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dimanche, 18 octobre 2026

Qui casse et pour qui?

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Qui casse et pour qui?

par Paolo Bolo

Source: https://www.facebook.com/groups/25490245713968808/user/100008351225117

Rappelons une évidence que certains éditorialistes ont égarée entre deux plateaux : les casseurs ne sont ni les étudiants, ni les retraités. Ne l'oubliez pas, car on va s'employer à vous le faire oublier.
 
Le dangereux profil du retraité
 
Regardons les faits. D'un côté, des lycéens et des étudiants armés de pancartes, d'une enceinte Bluetooth et de la conviction que leur avenir mérite mieux qu'un CDD à perpétuité. De l'autre, des retraités équipés de gilets syndicaux, de thermos et de genoux fragiles, dont l'activité la plus violente consiste à entonner un refrain avec trois mesures de retard.
Pour briser une vitrine, il faut de l'élan, une cagoule et un certain sens de l'organisation. Pour une retraitée de 68 ans à la hanche en titane, il faut surtout un banc à proximité.
 
Pourtant, à entendre certains commentaires, on croirait que la place de la République est envahie par des hordes de licence de sociologie et de grands-pères en polaire, prêts à retourner une voiture entre deux pauses café. Le péril gris, voilà le nouvel ennemi intérieur. Qu'on se rassure : aucun retraité n'a jamais incendié une poubelle sans vérifier d'abord qu'elle était bien destinée au tri.
 
La grande théorie de l'amalgame
 
Le procédé est rodé, presque artisanal. On filme une vitrine brisée, on la passe en boucle, et on place à côté l'image d'un million de manifestants. Le téléspectateur, qui a l'esprit vif mais le temps court, fait lui-même le rapprochement. Le million, c'est la vitrine. La vitrine, c'est le million. Des gens qui ont défilé dans le calme deviennent ainsi, par la magie du montage, les complices de quelques cagoulés. C'est la division du travail à la française : les uns cassent, les autres en paient la réputation.
Et s'il reste un doute, il suffit de prononcer « ultra gauche », formule magique qui explique tout. Cette organisation tentaculaire serait donc capable de réunir étudiants, syndicats et retraités, de les faire marcher pacifiquement pendant des heures, puis de les transformer d'un coup de baguette en pilleurs d'enseignes. Quel talent. On songe à lui confier l'organisation des prochains Jeux olympiques.
 
Qui casse, alors ?
 
La question mérite d'être posée sans naïveté. Les casseurs, par définition, ne manifestent pas pour les retraites : ils ne connaissent pas le nombre de trimestres, se moquent de l'âge légal et n'ont aucune opinion sur la surcôte. Ils viennent pour autre chose, casser, parfois piller, rarement défendre quoi que ce soit. Cagoulés, mobiles, organisés en petits groupes, ils s'évaporent avant la fin du cortège, qualité remarquable pour des gens qu'on dit pourtant très repérables.
 
Et c'est là que le mystère s'épaissit. Pourquoi, dans plusieurs villes, ces groupes si identifiables ont-ils pu opérer longtemps, tandis que les cortèges étaient nassés et gazés en un temps record ? Manque de moyens, nous dit-on. Soit. Un manque de moyens très sélectif, qui s'évanouit comme par enchantement dès qu'il s'agit de lancer une grenade sur des gens qui chantent.
 
Y a-t-il un calcul derrière tout cela ? Nous n'en avons aucune preuve, et ce texte est une satire, pas une enquête. Mais quand le même scénario se reproduit à l'identique, on a le droit de poser la question, y compris à voix haute.
 

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Le casseur, cet auxiliaire précieux
 
Car il faut le reconnaître, le casseur rend de grands services à la communication gouvernementale. Il permet de ne plus parler du fond (retraites, salaires, avenir) pour parler de la forme (vitrines, abribus, poubelles). Il transforme le débat public en bulletin météo : « des incidents sont à déplorer ». Il offre au ministre de l'Intérieur l'occasion de s'exprimer à la télévision, l'air grave, devant des images spectaculaires, plutôt que de répondre à la question qui fâche.
 
Imaginez la catastrophe pour l'exécutif : un million de personnes qui défilent sans un seul incident. Il faudrait alors discuter de ce qu'elles disent. Un cauchemar. Heureusement, le casseur est là, ponctuel, dévoué, d'une loyauté tout à fait involontaire. Personne ne l'a invité, mais il arrive toujours miraculeusement à l'heure, étonnant, non ?
 
Qui paie la note ?
 
La facture, elle, se partage équitablement. Le commerçant paie la vitrine. L'étudiant paie sa réputation. Le retraité paie en gaz dans les poumons. Et ceux qui souhaitaient que l'on ne parle surtout pas du fond du sujet ? Rien du tout. C'est l'avantage de la mutualisation: la dépense est collective, le bénéfice reste privé.
 
Conclusion
 
Alors souvenons-nous, et répétons-le à chaque plateau télé, à chaque dîner de famille, à chaque oncle qui commence sa phrase par «mais quand même»: les casseurs ne sont pas les étudiants, ils ne sont pas les retraités. Ils sont ceux dont la présence arrange tout le monde, sauf ceux qui défilent.
 
Qui casse ? Quelques-uns. Pour qui ? À chacun d'y réfléchir, en se rappelant simplement à qui profite le chaos, qui passe en boucle sur les chaînes d’info pour accuser les étudiants, LFI et une ultra-gauche qui n’a jamais existé en France? Qui veux que vous ayez peur?
 
Texte satirique : l'hypothèse d'un chaos toléré ou voulu relève de l'ironie et n'est pas établie à ce jour.

Evola et l’axe Berlin-Moscou-Washington

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Evola et l’axe Berlin-Moscou-Washington

Constantin von Hoffmeister

Quelque chose d’inhabituel prend forme entre Berlin, Moscou et Washington. Markus Frohnmaier, vice-président du groupe parlementaire de l’AfD (Alternative pour l’Allemagne) au Parlement allemand, a confirmé que l’AfD était en contact avec Kirill Dmitriev, envoyé spécial de Vladimir Poutine pour la coopération économique internationale et directeur du Fonds russe d’investissement direct, au sujet d’un projet de forum d’affaires Russie–États-Unis–Allemagne en 2027. Frohnmaier (photo) a déclaré au journal russe Izvestia que les précisions concernant le lieu seraient annoncées ultérieurement et indiqué que Nord Stream et, plus largement, la coopération économique figureraient parmi les sujets abordés. Dmitriev, qui a également joué un rôle dans les contacts économiques de Moscou avec l’administration Trump, avait auparavant indiqué que la Russie était disposée à organiser une telle rencontre.

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L’importance de cette proposition tient moins aux modalités d’une nouvelle conférence internationale qu’aux trois pays concernés : la Russie, ancien principal fournisseur de gaz acheminé par gazoduc vers l’Europe ; l’Allemagne, centre industriel dont le modèle économique dépendait autrefois fortement d’une énergie russe bon marché ; et les États-Unis, puissance qui façonne l’architecture de sécurité européenne depuis 1945. Le philosophe italien Julius Evola aurait reconnu quelque chose de familier dans cette configuration triangulaire. Son œuvre envisageait régulièrement l’histoire non comme une marche ordonnée vers une rationalité toujours plus grande, mais comme un affrontement entre des forces profondes liées au pouvoir, à la hiérarchie, aux intérêts et à la civilisation, que le langage politique officiel dissimule fréquemment. Le projet de forum importe parce qu’il remet certaines de ces forces en lumière.

Julius Evola soutenait que la vie économique devait rester subordonnée à des principes politiques et civilisationnels supérieurs. Qu’aurait-il pensé du fait que les liens énergétiques de l’Allemagne avec la Russie deviennent une épreuve révélatrice de sa position entre Moscou et Washington ?

Au cœur de la discussion se trouve Nord Stream, un nom devenu le symbole de toute une époque révolue des relations économiques germano-russes. Nord Stream 1 a commencé à acheminer directement du gaz russe vers l’Allemagne par la mer Baltique en 2011, tandis que Nord Stream 2 a été achevé sans jamais entrer en exploitation commerciale régulière. En septembre 2022, trois des quatre conduites ont été gravement endommagées par des explosions. Le parquet fédéral allemand a poursuivi une enquête pénale visant à identifier et à poursuivre les responsables. De son côté, l’AfD a demandé une enquête parlementaire sur la gestion politique de l’attaque, notamment sur ce que savait le gouvernement allemand, sur sa réaction et sur les conséquences à en tirer pour les relations de l’Allemagne avec l’Ukraine et la protection des infrastructures critiques. Frohnmaier lui-même a qualifié Nord Stream d’infrastructure économique critique pour l’Allemagne, tandis que la dirigeante de l’AfD, Alice Weidel, a appelé à la levée des restrictions sur le pétrole et le gaz russes.

Quoi que l’on pense de ces positions, le différend dépasse la question du prix d’un mètre cube de gaz. Il porte sur la question de savoir si l’Allemagne devrait à nouveau bâtir une partie de sa stratégie industrielle sur des liens économiques directs avec la Russie. La pertinence d’Evola est ici indirecte, mais éclairante: dans Révolte contre le monde moderne, il rejetait la tendance moderne à faire du calcul économique le critère suprême de la vie politique. Nord Stream pose presque la question inverse. L’Allemagne doit décider non seulement si l’énergie russe serait moins chère, mais aussi quel ordre politique, quelles alliances et quelles dépendances accompagneraient son retour.

La présence américaine rend la proposition plus intéressante encore. Une conférence énergétique purement germano-russe pourrait aisément être présentée comme une tentative de rétablir la relation commerciale qui existait avant la guerre en Ukraine. Un forum Russie–États-Unis–Allemagne suggère quelque chose de plus vaste: la possibilité que les relations économiques avec Moscou puissent un jour être discutées dans le cadre d’un nouvel arrangement incluant Washington, plutôt que simplement contre Washington.

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Dmitriev (photo) est une figure importante à cet égard. Parallèlement à ses fonctions à la tête du Fonds russe d’investissement direct, il a exercé celles d’envoyé présidentiel et participé à des discussions avec des personnalités liées à l’administration Trump sur la coopération économique, l’énergie et la guerre en Ukraine. Aucun engagement américain à participer au forum envisagé pour 2027 n’a toutefois été confirmé; la forme qu’il prendra éventuellement reste donc incertaine. Mais le concept lui-même laisse entrevoir un monde dans lequel la diplomatie commerciale pourrait à nouveau franchir les lignes de fracture géopolitiques qui se sont durcies après 2022.

Evola n’aurait guère considéré les conférences d’affaires internationales comme des vecteurs de transcendance; sa critique de la civilisation moderne visait explicitement la réduction des principes politiques supérieurs à l’économie et aux intérêts matériels. Mais, dans une perspective évolienne, le trait révélateur est qu’ici l’économie devient le terrain sur lequel se négocient les questions de pouvoir. Les gazoducs, les fonds d’investissement, les sanctions, la compétitivité industrielle et le commerce ne sont pas des questions techniques autonomes. Ce sont des instruments par lesquels les États tentent de déterminer leur position au sein d’une hiérarchie des puissances.

Pour l’Allemagne, la question du rétablissement de liens économiques majeurs avec la Russie a acquis une urgence inhabituelle, car la relation énergétique entre les deux pays a déjà été démantelée dans des proportions qui auraient semblé improbables il y a seulement quelques années. Les exportations russes par gazoduc vers l’Europe ont chuté de manière spectaculaire depuis le début de la guerre en Ukraine, tandis que l’Union européenne s’est engagée dans une démarche visant à mettre fin aux importations restantes de gaz russe. Moscou, de son côté, a signalé à plusieurs reprises qu’il serait disposé à reprendre les livraisons, notamment par les infrastructures de Nord Stream encore intactes.

L’AfD a intégré le rétablissement des liens économiques avec la Russie à son argumentaire de politique étrangère, s’opposant ainsi à l’approche adoptée par les gouvernements allemands successifs depuis 2022. Ses détracteurs soutiennent qu’une telle orientation recréerait une dépendance envers Moscou et affaiblirait les efforts européens visant à faire pression sur la Russie au sujet de l’Ukraine; ses partisans affirment que l’Allemagne a nui à ses propres intérêts industriels en rompant une relation économiquement avantageuse.

Le forum proposé réunirait donc dans une même salle les protagonistes d’un différend qui traverse en profondeur la politique allemande depuis des années: l’avenir économique de l’Allemagne doit-il rester étroitement inscrit dans le cadre stratégique euro-atlantique actuel, ou le pays doit-il retrouver une plus grande liberté pour développer des relations de grande ampleur avec la Russie? Les écrits politiques d’Evola ne peuvent apporter de réponse économique à ce différend, mais sa distinction entre les institutions formelles et l’autorité sous-jacente offre une manière de comprendre l’intensité du débat. La question n’est pas simplement de savoir où l’Allemagne achète son gaz. Elle est de savoir qui détient le pouvoir de définir les limites dans lesquelles s’exerce la politique économique allemande.

C’est, en définitive, ce qui donne à l’annonce de Frohnmaier une portée plus grande que ne le laisse entendre l’expression modeste de «forum d’affaires». Aucun accord n’a été annoncé, aucun lieu n’a été confirmé, et rien ne garantit que des représentants des trois pays se rencontreront effectivement en 2027. Pourtant, la tentative elle-même révèle que certains acteurs politiques réfléchissent déjà au-delà de l’architecture diplomatique issue de la guerre en Ukraine.

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L’AfD cherche à se positionner comme un intermédiaire allemand disposé à parler simultanément avec Moscou et, potentiellement, avec Washington, tout en faisant de Nord Stream le symbole d’un possible rétablissement des liens économiques germano-russes. Ses adversaires voient un danger dans cette démarche, craignant à la fois une nouvelle dépendance énergétique et une influence politique russe accrue. La question de fond restera donc ouverte même si le forum n’a jamais lieu: quel type d’ordre européen succédera à la confrontation actuelle?

Evola a bâti une grande partie de sa philosophie sur la conviction que les ordres historiques finissent par s’épuiser et que des périodes d’apparente permanence peuvent dissimuler de profondes transitions. Il n’est pas nécessaire d’adhérer à sa philosophie de l’histoire pour comprendre pourquoi son image d’une structure ancienne perdant son autorité trouve ici un écho. Nord Stream gît endommagé sous la Baltique, l’ancienne relation commerciale germano-russe a largement disparu, et l’ordre européen établi après la guerre froide est soumis à d’énormes tensions. Une rencontre entre Allemands, Russes et Américains ne créerait pas, à elle seule, un nouvel ordre. Mais elle pourrait constituer un modeste indice que les débats sur la forme de cet ordre ont déjà commencé.

 

France, Europe: attachez vos ceintures!

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France, Europe: attachez vos ceintures!

Andrea Zhok

Source: https://www.facebook.com/andrea.zhok.5

Les images des flammes qui enveloppaient l’hôtel de ville de Limoges, en France, et de l’effondrement de son clocher font le tour du monde. Des épisodes comme celui-ci ne peuvent qu’être condamnés, tout comme les actes de pillage qui ont accompagné les manifestations dans de nombreuses régions de France.

Toutefois, si nous nous limitions à ce niveau de réflexion, nous ne ferions que nous livrer à un exercice classique de conservatisme petit-bourgeois, qui a ses raisons, mais qui est aussi tragiquement myope. Faire la morale à propos des voitures brûlées et des vitrines brisées, sans aller au-delà, est simplement le signe que l’on n’a pas encore compris la gravité des circonstances dans lesquelles nous nous trouvons.

Ce à quoi nous assistons en France, mais désormais aussi, sous des formes différentes, dans de nombreux pays européens — Espagne, Portugal, Albanie, Belgique et, depuis hier, Italie — est tout sauf un événement irrationnel. Il existe en effet des événements historiques qui ne sont irrationnels qu’à l’échelle locale, mais dont la rationalité devient évidente dès que l’on prend suffisamment de hauteur.

Rationnel ne signifie pas indolore, ni exempt d’injustices.

Il faut exercer son regard à tenir ensemble deux niveaux d’analys : celui où l’on peut juger certains actes et certains individus barbares, inciviques, vandales, et celui où l’on peut — et où l’on doit — comprendre que l’histoire est toujours un fleuve qui charrie des débris et des cadavres, mais c'est un fleuve que les sermons n’arrêtent pas.

Ce qui se produit obéit à une implacable rationalité collective, même si ceux qui y prennent part n’en ont souvent qu’une compréhension limitée, voire aucune.

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Depuis de nombreuses années, les populations européennes font l’expérience de classes dirigeantes qui se présentent comme un organisme technocratique anonyme, une muraille de caoutchouc qui se déplace d’elle-même et avance en «pilotage automatique», dans une indifférence totale aux besoins de la population. Le pari de ces couches technocratiques liées à la finance a été de parvenir à endormir les consciences avec l’actuel opium des peuples que constituent les médias — divertissement et information-spectacle — et de dompter les récalcitrants par des mesures restrictives: un coup de matraque par-ci, une fermeture de comptes par-là, une petite loi électorale ici, une annulation d’élections là, etc.

Le postulat général, tacite et incontesté des dirigeants européens est qu’on ne raisonne pas avec la plèbe: on se contente d’alterner la carotte et le bâton.

Tout ce qui est dit publiquement est toujours un mensonge intéressé, sans exception, hormis les cas fortuits où une vérité peut, à son tour, être instrumentalisée. Le discours public est devenu une interminable comédie qui se soucie de moins en moins de préserver un semblant de crédibilité.

Ainsi, personne de sain d’esprit ne pense réellement que la Russie s’apprête à nous envahir, mais cela n’empêche pas des cohortes de petits guignols institutionnels de répéter chaque jour ces conneries avec le plus grand sérieux. Et, naturellement, tout le monde sait que, dans ce jeu de fables montées en épingle par une presse stipendiée, le seul élément qui compte, le pivot qui demeure au gré des circonstances, est la volonté de disposer arbitrairement des ressources publiques pour les orienter vers des intérêts privés.

En substance, les classes dirigeantes ont depuis longtemps pris l’habitude de traiter la population comme un animal idiot, avec lequel toute argumentation rationnelle est exclue et qu’il faut traiter, d’un côté, par des flatteries sélectives et des privilèges ciblés, et, de l’autre, en la réduisant à l’impuissance.

Et ce mécanisme peut fonctionner, et fonctionne longtemps.

Jusqu’au jour où il ne fonctionne plus.

Et il ne fonctionne plus le jour où trop de personnes perdent trop de choses pour pouvoir se permettre de rester dans la torpeur.
Il ne faut pas comprendre ici «perdre trop» comme quelque chose qui irait jusqu’à «mourir d’inanition».
Dans une société moderne, les gens se retrouvent dans des situations de privation insupportable bien avant de «mourir de faim».

Aujourd’hui, par exemple, ne pas avoir les moyens d’utiliser une voiture ou d’accéder à Internet signifie, pour la majorité de la population, être coupé du monde, du travail, de la vie sociale, de la vie tout court. Et le fait que les voitures et les téléphones portables aient autrefois été des biens de luxe ne change rien: c’est désormais le nouveau seuil de «participation à la vie commune», ce qui distingue la vie de la non-vie.

Des populations entretenues comme des bêtes de somme auxquelles on distribue occasionnellement du pain et des jeux, des petits boulots de merde et du baratin télévisuel ne sont pas et ne seront pas, le jour où cette mécanique s’enraye, sensibles aux arguments du respect de l’espace public, de la propriété, des monuments, etc.

Ceux qui brûlent des voitures, des bâtiments historiques et des magasins sont des individus privés de repères culturels et moraux. Mais les véritables coupables, ceux qui devraient être amenés à payer, sont ces couches dirigeantes qui ont cultivé et voulu cette privation, pensant qu’elle leur serait utile.

Aujourd’hui, la cocotte-minute est sur le point d’exploser. Même si cette vague devait retomber, ce n’est que le début, car les classes dirigeantes européennes ne sont en mesure, ni matériellement ni culturellement, de rectifier le cap. Alors, attachez vos ceintures, car nous allons droit dans le mur.     

samedi, 17 octobre 2026

Des devoirs d'histoire pour la chancellerie de Merz: pour mettre fin au sinistre cirque de la géopolitique occidentale

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Jeffrey Sachs nous met en garde: «Vous n’imaginez pas ce que Merz dissimule!»

Des devoirs d'histoire pour la chancellerie de Merz: pour mettre fin au sinistre cirque de la géopolitique occidentale

Jens Kröger

1. Quand la diplomatie fait une pause — le leadership à l’ère de la médiocrité

Bienvenue dans le théâtre scolaire de la géopolitique contemporaine. Quiconque observe ces jours-ci l’élite dirigeante occidentale ne contemple plus des visages majestueux de grands hommes d’État historiques, mais une arène en proie à une crise aiguë du leadership.

cq5dam.web.1280.1280.jpegComme le diagnostique avec justesse l’éminent économiste et conseiller gouvernemental, le professeur Jeffrey Sachs, l’Occident a désappris ce qui relève, au fond, du simple comportement adulte: l’échange pacifique et civilisé d’arguments, la capacité à dialoguer honnêtement et la résolution pragmatique de problèmes complexes.

À la place, ce sont les médiocres qui règnent sur la scène internationale. Qu’il s’agisse d’un Joe Biden désorienté, d’un Donald Trump psychiquement instable, d’un Olaf Scholz falot ou d’un Friedrich Merz en pleine ascension, la classe politique a jeté la diplomatie aux poubelles de l’histoire pour la remplacer par une politique d’escalade stupide et hystérique.

On joue les hommes forts dans le bac à sable géopolitique, alors qu’en réalité on ne démontre qu’une chose: une incapacité totale à comprendre les liens qu'imposent l'histoire. Lorsque les seuls instruments de gestion des conflits se résument à des fantasmes de réarmement et à des bruits de bottes, ce n’est pas une preuve de force géopolitique, mais un constat d’indigence diplomatique.

2. Le traumatisme de 2008 et la perte des repères en politique étrangère

Il fut un temps où l’Allemagne possédait des responsables de politique étrangère qui comprenaient ce que signifient la paix et la géographie — que l’on pense à Willy Brandt, Helmut Schmidt, Gerhard Schröder ou Helmut Kohl. Ils savaient que la coopération économique et l’énergie russe bon marché, acheminée par des projets comme Nord Stream, constituaient les piliers de la prospérité et de la stabilité européennes.

Mais le moment précis où la politique étrangère allemande a complètement perdu la raison et ses propres repères peut être daté au jour près: ce fut le deuxième jour du sommet de l’OTAN à Bucarest, en 2008.

Le premier jour, la chancelière Angela Merkel mettait encore, à juste titre, en garde contre les dangers immenses qui nous guettaient et elle soulignait, dans la foulée, que l’insistance des États-Unis pour élargir l’OTAN à l’Ukraine constituait une provocation directe et pouvait donc logiquement être interprétée par Moscou comme une déclaration de guerre.

Le deuxième jour, cependant, elle céda sous la pression massive du président américain George W. Bush. Depuis ce jour funeste, Berlin a renoncé à une politique étrangère autonome et raisonnable, se soumet sans condition aux principes impériaux de Washington et avance à l’aveuglette sur la voie de la confrontation.

Le tableau ci-dessous nous présente la situation: 

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3. Cours d’histoire pour les dirigeants: ce que Merz et consorts ont «oublié»

567454-567491.jpegFriedrich Merz — l’ancien lobbyiste de BlackRock engoncé dans les habits d’un prétendant à la chancellerie — se distingue surtout, aujourd'hui, par ses appels à un réarmement massif, à la production de drones et à une confrontation résolue. Tel un moulin à prières, il répète par réflexe cette affirmation: «Il n’y a personne avec qui négocier. Nous devons nous préparer à la guerre».

Hormis une maigre rencontre de vingt minutes entre Johann Wadephul et Sergueï Lavrov — une infime lueur d’espoir aussitôt piétinée —, la direction de la CDU a jusqu’ici refusé toute démarche diplomatique. Mais avant de prodiguer de nouveaux conseils, M. Merz devrait de toute urgence faire personnellement ses devoirs dans la branche "histoire". Les archives de son propre gouvernement fédéral révèlent des faits que l’on s’emploie aujourd’hui ostensiblement à oublier à Berlin:

- La promesse de Tutzing du 30 janvier 1990: le ministre des Affaires étrangères Hans-Dietrich Genscher assura sans ambiguïté face à l’opinion publique mondiale qu’il n’y aurait pas d’élargissement de l’OTAN vers l’est.

- L’engagement du 10 février 1990: lors d’un entretien personnel avec le président Gorbatchev, le chancelier Helmut Kohl confirma explicitement que l’OTAN n’étendrait pas sa zone vers l’est.

- La promesse liée à la fin du pacte de Varsovie: l’Allemagne donna aux dirigeants soviétiques sous Gorbatchev la ferme garantie de ne pas exploiter le retrait de leurs troupes, de ne pas chercher querelle à la Russie et de ne pas provoquer d’escalade.

C’est tout de même une remarquable prouesse intellectuelle que d’effacer aussi complètement de sa mémoire, en trois décennies, les promesses fondamentales de ses propres icônes politiques (Kohl et Genscher). Quiconque mène une politique étrangère sans connaître les comptes rendus de sa propre administration n’agit pas en homme d’État, mais en provocateur, inculte en histoire, gesticulant dans un magasin de porcelaine géopolitique.

4. Un schéma vieux de deux siècles: la russophobie et le «Grand Jeu» impérialiste

L’hystérie actuelle de l’Occident n’est pas un phénomène nouveau: elle suit un schéma psychologique entretenu depuis deux siècles. Cette politique est alimentée par la peur panique des élites occidentales de perdre leur domination mondiale — une peur déclenchée par l’ascension de la Chine et le retour de l’Asie.

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Dès le XIXe siècle, la Grande-Bretagne sombra dans une paranoïa absurde. Alors que la Russie avait encore été, en 1815, l’alliée décisive dans la victoire sur Napoléon, Londres développa soudainement, entre 1815 et 1840, une russophobie profondément enracinée. Comme l’a démontré l’historien John H. Gleason dans son étude The Origins of British Russophobia, aucune provocation russe ne la justifiait.

