduit largement le budget de l’Éducation nationale sinistrée. Conservateur, ce programme s’apparente à bien des égards à celui du F.N. en 2002 quand il proposait le salaire familial afin de permettre « la sortie massive des femmes du marché du travail (p. 199) ». Mohammed Ben Abbes correspondrait à un islamiste de marché (8). Cependant, avec un étonnement certain et probablement conseillé par son ami, l’économiste Bernard Maris, on apprend que le nouveau président islamiste français est aussi « influencé par le distributivisme (p. 201) ». Houellebecq définit cette théorie comme « une philosophie économique apparue en Angleterre au début du XXe siècle sous l’impulsion des penseurs Gilbert Keith Chesterton et Hilaire Belloc. Elle se voulait une “ troisième voie ”, s’écartant aussi bien du capitalisme que du communisme – assimilé à un capitalisme d’État. Son idée de base était la suppression de la séparation entre le capital et le travail. La forme normale de l’économie y était l’entreprise familiale; lorsqu’il devenait nécessaire, pour certaines productions, de se réunir dans des entités plus vastes, tout devait être fait pour que les travailleurs soient actionnaires de leur entreprise, et coresponsables de sa gestion (p. 202) ». Or le distributivisme n’est pas qu’anglais; il doit aussi beaucoup à Jacques Duboin (9). Houellebecq le pense. Sortir du paradigme libéral ne sera que bénéfique.

 

La dernière approche procède de la vision géopolitique présidentielle qui entend relancer la « grande politique arabe de la France (p. 158) ». Nullement hostile à l’Union européenne, elle cherche seulement (et ontologiquement) à la réorienter en direction du Sud et du bassin méditerranéen en favorisant l’adhésion du Maroc, de la Turquie, puis des autres États du pourtour. « Son modèle ultime, au fond, c’est l’empereur Auguste; ce n’est pas un modèle médiocre (p. 160). » Ben Abbes estime que « la reconstruction de l’Empire romain était en marche (p. 198) ». Il réaliserait ainsi le vieux dessein des sultans ottomans : prendre Rome après Constantinople !

 

Par delà les tempêtes médiatiques, Soumission est un roman riche en sens. Michel Houellebecq conçoit avec sérénité l’islamisation de la société hexagonale. Pour lui, « c’est un processus spirituel, un changement de paradigme, un retour du religieux. Donc, je ne crois pas à cette thèse du “ Grand Remplacement ”. Ce n’est pas la composition sociale de la population qui est en question, c’est son système de valeurs et de croyances (10) ». Il observe qu’« un courant d’idée né avec le protestantisme, qui a connu son apogée au siècle des Lumières, et produit la Révolution, est en train de mourir. Tout cela n’aura été qu’une parenthèse dans l’histoire humaine. Aujourd’hui l’athéisme est mort, la laïcité est morte, la République est morte (11) ». Mieux, Houellebecq pense qu’« un compromis est possible entre le catholicisme renaissant et l’islam. Mais pour cela il faut que quelque chose casse. Ce sera la République (12) ».

 

Dans l’interrègne en cours fleurissent des valeurs concurrentes. C’est stimulant à la condition expresse que les Européens conscients de cette transition redécouvrent les plus vieilles racines de leur mémoire et retrouvent l’horizon réenchanteur du tragique.

 

Georges Feltin-Tracol

 

Notes

 

1 : Michel Houellebecq, « La République est morte », entretien dans L’Obs, le 8 janvier 2015.

 

2 : Décision de la 17e chambre correctionnelle de Paris du 19 mars 2015.

 

3 : Bernard Maris, Houellebecq économiste, Flammarion, 2014, p. 23.

 

4 : Idem, p. 49.

 

5 : Michel Houellebecq, Les Particules élémentaires, Flammarion, 1998.

 

6 : Bernard Maris, op. cit., p. 49.

 

7 : Bernard Maris, « Dernier rempart contre le libéralisme », dans Le Sens du combat, Flammarion, 1996, p. 52.

 

8 : cf. Patrick Haenni, L’islam de marché. L’autre révolution conservatrice, Le Seuil, coll. « La République des idées », 2005.

 

9 : cf. Jean-Paul Lambert (sous la direction de), Le socialisme distributiste. Jacques Duboin 1878 – 1976, L’Harmattan, 1998.

 

10 : Michel Houellebecq, « La République est morte », art. cit.

 

11 : Idem.

 

12 : Id.

 

• Michel Houellebecq, Soumission, Flammarion, 2015, 300 p., 21 €.

 

Article printed from Europe Maxima: http://www.europemaxima.com

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samedi, 30 mai 2015

The Enduring Reputation of Louis-Ferdinand Céline

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The Enduring Reputation of Louis-Ferdinand Céline

“The white people invented the atom bomb, and a little later they disappeared.”
—Louis-Ferdinand Céline, Rigodon

May 27th is the 121st birthday of French writer Louis-Ferdinand Céline (real name: Louis-Ferdinand Destouches)—avant-garde novelist, propagandist, dissident, and physician. In America Céline is mainly known for his first two dark, expressionistic novels, first published in the 1930s, and immediately recognizable in the iconic black-and-white New Directions paperback editions first issued in the 1950s and 60s.

It was lucky, perhaps inevitable, for New Directions publisher James Laughlin to grab the rights to those edgy novels and put them out under the noses of a generation or two of college students and literary hipsters. Because who were Céline’s biggest fans and proponents in 1950s? Why, the Beats of course, mainly W. S. Burroughs, Allen Ginsberg, and Jack Kerouac.[1] Their endorsement went a long way to taking the curse off Céline, positioning him as a transgressive, nihilistic proto-hipster, rather than one more half-cracked Nazi collaborator.

Because that’s the other thing about Céline, his other claim to fame. In the late 1930s he cranked out three heavy tomes of vituperation against contemporary culture and politics (beginning in 1937 with his notorious Bagatelles pour un massacre[2]), all of them denouncing Jewish power and influence. Come the Occupation, 1940-44, Céline moved in pro-Nazi, anti-Bolshevist literary circles, even though neither the Germans nor the French collabos had any use for him as a propagandist. He was too eccentric, vulgar, obscene. Nevertheless he and his wife were forcibly evacuated to Germany at “Liberation” in August 1944, and eventually found their way to Denmark where Céline was convicted in absentia on some vague charge (indignité nationale), though he was later granted amnesty in 1951.

Céline’s reputation in modern France is most peculiar. He has never ceased to be widely popular. His turgid late-30s political “pamphlets” aren’t officially in print or on the stands at the librairie, but most of his other work is readily available, in many editions. The French intelligentsia in particular regard Céline as a national treasure, a rock-star literary titan of the 20th century.

But you can’t just come out and say you like Céline. You have to hedge, apologize, denounce with faint praise. This is true even if you’re Jewish; even if you’re Nicholas Sarkozy. A few years ago, when the French government added Céline’s name to the roster of an upcoming national cultural celebration, critics and politicians went through a ritual of forelock-tugging as they defensively praised Céline as one of their favorite writers. [3] Shrugged President Sarkozy: “You can love Céline without being an antisemite, just as you can love Proust without being a homosexual!”[4]

* * *

I first read Céline forty-one years ago. (June 1973 . . . Watergate . . . Gemstone Stationery.) It was hot and muggy. I was on a bench at the end of the Christopher Street pier in Greenwich Village, and I was avoiding some work I should have been doing. I was in my teens but I knew these old people from the Beat crowd, and they had been talking about what an incendiary, verboten, pro-Nazi, anti-Semitic scamp this Céline person was supposed to be. Reading Céline—or having read Céline—seemed to be the mark of a sophisticate. So I sat there reading Journey to the End of the Night and Death on the Installment Plan over a couple of weeks (they were always prominently on display at Wilentz’s 8th Street Bookshop[5] ), plowing through them doggedly and wondering what the hell was so controversial about them.

Both novels are blackly comedic and semi-autobiographical. Journey to the End of the Night (Fr.: Voyage au bout de la nuit) is mainly a long picaresque tale that goes from Paris at the start of the Great War, to the Western Front, then to African jungles, then—weirdly, disjointedly—to an automobile plant in Detroit, and finally back to Paris again. The second book, Death on the Installment Plan (Fr.: Mort à crédit) is a series of sense-impressions from their author’s experiences working in a public medical clinic, with long hellish flashbacks to childhood and family life.

louis-ferdinand-celine-1932-voyage-au-bout-de-la-nuit.jpgWhat sticks in memory from both books after lo! these many years, with scarcely a return dip in the meantime, is a miasma of filth, poor sanitation—in the trenches, in the slums, everywhere. (Curiously, Céline’s first book, his doctoral thesis in fact, was a biography of Ignaz Semmelweis[6], the father of obstetric antisepsis.) The obsessive disgust is very similar to the first part of Orwell’s Down and Out in Paris and London, which was written about the same time, so one author is unlikely to have influenced the other. Orwell was aware of Céline in the 1930s, since he mentions him in his essay on Henry Miller; but only just barely.

Far less popular in the English-speaking world are Céline’s last trilogy of “novels”: D’un chateau l’autre [2] (Eng.: Castle to Castle), Nord, and Rigadon. English translations of the last two exist, but are hard to find. This trilogy is much more pure memoir than the first two books, and arguably a bit more . . . accessible . . . once you get past the . . . self-indulgent, annoying, three-dot declamatory style . . . that Céline had become addicted to.

The three books describe the adventures of the narrator and his wife after they flee Paris in August 1944. At first their German keepers move them to the Berlin region, then they are transferred for several months to the famous castle of Sigmaringen, north of Lake Constance, where the government-in-exile of Vichy France are also being housed. Céline, acting as house physician, encounters the major players (Marshall Petain, Pierre Laval, etc.) up close, and draws some pathetic portraits of them as they veer from fear to fleeting hope to despair. Finally, the doctor and his wife leave the castle and follow a convoluted itinerary till they wind up in a hotel in Copenhagen where all seems matter-of-fact, bizarrely unaffected by the last five years of war.[7]

The trilogy falls into that very small genre of literature that one might call the Reich-Apocalypse Escape Memoir. As I say, it’s a small genre, but one other entry that resembles Céline’s in level of detail is Christian de la Mazière’s The Captive Dreamer (1974; Fr.: Le reveur casqué). La Mazière was a French nobleman who joined up with the Waffen SS, Charlemagne Division, in the final months of the war and was eventually taken prisoner by Polish partisans. He speaks about his experiences near the end of the documentary The Sorrow and the Pity (1969), in an interview that takes place in Sigmaringen castle itself. What doesn’t appear on screen is the comic episode of how he just barely crossed paths with Céline.

In his memoir, La Mazière relates how he and another newly commissioned officer decide to take a day trip to the castle. It is February 1945, they have just completed Waffen SS training, and will soon be shipped out to the Eastern Front. They take a train to Sigmaringen, imagining that they’ll present themselves for the approval of Petain and Leval. They climb the hill to the castle . . . but no luck. The guards tell them the Maréchal and Minister aren’t taking social calls. On their way down from the castle they spot Céline and his wife in the street, walking with fellow collabo Lucien Rebatet. La Mazière wants to stop and chat with them, but his companion won’t be detained; he’s too spooked by the whole place. And so they hurry on to lunch.[8]

Notes

1. http://realitystudio.org/scholarship/henry-miller-and-william-burroughs-an-overview/ [3]http://ginsbergblog.blogspot.com/2014/05/louis-ferdinand-celine-1894-1961.html [4]

2. https://archive.org/stream/BagatellesPourUnMassacre/bagat_djvu.txt [5]

3. Guardian Books Blog, 31 Jan 2011: http://www.theguardian.com/books/booksblog/2011/jan/31/celine-great-author [6] 

4. L’Express, 21 Jan 2011: http://www.lexpress.fr/culture/livre/quand-sarkozy-celebrait-celine_954362.html [7]

5. http://art-nerd.com/newyork/west-8th-street/ [8]

6. http://www.lepetitcelinien.com/2012/09/louis-ferdinand-celine-semmelweiss.html [9]

7. Merlin Thomas, Louis-Ferdinand Céline. (New Directions Publishing, 1980.)

8. Christian de la Mazière, The Captive Dreamer (1974); Henry Rousso, Petain et la fin de la colaboration: Sigmaringen, 1944-1945. (Bruxelles: Editions Complexe, 1984.)

Article printed from Counter-Currents Publishing: http://www.counter-currents.com

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[2] D’un chateau l’autre: http://www.pdfarchive.info/pdf/C/Ce/Celine_-_D_un_chateau_l_autre.pdf

[3] http://realitystudio.org/scholarship/henry-miller-and-william-burroughs-an-overview/: http://realitystudio.org/scholarship/henry-miller-and-william-burroughs-an-overview/

[4] http://ginsbergblog.blogspot.com/2014/05/louis-ferdinand-celine-1894-1961.html: http://ginsbergblog.blogspot.com/2014/05/louis-ferdinand-celine-1894-1961.html

[5] https://archive.org/stream/BagatellesPourUnMassacre/bagat_djvu.txt: https://archive.org/stream/BagatellesPourUnMassacre/bagat_djvu.txt

[6] http://www.theguardian.com/books/booksblog/2011/jan/31/celine-great-author: http://www.theguardian.com/books/booksblog/2011/jan/31/celine-great-author

[7] http://www.lexpress.fr/culture/livre/quand-sarkozy-celebrait-celine_954362.html: http://www.lexpress.fr/culture/livre/quand-sarkozy-celebrait-celine_954362.html

[8] http://art-nerd.com/newyork/west-8th-street/: http://art-nerd.com/newyork/west-8th-street/

[9] http://www.lepetitcelinien.com/2012/09/louis-ferdinand-celine-semmelweiss.html: http://www.lepetitcelinien.com/2012/09/louis-ferdinand-celine-semmelweiss.html

 

lundi, 25 mai 2015

Drieu La Rochelle, legittimo suicidio di un vero ribelle

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Drieu La Rochelle, legittimo suicidio di un vero ribelle

Pronunci il nome e sai di toccare un nervo scoperto. Pierre Drieu la Rochelle; suona così bene, peccato che un certo riduzionismo lo abbia liquidato con un epitaffio: il fascista morto suicida.  Così l’élite italiana ha consegnato al ghetto degli impresentabili uno dei più talentuosi scrittori francesi della prima metà del Novecento. Per fortuna in Francia è andata altrimenti: a Parigi si usa prima considerare il valore di uno scrittore, poi l’appartenenza politica e non viceversa.  Perciò a Drieu anziché l’oblio è toccata la gloria.

Alle prefiche dell’italico e dominante culto unico ex comunista, sempre in cerca di malpensanti da fustigare e di eroi liberal da santificare, ree di aver consegnato la gran parte dei libri di Drieu ai piccoli editori, si consiglia di sbirciare il catalogo di Gallimard. Ci sono le opere complete nella Bibliothèque de la Pléiade, mai comparse nella versione italiana Einaudi-Gallimard, e poi romanzi, racconti, poesie, saggi. Insomma, neanche una virgola della produzione dello scomodo normanno è stata trascurata. Nel 1963 il regista Louis Malle lo consegna all’olimpo degli immortali girando il magistrale Le feu follet, tratto dal capolavoro di Drieu, in Italia disponibile – almeno questo – presso un editore di grande diffusione come Mondadori con il titolo Fuoco Fatuo.

Drieu.jpgDi recente è uscita una sua biografia a firma di Antonio Serena, Drieu aristocratico e giacobino, per i tipi della Settimo Sigillo, nota casa editrice di estrema destra. Tuttavia è doveroso strappare questo cattivo maestro alle opposte tifoserie politiche per consegnarlo al posto che merita. Pierre Drieu la Rochelle, nato nel 1893 a Parigi in una famiglia piccolo borghese e nazionalista di antica fede napoleonica, è uno dei figli migliori della generazione perduta. E’ vissuto tra le due guerre: è stato ferito nella prima e si è tolto la vita sul finire della seconda, per l’esattezza il 15 marzo 1945, dopo aver ingerito una dose letale di Fenobarbital. Tutto ciò che lo riguarda, come letterato e come uomo, è accaduto durante quella pace “fatua” andata in scena a Parigi tra le due guerre. Amico di Louis Aragon e André Malraux, dei dadaisti e dei surrealisti, dandy delle serate alla moda, marito fallimentare, amante di donne piacenti e ricche, Drieu in fondo è passato nel secolo breve senza legarsi ad alcuno, fedele alla sua spietata coerenza.

Coerenza nello stile, innanzitutto. Nei suoi romanzi – tra i più importanti si ricordino Gilles, Cani di paglia, Le memorie di Dirk Raspe e il già menzionato capolavoro, Fuoco fatuo – non si sa bene se per indole o per scelta, Drieu non sperimenta. Niente a che vedere con un altro cattivo maestro, Céline: il francese è per lui una bandiera di continuità con la storia e con il passato della patria adorata, servita stando dalla parte sbagliata perché in fondo quella giusta non c’è. Periodare breve e schietto, punteggiatura immacolata, idioma pulito, intelligibile.

Non avrebbe potuto essere altrimenti. Sodale delle avanguardie nelle scorribande notturne questo biondo alto, elegante e attraente, aveva scelto di vivere e di morire per il suo paese e per l’Europa intera. Credeva che soltanto il nazi-fascismo avrebbe potuto arginare la mentalità americana in cui, veggente involontario, vedeva profilarsi l’imperialismo e la fine della civiltà del vecchio continente. Quindi, dove rifugiarsi? In un meditato nichilismo, in un anarchismo individualista che lo pone all’avanguardia – lui, che era conservatore – nella letteratura e nel pensiero a livello internazionale.

