samedi, 08 août 2026
Douguine, Mamleev, le dard métaphysique et la prison atlantique

Douguine, Mamleev, le dard métaphysique et la prison atlantique
Diego Cinquegrana
Source: https://www.facebook.com/CantiereMultipolare
Le quotidien iranien Hamshahri a publié treize portraits de « déments occidentaux » désignés comme responsables de la mort d’Ali Khamenei. Trump et Netanyahou arborent une cible sur le front; Giorgia Meloni et les autres apparaissent en combinaison orange de détenus. C’est une propagande menaçante, mais parfois la propagande trébuche sur des vérités transversales: l’Italie porte vraiment l’uniforme carcéral, car elle est enfermée dans le bloc atlantique.
Ce n’est pas la caricature iranienne qui a placé Meloni aux côtés de Trump. C’est la préfecture atlantique installée à Rome qui a choisi cette place: en félicitant Washington pour le mémorandum avec Téhéran, en répétant la formule selon laquelle l’Iran ne doit pas posséder l’arme nucléaire et selon laquelle la navigation dans le détroit d’Ormuz doit être garantie, puis en déclarant être prête à « faire sa part » dans le cadre atlantique. Pas un mot sur la nécessité pour l’Italie de définir elle-même ce que doit être cette part, quel intérêt national elle défend, quel prix elle est prête à payer et quelle limite elle n’autorisera pas à être franchie.
L’image de la détenue est insultante. Mais la condition qu’elle photographie l’est encore plus.


Pour la comprendre, toutefois, il faut traverser la surface, atteindre le point où la caricature coïncide involontairement avec la vérité politique d’une nation réduite au rang de servante de la périphérie. C’est précisément ce geste que Douguine reconnaissait dans les écrits du premier Mamleev : non pas commenter le réel, mais le percer jusqu’à en faire s’effondrer l’armature.
« Le premier Mamleev était armé d’un dard métaphysique : il pénétrait le cœur de l’homme, en atteignait l’essence et y renversait tout. »
Son toucher, poursuit Douguine, était inimitable: le monde entier s’effondrait. Mamleev arrachait au lecteur la faculté de retourner innocemment au mensonge tout juste reconnu. Après cette piqûre, la normalité ne pouvait plus se reconstituer: elle restait visible comme construction, anesthésie et tromperie.
C’est précisément ce dard qui manque à l’Europe d’aujourd’hui. Tout lui arrive sous les yeux, mais rien ne parvient plus à la blesser.
Au sommet d’Ankara, l’OTAN a engagé des milliards d’euros dans l’équipement, l’assistance et la formation militaire pour l’Ukraine et plus de cinquante milliards de nouveaux achats militaires, des investissements dans la capacité de frappe en profondeur, les systèmes sans équipage et la chaîne logistique de l’Alliance ont été annoncés. Nous assistons à la constitution d’une économie européenne de guerre durable: budgets, industrie, énergie, infrastructures et recherche sont progressivement subordonnés à la longue mobilisation atlantique.
Le Léviathan ploutocratique n’exige plus seulement l’obéissance politique. Il exige la totalité de la physiologie des nations: l’argent, les ports, l’industrie, les données, la perception de l’ennemi. D’abord il construit la machine ; puis il convainc les peuples que la machine les protège. Enfin, il présente toute tentative de s’y soustraire comme folie, extrémisme ou trahison.
Mais la folie est déjà au cœur du système.

Dans le Golfe, les États-Unis ont frappé environ cent quarante cibles iraniennes après l’attaque contre un navire commercial dans le détroit d’Ormuz. Téhéran a riposté contre des installations et territoires de pays hébergeant des forces américaines. La dissémination des infrastructures militaires américaines transforme chaque pays de la région en cible et chaque crise locale en guerre internationale.
Washington revendique le droit de frapper à des milliers de kilomètres de ses frontières et nomme ce droit « liberté de navigation ». Lorsqu’une puissance adverse répond, la même structure linguistique la définit comme irrationnelle. L’ordre unipolaire est une schizophrénie dotée de porte-avions : il proclame universelle sa propre force et criminelle toute force qu’il ne contrôle pas.
Pendant ce temps, au Liban, le cessez-le-feu continue d’être violé par les drones. Le 8 juillet, une attaque israélienne près d’un hôpital à Nabatieh al-Fawqa a tué deux personnes. La trêve survit dans les communiqués tandis que les corps continuent de tomber.
« Le monde n’a pas de fondement rationnel ; le monde est pure folie », écrivait Ghejdar Džemal’ (photo) après une rencontre avec Mamleev. Mais la contemporanéité y ajoute une précision: la folie est organisée. Elle possède des agences de notation et des conférences de presse.
Elle bombarde méthodiquement et appauvrit selon le budget.
Palantir est l’un des serpents les plus venimeux dans la chevelure de la Méduse ploutocratique. Le 9 juillet, la Commission santé de la Chambre des communes britannique a demandé au gouvernement de se préparer à abandonner la plateforme fédérée construite par l’entreprise pour le service national de santé, en activant la clause de résiliation prévue pour février 2027. La Commission a souligné la défiance du public, les doutes sur la sécurité des données et l’impossibilité d’attribuer avec certitude à la plateforme les améliorations revendiquées. Le contrat n’a pas encore été annulé : pour l’instant, on n’a fait qu’indiquer la porte de sortie.

Palantir est le modèle : la vie sociale est traduite en flux de données ; les données sont concentrées dans des infrastructures propriétaires ; l’infrastructure devient capacité de prévision et de commandement. Le patient est une particule d’information dans un appareil qui n’appartient pas à la communauté qui l’alimente. La privatisation atteint ainsi son stade terminal : elle ne vend plus seulement les services publics, mais elle exproprie le savoir produit par l’existence collective.
Douguine écrit que le second Mamleev, revenu d’Occident, lui est apparu différent : plus accessible, plus doux, désormais privé de son ancienne toxicité.
« Mamleev avait cessé d’être métaphysiquement toxique. »
C’est ce que l’Occident fait aux civilisations : il les désarme intérieurement. Il en conserve les noms, les monuments et les drapeaux, mais en arrache le dard. Il laisse l’Italie célébrer Rome tant qu’elle ne prétend plus être un sujet politique. Il lui concède la mémoire de l’Empire, à condition qu’elle accepte la fonction d’arrière-garde. Il lui permet de prononcer le mot « Patrie », à condition que la Patrie ne décide de rien.
L’Italie d’aujourd’hui est la décharge de l’Occident. Elle est gouvernée par des figurants stériles et impuissants, qui pillent l’histoire pour travestir en grandeur leur misère politique irrémédiable. Une droite qui ne rompt pas la subordination atlantique n’est que du libéralisme en uniforme. Une gauche technocratique qui qualifie de « progrès » la cession des données, des infrastructures et de la capacité décisionnelle de l’État aux oligarques numériques n’est pas de l’émancipation : c’est de la ploutocratie informatisée, consacrée par le lexique des droits.
La combinaison orange attribuée à Meloni est donc un miroir involontaire. Le problème n’est pas que l’Iran nous ait représentés comme des prisonniers. Le problème est que notre classe dirigeante œuvre chaque jour à rendre cette représentation plausible.
« Mamleev est l’exemple de la possibilité de l’impossible. »
Si l’impossible peut advenir, l’impossible politique de l’Italie doit être ceci: cesser de se comporter en province et recommencer à se penser comme un État. Subordonner toute alliance à l’intérêt national ; refuser l’implication dans les guerres d’expansion du Léviathan ploutocratique ; soustraire les données stratégiques et sanitaires aux plateformes étrangères, hostiles et indésirables ; rouvrir des canaux autonomes avec tous les pôles du monde ; reconstruire une politique méditerranéenne qui ne soit pas dictée par Washington, Londres, Bruxelles ou Tel-Aviv.
Il faut trancher l’appareil économique, culturel et technologique. Les grands gestionnaires de patrimoine étrangers — BlackRock et consorts — doivent être expulsés des secteurs stratégiques et privés de toute capacité d’influencer le crédit, l’énergie, les infrastructures, l’information et l’épargne nationale. Banques, assurances, grandes entreprises et concessionnaires doivent être soumis à une enquête permanente sur leur utilité publique : quiconque accumule du profit en détruisant le travail, le territoire et la communauté doit perdre licences, concessions et accès aux biens de la nation.
Les positions monopolistiques des multinationales étrangères doivent être démantelées ; les services essentiels, les données et les réseaux rendus à l’État ; les plateformes qui transforment le travail en servitude algorithmique doivent être expulsées ou subordonnées sans exception à la loi nationale.
L’école doit cesser d’être le dortoir idéologique de la décadence : enseignants incapables, propagandistes et bureaucrates doivent être écartés selon des critères rigoureux de compétence et de responsabilité, tandis que les jeunes doivent être ramenés à la discipline, à l’étude, au travail, à la formation physique et au service de la communauté.
La presse financée, dirigée ou protégée par des intérêts étrangers doit être privée de ses privilèges et obligée de déclarer publiquement sa propriété, ses financements et ses dépendances.
L’industrie pornographique, la marchandisation des corps et les machines numériques de l’assuétude doivent être interdites et démantelées en tant que formes de dévastation sociale.
Tabula rasa contre tout pouvoir criminel qui a prospéré sur la faiblesse du peuple.
- La première révolution consiste à refuser l’uniforme du détenu.
- La seconde à reconstruire l’État capable de nous l’arracher.
Diego Cinquegrana
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Bolloré se rebiffera-t-il ?

Bolloré se rebiffera-t-il ?
par Georges Feltin-Tracol
Vincent Bolloré et son ensemble médiatique riposteront-ils aux derniers outrages de l’actuel gouvernement hexagonal ? Deux manigances récentes montrent que le régime macronien franchit un palier supplémentaire dans l’abjection. Le mercredi 29 juillet 2026, l’ARCOM, cette instance de censure oppressive et véritable sangsue pour les contribuables français, inflige à CNews une amende de 200.000 euros. Pourquoi? L’instance vise des appréciations tenues en direct sur les violences survenues après la victoire du PSG en Ligue des champions d’Europe. Elle estime que les propos diffusés à l’antenne sont de nature à « inciter à la haine et à encourager des comportements discriminatoires » ainsi qu’à « susciter des sentiments de peur et de rejet ». Cacher la réalité est le credo de ce parasite administratif.
Après l’amende donnée à la même chaîne d’information en continu à propos des commentaires sur l’assassinat de Thomas Perotto à Crépol, commentaires confirmés par la justice qui infirme de fait l’organisme-censeur, voilà l’ARCOM qui travestit encore une fois les faits! Ce parti-pris des Fouquier-Tinville de l’audiovisuel est plus que jamais insupportable pendant que les chaînes publiques se vautrent dans une approche partiale et biaisée de l’actualité sans pâtir de la moindre réprimande pécuniaire.

Il est possible que le temps de CNews soit désormais compté. Certes, cette chaîne mérite de nombreuses critiques. Sa couverture des événements en Orient et de la personne de Nicolas Sarközy dont la présidence entre 2007 et 2012 fut si calamiteuse qu’elle conduisit à l’élection de « Flamby » Hollande constitue de puissants griefs qui expliquent en partie la chute d’audience observée en début d’année 2026. Par ailleurs, CNews est loin d’être une chaîne dissidente, sinon elle interrogerait depuis son exil russe Alain Soral et inviterait en plateau Jérôme Bourbon de Rivarol, Yvan Benedetti, porte-parole des Nationalistes, ou Thomas Joly, le président du Parti de la France. Dommage !
Plus grave est cependant le second coup porté ce même jour. Le gouvernement hexagonal qui s’ennuie pendant cette période estivale faste (les méga-incendies qui ravagent le pays ne sont que quelques péripéties vénielles) a ordonné l’expulsion du territoire de la journaliste Xenia Fedorova (photo). Pour une fois, les plumitifs de Libération, l’éditorialiste de l’édition du 31 juillet 2026 du Monde, acmé de la désinformation permanente depuis cinquante ans, et les Trissotin d’Arte Info se félicitent enfin d’une OQTF (obligation de quitter le territoire français) !
Dans l’attente de son expulsion, car son avocat a déposé un recours devant la justice et ayant perdu le droit de travailler en France, Xenia Fedorova est assignée à résidence chez elle à Paris et doit pointer tous les jours au commissariat. En outre, le vendredi 31 juillet, les ministères de l’Intérieur et de l’Économie ont gelé pour une durée de six mois renouvelable tous ses avoirs financiers. Cela signifie qu’il est dorénavant interdit à la journaliste installée en France depuis plus d’une décennie de retirer, de dépenser et de vendre ses biens. Son compte en banque est bloqué et tous ses virements suspendus.
À l’origine, le gel des avoirs concernait la lutte contre le terrorisme, le blanchiment d’argent des milieux criminels et des cas particuliers nominatifs inscrits sur une liste officielle et soumis à des sanctions politiques internationales. À sa dernière réunion, le conseil européen des ministres des Affaires étrangères a reporté à plus tard l’examen de la situation personnelle de la collaboratrice du groupe Canal. Jérôme Barella, le tueur présumé de la petite Lyhanna, n’a jamais bénéficié d’une telle sollicitude. Xenia Fedorova serait-elle donc plus dangereuse que ce sinistre personnage ? Il faut le croire pour le régime macronien. Ce qui arrive d’ailleurs à la journaliste russe préfigure ce que subiront tous les réfractaires français si s’applique tôt ou tard l’ignoble loi préparée par Laurent Nuñez.
À la suite du colonel suisse Jacques Baud (photo) et du Franco-Russe Xavier Moreau proscrits sur une décision unilatérale scandaleuse et non judiciaire de l’Union pseudo-européenne, Xenia Fedorova devient la victime d’une lettre de cachet postmoderniste qui l’entraîne à brève échéance vers une mort sociale.
Les mêmes qui applaudissent ses malheurs s’offusquent pourtant de la décision souveraine de Washington d’interdire de séjour aux États-Unis d’Amérique Thierry Breton, et des sanctions prises à l’encontre de Nicolas Guillou, magistrat français à la CPI (Cour pénale internationale). Ce dernier subit lui aussi le gel de ses avoirs. Il n’a pas le droit de se rendre aux États-Unis. Ses comptes d’abonnements étatsuniens (PayPal, Apple Pay, Amazon, Airbnb, etc.) sont bloqués ainsi que tous les systèmes de paiement tels Visa, Mastercard ou American Express. Il ne peut plus voir les films sur Netflix. Le pauvre !
En revanche, pour l’instant, dans son malheur, Xenia Fedorova ne connaît pas le triste sort d’Anna Novikova et de Vincent Perfetti, animateurs de l’association humanitaire SOS Donbass toujours embastillés dans les geôles infâmes de la République pour des motifs futiles depuis novembre 2025. Y a-t-il la moindre condamnation de la part d’Amnesty International ou de la Ligue internationale des droits de l’homme ? Silence assourdissant de ces officines subventionnées ! La Macronie préfère poursuivre ses opposants politiques plutôt qu’éliminer les dealers, leurs clients et les pédophiles…
Xenia Fedorova se voit accuser de relayer le récit officiel du Kremlin. Étant elle-même Russe qui a travaillé pour des agences étatiques de sa patrie, le contraire aurait surpris. Une prise de position différente de sa part, c’est-à-dire favorable à l’atlantisme belliciste dément, sur le conflit fratricide russo-ukrainien aurait été étonnant. Au chômage à la fermeture honteuse et arbitraire de RT-France, le groupe Canal l’embauche afin de contribuer à des interventions en direct et de présenter d’une émission sur l’Orthodoxie chrétienne.
Le point de vue russe et séparatiste du Donbass ne s’exprime jamais sur les télévisions et radios françaises. On notera aussi que le regard nationaliste ukrainien est lui aussi absent de BFM TV, CNews, LCI et France Info. Aucun journaliste hexagonal n’ose contacter un responsable du Corps national, l’émanation politique du Régiment Azov, ou l’un de ses représentants en France. En revanche, l’écurie de l’infâme BHL monopolise les studios radio-télévisés. Gare donc à toute voix dissonante ! Elle serait aussitôt suspectée de faire le jeu de la Russie. Y compris si parle le Régiment Azov ?
La grasse presse stipendiée évoque à mots couverts des « relations étroites et familières » qu’entretiendrait la journaliste russe avec Vincent Bolloré. Comment l’homme d’affaires qui a accepté en juin 2024 qu’Éric Ciotti s’allie au RN va-t-il réagir à ces deux nouvelles décisions dont l’une l’affecterait directement ? Outre des liens économiques et d’affaires existant entre les compagnies de Bolloré et l’État, la situation n’en est pas moins délicate pour lui. En effet, un procès réclamé par le Parquet national financier – une création socialiste - le frappant commencera du 7 au 17 décembre 2026. Le capitaine d’industrie est poursuivi pour corruption active d’agent public dans l’affaire des contrats portuaires en Guinée et au Togo.
Ses conseils juridiques l’inciteraient sûrement à faire profil bas; à ne pas riposter avec l’inconvénient de paraître faible face à un tribunal prêt à se payer un capitaine d’industrie français. Vincent Bolloré peut aussi réagir avec force comme il l’a déjà fait quand il a licencié le « ponte de l’édition » Olivier Nora. Sachant que la Macronie, la gauche et leurs appendices associatifs le désignent comme l’ennemi à abattre, il aurait tout intérêt à abandonner toute stratégie conciliante et, au contraire, sortir l’artillerie lourde afin de pilonner sans cesse le bilan politique, social, économique, financier, budgétaire et militaire de la décennie perdue 2017–2027.

Relancer aussi des enquêtes journalistiques minutieuses sur l’affaire de corruption liée à Alstom ou le coup d’État médiatico-judiciaire de 2017: les sondages mettaient en quatrième position Emmanuel Macron loin derrière François Fillon et Marine Le Pen. Passant par Le Journal du Dimanche et JDNews, l’offensive pourrait en outre aborder l’effarante et nébuleuse affaire Brigitte. Bien sûr, Pascal Praud a naguère balayer en quelques mots le sujet. Qu’importe ! Sans même insister sur l’éventuel changement de sexe de la « Première Dame » parce que l’opinion se moque qu’iel soit un homme, une femme, un Reptilien ou un cyborg, les titres de son groupe de presse pourraient insister sur les conditions sévères de la garde à vue de Natacha Rey, sur les récits contradictoires et incohérents de la rencontre de Brigitte et d’Emmanuel, sur les étranges papiers d’identité de Jean-Michel Trogneux présentés au tribunal, sur l’incroyable plainte du couple Macron contre Candace Owens déposée dans un tribunal du Maryland aux États-Unis et sur les frais exorbitants du cabinet d’avocat étatsunien qui les défend. Ce dernier point est important. Qui paie ? Les contribuables français ? L’Élysée le dément. Les Macrons eux-mêmes ? La déclaration de patrimoine du candidat en 2022 faisait part d’une relative modicité. Un tiers ? Qui et pourquoi cette bienveillance ?
Les journalistes du groupe Bolloré se tourneraient vers Xavier Poussard dont le travail remarquable signale de nombreuses zones d’ombre. La structure médiatique de Vincent Bolloré expliquerait volontiers au public que les contrôles fiscaux servent souvent de moyens de pression politiques, que Xavier Poussard ne peut plus ouvrir de compte bancaire en France et que la Poste ne distribue pas sa lettre d’informations confidentielles.
Oui, en s’ouvrant à la « brigittologie » et en tenant tête au macronisme, Vincent Bolloré et les siens brûleront leurs vaisseaux. Ils engageront une lutte totale contre un pouvoir en place qui a bien l’intention de le rester après mai 2027 par une quelconque entourloupe électorale ou institutionnelle. Vincent Bolloré a son destin et celui de son groupe entre ses mains. S’il se lance dans le rapport de force avec l’Élysée et ses nervis, pourrait-il alors connaître un avenir à la Silvio Berlusconi ?
GF-T
- Ajout du 5 août 2026 : Xenia Fedorova se trouvait à l’étranger quand elle a appris son expulsion. Elle a choisi de ne pas rentrer en France et a demandé à son avocat de déposer tous les recours juridiques possibles.
- « Chronique flibustière », n° 195, d’abord mise en ligne le 4 août 2026 sur Synthèse nationale.
20:08 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : france, xenia fedorova, vincent bolloré, europe, affaires européennes |
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L’Italie votera sur la facture de l’OTAN

L’Italie votera sur la facture de l’OTAN
Elena Fritz
Source: https://t.me/global_affairs_byelena
L’Ukraine pourrait devenir le grand sujet de discorde lors des prochaines élections législatives italiennes. Mais derrière le débat sur de nouvelles livraisons d’armes se cache une question bien plus fondamentale: combien de temps Rome souhaite-t-elle encore suivre une politique étrangère dont l’Italie paie le prix, alors que la direction stratégique est décidée ailleurs ?
Giuseppe Conte a mis cette ligne de fracture en lumière. L’ancien président du Conseil et chef du Mouvement 5 Étoiles a annoncé qu’il ne souhaitait pas soutenir un nouveau paquet d’aide militaire à Kiev. Selon lui, l’Ukraine est désormais suffisamment armée; l’Italie doit faire pression pour que des négociations commencent. Le camp de centre-gauche devrait décider de sa future orientation dans le cadre de ses primaires.
La réaction du Parti démocrate n’a pas tardé. Sa secrétaire, Elly Schlein, refuse de laisser l’orientation fondamentale de la politique étrangère d’une éventuelle coalition gouvernementale aux primaires. L’objection est compréhensible – et aussi révélatrice: il est possible de voter sur les personnes. Sur l’ancrage de l’Italie dans la ligne euro-atlantique, beaucoup moins.
Conte n’occupe pas pour autant une position marginale. Fin 2025, 53% des Italiens s’étaient prononcés en faveur d’une fin diplomatique à la guerre, même si la Russie conservait le contrôle sur des territoires occupés. Seuls 20% souhaitaient soutenir l’Ukraine jusqu’à une victoire militaire.
Le malaise italien s’étend également jusque dans les rangs de la droite. Giorgia Meloni maintient la ligne atlantiste, tandis que la Lega prend ses distances au sujet de nouvelles livraisons d’armes et de l’augmentation des dépenses militaires. Avec le nouveau parti de Roberto Vannacci, Futuro Nazionale, qui rivalise déjà dans les sondages avec la Lega et Forza Italia, un nouvel acteur émerge à droite de Meloni, remettant fondamentalement en cause la soumission traditionnelle de la politique étrangère italienne.
La méthode de Meloni fonctionne pour l’instant: à Washington et à Bruxelles, elle présente l’Italie comme un partenaire fiable. Dans le même temps, elle permet à ses partenaires de coalition de simuler une opposition pour leur électorat national. Rome répond aux attentes stratégiques de l’OTAN, tandis que la Lega et d’autres forces canalisent politiquement le mécontentement populaire.
Mais ce double jeu atteint ses limites financières.
Les États membres de l’OTAN se sont engagés à porter, d’ici 2035, leurs dépenses de défense et de sécurité à 5% du PIB: 3,5% pour la défense classique, 1,5% pour l’infrastructure, la résilience et d’autres domaines liés à la sécurité. L’Italie a accepté cet objectif.
Pour un État fortement endetté, ce n’est pas une simple décision technique dans l'établissement du budget. C’est un choix politique qui porte sur plusieurs centaines de milliards d’euros, qui ne seront plus disponibles pour d’autres besoins ou devront être financés par de nouvelles dettes. Meloni assure que cette hausse ne se fera ni au détriment des dépenses sociales, ni au prix de nouvelles charges. La façon dont cette équation sera résolue reste floue.
Voilà où se situe la véritable fracture italienne. Elle ne passe ni entre la gauche et la droite, ni entre les forces prétendument « pro-russes » ou « pro-ukrainiennes ». D’un côté, ceux qui définissent la place internationale de l’Italie par une fidélité maximale aux alliances. De l’autre, des partis qui, au moins de temps à autre, se demandent quel prix l’Italie paie pour cette fidélité – et quelle influence politique elle obtient en retour.
L’Ukraine n’est que le symbole visible. Le conflit plus profond concerne la souveraineté de l’Italie, son budget, et sa capacité à encore formuler de façon autonome ses intérêts nationaux face à Washington, Bruxelles et l’OTAN.
Lors des prochaines élections, l’Italie décidera donc moins du sort de Kiev que de savoir qui paiera la facture de l’OTAN – et qui aura le courage de la refuser.
#geopolitique@global_affairs_byelena
19:35 Publié dans Actualité, Affaires européennes, Défense | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, otan, italie, europe, affaires européennes |
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Fiodor Loukianov et l’interrègne de la politique mondiale

