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dimanche, 21 mars 2021

L’Empire américain agite l’arme des « droits de l’homme » pour justifier ses guerres hybrides

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L’Empire américain agite l’arme des « droits de l’homme » pour justifier ses guerres hybrides

Par Luciano Lago

https://www.kulturaeuropa.eu/

SOURCE : http://www.ilpensieroforte.it/mondo/4575-l-impero-usa-agi...

L'Occident, dans sa phase actuelle de décadence, n'a pas les moyens de rivaliser avec le développement impétueux de la Chine. Ajoutez à cela l'étroite coopération entre la Chine et la Russie, étendue de la sphère économique à la sphère militaire, qui fait du bloc Russie/Chine un antagoniste capable de remettre en question l'intention, proclamée par Biden, de restaurer le leadership américain sur le monde.

Dans son dernier discours officiel, le Premier ministre chinois Xi Jin Ping a lancé un avertissement aux États-Unis : le monde ne connaîtra pas la paix et la stabilité tant que les États-Unis ne cesseront pas de s'ingérer dans les affaires des autres pays. Il a également dénoncé les tentatives éhontées de l'Occident de compenser son incapacité réelle, dans son obsession à contrer les menaces chinoise et russe, en organisant des soulèvements et en orchestrant de la propagande pour provoquer des changements de régime. C’est là une forme de guerre hybride avec un objectif bien circonscrit, d'ailleurs, et explicitement déclaré comme tel par les dirigeants de Washington, qui refusent de considérer comme légitimes les gouvernements des pays qui s'opposent à l'hégémonie nord-américaine et qui, dès lors, s'engagent à les combattre en utilisant l'arme des sanctions ou des embargos. Cependant, le jeu avec la Chine et la Russie est plus compliqué, les sanctions sont inefficaces et Washington recourt alors à la rhétorique habituelle des "droits de l'homme", sans reconnaître que ce sont les États-Unis qui sont les plus responsables des violations des droits de l'homme dans le monde.

Pour appuyer leur propagande, soutenue par le méga-appareil médiatique occidental, Washington et Londres mobilisent leurs services de renseignement pour créer des empoisonnements préfabriqués, de l'affaire Skripal à l'affaire Navalny, dont la Russie est accusée (sans preuve), ou pour fomenter des émeutes et des manifestations à Hong Kong. Dans le cas de la Russie, Vladimir Poutine est dépeint comme le nouveau tyran impitoyable qui lâche ses agents à la recherche de prétendus opposants à empoisonner, tandis que Xi Jin Ping est décrit comme le nouveau danger pour le "monde libre". Sinon, les services de renseignement de Washington et de Londres préparent les habituels "False Flag" (provocations scénarisées) d'attaques aux armes chimiques menées par les Russes et les Syriens en Syrie pour accuser Poutine et Assad et préparer de nouveaux "bombardements humanitaires".

On ne peut pas dire que les Anglo-Américains fassent preuve de beaucoup d'imagination à cet égard, il suffit de se rappeler les "armes de destruction massive" présentées comme motif de la guerre contre l'Irak, mais ce peu d'imagination est parfois compensé par Israël avec ses attaques préméditées contre certains navires dans le Golfe Persique, dont l'Iran est accusé, bien sûr. La plus récente fausse attaque contre un navire commercial israélien a été démentie par des images aériennes d'un drone iranien. Des provocations visant à convaincre du "danger" de l'Iran, un pays qui depuis 41 ans est le plus grand antagoniste d'Israël et de l'hégémonie américaine dans la région. Dans tous les cas, l'arme préférée de Washington (et de Londres) est toujours celle des "droits de l'homme". En réalité, l'embargo, pour affamer les peuples et les pousser à mettre en œuvre un changement de régime, est la marque de fabrique de la politique américaine : la même technique que celle mise en œuvre par Israël, depuis plus de onze ans, contre les Palestiniens de Gaza.

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Tout ce qui menace la vie et la dignité des personnes est un crime contre l'humanité. Honteux est le comportement de l'Europe qui se plie à ces blocages décidés par Washington, démontrant ainsi sa servilité envers le maître. Cependant, le cas de l'Arabie saoudite est comme une "poutre dans l'œil" des défenseurs des droits de l'homme, avec la couverture accordée par les États-Unis au prince sanguinaire Bin Salman, qui est tout à la fois derrière le meurtre du journaliste Khashoggi et derrière l'agression contre le Yémen. Cette énorme pierre d'achoppement met en évidence l'hypocrisie de cette propagande que seuls les imbéciles peuvent encore croire aujourd'hui.

Luciano Lago

La gauche qui fuit la réalité (et le Marx qu’elle oublie)

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La gauche qui fuit la réalité (et le Marx qu’elle oublie)

Carlos Javier Blanco Martín

Ex : https://decadenciadeeuropa.blogspot.com/

L'époque où l'on présentait Marx comme un scientifique est révolue. Ce nouveau Galilée, ce nouveau Darwin, ce Colomb qui découvre l'"Histoire du continent". Des discours comme celui de son ami Engels devant le cadavre du philosophe qui "découvre" les lois de l'Histoire ont désorienté des milliers d'intellectuels et des millions d'ouvriers et de militants. Le "matérialisme historique" n'existe pas. Plus vite nous ferons comprendre qu'il n'y a pas de "science matérialiste de l'histoire", plus vite nous pourrons entrer dans le noyau ontologique des problèmes sociaux, politiques, civilisationnels. Marx était, avant toute chose, un théoricien de l'être social, un constructeur génial d'une "ontologie de l'être social" (C. Preve).

Cette affirmation ne signifie pas que dans le marxisme de Marx, dans celui de ses épigones et, en général, dans la philosophie sociale et politique, il n'y a pas de place pour les études empiriques et les hypothèses causales. C'est nécessaire. Il était essentiel pour Marx de prêter attention au réel et à l'empirique, et il est très important pour tout intellectuel qui lutte pour le dépassement du capitalisme de le faire, sous peine de tomber dans une action purement livresque. Lire des livres et synthétiser ce qu'ils disent n'est pas mauvais. J'aimerais qu'une grande partie de ce que nous appelons la gauche aujourd'hui le fasse. S'ils lisaient Marx, et s'ils le faisaient avec une clé réaliste, ils ne tomberaient pas dans les erreurs et les crimes dans lesquels ils sont tombés. Mais cette action livresque n'est qu'une partie de la praxis. La pratique exige également des données, des études de terrain et un "empirisme sain". Et pourtant, ni l'académisme ni le fait de devenir un réseau de collecte de données ne définissent la praxis marxiste.

61kaZeyxY1L.jpgLa praxis marxiste est un dépassement de la contemplation (theorein) de l'Être social. Il serait préférable de dire qu'il s'agit d'une super-contemplation. La praxis marxiste, et non une quelconque "science du matérialisme historique", consiste à affronter le passé. Le prendre en charge, le questionner, se dire ce qu'il y a de lui en moi, et ce que je peux faire, ce que nous pouvons faire pour éviter que ce passé ne devienne despotique. Comme le dit mon ami Diego Fusaro, bon élève de Gramsci et de Preve à la fois, il s'agit de "défataliser l'existant". Le passé non affronté, le passé assumé sans autre forme de procès, comme une roue inexorable à laquelle nous sommes liés et au type de laquelle nous sommes condamnés à participer, est un passé qui, en tant que tel, n'est pas modifiable. Saint Thomas a déjà dit dans la Summa Theologiae que ni Dieu ni le passé ne peuvent le changer (ce serait une autre chose de dire que Dieu aurait pu faire en sorte que le passé soit différent). Il n'existe aucun pouvoir, aussi divin soit-il, qui puisse transmuter le passé. Mais il existe un pouvoir, celui de la raison et de la compréhension humaines, qui est capable de "défataliser" le passé. Et comment le passé peut-il être défloré ? En rendant aux masses populaires leur capacité de résistance à l'Horreur. En rendant à la conscience collective de la société son sentiment d'être des sujets dotés d'un pouvoir pratique.

Le capitalisme est défait si les masses prennent conscience que la réalité est modifiable, et arrivent à la conviction que les structures qui se présentent de manière ‘’naturalisée’’ ne sont pas la nature, mais l'Histoire, en tant que coagulation de la praxis humaine antérieure elle-même. Le juif espagnol Spinoza a dit : "le vulgaire a peur quand il perd sa peur". Le capitalisme le sait, c'est pourquoi il veut un "vulgaire" craintif, qui vit son présent (y compris la relation avec son passé) de manière fataliste, comme s'il se déplaçait sous la poussée de déterminismes multiples.

417hY080bQL.jpgL'action d'une masse libre (sans peur) implique nécessairement la "contemplation" du passé, et son assomption ontologique adéquate. Le passé en tant que tel n'est pas modifiable, mais évacuer l'ombre de ce passé qui pèse sur nous est de la responsabilité de ceux parmi nous qui se rangent du côté de l'action des masses, d'un vulgaire qui a perdu sa peur.

E.P. Thompson écrit :

"Le passé humain n'est pas une agrégation d'histoires discrètes, mais un ensemble unitaire de comportements humains, dans lequel chaque aspect entre en relation de certaines manières avec les autres, de façon analogue à la façon dont les acteurs individuels entrent dans certaines relations les uns avec les autres (à travers le marché, à travers les relations de pouvoir et de subordination, etc.). dans la mesure où ces actions et relations donnent lieu à des changements, qui deviennent l'objet d'une enquête rationnelle, nous pouvons définir cette somme comme un processus historique, c'est-à-dire une somme de pratiques ordonnées et structurées de façon rationnelle. ...] Les processus finis du changement historique, avec leurs relations causales complexes, ont bien eu lieu, et l'historiographie peut les falsifier ou les méconnaître, mais elle ne peut en aucun cas modifier le statut ontologique du passé. Le but de la discipline historique est d'atteindre cette vérité de l'histoire" [E. P. Thompson, Misery of Theory, Barcelona, Ed. Crítica, Barcelona, 1981, p. 70].

Le marxisme, loin d'être une "science" du passé, une science appelée matérialisme historique, est une compréhension des processus qui ont eu lieu dans le passé, processus d'institutionnalisation et de coordination des relations entre les hommes. Dans le cadre de ces processus passés, il est nécessaire de prêter attention aux relations entre les classes (dialectique des classes), mais pas seulement. Il incombe également, en tant que philosophie de la praxis de ce peuple "qui a perdu la peur", de comprendre la dialectique des États (c’est-à-dire la géopolitique). Ces deux types de dialectique s'inscrivent dans la lutte plus générale et transhistorique entre dominants et dominés. Cette lutte ou dialectique entre le Maître et l'Esclave se produit à toutes les époques et dans tous les modes de production, mais c'est à partir de ce qu'on appelle la "Modernité" que la lutte devient une lutte purement ‘’économiste’’. L'économie capitaliste se caractérisera, dès le XVIe siècle, par l'outil de subordination de toutes les structures sociales de domination à une seule, fondamentale : l'exploitation du travail salarié. C'est à partir de la conversion du travail en marchandise et non en autre chose (un service, un effort sous contrainte, une prestation...) que le Capital en est venu à se doter d'une souveraineté absolue, toutes les structures de domination préexistantes pliant devant lui, se liquidant ou se transformant de manière drastique pour remplir leurs nouvelles fonctions de machines auxiliaires de l'exploitation.

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Constanzo Preve et Diego Fusaro.

La dialectique des états est passée par des phases d'instrumentalisation de ces mêmes états au profit d'une plus grande exploitation d'une classe (bourgeoisie) sur une autre (prolétariat). Mais cette dialectique, dans sa phase impérialiste, est passée à un autre niveau essentiellement différent lorsque le prolétariat lui-même s'est reconnu comme une "apparition", inexistante dans les deux guerres mondiales. Cela s'est produit lorsque les travailleurs des puissances capitalistes se sont entretués sans broncher, en uniforme et sous le drapeau des différentes puissances nationales. Il n'y avait pas de "pacifisme" prolétarien internationaliste, et il n'y en aura plus jamais. C'était utopique. Le "pacifisme" fait lui-même partie de la géopolitique qui est, en soi, belliqueuse. La puissance dominante et bien armée répand le pacifisme parmi les peuples qu'elle veut garder sous sa botte, les déresponsabilisant au plus haut point. C'est comme si un Don Juan "conquérant", qui ne veut pas de rivaux, les persuadait de la nécessité de leur castration.

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Les universités yankees et les mouvements américains en faveur des "droits civiques" ont donné naissance à un nombre infini d'interprétations émasculantes, adaptées à la consommation des masses périphériques. Le "centre" est chargé d'éveiller la "culture de la non-violence" en vue de se garantir le monopole de la violence. Les États-Unis castrent leurs rivaux et gardent le monopole de la cour, ils restent le Don Juan. Mais en réalité, tout l'Occident a été infecté par ce virus de la "non-violence" consistant à admettre, sans autre forme de procès, avec d'abondantes doses de "fatalisme", qu'il n'y a qu'un Centre de violence monopoliste et une Périphérie qui est "dans l'axe du Mal", en "sous-développement", et qui ne se laisse pas homologuer par les "démocraties libérales".

Tôt ou tard, la domination économique montrera impudemment ses leviers. Pour cette raison, elle nécessite la gestation d'une aliénation culturelle, d'une domination idéologique. La production, en soi, n'entraîne pas d'aliénation. C'est la réification exigée par le mode de production capitaliste qui implique l'aliénation. Angel Prior écrit :

"...l'aliénation est un phénomène propre au capitalisme et les économistes ont tort de considérer l'aliénation et l'objectivation comme indissociables. L'inversion entre objectivation et aliénation est une pure nécessité historique, une pure nécessité pour le développement des forces productives à partir d'un point de départ historique donné, ou d'une base historiquement déterminée, mais en aucun cas une nécessité absolue de la production (...)" [A. Prior, La Libertad en el pensamiento de Marx, Univ. de Murcia/Univ. de Valencia, 1988, p. 118].

Le capitalisme produit les relations sociales dont il a besoin pour se perpétuer, et cette affirmation même est tautologique, car en quoi consiste le capitalisme ? Il n'est rien d'autre que ce système de relations sociales basé sur l'exploitation de la force de travail, et la modification de toute relation sociale qui fait obstacle à la concentration et à la production du capital lui devient nécessaire, tant d'un point de vue fonctionnel qu'intentionnel. Le système, afin de se perpétuer et de mieux réaliser la production de plus-value, ne peut que le faire. Toute la "torsion" de la nature humaine, le fait qu'il n'y ait plus de nature humaine en tant que processus "moderne" et "postmoderne", est un produit du capitalisme. Dans la substance même de ce mode de production se trouve l'abolition et la mutilation nécessaires de la nature. Il était nécessaire de domestiquer le christianisme, une religion pour laquelle la Nature est la Création, et chaque homme est une Créature, et donc, il n'y a pas de place pour la manipulation de la substance de chaque créature. La nature, loin de la contempler, à la manière grecque et chrétienne, devait être "violée" (Bacon). Il reste maintenant à commettre cette violation avec les derniers bastions, la famille, l'enfance, la maternité, les actions volontaires de l'individu humain. Tout est colonisé et marchandisé. Et de plus en plus.

9788497422987.jpgCependant, l'objectivation et l'aliénation ne sont pas la même chose. Nous revenons à A. Prior :

"Marx rejette l'identification entre objectivation et aliénation. L'objectivation est un mode d'existence naturel de l'être humain. Un être dont la nature n'est pas extérieure à lui n'est pas naturel. Pour être objectif, un être doit avoir un objet extérieur à lui-même, sinon il devient une chimère. Pour Marx, l'aliénation est très différente de l'objectivité. Si l'objectivité est caractéristique du travail en général, au contraire, l'aliénation est une conséquence de la division sociale du travail dans le capitalisme" (Prior, op. cit. P.105].

Dans le travail et dans la science, l'homme s'objective avec sa praxis. Dans le rapport même que l'homme -en réalité, les peuples, les nations, les communautés- entretient avec le passé, avec leur passé, il doit y avoir une objectivation. Cela n'a rien à voir avec la "mémoire historique" si souvent utilisée. En tant que "mémoire", c'est de la pure subjectivité. L'anthropologie marxiste ne peut pas mettre le mythe, la légende, l'idéologie et la subjectivité personnelle sur le même plan que la connaissance historique. Il s'agit d'un travail, le travail collectif d'une communauté organisée avec ses spécialistes, qui tous "objectivent" ce passé, se l'approprient et se positionnent devant lui, en prenant de la distance.

L'une des plus grandes atteintes à la liberté des peuples consiste en l'usurpation, la manipulation et l'effacement sélectif de leur passé. Cela explique la faiblesse d'action des peuples hispaniques, tant les Espagnols des Amériques que les Espagnols péninsulaires. Des siècles de défaite et de décadence les ont amenés à intérioriser la Légende Noire, tout un système de mensonges et de demi-vérités dont la fonction principale est de bloquer la confrontation objective de ces peuples avec leur passé et de se reconnaître comme des victimes colonisées de l'avant-garde du capitalisme, la Grande-Bretagne et les États-Unis. Tout peuple colonisé est un peuple ultra-exploité. A l'exploitation subie par la classe ouvrière et paysanne en tant que telle s'ajoute l'exploitation subie en vivant dans une colonie, formelle ou informelle, d'une métropole dominante. Être une colonie informelle signifie avoir un hymne, un drapeau, un chef d'État, des armées pour les défilés, etc. mais pas de souveraineté nationale effective. Et la souveraineté nationale effective signifie, dans l'ordre économique, le pouvoir sur les décisions ultimes, celles qui concernent la protection de la production nationale et la défense de ses propres classes productrices (ses travailleurs et créateurs d'emplois).

Bien que le marxisme ait étudié en profondeur, et selon de nombreux points d'approche, l'ensemble du sujet de l'aliénation (qui est multiple : économique, technologique, culturelle...), il reste, à notre avis, une étude approfondie de l'aliénation historique, qui prend une épaisseur caractéristique au sein de l'aliénation culturelle et de la subordination idéologique des peuples.

L'anthropologie qui émerge de l'œuvre de Marx n'est pas un naturalisme grossier et encore moins un économisme "matérialiste". Les grands auteurs marxiens du vingtième siècle se sont battus avec acharnement pour rompre avec le "matérialisme" de Marx. A mon avis, ce sont, dans l'ordre chronologique : Gramsci, Preve et Fusaro.

51TM8fL5+aL._SX332_BO1,204,203,200_.jpgMarx s'inscrit dans la meilleure tradition idéaliste et, avant elle, dans la tradition réaliste aristotélicienne. Ce que Marx a brillamment et grandiosement construit, c'est une ontologie de l'être social, une ontologie de l'homme en tant qu'être essentiellement communautaire qui, depuis son arrivée au niveau de lacivilisation, a toujours lutté contre les forces désintégratrices, dissolvantes, atomistiques. L'ontologie de l'être social est, à la fois, theoria, contemplation de cette réalité qui inclut l'être individuel et collectif lui-même, les êtres contemplatifs, mais en même temps, elle est, nécessairement, une philosophie de la praxis : de l'action consciente dans la société, action qui cherche la transformation des structures politico-économiques qui, parce qu'elles sont injustes, sont irrationnelles et parce qu'elles sont irrationnelles, elles sont injustes.

D'où l'importance de cette confrontation objective avec le passé, et non de l'ingénierie sociale d'une "mémoire historique", chargée de haines renouvelées, de ressentiments, de partialité, bref, d'idéologie. La confrontation objective avec le passé signifie la lutte contre le "fatalisme" ("En Espagne, nous sommes comme ça, nous sommes sans espoir", "les mêmes personnes, les puissants, gagnent toujours") et contre le "présentisme" ("ce qui est, est parce qu'il devait en être ainsi", "ce qui doit être, sera"), qui n'est rien d'autre qu'une version du fatalisme, encore plus réfractaire à la contemplation du passé.

L'anthropologie marxienne s'inscrit dans cette Ontologie de l'être social, et en aucun cas elle n'est une sorte d'"histoire abstraite". Loin de tout scientisme, l'anthropologie de Marx est un traité sur l'être de l'homme. Prior écrit :

"... Marx a une anthropologie, qui n'est pas une abstraction de l'histoire, mais l'abstrait de l'histoire. En d'autres termes : la conception de Marx est diamétralement opposée à toutes les tendances à séparer et à opposer de manière insurmontable l'anthropologie et la sociologie, l'étude de l'essentialité et l'investigation de la structuration socio-historique de l'homme. Pour Marx, "l'être de l'homme" se trouve précisément dans "l'être" du processus social global et évolutif de l'humanité, dans l'unité interne de ce processus". (op. cit. p. 60-61).

Une grande partie de la pensée qui se veut l'héritière du marxisme est une pensée anti-métaphysique, qui souffre d'une véritable allergie à l'être. Les constructions qui ont été réalisées au XXe siècle, et surtout les ruines qui subsistent après la chute du mur de Berlin (1989) sont, en réalité, de vieux mythes déguisés en jargon philosophique, et toujours étrangers à une véritable Ontologie de l'être social. Dans ces constructions et ces ruines, ou dans ces constructions élevées sur des ruines, on peut tout trouver : le marxisme analytique, le marxisme lacanien, le "matérialisme philosophique" de Gustavo Bueno, etc. Mettez ici toutes les combinaisons possibles à la mode. Normalement, le mot "matérialisme" ne manque pas - substituant l'être à la matière - et l'originalité présumée de l'épigone consiste à lui ajouter un adjectif ou une modulation complémentaire. Quel manque de courage intellectuel nous trouvons chez ces penseurs "de gauche" lorsqu'il s'agit de se déclarer ouvertement idéalistes, comme Hegel était idéaliste, comme Gramsci était idéaliste, et comme le sont, plus récemment, Costanzo Preve et Diego Fusaro. Un idéalisme en soi révolutionnaire, parce qu'il est "idéaliste" en n'acceptant pas l'état des choses, il devient alors insupportable aux yeux de la critique, mais un idéalisme communautaire, c'est-à-dire réaliste, aristotélicien-thomiste, au sens où il y a un Être de l'Homme, communautaire, essentiellement social, qui fonde le sens commun, le sens de la Justice et de la vie en commun dans la Polis.

Les joueurs et jongleurs de la théorie tournent le dos à la réalité. Dans le marxisme contemporain, il y a beaucoup de "théorie" et peu de "réalité", a écrit, à ce propos, E.P. Thompson, se référant à un champion de la théorisation marxiste (op. cit. p. 43) :

539x840.jpg"Ce que fait Althusser n'est pas tant de confondre la pensée avec le réel que de priver le réel de ses propres déterminants en affirmant l'inconnaissabilité du réel, réduisant ainsi le réel à la théorie."

La gauche occidentale contemporaine s'est empêtrée dans ses théories et est devenue agnostique, voire nihiliste, par rapport à la réalité. L'"homme" n'existe pas, la "réalité" n'existe pas, la "société" n'existe pas, tout est constructions, structures, récits. La dérive qu'elle a prise, d'un théorétisme abstrait à un relativisme "narratif", est aujourd'hui assez notoire et scandaleuse. Alors que le néolibéralisme a redoublé d'efforts pour coloniser les esprits et les pays, ceux qui étaient appelés à défendre une anthropologie réaliste, la plus réaliste possible, qui est celle qui, depuis Aristote, en passant par saint Thomas et Marx, défend le Bien commun et l'existence essentiellement communautaire de l'homme, ceux qui se disent "de gauche" se sont engouffrés - au contraire - dans une absurdité postmoderne, où tout est "constructions", "récits" et "droit de décider".

La gauche prend pour acquis ce que la réalité nie. Nous avons donc des garçons qui souhaitent être des filles et vice versa, des animaux dotés de droits humains, et des droits humains refusés aux enfants qui sont sur le point de sortir de l’utérus maternel. Nous avons une ingénierie de "nouveaux" droits de l'homme, chaque jour ils en inventent un, tandis que les fermes humaines avec des utérus de substitution prolifèrent. N'importe qui peut avoir le droit d'être "parent", au-delà de l'existence d'un couple hétérosexuel stable et aimant: n'importe qui, sans distinction. Le droit du consommateur prêt à acheter des enfants et à louer des utérus passe avant le droit (sacré) d'un enfant à avoir une famille, une famille avec un père et une mère qui l'aiment. C'est cet antiréalisme de la gauche postmoderne qui fait s’étrangler ceux qui, en raison de leur travail et de leur situation sociale, de leur engagement éthique, de leur statut ou de leur profession, étaient appelés à rejoindre leurs rangs, tant que cette gauche intellectuelle ne s'était pas gravement égarée.

Arrêtez donc de nous bassiner les oreilles avec le "matérialisme". Analyser la réalité, et y revenir ; voilà le bon mot d’ordre. L'homme en tant qu'être social et spirituel est en danger. La famille et les nations sont en danger. La "bonne" vie, avec des amis et de l'amour, avec un travail digne et la fierté d'être, est en danger. Ce message, celui de Marx en tant que théoricien de la communauté et de l'être social, est celui qu'il faut récupérer.

Source : Magazine Contratiempo.

http://www.revistacontratiempo.com.ar/blanco_martin_izquierda_marxismo.htm

Les difficultés de Merkel et Macron incitent Biden à attaquer Poutine et Xi 

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Les difficultés de Merkel et Macron incitent Biden à attaquer Poutine et Xi 

Par Augusto Grandi

https://www.kulturaeuropa.eu/

SOURCE : https://electomagazine.it/le-difficolta-di-merkel-e-macro...

Biden ? Un démocrate, comme chacun le sait. Cette définition est suffisante pour exclure toute surprise face à l'attaque sordide lancée par le nouveau Président américain contre Poutine. Parce que, contrairement à ce que les médias et les historiens de service disent aux Italiens crédules, les démocrates américains ont toujours été des bellicistes. Beaucoup plus belliciste que les Républicains. Mais en Italie, ils évitent soigneusement de relier les "saints" Kennedy ou Lyndon Johnson à l'escalade de la guerre au Vietnam.

Il était donc évident que Biden allait accroître la tension internationale. Les insultes contre Poutine vont de pair avec les attaques contre la Chine. Un appel aux armes qui conduira à de nouvelles sanctions contre Moscou, poussant inévitablement la Russie dans les bras de Xi Jinping.

Biden, cyniquement mais aussi logiquement (car il a été chargé d'être président pour protéger les intérêts des grands groupes américains), profite de la situation de crise lourde qui affecte l’Europe. Ce n'est pas une coïncidence s'il a lancé son attaque contre la Russie immédiatement après la confirmation de la défaite de la CDU d'Angela Merkel dans deux élections régionales importantes en Allemagne. La chancelière quittera la scène après l'été, son leadership s'affaiblit et l'Allemagne est en proie à l'indécision, exacerbée par le mécontentement des Allemands face aux confinements répétés qui handicapent les activités économiques et la vie sociale.

Macron, qui jusqu'à présent a été très actif en politique étrangère, en partie parce qu'il se sentait soutenu par Merkel, ne fait pas mieux. Maintenant, cependant, Macron doit faire face au mécontentement interne pour sa mauvaise gestion de la pandémie. Et les Français, contrairement aux moutons italiens, ne se contentent pas de bêler quand ils sont en colère. Le président de l'Hexagone se retrouve donc en difficulté sur la scène internationale. Mais sans Berlin et Paris, la politique étrangère européenne n'existe pas. Avec ‘’l'Italie de Sa Divinité’’ qui reçoit des ordres directement de Washington et refuse le vaccin Spoutnik V aux Italiens pour ne pas contrarier les multinationales américaines du médicament.

Donc Biden a le champ libre. Et l'interview éminemment subversif de Meghan Markle a également fait comprendre aux Britanniques que leur rôle était celui d'alliés, mais d’alliés d'importance secondaire. Une interview qui minel’idée du Commonwealth lui-même, car pour les démocrates américains, il ne peut y avoir qu'un seul empire, l'empire américain.

Difficile d'imaginer la réaction de Moscou et de Pékin au-delà des déclarations officielles. Il ne peut évidemment pas s'agir d'une réaction militaire, mais les deux pays sont désastreux en termes de soft power et cela les pénalise considérablement car cela limite leurs possibilités de réaction.