Spietatamente moderno dunque. In la Rochelle si realizza l’identità tra arte e vita. L’esistenza di Drieu si spiega nei suoi libri. Basta leggere Stato civile e Racconto segreto per capirlo. Scritti il primo nel 1921, il secondo tra il ’44 e il ‘45, sono diari in cui traspare quella che è comunemente ritenuta la sua ossessione per il suicidio. Non è da escludersi che la Rochelle risulti scomodo quanto un tizzone ardente tra le mani più per questa volontà, apparsa già nell’infanzia e poi ponderata con filosofica intelligenza nel corso degli anni, che non per il collaborazionismo. Sarebbe facile dire che si è ucciso per sfuggire a un processo sommario ormai inevitabile dopo lo sbarco in Normandia. Lo sarebbe, se lui non avesse messo nero su bianco le sue intenzioni e il suo paese non avesse avuto il merito di continuare a ristamparle.

drieuVT_Journal-1939-1945_8664.jpegL’opera di Drieu è una scomoda riflessione sul togliersi la vita. E tutto ciò con il senno di poi sembra rispecchiare la crisi autolesionistica che attraversa l’Occidente. Il bello è che lui credeva nell’immortalità dell’anima, anche se in senso più induista che cristiano. Accanto al suo cadavere fu trovata una copia delle Upanishad. Drieu aveva cercato, affacciandosi alla filosofia, al cristianesimo, infine alle tradizioni dell’estremo oriente, senza trovare una via d’uscita. La sua letteratura dice questa ricerca. Dalle Memorie di Dirk Raspe, in cui racconta Vincent Van Gogh, grande suicida, a Fuoco Fatuo, in cui la morte dello scrittore surrealista Jacques Rigaut, suo sodale, è il presupposto per scrivere di getto i pensieri di un uomo incapace di appartenere alla realtà e di amare perché “non può toccare niente” e soltanto la pistola è finalmente reale, un oggetto solido attraverso cui realizzare finalmente qualcosa di tangibile. Ed eccolo, terribile e crudele, l’unico atto possibile per chi non ha più ideali né dei. Stiano zitti i medici, semmai a chi vuole leggere Drieu consiglino di tenere a portata di mano un flacone di antidepressivi, ma per carità non lo si liquidi con l’etichetta del depresso.

Drieu era lucido. Aveva deciso da giovane di andarsene prima di invecchiare, con pagana deferenza per la sua bellezza e un narcisismo a dir poco attuali. In Racconto segreto cerca di dimostrare la validità delle sue intenzioni muovendosi tra Baudelaire, “il poeta della meditazione”, e Dostoevskij, nel dilemma di “cristiano o suicida, credente o ateo”, dicendosi felice di aver evitato di togliere il disturbo nella “frittata collettiva” della trincea per scegliere infine una morte aristocratica, filosofica, come onorevole via d’uscita da un mondo che a suo avviso non gli apparteneva. Con un salto all’indietro e neanche troppa fantasia, bisogna ammettere che se proprio gli si deve affibbiare un’etichetta può andar bene quella dello stoicismo. Se la mia patria e le idee di cui sono figlio sono destinate all’oblio, è inutile aggrapparsi alla vita: è ridicolo sopravvivere a se stessi. Drieu muore un po’ come Seneca e Catone, con distacco e dopo una ferma e meditata scelta. Un atto di estrema e violenta libertà, inquietante, scomodo, deprecabile, ma in cui dimostra ancora una volta una spietata coerenza: la patria e le idee sono perdute, tuttavia la vita è mia e ne dispongo come meglio credo. Certo il suo alter ego, Alain-Jacques Rigaut, in Fuoco fatuo si rifugia nella droga e nell’alcol, quindi è un debole. Ma in fondo va bene anche questo. La sobrietà non è contemplata nell’arte della decadenza. Perché gli antieroi di Drieu sono attuali almeno quanto quelli narrati dai suoi stanchi epigoni involontari. Tutta gente che si metterebbe le mani nei capelli, se fosse consapevole di scimmiottare un uomo vissuto molto tempo fa: un fascista morto suicida.

samedi, 23 mai 2015

‘Soumission’, en het handige formaat van de ‘politieke roman’

‘Soumission’, en het handige formaat van de ‘politieke roman’

Zopas verscheen de Nederlandse vertaling van ‘Soumission’, de jongste roman van Michel Houellebecq, waarin de auteur een beeld schetst van Frankrijk anno 2022. Het land heeft dan een moslimpresident en de sharia is van kracht. Maar de intellectuelen passen zich (zoals altijd) aan, bekeren zich, en al bij al wordt Frankrijk terug een natie om fier op te zijn, zij het zonder vrijemeningsuiting en zonder minirokjes.

De roman als beeldspraak en passe-partout

Ik heb deze roman een paar maanden geleden in het Frans gelezen. Mijn commentaar: krachtig geschreven, meesterlijk verteld, subtiele satire. Effectief hekelt Houellebecq als cultuurcriticus de laksheid van links en de intellectuele elites, noemde al in 2002 de islam ‘de stomste religie’ en de Koran ‘een slecht geschreven boek’.  Dat is duidelijk. De vraag is alleen, of een roman –per definitie literaire fictie dus-, de geschikte vorm is om een maatschappelijk probleem aan te kaarten, of een politiek statement te maken. In VRT-Terzake van 18 mei gaf de schrijver aan reporter Karine Claassen een kort interview weg, duidelijk tegen zijn zin, en beperkt tot wat vrijblijvende of nietszeggende small talk. Zoals bekend haat de misantroop Houellebecq het mediagedoe, contact met het publiek en de verplichtingen die hij daarbij als schrijver heeft.

Maar de vaagheid heeft nog een andere reden: de schrijver wil alle ruimte geven aan vrije interpretatie. Dat is zelfs commercieel verantwoord en creëert een brede markt. Extreem-rechts kan er een bevestiging in zien van wat het al decennia verkondigt, links kan al dan niet meegaan in de zelfkritiek, en de rest moet het boek maar gewoon lezen en zich verkneukelen. Misschien vinden zelfs de slimmere moslims het een goed boek, want al-bij-al wordt Frankrijk in de optiek van Michel Houellebecq onder de sharia een veilig land zonder criminaliteit en zonder werkloosheid.

Anders gezegd: een roman is een verhaal, en een verhaal is in onze Westerse cultuur een passe-partout, een sleutel die op vele deuren past. Dat geldt zelfs voor krachtige distopieën zoals 1984 van George Orwell, verschenen in 1949: het zijn en blijven literaire constructies die ‘met een korreltje zout moeten genomen worden’. Dat is in wezen een decadente evolutie. Er heeft zich een vrijheid van de schrijver ontwikkeld, maar ook die van de lezer om tussen de regels te lezen. Zo zijn zelfs christenen de bijbel gaan bestuderen: als ‘beeldspraak’ waar men zijn eigen interpretatie kan aan geven. Natuurlijk is de wereld niet in zeven dagen geschapen, je moet dat eerder zien als een parabel, een allegorie, waar schriftgeleerden en alle gelovigen zich hun hele leven lang mee kunnen bezig houden. De exegese dus: wat werd er nu eigenlijk bedoeld? Zelfs de bijbel is een roman geworden, met alle voor- en nadelen van dien.

Bartholomeusnacht

Dat is de reden waarom Michel Houellebecq geen essays schrijft: een essay zegt gewoon waar het op staat, en tracht zo min mogelijk misverstanden te creëren. Met alle respect, als er een boodschap in ‘Soumission’ verpakt zit, zou je die op één A4-tje kunnen neerschrijven. Maar zo werkt de literaire industrie natuurlijk niet. Boeken moeten dik zijn, van een mooi kaft voorzien, en meerduidig, zodat recensenten er lange bijdragen over kunnen pennen, wat de publicitaire amplitude nog vergroot, maar ook de postmoderne verwarring en het intellectuele imbroglio.

De eerlijkheid gebiedt ons om te zeggen dat dit boek ook, elf jaar na de moord op Theo Van Gogh (van wiens film ‘Submission’ de titel toch wel een beetje gepikt is), rijkelijk laat komt als waarschuwing tegen de Arabisering van Europa. Het Front National, Wilders, en jawel, ook het Vlaams Blok/Belang, verkondigen die these al sinds de jaren ’90. Verbaal niet zo briljant, maar dus ook zonder dubbelzinnigheid, romanteske verdichting, of iets tussen de regels. In die zin lijkt me het opstel ‘Le Suicide français’ (2014) van Eric Zemmour over hetzelfde onderwerp veel krachtiger en minder omzwachteld. Dat is, of men het er nu mee eens is of niet, in deze tijd een verdienste.

houellebecqallemagne.jpg

Een roman daarover in 2015 lijkt dan toch wel wat op een flauw doorslagje van die extreem-rechtse doctrine die al meer dan twintig jaar, en onder veel politiek-correcte censuur, haar weg zoekt. Of bedoelt de schrijver toch iets anders? Geen antwoord, Michel kijkt verveeld weg en steekt broebelend de zoveelste sigaret op. Waarom kan ik me niet van de indruk ontdoen dat de nonconformist en cynicus Houellebecq ook wel een opportunist is en een spelletje met ons speelt, één oog op de rinkelende kassa gericht?

Flou artistique alom dus: het is een literaire pose, een commerciële strategie, en misschien ook wel een vorm van sluwheid, een slag om de arm voor de schrijver zelf, die in 2022, het jaar van de voorspelde verkiezing van een moslimpresident in Frankrijk, nog moet kunnen uitleggen dat hij het zo allemaal niet bedoelde. ‘Soumission’ is een flirt met het rechtse gedachtegoed, maar ook niets meer. De literaire vedette Michel Houellebecq, van wie we nu al weten dat hij tijdens een van zijn veelvuldige bordeelbezoeken door een Arabische prostituee zal vermoord worden, ontkent trouwens bewust alle associaties met politiek rechts in Frankrijk, speciaal dan het FN, kwestie van zijn publiek niet te brusqueren.

Afin, terwijl wij ons het hoofd pijnigen over de vraag wat meester Houellebecq nu precies heeft willen zeggen, interpreteert uitgerekend die religie, waar zijn boek over gaat, haar eigen boek zeer letterlijk. Hier geen interpretatie of veelzinnigheid: het is wat het is, ongelovigen zijn varkens en mogen gedood worden. Punt.

De Koran is dan ook geen roman maar een reeks nauwlettend te volgen voorschriften. Dat is nog de grootste clash, die niemand bemerkt: de polemische, polyvalente lectuur van de Westerse roman versus de letterlijkheid van het religieuze handboek. Waarin eigenlijk dingen staan die ons moeten verbijsteren, veel meer dan enige symbolistisch omwikkelde bellettrie.

Naar mijn gevoel is de plot van ‘Soumission’ dan ook nog braaf en flou. Zo’n propere machtsoverdracht, vergeet het. Er zullen koppen rollen, en veel. Een reeks Bartholomeusnachten (naam voor de massale moordpartij op protestanten te Parijs in 1572), om in de Franse geschiedschrijving te blijven. Dat is mijn mening, waarvan de urgentie niet toelaat om daar 300 bladzijden schoonschrift aan te besteden, gesteld dat ik daar het talent voor zou hebben.

‘Soumission’ is nu al een hebbeding en prijkt mooi in de boekenkast. Iets te mooi misschien.

dimanche, 17 mai 2015

Le Siècle des Charognes de Léon Bloy

Le Siècle des Charognes de Léon Bloy

par Juan Asensio

Ex: http://www.juanasensio.com

À propos de Léon Bloy, Le Siècle des Charognes (dessins de Felix de Recondo, Éditions Fata Morgana, 2015).
 
bloy4640.jpgC'est à la date du 9 janvier 1900 que Léon Bloy recopie dans son Journal Le Siècle des Charognes, paru le 4 février de la même année dans le cinquième, et dernier, numéro de Par le scandale. Le texte est dédié à «quelqu'un» sur lequel Bloy ne souffle mot, puisqu'il a dû cesser à cette date d'être l'ami du mendiant ingrat, en fait un certain Édouard Bernaert, poète belge qui fut ami de Léon Bloy, et créateur de l'éphémère revue en question.

L'absence de tout apparat critique, dans l'édition de ce court texte donnée par Fata Morgana, en accroît la puissance, que ne semblent même pas atténuer les dessins vagues de Felix de Recondo. N'est pas Goya qui veut, ni même Daumier, et je ne comprends pas franchement quel rapport les éditeurs ont souhaité établir entre ces visions de créatures molles et invaginées avec la précision toute létale des traits que décoche l'écrivain sur le grand et puant cadavre des catholiques, progressistes ou pas.

Imaginons un instant, de nos jours, un auteur qui, comme Léon Bloy, oserait écrire, serait assez fou pour écrire, à la cinquantaine passée, un tel texte, et le soumettrait par exemple aux imbéciles confits de La Croix ou de tout autre rinçure catholique poussant, comme des champignons consacrés, sur les étals d'une quelconque Procure, et qui n'aurait pas peur, pauvre belluaire inconscient, d'être immédiatement attaqué pour injure ou diffamation par une bonne cinquantaine de ligues vertueuses ! Pourrait-il écrire ces mots ? : «Je n'ai jamais cessé de l'écrire depuis vingt ans. Jamais il n'y eut rien d'aussi odieux, d'aussi complètement exécrable que le monde catholique contemporain – au moins en France et en Belgique – et je renonce à me demander ce qui pourrait plus sûrement appeler le Feu du Ciel» (p. 16) et plus loin, histoire d'enfoncer le clou sur la Croix d'un Christ qui est tout de même mort pour racheter les imbéciles (y compris, et c'est absolument prodigieux, les imbéciles de La Croix) : «le spectacle des catholiques modernes est une tentation au-dessus de nos forces» (p. 17).

bloy1.jpgComme il serait réjouissant, tout de même, qu'un moderne contempteur de baudruches pieuses, crevant de honte à l'idée que, lui-même catholique et pourtant «forcé d'obéir au même pasteur» (p. 18) que les ouailles dégoulinantes de mansuétude, devrait bien finir par reconnaître que les catholiques français, ces cochons, sont bel et bien ses frères ou, du moins, précise immédiatement Léon Bloy, ses «cousins germains» (p. 17), comme il serait drôle et intéressant qu'un tel butor évangélique ose affirmer que les ouvrages publicitaires de Fabrice Hadjadj ne sont rien de plus qu'une amélioration toute superficielle du catéchisme délavé qu'il a pieusement écouté (d'une seule oreille) lorsqu'il était petit, ou bien que Jacques de Guillebon, lorsqu'il mourra (je prierai pour son âme c'est sûr) et se présentera devant son Créateur, n'aura rien de plus à Lui montrer qu'une poignée de de pelures de navets et de poudre de courge, tout ce qui restera en fait de ce qu'il a osé publier, des livres paraît-il et qui me semblent, à moi, ne pas même constituer un fumier utile, digne de faire prospérer des plantes plus vivaces et nobles que ses rangées de tiges dolentes et blettes avant même de sortir de terre et qui, une fois sorties de terre, sont aussi féroces qu'un pissenlit porté au revers d'une veste de mariage.
La moquerie est facile me direz-vous. Oui, évidemment, et, par politesse, m'en tenant aux deux seuls cas d'Hadjadj et de Guillebon (son clone Falk van Gaver semble s'être perdu, quelque part entre Katmandou et Kirtipur), je n'ai même pas évoqué les très hautes pensées que Solange Bied-Charreton, comme une portée de coucous grimaçants et piailleurs, s'avise de déposer dans de petits nids journalistiques, où elle finira bien par se faire une place digne de celle de l'hystérique patronne de Causeur : cette jeune femme, pseudo rebelle à plein temps comme d'autres sont entrées au couvent, ne craint pas de donner son avis sur tout, la calotte papale et la pénétration annale, sans compter, sujet infiniment plus profond, les livres de Jérôme Leroy, un sujet de méditation tellement complexe qu'il n'est réservé, dit-on, qu'à quelques athlètes de l'intelligence et pucelles charismatiques, visitées uniquement par les plus hautes visions extatiques.

Oui, la moquerie est facile bien sûr, et il est évident que seuls les mauvais lecteurs, et Marc-Édouard Nabe qui se prend pour son ultime héritier, estiment que Léon Bloy est avant tout intéressant pour la truculence de son extraordinaire méchanceté. Pauvre homme tout de même, obsédé jusqu'à la folie par son talent de lilliputien et son nombril de la taille d'un univers. Les plus hautes railleries, les plus féroces méchancetés, chez Léon Bloy, ne sont intéressantes que parce qu'elles constituent le langage, en quelque sorte codé ou plutôt inversé, par lequel des vérités surnaturelles s'expriment, sont vues en somme comme au travers d'un miroir, obscurément. Pauvre Nabe, oui, sous-Bloy plus méchant que talentueux, plus disert que doué, plus clown qu'inspiré, qui n'a toujours pas compris de quelle formidable façon celui dont il ose se réclamer eût vomi son esthétisme pornographique qui, au mieux, nous arrache un sourire entre 12 et 14 ans, le seul âge où lire cet auteur prolifique peut avoir un quelconque intérêt autre que celui d'exacerber un disgracieux acné.

De fait, ce tout petit article de Léon Bloy, que nous pourrions croire n'être qu'une de ses innombrables charges contre les catholiques, est avant tout un texte sur l'Argent, qui mentionne même le titre d'un livre (L'Argent, justement) qui ne fut jamais écrit sous cette forme par Léon Bloy, qui sans doute préféra le diffracter dans presque chacun de ses livres, et peut-être même dans chacune des lignes qu'il écrivit.

Les charognes, en effet, ce sont les catholiques, le siècle qu'elles contaminent est le XIXe, même si les «putréfiés du XIXe siècle» risquent d'asphyxier, derrière elles, le XXe, si «le Feu n'intervient pas» (p. 11, châtiment invoqué encore à la page 16), et la substance qui permet aux charognes de prospérer est le vivant par excellence aux yeux de Léon Bloy, c'est-à-dire le Pauvre. Les catholiques s'engraissent et prospèrent parce qu'ils dévorent le Pauvre, quel prélat ne verrait là, dans une telle énormité, un blasphème adressé à la sainte Trinité et, bien sûr, à l’Église ? Outrecuidances d'un fou, dira-t-on.

Il est étonnant qu'en aussi peu de pages Léon Bloy se confronte à l'habituelle indigence du langage, qu'il regrette faussement (1), lui, l'admirable manieur d'hyperboles et d'énormités coruscantes (mais aussi le prodigieux écrivain, inventeur d'images émouvantes de simplicité (2)), et il est tout aussi étonnant, du moins superficiellement, qu'il adopte la posture qui lui sied le mieux, celle de l'herméneute fulgurant qui s'interroge par exemple de la manière suivante, faussement détachée : «À ce propos, et pour le dire en passant, quand donc viendra l'herméneute, l'explicateur comme il ne s'en est jamais vu, par qui nous saurons enfin que le Cantique des cantiques est simplement un récit préalable de la Passion, antérieur d'une trentaine de générations aux quatre Évangiles ?» (pp. 16-7). Nous retrouvons par ailleurs la figure du fils prodigue (cf. p. 18) que l'écrivain évoquera dans Le Salut par les Juifs ou les Propos digestifs des Histoires désobligeantes, et une autre des thématiques les plus paradoxales de Bloy, la réversibilité : «Mais lorsque, songeant à la réversibilité des douleurs, on se rappelle, par exemple, qu'il est nécessaire qu'un petit enfant soit torturé par la faim, dans une chambre glacée, pour qu'une chrétienne ravissante ne soit pas privée du délice d'un repas exquis devant un bon feu; oh ! alors, que c'est long d'attendre ! et que je comprends la justice des désespérés !» (pp. 24-5, l'auteur souligne).