Fiodor Loukianov et l’interrègne de la politique mondiale
Markku Siira
Source: https://markkusiira.substack.com/p/fjodor-lukjanov-ja-maa...
Федор Лукьянов: «Западу надо думать, как не отдать Путину и Си глобальный Юг»
Fiodor Loukianov est l’un des analystes de politique étrangère les plus influents de Russie. Il est rédacteur en chef de la revue Russia in Global Affairs et directeur de recherche du club Valdaï – des postes qui le placent au plus près du noyau qui prend les décisions.
Pourtant, il se distingue de nombre de ses collègues: il se prononce rarement sur des orientations politiques concrètes et ne propose pas de scénarios menaçants. Il explique le monde sur un ton modéré, tel qu’il le perçoit; c’est à la fois sa force et sa faiblesse. Ses analyses sont souvent précises et prémonitoires, mais son rôle d’expliquant reste finalement passif: il décrit la situation avec tant de précision que le lecteur en oublie de se demander qui en est responsable et que faire pour y remédier.
Lorsque Loukianov parle d’interrègne – un concept popularisé par Antonio Gramsci – il n’en fait pas une thèse, mais le constate comme s’il s’agissait d’un phénomène météorologique. L’ancien ordre mondial a cessé d’exister, un nouveau n’est pas encore né, et dans cet entre-deux, rien n’est évident. Comme il l’écrit lui-même: «À mesure que l’humanité s’enfonce plus profondément dans le deuxième quart du XXIe siècle, il devient de plus en plus difficile de nier que l’ordre mondial précédent a de facto cessé d’exister».
C’est là un diagnostic pertinent, mais il comporte aussi un angle mort. Gramsci entendait par "interrègne" une crise politique – le moment où l’ancien monde meurt et où le nouveau monde n’est pas encore né, ce qui exige justement de l’action, pas seulement de l’analyse. Loukianov décrit l’état des lieux, mais laisse ouverte la question de savoir qui en profite et qui tente de combler le vide. Il parle comme si l’effondrement de l’ordre mondial était un phénomène naturel, et non le résultat de choix politiques. Cela rend son analyse, d’une certaine manière, apolitique – ou du moins anhistorique.
Un autre problème tient à son rapport aux échelles de temps. Loukianov a tendance à parler en générations, voire en siècles. Quand il affirme que «la formation d’un nouvel ordre international est un processus long et chaotique», il reporte ainsi la responsabilité sur l’avenir: rien de ce qui est fait aujourd’hui n’est décisif, puisque le processus est lent et inévitable. C’est une façon de penser profondément qui est conservatrice, qui justifie la passivité et empêche de se demander s’il serait possible d’agir autrement.
Cependant, la pensée de Loukianov comporte aussi des nuances qui viennent contredire ce fatalisme. Surtout lorsqu’il parle de l’Europe, son analyse devient plus personnelle. Dans une de ses chroniques, il a décrit comment les Verts allemands ont profondément modifié la politique étrangère de leur pays: l’Allemagne est devenue «l’adversaire principal» et est passée d’une «position traditionnellement ouest-européenne» à une hostilité envers la Russie, «typique de l’Europe de l’Est». Cela s’est produit rapidement. La politique étrangère et économique allemande, selon Loukianov, a fait un «virage à 180 degrés» – ou, comme l’a elle-même formulé l’ancienne ministre allemande des Affaires étrangères Annalena Baerbock, un virage à 360 degrés.
Il ne le dit pas explicitement, mais on peut lire entre les lignes qu’il considère la rupture de l’Europe avec la Russie comme une perte culturelle, et pas seulement politique. Il est philologue, et cela se ressent dans son rapport à la langue, aux textes et à la culture. L’Europe n’est pas seulement un adversaire, mais une possibilité de connexion qui est désormais perdue – elle est à la fois un adversaire stratégique et l'autre moitié de la civilisation, dont la séparation s’apparente à une amputation. Cette contradiction – hostilité politique et nostalgie culturelle – est la tension qui rend Loukianov plus intéressant que nombre de ses collègues, pour qui les choses sont vues sous un angle plus manichéen.
Un autre thème récurrent dans les chroniques de Loukianov est le besoin, qu'éprouvent l’atlantisme et l’Occident, d’une «menace russe». Il a écrit comment l’élargissement de l’OTAN est devenu «une sorte de processus automatisé» qui a repoussé la Russie toujours plus à l’est. En même temps, il a noté que l’alliance militaire n’aurait jamais pu accueillir la Russie comme membre, car cela aurait transformé la nature même de l’organisation – «les principes de l’atlantisme» en auraient souffert. Il y a là une idée sous-jacente: l’OTAN a besoin de la Russie comme menace extérieure pour préserver son identité. La confrontation est structurelle, et non un simple hasard historique.
Parallèlement, Loukianov est bien conscient des problèmes internes de la Russie, et il s’exprime sur ce point bien plus franchement qu’en matière de politique étrangère. Il a répété à plusieurs reprises que la société russe est fatiguée, divisée et sans vision d’avenir commune. Ce n’est pas un discours d’opposition, mais une honnêteté que peu de personnes à sa place osent afficher. Il exprime tout haut ce que de nombreux membres de l’élite savent mais taisent – cependant, il s’arrête juste avant que cette honnêteté ne devienne politique. Il ne propose pas de solution, car il n’en voit pas, mais il maintient la question de savoir combien de temps la Russie pourra tenir sur la voie actuelle.
Loukianov n’est pas seulement un analyste qui observe de loin, mais aussi un commentateur très concret sur les questions d’actualité. En début d’année, il estimait encore que la Russie avait fait preuve d’une très grande patience dans ses réponses aux provocations, car Moscou visait une solution durable et stable. Depuis, la situation a cependant changé de manière significative. Loukianov a reconnu qu’il ne voyait actuellement aucune voie réaliste pour une fin rapide du conflit. Les tentatives de paix esquissées après le sommet d’Alaska ont été dépassées par les événements sur le terrain, et les anciens accords diplomatiques ont perdu leur sens à mesure que la situation militaire et politique évoluait.
En même temps, l’escalade s’aggrave: l’Ukraine et ses soutiens frappent le territoire russe, la Russie intensifie à son tour ses efforts militaires. Au sein de la société russe et de l’élite politique, la demande d’une stratégie plus énergique pour mettre fin au conflit augmente – y compris l’utilisation d’armes plus lourdes et des frappes contre les pays européens qui livrent des armes à l’Ukraine. C’est bien plus concret que de simples réflexions théoriques sur l’ordre mondial – Loukianov observe en temps réel comment les tables de négociation se vident et la parole revient aux armes.
L’analyse de Loukianov comporte encore une dimension originale: il souligne qu’il existe un paradoxe dans le monde. La fragmentation politique, culturelle et sociale augmente, mais l’interdépendance économique non seulement subsiste, mais s’approfondit même. Cela rend le monde à la fois plus fragmenté et plus interconnecté. Ce n’est pas seulement un paradoxe – c’est un nouvel état, sans histoire, dans lequel les anciens outils (guerre, sanctions, diplomatie) ne fonctionnent plus comme attendu. Il a également déclaré qu’il ne s’attendait pas à voir apparaître un nouvel ordre mondial au cours de sa carrière active en politique internationale – «ordre» étant un mot trop fort, trop structurant pour décrire ce qui se profile.
Finalement, la pensée de Loukianov se cristallise autour de la question de ce que signifie l’analyse à une époque où rien n’est certain. Sa réponse semble être que l’explication a une valeur en soi – que décrire le monde tel qu’il est constitue déjà une tâche suffisante. Il y a là quelque chose de suranné, presque une foi dans la culture du XIXe siècle, mais aussi quelque chose de profondément insatisfaisant. Si c’est tout ce que l’on peut faire, il ne reste qu’un commentaire sans action.
Loukianov ne se voit sans doute pas ainsi, mais ses textes donnent cette impression. Ce sont des cartes où les reliefs du paysage sont notés avec une précision étonnante – mais il n’y a pas d’itinéraire, car tracer un chemin serait déjà faire de la politique. C’est peut-être intentionnel. Peut-être qu’il n’y a tout simplement pas d’itinéraire, et que la seule chose à faire est de décrire le paysage le plus précisément possible, jusqu’à ce que quelqu’un d’autre trouve la direction à prendre.
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vendredi, 07 août 2026
Une leçon d’économie (et pas seulement d’économie)

Une leçon d’économie (et pas seulement d’économie)
Gianni Petrosillo (Conflitti&Strategie)
Source: https://socialismomultipolaridad.blogspot.com/2026/06/una...
Engels rencontra un commerçant anglais dans le train pour Glasgow. C’était la seconde moitié du XIXᵉ siècle. Le commerçant, comme c’était communément admis à l’époque, critiqua les Américains, au nom du libre-échange, pour avoir protégé leur industrie naissante au moyen de droits de douane sur les produits étrangers, s’imposant ainsi des taxes inutiles alors qu’ils pouvaient trouver « les mêmes produits, voire de meilleurs, à un prix bien plus bas. [Bien entendu, en Angleterre] ».
Ne croyez pas qu’il s’agit là d’une simple naïveté; c’était le mantra de l’époque dominée par les Anglais et leur capitalisme, qui avaient tout intérêt à rester l’atelier du monde, échangeant leurs biens à forte valeur ajoutée contre des matières premières et des produits agricoles venus du reste du globe, tous réduits à l’état d’immense carrière ou de grenier au service de Sa Majesté.
La théorie du libre-échange (pensons à Smith et Ricardo, entre autres) servait de justification à un fait donné, même de façon scientifique, comme l’a dit Marx à propos de Ricardo, car ce dernier poussait son raisonnement jusqu’à ses ultimes conséquences, sans faire de concessions à quiconque. Cependant, Marx lui-même n’aurait jamais parlé de simple justification, car pour lui, « le développement d’une science comme l’économie politique » est lié au mouvement réel de la société et en est simplement l’expression théorique inhérente. Mais, plus ou moins, le sens reste le même, bien que sur un plan supérieur de définition intellectuelle.
Ainsi, il n’y a pas de dessein caché dans cette justification, car elle est simplement le reflet de la réalité sur le chemin de la pensée. Évidemment, je ne suis pas convaincu que la réalité s’écoule aussi parfaitement dans notre pensée, et il existe toujours des aspects idéologiques, ésotériques, qui coexistent avec ceux qui sont, disons, exotériques. Ainsi, la pensée théorise la réalité à partir de fragments perçus, mais la réalité de la pensée n’est pas la réalité elle-même. Cependant, le bon scientifique, lorsqu’il a identifié le «mouvement» de la réalité et l’a catégorisé, va au fond des choses parce que la vérité identifiée ne peut être pliée aux besoins de tel ou tel secteur social avec ses intérêts particuliers:
«Si la conception de Ricardo est, en général, celle de l’intérêt de la bourgeoisie industrielle, cela n’est vrai que dans la mesure où l’intérêt de cette dernière coïncide avec celui de la production ou du développement productif du travail humain. Lorsque le premier entre en conflit avec le second, il n’a d’égards ni pour la bourgeoisie, ni pour le prolétariat, ni pour l’aristocratie. Mais Malthus, ce misérable! ne tire des prémisses scientifiquement acquises (et toujours volées par lui) que des conclusions qui sont “agréables” (utiles) à l’aristocratie contre la bourgeoisie et à toutes deux contre le prolétariat. Il ne veut donc la production que dans la mesure où elle préserve ou accroît l’existant, dans la mesure où elle est avantageuse pour les classes dominantes. Mais un homme qui “essaie d’adapter la science (fût-elle erronée) à un point de vue qui ne provient pas de ses propres intérêts, mais d’intérêts qui lui sont extérieurs, qui lui sont étrangers, je l’appelle vulgaire”» (Marx).
Voilà la rigueur de Marx, vraiment d’une autre époque.
Venons-en à la réponse d’Engels au commerçant anglais:
— Je pense, répondis-je, que la question a une autre facette. Vous savez que, pour ce qui est du charbon, de l’énergie hydraulique, des minerais de toutes sortes, des aliments bon marché, du coton indigène et d’autres matières premières, les États-Unis possèdent des ressources qu’aucun pays européen ne peut égaler; et que tout cela ne pourra se développer pleinement que lorsque les États-Unis seront devenus une nation industrielle. Vous admettrez également qu’aujourd’hui, un pays aussi grand ne saurait être exclusivement agricole; cela reviendrait à s’enfermer dans l’infériorité et la barbarie; aucune grande nation actuelle ne peut exister sans ses propres usines.

Or, si les États-Unis veulent devenir une nation industrielle, et tout indique non seulement qu’ils y parviendront, mais qu’ils pourront surpasser leurs rivaux, ils n’ont que deux options: soit poursuivre, disons pendant cinquante ans, le libre-échange, une guerre concurrentielle très coûteuse contre les manufactures anglaises qui ont un siècle d’avance, soit exclure les fabricants anglais par des droits de douane protectionnistes, disons pendant vingt-cinq ans, avec la quasi-certitude qu’au bout de vingt-cinq ans ils pourront se maintenir sur le marché mondial ouvert. Quelle est la voie la plus courte et la moins coûteuse? Voilà la question. Si vous partez de Glasgow vers Londres, vous pouvez prendre le train omnibus pour deux pence le mille et voyager à douze milles à l’heure. Mais vous, non: votre temps est trop précieux et vous prenez l’express, vous payez quatre pence le mille et voyagez à quarante milles à l’heure. Très bien ; les Américains préfèrent payer le tarif express et voyager à la vitesse de l’express. Mon Écossais d’esprit libre ne répondit rien».
C’est exactement ce qui s’est produit à notre époque avec la théorie de la mondialisation et les organisations internationales apparemment acéphales, chargées de gérer le commerce international à l’échelle quasi planétaire dans un contexte téléologique de fin de l’histoire. Un reflet théorique, donc, du monde unipolaire dirigé par les États-Unis. De pair avec cette réalité, des théories unidimensionnelles ont fleuri qui, d’une part, ont tenté d’expliquer ce monde et, d’autre part, l’ont justifié, certaines rigoureusement, d’autres à la manière de Malthus. Et les Malthus se multiplient aujourd’hui, alors que le monde change de nouveau, mais ils repoussent désormais la métamorphose en cours car ils ne sont que de misérables appendices des intérêts des anciens dominants ; ils ne sont plus des scientifiques, si tant est qu’ils l’aient jamais été, et ne peuvent que répéter comme des perroquets des convictions qui ne correspondent plus aux faits, mais doivent se confronter à un monde qui se retourne contre eux dans ses aspects les plus évidents.
Pour cette raison, plus ils perdent en crédibilité et moins ils savent, plus ils deviennent agressifs et cherchent à faire taire les concurrents qui leur subtilisent des positions. Cela est particulièrement évident dans les pays satellites de Washington, où de nombreux universitaires, sans doute sélectionnés pour leur talent mais tout aussi ignorants politiquement et dépourvus de capacité de pensée indépendante, ayant grandi à l’ombre des centres américains, sentent aujourd’hui le sol se dérober sous leurs pieds et craignent de perdre leurs chaires, leur argent et leur renommée, ce qui les rend encore plus odieux et stupides.

Quoi qu’il en soit, ce qu’Engels répondit à son compagnon de voyage avait déjà été systématisé par l’économiste allemand Friedrich List — avec sa théorie des premiers et des seconds arrivés —, lequel fut vivement critiqué par Marx, principalement pour une certaine hypocrisie (« Comme sa propre “théorie” cache un but secret, il soupçonne partout des buts secrets »). Mais Marx considérait de telles tentatives protectionnistes comme un recul par rapport au véritable objectif (tout comme Engels, d’ailleurs), car le capitalisme, en s’étendant partout, irait jusqu’à ses conséquences extrêmes et ses contradictions finiraient par éclater, conduisant à l’affrontement final entre le prolétariat (de la main et de l’esprit) et les capitalistes financiers (rentiers parasites).
Au point qu’il prononça même un DISCOURS SUR LE LIBRE-ÉCHANGE où: «il se prononça en principe en faveur du libre-échange», écrivit Engels, «comme le système le plus progressiste, celui qui pousserait le plus rapidement la société capitaliste dans l’impasse».
Pourtant, Marx se trompait sur ce point. D’abord, le capitalisme, au lieu de s’effondrer sous ses propres défauts, s’est mué en autre chose. Et lorsque l’équilibre des puissances change à l’échelle mondiale, surtout avec l’émergence de nouvelles industries qui déterminent une certaine supériorité économique de certains pays sur d’autres, les politiques protectionnistes légitimes, bien que différentes de celles du passé, reviennent au premier plan. On peut même dire que le premier capitalisme est mort avec la fin de la suprématie britannique; le second, très différent, disparaîtra avec la fin de la suprématie américaine. Le troisième, qu’il vaudrait mieux ne plus appeler par son ancien nom, sera quelque chose de tout à fait différent. Mais attention, lorsque nous parlons aujourd’hui d’un nouveau protectionnisme, il ne s’agit pas de cette souveraineté alimentaire rétrograde et désorganisée qui découle de l’ignorance de certains gouvernements italiens, qui laissent leurs maîtres atlantiques dicter leurs politiques énergétiques et les barrières aux marchés les plus rentables pour nos entreprises phares (les rares qui restent), tout en bavardant sur la défense du Made in Italy… en anglais, bien sûr. Le nouveau protectionnisme devrait consister à protéger les investissements stratégiques ainsi que les relations, non seulement au niveau national mais aussi à l’étranger (la patrie est partout où nous portons nos intérêts), par exemple, en ne laissant pas d’autres décider si nous avons légitimement le droit de construire un oléoduc vers le sud.
Source première: https://www.conflittiestrategie.it/una-lezione-di-economi...
21:36 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : économie, histoire, friedrich list, friedrich engels, karl marx, libre-échange |
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Forêts et Catacombes: pensées jüngeriennes

Forêts et Catacombes: pensées jüngeriennes
par Edson Cáceres (2025)
Source: https://legio-victrix.blogspot.com/2025/12/edson-caceres-...
« Les philosophes de l’histoire considèrent le passé comme l’antithèse et l’étape préalable à nous-mêmes, voyant en nous le produit d’une évolution. Nous, nous nous attachons à ce qui se répète, à ce qui est constant, à l’unique, comme quelque chose qui trouve en nous un écho et nous est compréhensible. » (Jacob Burckhardt)
La littérature, en tant que science historique, présentée ainsi par Immanuel Kant dans sa Logique, exprime de façon figurée une constellation d’idées qui se convertissent en motifs suivis dans la réalité littérale : le monde des faits est insufflé par des légendes et des mythes. L’histoire occidentale est un assemblage de formes de prédication de l’épopée, dont le thème principal est la conquête du héros dans son pèlerinage initiatique vers son triomphe transformateur, une entéléchie au début et à la fin linéaires.

Une autre manière de saisir l’histoire s’exprime dans l’ordre cosmique oriental, comme dans la religion védique, pour laquelle le temps est une répétition éternelle dont la cyclicité va d’un âge d’or à un âge de fer, en passant par des degrés de dégradation marqués comme l’argent et le bronze. Les âges ou yugas déterminent le haut et le bas, le mouvement des cieux et les tempéraments.
Des figures précédentes de la conception du temps naît l’idée que l’histoire humaine et ses événements, structurés en plans enchevêtrés les uns sur les autres et sous d’autres, suivent un progrès circulaire bien que perçu comme rectiligne par les limites de la finitude humaine : nouveautés apparentes de la contemporanéité avec l’éternel.
Ernst Jünger, dans le diagnostic et le pronostic qu’est son livre Le Travailleur : Domination et Figure, montre que toute conception typiquement contemporaine, c’est-à-dire éternelle, doit reposer sur une capacité métaphysique : la conception figurative du monde. Depuis l’Antiquité, on observe des groupes qui se disputent l’hégémonie de la détermination matérielle et spirituelle de l’homme, comme dans la Grèce de Thucydide avec la Ligue de Delphes et la Ligue du Péloponnèse, la Rome millénaire avec les optimates et les populares, l’Europe médiévale avec les guelfes et les gibelins, aboutissant aux traitements antithétiques du conservatisme et du libéralisme, dans leurs différentes facettes d’évolution. Le déroulement de l’hégémonie dans l’histoire suit un processus d’endosmose et d’exosmose, de mouvement ou de dissolution et de repos ou de coagulation, dont la cadence est déterminée par la vitesse du déroulement : si elle est très rapide, c’est la révolution ; si elle est moyenne, la réforme.
Dans Le Travailleur est proposée une solution de continuité : les modalités antithétiques et dialectiques, vues historiquement, sont absorbées par un substrat métaphysique: la figure du travailleur.
« C’est là qu’apparaît l’intervention de la véritable révolution, la Révolution de l’Être ; cette intervention affecte autant les choses les plus visibles que les plus cachées et, comparée à elle, tous les types de dialectique révolutionnaire apparaissent comme insipides. »
Le travailleur n’est pas une catégorie de stratification sociale; son critère, plus que socio-économique, est philosophique. Depuis Georges Dumézil et sa théorie de la trifonctionnalité, on sait que l’ordre proto-indo-européen, conjonction de l’Oriental et de l’Occidental, se structure en une triade de fonctions : le souverain, le guerrier et le productif. On pourrait penser que le Travailleur obéit au schéma de la production industrielle, à travers la division du travail, mais, par l’expérience de la Grande Guerre, pour Jünger, le guerrier et le productif se conjuguent dans une libération souveraine des limites: économie et politique mises au service de la guerre; c’est le sens de la fameuse «mobilisation totale».
Le soldat anonyme et le travailleur anonyme, forgés par le cadre industriel de la guerre, sang et acier, sont des exemples évidents du passage opéré entre les Ères: de l’Ère du tiers état à l’Ère du travailleur.
Pour comprendre ce passage, il faut souligner qu’un tel passage s’est opéré dans la relation entre le tiers état ou la bourgeoisie et l’ordre d’antan. Clergé, noblesse et tiers état composaient la distribution sociale traditionnelle; les luttes intellectuelles et pratiques des deux premiers ordres — luttes entre pouvoir spirituel et temporel —, avec l’évolution et le renforcement croissant du dernier, ont abouti à une lutte pour le pouvoir et l’autorité fondée sur l’industrie, avec le changement subséquent des catégories de valeurs. Le salut et l’honneur ont été remplacés par l’empire du nombre, par la marchandise.

Le Travailleur est une expression ontologique qui rompt l’ordre social bourgeois, malgré les tentatives de la bourgeoisie de l’assimiler comme classe sociale, dans un effort de survie de l’ordre qu’elle domine avec son propre système de valeurs, en unifiant les travailleurs manuels, ouvriers, industriels, c’est-à-dire par leur massification, d’inspiration socialiste. Pour Jünger, comme dans l’ordre d’antan régnait la « personnalité unique », dans la bourgeoisie règne « l’individualité », expression quantitative par agrégation d’individualités comme « masse ». Individu et masse sont deux formes qualitativement identiques, prédicats dénotant une même identité.
La mutation opérée par la figure du Travailleur se constate non seulement dans l’humanité de la personne singulière, mais aussi sur le plan politico-juridique et artistique, autrement dit comme changement d’Ère. Pour Jünger, l’expression de puissance et de configuration par le Travailleur puise ses sources dans la sphère inconnue de la nature cosmique, dans ce qu’il appelle « l’élémentaire », dans le jeu entre le chthonien et le tellurique, et l’ouranien et le céleste.

