mercredi, 25 mars 2026
Guerre d’Iran: Trump a atteint l’objectif de faire dominer les États-Unis sur le marché mondial du GNL

Guerre d’Iran: Trump a atteint l’objectif de faire dominer les États-Unis sur le marché mondial du GNL
La guerre contre l’Iran ne se déroule pas bien pour les États-Unis, mais Trump a tout de même atteint un objectif important. Après la neutralisation d’installations majeures de GNL au Qatar, les États-Unis vont dominer le marché mondial du GNL (gaz naturel liquéfié) dans les prochaines années et pourront exercer une pression et une influence sans précédent sur les économies d’autres pays.
par Anti-Spiegel
Source: https://anti-spiegel.ru/2026/trump-hat-das-ziel-erreicht-...
Lorsque les États-Unis ont publié leur nouvelle stratégie de sécurité nationale à la fin de l’année dernière, mon analyse initiale s’est révélée très juste. Dans cette stratégie, l’Asie – après les continents américains – est la région la plus importante au monde pour Trump, et le pays le plus crucial est bien sûr la Chine, considérée par les États-Unis comme leur principal concurrent.
La stratégie de sécurité de Trump
Cependant, Trump ne souhaite pas une guerre contre la Chine, comme le rêvent de nombreux faucons à Washington. Dans sa stratégie de sécurité, Trump a écrit que la région Indo-Pacifique serait l’un des principaux «champs de bataille géopolitiques», car elle «contribue déjà à près de la moitié du PIB mondial (…) et cette part ne cessera d’augmenter au 21ème siècle». On a laissé la Chine devenir trop puissante et il faut changer de politique, car la Chine représente un défi économique, mais une guerre doit être évitée. La nouvelle stratégie considère donc la Chine avant tout comme un défi économique et réaffirme que Washington «réorientera ses relations économiques avec la République populaire de Chine et accordera la priorité à la réciprocité et à l’équité pour restaurer l’indépendance économique américaine».
En d’autres termes: battre la Chine sur le plan économique est une des principales priorités de Trump en politique étrangère. Et en janvier, j’ai expliqué dans une autre analyse que Trump veut restaurer la domination mondiale des États-Unis via la suprématie sur les marchés énergétiques mondiaux.

Il suffit donc de rassembler ces éléments pour comprendre que, par la guerre contre l’Iran, Trump tente précisément d’atteindre cet objectif. La guerre ne se déroule pas du tout comme prévu pour les États-Unis, mais Trump semble avoir atteint son objectif principal: dominer les marchés du GNL et du pétrole, et affaiblir la Chine à travers les conséquences du conflit.
La domination sur le marché du GNL
Avant la guerre contre l’Iran, les cinq premiers producteurs de GNL étaient: les États-Unis (102 millions de tonnes par an), l’Australie (82 millions de tonnes), le Qatar (77 millions), la Russie (37 millions) et la Malaisie (32 millions). Les États-Unis, l’Australie et le Qatar produisaient ainsi 60% du GNL mondial.
Si le Qatar est complètement hors-jeu, cela représente environ 18% du GNL mondial en moins. Par conséquent, le pouvoir de marché des autres grands acteurs, les États-Unis et l’Australie, augmente, sachant que l’Australie est un allié fidèle des États-Unis. Ces deux pays fourniraient alors ensemble la moitié du GNL mondial, ce qui leur conférerait une puissance de marché inédite.

La Chine a certes diversifié ses importations de pétrole et de gaz, mais une part importante de ses approvisionnements provient toujours du Golfe, notamment du Qatar, qui est un fournisseur clé de GNL. Mais après que les installations de GNL au Qatar ont été gravement touchées par la guerre, il est déjà clair que le Qatar sera incapable de livrer autant de GNL qu’avant, et ce pendant des années, car la réparation des dégâts devrait, selon les experts, durer jusqu’à cinq ans.
La diminution du GNL disponible sur les marchés mondiaux entraînera une forte hausse des prix pendant des années, ce qui posera de sérieux problèmes aux économies importatrices, y compris à la Chine.
En raréfiant le GNL via cette guerre, Trump a mis en œuvre l’un des objectifs de sa stratégie de sécurité: attaquer et affaiblir l’économie chinoise. Ce sera une conséquence inévitable du conflit, car la Russie ne pourra pas compenser le manque – et la Russie ne renoncera évidemment pas à profiter des prix élevés du GNL sur le marché.
De la même manière que la Chine a profité de fortes réductions sur le pétrole russe en raison des sanctions occidentales, la Russie se réjouira de pouvoir vendre son gaz de pipeline et son GNL plus cher à la Chine grâce à la crise énergétique à venir. Pour des raisons politiques, la Chine restera sans doute un client privilégié de la Russie, mais la Russie ne fera pas de cadeaux non plus.
Quelles conséquences pour l’Europe ?
Même si Trump parle de manière très désobligeante de la politique européenne, il n’a ni totalement abandonné ni négligé l’Europe. Pour lui, l’Europe reste un contrepoids à la Russie, et bien sûr un réservoir financier à exploiter.

Il l’a prouvé de manière très claire. Il suffit de se rappeler les 5% du PIB pour la défense imposés à l’OTAN (dont la majeure partie ira à des entreprises américaines), ou encore l’accord commercial qu’il a arraché l’été dernier à la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, dans lequel l’UE a supprimé tous les droits de douane sur les produits américains, mais accepté que ses propres produits soient taxés à 15% lors de leur entrée aux États-Unis. Et ainsi de suite: en une seule année, Trump a extorqué autant d’argent à l’UE que peu de présidents américains avant lui en aussi peu de temps.
Et maintenant que des tensions apparaissent en Europe, car l’accord commercial est jugé unilatéral et injuste et que les ambitions de Trump sur le Groenland ne plaisent pas aux Européens, les États-Unis viennent de menacer d’arrêter les livraisons de GNL à l’UE si elle ne ratifie pas l’accord sans modifications.
La politique énergétique de l’UE, dictée par des idéologues fanatiques (désolé, on ne peut pas les qualifier autrement), demeure inchangée: pas d’importations de pétrole ou de gaz russe, préférant imposer des rationnements d’électricité plutôt que d’acheter à Moscou. L’UE s’est ainsi livrée pieds et poings liés à Trump, qui ne manquera pas d’en profiter, comme le montre le chantage actuel sur les livraisons de GNL.
Et il ne faut pas croire qu’un président démocrate changerait la donne, car le plan de rendre l’UE dépendante des États-Unis pour son pétrole et son gaz, afin de mieux la contrôler politiquement, a été poursuivi par tous les présidents américains depuis vingt ans. Il suffit de se rappeler la menace de Biden contre Nord Stream en présence du chancelier Scholz, et le sabotage des gazoducs qui s’ensuivit quelques mois plus tard.
Le succès de Trump, qui pourrait lui coûter cher
Néanmoins, il faut reconnaître que la guerre contre l’Iran ne se déroule pas comme Trump l’avait prévu. Après l’échec de la guerre-éclair et de la décapitation rapide du régime, Trump se retrouve empêtré dans un long conflit, très impopulaire auprès de sa base, car il avait promis le contraire en campagne électorale, et parce que les prix de l’essence ont fortement augmenté aux États-Unis, ce qui n’était certainement pas son intention.
Cela n’empêche pas que Trump ait fait un grand pas vers son objectif de dominer les marchés mondiaux du pétrole et du gaz, ce qui constitue un succès pour lui.

La question est maintenant de savoir s’il parviendra à vendre ce succès à ses partisans ou s’ils s’en désintéresseront, «America first» n’étant pour eux pas tant la suprématie mondiale des États-Unis que leur propre niveau de vie, qui souffre des conséquences de la guerre.
Dans cette perspective, le succès de Trump pourrait littéralement lui coûter sa place lors des élections de mi-mandat. Si les démocrates remportent les deux chambres du Congrès, une nouvelle procédure de destitution sera inévitable. Et alors, le nouveau président américain s’appellerait J.D. Vance, ce qui rebattrait de nombreuses cartes.
19:54 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : gnl, gaz de schiste, états-unis, hydrocarbures, iran, qatar, europe, affaires européennes, actualité |
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Agressions voyoucratiques

Agressions voyoucratiques
par Georges Feltin-Tracol
Finies les spéculations oiseuses ! Les masques tombent enfin ! En dépit de quelques frappes inacceptables contre la Syrie néo-baasiste du président Bachar al-Assad sous son premier mandat, Donald Trump exprimait souvent en public sa réticence à toute intervention militaire extérieure. Insensibles au tourbillon MAGA, les responsables du parti républicain d’alors alimentaient cette attitude d’autant qu’ils incarnaient des adultes dans une chambre soumise au bon vouloir d’un garnement plus que gâteux.
Pour son second mandat, Trump a évincé ces « adultes » en faveur de fidèles prêts à suivre leur champion dans toutes les aventures possibles. La nomination de Marco Rubio, néo-conservateur assumé, comme secrétaire d’État en est la première marque. Le choix de changer le département de la Défense en département de la Guerre en est une deuxième. L’enlèvement du président vénézuélien Nicolas Maduro et de son épouse au début de l’année 2026 entérine cette nouvelle disposition d’esprit belliciste !
Le déclenchement simultané des opérations israélienne « Lion rugissant » (détournement du symbole impérial iranien) et étatsunienne « Fureur épique » contre l’Iran ce 28 février 2026 signale le ralliement du trumpisme au néo-conservatisme. Soyons encore plus précis: on observe la synthèse des délires «néo-cons» et des ambitions sans limites de la faction technolâtre transhumaniste au sein de la mouvance MAGA. On supposait que les États-Unis trumpistes se contenteraient d’un grand espace englobant tout l’hémisphère occidental (les Amériques) élargi au Groenland, voire à l’Islande, ainsi qu’une partie de l’Océanie; c’était sans compter avec le gouvernement israélien d’émanation sioniste révisionniste qui entend désormais remodeler à son seul profit tout le Moyen-Orient. Toutefois, ayant déjà mis la main sur les vastes réserves en hydrocarbures du Venezuela, Washington cherche à contrôler la cinquième réserve pétrolière du monde et la deuxième en gaz. Des atouts non négligeables contre Moscou et Pékin…
Tel-Aviv et Washington se justifient en prétextant une soi-disant « guerre préventive ». Il est en réalité bien curieux d’assister à l’attaque concertée d’un État souverain, pas encore détenteur de l’arme nucléaire, par deux puissances atomiques militaires effectives, l’une officielle et l’autre officieuse qui l’a acquise au mépris renouvelé de tous les traités de non-prolifération. Elles violent la souveraineté de l’État iranien. Outre la fin définitive des recherches nucléaires militaires (et peut-être civiles), les deux agresseurs exigent aussi la fin du programme balistique, la disparition de la marine nationale iranienne et l’arrêt du soutien de Téhéran à ses mandataires: le Hezbollah libanais qui compte des unités de combat chrétiennes, le Hamas palestinien, les milices chiites en Irak et les partisans d’Allah au Yémen.

Le conflit est-il formel? Le 4 mars, un sous-marin étatsunien a coulé au large du Sri Lanka la frégate iranienne Dena (photo), ce qui constitue un indéniable acte de guerre. Pourtant aucune guerre n’a été déclarée ! Les États-Unis et Israël pratiquent par conséquent un terrorisme de grande ampleur. On remarquera que le monde sportif n’a toujours pas exclu les équipes US et israélienne. Deux poids deux mesures…
Dans la journée du 6 mars, Donald Trump rejette toutes nouvelles négociations et, dans la continuité de la diplomatie yankee, réclame la reddition sans condition de l’Iran. Les agresseurs rêvent de transformer l’Iran en une autre Allemagne occidentale post-1945, énervée et dégénérée. Le dirigeant étatsunien veut dans le même temps qu’on lui rende compte du choix du successeur du Guide suprême de la Révolution islamique assassiné. Non content de gouverner les États-Unis depuis son terrain de golf en Floride, il veut s’occuper de Gaza, du Venezuela et maintenant de l’Iran !
Comme ses soutiens déments de la Silicon Valley, le locataire de la Maison Blanche voit sa tête gonflée. Contre cette honteuse guerre, saluons – pour une fois – la réaction salutaire du président socialiste du gouvernement espagnol Pedro Sanchez. Dans la même veine, comme l’écrit fort bien dans une tribune parue dans Libération du 4 mars dernier, l’ancien premier ministre Dominique Galouzeau de Villepin qui prépare par ce biais sa candidature probable à la présidentielle de l’année prochaine, estime que « nous voyons […] se dessiner l’hubris impériale sous ses deux formes. Du côté américain, l’aspiration à la domination par la puissance, la tentation de substituer la contrainte à la procédure, de remplacer le cadre par la décision unilatérale. Du côté israélien, une logique de sécurité qui n’est plus seulement défensive, mais qui tend vers la domination et l’écrasement, partout où c’est jugé nécessaire, au profit de la fragmentation et des zones grises, du Sud-Liban au Sud-Syrie, du Yémen aux autres interstices où l’État s’efface ». Dans quelques mois, de tels propos tomberont-ils sous le coup de l’abjecte et funeste proposition de loi déposée par Caroline Yadan qui instaurerait un délit de blasphème géopolitique ? Il faut le craindre…
Oui, les masques tombent ! Sans rien comprendre des enjeux, les crétins droitards qui persistent à hanter les plateaux malfamés de Cnews, continuent à voir en Trump le croisé de l’Occident judéo-chrétien (une belle ineptie historique magistrale) alors qu’il n’est que le pourvoyeur d’un Occident américanomorphe corrupteur de notre Europe ancestrale. Trump a reconnu le régime islamiste d’Ahmed al-Charaa en Syrie qui ne se soucie guère du sort des Druzes, des Alaouites et des Kurdes en attendant celui des chrétiens. L’actuel gouvernement belliciste et suprémaciste de Tel-Aviv envisagerait, en cas de chute de l’Iran, le déplacement forcé des Palestiniens de Gaza et des autres territoires occupés dont la minorité chrétienne. Vers quelle destination ? Très certainement le continent européen qui, soumis aux lois liberticides foisonnantes, se fera ainsi remplacer.

Malgré un fort sentiment national, voire nationaliste, l’Iran qui a subi une occupation britannique et soviétique, risquerait de se fragmenter selon des critères ethniques. Les Kurdes d’Iran (10% de la population) rêvent d’une région autonome similaire à son équivalent en Irak. Ils se méfient toutefois de la duplicité occidentale par rapport à l’effacement du Rojava en Syrie. Les Baloutches (environ 4%) pourraient se soulever, surtout si les assistent leurs homologues au Pakistan en sourde révolte contre Islamabad. Ce soutien, direct ou non, fragiliserait par contrecoup l’unique puissance nucléaire musulmane.
L’Azerbaïdjan pourrait s’emparer du territoire iranien où vivent les Azéris (16%). Tout dépendra du sort du détroit d’Ormuz. Les Gardiens de la Révolution iranienne le bloquent et sèment une belle pagaille dans la circulation économique et commerciale planétaire. Déverrouiller ce point névralgique impliquerait des bâtiments escortés par des navires de guerre étatsuniens sous une protection aérienne permanente. Mais cette solution n’est guère satisfaisante en raison de l’étroitesse du site. Il est dès lors possible que se déroule un débarquement dans cette région arabophone afin de créer aux dépens de l’intégrité territoriale iranienne une zone neutre sous le contrôle de la Maison Blanche. Cette occupation illégale résonnerait avec la reconnaissance israélienne du 26 décembre 2025 du Somaliland, un État-fantôme près du détroit de Bab el-Mandeb en face du Yémen houthi et à proximité du canal de Suez.

Souvent chrétiens, les droitards hexagonaux savent-ils que l’effondrement de la République islamique d’Iran serait une catastrophe pour l’Arménie qui survit grâce à sa frontière méridionale avec l’Iran ? Le traité de paix conclu entre Erevan et Bakou, le 8 août 2025, prévoit cependant la formation d’un corridor sous l’égide des États-Unis le long de la frontière iranienne entre l’exclave azérie du Nakhitchevan et l’Azerbaïdjan. La région arménienne du Zanguezour se placerait en pratique sous une tutelle extraterritoriale. Par ailleurs, ce tracé encouragerait le projet pantouranien qui se substituerait ainsi aux ambitions néo-ottomanes d’Ankara avec, à plus ou moins long terme, un choc frontal avec l’Empire du Milieu chinois…
La dynamique propre de ce conflit ne va pas s’arrêter de si tôt. Espérons que la logique clauswitzienne de montée aux extrêmes accentue les tensions inhérentes à la société étatsunienne ! Souhaitons que Trump et sa clique perdent largement les élections de mi-mandat en novembre prochain tant à la Chambre des représentants qu’au Sénat. La Maison Blanche détourne volontiers l’attention du public des affres de l’affaire Epstein et de ses échecs intérieurs : le coût de la vie augmente; les salaires stagnent. L’ICE, la police anti-immigration, se retire de la municipalité démocrate de Minneapolis après une vive contestation de la part des électeurs démocrates.

Une fidèle du mouvement MAGA, ancienne gouverneur du Dakota du Sud, la secrétaire à la Sécurité intérieure, Kristi Noem (photo), est congédiée le 5 mars dernier, suite à des pressions du Congrès. Une victoire incontestable de l’opposition démocrate dans les deux chambres favoriserait certainement la destitution simultanée de Donald Trump et de J.D. Vance afin que la speakerine démocrate de la Chambre des représentants, Alexandria Ocasio-Cortez, si elle ne brigue pas le siège de sénateur de New York de Chuck Schumer qui ne se représente pas, accède au Bureau Ovale. Son arrivée perturberait grandement la vie politique intérieure des États-Unis d’Amérique.
GF-T
- « Vigie d’un monde en ébullition », n° 185, mise en ligne le 15 mars 2026 sur Radio Méridien Zéro.
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lundi, 23 mars 2026
Iran: le début d’un conflit que l’Occident ne peut pas gagner

Iran: le début d’un conflit que l’Occident ne peut pas gagner
par Sacha Vliegen, pour le groupe de réflexion Feniks (Flandre)
Source: https://www.feniksvlaanderen.be/blog/3070000_iran-het-beg...
Lorsque l’Occident fait la guerre, il le fait rarement avec une conscience historique profonde de sa propre position. Il préfère s’exprimer dans le langage de la technique: intervention, dissuasion, stabilisation, changement de régime, démocratisation, sécurité préventive. Ces mots donnent l’impression que la guerre est un instrument rationnel, une intervention maîtrisable au sein d’une stratégie plus large, une opération temporaire permettant de résoudre un problème régional. Mais cette terminologie cache souvent plus qu’elle n’explique. Derrière ce langage apparemment pragmatique, se cache un schéma plus profond: le refus de l’Occident de reconnaître qu’il n’est plus, de façon évidente, le centre de l’histoire du monde.
La guerre contre l’Iran doit être comprise sous cet angle. Officiellement, il s’agit de menace nucléaire, de sécurité régionale, de défense des alliés et de lutte contre le terrorisme. Dans la communication publique, ces motifs sont mis en avant comme s’ils pouvaient, à eux seuls, expliquer le conflit. Pourtant, il est clair qu’ils ne font qu’effleurer la surface. L’enjeu est bien plus grand. L’Iran n’est pas simplement un régime problématique, ni un État isolé que l’on pourrait mettre à genoux avec suffisamment de sanctions et de frappes aériennes, ni la répétition des conflits auxquels les États-Unis et leurs alliés se sont habitués ces dernières décennies. Ceux qui traitent l’Iran comme s’il s’agissait simplement de « l’intervention suivante » après celles qui ont frappé l’Irak, l’Afghanistan, la Libye ou la Syrie, se trompent fondamentalement sur la nature du pays, sa position dans le monde et la phase historique dans laquelle ce conflit s’inscrit.

C’est pourquoi cette guerre est aussi dangereuse. L’attaque contre l’Iran n’ouvre pas simplement un nouveau front au Moyen-Orient. Elle ouvre potentiellement un conflit qui est à la fois géopolitique, idéologique, religieux et civilisationnel. Pour les États-Unis et Israël, le risque est d'avoir déclenché une guerre qu’ils ne peuvent pas vraiment gagner, mais qu’ils ne peuvent pas non plus quitter sans humiliation grave ou perte stratégique. C’est précisément ce qui fait d’un conflit un enjeu existentiel: il ne s’agit pas, littéralement, de la survie physique immédiate des États, mais d’un résultat qui pourrait ébranler la position fondamentale des acteurs impliqués dans l’ordre mondial. L’Iran, en ce sens, n’est pas une périphérie, mais un cas test. La question n’est pas seulement de savoir ce qu’il adviendra de l’Iran, mais si l’Occident est encore capable d’imposer sa volonté à un adversaire important, profondément enraciné dans son histoire et sa foi, et de prime importance sur le plan géopolitique.
Les causes géopolitiques du conflit
Pour comprendre pourquoi ce conflit est si chargé de sens, il faut d’abord prendre au sérieux la position stratégique de l’Iran. L’Iran n’est pas simplement un État du Moyen-Orient; c’est l’un des carrefours géopolitiques les plus significatifs de l’Eurasie. Une simple observation de la carte le montre immédiatement. L’Iran se trouve au croisement du Moyen-Orient, de l’Asie centrale, du Caucase, de l’Asie du Sud et de l’océan Indien.

Il est voisin du monde arabe, de la Turquie, de la région caspienne et, par la mer, des routes d’accès à l’énergie mondiale. Il contrôle aussi la rive nord du détroit d’Ormuz, un passage maritime d’une importance exceptionnelle pour les flux de pétrole et de gaz du Golfe. Menacer la route d’Ormuz, c’est non seulement mettre la pression sur des adversaires régionaux, mais aussi secouer les marchés mondiaux et contraindre les grandes puissances à tenir compte de sa position.
Cela fait déjà de l’Iran plus qu’un acteur régional. Mais sa signification dépasse le pétrole. Le pays est aussi un pivot dans la nouvelle infrastructure eurasiatique qui, ces dernières années et décennies, est devenue de plus en plus importante.
Pour la Chine, l’Iran n’est pas seulement un fournisseur d’énergie ou un partenaire diplomatique, mais aussi un corridor possible dans la connexion plus large entre l’Asie de l’Est, l’Asie centrale, le Moyen-Orient et l’Europe.
Pour la Russie, l’Iran est un partenaire naturel dans la ceinture sud de l’Eurasie, justement parce qu’il peut limiter l’influence occidentale dans cette zone et permettre la construction d’axes économiques et géopolitiques alternatifs.
Du point de vue occidental, cela signifie que l’Iran n’est pas simplement un régime difficile, mais un pivot potentiel dans un ordre post-occidental du continent.

