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lundi, 11 octobre 2021

Dante et l'Inde

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Dante et l'Inde

Par Claudio Mutti

Ex: "Eurasia", 2/2006 (avril-juin 2006); https://www.eurasia-rivista.com/dante-e-lindia-2/                       

Avec sa "doctrine qui se cache - sous le voile de vers étranges" et avec sa certitude de n'être que le copiste de l'Amour, Dante n'était pas un "savant", pas plus que ne l'étaient un rshi védique ou un mantrakrt, mais il était un voyant, un énonciateur de la vérité (satyavâdin).

(Ananda K. Coomaraswamy)

 
Lorsque sur la montagne du Purgatoire, Dante et Virgile sont invités par l'ange de la chasteté à entrer dans les flammes, car sinon ils ne pourraient pas continuer leur ascension, c'est le coucher du soleil du 12 avril. Le soleil occupe la même position que lorsqu'il envoie ses premiers rayons à Jérusalem, tandis que l'Èbre coule sous la constellation de la Balance, qui est haute dans le ciel, et que les eaux du Gange sont enflammées par le soleil de l'après-midi. "Oui, comme lorsque les premiers rayons vibrent / là où son sang a été versé, / tombant d'Ibero sous la haute Balance, / et les vagues dans le Gange par le neuvième flamboiment, / ainsi se tenait le soleil" (Purg. XXVII, 1-5). Dante indique l'heure du jour en se référant à quatre points géographiques fondamentaux : Jérusalem, l'Ebre, le Gange et le Purgatoire. Selon la géographie de Dante, en effet, la terre habitée par les vivants correspond à la surface de l'hémisphère nord et a pour centre Jérusalem qui, étant aux antipodes du Purgatoire, est équidistante de l'extrême ouest, marqué par l'Ebre, et de l'extrême est, représenté par le Gange. Ainsi, lorsque le soleil se lève sur le Purgatoire, à l'horizon de Jérusalem, le jour se couche sur l'Ebre et la nuit descend sur le Gange ; le matin du 10 avril, alors que les deux poètes étaient encore au pied de la montagne, le soleil était déjà arrivé à l'horizon de Jérusalem et la nuit, se retournant contre le soleil, sortait du Gange dans la constellation de la Balance (constellation dans laquelle on ne la trouve plus après l'équinoxe d'automne, lorsque la nuit devient plus longue que le jour). Selon les mots de Dante : "Déjà arrivait le soleil à l'horizon / dont le cercle méridien couvre / Jerusalem avec son point le plus élevé; / et la nuit, qui en face de lui tourne en rond / sort du Gange avec la Balance, / qui lui donne la main quand il déborde" (Purg II, 1-6).

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Que le Gange soit le véritable Orient du monde, Dante le réitère dans le chapitre XI du Paradis: la "côte fertile" d'Assise, l'Orient d'où surgit la lumière solaire de saint François, est assimilée au Gange, d'où, à l'équinoxe de printemps, le soleil, plus brillant que jamais, se lève au-dessus du méridien de Jérusalem.

L'autre grand fleuve de l'Inde, l'Indus, est pris dans la Comédie comme symbole des lieux orientaux non touchés par la prédication chrétienne. Dans le ciel de Jupiter, l'Aigle, qui représente l'idée éternelle de justice, expose à Dante le doute qu'il a sur le dogme chrétien de la justification par la foi: si "un homme naît sur la rive / de l'Indus, et qu'il n'y a personne qui raisonne / du Christ, ni qui lit, ni qui écrit" (Par. XIX, 70-72) et donc, sans qu'il y ait faute de sa part, "meurt non baptisé et sans foi" (Par. XIX, 76), pourquoi Dieu, qui est la justice suprême, le condamne-t-il pour l'éternité ?

Les Indiens, aux frontières orientales du monde, n'ont pas été atteints par la bonne nouvelle, mais eux aussi ont été témoins de l'éclipse qui s'est produite à la mort de Jésus et qui a touché tous les peuples de la terre : "aux Hispaniques et aux Indiens, / comme aux Juifs, cette éclipse a répondu" (Par. XXIX, 101-102).

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Parmi les sources médiévales relatives à cette région extrême et inconnue figure le De situ Indiae et itinerum in ea vastitate, que l'on croit être une lettre d'Alexandre le Grand à Aristote (1). À partir d'une citation de l'épître contenue dans les Météores d'Albertus Magnus - Albert le Grand (I, 4, 8), Dante apprend l'existence d'un épisode dont Alexandre aurait été le protagoniste en Inde et s'en sert pour construire un simulacre: "Tel Alexandre, dans ces régions chaudes / de l'Inde, voyait au-dessus de sa troupe / des flammes tombant fermement sur le sol, / de sorte qu'il prévoyait de toucher le sol / avec ses hôtes, de sorte que la vapeur - mei si stingueva mentre ch'era solo : / tale scendeva l'etternale ardore" (Inf. XIV, 31-37). En somme, les couches de feu qui, dans le troisième cercle du septième cercle, tourmentent les violents contre Dieu (blasphémateurs, usuriers, sodomites) rappellent à Dante les flammes qu'Alexandre voyait pleuvoir sur son armée dans les régions chaudes de l'Inde: c'étaient des flammes qui restaient brûlantes jusqu'à ce qu'elles tombent à terre, aussi le Macédonien ordonna-t-il à ses soldats de bien fouler le sol, pour mieux éteindre le feu tant qu'il était isolé.

La caractérisation de l'Inde comme une région particulièrement chaude revient dans Purg. XXVI, 21-22 : "car tous ceux-là ont plus soif / que l'eau froide Indus ou Aethippus". Les âmes purgatives des luxurieux constatent que Dante est vivant et brûlent du désir d'avoir une explication de sa part, plus que les Indiens ou les Ethiopiens ne brûlent de soif.

Une autre merveille de l'Inde dont Dante a connaissance est qu'il y pousse de très grands arbres : la nouvelle lui vient probablement de Virgile, selon lequel, dans cette partie extrême du monde, près de l'Océan, il y a des arbres si hauts qu'aucune flèche ne pourrait en atteindre la cime (2). Mais l'arbre de la connaissance du bien et du mal s'élève encore plus haut, de sorte qu'il serait un objet d'émerveillement pour les Indiens: "La coma sua, che tanto si dilata / più quanto più è sù, fora da l'Indi / ne' boschi per altezza ammirata" (Purg. XXXII, 40-42).

Mais au Purgatoire il y a deux autres arbres (Purg. XXII-XXIII et au Purg. XXIV) qui nous ramènent en Inde: ce sont ceux qui se trouvent près du sommet de la montagne, sous la plaine du Paradis terrestre. Le premier arbre "est l'image réfléchie et inversée de l'Arbre de vie, dont les âmes du purgatoire (cosmique) ont faim et soif, mais dont elles ne peuvent avoir aucune part et sur lequel elles ne peuvent même pas monter " (3), tandis que le second est une "image inversée de l'Arbre de la connaissance du bien et du mal" (4).

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Ainsi le grand savant anglo-indien Ananda K. Coomaraswamy, qui examine le symbole de l'arbre renversé sur la base des descriptions fournies par les textes indiens, et pas seulement ceux-là, puisque "l'idée d'un arbre droit et d'un arbre renversé a une diffusion dans le temps et l'espace qui va de Platon à Dante et de la Sibérie à l'Inde et à la Mélanésie" (5). Il y a cependant quelques éléments que la description de Dante a en commun avec celle de l'Inde en particulier : par exemple, sur le premier des deux arbres renversés "il tomba du haut rocher une liqueur claire - et elle se répandit dans les feuilles au-dessus" (Purg. XXII, 137-138), tout comme "dégoulinant de soma" (soma-savanah) est la figue de Brahmaloka, décrite dans Chândogya-upanishad, VIII, 5, 3-4.

Enfin, il faut aussi considérer le Purg. VII, 74, un verset lu et interprété de différentes manières, dans lequel, cependant, selon certains spécialistes (Scartazzini, Sapegno, Mattalia), le syntagme "je montre le bois" est présent. Il s'agirait du lychnis Indica, une pierre précieuse mentionnée par Pline ("Quidam enim eam dixerunt esse carbunculum remissiorem"); en raison de sa splendeur, elle a été évoquée dans la description de la vallée des Princes, dont les couleurs vives et éblouissantes rappellent la splendeur des miniatures et des pierres précieuses.
 
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Parmi les nombreuses similitudes que Coomaraswamy trouve entre la Comédie et les écritures sacrées de l'Inde, certaines semblent particulièrement remarquables. Le thème de la "paternité solaire", par exemple dans le Shatapatha Brâhmana I, 7, 6, 11, est également présent dans le Par. XXII, 116 ; le symbolisme de l'inceste de Prajâpati, époux et fils de Vâc (Pancavimsha Brâhmana VII, 6 ; XX, 14) est identique à celui lié à la définition de Marie comme "Vierge mère, fille de ton fils" (Par. XXXIII, 1); les "trois mondes" (sâttvika, râjasika et tâmasika) dans lesquels, selon la pensée hindoue, la manifestation universelle est différenciée, se reflètent dans la tripartition cosmique décrite dans Par. XXIX, 32-36 ; l'imposition de la couronne et de la mitre, qui a lieu dans le rituel hindou de la "vivification du roi", est également vue dans Purg. XXVII, 142 ; etc. etc.

D'autres spécialistes de l'œuvre de Dante avaient déjà fait référence à l'Inde. Dante Gabriele Rossetti (1828-1880), se basant sur l'hypothèse que "les écoles secrètes sont modelées, peu à peu, sur un système unique " (6) et " utilisent souvent des mots d'idiomes étrangers pour laisser entrevoir ces arcanes qu'elles n'osent pas expliquer ouvertement" (7), avait même cru retrouver la trace de la syllabe sacrée OM dans deux vers de Dante: "Chi nel viso de li uomini legge 'omo' " (Qui dans le visage des hommes lit 'homo'). (Purg. XXIII, 32) et "O om che pregio di saver portate" (Rime, Savete giudicar vostra ragione, 2).  

220px-A._De_Gubernatis.jpgArturo Graf (1848-1913) avait noté que la Commedia et la tradition indienne attribuent des caractéristiques similaires aux lieux de béatitude : si dans la "forêt divine épaisse et vivante" (Purg. XXVIII, 2) règne "une douce aura, sanza mutamento" (Purg. XXVIII, 7), le mont Meru ne connaît "ni ténèbres, ni nuages, ni mauvais temps d'aucune sorte" (8). Angelo De Gubernatis (1840-1913) (photo), en plus d'avoir retracé un prototype indien de la figure de Lucifer (9), avait identifié la montagne du Purgatoire avec le pic d'Adam sur l'île de Taprobane (c'est-à-dire Ceylan), que la carte du monde de Marino Sanudo plaçait en 1320 à l'extrême limite orientale de la terre: "Étant donné qu'il ne fait plus aucun doute que Dante a placé le Purgatoire sur une île, que l'on croyait déserte, aux antipodes de Jérusalem, il ne me semble pas qu'il faille faire beaucoup d'efforts pour découvrir qu'une telle île, selon l'esprit de Dante, devait être la terre sacrée de Seilan" (10). De Gubernatis avait également émis l'hypothèse que le "paysage indien" (11) était à l'origine de la représentation par Dante du char triomphal tiré par le griffon (Purg. XXIX, 106-120). Moins sûr en indiquant l'emplacement de la montagne du Purgatoire était Miguel Asìn Palacios: "Cual fusese esta montaña, ya no es tan fácil de precisar, porque las opiniones se dividen : bien se la supone en Siria, bien en Persia, bien en Caldea, bien en la India, pero esta ultima situación ha sido la predominante" (Il n'est guère facile de préciser quelle est cette montagne, car les opinions divergent: certains la placent en Syrie, d'autres en Perse ou en Chaldée, d'autres encore en Inde, mais ce dernier emplacement hypothètique est prédominant) (12).

