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dimanche, 04 octobre 2026

Les blocages culturels: quand le stéréotype remplace la connaissance

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Les blocages culturels: quand le stéréotype remplace la connaissance

Giovanni Balducci

Source: https://geopoliticaesistemi.com/i-blocchi-della-cultura-q...

Il existe des formes d’ignorance qui ne proviennent pas simplement du fait de ne pas savoir, mais de la conviction que l’on sait déjà. C’est là l’un des principaux blocages culturels de notre époque: une personne entend prononcer un mot tel que Moyen Âge, islam, philosophie, empire, religion, aristocratie, peuple ou science, et une image toute faite surgit immédiatement dans son esprit. Il ne s’agit pas nécessairement d’une image construite par l’étude; elle provient souvent d’une publicité télévisée, d’un titre parcouru rapidement, d’un film, d’une plaisanterie, d’une publication sur un réseau social ou d’années de simplifications répétées. Le problème ne réside pas dans le fait d’avoir une première impression, car nous en avons tous, mais il apparaît au moment où cette première impression devient une barrière qui empêche de connaître ce qui se trouve derrière elle.

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Prenons le Moyen Âge. Dans le langage courant, il suffit de dire «nous sommes revenus au Moyen Âge» pour évoquer l’arriération, l’ignorance, la violence, la superstition et la saleté. Dans les films et les représentations populaires, l’homme médiéval est souvent transformé en caricature: grossier, fanatique et incapable de raisonner. Puis on commence à lire et, soudain, on découvre les universités médiévales, les grandes controverses philosophiques, la scolastique, les cathédrales, les innovations agricoles et techniques, les villes marchandes, le droit, les corporations, Dante, Thomas d’Aquin, Abélard et Ockham.

Cela ne signifie pas, entendons-nous bien, transformer le Moyen Âge en un âge parfait: les guerres, les persécutions, les famines et les violences existaient bel et bien. Cela signifie toutefois comprendre qu’environ mille ans d’histoire européenne ne peuvent être réduits au mot «obscurité». Celui qui ne connaît que la caricature voit un homme du Moyen Âge et rit; celui qui approfondit le sujet se demande au contraire ce que cet homme pensait, quel était son univers mental, quels problèmes il cherchait à résoudre et quelles connaissances il possédait.

Quelque chose de semblable se produit lorsque l’on parle de l’islam. Une personne qui n’a rencontré le monde islamique que presque exclusivement à travers des informations sur le terrorisme, la criminalité, les guerres ou le fondamentalisme risque d’établir une association automatique: islam égale violence. Mais cela relève de l’actualité, non de l’histoire d’une civilisation. Il suffit de commencer à approfondir le sujet pour découvrir un univers infiniment plus vaste.

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On rencontre Averroès, philosophe, médecin et juriste de Cordoue, l’un des grands commentateurs d’Aristote, dont l’œuvre exerça également une influence considérable sur la philosophie européenne; on rencontre Avicenne, figure majeure de l’histoire de la philosophie et de la médecine; on découvre des mathématiciens, des astronomes, des médecins, des traducteurs et des savants qui œuvrèrent de Bagdad à l’Andalousie. On découvre des bibliothèques, des centres d’étude, des débats philosophiques, des écoles juridiques, de la poésie, de l’architecture et des siècles de relations, pacifiques autant que conflictuelles, avec les mondes chrétien, juif, persan, indien et méditerranéen. Ici encore, il ne s’agit pas d’idéaliser: le monde islamique, comme les mondes chrétien, européen ou asiatique, comprend des époques splendides et des pages terribles. Le problème consiste à croire qu’une civilisation vieille de plus d’un millénaire puisse être expliquée par le journal télévisé du soir.