C’est là que l’on retrouve une vieille intuition géopolitique. Depuis longtemps, la théorie géopolitique avance que l’Eurasie est la scène centrale du monde, et que la puissance qui parvient à organiser la cohésion continentale de l’Eurasie acquiert un avantage structurel sur les puissances maritimes. Sous différentes formes, ce motif revient: l’idée que le contrôle du centre continental ou de ses zones périphériques est décisif pour le pouvoir mondial. L’Iran ne se trouve pas tout à fait dans le « heartland » classique tel que certains géopoliticiens l’imaginaient, mais il est à la jonction entre le centre et les ceintures périphériques. C’est précisément pourquoi il est si important. Il est à la fois pont, tampon, corridor et frein. Pour une cohésion eurasienne émergente, l’Iran est un lien. Pour une hégémonie maritime, il est un obstacle.
Dans cette perspective, il est logique que l’Occident considère l’Iran non seulement comme un ennemi idéologique, mais aussi comme un problème stratégique structurel. Un Iran autonome, résistant et durable gêne la domination totale de l’Occident sur le Moyen-Orient et empêche les grandes puissances asiatiques d’être isolées. La guerre contre l’Iran n’est donc pas simplement une réaction à une provocation spécifique, mais aussi une tentative de neutraliser un carrefour géopolitique avant qu’il ne soit encore plus intégré dans un réseau de pouvoir et d’infrastructures non occidental.
Israël et le contrôle du Rimland
Pour Israël, cette question est encore plus aiguë. Depuis sa création, la culture stratégique israélienne a toujours pensé en termes de survie dans un environnement hostile, ou du moins instable. L’État d’Israël est petit, entouré par des populations plus nombreuses et dépendant de la supériorité technologique, de la capacité de mobilisation et du soutien diplomatique extérieur. Dans ce contexte, il est compréhensible qu’Israël ait développé une sensibilité particulière face aux hégémons régionaux potentiels. Aucune puissance hostile dans la région ne doit devenir trop forte, aucune ceinture cohérente d’adversaires ne doit se former, aucun acteur ne doit avoir le temps de limiter à long terme la marge de manœuvre militaire, politique et psychologique d’Israël.

L’Iran est précisément un tel acteur. Non seulement par ses propres capacités, mais aussi par le réseau d’alliés, de milices et de sympathisants qu’il a constitué dans la région ces dernières décennies. Ainsi, du point de vue israélien, l’Iran n’est pas seulement un adversaire idéologique lointain, mais une puissance qui peut exercer, directement ou indirectement, une influence sur plusieurs fronts. La lutte contre l’Iran n’est donc pas seulement une question de dissuasion; c’est une tentative de briser une ceinture stratégique avant qu’elle ne se retourne définitivement contre Israël. Plus largement, on peut dire qu’Israël veut empêcher qu’au Moyen-Orient ne se constitue une configuration géopolitique dans laquelle il ne détiendrait plus la supériorité qu’il a pu construire, avec l'aide des États-Unis, au cours de ces dernières décennies.
La modernité et la volonté de contrôle
Mais la géopolitique seule ne suffit pas à comprendre la persévérance de l’Occident dans de tels conflits. Il y a aussi une logique civilisationnelle plus profonde: le rapport moderne de l'Occident au pouvoir, à la technique et à la réalité. Depuis les débuts de la modernité, l’Occident a développé un élan expansionniste unique, porté par la science, la technique, la dynamique capitaliste et la formation de l’État. La nature n’était plus vue comme un ordre dans lequel l’homme devait s’insérer, mais comme un domaine à explorer, mesurer, exploiter et contrôler. Cette vision du monde est aujourd’hui si évidente qu’on ne remarque plus à quel point elle est singulière. L’homme moderne considère spontanément le monde comme quelque chose qui doit être disponible pour la planification et la manipulation.


Pour Heidegger, toutefois, ce développement avait aussi un versant profondément problématique. Lorsque le monde apparaît exclusivement comme quelque chose que l’on peut techniquement gérer et exploiter, l’homme perd, selon lui, progressivement la capacité de vivre la réalité d’autres façons. Tout est réduit à l’utilité, à l’efficacité et au contrôle. La nature devient ressource, la société devient organisation, et finalement l’homme lui-même risque d’être réduit à un élément au sein d’un système technique. Heidegger nous avertissait que cette façon de penser ne fait pas qu’altérer le monde, elle l’appauvrit: elle exclut de plus en plus d’autres formes de signification, de tradition et de lien au réel.
C’est ici que l’analyse de Heidegger est pertinente. Son propos n’était pas simplement de dire qu’il existe de nouvelles machines, mais que la technique moderne est une manière de révéler, une manière dont le réel se présente à nous. Dans cette ontologie technique, le monde apparaît comme un stock, un réservoir, une ressource disponible à tout moment. Les rivières deviennent sources d’énergie, les forêts deviennent moyens de production, la terre devient zone d’exploitation, les communautés humaines deviennent populations à gérer, et les États deviennent des unités stratégiques dans un système plus vaste. Lorsque cette pensée infiltre la géopolitique, il paraît presque naturel de croire que l’on puisse réorganiser des sociétés comme on gère des infrastructures. Un régime devient alors une pièce que l’on remplace si elle ne fonctionne plus dans le système.
C’est précisément là qu’a résidé l’une des plus profondes erreurs de ces dernières décennies. L’Occident a souvent agi comme si l’ordre politique n’était qu’une configuration technique que l’on pourrait réagencer avec assez de pression, de bombardements, de sanctions et d’ingénierie institutionnelle. L’Irak, l’Afghanistan et la Libye ont pourtant montré que les sociétés ne sont pas un substrat neutre sur lequel on peut projeter impunément de nouvelles institutions. Elles sont faites de mémoire, de religion, d’honneur, de pouvoirs locaux, de traumatismes historiques, de loyautés culturelles et d’horizons moraux. Quand on nie cette profondeur, on fait la guerre comme si l’on pouvait remplacer une civilisation par des schémas et des modèles. Ce n’est pas seulement arrogant, c’est aussi stratégiquement aveugle.

Spengler aussi jette sur cette problématique une lumière dure mais éclairante. Dans sa description de la culture occidentale ou «faustienne», il met en avant l’élan sans bornes de l’Occident à franchir l’infini, à aller toujours plus loin, à conquérir de nouveaux espaces et à soumettre le monde par la technique. Qu’on souscrive ou non à l’ensemble de son analyse, il a bien vu que la civilisation occidentale moderne a produit un esprit d’expansion qui supporte mal les limites.
Dans sa phase finale, selon Spengler, la culture devient civilisation: l’ordre symbolique vivant laisse place à l’organisation technique, à la formation de grandes puissances politiques et à des systèmes anonymes de contrôle. Appliquée à la politique mondiale actuelle, cette grille de lecture donne au conflit avec l’Iran une signification plus large et tragique. L’Occident ne répond pas seulement à un défi régional; il se heurte à une limite historique de sa propre logique expansive.
Après la fin de la Guerre froide, il a semblé un moment que cette limite n’existait plus. La démocratie libérale était présentée comme l’aboutissement universel de l’histoire. On partait du principe que toutes les alternatives idéologiques sérieuses avaient disparu et que les États qui n’étaient pas encore intégrés dans l’ordre libéral mondial représentaient un simple retard temporaire. Cet optimisme était non seulement politique, mais aussi anthropologique: on supposait que le développement économique, la modernisation technologique et la réforme institutionnelle mèneraient tôt ou tard partout à des formes politiques comparables. Il n’en reste aujourd’hui que très peu. Le monde n’apparaît pas comme une planète libérale uniforme, mais comme une arène où s'affrontent des blocs de civilisation, des traditions historiques et des modèles de puissance différents.

C’est précisément pour cela que l’Iran est un cas si difficile pour l’Occident. Ce n’est pas simplement un système autoritaire qui n’est pas encore «prêt», mais un État issu d’une rupture révolutionnaire avec la modernité occidentale telle qu’elle a été vécue en Iran. La révolution de 1979 n’a pas été qu’une prise de pouvoir, mais une tentative de formuler un principe politique alternatif, où légitimité religieuse, attitude anti-impérialiste et souveraineté nationale étaient liées. On peut critiquer ce régime pour de nombreuses raisons, mais on ne peut pas le comprendre si on le présente comme un simple produit accidentel ou superficiel de la répression. Il repose sur une synthèse historique propre, aussi problématique ou violente soit-elle.
Les erreurs d’analyse sur l’Iran
Cela nous amène à une erreur cruciale dans de nombreuses analyses occidentales: la sous-estimation de la profondeur religieuse et symbolique de l’État iranien. Le chiisme possède une puissante tradition de souffrance, d’injustice, de témoignage et de martyre.

Le récit de Karbala, la figure de Hussein et le souvenir d'une domination injuste ont une portée spirituelle et politique durable dans le monde chiite. Lors de la révolution iranienne, ce répertoire n’a pas simplement été répété, mais mobilisé comme source de légitimité et de résilience. Cela ne signifie pas que tous les Iraniens sont de pieux révolutionnaires, ni que la légitimité religieuse du régime est inattaquable. Mais une partie de l’idéologie d’État et de la capacité de mobilisation ne relève pas seulement de la politique du pouvoir, mais d’un langage moral et religieux qui donne sens au sacrifice, à la résistance et à la mission historique.
C’est pourquoi il est dangereux que des décideurs occidentaux pensent que le régime s’effondrera simplement dès que la pression adéquate sera appliquée. Cette attente est entretenue par l’image véhiculée par de nombreuses voix de l’opposition iranienne en Occident. Bien sûr, il existe en Iran de profondes tensions. Il y a du mécontentement face à la corruption, la stagnation économique, le népotisme, le contrôle moral, le sous-développement régional et la répression. Il y a eu des protestations de la part de jeunes en milieux urbains, de femmes, d’ouvriers, d’étudiants, de commerçants et de minorités ethniques qui se sentent marginalisées culturellement ou économiquement. Kurdes, Baloutches, Arabes du Khouzistan et d’autres groupes font souvent l’expérience de ne pas bénéficier d’un accès équitable au pouvoir, à la reconnaissance ou au développement. Ces tensions sont réelles et ne doivent pas être minimisées.
Mais l’existence de tensions n’implique pas l’existence d’une opposition cohérente capable de remplacer un État de cette ampleur et de cette complexité par un nouvel ordre stable. C’est précisément l’erreur que commettent de nombreux fantasmes occidentaux qui rêvent d'un changement de régime. On constate qu’un régime est détesté ou contesté en interne par de nombreux groupes, puis on en déduit que ces groupes formeront naturellement une communauté politique dès que le régime tombera. L’histoire montre généralement le contraire. L’opposition interne à un pouvoir établi est rarement homogène. Les manifestants économiques ne veulent pas nécessairement la même chose que les intellectuels laïques; les minorités régionales ne poursuivent pas forcément le même objectif que les monarchistes en exil; les réformateurs libéraux, les milices séparatistes, les intérêts conservateurs des bazars et les groupes radicaux anti-système ne partagent souvent que leur rejet du centre, pas leur vision de l’après.

C’est là un point décisif pour l’Iran. Oui, il y a de nombreuses lignes de faille. Oui, il y a de la frustration économique, du mécontentement face à la corruption, de la résistance à la tutelle morale et politique de l’État, et des tensions vis-à-vis du «gouvernement du juriste-théologien» ou du système des ayatollahs. Mais qui dirigera l’Iran si le régime actuel tombe? Quelle opposition dispose de la légitimité, de l’organisation, du monopole de la violence et de la capacité administrative pour maintenir la cohésion de l’État? Qui peut intégrer à la fois les régions persanes, les provinces minoritaires, les grandes villes, les appareils de sécurité, les intérêts économiques et les réseaux religieux dans un nouvel équilibre? Il n’existe pas de réponse simple à ces questions. Il est même probable que le renversement du régime ne conduise pas à un Iran libre et stable, mais à une lutte prolongée entre élites concurrentes, milices, parrains étrangers et identités régionales. Autrement dit: pas nécessairement la libération, mais la prémisse d’une violence sectaire ou régionale qui pourrait durer des décennies.
Ce scénario est loin d’être imaginaire. Il suffit de regarder l’histoire récente des États où un centre fort, même répressif, a été détruit sans qu’un ordre de succession crédible soit prêt. La chute d’un régime ne signifie pas automatiquement la naissance d’une nation. Parfois, elle entraîne au contraire la dissolution d’une structure encore fonctionnelle, quoique dure, qui maintenait provisoirement ensemble diverses contradictions. Dans une telle situation, d’anciennes lignes de fracture réapparaissent: rivalités ethniques, marginalisation régionale, divisions religieuses, clientélisme et ingérence étrangère. Le résultat peut être un conflit où personne ne gagne vraiment, mais où toute une société est épuisée pendant des années ou des décennies.
Une géographie difficile à contrôler
L’Iran, en outre, est, sur les plans géographique et historique, particulièrement difficile à briser et à occuper. Le pays n’est pas constitué d’une seule plaine ouverte ou d’un centre de pouvoir qui serait aisément contrôlable après une première défaite militaire.

L’espace iranien est un ensemble complexe de chaînes de montagnes, de plateaux, de déserts, de concentrations urbaines et de régions périphériques. Cette géographie a maintes fois prouvé, dans l’histoire, qu’elle ralentit, fragmente et épuise les envahisseurs. Des empires antiques aux puissances modernes, beaucoup ont découvert que la Perse est bien plus facile à secouer qu’à contrôler. Même si un acteur extérieur y remporte un succès militaire, les vraies difficultés commencent après: comment garder le contrôle sur un pays vaste, fier, armé et doté d’une conscience historique profonde?

À cela s’ajoute le fait que l’Iran n’est pas l’Afghanistan, et certainement pas dans le sens où certaines comparaisons sont parfois faites à la légère. L’État iranien dispose de structures institutionnelles, militaires et bureaucratiques bien plus solides que celles que les Talibans possédaient avant leur victoire. Les Gardiens de la Révolution ne sont pas un mouvement d’insurgés lâchement organisé, mais un complexe sécuritaire, idéologique et économique tentaculaire, ancré dans l’État et la société. Si le régime venait à s’effondrer sous une pression intense, cela ne signifierait pas que la résistance disparaîtrait. Il est même probable qu’apparaîtrait alors une forme de résistance armée encore plus dure, fragmentée et difficile à contrôler.
Le danger d’une guerre existentielle
Le conflit prend une autre dimension dangereuse si l’on prend en compte la dimension religieuse du côté des États-Unis et d’Israël. En Europe, le soutien américain à Israël est souvent perçu principalement en termes de stratégie, de lobbying ou de valeurs partagées. Tout cela joue un rôle, mais pour une part importante du monde des evangelicals américains, Israël a aussi une signification religieuse et eschatologique. Dans le sionisme chrétien, le retour du peuple juif sur la terre d’Israël et la survie de l’État juif sont vus comme partie d’un plan divin de salut. Israël n’est pas, dans cette vision, qu’un allié, mais un signe des temps et un maillon nécessaire d’un scénario historico-religieux qui doit aboutir au retour du Christ.

Cela rend le soutien à Israël particulièrement intense dans ces milieux. Ils soutiennent Israël non seulement pour des raisons stratégiques, mais parce qu’ils pensent que l’histoire elle-même a une orientation sacrée et que la protection d’Israël est un devoir religieux. Lorsqu’une telle conviction acquiert une influence politique dans une superpuissance, la nature de la prise de décision change. Le conflit est alors jugé non seulement sur la base des coûts, des risques et des équilibres, mais aussi en termes moraux et même eschatologiques.
Du côté israélien, il existe aussi des courants religieux et nationalistes qui considèrent le pays non seulement comme un État, mais comme un projet historique et sacré. Lorsque ces convictions se rejoignent, il en résulte un mélange particulièrement explosif: la géopolitique acquiert une profondeur religieuse, et la conviction religieuse une puissance stratégique.
Dans un tel contexte, il n’est pas difficile de comprendre pourquoi le conflit avec l’Iran tend à prendre une forme existentielle. Pour les États-Unis, un retrait rapide ou un échec visible signifierait une grave atteinte à leur crédibilité. Non seulement ils auraient échoué à neutraliser un adversaire tenace, mais ils montreraient aussi à leurs alliés et rivaux que la puissance américaine n’est plus automatiquement capable d’imposer un ordre régional.
Pour Israël, l’enjeu est de taille, car un Iran survivant et renforcé prouverait que la dissuasion israélienne a ses limites.
Pour l’Iran, le conflit devient presque inévitablement une lutte pour la survie, la souveraineté et l’honneur historique. Un pays qui survit à une telle attaque n’en conclura pas qu’il doit modérer la confrontation, mais plutôt qu’il doit renforcer sa dissuasion, ses alliances et sa capacité de riposte.

C’est ici que Toynbee devient pertinent. Son idée de « challenge and response » (défi et réponse) offre un cadre utile pour comprendre comment les civilisations et les grandes communautés politiques réagissent aux défis fondamentaux. Selon lui, les civilisations ne croissent pas dans la tranquillité, mais en répondant de manière créative aux pressions, aux crises et aux menaces.
Si l’Occident tente aujourd’hui de préserver un ordre ancien avec des moyens de moins en moins convaincants, il n’est pas impossible que des adversaires comme l’Iran renforcent leur identité précisément en réaction à cette pression. Ce qui, pour l’Occident, vise à la neutralisation, peut être vécu par l’autre comme la confirmation de sa mission historique. En ce sens, la guerre peut parfois renforcer l’adversaire idéologiquement plus que le détruire politiquement.
C’est là l’élément tragique de la géopolitique actuelle. L’Occident utilise les instruments de son ancienne hégémonie pour ralentir l’émergence d’une nouvelle réalité multipolaire, mais ce faisant, il accélère peut-être justement la transition vers cette nouvelle réalité. Chaque intervention ratée, chaque surestimation des capacités militaires, chaque sous-estimation de l’adversaire et chaque nouvelle escalade affaiblit encore plus l’aura d’une domination qui allait de soi. La guerre contre l’Iran risque donc de devenir plus qu’un simple conflit régional. Elle pourrait devenir le moment où il devient visible que l’Occident dispose certes toujours d’un pouvoir immense, mais n’a plus la capacité incontestée d’imposer des résultats politiques.
La limite de l’Occident
La question fondamentale n’est donc pas seulement de savoir si l’Iran peut être militairement endommagé. Cela, nul n’en doute. La vraie question est celle d’une victoire politique durable. Peut-on obliger le pays à se soumettre sans déclencher une guerre qui déstabiliserait la région, le marché de l’énergie et les relations entre grandes puissances? Peut-on renverser le régime sans créer un vide dans lequel milices, conflits ethniques, tensions sectaires et puissances étrangères déchireraient le pays pendant des décennies? Peut-on attaquer un État-civilisation doté d’une forte identité historique, d’une structure interne complexe et d’un poids géopolitique qui attire les grandes puissances, sans que la confrontation ne devienne beaucoup plus ample que prévu?
À toutes ces questions, la réponse honnête est qu’il n’existe aucune certitude positive simple. Au contraire, tout indique que la guerre contre l’Iran n’a pas d’issue stratégique claire. Une victoire rapide est peu probable, une occupation prolongée presque impensable, un changement de régime sans chaos hautement improbable, et un retrait sans perdre la face est politiquement très difficile. C’est précisément ce qui rend ce conflit si dangereux. L’Occident s’est peut-être enfermé dans une guerre trop vaste pour être gagnée et trop importante pour être abandonnée sans dégâts majeurs.

C’est peut-être là le sens le plus profond de cette guerre. Non pas qu’il soit impossible de causer destruction, mais qu’elle révèle une limite. La limite de l’idée que le monde puisse encore être gouverné depuis un seul centre. La limite de la conviction que les sociétés peuvent être redessinées de l’extérieur comme s’il s’agissait de structures techniques. Et, finalement, la limite du pouvoir occidental lui-même. L’Iran n’est pas seulement une cible, mais un miroir. Dans ce miroir, l’Occident voit peut-être, pour la première fois depuis longtemps, non seulement un ennemi, mais aussi la fin de sa propre évidence.
20:55 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, iran, occident |
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samedi, 21 mars 2026
Iran: le jour de la «Nouvelle Lumière» - Ce qui unit Allemands et Perses

Iran: le jour de la «Nouvelle Lumière»
Ce qui unit Allemands et Perses
par Jochen Stappenbeck
Source: https://aufgewacht-online.de/iran-der-tag-des-neuen-lichts/
Dans le numéro du magazine AUFGEWACHT intitulé «Combat final au Proche-Orient: une Troisième Guerre mondiale menace-t-elle?», nous mettons le doigt sur la plaie et expliquons clairement d’où provient le danger. L’analyse géopolitique exhaustive d’une région d’où pourrait surgir le prochain embrasement mondial. Vous pouvez commander le magazine ICI: https://aufgewacht-magazin.de/produkt/aufgewacht-6-24-print/
Les Allemands et les Perses présentent dans leur histoire intellectuelle certains traits essentiels communs: dans les deux cas, la tradition spirituelle originelle a été remplacée par une religion étrangère venue du Sud (de Rome ou de La Mecque), mais les deux peuples disposaient d’un substrat propre si puissant et d’une telle volonté de création qu’ils ont fini par développer des cultures mixtes tout à fait originales. Pour les Allemands, cela se manifeste par les courants gothique et romantique, et religieusement par la Réforme; pour les Perses, ce sont le chiisme et l’emprunt à leur haute culture ancestrale.
Protestantisme et Chiisme
Les deux peuples ont une inclination pour la rationalité et la justice. La distinction entre sunnites et chiites ne nous parle guère, mais il n’est pas faux de voir dans l’orientation chiite des similitudes avec le protestantisme. Le chiisme intègre « l’aql » (la raison) comme source indépendante du savoir religieux à côté du Coran et de la Sunna, tout comme Luther et Calvin associaient la « sola scriptura » à une interprétation rationnelle de la Bible. Dans les deux cultures, la lutte entre le Bien et le Mal est très importante. Ce dualisme a été « inventé » par Zoroastre. Originale aussi, la Renaissance safavide, qui a fusionné arabesques islamiques, motifs sassanides préislamiques (roses, jardins) et symboles zoroastriens du feu.



Le trait de rationalité se manifeste de façon particulièrement saisissante dans la tradition perse, qui fait commencer la nouvelle année avec l’équinoxe de printemps, c’est-à-dire la première égalité du jour et de la nuit après la saison sombre. C’est la raison la plus objective pour débuter un nouveau cycle annuel, et il s’agit d’une des plus anciennes fêtes de l’humanité. Elle fut mentionnée pour la première fois par écrit au 7ème siècle avant J.-C.

Jusqu’à aujourd’hui, la tradition du « Nowruz » se perpétue dans les pays voisins de l’Iran et jusqu’en Russie. Environ 300 millions de personnes célèbrent cette fête. Le terme signifie à l’origine « nouvelle lumière » (la première syllabe correspond à « nouveau » dans d’autres langues indo-européennes, et dans la seconde, on retrouve la racine de « lumière » du germanique, en tenant compte du passage fréquent de «l» à «r»). Il y a plusieurs milliers d’années déjà, l’observation du ciel atteignait son apogée en Perse (alors incluant la Mésopotamie). Ce que nous distinguons aujourd’hui entre astrologie et astronomie formait alors (et jusqu’à l’époque moderne chez nous aussi) une unité.
Une configuration extrêmement rare
Cette année, l’équinoxe a lieu le 20 mars à 15h46. En Iran, il est placé sous le signe des bombardements « usraéliens » (le terme « guerre d’agression illégale au regard du droit international » étant réservé à la Russie) et invite à réfléchir aux liens plus profonds. Traditionnellement, c’est le moment où l’on établit des prévisions pour de longs cycles.