Giovanni_Pascoli_01.jpgGiovanni Pascoli (1855-1912) (photo), pour qui la Commedia lui donnait "le vertige des livres de l'Inde ancienne" (13), avait esquissé un parallèle entre le prince Siddhartha et Alighieri, le Bouddha d'Europe: "Ainsi notre Shakya, comme le Shakya indien, comme l'ermite comme l'exilé, à une distance de vingt siècles, commencent par une considération profonde sur la misère humaine. Je vois l'un s'extasier au pied du figuier, ashvattha ficus religiosa; l'autre errer dans les ombres de la forêt. Et de la misère ils se relèvent, l'un pour disparaître dans le Nirvana, l'autre pour plonger dans le Miro Gurge. Et tous deux sortent de la misère inspirés pour prêcher la paix et l'amour à tous: le bonheur" (14). René Guénon (1886-1951) avait comparé "l'Empereur, tel que Dante le conçoit, (...) au Chakravartî ou monarque universel des Hindous, dont la fonction essentielle est de faire régner la paix, sarvabhaumika, c'est-à-dire de la répandre sur toute la terre" (15).

Parmi les études récentes, nous nous limiterons ici à signaler un essai de Nuccio D'Anna sur le De vulgari eloquentia, dans lequel, pour comprendre le sens et le fondement de l'herméneutique linguistique de Dante, on rappelle la procédure indienne analogue du nirukta, illustrée par le passage d'un texte sanskrit sur ce sujet (16). Dans la préface de l'essai, l'auteur prévient qu'une meilleure connaissance des textes orientaux concernant le symbolisme linguistique - et à titre d'exemple il mentionne, entre autres, le "Tantra hindou" (17) - nous ferait comprendre que la structure symbolique de l'œuvre de Dante est extraordinairement proche de celle des autres cultures traditionnelles d'Eurasie.
 
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Lorsque Dante a écrit la Comédie, Delhi était gouvernée par une dynastie afghane d'origine turque (18), la dynastie Khalgî, inaugurée par Gialâl ud-dîn Fîrûz (1290-1296). À sa mort, 'Alâ' ud-Dîn Khalgî Muhammad Shâh (1296-1316) reconquiert le Gujarât et s'empare en 1303 de Chittoor au Rajasthan. Sous la direction de 'Alâ' ud-Dîn, le sultanat de Delhi a soumis presque tous les royaumes hindous du sud et de l'ouest et est devenu un empire subcontinental, atteignant le sommet de la puissance politique, de la splendeur culturelle et de la prospérité économique. À la mort de 'Alâ' ud-Dîn, le trône est usurpé par Khusraw Khân, courtisan et apostat de l'islam, qui plonge le royaume dans l'anarchie jusqu'en 1320, date à laquelle Ghâzî Malik Tughluq redresse la situation et met en place un gouvernement exemplaire qui ne durera que quelques années (1320-1325). Entre 1253 et 1325, dans une période qui coïncide avec la vie de Dante, Amîr Khusraw Dihlawî, célèbre poète formé à l'école du grand shaykh Nizâm al-Dîn Awliyâ' (m. 1325), figure importante de la Chishtiyya, l'ordre initiatique fondé par Mu'în ud-dîn Hasan Chishtî (1142-1236), a travaillé dans le sultanat de Delhi.

Thomas_Babington_Macaulay2.jpgDante ne savait rien ou presque de tout cela. Mais même en Inde, on n'a pas entendu parler de Dante avant le XIXe siècle, lorsque la diffusion de la langue anglaise a favorisé le contact entre les érudits indiens et la littérature européenne. "Et puis, par pure coïncidence, l'homme qui, en tant qu'expert, a conseillé à la Compagnie des Indes orientales, dans son célèbre document sur l'éducation en Inde en 1834, non seulement l'utilisation de la langue anglaise comme moyen d'expression dans les bureaux, les tribunaux et les écoles, mais aussi l'enseignement des sciences, de la philosophie, de la médecine et de l'économie politique européennes, à savoir Lord Macaulay (photo), était un admirateur passionné de la poésie de Dante, et il est donc très peu probable que non seulement son essai sur le poète (dans Criticism on the principal Italian writers, 1824) mais aussi sa célèbre comparaison de Dante et de Milton (publiée en août 1825 dans dans l'Edinburgh Review), avait échappé à l'attention des spécialistes indiens de la littérature anglaise, et que ce même essai ne constituerait pas l'une des premières lectures critiques, sinon la première lecture, sur Dante pour un débutant en littérature italienne, et pas seulement pour un débutant" (19).

Mudhusudan_Dutta.jpgAinsi, des poètes et des procureurs ont entrepris l'étude de l'italien afin de pouvoir lire Dante dans l'original. Parmi ceux-ci, il convient tout d'abord de citer le plus grand poète bengali du XIXe siècle, Michael Madhûsudan Datta (1824-1873) (photo), auteur du premier poème épique en bengali, Meghanath-Badh (1861-'62), dans lequel l'influence de Dante se révèle "surtout dans la conception de l'Enfer et dans la mise en œuvre de cette conception en termes descriptifs, géographiques et topographiques" (20). La Comédie a également inspiré un poème philosophique de Hemachandra Vanyopadhyaya (1838-1903), Chhayamayi (1880), dans lequel les pécheurs sont répartis dans les différentes zones de l'enfer en fonction de leurs péchés. Hemachandra lui-même, en revanche, a reconnu explicitement sa dette envers Dante. Rabindranath Tagore (1861-1941) avait déjà publié un article sur Dante (et un sur Pétrarque) à l'âge de seize ans. Shri Aurobindo (1872-1950) étudiait sans relâche la Divine Comédie et proposait les modèles de Dante, Milton et Goethe à ses jeunes disciples qui écrivaient des poèmes (en bengali et en anglais). Son frère Manmohan Ghose (1867-1924), spécialiste de la littérature européenne, comptait parmi ses condisciples Laurence Binyon (1869-1943), un traducteur anglais de Dante.

Sarojini_Naidu_1964_stamp_of_India.jpgLe poète Toru Dutt (1856-1877) a écrit un commentaire critique sur la traduction de la Comédie par Antonio Deschamps. Un autre poète qui mérite d'être mentionné pour son intérêt pour Dante est Sarojini Naidu (1879-1949), "le rossignol de l'Inde" (gravure sur timbre, ci-contre); elle a été la première femme à présider le Congrès national indien et à gouverner l'État d'Uttar Pradesh après l'indépendance. Dinesh Chandra Datta a traduit la Bhagavad Gita en tercets dantesques et a écrit un sonnet à Dante (21). Terminons cette brève revue en citant Muhammad Iqbâl (1873-1938), le plus grand poète contemporain de l'Inde musulmane, auteur, entre autres, d'un Jâvêd-nâma en persan qui s'inscrit dans la tradition des poèmes sur l'Ascension nocturne du Prophète Muhammad et rappelle simultanément le voyage céleste de Dante.

AVT_Muhammad-Iqbal_4149.jpgIqbal "a été influencé avant tout par les trois grandes 'Divine Comédies' de l'Occident, celle de Dante (qu'il connaissait en traduction anglaise), celle de Milton et celle de Goethe" (22). En 1932, la même année où le Jâvêd-nâma d'Iqbal a été publié à Lahore, un article d'un certain Inayat Ullah sur les recherches effectuées par les érudits européens sur les sources orientales de la Divine Comédie (23) a été publié dans "The Muslim Revival".

Nous terminerons par une curiosité. Nous ne connaissons aucune traduction de Dante en sanskrit ; cependant, il semble qu'un passage de l'Enfer (l'épisode du comte Ugolino dans les cantos XXXII-XXXIII) ait été traduit en sanskrit par un Italien : l'universitaire italien Arturo Farinelli (1867-1948).

Notes:

  • Version intégrale italienne dans G. Tardiola (a cura di), Le meraviglie dell’India, Roma 1991
  • “Aut quos Oceano propior gerit India lucos, / extremi sinus orbis, ubi aëra vincere summum / arboris haud ullae iactu potere sagittae?” (Georg. II, 122-124)
  • A. K. Coomaraswamy, Il grande brivido. Saggi di simbolica e arte, Adelphi, Milano 1987, p. 340
  • A. K. Coomaraswamy, op. cit., p. 341
  • A. K. Coomaraswamy, op. cit., p. 333. Pour une plus ample revue des descriptions indiennes de l'Arbre du Monde, cfr. A. Zucco, Il significato originario di un’antica parabola (Mahâbh., XI, 5, 6, 7) e la sua diffusione letterario e artistica in Oriente e Occidente, Istituto di Glottologia, Università degli Studi di Genova, 1971
  • G. Rossetti, Il mistero dell’amor platonico del Medio Evo, Arché, Milano 1982, vol. I, p. 78)
  • Ibidem
  • A. Graf, Miti, leggende e superstizioni del Medio Evo, Arnaldo Forni, Bologna 1980, vol. I, p. 23
  • A. de Gubernatis, Le type indien de Lucifer chez Dante, in Actes du Xe Congrès des Orientalistes. Questo scritto, che non ci è stato possibile rintracciare, viene citato da R. Guénon (L’esoterismo di Dante, Atanòr, Roma 1971, p. 47 n.) assieme a un altro articolo del medesimo autore: Dante e l’India, “Giornale della Società asiatica italiana”, vol. III, 1889, pp. 3-19. Parlant (in L’esoterismo di Dante, cit., pp. 46-47) de ceux qui ont "finalement supposé que Dante aurait pu subir directement l'influence de l'Inde", Guénon se réfère en outre à un essai "extrêmement superficiel":  Essai sur la philosophie de Dante (Faculté des Lettres, Paris 1838), dont l'auteur, Antoine Frédéric Ozanam, découvre, outre une influence islamique,  une influence indienne dans la "Divine Comédie".
  • A. de Gubernatis, Dante e l’India, cit., p. 10
  • A. de Gubernatis, Dante e l’India, cit., p. 15.
  • M. Asìn Palacios, La escatología musulmana en la Divina Comedia, Hiperión, Madrid 1984, p. 195
  • G. Pascoli, Prefazione alla Prolusione al Paradiso, in Prose, vol. II Scritti danteschi Sezione II, Mondadori 1957, p. 1578
  • Ibidem
  • R. Guénon, op. cit., p. 62
  • N. D’Anna, La Sapienza nascosta. Linguaggio e simbolismo in Dante, I libri del Graal, Roma 2001, pp. 43-44
  • N. D’Anna, op. cit., p. 10
  • Sotto la voce India dell’Enciclopedia dantesca, Istituto della Enciclopedia Italiana, Roma 1971, vol. III, p. 420, Adolfo Cecilia scrive invece che “Ai tempi di D. la regione (…) era praticamente tutta sotto il dominio degli Arabi” (sic)
  • Ghan Shyam Singh, Fortuna di Dante in India, in Enciclopedia dantesca, cit., p. 421 s. v. India
  • Ghan Shyam Singh, ibidem
  • Trad. it. in Ghan Shyam Singh, cit., p. 423
  • A. Bausani, in: M. Iqbal, Il poema celeste, Leonardo da Vinci, Bari 1965, p. 34
  • G. Galbiati, Dante e gli Arabi, in AA. VV., Studi su Dante, Hoepli, Milano 1939, p. 195

mardi, 28 septembre 2021

Tel était le vrai rêve de Dante

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Tel était le vrai rêve de Dante

Hans Kelsen, dans "La théorie de l'État chez Dante", présente la grande et profonde utopie politique du Poète Suprême, partisan d'un empire universel fondé sur des racines chrétiennes.

par Andrea Muratore

Ex: https://www.ilgiornale.it/news/cultura/dante-politico-cos-sognava-limpero-universale-1974989.html

Le Dante politique : comment il a rêvé de l'empire universel

Dante Alighieri est l'un des plus grands représentants de la littérature mondiale de tous les temps et peut être défini, d'un point de vue culturel, comme le "père" de l'Italie moderne. Mais la figure du poète florentin transcende cette dimension nationale de base et, si l'on y regarde plus attentivement, il transcende également la dimension littéraire: Dante a été célébré au cours des siècles comme un homme doté d'un profond esprit théologique, même par des papes tels que Benoît XV, Paul VI et Benoît XVI, comme une icône de l'exilé à la recherche d'une patrie, comme un penseur prophétique et également comme un théoricien politique.