Augusto Grandi

L'équinoxe de printemps, le mariage divin entre le Ciel et la Terre

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L'équinoxe de printemps, le mariage divin entre le Ciel et la Terre

Par Carlomanno Adinolfi & Flavio Nardi

Ex: https://www.ilprimatonazionale.it/

L'équinoxe de printemps a toujours marqué la transition vers le moment où la nature refleurit, où la vie s'épanouit, où la terre renaît. Dans de nombreuses cultures, l'équinoxe a été lu dans sa promesse de régénération comme le début de l'année. Le mythe du viol de Proserpine est emblématique à cet égard. Proserpine, fille de Cérès, enlevée par Hadès, suite à l'intervention du Père des Dieux, revient sur la Terre Mère, mais seulement pour les six mois du printemps et de l'été. L'équinoxe est donc un point fondamental de la Révolution propre au cycle annuel. Mais il n'y a pas que l'aspect "naturel" dans ce passage important de l'année. Dans les religions indo-aryennes, les cycles liés à la terre et à la nature étaient évidemment importants, mais ils n'étaient pas la seule charnière sur laquelle reposait la vision spirituelle, et donc la vision du monde. Ils étaient en fait intégrés dans une vision cosmique beaucoup plus large. C'est pourquoi l'équinoxe de printemps, moment où la lumière a grandi au point d'égaler les ténèbres et est finalement sur le point de les vaincre, n'a marqué l'épanouissement de la terre que dans son sens "inférieur", tandis qu'il a pris un sens beaucoup plus "élevé" en indiquant la porte qui mène à la voie anagogique de l'ascension vers le Ciel.

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Ce n'est pas une coïncidence si, pendant la période équinoxiale à Rome, la classe patricienne, à partir de la deuxième guerre punique, a mis côte à côte avec les cultes populaires et plébéiens de Liberalia en l'honneur des dieux Libero et Libera - étroitement liés à la terre, à la fertilité et au grain - les festivités en l'honneur de la Magna Mater Cybèle. Cybèle était une déesse très différente des grandes mères méditerranéennes honorées par les populations dans les cultes pré-aryens. Elle n'était pas du tout liée à la terre, à la fécondité du monde terrestre et naturel, et n'avait pas non plus les aspects "cannibales" classiques des divinités matriarcales qui génèrent la vie animale et végétale mais auxquelles tout revient pour se dissoudre dans un cycle continu sans débouchés verticaux.

Cybèle, selon les mots du dernier grand empereur païen Julien, est la "source des dieux intellectuels et démiurgiques qui gouvernent les dieux visibles" (1). Pour Julien le païen comme pour son ami Salluste, le dernier grand penseur néoplatonicien, tout le mythe de Cybèle représente l'arrêt de la génération (la mutilation d'Attis) et le retour non pas à la Terre Mère mais à l'origine des Dieux dans une anabasis céleste, à travers les rayons d'Hélios "qui partage le trône avec la Mère et qui, avec elle, est le démiurge de toutes choses" et le long du fleuve Gallus, ou la Voie lactée, le chemin que les âmes immortelles empruntent dans leur parcours descendant d'incarnation et ascendant de retour aux Dieux.

L'équinoxe de printemps marque également l'entrée dans le signe du Bélier, un signe strictement martial - nous sommes en mars, sans surprise - représentant le Feu céleste "principe viril de toute génération, manifestation directe de la puissance de l'Or" (2). Ce n'est pas un hasard si les deux choses coïncident et si les fêtes de la Magna Mater sont célébrées en mars et en même temps que deux fêtes dédiées à Mars : l'Agonalia du 17 et le Tubilustrium du 23. Comme le note Alexandre Giuli dans son essai fondamental sur la Magna Mater, "la matrice cosmique des Dieux intelligibles reste une feuille végétative infertile si elle n'est pas illuminée par le feu céleste viril et actif émis par le Bélier bicéphale" (3). A l'équinoxe de printemps, nous célébrons ce mariage mystique entre le principe viril céleste et la matrice universelle d'où doit naître la vie.

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Dans le nord germanique, le début du printemps était dédié à la déesse Eostre, qui devint ensuite Ostara d'où Ostern et Easter, respectivement Pâques en allemand et en anglais. La divinité était liée à la fertilité, il suffit de penser au lièvre, animal fertile par excellence, qui accompagne toujours la déesse et qui, dans le folklore, est devenu le "lapin de Pâques", mais elle était aussi liée à l'aube - Eostre vient du proto-indo-européen Hewsos ou Ausos d'où le grec Eos et le latin Aurora - dont la splendeur annonce la lumière qui remplacera les ténèbres. Tout comme Ostara est l'"étoile de l'Est" ou Vénus, l'étoile qui annonce le matin.

Le concept de l'aurore cosmique annonçant la lumière annuelle et non seulement quotidienne est une réminiscence de la patrie polaire indo-aryenne où l'alternance obscurité/lumière a pour nous une durée annuelle et où l'aurore marque le retour de la vie. Parmi les symboles d'Eostre, on trouve également l'œuf - qui est ensuite devenu un symbole de Pâques - qui renvoie au concept de "matrice cosmique des dieux" et de "source" avant toute chose. Mais même ici, l'œuf reste infertile sans le feu viril et actif, qui intervient par l'intermédiaire de Thor qui, avec son marteau et sa foudre, qui correspondent au même feu céleste et principe viril vus précédemment, féconde l'œuf et le "casse" pour libérer le potentiel de vie qu'il contient.

Le sens ultime de l'équinoxe est donc celui du mariage divin, de la synthèse entre le Ciel et la Terre et de la génération d'une vie nouvelle, mais la Vie qui naît de ce mariage mystique n'est pas seulement celle qui naît de la génération matérielle, qui n'est que l'aspect extérieur. La Vie qui éclate en mars est donc bien plus qu'une promesse de régénération : c'est le fruit de la Lumière qui participe éternellement à la splendeur, et qu'il faut faire nôtre. C'est la vie "intelligible", telle que définie par l’Empereur Julien, une ‘’vie intelligible’’ qui ne se contente pas de jouer un rôle dans le cycle caduc de la naissance et du retour à la terre, mais qui participe à cette étincelle divine née dans l'obscurité solsticiale, qui s'est transformée en flamme à Imbolc/Chandeleur et qui brille maintenant d'une lumière aurorale, la vie qui est prête à parcourir le chemin ascendant indiqué par les rayons d'Helios et qui est prête à accompagner son chemin céleste si elle est correctement façonnée et guidée.

Carlomanno Adinolfi et Flavio Nardi

Notes :

1 - Flavio Claudio Giuliano, Hymne à la Mère des Dieux in Uomini e Dei, ed. Mediterranee

2 - Julius Evola, La Tradizione Ermetica, ed. Mediterranee

3 - Alessandro Giuli, Venne la Magna Madre, Settimo Sigillo ed.

samedi, 20 mars 2021

Irlande: l'Indépendance Inachevée

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Café Noir N.15

Irlande: l'Indépendance Inachevée

IRA, Lutte Armée, Boom Économique et Brexit Café Noir – Un Autre Regard sur le Monde.
 
Émission du Vendredi 19 mars 2021 avec Pierre Le Vigan & Gilbert Dawed
 
 
LIENS DU SITE ET DES LIVRES MENTIONNÉS
Ça n'empêche pas Nicolas - Blog de Jean Lévy https://tinyurl.com/ynkpmx4m
Avez-vous Compris les Philosophes IV de Pierre Le Vigan https://tinyurl.com/8drhs35y
Forgotten Revolution. The Limerick Soviet 1919 de Liam Cahill https://tinyurl.com/ynm2vuwh
 
EXTRAITS DANS CETTE ÉMISSION
– The Wind that Shakes the Barley. Film de Ken Loach
– The Wind that Shakes the Barley. Chanson de Loreena McKennitt
– Les Obsèques de Bobby Sands
– IRA: Défilé de Pâques à Free Derry en 2017
– You will Never Beat the Irish. Chanson des Wolfe Tones

Des robots de Rossum à l'intelligence artificielle

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Des robots de Rossum à l'intelligence artificielle

par Leonid SAVIN

https://orientalreview.org/  

Le 25 janvier 2021 marque le centenaire de la première de la pièce de théâtre R.U.R. (Rossum's Universal Robots) de l'écrivain tchèque de science-fiction Karel Čapek. Cette courte œuvre a anticipé les livres ultérieurs sur le sujet, ainsi que les films cyberpunk et post-apocalyptiques comme Terminator et Alien: Covenant. Les robots universels de Rossum ont été conçus comme des assistants des humains, mais après un certain temps, ils se rebellent et détruisent la race humaine, à l'exception d'un ouvrier d'usine, dont ils ont besoin pour recréer leur propre espèce.

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Karel Capek.

Le mot "robot" s'est rapidement banalisé et a été appliqué à des mécanismes dotés d'un ensemble limité de fonctions programmables et nécessitant un diagnostic, un entretien et une réparation. Plus récemment, cependant, notamment après le développement des ordinateurs et des cyber-technologies, des discussions sont déjà en cours pour savoir si les machines peuvent penser et prendre des décisions sur un pied d'égalité avec les personnes.

Les dernières réalisations en matière de robotique et d'informatisation ne sont nulle part plus demandées que dans l'armée, notamment aux États-Unis, où des centres spéciaux ont été créés pour développer des programmes, des applications et du matériel spécifiques. De nombreux laboratoires de l'armée américaine, du corps des Marines, de la marine et de l'armée de l'air, avec l'aide de contractants et des principales institutions du pays, mènent à bien les prototypes de modèles avancés - toute cette technologie doit servir les nouvelles guerres que Washington prévoit de déclencher à l'avenir.

Les récentes avancées dans ce domaine sont révélatrices.

Le navire sans équipage Ghost Fleet Overlord a récemment parcouru 4700 miles nautiques avec succès et a participé à l'exercice Dawn Blitz, où il a opéré de manière autonome pendant presque tout le temps.

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Ceux qui s'inquiètent de la puissance croissante de la Chine proposent d'utiliser de tels systèmes pour toutes les relations futures avec l'APL: utiliser des drones suicide sous-marins pour attaquer les sous-marins chinois, par exemple. Les États-Unis parlent déjà de robots de combat sous-marins et de surface qui seraient en cours de développement par l'armée chinoise et que les Chinois appellent une "Grande Muraille sous-marine". C'est pourquoi ils suggèrent d'établir une parité avec les Chinois ou de les surpasser d'une manière ou d'une autre.

Les efforts de la Chine dans ce domaine montrent que la disponibilité de nouveaux types d'armes ne donne aux États-Unis aucune garantie que ces systèmes ne seront pas mis en service par d'autres pays. Par exemple, l'apparition de drones de combat dans un certain nombre de pays a obligé les États-Unis à développer des méthodes et des stratégies pour contrer les drones.

Ainsi, en janvier 2021, le département de la défense américain a publié une stratégie pour contrer les petits systèmes d'aéronefs sans pilote : cette stratégie s'alarme de l'évolution de la nature de la guerre et de la concurrence croissante, qui constituent toutes deux des défis pour la supériorité américaine.

bio-groen.pngLe lieutenant général Michael Groen, directeur du Joint Artificial Intelligence Center du ministère américain de la défense, évoque la nécessité d'accélérer la mise en œuvre de programmes d'intelligence artificielle à usage militaire. Selon lui, "nous pourrions bientôt nous retrouver dans un espace de combat défini par la prise de décision basée sur les données, l'action intégrée et le rythme. En déployant les efforts nécessaires pour mettre en œuvre l'IA aujourd'hui, nous nous retrouverons à l'avenir à opérer avec une efficacité et une efficience sans précédent".

Le Centre interarmées d'intelligence artificielle du Pentagone, créé en 2018, est désormais l'une des principales institutions militaires développant des "logiciels intelligents" pour les futurs systèmes d'armes, de communication et de commandement.

L'intelligence artificielle est désormais le sujet le plus discuté au sein de la communauté de recherche de la défense américaine. C'est une ressource qui peut aider à atteindre certains objectifs, comme permettre aux drones de voler sans supervision, de recueillir des renseignements et d'identifier des cibles grâce à une analyse rapide et complète.

On suppose que le développement de l'intelligence artificielle entraînera une concurrence féroce, car l'IA elle-même se distingue de nombreuses technologies passées par sa tendance naturelle au monopole. Cette tendance au monopole exacerbera les inégalités nationales et internationales. Le cabinet d'audit Pricewaterhouse Coopers prévoit que "près de 16.000 milliards de dollars de croissance du PIB pourraient découler de l'IA d'ici à 2030", dont 70 % pour les seuls États-Unis et la Chine. Si la rivalité est le cours naturel des choses, alors pour les entreprises qui utilisent l'intelligence artificielle à des fins militaires ou pour des technologies à double usage, la considérer de cette manière semblera tout à fait logique. Il s'agira d'un nouveau type de course aux armements.

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Sur le plan éthique, toutefois, les systèmes d'intelligence artificielle militaires pourraient être impliqués dans la prise de décisions visant à sauver des vies ou à prononcer des condamnations à mort. Ils comprennent à la fois des systèmes d'armes autonomes létaux, capables de sélectionner et d'engager des cibles sans intervention humaine, et des programmes d'aide à la décision. Certaines personnes plaident activement en faveur de l'inclusion de machines dans un processus décisionnel complexe. Le scientifique américain Ronald Arkin, par exemple, affirme que non seulement ces systèmes ont souvent une meilleure connaissance de la situation, mais qu'ils ne sont pas non plus motivés par l'instinct de conservation, la peur, la colère, la vengeance ou une loyauté mal placée, suggérant que, pour cette raison, les robots seront moins susceptibles de violer les accords de paix que les personnes.

Certains pensent également que les fonctions de l'intelligence artificielle peuvent transformer la relation entre les niveaux tactique, opérationnel et stratégique de la guerre. L'autonomie et la mise en réseau, ainsi que d'autres technologies, notamment la nanotechnologie, la furtivité et la biogénétique, offriront des capacités de combat tactique sophistiquées au sol, dans les airs et en mer. Par exemple, des bancs de véhicules sous-marins autonomes concentrés à des endroits précis de l'océan pourraient compliquer les actions secrètes des sous-marins qui assurent actuellement une frappe de représailles garantie par les puissances nucléaires. Par conséquent, d'autres plateformes tactiques pourraient également avoir un impact stratégique.

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L'amélioration de la manœuvrabilité est également liée à l'intelligence artificielle. Celle-ci comprend, entre autres, des logiciels et des capteurs qui permettent aux robots d'être autonomes dans des endroits dangereux. C'est l'un des moteurs de l'utilisation de systèmes autonomes par l'armée. L'armée américaine fonde de grands espoirs sur l'autonomie des machines, car elle pourrait offrir une plus grande flexibilité aux personnes qui commandent et combattent aux côtés des robots. Les développeurs américains espèrent passer de 50 soldats soutenant un drone, un véhicule terrestre sans pilote ou un robot aquatique, comme c'est le cas actuellement, à un paradigme où une seule personne soutiendrait 50 robots.

Mais l'intelligence artificielle pourrait aussi créer de sérieux problèmes. L'intelligence artificielle militaire pourrait potentiellement accélérer le combat au point que les actions des machines dépassent les capacités mentales et physiques de ceux qui prennent les décisions dans les postes de commandement d'une guerre future. Par conséquent, la technologie dépassera la stratégie, et les erreurs humaines et de la machine se confondront très probablement - avec des conséquences imprévisibles et involontaires.

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Une étude de la RAND Corporation, qui examine l'influence des machines à penser sur la dissuasion en cas de confrontation militaire, met en évidence les graves problèmes qui pourraient survenir si l'intelligence artificielle était utilisée sur le théâtre de la guerre. Sur la base des résultats des jeux réalisés, il a été démontré que les actions entreprises par une partie, que les deux joueurs percevaient comme ‘’désescalatoires’’, étaient immédiatement perçues par l'intelligence artificielle comme une menace. Lorsqu'un joueur humain retire ses forces afin de désamorcer une situation, les machines sont les plus susceptibles de percevoir cela comme un avantage tactique qui doit être consolidé. Et lorsqu'un joueur humain faisait avancer ses forces avec une détermination évidente (mais pas hostile), les machines avaient tendance à percevoir cela comme une menace imminente et à prendre les mesures appropriées. Le rapport a révélé que les joueurs devaient faire face à la confusion non seulement de ce que pensait leur ennemi, mais aussi de la perception de l'intelligence artificielle de leur ennemi. Les joueurs devaient également faire face à la façon dont leur propre intelligence artificielle pouvait mal interpréter les intentions humaines, qu'elles soient amicales ou hostiles.

En d'autres termes, l'idée contenue dans la pièce de Karel Čapek sur les robots est toujours d'actualité : il est impossible de prévoir le comportement de l'intelligence artificielle. Et si les robots "intelligents" ont un usage militaire, alors ils pourraient aussi devenir un danger pour leurs propriétaires. Même aux États-Unis, certains militaires sceptiques se rangent dans le camp des traditionalistes qui pensent que de telles innovations, imaginées par des utopistes de la Silicon Valley seront nuisibles à la politique de l'État américain.

Les "pivots vers l'Asie" de la Grande-Bretagne: c’est pour contenir la Chine

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Les "pivots vers l'Asie" de la Grande-Bretagne: c’est pour contenir la Chine

Hyperextension impériale, vœux pieux et illusions

Par Tom Clifford

Global Research : https://www.globalresearch.ca/britain-pivots-asia-contain...

***

De l'est de Suez à l'amont du Yangtze. Les clients des bars de Pékin font la fête, mais ce n'est pas le pivot de la Grande-Bretagne vers l'Asie qui les fait bavarder bruyamment et se taper dans le dos.

La Saint-Patrick, le 17 mars, était la raison de leur jovialité non masquée dans les bars et les pubs. Plus de 50 ans après que le ministre de la défense travailliste de l'époque, Denis Healey, ait annoncé en 1968 le retrait du Royaume-Uni, à court d'argent, de toutes les implantations ex-impériales à l'est de Suez, la Grande-Bretagne est de retour. Enfin, du moins, elle en parle.

Le Premier ministre britannique Boris Johnson et ses amiraux ont devant eux un nouvel horizon qui s'étend le long de voies maritimes encombrées, de l'Inde au Japon à l'est et de la Chine à l'Australie au sud. La Grande-Bretagne, ou, en réalité, le haut commandement conservateur, estime que l'Union européenne a étouffé l'élan impérial, privant la Grande-Bretagne de sa véritable place, qui est d’assumer un rôle mondial dominant. Le déclin de la Grande-Bretagne, selon certains Tories, peut être attribué à l'UE, à l'introduction de l’enseignement général et, pourquoi pas, au beurre à tartiner.  Ce Johnson, affaibli par le Covid-19, mais dûment vacciné, est-il en train de réagir en s'enveloppant dans l’Union Jack et en se lançant dans un fantasme impérial ?

L'Asie est le nouveau centre économique du monde et le Royaume-Uni est à la traîne dans ses relations avec elle. La Chine est le seul pays asiatique figurant parmi les dix premiers marchés de la Grande-Bretagne. Les États-Unis, l'Allemagne et l'Irlande sont les trois premiers, selon la Database of British Products & Verified British Exporters.

Il y a clairement quelque chose qui cloche. L'Irlande, bien sûr, est toute proche de l’Angleterre, mais elle a aussi une population d'environ 5 millions d'habitants. C'est à peu près la taille de mon quartier de Pékin. Et voilà la contradiction. La Grande-Bretagne change de politique principalement non pas pour stimuler le commerce avec la Chine mais pour la contrer, politiquement, militairement et économiquement. Bien sûr, dit Londres, nous ferons des affaires avec Pékin si la bonne occasion se présente. N'y comptez pas.

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Rule Britannia contre la Chine : Le nouveau porte-avions britannique HMS Queen Elizabeth dans la mer de Chine méridionale en 2021 ?

En un mot, la Grande-Bretagne veut contenir la Chine. Il existe des raisons légitimes de stimuler le commerce avec l'Asie, mais contenir la Chine est ridicule, tant dans son raisonnement que dans ses conséquences. C'est également impossible.

La Grande-Bretagne a annoncé qu'elle allait envoyer son tout nouveau porte-avions, le HMS Queen Elizabeth, en mer de Chine méridionale pour donner à Pékin un coup de semonce, dans une démonstration de faiblesse. Elle avait l'intention de le faire plus tôt, mais des retards et des dépassements budgétaires ont retardé le déploiement de cette formidable unité aéronavale. Elle n'ose pas s'aventurer seule dans la mer de Chine méridionale, la vraie politique exige que Washington fixe le calendrier et envoie ses navires pour, euh, eh bien, la protéger et s'assurer que les choses ne dégénèrent pas. Il ne sert à rien de remonter le Yangtze sans pagaie. Bien sûr, cela sera décrit comme une opération commune d’alliés travaillant ensemble, pour envoyer un message uni. En réalité, la Chine n'est pas inquiète.

Elle sait comment traiter avec les anciens détenteurs de concessions du 20e siècle sur son territoire.

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En février 2019, le secrétaire à la défense britannique de l'époque, Gavin Williamson, aujourd'hui un ministre de l'éducation incroyablement impopulaire maintenu à son poste en tant que paratonnerre, a annoncé que le HMS Elizabeth se rendrait en mer de Chine méridionale et serait prêt à utiliser la force létale pour défendre des voies navigables libres et ouvertes. La Chine, après avoir été prise d'un fou rire, a répondu en retirant son invitation à la visite du chancelier, Phillip Hammond, pour des négociations commerciales.

Les Chinois ne sont pas anti-anglais. Loin de là. Toutes les écoles chinoises enseignent l'anglais ou souhaitent le faire si les enseignants et les ressources sont disponibles. En Angleterre, environ 13 % des écoles publiques et 50 % des écoles indépendantes enseignent le chinois. Les tribulations des équipes de football anglaises sont suivies avec passion en Chine. La question de savoir qui vous soutenez est fréquente. Avant la pandémie, les étudiants voulaient aller en Grande-Bretagne pour étudier. Beaucoup l'ont fait. Londres et Édimbourg étaient des destinations de choix pour les touristes chinois.

La Chine mise à part, la Grande-Bretagne ne doit pas se faire d'illusions sur le fait que son retour en Asie marquera le début d'une nouvelle ère du Raj.

La région visée est devenue le moteur de l'économie mondiale. De la rive orientale du Bosphore à la baie de Tokyo, elle représente la moitié de la production économique mondiale et plus de la moitié de la population mondiale. Et cela ne cesse de croître. Elle abrite les deux nations les plus peuplées du monde, la Chine et l'Inde, les deuxième et troisième économies mondiales, la Chine et le Japon, ainsi que la plus grande démocratie du monde, l'Inde.

Le pivot vers l'Asie est une perspective alléchante. Mais dans quelle mesure le Londres du confinement a-t-il bien réfléchi à la question ? Les pays asiatiques veulent des visas pour que leurs ressortissants puissent étudier et travailler en Grande-Bretagne. Le Royaume-Uni sera-t-il prêt à accorder à l'Inde et aux autres pays asiatiques l'accès aux marchés britanniques, ainsi que des dizaines de milliers de visas ?

Les Asiatiques ont été victimes de la mondialisation rampante menée à coups de sabre à l'âge de l'empire.

Ils veulent, et obtiendront, un meilleur deal cette fois-ci. 

Levons les ancres ! 

 

Comment interpréter le concept de liberté utilisé par Freedom House?

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Comment interpréter le concept de liberté utilisé par Freedom House?

Leonid Savin

https://rebelion.org/

Traduction par Juan Gabriel Caro Rivera

Bien que Freedom House (FH) prétende être une organisation non gouvernementale, 70 à 80% de son budget total provient du gouvernement américain. Par conséquent, une grande partie du travail effectué par cette ONG est le reflet des politiques américaines. Récemment, FH a publié son dernier rapport annuel dans lequel il analyse l'état des libertés civiles dans le monde (1). Le rapport se fonde sur le concept occidental de ‘’liberté négative’’, qui conçoit la liberté comme l'absence d'obligations et de restrictions dictées par les relations sociales.

Les pays sont divisés en trois catégories: les libres, les ‘’partiellement libres’’ et les non libres. D'ici 2020, la FH prévoit qu'il y aura 82 pays libres, 59 pays partiellement libres et 54 pays non libres.

Pour avoir une idée de l'approche utilisée par Freedom House pour classer les différents États, il suffit de noter que des pays comme la Russie, la Turquie, le Kazakhstan, la Chine et le Vietnam sont considérés comme non libres, tandis que l'Ukraine, le Royaume du Maroc, le Pakistan et l'Inde sont classés comme partiellement libres ; les vaches sacrées de la démocratie sont les pays d'Europe occidentale et les États-Unis.

L'Estonie est le pays qui s'en approche le plus, avec un total de 94 points, ce qui est étrange, car cette démocratie balte est connue pour le fait qu'elle considère que la population russe ne fait pas partie de la citoyenneté estonienne, ce qui porte atteinte aux droits de l'homme pour des raisons ethniques, mais l'Estonie est considérée comme un pays libre par les employés de Freedom House. La même discrimination existe en Lettonie, mais ce pays reçoit un total de 89 points.

Le rapport note que le niveau des libertés démocratiques a sensiblement diminué au cours de l'année écoulée dans un total de 45 pays (2). La FH fait référence à plusieurs pays, notamment la Biélorussie.

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Aux États-Unis, le niveau de liberté individuelle s'est dégradé, ce qui a fait tomber ce pays loin derrière la Lettonie et l'Estonie (le score en matière de libertés civiles aux États-Unis est passé de 94 à 83 au cours de l'année écoulée), mais c'est la faute à Donald Trump.

Le rapport note également que l'épidémie de coronavirus a eu un impact négatif sur la promotion de la liberté, cela est clair en ce qui concerne des pays comme la Hongrie, la Pologne, l'Algérie, l'Égypte, l'Espagne, la Grande-Bretagne, l'Inde, la Chine, le Canada, l'Argentine, le Brésil, le Venezuela, la Colombie, l'Iran, la Thaïlande et les Philippines. ...

Le système de classement est plutôt biaisé. Par exemple, le rapport est caractérisé par des jugements tels que ceux-ci : "Les ennemis de la liberté défendent l'idée fausse que la démocratie est entrée dans un processus de déclin parce qu'elle est incapable de répondre aux besoins du peuple. En fait, la démocratie est en déclin pour une autre raison : parce que ses représentants les plus éminents ne font rien pour la défendre. Les démocraties doivent de toute urgence commencer à se montrer solidaires les unes des autres afin de conserver leur leadership mondial. Les gouvernements qui défendent la démocratie, y compris la nouvelle administration à Washington, doivent se réunir le plus rapidement possible..."

Que signifie "ne pas faire assez pour défendre la démocratie"? Bombarder la Yougoslavie, envahir l'Irak et l'Afghanistan, détruire l'État libyen, tenter de renverser le président de la Syrie, promouvoir un coup d'État en Ukraine? Soutenir une dictature brutale au Bahreïn afin d'assurer la présence de la cinquième flotte de la marine américaine?

À peu près au même moment où le rapport de Freedom House a été publié, le directeur du renseignement national des États-Unis a rendu public un rapport spécial sur l'implication du gouvernement saoudien dans le meurtre du journaliste Jamal Khashoggi. Le meurtre s'est produit en octobre 2018 au consulat d'Arabie saoudite à Istanbul. Le rapport indique que le prince héritier Mohammed bin Salman a donné le feu vert à une opération visant à capturer et à tuer ce journaliste saoudien, mais les États-Unis n'ont imposé aucune sanction contre l'Arabie saoudite ou contre le prince héritier (Washington s'est limité à imposer quelques sanctions contre l'ancien chef des services de renseignement saoudiens Ahmad al-Asiri).

Il n'est pas non plus important que les employés de Freedom House écrivent sur l'état des libertés civiles dans les pays non libres (comme l'Arabie saoudite), puisque ces pays sont, dans l'ensemble, des vassaux des États-Unis. Les vassaux sont autorisés à faire certaines choses que les autres ne peuvent pas faire, et ces choses doivent inclure la suppression des libertés civiles, comme cela se passe actuellement en Ukraine avec l'approbation du gouvernement américain (3).

Notes :

  1. (1) https://freedomhouse.org/report/freedom-world/2021/democracy-under-siege
  2. (2) https://freedomhouse.org/explore-the-map?type=fiw&year=2021
  3. (3) https://www.fondsk.ru/news/2021/03/01/ozhestochennaja-borba-so-svobodoj-...

