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samedi, 27 décembre 2025

Une ligne ferroviaire contre les sanctions: la Russie et l'Iran comblent le vide dans le corridor nord-sud

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Une ligne ferroviaire contre les sanctions: la Russie et l'Iran comblent le vide dans le corridor nord-sud

Moscou/Téhéran. Un tournant géopolitique important au cœur du continent eurasien vient de se produire: grâce à une nouvelle liaison ferroviaire, la Russie et l'Iran comblent le dernier vide dans le corridor international de transport nord-sud (INSTC). Le tronçon Rasht-Astara, long de 162 kilomètres, relie le réseau ferroviaire iranien au Caucase du Sud et crée une route multimodale directe entre l'Inde et la Russie via l'Iran. Ce corridor de 7200 kilomètres devrait à l'avenir servir d'alternative au canal de Suez. L'achèvement prévisible de la ligne ferroviaire est également un coup géopolitique destiné à contrer les sanctions occidentales contre les deux partenaires.

Le financement du projet de 1,6 milliard de dollars est pris en charge par Moscou, tandis que Téhéran fournit les terrains. Un accord initial avec l'Azerbaïdjan portant sur 500 millions de dollars avait échoué en 2018, par crainte des sanctions américaines après le retrait de Washington de l'accord sur le nucléaire. La recherche par la Russie d'alternatives commerciales, rendue plus urgente par la guerre en Ukraine, l'a amenée à devenir un acteur décisif. Lors d'une visite à Moscou en janvier 2022, le futur président iranien Ebrahim Raisi a obtenu une ligne de crédit de cinq milliards de dollars pour les infrastructures.

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La ligne ferroviaire est plus qu'une simple voie de transport. Elle marque un rapprochement encore plus étroit entre les deux pays. Alors que Moscou soutenait autrefois les sanctions occidentales, elle est aujourd'hui le principal allié stratégique de Téhéran. Ce projet s'inscrit dans le cadre d'un partenariat global qui englobe également l'armement, l'énergie et, malgré les inquiétudes internationales, la technologie nucléaire. En septembre dernier, les deux pays ont signé un accord portant sur la construction de quatre petites centrales nucléaires d'une valeur de 25 milliards de dollars.

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Les obstacles techniques liés au relief montagneux du nord de l'Iran et les coûts élevés font de ce projet un véritable défi. Mais les arguments stratégiques sont plus forts: le corridor devrait être jusqu'à 30% moins cher et de 40% plus court que la route maritime passant par le canal de Suez. Jusqu'à dix millions de tonnes de marchandises sont prévues pour la première année. Pour l'Iran isolé et la Russie qui s'oriente de plus en plus vers l'Est, la nouvelle ligne ferroviaire est une artère vitale – et un coup indirect porté à l'Occident et à sa politique de sanctions (mü).

Source: Zu erst, Décembre 2025. 

Netflix et Warner Bros., la consolidation du monopole narratif à l’ère du capitalisme des histoires

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Netflix et Warner Bros., la consolidation du monopole narratif à l’ère du capitalisme des histoires

Jaime DQVA

Source: https://geoestrategia.eu/noticia/45523/seguridad/la-europ...

Un nouveau siècle de “storytelling” sous un même baldaquin

La récente annonce de Netflix qui évoque l’acquisition de Warner Bros. Discovery pour une valeur d’entreprise de 82,7 milliards de dollars n’est pas simplement une nouvelle fusion d’entreprises. C’est une étape stratégique dans l’évolution du capitalisme tardif, où la concentration du capital et la production de récits se fusionnent en un seul mouvement. Dans sa publication sur X, Netflix déclare: «Together, we’ll define the next century of storytelling» ("Ensemble, nous définirons le prochain siècle du storytelling"). Cette phrase, apparemment anodine, révèle une ambition démesurée : contrôler le flux d’histoires qui façonneront l’imagination mondiale dans les décennies à venir.

La concentration du capital comme moteur de la concentration narrative

La transaction, qui inclut des studios de cinéma et de télévision, HBO Max et un catalogue historique allant de “Casablanca” à “Game of Thrones,” consolide un oligopole du divertissement. Netflix, déjà leader mondial du streaming, absorbe non seulement des actifs, mais aussi un capital narratif symbolique. Cela dépasse la logique économique traditionnelle: il s’agit de l’accumulation d’imaginaires.

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Comme l’analyse Christian Salmon dans son livre Storytelling. La machine à fabriquer des histoires et à formater les esprits, nous sommes face à l’émergence de “mutations d’entreprises” dans la nouvelle ère du capitalisme. Ces entreprises ne se limitent plus à produire des biens ou des services, mais s’organisent en “organisations de storytelling”, où le récit constitue l’actif principal et le mécanisme de contrôle. La fusion Netflix-Warner Bros. est l’incarnation de cette mutation: une machine à fabriquer et diffuser des histoires à l’échelle planétaire, dotée d’une capacité sans précédent à standardiser archétypes, valeurs et cadres culturels.

Le chapitre des “entreprises mutantes”, lorsque le capitalisme se pare de ses habits de conteur

Dans le chapitre “Les entreprises mutantes de la nouvelle ère du capitalisme”, Salmon décrit comment des sociétés comme Nike, Apple ou Enron (avant sa chute) opéraient comme des entités narratives, construisant des mythologies de marque qui dépassaient leurs produits. Netflix a perfectionné ce modèle dès ses débuts, mais avec cette acquisition, elle franchit une étape qualitative: elle ne produit plus seulement des récits, elle acquiert et canonise la mémoire audiovisuelle du 20ème siècle. L’“héritage centenaire” de Warner Bros. s’intègre dans un algorithme de consommation à la demande, où classiques et nouveautés coexistent sous une même logique d’engagement et de data mining.

Cette concentration engendre une paradoxe: alors qu’on promet “plus d’options pour le consommateur”, la diversité des sources et des voix créatives diminue. Le contrôle des canaux de distribution et de production par une seule entité menace la pluralité, essentielle à une culture démocratique. Ce n’est pas seulement un monopole de marché, mais un oligopole de l’attention et de la signification.

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Le récit de la politique, la story d’Ashley et la fabrication du consensus

Un autre chapitre crucial, “Le récit de la politique”, nous offre une clé pour comprendre les implications de cette fusion. Salmon analyse le cas de “L’histoire d’Ashley”, le clip utilisé lors de la campagne de réélection de George W. Bush en 2004. Cette vidéo, montrant le président réconfortant une jeune femme dont la mère est morte le 11 septembre, ne défendait pas des politiques publiques; elle racontait une histoire à forte charge émotionnelle qui fabriquait du consensus. Son efficacité résidait dans son pouvoir narratif, pas dans sa véracité ou sa profondeur programmatique.

Netflix, en se proclamant architecte du “prochain siècle du storytelling”, vise un rôle similaire: devenir le grand narrateur de l’ère mondiale. Ses algorithmes curent et priorisent déjà les contenus selon des profils psychologiques et de consommation. En intégrant le catalogue de Warner Bros., elle renforce sa capacité à modeler les perceptions, à normaliser certaines visions du monde et à en marginaliser d’autres. Dans un contexte où la politique se joue de plus en plus dans le domaine des émotions et des identités narratives (comme le montrent les campagnes populistes dans le monde entier), celui qui contrôle les histoires dominantes aura une influence profonde sur l’espace public.

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Qui nous contera nos récits?

L’acquisition de Warner Bros. par Netflix est un symptôme d’une tendance plus large: la financiarisation de la culture et la concentration du pouvoir narratif entre les mains de méga-corporations. Ce processus n’est pas neutre. Comme Salmon le met en garde, le storytelling corporatif et politique cherche à “formater les esprits”, à créer des réalités sur mesure et à remplacer tout débat rationnel par de l’adhésion émotionnelle.

Face à ce panorama, il est urgent de promouvoir, au niveau international, des politiques antitrust adaptées à l’ère numérique, qui considèrent la diversité culturelle comme un bien public. Et, en tant que citoyens et spectateurs, nous devons cultiver une alphabétisation critique face aux récits dominants, en gardant à l’esprit que les histoires les plus puissantes ne sont pas toujours celles avec le plus grand budget, mais celles qui préservent l’autonomie, la mémoire collective et la pluralité des voix.

Le “prochain siècle du storytelling” ne devrait pas s’écrire à partir d’un seul scénario. Le défi est de faire en sorte qu’il reste une conversation ouverte, et non un monologue corporatif.

Sources consultées:

Bravo, S. (2011, 23 de enero). Storytelling – El arte de dominar el relato [Blog]. Sandra Bravo. https://sandrabravo.wordpress.com/.../storytelling-%E2.../

Netflix [@netflix]. (2025, 5 de diciembre). Today, Netflix announced our acquisition of Warner Bros. Together, we’ll define the next century of storytelling, creating an extraordinary entertainment offering for audiences everywhere [Publicación en X]. X. https://x.com/netflix/status/1996912825508462707?s=20

Netflix. (2025, 5 de diciembre). Netflix to acquire Warner Bros. from Discovery Global for total enterprise value of $82.7 billion (equity value of $72 billion). https://about.netflix.com/.../netflix-to-acquire-warner-b...

Salmon, C. (2008). Storytelling. La máquina de fabricar historias y formatear las mentes. Ediciones Península.

Storytelling. (2024, 2 de diciembre). En Wikipedia. https://en.wikipedia.org/wiki/Storytelling

15:40 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, netflix, warner bros, storytelling, narrations | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

vendredi, 26 décembre 2025

Escalade sans limite: pourquoi l’UE veut croire à la guerre

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Escalade sans limite: pourquoi l’UE veut croire à la guerre

Elena Fritz

Source: https://t.me/global_affairs_byelena

L’ancien conseiller à la sécurité nationale Michael Flynn formule une accusation (https://x.com/i/status/2002518869609431458 ) qui touche au cœur de l’architecture du pouvoir occidental: la pression pour promouvoir l’escalade vis-à-vis de la Russie ne vient pas de Moscou – mais des structures occidentales de sécurité et d’intérêts elles-mêmes.

Le déclencheur a été l’intervention de la coordinatrice du renseignement américain Tulsi Gabbard, qui a publiquement contredit la thèse selon laquelle la Russie planifierait de prendre le contrôle total de l’Ukraine. Rien que cette rupture avec le récit établi constitue une transgression du tabou. Flynn va plus loin – et nomme acteurs et motifs.

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La thèse centrale de Flynn (photo) – synthétisée:

La CIA agit en collaboration avec le MI6 britannique et certaines parties de la bureaucratie sécuritaire européenne pour stabiliser un conflit permanent avec la Russie. Non par nécessité de défense, mais parce que le conflit est institutionnellement utile: pour les budgets, l’influence et la présence politique.

La logique structurelle:

- Les appareils sécuritaires ont besoin d’une menace.

- Sans escalade, pas de légitimité, pas de moyens, pas de projection de puissance.

- La “guerre sans fin” n’est donc pas une erreur, mais un état du système.

Flynn fait référence à l’Afghanistan et à l’Irak : 20 ans d’engagement, des milliards de coûts, une perte de prestige – sans conséquence stratégique.

L’UE comme accélérateur:

Ce qui est particulièrement frappant, c’est l’indication de Flynn que la volonté d’escalade vient aujourd’hui plus de l’Europe que des États-Unis. Alors que certaines élites américaines sont fatiguées de la guerre, l’Europe agit de plus en plus comme un vecteur moral de la confrontation – sur les plans politique, financier, rhétorique.

L’analyse du Premier ministre hongrois Viktor Orbán entre en jeu ici. Il dit ce qui, à Bruxelles, est considéré comme inavouable:

Une partie de la politique européenne croit sérieusement qu’un État doté d’armes nucléaires peut être vaincu dans une guerre conventionnelle. « Bonne chance », dit Orbán sèchement.

L’illusion dangereuse:

Orbán désigne trois groupes moteurs:

- Les fabricants d’armes qui veulent la guerre à tout prix.

- Les banques qui misent sur l’accès aux actifs russes.

- Et les politiciens qui ne sont pas suffisamment lucides pour voir où cette logique s’arrête. Sa conclusion est sombre: il ne faut pas compter sur une régulation en temps voulu par les élites européennes.

La dimension américaine:

Flynn appelle Donald Trump à rester ferme. Le public américain n’est pas prêt à financer une nouvelle guerre par procuration, encore moins le président ukrainien Volodymyr Zelensky, que Flynn qualifie délibérément de “petit dictateur”. Cette provocation n’est pas un hasard, mais une tentative de briser l’immunité morale de Zelensky.

Synthèse:

Ce qui se profile ici, ce n’est pas une question de narratifs, mais de puissance économique et géopolitique.

L’Europe joue avec l’illusion d’une “guerre non nucléaire” contre la Russie.

Flynn et Orbán confirment, sous différents angles, la même chose: le moteur de l’escalade se trouve en Occident lui-même.

Qui le contrôle et qui en profite ?

#géopolitique@global_affairs_byelena

À quoi sert la population pour les capitalistes?

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À quoi sert la population pour les capitalistes?

Jan Procházka

Source: https://deliandiver.org/k-cemu-je-kapitalistum-obyvatelst... 

Pour les travaux qualifiés, artisanaux et autres, après trente ans de campagnes de diffamation contre l’enseignement professionnel, il faudra tout de même importer des travailleurs.

Pour réaliser des bénéfices. Et si les actionnaires étrangers, bénéficiaires, ne veulent pas se donner la peine de travailler dans les plantations ou dans les ateliers de montage, alors on élimine la population de souche et on en importe d’autres, peut-être d’Afrique, d’Inde ou d’Indonésie. Nos propriétaires étrangers ont des siècles d’expérience dans cette pratique. Propos exagérés? Pourtant, c’est ainsi qu’est née, par exemple, la population des îles, colonies britanniques et néerlandaises, où l'on cultivait des épices (Bandy, Ambon, Zanzibar, Maurice), celle des îles à sucre (Antilles) et des Indes occidentales (Jamaïque, Honduras britannique, etc.). Les habitants originels étaient trop fiers pour se plier aux desiderata des exploiteurs et se sont rebellés contre les monopoles. C’est pourquoi les Européens les ont «éliminés» et ont fait venir à leur place des «agents de service» d’Afrique équatoriale. Grand Remplacement ! Cela vous semble familier?

La situation, ici, est bien sûr différente. Les autochtones d’Europe centrale ne seront probablement pas éliminés si facilement, et une part significative d’entre eux a d’ailleurs (volontairement ?) suivi des études universitaires auto-détruisantes, qui ne leur permettent d’occuper que des emplois précaires, voire de survivre comme un prolétariat diplômé, ou plutôt comme un «précariat de service». Il n’est même pas nécessaire d’attendre la première grande crise financière («lorsque les subventions seront coupées»). Autrefois, on appelait ces gens des domestiques, et il est étonnant de voir comment ce peuple (peu fier) de serviteurs, de servantes, de sous-hommes, de paysans et de cochers (nos ancêtres directs ! Non pas les Celtes antiques, les Indo-Européens proto-historiques, etc.) — dont les nationaux ont formé le peuple tchèque au 19ème siècle (toujours rempli de dénonciateurs notoires ou occasionnels de la monarchie "impériale et royale") — retourne sans problème dans la hiérarchie de l’humanité à un état de soumission, dans lequel il vivait depuis des siècles… Pour les travaux qualifiés et autres, il faudra importer des travailleurs après trente ans de campagnes de diffamation contre l’enseignement professionnel (on importera donc des Polonais, et pas seulement en Grande-Bretagne!).

Dépouiller une couche entière des autochtones, pour que leur groupe humain devienne déficitaire et donc non-autonome, est aussi une pratique coloniale-impérialiste éprouvée — autrefois principalement avec les «hautes classes» («religieux», guerriers), mais cela continue en fait encore aujourd’hui, car qu’est-ce sinon une «fuite des cerveaux» des périphéries vers les centres? Le capitalisme est une hiérarchie, une pyramide avec des zones centrales au sommet. Le capitalisme ne fonctionne toujours que sur la base d’une relation inégale entre le noyau et la périphérie. Le noyau, avec un pouvoir d’achat plus élevé, exploite la périphérie comme elle exploiterait un élevage, comme une source de main-d’œuvre peu coûteuse, comme un centre de transit et une décharge, tout en la maintenant dépendante et empêchant son développement. On crée des plantations, des usines de montage et des centres de transit, les bénéfices sont privatisés et sortis du pays — de la «zone» (selon les méridiens de Greenwich), tandis que les pertes sont socialisées. Les coûts et la charge pour maintenir l’infrastructure nécessaire sont supportés par la population locale. Qui nomme son enfant Oliver, Mia ou Emma et l’inscrit à une «école maternelle anglaise», qui augmente ainsi ses chances que cet enfant devienne une partie de la caste de service ou même de gestion. Par exemple, devienne un fonctionnaire colonial dans un secteur à but non lucratif.

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Pas d’économie de marché libre. Pas que chaque petit État (survivant) puisse librement commercer avec les biens et denrées qu’il veut et dont il a besoin. «L’ordre international basé sur des règles» signifie monopoles, oligopoles, embargos, sanctions, droits de douane contre les rivaux, traités coloniaux asymétriques, blocus navals et bombardements. Les vassaux jouent dans la hiérarchie comme semi-périphérie, c’est-à-dire comme une périphérie qui a sa propre périphérie, dont elle peut manger des morceaux. Comme nous le savons, l’Hegemon n’a ni amis ni ennemis, seulement des intérêts. Il n’a pas d’alliés, seulement des rivaux ou des concurrents, rien entre les deux. Le format colonial est la seule norme que reconnaissent les relations internationales. Et avec l’oppression des révoltes coloniales et la pacification de continents entiers, il a aussi des siècles d’expérience en ce domaine.

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La pacification et l’intimidation des populations indigènes ont toujours été effectuées par des soldats venus d’autres colonies. Ainsi, pour pacifier les Arabes à Zanzibar, on a envoyé des Perses, pour pacifier les Chinois dans la Victoria britannique (Hong Kong actuel), on a envoyé des Gurkhas, des soldats coloniaux du Népal. Pour pacifier Macao, possession portugaise en Chine, on a envoyé des Noirs, souvent ivres, du Mozambique et d’Angola. Cela se pratiquait depuis des siècles, et finalement — par exemple — ce sont aussi des Tchèques qui ont été déployés contre les paysans afghans. À Kaboul, on combattait pour Prague, n’est-ce pas? Et n’oublions pas que, pendant la Seconde guerre de l’opium, les Gurkhas ont également combattu pour Katmandou.

En Inde, la même chose s’est produite: dans les régions majoritairement hindoues, des musulmans ont été nommés comme administrateurs et soldats coloniaux. Lorsque les Indiens se sont rebellés contre les monopoles, ils ont été confrontés à des sicaires islamiques. Étudions attentivement l’histoire de la Compagnie des Indes orientales pour mieux comprendre notre avenir. Car même si — comme par miracle — un jour, un mouvement de libération nationale se levait, prêt à lutter, tout le système de réseaux d’experts, de mercenaires et de collaborateurs serait contre lui. Et importer de nouveaux habitants du Sud global, où il y a encore un surplus de ressources humaines, comme on nous les appelle maintenant, ne poserait aucun problème à nos propriétaires: ouvriers du bâtiment d’Asie centrale, personnel frigorifique de Roumanie, soudeurs d’Indonésie, personnels de santé d’Afrique, chauffeurs de taxi du Pakistan ou de Biélorussie. Tout cela commence déjà à se produire lentement. Où en sommes-nous quant à la mobilisation, où les «gars» de notre région centre-européenne seront envoyés pour faire la guerre à la Russie, pendant que la police coloniale, dans le cadre de l’intégration, forme ses policiers coloniaux? Nous devrions en discuter.