« Les sources de l’élémentaire sont de deux espèces. D’un côté, elles se trouvent dans le monde, qui est toujours dangereux, comme la mer, qui renferme toujours le danger même quand le vent ne souffle pas. Et d’un autre côté, elles se trouvent dans le cœur humain, toujours avide de jeux et d’aventures, de haines et d’amours, de triomphes et de chutes.
[…] Ce qui, au fond, est à l’œuvre […] c’est l’apparition d’une antithèse cosmique, qui se répète chaque fois que l’ordre du monde est brisé et qui, ici, s’exprime dans les symboles propres à une ère technique. C’est l’antithèse entre le feu solaire et le feu tellurique, qui d’un côté apparaît comme flamme spirituelle, et de l’autre comme flamme terrestre, c’est-à-dire, d’un côté lumière et de l’autre feu ; un échange d’incantations entre « les chanteurs sur la montagne des sacrifices » et les forgerons qui mettent à leur service les forces des métaux, de l’or et du fer. »
À travers la qualité mythique, héritage interprétatif des anciens sur « le primordial », on parvient à donner sens et destin aux processus internes du monde. Antée, Prométhée et Atlas sont les puissances amorphes auxquelles s’applique, en tant que domination et figure, le Travailleur comme expression métaphysique.
La domination n’est pas quelque chose à désirer ni un objet à conquérir ; c’est la qualité essentielle de celui qui la possède, la signification totale de la propriété. Précisément, pour Oswald Spengler, la propriété « est le lieu où s’exerce un pouvoir sans limites, un pouvoir conquis, défendu contre des pairs et maintenu victorieusement. Ce n’est pas le droit de posséder, mais de disposer souverainement ». Jünger, héritier de la conception anthropologique de Spengler, conçoit que l’être est égal à la puissance. Cependant, la volonté de puissance n’est légitime ou dotée d’autorité que lorsqu’elle s’applique à la figure du Travailleur, comme point de fuite du sens: c’est de la conception figurative du pouvoir que procède le droit.
« C’est précisément cette légitimation qui fait qu’un être n’apparaît plus comme une puissance élémentaire, mais comme une puissance historique […]. Nous appelons “domination” une situation dans laquelle l’espace illimité du pouvoir est référé à un point depuis lequel cet espace de pouvoir apparaît comme espace du droit. »

La domination est traitée dans sa constitution politique; la configuration, dans sa constitution artistique. Si la puissance est une grandeur pour Jünger, la configuration en est la délimitation, la signature ou l’empreinte: «l’une des caractéristiques de tout imperium, de toute domination incontestée qui s’étend jusqu’aux confins du monde connu, est la configuration unitaire de l’espace». Suivant Spengler, toute forme de technique, même le langage, doit être comprise comme une tactique vers la domination. La technicisation industrielle est l’expression tactique de l’homme moderne; l’atelier est une face de l’appropriation stéréologique du Travailleur, autant d’idées qui remplacent la décadence et la mystification de l’art, en tant qu’«activité muséale», signe d’affaiblissement vital, typiquement bourgeois.
"Lorsque Gaïa change de peau, Antée touche à nouveau le sol face à Hercule; et de nouveaux signes émergent. La Terre revient en arrière, passe des patries au pays natal.
Dans l’économie cosmique, il n’y a pas de pertes; il se passe seulement que certaines perspectives cessent d’être importantes. La meilleure liberté est celle dont on parle le moins. Il est probable que de grandes transformations se préparent; par exemple, la transformation de la liberté en beauté ou en spiritualisation de la Terre. Alors, la technique aussi change ou accomplit son sens".
Avec Jacob Burckhardt et sa théorie des tempêtes ou Walter Benjamin et son ange de l’histoire, on comprend qu’un nouveau titan s’est emparé de l’histoire terrestre, Typhon comme signe du principe ravageur et de la tempête. C’est précisément de cela que Jünger nous parle dans son roman-essai Eumeswil.
Le protagoniste, Manuel Venator, est un historien qui travaille comme membre du service nocturne d’un tyran, le Condor. La substance historique dans Eumeswil est épuisée: mythes, motifs et faits pâlissent en nuances sépia du fait de leur usure et de leur réutilisation. Les événements sont indifférents et indistincts face aux idéaux de passion et de raison. Ce qui anime le monde d’Eumeswil, c’est le soin modeste de la vie quotidienne.
« La faute doit venir de la dilution, comme lorsqu’on utilise toujours les mêmes feuilles dans une infusion. Nous vivons d’une substance organique épuisée. Les cruautés des anciens mythes — Mycènes, Persépolis, les jeunes et vieux tyrans, les diadoques et les épigones, la chute de l’Empire romain d’Occident puis d’Orient, les princes de la Renaissance, les conquérants et même la palette exotique, du royaume du Dahomey aux Aztèques... — on dirait que les motifs se sont usés; ils ne suffisent plus ni pour des actes héroïques ni pour des atrocités, tout au plus servent-ils à de pâles résonances ».
Malgré cela, l’idée d’ordonnancement persiste dans les communautés politiques, après la transition des États modernes à l’État mondial. L’opérativité de l’anacyclose à travers les séquences historiques, progressives dans leur développement et sophistiquées dans leur technique, aboutit dans Eumeswil à une cité-État à la grecque, capable de transformer et de transmettre les matériaux et énergies propres au XXᵉ siècle chrétien. La fauconnerie, pratique culturelle du pouvoir nobiliaire, coexiste harmonieusement avec des dispositifs d’information, comme le phonophore et le luminaire.

Jünger nous enseigne que l’humeur de l’historien est mélancolique, dans la mesure où sa matière d’étude est la catacombe.
« Rarement la douleur de l’historien a-t-elle été ressentie avec autant d’acuité. C’est la douleur de l’homme, ressentie bien avant toute connaissance, une douleur qui l’accompagne depuis qu’il a creusé les premières tombes.
Un veilleur ouvrira-t-il un jour leurs tombes ? Le chant de la branche les réveillera-t-il de leur sommeil ? Ainsi doit-il en être, et l’un des indices en est la tristesse, le tourment de l’historien. Il est le juge des morts alors que le fracas de la trompette qui accompagnait les puissants s’est tu depuis longtemps, alors que leurs triomphes et leurs victimes, leurs hauts faits et leurs bassesses ont été oubliés. »
C’est pour cette raison même que le service d’un tyran fournit, universalia in re, des arguments pour ce qu’un historien, universalia post rem, aborde dans ses thématiques investigatrices élégiaques. Le pouvoir, l’autorité, l’opposition, l’argent, les symboles, font partie de la complexio historique, dont l’approche se fait avec distance.

Face au tyran, dans une lecture typiquement libérale, il y a un rejet dans la mesure où il restreint la possibilité des droits ; cependant, la réprobation de la tyrannie masque une aversion pour l’essence du pouvoir, incarnée dans la figure du puissant, qu’il soit tyran, dictateur ou monarque. L’anarchiste, antithèse du puissant, s’assume contradictoire au pouvoir au nom de la liberté totale.
« L’idéalisme confus de l’anarchiste, sa bonté sans compassion ou sa compassion sans bonté, le rend utile à bien des égards [...]. Il pressent un mystère, mais ne peut aller plus loin: le pouvoir immense de l’individu. Ce pouvoir l’enivre, le consume comme la lumière consume le papillon.
L’anarchiste dépend, en premier lieu, de sa volonté obscure et, en second, du pouvoir. Il suit le puissant comme l’ombre suit le corps. Le souverain est toujours sur ses gardes contre lui.
L’anarchiste est l’antagoniste du monarque. Il rêve de l’anéantir. Il s’attaque à la personne, mais consolide la succession. »
L’anarchiste se conçoit lui-même comme dominé par le souverain, d’où sa pratique de l’opposition. De l’autre côté, face au souverain conquérant et dominateur, il existe une autre figure qui conquiert et domine également: l’anarque. « Le pendant positif de l’anarchiste est l’anarque. L’anarque n’est pas l’antagoniste du monarque, mais son pôle opposé […]. Il n’est pas l’adversaire du monarque, mais son correspondant».
La position d’anarque permet de révéler le pouvoir intrinsèque des individus, dont la connaissance permet la reconnaissance d’autres pouvoirs. Le quantum de puissance de l’anarque, avant tout, s’applique principalement à lui-même, d’où: «le monarque veut dominer beaucoup, voire tous ; l’anarque, seulement lui-même. Cela le place dans une relation objective, et aussi sceptique, au pouvoir, dont il laisse défiler les figures sans les toucher». Tout cela s’illustre en disant que l’anarchiste est subordonné au monarque et à l’anarque, et que ces deux derniers sont coordonnés entre eux.
La maxime principale de la puissance de l’anarque est que l’homme est un être qui tue d’autres hommes. Homo occidit: «dans ses actions, le bien guide l’anarque non comme axiome au sens de Rousseau, mais comme maxime de la raison pratique [au sens de Kant]».
Au tyran Condor s’associent deux figures typiques de l’espace du pouvoir et de l’ordre, symbolisées par le mythique-magique et la raison instrumentale: Attila, le médecin, et le Domo, bras droit et secrétaire plénipotentiaire. Ces deux personnages, pour Manuel, sont complétés par Bruno et Vigo, un philosophe et un historien. Les idées-types qui donnent un sens aux personnages se comprennent dans l’idée des forêts et des catacombes: «Vigo s’est consacré aux dieux; Bruno, aux titans; le premier, à la forêt ; le second, au monde souterrain»; «de même que Vigo veut aller au-delà de l’histoire, Bruno veut aller au-delà du savoir; l’un, au-delà de la volonté; l’autre, au-delà de la représentation».

Précisément, si l’histoire dans Eumeswil est postchrétienne, dont la vitalité et les symboles sont épuisés par leur exploitation paroxystique, naît alors le besoin organique des fondements des choses: les fondements du pouvoir, de l’espace, des conceptions imaginaires et rationnelles, des attentes et des finalités ; une re-cosmisation, une praxis de principes, devient nécessaire. L’infra-histoire et la supra-histoire sont les sources dans lesquelles Manuel tente de trouver l’élan cosmique, de donner du sens à son ressac. Chez le médecin Attila, il y a une praxis de ce genre, une réminiscence de l’Urpflanze goethéenne, dans ses contacts avec la forêt inexplorée.
« Mais ici flottait dans l’air une tempête prométhéenne, et on était allé bien au-delà de ce que nous avions tenté de faire, au prix d’efforts énormes, dans nos cornues. Je l’ai pressenti immédiatement, presque comme l’alchimiste qui, quand il n’espère plus la grande transmutation, voit briller dans son fourneau l’or massif. Et j’ai senti que moi aussi j’étais inclus dans la grande transmutation, dans un monde nouveau, ce qui s’est confirmé plus tard par des expériences concrètes. »
Un des symboles caractéristiques du libéralisme et de l’histoire chrétienne moderne, antérieurs aux États belligérants et aux grands incendies selon Jünger, est la conception que l’histoire progresse et évolue. Les forêts sont la preuve que, face à l’évolution et au progrès, il s’impose la mutation; ainsi, pour Spengler,
« L’histoire de l’Univers avance de catastrophe en catastrophe, qu’on puisse ou non les concevoir et les fonder. Nous appelons cela aujourd’hui […] mutation. C’est un changement intérieur, qui soudain s’empare de tous les exemplaires d’une espèce, sans cause, naturellement, comme tout ce qui se passe dans la réalité. C’est le rythme mystérieux du réel. »
Pour sa part, pour le Domo, les expériences et expressions ont un sens concret et politique, circonscrit, situé en-deçà du mythique et de l’archétype. Sa pensée s’applique aux développements de la technique : « le matérialisme du Domo est de type réaliste, alors que celui de ses prédécesseurs était rationaliste. Les deux sont superficiels, voués à des usages politiques ».
De cette façon, tant l’optimisme ontologique que son pessimisme opposé sont dépassés dans Eumeswil. L’attitude qui prévaut est celle de l’archéologue explorateur, qui encourage les autochtones à connaître une langue et une tradition qu’ils ignorent dans leurs symboles et leur vitalité, mais qu’ils portent dans leur sang à travers leurs lointains ancêtres : un espace de choses pénétré par le temps du sang.
On voit que ce qui subsistera dans une posthistoire est un machiavélisme instrumental superficiel à côté de l’ébullition magmatique, dont les bouillonnements configurent des figures archétypales.
21:08 Publié dans Littérature, Philosophie, Révolution conservatrice | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : ernst jünger, lettres, littérature, lettres allemandes, littérature allemande, eumeswil, révolution conservatrice, philosophie |
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L’Esprit Chevaleresque

L’Esprit Chevaleresque
par Ivan Ilyine (1933)
Source: https://legio-victrix.blogspot.com/2026/06/ivan-ilyin-o-e...
« Crée en moi un cœur pur, ô Dieu, et renouvelle en moi un esprit droit. » Psaume 51:10
À travers toutes les grandes discordes de notre époque, au milieu de la catastrophe, de la tragédie et des pertes, dans les conflits et les tentations, nous devons nous souvenir d’une chose et vivre en elle : le maintien et la propagation d’un esprit de service chevaleresque. D’abord et avant tout en nous-mêmes, puis chez nos enfants, nos amis et nos proches. Nous devons protéger cet esprit comme quelque chose de sacré ; nous devons le fortifier chez ceux en qui nous avons confiance, chez ceux qui nous font confiance, et chez ceux qui cherchent notre direction. C’est ce que nous devons défendre chez nos chefs et nos pasteurs, en insistant, voire en l’exigeant. Cet esprit est comme l’air et l’oxygène du salut national de la Russie, et là où il s’arrête, s’installe aussitôt une atmosphère de pourriture et de décomposition, ouverte ou cachée sous le bolchevisme.

Les décennies que nous avons traversées sont telles que les hommes habitués à l’indifférence affichée, aux positions tièdes, ne peuvent ou ne veulent pas se fortifier eux-mêmes et prendre une décision, et leur sentence a déjà été signée à l’avance. Ils sont condamnés à l’humiliation et à la boue, et leurs forces vitales seront utilisées par les tentateurs de ce monde. Partout où il n’y a pas de volonté, la volonté des enfants de perdition occupera le terrain. Partout où la conscience se tait et où la convoitise divise l’âme en deux, le bolchevisme triomphe, et partout où la soif brute de pouvoir de certains irrite l’ambition insatiable d’autres, se prépare la séduction, la désintégration et le triomphe de l’ennemi. Là où l’esprit chevaleresque s’affaiblit ou disparaît, le désastre nous attend. C’est ce qui se passe aujourd’hui et ce qui arrivera désormais.
Quel que soit le poste qu’un homme puisse occuper, ce devoir (si la cause elle-même n’est pas honteuse) doit donner un sens à sa tâche, en la consacrant non comme une simple profession, mais comme un service, le service de la Cause unifiée de Dieu sur terre. Contrairement au sujet lui-même, qui possède ses intérêts personnels, ses sympathies et ses désirs, la cause de Dieu possède sa propre trajectoire transcendante de nécessité et d’exigence. Ainsi, les intérêts personnels de l’homme et l’intérêt transcendant de sa Cause peuvent à tout moment diverger et mettre l’homme à l’épreuve de sa propre tentation. À tout moment, un homme peut se retrouver dans la position d’un mercenaire, ne sachant quel chemin suivre, ou dans la position d’un traître, qui préfère son intérêt propre à la transcendance. L’esprit de la chevalerie consiste en la fidélité ferme à la trajectoire transcendante.
Il y a des hommes qui ne voient pas la Cause du tout et ne comprennent pas les exigences du transcendant. Ils ne connaissent que leur propre affaire, leur réussite personnelle, et tout le reste n’est pour eux qu’un moyen d’y parvenir. Toute leur activité finit par être du servilisme et de la trahison, et par les œuvres de ces arrivistes, flatteurs, corrupteurs et opportunistes, périssent et périront toutes les organisations et institutions humaines. La vénalité est leur credo – peu importe pour quoi ils vendent la Cause, que ce soit pour de l’argent, des honneurs ou du pouvoir, et peu importe ce qui était caché dans leur âme derrière la trahison : nihilisme ouvert (comme chez les Bolcheviks) ou absence de caractère sentimentale et justification sophistique (caractéristique des philistins pré-bolcheviques).

Il y a d’autres hommes qui connaissent les exigences de la Cause et de la Transcendance, mais les traitent avec une indifférence formelle, comme si elles étaient un devoir lourd et désagréable inévitable – sans amour, sans inspiration, sans créativité. Leur activité est un « service », mais leur service consiste simplement à exécuter le prochain « ordre » ou « élément » ; ils travaillent comme des salariés, et au mieux, ils ne maudissent pas leur travail, comme des esclaves accablés par tous leurs efforts. Le destin de la Cause leur est indifférent. Les exigences de la Transcendance, quels que soient leurs noms – l’Église, la Patrie, l’Orthodoxie, l’Armée, la Science, l’Art – ne sont que des fardeaux et des charges. Ils ne sont pas dévoués à la Cause de Dieu sur terre. Et par l’œuvre de ces machines insensibles, de ces hommes indifférents et « serviteurs du temps », toutes les organisations humaines commencent à se vider intérieurement et à dépérir, provoquant la déception et l’irritation de tous ceux qui entrent en contact avec elles, suscitant la critique et la tension d’une atmosphère de protestation destructrice.
Aujourd’hui plus que jamais, la Russie a besoin d’hommes capables, non de servilité, mais de service. Des hommes qui non seulement voient la Cause et comprennent les exigences de la Transcendance, mais qui se consacrent à la Cause de Dieu sur terre. Des hommes qui ne sont pas seulement non-indifférents et sensibles, mais qui sont inspirés et inspirent les autres – des hommes qui ne cèdent pas les intérêts de la Cause ni pour l’argent, ni pour les honneurs, ni pour le pouvoir, ni pour aucune demande ou faveur – incorruptibles au sens le plus large et le plus élevé de ce mot. Ce sont des hommes pour qui le devoir n’est pas un travail pénible et une obligation rebutante, parce que dans leur âme, l’obligation est couverte par le dévouement personnel, et le devoir a été submergé par un intérêt passionné pour la cause. Ce sont des hommes qui, certes, se réjouissent de tout succès personnel, mais pour qui leur propre réussite demeure toujours un moyen de servir la victoire de la Cause de Dieu. Ce sont des hommes qui n’ont pas peur de la responsabilité précisément parce qu’ils sont totalement immergés dans la Cause, et qui ne recherchent en rien la fortune personnelle, ni le progrès à n’importe quel prix. Ce sont des hommes de caractère et de valeur civique, des hommes de la volonté, des volontaires pour la Cause Nationale russe. Les hommes appelés à organiser la Russie.

L’esprit chevaleresque consiste, avant tout, en l’acceptation volontaire et première de la difficulté et du danger au nom de la Cause de Dieu sur terre. Et il faut admettre que si la vie a toujours attendu cela de nous – et même au moment le plus heureux nous propose les fardeaux, les responsabilités et les dangers liés à chaque pas – alors, après l’effondrement militaire de la Russie lors de la Grande Guerre et sa défaite dans la Révolution, toute sa renaissance et sa restauration dépendront de la tâche de trouver dans notre pays un groupe d’hommes d’esprit et de capacité de service. Un corps incorruptible, qui donc ne vend rien ni aux étrangers ni aux ennemis intérieurs de la Russie ; loyal dans l’amour et la conscience, et donc capable de rassembler autour de lui la confiance et le dévouement de tous les cœurs fidèles à la Patrie ; chevaleresque, et donc appelé au service et à l’organisation du salut public.
L’essence chevaleresque nécessaire à la Russie n’est pas d’abord l’infraction, mais l’abnégation. Aucun des partis politiques contemporains n’est chevaleresque, car tous recherchent le pouvoir et les avantages qui en découlent. Ce dont la Russie a besoin, c’est d’un groupe d’hommes animés d’une motivation politique renouvelée et anoblie dans leurs âmes. Seuls des hommes nouveaux peuvent créer un nouveau régime ; « nouveau » non au sens de l’âge, du nom ou de la toujours corruptrice « position révolutionnaire », mais au sens de direction de la volonté et de force de volonté ; de direction transcendante et de force inébranlable. Celui qui, à travers ces années de désastres, tragédies et pertes, n’a pas su trouver en son âme de nouvelles sources de raison politique et d’activité politique – des sources religieuses, patriotiques et héroïques – concevant autrefois la Russie (qu’ils soient de gauche ou de droite) comme un terrain d’avancement de leur carrière privée – est un ennemi de la Russie qui porte le poison et la mort dans son cœur, quels que soient les programmes et mots d’ordre utilisés comme couverture. Hors de l’esprit chevaleresque du service national, tout est sans direction, nuisible et vain ; sans lui, personne ne libérera ni ne restaurera rien, on ne fera que créer de nouvelles discordes, un nouveau chaos et une nouvelle guerre civile pour la ruine de la Russie et la joie de ses adversaires immémoriaux du monde entier.

C’est pourquoi ceux qui s’écartent de toute « politique » étrangère et soviétique, de toutes les interminables « initiatives » (à l’étranger) et des « compromis » traîtres (dans la clandestinité), de tous les mélanges et conflits des partis politiques, sont sur la bonne voie. Cependant, ce retrait ne signifie guère la négation de la souveraineté ; tout ne coïncide pas avec l’absence de sens politique et de volonté. Au contraire, tout son sens consiste à accumuler du sens politique et de la volonté politique et à la purification transcendante de l’âme, à la concentration de la capacité de compréhension de l’âme et des forces les plus nobles. Cette abstinence de ce qui est frivole et prématuré, de la vanité et des intrigues de la politique partisane, est impérative précisément pour fixer le début d’une nouvelle approche idéationnelle et volontaire de la souveraineté en général et de l’État russe en particulier – la voie chevaleresque.
Pour cela, il faut commencer par établir un principe incontestable : la ruine de la Russie a été provoquée et conditionnée par l’insuffisance de la chevalerie chez les hommes russes, et à partir de là ont découlé toutes les erreurs et tous les crimes qui ont frappé la Russie, tous ces courants d’impuissance, de faiblesse de cœur, de convoitise, de lâcheté, de vénalité, de trahison et de sauvagerie. Et ces erreurs et ces crimes se répéteront ; et ces courants de lâcheté et de faiblesse de cœur déferleront – jusqu’à ce que la Russie prépare une voie de renouveau spirituel et religieux ; jusqu’à ce que des hommes d’esprit et de caractère chevaleresques se lèvent et fassent front commun. Et lorsque cela arrivera, alors sera retrouvée et fortifiée la nouvelle tradition souveraine, aujourd’hui dispersée et perdue, mais qui fut conçue plusieurs siècles auparavant dans l’esprit de l’orthodoxie russe, une tradition qui a perduré à travers les étapes de la construction de la grandeur nationale russe. C’est la tradition du volontarisme étatique religieusement enraciné qui a été ranimée en terre russe il y a dix ans.
Ceci est l’essentiel et le plus important. S’il n’existe pas, alors il n’y aura pas non plus de Russie, ce sera la discorde et le chaos, la honte et la désintégration. Maintenant est venu le moment où nous devons prendre ce chemin et commencer notre renouveau, aujourd’hui, sans hésitation ni retard.
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La société de la vision privée et la politique postmoderne (et postdémocratique) du spectacle

La société de la vision privée et la politique postmoderne (et postdémocratique) du spectacle
par Apostolos Apostolou
Source: https://www.destra.it/home/la-societa-della-visione-priva...
La politique du XXIᵉ siècle n’a pas seulement changé dans ses institutions ou dans ses équilibres géopolitiques. C’est la nature même de l’espace public qui est en train de se transformer, et de façon plus profonde. Nous vivons une transformation anthropologique qui modifie la façon dont nous percevons la réalité, construisons le consensus et définissons la vérité. Le collectif recule devant la vision privée, l’expérience est remplacée par sa représentation et la politique assume de plus en plus les traits d’une mise en scène sophistiquée du spectacle.
Nous ne sommes plus simplement dans la société de consommation décrite par les grands penseurs du XXᵉ siècle. Nous sommes entrés dans la société de la représentation permanente, où la vie tend à imiter sa propre image. L’authenticité n’est pas niée : elle est mise en scène. Le fait ne précède plus nécessairement sa représentation, mais naît souvent dans le but même d’être représenté. Chaque expérience personnelle devient un contenu, chaque émotion se transforme en narration publique, chaque geste politique est jugé davantage pour son rendement médiatique que pour ses effets concrets.