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Le même mécanisme concerne la Rome antique. Pour beaucoup, Rome signifie légionnaires, gladiateurs, empereurs cruels et banquets décadents. Ces éléments sont réels, mais ils ne constituent qu’une infime partie d’une histoire bien plus complexe. Derrière Rome se trouvent le droit, l’administration, l’ingénierie, la rhétorique, la philosophie, les réseaux commerciaux, l’organisation des villes, la citoyenneté et un immense processus de rencontres et d’affrontements entre différents peuples. Lorsque l’on commence à lire les œuvres de Cicéron, d’Horace, de Sénèque ou de Marc Aurèle, ces hommes qui vécurent il y a deux mille ans cessent soudain de paraître si éloignés, car ils parlent d’ambition, de peur, d’amitié, de mort, de pouvoir, de bonheur et de faiblesse humaine.

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Un autre blocage culturel concerne la philosophie. Combien de fois entend-on dire: «À quoi cela sert-il?». Cette question procède souvent de l’idée qu’il s’agirait d’une activité abstraite pratiquée par des personnes qui discutent de questions incompréhensibles et oiseuses. Pourtant, nombre d’idées que nous employons quotidiennement sans nous en rendre compte sont le fruit de plusieurs siècles de débats philosophiques. Qu’est-ce qui rend une loi juste? Que signifie être libre? D’où l’autorité politique tire-t-elle sa légitimité? Existe-t-il des limites à la connaissance? Qu’est-ce qui rend une personne moralement responsable? Quelle est la relation entre l’individu et la société? Ce sont des questions philosophiques avant même d’être politiques ou juridiques. Une personne peut ignorer la philosophie, mais il est beaucoup plus difficile de vivre en dehors des conséquences des idées philosophiques.

La simplification fonctionne même dans la direction opposée lorsqu’il est question de science. Celle-ci est parfois représentée comme une machine produisant des certitudes absolues, résumées par la formule: «La science le dit». Celui qui étudie véritablement la méthode scientifique découvre au contraire une réalité plus intéressante: la science progresse à travers des hypothèses, des observations, des expériences, des erreurs, des vérifications, des controverses, des corrections et des révisions. Sa force ne réside pas dans son infaillibilité, mais dans sa capacité à mettre continuellement ses propres conclusions à l’épreuve. Ici encore, la connaissance détruit une caricature, car elle remplace une image simpliste par la compréhension d’une méthode.

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Même des mots comme «barbare» sont trompeurs. Dans l’imaginaire collectif surgissent des hommes vêtus de peaux de bêtes, hurlants, primitifs et uniquement désireux de détruire Rome. Puis on étudie les Goths, les Lombards, les Francs et d’autres peuples, et l’on découvre des royaumes, des législations, des conversions religieuses, des alliances matrimoniales, des relations diplomatiques, des armées organisées et des métissages constants avec le monde romain. La réalité est bien moins cinématographique et beaucoup plus intéressante, précisément parce qu’elle oblige à renoncer à l’image toute faite et à accepter la complexité.

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Ce mécanisme devient particulièrement important lorsque l’on passe de l’histoire et de la culture à la géopolitique. Les États, les peuples et les civilisations sont eux aussi souvent enfermés dans des images simplistes: l’Occident, l’Orient, le monde islamique, la Russie, la Chine, l’Europe, la Méditerranée. Des expressions utiles pour s’orienter peuvent rapidement se transformer en catégories rigides, comme si elles englobaient des sociétés parfaitement uniformes, des intérêts immuables et des comportements toujours prévisibles.

Pourtant, comprendre un pays ne consiste pas seulement à observer les décisions de son gouvernement à un moment historique donné, tout comme comprendre un conflit ne consiste pas à se limiter à la succession des événements militaires, ou pire encore, à leur représentation médiatique.

Derrière les choix politiques se trouvent la géographie, la mémoire historique, l’identité, l’économie, la démographie, la religion, les ressources, les perceptions de la sécurité et des relations construites au fil de décennies ou de siècles. Un stéréotype peut suffire à formuler un slogan; il suffit rarement à comprendre pourquoi des millions de personnes, des institutions et des États interprètent le monde d’une manière différente de la nôtre.