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Dans le tristement célèbre «Grand Jeu», les Britanniques s’imaginaient tout simplement que la Russie voulait franchir la passe de Khyber et conquérir l’Empire britannique des Indes. Une pure chimère qui finit par culminer dans la guerre de Crimée de 1853, au cours de laquelle la Grande-Bretagne et la France tentèrent d’évincer la Russie de la mer Noire — un parallèle historique avec le conflit actuel, que Sachs qualifie avec justesse de «deuxième guerre de Crimée».

En 1952, Joseph Staline proposa une Allemagne unifiée, démilitarisée et neutre, dont les troupes soviétiques se seraient retirées. Le traité d’État autrichien de 1955 prouva que ce modèle fonctionnait: l’Autriche choisit la neutralité et les Soviétiques se retirèrent pacifiquement. Konrad Adenauer et les États-Unis rejetèrent pourtant la note de Staline. On préféra une Europe divisée dans la guerre froide à une Allemagne neutre, parce qu’Adenauer — comme il l’avoua en confidence — ne se méfiait pas de Staline, mais du peuple allemand.

Après 1990, le drame se répéta: Gorbatchev et Eltsine proposèrent une architecture de sécurité européenne commune dans le cadre de l’OSCE. Les États-Unis préférèrent s’autoproclamer maîtres d’un monde unipolaire, dénoncer des traités de désarmement et étendre l’OTAN. C’est le vieux jeu impérialiste: qui exige une domination absolue désapprend la capacité à faire la paix.

5. Examen des scénarios: bulles financières, crépuscule du dollar et piège des Taurus

Dans quelle mesure les scénarios de menace avec lesquels les responsables politiques occidentaux effraient leurs citoyens sont-ils réalistes? Une confrontation analytique avec la réalité montre à quel point les récits des décideurs sont, en vérité, fragiles :

Scénario 1: les BRICS et l’effondrement du dollar

Présentation du scénario :

Les pays des BRICS mettent en place des monnaies alternatives, l’hégémonie du dollar s’effrite. Le niveau de vie réel de la population occidentale chute-t-il, de ce fait, de 40%?

Confrontation à la réalité / analyse — la réalité des bulles financières:

Non. Le niveau de vie réel repose sur des machines physiques, sur la technologie et sur la production, non sur des monopoles financiers. Ce qui s’effondre, c’est la bulle occidentale de prospérité sur le papier — un monde dans lequel les dix plus grands géants technologiques valent plus de 3000 milliards de dollars et où des individus comme Elon Musk affichent un patrimoine sur le papier de 1000 milliards. L’effondrement frappe les ultrariches. Pour le salarié ordinaire, presque rien ne change si l’ère des sanctions extraterritoriales américaines prend fin au cours des dix prochaines années.

Scénario 2: retrait des troupes américaines ou Taurus

Présentation du scénario :

Washington lance un ultimatum: soit l’Allemagne livre des missiles de croisière Taurus destinés à des frappes en profondeur sur le territoire russe, soit les États-Unis retirent toutes leurs troupes.

Confrontation à la réalité / analyse — l’épreuve de la souveraineté:

Un retrait des troupes américaines ne serait pas un désastre, mais le début d’une véritable souveraineté européenne. La Russie n’a aucun intérêt à marcher sur Berlin. Après des expériences historiques traumatisantes — de l’invasion napoléonienne (1812) à l’attaque hitlérienne et ses 27 millions de morts soviétiques, en passant par la guerre de Crimée (1853), les interventions pendant la guerre civile et la Première Guerre mondiale —, elle demande simplement des garanties de sécurité fiables et l’absence de troupes hostiles de l’OTAN à ses frontières.

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6. La cure Clausewitz : cinq étapes pour revenir à la raison

Le théoricien prussien de la guerre Carl von Clausewitz formula cette vérité intemporelle: «La guerre n’est que la continuation de la politique par d’autres moyens». Quiconque veut mettre fin à la guerre en Ukraine ne doit donc pas réclamer à cor et à cri toujours plus de livraisons d’armes, mais s’attaquer aux causes politiques du conflit — à savoir, du point de vue russe, l’expansion inexorable de l’OTAN jusqu’aux frontières de la Russie.

Au lieu de cela, les médias et les responsables politiques occidentaux (comme le ministre lituanien des Affaires étrangères ou des généraux américains) bercent l’opinion publique de la dangereuse illusion selon laquelle les avertissements nucléaires russes — concernant, par exemple, l’enclave de Kaliningrad — ne seraient que du «bluff». Jouer avec le feu sur cette base, c’est risquer la catastrophe nucléaire. Pour revenir à la diplomatie, il faut mettre en œuvre cinq principes fondamentaux permettant une architecture de sécurité pacifique:

- Neutralité de l’Ukraine: Une renonciation claire à l’adhésion du pays à l’OTAN, inscrite dans le droit constitutionnel et le droit international.

- Arrêt de l’élargissement de l’OTAN vers l’est: Gel définitif des frontières de l’Alliance afin d’empêcher l’apparition de lignes de confrontation directe.

- Règlement diplomatique des conflits territoriaux: Des solutions négociées autour d’une table plutôt que des tentatives d’imposer un diktat par la force sur le champ de bataille.

- Désarmement réciproque: Limitation de la présence militaire, retrait des armes offensives et retour à des accords de désarmement vérifiables.

- Garantie du Conseil de sécurité de l’ONU: Garantie, par la communauté internationale et au regard du droit international, de l’ordre de paix établi.

7. Conclusion: sortons du bac à sable géopolitique !

La quête obsessionnelle de domination mondiale et la surveillance paranoïaque des rivaux géopolitiques ne témoignent pas de l’art de gouverner, mais relèvent d’un jeu puéril qui conduit l’humanité au bord du gouffre.

À l’ère nucléaire, la sécurité ne peut jamais être imposée contre une grande puissance, mais seulement construite avec elle — la sécurité est indivisible. Cela n’exige aucun trait de génie, mais simplement l’honnêteté historique de reconnaître qu’il faut mettre fin à ses propres provocations si l’on veut récolter une paix durable.

Les citoyens d’Europe et d’Amérique ne sont nullement avides de guerre: ils aspirent à la prospérité, à la stabilité et à la raison diplomatique. Seule la classe politique des médiocres met en jeu l’avenir du continent, par peur de perdre son propre pouvoir.

Il est grand temps que les citoyens retirent des mains de leurs responsables politiques ces dangereux jouets qui servent à faire la guerre, leur mettent des livres d’histoire sous les yeux et exigent enfin le retour d'un comportement diplomatique adulte à la chancellerie !

vendredi, 16 octobre 2026

L’Europe est lâche: elle redoute les opinions dissidentes - Des brutes orwelliennes gouvernent désormais l’Europe

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L’Europe est lâche: elle redoute les opinions dissidentes

Des brutes orwelliennes gouvernent désormais l’Europe

Source: https://www.frontnieuws.com/lafhartig-europa-vreest-afwij...

Emmanuel Macron, l’ancien banquier devenu le petit président français, s’en est pris la semaine dernière, au cours d’un échange avec des journalistes, à ce qu’il a appelé la «liberté d’expression américaine». Tout en défendant la vigoureuse politique de censure de l’Union européenne, le petit bonhomme a insisté sur le fait que le règlement sur les services numériques, par lequel l’Europe contrôle les propos tenus, devrait censurer de manière «beaucoup plus étendue, beaucoup plus rapide et beaucoup plus systématique» les informations que les gouvernements considèrent comme fausses. Macron a ensuite fait de son mieux, dans un style orwellien, pour condamner la liberté d’expression comme une forme d’oppression et louer la censure comme un moyen de libération: «La prétendue “liberté d’expression” à l'américaine — du moins telle qu’elle existe aujourd’hui et qu’elle est promue par certaines personnes — est le contraire de la liberté d’expression». Le président français, très impopulaire, a poursuivi: «Ma liberté ne peut pas signifier que je suis libre de… vous insulter ou de saccager la place publique qui appartient à tout le monde. Pourtant, c’est bien là, pour certaines personnes, l’idée de la “liberté d’expression”».

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Puis cette petite souris d’homme a rugi: «Tant que nous ne tiendrons pas pour responsables ceux qui diffusent des contenus sur les réseaux sociaux, nous ne pourrons pas les réglementer». De plus, si «quelqu’un écrit quelque chose» de «faux», cette personne devrait «être tenue pour responsable». Paroles musclées d’un homme peu sûr de lui qui a peur des mots. Que se passe-t-il en Europe? Pourquoi le continent tout entier redoute-t-il à ce point le débat public et les opinions dissidentes? Si l’establishment politique est incapable de défendre ses idées et ses politiques sans censurer l’opposition, alors ses idées et ses politiques ne valent absolument rien ! Les personnes qui se sont frayé un chemin jusqu’au pouvoir dans toute l’Europe croient apparemment ne pouvoir remporter un débat que si elles sont les seules autorisées à parler, écrit J. B. Shurk.

Cela ressemble un peu à un boxeur chétif qui exigerait des arbitres qu’ils attachent les mains de son adversaire derrière le dos avant de se proclamer champion du monde des poids lourds ! Personnellement, je pense que Mini-Macron en a tout simplement assez que les gens fassent remarquer qu’il a épousé sa grand-mère — ou son grand-père, selon ce qui pourrait être le cas. Autrefois, nous apprenions à nos enfants: «Les bâtons et les pierres peuvent me briser les os, mais les mots ne me feront jamais de mal». Aujourd’hui, les dirigeants occidentaux sont tellement terrifiés par les mots qu’ils préféreraient emprisonner quiconque a une opinion plutôt que d’apprendre à supporter une plaisanterie ou à écouter un point de vue contraire.

La démocratie est morte: un coup d’État contre les mouvements de droite est en cours en Europe

Voici la vérité que Macron et ses semblables européens, ces mauviettes adeptes de la censure, refusent de comprendre: l’expression n’est véritablement libre que lorsqu’une personne peut dire quelque chose d’offensant ou de controversé sans avoir à redouter la colère de l’État. Bien que Macron veuille pénaliser les propos qu’il considère comme faux, il diffuse lui-même continuellement des contre-vérités! Alors qu’il suppliait le Premier ministre britannique Andy Burnham de trahir la volonté des électeurs qui, dix ans plus tôt, avaient choisi de quitter l’Union européenne, le président français atteint du complexe de Napoléon a gémi:  Le Brexit est le plus grand mensonge des trente dernières années!». Cette affirmation est absurdement fausse — ou relève de ce que les censeurs européens appellent de la «désinformation» criminelle. Le peuple britannique a voté pour se séparer de l’empire européen de la reine Ursula von der Leyen.

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Bien que les alarmistes anti-Brexit aient prédit un effondrement économique immédiat si le peuple britannique choisissait de se gouverner lui-même — et malgré les efforts des saboteurs du Brexit, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays —, le Royaume-Uni obtient actuellement de meilleurs résultats que la France et d’autres grandes économies européennes, après avoir occupé la première place du G7 en matière de croissance au premier semestre 2026. L’une des raisons pour lesquelles les partisans du Brexit ont voté en 2016 en faveur d’une sortie de l’Union européenne était que les citoyens britanniques ne voulaient pas voir leur armée absorbée par une armée européenne sur laquelle ils n’auraient aucun contrôle — une perspective que les fervents partisans de l’Union européenne qualifiaient autrefois, ironiquement, de « désinformation », mais qui s’est révélée de plus en plus prémonitoire. La reine von der Leyen et ses eurocrates bruxellois travaillent aujourd’hui fiévreusement à utiliser la guerre entre la Russie et l’Ukraine comme prétexte pour créer des structures de défense européennes toujours plus centralisées.

Il convient également de rappeler que les expansionnistes européens présentaient à l’origine l’Union comme une organisation intergouvernementale destinée à stimuler les marchés économiques européens, tout en promettant que cette institution supranationale ne porterait jamais directement atteinte à la souveraineté nationale. C’était un cas manifeste de «désinformation» et certainement l’un des plus grands mensonges du dernier demi-siècle! Puisque nous parlons des mensonges que les dirigeants européens ont présentés comme des «vérités», la prétendue collusion russe contre le président Trump — canular que les services de renseignement britanniques et ukrainiens ont contribué à propager —, l’apocalypse du «réchauffement climatique» — qui, selon les prévisions, aurait dû nous tuer tous il y a quatorze ans — et le «règne de l’illusion liée au Covid» — durant lequel des «experts de la santé» ont menti en affirmant que le virus était d’origine naturelle plutôt qu’issu d’un laboratoire chinois, puis ont menti en prétendant que les pseudo-«vaccins» étaient «sûrs et efficaces» — figurent parmi les trois plus vastes campagnes de fraude massive et de guerre de l’information jamais menées par des gouvernements contre la population.

Macron n’a jamais demandé que ces mensonges soient censurés sur les plateformes de réseaux sociaux. Il n’apprécie tout simplement pas que des Américains quelconques fassent remarquer que l’Union européenne est un système de gouvernement antidémocratique et totalitaire qui devrait être réduit en cendres jusqu’à ses fondations. Et il apprécie encore moins que des gens ordinaires fassent observer, à juste titre, que son ancienne et vieille professeure de lycée — devenue son épouse violente — le gifle parfois.

Malheureusement, l’incapacité de Macron à comprendre l’importance de la liberté d’expression est un trouble de l’apprentissage que l’on retrouve dans toute l’Europe.

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Au Royaume-Uni, un membre du public a effectué un signalement au titre du programme Prevent contre John Cleese, légende de la comédie âgée de 86 ans, parce qu’il continue de faire des plaisanteries sur le goût de l’islam pour le viol et le meurtre. La plainte affirme que Cleese devrait être considéré comme présentant un «risque modéré à élevé» de «radicalisation, de tensions entre communautés et d’incidents haineux», notamment parce qu’il a écrit: «Personnellement, je préfère une culture qui n’approuve ni les mutilations génitales féminines, ni les mariages d’enfants, ni le meurtre des infidèles».

La plainte accuse Cleese de «haine antimusulmane» et réclame une enquête plus approfondie sur cette icône de la culture. Réagissant à la nouvelle du signalement, l’ancienne vedette des Monty Python a écrit: «Le manque de maîtrise de soi gonfle tellement l’ego masculin islamique qu’il considère toute critique comme un blasphème», ainsi que: «J’ai hâte d’être arrêté». Plus tard, il a qualifié le fait d’avoir été pris pour cible d’«un des moments dont je suis le plus fier dans ma vie».

Pendant ce temps, un policier à la retraite s’est récemment vu infliger une amende de plus de 1000 livres sterling en vertu de la loi britannique sur les communications pour avoir republié une plaisanterie sur le bacon tournant l’islam en ridicule. Comme l’a fait remarquer à juste titre un défenseur de la liberté d’expression: «Personne ne serait poursuivi pour avoir fait une plaisanterie comparable sur Jésus».

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Tandis qu’il s’en prend à des policiers retraités parce qu’ils ont le sens de l’humour, le gouvernement britannique continue parallèlement d’accorder des «licences de parrainage pour travailleurs qualifiés» à des librairies islamiques qui vendent des ouvrages consacrés au djihad !

Le gouvernement polonais confronté à un scandale de pédophilie et de zoophilie

Un prédicateur islamique de Londres encourage les hommes musulmans à frapper leur femme si elle refuse d’obéir. Le même religieux islamique décrit des méthodes d’exécution «acceptables» pour les hommes homosexuels, notamment les jeter du haut d’immeubles et lapider leur corps. Ces sermons sont disponibles sur YouTube.

Malgré cela, la mosquée bénéficie toujours du statut d’organisme caritatif au Royaume-Uni. Des djihadistes islamiques prêchent la violence et le meurtre, et les services chargés de l’application de la loi ignorent leurs menaces, tout comme ils ont ignoré pendant des décennies que des hommes musulmans violaient des dizaines de milliers de jeunes filles dans toute la Grande-Bretagne.

En revanche, lorsqu’un humoriste et un policier à la retraite se moquent de la propension de l’islam à la violence, le gouvernement britannique enquête sur leurs propos en les considérant comme des «menaces». Cela ne devrait guère surprendre lorsque les forces de police britanniques enseignent à leurs agents que les opinions de Nigel Farage sur l’immigration constituent des «crimes de haine islamophobes» et encouragent les employés non musulmans à jeûner pendant le ramadan, par «solidarité» avec leurs conquérants islamiques.

L’application de deux poids, deux mesures à la liberté d’expression est officiellement devenue une politique gouvernementale. En outre, une unité liée au ministère de l’Intérieur a recensé les critiques exprimées sur les réseaux sociaux à l’encontre du programme gouvernemental Prevent, notamment 77 observations relatives à des personnes et à des organisations qui critiquent Prevent sur X et Reddit. Des documents montrent que des responsables liés au gouvernement surveillent et consignent les propos des personnes qui remettent publiquement en question cette politique controversée de lutte contre l’extrémisme.

Des brutes orwelliennes gouvernent désormais l’Europe. Besoin de davantage de preuves? Le Parti vert du Royaume-Uni veut remplacer «mère» et «père» par des termes plus «inclusifs». Pendant ce temps, les Allemands viennent de décerner le prix de la paix de Westphalie à l’alliance militaire de l’OTAN.

Les parents sont des étrangers. La guerre, c’est la paix. La liberté d’expression, c’est la violence. La censure favorise la liberté.

En réalité, la liberté est morte en Europe.

mercredi, 14 octobre 2026

La fausse alerte de la CIA concernant la menace russe contre l’Europe

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La fausse alerte de la CIA concernant la menace russe contre l’Europe

Le président polonais Karol Nawrocki a accusé le Premier ministre Donald Tusk d’avoir inventé un rapport de la CIA concernant la menace d’une attaque russe contre l’Europe.

Par Davide Malacaria

Source: https://www.piccolenote.it/mondo/lallarme-inventato-della...

Dans une interview accordée à un journal polonais, le président polonais Karol Nawrocki a accusé le Premier ministre Donald Tusk d’avoir inventé un rapport de la CIA concernant la menace d’une attaque russe contre l’Europe. «Le 10 septembre dernier, peut-on lire dans Strana, Donald Tusk a déclaré avoir reçu de la CIA un “rapport assez précis” sur les évolutions possibles au cours des mois suivants et a invité l’Europe à se préparer à différents scénarios sur son flanc oriental».

Nawrocki a accusé Tusk d’avoir fabriqué un rapport de la CIA sur la menace d’une attaque russe.

«Il est important de noter que les déclarations du Premier ministre, poursuit Strana, ont eu un retentissement non seulement en Pologne, mais dans toute l’Europe. Cela nous a placés dans une situation très difficile vis-à-vis de nos alliés. Il en est allé de même pour l’interview accordée au Financial Times et pour le rapport de la CIA que le Premier ministre a inventé. Lorsque je rencontre nos partenaires dans le monde entier, ils me posent directement la question: en savez-vous plus que nous? C’est une situation très dangereuse».

[…] «La Russie, a ajouté Nawrocki, a toujours été et demeure une menace. Je connais les rapports de l’Alliance atlantique et je reste en contact avec les dirigeants des pays membres. Le niveau de menace n’a pas sensiblement évolué au cours des six derniers mois», a assuré Nawrocki, ajoutant que l’invention de Tusk servait ses intérêts politiques.

Voici donc l’alerte lancée par Tusk: «Comme je l’ai déjà dit à ce sujet et comme je l’annonce depuis de nombreux mois, il est légitime de s’attendre à différents scénarios. La Pologne et l’ensemble de l’Europe doivent être préparées à divers scénarios concernant la situation non seulement sur le front russo-ukrainien, mais aussi sur le flanc oriental de l’Union européenne», avait-il averti, en se fondant sur «un rapport assez détaillé [qui lui avait été adressé] directement par le directeur de la CIA concernant les événements susceptibles de se produire au cours des prochains mois».

Le président polonais, que l’on ne saurait par ailleurs soupçonner de sympathies prorusses — bien au contraire —, n’aurait pas attaqué le Premier ministre de manière aussi frontale s’il n’avait pas été certain de ce qu’il avançait. Il convient de rappeler que Tusk a été président du Conseil européen du 1er décembre 2014 au 30 novembre 2019: non seulement il n’est pas un quelconque quisling, mais il adhère pleinement au substrat idéologique des dirigeants de l’Union européenne.

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Ce n’est pas la première fois que ces dirigeants et les médias dominants de l’Union européenne inventent des alertes relatives à la Russie prétendument venues des États-Unis. Rappelons qu’en décembre 2025, Tulsi Gabbard, alors directrice du renseignement national américain, avait catégoriquement démenti une révélation de Reuters fondée sur des informations des services de renseignement américains, selon laquelle Poutine voulait conquérir l’ensemble de l’Ukraine ainsi que les anciennes républiques soviétiques.

«Des mensonges et de la propagande que Reuters diffuse délibérément pour le compte des va-t-en-guerre qui veulent saper les efforts inlassables du président Trump pour mettre fin à cette guerre sanglante», avait déclaré Gabbard. «Les services de renseignement américains, avait-elle ajouté, estiment en outre que, comme l’ont montré les dernières années, les opérations militaires de la Russie indiquent qu’elle n’a pas actuellement la capacité de conquérir et d’occuper toute l’Ukraine, et encore moins l’Europe».

Gabbard n’est plus en poste, ayant été limogée pour ces déclarations et pour avoir nié que l’Iran était en train de fabriquer une bombe atomique. Et, apparemment, personne en Amérique ne se soucie de démentir les mensonges propagés en son nom par les dirigeants européens. Le directeur de la CIA, John Ratcliffe, s’est bien gardé de démentir le Premier ministre polonais — et peut-être est-il aujourd’hui, à la faveur d’un revirement politique, à l’origine des déclarations du président polonais.

Tusk ne semble pas être le seul, en Europe, à propager de fausses alertes. Du reste, si l’on en vient à inventer une alerte prétendument venue des États-Unis, on comprend aisément que d’autres puissent être de fabrication locale et, de ce fait, beaucoup plus difficiles à vérifier. Inutile d’ajouter que les médias dominants se contentent généralement de relayer servilement ces alertes, sans s’interroger, sans poser de questions et sans procéder aux vérifications qui leur incomberaient pourtant. Ainsi vont les choses.

C'est inéluctable depuis longtemps: la CDU est au bord de l’insignifiance politique

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C'est inéluctable depuis longtemps: la CDU est au bord de l’insignifiance politique

Berlin. Seules les personnes les plus âgées se souviennent encore du sort des démocrates-chrétiens italiens, la Democrazia Cristiana: en 1994, le parti s’est auto-dissous après avoir été marginalisé par les populistes de droite en pleine ascension de Silvio Berlusconi.

Cette épée de Damoclès est désormais également suspendue au-dessus de la CDU. Pour les chrétiens-démocrates des nouveaux Länder, les résultats électoraux et les sondages de ces derniers mois donnent à voir un véritable gouffre politique. En Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, la CDU n’a, pour la première fois, pas réussi à franchir le seuil des 5%, avec un score de 4,9%. Dans le Brandebourg, elle est tombée à 9% selon une récente enquête de l’institut INSA. Dans le même temps, l’AfD continue de gagner du terrain : dans le Brandebourg, elle atteint désormais 40%, soit six points de pourcentage de plus qu’il y a six mois.

Mais l’effondrement ne se limite depuis longtemps plus à l’Est. Même en Rhénanie-du-Nord–Westphalie, le Land le plus peuplé, l’AfD devance désormais la CDU dans les intentions de vote pour les élections au Bundestag si celles-ci avaient lieu dimanche : elle recueille 24%, contre 22% pour la CDU. Pour un Land de l’Ouest, il s’agit d’une véritable sensation. L’Union est en passe de passer du statut de grand parti populaire implanté dans toute l’Allemagne à celui de parti régional et marginal ouest-allemand.

La CDU est également sous pression en Saxe, en Thuringe et en Saxe-Anhalt. En Saxe-Anhalt, son résultat aux élections régionales du 6 septembre est passé de 37,1% en 2021 à 17,2%, soit moins de la moitié. La Saxe, autrefois bastion des chrétiens-démocrates, est dominée dans les sondages actuels par l’AfD, créditée de 42% ; la CDU n’y obtient plus que 21%. En Thuringe, l’Union recueille 22%, contre 40% pour l’AfD.

L’analyste politique Einar Koch décrit cette évolution comme une menace de perte d’influence: «À l’Est, l’Union risque d’être aspirée dans un champ gravitationnel où, mathématiquement, elle deviendra de plus en plus insignifiante». Comme la CDU exclut toute coopération avec l’AfD, elle ne serait plus, avec des résultats à un seul chiffre, qu’un «simple marchepied pour des alliances de gauche». Selon Koch, elle a déjà perdu au profit de l’AfD son rôle de force politique bourgeoise dans l’Est (se).

Source: Zu erst, oct. 2026.

Norbert van Handel à propos du discours de Ioulia Mendel, ancienne porte-parole de Zelensky

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Norbert van Handel à propos du discours de Ioulia Mendel, ancienne porte-parole de Zelensky

Source: https://www.unser-mitteleuropa.com/207896

Étant donné que, tout particulièrement dans le cadre de la guerre en Ukraine, le courant dominant de la politique occidentale, et surtout les médias, agissent systématiquement contre la Russie et en faveur de l’Ukraine, nous souhaitons aujourd’hui donner la parole à Ioulia Mendel, ancienne porte-parole de Zelensky. En raison de la longueur de son intervention devant le Parlement européen à Strasbourg, nous n’en reproduirons que quelques extraits.

Ioulia Mendel a été la porte-parole de Zelensky pendant deux ans. Auparavant, elle avait travaillé comme collaboratrice indépendante pour le New York Times et comme conseillère auprès de la Banque mondiale.

Voici ses propos:

- Depuis son indépendance en 1991, l’Ukraine a perdu plus de la moitié de sa population. Elle comptait alors 52 millions d’habitants; aujourd’hui, même selon les estimations optimistes, ce chiffre se situe autour de 25 millions. Au cours du premier semestre 2026, il y a eu quatre fois plus de décès que de naissances. À cela s’ajoutent environ 300.000 émigrants officiellement enregistrés. Le nombre réel est certainement bien plus élevé, si bien que, selon des estimations prudentes, l’Ukraine perd chaque année plus de 600.000 habitants.

- La guerre a fait de l’Ukraine un endroit où la vie et l’espoir d’un avenir meilleur paraissent de plus en plus impossibles. C’est de la simple arithmétique — une arithmétique qui montre comment mon pays disparaît sous vos yeux, tandis que des applaudissements chaleureux accompagnent un homme sur le tapis rouge [il s’agit de Zelensky], un homme qui est désormais au pouvoir depuis huit ans et qui trouve toujours une nouvelle raison pour laquelle la guerre ne peut pas prendre fin.