L’astrologue le plus célèbre de Russie, Pavel Globa (photo), qui a enseigné et publié dès l’époque soviétique, a des racines perses et pratique l’ancien système avestique. Ses prévisions restent aujourd’hui encore relativement fiables. Ainsi, début 2020, il déclarait: «Nous vivrons l’année de la souris et devons espérer ne pas finir comme des souris de laboratoire». Andreï Boukharine, un de ses élèves, a interprété début 2026 l’entrée de Neptune en Bélier, en conjonction avec Saturne, comme l’aspect le plus important de l’année.
La conjonction des planètes se produit tous les 36 ans, l’entrée de Neptune en Bélier seulement tous les 165 ans. Mi-juin 2025, une première phase avait déjà commencé, marquée par la première attaque contre l’Iran, accompagnée de la première flambée du prix du pétrole depuis 2022. Neptune symbolise la religion, l’illusion et le fanatisme. Le pétrole lui est aussi associé. Il restera treize ans dans le signe guerrier du Bélier. Un astrologue sérieux analyse de façon comptable toutes les données historiques disponibles et compare les cycles similaires.
La conjonction Neptune-Saturne marque souvent la fin des empires, comme celle de l’URSS à partir de 1989. Boukharine rappelle que lors de l’entrée de Neptune en Bélier, en 715-728, cela coïncidait avec les campagnes arabes contre l’Europe, en 1054 avec le schisme de l’Église, et en 1536 avec le calvinisme militant. L’énergie de Saturne fournit ainsi l’armement, la structure pour les bouleversements. Cela est encore renforcé par le carré avec Pluton et Uranus.
Pont entre l’Inde et l’Europe
L’intérêt porté à ces choses obscures ne relève pas tant de la question d’une prédétermination ou d’influences extraterrestres que de la certitude que les puissances de l’ombre, surtout en temps de guerre, s’en inspirent volontiers pour maximiser leurs chances de succès.

Le point vernal progresse le long de l’écliptique et parcourt près d’un quart de la sphère céleste en six millénaires. Ce fut déjà reconnu dans l’Antiquité. Mais cela ne dérange pas les astrologues. Image : par Dbachmann – œuvre personnelle, CC BY-SA 3.0.
En tant que pont entre l’Inde et l’Europe, la Perse a eu une influence féconde, surtout sur les religions du Levant actuel. Le rôle millénaire de l’ennemi (Amalek) dans certains courants messianiques du judaïsme (qui, grâce à Netanyahu, dominent actuellement la politique israélienne) revient aux hostilités relatées dans la Bible envers Israël, mais évoque aussi une sorte de relation pathologique parent-enfant, qui alimente un motif irrationnel de vengeance pour un préjudice réel ou imaginaire lointain. Des phantasmes d’extermination punitive similaires ont aussi concerné l’Allemagne dans les années 1940.
Israël en tant que « superpuissance mondiale »
Il existe une rumeur selon laquelle la pièce de Goethe « La foire de Plundersweilern » (1773), qui présente une parodie de l’histoire biblique d’Esther, à l’origine de la fête de Pourim, aurait été remaniée après la mort de Goethe parce que le poète montrait le rôle d’Haman d’une manière trop clémente. La déclaration de Netanyahou au 13ème jour de la guerre, selon laquelle Israël deviendrait une « superpuissance mondiale », offre une amplitude d’interprétation similaire.
Et il poursuit textuellement: «Nous trouverons le repos et l’héritage. Nous arriverons aux jours du Messie. Alors je vous le dis, il se pourrait que nous arrivions aux jours du Messie. Mais cela n’arrivera pas jeudi prochain. Dans la vie des nations, on rencontre sans cesse de nouveaux jours ou d’anciens jours qui se renouvellent. Et la seule manière d’assurer ta survie, ton avenir, ta sécurité et les alliances que l’on conclut avec toi, c’est d’être très fort». Neptune et Saturne en Bélier symbolisent précisément cette combinaison de dogme religieux et de grande puissance de transformation terrestre.
Accordera-t-on aux Iraniens une sorte de trêve du Nouvel An pour Nawruz ?
* * *
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vendredi, 20 mars 2026
Glaziev et le nouveau désordre mondial – La guerre contre l’Iran décidera du sort de l’Ukraine

Glaziev et le nouveau désordre mondial – La guerre contre l’Iran décidera du sort de l’Ukraine
Markku Siira
Source: https://substack.com/home/post/p-191254494
L’académicien et théoricien russe de l’économie Sergueï Glaziev analyse la politique mondiale à la lumière des lois économiques de long terme. Sa thèse centrale est que le monde est en train de passer d’un ordre dirigé par les États-Unis à une nouvelle structure intégrale dont le centre se forme en Asie de l’Est et du Sud.
Glaziev rappelle qu’il avait prédit, il y a plus de dix ans, que les États-Unis déclencheraient un conflit mondial pour maintenir leur hégémonie, mais qu’ils finiraient par le perdre. Selon lui, cette prédiction est en train de se réaliser.
Washington a affaibli ses alliés européens tout en renforçant la Chine, devenue la puissance dominante aussi bien sur le plan productif que scientifique et technologique. Dans son analyse, la politique de sanctions et les guerres commerciales menées par les États-Unis ont détruit le système international du commerce et des devises et affaibli le dollar en tant que monnaie dominante mondiale.

L’agression actuelle des États-Unis et d’Israël contre l’Iran s’inscrit, selon Glaziev, dans une trajectoire historique plus large. Il affirme que les États-Unis suivent toujours le plan en cinq étapes élaboré par Zbigniew Brzezinski après la chute de l’URSS, dont le but était la domination globale américaine.
Le plan a commencé avec la prise de pouvoir des nationalistes ukrainiens et l’isolement de la Russie par rapport à l’Europe. Ensuite, il s’agissait de renverser le gouvernement de Moscou, de détruire l’Iran et, finalement, d’isoler la Chine par un blocus commercial. Selon Glaziev, « les services secrets américains ont réussi à insuffler ce plan insensé à leurs gouvernements marionnettes européens », ce qui a plongé l’UE dans une crise socio-économique irréversible.
Cependant, le plan ne s’est pas déroulé comme prévu. En Russie, la menace extérieure a renforcé l’unité intérieure, tandis que la Chine a profité au maximum du pivot de la Russie vers l’Asie.
Aujourd’hui, Washington est passé à la quatrième étape du plan, la destruction de l’Iran, bien que la troisième n’ait pas été réalisée. Cette fois, l’avant-garde idéologique est constituée par les sionistes israéliens, tout comme auparavant par les nationalistes ukrainiens et les revanchards allemands.
L’administration américaine mène une guerre hybride par procuration et n’hésite pas à sacrifier ses alliés, craignant pour sa propre popularité intérieure. Cette stratégie inclut aussi diverses provocations, comme l’attaque contre une base britannique à Chypre ou des frappes sur le territoire de l’Azerbaïdjan. L’objectif est d’étendre le conflit et de fragmenter l’Iran entre ses différents groupes ethniques.
Selon Glaziev, la direction iranienne est consciente de la menace existentielle et prête à se battre jusqu’au bout. En réponse à l’attaque, elle a fermé le détroit d’Ormuz, ce qui risque de déclencher une crise énergétique mondiale. Plusieurs analyses de marché ont averti qu’une fermeture du détroit provoquerait un choc pétrolier majeur.

Cela accélérerait l’inflation, plongerait l’Europe dans la récession et déclencherait une vague de faillites qui se répercuterait sur les marchés de produits dérivés américains et pourrait faire s’effondrer tout le mécanisme d’endettement du pays. Selon des agences de presse, l’Iran envisage un plan permettant à certains pétroliers de franchir le détroit à condition que les transactions se fassent en renminbi chinois.
Déjà, la hausse du prix du gaz a approfondi la crise économique en Europe. Si la Russie interrompait ses livraisons, les gouvernements pro-américains pourraient perdre leur emprise sur l’UE. L’OTAN pourrait se disloquer si le secrétaire général Mark Rutte mettait à exécution sa menace d’une défense collective contre l’Iran – ce que, selon Glaziev, les services de renseignement israéliens cherchent à provoquer par une attaque contre Chypre.
Glaziev envisage plusieurs scénarios pour l’évolution du conflit. Le premier, consistant en un coup d’État et un éclatement de l’Iran, paraît désormais improbable, mais même cela ne sauverait pas les États-Unis de l’effondrement du système du dollar, de l’éclatement des bulles financières et de l’éloignement de leurs alliés.
Le deuxième scénario, et le plus probable, est celui d’un état intermédiaire prolongé, où les combats se poursuivent de façon limitée et où les prix de l’énergie continuent d’augmenter.
Dans le troisième scénario, le plus sombre, les États-Unis et Israël auraient recours à l’arme nucléaire pour détruire l’Iran. Tout le Moyen-Orient deviendrait alors une zone de catastrophe – la peur et l’exode augmenteraient, et « la moitié de la population pourrait fuir », certains se dirigeant peut-être vers l’Ukraine. Glaziev considère toutefois une guerre nucléaire généralisée comme irréaliste et trop destructrice.
Dans le quatrième scénario, l’Iran inflige à Israël des pertes insoutenables, forçant ce dernier à se retirer de la guerre. Cela déclencherait une nouvelle vague d’antisionisme dans la région et remettrait en question l’existence même d’Israël. Dans ce contexte, Glaziev avance la théorie selon laquelle un transfert de population israélienne vers l’Ukraine serait déjà en préparation.
Selon lui, sur la rive droite du Dniepr, en Ukraine, il se déroule actuellement un «génocide des Russes», le «régime nazi de Kiev» libérant la zone pour des réfugiés israéliens en tuant et en déportant les hommes de Dnipropetrovsk, Mykolaïv, Kherson et Odessa.
Le cinquième scénario concerne une implication plus large de l’OTAN et une réponse de la Chine. Si la Chine bloquait Taïwan, les pays de l’OTAN perdraient la plupart de leurs microprocesseurs. Cela ferait éclater les bulles spéculatives autour de l’IA et plongerait tant l’Europe que les États-Unis dans une catastrophe sociale.

Dans tous les scénarios examinés, Glaziev prévoit un approfondissement de la crise économique en Occident. Cela atténuerait la pression contre la Russie et renforcerait la position russe, accélérant la réalisation des objectifs de « l’opération spéciale ».
Mais ici se pose une question incontournable sur le rôle de la Russie elle-même: si l’affirmation de Glaziev sur le transfert de population israélienne en Ukraine est exacte, le gouvernement Poutine participe-t-il alors activement à ce jeu géopolitique cynique, dans lequel des territoires ukrainiens sont «nettoyés» de leur population d’origine pour laisser place à de nouveaux arrivants?
Glaziev entrevoit deux alternatives pour l’avenir de l’Ukraine: soit les Ukrainiens «se soumettent à l’esclavage de leurs nouveaux maîtres et répètent le sort des Palestiniens», soit ils reconnaissent leur origine russe et reviennent vers la Russie. Cette dernière option paraît peut-être plus attrayante, mais dans la pratique, elle signifierait la fin de l’indépendance ukrainienne et le déplacement forcé de millions de personnes vers l’empire russe.
Cela dévoile la dure réalité de la situation: la vie humaine n’est finalement qu’un carburant pour la machine géopolitique. Les États-Unis et Israël utilisent leurs propres citoyens comme des pions tout en détruisant les peuples de la région, les gouvernements européens se vendent à bas prix, et les Ukrainiens et Russes ordinaires paient le prix fort dans le récit des deux camps. Le bouleversement de l’ordre mondial balaie des masses humaines sur son passage, alors que l’ancien pouvoir s’effrite et que le nouveau cherche sa place.
20:34 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, sergueï glaziev, politique internationale, iran |
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mercredi, 18 mars 2026
Nouveau front dans le conflit? - Quand les géants de la tech deviennent soudain une cible géopolitique

Nouveau front dans le conflit?
Quand les géants de la tech deviennent soudain une cible géopolitique
Elena Fritz
Source: https://t.me/global_affairs_byelena#
Le quotidien iranien Shargh Daily rapporte une possible nouvelle dimension dans les tensions actuelles qui bouleversent le Moyen-Orient. Selon le journal, des installations de grands groupes technologiques américains dans la région pourraient bientôt être prises pour cibles par des frappes de missiles iraniennes.
Dans les listes publiées, on retrouve notamment Amazon, Google, NVIDIA, Microsoft, IBM, Palantir et Oracle. Il s’agirait visiblement de centres de données, d’infrastructures cloud, de sites de développement ou de centres de services techniques de ces entreprises dans la région.
Si cette menace devait se concrétiser, cela indiquerait un changement stratégique dans le choix des cibles. Jusqu’à présent, les mesures iraniennes visaient principalement des leviers énergétiques : les attaques contre des infrastructures ou les menaces envers le trafic maritime dans le golfe Persique et le détroit d’Ormuz font traditionnellement grimper le prix du pétrole et augmentent ainsi la pression économique sur les économies occidentales.
Une attaque contre des installations de sociétés technologiques américaines signalerait en revanche une nouvelle logique dans la guerre économique.
En effet, les grands groupes du secteur IT ne sont plus de simples entreprises. Ils constituent le système nerveux digital de l’économie occidentale – depuis les infrastructures cloud, en passant par l’analyse de données militaires, jusqu’au développement de l’intelligence artificielle.
Une attaque ciblée contre cette infrastructure aurait donc potentiellement deux effets parallèles :
Premièrement, elle pourrait continuer à faire monter les prix de l’énergie si les tensions dans la région s’intensifient.
Deuxièmement, elle viserait directement la valorisation boursière des grands groupes technologiques américains – c’est-à-dire ces entreprises qui représentent aujourd’hui une part très importante de la capitalisation des marchés boursiers américains.
En d’autres termes, ce n’est plus seulement le pétrole qui pourrait devenir une arme, mais aussi la stabilité de l’économie numérique.
Cela confirmerait un schéma qui devient de plus en plus visible depuis quelques années :
La compétition géopolitique se déplace de plus en plus des cibles militaires classiques vers les infrastructures économiques critiques.
Énergie, semi-conducteurs, réseaux logistiques – mais aussi infrastructures cloud et de données.
Si de telles attaques devaient effectivement avoir lieu, ce serait une étape de plus vers un type de conflit où marchés financiers, prix de l’énergie et infrastructures numériques deviennent eux-mêmes le champ de bataille.
#global_affairs_byelena
13:35 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : it, actualité, iran, géants de la tech |
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Les silences de Pete Hegseth

Les silences de Pete Hegseth
Andrea Marcigliano
Source: https://electomagazine.it/i-silenzi-di-hegseth/
Pete Hegseth est le Secrétaire à la Défense de Washington. Un quadragénaire, 45 ans, avec un long parcours militaire, puis un rôle d’animateur télévisé.
L’un des nouveaux hommes amenés à Washington par Donald Trump.
Pete Hegseth a déclaré qu’il n’existait aucune preuve d’un quelconque soutien militaire de la Russie et de la Chine à l’Iran. Une déclaration sèche. Pour mettre fin aux nombreuses spéculations parues dans la presse américaine en ces premiers jours de guerre.
Bien. Mais Pete Hegseth ment. En sachant parfaitement qu’il ment.
La Russie et la Chine soutiennent Téhéran par tous les moyens. Et même pas de façon très dissimulée.
Moscou a même réduit la pression dans le Donbass, où, d’ailleurs, sa victoire semble désormais évidente. Une question de semaines.
Cependant, la Russie a bien conscience que des États-Unis embourbés dans une campagne militaire en Iran, stérile et sans issue, constituent un problème mineur, voire inexistant, pour sa conquête d’une partie de l’Ukraine.
Par conséquent, son renseignement, ainsi que son aide militaire et économique, sont actuellement projetés vers le théâtre moyen-oriental.

Quant à Pékin, nous avons déjà parlé du « navire-espion » qui signale les cibles dans le golfe Persique aux missiles et aux torpilles iraniens.
Ce qui a contraint les navires américains à se retirer de plusieurs centaines de kilomètres.
Mais ceci n’est que l’aide la plus visible offerte par Pékin à Téhéran.
En plus du travail de renseignement, il existe un intense trafic aérien et ferroviaire qui amène du matériel, des armes et autres équipements pour renforcer la résistance iranienne.

Et tout cela se déroule de manière absolument ouverte.
Sans trop de faux-semblants. Sans masques particuliers.
Mais l’excellent Hegseth ne le voit pas.
Pour lui, il n’y a aucune implication de Moscou ni de Pékin dans le conflit.
Il l’exclut, avec la plus grande fermeté.
Point final.
Eh oui… La Russie et la Chine sont de grandes puissances. Industrielles et militaires. Et, de surcroît, des puissances nucléaires.
Il vaut donc mieux, infiniment mieux, faire semblant de ne pas voir leur aide à l’Iran. De commenter leur implication dans cette guerre.
Qui, certes, est déjà une guerre mondiale – la Troisième, la Quatrième, peu importe… – mais c'est une guerre asymétrique.
Donc atypique, où l’on évite la confrontation frontale entre grandes puissances. Parce qu’elle ne pourrait mener qu’à un cataclysme total. Sans vainqueurs ni vaincus.
En somme, une partie d’échecs. Un jeu de masques.
Hegseth prouve qu’il connaît bien le métier, et qu’il sait qu’il existe des limites à ne pas franchir.
Espérons que d’autres partagent sa vision…
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mardi, 17 mars 2026
La guerre de l’eau

La guerre de l’eau
Andrea Marcigliano
Source: https://electomagazine.it/la-guerra-dellacqua/
La guerre entre l’Iran et les États-Unis (et, bien entendu, Israël) présente de nombreux aspects, causes et théâtres d’opérations.
Le pétrole, bien sûr. Mais aussi la position géopolitique de l’Iran, qui constitue un pont politique et économique fondamental avec la Chine.
Sans oublier l’équilibre global de tout le Moyen-Orient élargi.
Avec Téhéran qui représente le contrepoids, le principal obstacle à la naissance du Grand Israël.
C’est donc une guerre qui se mène à de nombreux niveaux. Avec différents outils.
Une guerre qui, désormais, devient aussi celle de l’eau.
C’est-à-dire qu’elle implique les ressources hydriques dont toute la région a besoin. Et qui, dans bien des cas, garantissent la survie même de peuples entiers.
Les faits sont clairs et simples.
L’aviation américaine a frappé, et de fait paralysé, les installations de désalinisation de Qesm, une île dans le détroit d’Ormuz, qui dépend entièrement de ces installations.
Il semblerait que ce soient les Américains. Même si, à l’heure actuelle, ils se renvoient la responsabilité avec Israël.
Oui… car ces installations avaient pour seul but de fournir de l’eau potable à la population de l’île. Aucune valeur militaire. Aucun rôle stratégique.
Bref, une absurdité totale. Mais une absurdité qui pourrait avoir de graves conséquences, comme l’ont déjà laissé entendre les déclarations iraniennes.
Parce que l’Iran, dans son ensemble, dispose de beaucoup d’eau, au point de pouvoir en vendre. Les sources d’eau sont abondantes. Les grands fleuves irriguent tout le pays.
Ceux de Qesm constituent un cas limite. Isolé. Un avant-poste.
Cependant, la situation est tout autre dans les pays arabes voisins, qui sont les bases de départ des opérations américaines.
Les besoins en eau de la population y sont, pour l’essentiel, couverts par des installations de désalinisation.
Cela va d’environ 70 % pour l’Arabie saoudite, à près de 100 % pour le Qatar.
Vous comprenez ? Sans usines de désalinisation, dans ces pays, on risque tout simplement de mourir de soif.
C’est pourquoi elles sont entretenues avec le plus grand soin.
C’est aussi pour cette raison qu’on a tenté de les tenir à l’écart du conflit.
Mais ensuite, des génies (américains ou israéliens, peu importe) ont eu la brillante idée de détruire Qesm. Sans aucune raison stratégique.
Et maintenant, qu'arrivera-t-il, pensez-vous?
Téhéran a été clair. À partir de maintenant, elle considère comme objectifs militaires tous, absolument tous, les sites de désalinisation de la péninsule Arabique.
La population civile, bien sûr, n’a rien à voir là-dedans. Mais ces pays arabes accueillent, disons-le, les bases aériennes et de missiles d’où partent les attaques américaines. D’où, probablement, est également partie celle contre l’usine de désalinisation iranienne.
Alors… faites vos comptes.
Riyad et les petits États du Golfe sont déjà en panique. Une riposte iranienne pourrait les mettre plus bas que terre. Les condamner à la soif.
Et cela rendra assurément très difficile le contrôle de populations en grande partie chiites, qui sympathisent déjà avec Téhéran.
Une absurdité militaire, disais-je. L’une des nombreuses absurdités criminelles, comme le bombardement d’une école pour enfants.
Une absurdité qui, dans ce cas, pourrait coûter très cher.
Vraiment très cher.
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Guerre et temps

Guerre et temps
par Pierluigi Fagan
Source: https://www.sinistrainrete.info/articoli-brevi/32542-pier...
Comme cela avait été préalablement annoncé, à Rome, la rencontre promue par Interferenza sur les questions de politique mondiale s'est tenue. Prévue sous un angle analytique et réflexif général, il est clair qu’à la lumière des événements, la guerre contre l’Iran prend une importance particulière. Voici donc le condensé de mon intervention, qui sert aussi de récapitulatif des pièces placées sur l’échiquier pour toute personne intéressée.
Le Moyen-Orient est une fractale de la complexité du monde (de nombreuses variables et interrelations non linéaires entre ces dernières). Il l’est pour des raisons géographiques, historiques, religieuses, économiques et financières. Autour de sa composition articulée, qui, en plus des monarchies du Golfe, du Yémen, de la Syrie, de la Jordanie, du Liban et de l’Irak, voit également des acteurs intéressés comme la Turquie, l’Iran, l’Égypte, sans oublier la présence particulière d’Israël, on retrouve aussi les grandes puissances : Russie, États-Unis, Chine et Inde. Dans ce contexte, l’UE, ou plus généralement l’Europe, a son importance, même si elle reste passive.
Le cadre stratégique de fond est le plan israélo-américain, d’abord connu sous le nom d’Accords d’Abraham (Trump), puis comme "Route du Coton" (Biden), visant à faire de la péninsule arabique le trait d’union entre l’Inde et l’Europe. Chemins de fer, gazoducs, oléoducs (qu’il faudrait réorienter vers le nord et non plus vers le Golfe), lignes électriques, co-entreprises, tourisme, recherche de nouvelles technologies, flux massifs d’investissements, paradis du luxe et de l’évasion fiscale, et des liens d’interdépendance réciproque forts. Le tout débouchant en Israël, comme façade méditerranéenne tournée vers l’Europe.
La «conditio sine qua non»: chasser les Palestiniens de Gaza, détruire – après le Hamas – le Hezbollah au Liban, et couper la tête du serpent iranien.
De la guerre en cours, on peut donner de nombreuses raisons, mais se trompe celui qui croit avoir trouvé la raison: ce type de phénomène complexe, avec ses nombreuses variables et interrelations, possède également de multiples raisons, c’est-à-dire de causes et de contextes. Passons donc à une rapide analyse des acteurs en présence.
CHINE. Avec les accords Arabie Saoudite-Iran, suite à une réunion tenue à Pékin en 2023, les Chinois avaient affiché la volonté de pacifier la région pour l’ordonner autour de leurs intérêts commerciaux réciproques. De fait, depuis lors, plusieurs rencontres ont suivi entre ces deux poids lourds régionaux, chefs de file respectifs du sunnisme et du chiisme, et ils ont notablement atténué leur animosité historique. L’Iran a alors rejoint d’abord l’Organisation de Coopération de Shanghai, puis les BRICS élargis (où se trouvent aussi les Émirats Arabes Unis, mais pas l’Arabie Saoudite). En 2025, la Chine a investi 15,7 milliards de dollars dans le Golfe. Il y a quelques jours, après le début du conflit, les banques et assurances publiques chinoises ont suspendu ou drastiquement réduit les lignes de crédit aux pays du Golfe et bradé des obligations saoudiennes et Aramco; la société pétrolière nationale d’Abu Dhabi a dû suspendre une émission massive d’obligations qui avait été prévue.
La Chine importe 70% de ses besoins énergétiques fossiles et un peu plus de la moitié de cette quantité provient du Golfe, un quart de celle-ci vient d’Iran (donc moins de 10% du total), disposant d’environ 115 jours de réserves en cas de blocage total, plus la possibilité de recourir au charbon ou d’augmenter le flux depuis la Russie. Le ministère chinois des Affaires étrangères a annoncé l’envoi prochain d’une mission diplomatique dans la région. Mais un éventuel et durable blocus pèserait autant, voire plus, sur l’Inde, la Corée du Sud, Taïwan et le Japon.
À noter: le 31 mars, l’entretien annoncé et déjà planifié entre Xi et Trump.