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Nous arrivons ici au cœur du problème: s’informer ne signifie pas nécessairement connaître. Une personne peut passer des heures chaque jour devant les journaux télévisés, les réseaux sociaux et les émissions de télévision tout en demeurant culturellement pauvre, non parce que la télévision, les journaux ou Internet seraient nécessairement inutiles, mais parce qu’une information fragmentaire ne se confond pas avec la connaissance. Et la culture commence souvent exactement là où s’arrête le stéréotype. La lecture produit en effet un résultat particulier: elle rend le monde plus difficile à simplifier. Après avoir étudié sérieusement une civilisation, il devient plus difficile de la mépriser en bloc; après avoir lu un auteur, il devient plus difficile d’en faire une caricature; après avoir appris à connaître une époque, il devient plus difficile de la juger à travers une plaisanterie. Non parce que l’étude empêche de critiquer, mais parce qu’elle permet de mieux critiquer.

16:29 Publié dans Philosophie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : stéréotypes, philosophie | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

Pourquoi Berlin cherche de nouveau à dialoguer avec Moscou

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Pourquoi Berlin cherche de nouveau à dialoguer avec Moscou

Elena Fritz

Source: https://t.me/global_affairs_byelena

Qu’est-ce qui a poussé le ministre allemand des Affaires étrangères, Johann Wadephul, à chercher le dialogue avec son homologue russe, Sergueï Lavrov?

L’initiative allemande s’explique par des considérations relevant aussi bien de la politique étrangère que de la politique intérieure. Sur le plan extérieur, c’est surtout l’escalade croissante de la guerre visant les infrastructures en Ukraine qui se trouve au premier plan. Dans ce contexte, la partie ukrainienne subit une pression de plus en plus forte.

Le blocus des ports d’Odessa ainsi que les attaques régulières contre les installations industrielles, les voies de transport et les infrastructures de communication aggravent la situation économique et sociale du pays. Dans ce contexte, l’intérêt pour une suspension des hostilités, au moins temporaire, s’accroît en Europe, notamment à l’approche de l’hiver, durant lequel les attaques russes pourraient se concentrer davantage sur les infrastructures énergétiques.

Il est remarquable que les principaux soutiens européens de l’Ukraine — la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni — aient eux-mêmes largement insisté, durant l’été de cette année, sur l’intensification des attaques ukrainiennes au moyen de systèmes d’armes à longue portée. Les orientations politiques correspondantes avaient déjà été arrêtées en janvier, lors des entretiens de Volodymyr Zelensky avec Emmanuel Macron, Friedrich Merz et Keir Starmer.

Le revers de cette logique d’escalade apparaît désormais: Moscou est appelé à limiter ses attaques sur le territoire ukrainien, à assouplir le blocus maritime et, en particulier pendant les mois d’hiver, à renoncer aux attaques contre l’approvisionnement énergétique.

Si la Russie acceptait ces demandes, elle renoncerait toutefois à une part considérable du potentiel de pression militaire qu’elle a désormais constitué.

L’initiative de dialogue de Wadephul comporte cependant aussi une dimension de politique intérieure. En Allemagne, l’inquiétude grandit face à une nouvelle escalade du conflit. La perspective d’une confrontation militaire de plus en plus directe entre l’Allemagne — ou l’OTAN — et la Russie suscite un scepticisme manifeste au sein d’une partie de la population, d’autant plus que le gouvernement fédéral dirigé par Friedrich Merz suit une ligne toujours plus conflictuelle en matière de politique étrangère et de sécurité.

Cette évolution fait également partie du contexte politique dans lequel l’AfD gagne du terrain, tandis que l’Union chrétienne-démocrate et chrétienne-sociale se retrouve sous pression.

Dans ce contexte, la rencontre entre Wadephul et Lavrov, en marge de l’Assemblée générale des Nations unies à New York, remplissait également une fonction de politique intérieure: Berlin montre que les canaux de communication avec Moscou ne sont pas entièrement fermés.

Pour l’instant, il s’agit toutefois principalement de déconflictualisation diplomatique, c’est-à-dire d’afficher ostensiblement la volonté même de se parler. Rien ne permet encore de savoir si cette démarche débouchera sur un véritable dialogue politique de fond.

