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lundi, 20 janvier 2020

La "Muslim Belt" et le levier djihadiste ouighour

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La "Muslim Belt" et le levier djihadiste ouighour

par René Naba

Ex: https://www.madaniya.info

Embourbés en Afghanistan depuis près de vingt ans, harcelés par leurs anciens alliés les Talibans, les Etats Unis paraissent vouloir se cramponner à ce qui a longtemps été leur arme favorite, la stratégie du «Muslim Belt», la ceinture verte de l’espace musulman, ayant vocation à encercler le «Heartland» eurasiatique (la Chine et la Russie) qui détient les clés de la maîtrise du monde. Une arme quelque peu érodée par les déboires des groupements terroristes en Syrie, la déconfiture politique de la Confrérie des Frères Musulmans, la matrice originelle des groupements takfiristes éradicateurs et la désaffection de l’Arabie saoudite à leur égard.

À l’instigation de Washington et d’Ankara, le Parti Islamiste du Turkestan s’est ainsi engagé sur la voie de la mondialisation de son combat, avec un ciblage prioritaire, la Chine et les bouddhistes, autrement dit, l’Inde.

1- La Turquie et les Etats Unis, parrains occultes du PIT

Au terme de huit ans de présence en Syrie, particulièrement dans le nord du pays, dans le secteur d’Alep, le mouvement djihadiste du Turkestan s’apprête à donner une impulsion régionale à son combat, au delà de la Syrie, avec un ciblage prioritaire: la Chine.

Telle est du moins la substance du discours mobilisateur du prédicateur Abou Zir Azzam diffusé à l’occasion de la fête du Fitr, en juin 2018, mettant en relief «l’injustice» subie par le Turkestan dans ses deux versants, le versant occidental (Russie) et le versant oriental (Chine).

En juin 2017, la Turquie et les Etats Unis ont encouragé cette orientation au prétexte de préserver les combattants de cette formation afin de les affecter à d’autres théâtres d’opération, contre les adversaires des Etats Unis regroupés au sein du BRICS (La Chine et la Russie), le pôle contestataire à l’hégémonie américaine à travres le Monde.

2- La duplicité de la Turquie

Tiraillé entre ses alliances contradictoires, le néo islamiste Teyyeb Reccep Erdogan, -membre du groupe d’Astana (Russie, Iran, Turquie) en même temps que membre de l’OTAN-, a proposé l’aménagement d’un vaste périmètre pour y abriter les djihadistes dans une zone sous l’autorité de la Turquie afin de procéder au tri entre groupements islamistes inscrits sur la liste noire du terrorisme et djihadistes regroupés sous le label VSO «The Vetted Syrian Opposition» (Opposition syrienne validée par les Occidentaux) dans une opération destinée à permettre à turque de séparer le bon grain de l’ivraie, selon le schéma de l’Otan.

Autrement dit libérer les Syriens, repentis et désarmés, mettre en veilleuse les Syriens jusqu’au-boutistes notamment le groupe Adanani, garder sous le coude, les combattants étrangers (Tchétchènes, Ouighours) en vue de les exfiltrer clandestinement vers d’autres théâtres d’opérations.

A la faveur du déploiement des forces américaines dans le nord de la Syrie, dans le périmètre de la base aérienne de Manbij et d’Idlib, la Turquie a mis à profit cette phase préparatoire de l’offensive pour exfiltrer ses sympathisants, principalement les Ouïghours et Al Moharjirine (les migrants), les combattants étrangers relevant de «Hayat Tahrir As Cham» de tendance djihadiste salafiste, dont le groupement a été inscrit sur la liste noire du terrorisme par l’ONU en 2013.

Le président russe Vladimir Poutine a donné son accord à la proposition turque au sommet de Sotchi, dix jours plus tard, le 17 septembre, soucieux de préserver sa nouvelle alliance avec la Turquie en butte à une guerre hybride de la part des Etats Unis.

Le débauchage de la Turquie constitue la carte maitresse de la Russie dans ses négociations avec la coalition occidentale au point que Moscou paraît si soucieuse d’encourager cette déconnection stratégique de l’axe Turquie Etats Unis, qu’elle a été jusqu’à promettre la livraison du système balistique SSS 400 pour 2019. Ankara espère, de son côté, préserver l’essentiel de sa force de nuisance dans la zone, avec un objectif sous-jacent d’aménager dans le secteur d’Idlib une enclave turque sur la modèle de la République turque de Chypre, en procédant à une modification démographique de la zone en y concentrant en une sorte de barrière humaine les ressortissants syriens relevant la mouvance des Frères Musulmans qu’elle considère comme relevant de fait de son autorité

La zone démilitarisée concédée provisoirement à la Turquie s’étend sur 15 km de large le long de la frontière syro-turque dans le secteur d’Idlib, englobant la zone de déploiement des forces kurdes soutenues par les Etats Unis.

Sur la duplicité de la Turquie dans la guerre de Syrie, cf ces liens:

3- La terminologie marxiste en guise d’habillage juridique au tournant.

L’habillage idéologique du tournant du PIT a été puisé dans la terminologie marxiste. Au terme d’un débat interne de plusieurs mois, les légistes de cette formation ont décidé de donner une dimension planétaire à leur combat en privilégiant, L’ENNEMI PROCHE (La Chine) sur L’ENNEMI LOINTAIN (La Syrie).

Une concurrence jurisprudentielle s’est établie entre les prescripteurs rivaux Abdel Rahman Al Chami, proche du Jabhat An Nosra, franchise syrienne d’Al Qaida, et Abdel Halim Al Zarkaoui, proche de Daech.

4- Le discours mobilisateur Abou Zir Azzam.

Ce prédicateur a fait une irruption politique remarquée par un discours mobilisateur diffusé à l’occasion de la fête du Fitr, en juin 2018, mettant en relief «l’injustice» subie par le Turkestan dans ses deux versants, le versant occidental (Russie) et le versant oriental (Chine). Lançant un appel au boycottage commercial de la Chine, il a énuméré les sévices historiques infligés par les Chinois aux Ouïghours, mentionnant «le viol des musulmanes» et «l’obligation de manger du porc».

«Le Parti Islamique du Turkestan s’apprête au Djihad contre les boudhistes», ce lien pour les locuteurs arabophones

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5 – Chine: La Syrie, un réceptacle au terrorisme mondial.

La fermentation djihadiste ouighoure en Syrie, et dans des pays de la lointaine périphérie de la Chine ont conduit Pékin, en mars 2018, a déployé discrètement des troupes en Syrie au motif officiel d’encadrer des détachements de l’armée syrienne et de leur fournir un soutien logistique et médical.

Pékin a justifié cette attitude de pro activité par sa connexion idéologique avec le pouvoir baasiste en raison de sa nature laïque, ainsi que par la présence dans le nord de la Syrie d’un important contingent de combattants ouïghours.

Ce faisant, la Chine vise à faire pièce aux djihadistes ouighours, dont elle veut neutraliser leur éventuel retour en Chine, alors que se confirment les liens entre les séparatistes islamistes des Philippines et au Mayanmar et les groupes islamistes opérant en Syrie, comme en témoignent l’arrestation d’agents de l’Etat Islamique (Daech) en Malaisie en mars 2018, à Singapour en juin 2018.

L’entrée en scène progressive de la Chine sur le théâtre syrien, où elle a déjà obtenu des facilités navales dans le périmètre de la base navale russe de Tartous est de consolider son positionnement d’un des trois grands investisseurs du financement de la reconstruction de la Syrie, au même titre que la Russie et l’Iran.

En complément à Tartous, la Chine a aménagé sa première base navale à l’étranger à Djibouti, en 2017. Jouxtant le port de Doraleh et la zone franche de Djibouti –tous deux construits par la Chine– cette base ne devrait abriter dans un premier temps «que» 400 hommes.

Mais, selon plusieurs sources, ce sont près de 10.000 hommes qui pourraient s’y installer d’ici à 2026, date à laquelle les militaires chinois auront transformé cette enclave en avant-poste militaire de la Chine en Afrique.

En superposition, la Chine a participé aux manœuvres navales russes au large de la Méditerranée, début septembre, les plus importantes manœuvres de la flotte russe de l’histoire navale mondiale. Elle a dépêche des troupes vers la Syrie, pour la première fois de son histoire, en mars 2018, pour convoyer les forces gouvernementales syriennes lors de la prise d’Idbib, notamment décrypter les communications entre les djihadistes ouighours en vue de les neutraliser.

Au regard de la Chine, la Syrie sert de réceptacle au terrorisme mondial, y compris pour l’intérieur chinois. Soucieuse de soulager la trésorerie russe et de soutenir l’effort de guerre syrien, la Chine a octroyé une aide militaire de 7 milliards de dollars à la Syrie dont les forces combattent dans la bataille d’Alep, les djihadistes Ouïghours, (des musulmans turcophones du Nord-Ouest de la Chine), où près de 5.000 familles, soit près de quinze mille personnes, sont implantés à Alep Est.

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6- La problématique ouïghoure.

L’instrumentalisation des Ouïghours par les Américains répond à leur souci de disposer d’un levier de pression contre Pékin, en ce que «la Chine et les États-Unis sont engagés, à long terme, sur une trajectoire de collision. Les précédents historiques montrent qu’une puissance ascendante et une puissante déclinante sont vouées le plus souvent à l’affrontement», soutient l’ancien premier ministre français Dominique de Villepin, particulièrement à une époque où la scène diplomatique internationale est en pleine phase de transition vers un monde post occidental. Son objectif sous-jacent est d’entraver la mise en œuvre de la 2me route de la soie».

Musulmans turcophones, les Ouïghours djihadistes sont originaires de la province de Xingjiang, à l’extrême-ouest de la Chine, frontalière de huit pays (Mongolie, Russie, Kazakhstan, Kirghizistan, Tadjikistan, Afghanistan, Tadjikistan, Pakistan et Inde).

Bon nombre d’Ouïghours ont combattu en Syrie sous la bannière du Mouvement islamique du Turkestan oriental (Sharqi Turkestan) alias Xinjiang, une organisation séparatiste de lutte armée dont l’objectif est l’établissement d’un «État Ouïghour Islamique» au Xinjiang.

Les combattants ouïghours ont reçu l’aide des services de renseignements turcs pour leur transfert vers la Syrie, via la Turquie. Ce fait a généré une tension entre les services de renseignements turcs et chinois en ce que la Chine s’inquiète du rôle des Turcs dans le soutien aux combattants ouïghours en Syrie, rôle qui pourrait augurer d’ un soutien turc aux combats au Xinjiang.

La communauté ouïghoure en Turquie compte 20.000 membres, dont certains travaillent pour l’Association de Solidarité et d’Education du Turkestan Oriental, qui fournit une aide humanitaire aux Syriens et qui est pointée du doigt par la Chine. Une vidéo du PIT de janvier 2017 affirme que sa brigade syrienne a combattu avec le front al-Nosra, en 2013, dans les provinces de Raqqa, Hassakeh et Alep.

En juin 2014, le groupe djihadiste a officialisé sa présence en Syrie: Sa brigade sur place, dirigée par Abou Ridha al-Turkestani, un locuteur arabophone, probablement un Syrien, a revendiqué une attaque suicide à Urumqi en mai 2014 et une attaque sur la place Tiananmen en octobre 2013.

Le groupe a prêté allégeance au Mollah Omar des Talibans. Vingt-deux Ouïghours sont détenus à Guantanamo, puis relâchés faute de preuves. Suivant l’exemple de l’Emirat islamique du Caucase, dont la branche syrienne opérait dans le cadre de Jaysh Muhajirin Wal-Ansar, le PIT a créé sa propre branche en Syrie qui opère de concert avec Jabhat An Nosra entre les provinces d’Idlib et de Lattaquié.

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7 – L’environnement djihadiste de l’Inde et son basculement vers Israël.

La destruction des Bouddhas de Bamyan par les Talibans, en Mars 2001, soit six mois avant le raid du 11 septembre contre les symboles de l’hyperpuissance américaine, a constitué un déclic conduisant l’inde à abandonner sa traditionnelle politique d’amitié avec les pays arabes, notamment l’Egypte, son partenaire majeur au sein du Mouvement des Non Alignés, pour se rapprocher d’Israël.

L’environnement djihadiste de l’Inde a d’ailleurs conduit ses dirigeants à se rapprocher également des Etats Unis dans un contexte marqué par la disparition du partenaire soviétique, parallèlement à une accentuation de la coopération sino-pakistanaise débouchant sur le transfert d’énergie nucléaire de Pékin à Islamabad et le lancement d’un programme nucléaire pakistanais avec des subsides saoudiens.

La nouvelle alliance avec les États Unis et Israël a été scellée sur la base d’une convergence d’intérêts et une approche sensiblement analogue de pays se présentant comme des démocraties partageant une même vision pluraliste du monde, ayant le même ennemi commun, l’«Islam radical».

Le rapprochement avec Israël s’est traduit par une normalisation des relations israélo-indiennes, en 1992, concrétisée par la première visite d’un dirigeant israélien à New Delhi, en 2003, en la personne du premier ministre Ariel Sharon, l’année de l’invasion américaine de l’Irak.

Troisième puissance régionale avec la Chine et le Japon, l’Inde se trouve dans une position ambivalente en ce qu’elle doit maintenir des liens étroits avec les superpuissances pour se maintenir dans le peloton de tête du leadership mondial, sans pour autant distendre ses liens avec le tiers monde, dont elle fut longtemps l’un des chefs de file. Sa présence au sein du BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) répond à cette logique.

Les Ouïghours, de mémoire d’observateur, ne sont jamais morts pour la Palestine pas un. Mais nombreux l’ont été contre la Syrie, dans un dévoiement sectaire de leur idéologie.

Aux yeux des stratèges du Pentagone, l’instrumentalisation de l’irrédentisme ouïghour devrait avoir sur la Chine le même effet déstabilisateur que le djihadisme tchétchène sur la Russie de Poutine. Mais une éventuelle montée en puissance du Parti islamique du Turkestan pourrait initier une redistribution de cartes, dont les principaux victimes pourraient être les djihadistes ouighours, à l’instar des islamistes de Syrie. A trop vouloir servir de «chairs à canon» à des combats mercenaires décidés par des commanditaires dictés exclusivement par leur raison d’etat de leur propre puissance, le sort des supplétifs est inéluctablement scellé: Dindon de la farce d’une gigantesque duperie.

8 – La défection de trois pays musulmans alliés de l’Occident.

Devant une telle configuration, le Pakistan, le pompier pyromane du djihadisme planétaire pendant des décennies a paru amorcer une révision déchirante de ses alliances, renonçant à son ancien rôle de body guard de la dynastie wahhabite pour un rôle plus valorisant de partenaire de la Chine, la puissance planétaire en devenir, via le projet OBOR.

Deux autres pays musulmans, jadis alliés de l’Occident, lui ont emboité le pas: la Malaisie, et sans doute la Turquie, à moyen terme, frappée de sanctions économiques par les Etats Unis.

Si l’hypothèse du djihadisme anti bouddhiste se concrétisait, elle initierait une gigantesque tectonique des plaques à l’effet de sceller une alliance de fait entre la Chine et l’Inde, les deux états continents d’Asie, de surcroit non musulmans, en vue de terrasser l’hydre islamiste qui rôde à leur périphérie.

Pour aller plus loin

Iran vs États-Unis : Nœud gordien et guerre rampante ! 

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Iran vs États-Unis : Nœud gordien et guerre rampante ! 

Ex: https://www.geopolintel.fr

La crise aiguë et endémique que traverse la Libye depuis 2011 et l’intervention de l’Otan (France/R-U/Italie) au motif d’ingérence soi-disant humanitaire afin d’éviter un bain de sang, l’internationalisation du conflit avec à présent de l’intervention turque au côté de Tripoli et russe en appui au général Haftar à Benghazi (chef-lieu de la Cyrénaïque), ne doit ni masquer ni estomper la guerre rampante semi-ouverte qui oppose désormais, après le 3 janvier 2020 et l’assassinat terroriste du général Soleimani, la Perse ancestrale et le très Nouveau Monde aux appétits dévorants.

Dorénavant, en Iran chaque jour qui passe apporte son lot de rebondissements les uns tragiques, les autres cocasses tel cet idiot d’ambassadeur du Royaume-Uni – ou de plus en plus désuni maintenant que l’Écosse s’engage à son tour sur la voie du divorce – brièvement arrêté par la police alors qu’il s’était mêlé à des manifestants conspuant le régime  ! Cela pourrait se nommer diplomatie pedibus cum jambis, non  ? Avant-dernier épisode autrement tragique dans cette dégradation allant crescendo (!) des relations occidentalo-iraniennes ainsi que, corrélativement, de la situation régionale dans son ensemble (Levant/Péninsule arabique/Syrie/Golfe persique/Mésopotamie), celui d’un appareil civil ukrainien abattu le 8 janvier par la défense antiaérienne iranienne et par erreur alors qu’il venait de décoller de l’aéroport internationale de Téhéran… cela au moment même où une salve de missiles iraniens de moyenne portée1 venait de percuter - avec une impressionnante précision - des infrastructures de la base aérienne d’Aïn al-Assad, laquelle abritait entre autres quelques centaines d’officiers américains, britanniques, canadiens, norvégiens et hollandais. Cent soixante-seize victimes qui n’ont pas fini de faire couler beaucoup de larmes et d’encre. Un drame atroce qui n’est pas sans rappeler cette autre accident qui vit la mort dans des circonstances relativement comparables, le 17 juillet 2014, au nord-est de l’Ukraine, des 298 passagers du vol 17 de Malaysia Airlines   !

Et puis ce sont à nouveau, dans la nuit du 12 au 13 janvier, des tirs de Katiouchas – les anciennes orgues de Staline – dirigés contre une base américaine, mais cette fois sans dégât collatéral au contraire des trente roquettes qui avaient touché le 28 décembre un camp de la coalition à Kirkouk au Kurdistan et causé le décès d’un contractuel américain (contractor)… un inexpiable crime de lèse puissance impériale qui sera l’un des prétextes - mais pas le seul –ayant servi à légitimer l’élimination du major général Kassem Soleimani, chef des opérations extérieures à la tête de la Force Al-Qods… et surtout missi dominici du Guide suprême de la République islamique d’Iran alors qu’il s’apprêtait à négocier une trêve entre Riyad et Téhéran… dont l’antagonisme ethnique et religieux2 est jusqu’à présent le terreau fertile d’éventuelles futures guerres fratricides. S’y sera ajouté le siège, le 30 et 31 décembre 2019, de l’ambassade américaine à Bagdad dans la Zone verte – au demeurant puissamment fortifiée - en réponse aux précédents bombardements américains, lesquels avaient tué vingt-cinq miliciens du Kataeb Hezbollah pro-Iran lors d’attaques aériennes le 29 décembre lancées en guise de rétorsion pour la mort du personnel civil américain, déjà cité, à Kirkouk. Ce siège qui avait d’ailleurs pris fin au coup de sifflet, avait été traité à coup de gaz lacrymogènes afin de disperser ceux des manifestants qui avaient passé la nuit devant les portes principales de l’ambassade. En vérité pas vraiment de quoi fouetter un chat dans le contexte général d’émeute – les morts se comptant par centaines - prévalant en ce moment dans la capitale irakienne.

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Soldats de l’armée américaine de la 1re Brigade, 25e Division d’infanterie, Task Force-Iraq Base d’opérations avancée “Union III” à Bagdad

Une manifestation donc sans intrusion, plus symbolique qu’autre chose aux abords de l’espace extraterritorial des États-Unis, mais il n’en fallu pas plus pour que l’Administration américaine parvînt à décider le président Trump – certainement en lmui faisan tmiroiter une bonne affaire sur le plan publicitaire - de faire éliminer Soleimani… lequel, par ses fonctions, ses missions et ses liens personnels avec le Valiye fakih (Gardien de la jurisprudence), l’ayatollah Ali Khamenei, était de facto le numéro trois du régime iranien, juste après le très occidentaliste président Hassan Rohani. En un mot un acte de guerre terroriste, ceci sans la moindre équivoque, et une superbe peau de banane glissée sous les pieds de D. Trump… qui de toute évidence ignorait les possibles conséquences de son acte  ! Reste que l’assassinat du général Soleimani était prévu et préparé de longue date3 – un projet toujours reporté mais toujours d’actualité - et qui n’a pu s’accomplir qu’avec le concours diligent d’Israël… quoique ses dirigeants en disent et affectent toujours de jouer aux saints innocents.

Un assassinat savamment prémédité

À ce sujet, la chaîne américaine CNBC 4 nous renseigne sur ce jamais aucun médium français ne nous dira. Promouvoir et diffuser tous les blasphèmes imaginables soit5, mais pas le pire d’entre eux, la vérité vraie, objective non sortie du chapeau mité de la postvérité. Ainsi nous apprenons que Soleimani était attendu à Bagdad par trois drones tueur chacun armé de quatre missiles Hellfire… du lourd  ! Rappelons que l’espace aérien irakien est entièrement sous le contrôle de l’US Army. Avertie par leurs agents et informateurs opérant à Damas, la CIA savait précisément l’heure du décollage à Beyrouth de l’Airbus A320 de Cham Wings Airlines où se trouvait Kassem Soleimani, un voyage qui en fait n’avait rien de clandestin. Israël grand expert dans ce genre d’élimination depuis les airs6, a participé en amont au montage technique de l’opération, et est encore intervenu à ce stade en valide l’information, qui sera en outre affinée une nouvelle fois lors de l’atterrissage à Bagdad par les militaires américains et leurs agents locaux actifs au sein de l’aéroport… À Washington, à Langley siège de la CIA, au Pentagone, des images infrarouges en noir et blanc, fantomatiques, défilent sur de larges écrans plats, on identifie sans trop de mal le chef irakien d’une milice chiite alors qu’il monte l’escalier de débarquement pour saluer le chef de la Force al-Qods. Il est une heure du matin. Le président Trump, peu ou pas concerné, se trouve en Floride  ! A-t-il été réellement informé de la portée et de la signification de cette élimination  ? Rien n’est moins sûr. Toujours est-il que cette nuit fatale – parce que les pires conséquences sont certainement à venir, nous en reparlerons - il n’est pas aussi assidu de son prédécesseur Barak Obama assistant, concentré et studieux, le 2 mai 2011 en compagnie de son équipe rapprochée, à l’élimination physique d’Oussama Ben Laden, au Pakistan à Abbottābād, à l’issue de l’opération Trident de Neptune (Neptune’s Spear)7. La liquidation d’Abou Bakr al-Baghdadi le 27 octobre 2019 n’aura quant à elle, pas donné lieu à une telle débauche de communication à grand spectacle.

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Barak Obama et son équipe suivant le déroulé de l’opération Trident de Neptune
Et la liquidation supposée d’Oussama Ben Laden

Deux personnages montent alors dans une berline suivie par une fourgonnette où se trouvent accompagnateurs et gardes du corps. Les drones postés à distance respectables et non repérables, suivent les déplacements des véhicules et identifient leurs occupants en captant les appels des occupants sur leurs téléphones portables. Les informations sont transmises en temps réel (évidemment) au Quartier général avancé du Commandement central américain situé au Qatar, à quelques encablures des côtes iraniennes, d’où l’opération est conduite et où l’on voit la boule de feu vaporiser les deux véhicules. Seuls quatre missiles ont été tirés. Dans les cercles dirigeants israélo-américains on exulte et l’on se congratule - ils sont bien les seuls - en répétant en boucle, argument repris dès le lendemain par le président Trump, que le général Soleimani, ce tueur né, s’apprêtait à faire périr des milliers d’Américains  ! Un peu plus tard, D. Trump par une pirouette petitement convaincante nous dira en substance qu’il “n’a pas voulu commencer une guerre, mais en éviter une”. Aimable et intéressante sophistique, sauf pour ceux qui croient encore à l’angélisme inné de la Grand sœur Amérique, à sa volonté de sauver le monde et à sa véracité proverbiale… Il faudra/il faudrait néanmoins finir par ouvrir les yeux et découvrir que les GI’s n’ont pas en 1944 libéré la France pour les beaux yeux d’icelle, mais qu’ils l’ont envahie et occupée sans la moindre vergogne. Pour l’heure les mythes de la Deuxième guerre mondiale font de la résistance et ils auront, hélas, la vie dure tant les hommes adoreront – au sens littéral – ceux qui par leurs mensonges les réduisent au servage… On le voit dans la persistance de la mythologie socialiste reconvertie de nos jours en progressisme macronien et dans le goulag mou de la tolérance et de l’amour obligés pour tout ce qui est contre-nature, nous est étranger voire hostile.

Hybris, chutzpah, cécité et arrogance

Il est ici intéressant de s’arrêter un instant sur les leçons que tirent l’Amérique, en l’occurrence ses élites s’exprimant à travers la narration de l’événement par NBC et des leçons que le journaliste américain en tire… Bref, c’est acquis Outre-Atlantique, Soleimani est un homme “qui a aidé à tuer des Américains pendant plus d’une décennie”. Assertion en forme d’a priori non démontrée, le stratège iranien ayant surtout contribué à l’élimination en Syrie des armées de l’État islamique et des combattants d’al-Nosra (c’est-à-dire des reconvertis d’Al-Qaïda, ceux qui se trouvent aujourd’hui concentré dans la poche d’Idlib au grand dam de notre presse si compassionnelle à l’égard du fanatisme islamique), supplétifs de l’armée américaine et de la Turquie. En cela, en quoi Soleimani a-t-il participé, directement ou indirectement, à la mort de citoyens américains, la chose est loin d’être claire et encore moins d’être établie puisque l’adversaire - les djihadistes et autres takfiristes - était censément le même dans les deux camps, syro-russo-iranien et euro-arabo-américain ?

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Maintenant il faut retenir de cette affaire que l’Amérique se gargarise de son excellence technique dans l’abattage robotisé de ses ennemis, parlant à ce propos de “sorcellerie technique” devenue “routinière”, autrement dit banalisée, passée dans les mœurs pour ainsi dire… Écoutons la voix de l’Amérique  : «  En moins d’une génération les États-Unis sont devenus capables de chasser et de tuer ses ennemis, en particulier dans les régions en crise du Proche-Orient, de l’Asie du Sud et de l’Afrique. Nous sommes passés de quelque chose qui était abnormal, presque de la science-fiction, à une nouvelle normalité8  » [nbcnews.com10janv]. Pour Anthony Cordesman du Center for Strategic and International Studies de Washington, les assassinats ciblés par le biais de robots tueurs représente un tournant dans l’art de la guerre “un changement radical” que seuls les États-Unis se trouvent en mesure d’accomplir en raison de l’extraordinaire système de surveillance globale, d’écoutes et de collectes des données – dans les méga super mémoires électroniques, et bientôt quantiques, du Big Data - que conduit la National Security Agency9 (NSA) par l’entremise de ses satellites et du primitif réseau de grandes oreilles Echelon. Toutes les données recueillies étant en fin de parcours concentrées et traitées au quartier général de la dite NSA, à Fort George G. Meade dans le Maryland… Big Brother et/ou Big Sister (mztiarcat oblige) grandissent à vue d’œil  !

Nos experts nous avertissent que cet effort (grâce auquel a été atteinte cette grande victoire qu’a été/aurait été l’élimination le Général Soleimani) «  de renseignement, de surveillance et de reconnaissance - vraiment immense - ne peut être fondamentalement égalé par aucun autre pays  »… Une autosatisfaction qui en dit long sur l’aveuglement des classes dirigeantes et de l’intellocratie américaines, celles-ci ayant le plus grand mal à comprendre que le monde ne se limite pas à la maîtrise et au développement de systèmes d’armes toujours plus létaux et extensivement dévastateurs à très grande échelle. L’humanité avance et la cartographie géopolitique du monde évolue. Aussi nous devrons nous pencher sur la multipolarité qui se dessine avec la montée formidable en puissance de la Chine populaire (communiste) et sur le retour sur la scène internationale de la fédération de Russie, renaissance amorcée en août 2008 à l’occasion de son intervention armée en Géorgie au secours de ce micro État de facto qu’est l’Ossétie du sud. Une Russie qui a repris pied en Méditerranée orientale et avec laquelle il faudra compter.

Geopolintel 13 janvier 2020

Le testament de Guillaume Faye

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Le testament de Guillaume Faye

par Georges FELTIN-TRACOL

Ex: http://www.europemaxima.com

Frappé par un cancer fulgurant, Guillaume Faye est décédé dans la nuit du 6 au 7 mars 2019, quelques jours avant la parution de son « testament politique » au ton martial, Guerre civile raciale. Sa disparition lui évite au moins d’être accusé d’inspirer Brenton Tarrant, le responsable de la fusillade de Christchurch en Nouvelle-Zélande, le 15 mars 2019, dont le manifeste s’inscrit dans le « nationalisme blanc », pur produit anglo-saxon.