Source : https://www.fondsk.ru/news/2021/03/07/o-nesvobodnoj-rossii-i-otnositelno...

vendredi, 19 mars 2021

"Le néolibéralisme subjugue sans que l'on se rende compte de sa propre soumission"

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"Le néolibéralisme subjugue sans que l'on se rende compte de sa propre soumission"

par Byung Chul Han

Ex : http://novaresistencia.org/

La grande astuce du libéralisme dans sa phase postmoderne et postpolitique, c’est qu'il domine et soumet sans que les gens se rendent compte de cette soumission. La tyrannie post-libérale est la plus totalitaire de l'histoire, précisément en raison de son invisibilité et de la docilité qu’elle induit.

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Le pouvoir se révèle sous des formes, des manifestations, très différentes les unes des autres. La plus indirecte et immédiate s’extériorise sous la forme d'un déni de liberté. Elle permet aux puissants d'imposer leur volonté, y compris par la violence, contre la volonté des personnes soumises au pouvoir. Le pouvoir ne se limite cependant pas à briser la résistance et à forcer l'obéissance: il ne prend pas nécessairement la forme de la coercition. Un pouvoir qui dépend de la violence ne représente pas le pouvoir suprême. Le simple fait qu'une volonté se manifeste et s'oppose au puissant atteste ipso facto de la faiblesse de son pouvoir. Le pouvoir est précisément là où il n'est pas thématisé. Plus la puissance est grande, plus elle agit silencieusement. Le pouvoir se donne sans se référer bruyamment à lui-même.

Le pouvoir peut certainement être extériorisé sous forme de violence ou de répression. Mais il ne s'agit pas de cela. Il n'est pas nécessairement excluant, prohibitif ou censurant. Et il ne s'oppose pas à la liberté. Il peut même s'en servir. Ce n'est que dans sa forme négative que le pouvoir se manifeste comme une violence négatrice qui brise la volonté et nie la liberté. Aujourd'hui, le pouvoir prend de plus en plus une forme permissive. Dans sa permissivité, voire dans sa douceur, il se dépouille de sa négativité et s'offre comme liberté.

9791096562138.jpgLe pouvoir disciplinaire n'est pas entièrement dominé par la négativité. Il s'articule de manière inhibitrice plutôt que permissive. En raison de sa négativité, le pouvoir disciplinaire ne peut décrire le régime néolibéral, qui brille par sa positivité. La technique de pouvoir propre au néolibéralisme prend une forme subtile, souple, intelligente et échappe à toute visibilité. Le sujet soumis n'est même pas conscient de sa soumission. La toile de la domination lui est complètement cachée. C'est pourquoi il se prétend libre.

Inefficace est le pouvoir disciplinaire qui, au prix de grands efforts, contraint violemment les hommes en imposant des préceptes à suivre et des interdictions. Radicalement plus efficace est la technique du pouvoir qui fait en sorte que les gens se soumettent sans heurts à la structure de la domination. Il veut activer, motiver, optimiser et non pas entraver ou subjuguer. Son efficacité particulière est due au fait qu'il n'agit pas par interdiction et par soustraction, mais par agrément et par saturation. Au lieu de rendre les hommes soumis, il essaie de les rendre dépendants.

Le pouvoir intelligent et aimable n'opère pas de front contre la volonté des sujets soumis, mais oriente cette volonté en sa faveur. Il est plus affirmatif que négatif, plus séduisant que répressif. Il s'efforce de générer des émotions positives et de les exploiter. Il séduit plutôt qu'il n'interdit. Il ne se confronte pas au sujet, il lui octroie des facilités.

Le pouvoir intelligent s'adapte au psychisme plutôt que de le discipliner et de le soumettre à la coercition et aux interdictions. Il ne nous impose pas le silence. Au contraire : il exige que nous partagions, participions, communiquions nos opinions, nos besoins, nos désirs et nos préférences, c'est-à-dire que nous racontions nos vies. Ce type de pouvoir est plus puissant que le pouvoir répressif. Il échappe à toute visibilité. La crise actuelle de la liberté consiste dans le fait que nous sommes confrontés à une technique de pouvoir qui ne nie pas la liberté ou ne la soumet pas mais l'exploite. La libre décision est éliminée au profit du libre choix entre différentes offres.

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Le pouvoir intelligent, qui semble libre et aimant, qui stimule et séduit, est plus efficace que le pouvoir qui classifie, menace et prescrit. Le "bouton like" en est le symbole. On se soumet au réseau du pouvoir en consommant et en communiquant, même en cliquant sur le bouton "J'aime". Le néolibéralisme est le capitalisme du "like". Il diffère sensiblement du capitalisme du XIXe siècle, qui fonctionnait par la coercition et les interdictions disciplinaires.

Le pouvoir intelligent lit et évalue nos pensées conscientes et inconscientes. Il se base sur l'auto-organisation et l'auto-optimisation, réalisées de manière volontaire. De cette façon, il n'a pas à vaincre de résistance. Cette domination ne nécessite aucun grand effort, aucune violence, car elle se produit tout simplement. Elle veut dominer en essayant de plaire et en générant des dépendances. L'avertissement suivant est inhérent au capitalisme du "like" : protégez-moi de ce que je veux.

Source : Bloghemia

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Sur le projet OTAN 2030

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Sur le projet OTAN 2030

par Jean-Paul Baquiast

Ex: http://www.europesolidaire.eu

Dans une lettre ouverte à Jens Stoltenberg, secrétaire général de l'OTAN, plusieurs haut gradés de l'Armée regroupés au sein du Cercle de Réflexion Interarmées s'élèvent contre le projet OTAN 2030 qui affaiblit selon eux la souveraineté de la France. Nous la reproduisons ici. Il va sans dire que nous sommes pleinement d'accord avec cette lettre.

TRIBUNE LIBRE

Le jeudi 18 février 2021 l'étude "OTAN 2030", produite à votre demande, vous a été présentée. Elle indique ce que doivent être les missions de l'OTAN pour les dix prochaines années. D'entrée, il apparaît que toute l'orientation de l'OTAN repose sur le paradigme d'une double menace, l'une russe, présentée comme à l'œuvre aujourd'hui, l'autre chinoise, potentielle et à venir. Deux lignes de force majeures se dégagent de cette étude.

La première, c'est l'embrigadement des Européens contre une entreprise de domination planétaire de la Chine, en échange de la protection américaine de l'Europe contre la menace russe qui pèserait sur elle.

La deuxième, c'est le contournement de la règle du consensus, de plusieurs manières: opérations en coalitions de volontaires; mise en oeuvre des décisions ne requérant plus de consensus; et surtout la délégation d'autorité au SACEUR (Commandant Suprême des Forces Allièes en Europe, officier général américain) au motif de l'efficacité et de l'accélération de la prise de décision.

Mais la lecture de ce projet «OTAN 2030» fait clairement ressortir un monument de paisible mauvaise foi, de tranquille désinformation et d'instrumentalisation de cette "menace Russe", «menace» patiemment créée puis entretenue, de façon à «mettre au pas» les alliés européens derrière les États-Unis, en vue de la lutte qui s'annonce avec la Chine pour l'hégémonie mondiale.

C'est pourquoi, Monsieur le Secrétaire général, avant toute autre considération sur l'avenir tel qu'il est proposé dans le projet OTAN 2030, il est important de faire le point sur les causes et la réalité de cette menace russe, par les quelques rappels historiques ci-dessous.

En effet, l'histoire ne commence pas en 2014, et c'est faire preuve d'une inébranlable mauvaise foi historique concernant les relations euro et américano-russes, que de passer en une seule phrase (au tout début du paragraphe "Russie") directement du "partenariat constructif" lancé par l'Otan au début des années 90 à l'annexion de la Crimée par la Russie en 2014, comme s'il ne s'était rien passé entre 1991 et 2014, entre « la gentille Russie » de l'époque, et le méchant «Ours russe» d'aujourd'hui.

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C'est bien l'OTAN qui, dès les années 1990, s'est lancée à marche forcée dans son élargissement vers l'est, certes à la demande des pays concernés, mais malgré les assurances données à la Russie en 1991 lors de la signature du traité de Moscou (2), et qui d'année en année a rapproché ses armées des frontières de la Russie, profitant de la décomposition de l'ex URSS.

C'est bien l'OTAN qui , sans aucun mandat de l'ONU, a bombardé la Serbie (3) pendant 78 jours, avec plus de 58 000 sorties aériennes, et ceci sur la base d'une vaste opération de manipulation et d'intoxication de certains services secrets de membres importants de l'Alliance, (le prétendu plan serbe « Potkova » et l'affaire de Racak ), initiant ainsi, contre toute légitimité internationale, la création d'un Kosovo indépendant en arrachant une partie de son territoire à un état souverain, au nom du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, humiliant ainsi la Russie à travers son allié serbe.

Ce principe serait-il à géométrie variable, lorsqu'il s'agit de la Crimée composée à plus de 90% de Russes, et rejoignant la Russie sans un coup de feu?

C'est bien l'OTAN qui en 2008, forte de sa dynamique «conquête de l'est», refusa la main tendue par la Russie pour un nouveau « Pacte de sécurité européen » qui visait à régler les conflits non résolus à l'est de l'Europe (Transnistrie, Abkhazie, Ossétie du Sud), en échange d'une certaine neutralité de la Géorgie, de l'Ukraine, de la Moldavie - c'est à dire de l'immédiat « hinterland » russe - vis-à-vis de l'OTAN.

Et c'est toujours avec ce même esprit conquérant, perçu comme un réel étranglement par la Russie, qu'il a été choisi, en 2010, d'encourager les graves troubles de l'« Euromaïdan », véritable coup d'état qui a abouti à l'élimination du président ukrainien légalement élu,  jugé trop pro-russe, en vue de continuer la politique de rapprochement de l'Ukraine avec l'OTAN.

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On connaît la suite, avec les sécessions de la Crimée et du Donbass.

C'est bien l'OTAN qui au début des années 2000, après avoir associé la Russie à une défense anti-missiles de théâtre censée « protéger les États-Unis et ses alliés, dont la Russie » , d'une attaque de missiles tirés par des «États voyous» , notamment l'Iran et la Corée du Nord (sic), transforma de facto en 2010 lors du sommet de Lisbonne, ce système en une architecture globale de défense antimissile balistique en Europe (BMDE), non plus de théâtre, mais en un véritable bouclier tourné cette fois-ci contre la Russie et non pas la protégeant.

C'est encore l'OTAN qui donna l'assurance à la Russie que les sites de lancement des missiles antimissiles balistiques (ABM) ainsi déployés devant sa porte ne pourraient jamais être retournés en sites offensifs contre son territoire tout proche, « oubliant de préciser » qu'en réalité ces lanceurs (MK 41) de missiles ABM pouvaient tout aussi bien servir à tirer des missiles offensifs Tomahawk contre son territoire (nucléaires ou conventionnels de portées supérieures à 2000 km selon les versions) en contradiction flagrante avec le traité INF toujours en vigueur à l'époque de leur déploiement; on dépassait là, et de loin la question de savoir si le 9M729 russe portait à 480 km ou à 520 !

La menace potentielle ainsi exercée sur la capacité de frappe en second de la Russie, base de sa dissuasion nucléaire, a sérieusement remis en cause l'équilibre stratégique américano-russe , poussant alors la Russie à suspendre toute coopération au sein du COR (Conseil OTAN-Russie) fin 2013, donc dès avant l'affaire de la Crimée de 2014,  laquelle sera ensuite utilisée par l'OTAN pour justifier – a posteriori – la protection BMDE de l'Europe face à la nouvelle « menace russe » !

Alors oui, Monsieur le Secrétaire général, au terme de ces vingt années d'efforts soutenus de la part de l'OTAN pour recréer « l'ennemi russe», indispensable à la survie d'une organisation théoriquement purement défensive, oui, la Russie a fini par se raidir, et par chercher à l'Est la coopération que l'Ouest lui refusait.

L'entreprise de séparation de la Russie d'avec l'Europe, patiemment menée au fil des années, par vos prédécesseurs et par vous-même sous l'autorité constante des États-Unis, est aujourd'hui en bonne voie, puisque la Russie, enfin redevenue « la menace russe » , justifie les exercices les plus provocateurs comme Defender 2020 reporté à 2021, de plus en plus proches de ses frontières, de même que les nouveaux concepts d'emploi mini-nucléaires les plus fous sur le théâtre européen sous l'autorité de...l'allié américain qui seul en possède la clef.

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Mais non, Monsieur le Secrétaire général, aujourd'hui, et malgré tous vos efforts, la Russie avec son budget militaire de 70 Md€ (à peine le double de celui de la France), ne constitue pas une menace pour l'OTAN avec ses 1000 Md€ , dont 250 pour l'ensemble des pays européens de l'Alliance! Mais là n'est pas votre souci car ce qui est visé désormais à travers ce nouveau concept OTAN 2030, est un projet beaucoup plus vaste: à savoir impliquer l'Alliance atlantique dans la lutte pour l'hégémonie mondiale qui s'annonce entre la Chine et les États-Unis.

La vraie menace, elle réelle, est celle du terrorisme. L'étude y consacre bien un développement, mais sans jamais se départir du mot « terrorisme », ni en caractériser les sources, les ressorts, les fondements idéologiques et politiques.

Autrement dit, on n'aurait comme menace, en l'occurrence, qu'un mode d'action, puisque telle est la nature du « terrorisme ». On élude donc une réalité dérangeante, celle de l'islamisme radical et de son messianisme qui n'a rien à envier à celui du communisme d'antan. Le problème est que ce même messianisme est alimenté par l'immense chaos généré par les initiatives américaines post Guerre Froide , et qu'il est même porté au plan idéologique tant par la Turquie d'Erdogan, membre de l'Otan, que par l'Arabie Saoudite, allié indéfectible des États-Unis.

Comme on pouvait s'y attendre, il apparaît dès les premières lignes que ce document n'augure rien de bon pour l'indépendance stratégique de l'Europe, son but étant clairement de reprendre en mains les alliés européens qui auraient seulement pu imaginer avoir une once d'un début d'éveil à une autonomie européenne.

Ce n'est pas tout, car non seulement vous projetez de transformer l'OTAN, initialement alliance défensive bâtie pour protéger l'Europe face à un ennemi qui n'existe plus, en une alliance offensive contre un ennemi qui n'existe pas pour l'Europe, (même si nous ne sommes pas dupes des ambitions territoriales de la Chine, de l'impact de sa puissance économique et du caractère totalitaire de son régime) , mais ce rapport va plus loin, carrément vers une organisation à vocation politique mondiale, ayant barre sur toute autre organisation internationale.

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Ainsi, selon ce rapport:

-  L'OTAN devrait instaurer une pratique de concertation entre Alliés avant les réunions d'autres organisations internationales (ONU, G20, etc..) , ce qui signifie en clair « venir prendre les instructions la veille» pour les imposer le lendemain massivement en plénière !

- L'OTAN doit avoir une forte dimension politique, qui soit à la mesure de son adaptation militaire. L'Organisation devrait envisager de renforcer les pouvoirs délégués au secrétaire général, pour que celui-ci puisse prendre des décisions concrètes concernant le personnel et certaines questions budgétaires.

- L'OTAN devrait créer, au sein des structures existantes de l'Alliance, un mécanisme plus structuré pour la formation de coalitions. L'objectif serait que les Alliés puissent placer de nouvelles opérations sous la bannière OTAN même si tous ne souhaitaient pas participer à une éventuelle mission.

- L'OTAN devrait réfléchir à l'opportunité de faire en sorte que le blocage d'un dossier par un unique pays ne soit possible qu'au niveau ministériel.

- L'OTAN devrait approfondir les consultations et la coopération avec les partenaires de l'Indo-Pacifique : l'Australie, le Japon, la Nouvelle-Zélande et la République de Corée,

- L'OTAN devrait commencer de réfléchir en interne, à la possibilité d'établir un partenariat avec l'Inde.

Monsieur le Secrétaire général,

C'est parce que cette organisation lorsqu'elle a perdu son ennemi, n'a eu de cesse que de se lancer à corps perdu dans la justification politique de la préservation de son outil militaire, en se reforgeant son nouvel ennemi russe, qu'elle tend aujourd'hui à devenir un danger pour l'Europe.

Car, non contente d'avoir fait manquer à l'Europe l'occasion d'une véritable paix durable souhaitée par tous, y compris par la Russie, l'OTAN animée du seul souci de sa survie, et de sa justification par son extension, n'a fait que provoquer un vaste réarmement de part et d'autre des frontières de la Russie , de la Baltique à la Mer Noire, mettant en danger la paix dans cette Europe, qu'elle ne considère plus désormais que comme son futur champ de bataille,

Et maintenant, à travers ce document OTAN 2030, et contre la logique la plus élémentaire qui veut que ce soit la mission qui justifie l'outil et non l'inverse - les Romains ne disaient-ils pas déjà « Cedant arma togae » ? - vous voudriez, pour l'avenir, justifier l'outil militaire de cette alliance en le transformant en un instrument politique, incontournable, de gestion de vastes coalitions internationales, au profit d'une véritable gouvernance planétaire, allant même jusqu'à passer outre les décisions de l'ONU et écrasant les souverainetés nationales!

Alors non, Monsieur le Secrétaire général! Il faut stopper ce train fou, avant qu'il ne soit trop tard! La France, quant à elle, dans le droit fil des principes énoncés voici plus d'un demi-siècle par le général de Gaulle, ne saurait, sans faillir gravement, se prêter à cette entreprise d'une acceptation aventureuse de la tutelle américaine sur l'Europe.

Pour le Cercle de Réflexion Interarmées (4), le Général de Brigade aérienne (2S) Grégoire Diamantidis

Notes.

1- Organisation du Traité de l'Atlantique Nord, structure militaire de l'Alliance Atlantique.

2- Traité de Moscou: ou « traité deux plus quatre », signé le 12 septembre 1990 à Moscou, entre les représentants des deux Allemagnes et ceux des quatre puissances alliées de la Seconde Guerre Mondiale, est le «traité portant règlement définitif concernant l'Allemagne» qui a ouvert la voie à la réunification allemande et fixé le statut international de l'Allemagne unie.

3-Opération «Force Alliée» . Cette opération, décidée par l'OTAN, après l'échec des négociations entre les indépendantistes kosovars et la Serbie sous l'égide de l'OSCE (Conférence de Rambouillet 6 février-19 mars 1999) , fut déclenchée sans mandat de l'ONU, le 24 mars sur la base d'une vaste campagne dans les médias occidentaux, concernant un plan d'épuration ethnique (plan Potkova) mené à grande échelle au Kosovo par la Serbie. Plan qui se révéla par la suite, avoir été fabriqué de toute pièce par les services secrets bulgares et allemands .

4- Le Cercle de Réflexion Interarmées (CRI), est un organisme indépendant des instances gouvernementales et de la hiérarchie militaire. Il regroupe des officiers généraux et supérieurs des trois armées ayant quitté le service et quelques civils et a pour objectif de mobiliser les énergies, afin de mieux se faire entendre des décideurs politiques, de l'opinion publique et contribuer ainsi à replacer l'Armée au cœur de la Nation dont elle est l'émanation.

Source https://www.capital.fr/economie-politique/otan-2030...

Entretien avec Claudio Mutti

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Entretien avec Claudio Mutti

Propos recueillis par Théo Buttignol

Claudio Mutti est un ancien militant nationaliste-révolutionnaire italien, disciple de Jean Thiriart, il est essayiste, éditeur, directeur de la revue Eurasia, mais également philologue de formation et grand érudit en ce qui concerne les langues Finno-ougriennes.

Il a accepté, avec beaucoup de sympathie, de répondre à quelques-unes de mes questions.

Théo Buttignol : Vous êtes le directeur de la revue d’études géopolitiques Eurasia, pour vous, le soleil, demain, se lèvera t-il à l’est ?

Claudio Mutti : Le soleil se lève toujours à l’Est, il ne s’est jamais levé à l’Ouest. Pour faire la clarté sur ces termes de Est et Ouest, il suffirait de regarder le planisphère d’un quelconque atlas : on pourra se rendre compte que l’Occident de la géographie terrestre coïncide avec le continent américain et les eaux océaniques qui l’entourent. Donc, l’Europe n’est pas l’Occident : elle se trouve dans l’hémisphère oriental et fait partie de cette unité continentale qui s’appelle Eurasie. Actuellement, ce continent est gardé par deux grandes puissances aux dimensions impériales, la Russie et la Chine, qui en empêchent le contrôle par les Américains. 

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L’idée eurasiatique peut-elle irradier l’Europe du même esprit que l’Empire Romain ou le Saint Empire Romain germanique dans le passé?

M : L’idée eurasienne est une variante de l’idée d’Empire proportionnée aux exigences géopolitiques du XXI siècle. Comme l’unipolarisme nordaméricain n’est pas du tout éternel et donc il faut réalistiquement envisager la prochaine transition à un nouvel “nomos de la terre”, c’est urgent que l’Europe, si elle ne veut pas rester aux marges de l’histoire, prenne en sérieuse considération le modèle impérial, le seul modèle politique d’unité supranationale qu’elle a réalisé dans le cours de son histoire. 

B : Aujourd’hui, beaucoup de nationalistes croient au « Choc des civilisations » . Qu’est-ce que nous pouvons leur répondre ?

M : Il faut bien démasquer la théorie du “choc des civilisations”, élaborée par Samuel Huntington, et dénoncer ce qu’elle représente en réalité. Cette théorie, selon laquelle il faudrait désormais penser les conflits en termes culturels, est un outil idéologique de la stratégie nord-américaine, laquelle vise la déstabilisation du continent eurasien. Le vrai choc, c’est le choc entre les civilisations traditionnelles de notre continent et la barbarie yankee.

B : Julius Evola a dit : "Le fait que la Monarchie n'apparaisse pas actuelle prouve non pas un progrès, mais une régression : cela signifie qu'une certaine partie de l'humanité est tombée tellement bas qu'elle n'est plus à la hauteur d’une telle institution" (Cité dans Totalité, numéro 26, 1986). Que pensez-vous de cette citation ?

M : Ce n’est pas seulement la Monarchie traditionnelle qui n’apparaît pas “actuelle” à cette “certaine partie de l’humanité” qui est l’humanité occidentale, puisque cette dernière est incapable de concevoir toute institution politique qui ne soit la démocratie parlementaire d’inspiration libérale.  Pour cette humanité, aussi la République est inconcevable, si on songe à l’“Etat parfait” de la doctrine platonicienne ou bien à l’institution historique qui a donné naissance à l’Empire romain.

Théo Buttignol.

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Marvel: maintenant Captain America devient un héros Lgbt : "Il représente les opprimés"

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Marvel: maintenant Captain America devient un héros Lgbt : "Il représente les opprimés"

Par Ilaria Paoletti

Ex : https://www.ilprimatonazionale.it/

Los Angleles, 16 mars 2021 - Le premier numéro de la série de comics Marvel The United States of Captain America, plus connu sous le nom de Captain America, arrive bientôt dans les kiosques. Et il contiendra une nouveauté parfaitement "en ligne" avec la nouvelle tendance Lgbt.

Captain America "devient" Lgbt

La nouvelle série inspirée des exploits de Captain America, personnage bien-aimé de Marvel, fera ses débuts le 2 juin dans les magazines américains. Dans la première histoire, écrite par Christopher Cantwell avec des dessins de Dale Eaglesham et créée avec l'aide de Joshua Trujillo et Jan Bazaldua, le lecteur suivra les aventures de quatre personnages ayant été Captain America dans le passé (on parle de Steve Rogers, Bucky Barnes, Sam Wilson et John Walker) à la recherche du bouclier volé au héros.

La nouvelle série Marvel

A son tour, le quatrième Captain America de la série Marvel rencontrera des héros devenus leurs épigones dans leurs communautés respectives. Et comme les priorités en termes de ventes et de "renouvellement" du divertissement sont désormais claires, le premier d'entre eux sera Aaron Fischer, alias le premier visage du héros Marvel (incarné par Chris Evans au cinéma) qui est le Captain America de la communauté Lgbt.

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"Inspiré par les héros homosexuels"

"Aaron est inspiré par les héros de la communauté queer : les activistes, les leaders et les personnes de tous les jours qui luttent pour une vie meilleure", déclare Trujillo dans un communiqué de presse, "Il représente les opprimés et les oubliés". J'espère que sa première histoire trouvera un écho auprès des lecteurs et contribuera à inspirer la prochaine génération de héros." "Je tiens à dire un grand merci à l'éditeur Alanna Smith et à Joshua Trujillo pour m'avoir demandé de créer Aaron", dit Bazaldua. "J'ai vraiment aimé le dessiner et, en tant que personne transgenre, je suis heureux de pouvoir présenter une personne ouvertement gay qui admire Captain America et se bat contre le mal pour aider ceux qui sont presque invisibles pour la société". En le dessinant, je me suis dit que Cap combattait des êtres surpuissants et sauvait le monde presque tout le temps, mais qu'Aaron aidait ceux qui marchaient seuls dans la rue à résoudre les problèmes auxquels ils étaient confrontés tous les jours. J'espère que le résultat final plaira aux gens".

Ilaria Paoletti.

jeudi, 18 mars 2021

Peut-on interpréter le retour au pouvoir des "élites" comme une incohérence du populisme?

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Peut-on interpréter le retour au pouvoir des "élites" comme une incohérence du populisme?

Entretien avec le Prof. Marco Tarchi

Propos recueillis par Filippo Romeo

Source : https://www.ariannaeditrice.it

Le terme "populisme" est l'un des plus récurrents dans le débat politique actuel. Il est fréquemment utilisé comme un élément de discrimination à l'encontre de telle ou telle force politique, présente sur l’échiquier politique. Pour libérer le terrain des interprétations trompeuses, nous reproposons une interview donnée par le professeur Marco Tarchi en novembre 2017 (et publiée sur le portail vita.it), réactualisée en ce mois de mars 2021 à la lumière du nouveau cadre politique installé en Italie depuis quelques semaines. Édité par Filippo Romeo.

Entretien de 2017

Comme vous êtes l'un des plus grands spécialistes du phénomène populiste, pourriez-vous nous donner une définition appropriée du terme "populisme" ?

La définition que j'en ai donnée dans mon livre Italia populista est la suivante : "la mentalité qui identifie le peuple comme une totalité organique artificiellement divisée par des forces hostiles, lui attribue des qualités éthiques naturelles, oppose son réalisme, son travail et son intégrité à l'hypocrisie, à l'inefficacité et à la corruption des oligarchies politiques, économiques, sociales et culturelles et revendique sa primauté comme source de légitimation du pouvoir, au-dessus de toute forme de représentation et de médiation". Presque trois ans plus tard (ndt : après la parution du livre), je la trouve plus appropriée que jamais.

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Quelles sont les conditions idéales qui permettent à ce phénomène de s'enraciner et de se développer?

Des situations de crise et de méfiance généralisée envers la classe politique, qui peuvent être déterminées par les facteurs que j'ai indiqués dans la définition que je viens de mentionner. En ce sens, le populisme n'est pas, comme on le prétend souvent, un facteur d'usure des systèmes politiques démocratiques, mais un produit de leurs insuffisances.

Quels sont les objectifs politiques poursuivis par ses promoteurs ?

Dans l'abstrait - ou, si l'on préfère, à long ou très long terme - la restauration de cette unité et de cette harmonie du corps populaire qui est à la base de leur imagination. Concrètement, et à moins long terme, la conquête du pouvoir, du gouvernement, en espérant qu'il soit le seul à ne pas avoir à subir de conditionnements et d'entraves, pour mettre en œuvre les réformes qu'ils jugent essentielles pour atteindre les objectifs ultimes. Habituellement, parmi les premières mesures espérées, figure le lancement de procédures de démocratie directe qui remplaceront progressivement les institutions fondées sur le principe de la représentation indirecte, qui, aux yeux des populistes, n'est rien d'autre qu'un mécanisme visant à exproprier le peuple des prérogatives d'autogestion auxquelles il a droit. Évidemment, ces projets sont complétés par d'autres dans divers domaines, toujours orientés vers l'objectif principal.

Le populisme peut-il être incarné par les membres des institutions ? Si oui, pouvez-vous donner quelques exemples ?