La philosophie de l’histoire de Hegel - Sur la dialectique non linéaire de Hegel

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La philosophie de l’histoire de Hegel

Sur la dialectique non linéaire de Hegel

Alexandre Douguine

Alexandre Douguine explique, dans ce bref article, que, pour Hegel, la fin de l’histoire correspond à un retour à l’origine.

L’Esprit Absolu n’est pas un début, mais le résultat du cycle complet de l’épanouissement de la subjectivité — c’est pourquoi Hegel n’est pas un idéaliste, mais un phénoménologue. Cependant, il est un phénoménologue du Sujet Radical. Si Hegel déclare que l’Absolu est un résultat, alors une immanence absolument radicale apparaît — semblable à celle de Fichte. Hegel écrit: «Il faut dire de l’Absolu qu’il est essentiellement un résultat, qu’il n’est ce qu’il est vraiment qu’à la fin» (1).

L’Absolu est ce qui doit encore devenir lui-même, non seulement en purgeant son côté sombre, comme chez Böhme (2), mais en passant par l'auto-aliénation de soi — du vide universel au concret catastrophique, puis en revenant du concret catastrophique à l’origine dans une nouvelle qualité. Autrement dit, l’Absolu se trouve devant nous comme un but, comme une fin. Cependant, ce n’est pas un mouvement linéaire, et cela est également crucial à comprendre: c’est un mouvement du centre vers la périphérie, puis, du périphérique, de retour vers le centre. Ce n’est pas le mouvement qui se déroule sur le cercle extérieur de la conscience, c’est-à-dire là où se produit une transformation constante (derrière l’éternité, dans l’élément du temps).

Pour Hegel, l’histoire n’est pas ce qui se déploie dans le temps; plutôt, c’est ce qui unit le départ de l’éternité dans le temps et le retour du temps dans l’éternité. L’histoire de Hegel, le temps de Hegel, est un mouvement du centre vers la périphérie, puis de la périphérie vers le centre. Cette histoire détermine à l’avance les structures et les moments du temps. Le temps lui-même n’a pas d’orientation, de sens ou de contenu; il ne porte aucun événement en lui. Tous les événements et contenus du temps proviennent de l’intérieur de la conscience (le temps en tant que processus linéaire est fondamentalement étranger à la pensée platonicienne, hégélienne et phénoménologique (3)). Tous les événements du temps proviennent de l’intérieur de la conscience. Si nous utilisons ses éléments situés à sa périphérie, ou encore plus à l’extérieur (dans le domaine hypothétique des «choses en soi»), ou si nous considérons l’histoire comme un processus linéaire, nous dévions au maximum de Hegel.

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L’histoire selon Hegel est l’histoire de l’épanouissement de l’Esprit subjectif dans le temps et de son retour et de sa transformation en l’Esprit Absolu. L’histoire selon Hegel est transversale au processus temporel en soi. C’est-à-dire que l’histoire n’est pas simplement « non temps » — elle est perpendiculaire au temps. Les événements qui se produisent dans l’histoire ne sont pas ceux qui se produisent dans le temps, mais ceux qui ont lieu dans les structures de la conscience. Et c’est cette conscience qui marque le temps par ses événements. Par conséquent, lorsque nous parlons de «la fin de l’histoire», cela signifie atteindre le point originel dans une nouvelle qualité. Cependant, ce déploiement de la structure de l’Esprit et cette progression de la dialectique de l’actualité (Wirklichkeit) n’ont jamais eu de début dans le temps — elles existaient au point de l’éternité. Ce point est ce que nous identifions comme le Sujet Radical, comme Homo Intimus (4), ou comme νοῦς ποιητικός. À partir de là, comme à partir d’un état vide et non manifesté, la négation se déplace vers la périphérie, puis une retour se produit. Dans ce retour, le centre se révèle comme quelque chose d’absolu. C’est le résultat de l’histoire, mais il n’existe ni dans une dimension linéaire ni dans une dimension cyclique. Dans un cycle, comme le montre Aristote, il n’y a ni début ni fin. Le mouvement d’une planète est éternel; elle n’a jamais commencé à partir d’un seul point — elle a toujours existé. Son début est à la fois le début et la fin, deux relations d’un seul point autour duquel tournent les planètes, non un point situé sur l’orbite elle-même. Cela nécessite une perspective totalement différente sur la dialectique de Hegel, qui ne peut pas être interprétée du point de vue des processus se produisant à la périphérie de notre conscience, mais qui se présentent comme indépendants et autonomes.

Notes: 

(1) Hegel. Phénoménologie de l'esprit.

(2) Dans les enseignements de Jakob Böhme, Dieu contient dans son fondement (Grund) un commencement obscur («la nature en Dieu»), dont il se purifie (s'absout) dans le processus de devenir-Esprit. Voir Alexander Douguine, Noomachie : Les guerres de l'esprit. Le Logos germanique. L'homme apophatique.

(3) Voir le cours magistral d'A. Douguine «Doxas et paradoxes du temps» (2021-2022).

(4) Homo intimus — « l'humain le plus intime », situé encore plus profondément que le simple «humain intérieur», homo interior. Une catégorie cruciale dans le système de Dietrich Freiberg et parmi les mystiques rhénans. Voir Douguine. Noomachie : Les guerres de l'esprit. Le Logos germanique. L'homme apophatique.

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jeudi, 25 décembre 2025

Le Venezuela comme cas d’essai – sur les intérêts, les règles et les limites de la multipolarité

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Le Venezuela comme cas d’essai – sur les intérêts, les règles et les limites de la multipolarité

Elena Fritz

Source: https://t.me/global_affairs_byelena

Le président américain Donald Trump a affirmé que les navires-citernes saisis par les États-Unis, et chargés de pétrole vénézuélien, seraient retenus. Le pétrole doit être vendu ou ajouté aux réserves stratégiques. À première vue, cela ressemble à une étape supplémentaire dans la politique de sanctions bien connue. En réalité, il s’agit de plus: d’un précédent qui en dit long sur l’état réel de l’ordre international.

Car il ne s’agit pas seulement du Venezuela, mais de la question de la signification des règles encore en vigueur, lorsque celles-ci entrent en collision avec des intérêts géopolitiques et économiques concrets. Sur le plan juridique, la démarche des États-Unis peut être juridiquement sécurisée ou du moins argumentée. Sur le plan politique, en revanche, un modèle familier se manifeste: la mise en œuvre factuelle de ses propres intérêts prime sur le droit international, tant que la résistance anticipée reste gérable.

C’est précisément pour cette raison que le cas du Venezuela est si instructif. Le pays n’est pas pertinent parce qu’il serait un acteur géopolitique central, mais parce qu’il fonctionne comme un maillon faible dans la chaîne internationale. Les réactions restent limitées, les protestations sont ritualisées, et aucune conséquence sérieuse ne se produit. Pour Washington, cela envoie un signal: la marge de manœuvre est plus grande qu’on ne le croit dans les déclarations officielles relatives à l’ordre fondé sur des règles.

De nombreuses analyses évoquent actuellement une transition irréversible vers la multipolarité. Cette hypothèse paraît rassurante, mais elle ne tient que partiellement devant une analyse plus approfondie. La multipolarité n’est pas une loi de la nature, elle ne se produit pas automatiquement par la perte relative de pouvoir d’un acteur dominant. Elle suppose que d’autres acteurs soient prêts et capables de répondre politiquement à toute violation des règles. Ce qui fait souvent défaut.

Les États-Unis n’agissent donc pas comme une puissance en retrait structurel, mais comme un acteur qui teste activement son espace de manœuvre restant. Dans ce contexte, le Venezuela n’est pas une exception, mais un laboratoire d’essai: jusqu’où peut-on aller sans provoquer une réaction sérieuse ? Quelles normes résistent – et lesquelles ne sont que de la rhétorique ?

La véritable leçon de cette affaire ne se trouve donc pas tant dans les Caraïbes, mais dans la politique d’ordre mondial. Tant que les violations des règles restent sans conséquences, il n’y a aucune incitation pour les acteurs hégémoniques à la retenue. Parler d’un monde multipolaire stable sans prendre en compte ces asymétries de pouvoir, c’est méconnaître la réalité.

En résumé : le Venezuela ne montre pas la force des États-Unis, mais la faiblesse du système qui aurait dû leur imposer des limites.

#géopolitique@global_affairs_byelena

La guerre intérieure aux États-Unis - Aristocratie nationale-industrielle vs oligarchie financière de Wall Street

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La guerre intérieure aux États-Unis

Aristocratie nationale-industrielle vs oligarchie financière de Wall Street

Lorenzo Carrasco

Source: https://jornalpurosangue.net/2025/12/20/a-guerra-interna-...

La nouvelle Stratégie de Sécurité Nationale (SSN) des États-Unis représente une rupture à plusieurs égards avec les versions précédentes de ce document doctrinal, reflétant l’intention du “noyau dur” des supporters du président Donald Trump de repositionner le pays sur la scène mondiale, en retrouvant les lignes directrices qui ont fait des États-Unis la première puissance économique mondiale, qui ont promu le système américain d’économie politique, tout en s’éloignant de l’agenda “globaliste” favorisé par ses prédécesseurs.

Parmi celles-ci, l’économie mérite une attention particulière, avec un concept de sécurité économique basé sur:

1 – un commerce équilibré;

2 – la réindustrialisation;

3 – un accès sécurisé aux chaînes d’approvisionnement et aux matériaux critiques;

4 – la domination énergétique (avec le rejet des “politiques désastreuses de ‘zéro émission de carbone’ et du changement climatique”, ainsi que la promotion des combustibles fossiles et de l’énergie nucléaire);

5 – le renforcement de la base industrielle de défense; et

6 – la préservation de la domination dans le secteur financier.

imaalhamges.jpgUne mention particulière revient au secrétaire au Trésor Alexander Hamilton (illustration), père intellectuel du système américain, qui repose historiquement sur le protectionnisme des industries naissantes/stratégiques, d’importants investissements publics dans l’infrastructure et un crédit orienté vers les activités productives.

En substance, le gouvernement Trump s’efforce d’inverser la désindustrialisation américaine, en promouvant ce que l’on pourrait appeler un “national-industrialisme stratégique”. Cet élan provient d’un groupe d’entrepreneurs et d’investisseurs réunis autour du vice-président J.D. Vance et dirigé par Chris Buskirk (photo, ci-dessous), fondateur du réseau Rockbridge, qui vise à rétablir et consolider une “aristocratie productive” au commandement du pays. Selon ses mots : “Soit vous avez une élite extractive — une oligarchie —, soit vous avez une élite productive — une aristocratie — dans chaque société.”

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Ce sont des concepts qui devraient faire l’objet d’études approfondies par d’autres pays de l’hémisphère occidental, y compris le Brésil, pour leur adaptation et leur emploi propre, leur permettant ainsi de se positionner de manière non manichéenne face à ce que la SSN qualifie de zone d’influence prioritaire des États-Unis.

Jacob Savage et la génération perdue

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Jacob Savage et la génération perdue

par Joakim Andersen

Source: https://motpol.nu/oskorei/2025/12/21/lastips-jacob-savage...

G8S80dqbMAAhEmu.jpgLa discrimination envers les hommes blancs est devenue systématique au cours des dernières décennies, notamment dans des sphères telles que le monde académique, les médias et le divertissement. Cela a conduit de jeunes hommes blancs à ressentir beaucoup plus de difficultés à faire carrière que leurs frères et pères un peu plus âgés, et cela a également contribué à leur radicalisation, remettant en question la société et l’idéologie qui les ont diabolisés et marginalisés. Ce genre de choses arrive lorsqu’on essaie de faire cuire la grenouille trop rapidement. Quoi qu’il en soit, l’esprit du temps a quelque peu changé depuis la présidence de Trump, et on accepte plus aisément maintenant de parler de cette discrimination. Ce qui était connu depuis des années dans les cercles de droite peut désormais aussi être abordé par des libéraux (de gauche), ce qui constitue en soi un pas positif dans la bonne direction. Un signe en est la large diffusion de l’article de Jacob Savage, The Lost Generation.

Le texte de Savage est bien écrit et approfondi. Il décrit, à l’aide de statistiques et de récits personnels, comment les hommes blancs ont commencé à être discriminés autour de 2014, à la suite de mouvements comme BLM et MeToo, et comment plusieurs institutions d’élite ont collectivement fait tout leur possible pour en embaucher le moins possible.

Savage cite le souvenir d’un recruteur de cette période, qui disait: «Il était évident que nous n’allions pas embaucher la meilleure personne… C’était choquant de parler d’exclure les hommes blancs». Le résultat a été dramatique. Un exemple dans le monde académique est celui de Brown: «Depuis 2022, Brown a recruté quarante-cinq professeurs en tenure-track dans les sciences humaines et sociales. Seuls trois étaient des hommes américains blancs (6,7%)». Savage écrit aussi que, «en 2011, l’année où j’ai déménagé à Los Angeles, les hommes blancs représentaient 48% des scénaristes de télévision de niveau inférieur; en 2024, ils ne représentaient plus que 11,9%. La rédaction de The Atlantic est passée de 53% d’hommes et 89% de blancs en 2013 à 36% d’hommes et 66% de blancs en 2024. La proportion d’hommes blancs est passée de 39% des postes fixes dans les sciences humaines à Harvard en 2014 à 18% en 2023. Rétrospectivement, 2014 a été le tournant, l’année où la DEI est devenue institutionnalisée dans la vie américaine». Les conséquences pour ces hommes blancs millenials qu’il a rencontrés ont été déterminantes: on leur a refusé des missions et des emplois encore et encore, leur indiquant plus ou moins clairement que cela était dû à leur race et à leur genre. Ces hommes ont en outre exigé qu’il ne publie pas leurs noms. Beaucoup d’entre eux sont bloqués dans leur vie, sans possibilité de fonder une famille.

L’article de Savage aborde un aspect important du phénomène, celui qui relève du générationnel. Beaucoup de décideurs clés, professeurs et autres, sont toujours des hommes blancs. Mais ils ont bloqué les opportunités de carrière pour les jeunes hommes blancs, par peur ou par sympathie envers l’esprit woke et ses défenseurs agressifs. Savage évoque aussi le lien entre la politique anti-blanc et l’idéologie anti-blanc («le changement démographique a remodelé non seulement qui énonçaient les narratifs, mais aussi lesquels étaient racontés »). Un journaliste soupçonnait aussi que cette politique contre les blancs contribuait à la dérive à gauche des institutions: les blancs qui y étaient encore se sentaient obligés d’adopter «une sorte de coloration protectrice, une mentalité d’allié» pour survivre. Ce n’est généralement pas suffisant, il faut le souligner. L’article vaut la peine d’être partagé avec des amis libéraux: les statistiques et les interviews sont frappantes et confirment que «au cours des années 2010, presque tous les mécanismes que l’Amérique libérale utilisait pour conférer du prestige ont été réévalués selon des lignes identitaires». Quiconque prend encore au sérieux la rhétorique sur les «privilèges blancs» après avoir lu le texte de Savage ne mérite pas non plus d’être pris au sérieux.

71vPORUO1nL._UF1000,1000_QL80_.jpgCependant, le texte présente aussi des lacunes. La conclusion est accablante : au lieu de légitimer la colère légitime, Savage aurait dû écrire quelque chose comme «la vérité, c’est que je ne suis pas un talent exceptionnel qui a été ignoré ; je suis un talent ordinaire — et en temps ordinaires, cela aurait suffi». Un complément précieux et nécessaire à cet article viral est donc celui de Compact, intitulé Lost Generation, too little, too late, du penseur qui se cahce derrière le pseudonyme de "Bronze Age Pervert" ("BAP"). BAP voit l’article comme globalement positif: il diffuse la connaissance nécessaire parmi les libéraux. Mais il identifie aussi des faiblesses cruciales et un focus erroné. Au lieu de promouvoir un récit de victime, où les hommes blancs ne doivent que prendre leur place parmi les groupes de victimes, BAP veut clairement mettre l'accent sur sur les échecs médiocres de l’establishment. Il écrit que «à mesure que ce récit se répand, cet article sera compris comme une victimisation et une supplication sentimentale, quémandant de la sympathie, plutôt que comme une condamnation juste d'un pouvoir corrompu et maladroit». Il n’a pas tout à fait tort. La discrimination que Savage décrit, et l’esprit qui la pousse et la traverse, sont anti-faustiennes et anti-méritocratiques. Les élites qui ont expulsé des hommes et femmes compétents et créatifs ont pratiquement menée notre civilisation au bord du gouffre. Une question que Savage ne pose pas, et qu’en 2025 il ne peut pas ne pas poser, est la suivante: une méritocratie ininterrompue aurait-elle garanti une surreprésentation des hommes issus de l’Occident faustien? Il s’agit du conflit entre l’Occident faustien et son esprit indo-européen d’un côté, et d’un monstre chimérique issu de l’ancien despotisme oriental de Marx et de la modernité managériale de l’autre. C’est aussi un point abordé par BAP : plutôt que de se lamenter, on pourrait rompre avec ces institutions anti-blanches et, comme Pewdiepie, créer soi-même quelque chose.

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BAP remarque aussi que le processus décrit par Savage est bien plus ancien que 2014. les Blancs ont été discriminés dans divers contextes depuis des décennies, pas seulement en tant que groupe blanc. Plus important encore, des types de personnalité rares ont été exclus de l’université, de Hollywood, etc., même avant 2012 (« pas d’emplois pour les freaks, excentriques ou créatifs audacieux à Hollywood avant 2012 »). Le résultat était une culture interne repoussante et une production également repoussante. BAP note: «Je me souviens de l’époque avant 2012, et ce n’était pas beaucoup mieux, surtout dans les domaines qu’il met en avant : journalisme, université, Hollywood ou médias».

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En somme, les articles de Savage et de BAP sont tout à fait dignes d’être lus. Une idéologie et un esprit anti-faustiens ont envahi la plupart des institutions que Althusser qualifiait d’AEI, d'Appareils d’État Idéologiques. Cela a empêché les jeunes hommes blancs d’accéder à des carrières, à l’élite et à la participation à la culture. Les hommes blancs plus âgés ont survécu de justesse tant qu’ils s’adaptaient. Le résultat a été un glissement idéologique clair et un déclin culturel, où Trump peut finalement être considéré comme une réaction. Il s’agit aussi d’une « génération de vengeance », pour reprendre une expression alt-right déjà ancienne. Cette génération s’est en grande partie construite en dehors des institutions, et en a créé de nouvelles. Leur but n’est pas d’être reconnus comme une autre groupe dans la hiérarchie officielle des victimes, mais de la remplacer par d’autres, plus saines.

Liens :

- Jacob Savage – The Lost Generation: https://www.compactmag.com/article/the-lost-generation/

- BAP – Compact « Lost Generation » DEI article: too little, too late: https://www.bronzeagepervert.yoga/p/compact-lost-generation-dei-article

Daria Douguina: des idées trempées dans le sang

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Daria Douguina: des idées trempées dans le sang

Mémoire, sacrifice et la bataille des idées

Alexander Douguine

Alexandre Douguine a déclaré que la mort de sa fille, une jeune femme qui n’avait jamais brandi aucune arme, a choqué tout le monde — du président aux citoyens ordinaires.