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Se sachant condamné, Guillaume Faye développe, approfondit et durcit des arguments déjà présents dans ses derniers ouvrages, le très médiocre Comprendre l’islam, La nouvelle question juive et La colonisation de l’Europe qui lui avait valu les foudres d’une justice hexagonale liberticide. Estimant que « l’éducation et le combat culturel sont nécessaires mais insuffisants, car ils agissent à trop long terme, alors que nous sommes dos au mur, dans un contexte d’urgence (p. 271) », il sonne une ultime fois le tocsin. Il pense que les prochaines années verront la France et l’Europe en proie à une féroce guerre civile inter-ethnique parce que « des peuples de races différentes et opposées cohabitent dans un même pays, et se haïssent (p. 19) ». Loin de le déplorer, il affirme qu’« un affrontement est devenu indispensable pour régler le problème, assainir la situation et nous libérer (p. 35) ». Cette affirmation n’est-elle pas surtout péremptoire ? Désarmés, hyper-individualisés, incapables de se concentrer et de se concerter, les Européens de ce début de XXIe siècle risquent probablement de perdre cette éventuelle confrontation que souhaitent quelques cénacles globalistes, cosmopolites et mondialistes.

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Guillaume Faye et son vieux complice, Yann-Ber Tillenon

Bien que cruel, ce constat est juste. En outre, à l’instar du très surfait Guérilla (2016) de Laurent Obertone, Guillaume Faye croit au caractère implacable d’une guerre civile en France, oubliant que l’Hexagone ne sera jamais la Syrie, le Libéria ou le Mexique. Puissance nucléaire détentrice de plusieurs centrales atomiques, membre permanent du Conseil de Sécurité de l’ONU, très vieil État structurellement fort malgré les faiblesses récurrentes du pouvoir, territoire où se trouvent plus de 70 résidences secondaires de chefs d’État et de gouvernement étrangers, la France ne sombrera pas dans la guerre civile genre Liban ou Libye. Tout au plus connaîtrait-elle des foyers locaux de vives tensions de basse intensité (néanmoins ultra-violents pour les habitants). Et quand bien même l’Hexagone verserait dans la guerre entre différentes communautés, l’OTAN et l’UE interviendraient aussitôt militairement pour, d’une part, rétablir l’ordre, et, d’autre part, imposer une nouvelle AMGOT (gouvernement militaire d’occupation occidentale) qui retirerait enfin à une France amoindrie sa force de frappe nucléaire et son droit de veto onusien.

Si Guillaume Faye a raison d’énoncer une nouvelle fois l’évidence, à savoir que « l’épouvantable société multiraciale avec son idéologie et sa répression antiraciste (bien que la loi constitutionnelle, empreinte de schizophrénie, nie officiellement l’existence des races humaines) est devenue une société multiraciste (p. 223) », il ne prend pas assez en compte les actions déstabilisatrices des États-Unis, des sectes telles la Scientologie et des spiritualités de marché néo-protestantes venues d’outre-Atlantique dans les banlieues françaises. L’islam n’est pas le seul agrégateur de la haine anti-européenne qu’expriment les masses allogènes. L’auteur se focalise trop sur la seule religion mahométane au risque de ne pas voir l’ensemble des acteurs hostiles à notre civilisation albo-boréenne.

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La version américaine de son dernier ouvrage, préfacée par Jared Taylor

Il dénonce certes le laxisme des gouvernants, le rôle délétère de certains néo-collabos et l’angélisme des catholiques. Il rappelle avec raison que les valeurs chrétiennes contribuent largement à notre désarmement moral. Il insiste sur notre âme faustienne favorable aux avancées bio-éthiques. Il réclame en conclusion la démigration (le départ, forcé ou volontaire, des non-Européens du Vieux Continent) et l’achèvement de la christianisation (inciter les Européens d’origine boréenne à retrouver leurs instincts prédateurs de l’ère paléolithique).

L’avenir dira si Guillaume Faye fut un imprécateur conscient de sa propre finitude, un refondateur de civilisation impériale ou bien un visionnaire génial…

Georges Feltin-Tracol

• Guillaume Faye, Guerre civile raciale, préface de Jared Taylor, postface de Daniel Conversano, Éditions Conversano, 2019, 300 p., 20 €.

Et n'oubliez pas de commander aux éditions du Lore l'ouvrage qui lui rend un juste hommage, tout en fustigeant ceux qui l'ont persécuté !

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http://www.ladiffusiondulore.fr/home/765-guillaume-faye-cet-esprit-fusee-hommages-verites.html

 

Caucasian Tarim Mummies, Tocharians and other Indo-Europeans of China

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Caucasian Tarim Mummies, Tocharians and other Indo-Europeans of China

 
 
Archaeological discovery of mummies in the Taklamakan desert of Western China dating back 4,000 years has captivated the imaginations of researchers, who were surprised to discover that they were caucasians from Europe. The answers to the mystery of who these white mummies were might be found in the later history of Xinjiang province; in the Chinese written records of blue eyed and red bearded merchants such as the Yuezhi and the Sogdians from the West and in the manuscripts written in a mysterious Indo-European language known as Tocharian. Clearly there were both Iranic and Tocharian peoples living in Western China in later times, and the Tarim mummies must have been the ancestors of some if not all of them.
 
The inhospitable Tarim basin became a vital route for merchants, at the crossroads between East and West, the basin is skirted by oasis towns which were stations for anyone traveling on the Silk Road.The caucasian, Europoid mummies and the ancient Indo-European languages of the region challenge popular misconceptions about the limits of European civilisation in the Bronze Age. The material excavated suggests the area was active for thousands of years, with diverse languages, lifestyles, religions, and cultures present.
 
 
 
This channel depends on your support:
Tocharians and Tarim mummies art by Andrew Whyte http://basileuscomic.com/
Andronovo chariot art by Christian Sloan Hall https://www.deathlord.co.uk
 
Music:
OST by Deor (website coming soon) Doug maxwell - Lau Tzu Ehru Doug Maxwell - Oud dance Quincas moreira - Dawn of Man Kevin McLeod - Dhaka
 
Sources:
Adams, D., (2019) ‘Tocharian C: its discovery and implications’ https://languagelog.ldc.upenn.edu/nll...
 
A dictionary of Tocharian B https://www.win.tue.nl/~aeb/natlang/i...
 
Gray, Russell & Atkinson, Quentin & Greenhill, Simon. (2011). Language Evolution and Human History. Good, I., ‘A Social Archaeology of Cloth some preliminary remarks on prehistoric textiles of the Tarim Basin’ (Peabody Museum) http://www.safarmer.com/Indo-Eurasian...
 
Hollard, C. et al. (2018). New genetic evidence of affinities and discontinuities between bronze age Siberian populations. American Journal of Physical Anthropology 167 (1): 97–107. Katariya, A., ‘Ancient History of Central Asia: Yuezhi-Gurjar History’, Article No 01 Mair, V., ‘Ancient Mummies of the Tarim Basin’ https://www.penn.museum/sites/expedit...
 
Ning, et al. (2019), ‘Ancient Genomes Reveal Yamnaya - Related Ancestry and a Potential Source of Indo-European Speakers in Iron Age Tianshan’ https://www.cell.com/current-biology/...
 
Wenkan, X. (1996) ‘The Tokharians and Buddhism’ Xie, M. et al, (2013) Interdisciplinary investigation on ancient Ephedra twigs from Gumugou Cemetery (3800 B.P.) in Xinjiang region, northwest China. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/2...
 
Yang, Y. (2019), ‘Shifting Memories: Burial Practices and Cultural Interaction in Bronze Age China A study of the Xiaohe-Gumugou cemeteries in the Tarim Basin’ http://www.diva-portal.org/smash/get/...
 
Selections from the Han Narrative Histories https://depts.washington.edu/silkroad...

dimanche, 19 janvier 2020

Oswald Spengler's Apocalyptic Vision of History

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Oswald Spengler's Apocalyptic Vision of History

 
2:40 - Part 1
9:07 - Part 2
16:50 - Part 3
The last of my Spengler videos, for now at least.
 

L’effondrement de l’Empire d’Occident moderne. Quel avenir pour l’humanité ?

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L’effondrement de l’Empire d’Occident moderne. Quel avenir pour l’humanité ?


Par Ugo Bardi

Source CassandraLegacy

Ces notes ne sont pas censées dénigrer ni exalter une entité dont l’histoire remonte à au moins deux millénaires. Comme tous les Empires, passés et présents, l’Empire Mondial Moderne a traversé la parabole de sa croissance et de sa gloire et il commence maintenant son déclin. Il n’y a pas grand-chose que nous puissions faire à ce sujet, nous devons accepter que c’est ainsi que l’univers fonctionne. Sur ce sujet, voir aussi un de mes précédents billets « Pourquoi l’Europe a conquis le monde ?« .

Pour tout ce qui existe, il y a une raison et c’est vrai aussi pour cette chose gigantesque qu’on appelle parfois « l’Occident » ou peut-être « l’Empire américain », ou peut-être « la Globalisation ». Pour trouver cette raison, on peut remonter aux origines mêmes de l’empire moderne. Nous pouvons les trouver dans un empire plus ancien, mais déjà très avancé : l’Empire romain.

Comme quelqu’un a pu le dire (et peut-être que quelqu’un l’a fait, mais c’est sans doute un concept original pour moi), « la géographie est la mère des Empires ». Les Empires sont construits sur la disponibilité des ressources naturelles et sur la capacité de les transporter. Ainsi, les Romains ont exploité la géographie du bassin méditerranéen pour construire un empire basé sur le transport maritime. Rome était le centre d’une plaque tournante du commerce qui surpassait tous les autres États de la région occidentale de l’Eurasie et de l’Afrique du Nord. Ce système de transport était si important qu’il a même été déifié sous le nom de la déesse Annona. Sa cohésion était assurée par un système financier basé sur la monnaie, le latin comme lingua franca, un grand système militaire et un système juridique très avancé pour l’époque.

Mais comme tous les empires, celui de Rome portait en lui les germes de sa propre destruction. L’empire a atteint son apogée à un moment donné au cours du 1er siècle de notre ère, puis il a commencé à décliner. Il est le résultat d’une combinaison de facteurs connexes : l’épuisement des mines de métaux précieux qui a privé l’Empire de sa monnaie, la croissance de la route de la soie qui a siphonné les richesses romaines vers la Chine, la surexploitation de l’agriculture nord-africaine qui alimentait les villes romaines. Pas d’argent, pas de ressources, pas de nourriture : l’Empire ne pouvait que s’effondrer et c’est ce qui s’est produit.

L’ancien Empire romain a laissé une ombre fantomatique sur l’Europe, si persistante que pendant deux millénaires, on a essayé de le recréer d’une manière ou d’une autre [Charlemagne, Napoléon, Hitler, NdT]. Mais ce n’était pas possible, c’était encore une fois une question de géographie. L’agriculture intensive romaine avait tellement endommagé le sol nord-africain qu’il ne pouvait plus se rétablir – et c’est bien ce qui s’est passé. La perte du sol fertile sur la rive sud a divisé la mer Méditerranée en deux moitiés : la partie nord, verte et encore fertile, et la partie sud, sèche et stérile. Néanmoins, il y a eu plusieurs tentatives pour reconstruire l’ancienne unité économique et politique du bassin. Le califat arabe a construit un empire méditerranéen du sud basé sur l’arabe comme Lingua Franca et sur l’Islam comme terrain culturel commun. Mais l’expansion de l’Islam n’a jamais atteint l’Europe occidentale. Sa base économique était faible : l’agriculture nord-africaine ne pouvait tout simplement pas soutenir le niveau de population qui aurait été nécessaire pour contrôler l’ensemble du bassin méditerranéen. Le même destin s’est abattu, plus tard, sur l’Empire turc.

De l’autre côté de la mer Méditerranée, l’Europe était une région que les Romains de l’Antiquité avaient toujours considérée comme une périphérie. Avec la disparition de l’Empire romain, l’Europe du Nord a été libérée pour se développer par elle-même. C’était la période que nous appelons « l’âge des ténèbres », un terme impropre s’il en est. Les âges « sombres » étaient une nouvelle civilisation qui a exploité certaines des structures culturelles et technologiques héritées de Rome mais qui a également développé des structures originales. Le manque d’or et d’argent a rendu impossible pour les Européens de maintenir l’unité de l’Europe par des moyens militaires. Ils ont dû se fier à des méthodes plus subtiles et plus sophistiquées qui, néanmoins, ont été modelées sur les vieilles structures romaines. L’unité culturelle était assurée par le christianisme, l’Église créant même une nouvelle forme de monnaie basée non pas sur des métaux précieux mais sur les reliques d’hommes et de femmes saints. L’Église était également le gardien du latin, la vieille langue romaine qui est devenue la Lingua Franca européenne, le seul outil qui a permis aux Européens de se comprendre.

De cette façon, les Européens ont créé une civilisation apaisée et sophistiquée. Ils ont pu maintenir la primauté du droit et ils ont redonné aux femmes certains des droits qu’elles avaient perdus pendant l’Empire romain. Les bûchers de sorcières, endémique dans l’Empire romain, n’ont pas pu être complètement abolis, mais leur fréquence a été réduite à presque zéro. L’esclavage a été officiellement aboli, bien qu’il n’ait jamais réellement disparu. La richesse matérielle a été réduite au profit de la richesse spirituelle, l’art et la littérature ont prospéré autant que possible dans une région pauvre comme l’Europe l’était à cette époque. Les guerres ne disparurent pas, mais le début du Moyen Âge fut une période relativement calme, l’Église conservant un certain contrôle sur les pires excès des seigneurs de la guerre locaux. Le cycle arthurien mettait l’accent sur la façon dont les chevaliers errants se battaient pour accomplir de bonnes actions et pour défendre les faibles. Il n’a été mis par écrit qu’à la fin du Moyen Âge, mais il faisait partie du paysage européen fantasmé depuis des temps bien plus anciens.

Mais les choses ne s’arrêtent jamais. Au Moyen Âge, la population et l’économie européennes se développaient ensemble en exploitant un territoire relativement intact. Bientôt, la civilisation apaisée du début du Moyen Âge a cédé la place à quelque chose qui ne l’était plus. Au tournant du millénaire, l’Europe était surpeuplée et les Européens ont commencé à chercher des zones où s’étendre. Les croisades ont commencé au XIème siècle et ont constitué une nouvelle tentative de réunification du bassin méditerranéen. L’Europe s’est même dotée de structures internationales qui auraient pu régir le nouvel empire méditerranéen : les ordres chevaleresques. Parmi ceux-ci, les Templiers constituaient une structure particulièrement intéressante : en partie une société militaire, mais aussi une banque et un centre culturel, tous basés sur le latin comme Lingua Franca. L’idée était que le nouvel empire méditerranéen serait gouverné par une organisation supranationale, un peu comme l’ancien Empire romain.

Mais les croisades ont été un échec coûteux. L’effort militaire devait être soutenu par les principales ressources économiques de l’époque : les forêts et les terres agricoles. Ces deux ressources ont été fortement sollicitées et le résultat fut une époque de famines et de pestes qui réduisit presque de moitié la population européenne. C’est un nouvel effondrement qui a eu lieu au cours du XIVème siècle. C’était assez grave pour que l’on puisse imaginer que les descendants de Salah ad-Din auraient pu revenir et conquérir l’Europe, s’ils n’avaient pas été poignardés dans le dos par l’Empire mongol en expansion.

European-Population-at-the-time-of-the-Great-Plague-from-Langer-1964.pngLa population européenne : graphique de William E Langer, « The Black Death » Scientific American, février 1964, p. 117 — notez comment la croissance est plus rapide après l’effondrement qu’elle ne l’était avant.

Mais les Européens ont été têtus. Malgré l’effondrement du XIVème siècle, ils n’ont pas abandonné et ils ont continué à utiliser le même truc qu’avant : reconstruire après une catastrophe en modelant de nouvelles structures sur les anciennes. Les Européens étaient de bons guerriers, des constructeurs navals compétents, d’excellents marchands et toujours prêts à prendre des risques pour gagner de l’argent. S’ils ne pouvaient pas s’étendre à l’Est, eh bien, pourquoi ne pas s’étendre plus à l’Ouest, de l’autre côté de l’océan Atlantique ? C’était une idée qui a eu un succès fou. Les Européens ont importé de Chine la technologie de la poudre à canon et l’ont utilisée pour construire des armes redoutables. Avec leurs nouvelles compétences en matière d’artillerie, ils ont créé un nouveau type de navire, le galion armé de canons. C’était une arme de domination : un galion pouvait naviguer partout et faire exploser toute opposition sur la mer, puis débarquer des armées pour s’emparer des terres. Un siècle après la grande peste, la population européenne augmentait à nouveau, plus vite qu’avant. Et, cette fois, les Européens se lançaient à la conquête du monde.

Pendant quelques siècles, les Européens se sont comportés comme des maraudeurs dans le monde entier : explorateurs, marchands, pirates, colons, bâtisseurs d’empire, etc. Ils naviguaient partout et partout où ils naviguaient, ils dominaient la mer. Mais qui étaient-ils ? L’Europe n’a jamais gagné une unité politique ni ne s’est engagée dans un effort pour créer un empire politiquement unifié. Tout en combattant les populations non-européennes, les Européens se battaient aussi entre eux pour le butin. La seule entité supranationale de gouvernement qu’ils avaient était l’Église catholique, mais c’était un outil obsolète pour les temps nouveaux. Au XVIème siècle, l’Église catholique n’était plus une gardienne de reliques, elle était elle-même une relique. Le coup de grâce lui a été donné par l’invention de la presse à imprimer qui a énormément réduit le coût des livres. Cela a conduit à un marché pour les livres écrits en langue vernaculaire et ce fut la fin du latin comme Lingua Franca européenne. Le résultat fut la réforme de Martin Luther, en 1517 : le pouvoir de l’Église catholique fut brisé à jamais. Maintenant, les États européens avaient ce qu’ils voulaient : les mains libres pour s’étendre où ils voulaient.

Comme vous l’avez peut-être imaginé, le résultat de cette phase historique de « bataille royale » a été un nouveau désastre. Les États européens se sautèrent à la gorge en s’engageant dans la « guerre de 30 ans » (1618 – 1648). La moitié de l’Europe fut dévastée, les fléaux et les famines réapparurent, la production alimentaire s’effondra et avec elle la population. Les Européens ne se battaient pas seulement les uns contre les autres sous la forme d’États en guerre. Les hommes européens se battaient contre les femmes européennes : c’est l’époque de la chasse aux sorcières, des dizaines de milliers de femmes européennes innocentes furent emprisonnées, torturées et brûlées sur les bûchers. Avec ses forêts coupées et ses terres agricoles érodées par la surexploitation, il devint fort possible d’imaginer que l’âge de l’empire mondial européen soit à jamais révolu. Ce ne fut pas le cas.

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Tout comme un coup de chance avait sauvé l’Europe après le premier effondrement du XIVème siècle, un autre événement presque miraculeux a sauvé l’Europe de l’effondrement du XVIIIème siècle. Ce miracle avait un nom : le charbon. C’est un économiste européen du XIXème siècle, William Jevons, qui avait noté qu’« avec le charbon, tout est facile ». Et avec le charbon, les Européens pouvaient résoudre la plupart de leurs problèmes : le charbon pouvait être utilisé à la place du bois pour fondre les métaux et fabriquer des armes. Cela a sauvé les forêts européennes (mais pas celle de l’Espagne, qui n’avait pas de charbon bon marché et dont l’empire s’effondrait lentement). Ensuite, le charbon pouvait être transformé en nourriture grâce à une technologie indirecte mais efficace. Le charbon était utilisé pour fondre le fer et produire des armes. Avec les armes, de nouvelles terres étaient conquises et leurs habitants réduits en esclavage. Les esclaves cultivaient alors des plantations et produisaient des aliments qui étaient expédiés en Europe. C’est à cette époque que les Britanniques ont pris l’habitude de prendre le thé l’après-midi : le thé, le sucre et la farine pour les gâteaux étaient tous produits dans les plantations britanniques d’outre-mer.

Et le cycle continua. La population européenne a recommencé à croître au cours du XVIIIème siècle et, à la fin du XIXème siècle, l’exploit de conquérir le monde était presque terminé. Le XXème siècle a vu la consolidation de ce que nous pouvons aujourd’hui appeler « l’Empire occidental », le terme « Occident » désignant une entité culturelle qui n’était plus seulement européenne : elle comprenait les États-Unis, l’Australie, l’Afrique du Sud et quelques autres États – y compris même des pays asiatiques tels que le Japon qui, en 1905, a gagné un espace parmi les puissances mondiales par la force des armes, battant à plates coutures une puissance européenne traditionnelle, la Russie, lors de la bataille navale de Tsushima [financée pour le Japon par des banques occidentales, NdT]. D’un point de vue militaire, l’Empire d’Occident était une réalité. Il restait à le transformer en une entité politique. Tous les empires ont besoin d’un empereur, mais l’Occident n’en avait pas, pas encore.

La phase finale de la construction de l’Empire d’Occident a eu lieu avec les deux guerres mondiales du XXème siècle. C’étaient de véritables guerres civiles pour la domination impériale, semblables aux guerres civiles de la Rome antique à l’époque de César et d’Auguste. De ces guerres, un vainqueur évident est sorti : les États-Unis. Après 1945, l’Empire avait une monnaie commune (le dollar), une langue commune (l’anglais), une capitale (Washington DC) et un empereur, le président des États-Unis. Plus que tout cela, ils s’étaient doté d’une puissante machine de propagande, celle que nous appelons aujourd’hui « fabrication du consensus ». Elle a construit un récit qui décrivait la Seconde Guerre mondiale comme un triomphe du bien contre le mal — ce dernier étant représenté par l’Allemagne nazie. Ce récit reste aujourd’hui le mythe du financement de l’Empire d’Occident. Le seul empire rival restant, l’Empire soviétique, s’est effondré en 1991, laissant l’Empire américain comme seule puissance dominante du monde. Cela aussi a été considéré comme une preuve de la bonté inhérente de l’Empire américain. C’est à cette époque que Francis Fukuyama a écrit son livre « La fin de l’histoire » (1992), décrivant correctement les événements dont il était témoin. Tout comme lorsque l’empereur Octavianus a inauguré l’âge de la « Pax Romana », ce fut le début d’un nouvel âge d’or : la « Pax Americana ».

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Hélas, l’histoire ne finit jamais et, comme je l’ai mentionné au début de cet essai, tous les empires portent en eux les graines de leurs propres destructions. Quelques décennies seulement se sont écoulées depuis l’époque où Fukuyama avait revendiqué la fin de l’histoire et la Pax Americana semble déjà terminée. La domination du monde occidental avait été basée d’abord sur le charbon, puis sur le pétrole, et maintenant on essaie de passer au gaz, mais ce sont toutes des ressources finies qui deviennent de plus en plus chères à produire. Tout comme le déclin de Rome avait suivi celui de ses mines d’or, l’Occident suit le déclin des puits qu’il contrôle. Le dollar perd son rôle de monnaie de réserve mondiale et l’Empire est menacé par un nouveau système commercial. Tout comme l’ancienne route de la soie a été un facteur de l’effondrement de l’Empire romain, l’initiative naissante de la « Nouvelle route de la soie » qui reliera l’Eurasie en une seule région commerciale pourrait donner le coup de grâce à la domination mondialisée de l’Occident.

Il est certain que l’Empire d’Occident, bien que moribond, n’est pas encore mort. Il a toujours sa merveilleuse machine de propagande qui fonctionne. La grande machine a même réussi à convaincre la plupart des gens que l’empire n’existe pas vraiment, que tout ce qu’ils voient qu’on leur fait est fait pour leur bien et que les étrangers sont affamés et bombardés avec les meilleures intentions. C’est un exploit remarquable qui rappelle quelque chose qu’un poète européen, Baudelaire, a dit il y a longtemps : « Le meilleur tour du Diable consiste à vous faire croire qu’il n’existe pas. » C’est typique de toutes les structures de devenir méchantes pendant leur déclin, cela arrive même aux êtres humains. Donc, nous vivons peut-être dans un « Empire du mensonge«  qui se détruit en essayant de construire sa propre réalité. Sauf que la vraie réalité gagne toujours.

Et nous y voilà, aujourd’hui. Tout comme l’ancien Empire romain, l’Empire d’Occident finit son cycle et le déclin a déjà commencé. Donc, à ce stade, nous pourrions risquer une sorte de jugement moral : l’Empire d’Occident était-il bon ou mauvais ? Dans un sens, tous les empires sont mauvais : ce sont généralement des organisations militaires impitoyables qui se livrent à toutes sortes de massacres, de génocides et de destructions. De l’Empire romain, on se souvient de l’extermination des Carthaginois comme exemple, mais ce n’était pas le seul. De l’Empire occidental, nous avons de nombreux exemples : le plus maléfique est peut-être le génocide des Indiens d’Amérique du Nord, mais des choses comme l’extermination de civils par le bombardement aérien des villes pendant la Deuxième Guerre mondiale étaient aussi impressionnantes. Et l’Empire (maléfique) ne semble pas avoir perdu son goût pour le génocide, du moins comme on peut le juger d’après certaines déclarations récentes de membres du gouvernement américain sur l’idée d’affamer les Iraniens.

D’autre part, il serait difficile de soutenir que les Occidentaux sont plus mauvais que les personnes appartenant à d’autres cultures. Si l’histoire nous dit quelque chose, c’est que les gens ont tendance à devenir mauvais lorsqu’ils ont la possibilité de le faire. L’Occident a créé beaucoup de bonnes choses, de la musique polyphonique à la science moderne et, durant cette dernière phase de son histoire, il mène la lutte pour maintenir la Terre en vie – une fille comme Greta Thunberg est un exemple typique du « bon Occident » par opposition au « mauvais Occident ».

Dans l’ensemble, tous les empires de l’histoire sont plus ou moins les mêmes. Ils sont comme des vagues qui s’écrasent sur une plage : certaines sont grandes, d’autres petites, certaines font des dégâts, d’autres ne font que laisser des traces sur le sable. L’Empire d’Occident a fait plus de dégâts que les autres parce qu’il était plus grand, mais il n’était pas différent. Nous devons accepter que l’univers fonctionne d’une certaine manière : jamais en douceur, toujours en montant et descendant et, souvent, en passant par des effondrements abrupts, comme l’avait noté il y a longtemps le philosophe romain Lucius Seneca. L’empire actuel étant si grand, la transition vers ce qui viendra après nous doit être plus abrupte et plus dramatique que tout ce que l’on a vu dans l’histoire auparavant. Mais, tout comme ce fut le cas pour la Rome antique, l’avenir pourrait bien être un âge plus doux et plus sain que l’âge actuel.

Ugo Bardi enseigne la chimie physique à l’Université de Florence, en Italie, et il est également membre du Club de Rome. Il s’intéresse à l’épuisement des ressources, à la modélisation de la dynamique des systèmes, aux sciences climatiques et aux énergies renouvelables.

Traduit par Hervé, relu par Marcel pour le Saker Francophone

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Le discours de Poutine sur l’état de la nation : centré sur le peuple russe et son avenir

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Le discours de Poutine sur l’état de la nation : centré sur le peuple russe et son avenir


Par Andrew Korybko 

Source news.cgtn.com

Le président Poutine s’est adressé à l’Assemblée fédérale ce 15 janvier, pour la première fois de l’année 2020, prenant de l’avance sur sa traditionnelle allocution annuelle, qui avait d’habitude lieu un peu plus tard dans l’année. Son discours sur l’état de la nation s’est presque entièrement intéressé sur l’amélioration de la qualité de vie du peuple russe, en soulignant fortement les importants impacts sociaux des projets de développement national de la Russie [National Development Projects (NDP)], et sur les moyens à employer au service de cette vision ambitieuse.

Une part importante de son discours était consacrée à l’accroissement du taux de natalité, par l’application de diverses incitations d’État, comme une augmentation des prestations sociales aux familles, en particulier celles disposant de faibles revenus. Il a également déclaré que les allocations de maternité seraient désormais versées dès le premier enfant — elles étaient jusqu’ici versées uniquement à partir du second. Poutine a répété à plusieurs reprises l’importance pour la Russie d’améliorer sa situation démographique, et a également insisté sur le fait que l’ensemble des politiques sont influencées, d’une manière ou d’une autre, par ce facteur.

Il ne s’agit pas pour les Russes de faire plus d’enfants pour la beauté du geste, mais de proposer un très haut niveau de vie aux futurs citoyens de la fédération. Pour servir cet objectif, Poutine a annoncé que l’État prodiguerait trois repas chauds et équilibrés à chaque enfant inscrit en école primaire, que des investissements de modernisation des écoles allaient être réalisés afin que les enfants disposent d’une éducation numérique leur permettant de trouver leur place dans la future économie technologique, que les salaires des enseignants allaient augmenter, et que plusieurs initiatives allaient suivre afin d’encourager les étudiants, via des changements dans les cursus, à poursuivre des carrières en matières scientifique, technologique, d’ingénierie, et mathématiques.