INDE. Modi s’est récemment rendu en Israël (fin février) et y a prononcé un discours très applaudi à la Knesset. Israël est fournisseur d’armes de l’Inde et ils ont divers partenariats, non seulement dans l’armement, mais aussi en cybersécurité, en innovation agricole et en gestion de l’eau. Modi s’est aussi engagé à envoyer jusqu’à 50.000 Indiens travailler en Israël. L’Inde est le terminal des projets de la Route du Coton (I2 pour Inde et Israël, U2 pour EAU et USA, accord de 2023), et membre des BRICS et de l’OCS.
RUSSIE. La hausse de la demande mondiale en cas de pénurie durable d’approvisionnement et la montée en flèche des prix sont évidemment bien vues, tout comme la probable réduction de l’envoi d’armes et de financements occidentaux à l’Ukraine. Aucune certitude, mais si la situation devait devenir vraiment grave, peut-être l’attitude d’ostracisme européenne envers la Russie pourrait-elle changer, ou pas, nous verrons.

ISRAËL va vers de nouvelles élections le 27 octobre. Pour la première fois depuis longtemps, les quatre partis arabes présenteront une liste unie, estimée à 14 sièges potentiels, troisième parti du pays. Il y a quelques jours, Netanyahu a aussi évoqué une mystérieuse « alliance Hexagone » qui réunirait la Grèce et Chypre (contre la Turquie, autour des importants gisements sous-marins de la région), puis l’Inde, peut-être le Somaliland, les Émirats Arabes Unis, et qui sait qui d’autre. Après la question du Hamas, l’objectif est de détruire le Hezbollah, dont la branche militaire a déjà été déclarée illégale par le gouvernement libanais, mais peut-être aussi l’occupation durable du sud du pays, lui aussi riche en gisements sur la côte.

GOLFE. Il y a deux jours, bin Salman a appelé les pays du CCG, à savoir Bahreïn, Koweït, Qatar, Émirats Arabes Unis, Oman, pour leur demander instamment de minimiser publiquement les attaques iraniennes et d’appeler à la désescalade. Le Qatar (qui entretient de très bonnes relations avec l’Iran et partage avec lui le plus grand gisement gazier du monde, North Dome/South Pars), a déclaré par la voix de son ministre de l’Énergie qu’on redoute un blocage total des exportations, avec un pétrole à 150 dollars et un effondrement de l’économie mondiale. Plus généralement, ils nourrissent des doutes:
1) doute sur l’origine des attaques (certaines seraient des fausses bannières israéliennes);
2) doutes sur la gestion de l’« après » Iran avec qui il faudra vivre;
3) craintes sur l’épuisement des ressources et la prolongation de la guerre (catastrophe économique et pour le projet de « pôle du luxe », Vision 2030 de MBS);
4) risque d’humiliation militaire (arsenaux modernes mais peu de personnels et de techniciens), risque d’invasion terrestre (Koweït), de révolte (Bahreïn) et de reprise de la guerre avec les Houthis;
5) risque que l’Iran frappe les infrastructures de dessalement, avec catastrophe alimentaire;
6) risque de réaction de l’opinion musulmane, après Gaza, si on laisse trop de champ à Israël (projet du Grand Israël), ce qui pourrait les submerger à l’avenir. Et il y a enfin le pouvoir stratégique-financier d’interdiction de la Chine.
Le ministre omanais des Affaires étrangères, Badr al-Busaidi (Oman n’est ni chiite, ni sunnite, et joue historiquement le rôle de médiateur dans tous les dossiers diplomatiques régionaux, y compris les négociations USA-Iran sur le nucléaire), a qualifié le jour même du début de la guerre le conflit d’«incompréhensible», estimant que les Iraniens avaient accepté toutes les conditions posées pour minimiser leur programme nucléaire et que, selon lui, la signature était imminente.

STRATÉGIE DES ETATS ETHNIQUES (vieille marotte néocon sur le Moyen-Orient, ici centrée sur l’Iran). C’est l’idée d’utiliser les Kurdes iraniens et irakiens pour faire le sale boulot «au sol». Je souligne que la Syrie et la Turquie n’en seraient pas du tout ravies, ce serait une catastrophe locale d’avoir à gérer demain un État kurde à la frontière. Il y a aussi la question des Baloutches, et là l’histoire est longue, mais le Pakistan n’apprécierait pas non plus. Enfin, certains estiment que des rébellions ethniques provoqueraient une réaction nationaliste iranienne. Les Allemands se disent préoccupés d’éventuelles diasporas vers l’Europe. Au Liban, on compte déjà 500.000 déplacés venus du sud du pays.

REPRÉSAILLES. Vous savez tout d'Ormuz désormais. Mais j’ai signalé il y a quelques jours aussi l’oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan (BTC – Azerbaïdjan-Géorgie-Turquie), propriété de BP, qui transporte du pétrole d’Azerbaïdjan en Israël.
Les HOUTIS sont pour l’instant dormants. Mais, si la situation dégénère, ils seront toujours sur la mer Rouge (où l’AS a le seul terminal qui ne débouche pas sur le golfe Persique). De là, le Bab el-Mandeb, le port d'Eilat, et, en cas de crise, le Canal de Suez sont à portée de tir.
Etats-Unis. Ils auront des élections de mi-mandat une semaine après celles qui se tiendront en Israël, en novembre 2026, et Trump subira les conséquences de la guerre, qu’elles soient positives ou négatives.
EN CONCLUSION. La variable décisive de cette guerre, c’est le temps.
Combien de temps l’Iran tiendra-t-il (et quels choix de commandement fera-t-il), et quelle est la capacité réelle des arsenaux des USA et d’Israël.
Combien de temps Trump résistera-t-il aux pressions mondiales dues à l’inflation et à la stagflation, au marché des énergies fossiles et à la survie des monarchies du Golfe.
Combien de temps celles-ci tiendront-elles, et avec elles tous ceux qui dépendent de leurs investissements et de leurs exportations énergétiques.
Si, «du bord de l’abîme», nous tomberons dedans ou parviendrons à reculer, nous verrons.
Vidéo de la conférence dans son intégralité. Mon intervention commence vers 1:24
https://www.youtube.com/watch?v=RBKmscvV2dg
(à 1:54, il est mentionné comme possible nouveau Guide Suprême « Arisi », mais il s’appelle en réalité Alireza Arafi, actuellement membre du Conseil provisoire, je m’excuse pour l’erreur).
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dimanche, 15 mars 2026
L’Iran et l’essor du Croissant chiite - Le rôle stratégique de l’Iran dans le Moyen-Orient multipolaire

L’Iran et l’essor du Croissant chiite
Le rôle stratégique de l’Iran dans le Moyen-Orient multipolaire
par Nuestra América
Nuestra América sur l’Iran en tant que pierre angulaire du monde chiite à l’ère multipolaire.
Dans l’architecture géopolitique du Moyen-Orient et du monde islamique, l’Iran occupe une position singulière : il est le principal État chiite et l’un des rares acteurs capables d’articuler simultanément pouvoir religieux, politique et stratégique. Cette conjonction a fait de Téhéran une pièce maîtresse dans la configuration d’un ordre international de plus en plus multipolaire.
Historiquement, l’Iran s’est imposé comme bastion du chiisme à partir du XVIe siècle, lorsque la dynastie safavide transforma le pays en centre du chiisme duodécimain, le distinguant de l’environnement majoritairement sunnite de la région. Ce processus a fait de l’Iran le principal pôle religieux et culturel du chiisme, une condition qui continue d’influencer sa politique étrangère contemporaine.
Après la Révolution iranienne de 1979, cette dimension religieuse s’est intégrée à une stratégie politique plus large. Le nouvel État iranien a promu un réseau de relations avec les communautés et mouvements chiites dans différents pays, combinant diplomatie religieuse, soutien politique et coopération militaire. Ce réseau s’est progressivement étendu de l’Iran vers l’Irak, la Syrie, le Liban et le Yémen, formant ce que plusieurs analystes appellent le « Croissant chiite », une ceinture d’influence reliant les présences chiites du Golfe Persique à la Méditerranée.

Dans ce cadre, l’Iran agit non seulement comme un État-nation traditionnel, mais aussi comme le centre idéologique et l’organisateur d’une constellation d’acteurs étatiques et non étatiques. Des organisations telles que le Hezbollah au Liban, les milices chiites en Irak et le mouvement houthiste au Yémen ont entretenu des liens politiques, financiers ou militaires avec Téhéran. Ensemble, ils forment ce que certaines études qualifient « d’Axe de la Résistance » face à l’influence occidentale et à des alliés régionaux comme Israël et l’Arabie saoudite.
Ce rôle prend une dimension supplémentaire dans le contexte d’un monde multipolaire émergent. L’Iran se présente comme l’un des nœuds géopolitiques reliant le Moyen-Orient à des acteurs eurasiens plus larges, entretenant des relations stratégiques avec des puissances comme la Russie et la Chine, tout en participant à des réseaux économiques et diplomatiques qui fonctionnent comme des alternatives au système occidental. Bien que ces alliances ne soient ni homogènes ni exemptes de tensions, elles contribuent à situer l’Iran dans un cadre plus large de pouvoirs globaux.
En même temps, l’influence iranienne n’est ni absolue ni homogène. Au sein même des communautés chiites existent diverses tendances religieuses et politiques, et certains pays à forte population chiite maintiennent des positions indépendantes, voire critiques vis-à-vis de Téhéran. La relation entre identité religieuse et géopolitique est donc complexe et dynamique.
En résumé, l’Iran fonctionne comme la pierre angulaire du monde chiite contemporain, non seulement en raison de son poids démographique ou religieux, mais par sa capacité à articuler des réseaux politiques, idéologiques et stratégiques qui dépassent ses frontières nationales. Dans la transition vers un système international multipolaire, ce rôle fait de Téhéran un acteur central pour comprendre les nouvelles configurations informelles au Moyen-Orient et au-delà.
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vendredi, 13 mars 2026
Les Kurdes en conflit avec Reza Pahlavi

Les Kurdes en conflit avec Reza Pahlavi
Les minorités ethniques d’Iran : Quelle est l’intégration des Kurdes, Louris, Arabes, Baloutches, Azéris et autres peuples turciques ? Préparent-ils une révolte ?
Felix Hagen
Alors qu’à Washington on parle encore de « frappe ciblée », le Moyen-Orient s’embrase. Parmi les morts des frappes aériennes figure également le grand ayatollah Ali Khamenei, qui avait marqué la politique du pays depuis plus de trente ans. Pourtant, le soulèvement populaire espéré par l’Occident n’a pas eu lieu. En Iran, au lieu d’un climat révolutionnaire, on observe un mélange de choc, de colère et d’unité nationale. La frappe aérienne contre une école de filles dans la ville d’Hormozgan, où la minorité arabe est très présente, et qui a coûté la vie à plus d’une centaine d’enfants, est diffusée en boucle à la télévision d’État ; même des opposants déclarés au régime parlent soudain de défendre la patrie. L’ancienne star du football Ali Daei, autrefois figure de l’opposition, déclare préférer mourir que de trahir, et l’ancien prisonnier politique Mohsen Borhani « baise les mains de tous les défenseurs de la patrie ».
Même les militantes du mouvement « Femme, Vie, Liberté » – qui, après la mort de Mahsa Amini en 2022 pendant une garde à vue, avait déclenché des manifestations nationales – se montrent nettement réservées à l’idée de s’allier à une intervention militaire étrangère.
Cela tient aussi à la composition ethnique du pays, car qui veut peser sur l’avenir de l’Iran doit se départir de l’image d’un État religieux homogène. L’Iran n’est pas un bloc monolithique mais un État multinational dont l’histoire est impériale. À peine la moitié de la population est d’origine persane. Le reste se répartit entre Azéris au nord-ouest, Kurdes à l’ouest, Arabes dans le sud-ouest pétrolier, Baloutches au sud-est, Lors/Louris dans le Zagros, ainsi que de nombreuses petites communautés tribales et religieuses. Cette mosaïque ethnique est une réalité politique – et c’est précisément là que misent ceux qui, de l’extérieur, espèrent un basculement.

Reza Pahlavi, le fils du shah renversé en 1979, tente par exemple de s’ériger en défenseur des minorités. Dans une récente allocution sur Internet, il s’adresse explicitement aux provinces du Khouzistan, d'Ilam, de Kermanshah, du Kurdistan et d'Azerbaïdjan occidental, aux « courageux Azéris, Kurdes et Lors », à la communauté Yarsan, ainsi qu’aux petites tribus comme les Jaff, Kalhor, Sanjabi et Bakhtiari. La stratégie se comprend: qui veut renverser la République islamique doit mobiliser la périphérie. Les Kurdes, Arabes et Baloutches sont depuis des décennies considérés comme plus enclins au conflit que les Azéris, mieux intégrés. Qui sème le trouble ici, affaiblit le centre.

Mais le problème de Pahlavi n’est pas la logique de son discours, mais son manque de légitimité. Dans le pays même, il ne dispose d’aucun réseau solide, d’aucune structure de parti ni de base organique. Son soutien provient surtout des cercles d’exilés aisés aux États-Unis et en Europe. Pour de nombreux Iraniens, il est moins un porteur d’espoir que l’héritier d’une dynastie autrefois très liée à Washington et à Londres. Le souvenir du renversement de Mossadegh en 1953 (photo) et du caractère autoritaire de la dynastie Pahlavi n’a nullement disparu. Le reproche de ses compatriotes restés au pays: quiconque appelle à la révolte depuis l’étranger apparaît vite comme un entrepreneur politique qui cherche à tirer profit de la chute du régime.
S’y ajoute un problème structurel: les groupes auxquels s’adresse Pahlavi sont certes mécontents, mais pas automatiquement monarchistes ou pro-occidentaux. Les Kurdes de l’ouest réclament depuis des décennies des droits culturels et l’autonomie, pas le retour d’une couronne persane. Les Arabes du Khouzistan se plaignent de leur marginalisation économique, non de l’absence de monarchie. Les Baloutches du sud-est luttent contre la pauvreté, la discrimination religieuse et la répression étatique – leur agenda est local, non dynastique. La proposition de Pahlavi d’un État-nation laïc peut séduire les think tanks occidentaux, mais elle se heurte à l’intérieur à des intérêts fragmentés.
Pahlavi tente aujourd’hui de fédérer les tensions ethniques existantes sans faire partie de ces milieux, promet l’égalité sans être perçu comme un garant crédible dans le pays, et appelle à l’unité nationale, alors que sa propre existence politique repose sur le récit fabriqué par ses soutiens extérieurs. En période de menace extérieure, cela ressemble, pour beaucoup d’Iraniens, plus à de l’opportunisme qu’à du leadership. Il n’est donc pas étonnant que Pahlavi, dans sa tentative de séduction des minorités, suscite surtout moqueries et colère; «nous avons subi des nettoyages ethniques tant sous la République islamique que sous les Pahlavi», répond par exemple le séparatiste kurde Karim Parwizi aux tentatives de recrutement de Pahlavi, qualifiant ensuite le monarchiste de «fasciste». Dans d’autres régions aussi, le soutien au prince héritier reste limité; le retour de la monarchie perse ne semble pas être un objectif politique désirable pour de nombreux Iraniens de diverses origines ethniques.



De plus, de nombreux observateurs occidentaux sous-estiment la capacité d’intégration de la République islamique. Aussi conflictuelle soit-elle, la relation entre centre et périphérie: les Azéris, deuxième groupe ethnique du pays, sont profondément ancrés dans l’appareil d’État, et de nombreux religieux de haut rang sont issus de leurs rangs. Des familles kurdes, lores ou arabes sont également présentes dans l’administration et l’armée; le président Masoud Pezechkian, par exemple, est le fils d’une mère kurde et d’un père azéri. Les frontières ethniques dans le pays suivent rarement des lignes territoriales nettes, mais se recoupent dans les familles, les villes et les régions. Tout ce qui risquerait une désintégration ethnique mènerait à une longue guerre civile – un scénario qui effraie même beaucoup d’opposants au régime.
Les minorités religieuses officiellement reconnues en Iran ont aussi beaucoup à perdre. Outre les chrétiens orthodoxes et catholiques, les juifs et les zoroastriens bénéficient de la liberté de culte et de sièges parlementaires garantis par la Constitution. Une particularité dans la région, qui assure notamment la loyauté des Arméniens chrétiens – et permet une diplomatie secrète efficace avec le Saint-Siège. Une désintégration sur des lignes ethniques serait pour ces minorités urbaines une catastrophe, semblable à l’exode des chrétiens d’Irak ou de Syrie après la chute des dictatures locales. Mais ce ne sont pas seulement les minorités religieuses qui craignent un tel sort, aussi les classes moyennes et supérieures urbaines sont hostiles aux conflits ethniques: en Iran, l’identité ethnique passe souvent au second plan derrière l’identité sociale et économique. Les Kurdes et les Arabes issus de la classe moyenne se considèrent plus souvent comme «Iraniens» que les paysans ou ouvriers agricoles locaux. Plus un Iranien gravit les échelons sociaux, moins son appartenance tribale ou linguistique a d’importance. Être «iranien» est pour beaucoup moins une question d’appartenance ethnique au groupe perse qu’une question de langue et de culture. Si la foi chiite commune a perdu de son pouvoir d’intégration, la religion, l’histoire et la langue communes restent des liens essentiels pour l’ensemble du pays.
Enfin, la République islamique ne se présente pas non plus politiquement comme un État-parti idéologique. Au sein des institutions officielles, plusieurs courants et groupes d’intérêt luttent pour le pouvoir ; à Khamenei décédé succède ainsi un triumvirat composé du président libéral Masoud Pezechkian, du conservateur Gholam-Hossein Mohseni-Ejei et du religieux mais peu politisé Alireza Arafi. Quel camp l’emportera reste incertain, mais une chose est sûre : le calcul occidental d’une décapitation rapide et d’un bouleversement consécutif ne s’est pas, jusqu’à présent, réalisé.
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Le conflit en Iran et en Méditerranée orientale

Le conflit en Iran et en Méditerranée orientale
Lucas Leiroz
Source: https://jornalpurosangue.net/2026/03/05/o-conflito-no-ira...
Aujourd'hui, l'Iran a lancé deux attaques contre des bases de l'OTAN en Turquie et une en Grèce. Toutes ont été interceptées. Auparavant, des missiles étaient déjà tombés sur la base britannique à Chypre, causant des dégâts.
L'une des spirales potentielles d'escalade du conflit actuel se trouve précisément dans la région de la Méditerranée orientale. Nous avons là une poudrière proche de l’explosion.
Récemment, la Grèce, Chypre et Israël ont élevé leur partenariat politique préexistant au statut d’alliance militaire. En pratique, ils ont formé une sorte de "mini-OTAN" en Méditerranée orientale.
Cette manœuvre s’inscrit dans un contexte de tensions croissantes entre la Turquie et Israël, qui se sont fortement aggravées depuis la chute d’Assad en Syrie. Les deux pays combattaient Assad parce que la Syrie servait de zone tampon, bloquant autant le projet néo-ottoman d’Erdogan que le projet du Grand Israël de Netanyahu.
Sans Assad, les expansionnismes turc et israélien ont commencé à s’affronter et l’on est désormais à la veille d’un conflit armé. Le gouvernement du HTS en Syrie a plutôt bien géré la situation et équilibré les relations avec les deux pays, mais il est clair qu’il penche du côté israélien.
Cela a amené la Turquie à réduire ses liens avec Israël et à renforcer sa coopération avec l’Iran. Récemment, il a été révélé que la Turquie avait fourni des renseignements à l’Iran lors de la Guerre des Douze Jours. On ne sait pas encore quelle est la situation dans le conflit actuel.
Je suis de près l’opinion turque sur les réseaux sociaux et j’observe des sentiments ambigus. D’un côté, un soutien total à l’Iran ; de l’autre, de l’indifférence, voire une inclination vers Israël. Et les deux positions ont leurs propres logiques.

Les Turcs constituent un élément important de la composition ethnique de l’Iran. Les Azéris (peuple turcique oghouz) représentent la plus grande minorité ethnique d’Iran. En additionnant Azéris et autres groupes turciques du pays, environ 30 % de la population iranienne parle une langue turcique.
L’ayatollah Ali Khamenei lui-même, par exemple, est d’origine turco-azérie par son père. Le président Pezeshkian aussi. Une grande partie de l’élite politique iranienne est de souche turque. En pratique, l’Iran est presque un empire binational turco-perse. Les Turcs locaux vivent en paix et sont respectés par les Perses, c’est pourquoi une partie des patriotes turcs soutient l’Iran inconditionnellement (j’ai même vu des Turcs demander que l’Iran attaque les bases américaines en Turquie !).
D’un autre côté, les sentiments expansionnistes pan-turcs sont forts en Turquie et de nombreux militants nationalistes locaux veulent annexer les régions d’Iran à majorité turque. Erdogan joue sur tous les tableaux et tire parfois profit de ces sentiments nationalistes. C’est pourquoi la Turquie a aussi laissé entendre que, si l’Iran s’effondrait et perdait le contrôle de ses provinces, il y aurait une incursion militaire turque dans l’Azerbaïdjan du Sud (province iranienne à majorité turco-azérie – à ne pas confondre avec le pays Azerbaïdjan).
Ainsi, la nouvelle des attaques d’aujourd’hui a été reçue de manière ambivalente. Peu de gens les ont soutenues explicitement. Et, parmi ceux qui les ont condamnées, certains demandaient des représailles et une collaboration avec Israël, tandis que d’autres réclamaient l’expulsion des bases et la formation d’une alliance avec l’Iran.