Si nous nous référons aux institutions représentatives traditionnelles, il est certainement possible que ceux qui en font partie ou qui les dirigent utilisent le jargon et la rhétorique du populisme ; mais il s'agit généralement d'utilisations instrumentales, qui ne se rapportent pas à la mentalité que j'ai mentionnée. De nos jours, pas mal de politiciens professionnels, représentants de ce que les populistes appellent l'establishment, réalisant l'emprise que certains arguments typiquement populistes ont sur des secteurs importants de l'opinion publique, les empruntent pour affronter ces adversaires sur leur propre terrain. Cela explique pourquoi Renzi, par exemple, a souvent recours à des attaques verbales virulentes contre des sujets que les populistes mettent au pilori : les "bureaucrates de Bruxelles", "l'Europe des banques et de la finance", etc.

Dans votre livre "L'Italie populiste", vous définissez notre pays, l’Italie, comme un laboratoire du populisme. Pouvez-vous nous donner les raisons de cette évaluation ?

Il me semble que l'histoire politique de l'Italie républicaine démontre abondamment que les formes les plus diverses de populisme ont été expérimentées sur notre sol : le qualunquisme, le laurisme, certains aspects du radicalisme panéliste, le légaïsme, le dipyethrisme, le réseau d'Orlando, le berlusconisme, les Girotondi, jusqu'aux formes de prédication propres à Beppe Grillo ; et la liste pourrait continuer. Dans mon livre, j'ai essayé de mettre en évidence toutes les caractéristiques, communes et spécifiques, de ces phénomènes, qui autorisent à parler d'un véritable laboratoire. Mais avant moi, l'historien latino-américain Loris Zanatta, à qui nous devons la création de l'expression, l'avait remarqué. L'historien et politologue français Guy Hermet est allé plus loin en parlant de l'Italie, pour les mêmes raisons, comme du "paradis des populistes".

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Loris Zanatta et deux de ses ouvrages sur le populisme en Argentine.

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Est-il correct d'interpréter les récents événements politiques en Europe et aux États-Unis comme une vague populiste ?

Oui, à condition de ne pas mettre dans un même sac tous ces mouvements qualifiables de « populistes » et de savoir distinguer la spécificité de chacun des phénomènes qui l'ont caractérisée: dans le Brexit, dans l'élection de Trump et dans les succès des partis de Marine Le Pen, Geert Wilders et Hans-Christian Strache, il y a des éléments communs mais aussi des différences que l’on ne peut nullement considérer comme secondaires.

Les mouvements et partis de "droite radicale" qui progressent dans diverses régions d'Europe peuvent-ils être inclus dans la catégorie du populisme ?

Cela dépend. Je me méfie de l'étiquette très utilisée qui entend désigner les "partis de la droite radicale populiste", car, comme je l'ai démontré de manière argumentée dans le livre que vous avez cité, la droite radicale ou l'extrême droite - et là aussi on se heurte au caractère glissant des classifications, sur lesquelles, dans le domaine scientifique, il n'y a pas de consensus, loin s'en faut - se distingue du populisme sur un grand nombre d'aspects. Après tout, dans une sphère, on peut parler d'une véritable idéologie, tandis que dans la seconde, on est confronté à une mentalité caractéristique : ce sont des entités différentes. Cela explique pourquoi ils attribuent des significations différentes à des concepts fondamentaux, tels que le peuple, la nation, l'État, la société, l'individu, le dirigeant, l'élite, la démocratie, le marché - et les utilisent par conséquent de manière parfois opposée. Cela ne nous empêche pas d'enregistrer certaines contiguïtés ou chevauchements dans leurs positions ou campagnes, ou l'identification de cibles polémiques communes. Mais, pour donner un exemple, il y a une nette différence, en Allemagne, entre l'AfD (Alternative für Deutschland), populiste, et la Npd (Nationaldemokratische Partei Deutschlands), d'extrême droite, ou en Italie entre Lega Nord et Forza Nuova.

Quels sont les partis ou mouvements en Italie que l'on pourrait définir comme populistes? Et pour quelles caractéristiques?

Les caractéristiques, évidemment, doivent être celles qui figurent dans la définition dont je suis parti. Si nous parlons de populisme pur, aujourd'hui en Italie, je vois deux manifestations: la Ligue du Nord et le discours politique de Grillo, que je sépare de l'action politique du Mouvement 5 étoiles parce que plusieurs fois, sur des questions qui ne sont pas secondaires, les " grillini " ont pris des chemins différents de ceux indiqués par leur " garant " ou leur " mégaphone " (il suffit de penser au problème de l'immigration). Cependant, je n'ai pas une vision monolithique du populisme : étant une mentalité, par nature fluide, on peut le trouver en différents pourcentages dispersés chez différents acteurs du système politique, et il se peut que le M5S finisse par en absorber de telles doses qu'on puisse l'attribuer à cette catégorie, comme le pensent déjà divers autres chercheurs, ou qu'il s'en débarrasse progressivement, en se détachant de l'empreinte du fondateur.

Addendum de 2021

Au cours de la dernière décennie, le phénomène populiste a alterné entre des moments de grand succès et des moments de déclin, parmi lesquels la victoire du Leave en Grande-Bretagne en 2016 ou l'ascension de Trump et sa récente sortie de scène. Quel bilan peut-on tirer de ce phénomène politique ?

Le populisme a toujours eu un schéma cyclique: explosion, succès, déclin, disparition, puis à nouveau explosion. Ce n'est pas un hasard si un spécialiste attentif comme Loris Zanatta l'a comparé à une rivière karstique, qui suit un long parcours souterrain pour ensuite réapparaître à la surface. Cela dépend de sa nature en tant que phénomène de protestation: il recueille des soutiens lorsque les choses vont mal et, s'il existe des leaders et des mouvements efficaces pour l'interpréter, il gagne des positions; lorsque le scénario s'améliore ou que les préoccupations qui l'avaient motivé sont dépassées par d'autres, il perd de la force. Dans les cas que vous avez mentionnés, cela s'est passé comme suit: en Grande-Bretagne, le seul objectif de Farage était de quitter l'Union européenne. Ayant atteint cet objectif, ses partisans se sont tournés vers d'autres questions, que ni l'Ukip ni le Brexit Party n'ont pu aborder efficacement. Trump a été vaincu par la pandémie, face à laquelle il s'est montré peu préparé et peu rationnel ; cela ne l'a pas empêché d'élargir sa base électorale mais l'a rendu incapable d'attirer les électeurs indécis et indépendants. En général, la Covid-19 a vu les populistes indécis sur ce qu'ils devaient faire et fluctuants dans leurs choix. Mais dans tous les pays, cela ne les a pas fait reculer dans la faveur populaire. Il est donc impossible de dresser un bilan net, et il est probable que leur présence persistera, avec des hauts et des bas, pendant longtemps, dans des régimes politiques qui, comme les démocraties occidentales, continuent à lutter pour résoudre des problèmes ayant un impact social grave.

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Comment évoluent les forces qui, aux États-Unis et en Europe, sont devenues les protagonistes du "moment populiste" ces dernières années ?

Une réponse qui comprendrait pleinement leur dynamique est impossible, car une autre caractéristique de ces formations est la relation presque exclusive qu'elles entretiennent avec leur contexte national spécifique: chacune ne parle qu'à son propre peuple, sans élaborer de projets et de propositions à une échelle qui dépasse les frontières de l'État dans lequel elle opère. Ainsi, chacun d'entre eux suit une stratégie spécifique et met en œuvre les choix tactiques qui en découlent: il y a ceux qui radicalisent les tonalités anti-establishment et ceux qui les atténuent, ceux qui envisagent une opposition rigide aux gouvernements sociaux-démocrates ou libéraux et ceux qui cherchent plutôt à obtenir une place dans les coalitions gouvernementales de même signe. Cela dépend des opportunités qui se présentent, mais aussi de ce que l'on appelle en sciences politiques la variable idiosyncratique, c'est-à-dire le caractère, la psychologie, les ambitions de leurs dirigeants. Il n'y a donc pas d'évolution commune ; les chemins peuvent être très différents.

Peut-on interpréter le retour au pouvoir des "élites" comme une incohérence du populisme?

Tout d'abord, c'est un signe de la force de ces mêmes élites - ou oligarchies, comme les populistes préfèrent les appeler -, qui continuent à détenir des ressources considérables de pouvoir, à commencer par leur poids financier, qui, à une époque où la politique est si fortement conditionnée par la logique économique qu'elle lui apparaît presque toujours subordonnée, compte de manière décisive. Ces élites ont également, et exercent, un grand pouvoir dans la sphère culturelle, et par ce biais, elles influencent massivement la mentalité générale des populations, les attirant vers leurs propres choix et solutions. Et puis, bien sûr, il y a les insuffisances de ces partis populistes qui, ayant réussi à exercer (plus souvent en commun qu'en propre) des fonctions gouvernementales, n'ont pas tenu une partie plus ou moins grande des promesses qu'ils avaient faites. Et cela tient aux faibles ressources en termes d'expertise technique que possèdent les populistes, à leur habitude de traiter les questions complexes de manière simpliste : un défaut auquel ils n'ont pas pu remédier jusqu'à présent et qui les met en difficulté face à "ceux d'en haut".

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L'expérience populiste italienne, avec l’ex-alliance M5S/Lega, en fin de partie, conduit à la formation de ce que beaucoup appellent déjà le "Gouvernement des élites". Quelles conclusions peut-on en tirer?

Cette institutionnalisation est le grand ennemi des mouvements populistes (à supposer que le M5S puisse réellement être considéré comme tel): elle risque de les transformer en partis comme les autres et leur enlève toute envie de remettre en cause l'establishment.

Extraits les plus significatifs de la dernière revue de presse de Pierre Bérard

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Extraits les plus significatifs de la dernière revue de presse de Pierre Bérard

Ex: http://metapoinfos.hautetfort.com

Au sommaire :

Rétablir l’autorité pour restaurer l’unité de la nation; c’est le pari que veut faire l’avocat Thibault de Montbrial, président de Centre de réflexion sur la sécurité intérieure et auteur de Osons l’autorité récemment paru aux éditions de L’Observatoire. Délinquance, radicalisation islamisme, ensauvagement, tous ces signes de délitement sont en expansion rapide et ne trouvent face à eux qu’une réponse pénale insuffisante dont nos gouvernants sont les premiers responsables (anarcho-tyrannie). Il est ici interviewé par Sputnik :

https://www.youtube.com/watch?v=FFeBY4EucHc&t=1074s

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Julien Langella, l’un des fondateurs de Génération Identitaire et présentement porte parole d’Academia Christiana publie un livre-manifeste intitulé Refaire un peuple, pour un populisme radical aux éditions de La nouvelle Librairie. Un excellent ouvrage présenté ici sur le site de Breizh-info :

https://www.breizh-info.com/2021/03/04/160063/refaire-un-...

Rudy Reichstadt et Tristan Mendès-France épinglé par l’OJIM pour leur « Complorama » mis en scène par Franceinfo sur la Russie, la Chine et l’Iran qui ourdiraient un vaste complot géopolitique et antisémite mondial:

https://www.ojim.fr/pour-complorama-un-complot-geopolitiq...

La tyrannie des minorités. Michel Onfray était l’invité de l’émission de Laurent Ruquier samedi 6 mars pour la dénoncer. Mieux que de la dénoncer, il faut évidemment la combattre et pour ce faire voici les recettes suggérées par la fondation Polémia :

https://www.polemia.com/michel-onfray-attaque-la-tyrannie...

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Jean-Paul Brighelli retrace dans un entretien sans concession le délitement accéléré de l’école de la maternelle à l’université et le place dans l’évolution de notre civilisation, qu’il dit à bout de souffle et dans la voie d’une décadence comparable à celle de la Rome antique. Excellente vidéo de Vincent Lapierre :

https://www.youtube.com/watch?v=H8p-7N_DNVk

L’écrivain Pierre Jourde qui anime son blog sur le site de L’Obs se déchaîne à propos  des collaborateurs de l’islamo-gauchisme qui bien sûr n’existe pas, et leur envoie une bonne volée de bois verts, sans mâcher ses mots. Ici commenté par Pascal Tenno :

https://fl24.net/2021/03/08/un-ecrivain-francais-massacre...

Cordicopolis, cité où le coeur a tous les droits à condition qu’il évolue exclusivement dans le camp du « bien ». Olivier Amiel sur le site de Causeur met en cause les Woke (les éveillés) en s’inspirant des réflexions du génial Philippe Muray. Il les désigne comme les principaux coupables de la mise sous tutelle de la jeunesse par les schémas de la cancel culture et les désignent  comme des maître subversif à l’instar de ceux qui embrigadait les jeunes générations dans les Hitlerjugend ou les Komsomol.

https://www.causeur.fr/cancel-culture-empire-du-bien-phil...

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Jean-Marc Jancovici face à Natacha Polony. Pourquoi les médias ne comprennent-ils rien aux questions d’énergie ? Une réflexion pleine de subtilité :

https://www.youtube.com/watch?v=WOd9hVICzBg

Jean-Marc Jancovici. Climat, quelle équation pour la chaine alimentaire? Brève intervention lors d’une conférence organisée par la Coopération agricole :

https://www.youtube.com/watch?v=cyvQWDG8mUo

Les hommes sont trop nombreux sur terre. Didier Barthès, porte-parole de l’association Démographie responsable, tire la sonnette d’alarme. N’est-il pas trop tard pour agir ? Le mode de vie des populations les plus riches est-il un problème ? L’Afrique, souvent pointée du doigt, est elle une bombe à retardement ? En incitant à limiter la natalité, l’invité de « Politique & Eco » milite pour la stabilisation de la population, qui a déjà eu lieu en Europe. Une démarche qui pourra provoquer nombre de croyants et pourtant nécessaire si nous voulons avoir quelques chance de maintenir un planète durable :

https://www.youtube.com/watch?v=bj8cBp4smXQ

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Dans une excellente critique des films de Jean-Pierre Melville (notamment Le Cercle Rouge), Jean-Loup Bonnamy découvre avec talent la nostalgie de la France d’avant qui n’était ni moisie ni rance comme se plaisent à nous la conter des idéologues mal intentionnés mais respirait au contraire la joie de vivre :

https://www.lefigaro.fr/vox/societe/50-ans-apres-pourquoi...

Régis de Castelnau, avocat pénaliste, invité par Élise Blaise fait une bonne radiographie de la justice à l’époque du système Hollande-Macron:

https://www.youtube.com/watch?v=_gumsDKH8PA

Une évolution qui séduit Rokaya Diallo. On attend avec impatience un acteur noir dans la peau d’Adolf Hitler :

«Castings colorblind» : pourquoi de plus en plus d’acteurs et actrices non-blancs sont choisis pour interpréter des personnages historiques dans des séries - Fdesouche

 

Ecroulement militaire et « wokenisme » US

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Ecroulement militaire et « wokenisme » US

par Nicolas Bonnal

« Les forces armées américaines ne sont plus qu'un département d'aide sociale avec des drones. »

L’effondrement militaire américain est une évidence. On a même vu Hollywood s’en mêler avec le film 13 hours du cinéaste boutefeu Michael Bay qui montre la désorganisation et l’incapacité sur le terrain. De ce talentueux et lucide bouilleur d’images on recommandera aussi Gain and Pain et The Island qui explique comment on maintient des gens prisonniers (clones sans le savoir) dans une bulle d’extermination: en les maintenant dans l’enfance, et en leur faisant croire qu’il y a une épidémie au dehors…

Mais restons-en à la folie pentagonale. Il semble que Biden va encore être un plus gros cadeau que Trump pour les ennemis de l’empire – sauf si le gâteux s’effondre sur un bouton nucléaire pour en finir avec Poutine... On connait tous (sauf au Monde ou à Libé) les progrès des armes russes et chinoises. Une fois que la suprématie liée à la flotte et à l’aviation est terminée, que reste-t-il ? De la communication et du wokenisme. Les imbéciles auto-hypnotisés qui annonçaient que les généraux américains allaient remettre Trump au pouvoir (lui le louveteau de Wall Street, disciple d’Epstein, bon apôtre du vaccin, de Wall Street et de Netanyahou…) en seront pour leur grade. Les généraux sont des enthousiastes de la révolution des éveillés qui à coups de Reset, migrants ou de LGBTQ achève l’Occident…

L’armée US n’a donc plus grand-chose à voir avec le vieil Hollywood et John Wayne. Et cela commence à se savoir en Amérique. Le courageux Tucker Carlson en parle dans son journal télévisé (remplacera-t-il le gourou New Age Trump la prochaine fois ? Ce serait bien…). La revue Revolver.news écrivait  le 13 mars :

« Tucker Carlson n’a peut-être jamais servi dans les forces armées, mais il est en train de gagner de manière décisive une guerre de relations publiques contre l’armée américaine. Cela ne devrait surprendre personne, bien sûr. L’armée américaine perd la plupart des guerres qu’elle mène de nos jours.
» Pendant le long âge d’or de l’Amérique en tant que pays, l’armée s’abstenait généralement de faire de la politique et gagnait les guerres. Mais dans l’empire mondialiste américain en déliquescence, l’armée joue un rôle très différent. Protéger l’Amérique et gagner des conflits ne sont pas du tout le but de l’armée. Au lieu de cela, les forces armées sont devenues une peau de chagrin [dans le domaine qui est traditionnellement le sien de faire la guerre et de la gagner]. Cette institution autrefois formidable a été transformée en un véhicule pour les objectifs politiques intérieurs des globalistes et de la gauche. »

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Revolver.news parle alors de l’Afghanistan, de la brillante invasion et occupation de cet espace pas comme les autres qui fascina Kipling :

« L'objectif de politique intérieure de l'armée apparaît également dans la manière dont elle est utilisée. L'Amérique maintient 2 500 soldats en Afghanistan, qui sont inutiles pour contrôler le pays ou vaincre les talibans. Leur seul objectif est national, afin de permettre aux politiciens de Washington de se présenter comme durs face au terrorisme, favorables aux droits des femmes ou vaguement “pro-militaire”. Deux fois plus de troupes sont déployées autour du Capitole de Washington D.C., ostensiblement pour le “protéger” d'une “insurrection de droite”.

On avait vu il y a quelques années Lara Croft alias Angelina donner des cours de wokenisme aux généraux. Lucien Cerise en avait aussi très souvent parlé de cet OTAN comme organisme d’avancement sociétal…

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Biden en outre agit comme Sarkozy ou Hollande, chefs d’Etat des démocraties devenues folles. Il délaisse ses frontières et va porter la mort à l’autre bout du monde. Il laisse rentrer les migrants du Mexique (migrants venus du sud qui désolent aussi le bon président mexicain…), tout en voulant confiner indéfiniment ce qui reste du pays.

Revolver.news :

» Pendant ce temps, aucune troupe n’est déployée le long de la frontière entre les États-Unis et le Mexique, même si des centaines de milliers de personnes traversent la frontière illégalement chaque année et même si la protection de la frontière a été l’obligation traditionnelle des armées permanentes tout au long de l'histoire de l'humanité. Pourquoi ont-elles disparu ? Parce que seules les armées concentrées sur les menaces étrangères protègent la frontière de leur pays. L’armée américaine est tournée vers l’intérieur. »

Et le courageux et anonyme journaliste d’enfoncer le clou :

« L'Amérique ne dépense pas $700 milliards par an pour décourager l'agression chinoise ou vaincre les talibans. L'Amérique dépense $700 milliards par an pour dire aux femmes qu'elles sont tout aussi bonnes que les hommes pour être soldats et marins. Elle dépense $700 milliards par an pour affirmer, contre toute évidence extérieure, que “la diversité est notre force”. Elle dépense $700 milliards pour soutenir les bilans des industriels de la défense et fournir une aide sociale de facto à la classe moyenne inférieure. Elle dépense $700 milliards pour permettre aux soldats transgenres de changer gratuitement de sexe. Réduire de moitié le budget de la Défense pourrait être l'approche la plus appropriée pour une “réforme de l'aide sociale”.

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Une belle définition de l’armée pour terminer :

« Après tout, les forces armées américaines ne sont plus qu'un département d'aide sociale avec des drones. »

Attention ce n’est pas nouveau : dans le brillant et libertarien recueil de textes Reassessing the presidency, Michael Levin et Ralph Raico ont montré le rôle destructeur des militaires dans la société. J’ai insisté sur ce point dans mon livre sur la comédie musicale (les comédies à base de marins et d’escales…). Les marins sont un instrument de déliquescence, un anti-modèle en Amérique et ailleurs, amenant bordels, bases, vices, passe-droits et ingénierie sociale. De ce point de vue le wokenisme est le couronnement de cette école de dégénérescence qu’on appelle l’Amérique, et qui effarait Baudelaire alors traducteur du visionnaire Edgar Poe. Mais on en a déjà parlé.

En attendant l’empire retourne sa violence contre sa population : voir l’Israël, l’Europe ou l’Amérique : comme on sait en temps de paix les suicides augmentent. Et comme ces imbéciles ne peuvent plus livrer (je ne dis pas gagner) de guerre, ils  exterminent leurs peuples. Céline encore et toujours :

« Une hébétude si fantastique démasque un instinct de mort, une pesanteur au charnier, une perversion mutilante que rien ne saurait expliquer sinon que les temps sont venus, que le Diable nous appréhende, que le Destin s’accomplit. »

Sources:

https://www.revolver.news/2021/03/the-pentagons-fight-wit...

Reassessing the presidency – Mises Institute (PDF gratuit).

Bonnal (Tetyana/Nicolas) - Céline, le pacifiste enragé ; la comédie musicale américaine (Editions Tatiana, Amazon.fr)

00:15 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, états-unis, woke culture, us army | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

Michail Boelgakov: Hondehart

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Michail Boelgakov: Hondehart

Björn Roose

Ex: https://www.goodreads.com/review/show/3886206374?rto=friend_update_daily_us&ref_=pe_41736990_574060880_review

amazonhond.jpgWie mijn boekbesprekingen volgt, zal zich misschien herinneren dat ik er eind augustus 2019 (het lijkt alweer een eeuwigheid geleden) een publiceerde over een ander werk van Michail Boelgakov, Zoja’s appartement . Ik verwijs graag naar die bespreking voor wie iets meer wil vernemen over de achtergrond van Boelgakov, maar begin de bespreking van Hondehart even graag met de conclusie van die vorige bespreking: “Voor de duidelijkheid: ik hoor niet tot de kaste van aan wal staande stuurlui. Het was ongetwijfeld in de Sovjet-Unie net zomin gemakkelijk voor je mening uit te komen als in nationaal-socialistisch Duitsland en er zal ook dáár weinig opdeling te maken geweest zijn tussen zwart en wit (een poging die in deze tijden uiteraard wél blijvend ondernomen wordt). Maar het is zonde gezien het talent dat Boelgakov in andere werken getoond heeft. Ik heb jaren geleden genoten van zijn Hondenhart (sic), dat in 1925 werd verboden en dat een heel erg duidelijke kritiek op het regime vormde. Of zoals de Sovjet-krant Izvestia op 15 september 1929 schreef: "Zijn talent is overduidelijk, maar zo is ook het reactionair sociaal karakter van zijn werk". Ik heb zijn voornaamste werk De Meester en Margarita nog niet gelezen - het boek waaraan hij tussen 1928 en het jaar van zijn overlijden, 1940, werkte -, maar ook dát zou een knappe parodie zijn op Stalin en het leven in de Sovjet-Unie. Dat maakt helaas dingen als deze tweede versie van Zoja's appartement én de kniebuigingen van Boelgakov voor Stalin en het regime alleen maar spijtiger.”

Ik heb dus nog steeds De Meester en Margarita niet gelezen (dat komt er een dezer maanden sowieso van), maar wel Hondehart (zonder tussen-n dus) opnieuw. En het boek was nog steeds zo goed als ik me herinnerde. Beter zelfs. Korte samenvatting (spoiler alert) op de achterflap van dit 140 bladzijden dikke paperbackje: “Hondehart is tegelijk de Frankenstein-achtige geschiedenis van een hond én een verbeten satire op bepaalde praktijken in het vroeg-bolsjewistische Rusland. Half verhongerd en met brandwonden overdekt wordt de hond gevonden en meegenomen door een beroemde chirurg, die zich heeft gespecialiseerd in verjongingskuren en nu een grote nieuwe stunt, een waarlijk revolutionair experiment voorheeft. De hond wordt geopereerd en krijgt de testikels en hersenen van een kort tevoren bij een gevecht omgekomen balalaikaspeler. De hond wordt nu snel: kameraad Sjarikov! Maar hij blijft als mens een monstruositeit. Zijn wezenlijke hondenatuur blijkt onveranderbaar. Hij slaat obscene taal uit, valt vrouwen op brute wijze lastig, elimineert op sadistische wijze katten, steelt, morst, probeert zelfs de assistent van de professor neer te schieten. Het experiment blijkt een jammerlijke blunder te zijn geweest: de mens met het hondehart moet maar weer hond worden.”

img_9900.jpgZo, om de clue te weten te komen, moet u het boekje al niet meer lezen, maar u zal allicht ook niet meer opkijken van het feit dat dit werk in de Sovjet-Unie niet mocht gepubliceerd worden (helaas dook het in het Westen ook pas op toen hij al overleden was, net zoals De Meester en Margarita trouwens). Een duidelijker kritiek op het idee van de maakbare mens is nauwelijks denkbaar. En daarmee vormt het boek eigenlijk net zo goed een aanklacht tegen het nationaal-socialisme of tegen volstrekt waanzinnige moderne vormen van utopieën genre de veelbesproken Great Reset. Je kan de mens wel uit het vuilnis halen, maar niet het vuilnis uit de mens. Je kan de mens proberen aan te passen aan je communistische, nationaal-socialistische, post-modernistische ideetjes, maar de mens zal altijd een mens blijven en zelfs als er geen externe factoren meespelen – iets waar mensen als Klaus Schwab vurig naar streven door de hele wereld mee te slepen in hun waanzin –, zal je utopie aan dat simpele feit ten onder gaan.

Alleen zitten verstandige mensen daar niet op te wachten: ze weten ook dat de revolutie z’n kinderen opvreet en dat er een hele hoop kinderen zullen opgevreten zijn vooraleer de revolutie sterft. De “beroemde chirurg” waarvan sprake, Filipp Filippovitsj Preobrazjenski, beseft dat ook, maar vooraleer hij zichzelf zo ver kan krijgen niet alleen pas op de plaats te maken, maar ook rechtsomkeer, is er hoe dan ook al massa’s schade gedaan. En dan is Preobrazjenski nog bereid datgene te doen waar “experten” en politici voor zover ik weet – en ik kan me vergissen, maar laat iemand dan met een tegenvoorbeeld komen – nog nooit in geslaagd zijn: fouten erkennen en die niet proberen op te lossen door verder te gaan op het ten onrechte ingeslagen pad.

Vooraleer het zover komt – want dat gebeurt uiteraard pas op het einde van het boek – krijg je echter een schitterend boekje te lezen. Beginnend met een hoofdstuk waar de hond, sjarik in het Russisch, zijn gedachten de vrije loop laat terwijl ie ligt te creperen, een persoonsverwisseling waar de auteur aardig in geslaagd is (ik heb dit eerder gezien met een veulen, maar kan me niet meer herinneren in welk boek precies).

mm4.jpgGevolgd door een hoofdstuk waarin het beest de operatiekamer ingelokt wordt en de chirurg er behalve wat worst ook een stukje filosofie tegenaan gooit als hij door zijn assistent gevraagd wordt hoe hij de hond heeft meegekregen: “Kwestie van aanhalen. Dat is de enige manier waarop je wat bereikt bij levende wezens. Met terreur kom je nergens, ongeacht het ontwikkelingspeil van een dier.” Waarna dat dier ook te weten komt dat hij dan wel nieuwe testikels heeft gekregen, maar ook ontmand is: “‘Pas op, jij, of ik maak je af! Weest u maar niet bang, hij bijt niet.’ ‘Bijt ik niet?’ vroeg de hond zich verbaasd af.” En waarin we kennis maken met het “huisbestuur”, de club van communistische zeloten die ervoor moeten zorgen dat Preobrazjenski datgene doet wat ook in Dokter Zjivago van Boris Pasternak een belangrijk thema is: zijn appartement delen met alsmaar meer mensen (“inwonerstalverdichting”, zoals dat in Hondehart genoemd wordt). Op het einde van dat hoofdstuk krijgen we deze heerlijke dialoog, een dialoog die ik heden ten dage eigenlijk niet genoeg hoor. Een dialoog waarin simpelweg gezegd wordt dat iemand iets ook niet kan willen omdat hij het gewoon niet wil:

“‘… wilde ik u voorstellen …’ – bij die woorden rukte de vrouw uit haar boezem een aantal kleurige en van de sneeuw nat geworden tijdschriften, ‘een paar bladen te kopen van de kinderen in Duitsland. Een halve roebel per stuk.’