Des bourses d’études seront également distribuées en plus grand nombre pour ceux qui veulent poursuivre leur éducation secondaire dans ces matières. Le sujet de la santé est particulièrement important, a ajouté Poutine, et le gouvernement fera le maximum d’efforts pour améliorer également ce secteur, à la fois en poursuivant les investissements en la matière, et en coordonnant le chemin de carrière des soignants, pour qu’ils disposent d’emplois garantis dans les régions où leur présence est le plus nécessaire. Le président de Russie s’est montré particulièrement fier du fait que l’espérance de vie de son pays connaît actuellement ses plus haut niveau jamais atteint, cependant que le taux de mortalité infantile connaît son plus bas. Il a également affirmé que ces tendances positives doivent impérativement continuer de progresser à l’avenir.

Cette poussée socio-économique est fortement facilitée par deux grandes réalisations acquises au fil des années, à savoir la capacité de la Russie à se défendre pour les décennies à venir (une allusion à ses missiles hypersoniques de pointe), et le fait que son budget s’est enfin stabilisé.

Ces réussites ont permis au gouvernement de s’intéresser à la qualité de vie de ses citoyens, mais la constitution doit également être amendée pour ce faire. Comme l’a dit Poutine, le système politique et la société civile russes sont devenus assez matures pour s’offrir ces changements, nécessaires à la transformation de la Russie en État providence du XXIème siècle, à ce moment pivot.

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Parmi les suggestions qu’il a proposé d’ajouter à la discussion en vue d’une direction plus responsable, on trouve : interdire les postes de la fonction publique aux citoyens étrangers ou aux résidents à l’étranger, en vertu de raisons de sécurité ; et préciser la relation entre les différents niveaux de gouvernement, ainsi que les trois branches principales du pouvoir.

Sur ce dernier point, tout en réaffirmant la nécessité pour la Russie de rester une république présidentielle, Poutine a affirmé que l’Assemblée fédérale devrait disposer de plus grandes responsabilités dans la formation du gouvernement. Cela peut s’interpréter comme une poursuite de la tendance à déléguer les responsabilités aux représentants de l’État, et ainsi donner plus de pouvoir aux citoyens.

Dans l’ensemble, cette allocution de Poutine à l’Assemblée fédérale était beaucoup plus autocentrée que les précédentes. Cela résulte du fait que la situation internationale et économique de la Russie s’est stabilisée au point où le temps est venu de s’intéresser de près à ces sujets, pour préparer au mieux le pays à la longue période d’incertitude que le monde connaît depuis peu.

Investir dans son peuple est la bonne politique à mener, et le lancement d’une concertation nationale quant à une réforme constitutionnelle l’est également. Avec quatre années restantes comme président de la Fédération de Russie, Poutine se prépare à laisser un héritage durable qui profitera aux générations futures de la Russie.

Andrew Korybko est un analyste politique américain, établi à Moscou, spécialisé dans les relations entre la stratégie étasunienne en Afrique et en Eurasie, les nouvelles Routes de la soie chinoises, et la Guerre hybride.

Note du Saker Francophone

Difficile pour un Français de lire ce texte sans penser 
à l'héritage social du général de Gaulle aux Français, et
au rayonnement de la France dans le monde au cours des
années 1960… D'un point de vue français, si l'on
s'amuse à comparer les pays en leurs états actuels,
la population de la Russie est à peu près le double de
celle de la France ; et le PIB de la Russie est à peu
près la moitié de celui de la France. Sur le papier,
la richesse de chaque Français est donc le quadruple
de la richesse de chaque Russe. La différence est que
la France s'enlise dans une Union supranationale qui
impose des décisions de l'extérieur ne bénéficiant pas
aux Français, avec un argument que la France seule
ne ferait pas le poids dans le monde
. La trajectoire de la Russie est une preuve éclatante

de la fausseté de cet argument de propagande
même si en parité de pouvoir d'achat, la Russie
est devant la France et au niveau de l'Allemagne,
avec il est vrai un matelas de matière première
qui est une sacré sécurité.

Traduit par José Martí pour le Saker Francophone

About the New Sacred Union

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Pavel Tulaev:

About the New Sacred Union

Ex: http://www.ateney.ru

Today, many people understand that humanity has entered a qualitatively different stage of planetary development. It is associated with space cycles, the scientific and technological revolution, changes in lifestyle, etc. Internationally, this is an obvious turn from the global dictatorship of the United States, established in the 20th century, to a multipolar world. More specifically, to the growing role of Russia and the East as a whole. The regrouping of international forces makes us develop a new strategy.

Before the collapse of the USSR in 1991, the world was conditionally divided into two large parts: the capitalist West, led by the United States and NATO, as well as the communist East, headed by the Soviet Union and the Warsaw Pact. True, in addition to this, there was a rather large block of “Non-Aligned Countries”, but its existence did not cancel the confrontation of two socio-economic systems that were inherently opposite.

In the course of liberal-monetarist reforms in the spirit of “shock therapy”, Russia, which left the USSR, tried to enter the circle of Western countries, the so-called “Big Eight”. However, it soon turned out that the essence of this community was not only in favorable economic relations. Let’s think about what Western civilization is again.

Aggressive sunset civilization

From a geographical, historical and spiritual point of view, the West, figuratively speaking, is a movement from Sunrise (origin) to Sunset (degeneration).

Many of today’s European peoples have eastern roots. For example, the teachers of the Romans are Greeks and Etruscans who came from Asia Minor; Hungarians came from the Urals, Bulgarians were from Cimmeria, Poles were from Sarmatia, Croats were from Central Asia; Basques living in the far west of Europe came from the Caucasus. The origin of the Germanic tribes, in particular, the Goths and the Vandals, is also associated with Asia.

The eastern roots of Europeans are clearly visible in their ancient mythology. Where did Zeus steal the young beautiful Europe? From the Middle East. The genesis of the Olympic gods, including Zeus-Jupiter, Artemis-Diana, Apollo, Athena-Minerva, Aphrodite-Venus, indicates their Hyperborean or Aryan ancestral home. Even the Scandinavian god Odin came to the cold lands from hot Asia.

Now let’s recall where science, culture and civilization came from to Europe.

The West took almost all fundamental knowledge from the East: writing, including runic; medicine, especially esoteric; astronomy with an annual calendar; theology, including Christianity; musical theory and many instruments; many sports and recreational games, including equestrian competitions and chess. Even many technical inventions, such as wheels, fabrics, paper, metal processing, etc. are of Asian origin.

Western colonialists and their secret societies, such as Freemasonry, have learned many secrets from the spiritual treasures of India, China, Egypt, and Sumeria. Their heirs of the New Age learned to quickly borrow, buy or steal eastern discoveries, including the Russian and Slavic scientists’ ones (the periodic table, Lobachevsky’s geometry, Ladygin’s incandescent light bulb, Tesla’s electric motors, Zhukovsky’s plane, Sikorsky’s helicopter, Zvorykin’s television, USSR’s space achievements and much more).

In a word, without the classical heritage of the East and its fundamental technical inventions, the West is nothing! In this paradoxical, at first glance, phenomenon, in fact, everything is natural. After all, eastern civilization is hundreds of thousands of years old, and western civilization is several centuries old.

The United States of America, formed in 1776 from former European colonies on the territory of the autochthonous civilization of the Indians, subjects of the archaic civilization of the red race, became an absolute expression of Western civilization. In their own interests, they use the achievements of the world community, and at the same time contrast themselves to it in the spirit of the bloodthirsty Old Testament.

One state, even such a superpower as the United States, can resist the whole world only with the help of weapons and political pressure. For this role of the world gendarme, the American hawks created a well-designed and extensive system of the New World Order (NMP), led by the aforementioned North Atlantic Treaty Organization (NATO).

This system governs America and its partners through a network of latent, that is, behind-the-scenes organizations, totaling more than 500. The most famous of them are the Bilderberg Club, the Tripartite Commission, the Council on Foreign Relations, the Pilgrims Society, “Skull and Bones”, the Federal Reserve, other Masonic and Zionist organizations. One of the main centers of NWO (New World Order) is located in the UK, or rather, in the City, the financial and business center of London, and others are in New York, Brussels, and Tel Aviv.

Directly or indirectly, thousands of NWO leaders conduct the main brain centers, foundations, banks, the media, universities, all major corporations and political parties in the United States. The influence of this coordinating power of the “world behind the scenes” on international events is obvious. Judge for yourself.

Modern Europe is a protectorate of the USA. NATO bases are located not only in Germany occupied in 1945, but in almost all EU countries. Atlantists surround our mainland with a network of military bases and red flags of local conflicts under the pretext of a hypothetical threat to their national security.

Why is Mongoloid Japan, located in the Pacific Ocean in the Far East, considered a part of «Western civilization»? Because the United States first bombed it, then subjugated it, and finally colonized it. In terms of NATO’s Pacific strategy, the “Land of the Rising Sun” is their western carrier.

Why is Belarus, absolutely European in its racial and cultural origin, considered “anti-Western” and has now become the vanguard of the forces of Eurasia? Because it is a strong ally of Russia and is not economically dependent on the EU.

The United States is particularly afraid of the unification of Europe and Russia, as this will lead to the dissolution of the Atlantic alliance and a sharp weakening of North America’s international position. Therefore, the Yankees and their agents are struggling to drive a wedge between two parts of a single continent, artificially creating a buffer zone — from the Baltic Sea to the Black Sea.

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Pavel Tulaev

It is in this context that one should understand the modern war in Ukraine, which is forcibly drawn into the EU and NATO. In terms of strategy, the NOW is a local conflict in the global scenario. Indeed, by and large, the fundamental contradictions between thalassocracy (America) and tellurocracy (Eurasia) will be resolved not in the trenches of the Ukrainian steppes, but in other spaces: space, information, technology. They are part of the world war for leadership and dominance in key areas of human activity.

Eastern alternative

What can we contrast the conscious strategy of the West to weaken Russia and the split of Eurasia?

In addition to the national Russian doctrine that protects our ethnic and cultural identity, as well as the strategic interests of the indigenous peoples of the Russian Federation, there are several large geopolitical projects supported by relevant ideologies and political programs. The most famous are Eurasian and Slavic. In some ways, they mutually complement each other, in some ways they are opposite.

The essence of Slavophilism is patrimonial logic. The main thing here is the subject with his genetic, racial, religious and social qualities. The ethics of Slavophilism is based on the cult of ancestors. For a pan-Slavist, blood is higher than the soil, since the Slav, be it Russian, Pole, Belorussian, Czech, he remains in Europe, America, Asia and Africa as a Slav, the bearer of his ethno-forming qualities.

Slavs are a large family of peoples. It forms the basis of about two dozen states with a total population of more than 300 million people. Slavs of Russian origin predominantly profess Orthodoxy, preserving for centuries their confessional and linguistic identity, in particular Cyrillic writing.

Eurasianism proceeds from the territorial community of the population of various ethnic and even racial origin. Here, Belarus and Kazakh, Lithuanian and Tatar, Russian and Mongol are equivalent. The fundamental principle of Eurasianism is soil above blood. Eurasians recognize the differences, but do not give them a fundamental character. The racial approach is unacceptable to them. Religious — secondary. For example, an Orthodox Chinese speaking Russian can well be an ideological Eurasian.

The extreme forms of these two ideologies — racial pan-Slavism and continental internationalism — clash in the political struggle. This is due to historical reality, which is much more complicated than simplified schemes.

The ancestors of the Slavs (Wends,Venets), along with the Celts, made up a significant part of the pre-Christian population of Europe. Serbs settled next to them, including on the Baltic coast, where Germany is now.

The primordial Russia of the Varangian era, which included the ethnic elements of the Slavs, Balts, Finns and Ugrians, was also originally a Caucasian race with a significant part of the Nordic blood. As a result of ethnogenesis, expansion and colonization, the Russian people united various Slavic and European tribes related to them.

As the Russian lands expanded south and east, the Slavic-speaking superethnos began to include more and more Asian elements. For example, Don Cossacks combine Slavic-Aryan, Turan and Dinar features.

The Russian Federation today includes more than 190 different ethnic groups. Most of them are of non-Slavic, or rather, not Caucasian origin, although about 80% of the population considers themselves Russian. According to modern genetics, the Great Russians predominantly remain Caucasians, but in large cities and on the outskirts there is a rapid mixing with other racial types.

That is why for Russian people the ideology of Slavophilism is more understandable, while Eurasianism is closer to national minorities. For Tatars and Caucasians, pan-Slavism is as far away as pan-Turkism and pan-Mongolism are for us.

Our choice

What to do in this difficult, very controversial situation? The main thing, in my opinion, is to avoid extremes, i.e. not to bring Slavophilism to a utopia of pan-Slavism and clash with political Eurasianism.

A model is needed that combines the most constructive elements of both ideologies. And only the third idea that goes beyond blood and soil can unite them.

From the point of view of patrimonial logic, it would be advisable to unite Russia and Europe into the strategic block Euro-Russia as the core of a wider continental alliance. After all, the metahistorical role of Russia is not only the connection between East and West. It is the Heart of the Continent, its mystical center, the axis of its historical Destiny.

However, in the current situation, when another armed conflict is unleashed in the center of our continent, in the center of the Slavic world, the implementation of the Euro-Russian project is very difficult. In this regard, it is desirable to create a new Holy Alliance of all forces opposing the deadly aggression of the West.

It is in this direction that the CSTO (Collective Security Treaty Organization) and BRICS (Brazil, Russia, India, China and the Republic of South Africa) develop their strategies, which Iran and Turkey want to join.

As we can see, the anti-Western alternative of the 21st century does not geopolitically repeat the alliance of the three emperors of the 19th century or the Warsaw Pact of the Soviet era. We are witnesses of a new turn of history to the East.

Remember the famous metaphor of how Emperor Peter the Great, with his Westernist reforms, allegedly “cut a window into Europe,” which was in fact the ancestral home of Russia. Compared to him, President Putin is an analogue of Prince Alexander Nevsky, who made the Eastern choice. After all, Asia has always been of great importance for Russia, so it is quite reasonable to turn to face it.

Since the challenge on the part of the United States is global, the answer must be global. All peoples of goodwill, both Nordic and Mardi, both European and Asian, must unite against the ubiquitous gangster, funded by international bankers.

Under these conditions, our common strategy is a peaceful offensive of the forces of Good against the demons of Evil. This is, first of all, the spiritual, Royal Way of self-improvement, where there is a place for every worthy inhabitant of the Earth. Everyone has what to do and what to say.

We are not opposing the Americans or the Anglo-Saxons, but against the deadly Western civilization as such, against the degeneration of people growing under the influence of the West, against the degradation of European culture and the violation of social laws at the national and international level. We are for freedom, for a dignified life, for justice and order. For the right to an original path of development of all peoples, including residents of the Western Hemisphere.

The USA itself needs a “new way of thinking” and a “perestroika”, as the USSR used to be. The revolution in America will help to save it from complete collapse, ruin and humiliation, and, in the end, find a worthy place in a changing world. We know that in the West there are many thinkers and politicians who understand the need for radical changes.

Our ultimate goal is not a struggle for political power and any terrestrial territories, but the birth of a new person, a new race of people, which will be based on the principles of spiritual creativity and the ideals of holiness. The man of the future will transform not only his flesh, but also the world around him.

Only the blind do not see the East again excitingly grow red. «The Golden Eos with purple fingers got up from the darkness». Rejoice, behold, and salute the beautiful Queen Dawn.

Moscow, 2018.

samedi, 18 janvier 2020

The Roots of American Demonization of Shi’a Islam

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The Roots of American Demonization of Shi’a Islam
 

The US targeted assassination, via drone strike, of Maj. Gen. Qassem Soleimani, apart from a torrent of crucial geopolitical ramifications, once again propels to center stage a quite inconvenient truth: the congenital incapacity of so-called US elites to even attempt to understand Shi’ism – thus 24/7 demonization, demeaning not only Shi’as by also Shi’a-led governments.

Washington had been deploying a Long War even before the concept was popularized by the Pentagon in 2001, immediately after 9/11: it’s a Long War against Iran. It started via the coup against the democratically elected government of Mosaddegh in 1953, replaced by the Shah’s dictatorship. The whole process was turbo-charged over 40 years ago when the Islamic Revolution smashed those good old Cold War days when the Shah reigned as the privileged American “gendarme of the (Persian) Gulf”.

Yet this extends far beyond geopolitics. There is absolutely no way whatsoever for anyone to be capable of grasping the complexities and popular appeal of Shi’ism without some serious academic research, complemented with visits to selected sacred sites across Southwest Asia: Najaf, Karbala, Mashhad, Qom and the Sayyida Zeinab shrine near Damascus. Personally, I have traveled this road of knowledge since the late 1990s – and I still remain just a humble student.

In the spirit of a first approach – to start an informed East-West debate on a crucial cultural issue totally sidelined in the West or drowned by tsunamis of propaganda, I initially asked three outstanding scholars for their first impressions.

They are: Prof. Mohammad Marandi, of the University of Tehran, expert on Orientalism; Arash Najaf-Zadeh, who writes under the nom de guerre Blake Archer Williams and who is an expert on Shi’a theology; and the extraordinary Princess Vittoria Alliata (photo hereunder) from Sicily, top Italian Islamologist and author, among others, of books such as the mesmerizing Harem – which details her travels across Arab lands.

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Two weeks ago, I was a guest of Princess Vittoria at Villa Valguarnera in Sicily. We were immersed in a long, engrossing geopolitical discussion – of which one of the key themes was US-Iran – only a few hours before a drone strike at Baghdad airport killed the two foremost Shi’a fighters in the real war on terror against ISIS/Daesh and al-Qaeda/al-Nusra: Iranian Maj. Gen. Qassem Soleimani and Iraqi Hashd al-Shaabi second-in-command Abu Mahdi al-Muhandis.

Martyrdom vs. cultural relativism

Prof. Marandi offers a synthetic explanation: “The American irrational hatred of Shi’ism stems from its strong sense of resisting injustice – the story of Karbala and Imam Hussein and the Shi’a stress on protecting the oppressed, defending the oppressed and standing up against the oppressor. That is something that the United States and the hegemonic Western powers simply cannot tolerate.”

Blake Archer Williams sent me a reply that has now been published as a stand-alone piece. This passage, extending on the power of the sacred, clearly underlines the abyss separating the Shi’a notion of martyrdom from Western cultural relativism:

“There is nothing more glorious for a Moslem than attaining to martyrdom while fighting in the Way of God. General Qāsem Soleymānī fought for many years for the objective of waking the Iraqi people up to the point where they would want to take the helm of the destiny of their own country in their own hands. The vote of the Iraqi parliament showed that his objective has been achieved. His body was taken away from us, but his spirit was amplified a thousand fold, and his martyrdom has ensured that shards of its blessed light will be embedded in the hearts and minds of every Moslem man, woman, and child, inoculating them all from the zombie-cancer of the Satanic Novus Ordo Seclorum cultural relativists.”

[a point of contention: Novus Ordo Seclorum, or Saeculorum, means “new order of the ages”, and derives from a famous poem by Virgil which, in the Middle Ages, was regarded by Christians as a prophecy of the coming of Christ. To this point, Williams responded that “while that etymological sense of the phrase is true and still stands, the phrase was hijacked by one George Bush The Younger as representative of the New Worldly Order globalist cabal, and it is in this sense that is currently predominant.”]

Enslaved by Wahhabism

Princess Vittoria would rather frame the debate around the unquestioning American attitude towards Wahhabism: “I do not think all this has anything to do with hating Shi’ism or ignoring it. After all the Aga Khan is super embedded in US security, a sort of Dalai Lama of the Islamic world. I believe the satanic influence is from Wahhabism, and the Saudi family, who are much more heretic than the Shi’a to all Sunnis of the world, but have been the only contact to Islam for the US rulers. The Saudis have paid for most of the murders and wars by the Islamic Brothers first, then by the other forms of Salafism, all of them invented on a Wahhabi base.”

So, for Princess Vittoria, “I would not try so much to explain Shi’ism, but to explain Wahhabism and its devastating consequences: it has given birth to all extremisms as well as to revisionism, atheism, destruction of shrines and Sufi leaders all over the Islamic world. And of course Wahhabism is so close to Zionism. There are even researchers who have come up with documents which seem to prove that the House of Saud is a Dunmeh tribe of converted Jews expelled from Medina by the Prophet after they tried to murder him despite having signed a peace treaty.”

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Princess Vittoria also emphasizes the fact that “ the Iranian revolution and Shi’a groups in the Middle East are today the only successful force of resistance to the US, and that causes them to be hated more than others. But only after all other Sunni opponents had been disposed of, killed, terrified (just think of Algeria, but there are dozens of other examples) or corrupted. This is of course not only my position, but that of most Islamologists today.”

The profane against the sacred

Knowing of Williams’ immense knowledge of Shi’a theology, and his expertise in Western philosophy, I prodded him to, literally, “go for the jugular”. And he delivered: “The question as to why American politicians are incapable of understanding Shi’a Islam (or Islam in general for that matter) is a simple one: unrestrained neoliberal capitalism engenders oligarchy, and the oligarchs “select” candidates that represent their interests before they are “elected” by the ignorant masses. Populist exceptions such as Trump occasionally slip through (or don’t, as in the case of Ross Perot, who pulled out under duress), but even Trump is then controlled by the oligarchs through threats of impeachment, etc. So the role of the politician in democracies seems not to be to try to understand anything but simply carry out the agenda of the elites who own them.”

Williams’ “go for the jugular” response is a long, complex essay that I’d like to publish in full only when our debate gets deeper – along with possible refutations. To summarize it, he outlines and discusses the two main tendencies in Western philosophy: dogmatists vs. skeptics; details how “the holy trinity of the ancient world were in fact the second wave of the dogmatists, trying to save the Greek city states and the Greek world more generally from the decadence of the Sophists”; delves into the “the third wave of skepticism”, which started with the Renaissance and peaked in the 17th century with Montaigne and Descartes; and then draws connections “to Shi’a Islam and the failure of the West to understand it.”

And that leads him to “the heart of the matter”: “A third option, and a third intellectual stream over and above the dogmatists and the skeptics, and that is the tradition of the traditional (as opposed to the philosophical) Shī’a scholars of religion.”

Now compare it with the last push of the skeptics, “as Descartes himself admits, by the ‘daemon’ which came to him in his dreams and which resulted in his writing his Discourse on the Method (1637) and Meditations on First Philosophy (1641). The West is still reeling from the blow, and it would seem has decided to put away its stilts of reason and the senses (which Kant tried in vain to reconcile, making things a thousand times worse and more convoluted and discombobulated), and just wallow in the self-congratulatory form of irrationalism known as post-modernism, which should rightly be called ultra-modernism or hyper-modernism as it is no less rooted in the Cartesian ‘Subjective Turn’ and the Kantian ‘Copernican Revolution’ than are the early moderns and the moderns proper.”

To summarize a quite complex juxtaposition, “what all this means is that the two civilizations have two utterly different views of what the world order should be. Iran believes that the order of the world should be what it has always been and actually is in reality, whether we like it or not, or whether we even believe in reality or not (as some in the West are wont not to do). And the secularized West believes in

a new worldly (as opposed to other-worldly or divine) order. And so it is not so much a clash of civilizations as it is a clash of the profane against the sacred, with profane elements in both civilizations arrayed against the sacred forces in both civilizations. It is the clash of the sacred order of justice versus the profane order of the exploitation of man at the hands of his fellow man; of the profaning of God’s justice for the (short-term or this-worldly) benefit of the rebels against God’s justice.”

Dorian Gray revisited

Williams does provide a concrete example to illustrate these abstract concepts: “The problem is that while everyone knows that the 19th and 20th century exploitation of the third world by Western powers was unjust and immoral, this same exploitation continues today. The continuation of this outrageous injustice is the ultimate basis for the differences that exist between Iran and the United States, which will ineluctably continue as long as the US insists on its exploitative practices and as long as it continues to protect its protectorate governments, who only survive against the overwhelming will of the people they rule because of the bullying presence of the US forces that are propping them up in order for them to continue to serve their interests rather than the interests of their peoples. It is a spiritual war for the establishment of justice and autonomy in the third world. The West can continue to look good in its own eyes because it controls the reality studio (of world discourse), but its real image is plain for all to see, even though the West continues to see itself as Dorian Gray did in Oscar Wilde’s only novel, as a young and handsome person whose sins were only reflected in his portrait. Thus the portrait reflects the reality which the third world sees every day, whereas the Western Dorian Gray sees himself as he is portrayed by the CNN’s and the BBC’s and the New York Times’s of the world.”

31Xv3LBYFmL.jpg“Western imperialism in Western Asia is usually symbolized by Napoleon Bonaparte’s war against the Ottomans in Egypt and Syria (1798–1801). Ever since the beginning of the 19th century, the West has been sucking on the jugular vein of the Moslem body politic like a veritable vampire whose thirst for Moslem blood is never sated and who refused to let go. Since 1979, Iran, which has always played the role of the intellectual leader of the Islamic world, has risen up to put a stop to this outrage against God’s law and will, and against all decency. So it is a process of revisioning a false and distorted vision of reality back to what reality actually is and should be: a just order. But this revisioning is hampered both by the fact that the vampires control the reality studio, and the ineptitude of Moslem intellectuals and their failure to understand even the rudiments of the history of Western thought, be this in its ancient, medieval, or modern period.”

Is there a chance to smash the reality studio? Possibly: “What needs to happen is for world consciousness to shift from the paradigm wherein people believe a maniac like Pompeo and a buffoon like Trump represent the paragon of normality, to a paradigm where people believe that Pompeo and Trump are just a couple of gangsters who go about doing whatever they please, no matter how disgusting and depraved, with almost complete and utter impunity. And that is a process of revisioning, and a process of awakening to a new and higher state of political consciousness. It is a process of rejecting the discourse of the dominant paradigm and of joining the Axis of Resistance, whose military leader was the martyr General Qāsem Soleymānī. Not least, it involves a rejection of the absurdity of the relativity of truth (and the relativity of time and space, for that matter; sorry, Einstein); and the abandonment of the absurd and nihilistic philosophy of humanism, and the awakening to the reality that there is a Creator, and that He is actually in charge. But of course, all this is too much for the oh-so-enlightened modern mentality, who knows better.”

There you go. And this is just the beginning. Input and refutations welcomed. Calling all informed souls: the debate is on.

 

11:27 Publié dans Actualité, Islam | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, islam, chiisme, iran, politique internationale | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

Battle of the Ages to Stop Eurasian Integration

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Battle of the Ages to Stop Eurasian Integration
 
Coming decade could see the US take on Russia, China and Iran over the New Silk Road connection

Ex: https://www.unz.com

Iranian seamen salute the Russian Navy frigate Yaroslav Mudry while moored at Chabahar on the Gulf of Oman during Iran-Russia-China joint naval drills. The photo was provided by the Iranian Army office on December 27, 2019. Photo: AFP / HO / Iranian Army office

The Raging Twenties started with a bang with the targeted assassination of Iran’s General Qasem Soleimani.

Yet a bigger bang awaits us throughout the decade: the myriad declinations of the New Great Game in Eurasia, which pits the US against Russia, China and Iran, the three major nodes of Eurasia integration.

Every game-changing act in geopolitics and geoeconomics in the coming decade will have to be analyzed in connection to this epic clash.

The Deep State and crucial sectors of the US ruling class are absolutely terrified that China is already outpacing the “indispensable nation” economically and that Russia has outpaced it militarily. The Pentagon officially designates the three Eurasian nodes as “threats.”

Hybrid War techniques – carrying inbuilt 24/7 demonization – will proliferate with the aim of containing China’s “threat,” Russian “aggression” and Iran’s “sponsorship of terrorism.” The myth of the “free market” will continue to drown under the imposition of a barrage of illegal sanctions, euphemistically defined as new trade “rules.”

Yet that will be hardly enough to derail the Russia-China strategic partnership. To unlock the deeper meaning of this partnership, we need to understand that Beijing defines it as rolling towards a “new era.” That implies strategic long-term planning – with the key date being 2049, the centennial of New China.

The horizon for the multiple projects of the Belt and Road Initiative – as in the China-driven New Silk Roads – is indeed the 2040s, when Beijing expects to have fully woven a new, multipolar paradigm of sovereign nations/partners across Eurasia and beyond, all connected by an interlocking maze of belts and roads.

The Russian project – Greater Eurasia – somewhat mirrors Belt & Road and will be integrated with it. Belt & Road, the Eurasia Economic Union, the Shanghai Cooperation Organization and the Asia Infrastructure Investment Bank are all converging towards the same vision.

Realpolitik

So this “new era”, as defined by the Chinese, relies heavily on close Russia-China coordination, in every sector. Made in China 2025 is encompassing a series of techno/scientific breakthroughs. At the same time, Russia has established itself as an unparalleled technological resource for weapons and systems that the Chinese still cannot match.

At the latest BRICS summit in Brasilia, President Xi Jinping told Vladimir Putin that “the current international situation with rising instability and uncertainty urge China and Russia to establish closer strategic coordination.” Putin’s response: “Under the current situation, the two sides should continue to maintain close strategic communication.”