En parallèle, il y a la question de Chypre, une île divisée en quatre parties: un État ethniquement grec au sud, un protectorat militaire britannique, une zone tampon de l’ONU et la République turque de Chypre du Nord, contrôlée par la Turquie. L’Iran a déjà attaqué le protectorat britannique sur l’île dans les premiers jours de la guerre. Et aujourd’hui, il a frappé la base américaine en Grèce, qui est alliée à Chypre "du Sud" (grecque) et à Israël, ce qui signifie que la Grèce et Chypre pourraient éventuellement commencer à soutenir militairement Israël en représailles contre l’Iran.
Je ne sais pas comment Erdogan va gérer tout cela, mais, à sa place, voici l’attitude que j’adopterais : condamnation bureaucratique et formelle de l’Iran pour les attaques contre les bases en territoire turc (pour satisfaire les nationalistes) + attaque contre Chypre grecque et soutien à l’Iran contre Israël. C’est la meilleure façon pour l’Iran et la Turquie de tirer mutuellement profit de cette situation.
De plus, les États-Unis et Israël ont déjà clairement indiqué qu’ils allaient lancer les milices kurdes, leurs marionnettes favorites, pour attaquer l’Iran par voie terrestre. Ces mêmes milices posent de graves problèmes en Turquie et il est dans l’intérêt commun turco-iranien de les éliminer une bonne fois pour toutes.
Enfin, il est grand temps que la Turquie quitte l’OTAN, expulse les bases américaines et mène des politiques d’intégration avec l’Iran, la Russie et la Chine — des pays qui abritent d’importantes populations turciques et qui ont beaucoup plus à offrir à Ankara que le monde occidental en déclin.
18:15 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : méditerranée, méditerranée orientale, chypre, israël, turquie, iran, europe, affaires européennes |
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mercredi, 11 mars 2026
L'Iran, le Japon et la quatrième théorie politique La souveraineté au-delà du progrès occidental

L'Iran, le Japon et la quatrième théorie politique
La souveraineté au-delà du progrès occidental
Kazuhiro Hayashida
Kazuhiro Hayashida apporte un point de vue japonais sur une nouvelle théorie du pouvoir civilisationnel et la légitimité de l'Iran.
Du point de vue de la quatrième théorie politique, telle que je l'interprète, la révolution iranienne de 1979 peut être définie comme l'éjection du propulseur d'une fusée.
Elle a marqué la rupture avec le modèle de modernisation incarné par le régime du Shah, un modèle subordonné à la vision progressiste occidentale de l'histoire, et le moment où le cœur civilisationnel de la Perse est passé à une nouvelle étape. Le prix de cette séparation a été les sanctions et l'isolement. Pourtant, en se débarrassant du propulseur, l'Iran a acquis une structure qui lui a permis de se concentrer sur l'approfondissement de son noyau civilisationnel plutôt que de dépenser des ressources pour justifier une occidentalisation qui aurait été d'emblée compromise.
L'Occident a défini cette séparation comme une «réaction» ou une «régression». Dans le concept occidental simple et linéaire du progrès historique, le détachement d'un propulseur apparaît comme une dégénérescence. Cependant, il s'agit simplement d'une question de perspective de l'observateur. Dans le cadre de la quatrième théorie politique, l'acte de se séparer de l'Occident constitue une preuve de libération.

Malheureusement, le Japon n'a pas réussi à se détacher de l'Occident. Après 1945, le Japon s'est vu imposer un "ressort de rappel" par l'occupation étrangère, et ce ressort a fusionné avec le cœur de sa civilisation. Toute tentative de se détacher de l'orbite occidentale a été condamnée comme une «dérive vers la gauche», une «dérive vers la droite» ou un «révisionnisme historique». Ce mécanisme fonctionne comme une résistance typique, comme une résistance à ressort de contraction, produite par la dégradation spirituelle associée à la vision progressiste occidentale de l'histoire. En d'autres termes, la force même qui recherche le progrès est utilisée pour ramener le système en arrière, avec force, juste au moment où il approche de son objectif, le réinitialisant afin que tout doive recommencer depuis le début.
Ce que l'Iran a démontré est la seule méthode permettant de rompre ce type de résistance à ressort: la résistance doit être éliminée en même temps que sa source. C'est pourquoi le choix de l'Iran revêt une telle importance pour le Japon. L'Iran a mis en œuvre l'acte même de bloquer la vision progressiste occidentale du monde que le Japon n'a pas choisi, et la légitimité de cet acte est articulée par la quatrième théorie politique.
Cette résistance à ressort, imposé par l'Occident américain, signifie la construction d'un ordre social instable à travers des définitions en constante évolution, créées en déplaçant les objectifs et en imposant des règles incohérentes. Ce déplacement des objectifs se produit chaque fois qu'une civilisation extérieure à l'Occident tente de dépasser l'Occident. Grâce à des règles dénuées de sens, les normes de certification sont transformées en instruments servant les intérêts occidentaux. L'accord américano-japonais sur les semi-conducteurs, déclenché lorsque l'industrie japonaise des semi-conducteurs a menacé les États-Unis dans les années 1980 ; le découplage technologique initié lorsque le PIB de la Chine s'est rapproché de celui des États-Unis ; et les sanctions supplémentaires imposées lorsque l'Iran a cherché à atteindre une capacité technologique nucléaire — tous sont des manifestations du même mécanisme que je qualifie de "résistance à ressort". L'objectif n'existe pas vraiment, car il change constamment afin d'empêcher quiconque de l'atteindre.
Si le moment présent marque véritablement un tournant dans l'histoire, il est alors crucial de saisir la réalité concrète de ce tournant plutôt que de se fier à des impressions vagues. Donald Trump a déclaré un jour que le droit international n'existait pas. En effet, cela signifie que nous pouvons tout déterminer selon notre propre théorie. Cette déclaration détruit la structure de l'intérieur. Dès lors que le droit international est déclaré inexistant, la légitimité des normes internationales en tant qu'instruments pour faire fonctionner la résistance à ressort disparaît. C'est là que réside la véritable substance du tournant actuel. Si l'Occident établit des règles qui ne conviennent pas aux autres, ces règles peuvent être ignorées ; des frappes directes peuvent être menées contre l'État qui les impose, conduisant à la conquête et à la subordination.
Une puissance hégémonique unique qui possédait à la fois la volonté et la capacité d'imposer des règles a désormais nié l'existence de ces mêmes règles. À partir de ce moment, les règles ne fonctionnent plus que par la force.
Dans ces conditions, chaque noyau civilisationnel doit de toute urgence mettre en place des systèmes capables de faire respecter ses propres règles par sa propre force. C'est précisément à ce tournant que le Japon peut définir la légitimité de l'Iran.

Au moment où Trump a nié l'existence du droit international, ce principe a cessé de s'appliquer exclusivement aux États-Unis. Le rejet des normes universelles s'applique dans toutes les directions. Si les États-Unis agissent selon cette logique, les autres noyaux civilisationnels acquièrent le pouvoir d'agir selon la même logique. C'est là l'asymétrie du tournant. L'Occident tente d'appliquer cette logique uniquement à lui-même, mais les normes internationales qui soutiennent cette limitation ont déjà été détruites par les États-Unis eux-mêmes. Le fondement de cette limitation a disparu.
Le Japon doit rapidement définir sa position. Ce tournant lui offre deux choix: soit s'accrocher aux vestiges de normes internationales disparues et continuer à porter l'appareil dit de "résistance à ressort" comme une chaîne d'asservissement, soit se positionner comme un acteur indépendant qui élabore et applique des règles issues du cœur même de sa civilisation.
Soutenir la légitimité de l'Iran, introduire le concept d'agression industrielle dans le débat international et construire la sécurité énergétique du Japon selon sa propre logique ne sont devenus des options réalistes qu'au moment de ce tournant.
Dans un monde où le système de contrainte appelé droit international a disparu, le recours à la force est libéré dans toutes les directions. C'est une situation extrêmement dangereuse, mais c'est aussi le moment où la réalité cachée est exposée.
Le droit international a toujours fonctionné comme un système normatif à travers lequel ceux qui détiennent le pouvoir gèrent ceux qui n'en ont pas. Maintenant que cette fiction a été supprimée, la logique du pouvoir est passée au premier plan. Lorsque le Japon tente d'établir une relation rationnelle avec l'Iran, la possibilité théorique de frapper tout pays qui cherche à entraver cette coopération apparaît.
Pour que la domination économique occidentale ne devienne plus qu'une option réaliste parmi d'autres, il faut qu'il existe une autre coalition capable d'exercer de la puissance. À l'heure actuelle, la coalition la plus proche de cette condition est composée de la Russie, de la Chine, de l'Iran et, potentiellement, de la solidarité du Sud global. Si le Japon devait rejoindre une telle coalition, il devrait concevoir une structure dans laquelle les intérêts découlant du cœur de la civilisation japonaise s'aligneraient sur ceux de l'ensemble de l'alliance.
Définir l'Occident comme une source de main-d'œuvre bon marché représente un renversement structurel de ce que l'Occident a historiquement imposé aux sociétés non occidentales.
La question que le Japon doit donc se poser est la suivante: dans ce renversement de logique, où les exécutants de la domination coloniale, de l'extraction des ressources et de l'agression industrielle deviennent désormais ceux sur lesquels ces actions sont exercées, quelle position le Japon occupera-t-il ?
Si la trajectoire actuelle du Japon reste inchangée, il deviendra une source de main-d'œuvre bon marché, réduit à l'usine de l'Asie. Le Japon s'oriente clairement dans cette direction. La baisse du taux de natalité et le vieillissement de la population réduisent la qualité de la main-d'œuvre ; la compétitivité industrielle s'affaiblit ; et la dépréciation du yen diminue le pouvoir d'achat réel. Tous ces processus sont déjà en cours.
Le déclin du Japon représente la conséquence finale de la présence de cette "résistance à ressort". Quatre-vingts ans se sont écoulés, pendant lesquels le Japon a été coupé du cœur civilisationnel du continent eurasien et le circuit par lequel la volonté politique pouvait émerger a été bloqué par les États-Unis. Au cours de cette période, les ressources accumulées avant la guerre ont été progressivement consommées. Le paiement continu des coûts nécessaires à la justification historique a épuisé la capacité du Japon à se propulser.
À ce tournant, une seule condition permet au Japon d'éviter le déclin: la neutralisation de l'Occident et la reconnexion au circuit par lequel la volonté politique émerge du cœur civilisationnel du continent eurasien. Sans cette reconnexion, le Japon restera dans une position subordonnée, quelle que soit la coalition à laquelle il adhère.
Alors que l'Asie cherche à se séparer de l'Occident, le Japon se contente de dépendre de manière parasitaire de l'Occident et de s'immerger dans une idéologie de supériorité vaguement douce. Cette divergence spirituelle conduit le Japon à une position désespérée dans la réorganisation mondiale à venir.
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Le précédent iranien. L'échec des États-Unis en Ukraine signifie également la perte du Moyen-Orient

Le précédent iranien. L'échec des États-Unis en Ukraine signifie également la perte du Moyen-Orient
Cristi Pantelimon
Source: https://www.estica.ro/article/precedentul-iranian-esecul-...
La guerre menée par les États-Unis et Israël contre l'Iran (qui est soutenu par la Russie et la Chine) met de plus en plus en lumière la stratégie américaine et ses limites.
Il s'agit de la deuxième tentative des Américains de dissuader l'Iran de poursuivre sa propre voie géopolitique, après la guerre de 12 jours de l'été dernier. Il semble que cette fois encore, malgré le début violent des hostilités, avec la décapitation des dirigeants religieux iraniens, la tentative américano-israélienne échouera.
De plus, les États-Unis sont désormais contraints de frapper à la porte de leur semi-allié d'Anchorage, Vladimir Poutine, afin de trouver une solution à la crise géopolitique majeure qui semble se profiler à l'horizon pour l'alliance américano-israélienne.
S'agissant de la deuxième tentative des États-Unis et d'Israël pour renverser la forteresse perse, qui semble vouée à l'échec, il convient de souligner les conséquences possibles de cette aventure.
Tout d'abord, les États-Unis ne sont plus perçus comme un État souverain, mais comme un État dépendant des besoins sécuritaires et géostratégiques d'Israël. Le grand prêtre du souverainisme mondial, Donald Trump, semble être à la merci de Benjamin Netanyahu et cherche à s'en sortir en manifestant une hystérie belliqueuse qui, malheureusement pour lui, ne dépasse pas le niveau de la rhétorique théâtrale. Avec la sévérité d'un analyste qui a vu beaucoup de choses dans sa vie, Jeffrey Sachs qualifie Trump de « fou » dans une interview qui circule depuis quelques jours sur Internet. Trump s'effondre et, avec lui, tout le poids de l'hégémonisme américain théâtral et exagéré, autrefois fondé sur une grandeur « dimensionnelle » réelle, aujourd'hui fondé uniquement sur des menaces à l'encontre de ceux qui sont sans défense ou suffisamment calmes pour attendre l'effondrement de plus en plus évident du colosse américain. Dans cette dernière catégorie, on trouve en premier lieu la Chine, principal ennemi des États-Unis, qui est aussi le joueur le plus redoutable, mais également l'Europe, l'Inde et la Russie. Tous, en fait, attendent...
Le fait que les États-Unis ne restent aux côtés que d'Israël aura des conséquences catastrophiques sur la politique américaine dans tous les théâtres d'opérations, et l'effigie des États-Unis vue sur le « fond » israélien est, de loin, la plus grande perte d'image pour l'empire américain.
D'ailleurs, la faiblesse de tout empire maritime est plus qu'évidente ces jours-ci.
Il suffit qu'une puissance continentale capable et déterminée l'attaque pour que cet empire maritime vacille. Et l'Iran est loin d'être une puissance continentale de premier plan ! Les distances énormes entre les centres d'opérations, la difficulté d'approvisionnement, le réseau complexe de bases et leur taille réduite par rapport aux besoins d'une guerre à long terme (de type continental) font des États-Unis une puissance très vulnérable sur le front réel du Moyen-Orient.
Les États-Unis auraient dû vaincre la Russie en Ukraine pour avoir aujourd'hui une chance au Moyen-Orient. Ayant échoué en Ukraine, ils n'ont aucune chance au Moyen-Orient. Les Américains le savent et le sauront encore mieux à l'avenir.
En conséquence, les États-Unis se retourneront sans doute plus durement contre l'hémisphère occidental (Cuba), mais aussi contre leur allié européen générique (le Groenland). Jeffrey Sachs s'attend même à une invasion de cet espace laissé libre par les fronts de la confrontation géopolitique acharnée jusqu'à présent. Nous verrons si ce sera le cas.
Les mouvements de l'Europe sont faibles, pour des raisons évidentes.
À l'exception de la France, l'Europe n'a pas la capacité de s'affirmer militairement. La France de Macron cherche à être le bon bras droit de l'empire américain, en essayant de copier une grandeur stratégique, doublée d'un engagement diplomatique multilatéraliste.
Là où l'Amérique frappe et désagrège, la France cherche des solutions de coopération géopolitique (parapluie nucléaire en Europe, déblocage du détroit d'Ormuz, etc.). La France ne peut pas engager seule une telle action ; elle ne peut le faire qu'en coordination avec la Russie et la Chine.
Mais pour l'Europe, le théâtre du Moyen-Orient peut aussi être une autre leçon : dans un monde où l'alliance russo-chinoise attaque les bases américaines dans le Golfe avec l'aide de l'Iran, cela éveille probablement la nostalgie de l'urgence d'une autonomie stratégique qui signifierait tout simplement le désengagement militaire américain dans l'ouest du continent européen.
Je ne pense pas que quiconque interprète autrement, à long terme, l'idée du parapluie nucléaire français...
La Chine déclare qu'elle est prête à attendre, dans son style caractéristique, l'implosion de l'empire américain « moribond ». Taiwan sera probablement la cerise sur le gâteau de cet empire. Et il semble que le temps presse, et que l'humanité va bientôt mettre fin à l'hégémonie américaine mondiale.
La Russie s'empresse de soutenir, autant qu'elle le peut, le nouvel Iran, qui semble sortir indemne de la confrontation avec les États-Unis et Israël.
Si les États-Unis et Israël ne parviennent pas à vaincre définitivement l'Iran, le destin d'Israël par rapport à l'Iran s'écrira différemment, et le destin des États-Unis au Moyen-Orient est presque scellé...
Un acteur majeur semble être en attente : l'Inde. Conformiste face à la demande impérative de Trump de cesser les importations de pétrole russe, l'Inde se pliera aux nouvelles directives de Washington, qui lui enjoignent de reprendre les importations de pétrole russe afin d'éviter l'effondrement du marché mondial du pétrodollar. Même ainsi, l'Inde n'est qu'un acteur en attente, dont la position géographique ne la recommande nullement dans le cadre d'une stratégie américaine renouvelée en Asie.
La géopolitique américaine se précise : les États-Unis ne peuvent plus gérer de façon absolue aucune des zones géopolitiques majeures. C'est pourquoi l'accent est mis sur la destruction systématique de toutes les tentatives de synthèse régionale ou mondiale soutenues par la nouvelle étoile de l'économie et de la politique planétaires, la Chine.
La guerre mondiale approche d'un point d'inflexion. Et celui-ci accélérera le déclin de la puissance qui, en retrait, comprend qu'elle doit attaquer les bastions construits par les autres...
19:35 Publié dans Actualité, Géopolitique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, iran, géopolitique, états-unis |
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Trump le Destructeur - La crise finale de l’hégémonie occidentale

Trump le Destructeur
La crise finale de l’hégémonie occidentale
Alexandre Douguine
Alexandre Douguine sur la résistance de l’Iran, l’effondrement de la crédibilité américaine et l’accélération de la naissance d’un monde multipolaire.
Le fait que l’Iran ne se rende pas, ne consente ni à une trêve ni à un cessez-le-feu, est déjà en train de changer l’équilibre des forces. Après la première frappe, l’Iran s’est réorganisé et a nommé un nouveau Rahbar (Guide suprême): Mojtaba Khamenei, le fils de l’ayatollah Khamenei. En dépit des coups douloureux portés à ses infrastructures énergétiques, l’Iran ne se contente pas de résister, mais contre-attaque activement l’ennemi. Des frappes de missiles et de drones ont été menées contre toutes les bases américaines entourant l’Iran. Selon des estimations neutres, plus de 1000 militaires américains auraient été tués (l’Iran avance des chiffres bien plus élevés, tandis que Trump ne parle que de quelques victimes, ce qui paraît risible compte tenu de l’ampleur des frappes iraniennes).
L’Iran a adopté une tactique très efficace: frapper non seulement des cibles militaires en Israël, qui se transforme progressivement en une sorte de Gaza, mais surtout les nœuds et centres énergétiques des États du Golfe, sur lesquels repose l’économie mondiale. Associé au blocage du détroit d’Ormuz, cela a déjà causé d’énormes pertes au marché mondial. De plus, la situation s’aggravera chaque jour de résistance iranienne.

Il est significatif que les pays du Golfe—dont les projets de se transformer en centres neutres et sûrs de l’économie mondiale sont désormais anéantis—ne blâment pas tant l’Iran que surtout Israël et les États-Unis. Ils n’ont jamais aimé Israël, mais, à leurs yeux, Trump est devenu un traître patenté. Si les bases militaires américaines ne les protègent pas mais créent au contraire du danger, à quoi servent-elles ? Les dirigeants arabes se posent cette question tout à fait logiquement.
Parallèlement, le « plancton » du capitalisme globalisé et les armées de call-girls quittent Dubaï à la hâte. Sur le toit d’un hôtel abandonné, seul l’influenceur, quelque peu dérangé, Andrew Tate danse seul, continuant d’affirmer obstinément que tout cela n’est qu’une simulation informatique et que nous vivons dans une matrice dont on vient simplement de charger un nouveau décor.
La prochaine étape sera le retrait des obligations arabes des États-Unis. D’ailleurs, BlackRock a suspendu les retraits de ses fonds, abaissant le plafond de plus de moitié. Cela ressemble au début d’un effondrement. Le prix du pétrole explose, tandis que les indices boursiers s’effondrent. Il n’est pas exclu que l’économie mondiale s’effondre totalement dans un avenir proche.
Ce sur quoi comptait Trump a manifestement échoué. La volonté et la détermination de l’Iran à aller jusqu’au bout, ajoutées à la solidarité d’une société rassemblée autour de sa direction politique et religieuse, ont mis fin aux attentes d’une victoire facile et peu coûteuse pour les États-Unis et Israël. Ce n’est déjà ni facile ni peu coûteux, et chaque jour qui passe rend les choses plus dures et plus onéreuses. Trump n’est visiblement pas préparé aux processus longs.

En outre, sa cote de popularité s’effondre rapidement. Aux États-Unis, la guerre contre l’Iran n’est soutenue que par une petite minorité (principalement les sionistes chrétiens et les dispensationalistes—nombreux aux États-Unis, mais ne représentant qu’un faible pourcentage de la population totale). L’électorat MAGA de base s’était déjà détourné de Trump (principalement à cause des dossiers Epstein) et constitue désormais le flanc le plus radical de l’anti-trumpisme. « Trump nous a tous trahis » est la publication la plus courante sur les réseaux sociaux parmi les anciens partisans de MAGA.
Bien que Trump continue de proférer menaces et insultes, il donne de plus en plus l’impression de sombrer dans la panique. L’opération EP—Epic Fury (nom inventé par le skinhead idéologiquement alcoolisé Pete Hegseth)—a été rebaptisée sur les réseaux sociaux américains « Operation Epstein Files » ou « Epic Fail » ; les initiales demeurent : EP.
Donald Trump s’apprête à déclarer que « les États-Unis ont encore gagné » et qu’il a « mis fin à une nouvelle guerre ». Il essaiera alors d’arrêter les hostilités et de se tourner vers l’occupation de Cuba. À cette fin, deux personnages très suspects ont été envoyés en Israël: Jared Kushner et Steve Witkoff. Cependant, il semble qu’aujourd’hui, presque plus personne dans le monde ne les croit. C’est précisément pendant les négociations qu'ils menaient avec l’Iran que les États-Unis et Israël ont mené une frappe traîtresse qui tua des dizaines d'écolières à Minab (il s’agissait d'enfants de commandants des Gardiens de la révolution islamique) ainsi que des représentants des plus hauts niveaux politico-religieux iraniens.