N'oublions pas, bien évidemment, le thème principal de ce petit texte, la défense du Pauvre, comme je l'ai dit, la charogne, le catholique contemporain étant l'ennemi surnaturel de celui qu'il chasse (cf. p. 25), ennemi qui est une "brute inexorable qu'on est forcé d'arrêter avec une faux ou un paquet de mitraille dans le ventre» (p. 28).

Léon Bloy, avant de conclure, décoche sa dernière flèche herméneutique, et opère, comme à l'accoutumée, l'une de ces transsubstantiations métaphoriques qui font l'intérêt de sa pensée et de son écriture : «Le Verbe de Dieu est venu dans une étable, en haine du Monde, les enfants le savent, et tous les sophismes des démons ne changeront rien à ce mystère que la joie du riche a pour SUBSTANCE la Douleur du pauvre» (p. 29, l'auteur souligne).

Et voici comment, en quelques lignes seulement d'un texte de Léon Bloy après tout assez banal, nous avons dépassé les fadaises pieuses pieusement débitées par nos indigents scribouilleurs plus haut mentionnés. Et voici pour quelle raison Léon Bloy sera toujours l'auteur détesté par les prudents et les imbéciles, que sa prose a par avance cloués sur la planche de liège que l'on réserve au classement des différentes variétés d'insectes et d'animalcules.

Notes

(1) «Au surplus, toutes les figures ou combinaisons de similitudes supposées capables de produire le dégoût sont d'une insuffisance plus que dérisoire quand on songe, par exemple, à la littérature catholique !...» (p. 23, l'auteur souligne. Quelques pages plus loin, Léon Bloy se déclare "mécontent de cette espèce de parabole qui suggère mal ce [qu'il] pense et surtout ce [qu'il] sent» (p. 28).
(2) Ainsi parle-t-il des bêtes, «étonnées de la méchanceté des hommes qui ont l'air de vouloir noyer Caïn dans les lacs tranquilles de leurs yeux» (p. 28).

mardi, 12 mai 2015

Solitude du témoin, de Richard Millet

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Solitude du témoin, de Richard Millet

 
Francis Richard
Resp. Ressources humaines
Ex: http://www.lesobservateurs.ch
 

Richard Millet est un écrivain inlassable et inclassable.

Ne serait-ce qu'en 2014, il a publié six livres:

- Sibelius. Les cygnes et le silence, aux Éditions Gallimard

- Sous la nuée, aux Éditions Fata Morgana

- Chrétiens jusqu'à la mort, aux Éditions L'Orient des livres

- Lettres aux Norvégiens sur la littérature et les victimes, aux Éditions Pierre-Guillaume de Roux

- Charlotte Salomon, précédé d'une Lettre à Luc Bondy, aux Éditions Pierre-Guillaume de Roux

- Le corps politique de Gérard Depardieu, aux Éditions Pierre-Guillaume de Roux

rm9782756106366.jpgRichard Millet est classé à l'extrême-droite par ceux qui ne l'ont pas lu et se permettent de le juger. C'est le "vieux mécanisme de la victime émissaire mais chargée des maux d'un ordre qu'elle a dérangé". Il est affublé par d'aucuns de l'étiquette imprécise et fantasmée de nazi ou de fasciste - ce qui n'est pas la même chose: "Quand le directeur d'un hebdomadaire de gauche me traite de néonazi, il faut entendre dans ce vocable, une tentative de meurtre, et avant tout la décomposition du langage journalistique, en France."

Ce classement sans cause, ces étiquettes, qui lui sont collées à la peau pour le détruire, lui ont valu d'être banni de la sphère médiatico-littéraire, de perdre son emploi d'éditeur (chez Gallimard), mais cela ne l'a pas empêché de continuer à écrire, comme on vient de le voir: "Ma position de banni est celle de l'outsider, en fin de compte un rôle comme un autre, à ceci près que je fais chaque jour l'épreuve de ce bannissement dans ma vie quotidienne, avec la nécessité de parler pour ne pas laisser triompher le parti dévot."

Solitude du témoin? Richard Millet s'avance au sein d'une grande solitude. Il ne s'agit pas de la solitude sociale à laquelle l'a contraint son bannissement, mais de "l'isolement qui tient à la position de celui qui voit et qui dit ce qu'il voit: le témoin, personnage insupportable en un temps d'inversion générale où, pour paraphraser une formule célèbre, le vrai est devenu un motif fictionnel du mensonge."

Ce qui le désole, c'est de vivre sous le régime de la fin, d'une fin qui n'en finit pas, parce que la mort est déniée (en tant que catholique, il n'attend pas la mort, mais la fin de la mort). Aussi traque-t-il cette oeuvre de mort: "Le mouvement perpétuel du mourir qu'on tente de nous fourguer sous le nom même de vie, de la même façon que c'est au nom même du vivant qu'on pratique l'avortement, l'eugénisme, l'euthanasie, de quoi témoignent les euphémistiques "interruption de grossesse" et "accompagnement de fin de vie"."

Ce qui le désole, c'est que la fin de l'histoire, "métastase du refus du passé", soit proclamée et voulue par le capitalisme mondialisé - que j'appellerais plutôt capitalisme de connivence avec les États - qui veut substituer aux nations le Marché - que j'appellerais plutôt mondialisme, c'est-à-dire contre-façon éhontée, régulée par les États, du marché des libéraux, où les individus échangent librement entre eux et respectent le principe de non-agression. Cette fin de l'histoire ne serait qu'"un fantasme qui se nourrit de la non-événementialité, c'est-à-dire du vertige d'une fin qui n'en finit pas".

Ce qui le désole, c' est que le Culturel, c'est-à-dire l'alliance du Divertissement et de la Propagande, remplace la culture générale, l'horizontalité la verticalité: "Par son déni de la dimension verticale de la tradition judéo-chrétienne, le Culturel est la conséquence d'Auschwitz, tout comme la vie moderne est, dans son ensemble, Péguy, Bloy, Bernanos, l'ont répété avec force, un refus de toute vie spirituelle, de la dimension surnaturelle de l'histoire."

Il précise: "Déculturation et déchristianisation vont de pair; et les zélotes du parti dévot, les sicaires du Nouvel Ordre Mondial, les thuriféraires du Bien universel sont les héritiers de ceux qui ont rendu possibles le génocide arménien, Auschwitz, le goulag, les Khmers rouges, le Rwanda, et tout ce qui est à venir sur le mode de l'inhumain, de l'amnésie, du reniement de soi que l'incantation démocratique rend acceptables comme abstractions éthiques (l'abstraction comme fatalité de la "masse", redéfinie en concept d'humanité)."

Ce qui le désole, c'est l'avènement de la guerre civile induite par l'idéologie du multiculturalisme (le refus des valeurs du pays d'accueil, manifestation du "vif souci de ne pas s'assimiler, tout en tirant des avantages nationaux", entraîne une coexistence forcée entre personnes de cultures tellement différentes qu'elles ne se mêlent pas et qu'elles sont facteur de guerre civile) et par l'islamisme, allié du capitalisme mondialisé ("la coalition américano-qataro-saoudienne tend à entourer le chiisme d'un cordon sanitaire").

Les premières victimes de cette guerre civile en cours sont les chrétiens d'Orient: "La fin des chrétiens orientaux sera le signe non seulement de notre honte mais aussi la fin de notre civilisation, laquelle est déjà moribonde. Les chrétiens d'Orient meurent silencieusement de ce que nous ne voulons plus être chrétiens."

Ce qui le désole, c'est que l'"oeuvre de mort se joue d'abord sur le terrain du langage". La langue française s'est, semble-t-il, "retournée contre elle-même au point d'inverser ses valeurs fondamentales, sémantiques et syntaxiques" - prélude à sa disparition -, son mouvement naturel d'évolution étant "confisqué par la Propagande, le Spectacle, le babélisme marchand, le sabir: l'absence de phrase comme dimension servile de "l'homme"". Exemple, qui n'est pas anecdotique, de cette mise en oeuvre de mort sur le terrain du langage:

""On s'est couchés": la grammaire contemporaine n'est que l'histoire d'une évacuation, j'allais dire d'une épuration, comme on le voit non seulement pour le subjonctif, le futur simple, les subordonnées, mais aussi pour le nous qui disparaît de l'oral pour s'absenter de l'écrit et imposer le solécisme cité en entrant. On est neutre et de la troisième personne du singulier, et ce pronom ne saurait donc gouverner le pluriel couchés."

Il précise: "Le fantasme d'une langue simplifiée va de pair avec un esprit abaissé ou esclave des maîtres du langage, en l'occurrence les publicitaires qui vont main dans la main avec les politiques, sous l'oeil bienveillant du capitalisme mondialisé dont on ne dira jamais assez qu'il a plus besoin d'un langage que d'une langue."

Tout ce qui désole Richard Millet, et dont il témoigne, fait-il de lui l'être haïssable, classé et étiqueté de méchante manière par les zélotes du parti dévot, comme il les appelle gentiment? J'en doute. Mais, ce dont je suis sûr, c'est que Richard Millet est un écrivain, un véritable écrivain, qui se tient dans la solitude de la langue et à l'écart du courant dominant:

"L'écrivain travaille [...] dans la démonétisation, la déprogrammation, la marge, tout ce que l'on peut résumer sous le nom de forêt." Sa forêt? "Ma forêt, c'est la langue et la singularité que celle-ci déploie dans un monde devenu sourd au grand bruissement forestier de la mémoire ou de l'invisible, du spirituel."

"C'est pour avoir montré le lien entre la fausse monnaie littéraire et le discours multiculturaliste" confie-t-il "que j'ai été détruit socialement, banni, réduit à prendre le chemin de la forêt, ou, plutôt, à me rendre compte moi-même comme sujet radical dans un mouvement où l'objectivation, l'universel sont infiniment menacés par un système qui entend me renvoyer à une forme de solipsisme ou d'enfermement narcissique, alors que je reste tourné vers le dehors, l'immense fraîcheur de l'aurore, avec cette chance qu'est devenue l'inappartenance sociale."

Francis Richard, 3 mai 2015

Solitude du témoin, Richard Millet, 180 pages, Éditions Léo Scheer

Publication commune Lesobservateurs.ch et Le blog de Francis Richard

mardi, 05 mai 2015

Eduardo Nuñez sobre Roberto Brasillach

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Eduardo Nuñez

sobre Roberto Brasillach

Sylvain Tesson fait la promotion de son livre "Berezina"

Sylvain Tesson fait la promotion de son livre "Berezina", aux éditions Guérin.

7 février 2015
Laurent Ruquier avec Léa Salamé & Aymeric Caron
France 2
#ONPC

Toutes les informations sur les invités et leur actualité
http://www.france2.fr/emissions/on-n-...

lundi, 04 mai 2015

Céline médecin et écrivain

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« Céline médecin et écrivain » par Frédéric VITOUX

Académie Nationale de Médecine (2007)

 
Frédéric Vitoux, de l'Académie française, a tenu une discussion sur le thème de Céline médecin et écrivain à l'Académie Nationale de Médecine lors de la journée du livre en septembre 2007, entretien diffusé sur Canal Académie, «magazine francophone des Académies sur Internet». Frédéric Vitoux est l'auteur de nombreux romans et essais, notamment de Louis-Ferdinand Céline, misère et parole (Gallimard, 1973), Bébert, le chat de Louis-Ferdinand Céline (Grasset, 1976), d'une biographie de Céline, La vie de Céline (Grasset, 1988). Il vient de faire paraître chez Fayard Jours inquiets dans l'Île Saint-Louis.
 

Il destino di Céline che abbandonò la vita per la letteratura

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Il destino di Céline che abbandonò la vita per la letteratura

di Stenio Solinas

Fonte: Il Giornale

La biografia firmata da De Roux è una meditazione sulla morte e sullo stile: "Aveva rischiato per tutti quelli che non rischiano niente, lecchini e giustizieri"

Dopo l'uscita di La mort de L.F. Céline , Abel Gance, un nome che da solo incarna il cinema, definì il libro «una delle più grandi pagine della nostra letteratura» e il suo autore, Dominique de Roux, uno di «quegli illuminados » sopravvissuti alla modernità.

«Quando si scava volontariamente il fossato che vi separa dagli altri - si finisce per scavare la propria tomba - ma i geni la superano e se la lasciano alle spalle. Si accorgono allora di non poter tornare indietro perché, come dice Nietzsche, “il precipizio più piccolo è il più difficile da riempire”. La tragedia dei grandi uomini comincia allora, morti o vivi, quando hanno superato la loro tomba».

A quel tempo de Roux aveva appena compiuto i trent'anni, Gance stava per toccare gli ottanta, ma a essere «più vecchio di se stesso» il primo era abituato: gli era successo con Ezra Pound, con Gombrowicz, con Borges, numi tutelari e solitari che si era messo sulle spalle e aveva riportato al centro della scena. A vent'anni aveva già fondato una rivista e scritto il suo primo romanzo, a venticinque una casa editrice da dieci titoli l'anno. La sua era un'esistenza compressa e insieme dilatata, una bulimia di esperienze propria di chi viveva con la morte in tasca: un «soffio al cuore» ereditario senza scampo, a meno di non ritirarsi ai margini, «pensionarsi» nell'illusione così di risparmiarsi. Morì che non ne aveva ancora quarantadue, lasciandosi alle spalle un pugno di libri editi e qualcuno inedito; una serie di reportage sulla guerriglia nell'Africa allora portoghese; un ruolo di consigliere politico di Jonas Savimbi, il capo dell'Unita, il movimento di liberazione antimarxista dell'Angola; un numero incredibile di polemiche giornalistiche e letterarie, prese di posizione, rotture, censure, accuse, maldicenze. «È inutile sforzarsi a invecchiare, ogni riuscita è impossibile, minati come siamo dalle nostre necessità di rottura».

È anche alla luce di questa esistenza di corsa e da corsaro delle idee che quel libro su Céline acquista un valore particolare e ora che per la prima volta è qui da noi tradotto ( La morte di Céline , Lantana editore, pagg. 135, euro 16, traduzione di Valeria Ferretti, a cura di Andrea Lombardi), il lettore italiano capisce di avere di fronte non tanto una biografia o il profilo di uno scrittore, ma una meditazione sulla morte e sullo stile, sul valore e il senso della letteratura, sul ruolo stesso di chi la fa. «L'opera di Céline resta uno degli enigmi esemplari del nostro tempo. È la scrittura a condannare Céline; è anche colei che lo salva». Come nota nella sua introduzione Marc Laudelout, editore del Bulletin célinien , la più incredibile e informata rivista sull'autore del Voyage , «mai in così poche parole il destino tragico di Céline sarà così ben definito».

Proprio perché non è una biografia in senso classico, e proprio perché scritto negli anni in cui il vero e il falso su Céline erano ancora strettamente mischiati, il libro di de Roux conserva qualche cliché céliniano (la trapanazione del cranio mai avvenuta, la copertina dell' Illustré National mai esistita, il lungo viaggio attraverso la Germania in fiamme che in realtà fu breve...) di cui il tempo ha fatto giustizia. Anche la natura dell'antisemitismo di Céline gli sfugge, ponendosi egli sulla scia di quell'interpretazione-metafora di André Gide che ormai non regge più. Non gli sfugge però già allora la natura del suo razzismo, nata sull'ossessione per la decomposizione del mondo moderno, basata sul culto della salute e della bellezza come possibile rinascita.

Di là da ciò, La morte di Céline è, come già accennato, una meditazione sulla scrittura. «La parola letteraria non ha più senso. Scrivere, e ancor più scrivere in francese, sembra essere la proiezione di una certa decadenza, di un totale fallimento di se stessi». Si avanza insomma su «termitai di parole decadute», intorpiditi nell' art and business , dove i critici si auto-proclamano creatori e gli scrittori pensano alla carriera, mai all'opera. «Pubblicano e pubblicano, sono delle pulci, ma non se ne rendono conto. Dandies paurosi come conigli, “vecchi parrucconi” della mia generazione». È l'epoca della colonizzazione dei premi letterari e dell'imperialismo degli editori: «Il prestigio si riduce al vuoto, un folclore di cretini si sostituisce alla crudeltà della poesia; la chitarra la venale vanagloria del disco, e tutte quell'esperienze ridicole, così l'Europa dell'anno I dell'era atomica».

La morte, spirituale prima che fisica di Céline, vuol dire proprio questo, il venir meno di un destino. «Céline attribuiva al poeta il potere di cambiare il mondo! Scrivere pamphlet inauditi fu il suo destino, perché voleva che la sua protesta fosse udita. Passare il limite equivaleva a screditarsi. Abbandonava la vita per la letteratura, pratica opposta a quella di Rimbaud». Isolato nel suo miraggio dell'uomo leggendario, Céline aveva capito che «le masse de-spiritualizzate, spoetizzate sono maledette».

Il fatto è che per de Roux «la carriera dell'uomo di letteratura non richiede né audacia né capacità. Si basa su così tanti stratagemmi infimi, che il primo venuto può arrampicarsi facilmente e ingannare il pubblico, con la complicità della moda del momento». Niente a che vedere, insomma, con uno che «aveva rischiato per tutti i letterati che non rischiano niente, lecchini e giustizieri. Aveva voluto essere il messaggero della totalità. Ma all'ultimo atto della tragedia, la catastrofe si esprime da sé in sentenza di morte. Si voleva che niente restasse di Céline».