Russia is showing China how the West respects realpolitik power in any form, and Beijing is finally starting to use theirs. The result is that after five centuries of Western domination – which, incidentally, led to the decline of the Ancient Silk Roads – the Heartland is back, with a bang, asserting its preeminence.

On a personal note, my travels these past two years, from West Asia to Central Asia, and my conversations these past two months with analysts in Nur-Sultan, Moscow and Italy, have allowed me to get deeper into the intricacies of what sharp minds define as the Double Helix. We are all aware of the immense challenges ahead – while barely managing to track the stunning re-emergence of the Heartland in real-time.

In soft power terms, the sterling role of Russian diplomacy will become even more paramount – backed up by a Ministry of Defense led by Sergei Shoigu, a Tuvan from Siberia, and an intel arm that is capable of constructive dialogue with everybody: India/Pakistan, North/South Korea, Iran/Saudi Arabia, Afghanistan.

This apparatus does smooth (complex) geopolitical issues over in a manner that still eludes Beijing.

In parallel, virtually the whole Asia-Pacific – from the Eastern Mediterranean to the Indian Ocean – now takes into full consideration Russia-China as a counter-force to US naval and financial overreach.

514BiChCuYL.jpgStakes in Southwest Asia

The targeted assassination of Soleimani, for all its long-term fallout, is just one move in the Southwest Asia chessboard. What’s ultimately at stake is a macro geoeconomic prize: a land bridge from the Persian Gulf to the Eastern Mediterranean.

Last summer, an Iran-Iraq-Syria trilateral established that “the goal of negotiations is to activate the Iranian-Iraqi-Syria load and transport corridor as part of a wider plan for reviving the Silk Road.”

There could not be a more strategic connectivity corridor, capable of simultaneously interlinking with the International North-South Transportation Corridor; the Iran-Central Asia-China connection all the way to the Pacific; and projecting Latakia towards the Mediterranean and the Atlantic.

What’s on the horizon is, in fact, a sub-sect of Belt & Road in Southwest Asia. Iran is a key node of Belt & Road; China will be heavily involved in the rebuilding of Syria; and Beijing-Baghdad signed multiple deals and set up an Iraqi-Chinese Reconstruction Fund (income from 300,000 barrels of oil a day in exchange for Chinese credit for Chinese companies rebuilding Iraqi infrastructure).

A quick look at the map reveals the “secret” of the US refusing to pack up and leave Iraq, as demanded by the Iraqi Parliament and Prime Minister: to prevent the emergence of this corridor by any means necessary. Especially when we see that all the roads that China is building across Central Asia – I navigated many of them in November and December – ultimately link China with Iran.

The final objective: to unite Shanghai to the Eastern Mediterranean – overland, across the Heartland.

As much as Gwadar port in the Arabian Sea is an essential node of the China-Pakistan Economic Corridor, and part of China’s multi-pronged “escape from Malacca” strategy, India also courted Iran to match Gwadar via the port of Chabahar in the Gulf of Oman.

So as much as Beijing wants to connect the Arabian Sea with Xinjiang, via the economic corridor, India wants to connect with Afghanistan and Central Asia via Iran.

Yet India’s investments in Chabahar may come to nothing, with New Delhi still mulling whether to become an active part of the US “Indo-Pacific” strategy, which would imply dropping Tehran.

The Russia-China-Iran joint naval exercise in late December, starting exactly from Chabahar, was a timely wake-up for New Delhi. India simply cannot afford to ignore Iran and end up losing its key connectivity node, Chabahar.

The immutable fact: everyone needs and wants Iran connectivity. For obvious reasons, since the Persian empire, this is the privileged hub for all Central Asian trade routes.

On top of it, Iran for China is a matter of national security. China is heavily invested in Iran’s energy industry. All bilateral trade will be settled in yuan or in a basket of currencies bypassing the US dollar.

US neocons, meanwhile, still dream of what the Cheney regime was aiming at in the past decade: regime change in Iran leading to the US dominating the Caspian Sea as a springboard to Central Asia, only one step away from Xinjiang and weaponization of anti-China sentiment. It could be seen as a New Silk Road in reverse to disrupt the Chinese vision.

Battle of the Ages

A new book, The Impact of China’s Belt and Road Initiative, by Jeremy Garlick of the University of Economics in Prague, carries the merit of admitting that, “making sense” of Belt & Road “is extremely difficult.”

41yxxAul9TL._AC_UL436_.jpgThis is an extremely serious attempt to theorize Belt & Road’s immense complexity – especially considering China’s flexible, syncretic approach to policymaking, quite bewildering for Westerners. To reach his goal, Garlick gets into Tang Shiping’s social evolution paradigm, delves into neo-Gramscian hegemony, and dissects the concept of “offensive mercantilism” – all that as part of an effort in “complex eclecticism.”

The contrast with the pedestrian Belt & Road demonization narrative emanating from US “analysts” is glaring. The book tackles in detail the multifaceted nature of Belt & Road’s trans-regionalism as an evolving, organic process.

Imperial policymakers won’t bother to understand how and why Belt & Road is setting a new global paradigm. The NATO summit in London last month offered a few pointers. NATO uncritically adopted three US priorities: even more aggressive policy towards Russia; containment of China (including military surveillance); and militarization of space – a spin-off from the 2002 Full Spectrum Dominance doctrine.

So NATO will be drawn into the “Indo-Pacific” strategy – which means containment of China. And as NATO is the EU’s weaponized arm, that implies the US interfering on how Europe does business with China – at every level.

Retired US Army Colonel Lawrence Wilkerson, Colin Powell’s chief of staff from 2001 to 2005, cuts to the chase: “America exists today to make war. How else do we interpret 19 straight years of war and no end in sight? It’s part of who we are. It’s part of what the American Empire is. We are going to lie, cheat and steal, as Pompeo is doing right now, as Trump is doing right now, as Esper is doing right now … and a host of other members of my political party, the Republicans, are doing right now. We are going to lie, cheat and steal to do whatever it is we have to do to continue this war complex. That’s the truth of it. And that’s the agony of it.”

Moscow, Beijing and Tehran are fully aware of the stakes. Diplomats and analysts are working on the trend, for the trio, to evolve a concerted effort to protect one another from all forms of hybrid war – sanctions included – launched against each of them.

For the US, this is indeed an existential battle – against the whole Eurasia integration process, the New Silk Roads, the Russia-China strategic partnership, those Russian hypersonic weapons mixed with supple diplomacy, the profound disgust and revolt against US policies all across the Global South, the nearly inevitable collapse of the US dollar. What’s certain is that the Empire won’t go quietly into the night. We should all be ready for the battle of the ages.

(Republished from Asia Times by permission of author or representative)

“Qu’est-ce que le réalisme politique ?”

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“Qu’est-ce que le réalisme politique ?”

par Arnaud Imatz

Introduction d’Arnaud Imatz au livre de Dalmacio Negro Pavón, La loi de fer de l’oligarchie. Pourquoi le gouvernement du peuple par le peuple pour le peuple est un leurre, L’Artilleur / Toucan, 2019.

Oligarchie.jpgSourcé et documenté, mais en même temps décapant sans concessions et affranchi de tous les  conventionnalismes, ce livre atypique sort résolument des sentiers battus de l’histoire des idées politiques. Son auteur, Dalmacio Negro Pavón, politologue renommé dans le monde hispanique, est au nombre de ceux qui incarnent le mieux la tradition académique européenne, celle d’une époque où le politiquement correct n’avait pas encore fait ses ravages, et où la majorité des universitaires adhéraient avec conviction, – et non par opportunisme comme si souvent aujourd’hui -, aux valeurs scientifiques de rigueur, de probité et d’intégrité. Que nous dit-il ? Résumons-le en  puisant largement dans ses analyses, ses propos et ses termes:

Historiquement, le monde n’a pas connu d’autre forme de gouvernement que celle du petit nombre (la minorité dirigeante), et tout gouvernement a besoin de l’appui de l’opinion. Il n’y a pas de communauté politique sans hiérarchie ; pas de hiérarchie sans organisation, pas d’organisation sociale qui ne se concrétise sans la direction d’un petit nombre. C’est ce qu’on appelle la loi de fer de l’oligarchie. Derrière toutes les formes de gouvernement connues (monarchie, aristocratie, démocratie – selon la classification classique -, démocratie et dictature – selon la classification moderne), il n’y a qu’une minorité qui domine l’immense majorité. Les multiples variantes possibles dépendent du mode de rénovation de cette minorité et des limites et contrôles auxquels cette minorité se soumet dans l’exercice du pouvoir. Les positions oligarchiques ne sont jamais disputées par les masses ; ce sont les différentes factions de la classe politique qui se les disputent. Les gouvernés n’interviennent pas dans ce litige permanent si ce n’est comme vivier des nouveaux aspirants au pouvoir, comme vivier des nouvelles élites. Les gouvernés sont des spectateurs, parfois des animateurs, rarement des arbitres.

Lorsqu’une oligarchie est discréditée, elle est invariablement remplacée par une autre en quête de prestige, c’est-à-dire de légitimité d’exercice, prête s’il le faut à utiliser la démagogie. La souveraineté populaire est un mythe qui permet aux oligarques tous les abus et toutes les arnaques imaginables.L’utopiste qui rêve qu’il est possible d’éliminer l’égoïsme en politique et de fonder un système politique sur la seule moralité n’atteint pas la cible, pas plus d’ailleurs que le réaliste qui croit que l’altruisme est une illusion et que toute action politique est basée sur l’égoïsme. En dehors des éternels naïfs, le consensus politique – expression collective de la loyauté de la classe politique envers elle-même -, ne trompe que ceux qui veulent se tromper eux-mêmes, par convenance personnelle ou pour obtenir quelques faveurs. Les problèmes politiques ne peuvent pas être résolus définitivement. En politique il n’y a de place que pour le compromis.

Que dire de la démocratie en Europe ? Elle est moins une religion qu’une superstition, un substitut, un succédané ou une apparence de foi, qui est née des religions de la politique. Elle est, « une hypocrisie organisée » disait Schumpeter, elle se réduit à l’opportunité que les oligarchies partitocratiques  offrent aux gouvernés de se prononcer périodiquement sur une option, généralement limitée, après avoir procédé à une grande opération d’information ou de marketing auprès de l’opinion publique.

Cela dit, et malgré tout, il semble qu’une grande partie du peuple soit de plus en plus consciente de l’existence de la loi de fer de  l’oligarchie. Mais à l’inverse, de plus en plus craintive, l’oligarchie resserre au maximum les vis qui assujettissent le demos au singulier supermarché qu’est l’État des partis. On sait les réactions d’hostilité, de mépris et de peur que suscitent les mouvements populistes et les rébellions populaires du genre « Gilets jaunes » dans  la quasi-totalité de l’establishment[1] européen.

dalmacio-negro.jpgUne révolution a besoin de dirigeants, mais l’étatisme a infantilisé la conscience des Européens. Celle-ci a subi une telle contagion que l’émergence de véritables dirigeants est devenue quasiment impossible et que lorsqu’elle se produit, la méfiance empêche de les suivre. Mieux vaut donc, une fois parvenu à ce stade, faire confiance au hasard, à l’ennui ou à l’humour, autant de forces historiques majeures, auxquelles on n’accorde pas suffisamment d’attention parce qu’elles sont cachées derrière le paravent de l’enthousiasme progressiste.

Les analyses, les interrogations et les propos sévères, souvent même très corrosifs, de Negro Pavón ne risquent guère de lui faire des amis parmi le petit nombre des détenteurs du pouvoir, ni parmi leurs soutiens souvent serviles du monde politique, économique et médiatico-culturel, mais de cela il n’en a cure Anciennement professeur d’histoire des idées politiques à l’Université Complutense de Madrid, actuellement professeur émérite de science politique à l’Université San Pablo de Madrid, membre de l’Académie royale des sciences morales et politiques, auteur d’une bonne vingtaine de livres[2] et de plusieurs centaines d’articles, il n’a plus rien à prouver. Fin connaisseur de la pensée politique européenne classique et moderne, excellent polyglotte, lecteur invétéré de tous les grands auteurs européens[3] et américains, il nous convie à un remarquable parcours à travers l’histoire de la politique occidentale en même temps qu’il nous donne un diagnostic lucide et pénétrant de la réalité de l’Europe et de l’Occident actuels.

Pavón se rattache ouvertement à l’École du réalisme politique. Il n’est donc pas inutile, avant de lui céder la plume, de rappeler à grands traits ce qu’est cette École de pensée si souvent objet de malentendus, de tergiversations et de caricatures. Qu’entend-on par réalisme politique ou par tradition de pensée machiavélienne (et non machiavélique) de la politique ? Avant de répondre, il nous faut mentionner l’habituel argumentaire dépréciatif de ses adversaires. Le réalisme serait selon eux le culte de l’époque, une idéologie manichéenne, pragmatique, opportuniste, fataliste et désespérante, une idéologie de dominants, de chantres du conformisme, qui fait de l’instant une fin, qui considère le présent indépassable, qui refuse de penser le changement et l’avenir. Mais ce réquisitoire, aujourd’hui si répandu, n’est somme toute qu’une illustration de plus des méfaits de l’enfumage idéologique. Il n’est pas sans rappeler l’Anti-Machiavel du despote éclairé (ou obscur) Frédéric II, qui avait été écrit pour séduire et abuser l’Europe des philosophes. Comme disait l’annonce des films de fiction de ma jeunesse: « toute ressemblance avec des situations réelles existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite ». Nous le verrons, le réalisme politique est au contraire une méthode d’analyse et de critique complète, intense et radicale de tout pouvoir constitué.

À proprement parler, le réalisme politique n’est ni une école homogène, ni une famille intellectuelle unitaire. C’est seulement un habitus, une disposition d’esprit, un point de vue d’étude ou de recherche qui vise à éclairer les règles que suit la politique[4]. Ce n’est pas la défense du statu quo, la défense de l’ordre établi ou la doctrine qui justifie la situation des hommes au pouvoir comme le prétendent faussement ses adversaires. Le réalisme politique part de l’évidence des faits, mais il ne se rend pas devant eux. Il ne se désintéresse pas des fins dernières et se distingue en cela du pseudo-réalisme de type cynique qui réduit la politique à la seule volonté de puissance, au règne et au culte de la force à l’état pur. Le réaliste politique authentique est un homme avec des principes, une morale, une profonde conscience des devoirs et des responsabilités de l’action politique. La prudence, la sagesse, l’équilibre, le sens de la responsabilité et la fermeté de caractère sont les clefs de sa pensée.

978847209552.JPGLe réaliste authentique affirme que la finalité propre à la politique est le bien commun, mais il reconnait la nécessité vitale des finalités non politiques(le bonheur et la justice). La politique est selon lui au service de l’homme. La mission de la politique n’est pas de changer l’homme ou de le rendre meilleur (ce qui est le chemin des totalitarismes), mais d’organiser les conditions de la coexistence humaine, de mettre en forme la collectivité, d’assurer la concorde intérieure et la sécurité extérieure. Voilà pourquoi les conflits doivent être, selon lui, canalisés, réglementés, institutionnalisés et autant que possible résolus sans violence.

Dalmacio Negro Pavón aborde avec rigueur chacune des idées du réalisme politique[5]. Les deux principales se retrouvent dans les titres des deux premiers essais de son livre : La loi de fer de l’oligarchie, loi immanente à la politique et Démystifier la démocratie. Il complète ensuite ces deux essais par un texte plus bref Sur la théologie politique dominante qui porte sur la question théologico-politique, ou si l’on préfère sur les causes existentielles et spirituelles de la situation actuelle, tout particulièrement sur l’importance de l’influence des hérésies théologiques sur la pensée et les attitudes politiques modernes. On pourrait classer l’ensemble des idées de son livre dans l’ordre suivant :

Première idée : le caractère inévitable de l’oligarchie et de la division gouvernants-gouvernés. C’est la fameuse loi d’airain, de bronze ou de fer de l’oligarchie, formulée par Robert Michels. Selon les régimes et les sociétés, nous l’avons dit, la circulation des élites peut être plus ou moins grande, mais en dernière instance, c’est toujours le petit nombre, la minorité qui dirige.

Deuxième idée : La démocratie idéale est irréalisable et les symboles démocratiques sont des fictions. La complexité des problèmes et surtout la dimension des sociétés constituent autant d’obstacles à l’autogouvernement. En général, les hommes politiques le savent, mais tous connaissent aussi l’importance de la magie des paroles. Par ailleurs, les démocraties réelles tendent toujours à se convertir en oligarchies. Plus la démocratie s’organise, plus elle tend à décliner. Plus elle s’organise et plus les possibilités de coaction et de manipulation des masses grandissent. « La démocratie, gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple » selon la formule célèbre de Lincoln, relève de l’utopie ou de la foi religieuse. La démocratie est une méthode, elle ne saurait être une fin, un  idéal absolu, un impératif moral. L’idéologie démocratique, la foi démocratique, relève de la rhétorique. Elle ne sert qu’à éluder les responsabilités et à écraser l’opposition au nom du peuple.

Troisième idée : la politique ne peut pas faire l’économie d’une vision de l’homme. Le réaliste politique peut penser soit que l’homme est historique, soit, qu’il existe une nature humaine. Mais dans les deux cas, il considère que les pulsions humaines expliquent pour une bonne part le caractère instable des institutions politiques et le caractère conflictuel de la politique.

Quatrième idée : la reconnaissance de la nature intrinsèquement conflictuelle de la politique. La vie sera toujours le théâtre de conflits et de différences. La politique au sens traditionnel est la grande « neutralisatrice » des conflits. Voilà pourquoi la résistance systématique et aveugle à toute forme de pouvoir (la croyance que « le pouvoir est le mal ») constitue une excellente méthode pour accélérer la corruption du pouvoir et entrainer sa substitution par d’autres formes de pouvoir souvent bien plus problématiques et plus despotiques. Ce n’est pas parce qu’un peuple perd la force ou la volonté de survivre ou de s’affirmer dans la sphère politique que la politique va disparaitre du monde. L’histoire n’est pas tendre… malheur au fort qui devient faible !

Cinquième idée : le scepticisme en matière de formes de gouvernement. Il est impossible de prononcer scientifiquement un jugement catégorique sur la convenance de l’un ou l’autre des régimes en place. Il n’y a pas de régime optimal ou parfait. Chaque régime politique est une solution contingente et singulière, une réponse transitoire à l’éternel problème du politique. Tous les régimes sont par ailleurs également soumis à l’usure du temps et à la corruption[6].

Sixième idée : le rejet de toute interprétation mono-causale de la politique comme partiale et arbitraire. Les explications mono-causales « en dernière instance » par l’économie, par la politique, par la culture, par la morale, etc. sont réductionnistes et n’ont aucun sens.

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L’étude des partis politiques et des syndicats, réalisée par Robert Michels au début du XXe siècle, révèle particulièrement bien la caractéristique fondamentale des sociétés: la tendance à l’oligarchie. Un parti politique n’est ni plus ni moins qu’un groupe de personnes qui s’unissent pour conquérir et conserver le pouvoir. Tout le reste (même l’idéologie) est secondaire. Les partis naissent comme des groupes élitistes et se convertissent en organisations de notables ; puis, avec le suffrage universel, ils se transforment le plus souvent en partis de masses. Mais lorsqu’ils s’organisent fortement, ils obéissent toujours à la loi de fer de l’oligarchie. L’analyse des « partis de masse » a mis à nue quelques principes généraux que l’on peut énoncer ainsi :

– Les multitudes sont frappées d’une sorte d’incapacité politique. Lorsqu’elles perdent leurs leaders, elles se retirent et abandonnent le champ politique.

– L’oligarchie est une nécessité sociale. Le principe d’organisation est une condition absolument essentielle pour la lutte politique.

– Ce sont les minorités et non les masses qui se disputent le pouvoir. Les leaders de tous les camps se présentent comme les porte-paroles du peuple, mais en réalité c’est toujours la lutte entre l’ancienne minorité qui défend son hégémonie et la nouvelle minorité ambitieuse qui entend conquérir le pouvoir.

– Le leadership est tendanciellement autocratique. Les leaders ne se contentent pas de vouloir durer, ils veulent toujours plus de pouvoir. L’éloignement des masses, la professionnalisation, le niveau intellectuel et culturel des leaders, la tendance à rechercher le renouvellement par cooptation, voire le népotisme, sont de puissants éléments qui contribuent à l’isolement des leaders. Les rébellions de la base n’ont que d’infimes possibilités de succès.

– Le parti est un instrument de domination. Contrairement à ce qu’ils prétendent les partis sont des organisations qui veulent que les élus dominent les électeurs et que les mandataires dominent les mandants.

– La tendance oligarchique est consubstantielle aux partis. Seule une minorité participe aux décisions du parti et, souvent, cette minorité est ridiculement exiguë.

Conclusion : la démocratie réelle est une oligarchie élue par le peuple. Elle exclut l’usage de la violence physique mais non pas la violence morale (la compétition déloyale, frauduleuse ou restreinte). Deux conditions permettraient de réformer en profondeur la démocratie politique actuelle au bénéfice du peuple. D’abord, les représentés devraient pouvoir recouvrer la liberté de contrôler directement les représentants ou élus qui leur a été abusivement retirée. Il faudrait pour cela instaurer un système électoral majoritaire avec mandat impératif ; les représentants seraient ainsi obligés de respecter le mandat impératif de leurs électeurs respectifs. Enfin, pour que le peuple puisse, sinon diriger et gouverner de fait, du moins s’intégrer et participer durablement à la vie politique, il faudrait que le principe de la démocratie directe soit largement accepté [avec bien sûr le référendum d’initiative populaire (RIP) ou citoyenne (RIC)[7]].

517y-pAX7EL._SX326_BO1,204,203,200_.jpgCela étant, on peut être un sceptique ou un pessimiste lucide mais refuser pour autant de désespérer. On ne peut pas éliminer les oligarchies. Soit ! Mais, comme nous le dit Dalmacio Negro Pavón, il y a des régimes politiques qui sont plus ou moins capables d’en mitiger les effets et de les contrôler. Le nœud de la question est d’empêcher que les détenteurs du pouvoir ne soient que de simples courroies de transmission des intérêts, des désirs et des sentiments de l’oligarchie politique, sociale, économique et culturelle. Les hommes craignent toujours le pouvoir auquel ils sont soumis, mais le pouvoir qui les soumet craint lui aussi toujours la collectivité sur laquelle il règne. Et il existe une condition essentielle pour que la démocratie politique soit possible et que sa corruption devienne beaucoup plus difficile sinon impossible, souligne encore Dalmacio Negro Pavón. Il faut que l’attitude à l’égard du gouvernement soit toujours méfiante, même lorsqu’il s’agit d’amis ou de personnes pour lesquelles on a voté. Bertrand de Jouvenel disait à ce propos très justement: « le gouvernement des amis est la manière barbare de gouverner ».

Arnaud Imatz-Couartou

Docteur d’État ès sciences politiques

Membre correspondant de l’Académie royale d’histoire d’Espagne


[1] En théorie on peut distinguer l’establishment (concept anglosaxon désignant la minorité politico-sociale exerçant son contrôle sur l’ensemble de la société), et  l’oligarchie  (petit nombre d’individus, catégorie, classe ou caste dominante détenant le pouvoir et contrôlant la société) de l’élite, minorité d’individus auxquels s’attache un pouvoir dû à des qualités naturelles ou acquises (les « meilleurs » en raison de leurs mérites : race, intelligence, sagesse, éthique, culture, éducation,  richesse, etc.). Mais dans les faits, ces trois concepts recouvrent aujourd’hui une même réalité.

[2] Dalmacio Negro Pavón est un disciple de l’historien des idées politiques, Luis Díez del Corral, qui a été président de l’Académie des sciences morales et politiques d’Espagne et docteur honoris causa de la Sorbonne (1980). Díez del Corral était pendant longtemps rédacteur de la célèbre revue Revista de Occidente fondée par le philosophe José Ortega y Gasset. Parmi les ouvrages de D. Negro Pavón citons plus particulièrement:  Liberalismo y socialismo: la encrucijada intelectual de Stuart Mill, Madrid, Centro de Estudios Constitucionales, 1976; Comte: positivismo y revolución, Madrid, Editorial Cincel, 1985; El Liberalismo en España, Madrid, Unión Editorial, 1988; Estudios sobre Carl Schmitt, Madrid, Fundación Cánovas del Castillo, 1995; La tradición liberal y el Estado, Madrid, Unión Editorial, 1995; Gobierno y Estado, Madrid, Marcial Pons, 2002; Lo que Europa debe al cristianismo, 3e éd., Madrid, Unión Editorial, 2007; El mito del hombre nuevo, Madrid, Encuentro, 2009; Historia de las formas del Estado. Una introducción, Madrid, El Buey mudo, 2010, Il dio mortale, Piombino, Il Foglio, 2014 et La tradición de la libertad, Madrid, Unión Editorial, 2019.

[3] Soulignons l’intérêt marqué de Negro Pavón pour la pensée politique française, ce dont témoignent les travaux de plusieurs de ses disciples. Il en est notamment ainsi des politologues et philosophes Armando Zerolo Durán, spécialiste de Bertrand de Jouvenel (voir : Génesis del Estado Minotauro. El pensamiento político de Bertrand de Jouvenel, Murcia, Sequitur, 2013), Domingo González Hernández, spécialiste de René Girard (voir:  Hacia una teoría mimética de lo político: René Girard y su escuela, Madrid, UCM, 2015 et René Girard, maestro cristiano de la sospecha, Madrid, Fundación Emmanuel Mounier, 2016) et Jerónimo Molina Cano, doyen de faculté à l‘Université de Murcie, spécialiste de Raymond Aron et de Julien Freund et meilleur connaisseur actuel de la pensée du polémologue Gaston Bouthoul (voir:; Raymond Aron, realista político. Del maquiavelismo a la crítica de las religiones seculares, Madrid, Sequitur, 2013; Julien Freund. Lo político y la política, Madrid, Sequitur, 1999 et Gaston Bouthoul, Inventor de la polemología. Guerra, demografía y complejos belígenos, Madrid, Centro de Estudios Políticos y Constitucionales, 2019).

[4] Parmi les précurseurs on trouve : Thucydide, Aristote, Ibn Khaldoun, Machiavel, Gabriel Naudé, Saavedra Fajardo, Hobbes, Tocqueville, etc. Chez  les contemporains et les modernes on peut citer: Moisey Ostrogorski, Vilfredo Pareto, Robert Michels, Gaetano Mosca, Carl Schmitt, Max Weber, Simone Weil, Raymond Aron, Gaston Bouthoul, James Burnham, Benedetto Croce, Maurice Duverger, Gonzalo Fernández de la Mora, Julien Freund, Bertrand de Jouvenel, Halford Mackinder, Harold Laski. Gianfranco Miglio, Jules Monnerot, Michael Oakeshott, Giovanni Sartori, Éric Voegelin, Jerónimo Molina Cano, Alessandro Campi,  et beaucoup d’autres aux convictions souvent très différentes (libéraux, socialistes, nationalistes, conservateurs, etc.).

[5] Negro Pavón cite et reprend tous les travaux classiques en la matière, notamment ceux de Moisey Ostrogorski (voir : La démocratie et l’organisation des partis politiques, 1903), Vilfredo Pareto (voir : Les systèmes socialistes, 1902-1903), Robert Michels (voir : Les partis politiques. Essai sur les tendances oligarchiques des démocraties, 1911), Gaetano Mosca (voir : Elementi di scienza política, 1896-1923), Joseph Schumpeter (voir : Capitalisme, Socialisme et Démocratie, 1943) et Gonzalo Fernandez de la Mora (voir : La partitocracia, 1977).

[6] Sur le plan de l’action politique, il ne faut pas non plus sous-estimer l’importance du  principe d’hétérotélie, transposition de la pensée de l’Apôtre saint Paul « Je fais le mal que je ne veux pas, je ne fais pas le bien que je veux » (Lettre aux Romains). L’hétérotélie, dont Jules Monnerot a élaboré la théorie la plus complète, est la « ruse de la raison » de Hegel, le « paradoxe des conséquences » de  Weber, le « décalage entre le but avoué et le déroulement réel de l’action » de Pareto, « le principe de différence de l’objectif visé et de l’objectif atteint », l’effet pervers ou le résultat qui contredit si souvent l’intention initiale.

[7] A noter qu’à l’origine le RIC figurait parmi les principales revendications du mouvement des « Gilets jaunes » avec la baisse de la TVA sur les produits de première nécessité, la révision des avantages et des privilèges des élus et le rétablissement de l’ISF pour les valeurs mobilières (actions, placements).