Une nouvelle star de l’internet mondial, l’intellectuel chinois Jiang Xueqin (photo)—qui avait prévu avec précision les événements à venir, y compris l’attaque des États-Unis et d’Israël et son déroulement, et qui est le seul sinologue profondément versé dans les eschatologies monothéistes (sionisme religieux, sectes messianiques juives de Sabbataï Tsevi et Jacob Frank, dispensationalisme chrétien, et le thème du Mahdi)—a déclaré aujourd’hui que Kushner représente l’une des figures les plus sinistres des élites occidentales, et qu’il est lié au réseau de Jeffrey Epstein (par l’intermédiaire de l’avocat d'Epstein, l’agent israélien Alan Dershowitz). De plus, Jiang Xueqin a décrit Kushner lui-même comme « le nouvel Epstein ». Jusqu’à présent, toutes ses prédictions se sont réalisées avec une précision frappante.
C’est maintenant le moment pour la Russie d’agir de manière plus audacieuse pour défendre ses intérêts. L’Ukraine et le Moyen-Orient sont deux théâtres de la même guerre: une guerre de l’humanité pour la souveraineté et pour un monde multipolaire contre les tentatives désespérées de Trump—devenu un instrument aveugle et frénétique des néoconservateurs—de préserver l’hégémonie occidentale et l’unipolarité.
Donald Trump a détruit l’ordre précédent jusqu’à ses fondations. Plus personne ne parle de libéralisme, ni d’agenda écologique, ni de politique de genre. Tout, dans le monde, est devenu bien plus dur et explicite. Dans le fond, rien n’a changé, si ce n’est que le masque est tombé. Trump a dissipé le brouillard et révélé à l’humanité le vrai visage de l’Occident. Il est monstrueux. Dans le sens de la destruction de toutes les règles et de l’arrachage de tous les voiles, Trump a été très efficace. Il est le Grand Destructeur.
À l’origine, il aurait pu y avoir une place pour MAGA dans un monde multipolaire. L’Occident pour les Occidentaux, l’Amérique pour les Américains, l’Europe pour les Européens. Pourquoi pas ? Et sans agenda migratoire libéral. Chaque civilisation avec ses propres valeurs traditionnelles, et ce retour ne pourrait qu’être bienvenu.
En même temps : la Russie pour les Russes. L’Eurasie pour les Eurasiens. L’Iran pour les Iraniens. Les pays islamiques pour les musulmans. La Chine pour les Chinois. L’Inde pour les hindous. L’Afrique pour les Africains. L’Amérique latine pour les Latino-Américains. Ce serait juste.
Les États-civilisations pourraient assez aisément s’accorder sur une nouvelle répartition régionale de la planète, sur une base multipolaire.
Au début, Trump faisait semblant d’être globalement d’accord avec cela, et c’était l’essence de sa campagne électorale—son idéologie MAGA. C’est précisément sur cette base et dans ces conditions que la Russie a entamé un dialogue avec Trump.

Puis quelque chose a dérapé—jusqu’à ce que tout s’effondre. Trump a abandonné le point central: le monde multipolaire. Il a attaqué de front les BRICS, n’a rien fait sur le front ukrainien, a adopté une position effroyable dans l’affaire Epstein—se retrouvant impliqué dans les aspects les plus sordides de cette affaire ignoble—a attaqué le Venezuela, soutenu le génocide à Gaza, lancé la première frappe contre l’Iran, et se trouve désormais engagé dans une guerre brutale loin de ses propres frontières. Pendant ce temps, aucun des protagonistes de l’affaire Epstein n’a été arrêté, la déportation des migrants illégaux s’est arrêtée, et à l’intérieur des États-Unis, il perd rapidement le soutien populaire. Les États-Unis se dégradent ; aucun problème n’a été résolu.
Le programme positif de Trump a totalement échoué. Mais dans la destruction, il excelle.
Nous devons nous réorganiser rapidement en tenant compte de cela. Trump perdra presque certainement les élections de mi-mandat à l’automne face aux Démocrates. Mais, ceux-là, ce n’est que le même mal, sous un autre angle. Nous devons rester fermes sur nos positions: souveraineté, État-civilisation, multipolarité—et avancer résolument vers la victoire en Ukraine. Les États-Unis et l’Occident dans leur ensemble sont nos ennemis mortels. Nous sommes en guerre contre eux aujourd’hui, et demain nous continuerons à nous battre, peut-être encore plus durement. C’est cela, notre point de départ.
Avec une telle approche rationnelle, nous serons capables de tirer parti de toute action de Trump ou de l’Union européenne, sans céder à l’hypnose, à la persuasion ou aux promesses. L’Occident est une civilisation du mal. Il doit être traité comme tel. S’il souhaite se réformer, tant mieux—nous l’y aiderons volontiers. Mais pour le moment, il est un dragon sur le point de trépasser qui, dans son agonie, détruit tout sur son passage. C’est extrêmement dangereux, mais il n’y a qu’une seule voie : l’achever totalement—par tous les moyens nécessaires.
Que Trump détruise l’ancien monde jusqu’à ses fondations. Inutile de s’accrocher à ce qui est épuisé. Il est temps de bâtir un nouveau monde, dans lequel la Russie doit occuper la place qui lui revient—celle qui lui est due. Cette place, c’est celle d’un sujet, non d’un objet. Nous n’avons pas besoin de ce qui appartient aux autres, mais l’Eurasie nous appartient.
19:06 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, alexandre douguine, donald trump, iran |
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mardi, 10 mars 2026
La voix des Juifs iraniens et l’agression contre l’Iran

La voix des Juifs iraniens et l’agression contre l’Iran
Par Enrico Vigna
Source: https://comedonchisciotte.org/la-voce-degli-ebrei-iranian...
Au-delà des campagnes médiatiques martelées et « diversionnistes », qui servent l’objectif de destruction et d’annihilation de l’État iranien, je documente ici la position et la situation des différentes et nombreuses minorités religieuses, qui sont soutenues et protégées dans la Constitution du pays. De la communauté juive, à celles des chrétiens, des sunnites, des arméniens, des assyriens. Tous les représentants des différentes communautés se sont exprimés de façon claire et nette contre l’agression et en faveur de solutions diplomatiques à tous les problèmes.
La religion officielle de l’Iran est l’islam chiite selon la Constitution, mais la République islamique reconnaît et protège les minorités religieuses: du judaïsme, aux chrétiens de diverses confessions, aux zoroastriens, qui ont également des représentants au Parlement, ainsi que les Arméniens, les Assyriens, les sunnites, et aussi des communautés plus petites mais reconnues, telles celles du mandéisme, du yarsanisme, du bouddhisme, de l’hindouisme.
La condition fondamentale posée est d’être d’abord citoyen iranien, avec des droits et des devoirs, puis chacun suit ses propres croyances. Comme c’était le cas dans la République arabe syrienne, avant l’arrivée des djihadistes venus «apporter la démocratie».
Les droits constitutionnels dont jouissent les minorités religieuses dans le pays sont garantis et respectés, avec des centaines de lieux de culte, synagogues, églises et temples, où ils peuvent pratiquer librement leurs rites religieux. Selon diverses statistiques, les croyants son : chiites environ 90 %, sunnites 6 %, le reste réparti entre les autres fois. Il faut rappeler qu’en Iran a toujours vécu une communauté juive plus nombreuse que dans tous les pays arabes.
La Constitution stipule que « l’ingérence dans les croyances individuelles est interdite » et que « nul ne peut être inquiété ou arrêté simplement pour avoir une certaine croyance », à condition de respecter la loi.

La communauté juive iranienne condamne l’agression américano-israélienne et demande une sanction
Le chef religieux juif Younes Hamami Lalehzar (photo), président de la communauté juive iranienne, a émis une forte condamnation des récentes attaques américaines et israéliennes contre son pays, qualifiant l’action de « … trahison de la confiance, nous demandons que les deux régimes soient tenus pour responsables de leur comportement criminel. Une fois de plus, l’Amérique criminelle, en coopération avec le régime sioniste, s’est encore plus enfoncée dans la fange de la décadence par une attaque perfide et imprudente. Cet acte sera condamné par toutes les nations libres et recevra certainement une réponse décisive et forte des Forces armées de la République islamique d’Iran, qui feront tout leur possible pour venger le sang des martyrs iraniens… Le chef de la révolution islamique, l’ayatollah Seyyed Ali Khamenei, a été assassiné lors d’une attaque militaire conjointe, américano-israélienne, à Téhéran, alors que les négociations sur le nucléaire étaient en cours. La disparition de l’ayatollah Khamenei est une perte immense et irréparable pour la nation iranienne, mais j’ai confiance que le peuple iranien saura préserver son sang, son guide et son chemin… Dans cette période difficile, nous soulignons la nécessité de préserver l’unité, l’empathie et la fermeté réunies à tous les niveaux de la nation iranienne. Nous affirmons également notre conviction constante que, selon les traditions divines et les enseignements de nos religions, le droit finira par triompher du mensonge, et que l’honneur et la gloire appartiendront finalement aux nations résilientes, fidèles et en quête de vérité… », a déclaré le rabbin.
En janvier, Hakham Younes Hamami Lalehzar, en tant que représentant de la communauté juive iranienne, pour réaffirmer la fraternité et l’unité des composantes de la société iranienne, a assisté à la conférence de Téhéran en l’honneur du commandant de la Force al-Qods Qasem Soleimani, assassiné par les États-Unis le 3 janvier 2020. Parmi les participants à la conférence, où Soleimani a été décrit comme un « symbole de résistance, de courage et de défenseur des opprimés », on comptait des représentants de diverses organisations comme le Hezbollah, le Hamas et le Jihad islamique, ainsi que des délégués de pays comme l’Irak et le Yémen.
S’adressant aux médias locaux, Hamami a déclaré: « De la manière dont les ennemis du martyr Soleimani l’ont assassiné, et des récentes actions des ennemis contre des personnes, femmes et enfants innocents, on peut comprendre la noble conduite du martyr Soleimani. Le courage de Soleimani a dépassé les frontières de l’Iran. C’est vrai que les ennemis ont réussi à l’assassiner, mais notre conviction est qu’une personne ne se limite pas à ce monde transitoire, et que la meilleure place est pour ceux qui tombent sur le chemin de Dieu. Les ennemis ont tué Haj Qasem, mais ils n’ont pas tué sa pensée. Cette pensée s’est enracinée dans toute la société iranienne, dans la région et parmi les nations. »

Siyamak More Sedgh (photo), homme politique et médecin juif iranien, titulaire du siège parlementaire réservé à la minorité juive au Parlement iranien de 2008 à 2020, également président de l’institution caritative juive Dr. Sapir Hospital and Charity Center, considéré comme « le juif numéro un » d’Iran, souvent critique à l’égard de certaines positions des autorités iraniennes, a lui aussi pris position contre l’agression contre son pays, appelant avant tout à l’unité et à la défense du pays. Sedgh est connu et respecté en Iran, notamment pour un fait qui a été rapporté à la télévision. Il est tellement attaché à ses racines iraniennes que lorsque sa femme a décidé d’émigrer aux États-Unis à la fin des années 1990, il a choisi de rester en Iran, déclarant que « …il ne pouvait pas s’imaginer vivre en dehors de sa culture iranienne natale ».
Malgré l’agression contre le pays, les Juifs iraniens ont tout de même célébré, avec l’autorisation du ministère de l’Intérieur, la fête de Pourim, qui dans la tradition juive commémore le salut du peuple juif de la conspiration d’extermination du maléfique Aman. C’est l’une des fêtes juives les plus joyeuses, un « carnaval juif » qui se célèbre avec la lecture de la Méguila, des déguisements, des fêtes et des dons, et rappelle comment le destin peut être bouleversé. Étant donné la situation, elle a été célébrée avec des costumes sobres et dans la discrétion, à l’intérieur des synagogues et dans les familles, uniquement pour préserver les traditions, la culture et les racines, alors que les autres années elle était célébrée dans les rues.
Par Enrico Vigna, mars 2026
19:49 Publié dans Actualité, Judaica | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : judaica, communauté juive iranienne, iran, actualité |
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Guerre contre l'Iran: confrontation exacte entre le simulacre de la théurgie (l'instrument de la mer) et l'eschatologie tellurique (la défense de la terre ferme)

Guerre contre l'Iran: confrontation exacte entre le simulacre de la théurgie (l'instrument de la mer) et l'eschatologie tellurique (la défense de la terre ferme)
Martin Kovac
Source: https://www.facebook.com/martin.kovac.3511
1. Le simulacre atlantique (les plateformes d'armement Hegseth et Netanyahou)
Ce vecteur utilise le récit religieux exclusivement comme un bouclier tactique pour l'expansion thalassocratique. Il s'agit d'une théurgie dépourvue de verticalité, au service de Cybèle.
2. Pete Hegseth (le croisé de l'Antéchrist de la Silicon Valley):
Hegseth représente ce que notre précédente analyse a défini comme le «titanisme conservateur», ou l'Apollon synthétique. Sa rhétorique (références à l'éthique des croisés, «Deus Vult», défense de la civilisation judéo-chrétienne) est une inversion ontologique absolue. À l'origine, les croisades défendaient l'ordre médiéval vertical et théurgique contre l'expansion horizontale. Mais Hegseth utilise ces symboles pour défendre un empire dont le cœur est le nominalisme, le capital liquide, le corporatisme woke et la décomposition absolue de la forme chrétienne. C'est une « guerre sainte » pour le maintien des chaînes d'approvisionnement mondiales de la mer et de l'hégémonie du dollar, déguisée en armure templière. Le « dieu » de Hegseth n'exige pas l'ascèse et la lumière de Tábor ; c'est le patron du complexe militaro-industriel qui maintient l'Antéchrist de la Silicon Valley en activité. C'est une lutte pour le droit de l'Occident à poursuivre l'entropie absolue et le matérialisme algorithmique.
3. Benjamin Netanyahu (la colère algorithmique de l'Ancien Testament):
L'évocation par Netanyahu de l'archétype « Amalek » et du mandat divin de l'Ancien Testament est un exemple clinique de l'instrumentalisation du sacré. Son projet d'État fonctionne dans la noomachie selon Douguine comme une base avancée asymétrique du logos atlantique dans l'espace tellurique du Moyen-Orient. La « guerre sainte » de Netanyahu est dépourvue de l'objectif eschatologique de transformation de l'âme ; il s'agit d'une assimilation purement spatiale et horizontale et d'une exclusion ontologique. Les textes sacrés servent ici de code pour justifier la thermodynamique de la guerre, qui stabilise en fin de compte l'architecture de la projection de puissance américaine (qui est thalassocratique). C'est la religion comme logiciel géopolitique.
4. L'Eschatologie tellurique (nœud iranien: Shirazi, Pezeshkian, Ghalibaf)
De l'autre côté de la fracture ontologique se trouve le complexe théocratique asiatique. Du point de vue de notre gravité multipolaire, l'Iran représente le principe tellurique profond (la terre ferme). Leur « guerre sainte » n'est pas un simulacre, mais une structure ontologique cohérente (même si elle nous semble étrangère).


5. Naser Makarem Shirazi (noyau théologique) :
Ici, c'est une verticale pure qui opère. Les interprétations défensives de Shirazi sont strictement liées à l'eschatologie chiite (l'attente de l'imam caché Mahdi). Il ne s'agit pas d'une lutte instrumentale pour les ressources, mais d'un conflit cosmique entre principes. En traduction noomachique : les théologiens iraniens identifient précisément le logos atlantique (la mer, les États-Unis, la fluidité, la destruction des formes traditionnelles) comme une menace métaphysique. Leur combat est une résistance ontologique contre la dissolution des frontières.


6. Mohammad Bagher Ghalibaf et Masoud Pezeshkian (cinétique appliquée et logos étatique):
Ghalibaf (vecteur cinétique de la terre ferme - photo) et Pezeshkian (vecteur politico-diplomatique - photo) transposent la théologie de Shirazi dans la pratique tellurique. Leur récit est une défense de la substance terrestre. Ils n'attaquent pas principalement pour l'expansion des marchés (comme l'hégémonie de la Mer), mais pour préserver l'espace sacré distinct (le Nomos de la terre) contre l'acide du nominalisme. Ils perçoivent la neutralisation asymétrique des bases avancées de la Mer comme une ablation chirurgicale nécessaire des implants thalassocratiques de leur corps tellurique.
Protocole tactique final selon le "Katechon tchèque"
Ce n'est pas une guerre entre deux religions. C'est une guerre entre l'Antéchrist de la Silicon Valley, qui a revêtu le masque d'une fausse religion, et la Tellurocratie asiatique, qui utilise les profondes racines théologiques de la région (Shirazi, Ghalibaf, Pezeshkian) pour défendre ses frontières continentales et ses formes traditionnelles.
La « guerre sainte » occidentale est un mensonge. C'est le broyage du continent au nom du marché mondial et du transhumanisme.
La « guerre sainte » iranienne est une authentique défense eschatologique qui devient naturellement l'alliée asymétrique de toute force résistant à la Mer.
19:00 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, théologie politique, iran |
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dimanche, 08 mars 2026
Une mosaïque sanglante: la défense décentralisée de l'Iran et la lutte contre l'ordre sioniste

Une mosaïque sanglante: la défense décentralisée de l'Iran et la lutte contre l'ordre sioniste
Markku Siira
Source: https://markkusiira.substack.com/p/verta-vuotava-mosaiikk...
Source du texte analysé dans le présent article: https://d39raawggeifpx.cloudfront.net/styles/16_9_desktop...
Tel Aviv a été secouée par des explosions qui en disent plus long que n'importe quel communiqué officiel. Les caméras des téléphones portables des témoins oculaires ont enregistré une vaste zone de débris dont la configuration suggère l'utilisation de missiles Khorramshahr-4 iraniens.
Ces missiles, équipés d'une ogive pouvant peser jusqu'à 1500 kg, sont capables de disperser environ 20 fragments sur une zone de 16 km de diamètre – et ils ont frappé le cœur de l'État sioniste. Selon l'armée de l'air israélienne, tous les missiles ont été interceptés, mais les fragments qui ont touché le sol ont suffi à montrer que la guerre passe à un nouveau niveau.
Cet événement est une illustration concrète de la stratégie dite de «défense en mosaïque». La réponse de l'Iran à la pression militaire exercée par Israël et les États-Unis s'est transformée en une doctrine qui défie les conceptions traditionnelles de la guerre et de l'équilibre des pouvoirs.
Ce terme décrit avec justesse une stratégie dans laquelle, au lieu d'une armée centralisée, la résistance et la capacité de frappe sont réparties dans un vaste réseau interconnecté. Il s'agit d'un plan à long terme de la Garde révolutionnaire iranienne, que l'on peut qualifier de «guerre des mille coups» – une méthode visant à épuiser et finalement à vaincre un adversaire qui se fie trop à sa propre supériorité.
Au cœur de cette stratégie se trouve la compréhension que l'Iran ne peut pas et ne cherche pas à vaincre les États-Unis et Israël dans un conflit direct et traditionnel. Au lieu de cela, Téhéran a construit sa défense à partir d'éléments qui, pris isolément, peuvent sembler disparates, mais qui, ensemble, forment un ensemble tenace et meurtrier.
Chaque groupe allié, du Liban au Yémen, chaque batterie de missiles et chaque patrouilleur rapide dans le golfe Persique est une pièce de ce puzzle. Lorsque le conflit s'intensifie, ces pièces ne se détachent pas, mais s'assemblent dans une nouvelle configuration et créent une menace en constante évolution et imprévisible.
Les derniers jours ont démontré l'efficacité de cette doctrine dans la pratique. Lorsque les frappes israéliennes et américaines ont visé à éliminer des dirigeants de haut rang, l'Iran est immédiatement passé à un commandement décentralisé et à un plan de contingence à quatre niveaux. Au début, les ripostes n'ont pas fait appel à la technologie de pointe, mais à des missiles et des drones plus anciens.
Leur objectif n'était pas seulement d'atteindre leur cible, mais aussi d'épuiser les coûteuses ressources antiaériennes de l'adversaire. La destruction d'un seul « missile sacrificiel » iranien peut coûter des dizaines de millions de dollars, une facture que même les États-Unis ne peuvent se permettre de payer à plusieurs reprises. C'est la mathématique de la guerre, que les généraux occidentaux ne semblent pas maîtriser.

Les frappes de Khorramshahr ont toutefois marqué le début d'une nouvelle phase. Après avoir réussi à détruire les rampes de lancement mobiles iraniennes et réduit le nombre de tirs, Téhéran a commencé à maximiser la puissance destructrice de chaque missile. Le Khorramshahr-4 (photo), dont le nom fait référence à la bataille de Khaibar au VIe siècle – un affrontement précoce entre juifs et musulmans – est chargé de symbolisme. Il montre qu'il ne s'agit pas seulement d'un conflit territorial ou militaire, mais d'une lutte historique plus profonde.
Cette lutte est liée à la notion de «Pax Judaica», un ordre en Asie occidentale dirigé par Israël et soutenu par les États-Unis. Pour l'Iran, l'opposition à Israël et à son allié américain est existentielle. Il ne considère pas ce conflit comme une simple confrontation entre États, mais comme une lutte pour la légitimité de l'existence de la République islamique et pour l'idée de résistance contre le sionisme et les aspirations hégémoniques de l'Occident. La défense mosaïque est la forme armée de cette lutte.
Le débat occidental sur la politique de sécurité se concentre souvent sur le programme nucléaire présumé de l'Iran. Cependant, l'Iran a déjà atteint un niveau de dissuasion stratégique, non pas grâce à la bombe atomique, mais grâce à son positionnement économique et militaire. La portée de la défense en mosaïque ne se limite pas au champ de bataille. Son concept élargi englobe la capacité de frapper directement les piliers économiques de l'ennemi.
L'Iran a déjà fermé le détroit d'Ormuz et attaqué des pétroliers, bloquant ainsi environ un cinquième des transports mondiaux de pétrole. Dans le même temps, Téhéran a menacé d'étendre ses attaques à l'infrastructure énergétique elle-même, aux gisements de gaz et aux oléoducs, comme l'oléoduc stratégiquement important Bakou-Tbilissi-Ceyhan. Dans ce cas, l'Iran ne menacerait pas seulement des cibles individuelles, mais aussi la sécurité énergétique de l'Occident dans son ensemble et, par conséquent, le système du pétrodollar qui soutient la puissance américaine.