#géopolitique @global_affairs_byelena

Les géopolémiques de Trump

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Les géopolémiques de Trump

par Georges Feltin-Tracol

Herodote-N-200-201-50-ans-de-geopolitique-hommage-a-Yves-Lacoste.jpgDécédé le 20 juin dernier à l’âge respectable de 96 ans, le géographe Yves Lacoste a réhabilité la géopolitique à l’université. Quelques mois auparavant, à l’occasion de la parution de son 200ème numéro, Hérodote, sa revue fondée en 1976 avec l’investissement de l’éditeur François Maspero, lui rendait un vibrant hommage.

Rien ne prédestinait Yves Lacoste à la géopolitique. Tenant d’une géographie critique se référant à la fois au marxisme et au tiers-mondisme, ce militant du PCF dans sa jeunesse découvre les écrits de l’historien musulman Ibn Khaldoun (1332–1406) et du géographe français Élisée Reclus (1830–1905), par ailleurs fervent partisan de l’anarchisme. C’est à leur contact et en étudiant sur le terrain les ravages des bombes étatsuniennes sur les rizières du Vietnam du Nord, qu’il comprend que «la géographie, ça sert, d’abord, à faire la guerre», titre de son célèbre essai qui le consacre en patron de la géopolitique dans l’Hexagone dès 1976.

La-geographie-ca-sert-d-abord-a-faire-la-guerre.jpgLa géographie n’est pas une science objective quand bien même elle emploie des outils mathématiques et statistiques. Certes, la géographie physique qui étudie les morphologies terrestres s’approche d’une certaine rigueur scientifique en dépit du facteur anthropique qu’il ne faut jamais négliger.

Quant à la géographie humaine à laquelle se rattache la géopolitique, elle ne bénéficie pas de cette assurance relative puisqu’elle se fonde sur des présupposés humains qui rendent impossibles l’élaboration de toutes autres paradigmes géographiques au contraire de la géométrie non euclidienne développée au XIXe siècle par Bernhard Riemann. L’étude du monde est par conséquent sujet d’interprétations sans cesse divergentes.

Donald Trump ignore tout de l’épistémologie de la géopolitique. Il possède toutefois un instinct redoutable qui l’entraîne dans une incroyable guerre toponymique. Dès le jour de son investiture, le 20 janvier 2025, un décret présidentiel transforme le golfe du Mexique en «golfe de l’Amérique». Le point culminant de l’Amérique du Nord se situe en Alaska. Le sommet porte le nom de Mont McKinley en hommage au 25e président des États-Unis, William McKinley, assassiné en 1901 par l’anarchiste Leon Czolgosz et mis en avant en permanence par son lointain successeur. En 2015, le sommet change de nom et devient officiellement Denali, ce qui signifie dans l’idiome amérindien local «Celui qui est haut». Trump rétablit son nom précédent en 2025.

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Le 27 août 2026, furieux que le gouvernement canadien et des gouverneurs provinciaux, en particulier celui de l’Ontario, Doug Ford, pourtant conservateur populiste lui-même, lui tiennent tête et répondent à ses mesures protectionnistes par une hausse élevées des droits de douane, Donald Trump renomme le lac Ontario en «lac Amérique». Osera-t-il changer le lac Majeur en «lac Trump»?

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L’actuel locataire de la Maison Blanche souhaiterait aussi que l’État du Nouveau Mexique devienne l’«État de la Nouvelle-Amérique»… Dès le 2 septembre, il entend dénommer en plein conflit avec l’Iran le détroit d’Ormuz en «détroit Trump». On attend avec impatience qu’il donne son image et ses formes à la Statue de la Liberté tant il est vrai qu’un Donald Trump en robe longue et un peu moulante ferait son plus bel effet. À moins qu’il rebaptise New York, ce fief démocrate progressiste, en Trumpville…

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Le 7 septembre dernier, sur son propre réseau social Truth Social, le chef d’État yankee publie une carte de l’Amérique du Nord, des Antilles, de l’Amérique centrale, de Cuba, du Groenland et de l’Islande, en y incluant les territoires français et néerlandais, recouverte de la bannière étoilée étatsunienne.