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- Dans notre pays, il n’y a plus de science ni d’innovation en dehors du domaine militaire. Les petites entreprises disparaissent, les grandes transfèrent leurs capitaux à l’étranger et les moyennes ont déjà disparu.

- Chacun d’entre vous ici sait qu’une défaite militaire de la Russie est impossible.

- Croyez-vous réellement qu’une course aux armements sans fin, dans laquelle toujours davantage d’armes sont accumulées, aidera l’Ukraine à remporter la victoire — sans économie et avec une population qui diminue chaque année bien plus rapidement que celle de la Russie?

- Nous rejetons constamment toute la faute sur Poutine, mais nous ne voyons pas la poutre qui est dans notre propre œil. L’Occident a-t-il réellement fait tout ce qui était en son pouvoir pour instaurer la paix?

- Voici ce que je vois: des menaces au lieu de la diplomatie; la volonté de détruire la Russie, quel que soit le nombre de vies ukrainiennes que cela coûtera et l’affaiblissement qui en résultera pour l’Ukraine; et la volonté de vendre autant d’armes que possible.

- Oui, la Russie a commencé cette guerre, mais ce sont les lobbyistes de la guerre qui la font durer — ceux qui en tirent profit. Ce n’est ni mon cas ni le vôtre. Pourquoi devriez-vous donc soutenir ce massacre, cette guerre d’usure menée contre l’Ukraine?

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- Peut-on entretenir des relations amicales avec la Russie? En tant qu’Ukrainienne, après toutes les souffrances que nous avons dû endurer, je ne vois aucune possibilité d’amitié immédiate. Mais devons-nous continuer à nous entretuer? Ne pas être amis est une chose; continuer à tuer en est une tout autre.

- Zelensky modifie les conditions de paix d’une semaine à l’autre : tantôt il s’agit de l’adhésion à l’OTAN, tantôt de la restitution de la Crimée, tantôt des frontières de 1991, tantôt de l’adhésion à l’Union européenne — comme si tout cela pouvait être obtenu d’un seul coup. Et parfois, il s’agit du refus de céder le Donbass.

- S’il s’agit de défendre la démocratie, notre démocratie est désormais si fragile qu’elle ne se distingue presque plus d’un régime autocratique: la liberté d’expression est fortement restreinte, les institutions sont affaiblies et des droits constitutionnels fondamentaux sont violés.

- S’il s’agit d’écarter Zelensky du pouvoir, il en est pourtant le principal bénéficiaire: alors qu’en 2021 il était sur le point de perdre le pouvoir, il a trouvé dans la guerre le moyen de prospérer. Il a tiré profit de chaque aspect du conflit, accumulé un pouvoir presque illimité dans son propre pays et s’est prélassé dans la gloire internationale.

- Selon un récent sondage Gallup, 66% des Ukrainiens veulent la paix le plus rapidement possible. Onze pour cent supplémentaires n’ont pas été en mesure de répondre, probablement par crainte d’exprimer leur véritable opinion.

- Plusieurs blogueurs ukrainiens connus, tant ukrainophones que russophones, suivis par des millions de personnes, ont publié un message dans lequel ils demandaient qu’il soit mis fin à la guerre. Je cite: «Nous n’avons pas besoin des frontières de 1991, car les gens ne veulent que la paix et la tranquillité».

- Zelensky impose des sanctions à quiconque dit ce qu’il ne veut pas entendre. Bon nombre de ses anciens collaborateurs ont déjà été sanctionnés parce qu’ils s’étaient prononcés contre la guerre et contre la corruption.

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- Permettez-moi donc d’être parfaitement claire: quiconque est disposé à combattre la Russie avec du sang ukrainien, tout en ignorant les souffrances des gens ordinaires, agit contre l’Ukraine et contre les valeurs démocratiques. Quiconque défend aujourd’hui la politique de Zelensky défend un statu quo qui signifie pour l’Ukraine suivre la voie de l’Afghanistan et qui constitue une honte historique pour l’Occident.

- J’appelle aujourd’hui tous les responsables politiques européens à s’unir au service de la paix, afin de contribuer à mettre fin à cette terrible guerre russo-ukrainienne et de rendre à notre continent la stabilité et la sécurité. C’est cela — et non le bellicisme et la mise en scène de sa propre supériorité morale — qui constitue la voie vers un avenir prospère et la mission de nos responsables politiques.

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Mendel s’est vu refuser l’accès au Parlement européen

Ioulia Mendel a prononcé ce discours devant le Parlement européen à Strasbourg le 16 septembre 2026, par liaison vidéo. L’accès au bâtiment en personne lui a été refusé.

L’Union européenne a également donné pour consigne à ses interprètes de ne pas traduire son discours prononcé en anglais. Un scandale!

Aujourd’hui, on se réjouit des affaires réalisées par l’industrie de l’armement; avec l’argent des 27 États membres, dont les populations n’ont jamais été consultées pour savoir si elles le souhaitaient, on se réarme sans merci et à une échelle gigantesque, tout en se félicitant des bénéfices de l’industrie de la défense.

Et, en définitive, d’un côté on détruit l’Ukraine et, de l’autre, on empêche toute coopération raisonnable avec la Russie à l’avenir, comme si la Russie cesserait d’exister une fois la guerre terminée.

Professeur Norbert van Handel, 6 octobre 2026, Steinerkirchen an der Traun.

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Ioulia Mendel intervient par liaison vidéo lors d’un événement organisé par l’ESN.

Censure au Parlement européen: l’ancienne porte-parole de Zelensky interdite d’accès au bâtiment!

Ioulia Mendel, ancienne porte-parole de Volodymyr Zelensky, s’est exprimée lors d’un événement organisé par l’ESN — mais uniquement par liaison vidéo. Le Parlement européen lui a refusé l’accès au bâtiment. Une femme qui, pendant des années, a fait partie du cercle le plus intime du pouvoir à Kiev devait parler de paix, de diplomatie et de la situation en Ukraine. C’est précisément ce qu’elle n’a pas été autorisée à faire sur place.

Quelques jours auparavant, Zelensky avait imposé de lourdes sanctions à son ancienne porte-parole. Puis est venue l’exclusion à Strasbourg. Quiconque témoigne de l’intérieur sur la manière dont fonctionnent le pouvoir, la propagande et les intérêts commerciaux à Kiev est déclaré persona non grata. Non pas parce que ses arguments auraient été réfutés, mais parce qu’ils dérangent.

Les blocs majoritaires à Bruxelles et à Strasbourg ne veulent manifestement entendre aucune voix susceptible de perturber le discours officiel. Mendel évoque les occasions de négociation manquées, un système qui étouffe la critique et une politique qui présente la paix comme un danger. C’est précisément ce qui ne devait avoir lieu au Parlement européen ni publiquement ni en personne.

Le message est sans équivoque: quiconque dénonce les manœuvres qui sous-tendent l’escalade permanente est tenu à l’écart. La vérité doit rester dehors. Selon l’eurodéputé Petr Bystron, si Mendel a malgré tout pu s’exprimer, ce n’est pas grâce à l’ouverture du débat au sein du Parlement, mais grâce à la ténacité de l’ESN et à la solution technique de secours qu’a constituée la liaison vidéo.

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mardi, 13 octobre 2026

L’atout dans le jeu: Washington et Moscou négocient au sujet de Nord Stream

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L’atout dans le jeu: Washington et Moscou négocient au sujet de Nord Stream

Washington/Moscou. Des discussions explosives à l’ombre de la guerre: Washington et Moscou exploreraient en coulisses les possibilités de renouer leurs relations commerciales grâce aux gazoducs Nord Stream traversant la mer Baltique. Un tel accord revêtirait une importance considérable, non seulement parce qu’il pourrait réorganiser les relations énergétiques entre les États-Unis, la Russie et l’Europe, mais aussi parce qu’il s’opposerait diamétralement à la politique des élites européennes, pour lesquelles Nord Stream constitue un tabou absolu.

Selon Reuters, Jared Kushner, envoyé spécial des États-Unis, et Kirill Dmitriev, proche conseiller du président russe Vladimir Poutine, participent aux discussions. Tous deux se seraient récemment rencontrés à Moscou et à New York. Outre Nord Stream, ils auraient également évoqué une éventuelle vente des actifs internationaux du groupe pétrolier russe Lukoil à des investisseurs des États-Unis, du Qatar et des Émirats arabes unis.

Kushner chercherait manifestement à faire de la coopération économique l’une des composantes d’un éventuel processus de paix dans la guerre en Ukraine. Les entreprises américaines pourraient ainsi accéder à de futurs marchés énergétiques avec l’Europe si la guerre prenait fin. La Maison-Blanche souligne que de tels accords devraient également profiter aux entreprises et aux contribuables américains.

À l’heure actuelle, la remise en service des gazoducs ne serait pas juridiquement possible. Nord Stream fait l’objet de sanctions de la part des États-Unis et de l’Union européenne. Le président Donald Trump — qui, dès son premier mandat, comptait parmi les opposants les plus virulents au projet et avait fait pression pour qu’il soit abandonné — pourrait certes assouplir, voire lever, les sanctions américaines existantes. Mais Nord Stream reste également controversé dans la politique intérieure américaine. Si les démocrates obtenaient la majorité au Congrès lors des élections de mi-mandat de novembre, les sanctions ne devraient, dans un premier temps, guère évoluer.

Il faudrait également s’attendre à une opposition en Europe. Une porte-parole du ministère fédéral allemand de l’Économie a maintenu le tabou que l’Allemagne s’est elle-même imposé et a déclaré à Reuters que le gaz russe et Nord Stream faisaient l’objet de sanctions en Europe. Elle a ajouté que l’Allemagne avait depuis lors trouvé d’autres sources d’énergie.

Cette dernière affirmation constitue certes un travestissement éhonté de la situation, comme le montrent les problèmes annuels d’approvisionnement pendant la saison froide. Mais même si la politique allemande changeait de cap — par exemple en cas d’arrivée de l’AfD au gouvernement —, d’importantes réserves subsisteraient à l’étranger à l’égard d’une remise en service du gazoduc. La Pologne, les États baltes et l’Ukraine, en particulier, rejettent toute idée d’un partenariat énergétique germano-russe. Le sujet reste passionnant, mais il ne faut pas s’attendre à des progrès rapides (mü).

Source: Zu erst, octobre 2026.

lundi, 12 octobre 2026

La migration comme arme géopolitique: Erdoğan, Loukachenko et le Maroc — et comment l’Europe détourne le regard

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La migration comme arme géopolitique: Erdoğan, Loukachenko et le Maroc — et comment l’Europe détourne le regard

Peter W. Logghe

Source: Nieuwsbrief Knooppunt Delta, n°213, octobre 2026.

Février 2020: dans une déclaration publique, le président turc affirme que son pays ne retiendra plus les migrants souhaitant se rendre en Europe. Dans les heures qui suivent, les autorités turques conduisent des milliers de personnes vers la frontière grecque, dans la région de l’Evros, où des affrontements éclatent avec des agents de Frontex. Il ne s’agit donc pas de troubles spontanés, mais plutôt d’un bras de fer destiné à rappeler aux capitales européennes qui détient la clé du pouvoir migratoire.

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C’est ce qu’affirme Juan A. Soto, consultant en stratégie, dans la revue Hungarian Conservative: la migration est devenue une arme géopolitique utilisée par toutes sortes de forces politiques. Dans le même temps, nombreux sont ceux qui, en Europe, s’accrochent à leur discours selon lequel la migration serait un processus naturel ayant existé de tout temps.

Il est donc temps de se défaire de cette naïveté, estime Soto, car il existe bel et bien, à ses yeux, une forme de «migration militarisée». Le cas de la Biélorussie est probablement le mieux documenté à cet égard.

Biélorussie

En 2021, après l’instauration de sanctions européennes en réaction à la réélection frauduleuse de Loukachenko, le régime biélorusse a mis sur pied une véritable opération migratoire. Des compagnies aériennes ont vendu à des Irakiens, des Syriens, des Yéménites, des Afghans et des Congolais des «billets à prix réduit» pour Minsk, assortis d’une clause tacite: la possibilité de poursuivre leur route vers l’Union européenne.

Une fois sur place, ces «migrants» ont été conduits aux frontières polonaise, lettone et lituanienne. Des clôtures frontalières ont été endommagées et des fils barbelés sectionnés. Au moins 21 personnes ont trouvé la mort dans les forêts — un chiffre probablement sous-estimé, car la presse et les ONG n’étaient pas les bienvenues. La Pologne a déployé des troupes et construit en toute urgence un mur qui lui a coûté 400 millions d’euros — ce qui lui a ensuite valu les remontrances de toutes sortes d’«organisations humanitaires»…!

Turquie

La méthode turque est structurellement différente, mais elle est en réalité encore plus préoccupante. Car c’est l’Europe elle-même qui a fourni le levier. L’accord conclu en 2016 entre l’Union européenne et la Turquie a confié le contrôle de la frontière extérieure de l’Europe à un État tiers: la Turquie, un État doté de ses propres intérêts géopolitiques, stratégiques, militaires et politiques. Dans sa phase initiale, cet accord a coûté six milliards d’euros à l’Union européenne.

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La déclaration du président turc Erdoğan en 2020 n’a pas mis fin à cet accord; elle n’en constituait qu’un maillon. La Turquie peut ouvrir ou fermer les frontières à sa guise. C’est Ankara, et non Bruxelles, qui fixe le prix à payer pour maintenir fermées les frontières extérieures de l’Union européenne.

Maroc–Espagne : la population espagnole en fait les frais

Le chantage apparaît peut-être encore plus clairement dans les relations entre l’Espagne et le Maroc. En mai 2021, l’Espagne reçoit une délégation du Front Polisario. En réaction, le Maroc cesse de surveiller le poste-frontière de Ceuta, permettant ainsi à 10.000 migrants en situation irrégulière, pour la plupart mineurs, de franchir la frontière en l’espace de deux jours seulement.

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En mars 2022, le président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, se rallie au plan marocain pour le Sahara occidental. Cet accord a des conséquences immédiates sur le plan migratoire: le nombre de migrants arrivant aux îles Canaries diminue de 62%, mais augmente de 24% aux îles Baléares et de 44% à Ceuta et Melilla. La pression migratoire ne disparaît pas: elle est exercée là où elle se révèle, selon la diplomatie marocaine, la plus efficace.

L’angle mort du pacte européen sur la migration

L’intérêt de l’article de Juan A. Soto réside dans le fait qu’il met en évidence un angle mort du pacte européen sur la migration et l’asile de 2023. Tous les migrants en situation irrégulière y sont traités de la même manière. Il n’existe en effet aucune catégorie juridique distincte pour la migration militarisée, c’est-à-dire une migration accompagnée, encouragée, voire organisée par des États tiers — malgré les nombreuses demandes pressantes formulées à ce sujet par la Lituanie en 2021.

Non, affirme Soto, une Europe qui n’exerce plus elle-même le contrôle de ses propres frontières n’est pas plus humaine. Au contraire, une telle Europe devient le théâtre de toutes sortes de menaces et d’actes de chantage, dans lesquels de véritables êtres humains sont utilisés comme moyens de pression. Il s’agit donc d’un chantage humanitaire. Tant que l’Union européenne n’agira pas contre cette «migration militarisée», le chantage se poursuivra sans relâche.

dimanche, 11 octobre 2026

La dangereuse logique qui consiste à ne pas accepter sa défaite

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La dangereuse logique qui consiste à ne pas accepter sa défaite

Elena Fritz

Source: https://t.me/global_affairs_byelena

Le secrétaire d’État américain Marco Rubio avertit que la guerre en Ukraine pourrait dégénérer en une guerre européenne beaucoup plus vaste. Son inquiétude repose sur une considération stratégique étonnamment peu évoquée dans le débat public: pour Moscou et une partie des élites dirigeantes européennes, l’issue de cette guerre est depuis longtemps devenue une question existentielle. Pour Washington, elle ne l’est pas dans la même mesure.

La Russie considère ce conflit comme une lutte portant sur son futur statut de grande puissance, sa sécurité militaire et les rapports de force dans l’espace post-soviétique. Du point de vue des dirigeants russes, un échec ne signifierait pas seulement une défaite militaire, mais remettrait en cause l’ensemble de la stratégie sécuritaire du Kremlin.

Il est remarquable que le Conseil européen qualifie désormais lui aussi officiellement la guerre de «défi existentiel pour l’Union européenne».

Il faut toutefois distinguer l’Europe de l’UE. De même qu’il convient de distinguer les intérêts de sécurité des États européens des intérêts politiques de leurs élites dirigeantes.

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Pour la Pologne et les États baltes, la menace militaire immédiate que représente la Russie est au premier plan. Pour les centres de pouvoir politique de Berlin, Paris et Bruxelles, il s’agit en revanche aussi de l’avenir d’un ordre européen fondé sur l’intégration économique et institutionnelle de l’Europe de l’Est.

À cet égard, l’Ukraine représente bien plus qu’un marché potentiel. Son intégration dans l’espace économique de l’UE ouvrirait des possibilités d’influence sur les routes commerciales, les marchés agricoles, l’accès aux matières premières, les infrastructures et les flux d’investissement. À elle seule, la facilité européenne pour l’Ukraine prévoit jusqu’à 50 milliards d’euros d’ici à 2027. La reconstruction et le processus d’adhésion à l’UE sont explicitement liés.

Un succès russe, empêchant durablement l’intégration occidentale de l’Ukraine, limiterait donc aussi considérablement les perspectives d’expansion économique et géopolitique de l’UE vers l’Est.

À cela s’ajouterait une Russie dont les forces armées disposent, malgré des pertes considérables, de plusieurs années d’expérience du combat et dont l’industrie de l’armement a été réorientée vers une production de guerre. La présence d’une telle puissance directement à la frontière orientale de l’espace de l’UE et de l’OTAN déterminerait la planification européenne en matière de sécurité pour de longues années.

Plus problématique encore serait toutefois le bilan de politique intérieure pour les élites européennes qui ont fondé toute leur stratégie sur l’affaiblissement de la Russie: elles devraient expliquer pourquoi des sommes énormes ont été dépensées, des relations économiques rompues, d’anciennes chaînes d’approvisionnement énergétique abandonnées et des engagements politiques de grande portée contractés, sans que les résultats stratégiques recherchés aient été atteints.

C’est la Russie elle-même qui a déclenché sa guerre d’agression contraire au droit international. Cela ne dispense toutefois pas les gouvernements européens d’assumer la responsabilité de l’efficacité et du coût de leurs propres décisions.

Pour une partie des dirigeants de l’UE, la réalisation par la Russie d’objectifs de guerre essentiels pourrait donc représenter non seulement une défaite géopolitique, mais aussi une véritable crise de légitimité.

Washington se trouve dans une situation différente. Les États-Unis ont des intérêts considérables dans la sécurité de l’Europe et la crédibilité de l’OTAN. Toutefois, la survie de leur propre État ne dépend pas directement de l’ordre territorial où pourrait s'ancrer l’Ukraine.

Du point de vue américain, un affaiblissement militaire et économique prolongé de la Russie peut déjà constituer un avantage stratégique, même si Moscou conserve finalement des gains territoriaux. Un tel calcul serait compatible avec l’intérêt supérieur consistant à éviter une confrontation militaire directe entre les deux plus grandes puissances nucléaires et à libérer des ressources pour d’autres théâtres stratégiques, notamment face à la Chine.

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Une récente enquête de Reuters sur de supposées prises de contact exploratoires, entre Américains et Russes, concernant Nord Stream, montre que les intérêts économiques jouent désormais à nouveau un rôle. Ces informations sont en partie controversées, mais l’opposition d’intérêts qui les sous-tend est révélatrice: ce qui, pour les dirigeants de l’UE, est considéré comme un découplage nécessaire du point de vue de la sécurité pourrait, dans des circonstances différentes, redevenir une opportunité commerciale pour les investisseurs américains.

C’est là que réside le dangereux mécanisme: si Washington juge acceptable un compromis avec Moscou, tandis que les principaux gouvernements européens y voient une défaite stratégique, les intérêts au sein de l’alliance occidentale commencent à diverger.

Cela ne signifie pas nécessairement que les gouvernements européens cherchent l’escalade. Leur contre-argument est qu’un succès russe pourrait favoriser de nouvelles agressions militaires. La dissuasion et le soutien à l’Ukraine visent précisément à empêcher cela.

Mais le risque d’escalade augmente lorsque les acteurs politiques ne font plus la distinction entre une garantie de sécurité nécessaire et la défense de leurs propres décisions antérieures.

La dimension nucléaire est particulièrement explosive à cet égard. La doctrine nucléaire russe de novembre 2024 prend explicitement en compte, sous certaines conditions, les attaques conventionnelles ainsi que le soutien apporté par une puissance nucléaire à un agresseur non nucléaire. Cela ne signifie pas qu’une réaction nucléaire serait automatique, mais montre à quel point Moscou associe étroitement la dissuasion conventionnelle et la dissuasion nucléaire.

Une confrontation directe entre la Russie et certains États membres de l’OTAN ne constituerait donc pas une simple extension de la guerre actuelle, mais un conflit régi par une logique d’escalade fondamentalement différente.

Le véritable danger apparaît lorsque Moscou ne veut pas reculer sur le plan militaire, que les dirigeants de l’UE ne peuvent pas reculer sur le plan politique et que Washington est de moins en moins disposé à assumer lui-même les risques qui en découlent.

La question de savoir si ces intérêts finiront effectivement par se dissocier se tranchera à l’aune de décisions concrètes: d’éventuels accords américano-russes, des engagements européens à déployer des troupes en Ukraine et la manière de gérer de nouveaux incidents militaires.

Peut-être le plus grand risque stratégique réside-t-il précisément dans le fait qu’un compromis pourrait à un moment donné devenir possible pour les États-Unis, tandis que, pour une partie des élites européennes, une telle entente semblerait politiquement plus dangereuse que la poursuite de leur stratégie actuelle.

Lorsque la peur de perdre son propre pouvoir devient plus grande que celle d’une escalade militaire, l’ordre de sécurité européen se trouve confronté à un problème fondamental.

#géopolitique@global_affairs_byelena

La solitude en France, nouveau fléau invisible des temps modernes

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La solitude en France, nouveau fléau invisible des temps modernes

Peter W. Logghe

Source: https://www.facebook.com/peter.logghe.94

Jusqu’à récemment, l’image prédominante de la solitude chez les jeunes était la suivante: elle concernait surtout les jeunes citadins diplômés. Une chose est certaine: la solitude chez les jeunes s’est encore accrue et, comme le prouvent les chiffres français, elle n’est depuis longtemps plus un phénomène purement urbain. Tous les dix ans, le CREDOC (Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie) établit son baromètre de la solitude, intitulé « Les Solitudes en France ».

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Le baromètre le plus récent révèle que 37% des moins de 25 ans se sentent régulièrement seuls, soit un chiffre plus de deux fois supérieur au taux de solitude observé chez les 60-69 ans en France. C’est surtout parmi les jeunes que le sentiment de solitude augmente fortement. Ce phénomène a peu à voir avec un vague sentiment saisonnier lié à « l’hiver sombre », comme l’ont démontré les études de Santé publique France: en 2021, un jeune sur cinq âgé de 18 à 24 ans a traversé une période noire — soit le pourcentage le plus élevé de toutes les catégories d’âge en France.

Les relations numériques sont d’une autre nature que les échanges physiques

Ces chiffres bouleversants s’expliquent naturellement en partie par l’essor des réseaux sociaux et du monde numérique. Les relations numériques restent des « formes de relations faibles », qui ne peuvent en aucun cas remplacer les contacts physiques. Parmi les moins de 25 ans, 55% utilisent les réseaux sociaux plusieurs fois par jour, contre 52% des 25-39 ans — davantage pour s’occuper que pour communiquer avec leur entourage proche. L’écran ne crée donc pas de véritables relations.

Et bien que le sentiment de solitude progresse également dans les zones rurales, comme le montrent les résultats, il demeure plus important dans les villes. Ainsi, 21% des Français vivant à la campagne éprouvent un «sentiment de solitude», contre 28% en milieu urbain.

Autre constat remarquable, qui traduit également une évolution inquiétante: seuls 3% des Français qui se sentent seuls cherchent à rejoindre une association, ce qui risque d’entraîner le dépérissement progressif du tissu associatif. Reste la question de la réponse des pouvoirs publics — le plus souvent inexistante — face à la désagrégation rapide de ces liens sociaux.

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samedi, 10 octobre 2026

Russie-Allemagne, au-delà de la crise: une relation qui continue de peser sur les équilibres européens

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Russie-Allemagne, au-delà de la crise: une relation qui continue de peser sur les équilibres européens

La guerre en Ukraine a porté les relations entre la Russie et l’Allemagne à leur niveau le plus bas depuis la fin de la guerre froide. Berlin considère Moscou comme une menace pour la sécurité européenne, soutient Kiev et a progressivement démantelé une grande partie des fondements économiques de son Ostpolitik. Vue de Moscou, l’Allemagne apparaît comme l’un des principaux soutiens européens de la ligne de confrontation avec la Russie.

par Giorgio Livas

Source: https://www.cese-m.eu/2026/09/russia-germania-oltre-la-cr...

La guerre en Ukraine a porté les relations entre la Russie et l’Allemagne à leur niveau le plus bas depuis la fin de la guerre froide. Berlin considère Moscou comme une menace pour la sécurité européenne, soutient Kiev et a progressivement démantelé une grande partie des fondements économiques de son Ostpolitik. Vue de Moscou, l’Allemagne apparaît comme l’un des principaux soutiens européens de la ligne de confrontation avec la Russie.

Pourtant, derrière la dureté des déclarations publiques, le dialogue n’a pas entièrement disparu : les ambassades restent opérationnelles et Berlin n’exclut pas, à terme, un retour à des relations constructives avec Moscou. Il n’y a là aucune contradiction. Être adversaires ne signifie pas cesser de se parler, surtout dans une relation marquée par une longue histoire d’équilibre et de conflit entre l’Allemagne, l’Europe et la Russie.

