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jeudi, 05 mars 2026

La guerre messianico-apocalyptique contre l’Iran

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La guerre messianico-apocalyptique contre l’Iran

par Davide Malacaria

Source: https://www.piccolenote.it/mondo/la-guerra-messianica-apo...

« Lundi, lors d’un briefing, le commandant d’une unité militaire aurait dit aux sous-officiers que la guerre en Iran fait partie du plan de Dieu et que le président Donald Trump aurait été «oint par Jésus pour envoyer un signal de feu en Iran et provoquer l’Armageddon qui entraînera son retour sur Terre , selon ce qu’a dénoncé un sous-officier. Depuis samedi matin, la Military Religious Freedom Foundation des États-Unis a reçu 200 appels provenant de plus de 50 bases militaires de tous les services, dans lesquels étaient rapportées des déclarations similaires inquiétantes de la part de «commandants chrétiens fanatiques».**

L’intervention en Iran coïnciderait donc avec l’Armageddon, la bataille finale apocalyptique qui doit aboutir au retour du Christ. Ce n’est pas une blague, ni une simple explication basée sur le fait que le chef du Pentagone, Pete Hegseth, est un fanatique religieux et que les hauts gradés de l’armée sont remplis d’evangelicals.

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La théologie apocalyptico-messianique des évangéliques, en effet, a des racines profondes. « Au 19ème siècle, le théologien John Nelson Darby (portrait, ci-dessus) supposait que Dieu interagissait avec l’humanité à travers différentes périodes ou « dispensions ». Cette théologie dispensationnaliste s’est rapidement diffusée aux États-Unis, atteignant les masses chrétiennes mainstream avec la diffusion de la Bible Scofield de 1909. »

« Darby soutenait qu’Ézéchiel 38 décrivait une guerre future dans laquelle les nations se rassembleraient contre Israël, et que Dieu rendrait son jugement contre elles. Scofield a repris cette assertion et l’a appliquée à la géopolitique moderne, en identifiant la Russie comme l’ennemi d’Israël. »

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Mais avec le temps, cette théologie découvre l’Iran. « En 1979, Hal Lindsey, dans The Late Great Planet Earth, identifie chaque ancienne nation présente dans Ézéchiel 38 à une nation moderne, et l’Iran devient important parce que c’est par lui que la Russie cherchera « une invasion de la terre d’Israël ». 

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« Le dispensationaliste Tim LaHaye, auteur de Left Behind, une saga qui romanise l’eschatologie dispensationnaliste, est allé plus loin, en 1999, en avançant que l’Iran aurait reçu des armes nucléaires de pays de l’ex-bloc soviétique après la chute de l’Union soviétique».

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« Cette transition progressive de l’Iran, passant de périphérie de la prophétie à acteur central, a culminé dans l’œuvre de Mark Hitchcock, selon lequel l’Iran occupe une place centrale dans la prophétie apocalyptique de la fin des temps, dans plusieurs livres, dont Iran: The Coming Crisis, The Apocalypse of Ahmadinejad, Iran and Israel et Showdown with Iran. »

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« Iran and Israel commence par un long passage extrait du livre de 2012 de Yaakov Katz et Yoaz Hendel, Israel vs. Iran: The Shadow War, où l’on imagine qu’Israël lancera une attaque préventive contre l’Iran pour l’empêcher d’obtenir des armes nucléaires. Une telle attaque et la réaction iranienne déclencheraient une guerre régionale susceptible de conduire à la «Troisième Guerre mondiale». 

Ensuite, Hitchcock «pose une question cruciale: ‘Est-il possible que ces événements fassent partie d’un drame plus vaste, écrit il y a longtemps?’ » Selon lui, cette attaque mènera «à la fameuse guerre de Gog et Magog décrite dans Ézéchiel 38. Cette guerre impliquera une coalition d’ennemis d’Israël, qui attaquent Israël pour le détruire, mais qui seront miraculeusement détruits par Dieu».

Ainsi, dans Showdown with Iran, il écrit: «La confrontation actuelle avec l’Iran préfigure étonnamment cette guerre imminente. Ce que nous voyons aujourd’hui en est la préparation parfaite. Les pays et les circonstances convergent à une vitesse toujours plus grande pour occuper la place prophétisée, exactement comme on pourrait l’attendre si cette guerre approchait».

«Et c’est cette guerre que Hitchcock souhaite». Dans Iran: The Coming Crisis, il se demande: «Combien de temps devrons-nous encore attendre avant de lancer une attaque préventive pour paralyser les ambitions nucléaires de l’Iran?».

Pour Hitchcock, «la perspective d’un conflit qui pourrait déboucher sur la Troisième Guerre mondiale est positive, car elle rapproche le monde de l’Enlèvement, le retour imminent de Jésus qui emmènera tous les chrétiens au ciel. Dans l’eschatologie de Hitchcock, les événements de la guerre de Gog et Magog se déroulent après l’Enlèvement. Il écrit: ‘Le prélude semble prêt. Il ne reste plus qu’à ce que l’Enlèvement ait lieu’».

La «tension au Moyen-Orient est vue comme un prélude nécessaire» à l’Enlèvement, qui sera précédé d’une période de «Grande Tribulation» durant laquelle la terre sera la proie de l’Antichrist. Cette vision apocalyptique, comme l’explique Josh Olds (dont nous avons repris le texte), est «la force motrice de l’eschatologie des evangelicals. Et c’est cette pensée qui façonne la politique étrangère américaine».

Il est inutile de rappeler que récemment, Israël a investi d’importantes ressources pour renforcer ses liens avec les evangelicals via le projet Esther, du nom de la reine juive qui sauva ses compatriotes d’un génocide en Perse (coïncidence non fortuite, tout comme le fait que la guerre actuelle ait commencé à l’approche de Pourim, la fête juive qui rappelle cet événement).

Plus intéressant encore, c’est de voir que le messianisme des évangéliques descend de celui du judaïsme, qui domine actuellement en Israël. Ils voient dans la poussée vers le Grand Israël, du Nil à la mer (et/ou du Nil à l’Euphrate), ainsi que dans la guerre contre l’Iran, «une intervention divine qui accélérera l’ère de la rédemption».

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Netanyahou est le précurseur du Messie, un rôle qu’il a, dans son cynisme, accepté avec joie. «J’ai une mission historique et spirituelle», a-t-il dit, «celle de réaliser le Grand Israël, avec tout ce que cela implique pour le monde».

Bizarre que les médias grand public dirigent leurs critiques contre la théocratie iranienne, tout en ignorant la force de l’intégrisme religieux qui lui a déclaré la guerre, et que cette guerre se déroule dans le contexte dit de l’Armageddon.

Quant à la chronologie de la fin des temps, si les Juifs ne donnent pas trop d’importance à l’évangile, cela devrait être différent pour les evangelicals. Ainsi, Jésus dit: «Quant à ce jour et à cette heure, personne ne le sait, ni les anges du ciel, ni le Fils, mais seulement le Père». Si le Fils ne le sait pas, il est peu probable que d’autres le sachent. Une remarque qui devrait inviter les faux prophètes à se rappeler d’un slogan qui circulait il y a quelques années sur un t-shirt: «Dieu existe, mais pas toi, détends-toi».

 

Géopolitique dans le contexte de la rivalité mondiale entre les États-Unis et la Chine

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Géopolitique dans le contexte de la rivalité mondiale entre les États-Unis et la Chine

Elena Fritz

Quelle: https://t.me/global_affairs_byelena# 

Ceux qui considèrent isolément les vicissitudes actuelles comme une «crise iranienne» sous-estiment son ampleur stratégique. Dans le contexte de la rivalité mondiale entre les États-Unis et la Chine, une image plus claire se dessine.

L’Iran a été pendant des années l’un des principaux fournisseurs de pétrole bon marché pour la Chine.

Les rabais tarifaires de 20 à 25 pour cent en dessous du prix du marché mondial ont conféré à Pékin un avantage structurel. Pour une nation industrielle orientée vers l’exportation, le prix de l’énergie n’est pas un sujet marginal, mais un facteur clé de compétitivité.

Une énergie bon marché signifie des marges industrielles plus élevées, des marges de manœuvre plus grandes sur les marchés mondiaux et une croissance accélérée.

La logique stratégique est donc simple:

Si un concurrent tire sa dynamique économique d’une énergie durablement bon marché, il est dans l’intérêt de la puissance rivale de limiter cet avantage.

Les chiffres illustrent l’ampleur: 

- Le pétrole vénézuélien couvre environ 7% des besoins chinois – une interruption de ce flux caribéen serait supportable.

- Les livraisons iraniennes sont nettement supérieures; une augmentation des prix aurait des impacts visibles.

- Les livraisons russes représentent entre 12 et 18% des importations chinoises; si, elles aussi, ne bénéficient plus de remises, la structure des coûts se modifie fondamentalement.

C'est alors clair: il s’agit de modifier, par une forme ou une autre de coercition, le prix de l’énergie pour en faire le levier d'un contrôle géopolitique.

Sous le signe de la sécurité et de la stabilité, un facteur clé de la compétitivité chinoise est en fait abordé. Le conflit est donc moins régional que systémique.

L’approche stratégique est essentielle:

- Il ne s’agit pas de déstabiliser ou de vaincre la Chine.

- Il suffit de ralentir le rythme de croissance et de neutraliser les avantages structurels.

Dans les grandes compétitions de puissance, ce n’est souvent pas la victoire spectaculaire qui compte, mais le contrôle de la dynamique et du rythme.

Dans ce contexte, l’actualité ne paraît pas comme une escalade spontanée, mais comme une partie d’une arithmétique du pouvoir à long terme au 21e siècle.

mercredi, 04 mars 2026

La fermeture du détroit d'Ormuz est la dernière touche à un commerce maritime déjà fragilisé

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La fermeture du détroit d'Ormuz est la dernière touche à un commerce maritime déjà fragilisé

Source: https://mpr21.info/el-cierre-del-estrecho-de-ormuz-es-la-...

Le transport maritime est à nouveau confronté à une crise politique grave, à durée incertaine. Depuis les attaques contre l’Iran par les États-Unis et Israël, le centre géographique de la crise est la région du Golfe Persique, complètement isolée depuis que la Garde révolutionnaire a imposé un blocus aux navires souhaitant franchir le détroit d'Ormuz. Chaque navire reçoit une alerte radio indiquant que le franchissement est interdit.

Dimanche, trois petits pétroliers qui tentaient de naviguer dans ce détroit de 30 kilomètres de large, bordé au nord par la côte iranienne, ont été attaqués. En quelques heures, presque tous les navires tentant d’entrer ou de sortir de la zone ont décidé de changer de cap et de chercher un mouillage sûr. Il s’agissait de porte-conteneurs, mais aussi d’autres types de navires, tels que pétroliers, vraquiers transportant des produits chimiques ou alimentaires, y compris des méthaniers de gaz liquéfié.

Environ 170 porte-conteneurs de toutes tailles, représentant 1,4% de la flotte mondiale en termes de capacité de charge, sont bloqués dans les eaux du Golfe Persique, incapables de poursuivre leur route. D’autres ont regagné leurs bases.

Dans la flotte de CMA CGM, par exemple, une quarantaine de navires sont actuellement cloués dans le Golfe, et sept ont été déviés car ils ne pouvaient pas entrer dans la zone. Certaines compagnies, comme MSC et Maersk, ont suspendu leurs réservations de cargaisons destinées à cette zone, tandis que CMA CGM, depuis lundi, se limite à refuser les produits périssables.

Au total, 72 navires naviguaient encore dans le détroit d’Ormuz samedi, contre 116 la veille. Une réticence marquée est observée parmi les transporteurs d’hydrocarbures: seuls huit navires ont traversé dimanche la passe (7 pétroliers et 1 méthanier), contre une moyenne quotidienne de 55 à 80 navires dans les deux sens.

Le Secrétaire général de l’Organisation maritime internationale (OMI), Arsenio Domínguez, a dénoncé le blocus: «La liberté de navigation est un principe fondamental du droit maritime international et doit être respectée par toutes les parties, sans exception [...] Dans la mesure du possible, les navires doivent éviter de transiter par la région affectée jusqu’à ce que les conditions s’améliorent».

La fermeture affecte déjà de nombreux flux commerciaux. Les pays du Golfe importent la majorité de leurs biens de consommation, arrivant en conteneurs, ainsi que de nombreux produits alimentaires (céréales, riz, maïs, viande, etc.). Par ailleurs, ils exportent dans le monde entier, en plus du pétrole et du gaz, des marchandises et matières premières telles que l’aluminium, les fertilisants, l’ammoniac, le soufre et le polyéthylène.

Les ports du Moyen-Orient ne sont que des escales sur une route maritime beaucoup plus longue. Avant de traverser le détroit d’Ormuz, des ports comme Jebel Fakkan (Émirats arabes unis), Sohar et Duqm (Oman) pourraient remplacer les grands centres régionaux comme Jebel Ali, le port principal de Dubaï, ou Jalifa, à Abu Dhabi… si l’espace est suffisant pour tous les navires. Les itinéraires alternatifs pourraient rapidement congestionner les quais, même dans les ports asiatiques, perturbant une chaîne logistique très bien rodée.

Les compagnies maritimes ne peuvent éviter ces escales dans leur transport intercontinental, et laissent leur cargaison dans le port offrant l’option la moins dommageable, avant de la transporter par route jusqu’à sa destination finale.

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De la mer d’Oman à la mer Rouge

Un autre point stratégique compromis par l’attaque de samedi est la traversée de la mer Rouge et du canal de Suez, qui donne accès à la Méditerranée. Plusieurs compagnies, dont Maersk et CMA CGM, avaient repris prudemment cette route depuis plusieurs mois, pour éviter les importants détours par le sud de l’Afrique, imposés depuis octobre 2023.

Mais les répercussions de l’agression militaire mettent également fin aux espoirs d’un retour massif du transport maritime de conteneurs dans la mer Rouge cette année. Les Houthis, situés à l’entrée de la mer Rouge, dans le détroit de Bab El Mandeb, à 2000 kilomètres au sud du canal de Suez, ont averti que les premiers attaques pourraient commencer très bientôt.

Les missions d’escorte avec des frégates, comme la mission européenne Aspides, avaient déjà subi des coupes budgétaires.

Les conséquences de cette agression impérialiste entraîneront une militarisation accrue du commerce et anéantiront l’espoir d’un retour massif du transport maritime de conteneurs dans la mer Rouge. La déviation par l’Afrique du Sud va se poursuivre longtemps, faisant monter les prix sur tous les marchés mondiaux.

Décision pour l'Iran

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Décision pour l'Iran

Karl Richter

Source: https://www.facebook.com/karl.richter.798

Le 28 février 2026 restera, quand on portera un regard rétrospectif, comme le jour où beaucoup de choses ont changé. Ce jour entrera dans l’histoire comme celui où un grand pas vers la barbarisation de l’ordre international a été franchi. Comme le jour où les États-Unis et Israël ont définitivement enterré le droit international.

Depuis des décennies, l’Iran est considéré comme un paria dans le monde. Le pays avait déjà été soumis à des sanctions américaines dans les années 1950, lorsque le premier ministre du Shah, Mossadegh, avait nationalisé l’industrie pétrolière. Depuis 1979, le régime de sanctions est permanent. Depuis 2018, pendant le premier mandat de Trump, les exportations de pétrole iranien subissent même un embargo total. Les conséquences frappent principalement la population.

La guerre actuelle a donc une longue histoire, qui peut finalement être ramenée à deux éléments centraux: le pétrole et la signification géostratégique du pays. Si l’Iran tombe aujourd’hui, la Russie et la Chine tomberont demain. Le plateau iranien est le territoire-pivot essentiel de la masse continentale eurasienne. Si les États-Unis y prennent pied, toutes les voies vers la Russie, la Chine et la domination du grand continent eurasiatique leur seront ouvertes. Et enfin: le Grand Satan ne tolère pas de pays qui lui font face. En même temps, la résistance à l’ordre occidental, aux criminels et pédophiles de grande envergure, est plus que jamais nécessaire. Le géopolitologue russe Alexandre Douguine a récemment formulé, à propos des dossiers Epstein (dont plus personne ne parle soudainement!): «Le monde occidental s’est effondré. Aucun leader politique occidental, qu’il soit aux États-Unis ou dans l’Union européenne, ne possède plus aucune autorité morale. C’est une révélation: pratiquement tout l’Occident apparaît comme une organisation sataniste et pédophile. C’est la fin de toute prétention à diriger».

Et plus, l’agression de ces derniers jours paraît absurde; de surcroît elle montre à quel point la démarche arrogante, sans aucune retenue, affichée ces derniers jours, relève de la démesure. Le ministre américain des Affaires étrangères Hegseth affirme sérieusement que les États-Unis n’ont pas commencé la guerre, mais la terminent. Lors de l’attaque, Américains et Israéliens ont utilisé des renseignements obtenus par les services secrets selon lesquels la haute direction iranienne se rassemblerait dans un complexe à Téhéran, où se trouvent le bureau du président, du guide suprême Ali Khamenei et du Conseil national de sécurité. Trente bombes ont frappé le bâtiment. Khamenei, 86 ans, qui était depuis près de quarante ans la figure spirituelle de la République islamique, a trouvé la mort. Avec lui sont morts le président du Conseil de défense nationale, le chef des Gardiens de la révolution, le ministre de la Défense et le chef d’état-major, ainsi qu’au moins une vingtaine d’autres hauts responsables militaires et décisionnaires; sans parler de l’élimination d’une école pour filles à Minab avec 180 enfants tués. L’assassinat ciblé commis par la direction du camp adverse équivaut à une rupture avec tout principe de civilisation. La Russie ne s’est pas laissée entraîner à de tels écarts dans la guerre d'Ukraine qui dure depuis quatre ans.

Donald Trump, qui avait promis de mettre fin aux guerres interminables menées par les États-Unis, a laissé tomber le masque samedi dernier. Il a promis de réduire en cendres l’arsenal des missiles iraniens et a menacé de représailles sévères si l’Iran réagissait à l’assassinat de Khamenei. On connaît la chanson: les attaqués ne doivent même pas se défendre et doivent se faire tuer en silence. Une demande similaire avait été adressée par l’OTAN en 1999 à la Yougoslavie envahie par elle.