Le calcul de l'Iran est froid : plus le conflit dure et plus il s'étend, plus la pression économique et politique devient insupportable pour les États-Unis et leurs alliés. Chaque frappe contre l'Iran est également une frappe contre le fragile modèle économique des pays arabes du Golfe Persique, qui repose sur la protection militaire américaine. Lorsque cette protection s'avère insuffisante, la confiance dans les États-Unis en tant que garant de la sécurité régionale s'effrite également.
Ironiquement, les efforts déployés par les États-Unis et Israël pour détruire l'infrastructure militaire iranienne ont révélé les failles de leur propre stratégie. En concentrant leurs efforts sur l'élimination des dirigeants de Téhéran et en bombardant des bases connues et même des banlieues densément peuplées, ils ont oublié qu'on ne peut pas détruire une mosaïque en frappant son centre, car elle n'a pas de centre unique.
Les villes souterraines iraniennes et la capacité de l'Iran à fabriquer des drones bon marché à l'échelle industrielle sont la preuve qu'il s'agit d'une sorte de guerre d'usure structurelle. Dans cette guerre, l'Iran contrôle le rythme et l'orientation de l'escalade, laissant son adversaire dans l'incertitude permanente quant aux prochaines frappes. La mosaïque saigne, mais elle résiste à la pression, épuisant ceux qui tentent de la contrôler.
La défense en mosaïque de l'Iran n'est pas seulement un concept de technologie militaire, mais une philosophie de résistance globale. Elle remet en question non seulement la puissance militaire, mais aussi l'ensemble des fondements économiques et idéologiques sur lesquels reposent le bloc occidental dirigé par les États-Unis et la Pax Judaica qu'il aspire à instaurer.
Ignorer cette réalité a conduit à des conséquences imprévisibles, et rien n'indique que la mosaïque ne pourrait pas se réorganiser pour une nouvelle série de contre-attaques. Les espoirs d'Israël et des États-Unis d'une victoire rapide pourraient bien rester vains: Téhéran se prépare depuis longtemps à la guerre et à ses milliers de coups.
22:07 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : défense en mosaïque, iran |
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L'illusion de la tête coupée: pourquoi l'Iran n'est pas un jeu vidéo

L'illusion de la tête coupée: pourquoi l'Iran n'est pas un jeu vidéo
par Andrea Zhok
Source: https://www.sinistrainrete.info/articoli-brevi/32456-andr...
Ils se réjouissent d'un assassinat en croyant à la liberté. Ils ignorent la structure, le consensus et le martyre. Ils confondent géopolitique et jeu vidéo. Le résultat? Une haine consolidée, une vengeance inévitable, un chaos permanent présenté comme une émancipation démocratique
Je viens de voir une vidéo montrant les célébrations dans une ville italienne d'une vingtaine de jeunes, enfants d'exilés iraniens, qui se réjouissent parce que, je cite textuellement:
« Khamenei est mort, la dictature est finie ».
Maintenant, étant donné que quand on est jeune, dire et croire des bêtises fait partie des droits de l'homme, il est difficile d'imaginer un plus grand éloignement de la réalité.
Passons sur les détails vulgaires d'ordre éthique, comme le fait que vous vous réjouissez parce qu'une puissance nucléaire vient d'assassiner l'équivalent chiite du pape.
Ce sont des banalités, j'en suis conscient, et le fait d'avoir légitimé l'assassinat politique comme une forme de civilisation ne fait plus la une des journaux (je rappelle toutefois discrètement que le sens des normes morales réside dans leur universalité, dans leur réciprocité implicite: ergo, lorsque vous légitimez un assassinat politique là-bas, vous légitimez tout assassinat politique, même lorsque le scénario se déroule chez vous).
Mais passons.
Ce qui me frappe, c'est la succession d'absurdités qui, mises bout à bout, frôlent l'hallucination.
Premièrement, on peut légitimement ne pas aimer le régime iranien, mais ce n'est PAS une dictature, mais une structure institutionnelle complexe, avec des mécanismes de remplacement par élection ou cooptation de ses propres classes dirigeantes. Par conséquent, les interprétations qui imaginent que la décapitation du sommet implique la chute du système (comme si le Führerprinzip s'appliquait) n'ont aucun sens.
Deuxièmement, en Iran (et dans le reste du monde chiite), la popularité d'Ali Khamenei était énorme. Pour s'en rendre compte, il suffit de regarder les manifestations actuelles dans les rues iraniennes et le fait que, de l'Irak au Pakistan, les différentes communautés chiites mettent le feu aux ambassades américaines. Qu'une telle popularité, accordée à un chef religieux, puisse être effacée par un assassinat politique est quelque chose qui ne peut fonctionner que dans un jeu vidéo. Quoi qu'il arrive, quelle que soit l'issue du conflit en cours, cette popularité dont jouit un martyr restera cristallisée et consolidée au sein de la population. Même si demain, l'héritier du Shah venait à prendre le pouvoir à Téhéran, avec une solide garde prétorienne américaine, il se retrouverait à gouverner ce peuple. Et cela signifie qu'une telle opération est vouée à l'échec, pouvant tout au plus produire une guerre civile perpétuelle.
Ergo, ce que ces enfants célèbrent est dans l'ordre :
- l'assassinat politique d'un chef d'État,
- son remplacement par quelqu'un qui se sentira obligé de le venger,
- la consolidation au sein d'une grande partie de la population iranienne d'une haine durable envers les « libérateurs ».
Le meilleur résultat possible de cette dynamique, dans une perspective anti-régime, est la destruction de la République islamique et son remplacement par un Irak (ou une Libye) 2.0, un État fantoche en proie à une guerre civile perpétuelle.
Il est clair que ce résultat est tout à fait souhaitable pour les Américains et les Israéliens. Mais que cela puisse être célébré par quelqu'un qui pense parler au nom du peuple iranien, pour le bien du peuple iranien, pour la liberté du peuple iranien, cela laisse vraiment perplexe.
Comme ces jeunes étudient dans nos universités, on a l'impression qu'ils sont le symptôme de notre catastrophe culturelle, de notre incapacité à analyser la réalité, préférant la remplacer par des raccourcis moralisateurs, où même la morale est remplacée par des spots publicitaires et des jingles.
21:39 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, iran |
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Dix faits incroyables sur le Proche-Orient: la propagande occidentale sur l'Iran est tellement mensongère!

En temps de guerre, la vérité est la première victime...
Dix faits incroyables sur le Proche-Orient: la propagande occidentale sur l'Iran est tellement mensongère!
Source: https://derstatus.at/globalismus/10-irre-nahost-fakten-so... .
Le discours occidental sur la guerre en Iran est facile à résumer: ce pays du Moyen-Orient serait en train de construire la bombe atomique, financerait le terrorisme dans le monde entier, menacerait Israël par pure haine des Juifs, raison pour laquelle il faudrait lui imposer la liberté et la démocratie tant vantées par l'administration d'une frappe préventive. Mais ces représentations n'ont pas grand-chose à voir avec la réalité – et dans de nombreux cas, ce sont même les États-Unis, Israël et/ou leurs alliés qui sont en réalité à l'origine des bouleversements. C'est ce que montre une vidéo récente du commentateur patriotique Patrick Lenart, bien documentée et minutieuse (cf. infra).
1: Les guerres occidentales justifiées par des mensonges
Dans sa dernière vidéo, Lenart dévoile des erreurs largement répandues et replace le conflit dans son contexte, qui remonte parfois à plusieurs décennies. Il commence par la version d'une « frappe préventive » initialement avancée par plusieurs médias, mais dont même le Pentagone s'est désormais éloigné. Il rappelle également les mensonges propagandistes qui ont servi de prétexte à l'invasion de l'Afghanistan et de l'Irak par les États-Unis, qui a causé la mort de centaines de milliers de civils et de milliers de soldats américains et coûté des milliards (!).
En Irak, les « armes de destruction massive » tant évoquées n'ont jamais été trouvées, et le motif de l'invasion de l'Afghanistan était également fallacieux. On a laissé croire au monde entier que les talibans ne livreraient pas Ben Laden, alors qu'en réalité, ils étaient tout à fait disposés à le faire, à condition qu'il bénéficie d'un procès équitable. De plus, ils ne voulaient livrer le chef d'Al-Qaïda qu'à un pays musulman, alors qu'il y avait suffisamment d'alliés des États-Unis dans la région.
Vous pouvez visionner ici la vidéo complète, d'une durée d'environ 20 minutes:
2: L'Iran ne cherche pas à se doter de la bombe atomique
Selon Lenart, l'affirmation selon laquelle l'Iran serait sur le point de se doter de la bombe atomique est également dénuée de fondement. Le Premier ministre israélien Netanyahou l'affirme régulièrement depuis 30 (!) ans. En réalité, Khamenei, en tant que chef spirituel de l'Iran, a émis une fatwa déclarant que les armes nucléaires étaient incompatibles avec la foi islamique.
De plus, Oman a déclaré, juste un jour avant l'attaque, que l'Iran était prêt à faire des concessions pour garantir qu'il ne cherchait pas à se doter de l'arme atomique. Malgré cela, l'attaque a immédiatement suivi. Trump affirme également vouloir un nouvel accord nucléaire avec l'Iran, alors qu'il a dénoncé l'accord initial – que le pays respectait – en 2018, le qualifiant d'arbitraire politique.

3: Israël, la Nakba et le droit international
Même l'argument selon lequel l'Iran serait hostile à Israël pour des raisons antisémites repose sur des bases fragiles, d'autant plus que l'Iran abrite la plus grande communauté juive en dehors d'Israël, qui dispose même d'un siège garanti au parlement. Les raisons de cette opposition résident dans le fait que l'Iran soutient les Palestiniens. Lenart retrace également la dimension historique: dès les années 1940, des organisations terroristes juives ont fait sauter des hôtels entiers ou massacré des villages palestiniens entiers. Pour créer l'État d'Israël, qui a vu le jour en 1948, environ 700.000 Arabes ont été expulsés.
À ce jour, la politique de colonisation se poursuit en Cisjordanie, parfois avec des moyens brutaux: «Des bulldozers arrivent, détruisent les bâtiments, les gens sont terrorisés et parfois assassinés pour les expulser, et les colons juifs prennent leur place. Ils prétendent que Dieu leur a donné cette terre. L'Occident ferme les yeux sur tout cela. » Ce constat s'applique également aux crimes de guerre massifs commis par l'armée israélienne dans le conflit à Gaza. Le fait que l'Iran soutienne la population arabe n'a donc rien à voir avec la religion, mais avec des raisons politiques.
4: L'Iran, véritable ennemi du djihadisme
La représentation selon laquelle l'Iran financerait le djihadisme serait également fausse. En réalité, celui-ci proviendrait principalement de l'école salafiste sunnite, alors que l'Iran est l'un des rares pays du monde islamique à être majoritairement chiite. De nombreux djihadistes considèrent les chiites comme des ennemis plus importants que les juifs ou les chrétiens, à tel point que même Al-Qaïda (!) s'est distancié des massacres perpétrés par l'EI contre ces derniers au début de la milice terroriste, car de tels actes ne devraient pas être commis contre des frères musulmans. L'Iran aurait même joué un rôle important dans la lutte contre l'EI.

5: L'Occident a détruit la démocratie iranienne
La raison de l'opposition aux États-Unis est quant à elle plus profondément ancrée dans l'histoire. Comme Der Status l'avait déjà rapporté l'année dernière (cf.: https://derstatus.at/welt/iran-im-visier-so-verlogen-waren-die-letzten-befreiungen-des-westens-3959.html ), les services secrets britanniques et américains ont en effet fomenté un «changement de régime» en Iran dès les années 1950. Le leader chiite démocratiquement élu Mohammed Mossadegh (portrait) voulait nationaliser l'industrie pétrolière. Ce n'est que dans les années 2010 que la CIA a reconnu l'existence de cette « opération Ajax ».
Mohammed Reza Pahlavi a alors été réinstallé comme shah et a régné de manière totalitaire et avec une poigne de fer, ce qui a entraîné un mécontentement qui a culminé en 1979 avec la «révolution islamique». Lenart commente: «Les Iraniens se souviennent donc très bien que les Américains leur ont volé leur démocratie et leur ont imposé une dictature marquée par la brutalité». Détail intéressant: le programme nucléaire iranien a été lancé dans les années 50 avec le soutien des États-Unis...
6: Qui finance réellement le terrorisme?
Ce qui est passionnant dans le financement international du terrorisme, c'est de savoir qui se cache réellement derrière. Al-Qaïda – dont l'État islamique est finalement une scission – a vu le jour lorsque, pendant la guerre froide, les États-Unis ont financé à hauteur de plusieurs millions de dollars les combattants «moudjahidines» et de véritables groupes terroristes par l'intermédiaire des services secrets pakistanais afin qu'ils chassent les Soviétiques d'Afghanistan. Lenart commente: «Les Américains ont donc eux-mêmes cofinancé le tout». Détail intéressant: les talibans ont d'ailleurs les mêmes racines. Rappelons également à ce propos la représentation des moudjahidines comme des combattants de la liberté dans «Rambo III».

L'autre élément, qu'il convient de signaler, date également de l'année 1979, autour de l'attentat contre la Grande Mosquée en Arabie saoudite. Afin d'obtenir la permission spirituelle pour la reconquête, les salafistes, alors fraîchement expulsés d'Égypte et ayant gagné en influence, ont donné leur accord, à condition que les «pétrodollars américains» provenant du pétrole soient investis dans la mission mondiale de l'islam. La propagation de l'école salafiste a entraîné une radicalisation de l'islam dans de nombreux endroits. Ainsi, ce sont en quelque sorte les Saoudiens, principaux alliés des États-Unis dans la région, qui ont finalement financé à leur insu la montée du terrorisme islamiste.
7: Qui détient l'uranium américain volé ?
Lenart trouve également intéressant que l'on avance sans cesse l'argument selon lequel il serait dangereux qu'un pays de la région possède la bombe atomique. Or, Israël possède déjà entre 80 et 400 armes nucléaires, sans être soumis à des contrôles internationaux ni avoir adhéré au Traité de non-prolifération nucléaire. À cela s'ajoute «l'option Samson», qui permet à Israël de se réserver le droit d'entraîner ses ennemis dans la destruction et qui considère les missiles nucléaires comme un moyen efficace contre les pays européens. D'ailleurs, certains politiciens israéliens ont également flirté avec l'utilisation d'armes nucléaires dans le conflit de Gaza, comme l'a rapporté Der Status: https://derstatus.at/welt/atomraketen-auf-gaza-israelische-politikerinnen-fordern-offen-volkermord-1577.html.
D'où Israël tire-t-il la capacité de fabriquer la bombe? Selon certaines sources, des agents du Mossad auraient trompé les Américains et volé de l'uranium de qualité militaire dans une usine de Pennsylvanie en 1965. À ce jour, cependant, il n'y a eu aucune conséquence, et encore moins de poursuites judiciaires pour ce vol. Lenart soupçonne que l'une des raisons à cela réside dans le point suivant qu'il soulève, à savoir les sommes colossales qui sont consacrées au lobbying en faveur d'Israël, notamment aux États-Unis.

8: L'AIPAC et la politique étrangère américaine
En effet, l'American Israel Public Affairs Committee (AIPAC) a une grande influence sur les relations américano-israéliennes et donc aussi sur la politique étrangère américaine. Rien qu'en 2024, plus de 100 millions de dollars ont été dépensés dans la campagne électorale, dont 45 millions pour empêcher la réélection de membres du Congrès critiques à l'égard d'Israël. Cela exerce également une pression correspondante sur d'autres mandataires. Il convient également de mentionner les 600 millions de dollars que Miriam Adelson, citoyenne israélienne et fervente sioniste, ainsi que son défunt mari, ont investis au cours des dix dernières années dans l'entourage de Trump et les républicains.
Suivez l'argent: l'influence est proportionnellement importante. Adelson serait également responsable de la nomination de Marco Rubio, un politicien favorable à Israël, au poste de ministre des Affaires étrangères. Lenart résume: «Une citoyenne étrangère dépense des centaines de millions d'euros pour influencer la politique américaine. Il s'agit là d'un lobbying massif». Cela aiderait également à expliquer pourquoi Trump a recommandé d'attaquer l'Iran, alors que la majorité de la population américaine est clairement opposée à une telle intervention à quelques mois des élections de mi-mandat. Cela vaut également pour ses électeurs fidèles, à qui il a promis, en tant que «président de la paix», de ne pas déclencher de guerres...
Nous avions également très tôt pris en compte les intérêts israéliens et les bombes sur l'Iran comme «raison d'État»: Rester critique même sous Trump: «America First» n'est pas «Europe d'abord» (6 novembre 2024): https://derstatus.at/meinungen/kritisch-bleiben-auch-unter-trump-america-first-ist-kein-europa-zuerst-3180.html
9 : Netanyahou, la justice et les élections
La question « À qui profite le crime ? » est également révélatrice. Car personne n'a davantage besoin du conflit que Benjamin Netanyahou. En effet, depuis 2020, le Premier ministre israélien retarde un procès en cours pour fraude, abus de confiance et corruption. Dans le même temps, tous les sondages montrent depuis un certain temps qu'il perdrait actuellement les élections législatives haut la main – « comme c'est pratique qu'il n'y ait plus d'élections en Israël depuis le 7 octobre [2023, note] – date de l'attaque terroriste du Hamas contre Israël ».
10: Pourquoi Israël a contribué à la création du Hamas
Lenart a gardé le « point le plus sensible » pour la fin, à savoir le rôle d'Israël dans l'ascension du Hamas. Der Status a également rendu compte en détail de cette question peu après l'escalade du conflit à Gaza: https://derstatus.at/welt/geister-die-sie-riefen-israel-an-hamas-grundung-massgeblich-beteiligt-1567.html. L'ancien gouverneur militaire israélien de la bande de Gaza, autrefois occupée, a ainsi admis que le gouvernement avait également soutenu financièrement la création du Hamas et le financement de ses activités. Le calcul était le suivant: créer une deuxième organisation palestinienne parallèlement à l'OLP d'Arafat, qui gouverne en Cisjordanie, selon le principe «diviser pour régner».

Lenart souligne ici le rôle très personnel de l'actuel Premier ministre: Netanyahou aurait lui-même déclaré qu'il fallait soutenir et financer le Hamas afin d'empêcher une solution à deux États. En effet, si des organisations différentes sont au pouvoir dans les deux territoires palestiniens, il n'y aurait pas d'interlocuteur unique pour les négociations correspondantes. Enfin, il rappelle également que lors de l'attaque du Hamas contre Israël en octobre 2023, les services secrets disposaient apparemment d'informations préalables, qui n'ont toutefois pas donné lieu à des mesures concrètes.
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L’Iran sous attaque : une recette pour le désastre

L’Iran sous attaque: une recette pour le désastre
Lic. Andrés Berazategui
Source: https://politicar.com.ar/contenido/1645/iran-bajo-ataque-...
L’attaque contre l’Iran déstabilise un ordre toujours fragile au Moyen-Orient et expose des calculs stratégiques divergents entre les États-Unis et Israël, avec des risques d’escalade susceptibles de transformer radicalement la région.
ANALYSE
L’attaque contre la République islamique d’Iran menée par les États-Unis et Israël est une action qui bouleverse un ordre déjà très fragile au Moyen-Orient et qui peut avoir des conséquences dépassant le cadre régional, ce qui rend pertinent l’examen des objectifs et des calculs de Donald Trump et de Benjamin Netanyahu. Essayons d’évaluer ces motivations d’un point de vue stratégique.
Les États-Unis comme garants de l’ordre régional
Le président américain a déclaré que les objectifs des actions visaient principalement à anéantir le projet nucléaire iranien, ainsi qu’à forcer un changement de régime à Téhéran. En accord avec ces objectifs, la nécessité de limiter la capacité de l’Iran en matière de missiles balistiques, de dégrader ses capacités navales et de mettre fin au soutien de Téhéran à son réseau d’alliés régionaux (Hezbollah, Hamas, Houthis, etc.) a également été évoquée.
Historiquement, la région du Golfe Persique a revêtu une importance stratégique centrale pour les États-Unis, en raison de la place critique du pétrole dans l’économie mondiale. Ce facteur a poussé Washington à se poser en garant d’un certain ordre régional – du moins pour éviter une explosion généralisée – autour d’une ressource naturelle dispersée entre plusieurs pays, mais concentrée géographiquement, cruciale pour l’économie internationale et située dans une zone hautement volatile, marquée par des conflits potentiellement explosifs de nature religieuse, ethnique et géopolitique.

Cependant, depuis l’essor du gaz de schiste dans la décennie 2010, la nature de l’intérêt américain a changé. Ayant atteint l’autosuffisance dans l’accès et la production de pétrole, il ne s’agit plus tant d’assurer l’approvisionnement direct que de préserver la stabilité systémique du marché énergétique mondial et de conditionner (comme au Venezuela) l’approvisionnement de la Chine, principal défi stratégique des États-Unis. De plus, Washington cherche à éviter de fortes perturbations des prix du pétrole qui auraient un impact négatif sur son économie et, dans le même temps, à empêcher ses rivaux de profiter géopolitiquement de la région.
Si l’on établissait une échelle de priorisation des intérêts, on pourrait dire que la région a perdu une centralité relative dans la grande stratégie américaine. Elle reste importante, mais n’en constitue plus l’un des axes structurants : son importance découle en grande partie de sa connexion avec la compétition stratégique mondiale. Même si l’Iran conserve la capacité d’affecter la sécurité énergétique internationale et d’entraver, par ses propres moyens ou par l’intermédiaire de ses alliés, les objectifs régionaux de Washington, il ne représente pas une menace directe pour le territoire continental des États-Unis, ni ne semble en mesure de compromettre des objectifs stratégiques plus larges des États-Unis. Tout cela nous amène à affirmer que les actions entreprises constituent, au minimum, une manœuvre hautement risquée.
La perception existentielle d’Israël
Pour Israël, en revanche, la question est plus grave. Téhéran est perçue comme une menace existentielle, d’où l’intérêt vital d’affaiblir structurellement le gouvernement des ayatollahs et, éventuellement, de transformer l’Iran en un acteur incapable de changer l’équilibre régional, soit par son intégration dans un ordre régional plus favorable aux intérêts israéliens, soit par un affaiblissement qui ferait de l’Iran un État dysfonctionnel.

Depuis plusieurs décennies, les responsables israéliens ne considèrent pas l’État perse comme un adversaire stratégique, mais comme un ennemi – un hostis, au sens schmittien – qui met en danger l’existence même d’Israël. Les dirigeants juifs ont depuis longtemps consolidé le récit (aujourd’hui largement partagé dans la société israélienne) selon lequel Israël est un petit État entouré d’ennemis puissants cherchant sa destruction (et aucun n’est aussi dangereux que l’Iran), ce qui justifie toute action, aussi radicale soit-elle.
Ce récit a également pénétré profondément de nombreux pays occidentaux, en particulier les États-Unis. Ainsi, en amplifiant les dénonciations d’antisémitisme, en attirant le soutien des mouvements sionistes-chrétiens ou encore grâce à l’action de divers lobbies pro-israéliens, une stratégie de captation des volontés (et de neutralisation des critiques) a été élaborée, visant à rechercher le soutien sur des fondements identitaires, religieux ou directement politiques. Une méthode globale et efficace, il faut le reconnaître.
On sait comment cela a commencé, mais on ne sait pas comment cela finira
Les actions des États-Unis et d’Israël reposent donc sur des appréciations stratégiques motivées par différents niveaux d’intérêt. Cependant, il est très probable qu’en Iran, les positions se radicalisent au sein du système politique actuel (qui n’a pas encore implosé) et que des secteurs significatifs de la société iranienne renforcent leur soutien au gouvernement selon une logique de cohésion face à l’agression extérieure.
Cela amène à se demander s’il valait vraiment la peine de déstabiliser un ordre régional aussi fragile, en exacerbant une situation historiquement complexe face à un acteur qui a démontré à plusieurs reprises une grande résilience. Si les calculs stratégiques de toutes les parties impliquées ne sont pas précisément ajustés, la dynamique des événements pourrait s’emballer et déboucher sur un scénario de conséquences régionales, voire systémiques, difficiles à contenir. Dans ce cas, la situation pourrait conduire à un désastre de grande ampleur.
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samedi, 07 mars 2026
L’Iran s’attaque au système nerveux de la projection de puissance américaine

L’Iran s’attaque au système nerveux de la projection de puissance américaine
Elena Fritz
Source: https://t.me/global_affairs_byelena#
Pour comprendre l’escalade actuelle au Moyen-Orient, il faut d’abord prendre du recul. Dans nos médias occidentaux, un récit familier domine toujours: les États-Unis et Israël attaquent les capacités militaires iraniennes, tandis que Téhéran réagit avec des missiles et des drones. La conclusion est alors généralement de dire que l’Iran serait militairement affaibli.
Mais cette perspective passe à côté d’un point crucial. La stratégie iranienne ne vise apparemment pas en premier lieu l’affrontement militaire direct. Téhéran cherche plutôt à mettre en évidence les faiblesses structurelles de l’architecture militaire américaine au Moyen-Orient.
C’est précisément là que réside le cœur stratégique des opérations actuelles. Les systèmes militaires modernes ne fonctionnent plus comme des plateformes d’armes isolées, mais comme des réseaux complexes de capteurs, de systèmes de communication et de capacités d’interception. Les systèmes de défense antimissile, par exemple, sont largement aveugles sans leurs radars et leurs capteurs d’alerte précoce. Si ces composants sont endommagés ou détruits, l’ensemble du système perd son efficacité opérationnelle.