Così, il pamphlet che gli dedica è una sorta di chiamata alle armi: «In Francia siamo in territorio nemico. Noi saremo sempre in territorio nemico. Gli scrittori che non vogliono sottomettersi alle parole d'ordine, alla macchina delle critiche ufficiali, che lotteranno contro le leggi e la vile dittatura delle mode, che dimostreranno con la loro opera vivente, con la provocazione delle loro vite - contro i traditori incoscienti e i falsi testimoni di professione, contro le razze degli spiriti prostrati - costoro raggiungeranno le sparse membra di Céline in questo deserto dei Tartari dove egli monta la guardia contro chi non giungerà mai». Da allora è passato mezzo secolo e purtroppo non è cambiato niente.


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lundi, 20 avril 2015

Camus on Ideology vs. Blood

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Camus on Ideology vs. Blood

By Kevin Donoghue

Ex: http://www.counter-currents.com

It is December 10, 1957, and a cold, dark day in Stockholm, Sweden. Inside the hall, however, it is bright and warm, with many of the world’s leading men assembled for the chance to hear directly from the bright young man about to be honored. His voice has rung out as a sign of hope and a challenge to tyrants and dictators, his work acclaimed and already achieving a place of honor in the curricula of the world’s universities. 

The author has just turned 44 years of age, yet he has the ear of the world’s great and good, as well as the ears of many a common man. His life’s work as an author has led to today’s event, the awarding of the Nobel Prize, but he is more than that: a famous newspaper editor, a philosopher, a public intellectual, a dramatist, a playwright, a playboy whose Hollywood good-looks and fame ensure a dizzying succession of women. For a time, he was the voice of the French Resistance inside France itself—indeed, from the very heart of immortal Paris—both during and immediately after the war.

Yet, on this day, many find themselves wondering what this famous man will say. He has been uncommonly quiet for months now, a matter that has incited not a small amount of public comment. The author did rouse himself during the Hungarian Uprising of 1956 and helped rally world opinion in favor of that noble but doomed effort to remove the ancient and Christian nation of Hungary from under Soviet domination. Yet, he has remained silent in the face of a national crisis gripping his own homeland.

In Algeria, French troops are fighting a no-holds-barred war against Muslim forces seeking to evict France and all Frenchmen and Christians. In Paris, all men with an interest in public affairs have staked a position on what would eventually be known as the Algerian War, a matter so dire, so central to French life as to eventually cause not just the downfall of a government but the demise of the Fourth Republic itself.

And, so, the men in Stockholm that day were more than usually interested when the honored man, Albert Camus, took to the podium to give a short lecture. And so he began:

In receiving the distinction with which your free Academy has so generously honored me, my gratitude has been profound, particularly when I consider the extent to which this recompense has surpassed my personal merits. Every man, and for stronger reasons, every artist, wants to be recognized. So do I. But I have not been able to learn of your decision without comparing its repercussions to what I really am. A man almost young, rich only in his doubts and with his work still in progress, accustomed to living in the solitude of work or in the retreats of friendship: how would he not feel a kind of panic at hearing the decree that transports him all of a sudden, alone and reduced to himself, to the center of a glaring light? And with what feelings could he accept this honor at a time when other writers in Europe, among them the very greatest, are condemned to silence, and even at a time when the country of his birth is going through unending misery? (http://www.nobelprize.org/nobel_prizes/literature/laureates/1957/camus-speech.html [2])

The lecture matched the man: short yet grand, concise yet breath-taking in scope.

However, fate would have it that Camus’ speech would not be the most famous, or the most important, words he would utter that day. For a controversy dogged his every step in Sweden. A French Algerian writer, a celebrated man of the French Left, could not be allowed to say nothing about what his comrades considered a war of national liberation that demanded their full support. So after Camus’ remarks, an Algerian student rose and asked the newly-crowned laureate, how he could remain silent in the face of his people’s struggle for justice.

And, so, Camus responded. His response confounded his comrades and revealed the extent to which Camus prized the reality of our organic connections to family and community over mere political theory and rhetoric.

People are now planting bombs on the tramway of Algiers. My mother might be on one of those tramways. If that is justice, then I prefer my mother.

That simple remark turned a simmering controversy into a firestorm of condemnation, a condemnation so furious as to—temporarily, at least—besmirch his reputation and cause the removal of his works from mandatory reading lists well into the 1980s.

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Camus and Michel
Gallimard from 1958

Those of us on the Right who are seeking both to describe the terminal problem of liberalism and to set forth a humane solution would do well to remember Camus’ point.

To be effective, to signal clearly that we are not haters and harmers, but people offering a just and humane solution to a very real, very human problem, we must remember that abstract political theories are outside of our political tradition. (They are not outside of France’s, hence, Camus’ heresy.) We must remain grounded. We must recognize why the Left writ large continues to attract souls like Camus, and we must offer an equally attractive alternative vision.

In short, let us appeal to family, not theory.


Article printed from Counter-Currents Publishing: http://www.counter-currents.com

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[2] http://www.nobelprize.org/nobel_prizes/literature/laureates/1957/camus-speech.html: http://www.nobelprize.org/nobel_prizes/literature/laureates/1957/camus-speech.html

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jeudi, 02 avril 2015

Buchpräsentation: Barbey d'Aurevilly

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Buchpräsentation:

Barbey d'Aurevilly

»Der Chevalier des Touches«

09.04.2015

20:00

Literaturforum im Brecht-Haus

Ist er es, oder ist es ein Gespenst? Der verwirrte alte Mann, der an einem windigen Abend auf dem Kapuzinerplatz in Valognes steht, weckt die Erinnerungen an einen großen Coup des Widerstands gegen die Revolution: die Befreiung des zum Tode verurteilten Chevalier Des Touches 1799. Die Ereignisse liegen drei Jahrzehnte zurück und man wähnte den Chevalier längst tot. Aufgeschreckt durch seine vermeintliche Wiederkehr, erzählen sich in einem Salon bei knisterndem Feuer ein paar Landadlige, die schon bessere Zeiten gesehen haben, seine abenteuerliche Geschichte. Unter ihnen die taube Aimée de Spens, die darin eine zentrale und einigermaßen pikante Rolle spielt und nicht ahnt, dass man von ihr spricht.

Ralph Schock im Gespräch mit dem Mitübersetzer und Herausgeber Gernot Krämer.
Lesung von Martin Langenbeck.

Nähere Information finden Sie hier.
Veranstaltungsort:
Chaussestraße 125
10115 Berlin-Mitte


Jules Barbey d`Aurevilly

dimanche, 29 mars 2015

Renaud Camus: "Je me bats comme un beau diable pour défendre cette civilisation européenne menacée"

Renaud Camus: "Je me bats comme un beau diable pour défendre cette civilisation européenne menacée"

vendredi, 27 mars 2015

« Soumission », ou la possibilité d’une Europe sans femmes

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« Soumission », ou la possibilité d’une Europe sans femmes
 
L’Europe peut s’enorgueillir d’avoir favorisé l’apprivoisement réciproque entre le sexe fort et le sexe faible
 
Professeur
 Ex: http://www.bvoltaire.fr
 

Après 250.000 ventes de Soumission de Michel Houellebecq, il serait temps que l’on parle non plus de la légitimité d’un roman d’anticipation sur la prise du pouvoir par l’islam mais de ce que l’auteur nous en dit.

Si le scénario politique de la chute de l’Europe proposé est fondé sur d’intéressantes hypothèses, notamment le cheval de Troie de l’islam en Europe que constitue l’injection salutaire, anesthésiante et corruptrice de pétrodollars dans son économie malade, pour le perçant moraliste moderne qu’est Michel Houellebecq, le combat se déroule et se perd ailleurs, en chacun de nous.

Le narrateur, triste mâle pratiquant le vagabondage sexuel en milieu universitaire comme les héros de David Lodge – l’humour anglais en moins -, s’enfonce dans la solitude et la morbidité à mesure qu’il vieillit. Affectivement atrophié au point de ne même plus parler à ses parents, sans descendance, séduisant, chaque rentrée, de nouvelles étudiantes éternellement jeunes, il ne se conjugue qu’à l’irréel du présent. Ses rapports avec les femmes trahissent la déchéance de sa grammaire anthropologique. Il ne sait plus très bien par quel orifice prendre ses partenaires, ni s’il faut plus jouir d’avoir deux partenaires sexuelles ou du baiser sur la joue donné par l’une d’elles : confusions d’objet, de genre, de nombre. Alors qu’il a renoncé, par égoïsme et paresse, à toute relation interpersonnelle avec les femmes, étant progressivement passé de l’amante à la partenaire sexuelle puis à la prostituée, à la suite de ses collègues récemment convertis, il se laisse finalement séduire par le modèle de la femme musulmane, choisie sur catalogue en fonction de ses propres revenus, cloîtrée, soumise, multiple et collectionnable. Chez Michel Houellebecq, l’islam triomphe sans combat grâce à la trahison de l’homme qui se replie sur lui-même en renonçant à la femme comme alter ego.

Pourtant, depuis l’amour courtois inventé au XIIe siècle jusqu’à la mini-jupe en passant par les salons littéraires féminins des XVIIe et XVIIIe siècles et le droit de vote des femmes, l’Europe peut s’enorgueillir d’avoir favorisé l’apprivoisement réciproque entre le sexe fort et le sexe faible, qui s’est traduit par la construction progressive d’un mode de coexistence mixte harmonieuse et égalitaire, bien que différentiée, des deux sexes sur tous les plans, modèle fragile (cf. les mirages de la « libération de la femme ») mais toujours en évolution. Mais si la femme était, jusqu’à peu de temps encore, l’avenir de l’homme, l’homme pourrait bien en être le liquidateur sous peu. La balle du match islam-Occident est dans le camp des 51 % d’hommes. Qui va faire prendre conscience aux hommes occidentaux déboussolés que la charia est, par essence, la régression psychologique ultime de l’homme dans sa négation de la femme comme être libre, égal à lui, et digne de son intérêt ? Pas nos politiques ni l’Éducation nationale, plus préoccupés par la promotion du transsexualisme que par la transmission des fondements de la civilisation européenne.

mardi, 24 mars 2015

Renaud Camus nous lit un conte prémonitoire d’Andersen

Discours de Renaud Camus (écrivain et président du Parti de l’In-nocence) aux assises de la liberté d’expression à Rungis le 15 mars 2015

Renaud Camus nous lit un conte prémonitoire d’Andersen

Un livre collectif: «Maurice Bardèche l’insoumis»

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POUR CONNAÎTRE MAURICE BARDÈCHE

Un livre collectif: «Maurice Bardèche l’insoumis»

Pierre Le Vigan
Ex: http://metamag.fr
 
bardeche-l-insoumis.jpgPolémiste, écrivain politique, critique littéraire, Maurice Bardèche (1907-1998) a été tout cela. Son image reste sulfureuse. Elle l’est même beaucoup plus que dans les années 1950, preuve que nous avons fait un grand pas vers le schématisme, l’intolérance et l’inculture. Philippe Junod, aidé de sa femme, a voulu mieux faire connaître celui qui fut le beau-frère et l’ami de Robert Brasillach mais qui avait, bien entendu, son tempérament, ses goûts et son histoire propres. Le pari de mieux connaître Bardèche est tenu dans le cadre des Cahiers des amis de Robert Brasillach

Officiellement apolitique jusqu’en 1945, ses activités hors enseignement n’allèrent guère au-delà, sous l’Occupation, d’essayer de sauver Jean Cavaillès. Plus handicapé qu’aidé par ses liens familiaux trop voyants, il passe de maître de conférence à la Sorbonne à professeur à l’Université de Lille où il n’avait aucune attache.
 
Ce qu’il ressort des études consacrées à Bardèche, est l’unité de sa vision des choses, du politique au littéraire. Cela ne veut évidemment pas dire que l’on soit obligé d’être « fasciste » pour, en même temps, lui reconnaître d’avoir beaucoup apporté à la connaissance de Balzac ou de Proust.  Mais il faut reconnaître que ce qu’il appelle « fascisme » est en fait quelque chose qui va au-delà d’un épisode historique, aussi important qu’il ait été (et sachant qu’il fut définitivement clos en 1945). Au-delà : c’est-à-dire une critique de la domination de l’économie sur nos vies, et une critique de la domestication de l’homme par le monde moderne.

bardeche3.jpgBardèche était non pas un homme de concepts mais un homme de principes. Il  été pionnier en maints domaines dans une large mouvance intellectuelle : la critique de la « conscience universelle », c’est-à-dire l’appareil idéologique du nouvel ordre mondial américain, le refus de l’uniformisation planétaire par le règne des marchands, le souci de la liberté des peuples et de la continuité de ceux-ci qui doivent rester fidèles à leurs instincts (thèse assez rousseauiste), l’appel à l’indépendance de l’Europe. Pour des raisons parfaitement évidentes, il était conscient de ne pouvoir être à la bonne distance pour juger de l’action du général de Gaulle. Aussi demandait-il des avis autour de lui. Il faisait partie de ceux qui, à tort ou à raison (je m’interroge moi-même), ne prenait pas au sérieux la troisième voie gaullienne.
 
De la création du modeste Mouvement Social Européen, qui n’était certes pas un mouvement de masse, à novembre 1982, date de la parution du dernier numéro de sa revue Défense de l’Occident (elle accueillit quelques uns de mes premiers articles), fondée trente ans plus tôt, Bardèche a été le principal « doctrinaire » (mais on hésite à employer ce terme un peu trop sec et désincarné)  mais plus encore le principal écrivain du nationalisme européen.  Il a permis à beaucoup de ceux qui l’ont lu d’aller au-delà, ou ailleurs, preuve que c’était avant tout un homme libre, un rebelle non aligné. 

Les témoignages regroupés dans le cahier des ARB, souvent chaleureux, mais aussi bien sûr parfois critiques, aident à mieux connaître celui que l’on veut réduire à des caricatures, tant notre époque aime les idées simples, et fausses de préférence. Ce sont les idées les plus confortables, et notre époque aime son petit confort. Un excellent libraire, bibliophile de province, juif, et parfaitement (sic) de gauche me disait, à propos de la biographie de Balzac par Bardèche (Julliard, 1980) : « Il faut reconnaître que c’est quand même la meilleure des études parue sur Balzac ». 

Cahiers des amis de Robert Brasillach, 51/52,« Maurice Bardèche l’insoumis », courriel : brasillach@europe.ch

vendredi, 20 mars 2015

Drieu la Rochelle, la petite mort dans la Grande Guerre

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Drieu la Rochelle, la petite mort dans la Grande Guerre

La Première Guerre mondiale a détruit Drieu la Rochelle, comme elle a emporté avec elle toute la génération des « 20 ans en 14 ». Sauvagement touché par les épreuves du feu et inspiré par ses expériences de l’arrière, la Grande Guerre marquera pour toujours sa vie et son œuvre littéraire jusqu’à son suicide, il y a 70 ans, le 15 mars 1945.

charleroi-407790-250-400-e1404663208812.jpgPierre Drieu la Rochelle n’a éjaculé qu’une seule fois dans sa vie : c’était le 23 août 1914, lors d’une chaude journée de guerre dans la plaine de Charleroi. Ce jour-là, le caporal de 21 ans vit sa première épreuve du feu. Soudain, au milieu de l’affrontement, il se lève, comme s’il n’avait plus peur de la mort, charge son fusil et entraîne plusieurs camarades. L’enivrement que lui procure la sensation d’être devenu le chef qu’il a toujours rêvé d’incarner est comme un orgasme sexuel. « Alors, tout d’un coup, il s’est produit quelque chose d’extraordinaire. Je m’étais levé, levé entre les morts, entre les larves. […] Tout d’un coup, je me connaissais, je connaissais ma vie. C’était donc ma vie, cet ébat qui n’allait plus s’arrêter jamais »*, écrit-il dans La comédie de Charleroi (1934) qui rassemble, sous forme de nouvelles, ses expériences de la Grande Guerre.

L’espace de quelques instants, il pense être le surhomme de Nietzsche, lui qui a mis Ainsi parlait Zarathoustra dans sa besace de fantassin. Ce sera l’expérience la plus forte de sa vie, confessera-t-il. Drieu, dont le premier émoi littéraire fut les épopées napoléoniennes, rêve d’être un héros. Et pas n’importe lequel : un chef viril, dont l’héroïsme prend les traits d’une érection. « Qu’est-ce qui soudain jaillissait ? Un chef. […] Un chef, c’est un homme à son plein ; l’homme qui donne et qui prend dans une même éjaculation. […] J’ai senti à ce moment l’unité de ma vie. Même geste pour manger et pour aimer, pour agir et pour penser, pour vivre et pour mourir. La vie, c’est un seul jet. C’est un seul jet. Je voulais vivre et mourir en même temps », décrit-il cette journée du 23 août.

Vivre, éjaculer, mourir : voilà les trois temps du héros que Drieu croit expérimenter en ce jour de guerre. Sous l’élan de vitalité point l’attrait morbide, comme l’éjaculation conduit à une petite mort. Cette pulsion de vie dans laquelle couve la pulsion de mort est le nœud du psychisme de Drieu. L’enivrement dure peu car, ce 23 août, son régiment doit battre en retraite après une belle percée. Son ami André Jéramec, dont il épousera la sœur Colette, est tué. Drieu, lui, doit être évacué ; un shrapnel l’a blessé à la tête ; il est interné à l’hôpital de Deauville. Durant la Première Guerre mondiale, Drieu ne cessera les allers-retours entre le front et l’arrière, le combat et l’hôpital, les obus et les mondanités.

Syphilis, gale et dysenterie

Le front, il en a deux autres expériences. Quelques mois après sa blessure, il passe sergent et retourne à l’avant, en Champagne, à l’automne 1914. Puis, il est envoyé dans le stratégique détroit ottoman des Dardanelles, pour un combat voué à l’échec. La promesse de l’exotisme oriental se fracasse vite contre la réalité. « J’ai des morpions que ma crasse engraisse. J’ai pioché et j’ai des ampoules. Mes muscles me font mal. J’ai soif tout le temps. Tondu et barbu, je suis laid. Je ne reçois pas de lettres. Je mourrai totalement ignoré », s’écrie le narrateur du Voyage des Dardanelles (1934). L’année 1915 est un cauchemar. Lorsqu’il revient en France, son corps est déliquescent. En sus de la syphilis, probablement contractée dans un bordel de Marseille d’où il est parti dans les Dardanelles, il revient avec la gale et la dysenterie – maladie qui le fait rapatrier. Surtout, la blessure est psychologique : l’insupportable sensation du corps souillé, à rebours du héros nietzschéen qu’il rêve d’incarner, contribuera à son affinité avec le fascisme dans lequel il retrouve l’obsession du corps pur, viril et athlétique.