On reste pantois devant cette représentation fantasmée des USA hypertrophiés, surtout si on la compare avec les actions musclées de l’ICE, la police anti-immigration. Ses agents, recrutés à la va-vite, pourchassent régulièrement les Latinos avant de les expulser vers leurs pays d’origine. Or l’extension territoriale des États-Unis à des territoires majoritairement hispanophones impliquerait-elle l’octroi de la citoyenneté étatsunienne à ces populations pour l’instant expulsables du territoire US ? Quelle contradiction ! Sauf dans l’hypothèse sinistre que les États-Unis renoueraient avec leur funeste passé génocidaire des peuples autochtones et de la traite négrière. On peut aussi imaginer qu’en promouvant la submersion migratoire de l’Europe ainsi que l’instabilité globale en Afrique du Nord, Washington inciterait Afrikaners et Européens de l’Ouest à fuir leurs foyers historiques afin de s’installer dans les méga-« États-Unis » christianomorphes blancs. Cette inquiétante supposition est possible.

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Les contentieux géopolitiques ne portent pas que sur les toponymes. Ils affectent aussi planisphères et autres cartes du monde. Évacuons le problème de la centralité cartographique. Les cartes disponibles en Europe sont euro-centrées. En Amérique du Nord, l’américano-centrisme domine. En Australie, la carte fréquente indique le Nord vers le bas et place en son centre l’île-continent des antipodes.

Non, le sujet concerne ici la pertinence de la projection cartographique. Géographes et cartographes savent toute la difficulté matérielle de représenter le globe terrestre tridimensionnel sur une surface plane bidimensionnelle. Il en résulte toujours des distorsions plus ou moins complexes. La carte la plus utilisée en Occident procède de la projection du Flamand Gérard Mercator (1512–1594) destinée à l’origine à la navigation transocéanique. La carte mercatorienne étire les territoires aux hautes latitudes et au contraire les contracte vers l’équateur; il en ressort une représentation visuelle inexacte puisque le Groenland d’une superficie de 2.166.086 km² est vu plus étendu que l’Inde (3.287.263 km²). Sur d’autres projections, le Groenland se présente plus vaste que l’Afrique qui, en réalité, fait quatorze fois la superficie de l’île septentrionale !

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Le 4 septembre 2026, l’assemblée générale de l’ONU adopte une résolution intitulée « Rééquilibrer la représentation cartographique mondiale et promouvoir une représentativité équitable des régions du monde, en particulier l’Afrique » malgré le vote hostile des États-Unis d’Amérique et six abstentions dont celle de l’Ukraine. Cette motion approuvée écarte la projection cartographique de Mercator au profit d’une projection récente, réalisée en 2018, appelée Equal Earth, conçue par Bojan Savric, Bernhard Jenny et Tom Patterson. La configuration préserve la surface relative des étendues terrestres (le Groenland y est bien moins étendu que l’Afrique) malgré une diminution partielle et le maintien de déformations aux hautes latitudes septentrionales et méridionales.

Mandaté dès avril 2025 par les cinquante-cinq États de l’Union africaine, le Togo soutient cette initiative aussitôt applaudie par les associations décoloniales wokistes pour qui ce vote représente «un acte de justice cognitive et de réparation mémorielle» en attendant peut-être que les États européens sortent le carnet de chèque, car ces derniers baignent dans la prospérité économique et l’excédent budgétaire astronomique. Pour sa part, l’association CorrectTheMap (« Corriger la carte ») se réjouit de cette adoption qui permettrait de «démanteler l’héritage colonial […] qui déforme l’identité africaine». Six décennies après la décolonisation, il était temps et urgent de réagir! Soulignons la référence explicite à un sentiment identitaire africaine alors que s’aggravent les tensions intra-africaines en Afrique des grands lacs.