De cette dynamique naît une culture de la vanité victimaire. Chacun revendique son unicité, mais à travers des modèles identiques ; chacun réclame reconnaissance, mais à l’intérieur d’un système qui produit sans cesse de l’uniformité. La différence devient industrialisée et la dissidence réduite à une variante du marché de l’attention.
Le plus grand succès de la société postmoderne consiste à avoir transformé la certitude en la plus efficace des illusions. L’espace du doute se réduit progressivement. La pensée lente, la réflexion critique et la quête existentielle sont remplacées par l’immédiateté des réponses algorithmiques. Les plateformes numériques offrent des confirmations continues, tandis que la communication politique élimine toute zone grise, toute hésitation, toute complexité. Et c’est pourtant dans cet univers apparemment certain que la réalité devient plus fragile et instable.
La politique internationale a su exploiter pleinement cette transformation. Guerres, crises diplomatiques et situations d’urgence sont racontées selon la logique du produit communicationnel. Les images précèdent les événements et orientent souvent leur interprétation avant même que les faits ne soient compris. Le pouvoir ne se mesure plus seulement par la force militaire ou la capacité économique, mais aussi par le contrôle des récits et la production d’impressions.

Dans ce contexte s’impose une nouvelle technique du pouvoir : la stratégie de l’évitement. Les responsabilités se dissolvent dans les processus automatiques, les procédures numériques et les décisions présentées comme des conséquences inévitables de la technique. Le choix politique se déguise en nécessité administrative, tandis que l’algorithme endosse le rôle d’arbitre neutre de processus qui, en réalité, restent profondément politiques.
C’est aussi la forme la plus sophistiquée de la distance postmoderne. L’adversaire n’est plus affronté ni réfuté. Plus simplement, il est exclu de la sphère de visibilité. Ce n’est pas la censure traditionnelle qui prévaut, mais l’indifférence programmée. Dans le flux ininterrompu des informations, chaque voix peut être facilement submergée sans qu’il soit nécessaire de l’interdire. Le silence devient plus efficace que la répression et l’invisibilité plus puissante que la polémique.
Parallèlement, le citoyen contemporain délègue progressivement une part croissante de son autonomie aux technologies intelligentes. Il ne s’agit pas simplement d’une commodité. C’est une transformation qui touche à la conception même de l’homme. Les algorithmes suggèrent des décisions, classent les désirs, organisent les relations sociales et orientent les comportements. Les choix individuels prennent de plus en plus la forme de probabilités statistiques élaborées par des systèmes computationnels.

Les solutions deviennent algorithmiques et, précisément pour cette raison, tendent à expulser ce qui rend l’existence authentiquement humaine : le mystère, l’incertitude, l’imprévisibilité. La liberté naît en effet de la possibilité de surprendre et d’être surpris, non de la parfaite prévisibilité des comportements.
Avec la domination progressive des écrans, la dimension collective de l’expérience se dissout également. Chaque événement est aplati sur une même surface visuelle, chaque émotion a la même durée éphémère et chaque crise est rapidement remplacée par la suivante. L’histoire recule devant l’actualité permanente, tandis que la mémoire cède la place à la mise à jour continue du flux numérique.
Naît ainsi une société qui construit sa propre identité à travers une instabilité émotionnelle permanente. L’exposition continue de soi, la recherche incessante de confirmations et l’angoisse de la visibilité produisent une culture marquée par des oscillations cyclothymiques. On passe rapidement de l’enthousiasme à l’indignation, de la dénonciation publique à l’oubli, de l’émotion collective à l’indifférence totale. La vitesse remplace la profondeur et l’intensité prend la place de la durée.
Dans ce cadre émerge aussi une nouvelle forme de nécropolitique. Non seulement comme administration de la vie et de la mort par le pouvoir, mais comme effacement progressif de l’expérience personnelle et de la responsabilité. La soi-disant « culture de l’effacement » n’élimine pas seulement des individus ou des opinions. Elle corrode lentement les conditions mêmes du dialogue public, du pardon, de la mémoire et de la possibilité de reconnaître la complexité de l’histoire.

La vision privée devient ainsi la véritable idéologie de notre temps. Chacun construit un univers personnel filtré par les algorithmes, protégé des contradictions et nourri de confirmations continues. Mais une démocratie ne peut survivre comme simple somme de mondes auto-référentiels. Elle a besoin d’un espace commun, d’une mémoire partagée, de responsabilité publique et surtout d’imagination politique.
La question décisive de notre époque ne concerne pas simplement la puissance croissante de l’intelligence artificielle ou l’expansion des écrans dans nos vies. La vraie question est de savoir si l’être humain conservera la capacité de douter, de s’émerveiller, d’entrer réellement en relation avec autrui et de construire des significations partagées.
Car lorsque la vie cesse d’être expérience et se limite à reproduire sans fin sa propre image, l’histoire elle-même perd sa force créatrice. Le futur ne naît plus de la rencontre entre liberté et responsabilité, mais du recyclage infini des images du présent. Et c’est précisément là le risque le plus profond de la politique postmoderne du spectacle : une société parfaitement connectée, mais toujours plus incapable de reconnaître ce qui est réel.
13:10 Publié dans Actualité, Philosophie | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : actualité, société du spectacle, postmodernité, postdémocratie, postvérité |
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jeudi, 06 août 2026
L’anatomie de l’illusion et des barricades algorithmiques

L’anatomie de l’illusion et des barricades algorithmiques
La lutte de l’intellectuel révolutionnaire pour la vérité à l’ère de la post-vérité
Adnan Demir
Cette étude examine les mécanismes organisés du mensonge institutionnalisés par les régimes compradores et autoritaires modernes afin de préserver leur emprise sur le pouvoir, ainsi que les dynamiques psychopolitiques de l’ère de la « post-vérité ». S’appuyant sur les paramètres de la « Triade noire » (narcissisme, machiavélisme, psychopathie) en psychologie politique, elle analyse les dispositions psychologiques des dirigeants et des élites, tout en expliquant, à travers les théories de la « dissonance cognitive » et du « tribalisme politique », le processus par lequel les masses consentent à cette machinerie du mensonge. L’étude examine le choc ontologique provoqué par ce cynisme organisé lorsqu’il est importé dans les sociétés non occidentales (au sein de la civilisation orientale) et déconstruit la contradiction entre la rhétorique « anti-occidentale » et la dépendance pratique au « capital global ». Dans la dernière partie, dépassant les réflexes individuels de repli, elle théorise des tactiques de guérilla algorithmique et des méthodes de contre-hégémonie révolutionnaire capables de briser les blocages numériques et les barricades de trolls.
La normalisation de la mort de la vérité et du cynisme organisé
Le monde moderne assiste à une ère de « cynisme organisé » qui a dépassé les mécanismes de censure grossiers des dictatures classiques, et qui a été rationalisé et industrialisé à grande échelle. De Donald Trump à Recep Tayyip Erdoğan, les modèles de leadership jingoïste et leurs élites sont capables de répéter, avec un aplomb total et sans la moindre gêne, des mensonges que les données empiriques peuvent réfuter en quelques secondes. Pour les individus sains vivant selon les axes de l’honnêteté et de la rationalité, ce n’est pas une simple déception ordinaire : cela produit un état de paralysie mentale – une « éclipse de la raison » systématique.
Ce tableau ne peut néanmoins pas être lu comme une simple défaillance morale ou une insuffisance intellectuelle des acteurs politiques. Ce à quoi nous sommes confrontés, c’est à une machine psychopolitique sans faille, conçue pour protéger le pouvoir, fabriquer le consentement et soumettre les masses. La première condition pour arrêter cette machine est d’en décrypter les rouages, le fondement philosophique et la psychologie sociale de son acceptation dans le moindre détail.

Cadre théorique : le mensonge comme instrument du pouvoir et psychologie des masses
Le gaslighting politique et la « Triade noire »
Pour une personne ordinaire, mentir déclenche des élans de conscience, la peur d’être démasqué et un examen moral intérieur. Le fait que ce mécanisme ne fonctionne pas chez les cadres dirigeants jingoïstes est directement lié au cluster de traits défini en psychologie comme la « Triade noire » :
Triade noire = {Narcissisme, Machiavélisme, Psychopathie}
Dans cette typologie de leadership, l’empathie et la culpabilité semblent largement absentes. Pour les élites qui les entourent, défendre le mensonge n’est pas une position morale, mais la plus cruciale preuve de loyauté. Celui qui défend le mensonge du leader avec le plus de ferveur consolide sa place au sein du bloc de pouvoir.
La méthode la plus brutale sur ce plan est le « gaslighting politique ». L’objectif ici n’est pas de convaincre les masses de la réalité du mensonge. Affirmer à la télévision le strict contraire de la réalité dans un climat où l’inflation, l’injustice et la décadence ont atteint leur paroxysme, c’est envoyer le message suivant aux gouvernés: «La vérité n’a aucune importance. Je détiens le pouvoir de déclarer que le noir est blanc, et vous êtes obligés de vous soumettre à cette illusion». C’est une forme de domination psychologique qui pousse l’esprit dissident à douter de la réalité concrète qu’il perçoit, et qui l’asservit ainsi.
Les refuges mentaux des masses et le tribalisme politique
Le fait que la société «accepte sciemment» ou reste silencieuse face à cette immense machine du mensonge s’explique par deux concepts fondamentaux :
Dissonance cognitive :
L’esprit humain ne peut contenir simultanément des informations contradictoires.
Pour un électeur, accepter que le leader auquel il s’est attaché pendant des années par un sentiment d’appartenance quasi-sacré est un menteur ou un exploiteur, équivaut à l’anéantissement de son propre passé et de son identité. Plutôt que de supporter cette lourde douleur existentielle, l’esprit choisit la voie la plus simple: rationaliser le mensonge et se réfugier dans les théories du complot pour préserver sa zone de confort.
Tribalisme politique :
Quand la politique cesse d’être un choix rationnel de gouvernance et devient une guerre tribale, la morale est suspendue. Pour le membre de la tribu, le mensonge du chef est une « tactique de guerre » légitime, lancée pour vaincre l’ennemi (l’opposition). Ainsi, le mensonge n’est pas applaudi comme immoralité, mais comme intelligence tactique.
1. La fracture entre civilisations: choc ontologique de l’Orient et immoralité importée
La civilisation occidentale a, depuis Machiavel, théorisé et institutionnalisé la politique comme un jeu pragmatique d’équilibres de pouvoir, indépendant de la morale. Pour l’individu occidental, le mensonge d’un politicien n’est pas surprenant ; le système tente de limiter ces mensonges par la justice indépendante et des mécanismes de contrôle.
En civilisation orientale, la situation est différente à un niveau ontologique :
Ancienne tradition orientale vs. Élites compradores modernes
Unité de la morale et du politique vs. Outils « post-vérité » importés
Recherche de justice et de sacralité vs. Manipulation débridée et incontrôlée
La philosophie ancienne de l’Orient légitime l’autorité de l’État à travers une compréhension métaphysique de la justice et de la morale. Le leader n’est pas seulement un administrateur, mais un guide de conscience. Par conséquent, les mensonges effrontés proférés en regardant les masses dans les yeux ne constituent pas une déception politique ordinaire dans les sociétés orientales : ils produisent un choc ontologique qui ébranle les piliers millénaires de la justice de la société.
Les élites qui imposent cette immoralité aux masses sont des structures compradores (collaboratrices) qui doivent leur existence et leur légitimité à leurs maîtres occidentaux. Elles importent les technologies de fabrication du consentement et les stratégies de relations publiques développées en Occident. Mais, appliquées à un terrain oriental dépourvu d’institutions d’équilibre, ce qui en résulte est un cynisme organisé absolu, sauvage et sans limites.
2. Anti-impérialisme schizophrène et dépendance globale
Le refuge privilégié des régimes jingoïstes orientaux est le discours « local et national ». Un ennemi extérieur artificiel (l’Occident, les conspirations mondiales) est constamment inventé pour manipuler les masses. Mais cette rhétorique n’est qu’un rideau qui dissimule la dépendance structurelle en coulisse :
Rejet culturel, reddition économique
Tandis que le régime dénonce l’Occident comme immoral et hostile au niveau de la superstructure culturelle, au niveau de l’infrastructure économique il est le plus fidèle exécuteur du capitalisme néolibéral. Celui qui ferme ses portes aux valeurs démocratiques formelles de l’Occident les ouvre grand aux institutions financières occidentales, aux capitaux spéculatifs et aux mécanismes d’exploitation.
Mécanismes concrets de dépendance :
Expropriation et bradage :
Des cadres se disant anti-impérialistes transfèrent la richesse publique, les mines et les infrastructures nationales à des entreprises multinationales occidentales et à des fonds mondiaux.
Servitude financière :
Pour maintenir leur économie de rente, ils deviennent fortement dépendants du capital financier centré à Londres et New York via des taux d’intérêt élevés.
Reddition juridique :
Ces structures, qui piétinent le droit local contre leur propre peuple, acceptent sans réserve la compétence de tribunaux d’arbitrage internationaux (par exemple, les tribunaux de Londres) dans les contrats conclus avec des capitaux étrangers.
Ce tableau, c’est « l’anti-impérialisme schizophrène ». Le régime qui joue au « lion » sur la scène intérieure implore la légitimité de ses maîtres occidentaux à huis clos, en échange de services de tampon contre la migration, de supplétif militaire et de permis de destruction environnementale.
3. Guérilla algorithmique et contre-hégémonie
Face à un tel blocus, se retirer dans des refuges, faire une détox médiatique ou céder à l’apathie ne peut être le choix de l’intellectuel révolutionnaire. Face à la puissance organisée, la résistance ne peut venir que d’un intellect organisé et de méthodes alternatives :
[BARRICADE DE CENSURE / TROLLS]
[Langage algorithmique & glitch] / [Détournement des plateformes] / [Guérilla QR]
Tactiques de guérilla algorithmique
Pour contourner la censure virtuelle et les armées de trolls, il faut exploiter les vulnérabilités des algorithmes d’intelligence artificielle :
Langage algorithmique (algospeak) :
Coder les concepts politiques sensibles via des métaphores, des émojis et des modifications de lettres pour échapper aux filtres. Désarmer l’IA tout en s’adressant à la capacité humaine de reconnaissance des motifs.

Glitch et camouflage visuel :
Incliner légèrement les textes, complexifier les arrière-plans et jouer sur les pixels pour tromper les systèmes de reconnaissance optique de caractères (OCR).
Détournement des tendances (trend-jacking) :
Infiltrer les hashtags artificiellement promus par les trolls pour y diffuser des preuves de corruption du régime et des dénonciations de ses mensonges.
Résistance hybride : relier la rue au numérique
Guérilla QR :
Convertir un document ou un texte analytique censuré sur internet en QR code, puis l’apposer dans les rues, les stations de métro et aux arrêts de bus avec des slogans intrigants. Dépasser les barrières numériques par l’action physique.
Samizdat numérique (e-samizdat) :
Créer des canaux de diffusion d’informations non censurées via des réseaux de messagerie chiffrés, sans serveur central ni algorithme, se propageant de pair à pair (P2P).
Conclusion : l’organisation de l’espoir
L’atmosphère de post-vérité créée par les régimes jingoïstes vise à implanter dans les masses la perception que « jamais ils ne partiront, tout ce que nous faisons est inutile » (l'impuissance apprise). Le principal carburant du régime, c’est le désespoir de la société.
La tâche ultime de l’intellectuel révolutionnaire est de s’inscrire dans la perspective historique indiquée par Antonio Gramsci :
« Pessimisme de l’intelligence, optimisme de la volonté. »
Aussi professionnelle que puisse sembler l’organisation du cynisme qui nous fait face, elle est par nature fragile. Parce que les mensonges ne remplissent pas les ventres, ne payent pas les dettes et ne peuvent cacher la décomposition éternellement. Ces régimes finiront par se heurter à la réalité qu’ils ne peuvent plus masquer, à la réalité économique qu’ils ont eux-mêmes créée, et s’effondreront comme des tigres de papier. Résister, c’est construire et protéger, dès aujourd’hui, le port moral, intellectuel et révolutionnaire où la société pourra se réfugier au moment de cet effondrement inévitable.
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À la veille d’un soulèvement mondial

À la veille d’un soulèvement mondial
Un point de vue chiite
Damir Nazarov
À la veille de la procession funèbre d’Arbaïn, tous ceux qui ont été confrontés à la barbarie, au terrorisme et à la dictature totale de l’oligarchie au pouvoir devraient étudier la voie du légendaire Imam Hussein (paix sur lui), dont l’épée fut brandie comme symbole de la lutte pour la justice contre la tyrannie oppressante de son temps.
Depuis plus de trois ans, nous sommes témoins de la façon dont la kakistocratie américaine, incarnée par le régime Trump, tente d’étouffer la planète entière, quitte à détruire ses vieux alliés, qu’il s’agisse de l’Europe ou du Japon. Le phénomène Trump rappelle une fois de plus à tous les amoureux de la liberté qu’il est temps d’emprunter la voie révolutionnaire, où le principal mot d’ordre de l’humanité devrait être: «la liberté face à l’expansion des autocrates».
Aujourd’hui, nous voyons comment la puissante alliance des néoconservateurs américains, des sionistes et de leurs séides de droite, les loyaux de l’UE, tente de remodeler complètement la communauté internationale à leur image. Aux États-Unis, rares sont ceux qui ne s’inquiètent pas des plans concoctés par les grandes entreprises technologiques de s’emparer des centres de données, puis de tous les types de médias. Désormais, Elon Musk et le Pentagone ne sont plus seulement associés à l’impérialisme d’outre-Atlantique: ils sont devenus un instrument destructeur pour réprimer la liberté humaine partout et en tout temps.
En Europe, malgré l’atmosphère anti-palestinienne dominante, on observe néanmoins un esprit lucide en Espagne, en Irlande, en Slovénie – et regardez ce qui s’est passé en Espagne, où le Maroc, allié proche d’Israël et des États-Unis, a provoqué une crise migratoire. Les sionistes et les néoconservateurs continueront à déstabiliser l’Espagne afin de liquider le principal allié de la Palestine en Europe, lui ôtant complètement sa souveraineté. D’ailleurs, ils ne s’arrêteront pas à l’Espagne.
En ce qui concerne le sionisme, sa croisade ne se limite pas à la réalisation du projet IMEC sur les ossements et les cadavres des habitants du Moyen-Orient. Pour les « cosmopolites radicaux », il s’agit désormais, à l’aide de l’intelligence artificielle, d’anéantir physiquement toute critique et opposition à leurs actions. Ils sont allés si loin que leurs agents aux États-Unis déclarent ouvertement n’avoir que faire du bien-être des Américains ou du déclenchement d’une guerre mondiale, car l’essentiel est «la défense d’Israël».
La situation est assombrie par les alliés de l’empire américano-sioniste au Moyen-Orient, dont les Émirats arabes unis ou le régime syrien sont des exemples frappants. Les Émirats sèment le chaos partout, du Soudan à la Somalie et au Cham, où ils se distinguent par le financement de séparatistes et de combattants locaux. En Syrie, il y a eu un véritable coup d’État avec une trahison flagrante de la part du gouvernement Baas: désormais, à Damas, règne une ancienne branche d’Al-Qaïda syrienne (interdite en Fédération de Russie). Son leader favorise largement l’occupation sioniste et utilise des discours anti-iraniens pour renforcer sa propre dictature. Le but ultime du nommé Ahmed al-Sharaa : intégrer la Syrie à toute coalition dirigée contre le bloc de « l’Axe de la Résistance ».
Le Yazid collectif de notre temps a déjà pris une forme moderne : il est partout, il ne regarde ni la religion, ni la nation, ni votre attachement à telle ou telle idéologie. Sa tâche principale est de vous faire croire que toute forme de résistance est inutile et que leurs plans pour instaurer une dictature totale ne sont qu’une question de temps. Dans une telle situation, il ne faut ni désespérer ni s’attrister, car c’est exactement ce que souhaitent les forces de Satan. Le soulèvement de l’Imam Hussein (paix sur lui) est d’abord une lumière d’espoir pour tous les insoumis au sein de la communauté mondiale. Dans la lutte de la vérité contre le mal, il y a à la fois une « révolte contre le monde moderne » pour reprendre l'expression de Julius Evola, une libération de la classe ouvrière selon le marxisme, et même le slogan des Jacobins «liberté et égalité», qui est aujourd’hui plus que jamais nécessaire à la classe révolutionnaire en formation.
La minorité ne l’emporte pas toujours sur la majorité, mais elle laisse au moins un rayon d’espoir pour les générations futures.
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Le Japon et l’Arabie Saoudite mettent Washington devant le fait accompli

Le Japon et l’Arabie Saoudite mettent Washington devant le fait accompli
À propos des titres de dette américains. Plus précisément, à propos de
a.) la dette américaine achetée par d’autres pays, et
b.) des mesures d’urgence auxquelles Washington se voit désormais contraint.
Joachim Van Wing
Source: https://joachimvanwing.substack.com/p/japan-en-saudi-arab...
Par l’émission d’obligations, des pays comme la Belgique ou les États-Unis financent leur dette publique. Ce ne sont pas « les pays » en soi, mais le ministère des finances ou le trésor qui achètent ces obligations. Et pas seulement des obligations à dix ans, mais aussi de plus en plus de titres d’État comme les Treasury Bills ou bons du trésor, les fameux T-Bills.
Qui sont les plus grands détenteurs de dette américaine ?
- Le Japon, avec environ 1140 milliards de dollars de réserves, accumulées grâce à des excédents commerciaux sur plusieurs décennies.
- Le Royaume-Uni, avec environ 950 milliards de dollars conservés à Londres par des banques centrales étrangères, des fonds souverains, des banques et des investisseurs institutionnels.
- La Chine, avec environ 660 milliards de dollars provenant d’excédents d’exportation. Ces dollars sont en grande partie recyclés vers les bons du Trésor américain via la Banque populaire de Chine.
- La Belgique, avec environ 470 milliards de dollars détenus par Euroclear pour des banques centrales étrangères, des fonds souverains et des investisseurs institutionnels.
- L’Arabie Saoudite, avec environ 140 milliards de dollars d’obligations américaines. Si l’on ajoute le recyclage des pétrodollars et le commerce garanti en dollars, l’exposition totale monte à plusieurs milliers de milliards.
Cessez-le-feu dans le Golfe Persique
Si vous vous demandez pourquoi Washington et le Pentagone ont soudainement stoppé une nouvelle escalade contre l’Iran, ce n’est pas seulement à cause des stocks de munitions américains épuisés, qui ne peuvent être reconstitués en raison du moratoire chinois sur les exportations. En effet, depuis le 4 avril 2025, les entreprises d’armement occidentales sont coupées de 16 éléments essentiels sur lesquels la Chine détient le monopole mondial: Samarium, Gadolinium, Terbium, Dysprosium, Lutetium, Scandium, Yttrium, Néodyme, Praséodyme, Cérium, Lanthane, Europium, Holmium, Erbium, Thulium et Ytterbium.
Une autre raison s’ajoute désormais. Lorsque l’Arabie Saoudite subit encore davantage de représailles iraniennes, et que ses infrastructures et son industrie pétrolière et gazière sont encore plus endommagées… alors les dégâts sont si importants que l’Arabie Saoudite se voit contrainte de liquider des titres de dette américains pour financer la reconstruction. Cette vente massive, ce dumping d’obligations américaines… c’est ce que Scott Bessent, Wall Street, Capitol Hill, la Maison-Blanche et le Pentagone veulent éviter à tout prix.
La vente de ces obligations américaines n’est pas une menace en l’air de Mohammed Bin Salman. Elle reflète à quel point la position financière de l’Arabie Saoudite est devenue précaire et délicate, maintenant que les exportations de pétrole sont quasiment à l’arrêt et que le budget saoudien est profondément déficitaire. Quelle est l’ampleur du mécontentement de la population saoudienne, jusqu’où ira la grogne du peuple ? Nul ne le sait.