Avant l’unification de 1871, l’Allemagne était une mosaïque d’États. La Prusse fut le principal moteur de l’unification, mais, même après la naissance de l’Empire, de profondes différences subsistèrent entre ses diverses composantes territoriales et politiques.

Dans cette histoire, on peut discerner une tension récurrente : d’un côté, l’orientation occidentale, principalement liée à la France et aux puissances maritimes ; de l’autre, une tradition centre-orientale dans laquelle la Prusse a longtemps accordé à la Russie une importance particulière.

Il ne s’agit pas d’une division géographique rigide, et il n’existe pas de ligne continue reliant toutes les phases de l’histoire allemande. Mais cette grille de lecture peut être utile.

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La Prusse et la Russie combattirent ensemble contre Napoléon, et l’armée prussienne de Blücher joua un rôle décisif à Waterloo. Quelques décennies plus tard, ce fut Bismarck qui transforma la relation avec Saint-Pétersbourg en un élément structurel de la politique étrangère allemande.

Le chancelier savait que l’Allemagne ne pouvait se permettre de combattre simultanément la France et la Russie. D’où le système complexe d’alliances mis en place après l’unification et, en 1887, le traité de réassurance conclu avec l’Empire russe. Il n’existait aucune communauté idéologique, mais une convergence d’intérêts. Berlin voulait éviter l’encerclement et maintenir un équilibre continental favorable.

Cette distinction reviendra à plusieurs reprises dans l’histoire européenne: coopérer avec la Russie ne signifie pas nécessairement partager son système politique.

La Première Guerre mondiale et la révolution bolchevique changèrent tout, mais elles n’éliminèrent pas la possibilité de relations pragmatiques entre l’Allemagne et la Russie.

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Sous la République de Weimar, certains milieux militaires, nationaux-conservateurs et nationaux-bolcheviques voyaient dans l’Union soviétique un interlocuteur potentiel. Dans les années 1920, la Reichswehr et l’Armée rouge développèrent même certaines formes de coopération militaire secrète.

Cela permet également d’interpréter avec davantage de précision le pacte Molotov-Ribbentrop de 1939. Celui-ci ne fut pas le produit d’une prétendue affinité idéologique entre le nazisme et le stalinisme. L’accord résultait avant tout d’une convergence temporaire d’intérêts: non-agression, calcul stratégique et partage de l’Europe orientale en sphères d’influence par l’intermédiaire des protocoles secrets.

L’idéologie ne suffit pas à expliquer pourquoi Berlin et Moscou décidèrent de s’entendre en 1939.

L’année 1945 provoqua une rupture encore plus profonde. L’Allemagne de l’Ouest entra dans le système américain et dans l’OTAN, tout en construisant avec la France le noyau politique de l’intégration européenne. L’Allemagne de l’Est fut, quant à elle, intégrée au système soviétique.

La République fédérale trouva ainsi une formule particulière: limiter sa puissance nationale par l’intégration européenne, sans renoncer à son poids économique et politique.

La réunification de 1990 rouvrit inévitablement la question de la puissance allemande. Plusieurs capitales européennes redoutaient une Allemagne redevenue trop forte. Margaret Thatcher et François Mitterrand envisagèrent la réunification avec inquiétude, tandis qu’Helmut Kohl et George H. W. Bush œuvrèrent pour ancrer définitivement l’Allemagne dans le camp occidental.

La création de l’euro peut, elle aussi, être interprétée, du moins en partie, dans le cadre de ce processus. Il serait toutefois simpliste d’affirmer que la monnaie unique a été créée uniquement pour «contenir» l’Allemagne. Elle fut le résultat de multiples facteurs, mais elle contribua assurément à inscrire la puissance économique allemande dans un projet européen plus vaste.

L’Allemagne réussit à transformer cette contrainte en source de puissance. Le passage du mark à l’euro n’effaça pas son poids économique. Berlin apprit plutôt à l’exercer au sein des institutions européennes.

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Parallèlement se développait l’autre pilier de la politique allemande: l’Ostpolitik. À partir de la fin des années 1960, Bonn chercha à réduire les tensions avec l’Est par le dialogue et les échanges économiques. Après la fin de la guerre froide, cette approche fut étendue à la Russie. L’énergie russe, l’industrie allemande et le commerce international formèrent un modèle qui semblait offrir à Berlin croissance économique et stabilité stratégique.

Ce système commença à se fissurer en 2014, puis s’effondra avec l’invasion russe de l’Ukraine en 2022. L’Allemagne a progressivement renoncé à sa dépendance au gaz russe. Le sabotage des gazoducs Nord Stream, en septembre 2022, a constitué le symbole le plus manifeste de cette rupture. Les enquêtes allemandes ont ensuite conduit à l’inculpation de ressortissants ukrainiens accusés d’avoir joué un rôle dans l’opération, mais la question des responsabilités politiques reste controversée.

Avec la Chine également, l’ancien modèle est devenu plus difficile à maintenir. Pékin reste un partenaire économique, mais constitue en même temps un concurrent industriel et stratégique.

La guerre a donc ébranlé deux piliers de la stratégie allemande antérieure: l’énergie russe et la conviction qu’une forte interdépendance économique — y compris avec la Chine — pouvait réduire les risques politiques.

La réponse est le réarmement.

Il ne s’agit plus d’un projet abstrait. Les dépenses militaires européennes ont rapidement augmenté, et l’Allemagne figure parmi les pays qui accélèrent le plus fortement. Friedrich Merz a annoncé l’objectif de porter les dépenses de défense à 3,5% du PIB d’ici à 2029.

L’élément le plus intéressant n’est pas seulement quantitatif. Berlin débat du rôle que doit jouer une Allemagne de nouveau capable d’exercer une puissance militaire considérable.

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C’est ici qu’intervient Karl Kaiser (photo), figure historique de l’euro-atlantisme allemand qui a dirigé pendant une trentaine d’années la Deutsche Gesellschaft für Auswärtige Politik (DGAP).

Kaiser affirme que l’Allemagne deviendra «pour la troisième fois de son histoire la puissance militaire dominante en Europe occidentale». Mais c’est précisément pour cette raison qu’il pose trois conditions. La nouvelle puissance allemande "ne doit jamais tomber entre les mains de l’AfD". La direction exercée par Berlin doit être «intégrée aux structures européennes». Enfin, malgré la nécessité d’une plus grande autonomie européenne, le «grand projet de l’Occident» et la solidarité des démocraties doivent demeurer les références fondamentales de la politique allemande.

La formule la plus significative est peut-être celle concernant le «dangereux déni de la réalité de la puissance», qui, selon Kaiser, serait en recul en Allemagne.

La question n’est donc plus de savoir si l’Allemagne doit redevenir une puissance militaire. Le débat porte principalement sur la manière d’utiliser cette puissance et sur le système d’alliances dans lequel elle doit s’inscrire.

C’est précisément sur ce point que les analyses venues de Russie deviennent intéressantes.

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Ivan Timofeïev (photo), directeur général du Conseil russe des affaires internationales (Russian International Affairs Council, RIAC), invite à ne pas décrire la situation actuelle comme une guerre mondiale déjà en cours. Il parle plutôt d’«une série de crises et de conflits d’intensité variable», tout en avertissant qu’un affrontement entre deux grandes puissances, même accidentel, pourrait avoir des conséquences mondiales.

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Dmitri Trenin (photo), président du RIAC et ancien directeur du Centre Carnegie de Moscou, insiste sur la nécessité, pour Moscou, de maintenir une politique étrangère capable d’exploiter les divisions entre les États-Unis et l’Europe, en soutenant ses partenaires et ses alliés, tout en «préservant sa liberté d’action».

C’est la logique d’une politique «multivectorielle»: la Russie ne veut pas être simplement la composante subordonnée d’un bloc dirigé par Pékin ou par quelque autre puissance.

Trenin va jusqu’à affirmer qu’en cas d’escalade entre Washington et la Chine, Moscou devrait soutenir Pékin sur les plans politique et économique, mais «n’a aucune raison de participer directement au conflit».

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Timofeï Bordachev (photo), directeur de programmes au Club Valdaï, rejette lui aussi une interprétation purement bipolaire. Sergueï Poletaïev, cofondateur du projet Vatfor, observe que «la Russie doit elle aussi contenir la Chine». Tout ne se réduit donc pas à un schéma opposant la Russie et la Chine à l’Occident.

Cela vaut tout particulièrement pour l’Europe.

Timofeïev affirme que la «fenêtre sur l’Europe» ouverte par Pierre le Grand n’est pas nécessairement refermée à jamais. La Russie a encore besoin de modernisation et ses relations avec l’Asie, aussi fondamentales soient-elles, n’effacent pas l’importance du continent européen.

Trenin évoque la possibilité d’un futur «établissement de relations pragmatiques avec au moins certains États, fondées sur les principes du bon voisinage». Il rappelle en outre une réalité élémentaire: «contrairement à la politique, la géographie ne peut être modifiée».

Dans ce contexte, l’Allemagne revêt une importance particulière.

Bordachev l’a désignée comme le pivot potentiel d’une future transformation des relations européennes. L’ancien partenariat énergétique avec Moscou avait contribué au modèle économique allemand et, selon l’analyste russe, un éventuel rapprochement pourrait également modifier les rapports de force entre Berlin et l’Europe orientale.

Cela ne signifie pas que Moscou s’attende à une réconciliation imminente. Cela signifie quelque chose de plus simple: l’Allemagne continue d’être considérée comme l’un des États par lesquels pourrait passer une future redéfinition de l’ordre européen.

Sergueï Lavrov a lui aussi évoqué la nécessité d’une «architecture de sécurité continentale ouverte à tous les États eurasiatiques et reflétant la réalité multipolaire actuelle», laissant ouverte la perspective d’une participation européenne future.

Cette perspective est très éloignée de celle de Kaiser. Pour l’analyste allemand, la puissance de Berlin doit s’inscrire dans les structures européennes et rester ancrée dans le camp occidental. Pour une partie de la pensée stratégique russe, en revanche, une Allemagne plus forte et plus autonome pourrait devenir un facteur capable de modifier les équilibres du continent.

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Dans ce contexte, l’AfD ne constitue pas simplement une parenthèse de la politique intérieure allemande.

Au sein de l’AfD se dessine une ligne politique qui remet en question la dépendance stratégique à l’égard de Washington — même si cette orientation est pour l’instant gelée par le moindre intérêt des États-Unis à intensifier la confrontation avec la Russie — ainsi que les contraintes imposées par les partenaires européens, qui suscitent un mécontentement croissant. Le fait que l’AfD n’ait pas remis en cause le réarmement allemand constitue, de ce point de vue, un élément significatif.

Cette fracture a des précédents dans l’histoire allemande. À différentes époques, des groupes politiques et stratégiques ont envisagé les relations avec la Russie sous l’angle de l’intérêt national, sans qu’une communauté idéologique soit nécessaire.

C’est précisément là que réside la clé. Il ne s’agit pas de déterminer si la Russie et l’Allemagne «se ressemblent». Elles ne se ressemblent pas. Il s’agit de comprendre si elles peuvent, dans certaines conditions, trouver des intérêts convergents.

Kaiser voit dans une éventuelle accession de l’AfD au pouvoir un risque pour l’ordre européen et occidental. Moscou, en revanche, considère avec intérêt la disposition du parti au dialogue.

Deux lectures opposées d’une même transformation: le retour de l’Allemagne comme puissance.

Une perspective qui, indépendamment de l’identité de ceux qui gouvernent à Berlin, inquiète les principales chancelleries européennes: de Varsovie à Paris, en passant par La Haye, on craint qu’une Allemagne redevenue plus affirmée ne bouleverse les équilibres du continent.

La Russie est devenue un «ennemi nécessaire» pour Berlin: la confrontation avec Moscou justifie le retour de la puissance militaire allemande. Mais lorsque le ministre polonais des Affaires étrangères, Radosław Sikorski, affirme qu’en cas d’attaque, Varsovie et ses alliés pourraient rapidement vaincre la Russie, le message s’adresse également à Berlin: l’Allemagne ne sera pas une puissance solitaire au sein de l’Union. Moscou connaît ces fractures et peut tenter de les exploiter.

L’histoire permet de comprendre pourquoi. Bismarck avait recherché une entente avec la Russie afin d’éviter l’encerclement de l’Allemagne. La République de Weimar avait maintenu des relations pragmatiques avec l’Union soviétique. L’Ostpolitik avait fait du dialogue économique un instrument de stabilisation. L’Allemagne réunifiée avait ensuite bâti une part importante de sa puissance économique précisément sur l’interdépendance avec l’Est.

Ce modèle a pris fin. Le problème géopolitique demeure toutefois: comment intégrer dans l’équilibre européen une Allemagne redevenue puissante ?

Arctique: une guerre menace désormais entre les États-Unis et l’Europe

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Arctique: une guerre menace désormais entre les États-Unis et l’Europe

Dans l’Arctique, Washington et Bruxelles rivalisent pour le contrôle du Groenland, des voies commerciales et des ressources — bien qu’ils restent alliés au sein de l’OTAN. Lors du sommet sur l’Arctique à Rovaniemi, il est apparu clairement que les stratégies européennes ne fonctionnaient pas : les États-Unis ont accaparé l’ordre du jour.

par Xenia Smertina

Source: https://www.anonymousnews.org/international/arktis-jetzt-...

En septembre de cette année, l’Arctique a discrètement creusé le fossé entre les prétendus alliés transatlantiques. Les tentatives de Bruxelles pour contenir l’influence croissante des États-Unis dans la région ont jusqu’à présent été certes peu systématiques, mais intenses. Le sommet sur l’Arctique organisé en Laponie finlandaise et les discussions qui ont suivi entre l’Union européenne et le Canada, au cours desquelles la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a proposé d’accorder à Ottawa le statut de membre associé, doivent être considérés dans le contexte du nouvel accord conclu entre les États-Unis et le Groenland.

Dans la course aux régions polaires, l’Union européenne applique ses méthodes habituelles de concurrence et entre ainsi de facto en confrontation avec les États-Unis. Une autre solution aurait pu consister à tenter de se ménager une place légitime parmi les principaux acteurs; toutefois, la fenêtre d’opportunité pour ce genre d’initiatives s’est refermée. Il ne reste donc plus d’autre perspective que celle d’une guerre hybride dans laquelle Bruxelles et Washington apparaîtraient comme des rivaux.

Les schémas bien connus de l’Union européenne au-delà du cercle polaire

Douze pays de l’Union européenne ainsi que les dirigeants du bloc ont participé ce mois-ci au sommet sur l’Arctique en Laponie. Ils y sont convenus de réorienter radicalement la politique arctique vers les questions de sécurité et ont officiellement reconnu la région comme un «foyer géopolitique».

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Pour comprendre les particularités des ambitions arctiques de l’Union, il faut garder à l’esprit que ses États membres ne disposent d’aucune infrastructure propre d’importance dans l’Arctique. Depuis le Brexit, l’Union européenne ne possède plus de frontières territoriales propres dans l’Arctique donnant directement sur l’océan Arctique. La Norvège et l’Islande ne font toujours pas partie de l’Union, le Groenland demeure un territoire danois autonome d’outre-mer, tandis que la Finlande et la Suède sont géographiquement coupées de l’océan. En outre, l’Union européenne, en tant que bloc unifié, ne dispose d’aucune flotte de brise-glaces arctiques qui lui soit propre: les quelques navires nationaux des pays scandinaves ne sont pas en mesure de lui assurer une véritable prééminence stratégique.

Comme Bruxelles ne possède ni droits territoriaux ni équipements militaires, elle a limité sa stratégie arctique aux seules questions environnementales, à la surveillance du climat et à la protection des peuples autochtones. En 2008, l’Union européenne a officiellement désigné l’Arctique comme une zone d’intérêt stratégique, et d’importantes stratégies arctiques de l’Union ont été adoptées en 2016 et en 2021.

Cette approche a commencé à évoluer entre 2022 et 2025 lorsque, dans un contexte géopolitique mondial en rapide mutation, les revendications américaines sur le Groenland ont déclenché le débarquement symbolique de troupes européennes sur l’île. Le sommet informel sur l’Arctique tenu ce mois-ci à Rovaniemi a confirmé le déplacement du centre de gravité des intérêts de l’Union européenne.

L’accord final a consacré le passage d’un programme environnemental à une stratégie de «puissance dure»: les parties se sont engagées à augmenter radicalement les investissements dans la mobilité militaire, la surveillance satellitaire et les infrastructures transfrontalières dans le Nord, ainsi qu’à coordonner, sous couvert de protection de l’environnement, le blocus de la «flotte fantôme» russe. Ces décisions, étayées par la visite démonstrative des chefs d’État et de gouvernement sur la base militaire de l’escadre de l’armée de l’air finlandaise, ont constitué le fondement de la nouvelle stratégie arctique de l’Union européenne, dont la haute représentante Kaja Kallas avait promis la présentation pour octobre 2026.

Après le sommet, sur fond de différends commerciaux et douaniers entre Ottawa et Washington, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a invité le Canada à devenir membre associé de l’Union européenne. La seule proposition d’une telle alliance a poussé à son paroxysme la politisation du dossier arctique, rendant son issue extrêmement imprévisible.

imjmnpages.jpgIl convient de noter que les aspirations de Bruxelles à exercer un rôle dirigeant prennent toujours une forme concrète. Il suffit de songer au concept de «puissance civile» de François Duchêne et à l’idée de «puissance normative» de Jan Manners, selon lesquels Bruxelles exerce son influence sur la scène internationale au moyen de son modèle économique, de sa diplomatie et de l’exportation de normes juridiques et éthiques. Cette approche a été approfondie par Mark Leonard, qui a décrit l’Union européenne comme un «empire invisible» en expansion et soutenu que l’influence de l’Union repose sur un mécanisme consistant à attirer et à intégrer ses voisins. Elle l’a également été par Anu Bradford, qui a décrit le phénomène de «l’effet Bruxelles»: un mécanisme par lequel l’immense marché intérieur de l’Union lui permet d’imposer unilatéralement des règles aux entreprises transnationales et aux gouvernements du monde entier.

C’est précisément dans ce contexte que doivent être compris les événements actuels. Bruxelles applique ses méthodes éprouvées de contrôle supranational, vieilles de plusieurs décennies. Incapable de rivaliser dans les domaines des véritables technologies de brise-glaces et de la logistique innovante, l’Union européenne tente d’orienter la compétition vers ses terrains habituels: règlements bureaucratiques, quotas climatiques et allocations virtuelles de fonds — le tout sous couvert d’une rhétorique défensive aussi antirusse que possible.

Sa proposition, présentée comme urgente, de rechercher une alliance «unique» avec le Canada constitue une tentative classique d’accaparer dans une large mesure la souveraineté d’un autre pays. Bruxelles cherche à agir en tant que «promoteur écologique et technologique» et à obtenir ainsi l’accès aux ressources canadiennes, légitimant sa présence dans le Grand Nord en tirant parti de la géographie d’autrui.

C’est pour cette raison que des pays apparemment sans lien les uns avec les autres, parmi lesquels certains des adversaires les plus déterminés de Moscou, ont été conviés au sommet en Laponie: il fallait rassembler un vaste groupe afin de donner davantage de portée au récit. Parmi eux figuraient la Grèce, située sur la Méditerranée, la Roumanie, riveraine de la mer Noire, ainsi que les États baltes, qui espéraient simplement obtenir leur part des nouveaux financements «polaires» de l’Union européenne.

Pourquoi cela ne fonctionne-t-il pas?

Jusqu’à récemment, les activités européennes ne servaient que de toile de fond à la politique américaine dans l’Arctique. Depuis des décennies, Washington y construit un empire fait d’acier, d’installations radar et de bases militaires, en s’appuyant sur une stratégie de dissuasion rigoureuse. En Alaska, les États-Unis ont établi une puissante base aérienne dotée d’avions de combat de cinquième génération F-35 et F-22, tandis que les sous-marins nucléaires américains ont appris à manœuvrer sous la glace. En septembre 2026, la Maison-Blanche et Ottawa ont entamé la phase opérationnelle du déploiement de systèmes radar transhorizon dans l’Arctique (Arctic Over-the-Horizon Radar, A-OTHR), dans le cadre de la modernisation du NORAD (North American Aerospace Defense Command), ce qui permet au commandement américain de surveiller en temps réel l’espace aérien jusqu’au cercle polaire.

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Parallèlement, Washington s’efforce de remédier à sa principale faiblesse: son retard en matière de brise-glaces. Les chantiers navals Bollinger construisent actuellement le premier navire polaire lourd américain depuis un demi-siècle, l’USCGC Polar Sentinel. Les projets de Washington à l’horizon 2030 comprennent la mise à l’eau de deux autres brise-glaces lourds ainsi que la construction du port militaire en eaux profondes de Nome, à proximité du détroit de Béring. Un lobbying actif est en outre mené pour promouvoir le concept de «liberté de navigation», qui permettrait un passage sans entrave par le passage du Nord-Ouest et raccourcirait ainsi considérablement la route maritime reliant l’Atlantique au Pacifique.

Le plus grand succès géopolitique des États-Unis a cependant été la signature, en septembre, d’un accord trilatéral avec le Danemark et le Groenland. Dans le cadre de cet accord, le Pentagone assume durablement le contrôle militaire de la sécurité du Groenland, remet immédiatement en service les bases de Narsarsuaq et de Mestersvig, et agrandit et modernise la base aérienne de Pituffik, dans le nord. Ce document a instauré un veto direct contre les investissements importants provenant de pays n’appartenant ni à l’OTAN ni à l’Union européenne, transformant ainsi l’île en un bastion américain isolé et interdisant aux entreprises européennes l’accès aux terres rares qui s’y trouvent.

Dans la presse européenne, les réactions à l’accord trilatéral de défense vont de l’ironie au soulagement prudent, mais le leitmotiv central reste la thèse de la «défaite» de Donald Trump et des concessions qu’il aurait consenties. Une analyse des avantages obtenus de part et d’autre révèle pourtant une tout autre réalité. Après avoir étendu leurs droits de défense sur l’île et pris le contrôle total de ses ressources économiques, les États-Unis ont habilement évité d’inclure dans l’accord des obligations sociales.

Les stratèges américains ont généreusement laissé au budget de l’État l’obligation de fournir des prestations sociales, des subventions et des garanties sociales à la population groenlandaise locale, qui compte moins de 60.000 habitants, au motif qu’il s’agirait du «droit souverain» de Copenhague. Washington s’est assuré la totalité des avantages géostratégiques et des bénéfices liés aux ressources naturelles, tout en faisant peser la charge de l’entretien de ce territoire économiquement faible sur des contribuables européens affaiblis. Il s’est avéré que les alliés européens de Trump étaient disposés à signer tout ce qu’il souhaitait, tout en affirmant publiquement qu’ils avaient gagné.

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Cet épisode illustre parfaitement la nature de la confrontation croissante entre les alliés, dans laquelle l’agressivité des États-Unis pousse les Européens sur la défensive et les rend incapables de conserver leurs positions. La singularité de cette confrontation réside dans l’absence d’affrontement militaire direct entre les États-Unis et l’Union européenne dans l’Arctique : en apparence, ils restent des alliés de l’OTAN faisant face à la Russie et à la Chine. Pourtant, la région est devenue de facto le théâtre d’un intense espionnage géoéconomique, de guerres commerciales, d’une concurrence pour les ports et de la monopolisation des ressources polaires. Les États-Unis s’assurent le contrôle militaire du Groenland, tandis que l’Union européenne tente de maintenir sa position économique par l’intermédiaire du Canada et des pays scandinaves. La lutte pour le passage du Nord-Ouest devrait donner lieu à des évolutions intéressantes.

Dans cette impasse, l’Union européenne se trouve dans une situation extrêmement précaire. Celle-ci tient à son isolement géographique, à l’absence totale d’instruments de « puissance dure » et à sa dépendance critique, en matière de défense, à l’égard de son principal concurrent. La tentative des « faucons » européens d’utiliser l’article 42, paragraphe 7, du traité de Lisbonne comme bouclier politique et d’envoyer en janvier des contingents symboliques au Groenland s’est révélée être un bluff que Trump a tout simplement ignoré, préférant soumettre les pays à un chantage en les menaçant de droits de douane de 25 %. Dans le contexte du néomercantilisme américain agressif et sous la pression de la concurrence chinoise, le très vanté « effet Bruxelles » de Bradford s’est effondré : en fixant des normes « vertes » strictes lors du sommet en Laponie, l’Europe espérait pouvoir réglementer le marché polaire. Mais les États-Unis, qui agissent selon le principe « que cela vous plaise ou non », ont accaparé l’ordre du jour, démontrant ainsi que les anciens modèles de Bruxelles ne fonctionneront tout simplement pas dans cette course aux régions polaires.

Perspectives et solutions de remplacement: conséquences pour la Russie et la Chine

Comme le fait justement remarquer le politologue et directeur de programme du Club Valdaï, Timofeï Bordachev, l’expérience historique montre que les conflits entre les élites occidentales ont généralement conduit à une restructuration complète de l’ordre international, maintenant ainsi le système mondial sous le contrôle d’un petit groupe d’États. Aujourd’hui, cependant, dans un contexte historique transformé, les conséquences de la confrontation polaire entre Washington et Bruxelles sont totalement imprévisibles. Le nombre d’acteurs souverains sur la scène mondiale a considérablement augmenté, tandis que l’influence exercée sur eux par l’Occident est soit totalement inexistante, soit négligeable.

Le fossé transatlantique grandissant procure aux principaux acteurs de l’Arctique — Moscou et Pékin — des avantages stratégiques décisifs. La Russie transforme méthodiquement la route maritime du Nord (Northern Sea Route, NSR) en une grande voie de transport mondiale, protégée et navigable toute l’année. Alors que Washington cherche encore à achever son premier brise-glace lourd depuis un demi-siècle, la Russie dispose de la seule flotte de brise-glaces à propulsion nucléaire au monde, une flotte absolument sans équivalent.

Pour la Chine, l’impasse polaire dans laquelle se trouve Bruxelles constitue un appel direct à l’action. Sous la pression des États-Unis, Pékin poursuit sa doctrine de la « route de la soie polaire ». Les entreprises chinoises réorientent sans entrave leurs investissements vers les mégaprojets russes de gaz naturel liquéfié dans l’Arctique, contournant ainsi les vulnérables routes méridionales. Les États membres de l’Union européenne, qui ont certes tenté d’échapper aux pièges américains mais n’y sont pas parvenus, quittent la région les mains vides, consolidant ainsi la prééminence géopolitique absolue de Moscou et de Pékin dans les glaces.