‘Nee, geen behoefte aan,’ antwoordde Filipp Filippovitsj kortaf met een schuinse blik op de blaadjes.

Op hun gezichten tekende zich nu volslagen verbijstering af en het gezicht van de vrouw hulde zich in een framboosrode gloed.

‘Waarom weigert u?’

‘Ik wil ze niet.’

‘Voelt u dan niet mee met de Duitse kinderen?’

‘Zeker wel.’

‘Kijkt u dan soms op een halve roebel?’

‘Nee.’

‘Waarom neemt u er dan geen?’

‘Ik wil niet.’”

Even vertaald naar vandaag de dag en kwestie dat wie er mij ooit om vraagt het nu al weet:

“‘… wilde ik u voorstellen …’ – bij die woorden rukte de dokter uit zijn lade een doorzichtige en van kwijl nat geworden spuit, ‘een vaccin te nemen tegen corona. Gratis.’

‘Nee, geen behoefte aan,’ antwoordde Björn Roose kortaf met een schuinse blik op de spuit.

Op het gezicht van de dokter tekende zich nu volslagen verbijstering af.

‘Waarom weigert u?’

‘Ik wil het niet.’

‘Voelt u dan niet mee met onze zwakkeren?’

‘Zeker wel.’

‘Bent u bang?’

‘Nee.’

‘Waarom neemt u er dan geen?’

‘Ik wil niet.’”

Hondehart.jpgSoit, verder naar het volgende hoofdstuk. Daarin begint de langzame transformatie van hond tot mens (of van mens tot de nationaal-socialistische versie van Nietzsches Übermensch, of van koelak tot communist) en leert het beest dat het goed is geketend te zijn. Liever een dikke hond aan de ketting dan een magere wolf in het bos. “De volgende dag kreeg de hond een brede, glimmende halsband om. Toen hij zich in de spiegel bekeek, was hij het eerste moment knap uit zijn humeur. Met de staart tussen de poten trok hij zich in de badkamer terug, zich afvragend hoe hij het ding zou kunnen doorschuren tegen een kist of een hutkoffer. Maar algauw drong het tot hem door dat hij gewoon een idioot was. Zina nam hem aan de lijn mee uit wandelen door de Oboechovlaan. De hond liep erbij als een arrestant en brandde van schaamte. Maar eenmaal voorbij de Christuskerk op de Pretsjistenka was hij er al helemaal achter wat een halsband in dit leven betekent. Bezeten afgunst stond te lezen in de ogen van alle honden die hij tegen kwam en ter hoogte van het Dodenpad blafte een uit zijn krachten gegroeide straatkeffer hem uit voor ‘rijkeluisflikker’ en ‘zespoot’. Toen zij de tramrails overhuppelden keek een agent van milietsie tevreden en met respect naar de halsband (…) Zo’n halsband is net een aktentas, grapte de hond in gedachte en wiebelend met zijn achterwerk schreed hij op naar de bel-etage als een heer van stand.” Of, zoals het in het volgende hoofdstuk al heet: “Maak je zelf maar niets wijs, jij zoekt heus de vrijheid niet meer op, treurde de hond snuivend. Die ben je ontwend. Ik ben een voornaam hondedier, een intelligent wezen, ik heb een beter bestaan leren kennen. En wat is de vrijheid helemaal? Rook, een fictie, een drogbeeld, anders niet … Een koortsdroom van die rampzalige democraten …”

Maar dat beter bestaan komt met meer en meer plichten een keer je de babyfase voorbij bent, een keer je bekering in kannen en kruiken is, een keer je niet meer terug kan: Sjarikov wordt geacht beleefd te zijn, zijn plaats te kennen, wil “documenten” hebben (“Een document is de belangrijkste aangelegenheid ter wereld.”), wordt er door de communisten op gewezen dat hij “klassebewustzijn” moet kweken, terwijl hij in essentie – opnieuw – alleen maar wil vreten en achter katten aan zitten, wat dan ook precies is wat hij doet. Terwijl hij wel meer en meer eisen stelt aan zijn omgeving, want die doet niet precies wat hij wil.

Samengevat: Hondehart is een filosofisch tractaat zoals ook Frankenstein van Mary Shelley er een is (zoals aangegeven op de achterflap heeft de thematiek duidelijke raakvlakken). Maar wel een filosofisch tractaat dat leuk om lezen is, zelfs voor mensen die er niet meer in willen zien dan een verhaal van een hond die mens wordt en vervolgens weer hond. Ik weet niet of het boekje in recentere jaren nog ergens werd uitgegeven in het Nederlands (mijn exemplaar verscheen in 1969 bij de voor de gelegenheid met Uitgeverij De Arbeiderspers samenwerkende Em. Querido’s Uitgeverij in Amsterdam in een vertaling van Marko Fondse – derde druk van 1975), maar ik zou het zowel de liefhebbers van Russische literatuur, dissidenten, anti-communisme, anti-utopisme als de minder in filosofie maar dan toch in kortere vlot leesbare boeken aanraden. Een must read dus!

mercredi, 17 mars 2021

Si les populistes ne disparaissent pas, ils sont condamnés à se transformer en conservateurs ou en progressistes "modérés"

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Si les populistes ne disparaissent pas, ils sont condamnés à se transformer en conservateurs ou en progressistes "modérés"

par Franco Cardini

Source : https://www.lintellettualedissidente.it/

Sur le thème du populisme, nous présentons aujourd’hui un interview du professeur Franco Cardini, historien de renommée internationale. Déjà en 2017, il était intervenu sur le sujet (avec une interview publiée sur vita.it que nous reproduisons ici sous une forme actualisée) "prophétisant" le reflux des mouvements populistes et soulignant les différences avec les mouvements populaires. Aujourd'hui, à la lumière du nouvel ordre politique, social et géopolitique, également déterminé par l'avènement de la pandémie de la Covid-19, Cardini exclut une "résurrection à court terme" du phénomène populiste désormais "englouti par la politique" et, surtout, ne voit pas d'opportunités pour l'Europe subordonnée au dessein hégémonique des États-Unis. Édité par Filippo Romeo en 2017.

Ces derniers temps, nous assistons à une croissance exponentielle du populisme. Pourriez-vous nous aider à cadrer le phénomène d'un point de vue historique en expliquant ce qu'il est, où il est apparu et comment il s'est développé ?

Je crois que l’on a déjà répondu cette question de manière exhaustive : mon ami et collègue Marco Tarchi, avec lequel je suis entièrement d'accord, y a précisément répondu et je reconnais son extraordinaire compétence en la matière.

Quelle a été son évolution en Italie ?

Je ne remonterai pas trop loin, et en particulier je n'aborderai pas la question de savoir si le fascisme était un populisme ou s'il avait un quelconque caractère y afférant. Il va sans dire qu'en Italie les grands mouvements "populaires" (y compris le communisme, qui se présentait comme classiste mais ne l'était pas en réalité) n'étaient pas populistes dans la mesure où du populisme ils n'avaient pas un caractère fondamental: la méfiance et/ou la lassitude et/ou le mépris de la politique. Le fascisme lui-même, qui avait en commun avec le populisme classique (boulangisme, par exemple) le mépris de la politique comme praxis ou comme revendication "démocratique", résolvait ce mépris en termes de hiérarchie et de discipline dans le militantisme ; de même, étant anti-classe et inter-classe, il résolvait cette position en termes corporatifs, s'inspirant de théoriciens très proches de la doctrine sociale de l'Église (Toniolo).

515i91eUP4L._SX333_BO1,204,203,200_.jpgQuant aux mouvements "populistes" actuels, leur parabole a déjà été parcourue au cours des vingt dernières années par la "Lega" et est en train d'être parcourue par le "M5S" : succès initial soudain, dû à la nouveauté, insistance sur quelques thèmes de propagande facilement déclinés avec quelques variables (anti-islamisme, xénophobie, anti-européanisme, "anti-politique", moralisme, etc.), lassitude vis-à-vis de la politique politicienne démocratique habituelle, due à la routine d’une politique professionnelle et incompétente, puis impasse et crise dues à une détérioration rapide – à un vieillissement. L'absence de véritables programmes et surtout d'une authentique tension civique conduit fatalement à un échec cyclique mais peut-être aussi à une résurrection rapide sur des modules récurrents (le berlusconisme et le recyclage des thèmes et sympathies de l'ex-Ligue dans le grillisme en sont la preuve).

En Europe, outre l'avancée du populisme, nous assistons à une croissance exponentielle des partis et mouvements nationalistes. Quelles sont les implications de ces phénomènes ?

Je n'ai aucune estime ni confiance dans les mouvements néo-micro-nationalistes: la seule issue possible pour un mouvement nationaliste sérieux dans un pays européen, dans les décennies entre les années 1950 et aujourd'hui, aurait été de viser, avec des mouvements nationalistes similaires, une identité européenne sérieuse, la construction d'un patriotisme européen et d'une conscience civique européenne. Sur ce sujet, il y avait eu quelques tâtonnements dans les années 1960 (le mouvement de Jean Thiriart, héritier en grande partie du "socialisme européen" de Pierre Drieu La Rochelle). La constellation de groupes et de personnalités du petit monde de la culture - je ne veux pas les appeler "intellectuels" parce que je n'aime pas ce terme - qui, depuis les années 70, a trouvé un catalyseur en Alain de Benoist, aurait pu reprendre ces thèmes: elle a choisi une autre voie, très intéressante cependant. Je n'attends rien du développement et peut-être du succès électoral des groupes néo-micro-nationalistes, sinon une utilisation hystérique et en même temps instrumentale de la xénophobie. Si et quand certains de ces groupes prendront comme objectif principal la nécessité d'une sérieuse reprise en mains de la souveraineté nationale, ce qui implique avant tout la sortie de l'OTAN, alors nous pourrons relancer le débat sur une base plus sérieuse et concrète. Jusque-là, je ne vois que des vœux pieux et une chasse aux sièges.

790x1200.jpgLe populisme peut-il être lu comme la énième désintégration d'une pensée européenne construite sur des cathédrales, des monastères et des universités ?

La pensée "européenne" de la chrétienté occidentale - celle qui est chantée dans un célèbre essai de Novalis - est celle qui s'est exprimée précisément dans les cathédrales, les monastères et les universités. C'est une pensée fondée sur la métaphysique, sur les distinctions hiérarchiques et sur le communautarisme. La modernité, qui est essentiellement l'individualisme et le primat de l'économique et du technologique, l'a détruit. Le monde moderne, celui de l'économie-monde, de "l'échange symétrique" et de l'exploitation généralisée de l'homme par l'homme (c'est ce qu'est la mondialisation) n'est pas né d'un développement harmonieux de ce qui existait auparavant, mais d'une révolution: la Révolution individualiste et matérialiste. Il faudra une autre Révolution pour le détruire. Sur le plan social et anthropologique, le mot grec qui exprime le mieux le caractère de ce type de Révolution est Metanoia.

La définition de "populiste" a été adoptée, par des spécialistes faisant autorité, également par le pontificat du pape Bergoglio. A votre avis, peut-on parler d'un moment populiste dans l'Eglise catholique ?

Mario Jorge Bergoglio a été péroniste dans sa jeunesse : il a donc connu un mouvement aux caractéristiques populistes-charismatiques assez explicites et avancées. Lorsqu'il est entré dans la Compagnie de Jésus, il a certainement gardé intacte cette tension vers la justice qui avait très probablement caractérisé son expérience péroniste, mais il l'a métabolisée, précisément, en termes de Metanoia. Je ne vois aucune trace de populisme dans la pensée de Bergoglio : j'y vois une profonde vocation eschatologique et une vocation prophétique-apocalyptique. Je ne sais pas si Bergoglio est le "dernier pape" prophétisé par Malachie : je sais qu'il est un pape des derniers temps, qui invite à vivre l'Eschata.

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Propos complémentaires de 2021

Dans votre interview de 2017, vous avez prédit de manière prophétique le flux et le reflux des mouvements populistes. Face à la situation socio-politique actuelle, quelle direction le phénomène prendra-t-il ? Et sous quelle forme pourrait-elle ressusciter ?

Il n'y avait pas de prophétie: c'est la tendance, parfaitement observable, des mouvements populistes qui soit échouent en tant que tels, soit sont réabsorbés par la politique (politicienne établie). Max Weber dirait que, puisqu'ils sont à leur manière du côté du "charisme", tôt ou tard, l'"institution" a raison d'eux. D'autre part, comme les révolutionnaires et les extrémistes, les populistes, s'ils ne disparaissent pas, sont condamnés à se transformer en conservateurs ou en progressistes "modérés". Maintenant, à part les boutades de Grillo qui - au moins aujourd'hui - est le premier à ne pas y croire, le gros du M5S prendra la voie des mécontents vaguement de gauche, à part une certaine frange de droite qui reviendra à sa position initiale. Sans aucun doute, le choix de Giorgia Meloni, outre le fait qu'il était obligatoire si elle voulait éviter de faire partie de l’inutile charrette de queue du nouveau gouvernement, était politiquement intelligent : Lorsque la "lune de miel" entre Draghi et la majeure partie de la politique italienne (ne parlons pas de la "vraie" société civile, qui ne se distingue même plus, submergée par les clameurs des médias) sera terminée, c'est-à-dire dans quelques semaines ou quelques mois, l'ancien M5S réapparaîtra fragmenté ou du moins redimensionné, à l'exception des politiciens les plus compétents qui le composent et qui font déjà la queue pour s’engager dans un PD, qui, à son tour, entre également en crise. Une "résurrection populiste" à court terme n'est pas prévisible : la métabolisation du mouvement « pentastellé » (Cinq Etoiles) devenu un semi-parti sera lente.

Peut-on considérer l'institutionnalisation comme un facteur de déclin des mouvements populistes ?

C'est généralement la règle: soit ils réussissent et se transforment en forces politiques, soit ils disparaissent. Le fait est qu'ils ont raison de se méfier de la politique, qui est injuste et malhonnête. C'est pour cette raison qu'elle a toujours raison d'eux: elle les engloutit, aussi parce qu'en général, à leur tête, il y a des gens qui meurent d'envie de faire de la politique, en se transformant d'outsiders en leaders.

La pandémie de la Covid 19 a accéléré certains processus qui ont affecté l'architecture géopolitique, et révélé, s'il en était encore besoin, la limite des modèles actuels d'organisation économique et sociale. À votre avis, à quoi ressemblera la prochaine mondialisation ? Les nouveaux changements pourraient-ils être une opportunité pour l'Europe ?

Franchement, je ne vois pas de changement qui pourrait constituer une opportunité. Draghi a été très explicite: volontairement ou non, il a énoncé un programme et un projet très clairs, parlant d'atlantisme et d'européanisme. Par "atlantisme", Draghi entend la fidélité aux pactes constitutifs de l'OTAN, qui sanctionnent la subordination politique et militaire, et donc diplomatique, de l'Union européenne au dessein néo-hégémonique américain, une caricature du "multilatéralisme" auquel Obama croyait peut-être sérieusement, caractérisée par un retour au programme "classique" du parti démocrate américain: le "gendarme démocratique" américain qui surveille et sanctionne le monde entier, au nom du principe axiomatique selon lequel la paix et la prospérité du monde (c'est-à-dire de 10% de la population mondiale, qui possède et gère 90% des richesses de la planète entière), donc la stabilité du statu quo, coïncident avec les intérêts des États-Unis. Par "européanisme" Draghi entend précisément le statu quo, c'est-à-dire une "Union" économico-financière/technologique qui doit considérer l'OTAN comme son bras militaire (dont la politique est dictée à Washington) et ne jamais rêver d'atteindre l'indépendance et la souveraineté politique en se transformant en une Fédération ou une Confédération souveraine capable de développer une position internationale propre, ce qui serait très utile et louable, soit une position de médiation entre les deux blocs de la nouvelle "guerre froide" qui se prépare entre les États-Unis d'un côté, la Russie et la Chine de l'autre.

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Pour autant que je sache, le lancement d'une véritable Fédération européenne - maintenant que le projet de constitution, lancé il y a des années, a lamentablement échoué sur le faux obstacle du préambule relatif aux "racines chrétiennes" - n'est plus à l'ordre du jour ni à Bruxelles ni à Strasbourg; aucun signe de mouvement politique européiste à l'horizon; la seule personne qui a eu l'intelligence concrète de relancer un discours politique pro-européen unitaire, en écartant explicitement la formule fédéraliste, inadaptée à l'histoire européenne, et en parlant plutôt d'un possible projet confédéré, a été Giorgia Meloni. Il s'agissait d'un appel nouveau et intelligent, lancé une seule fois à ma connaissance et qui n'a été repris par personne. En revanche, Meloni ne peut rien faire: elle est "sous la claque" et le sait très bien. Si, dans quelque compétition électorale future, elle parvenait à dépasser les 15%, aussitôt quelque part exploseraient quelques bombes sous un monument à la Résistance, contre les murs de quelque synagogue, apparaîtraient quelques croix gammées, l'ANPI se mettrait aussitôt en branle, la "question morale antifasciste" renaîtrait et elle serait à nouveau formellement isolée. D'autre part, avec un "Parlement européen" comme celui-ci, expression des parlements des différents pays et marionnette de la volonté des Etats-Unis, on fait peut-être une politique des "fonds de relance", mais on ne va pas aller au-delà de l'euro. C'est la fin du projet européiste inauguré il y a des décennies par De Gasperi, Adenauer et Schuman.

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Pour un environnementalisme harmonieux: ni Greta ni Trump, une troisième position

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Pour un environnementalisme harmonieux: ni Greta ni Trump, une troisième position

Dans cette phase de chaos politique général, dans laquelle il manque une vision forte de l'avenir européen, il est toutefois possible de promouvoir une industrie européenne écologique innovante, qui exploite les ressources dans une perspective d'économie circulaire, et où l'Italie serait un leader.

Les activités de recyclage, de production de biométhane à partir de déchets organiques, d'éco-conception, de rénovation urbaine peuvent générer de nouveaux emplois (jusqu'à 800.000 en un an) et augmenter le PIB, bien plus que les manœuvres financières réalisées par des gouvernements improvisés.

par Sergio Bisaccia,

Responsable environnement

Ex : https://www.centrostudipolaris.eu/

Il est difficile de ne pas se sentir nauséeux si l'on suit les débats actuels sur le "green new deal", le "plastic free", l'économie verte, etc. : d’une part, il y a ceux qui exploitent l'écologie de manière opportuniste pour récupérer d'anciennes positions politiques gagnantes, et, d’autre part, ceux qui veulent sauver des entreprises et des portefeuilles amis en niant le problème écologique, et en jetant (dans le pétrole et le gaz) le bébé avec toute l'eau du bain.

Écologistes mondialisés contre souverainistes fossilisés: les deux camps s'affrontent, et le cracheur de feu est à la caisse...

Notre nausée continue de croître quand on voit la gamine Greta Thunberg aller devant les tribunaux des puissants pour leur dire qu'ils lui volent son avenir, tandis qu'ils s'écorchent les mains pour l'applaudir, l'inviter, en parler à leurs petits-enfants, sans rien faire ; et la nausée ne s'estompe pas quand on entend un Trump nous dire que le changement climatique est "un mensonge inventé par les Chinois pour lutter contre la croissance économique des États-Unis d'Amérique".

Tout d'abord, il serait bon de nous apercevoir que nous sommes au cœur d'une guerre géopolitico-économique mondiale autour de l'énergie, et que le souci de la Planète et les thèses environnementalistes sacrées ne sont qu'une toile de fond sur laquelle se joue une immense bataille d'intérêts. Les écologistes et les fossilistes sont des chevaux de Troie qui agissent, souvent à leur insu, en faveur de l'une ou l'autre armée présente sur le terrain.

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Deux armées transversales

L'une de ces armées est celle des énergies fossiles : le pétrole (dont dépendent encore 95% des transports dans le monde), le charbon (première source de production d'électricité dans le monde) et le gaz, et c'est une armée que nous connaissons : nous savons très bien et depuis des décennies entre quelles mains elle se trouve. Ceux qui peuvent alors se permettre l'énergie nucléaire pour des raisons militaires la conservent. Plus évanescente à identifier, mais déjà très puissante, est au contraire l'autre armée, celle des terres et minéraux rares (nécessaires aux batteries des voitures électriques et aux accumulateurs d'énergie), des éoliennes, des panneaux solaires, de la capture du carbone, du biogaz et, surtout, de la 5G et de l'intelligence artificielle, les nouveaux moteurs de l'"économie verte".

La nouveauté est que ces armées sont transversales et agissent au sein des mêmes États. Elles réagissent ensuite à des logiques (et des ordres) qui ne sont pas automatiquement identifiables pour les intérêts nationaux : par exemple, les États-Unis soutiennent les combustibles fossiles, mais la Californie et de nombreuses entreprises de la Silicon Valley jouent depuis longtemps dans l'autre camp ; la Chine a les pieds fermement ancrés dans les deux armées ; les Arabes sont parmi les leaders de la coalition fossile, mais en réalité ils préparent leur prochain saut dans l'autre camp. La Russie est le seul État qui semble lié à une seule armée, mais nous ne pouvons pas en être sûrs pour les prochaines décennies.

Et qu'en est-il de l'Europe ? Perdue dans sa crise d'identité et assottée par son masochisme anti-historique, l'Europe n'a même pas de véritable politique énergétique commune, et se contente de mener une bataille en coulisse, dans les deux armées, en prenant parti pour l'une ou l'autre faction, mais jamais pour elle-même.

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Un environnementalisme européen futuriste ?

Dans ce contexte, peut-on identifier une troisième position potentielle et efficace, plus proche d'une forme de bon sens et peut-être plus connaturelle au génie italien et européen ? Une nouvelle position, fondée sur une vision à moyen et long terme, qui puisse assurer la stabilité énergétique et économique des générations futures, en la libérant de l'héritage des lobbies passés et en alliant tradition et innovation ? Un environnementalisme futuriste européen, qui récupère l'esprit des années vingt du siècle dernier et l'applique concrètement aux années vingt de ce siècle ? C'est possible. A condition de suivre quelques principes fondamentaux et de renverser certaines conceptions qui, dans le passé, ont dérouté même les tenants de la droite radicale.

Voici quelques idées :

1) L'autonomie énergétique de l'Europe et de l'Italie doit passer par le soleil, le vent, l'eau et la biomasse. Il n'y a aucun doute là-dessus. Ce que le pétrole et le nucléaire représentaient en 1920 (c'est-à-dire la possibilité d'un développement innovant et d'une intelligence créative entre nos mains), les énergies renouvelables l'offrent aujourd'hui. Il n'y a pas de source d'énergie plus "souveraine" que celle, libre et naturelle, que l'Italie et l'Europe possèdent en abondance et qu'elles peuvent fournir en permanence sans dépendre de pays lointains. Un Mussolini, aujourd'hui, viserait une autarcie énergétique et régénératrice basée sur nos énergies renouvelables, qui, entre autres, redonnerait à la Méditerranée un rôle central et briserait toute subordination énergétique, plutôt que de faire dépendre notre avenir du prix du baril ou du caprice de Poutine ou d'un émir. Pourtant, les souverainistes obtus préfèrent les énergies fossiles et snobent les énergies renouvelables... menant à leur insu un combat masochiste, allez savoir pourquoi. ENEL l'a compris, ENI non.

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2) Dans cette phase de chaos politique général, où une vision forte de l'avenir européen fait défaut, il est au contraire possible de promouvoir une industrie européenne écologique innovante, qui exploite les ressources dans le cadre d'une économie circulaire, et qui considère l'Italie comme un leader. Les activités de recyclage, de production de biométhane à partir de déchets organiques, d'éco-conception, de rénovation urbaine peuvent générer de nouveaux emplois (jusqu'à 800.000 en un an) et augmenter le PIB, bien plus que les manœuvres financières faites à tâtons par des gouvernements improvisés. Aujourd'hui déjà, l'Italie (certainement pas grâce aux gouvernements) est la première économie "verte" parmi les cinq grands pays européens : ce sont des données que nous ignorons souvent et que nous n'utilisons pas. Nos entreprises excellent dans le monde et la Chine offre des passerelles de collaboration. Nous devrions nous concentrer encore davantage sur cette nouvelle forme d'économie et en exporter les fruits, plutôt que de la critiquer et de l'écraser.

3) L'économie circulaire, si à la mode, n'est rien d'autre qu'une évolution du concept d'autosuffisance régénératrice, qui s'applique aussi et surtout à l'agriculture, mais qui est applicable à presque tous les processus de production.

4) Étant donné qu'aujourd'hui, même l'Allemagne (par commodité et par nécessité) soutient que la contrainte budgétaire européenne de 3 % ne doit plus être appliquée, en particulier aux investissements verts nationaux, nous qui sommes les premiers dans l'économie verte, ne nous préoccupons pas des vieilles badernes et des vieux chnoques et investissons, même en plongeant le budget dans le rouge, pour donner de l'énergie et de la force aux entreprises italiennes qui misent sur l'environnementalisme du futur.

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5) Grâce à de nouvelles formes de taxation au niveau européen (ne les appelons pas des droits), par exemple un mélange de taxe sur le carbone et de taxe aux frontières, renforçons la primauté écologique européenne en limitant l'importation de biens et de services asiatiques et américains à faible coût et ayant des effets négatifs sur l'environnement, et en favorisant, également sur une base écologique, les produits italiens et européens.

Jetons par-dessus bord la vieille croyance erronée selon laquelle l'environnement est de gauche et créons un nouvel environnementalisme futuriste européen. Le moment est propice.

Tiré de "Polaris - le magazine n.23 – ‘’POUR UN ENVIRONNEMENTALISME FUTURISTE".

L’université française contre elle-même

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L’université française contre elle-même

par Georges FELTIN-TRACOL

Ex: http://www.europemaxima.com

Le monde universitaire ne supporte pas la contradiction. À peine sa ministresse de tutelle dénonce-t-elle l’emprise de l’islamo-gauchisme dans les facultés qu’une pétition parrainée par la sociologue Dominique Méda et l’économiste Thomas Piketty recueille six cents signatures de chochottes bardées de diplômes et de titres grandiloquents. Ce texte publié dans Le Monde du 20 février dernier dénonce les propos de Frédérique Vidal. Celle-ci provoque par ailleurs une vive controverse au sein même de la Macronie entre son courant progressiste – libertaire et sa faction libérale – autoritaire.

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La ministresse de l’Enseignement supérieur a demandé au CNRS d’enquêter sur l’influence de ce qui s’appelait dans les années 1970 – 1980 l’« islamo-progressisme » et dans les décennies 1990 – 2000 l’« islaméricanisme ». On observe maintenant l’arrivée à maturité d’un croisement surprenant de l’islam politique, de l’idéologie égalitaire et des tares conceptuelles venues d’outre-Atlantique (multiculturalisme, politiquement correct, féminisme, gendérisme, intersectionnalisme, écriture inclusive, études post-coloniales ou décoloniales, etc.). Les pétitionnaires s’élèvent contre ce qu’ils estiment être un inacceptable empiètement de leurs « libertés universitaires ». Véritable Titanic de la recherche française, le CNRS a rendu son travail vingt–quatre heures après sa saisie. Cette rapidité confirme l’inquiétude des soutiens d’une autre pétition elle aussi publiée dans Le Monde du 24 février. Les signataires tels que Pierre-André Taguieff, Jacques Julliard, Pierre Manent ou Gilles Kepel réclamaient que l’enquête diligentée revînt au Haut-Conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur. Le CNRS répond en effet que l’islamo-gauchisme n’est pas une réalité scientifique pertinente. La théorie du genre, l’appropriation culturelle et le privilège blanc sont-ils scientifiquement prouvés ? Le croire serait une preuve manifeste de grande naïveté.