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Le motif officiel de l’attaque – la soi-disant menace nucléaire – ne résiste à aucune vérification. Rafael Grossi (photo), directeur de l’Agence internationale de l’énergie atomique, avait déclaré peu avant qu’il n’y avait pas de programme nucléaire iranien ni de menace immédiate. Et la veille de l’attaque, le ministre des Affaires étrangères d’Oman, qui avait favorisé les négociations entre Washington et Téhéran pendant des semaines, a annoncé qu’un accord de paix était à portée de main – l’Iran aurait accepté de réduire ses réserves d’uranium enrichi au niveau le plus bas possible. Puis les bombes sont tombées. De la même manière, les Ukrainiens mènent depuis des années des attaques qui mènent à l'escalade: frappes délibérées en plein milieu de négociations en cours – un exemple de ce qu’on peut appeler les "valeurs occidentales".

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Dominik Steiger (photo), professeur de droit international à l’Université technique de Dresde, a été d’une belle clarté sur la question de la légalité de l’attaque contre l’Iran: «La réponse est très simple: non, ils n’avaient pas le droit de le faire». La Charte des Nations unies ne prévoit que deux exceptions à l’interdiction de toute violence: la légitime défense contre une attaque armée immédiate ou un mandat du Conseil de sécurité. Aucune des deux conditions n’était remplie. Une prétendue menace future ne suffit pas. Si on accepte cela, aujourd’hui, comme motif de guerre, demain, les frappes préventives suite à de simples soupçons seront monnaie courante. Il est évident que Washington et Tel Aviv souhaitent qu'advienne une telle organisation mondiale de nature criminelle. Elle équivaudrait à des guerres permanentes à travers le monde.

La démolition progressive du droit et la barbarisation qui en découle sont indiscutablement en cours. Dès la guerre du Golfe en 2003 – mais en réalité déjà lors des procès de Nuremberg en 1945/46 – le monde a été habitué à accepter à nouveau la torture comme un moyen juridique, revenant ainsi en arrière, avant l'ère des Lumières. Les interventions illégales et criminelles de l'OTAN en Yougoslavie (1999), en Irak (2003), en Libye (2011) et en Syrie (2012) étaient déjà clairement contraires au droit. Depuis le début de la guerre de Gaza en 2023, la conduite de guerre s'est placée totalement hors du droit: c'est bien là le fait du gouvernement Netanyahu dans la bande de Gaza et c'est largement tolérée à l’échelle internationale. L’interdiction de la violence, principe fondamental des relations internationales depuis 1945, est désormais ouvertement considérée par l’Occident moralement déliquescent, y compris Israël, comme un obstacle, et est simplement ignorée.

Ce qui est particulièrement choquant: une grande partie des conservateurs et des soi-disant « éveillés », jusque dans les rangs de l’AfD, applaudissent également. C’est après la crise du coronavirus et la guerre en Ukraine le prochain grand test d’intelligence, où beaucoup échouent. Malheureusement, tous ces Schunke, Tichy et Reichelt sont aveuglés par leur haine de l’islam et ne comprennent pas ce qui se joue réellement. Si le droit du plus fort l’emporte maintenant, demain, n’importe qui pourrait devenir la prochaine victime pour n’importe quelle raison, et personne ne pourra plus se plaindre. Avec de bonnes raisons, Alexandre Douguine conseille à la direction russe de ne pas prendre le même risque que la haute direction iranienne, qui a été anéantie, et plutôt d’utiliser les méthodes américaines: « Cela signifierait que nous pourrions éliminer la direction militaire et politique de l’Ukraine et, sans se soucier des coûts, résoudre les tâches de l’opération spéciale militaire». Tout à fait exact. Seuls des fous ou des criminels peuvent vouloir de telles relations internationales.

L’Europe, et en particulier l’Allemagne, devront se préparer à des turbulences. La sécurité de l’Allemagne et de ses voisins, tous incapables militairement, ne repose pas sur des porte-avions, mais uniquement sur la fiabilité du droit. Si cela disparaît et qu’un gouvernement de dilettantes, comme celui de Merz, provoque simultanément un conflit avec la Russie, les États-Unis et le monde islamique, des temps très troublés nous attendent. Chacun de nos voisins, comme la Pologne, et surtout la Russie, pourrait envahir notre territoire sans conséquences et tout mettre à sac. Au mieux, un tel scénario signifierait au moins la fin du régime.

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Nous ne parlerons même pas des conséquences évidentes de la politique criminelle américano-israélienne. Depuis samedi, le prix du pétrole a augmenté de 16 %, celui du gaz LNG du Qatar de 45 %. Mardi, l’Iran a officiellement fermé le détroit d’Ormuz. Nous allons probablement assister à une poussée inflationniste, à des chaînes d’approvisionnement interrompues, peut-être à des attentats – après tout, l’Allemagne collabore avec la coalition Epstein. La Chine a déjà arrêté l’exportation de terres rares vers les États-Unis. Le système du pétrodollar – déjà sous pression depuis que la part du dollar dans les réserves monétaires mondiales est tombée de 71 % à 57,8 % – perd rapidement du terrain, ce qui est une bonne nouvelle. L’intégration du bloc BRICS s'accélére involontairement: le système de paiement interbancaire de la Chine et la plateforme mBridge, qui ouvre des corridors monétaires numériques entre la Chine, les Émirats arabes unis, l’Arabie saoudite et d’autres États, sont pleinement opérationnels. Leur mise en service pourrait être avancée, ce qui ferait encore chuter le dollar.

Téhéran ne pourra pas gagner militairement la guerre contre les puissances criminelles que sont Israël et les États-Unis. Ce n’est même pas la question la plus importante. L’Iran doit simplement tenir, survivre et faire monter le prix pour le bloc USrael. Moralement, personne ne pourra déjà leur enlever la victoire: le vieux Khamenei, qui ne s’est pas laissé évacuer et qui aurait déjà désigné son successeur, est devenu un martyr. Un martyr pèse plus lourd pour les chiites qu’un titulaire de fonction. Le chef suprême mort est une impulsion puissante pour rassembler le pays sous les yeux du monde. Par ailleurs, aucune opposition viable n’est visible. Chaque jour que l’Iran lutte et ne capitule pas, est une défaite pour Washington.

On a toujours eu raison dans le passé de se solidariser avec ceux que les médias, transatlantiques et amis d’Israël, ont tournés en ridicule ou criminalisés: Kadhafi, Saddam Hussein, Assad, les contestataires du Co vid, les Russes, et surtout Poutine. Dans la lutte pour le droit à l’autodétermination des peuples souverains et pour un ordre mondial plus juste, je suis depuis longtemps du côté de l’Iran. J’y étais il y a quelques années et j’ai participé à une conférence internationale à Mashhad. J’ai rencontré un peuple qui, malgré les sanctions, a conservé sa joie de vivre, son hospitalité et sa fierté nationale. Aujourd’hui, je suis avec lui dans mes prières et mes souhaits. Avec l’aide de Dieu, Satan mordra la poussière sur la terre des Aryens.

13:41 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, iran, moyen-orient | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

Le danger d'une déstabilisation de l'Europe: l’AfD et la FPÖ appellent à la modération dans la guerre en Iran

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Le danger d'une déstabilisation de l'Europe: l’AfD et la FPÖ appellent à la modération dans la guerre en Iran

Source: https://www.freilich-magazin.com/politik/warnung-vor-dest...

Face à la guerre d’agression contre l’Iran, l’AfD et la FPÖ appellent à la retenue et à un retour à la diplomatie. La FPÖ met également en garde contre des conséquences économiques et sécuritaires de grande ampleur pour l’Autriche. 

Face aux tensions croissantes après l’attaque contre l’Iran, l’AfD et la FPÖ prônent la prudence politique ainsi qu’un retour à la table des négociations. 

Berlin/Vienne – Après les récentes frappes militaires d’Israël et des États-Unis contre des cibles en Iran, la situation au Moyen-Orient s’est encore aggravée. Depuis le week-end, on parle d’une escalade qui s'avère évidente. Des observateurs mettent en garde contre une extension des hostilités au-delà de la région. Dans ce contexte, l’AfD en Allemagne ainsi que la FPÖ en Autriche appellent à la retenue et à la désescalade. 

L’AfD appelle à la retenue

Les coprésidents du groupe parlementaire de l’AfD au Bundestag, Alice Weidel et Tino Chrupalla, ont réagi avec inquiétude aux actions militaires contre l’Iran. Dans une déclaration commune, ils ont déclaré: «Nous avons pris connaissance avec grande inquiétude des attaques d’Israël et des États-Unis contre l’Iran. Nous appelons toutes les parties au conflit à une retenue absolue». La population civile et les infrastructures civiles doivent être protégées, et le droit international ainsi que le droit humanitaire international doivent être respectés sans restriction. 

«La nouvelle déstabilisation du Moyen-Orient ne sert pas l’intérêt de l’Allemagne et doit cesser», ont indiqué les deux figures de proue de l’AfD. 

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Ils reçoivent également un soutien interne au parti. Le député fédéral de l’AfD, Torben Braga, rappelle que les frappes aériennes seules ne peuvent pas imposer un changement politique durable. Malgré cette « réalité indiscutable », l’AfD, ou plutôt Weidel et Chrupalla, subissent « massivement des critiques et des attaques parce qu’ils restent calmes, au lieu de tomber dans la fièvre belliciste et de célébrer aveuglément les opérations militaires des États-Unis et d’Israël». Selon Braga, cette critique n’est plus objective. 

Il souligne que «tout tourne maintenant autour d'une volonté d'harceler l’AfD parce qu’elle ose prendre une position qui ne correspond pas à 1000 % à leur propre opinion», critique-t-il. 

La FPÖ mise sur la désescalade au Moyen-Orient

Face à la guerre d'agression, la FPÖ appelle également à la modération. La porte-parole en politique étrangère du parti, Susanne Fürst (photo), s’est montrée profondément préoccupée par l’évolution de la situation. 

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«L’escalade actuelle au Moyen-Orient me remplit de la plus grande inquiétude. La chose la plus importante est maintenant que la situation ne dégénère pas en une conflagration généralisée et que les hostilités militaires cessent dès que possible», a-t-elle souligné ce week-end dans un communiqué. 

Elle espère donc «qu’une désescalade de la situation sera de nouveau possible, que le maximum de vies humaines sera épargné, et qu’il y aura un retour à la table des négociations». 

Elle a également rappelé la tradition de neutralité de l’Autriche:  La neutralité nous a apporté paix, liberté, sécurité et prospérité pendant des décennies, même en ces temps de turbulences géopolitiques mondiales». 

L’Autriche doit revenir à une politique de neutralité active et devenir «un lieu de dialogue et de médiation». 

Kickl exige des clarifications sur les conséquences de l’attaque américano-israélienne

Pendant ce temps, Herbert Kickl (photo), chef du parti FPÖ, s’est concentré sur les conséquences économiques et sécuritaires possibles de l’escalade pour l’Autriche. Il attend des réponses concrètes du gouvernement fédéral concernant l’impact de la hausse des prix du pétrole sur l’économie nationale, ainsi que sur d’éventuelles interruptions ou réductions d’approvisionnement en gaz naturel liquide dans la région. 

Il souligne également que la mer Rouge est une question centrale pour le commerce international et l’approvisionnement en énergie, et il s’interroge sur les conséquences possibles d’un blocus. 

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Il évoque aussi l’impact du conflit sur la situation sécuritaire en Autriche, notamment en lien avec une éventuelle future migration. Le gouvernement doit préciser quelles mesures ont déjà été prises ou sont planifiées pour protéger le pays contre les effets directs et indirects du conflit. 

Il s’agit aussi de savoir quelles actions le ministère des Affaires étrangères entreprend pour protéger les citoyens autrichiens dans la région concernée. 

« Je suis curieux de savoir combien de temps il faudra avant que nous en tirions quelque chose. Je pense que la population a le droit de le savoir », a déclaré Kickl. 

Selon un rapport de Fass ohne Boden, les premières conséquences économiques de l’escalade guerrière sont déjà perceptibles. Des compagnies maritimes ont suspendu leurs traversées du détroit d’Hormuz, et plusieurs pétroliers sont à l’ancre, immobilisés dans le Golfe Persique. 

Les tensions sont dues à des avertissements des Gardiens de la révolution iraniens, qui affirment qu’aucun navire ne doit traverser le détroit. Parallèlement, les primes d’assurance pour le transport par la région ont fortement augmenté, ce qui entraîne une hausse des coûts pour l’énergie et les marchandises. 

Ce passage stratégique, qui représente environ un cinquième de la consommation mondiale de pétrole et une part importante du commerce mondial de gaz naturel liquéfié, est considéré comme un point névralgique de l’économie mondiale. 

Les marchés réagissent déjà avec nervosité : le prix du Brent a augmenté sensiblement. Une véritable blocus entraînerait, selon les analystes, d’importantes perturbations dans le commerce mondial — avec des conséquences perceptibles en Europe aussi.

mardi, 03 mars 2026

L'Allemagne et la guerre d'Iran: la question stratégique concrète

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L'Allemagne et la guerre d'Iran: la question stratégique concrète

Elena Fritz

Source: https://t.me/global_affairs_byelena#

Le débat actuel est trop abstrait: on parle de dissuasion, d’alliances ou de puissance militaire. Pour l’Allemagne, il s’agit cependant de quelque chose de très concret: les prix de l’énergie, la compétitivité industrielle et la stabilité économique.

La différence essentielle avec les conflits passés: un conflit avec l’Iran ne serait pas une campagne courte, mais une guerre d’usure à long terme avec pour enjeux l’énergie, les infrastructures et les marchés. C’est précisément là que réside sa puissance explosive sur le plan géopolitique.

L’Iran détient un levier central dans l’économie mondiale. Environ 20% du commerce mondial du pétrole transite par le détroit d’Hormuz. Même quelques attaques ou mines augmenteraient considérablement les coûts d’assurance et de transport. Les pétroliers feraient des détours, les chaînes d’approvisionnement deviendraient instables. Pour l’Allemagne, cela aurait des conséquences directes: le pétrole et le gaz deviendraient beaucoup plus chers, les prix de l’électricité augmenteraient, les investissements diminueraient. Les secteurs à forte consommation d’énergie, comme la chimie, l’acier ou la construction mécanique, seraient davantage encore sous pression.

De plus, l’Iran peut frapper l’infrastructure énergétique et industrielle dans toute la région du Golfe. Quelques drones suffisent pour paralyser temporairement des raffineries ou des terminaux. Si de telles attaques se répètent régulièrement, cela créerait une crise permanente sur les marchés de l’énergie — et représenterait un désavantage structurel pour l’Europe.

Un second effet est peu discuté. Un conflit prolongé occuperait l’attention et les ressources des États-Unis. En même temps, la pression sur l’Europe augmenterait pour qu’elle prenne plus de responsabilités militaires et financières. Concrètement, cela signifie: des dépenses dans le domaine de la défense plus élevées, davantage de dettes et moins de marge de manœuvre pour les investissements futurs dans l’économie.

Parallèlement, des pays asiatiques pourraient renforcer leur position: contrats énergétiques à long terme, nouvelles routes commerciales, sécurité dans la planification industrielle. L’Europe, en revanche, entrerait dans un état de crise permanent. Le vrai danger ne réside donc pas dans une défaite militaire.

Le danger est que l’Allemagne perde économiquement — par des prix de l’énergie durablement élevés, par l’incertitude et par une dépendance stratégique.

La question centrale n’est donc pas: qui gagnera cette guerre.

La question centrale est: comment l’Allemagne protège-t-elle sa base industrielle si la région du Moyen-Orient reste durablement instable? Une politique d’intérêts sobre devrait précisément commencer ici:

Sécurité d’approvisionnement, routes commerciales stables et désescalade. Car un conflit sur le long terme avec l’Iran serait moins une guerre régionale qu’un test de résilience économique et politique pour l’Allemagne.

Moyen-Orient: Premières fissures dans l’accord de sécurité avec les États-Unis

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Moyen-Orient: Premières fissures dans l’accord de sécurité avec les États-Unis

Elena Fritz

Source: https://t.me/global_affairs_byelena#

Un représentant du gouvernement saoudien a fait une déclaration d'une remarquable franchise lors d’une émission d’Al Jazeera:

La défense américaine se concentre en réalité sur Israël, tandis que les États arabes du Golfe — malgré les bases militaires américaines installées dans la région — ne reçoivent qu’une attention limitée.

Cette déclaration est géopolitiquement sensible, car elle touche au cœur du modèle de sécurité régional jusqu’ici en place:

Les États du Golfe fournissent territoire, infrastructure et financement — en échange, ils obtiennent des garanties de protection de Washington.

Mais ce modèle est désormais visiblement mis sous pression:

Premièrement: Au sein des élites de la région, le sentiment s’affirme que, en cas de crise, les États-Unis donneront des priorités claires. Et ces priorités ne seraient pas les monarchies arabes, mais Israël.

Deuxièmement: Cela soulève pour la première fois la question ouverte de l’utilité réelle de la présence militaire américaine. Les bases militaires ne garantissent pas automatiquement la protection. Au contraire, elles peuvent même devenir des cibles, sans qu’un bouclier défensif équivalent soit en place.

Troisièmement: Cette perception s’inscrit dans un contexte où l’Iran agit de plus en plus de manière précise et calculée. Les attaques contre les infrastructures et les alliés américains ne visent pas seulement des objectifs militaires, mais remettent également en cause la crédibilité de Washington sur le plan politique.

Avec chaque jour supplémentaire d’escalade militaire, ce malaise devrait s’accentuer.

Pour la direction américaine, cela représente un double risque:

Au plan intérieur, un conflit prolongé pourrait entraîner des pressions économiques et politiques.

Sur le plan extérieur, il y a un risque croissant de perte de confiance chez les partenaires régionaux clés.

Si cette tendance se poursuit, l’architecture de sécurité au Moyen-Orient pourrait se déplacer à long terme. Dans ce cas, les États du Golfe commenceront à diversifier leurs options stratégiques — sur le plan économique, technologique et peut-être aussi militaire.

Il ne s’agirait pas d’une rupture immédiate, mais d’un processus lent.

Mais ce genre de processus finit toujours par modifier l’ordre géopolitique.

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Iran–USA: Pourquoi Téhéran agit différemment en 2026 – et pourquoi l’issue sera décidée à Washington

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Iran–USA: Pourquoi Téhéran agit différemment en 2026 – et pourquoi l’issue sera décidée à Washington

Elena Fritz

Source: https://t.me/global_affairs_byelena#

La toute récente escalade dans le conflit irano-américain diffère nettement de la brève confrontation militaire de l’année dernière. À l’époque, l’accent était mis sur des frappes symboliques et une riposte limitée. Aujourd’hui, l’Iran adopte une logique opérationnelle différente. Ce changement explique pourquoi le conflit est politiquement plus dangereux que par le passé.