Ce corps décadent rend aussi plus compliqué son rapport avec les femmes. Drieu, dont les tendances homosexuelles ont rejailli à plusieurs moments de son existence, a connu sa première expérience sexuelle peu avant la guerre. À 18 ans, il suit une femme dans la rue à qui il fait l’amour contre de l’argent dans un hôtel miteux. En plus, elle lui refile la « chaude-pisse » : une blennorragie. Dans ses Notes pour un roman sur la sexualité jamais publiées de son vivant, il confesse n’avoir connu aucune « femme propre » avant la guerre. Ce dégoût du corps n’empêche pas l’auteur de L’homme couvert de femmes d’accumuler les conquêtes autant dans les bordels qu’ailleurs. Obsédé par ces souillures, il songera à écrire une histoire de son corps.

En attendant, le voilà reparti au front. Et pas n’importe où : à Verdun. Il est à la pointe d’une contre-attaque lancée le 26 février 1916 par des « chefs derrière […] chargés de déverser des trains de viande dans le néant » (Le lieutenant des tirailleurs, 1934). L’expérience est atroce. « Qui n’a vu le vide d’un champ de bataille moderne ne peut rien soupçonner du malheur perfide qui est tombé sur les hommes et qui anéantira l’Europe », prophétise Drieu. Le jeune homme de 23 ans est au milieu d’un « pays lunaire, où les volcans pressaient les gueules béantes les unes contre les autres » et où « toute la ligne était calomniée par la continuelle diatribe que vomissaient dix mille bouches noires ». L’artillerie fait pleuvoir une pluie de ferraille sur le champ de bataille peuplé par des fantassins aux pantalons souillés par la colique. Quand, soudain, « l’univers éclata. L’obus arriva et je sus qu’il arrivait. Énorme, gros comme l’univers. » Un obus qui lui arrache un hurlement. « J’allais mourir ; j’étais au fin fond du monde » (Le lieutenant des tirailleurs). Drieu est gravement touché au bras et il perd un tympan. Après un jour de combat, il est évacué comme à Charleroi. Mais, cette fois-ci, sa blessure est plus importante. On le reverse en décembre 1916 dans le service auxiliaire.

 

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« Des masses de ferraille dans la tête »

De cette journée d’enfer, qui clôt ses expériences du feu, Drieu garde deux marques indélébiles : l’impression de profonde absurdité de la Grande Guerre, dont le titre même de La comédie de Charleroi témoigne, et l’horreur moderne de ces combats de fer, qu’il oppose à la grandeur de l’affrontement chevaleresque. « On fabrique des masses de ferraille dans les usines, et puis on se les jette à la tête, de loin sans se regarder et en geignant. […] Nous sommes loin de la guerre décrite par Joinville ou même par Montluc », regrette-t-il dans Le lieutenant des tirailleurs ; comme dans La comédie de Charleroi : « Et cette guerre est mauvaise, qui a vaincu les hommes. Cette guerre moderne, cette guerre de fer et non de muscles. Cette guerre de science et non d’art. Cette guerre d’industrie et de commerce. […] Cette guerre de généraux et non de chefs. […] Cette guerre faite par tout le monde, sauf par ceux qui la faisaient. Cette guerre de civilisation avancée. […] Il faut que l’homme apprenne à maîtriser la machine, qui l’a outrepassé dans cette guerre – et maintenant l’outrepasse dans la paix. » Cette haine de la civilisation décadente des machines le conduira à voir dans le fascisme un renouveau souhaitable. Avec Socialisme fasciste, publié en 1934, Drieu est le premier intellectuel français à se revendiquer de cette idéologie. Trois ans plus tard, il adhère au Parti populaire français (PPF) du futur collaborationniste Jacques Doriot.

En quittant Verdun, Drieu renoue avec l’autre Grande Guerre. La douce, celle des bourgeois de derrière, dans un contraste vertigineux qu’il évoque au début de son roman phare, Gilles (1939). Le personnage empruntant des traits de l’auteur arrive à Paris pour une permission, un soir d’hiver 1917. Gilles se rend au Maxim’s pour boire un verre de champagne. Et revit : « Il but, et tout le délice de ce premier soir coula dans ses veines. Il était au chaud, au milieu de corps vivants, bien habillés, propres, rieurs ; il était dans la paix. » Une paix où les femmes « ignoraient absolument cet autre royaume aux portes de Paris, ce royaume de troglodytes sanguinaires ». Gilles, comme Drieu, « avait faim des femmes, […] de paix, de jouissance, de facilité, de luxe ». Durant cette année 1917, Drieu se perd dans des soirées de débauche au Maxim’s et au bordel pour oublier, exorciser l’enfer du front. Son ami, l’écrivain Maurice Martin du Gard, raconte qu’au Maxim’s Drieu se rappelle avec nostalgie ses années d’avant-guerre, les souvenirs peuplés de camarades tombés. Sa débauche est une fuite en avant qui préfigure celle que vivra, avec lui, la France des « années folles » pour conjurer le douloureux souvenir. Une France qu’Aragon décrit dans Aurélien (1944), double romanesque de Drieu, son ami surréaliste devenu adversaire fasciste. Colette Jéramec a affirmé que son ancien époux lisait Aurélien le jour de son suicide, le 15 mars 1945.

 

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Un cadavre qui s’appelle Drieu

1917 n’est pas seulement une nouvelle expérience de l’arrière faite de soirées et de femmes ; c’est une année rendue majeure par deux événements. Le premier est le mariage avec Colette Jéramec. Cette union est à l’image du rapport torturé de Drieu aux femmes. Elle représente ce qu’il abhorre car elle est une juive issue de la grande bourgeoisie d’affaires. Colette a été sa confidente depuis leur rencontre à l’été 1913, mais le mariage – non consommé – n’est pas heureux. Myriam, que Gilles épouse, est une représentation à peine voilée de Colette contre laquelle Drieu excite par la plume son antisémitisme et son dégoût d’une femme honnie. Mais il sait en profiter. Colette, qu’il trompe dès le début, lui donne 500 000 francs avec lesquels il mène une vie de luxe : tailleurs prisés, cabarets chics, restaurants à la mode… Ce mariage, lui permettant une vie bourgeoise qu’il exècre en idéologie, place Drieu face à ses contradictions et lui fournit un thème littéraire qu’il ne cessera d’exploiter : outre Myriam (Gilles), Lydia (Le Feu follet) et Béatrice (Drôle de voyage) captent son goût refoulé des femmes fortunées.

1917 marque aussi son entrée en littérature. Interrogation, un recueil de poèmes sur la guerre, paraît à l’automne chez Gallimard. Trois ans plus tôt, il avait écrit un premier texte, à l’hôpital de Deauville. Mais il ne fut jamais publié : il l’avait oublié dans un train. En 1920, Drieu reprend, avec un nouveau recueil de poèmes, Fond de cantine, le thème de la Grande Guerre. A-t-il vraiment le choix ? « Du jour au lendemain, la guerre me remplit du besoin impérieux de crier, de chanter », confesse-t-il dans l’inédit Débuts littéraires, en 1943. La guerre le hante et devient le moteur de son œuvre, car il en est mort comme tous ceux de la génération des « 20 ans en 14 ». De la pulsion de vie mystique du 23 août 1914 à Charleroi, il ne reste qu’un cadavre. Et ce cadavre, qui s’appelle Drieu, voudra croire au surréalisme dans les années 20, au fascisme dans les années 30, un temps au stalinisme à la fin de la guerre, puis, faisant le constat de ses fuites en avant, se suicidera. L’avant-veille de ce 23 août déjà, enfermé dans un cabanon, harassé par des jours de marche sous le soleil de plomb, Drieu ôte sa chaussure pour placer son orteil sur la gâchette de son fusil chargé et regarde le trou du canon. « Je tâtai ce fusil, cet étrange compagnon à l’œil crevé, dont l’amitié n’attendait qu’une caresse pour me brûler jusqu’à l’âme » (La comédie de Charleroi). L’arrivée d’un camarade fit cesser la contemplation.

Toute sa vie, Drieu est resté dans la tranchée. « Nous y sommes encore dans ce trou, nous n’en sommes jamais repartis », jure-t-il dans La comédie de Charleroi, pourtant écrit vingt ans après la guerre. De ce nihilisme profond, qui rejaillit sur toute son œuvre, Le feu follet (1931), narrant la marche d’Alain vers le suicide, prospère sur son attraction de la mort. Pour trouver une issue à son obsession de la décadence, cette mort de la société, il fut prêt à verser dans des croyances qui, de Breton à Staline en passant par Hitler, lui ont donné l’espoir d’un renouveau. Toutes furent des impasses. Et c’est ainsi que se dénoue — peut-être — avec la Grande Guerre l’énigme des engagements paradoxaux de Drieu. Dans quelques mots, écrits en 1934 sur ses souvenirs de Verdun : « Je sentais cela. Je sentais l’Homme mourir en moi. »

* Drieu la Rochelle évoque ses expériences de la Grande Guerre dans de nombreux romans. Les extraits qui en sont insérés, s’ils référent à des expériences vécues par l’auteur, impliquent une nécessaire distance.

Photo d’en-tête : Pierre Drieu la Rochelle par Jacques-Émile Blanche, 1924 (© Jean-Louis Mazieres, avec modification).

mercredi, 11 mars 2015

Lire Houellebecq pour entrevoir une France islamisée

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Lire Houellebecq pour entrevoir une France islamisée

Par Charles Terrade

Ex: http://www.lesobservateurs.ch

Une piqûre de rappel pour les retardataires: il faut absolument, lire «Soumission» de Michel Houellebecq. Dans ce livre plein d’ironie philosophique, l’auteur se penche sur le rôle que pourrait assumer l’islam dans le renouveau moral d’une France accablée par 50 ans de déconstruction nihiliste. Incontournable.

France, 2022. François, le narrateur, est professeur d’université à la Sorbonne. Sa spécialité
la littérature du XIXe siècle, et tout particulièrement Huysmans, écrivain tourmenté et converti sur le tard au catholicisme. François a la quarantaine mais vit seul. Il n’a plus de contacts depuis longtemps avec ses parents divorcés qu’il déteste. Les créatures féminines passent dans sa vie comme les plats tout prêts dans son micro-onde. Une relation amoureuse durable lui est impossible. Il fornique de préférence avec des prostituées. Il ne fréquente que des relations de travail dont il se lasse vite. Cet antihéros relativiste, néo-Meursault universitaire, ne croit en rien et est indifférent à tout : autrui, la société, la politique, l’histoire. Mais son nihilisme n’est pas radieux. François s’ennuie et ressent la vacuité de son être avec une angoisse croissante. Il se méprise lui-même. La dépression le guette.

Les élites de la société française dans laquelle François traîne sa lamentable existence sont atteintes de la même fatigue de vivre et rongées par la même haine de soi. Dans le sillage des idéologues soixante-huitards, elles ont pourtant parachevé avec jubilation la destruction des anciens repères religieux, moraux, familiaux, identitaires. Mais la société libérale-libertaire, que ces apprentis sorciers ont contribué à engendrer, n’a pas produit la nouvelle humanité épanouie qu’ils attendaient. La disparition des valeurs traditionnelles a conduit à un vide existentiel qui sape la cohésion sociale. La volonté de vivre ensemble s’est réduite à tel point que l’intégrité même de l’Etat est menacée. En réaction, l’exigence de sens de la population déboussolée revient en force, comme un boomerang, à la figure des élites désemparées. C’est toute la société qui réclame ardemment la fin du chaos ontologique. La nombreuse communauté musulmane est la plus active en termes de revendications d’un retour à un ordre moral, lequel devrait selon elle s’aligner sur ses dogmes religieux.

L’incapable François Hollande a réussi à se faire réélire en 2017 grâce à ses manipulations de
l’opinion publique. Le début du roman coïncide avec les dernières semaines de son deuxième quinquennat, encore plus désastreux que le premier, et les élections présidentielles de 2022.

Le contexte est extrêmement tendu: économie en déroute, mécontentement social au paroxysme. Les attentats islamistes le disputent aux affrontements entre musulmans et identitaires. Le PS et l’UMP n’ayant pas réussi à se qualifier pour le deuxième tour de l’élection présidentielle, les Français devront choisir entre Marine Le Pen, infatigable présidente du Front National, et Mohammed Ben Abbes, habile et retors président de la Fraternité Musulmane qui se présente comme un islamiste modéré et démocrate.
Afin de faire barrage au FN qui en 2022 incarne toujours pour l’oligarchie politico-médiatique
le Mal absolu, tous les autres partis ont appelé à voter pour Ben Abbes au deuxième tour. Ce
ralliement leur a permis d’obtenir des promesses de ministères clés. Le candidat islamiste est facilement élu, une majorité d’électeurs ayant été séduits par son boniment d’un islam
fédérateur à visage humain comme solution au mal-être français.

Ben Abbes islamise alors doucement mais sûrement la France, avec le soutien de la plupart
des élites masculines. L’islamisation ne déclenche pas de protestation d’envergure. Avant tout
marquée par un retour à un ordre moral rigoureux, elle se calque sur les règles de vie des
sociétés musulmanes. Seuls les juifs se montrent ouvertement inquiets en quittant le pays pour Israël.

Pour commencer, les femmes voient leur place dans la société radicalement modifiée. Le
nouveau pouvoir les incite à quitter le marché du travail, notamment au moyen d’allocations
familiales très fortement revalorisées. Grâce à leur retour à la maison, la famille traditionnelle
gagne en stabilité. Elle redevient la cellule centrale et respectée de la société. Les femmes cédant leur place aux hommes inactifs, le chômage disparait. Le retour au plein emploi, ainsi que l’activisme social des imams salafistes des banlieues, massivement soutenus par l’Etat, font disparaître la violence et les trafics illicites des nombreux territoires auparavant considérés comme perdus par la République.


L’enseignement public voit ses missions drastiquement revues à la baisse. Il se concentre
principalement sur le premier degré. Le nouveau ministre – musulman –  de l’éducation prend des mesures qui découragent fortement les filles de poursuivre leurs études au-delà du
primaire. Ces dernières sont orientées vers l’apprentissage pratique de leurs futurs rôles de
mère et de ménagère. Suite à la privatisation des enseignements secondaires et supérieurs, les établissements musulmans poussent comme des champignons et deviennent les plus prisés grâce aux très généreux dons des pétromonarchies du Golfe. Leurs cours y sont compatibles avec le Coran. L’Arabie saoudite finance et gère la Sorbonne qui n’accueille dorénavant que des professeurs musulmans de sexe masculin. La baisse drastique du budget de l’Education Nationale permet aux comptes de l’Etat de retrouver l’équilibre. L’augmentation inexorable et incontrôlée de la dette publique française s’arrête enfin.

Un nouvel ordre moral, social et économique s’établit qui renoue avec certaines des anciennes valeurs traditionnelles de la France tout en y ajoutant, en surplomb, des préceptes spécifiquement islamiques. La plupart des gens y trouvent leur compte. La confiance en l’avenir revient. Le Produit Intérieur Brut croit à nouveau. La France islamisée renaît de la France déconstruite.


François, comme presque tous les autres professeurs d’université, choisit de se convertir à
l’islam. Par motivation pratique : la conversion est nécessaire pour garder son poste.
Egalement pour des raisons financières : son traitement est très nettement revalorisé, ce qui lui permet de vivre beaucoup plus confortablement. Par ailleurs, sa nouvelle situation enviable de professeur dans une prestigieuse université islamique lui donne droit à quatre jeunes et ravissantes épouses. Ses futures femmes l’attendent, ravies de se soumettre socialement et sexuellement au maître que l’ordre nouveau leur a désigné. Quant à lui, il est soulagé de se soumettre intellectuellement et spirituellement à l’islam car celui-ci le libère enfin de ses tourments existentiels.


Ce livre est incontournable pour qui s'intéresse à l'islamophilie de notre élitocratie politique, médiatique et intellectuelle, et à ses conséquences ultimes pour la France. Houellebecq met en outre malicieusement en évidence les avantages que pourrait apporter l'islamisation de la France à ses élites masculines ayant perdu tout repère et s'enfonçant inexorablement dans le nihilisme. Leur besoin inavoué mais désespéré de sens dans un monde anomique pourrait les
entraîner vers une soumission totale à un nouvel ordre politico-religieux viril leur apportant la
tranquillité de l’âme. La soumission à l'islam est pensée par l'auteur comme délivrance
d'une liberté radicale finalement insupportable. Allah est ironiquement pressenti comme

rédempteur divin d'une élite plongée dans la déréliction du fait de sa propre déconstruction.
Mais le Très Miséricordieux est aussi entrevu comme pourvoyeur de félicités sexuelles. Le
nouveau pouvoir islamique veillerait à la stimulation libidinale du mâle des classes
supérieures. Celle-ci serait assurée par la diversité du cheptel de femelles à disposition et son

renouvellement permis par la polygamie et la speed-répudiation.

Michel Houellebecq n’a eu qu’à observer, d’une part l’essor de l’islam en France, et d’autre
part les mœurs du monde musulman, pour inventer cette fiction cauchemardesque. Si celle-ci
se réalisait, les femmes paieraient au prix fort la régression monumentale induite par
l'islamisation de la société. Mais la dégradation des relations hommes-femmes ferait aussi des hommes les perdants du nouvel ordre. L’égalité entre les sexes n’est-elle pas au cœur de notre civilisation? Réduire la femme à ses fonctions d’objet sexuel, d’utérus et de ménagère, ne ferait pas que l’humilier et l’inférioriser. En bridant l’entendement et la créativité d’une moitié de l’humanité, l’homme provoquerait un appauvrissement intellectuel et culturel généralisé. Et il se châtrerait d’une des plus belles dimensions de sa vie : la communion avec son égale dans le sentiment amoureux.

Charles Terrade

dimanche, 08 mars 2015

Les portes de l'enfer...

Les portes de l'enfer...

Le seizième numéro de la revue trimestrielle Spécial Céline, publiée par les éditions Lafont Presse, est disponible en kiosque ou sur les sites de vente de presse. Consacrée à l'auteur de Mort à crédit, cette revue est dirigée par Joseph Vebret et réalisée avec le concours d'Eric Mazet et de David Alliot.