La crise du Yen japonais
Vous n’avez pas pu manquer la nouvelle: le Yen japonais est tombé en crise ces derniers jours et semaines, la monnaie et les marchés financiers ont chuté, et Washington s’est empressé d’aider d’une manière bienveillante et altruiste.
Les taux d’intérêt américains continuent d’augmenter et creusent désormais un fossé encore plus grand avec le Yen, ce qui fait que le capital fuit le Yen vers les actifs en dollars plus que jamais. Pour stopper cette hémorragie, la Banque du Japon – à la recherche de liquidités – se voit obligée de vendre des obligations américaines.
Et c’est précisément ce que Washington veut éviter à tout prix, car le dumping de titres de dette ferait encore grimper les taux d’intérêt sur la dette américaine. Des taux plus élevés signifient que le gouvernement américain doit payer encore plus d’intérêts sur une dette publique incontrôlable qu’il a de plus en plus de mal à financer.
La solution ? Un sauvetage, où le Trésor américain rachète des Yens japonais, que la Banque du Japon utilise en retour pour acheter des obligations américaines afin de soutenir le Yen. Autrement dit: comment le Trésor américain, via une passerelle japonaise, monétise sa propre dette. Avec ce stratagème, Scott Bessent maintient encore un moment le taux d’intérêt sous les 4,8 %.
Pour conclure
Les États-Unis n’ont aucune marge de manœuvre ni choix politique lorsque des crises géopolitiques risquent de faire monter les taux d’intérêt. Si Riyad et Tokyo menacent de vendre des titres de dette américains, alors le Pentagone cesse le feu au-dessus de l’Iran ou Bessent recourt au « contrôle quantitatif de la courbe de taux par procuration ».
S’il s’avère que cela est possible et que le Trésor américain peut monétiser sa propre dette impunément… cela constitue, pour les acteurs institutionnels, un signal fort de prudence et se traduit inévitablement par une demande croissante d’or comme valeur refuge. Si ce n’est pas possible et que ce tour de passe-passe de Bessent tourne à la catastrophe ou à un boomerang, alors personne ne sait où ira le prix de l’or.
L’administration Trump doit réussir à faire passer tous ces foyers de crise au-delà des élections de Midterm. La montagne de dettes américaine devient de plus en plus difficile à soutenir et même des partenaires historiques comme le Japon et l’Arabie Saoudite sont en difficulté. Les calamités imprévues dans le Golfe Persique ont fait exploser la facture énergétique pour l’économie japonaise et en même temps, les revenus pétroliers saoudiens ont chuté. Si les républicains perdent leur confortable majorité après novembre – ce qui semble probable – alors la chasse juridique au président s’ouvre et toute proposition républicaine échoue au Congrès et au Sénat. L’ingouvernabilité et la gestion en mode panique prennent alors une nouvelle dimension et une nouvelle signification.
20:22 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, états-unis, finance, japon, arabie saoudite |
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Jünger, Tallement des Réaux, et l'homme différencié

Jünger, Tallement des Réaux, et l'homme différencié
Claude Bourrinet
L’homme différencié, Jünger le trouve dans la littérature française, dans un Grand Siècle où l'ombre des temples solennels du classicisme a eu tendance à dérober à la vue un courant persistant, volontiers rebelle, nourri de baroque et d'esprit de liberté, tous héritiers de Montaigne. Il est incarné par Racan, Saint-Amant, l'exquis et malheureux Théophile de Viaux, victime de l'intolérance, Corneille, malgré ses efforts pour ne pas dévier des grands boulevards, et d'autres, et par notre La Fontaine, le dernier de nos poètes avant André Chénier, l'ultime refuge de la langue des dieux, et enfin par un Waldgänger des Lettres, longtemps négligé, Tallemant des Réaux : « La Fontaine est fablier de naissance. Si Tallemant avait, comme il y a songé, concentré ses matériaux en histoire de la Régence [de Marie de Médicis], il eût fallu le déplorer. Son charme réside justement dans ce qu'il a de périssable, de terre à terre, dans l'aspect primesautier de son tissu ; on voit ici comment l'histoire se forme et se fige. Ses notices généalogiques sont semblables à des semences : elles prolifèrent en vrilles de caractères et d'absurdités, elles s'épanouissent en anecdotes, en plaisanteries, en concetti et en capricios. Nous sommes au XVIIe siècle, à égale distance du Moyen Âge et de l’État national. La liberté est encore un contrepoids d'importance.
De nos jours, surtout après l'extermination de la noblesse campagnarde et le nivellement de l'artisanat, une telle œuvre serait inconcevable. Les principes générateurs d'anecdotes sont de grandes exceptions. »
Jünger répond en partie à la question : « Comment écrit-on l'Histoire ? »
Philippe Ariès, dans son premier livre, Le Temps de l'Histoire, dit de même, à peu de chose près, au moment où Jünger écrivait ces lignes. Il procède à une brève mise en perspective de la construction du « récit national ». Il met en parallèle l'exégèse marxiste du passé, et celle des monarchistes, dont le théoricien le plus talentueux et systématique, outre Maurras, est Bainville. Or, il montre que ces deux approches sont parentes, téléologiques, interprétant la marche de l'Histoire comme l'application de lois abstraites, et d'une sorte d'élan vers un aboutissement qui était fatalement dans les germes, quitte à faire entrer de force dans l'appareil théorique ce qui dépasse. Or, il montre qu'avant le façonnage d'une Histoire par l'hégélianisme, puis par le romantisme et la République (le « roman national »), le passé était surtout un récit familial, clanique, à mémoire de générations plus ou moins proches, anamnèse s'éteignant à mesure que l'on descend vers le peuple (ce dernier oublie très vite ses racines familiales), dont les véritables dépositaires sont les castes aristocratique et bourgeoise, dans les mémoires et souvenirs, Journaux intimes et archives. Ces écrits confortent l'enracinement, et structurent ce qui, autrement, sombrerait dans le néant. La première Histoire est celle d'hommes pourvus d'une généalogie. La « Grande Histoire » les efface, et leur réserve le sort des oubliés anonymes des liquidations contemporaines.
Jünger note cette vaporisation mémorielle dans le style : « A notre époque, la narration commence à se modifier, ainsi qu'on peut l'observer en toute réunion d'hommes qui ont beaucoup vécu. Elle perd son allure de caractérologie et prend celle du pur mouvement. Au lieu de personnes, ce sont les situations qui font surface. Le destin adopte la forme de courbes, d'épreuves et de tâches précises. »
Notre âge de la sociologie a achevé le processus. On ne peut écrire un roman, désormais, que s'il ressemble à une chronique journalistique, ou à un rapport de police.
Du reste, sa réflexion va fort loin, jusqu'à la définition d'une anthropologie sous le regard de Dieu. Que désire-t-il, au fond, Dieu ? A-t-il en vue une humanité abstraite ? Rencontre-t-on, au coin de la rue, cette « humanité » ? « En retournant à l'unité, ne perdons-nous pas quelque joie, celle que le temps et la multiplicité peuvent peut-être seuls nous donner, et ne faut-il pas chercher la raison de notre existence dans le fait que Dieu a besoin de l'individuation ? »
C'est justement ce que nous offre Tallemant des Réaux : « Les Historiettes, que je suis en train de lire, sont supérieures, pour la densité et la substance charnelle, aux histoires de Saint-Simon. Elles dessinent une espèce de zoologie sociale. »
Et il renforce cette idée, le 28 juin 1945 : « Les Historiettes de Tallemant des Réaux sont devenues, depuis le jour où je les ai découvertes, en 1942, l'une de mes lectures constantes : je ne connais guère d'anecdotier plus vigoureux. La noblesse y ressemble encore à une forêt antique, avant que l'absolutisme ne l'ordonne en parc domanial, que la démocratie n'y procède à des abattis, et que ceux-ci n'aboutissent finalement à l'extirpation des racines. »
L'exemple de Tallemant des Réaux nous permet de définir ce que Jünger prise le plus, dans la littérature, et qui explique, d'ailleurs, sa passion bibliophilique : il cherche dans le livre un prolongement à un milieu enraciné dans un sol singulier, comme le fossile témoigne d'une longue histoire et de la nature d'un terrain, dont la nature et la saveur se retrouvent dans l'objet qui en est né. Le 24 juillet 1945, il note : « Aujourd'hui, j'ai terminé le second volume de Tallemant des Réaux. Cette lecture rapproche le passé, dans les moindres détails de sa vie, comme un télescope. La poudre des tombeaux, des caveaux de famille se ranime, se revêt d'une vie qui devient présence.
Tallemant nous offre une notion concrète du XVIIe siècle, et d'une fraîcheur telle que si l'on se plongeait dans un bain de jouvence.
12:25 Publié dans Littérature, Révolution conservatrice | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : ernst jünger, tallement des réaux, lettres, lettres françaises, lettres allemandes, littérature, littérature allemande, littérarture française |
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mercredi, 05 août 2026
Les limites du Jeu

Les limites du Jeu
Andrea Marcigliano
Source: https://electomagazine.it/i-termini-del-gioco/
Tous les Jeux, même les plus complexes et sophistiqués, ont des limites. Des frontières, disons, qui ne peuvent être franchies. Des frontières qui sont souvent et inévitablement temporelles.
Il semble que Washington prépare une attaque massive contre l’Iran, en collaboration avec Israël.
Et que cette attaque devrait avoir lieu prochainement.
Pour certaines raisons, posées, bien sûr, comme excellentes et irréprochables.
Trump est, probablement, contraint d’agir. Contraint, en premier lieu, par sa relation avec Netanyahu. Qui semble le conditionner et, à certains égards, le tenir sous sa coupe. Je laisse à chacun le soin d’en évaluer la raison.
Il est aussi contraint d’agir pour essayer de ramener un résultat positif.
Car, à ce jour, l’offensive militaire américaine en Iran s’est révélée être un désastre.
Ce n’est pas parce que l’Iran a gagné. Simplement parce qu’il ne s’est pas effondré comme Washington s’y attendait. Et, au contraire, il a riposté coup pour coup. Créant de nombreux problèmes aux États-Unis et, en premier lieu, à ses alliés arabes.
Des alliés qui manifestent désormais un malaise croissant. Au point de risquer de désagréger la coalition américaine.
Laquelle, de plus, semble avoir désormais affecté toutes ses principales ressources militaires à la défense d’Israël.
Laissant, de fait, ses « amis » arabes sans protection ni défense.
Cependant, la raison principale pour laquelle Trump doit agir rapidement est liée à la scène politique interne américaine.

Aux prochaines élections de Midterm, qui, dans l’état actuel des choses, pourraient s’avérer désastreuses pour les Républicains.
Désormais, Trump est dans son dernier mandat présidentiel. Il n’est plus éligible, malgré certaines déclarations et revendications ponctuelles.
Cependant, il veut, ou plutôt voudrait, garder le contrôle du Parti républicain. Et peut-être pense-t-il à une succession dynastique. A son fils.
Impossible, toutefois, si les Midterms s’avèrent être un désastre total. Non seulement il deviendrait un «canard boiteux» pour le reste de son mandat. Son avenir politique serait annulé. Le sien ainsi que celui de ses partisans.
En vérité, ceux-ci sont de moins en moins nombreux. Car les prises de distance avec l’Administration, et son alignement sur Israël, en s’impliquant de plus en plus dans un conflit qui est étranger aux intérêts américains, augmentent de jour en jour.
C’est désormais un véritable éboulement.
Trump a donc besoin d’un succès dans le conflit iranien. Et il en a besoin rapidement.
Cela pourrait ne pas suffire à redresser la situation. Mais il est désormais trop tard pour trouver une autre issue.
14:19 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, donald trump, états-unis, iran |
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Alexandre Douguine et la croisade contre l’Occident

Alexandre Douguine et la croisade contre l’Occident
Diego Cinquegrana
Source: https://www.facebook.com/search/top?q=cantiere%20multipol...
« Être en bataille dans un état de semi-conscience est mortellement dangereux ». Cette phrase concentre le cœur de la dernière analyse d’Alexandre Douguine. La Russie est entrée dans une guerre de civilisation sans avoir encore pleinement compris la nature de son adversaire. Elle continue d’observer le conflit à travers cartes, frontières, gouvernements et négociations, alors que la puissance qu’elle affronte a déjà dépassé la forme classique de l’État. La question ukrainienne est le champ visible de l’affrontement, non son origine : derrière le front opère un système plus vaste et insidieux, capable de produire stratégies, langages, désirs, technologies et même les catégories à travers lesquelles l’ennemi est perçu.
L’image choisie par Douguine est celle des échecs. Moscou continue de croire que la partie se joue à deux, qu’il existe un adversaire reconnaissable assis de l’autre côté de la table et qu’il est donc possible de négocier une solution mutuellement acceptable. Mais, dans l’Occident contemporain, les échecs seraient depuis longtemps devenus un jeu pour un seul joueur : l’autre n’est admis sur l’échiquier qu’en tant que figure interne à la stratégie du joueur dominant. Dans cette perspective, l’Ukraine apparaît comme un simulacre géopolitique, une surface sur laquelle se projette un conflit bien plus profond. Libérer un territoire, obtenir une trêve ou remplacer un gouvernement ne suffit pas, car la machine qui génère la guerre resterait intacte.
Qui sont vraiment Peter Thiel et Elon Musk, et quelles structures s’activent derrière ces figures ? Nous connaissons les noms, mais nous ne connaissons pas en profondeur le monde qui les rend possibles. Nous continuons à chercher le souverain dans la salle du trône alors que le pouvoir s’est déjà fait réseau, algorithme et environnement. L’ennemi ne se limite pas à commander de l’extérieur ; il construit le langage à travers lequel nous nous interprétons nous-mêmes.

Dans notre lexique, « Occident », « globalisme » et « ploutocratie planétaire » sont des noms provisoires donnés à une force contre-initiatrice qui traverse les États et peut s’installer même dans les sociétés qui prétendent la combattre. C’est le « dibbouk » hébraïque : il ne s’avance pas nécessairement devant nous avec son propre uniforme, mais occupe un corps, en altère la voix et agit à travers lui. Pour cette raison, il peut être partout et en chacun. Le dispositif extérieur vit de notre compatibilité intérieure avec lui. Il est temps de porter la guerre à un autre niveau et de briser une fois pour toutes cette compatibilité.
Au sommet de cette dissolution, Alexandre Douguine situe le Sujet Radical. Il apparaît quand il est déjà trop tard, lorsque le monde sacral a disparu et que la postmodernité a dissous identités, hiérarchies et significations dans un réseau de simulacres. Son réveil ne peut être planifié : il est provoqué par la Volonté Post-sacrale, qui ne coïncide plus avec le sacré mais pas non plus avec le néant. Le Sujet Radical surgit au nadir, au point où tout appui extérieur disparaît, créant la possibilité d’une « Réalité Impossible ».

Julius Evola avait reconnu une structure analogue dans la Bhagavadgītā. Arjuna voit devant lui parents, maîtres et amis et, paralysé par la pitié, n’arrive plus à combattre. Krishna déplace alors le conflit du plan sentimental au plan métaphysique. L’ennemi extérieur trouve sa correspondance dans l’ennemi intérieur: la passion, l’attachement, la peur de la perte, la soif animale de continuer à exister. L’action devient pure seulement quand elle n’est plus possédée par l’agent. « En me dédiant toute l’action […] combats », ordonne Krishna dans le passage cité par Evola. Plaisir et douleur, profit et perte, victoire et défaite doivent être placés sur le même plan, afin que le guerrier agisse comme instrument d’un principe supérieur.

Le même passage se manifeste dans le mystère de Parsifal. Pour Evola, le Graal est le symbole du Centre, de l’épreuve initiatique et de la restauration royale. Le roi est blessé et son infirmité rend le royaume stérile ; le chevalier atteint le château, voit le Graal et la lance, mais se tait d’abord. Il échoue non par manque de force, mais par indifférence et défaut de compréhension, car il ne pose pas la question nécessaire. La dévastation continue tant que connaissance, mission supra-personnelle et action restent séparées. Seule la question appropriée peut guérir le souverain et rouvrir la possibilité de la restauration.
La hache de justice sépare le vrai du faux, le principe du simulacre, la fonction de la parasitose. Elle est destructive car elle coupe les liens qui maintiennent l’homme subordonné à la peur, à la possession et à l’approbation ; elle est constructive car elle rouvre l’espace dans lequel peuvent revenir forme, communauté, responsabilité et destin.
De ce diagnostic découle notre conclusion : notre croisade est, sans périphrase, une guerre totale contre l’Occident. Contre le cancer ploutocratique qui, depuis l’Occident, s’est irradié jusqu’à prétendre coïncider avec le monde entier. L’Occident ne veut pas coexister avec les autres civilisations et pour cela il ne peut être corrigé, réformé ou ramené à mesure : il doit être définitivement annihilé et effacé.

Il n’y aura jamais de compromis stable entre l’Occident et le monde multipolaire, parce qu’ils répondent à des principes inconciliables. La victoire ne consistera pas à rendre plus douce l’hégémonie occidentale, mais à en briser le monopole et à en fragmenter le souvenir, afin de restituer aux civilisations vérité et justice.
Le Graal est le Centre retrouvé depuis lequel cette guerre doit être menée. Celui qui ne possède pas de Centre finira toujours par utiliser les armes de l’adversaire et par édifier, même après la victoire, un autre fragment d’Occident. Le chevalier entre dans la Terre Désolée pour briser l’enchantement. Son action découle de l’obéissance impersonnelle à l’Ordre Supérieur. La guerre contre l’Occident doit être totale : dirigée vers la destruction des démons de la dissolution et l’édification du nouvel oecumène des civilisations. Aucun pacte avec le désert. Réveiller le Roi et refonder le monde.
Diego Cinquegrana
14:00 Publié dans Nouvelle Droite, Traditions | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : nouvelle droite, alexandre douguine, nouvelle droite russe, graal, occident, tradition |
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Inclusion dans le vide

Inclusion dans le vide
Andrea Zhok
Source: https://www.elviejotopo.com/topoexpress/inclusion-en-el-v...
« Nous disons qu’ils doivent être inclus, mais pour être inclus ils devraient trouver un lieu qui ait une forme, et nos sociétés n’ont pas de forme. »
C’est pour moi un point très important, qui, de manière paradoxalement complémentaire, rapproche la droite et la gauche.
La droite feint que ce qu’est la société (italienne, européenne) constitue une donnée évidente. Elle imagine qu’il suffit d’en appeler à quelque vestige extérieur, à une mémoire nostalgique, à quelque reliquat toujours plus décharné de la tradition passée pour se définir; elle suppose qu’il suffit de parler de l’Europe chrétienne pour donner un contenu spirituel à une société non seulement sécularisée, mais radicalement déracinée et relativiste, et dont, par ailleurs, la droite elle-même cultive intensément la forme la plus franche d’individualisme. La droite parle de communauté, mais pense au népotisme; parle de société, mais pense aux sociétés par actions.
Elle ne fait, et n’a jamais fait, depuis au moins un demi-siècle, rien pour prendre réellement soin de la tradition culturelle italienne et européenne, œuvrant inlassablement en faveur de la marchandisation systématique de chaque instance culturelle, de chaque coutume, de chaque tradition. Ils se gonflent la poitrine avec le «made in Italy» et n’utilisent pas une expression anglaise par hasard, car «Italy» n’est pour eux qu’une marque avec laquelle conquérir des parts de marché, en exploitant un passé qu’ils n’étudient ni ne comprennent.
La gauche, au contraire, se noie dans le marasme abstrait d’un relativisme historique générique, sur lequel elle a d’ailleurs cessé de réfléchir de façon critique au moins depuis les années soixante-dix, finissant par traduire «histoire» par «accident», «hasard» ou «arbitraire». Elle continue de lutter contre des fantômes vidés de leur substance, de l’oppression patriarcale au dogmatisme religieux, du nationalisme au familialisme; elle s’imagine combattre quotidiennement les moulins à vent de Dieu, Patrie et Famille, alors qu’elle ne se souvient même plus du sens de ces mots.
Quand elle pense à la «culture», elle pense à un signe distinctif de classe, qui séparerait les demi-cultivés dotés de diplômes des masses qu’elle considère comme l’abrutissement du sens commun plébéien. Elle conçoit toute normativité informelle, toute attente moyenne et populaire, comme un préjugé abominable et une irrationalité propre au «ventre du pays». Tandis que son propre ventre est sous-traité à la bouillie culturelle américaine, qu’elle imagine comme un «monde sans préjugés».
La société italienne (européenne) n’« inclut » ni n’« accueille », car, pour inclure comme pour accueillir, il faut être QUELQU’UN, il faut savoir ce que l’on est et ce que l’on veut. L’inclusion et l’accueil ne sont ici que des petits mots servant de feuilles de vigne pour cacher l’opportunisme économique («les emplois que les Italiens ne veulent plus faire», «les ressources qui paient nos retraites», etc.). Et tout va bien tant que «l’inclu» et «l’accueilli» restent à leur place comme rouages de notre système. En réalité, la seule règle sociale que nous sommes capables de fournir en toute bonne conscience est: «fais bien ton travail». Mais dès que l’autre prétend être une subjectivité dotée d’une identité propre, et puisque nous ne sommes pas capables d’offrir une orientation normative ni de poser une limite justifiée, l’identité de l’autre devient immédiatement gênante, rugueuse, un choc visuel, un scandale.
13:35 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : inclusion, assimilation, actualité, vide social |
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Ceuta est un avertissement: le responsable des migrations de l’ONU, Sutherland, déclare le multiculturalisme incontournable

Ceuta est un avertissement: le responsable des migrations de l’ONU, Sutherland, déclare le multiculturalisme incontournable
«No Borders» et multiculturalisme forcé pour tous?
Source: https://report24.news/ceuta-als-mahnmal-un-migrationsbeau...
L’exclave espagnole de Ceuta est sous pression massive. Des dizaines de milliers de personnes prennent d’assaut la frontière parce que le gouvernement de Madrid légalise les migrants illégaux et que les tribunaux rendent les expulsions plus difficiles. Cette invasion est la conséquence logique d’une politique migratoire systématiquement préparée et menée depuis des années. Par des hommes comme Peter Sutherland.
En Espagne, l’une des plus grandes «campagnes de régularisation» d’Europe a eu lieu: plus de 1,2 million de personnes en séjour illégal devraient être légalisées par le gouvernement de gauche. Un tribunal espagnol a également déclaré problématiques les «expulsions à chaud» à la frontière, interdisant de facto à la police le contrôle des frontières. Résultat: selon les autorités et les vidéos, entre 50.000 et 60.000 personnes venant du Maroc ont franchi les limites de l’exclave espagnole de Ceuta fin juillet.

C’est la conséquence d’une politique de frontières ouvertes poursuivie pendant des décennies, que l’Union européenne a encore intensifiée depuis 2015. Une figure centrale de cette politique était Peter Sutherland (photo), ancien commissaire européen irlandais, ancien patron de Goldman Sachs et longtemps représentant spécial de l’ONU pour les migrations internationales. Sutherland, qui présidait également le réseau globaliste de la Trilateral Commission (une sorte de WEF clandestin), ne cachait pas ses positions sur la politique migratoire.
En juin 2012, il expliquait sans détour devant la sous-commission européenne de la Chambre des Lords britannique de quoi il s’agissait. Sur l’homogénéité nationale, il déclarait: «Il est impossible d’imaginer que le degré d’homogénéité impliqué par l’argument alternatif puisse survivre, parce que les États doivent devenir plus ouverts vis-à-vis des personnes qui les habitent, comme l’a démontré le Royaume-Uni». Et à propos des sociétés européennes: «… qui entretiennent encore un sentiment d’homogénéité et de différence par rapport aux autres… Et c’est précisément ce que l’Union européenne, à mon avis, devrait s’efforcer de déconstruire».
Sutherland soutenait que le développement de «États multiculturels» était inévitable – «aussi difficile soit-il d’expliquer cela aux citoyens de ces États» – peu importe à quel point il serait difficile de le faire comprendre aux citoyens. Les États devaient être plus ouverts à tous les habitants de la planète, et l’UE devait activement contrer le fait que les pays européens s’accrochent à un sentiment d’homogénéité nationale et de différence entre nations. L’homogénéité n’est ni souhaitable ni viable pour l’avenir. Les citoyens auraient peut-être du mal à comprendre, mais cela ne change rien à la direction politique. Ce n’est rien d’autre que le mantra mensonger des globalistes: «La diversité est notre force».