Les États-Unis ont mis la main sur le Groenland, démontrant ainsi la totale insignifiance de l’Union européenne

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Les États-Unis ont mis la main sur le Groenland, démontrant ainsi la totale insignifiance de l’Union européenne

Stefano Vernole 

Source: https://telegra.ph/Gli-Stati-Uniti-hanno-messo-le-mani-su...

En considérant l’OTAN comme son éternel instrument militaire, l’Europe demeure un acteur géopolitique inexistant et totalement subordonné à la volonté de Washington. Cela explique également les résultats du récent référendum en Islande : le faible pouvoir d’attraction de l’Union européenne a été confirmé par les citoyens de l’île voisine.

- « Afin de garantir un fonctionnement sûr et efficace des Zones de défense, les États-Unis d’Amérique jouissent, pour leurs navires et aéronefs d’État, ainsi que pour leurs forces armées et leurs véhicules, du droit de libre accès et de transit entre les Zones de défense à travers le Groenland — y compris ses eaux territoriales — par voie terrestre, aérienne et maritime. Ce droit peut également s’appliquer à des installations militaires sans personnel, sous réserve d’un accord entre les Parties sur les modalités correspondantes au moment de leur mise en place ;

- les aéronefs des États-Unis peuvent survoler toute partie du territoire du Groenland et y atterrir, y compris dans les eaux territoriales, et les navires d’État des États-Unis peuvent accéder aux eaux territoriales et y naviguer en immersion sans restriction, sauf disposition convenue d’un commun accord entre les Parties ;

- les navires d’État des États-Unis bénéficieront d’un accès supplémentaire et d’une liberté de mouvement dans les eaux territoriales, selon ce qui sera convenu au cas par cas entre les Parties en fonction des exigences de la situation militaire, aux fins de la défense de la zone couverte par le Traité de l’Atlantique Nord, du Groenland et du continent américain, ou à toute autre fin convenue entre les Parties. »

Tel est le libellé du paragraphe 6 de l’ACCORD ENTRE LE GOUVERNEMENT DES ÉTATS-UNIS D’AMÉRIQUE ET LE GOUVERNEMENT DU ROYAUME DE DANEMARK, CONJOINTEMENT AVEC LE GOUVERNEMENT DU GROENLAND, en date du 22 septembre 2026.

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Certes, il ne s’agit ni de l’annexion ou de l’achat du Groenland par les États-Unis, ni d’une renonciation formelle du Danemark à sa souveraineté ou du Groenland à son droit à l’autodétermination. Toutefois, il s’agit de quelque chose qui, dans les faits, sera tout aussi fondamental, et probablement pire: la cession du pouvoir de décision danois et groenlandais, accompagnée d’une réduction significative de la liberté d’action des deux parties en matière de sécurité et de politique étrangère.

Il est évident que rien ne pourra être entrepris dans ces domaines sans le consentement des États-Unis, en cas de relation asymétrique ou de situation conflictuelle. C’est précisément dans le cadre d’une telle relation que les États-Unis acquièrent de facto un droit de veto. Si le Danemark et/ou le Groenland souhaitaient, aujourd’hui ou à l’avenir, coopérer avec un autre pays sur les ressources, les bases ou d’autres questions de sécurité auxquelles les États-Unis seraient hostiles dans la région, cela se révélerait tout simplement impossible.

À l’inverse, il est difficile d’imaginer comment les deux parties pourraient empêcher les États-Unis d’agir à leur guise: établir davantage que les deux nouvelles bases mentionnées dans l’accord, contrôler et utiliser les eaux environnantes comme ils l’entendent et — comme indiqué précédemment — ne faire aucune mention des armes nucléaires. Aucune protection n’est par ailleurs prévue pour les conditions environnementales particulières du Groenland ; par le passé, les États-Unis ont abandonné des zones utilisées comme bases en les laissant encombrées de déchets.

Et il n’y a pas que les États-Unis: il y a aussi l’OTAN. Certes, l’OTAN opérait déjà de facto dans la région, mais l’Alliance atlantique pourra à l’avenir y jouer un rôle beaucoup plus marqué. Voilà pourquoi toutes les parties adoptent le même langage de propagande. Ce seul fait devrait suffire à faire naître le soupçon que quelque chose est dissimulé en dehors du texte de l’accord. Un alignement parfait des intérêts au sein de relations asymétriques est le fruit de la tromperie ou de l’auto-illusion.

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Par ailleurs, l’accord est perpétuel. Cela signifie qu’aucune clause de renouvellement, de prorogation ou de retrait n’est prévue. Il est contraignant pour une durée indéterminée et, dans la pratique, cette contrainte pèse sur les deux parties les plus faibles. Les États-Unis pourront imposer toute décision à leur convenance, tandis que les deux autres parties ne pourront même pas menacer — si les circonstances l’exigeaient — de se retirer de l’accord. Il s’agit d’une condition extrêmement inhabituelle dans les accords internationaux.

Il est tout aussi incompréhensible que le Danemark et le Groenland aient accepté non seulement le caractère permanent de l’accord, mais aussi l’adhésion définitive du Groenland à l’OTAN. Cette disposition demeurerait valide même si le Groenland devenait un jour un État indépendant. Dans ce cas, les futurs dirigeants et citoyens d’un Groenland indépendant seraient contraints d’accepter et de mettre en œuvre l’adhésion à l’Alliance atlantique. Dans un tel cadre, il serait difficile de qualifier un Groenland indépendant d’État souverain, même s’il conservait son propre territoire. Ce seul aspect soulève déjà des interrogations quant à la substance réelle du concept d’autodétermination.

Le choix de se brader, fait par le Danemark et le Groenland, est légitimé par l’affirmation selon laquelle ils obtiendraient une protection accrue — voire peut-être une certaine influence sur la politique américaine — et que, après les déclarations extrêmement agressives de Trump sur la nécessité absolue d’acquérir le Groenland, y compris par des moyens militaires si cela était « nécessaire », cet accord constituerait un brillant exemple de diplomatie de la part de petits États.

Il est donc surprenant, mais aussi dangereusement imprudent, qu’aucun mécanisme de règlement des différends ne soit prévu dans cet accord à durée indéterminée. Qui, sinon les États-Unis, serait en mesure d’imposer sa volonté en cas de désaccord entre les parties ?

Trump a écrit que les États-Unis avaient obtenu cet « accord fantastique » sans débourser un centime. Cela pourrait bien être vrai, puisque le texte ne précise pas qui paiera pour toutes les nouvelles activités ni pour l’accès que les États-Unis acquièrent au Groenland.

Le journaliste et historien Eric Zuesse a demandé à ChatGPT s’il était possible, sur la base d’accords analogues, d’estimer approximativement la valeur des droits acquis par les États-Unis en vertu de cet accord. La réponse a été : environ 45 milliards de dollars. Drew Horn, ancien responsable de l’administration Trump, a affirmé qu’il développait au Groenland un projet consacré aux terres rares ainsi qu’un centre de données destiné à l’intelligence artificielle et alimenté par l’énergie hydroélectrique. Il s’agit d’un territoire riche en éléments essentiels à la transition écologique, à la transition numérique et technologique ainsi qu’au secteur de la défense. Critical Metals, société américaine cotée en Bourse, a obtenu du gouvernement de Nuuk le contrôle du gisement de Tanbreez, qui comprend 4,7 milliards de tonnes de terres rares, dont plus d’un quart (27 %) sont des terres rares « lourdes », c’est-à-dire essentielles au secteur de la défense.

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Un aspect encore plus significatif, et problématique, réside dans le fait que l’accord publié ne dit rien sur la manière dont l’extraction des ressources et les bénéfices escomptés doivent être répartis. Cet accord perpétuel ne dit absolument rien sur la façon dont les trois parties doivent se partager les recettes, ni sur la part qui doit revenir au Groenland. En d’autres termes, il n’y a pas un seul mot sur la manière dont le Danemark et le Groenland entendent éviter une situation où « le gagnant rafle tout ».

Trump a déclaré que les États-Unis — tout comme l’OTAN — avaient besoin du Groenland pour des raisons de sécurité, sans toutefois expliquer précisément de quelle manière l’accès aux ressources groenlandaises renforcerait la sécurité américaine, ni contre qui ou contre quoi. En termes de Realpolitik, il lui suffira, ainsi qu’aux futurs présidents, de dire simplement : « C’est nécessaire à notre sécurité. » À ce moment-là, Copenhague et Nuuk seront contraintes de s’aligner. L’accord est perpétuel par sa durée et global par sa portée. Pourtant, il ne dit rien de la répartition des coûts et des recettes entre les trois parties, et ne prévoit pas davantage que ces « détails » devront faire l’objet de négociations ultérieures.

C’est aussi pour cette raison que tant d’efforts diplomatiques et de communication sont déployés afin de répéter que le Danemark conserve sa souveraineté et le Groenland son droit à l’autodétermination : Trump a obtenu exactement ce qu’il voulait, dès maintenant et pour toute éventualité future.

Des commentateurs des médias européens, peu ou pas compétents en matière de sécurité, diffusent cette thèse sans procéder à la moindre analyse substantielle du contenu de l’accord. Celui-ci devrait plutôt être qualifié de bradage de la part du Danemark et du Groenland. Bien qu’il préserve formellement le droit du Groenland à l’autodétermination et la souveraineté du Danemark, l’accord implique une renonciation décisive à la liberté d’action, tant dans l’immédiat que dans un avenir incertain.[1]

Cela a été rendu possible par des décennies de soumission du Danemark aux États-Unis — une soumission de plus en plus totale, au point qu’il n’est plus possible de parler d’une politique étrangère et de sécurité indépendante et souveraine de la part de Copenhague.

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Seule la version officielle de l’accord sera publiée, truffée de belles paroles mais sans entrer dans les détails ; ceux-ci portent en effet sur des questions de sécurité qui ne peuvent être divulguées. Certains analystes considèrent cet accord comme une sorte de prolongement naturel de celui de 1951 et de l’accord d’Igaliku. Si tel était le cas, il suffirait de les proroger juridiquement. En réalité, il est évident que ce nouveau traité confère aux États-Unis quelque chose qu’ils ne possèdent pas actuellement. Les prétendus « rivaux » des États-Unis seront exclus du Groenland : ils ne pourront ni y investir ni y construire de bases. Cela implique de facto l’absence de coopération avec des pays tels que la Russie et la Chine — ainsi qu’avec d’autres — qui ont dans la région des intérêts économiques et sécuritaires tout aussi légitimes (« aucun État non membre de l’OTAN ne sera autorisé à établir au Groenland ses propres installations militaires, avec ou sans personnel, et aucune présence permanente de forces militaires ne sera autorisée au Groenland, sauf accord contraire entre les Parties »).

Cela revient à adopter une attitude conflictuelle. Toute forme de coopération rationnelle, profitable à tous, ainsi que toute sécurité partagée sont exclues d’emblée. La région passera d’un contexte de faibles tensions et de faible militarisation à une zone de haute tension : après tout, partout où les États-Unis sont présents, des tensions et des dynamiques de « dissuasion » se développent à l’égard d’autres acteurs qui se sentent menacés.

Enfin, le paragraphe 7 précise :

- « Les Parties conviennent que le territoire adjacent à une Zone de défense ne doit être utilisé d’aucune manière susceptible de compromettre la sécurité de cette Zone. Afin de mettre en œuvre cette disposition, les Parties entendent coopérer pour garantir la sécurité des Zones de défense. Les États-Unis auront le droit de soulever des objections concernant la construction, ou le changement d’affectation — lorsque celui-ci constitue une menace pour une Zone de défense — de tout bâtiment, ouvrage ou installation situé à proximité de ladite Zone. À la suite de cette notification, les Parties détermineront d’un commun accord les mesures nécessaires pour faire face à toute menace. Les Parties collaboreront pour lutter contre l’espionnage au Groenland. Les autorités compétentes du Royaume de Danemark entretiendront des contacts étroits avec les autorités américaines compétentes et avec d’autres partenaires, dans la mesure nécessaire à la mise en œuvre du présent article. »

Pour l’Union européenne, l’accord économique constitue un coup très dur, car les gisements de terres rares dont l’UE a besoin pour mettre en œuvre ses programmes — le Pacte vert, le Livre blanc sur la défense et la stratégie de compétitivité — lui ont été subtilisés sous le nez.

Pourtant, au début de l’année 2026, à propos du dossier groenlandais, von der Leyen avait expliqué que l’Union avait agi en suivant « quatre principes fondamentaux : fermeté, ouverture, préparation et unité, et cette approche s’est révélée efficace ». Dans les jours précédant le sommet, la position européenne s’était déjà dessinée à travers une série de prises de position unanimes des dirigeants, placées sous le signe « du calme et du dialogue » avec l’administration américaine, sans exclure toutefois le recours, si nécessaire, aux instruments commerciaux, le fameux « bazooka ».

Finalement, rien de tout cela ne s’est produit car, en considérant l’OTAN comme son éternel instrument militaire, l’Europe demeure un acteur géopolitique inexistant et totalement subordonné à la volonté de Washington. Cela explique aussi les résultats du récent référendum en Islande : le faible pouvoir d’attraction de l’Union européenne a été confirmé par les citoyens de l’île voisine.

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Au Groenland, il ne pouvait en être autrement.

[1] Les Parties feront le meilleur usage possible des procédures établies dans les Accords de défense, notamment l’Accord de défense de 1951 et l’Accord d’Igaliku de 2004, tels que modifiés et complétés par le présent accord, afin de permettre ce qui suit :

i. Les États-Unis seront autorisés à moderniser et à étendre leurs activités à la base spatiale de Pituffik ;

ii. Les États-Unis seront autorisés à établir une Zone de défense supplémentaire à Narsarsuaq et à Mestersvig, selon des modalités et des détails techniques qui devront être convenus d’un commun accord entre les Parties ;

iii. Les États-Unis pourront établir des Zones de défense supplémentaires au Groenland et renforcer leurs opérations ou leurs infrastructures militaires. Chacune des Parties pourra constater la nécessité d’une nouvelle Zone de défense aux fins de la défense de la zone couverte par le Traité de l’Atlantique Nord, du Groenland et du continent américain. Cette Partie présentera une proposition décrivant l’emplacement, la finalité, les dimensions et les types d’activités de la Zone de défense proposée, ainsi que d’autres modalités, telles que les mesures d’atténuation, y compris celles nécessaires pour tenir compte du Protocole d’accord de 1991 et de la Déclaration conjointe de 2004. Les Parties se réuniront immédiatement afin d’engager des consultations par l’intermédiaire du Comité permanent, dans le but de définir les détails de la mise en œuvre sur la base d’un accord mutuel. Si aucun accord n’est trouvé au sein du Comité permanent dans un délai de 90 jours, les consultations seront portées au niveau des vice-ministres, puis à celui des ministres 

iv. Les États-Unis attribueront à des entreprises groenlandaises, dans toute la mesure du possible, tous les contrats de biens et de services liés à l’établissement, à l’entretien et au soutien — y compris, sans toutefois s’y limiter, les projets de construction et de démantèlement — des Zones de défense au Groenland, en tenant compte des capacités de ces fournisseurs et de la faisabilité de leur recours dans l’exécution des contrats. Afin de garantir l’attribution des contrats à des fournisseurs groenlandais, les Parties conviennent de mettre à jour en conséquence les notes diplomatiques de 2020.

 

Article original: Strategic Culture Foundation

vendredi, 09 octobre 2026

L’AfD et le BSW s’unissent pour la première fois: «Des pourparlers de paix plutôt que la guerre!»

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L’AfD et le BSW s’unissent pour la première fois: «Des pourparlers de paix plutôt que la guerre!»

Magdebourg. Il existe de nombreux points de convergence entre l’AfD et l’Alliance Sahra Wagenknecht (BSW). La politique à l’égard de la Russie et une politique visant la restauration de la paix en Europe en font partie. Ces dernières années, les deux partis se sont prononcés à plusieurs reprises, et avec insistance, contre la politique d’escalade menée par l’Occident et ont réclamé des initiatives en faveur d’un processus de paix en Ukraine.

Depuis son triomphe électoral en Saxe-Anhalt, l’AfD a franchi une étape supplémentaire. Selon toute vraisemblance, elle fournira, en la personne d’Ulrich Siegmund, le prochain ministre-président, qui sera officiellement soumis au vote en décembre. Mais les «Bleus» souhaitent dès à présent lancer des initiatives importantes. C’est pourquoi une motion conjointe des groupes parlementaires de l’AfD et du BSW, intitulée «Des pourparlers de paix plutôt qu’un élargissement de la guerre en Ukraine», devrait figurer la semaine prochaine à l’ordre du jour d’une séance extraordinaire du Landtag.

L’objectif central est de constater que la politique à l’égard de la Russie menée par les partis établis a échoué de manière retentissante, ainsi que d’appeler le gouvernement du Land à agir, par l’intermédiaire d’une initiative au Bundesrat, en faveur de «la prévention d’une nouvelle escalade en Ukraine et de la mise en œuvre d’une politique favorisant la paix». Les auteurs de la motion souhaitent mettre l’accent sur le retour à la diplomatie.

Ulrich Siegmund, président du groupe parlementaire de l’AfD, déclare à ce sujet: «Cette motion symbolise la volonté de changement. Nous allons enfin exploiter toutes les possibilités afin d’accroître la pression politique sur Berlin, pour que celui-ci œuvre enfin à mettre un terme à la guerre plutôt qu’à la prolonger, et pour que les milliards d’argent public soient consacrés aux habitants de notre pays plutôt qu’à des armes destinées aux champs de bataille ukrainiens!».

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L’initiative ainsi que la demande de convocation de cette séance plénière extraordinaire ont été conjointement signées par Oliver Kirchner et Ulrich Siegmund, présidents du groupe parlementaire de l’AfD, ainsi que par Thomas Schulze, président du groupe parlementaire du BSW (voir photo) — un début prometteur pour les travaux du nouveau Landtag. Bien qu’elle y constitue la première force politique, l’AfD a besoin des voix d’autres groupes parlementaires pour obtenir la majorité absolue. Le BSW a déjà annoncé qu’il soutiendrait l’AfD sur des questions de fond. Cette initiative commune en faveur de la paix en marque le début. Elle obtiendra — et il s’agit là aussi d’une première — une majorité pour la première fois au sein d’un parlement allemand (se).

Source: Zu erst, Octobre 2026.

jeudi, 08 octobre 2026

Le gouvernement Magyar et l’Europe qui se referme: de Trieste à Belgrade, Budapest démantèle les corridors vers l’Eurasie

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Le gouvernement Magyar et l’Europe qui se referme: de Trieste à Belgrade, Budapest démantèle les corridors vers l’Eurasie

par Paolo Deganutti

Source: https://www.cese-m.eu/2026/10/il-governo-magyar-e-leuropa...

Le terminal hongrois du port de Trieste et la ligne ferroviaire Belgrade-Budapest financée par la Chine sont remis en question.

L’Union européenne a salué la victoire de Péter Magyar comme le retour de la Hongrie dans le giron de la démocratie libérale. Mais l’examen des premières mesures prises par le nouveau gouvernement en matière d’infrastructures fait apparaître un tableau moins rassurant. Le gouvernement qui a le plus les faveurs de l’Union remet en question, l’un après l’autre, les deux projets qui faisaient de la Hongrie un nœud de liaison entre l’Europe centrale, la Méditerranée et les routes eurasiatiques. Le terminal situé dans le port franc de Trieste et la ligne ferroviaire Belgrade-Budapest sont les deux facettes d’un même choix.

APLogo2.jpgLe 22 septembre, le ministère des Transports et des Investissements, dirigé par Dávid Vitézy, a confirmé avoir lancé un examen de la «solidité financière, technique et commerciale» du terminal Adria Port, dans la zone de l’ancienne raffinerie Aquila. Le projet remonte à 2018, lorsque le gouvernement Orbán avait préféré le port de Trieste à celui de Koper afin d’offrir au pays son propre débouché maritime. En 2019, l’entreprise publique Adria Port Zrt a acquis pour 31 millions d’euros les 32 hectares situés derrière le quai, avec une concession domaniale courant jusqu’en 2074. Le projet définitif prévoit environ 650 mètres de quai, un raccordement ferroviaire à Aquilinia ainsi qu’une plateforme logistique destinée aux matériels roulants, aux marchandises diverses et aux cargaisons de projet.

Officiellement, rien n’a été suspendu, et Budapest assure que la coopération avec Rome se poursuit. Mais l’asymétrie est manifeste. Du côté de l’Autorité portuaire de Trieste, les travaux maritimes sont à un stade avancé: elle a affecté 45 millions d’euros du Fonds complémentaire au PNRR à la construction du premier quai de 245 mètres et aux opérations de dragage.

Dix millions supplémentaires ont été alloués à l’approfondissement du chenal, et une deuxième phase d’un montant de 83 millions d’euros est à l’étude. Du côté hongrois, pas une seule pierre n’a été posée sur les terre-pleins. L’appel d’offres pour la conception du terminal est resté gelé en raison des élections, et l’engagement d’environ 200 millions d’euros pour la dépollution du site et le terminal ferroviaire n’a pas été pris. Il existe donc un risque concret que le port de Trieste se retrouve avec un quai financé par des fonds publics et une arrière-zone vide.

Adria Port, l’entreprise publique hongroise chargée de construire et de gérer le terminal de Trieste, a clôturé chaque exercice depuis 2019 par une perte, et l’étude de faisabilité de PwC n’a été commandée qu’après l’acquisition du site. Lorsqu’elle a finalement été remise à la presse, 167 de ses 192 pages étaient occultées. Mais corriger un projet mal conçu est une chose; se servir de ses défauts pour remettre en question son orientation stratégique en est une autre: celle d’un accès direct de l’Europe centrale à la Méditerranée orientale, au canal de Suez et aux routes menant au Golfe et à l’Asie.

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Le second dossier montre qu’il ne s’agit pas uniquement d’une question de comptabilité. Longue d’environ 350 kilomètres, la ligne ferroviaire Belgrade-Budapest constitue le dernier tronçon du corridor terrestre et maritime qui, depuis le port du Pirée exploité par Cosco, achemine les marchandises de la Méditerranée vers le cœur de l’Europe. Le tronçon hongrois a coûté environ mille milliards de forints, financés en grande partie par un prêt de la China Exim Bank, et il est ouvert au trafic de marchandises depuis février 2026.

Mais le service voyageurs, annoncé à plusieurs reprises, n’a jamais été mis en service, et l’une des premières mesures du nouveau gouvernement a été d’annoncer le réexamen de l’ensemble du projet. Devant le Parlement, Vitézy l’a qualifié d’investissement «truffé d’erreurs à tous les niveaux». Là encore, les arguments relatifs à la transparence sont légitimes. Ils frappent toutefois précisément la principale infrastructure chinoise de liaison dans les Balkans, qui est utile non seulement à Pékin, mais aussi à la Serbie, à la Hongrie et aux exportateurs européens.

Lorsque l’on rapproche les deux affaires, la logique d’ensemble apparaît cohérente. Avec toutes ses limites, le gouvernement Orbán avait élaboré une politique fondée sur la multiplicité des corridors: vers le sud, en direction du Pirée via la Serbie; vers l’ouest, en direction de Trieste via la Slovénie; et, dans les deux cas, vers les nouvelles routes de la soie. La Hongrie devenait ainsi une plateforme de redistribution entre l’Europe et l’Eurasie. Le nouveau gouvernement semble vouloir refermer ces deux portes et replacer le pays dans une seule sphère d’attraction: celle du système industriel allemand et des ports du Nord, Hambourg et Rotterdam, conformément à la doctrine européenne de réduction des risques à l’égard de la Chine.

C’est ici que le paradoxe apparaît. L’Union européenne se présente comme la championne de la libre circulation des marchandises, mais elle accueille favorablement un gouvernement qui remet précisément en cause les infrastructures permettant de multiplier les voies d’accès au marché européen. Les risques de blocage sont dénoncés avec zèle lorsqu’ils concernent la Chine, mais ignorés lorsqu’ils résultent de décisions politiques prises par des gouvernements occidentaux. Une ligne ferroviaire construite avec des capitaux chinois devient un problème de sécurité; un corridor interrompu sur décision de Budapest devient un exemple de bonne administration. Il en résulte une Europe qui, au nom de la réduction de ses dépendances, réduit non seulement ses sources d’énergie, mais également ses connexions. Elle risque ainsi de transformer la réduction des risques en auto-isolement au moment même où le centre de gravité des échanges mondiaux se déplace vers l’Asie, le Golfe et l’océan Indien.

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Pour Trieste, l’enjeu est considérable. Le port franc international n’a de sens que s’il demeure une porte ouverte: vers l’Europe centrale, mais aussi vers la Méditerranée orientale et les routes passant par Suez. Un terminal hongrois conçu pour les exportateurs du bassin danubien et relié au réseau ferroviaire de l’Europe centrale constituait l’un des éléments de cette fonction. Le réduire à un quai dépourvu de trafic reviendrait à gaspiller des fonds publics et à affaiblir le rôle du port en tant que trait d’union entre les continents.

Rome devrait demander à Budapest un calendrier précis et une réponse claire, sans permettre que l’examen technique se transforme en report indéfini. Quant à Bruxelles, elle devrait s’interroger sur une contradiction qu’elle ne pourra ignorer longtemps: on ne peut proclamer la libre circulation des marchandises tout en applaudissant ceux qui ferment les corridors qui la rendent possible.

Le monde se réorganise — et nous le constatons à la pompe

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Le monde se réorganise — et nous le constatons à la pompe

Jeanne Delahaye

Source: https://www.facebook.com/jeanne.delahaye.7 

Il suffit de mettre côte à côte quelques informations de ces derniers jours pour comprendre ce qui est en train de se produire.

Le 2 octobre, les pays du G7 se sont réunis en session de crise en raison des tensions sur les marchés de l’énergie. Après la décision, déjà prise en mars, de débloquer 400 millions de barils provenant des réserves d’urgence — dont environ 325 millions ont désormais été mis sur le marché, selon l’Agence internationale de l’énergie —, 100 millions de barils supplémentaires de pétrole et de diesel doivent maintenant être mobilisés. Le marché du diesel est particulièrement sous pression (AIE).