Premièrement : un changement dans l’objectif militaire.

L’année dernière, l’Iran réagissait principalement par des frappes directes mais limitées, visant à éviter une escalade. L’objectif était de démontrer la dissuasion sans déclencher une guerre plus large. Les attaques étaient calculées, limitées dans le temps et politiquement contrôlées.

En 2026, une autre approche se manifeste. Téhéran ne se concentre plus principalement sur Israël, mais sur les infrastructures militaires américaines au Moyen-Orient. Des attaques répétées contre les bases, la logistique et la défense aérienne visent à montrer la vulnérabilité plutôt qu’à frapper de manière décidée, immédiatement.

Ce mode d’action correspond à une stratégie classique d’usure: ce n’est pas la victoire militaire rapide qui importe, mais l’augmentation progressive des coûts politiques et économiques pour l’adversaire.

Deuxièmement : pourquoi cette stratégie a été choisie.

La direction iranienne a tiré des leçons des escalades précédentes. Les frappes symboliques ont eu un effet limité. Elles n’ont pas conduit à un changement durable de la présence américaine dans la région.

La stratégie actuelle s’attaque donc à un point plus sensible: la crédibilité de la projection de puissance américaine.

Lorsque les installations américaines restent sous pression, des doutes surgissent quant à la stabilité de l’ordre sécuritaire régional.

Troisièmement: la logique des coûts.

Des drones et missiles bon marché obligent les États-Unis à déployer des systèmes de défense coûteux. Chaque attaque engendre un effet financier asymétrique. Cette augmentation des coûts est centrale car elle n’agit pas seulement sur le plan militaire, mais renforce aussi les débats politiques.

Par ailleurs, cette escalade reste en dessous du seuil d’une guerre ouverte. Washington est ainsi contraint de réagir sans disposer d’une solution stratégique claire.

Quatrièmement: la composante énergie et infrastructure.

L’Iran envoie un signal en montrant qu’il peut menacer des infrastructures énergétiques clés de la région. Même quelques frappes précises pourraient perturber massivement la production et l’exportation. Cette vulnérabilité agit comme une dissuasion pour les acteurs régionaux et augmente la pression sur les États-Unis.

Cinquièmement : la dimension intérieure aux États-Unis.

Le véritable levier de cette stratégie ne réside pas seulement dans les dégâts militaires, mais dans l’impact politique. Pour la première fois, des bases militaires américaines sont aussi intensément sous attaque.

Si cette phase dure plusieurs semaines, plusieurs risques pèsent sur Washington : les pertes pourraient influencer l’opinion publique, l’incertitude économique déstabiliser les marchés, et la hausse des prix de l’énergie renforcer l’inflation.

Ce facteur devient particulièrement important à l’approche des élections de mi-mandat. Une escalade prolongée pourrait renforcer la critique à l’encontre du gouvernement et mobiliser ses opposants politiques.

Sixièmement : la pression temporelle comme facteur structurel.

D’un point de vue stratégique, il est compréhensible pourquoi un conflit court paraît plus gérable pour Washington. Plus la phase active dure, plus les coûts politiques et économiques augmentent.

Si le déroulement militaire n’aboutit pas à un succès attendu, cela accroît l’incitation à rechercher rapidement des solutions diplomatiques.

11:25 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, iran, états-unis, géopolitique | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

lundi, 02 mars 2026

L’hétérogenèse des fins dans l’agression contre l’Iran 

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L’hétérogenèse des fins dans l’agression contre l’Iran 

par Filippo Bovo 

Source : Filippo Bovo & https://www.ariannaeditrice.it/articoli/l-eterogenesi-dei...

Maintenant que nous sommes au troisième jour du conflit,celui-ci atteint une intensité qui dépasse toutes les prévisions. Il dépasse sûrement, même si c'est négativement, celles des États-Unis ainsi que d’Israël, qui pensaient mener une opération éclair selon la doctrine militaire du « shock and awe »n « frappe et terrorise », visant à une « domination rapide » du conflit), mais aussi celles de leurs alliés en Europe et dans le Golfe. Il dépasse également celles de nombreux autres, qui, du côté opposé, regardaient ces derniers jours avec une inquiétude motivée le déploiement massif et croissant des forces américaines dans la région, en prévision d’une attaque destructrice contre l’Iran.

Plusieurs facteurs corroborent ce phénomène. Par exemple, au début des attaques, le premier jour, la thèse dominante était que le conflit ne durerait pas plus de 4 jours. Cependant, hier seulement, entre le deuxième et le troisième jour, Trump a rectifié ses prévisions en parlant d’au moins 4 ou 5 semaines, tout en mettant en garde contre le risque de nouvelles pertes parmi les forces américaines (officiellement, nous en sommes déjà à 3 morts et plusieurs blessés, dont certains très graves), ainsi que d’autres «dommages collatéraux» (par exemple, une moindre disponibilité d’hydrocarbures et l'augmentation relative de leurs prix, avec des conséquences pour l’inflation: ce n’est pas un hasard si la Maison Blanche pousse maintenant à une forte augmentation de la production de shale oil et à l’utilisation des réserves stratégiques, le Brent ayant entre-temps augmenté de +9 %, à 80 dollars).

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Il faut faire la différence entre le langage électoral et la réalité sur le terrain: les élections de mi-mandat sont très proches, et le pays est déjà en campagne électorale. En arrivant face aux électeurs avec une victoire facile, après un conflit court qui lui aurait permis de brandir d’énormes résultats (la fin, outre du « spectre » nucléaire iranien, de son programme de missiles et de ses liens avec le Hezbollah, les Houthis, les milices chiites irakiennes comme Harakat Hezbollah al-Nujaba, Asaib Ahl al-Haq, Kataib Hezbollah, l’Organisation Badr, peut-être aussi un «changement de régime» et la fin de l’opposition à Israël), Trump aurait eu la garantie d’un résultat «bulgare» pour le Parti républicain au Congrès. Avec un conflit qui s’allonge et dont l’issue est incertaine, tout cela devient beaucoup plus difficile: c’est un «marécage» qui peut entraîner des coûts humains et économiques peu «hygiéniques» dans la perspective des élections.

De plus, Netanyahu, avant de partir pour Berlin, où il a trouvé refuge contre les frappes iraniennes qui mettent sérieusement en crise le système de la défense aérienne israélienne (à cause de l’éblouissement des radars dans les bases américaines du Golfe et de la saturation, avec des drones et des missiles à bas coût, de systèmes d'interception coûteux comme Patriot, THAAD et Arrow 3, qui sont rapidement gaspillés), a déclaré à la télévision que la confrontation avec l’Iran sera longue et dure. Le Premier ministre israélien, lui aussi, repose sur une majorité fragile, et fait face à la pression de la magistrature nationale dans au moins trois affaires de corruption. La guerre devait lui assurer une longue vie politique (éradiquer une fois pour toutes la «menace» de Téhéran ferait de lui un héros national), mais pour l’instant, cela ne se passe pas comme prévu.

Puisque ni les États-Unis ni Israël n’ont l’intention de s’engager dans une crise guerrière prolongée et incertaine (les deux pays disposent de systèmes militaires orientés vers des affrontements courts et efficaces, peu enclins à des conflits de toute autre nature, encore moins une guerre asymétrique et de friction comme celle menée par Téhéran), la recherche d’une solution est évidemment saluée favorablement. L’Iran a été approché par des pays tiers, même co-belligérants (pas par hasard, les bases américaines sur leur territoire ont été frappées, comme dans d’autres pays du Conseil de coopération du Golfe), tels le Qatar et Oman, qui ont présenté une demande de « cessez-le-feu » envoyée par les États-Unis. Téhéran, par la voix du Secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale, Ali Larijani, a cependant rejeté avec dédain cette offre. Même l’Italie, qui maintient également des canaux informels avec l’Iran, a collaboré pour transmettre une demande de « cessez-le-feu » de la part de Washington, mais n’a obtenu qu’un refus (d’ailleurs, il est assez curieux d’apprendre cette nouvelle dans des journaux étrangers, alors que Tajani présente aujourd’hui un rapport au Parlement italien: nos médias n’en parlent pas ou très vaguement).

Naturellement, ici aussi, le langage électoral entre en jeu. Trump, qui ne peut pas se permettre, pour des raisons évidentes, le luxe de révéler à ses concitoyens qu’il a «prié» pour un «cessez-le-feu» de la part de Téhéran avant une extension du conflit sans réserves militaires suffisantes pour le contenir, a «retourné l’œuf» en disant que les nouveaux dirigeants iraniens, succédant à Khamenei, lui avaient demandé de parler et qu’il avait accepté. Quand le démenti iranien est arrivé, avec le rejet de tout «cessez-le-feu», est arrivé, la crise a éclaté.

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Ce n’était pas le seul cas: presque simultanément, une correction a été publiée par Riyad à un article du Washington Post (propriété du milliardaire d’Amazon Jeff Bezos, également considéré comme un pilier profond du Département d’État américain), qui attribuait au prince héritier MBS des pressions sur Trump pour qu’il lance l’attaque contre l’Iran dès que possible. Avec un communiqué officiel, le ministère des Affaires étrangères saoudien a démoli point par point cet article, réaffirmant que Riyad a jusqu’ici plutôt fait pression sur l’administration Trump pour qu’elle n’entreprenne pas d’actions nuisibles aux efforts saoudiens visant à préserver la stabilité régionale. L’article du Washington Post est une «fausse information» journalistique, qui répond néanmoins à une stratégie précise: pousser l’Arabie saoudite et tous les autres membres du Conseil de coopération du Golfe à la guerre contre Téhéran, ce qui a été largement révélé. D’autres épisodes y contribuent, comme la récente et controversée attaque sur la raffinerie ARAMCO de Ras Tanura (qui s’apparente à celle du plus grand complexe de liquéfaction de GNL au monde, à Ras Laffan, à proximité, avec une suspension de la production).

Pour l’Iran, une extension du conflit dans ces termes équivaut à mettre encore plus la machine économique et militaire israélo-américaine sous pression, et, par suite, à la paralyser. Cependant, puisque les États du Golfe ont officiellement maintenu leur neutralité envers Téhéran (à l’exception d’être dupés et abandonnés par les États-Unis, comme l’a déclaré un officiel saoudien à Al Jazeera), jusqu’à présent, les forces iraniennes n’ont pas attaqué leurs sites énergétiques, se concentrant principalement sur les bases américaines. Déjà, alors que la Ligue arabe renouvelle ses appels à la désescalade, plusieurs figures politiques du Conseil de coopération du Golfe déconseillent une intervention contre Téhéran, affirmant que ni leurs pays ni l’Iran n’en tireraient profit, mais seulement d’autres puissances extérieures aux intentions tout sauf amicales envers la région.

Mais, en fin de compte, une extension de la fracture diplomatique entre Washington et Riyad (avec tout le Conseil de coopération du Golfe) serait également un excellent résultat pour l’Iran: l’équivalent d’une extension du conflit, sous une autre forme.

L'épée du Katechon

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L'épée du Katechon

La situation est critique ! L'épée du katechon au lieu de l'Opération militaire spéciale – telle est la dernière chance: Douguine commente l'attaque contre l'Iran

Par Alexandre Douguine

Ce qui s’est passé le premier jour de la guerre des États-Unis et d’Israël contre l’Iran modifie radicalement l’équilibre des puissances dans le monde, ainsi que les règles de la politique internationale. Trump dit depuis longtemps que le droit international n’existe pas: «La morale, c’est ce que je considère comme moral». En principe, après le kidnapping de Maduro et l’établissement d’un contrôle externe direct sur le Venezuela, ainsi que les attaques contre l’Iran par la destruction de ses dirigeants militaires, politiques et religieux, je pense qu’il n’est plus possible de parler de règles, lois ou normes dans les relations internationales.

En réalité, seul le droit du plus fort, la loi du plus rapide, prévaut désormais. Celui qui frappe le plus vite ou qui agit le plus rapidement a raison. Tout le reste n’est qu’une justification postérieure. Autrement dit, il s’agit maintenant de porter un coup décisif à l’ennemi, de briser sa résistance, de détruire son leadership et d’attaquer ses principales installations militaires et énergétiques. Ensuite, cela peut être formalisé comme on veut, justifié comme on veut et analysé aussi longtemps qu’on le souhaite.

Je crois que tout dépend désormais de combien de temps et avec quelle détermination l’Iran pourra résister. S’il continue à mener cette guerre après la destruction de ses dirigeants politiques, s’il ne se rend pas, s’il ne brandit pas le drapeau blanc et ne capitule pas, cela peut aussi mal finir pour l’Occident. Car alors tous les autres commenceront à agir de la même manière, sans prêter attention à rien et en surestimant leur potentiel, sans tenir compte de leur statut juridique. Cela donnera carte blanche à de nombreuses forces régionales qui feront ce qu’elles veulent. Ainsi, la situation pourrait rapidement conduire à l’utilisation d’armes nucléaires, peut-être dans le conflit entre le Pakistan et l’Afghanistan, ou dans d’autres. Il n’y a pas de règles claires.

En résumé : si l’Iran continue à résister sous la direction de la nouvelle gouvernance, cela pourrait avoir des conséquences très graves pour l’Occident et influencer la direction prise par Trump, par les États-Unis et les pays de l’OTAN. Mais si la situation se répète comme au Venezuela, c’est-à-dire si la nouvelle direction se déclare vaincue ou si les militaires ne peuvent simplement plus poursuivre les hostilités, la guerre sera courte. Et dans ce cas, nous devrons aussi attendre un scénario similaire. Il n’y a aucun doute: Trump et l’Occident, s’ils voient que ce plan fonctionne, élimineront simplement les principaux dirigeants politiques et militaires de la Russie.

Aujourd’hui, il est clair que nous agissons avec incertitude. Et en suivant ce même schéma, lors des prochaines négociations avec Kushner et Witcoff, ils nous frapperont. Peut-être même avec des armes nucléaires. C’est pourquoi je pense que la situation est critique pour nous. Nous n’avons défendu ni le Venezuela ni l’Iran, et la Chine reste également neutre. Mais dans ce cas, après nous viendra la Chine. Et alors, le « royaume » d’Epstein s’étendra sur toute l’humanité.

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Je tiens à souligner qu’aujourd’hui, on peut déjà dire que nous ne faisons pas seulement face à l’Occident libéral. Le libéralisme a disparu très rapidement de l’agenda et s’est dissous. Plus personne ne parle de valeurs libérales ou de démocratie, tout cela appartient au passé. Maintenant, c’est le culte de Baal, le culte du veau d’or, le culte du pouvoir mondial, le culte des États-Unis et d’Israël. C’est une civilisation de violence, de satanisme, de cannibalisme, de perversions et de pédophilie. Et cette « civilisation pédophile de Baal » enlève le masque devant nos yeux et commence à attaquer sérieusement.

Ce qui se passe ressemble beaucoup à la fin des temps sous tous les points de vue. Et si nous ne trouvons pas la force de comprendre la situation, nous nous retrouverons dans une situation catastrophique. Beaucoup insistent sur le fait que « ce n’est pas le moment de paniquer », mais parfois, il vaut mieux se préoccuper sérieusement de ce qui se passe que de croire que tout se passera simplement. Maintenant, il est certain que cela ne se passera pas simplement: l’Iran est le dernier obstacle sur le chemin d’une guerre directe entre la civilisation de Baal et la Russie.

Si nous avions la volonté et la détermination suffisantes (bien que j’aie de sérieux doutes à ce sujet), nous devrions commencer à agir selon les mêmes règles que celles que tous suivent déjà, sauf nous. C’est-à-dire que nous éliminerions la direction politique-militaire de l’Ukraine et, sans prêter attention aux coûts, nous mènerions à bien les tâches de l’opération militaire spéciale.

D’ailleurs, contrairement à des noms comme « Bouclier de Judas », « Fureur épique » ou « La fin du déluge », que les puissances mondiales utilisent, je rebaptiserais notre modeste opération militaire « L’épée du Katechon ». Et cela changerait beaucoup de choses immédiatement.

Mais je crains que nous n’osions pas le faire et que nous continuions avec le même refrain. Et alors, je le répète, les missiles arriveront à Moscou juste pendant les négociations avec Kushner et Witcoff, suivant littéralement le scénario iranien. La civilisation de Baal est simple: elle répète les mêmes scénarios, et ceux-ci fonctionnent encore et encore. Parce que chacun pense que cela ne concerne que Kadhafi, Hussein, Milosevic, Mubarak, Nasrallah, Assad ou le chef suprême Khamenei, mais pas nous. Et ainsi, étape par étape, la civilisation de Baal atteint ses objectifs.

Donc, soit nous nous mobilisons d’urgence, soit la situation sera extrêmement grave. Et si nous avons encore des illusions, cela signifie qu’il y a une profonde fausseté dans notre propre camp. Surtout dans le contexte de ce qui s’est passé en Iran: une catastrophe à l’échelle mondiale. Là, des personnes merveilleuses, des dirigeants spirituels remarquables, ont péri. C’est comme si on avait assassiné en même temps le patriarche de Moscou, le président, le chef d’état-major et tous les ministres clés. Et en même temps, la mort de plus d’une centaine d’écoliers, d’âmes innocentes, par des missiles. Après quelque chose comme cela, peut-on rester indifférent et faire semblant que cela ne nous concerne pas particulièrement, en disant que notre affaire est autre?

C’est pourquoi, si nous acceptons tout cela et gardons le silence, la prochaine fois, ils feront la même chose avec nous. C’est pourquoi je suis absolument convaincu que, dans la situation actuelle, nous devrions décréter immédiatement l’état d’urgence. Au moins au niveau de la haute direction. Parce que la situation devient critique pour nous.

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Aggression contre l’Iran par les États-Unis et Israël - La première réaction officielle de la Chine

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Aggression contre l’Iran par les États-Unis et Israël

La première réaction officielle de la Chine

Source: https://www.sinistrainrete.info/articoli-brevi/32440-reda...

Pékin demande la fin immédiate des hostilités et le retour au dialogue, en soulignant que «la souveraineté nationale, la sécurité et l’intégrité territoriale de l’Iran doivent être respectées».

Le ministère chinois des Affaires étrangères a exprimé aujourd’hui sa profonde inquiétude face aux attaques militaires menées par les États-Unis et Israël contre l’Iran.