Tout ce cirque médiatique risible prouve le délabrement avancé des universités. Cela fait longtemps déjà que l’enseignement supérieur n’est plus un espace de liberté intellectuelle. Il y a plus de vingt ans, en novembre 2000, une commission Théodule de luxe révoquait de sa fonction de chargé de recherche du CNRS Serge Thion (1942 – 2017). Ce sociologue dissident spécialiste de l’Asie du Sud-Est, proche de Dieudonné et de Kémi Séba, soutenait dans les années 1970 les Khmers rouges. Il contestait ouvertement depuis les années 1980 certains événements marquants du XXe siècle dont les exactions pol-potistes commises au Cambodge.

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Le 15 novembre 2001, le ministre de l’Éducation nationale de l’époque, Jack Lang, créait une « Commission sur le racisme et le négationnisme à l’Université Jean-Moulin Lyon – III ». Présidée par Henry Rousso, elle se composait d’Annette Becker, de Philippe Burin, de Florent Brayard et de Pierre-André Taguieff. Les successeurs chiraquiens de Lang, Luc Ferry et François Fillon, encouragèrent son enquête. Elle rendit son rapport final, le 5 octobre 2004, soit trois ans plus tard.

Dans ce document, ses membres reconnaissaient volontiers que « son champ d’investigation touche à la question de la liberté d’expression des universitaires – la “ liberté académique ” qui s’exerce dans le cadre de leur métier, à celle de l’autonomie réelle des universités, au mode d’évaluation des travaux scientifiques ou d’attribution des diplômes, ou encore aux procédures du recrutement (p. 9) ». Il s’agissait en réalité d’évaluer la présence d’une fantasmatique « extrême droite » au sein de Lyon – III. Président de cette université de 1979 à 1987, Jacques Goudet, converti à l’Orthodoxie, était connu pour être un ardent gaulliste, militant à l’UNI et au SAC.

À Lyon – III officiaient des esprits libres : Bruno Gollnisch, Bernard Lugan, Pierre Vial, Jean Haudry, Jean-Paul Allard, Jacques Marlaud, Bernard Notin. L’Institut d’études indo-européennes était particulièrement visée tant ses apports novateurs démontaient la doxa officielle. En page 231 du rapport, ses auteurs se permettent de mettre entre guillemets le mot « civilisation » quand ils l’associent aux Indo-Européens ! Un bien bel exemple de négationniste valorisé. À l’époque, aucune voix autorisée ne s’éleva contre cette honteuse ingérence.

Rongée par les vagues successives de gauchisme et les modes incessantes déferlant des côtes Est et Ouest des États-Unis, l’université hexagonale pâtit de sa massification. Trop d’étudiants s’inscrivent dans des impasses professionnelles. Il serait temps que le baccalauréat devienne un véritable concours d’entrée en première année d’études supérieures. Il serait aussi approprié que les jeunes majeurs que sont les étudiants puissent noter chaque semestre leurs enseignants. L’université devrait enfin s’ouvrir à une plus grande diversité des opinions et des expressions. Ces trois mesures de bon sens redonneraient en une génération un lustre nouveau à des universités aujourd’hui sinistrées.

Georges Feltin-Tracol.

• « Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n° 205, mise en ligne sur TVLibertés, le 9 mars 2021.

Guerre d’Espagne : un passé qui ne passe pas

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LA NEF n°334 Mars 2021 (version longue et intégrale de l’article paru dans La Nef)

Guerre d’Espagne : un passé qui ne passe pas

par Arnaud Imatz

Longtemps l’Espagne des années 1975-1985 a été considérée comme l’exemple « historique », « unique », presque parfait, de transition pacifique d’un régime autoritaire vers la démocratie libérale. Elle était  le modèle unanimement salué, louangé, par la presse internationale occidentale. Depuis, bien de l’eau est passée sous les ponts. La belle image d’Épinal n’a cessé de se détériorer au fil des ans cédant la place aux silences et réserves, puis aux critiques acerbes de nombreux « observateurs » et « spécialistes » politiques. Certains, parmi les plus sévères, n’hésitent plus à réactiver les vieux stéréotypes de l’increvable Légende noire, vieille de cinq siècles, que l’on croyait pourtant définitivement enterrée depuis la fin du franquisme. Mais qu’elle est donc la part de réalité et de fiction dans ce sombre tableau qui nous est désormais décrit?  

L’Espagne d’aujourd’hui  

L’Espagne apparaît faible, chancelante et impuissante ; elle n’a jamais été autant au bord de l’implosion. Les nationalismes périphériques, les séparatismes, qui la déchirent sont de plus en plus virulents. L’économie du pays souffre de maux graves : manque de compétitivité, détérioration de la productivité, rigidité du marché du travail, taux de chômage le plus élevé de l’UE (en particulier celui des jeunes avec beaucoup de diplômés forcés de s’exiler), coût excessif des sources d’énergie, système financier grevé par l’irrationalité du crédit, déficit public considérable, pléthore de fonctionnaires dans les diverses « autonomies », gaspillage de l’argent public… la liste des problèmes est désespérément longue. Avant la mort du dictateur, Francisco Franco, pendant la première phase du « miracle économique (1959-1975), l’Espagne s’était hissée au 8e rang des puissances économiques mondiales, position qu’elle avait conservée jusqu’à la crise de 2007. Mais elle a par la suite singulièrement décroché pour se retrouver reléguée au 14e rang.  

À cela est venu s’ajouter l’effet désastreux de la pandémie de coronavirus et la gestion déplorable de la crise sanitaire. Le président Sánchez et les porte-paroles du palais de la Moncloa ont d’abord prétendu sans vergogne : « le machisme tue plus que le coronavirus », puis, ils ont affirmé triomphalement : « nous avons mis le virus en déroute ». Mais le bourrage de crâne des propagandes politiciennes ne dure qu’un temps. La dure réalité des faits a fini, comme toujours, par s’imposer. On le sait, le bilan provisoire est parmi les plus calamiteux: un effondrement du PIB (-12%), une destruction de plus de 620 000 emplois, près de 4 millions de chômeurs officiels dont un chômage de plus de 40% chez les jeunes, un secteur hôtelier à l’abandon, au bord de la ruine, un recul du tourisme à un niveau plus bas qu’il y a vingt ans, une récession qui est la plus forte du monde occidental après l’Argentine, enfin, une surmortalité liée à la covid 19 s’élèvant à 60 000 voire 110 000 morts (selon les sources).  

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Le gouvernement Sanchez II.

Cela étant, il convient de préciser tout de suite que la pandémie, événement mondial, grave mais néanmoins conjoncturel, n’a fait qu’aggraver une crise générale préexistante. On ne saurait trop insister sur le rôle d’un facteur structurel, déterminant dans l’involution récente du pays : la défaillance de la classe ou de l’oligarchie politique (droites et gauches de pouvoir confondues) qui n’a jamais été aussi médiocre, corrompue et irresponsable. Le second gouvernement de Pedro Sánchez (2020-), coalition du parti socialiste (PSOE), du Parti communiste (PCE/IU) et de Podemos (un parti « populiste » d’extrême gauche, pro-immigrationniste, dont les leaders se réclament à la fois de Lénine, de Marx et du régime vénézuélien, ce dernier les ayant financés lorsqu’ils étaient dans l’opposition), n’est jamais que l’expression voire l’aboutissement d’un processus de détérioration, de dégénérescence, de vassalisation et de perte presque totale de souveraineté, qui s’est accéléré après le tournant du siècle.  

Bien sûr, le cas espagnol ne saurait être expliqué sans une remise en perspective globale. Toutes les démocraties occidentales sont aujourd’hui exposées aux dangers redoutables que sont la révolution culturelle, le politiquement correct, la nouvelle religion séculière postchrétienne et l’émergence du «totalitarisme light ». Mais pour ne pas excéder notre propos, tenons-nous en ici au rôle et à la part de responsabilité de la classe politique espagnole. On ne saurait vraiment saisir la nature et l’ampleur de cette responsabilité dans le collapsus général, politique, social, économique et moral (mais aussi dans le suicide démographique ; le taux de fécondité étant le plus bas de l’UE : 1,17, voire 1,23 en incluant l’indice de natalité des immigrés), sans évoquer quelques événements clefs de la transition démocratique et du tournant du siècle. Ce rappel permettra de mieux comprendre pourquoi tout ce qui touche à la guerre civile de 1936-1939 est devenu un sujet de division beaucoup plus violent aujourd’hui qu’il y a encore quinze ans, alors que le temps aurait dû contribuer à apaiser les passions.  

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De l’esprit de la transition démocratique au retour de la mentalité de guerre civile  

Un point d’histoire est indiscutable: c’est la droite franquiste (mélange complexe et subtil de carlistes-traditionalistes, monarchistes conservateurs et libéraux, phalangistes, conservateurs-républicains, démocrates-chrétiens, radicaux de droite et technocrates) qui a pris l’initiative d’instaurer la démocratie. Cette transition démocratique n’a pas été une conquête des ennemis de la dictature, elle a été un choix délibéré de la grande majorité de ceux qui avaient été jusque là ses principaux leaders. L’intelligence politique de la gauche (le PSOE de Felipe González et le PCE de Santiago Carrillo), a été de renoncer à ses revendications maximalistes, pour embrasser la voie du réformisme et joindre ainsi ses forces au processus démocratique amorcé par la droite franquiste. Les faits parlent d’eux même : Le décret-loi autorisant les associations politiques fut édicté par Franco en 1974, un an avant sa mort. La loi de réforme politique fut adoptée par les anciennes Cortes « franquistes » le 18 novembre 1976 et ratifiée par référendum populaire le 15 décembre 1976. La loi d’amnistie fut adoptée par les nouvelles Cortes « démocratiques » le 15 octobre 1977. Elle reçut l’appui de la quasi totalité de la classe politique (en particulier celle des leaders du PSOE et du PCE). N’oublions pas la présence dans les Cortes de la première législature de personnalités exilées d’extrême gauche aussi significatives que Santiago Carrillo, Dolores Ibarruri (la Pasionaria) ou Rafael Alberti. Enfin, c’est le Congrès (l’organe constitutionnel) qui a adopté la Constitution actuelle, qui a été ensuite ratifiée par référendum le 6 décembre 1978 (avec 87% de voix pour).  

La Transition démocratique reposait sur une parfaite conscience des échecs du passé et sur la volonté de les dépasser. Il ne s’agissait pas d’oublier et encore moins d’imposer le silence aux historiens ou aux journalistes, mais de les laisser débattre et de refuser que les politiciens s’emparent du sujet pour leurs luttes partisanes. Deux principes animaient cet « esprit de la transition démocratique », aujourd’hui dénoncé, tergiversé et caricaturé par les gauches, le pardon réciproque et la concertation entre gouvernement et opposition. Il était alors inconcevable que des politiciens de droite ou de gauche s’insultent en se traitant de « rouge » ou de « fasciste ».  

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Un premier durcissement dans les polémiques partisanes devait néanmoins se produire lors des législatives de 1993. Mais la vraie rupture se situe trois ans plus tard, en 1996, lorsque le PSOE avec son leader Felipe González (au pouvoir depuis 14 ans mais en difficulté dans les sondages), a volontairement joué la carte de la peur, dénonçant le Parti Populaire (PP), parti néolibéral et conservateur, comme un parti agressif, réactionnaire, menaçant, héritier direct du franquisme et du fascisme. Les Espagnols se souviennent encore d’une fameuse vidéo électorale du PSOE qui représentait le PP en doberman ou pitbull enragé et sanguinaire.  

Pendant toute la décennie 1990, un véritable raz de marée culturel, néo-socialiste et postmarxiste, a submergé le pays. Les nombreux auteurs autoproclamés « progressistes », tous défenseurs du Front populaire de 1936, ont inondé les librairies de livres, occupé les chaires universitaires, monopolisé les grands médias et gagné largement la bataille historiographique. La nation, la famille et la religion  sont redevenues des cibles privilégiées de la propagande semi-officielle. Paradoxalement, cette situation s’est maintenue sous les gouvernements de droite de José Maria Aznar (1996-2004). Obsédé par l’économie, « L’Espagne va bien ! », Aznar s’est désintéressé des questions culturelles ; mieux, il a cherché à donner des gages idéologiques à la gauche. A vrai dire, beaucoup de gens de droite lui donnaient raison lorsqu’il rendait hommage aux Brigades internationales (pourtant composées à 90% de communistes et socialistes marxistes), ou lorsqu’il condamnait le franquisme, voire le soulèvement du 18 juillet 1936 (alors qu’il est le fils d’un phalangiste et qu’il a été lui-même dans sa jeunesse un admirateur déclaré de José Antonio, un militant de la Phalange indépendante et dissidente). La droite « la plus bête du monde » (comme on aime à dire en France), acquiesçait aussi lorsqu’il encensait le ministre et président du Front populaire, Manuel Azaña, un franc-maçon, farouchement anticatholique, l’un des trois principaux responsables du désastre final de la République et du déclenchement de la guerre civile, avec le républicain catholique Niceto Alcalá-Zamora et le socialiste Francisco Largo Caballero, le « Lénine espagnol ». Les leaders du PP, régulièrement et injustement accusés d’être les héritiers du franquisme et du fascisme, croyaient pouvoir désarmer l’adversaire et trouver leur salut dans une continuelle profession de foi antifranquiste. Une erreur crasse, qu’ils finiront par payer vingt ans plus tard, lorsqu’en 2019 le parti populiste Vox surgira sur la scène politique.  

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Mais dans les années 2000, l’imprévisible allait se produire en dehors de la droite politique. Au nom de la liberté d’expression, d’opinion, de débat et de recherche, un groupe d’historiens indépendants, avec à leur tête l’américain Stanley Payne (voir notamment La guerre d’Espagne. L’histoire face à la confusion mémorielle, un livre incompréhensiblement épuisé et non réédité en France depuis des années) et l’ex-communiste Pio Moa (auteur de best-sellers tels Los mitos de la guerra civil, un livre vendu à plus de 300 000 exemplaires, encore inédit en France, qui démontre notamment que le soulèvement socialiste de 1934 a été l’antécédent direct du soulèvement national du 18 juillet), mais aussi toute une pléiade d’universitaires, dont un bon nombre de professeurs d’histoire de l’université CEU San Pablo de Madrid, se sont insurgés contre le monopole culturel de la gauche socialo-marxiste. Quelques années plus tard, d’autres travaux incontournables ont été publiés tels ceux de Roberto Villa García et Manuel Álvarez, sur les fraudes et les violences du Front Populaire lors des élections de février 1936, de César Álcala sur les plus de 400 « Checas » (centres de tortures organisés par les différents partis du Front populaire dans les grandes villes pendant la guerre civile), ou les recherches de Miguel Platon sur le nombre des exécutions et assassinats dans les deux camps (57 000 victimes parmi les nationaux / nacionales et non pas nacionalistas/nationalistes, comme on le dit à tort en France, et 62 000 victimes parmi les front-populistes ou républicains) et sur le nombre des victimes de la répression franquiste de l’après-guerre (22 000 condamnations à mort dont la moitié commuées en peines de prison). Citons également ici l’œuvre de référence, bien que beaucoup plus ancienne, d’Antonio Montero, sur la terrible persécution religieuse (près de 7000 religieux assassinés de 1936 à 1939 ; 1916 martyrs de la foi ayant été béatifiés et 11 canonisés par les papes entre 1987 et 2020, en dépit des pressions des autorités espagnoles).  

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Au lendemain de son accession au pouvoir, en 2004, plutôt que de contribuer à effacer les rancœurs, le socialiste José Luis Rodriguez Zapatero, ami déclaré des dictateurs Fidel Castro et Nicolas Maduro, a ravivé considérablement la bataille idéologique et culturelle. Rompant avec le modérantisme du socialiste Felipe González, il a choisi délibérément de rouvrir les blessures du passé et de fomenter l’agitation sociale. En 2006, avec l’aide du député travailliste maltais, Léo Brincat, il a fait adopter par la commission permanente, agissant au nom de l’assemblée du Conseil de l’Europe, une recommandation sur « la nécessité de condamner le franquisme au niveau international ». Dès la fin de la même année, diverses associations « pour la récupération de la mémoire », ont déposé des plaintes auprès du Juge d’instruction de l’Audience nationale, Baltasar Garzón. Elles prétendaient dénoncer un «plan systématique » franquiste « d’élimination physique de l’adversaire » « méritant le qualificatif juridique de génocide et de crime contre l’humanité». Garzón, juge à la sensibilité socialiste, s’est déclaré immédiatement compétent mais il a été désavoué par ses pairs et finalement condamné à dix ans d’ « inhabilitation » professionnelle pour prévarication par le Tribunal suprême.  

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Baltasar Garzon.

La loi de mémoire historique de 2007  

Un an plus tard, en 2007, se voyant dans l’impossibilité de faire taire les nombreuses voix discordantes d’historiens et de journalistes, Zapatero et ses alliés ont choisi, sur l’initiative des communistes d’Izquierda Unida, de recourir à la loi « mémorielle ». La « loi de mémoire historique », adoptée le 26 décembre 2007, se veut et se justifie comme une « défense de la démocratie »,  contre un possible retour du franquisme et des « idéologies de haine ». En réalité, elle est une loi discriminante et sectaire en rien démocratique. Elle reconnaît et amplifie justement les droits en faveur de ceux qui ont pâti des persécutions ou de la violence pendant la guerre civile et la dictature (des normes en ce sens ayant déjà été édictées par des lois de 1977, 1980, 1982 et 1984), mais dans le même temps, elle accrédite une vision manichéenne de l’histoire contrevenant à l’éthique la plus élémentaire.  

L’idée fondamentale de cette loi est que la démocratie espagnole est l’héritage de la Seconde République (1931-1936) et du Front populaire (1936-1939). Selon son raisonnement, la Seconde République (avec le Front populaire), mythe fondateur de la démocratie espagnole, a été un régime presque parfait dans lequel l’ensemble des partis de gauche a eu une action irréprochable. La droite serait en définitive la seule responsable de la destruction de la démocratie et de la guerre civile. Pour couronner le tout, mettre en cause ce mensonge historique ne saurait être qu’une apologie exprès ou déguisée du fascisme.  

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Cette loi effectue un amalgame absurde entre le soulèvement militaire, la guerre civile et le régime de Franco, qui sont autant de faits bien distincts relevant d’interprétations et de jugements différents. Elle exalte les victimes et les assassins, les innocents et les coupables lorsqu’ils sont dans le camp du Front populaire et uniquement parce qu’ils sont de gauche. Elle confond les morts en action de guerre et les victimes de la répression. Elle jette le voile de l’oubli sur les victimes « républicaines » qui sont mortes aux mains de leurs frères ennemis de gauche. Elle encourage tout travail visant à démontrer que Franco a mené délibérément et systématiquement une répression sanglante pendant et après la guerre civile. Enfin, elle reconnait le légitime désir de beaucoup de personnes de pouvoir localiser le corps de leur ancêtre, mais refuse implicitement ce droit à ceux qui étaient dans le camp national sous prétexte qu’ils auraient eu le temps de le faire à l’époque du franquisme.  

Théoriquement, cette loi a pour objet d’honorer et de récupérer la mémoire de tous ceux qui furent victimes d’injustices pour des motifs politiques ou idéologiques pendant et après la guerre civile, mais en réalité, non sans perversité, elle refuse de reconnaître que sous la République et pendant la guerre civile beaucoup de crimes ont été commis au nom du socialisme-marxiste, du communisme et de l’anarchisme et que ces monstruosités peuvent être qualifiées elles aussi de crimes de lèse humanité (il en est ainsi, notamment, des massacres de Paracuellos del Jarama et des « Checas », et des hécatombes lors de la persécution des chrétiens). Dès sa promulgation, la « loi de mémoire historique » a d’ailleurs été systématiquement interprétée en faveur des représentants et sympathisants du seul camp républicain ou front-populiste et de leurs seuls descendants.  

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Le retour au pouvoir de la droite, trois ans après le début de la crise économico-financière de 2008, ne devait guère changer la donne. Le président Mariano Rajoy (2011-2018), ancien conservateur des hypothèques devenu un politicien professionnel roué mais dépourvu de tout charisme, s’est contenté de suivre le précepte bien connu des néolibéraux: ne pas toucher aux réformes culturelles ou sociétales « progressistes » mais défendre d’abord et avant tout les intérêts et les idées économiques et financières des eurocrates et de l’oligarchie mondialiste. Rajoy n’osera ni abroger, ni modifier la loi de mémoire. Un ami, philosophe Argentin à l’humour cinglant, résumait son idéologie par ces mots : « L’important c’est l’économie… et que mon fils parle l’anglais ». Mais encore faut il ajouter que cette attitude à courte vue a été largement partagée par son électorat. Historiquement, les droites espagnoles ont toujours été marquées par la forte empreinte du catholicisme, mais dans une société sécularisée, dans laquelle la hiérarchie de l’Église ne résiste pas mais donne au contraire au quotidien l’exemple du renoncement, de l’abdication et de la soumission, l’électorat de droite se retrouve inévitablement passif, apathique, désemparé, sans protection. Bon gestionnaire en période de calme, mais dépourvu des qualités de l’homme d’État, Rajoy s’est avéré incapable d’affirmer son autorité en pleine tourmente. Ébranlé politiquement par le référendum d’indépendance de la Catalogne (2017), organisé par les séparatistes sans la moindre garantie juridique, il a chuté finalement à l’occasion d’une motion de censure (2018) suite à l’implication du PP dans divers scandales de corruption.  

Vers la nouvelle « loi de mémoire démocratique » de 2021   

Avec l’adoption de la « loi de mémoire historique », la boîte de Pandore a été ouverte. Élu à la présidence, en juin 2018, le socialiste Pedro Sánchez, n’a pas tardé à en faire la démonstration. Pour rester au pouvoir, Sánchez, qui représente la tendance radicale du PSOE opposée aux modérés, a accepté les voix de l’extrême gauche et des indépendantistes alors qu’il avait juré avant les élections ne jamais le faire. Arriviste, allié par opportunisme à Podemos et au PC/IU, il doit donner régulièrement des gages à ses associés les plus radicaux (y compris aux nationalistes-indépendantistes) tout en ménageant Bruxelles et Washington, qui ne manqueraient pas de siffler la fin de la récréation si la ligne rouge venait à être franchie en matière économique.  

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Le premier gouvernement socialiste de Sánchez s’est engagé, dès le 15 février 2019, à procéder au plus vite à l’exhumation de la dépouille du dictateur Francisco Franco enterré quarante-trois ans plus tôt dans le chœur de la basilique du Valle de los Caídos. Le 15 septembre 2020, moins d’un an après avoir réalisé le transfert des cendres, malgré le chaos de la pandémie et le caractère prioritaire de la gestion sanitaire, le second gouvernement de Sánchez, une coalition de socialistes, de communistes et de populistes d’extrême gauche (PSOE-PC/IU-Podemos), a décidé d’adopter, au plus tôt, un nouvel « Avant-projet de loi de mémoire démocratique », qui devrait abroger la « loi de mémoire historique » de 2007. Au nom de la « justice historique » et du combat contre « la haine », contre « le franquisme » et « le fascisme », le gouvernement entend promouvoir la réparation morale des victimes de la guerre civile et du franquisme et « garantir aux citoyens la connaissance de l’histoire démocratique ».  

Cet avant-projet de loi prévoit plus précisément : la création d’un parquet spécial du Tribunal suprême compétent en matière de réparation des victimes ; l’allocation de fonds publics pour l’exhumation des victimes des franquistes enterrées dans des fosses communes et leur identification a partir d’une banque nationale ADN ; l’interdiction de la Fondation Francisco Franco et de  toutes les « institutions qui incitent à la haine » ; l’annulation des jugements prononcés par les tribunaux franquistes ; l’inventaire des biens spoliés et des sanctions économiques pour ceux qui les ont confisqués ; l’indemnisation des victimes de travaux forcés par les entreprises qui ont bénéficié de leur main d’œuvre ; la révocation et l’annulation de toutes les distinctions, décorations et titres nobiliaires concédés jusqu’en 1978 ; l’effacement et le retrait de tous les noms de rue ou d’édifices publics rappelant symboliquement le franquisme ; l’actualisation des programmes scolaires pour tenir compte de la vraie mémoire démocratique et pour expliquer aux élèves « d’où nous venons » afin que « nous ne perdions jamais plus nos libertés » ; l’expulsion des moines bénédictins gardiens  du Valle de los Caidos ; l’exhumation et le déplacement des restes mortels de José Antonio Primo de Rivera ; la désacralisation et la « resignification » de la basilique du Valle de los Caídos qui sera reconvertie en cimetière civil et musée de la guerre civile ; enfin, aux dire de la vice-présidente, Carmen Calvo, il  sera menée une « réflexion » sur l’éventualité de la destruction de l’immense croix surmontant le temple. Pour couronner le tout, des amendes de 200 euros à 150 000 euros sont prévues afin de réprimer toutes les infractions à la loi.  

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Carmen Calvo.

Dans un langage typiquement orwellien, la première vice-présidente Carmen Calvo n’a pas manqué de souligner que ce texte favorisera la « coexistence »  et permettra aux Espagnols de « se retrouver dans la vérité ». La réalité est pourtant tragique : cet avant-projet renouvelle et renforce l’utilisation de la guerre civile comme arme politique. Il discrimine et stigmatise la moitié des espagnols, efface les victimes de la répression front-populiste, refuse l’annulation même symbolique des sentences prononcées par les tribunaux populaires républicains et ignore superbement la responsabilité de la gauche dans certaines des atrocités les plus horribles commises pendant la guerre civile. Seule la vision « progressiste » du passé définie par les autorités en place est démocratique, l’histoire des « autres » devant disparaître comme dans le cas de l’histoire manipulée de l’Union soviétique.  

On ne saurait pourtant « se retrouver dans la vérité », comme le dit Calvo, en écartant d’un trait de plume toute recherche historique rigoureuse. Contrairement à ce que prétend la vice-présidente, le soulèvement militaire de juillet 1936 n’est pas à l’origine de la destruction de la démocratie. C’est au contraire parce que la légalité démocratique a été détruite par le Front populaire que le soulèvement s’est produit. En 1936, personne ne croyait en la démocratie libérale et certainement pas les gauches. Le mythe révolutionnaire partagé par toutes les gauches était celui de la lutte armée. Ni les anarchistes (qui s’étaient révoltés en 1931, 1932 et 1933), ni le parti communiste, un parti stalinien, ne croyaient en la démocratie. La majorité des socialistes avec leur leader le plus significatif, Largo Caballero, le « Lénine espagnol », préconisait la dictature du prolétariat et le rapprochement avec les communistes. Le PSOE était le principal responsable du putsch d’octobre 1934 contre le gouvernement de la République, du radical Alejandro Lerroux.  

Un seul exemple suffit pour illustrer le caractère révolutionnaire du courant alors majoritaire au sein du PSOE. Le 17 février 1934, la revue Renovación, publiait un « décalogue » des Jeunesses socialistes (mouvement dirigé par le secrétaire général Santiago Carrillo, qui devait fusionner avec les Jeunesses communistes, en mars 1936). Dans son point 8, on pouvait lire : « La seule idée que doit avoir aujourd’hui gravée dans la tête le jeune socialiste est que le Socialisme ne peut s’imposer que par la violence, qu’un camarade qui propose le contraire, qui a encore des rêves démocratiques, qu’il soit petit ou grand, ne saurait être qu’un traître, consciemment ou inconsciemment ». On ne saurait être plus clair ! Quant aux gauches républicaines du jacobin Manuel Azaña, elles s’étaient compromises dans le soulèvement socialiste de 1934, et ne pouvaient donc pas davantage être tenues pour démocrates. Ajoutons encore que, dès son arrivée au pouvoir en février 1936, le Front populaire ne cessera d’attaquer la légalité démocratique. Le Front populaire espagnol était extrémiste et révolutionnaire. Le Front populaire français était, en comparaison, modéré et réformiste. Telle est la triste réalité que le gouvernement socialiste espagnol cherche aujourd’hui vainement à cacher derrière un épais rideau de fumée.  