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Au sommaire :

Actualité

Actualité célinienne, par David Alliot

Étude
Céline en son temps ou Céline avant Céline : 1931, par Éric Mazet

Etude
Les bistrots de Céline, par Serge Kanony

Document
Céline, secrétaire d'association, par David Alliot

Relecture
Le métro émotif, par Pierre Ducrozet

Lectures croisées
Céline le psychopompe funèbre, par Gwenn Garnier-Duguy

Discours
Bardamu à Médan - 1er octobre 1933, par David Alliot

Nouvelle
Guantanamo City - Distraction littéraire, par Jean-François Foulon

jeudi, 05 mars 2015

Solution politique ?

Solution politique ?

par Claude BOURRINET

 

Baudelaireiuyuuyuu.jpgLa politique avant tout, disait Maurras. Parlons plutôt, comme Baudelaire, d’antipolitisme. On sait que le poète, porté, en 1848, par un enthousiasme juvénile, avait participé physiquement aux événements révolutionnaires, appelant même, sans doute pour des raisons peu nobles, à fusiller son beau-père, le général Aupick. Cependant, face à la niaiserie des humanitaristes socialistes, à la suite de la sanglante répression, en juin, de l’insurrection ouvrière (il gardera toujours une tendresse de catholique pour le Pauvre, le Travailleur, et il fut un admirateur du poète et chansonnier populiste Pierre Dupont), et devant le cynisme bourgeois (Cavaignac, le bourreau des insurgés, fut toujours un républicain de gauche), il éprouva et manifesta un violent dégoût pour le monde politique, sa réalité, sa logique, ses mascarades, sa bêtise, qu’il identifiait, comme son contemporain Gustave Flaubert, au monde de la démocratie, du progrès, de la modernité. Ce dégoût est exprimé rudement dans ses brouillons très expressifs, aussi déroutants et puissants que les Pensées de Pascal, Mon cœur mis à nu, et les Fusées, qui appartiennent à ce genre d’écrits littéraires qui rendent presque sûrement intelligent, pour peu qu’on échappe à l’indignation bien pensante.

 

Baudelaire, comme on le sait, est le créateur du mot « modernité », qu’il voyait incarnée dans les croquis de Constantin Guys, et que son sonnet, « À une passante », symbolise parfaitement. La modernité, c’est l’éternité dans la fugacité. Rien à voir, au fond, avec l’injonction rimbaldienne, que l’on voulut volontariste, mais qui n’était que résignée et désabusée, d’être à tout prix moderne. Baudelaire ne destine pas sa pensée à la masse. S’adresse-t-il, du reste, à quiconque ? Il est visionnaire, c’est-à-dire qu’il saisit au vol l’esprit et l’image. L’image, sous la forme des tableaux d’art, fut sa grande passion. Et les symboles, ces images essentielles, qui correspondent avec nous, ces surréalités situées « là-bas », au-delà, mais en jonction avec les sens, et faisant le lien avec les Idées, constituent cette échelle de Jacob, qui nous offre la possibilité de frôler le cœur divin, malgré nos limites angoissantes et torturantes.

 

Baudelaire se situe, au sein d’un monde qui a parodié la dynamique chrétienne, pour la caricaturer en vecteur de progrès infini, ce qui est une autre façon de blasphémer, car seul Dieu seul est infini, pousse l’archaïsme religieux, à grande teneur « traditionnelle » (mais, comme Balzac, il s’inspire du penseur mystique Swedenborg), jusqu’à ne consacrer ce qui lui restait à vivre (il est mort en 1867) qu’à ce culte de la Beauté, qui est une ascension, et non un plaquage sur la réalité sociale-politique. La dimension baudelairienne est la verticalité.

 

Pour le reste, c’est-à-dire sa conception anthropologique, il partage la conception janséniste (contre Rousseau) du péché, impossible à dépasser et à contrer, lequel propose des pièges et des ruses, souvent raffinées, ces « opiums », par exemple, que sont l’amour, la beauté, l’ivresse, élans nobles et dérisoires, qui nous font croire que nous sommes des dieux mais qui, malgré tout, ironiquement, nous donnent un pressentiment du divin… Baudelaire est un idéaliste pessimiste.

 

Il n’existe plus de Baudelaire, au XXIe siècle. On sent parfois, chez certains, son ombre. Par exemple Richard Millet, s’il n’était obsédé par le politique. Sa Confession négative m’a fortement ébranlé. Il retrouve les accents pascaliens, le sens de la grandeur, le goût des gouffres. Il faudrait écrire moins, et moins s’intéresser aux médias. Richard Millet n’est pas assez désespéré. J’évoque ainsi l’un de nos écrivains qui sait encore écrire, donc penser, au sens baudelairien, c’est-à-dire vivre son encre, comme son sang, mais il faut admettre que nous manœuvrons dans un monde de Lilliputiens, qui se pâment devant des monuments hauts comme quatre pommes. On voit bien que ce qui manque, c’est la cruauté. Baudelaire était un grand lecteur de Sade, comme, du reste, les auteurs intelligents de son époque. Malheureusement, on dirait que le seul imbécile qui ait eu alors du génie, Victor Hugo, ait été le seul, au bout de cent cinquante ans, à générer une abondante descendance. Sans la démesure.

 

Que sont devenus nos penseurs, nos grands phares ? On dirait que la littérature, si proche maintenant de la politique politicienne, se fait sur un coin de comptoir. Ça a commencé, il est vrai, au Procope, lorsque des entrepreneurs d’idées s’excitaient les lumières en buvant du café. Depuis, on est sorti dans la rue, de plus en plus polluée et enlaidie par des boutiques, pour ne plus en sortir. L’intelligence est une affaire, comme la bourse, avec ses fluctuations, ses rumeurs, ses coups et ses misères. Le livre est une action, non pas même un enfumage idéologique, comme du temps des « philosophes », mais une option sur une possible rente, au moins symbolique, du moins médiatique. La seule ascension possible, maintenant, c’est celle de l’ascenseur qui porte jusqu’au studio de télévision.

 

Au moins, si quelqu’un avouait que le roi est nu ! Même pas un roi déchu, puisqu’au a perdu la mémoire de tout, même des ors de notre origine divine, surtout de cette noblesse glorieuse, qu’on a remplacée par le clinquant démocratique. Mais un roi déshabillé, à poil, si l’on veut. Illustrons le propos, et provoquons en dévalant un nombre conséquent d’étages, jusqu’aux caves. Il y a un peu de honte à descendre si bas, mais, finalement, c’est là le niveau d’existence de notre monde. Avant donc de rédiger ces réflexions si réalistes, j’ai jeté un coup d’œil, le diable me poussant, sur le site de Riposte laïque, qui a le suprême avantage, pour un analyse intempestif, de synthétiser la bêtise contemporaine, dans une société qui ne manque pas, pourtant, d’émulation en ce domaine. Je lis ainsi qu’il suffit d’éradiquer l’islam de notre terre pour que la France revive, et que le numéro spécial de Charlie Hebdo est, grand bien fasse à cette France si frémissante face à cette perspective de renaissante ! paru. La France, c’est Charlie débarrassé du danger musulman. Le roi tout nu s’amuse. Hugo serait content : les Rigolettos l’ont emporté, et les Sganarelles, et les Scapins. La valetaille s’en donne à cœur joie : il suffit de bouter la galère de Sarrasins hors du port pour que nos champs refleurissent (avec l’aide de Monsanto, évidemment).

 

Nous ne faisons que résumer les débats actuels.

 

Toute cette cuisine alourdit l’estomac. Achevons !

 

On dirait que le bon Dieu, s’étant aperçu que la marmite renvoyait dans la cuisine divine, des odeurs suspectes, avait décidé de touiller à grands coups de louches la mixture mal embouchée et susceptible de sécréter quelque poison.

 

À propos du peuple français, pour autant qu’on jette la mémoire jusqu’au bout de la nuit des temps, on sait que plusieurs civilisations qui nous ont précédés ont disparu dans le néant, laissant à peine quelques traces. Ainsi des Incas, des Celtes… D’autres ont eu la chance d’avoir une postérité culturelle, comme les Hellènes. On ne voit pas pourquoi la France ne connaîtrait pas le sort de ce qui mérite de périr, comme disait Hegel de ce qui existe, ou a existé. Enlevez le lierre suceur de sève à un arbre vermoulu, presque crevé, cela m’étonnerait bien qu’il reparte. La France est cet arbre. Les rares esprits assez cultivés et lucides qui retracent les étapes de la décadence intellectuelle, non seulement de notre pays, que son excellence idéologique a sans doute particulièrement fragilisé, tant l’ivresse du mot conduit vite au vide existentiel (post coitum animal triste), mais aussi la planète entière, submergée par l’Occident nihiliste. La moraline bloque l’intelligence, fatalement.

 

Et je crois que la pire ânerie serait de chercher, à tout prix, une solution.

 

Claude Bourrinet

 


 

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dimanche, 01 mars 2015

GENEVIÈVE DORMANN: Une féministe sulfureuse aux propos mémorables

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GENEVIÈVE DORMANN: Une féministe sulfureuse aux propos mémorables

Jean Pierinot
Ex: http://metamag.fr

Geneviève Dormann nous a quitté ce 13 février, à Paris, des suites de la maladie, à l'âge de 81 ans. Sa rencontre avec Roger Nimier marqua sa vie. Ses livres étaient à son image et d’excellente facture.


Irina de Chikoff écrit dans Le Figaro : « Ah Nimier! Elle pouvait en parler pendant tout le repas en clopant ses Gitanes bleues. La fumée faisait des jolies volutes autour de ses cheveux blonds. Geneviève avait eu toute sorte de prix pour ses romans. Même celui de l'Académie française. Seulement elle savait bien qu'elle n'était ni Flaubert, ni Proust. Ca lui faisait chagrin. Mais les peines, très jeune, elle avait appris à les garder pour soi. Mieux valait, en bonne compagnie, boire un coup jaja et dire du mal des voisins ou des cousins. Pour rire (…) Anar, libertaire, luronne d'une droite buissonnière, insolente, elle pratiquait, comme ses aînés les Hussards, l'ironie par désenchantement. Tendresse blessée.» Elle fut une grande amie des quatre écrivains des Hussards, Antoine Blondin, Michel Déon, Jacques Laurent et Roger Nimier. Elle est également proche de Kléber Haedens et Jean Dutourd. Elle participe à des émissions sur Radio Courtoisie.


dormaazzze.jpgEn 1975, avec Robert Aron, Thierry Maulnier, Roger Bésus, Dominique Jamet et Claude Joubert, elle cosigne une lettre au Monde, où elle s'insurge de l'article d'un universitaire faisant profession d'« aller cracher sur [la] tombe » de Robert Brasillach.


En 1985, elle écrit dans Le Crapouillot n°80 : « Les Juifs m'emmerdent, je le dis tout net. Lorsque, à la moindre occasion, ils me balancent dans les gencives ce qu'on leur a fait, lorsque j'étais petite, prenant un sadique plaisir à tenter de faire surgir chez moi un sentiment de culpabilité ou de mauvaise conscience, je leur en veux comme j'en voudrais à des Vendéens qui, aujourd'hui, m'accuseraient d'avoir ravagé leurs villages et sauvagement assassiné leurs ancêtres... Je revendique le droit d'aimer les bons Juifs et d'envoyer paître les autres. »


Plus tard, elle participe à la controversée « Journée du livre français » à l'université Panthéon-Assas aux côtés notamment de Jean-Claude Martinez, Jacques Trémolet de Villers, Jean-François Chiappe et Dominique Venner.


Romancière et journaliste, elle publie de nombreux romans, à commencer par La Fanfaronne en 1959, La Passion selon Saint-Jules en 1967 et le mythique Bal du dodo en 1989 pour lequel elle reçoit le Grand Prix du roman de l'Académie française. Elle se verra aussi attribuer le prix des Deux Magots en 1974 pour son Bateau du courrier ainsi que le prix Maurice-Genevoix pour son livre Adieu, phénomène en 1999.

samedi, 28 février 2015

Stendhal, politique para-moderne

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Stendhal, politique para-moderne

par Georges FELTIN-TRACOL

 

51RW7CR7e6L._SY344_BO1,204,203,200_.jpgCollaborateur régulier aux sites dissidents Europe Maxima, Euro-Synergies et Synthèse nationale, Claude Bourrinet est un penseur impertinent. C’est aussi un remarquable biographe. Vient de paraître sous sa signature un excellent Stendhal dans la collection « Qui suis-je ? ».

 

Henri Beyle (1783 – 1842) choisit le nom de plume de Stendhal. Il « n’était pas antimoderne, […], mais plutôt contre moderne. Fils de la Révolution, donc de la rupture, de l’arrachement, d’un certain déracinement, il prenait ce que la nouvelle ère proposait de mieux pour accroître sa puissance d’exister, sans en partager la vulgarité et la bassesse (p. 110) ». Toute son œuvre en témoigne comme nous le démontre avec brio Claude Bourrinet. Politiquement jacobin (républicain de salut public), Stendhal est surtout un admirateur de Napoléon. « Il voue à l’empereur un véritable culte, car il l’identifie à une France qui était encore grande. Napoléon “ fut notre seule religion ”, le plus grand conquérant après Alexandre et César, la restauration de l’Antiquité, un tyran italien chu dans un monde contemporain si minable, un aigle qui survole son temps par la pensée. Napoléon, c’est l’Italie, le bonheur (p. 42). »

 

Cette admiration envers le vainqueur d’Austerlitz se comprend aisément. « L’existence, pour Stendhal, est une dynamique, une énergétique. Quelle que soit la source de la puissance, l’excès et la surabondance affirment la sensation de vivre (p. 22). » Si « le beylisme est un vitalisme (p. 56) », c’est en outre « un aristocratisme, un “ espagnolisme ”, ennemi irréductible de la société de masse et de la modernité dévorante. Le courage froid de ne pas mendier la reconnaissance collective est plus précieux que celui, furieux, du champ de bataille (p. 55) ». On est très proche du Napoléon, « professeur d’énergie », dans Les déracinés de Maurice Barrès. Quelle aurait été l’influence de Stendhal sur Barrès, en particulier à l’époque du « culte du Moi » ? Une belle et riche étude en vue. Stendhal estime que « l’Empire, continuation de la Révolution offre la vision d’une communauté humaine centrée autour des vertus de sacrifice, d’émulation, de combat, de force, de patrie (pp. 42 – 43) ». Voilà pourquoi il est para-moderne puisqu’il tente une improbable conciliation entre les vertus enfantées par Napoléon et les valeurs sociales d’Ancien Régime.

 

Napoléon pour modèle d’être

 

« Stendhal a bien conscience, après la chute de l’Empire, que le temps n’est plus aux lauriers, mais aux travaux utiles, à l’économie, au commerce, au “ libéralisme ”, aux chambres des représentants, à la médiocrité bourgeoise, à l’égoïsme réducteur, à l’ennui. C’est la fin de l’honneur militaire, le temps du producteur, le règne de l’opinion (p. 42). » Il est évident que, pour lui, « la politique, d’abord, doit dominer l’économique. Avec Bonaparte, un Rothschild n’aurait pas été possible. Les lois institutionnelles sont indépendantes des exigences du commerce et de la bourse. En outre, ce qui présente véritablement une valeur humaine, sociale et politique, c’est justement ce qui échappe à la loi d’airain du travail et du besoin (pp. 81 – 82) ». Par conséquent, il considère que « le seul critère moral susceptible de souder la société autour de valeurs transcendantes est l’héroïsme, militaire, intellectuel, humain. En bon héritier de l’Empire, Stendhal choisit le rouge du dépassement de soi, de l’abnégation et du panache gratuit, contre le noir de l’argent, de la tartuferie et du moralisme (p. 82) ». Fuyant une société française d’après-guerre vile, il part pour l’Italie qu’il connaît bien et qu’il aime afin de retrouver un idéal d’humanité martiale. « L’Italie est le Sud fécondé par la sauvagerie barbare. L’idéal politique de Stendhal est la cité à dimension humaine, autogérée, libre et guerrière, adonnée aux arts et à l’esprit, audacieux, héroïque (p. 65). » Mais toujours garde-t-il à l’esprit l’exemple de Napoléon. D’ailleurs, « devenir napoléonien. S’étourdir quand il est nécessaire, se contraindre quand c’est utile, être toujours soi. Une bonne conduite suppose que l’on soit en même temps modeste et exigeant. Il s’agit de “ chevaucher le tigre ”. Les autres sont des objets, des cibles de mon intention, ou de mon attention, ou tout simplement des êtres indifférents. Le besoin existe de se lier avec eux, mais il faut pouvoir s’en défaire. Emprunter un lieu, une place, en visiteur, voilà la vraie politique. La tactique est une nécessité vitale (p. 47) ». Dans cette perspective, la vie italienne se révèle un parfait adjuvant. « La politique moderne était le jeu des opinions communes, donc une tendance à l’égalitarisme chloroformant par le consensus arithmétique, tandis que l’italianité est l’affirmation du Moi par la volonté, l’énergie et la force (p. 67). » Cependant, Stendhal « cherchera à se libérer de la politisation des rapports humains, qui infeste tout, y compris la vie privée. Cela étant, qu’est-ce que la modernité, sinon le sérieux et le ressentiment qui s’infiltrent partout ? (p. 25) ».

 

Contre l’industrialisme

 

Claude Bourrinet a le grand mérite de nous rappeler que Stendhal rédigea en 1825 un pamphlet de 24 pages contre l’« industrialisme » intitulé D’un nouveau complot contre les industriels. Il se montre aussi un très virulent contempteur de l’« Amérique, hyperAngleterre (p. 101) ». Il observe là-bas que « l’individualisme inquiet, qui doit sans cesse prouver sa légitimité, est la clé de voûte de cette société asociale de pionniers (p. 102) ». Bref, « le Nouveau Monde est devenu pour lui le danger le plus redoutable de l’homme différencié, c’est-à-dire de l’homme civilisé (p. 99) ». L’auteur de La Chartreuse de Parme remarque qu’il n’y a « aucun attachement à un terroir. Tout doit être converti en dollars. Il n’y a pas de paysan en Amérique, partant, pas de pays (p. 102) ». C’est au fond le choc frontal de deux visions antagonistes du monde. « Une modernité industrielle, conformiste, uniformatrice, morose, contre une autre modernité, romantique, subtile, passionnée, émancipée. La société américaine, dans son radicalisme utilitariste, essentialise les tares de l’industrialisme britannique par le biblisme (p. 100). » Stendhal paya chère cette altière attitude, lui qui juge qu’« être dissemblable, quitte à être dissonant, est un art, une culture, une ascèse, un abandon, un je-ne-sais-quoi. C’est être un homme (p. 85) », un homme appelé Stendhal ! Nul doute que le fin lettré que fut Maurice Bardèche aurait aimé ce livre.