“Orthodoxie et hérésie durant l’Antiquité tardive”

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“Orthodoxie et hérésie durant l’Antiquité tardive”

par Claude Bourrinet

Recension:

Polymnia Athanassiadi, La lutte pour l’orthodoxie dans le platonisme tardif. De Numénius à Damascius, Les Belles Lettres, Paris, 2006, 276 p., 25 €

path-ortho.jpgLa période qui s’étend du IIIe siècle de l’ère chrétienne au VIe, ce qu’il est convenu d’appeler, depuis les débuts de l’Âge moderne, le passage de l’Antiquité gréco-romaine au Moyen Âge (ou Âges gothiques), fait l’objet, depuis quelques années, d’un intérêt de plus en plus marqué de la part de spécialistes, mais aussi d’amateurs animés par la curiosité des choses rares, ou poussés par des besoins plus impérieux. De nombreux ouvrages ont contribué à jeter des lueurs instructives sur un moment de notre histoire qui avait été négligée, voire méprisée par les historiens. Ainsi avons-nous pu bénéficier, à la suite des travaux d’un Henri-Irénée Marrou, qui avait en son temps réhabilité cette époque prétendument « décadente », des analyses érudites et perspicaces de Pierre Hadot, de Lucien Jerphagnon, de Ramsay MacMullen, de Christopher Gérard et d’autres, tandis que les ouvrages indispensable, sur la résistance païenne, de Pierre de Labriolle et d’Alain de Benoist étaient réédités. Polymnia Athanassiadi, professeur d’histoire ancienne à l’Université d’Athènes, a publié, en 2006, aux éditions Les Belles Lettres, une recherche très instructive, La Lutte pour l’orthodoxie dans le platonisme tardif, que je vais essayer de commenter.

Avant tout, il est indispensable de s’interroger sur l’occultation, ou plutôt l’aveuglement (parce que l’acte de voiler supposerait une volonté assumée de cacher, ce qui n’est pas le cas), qu’ont manifesté les savants envers cette période qui s’étend sur plusieurs siècles. L’érudition classique, puis romantique (laquelle a accentué l’erreur de perspective) préféraient se pencher sur celle, plus valorisante, du Ve siècle athénien, ou de l’âge d’or de l’Empire, d’Auguste aux Antonins. Pourquoi donc ce dédain, voire ce quasi déni ? On s’aperçoit alors que, bien qu’aboutissant à des présupposés laïques, la science historique a été débitrice de la vision chrétienne de l’Histoire. On a soit dénigré ce qu’on appela le « BasEmpire », en montrant qu’il annonçait l’obscurantisme, ou bien on l’a survalorisé, en dirigeant l’attention sur l’Église en train de se déployer, et sur le christianisme, censé être supérieur moralement. On a ainsi souligné dans le déclin, puis l’effondrement de la civilisation romaine, l’avènement de la barbarie, aggravée, aux yeux d’un Voltaire, par un despotisme asiatique, que Byzance incarna pour le malheur d’une civilisation figée dans de louches et imbéciles expressions de la torpeur spirituelle, dans le même temps qu’on saluait les progrès d’une vision supposée supérieure de l’homme et du monde.

Plus pernicieuse fut la réécriture d’un processus qui ne laissa guère de chances aux vaincus, lesquels faillirent bien disparaître totalement de la mémoire. À cela, il y eut plusieurs causes. D’abord, la destruction programmée, volontaire ou non, des écrits païens par les chrétiens. Certains ont pu être victimes d’une condamnation formelle, comme des ouvrages de Porphyre, de Julien l’Empereur, de Numénius, d’autres ont disparu parce qu’ils étaient rares et difficiles d’accès, comme ceux de Jamblique, ou bien n’avaient pas la chance d’appartenir au corpus technique et rhétorique utile à la propédeutique et à la méthodologie allégorique utilisées par l’exégèse chrétienne. C’est ainsi que les Ennéades de Plotin ont survécu, contrairement à d’autres monuments, considérables, comme l’œuvre d’Origène, pourtant chrétien, mais plongé dans les ténèbres de l’hérésie, qu’on ne connaît que de seconde main, dans les productions à des fins polémiques d’un Eusèbe.

La philosophie, à partir du IIe siècle, subit une transformation profonde, et se « platonise » en absorbant les écoles concurrentes comme l’aristotélisme et le stoïcisme, ou en les rejetant, comme l’académisme ou l’épicurisme, en s’appuyant aussi sur un corpus mystique, plus ou moins refondé, comme l’hermétisme, le pythagorisme ou les oracles chaldaïques. De Platon, on ne retient que le théologien. Le terme « néoplatonisme » est peu satisfaisant, car il est un néologisme qui ne rend pas compte de la conscience qu’avaient les penseurs d’être les maillons d’une « chaîne d’or », et qui avaient hautement conscience d’être des disciples de Platon, des platoniciens, des platonici, élite considérée comme une « race sacrée ». Ils clamaient haut et fort qu’il n’y avait rien de nouveau dans ce qu’ils avançaient. Cela n’empêchait pas des conflits violents (en gros, les partisans d’une approche « intellectualisante » du divin, de l’autre ceux qui mettent l’accent sur le rituel et le culte, bien que les deux camps ne fussent pas exclusifs l’un de l’autre). Le piège herméneutique dont fut victime l’appréhension de ces débats qui éclosent au seuil du Moyen Âge, et dont les enjeux furent considérables, tient à ce que le corpus utilisé (en un premier temps, les écrits de Platon) et les méthodes exégétiques, préparent et innervent les pratiques méthodologiques chrétiennes. Le « néoplatonisme » constituerait alors le barreau inférieur d’une échelle qui monterait jusqu’à la théologie chrétienne, sommet du parcours, et achèvement d’une démarche métaphysique dont Platon et ses exégètes seraient le balbutiement ou la substance qui n’aurait pas encore emprunté sa forme véritable.

Or, non seulement la pensée « païenne » s’inséra difficilement dans un schéma dont la cohérence n’apparaît qu’à l’aide d’un récit rétrospectif peu fidèle à la réalité, mais elle dut batailler longuement et violemment contre les gnostiques, puis contre les chrétiens, quand ces derniers devinrent aussi dangereux que les premiers, quitte à ne s’avouer vaincue que sous la menace du bras séculier.

Cette résistance, cette lutte, Polymnia Athanassiadi nous la décrit très bien, avec l’exigence d’une érudite maîtrisant avec talent la technique philologique et les finesses philosophiques d’un âge qui en avait la passion. Mais ce qui donne encore plus d’intérêt à cette recherche, c’est la situation (pour parler comme les existentialistes) adoptée pour en rendre compte. Car le point de vue platonicien est suivi des commencements à la fin, de Numénius à Damascius, ce qui bascule complètement la compréhension de cette époque, et octroie une légitimité à des penseurs qui avaient été dédaignés par la philosophie universitaire. Ce n’est d’ailleurs pas une moindre gageure que d’avoir reconsidéré l’importance de la théurgie, notamment celle qu’a conçue et réalisée Jamblique, dont on perçoit la noblesse de la tâche, lui qui a souvent fort mauvaise presse parmi les historiens de la pensée.

oeuvres-de-jamblique.jpgPendant ces temps très troublés, où l’Empire accuse les assauts des Barbares, s’engage dans un combat sans merci avec l’ennemi héréditaire parthe, où le centre du pouvoir est maintes fois disloqué, amenant des guerres civiles permanentes, où la religiosité orientale mine l’adhésion aux dieux ancestraux, l’hellénisme (qui est la pensée de ce que Paul Veyne nomme l’Empire gréco-romain) est sur la défensive. Il lui faut trouver une formule, une clé, pour sauver l’essentiel, la terre et le ciel de toujours. Nous savons maintenant que c’était un combat vain (en apparence), en tout cas voué à l’échec, dès lors que l’État allait, par un véritable putsch religieux, imposer le culte galiléen. Durant trois ou quatre siècles, la bataille se déroulerait, et le paganisme perdrait insensiblement du terrain. Puis on se réveillerait avec un autre ciel, une autre terre. Comme le montre bien Polymnia Athanassiadi, cette « révolution » se manifeste spectaculairement dans la relation qu’on cultive avec les morts : de la souillure, on passe à l’adulation, au culte, voire à l’idolâtrie des cadavres.

À travers cette transformation des cœurs, et de la représentation des corps, c’est une nouvelle conception de la vérité qui vient au jour. Mais, comme cela advient souvent dans l’étreinte à laquelle se livrent les pires ennemis, un rapport spéculaire s’établit, où se mêlent attraction et répugnance. Récusant la notion de Zeigeist, trop vague, Polymnia Athanassiadi préfère celui d’« osmose » pour expliquer ce phénomène universel qui poussa les philosophes à définir, dans le champ de leurs corpus, une « orthodoxie », tendance complètement inconnue de leurs prédécesseurs. Il s’agit là probablement de la marque la plus impressionnante d’un âge qui, par ailleurs, achèvera la logique de concentration extrême des pouvoirs politique et religieux qui était contenu dans le projet impérial. C’est dire l’importance d’un tel retournement des critères de jugement intellectuel et religieux pour le destin de l’Europe.

Il serait présomptueux de restituer ici toutes les composantes d’un processus historique qui a mis des siècles pour réaliser toutes ses virtualités. On s’en tiendra à quelques axes majeurs, représentatifs de la vision antique de la quête de vérité, et généralement dynamisés par des antithèses récurrentes.

L’hellénisme, qui a irrigué culturellement l’Empire romain et lui a octroyé une armature idéologique, sans perdre pour autant sa spécificité, notamment linguistique (la plupart des ouvrages philosophiques ou mystiques sont en grec) est, à partir du IIe siècle, sur une position défensive. Il est obligé de faire face à plusieurs dangers, internes et externes. D’abord, un scepticisme dissolvant s’empare des élites, tandis que, paradoxalement, une angoisse diffuse se répand au moment même où l’Empire semble devoir prospérer dans la quiétude et la paix. D’autre part, les écoles philosophiques se sont pour ainsi dire scolarisées, et apparaissent souvent comme des recettes, plutôt que comme des solutions existentielles. Enfin, de puissants courants religieux, à forte teneur mystique, parviennent d’Orient, sémitique, mais pas seulement, et font le siège des âmes et des cœurs. Le christianisme est l’un d’eux, passablement hellénisé, mais dont le noyau est profondément judaïque.

Plusieurs innovations, matérielles et comportementales, vont se conjuguer pour soutenir l’assaut contre le vieux monde. Le remplacement du volume de papyrus par le Codex, le livre que nous connaissons, compact, maniable, d’une économie extraordinaire, outil propice à la pérégrination, à la clandestinité, sera déterminant dans l’émergence de cette autre figure insolite qu’est le missionnaire, le militant. Les païens, par conformisme traditionaliste, étaient attachés à l’antique mode de transmission de l’écriture, et l’idée de convertir autrui n’appartenait pas à la Weltanschauung gréco-romaine. Nul doute qu’on ait là l’un des facteurs les plus assurés de leur défaite finale.

Le livre possède aussi une qualité intrinsèque, c’est que la disposition de ses pages reliées et consultables à loisir sur le recto et le verso, ainsi que la continuité de lecture que sa facture induit, le rendent apte à produire un programme didactique divisé en parties cohérentes, en une taxinomie. Il est par excellence porteur de dogme. Le canon, la règle, l’orthodoxie sont impliqués dans sa présentation ramassée d’un bloc, laissant libre cours à la condamnation de l’hérésie, terme qui, de positif qu’il était (c’était d’abord un choix de pensée et de vie) devient péjoratif, dans la mesure même où il désigne l’écart, l’exclu. Très vite, il sera l’objet précieux, qu’on parera précieusement, et qu’on vénérera. Les religions du Livre vont succéder à celles de la parole, le commentaire et l’exégèse du texte figé à la recherche libre et à l’accueil « sauvage » du divin.

Pour les Anciens, la parole, « créature ailée », selon Homère, symbolise la vie, la plasticité de la conscience, la possibilité de recevoir une pluralité de messages divins. Rien de moins étrange pour un Grec que la théophanie. Le vecteur oraculaire est au centre de la culture hellénique. C’est pourquoi les Oracles chaldaïques, création du fascinant Julien le théurge, originaire de la cité sacrée d’Apamée, seront reçus avec tant de faveur. En revanche la théophanie chrétienne est un événement unique : le Logos s’est historiquement révélé aux hommes. Cependant, sa venue s’est faite par étapes, chez les Juifs et les Grecs d’abord, puis sous le règne d’Auguste. L’incarnation du Verbe est conçue comme un progrès, et s’inscrit dans un temps linéaire. Tandis que le Logos, dans la vision païenne, intervient par intermittence. En outre, il révèle une vérité qui n’est cernée ni par le temps, ni par l’espace. La Sophia appartient à tous les peuples, d’Occident et d’Orient, et non à un « peuple élu ». C’est ainsi que l’origine de Jamblique, de Porphyre, de Damascius, de Plotin, les trois premiers Syriens, le dernier Alexandrin, n’a pas été jugé comme inconvenante. Il existait, sous l’Empire, une koïnè théologique et mystique.

9782251004143.jpgQue le monothéisme sémitique ait agi sur ce recentrement du divin sur lui-même, à sa plus simple unicité, cela est plus que probable, surtout dans cette Asie qui accueillait tous les brassages de populations et de doctrines, pour les déverser dans l’Empire. Néanmoins, il est faux de prétendre que le néoplatonisme fût une variante juive du platonisme. Il est au contraire l’aboutissement suprême de l’hellénisme mystique. Comme les Indiens, que Plotin ambitionnait de rejoindre en accompagnant en 238 l’expédition malheureuse de Gordien II contre le roi perse Chahpour, l’Un peut se concilier avec la pluralité. Jamblique place les dieux tout à côté de Dieu. Plus tard, au Ve siècle, Damascius, reprenant la théurgie de Jamblique et l’intellectualité de Plotin (IIIe siècle), concevra une voie populaire, rituelle et cultuelle, nécessairement plurielle, et une voie intellective, conçue pour une élite, quêtant l’union avec l’Un. Le pèlerinage, comme sur le mode chrétien, sera aussi pratiqué par les païens, dans certaines villes « saintes », pour chercher auprès des dieux le salut.

Les temps imposaient donc un changement dans la religiosité, sous peine de disparaître rapidement. Cette adaptation fut le fait de Numénius qui, en valorisant Platon le théologien, Platon le bacchant, comme dira Damascius, et en éliminant du corpus sacré les sceptiques et les épicuriens, parviendra à déterminer la première orthodoxie païenne, bien avant la chrétienne, qui fut le fruit des travaux de Marcion le gnostique, et des chrétien plus ou moins bien-pensants, Origène, Valentin, Justin martyr, d’Irénée et de Tertullien. La notion centrale de cette tâche novatrice est l’homodoxie, c’est-à-dire la cohérence verticale, dans le temps, de la doctrine, unité garantie par le mythe de la « chaîne d’or », de la transmission continue de la sagesse pérenne. Le premier maillon est la figure mythique de Pythagore, mais aussi Hermès Trismégiste et Orphée. Nous avons-là une nouvelle religiosité qui relie engagement et pensée. Jamblique sera celui qui tentera de jeter les fondations d’une Église, que Julien essaiera d’organiser à l’échelle de l’Empire, en concurrence avec l’Église chrétienne.

Quand les persécutions anti-païennes prendront vraiment consistance, aux IVe, Ve et VIe siècles, de la destruction du temple de Sérapis, à Alexandrie, en 391, jusqu’à l’édit impérial de 529 qui interdit l’École platonicienne d’Athènes, le combat se fit plus âpre et austère. Sa dernière figure fut probablement la plus attachante. La vie de Damascius fut une sorte de roman philosophique. À soixante-dix ans, il décide, avec sept de ses condisciples, de fuir la persécution et de se rendre en Perse, sous le coup du mirage oriental. Là, il fut déçu, et revint dans l’Empire finir ses jours, à la suite d’un accord entre l’Empereur et le Roi des Rois.

De Damascius, il ne reste qu’une partie d’une œuvre magnifique, écrite dans un style déchiré et profondément poétique. Il a redonné des lettres de noblesse au platonisme, mais ses élans mystiques étaient contrecarrés par les apories de l’expression, déchirée comme le jeune Dionysos par les Titans, dans l’impossibilité qu’il était de dire le divin, seulement entrevu. La voie apophatique qui fut la sienne annonçait le soufisme et une lignée de mystiques postérieure, souvent en rupture avec l’Église officielle.

Nous ne faisons que tracer brièvement les grands traits d’une épopée intellectuelle que Polymnia Athanassiadi conte avec vie et talent. Il est probable que la défaite des païens provient surtout de facteurs sociaux et politiques. La puissance de leur pensée surpassait celle de chrétiens qui cherchaient en boitant une voie rationnelle à une religion qui fondamentalement la niait, folie pour les uns, sagesses pour les autres. L’État ne pouvait rester indifférent à la propagation d’une secte qui, à la longue, devait devenir une puissance redoutable. L’aristocratisme platonicien a isolé des penseurs irrémédiablement perdus dans une société du ressentiment qui se massifiait, au moins dans les cœurs et les esprits, et la tentative de susciter une hiérarchie sacrée a échoué pitoyablement lors du bref règne de Julien.

Or, maintenant que l’Église disparaît en Europe, il est grand temps de redécouvrir un pan de notre histoire, un fragment de nos racines susceptible de nous faire recouvrer une part de notre identité. Car ce qui frappe dans l’ouvrage de Polymnia Athanassiadi, c’est la chaleur qui s’en dégage, la passion. Cela nous rappelle la leçon du regretté Pierre Hadot, récemment décédé, qui n’avait de cesse de répéter que, pour les Ancien, c’est-à-dire finalement pour nous, le choix philosophique était un engagement existentiel.

Claude Bourrinet

vendredi, 17 janvier 2020

Psychologie et propagande : les origines - Conditionnement, inconscient et succès de la propagande

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Psychologie et propagande : les origines

Conditionnement, inconscient et succès de la propagande
 
par François-Bernard Huyghe
Ex: https://www.huyghe.fr


Il n'y a guère de stratégie d'influence qui ne se réclame d'une connaissance approfondie de l'inconscient humain ou ne prétendre à la maîtrise scientifique des mécanismes psychiques. On ne s'étonne plus de voir un pubeur citer Lacan pour présenter sa prochaine campagne, ni d'entendre parler de Programmation Neuro Linguistique dans un stage de vendeurs au porte à porte. L'idée qu'il existe des méthodes qui mettent le message, discours ou image, directement "en prise avec l'inconscient" nourrit la vieille crainte d'une manipulation absolue puisqu'agissant sur nos ressorts les plus secrets.

propaganda.jpgLa publicité est évidemment toujours sous le soupçon. Dans un livre qui avait fait du bruit à l'époque, "la persuasion cachée" de 1957, Vance Packard révélait les stratégies des compagnies publicitaires qui truffaient leurs annonces de textes et images supposés agir sur nos motivations cachées en échappant à la censure du Moi.
Et pour la propagande, on trouve dès 1918, dans le livre intitulé justement "Propaganda" d'Edward Bernays (accessoirement neveu de Freud et se vantant d'utiliser la psychanalyse) l'idée que les masses seraient dirigées par des élites capables d'utiliser toutes les techniques psychologiques.

Mais les grands théoriciens que disent ils de cette perspective effarante ?

Comme on peut s'y attendre, on trouve dès les premières décennies du XX° siècle outils théoriques chez les principaux courants, environnementaliste et psychanalytique.

Ainsi, s'il est un classique de la propagande, c'est bien "Le viol des foules par la propagande politique" de Serge Tchakhotine (1939), un gros pavé expliquant comment l'auteur, socialiste convaincu, avait combattu la propagande nazie par une méthode idéologiquement correcte puisqu'inspirée de Pavlov et surtout hyper efficace puisqu'elle reposait entièrement sur le conditionnement de la population à son insu et par l'exploitation de ses réflexes inconscients par des symboles efficaces. Donc Tchakhotine renvoie à Pavlov.

De Pavlov (1849-1936), tout le monde a retenu l’expérience du chien qui salive. Elle date de 1889 : l’animal est habitué à recevoir sa nourriture après avoir entendu un coup de cloche ; si, au bout d’un temps, la cloche retentit, sans que l’on nourrisse le chien, il continue à baver. Il est conditionné par répétition d’un stimulus (le bruit) associé à un excitant (la nourriture) en vue d’un certain comportement (saliver). Pavlov, réduit l’activité nerveuse supérieure à une suite d’excitation et d’inhibition de réflexes, compliquée par la possibilité d’associer des signaux (stimuli sonores, mais aussi visuels, olfactifs) à des réactions. Pour lui « La vie des êtres supérieurs est l'histoire de la production continuelle et de l'usage incessant de ces nouvelles combinaisons... ».

Pavlov qui reçoit le prix Nobel pour ses travaux en 1904 entend ainsi fonder une psychologie scientifique et certains de ses disciples en sautent facilement à l’idée que l’homme n’est que réflexes conditionnés, d'où le corollaire qu’il est possible de le conditionner scientifiquement.

Fils de pope, père d’un officier de l’armée blanche mort au combat, dénonciateur du régime soviétique dès les années 20, Ian Pétrovitch Pavlov n’avait pas vraiment un profil de parfait bolchevik. Pourtant, il a joui du statut de penseur officiel de la psychologie soviétique.

Il y avait à cela plusieurs raisons. Il était Russe et n’avait pas fui en 1917. Sa volonté de scientificité enracinée dans le physiologique permettait de l’opposer à la psychologie bourgeoise idéaliste. Enfin, en poussant un peu, l’argument du conditionnement pouvait jouer en faveur de l’acquis contre l’inné : les hommes sont foncièrement égaux dans la mesure où tout ce qu’ils deviennent est le résultat de l’influence monde extérieur. Donc, il sera demain possible de produire l’homme nouveau dans la patrie du socialisme. Donc le pavlovisme est conciliable avec le matérialisme historique dialectique et le camarade Staline a raison. C.q.f.d.

Pavlov a surtout, sinon un disciple, du moins un équivalent américain : John Broadus Watson (1878-1958), psychologue et neurologue, fondateur de l’école béhavioriste. Son manifeste « La psychologie telle qu’un behavioriste la voit » le dit sans ambages : la psychologie doit devenir la science qui étudie (certains ajouteront : produit) le comportement humain, hors de toute notion « mentaliste » et subjective telle que volonté, émotions, ego… Bref, foin de l’introspection : l’être humain est une boîte noire réagissant par des comportements à des stimuli. En utilisant et répétant les plus adaptés, on peut « contrôler et conditionner les émotions des sujets humains ». Watson s’efforça de le démontrer par une expérience sur « le petit Albert » : partant du principe que l’enfant n’était mu que par trois émotions basiques peur, rage et amour, il se faisait fort de les provoquer à volonté. Plus tard, il voulut mettre en œuvre sur les consommateurs au sein d’une agence de publicité J Walter Thompson Agency. En dépit de publications importantes (comme Behaviorism en 1924), la seconde partie de sa vie fut surtout consacrée au business.

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Le succès de ses idées est considérable : dès 1913, le béhaviourisme devient un des courants majeurs des sciences sociales américaines (en tout cas, le plus typiquement américain). Le couple stimulus-réponse devient un système explicatif applicable aussi bien à l’éducation des enfants qu’aux événements internationaux : il naît ainsi une théorie behaviouriste des guerres et des violences (elle se propose, bien entendu, d’y porter remède par le conditionnement adéquat dans un bon environnement « non-frustrant »).

Le béhaviourisme nourrit aussi les fantasmes d’une science appliquée à la toute jeune publicité ou dans le domaine de la communication de masse. Les premières études des médias sont imprégnées d’un schéma maintenant très critiqué « de la seringue hypodermique » : le message insufflé par les médias « passe » chez les récepteurs comme le liquide dans les veines du sujet et y produit automatiquement son effet. C’est un schéma « causaliste » : le contenu de la communication A produit un effet B, qui se traduit par un comportement : achat, vote…

Le béhaviorisme rencontre et parfois affronte un autre grand courant intellectuel : la psychanalyse. Avant la guerre, Freud (1856-1939) a déjà posé les fondements de la discipline, largement publié et constitué une première école avec de premières dissensions. Ce qu’il est convenu de nommer « la seconde topique » de la psychanalyse (la représentation des mécanismes psychiques comme interaction entre le ça, le Moi et le Surmoi remplaçant la hiérarchie inconscience, pré conscience, conscience) est en voie d’élaboration. Bref, le freudisme existe même s’il n’a pas l’influence qu’il acquerra quelques décennies plus tard et même si sa thématique n’est pas entrée dans la culture populaire. Pourtant, la terminologie freudienne se prête vite aux détournements et à un usage quasi publicitaire: en se vantant « d’agir directement sur l’inconscient » ou en parlant « d’images qui s’adressent aux couches profondes du psychisme », des professionnels de la « com » donnent vite des bases « scientifiques » de leur action. Tout cela va dans le même sens : l’idée que les masses sont par essence irrationnelles, suggestibles, prêtes à se soumettre à un chef ou à un démagogue.

41JZ1VACJ0L._SX314_BO1,204,203,200_.jpgMais que pensait vraiment Freud ?
Dans un texte de 1921, « Psychologie collective et analyse du moi », le père de la psychanalyse sans traiter à proprement parler de la propagande présente sa position par rapport aux penseurs de l’ère des foules. Il consacre un chapitre élogieux à Le Bon. Il veut fonder ses thèses foncièrement justes sur les bases plus scientifiques de la psychanalyse. Il indique quelques pistes : les foules, ou plutôt les communautés organisées comme dans l’armée ou l’Église ont tendance à s’identifier collectivement à un « idéal du Moi », qui facilite leur obéissance. Dans la foule, non seulement les participants sont dans un état proche de l’hypnose, mais chacun s’identifie à tous les autres et communie dans une même fascination de l’objet d’enthousiasme. Ce mécanisme constitue une régression par rapport au développement psychique de l’humanité, mais reste une possibilité toujours présente… Freud plutôt que de décrire des techniques de conditionnement, même pour les dénoncer, théorisé la disparition de l'individualité et la soumission au groupe comme menace.

De son œuvre, il serait difficile de retirer des recettes pour former une horde de fanatiques. Freud est un individualiste pessimiste, plein du mépris envers le grégaire et rempli de crainte devant les emportements de la masse. Nombre de suiveurs en déduiront qu’une manipulation par les symboles collectifs est scientifiquement programmable et la caution freudienne viendra longtemps renforcer cette vision des cerveaux absorbant la propagande comme l’éponge le liquide.

Genèse de la pensée unique

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Genèse de la pensée unique

par Claude Bourrinet

Ex: https://cerclearistote.com

Recension:

Polymnia Athanassiadi, Vers la pensée unique. La montée de l’intolérance dans l’Antiquité tardive, Paris, Les Belles Lettres, 2010.

« Il n’y eut plus de rire pour personne. » Procope

158342.1577156868.jpgPolymnia Athanassiadi, professeur d’histoire ancienne à l’Université d’Athènes, spécialiste du platonisme tardif (le néoplatonisme) avait bousculé quelques certitudes, dans son ouvrage publié en 2006, « la lutte pour l’orthodoxie dans le platonisme tardif », en montrant que les structures de pensée dans l’Empire gréco-romain, dont l’aboutissement serait la suppression de toute possibilité discursive au sein de l’élite intellectuelle, étaient analogues chez les philosophes « païens » et les théologiens chrétiens. Cette osmose, à laquelle il était impossible d’échapper, se retrouve au niveau des structures politiques et administratives, avant et après Constantin. L’État « païen », selon Mme Athanassiadi, prépare l’État chrétien, et le contrôle total de la société, des corps et des esprits. C’est la thèse contenue dans une étude éditée en 2010, Vers la pensée unique. La montée de l’intolérance dans l’Antiquité tardive.

Un basculement identitaire

L’Antiquité tardive est l’un de ces concepts historiques relativement flous, que l’on adopte, parce que c’est pratique, mais qui peuvent susciter des polémiques farouches, justement parce qu’ils dissimulent des pièges heuristiques entraînant des interprétations diamétralement apposées. Nous verrons que l’un des intérêts de cette recherche est d’avoir mis au jour les engagements singulièrement contemporains qui sous tendent des analyses apparemment « scientifiques ».

La première difficulté réside dans la délimitation de la période. Le passage aurait eu lieu sous le règne de Marc Aurèle, au IIe siècle, et cette localisation temporelle ne soulève aucun désaccord. En revanche, le consensus n’existe plus si l’on porte le point d’achoppement (en oubliant la date artificielle de 476) à Mahomet, au VIIe siècle, c’est-à-dire à l’aboutissement désastreux d’une longue série d’invasions, ou aux règnes d’Haroun al-Rachid et de Charlemagne, au IXe siècle, voire jusqu’en l’An Mil. Ce qui est en jeu dans ce débat, c’est l’accent mis sur la rupture ou sur la continuité.