Un détail est à cet égard particulièrement remarquable: outre la crise dans le détroit d’Ormuz, l’AIE cite explicitement les attaques ukrainiennes contre des raffineries russes comme l’un des facteurs aggravant la pénurie de diesel. Dans le même temps, les pays du G7 déclarent vouloir maintenir les sanctions contre la Russie (AIE).

C’est de la géopolitique — mais ses conséquences nous touchent directement.

La Commission européenne le confirme désormais elle-même: l’approvisionnement de l’Europe est certes assuré pour le moment, mais le diesel demeure cher. La Banque centrale européenne souligne que, en tant que grand importateur net d’énergie, la zone euro perd du revenu réel au profit du reste du monde lors de tels chocs de prix. Une étude de la Commission européenne montre en outre que les ménages à faibles revenus sont beaucoup plus durement touchés par les chocs sur les prix de l’énergie que les ménages aisés (Energy).

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Parallèlement, le paysage politique se transforme hors d’Europe.

Lors du dernier sommet des BRICS à New Delhi, les pays membres — dont le groupe s’est désormais considérablement élargi — ont appelé à la retenue au Moyen-Orient et au maintien du commerce international. Quelques jours plus tard, lors de l’Assemblée générale des Nations unies, il était également impossible de ne pas entendre les nombreux États qui réclament une réforme de l’ordre international. L’Afrique, en particulier, exige enfin une représentation appropriée au Conseil de sécurité (Al Jazeera).

Voilà, selon moi, le point décisif: l’ordre mondial est en train de se déplacer.

Un nombre croissant d’États ne veulent plus se contenter d’appliquer des règles définies ailleurs. Ils réclament davantage de voix au sein des institutions internationales tout en nouant de nouveaux partenariats politiques et économiques.

Cela ne doit nullement être une catastrophe pour l’Europe.

Mais l’Europe doit se demander quelle place elle souhaite occuper dans ce nouveau monde.

L’Union européenne parle elle-même d’«autonomie stratégique». Dans le même temps, elle demeure fortement dépendante dans des domaines essentiels: des importations d’énergie, des chaînes mondiales d’approvisionnement en matières premières et en marchandises et, sur le plan de la sécurité, toujours largement des États-Unis. Le Conseil européen considère désormais lui-même l’accès à une énergie abordable, la compétitivité industrielle et la réduction de ces dépendances comme des tâches urgentes (consilium.europa.eu).

C’est peut-être précisément là que réside l’impasse européenne :

Nous continuons d’essayer de façonner un monde en mutation à l’aide des instruments de l’ancien ordre — sanctions, pressions économiques et formation de blocs —, tandis qu’une grande partie du reste du monde diversifie de plus en plus ses relations.

Or, la question décisive devrait être la suivante :

Comment l’Europe peut-elle préserver ses propres intérêts sans se couper des nouveaux centres de pouvoir?

Une plus grande autonomie stratégique ne signifierait pas «rejoindre» la Russie, la Chine, l’Inde ou les BRICS.

Elle signifierait être capable de dialoguer et de commercer avec différents centres de pouvoir, de désamorcer autant que possible les conflits par la diplomatie et d’évaluer davantage les décisions européennes en fonction de leurs conséquences pour la population européenne.

Car la politique mondiale ne se déroule plus depuis longtemps dans quelque lointain ailleurs.

Nous la rencontrons à la pompe, sur notre facture de chauffage, au supermarché, dans les coûts de production de nos entreprises et, en définitive, dans notre pouvoir d’achat.

La multipolarité n’est donc pas une théorie géopolitique abstraite.

Elle fait depuis longtemps partie de notre quotidien.

mercredi, 07 octobre 2026

Pays-Bas: le député du FVD Van Houwelingen démontre que seul le discours prescrit compte encore

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Pays-Bas: le député du FVD Van Houwelingen démontre que seul le discours prescrit compte encore

Source: https://deanderekrant.nl/kabinet-jetten-zet-kritiek-oorlogsexperts-weg/

Le ministre des Affaires étrangères Tom Berendsen (CDA) refuse de répondre sur le fond aux questions parlementaires de Pepijn van Houwelingen, dans lesquelles celui-ci soumet au gouvernement les critiques d’éminents spécialistes de la guerre, critiques selon lesquelles la guerre en Ukraine est une guerre par procuration opposant l’OTAN et l’UE à la Russie.

Selon le gouvernement, ces critiques constituent «de la désinformation prorusse provenant du Kremlin» et on a «délibérément évité d’entrer dans de tels cadres interprétatifs». Van Houwelingen a réagi avec fureur: «C’est véritablement inconcevable, quelle stupidité insensée. Voilà donc comment on entraîne sa population dans une guerre contre la Russie».

Le député du FVD avait demandé au gouvernement de «répondre sur le fond (!)» aux analyses de critiques connus, parmi lesquels Glenn Diesen, Jeffrey Sachs et John Mearsheimer. Ces universitaires mettent depuis des années en garde contre la politique occidentale qui, selon eux, a conduit à une guerre par procuration extrêmement dangereuse entre l’OTAN et l’UE, d’une part, et la Russie, d’autre part, menée aux dépens de la population ukrainienne.

La semaine dernière, Van Houwelingen a publié la réponse du ministère des Affaires étrangères, qui a fait savoir, par la voix de Tom Berendsen, membre du CDA, qu’il ne répondrait pas sur le fond aux questions parlementaires — alors qu’il y est constitutionnellement tenu en vertu de l’article 68. Le ministre des Affaires étrangères refuse d’examiner les analyses des experts, car il est «absolument évident que la Russie mène contre l’Ukraine une guerre d’agression illégale qui ne saurait être justifiée d’aucune manière». En ignorant les questions de Van Houwelingen, il a été «délibérément évité d’entrer dans de tels cadres interprétatifs», selon Berendsen.

Van Houwelingen a déclaré sur X être abasourdi: «Incroyable. En d’autres termes, ce gouvernement qualifie d’avance — je dis bien d’avance ! — toute forme de critique, y compris les critiques très solidement étayées d’éminents experts indépendants, de “désinformation provenant du Kremlin”. C’est exactement ce qui figure dans la note décisionnelle: lisez-la vous-même ! Il refuse ensuite — eh oui, il refuse ! — de réfuter ces critiques sur le fond et de répondre aux questions parlementaires à ce sujet».

Dans ses questions parlementaires, le député du FVD avait précisément demandé que celles-ci ne soient pas rejetées d’avance comme relevant du «complotisme», de la «propagande du Kremlin» ou de la «désinformation». La réponse du ministre fut: «Voir la réponse à la question 2». Il y avait répété le discours gouvernemental selon lequel la Russie était l’agresseur.

La semaine dernière, Van Houwelingen a déclaré au journal De Andere Krant qu’il avait conscience que le dépôt de questions et de motions parlementaires ne changerait pas grand-chose en politique. «Mais nous voulons montrer ainsi qu’ils n’ont aucun argument. Et l’on espère malgré tout qu’un processus de réflexion s’engagera chez les gens. Il s’agit de les démasquer. Leur véritable nature se révèle».

Dans ce cas, Van Houwelingen a démontré que le gouvernement Jetten détermine quelles questions sont légitimes et lesquelles ne le sont pas. Les questions jugées illégitimes — relevant de la «désinformation» — ne doivent alors apparemment pas recevoir de réponse sur le fond. Un passage du roman 1984 de George Orwell se rapproche ainsi dangereusement de la réalité: «Le Parti vous disait de rejeter le témoignage de vos yeux et de vos oreilles. C’était son commandement ultime et le plus essentiel».

Cela a suscité des réactions indignées sur X. Un certain Nestor a écrit: «Cette réaction est vraiment choquante. Depuis près de sept ans, on se dit que cela ne peut pas devenir plus insensé. Mais ces nullités réussissent tout de même à le faire». Selon Gert Jan Smit, «la Seconde Chambre, en particulier, n’est plus qu’une vaste mascarade, simple prolongement du FEM, frappé d’incapacité, et exécutant docile des décisions de l’UE et de l’Agenda 2030».

mardi, 06 octobre 2026

Readiness 2030: peut-être ne s'agit-il pas du tout de l'autonomie de l'Europe? 

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Readiness 2030: peut-être ne s'agit-il pas du tout de l'autonomie de l'Europe? 

Elena Fritz

Source: https://t.me/global_affairs_byelena 

Le nouveau rapport de l’Agence européenne de défense met en évidence un problème: l’Europe se réarme, mais pas assez rapidement. D’importantes lacunes subsistent en matière de défense aérienne et antimissile, de munitions, de drones, de forces terrestres et navales. L’objectif reste néanmoins inchangé: atteindre la préparation en matière de défense d’ici à 2030.

C’est peut-être précisément là que réside une erreur de raisonnement.

Nous supposons souvent qu’à long terme, Bruxelles souhaite bâtir une puissance militaire européenne stratégiquement autonome, moins dépendante des États-Unis et dotée de sa propre industrie ainsi que de ses propres capacités.

Mais si, à court terme, ce n’était tout simplement pas la priorité?

Et s’il s’agissait d’abord, d’ici à 2030, de constituer aussi rapidement que possible une masse militaire aussi importante que possible — au besoin en recourant au crédit, au besoin avec des systèmes d’armes américains, et toujours dans le cadre des structures de l’OTAN?

Readiness 2030 correspond en tout cas à cette logique. Jusqu’à 800 milliards d’euros doivent être mobilisés, dont 150 milliards au moyen de prêts SAFE. D’autres marges de manœuvre considérables seront créées grâce à l’assouplissement des règles budgétaires applicables aux dépenses de défense. Parallèlement, l’OTAN s’engage sur une trajectoire à long terme pouvant atteindre 5% du PIB des pays membres d’ici à 2035.

Dans le même temps, le Conseil européen qualifie désormais explicitement la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine de «défi existentiel pour l’Union européenne» et demande que la préparation en matière de défense soit renforcée d’ici à 2030 «à un rythme soutenu et à grande échelle».

Il s’agit d’une formulation politique remarquablement forte.

Et elle change la logique.

Si les dirigeants politiques européens considèrent réellement la confrontation avec la Russie comme existentielle, l’enjeu principal n’est plus de concevoir l’architecture de défense européenne la plus adéquate pour les vingt prochaines années. Ce qui compte avant tout, c’est le temps.

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Des armes maintenant. Des munitions maintenant. Une défense aérienne maintenant. Des capacités de production maintenant.

La provenance du matériel devient alors secondaire.

L’achat de systèmes américains ne contredit donc nullement une telle stratégie. L’autonomie stratégique constituerait un objectif à long terme. La préparation à la guerre d’ici à 2030 est une mission à moyen terme.

Et c’est ici que l’Ukraine acquiert également une seconde fonction.

Officiellement, il s’agit de défendre l’Ukraine. Dans le même temps, l’Union européenne affirme elle-même que l’expérience militaire et les innovations ukrainiennes en matière d’armement doivent être mises en relation avec l’industrie européenne de la défense. Ursula von der Leyen a déjà déclaré que l’Ukraine disposait de l’innovation et que l’Europe pouvait assurer le changement d’échelle — tout en renforçant ainsi sa propre défense.

On peut en déduire une hypothèse plus large:

L’Ukraine maintient la Russie engagée militairement, tandis que l’Europe gagne du temps pour reconstruire sa propre base militaire.

Il ne s’agit pas d’une stratégie secrète avérée. Mais cette fonction stratégique est difficile à ignorer.

Fait intéressant, Moscou décrit désormais cette évolution exactement de cette manière, mais en termes beaucoup plus tranchés. Le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Alexandre Grouchko, a déclaré en juin que la Russie partait du principe que l’Union européenne et l’OTAN se préparaient à une confrontation militaire «aux alentours de 2030». Le ministre des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a, quant à lui, soutenu que l’Europe souhaitait plutôt «geler» le conflit ukrainien, gagner du temps et parvenir à sa propre aptitude au combat d’ici à 2030. Il s’agit d’interprétations russes, non de constatations factuelles indépendantes. Elles montrent toutefois comment le réarmement européen est perçu à Moscou.

Et c’est précisément là qu’apparaît un dangereux effet miroir.

La Russie considère elle aussi l’issue de la guerre en Ukraine comme une question stratégique existentielle. Du point de vue de Moscou, un cessez-le-feu dépourvu d’un nouvel ordre de sécurité ne serait peut-être qu’une pause durant laquelle l’Ukraine serait réarmée et intégrée plus étroitement aux structures militaires occidentales. De son côté, l’Union européenne déclare officiellement que, même après un cessez-le-feu, des garanties de sécurité à long terme et une capacité ukrainienne durable à dissuader la Russie resteraient nécessaires.

Les deux parties ne considèrent donc pas nécessairement la période suivant un éventuel cessez-le-feu comme une période de paix.

Elles pourraient la voir comme une phase de préparation en vue du prochain affrontement.

Dès lors, le réarmement européen prend lui aussi une autre signification.

Non pas :

Guerre en Ukraine → cessez-le-feu → nouvel ordre de sécurité européen.

Mais peut-être :

Guerre en Ukraine → gain de temps → réarmement européen → confrontation militaire durable avec la Russie.

Pour les institutions politiques européennes, cette évolution crée en outre un mécanisme classique de coûts irrécupérables.

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Plus les budgets, l’industrie, les infrastructures et les discours politiques seront orientés vers l’hypothèse d’une menace russe durable, plus il sera difficile de procéder ultérieurement à un changement de cap fondamental.

Car si une détente politique stable devait réellement s’instaurer, une question finirait inévitablement par se poser:

Pourquoi 5%? Pourquoi 800 milliards? Pourquoi cette mobilisation permanente?

Cela ne signifie pas pour autant que les responsables politiques européens «veulent» la guerre.

Mais cela signifie que les institutions, les budgets et la légitimation politique sont de plus en plus liés à une certaine perception de la menace. Et, comme on le sait, de telles structures développent leur propre inertie.

Peut-être faudrait-il donc considérer Readiness 2030 moins comme un projet de souveraineté stratégique européenne.

Peut-être s’agit-il avant tout d’une course contre la montre: l’Europe veut être militairement en mesure d’agir avant que l’Ukraine ne cesse de jouer son rôle de zone tampon militaire avancée.

Si cette hypothèse est juste, elle permet également d’expliquer la contradiction entre la grande rhétorique européenne sur l’autonomie et la dépendance persistante à l’égard des capacités américaines.

L’autonomie peut attendre.

2030, apparemment, ne le peut pas.

#géopolitique @global_affairs_byelena

La France des révoltes et l’illusion d’une convergence entre travailleurs et périphéries ethniques

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La France des révoltes et l’illusion d’une convergence entre travailleurs et périphéries ethniques

par Sergio Filacchioni 

Source: https://www.ilprimatonazionale.it/approfondimenti/francia...

Rome, 3 octobre — Après le refrain selon lequel «en France, au moins, ils savent manifester», il en est un second qui accompagne désormais presque automatiquement chaque nouvelle flambée de contestation de l’autre côté des Alpes: la convergence. Le mot a refait surface ces derniers jours, tandis que le mouvement parti des lycées français s’étendait rapidement, passant d’une protestation contre le manque d’enseignants, la surpopulation et la dégradation des établissements à une mobilisation nationale qui, au 3 octobre, avait touché plus de 1200 écoles et entraîné plus de cinq mille arrestations. Syndicats, enseignants et organisations politiques ont progressivement rejoint un mouvement né avant eux, tandis qu’aux revendications scolaires se sont ajoutés incendies, affrontements et formes de violence urbaine que le gouvernement français a présentés comme un changement de nature de la contestation.

De là découle une image presque inévitable: les élèves commencent, les professeurs les rejoignent, les travailleurs se mettent en grève, les périphéries ethniques se mobilisent, et ce qui était un conflit particulier devient une opposition générale. Le verbe choisi par Ilaria Salis pour commenter les protestations françaises a d’ailleurs précisément été «élargir». C’est une image politiquement séduisante, comme toute utopie, car elle promet de résoudre par la quantité ce que la politique ne parvient plus à construire par l’organisation: si suffisamment de colères finissent par se retrouver dans la même rue, tôt ou tard naîtra aussi le sujet capable de les représenter. Seulement, l’histoire française des trente dernières années suggère exactement le contraire. Une révolte peut s’étendre sans converger, car occuper simultanément le même espace ne signifie pas partager la même conception du conflit, de l’État, du travail ou de l’ordre qui devrait lui succéder.

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Toutes les révoltes françaises ne sont pas une seule et même révolte

Depuis des décennies, la France connaît une récurrence du conflit social qui a peu d’équivalents en Europe. En 1995, les grèves contre le plan Juppé paralysèrent pendant plusieurs semaines une partie décisive du pays et contraignirent le gouvernement à retirer certaines des mesures prévues concernant les régimes de retraite des travailleurs des transports. Huit ans plus tard, ce furent les intermittents du spectacle qui paralysèrent festivals et institutions culturelles pour protester contre la réforme de leur régime de protection sociale, jusqu’à entraîner l’annulation du Festival d’Avignon de 2003. Vinrent ensuite les émeutes des banlieues de 2005, les grandes mobilisations contre les réformes des retraites et la loi Travail, les Gilets jaunes de 2018, la nouvelle bataille sur les retraites et, en 2023, les émeutes consécutives à la mort de Nahel Merzouk, qui se propagèrent en l’espace d’une semaine à près de neuf cents communes françaises. Lue comme une séquence continue, cette histoire peut donner l’impression d’un mouvement unique qui referait périodiquement surface. En réalité, derrière la continuité des barricades se trouvent des mondes très différents.

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Le mouvement de 1995 appartenait encore pleinement à une culture du conflit organisé: cheminots, transports publics et autres secteurs de l’État disposaient de structures syndicales, d’assemblées, de représentants, d’objectifs définis et d’une mémoire des mobilisations antérieures. La radicalité ne consistait pas simplement à élever le niveau de l’affrontement, mais à parvenir à le maintenir assez longtemps pour le transformer en rapport de force. La protestation des intermittents de 2003, elle aussi, tout en donnant naissance à des coordinations capables d’agir en dehors des structures syndicales traditionnelles, conservait une composition identifiable et, surtout, un objet précis de conflit : le régime d’assurance-chômage d’une catégorie professionnelle qui connaissait parfaitement l’institution contre laquelle elle luttait.

Avec les émeutes des banlieues apparaît une autre forme. Le conflit devient plus territorial, générationnel et discontinu ; il peut se propager à une vitesse considérable, mais ne dispose pas nécessairement d’une organisation capable de transformer l’incendie en continuité. Les émeutes de 2023 en ont constitué une manifestation évidente : des centaines de communes touchées, des milliers de voitures incendiées, des mairies, des commissariats et d’autres bâtiments publics attaqués, mais aucune structure nationale issue de cette explosion et capable d’en préserver la force pour la transformer en programme. La différence ne réside donc pas entre une protestation policée et une protestation violente. Elle se situe entre un conflit qui possède une forme et un autre qui consume sa propre force au moment même où il la manifeste.

Quand la radicalité n’est plus qu’intensité

Telle est la limite de la forme-émeute, qui s’est progressivement imposée dans l’imaginaire de la contestation contemporaine. Sa force est évidente : elle ne nécessite pas d’appareils lourds, se diffuse rapidement, rend difficile toute prévision du lieu où l’affrontement éclatera et, grâce aux réseaux sociaux, peut déplacer en quelques heures des groupes de jeunes d’un établissement à l’autre ou d’un quartier à l’autre. La note des services de renseignement parisiens consacrée aux mobilisations actuelles décrit précisément TikTok et Snapchat comme des outils au moyen desquels les lycéens établissent des contacts et se prêtent mutuellement assistance lors des blocages. Dans le même document, le mouvement apparaît toutefois extrêmement fragmenté et difficile à contrôler, à tel point que la reconstitution proposée par Le Monde relativise la thèse gouvernementale d’une direction centrale de La France insoumise et évoque plutôt la tentative de la gauche radicale de se greffer sur une contestation qui avait déjà éclaté spontanément.

Le problème vient ensuite. La spontanéité peut déclencher un conflit, mais elle ne lui indique pas où aller. Un mouvement organisé cherche à préserver ses forces, à choisir ses objectifs, à empêcher que chaque provocation ne détermine l’orientation de la journée, à limiter les arrestations et les blessés qui ne produisent aucun avantage et, surtout, à maintenir un rapport entre les moyens employés et le but poursuivi. Le service d’ordre des anciennes mobilisations n’était pas seulement un vestige militariste de la politique du XXe siècle ; il indiquait que quelqu’un maîtrisait suffisamment le mouvement pour assumer la responsabilité de le discipliner. L’émeute renverse cette logique. La capacité à produire du désordre augmente tandis que celle de déterminer la signification politique de ce désordre s’affaiblit. Une nuit peut être beaucoup plus violente et, le lendemain matin, il peut y avoir beaucoup moins de choses à négocier.

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Le mouvement français de ces derniers jours rend cette contradiction particulièrement visible, puisqu’il est né de revendications scolaires élémentaires. Selon la reconstitution du Monde, le blocage initial de Créteil est parti sans partis ni syndicats, à l’initiative d’élèves exaspérés par les emplois du temps, le manque de professeurs, l’inadaptation des locaux et l’incertitude entourant leur avenir. Quelques jours plus tard, le gouvernement parlait d’un basculement vers les « violences urbaines », avec des établissements incendiés, des membres du personnel blessés et des groupes se déplaçant d’une école à l’autre.

Le paradoxe est difficile à ignorer : une protestation réclamant davantage d’enseignants peut finir par offrir sa scène à ceux qui agressent le personnel scolaire ou incendient une école. Non parce que ces deux phénomènes seraient nécessairement l’expression d’un même mouvement, mais précisément parce que, lorsqu’une direction reconnue fait défaut, l’espace ouvert par la protestation devient également accessible à ceux qui n’en partagent pas les revendications. Appeler tout cela « convergence », c’est résoudre par les mots une contradiction qui, politiquement, demeure intacte.

Les Gilets jaunes ont réussi là où la convergence devient difficile

Les Gilets jaunes constituent à cet égard un précédent beaucoup plus intéressant que les émeutes des banlieues, car ils ont, pendant un certain temps, construit un espace politique dans lequel des personnes issues de milieux différents pouvaient se reconnaître sans qu’un parti ait défini à l’avance la signification de leur présence. Le mouvement est né en 2018, en dehors des grandes structures syndicales et partisanes, autour du prix du carburant et de la situation économique de la France périphérique, avant d’élargir rapidement son champ aux inégalités, aux salaires, aux services publics, à la fiscalité, à l’immigration et à la représentation politique. Les revendications circulant au sein du mouvement étaient elles aussi difficiles à enfermer dans l’axe traditionnel droite-gauche. Les 42 revendications publiées en novembre 2018 comprenaient une hausse du salaire minimum, une plus grande progressivité fiscale, la défense des retraites, l’opposition aux délocalisations et à l’austérité, la protection des petites entreprises, le contrôle des élus et des mesures relatives à la question migratoire.

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La difficulté est apparue lorsqu’il a fallu passer de la présence à la représentation. Les tentatives de certains protagonistes de se présenter aux élections ou de parler au nom des Gilets jaunes se sont heurtées à une très forte résistance, tandis que des groupes comme celui de Commercy défendaient le principe d’assemblées populaires contre l’idée même que quelqu’un puisse facilement devenir le porte-parole du mouvement. C’est précisément ce passage qui montre à quel point la convergence est une construction politique et non une simple photographie sociale. Les Gilets jaunes sont parvenus à rassembler des intérêts différents précisément parce qu’ils ont suspendu, pendant un certain temps, la question de savoir qui devait les représenter ; lorsque cette question est devenue inévitable, toute la difficulté de transformer leur force en sujet stable est apparue. La véritable convergence a donc un coût. Elle exige de renoncer à une partie de ses propres catégories, d’accepter des éléments étrangers à son propre lexique et de trouver un intérêt commun suffisamment puissant pour unir ce qui demeure différent.

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La « maranza » révolutionnaire existe surtout dans l’esprit de ceux qui le cherchent

C’est ici que le débat français rejoint directement une tentation qui, ces dernières années, a également trouvé sa place en Italie: transformer la marginalité urbaine en sujet politique du simple fait qu’elle est marginale. La version la plus aboutie en a été élaborée par Houria Bouteldja dans Beaufs et barbares, publié en Italie sous un titre qui ne laisse aucune place à l’équivoque: Maranza di tutto il mondo, unitevi ! — « Maranzas de tous les pays, unissez-vous ! ». Le projet déclaré consiste à construire une alliance entre les « barbares » des périphéries postcoloniales et les « ploucs » issus du monde du travail pauvre européen, en réunissant les jeunes des deuxième et troisième générations, les travailleurs appauvris et d’autres laissés-pour-compte au sein d’un bloc capable d’affronter à la fois l’ordre économique et le « contrat racial ». Cette intuition contient une vérité matérielle et une erreur politique. La vérité est que la précarisation, la désindustrialisation, la crise du logement et la marginalité urbaine peuvent toucher des personnes qui n’ont pas les mêmes origines et les placer du même côté de certaines fractures économiques. L’erreur consiste à croire que cette position produit à elle seule le « nous » nécessaire pour les transformer en une force unique.

La conscience de classe n’est d’ailleurs pas la conséquence mécanique du solde d’un compte bancaire. Si tel était le cas, chaque crise économique aurait automatiquement provoqué une révolution et chaque périphérie aurait engendré la même politique. L’ancien mouvement ouvrier européen est devenu ce qu’il fut parce qu’il a construit tout un monde autour d’une condition économique : syndicats, coopératives, partis, sections, journaux, maisons du peuple, rites, symboles, disciplines et mémoires familiales. Il ne s’est pas contenté de constater que des millions de personnes étaient exploitées ; il leur a appris à interpréter cette exploitation de la même manière. Lorsque cette transmission se brise, la marginalité reste disponible pour des interprétations différentes, voire incompatibles. C’est précisément ce qui fragilise l’idée du « maranza » comme nouveau prolétaire. Le jeune qui vit aux marges de la ville, déteste la police, consomme des symboles de statut social et participe à une émeute ne franchit pas la première étape d’un parcours politique simplement parce qu’un intellectuel parvient à le faire entrer dans une catégorie marxiste. Il peut avoir des intérêts matériels communs avec un travailleur, mais aussi se faire une représentation complètement différente de l’autorité, de la propriété, de la communauté et même de ce qu’il considère comme une vie réussie.