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Le choix de la projection Equal Earth ne suscite pas le consensus parmi les experts. Le cartographe allemand Arno Peters (1916-2002) réalise dès 1967 sa propre carte inspirée et corrigée de la projection du pasteur écossais James Gall (1808–1895). Le planisphère selon Peters réduit les surfaces aux hautes altitudes et les élargit à l’équateur. La carte qui en résulte est fort correcte. L’émission géopolitique « Le dessous des cartes » diffusée sur la chaîne Arte, connue pour être l’antre des nostalgiques de la division Charlemagne, l’utilise dès son lancement. Il est regrettable que l’ONU, toujours aussi conformiste, n’évoque pas et ne choisisse encore moins la projection Peters n’est point été envisagée, sinon choisie.

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Les cartes ne sont jamais neutres. Le sémanticien non aristotélicien Alfred Korzybski (1879-1950) estimait que « la carte n’est pas le territoire ». La carte n’est qu’une simplification assumée, plus ou moins probante, de la réalité géophysique. Donald Trump aurait tout intérêt maintenant de concevoir sa propre projection. En effet, toute projection cartographique expose les arrières-pensées de son concepteur.    

GF-T

  • « Chronique flibustière », n° 200, d’abord mise en ligne le 1er octobre 2026 sur Synthèse nationale.

Mouvements de foule

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Mouvements de foule

par Pierre-Emile Blairon

Les Français ne sont certainement ni ochlophobes (peur des foules tumultueuses), ni agoraphobes (peur des foules dont on ne peut se dégager facilement), ni claustrophobes (peur des espaces confinés) ; ces phobies sont susceptibles de générer des malaises (vertiges, tremblements, sueurs).

Je suis donc très heureux de savoir mes compatriotes en bonne santé, tout au moins prémunis de certaines légères affections psychiatriques comme celles que je viens de citer.

Du pain et des jeux

On peut déplacer les Français par milliers, par dizaines de milliers, par centaine de milliers, et même par millions pour des événements de types très variés et pour des raisons très diverses ; ces raisons peuvent être :

-festives : ils n’hésitent pas à se déplacer pour admirer et ovationner des personnalités plus ou moins charismatiques précédées d’une aura « vues à la télé », comme des acteurs, des sportifs, des écrivains ou des politiciens connus, faire la queue pour écouter des chanteurs à la mode dans des salles immenses ou attendre des heures sur un trottoir pour la dédicace d’un livre (écrit par un « nègre » bien souvent, quand la personnalité qui s’y emploie est politique), participer dans la liesse à des spectacles de rue (J.O., spectacles de Toulouse [1]), à des rassemblements traditionnels souvent couplés à des fêtes religieuses locales où l’on chante et où l’on boit plus que de raison, comme les fêtes de Bayonne qui réunissent en juillet plus d’un million de personnes en blanc et rouge pendant 5 jours (et 5 nuits).

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Ces démarches sont souvent liées à des pulsions primaires fabriquées par les médias qui peuvent se transformer rapidement en idolâtrie, quelquefois hystérique et incontrôlable dans sa manifestation. Pour les Français, le moindre prétexte est bon pour faire la fête, pour « communier » en foule dans une même ferveur quelle qu’elle soit ; leur idéal de vie en même temps que leur devise pourrait être: panem et circenses, du pain et des jeux. En vérité, étant donné la situation économique catastrophique de la France, les Français se nourrissent actuellement plus de jeux et de fêtes que de pain.

- politiques : les Français sont passionnés de politique politicienne dont ils connaissent tous les artifices et rouages, phénomène qui se constate plus couramment dans les communautés rurales que dans les villes ; la haute politique, le politique, ne les intéresse guère, ils n’ont pas envie de réfléchir, mais ils participent volontiers aux meetings et aux défilés (dans les villes) et, dans les campagnes, aux cocktails clientélistes offerts par leur candidat (ou son adversaire) où ils rencontreront le notaire, le pharmacien, leur médecin référent et le curé et pourront ainsi créer et alimenter les potins qui combleront leurs journées et les discussions de fins de repas.