L’avant-projet de loi de « mémoire démocratique » de la coalition socialo-communiste n’est pas seulement antidémocratique ou autoritaire, il est proprement totalitaire. En poursuivant la « rééducation » pour ce qui concerne le passé, il porte gravement atteinte à la liberté d’expression et d’enseignement. Il est anticonstitutionnel, mais de cela bien évidemment ses rédacteurs se soucient comme d’une guigne dans la mesure où à plus long terme ils souhaitent imposer une autre constitution plus « révolutionnaire » et, par la même occasion, se débarrasser de la monarchie.   

Outre ce texte de loi de mémoire démocratique, le gouvernement espagnol de Pedro Sánchez a l’intention de soumettre prochainement au parlement tout un ensemble de projets de lois (sur l’euthanasie, l’interruption de grossesses, l’éducation, le choix en matière de genre, etc.), qui heurte de front les conceptions chrétiennes de la vie. Les autorités espagnoles ne recherchent plus la paix qu’à travers la division, l’agitation, la provocation, le ressentiment et la haine; la justice prend la forme de la rancœur et de la vengeance. L’Espagne semble s’enfoncer inexorablement dans une crise globale d’une ampleur dramatique.  

Arnaud Imatz  

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mardi, 16 mars 2021

L’Europe aux cent drapeaux ou l’élection régionale comme identification territoriale européenne

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L’Europe aux cent drapeaux ou l’élection régionale comme identification territoriale européenne

par Franck BULEUX

L’Europe aux cent drapeaux, de la Bretagne à la Normandie

En préambule, quelques mots sur ce titre et son origine, L’Europe aux cent drapeaux… Il s’agissait de l’Europe rêvée par le militant breton, Yann Fouéré, qui a rendu célèbre cette expression, souvent reprise par le Normand Jean Mabire, lors de la parution d’un essai en 1968. Yann Fouéré s’affirmait alors comme un théoricien de l’idée européenne et surtout comme l’annonciateur du réveil des peuples européens. Dans cet essai, le militant breton réclame l’Europe politique et rappelle que celle-ci a déjà existé au Moyen Âge, définissant alors une véritable et innovante « supranationalité » au profit d’un empire. Appelant de ses vœux la « troisième Europe », libérée des forces, à l’époque américaine et soviétique, il souhaite l’effacement des États-nations au profit des peuples et des régions naturelles, véritable nature de l’Europe. Yann Fouéré nous rappelle que la politique nationale doit être une question d’identité, et que cette identité ne correspond pas nécessairement parfaitement à la division politico-géographique de l’Europe en États-nations, conséquence de traités rédigés par les éphémères vainqueurs de batailles. Par exemple, notre identité culturelle et nationale en tant qu’Anglais est distincte de notre statut de citoyen du Royaume-Uni. Son travail pose ainsi une question centrale, nous y reviendrons peut-être, entre l’état de national et celui de citoyen, débat totalement occulté aujourd’hui puisque ces deux notions ne se distinguent pas, laissant à tout citoyen le droit d’être un membre à part entière de la communauté nationale.

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La région, comme expression identitaire de base

Cent drapeaux c’est un choix que l’on peut contester, que l’on peut espérer : c’est à la fois une institution de base, la région qui s’impose et se démultiplie pour représenter une entité géographique naturelle, l’Europe. Cette conception, ce choix écarte celui, exclusif, de l’État-nation. Ne regardons pas cela avec les yeux de 2019 : l’Europe éternelle n’est pas l’Union européenne, il ne s’agit pas ici de combattre toute forme de nationalisme, il s’agit plutôt de le redéfinir et surtout de comprendre le modèle civilisationnel qu’est l’Europe. Notre déterminisme est, ici, d’abord géographique, nous sommes Normands, Français et Européens. Dans l’ordre que vous voulez.

Introduire notre échange par le concept d’enracinement me semble nécessaire. Or, pour s’enraciner, il est pertinent de réunir trois composantes cumulatives : des individus, un territoire et un lien commun entre les deux précédents éléments, les hommes et la terre.

Une terre, un peuple et un déterminisme

Prenons d’abord l’élément le plus immuable, le plus naturel, c’est-à-dire ce qui est maintenu à travers le temps, sauf catastrophes naturelles, la terre. Sans cet élément, aucune ambition humaine collective ne peut s’exprimer. Cette terre peut représenter une nation le plus souvent considérée comme un État au sens moderne du terme, mais aussi une région. Elle va, quoi qu’il en soit, s’identifier à un groupe d’hommes et de femmes.

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L’homme (et la femme) représente la population, celle qui va s’installer (la période de sédentarisation des peuples) sur la terre, qui va mettre en valeur ce sol, l’incarner. Ainsi, les Scandinaves qui arrivent ici, en Normandie, à la fin du IXe siècle vont incarner la terre du Nord. Le territoire préexistait mais n’était que partie de la Neustrie, son incarnation, et la permanence de celle-ci, date de 911 grâce à Rollon, le père de la Normandie. Il y a ici une fécondation de la terre par un peuple qui va générer, initier une existence concrète, celle du pays des hommes du Nord.

Mais la terre et l’homme ne sont pas suffisants, il manque un lien entre eux, un lien commun. C’est ce lien qui va profondément, dans le temps et dans l’espace, fonder le territoire comme incarnation d’un peuple.

Sans le cumul de ces trois éléments, il n’est pas de réalité d’un territoire. La reconnaissance que l’on peut évoquer comme quatrième élément provient de la puissance, c’est-à-dire des trois éléments précédents, l’incarnation d’un peuple sur une terre marque une volonté de puissance et donc une marque de distinction, de différenciation entre nous et les autres.

Une fois cette symbiose réalisée, il s’agit, subsidiairement, de qualifier, administrativement, le territoire : une région, une nation, une province, un État-nation…

Oublions l’affreux terme romain de province, division territoriale d’un État placée sous l’autorité d’un délégué du pouvoir central, qui vient du latin pro vincere et qui sert d’appellation régionale médiatique à l’ensemble de nos territoires décentralisés. Laissons cette expression aux animatrices de la météorologie et aux commentateurs parisiens pour qui la traversée du périphérique est une aventure qui mène inexorablement vers le XXIe arrondissement qu’est Deauville.

Le pouvoir des mots : de la région à la nation

Les autres mots peuvent sembler concurrents : région, nation, État-nation. Pourquoi État-nation, parce qu’un État peut être constitué de plusieurs nations. Cela peut nous sembler anticonstitutionnel, à nous Français dont notre nation, « une et indivisible » est née de la révolution jacobine. Pourtant le Royaume-Uni, mère de la démocratie parlementaire, est un État qui unit plusieurs nations, l’Angleterre, l’Écosse, le Pays de Galles et l’Irlande du Nord. La conception libérale britannique inclut donc, au sein d’un État monarchique constitutionnel, quatre nations qui bénéficient d’autonomie politique importante, notamment par l’existence de gouvernements nationaux représentant des territoires. Plus au sud, les communautés autonomes (en espagnol : comunidades autónomas, abrégé en CC AA) sont le premier niveau de subdivision territoriale du royaume d’Espagne. Au nombre de 17, auxquelles il faut ajouter les villes autonomes de Ceuta et Melilla, en terre marocaine, elles bénéficient toutes d’un régime d’autonomie interne. Toujours au Sud, en 1970, l’Italie est l’un des premiers pays européens à mettre en place un modèle de décentralisation permettant la valorisation et le développement des ressources économiques et culturelles locales ainsi qu’une plus grande démocratisation du pays et une meilleure efficacité administrative. Je pourrais aussi évoquer les Länder allemands.

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En résumé, région et nation ne sont pas forcément distinctes. Selon les États, ce dernier peut être constitué de régions ou de nations. Le problème n’est pas tant l’appellation que la délégation de pouvoirs de l’État central vers l’entité régionale. Le nerf de la guerre est évidemment le budget, il ne peut pas y avoir de politique sans financement, de pouvoir sans moyens de son exercice.

Rappelons : région et nation ne sont pas forcément distinctes. Selon les États, ce dernier peut être constitué de régions ou de nations. Le problème n’est pas tant l’appellation que la délégation de pouvoirs de l’État central vers l’entité régionale. En règle générale, on fait appel au principe dit de subsidiarité.

Les pouvoirs des communautés autonomes s’étendent dans tous les domaines qui ne sont pas expressément assignés à l’État par la Constitution. L’exemple de la Catalogne est intéressant : le droit à l’autonomie gouvernementale est inscrit dans la Constitution espagnole (article 2). Cet article indique que la Constitution « reconnaît et garantit le droit à l’autonomie des nationalités et des régions qui la composent et la solidarité entre elles».

En revanche, le droit à l’indépendance est interdit par ce même article qui rapporte que : « La Constitution a pour fondement l’unité indissoluble de la nation espagnole, patrie commune et indivisible de tous les Espagnols ». L’organisation d’un référendum en faveur de l’indépendance a été fatale aux dirigeants catalans. L’autonomie a ses limites, celles qui sont définies par l’État central, seul fixateur des règles.

indexgal.jpgLe lien nécessaire entre la terre et la population

Enfin, l’essentiel réside dans le lien qui fonde le pacte entre le territoire et la population, c’est-à-dire ce qui les lie, au-delà des structures qui ne sont que les conséquences des éléments ou des valeurs communs. Entre des hommes et des femmes et une terre, il peut exister un certain nombre d’éléments qualitatifs :

• la langue, c’est un des éléments les plus répandus, l’unité linguistique est un des éléments les plus fondateurs. On parle de pan-ethnisme, doctrine qui vise à réunir sous un même drapeau tous les peuples locuteurs d’une même langue. Chaque ethnie, fondée sur la langue, permettrait d’apporter des solutions aux minorités nationales, notamment à l’Est mais il faut reconnaître qu’un État peut être multi-linguiste et, a contrario, une même langue peut être la langue officielle de plusieurs États, y compris sur des continents différents. Sur ce dernier point, on peut concevoir l’importance des langues européennes à travers le monde. On peut aussi évoquer l’origine indo-européenne des individus qui composent notre continent.

• l’ethnie, au sens racial, est un élément plus controversé, ne serait-ce qu’à cause des mouvements géographiques des peuples. Du moins peut-on considérer qu’à une époque, cette évolution était plus liée à des catastrophes naturelles ou à l’esprit de conquête qu’au rêve allocataire du Sud vers le Nord. On peut toutefois noter que, malgré l’image de lutte progressiste des Basques, l’identité de ce peuple fut d’abord strictement fondée sur le sang. Mais la théorie du sang a ses limites spatiales et temporelles et résiste guère à l’épreuve du temps.

• une conquête territoriale : une volonté d’un peuple de conquête peut représenter la naissance d’un territoire, d’une nation; la conquête pouvant être liée à une « terre promise », comme les États-Unis, nation fédérale composée, elle-aussi, de plusieurs États fédérés.

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Ces considérations, quelles qu’elles soient, demandent aussi un continuum, une espèce de référendum permanent de vie commune. C’est cette permanence, ce continuum qui peut poser question, voire problème dans certaines conceptions étatiques fondées sur des éléments ou des critères peu perceptibles ou peu valorisants. La question de l’identification d’un groupe d’individus à une terre doit se renouveler. Il est possible que le critère ethnique soit assez puissant pour maintenir un lien plurimillénaire, il se peut aussi que des difficultés, celles par exemple du « vivre ensemble », comme l’on dit aujourd’hui, se fasse ressentir, visant ici à contrarier une fragile unité.

Cette possibilité rejoint pour moi la nécessité de l’existence d’une Europe aux cent drapeaux, un France aux aspirations régionales… Car c’est précisément lorsqu’un État, parfois constitué de manière fragile et imparfaite à coup de traités internationaux, se remet en cause que renaît la pensée identitaire régionale, la fameuse question du localisme.

Le respect de la diversité national-étatique a un sens, il s’agit moins ici de séparatisme que de maintien d’une structure étatique (même si l’on peut lui reprocher de nombreuses choses) à travers sa richesse ethnique. L’acceptation de l’autonomisme est souvent le meilleur vaccin contre le séparatisme.

22f06908d9a7b0ed7015cd221436fb40.jpgEt cette diversité représente les cent drapeaux d’une Europe non pas éclatée, mais unie dans l’esprit de sa diversité. L’exemple corse montre aux peuples de France l’exemple au moins institutionnel à suivre. Savez-vous que Jean Mabire a été obligé d’arrêter de donner des libres propos dans National Hebdo, l’ancien journal du Front national (FN) parce qu’il y avait affirmé l’existence du peuple corse, en 1991 ? La difficile affirmation d’une identité française surannée laisse, de facto, liberté aux peuples de France à la libre expression. Les seules minorités ethniques reconnues constitutionnellement sont des communautés ultra-marine, or la terre d’Europe, dont la terre française fait partie, est fertile en peuples, en nations non-étatiques.

L’Île de Beauté a conquis, par les armes et par les urnes dans un esprit politico-militaire, un exécutif territorial; Wallis-et-Futuna a conservé ses trois rois traditionnels; la Polynésie est dirigée par un gouvernement disposant de larges pouvoirs autonomes; quant à la Nouvelle-Calédonie, les référendums vont se succéder pour que l’on tente, grâce ou à cause du gel de l’électorat, d’obtenir, par la voie pacifique dite des urnes, le « oui » à l’indépendance. Pourquoi ces règles admissibles ailleurs mais dans l’espace français, ne pourraient-elles pas être semblables au sein de ce que les médias appellent l’Hexagone ?

Et si l’on admettait la France et l’Europe dans leur ensemble comme des territoires féconds, multiples ?

Bien sûr, ce choix peut être lourd de conséquence.

L’affirmation continentale, vers quelle Europe ?

Le principal problème est celui de l’affirmation continentale face aux nations. On reproche trop souvent aux tenants du régionalisme de vouloir à la fois limiter l’expression nationale et promouvoir la machine européenne, c’est-à-dire l’Union européenne (UE). La notion d’empire peut alors être une alternative, il apparaît évident que trois structures verticales semblent difficiles en matière de coexistence : Europe, nation, région. L’échelon national est parfois contesté, l’exemple de l’Écosse est éclairant à ce sujet. De la même façon, certains élus régionaux préfèrent s’adresser aux institutions européennes qu’aux représentants de leur propre nation, au moins du point de vue de la reconnaissance. La Catalogne a fait appel à l’Union européenne, comme hier certains élus corses.

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L’Esprit européen, titre d’une revue qui hélas a cessé de paraître [NDLR Europe Maxima : revue semestrielle de treize numéros entre 2000 et 2005 animée sous pseudonymes par Jacques Marlaud et Georges Feltin-Tracol, à laquelle Franck Buleux était abonné et dont le site Europe Maxima en est l’héritier], nous appelle d’abord à une certaine transcendance, celle de faire fi des guerres civiles européennes menées sur notre sol et cause de la fin de notre leadership mondial. Le futur débat est politique mais aussi humain. Deux positions sont passionnantes à cet effet :

• L’assimilation de tout type d’immigration, ou plus clairement encore l’assimilation de l’immigration maghrébine ou noire à l’immigration italienne ou polonaise : longtemps et encore aujourd’hui, les tenants de la social-démocratie mondialisée ont tenu ce discours pour contenir l’électoral national-populiste. Cette barrière aurait pu être levée plus rapidement si l’esprit européen avait soufflé plus fortement !

• Autre débat, celui qui consiste à se sentir plus proche d’un Ivoirien que d’un Finlandais, c’est l’approche, par exemple, d’Asselineau et de l’UPR. Pourquoi pas ? Sans doute fonde-il cette appréciation sur l’histoire coloniale ou la langue française qui, de toute façon, est de moins en moins parlée ou comprise, ici comme là-bas.

Ces deux thématiques n’ont pour but que de nous éloigner les uns des autres, soit en tentant d’unir l’ensemble des Français de non-souche, soit en divisant les populations immigrées tout en choisissant la lointaine plutôt que celle avec laquelle nous avons des racines communes.

Hier, les Boches mangeaient les enfants, aujourd’hui les autres Européens ne sont que des immigrés de la génération précédente et annonciatrice du remplacement qui vient. Nos élites sont-elles aussi européennes que l’on veut bien l’entendre ?

Une Europe non-européenne

L’autre danger serait de constituer une Europe dont nous ne voulons pas, celle qui se fonderait selon un modèle purement économique, sans volonté d’empire. Cette Europe, nous l’avons, elle est prête à accueillir le Kosovo, État conçu par les États-Unis de Clinton pour servir de « pourboire » à des musulmans yougoslaves malmenés par leurs voisins, parfois cousins, Serbes ou Croates. L’Europe, gavée au plan Marshall ou l’Europe, adepte du Pacte de Varsovie, ne s’identifie pas à notre continent aux identités charnelles.

Face à ces entreprises de refus d’Europe ou d’Europe matérialiste, il doit exister une autre voie, celle d’une Europe où l’identité serait à la fois multiple et liée, celle où la fierté nationale pourrait se cumuler avec la fierté régionale et l’exigence continentale. Car cela nous est reproché parfois, à nous défenseur de l’idée régionale, d’être trop pro-européen. Le slogan « Small is beautiful » fut repris par les élites lors de la mise en place de l’État-croupion, le Kosovo. Mais les cent drapeaux qui flottent dans nos esprits et dans nos cœurs sont ceux des patries charnelles, celles qui ont créées le continent, terre qui a enchanté le monde.

Le danger mondialiste au cœur de l’identité régionale

Il est aussi de bon ton, lorsque l’on commet un texte, de définir une auto-critique. Le régionalisme peut être, dans certains cas si l’on n’y prend pas garde, un exécrable salmigondis mondialiste. L’exemple nous vient, par exemple mais cet exemple n’est hélas pas exhaustif, de la Catalogne où de nombreux militants et sympathisants s’estiment tellement catalans qu’ils rejettent de manière définitive tout ce qui provient de l’État madrilène. Cette position pousse les régionalistes, enfin certains, à défendre, y compris physiquement, les populations migrantes, de telle façon que l’on pourrait qualifier : non aux Espagnols, oui aux migrants. Cette situation condamnable me semble refléter une différenciation entre les modes de régionalisme, entre les fondements utilisés par les défenseurs des territoires, le nationalisme anti-colonial inspire encore, trop souvent, ces mouvements. Dans mon essai, j’essaie de réaliser une distinction entre l’origine des régionalismes, entre le régionalisme issu d’une envie d’identité et le régionalisme dont l’axe se limite à faire diminuer la fiscalité (Barcelone paie pour Madrid, par exemple). Cette distinction mériterait d’être affinée, mais prenons garde de cette vision identitaire forcément et fermement opposé aux valeurs qui forgent souvent notre communauté de destin. Opposer l’identité nationale, elle-même composée d’identités régionales ou locales, à ces dernières n’est pas la solution idoine.

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Yann Fouéré.

De l’Europe à l’Europe, retour vers Yann Fouéré

C’est en puisant au plus profond de nos racines communes, celles évoquées notamment par Georges Dumézil, que notre continent reprendra sa force et sa vigueur.

Terminons donc ce désir d’Europe par cette phrase du Breton Yann Fouéré, puisque nous avons commencé avec lui :

« L’Europe ne doit pas être stérilisée dans une société purement matérialiste où les chiffres de production seraient le seul critère de progrès. Derrière l’extérieur froid des figures et le monde des économistes, il y a des êtres humains et des citoyens, avec les communautés naturelles auxquelles ils appartiennent. Il y a l’infinie richesse culturelle de l’Europe qui naît de sa diversité. »

Ainsi, ce plaidoyer pour une Europe à la fois diverse et une, où le tout côtoie l’infime, où les peuples se jouent des structures institutionnelles, se termine.

Un clin d’œil en hommage à Guillaume Faye

Il y a trente ans s’effondrait le Mur de Berlin, donnant ainsi un signe d’unité. Il est temps qu’aujourd’hui s’effondre le Mur de l’incompréhension entre Européens, ce mur qui a marqué nos peuples à travers les guerres et les haines. Bien plus solide que le communisme, le mondialisme, véritable système à tuer les peuples est toujours debout.

Franck Buleux.

• Ce texte fut l’objet d’une conférence donnée par l’auteur le 30 novembre 2019.

• D’abord mis en ligne sur Meta Infos, le 24 février 2021.

Démocratie et coups d'Etat

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http://www.ieri.be/fr/publications/wp/2021/mars/d-mocrati...

Démocratie et coups d'Etat

Dominus Wernerius von Lothringen

Magister in artibus

Rester dans la légalité?

La conquête de la majorité au Parlement est le but stratégique du Coup d’État légal en Occident. En effet le pouvoir législatif, où se forme la volonté populaire est le seul lieu où s'incarne la liberté d'une nation et prend forme un débat constitutionnel. C'est la seule institution où la liberté est en jeu et peut être mise en péril.

C'est pourquoi la conquête du Parlement accorde la sanction de la légalité au pouvoir, majoritaire ou séditieux, qui n'avait été jusqu'ici qu'exclusivement légitime. Or la légalité de cette majorité est instrumentale, car la vulnérabilité des Parlements repose sur l'illusion de défendre l’État par la seule liberté, vue cependant avec les yeux des partis. Erreur très grave, puisque le Parlement a besoin de la complicité du détenteur de la Souveraineté, le Chef de l’État, pour décider, gouverner et régner. Le Chef de l’État italien, Sergio Mattarella, Imperator et Deus ex Machina de la structure constitutionnelle a montré d'être l'ultime recours de la légitimité des partis, divisés et querelleurs et, au lieu de dissoudre le Parlement, obsolète, et de faire appel au suffrage, repoussé plus loin, a ouvert la voie à un garant du salut public, Mario Draghi, Prince inattendu et nouveau premier Consul de la république romaine. L'investiture d'en haut, légale, a remplacé celle d'en bas, légitime. Du point de vue comparatif, ce même Coup d’État a comporté en Amérique le blocage de l'appareil fédéral, la violence d'une intervention séditieuse et la mise au ban du Chef catilinaire suprême, le Président Trump lui même. A l'extérieur du pouvoir impérial, par une offensive simultanée et prolongée les médias et la presse, ont montré d'être farouchement anti-catilinaires. Cette offensive a frappé les esprits, les attentes et la morale publique et a dressé, par réaction, la violence et la révolte, contre le pouvoir élu, car cela fait partie du jeu et du pari de la conquête du pouvoir d’État, qui ne connaissent qu'une loi : la réussite. La légitimité, contestée, a désarçonné la légalité, résiliente, massive et populaire.

Machiavel, Cromwell, Napoléon ou Trotski, grands catilinaires d'antan auraient ajouté à la dynamique des Coups d"État, l'inconnue de l'incertitude, de l'accident et de la Fortune. Or, tous les éléments d'un coup monté étaient réunis aux États-Unis et en Italie pour descendre Trump et pour installer Draghi. Cependant la dialectique permanente de la légalité et de la légitimité, liée à la vie historique rend aléatoire toute prévision sur la durée de l'expérience et sur les modèles politiques proposés. Il est clair que la transition entre les trois formes de régime classiques, selon Aristote, la monarchie, l'aristocratie et la démocratie, autrement dit, le gouvernement de un, de peu et de tous, en leurs deux formes, pures et corrompues, ont conduit, au tout début du XXème siècle à la découverte de la "loi de fer" de toute organisation, celle de la classe politique et de l'oligarchie (Pareto, Mosca et Michels), qui jouent un rôle important dans la conservation du pouvoir. Changer de régime a toujours exigé la recherche d'un "sens" et une vocation militante pour la passation du pouvoir et le changement n'a jamais été purement technique ou rationnel, mais toujours complexe, partisan et personnel. Il a toujours été associé à un débat sur la meilleure forme du gouvernement, destiné à témoigner, chez les grands historiens du passé (Tacite, Plutarque, Suétone ou Tite-Live) et dans leurs Annales, sur les vices de l'homme, les maux de la société et les opportunités de la conjoncture. Assumant la thèse que nous sommes dans une situation, commune à tout l'Occident, de mutation d'époque, de nouveaux équilibres internationaux et d'autoritarismes montants, la démocratie est, en sa forme pure, derrière nous et une forme inédite de celle-ci, méconnaissable, opaque et inversée, émerge, au sein de la logique des contre-pouvoirs entre conservation et innovation. Dans ce cadre, la grande malade de notre temps apparaît ainsi la société, incapable de se renouveler dans la stabilité. Cette société, nationale-globaliste, post-moderne et post-démocratique exige un autre modèle de gouvernance, aujourd'hui peu clair. La crise est-elle si grave qu'un coup d’État peut s'organiser dans la légalité et transformer l'ordre social dans son ensemble ? Dans la société européenne et mondiale, la divinisation des pouvoirs concerne les autocraties montantes et leurs Césars. Cependant ce qui rend actuelle la pratique des Coups d’État, c'est la volonté de résoudre par la légalité et dans le respect formel de la légalité des problèmes qui concernent le dépassement de ses limites et qui étaient autrefois résolus par les armes. Le concept de démocratie en est terni et son modèle de gouvernance déconsidéré. Parmi les dangers n'y a-t-il pas l'ordre constitutionnel, les prérogatives du Parlement et la défense de l’État ? Bref, l'idée de Liberté ?

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L'instabilité permanente et le doute. Une "Glasnost" à la Richelieu et à la Deng Tsiao Ping mais pas à la Gorbatchev

L'éternisation parlementaire dans la recherche d'une coalition que supporte une majorité de gouvernement et les disputes et querelles entre les hommes et les partis a généré auprès du Président de la République un doute grandissant sur la possibilité de trouver une solution par une "décision" parlementaire et par un emploi normal de la représentation politique. Rompant avec la tactique ordinaire du choix entre les politiques et les grands commis de l’État, Mattarella a fait appel à un sursaut national et unitaire, qui éloigne les partis de la voie conflictuelle, pour prendre de l'ascendant sur une situation dégénérative et risquée. L'option du salut public et le doute grandissant sur les capacités d'auto- correction de la Chambre, ont fait choisir au Président l'option de la "légalité d'exception" et d'un armistice provisoire dans une dispute où l'ennemi principal était la réforme de l’État, la victoire contre la pandémie et la relance de l'économie. Combattre pour la survie voulait dire opérer une distinction entre la difficile guerre totale au système bureaucratique, inefficace, et une guerre limitée au parlementarisme, incapable d'avancer dans la division. Le premier but de guerre fut donc de réduire l'implication des passions et de fixer des objectifs praticables. La grande conséquence de la "Glasnost" politique à l'italienne, qui venait d'être lancée, incluant la toute jeune "Perestroïka économique" de l'Union Européenne, a été la recomposition du système politique. Une recomposition qui vise le renouvellement des partis et, globalement, de l'échiquier parlementaire, autrement dit, l'instauration d'une nouvelle oligarchie et une libéralisation de la structure administrative, sans la " terreur révolutionnaire du mérite", comme critère de réforme et de modernisation. Cela a voulu dire, pour Draghi, d'être avec Richelieu et Louis XIV et de rassembler davantage à Deng Tsiao Ping plutôt qu'au réformiste-visionnaire Gorbatchev. Libéraliser et moderniser certes, sous le contrôle du système politique, version ENA et Macron, mais expurger tout souverainisme à la de Gaulle. La recomposition du système politique, qui est en cours parallèlement en Espagne et en France, investit avant tout la gauche, dispersée et sans idées, sclérosée et dépourvue du vaccin contre le virus des divisions et des luttes intestines. Le Partito Democratico (PD), pour continuer à exister au delà des seules apparences discursives, devrait fusionner avec le M5S, autour du triumvirat Conti, Grillo et di Maio, la Greta Thunberg de l'économie verte. Cependant nous sommes loin du "Pacte de pacification" de 1921 entre Ivanohe Bonomi e Benito Mussolini. Il n'existe pas aujourd'hui de danger de révolte extrémiste comparable à celle du "parti armé" de l'époque, menaçant de brutaliser la politique. Il existe par contre l'idée de Grillo que "les fraises sont mûres", pour faire adopter l'option d'une légitimité du transformisme parlementaire. Le danger de la violence n'existe pas et le contrôle des masses devenues apathique et anti-politiques, renforce les partis de droite et, en particulier Fratelli d'Italia de Giorgia Meloni, très combative.

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Pas d'ennemi, pas de violence !