Le fait indubitable est néanmoins que la religion, lors de ce processus qui se déroule quand même sur plusieurs siècles, est devenue le « trait identitaire de l’individu ». L’autre constat est qu’il s’éploie dans un monde de plus en plus globalisé – l’orbis romanus – dans un empire qui n’est plus « romain », et qui est devenu méditerranéen, voire davantage. Une révolution profonde s’y est produite, accélérées par les crises, et creusant ses mines jusqu’au cœur d’un individu de plus en plus angoissé et cherchant son salut au-delà du monde. La civilisation de la cité, qui rattachait l’esprit et le corps aux réalités sublunaires, a été remplacée par une vaste entité centralisée, dont la tête, Constantinople ou Damas, le Basileus ou le calife, un Dieu unique, contrôle tout. Tout ce qui faisait la joie de vivre, la culture, les promenades philosophiques, les spectacles, les plaisirs, est devenu tentation démoniaque. La terre semble avoir été recouverte, en même temps que par les basiliques, les minarets, les prédicateurs, les missionnaires, par un voile de mélancolie et un frisson de peur. Une voix à l’unisson soude les masses uniformisées, là où, jadis, la polyphonie des cultes et la polydoxie des sectes assuraient des parcours existentiels différenciés. Une monodoxie impérieuse, à base de théologie et de règlements tatillons, s’est substituée à la science (épistémé) du sage, en contredisant Platon pour qui la doxa, l’opinion, était la source de l’erreur.

Désormais, il ne suffit pas de « croire », si tant est qu’une telle posture religieuse ait eu sa place dans le sacré dit « païen » : il faut montrer que l’on croit. Le paradigme de l’appartenance politico-sociale est complètement transformé. La terreur théologique n’a plus de limites.

Comme le montre Polymnia Athanassiadi, cet aspect déplaisant a été, avec d’autres, occulté par une certaine historiographie, d’origine anglo-saxonne.

Contre l’histoire politiquement correcte

La notion et l’expression d’« Antiquité tardive » ont été forgées principalement pour se dégager d’un outillage sémantique légué par les idéologies nationales et religieuses. Des Lumières au positivisme laïciste du XIXe siècle, la polémique concernait la question religieuse, le rapport avec la laïcité, le combat contre l’Église, le triomphe de la raison scientifique et technique. Le « récit » de la chute de l’Empire romain s’inspirait des grandes lignes tracées par Montesquieu et Gibbon, et mettait l’accent sur la décadence, sur la catastrophe pour la civilisation qu’avait provoquée la perte des richesses antiques. Le christianisme pouvait, de ce fait, paraître comme un facteur dissolvant. D’un autre côté, ses apologistes, comme Chateaubriand, tout en ne niant pas le caractère violent du conflit entre le paganisme et le christianisme, ont souligné la modernité de ce dernier, et par quelles valeurs humaines il remplaçait celles de l’ancien monde, devenu obsolète.

C’est surtout contre l’interprétation de Spengler que s’est élevée la nouvelle historiographie de la fin des années Soixante. Pour le savant allemand, les civilisations subissent une évolution biologique qui les porte de la naissance à la mort, en passant par la maturité et la vieillesse. On abandonna ce schéma cyclique pour adopter la conception linéaire du temps historique, tout en insistant sur l’absence de rupture, au profit de l’idée optimiste de mutation. L’influence de Fernand Braudel, théoricien de la longue durée historique et de l’asynchronie des changements, fut déterminante.

L’école anglo-saxonne s’illustra particulièrement. Le maître en fut d’abord Peter Brown avec son World of late Antiquity : from Marcus Aurelius to Muhammad (1971). Mme Athanassiadi n’est pas tendre avec ce savant. Elle insiste par exemple sur l’absence de structure de l’ouvrage, ce qui ne serait pas grave s’il ne s’agissait d’une étude à vocation scientifique, et sur le manque de rigueur des cent trente illustrations l’accompagnant, souvent sorties de leur contexte. Quoi qu’il en soit, le gourou de la nouvelle école tardo-antique étayait une vision optimiste de cette période, perçue comme un âge d’adaptation.

Il fut suivi. En 1997, Thomas Hägg, publia la revue Symbolae Osbenses, qui privilégie une approche irénique. On vide notamment le terme le terme xenos (« étranger ») de son contenu tragique « pour le rattacher au concept d’une terre nouvelle, la kainê ktisis, ailleurs intérieur rayonnant d’espoir ». Ce n’est pas un hasard si l’inspirateur de cette historiographique révisionniste est le savant italien Santo Mazzarino, l’un des forgerons de la notion de démocratisation de la culture.

La méthode consiste en l’occurrence à supprimer les oppositions comme celles entre l’élite et la masse, la haute et la basse culture. D’autre part, le « saint » devient l’emblème de la nouvelle société. En renonçant à l’existence mondaine, il accède à un statut surhumain, un guide, un sauveur, un intermédiaire entre le peuple et le pouvoir, entre l’humain et le divin. Il est le symbole d’un monde qui parvient à se maîtrise, qui se délivre des entraves du passé.

police-pensée-2-214x300.jpgPolymnia Athanassiadi rappelle les influences qui ont pu marquer cette conception positive : elle a été élaborée durant une époque où la détente d’après-guerre devenait possible, où l’individualisme se répandait, avec l’hédonisme qui l’accompagne inévitablement, où le pacifisme devient, à la fin années soixante, la pensée obligée de l’élite. De ce fait, les conflits sont minimisés.

Un peu plus tard, en 1999, un tome collectif a vu le jour : Late Antiquity. A Guide to the postclassical World. Y ont contribué P. Brown et deux autres savants princetoniens : Glen Bowersock et Oleg Grabar, pour qui le véritable héritier de l’empire romain est Haroun al-Rachid. L’espace tardo-antique est porté jusqu’à la Chine, et on met l’accent sur vie quotidienne. Il n’y a plus de hiérarchie. Les dimensions religieuse, artistique politique, profane, l’écologique, la sexuelle, les femmes, le mariage, le divorce, la nudité – mais pas les eunuques, sont placées sur le même plan. La notion de crise est absente, aucune allusion aux intégrismes n’est faite, la pauvreté grandissante n’est pas évoquée, ni la violence endémique, bref, on a une « image d’une Antiquité tardive qui correspond à une vision politiquement correcte ».

La réaction a vu le jour en Italie. Cette même année 1999, Andrea Giardina, dans un article de la revue Studi Storici, « Esplosione di tardoantico », a contesté « la vision optimiste d’une Antiquité tardive longue et paisible, multiculturelle et pluridisciplinaire ». Il a expliqué cette perception déformée par plusieurs causes :

  • la rhétorique de la modernité,
  • l’impérialisme linguistique de l’anglais dans le monde contemporain (« club anglo-saxon »),
  • une approche méthodologique défectueuse (lecture hâtive).

Et, finalement, il conseille de réorienter vers l’étude des institutions administratives et des structures socio-économiques.

Dans la même optique, tout en dénonçant le relativisme de l’école anglo-saxonne, Wolf Liebeschuetz, (Decline and Full of the Roman City, 2001 et 2005), analyse le passage de la cité-État à l’État universel. Il insiste sur la notion de déclin, sur la disparition du genre de vie avec institutions administratives et culturelles légués par génie hellénistique, et il s’interroge sur la continuité entre la Cité romaine et ses successeurs (Islam et Europe occidentale). Quant à Bryan Ward-Perkins, The fall of Rome and the End of Civilization, il souligne la violence des invasions barbares, s’attarde sur le trauma de la dissolution de l’Empire. Pour lui, le déclin est le résultat de la chute.

On voit que l’érudition peut cacher des questions hautement polémiques et singulièrement contemporaines.

Polymnia Athanassiadi prend parti, parfois avec un mordant plaisant, mais nul n’hésitera à se rendre compte combien les caractéristiques qui ont marqué l’Antiquité tardive concernent de façon extraordinaire notre propre monde. Polymnia Athanassiadi rappelle, en s’attardant sur la dimension politico-juridique, quelles ont été les circonstances de la victoire de la « pensée unique » (expression ô combien contemporaine !). Mais avant tout, quelle a été la force du christianisme ?

La révolution culturelle chrétienne

Le christianisme avait plusieurs atouts à sa disposition, dont certains complètement inédits dans la société païenne.

D’abord, il hérite d’une société où la violence est devenue banale, du fait de la centralisation politicoadministrative, et de ce qu’on peut nommer la culture de l’amphithéâtre.

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Dès le IIe siècle, en Anatolie, le martyr apparaît comme la « couronne rouge » de la sainteté octroyée par le sens donné. Les amateurs sont mus par une vertu grecque, la philotimia, l’« amour de l’honneur ». C’est le seul point commun avec l’hellénisme, car rien ne répugne plus aux esprits de l’époque que de mourir pour des convictions religieuses, dans la mesure où toutes sont acceptées comme telles. Aussi bien cette posture est-elle peu comprise, et même méprisée. L’excès rhétorique par lequel l’Église en fait la promotion en souligne la théâtralité. Marc Aurèle y voit de la déraison, et l’indice d’une opposition répréhensible à la société. Et, pour une société qui recherche la joie de vivre, cette pulsion de mort paraît bien suspecte.

Retenons donc cette aisance dans l’art de la propagande – comme chacun sait, le nombre de martyrs n’a pas été si élevé qu’on l’a prétendu – et cette attirance morbide qui peut aller jusqu’au fond des cœurs. Le culte des morts et l’adoration des reliques sont en vogue dès le IIIe siècle.

Le leitmotiv de la résurrection des corps et du jugement dernier est encore une manière d’habituer à l’idée de la mort. Le scepticisme régnant avant IIIe siècle va laisser place à une certitude que l’on trouve par exemple chez Tertullien, pour qui l’absurde est l’indice même de la vérité (De carne christi, 5).

L’irrationalisme, dont le christianisme n’est pas seul porteur, encouragé par les religions orientales, s’empare donc des esprits, et rend toute manifestation surnaturelle plausible. Il faut ajouter la croyance aux démons, partagée par tous.

Mais c’est surtout dans l’offensive, dans l’agression, que l’Église va se trouver particulièrement redoutable. En effet, de victimes, les chrétiens, après l’Édit de Milan, en 313, vont devenir des agents de persécution. Des temples et des synagogues seront détruits, des livres brûlés.

Peut-être l’attitude qui tranche le plus avec le comportement des Anciens est-il le prosélytisme, la volonté non seulement de convertir chaque individu, mais aussi l’ensemble de la société, de façon à modeler une communauté soudée dans une unicité de conviction. Certes, les écoles philosophiques cherchaient à persuader. Mais, outre que leur zèle n’allait pas jusqu’à harceler le monde, elles représentaient des sortes d’options existentielles dans le grand marché du bonheur, dont la vocation n’était pas de conquérir le pouvoir sur les esprits. Plotin, l’un des derniers champions du rationalisme hellène, s’est élevé violemment contre cette pratique visant à arraisonner les personnes. On vivait alors de plus en plus dans la peur, dans la terreur de ne pas être sauvé. L’art de dramatiser l’enjeu, de le charger de toute la subjectivité de l’angoisse et du bon choix à faire, a rendu le christianisme particulièrement efficace. Comme le fait remarquer Mme Athanassiadi, la grande césure du moi, n’est plus entre le corps et l’âme, mais entre le moi pécheur et le moi sauvé. Le croyant est sollicité, sommé de s’engager, déchiré d’abord, avant Constantin, entre l’État et l’Église, puis de façon permanente entre la vie temporelle et la vie éternelle.

Cette tension sera attisée par la multitude d’hérésie et par les conflits doctrinaux, extrêmement violents. Les schismes entraînent excommunications, persécutions, batailles physiques. Des polémiques métaphysiques absconses toucheront les plus basses couches de la société, comme le décrit Grégoire de Nysse dans une page célèbre très amusante. Les Conciles, notamment ceux de Nicée et de Chalcédoine, seront des prétextes à l’expression la plus hyperbolique du chantage, des pressions de toutes sortes, d’agressivité et de brutalité. Tout cela, Ramsay MacMullen le décrit fort bien dans son excellent livre, Christianisme et paganisme du IVe au VIIIe siècle.

Mais c’est surtout l’arme de l’État qui va précipiter la victoire finale contre l’ancien monde. Après Constantin, et surtout avec Théodose et ses successeurs, les conversions forcées vont être la règle. À propos de Justinien, Procope écrit : « Dans son zèle pour réunir l’humanité entière dans une même foi quant au Christ, il faisait périr tout dissident de manière insensée » (in 118). Des lois discriminatoires seront décrétées. Même le passé est éradiqué. On efface la mémoire, on sélectionne les ouvrages, l’index des œuvres interdites est publié, Basile de Césarée (vers 360) établit une liste d’auteurs acceptables, on jette même l’anathème sur les hérétiques de l’avenir !

Construction d’une pensée unique

L’interrogation de Polemnia Athanassiadi est celle-ci : comment est-on passé de la polydoxie propre à l’univers hellénistique, à la monodoxie ? Comment un monde à l’échelle humaine est-il devenu un monde voué à la gloire d’un Dieu unique ?

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Son fil conducteur est la notion d’intolérance. Mot piégé par excellence, et qui draine pas mal de malentendus. Il n’a rien de commun par exemple avec l’acception commune qui s’impose maintenant, et dont le fondement est cette indifférence profonde pour tout ce qui est un peu grave et profond, voire cette insipide légèreté contemporaine qui fuit les tragiques conséquences de la politique ou de la foi religieuse. Serait intolérant au fond celui qui prendrait au sérieux, avec tous les refus impliqués, une option spirituelle ou existentielle, à l’exclusion d’une autre. Rien de plus conformiste que la démocratie de masse ! Dans le domaine religieux, le paganisme était très généreux, et accueillait sans hésiter toutes les divinités qu’il lui semblait utile de reconnaître, et même davantage, dans l’ignorance où l’on était du degré de cette « utilité » et de la multiplicité des dieux. C’est pourquoi, à Rome, on rendait un culte au dieu inconnu. Les païens n’ont jamais compris ce que pouvait être un dieu « jaloux », et tout autant leur théologie que leur anthropologie les en empêchaient. En revanche, l’attitude, le comportement, le mode de vie impliquaient une adhésion ostentatoire à la communauté. Les cultes relevaient de la vie familiale, associative, ou des convictions individuelles : chacun optait pour un ou des dieux qui lui convenaient pour des raisons diverses. Pourtant les cultes publics concernant les divinités poliades ou l’empereur étaient des actes, certes, de piété, mais ne mettant en scène souvent que des magistrats ou des citoyens choisis. Ils étaient surtout des marques de patriotisme. À ce titre, ne pas y participer lorsqu’on était requis de le faire pouvait être considéré comme un signe d’incivisme, de mauvaise volonté, voire de révolte. En grec, il n’existe aucun terme pour désigner notion de tolérance religieuse. En latin, l’intolérance : intolerentia, est cette « impatience », « insolence », « impudence » que provoque la présence face à un corps étranger. Ce peut être le cas pour les païens face à ce groupe chrétien étrange, énigmatique, considéré comme répugnant, ou l’inverse, pour des chrétiens qui voient le paganisme comme l’expression d’un univers démoniaque. Toutefois, ce qui relevait des pratiques va s’instiller jusqu’au fond des cœurs, et va s’imprégner de toute la puissance subjective des convictions intimes. En effet, il serait faux de prétendre que les païens fussent ignorants de ce qu’une religion peut présenter d’intériorité. On ne s’en faisait pas gloire, contrairement au christianisme, qui exigeait une profession de foi, c’est-à-dire un témoignage motivé, authentique et sincère de son amour pour le dieu unique. Par voie de conséquence, l’absence de conviction dûment prouvée, du moins exhibée, était rédhibitoire pour les chrétiens. On ne se contentait pas de remplir son devoir particulier, mais on voulait que chacun fût sur la droite voie de la « vérité ». Le processus de diabolisation de l’autre fut donc enclenché par les progrès de la subjectivisation du lien religieux, intensifiée par la « persécution ». Au lieu d’un univers pluriel, on en eut un, uniformisé bien que profondément dualiste. La haine fut érigée en vertu théologique.

Comment l’avait décrit Pollymnia Athanassiadi dans son étude de 2006 sur l’orthodoxie à cette période, la première tâche fut de fixer le canon, et, par voie de conséquence d’identifier ceux qui s’en écartaient, à savoir les hérétiques. Cette classification s’élabora au fil du temps, d’Eusèbe de Césarée, qui procéda à une réécriture de l’Histoire en la christianisant, jusqu’à Jean Damas, en passant par l’anonyme Eulochos, puis Épiphane de Salamine.

Néanmoins, l’originalité de l’étude de 2010 consacrée à l’évolution de la société tardo-antique vers la « pensée unique » provient de la mise en parallèle de la politique religieuse menée par l’empire à partir du IIIe siècle avec celle qui prévalut à partir de Constantin. Mme Athanassiadi souligne l’antériorité de l’empire « païen » dans l’installation d’une théocratie, d’une religion d’État. En fait, selon elle, il existe une logique historique liant Dèce, Aurélien, Constantin, Constance, Julien, puis Théodose et Justinien.

L’édit de Dèce, en 250, est motivé par une crise qui faillit anéantir l’Empire. La pax deorum semblait nécessaire pour restaurer l’État. Aussi fut-il décrété que tous les citoyens (dont le nombre fut élargi à l’ensemble des hommes libres en 212 par Caracalla), sauf les Juifs, devaient offrir un sacrifice aux dieux, afin de rétablir l’unité de foi, le consensus omnium.

Deux autres persécutions eurent lieu, dont les plus notoires furent celles en 257 de Valérien, en 303 de Dioclétien, et en 312, en Orient, de Maximin. Entre temps, Aurélien (270 – 275) conçut une sorte de pyramide théocratique, à base polythéiste, dont le sommet était occupé par la divinité solaire.

Julien.jpgNotons que Julien, le restaurateur du paganisme d’État, est mis sur le même plan que Constantin et que ses successeurs chrétien. En voulant créer une « Église païenne », en se mêlant de théologie, en édictant des règles de piété et de moralité, en excluant épicuriens, sceptiques et cyniques, il a consolidé la cohérence théologico-autoritaire de l’Empire. Il assumait de ce fait la charge sacrale dont l’empereur était dépositaire, singulièrement la dynastie dont il était l’héritier et le continuateur. Il avait conscience d’appartenir à une famille, fondée par Claude le Gothique (268 – 270), selon lui dépositaire d’une mission de jonction entre l’ici-bas et le divin.

Néanmoins, Constantin, en 313, lorsqu’il proclama l’Édit de Milan, ne saisit probablement pas « toute la logique exclusiviste du christianisme ». Était-il en mesure de choisir ? Selon une approximation quantitative, les chrétiens étaient loin de constituer la majorité de la population. Cependant, ils présentaient des atouts non négligeables pour un État soucieux de resserrer son emprise sur la société. D’abord, son organisation ecclésiale plaquait sa logique administrative sur celle de l’empire. Elle avait un caractère universel, centralisé. De façon pragmatique, Constantin s’en servit pour tenter de mettre fin aux dissensions internes génératrices de guerre civile, notamment en comblant de privilèges la hiérarchie ecclésiastique. Un autre instrument fut utilisé par lui, en 325, à l’occasion du concile de Nicée. En ayant le dernier mot théologique, il manifesta la subordination de la religion à la politique.

Mais ce fut Théodose qui lança l’orthodoxie « comme concept et programme politique ». Constantin avait essayé de maintenir un équilibre, certes parfois de mauvaise foi, entre l’ancienne religion et la nouvelle. Pour Théodose, désormais, tout ce qui s’oppose à la foi catholique (la vera religio), hérésie, paganisme, judaïsme, est présumé superstitio, et, de ce fait, condamné. L’appareil d’État est doublé par les évêques (« surveillants » !), la répression s’accroît. À partir de ce moment, toute critique religieuse devient crime de lèse-majesté.

Quant au code justinien, il défend toute discussion relative au dogme, mettant fin à la tradition discursive de la tradition hellénique. On élabore des dossiers de citations à l’occasion de joutes théologiques (Cyrille d’Alexandrie, Théodoret de Cyr, Léon de Rome, Sévère d’Antioche), des chaînes d’arguments (catenae) qui interdisent toute improvisation, mais qui sont sortis de leur contexte, déformés, et, en pratique, se réduisent à de la propagande qu’on assène à l’adversaire comme des coups de massue.

La culture devient une, l’élite partage des références communes avec le peuple. Non seulement celui-ci s’entiche de métaphysique abstruse, mais les hautes classes se passionnent pour les florilèges, les vies de saints et les rumeurs les plus irrationnelles. L’humilité devant le dogme est la seule attitude intellectuelle possible.

Rares sont ceux, comme Procope de Césarée, comme les tenants de l’apophatisme (Damascius, Pseudo-Denys, Évagre le Pontique, Psellus, Pléthon), ou comme les ascètes, les ermites, et les mystiques en marge, capables de résister à la pression du groupe et de l’État.

Mise en perspective

Il faudrait sans doute nuancer l’analogie, la solution de continuité, entre l’entreprise politico-religieuse d’encadrement de la société engagée par l’État païen et celle conduite par l’État chrétien. Non que, dans les grandes lignes, ils ne soient le produit de la refonte de l’« établissement » humain initiée dès le déplacement axiologique engendré par l’émergence de l’État universel, période étudiée, à la suite de Karl Jaspers, par Marcel Gauchet, dans son ouvrage, Le désenchantement du monde. Le caractère radical de l’arraisonnement de la société par l’État, sa mobilisation permanente en même temps que la mise à contribution des forces transcendantes, étaient certes contenus dans le sens pris par l’Histoire, mais il est certain que la spécificité du christianisme, issu d’une religion née dans les interstices de l’Occident et de l’Orient, vouée à une intériorisation et à une subjectivité exacerbées, dominée par un Dieu tout puissant, infini, dont la manifestation, incarnée bureaucratiquement par un organisme omniprésent, missionnaire, agressif et aguerri, avait une dimension historique, son individualisme et son pathos déséquilibré, la béance entre le très-haut et l’ici-bas, dans laquelle pouvait s’engouffrer toutes les potentialités humaines, dont les pires, était la forme adéquate pour que s’installât un appareil particulièrement soucieux de solliciter de près les corps et les âmes dans une logique totalitaire. La question de savoir si un empire plus équilibré eût été possible, par exemple sous une forme néoplatonicienne, n’est pas vaine, en regard des empires orientaux, qui trouvèrent un équilibre, un compromis entre les réquisits religieux, et l’expression politique légitime, entre la transcendance et l’immanence. Le néoplatonisme, trop intellectuel, trop ouvert à la recherche, finalement trop aristocratique, était démuni contre la fureur plébéienne du christianisme. L’intolérance due à l’exclusivisme dogmatique ne pouvait qu’engager l’Occident dans la voie des passions idéologiques, et dans une dynamique conflictuelle qui aboutirait à un monde moderne pourvu d’une puissance destructrice inédite.

Il faudra sans doute revenir sur ces questions. Toutefois, il n’est pas inutile de s’interroger sur ce que nous sommes devenus. De plus en plus, on s’aperçoit que, loin d’être les fils de l’Athènes du Ve siècle avant le Christ, ou de la République romaine, voire de l’Empire augustéen, nous sommes dépendants en droite ligne de cette Antiquité tardive, qui nous inocula un poison dont nous ne cessons de mourir. L’Occident se doit de plonger dans son cœur, dans son âme, pour extirper ces habitus, ces réflexes si ancrés qu’ils semblent devenus naturels, et qui l’ont conduit à cette expansion mortifère qui mine la planète. Peut-être retrouverons-nous la véritable piété, la réconciliation avec le monde et avec nousmêmes, quand nous aurons extirpé de notre être la folie, la « mania », d’exhiber la vérité, de jeter des anathèmes, de diaboliser ce qui nous est différent, de vouloir convertir, persuader ou contraindre, d’universaliser nos croyances, d’unifier les certitudes, de militariser la pensée, de réviser l’histoire, d’enrégimenter les opinions par des lois, d’imposer à tous une « pensée unique ».

Claude Bourrinet

 

The Nomos Of Cybersecurity And A Sovereign Internet

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The Nomos Of Cybersecurity And A Sovereign Internet

Ex: https://www.geopolitica.ru

The term “Nomos” was introduced into modern political science by the German lawyer Carl Schmitt. The word had several meanings in Ancient Greece, including “law” or “custom”. It was also an administrative territorial unit (divided into “nomoi”). Carl Schmitt used it to denote the principle of organising space. And with the advent of cyberspace, it is worth thinking about the division of this particular territory, given that maritime, air and land borders already exist. The space is unique because it is man-made, it can be altered, and it does not have clear borders. Although it is possible to clarify jurisdiction over the infrastructure used for the World Wide Web, there are still no internationally recognised rules governing behaviour in cyberspace itself.

This preamble is necessary for a more adequate understanding of the current state of the Internet and recent events related to it.

First: tests to make Russia’s infrastructure autonomous. Despite bold statements in the Western press about Russia trying to disconnect itself from the global Internet, there have been no moves in this direction. Similar tests have been carried out in the past and they had absolutely no effect on the Internet’s operation, for the majority of Internet users, at any rate. This attests to the effectiveness of measures designed to ensure the smooth operation of the Internet within Russia in the event of systemic cyberattacks or related political decisions directed against Russia by countries with a clear advantage in the governance of cyberspace.

Second: the threat of these cyberattacks. Pentagon officials publicly spoke about offensive operations in cyberspace back in February 2019. In the same month, US Cyber Command confirmed that its specialists had carried out a cyberattack against Russian infrastructure. In December 2019, meanwhile, the head of Cyber Command once again stated that, to prevent interference in the 2020 US presidential election, more cyberattacks would be carried out against the Russian Federation. In the dry language of the US Defense Department, it is “when authorized, taking action to disrupt or degrade malicious nation-state cyber actors ability to interfere in U.S. elections.”

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Soldier in glasses of virtual reality. Military concept of the future.

General Paul Nakasone noted that Cyber Command would target “senior leadership and Russian elites, though probably not President Vladimir Putin, which would be considered too provocative.” An article in The Washington Post stated that the aim would be “sensitive personal data” that could be of some value. And it might not just be personal data. The capabilities of US Cyber Command, the CIA, the National Security Agency and other organisations that develop and use cyber tools for various purposes are constantly being improved. The budget increases every year, new departments and centres are established, and specialised competitions and events are held to recruit promising hackers.

Third, and directly related to the previous two points: the methods of information warfare used in cyberspace. Leading US technology companies whose products are available on the global market work closely with the White House and US State Department, fulfilling all political requirements. Blocking pages on social media, creating a stealth mode for Internet posts at odds with the ideologies of the US government and even deleting accounts have all become the kind of norm that your average American wouldn’t have dreamed of.

The fact is that social media in the US has long been used for advertising. This relates primarily to Facebook, which makes a lot of money out of it. But Facebook recently began blocking and even removing this advertising. Put another away, it took the money without providing the service. This resulted in a number of lawsuits being filed against Facebook. While it’s possible to seek compensation within the US or begin a public debate on the illegality of such methods, this is virtually impossible for people who live in other countries.

Looking at regional clusters, it is possible to see that blackouts are politically motivated. Take Georgia, for example, where hundreds of Facebook pages related to the country’s government were recently deleted. On 20 December alone, according to a statement by Nathaniel Gleicher, Head of Security Policy at Facebook, the company removed 39 accounts, 344 pages, 13 Facebook groups and 22 Instagram accounts. They were all registered in Georgia, so it was nothing to do with fake accounts. Facebook was simply confused by the usual kind of information related to local political events that was being circulated on these pages.

Facebook also removed 610 accounts, 89 pages and 156 groups in Vietnam and the US.

Yet the US Agency for Global Media (best known for its Radio Liberty/Radio Free Europe project) systematically circulates fake news, as well as finances and trains its agents abroad to generate propaganda on a new level and pursue US foreign policy through regional media outlets. There is a map on the agency’s old website showing the location of its offices around the world, a clear indication of which countries it covers.

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In 2019, the agency launched a modernisation project that also seems to involve working with other US companies, the consequences of which we can see in the targeted information purges around the world.

Let’s not be naive and assume it will all work itself out or the issue will be peacefully resolved by the UN Internet Governance Forum. The West, and the US in particular, sees the Internet as a new frontier that has yet to be conquered. The pioneers of the cyber frontier represented by US Cyber Command and hired hackers will try to control this new Nomos both legally and by way of covert operations to introduce spyware, Web crawlers and Internet scanners.

With this in mind, testing the possibility of a sovereign Internet is a matter of fundamental importance that combines issues of national security, the performance of critical infrastructure, the combating of negative propaganda (not necessarily just political in nature but also cultural, which could nevertheless have far-reaching implications – outbursts of strange fads among the young, for example, that don’t fit in with social patterns of behaviour and often have a certain illegality to them), and the adequate performance of one’s own media space.