Lors de la Journée du Souvenir des Journalistes tués en service (15 décembre), une commémoration annuelle russe honorant les journalistes décédés dans l’exercice de leur métier, Douguine a noté que, même trois ans après le meurtre de Daria Douguina, les gens continuent d’exprimer leurs condoléances. Aujourd’hui aurait été son 33e anniversaire. Il a déclaré :

- Je pense qu’on peut même avoir des attitudes différentes envers l’Opération Militaire Spéciale, mais la mort de cette jeune, belle, jeune fille inspirée, qui n’a jamais pris les armes, qui n’a jamais participé à des opérations de combat — c’est quelque chose qui ne peut laisser indifférent aucun être humain digne, aucune personne dotée d'une conscience, d'une âme. Cela a touché absolument tout le monde, du président aux citoyens ordinaires. Cela s’est reflété dans le fait que le président a décerné à Dasha (1) l’Ordre du Courage.

- Les gens ordinaires, lorsqu’ils me rencontrent, continuent d’exprimer leurs condoléances — trois ans ont passé, et sa mémoire est vivante. Et la mémoire de chacun de nos héros — journalistes, nos guerriers — vit dans nos cœurs. C’est une force active. Les idées comptent. Les idées trempées dans le sang comptent encore plus. Elles font bouger le monde. C’est pourquoi un journaliste est vraiment quelque chose de plus qu’un simple journaliste — plus qu’un simple reporter, plus qu’un simple informateur. Un journaliste est un guerrier, une personne qui accomplit un acte héroïque, qui entre en bataille — une bataille dans le royaume des idées.

Note: 

(1) Note du traducteur : Dasha est le diminutif russe courant du prénom Daria.

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mercredi, 24 décembre 2025

Y2026

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Gelukkig Kerstfeest & Nieuwjaar 2026
Joyeux Noël & Bonne année 2026
Fröhliche Weihnachten & Glückliches Neujahr 2026
Merry Christmas & Happy New Year 2026
Feliz Navidad & Feliz Ano Nuevo 2026
Buon Natale & Felice Anno Nuovo 2026

*

Robert Steuckers & Ana Robleda

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mardi, 23 décembre 2025

Pickeresel, Julbock, figures anthropomorphes hivernales dans les traditions germaniques

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Pickeresel, Julbock, figures anthropomorphes hivernales dans les traditions germaniques
 
 
Les traditions hivernales européennes ont conservé, parfois de manière fragmentaire mais remarquablement cohérente, un ensemble de figures animales ou anthropomorphes qui occupent une place centrale dans le temps liminaire du solstice et des nuits d’hiver.
 
Loin d’être des survivances folkloriques isolées, ces figures expriment une logique symbolique profonde: lorsque le monde humain entre dans une phase d’instabilité cosmique, ce ne sont plus des figures strictement humaines qui assurent le passage, mais des animaux investis de fonctions mythiques.

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L’âne, le cheval ou le bouc constituent à cet égard un triptyque particulièrement révélateur, structuré autour de deux pôles divins majeurs du monde germanique et nordique, Wotan et Donar, connu dans le monde nordique sous le nom de Thor. Dans l’espace alémanique, la figure du Pickeresel ou Bickeresel offre un point d’entrée privilégié dans cette logique.
 
Le Pickeresel, personnage à la tête d'âne, visiteur nocturne, apparaît comme un être actif à la période de Noël, chargé de transporter des dons, mais aussi, à un niveau symbolique plus profond, d’accompagner le passage de l’année ancienne vers la nouvelle.
 
Cette fonction de portage silencieux, discrète et patiente, s’oppose en apparence à la violence de la Chasse sauvage, mais lui est en réalité complémentaire.
 
Là où le dehors est purgé par la tempête et le vacarme, l’intérieur est préservé par la continuité.
 
L’âne du Pickeresel n’est pas un choix anodin.
 
Dans l’imaginaire européen ancien, les équidés sont des animaux liminaires par excellence, associés aux voyages nocturnes, aux passages entre mondes et aux fonctions psychopompes.

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Le cheval, en particulier, est omniprésent dans les mythes de chevauchée des morts et de cortèges nocturnes.
 
Cette dimension apparaît de manière éclatante dans la figure de Wotan, dieu cavalier, meneur de la Chasse sauvage, qui traverse le ciel hivernal accompagné des âmes errantes.
 
Le cheval wotanique n’est pas seulement une monture : il est l’instrument même du passage entre les mondes, capable de franchir les frontières invisibles entre vie et mort, présent et hors-temps.
 
L’âne partage cette capacité de franchissement, mais sous une forme apaisée et domestiquée: il n’emporte pas les morts dans la tempête, il accompagne silencieusement la traversée.
 
Cette structure explique pourquoi, dans de nombreuses traditions hivernales, le personnage de Noël n’est presque jamais conçu comme se déplaçant seul.

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Qu’il s’agisse du Weihnachtsmann, de Knecht Ruprecht, une monture est fréquemment présente.
 
Le traîneau tiré par des rennes, aujourd’hui perçu comme indissociable du Père Noël, constitue en réalité une invention tardive du XIXᵉ siècle, issue de la littérature et de l’illustration modernes.
 
Il a remplacé iconographiquement des montures terrestres bien plus anciennes, sans en effacer la structure profonde: celle du déplacement liminaire nocturne assuré par un équidé, porteur d’une souveraineté invisible héritée de Wotan.
 
Avec la christianisation, cette figure animale n’a pas disparu, mais a été recouverte d’une nouvelle lecture
 
L’âne est dans le christianisme, l’animal de l’humilité volontaire, du service silencieux et de la royauté inversée.
 
Associé à Jésus-Christ, il porte le sacré sans le posséder, transporte sans décider, accompagne sans dominer.
 
Il était présent à la crèche.
 
Il a porté le Christ lors de son entrée à Jérusalem, le dimanche des rameaux.

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Cette relecture a probablement permis l’intégration du Pickeresel dans un imaginaire chrétien, sans effacer entièrement ses fonctions plus anciennes de porteur liminaire et de passeur.
 
Dans certaines traditions locales, l’âne ne se contente pas d’accompagner le Christkindl, l'enfant Christ: il peut s’y substituer entièrement, devenant à lui seul la figure du don et de la visite nocturne, signe d’un archaïsme où l’animal suffit à incarner la fonction mythique.

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Un second personnage joue un rôle tout aussi fondamental dans les traditions hivernales : celui du bouc, incarné de manière exemplaire par le Julbock.
 
Dans l’espace scandinave, le Julbock est l’une des figures les plus anciennes du solstice.
 
Animal anthropomorphe, parfois porté par des hommes masqués, parfois figuré comme porteur de dons ou comme visiteur nocturne, il est directement lié à la fertilité hivernale, à la force brute et à la violence contenue du renouveau.
 
À l’origine, le bouc n’est pas un symbole décoratif, mais l’expression d’une puissance sexuelle et vitale, associée à la survie du monde pendant la saison morte.

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Ce lien renvoie clairement à Donar / Thor, dieu du tonnerre, de la foudre et de la fertilité.
 
Le bouc est son animal privilégié: dans la mythologie nordique, Thor se déplace dans un char tiré par deux boucs, dont la capacité à renaître après avoir été consommés exprime une logique cyclique de destruction et de régénération.
 
Le Julbock s’inscrit dans cette même dynamique: il n’est pas l’animal du passage des âmes, comme le cheval de Wotan, mais l’animal de la force vitale condensée, prête à réémerger après l’hiver.
 
Là où l’équidé transporte et guide, le bouc incarne et pousse.
 
La coexistence de ces deux figures animales (équidé et bouc) révèle une structuration profonde du cycle hivernal.
 
Le cheval, associé à Wotan Odin, gouverne le passage, la mort, la circulation des âmes et la souveraineté nocturne.
 
Le bouc, associé à Donar Thor, gouverne la force, la fertilité, la violence nécessaire au retour de la vie.
 
Ces deux dimensions ne s’opposent pas: elles sont parallèles et complémentaires. Ensemble, elles assurent la traversée de l’hiver et la possibilité du renouveau.
 
Cette logique ne se limite pas au monde germanique.

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Au pays de Galles, la figure de Mari Lwyd (photo) offre un parallèle saisissant.
 
Personnage hivernal coiffé d’un crâne de cheval, porté par un groupe de chanteurs qui vont de maison en maison, la Mari Lwyd est à la fois effrayante, ludique et rituelle.
 
Le crâne de cheval, symbole explicite de mort, devient ici l’instrument d’une visite saisonnière bénéfique, accompagnée de chants et de joutes verbales.
 
Là encore, le cheval n’est pas décoratif : il est le support d’une fonction associée au passage de l’année et à la circulation entre vivants et morts.
 
À travers le Pickeresel, le Julbock et la Mari Lwyd, se dessine ainsi une structure européenne ancienne: lorsque le monde entre dans un temps hors norme, ce sont des animaux investis de fonctions mythiques qui prennent le relais des figures humaines.
 
Tantôt porteurs silencieux, tantôt incarnations de la fertilité et de la force brute, tantôt supports de la mémoire des morts, ils permettent d’exprimer des forces que l’homme ne peut plus assumer directement.

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Ces animaux ne sont pas des déguisements : ils sont des formes premières, plus anciennes que les personnages anthropomorphes modernes, et souvent plus fidèles à la logique profonde du cycle hivernal.
 
Le Pickeresel et le Julbock ne sont pas des curiosités régionales, mais deux expressions complémentaires d’un même langage symbolique.
 
Ensemble, ils forment l’ossature d’un imaginaire du solstice où la mort, la nuit et la renaissance ne sont jamais séparées, mais étroitement nouées dans le rythme profond de l’année.

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Le suicide de l’Europe

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Le suicide de l’Europe

Andrea Marcigliano

Source: https://electomagazine.it/il-suicidio-delleuropa/

Un suicide. Il n’y a pas d’autre mot pour décrire ce qui se passe dans cette Europe, de plus en plus pauvre. Un suicide assisté par von der Leyen et les bureaucrates de l’Union. Ce qu’ils sont en train de causer, il semble impossible qu’ils ne comprennent pas.

Ils veulent la guerre. Contre la Russie, bien sûr. Et ils la veulent pour une série de raisons qu’il serait un euphémisme de qualifier de mesquines, misérables.

Car il ne s’agit pas de grandes visions idéologiques, même si celles-ci seraient erronées. Ce qui pousse cette brochette de Messieurs et de Mesdames à tout faire pour provoquer une guerre mondiale, est quelque chose de beaucoup, beaucoup moins… complexe.

Car il s'agit d'intérêts particuliers. La plupart du temps personnels. La soif de richesse. La corruption.

Et je pourrais allonger la liste…

Et c’est précisément cela qui rend la situation extrêmement dangereuse. Et, surtout, difficile à résoudre.

Car nous ne sommes pas face à un Napoléon ou, pire encore, à un Hitler. Mûs par des ambitions débridées, et une soif de domination absolue.

Mais face à des hommes et des femmes, qui, comme je le disais, agissent pour leurs intérêts personnels, mesquins. Incapables, simplement, de voir les choses, et de penser la réalité, dans une perspective plus large. En substance, au-delà du bout de leur propre nez.

Bien sûr, derrière Merz, Macron, von der Leyen et leurs acolytes, il y a des lobbies et des groupes financiers, plus ou moins obscurs, qui tirent d’énormes profits de la tension et du conflit.

Et pourtant, même eux doivent être vus, ou mieux, devraient être vus, en fin de compte, pour ce qu’ils sont: des “gnomes” malveillants, capables uniquement de penser à l’argent en vase clos, en faisant abstraction de tous les autres éléments du réel. D’accumuler, sans autre but que la possession. Et, en substance, aveugles à une vision plus large des choses.

Aucun grand rêve, aussi pathologique et erroné soit-il. Aucune vision de l’histoire ou de l’homme. Rien, absolument rien. Juste l’argent. L'argent, l'argent… seulement l’argent. Rien d’autre.

Et c’est précisément pour cela que la situation actuelle est devenue si dangereuse. Incontrôlable.

Parce qu’il n’y a pas une seule intelligence qui pense à la guerre. Et qui reconnaît aussi les risques que cela pourrait comporter.

En résumé, il n’y a pas d’intelligence. Mais plutôt un mélange d’instincts, d’orgueils, d’ambitions, d’intérêts…

Un enchevêtrement difficile à démêler. Et qui, cependant, peut tous nous mener à la ruine.

UE. L’état des choses

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UE. L’état des choses

Andrea Marcigliano

Source: https://electomagazine.it/ue-lo-stato-delle-cose/

Orbán, Fico et le Tchèque Babis, se tiennent à l’écart. Ils refusent de participer au méga-financement de Zelensky pour continuer la guerre, déjà perdue, contre la Russie.

Gaspillage d’argent, l’a qualifié Orbán, avec sa franchise habituelle et brutale.

Oui, gaspillage d’argent. Et pourtant, l’Union insiste pour en verser, à pleines mains, dans l’incendie ukrainien. Pour faire un cadeau – car il s’agit bien d’un cadeau – au régime le plus corrompu d’Europe. En faisant semblant d’ignorer le gaspillage commis par les oligarques de Kiev, qui envoient le peuple à la boucherie, mais qui se délectent de nombreuses subventions, soudaines et imméritées. Et les toilettes en or ne sont qu’un petit aspect de ce vol perpétré avec arrogance.

Il est toutefois intéressant de noter que la Hongrie, la Slovaquie et la République tchèque se tiennent à l’écart. Orbán a été très clair. Et extrêmement dur. Donner encore de l’argent à l’Ukraine est une folie, inutile et délirante.

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L’Union européenne, donc, s’est ainsi rompue formellement. Et ce n’est qu’un premier signal. Car le malaise grandit dans d’autres pays. Pas seulement en Europe de l’Est, compte tenu des positions, de plus en plus différenciées, de l’Espagne et de la Belgique.

Bruxelles, et surtout l’Allemagne et la France, ont tenté de sauver ce qui peut l’être. Les milliards pour Zelensky ne viendront pas des dépôts russes gelés en Europe. Ce qui aurait fait exploser la situation, menant à une crise financière sans précédent. Comme Lagarde de la BCE, elle-même, l'a déclaré.

Cependant, ce sont des sommes d’argent, considérables, qui seront dépensées aux dépens, et au détriment, des peuples européens. Qui devront payer le prix fort en subissant une réduction effrayante des services, de la santé, des salaires et des pensions.

Et tout cela uniquement pour financer Zelensky. Et pour permettre à von der Leyen de poursuivre sa politique belliciste démentielle. Aussi pour masquer la corruption de sa Commission. Et, bien sûr, la sienne propre.

Un fardeau que beaucoup de peuples européens ne sont pas disposés à accepter passivement.

Des manifestations, de véritables révoltes populaires, sont signalées à Bruxelles, Paris, dans toute la France et dans de nombreux autres pays, de la Grèce à l’Allemagne.

L’Allemagne, où Merz cherche à mettre en place une astuce juridique pour éliminer l’AfD, le parti populaire qui a, désormais, conquis tout l’est. Et qui progresse également massivement dans les Länder occidentaux.

Et l’AfD est absolument opposée au conflit avec la Russie. Car elle veut la paix…

Bien sûr, rien de cela n’est mentionné dans nos médias mainstream. L’Italie et les Italiens sont maintenus dans une sorte de stupeur, comme s’ils avaient été drogués. Et ils sont totalement désinformés.

Pendant ce temps, Meloni continue de jongler entre Washington et Bruxelles. Elle flatte tantôt Trump tantôt von der Leyen. Incapable, en substance, de prendre une décision claire. Ce qui pourrait lui coûter très cher au printemps prochain.

Et, surtout, ce qui coûte déjà très cher, bien trop cher, aux Italiens. Où une grande partie de l’opinion publique semble encore endormie. Étourdie et inconsciente.

Le seul espoir, ce sont les protestations croissantes des agriculteurs.

Espérons, justement, que ce soit un premier signe de réveil.

Physique et politique

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Physique et politique

Alberto Giovanni Biuso

Source: https://www.grece-it.com/2025/12/13/fisica-e-politica/

Wolfgang Pauli, l’un des initiateurs de la physique quantique, donna un jour la réponse suivante à propos d’un article qui lui avait été soumis: « das ist nicht einmal falsch », « ce n’est même pas faux », car son contenu n’avait tout simplement aucun sens. En 2002, certains articles sur la gravité quantique écrits à Paris par les frères Igor et Grichka Bogdanov furent jugés, dès leur parution, comme une blague précisément parce que leur contenu était dépourvu de sens. Pourtant, ces articles avaient réussi à obtenir des avis positifs lors des procédures de peer review, c’est-à-dire l’évaluation que les revues scientifiques font des articles qui leur sont proposés. La suite de l’affaire montra qu’il ne s’agissait pas d’une farce, que les Bogdanov (photo) avaient écrit leurs textes avec de «sérieuses» intentions «scientifiques». Quoi qu’il en soit, cinq revues, dont trois très prestigieuses, avaient publié des textes remplis d’affirmations erronées ou absurdes.

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Il s’agit d’un épisode très grave, qui s’explique aussi par le blocage dans lequel la physique théorique est enfermée depuis presque un demi-siècle. Après le développement des premières théories quantiques, on était arrivé dans les années soixante au soi-disant Modèle standard de ces théories. Depuis lors, aucun progrès substantiel n’a été enregistré et, au contraire, les grands objectifs de conciliation entre la théorie quantique et la relativité, ainsi que d’unification des quatre forces fondamentales de la matière en une Grande Théorie Unifiée, se sont révélés complètement infructueux.

81aXLeo3dsL._SL1500_-1878996417.jpgLa théorie qui semblait pouvoir atteindre cet objectif s’appelle la Théorie des cordes, devenue ensuite la Théorie des Supercordes. Cette théorie est un exemple éclatant de ce que le physicien quantique Lee Smolin n’hésite pas à qualifier de situation tragique de la physique théorique contemporaine: «Pour parler franchement, nous avons échoué: nous avons hérité d’une science, la physique, qui avait continué à progresser à une vitesse si grande qu’elle était souvent prise comme modèle pour d’autres sciences. Notre compréhension des lois de la nature a continué à croître rapidement pendant plus de deux siècles, mais aujourd’hui, malgré tous nos efforts, nous ne savons plus avec certitude plus de choses sur ces lois qu’au début des années 1970» (L’univers sans cordes. La fortune d’une théorie et les troubles de la science, éd. it.: Einaudi, Turin 2007, p. X). Étant donné le poids considérable que les sciences, et en particulier la physique, ont dans la société contemporaine, il s’agit d’une tragédie qui n’est pas seulement épistémologique, mais aussi une crise sociale montrant certaines racines profondes des situations que nous avons vécues ces dernières années. L’objectif de cet article sera donc de montrer le lien entre physique et politique.

Si la théorie quantique entre en conflit total avec la perception sensible et avec l’idée que chaque humain peut se faire de la réalité, celle des cordes la dépasse largement en audace théorique et en distance abyssale de toute expérience possible. En effet, elle soutient que les constituants de la matière ne sont pas des particules, mais des élastiques qui vibrent non pas dans quatre dimensions (hauteur, largeur, profondeur et temps), mais dans vingt-six, puis réduits à neuf (dans la version « supercordes »). Des dimensions que personne n’a jamais perçues ni expérimentées. Étant donné que le monde dans lequel nous vivons ne semble pas constitué de vingt-six ou de neuf dimensions, «pourquoi la théorie n’a pas été immédiatement abandonnée est l’un des grands mystères de la science» (Smolin, p. 104).

meme_pas_fausse-2349177276.gifLa théorie postule également l’existence de tachyons, des particules capables de voyager à des vitesses supérieures à celle de la lumière. Mais «si cela se produit dans une théorie quantique des champs, c’est une indication très précise que cette dernière est en réalité incohérente. Un aspect problématique des tachyons est qu’ils peuvent transmettre des informations en arrière dans le temps, violant ainsi le principe de causalité» (Peter Woit, Pas même faux. L’échec de la théorie des cordes et la course à l’unification des lois de la physique, éd. it.: Codice Edizioni, Turin 2007, p. 149).