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La même erreur était déjà perceptible dans l’interprétation des banlieues françaises. Entre la génération de la Marche pour l’égalité de 1983 et celle des émeutes de 2005, ce ne sont pas seulement les conditions matérielles qui ont changé, mais aussi les structures par lesquelles ces conditions se transformaient en action collective. La sociologie française a précisément insisté sur la rupture générationnelle des formes associatives et politiques dans les périphéries. Ce qui demeure constant, c’est la marginalité ; ce qui change radicalement, c’est la manière dont elle se transforme en comportement public. C’est pourquoi deux groupes peuvent avoir des raisons différentes de haïr le même ordre sans avoir aucune raison d’en construire ensemble un nouveau.

La convergence est le problème, non la solution

La France insoumise semble aujourd’hui consciente d’au moins la première moitié du problème. Elle n’a pas besoin d’avoir organisé les blocages des lycées pour en comprendre le potentiel ; elle doit devenir la force capable de leur donner un sens avant que quelqu’un d’autre ne le fasse. Le gouvernement Lecornu a accusé LFI et les milieux d’ultragauche d’être à l’origine des protestations. Toutefois, la note des services de renseignement parisiens utilisée pour étayer cette interprétation ne concerne que la Seine-Saint-Denis et, comme l’a fait observer Le Monde, elle documente surtout la présence d’organisations désireuses de tirer parti d’une mobilisation fragmentée et déjà en cours. Cette stratégie est politiquement compréhensible, mais elle demeure un pari. Une protestation scolaire peut être reliée aux coupes budgétaires ; celles-ci, aux conditions de travail dans la fonction publique ; le travail public, à la politique économique du gouvernement ; et, à partir de là, on peut tenter de construire un front général. Mais plus ce front s’élargit, moins il est possible de tenir pour acquis que tous ceux qui le rejoignent partagent la même interprétation du conflit.

C’est précisément ici que le rêve de la « convergence » devient un raccourci lexical servant à appeler « unité » ce qui n’est encore que proximité, «conscience» ce qui peut n’être qu’un simple ressentiment, et «politique» ce qui ne demeure parfois qu’une pure et simple disposition à l’affrontement. Au cours des trente dernières années, la France a connu des grèves capables de faire plier les gouvernements, des révoltes urbaines sans représentation, des coordinations professionnelles, des mouvements transversaux et des émeutes capables de se propager dans des centaines de villes. Il n’existe aucune ligne ascendante conduisant naturellement d’une forme à l’autre. Au contraire, cette succession montre combien il est rare que l’intensité, l’étendue et la forme politique parviennent réellement à coïncider.

Le problème de ceux qui rêvent d’une convergence entre travailleurs, étudiants et populations marginalisées des métropoles réside alors dans l’ordre des opérations : ils imaginent d’abord l’utopie, puis cherchent à plier la réalité à cette image. C’est l’acte typique de la superstition marxiste, qui consiste à croire en l’existence d’une « conscience naturelle » des exploités, des marginaux et des plus démunis, qu’il suffirait de faire émerger.

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L’histoire n’est pas mue uniquement par des intérêts matériels

Il est inutile de répéter qu’une communauté politique, aussi large soit-elle, ne naît pas seulement parce qu’un nombre suffisant de personnes sont en colère au même moment. Elle naît lorsque cette colère acquiert une mémoire, une discipline, un langage et une mesure commune de ce qu’il vaut la peine de défendre et de construire. L’ancienne politique le savait bien; la culture de l’émeute, au contraire, tend à confondre l’absence de forme avec la liberté à l’égard de toute forme. Et c’est ici que la rhétorique de la gauche se heurte à sa limite la plus profonde: l’histoire n’est pas mue uniquement par des intérêts matériels. Les appartenances, les identités ethniques et communautaires, la religion, les fidélités, les hostilités et les pulsions continuent d’agir sans se laisser ordonner selon la simple opposition entre le haut et le bas.

Dans les révoltes françaises de ces derniers jours, la contradiction atteint le paradoxe d’écoles incendiées et de membres du personnel agressés au sein d’une mobilisation née avant tout pour réclamer davantage d’enseignants et de meilleures conditions scolaires. En somme, nous avons là la démonstration qu’un élargissement peut se produire sans parvenir à engendrer la convergence tant rêvée. Et tant que l’on continuera de confondre la capacité d’incendier le même espace avec la volonté d’habiter le même monde, ce mot servira surtout à dissimuler le problème qu’il prétend avoir résolu.

lundi, 05 octobre 2026

Cascades de crises mondiales - Escalade au Moyen-Orient, pénuries d’énergie et pressions politiques

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Cascades de crises mondiales

Escalade au Moyen-Orient, pénuries d’énergie et pressions politiques

(Situation au 2 octobre 2026)

Jens Kröger

Source: https://jensk250895.substack.com/p/globale-krisenkaskaden... 

1. Le réseau imbriqué des crises internationales

Les conflits géopolitiques surviennent rarement de manière isolée. Les affrontements militaires, les perturbations des marchés mondiaux et les luttes de pouvoir intérieures s’influencent mutuellement.

Le conflit larvé entre les États-Unis et l’Iran provoque de profondes secousses sur les marchés internationaux de l’énergie. Cela accroît considérablement la pression économique exercée sur des États européens comme l’Allemagne et la France.

Dans le même temps, les gouvernements de Washington et de Berlin se retrouvent soumis à une forte pression politique intérieure les obligeant à agir. La baisse des taux d’approbation et le risque d’éclatement des coalitions influencent les décisions stratégiques et militaires prises à l’étranger.

Pour comprendre le contexte, il est nécessaire d’examiner le système dans son ensemble: outre la politique quotidienne et les mouvements de troupes, des intérêts financiers profondément enracinés jouent un rôle déterminant.

Depuis des décennies, des réseaux bancaires et des groupes de réflexion occidentaux cherchent à placer sous leur contrôle les ressources mondiales en matières premières. Les orientations politiques prises aux États-Unis ou en Allemagne ont ainsi des répercussions directes sur le prix de l’essence dans les stations-service nationales, la stabilité des réserves d’urgence des différents pays et la sécurité mondiale.

Message essentiel:

« Les escalades militaires au Moyen-Orient, les pénuries mondiales de carburant et les crises politiques intérieures aux États-Unis comme en Allemagne sont étroitement liées. Elles sont alimentées par les luttes de pouvoir actuelles et par des structures financières géopolitiques profondément enracinées. »

2. Le conflit entre les États-Unis et l’Iran: escalade militaire et crise énergétique mondiale

2.1 Déploiement militaire et calendrier stratégique

Les forces armées américaines ont considérablement renforcé leur présence militaire au Moyen-Orient. Pour la première fois depuis avril et pour la deuxième fois depuis 2003, trois porte-avions américains se trouvent simultanément dans la région.

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Parmi les forces et unités déployées figurent :

Porte-avions : l’USS Theodore Roosevelt, dont l’arrivée est prévue pour la fin du mois d’octobre, l’USS George Washington et l’USS George W. Bush.

Forces amphibies : le groupe opérationnel du Makin Island, accompagné de la 13e unité expéditionnaire des Marines.

Effectifs : plus de 2 000 à 4 000 Marines américains, ainsi qu’environ 10 000 soldats supplémentaires au total.

Capacités aériennes et défensives : plus d’une douzaine d’avions de combat F-35B, des véhicules blindés et deux batteries supplémentaires de missiles Patriot, déployées en Arabie saoudite et au Qatar afin de protéger les installations pétrolières et gazières locales.

L’un des principaux déclencheurs de la récente spirale d’escalade rhétorique et militaire est un incident survenu à bord d’un avion de ligne de FlyDubai à destination de Tel-Aviv. Le copilote y aurait poignardé le commandant de bord. Malgré des informations contradictoires — allant de deux pilotes à la retraite à un plombier sans expérience aéronautique qui aurait fait atterrir l’appareil —, le président américain Donald Trump et le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou ont immédiatement attribué l’incident au Corps des gardiens de la révolution islamique iranien (IRGC).

Cet incident sert désormais de possible prétexte — de catalyseur pour une opération sous faux drapeau — à des frappes militaires de représailles immédiates.

Sur le plan stratégique, l’armée américaine est confrontée à un problème technique: les principales installations nucléaires iraniennes se trouvent jusqu’à 600 mètres de profondeur sous une épaisse masse rocheuse, comme le complexe de bunkers «Spitzhackenberg». Les bombes conventionnelles antibunkers ne peuvent pénétrer à une telle profondeur. C’est pourquoi l’option d’une invasion terrestre passe au premier plan: des unités spéciales des Marines devraient alors placer des charges explosives au cœur même des forteresses souterraines.

Le calendrier de ces opérations est étroitement lié aux élections de mi-mandat américaines de novembre. Du côté américain, il est envisagé de reporter les vagues d’attaques de grande ampleur après le jour du scrutin, afin de réduire au minimum les risques politiques avant les élections.

Du côté iranien, en revanche, la crainte d’une attaque américaine massive et inévitable s’accroît, ce qui pourrait conduire les dirigeants iraniens à lancer eux-mêmes une frappe préventive avant novembre.

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2.2 Le différend relatif aux réserves stratégiques d’urgence et les accusations de chantage

Les tensions militaires pèsent lourdement sur les marchés énergétiques. Les prix connaissent des hausses spectaculaires à la pompe: l’essence a augmenté de 48%, tandis que le diesel a bondi de 70%.

La vulnérabilité européenne à ce choc des prix résulte d’une chaîne directe de causes et d’effets: pour des raisons politiques, l’Europe a volontairement interdit l’importation de diesel russe et a transféré sa dépendance en matière d’approvisionnement vers les raffineries américaines. Les États-Unis utilisent désormais cette dépendance volontaire comme moyen de pression.

Outre la modification de la structure commerciale, d’autres facteurs aggravants entrent en jeu :

- La persistance de l’incertitude et des attaques contre des pétroliers dans le détroit d’Ormuz.

- L’explosion des coûts du transport et de l’assurance maritimes.

- De nouvelles attaques des Houthis contre les installations de traitement du groupe pétrolier Aramco en Arabie saoudite.

- Les interdictions russes d’exporter des carburants et les restrictions chinoises à l’exportation.

Afin de faire baisser les prix aux États-Unis avant les élections de mi-mandat, Washington adresse un ultimatum à ses partenaires européens (Panneau n°1).

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Exigence des États-Unis

Libération de réserves de diesel: l’Allemagne, la France, l’Italie, le Royaume-Uni et l’Irlande devraient débloquer au total 120 millions de barils de diesel issus de leurs réserves stratégiques sur une période de six mois.

Menace d’interruption des exportations: en cas de refus européen, les États-Unis menacent de suspendre totalement leurs exportations de diesel vers l’Europe.

Conséquences possibles pour l’Europe

Épuisement du dispositif d’urgence: les réserves nationales destinées à amortir les graves perturbations de l’approvisionnement tomberaient presque à 0%.

Effondrement de la logistique: puisque l’Europe tire la moitié de son diesel des raffineries américaines, une interruption des exportations américaines provoquerait l’arrêt du transport routier de marchandises, de l’agriculture et de l’artisanat.

* * *

2.3 Informations générales: comment fonctionnent les réserves stratégiques de pétrole?

Les réserves stratégiques d’urgence ne sont pas stockées dans de grands réservoirs en surface. Leur stockage et leur extraction sont techniquement complexes.

Stockage dans des cavernes salines : les cavernes salines sont d’immenses cavités artificiellement creusées par dissolution au cœur de profondes formations salifères. Le pétrole brut y flotte physiquement sur une couche d’eau salée.

Mécanisme d’extraction : pour extraire le pétrole, de l’eau douce est pompée au fond de la caverne. L’eau injectée repousse le pétrole, plus léger, vers le haut et jusqu’à la surface. La cavité doit toujours rester remplie afin d’éviter l’effondrement de la roche.

Risques techniques liés à une utilisation répétée : lorsque de l’eau douce est injectée trop souvent, elle dissout davantage de sel sur les parois. Des morceaux de roche se détachent alors, le pétrole brut est contaminé et la cavité souterraine perd durablement sa stabilité.

3. Politique intérieure américaine : élections de mi-mandat, chute dans les sondages et déclarations de Trump

3.1 Des sondages catastrophiques et la tournée électorale de Trump

À l’approche des élections de mi-mandat, l’administration américaine de Donald Trump subit une pression considérable. Le Wall Street Journal a relevé des niveaux historiquement bas :

- Taux d’approbation global: 37 %. À titre de comparaison, avant de précédentes élections de mi-mandat, George W. Bush se situait à 39 % en 2006 et Barack Obama à 46 % en 2010.

- Effondrement parmi les électeurs latino-américains : chute de 62 points, pour atteindre seulement 15 % d’opinions favorables, contre 77 % d’opinions défavorables.

- Effondrement parmi les électeurs noirs : recul de 49 points du taux d’approbation.

- Chute selon le niveau d’études : électeurs titulaires d’un diplôme de fin d’études secondaires : −37 % ; diplômés de l’enseignement supérieur : −15 % ; titulaires d’un master ou d’un doctorat : +10 %.

- Renversement sur la question migratoire : l’avantage électoral en matière de compétence perçue sur l’immigration est passé de 12 points en faveur des républicains en 2024 à 6 points en faveur des démocrates en septembre 2026.

En raison de ses dérapages verbaux et de ses absences cognitives, de grandes chaînes de télévision conservatrices comme Fox News et Newsmax ont cessé de diffuser en direct les interventions électorales improvisées de Trump. Le président américain est désormais largement relégué sur des chaînes locales marginales, comme Fox 2.

Pour enrayer cette chute, Trump parcourt des États traditionnellement très républicains, les Deep Red States, comme l’Oklahoma, le Texas, l’Ohio, l’Alabama et le Nebraska. Les projections relatives aux sièges du Sénat font toutefois apparaître des pertes considérables, même dans ces bastions conservateurs:

Michigan: 80% de probabilité de victoire pour les démocrates.

Maine: 74% de probabilité de victoire pour les démocrates.

Texas: 70% de probabilité de victoire pour les démocrates.

Ohio: 70% de probabilité de victoire pour les démocrates.

Iowa: 59% de probabilité de victoire pour les démocrates.

Alaska: 51% de probabilité de victoire pour les démocrates.

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3.2 Citations et controverses tirées de l’entretien accordé à Time Magazine

Dans un entretien de plusieurs heures accordé à Time Magazine, ainsi que sur Truth Social, Trump s’est exprimé sur la liberté de la presse et le conflit avec l’Iran.

À propos de la liberté de la presse et du traitement médiatique de son action gouvernementale, Trump a déclaré :

« Même si j’accomplissais quelque chose de vraiment extraordinaire […], ils diraient: pourquoi ne l’a-t-il pas fait plus rapidement? Ce sont tout simplement des gens affreux […] Je crois en une presse libre […], mais je ne crois pas aux fausses informations. »

Concernant la situation militaire en Iran et la manière dont il se définit lui-même en tant que chef du gouvernement, Trump a déclaré:

« J’avais dit qu’il faudrait entre quatre et six semaines pour éliminer la menace nucléaire iranienne. Je l’ai fait en une seule nuit. »

Lorsque le journaliste lui a demandé comment ses déclarations relatives à la destruction totale de l’Iran pouvaient être conciliées avec sa prétention à être un président de la paix, Trump a répondu:

« Parce qu’en détruisant l’Iran, nous instaurons la paix dans le monde. Avec l’Iran, je crois qu’il ne pourrait jamais y avoir de paix. »

Mise en perspective analytique: ces citations témoignent d’une attitude de plus en plus défensive à l’égard de la presse et d’une radicalisation de la politique étrangère. L’affirmation selon laquelle le problème nucléaire aurait été résolu « en une seule nuit » est en contradiction directe avec les mouvements de troupes réels et les difficultés non résolues dans le détroit d’Ormuz.

4. La crise politique en Allemagne: fin de la coalition, scandale de l’OTAN et blocage des réformes

4.1 Le scandale du prix de la paix décerné à l’OTAN et les manifestations citoyennes

En Allemagne, l’attribution du Prix westphalien de la paix à l’alliance militaire de l’OTAN, à l’hôtel de ville de Münster, a suscité une vive controverse. Le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, a reçu le prix, tandis que le chancelier fédéral Friedrich Merz a prononcé l’éloge officiel.

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Des médias critiques comme la Berliner Zeitung ont souligné le renversement orwellien résumé par la formule «la guerre, c’est la paix», consistant à décerner un prix de la paix à une alliance militaire. Ils ont rappelé des interventions historiques de l’OTAN, telles que la guerre de Yougoslavie en 1999.

À l’époque, le bombardement ciblé de sites chimiques comme Pančevo — où l’OTAN avait frappé, malgré un avertissement préalable, un réservoir contenant 450 tonnes de chlorure de vinyle cancérigène — ainsi que celui de la raffinerie de Novi Sad avaient causé des dommages environnementaux et sanitaires durables. Devant l’hôtel de ville, de bruyantes manifestations citoyennes ponctuées de cris tels «Assassins!» ont accompagné la cérémonie.

Les organisateurs ont tenté en vain de couvrir ces invectives en faisant jouer une fanfare militaire.

4.2 Niveaux historiquement bas et ultime conflit au sein de la coalition gouvernementale

Les alliances gouvernementales à Berlin se trouvent au bord d’une paralysie totale :

Niveaux historiquement bas dans le baromètre ARD-Deutschlandtrend: 88% des personnes interrogées se déclarent mécontentes du travail du chancelier Friedrich Merz, contre seulement 10% d’opinions favorables. Par ailleurs, 89% sont insatisfaites du gouvernement fédéral dans son ensemble.

Situation financière critique: avec plus de mille milliards d’euros de dette, les caisses de protection sociale sont menacées de faillite. Après avoir reçu 3,2 milliards d’euros, l’assurance dépendance a encore besoin de 700 millions d’euros de prêts sans intérêt; sans apport supplémentaire, elle risque de se retrouver en cessation de paiement en novembre.

Le conflit autour de la taxe sur le sucre: le ministre des Finances Lars Klingbeil prévoyait une taxe sur les boissons sucrées, susceptible de rapporter entre 450 millions et 1,2 milliard d’euros, ainsi que la création de 223 nouveaux postes administratifs. Le projet a échoué en raison du veto de deux ministres compétents et de l’opposition du groupe parlementaire CDU-CSU.

Ultimatum de la CDU-CSU: le groupe parlementaire bloque la réforme de l’impôt sur le revenu de Klingbeil et exige de la ministre du Travail Bärbel Bas d’importantes concessions concernant les réformes du marché du travail.

Les appels téléphoniques secrets de Steinmeier  le président fédéral Frank-Walter Steinmeier est intervenu lors d’entretiens téléphoniques confidentiels avec Lars Klingbeil et Alexander Dobrindt, avertissant du risque de déclenchement d’une crise d’État incontrôlable.

Le jugement de Gauck et la crainte d’élections anticipées: l’ancien président fédéral Joachim Gauck a commenté les spéculations concernant une démission du chancelier Merz en affirmant que celui-ci serait, dans ce cas, un «parfait imbécile politique». Le véritable moteur du blocage berlinois réside dans la peur profondément ancrée des élites politiques face à des élections anticipées rapides, qui entraîneraient, selon les sondages actuels, une progression massive de l’AfD.

5. Analyse géopolitique approfondie : intérêts financiers, oligarques et «empire mort-vivant»

5.1 Le pillage de la Russie dans les années 1990 et la rupture opérée sous Poutine

Un examen des fondements économiques des relations entre l’Occident et la Russie permet de mettre en lumière les racines des conflits actuels.

Les années 1990 et le pillage de la Russie: après l’effondrement de l’Union soviétique, des conseillers occidentaux appartenant à l’entourage de Boris Eltsine ont pris en charge la rédaction de décrets étatiques. Des matières premières et des installations industrielles russes d’une valeur de plusieurs milliers de milliards de dollars ont ainsi été privatisées et transférées à l’étranger. La Semibankirchtchina, ou « règne des sept banquiers », s’est alors mise en place.

Des acteurs financiers occidentaux comme George Soros, Edmond Safra et Jacob Rothschild ont utilisé des intermédiaires tels que Bill Browder, de Hermitage Capital, ainsi que des oligarques locaux, comme Mikhaïl Khodorkovski, afin de prendre le contrôle de ressources stratégiques. L’objectif était d’utiliser les matières premières russes comme garanties de crédit.

Explication: les garanties de crédit servent de sûreté aux banques. Lorsqu’une banque prend le contrôle des réserves pétrolières ou aurifères d’un pays, elle peut s’appuyer sur celles-ci pour accorder des crédits internationaux et percevoir des intérêts. Le pays concerné perd alors la maîtrise de ses propres richesses.

La réorganisation opérée par Poutine à partir de 2000: après son arrivée au pouvoir, Vladimir Poutine mit fin à cet accès direct. Lors d’une réunion autour d’une table ronde, il lança un ultimatum aux oligarques : ils pouvaient conserver leurs biens, mais devaient payer leurs impôts, préserver les emplois et se retirer de la politique.

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Lorsque Mikhaïl Khodorkovski, fondateur de l’organisation Russie ouverte, enfreignit ces règles, il fut arrêté en 2003 pour fraude fiscale. L’objectif des intérêts financiers occidentaux — s’emparer des ressources naturelles russes, estimées entre 75.000 et 90.000 milliards de dollars, afin de les utiliser comme garanties financières — se trouva ainsi bloqué.

5.2 Le concept de l’« Empire britannique mort-vivant » et la dynamique Master-Blaster

L’analyste financier Alex Krainer décrit les structures d’influence dissimulées des réseaux financiers et de renseignement britanniques sur la politique mondiale (Panneau n°2).

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(NdT: Denktanks = Groupes de réflexion, Boîtes à penser, think tanks).

Ce modèle explique la répartition des rôles entre les groupes de réflexion londoniens et la puissance militaire américaine:

Opérations clandestines: les tentatives d’influence se manifestent dans des affaires telles que le Russiagate, le scandale de blanchiment d’argent de HSBC ou des documents stratégiques comme l’étude Britain and Iran War, publiée par Policy Exchange en juillet 2023, qui esquissait à l’avance le déroulement de la crise au Moyen-Orient.

Retour historique sur 1863: pendant la guerre de Sécession, le tsar russe Alexandre II soutint le président américain Abraham Lincoln. Il envoya les flottes russes de l’Atlantique et du Pacifique à New York et à San Francisco. Cette mesure empêcha une intervention militaire planifiée par la Grande-Bretagne et la France en vue de partager les États-Unis.

Le principe « du plomb ou de l’argent » — Plomo o Plata: Krainer décrit ainsi le mécanisme de domination exercé par le système financier impérial sur les États souverains. Les gouvernements se voient proposer soit « l’argent » — l’intégration à l’élite mondiale et le maintien de leurs privilèges en échange de l’ouverture de leurs ressources nationales —, soit « le plomb » : frappes militaires, changements de régime et appauvrissement en cas de résistance, comme en Libye, en Syrie, au Venezuela ou en Russie.

6. Synthèse et principaux enseignements

Les crises mondiales forment un système cohérent. La politique de puissance militaire, la lutte pour des réserves de carburant devenues critiques, les mécanismes de chantage politique intérieur et les intérêts financiers profondément enracinés s’imbriquent les uns dans les autres (Panneau n°3).

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Conflit entre les États-Unis et l’Iran

Problème principal: Renforcement militaire massif — trois groupes aéronavals et 10 000 soldats — avant les élections américaines de mi-mandat ; instrumentalisation d’incidents comme celui de FlyDubai.

Répercussions mondiales: Forte hausse des prix de l’énergie — essence : +48 %, diesel : +70 % — et risque élevé de frappe préventive en raison des installations souterraines situées à 600 mètres de profondeur.

Réserves d’urgence américaines et Europe

Problème principal: Dépendance européenne envers le diesel américain, provoquée par l’embargo contre la Russie; exigence américaine portant sur 120 millions de barils de diesel issus des réserves d’urgence.

Répercussions mondiales: Épuisement des réserves de sécurité européennes jusqu’à un niveau proche de 0%; risque d’effondrement de la logistique européenne des marchandises en cas d’arrêt des exportations américaines.

Crise politique en Allemagne

Problème principal: Niveaux historiquement bas du gouvernement — 88 à 89% d’insatisfaction —, menace de faillite de l’assurance dépendance et blocages réciproques concernant la taxe sur le sucre et les réformes du travail.

Répercussions mondiales: Perte de la capacité d’action politique; avertissements du président fédéral concernant une crise d’État; crainte des élites face aux gains de l’AfD en cas d’élections anticipées.

Intérêts financiers géopolitiques

Problème principal: Lutte pour le contrôle des ressources mondiales — estimées entre 75.000 et 90.000 milliards de dollars en Russie — au moyen du principe «Master-Blaster» et du modèle «du plomb ou de l’argent».

Répercussions mondiales: Persistance des tensions géostratégiques et des guerres par procuration destinées à imposer les structures financières et de crédit occidentales.

dimanche, 04 octobre 2026

Pourquoi Berlin cherche de nouveau à dialoguer avec Moscou

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Pourquoi Berlin cherche de nouveau à dialoguer avec Moscou

Elena Fritz

Source: https://t.me/global_affairs_byelena

Qu’est-ce qui a poussé le ministre allemand des Affaires étrangères, Johann Wadephul, à chercher le dialogue avec son homologue russe, Sergueï Lavrov?

L’initiative allemande s’explique par des considérations relevant aussi bien de la politique étrangère que de la politique intérieure. Sur le plan extérieur, c’est surtout l’escalade croissante de la guerre visant les infrastructures en Ukraine qui se trouve au premier plan. Dans ce contexte, la partie ukrainienne subit une pression de plus en plus forte.

Le blocus des ports d’Odessa ainsi que les attaques régulières contre les installations industrielles, les voies de transport et les infrastructures de communication aggravent la situation économique et sociale du pays. Dans ce contexte, l’intérêt pour une suspension des hostilités, au moins temporaire, s’accroît en Europe, notamment à l’approche de l’hiver, durant lequel les attaques russes pourraient se concentrer davantage sur les infrastructures énergétiques.