Et c'est précisément sur ce dernier front que l'on peut saisir pleinement l'élan de Dante vers l'universalité, étudié avec soin par l'un des plus grands théoriciens du droit du vingtième siècle, Hans Kelsen, qui avec La théorie de l'État chez Dante, publiée pour la première fois en 1905, a montré ses dons de savant capable d'unir le monde juridique à un large éventail de disciplines.

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Kelsen, qui au moment de la publication de son essai monographique n'avait que 24 ans, relit dans cet essai le De Monarchia de Dante et sa vision articulée d'une théologie politique à la base d'un gouvernement global du monde dans le ciel duquel deux soleils, l'Empire universel et l'Église, devraient briller, dans la vision proposée par le Poète suprême.

Pour Dante, l'universalité est la solution aux problèmes de fragmentation politique de l'Europe de son temps, un principe régulateur qui permettrait l'ascension d'un prince, l'empereur, comme ordonnateur du besoin de cohésion du continent au nom de la voie royale vers l'unité au nom de l'œcuménisme catholique. Celui de Dante étudié par Kelsen est un empire plus "sacré" que "romain", fruit de ce que le savant autrichien né à Prague identifie comme une lex divina que le fils d'une Florence divisée, victime personnelle des schismes au sein de la même faction guelfe de la Commune, identifie comme visant inévitablement à la création d'une monarchie universelle. Kelsen note que chez Dante "le principe ordonnateur suprême est le principium unitatis. L'unité est en même temps un bien; en toutes choses, ce qui a plus d'unité en soi est meilleur. L'existence de l'unité est la racine de l'existence du bien. La multiplicité, par contre, est le mal; l'existence de la multiplicité est la source de l'existence du mal". Et l'ordre collectif garanti sur terre par l'Empire est considéré comme la meilleure des sociétés possibles dans laquelle les individus peuvent construire leur chemin personnel vers l'ordre céleste promu par la bonté divine.

imadanteges.jpgDe ce point de vue, Dante est pleinement un enfant de son temps. Profondément et intimement chrétien, aligné sur les luttes politiques qui impliquaient l'Italie à l'époque, Dante a lu avec une lucidité critique le paradoxe d'une péninsule qui entendait être, décennie après décennie, toujours plus riche, plus opulente et pleine de potentiel par rapport au reste de l'Europe, mais qui, précisément à cause de cela, était aussi et surtout de plus en plus victime d'appétits croisés de la part des souverains étrangers, auxquels le poète suprême espérait que l'intervention d'un empereur remédierait.

Et Kelsen observe avec les yeux du juriste la tension intrinsèque de sa pensée politique, soulignant dans l'œuvre littéraire de Dante la présence d'une volonté ordonnatrice désireuse de créer non seulement les fondements idéologiques, politiques et culturels de sa vision d'un empire catholique et universel, mais aussi les sources de droit capables de le gouverner. Un empereur au pouvoir direct sur ses sujets, légitimé par la présence d'un contre-pouvoir pastoral et œcuménique, non déifié et capable d'avoir l'ordre comme étoile polaire de son action était, selon Kelsen, la figure à laquelle pensait Dante, ayant probablement à l'esprit la possibilité d'une répétition de l'épopée de Frédéric II, mort quelques années avant sa naissance.

Sept cents ans plus tard, on ne peut manquer de souligner la profonde complexité de l'universalisme de Dante et la grande profondeur théologique et politique de la pensée du poète florentin, qui a tenté en vain de résister à la désintégration de l'Italie et de l'Europe en opposant des principes d'ordre et de régulation qui, à l'époque de la naissance des États-nations, semblaient dépassés, mais qui ont démontré la volonté de résister au désordre croissant qui s'amplifiait au niveau systémique. Et la complexité de l'universalisme de Dante est bien plus grande que celle des exemples actuels de doctrines politiques désireuses de se rendre palingénésiques en divisant clairement entre amis et ennemis, entre "Nous" et "Eux", entre submergés et sauvés, entre citoyens ayant des droits et citoyens rejetés pour être ensuite définitivement marginalisés. Les régimes totalitaires du vingtième siècle et le néolibéralisme, avec leur universalisme fondé sur des concepts simplistes et fallacieux, visent à diviser l'humanité en détruisant ses racines. Le potentiel de Dante tendait, au regard d'un univers eurocentrique, à les unir en se concentrant sur un principe clé de la matrice religieuse et d'une institution séculaire. Représentant la plus grande utopie de l'œuvre du Poète Suprême.

 

mardi, 14 septembre 2021

Il y a sept siècles, le 14 septembre 1321, Dante Alighieri mourait...

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Il y a sept siècles, le 14 septembre 1321, Dante Alighieri mourait...

Spiritualité chrétienne et réalisme psychologique

Péter Miklós

C'est un cliché dans l'histoire culturelle que tout ce que l'homme moderne pense de l'enfer, il le sait non pas de la Bible, mais de l'œuvre immortelle de Dante, la Divine Comédie, que son auteur n'a appelée que La Comédie. Bien sûr, Dante n'a pas inventé lui-même les pécheurs, les châtiments, les horreurs et les convoitises de son œuvre, mais il a puisé dans des éléments apocryphes de l'antiquité chrétienne et des traditions italiennes archaïques.

Dante a été particulièrement influencé par l'Apocalypse de Pierre, datant du deuxième siècle, qui peut être lue comme une véritable histoire d'horreur. Le texte de la pièce et l'un de ses décors, l'enfer, sont également évoqués dans des films cultes comme le thriller Seven (1995), réalisé par David Fincher avec Brad Pitt et Morgan Freeman, et Inferno (2016), basé sur le roman de Dan Brown, réalisé par Ron Howard avec Tom Hanks, et similaire à Da Vinci Code et Anges et Démons.

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Dante Alighieri, qui est mort il y a sept siècles, le 14 septembre 1321 à Ravenne, est né à Florence en 1265. Outre son œuvre littéraire influente (qui a contribué de manière significative à la création de la langue littéraire italienne), il était un chasseur et un soldat émérite, un guerrier, ainsi qu'un éminent homme politique et diplomate. Mihály Babits (qui l'a également traduit en hongrois) a qualifié son œuvre de "plus grand poème de la littérature mondiale". Dans son Histoire de la littérature européenne (1936), Babits a également attiré l'attention sur le fait que la Comédie représente à la fois les valeurs de l'Antiquité et l'éthique de la tradition chrétienne, et qu'elle est à la fois une œuvre symbolique et réaliste, dotée d'une imagination particulière. 

Comme l'a dit Mihály Babits, aucune autre œuvre n'a jamais autant émané de la vie et résumé la vie elle-même. C'est une vie très individuelle, avec tout ce que cette vie est: c'est-à-dire, avec tout ce que cette âme a vu, entendu, connu, ressenti dans sa vie. Toute l'histoire, toute la biographie. Et ainsi ce grand texte devient en même temps une grande épopée. Ce n'est pas seulement le cadre épique du voyage fantastique qui le rend ainsi, mais toute la matière de la vie qui forme ce fantastique, et toute la vie qu'il représente. La vie du poète, de son pays et de son époque ; vie individuelle et présente, vie réelle. Dans cet au-delà, on parle autant des vivants que des morts. Cette pièce divine est en même temps la pièce humaine la plus complète, s'étendant du naturalisme des péchés et des saletés infernales à la musique paradisiaque de l'ascension miraculeuse de l'âme humaine, et englobant dans son extraordinaire densité une substance vitale d'une richesse et d'une subtilité presque inimaginables, une multiplicité infinie de figures et d'événements, tissés ensemble dans la confession d'une grande âme, le contenu d'une vie symbolique et prédestinée".

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Quant à son apparence, le premier grand admirateur de Dante, Boccace, l'a décrit comme étant "de stature moyenne, et au-dessus de ses années quelque peu voûté, mesuré et marchant tranquillement". Il portait toujours les vêtements les plus modestes, adaptés à son âge. Son visage était allongé, son nez aquilin, ses yeux plutôt grands que petits, sa mâchoire forte, la lèvre inférieure légèrement avancée par rapport à la supérieure ; la couleur de ses joues était brune, ses cheveux et sa barbe d'un noir épais et condor, ses yeux toujours pensifs et contemplatifs. "Giovanni Boccaccio, qui a élevé le genre de la nouvelle à un niveau artistique à la Renaissance et le considère encore aujourd'hui comme faisant partie du genre épique, considérait la grande œuvre de Dante écrite en italien comme une trinité de pécheurs, de pénitents et de vertueux, traitant des grandes questions de la moralité humaine et de l'au-delà. Car, écrit Boccace, Dante "a reconnu qu'il pouvait y avoir trois sortes de vie, la vie du pécheur, la vie du pécheur qui revient du péché et s'efforce d'atteindre la vertu, et la vie du vertueux, et dans trois livres magnifiques, il a présenté cette trinité, en commençant par la condamnation du pécheur et en terminant par l'éloge du vertueux, et il a rassemblé ces trois livres dans un ouvrage qu'il a appelé le Drame". Il divisa les trois livres en hymnes, et, comme nous le savons, en hymnes en vers, et les écrivit dans la langue du peuple, et dans un ordre si artistique, si merveilleux et si beau, que personne n'a jamais pu les assembler. Toute personne ayant acquis la compétence requise peut témoigner de son éloquence."

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Antal Szerb, dans sa Synthèse de l'histoire de la littérature mondiale (1941), comme Babits, mettait l'accent sur le réalisme descriptif et la spiritualité catholique de Dante, tout en soulignant la possibilité d'une lecture psychologique de la Divine Comédie et le caractère universel de l'œuvre, c'est-à-dire qu'elle a un message actuel et valable pour tous les hommes de tous les temps. Comme il l'a écrit à propos de Dante : "La plus remarquable de ses qualités artistiques est son talent de portraitiste. Son talent artistique le plus remarquable est qu'il voit tout et montre tout à son lecteur. L'enfer n'est pas une énigme inimaginable ; une fois que vous aurez lu Inferno, vous pouvez être sûr que vous ne vous perdrez pas dans les cercles et les creux du monstrueux entonnoir. Dante, le poète spirituel, est aussi l'un des plus grands réalistes de la littérature mondiale. Ses scènes sont si réalistes que l'on oublie presque que l'on est en enfer et non dans une vieille ville italienne. Il est un grand juge et peintre de caractère. Ses métaphores sont très souvent des comparaisons psychologiques ; il aime comparer son état d'esprit et celui de ses personnages à des états d'esprit familiers et quotidiens, les rapprochant ainsi du lecteur. [...] Le grand poète catholique est aussi catholique dans le sens où il est universel, où il donne la totalité des choses humaines, comme Shakespeare et Goethe, son monde est un monde complet et autonome. Elle est également universelle dans le sens où elle n'est pas liée à l'âge ou à la nation, mais parle toujours et à tous".