Dans une note officielle, le porte-parole du ministère a déclaré que «la Chine est très préoccupée par l’attaque militaire des États-Unis et d’Israël contre l’Iran», réaffirmant un principe clé de la politique étrangère chinoise: «La souveraineté nationale, la sécurité et l’intégrité territoriale de l’Iran doivent être respectées».

Un appel à la désescalade et au dialogue 

Dans son communiqué, Pékin a lancé un appel à la communauté internationale, demandant «la cessation immédiate des actions militaires» afin d’«éviter une intensification supplémentaire des tensions». Le porte-parole a également souligné l’urgence de «reprendre le dialogue et les négociations» comme seule voie pour «maintenir la paix et la stabilité au Moyen-Orient».

Les déclarations de Pékin interviennent à un moment de crise grave. Dans les premières heures de samedi, le ministère israélien de la Défense avait annoncé le lancement d’une attaque «préventive» contre la République islamique, avec pour objectif déclaré «d’éliminer les menaces contre l’État d’Israël». Par la suite, le président américain Donald Trump a confirmé l’implication des forces armées américaines dans l’opération.

Suite à cette offensive conjointe, l’Iran a rapidement riposté en lançant des attaques de missiles non seulement contre Israël, mais aussi contre plusieurs bases américaines au Moyen-Orient. Des explosions et des alarmes ont été signalées à Bahreïn, aux Émirats arabes unis, en Jordanie, au Koweït, au Qatar et en Arabie saoudite, pays qui abritent des installations militaires américaines.

Téhéran avait précédemment averti que toute action militaire contre lui «serait considérée comme le début d’une guerre», réaffirmant la pleine préparation de ses forces armées à répondre «immédiatement et résolument à toute agression».

dimanche, 01 mars 2026

Les Occidentaux ont une image tronquée de l'Iran

 

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Les Occidentaux ont une image tronquée de l'Iran
 
Laurent de Montmorency
 
Source: https://www.facebook.com/laurentdeMontmorency
 
Le régime a poussé très fort l’éducation, parce qu’un Etat sous sanctions a besoin d’ingénieurs, de médecins, de scientifiques pour survivre. Résultat : taux d’alphabétisation élevé, explosion des inscriptions universitaires après les années 80, et une proportion massive de femmes à l’université. Contrôle moral d’un côté, formation scientifique de l’autre.
 
Les femmes iraniennes sont parmi les plus éduquées du Moyen-Orient et c’est aussi le produit d’une société urbaine, ambitieuse, obsédée par la réussite académique. La pression sociale pour “réussir” est énorme.
 
L'Iran est un grand pays industriel. L’industrie joue un rôle majeur dans son économie, couvrant l’énergie, la pétrochimie, la métallurgie, les machines, les transports, la pharmacie, etc.
 
L’industrie automobile iranienne est l’une des plus importantes de la région, avec plus d’un million de véhicules produits par an.
Certaines régions comme Tabriz ou Yazd ont de lourds complexes industriels (mécanique, produits électroniques, machines lourdes, matériaux de construction…).
 
Enfin. l’Iran est aussi un grand pays agricole avec des ressources énergétiques gigantesques.
 
La République islamique n’est pas un chaos tribal mais un État centralisé, avec un appareil administratif efficace, un système de santé développé, une industrie militaire autonome, une élite technocratique. Le régime est répressif politiquement, mais pas archaïque.
 
Que va-t-il rester de ce pays après cette guerre? Un régime peut changer, mais on ne ressuscite pas une génération décimée

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Ayatollah Khamenei: le leader qui a modernisé l'Iran

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Ayatollah Khamenei: le leader qui a modernisé l'Iran

Udo Gaudenzi

Source: https://www.facebook.com/ugo.gaudenzi

La vie de l'Ayatollah Ali Khamenei – d'étudiant dans la ville sainte de Mashhad à la fin prématurée de son règne de 36 ans – est une histoire étroitement liée à celle de l'Iran moderne.

Alors que le monde réagit à sa mort dans le contexte des attaques israélo-américaines, revisitons les moments qui ont défini son héritage.

La naissance d’un révolutionnaire: s’opposer au Shah

Bien avant de revêtir la robe de Guide Suprême, Khamenei était un jeune homme passionné. Né en 1939 dans une famille religieuse modeste, il était un orateur efficace qui s’est joint au mouvement pour renverser le Shah.

Dans les années 60 et 70, il a été arrêté six fois par la police secrète du Shah, la SAVAK, subissant tortures et exil intérieur. Ces années de résistance clandestine ont renforcé ses lettres de noblesse révolutionnaires.

L’attentat à la bombe de 1981

Le 27 juin 1981, Khamenei donnait une leçon dans une mosquée de Téhéran, lorsque un groupe dissident (le MEK) a fait exploser une bombe dissimulée dans un enregistreur placé devant lui.

L’explosion lui a gravement endommagé le poumon et a paralysé définitivement son bras droit. Sa survie a été perçue par ses fidèles comme un signe de la volonté divine.

Attentat suicide de 1985: reprise du sermon après 3 minutes

Même après être devenu président, les menaces ont persisté. En mars 1985, un kamikaze a fait exploser une charge lors d’une prière du vendredi à l’Université de Téhéran, alors que Khamenei prêchait.

L’explosion a tué le kamikaze et plusieurs autres personnes, mais Khamenei est resté indemne. Après seulement trois minutes, il a repris son sermon. Il a immédiatement accusé l’Irak et juré : « Nous répondrons à chaque coup de poing par un coup plus dur. »

Président réticent et commandant en temps de guerre

Pendant la guerre Iran-Irak dévastatrice de 8 ans (1980-1988), Khamenei fut président et représentant de Khomeini au Conseil suprême de la défense. Il a passé des mois en première ligne, assistant à la mort d’innombrables commandants et soldats. La guerre et le soutien de l’Occident à Saddam Hussein ont renforcé sa méfiance profonde et durable envers les États-Unis.

Succession inattendue

Lorsque le « Père de la Révolution », l’ayatollah Khomeini, mourut en 1989, son successeur désigné (Montazeri) était discrédité. L’Assemblée des Experts s’est tournée vers Khamenei, bien qu’à l’époque il ne fût pas encore un marja (une autorité religieuse de haut niveau).

Dans son premier discours en tant que Leader, il a admis: « Je suis un individu avec beaucoup de défauts et de lacunes, et je suis vraiment un petit séminariste. » La constitution a ensuite été modifiée pour lui permettre d’occuper cette fonction.

Fatwa contre les armes nucléaires

Au début des années 2000, Khamenei a émis une fatwa (décret religieux) interdisant le développement d’armes nucléaires, en les déclarant non islamiques.

Malgré cette fatwa, l’Occident a continué à soutenir que l’Iran tentait de se doter d’une bombe nucléaire.

« Tu resteras dans mon âme, patrie »

Un des moments les plus touchants et humains de ses années s’est produit l’année dernière. Lors d’une cérémonie d’Ashura à Téhéran, Khamenei n’a pas prononcé de discours. Il a plutôt silencieusement évoqué l’éloge funèbre de Mahmoud Karimi et lui a murmuré un message.

Karimi a ensuite annoncé à la foule : « Son Eminence m’a dit de réciter ceci : ‘Tu resteras dans mon âme et dans mon cœur, ô patrie…’ »

Dernière alerte

À seulement un mois de sa mort, alors que les forces américaines s’accumulaient dans la région et que le président Trump menaçait d’attaquer, Khamenei est apparu pour lancer son ultime avertissement public.

Il s’est présenté devant son peuple et a déclaré : « Les Américains doivent savoir que s'ils commencent une guerre, cette fois, ce sera une guerre régionale. »

L’ayatollah Khamenei a été le dernier lien avec la génération fondatrice de la Révolution de 1979. Sa mort ne laisse pas seulement un vide de pouvoir, mais ferme également un chapitre de l’histoire moderne de l’Iran.

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jeudi, 26 février 2026

L'Iran est une petite Russie mais plus grande...

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L'Iran est une petite Russie mais plus grande...

Cristi Pantelimon

Source: https://www.facebook.com/profile.php?id=100005135564621

La relation entre les États-Unis et l’Iran comporte tous les ingrédients du vieux nœud gordien. L'actuel Alexandre le Grand des États-Unis, Trump, n’a pas, en revanche, l’option de la force face à ce nœud complexe.

L’Iran n’est pas seulement soutenu par la Chine, mais il est aussi le symbole de la résistance de l’Eurasie face à l’ingérence américaine, qui, après l’Afghanistan, s’est de plus en plus affaiblie dans la région. De plus, l’Iran est le symbole de la résistance de l’islam face à Israël, ce qui complique énormément la tâche de Trump.

D’un côté, Trump a besoin d’Israël pour faire pression sur le monde arabe ; de l’autre, il a besoin du monde arabe (y compris l’Iran) pour diminuer la pression du lobby israélien aux États-Unis (tel que le définissent John Mearsheimer et d'autres). Un Israël remis à sa place lui garantirait une retraite honorable du front moyen-oriental, afin d’essayer un retour ailleurs (au Japon, en Australie, au Groenland?).

D’un autre côté, un Iran dans le camp sino-russe ne convient pas à long terme aux plans américains visant à étouffer partiellement l’économie chinoise.

Tel est l'actuel nœud gordien !

Trump n’a aucune option gagnante.

L’interview de Tucker Carlson avec l’ambassadeur Mike Huckabee est une tentative de faire pression sur Israël, dans le sens de dévoiler les tendances hégémoniques israéliennes dans la région, qui, bien sûr, attendent la réponse des Arabes/musulmans. Mais la situation générale de la région ne suit plus la symbolique politique habituelle.

Les États-Unis vont frapper dans le vide, comme l’année dernière ; Israël frappera pleinement quand il le pourra ; et l’Iran restera dans la sphère d’influence de la Chine.

Le nœud gordien ne se dénouera pas, et l’Asie ne cédera pas cette fois.

vendredi, 30 janvier 2026

L'Iran et le seuil du temps - La transition de paradigme dans l’intellectualisme

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L'Iran et le seuil du temps

La transition de paradigme dans l’intellectualisme

Ashkan Baladi

«Ce que nous appelons valeurs traditionnelles n’est pas la même chose que les valeurs de la bourgeoisie : nos valeurs leur sont précisément opposées».

«Ni le désir ni la douleur ne doivent jamais être la norme ou la fondation de l’action».

— (Julius Evola)

Il fut un temps où l’intellectuel se limitait à un seul geste, finalement ridicule: l'« opposition au pouvoir»! Ce récit prédominant et tragique a tout plongé dans la ruine pendant des décennies. La pensée était exilée. Le modèle de cette forme d’éclairage était un modèle dévoyé, que l’on pourrait, avec indulgence, qualifier de « sartresque » et désigner comme l’héritage de l’École de Francfort: un équilibre qui manipulait tout système théorique ou toute question historique en faveur de ce qu’il appelait le «faible». Pour l’intellectuel, le chat, l’enfant, l’ethnie, etc., n’avaient pas de différence catégorielle en soi ; leur signification ne découlait que de leur position laquelle était en opposition à «celui qui était capable de fonder», c’est-à-dire à la puissance dominante.

51XZGX7cwHL._AC_UF894,1000_QL80_.jpgEvola aborde ce problème dans le treizième chapitre de son ouvrage Cavalcare la tigre («Chevaucher le tigre»), sous le titre «Sartre : prison sans murs». Cette forme de « négation » – la négation du pouvoir –, tout comme la liberté, le choix et la responsabilité, se révèlent être des symptômes d’une ère nihiliste, dans laquelle la liberté se réduit au soi et à sa subjectivité. Comme l’homme est condamné à cette seule liberté d’être, la liberté elle-même lui inspire la peur. En fin de compte, cette pseudo-responsabilité se transforme en conscience de «l’absurdité». La liberté moderne en soi est ce qui trouble le sujet; pour y échapper, le sujet moderne se réfugie dans le consumérisme.

Cette forme d’hégémonie intellectuelle a montré ses limites et s’est déformée en un vide, une psychologisation et, en fin de compte, une façade absurde, répétée à l’infini. L’Occident moderne lui-même est envoûté par ce discours auto-créé, et ne fait que retarder le moment de sa mort, qui est indissociable de l’appareil occidental.

L’un des signes les plus évidents de cet effondrement et du changement de paradigme qui l’accompagne fut le remplacement des penseurs qui autrefois travaillaient pour l’État par des journalistes, des acteurs et des célébrités en politique. Les structures sont en déclin. Les économies occidentales en faillite promettent à leurs citoyens, pour une année, une courte période de vacances en bord de mer, dans des économies encore davantage en faillite. Le système théorique de l’Occident est tombé dans sa propre cage. Aucune réorientation de gauche ou de droite ne peut plus le sauver.

Mais le vrai penseur ne craint pas la proximité du pouvoir. C’est précisément à ce point que se manifestent ici la «volonté nationale» et la «vraie histoire». Ici, il n’y a plus de différence entre penser et héroïsme. Le penseur est le guerrier qui lutte non pas sur la base d’une auto-justification théorique, mais pour la préservation de la patrie et du peuple – contre les forces de pillage déchaînée par le diable. Cela garantit la continuité et le renforcement du pouvoir du pays – c’est la tâche de la pensée. En Iran – et auparavant en Russie et en Chine – des conditions favorables se sont créées pour l’émergence de ce type de penseurs, et il semble que ce processus gagne en dynamique.

31309654254.jpgPendant plus d’un demi-siècle, l’histoire des sciences humaines a été manipulée dans le sens de ce qu’on appelle l’esprit moderne. Pendant cette période, les voix les plus authentiques du continent européen ont été houspillées dans l’exil intellectuel: des penseurs comme Julius Evola, Giovanni Gentile, Alfredo Rocco (photo) en Italie, ou – en République de Weimar et au-delà – Carl Schmitt, Ernst Jünger et Martin Heidegger en Allemagne. Tous avaient développé une conscience du «vrai vouloir national» et n’hésitaient pas à s’approcher de ce pouvoir qui, selon eux, incarnait cette volonté.

Cette proximité avec le pouvoir ne doit pas être comprise comme un lobbying de type libéral-démocratique, c’est-à-dire comme la promotion d’intérêts économiques ou partisans. Il s’agit plutôt d’une conscience historique, d’un rapprochement avec des forces originelles oubliées, d’une compréhension du « début » et de la réconciliation avec la force créatrice de la « nation ».

91ff-+S629L._AC_UF894,1000_QL80_.jpgHeidegger s’est approché de cette aspiration du côté des nationaux-socialistes, et dans son discours de 1933, «La défense de l’université allemande», il évoque explicitement cette possibilité. Pour Heidegger, le «Führer» était l’expression de cette volonté et de cette défense du «peuple allemand», et l’université, en tant que lieu d’émergence et de possibilité du savoir, devait mûrir, participer sans doute à cette «direction» et lier sa volonté à cette «direction». Cette essence devient sérieusement claire, de rang et de pouvoir, lorsque en premier lieu et à tout moment, ce sont les guides eux-mêmes qui sont guidés – guidés par l’intransigeance de la mission spirituelle, qui impose le destin du peuple allemand dans le façonnement de son histoire.

Dans notre position décisive, nous nous rappelons encore une fois ce que Carl Schmitt appelle «l’aspect spatial», et la façon dont il le décrit : 

«Indépendamment de la bonne ou mauvaise volonté des hommes, des objectifs pacifiques ou belliqueux, chaque augmentation de la technique humaine crée de nouveaux espaces et des changements imprévisibles dans les structures spatiales héritées». 

Ce changement de la structure spatiale procède aujourd’hui plus que jamais – en résumé – de l’opposition entre «puissances terrestres» et «puissances maritimes». Les puissances terrestres incarnent l’ordre et la légalité, des frontières fixes et cette souveraineté qui découle de la délimitation et de la stabilité. À l’opposé, la puissance maritime est la représentante du commerce libre, des déplacements continus de frontières, ainsi que des modes de vie et des qualités changeantes: la permanence du législateur contre la fluidité et la dissolution des frontières.

Je n’ai pas l’intention ici de réduire la notion de Schmitt à l’empire "du dedans et dehors" ou de me l’approprier. Mais le changement structurel de l’espace se manifeste tout aussi résolument dans le monde de «l’esprit». L’esprit enraciné dans la terre et le sol s’oppose à la vague du mondialisme. Les changements structurels de l’espace subissent – selon le progrès technologique – des modifications correspondantes dans la manière de résister.

L’Iran – tout comme la Chine et la Russie, ainsi que de nombreux pays d’Amérique latine – constitue un modèle parfait pour cette confrontation entre les «forces terrestres»/Est et les «forces maritimes»/Occident. C’est précisément dans cette question que le penseur iranien est parvenu par diverses voies à un consensus et à une «conscience», et poursuit maintenant une stratégie pleine d’espoir.

Oui, l’Iran va gagner, parce qu’il a initié la transition du paradigme de l’intellectualisme.

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mardi, 20 janvier 2026

Quels droits humanitaires en Venezuela et en Iran? Les changements de régime servent à sauver le petrodollar

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Quels droits humanitaires en Venezuela et en Iran?

Les changements de régime servent à sauver le petrodollar

De Glauco Benigni

Source: https://comedonchisciotte.org/ma-quali-diritti-umanitari-...

Il est très difficile de défendre pleinement à la fois le gouvernement de Maduro et celui des ayatollahs de Téhéran… Les raisons pour lesquelles les États-Unis cherchent à évincer le premier et planifient en ce moment même de réattaquer et d’éliminer le second sont multiples et de nature variée. Restons-en aux motifs « éthiques, humanitaires » et « économiques, géopolitiques ».

La narration dominante est que l’Occident, dirigé par son shérif affairiste, veut rétablir l’ordre et la Pax Americana dans ces nations pour des raisons humanitaires. Malheureusement, cette argumentation, même si elle est partiellement vraie, n’est qu’un prétexte et permet d’ouvrir un débat médiatique qui détourne de la véritable raison principale, à savoir le motif économique et géopolitique, basé sur la « crise du dollar américain et l’immense dette publique de l’empire ».

Tant que l’Occident considérera que 38 trillions de dollars de dette publique ne sont pas aussi scandaleux qu’un régime autoritaire, mais tolérables pour la planète, le focus restera uniquement sur le premier aspect : « intervenir pour redonner la liberté aux peuples opprimés », un mantra qui ne convainc plus personne sauf ceux qui animent les talk-shows et qui titrent dans les journaux.