Source: OrientalReview

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Le fascisme selon le conservatisme

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Le fascisme selon le conservatisme

par Georges FELTIN-TRACOL

2019 a marqué les cent ans d’un mouvement qui a révolutionné le monde : le fascisme. Spécialiste de la Première Guerre mondiale dans les Balkans, Frédéric Le Moal s’intéresse aussi à l’histoire contemporaine de la péninsule italienne. Ainsi cet italophone a-t-il rédigé une biographie de Victor-Emmanuel III en 2015 et fait paraître un ouvrage récent défendant l’action du pape Pie XII. Il a auparavant travaillé sur le régime politique italien entre 1922 et 1943, voire 1945.

L’auteur reconnaît volontiers que le fascisme qui, au contraire du maxisme-léninisme et du national-socialisme, n’a jamais eu de doctrine définitivement fixée, car constitué de divers courants parfois rivaux dont se joue et se sert Benito Mussolini. N’hésitant pas à puiser dans les travaux de Jean de Viguerie, de Xavier Martin et de François Huguenin, Frédéric Le Moal estime que le fascisme provient de la gauche, en particulier de l’extrême gauche.

De gauche à droite…

S’inscrivant dans une historiographie de droite conservatrice libérale catholique, l’auteur le considère en effet comme un « mouvement révolutionnaire aux racines jacobines, risorgimentales [liées au Risorgimento du XIXe siècle] et garibaldiennes, socialiste et nationaliste, ennemi implacable du libéralisme et de l’esprit bourgeois, et qui se voulut religion civile de substitution au christianisme (p. 373) ». Il le démontre d’abord avec les Faisceaux de combat fondés à Milan au programme bolchévico-rousseauiste adopté à San Sepolcro, ensuite sous la République sociale italienne (1943 – 1945) avec le Manifeste de Vérone et la ferme volonté de socialiser les moyens de production industrielle. Cette orientation socialisante revendiquée « convainquit nombre d’antifascistes de gauche à rejoindre les rangs de la RSI, comme l’ancien compagnon de jeunesse de Mussolini Pulvio Zocchi, le philosophe Edmondo Cione ou le journaliste Carlo Silvestri. […] On retrouva aussi à Salò Nicola Bombacci, l’un des fondateurs… du PCI ! (p. 351) ». Entre-temps, durant le Ventennio, le Duce dut composer avec des institutions conservatrices (le roi, l’armée, le grand patronat, l’Église), ce qui donna au régime du licteur une enveloppe réactionnaire, voire contre-révolutionnaire…

61P7DMYjyGL.jpgLa thèse n’est pas nouvelle. En 1984, le Club de l’Horloge sortait chez Albin Michel Socialisme et fascisme : une même famille ?. Ne connaissant pas ce livre, Frédéric Le Moal arrive néanmoins aux mêmes conclusions. Il se cantonne toutefois à la seule Italie en oubliant ses interactions européennes, voire extra-européennes (le péronisme en Argentine). Il circonscrit le fascisme en phénomène italien spécifique. Certes, il mentionne l’influence d’Oswald Spengler sur Mussolini, mais il en oublie le contexte international, à savoir l’existence protéiforme d’une révolution conservatrice non-conformiste. En outre, l’auteur ne souscrit pas à la thèse de Zeev Sternhell pour qui le fascisme italien a eu une matrice française.

Un héritage français contesté

Oui, le fascisme naît au lendemain d’un conflit terrible dans un État récent et inachevé paralysé par une césure Nord – Sud croissante et une classe politique incompétente. L’apport français n’en demeure pas moins essentiel avec l’apport déterminant de Georges Sorel et, plus secondaire, de Charles Maurras. Au risque de l’anachronisme, le boulangisme nancéen du jeune Maurice Barrès relève d’un « proto-fascisme » bien trop vite interrompu. Surgi du socialisme du début du XXe siècle qui ne se confondait pas encore avec la gauche (voir les recherches de Marc Crapez sur ce point dans deux études fondamentales, La gauche réactionnaire. Mythes de la plèbe et de la race en 1996 et Naissance de la gauche en 1998) et qui s’opposait au projet de la droite contre-révolutionnaire, le fascisme est avant tout un volontarisme, un détournement de la Modernité vers une véritable troisième voie anti-libérale et anti-communiste.

Nonobstant ces quelques critiques, Histoire du fascisme de Frédéric Le Moal n’en reste pas moins un ouvrage majeur qu’il importe de lire afin de mieux comprendre une pensée politique plus que jamais vilipendée, trois quarts de siècle plus tard, par de doctes ignards. Malgré les embûches et les circonstances souvent défavorables, l’idéal squadriste de la chemise noire brûle toujours dans l’âme et le cœur des derniers hommes avides de verticalité ontologique radicale.

Georges Feltin-Tracol

• Frédéric Le Moal, Histoire du fascisme, Perrin, 2018, 425 p., 23 €.

jeudi, 16 janvier 2020

La République, Temple de la Matière

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La République, Temple de la Matière

par Antonin Campana

Ex: https://www.autochtonisme. com

 

Dans l’imaginaire républicain, un « Etat de droit » est un Etat soumis à un droit supérieur à lui-même, qu’il ne peut violer (naturellement, la République prétend être un « Etat de droit »).

Le droit dont il est question ici est le « droit naturel », tel qu’exposé par exemple dans la déclaration des droits de l’homme, déclaration placée au sommet de la hiérarchie des normes par le régime. Le concept de droit naturel s’appuie sur la conviction que les hommes ont par nature des droits et que ces droits accordés aux hommes par la Nature sont inviolables.

Dans un autre article, nous avions fait remarquer que la nature ne donnait pas plus de droits aux  hommes qu’aux blattes ou aux vers de terre. Penser le contraire relève sans doute d’une superstition animiste quand ce n’est pas de l’outrecuidance et d’un anthropocentrisme méprisant. Nous observions d’autre part que les hommes n’ont jamais connu cet « état de nature » propice à l’exercice de leurs hypothétiques droits naturels, puisqu’ils ont toujours vécu en société. De fait, c’est la société, et non la nature, qui de tous temps concède des droits aux individus, en fonction notamment de ses rapports de forces internes. C’est pourquoi le droit varie avec le temps et d’une société à l’autre. C’est également pourquoi il n’existe pas de droit universel (bien que l’objectif du mondialisme soit d’en imposer un).

Le « droit naturel » relève donc d’une croyance. Ce qui caractérise cette croyance est son absurdité délirante. On peut croire en l’existence de Dieu car personne n’a jamais prouvé qu’il n’existe pas. Soit. Mais croire que la Matière a engendré une nature humaine et que dans sa bonté cette Matière a doté cette nature en particulier de droits spécifiques relève de la confusion mentale !

La doctrine du droit naturel pourrait prêter à sourire si, en 1789, de fervents croyants ne s’étaient imaginés pouvoir construire un système politique sur la base de ce droit imaginaire. Si les droits naturels sont possédés en commun par tous les hommes, se sont-ils dits, alors un système politique traduisant ces droits (les « droits de l’Homme ») et ne les contredisant jamais, pourrait être acceptable par tous les hommes. Ce système politique, la République, serait d’application universelle, c’est-à-dire planétaire, et permettrait alors le « vivre tous ensemble ». C’est ainsi que la foi en la Matière a transformé l’abstraction philosophique sur les droits naturels en une réalité aussi concrète que dramatique : le Grand Remplacement !  

En fait, toute l’idéologie républicaine ainsi que tout l’agrégat humain faisant république, reposent sur une croyance qui sublime la Matière jusqu’à en faire l’avatar du Dieu de l’Ancien Testament ou du Coran. Comme le Dieu terrible de l’Ancien Testament ou du Coran, le Dieu-matière dicte ses commandements, impose sa Loi et détermine un Droit qui doit s’appliquer à tous les hommes, sans exceptions. Comme le Dieu terrible de l’Ancien Testament ou du Coran, le Dieu-matière décrit la juste organisation et le juste fonctionnement de la société. Comme le Dieu terrible de l’Ancien Testament ou du Coran, le Dieu-matière promet le châtiment aux sociétés qui bafoueraient son droit (celles qui ne seraient pas « ouvertes », « démocratiques », métissées, LGBTQ compatibles…). Comme le Dieu terrible de l’Ancien Testament ou du Coran, le Dieu-matière est un Dieu unique et jaloux : il n’existe rien en dehors de la Matière.  

Tout cela fait que la République est à la fois une Eglise et un système politique théocratique. Les droits de l’homme sont moins une religion qu’un credo. La vraie religion, le culte qui est vraiment célébré ici, est celui de la Matière : c’est Elle, la Nature, qui dispense le Droit. Mais la Matière dont il est question, jusqu’à l’Homme lui-même, est vide de toute âme. Elle ne contient aucun principe spirituel. Et c’est justement en raison du divin qui ne s’y trouve pas que la Matière est divinisée en même temps que désacralisée. Pour les croyants, même un homme n’est qu’un agencement de cellule, ou un poids d’os et de chairs. C’est pourquoi on peut le façonner, le modifier, l’augmenter ou le diminuer, l’aspirer quand il est dans le ventre de sa mère, l’effacer quand il est trop vieux. Paradoxalement, et comme le Dieu du Nouveau Testament, les tenants du nouveau culte croient que la Matière se donne en sacrifice pour nous sauver. Par le « Progrès », sorte de théologie qui permet de comprendre les propriétés de la Matière, les hommes accèdent aux lois qui régissent le cœur de celle-ci. Et ils se servent de cette compréhension pour détruire le Monde ! Le culte de la Matière est un culte de la destruction du monde. C’est un culte qui immole ce qui est objet d’adoration. Le culte de la Matière est un culte sacrificiel dont la victime est la Matière elle-même. C’est-à-dire nous.

La République est l’Eglise d’une religion sans spiritualité. Une nouveauté historique ! Cette religion froide a envahi l’ensemble du monde occidental. Celui-ci semble ne plus pouvoir se justifier autrement que par la Matière. Le Dieu d’autrefois a déserté jusqu’à l’Eglise de Rome et se cache désormais dans les derniers bastions de la Tradition ancestrale. L’athéisme, mot frauduleux qui cache souvent le ralliement au Dieu-matière, est aujourd’hui prépondérant. Bref, la Matière semble l’avoir emporté sur le spirituel. Mais que de crimes pour y parvenir ! Les martyrs se comptent par centaines de milliers, notamment aux temps révolutionnaires. Et que dire de la violence intellectuelle, légale, répressive, discriminatoire qui s’est s’exercée durant de longues décennies, et jusqu’à aujourd’hui ?

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Par la violence, cette nouvelle religion a imposé un type de société qui contient en elle-même le principe de sa propre destruction comme le culte de la Matière suppose à terme la destruction de la Matière. Si le Droit de la Matière implique en effet la société ouverte, alors la société ouverte implique la cohabitation avec l’islam, c’est-à-dire la confrontation ! 

La confrontation sera d’autant plus radicale que par certains aspects ces deux religions se ressemblent plus qu’elles ne diffèrent. Les deux religions se réfèrent à un droit fondamental qui demande une soumission totale sous peine de sanctions : la charia ou les droits de l’homme. Les deux religions affirment que ce droit n’a pas été posé par des hommes mais révélé par une transcendance : Dieu ou la Nature/Matière. Les deux religions affirment une forte dimension politique : elles organisent et règlent le fonctionnement de la société selon les lois qui leur ont été révélées. Les deux religions relèvent de l’universalité : elles doivent s’imposer bientôt à la terre entière. Les deux religions règlent les rapports des hommes entre eux : par la praxis chariatique ou par le progressisme sociétal. Les deux religions utilisent la violence et théorisent la « guerre juste » : au Bataclan ou en Syrie. Etc.

 Qui des deux l’emportera ? Pour l’emporter, les fidèles de la Matière devront  employer face à l’islam un niveau de violence terrible, qui suppose l’extermination de plusieurs centaines de milliers d’individus. La Matière, les Autochtones européens de France en savent quelque chose, ne l’emporte sur le spirituel qu’au prix de massacres sans nom. Mais aujourd’hui, la République, ce Temple de la Matière, est-elle en capacité d’exercer sur les musulmans la violence qu’elle exerçât autrefois sur les chrétiens ? Face aux Mohammed Merah qui foisonnent dans les Cités, où sont désormais les Robespierre, les Saint Just ou les Marat ? Je n’en vois plus beaucoup : le culte de la Matière aurait-il détruit les hommes de matière en même temps que la Révolution dévorait ses enfants ?

Antonin Campana 

 

Le conservatisme, une vision politique à reconquérir

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Le conservatisme, une vision politique à reconquérir

par Franck BULEUX

Préalablement à cette intervention, il est loisible d’affirmer que le conservatisme « à la française » est un terme « à la mode », ce qui peut lui donner un aspect positif au temps de la médiacratie (le fameux « quatrième pouvoir » permet d’avoir un certain nombre d’analyses sur ce courant de pensée); de plus, il est à la une de revues amies : la revue Éléments, « La nouvelle vague du conservatisme », et la revue L’Incorrect de décembre 2017, « 100 % conservateur » et surtout, Le dictionnaire du conservatisme est sorti aux Éditions du Cerf en septembre dernier [2017] avec plusieurs contributions d’intellectuels visant à la mise en place d’une école doctrinale conservatrice française.

Je n’ai nul besoin de vous rappeler que le début de la dernière campagne présidentielle avait fait du candidat François Fillon le candidat estampillé « conservateur », le postulant largement favori avant les déboires que l’on connaît. Et d’ailleurs, le candidat conservateur avait largement éliminé les candidats « sociaux-libéraux » (Alain Juppé, Nathalie Kosciusko-Morizet et Bruno Le Maire) et bonapartiste (Nicolas Sarkozy) de LR (Les Républicains) lors des deux tours de la primaire de la droite et du centre. Depuis le CNIP (Centre national des indépendants et paysans) et La Droite, devenue DLC (Droite libérale chrétienne) de Charles Millon (dont l’épouse, la philosophe Chantal Delsol œuvre au renouveau du conservatisme, notamment dans le dictionnaire pré-cité), on n’avait pas évoqué – autant et à bon escient – la persistance, voire la perspective, d’un conservatisme national, comme voie alternative politique.

9782204123587-59fb496fddd78.jpgPourtant, la question du conservatisme est complexe car le terme, lui-même, renvoie à des phénomènes – et des réalités – politiques différents, du parti conservateur britannique (les Tories, au pouvoir au Royaume-Uni en alternance démocratique avec le Labour travailliste) au monolithique ancien Parti communiste soviétique (PCUS), dont les caciques étaient qualifiés de « conservateurs », sans doute en partie en raison de leur âge… Une seule chose est sûre, l’absence pérenne – ou presque (l’exception Fillon vaincue par le très progressiste hebdomadaire Le Canard enchaîné) – du terme dans le débat français, depuis la fin de la Révolution française au moins jusqu’à récemment (puisque l’on parle de néo-conservateurs que la gauche morale n’hésite pas, d’ailleurs, à qualifier de « néo-cons » – le discrédit sémantique est toujours au cœur des débats et fonctionne d’ailleurs, mais s’agissant de cette tendance, il s’agit, le plus souvent, de « libéraux américains » – donc, la gauche américaine issue des démocrates – défendant des thèses conservatrices liées à la défense de la nation : identités fédérées réaffirmées, rejet du « politically correct », rejet du fiscalisme…).

Quel est le point commun entre ces différents conservatismes ? Il s’agit d’une prise de conscience d’une menace sur des valeurs, des principes jugés essentiels : on peut probablement parler de conservatisme lors des succès en matière de mobilisation de La Manif pour tous, s’agissant de préserver un droit naturel objectif (droits de l’enfant au sein d’une famille établie) face à des exigences progressistes fondées sur des droits subjectifs (droit à l’enfant de tout individu). Le conservatisme peut aussi s’exprimer sur le terrain des institutions comme sur celui de la proximité : la gastronomie, la valeur touristique de la région, l’écologie terrienne, le respect de valeurs liées au sol… Le retour à la terre, voire le retour de la Terre, est une forme naturelle de conservatisme. Le récent vote corse, est selon moi, plus qu’un dégagisme (alors que des sortants sont réélus…), un vote conservateur lié à l’insularité du territoire et à ses conséquences sur les hommes et l’environnement. L’allégorie du jardin utilisée par Chantal Millon-Delsol dans le Dictionnaire du conservatisme est éclairante, évoquant le conservatisme comme une praxis s’opposant à toute doctrine dont l’objet serait de refaire le monde ex nihilo, forme sublime, et totalement abstraite, de l’expression totalitaire. Le retour aux racines s’oppose clairement aux formes de changement inspirées par les slogans de gauche qu’elle soit marxiste « Du passé, faisons table rase » (la tabula rasa marxiste) ou sociale-démocrate : « Le changement, c’est maintenant ! ». Seules l’intensité révolutionnaire et l’horizon utopique font naître la distinction initiale, bien connue et représentée par les bolcheviks et les mencheviks il y a cent ans. Le conservatisme pensé de cette manière est une forme de traditionalisme, c’est-à-dire la conservation des acquis, notamment issus de la Nature, que l’on soit, à titre personnel, déiste ou non. Le terme des « acquis sociaux » fort prisé des marcheurs de Bastille à Nation pourrait aussi être transformé en « acquis moraux » ou en « acquis culturels » ou « naturels ». Serait-ce choquant ou outrancier ? Poser la question, c’est y répondre. Le retour du conservatisme, c’est d’abord le retour aux fondamentaux.

Alors, si le conservatisme est une sauvegarde d’acquis préexistants, peut-on le considérer strictement comme réactionnaire ?

Si l’on considère que le mouvement conservateur est une réponse à un processus révolutionnaire estimé dangereux pour une collectivité et ses membres, il n’est qu’une réaction à une pensée progressiste extrémiste. Au pire, il s’oppose au fameux sacro-saint « cours de l’histoire » en s’arc-boutant sur un maintien de privilèges exprimé dans un statu quo ante, au mieux, il se refuse à une évolution qu’il estime négative, car dangereuse. Le terme « réaction » renvoie à un retour à un point connu, fixé, du passé; il conduit à une destruction. Une révolution peut être réactionnaire, si ses repères sont dans un passé lointain et révolu, un conservatisme peut éviter une réaction, s’il parvient à pérenniser ce qui est. Le conservateur se situe dans la survivance de ce qui est. Même si, dans la bouche des archéo-gauchistes, réactionnaires et conservateurs sont des synonymes, il est indispensable de dissocier les termes. Il n’est pas question d’un retour abstrait, mais de maîtriser un présent concret.

S’il n’est pas réactionnaire, le mouvement conservateur pourrait-il être révolutionnaire ? A priori, les deux termes semblent procéder d’un oxymore. Pourtant, le conservatisme ne peut pas être considéré comme un vulgaire immobilisme. Un corps social est intrinsèquement dynamique, comme la Nature, il vit, il s’adapte. Face au réactionnaire, le conservateur aménage, améliore, restaure le présent pour éviter le retour à un passé, souvent inconnu. Les Révolutionnaires français étaient le plus souvent excessivement réactionnaires, visant au retour d’un ordre ancien. Le conservateur se nourrit de l’expérience, de la praxis, il utilise le présent comme une substance organique permettant de créer de l’histoire, du devenir. On peut ainsi parler de « conservatisme en mouvement », mettant en place des formes nouvelles, elles-mêmes issus du vivant. Une société est un élément organique dont l’évolution procède de son propre état. Le mouvement conservateur, loin d’être figé, permet à la société de muter à partir d’elle-même et non pas d’une société sans passé.

Un mouvement conservateur, non réactionnaire, peut-il être libéral ?

Au sein des familles idéologiques de la droite (ou des droites), le débat, ici, est essentiel : le plus souvent, il est fait référence à des partis libéraux-conservateurs, c’est-à-dire économiquement libéraux et conservateurs en matière sociétale. Les partis de droite en Occident, du Japon à l’Allemagne, en passant par le Royaume-Uni et l’Espagne, sont souvent considérés comme libéraux et conservateurs. Et pourtant, cette liaison, cette fusion même n’est pas si évidente.

147823.1570500005.jpgEn effet, originellement, l’esprit conservateur est de nature collective : il vise à préserver un ordre naturel préexistant alors que le libéralisme post-révolutionnaire naît du développement des besoins exprimés individuellement. Le conservatisme ne nie pas la liberté mais se rattache davantage à la liberté concrète, plus qu’abstraite, à la liberté collective, plus qu’individuelle. Le triomphe de l’individualisme, état suprême du libéralisme, s’oppose au conservatisme des systèmes normatifs. C’est ici, à mon sens, que le renouveau du conservatisme prend tout son sens : le développement de l’individualisme a contribué à l’effacement des repères collectifs, identitaires, religieux ou culturels. La fin du bien commun a rendu la modernité, expression d’un libéralisme fondé sur l’individu, exécrable pour les « oubliés » du Système. L’extension des droits individuels comme le droit à l’enfant, exalté par les « progressistes », vient à exclure ce bien commun qu’est le droit de l’enfant à vivre au sein d’une famille. Alexandre Soljenitsyne dénonçait déjà, en 1978, dans Le déclin du courage, le matérialisme occidental issu de la société de consommation. Le déracinement, fruit de ce conservatisme anglo-saxon, a touché d’abord les classes populaires souvent qualifiées d’« oubliées » par nos chercheurs sociologues. La France des oubliés, c’est d’abord l’expression d’une société qui a fait de l’individualisme libéral son étalon, son exigence. Or, le conservatisme, forme d’enracinement, aurait pu, pourrait, peut encore venir tempérer ce système économique certes nécessaire mais qui doit constituer un des piliers d’une société tridimensionnelle et non le pilier central.

Le conservatisme, une vision politique à reconquérir.

Le conservatisme est une vision de proximité (le conservatisme n’est pas mondialiste); en effet, chaque territoire a un mode de vie à préserver, ce qui le distingue, là aussi, d’un certain libéralisme, à la vision trop universelle. Vision enracinée d’un territoire défini, le conservatisme produit sa propre essence, son propre progressisme. La vision du progrès n’a de sens que dans le cadre de l’évolution naturelle du vivant. L’homme transforme la Nature, il ne la nie pas. Nier la Nature serait une attitude réactionnaire, la transformer est adapter les besoins des populations à l’univers du possible.

Au-delà de cet enracinement indispensable, les conservateurs devront choisir entre le conservatisme libéral et le national-conservatisme, débat qui existe déjà entre les membres du groupe Conservateur et réformistes européens (70 élus, soit 10 % de l’ensemble des parlementaires et troisième groupe du Parlement en nombre de membres). De nombreux mouvements considérés comme « populistes » sont membres de ce groupe, notamment au Nord de notre Vieux Continent (Parti du progrès danois, les Vrais Finlandais, la Nouvelle Alliance flamande, Droit et justice polonais…).

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Pour en revenir à la France, tout le monde a conscience qu’il a manqué l’électorat populiste à François Fillon au premier tour et l’électorat conservateur à Marine Le Pen au second tour.

Le sujet ne porte pas, ici, sur le populisme. Je n’aborderai donc pas le caractère abstrait de cette expression utilisée aussi bien pour Donald Trump, Bernard Tapie en son temps, Jean-Luc Mélenchon ou Marine Le Pen aujourd’hui. Mais, pour ce qui est du conservatisme, il s’agit bel et bien d’une voie à explorer à la condition de donner à ce mot une expression… révolutionnaire !

Franck Buleux

• D’abord mis en ligne sur EuroLibertés, le 28 janvier 2018.

In Praise of Rome’s Citizen Soldiers

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In Praise of Rome’s Citizen Soldiers

They fought for home and family, which was preferable to professional mercenaries only in it for the emperor's spoils.

Killing for the Republic: Citizen Soldiers and the Roman Way of War, Steele Brand, Johns Hopkins University Press, 370 pages

Steele Brand is a historian who pays not even lip service to historical determinism. The Roman Republic collapsed, Brand says, because of deliberate choices made by “grasping, ambitious and amoral” leaders who took advantage of a debased “culture” that became more “perfectly suited to autocracy” than to freedom. Brand’s book should be read with care by Americans as our republic enters its twilight, as the ambitions of our political class replace the traditions of our ancestors.

Readers of many tastes will receive great enjoyment from Brand’s book. For those interested in general history, Brand provides a readable, engaging political history of the Roman Republic from the Roman kings to the rise of Augustus. He overlays a fascinating account of the development of Roman military strategy, tactics, weaponry, and chain of command, as well as providing detailed accounts of some of the most important battles of the Roman Republic, such as Sentinum, New Carthage, Pynda, Mutina, and Philippi. He also opens a window into the public spiritedness, or “civic virtue,” of the typical soldier of the Republic, who loved Rome, not out of greed or ambition, but because it protected his “little platoon,” his family and his farm. Fighting for the things these soldiers loved concretely made them particularly lethal.

killing.jpgThe book, moreover, is stocked with well-selected quotes from great writers and historians of the time, such as Livy, Plutarch, Polybius, and Cicero, who were contemporaries of, or even participants in, the greatest events of the Republic. I have read all these authors, though I must admit that Brand gave me new appreciation for their writings by placing them firmly in their historical context.

What’s really not to be missed in the book are the last 100 pages, which provide a riveting account of the vicious political jockeying and outright civil wars that came in the wake of the assassination of Julius Caesar. While the historical events of the 1st century B.C. are not analogous to America’s current political turmoil, i.e. Donald Trump is not Julius Caesar, there are recognizable character flaws common to both the men who were willing to overthrow the Roman constitutional order and our current hubristic political class.

The Roman and American situations run parallel in that republics fall apart when the ambitions of amoral actors create such partisan rancor that they create competing claims of “legitimacy.” When political opponents become existential outlaws or are seen as wholly illegitimate, the nation slouches toward civil war. Here in America, magnanimity in politics is replaced by viciousness. And in the 1st century B.C., questions of political legitimacy put the Roman army into play: “At a time when Roman soldiers were being given conflicting information about who was legitimate, any commander became fair game for desertion, betrayal, or assassination if he behaved incompetently or failed to look out for their interests.”

Refreshingly, Brand is a partisan for the Roman Republic. He believes that a mixed regime, with both popular and aristocratic elements, is far preferable to vesting all political power in an emperor. And he believes that a citizen-soldier army that fights for its farms and families is preferable to a professional, mercenary army that fights for the booty dispensed by that emperor. Julius Caesar, he says, “deserves his place in history alongside other great generals like Cyrus, Alexander, Attila, Genghis Khan, Cortés, and Napoleon, but like them, he was nothing short of a monster.”

Brand ominously points out that most of the Framers of the U.S. Constitution, as well as Thomas Jefferson, were fans of the great Roman republican figures, such as Brutus and Cicero, while Americans today are more likely to be fans of Caesar, who is “admired as an exemplar of courage, decisiveness, skill, genius, and good fortune.” It is somewhat disconcerting that the American imagination now prefers the one to the other.

Finally, while Brand acknowledges that the Roman Republic sometimes pushed other people around, its constant warfare seems not to have been a general symptom of imperialism but a historical necessity. “During the time frame in which Rome rose to power,” he writes, “international state systems were declining or totally absent, and anarchy and lawlessness were at their peak. Law, justice, order and peace were impossible to maintain in a Hobbesian world where every state was as militaristic as the next.”

Unlike post-Cold War America, where a foreign invasion is unthinkable, the Roman Republic had been viciously sacked by the Gauls and nearly destroyed by Hannibal in the Second Punic War. For most of the Republic’s existence, “forever war” was a necessity, not a choice; in the contemporary American case, forever war is not a necessity, but a choice.

That said, when the virtue of many of the leading figures in Rome became debauched, the presence of a large military was undoubtedly a factor in the demise of the Republic. When the Republic displayed a crisis of legitimacy, the army turned on itself and “these citizen-soldiers were no longer killing for the Republic. They were killing it.”

There is a parallel danger in contemporary America. We now have a gigantic military-intelligence-industrial complex that seems to question the legitimacy of a duly-elected president and is willing to scheme unconstitutionally for his demise. A large-scale politicization of our huge national security establishment would be an ominous development indeed. When the ethos of that national security community has degenerated from the nonpartisan statesmanship of a George Marshall to the scheming partisanship of a John Brennan, it is apparent that the recovery of genuine statesmanship is the only thing that can save us from the Roman Republic’s fate.

William S. Smith is research fellow and managing director at the Center for the Study of Statesmanship at The Catholic University of America. His latest book is Democracy and Imperialism, published by the University of Michigan Press.

Mensenrechtenorganisatie eist andere namen voor geslachtsdelen om transgenders te pleasen

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Mensenrechtenorganisatie eist andere namen voor geslachtsdelen om transgenders te pleasen 

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Krankzinnig: ‘Vagina’ moet worden gereserveerd voor transgender vrouwen; biologische vrouwen hebben voortaan een ‘voorste gat’ – Woord ‘penis’ wordt feitelijk geschrapt

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De pro-LGBTQ+ mensenrechtenorganisatie HRC (Human Rights Campaign Foundation) is een campagne gestart waarin andere, ‘inclusievere’ namen voor menselijke geslachtsdelen worden geëist, zodat de uiterlijke verschillen tussen biologisch natuurlijk gebleven mensen en transgenders in ieder geval woordelijk worden opgeheven. Sterker nog: het woord ‘vagina’ moet zelfs exclusief worden gereserveerd voor transgender ‘vrouwen’; biologisch geboren vrouwen hebben vanaf nu een ‘front hole’, een gat aan de voorkant.