Un troisième élément fondamental de la théorie, capable de la rendre totalement invalide, est la nécessité de certains nombres/valeurs infinies, conduisant à «un nombre infini de théories» et «un nombre infini d’univers possibles» (Smolin, p. 198). Une théorie dotée de cette caractéristique ne peut être ni confirmée ni falsifiée par aucun expérience possible ou concevable, et ne peut donc faire aucune prédiction.

Un aperçu du vocabulaire de la théorie des cordes montre qu’on s’est très éloigné de toute théorie et pratique raisonnable du travail scientifique: «Il n’y a pas seulement le squark, le slepton et le fotino, mais aussi le déneutrino pour le neutrino, l’Higgsino pour le boson de Higgs et le gravitino pour le graviton. À deux, toute une arche de Noé de particules. Tôt ou tard, dans le fouillis du réseau de nouveaux noms et surnoms, on commence à se sentir un imbécile complet. Ou un imbécile parfait. Ou quelque chose du genre» (Smolin, p. 75).

Il s’agit d’une théorie qui existe et opère dans un monde qui n’a rien à voir avec la matière, mais presque uniquement avec des équations mathématiques, donc avec les aspects purement formels de la connaissance humaine. Des aspects qui, dans cette théorie, tendent à devenir le fruit de spéculations audacieuses et de fantasmes débridés. L’infalsifiabilité et l’incapacité de formuler des prédictions physiques précises privent la théorie des cordes du nécessaire rigorisme scientifique. Ce n’est même pas une théorie, en réalité, mais une «espérance irréalisée qu’une théorie puisse exister» (Woit, pp. XVI et 209). Le charme qu’elle exerce sur de nombreux physiciens ne vient pas de ce qu’on en sait, mais plutôt des espoirs personnels des physiciens qui y ont consacré toute leur vie.

7c8797_2ae2112a95d14f9eabd0fa7b512a24a3mv2-3685975515.jpgCet élément si psychologique et existentiel contribue à expliquer comment une telle non-théorie (ou «théorie du rien», comme l’a qualifiée le cosmologiste Lawrence Krauss) non seulement continue d’exister, mais concentre aussi le travail de la majorité des physiciens théoriciens et, surtout, parvient à obtenir des sommes vraiment impressionnantes de la part des organismes qui financent la recherche aux États-Unis. Les raisons sont nombreuses, même si elles se ressemblent.

La première, comme mentionné, est la difficulté compréhensible pour des chercheurs célèbres ou moins célèbres de déclarer l’échec d’une vie de recherche, en plus de la démonstration de leur insistance irrationnelle sur une théorie qui s’est révélée infondée.

La deuxième raison est la structure fidéiste qui sous-tend cette théorie, constituée par des calculs mathématiques de plus en plus longs, labyrinthiques et incompréhensibles, qui la rendent semblable aux questions proverbiales de la scolastique médiévale sur la «sexualité des anges». Sheldon Glashow, prix Nobel de physique, s’est exprimé ainsi pour souligner le danger irrationnel de la théorie des supercordes: «Combien d’anges peuvent danser sur la tête d’une aiguille? Combien de dimensions y a-t-il dans une variété compactifiée, 30 puissances de dix plus petites qu’une tête d’aiguille?» (Woit, p. 178).

9782290151150-475x500-1-1535544969.jpgFinalement, cette théorie ne possède même pas la beauté mathématique qui, à ses débuts, avait suscité tant d’enthousiasme, étant devenue une théorie dépourvue d’élégance formelle et qui, pour se sauver, recourt de plus en plus à la version contemporaine de l’asile de l’ignorance, le principe anthropique, basé sur la tautologie selon laquelle si nous existons, c’est que l’univers comporte les conditions de notre existence. Ce n’est pas un hasard si la théorie des cordes est devenue un domaine défendu et soutenu par diverses formes de contamination entre la physique et la New Age, dont l’exemple le plus célèbre est Le Tao de la physique de Fritjof Capra.

Une hypothèse présentée il y a un demi-siècle comme la «théorie définitive», capable d’unifier toute autre perspective, est en réalité devenue un obstacle au développement scientifique, un obstacle à l’élaboration, à la conception et à la démonstration de nouvelles théories et de différentes hypothèses sur le temps, l’espace, la matière et les particules. Un obstacle non seulement épistémologique ou théorique, mais aussi empirique, jusqu’à la violence.

Woit lança en 2004 un blog dédié à la théorie des cordes. L’un de ses résultats fut que «l’un des plus fervents partisans de la théorie des cordes, un membre de la faculté de Harvard», écrivit dans ce blog un commentaire affirmant que ceux qui «critiquaient les financements à la théorie des cordes étaient des terroristes qui méritaient d’être éliminés par l’armée des États-Unis. Ce qui m’a le plus effrayé, c’est qu’il semblait parler sérieusement» (Woit, p. 230).

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La convergence toujours désastreuse du principe d’autorité et du conformisme diffus dans la société a trouvé son emblème dans un mathématicien exceptionnel. Edward Witten (photo) est le véritable gourou de la théorie des supercordes, devenue avec lui la Théorie-M. Que signifie cette appellation? La réponse de Witten est la suivante: «M signifie magie, mystère ou membrane, selon les goûts» (Woit, p. 158). La Théorie-M n’a aucun contenu précis, elle n’existe pas, ce n’est qu’un désir de théorie. M peut donc aussi signifier le Messie attendu d’une physique réduite à une version inquiétante de l’attente de Godot.

«Inquiétante» n’est pas un adjectif d’effet ou une formule rhétorique. Le déclin de la physique montré par le parcours qui, de la théorie quantique, a conduit à la Théorie-M, est une manifestation plutôt évidente du crépuscule de l’esprit scientifique, qui touche aussi des problèmes tels que le changement climatique de la planète Terre et les choix politiques et institutionnels durant la crise du Cov id19. L’un des éléments philosophiques et politiques communs à ces questions est en effet une autre théorie, c’est le Postmodernisme devenu un instrument de négation et d’affirmation: négation de la réalité, des données, de l’empirie, de la rationalité; affirmation à leur place d’une série de principes politiques et éthiques selon lesquels la vérité est la prérogative de celui qui sait mieux imposer sa vision du monde.

71JjWHK3hPL-3975843473.jpgSmolin a écrit que la théorie des cordes dessine une véritable «physique postmoderne», formule non ironique, utilisée par ses propres partisans et non par ses opposants: «La sensation était qu’il ne pouvait exister qu’une seule théorie cohérente pour unifier toute la physique, et comme la théorie des cordes semblait le faire, elle devait être correcte. Il ne fallait plus dépendre des expériences pour vérifier les théories! C’était du Galileo. Désormais, seule la mathématique permettait d’explorer les lois de la nature. Nous étions entrés dans l’ère de la physique postmoderne» (Smolin, p. 117).

Woit souligne aussi « l’étonnante analogie entre la façon dont la recherche sur la théorie des cordes est menée dans les départements de physique et celle dont la théorie post-moderne est menée dans les départements des sciences humaines » (Woit, p. 206). Une affinité qui a pour objectif de conditionner et d’obéir à l’ensemble de la communauté sociale aux vérités présentées comme telles par des «experts» dont le langage semble obscur jusqu’à l’incompréhensibilité. La domination devient évidemment plus forte si les jeux linguistiques du postmodernisme sont soutenus par la force des médias et de la police.

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Ceux qui suivent les programmes de recherche dominants, même s’ils sont fondés sur des désirs et des fantasmes, comme la théorie des cordes, reçoivent des chaires et des financements. Ceux qui veulent explorer des champs et des perspectives «hérétiques» n’obtiennent ni l’un ni l’autre. Au contraire, la physique contemporaine tend à se fermer et donc à mourir. Il s’agit d’un cas et d’un exemple très préoccupant: une affaire qui semble relever du domaine restreint et abstrait de la physique des particules montre ainsi son lien profond avec les formes les plus avancées et efficaces du pouvoir contemporain.

Alberto Giovanni Biuso

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Le Décalogue de Friedrich List

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Le Décalogue de Friedrich List

Source: https://civenmov.blogspot.com/2025/09/decalogo-de-friedri...

List_-_Nationale_System_der_politischen_Ökonomie,_1930_-_5860425.tif.jpgFriedrich List (Reutlingen, 1789-1846), économiste allemand visionnaire, pionnier du développement économique, s’est fait connaître dans le domaine des idées par sa défense inconditionnelle du protectionnisme ainsi que des investissements publics dans les infrastructures (ports, routes, chemins de fer, télégraphes) et dans l’éducation en tant que moteurs essentiels du développement industriel, face au libre-échange et à la mondialisation économique naissante au début du 19ème siècle. Fonctionnaire, activiste et journaliste, ses idées réformistes, notamment l'idée de Zollverein (une proposition d’union douanière allemande), ont été alimentées par son exil en Amérique du Nord, où il s’est développé en tant qu’industriel et investisseur dans l’exploitation minière, tout en promouvant dans la presse les idées contenues dans son œuvre majeure de 1841: Le Système National de l’Économie Politique (Das nationale System der politischen Ökonomie), destiné à soutenir l’industrie naissante aux États-Unis face à la concurrence déloyale britannique. À la fin de sa période américaine, il fut nommé consul de Saxe.

JoseManuelBalmaceda.JPGEn Amérique du Sud, José Manuel Balmaceda (Président du Chili, 1886-1891 - portrait) et Juan Domingo Perón (Président de l’Argentine lors de trois mandats entre 1946 et 1974) ont mis en pratique la pensée développementiste listienne, en promouvant l’industrialisation, les infrastructures et la substitution des importations pour réduire la dépendance extérieure, malgré la résistance de l’oligarchie terrienne et minière, du Congrès et de la Marine (c'est-à-dire les intérêts pro-britanniques) dans le cas de Balmaceda, et de l’oligarchie agro-exportatrice, des militaires anti-peronistes, des secteurs libéraux, syndicats et de l’Union Civique Radicale dans le cas de Perón.

Après près d’un siècle de méfiance et de boycott de la politique centrée sur l’État, en 1948, la Comisión Económica para América Latina y el Caribe (CEPAL) a été créée à Santiago du Chili, ravivant les idées de List sur le protectionnisme économique sélectif et le développement industriel endogène, sous l’influence notamment du célèbre économiste Raúl Prebisch (photo), qui fut secrétaire exécutif de l’organisation entre 1950 et 1963. 202210141538.jpgPrebisch, pionnier dans l’étude du structuralisme économique et de la théorie de la dépendance, a formulé une hypothèse pertinente sur la dégradation des termes de l’échange entre les économies industrialisées et les pays producteurs de matières premières.

Aujourd’hui, dans le monde postlibéral, les idées de Friedrich List, notamment son insistance sur le protectionnisme et le développement industriel dirigé par l’État, résonnent profondément dans le modèle économique chinois, caractérisé par la planification centralisée, la protection des industries stratégiques, d’énormes investissements dans des projets d’infrastructure mondiaux comme l’Initiative Belt and Road, et la priorité donnée à l’éducation technoscientifique dans le cadre des "Quatre Modernisations", une politique ambitieuse depuis 1978 visant à transformer la Chine en une grande puissance moderne. Depuis les réformes de Deng Xiaoping, qui ont ouvert la Chine au marché mondial tout en maintenant un contrôle étatique fort, jusqu’à la direction de Xi Jinping, qui a consolidé cette vision avec un accent mis sur l’autosuffisance et l’influence sur le reste du monde, la Chine a adapté ces principes aux défis du 21ème siècle, projetant un modèle de développement efficace et souverain stratégiquement.

Ha-Joon_Chang_profile.jpgLes économistes contemporains tels que Ha-Joon Chang (photo), Erik S. Reinert, Dani Rodrik, Mariana Mazzucato, Joseph Stiglitz, Alice Amsden, Robert Wade, Justin Yifu Lin, Sanjaya Lall et Keun Lee renforcent les thèses de List, en promouvant le protectionnisme et les politiques publiques industrielles, en opposition aux économistes et écoles libérales: l'école de Chicago, l'école autrichienne, les théories néoclassiques et le Consensus de Washington, qui privilégient le libre marché et une intervention étatique minimale, aggravant ainsi les défauts de la mondialisation désordonnée (augmentation des inégalités, instabilité financière, migrations massives, stagnation des économies industrialisées et pauvreté dans les pays en développement).

Dani-Rodrik-American-4005981306.jpgChang et Reinert ont démontré que le protectionnisme historique a catalysé l’industrialisation dans les nations développées; Rodrik (photo) et Stiglitz ont montré les limites du marché dérégulé pour générer un développement équitable; Mazzucato souligne le rôle de l’État entrepreneurial dans l’innovation technologique (exemple notable: la Silicon Valley aux États-Unis), réfutant la suprématie du secteur privé; et Amsden, Wade, Lin, Lall et Lee mettent en avant le succès des “tigres asiatiques” (Corée du Sud, Hong Kong, Singapour et Taïwan) grâce à des politiques étatiques ciblées, dépassant les résultats des recettes libérales et consolidant un paradigme de souveraineté économique et de compétitivité mondiale.

Le Décalogue de Friedrich List

1. Protection de l’industrie nationale : Les pays en développement doivent mettre en place des droits de douane et des politiques protectionnistes pour favoriser la croissance de leurs industries locales face à la concurrence étrangère.

2. Priorité au pouvoir productif : Le développement économique doit se concentrer sur l’augmentation de la capacité de production d’une nation, et non seulement sur l’accumulation de richesse immédiate.

3. Différenciation entre les économies : Les politiques économiques doivent s’adapter au niveau de développement de chaque pays ; ce qui profite à une nation industrialisée n’est pas toujours approprié pour une économie en développement.

4. Importance de l’industrie manufacturière : La fabrication est essentielle pour le progrès économique, car elle génère de l’innovation, de l’emploi et une richesse durable.

5. Infrastructures comme base du développement : L’État doit investir dans les infrastructures (transports, communications) pour intégrer les marchés internes et renforcer l’économie.

6. Éducation et formation technique : Le développement économique nécessite une population instruite et qualifiée, capable de stimuler l’innovation et la productivité.

7. Intervention stratégique de l’État : Le gouvernement doit jouer un rôle actif dans la planification et la promotion de secteurs économiques stratégiques.

8. Unité économique nationale : L’intégration des marchés internes et la coopération entre régions au sein d’une nation sont essentielles à la croissance économique.

9. Critique du libre-échange absolu : Le libre-échange profite principalement aux nations déjà industrialisées, tandis que les économies émergentes ont besoin d’une protection temporaire.

10. Vision à long terme : Les politiques économiques doivent privilégier le développement durable et l’indépendance économique de la nation plutôt que les gains à court terme.

lundi, 22 décembre 2025

Bruxelles contre l'alimentation européenne. Plus d'armes et moins de pain

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Bruxelles contre l'alimentation européenne. Plus d'armes et moins de pain

Enrico Toselli

Source: https://electomagazine.it/bruxelles-contro-il-cibo-europe...

90 milliards d'euros. C'est le montant du prêt accordé à Zelensky pour poursuivre la guerre. Une somme que l'Union européenne devra trouver d'une manière ou d'une autre. 90 milliards d'euros. C'est le montant de la réduction décidée par l'Union européenne pour pénaliser le secteur agricole du Vieux Continent. Curieuse coïncidence entre les chiffres. Curieuse cette volonté des esprits étroits de Bruxelles de détruire un secteur qui est véritablement fondamental pour assurer la souveraineté européenne. Car sans agriculture, sans nourriture, il n'y a pas de souveraineté.

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D'ailleurs, les images diffusées par les journaux télévisés étaient éloquentes. À l'intérieur du palais, élégants, méprisants, les eurocrates. Occupés à décider où prendre l'argent des autres et à qui le donner. À l'extérieur, en colère, les agriculteurs qui défendaient leur travail, leur labeur. Mais ils défendaient aussi la culture européenne, qui est aussi déterminée par la nourriture, l'alimentation.

Des agriculteurs qui doivent respecter des règles de plus en plus strictes, tandis que les eurocrates voudraient autoriser l'entrée en Europe de produits cultivés selon des méthodes interdites à nos agriculteurs européens.

Mais il est évident que la viande aux œstrogènes, provenant d'animaux élevés dans d'autres pays où les règles du travail sont également très différentes, coûterait moins cher. Et elle serait à la portée des Européens qui, grâce aux imbéciles de Bruxelles, deviendront de plus en plus pauvres.

Des imbéciles qui interdisent à leurs sujets d'utiliser les poêles à bois pour se chauffer, car ils polluent. Mais ensuite, ils offrent à la bande de Zelensky des armes qui polluent mille fois plus. Et ils achètent du gaz liquéfié américain, beaucoup plus cher, transporté par des navires qui augmentent la pollution. Tout comme ils pollueront davantage les produits alimentaires acheminés à travers les océans pour remplacer la nourriture européenne.

L'important, cependant, est de poursuivre la guerre.

Les 90 milliards qui n’existent pas – le financement de l’Ukraine par l’Europe comme placebo politique

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Les 90 milliards qui n’existent pas – le financement de l’Ukraine par l’Europe comme placebo politique

Elena Fritz

Bron: https://pi-news.net/2025/12/90-milliarden-die-es-nicht-gi... 

"Merci, cher Friedrich !": L’Ukraine, le pays le plus corrompu du monde, reçoit de l’UE un prêt sans intérêt de 90 milliards d’euros.

Les décisions nocturnes du Conseil européen nous laissent surtout une impression: celle d’un théâtre politique destiné à donner une illusion d’action, là où il ne reste pratiquement plus d’espace de manœuvre. Beaucoup de problèmes semblent résolus, beaucoup de déclarations paraissent grandes – mais en y regardant de plus près, il reste étonnamment peu de substance.

Commençons par le supposé rassurant: les avoirs d’État russes gelés en Europe restent intacts. Malgré des mois de débats, de charges morales et de menaces politiques, Bruxelles n’a finalement pas osé franchir cette ligne juridique. Cela n’est pas tant l'expression de principes propres à l’État de droit, mais plutôt la reconnaissance que la confiscation formelle d’actifs étrangers serait un précédent dangereux – pour le marché financier européen, la confiance des investisseurs internationaux et la crédibilité fragile des garanties de propriété occidentales.

Au lieu de cela, on a présenté un chiffre qui capte mieux l’attention dans les médias: 90 milliards d’euros pour 2026 et 2027, "provenant du budget de l’UE". C’est là que commence le problème.

Car ce budget de l’UE existe déjà – et il est largement planifié. Le cadre financier pluriannuel 2021-2027 comprend au total 1074 milliards d’euros, soit environ 153 milliards par an. Pour l’Ukraine, aucune ligne budgétaire spécifique n’est prévue. Si l’on mobilisait effectivement 90 milliards d’euros en deux ans, cela représenterait jusqu’à 30% du budget annuel – une ampleur qui bouleverserait fondamentalement la structure financière actuelle de l’UE.