Il est remarquable que les principaux soutiens européens de l’Ukraine — la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni — aient eux-mêmes largement insisté, durant l’été de cette année, sur l’intensification des attaques ukrainiennes au moyen de systèmes d’armes à longue portée. Les orientations politiques correspondantes avaient déjà été arrêtées en janvier, lors des entretiens de Volodymyr Zelensky avec Emmanuel Macron, Friedrich Merz et Keir Starmer.

Le revers de cette logique d’escalade apparaît désormais: Moscou est appelé à limiter ses attaques sur le territoire ukrainien, à assouplir le blocus maritime et, en particulier pendant les mois d’hiver, à renoncer aux attaques contre l’approvisionnement énergétique.

Si la Russie acceptait ces demandes, elle renoncerait toutefois à une part considérable du potentiel de pression militaire qu’elle a désormais constitué.

L’initiative de dialogue de Wadephul comporte cependant aussi une dimension de politique intérieure. En Allemagne, l’inquiétude grandit face à une nouvelle escalade du conflit. La perspective d’une confrontation militaire de plus en plus directe entre l’Allemagne — ou l’OTAN — et la Russie suscite un scepticisme manifeste au sein d’une partie de la population, d’autant plus que le gouvernement fédéral dirigé par Friedrich Merz suit une ligne toujours plus conflictuelle en matière de politique étrangère et de sécurité.

Cette évolution fait également partie du contexte politique dans lequel l’AfD gagne du terrain, tandis que l’Union chrétienne-démocrate et chrétienne-sociale se retrouve sous pression.

Dans ce contexte, la rencontre entre Wadephul et Lavrov, en marge de l’Assemblée générale des Nations unies à New York, remplissait également une fonction de politique intérieure: Berlin montre que les canaux de communication avec Moscou ne sont pas entièrement fermés.

Pour l’instant, il s’agit toutefois principalement de déconflictualisation diplomatique, c’est-à-dire d’afficher ostensiblement la volonté même de se parler. Rien ne permet encore de savoir si cette démarche débouchera sur un véritable dialogue politique de fond.

#géopolitique @global_affairs_byelena

Mouvements de foule

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Mouvements de foule

par Pierre-Emile Blairon

Les Français ne sont certainement ni ochlophobes (peur des foules tumultueuses), ni agoraphobes (peur des foules dont on ne peut se dégager facilement), ni claustrophobes (peur des espaces confinés) ; ces phobies sont susceptibles de générer des malaises (vertiges, tremblements, sueurs).

Je suis donc très heureux de savoir mes compatriotes en bonne santé, tout au moins prémunis de certaines légères affections psychiatriques comme celles que je viens de citer.

Du pain et des jeux

On peut déplacer les Français par milliers, par dizaines de milliers, par centaine de milliers, et même par millions pour des événements de types très variés et pour des raisons très diverses ; ces raisons peuvent être :

-festives : ils n’hésitent pas à se déplacer pour admirer et ovationner des personnalités plus ou moins charismatiques précédées d’une aura « vues à la télé », comme des acteurs, des sportifs, des écrivains ou des politiciens connus, faire la queue pour écouter des chanteurs à la mode dans des salles immenses ou attendre des heures sur un trottoir pour la dédicace d’un livre (écrit par un « nègre » bien souvent, quand la personnalité qui s’y emploie est politique), participer dans la liesse à des spectacles de rue (J.O., spectacles de Toulouse [1]), à des rassemblements traditionnels souvent couplés à des fêtes religieuses locales où l’on chante et où l’on boit plus que de raison, comme les fêtes de Bayonne qui réunissent en juillet plus d’un million de personnes en blanc et rouge pendant 5 jours (et 5 nuits).

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Ces démarches sont souvent liées à des pulsions primaires fabriquées par les médias qui peuvent se transformer rapidement en idolâtrie, quelquefois hystérique et incontrôlable dans sa manifestation. Pour les Français, le moindre prétexte est bon pour faire la fête, pour « communier » en foule dans une même ferveur quelle qu’elle soit ; leur idéal de vie en même temps que leur devise pourrait être: panem et circenses, du pain et des jeux. En vérité, étant donné la situation économique catastrophique de la France, les Français se nourrissent actuellement plus de jeux et de fêtes que de pain.

- politiques : les Français sont passionnés de politique politicienne dont ils connaissent tous les artifices et rouages, phénomène qui se constate plus couramment dans les communautés rurales que dans les villes ; la haute politique, le politique, ne les intéresse guère, ils n’ont pas envie de réfléchir, mais ils participent volontiers aux meetings et aux défilés (dans les villes) et, dans les campagnes, aux cocktails clientélistes offerts par leur candidat (ou son adversaire) où ils rencontreront le notaire, le pharmacien, leur médecin référent et le curé et pourront ainsi créer et alimenter les potins qui combleront leurs journées et les discussions de fins de repas.

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- religieuses : visite d’un prélat, voire du pape, processions votives, messes, fêtes traditionnelles catholiques fréquentes dans notre pays comme dans tout le sud, l’ouest et l’est de l’Europe.

- revendicatives : les Français défilent presque toutes les semaines (hors vacances) pour des revendications diverses, la « rentrée » étant une période favorable à ce genre de manifestations :  pompiers, paysans, artisans, lycéens, syndicalistes, Gilets jaunes, Bonnets rouges…

- culturelles : se rendre à une exposition de peinture, aller au cinéma, voir une pièce de théâtre, pour avoir, et surtout pour donner, l’impression d’être actif, « dans le coup ».

- sportives : matches de football et courses à pied, par exemple, déplacent spectateurs et participants en grand nombre dans d’immenses stades et sur les routes.

Certains ne manqueraient pour rien au monde une manifestation où ils doivent être parce qu’il sera de bon ton d’y être ; il ne faut surtout pas louper un événement dont leur voisin les a assurés de sa participation. C’est un phénomène de mimétisme social dûment identifié.

La masse a les mêmes comportements que la foule à la différence près que la foule se réunit en un même lieu pour pouvoir accomplir une célébration – on peut ajouter une dimension pseudo-religieuse à la plupart de ces événements qu’on appellera alors « grandes messes » - alors que la masse est diluée dans un espace non défini et n’a nul besoin de se déplacer pour exister.

Au Moyen-Âge, les comportements étaient encore plus superstitieux et irraisonnés : ce sont des reliques qui déplaçaient les foules qui faisaient parfois à pied des centaines de kilomètres, pour voir des présumés restes d’un saint ou d’une sainte comme une épine de la couronne du Christ, un tibia ou un lambeau d’étoffe, les « fidèles » espérant tirer un bénéfice personnel du seul fait de les approcher ou mieux, de les toucher.

Picture_of_Le_Bon.jpgGustave Le Bon

Dans le n° 48 de la revue Cahiers de Psychologie Politique (janvier 2026), Matthijs Gardenier commente le point de vue de Gustave Le Bon, auteur du célèbre ouvrage Psychologie des foules paru en 1895 : « Les participants à une foule se retrouveraient dans un état d’esprit particulier, de quasi-hypnose qui déterminerait le déclenchement de l’action collective. En effet, la participation à une foule occasionnerait une forte suggestibilité. Dans un état proche de l’hypnose, les individus seraient prêts à accepter n’importe quelle information comme étant exacte, sans la passer au crible de la raison. Le Bon prend comme exemple les récits contradictoires des témoins oculaires au cours de la bataille de Waterloo. À celle-ci, se joint un autre élément, la contagion ou l’imitation. »

Je n’ai pas résisté au plaisir de vous faire découvrir cet extrait qui suit de l’œuvre de Gustave Le Bon où il dévoile un aspect de son talent qui ressemble fort à un pouvoir visionnaire car il parle ici de la « chute de la tour Eiffel » (qui m’a fait penser à une autre chute : celle des twin towers de New-York) et du naufrage d’un transatlantique (ce qui arrivera quelques années après la parution de son ouvrage avec le naufrage du Titanic) :

« Tout ce qui frappe l'imagination des foules se présente sous forme d'une image saisissante et bien nette, dégagée de toute interprétation accessoire, ou n'ayant d'autre accompagnement que quelques faits merveilleux ou mystérieux : une grande victoire, un grand miracle, un grand crime, un grand espoir. Il faut présenter les choses en bloc, et ne jamais en indiquer la genèse. Cent petits crimes ou cent petits accidents ne frapperont pas du tout l'imagination des foules ; tandis qu'un seul grand crime, un seul grand accident les frapperont profondément, même avec des résultats infiniment moins meurtriers que les cent petits accidents réunis... Un accident qui, au lieu de 5 000 personnes, en eût seulement fait périr 500, mais le même jour, sur une place publique, par un accident bien visible, la chute de la tour Eiffel, par exemple, eût au contraire produit sur l'imagination une impression immense. La perte probable d'un transatlantique qu'on supposait, faute de nouvelles, coulé en pleine mer, frappa profondément pendant huit jours l'imagination des foules. Or, les statistiques officielles montrent que dans la même année un millier de grands bâtiments se sont perdus. Mais, de ces pertes successives, bien autrement importantes comme destruction de vies et de marchandises qu'eût pu l'être celle du transatlantique eu question, les foules ne se sont pas préoccupées un seul instant. » (Le Bon 1895).

Je vais donner trois exemples très différents d’événements qui ont motivé le déplacement des foules ou leur engagement, récents et même actuels, puisqu’ils se sont déroulés en ce mois de septembre 2026, et se déroule encore pour l’un d’entre eux. Ces trois manifestations sont représentatives de ce besoin des Français de participer à un événement afin de pouvoir ensuite dire : « j’y étais », mais aussi de l’inconséquence de ces personnes car, la fête finie, on ne peut que constater l’apathie, l’irresponsabilité ou l’indifférence des Français concernant leur propre destin et celui de leurs enfants.

Ces trois événements sont : les concerts donnés par la chanteuse Céline Dion à Paris, la venue du pape en France, le blocus des lycées.

Trois événements qui ont déplacé les foules et défrayé la chronique : Céline Dion, le pape, la mobilisation des lycéens

- La séquence satanique: les concerts de Céline Dion à Paris

Après six ans d’absence en raison d’une maladie très rare appelée curieusement le « syndrome de la personne raide[2] », Céline Dion est réapparue en pleine forme pour entamer un marathon de 26 concerts étalés entre l’automne 2026 et mai 2027 en France ; qui ont réuni ou réuniront chaque soir plus de 30.000 spectateurs pour un total qui dépassera les 800.000 personnes.

Les concerts de Céline Dion sont marqués visuellement par des références à Satan qui, selon certaines analyses, laissent supposer qu’elle aurait conclu « un pacte avec le diable », comme c’est le cas de beaucoup d’artistes dans le monde qui ne cessent de manifester leur obéissance à ce personnage qu’on croit imaginaire (en France, une chanteuse comme Mylène Farmer semble tout autant possédée comme l’indiqueraient ses constantes références à Lucifer dans ses spectacles).

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En outre, la collection de vêtements pour enfants en bas âge que Céline Dion a créée est incontestablement d’inspiration démoniaque (malgré les dénégations de ses défenseurs) et vient appuyer l’hypothèse de sa soumission. (voir photos)

- La séquence christique: la visite en France du pape Léon XIV

Hasard du calendrier ? Il n’a pas fallu attendre longtemps la réponse de la communauté chrétienne à cette provocation satanique. Le pape Léon XIV a en effet séjourné en France du 25 au 28 septembre 2026 ; sa visite a rassemblé plus d’un million de fidèles venus le saluer.

Cette immense foule qui s’est rassemblée dans le calme et la bonne humeur, mais aussi dans le recueillement, pour accueillir dans la paix et la joie le chef de sa communauté a surpris les analystes et les « experts » en tout et en rien des médias de grand chemin qui n’ont trouvé pour la plupart qu’une seule parade à ce qu’ils considèrent comme un camouflet pour leur logique profondément « progressiste » : le silence[3].

Car leurs ressorts profondément manichéens ne peuvent déduire de cette incontestable preuve de la survivance d’une foi portée par ces vilains « traditionalistes conservateurs » que le signe de leur propre échec ; c’est le grain de sable qui vient enrayer leur machine dans sa course aux lendemains qui ne cessent de chanter.

Mon esprit toujours aussi critique apportera cependant un bémol à ce qui constitue pour les fidèles chrétiens la preuve que leur foi peut être revivifiée, que rien n’est perdu alors que l’on pensait que les Français s’étaient enfoncés dans une torpeur qui confinait à la neurasthénie, que ce peuple n’avait plus de vitalité et qu’il se laissait doucement aller dans la facilité d’une décadence qui avait marqué de la même façon la fin de l’empire romain ; et l’on revient au début de cet article : panem et circenses.

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Car il est fort possible que beaucoup de spectateurs venus assister au show de Céline Dion se sont retrouvés également présents dans cette assemblée de fidèle chrétiens.

Ont-ils été soudainement touchés par la grâce ? Retrouvent-ils miraculeusement le chemin de la foi ?

Certains sans doute ; mais je crois plutôt que le portrait du Français hédoniste décadent que j’ai tracé au début de cet article n’est en rien démenti ; le Français, à l’image de son cher président, pratique le « en même temps ».

Ce sont les mêmes qui, toujours aussi irresponsables, se retrouvent à dénoncer la violence avec laquelle leurs chers petits ont été dissuadés par la police de saccager ce qui reste de notre beau pays et, notamment, leurs propres lycées dont ils se plaignent de la vétusté pour certains ; le raisonnement de ces petits blancs est simple : puisque notre établissement n’est pas suffisamment confortable, autant le détruire entièrement ; mais nous verrons que d’autres facteurs interviennent qui compliquent les choses.

En clair, les Français n’ont aucun mal à faire cohabiter le diable et le Bon Dieu et à passer de l’un à l’autre selon leurs besoins ou leur humeur du jour.

Sionisme, antisionisme, antisémitisme

Une dernière remarque sur le rassemblement chrétien : il a eu un précédent qui a suscité aussi à l’époque une grande vague d’espoir, il s’agit de La Manif pour Tous qui s’est dressée contre Le Mariage pour Tous (entre personnes de même sexe) en 2013.

La Manif pour Tous avait, elle aussi, réuni 1 million d’individus, et sa pétition avait été signée par 700 000 personnes, pétition rejetée par le Conseil d’État, en-dehors de toute règle juridique, notamment celle imposée alors par le Tribunal administratif.

Et que s’est-il passé ensuite ? Rien.

Et que se passera-t-il après ce formidable accueil du pape ? à mon avis, mais j’espère me tromper : rien.

Et pourquoi ?

Toujours pour la même raison : la plupart sont venus pour la fête, pas par conviction religieuse ou humaniste, ils sont venus pour faire comme les autres, par mimétisme.

Les « cathos-tradis », en général, mais il y a des exceptions louables, ne sont pas des militants, ce sont des bourgeois conformistes. On n’est plus à l’époque de Degueldre ou de Bastien-Thiry qui connaissaient la nécessité et le prix du sacrifice.

Un exemple ? Les structures existent pour aider les Chrétiens d’Orient actuellement persécutés par Tsahal. Qui leur vient en aide ? Personne.

Un horrible génocide est en train de se perpétrer à Gaza, en Cisjordanie, au Liban et encore ailleurs si rien ni personne ne vient arrêter les sionistes qui ne vivent que pour l’expansion du Grand Israël ; ce génocide ne fait pas de différence entre musulmans et chrétiens, ces derniers étant très nombreux dans cette région puisque le christianisme est précisément né dans cette région. Ne serait-ce pas en accord avec les principes fondamentaux chrétiens de dénoncer, pour le moins, le massacre des hommes et de la terre qui se pratique quotidiennement dans ces pays?

Qui le fait ? Personne.

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Il n’y a pas de solidarité chrétienne « occidentale », voire universelle (c’est le sens même du mot : catholique), envers ceux des leurs qui sont martyrisés dans d’autres régions du monde, comme il n’y a pas de point de vue chrétien occidental sur les massacres et les tortures perpétrés par Tsahal avec l’accord tacite des Américains. Tous les fidèles des autres religions dans le monde sont solidaires de leurs coreligionnaires, pas les chrétiens occidentaux. Pourquoi ?

Parce que les chrétiens occidentaux sont sionistes à l’image du RN et de la plupart des structures dirigeantes de notre pays, c’est-à-dire exactement : américano-sionistes. Donc mondialistes parce que l’Occident n’est rien d’autre que l’alliance de trois entités visant à s’approprier le monde : cette pseudo-Europe (qui nous maltraite, nous, Européens), l’État sioniste d’Israël et l’Amérique du Nord.

D’autant qu’on sait maintenant que l’amalgame entre antisionisme et antisémitisme n’a aucun sens puisque les Israéliens sionistes qui tiennent le pouvoir en Israël ne sont pas juifs d’origine mais ashkénazes, issus du peuple khazar, juifs convertis au VIIIe siècle et que les vrais juifs ne les reconnaissent pas comme tels [4].

La séquence chaotique: les « lycéens en colère »

Le mouvement a été déclenché à l’origine par les représentants syndicaux du lycée de Créteil, invoquant un manque de moyens comme la nécessité de mettre à disposition du lycée une seconde infirmière ; il est difficile de croire qu’il s’est propagé aussi vite sans être encadré, et sans doute préparé, par des professionnels de la mise en place du désordre, comme le sont les membres de LFI, voire des individus non identifiés payés pour accomplir cette besogne ; la racaille des banlieues n’a pas été convoquée pour l’occasion, elle était sur place.

On a vu des représentants de l’autorité, comme le maire de Saint-Denis, ou d’autres élus LFI portant l’écharpe, participer à la mise en place du chaos qui a ensuite gagné toute la France.

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Les forces de l’ordre ont réagi assez rapidement, mais n’ont pas été à même de tenir le terrain par manque d’effectifs et aussi par l’impossibilité de prévoir les cibles auxquelles cette racaille bien formée allait s’attaquer car les pseudo-lycéens s’en sont pris immédiatement à des structures qui n’ont aucun lien avec l’école, comme une église à Strasbourg [5], un bus à Marseille [6], dans cette vidéo, une surveillante est tabassée à Annecy par une bande de sauvages [7], dans cette autre, les pseudo-lycéens affichent clairement leur appartenance à un pays étranger.

Il n’est pas impossible que ce chaos soit piloté par le gouvernement lui-même, ce qui lui donnerait la possibilité, au plus fort de l’embrasement de ce mouvement, qui n’est peut-être pas encore arrivé, de décréter une situation d’urgence afin de prendre les pleins pouvoirs.

Conclusion : je n’ai pas choisi ces trois séquences au hasard ; et, même, je ne les ai pas choisies du tout, elles m’ont été imposées par l’actualité : la France, fille aînée de l’Église a été, en ce mois de septembre et est encore, en ce mois d’octobre, au centre d’un conflit qui voit s’affronter les deux grands blocs qui composent le monde actuel : d’une part, le bloc des sociétés traditionnelles respectant les lois naturelles, humaines et cosmiques qui ont toujours régi le monde dans lequel nous vivons depuis des millions d’années qui ont su bâtir, au fil du temps, une société où les hommes ont vécu tant bien que mal, avec les aléas et les vicissitudes intrinsèques à notre condition, avec des règles morales et religieuses qui se sont efforcées de canaliser les pulsions négatives de nos semblables essayant de cohabiter plus ou moins harmonieusement sur cette Terre qui nous porte et, d’autre part, une engeance issue des reliquats morbides d’anciennes civilisations disparues qui vénèrent un démon, Satan, et qui tentent d’asservir notre Humanité ou de la remplacer par des robots et une intelligence artificielle qu’elle met en place d’une manière systématique sous nos yeux incrédules.

Nous avons du mal à croire que la génération qui va nous succéder et qui devra affronter ce terrible ennemi est constituée par ce groupe de sauvages qui s’exprime par des cris ou des onomatopées, se comporte comme des zombies dont le cerveau aurait été gravement détérioré et ne songe qu’à se dégager de toute contrainte pour vivre une existence illusoire, faite de jouissance sans entraves, fabriquée sur la base d’utopies qui leur ont été inculquées dès leur prime enfance par des invertis qui se sont peu à peu emparés des rênes de l’Éducation nationale (voir photo).

photo 2(1).jpgLa photo de cette jeune fille brandissant un carton résume assez bien la faillite de son éducation, dont la responsabilité incombe à la fois à ses parents démissionnaires de leur fonction de parents, qui n’ont pas su la préserver des dangers de la vie, mais aussi à l’Éducation nationale qui s’est immiscée dans un domaine qui ne lui appartient pas, celui de l’éducation sexuelle, en banalisant et même en encourageant les comportements à risque et les comportements déviants, une incompétence, si ce n’est une malveillance, dont cette jeune fille, jetée en pâture sur les réseaux sociaux, va désormais faire cruellement les frais.

Ces parents, dont j’ai dénoncé, au début de cet article, l’hédonisme, la passivité et l’insouciance, sont responsables de n’avoir rien fait pour préparer cette génération à la vie réelle qui peut être belle quelquefois mais exigeante plus souvent. Ces parents, en prenant le parti de ces jeunes gens, leurs enfants, ne font rien d’autre que d’essayer de s’absoudre de leur propre irresponsabilité et de leur propre incompétence à vivre en se fixant des règles, une morale, et en s’obligeant à des devoirs.

Notes: 

[1] Voir mes articles à ce sujet, sur le présent site, et aussi rassemblés dans l’ouvrage La Satanisation du Monde, Amazon 2025.

[2] Gérard Fauré, l’ancien fournisseur en cocaïne de l’oligarchie française et internationale qui en est très dépendante, pense plutôt que Céline Dion souffrirait d’un manque ou, au contraire, d’une overdose permanente, d’adrénochrome, cette substance qui serait prélevée dans le sang des jeunes enfants que les pédosatanistes du cercle d’Epstein auraient préalablement volés, effrayés puis torturés afin d’en obtenir la meilleure production, le but recherché par les oligarques « invités » ou plutôt « piégés » d’Epstein étant d’espérer vivre plus longtemps grâce à la régénération de leur sang. (« J’avais raison ! Céline Dion et La polémique du sosie », https://www.youtube.com/watch?v=tLkbwd1tymo)

[3] Voir les articles de Georges Gourdin sur le sujet : Génération Léon, prenez le Pouvoir ! du 1er octobre 2026 et Léon XIV au Stade de France : la Vérité contre le règne du mensonge du 26 septembre 2026.

[4] Voir mon article : L’Occident et la droite nationale française face à l’anéantissement de Gaza, article également inclus dans l’ouvrage Haute Trahison, Amazon 2026, p.101.

[5] Une église incendiée par les « lycéens » : https://www.facebook.com/reel/1412906561032222?locale=fr_FR

[6] Témoignage de Jean Mizrahi, professeur : Les transports en commun ont été à l'arrêt aujourd'hui à Marseille où je vis. Des élèves du lycée professionnel la Floride, où j'ai enseigné pendant une année il y a deux ans, ont mis le feu à un bus avec son chauffeur à l'intérieur, qui en a réchappé par miracle, mais semble-t-il quand même avec des brûlures. Je ne suis pas étonné, je me souviens de la population de ce lycée, j'y ai passé des moments peu sympathiques avec des gamins dont certains franchement déjantés. Devant un autre lycée marseillais, un camion de pompiers a été incendié.

[7] Une surveillante tabassée à Annecy par des sauvages hurlant dans une langue inconnue : https://www.facebook.com/reel/1636111814571232?locale=fr_FR

samedi, 03 octobre 2026

Assez de «transition énergétique»: la Norvège met un frein aux exportations d’électricité

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Assez de «transition énergétique»: la Norvège met un frein aux exportations d’électricité

Oslo/Berlin. Un nouveau mensonge énergétique vole en éclats: celui de la grande solidarité européenne à l’ère «post-fossile». Il n’en est rien: la Norvège entend désormais consacrer davantage son énergie hydraulique à son propre approvisionnement. Aucun nouveau câble électrique vers l’Europe ne devrait être planifié au moins jusqu’en 2029. Le ministre de l’Énergie, Terje Aasland, a qualifié d’«idée erronée» la conception jusque-là répandue selon laquelle l’hydroélectricité norvégienne pourrait compenser les fluctuations de la production éolienne et solaire en Europe.

Jusqu’à présent, la Norvège jouait un rôle important dans la compensation des fluctuations de l’offre sur le marché européen de l’électricité. L’hydroélectricité du pays pouvait fournir de l’énergie supplémentaire lorsque la production éolienne et solaire était faible. Mais Oslo justifie désormais son changement de cap par les conséquences sur son propre marché de l’électricité: l’utilisation des réservoirs pour répondre aux besoins européens peut réduire les réserves norvégiennes, tandis que les fluctuations de prix du marché européen pourraient «contaminer» la Norvège. C’est ce que le pays veut éviter.

La suspension de la construction de nouveaux câbles sous-marins devrait, dans un premier temps, rester en vigueur jusqu’en 2029. Il y aura donc moins de capacités de transport supplémentaires entre la Norvège et le reste de l’Europe. Pour les pays qui recourent à l’hydroélectricité norvégienne lorsque la production éolienne et solaire est faible, cela modifie les possibilités d’importation existantes.

Parallèlement — et là encore, contrairement à la plupart des pays de l’Union européenne — Oslo continue de miser sur l’exploitation des énergies fossiles. De nouveaux gisements de pétrole et de gaz sont mis en exploitation dans la mer de Barents. Le gouvernement norvégien souligne l’importance de la sécurité énergétique et de la fiabilité de l’approvisionnement.

L’Allemagne est directement touchée par cette réorientation de la politique norvégienne. Jusqu’à présent, les importations d’électricité en provenance de Norvège et d’autres pays européens permettent de compenser les pénuries lorsque l’énergie éolienne et solaire ne produit pas suffisamment d’électricité en Allemagne. À l’avenir, ce ne sera plus possible si la Norvège privilégie son autosuffisance et ne veut plus subir le chaos des prix européens de l’électricité.

Bien entendu, la diminution des exportations norvégiennes influencera le marché européen de l’électricité. En période de production insuffisante, d’autres centrales devront prendre le relais — mais plus les centrales norvégiennes. Pour l’Allemagne, cela devrait accroître le besoin en capacités de réserve nationales, notamment en centrales à gaz. Or, celles-ci sont encore loin d’être disponibles. Il ne reste donc que cette conclusion décevante: l’Allemagne subit de plus en plus les conséquences de sa « transition énergétique » (se).

Source: Zu erst, octobre 2026.