 

Georges Feltin-Tracol

 


 

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Houellebecq, Islam, & the Jews: A Review of Michel Houellebecq’s Soumission

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Houellebecq, Islam, & the Jews:
A Review of Michel Houellebecq’s Soumission

By Guillaume Durocher 

Ex: http://www.counter-currents.com

Michel Houellebecq’s latest novel, Soumission [2], has attracted enormous attention. The book portrays the coming to power of an Islamist president in France in 2022 and has predictably been condemned as Islamophobic. The timing of the Charlie Hebdo massacres – a few disgruntled French-born Muslims murdering left-liberal cartoonists and Jews – could not have been better in terms of boosting sales. Indeed, Soumission is already that rarest of things: a succès européen (rather than our usual pan-European cultural fair of Hollywood blockbusters and degenerate Anglo pop music). Translated versions have already become instant best-sellers in Italy and Germany. Evidently, Houellebecq has struck a nerve going to the heart of contemporary European Man’s fears and aspirations.

Anglophones have however largely been left out of the fun, being stuck getting dribs and drabs of information from news and book reviews, as there is as yet no English translation. I hope this review proves useful in this respect.

One can fairly ask the question: Did we really need another existentially subjective French novel about an alienated, ineffectual, sexually accomplished bookish fellow? If Soumission is any indication, the answer is an unambiguous “yes.”

A first, not unimportant point: Soumission is an easy and highly enjoyable read. One can breeze through it in a weekend or so. You’ll chuckle away at a joke or wry observation, delivered with a certain deadpan objectivity, on almost every page. Many consider Houellebecq’s writing to be “dark,” including his trademark highly graphic sex scenes, but I tend to think it’s just matter-of-fact. It seems to me one can only be “shocked” if one is in denial about a few basic realities about oneself, but maybe I am asking too much of my fellow featherless bipeds. It is true that the points in Houellebecq’s dialectic – whether on the safety of Paris’ Chinatown in case of a race war, the emptiness of casual sex or the slow decay of the body – are made with a rare biting force.

Soumission is among other things a marketing coup. The title translates as “submission,” which of course is one of the translations of the Arabic Islām. The rise to power of the Muslim Brotherhood in France taps into deep fears in Western Europe regarding the steady growth of the Islamic population, which given enough time will eventually become majoritarian in many countries.

But the work is not an apology for Identitarianism, nor is it even Islamophobic. On the contrary, the author uses the fantasy of an Islamic regime in France as a critique of the West’s feminist, individualist, “social democratic,” liberal-egalitarian degeneracy, his usual target. One wonders if any of his readers will be disappointed by the bait-and-switch. Houellebecq is not defending the White Man, but attacking the Last Man, the effeminate, cowardly, isolated, depressed, and yet terribly comfortable consumer-slaves we have become.

Politics by no means overwhelms the novel but rather forms the background to the protagonist’s musings. But, from the little we are told, France’s joining the House of Islam proves highly salutary, and the administration of President Mohammed Ben Abbes is an enlightened one. Even if we cannot automatically assume that the protagonist’s statements necessarily reflect the author’s views or that the narrator is completely reliable, it seems fair to say that Soumission can be read as Houellebecq’s portrayal of a possible ideal polity. Which raises the question: What are the characteristics of this polity? What destiny for nationalists, Identitarians and Jews?

A Return to Tradition

The Muslim takeover, far from being a bloodthirsty or even really an authoritarian event, is achieved democratically. Ben Abbes and Front National (FN) leader Marine Le Pen make it to the second round of the presidential elections, prompting the mainstream parties to back the Muslim Brotherhood to prevent a nationalist victory. Islam achieves power through the sheer apathy of the postmodern, nihilist, and feckless Westerner.

The new regime slowly but steadily changes the society and its mores. Patriarchy is restored as women no longer teach, and girls begin spontaneously dressing modestly, curbing a male desire which had been constantly taunted by short skirts and our pornographic advertising and pop culture. Many public universities become Islamic and only allow Muslim teachers, although secular ones are allowed on the side. Non-Muslims do fine as dhimmitude, we are told, is “flexible” in its interpretation (p. 155).

Well-known French politicians and journalists are amusingly skewered. The media is inbred while the drastic budget cuts for public education (l’Éducation nationale) has highly positive effects. Evidently Houellebecq believes France’s current cultural-ideological superstructure is basically parasitic and destructive. Democracy is no more than the competition of two rival gangs and at best an impression.

Ben Abbes having gutted the education budget, schooling becomes mandatory only up to the age of 12, apprenticeships are promoted and higher education becomes an entirely private affair. State aid to giant corporates is abolished, welfare is reduced by 85%, taxes on craftsmen and small businessmen are sharply reduced, while family allowances are massively increased on the condition that the wife is not working. The result? A flowering optimism not seen since the Trentes glorieuses and a huge fall in unemployment as women drop out of the workforce. Crime nosedives as social conservatism reigns.

The family resumes its central role in the economy (family businesses) and society as the location of intergenerational transmission. G. K. Chesterton, Hillaire Belloc and their Distributist theories of an ownership society are explicitly mentioned as models. (Is Houellebecq aware of Belloc’s Judeo-criticism [3]?)

In short, Houellebecq’s Utopia is a traditional society of personal responsibility and organic hierarchy rather than a hopelessly over-bureaucratized society of hapless, coddled cogs over-determined by the double domination of mega-corporate oligopoly and an overbearing Nanny State.

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The Destiny of the Identitarian

Identitarians and nationalists have mixed portrayals. Marine Le Pen is a stately figure. Jean-Marie Le Pen is described by the protagonist as “an idiot, more or less completely uncultivated” (p. 103). It’s not clear whether this is Houellebecq’s view. In any case, Le Pen père took the characterization in stride, responding with reference to the writer’s wretched appearance: “Houellebecq writes that I am an idiot and uncultivated. One can get the wrong impression, I always thought he was a homeless drunk!”

The Identitarians are sometimes portrayed as a kind of mirror image of violent jihadis, the two sides being involved in occasional bloodshed and electoral shenanigans. Both the Front National and the Muslim Brotherhood take the more “responsible,” route of peaceful democratic politics. Ben Abbes scolds the impatient jihadis: Why use violence now? Simply wait, and the hollow Occident will naturally turn to Islam.

In the book, the destiny of both the militant Identitarian and the depoliticized liberal is to embrace Islam. After all, pleads one Identitarian-turned-Muslim, do they not agree on the scourges of atheism and feminism, and the need for patriarchy?

The portrayal of nationalists and Identitarians is ultimately not hostile, but has a certain understanding for those calling themselves “Indigenous Europeans.” The humble goy protagonist ruefully notes as his Jewish girlfriend leaves for Israel, fearing violence: “There is no Israel for me” (p. 112).

The Disappearance of the Jews

The Jews gradually disappear throughout the course of the book with the rise of Muslim power: first the student union in the university, then the kosher aisle in the supermarket, and so on. Houllebecq repeatedly has the 44-year-old protagonist sexually desecrating his pretty young Jewess, the main love interest. She and her parents leave for Israel with the rise of the Ben Abbes regime (though no persecutions are portrayed or really implied).

A third party describes the Muslim president’s attitude thus:

[H]e really believes that massive conversions are possible with the Christians – and nothing proves that this is impossible – he no doubt has very few illusions concerning the Jews. What he hopes deep down I believe is that they will decide themselves to leave France – to emigrate to Israel. (p. 157)

Apparently Ben Abbes does not believe Jews are compatible with his Utopia.

At the end of the novel the protagonist, happily reconciled to the new regime, worries about his former girlfriend’s future: “She would live her own life, I knew it, in much more difficult conditions than mine. I sincerely hoped her life would be happy – even though I did not believe it very much” (p. 299). Her challenges are not made explicit however.

The new regime’s foreign policy is touched upon. France creates a new “Roman Empire” by re-centering the European Union southwards, with Morocco and Turkey joining, and others still in the wings. France “retakes the ambition of De Gaulle, that of a great Arab policy,” no longer participating in the United States’ destruction of the Islamic World under Zionist influence. The Gulf petro-monarchies, having become too unpopular due to collaboration with Washington, “are starting to think that an ally like Europe, less organically linked to Israel, could be for them a much better choice . . .” (p. 158–59). Now why would one Houellebecq’s characters suggest that America is “organically linked to Israel”?

Insofar as Ben Abbes’ administration can be taken as a portrayal of Houellebecq’s ideal regime, the implications are indeed rather anti-Judaic: as the forces of disintegration at work in the West are overcome, the Jews (coincidentally or not) disappear. Is the author not implying that Jewish influence is not compatible with a regenerated, patriarchal, hierarchical France? What to make of the fact that France’s return to grandeur in the world  is achieved by leading a new foreign policy independent of Israelite influence? Nonetheless, Houellebecq leaves himself more than sufficient plausible deniability to avoid the charge of anti-Semitism.

Eugenic Themes

The novel makes several intriguing inegalitarian and eugenicist points. The protagonist explains early on:

A few private lessons I gave in the hope of increasing my standard of living had soon convinced me that the transmission of knowledge was most of the time impossible; the diversity of intelligences, extreme; and that nothing could eliminate or even attenuate this fundamental inequality. (p. 18)

Later on the alleged eugenic effect of polygamy is presented as the most prominent benefit of the practice, driving mankind’s self-realization:

In the case of mammals, given the gestation time of females, to be contrasted with the almost unlimited reproductive abilities of males, selective pressure exerts itself above all on males. Inequality between males – if some were granted the enjoyment of several females, others would necessarily be deprived of it – should not be considered as a perverse effect of polygamy, but indeed its actual goal. Thus the destiny of the species fulfilled itself. (p. 269)

Later still, this eugenic effect is described as concerning especially intelligence, which is where selective pressure among human males is most prominent (p. 292). Women, in choosing men, have this effect, while men only select for beauty in their choice of mate. Although he amusingly adds that culture plays a role: “One can even, to a certain extent, persuade them [women] of the high erotic value of university professors . . .” (p. 294).

The demographic obsession is present throughout the novel. The postmodern world is selecting for those predisposed to religion, as only they breed. The new regime assures its hegemony by focusing on education: “he who controls the children controls the future, end of story” (p. 82). Islam will conquer the world through the womb; even China and India will eventually fall, for they have “allowed themselves to be contaminated by Western values” of materialism and individualism (p. 271).

A Soralian Vision?

Now, one can be forgiven for thinking that Houellebecq is engaging in some “epic trolling” of any of his readers with nationalist or Identitarian leanings. Instead of the advertised attack on Islamic immigration, one in fact gets a critique of Western liberal degeneracy through the prism of a positive portrayal of Islam. The heights of chutzpah are reached when one character explains:

One had to admit the obvious: having reached such a repugnant degree of decomposition, Western Europe was no longer in any condition to save itself – no more than Ancient Rome had been in the fifth century of our era. The massive arrival of immigration populations imbued of a traditional culture still marked by natural hierarchies, the submission of women, and the respect due to elders constituted a historic opportunity for Europe’s moral and familial rearmament, opened the perspective of a new golden age for the old continent. (p. 276)

michel houellebecq,littérature,littérature française,lettres,lettres françaises,livreThis kind of argument, even if it is part of a dialectic, can only be very troubling for Identitarians, who incidentally are portrayed in the book as wanting “Race war now!” while we are still the overwhelming majority in mother Europa. This is not an irrational attitude if a war must occur: there is no question that we grow demographically weaker with every generation in the face of the fatal triad of sub-replacement fertility, displacement-level immigration, and miscegenation.

In any case, Houellebecq’s positively showing Islam as a force for Tradition in a book marketed to Identitarians reveals him to be a man of peace. The French nationalist and anti-Judaic activist Alain Soral warmly welcomed the book [4] and the author as “a great French writer and a guy possessed by the eternal French genius.” Soral goes so far as to argue that the narrative indicates Houellebecq has been reading from his Égalité et Réconciliation website and his Kontre Kulture bookstore. (Although Soral adds he does not want a Muslim president, but rather a Putin or a Chávez.)

Soral is against both immigration to Europe and forced remigration out. One can criticize this position, given the threat against us of irreversible genetic damage and ultimately extinction in Europe. But there is a legitimate sense in which we must be careful and not macho in fantasizing about civil war. We are much weaker today than we were in 1914 or 1933. There is clearly a tendency within Western oligarchies – among neoconservatives, Zionists, representatives of the Surveillance State and Military-Industrial Complex, etc – of actively promoting a clash of civilizations between the West and Islam in order to strengthen Liberal-Atlanticist power elites and destroy the enemies of Israel. Identitarians must not prove their useful idiots.

Houellebecq and the Right

Houellebecq is not a White Nationalist; he is a ruthless chronicler of European Man’s descent into degeneracy under Liberal hegemony. Soumission positively portrays and compellingly shows the case, on a personal, emotional and subjective level, for organic hierarchy, transcendental values and even eugenics. Clearly this is a work of the Right.

The book is completely unrealistic on numerous counts. There is no prospect of an Islamic takeover in 2022 or even decades after that, given the numbers still in our favor. Muslim political organization in France is nil, their ethnic lobbies being effectively emanations of the state and of (often Jewish-led) “antiracist” groups. This is an important point: Muslims, for the most part, do not have political agency (in contrast to Jews [5] and Liberals, who have it in spades). There is no evidence Islamic polygamy is eugenic, and a lot of evidence that their institutionalized cousin-impregnating is highly dysgenic and evidently the exogamous polygamy of Sub-Saharan Africa has not had positive results. (Although could polygamy, in the right conditions, be eugenic?) These are trivial observations however. The point of the novel is not realism but a fantasy allowing one to play with ideas and argue a morality.

More relevant would be to point out that Islam – though an amusing way of criticizing feminism and liberalism – is not our way. Nor should the Roman Empire be glorified as a model, given that it eventually ruined its Latin core through miscegenation and deracination. The case for close association with Morocco or Turkey is lost on me, given for example that the Islamic World’s scientific output since the end of its Golden Age is close to nil.

Having said all this, I would argue that Houellebecq’s novel is useful to nationalists and Identitarians. Islam, I am convinced, is not our primary enemy because Muslims for the most part have no political agency. The enemy would be those who opened the floodgates and continue to marginalize European nationalists: the Zionist and/or Liberal elites who are in varying proportions hegemonic across the West.

Recognizing this, Houellebecq’s work is an invitation to Identitarians to be creative and not misidentify their enemy, to not overlook possible alliances. We need to be forward-looking and creative in our approach, which does not mean selling out. Soumission’s protagonist is obsessed with the 19th-century French novelist Joris-Karl Huysmans, particularly of his use of rare or forgotten French words as neologisms. Perhaps this is trivial, but I was struck by the similarity between this usage and the wider notion of archeofuturism.

For having made the Right-wing diagnostic, having identified a past as less degenerate, how do we go from A to B? One cannot simply start up a time machine and undo the fall of medieval Christendom, the American Civil War, or the Great European Civil War of 1914–1945. One cannot, as some might want to, simply pick up where Jefferson or Hitler left off. We must come to terms with our defeats. If Identitarianism is purely backward-looking – wishing merely to preserve Europe like a kind of mummified museum – then it will fail. I believe Houellebecq is calling on us not to cling to the past or simply charge against the wave of destruction, but to ride it, to move forward to seize the contradictions that will in turn destroy it, so that in that mysterious dialectical process we overcome the current age and ensure our salvation.

Article printed from Counter-Currents Publishing: http://www.counter-currents.com

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[2] Soumission: http://www.amazon.com/gp/product/2081354802/ref=as_li_tl?ie=UTF8&camp=1789&creative=390957&creativeASIN=2081354802&linkCode=as2&tag=countecurrenp-20&linkId=LLYJKOSV4DUNKEHP

[3] Belloc’s Judeo-criticism: http://www.theoccidentalobserver.net/2014/09/reflections-on-hilaire-bellocs-the-jews-1922-part-one-of-three/

[4] Alain Soral warmly welcomed the book: http://www.dailymotion.com/video/x2fu3qw

[5] Jews: http://www.theoccidentalobserver.net/2014/05/as-happy-as-god-in-france-the-state-of-french-jewish-elites-part-1/

mardi, 24 février 2015

Matières littéraires...

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Matières littéraires...

Ex: http://metapoinfos.hautetfort.com

Nous reproduisons ci-dessous une chronique de Richard Millet, cueillie sur son site personnel et consacrée à l'enseignement des matières littéraires au collège, aujourd'hui...

Matières littéraires

Une femme, que je ne compte pas au rang de mes amies – celles-ci  devenues rares, depuis septembre 2012, peut-être moins audacieuses que les hommes dont la réputation de lâcheté n’est pourtant pas à faire, selon les femmes, lesquelles sont autrement atteintes par la presse féminine et culturelle, et par ailleurs nombreuses à avoir signé la pétition me réputant infâme –, cette femme, donc, s’en remet à moi pour que je fasse savoir, avec d’autres mots que les siens, son désarroi devant ce qu’est devenu l’enseignement des matières dites littéraires, non pas dans un établissement situé dans une zone prétendue défavorisée, mais dans un paisible collège catholique sous contrat avec l’Etat, c’est-à-dire soumis à la propagande républicaine.

            Sa fille est en classe de troisième et elle a subi, en matière de lecture suivie, un roman de Philippe Claudel dont, me dit sa mère, exigeante lectrice, on n’imaginait pas que l’école pût rien proposer de tel à de jeunes esprits. « C’est de la littérature moyen de gamme, ou plus exactement, de la littérature pour lecteurs de Télérama, c’est-à-dire des gens qui s’imaginent savoir ce qu’est la littérature et qui se contentent d’un ersatz. » murmure-t-elle, en ajoutant qu’au 2ème trimestre, le livre à lire est Effroyables jardins, d’un certain Michel Quint, qui relève, lui, de la sous-littérature. Effroyable pour effroyable, la mère redoute, pour le 3ème trimestre, de voir entre les mains de sa fille, un roman d’Olivier Adam, de Tahar Ben Jelloun, ou d’Amélie Nothomb, soit, dit-elle, ce chiendent romanesque dont on prétend que, parce que de gauche, issu de la diversité ou écrit féminin, il témoigne de la « vitalité » de la littérature française, laquelle, chacun le sait intimement, est morte avec des romanciers de cet acabit. Sa fille avait déjà eu droit, l’an dernier, pour le centenaire-spectacle de la Grande Guerre,  à La Chambre des officiers, d’un nommé Dugain, me dit-elle encore, en précisant que ce livre-là n’est pas écrit. Je ne me prononce par sur cette littérature à l’usage des aveugles culturels et des ilotes post-chrétiens ; je me contente de déplorer qu’on ne fasse pas lire à ces collégiens des romans de Colette, de Camus, de Green, voire de Modiano, notamment Dora Bruder, sans doute son meilleur livre.