Le budget de l’UE n’est pas un simple coffre-fort, mais le résultat de compromis politiques. Il est principalement alimenté par les contributions de quelques payeurs nets – notamment l’Allemagne, la France, l’Italie et l’Espagne – et finance des politiques classiques de l’UE: subventions agricoles, projets de transport et d’infrastructure, développement régional. De grands bénéficiaires comme la Pologne en profitent tout particulièrement en chiffres absolus, tandis que des pays comme l’Estonie en profitent en proportion de leur PIB.

Un déplacement massif en faveur de l’Ukraine entraînerait donc inévitablement des perdants au sein de l’UE. Ce que ce vote nocturne ne dit pas. Reste à voir si les programmes existants seront coupés, si de nouvelles dettes seront contractées ou si les règles du budget seront simplement assouplies. Jusqu’à présent, le budget de l’UE est officiellement en équilibre; un déficit structurel serait politiquement délicat et, du moins juridiquement, nécessiterait des explications.

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Il n’est donc pas exclu qu’un troisième scénario se dessine: que la référence au "budget de l’UE" soit avant tout rhétorique – un signal politique sans financement assuré. Un simple marqueur pour gagner du temps.

Dans ce contexte, le mécanisme de remboursement choisi est particulièrement révélateur. L’Ukraine remboursera les fonds lorsque la Russie versera des réparations. Cela semble juridiquement net, politiquement élégant – mais c'est économiquement une fiction. En réalité, il s’agit de subventions assorties d’une promesse morale de remboursement. Personne à Bruxelles ne compte sérieusement sur un tel paiement.

Il ne reste donc du grand vote qu’une seule chose: un report. La question fondamentale – qui doit financer à long terme le budget de l’État ukrainien et ses besoins militaires – n’a pas reçu de réponse, mais à été reportée à l’avenir. Chaque euro devra être négocié durement, avec une opposition intérieure croissante dans les États payeurs nets.

L’UE voulait montrer sa détermination, mais a plutôt révélé son épuisement financier. Le problème central n’est pas le manque d’argent, mais le manque de sincérité quant aux limites du possible.

Figures féminines et masculines du temps liminal de l'hiver

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Figures féminines et masculines du temps liminal de l'hiver
 
 
Perchta, Holda, Frau Holle, les figures féminines
 
Au cœur des Rauhnächte se tient un ensemble de figures féminines qui ne relèvent ni du simple folklore ni d’une mythologie figée, mais d’un système cohérent de représentations liées au temps liminal de l’hiver.
 
Ces figures incarnent la surveillance, la sanction, la protection et la transmission au moment précis où l’ancien cycle s’achève et où le nouveau n’est pas encore pleinement advenu.
 
Leur rôle s’enracine dans une conception du monde où les douze nuits constituent un intervalle dangereux, hors du temps ordinaire, nécessitant une vigilance accrue et le respect strict d’un ordre rituel.

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Parmi elles, Perchta, Holda, Frau Holle ne doivent pas être comprises comme des personnages isolés, mais comme les manifestations régionales et historiques d’une même fonction féminine archaïque, liée au foyer, au fil du destin et à la frontière entre les mondes.

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La figure de Perchta, particulièrement présente dans l’espace alpin et bavarois, est sans doute la plus redoutée.
Elle apparaît durant les Rauhnächte comme une souveraine nocturne, parfois belle et lumineuse, parfois monstrueuse et punitive, une sorcière.
 
Cette ambivalence n’est pas une contradiction, mais l’expression même de sa fonction : Perchta récompense ceux qui ont respecté les règles du temps sacré et punit ceux qui les ont transgressées.
 
Les récits la décrivent inspectant les maisons durant les douze nuits, vérifiant si les travaux ont été achevés avant Noël, si le filage est terminé, si l’ordre règne dans le foyer.

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Les fautes les plus graves concernent le travail du fil et de la quenouille, activités strictement interdites durant cette période, car elles touchent symboliquement au fil de la vie et au destin de l’année à venir.
 
La sanction attribuée à Perchta, ouvrir le ventre des fautifs et le remplir de paille ou de déchets, appartient à un langage mythique ancien où la transgression rituelle appelle une punition corporelle symbolisant la rupture de l’ordre cosmique.
 
Dans les régions plus septentrionales du monde germanique, cette même fonction apparaît sous les traits de Holda (la noble Dame) ou Frau Holle.
 
Dame Holda, connue notamment par les traditions de l’Allemagne centrale, est étroitement liée à la neige, au foyer et au travail textile.
 
Comme Perchta, elle surveille le respect des interdits hivernaux et récompense les ménagères diligentes.
 
Elle secoue ses draps pour faire tomber la neige, image qui relie le monde domestique à l’ordre naturel.
 
La neige n’est pas ici un simple phénomène météorologique, mais le signe visible d’une activité féminine surnaturelle, rappelant que le monde est encore en cours de tissage.
 
Elle recouvre, assure le sommeil réparateur de la Terre, assure la fertilité à venir, d'où l'image de l'édredon, qui recouvre les dormeurs et protège la fertilité du couple.
 
Frau Holle incarne une autorité discrète mais omniprésente, moins terrifiante que Perchta dans ses formes tardives, mais tout aussi exigeante dans ses fonctions.

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Derrière ces figures folkloriques se profile une strate plus ancienne encore, celle de la déesse Frigg, épouse du dieu souverain dans la mythologie germanique.
 
Frigg est la fileuse par excellence, celle qui connaît le destin des hommes et qui tisse le fil des vies.
 
Son lien avec les Rauhnächte apparaît dans l’idée que chacune des douze nuits correspond à un mois de l’année à venir, et que durant ces nuits, le destin de l’année est filé.
 
Travailler le fil pendant cette période reviendrait à interférer avec l’œuvre divine, à se substituer à la déesse dans une tâche qui dépasse l’humain.
 
C’est pourquoi le rouet et la quenouille doivent être rangés avant Noël, et c'est pourquoi les femmes qui n’ont pas achevé leur filage avant l’entrée dans les Rauhnächte s’exposent à des figures punitives telles que Perchta ou la Roggenmuhme.
 
Le fil devient ici l’image la plus claire du temps lui-même, continu, fragile, susceptible d’être rompu si l’on agit au mauvais moment.
 
Ces figures féminines ne sont pas seulement des surveillantes ou des punisseuses ; elles sont aussi des gardiennes du foyer et de la continuité.
 
Leur autorité s’exerce à l’intérieur de la maison, espace clos et protégé durant les Rauhnächte, opposé au dehors dangereux où errent la Chasse sauvage et les âmes sans repos.
 
Elles incarnent la loi intérieure, celle qui exige le calme, l’ordre, la retenue et la préparation.
 
La maison bien tenue, le travail achevé, le feu entretenu et le silence respecté constituent autant d’actes d’allégeance à ces puissances féminines, qui assurent en retour protection et fertilité pour l’année nouvelle.
 
Avec la christianisation progressive, ces figures n’ont pas disparu, mais ont été transformées.
 
Leur violence rituelle a été atténuée, leur autorité déplacée vers des figures plus compatibles avec la morale chrétienne, sans que leur fonction fondamentale ne soit totalement effacée.

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Perchta devient parfois une simple figure de conte, Frau Holle une fée bienveillante, tandis que la dimension cosmologique de Frigg se dissout dans des interdits domestiques dont le sens originel se perd peu à peu.
 
Pourtant, la cohérence demeure lisible : ces figures féminines gouvernent le seuil, elles règnent sur le temps suspendu, et rappellent que le passage d’une année à l’autre ne peut s’effectuer sans discipline ni respect des rythmes invisibles.
 
Ainsi, les Rauhnächte apparaissent comme un temps placé sous une souveraineté féminine, non pas au sens sentimental ou maternel, mais au sens le plus archaïque du terme : celui de la maîtrise du foyer, du destin, de l'invisible.
 
Avec l’irruption des figures masculines de la Chasse sauvage et des exécuteurs nocturnes, ce sont elles qui tiennent la clef du passage, qui ferment l’ancien monde et préparent silencieusement le nouveau.
 
Leur présence rappelle que, dans l’imaginaire ancien, le renouvellement du temps ne se conquiert pas par le bruit ou la force, mais par l’ordre, la retenue et l’acceptation d’un temps où l’humain doit s’effacer devant les puissances qui tissent le monde.

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Chasse sauvage, Knecht Ruprecht, Hans Trapp, Weihnachtsmann : les figures masculines
 
La Chasse sauvage occupe une place centrale dans l’imaginaire hivernal, non comme un simple récit d’épouvante, mais comme l’expression dynamique d’un moment du cycle où le monde est mis en mouvement, secoué et symboliquement détruit afin de permettre sa renaissance.
 
Connue sous les noms de Wilde Jagd, Wütendes Heer, conduite par le Wilder Jäger, elle traverse les nuits du coeur de l'hiver comme une tempête surnaturelle, emplissant l’air de vacarme, de cris, de claquements et de vents violents.
 
La Chasse sauvage est avant tout l’irruption contrôlée du chaos, nécessaire à la régénération du monde, et non une simple punition morale.
 
Dans de nombreuses traditions, la Chasse est menée par une figure souveraine, parfois identifiée à Wodan, parfois à un chasseur, à un chef spectral, menant des seigneurs damnés ou des cavaliers nocturnes.
 
Le meneur incarne la force en mouvement, la rupture, la violence active qui traverse l’espace ouvert, les forêts, les chemins et le ciel.
 
Il emporte avec lui les âmes errantes, les morts sans repos, les figures marginales et tout ce qui n’a pas trouvé sa place dans l’ordre achevé de l’année finissante.
 
Toutefois, cette lecture ne saurait être considérée comme unique ni originelle.
 
La chasse sauvage relève d’un niveau plus archaïque participant d’un même processus cosmique.
 
Dans plusieurs régions, c’est Perchta elle-même qui conduit la Chasse sauvage, révélant une strate peut-être encore plus ancienne du mythe, où la souveraineté féminine ne se limite pas à la protection domestique, mais englobe aussi la violence rituelle et la capacité de destruction nécessaire au renouvellement.
 
Cette coexistence de meneurs masculins et féminins ne doit pas être interprétée comme une opposition de principes, mais comme l’expression parallèle de fonctions équivalentes.

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La Chasse sauvage n’est pas genrée dans son essence ; elle est un rite cosmique en mouvement.
 
Qu’elle soit conduite par une figure masculine ou féminine, elle remplit la même tâche : arracher, disperser, effrayer, purger. Dans cette perspective, destruction et fertilité ne sont pas antagonistes, mais indissociables.
 
La violence de la Chasse participe d’un ancien fonds indo-européen où la mort rituelle précède toujours la renaissance, à l’image des tempêtes hivernales qui précèdent le retour du printemps, ou du labour qui déchire la terre afin de la rendre féconde.
 
La poursuite nocturne, le fracas et la circulation des forces invisibles agissent comme un grand nettoyage symbolique, débarrassant le monde des scories de l’année écoulée.

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À cette Chasse sauvage est presque toujours associée une multitude d’êtres surnaturels hurlants et effrayants, qui en constituent la horde chaotique et bruyante. Ces figures, connues sous des appellations diverses selon les régions, trouvent leur expression la plus célèbre dans les Krampus et les créatures apparentées qui accompagnent les processions hivernales. Cornus, velus, masqués, armés de chaînes, de cloches et de fouets, ils ne représentent pas des démons au sens théologique chrétien, mais des puissances hivernales archaïques, incarnations du froid, de la nuit, de la mort et de l’indompté.
 
Leur violence n’est pas morale, mais cosmique.
 
Hurlants, excessifs, transgressifs, ils rappellent directement la horde déchaînée de la Wilde Jagd, dont ils sont la manifestation visible et incarnée.
 
Ces êtres peuvent être compris à la fois comme des génies sauvages de la forêt, des forces élémentaires de l’hiver, et comme les âmes des défunts errants, revenues hanter le monde des vivants durant ce temps où les frontières entre les mondes sont ouvertes. Leur présence souligne que la souveraineté exercée durant les Rauhnächte ne s’exerce jamais seule : elle s’entoure toujours d’une multitude chaotique, indispensable à la purge rituelle du cycle.
 
Certains personnages parcourent l'hiver, distribuant punitions et récompenses lorsque arrivent les douze nuits.
Ils relèvent de cette même logique.

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Le Bluatiger Dammerl, associé à la Thomasnacht, incarne la violence inaugurale du cycle, celle qui ouvre les Rauhnächte par le sang et l’effroi.
 
Il ne s’agit ni d’un simple croquemitaine ni d’un personnage moralisateur, mais d’une condensation extrême de la brutalité requise pour rompre avec l’ancien ordre.
 
Les traditions le décrivent fréquemment armé d’un énorme maillet ou d’une lourde masse, instrument de frappe brutale et immédiate, dont la portée symbolique dépasse largement la simple intimidation. Cet attribut renvoie clairement à l’imaginaire du dieu germanique Donar, connu dans le monde nordique sous le nom de Thor, maître de l’orage et porteur du marteau.
 
Donar est celui qui traverse le ciel en grondant, frappe la terre de sa masse et, par la violence de la tempête, fait tomber la pluie fécondante en été.

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Le maillet du Dammerl condense cette même logique : une violence céleste, sonore et terrifiante, qui n’est pas purement destructrice mais participe d’un cycle de régénération.
 
Comme l’orage qui brise pour nourrir, le coup du maillet marque, ouvre et purifie, confirmant que le Bluatiger Dammerl conserve l’empreinte d’un fonds mythique ancien où la frappe, le tonnerre et le sang sont étroitement liés à la fertilité et au renouvellement du monde.

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Dans l’espace rhénan et alsacien, Hans Trapp joue un rôle comparable, accompagnant les figures lumineuses de Noël comme leur envers sombre et complémentaire : là où l’une récompense et éclaire, l’autre éprouve, menace et corrige.
 

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Plus au nord, Knecht Ruprecht erre aux marges de la communauté en rappelant par la peur que le monde n’est pas encore stabilisé.
 
Pelzmärtel (le Martin à fourrure) est un genre de Weihnachtsmann ou Knecht Ruprecht, couvert de fourrure ou d'un manteau à fourrure. Son nom fait référence à St Martin.
 
Même la figure apparemment adoucie du Weihnachtsmann conserve, sous des formes neutralisées, cette dimension ancienne de jugement saisonnier et de collecte, héritée de figures hivernales plus rudes.
 
Il importe toutefois de préciser que le Père Noël moderne ne saurait être compris comme un avatar direct et linéaire de Wodan, malgré les rapprochements fréquents opérés dans les discours contemporains.
 
Il relève plutôt de l’évolution récente d’un personnage archétypal ancien, associé de longue date à la circulation nocturne, à la souveraineté hivernale et à la distribution saisonnière, archétype auquel Wodan a été rattaché en tant que conducteur de la Chasse sauvage.
 
La christianisation a largement récupéré et réorienté cette figure archétypale à travers des figures de saints, notamment Nicolas de Myre (Saint Nicolas) et Martin de Tours (Saint Martin), dont les légendes ont absorbé des motifs païens plus anciens : chevauchée hivernale, dons nocturnes, protection des enfants, contrôle saisonnier des comportements.
 
Ces figures saintes n’ont pas effacé les structures antérieures, mais les ont recouvertes d’une lecture morale et théologique nouvelle.
 
La figure actuelle du Père Noël est ainsi le résultat d’un long processus de neutralisation et de sécularisation, où subsiste néanmoins l’ombre d’un juge saisonnier et d’un collecteur hivernal.

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On notera enfin que le houx, plante emblématique de l’hiver et du temps sombre, est traditionnellement associé à Wotan.
Toujours vert au cœur de la saison morte, armé de feuilles piquantes et de baies rouges rappelant le sang, le houx incarne à la fois la persistance de la vie dans la nuit hivernale et la dimension dangereuse de cette vitalité.
 
Dans l’imaginaire germanique, il se rattache à la souveraineté de Wotan, dieu des morts, des tempêtes, qui traverse le monde lorsque la végétation ordinaire est en sommeil. L’usage du houx comme plante protectrice durant la période de Noël ne relève donc pas d’un simple décor, mais d’une survivance symbolique : il marque la présence d’une force vitale âpre, tranchante et indomptée, capable de repousser le chaos tout en appartenant pleinement au règne de l’hiver. Sa récupération chrétienne comme ornement festif prolonge cette ambivalence, transformant un signe de puissance wotanique et de liminalité mortifère en symbole de protection et de continuité, sans en effacer totalement la charge archaïque.

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À la périphérie de ce personnage central gravitent encore des figures mineures, telles que les gnomes ou lutins de Noël, qui peuvent être compris comme des paraphrases tardives des Albes germaniques.
 
Ces êtres intermédiaires, ni pleinement divins ni humains, attachés à la maison, à la nuit et à la liminalité du temps hivernal, témoignent de la persistance d’un monde invisible peuplé d’entités subalternes, survivance discrète mais tenace de l’ancien imaginaire germanique.
 
Comprendre la Chasse sauvage dans le contexte des Rauhnächte impose ainsi de dépasser toute lecture dualiste simpliste. Masculin et féminin n’y sont pas des principes opposés, mais des modes d’expression parallèles d’une même nécessité cosmique.
La violence n’est pas expulsée hors du cycle ; elle en constitue un moment essentiel.
 
Perchta peut être à la fois la souveraine qui inspecte les maisons et celle qui mène la Chasse, tout comme une figure masculine peut incarner la même fonction de purge et de mise en mouvement.
 
La maison, close, protégée par le feu et le silence, n’est pas l’antithèse de la Chasse sauvage, mais son complément nécessaire : tandis que l’extérieur est livré à la tempête rituelle, l’intérieur préserve le germe de la continuité.
 
Ainsi comprise, la Chasse sauvage apparaît comme l’un des rites les plus puissants du cycle hivernal, non parce qu’elle terrifie, mais parce qu’elle met en scène l’unité profonde de la vie et de la mort, de la destruction et de la fertilité.
 
Elle rappelle que la renaissance ne surgit jamais du calme seul, mais d’un passage violent et nécessaire, orchestré par des puissances anciennes qui, sous des formes multiples et changeantes, continuent de structurer l’imaginaire du solstice et des Rauhnächte.

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dimanche, 21 décembre 2025

Christkindl et Sainte Lucie

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Christkindl et Sainte Lucie
 
 
Avec la christianisation avancée de l’espace germanique, les figures féminines qui gouvernaient traditionnellement le temps liminal des Rauhnächte ne furent ni supprimées ni oubliées, mais profondément transformées.
 
Leur fonction cosmologique (veiller sur le seuil de l’année, garantir la continuité du foyer, apporter la lumière dans la nuit) fut conservée, tandis que leurs aspects les plus archaïques et les plus violents furent neutralisés.
 
C’est dans ce contexte qu’apparaît la figure du Christkindl, qui ne doit en aucun cas être compris comme un enfant.
 
Le Christkindl est, dès l'origine, une figure féminine, lumineuse, silencieuse et nocturne, angélique, créée dans l’espace luthérien comme substitut chrétien aux anciennes souveraines féminines des Rauhnächte.
 
Son rôle n’est pas d’incarner l’enfance, mais la lumière ordonnée et la pureté rituelle au cœur du temps suspendu de l’hiver.
 
Le Christkindl apparaît dans les territoires allemands protestants aux XVIᵉ et XVIIᵉ siècles, notamment dans le contexte de la Réforme, comme une réponse théologique et symbolique à la fois au culte des saints et aux figures populaires jugées trop violentes ou trop païennes.