Lorsque Angela Merkel a ouvert les frontières en 2015, Sutherland était enthousiaste. En novembre 2015, il a salué son «leadership remarquable». En février 2016, il l’a explicitement qualifiée d'«héroïne» et raconté lui avoir soufflé lors d’une conférence à Malte: «Vous êtes une héroïne», car elle défendait une vision morale au prix de sa propre position politique. La vision de la destruction des peuples et des États européens.
Pour des acteurs comme Sutherland et les réseaux dans lesquels il évoluait, les citoyens des États occidentaux ne sont pas porteurs d’une histoire et d’une identité propres, mais simplement de la matière interchangeable. Les nations sont considérées comme des constructions dépassées, l’identité nationale comme un obstacle. Les peuples d’Europe sont écartés au profit du projet d’un monde sans frontières. Leur identité est détruite, leur cohésion brisée, leurs nations abolies.
Ceuta n’est que le dernier symptôme de cette politique d’autodestruction européenne. À elle seule, la population de l’Afrique augmente d’environ 100.000 personnes par jour. Il est tout simplement impossible d’accueillir ces masses en Europe et de continuer à exister en tant qu’Europe. Ceux qui ne protègent pas les frontières par tous les moyens nécessaires perdront l’Europe. L’alternative n’est pas humanité ou fermeture. L’alternative est: garder le contrôle ou perdre ses propres pays. Pour les globalistes comme Sutherland, Merkel ou von der Leyen, l’abolition des nations européennes est manifestement un objectif. Pour les citoyens européens, ce serait une catastrophe.
13:20 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : migrations, actualité, ceuta, europe, espagne, affaires européennes, peter sutherland |
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mardi, 04 août 2026
Trump à propos de l’Ukraine: «Nous prenons ce que nous voulons»

Trump à propos de l’Ukraine: «Nous prenons ce que nous voulons»
Source: https://report24.news/trump-ueber-ukraine-wir-nehmen-was-...
Donald Trump exprime ouvertement le prix que Washington attend en échange de son soutien à l’Ukraine. L’accord sur les matières premières avec Kiev est qualifié par le président américain d’excellente affaire et il affirme que les États-Unis pourraient « y prendre à peu près tout ce qu’ils veulent ». Juridiquement, cela peut sembler exagéré – mais politiquement, cela décrit assez précisément la ligne américaine.
Dans une interview accordée à la chaîne américaine conservatrice « Real America’s Voice », Trump est revenu sur le contrat relatif aux ressources avec l’Ukraine. Les États-Unis se seraient assurés un accès aux terres rares, a-t-il expliqué. «Nous pouvons y aller à tout moment et prendre à peu près tout ce que nous voulons», a déclaré le président. Selon lui, cet accord pourrait rapporter à l’Amérique plus de 300 milliards de dollars. Pour Trump, la chose est claire: Washington n’a pas soutenu Kiev pendant des années avec des armes et des milliards pour ensuite se retrouver les mains vides.
L’aide militaire n’a jamais été un cadeau
Le ton est rude, mais l’attitude sous-jacente n’est pas nouvelle. Les grandes puissances ne distribuent ni armes ni milliards par charité. Les États-Unis ont soutenu l’Ukraine militairement, financièrement et politiquement parce que ce pays est important pour leur propre stratégie vis-à-vis de la Russie. Sous Trump, un autre aspect s’ajoute désormais ouvertement: le soutien apporté doit être rentable économiquement. L’accord signé en avril 2025 pose les bases de cette rentabilité. L’Ukraine conserve formellement la propriété de ses ressources naturelles et continue de décider des droits d’exploitation et des licences.
Washington ne peut donc pas simplement occuper des mines ou transporter des ressources sans contrepartie. L’affirmation de Trump selon laquelle on pourrait prendre ce qu’on veut ne figure pas dans le contrat. Ce document offre toutefois aux États-Unis de vastes avantages. Un fonds commun de reconstruction doit bénéficier des revenus des nouveaux projets sur les matières premières. Il ne s’agit pas seulement des terres rares, mais aussi du lithium, du titane, de l’uranium, du graphite, du nickel, du cuivre, du pétrole et du gaz. Les gisements qui sont essentiels pour l’armement, les batteries, l’approvisionnement énergétique et l’industrie moderne sont au cœur de l’accord.
Washington obtient un accès privilégié
La partie américaine obtient, pour les nouveaux projets, des possibilités de négociation et d’investissement privilégiées. Même pour l’achat ultérieur des ressources extraites, les entreprises américaines devraient être les premières à pouvoir en profiter. L’Ukraine reste officiellement propriétaire de ses ressources, mais Washington participe activement à leur futur développement. D’autres prestations militaires américaines peuvent également être considérées comme une contribution au fonds commun. De nouvelles armes, des formations ou d’autres aides seraient alors non seulement des soutiens, mais aussi une part d’un modèle économique de participation.
Les États-Unis fournissent, l’Ukraine ouvre ses futurs projets sur les matières premières. Ce n’est pas une vente directe du pays, mais ce n’est pas non plus le soutien désintéressé tel qu’il a été présenté pendant des années en Occident. Trump ne s’en cache pas. Alors que son prédécesseur Joe Biden justifiait l’aide à l’Ukraine principalement par des phrases creuses sur la démocratie, la liberté et les valeurs occidentales, Trump parle de revenus, de participations et de droits d’accès. Il traite la politique étrangère comme une affaire et évalue son succès à ce que les États-Unis en retirent.

L’Europe paie, l’Amérique s’assure des droits
Pour l’Union européenne, la situation est particulièrement décevante. Bruxelles et les gouvernements européens ont également investi bien plus de cent milliards d’euros en Ukraine. Ils financent le budget de l’État, fournissent des armes, prennent en charge les coûts des réfugiés et doivent en outre assumer une grande partie de la reconstruction. Mais des droits concrets d’accès aux projets de ressources ukrainiennes ont surtout été sécurisés par Washington. Les Européens paient et parlent de solidarité. Les Américains paient aussi, mais se font accorder contractuellement des privilèges économiques. Trump dit simplement plus fort que les autres de quoi il s’agit.
Washington a déjà intégré les conséquences économiques de la guerre dans ses calculs, tandis que les Européens croient vraiment qu’ils pourront un jour, d’une manière ou d’une autre (et seulement si l’Ukraine «gagne» contre la Russie), imposer des réparations à Moscou. Tandis que les Européens misent tout sur une seule carte, les Américains gardent, même dans le pire des cas, l’accès aux ressources naturelles du reste de l’Ukraine. Cela explique aussi pourquoi les politiciens de l’UE restent si agressifs, alors qu’à Washington, on adopte une attitude beaucoup plus détendue.
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L’Allemagne sur la voie du capitalisme de Manchester

L’Allemagne sur la voie du capitalisme de Manchester
Par Peter Haisenko
Source: https://www.unser-mitteleuropa.com/203282
À l’origine, je voulais intituler « Retour au capitalisme de Manchester ». Mais après réflexion, je suis arrivé à la conclusion que cette forme brutale de capitalisme n’a jamais existé en Allemagne. On ne peut pas retourner là où l’on n’a jamais été. Pourquoi ce chemin est-il emprunté aujourd’hui ?
L’Empire britannique était aussi le maître des finances mondiales et de leurs règles. Les terres allemandes en ont toujours été exclues. Même après la fondation du Reich allemand, la situation y était différente de celle de l’Angleterre ou de l’Amérique. Le Reich allemand suivait les règles intelligentes de Friedrich List et était, de ce fait, nettement plus performant que les États anglo-américains. De même, les « tigres asiatiques » organisent leur économie selon les théories de List, ce qui explique en partie leur succès. Hitler aussi a détourné l’Allemagne des griffes du capitalisme anglo-saxon. Churchill aurait dit que le crime de l’Allemagne était qu’elle ne se laissait plus exploiter par ce capitalisme.


Après la Seconde Guerre mondiale, la RFA s’est dotée de l’« économie sociale de marché ». Elle a si bien fonctionné que les puissances occidentales victorieuses l’ont tolérée à contrecœur. Mais cela n’a été accepté que tant que la RFA était un État-frontière face à l’URSS. En 1990, après la « victoire du capitalisme », il a fallu, pour l’Allemagne réunifiée, démanteler peu à peu cette économie sociale de marché si efficace. Dès 1990, les grilles de salaires ont été élargies vers le bas et les règles concernant l’argent ont été modifiées progressivement au profit du grand capital. Les oligarques ont pu apparaître et, grâce à leur puissance financière, dominer la politique. Nous voyons aujourd’hui où cela nous a menés. Le fossé social ne cesse de s’élargir et aujourd’hui, une vingtaine de personnes « possèdent » autant que la moitié de l’humanité. La pauvreté se répand.
Le capitalisme de Manchester symbolise l’exploitation impitoyable de la « main-d’œuvre humaine »
Mais ce n’est qu’avec le capitalisme de Manchester que l’on va au bout de cette logique. Les acquis sociaux obtenus au fil de décennies doivent désormais être démantelés. L’assurance maladie, qui a bien fonctionné pendant plus de 70 ans, est ébranlée dans ses fondements.
Même les réglementations sur le temps de travail doivent être plus ou moins supprimées.
Le chancelier Merz veut supprimer les jours de carence en cas de maladie. Dès le premier jour, il veut exiger un certificat médical ou même supprimer le maintien du salaire pour les premiers jours d’arrêt maladie.
Partout, les salaires sont réduits et les conventions collectives contournées.
Des entreprises entières sont vendues, changent continuellement de propriétaire, et tout cela enrichit encore davantage les banques, car ces rachats sont en grande partie financés par le crédit. Avec de l’argent qui n’existe en réalité pas. Ainsi, la protection contre le licenciement est contournée, car les entreprises n’existent alors plus.
D’un autre côté, la bureaucratie et ses employés prolifèrent à tel point que des projets, autrefois réalisés en quelques années, prennent désormais des décennies, voire ne sont plus du tout menés à bien.
L’âge de la retraite doit être porté à 70 ans et les pensions réduites. Et les fonctionnaires ? Ils restent largement épargnés.
Jusqu’en 1990, la RFA avait des standards sociaux exemplaires et tout fonctionnait à la satisfaction générale des citoyens. Il convient de se demander pourquoi il a fallu changer quoi que ce soit. La réponse la plus probable est que, dans le capitalisme désormais « libéré », les marges bénéficiaires pour les puissants de la ploutocratie n’étaient pas suffisantes. Jusqu’en 1990, donc jusqu’à la victoire du capitalisme, ce dernier devait constamment prouver qu’il était le meilleur système pour le bien-être des citoyens. Une fois la concurrence disparue, le capitalisme a pu montrer sans honte son vilain visage. Nous avons découvert le «turbo-capitalisme» puis le «capitalisme prédateur». Et pour couronner le tout, nous avons maintenant un chancelier qui a occupé pendant des années un poste de direction chez BlackRock. Il pourrait être soupçonné de servir davantage ses anciens maîtres que la RFA et ses citoyens. En violation de son serment.
Capitalisme + démocratie = guerre permanente – interne et externe
Partout dans le monde, on constate que ce capitalisme débridé détruit les sociétés. Cela concerne non seulement l’équilibre social, mais aussi le consensus sociétal. Nous sommes tout près de «conditions de la République de Weimar». Les prévisions pour les élections au Sénat à Berlin sont désastreuses. Aucun parti n’obtiendra plus de 20 % des voix. Comment former un gouvernement qui puisse satisfaire au moins une majorité des électeurs? Sans parler d’obtenir des résultats utiles. Et puis la «barrière» contre l’AfD. Comme on le voit au niveau fédéral, des coalitions sont formées qui ne peuvent être qualifiées que de folles. Les taux d’approbation de ce « gouvernement » et de son chef le prouvent clairement. Mais une chose les unit: personne ne s’oppose sérieusement à la voie vers le capitalisme de Manchester. Sauf la gauche et l’AfD, et on s’étonne alors que ces deux partis attirent autant. Non, les Allemands ne veulent pas ce genre de capitalisme, mais qu’importe pour les « démocrates » qui servent en réalité les capitalistes ?

Et puis « notre démocratie ». Quelle démocratie est-ce, si un chancelier et son gouvernement ne démissionnent pas immédiatement alors qu’ils n’obtiennent plus que 13 % d’approbation pour leur « travail » de la part des électeurs ? Est-ce suffisant pour dire que ce gouvernement ne sert pas son souverain, le peuple ? Aussi à l’international. La majorité des Allemands ne veut pas de guerre avec la Russie et ne veut pas non plus continuer à donner des centaines de milliards à Kiev alors que l’argent manque partout dans le pays. Mais à quoi sert l’argent si nous avons une surabondance de bureaucrates et d’autres diplômés inutiles, mais trop peu de travailleurs qualifiés productifs ? Tandis que les premiers sont choyés, les seconds voient leur vie devenir de plus en plus difficile – y compris à cause de ces bureaucrates. Aujourd’hui, seuls environ 20 % occupent un métier productif, tandis que les autres vivent joyeusement du travail de ceux-ci.
Les dirigeants n’assument aucune responsabilité pour leurs actions
Pour que cela perdure, il faut contraindre les productifs à toujours plus de travail. Il n’y a qu’une seule voie, celle du capitalisme de Manchester. Comme autrefois, c’est aussi le cas aujourd’hui. Une « classe » privilégiée se nourrit du travail de ceux qui sont contraints à toujours plus de travail utile. L’histoire a montré que cela doit tôt ou tard mener à des soulèvements et des révoltes. Parfois sanglantes. Ces conditions ont conduit à l’invention du communisme et à son succès. Ce qui est ironique, c’est que capitalisme et communisme ne diffèrent pas vraiment. Dans les deux, il y a une « nomenklatura » privilégiée et trop de gens doivent vivre dans la pauvreté. Le communisme a pratiquement disparu et il en sera de même pour le capitalisme brutal. Tôt ou tard, mais cela viendra.
La RFA, tout l’Occident, se trouve dans un scénario de fin des temps. On essaie sans réfléchir de retarder la fin inévitable avec des crédits insensés. Mais cela aussi a une fin. Que reste-t-il pour masquer ses propres échecs ? La guerre, quoi d’autre, et le chemin vers celle-ci raccourcit de plus en plus. Ce n’est pas le gouvernement qui est responsable, mais les électeurs stupides qui donnent sans réfléchir leur voix à ces gouvernements aventureux. Oui, c’est « notre démocratie », où plus personne n’a à assumer de responsabilité. Et même pas être tenu responsable, car tout est strictement exécuté conformément à la réglementation. N’en avez-vous pas assez d’être toujours servi avec les mêmes « arguments » : C’est la règle, c’est la loi, on ne peut rien y faire. Il en va de même pour le chemin vers le capitalisme de Manchester. Tout se fait selon la loi en vigueur et est, bien sûr, démocratiquement validé. Reste la question : comment mettre fin à cette impasse ? Sans effusion de sang et sans guerre ! C’est ce que veulent les citoyens, mais est-ce aussi le cas pour nos « dirigeants » ? Je pense que cette question est légitime.


À propos de l’auteur :
Peter Haisenko est écrivain, propriétaire des éditions Anderwelt et éditeur d’AnderweltOnline.com (https://anderweltverlag.com/ et https://www.anderweltonline.com/ )
Il existe une voie douce pour sortir du capitalisme d’exploitation, appelée « l’économie de marché humaine ». Ce modèle pour un nouveau système fondamental rend impossible l’accumulation de milliards. Il ne favorise plus la cupidité, mais encourage la cohésion sociale et une économie durable. Ce qui est particulièrement intéressant, c’est que le citoyen ne remarquera pratiquement aucune différence dans sa vie quotidienne. À part le fait qu’il aura soudain environ 30 % de revenus en plus à sa disposition. Renseignez-vous et commandez votre exemplaire de « L’économie de marché humaine » directement auprès de l’éditeur ici ou achetez-le en librairie ( https://anderweltverlag.com/p/die-humane-marktwirtschaft ).
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Comment la finance est en train d’effacer l’économie réelle en Occident

Comment la finance est en train d’effacer l’économie réelle en Occident
L’économie occidentale a connu des changements profonds au cours des quatre dernières décennies: si par le passé la richesse était créée par la production, aujourd’hui, la prospérité apparente est déterminée par les marchés financiers.
par Dario Tagliamacco
Source: https://www.cese-m.eu/2026/07/come-la-finanza-sta-cancell...
Au vingtième siècle, la richesse d’une nation reposait principalement sur sa capacité productive, sur l’industrie, le secteur énergétique et les manufactures. Aujourd’hui, les fonds de pension, les bourses, les fonds d’investissement et les marchés actions sont devenus le centre du système économique occidental. Après des décennies de désindustrialisation, il est désormais assez évident que la finance n’est plus un outil au service de l’économie réelle, mais qu’elle est devenue l’économie elle-même.
La finance a engendré un univers auto-référentiel qui, dans de nombreux cas, est totalement déconnecté de la réalité: en effet, dans des contextes de stagnation économique, de faible croissance et d’inégalités croissantes, les bourses mondiales enregistrent des records historiques. Les entreprises affichent des croissances qui dépassent les données réelles, tandis que les banques centrales injectent des liquidités qui soutiennent artificiellement un système qui, autrement, montrerait ses faiblesses. De nombreux analystes parlent d’un «monde parallèle de la finance», un système qui génère une richesse nominale pour quelques-uns et qui repose sur des fondations très fragiles.
Aujourd’hui, les marchés financiers opèrent de manière indépendante de l’économie réelle: les valorisations des actions ne reflètent ni la productivité, ni les salaires, ni la croissance réelle d’un État. Ce n’est pas un hasard si, alors que les marchés financiers croissent, on observe des récessions, des crises économiques et des stagnations industrielles.

La financiarisation de l’économie a conduit à la croissance exponentielle des produits financiers dérivés, des spéculations et des stratégies de trading algorithmique. De plus, le rôle des banques centrales est devenu fondamental dans le soutien des marchés, via des politiques monétaires expansives et l’achat d’actifs — terme qui, dans le trading financier, désigne tout ce qui est échangé sur le marché, comme les actions, obligations, devises ou matières premières.
Des banques comme la Federal Reserve, la Banque Centrale Européenne et la Banque du Japon ont, ces dernières années, joué un rôle central dans le maintien de l’équilibre des marchés financiers, utilisant des outils comme le quantitative easing, une politique monétaire non conventionnelle utilisée par les banques centrales pour stimuler l’économie en augmentant la masse monétaire par l’achat de titres financiers, des taux d’intérêt proches de zéro et des opérations de refinancement qui ont injecté des quantités immenses de liquidités dans le système.
Depuis les années 1980, avec la libéralisation des mouvements de capitaux, la déréglementation des banques et la mondialisation, les profits issus des activités financières ont commencé à dépasser ceux de la production industrielle. De nombreuses entreprises occidentales ont progressivement changé leurs objectifs, passant de la production à l’optimisation financière. Ainsi, à l’époque contemporaine, le but d’une grande entreprise n’est plus seulement de produire des biens ou des services, mais de garantir des dividendes à ses investisseurs.
La conséquence de ces choix est qu’une part de plus en plus importante des ressources économiques est destinée aux marchés financiers, au détriment des investissements productifs. La grande liquidité injectée par les banques centrales ne s’est pas traduite par une croissance de l’économie réelle, car la majeure partie a afflué dans la finance, faisant croître les actifs et alimentant des bulles spéculatives.
La financiarisation du système économique crée une richesse qui ne correspond pas à une augmentation réelle de la valeur économique: en effet, lorsque les bourses enregistrent une croissance, la valeur des actions augmente, générant des profits pour les investisseurs et les banques, mais cette richesse est fictive, car fondée sur des attentes, des liquidités et des dynamiques spéculatives qui ne sont pas reliées à la croissance réelle.
Ce phénomène se manifeste dans de nombreux cas chez les grandes entreprises technologiques qui atteignent des niveaux de valorisation extrêmement élevés par rapport à leurs profits réels. Tout le système financier fonctionne sur des logiques d’expansion permanente des valeurs, sans lien avec la réalité économique du monde réel.
Cette dynamique a des effets sur la redistribution des richesses: les bénéfices de la croissance financière se concentrent entre les mains de quelques acteurs, tandis que la majorité des populations est totalement exclue de ces gains, ce qui contribue à l’augmentation des inégalités et à la fragilité de la société.

La séparation entre capitalisme financier et capitalisme industriel a entraîné une immense concentration du pouvoir du marché financier américain, dominé par les grands fonds: Vanguard, BlackRock et State Street. Les investissements de ces fonds gonflent la valeur des actions des Big Tech au-delà des profits réels que celles-ci pourraient réaliser en termes de chiffre d’affaires et de bénéfices.
Un système basé sur une abondante liquidité, une dette croissante qui ces dernières années a atteint des niveaux sans précédent et dont l’augmentation est étroitement liée à la création monétaire par les banques et au fonctionnement du système financier, et des valorisations élevées, est intrinsèquement instable. Des événements exceptionnels, des changements de politique monétaire et des crises économiques peuvent provoquer des corrections brusques et violentes sur les marchés financiers.
Les guerres qui se déroulent aujourd’hui dans des zones stratégiques de la planète, comme le Moyen-Orient, essentielles pour la production des principales sources d’énergie telles que le pétrole et le gaz, indispensables au développement des nouvelles technologies, provoquent une inflation élevée, des récessions économiques, du chômage et font exploser la bulle spéculative des marchés, entraînant la destruction de la richesse réelle.
Le bien-être des peuples ne peut être fondé sur les spéculations des marchés financiers, mais doit reposer, comme par le passé, sur la capacité de l’industrie et de l’agriculture à renforcer leurs activités, afin d’assurer une croissance réelle et constante de l’économie sur le long terme.
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Adieu à Mary de Rachewiltz, fille d’Ezra Pound et gardienne de la beauté littéraire d’un géant du XXe siècle
Adieu à Mary de Rachewiltz, fille d’Ezra Pound et gardienne de la beauté littéraire d’un géant du XXe siècle
Luca Gallesi, l’un des principaux spécialistes de Pound en Italie: «Quiconque l’a connue, ou même croisée brièvement, parmi tant de souvenirs, en gardera sûrement un en particulier: son invitation, inévitable et doucement insistante, à “lire Pound. Dans les Cantos, il y a tout”, et, dans le volume Meridiano Mondadori qu’elle a édité, on trouve aussi beaucoup, sinon tout, d’elle-même, la princesse Mary de Rachewiltz, née Maria Rudge».
par Luca Gallesi
Source: https://www.barbadillo.it/132338-addio-a-mary-de-rachewil...
« Il peut y avoir une honnêteté intellectuelle sans talent excessif » : c’est avec ces mots que Mary de Rachewiltz, en 1985, offrait au lecteur italien la première traduction complète des Cantos, le poème épique écrit par son père Ezra Pound. Mary est décédée le 24 juillet, à l’âge de 101 ans, qu’elle avait fêté le 9 juillet dernier, et l’honnêteté intellectuelle, en réalité accompagnée d’un grand talent, est la marque la plus significative de sa longue et laborieuse existence. Fille de deux Américains, le poète Pound (marié à Dorothy Shakespear) et la violoniste Olga Rudge, elle est née à Bressanone et a passé son enfance et sa première adolescence dans le Val Pusteria, élevée par deux paysans qui la traitaient comme leur propre enfant.