La réalité est différente : la dette publique américaine doit, pour continuer à tenir debout, même avec des béquilles et en vacillant, avoir un dollar qui conserve sa caractéristique de « monnaie de réserve mondiale ». C’est seulement ainsi qu’il y aura encore quelqu’un qui achètera des obligations américaines, contribuant à justifier l’existence d’une dette publique monstrueuse. Mais pour rester « hégémonique », le dollar américain doit continuer à être utilisé comme monnaie privilégiée dans les échanges commerciaux mondiaux, notamment pour l’achat et la vente de matières premières et de ressources énergétiques, en premier lieu le pétrole. C’est ainsi depuis 50 ans !

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Cette « pratique », appelée « la loi du petrodollar », imposée en 1973-74 aux pays de l’OPEP puis au reste du monde, suite à un accord entre Kissinger et le monarque saoudien de l’époque, a justifié l’émission à l’envi de dollars par la Fed parce que chaque trésorerie devait disposer de billets verts pour faire face aux urgences et aux achats énergétiques, acceptant ainsi d’acheter les «fiches dollar – monnaie imprimée».

Les deux premiers dirigeants qui ont tenté de briser cet accord, en proposant de vendre du pétrole dans d’autres monnaies, furent Saddam Hussein et Kadhafi. Vous vous souvenez de ce qu’il est advenu d’eux?

En 2012, l’Iran a commencé à vendre du pétrole en roubles et en yuans, et quelques analystes américains importants ont écrit «c’est la fin d’une ère». Par la suite, d’autres pays producteurs de pétrole, dont la Russie, ont commencé à vendre en monnaies différentes du dollar. Le Venezuela vend depuis des années en yuan à la Chine, et depuis 2024, l’Arabie saoudite, qui a refusé de renouveler le pacte du petrodollar après 50 ans, vend aujourd’hui du pétrole en diverses monnaies.

Il se trouve aussi que tous ces pays occupent des positions importantes dans la zone BRICS+ : le conglomérat géopolitique qui se révèle être l’Antagoniste du IIIe millénaire par rapport à l’Empire américain d’après la Seconde Guerre mondiale.

Faites le calcul : si le Venezuela et l’Iran, deux des plus grands producteurs de pétrole au monde, continuent à vendre leur «or noir» dans d’autres monnaies que le dollar, et si (comme actuellement) ils vendent via la Chine aux pays de la zone BRICS+, et si, de plus, la part du yuan dans le commerce mondial continue de croître… combien de temps l’hégémonie du dollar américain pourra-t-elle encore durer avant que Washington ne soit ensevelie sous la montagne de papier que seraient les dollars?

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Voici donc la véritable raison qui oblige, littéralement « force », les États-Unis, à tenter un changement de régime, tant en Venezuela qu’en Iran, dans l’espoir d’enrayer l’hémorragie qui a frappé leur monnaie.

L’objectif était aussi de changer de régime en Russie en l’encercant, mais ils se sont enlisé avec toute l’OTAN. L’idée est : « Changer aussi de régime en Arabie saoudite ? » Je ne sais pas. Mais si cela continue ainsi, rien n’est exclu.

Bien entendu, si la situation évolue ainsi, la Chine et la Russie ne resteront pas à regarder. Nous pourrions être très proches de la fin. Jusqu’à la chute de Maduro, on aurait dit que les trois tsars avaient tracé les contours d’un nouveau Yalta. Aujourd’hui, on ne sait plus si Trump est contraint de faire ce qu’il fait, avec toutes les conséquences que cela implique. Attachez votre ceinture, car nous entrons dans une zone de fortes turbulences.

Espérons que tout ira bien.

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dimanche, 18 janvier 2026

Iran. Illusions et réalité

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Iran. Illusions et réalité

Andrea Marcigliano

Source: https://electomagazine.it/iran-illusioni-e-realta/

Après tant de grondements d'orage, la pluie est finalement tombée.

Iran. Pendant plusieurs jours, le gouvernement a laissé s'exprimer dans les rues un certain mécontentement populaire, généralisé et profond. Ce mécontentement était essentiellement dû à des questions économiques, à la difficulté de commercer, qui a surtout touché les puissants Bazari.

Ces seigneurs qui dominent les grands marchés intérieurs et qui, à l'époque, étaient sans doute les principaux ennemis du Shah. Car Reza Pahlevi s'ouvrait aux multinationales, surtout américaines, menaçant de fait leur pouvoir traditionnel sur l'économie iranienne.

La tolérance du gouvernement permettait de dire que les Bazari, de Téhéran et des principales villes, étaient derrière les manifestations de rue.

En effet, Massoud Pezeshkian est un homme qui a toujours été lié aux puissants seigneurs du marché intérieur. C'est en grande partie à eux qu'il doit sa victoire électorale.

Cependant, des agents et des groupes manipulés depuis l'étranger s'étaient rapidement infiltrés dans les manifestations de rue. Des groupes armés, qui bénéficiaient du soutien de la CIA américaine et, surtout, du Mossad israélien. Ce dernier n'a pas caché son action, soutenant même ouvertement la thèse d'un changement de régime, c'est-à-dire d'un coup d'État, à Téhéran.

Un coup d'État visant à ramener au pouvoir l'héritier direct du dernier Shah, Rezha Ciro, exilé depuis plusieurs décennies aux États-Unis.

Que cet homme semble complètement détaché des réalités iranienne et étranger aux vicissitudes actuelles de l'Iran est évidemment un problème tout à fait secondaire et sans importance pour les partisans du changement de régime. À savoir le Mossad et la CIA.

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Cependant, l'Iran n'est pas une petite république bananière. C'est un grand pays très peuplé. Où des peuples d'ethnies différentes sont essentiellement maintenus ensemble par un seul ciment. Social et religieux, qui trouve son apogée dans le système des ayatollahs et dans la figure, symbolique autant que réelle, d'Ali Khamenei.

Et ainsi, après les nombreuses hésitations du gouvernement, les superviseurs religieux du système iranien sont intervenus.

Dans deux directions distinctes mais convergentes.

L'une a été plus résolument répressive. En ordonnant aux milices pasdaran et basihi d'intervenir pour frapper durement, arrêter et éliminer les groupes de guérilleros infiltrés.

Et les exécutions publiques, plus ou moins sommaires, de ceux qui sont tombés entre leurs mains ont déjà commencé.

L'autre direction, cependant, a été celle de démontrer leur force à travers des manifestations de masse colossales. Dans tout le pays, de la capitale Téhéran au dernier des petits villages.

Des manifestations qui renforcent la cohésion interne et démontrent à l'extérieur la solidité du régime.

Ces deux opérations ont parfaitement réussi.

À ce stade, Washington et Tel-Aviv n'auraient d'autre choix que de mener une action militaire directe.

Un choix qui n'est toutefois pas facile à faire.

20:09 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, iran | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

Venezuela, Iran, Groenland: l'embrasement du monde - Entretien avec Robert Steuckers

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Venezuela, Iran, Groenland: l'embrasement du monde

Entretien avec Robert Steuckers

Propos recueillis par Arne Schimmer

Au début de l'année 2026, le monde semble être en feu si l'on regarde le Venezuela, le Groenland ou l'Iran. Y a-t-il un lien entre tous ces foyers de tension et une explication à cela ?

Le lien entre toutes ces zones de turbulence réside bien évidemment dans le fait que l’hegemon du monde unipolaire d’après la Guerre Froide voit sa domination contestée par un ensemble de glissements nouveaux, parmi lesquels le grand projet de connectivité continentale promu par la Chine de Xi Jinping qui consolide les communications terrestres sur le Heartland centre-asiatique et russe ; la séduction que ce projet suscite dans des territoires importants des Rimlands jadis dominés par les alliances militaires forgées par les Etats-Unis, surtout en Asie du Sud-Est et en Indonésie, ainsi qu’en Iran ; la dé-dollarisation des échanges et l’importance croissante du yuan chinois. Ce projet de grande envergure touche également l’Amérique ibérique, en premier lieu parce que le pétrole vénézuélien se déverse en Chine et que celle-ci organise également les connectivités intérieures de l’Amérique du sud : liaison ferroviaire entre le Pérou et le Brésil, creusement d’un canal transocéanique au Nicaragua, etc. L’hegemon, qui ne veut pas perdre complètement la partie, joue son va-tout : il tente de couper la Chine de ses approvisionnements en pétrole vénézuélien et tente de réanimer un projet technocratique qui existait aux Etats-Unis pendant l’entre-deux-guerres : la création d’un « Technate » nord- et centre-américain, centré sur les Etats-Unis qui aurait inclus le Canada (au détriment de l’Empire britannique), le Groenland (ce qui explique la volonté de Trump de l’englober totalement dans l’orbite américaine), le Mexique (déjà discrètement menacé aujourd’hui), tous les petits Etats d’Amérique centrale (dont Panama, autre revendication actuelle de Trump), la Colombie et le Venezuela. Si ce « Technate » des technocrates américains d’avant-guerre se réalisait avec l’appui des nouveaux grands magnats de la nouvelle technocratie (Musk, Thiel, Palantir), les Etats-Unis disposeraient d’un territoire et de ressources, dont le lithium, capables de les faire durer très longtemps en toute autarcie. En outre, le contrôle total du Groenland leur permettrait de contrôler les nouvelles voies maritimes de l’Arctique et de les bloquer au niveau de la ligne GIUK (Groenland-Iceland-United Kingdom) puis, dans une étape seconde, au niveau de la ligne Groenland, Svalbard/Spitzbergen, Kola au détriment de la Norvège (prochaine victime scandinave de ce projet technocratique qui devra alors céder l'archipel Svalbard ou archipel des Spitzbergen qu'elle possède depuis des siècles). Par ailleurs, l’utilisation du Groenland comme base de missiles à longue portée menace directement la concentration des forces russes autour de la Mer Blanche.

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Que pensez-vous de la doctrine « Donroe » de Trump, selon laquelle les États-Unis veulent exercer un pouvoir illimité sur l'hémisphère occidental ?

« Donroe » est un jeu de mot, où l’on associe la Doctrine Monroe (« L’Amérique aux Américains ») de 1823 au prénom de Donald Trump. La Doctrine Monroe visait à exclure toute présence européenne sur les deux continents américains, dans la mesure où le Congrès de Vérone de 1822, convoqué par la Sainte Alliance, a envisagé de soutenir, par l’envoi de troupes françaises, les légitimistes espagnols contre les libéraux (soutenus par l’Angleterre) et, dans la foulée, d’aider l’Espagne re-légitimisée à maintenir son emprise sur l’Amérique ibérique. Cette politique pro-espagnole et a-libérale de la Quintuple Alliance (Angleterre non comprise), ou Sainte Alliance, provoque les premières lézardes dans le bel édifice diplomatique européen postérieur à la chute de Napoléon, édifice dont l’Empereur russe Alexandre I était le principal inspirateur avec Metternich. L’Angleterre faisait bande à part et continuera à le faire, soutenant implicitement les politiques anti-européennes des Etats-Unis, puissance émergente à l’époque.

L’Espagne n’est pas la seule nation visée par le jeune Etat américain: la Russie l’est également, car elle possède toujours l’Alaska et un comptoir en Californie (Fort Ross). Ensuite, plus tard, le soutien de Napoléon III à Maximilien de Habsbourg au Mexique se fera contre la volonté des Etats-Unis dès le lendemain de la Guerre Civile entre Nordistes et Sudistes, entre Unionistes et Confédérés. La guerre hispano-américaine de 1898 a permis aux Etats-Unis de s’emparer de Cuba et des Philippines, ce qui les sortaient ipso facto de la logique « hémisphérique » prétendument revendiquée par James Monroe, puisqu'ils s'ancraient en lisière de la masse continentale asiatique, en face de la Chine et à proximité du Japon émergent.

La Doctrine de Monroe sera complétée par le « corollaire Roosevelt » de 1904, énoncé suite à une tentative germano-britannique d’intervenir au Venezuela, Etat protégé par les Etats-Unis. Ce corollaire prévoyait l’intervention armée des Etats-Unis contre tout gouvernement latino-américain qui enfreindrait « les bonnes règles de la civilisation », corollaire qui reçut rapidement le surnom de « politique du gros bâton » (Big Stick Policy). Aujourd’hui, la Doctrine Donroe complète et la Doctrine du Président Monroe et le corollaire Roosevelt en réaffirmant l’hégémonisme américain dans les Caraïbes (Cuba est directement menacé) et en refusant toute collusion économique trop intense entre la Chine et un Etat situé dans l’espace du « Technate » imaginé par les technocrates d’hier et d’aujourd’hui.

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Parmi les conflits mondiaux qui font rage actuellement, lequel est le plus dangereux et le plus lourd de conséquences ?

Pour contenir la Chine, non plus seulement sur les Rimlands de l’Asie du Sud-Est et/ou du sous-continent indien (Inde et Pakistan), mais le long de toutes les voies de connectivité que le projet chinois de « Belt and Road », de "Route de la Soie", a fait naître entre l’Europe et la Chine en Asie centrale et entre le Pacifique et l’Atlantique en Amérique du Sud. Il faut dès lors freiner l’approvisionnement en énergie de Pékin, que ce projet facilite. C’est une des raisons majeures de la brève intervention militaire américaine à Caracas le 3 janvier dernier et de la mainmise subséquente sur les pétroles vénézuéliens. Cependant, si la Chine était le meilleur client pour le pétrole vénézuélien, l’Iran demeure, pour Xi Jinping, le principal fournisseur d’hydrocarbures.

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Le soutien américain à des protestations populaires en Iran, causées par les innombrables restrictions suite aux sanctions subies depuis des décennies par le pays, survient, et ce n’est pas un hasard, au moment où les liens ferroviaires de l'Iran avec la Chine sont devenus réalité depuis mai-juin 2025 et où le dernier tronçon de la voie de chemin de fer entre le port iranien de Bandar Abbas (sur l’Océan Indien) et la frontière azerbaïdjanaise (Astara) a été parachevé en décembre dernier.

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La connectivité entre l’Inde et la Russie (jusqu’à la Mer Blanche) est désormais possible par l’INSTC (International North-South Transport Corridor) et par la liaison ferroviaire entre la Chine et la Turquie, via les petits pays d’Asie centrale et l’Iran. C’est cette double connectivité que les Etats-Unis, selon la logique géopolitique énoncée par des théoriciens comme Halford John Mackinder, Homer Lea et Nicholas Spykman, entendent détruire. Le maillon central, incontournable, de ces deux nouvelles connectivités, c’est l’Iran. Il faut dès lors qu’il devienne le site d’un chaos permanent comme le sont devenues la Libye et la Syrie. Vu la volatilité de la région, vu la proximité de l’Iran avec la Russie, l’Europe, l’Inde et la Chine, tout désordre organisé dans cette région, qui est une Drehscheibe, une plaque tournante, constituerait un danger mortel pour tous les Etats de la masse continentale eurasienne, surtout ceux qui sont enclavés.

Quel concept géopolitique, élaboré par quel penseur, est le plus pertinent pour notre époque ?

Tous les concepts géopolitiques sont pertinents et il convient d’en connaître un maximum pour pouvoir interpréter correctement les événements de l’actualité. On ne sort pas de la logique conflictuelle entre Heartland et Rimlands, entre puissances telluriques et puissances thalassocratiques, même avec l’avènement et les perfectionnements de l’arme aérienne et de la balistique des missiles et fusées. La réponse aux théoriciens anglo-saxons de la géopolitique (Mackinder, Lea) a été apportée par Karl Haushofer en Allemagne qui préconisait une quadruple alliance grande-continentale entre l’Allemagne, l’Italie, l’URSS et le Japon.

817dzWqOzcL._AC_UF350,350_QL80_.jpgCependant, certains ouvrages importants ont été oubliés dans les débats lancés par ceux qui contestent l’hégémonisme en place, sans sombrer dans la phraséologie insipide, bien qu’hystérique, des gauches établies. Je commencerai par l’idéal de la Triade parmi les nationaux-révolutionnaires du temps de la République de Weimar (Niekisch, Jünger, Hielscher, Scheringer, etc.). La Triade est l’alliance espérée entre un régime à advenir en Allemagne (mais qui n’adviendra jamais), l’URSS stalinienne et la Chine nationaliste du Kuo Min Tang (organisée notamment par les équipes de conseillers militaires mises sur pied par le Général von Seeckt). Otto-Ernst Schüddekopf a très bien analysé les vicissitudes de ce projet de Triade dans son ouvrage sur le « national-bolchevisme » allemand, hélas un peu oublié aujourd’hui. J’ai eu l’occasion d’en parler dans le deuxième volume de ma compilation de textes sur la "révolution conservatrice" allemande des années 1918-1932.

Ensuite, vu l’importance et le développement des connectivités dans le projet chinois, il conviendrait de redécouvrir un auteur qui est, lui, totalement oublié, Richard Henning, géopolitologue allemand de la Verkehrsgeographie, qui fit carrière en Argentine après 1945.

41RPvu1gr1L._AC_UF894,1000_QL80_.jpgEnsuite, et c’est une tâche à laquelle je vais m’atteler, il conviendrait d’analyser la très pertinente réception des théories géopolitiques allemandes et européennes dans les écoles militaires d’Argentine, du Chili et du Brésil (en l’occurrence la réception de Friedrich Ratzel). Enfin, l’Italie est aujourd’hui, en Europe, le pays qui abrite le plus grand nombre d’instituts d’études géopolitiques, où l’on réédite les classiques allemands de cette discipline, tels Ratzel et Haushofer. En Espagne, nous avons le Colonel Pedro Banos qui ne cesse de produire des best-sellers en la matière. En Allemagne, il faudra inlassablement relire Scholl-Latour pour se doter d’une mémoire diplomatique.

Dans quelle mesure l'axe Paris-Berlin-Moscou, que vous privilégiez, est-il encore réaliste aujourd'hui, et quelles mesures seraient nécessaires ?

Il n’y a plus lieu de parler d’un Axe Paris-Berlin-Moscou dont le théoricien principal fut indubitablement le Français Henri de Grossouvre. Ce dernier avait placé ses espoirs en une alliance entre Chirac, Schröder et Poutine en 2003 au moment où l’Europe avait manifesté un net scepticisme face à l’intervention anglo-américaine en Irak. La riposte fut immédiate: les néoconservateurs bellicistes américains ont accusé les Européens de lâcheté et Chirac a été rapidement remplacé par Sarkozy qui s’est empressé de rejoindre à nouveau le commandement unifié de l’OTAN, que De Gaulle avait quitté dans les années 1960. La France était le maillon faible de cet Axe malgré les rodomontades post-gaullistes: elle reste une puissance idéologiquement occidentale (au sens où l’entendaient Niekisch et ses lecteurs). Son logiciel mental demeure occidental envers et contre tout, ce qui empêche ses élites déconnectées de comprendre, même de façon élémentaire, les dynamiques de l'Europe centrale, des Balkans, de la Scandinavie ou du Proche-Orient, en dépit des excellentes productions des théoriciens de la géopolitique dans la France d'aujourd'hui. En Allemagne, le virus dissolvant qui a permis d'oublier d'activer et de réactiver cet Axe potentiel a été le mouvement des Verts, comme vous le savez mieux que moi. Seule la Russie et son président ont maintenu le cap.