In de HRC folder ‘Veiligere seks voor Trans Lichamen’ worden de nieuwe benamingen op een rijtje gezet, waarvan hier de meest opvallende:

* Trans: Iedereen die zichzelf onderdeel van de transgender gemeenschap voelt. Daarvoor hoef je geen operaties te hebben gehad;

* Pik:  Alle externe genitaliën ‘in alle vormen en maten bij mensen van alle genders’. Oftewel: biologisch vrouwen kunnen vanaf nu ook een ‘pik’ hebben, als zij dat zelf zo ervaren;

* Voorste gat: (lett. ‘front hole’, gat aan de voorkant). Alle interne geslachtsdelen, ‘soms* een vagina genoemd.’ Dat voorste gat kan in zich in die sommige gevallen ‘zelf vochtig maken, afhankelijk van leeftijd en hormonen.’

* Vagina: ‘Wij gebruiken dit woord voor de genitaliën van trans vrouwen die operaties aan hun onderkant hebben gehad.’

* Strapless: (Lett. ‘voorbind-loos’). Strapless is een term die uit de pornografische wereld komt, en meestal wordt gebruikt voor lesbische seks zonder gebruik van voorbind penissen. HRC: ‘Wij gebruiken dit woord om de genitaliën van trans vrouwen die nog geen genitale reconstructie –soms* een penis genoemd- hebben gehad.’ (*schuingedrukt toegevoegd).

Twitteraars overweldigend negatief over nieuwe taalgids

Op Twitter reageerden mensen overweldigend negatief op dit Orwelliaanse trans-manifest. ‘Wow, dus trans vrouwen hebben een vagina, maar wij biologische vrouwen hebben een voorste gat. LOL, deze mensen zijn krankzinnig.’ Daarmee verwees deze reageerder onder andere naar HRC medewerker Amir Sariaslan, die als eerste over deze nieuwe trans ‘taalgids’ twitterde.

‘Wat is dit nu weer voor een politiek correcte dystopische 1984 taalcontrole?’ vraagt een ander zich af met het oog op het streven om de gebruikelijke benaming van het vrouwelijke geslachtsdeel exclusief te willen toewijzen aan een splintergroepje waar 99% van de bevolking nooit mee te maken krijgt (althans, nog niet).

‘Ik ben er vrij zeker van dat we nu in de singulariteit zijn beland,’ grapte een ander, verwijzend naar de ‘singulariteit’ van futurist Ray Kurzweil, die verwacht dat de mensheid in uiterlijk 2045 (maar mogelijk zelfs al vanaf 2030) zal samensmelten met AI (kunstmatige intelligenties).

Nepnieuws over niet-bestaande moord epidemie onder transgenders

De HRC brengt de afgelopen tijd allerlei nepnieuws berichten naar buiten, zoals dat ‘transfoben’ een ‘moord epidemie’ onder transgenders zouden begaan. Uit alle feiten blijkt echter dat hier helemaal niets van klopt, en dat transgenders geen tiende van een procent vaker het slachtoffer worden van moord dan anderen.

‘Het is dus geen wonder dat de HRC nu probeert om termen te veranderen om ‘trans lichamen’ zich beter te laten voelen omdat ze zichzelf hebben verminkt – wat de rest van de samenleving natuurlijk in de lastige positie brengt om met deze waanzin mee te doen, om maar politiek correct te blijven,’ geeft Mike ‘Natural News’ Adams als commentaar.

‘Kwaadaardig om kinderen in verwarring te brengen over basis van het leven’

‘Transseksuelen zijn geestesziek,’ schreef iemand. Een ander stelde dat ‘het kwaadaardig is om kinderen in verwarring te brengen over de basis van het leven. Kinderen zullen de linkse leugens niet overleven. Plant de leugen – laat de waanideeën groeien – zaai de dood.’ (1)

Op de website van onderzoeksjournalist Martin Vrijland vindt u veel meer, uitgebreidere en met tal van feiten onderbouwde artikelen over de transgender / LGBTQ+ agenda en het transhumanisme. Enkele recente links:

* Wie is Erland Oscar Galjaard en wat heeft hij met eugenetica te maken?
* Waarom wel of niet voor het transhumanisme en de singulariteit (leven in een AI computer) te kiezen?
* De grote ommekeer: Martin Vrijland neemt het op voor de LHBTI gemeenschap!
* Heeft LHBTI geslachtskeuze-opvoeding van kinderen een aantoonbare biologische grondslag?
* In het nieuwe ‘wakker’ (woke) is de blanke heteroseksuele man te lang bevoorrecht geweest
* De Bijbel is al genderneutraal gemaakt, maar ook aan de genderneutrale koran wordt gewerkt.


Xander

(1) Natural News
(2) Afbeelding: Pixabay (rechtenvrij)

Zie ook o.a.:

2019:
21-12: ‘Global Mega Trends’ consulting rapport voorziet transhumane mensheid in 2030
20-12: Kritiek op transgender agenda in VS en Engeland bestraft met ontslag en gevangenisstraf
16-12: Duitse jurist lekt nieuwe EU-wet om mensen die tegen immigratie zijn op te sluiten in inrichtingen (/ Straks ook critici van diversiteit, transgender, klimaat en EU zelf opgesloten)
14-12: Hoe absurd, zuur en krankzinnig is het Westen eigenlijk geworden? Nou zo:
10-12: Iedereen zou ‘De werkelijkheid zoals we die waarnemen’ moeten lezen

mercredi, 15 janvier 2020

Strijd om aardgas: Turkije en Libië proberen pijpleiding Israël-Cyprus-Griekenland te blokkeren

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Strijd om aardgas: Turkije en Libië proberen pijpleiding Israël-Cyprus-Griekenland te blokkeren

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Herstel islamitische Ottomaanse Rijk en val van Europa steeds dichterbij

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Ondanks dreigementen van het regime van de Turkse dictator Erdogan hebben Israël, Cyprus en Griekenland een overeenkomst ondertekend voor een nieuwe gaspijpleiding van Israël en Cyprus naar Griekenland. In de toekomst kan deze pijpleiding wel eens in 10% van de Europese aardgasbehoeften gaan voorzien. Ankara had juist besloten om tegen alle maritieme wetten en afspraken in de economische zone van Libië –dat de facto een ‘client state’ van Turkije wordt- dermate te vergroten, dat een deel van de wateren van Kreta eronder vallen. De Turken beweren nu dat ze veto recht hebben over deze nieuwe pijpleiding. De exploitatie van het aardgas in het oosten van de Middellandse Zee lijkt hiermee een almaar serieuzere trigger te worden voor een toekomstige nieuwe grote Midden Oosten oorlog.

Israël verdient miljarden met gasexport naar Griekenland, Egypte en Jordanië

Op 2 januari ondertekenden de Israëlische premier Netanyahu, de Griekse premier Mitsotakis en de Cypriotische president Anastasiades en hun ministers van energie een overeenkomst voor de aanleg van de EastMed pijplijn. Het € 6 miljard kostende project voorziet in de aanleg van een 1900 kilometer onderzeese pijpleiding die jaarlijks tot 20 miljard kubieke meter gas van de Israëlische en Cypriotische wateren via Kreta naar Griekenland gaat transporteren, en van daaruit vervolgens naar Italië en andere Zuid(oost) Europese landen.

De Griekse premier en zijn minister van Energie spraken van een ‘project van vrede en samenwerking, ondanks de Turkse dreigementen’. De Cypriotische president uitte zich in vergelijkbare bewoordingen. Ondertussen is het enorme Israëlische Leviathan gasveld op 31 december 2019 begonnen met produceren. Behalve naar Griekenland stroomt Israëlische gas sinds 2 januari naar Jordanië, en binnen enkele dagen ook naar Egypte. De waarde van de gasexporten voor de Israëlische economie wordt geschat op $ 19,5 miljard, waarvan $ 14 miljard afkomstig van het Leviathan veld, en $ 5,5 miljard van het kleinere Tamar gasveld.

Turkije probeert met illegale claims pijpleiding naar Europa te blokkeren

Eind november sloten Turkije en de door de VN gesteunde Libische regering een bilateraal – feitelijk militair- verdrag waarmee beide landen de economische zone van Libië illegaal vergrootten, zodat een deel van de Griekse maritieme wateren eronder vallen. De EastMed pijplijn moet nu door deze –door niemand erkende- Turks-Libische economische zone. Volgens Erdogan ‘kunnen Egypte, Griekenland en Israël nu niet zonder Turkse toestemming aardgas gaan overbrengen.’

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De Turken eisen dat al het toekomstige gas naar Europa via hun reeds bestaande Trans-Anatolische aardgaspijpleiding wordt vervoerd. De Europese Unie heeft deze eis afgewezen, net als de illegale Turkse claim op een deel van de wateren van Cyprus en Griekenland. Egypte, dat toch al in clinch ligt met Turkije om de controle over Libië, noemt de Turks-Libische overeenkomst ‘absurd’.

De Turken houden sinds 1974 het noorden van EU-lid Cyprus bezet en eisen het grootste deel van de economische zone rond het eiland op. De VS en de EU noemen deze eis een ‘grote provocatie’; in juli 2019 stelde de EU al enkele lichte economische sancties tegen Turkije in.

In oktober stuurde Ankara illegaal een boorschip naar de Cypriotische wateren, waarop de EU op 11 november enkele nieuwe sancties instelde. Personen en entiteiten die deel uitmaken van deze illegale Turkse boringen kunnen nu worden getroffen door een reisverbod en het bevriezen van hun tegoeden en bezittingen.

Maar de Turken trekken zich daar niets van aan. Op 11 december dreigde Erdogans minister van BuZa Mevlut Cavusoglu om de –maritiem volkomen legale- gasexploratie van Cyprus met militaire middelen te stoppen. Door Cyprus ingeschakelde Italiaanse en Israëlische onderzoeks- en exploratie schepen werden al eerder verjaagd door de Turkse marine.

Herstel Ottomaanse Rijk en val van Europa steeds dichterbij

Moslimdictator Erdogan begint zich hoe langer hoe meer te gedragen als de totalitaire heerser van een toekomstig imperium: het herleefde Ottomaanse Rijk, waar we al zo’n jaar of 10 regelmatig over schrijven, en waarmee volgens Erdogan en zijn AKP partij in uiterlijk 2023 – precies een eeuw na de ‘dood’ van het Ottomaanse Rijk- een begin moet zijn gemaakt.

Turkije stevent daarmee rechtstreeks af op een serie politieke, en uiteindelijk ook militaire confrontaties met de VS, de EU, Israël, Griekenland, Cyprus en Egypte. De vier laatst genoemde landen zijn sowieso in de imperialistische veroveringsplannen van de Turken opgenomen. De EU zal vermoedelijk niet eens militair hoeven te worden ingenomen. Een -bijna openlijk- door Duitsland gesteunde interne islamitische machtsovername van Europa door miljoenen Turken, moslim migranten en hun vele ‘useful idiots’ in de gevestigde Europese politieke partijen zal waarschijnlijk voldoende zijn om ons definitief door de knieën te doen gaan.

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Xander

(1) The Gatestone Institute via Zero Hedge
Afbeelding: Wikimedia Commons, auteur division, CSIRO, permission http://www.scienceimage.csiro.au/pages/about/, Creative Commons Attribution 3.0 Unported license.


Zie ook o.a.:

31-12: Nederlandse analisten: In 2020 begint de systeemcrisis en Derde Wereldoorlog
21-12: Egypte stuurt tanks naar Libië om Turkse militaire interventie af te weren
16-10: Turkse minister Defensie twittert kaartje met geplande verovering Syrië, Irak, Armenië, Griekenland, Cyprus en Bulgarije
15-10: Erdogan gijzelt 50 Amerikaanse kernbommen op luchtmachtbasis Incirlik
05-09: Erdogan zegt kernwapens te willen, maar werkt daar in het geheim al jaren aan (? Nucleair bewapend Turkije zal op Ottomaanse veroveringstocht door het Midden Oosten, Centraal Azië en Noord Afrika gaan, en ook Europa inlijven)
21-07: Turkse dictator Erdogan dreigt met militaire invasie van Cyprus
10-07: Turkije wil oorlog: Tanks naar Syrische grens, boorschepen in wateren Cyprus
07-06: Staat de EU ‘tweede Turkse invasie’ Cyprus toe, uit angst voor 4 miljoen in Turkije wachtende migranten?

Pourquoi les Européens démissionnent-ils devant les Etats-Unis ?

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Pourquoi les Européens démissionnent-ils devant les Etats-Unis ?

par Ali Ramon Rojas Olaya

Ex: http://www.europesolidaire.eu

Autrement dit, pourquoi les Européens continuent-ils à accepter de rester des sujets subordonnés et passifs de l'Empire américain ?

La question mérite plus particulièrement d'être posée aujourd'hui. On y voit en effet que les Etats-Unis, autrement dit les pouvoirs politiques et militaires représentés par la Maison Blanche et le Pentagone, continuent comme ils l'ont toujours fait d'ouvrir sans cesse de nouveaux fronts dans le monde, en menaçant ceux qui leur résistent d'employer contre eux les forces de l'US Army représentant plus de 10 fois celles de toutes les autres puissances, y compris celles de la Russie et de la Chine.

Une première réponse parait évidente. Les Etats européens ont renoncé depuis la 2e guerre mondiale à se doter d'une force militaire indépendante. Ils ne peuvent donc en rien s'opposer aux Américains. Mais s'ils l'ont fait, cela n'a pas été faute de moyens budgétaires. Ils l'ont fait parce qu'ils n'ont pas voulu se comporter en puissance politique susceptible de s'opposer à l'Empire américain. La question reste donc posée. Pourquoi les Européens, représentant l'une des cinq puissances mondiales dominantes, acceptent-ils de se laisser dominer par l'une d'entre elle, la puissance américaine ?

Mais la domination américaine ne s'exerce pas seulement dans le domaine militaire. Elle est économique, diplomatique et surtout culturelle. Malgré le peu de variété de leurs productions littéraires, artistiques, philosophiques, les Américains continuent à imposer ce qu'il faut penser et représenter. C'est toujours par rapport à eux que les créateurs européens doivent se définir. 

L'article référencé ci-dessous , intitulé Perversion intellectuelle...donne de multiples exemples des domaines où continue à dominer le pouvoir  de la culture américaine. On emploie désormais à ce sujet le terme de « soft power », pouvoir aujourd'hui considérablement plus puissant que le pouvoir militaire.

Dans ce soft power, la culture religieuse des Etats-Unis, qui se réfère à une forme de protestantisme ayant évolué au cours de l'histoire américaine, joue un rôle essentiel. Il est nulle part possible d'y échapper, dans la vie civile comme dans le domaine intellectuel, ceci même si un certain nombre d'Américains se disent incroyants. En Europe, l'Eglise Catholique Romaine, qui jouait ce rôle il y a encore un siècle, a perdu une grande partie de son importance. Mais aucune croyance ou philosophie n'a réussi à la remplacer, du fait d'une variété, louable par ailleurs, des opinions religieuses et philosophiques. 

Un autre point essentiel du soft power américain tient désormais à l'omniprésence, aux Etats-Unis comme ailleurs dans le monde occidental, des technologies et des cultures numériques d'inspiration américaine. Celles-ci ont permis la formation, puis la domination, de ce que l'on nomme les Géants de l'Internet ou GAFAs, tous américains et en dehors desquels il est pratiquement impossible de s'informer ou de créer. Ces technologies ont pris naissance dès la fin de la seconde guerre mondiale, alors que les Européens, dévastés par celle-ci, cherchaient encore à rétablir sur le continent un minimum de communication téléphonique. 

Tout ceci signifie que tous ceux qui, en Europe, cherchent à se donner un minimum d'indépendance à l'égard des Etats-Unis, sont et resteront privés de parole, sauf dans le domaine encore d'importance négligeable des cultures dites alternatives ou non alignées. La Russie et la Chine peinent encore à se donner un poids culturel minimum, mais leurs cultures, malgré les progrès de la traduction automatique, resteront longtemps impénétrables par les Européens.

Certains auteurs politiques européens se demandent par quel type de révolution, pacifique ou violente, l'Europe pourrait enfin affranchir de la domination américaine. On peut craindre malheureusement qu'elle ne le puisse jamais.

Référence:
http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=27854

L'auteur, Alí Ramón Rojas Olaya (né à Caracas en 1964), est licencié en Éducation, mention mathématiques et docteur en Philosophie de l'Université libre de Berlin. Auteur de nombreux livres et articles de presse, il est recteur de l'Université nationale expérimentale du Grand Caracas (UNEXCA) depuis 2018. Rappelons que Caracas est la capitale du Vénézuéla, lequel jusqu'à ce jour échappe encore à la domination américaine. 

 

Les lacunes d’un dictionnaire

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Les lacunes d’un dictionnaire

par Georges FELTIN-TRACOL

Si les fêtes de Noël et du Jour de l’An sont maintenant passées, il est toujours temps de s’offrir Le dictionnaire des populismes sous la direction d’Olivier Dard, de Christophe Boutin et de Frédéric Rouvillois (Éditions du Cerf, 2019, 1213 p., 30 €). Sur la lancée du Dictionnaire du conservatisme paru deux ans auparavant chez le même éditeur, le trio directeur a une nouvelle fois sollicité 107 auteurs de douze nationalités afin de traiter d’un sujet épineux, polymorphe et difficilement définissable : le populisme. Il en découle 263 notices, soit une somme considérable le plus souvent appréciable.

En raison même de la diversité des contributions publiées, les points de vue se recoupent quand ils ne s’opposent pas. Ainsi le journaliste Frédéric Pons, auteur en 2014 d’un essai bienveillant sur Poutine, a-t-il une approche divergente par rapport à « Populisme dans la Russie post-communiste » de la soviétologue russophone néo-conservatrice Françoise Thom chez qui le mur de Berlin semble n’être jamais tombé… La constitutionnaliste à Rennes – I, Anne-Marie Le Pourhiet, bien connue pour sa défense acharnée de la souveraineté, habille pour l’hiver Stéphane Rials et Denis Alland, « deux juristes français qui voyaient dans le Traité constitutionnel européen “ un versant de l’intelligence autorisant le dépassement des vues étriquées héritées des anciennes doctrines ” (pp. 1011 – 1012) ».

La notice de Yannis Constantinides sur « Internet et réseaux sociaux » ne dépareillerait pas dans Le Monde ou Libération. Regrettons par ailleurs que seul soit évoqué le cinéma dit « populiste » français. Pourquoi le film de Franck Capra de 1939, Mr. Smith au Sénat, n’est-il pas mentionné alors qu’il reflète l’idéal d’une partie du populisme étatsunien, c’est-à-dire un gars simple, travailleur, franc et honnête qui se retrouve du jour au lendemain plongé bien malgré lui dans le marigot politicien de Washington ? Cette omission serait vénielle si l’ouvrage ne comportait pas d’autres lacunes patentes.

Benito Mussolini fait l’objet d’une notice et pas Adolf Hitler… Si on trouve de bons textes sur le péronisme et Eva Peron (1919 – 1952), son fondateur et époux, Juan Domingo Peron (1895 – 1974), est absent ! Les analyses sur la chasse et la ruralité sont brillantes au bémol près qu’il manque des notices spécifiquement dédiées à ce mouvement populiste éco-rural original que fut CPNT (Chasse, Pêche, Nature et Traditions) d’André Goustat, auteur de La parole aux terroirs (1994), et de Jean Saint-Josse dont la liste en 1999 obtint avec 6,77 % des voix six sièges au Parlement européen. Certains manques sont criants : la philosophe Chantal Mouffe, théoricienne du « populisme de gauche » ou bien l’auteur de La cause du peuple, la bible du « populisme chrétien », Patrick Buisson.

Pis, ce dictionnaire délaisse volontiers de grandes figures populistes : Getulio Vargas, chef du Brésil de 1930 à 1945 et de 1951 à 1954, le Péruvien Juan Velasco Alvarado dont l’action sociale influença durablement le jeune Hugo Chavez, l’homme politique gaulliste et ancien ministre de l’Intérieur Charles Pasqua (1927 – 2015) dont le père était bonapartiste. Sa tentative en 1990 avec Philippe Séguin d’évincer l’aile libérale et pro-européenne du RPR chiraquien, puis sa campagne du non à Maastricht en 1992 s’inscrivaient dans une indéniable lignée populiste.

Hormis une mention bien superficielle dans « Néocommunisme », le Bélarus et son excellent président, Alexandre Loukachenko, sont à peine évoqués. Précurseur visionnaire, le président bélarussien a dès 1994 montré une efficace direction anti-libérale. En outre, par sa personnalité charismatique et la pratique politique en cours à Minsk, le chef d’État bélarussien correspond à tous les critères du populisme. Il en est le paradigme.

Quant à la notice sur la Pologne de l’universitaire et député européen du PiS, Riszard Legutko, elle représente un chef d’œuvre d’omissions volontaires. L’auteur ne s’intéresse pas au second tour très populiste de la première présidentielle en 1990 entre Lech Walesa et le libertarien Stanislas Tyminski. Il n’explique pas non plus que la Pologne connaît fréquemment des poussées populistes de gauche avec le Mouvement Palikot de Janusz Palikot, du centre (Printemps – Wiosna de Robert Biedron) et de droite comme Kukiz’15 du chanteur de rock Pawel Kukiz ou, plus anciennement, la Ligue des familles polonaises. Legutko n’aborde même pas le mouvement populiste polonais par excellence, Samoobrona (Autodéfense de la République de Pologne) d’Andrzej Lepper, syndicaliste et un temps vice-président du Conseil en coalition avec le PiS malgré des positions plus laïques, anti-atlantistes et pro-russes. Son suicide en 2011 ne serait-il pas une manœuvre diabolique des jumeaux Kaczynski ?

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Loin d’être négligeables, ces oublis inexplicables déséquilibrent l’ensemble. Ce Dictionnaire des populismes aurait mérité plus de temps et de collaborateurs supplémentaires. Le populisme ne se développe-t-il pas non plus en Inde du chef du gouvernement fédéral triomphalement réélu Narendra Modi ou en Thaïlande des Premiers ministres en exil Shinawatra (Thaksin et sa sœur Yingluck) ?

Ces quelques critiques ne doivent pourtant pas dérouter le curieux. L’heureux acquéreur saura satisfaire son intérêt pour un style politique plus que jamais d’actualité.

Georges Feltin-Tracol

• « Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n° 154, mise en ligne sur TV Libertés, le 6 janvier 2020.

Ryuji Tsukazaki on Mishima

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Ryuji Tsukazaki on Mishima

Following the publication of my review of Yukio Mishima’s guide to Hagakure, Andrew Joyce, a fellow contributor to The Occidental Observer, has published a thorough and highly critical account of the Japanese writer’s life. I was going to draw attention to Joyce’s piece, which has already been republished by The Unz Review.

Here is a partial summary of Joyce’s points:

  1. Despite being married, Mishima had a completely degenerate gay sex life and neglected his children.
  2. Mishima’s right-wing politics were adopted late and were vague, insincere, and ultimately a kind of posing.
  3. Mishima’s spectacular last day, far from being a serious traditionalist/militarist political statement, was merely the ultimate enactment of his perverse and self-destructive psycho-sexual fantasies.

Joyce concludes:

Members of the Dissident Right with an interest in Japanese culture are encouraged to take up one or more of the martial arts, to look into aspects of Zen, or to review the works of some of the other twentieth-century Japanese authors mentioned here. Such endeavors will bear better fruit. Above all, however, there is no comparison with spending time researching the lives of one’s own co-ethnic heroes and one’s own culture. As Europeans, we are so spoiled for choice we needn’t waste time with the rejected, outcast, and badly damaged members of other groups.

I invite you to read Joyce’s piece in full.

runaway.jpgAll this having been said, I still encourage people to watch Paul Schrader’s film on Mishima and to read Mishima’s guide to Hagakure (or better yet, Hagakure itself). I will myself, when time permits, try to read Mishima’s later more political fiction (e.g. Runaway Horses) and other nonfiction. A work of art is no less compelling, a logical argument no less persuasive, whatever the author’s personal deficiencies or proclivities.

On TOO, Joyce’s piece has received an informative, nuanced, and detailed comment from a certain Ryuji Tsukazaki, who seems to be fluent in Japanese. I reproduce Tsukazaki’s comment in full:

This essay probably needed to be written. But to any readers who think it seems a little unfair aggressively negative – it is.

The assertion that Mishima “seems hardly political at all” is just silly. It’s true that rightists who read his fiction often find it disappointing. Taken as a whole, his literary oeuvre certainly contains more weird homoeroticism than it does right-wing nationalism. But Mishima also wrote a lot of non-fiction, which was mostly explicitly political. Some titles that come to mind right away are “In Defense of Culture”, “For Young Samurai”, and “Lectures on Immorality”. (These are all my unofficial titles. I don’t think any of them are officially translated.) They are treatments of Japanese political culture, identity, and morality in the post-war era. It’s impossible to tie them to gayness or sadomasochism; they’re obviously sincere. Mishima also took part in debates on campuses during the late 60s student riots (he wrote essays about them too).

Despite the assertion that he became political “in the 60s”, perhaps because he was afraid of growing old – his most explicitly political work of fiction, Patriotism, came out in 1961, halfway through his career, when he was 35. “The Sailor Who Fell from Grace with the Sea”, another major midcareer work of fiction, isn’t explicitly political, but very clearly touches on themes of authentic masculinity, loyalty, and patrimony.

“he argued that Japanese right-wingers “did not have to have a systematised worldview,”” I don’t know the context of this quote, or what he said in the original, but it’s actually hard to argue with – especially because Japanese right-wingers have never HAD a systematised worldview. The desire for metaphysical, moral, and/or ideological formal systemization is very European. Prewar Japanese historical figures will often be described as fighting for democracy and human rights in one context and as fierce right-wing militarists in others (Kita Ikki and Toyama Mitsuru come to mind). If Mishima’s assertion bothers you, don’t sweat it – it’s not about you, it’s about the Japanese.

“Mishima is a pale shadow of ultra-nationalist literary contemporaries like Shūmei Ōkawa…” I have to niggle about this. Shumei Okawa is neither literary nor contemporary. He was active in the prewar era only, and I’m unaware of any fiction he wrote. The others you mentioned may be superior to Mishima as ultranationalists but not as men of letters.

As I said, this essay did need to be written – it’s hard to look deeply into Mishima and feel comfortable with Western rightist idolization of him. He was nothing so simple and appealing as le based Japanese samurai man. And it’s true that his life and work was driven greatly by his sexuality. It’s untrue that he was politically insincere or shallow. He was nothing like a European fascist, and he couldn’t be called a traditionalist. Nonetheless, he prioritized the authentically Japanese over the modern or Western; he prioritized the healthy over the sick, and the strong over the weak; and the masculine over the feminine or androgynous. He brought up these themes repeatedly in his writings, fiction and nonfiction.

“Mishima was a profoundly unhealthy and inorganic individual” – this sentence stuck out to me as undeniably true. And I think it’s also true of many other important writers and thinkers. When Nietzsche wrote that wisdom appears on earth as a raven attracted by the scent of carrion, he was doing nothing so simple as attacking wisdom. Blond Beasts rarely write groundbreaking philosophy or provocative fiction; conflicted people who hate themselves and/or the world they were born into do that more. (Nietzsche himself could be described as an unhealthy and inorganic individual, though not to Mishima’s level.) Mishima’s disturbed sexuality and weak, sick childhood were catalysts that forced him to really grapple with masculinity and identity on a personal and intellectual level. When we read about him we should be aware that he was not an ubermensch and that he was a pervert. I don’t see that as reason to dismiss him.

mardi, 14 janvier 2020

Nouvelle édition du livre de Tomislav Sunic intitulé La Croatie : un pays par défaut ?

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Nouvelle édition du livre de Tomislav

Sunic intitulé 

 

La Croatie : un pays par défaut ?

 

Enrichie d’une copieuse introduction de Robert Steuckers nous éclairant sur le parcours et l’œuvre de l’auteur, ce livre incontournable décrit le phénomène de la « soudaineté » dans la notion du politique chez les peuples dépourvus d’États stables.

Tomislav Sunic s’intéresse tout d’abord au cas de la Croatie avant d’élargir sa réflexion et de passer en revue les « fausses identités » qui interviennent dans la construction des nationalismes européens.

Un ouvrage qui vous permettra d’apprendre les linéaments de base de l’histoire complexe de cette zone sud-slave à la lisière des Balkans tout en rebondissant sur les grands thèmes de l’actualité afin de comprendre la genèse des grands maux qui nous frappent depuis plus de 70 ans.

 Pour commander :

http://www.ladiffusiondulore.fr/home/792-la-croatie-un-pays-par-defaut-.html

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