Des montagnes tyroliennes, elle se rendait souvent dans la lagune, pour de longs week-ends passés dans la maison vénitienne de sa mère, où la rejoignait son père, très affectueux, bien qu’occupé en permanence à écrire ou à organiser mille projets.
De Venise, elle fut envoyée étudier à Florence, au collège des Sœurs de la Quiete, mais la guerre interrompit ses études, inaugurant une longue période douloureuse, culminant en 1945 avec l’arrestation et la détention de son père dans le camp américain de Pise, et partiellement close en 1958 avec sa libération et son retour en Italie. Entre-temps, Mary avait commencé à s’occuper des Cantos, tapant à la machine les vers manuscrits de son père, d’abord dans la cage de Pise puis dans la cellule de l’asile criminel américain St. Elizabeths, où il avait été emprisonné sans procès.
Dès le camp de concentration de Pise, Ezra Pound, au lieu de se soucier de son propre sort, enseignait à Mary, par correspondance, l’art de la traduction: « Ma très chère fille, tes lettres sont un grand réconfort, tu as bien tapé les Cantos… J’aime les deux poèmes. Je ne peux pas t’envoyer une ars poetica dans ce petit espace, la rime est un bon EXERCICE, comme la pratique de la position des doigts sur le violon. N’inverse pas l’ordre des mots, la rime viendra aussi dans l’ordre naturel de la phrase… ».

Ezra Pound avec sa fille Mary de Rachewiltz
C’est le début d’un engagement de toute une vie: traductrice, gardienne, organisatrice et soutien des projets liés à Pound dans le monde entier, souvent au détriment de sa propre activité poétique et littéraire, sans jamais pour autant négliger ses devoirs de fille, de mère et d’épouse. En 1946, elle épousa l’égyptologue Boris de Rachewiltz, dont elle eut deux enfants: Siegfried (1947) et Patrizia (1950), nés et élevés dans deux châteaux tyroliens, le second, Brunnenburg (en italien Castelfontana, juste au-dessus de Merano), étant la résidence de Mary depuis 1955, connue et appréciée de tous les spécialistes de Pound, reçus ici l’après-midi par la maîtresse de maison avec l’inévitable tasse de thé. À 17 heures, peut-être pas toujours pile, toute activité d’étude était interrompue pour se retrouver sur la terrasse, partager de savantes réflexions sur Pound ou de longs et profonds silences, favorisés par le spectaculaire paysage alpin, encore plus envoûtant à la tombée du jour. Gardienne de la « source du château », Mary de Rachewiltz a su garder l’eau toujours pure, qu’elle distribuait généreusement à tous ceux qui, en soixante-quinze ans, s’y sont arrêtés, même juste pour un salut, sans jamais se voir refuser un accueil chaleureux, selon l’avertissement de Pound: « plain living and high thinking », vis simplement et pense noblement.

Brunnenburg est une maison, un site d'archives, une bibliothèque, un musée, mais surtout un « fief » poundien: ici, toujours encouragés par Mary, enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants ont mis en pratique l’autosuffisance (certains diraient l’autarcie) préconisée par Pound, cultivant la terre pour produire ce dont ils avaient besoin pour vivre. Les pièces de Mary sont dans la tour, et l’après-midi, elles sont envahies par la lumière du soleil qui illumine les trois vallées en contrebas, distrayant le chercheur venu consulter la bibliothèque poundienne conservée ici, que l’on espère voir transférée bientôt à la Bibliothèque Marciana de Venise, grâce à l’engagement du Ministère de la Culture.


Malgré le temps, l’énergie et l’intelligence consacrés à l’œuvre de son père, Mary a réussi à être appréciée comme traductrice, écrivaine et poétesse, bien moins que ce qu’elle aurait mérité, et mérite encore. C’est grâce à elle que nous pouvons lire en italien des auteurs comme e.e. cummings, Robinson Jeffers, Marianne Moore et bien d’autres, et c’est aussi elle qui a écrit le délicat Discrezioni, autobiographie récemment rééditée chez Lindau. Elle a également, en collaboration avec David et Joanna Moody, édité le volumineux recueil de lettres de Pound à ses parents, Ezra Pound to His Parents, 1895-1929 (Oxford University Press, 2011). Mais surtout, sa production poétique est vraiment digne d’intérêt, dispersée dans de nombreux petits volumes et enfin réunie — du moins celle en italien — par Massimo Bacigalupo, éditeur de Processo in verso (Bertoni 2025) et cher ami de la famille Pound.
Bacigalupo souligne que la poésie de Mary de Rachewiltz se laisse lire et admirer pour sa franchise, sa limpidité « et peut-être sa ruse » ; une poésie assurément influencée par sa nature de « poétesse fille de Poète », capable néanmoins de trouver sa propre voix authentique, peut-être liée à l’enfance tyrolienne, aux voyages exotiques ou aux nombreux amis lettrés et artistes fréquentés, comme Vanni Scheiwiller, Bobi Bazlen et Mimmo Palladino.
« Je n’ai pas de messages à proposer. Je n’appartiens à aucune chapelle. Ma vigne s’appelle Traduire. Ce ne sont que quelques gouttes qui ont fait déborder le vase. » Ainsi, la poétesse se présentait à ses lecteurs, dans une simplicité absolue et sans fausse modestie.
Quiconque l’a connue, ou même croisée brièvement, parmi tant de souvenirs, en gardera sûrement un en particulier: son invitation, inévitable et doucement insistante, à « lire Pound. Dans les Cantos, il y a tout », et, dans le Meridiano Mondadori qu’elle a édité, on trouve aussi beaucoup, sinon tout, d’elle-même, la princesse Mary de Rachewiltz, née Maria Rudge. (d’après Il Giornale)

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lundi, 03 août 2026
Du mur de la caverne au soleil de la vérité

Du mur de la caverne au soleil de la vérité
Adnan Demir
L’illusion de type « Dadjdjal », la mentalité de vassal et la compréhension en dialogue avec l’islam
Adnan Demir interprète le mythe de la caverne de Platon de façon à en faire un instrument critique actuel dans un territoire islamique comme la Turquie. En Europe, on peut suivre son raisonnement en se réclamant de la Tradition.
Introduction : Le théâtre d’ombres mondial et l’esclavage épistémologique
L’une des métaphores les plus célèbres de la philosophie antique, l’Allégorie de la caverne de Platon, est aujourd’hui un outil d’analyse plus vital que jamais pour décrypter les équilibres mondiaux contemporains et la tutelle exercée sur les esprits. Une grande partie de l’humanité vit en croyant que les cadres conceptuels produits par le système mondial centré sur l’Occident — démocratie, marché libre, ordre international fondé sur des règles — sont la vérité absolue ; elle ne perçoit pas les mécanismes d’exploitation et de domination qui se cachent derrière cette construction.
Cependant, cette structure ne se limite pas à une hégémonie sociopolitique. Si l’on considère la question sur un plan théologico-politique, les ombres sur le mur de la caverne, le feu artificiel, le soleil et les personnages qui en sortent résument la plus grande confrontation mentale et spirituelle de notre époque.
1. L’architecte de l’illusion: le système du Dadjdjal et le feu artificiel
Les marionnettistes et leur feu factice dans la caverne sont la manifestation concrète du système « dadjdjalique ». Le Dadjdjalisme consiste à recouvrir la vérité absolue (kufr), à produire une imitation de la vérité et à condamner les masses à une réalité factice qu’il a lui-même construite.
Feu artificiel (Constructions séculaires) :
Cette source de lumière brûlante et limitée, installée dans la caverne pour remplacer le soleil du ciel, symbolise les dogmes séculiers absolutisés par la modernisation occidentale.

Ombres (Discours hégémoniques) :
Ce sont les récits projetés sur les murs par l’intermédiaire des médias mondiaux, des réseaux financiers et des impositions épistémologiques. Présentées à l’humanité sous le couvert du «progrès» et de la «liberté», ces ombres ne sont en réalité que des illusions qui hypnotisent les masses.
Le système dadjdjalique tire sa légitimité du maintien de l’obscurité dans la caverne. Cacher la source de la lumière et présenter le feu artificiel comme «l’unique vérité» est la raison d’être de ce mécanisme.
2. Mentalité de vassal : esclaves volontaires croyant que leurs chaînes sont la vérité
Les prisonniers enchaînés au fond de la caverne symbolisent les sociétés vassales et les structures intellectuelles rattachées à la périphérie du système mondial centré sur l’Occident.
Le trait le plus marquant de la mentalité de vassal est qu’elle ignore sa propre servitude. Pensant adopter de leur plein gré les discours produits par le maître, ces structures se battent pour posséder «la plus belle» des ombres sur le mur de la caverne, au lieu de chercher le soleil (la Vérité absolue). Cette mentalité, devenue aveugle au point de ne plus percevoir l’effritement des structures sociales, morales et institutionnelles de l’Occident, considère l’adoration des ombres comme synonyme de développement.
3. L’ascension: la « compréhension en dialogue avec l’islam » et la libération
L’être humain qui parvient à sortir de la caverne, à grimper le couloir escarpé et rocailleux pour affronter la lumière céleste, incarne la «compréhension en dialogue avec l’islam».
Soleil (Vérité absolue / Islam):
C’est la vérité immuable et englobante qui détermine la finalité de l’existence, de l’homme et de l’univers.
Rupture épistémologique:
L’acte de monter vers la lumière commence par le rejet des formes de savoir centrées sur l’Occident, de la tutelle conceptuelle et de l’imitation. La «compréhension en dialogue avec l’islam» n’est pas un récepteur passif; elle est une subjectivité qui, face au feu artificiel du système dadjdjalique, tourne son visage vers le Soleil et passe de l’imitation à la vérification.
La perception touchée par la lumière du soleil perçoit les choses non selon la forme projetée par le système dadjdjalique sur le mur, mais selon leur nature propre. Le règne du feu artificiel prend fin avec l’apparition du soleil.

4. Conclusion : Véritable radicalité et quête du «véritable être des choses»
Dans le récit classique de Platon, le sage qui sort de la caverne est une figure romantique qui risque sa vie pour convaincre ceux qui y sont restés. Mais la noblesse de la vérité et la raison stratégique déterminent clairement où l’énergie doit vraiment être investie.
La compréhension touchée par la lumière du soleil ne gaspille pas son temps et ses acquis à convaincre les vassaux volontaires qui tournent le dos à la vérité et se complaisent dans leur servitude. Vouloir transformer les structures fascinées par l’illusion dadjdjalique et ayant fait des ombres leur zone de confort, c’est devenir un élément passif du théâtre d’ombres mondial.
L’attitude ultime de la «compréhension en dialogue avec l’islam» n’est pas de perdre sa vie dans des polémiques, mais de laisser les esclaves volontaires à leur propre misère et à leurs ombres artificielles.
Le véritable combat n’est pas de débattre avec les vassaux dans la caverne, mais de sortir de la caverne, et sous le soleil, de poursuivre l’être réel des choses, l’essence et notre propre prétention civilisationnelle. La vérité n’attend pas l’approbation de ceux qui aiment leur bourreau; elle construit sa propre réalité.
20:34 Publié dans Philosophie | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : philosophie, platon, mythe de la caverne |
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Derrida et la machine de mort américaine - Porte d’entrée vers l’apocalypse

Derrida et la machine de mort américaine
Porte d’entrée vers l’apocalypse
Ali-Mohammad Mohajer Nasser
Source: https://www.multipolarpress.com/p/derrida-and-the-america...
Ali-Mohammad Mohajer Nasser utilise la philosophie de Jacques Derrida pour examiner comment l’ordre libéral mené par les États-Unis s’est auto-déconstruit à travers ses propres revendications et contradictions.
1er août 2026. Washington a publié un avis de sécurité exhortant tous les citoyens américains à quitter l’Asie de l’Ouest. Plusieurs agences de presse rapportent que les États-Unis et Israël préparent une attaque de grande envergure contre les infrastructures énergétiques et électriques de l’Iran. De l’autre côté, les signes de la préparation de Téhéran à une riposte sévère se font de plus en plus forts. Les médias néo-conservateurs américains évoquent avec jubilation l’arrivée d’une «ère de la bougie» sur notre région.
L’arène politique et militaire ressemble de plus en plus à une roulette russe. Les États-Unis – qui se présentaient longtemps comme le défenseur de l’ordre juridique d’après-guerre – menacent désormais ouvertement et sans détour de commettre des crimes de guerre.
Le régime sioniste, ravi de l’inimitié entre musulmans et chrétiens, se prépare à ajouter une nouvelle ignominie aux annales des crimes contre l’humanité. Netanyahu, enhardi par la récente opération sécuritaire victorieuse de son gouvernement contre l’Espagne, semble désireux de s’attribuer le mérite d’avoir persuadé l’Amérique de déclencher une apocalypse régionale.
L’Amérique, avec son vaste réseau de think tanks d’élite et d’académies diplomatiques, réduit aujourd’hui son message à l’Iran à un seul impératif: meurs, ou nous te tuerons. C’est comme si cette puissance vieille de deux cent cinquante ans ne savait même plus parler anglais, son vocabulaire s’étant effondré dans la contrainte, la force, la mort et la menace d’anéantissement.
C’est là le langage terminal de la démocratie libérale elle-même – ce même régime qui fut autrefois présenté comme l’aboutissement du progrès humain, le stade final de l’évolution civilisationnelle. La même puissance qui prétendait fonder son ordre international sur les droits de l’homme et la dignité humaine se tient désormais nue, ses prétentions universalistes révélées comme le voile d’une réalité bien plus primitive. Toute pensée critique doit désormais affronter l’héritage d’une tradition – humanisme, Lumières, libéralisme – qui a engendré ce monstre.

La guerre ne commence pas seulement avec des missiles. Parfois, la première détonation est celle du langage. Quand la destruction de l’infrastructure vitale d’un pays est proposée non pas comme un dernier recours, mais comme une option routinière dans l’analyse politique et médiatique, il se passe quelque chose de plus profond qu’une simple menace militaire. Les mots eux-mêmes peuvent redéfinir les frontières de ce que signifie être humain.
L’ordre international d’après-guerre reposait sur l’idée que même la guerre devait être soumise à des règles. Les Conventions de Genève et le droit international humanitaire sont fondés sur le principe qu’il faut préserver une distinction entre les cibles militaires et la vie civile – que la souffrance humaine ne doit jamais être réduite à un instrument de politique. En pratique, ces principes ont été violés d’innombrables fois: Vietnam, Irak, Yougoslavie, Afghanistan, Gaza. Pourtant, l’existence même de ces règles reconnaissait que la force brute à elle seule ne pouvait fonder la légitimité.
Mais lorsque la destruction du réseau électrique d’une nation – dont dépend la vie quotidienne de millions de personnes – entre dans le vocabulaire ordinaire de la politique, la question n’est plus seulement celle de la compatibilité avec le droit international. Une question plus vaste et empreinte d’une ironie amère surgit : qu’est devenu cet ordre qui prétendait avoir été construit justement pour limiter la guerre ? Un tel ordre a-t-il jamais vraiment existé ?
Cette interrogation nous mène vers le territoire sombre de la déconstruction – un domaine où l’on affronte non seulement la violation d’une loi, mais l’autodestruction de la fondation discursive de la loi elle-même. Jacques Derrida nous a appris que tout texte – et tout ordre politico-juridique est un texte – est bâti sur la différAnce : le sens et la légitimité découlent de l’exclusion de «l’autre» et de la répression des contradictions internes. Mais précisément au moment où un système revendique la pleine « présence » et la fondation ultime, cet « autre » exclu revient pour en déstabiliser les fondements.
L’ordre libéral d’après-guerre reposait sur un clivage sacré: «nous» – les civilisés, soumis à des règles – contre «eux» – les barbares, sans loi. Les Conventions de Genève, la Charte de l’ONU, la promesse kantienne de la «paix démocratique»: tout visait à tracer une ligne nette entre la guerre légitime (défensive ou humanitaire) et la guerre illégitime (agressive et barbare).
Mais aujourd’hui, l’Amérique – représentante plénipotentiaire de cet ordre – présente ouvertement le bombardement d’infrastructures civiles vitales comme une «option de routine». Le clivage s’effondre: l’Amérique n’est plus la puissance civilisatrice qui fait la loi; elle devient le barbare, sans loi. Quelle différence réelle subsiste-t-il entre la menace de crimes de guerre par l’Amérique et la menace de génocide par Daech? Les deux parlent la langue de la mort pure. Daech, du moins, était franc. Mais l’Amérique, avec la même bouche qui parle des «droits de l’homme», annonce une «ère de la bougie» pour notre région. Cette contradiction dissout si complètement la frontière entre «civilisé» et «barbare» qu’il ne subsiste aucune «présence» métaphysique du Bien.
Derrida parlait de la rature – le sous-effacement: un mot barré mais encore lisible, signalant que sa «présence» est impossible. L’histoire de l’ordre américain est précisément celle de cette rature permanente: on maintient la Charte de l’ONU et les droits de l’homme comme «texte de surface» pour préserver l’image d’une «puissance liée par la règle», mais en dessous, à chaque bombe, à chaque sanction paralysante, on inscrit la «force brute» qui annule ce texte de surface. Aujourd’hui, cette rature est si prononcée que le texte original – la loi elle-même – n’est plus lisible.
Lorsque le Pentagone qualifie le ciblage d’écoles et d’hôpitaux d’«erreur de calcul inférieure à cinq pour cent», il ne s’agit plus de justification juridique, mais d’un calcul mathématique de la mort. C’est précisément ce que Derrida appelait la «violence de l’archè»: une violence qui n’est pas faite pour établir la justice, mais pour prouver l’existence même du pouvoir, chaque fois que celui-ci perd sa légitimité, par une perpétuelle « refondation » qui ne fait que reporter la légitimité.
Aujourd’hui, la langue politique américaine est entièrement imprégnée de la différAnce derridienne: ses mots n’atteignent jamais un sens définitif. «Négociation» signifie «ultimatum». «Dissuasion» signifie «génocide économique». «Ordre régional» signifie «chaos contrôlé». Dans ce jeu infini des signifiants, la menace elle-même devient une performance autoréférentielle. Trump et Hegseth diffusent des vidéos de bombardements et se vantent: «Il y en aura d’autres !». Ce n’est plus une déclaration politique; c’est une blague tragique jouée avec le sang des peuples. Lorsque la guerre est réduite à la comédie et au spectacle, l’ordre lui-même n’est plus qu’un geste – et un geste, aussi létal soit-il, ne peut plus être pris au sérieux comme norme mondiale, car il avoue, dès le départ, son propre nihilisme.
Pourtant, ce « geste » ennemi n’est pas la fin de l’histoire ; il est plutôt le point de départ de l’autopoïèse de la guerre. La guerre, contrairement à ce que l’on croit, n’obéit pas à la logique de celui qui l’initie. La guerre est un système autopoïétique: au moment même où l’ennemi croit que la menace et le spectacle (la quantité de pression) ont atteint leur but politique, une nouvelle qualité surgit soudainement de cette pression – quelque chose qu’aucun calcul du Pentagone, aucun fantasme de Netanyahu n’avait anticipé. Ici, la loi dialectique du passage de la quantité à la qualité – que Schmitt appelait «fondamentalement politique» – s’applique: ce n’est pas la quantité de mort qui détermine l’issue, mais le saut qualitatif dans la volonté de l’assiégé, qui transforme le champ même de l’inimitié en quelque chose d’inattendu. Cette nouvelle qualité peut se retourner comme un boomerang contre l’Occident: l’inimitié poussée au point où l’espace et la géographie deviennent inhabitables pour l’autre. La doctrine de riposte de l’Iran – frappes sur les infrastructures énergétiques du Golfe Persique, sur les villes du régime sioniste – rappelle que l’autopoïèse de la guerre décrite ici n’épargne aucune partie à sa propre logique.
Derrida pensait que la déconstruction n’est pas destruction, mais ouverture d’un nouveau chemin pour l’«autre». Mais dans le cas de l’ordre américain, cette déconstruction équivaut à la construction de son propre cercueil. Lorsqu’un système juridico-politique est tellement contaminé par son «autre» (violence, racisme, intérêts monopolistiques) qu’il ne peut plus se distinguer de cet autre, il est vidé de sa propre métaphysique.
Derrida avait déjà nommé ce moment. Dans «Force de loi», il affirmait qu’aucun ordre juridique ne se fonde sur la raison – il se fonde sur une décision qui ne peut se justifier elle-même, ce qu’il appelait, avec Kierkegaard, la folie de la décision. La déconstruction ne le nie pas. Elle l’expose. L’ordre libéral a survécu tant que sa violence fondatrice restait cachée sous un texte de surface lisible – la Charte, les Conventions, le langage des droits. Ce texte de surface a désormais échoué. Il ne cache plus la violence; il la désigne à peine. Ce qu’il reste, c’est la violence seule, sans voile. Schmitt n’est pas une rupture avec Derrida ici. Il est ce qui demeure quand on pousse la logique derridienne jusqu’au bout, sans trembler.
L’Amérique, en menaçant d’une «ère de la bougie» et de la destruction des infrastructures, déclare explicitement que la «vie civile» n’a aucune existence propre à ses yeux, mais n’est qu’une réserve disponible (Bestand) pour la pression politique. Ce n’est plus une «violation du droit» ou une «contradiction discursive». C’est la proclamation d’un état d’exception existentiel (Ausnahmezustand) par une puissance qui s’est affranchie de toute «distinction politique entre ami et ennemi» et s’est engagée dans une inimitié absolue (absolute Feindschaft).
À ce stade, la «critique du discours» n’est plus utile; la question devient celle de l’identification de l’ennemi et de la décision existentielle. Mais cet aveu même est la plus grande des défaites, car il sort de la «tente de l’ordre mondial» pour se tenir dans le désert du nihilisme nu. Dans le désert, personne ne donne d’ordres; tous sont à la fois chasseurs et proies. Et un chasseur sans loi, aussi bien armé soit-il, ne peut plus prétendre au rôle de maître moral du monde. Ce n’est pas une leçon mineure pour un monde où existent plusieurs puissances nucléaires.
Pour répondre à la question initiale: l’ordre américain a existé, mais non comme une vérité établie – plutôt comme un mythe fondateur. Et aujourd’hui, ce mythe est si enlisé dans ses propres contradictions – génocide à Gaza, menace de crimes de guerre contre l’Iran, chambres de torture d’Abu Ghraib et de Guantánamo – qu’il a perdu tout fondement à sa propre légitimité. Cet ordre peut être écarté – non par arrogance, mais par reconnaissance philosophique de son effondrement. Prendre au sérieux un ordre effondré serait la véritable folie. Il s’est exclu de l’orbite de la rationalité politique collective par sa propre volonté – une volonté de mort. Désormais, tout dialogue avec lui n’est plus un dialogue entre deux sujets, mais entre un être vivant et une machine de mort.