Le sabotage des gazoducs Nord Stream a été le point culminant dans la volonté de destruction de cet Axe franco-germano-russe. Les prises de position de l’UE, de la France de Macron et de l’Allemagne de Scholz et de Merz dans le conflit russo-ukrainien ont créé l’irréparable et reconstitué de facto un rideau de fer de l’Arctique à la Mer Noire qui condamnera le centre et l’ouest du sous-continent européen à la stagnation puis au déclin irrémédiable dont se gausseront Arabes, Turcs, Iraniens et surtout Chinois, sans oublier les Africains.

Quelle priorité géopolitique les Européens devraient-ils se fixer pour les 10 à 15 prochaines années?

Les priorités que le personnel politique européen dominant se fixe aujourd’hui ne pourront que précipiter l’Europe dans un déclin pire que celui qu’a connu jadis l’Empire Romain. Nous allons au-devant d’un effondrement total de nos économies et de nos systèmes sociaux, le tout dans un hiver démographique autochtone et une submersion par vagues migratoires incontrôlées. Le pouvoir sera tenu par le système bancaire, par un capitalisme non plus patrimonial mais totalement et dangereusement financiarisé, et par des mafias en concurrence les unes avec les autres, comme l’avait d’ailleurs prévu Armin Mohler dans un célèbre article de la revue Criticon en 1982 (et qu’une de mes collaboratrices avait traduit avec maestro).

Les mouvements alternatifs, décriés et soumis à toutes sortes de vexations répressives, doivent énoncer une politique différente car telle est leur tâche: retour aux énergies bon marché, priorité de la diplomatie sur toutes les formes de bellicisme délirant, retour à une cohésion de la société, respect des régimes politiques non européens dans les régions du monde d’où nous viennent matières premières et denrées alimentaires (car nous ne sommes pas autarciques), rétablissement de la qualité de nos établissements d’enseignement, lutte contre les pouvoirs occultes et mafieux qui, dans nos rues, s’affrontent à coups de rafales de Kalachnikov, revalorisation de la magistrature dans cette lutte et congédiement des magistrats incompétents, comme on le réclame depuis longtemps en Italie.

jeudi, 15 janvier 2026

Capitalisme des mollahs et géopolitique

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Capitalisme des mollahs et géopolitique

Par Pål Steigan

Source: https://steigan.no/2026/01/mullakapitalisme-og-geopolitikk/

L’Iran abrite l’une des plus anciennes civilisations continues du monde, et c’est un pays qui n’a jamais été une colonie. La culture iranienne/perse est extrêmement complexe et riche, et le niveau d’éducation en Iran est le plus élevé de la région. L’image que donnent les médias norvégiens de l’Iran est si caricaturale, si peu approfondie et si dépourvue d’insight qu’on doit la qualifier de caricature.

Le débat sur l’Iran en Norvège est en outre tellement unidimensionnel qu’il ne contient presque rien de valable. Marie Sneve Martinussen, de Rødt, veut «remplacer le régime totalitaire et violent des prêtres par une véritable démocratie». Nous ne pensons pas qu’elle ait la moindre connaissance de l’Iran ou de la façon dont la lutte des classes et la lutte politique y évoluent. Son intervention ressemble à n’importe quelle intervention dans le journal télévisé Dagsrevyen. Et elle n’est pas la seule. Cela aurait tout aussi bien pu être dit par le FRP, Høyre ou l'Arbeiderpartiet, ou publié en éditorial dans tous les journaux, de Klassekampen à VG.

Je suis allé en Iran trois fois pour étudier la société, et j’ai écrit trois rapports à partir de ces voyages. Je ne parle pas le farsi, donc mes études sont limitées en profondeur, mais j’ai au moins essayé de comprendre la structure sociale, politique et économique du pays.

iran-2004.jpgEn 2004, j’ai publié un petit ouvrage intitulé  Iran – Capitalisme des mollahs et géopolitique, dans lequel j’essaie de décrire la forme sociale très particulière que représente l’Iran.

Depuis la révolution, la vie politique en Iran est divisée entre une gauche qui souhaite plus d’intervention de l’État, une nationalisation plus grande et un modèle plus étatique, et une droite fortement enracinée dans le clergé et dans les bazars, c'est-à-dire les commerçants des bazars, qui ont défendu la propriété privée et exigé la privatisation. Les deux camps sont opposés aux principes bancaires occidentaux. L’ayatollah Khomeini ne s’est pas prononcé sur ce conflit, mais pendant la guerre contre l’Irak, le besoin d’un contrôle étatique renforcé est devenu évident, ce qui a conduit à la création, en pratique, de monopoles étatiques dans la banque, la finance et le commerce extérieur.

Aujourd’hui, l’Iran dispose d’un système de plans quinquennaux qui doit encadrer le développement économique du pays. En quelque sorte, il a une économie planifiée dont l’inspiration historique vient manifestement de l’Union soviétique. L’Iran connaît aussi certains des mêmes problèmes que l’URSS avait avec sa planification: manque de dynamisme, pénurie dans certains secteurs, absence d’innovation, etc. Le pays prétend également avoir une économie islamique, quoi que cela signifie. La caractéristique la plus marquante censée définir cette économie comme islamique est l’interdiction de l’intérêt. Mais cela a conduit à ce que, au lieu de percevoir des intérêts, les créanciers prennent une part de la propriété dans l’entreprise du débiteur. Cela fait que le système bancaire et financier iranien détient une part importante de l’actif en capital, et est contrôlé par les mollahs et leurs alliés.

L’Iran possède une infrastructure étendue pour le transport du pétrole et du gaz. Les pipelines traversent le pays de part en part, reliant les champs pétrolifères aux plus grandes agglomérations ainsi qu’au port d’exportation de Kharg dans le Golfe Persique, et aux points d’exportation vers la Turquie et l’Arménie.

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L’Iran détient la deuxième plus grande réserve de gaz connue au monde, après la Russie. Elle représente 16-18 % des réserves mondiales.

Le contrôle des richesses générées par cette production est entièrement entre les mains du Guide suprême, qui contrôle ainsi le fondement économique de la république islamique. Il doit approuver le budget national et est le commandant en chef de toutes les forces armées.

Les fondations révolutionnaires

Après le Guide, les organes de pouvoir les plus importants en Iran sont les réseaux autour des bazars et des mosquées, ainsi que tout le réseau de fondations, d’entreprises, d’associations et d’écoles de clergé qui les entourent. Ces « fondations révolutionnaires » se sont développées en empires commerciaux à l’échelle nationale, et dans certains cas, avec une influence internationale.

bonyad_e-mostazafan_foundation.jpgLa Fondation pour les pauvres, Bonyad-e Mostazafan (logo, ci-contre), par exemple, contrôle des actifs qui, selon certains observateurs, dépasseraient 400 milliards de dollars (ce chiffre est très incertain). En réalité, c’est la deuxième plus grande entreprise d’Iran, après la NIOC, la National Iranian Oil Company. La fondation possède des banques, des usines, des hôtels et une série de propriétés en Europe et aux États-Unis. En 2025, on rapporte qu’elle détient des intérêts dans des sociétés dans plusieurs dizaines de pays.

Le clergé en tant que classe

Selon certaines estimations, les fondations révolutionnaires et leurs filiales contrôlent environ 70 % de l’économie iranienne, hors agriculture et industries publiques. Étant donné qu’elles publient peu de comptes, et que beaucoup de leurs relations se déroulent dans la clandestinité, il est bien sûr difficile d’être précis. Mais c’est une estimation approximative qui souligne que le clergé et ses alliés apparaissent comme une classe dominante économique, et pas seulement comme une couche idéologique dirigeante.

Les fondations sont reliées aux bazars via le Conseil de la coalition islamique, dont le chef est un partenaire commercial du Guide suprême.

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La Garde révolutionnaire (IRGC – Corps des gardiens de la révolution islamique) est souvent décrite comme un « État dans l’État » — une structure parallèle qui opère indépendamment du gouvernement, directement sous la direction de l’ayatollah Khamenei, avec une influence économique, militaire et politique énorme. Elle a constitué un empire économique massif par le biais de filiales, de monopoles et d’évitement des sanctions, notamment via leur principal secteur de construction, Khatam al-Anbiya (souvent appelé Khatam al-Anbia ou GHORB). Selon les estimations occidentales, ils posséderaient entre 20 % et 50 % de l’économie.

Khatam al-Anbiya est le « cœur économique » du Corps des gardiens — une holding gigantesque avec plus de 800 sociétés enregistrées. Elle domine :

- Le pétrole/gaz (par exemple, le champ South Pars, les pipelines).

- L’infrastructure (routes, barrages, tunnels, ports).

- La télécommunication.

- L’exploitation minière, l’industrie automobile, la navigation, les banques, et plus encore.

Le capitalisme des mollahs persiste

Ce « capitalisme des mollahs » continue de dominer encore aujourd’hui.

Le clergé et le IRGC fonctionnent comme une sorte de bourgeoisie comprador, avec une légitimité religieuse — ils exploitent les revenus pétroliers, les monopoles d’importation et les subventions pour enrichir eux-mêmes et leurs alliés, tout en réprimant l’activité syndicale indépendante et la lutte ouvrière.

Cela crée un système hybride où :

- L’idéologie religieuse est utilisée pour justifier la domination économique (par exemple, les bonyads comme des fondations charitables qui, pourtant, exercent des activités commerciales sans taxes ni surveillance).

- La logique capitaliste s’applique pleinement à l’élite (privatisations en faveur d’acteurs liés au régime, corruption, népotisme).

- La classe ouvrière est maintenue sous contrôle par la répression et une rhétorique populiste (subventions, propagande anti-impérialiste), mais sans véritable pouvoir.

Depuis 2004, ce système ne fait qu’empirer: les sanctions ont renforcé la monopolisation interne (le IRGC prend encore plus de contrôle de l’économie via le trafic de contrebande et l’importation parallèle). Les sanctions ont renforcé et aggravé ce système.

Les bonyads (fondations religieuses ou « fondations » en persan) jouent aujourd’hui (janvier 2026) un rôle encore plus central et controversé dans l’économie iranienne qu’en 2004, lorsque j’en ai fait l’analyse. Ils se sont transformés en empires économiques massifs, indépendants de la supervision, des taxes et de la révision normales, opérant directement sous le contrôle de l’ayatollah Khamenei (le guide suprême). Cela en fait un élément central de ce que j’appelais le capitalisme des mollahs: une fusion du pouvoir théocratique et de l’accumulation capitaliste, où le clergé et les réseaux liés (notamment le IRGC) contrôlent une grande partie de la richesse. 

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Le système a besoin à la fois de réformes et de révolution, mais celles-ci doivent venir de l’intérieur

Les Iraniens, ou Perses, comme beaucoup le disent, sont un peuple fier, doté d’une culture incroyablement riche et complexe. Je n’ai pas eu l’impression qu’ils soient très religieux. Beaucoup considèrent l’islam comme une religion d’occupation dans une occupation qui dure depuis le VIe siècle. L’islam fonctionne davantage comme une idéologie d’État et un outil de contrôle, tandis que ce sont les conditions économiques et sociales qui donnent la vraie image de la société.

Il va de soi que la réforme ou la révolution d’un système aussi enchevêtré et complexe doit venir de l’intérieur. Toute tentative d’imposer des changements de l’extérieur ne ferait qu’engendrer une catastrophe et frapperait surtout ceux qui ont le plus besoin de changement.

Et s’il y a une chose que les fiers Iraniens ne supportent pas, ce sont bien les tentatives de gouverner le pays de l’extérieur. C’est pourquoi le peuple soutient massivement le gouvernement, même s’il peut être furieux contre les mollahs. Plus l’ingérence étrangère est grande, plus le régime bénéficie de soutien. C’est, du moins, jusqu’à présent, la règle.

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mercredi, 14 janvier 2026

L'Iran au cœur du conflit géopolitique – Zones d’influence, intérêts, logique d’escalade

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L'Iran au cœur du conflit géopolitique – Zones d’influence, intérêts, logique d’escalade

Elena Fritz

Source: https://t.me/global_affairs_byelena 

PARTIE 1

La situation actuelle d’escalade autour de l’Iran ne peut être comprise qu’en la lisant comme un conflit entre des zones d’influence clairement définies. Il ne s’agit ni, au principal, d’un processus de réforme interne en Iran ni d’une question «systémique» abstraite, mais de la confrontation entre les intérêts stratégiques de quatre acteurs: les États-Unis, Israël, la Russie et la Chine. Toute analyse qui omet ce cadre reste nécessairement incomplète.

L’Iran n’est pas simplement un acteur de second ordre mais est un espace-clé où ces intérêts se croisent. Sa position géographique – entre le Golfe Persique, la mer Caspienne, le Caucase et l’Asie centrale – en fait un pivot pour la projection de toute puissance étatique. Qui gagne en influence en Iran ou le neutralise, modifie l’équilibre stratégique de plusieurs régions en même temps.

Pour les États-Unis, l’Iran occupe depuis des décennies une place centrale dans leur politique de mise en ordre dans les régions du Moyen-Orient et d'Asie centrale. Un État iranien autonome limite l’espace d’influence américain entre la Méditerranée et l’Asie centrale. Un Iran affaibli ou recentré politiquement donnerait à Washington non seulement plus de marges de manœuvre mais aussi un accès à des zones sensibles – du Caucase du Sud à la mer Caspienne et vers l’Asie centrale. L’objectif n’est pas tant de contrôler l’Iran lui-même que l’espace que l’Iran bloque aujourd’hui.

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Israël voit l’Iran sous un angle différent, existentiel. Pour Tel-Aviv, l’Iran est le seul acteur régional capable, militairement, idéologiquement et structurellement, de remettre en question la supériorité stratégique d’Israël à long terme. La présence iranienne en Syrie, au Liban et indirectement dans toute la région levantine est donc perçue non comme un problème tactique, mais comme une menace fondamentale. Il en découle un intérêt clair: un Iran durablement affaibli ou transformé politiquement perd cette capacité de projection.

Pour la Russie, l’Iran constitue un pilier central de stabilité dans le sud. Un État iranien solide limite l’influence des puissances étrangères dans le Caucase, la mer Caspienne et l’Asie centrale. De plus, l’Iran est pour Moscou un partenaire en matière de sécurité, qui aide à maintenir l’instabilité loin du territoire russe. Une chute de l’Iran n’allégerait pas le fardeau de la Russie, mais engendrerait une cascade de nouveaux risques – de l’insécurité militaire aux dynamiques migratoires et extrémistes.

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La Chine poursuit surtout des intérêts géoéconomiques. L’Iran est pour Pékin un maillon indispensable de la connectivité eurasienne: approvisionnement énergétique, axes de transit et projets d’infrastructure à long terme convergent ici. Un Iran déstabilisé couperait les corridors centraux des connexions occidentales de la Chine et réduirait la profondeur stratégique de Pékin dans l’espace eurasien. L’intérêt de la Chine est donc clairement orienté vers la continuité et la prévisibilité de l’État iranien.

Face à ce contexte, la logique actuelle d’escalade s’explique: la pression extérieure rencontre des tensions internes, qui sont délibérément renforcées pour forcer des décisions politiques autrement inaccessibles. Les charges économiques pour la population, les luttes de pouvoir internes et la fatigue sociale agissent comme catalyseurs. De telles configurations sont connues dans d’autres régions – elles créent des dynamiques difficiles à maîtriser dès qu’un certain seuil est dépassé.

Particulièrement critique est l’érosion de l’élite sécuritaire iranienne. La suppression ciblée de figures clés comme Qassem Soleimani a non seulement touché aux capacités opérationnelles, mais aussi affaibli le poids politique des acteurs sécuritaires.

Un effondrement de l’Iran serait perçu très différemment par les acteurs mentionnés, mais ses conséquences régionales seraient indéniables. Au lieu d’un transfert ordonné, un vide de pouvoir se créerait, entraînant interventions extérieures, conflits par procuration et une déstabilisation durable. Les expériences en Irak, en Libye et en Syrie parlent d’elles-mêmes.

L’Iran est donc le terrain clé d’un conflit géopolitique plus vaste. 

Partie II – Conséquences pour l’Allemagne et l’Europe: une lecture géopolitique ciblée

Une destabilisation de l’Iran ne serait pas un événement régional lointain pour l’Europe, mais un choc externe avec des répercussions directes sur l’économie, la société et la sécurité. Cela ne dépend pas d’une proximité ou d’une distance politique par rapport à Téhéran, mais du rôle structurel de l’Iran dans les enjeux mondiaux liés à l’énergie, aux migrations et à la sécurité. Pour l’Allemagne, ces effets sont particulièrement perceptibles, car sa stabilité économique et politique réagit de manière extrêmement sensible aux perturbations externes.

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Énergie : pourquoi l’Iran agit via les prix

Le levier central est le détroit d’Hormuz, l’un des points névralgiques mondiaux de l’énergie. Il ne s’agit pas seulement d’un blocage réel, mais déjà de la menace crédible de perturbations. Les marchés de l’énergie anticipent: les risques sont immédiatement intégrés dans les prix. 

Pour l’Allemagne, cela agit indirectement mais inévitablement. La hausse des prix du pétrole et du GNL entraîne une hausse mondiale des prix du gaz, indépendamment de l’origine du gaz. Le gaz est souvent le prix de référence pour l’électricité en Allemagne. Si le prix du gaz augmente, les prix de l’électricité suivent via ce mécanisme. D’où une cascade bien connue : prix de l’énergie plus élevé -> coûts de production accrus -> pression sur l’industrie -> pression politique sur le gouvernement, avec moins de marges de manœuvre économiques qu’auparavant.

Migration: réactions en chaîne régionales

Un Iran affaibli provoquerait non seulement des flux de réfugiés, mais déstabiliserait toute l’ordre régional – de l’Irak et la Syrie au Caucase. La conséquence serait une pression migratoire durable et multiforme vers l’Europe. L’Allemagne en serait particulièrement touchée, puisqu’elle sert de point final à la migration vers l'Europe. La perception que l'on a de la capacité de contrôle étatique est plus importante que le nombre absolu. Les chocs externes renforcent la polarisation sociale et l’instabilité politique.