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Là où Perchta, Holda ou Holle inspectent les maisons et sanctionnent les transgressions, le Christkindl se manifeste comme une présence discrète et bienveillante, qui ne punit plus mais récompense. Une image de l'amour et de la bienveillance du Christ. Toutefois, cette douceur ne doit pas masquer la continuité de fonction.
 
Le Christkindl intervient lui aussi à un moment précis du calendrier, durant la nuit ou à son seuil, exige le silence, la retenue et l’ordre préalable du foyer, et n’apparaît que là où l’ancien cycle a été correctement clos.
 
Il demeure une figure du contrôle rituel, mais d’un contrôle intériorisé, compatible avec la morale chrétienne et particulièrement destiné au monde domestique.

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Cette figure féminine lumineuse ne procède pas d’une dévotion christologique directe, mais d’une ré-élaboration consciente des anciennes puissances féminines du seuil.
 
Sa blancheur, sa clarté, sa douceur, son absence de bruit, son lien étroit avec la maison et la distribution de dons sont autant d’éléments hérités des figures archaïques, dont la souveraineté s’exerçait déjà sur le foyer et le destin hivernal.
 
Le Christkindl n’est pas une rupture, mais une transposition confessionnelle: la même autorité féminine, désormais dépourvue de violence rituelle explicite, mais toujours chargée d’assurer le passage de l’année et la protection de l’espace domestique.
 
C’est dans ce cadre qu’il convient également de comprendre la figure de Lucie de Syracuse, telle qu’elle s’est imposée en Suède et dans le monde scandinave.

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La Sainte Lucie suédoise, jeune femme vêtue de blanc, portant une couronne de bougies et apparaissant dans la nuit pour apporter lumière et nourriture, ne constitue pas à proprement parler d'une survivance directe d’un culte ancien distinct, mais une adaptation tardive du modèle du Christkindl luthérien.
 
Dans l’espace nordique, cette figure féminine a été déplacée dans le calendrier et fixée au 13 décembre, date qui correspondait, dans l’ancien calendrier julien, au solstice d’hiver ou à son voisinage immédiat.
 
Le choix de sainte Lucie comme support hagiographique s’explique par l’évidence de son nom, issu du latin lux, la lumière, mais la fonction symbolique dépasse largement la martyre antique.
 
La Lucie scandinave reprend point par point les attributs du Christkindl : féminité lumineuse, blancheur, silence, présence nocturne, lien exclusif avec le foyer et apport de nourriture ou de dons. Elle n’est ni punitive ni maternelle au sens strict, mais ordonnatrice, garante d’un passage maîtrisé au cœur de l’hiver. Sa procession domestique, loin d’être une simple coutume festive, rejoue la mise en scène d’une lumière fragile qui traverse la maison à un moment où l’obscurité domine encore le monde extérieur. Comme le Christkindl, elle suppose un intérieur préparé, propre, calme, et un respect implicite des règles du temps hivernal.

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Il convient toutefois de préciser que cette transformation ne saurait être comprise comme un simple remplacement des anciennes figures féminines par des figures chrétiennes nouvelles.
 
Le Christkindl et la Lucie scandinave ne se substituent pas à Perchta ; ils en incarnent la face lumineuse, isolée et rendue compatible avec l’ordre chrétien.
 
Dans la tradition ancienne, Perchta est fondamentalement ambivalente: elle possède deux visages indissociables, l’un lumineux et bienveillant, l’autre sombre et dangereux.
 
La Perchta claire, blanche, ordonnatrice, protectrice du foyer et dispensatrice de dons, coexiste avec la Perchta noire, punitive, sorcière, ouvreuse de ventres et châtieuse des transgressions.
 
Cette dualité ne relève pas d’une opposition morale, mais d’une souveraineté totale sur le seuil de l’année, où protection et destruction procèdent d’une même autorité.
 
Le christianisme n’a pas supprimé cette figure, mais en a opéré une dissociation: la face lumineuse a été conservée et sublimée sous les traits du Christkindl puis, dans l’espace nordique luthérien, sous ceux de Lucie, tandis que la face sombre a été refoulée, diabolisée ou reléguée dans les marges du folklore sous forme de sorcières, de figures nocturnes ou de récits d’épouvante.
 
Le Christkindl n’est donc pas l’anti-Perchta, mais Perchta transfigurée, dépouillée de sa violence rituelle explicite et réduite à sa fonction positive de gardienne du foyer, porteuse de lumière et garante de la continuité hivernale.
 
Cette opération de sélection symbolique permet de comprendre pourquoi la souveraineté féminine demeure centrale le soir de Noël et dans le cycle des Rauhnächte, tout en changeant de visage : ce n’est pas la fonction qui disparaît, mais son expression, adaptée à un nouvel horizon religieux.

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Cette face lumineuse tardive que prennent le Christkindl et la Sainte Lucie nordique ne renvoie pas uniquement à Frigg, déesse du foyer, de l’ordre domestique, de la divination et du destin, mais convoque également l’autre pôle du féminin germanique, celui de Freyja, figure de la jeunesse, de la beauté, de la fertilité et de la puissance vitale.
 
Là où Frigg incarne la mère, l’épouse et la continuité, Freyja représente la femme désirante, lumineuse et féconde, associée à l’or, à la magie et au renouveau.
 
Cette polarité n’est pas une opposition, mais une complémentarité constitutive du féminin souverain.
 
Perchta apparaît précisément comme la synthèse populaire de ces deux pôles : souveraine hivernale ambivalente, elle est à la fois la vieille sorcière sombre, punitive et redoutable, proche de la mort et de la loi du fil, et la jeune reine blanche, bienveillante et ordonnatrice, porteuse de fécondité et de renouveau.

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Le christianisme n’a pas détruit cette figure, mais en a opéré une dissociation: la face lumineuse, jeune et désirable, relevant de Freya, a été isolée, purifiée et rendue acceptable sous les traits du Christkindl puis de Lucie, tandis que la face sombre, hivernale et terrifiante, relevant davantage de Frigg, a été refoulée dans la figure de la sorcière ou de la Perchta noire.
 
La persistance de motifs tels que le chat de Noël, animal traditionnellement associé à Freyja, dans les traditions nordiques de Yule et de Noël, confirme que cette dimension n’a jamais disparu : elle a été déplacée, neutralisée et fragmentée, mais continue de hanter le cycle hivernal comme la trace discrète d’un féminin lumineux, fertile et souverain, indispensable à la renaissance du monde après les nuits sombres.
 
Elles témoignent de la capacité des sociétés à transformer des structures symboliques très anciennes sans les détruire, en substituant à la crainte une douceur ordonnée, à la sanction une récompense, tout en conservant l’essentiel : la reconnaissance d’un temps où l’humain doit se tenir en retrait, dans le silence et la lumière maîtrisée, tandis que le monde se prépare à renaître.

Weihnachten, Rauhnächte, Loostagen, 's kleine Johr: Aux origines des coutumes de Noël en Alsace, une affaire de calendrier

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Weihnachten, Rauhnächte, Loostagen, 's kleine Johr: Aux origines des coutumes de Noël en Alsace, une affaire de calendrier
 
 
La nuit qui précède l’Épiphanie marque traditionnellement la fin des redoutées Rauhnächte, ces nuits situées entre l’ancienne et la nouvelle année, chargées depuis des siècles d’un sens particulier. Elles incarnent à la fois l’achèvement d’un cycle et l’attente du renouveau, un temps d’incertitude où l’ordre du monde semble vaciller avant de se recomposer.
 
Bien avant leur intégration au calendrier chrétien, ces nuits étaient déjà investies d’une forte valeur symbolique, enracinée dans une conception ancienne du temps et du cosmos.
 
On croyait que, durant cette période, les frontières entre le visible et l’invisible s’amenuisaient, que les animaux pouvaient parler, que les rêves prenaient une valeur prophétique et que l’année à venir se laissait entrevoir à travers des pratiques divinatoires dont le coulage de plomb du réveillon n’est qu’un vestige tardif.
 
Pour se protéger des forces errantes censées parcourir ces nuits, on faisait grand bruit, on sonnait des cloches, on frappait des objets métalliques, et plus tard on tira des pétards et des feux d’artifice, tandis que le christianisme introduisit l’aspersion d’eau bénite et l’encensement rituel des maisons afin d’écarter toute influence néfaste.

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Les Rauhnächte, également appelées Raunächte, sont aussi connues sous les noms de Zwölfnächte ou Zwölfte (les douze nuits), Glöckelnächte (nuits des clochettes), Innernächte ou Unternächte, Zwischen den Jahren, Loostage, et en Alsace sous l’appellation de s’kleine Johr, la "petite année".
 
Elles désignent un ensemble de nuits entourant le passage à la nouvelle année, auxquelles le folklore germanique et alpin attribue une signification exceptionnelle.
 
Le plus souvent, elles correspondent aux douze jours de Noël, du 25 décembre jusqu’à l’Épiphanie, le 6 janvier, mais dans certaines régions, la période retenue commence dès le solstice d’hiver ou la nuit de la Saint-Thomas, le 21 décembre, et s’achève au Nouvel An.
 
Il arrive aussi que la Thomasnacht ne soit pas incluse dans le décompte.
 
Selon les croyances populaires, les puissances tempétueuses propres au cœur de l’hiver se retireraient dans la nuit du 6 janvier, moment où la Wilde Jagd, la Chasse sauvage, cesserait ses courses nocturnes.

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Les douze Rauhnächte servaient également de base à des règles paysannes : conformément à la pauren practick, chacune de ces nuits était censée annoncer le temps de l’un des douze mois de l’année à venir, inscrivant ainsi l’avenir météorologique dans ce temps suspendu.
 
L’origine profonde de cette période ne réside cependant ni dans le christianisme ni dans un folklore tardif, mais dans un problème fondamental de mesure du temps.
 
Une année fondée sur douze mois lunaires compte 354 jours, tandis que l’année solaire en compte 365.
Il existe donc un écart de onze jours, parfois conceptualisés comme douze nuits (les germains comptant en nuits), qui ne s’intègrent pas naturellement dans le cycle ordinaire de l’année.
 
Dans les calendriers lunisolaires simples, qui ne pratiquent pas l’intercalation régulière de mois supplémentaires, ces jours excédentaires sont considérés comme des jours "morts", des jours hors du temps, situés en marge du décompte normal des mois.
 
De nombreuses mythologies considèrent que, durant ces périodes intercalaires, les lois habituelles du monde sont suspendues, rendant les frontières entre les mondes perméables.
 
Ces nuits deviennent alors propices aux rites de protection, de purification et de divination, et il est probable que certaines coutumes liées à la sortie de l’hiver et au carnaval trouvent leur origine dans cette logique de réajustement symbolique du calendrier.

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Le solstice d’hiver, autour du 21 décembre, constitue à cet égard un seuil cosmique majeur.
 
La nuit y atteint sa durée maximale avant que la lumière ne commence lentement à regagner du terrain.
 
Les Rauhnächte s’inscrivent précisément dans cet intervalle critique, après la nuit la plus longue mais avant le retour visible de la clarté, un temps d’attente où le monde semble retenir son souffle.
 
Cette conception se superpose ensuite aux évolutions des calendriers historiques.
 
Dans le calendrier romain primitif, le début de l’année tombait le 1er mars.
 
En 153 av. J.-C., les consuls romains déplacèrent le début de leur mandat au 1er janvier, faisant de cette date le commencement officiel de l’année civile.
 
Avec l’essor du christianisme, de nouvelles tensions apparurent lorsque la fête de Noël fut élevée au rang de moment central de l’année liturgique.
 
Dans le christianisme primitif, la date de la naissance du Christ n’était pas fixée, et ce n’est qu’en 354 apr. J.-C. que l’on trouve la première attestation écrite d’une célébration du 25 décembre à Rome, date à laquelle le pape Libère fixa officiellement la Nativité, en correspondance avec le culte du dieu solaire Sol Invictus, étroitement lié au culte impérial.
 
Si le 1er janvier conserva son statut de début de l’année civile, la nouvelle année liturgique se trouva encadrée par la fête de l’Épiphanie, le 6 janvier, renforçant le caractère intermédiaire de la période située entre Noël et cette date.
 
Au concile de Tours, cette période fut rattachée au dodécaéméron liturgique, les douze jours et nuits désormais considérés comme particulièrement dignes de vénération, et cette conception est encore attestée à l’époque de l’empereur byzantin Constantin VII Porphyrogénète.

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Jusqu’à la réforme du calendrier par Grégoire XIII, le 6 janvier demeura dans de vastes régions d’Europe la date officielle du Nouvel An, tandis que la fin de l’année était traditionnellement célébrée dès le 24 décembre, laissant subsister un temps perçu comme situé "entre deux années".
 
L’introduction progressive du calendrier grégorien, inégale selon les territoires et les confessions, accentua encore ce flottement chronologique.
 
Ce n’est qu’en 1691 que le pape Innocent XII fixa définitivement le dernier jour de l’année au 31 décembre, jour de la mémoire de saint Sylvestre, stabilisant enfin le cadre civil sans effacer pour autant les représentations populaires héritées.
 
L’étymologie du terme Rauhnacht reflète cette ambivalence.
 
Selon une première interprétation, il dériverait du moyen haut allemand rûch, "rugueux, velu", terme encore présent dans le vocabulaire de la pelleterie sous les formes Rauware ou Rauchware, renvoyant à des êtres hirsutes et inquiétants censés rôder durant ces nuits dangereuses.

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Une autre interprétation le rattache au Rauch, la fumée, et aux pratiques d’encensement rituel des maisons et des étables destinées à éloigner les forces néfastes, pratiques attestées dès le XVIᵉ siècle par Johannes Boemus et Sebastian Franck :
"Die zwolff naecht zwischen Weihenacht und Heyligen drey Künig tag ist kein hauß das nit all tag weiroch rauch in yr herberg mache / für alle teüfel gespenst vnd zauberey.“ (Les douze nuits entre Noël et le jour des Saints Rois, il n’est pas une maison qui ne fasse chaque jour brûler de l’encens dans son logis, contre tous les diables, spectres et sortilèges.)
 
Ces deux lectures ne s’excluent pas : elles expriment un même imaginaire où le danger, la purification et la frontière entre les mondes se rejoignent.
 
Les Rauhnächte apparaissent ainsi comme l’expression d’un temps excédentaire, d’un reste calendaire investi de sens, un moment où l’on suspend l’action, où l’on observe, protège et anticipe.
 
Elles constituent le socle sur lequel se sont greffées figures mythiques, interdits domestiques, rites du feu et traditions alimentaires.
 
Temps dangereux mais nécessaire, elles marquent un passage, un seuil à franchir sans le brusquer, dans la lumière fragile du foyer, tandis qu’au-dehors, la nuit demeure le domaine des puissances errantes.

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La crise de Trump et du mouvement MAGA: MTG va-t-elle agir ou se retirer? 

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La crise de Trump et du mouvement MAGA: MTG va-t-elle agir ou se retirer? 

Joaquin Flores

Source: https://telegra.ph/La-crisi-del-MAGA-di-Trump-MTG-sta-pre...

Quoi qu'il arrive à l'avenir, cela ne sera ni silencieux ni discret, car c’est l’art du théâtre en politique américaine.

Rien ne peut égaler la politique américaine avec ses drames exagérés, qui attirent l’attention du monde entier, car comment pourrait-il en être autrement? Que l’on aime l'Amérique ou qu’on la déteste, son histoire est l'histoire étincelante et étoilée de l’effondrement du mondialisme, et la grande réorientation du pays porte en elle toutes les nuances du théâtre, tous les modes de l'histoire humaine tissée de trahison et de destruction. Il est impossible de détourner le regard lorsque la mise en jeu atteint chaque coin de la planète. Ainsi, lorsqu’une députée américaine et figure favorite du mouvement MAGA, Marjorie Taylor Greene, rompt avec le président Donald Trump et annonce qu’elle démissionnera du Congrès, la question se pose: est-ce la fin de la carrière de Greene, la fin du mouvement MAGA, une guerre civile interne ou une opportunité solide pour MTG de réussir son coup ?

MTG pourrait-elle se tourner vers la politique nationale ou orienter ses ambitions vers les élections au gouvernorat de la Géorgie ? Trump hésitera-t-il entre les forces populistes et oligarchiques, pour finir marginalisé dans une manœuvre ratée visant à équilibrer des intérêts de classe contradictoires, où le plan économique America First ne peut fonctionner ? Trump se réconciliera-t-il finalement avec MTG comme il l’a fait avec Elon Musk, ou s'éloignera-t-il d'une grande partie de sa base ?

La crise politique qui couvait depuis longtemps au sein du mouvement MAGA, autour d’Epstein, d’Israël et plus tard de l’assassinat de Charlie Kirk, avait déjà anticipé l’annonce de Greene, confirmant ainsi que le mouvement MAGA était irrémédiablement divisé. Les démocrates envisagent sans aucun doute de réaliser des résultats positifs à mi-mandat et de reprendre la Chambre, étant donné que le pessimisme quant à l’état de l’économie demeure élevé.

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Greene a été submergée à la fois par des critiques et par des soutiens, mais dans tous les cas, «toute mauvaise publicité est bonne publicité», ou, du moins, c’est ce qu’on dit. Elle contrôle toujours sa narration, ce qui équivaut à un capital politique. On dit aussi que rien en politique n’est fortuit, et si Greene pourrait être hors-jeu, cette controverse pourrait aussi finir par lui offrir une opportunité de surfer sur la vague de l’influence vers des sommets toujours plus hauts.

Les luttes politiques sous-jacentes au différend entre MTG et Trump sont parfaitement en ligne avec ce qu’on appelle la guerre civile au sein du mouvement MAGA, qu’il serait étrange de laisser passer. Mais qu’est-ce qui motive MTG et qu’y a-t-il derrière ce conflit qui rend la politique de mouture MAGA si instable? S’agit-il vraiment d’une guerre civile au sein du mouvement MAGA ou bien est-ce l'émergence de forces populistes dans le mouvement MAGA qui s’opposent de plus en plus clairement aux intérêts corporatistes et sionistes bien ancrés dans le monde politique américains, intérêts qui ont dominé la politique républicaine pendant des décennies?

Le mouvement MAGA auquel MTG a adhéré était la vague populiste insurgée qui a percé partout où le terrain politique le permettait, et cette ouverture s’est produite il y a quelques années au sein du Parti républicain, malgré les efforts incessants de la vieille garde pour réprimer la révolte et ramener le parti à l’austérité de Wall Street et à la géopolitique néoconservatrice. Trump est considéré comme trop modéré ou trop compromis avec le statu quo lui-même, dont la crise de légitimité a été la clé de son succès; et c’est précisément ici que réside toute la tension.