Source : https://magyarnemzet.hu/kultura/2021/09/kereszteny-spiritualitas-es-lelektani-alapu-realizmus

mardi, 25 mai 2021

Dante Alighieri: une nouvelle victime de la cancel culture

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Dante Alighieri: une nouvelle victime de la cancel culture

Alexandre Douguine

Ex : https://katehon.com/ru/article/dante-aligeri-novaya-zhert...

Le 21 mai 1265, Dante Alighieri naquit en Italie, mais en Occident, cette date n'est plus célébrée.

Aujourd'hui, ce serait tout simplement dangereux de la célébrer. Comment cela se fait-il, me direz-vous? Dante est le symbole de la poésie occidentale, un classique mondialement connu. C'est vrai. Mais ce génie médiéval italien n'a pas non plus été épargné par la guillotine du politiquement correct.

Lorsque la Divine Comédie est tombée entre les mains de défenseurs des droits de l'homme, de libéraux et de mondialistes enragés, ils ont jugé l'œuvre de Dante ‘’politiquement incorrecte’’. Et c'est tout. Pas de Dante. Il est devenu une autre victime de la nouvelle culture politique. Désormais, ses œuvres ne peuvent être imprimées qu'avec des coupures et avec la mention que leur contenu est non politiquement correct.

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Techniquement, Dante a fait placer le fondateur de l'Islam dans une partie pas très agréable de l'espace sacré. Et les libéraux, qui ne se soucient généralement pas de l'Islam, ni d'aucune religion traditionnelle d'ailleurs, ont soudainement décidé qu'une telle lecture pourrait avoir un effet négatif sur le psychisme des migrants originaires de pays islamiques. Et qu'ils doivent en être protégés afin de ne pas provoquer des accès d'agressivité imprévisibles.

Cela semble absurde, mais dans notre monde, presque tout semble absurde. Il est temps de s'y habituer.

Ici, tous les protagonistes de cette censure sont dans la position de l’idiot complet :

  • Les censeurs eux-mêmes (tout d'abord, on peut imaginer le vieux Soros accompagné de la petite Greta Thunberg feuilletant La Divine Comédie, soulignant les endroits suspects) ;
  • et les Européens, qui doivent maintenant se repentir non seulement du colonialisme et du meurtre du junkie Floyd, mais aussi de Dante ;
  • et les musulmans eux-mêmes, qui semblent si faibles d'esprit qu'ils sont incapables d'apprécier la distance qui sépare le Moyen Âge chrétien de l'Europe moderne, et prennent tout au pied de la lettre et réagissent immédiatement de manière brutale - comme des maniaques incontrôlables.

Mais il est clair que la localisation de Mahomet dans l’œuvre de Dante n'est qu'une excuse. Dante est l'encyclopédie du Moyen Âge européen, le grand monument de la théologie, de la philosophie, de la poésie, de la culture. Dante est l'apogée de l'esprit chrétien de l'Europe occidentale du moyen-âge, le chantre solennel de l'Empire, de la religion et de l'amour chevaleresque. De nombreuses générations d'Européens se sont inspirées de Dante pour former leur personnalité. Selon les modèles posés par Dante, les héros de l’Europe ont construit leur destin et leur vie. Fideli d'amore - Fidèles d'Amour. Dante a exprimé les idéaux de cette société courtisane chevaleresque de l'élite aristocratique chrétienne.

C'est pour cela que Dante est exécuté aujourd'hui. Il est le porteur d'une autre Europe - une Europe de l'esprit et de l'idée, de la foi et de l'honneur, du service et du grand Amour. Les gouvernants modernes de l'Europe détestent tout cela farouchement. C'est pourquoi ils interdisent Dante, le retirent des programmes d'enseignement, l'accusent de manquer de tolérance et le soumettent à la honte.

L'Europe détruit ses fondations, érode ses piédestaux, jette hors de leurs tombes les reliques impérissables des génies.

Nous ne devons en aucun cas nous engager dans cette voie. Il s'agit de protéger non seulement nos génies russes, mais aussi les grands penseurs, artistes et poètes d'Europe. La Russie n'a jamais été un pays européen, mais nous avons toujours été capables d'apprécier la grandeur européenne - la pensée, l'art et le génie. Même si les Européens ne nous comprenaient pas, nous les comprenions. Et nous avons respecté ce qui était admirable chez eux. Aujourd'hui, alors que les Européens jettent le grand Dante à la poubelle de leur civilisation effondrée, il est grand temps de l'élever et de l’inscrire sur notre bannière.

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Dante est à nous. Nous le connaissons, l'honorons, le lisons, l'enseignons et le comprenons. Sans le vouloir, la Russie se retrouve dans le rôle de gardien et de protecteur des valeurs européennes, mais des valeurs, et non des résultats de la décadence européenne, de la décadence et de la dégénérescence. Le libéralisme et la mondialisation ne sont pas encore le lot de toute l'Europe. De plus, c'est l'Anti-Europe.  Par conséquent, en les adoptant, l’Europe renonce à ses racines. Nous n'abandonnons pas les nôtres. Et les génies européens sont proches de nous.

L'amor che move il sole e l'altre stelle

Nous devons être des Fidèles d'Amour.

Et si l'Amour s'épuise, qu'est-ce qui fera bouger le soleil et les étoiles ?

samedi, 03 avril 2021

Shakespeare et Dante ? Deux dangereux précurseurs du nazisme, selon la gauche post-moderne

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Shakespeare et Dante ? Deux dangereux précurseurs du nazisme, selon la gauche post-moderne

par Manlio Triggiani

Ex : http://novaresistencia.org/

La ‘’culture de l'annulation’’ (’’cancel culture’’) continue de faire de nouvelles victimes, et les dernières en date sont d’éminentes figures comme Dante Alighieri et William Shakespeare, accusés de racisme, d'antisémitisme et d'homophobie. Les intellectuels et les universitaires font maintenant pression pour qu'ils soient exclus des programmes des écoles et des universités ou, au moins, "réécrits" pour les "temps modernes".

Shakespeare? Mieux vaut ne pas le lire, ou mieux encore, le censurer parce qu'il était antisémite, peut-être un précurseur du national-socialisme... Cela ressemble à une blague, mais en Grande-Bretagne, un écrivain anglais de 77 ans, spécialisé dans les livres pour enfants, Michael Bridge Morpurgo, a essayé de faire passer cette idée. La controverse a éclaté et Bridge Morpurgo a ensuite corrigé sa position, déclarant dans une interview à un journal britannique qu'il n'est pas vrai qu'il ait décidé de censurer certaines pièces ou tragédies du grand Barde anglais, en particulier Le Marchand de Venise. Un revirement peut-être déterminé par la controverse.

Le fait est que cette "sortie" malheureuse est le résultat d'une maladie typique du monde post-moderne: le politiquement correct. En son nom, ils veulent effacer la civilisation, les idées des grands de la littérature, de la politique, de la philosophie, dans le but de réécrire leur pensée, de construire une réalité inventée, fausse mais adaptée à la société que la gauche et les champions des soi-disant "droits de l'homme" veulent réaliser. Bridge Morpurgo, après tout, est en train d'écrire un livre qui s'intitulera Tales of Shakespeare et on ne sait pas s'il censurera ou non le grand écrivain à sa manière. Pour l'instant, il veut juste "moderniser l'auteur anglais" pour le rendre plus attractif. En bref, avec un crayon bleu et rouge, il veut corriger le bon travail de William... L'auteur a déclaré à un autre journal anglais qu'après avoir lu Le Marchand de Venise, il avait pensé ne pas le présenter à nouveau aux jeunes parce qu'il raconte l'histoire d'un escroc vénitien juif, Shylock, ce qui pourrait "favoriser les préjugés contre les Juifs". Pour cette raison, l'écrivain a déclaré que la pièce de Shakespeare "n'est pas une pièce qu’il aime". Je n'ai pas refusé d'inclure la pièce, a-t-il dit, mais personne ne m'a dit de l'inclure. J'ai choisi les dix pièces qui seraient incluses". En bref, certaines des plus grandes œuvres de la culture occidentale doivent être corrigées ou effacées, et demeurées inconnues. ‘’C'est ignoble de ne pas s'intéresser à la grande littérature’’, a déclaré Chris McGovern, président de la "Campagne pour une véritable éducation", mise sur pied pour défendre Shakespeare. "Il est évident qu'il y a beaucoup de choses offensantes dans Shakespeare, mais les enfants ne veulent pas être protégés lorsqu'ils lisent de la grande littérature".

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En ce qui concerne Shakespeare, l'avertissement de ne pas s'engager en faveur du contenu de ses pièces a déjà été émis il y a trois ans pour La Comédie des erreurs et Titus Andronicus, une histoire de vengeance et de pouvoir, car l'histoire, qui se termine par un bain de sang, inclurait des contenus de violence sexuelle, de machisme, etc. Auparavant, les Bacchantes et Hippolyte d'Euripide étaient dans le collimateur du politiquement correct. Aux États-Unis, le politiquement correct atteint des paroxysmes, y compris des paroxysmes de ridicule, mais c’est plus compréhensible là-bas. Aux USA il n'y a pas de vraie culture, tout est le résultat de l'interprétation du moment, l'interprétation des écrivains et de leurs idées est toujours basée sur des idées contemporaines, un filtre qui ne permet pas de comprendre la grande culture antique, médiévale et moderne et surtout finit par émousser le sens critique. À l'université de Columbia, le "Comité de vigilance pour le multiculturalisme" a demandé il y a plusieurs années que les œuvres d'Ovide soient retirées du programme parce que ses Métamorphoses étaient "un texte qui, comme de nombreux livres du ‘canon occidental’, contient du matériel offensant". Récemment, le livre Autant en emporte le vent de Margaret Mitchell a été accusé de racisme et de ne pas être ‘’politiquement correct’’. Tandis que Huckleberry Finn de Mark Twain a été retiré du programme car il était "antisémite". Bref, une sorte d'Inquisition et de censure des grands auteurs, une mise à l'index pour effacer, sous de fausses accusations, le meilleur de la culture européenne.

C'est là un processus de "révision" qui a même impliqué, il y a quelques années, notre Dante Alighieri.

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Le père de la culture italienne a été accusé d'antisémitisme, d’homophobie et d’islamophobie. Plus ennemi du ‘’politiquement correct’’ que cela, tu t’évapores... L'association Gherish92 a proposé en 2019 de bannir Dante des écoles car il serait "l'exemple emblématique" de l'antisémitisme et de la discrimination religieuse à cause de son œuvre majeure La Divine Comédie. Les aigres censeurs font référence aux punitions auxquelles Judas, Mahomet, les sodomites, sont soumis. Et le Canto V du Paradis ("...Si l'avidité du mal vous appelle, soyez des hommes, et non des brebis folles, de peur que le Juif parmi vous ne se mette à rire !...") transpirerait le racisme. Judas a été enfermé à Judée, par Dante, parce qu'il était un traître à Jésus, non parce qu'il était juif et Mahomet (Canto XXVIII de l'Enfer) parmi les semeurs de discorde parce qu'il était un hérétique, non parce qu'il appartenait à une autre religion.