Sécurité: émergence de zones grises

La déstabilisation régionale crée aussi des risques pour la sécurité en Europe. Il ne s’agit pas seulement de terrorisme mais aussi de zones grises où se superposent radicalisation, criminalité organisée et structures financières et logistiques illégales. De plus, en période de tension accrue, l’Europe devient le terrain arrière des services de renseignement concurrents, lorsque les États-Unis, Israël, la Russie et la Chine jouent leurs intérêts indirectement les uns contre les autres. La importance politique et économique de l’Allemagne accroît sa vulnérabilité.

Asymétrie entre décision et coûts

Les principales décisions d’amorcer l'escalade sont prises en dehors de l’Europe. Cependant, les coûts économiques, sociaux et sécuritaires retombent sur l’Europe – en particulier l’Allemagne. La politique étrangère devient ainsi, inévitablement, une politique intérieure: via les prix de l’énergie, la migration et la sécurité.

D’un point de vue géopolitique, l’Allemagne devrait suivre une ligne claire, orientée par ses intérêts, une ligne prônant la désescalade. Le critère n’est pas la prise de parti mais la limitation des dégâts. Cela implique: œuvrer pour la désescalade, pour la sécurité des voies maritimes internationales – en particulier le détroit d’Hormuz – et prendre clairement ses distances avec des scénarios planifiant une chute de régime, dont l’Europe supporterait les coûts.

La stabilité de l’État doit primer sur les expérimentations géopolitiques. Ce n’est pas une question de sympathie politique, mais de préservation lucide des intérêts allemands (et européens).

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Tout comme ses prédécesseurs, Donald Trump ne voit pas d'un bon oeil le monde multipolaire qui se profile à l'horizon

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Tout comme ses prédécesseurs, Donald Trump ne voit pas d'un bon oeil le monde multipolaire qui se profile à l'horizon

Marcel Bas

Source: https://www.facebook.com/roepstem

L’escalade actuelle sous l'égide de l’administration Trump (notamment les récentes actions contre Maduro au Venezuela et la montée des tensions en Iran) constitue la dernière étape d’un plan américain quinquennal, mis en œuvre avec un succès variable par les gouvernements successifs de Bush à Biden. Ce plan consiste à briser l’axe énergétique entre la Russie, la Chine, l’Iran et le Venezuela. Nous assistons actuellement à la réalisation spectaculaire, sans ambiguïté, de ce plan sous nos yeux. Bien entendu, cela n’a rien à voir avec une volonté de libérer les peuples de dictateurs ou de fanatiques religieux.

Ceux qui pensent que Trump, contrairement à ses prédécesseurs, aurait un réel intérêt pour un monde multipolaire se trompent. La seule chose que Trump remet en question, c’est la nécessité d’habiller la politique étrangère unilatérale traditionnelle des États-Unis avec des discours néoconservateurs sur la diffusion de la démocratie ou le respect de l’ordre international basé sur des règles (souvent déstabilisé par les États-Unis eux-mêmes) et du droit international. Non, l’objectif de Trump et de ses alliés n’est pas la diffusion de la démocratie, mais le maintien de l’hégémonie financière sur le commerce mondial de l’énergie.

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Trump cible le Venezuela et l’Iran parce que le Venezuela possède d’importantes réserves de pétrole, et parce que l’Iran contrôle une part essentielle de l’infrastructure énergétique. Le détroit d’Hormuz est la principale voie logistique dans le monde. En cherchant à provoquer un changement de régime à Téhéran, Trump tente d’influencer directement cette route maritime stratégique. Qui contrôle le détroit d’Hormuz, contrôle l’approvisionnement énergétique du Japon, de l’Inde et surtout de la Chine.

Regardez le comportement de Trump vis-à-vis de la Chine : il cherche constamment à la bloquer.

La Chine et surtout l’Iran jouent un rôle central dans la résistance au dollar américain. L’Iran commerce déjà largement en devises locales et en or. Un régime occidental à Téhéran écraserait immédiatement cette ‘révolte financière’ et rétablirait le pétrodollar en tant que seule norme. Depuis des années, les États-Unis ont vu avec inquiétude comment l’Iran et la Russie renforçaient leurs liens militaires et économiques (notamment via la livraison de drones et de technologies de missiles). En déstabilisant l’Iran par l’ingérence de la CIA et en appliquant de sévères sanctions économiques, les États-Unis tentent d’atteindre l’allié principal de la Russie au Moyen-Orient et de bloquer une route cruciale vers l’océan Indien (le corridor de transport Nord-Sud).

La Chine dépend fortement de l’Iran pour ses approvisionnements pétroliers, qui n’ont pas besoin de transiter par des eaux contrôlées par les États-Unis. Un changement de régime en Iran obligerait la Chine à soumettre sa sécurité énergétique à des conditions américaines. La même logique s’applique désormais au pétrole vénézuélien, dont la Chine dépend également. Les États-Unis peuvent ainsi contraindre la Chine à faire accepter leurs conditions pour ses approvisionnements en pétrole.

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Ce n’est pas une nouvelle politique élaborée par Trump, mais la continuation d’un projet plus profond, d’une ambition institutionnelle que les néoconservateurs rêvent depuis longtemps. On se souvient tous que le président Bush parlait de ‘l’ Axe du Mal’, et qu’Obama et Biden ont utilisé des sanctions et une cyber-guerre (avec Stuxnet). La CIA mène depuis des décennies des opérations visant à affaiblir la stabilité intérieure de l’Iran (soutien à des groupes d’opposition, sabotage économique). Trump va maintenant porter le coup de grâce.

On peut considérer l’enlèvement de Maduro comme un modèle pour des interventions passées ou futures à l’étranger. Cela fonctionne comme suit: les États-Unis créent d’abord une implosion économique, puis reconnaissent (ou désignent) un nouveau gouvernement, en utilisant cette situation créée de toutes pièces comme base juridique pour confisquer les richesses nationales (pétrole et or) et les ramener au système dollar.

Les actions contre le Venezuela et l’Iran sont deux faces d’une même pièce, car les États-Unis poursuivent la même politique de guerre préventive contre la formation d’un monde multipolaire. En contrôlant les réserves pétrolières du Venezuela et les routes de transit de l’Iran, Washington crée une ‘embargo énergétique’ autour de la Chine. La victime ultime ne sera pas seulement un président en fonction à Caracas ou un ayatollah à Téhéran, mais la souveraineté de chaque pays qui tente d’échanger hors du contrôle de la Réserve fédérale américaine. L’Amérique du Sud a déjà dans sa poche Trump, avec sa réaffirmation de la doctrine Monroe. 

samedi, 27 décembre 2025

Une ligne ferroviaire contre les sanctions: la Russie et l'Iran comblent le vide dans le corridor nord-sud

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Une ligne ferroviaire contre les sanctions: la Russie et l'Iran comblent le vide dans le corridor nord-sud

Moscou/Téhéran. Un tournant géopolitique important au cœur du continent eurasien vient de se produire: grâce à une nouvelle liaison ferroviaire, la Russie et l'Iran comblent le dernier vide dans le corridor international de transport nord-sud (INSTC). Le tronçon Rasht-Astara, long de 162 kilomètres, relie le réseau ferroviaire iranien au Caucase du Sud et crée une route multimodale directe entre l'Inde et la Russie via l'Iran. Ce corridor de 7200 kilomètres devrait à l'avenir servir d'alternative au canal de Suez. L'achèvement prévisible de la ligne ferroviaire est également un coup géopolitique destiné à contrer les sanctions occidentales contre les deux partenaires.

Le financement du projet de 1,6 milliard de dollars est pris en charge par Moscou, tandis que Téhéran fournit les terrains. Un accord initial avec l'Azerbaïdjan portant sur 500 millions de dollars avait échoué en 2018, par crainte des sanctions américaines après le retrait de Washington de l'accord sur le nucléaire. La recherche par la Russie d'alternatives commerciales, rendue plus urgente par la guerre en Ukraine, l'a amenée à devenir un acteur décisif. Lors d'une visite à Moscou en janvier 2022, le futur président iranien Ebrahim Raisi a obtenu une ligne de crédit de cinq milliards de dollars pour les infrastructures.

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La ligne ferroviaire est plus qu'une simple voie de transport. Elle marque un rapprochement encore plus étroit entre les deux pays. Alors que Moscou soutenait autrefois les sanctions occidentales, elle est aujourd'hui le principal allié stratégique de Téhéran. Ce projet s'inscrit dans le cadre d'un partenariat global qui englobe également l'armement, l'énergie et, malgré les inquiétudes internationales, la technologie nucléaire. En septembre dernier, les deux pays ont signé un accord portant sur la construction de quatre petites centrales nucléaires d'une valeur de 25 milliards de dollars.

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Les obstacles techniques liés au relief montagneux du nord de l'Iran et les coûts élevés font de ce projet un véritable défi. Mais les arguments stratégiques sont plus forts: le corridor devrait être jusqu'à 30% moins cher et de 40% plus court que la route maritime passant par le canal de Suez. Jusqu'à dix millions de tonnes de marchandises sont prévues pour la première année. Pour l'Iran isolé et la Russie qui s'oriente de plus en plus vers l'Est, la nouvelle ligne ferroviaire est une artère vitale – et un coup indirect porté à l'Occident et à sa politique de sanctions (mü).

Source: Zu erst, Décembre 2025. 

mercredi, 08 octobre 2025

L’accord Moscou-Téhéran redessine la carte stratégique de l’Arctique à l’océan Indien

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L’accord Moscou-Téhéran redessine la carte stratégique de l’Arctique à l’océan Indien

Un nouveau corridor relie exportations de gaz, infrastructures nucléaires et systèmes militaires dans un bloc non occidental

par Global GeoPolitics

Source: https://ggtvstreams.substack.com/p/moscowtehran-agreement...

Le partenariat stratégique global entre la Russie et l’Iran, entré en vigueur en 2025, exige une analyse approfondie. Les partisans présentent l’accord comme un réalignement souverain et un rempart contre l’hégémonie occidentale. Les sceptiques mettent en garde contre des pièges cachés : un cartel énergétique déguisé, une subvention à l’escalade, et une fracture structurelle des chaînes d’approvisionnement mondiales. Aucune de ces lectures n’est suffisante seule. Le pacte incarne des contradictions qui définiront la géopolitique de la prochaine décennie.

Le traité instaure un cadre de 20 ans liant la Russie et l’Iran dans les domaines de l’énergie, des transports, de la défense, de la finance, de la technologie et de la diplomatie. Sa ratification a déjà été approuvée par la Douma russe. La mise en œuvre de ses dispositions testera les limites imposées par les sanctions, la méfiance, les capacités internes et la pression extérieure. Ses effets se feront sentir en Europe, au Moyen-Orient, en Asie du Sud et sur la carte énergétique mondiale.

Au cœur de l’alliance, la résilience stratégique mutuelle est l’objectif. La Russie cherche des échappatoires aux points d’étranglement occidentaux. L’Iran souhaite des technologies avancées, des garanties de sécurité et des marges de manœuvre face aux pressions. Le traité formalise la coopération dans le nucléaire civil (rôle de Rosatom sur quatre réacteurs iraniens, pour environ 25 milliards de dollars), un gazoduc passant par l’Azerbaïdjan vers l’Iran (potentiellement 55 milliards de m³ annuels), et la relance des échanges via le Corridor de transport international Nord-Sud (INSTC) afin de contourner les routes maritimes occidentales. Ce gazoduc serait comparable à l’ancien Nord Stream. L’Iran prévoit aussi de fournir 40 turbines MGT-70 à la Russie, sous licence Siemens, desserrant la pression sur les centrales thermiques russes soumises aux sanctions. Des mesures fondamentales comme l’intégration des systèmes de paiement (Mir en Russie, Shetab en Iran) figurent dans l’accord. La logique spatiale est claire : réorienter le commerce via l’Iran, réduire la dépendance au canal de Suez, à la mer Rouge, au Bosphore, à la Méditerranée, et concentrer les flux énergétiques sous un nouvel axe.

La dimension énergétique est la plus évidente. Si la Russie peut acheminer du gaz via l’Iran, elle gagne des routes d’exportation alternatives, moins vulnérables aux blocages. L’Iran devient un hub de transit, gagnant à la fois des droits de passage et un levier stratégique. Chine, Inde, Pakistan, Turquie et Irak sont tous sur des trajectoires potentielles. Le traité facilite aussi les investissements russes dans le pétrole/gaz et les infrastructures iraniennes, allégeant les contraintes capitalistiques imposées par les sanctions occidentales. Pour l’Iran, dont la croissance de la production gazière a ralenti (2 % par an récemment) tandis que la consommation explose et que l’infrastructure se dégrade, le capital et la technologie russes offrent un certain soulagement. Mais l’Iran fait face à un déficit gazier chronique (historiquement 90 millions de m³/jour, pouvant atteindre 300  millions en hiver). Sans aide extérieure, son réseau électrique s’effondre, les raffineries sous-performent, les industries tournent au ralenti. Le traité constitue une bouée partielle.

Cependant, les défis sont de taille. Un rapport du Stimson Center prévient que la construction de pipelines, l’exposition aux sanctions, les risques de transfert technologique, les inefficacités de gestion et la dépendance excessive au capital russe sont des dangers majeurs. L’Iran doit moderniser ses installations vieillissantes, surmonter les blocages du financement extérieur, corriger les mauvais incitatifs et gérer corruption et bureaucratie internes. La Russie doit assumer le risque d’investissements sous sanctions, dans des terrains difficiles, et faire confiance aux capacités de l’Iran.

La confiance politique et stratégique reste fragile. Les renseignements britanniques ont souligné la méfiance persistante et reconnu que le traité n’apportera peut-être pas de percées majeures. Eurasia Review qualifie l’alliance de « tiède », notant la concurrence énergétique entre Moscou et Téhéran, des volumes commerciaux modestes (environ 5 milliards de dollars), et l’inexécution d’accords antérieurs. En pratique, la Russie a refusé une clause de défense mutuelle complète. Le pacte interdit d’aider un agresseur tiers mais n’engage pas à une assistance militaire directe. La diplomatie iranienne a insisté sur le refus d’être entraînée dans des blocs militaires. Lors des récentes frappes américaines et israéliennes sur des sites nucléaires iraniens, Moscou a publiquement condamné les attaques mais n’a offert aucune réponse militaire. Ce fossé révèle la différence entre alliance rhétorique et pacte opérationnel.

Le traité modifie aussi la dynamique des sanctions et des juridictions légales. La Russie a déjà rejeté la récente réactivation des sanctions de l’ONU contre l’Iran (via le mécanisme de retour automatique) comme illégale et non contraignante. Cette position construit de fait une légalité parallèle où Moscou agit comme si les sanctions ne la concernent pas, favorisant ainsi leur contournement ou non-respect. Téhéran menace également de refuser inspections ou coopération avec l’AIEA si les sanctions perdurent. Avec deux grandes puissances ignorant ouvertement les mécanismes de coercition occidentaux, l’application des règles devient asymétrique. Les pays qui souhaitent commercer avec l’une ou l’autre seront exposés à des risques juridiques, diplomatiques ou devront compartimenter leurs relations.

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Les implications régionales sont profondes. Dans le Caucase du Sud, le gazoduc passera probablement par l’Azerbaïdjan, donnant à Bakou un rôle de hub mais l’exposant aussi aux pressions concurrentes de Moscou, Téhéran et l’Occident. Les intérêts arméniens peuvent être affectés. Pakistan et Inde pourraient chercher à utiliser le corridor pour l’énergie et le commerce. L’INSTC vise à contourner Suez et à raccourcir de 40 % le transit Russie-Inde, offrant une alternative aux routes maritimes dominées par les marines occidentales. Pour l’Europe, de nouveaux flux gaziers pourraient réduire certains marchés ou leur pouvoir de négociation. Pour le Sud global, ce nouveau corridor offre une diversification potentielle des échanges, mais la plupart des États n’ont pas la capacité de gérer les risques géopolitiques.

Sur le plan énergétique mondial, le pacte favorise la dédollarisation. Russie et Iran privilégient les échanges bilatéraux en monnaies locales et les systèmes de paiement alternatifs. À terme, cela peut éroder la domination du dollar sur certains marchés de l’énergie, surtout parmi les pays tolérants aux sanctions. Le traité ne vise pas à renverser à lui seul la primauté monétaire américaine, mais il contribue à l’infrastructure de la fragmentation systémique.

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Il faut se demander si le traité fait partie d’un plan « sombre » ou d’un virage souverain rationnel. L’architecture énergétique et de transport construite ici n’est pas neutre : contrôler les flux, les goulots d’étranglement, les dépendances et la fixation des prix, c’est le pouvoir. Cela peut favoriser l’escalade dans les conflits. La Russie utilise déjà des drones iraniens (Geran/Shahed) en Ukraine ; l’Iran accède à la défense anti-aérienne russe (S-400) et aux plateformes Su-35. Ce transfert accroît le risque militaire au Moyen-Orient et au-delà. Mais l’absence de clause de défense mutuelle indique que chaque partie souhaite préserver sa liberté d’action, sans engagement en cas d’escalade.

Des analystes indépendants, comme ceux du Centre for Analysis of Strategies and Technologies (CAST, basé à Moscou mais indépendant), notent que la logique des exportations d’armes russes s’aligne naturellement sur les besoins iraniens. L’Iran tire profit de l’accès à des systèmes lourds pour sa sécurité intérieure. Mais CAST relève aussi le risque d’une dépendance excessive, de fuite technologique et de contrecoups diplomatiques.

L’équilibre international se modifie. L’Occident ne peut traiter la Russie et l’Iran de la même façon : la Russie demeure économiquement plus stable, militairement plus puissante et centrale en Eurasie. L’Iran est un partenaire junior, limité par la démographie, la fragilité économique, les sanctions et la contestation interne. L’axe est donc asymétrique. La Russie gagne en influence, l’Iran obtient protection et investissement. Mais le danger réside dans des attentes démesurées: si la Russie échoue à livrer, la désillusion iranienne peut nourrir instabilité, coups d’État ou dérives agressives.

Il faut aussi juger le coût de la réaction occidentale. Les États-Unis peuvent sanctionner les entreprises tierces impliquées dans la construction du pipeline, bloquer les transferts de technologie, exercer des pressions sur les États du Golfe ou imposer des sanctions secondaires. Ces leviers existaient déjà partiellement. Le traité amplifie la confrontation : pipelines via l’Azerbaïdjan, corridors étendus via le Pakistan ou l’Inde suscitent des réactions régionales. Les pays situés sur la route peuvent subir des pressions.