Mais Greene a-t-elle vraiment rompu avec Trump ou avec le mouvement dans son ensemble? Le mouvement MAGA est souvent, à tort, considéré comme une étiquette générique pour quiconque soutient Trump, mais la réalité, bien connue depuis longtemps, que les électeurs pro-Trump hors MAGA existent, a été confirmée le 28 novembre dans un article et une enquête de Politico, qui montrent que «plus de la moitié des électeurs de Trump de l’année dernière — 55 % — se considèrent comme des adeptes du mouvement MAGA, mais un pourcentage significatif de 38% ne le fait pas. »

MAGA contre les néoconservateurs sur la vaccination, Israël, le mondialisme et l’UE

Après que Trump a commencé à remodeler la politique républicaine vers la fin des années 2010, beaucoup de néoconservateurs républicains traditionnels qui s’étaient opposés à lui ont compris que le combattre était une stratégie perdante, et ils ont progressivement commencé à le soutenir publiquement. Dans les années 2020, cela a donné naissance à un monde plus large d’influenceurs conservateurs sur les réseaux sociaux en dehors du mouvement MAGA, appelé «Conservative Inc.» ou «Sometimes Trumpers», combinant les intérêts des grands donateurs, des réseaux AIPAC et d’un écosystème d’influenceurs sur les réseaux sociaux, tous enveloppés dans un drapeau MAGA. Ils ont des thèmes de guerre culturelle qui se superposent à certaines parties de l’agenda interne de MAGA, mais minimisent ou individualisent constamment la crise socio-économique plus profonde qui a écrasé la classe ouvrière et la classe moyenne américaines, à laquelle le mouvement MAGA accorde une grande importance, en chevauchant un électorat autrefois exclusivement démocrate, et en tire donc une partie de sa puissance et de sa signification stratégique.

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Le néoconservatisme n’a survécu qu’en imitant faiblement MAGA, avec les «Never-Trumpers» de longue date qui se sont rebaptisés «Sometimes-Trumpers» et qui proclament haut et fort leur fidélité comme «Always-Trumpers», même si leur politique reste beaucoup plus proche de Netanyahu ou Nikki Haley, dirigée par des commentateurs comme Ben Shapiro. Trump semble souvent satisfaire leurs récits avec ses menaces belliqueuses contre l’Iran, le Hamas, le Venezuela ou, plus récemment, le Nigeria.

Mais ce qui finit souvent par décevoir et décourager ces esprits mitigés, fluctuants, qui sans cesse louvoient, c’est que le mouvement MAGA, incarné par MTG, s’aligne sur les enjeux de la classe ouvrière, tant sur le plan social qu’économique, et les considère comme inséparables, cherchant à promouvoir des tarifs douaniers, des règles plus strictes en matière d’immigration, la reindustrialisation, des investissements de partenaires américains et une position commerciale nationaliste-mercantiliste. La santé et le logement abordable restent des questions controversées partagées avec les démocrates, qui les considéraient autrefois comme leur domaine exclusif.

Trump soutient le mouvement MAGA de manière énigmatique, le nomme MAGA, mais en s'en démarquant aussi, suggérant que le mouvement MAGA est quelque chose que Trump aurait découvert ou assemblé à partir de parties de la majorité silencieuse.

Trump piégé entre le peuple et le pouvoir

La tension sous-jacente à la politique de Trump est simplement que le mandat populiste pour lequel il a été élu entre en collision avec sa nécessité de conserver le soutien de l’oligarchie. Reste à voir, ou du moins tel est le débat, si Trump est compromis, s’il a toujours agi de mauvaise foi ou s’il a plutôt l’intention de remplir son mandat électoral et de tenir les promesses fondamentales faites au mouvement MAGA. Trump et le phénomène MAGA ont été la cible d’une persécution énorme et réelle pendant de nombreuses années, sous forme de chasse aux sorcières, à travers des poursuites judiciaires et la politisation du système judiciaire contre Trump pendant sa première mandature et sous l’administration Biden. Les supporters de Trump ont été censurés, boycottés, privés de services bancaires sur les réseaux sociaux. Politiquement, Trump a survécu à ces attaques grâce à sa large base de soutien, qui a vécu ces attaques avec lui, et de là est née une sorte de lien.

Si Trump trahissait ce lien et se présentait comme défenseur du vieux système dans un sens pragmatique, par le biais d’accords commerciaux, en laissant tomber sa base MAGA, nos opportunistes criminels modernes et les forces optimales attaqueraient Trump dès qu’il serait isolé. Trump, pour éviter cela, pourrait se tourner vers la «gauche nationale» et définir la base MAGA par des mesures populistes.

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Depuis le début, MAGA a été engagé dans une guerre à deux fronts: contre la droite chrétienne sioniste et contre le conservatisme économique de Wall Street. MAGA a mené ce conflit non pas en s’opposant au christianisme ou à l’économie en principe, mais en les détournant de leurs objectifs finaux sionistes et mondialistes. Sur le plan économique, MAGA a affronté le programme pro-entreprises et anti-travailleurs des néoconservateurs, non pas en réactivant la vieille lutte des classes propre à la gauche, mais avec une approche transclasse qui relie le monde des affaires et celui du travail afin d'aboutir à des résultats communs pour la nation. L’autre section du front visait le bloc chrétien sioniste, qui soutenait certaines questions internes telles que l’avortement et la guerre culturelle, mais les liait à une vision sioniste qui imposait des guerres infinies auxquelles le mouvement MAGA s’oppose.

Trump tente souvent de concilier ces positions du mouvement MAGA avec des intérêts oligarchiques en faveur de la croissance économique nationale, ce qui ne pose pas de problème intrinsèque. Cependant, en équilibrant cette forme de New Deal, cette grande renégociation du contrat social que seul le moment actuel apporte, il y a des conflits sur les détails, les engagements, les charges qui seront supportées et par qui. Même la politique étrangère n’échappe pas à cette tension. La rhétorique pro-Netanyahu de Trump et son soutien à la censure sur la guerre à Gaza dans les universités américaines contrastent fortement avec les opinions fondamentales du mouvement MAGA. MTG représente publiquement ce pôle-là du mouvement MAGA et montre où il se recoupe avec certaines opinions populistes de gauche chez les démocrates, notamment lorsqu'elle a fait une déclaration conjointe avec le socialiste démocrate Bernie Sanders condamnant le génocide d’Israël à Gaza.

Trump tend souvent à tenir ses promesses, même si parfois il réserve des surprises, mais sa marche en zigzag suscite toujours mécontentement, désespoir et même attente de l’apathie. MTG joue un rôle dans le maintien de la cohérence de ce récit conflictuel, et il est logique que les partis qui ne réussiraient pas à le mettre en pratique échoueraient.

MTG maintient la cohésion du MAGA là où Trump semble en conflit

Trump se trouve face à une sorte de dilemme césarien tel qu'il existât durant le Premier Triumvirat, tiraillé qu'il est entre des intérêts contradictoires à l’intérieur et à l’extérieur de la coalition transclassiste, tout en essayant de gérer les crises créées par les anciennes gardes républicaine et démocrate.

La vieille garde néoconservatrice s’est appropriée l’identité MAGA pour ramener Trump vers leur propre programme. Si Trump y a résisté, l’a permis ou a simplement laissé l’impression qu’il en était ainsi, cela reste discutable. Mais beaucoup d'adeptes du mouvement MAGA, ouvriers et médias, qui ont soutenu MTG croient que les réformes arrivent trop lentement, et que l’implication de Trump avec les oligarques technologiques et les sionistes est la cause ou le sous-produit de ce problème.

Ce qui est significatif dans tout cela, c’est que MTG donne à la déception, qui règne dans le mouvement MAGA vu les louvoiements de Trump, une certaine cohérence, une pertinence et un narratif qui reflète le mécontentement de la base, mais aussi le sentiment qu'il existe une direction et un but, ce qui contraste avec la véritable crise que constitue l’apathie électorale. MTG peut maintenir son soutien à MAGA pendant que Trump tisse sa «Loi de l’Accord» de manière à lui coûter son capital politique, du moins au début.

La marque MTG reste forte, et elle n’est pas en déclin politique. Ce qui semble être un conflit impulsif, un chaos ou des luttes internes est souvent un théâtre politique soigneusement orchestré, partie d’un spectacle plus large qui attire un public de plus en plus vaste dans une sorte d’hyper-réalité baudrillardienne où mythe et réalité fusionnent, créant une narration qui semble complète en soi, même si elle brouille la frontière entre vérité et fiction.

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Étant en position de force avec une visibilité et une portée croissantes, l’idée qu’elle pourrait soudainement décider de quitter la politique n’a pas de sens. La controverse que cela provoquerait est encore moins convaincante, car, bien qu’elle mette en lumière des problèmes structurels plus vastes, peu de gens sont prêts à se battre jusqu’à la mort pour cela. La dispute portait sur les visas H-1B, dont on pense que Trump a fait peu de concessions pour maintenir des relations stables avec la Chine et l’Inde, tout en satisfaisant les grands employeurs de secteurs clés dépendants des coûts de main-d'œuvre plus faibles que ces spécialistes étrangers sont disposés à accepter. Le mouvement MAGA a subi un coup dur lorsque l’équipe de Trump a proposé un prêt sur 50 ans, apparemment destiné à des personnes ne comprenant pas comment fonctionnent réellement les taux d’intérêt.

Newsweek a rapporté il y a quelques semaines l’importance de ces questions de façon populaire, citant des supporters influents du mouvement MAGA comme Matt Morse, créateur de contenu et commentateur d'America First, qui a qualifié l’interview de « catastrophique pour Trump ». Il a écrit sur X: «Quiconque fait partie de l’entourage rapproché de Trump et lui a dit que nous avons besoin de plus de visas H-1B, de prêts sur 30 ans et de 600.000 étudiants chinois doit ÊTRE LICENCIÉ IMMEDIATEMENT. AMERICA FIRST. »

Morse a ajouté: «Je suis l’un des commentateurs pro-Trump les plus importants du pays. Chaque mois, je réalise des dizaines de millions de vues en parlant de l’agenda America First de Trump. Et je suis maintenant complètement F****** FURIOUS, parce que ce soir, sous prétexte de visas H-1B, Trump a dit que les Américains n’ont «pas de talent». Incroyable.»

Cela semble être un problème facile à résoudre si MTG et le mouvement MAGA en parlent et attirent suffisamment d’attention. C’est symbolique d’un problème plus vaste, mais cela offre aussi à Trump une sortie facile sous forme d’un ordre exécutif ou quelque chose de similaire.

Le facteur 2026

Il est vrai de dire que MTG agit parce qu’elle est dans une position trop favorable. Sa sortie le 4 novembre dans The View, suivie du retrait du soutien de Trump le 14 novembre, et culminant avec le vote quasi unanime de la Chambre le 18 novembre sur l’affaire Epstein (427-1), jouent tous en sa faveur. Le récit superficiel semble assez linéaire, avec MTG qui se plaint publiquement de la lenteur des changements au sein du mouvement MAGA, critique la domination des escrocs et exprime sa frustration que sa loyauté n’ait pas été récompensée. Sa rhétorique ultérieure, en réponse au retrait de Trump, qui se compare à une «femme maltraitée», a une charge émotionnelle qui paraît authentique et qui peut toucher un électorat féminin en Géorgie susceptible de basculer entre démocrates et républicains.

Comment tout cela pourrait-il avoir du sens si quelqu’un élaborait une stratégie gagnante sur la base de ces faits? MTG a l’attention nationale, mais elle pourrait être plus efficace si elle se concentrait sur la Géorgie.

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La course au gouvernorat de la Géorgie commencera en 2026, lorsque Brian Kemp aura terminé son mandat et que la voie sera libre. MTG représente le 14ème district de la Géorgie, une région profondément républicaine, mais l’élection du gouverneur nécessite d’attirer les électeurs des banlieues d’Atlanta, qui déterminent le résultat. Son positionnement actuel, combinant messages patriotiques et préoccupations économiques de la classe ouvrière, typiquement associées à la gauche, pourrait-il être calibré pour un public géorgien? La question devient encore plus intrigante si l’on considère que Stacey Abrams, démocrate, pourrait se représenter, créant ainsi la nécessité de mettre en ligne un républicain populiste capable de parler aux indécis et aux femmes qu’Abrams séduira si le GOP fait l’erreur de soutenir une figure conservatrice néocon comme Kemp.

Biden a gagné la Géorgie en 2020 avec moins de 12.000 voix, ce que Trump conteste encore aujourd’hui, et cet État reste fondamentalement indécis, ce qui oblige les républicains à activer et élargir leur base, ce que MTG fait sans aucun doute. Kemp, qui a été soutenu par Trump quelques années auparavant, s’est joint en 2020 à l’alliance anti-Trump avec Pence, rejetant les appels du président à contester les résultats. Avec MTG comme candidate au poste de gouverneur, il pourrait aider à prévenir des irrégularités électorales qui pourraient nuire à Trump en 2028, quel que soit le candidat.

En regardant vers les élections de mi-mandat, si MTG quitte la politique complètement après sa démission de la Chambre en janvier, elle n’aurait rien accompli avec le capital politique qu’elle a gagné, ses bons résultats et sa récente exposition auprès de l’électorat démocrate qui regarde The View.

Le seul point noir dans son CV serait d’avoir abandonné ses électeurs et quitté la politique. Cela ne pourrait être réparé que si elle le faisait pour poursuivre une fonction plus élevée et acquérir plus de pouvoir. Si elle vise la gouvernorat de la Géorgie, ses mouvements récents seraient mieux adaptés à une phase pré-campagne. Se distancier de Trump tout en conservant le message «America First» lui permettrait d’attirer les électeurs sceptiques des banlieues sans aliener sa base. Quand le moment sera venu, Trump pourra se réconcilier avec MTG comme il l’a fait avec Musk pour 2028.

En fin de compte, la question est de savoir si les forces qui façonnent actuellement la politique américaine peuvent être dirigées par ceux qui en sont au centre. MTG pourrait jouer ses cartes ou pas, Trump pourrait recalibrer ou s’effondrer, et MAGA pourrait se diviser ou continuer à être une force motrice dans la base de Trump. Ce qui est clair, c’est que la lutte pour la direction de l’Amérique n’est plus abstraite, et Trump a moins d’un an pour empêcher la défaite de son parti. MTG détient un capital politique énorme, et que ce soit par choix ou par nécessité, Trump finira probablement par miser sur elle. Quoi qu’il advienne, cela ne sera pas silencieux ni inaperçu, car c’est l’art du théâtre dans la politique américaine.

La doctrine indo-européenne du combat et de la victoire

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La doctrine indo-européenne du combat et de la victoire

Julius Evola sur la guerre, l'héroïsme et « l'ascèse de l'action »

par Ralf Van den Haute

Introduction : histoire du texte et contexte

la-doctrine-aryenne-du-combat-et-de-la-victoire.pngLa réflexion qui suit résume l'essai de Julius Evola La doctrine indo-européenne de la lutte et de la victoire et harmonise le ton avec votre traduction. Le texte s'articule autour d'une distinction centrale entre une vision moderne et sécularisée de la guerre et une vision indo-européenne traditionnelle dans laquelle la lutte revêt une importance rituelle, initiatique et métaphysique. Historiquement, l'ouvrage a été publié en italien chez Edizioni del Ar (1970) ; une édition française a suivi chez Pardès (1996). Le matériel s'appuie sur des conférences et des notes développées par Evola dès les années 1940. Dans ce qui suit, l'accent est mis sur le fondement symbolique, religieux et métaphysique de l'action, avec quatre sous-titres thématiques.

Tradition contre modernité : la lutte comme rituel

Evola commence par critiquer deux extrêmes modernes: le patriarcat romantique et vitaliste d'une part, et le pacifisme humanitaire d'autre part. Bien que contraires, ils partagent selon lui un même préjugé: la guerre serait dépourvue de toute signification spirituelle supérieure. Ainsi, tant l'apologiste nationaliste que le défaitiste réduisent le combat à un fait purement matériel et bestial.

Face à ce schéma moderne, la vision indo-européenne traditionnelle présente la lutte comme un symbole et un rituel: un épisode terrestre dans le cadre d'une confrontation surnaturelle entre les forces du Cosmos (Κόσμος), de la Forme et de la Lumière, et celles du Chaos (Χάος), de la nature et des ténèbres. L'héroïsme n'est alors pas l'ivresse de la recherche du danger, mais un chemin (via la gloire et la victoire) vers la transcendance et le dépassement de la condition humaine. Dans cette optique, la guerre, la lutte et le divin peuvent coïncider.

Action et contemplation dans l'héritage indo-européen

Dans la lignée du diagnostic de Guénon sur le déclin occidental, Evola nuance l'opposition entre activisme et connaissance intérieure. Par «connaissance», il n'entend pas le rationalisme, et par «contemplation», il n'entend pas la fuite du monde. Dans l'horizon indo-européen originel, l'action et la contemplation sont deux voies vers la même réalisation. La décadence survient lorsque l'action est sécularisée et matérialisée — «faire pour faire» de manière fébrile — tandis que les valeurs ascétiques et contemplatives véritables s'estompent pour devenir des conventions. Une renaissance nécessite donc un retour au sens originel de l'action: l'acte comme transfiguration, comme discipline qui élève l'individu au-dessus de la contingence.

imagesmithra.jpgLe combat sacré et la «double âme»: résonances nordiques, indo-iraniennes, islamiques et chrétiennes

Des variantes de la guerre sainte reviennent dans tout le monde indo-européen.

- Monde nordique: le Valhalla comme siège de l'immortalité céleste pour ceux qui sont tombés au combat ; Odin/Wotan comme souverain qui montre la voie à Yggdrasil par le sacrifice de soi; les Walkyries qui choisissent et guident les guerriers; le motif eschatologique du ragnarök comme aboutissement de la lutte métaphysique.
- Monde indo-iranien: Mithra, le «guerrier insomniaque», à la tête des fravaši/fravashi, à la fois force intime de chaque être humain, force tribale/populaire et déesse guerrière qui apporte bonheur et victoire.
- Monde islamique: distinction entre le petit jihād (extérieur) et le grand jihād (intérieur). Le premier est le moyen et le chemin vers le second: la victoire sur les ennemis intérieurs (le désir, le chaos, la passivité) est la condition préalable à la libération; celui qui combat «sur le chemin de Dieu» peut réaliser la mors triumphalis, la mort victorieuse comme percée spirituelle.
- Christianisme/croisades: sous un nouveau masque, le même enseignement résonne. Les prédicateurs qualifient la croisade de purification; Bernard de Clairvaux promet au guerrier «une couronne immortelle» et «une gloire absolue». La «Jérusalem sacrée» a une double fonction (ville terrestre et céleste): ce qui est déterminant, c'est l'intention et la consécration intérieure de l'acte, et non son déroulement extérieur.

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Ces exemples trouvent leur aboutissement dans la Bhagavad Gītā: Kṛṣṇa réprimande l'hésitation sentimentale d'Arjuna et lui ordonne de combattre sans attachement: «que chaque acte me renvoie... libre de tout espoir et de tout intérêt». L'acte doit être pur — au-dessus du gain/de la perte, du plaisir/de la souffrance, de la victoire/de la défaite — permettant ainsi au moi d'accéder à la force supra-personnelle qui libère. Dans cette optique, les images classiques du daimōn (δαίμων), du fylgja/Walküre et du fravashi éclairent la notion de «double âme»: la conscience ordinaire et conditionnée contre une force individualisante et supra-individuelle qui transcende la naissance et la mort et se manifeste dans les moments de crise et de combat.

Victoire, gloire et mission de l'homme moderne

Lorsque l'acte guerrier éveille et ordonne cette force supra-individuelle, les plans intérieur et extérieur coïncident : la victoire matérielle est alors le signe et le sceau d'une consécration. D'où le statut sacré du triomphe dans l'Antiquité, le motif de la gloire comme feu céleste (hvarenah), la couronne comme symbole solaire, et Nikè (Νίκη) qui couronne le héros: images d'un état lumineux et impérissable qui scelle le combat.