Le problème n'est pas l'antisémitisme, le racisme. Ce qui est nécessaire, c’est de développer la capacité à contextualiser certaines attitudes, certaines croyances, sans les juger selon des paramètres d'aujourd'hui qui n'ont pas de sens par rapport aux faits existants d'il y a des siècles ou des millénaires. La discrimination d'un homme ou d'un peuple en tant que telle n'a pas de sens, elle doit être combattue aujourd’hui, mais, pour ce qui est du passé, elle doit être replacée dans la dynamique politique et sociale de ses propres périodes historiques, où elle avait un sens pour certains hommes et certains peuples. Selon le "politiquement correct", au moins la moitié de la culture européenne devrait donc être effacée, si ce n'est davantage. Sont antisémites Sénèque, l'empereur Claude, Quintilien, Tacite, Voltaire, Kant, Hegel, toute une partie de l'Église catholique, Martin Luther, Wagner, Dostoïevski, Marlowe, Yeats, Céline, etc. Tout doit être effacé ou réécrit, pour les forcer à dire quelque chose de différent. Or ce sont des auteurs et des œuvres qu'il faut contextualiser, et souvent le "politiquement correct" fait passer des expressions et des situations pour du racisme, alors que ce racisme inventé n’a pas existé. Même la société britannique Disney a décidé de retirer certains dessins animés de la distribution parce qu'ils contiendraient des récits racistes. Voilà que sont stigmatisés le raciste Mickey, Dumbo, Les Aristochats, Peter Pan, Dingo et Donald Duck, Robinson, Mowgli, La Belle et le Clochard. Ces dessins animés contiendraient du racisme, de la discrimination, etc.

Le racisme, l'antisémitisme, sont aujourd’hui un prétexte pour pratiquer un nouvel iconoclasme (ndt : propre aux calvinistes et aux wahhabites). En réalité, ce sont les valeurs et la culture européennes qui sont attaquées et qui doivent être anéanties. Il est bien vrai qu'à l'époque du mensonge universel, dire la vérité est un acte révolutionnaire !

Source : Barbadillo

samedi, 27 mars 2021

Dante, Duits, Tolkien: la vision de la Femme

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Dante, Duits, Tolkien: la vision de la Femme

par Rémi Mogenet

Ex: http://remimogenet.blog.24heures.ch/

Le voyage d'un homme au paradis et en enfer a souvent été regardé comme ayant pris son modèle dans l'antiquité grecque et latine, et que Dante, dans sa Divine Comédie, eût choisi pour guide Virgile, qui avait raconté la descente d'Énée aux enfers, semblait le confirmer. Mais il y a la référence officielle, qui s'accorde avec la bienséance, et il y a les influences plus souterraines, plus diffuses, et souvent plus importantes. Or, la visite systématique et, pour ainsi dire, scientifique de l'autre monde, sans autre but que de le découvrir, de le connaître et de l'explorer, ne correspond pas tant au récit de Virgile qu'à celui de Mahomet se rendant au pays des défunts, bons ou mauvais.

Au treizième siècle, en Espagne, avait été traduit de l'arabe en latin un tel récit de voyage, précurseur à la fois de celui de Marco Polo et de celui de Dante. On le trouve en français sous le titre Le Livre de l'échelle de Mahomet. Le prophète, en effet, a utilisé une échelle, peut-être celle de Jacob, pour se rendre dans le royaume divin.

9782253056447-G.JPGJ'avoue adorer ce petit livre, amplification de quelques lignes du Coran. Mahomet y parcourt sans passion particulière un monde fabuleux, rempli d'anges, de démons, de figures incroyables. Dante l'a, consciemment ou non, repris, en le personnalisant davantage - en créant, entre le tableau théologique des trois royaumes d'après la mort et sa propre personne, un lien intime, dramatique, individualisé. C'est ce qui, en plus d'une somme théorique sur le monde spirituel, fait de son poème un chef-d'œuvre.

Mais cette domestication du monde divin n'a pas laissé d'agacer certains catholiques rigoureux, tel J.R.R. Tolkien. On pouvait reprocher à Dante d'être subjectif dans ses choix de damnés et de bénis, et d'évoquer un peu trop la politique italienne de son temps. Comme très souvent la critique intellectuelle, méprisant les tableaux du monde spirituel, s'intéresse au contraire surtout aux soucis personnels de Dante, Tolkien a rué dans les brancards en disant que c'était justement cet aspect qui le rendait défectueux. Il est également possible que la façon dont une femme mortelle était divinisée parce qu'elle avait plu au poète durant sa vie, ne l'ait pas vraiment convaincu. Dans ses lettres, il s'en prend à la tendance à diviniser les femmes terrestres, propres à l'amour courtois, gaulois et italiote. La littérature médiévale méridionale l'agaçait, et cela d'autant plus, sans doute, que les philosophes et poètes agnostiques la glorifiaient, la tirant vers un profane libéré des religions. On peut songer à la manière dont, dans Le Fou d'Elsa, Louis Aragon fait de l'Espagne islamique un paradis terrestre dans lequel on ne s'occupait que d'amour sans réellement croire à l'autre monde. Cet arabisme déplaisait souverainement à Tolkien. Or, il est possible que Dante en ait gardé quelque chose.

duits.jpgSi Tolkien avait lu Charles Duits, il ne l'eût sans doute pas aimé. Car l'auteur de La Seule Femme vraiment noire ne dit pas seulement que la beauté des femmes de chair reflète le Ciel, mais aussi que le désir charnel émane de l'amour cosmique - en est l'écho dans le corps humain. Cela peut donner une logique à l'amour courtois, qui faisait d'une femme de chair l'inspiratrice du bien, pour les chevaliers. En elle se reflétait la beauté de Dieu, et l'amour du Bien en venait spontanément!

Mais Tolkien pensait que le désir terrestre est corrompu par essence, et là où on le comprend, c'est que le bien qu'on désire peut n'émaner que du caprice et n'avoir aucune valeur objective. On confond son plaisir personnel avec l'altruisme en général, on assimile ses lubies au bien idéal.

Que la femme soit une dame indique même une tendance au fixisme social, puisque le bien apparaît comme étant ce qui convient à la noblesse. Or, pour le chrétien, c'est dans la solitude de son âme, et dans l'intimité avec le Christ, que le bien suprême peut être trouvé. Pour le catholique, même, c'est dans l'enseignement des prêtres, et les commentaires de la Bible. Les évêques se sont donc souvent opposés aux seigneurs. Tolkien n'aimait pas la poésie qui flattait les princes; il était mystique, en son genre.

Si le bien se révèle dans la relation intime avec le Christ, dira néanmoins Duits, cela passe par la Femme cosmique, la beauté répandue dans le Ciel, et que reflète la beauté de la femme. Sans doute Tolkien ne laisse pas de rappeler une telle idée, lorsqu'il déploie la figure de Galadriel. Mais celle-ci est peu sexualisée, et Boromir est condamné d'avoir eu des pensées érotiques en ce qui la concerne. Pour Tolkien, la beauté était détachée de la sensualité, et l'amour charnel ne menait pas loin. Pour Duits, à cet égard plus oriental, il en allait autrement, et son Isis est nue: on pouvait en pensée s'unir à elle.

51qYRTV5qaL.jpgCela dit, dans la légende de Beren et Luthien, Tolkien s'est assimilé à un mortel, et a assimilé son épouse à une immortelle. Cela ne laisse pas de rappeler Dante et Béatrice. Toutefois Tolkien est plus romanesque et pour le coup moins religieux.

Tout de même le couple fait des enfants, et Duits aurait pu se poser la question légitimement: qu'a de spécifique la relation charnelle avec une fée? Peut-on en faire un simple acte mécanique destiné à la procréation, comme a tendu à le faire le catholicisme après le stoïcisme? Tolkien fait de Luthien, c'est à dire sa propre épouse, la fille d'une divinité qui a pris un corps et d'un roi elfe, et donc une puissante magicienne dans la lignée de Circé, quoique pleine de sentiments nobles. L'union charnelle se doublait donc forcément d'une union mystique. Mais, pudique et traditionaliste, Tolkien s'est bien gardé d'en parler. Il tendait du reste à dire que cela avait pour inconvénient de ramener la fée à terre, comme pour Arwen, femme immortelle d'Aragorn qui est contrainte, pour l'épouser, de devenir mortelle. Mais l'homme, lui, ne s'en trouvait pas grandi? Tolkien n'osait sans doute pas le formuler, même en pensée, bien que cela soit tout l'enjeu de Beren and Luthien.

Un auteur peut-être peut unir Dante, Duits et Tolkien: c'est Boèce, très aimé du premier et du troisième. La Philosophie, chez ce philosophe chrétien et platonicien à la fois, prenait les traits d'une dame radieuse et splendide, comme l'Isis parlante de Duits, et on pourrait faire d'elle l'origine du culte de la dame dans l'amour courtois.

De la philosophie comme allégorie, à la vénération des belles femmes comme foyers de sagesse, il n'y avait qu'un retournement à faire, une descente d'un degré dans le monde physique, que Tolkien déplorait, et que peut-être Dante et Cavalcanti ont effectuée, sous l'influence de la poésie galante en langue d'oc. Duits opposait comme Tolkien, cependant, la Femme comme manifestation de la divinité, et qui apparaît spirituellement, et l'esprit des jolies femmes tel qu'il s'incarne ordinairement, et dont il admettait qu'il pouvait être dénué de sagesse et de noblesse.

La beauté reflète le vrai, mais dans l'âme de celui qui l'admire. Les pensées des personnes, quant à elles, émanent souvent de l'environnement ordinaire. L'écart entre les deux est un problème pour l'homme, un souci constant, une forme de déception, une source d'amertume. Dante ne résolvait l'énigme de cette opposition entre l'essence et l'existence (pour ainsi dire) qu'au paradis.

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vendredi, 26 mars 2021

A quoi servent les poètes? - Réflexions à l’heure du septième centenaire de Dante

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A quoi servent les poètes?

Réflexions à l’heure du septième centenaire de Dante

par Alessandro Sansoni

Source : Incursioni & https://www.ariannaeditrice.it/

"A quoi servent les poètes ?". Cette question, qui a aujourd'hui la saveur d'une question d'adolescent qu'un lycéen pourrait poser à son professeur de littérature ou lors d'une discussion entre amis, Martin Heidegger l'a jugée si essentielle qu'il en a fait le titre d'un de ses textes fondamentaux, écrit non par hasard en 1946, pour ensuite se fondre dans le recueil intitulé Sentieri interrotti (ou ‘’errant’’, selon le traducteur des Holzwege), celui du tournant (Kehre) avec lequel le philosophe allemand s'apprête à défier, accompagné des vers de Rainer Maria Rilke et surtout de Hölderlin, la crise de la métaphysique occidentale et la propagation du nihilisme.

Bien sûr, les "poètes" auxquels le grand penseur faisait référence ne sont pas ceux qui se délectent de vers, de rimes ou de liberté, mais ceux qui sont capables d'explorer, avec la force de leurs mots, les profondeurs du langage, entendu comme ‘’maison de l'Être’’, et de s'aventurer jusqu'à déchirer un instant le voile qui recouvre le monde, plaçant le lecteur (ou l'auditeur) sur les traces de ces dieux qui l'ont désormais abandonné.

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En bref, Heidegger entend cette catégorie particulière et très rare de poètes qu'il appelle des ‘’dictateurs’’ et qui, avec la force des images qu'ils représentent à travers les mots, ordonnent l'univers, parce qu'après tout ils le pensent.