Le risque d’escalade demeure élevé. Si les tensions avec Israël ou l’Arabie saoudite s’aggravent, l’Iran peut utiliser sa position énergétique ou son poids politique. Cela mettra la Russie sous pression pour répondre ou risquer la vassalisation. Le traité brouille la frontière entre géopolitique de l’énergie et sécurité. En Afrique, Amérique latine et Asie du Sud-Est, les pays observant cette alliance peuvent réévaluer leurs propres alliances. Certains s’aligneront, d’autres temporiseront.

Pourtant, le récit du virage souverain a du sens. Le traité élargit la multipolarité. Il offre aux États non occidentaux une alternative structurelle à la dépendance. Pour les pays soumis à des sanctions ou à la coercition occidentale, l’exemple est parlant : commerce via l’Iran, contrats énergétiques hors dollar, cadres juridiques contournant les tribunaux occidentaux, chaînes d’approvisionnement indépendantes. Dans les petits États (Venezuela, certaines régions d’Afrique, certains États asiatiques), l’alliance propose de nouveaux modèles. Si le corridor fonctionne et que les échanges augmentent, le traité pourrait contribuer à créer une économie mondiale parallèle.

Mais cela dépendra de la mise en œuvre, de la discipline et de la coordination mutuelle. De nombreux traités visionnaires échouent à l’application. La Russie doit éviter la surextension ; l’Iran doit maintenir les réformes structurelles ; les États non alignés doivent éviter d’être entraînés dans des conflits par procuration.

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Le plus grand danger du traité réside dans la surconfiance. Si la Russie s’implique militairement trop tôt, elle risque l’enlisement. Si l’Iran attend trop de soutien, il pourrait provoquer une répression. L’architecture reste déséquilibrée, l’énergie, le transport et la finance étant largement russes. Mais le risque stratégique pèse sur les deux.

En somme, le traité Russie-Iran de 2025 fait partie d’une reconfiguration progressive de l’ordre mondial. Il ne s’agit pas simplement d’une réaction à la pression occidentale, ni d’une tentative conspirationniste de briser l’ordre mondial. Il s’agit plutôt de diplomatie d’État, où les puissances cherchent à accroître leur influence, à sécuriser des voies stratégiques et à affirmer leur autonomie. L’issue dépendra de l’exécution, de la dynamique de la guerre des sanctions, des évolutions régionales, du niveau de confiance réciproque et des capacités internes des acteurs. Les observateurs, surtout hors du récit dominant, devront voir si le corridor est à la hauteur des ambitions ou s’effondre sous la pression.

Rédigé par : GGTV

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mardi, 07 octobre 2025

Les coulisses de la reconnaissance de la Palestine par l’Europe! - Un plan de sauvetage d’Israël sous couvert de soutien à la Palestine

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Les coulisses de la reconnaissance de la Palestine par l’Europe!

Un plan de sauvetage d’Israël sous couvert de soutien à la Palestine

Entretien avec Peiman Salehi, analyste iranien

Question de Yasin Okyay

Source: https://www.aydinlik.com.tr/haber/avrupanin-filistini-tan...

Pourquoi de nombreux pays européens ont-ils décidé d'agir « maintenant » pour reconnaître la Palestine ? Que signifie le plan de Trump pour Gaza ? Qui en tire avantage ? Quelles seront les conséquences du désarmement du Hamas et du transfert du contrôle de Gaza ? L’analyste politique iranien Peiman Salehi a répondu aux questions les plus fréquemment posées...

De nombreux pays européens ont décidé de reconnaître la Palestine. Cependant, alors que tout cela se produit, l’agressivité d’Israël envers la Palestine se poursuit encore. De la rencontre entre Trump et Netanyahu à la Maison Blanche a émergé un « Plan Gaza » en 20 points. Ce plan prévoit la fin des affrontements à Gaza, l’absence d’expulsion de la population gazaouie et l’engagement d’Israël à ne pas annexer de territoires. Toutefois, selon le plan, le Hamas devra déposer les armes et transférer le contrôle de Gaza à un gouvernement de transition composé de technocrates internationaux placés sous la supervision de Trump. Ce plan ne vise pas seulement à réduire la présence politique et militaire du Hamas et de la Palestine, mais il transfère également tout pouvoir et toute volonté politique sous le contrôle des États-Unis et d’acteurs internationaux.

L’analyste politique iranien Peiman Salehi a évalué ces développements pour le media turc Aydınlık Avrupa. Salehi souligne que le timing de la reconnaissance de la Palestine par les États européens n’est pas fortuit, et que cette action pourrait, en fin de compte, servir les intérêts d’Israël. À propos du plan en 20 points de Trump sur Gaza, Salehi affirme: «L’insistance de Trump sur le désarmement du Hamas et le transfert du contrôle de Gaza n’est pas une demande neutre. Il s’agit en réalité d’une stratégie de domination à long terme. Le désarmement privera les Palestiniens de leur unique véritable force de dissuasion. Cela ouvrira la voie à une intervention plus profonde d’Israël dans la vie politique et sécuritaire de Gaza».

« Le timing de la reconnaissance de la Palestine n’est pas une coïncidence »

Ce timing n’est pas le fruit du hasard. L’Europe voulait montrer qu’elle avait encore du poids au Moyen-Orient et qu’elle pouvait agir de manière indépendante de Washington. Pourtant, en pratique, ce mouvement faisait partie d’un projet plus vaste mené en coordination avec les intérêts des États-Unis et d’Israël. En reconnaissant la Palestine à ce moment précis, les gouvernements européens espéraient gérer la crise et orienter celle-ci vers une issue contrôlée, plutôt que de risquer une escalade incontrôlée des tensions.

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« Netanyahu n’a pas atteint ses objectifs »

Après presque deux ans de guerre, Netanyahu n’a pas réussi à atteindre les objectifs qu’il avait fixés pour Gaza. Les pertes civiles se sont accrues et le gouvernement israélien fait face à des critiques internationales croissantes. Il est devenu urgent pour Netanyahu d’avoir une porte de sortie qui ne ressemble pas à une défaite. L’Europe a joué la carte de la reconnaissance pour donner une impression de progrès.

« L’acte de reconnaissance de l’Europe sert les intérêts d’Israël »

Cette reconnaissance n’a pas qu’une valeur symbolique. Elle vise également à montrer qu’Israël se bat fermement, mais peut accepter une solution de compromis international, et à préparer le terrain pour une telle issue. Les mouvements de résistance ne seront pas totalement éliminés, mais leurs victoires ne seront pas non plus pleinement reconnues. En ce sens, l’action de l’Europe vise moins à rendre justice aux Palestiniens qu’à préserver la stabilité d’Israël et l’influence de l’Occident dans la région.

« Le plan Gaza en 20 points avantage Israël »

Que pensez-vous du plan Gaza en 20 points de Trump et Netanyahu, et quelles seraient les conséquences du désarmement et du transfert du pouvoir par le Hamas ?

Ce plan confirme les attentes de beaucoup: il donne clairement l’avantage à Israël. L’initiative de reconnaissance de l’Europe n’ayant pas permis de clore la guerre comme le souhaitaient les dirigeants occidentaux, Trump est intervenu avec une proposition qui renforce la position d’Israël et lui offre une protection politique.

« Le nouveau plan pour Gaza n’est pas de bonne foi »

La question centrale ici est la confiance. Ni les États-Unis ni Israël ne se sont révélés des acteurs fiables pour la paix. Israël a violé à maintes reprises les cessez-le-feu tant au Liban qu’à Gaza. Les États-Unis se sont retirés unilatéralement de l’Accord nucléaire iranien, qu’ils ont ensuite utilisé contre Téhéran selon leur propre interprétation. Compte tenu de tout cela, il y a peu de raisons de croire que le nouveau plan soit de bonne foi.

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«Le désarmement privera les Palestiniens de leur seule force de dissuasion»

L’insistance de Trump sur le désarmement du Hamas et le transfert du contrôle de Gaza n’est pas une demande neutre. Il s’agit en réalité d’une stratégie de domination à long terme. Le désarmement privera les Palestiniens de leur unique véritable force de dissuasion. Cela ouvrira la voie à une intervention plus profonde d’Israël dans la vie politique et sécuritaire de Gaza. Un tel scénario n’a guère de chances d’apporter la paix. Cela créerait un vide que des puissances extérieures chercheraient à combler, menant à davantage d’instabilité et de polarisation dans la région.

«Téhéran soutient que la question palestinienne doit être résolue par les Palestiniens»

Que se passerait-il si un gouvernement de transition supervisé par Trump était instauré à Gaza ? Quelle serait la position de l’Iran dans ce cas ?

L’Iran ne reconnaîtra comme légitime aucun gouvernement de transition imposé de l’extérieur à la Palestine. Téhéran a toujours défendu que la question palestinienne devait être résolue par les Palestiniens eux-mêmes. Le fait que Trump supervise un tel gouvernement conforterait l’Iran dans l’idée que «le but n’est pas la paix, mais une ingénierie politique en faveur d’Israël».

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« Les actions de Trump sont en parfaite harmonie avec Israël »

Du point de vue iranien, Trump n’est pas une figure neutre. Il a transféré l’ambassade américaine à Jérusalem et a promu le « Deal du siècle ». Ses actions sont en parfaite harmonie avec la position d’Israël. Par conséquent, un gouvernement de Gaza établi sous son contrôle serait considéré comme une extension de l’occupation par d’autres moyens. En pratique, cela encouragerait l’Iran à renforcer son soutien aux groupes de résistance palestiniens. Si ces groupes sont désarmés, les Palestiniens perdront leur unique force de dissuasion. Cela inciterait l’Iran à compenser la situation par un soutien politique et matériel accru. Une telle démarche ne calmerait pas le conflit, mais approfondirait la tension. Du point de vue iranien, cela confirmerait que les États-Unis cherchent à imposer des solutions de l’extérieur, plutôt qu’à respecter le droit des peuples à l’autodétermination.

« La Palestine est une question de civilisation »

Comment voyez-vous l’avenir de la Palestine ?

À court terme, la situation n’est pas prometteuse. Il est probable que l’on assiste à des cessez-le-feu fragiles et à des initiatives internationales éphémères visant davantage à gérer qu’à résoudre la crise. Les pertes humaines demeureront lourdes et l’incertitude politique persistera. Cependant, à long terme, la question palestinienne n’est pas seulement un conflit territorial, mais une question historique et civilisationnelle. Même si les organisations sont affaiblies ou les dirigeants ciblés, l’idée de résistance ne peut être éradiquée. Chaque nouvelle génération hérite de la mémoire et de la cause. Ainsi, les tentatives d’éliminer la volonté palestinienne par le désarmement ou des gouvernements imposés échoueront à apporter la stabilité.

« L’affaiblissement de l’hégémonie unipolaire offre une opportunité aux Palestiniens »

Les changements mondiaux sont également importants. La montée de nouvelles puissances dans le Sud global et l’affaiblissement croissant de l’hégémonie unipolaire des États-Unis offrent aux Palestiniens plus d’opportunités de faire entendre leur voix sur la scène internationale. Leur lutte est de plus en plus perçue comme faisant partie d’un mouvement plus large pour la multipolarité et la justice.

« Toute solution ignorant le droit des Palestiniens à l’autodétermination s’effondrera tôt ou tard »

L’avenir de la Palestine sera donc façonné par la coopération entre les acteurs palestiniens sur le terrain et les grandes transformations géopolitiques mondiales. Toute solution qui ignorerait le droit des Palestiniens à l’autodétermination finira tôt ou tard par s’effondrer, entraînant un nouveau cycle de crise. La véritable stabilité ne viendra que lorsque le peuple pourra décider lui-même de son destin.

 

lundi, 29 septembre 2025

Les racines profondes de la géopolitique actuelle

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Les racines profondes de la géopolitique actuelle

Peter Turchin

Source: https://geoestrategia.eu/noticia/45185/geoestrategia/las-...

Chine, Russie et Iran : quel est leur dénominateur commun ? Le plus évident est qu’ils sont aujourd’hui les principaux rivaux géopolitiques des États-Unis. Comme l’a récemment écrit Ross Douthat dans une tribune du NYT, intitulée "Qui est en train de gagner la guerre mondiale ?", « il est utile que les Américains considèrent notre situation à l’échelle globale, avec la Russie, l’Iran et la Chine formant une alliance révisionniste qui met à l’épreuve notre puissance impériale » (voir: https://www.nytimes.com/2025/07/12/opinion/trump-russia-c... ).

La publication d’aujourd’hui porte sur une similitude beaucoup moins reconnue entre ces trois puissances challengeuses, liée à l’histoire profonde de ces empires eurasiens.

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Comme je l’ai soutenu dans une série de publications au cours des vingt dernières années, et que je soutiendrai de manière plus détaillée dans mon prochain livre, le principal moteur de « l’impériogenèse » (les processus sous-jacents à l’essor des empires) est la compétition interétatique. L’intensité de cette compétition est, à son tour, amplifiée par les avancées dans les technologies militaires. Chaque révolution militaire génère ainsi une série de méga-empires. Nous vivons aujourd’hui encore à l’ombre de deux anciennes révolutions militaires majeures.

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La révolution de la cavalerie bardée de fer remonte à environ 1000 av. J.-C. Bien que l’équitation et la fonte du fer aient été inventées indépendamment (et dans des régions différentes, voir l’infographie ci-dessous), vers 500 av. J.-C., elles se diffusaient conjointement (pour voir les cartes d’expansion, voir les figures 2 et 3 de notre article « L’essor des machines de guerre ») (ici: https://journals.plos.org/plosone/article?id=10.1371/jour...). L’histoire détaillée de cette révolution militaire et de ses effets profonds sur l’histoire mondiale se trouve dans mon livre Ultrasociety.

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En résumé, la révolution de la cavalerie bardée de fer a transformé la Grande Steppe eurasienne en une zone motrice d’impériogenèse. Ce cœur continental était le foyer de pasteurs nomades, dont la principale force militaire reposait sur des archers montés à cheval. La plupart des méga-empires prémodernes se trouvaient sur les « rives » de cette « mer d’herbe » (voir la seconde infographie ci-dessous).

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L’un de ces ensembles impériaux, le nord de la Chine, bordait la région steppique orientale (Grande Mongolie). Un autre, l’Iran, faisait face à la steppe centrale (Turkestan). Le troisième, la Russie, s’est développé sous l’influence de la steppe occidentale (région pontique-caspienne). Le nord-est de l’Europe a été intégré un peu tardivement, ses régions forestières n’ayant adopté l’agriculture que vers la fin du premier millénaire de notre ère. Mais ce qui unit ces trois régions impériales – Chine, Iran et Russie – c’est leur développement en interaction étroite avec l’Asie intérieure.

L’autre révolution déterminante fut, bien sûr, celle qui a pris naissance en Europe occidentale autour de 1400 apr. J.-C. Ses deux composantes furent les armes à poudre et les navires transocéaniques. C’est pourquoi je l’appelle la « Révolution des canonnières ». Les parallèles entre ces deux révolutions sont frappants. Les Asiatiques de l’intérieur montaient à cheval et tiraient des flèches, tandis que les Européens naviguaient et tiraient des boulets de canon. L’océan mondial a joué le même rôle que la « mer d’herbe ». Les historiens ont noté ces similitudes. Par exemple, l’historien du Sud-Est asiatique Victor Lieberman a qualifié les Européens d' « Asiatiques de l’intérieur de race blanche ».

Les lecteurs familiers des théories géopolitiques de Mackinder, Mahan, Spykman et autres (sinon, consultez cet article Wikipédia: https://en.wikipedia.org/wiki/Geopolitics) reconnaîtront immédiatement les similitudes entre ce que j’aborde ici et plusieurs concepts géographiques centraux de ces théories (le Heartland, le Rimland, les îles…). Mon analyse historique montre que le conflit entre l’Empire américain et la Chine, la Russie et l’Iran a été marqué par les deux grandes révolutions militaires, ce qui éclaire et affine les théories géopolitiques traditionnelles.

Ainsi, la Grande Steppe (considérée comme une région cruciale par diverses théories géopolitiques) n’a aujourd’hui que peu d’importance, sauf par son impact historique. Vers 1900, la Russie et la Chine l’avaient complètement dominée. Aujourd’hui, elle abrite un groupe d’États faibles et insignifiants sur le plan géopolitique, comme la Mongolie et les « -stans ». Les successeurs des anciens méga-empires qui se sont formés aux frontières de la steppe sont aujourd’hui les véritables détenteurs du pouvoir eurasiatique.

Le second pôle de pouvoir est l’Océanie, qui est né sur les côtes occidentales de l’Eurasie au 16ème siècle (Portugal, Espagne, Pays-Bas et îles Britanniques), puis s’est étendu à travers l’Atlantique pour devenir aujourd’hui un empire global, gouverné depuis Washington, avec Bruxelles comme capitale secondaire (même si des fissures existent entre ces deux centres de pouvoir à cause des politiques de Donald Trump). Une bonne façon de visualiser cette entité géopolitique est une carte des bases militaires américaines.

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Autres cartes: https://www.basenation.us/maps.html

La logique géopolitique de l’Océanie — l’encerclement des empires eurasiatiques — est évidente.

Comme je l’ai mentionné précédemment, l’unité de cette Océanie a été en partie sapée par les politiques de Donald Trump. Mais il ne faut pas non plus surestimer l’unité de la ceinture impériale eurasienne. La principale raison de l’alliance étroite actuelle entre la Chine et la Russie est la pression géopolitique exercée par les États-Unis et leurs alliés. L’Iran est le membre le plus faible de cette triade et le moins intégré avec les deux autres (même s’il est probable que cela change à l’avenir, car il subit une forte pression du tandem Israël/États-Unis).

Cela m’amène à une dernière observation. Contrairement aux puissances terrestres impériales, les puissances maritimes ploutocratiques sont traditionnellement réticentes à utiliser leurs propres citoyens comme chair à canon. Ainsi, les républiques marchandes italiennes faisaient appel à des mercenaires. L’Empire britannique préférait employer des troupes indigènes, comme les fameux Gurkhas. Aujourd’hui, l’Empire américain hésite à engager des soldats américains dans des guerres ouvertes et tend donc à recourir à des États clients : Taïwan contre la Chine, l’Ukraine contre la Russie et Israël contre l’Iran.