Dans ce contexte, la démarche iranienne apparaît bien plus rationnelle qu’on ne la présente souvent. Téhéran concentre de plus en plus ses attaques sur le niveau sensoriel et infrastructurel de la présence militaire américaine. Cela concerne notamment :
- Les systèmes d’alerte précoce et les radars stratégiques
- Les centres de communication et de transmission de données
- Les capteurs des systèmes de défense antimissile
- L’infrastructure des bases militaires américaines
Ces installations constituent la colonne vertébrale technologique de la puissance militaire américaine dans la région. Sans elles, même des systèmes aussi sophistiqués que le Patriot perdent une grande partie de leur efficacité. La logique opérationnelle peut donc être résumée simplement: l’Iran ne cherche pas à saturer la défense antimissile américaine, mais à la rendre aveugle.
Il s’agit d’une stratégie asymétrique classique, qui vise à modifier la structure des coûts d’un adversaire technologiquement supérieur. Alors que les missiles et drones iraniens peuvent être produits à moindre coût, l’infrastructure des défenses antimissiles modernes est extrêmement onéreuse et difficile à remplacer rapidement. Un radar stratégique ou un centre de communication complexe ne se reconstruit pas du jour au lendemain. Si cette infrastructure est endommagée, il en résulte une vulnérabilité opérationnelle durable.
Quand les bases militaires deviennent un risque sécuritaire
Un second effet, souvent négligé, concerne le rôle des bases militaires américaines au Moyen-Orient. Pendant des décennies, la présence des forces américaines a été présentée comme une garantie de stabilité régionale. Mais en cas d’escalade, cette logique peut s'inverser.
Les bases militaires ne sont pas seulement des instruments de projection de puissance ; ce sont aussi des cibles stratégiques de grande valeur. Cela signifie que les États qui accueillent des infrastructures militaires américaines deviennent automatiquement des cibles potentielles en cas de conflit, même s’ils ne participent pas activement aux hostilités.
Cette réalité stratégique ne concerne pas seulement le Moyen-Orient. Elle est aussi directement valable pour l’Europe.
En effet, de nombreux pays européens abritent des bases militaires américaines, des systèmes de défense antimissile et des nœuds logistiques.
La question centrale est donc la suivante: de telles structures sont-elles, en cas de crise, une protection – ou deviennent-elles elles-mêmes un risque ?
18:44 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, bases américaines, iran, moyen-orient, golfe persique |
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Iran, Ukraine – et le front économique des guerres modernes

Iran, Ukraine – et le front économique des guerres modernes
Elena Fritz
Source: https://t.me/global_affairs_byelena#
Si l’on observe les évolutions actuelles de manière objective, une parenté stratégique apparaît entre la guerre en Ukraine et l’escalade actuelle au Moyen-Orient. La clé décisive des conflits géopolitiques modernes se situe de moins en moins sur le champ de bataille – mais de plus en plus dans l’économie et les flux énergétiques.
Guerre en Ukraine : Les conséquences économiques touchent l’Europe – surtout l’Allemagne
La guerre en Ukraine n’a pas frappé “l’Occident tout entier” de manière égale sur le plan économique. Les charges sont très inégalement réparties. Alors que les États-Unis ont pu générer des revenus supplémentaires grâce à l’exportation massive de GNL (gaz naturel liquéfié), c’est surtout l’industrie européenne qui s’est retrouvée sous pression – et au sein de l’Europe, particulièrement l’Allemagne.
Les causes sont structurelles:
- L’Allemagne dépendait fortement de l’énergie russe bon marché.
- Les industries à forte consommation d’énergie sont la colonne vertébrale de l’industrie allemande.
- La hausse des prix de l’énergie touche donc directement la base industrielle.
Depuis la rupture des relations énergétiques avec la Russie, les coûts de chauffage et les prix de l’énergie ont nettement augmenté, tandis que les prix de l’électricité pour l’industrie et les ménages restent parmi les plus élevés d’Europe. La conséquence en est une faiblesse économique persistante: l’économie allemande stagne depuis des années.

Moyen-Orient : Attaque contre le système énergétique mondial
C’est précisément ici que le conflit avec l’Iran devient géopolitiquement pertinent: le détroit d’Ormuz est l’une des artères énergétiques les plus importantes du monde. Une part significative du commerce mondial du pétrole transite par ce détroit.
Les attaques contre les pétroliers ou la menace sur la navigation ont des conséquences immédiates:
- hausse des prix du pétrole;
- hausse des prix du gaz;
- nervosité sur les marchés financiers.
Même de petites perturbations de cette route peuvent faire grimper l’inflation et les prix de l’énergie dans le monde entier.
La logique stratégique
La logique de tels conflits est relativement simple. Lorsqu’un État est militairement en nette infériorité, il ne cherche pas nécessairement à gagner la guerre. Il tente plutôt de maximiser les coûts économiques pour l’adversaire.
Cela signifie :
- hausse des prix de l’énergie;
- chaînes d’approvisionnement sous pression;
- marchés financiers très sensibles.
La guerre se déplace ainsi du champ de bataille vers le système économique.
Et l’Allemagne ?
Voici le point décisif. L’Allemagne a déjà supporté la plus grande partie des coûts structurels de la guerre en Ukraine:
- perte d’une énergie bon marché;
- augmentation des coûts de production;
- pression croissante sur l’industrie et les PME.
Si une nouvelle crise énergétique venait à éclater au Moyen-Orient, ce point sensible serait une nouvelle fois touché. La hausse des prix du pétrole et du gaz aurait un effet immédiat: coûts de production plus élevés – inflation accrue – pression supplémentaire sur l’industrie et le tissu économique.
Ou, pour le dire simplement: la guerre en Ukraine a déjà massivement affaibli l’économie allemande. Une nouvelle crise énergétique au Moyen-Orient pourrait être le coup de grâce pour la puissance industrielle allemande.
17:49 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : iran, économie, actualité, ukraine, hydrocarbures, allemagne, europe, affaires européennes, moyen-orient |
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Pourquoi l’Iran est-il une théocratie révolutionnaire?

Pourquoi l’Iran est-il une théocratie révolutionnaire?
Source: https://www.facebook.com/empirep.federal
« Pendant l’occultation de l’Imam du Temps (que Dieu hâte sa venue), dans la République islamique d’Iran, la gestion et l’imamat reviennent à un jurisconsulte juste, vertueux, connaissant son époque, courageux, efficace et compétent, qui assumera cette responsabilité conformément au principe 107. Les experts du leadership examineront et consulteront tous les jurisconsultes remplissant les critères énoncés dans les principes 5 et 109, et choisiront parmi eux celui qu’ils jugent le plus sage, le mieux informé des lois et des questions de la jurisprudence islamique, des affaires politiques et sociales, ou celui qui est accepté par le peuple ou possède une des qualités distinctives mentionnées au principe 109. S’il n’y en a pas, ils proposeront l’un d’entre eux-mêmes comme Guide. Le Guide élu par les experts assumera la gestion des affaires et toutes les responsabilités qui en découlent. Le Guide est égal devant la loi aux autres citoyens. » (Constitution de la République islamique d’Iran, 1979)
L’Iran est une théocratie moderne car, bien qu’il possède des institutions républicaines comme un parlement et un président élus au suffrage populaire, suivant le modèle des révolutions oligarchiques d’Europe et de l’anglosphère, le pouvoir politique fondamental repose sur des principes religieux et l’autorité de juristes islamiques. La Constitution de la République islamique a été conçue selon la doctrine du « gouvernement du jurisconsulte », qui affirme que, jusqu’à la réapparition de l’Imam Mahdi (figure messianique du chiisme), l’autorité suprême de la communauté doit revenir à un jurisconsulte (faqih) doté d’un pouvoir politique et religieux supérieur.
Ce rôle du jurisconsulte, appelé « Guide Suprême », dirige et supervise toutes les autres institutions de l’État, et a le dernier mot en matière de politique étrangère, de sécurité nationale et de défense, en plus de nommer les principales figures du système judiciaire et des organes religieux de contrôle comme le Conseil des Gardiens. Cette structure fait que la souveraineté est comprise comme provenant de Dieu et s’exprimant à travers une autorité religieuse, plutôt que directement du peuple, ce qui est caractéristique des théocraties, bien que des éléments formels de représentation populaire existent.
L’Iran n’est pas une théocratie traditionnelle au sens classique, car il y incorpore des mécanismes révolutionnaires modernes copiés et adaptés de l’Occident. Il existe un président élu tous les quatre ans, un parlement (Majlis) avec des représentants des diverses provinces, et des organes juridiques fonctionnant selon des procédures électorales. Cependant, ces organes opèrent dans un cadre institutionnel où leurs décisions et candidats sont filtrés et supervisés par des instances cléricales comme le Conseil des Gardiens, et leur action est subordonnée à l’autorité du Guide Suprême. Ainsi, la République islamique combine des formes révolutionnaires avec une logique de pouvoir théocratique dans laquelle le chef religieux exerce un contrôle structurel sur le système politique, ce qui en fait un système hybride entre la théocratie et la république moderne.
Que se passera-t-il lorsque le Mahdi apparaîtra ?
Lorsque le Mahdi se manifestera publiquement, la république disparaîtra, car son autorité sera absolue et directe ; la tutelle des autorités populaires actuelles ne sera alors plus nécessaire. Le pouvoir politique, militaire et religieux reviendra au Mahdi lui-même, en tant que guide légitime de la communauté islamique chiite par la volonté de Dieu.

Comment se déroulera le retour du Mahdi et de Jésus dans l’eschatologie chiite?
Source: https://www.facebook.com/empirep.federal
Dans l’eschatologie chiite, il existe une forte croyance selon laquelle le Mahdi est occulté et qu’il reviendra à la fin des temps lorsque Dieu l’ordonnera. Les chiites voient en lui un guide juste et oint qui apparaîtra au milieu de grandes tribulations contre les musulmans, afin de rétablir la justice et le véritable gouvernement de Dieu sur Terre, après une période de chaos et de corruption.
Selon ces croyances, le Mahdi ne reviendra pas seul. Dans les récits prophétiques de l’islam chiite, il est dit que lorsque le monde sera rempli d’injustice et que le Jugement dernier approchera, apparaîtra le Dajjal, une figure trompeuse et corrompue décrite comme un faux messie ou antéchrist qui trompera l’humanité et provoquera une grande tribulation. Le rôle du Mahdi sera de diriger les croyants, de les unifier et d’affronter les forces du mal incarnées par le Dajjal, luttant contre l’oppression et le mensonge sous une autorité divine.
Quand la confrontation entre le Mahdi et les forces du Dajjal atteindra son point culminant et que la tromperie et la corruption sembleront prévaloir dans le monde, un tournant décisif aura lieu : la descente et l’apparition de Jésus (‘Isa). Son apparition est complémentaire. Jésus s’unira au Mahdi comme signe divin de soutien et de confirmation, renforçant moralement et spirituellement les croyants au moment le plus difficile. Dans ce contexte, Jésus participe à la défaite du Dajjal. Tandis que le Mahdi dirige la restauration de la justice et de l’unité de la communauté des croyants, Jésus agit comme témoin vivant de la vérité divine et comme réfutation du faux messianisme du Dajjal. La coopération entre les deux représente, dans la théologie chiite, la convergence de la guidance prophétique et de l’autorité légitime de l’imam attendu, mettant fin à la période de grande tribulation.
Après la défaite du mal, la tradition affirme qu’une ère de paix et de justice sans précédent s’ouvrira. Sous la direction conjointe du Mahdi et de Jésus, un ordre basé sur l’équité, la droiture et la soumission totale à Dieu sera instauré. Dans cette ère, selon de nombreux récits, les injustices historiques seront corrigées, les conflits cesseront et la stabilité sociale et spirituelle prévaudra dans le monde.
17:04 Publié dans Actualité, Traditions | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, théocratie, traditions, traditionalisme, chiisme, mahdi, mollahs, iran |
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Pourim 2026 – et ce que nous raconte le palais du Golestan

Pourim 2026 – et ce que nous raconte le palais du Golestan
Karl Richter
Source: https://www.facebook.com/karl.richter.798
Nous ne savons pas ce qui se passe ces jours-ci en Iran. Les informations vérifiables provenant de la zone de guerre sont rares. Ce que l’on peut apprendre, lorsqu’on cherche des informations, est déjà assez triste. L’alliance criminelle des Etats-Unis et d'Israël mène – comme d’habitude dans tous les cas comparables (Gaza, Irak, Yougoslavie 1999) – une guerre non seulement contre l’armée iranienne et le prétendu programme d’armes nucléaires, mais aussi contre le pays lui-même, contre le peuple et son identité: contre sa culture unique, plurimillénaire.




Les destructions infligées sont d’autant plus douloureuses qu’il s’agit généralement de monuments culturels irremplaçables. Lors des récentes attaques contre Téhéran, l’un d’entre eux a été gravement touché: le palais unique du Jardin des Roses dans le complexe du palais du Golestan, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO. Ce palais date à l’origine du 16ème, a été agrandi à plusieurs reprises au fil des siècles et a été entièrement restauré au 17ème. Une visite à ce palais constitue le point culminant de tout voyage à Téhéran; l’intérieur d’une finesse incroyable et les jeux de lumière produits par des milliers de vitres et de miroirs brisés ou peints sont tout simplement indescriptibles. Des œuvres d’art de ce genre sont véritablement uniques et irremplaçables.
Un blog de l’administration muséale de Téhéran a informé hier des dégâts causés lors de l’attaque: des vitres ont éclaté, les sols et l’intérieur ont été endommagés. Le complexe dans son ensemble semble – pour l’instant – intact.
La destruction du passé fait partie intégrante de la guerre inhumaine visant l’âme à l’ère des masses « démocratiques ». Ce n’est pas un hasard. Elle vise à effacer la mémoire de l’ennemi, à le priver de visage et d’identité. Et ce, intentionnellement, ce qui la rend d’autant plus diabolique.


Nous connaissons cela de notre propre histoire récente. L’un des principaux responsables de la terreur aérienne anglo-américaine contre l’Allemagne, le conseiller de Churchill Lord Cherwell (alias Frederick Alexander Lindemann - photo), justifia la destruction des villes allemandes et des biens culturels par des arguments infâmes: «La ‘rééducation’ allemande doit être facilitée par une ‘reconfiguration’ de l’espace vital allemand». Le président américain Roosevelt fut réceptif à de telles considérations, lorsque Lindemann lui expliqua que le bombardement des villes ne briserait pas seulement le moral des Allemands, mais ramènerait aussi « l’orgueil allemand et la conscience de leur mission à un niveau tolérable » par la destruction des témoins architecturaux du passé.
On sait comment cela s’est terminé. Les villes allemandes ont péri, et depuis 1945, elles ne sont plus ce qu’elles étaient auparavant. Il est incontestable que la pulvérisation de leur tissu urbain a contribué à la « rééducation » des vaincus : un chapitre de la guerre psychologique qui fait désormais partie des accompagnements habituels là où les « valeurs occidentales » sont à l’offensive dans le monde. Nous savons au plus tard depuis la (seulement partielle !) publication des documents Epstein qu’elles sont en réalité sataniques, dépravées, perverses.

L’Irak a également été « libéré » en 1991, à grande échelle, de son passé plurimillénaire par les apporteurs de démocratie occidentaux. Environ 15.000 sites culturels catalogués existent en Irak, sur le territoire des anciennes civilisations de Sumer, Babylone et Assur. Après la guerre, l’administration irakienne des antiquités a dressé l’inventaire des dégâts causés par les attaques alliées et en a tiré un bilan terrible, dont l’opinion mondiale n’a jamais rien su. Des centaines de monuments culturels ont été endommagés, menacés d’effondrement, affectés par des secousses ou des explosions proches. Les Américains ont souvent tiré arbitrairement sur des sites archéologiques et des antiquités.
Le paysage culturel iranien est même encore plus riche que celui de l’Irak. Selon le recensement de l’office iranien des monuments, il comprend plus de 34.000 sites historiques et culturels, témoins de toutes les époques. Une source unique d’identité nationale – et il faut reconnaître que la République islamique d’aujourd’hui ne refoule plus la période ancienne et préislamique, mais la considère comme faisant partie de l’héritage national.
Qu’en restera-t-il après la guerre – si Trump, comme il l’a dit, fait « sortir la saleté » des Iraniens ?
Parlons aussi des victimes humaines, déjà à déplorer. Par exemple, les 165 fillettes mortes lors de l’attaque israélienne sur une école de la ville de Minab – comment s’étaient-elles retrouvées sur la liste des cibles ? Pourquoi ?
Peut-être tout simplement parce qu’elles étaient Perses. Les « saintes » écritures du peuple d’Israël regorgent de récits terrifiants où leur Dieu, auquel on ne doit pas associer d’autres dieux, extermine et anéantit d’autres peuples. Leur Seigneur, jaloux, avide de sang et de vengeance, leur a promis leur Terre promise et le reste du monde. Depuis lors, le peuple d’Israël sait qu’il vaut mieux ne laisser aucun autre survivre. Israël pratique cela de la Nakba, l’expulsion des Arabes en 1948, jusqu’à aujourd’hui à Gaza.
Comme par hasard – ou peut-être pas : au début de cette semaine, c’était Pourim. Les Juifs pieux fêtent Pourim en souvenir d’un complot déjoué à la cour perse par la sage Esther, une sorte de Monica Lewinsky antique à la cour du Grand Roi. Pour se venger, les Juifs ont massacré 75.000 Perses dans l’empire du Grand Roi – et célèbrent cela jusqu’à aujourd’hui comme une fête joyeuse. À lire dans le Livre d’Esther. Pourim 2026. On n’a pas besoin d’en savoir plus.
* * *
Note à l'article d'humeur de Karl Richter:
Urbicide et destruction de la mémoire
Il y a quelques années l'auteur britannique Robert Bevan sortait un ouvrage intitulé The Destruction of Memory - Architecture at War où il dénonçait la destruction de villes et de leurs patrimoines architecturaux, que certains ont ensuite appeler l'urbicide. Cette tactique visait l'effacement de la mémoire architecturale des peuples visés par les bombardements. Pouvez-vous m'en dire plus?
L’ouvrage The Destruction of Memory: Architecture at War (2006, puis édition augmentée en 2016) de l’historien et critique d’architecture Robert Bevan a joué un rôle important pour populariser l’idée que la destruction du patrimoine bâti peut être une arme stratégique. L’auteur montre que, dans de nombreux conflits, détruire les bâtiments n’est pas seulement un dommage collatéral: c’est une attaque contre la mémoire collective et l’identité d’un peuple.

L’idée centrale : détruire l’architecture pour effacer un peuple
Selon Bevan, l’architecture est un support matériel de la mémoire: villes, monuments, lieux de culte ou maisons incarnent l’histoire et l’identité d’une communauté. Les détruire vise donc à briser le moral et l’identité culturelle d’un groupe.
Il affirme que ces destructions peuvent constituer une forme de «génocide culturel»:
- elles éliminent les traces du passé;
- elles rendent plus difficile la transmission d’une mémoire collective;
- elles facilitent la domination politique ou la substitution culturelle.
L’idée rejoint une phrase souvent citée par Bevan (empruntée à Milan Kundera): la lutte de l’homme contre le pouvoir est la lutte de la mémoire contre l’oubli.
Le concept d’« urbicide »
Le terme urbicide (littéralement « meurtre de la ville ») est utilisé par certains chercheurs pour décrire la destruction systématique de l’environnement urbain dans le but de détruire la vie sociale et culturelle qu’il abrite.
Dans cette perspective:
- la ville est un “réservoir de mémoire” et de valeurs culturelles;
- attaquer ses infrastructures, monuments ou quartiers revient à attaquer l’identité des habitants.
L’urbicide inclut:
- destruction de monuments historiques;
- démolition de lieux de culte;
- bombardement de quartiers résidentiels;
- effacement de paysages urbains symboliques.
Exemples historiques analysés par Bevan:
Le livre parcourt de nombreux cas où l’architecture est devenue une cible symbolique:
a) Conquêtes et destructions anciennes:
- destruction des villes aztèques par les conquistadors espagnols
- remplacement de temples par des églises ou mosquées lors de conquêtes religieuses.
b) Seconde Guerre mondiale:
Bombardements massifs de villes comme Dresden ou Tokyo.
Ces bombardements visaient aussi le moral et l’identité des populations urbaines.
1. Génocides et persécutions culturelles
- destruction des synagogues lors de la Kristallnacht;
- disparition de nombreuses églises et monastères arméniens après les massacres de 1915.
2. Guerres de Yougoslavie (cas central du livre)
Le siège et les destructions en Sarajevo et Mostar sont souvent cités comme exemples d’urbicide.
La destruction du Stari Most en 1993 avait peu d’intérêt militaire mais une énorme valeur symbolique: le pont représentait l’histoire multiculturelle de la ville.

3. Destructions contemporaines
Bevan évoque aussi :
- les Bouddhas de Bamiyan Buddhas,
- la destruction de sites à Palmyra,
- les bombardements de mosquées ou sanctuaires en Irak.
4. Un débat juridique : crime de guerre ou génocide culturel ?
Le livre insiste sur une lacune du droit international.
Les conventions comme la Hague Convention for the Protection of Cultural Property protègent le patrimoine culturel, mais la destruction de monuments est souvent traitée comme un crime secondaire, ajouté à d’autres crimes (meurtres, déportations, etc.).
Bevan plaide pour reconnaître explicitement la destruction culturelle comme partie intégrante du génocide.
5. Pourquoi cette idée est devenue influente
L’ouvrage a marqué les débats sur :
- la protection du patrimoine en guerre;
- les politiques de reconstruction après conflit;
- la notion de mémoire urbaine en architecture et en urbanisme.
Il a aussi inspiré des discussions sur des conflits récents (Syrie, Ukraine, Irak) où la destruction du patrimoine sert à terroriser, à effacer l’identité ou à réécrire l’histoire.
En résumé :
Pour Bevan, la destruction des villes et des monuments n’est pas seulement matérielle. Elle vise à détruire la mémoire, l’identité et la continuité historique d’un peuple, ce qui explique pourquoi ces attaques accompagnent souvent les politiques de purification ethnique ou de domination politique.
On peut aussi aborder les thèmes suivants:
- comment le concept d’urbicide est né dans les années 1990 (notamment avec les guerres de Yougoslavie),
- ou comment certaines reconstructions (Varsovie, Mostar, Dresde) sont devenues des actes politiques de mémoire.
16:30 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, urbicide, iran, palais de golestan |
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