Et en effet, ce sont eux qui donnent naissance aux civilisations: d'Homère naît la tradition européenne, Virgile formalise la latinitas, Goethe fonde la nation allemande moderne et la liste pourrait être longue, mais les ‘’dictateurs’’ n'exercent pas une simple fonction politique, agissant avec la force de leur ‘’dictée’’ sur les peuples qui utilisent leur propre langue, ils construisent même de véritables cosmogonies de valeur universelle: ils dévoilent la Lumière et la Vérité.

Et le questionnement heideggérien, avec les significations complexes qu'il dévoile, nous amène inévitablement à réfléchir sur Dante Alighieri, peut-être le plus conscient des ‘’dictateurs’’ de la puissance de son Art.

Dante codifie une langue, conçoit une nation, définit une axiologie, légitime une idéologie (l'impériale), cisèle un chef-d'œuvre artistique, mais surtout il se conduit, et nous avec lui, à la rencontre de ce qui est primordial. Ce n'est pas une coïncidence si tout le cadre théologique de l'Église catholique des sept cents dernières années, tant dans la comparaison entre les sages que dans la représentation populaire de l'au-delà, ne pouvait ignorer ce qui est contenu dans la Divine Comédie.

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Ce que Dante nous raconte, en milliers d'endécasyllabes en tercets enchaînés, c'est un véritable Pèlerinage, comme l'ont constaté tous ceux qui ont entrepris une telle démarche et qui ont en même temps réfléchi au fait que, à la fatigue et au renforcement physique et biologique progressif que produit un parcours effectué à pied au fil des jours et des semaines, correspond une lente mais inexorable transformation et progression spirituelle. Un parcours intérieur, qui de la recherche et de l'installation dans les souvenirs les plus lascifs et pécheurs visant à atténuer la souffrance des efforts des premiers jours de marche, conduit lentement, à mesure que le corps s'entraîne et gagne en force, d'abord à une réflexion intellectuelle plus méditée sur les choses du monde et ensuite à la recherche du sens authentique, transcendant, mystique, auquel l'itinéraire entrepris doit finalement conduire : l'ouverture du regard sur l'Ineffable.

Surtout, "on a besoin des poètes pour cela" et d'autant plus aujourd'hui, alors que, comme le dit Agamben, la maison brûle, que nos certitudes s'effondrent et que l'inquiétude face à la pandémie et les mesures prises pour la combattre semblent vouloir nous réduire à notre seule matrice biologique, où la protection médicale devrait être le seul but de nos actions. Comme si la Vie n'était pas beaucoup plus, n'était pas d'abord un Risque (plus ou moins grand) pour attraper ce qui est Beau dans le monde.

Un monde devenu indigent, pour le dire encore avec Heidegger, précisément parce que les dieux et Dieu l’ont fui, précisément parce que tout semble se réduire à la peur et à l'absurdité de vouloir éviter à tout prix la mort imminente: comme si la Mort ne nous emportait pas toujours, étant consubstantielle à la Vie, la complétant.

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En somme, en nous souvenant de Dante au cours des sept cents ans qui se sont écoulés depuis sa mort, nous ressentons l'absence des ‘’dictateurs’’ et nous comprenons que nous aurions besoin d'eux, sinon précisément parce que nous voudrions suivre leurs traces dans une époque si démunie que nous ne sommes même plus capables de remarquer l'absence de Dieu comme un manque, du moins de la rendre plus supportable et moins désorientante, esthétiquement parlant, avec un peu de vernis sur rien.

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lundi, 30 mars 2020

Dante et saint Augustin, millénarisme et théorie politique

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Dante et saint Augustin, millénarisme et théorie politique

par Sylvain Métafiot

Ex: http://www.mapausecafe.net

Article initialement paru sur Philitt

Poète mais également homme politique et penseur chrétien, Dante Alighieri développe l’idée que la monarchie terrestre peut restaurer la pureté humaine d’avant la Chute. Il dégage le pouvoir de l’intellect humain, désormais libre, substituant en cela la notion d’humanité à celle de chrétienté. Une vision qui fait suite aux réflexions d’Augustin d’Hippone sur la dualité entre Empire et Royaume divin dans l’Empire romain chrétien, un millénaire plus tôt.

En 1295, en pleine opposition florentine entre guelfes (partisans du Pape) et gibelins (partisans de l’Empereur), Dante Alighieri fait son entrée dans la vie publique. Proche des guelfes blancs (famille Vieri de’Cerchi) il est exilé et condamné à mort par le clan des guelfes noirs (famille Donati) en 1302. Le 31 mars 1311 l’auteur de La Divine Comédie écrit une lettre (5e Épître) à tous les princes d’Italie pour annoncer le triomphe d’Henri VII venu, selon lui, libérer les Italiens de l’esclavage dans lequel ils se trouvent. Dans cette invective contre la résistance de la commune de Florence, Dante stigmatise la rébellion des partisans du pape contre l’empereur. Or, dans d’autres textes, le poète dénonce l’état de corruption dans lequel se trouvent certaines terres de l’Empire, dont l’Italie.

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Dans le chant XVI du Purgatoire, Dante et Virgile cherchent leur chemin à travers l’épaisse fumée du cercle des ombres abandonnées à la colère. Ils rencontrent Marc Lombard qui, à travers ses paroles, leur sert de guide. Il leur parle des causes de la corruption contemporaine, expliquant l’origine de l’âme et exposant l’opposition entre le passé et la coexistence des deux soleils (l’empereur et le pape).

Dans ce passage, Dante reformule ainsi la doctrine chrétienne du libre-arbitre selon laquelle la liberté est la libre soumission à Dieu (dans le chant V du Paradis, Dante examine plus avant la relation de l’âme librement sujette à Dieu). Le problème qu’il soulève est la facilité avec laquelle l’âme dérive de sa juste destination. Or, un guide est nécessaire pour empêcher cette dérivation. L’âme est donc indissociable du frein des lois. Son chemin est indiqué par les deux grands guides terrestres devant paver le chemin du salut. Ce qui se traduit par la dénonciation de la corruption contemporaine de l’extinction du temporel par le spirituel. Pour Dante, le pape néglige cette faculté de discerner ce qui est le propre de la justice : le pouvoir temporel papal est une des causes de cette corruption de la vertu. Dix siècles plus tôt, entre 413 et 426 précisément, alors que l’Empire romain débutait sa christianisation, Augustin élaborait sa parabole politique sur le salut et le mal.

La Cité de Dieu de Saint Augustin

Selon Augustin, « deux amours ont fait deux cités : l’amour de soi poussé jusqu’au mépris de Dieu, la cité terrestre ; l’amour de Dieu poussé jusqu’au mépris de soi, la cité céleste ». Ces deux cités mystiques (ou idéelles) coexistent dans chaque être humain. La cité terrestre étant une forme de défiguration de la cité de Dieu. Celle-ci n’est cependant pas l’Église terrestre, de même que la cité terrestre ne se confond pas avec l’Empire ou l’État, malgré d’évidentes similitudes (leur objectif est la paix : l’harmonie et l’ordre pour la cité céleste, la domination pour la cité terrestre). Il y a une hiérarchie dans la cité céleste : l’asservissement des choses matérielles de la cité terrestre, le désordre intérieur de chacun fait entrer en compétition et en guerre avec les autres pour imposer un ordre arbitraire. Le peuple est « une multitude d’être raisonnables associés par la participation dans la concorde aux biens qu’ils aiment ». Dans la cité terrestre la justice est masquée par la poursuite des biens matériels. Il faut respecter les lois pour qu’une paix, relative et imparfaite, soit maintenue.

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Notons que, selon l’historien de la pensée politique Michel Senellart, chez Saint Augustin le péché ne provient pas de la chair mais de la volonté d’Adam : la corruption de la chair est la conséquence du péché originel. La volonté humaine est impuissante et tombée dans la servitude. Selon Senellart « L’État en tant qu’organe de répression a donc son rôle à jouer dans la discipline apostolique ». Toutefois, si l’homme se trouve incapable d’instaurer un ordre harmonieux, dans la paix et la concorde, l’idée de sociabilité n’est pas absente de la pensée d’Augustin. L’homme doit bénéficier de la grâce divine pour éloigner l’ignorance et le péché.

Si l’Église et l’État sont deux structures imparfaites, quel est leur rôle dans le Salut ? « Quelle place accorder au Prince, à l’Empereur ? » se demande Augustin. Les souverains temporels, comme les souverains pontificaux, pourraient avoir le droit de gouverner leurs sujets respectifs. L’État peut aider à corriger la volonté humaine, mais il n’est pas bon en lui-même et est victime des hommes. L’Empire joue un rôle providentiel en favorisant l’expansion de l’Église. Mais la providence divine est inconnue aux hommes. Tout ce qui est terrestre n’est que provisoire. Augustin ôte ainsi toute signification eschatologique à l’Empire. Il ouvre la perspective d’une expansion de l’église hors du temps et de l’espace romain (même s’il ne souhaite pas la fin de Rome).

La doctrine des « deux glaives » et les « dualistes »

Le XIIe siècle voit l’apparition de thèses hiérocratiques (système de gouvernement représenté par une caste religieuse), notamment la théorie des deux glaives de Bernard de Clairvaux (1090-1153). Ce dernier réinterprète certains passages des écritures, comme celui de l’Évangile selon saint Luc dans lequel les apôtres voulant défendre Jésus lui disent : « Maître, il y a ici deux glaives » et Jésus de répondre « cela suffit ». La notion de glaive prend ici un sens punitif : le glaive de la parole divine peut traduire la colère de Dieu ; tandis que le glaive royal punirait les méchants et récompenserais les bons. Les deux pouvoirs se distinguent autant qu’ils concordent entre eux. Dans l’Église, des voix s’étaient élevées affirmant que les princes tenaient leurs glaives des prêtres, d’où une soumission du pouvoir temporel au pouvoir spirituel. Saint Bernard affirme que les deux glaives reviennent à l’Église, le pape étant le vicaire du Christ. Puisque les deux pouvoirs poursuivent le même but (le salut), il est nécessaire que le vicaire du Christ possède le pouvoir suprême. On ne peut utiliser le glaive matériel sans l’assentiment du Pape et celui-ci peut utiliser son pouvoir sur toute action coercitive.

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Pour les décrétalistes (jurisconsultes experts dans la connaissance des règles ecclésiastiques), c’est la souveraineté du pape qui assure l’empereur de la plénitude de son pouvoir. Les canonistes expriment tout de même une grande prudence dans la suprématie pontificale. Ils établissent une voie moyenne entre juristes purs qui autonomisent le politique et un gouvernement hiérocratique de la chrétienté mettant le pouvoir temporel sous soumission totale du Pape. Le juriste Étienne de Tournai (1128-1203) affirme ainsi que « dans le même acte, sous le même roi, existe deux peuples, et selon eux deux genres de vie, et selon eux deux principes, et selon eux un double ordre de juridiction […] le droit divin et le droit humain rend à chacun ce qui lui appartient et toutes choses seront à leur place ». De son côté, le légiste Huguccio de Pise (1140-1210) attaque la théorie des deux glaives : « Il y a eu un empereur avant qu’il y ait eu un pape, et un empire avant qu’existe une papauté. Et c’est pour signifier que les deux puissances doivent êtres divisées et séparées qu’il fut dit : il y a ici deux glaives ». Au siècle suivant les décrétalistes se rallieront aux formulations de saint Bernard : une dualité de fonction au sein d’un seul corps, l’Église.