Pas d'ennemi, pas de violence! Pas de réarmement militant et d'affrontement physique et donc pas de défense armée de l’État ! L'État peut être défendu par le droit et par le respect de la légalité parlementaire. Le Coup d’État pour changer la République pourra se faire sans la violence et dans un cadre légal. En France et dans la clandestinité il n'y a que l’État islamique et, parmi les "hors la loi", il n'y a que les Djihadistes et le "Mouvement identitaire", mis au ban par Darmanin ! Pour éliminer les Fillon, les Sarkozy, les Berlusconi, les Orban il a suffi d'une magistrature d'obédience politique. Il n'y a plus de révolution en vue, il n'y a plus de négation du droit des peuples, ni d'injure permanente des vainqueurs sur les vaincus, hormis la période coloniale, ressassée à la sauce islamo-gauchiste. La colonne Vendôme n'a pas été abattue et la Commune de Paris n'a pas arrêté les communards devant la Banque de France par respect envers la Patrie. En Italie c'est le représentant de la Banque Centrale Européenne qui va vers le peuple, vers les classes moyennes et les entrepreneurs ! C'est comme si Versailles, compassionnelle, allait vers les prolétaires de la Commune de Paris ! Il n'est plus de militaires impitoyables et donc plus de gestes glorieux face aux pelotons d'exécution de Thiers, ni de chansons ardentes, semblables à l'Internationale de Pottier ! Il n'y a pas une grande défaite à venger mais un Parlement, une Assemblée ou des Cortés déjà épuisés, à asservir et déjà pliées, prêtes à se mettre en marche sous la discipline des règlements et des groupes parlementaires! Pour ces radicaux de polichinelle, amadoués par les strapontins parlementaires, le droit constitutionnel suffit et la légalité est respectée sans effusions de sang. L'Italie apparaît ainsi le laboratoire de l'Occident et un exemple indéniable pour la France ou l'Espagne, mais elle constitue néanmoins l'anti-modèle des États-Unis.

Brennus à Rome et QAnon et KU KLUX KLAN à Washington

Lors du sac de Rome au IV siècle avant Jésus-Christ, Brennus, Chef des Gaulois, négociant la rançon en or pour la libération de la ville avait jeté là avec mépris la fameuse phrase : "Vae Victis!" (Malheur aux vaincus!) La valeur de cette maxime persiste. Elle prouve la signification persistante de la force et des rapports de force et justifie, aux États-Unis l'importance de la conspiration et du complot pour conquérir et pour conserver le pouvoir. Dans le cadre des élections perdues, Trump aurait essayé de prévenir un coup d’État, monté par Barack Obama, Hillary Clinton et George Soros.

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Après sa défaite électorale en 2020, de nombreux partisans de la mouvance QAnon auraient recommandé au président de "franchir le Rubicon" et de conserver le pouvoir, en invoquant la loi martiale. Les croyances QAnon deviennent un partie intégrante des tentatives de renverser des élections présidentielles américaines de 2020, et cela sur la base de l'incapacité de la mouvance démocrate de respecter la légitimité du pacte constitutionnel et donc de la voie des urnes, sans tricher. En particulier, sur la base du préjudice qui découle, pour les minorités religieuses, sexuelles et raciales, de vivre à égalité avec l'actuelle majorité blanche. L'égalité serait un faux concept et une fiction juridique trompeuse, bref une utopie, marquée par l'idée d'affranchissement et de rattrapage d'une arriération, vis à vis de la supériorité raciale blanche. Les démocrates seraient prêts à tout pour faire franchir aux minorités cette frontière invisible, qui amènerait à une prépondérance de couleur. Or, puisque cette égalité est fictive et qu'elle masque une inégalité naturelle et réelle, toutes les pratiques de subversion deviendraient légitimes, la tricherie ou le Coup d’État. En effet là où est remis en cause un rapport de force originel et essentiel entre groupes sociaux, il ne peut y avoir que violence, puisque serait ainsi renversé le pacte constitutionnel du "vivre ensemble".

Nature et société

L'idée constitutive d'identité et de société en aurait à pâtir selon l'image de l'Amérique des confédérés de QAnon, du Ku Klux Klan, de Griffith et de son chef d’œuvre "La naissance d'une Nation". C'est le dilemme historique des fondements premiers et originels de la Cité sur la colline et du fait associatif américain, l'homogénéité ou l'hétérogénéité ethnique et tribale, qui précède toute autre distinction de droit et montre un aperçu de la société américaine et sa vulnérabilité.

La remise en cause de cette identité originelle ne peut être que violente et sanglante, car elle a son origine dans le sang et point dans la loi. Dès lors, renverser les rapports de force, en invoquant la loi martiale (QAnon..), le Coup d’État (Obama, Clinton, Soros), ou le prix de la soumission (Brennus), c'est se heurter au "fundamenta inconcussa", le vieux rapport de l'homme à la nature humaine, à la société constituée et à l'Histoire.

A partir de là, tricher au jeu électoral devient un enjeu de confrontation constitutionnelle et post-démocratique dans la maison de cyborg, le mode d'une impossible contestation politique, de la même façon que le couteau ou le coup de canif, décrivent les premiers pas de l'assimilation par les adolescents des migrations et leur plume à écrire pour l'initiation scolaire dans la maison de Descartes.

Si le modèle du Coup d’État légal et non violent des temps actuels, est désormais, pour l'Europe, le laboratoire politique de l'Italie, la contestation ethnique, sexuelle et raciale des États-Unis, deviendra peut-être le modèle violent et tribal de la condition humaine pour l'Europe et le monde ?

Dans une attente toujours fatale, la pétition dramatique de Tite Live retentira dans les consciences des décideurs d'Occident "Dum Romae Consulitur, Saguntum expugnatur !" (Alors qu'à Rome on débattait, Sagonte était prise!) (Tite-Live, Ab Urbe Condita).

Bruxelles le 15 mars 2021

Les Etats et le «Big Tech»: qui est aux commandes et quelles alternatives à la situation présente?

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Les Etats et le «Big Tech»: qui est aux commandes et quelles alternatives à la situation présente?

Si l'Europe veut freiner le pouvoir écrasant de Big Tech, elle ne peut pas se contenter d'augmenter les taxes ou d'imposer des amendes, mais elle doit construire des alternatives valables. Sinon, nous pourrons nous contenter des miettes d'un banquet auquel nous ne serons jamais invités.

par Salvatore Recupero

https://www.centrostudipolaris.eu/

L'une des questions les plus débattues ces dernières années est la relation entre les États-nations et les géants de la Silicon Valley. Désormais, la communication politique passe par le réseau et, par conséquent, le pouvoir des réseaux sociaux s'est accru de manière disproportionnée (1). La question est très complexe, mais quelques exemples nous aideront à mieux comprendre ce qui se passe.

Le conflit entre le gouvernement australien et Facebook

Commençons immédiatement par l'actualité de ces jours-ci, de février-mars 2021 (2). Le gouvernement australien a approuvé le code de négociation obligatoire pour les médias d'information et les plateformes numériques. Ce règlement oblige les plateformes numériques à payer les éditeurs (via un accord privé forfaitaire) pour le contenu qui circule sur leurs sites. C'est un moyen de protéger les droits d'auteur. La loi peut être discutable, mais ce qui a surpris tout le monde, c'est le comportement de Facebook. La veille de l'entrée en vigueur de la mesure, les citoyens australiens ont remarqué que les pages Facebook de tous les sites d'information locaux et internationaux n'étaient plus accessibles. Malheureusement, ce n'est pas un "bug" mais un choix de Zuckerberg. La seule erreur, selon le géant américain, est d'avoir également bloqué temporairement plusieurs pages de santé publique et d'urgence. Globalement, en tant que démonstration de force, ce n'est pas mal.

indexaustrfb.jpgLa réponse du gouvernement australien ne s'est pas fait attendre. Le Premier ministre australien Scott Morrison s'en est pris au célèbre réseau social: "Les actions de Facebook, qui a retiré l'Australie de sa liste d'amis aujourd'hui, perturbant ainsi des services d'information essentiels sur la santé et les services d'urgence, étaient aussi arrogantes que décevantes". De plus, M. Morrison poursuit: "Ces actions ne feront que confirmer les inquiétudes qu'un nombre croissant de pays expriment quant au comportement des grandes entreprises technologiques qui pensent être plus importantes que les gouvernements et que les règles ne devraient pas s'appliquer à elles. Ils peuvent changer le monde, mais ça ne veut pas dire qu'ils le dirigent".

Cependant, le gouvernement de Canberra a fait un pas en arrière hier. Le ministre australien des Finances, Josh Frydenberg, et le PDG de Facebook Australie, Will Easton, ont déclaré avoir trouvé un compromis sur l'un des points clés de ce texte auquel les géants industriels américains sont farouchement opposés. À la lumière de cet accord, le géant américain a annoncé la levée "dans les prochains jours" du blocage des contenus d'information au pays des kangourous. Morale de l'histoire: malgré les paroles de Morrison, Zuckerberg a fini par gagner.

Pour mémoire, il est juste de dire que Google a préféré la ligne douce, signant ces derniers jours des accords de paiement avec les principaux médias australiens, acceptant de payer la News Corp de Rupert Murdoch (3).

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L'Union européenne et les Big Tech

En Europe, les choses ne sont pas meilleures. Malheureusement, l'UE (ainsi que les autres États qui agissent dans un ordre aléatoire) se limite à invoquer la transparence dans la gestion des données et le respect des règles européennes en matière d'antitrust. La dernière confirmation de cette position est arrivée en décembre dernier avec la présentation par la Commission européenne de la loi sur les marchés numériques (4). Elle est l'un des piliers de la stratégie numérique européenne. Avec cette mesure, les "interdictions de pratiques déloyales" seront clairement énumérées. En outre, les consommateurs pourront changer de plateforme numérique plus facilement. Enfin, tout cela vise à garantir de meilleurs services et des prix plus bas pour les utilisateurs. Les grandes entreprises technologiques auront donc "l'obligation d'offrir des conditions équitables aux utilisateurs professionnels qui utilisent leurs plateformes en veillant à ce que les fournisseurs externes aient accès au matériel et aux logiciels utilisés par les entreprises technologiques et à ce qu'ils soient interopérables".

Le texte de cette proposition est inattaquable. Même si on dirait qu'il a été écrit par l'association des consommateurs. Il parle de marketing, mais pas de politique. La Commission prétend ne pas savoir (mais ne pouvait peut-être pas faire autrement) que les géants de la Silicon Valley sont étroitement liés à l'État profond américain. Leur force n'est pas seulement dictée par l'abus de position dominante mais par le fait qu'il existe une relation étroite avec le Pentagone. 

Les grandes entreprises technologiques et l'administration américaine

Ce qui vient d'être dit est confirmé par une vidéo intéressante sur la chaîne Youtube officielle de Limes (la plus importante revue italienne de géopolitique), vidéo réalisée par l'analyste Dario Fabbri (5). Ce dernier (qui est également conseiller scientifique de cette revue Limes) explique bien les relations de pouvoir qui existent entre les Big tech et les États-Unis. Pour présenter cette analyse, procédons avec ordre et méthode.

D’abord, Fabbri révèle que les géants de la Silicon Valley "n'ont rien inventé". Nous, Européens, sommes convaincus que les jeunes Californiens, grâce à leur inventivité, peuvent créer des multinationales sans recevoir un dollar du gouvernement. Cependant, les choses ne sont pas déroulées comme ça. Fabbri se souvient que l'invention de l'Internet en 1969 (appelé à l'époque Arpanet) n'est pas due à une entreprise privée mais aux recherches du Pentagone, qui avait besoin d'un réseau interne pour envoyer des communications sensibles. Ce sujet a également été traité de manière approfondie par Gian Piero Joime (6) dans le numéro 20 de Polaris (printemps 2018).

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Joime s'en souvient: "Dans les années 1970, avec la croissance d'Arpanet, des dizaines de sous-réseaux apparaissent, de même que l'interconnexion entre les réseaux et un nouvel ensemble de protocoles, destinés à accroître la fiabilité ainsi que l'adressage direct des ressources du réseau. Arpanet s'est ensuite transformé en Internet et, dans les années 80, il est devenu encore plus accessible aux agences gouvernementales, aux milieux de la recherche et aux universités pour permettre le transfert de fichiers et de courrier électronique". Cela vaut aussi bien pour les microprocesseurs (l'unité de base de tout ordinateur ou smartphone) que pour les logiciels qui interprètent le langage naturel, comme Siri.

Et nous en arrivons à aujourd'hui. Pour revenir à l’analyse de Fabbri : "Le pouvoir des big tech apparaît donc immédiatement diminué si l'on pense que la technologie dont ils disposent n'est pas de leur propre production (et donc propriété) mais provient de la recherche militaire de l'Etat fédéral".

Washington, donc, intervient de manière invasive dans le développement et le fonctionnement de ces entreprises. Si Big Tech devait agir contre l'intérêt national, quelqu'un au Capitole pourrait demander l'application de la loi contre les monopoles (le Sherman Act). Les dégâts seraient alors incalculables pour les géants de la Silicon Valley. De plus, n'oublions pas que ces entreprises gèrent une quantité impressionnante de données et cela arrange la Maison Blanche car les serveurs qui gèrent le big data restent sur le sol américain.

À ce stade, quelqu'un dira sûrement : et Trump alors ? Sur ce point aussi, il est bon de ne pas se laisser tromper par les apparences (7). Voyons pourquoi.

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La "censure" contre Trump

Tout le monde sait que l'ancien président Donald Trump a été banni (ou interdit si l'on veut rester dans l'air du temps) des médias sociaux. Si l'on fait une lecture superficielle, il semblerait que l'ancien locataire de la Maison Blanche ait perdu sa bataille contre Twitter et Facebook. Cependant, les choses sont différentes. La censure contre le magnat new-yorkais a coûté cher à Jack Dorsey (PDG de Twitter). Éliminer Trump, un homme qui provoque un grand trafic sur les réseaux sociaux, ne peut pas être un choix heureux d'un point de vue financier. N'oublions pas que Trump a gagné les primaires et a ensuite été élu président grâce à ses tweets. Quelle entreprise serait prête à refuser des millions de clients simplement parce qu'ils ont des idées avec lesquelles elle n'est pas d'accord ? Et si oui, pourquoi cela n'a pas été fait en 2016 ? La réponse à ces questions est donnée par l'analyste de Limes: "La censure contre Trump répondrait à une demande de l'appareil fédéral américain". Ces derniers - ajoutons-le - ont décidé de miser sur un autre cheval en mettant à la porte l'ancien locataire de la Maison Blanche d’une manière inhabituelle et cavalière. Nous ne devons pas basculer dans le complotisme mais nous ne devons pas non plus être naïfs.

Les réseaux sociaux influencent la politique (8) dans toutes les parties du monde, mais, dans l'enceinte du pays, ils gardent la tête baissée. Les USA se considèrent comme un empire (ils le sont) et il est normal que leurs multinationales (les Big Tech notamment) deviennent leur bras armé. Si l'Europe veut freiner le pouvoir écrasant des grandes entreprises technologiques, elle ne peut pas se contenter d'augmenter les taxes ou d'imposer des amendes, mais elle doit construire des alternatives valables. Sinon, nous pouvons nous contenter des miettes d'un banquet auquel nous ne serons jamais invités.

Notes :

  1. (1) (A)Social Network - Le réseau entre les intérêts économiques et politiques par Paolo Caioli Magazine Polaris Automne 2011
  2. (2) Facebook bloque les utilisateurs australiens pour les empêcher de consulter ou de partager des informations Bbc News 15 février 2021
  3. (3) Google va payer News Corporation de Murdoch pour des articles, Bbc News 15 février 2021
  4. (4) La loi sur les services numériques source : https://ec.europa.eu/digital-single-market/en/digital-ser...
  5. (5) Quel est le pouvoir des Big Tech ? Par Dario Fabbri Limes Rivista Italiana di Geopolitica 22, janvier 2021 https://www.youtube.com/watch?v=wp4ltijUrZc
  6. (6) 1968 : une odyssée dans l'infosphère Par Gian Piero Joime Polaris Magazine Printemps 2018
  7. (7) EUROPA ACADEMY Webinar - SOVEREIGN IS CENSURE- Comment communiquer en hommes libres dans un champ de mines. https://www.centrostudipolaris.eu/2020/12/01/accademia-eu...
  8. (8) Labirinti Comunicativi – Internet, social networks e partecipazione di Carlo Bonney Polaris Rivista Autunno 2011 https://www.centrostudipolaris.eu/2011/10/01/labirinti-co...

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Les trois erreurs de Charles Maurras

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Les trois erreurs de Charles Maurras

par Georges FELTIN-TRACOL

Pour ce Titanic qu’est l’Université française, Charles Maurras ne peut être qu’un sinistre personnage aux idées nauséabondes qui se délecta des « Années-les-plus-sombres-de-notre-histoire » (comprendre l’Occupation allemande entre 1940 et 1944). Cette interprétation fallacieuse témoigne de l’immense sottise de ses auteurs.

Pendant plus de cinquante ans, Charles Maurras exerça une réelle emprise sur la République des Lettres. Ce poète – romancier – journaliste - doctrinaire et pamphlétaire œuvra toute sa vie pour le triomphe de ses idées. Or trois erreurs magistrales empêchèrent leur réalisation.

N’évoquons pas son royalisme orléaniste, une banalité à la fin d’un XIXe siècle dominé par le fait national et la rationalité. Depuis la révolution parisienne des                     « Trois Glorieuses » (27, 28 et 29 juillet 1830) qui chassa le roi de France Charles X au profit de son cousin, le duc Louis-Philippe d’Orléans, devenu entre 1830 et 1848 le roi des Français Louis-Philippe, le mouvement royaliste se divise entre les légitimistes (les partisans de la branche aînée des Bourbons, en particulier  Charles X et son petit-fils, le comte de Chambord ou Henri V, favorables à une monarchie traditionnelle et corporative de droit divin) et les orléanistes (les partisans de la Maison d’Orléans, favorables à une monarchie constitutionnelle plus ou moins parlementaire). Quand décède en 1883 le comte de Chambord qui n’a aucun enfant, la réconciliation entre les royalistes français s’opère globalement. Hormis une faction de légitimistes qui se tourne vers les Bourbons d’Espagne, à savoir les prétendants carlistes, au nom des lois fondamentales du royaume de France et de l’indisposition juridique du traité d’Utrecht de 1713 envers la Couronne des Lys, les anciens légitimistes se rallient au prétendant orléaniste, le propre petit-fils de Louis-Philippe, Philippe (1838 - 1894) comte de Paris. Dans son ouvrage fondateur, Aux origines de l'Action française. Intelligence et politique à l'aube du XXe siècle (1991), Victor Nguyen rappelle que le jeune Maurras écrivait dans ses cahiers de vibrants « Vive Henri V ! ». Le jeune Provençal avait-il été marqué par les histoires autour de la « Montagne blanche » en Bas-Languedoc ? Hostile à l’orléanisme et à la bourgeoisie républicaine, des légitimistes radicaux n’hésitèrent pas à s’allier avec les républicains socialistes sous la Monarchie de Juillet (1830 – 1848) afin de battre aux élections les candidats du Régime. Favorable au suffrage universel, voire au vote des femmes mariées ou veuves, la « Montagne Blanche » constituait un incroyable mouvement populaire de petits agriculteurs, d’artisans et de petits commerçants du Midi de la France.

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Ne reprochons pas qu’au soir de sa vie, Charles Maurras préfère soutenir l’État français du Maréchal Philippe Pétain plutôt que de suivre à Londres un fringant général de brigade à titre temporaire appelé Charles De Gaulle, même si L’Action française avait naguère défendu les thèses militaires avancées dans ses premiers écrits comme le très nietzschéen Le Fil de l’épée (1932) ou Vers l’armée de métier (1934).De Gaulle fréquentait alors un stratège non-conformiste, le colonel Émile Mayer (1851 – 1938), dont les analyses étaient souvent reprises par la « Jeune Droite » de Jean de Fabrègues et de Thierry Maulnier.

En 1945, après un verdict sévère et partial qui le condamne lourdement, Charles Maurras s’exclame : « C’est la revanche de Dreyfus ! ». Il n’hésite pas à défendre l’honneur de l’armée française parce que l’époque croyait dans la fable du « complot judéo-boche ». Officier juive d’origine alsacienne, Dreyfus ne pouvait espionner que pour l’Allemagne... Anti-dreyfusard véhément, Maurras ne voit pas l’immense manipulation encouragée par les milieux dirigeants francs-maçonniques de la IIIe République.

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Les malheurs du capitaine Dreyfus permettent en effet au camp laïcard, républicain et conservateur (les futurs radicaux et radicaux-socialistes, vrais « chancres mous de la République ») d’éloigner les masses ouvrières de leurs justes revendications sociales au profit d’une République égoïste soi-disant menacée par la « droite », les catholiques, l’Église… Les ouvriers ne comprennent pas tout de suite que l’idéal laïque et les incantations contre un « péril réac » imminent empêcheront la moindre avancée sociale. Dans les années 1880, le chancelier Otto von Bismarck institue dans l’Empire allemand des lois sociales favorables aux salariés afin de contrer la poussée de la sociale-démocratie. Il désire « forger une mentalité conservatrice dans la masse des plus démunis, laquelle légitimera les retraites ». Les républicains français n’imiteront l’Allemagne bismarckienne qu’au début des années 1930 ! Avec une fibre plus populaire, Maurras aurait pu prévenir le monde du travail de ce funeste détournement au profit de l’oligarchie en place. Dreyfusard acharné, Charles Péguy comprit, lui, la manœuvre, mais bien trop tard…

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Le manque d’intérêt pour la question sociale, des fréquentations surtout conservatrices et guindées et une méfiance instinctive envers les « classes laborieuses » urbaines expliquent la défiance de Maurras à l’égard des tentatives de Georges Valois pour concilier l’activisme des Camelots du Roi (le mouvement de jeunesse de l’Action Française) et l’agitation syndicaliste en 1908. Les grévistes pendent au balcon d’une bourse du travail le buste de Marianne ! Le Cercle Proudhon qui rassembla de 1911 à 1914 des royalistes, des corporatistes, des socialistes et des anarcho-syndicalistes, fut une belle occasion manquée de convergence des questions sociale et nationale. L’historien Zeev Sternhell vit dans cet intense bouillonnement de culture politique et sociale la genèse d’une « Droite révolutionnaire », préfiguration matricielle du fascisme compris comme phénomène européen de la première moitié du XXe siècle.

Maurras aurait pu franchement encourager l’initiative révolutionnaire-conservatrice de Georges Valois (1878 - 1945) et concevoir, sur le précédent royal de la victoire de Bouvines, le 27 juillet 1214 une entente entre les couches populaires et l’aristocratie contre la bourgeoisie républicaine. Ce jour-là, un dimanche, l’armée du roi de France Philippe II Auguste, allié du prince des Romains et futur empereur romain germanique Frédéric II de Hohenstaufen et du pape Innocent III,  bénéficie de l’aide des milices communales. Les Français remportent une éclatante victoire sur la coalition du roi d’Angleterre Jean sans Terre, de l’usurpateur impérial Otton IV et du comte Ferrand de Flandre. Bouvines scella la nature profonde de la royauté capétienne : une monarchie guerrière, aristocratique et populaire. Ne comprenant pas que le XXe siècle serait le siècle des masses en action et craignant au contraire que ce « populisme » irrite ses soutiens financiers rétrogrades, le natif de Martigues rata une magnifique occasion de cristalliser sous sa direction intellectuelle un faisceau d’oppositions radicales au régime. Ce désintérêt pour la question sociale reste vive chez les héritiers des révolutionnaires de droite, si l’on excepte quelques formations « royalistes de gauche » tels en 1944 - 1945 le Mouvement socialiste monarchiste ou la Nouvelle Action royaliste (NAR) dont les militants furent un temps surnommés les « maorrassiens »…

Charles Maurras se trompe gravement en août 1914 quand, lui, l’anti-républicain, rejoint l’Union sacrée. Cette adhésion patriotique et germanophobe témoigne d’un manque évident de détermination machiavélique de la part du rédacteur de L’Avenir de l’Intelligence (1905). Au nom du nationalisme intégral, il délaisse provisoirement son hostilité foncière à la République pour la soutenir. Le résultat en est en 1919 une Europe totalement éclatée, affaiblie, déséquilibrée avec une Allemagne meurtrie, humiliée et néanmoins encore puissante. L’économiste libéral et chroniqueur diplomatique de L’Action Française, Jacques Bainville (1879 - 1936), tirera des calamiteux traités de paix de 1919 – 1920 le prophétique réquisitoire sur Les conséquences politiques de la paix (1920).

imachm.jpgMaurras n’est pas un factieux ! Sincère et dénué d’arrières-pensées, c’est avant tout un littéraire en politique, pas un disciple de Lénine ! Doté d’un autre tempérament, peut-être eût-il agi comme les républicains au 4 septembre 1870 ? Ce jour-là, à l’annonce de la prise de Sedan par les Prussiens qui font prisonnier l’empereur des Français Napoléon III, les républicains n’hésitent pas à renverser le Second Empire qui, quatre mois plus tôt, obtenait 70 % des suffrages lors d’un plébiscite. Une fois la République installée, les nouveaux maîtres du pays peuvent enfin proclamer que « la patrie en danger ». L’essentiel est posé ! Jamais ensuite, les gouvernements d’Ordre moral du président monarchiste de la République, le Maréchal de Mac-Mahon, n’envisageront d’abolir le nouveau régime…

Si l’Empire allemand l’avait emporté sur le front de l’Ouest à l’automne 1914, il est probable que la IIIe République se fût effondrée comme elle s’effondra en juin - juillet 1940. Y aurait-il eu une restauration monarchique ? Non, les Allemands n’auraient pas favorisé des institutions fortes à Paris. Certes, la France aurait cédé Belfort, le Maroc et d’autres colonies, et alors ? En 1713 et en 1763, Paris abandonna bien aux Anglais l’Acadie et le Québec sans que la postérité ne s’en offusque. Une Europe sous la férule du Kaiser aurait peut-être permis la conciliation des principes traditionnels avec la modernité technique du temps. Qui sait ? Dans cette Europe-là, la France de 1915 aurait pu sécréter un fascisme à partir des idées maurrassiennes, puis se répandre par l’entremise d’un jeune capitaine natif de Lille, longtemps prisonnier à Ingolstadt… Ces considérations particulières font d’ailleurs l’objet de fortes spéculations uchroniques dans l’ouvrage coordonné par Niall Ferguson en 1999, Virtual History. Alternatives and Counterfactuals, ainsi que dans un ouvrage collectif d’historiens français sous la direction de Xavier Delacroix, L’autre siècle. Et si les Allemands avaient gagné la bataille de la Marne ? (2018).

51TDgRLL-+L._SX331_BO1,204,203,200_.jpgLe manque de discernement tactique à propos de l’« Union sacrée » a coûté très cher à Maurras. Dès 1926, sa condamnation par l’Église catholique brise une vitalité déjà bien freinée par l’assassinat de Marius Plateau (1886 - 1923) et une absence d’approches sociales réalistes que défendait pour sa part l’activiste Henri Lagrange (1893 – 1915).

À son corps défendant, Charles Maurras a finalement travaillé pour les valeurs modernes démocratiques, nationales et libérales. Son nationalisme intégral n’est qu’un aménagement conservateur des Lumières. Vers 1915, clairvoyant sur le destin de la civilisation européenne à cet instant décisif, l’auteur des Réflexions sur la violence (1908), Georges Sorel (1847 - 1922) penchait vers les Empires centraux. Voilà pourquoi il garde une fraîcheur que n’a plus Charles Maurras.

 

Georges Feltin-Tracol

lundi, 15 mars 2021

Chronique européenne: TransEuropa#2, avec Robert Steuckers - L'Europe encerclée ?

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Chronique européenne: TransEuropa#2, avec Robert Steuckers

L'Europe encerclée ?

Second épisode de notre série TransEuropa, spécialement consacrée à l'Europe. Depuis son bunker belge, le conférencier et essayiste Robert Steuckers (Oncle Bob pour les intimes) abordera différents sujets à propos de notre continent. Histoire, politique, littérature, grands mythes et bien d'autres sujets qui nous l'espérons raviront les auditeurs et leur donneront des clés de compréhension à propos de l'Europe. Aujourd'hui: l'Europe est-elle encerclée ? Bonne écoute et place à oncle Bob ! #géopolitique #international #Europe
 
 
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Extrait musique: © Kraftwerk-Trans Europa Express (1977)
Réalisation: ©Radio Lorraine Enragée 2021