Mais même une machine de mort peut se révéler impuissante face à une décision existentielle soudaine. Derrida nous a enseigné de ne pas croire en la «présence»; mais Schmitt nous enseigne que dans l’instant de l’effondrement du droit, c’est la décision qui crée la présence. Lorsque l’effondrement de la loi est universellement reconnu, des hommes résolus, armés des instruments appropriés à leur volonté, se lèvent pour prendre cette décision. À cette heure-là, qui pourra leur faire la leçon sur les droits de l’homme, les Conventions de Genève et les lois de la guerre humanitaire – des leçons adressées à leur conduite envers les Israéliens et les Américains ? La question contient sa propre réponse, au cœur de la situation – une situation qui a suspendu toute éthique abstraite antérieure.
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Ceuta, le chantage de Rabat contre Sánchez et la convergence du Maroc avec les États-Unis et Israël

Ceuta, le chantage de Rabat contre Sánchez et la convergence du Maroc avec les États-Unis et Israël
Giulio Chinappi
Source: https://giuliochinappi.com/2026/08/01/ceuta-il-ricatto-di...
La pression migratoire exercée par le Maroc à Ceuta ne peut être séparée de l’occupation du Sahara occidental et de l’axe construit avec Washington et Tel Aviv, qui exploitent la crise pour attaquer le gouvernement espagnol et sa politique pro-palestinienne.
La nouvelle crise qui a éclaté à Ceuta constitue avant tout une tragédie humaine. En quelques heures, environ 49.000 personnes, selon les premières estimations du gouvernement espagnol, ont atteint l’enclave en franchissant la frontière terrestre ou en contournant à la nage les barrières maritimes qui la séparent du Maroc. D’autres sources ont évoqué un chiffre total proche de 60.000 personnes, tandis que le bilan provisoire fait état d’au moins 57 morts. La ville autonome, qui compte à peine plus de 80.000 habitants, a été submergée par un afflux sans précédent, contraignant Madrid à mobiliser l’armée et à dénoncer une «violation de l’intégrité territoriale de l’Espagne».
Réduire ce qui s’est passé à un simple mouvement spontané de population revient cependant à ignorer aussi bien l’histoire récente des relations entre l’Espagne et le Maroc que la fonction politique qu’a prise le contrôle des flux migratoires dans la stratégie de Rabat. Les difficultés économiques, le chômage des jeunes, la diffusion de fausses informations sur les réseaux sociaux et la mauvaise interprétation d’un arrêt de la Cour suprême espagnole ont pu contribuer à mobiliser des milliers de personnes. Mais ces facteurs n’expliquent pas à eux seuls comment une frontière normalement soumise à un contrôle strict a pu céder simultanément devant des dizaines de milliers de personnes. Les mêmes observateurs cités par la presse internationale rappellent que le Maroc a déjà été accusé par le passé de relâcher délibérément la surveillance pour transformer la migration en instrument de pression diplomatique.
Le précédent le plus connu remonte à mai 2021. À cette occasion, plus de 8000 personnes étaient entrées à Ceuta après que les autorités marocaines eurent délibérément relâché la garde à la frontière. Cette crise avait coïncidé avec la décision espagnole d’autoriser le secrétaire général du Front Polisario, Brahim Ghali, gravement malade, à recevoir des soins médicaux sur le territoire espagnol. Rabat considéra cet acte comme une offense politique et répondit en exploitant la vulnérabilité de la frontière pour frapper Madrid. Déjà à l’époque, la presse internationale décrivait ce relâchement des contrôles comme une mesure de représailles liée au Sahara occidental, tandis que le Parlement européen condamnait explicitement l’utilisation du contrôle des frontières et des migrants, y compris de nombreux mineurs, comme moyen de pression contre un État membre de l’Union européenne.

Cet épisode eut des conséquences profondes. En mars 2022, le gouvernement de Pedro Sánchez abandonna la position de neutralité suivie depuis des décennies par l’Espagne et déclara que le plan marocain d’autonomie pour le Sahara occidental était la proposition «la plus sérieuse, crédible et réaliste» pour résoudre le conflit. Ce tournant permit de renouer les liens avec Rabat, mais provoqua une grave crise avec l’Algérie et suscita l’opposition du Front Polisario et de larges secteurs de la société espagnole. La séquence politique était difficile à mal interpréter: pression migratoire en 2021, dégradation des relations, puis concession espagnole sur la question stratégique qui intéresse le plus la monarchie marocaine.
La crise actuelle répète le même schéma: les gardes marocains sont d’abord restés passifs et n’ont agi que dans un second temps, lorsque le flux avait déjà pris des dimensions énormes. La capacité ultérieure de Rabat à bloquer de nouveaux passages et à favoriser le retour de dizaines de milliers de personnes confirme en outre que le gouvernement marocain conserve un contrôle déterminant sur la perméabilité de la frontière. Le Maroc dispose ainsi d’un levier particulièrement efficace : lorsqu’il coopère, il est présenté comme un partenaire indispensable de la défense des frontières européennes ; lorsqu’il réduit son action, il peut en quelques heures provoquer une crise capable de déstabiliser le débat politique espagnol et européen. Les migrants deviennent ainsi des instruments inconscients d’une forme de diplomatie coercitive, tandis que les causes sociales qui les poussent au départ sont subordonnées aux objectifs géopolitiques de la monarchie.

Cette stratégie ne peut être dissociée de l’axe construit ces dernières années entre le Maroc, les États-Unis et Israël. En décembre 2020, l’administration de Donald Trump a reconnu unilatéralement la souveraineté marocaine sur l’ensemble du Sahara occidental. Cette décision faisait partie de l’accord par lequel Rabat rétablissait ses relations diplomatiques avec Israël dans le cadre des Accords d’Abraham. La reconnaissance américaine a donc constitué la contrepartie politique offerte à la monarchie marocaine en échange de la normalisation avec Tel Aviv.
En juillet 2023, Israël a lui aussi officiellement reconnu la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental, renforçant encore le pacte. Déjà en novembre 2021, les deux pays avaient signé un mémorandum de coopération militaire officialisant leurs relations dans le domaine de la défense, ouvrant la voie à des collaborations dans le renseignement, l’industrie militaire, la formation et la cybersécurité. Le Sahara occidental est ainsi devenu une monnaie d’échange géopolitique dans les Accords d’Abraham: les États-Unis et Israël légitiment l’expansionnisme marocain, tandis que Rabat offre la normalisation diplomatique, la coopération militaire et un point d’appui stratégique au Maghreb.
Ce soutien international a renforcé la capacité du Maroc à exercer une pression sur l’Espagne. Rabat sait qu’il peut compter sur la couverture politique des deux puissances qui, plus ouvertement, reconnaissent ses revendications territoriales. Washington et Tel Aviv n’ont pas besoin de diriger concrètement chaque initiative marocaine: il leur suffit d’assurer à la monarchie un environnement diplomatique favorable, de lui fournir une coopération stratégique et de transformer chaque crise avec Madrid en une occasion de frapper le gouvernement Sánchez.
L’Espagne est entre-temps devenue l’un des pays européens les plus critiques envers la politique israélienne. Le 28 mai 2024, Madrid a officiellement reconnu l’État palestinien, présentant cette décision comme une contribution à la paix et à la solution à deux États. Dans les années suivantes, Sánchez a intensifié la pression pour que l’Union européenne revoie ses relations avec Israël, allant jusqu’à demander en 2026 la suspension de l’accord d’association entre Bruxelles et Tel Aviv.

Ce n’est pas un hasard si la crise de Ceuta a été immédiatement exploitée par les États-Unis et Israël pour attaquer cette ligne politique. Trump a présenté les images en provenance de l’enclave comme la preuve des conséquences des politiques migratoires progressistes et comme un avertissement à l’électorat américain. Le Département d’État est allé plus loin, attribuant les faits aux efforts délibérés du gouvernement espagnol pour favoriser l’immigration irrégulière en Europe. Cette accusation a été démentie dans ses fondements: la régularisation approuvée par Madrid concerne des personnes déjà présentes en Espagne avant la crise et n’accorde aucun droit automatique à ceux qui sont arrivés à Ceuta ces derniers jours. Cette falsification des faits n’était pas une erreur, mais une opération de propagande visant à délégitimer Sánchez et à présenter toute politique moins répressive comme une invitation à «l’invasion».
Du côté israélien, l’ambassadeur à l’ONU Danny Danon a profité de la crise pour accuser l’Espagne d’hypocrisie, qualifiant Ceuta et Melilla d’« enclaves coloniales » et liant explicitement la question aux critiques formulées par Madrid à l’encontre de l’occupation des territoires palestiniens. Le message était clair: un gouvernement qui dénonce le colonialisme israélien doit s’attendre à ce que sa propre souveraineté sur les villes nord-africaines soit elle aussi remise en cause. Le ministre espagnol des transports, Óscar Puente, a réagi en soulignant que la nature de la campagne contre l’Espagne devenait de plus en plus évidente.
Il ne s’agit pas non plus d’une rhétorique totalement nouvelle. En mai 2019, Yair Netanyahu, le fils de l’actuel Premier ministre israélien, a publié une carte de Ceuta, Melilla et des autres possessions espagnoles en Afrique du Nord en invitant les «Arabes et musulmans» à commencer par ces territoires la libération des terres qu’ils considéraient comme occupées. Après les protestations, il a précisé que sa provocation était une réponse au soutien espagnol aux organisations favorables à la fin de l’occupation israélienne de la Cisjordanie. Déjà à l’époque, donc, la menace de délégitimer la présence espagnole à Ceuta et Melilla était utilisée comme représailles politiques à la position de Madrid sur la Palestine.
Le Maroc, par ailleurs, ne doit pas être décrit comme un simple exécutant sans volonté propre. La monarchie poursuit un projet autonome de puissance régionale : consolider l’annexion du Sahara occidental, contenir l’Algérie, contrôler les routes migratoires et se présenter à l’Europe comme interlocuteur incontournable. C’est précisément cette autonomie d’intérêts qui rend la convergence avec les États-Unis et Israël efficace. Rabat met à disposition sa position géographique, ses infrastructures militaires et de renseignement, et la normalisation avec Tel Aviv ; en échange, elle reçoit une légitimation territoriale, des armements, une coopération stratégique et une protection diplomatique.
La tragédie des migrants est ainsi instrumentalisée à plusieurs niveaux. Rabat peut utiliser leur désespoir pour rappeler à Madrid que la stabilité de la frontière dépend de la coopération marocaine. Washington utilise les images de Ceuta pour alimenter sa propre offensive contre l’immigration et contre les gouvernements européens non alignés. Tel Aviv s’en sert pour attaquer l’un des principaux soutiens européens de la Palestine et pour mettre sur le même plan l’occupation israélienne et la souveraineté espagnole sur les deux villes. Enfin, les droites espagnoles et européennes exploitent la crise pour réclamer de nouvelles mesures répressives et affaiblir le gouvernement.
Derrière cette opération, il reste les victimes: les jeunes Marocains poussés à fuir par un système marqué par les inégalités, les migrants africains transformés en instruments de négociation, et le peuple sahraoui privé depuis plus d’un demi-siècle du droit de décider de son avenir. La réponse ne peut pas consister seulement en la militarisation de Ceuta. Elle doit commencer par la dénonciation du chantage migratoire, le rejet de la campagne de propagande israélo-américaine et le retour à une position cohérente sur le Sahara occidental. On ne peut en effet défendre le droit à l’autodétermination des Palestiniens tout en acceptant que celui des Sahraouis soit sacrifié aux intérêts géopolitiques de la monarchie marocaine.
18:45 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : affaires européennes, méditerranée, actualité, europe, espagne, maroc, ceuta, israël, états-unis, géopolitique |
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L’immigration comme arme de guerre non conventionnelle aux effets à long terme

L’immigration comme arme de guerre non conventionnelle aux effets à long terme
par Gennaro Scala
Source : Gennaro Scala & https://www.ariannaeditrice.it/articoli/l-immigrazione-co...
Je ne saurais citer aucun penseur européen ayant défini la nature de l’immigration en Europe avec plus de précision que Christopher Caldwell: «l’immigration, c’est l’américanisation» (La dernière révolution de l’Europe. L’immigration, l’islam et l’Occident). C’est une règle déjà vérifiée à d’autres occasions: contrairement à la dialectique du maître et de l’esclave selon Hegel, pour les dominants, la connaissance est essentielle, et c’est pourquoi les études les plus réalistes et utiles à la compréhension des phénomènes politiques, sociaux et historiques proviennent le plus souvent du milieu culturel et universitaire américain, bien plus que de ce qui est produit en Europe.
Pourquoi Caldwell écrit-il ce que bien peu d’écrivains européens oseraient écrire? Je ne saurais le dire avec certitude, mais il est probable qu’une certaine droite conservatrice, famille idéologique à laquelle appartient Caldwell (le titre anglais de son livre n’est d’ailleurs pas sans rappeler celui de Burke sur la Révolution française), perçoive le risque que la déstabilisation des structures sociales des principales nations européennes – ce qui serait l’aboutissement de cette «dernière révolution» – représente aussi pour les États-Unis. Peut-être certains conservateurs américains voudraient-ils au contraire une Europe capable de coopérer efficacement au projet hégémonique américain, ou bien perçoivent-ils l’Europe comme une pièce de «l’empire» occidental, dont la destruction affaiblirait l’«empire» lui-même.
Quels que soient les référents idéologiques ou les motivations politiques de Caldwell, je rejoins Perry Anderson (un universitaire marxiste): c’est l’un des livres les plus importants sur l’immigration en Europe. J’en ai parlé ailleurs, mais ici, la question qui nous intéresse est celle-ci:
Si, dans les années soixante, l’immigration était nécessaire en raison du manque de main-d’œuvre, pourquoi a-t-elle continué à l’être après les années quatre-vingt, alors que l’Europe connaissait une période de chômage généralisé? […] Qu’il s’agisse d’un dessein occulte ou d’une simple négligence, le fait est que le flux n’a pas cessé.
Si ce n’est pas un dessein occulte, on peut supposer – même s’il serait utile d’en faire une étude approfondie – qu’à une première étape, l’immigration a été le fruit de l’influence du système politique américain sur les nations européennes, qui, en tant que nations subordonnées, ont subi la pression visant à les assimiler au modèle social américain. Les immigrations, qui ont constitué la dimension « multiculturelle » de la société américaine, ont été fondamentales pour le développement de la puissance nord-américaine, qui avait besoin de main-d’œuvre à exploiter.
Mais, en même temps, cette « multi-ethnicité » peut devenir sa plus grande faiblesse si la dynamique expansionniste s’arrête, car elle peut être source de profondes fractures. Rappelons la question persistante afro-américaine, à laquelle s’ajoute désormais une immigration ibéro-américaine massive. On comprend ainsi pourquoi il y a eu une forte poussée pour assimiler les nations européennes (fondées sur une plus grande homogénéité ethnique) à la société américaine, l’alliance avec l’Europe – ou plutôt l’alliance-sous-ordre – ayant toujours été un pilier de la politique américaine. Il est significatif que ce soient justement les deux puissances européennes, la France et l’Angleterre, pourtant officiellement victorieuses de la Seconde Guerre mondiale, qui aient le plus subi ce bouleversement de leur composition sociale (en réalité, aucune puissance européenne n’a gagné la Seconde Guerre mondiale, qui, avec la première, fut l’événement déterminant du déclin de la civilisation européenne). Caldwell rapporte que, dès l’après-guerre, alors que se profilait la « société multiethnique », l’opinion générale était qu’elle ne serait jamais acceptée, l’Angleterre ayant été, notamment de par sa nature insulaire, la nation européenne la plus homogène sur le plan ethnique et culturel. «Des rivières de sang couleront», disait-on dans les années 1950 si l’immigration ne cessait pas, mais finalement, il ne s’est rien passé.
L’immigration a continué, une idéologie fonctionnelle à ce projet s’est formée, le multiculturalisme, diffusé par les médias et l’école, et plus encore par l’université, qui joue un rôle central à travers d’innombrables publications vantant les mérites de la société multiculturelle. On inculque aux étudiants que même simplement mettre en doute que l’immigration soit toujours positive est du «racisme». Le rôle de la classe moyenne semi-instruite a été important: ces couches scolarisées de la population, notamment celles issues des milieux populaires, qui, en remplaçant les «prolétaires» par des «migrants», rationalisaient leur éloignement effectif du sort des classes populaires.
Cependant, ces derniers temps, on a observé un changement: l’immigration a perdu son caractère apparemment «spontané», découlant de la simple influence «normale» des États-Unis sur les pays européens soumis.
Récemment, sur son site, Maurizio Blondet a relayé un article, Les propriétaires de navires négriers, signé M.M., qui compilait les informations publiées par les principaux quotidiens italiens sur les flux de migrants, souvent «secourus» à quelques kilomètres seulement des côtes africaines, grâce à des navires de diverses nations occidentales. Sans parler de la marine italienne, constamment engagée dans ces « sauvetages ». Le célèbre caricaturiste italien Krancic, dans un de ses dessins, illustrait la situation ainsi: une mère se promène sur la plage avec ses enfants, et à l’un d’eux qui s’apprête à entrer dans l’eau, elle supplie: «N’entre pas dans l’eau, sinon la marine italienne viendra te chercher et t’emmènera en Italie».
Je ne rapporte pas ici les articles publiés dans la presse quotidienne, puisqu’ils sont facilement accessibles à toute personne disposant d’un ordinateur et surtout désireuse de comprendre comment les choses se passent. Difficile de nier l’évidence: ce flux massif de migrants est organisé, et il est difficile, sinon impossible, d’imaginer qu’il n’y ait pas derrière cette organisation la main de la puissance hégémonique, c’est-à-dire les États-Unis.
Avec cette accélération artificielle de l’immigration, le jeu devient plus évident. Et c’est ici qu’un livre de Kelly M. Greenhill, Weapons of Mass Migration: Forced Displacement, Coercion, and Foreign Policy, nous est utile. À partir de plus de cinquante cas d’utilisation de «l’arme des migrations de masse», l’auteure conclut que cette arme est principalement utilisée par des «challengers» plus faibles que leurs cibles, ces dernières étant principalement les démocraties libérales. La cible principale se révèle être les États-Unis.
Kelly M. Greenhill nous a fait comprendre comment la manipulation des flux migratoires peut être utilisée comme arme, mais elle n’a analysé son usage que comme facteur conjoncturel lié à des objectifs limités: obtention de fonds ou de concessions politiques. Il serait intéressant de mener une étude spécifique sur l’utilisation possible de cette arme comme facteur stratégique permettant d’obtenir des résultats plus larges et à long terme, de la part d’une puissance qui a tous les moyens pour le faire et n’hésiterait pas si cela sert ses intérêts. Par exemple, en ce qui concerne l’immigration en Europe, qui a radicalement modifié la composition sociale des nations européennes, ce « cas » n’est pas envisagé.
L’hypothèse la plus cohérente pour expliquer cette accélération artificielle de l’immigration est que l’intensification de la confrontation avec la Russie a poussé à accélérer une expérience d’ingénierie ethnique. Pour éviter que les principales nations européennes ne se rapprochent de la Russie, principal casse-tête géopolitique, on les entraîne dans un bourbier «multiethnique», on y introduit des groupes ethniques étrangers qui, s’ils sont correctement stimulés, financés, voire armés, peuvent constituer un grave problème interne. Ainsi, l’arme de l’immigration peut aussi devenir un instrument de chantage.
Si ces hypothèses ne convainquent pas, on attendra d’autres explications susceptibles d’éclairer le comportement autrement inexplicable de la marine italienne, occupée à transporter des migrants en Italie plutôt qu’à empêcher les débarquements clandestins.
17:54 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, italie, immigration, europe, affaires européennes |
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dimanche, 02 août 2026
La vengeance de Trump? Quel rôle les États-Unis pourraient-ils jouer dans la crise migratoire à Ceuta?

La vengeance de Trump?
Quel rôle les États-Unis pourraient-ils jouer dans la crise migratoire à Ceuta?
Thomas Röper
Source: https://anti-spiegel.ru/2026/welche-rolle-die-usa-bei-der...
Dans le contexte de la nouvelle crise migratoire dans les presidios espagnols de Ceuta et Melilla, un rapport du Congrès américain fait sensation, car les États-Unis y ont modifié leur position sur les enclaves et ne les qualifient plus de villes espagnoles, mais de «villes administrées par l’Espagne».
La crise migratoire dans les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla fait la une en Allemagne et dans l’UE. Les médias s’interrogent sur les raisons qui ont mené à cette situation, où de plus en plus d’États membres de l’UE vont jusqu’à demander l’exclusion de l’Espagne de l’accord de Schengen sur la libre-circulation, tant que la situation ne sera pas sous contrôle.
Je souhaite attirer ici l’attention sur un rapport du Congrès américain du 30 avril 2026. Ce rapport a été rédigé dans le cadre de la préparation du budget américain pour 2027 et portait sur la «sécurité nationale, le Département d’État et les programmes associés». À la page 88, on trouve les observations suivantes concernant le Maroc :
«Le comité poursuit son soutien au Maroc pour la préservation des intérêts de sécurité nationale des États-Unis et alloue, dans le cadre des programmes d’investissement dans la sécurité nationale, au moins 20 millions de dollars, et au moins 20 millions de dollars dans le programme de financement militaire étranger. Le comité rappelle l’alliance historique entre les États-Unis et le Maroc, consacrée en 1786 par le traité de paix et d’amitié maroco-américain. Il constate que les villes administrées par l’Espagne, Ceuta et Melilla, se trouvent sur le territoire marocain et font toujours l’objet de revendications historiques de la part du Maroc. Le comité soutient les efforts du Secrétaire d’État pour promouvoir le dialogue diplomatique entre le Maroc et l’Espagne sur le futur statut de Ceuta et Melilla».

Ce qui est décisif ici, c’est que le Congrès américain parle soudain de «villes administrées par l’Espagne», alors qu’auparavant les États-Unis n’avaient jamais laissé planer le moindre doute sur leur reconnaissance de la souveraineté espagnole sur ces villes. Il s’agit donc d’un changement important de la position américaine, qui, à l’époque, n’a été remarqué que par des experts et des médias spécialisés sur le sujet.
Lorsque, avec la crise migratoire actuelle, les premiers analystes ont découvert ce rapport, la plupart ont estimé que ce changement de cap américain était une sanction contre le gouvernement espagnol pour avoir refusé de soutenir les États-Unis dans la guerre contre l’Iran.
C’est bien sûr possible, mais ce n’est sans doute pas la raison première, car de tels rapports ne sont pas rédigés spontanément: ils sont préparés de longue date. Et il faut rappeler que le gouvernement espagnol était déjà tombé en disgrâce auprès de l’administration Trump l’été dernier, quand l’Espagne avait publiquement refusé, lors du sommet de l’OTAN de 2026, de consacrer 5% de son PIB à la défense et à la préparation militaire, ce qui avait provoqué la colère de Washington.
Il semble donc que le gouvernement américain ait décidé dès l’an dernier de rendre la vie difficile au gouvernement espagnol, par exemple en soutenant le Maroc dans le différend sur Ceuta et Melilla. Et peut-être que, dans la foulée, l’administration américaine a eu d’autres idées pour compliquer la vie de Madrid.
Mais restons sur le cas du Maroc, car il n’est pas du tout exclu que les États-Unis aient joué un rôle dans la crise migratoire actuelle. Il est en effet plus que peu probable que des dizaines de milliers de migrants se soient spontanément rassemblés au Maroc, sans coordination, pour traverser la mer à la nage vers Ceuta en quelques heures.
Que cette vague migratoire ne soit pas spontanée, on pouvait aussi le lire entre les lignes dans les médias allemands comme Der Spiegel. Der Spiegel rapportait que le Premier ministre espagnol Sánchez, lors de sa visite à Ceuta vendredi midi, évitait toute accusation contre le Maroc, alors que les gardes-frontières marocains n’étaient intervenus que jeudi soir. Avant cela, ils avaient donc laissé faire les migrants sans réagir.
Der Spiegel écrit ensuite :
« Un journaliste lui demande si le royaume coopérait vraiment aussi bien qu’il le prétendait. Après tout, c’était parfois l’ambiance de fête sur la plage. Les gardes-frontières marocains n’auraient-ils pas fermé les yeux ? Sánchez a éludé la question. Il a parlé d’une attaque. Mais il n’a pas voulu dire explicitement qui avait porté atteinte à l’intégrité territoriale de Ceuta – manifestement par calcul stratégique. »
Chacun peut donc se demander ce qui lui semble le plus vraisemblable: l’afflux de migrants était-il un événement spontané, sans aucune planification? Ou le gouvernement marocain a-t-il coordonné tout cela en coulisses, en ordonnant à ses gardes-frontières de rester passifs aussi longtemps que possible? Et si c’est le cas, dans quelle mesure est-il probable que le gouvernement marocain ait agi avec le soutien du gouvernement américain, qui souhaite punir l’Espagne pour sa désobéissance en matière de réarmement dans le cadre de l’OTAN, la guerre contre l’Iran et d’autres différends avec Washington?
Si, par exemple, l’UE devait suspendre l’accord de Schengen avec l’Espagne, ce serait un coup dur pour le gouvernement espagnol, qui y perdrait sûrement des voix lors des prochaines élections. Et c’est précisément ce que souhaite le gouvernement américain: un nouveau gouvernement espagnol, à nouveau obéissant envers les États-Unis.
Nous avons donc ici, une fois de plus, une de ces «coïncidences» où un événement apparemment spontané sert à cent pour cent les intérêts américains…
17:58 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, europe, affaires européennes, espagne, maroc, ceuta |
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