La Monarchie universelle de Dante

Revenons au poète florentin. Dans La Monarchie universelle (1313), Dante cherche à démontrer la légitimité du caractère romain de l’Empire. Dans le premier livre, il montre que la nécessité de cette monarchie provient de la raison et de la providence. Du point de vue de la raison, la monarchie universelle se déduit de la nécessité d’une paix universelle. Dante cherche ensuite à définir le propre de l’intellect humain. La pensée et l’action étant les actions matérielles de l’homme, la paix universelle est le seul moyen pour arriver à la destination naturelle de l’homme. S’inspirant d’Aristote il affirme que lorsque plusieurs choses ont une même fin il est nécessaire qu’une chose règle et gouverne les autres. Détenteur en lui-même d’une nature corruptible et incorruptible l’homme possède deux finalités : il tend à la fois vers une béatitude terrestre et une béatitude céleste. De fait, Dante élabore deux voies (à la façon des deux soleils dans le chant XVI du Purgatoire vu plus haut) :

  • La voie corruptible, fondée sur l’ordre de la nature, la béatitude terrestre, les enseignements des philosophes (l’empereur conduit les hommes au bonheur grâce à la philosophie), les vertus naturelles, etc.
  • La voie incorruptible, basée sur l’ordre de la grâce, la béatitude céleste, l’enseignement spirituel, les vertus théologiques, la révélation de l’esprit saint à travers laquelle le pape conduit au bonheur.

Il convient toutefois de ne pas exagérer le dualisme de Dante. Proche des canonistes du XIIe siècle, il cherche à penser une autonomie pleine et entière de la monarchie universelle à l’égard de la papauté. Mais la monarchie ne s’identifie pas avec l’empire qui, lui, est en complète déliquescence. Dante veut refonder un ordre universel en accord avec la justice divine. Cette dualité est pensée selon un équilibre harmonique : il ne peut y avoir de conflit entre la foi et la raison, car les deux autorités, venant de Dieu, n’ont qu’à se développer selon leurs natures respectives pour s’accorder.

dante-02.jpgEnfin, dans la 6e Épître, Dante reprend les thèses fondamentales de la Monarchie. Il utilise cette doctrine comme un argument dans la critique de la notion de liberté : Florence, en affirmant son indépendance vis-à-vis de l’Empire et sa liberté à se gouverner elle-même (en choisissant ses magistrats), rejette la vraie liberté, considérée comme un héritage sacré garantie par une longue habitude. Dante attribue aux Florentins la volonté de considérer le pouvoir impérial comme caduque. Il concède pourtant que l’autorité impériale a négligée l’Italie. C’est pourquoi il assimile cette revendication de liberté à une affirmation absurde. Il prétend discerner dans la réalité des temps les signes divins de la providence. Il donne ainsi les instruments théoriques d’une déconstruction de la réalité florentine : la liberté comme privation de la sagesse. La plus haute réflexion politique de Dante s’achève ainsi sur un trône vide dans le chant 30 du Paradis de la Divine Comédie.

Sylvain Métafiot

samedi, 23 janvier 2016

The Road from Dante to Guenon

The Road from Dante to Guenon

dante_alighieri-1.jpgVintila Horia was a Romanian Traditional author. In a collection dedicated to the thought of Rene Guenon, titled Rene Guenon Colloque du Centenaire, he contributed an essay Mon Chemin de Dante à Guenon, or, My Path from Dante to Guenon. (I’m looking for a hard or soft copy of the full text if anyone can find it.)

The Project Rene Guenon published some excerpts from it here. In the section below titled “Reading Notes”, there is my translation of the notes from French to English.

Even this little taste is quite suggestive. Usually applied to Sacred Texts, Horia points out that the Divine Comedy by Dante can also be understood on four levels. It is no surprise that he names Rene Guenon as providing to key to the highest level of interpretation.

An interesting wrinkle is that Horia names Soren Kierkegaard as providing to key to understand the Comedy at the moral level. That is certainly worth exploring. Kierkegaard describes the phenomenological states of consciousness for many types of men. Perhaps then, we should understand Dante’s descriptions of the punishments of hell for the various class of sinners as pictorial representations of their inner soul life.

Horia then points out the roles of the Cross and the Eagle, i.e., Church and Empire (or Spiritual Authority and Temporal Power, in Guenon’s terms). A one-sided effort is certain to fail.

Horia ends on a note reminiscent of Boris Mouravieff: a small group of the just will witness the coming Age of the Holy Spirit.

Reading Notes

There are several keys to Dante. Rene Guenon provides us one: that of esoterism, which would make the “Divine Comedy” the poem par excellence from the standpoint of traditional studies. (p 93)

Among the studies devoted to Dante, the closest to the poet’s spirit are:

  1. that of Rene Guenon
  2. that of the Italian scholar Luigi Valli
  3. that of the Spaniard Asin Palacios, entitled “Dante and Islam.”

“With the fourteenth century, and especially with Petrarch, the path takes a turning point, it tries to rise, with the return of Platonism to power, along the first part of the Renaissance at least, but it sinks, after Marsilio Ficino, into a hopeless landscape, or terminal end, of which the eighteenth century constitutes a type of spiritualist error, so to speak, by following the teaching that Guenon suggests to us as an example of what we should not do especially at times when poetry, like politics together, as in Dante’s time a tragic inseparability. Hölderlin, already at the beginning of the last century, placed in relation the “times of distress” and the “presence of the poet.” (p 94)

Our time is perhaps one of the closest to Dantean exegesis.

“Dante was above all a poet faithful to poiesis and then to creation, and, in the most logical way, he found himself tempted by all the paths to the very source of creation, which is Truth. To reach it, he let himself be guided by the two poles of our poetic soul: inspiration, which proceeds in a straight line from the unconscious world, and reason, linked to the consciousness above any partial separation, classical in one sense, romantic in another, and which removed from his work that tone of impartiality — I would not say objectivity, because this word has no meaning in this context — that characterizes it despite permanent injunctions of his ego and of the historical sufferings that inspire it and, often, determine it in his creative action. Dante is a world, in the fullest sense, and it even lets us embrace it, even if we are situated almost seven centuries after his adventure.” (p 94)

There is a literary key of “The Divine Comedy” and of Dante in general. Next, there is an allegorical key, which is a first way to add a veil above the literal sense. Then a moral key, proposed by Kierkegaard. The last one, the anagogical key, was given by Guenon and Luigi Valli.

“What Guenon did for me and, I imagine, for most of those who found in him the same remedy, was to draw me away from minor or partial truths, to put me in contact, at least wavering, with Truth, which is one and that, by following ever more complicated and hidden paths, drew me to Plato and made me understand the most prominent and the most spectacular aspects of current physics, for example, through Heisenberg, to name a stage, as efforts as part of a broader effort whose aim was that to help me advance towards something after going through hell —  the last two centuries of history Western form, in this perspective, the nine circles of hell and it is possible that we are going through the last, that of eternal ice and traitors, those who betrayed man —  to lead us to an indispensable Purgatory to make the last jump, one that implies an end and a beginning, and that is surely one of the end and a new beginning, ‘Pure and disposed to mount unto the stars’, which is the last verse of Dante’s Purgatory.” (p 97)

The metapolitical goal of “The Divine Comedy” is to present to a sick mankind the double remedy of the Cross (the Catholic Church) and the Eagle (the Empire). The Cross has the role to cure ignorance and the Eagle, distress. Lust was to be annihilated by the victory of the Cross, and injustice by the victory of the Eagle.

“So don’t we owe our terrible entrance into the deterministic and entropic night to the separation between the Cross and the Eagle? The Cross alone would now solve the problems that it could solve neither at the end of the Middle Ages, when it was strong and universal, nor in the age of the Revolution, when it was abandoned by poets causing the flight of the gods which Hölderlin speaks about. The Eagle soared, too, on other worlds, very far away from us, imitated by fake eagles, imperial in space but not in time, which belongs to the reign of the Cross. We live under the oppression of invalid empires, not only because sick of tyranny and inhumane separations, fated to protect the ultimate fall and decay, but also because they do not want the Cross, their most mysterious and fiercest enemy, alone but surviving. I think that Dante and Guenon complement each other on the threshold of the catastrophic loss of the relationship with being and of finding again complementary phases in the path of salvation that explain the history of this time with a clarity that other specialized disciplines are not able to explain because they unable to understand. Beyond the end of time, that time already many centuries old, we may find ourselves in the fullness of Being, according to the voice full of the bitterness and hope of the best prophets. Everything will only be the pile of the useless, arrogant and vain. Only a voice of the righteous, that is to say, those that have been formed in a different light, will accompany us in the great alchemical change in the third millennium.” (p 100-101)

lundi, 18 mai 2015

Evola e Dante. Esoterismo ed Impero

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Evola e Dante. Esoterismo ed Impero

Autore:

Ex: http://www.centrostudilaruna.it

evola-e-danteTra i molti libri dedicati ad Evola nel 2014, in occasione del quarantennale della scomparsa, vale senz’altro la pena ricordare il volume di Sandro Consolato Evola e Dante. Ghibellinismo ed esoterismo, pubblicato dalle edizioni Arya (per ordini: arya@oicl.it, euro 18,00). Il valore di questo lavoro va colto nella organicità della trattazione, nell’uso accorto delle fonti e dei documenti, nell’elaborazione di tesi esegetiche che non risentono né dei limiti della denigrazione preconcetta, né della semplice esaltazione agiografica. Peraltro, il tema trattato, presenta aspetti di grande rilevanza per la contestualizzazione storico-teoretica dell’opera evoliana. Il saggio è strutturato in quattro densi capitoli preceduti da una premessa e seguiti dalle conclusioni dell’autore e da una   postfazione di Renato Del Ponte.

Consolato rileva come l’interesse mostrato da Evola per Dante, fosse assai diversificato: il tradizionalista si occupò, a più riprese, degli aspetti puramente esoterici del Poeta, di quelli esoterico-politici, ed infine della sua teoria dell’Impero. Per quanto attiene al primo, molti giudizi evoliani sono influenzati dalla sagace capacità interpretativa di Luigi Valli. Questi si distinse, sulla scorta del Pascoli esegeta di Beatrice, nel leggere l’espressione Fedeli d’amore che compare nella Vita Nova, riferita a compagni “dello stesso Dante in una fraternità esoterica ghibellina” (p. 14). A parere di Evola, ricorda l’autore, Valli destrutturò i criteri interpretativi dominanti allora la critica dantesca, quello estetico e quello centrato sulla ortodossia cattolica. Il cuore dell’esoterismo dell’Alighieri sarebbe racchiuso nel mistero della “Donna”, operante non solo nell’opera citata, ma anche nella Commedia, come confermato dalla lezione del Marezkovskij. “Donna-Beatrice” sarebbe figura evocante simbolicamente tre significati a lei consustanziali: La “Sapienza santa”, la dottrina segreta, l’organizzazione detentrice e custode della segretezza della dottrina. Tale Sapienza corrisponde a ciò che Aristotele aveva definito intellectus agens, impersonale e di origine extra-umana. Evola ritiene che amore e donna risveglino ciò che nell’uomo di senso comune è solo in potenza, possibile ma non agente, così come avviene nelle pratiche tantriche “l’elemento shivaico che prima dell’unione con la donna è inerte e inane” (p. 22). Per questo, la “donna” genera un essere nuovo, un essere latore di salus.