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            Il y a longtemps que les professeurs de français, devenus profs puis enseignants, non contents de savoir à peine la langue qu’ils enseignent, ignorent la littérature, en cela semblables à leurs élèves, les livres proposés cette année révélant le degré d’inculture où sont tombés les petits soldats de la propagande culturelle, tout comme leurs collègues d’histoire-géographie et d’anglais, lesquels conseillent à leurs élèves de s’abonner, par exemple, à un magazine des éditions Bayard : I love English, particulièrement obscène, comme tout ce qui provient de la secte des catholiques de gauche. J’y cherche en vain quelque chose qui relève de ce que l’on appelait naguère la culture : la littérature en est absente. En revanche, il est largement question de Disneyland, de l’ice cream, du Super Bowl, de l’effrayante Serena Williams, des smileys, des Oscars, d’acteurs, de chanteurs pop, de DJ, de films et de séries TV, tous insignifiants, la seule occurrence « culturelle »  étant un « dossier » consacré à Ellis Island et à l’immigration aux Etats-Unis, bref à la propagande immigrationniste, clé de voûte « éthique » de la pédagogie consumériste pratiquée par les éditions Bayard, comme par le reste de la presse culturelle.

            Cette pornographie consiste à ruiner, chez l’élève, non seulement toute possibilité de se cultiver (verbe à présent désuet) mais aussi l’idée de grandeur, d’élite, de hauteur, de rigueur, d’héritage, à commencer par celui, décidément haïssable, de Jérusalem, d’Athènes et de Rome. On peut même dire que, dans ces conditions, l’enseignement du français et de l’anglais (et l’on imagine ce que doivent être les cours d’histoire, soumis à la pornographie mondialiste de l’idéal bruxellois) est un crime contre l’esprit - je ne dirai pas contre l’humanité, pour ne pas parler la langue de bois onusienne, par ailleurs peu persuadé, moi, que l’humanité ne soit pas, en son essence, criminelle.

    Que faire, alors ? me demandait cette mère. Le Système est extraordinairement puissant, lui répondais-je, et la crise de l’enseignement devenue une manière de gouverner, avec ses appels réguliers, illusoires et mensongers, à la refondation de l’école, des apprentissages « fondamentaux », de l’« autorité », de la « morale civique »… On ne peut l’attaquer de front sans être récupéré. Refusons l’inversion des valeurs. Continuons d’œuvrer en silence, de déconstruire l’œuvre de 1789 et celle de Mai 68.  Rendons sans cesse sensible cette culture devenue parallèle mais qui est une des incarnations de la vérité.

Richard Millet (Site officiel de Richard Millet, 12 février 2015)

jeudi, 19 février 2015

Brummell, Barbey, Baudelaire : dandysme et magnificence tragique

Brummell, Barbey, Baudelaire : dandysme et magnificence tragique

brurecline.jpgIl serait parfaitement inconséquent de restreindre le dandysme – né en Angleterre au XVIIe siècle et dont l’âge d’or pourrait se situer entre les XVIIIe et XIXe siècles – à une simple mode vestimentaire maniériste reconnue pour sa préciosité. Bien plus, il faut y voir l’expression d’une identité paradoxale, d’un attribut psychologique. Entre vice et vertu, grandeur aristocratique et décrépitude, la singulière ambivalence du dandy promet un portrait riche en enseignements.

Le dandysme ramasse, selon le mot d’Oscar Wilde, « toute la passion romantique et toute la perfection de l’esprit grec » au service d’une « grandeur sans convictions » pour reprendre le très élégant titre d’un Essai sur le dandysme écrit par Marie-Christine Natta. Il y a, en effet, de la grandeur chez le dandy, de la noblesse d’âme, le sens de la distinction et la culture de l’excellence : une sonorité aristocratique vibrante. Si le dandysme a effectivement vu le jour sous la restauration de la monarchie anglaise, sa matrice procède d’une dilection plus ou moins palpable, à cette époque, pour les mœurs française (en rupture avec le puritanisme), et particulièrement pour l’aspect frivole d’une noblesse de cour délaissant la dévotion, autrement plus grave, d’une certaine noblesse de robe. Pourtant, le dandy est grave également, d’une gravité presque cénobitique aux relents tragiques.

Chez George Brummell – père des dandys – la coquetterie s’impose sans rémission mais, aussi et surtout, sans se fourvoyer dans l’excentricité. L’excentrique est bien trop outré pour satisfaire cette légèreté mêlée d’aplomb propre au dandy anglais. « pour être bien mis, il ne faut pas être remarqué », voici en quelques mots « l’axiome de toilette » brummellien. L’élégance n’est pas autre chose que l’art de la discrétion. Il faut se faire remarquer, se distinguer par son originalité vestimentaire et verbale, sans trop bousculer l’ordre établi. En effet le dandy, à l’inverse de l’excentrique, défie la règle (le communément admis) sans jamais l’outrepasser ; son oisiveté n’a pas d’autre fond qu’une promotion de l’indépendance : « absorbé par le culte de lui-même, il n’a rien à donner et rien à recevoir » (Marie-Christine Natta). S’il a besoin des autres par vanité, il ne peut réellement les aimer par crainte d’une dépendance affective, et le travail bourgeois l’obligerait à courber l’échine devant la crasse utilitaire – chose douloureuse pour qui a fait de sa vie une œuvre d’art, autrement dit l’éloge de l’inutile.

Barbey d’Aurevilly insiste lui aussi sur ce culte de l’indépendance qu’il relève chez le beau Brummell : « son indolence ne lui permettait pas d’avoir de la verve, parce qu’avoir de la verve, c’est se passionner ; se passionner, c’est tenir à quelque chose, et tenir à quelque chose, c’est se montrer inférieur » (en effet, Brummell préférait conserver la distance par le mordant du « trait d’esprit »). Il s’ensuit assez logiquement un mépris de l’argent dans sa conception bourgeoise, à savoir celle d’une vie assise sur le confort matériel et moral. Tout au contraire, si le dandy convoite un tel bien c’est uniquement « parce que l’argent est indispensable aux gens qui se font un culte de leurs passions » sans jamais aspirer « à l’argent comme à une chose essentielle ; un crédit indéfini pourrait lui suffire ; il abandonne cette grossière passion aux mortels vulgaires » (Baudelaire, Le peintre et la vie moderne). Il n’est ni un homme d’action, ni un homme de pouvoir ; si il agit « il choisira de préférence les causes perdues » (On pense à Lord Byron dans sa lutte mortelle au côté des insurgés grecs) : « elles ont l’avantage de ne pas rallier les foules » (Marie-Christine Natta). Le dandy aime déplaire, s’évertue à s’éloigner du commun ; non par devoir mais pour plaire davantage en suscitant l’incompréhension.

Au fond, le dandysme nous apparaît comme un « résidu » aristocratique, non seulement en décalage avec l’époque et ses valeurs bourgeoises, mais également déchiré entre la volatilité de ses mœurs et la noblesse de sa prestance. Il se pose, en réalité, comme une réaction déviante de type aristocratique. Réaction déviante en un point fondamental : le remplacement du Bien par le Beau ou le passage d’une distinction assise sur l’excellence éthique à une distinction fondée sur une singularité d’ordre esthétique ; mais réaction également conforme à son origine noble par le rejet massif de la laideur utilitaire et de l’« hédonisme vulgaire », c’est-à-dire un hédonisme qui ne serait pas corrigé par un versant ascétique et impérieux. Illustration d’une grandeur sans conviction, autrement dit d’un esprit aristocratique n’ayant plus que son ego comme objet – réclusion dans la présence intemporelle à soi comme œuvre d’art (en faisant de l’art un moyen d’expression ou d’invention). Toute la particularité du dandy réside dans la grandeur d’une âme en quête de perfectionnement et de rigueur (rigueur sportive pour les dandy anglais comme Lord Seymour ou Byron ; discipline dans l’art de la toilette, dans la perfection plastique poussée à un rare degré d’exigence et dans la création artistique ou littéraire – une esthétique de l’esprit) dissipée par des mœurs déviantes, soit par excès d’austérité, soit par une trop grande légèreté (le libertinage de Byron ou de Wilde par exemple, la chasteté de Baudelaire, les dettes de jeu et les excès de boissons alcoolisées chez Brummell, etc). En somme, il s’agit d’une « forme dégradée de l’ascèse ». Le dandy recrée la soumission à partir de lui-même sous les traits incertains d’une transcendance déchue au service de l’artifice. Une grandeur sans conviction : une hauteur sans Dieu ou la hauteur toute relative de l’homme-Dieu. Le but du dandy, nous dit Camus, « n’était alors que d’égaler Dieu, et de se maintenir à son niveau » ; « l’art est sa morale ».

Aussi est-il souvent perméable à la contagion vertigineuse des sentiments – esquisse du caractère douloureusement vulnérable de l’homme reclus. Stoïque, il ne connaît pas la reddition d’un moi presque déifié ; il est beau d’une beauté crépusculaire, celle de l’astre déclinant, « superbe, sans chaleur et plein de mélancolie » selon l’émouvante expression de Baudelaire (Le peintre de la vie moderne). La beauté d’une aristocratie tombante ; non pas le déchirement d’un drame mais la grandeur altière d’une certaine forme de résignation tragique : « un dandy peut-être un homme blasé, peut-être un homme souffrant ; mais, dans ce dernier cas, il sourira comme le Lacédémonien sous la morsure du renard ». Un cœur tragique comme celui de la jeune Germaine décrit par Georges Bernanos (Sous le soleil de Satan) : « Tel semblait né pour une vie paisible, qu’un destin tragique attend. Fait surprenant, dit-on, imprévisible… Mais les faits ne sont rien : le tragique était dans son cœur ». Si le dandy est beau c’est parce qu’il est tragique (ou l’inverse) ; aussi, il est seul, mais seul comme personne : il est l’unique à son degré de conscience le plus élevé (et il a pourtant encore besoin des autres pour être admiré – comme on admire une belle sculpture – et satisfaire sa vanité qui toujours suppose une certaine dose d’humilité).

Résignation au culte de soi jusqu’à la mort de soi, jusqu’au mourir blanchotien (aussi paradoxale que cela puisse paraître, une érection de l’ego persiste dans la dépossession de l’absence à soi, dans l’impersonnel ou le neutre de l’ œuvre d’art – comme chez Blanchot, pour qui l’art de l’écriture marque l’instant de sa mort, le dandy, sculpteur d’individualité, s’épuise dans son œuvre : ne participe-t-il pas, pour Sartre, à un « club de suicidés » ?). Le dandysme se définit finalement par cette espèce « de culte de soi-même, qui peut survivre à la recherche du bonheur à trouver dans autrui » ou, pour Daniel Salvatore Schiffer, à travers une « esthétique de la disparition » déclinée sous la plume d’André Glucksmann qui, dans Une rage d’enfant, fait du dandysme «l’assomption narcissique » d’une autodestruction entendue « comme la forme éminente de la coïncidence avec soi : dans un seul et même élan je me fais et je me défais ». L’hypertrophie et la disparition du moi – deux faces oxymoriques d’une même médaille – soulignent une forme de mystique dévoyée et doloriste très éloignée de l’absolu plotinien. « le Bien, nous dit Plotin, est plein de douceur, de bienveillance et de délicatesse. Il est toujours à la disposition de qui le désire. Mais le beau provoque terreur, également, et plaisir mêlé de douleur. Il entraîne loin du Bien ceux qui ne savent pas ce qu’est le Bien, comme l’objet aimé peut entraîner loin du Père ». L’élan passablement mystique du dandy ne délivre pas. Le Beau seul n’est que création (chez le dandy il s’agit d’une ultime création : une création de soi) et donc – malgré les efforts pour s’oublier dans cette création – déréliction. Seul le Bien permet l’abandon ; seul le Bien conduit au renouement originel.

beau-brummell-m.jpgDe ce qui précède, nous ne pouvons ignorer la place de choix qu’occupe, au sein du dandysme, la sensibilité romantique – Albert Camus ne s’y est pas trompé lorsqu’il fait du dandy un « héros romantique ». Dandysme et beylisme s’accorde majestueusement. D’après Léon Blum « nous trouvons (…) au fond du beylisme ce qui peut-être l’essence de la sensibilité romantique : la persistance vers un but qui, d’avance, est connu comme intangible, l’acharnement vers un idéal, c’est-à-dire vers l’impossible, la dépense consciente de soi-même en pure perte, sans espoir quelconque de récompense ou de retour. Car les âmes assez exigeantes pour aspirer à ce bonheur parfait, ou même surhumain, le sont trop pour accepter en échange les compensations atténuées qui font le lot commun des hommes. La mélancolie romantique est issue de ces thèmes élémentaires : les seuls bonheurs accessibles à l’homme font sa bassesse ; sa noblesse fait sa souffrance ; une fatalité maligne a posé devant lui ce dilemme : la vulgarité innocente qui le ravale à la brute, l’aspiration anxieuse et condamnée qui le hausse vers un ciel inaccessible… ». Cette jolie citation nous rappelle que l’esthétique de soi dévoile un thème propre à la fois au dandysme et au romantisme (Stendhal, Byron et surtout Baudelaire symbolisent la fusion parfaite de ces deux aspects). Qui a mieux exalté que Baudelaire la friction permanente entre le don de soi dans l’art poétique et la transpiration mélancolique ? L’auteur des Fleurs du mal pour qui « le malheur est à la fois une noble distinction et un critère esthétique » (Marie-Christine Natta) a écrit ces mots extraordinaires dans sa lettre à jules Janin : « Vous êtes un homme heureux. Je vous plains, monsieur, d’être si facilement heureux. Faut-il croire qu’un homme soit tombé bas pour se croire heureux ! (…) Je vous plains, et j’estime ma mauvaise humeur plus distinguée que votre béatitude » ; ou encore dans Fusée : « je ne prétends pas que la Joie ne puisse pas s’associer à la Beauté, mais je dis que la Joie (en) est un des ornements les plus vulgaires ; – tandis que la Mélancolie en est pour ainsi dire l’illustre compagne, à ce point que je ne conçois guère (mon cerveau serait-il un miroir ensorcelé ?) un type de Beauté où il n’y ait du Malheur ».

Il faut ici souligner à quel point la rhétorique baudelairienne du clair-obscur explore admirablement ce mélange inextricable de bien et de mal chez le dandy – signe irrévocable d’une primauté, déjà soulignée, du Beau sur le Bien – et saisit avec justesse son élan décadent. « Le dandysme apparaît surtout aux époques transitoires où la démocratie n’est que partiellement chancelante et avilie ». Baudelaire ajoute ensuite : « dans le trouble de ces époques quelques hommes déclassés, dégoûtés, désœuvrés, mais tous riches de force native, peuvent concevoir le projet de fonder une espèce nouvelle d’aristocratie (…) le dandysme est le dernier éclat d’héroïsme dans les décadences ». Nous voyons ici que la décadence, contrairement à une certaine idée de la médiocrité, suppose un dernier éclat ou les vestiges d’une grandeur irréconciliable – du moins dans ses anciennes formes – avec les changements d’un nouveau monde en construction. Les époques de transition (et le XIXe siècle en est une) offrent une sensibilité remarquable à l’idée de décadence. Aussi, à cette période transitoire de notre histoire (XIXe siècle), la fièvre émancipatrice n’a pas encore transformée la tolérance en demande de reconnaissance dont le moteur est évidemment ce désir exécrable d’indistinction porté par les passions relativistes (relativisme qui, par ailleurs, ne s’étend plus aux ennemis du relativisme quant à eux sévèrement jugés). Cette tolérance mal comprise, ou consciencieusement niée au profit de la reconnaissance, se déroule ainsi : je ne souhaite plus seulement que ma différence soit tolérée mais reconnue, c’est-à-dire, précisément, niée en tant que différence, mise à égalité, noyée dans l’indistinction.

bru_CIN91254_038.jpgCe court détour pour rappeler que le dandysme, comme l’a aussi montré Camus, évolue sur le mode de la révolte et non de la révolution. Sartre, dans son Baudelaire, expose le sens de cette nuance : « le révolutionnaire veut changer le monde, il le dépasse vers l’avenir, vers un ordre de valeur qu’il invente ; le révolté à soin de maintenir intacts les abus dont il souffre pour pouvoir se révolter contre eux (…) Il ne veut ni détruire ni dépasser, mais seulement se dresser contre l’ordre. Plus il l’attaque, plus il le respecte obscurément ». Si le dandy a pu pénétrer les milieux aristocratiques les mieux conservés de son temps sans éveiller le moindre rejet (Brummell, par exemple, était membre du cercle du prince George), c’est parce qu’il a su, à la fois, embellir ses déviances et, surtout, ne jamais les revendiquer comme un modèle à suivre : il n’a jamais agité son droit à la reconnaissance et s’est toujours contenté d’une franche indépendance (liberté de de rien vouloir et, par conséquent, de ne rien demander). Le dandy possède cette faculté de transformer un « crime » en vice, une déviance difficilement tolérable (à tort ou à raison) en une fantaisie séduisante ; sa force fut, à la fois, de greffer son cortège de vices sur une nature exceptionnellement distinguée (par son degré d’exigence plastique, intellectuelle et artistique) mais aussi de se maintenir à distance du pouvoir et des revendications politiques, loin, très loin, des lumières criardes de l’ostension révolutionnaire. Peut-être faudrait-il veiller à ne pas oublier cette citation de Benjamin Disraeli : « ce qui est un crime pour le grand nombre n’est qu’un vice pour quelques-uns ». Compte tenu de la nature pécheresse de l’homme, l’harmonie sociale est à ce prix.