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Dans la conclusion, Evola relie cet enseignement à la crise actuelle : une époque touche à sa fin, et l'alternative à la violence matérialiste et à l'humanitarisme mou est «l'ascèse de l'action» — la lutte comprise comme une catharsis, comme un travail intérieur qui donne forme et sens à l'ordre après la victoire. La paix n'est alors pas un retour à la torpeur bourgeoise, mais l'aboutissement de cette tension. L'ancien credo selon lequel «le sang des héros est plus sacré que l'encre des sages et les prières des pieux» est ici lu comme une métaphore: dans une guerre sainte, ce sont les forces primitives qui agissent — et non les caprices des individus — et ce n'est que lorsque l'acte est spirituel qu'il devient légitime.

Note finale (style et terminologie)

- Pour les concepts clés issus du grec (Kosmos, Chaos, Ouranos, daimōn), l'orthographe grecque a été ajoutée.
- Lorsque la réception originale parle de registres « nationalistes », cela est systématiquement traduit par discours nationaliste d'État lorsque cela est pertinent.
- Le ton est resté essayistique et historique; les images de batailles et de mythologie fonctionnent comme des symboles de transformation intérieure, et non comme des prescriptions littérales.

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Sur le Baron Julius Evola: la monumentale biographie d'Andrea Scarabelli

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Sur le Baron Julius Evola: la monumentale biographie d'Andrea Scarabelli

par Georges Feltin-Tracol

Quel ouvrage imposant ! 740 pages ! Une masse proche du kilogramme ! Une épaisseur de 4,5 cm, une largeur de 21 cm et une longueur de 29,5 cm ! Son prix s’élève à 52 €. La vie aventureuse de Julius Evola (Ars Magna, coll. « Evoliana », 2025) est sans conteste la biographie la plus riche de Giulio Cesare Evola (1898–1974). 

Pour commander l'ouvrage: https://www.editions-ars-magna.com/livre/scarabelli-andre...

Evolarecto-726x1024.jpgCe travail colossal revient à Andrea Scarabelli. Vice-secrétaire de la Fondation Julius-Evola, il offre au public francophone une édition revue, corrigée et augmentée par rapport à l’édition initiale. Traduit par Istvàn Leszno et préfacé par Alian de Bneoist, le livre contient plusieurs cahiers photographiques, un appareil critique de notes sur quatre-vingt-deux pages, la liste intégrale des livres originaux d’Evola, une bibliographie exhaustive de dix-huit pages suivie de la bibliographie française des ouvrages évoliens parus dans l’Hexagone réalisée par le préfacier, soit quinze pages, et un index de noms propres mentionnés. Très impressionnant !

Au terme de longues et fructueuses recherches, Andrea Scarabelli résout certaines énigmes et écarte des légendes forgées autour de cette personnalité majeure de la vie intellectuelle du XXe siècle. Par exemple, Julius Evola n’a jamais été noble sicilien. Sa famille avec qui il entretient des rapports distants ne descend nullement de seigneurs normands venus en Sicile à l’appel du conquérant Robert Guiscard de Hauteville. Plus favorable à une aristocratie spirituelle qu’à une aristocratie héréditaire, il adopte le titre de «baron». Ce n’est pas anecdotique! Julius Evola déteste être appelé «Maître». Andrea Scarabelli rapporte un entretien entre Placido Procesi et Evola qui déclare: «Je ne suis pas un Maître. Constatez les conditions qui sont les miennes. Même si j’en étais un, je ne pourrais pas me présenter comme tel. J’ai tout écrit parce que je me souviens.» Certains l’appellent «Professeur» bien qu’il n’ait jamais obtenu le moindre diplôme universitaire. Le désigner comme «Baron» pendant les conversations lui convient mieux.

Andrea Scarabelli insiste beaucoup sur l’influence de l’alpinisme dans l’affirmation de sa personnalité. Pratiquer ce sport exigeant développe une vive complémentarité entre la volonté de puissance, la recherche de l’effort et le sens du défi. Méditations du haut des cimes exprime cette grande passion vitale chère à l’écrivain romain. Régulièrement, il part, seul ou accompagné d’une autre personne, dans des courses réputées difficiles, voire dangereuses… Plus tard paralysé des membres inférieurs, son regard s’illumine dès que son interlocuteur évoque ce sujet. Exercer l’alpinisme témoigne d’un solide caractère. Ainsi se montre-t-il désagréable, agacé et irritable à l’égard du personnel médical hospitalier. Ce comportement varie selon les circonstances. «Pour certains, il est froid et distant, pour d’autres, il est empathique et ouvert, sans oublier, poursuit Andrea Scarabelli, ceux qui le voient comme désinvolte et prêt à se jouer de lui-même.»

Evola-Immaggine-1090556199.pngToute sa vie, Julius Evola exècre la bourgeoisie. Outre la promotion de la Droite spirituelle hostile à la modernité, il critique la morale commune des communistes et des catholiques qui plombe les années 1950. Il déplore l’interdiction des maisons closes. Il considère les prostituées plus honorables que les bourgeoises et se gausse de la bigoterie gouvernementale. À propos de la prostitution, à travers divers articles, il «propose […] l’institution de structures syndicales visant à protéger et à défendre les prostituées». Il défend aussi les filles–mères célibataires. Ce supposé misogyne tance les hommes qui se défilent de leurs responsabilités paternelles.

Longtemps marginalisé, Julius Evola se surprend qu’après 1945, de nouveaux et précoces activistes au sein de la FUAN (Front universitaire d’action nationale) et du Front de la Jeunesse du MSI (Mouvement social italien) le lisent avec passion. Si le Baron se félicite de cet enthousiasme, il s’agace parfois de leur «évolomanie». Lui qui polémique avec des «guénolâtres» calfeutrés dans une morne adoration, se moque de certains de ses admirateurs dont le comportement moutonnier l’insupporte. Andrea Scarabelli cite Adriano Romualdi, auteur de Julius Evola, l’homme et l’œuvre: «Un jour, entendant qu’un groupe de ses admirateurs consacrait le lundi à la lecture des Hommes au milieu des ruines, le mercredi à celle de Révolte contre le monde moderne et le vendredi à Chevaucher le tigre, Evola les interrompit pour demander non sans malice: “Et quel jour consacrez-vous à la Métaphysique du sexe?”».

GH2IfzYWIAEtLmt.jpgLes relations sont loin d’être au beau fixe avec ses correspondants réguliers. René Guénon ne cache pas son scepticisme envers l’Italien qui s’investit un peu trop à son avis dans le fracas du monde moderne. Il oublie cependant que Julius Evola a participé à la Grande Guerre (1915 – 1918) en tant qu’officier d’artillerie. Il recevra au nom de ce passé en 1969 le titre de « chevalier de Vittorio Veneto » signé par le président de la République italienne…

Une incompatibilité d’intention se produit avec Ezra Pound. Le contempteur de l’usure n’adhère pas à la vision du monde évolienne qui récuse toute hégémonie de l’économie. De son côté, l’ancien dadaïste s’interroge sur la poétique poundienne. Il la juge plus que surfaite…

La vie aventureuse de Julius Evola décrit donc les nombreuses facettes de l’auteur de Chevaucher le tigre. Certes, comme l’admet volontiers Andrea Scarabelli, le chantre de l’impersonnalité active n’aurait pas approuvé cette ambitieuse biographie. Qu’importe ! Elle témoigne de la singularité d’un très «bon Européen».     

GF-T

  • « Vigie d’un monde en ébullition », n° 178, mise en ligne le 15 décembre 2025 sur Radio Méridien Zéro.

samedi, 20 décembre 2025

L’antipathie de J.R.R. Tolkien envers Disney

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L’antipathie de J.R.R. Tolkien envers Disney

Études Historiques

Source: https://www.facebook.com/SBdeHolanda   

L’antipathie de J.R.R. Tolkien envers Disney n’était pas une critique occasionnelle proférée par un vieil universitaire s'opposant aux nouveaux médias. Ce n’était ni de l’envie professionnelle ni du traditionalisme automatique. C’était une opposition philosophique profonde, enracinée dans des conceptions radicalement différentes de la fonction qu'ont les histoires et de ce qui se passe lorsqu’elles sont modifiées. 

Le conflit a commencé avec une coïncidence presque inquiétante, en 1937. 

Cette année-là, Tolkien a publié Le Hobbit, un livre pour enfants apparemment simple, mais qui était en réalité une mythologie soigneusement construite, façonnée par sa formation en linguistique, son immersion dans la littérature ancienne et ses convictions sur la façon dont les histoires portent un poids moral et spirituel. Il avait passé des années à créer non seulement une intrigue, mais tout un monde — avec des langues, des histoires et des cultures — qui conférait à la narration une profondeur bien au-delà de sa surface aventureuse. 

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Quelques mois après la sortie du Hobbit dans les librairies britanniques, Disney a lancé Blanche-Neige et les Sept Nains, le 21 décembre 1937. Ce fut le premier long métrage d’animation de l’histoire — un exploit technique, un pari commercial et un phénomène culturel immédiat. Lorsqu’il est arrivé dans les cinémas britanniques au début de 1938, il représentait tout ce que le divertissement moderne pouvait atteindre: attrait de masse, innovation technologique et succès financier sans précédent. 

Ce moment n’était pas une simple coïncidence. Il a présenté au public, en même temps, deux visions radicalement différentes des contes de fées. L’une était la tentative d’un professeur d’Oxford de créer une nouvelle mythologie à partir de traditions narratives anciennes. L’autre était l’effort d’un studio hollywoodien pour transformer de vieux contes en quelque chose capable de remplir des salles de cinéma. 

Tolkien et son ami proche, C.S. Lewis, sont allés voir Blanche-Neige ensemble — probablement poussés par la curiosité face à ce film révolutionnaire dont tout le monde parlait. Tous deux étaient des érudits de la littérature médiévale, profondément engagés dans les contes de fées et la mythologie, et prenaient les histoires au sérieux comme porteuses de vérité et de sens, pas comme un simple divertissement. 

Aucun d’eux n’a été impressionné. 

Lewis a noté dans son journal qu’il trouvait le film “écoeurant”. La réaction de Tolkien était plus profonde — et a duré toute sa vie. Ce qu’il a vu à l’écran l’a perturbé de manières qui ont modelé sa vision des adaptations et de la culture populaire par la suite. 

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Ce malaise n’était pas technique. Tolkien a immédiatement reconnu le talent de Disney — l’animation était inédite, l’art indéniable, le fait extraordinaire. Ce qui le dérangeait, c’était l’intention, la philosophie, ce en quoi Disney croyait que les contes de fées devraient être. 

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Pour Tolkien, comme il l’a expliqué soigneusement dans son essai Sur les Histoires de Fées et dans plusieurs de ses lettres, les contes de fées n’étaient pas un divertissement décoratif pour enfants. Ils étaient des outils anciens avec des buts sérieux: affronter la peur, explorer la perte, reconnaître le danger et traiter les conséquences morales à travers le symbole. Ils étaient du mythe — des récits qui portaient des vérités sur la condition humaine de façons que la fiction réaliste ne pouvait pas. 

Les contes authentiques, croyait Tolkien, conservaient une qualité qu’il a appelée l'“eucatastrophe” — un retournement soudain et jubilatoire qui semble miraculeux précisément parce que l’obscurité précédente était réelle et terrible. La fin heureuse n’a de sens que si le danger, la peur et la possibilité réelle d’échec étaient présents. Cela ne peut pas être fabriqué uniquement par sentimentalité. 

L’approche de Disney, aux yeux de Tolkien, transformait ces récits dangereux et moralement complexes en quelque chose de fondamentalement différent. Les éléments anciens restaient — nains, reines maléfiques, forêts enchantées — mais ils étaient remodelés en sentimentalisme, humour et spectacle, pensés pour une consommation universelle et un succès commercial. 

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La reine maléfique de Blanche-Neige était clairement mauvaise, totalement vaincue et sans ambiguïté morale. Les nains devenaient un soulagement comique, avec des personnalités facilement exploitables dans des produits dérivés. L’obscurité apparaissait, mais toujours contrôlée, toujours résolue avec facilité, toujours subordonnée au message rassurant que tout irait bien. Les aspérités avaient été poncées. 

Pour Tolkien, c’était une forme de corruption. Pas par malveillance délibérée, mais parce qu’ils transformaient quelque chose créé pour un but précis en autre chose, ne conservant que l’apparence extérieure. Comme traduire de la poésie en prose: les mots peuvent être corrects, mais l’essence qui faisait de cela de la poésie se perd. 

Dans une lettre de 1964 à un producteur intéressé par l’adaptation de son œuvre, Tolkien a été clair: il disait ressentir une “antipathie profonde” envers le travail de Disney, croyant que son talent — qu’il reconnaissait — semblait “irrémédiablement corrompu”. Toute histoire touchée par Disney, craignait Tolkien, risquait d’être aplatie: morale, mais superficielle; visuellement riche, mais spirituellement vide. 

Ce n’était pas de l’animosité personnelle. Tolkien n’a jamais rencontré Walt Disney. Il ne commentait pas son caractère. Son opposition était entièrement philosophique — un désaccord sur ce que sont les histoires, ce qu’elles doivent faire et ce qui arrive quand elles sont modifiées pour atteindre un public plus large. 

Le désaccord central était le suivant : Disney croyait que les histoires atteignent leur but ultime lorsqu’elles sont simplifiées pour le public de masse. Les situations morales complexes deviennent une simple lutte du bien contre le mal. Les personnages ambigus deviennent héros ou méchants. Le danger devient gérable, l’obscurité contrôlable, les fins sans équivoque, heureuses. Pour Disney, c’était démocratisant — amener des contes de fées à des millions qui ne liraient jamais les originaux. 

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Tolkien croyait que les histoires prennent leur force justement en conservant leurs ombres, leurs complexités et leurs dangers. L’ambiguïté morale de Gollum, le vrai danger de la tanière de Laestrygon, des personnages capables de courage et de mesquinerie en même temps — ces éléments n’étaient pas des obstacles à la compréhension. Ils étaient le point central. Ils rendaient les histoires vraies à l’expérience humaine et capables de transmettre un sens réel. 

Une des deux visions cherchait à moderniser le mythe, à le rendre accessible et agréable. L’autre voulait protéger le mythe de la modernité, en conservant ce qui le rendait mythologique, et pas simplement divertissant. 

Ce n’était pas une nostalgie naïve. Tolkien savait que les histoires changent toujours lorsqu’elles sont racontées. Mais il distinguait les changements organiques, réalisés par des conteurs sincèrement impliqués dans le matériau, des changements imposés par des impératifs commerciaux et des exigences du marché de masse. 

Pour lui, les modifications de Disney relevaient clairement de la seconde catégorie. 

Cette conviction a profondément façonné la résistance de Tolkien aux adaptations cinématographiques tout au long de sa vie. Il a été approché plusieurs fois pour adapter Le Seigneur des Anneaux et a toujours résisté — en partie parce qu’il craignait, à juste titre, que son œuvre soit “disneyfiée”. 

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Il imaginait Sam comme un soulagement comique, Gollum comme un méchant simple, des personnages comme Boromir ou Denethor réduits à des catégories claires, Mordor adouci pour un public familial, et des moments d'eucatastrophe fabriqués par sentimentalité plutôt que par un danger réel. 

Ces peurs n’étaient pas paranoïaques. Elles se basaient sur la pratique courante à Hollywood et ce que Disney avait fait avec les contes traditionnels. 

Pour Tolkien, il vaut mieux peu de lecteurs découvrant la vraie chose que des millions consommant un substitut commercialisé. 

La question qu’il a soulevée reste d’actualité :

Quand les histoires sont adaptées pour le grand public, que perd-on ?

Lorsque la complexité morale est simplifiée et l’obscurité domptée, avons-nous encore le même mythe — ou seulement quelque chose qui y ressemble? 

Tolkien a passé sa vie à défendre l’idée qu’il devient, dans ce cas, autre chose. 

Et tout a commencé, curieusement, avec deux hommes sortant d’un cinéma en 1938, perturbés non pas par l’échec de Blanche-Neige, mais par son immense succès à faire quelque chose que personne ne croyait que les contes de fées devaient faire.

vendredi, 19 décembre 2025

Sur la victoire électorale de Kast au Chili

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Sur la victoire électorale de Kast au Chili

Qui est José Antonio Kast, l’ultra-droitiste qui, lors de sa troisième tentative, accède à la présidence du Chili?

René Fuchsloscher

Source: https://euro-sinergias.blogspot.com/2025/12/sobre-la-vict...

La victoire du conservateur José Antonio Kast au second tour de l’élection présidentielle chilienne constitue sans aucun doute un tournant politique: avec plus de 58 % des voix face à la candidate communiste Jeannette Jara, l’électorat a opté pour une gouvernance de droite associée à l’ordre, à la sécurité et au contrôle, fermant la voie à un projet de gauche largement perçu comme épuisé. Il s’agit de la victoire la plus large depuis la transition démocratique et elle exprime un rejet net de la narration progressiste dominante des dernières années, ainsi qu’une exigence citoyenne de rectifier la trajectoire dans des domaines tels que la criminalité, l’immigration irrégulière et la dégradation de l’espace public.

Cependant, réduire ce résultat à une simple «victoire contre le communisme» serait une lecture incomplète — et en quelque sorte complaisante — de ce qui est réellement en jeu. Le gouvernement annoncé ne semble pas orienté vers une récupération substantielle de la souveraineté politique ou économique du pays, mais plutôt vers une reconfiguration du pouvoir dans les marges du même ordre mondial. Loin d’un conservatisme national ou d’une droite enracinée dans des intérêts productifs internes, le projet de Kast montre des signes clairs d’alignement avec les réseaux transnationaux du grand capital financier et corporatif.

Dans cette optique, ses voyages à Washington et à New York, ainsi que ses rencontres avec des banques d’investissement, des fonds et des organisations comme le Council of the Americas, fondé par David Rockefeller et traditionnellement plateforme d’articulation entre les élites économiques américaines et l’Amérique Latine, doivent être compris. Ces espaces ne fonctionnent pas comme des forums neutres d’échange académique, mais comme des lieux d’influence idéologique et programmatiques, visant à garantir des cadres réglementaires favorables, une ouverture des marchés sans restriction et la subordination des politiques nationales aux exigences de l’investissement international.

Ce modèle correspond à ce qu’on désigne habituellement par une orientation mondialiste: non un internationalisme solidaire ni une coopération entre nations souveraines, mais l’intégration disciplinée des États dans les circuits financiers mondiaux, où les décisions stratégiques sont prises en dehors du cadre démocratique et loin du contrôle citoyen.

De ce point de vue, le nouveau gouvernement s’approche davantage de la tradition néoconservatrice américaine que d’une droite nationale: conservatisme en matière d’ordre public et de valeurs, combiné à une adhésion presque automatique à l’idéologie globale. Dans ce contexte, l’anticommunisme fonctionne plus comme une ressource rhétorique mobilisatrice que comme une doctrine réelle de confrontation idéologique, surtout dans un pays qui a laissé derrière lui, il y a plusieurs décennies, tout un scénario comparable à la Guerre froide.

Ainsi, la victoire de Kast ne peut pas être uniquement interprétée comme une défaite de la gauche radicale, mais elle doit l'être aussi comme la consolidation d’une droite fonctionnelle à l’ordre économique mondial, qui modifie le discours, durcit le ton sur la sécurité et l’immigration, mais maintient intacte la structure de pouvoir qui limite l’autonomie politique de l’État. Le véritable défi pour ce gouvernement ne sera pas seulement de gouverner avec ordre, mais de prouver qu’il est capable — ou même disposé — à mettre des limites réelles à l’influence du grand capital et aux agendas extérieurs, ou si son mandat se résumera, une fois de plus, à une administration locale de décisions prises ailleurs.