Dante-Statue_6537.jpgRispetto all’interesse evoliano per il dato esoterico-politico nell’Alighieri, è opportuno ricordare che la cerca del Poeta è sintonica, e la cosa è accortamente rilevata da Consolato, a quella che maturò negli ambienti graalici in rapporto al problema dell’Impero. Caratterizzata, in particolare, dal continuo riferirsi al motivo dell’imperatore latente, mai morto e per questo atteso e al Regno isterilito, simbolizzato in modo paradigmatico dall’Albero secco che rinverdirà con il rimanifestarsi nella storia dell’Impero, per l’azione del Veltro-Dux. L’Impero, per esser tale, deve far riferimento ad un re-sacerdote il cui modello è Melchisedec, custode della funzione attiva e di quella contemplativa. L’autore suggerisce che in tema di Veltro e relativamente alla sua esegesi storico-politica, Evola si richiama alla lezione di Alfred Bassermann, grazie alla quale egli coglie come Dante, in tema, si sia fermato a metà strada, “la sua concezione dei rapporti tra Chiesa e Impero rimase imperniata su di un dualismo limitatore…tra vita contemplativa e vita attiva” (p. 39). Lo stesso esoterismo dell’Alighieri era legato ad una sorta di via iniziatica platonizzante, non pienamente giunta a rilevare, come accadrà nel puro templarismo, che l’iniziazione regale risolve in sé i due momenti del Principio, contemplazione ed azione. In questo contesto, suggerisce Consolato, deve essere letta la polemica di Cecco d’Ascoli nei confronti dell’Alighieri, attaccato in quanto “deviazionista” rispetto all’iniziazione propriamente regale. In questi termini, Dante è il simbolo più proprio, per Evola, dell’età in cui visse, il medioevo. Età in cui la Tradizione tornò ad affacciarsi ma nei panni spuri e dimidiati del cattolicesimo.

In merito al tema dell’Impero, nonostante i limiti su ricordati, Evola vede in Dante un predecessore, in quanto “il pensiero di Evola è stato…un pensiero fondamentalmente monarchico, perché…egli trasferì l’ideale della sua giovanile ascesi filosofica…nella figura dell’Adepto…e poi pose questo…al centro e al vertice del suo ideale di Impero e di civiltà” (p. 48). Tale idea di Ordnung, si pone ben oltre i suoi surrogati moderni, in quanto espressione di un Potere dall’alto, con-sacrato e mirato a indurre nella comunità una Pace reale e non meramente fittizia. Capace, pertanto, di far sorgere negli uomini di ogni tempo quella spinta anagogica, verso l’Alto, che la tradizione classica, ha detto essere scopo essenziale del Politico. La Dittatura, sintesi delle prospettive filosofico-politiche della modernità maturate lungo la linea speculativa hobbesiano-schmittiana, può placare solo momentaneamente il conflitto, ma resta semplicemente il luogo della contraddizione eternamente riemergente. Ciò non significa che Evola ci inviti a non operare, a non agire. In quanto filosofo della pratica, nelle drammatiche contingenze dei primi anni Quaranta, e la cosa è riportata ancora una volta da Consolato, richiamò “l’ideale che Dante difese, affermando che l’Impero doveva essere cosa dei Romani” (p. 61). Fu la contingenza storica a dettare in quel frangente il necessario riavvicinamento di Italia e Germania, ed Evola “contrariamente a quanto sostenuto nello stesso Terzo Reich dalle correnti più strettamente nazionaliste, razziste e pangermaniste”(p. 62), era convinto che l’idea imperiale fosse l’unica a poter avvicinare i due popoli.

Probabilmente, per capire appieno le ragioni della prossimità di Evola e Dante, è bene far riferimento a Platone, o meglio a un Platone correttamente interpretato come filosofo politico e non come pensatore sic et simpliciter metafisico e pre-cristiano. A questo Platone assomigliava davvero Dante, la cui vocazione realizzativa fu ben colta da Gian Franco Lami quando scrisse “egli si fece carico d’incarnare, di persona, l’uomo classico, conforme alla realtà politica più antica” (Tra utopia e utopismo. Sommario di un percorso ideologico, Il cerchio, Rimini 2008, p. 139, a cura di G. Casale). Tentò, ma non vi riuscì del tutto, come ricordato da Evola e Consolato.

lundi, 08 mars 2010

Amor, milagro, excepcion: la Rosa mistica en Dante y Schmitt

Amor, milagro, excepción: La Rosa mística en Dante y Schmitt

Giovanni B. Krähe - Ex: http://geviert.wordpress.com/

Advenimiento como ordo ordinans: Amor como accidente in sustanzia

rose-hiver.jpgLa Vita nuova (1292-1293) de Dante  es el canto que prepara a la  recta lectura de la Divina commedia. El lector atento sabe que el ejercicio necesario para la compresión del Amor dantesco en términos impersonales y político-religiosos, depende del soneto de la Vita nuova. Se trata, en este breve libro, de la compresión del dogma del Milagro como evento del Automaton (la casualidad), como la realización del evento excepcional  en el accidente. En Dante el Automaton es la inmediatez ineluctable y subitánea del advenimiento en su Ahora perpetuo bajo la forma del saluto. Il saluto (saludo) irrumpe en el tiempo (lo crea más precisamente) para imponer su Salud: Beatrice (1). Se trata, en otras palabras, del advenimiento de un nuevo orden bajo la forma del acontecimiento fortuito: se trata del orden necesario de lo excepcional (genitivo subjetivo). El advenimiento necesario de lo excepcional como (nuevo) orden es  un problema que Carl Schmitt en su politische Theologie resuelve invirtiendo radicalmente el principio de lo accidental en Aristóteles (Schmitt, PT: 21). En efecto, Schmitt y Dante saben que el Automaton era considerado por los antiguos como un principio extrínseco que afecta a los entes. La causa era un principio necesario, por lo tanto, intrínseco. En vez de observar una regularidad procesual aparente en los acontecimientos y luego una irregularidad en tal proceso como eventual excepción, Dante y Schmitt observan más bien la realización en el evento de la analogía entre necesidad y casualidad. Se podría hablar de un isomorfismo, de un único principio en acto que irrumpe en la Physis y que se refleja tanto en la forma de los entes (la belleza por ejemplo), como en todo lo que le toca y le tocará vivir al ente como posibilidad. Frente a tal irrupción indeterminada, el ser humano tiene únicamente dos posibilidades, dos polos donde puede expresar su capacidad de deliberación y vivirla como libertad prescrita: imitar la irrupción paraclética del Automaton en la Physis como rito (mímesis religiosa) o enfrentarse a ella con su Techne. Se reflexione cómo los antiguos y la sociedades tradicionales logran colectivamente un equilibrio entre estos dos polos. En efecto, las virtudes antiguas – con excepción de las teologales, es decir, la caridad, la esperanza, la fe – son principios de equilibrio entre Automaton y Techne, o modernamente expresado, entre contingencia y técnica. Para Dante y Schmitt toda la teleología aristótelica, como la finalidad del ente, se realiza completamente en el momento constitutivo e inicial de su orden como advenimiento: un orden que se reproduce  una y otra vez en su Ahora (Jeweiligkeit) como acontecimiento, determinando una identidad que se realiza intrínsecamente una y otra vez (jeweils) entre la esencia del ente y lo que esta manifiesta  como tiempo y forma. Dicha relación intrínseca es (west) la identidad del ente (2).

En Dante, más evidente que en Schmitt sin duda, toda la finalidad del acontecer del ente se realiza completamente en un advenimiento sutil, al parecer inocuo: il saluto, el saludo de Beatrice. Se podría afirmar que en Dante lo excepcional muestra además un aspecto de carácter salvífico completamente indeterminado, no por esto menos ineluctable: es, en efecto, el encuentro completamente fortuito con Beatrice lo que permite la visión de la Salud (Dante, Vita nuova: 3). Si consideramos, entonces, esta inversión de Aristóteles a partir de ambos autores, debemos concluir rectamente que cualquier acontecimiento exterior, no sólo aquello que no se da como regular-procesual, debe ser considerado como excepcional. No se trata de una inversión meramente lógica. No todo acontecimiento adviene (!) en su finalidad última completamente, como no todo acontecer es salvífico o logramos notar la Salud que nos muestra y ofrece (3). Es precisamente esta (aparente) “latencia” en el telos del ente como tiempo lo que determina toda su posibilidad y toda su necesidad ya escrita. Para poder comprender esto, necesitamos introducir, además del Automaton, un ulterior principio extrínseco al ente, que define precisamente la irrupción de lo excepcional como posible momento salvífico o como completo fracaso: la Tyche (fortuna). Con estos dos principios podemos notar que el tiempo del ente (genitivo subjetivo) es tiempo dramático, es drama permanente. En Dante y Schmitt, la excepción, lo excepcional, se convierten en la regla porque “lo excepcional se explica a sí mismo y explica lo general… lo excepcional piensa lo general con enérgica pasión” (Schmitt citando a Kierkegaard, PT: 21).

Del advenimiento al acontecimiento: el acontecimiento como ordo ordinatur

A diferencia de Dante, Schmitt concentra su interés en la compresión de un aspecto específico del advenimiento, es decir, el acontecimiento en su irrupción dada en el tiempo. Es la comprensión de la mencionada latencia télica como ordo ordinatur, como orden constituido que crea el tiempo de los hombres (el Estado por ejemplo). Se trata de la compresión del orden constituido que (se) realiza kathechontisch (“kathechonticamente”) una y otra vez, (en) su finalidad. Este orden constituido se realiza en el ámbito (Be-Reich) completamente contingente y paraclético de lo excepcional: se trata de la permanencia, conservación y realización del destino del ente en el ámbito (Reich) del mencionado Automaton. Es el mismo ámbito contingente desde donde surge, victorioso o derrotado, el enemigo, “nuestra única forma” dirá Schmitt. Para Schmitt (y los Románticos), aquello que denominamos corrientemente “naturaleza” o ambiente “externo” (Um-welt) es comprendido en los términos de abismo (Ab-grund), o más modernamente como contingencia. El término Um-Welt, (ambiente), es todo aquello indeterminado que rodea (um) el mundo (Welt) (4). La metafísica dantesca nos muestra, en cambio, el otro lado especular del mismo evento: nos enseña el acontecimiento como advenimiento, es decir nos muestra la inversión schmittiana de Aristóteles sin ninguna mediación temporal, ni procesual, ni final en su sentido moderno: nos muestra todo el acahecer de un único evento puntualmente como accidente amoroso in sustanzia (Dante, Vita Nuova, XXV). El soneto dantesco nos permite, entonces, comprender el mismo evento que Schmitt estudia, pero como el advenimiento que crea el tiempo, que crea su tiempo: como ordo ordinans, como orden constituyente. Es pues legítimo indagar próximamente el nexo entre Dante y Schmitt como el nexo analógico entre Amor (evento), milagro (advenimiento) y excepción (acontecimiento). En este Orden, el Amor es la gnosis (política y religiosa) que le es propia a la relación entre milagro y excepción: la Rosa mística.

Notas

(1) En la simbología dantesca il saluto, (el saludo) mantiene la misma raíz etimológica con el saludo beato o bienaventurado, la Salute (Salud).

(2) No es casual que Heidegger use el sustantivo alemán Wesen (esencia) como verbo: es decir, wesen. Tal vez “existente” sea su traducción más apropiada en castellano, es decir, como participio presente, no como su sustantivación: lo existente. Se haga el ejercicio de declinar el verbo heideggeriano wesen rectamente  y se comprenderá inmediatamente a Heidegger, sin necesidad de mucho manierismo hermenéutico postmoderno á la Gianni Vattimo.

(3) Algo que impone necesariamente una gnoseología (barroca) que remplace completamente el mirar por el admirar (El reflejo).

(4) se haga el ejercicio de redefinir completamente ( o interpretar rectamente), bajo esta definición de Umwelt, el término Lebenswelt.