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- religieuses : visite d’un prélat, voire du pape, processions votives, messes, fêtes traditionnelles catholiques fréquentes dans notre pays comme dans tout le sud, l’ouest et l’est de l’Europe.

- revendicatives : les Français défilent presque toutes les semaines (hors vacances) pour des revendications diverses, la « rentrée » étant une période favorable à ce genre de manifestations :  pompiers, paysans, artisans, lycéens, syndicalistes, Gilets jaunes, Bonnets rouges…

- culturelles : se rendre à une exposition de peinture, aller au cinéma, voir une pièce de théâtre, pour avoir, et surtout pour donner, l’impression d’être actif, « dans le coup ».

- sportives : matches de football et courses à pied, par exemple, déplacent spectateurs et participants en grand nombre dans d’immenses stades et sur les routes.

Certains ne manqueraient pour rien au monde une manifestation où ils doivent être parce qu’il sera de bon ton d’y être ; il ne faut surtout pas louper un événement dont leur voisin les a assurés de sa participation. C’est un phénomène de mimétisme social dûment identifié.

La masse a les mêmes comportements que la foule à la différence près que la foule se réunit en un même lieu pour pouvoir accomplir une célébration – on peut ajouter une dimension pseudo-religieuse à la plupart de ces événements qu’on appellera alors « grandes messes » - alors que la masse est diluée dans un espace non défini et n’a nul besoin de se déplacer pour exister.

Au Moyen-Âge, les comportements étaient encore plus superstitieux et irraisonnés : ce sont des reliques qui déplaçaient les foules qui faisaient parfois à pied des centaines de kilomètres, pour voir des présumés restes d’un saint ou d’une sainte comme une épine de la couronne du Christ, un tibia ou un lambeau d’étoffe, les « fidèles » espérant tirer un bénéfice personnel du seul fait de les approcher ou mieux, de les toucher.

Picture_of_Le_Bon.jpgGustave Le Bon

Dans le n° 48 de la revue Cahiers de Psychologie Politique (janvier 2026), Matthijs Gardenier commente le point de vue de Gustave Le Bon, auteur du célèbre ouvrage Psychologie des foules paru en 1895 : « Les participants à une foule se retrouveraient dans un état d’esprit particulier, de quasi-hypnose qui déterminerait le déclenchement de l’action collective. En effet, la participation à une foule occasionnerait une forte suggestibilité. Dans un état proche de l’hypnose, les individus seraient prêts à accepter n’importe quelle information comme étant exacte, sans la passer au crible de la raison. Le Bon prend comme exemple les récits contradictoires des témoins oculaires au cours de la bataille de Waterloo. À celle-ci, se joint un autre élément, la contagion ou l’imitation. »

Je n’ai pas résisté au plaisir de vous faire découvrir cet extrait qui suit de l’œuvre de Gustave Le Bon où il dévoile un aspect de son talent qui ressemble fort à un pouvoir visionnaire car il parle ici de la « chute de la tour Eiffel » (qui m’a fait penser à une autre chute : celle des twin towers de New-York) et du naufrage d’un transatlantique (ce qui arrivera quelques années après la parution de son ouvrage avec le naufrage du Titanic) :

« Tout ce qui frappe l'imagination des foules se présente sous forme d'une image saisissante et bien nette, dégagée de toute interprétation accessoire, ou n'ayant d'autre accompagnement que quelques faits merveilleux ou mystérieux : une grande victoire, un grand miracle, un grand crime, un grand espoir. Il faut présenter les choses en bloc, et ne jamais en indiquer la genèse. Cent petits crimes ou cent petits accidents ne frapperont pas du tout l'imagination des foules ; tandis qu'un seul grand crime, un seul grand accident les frapperont profondément, même avec des résultats infiniment moins meurtriers que les cent petits accidents réunis... Un accident qui, au lieu de 5 000 personnes, en eût seulement fait périr 500, mais le même jour, sur une place publique, par un accident bien visible, la chute de la tour Eiffel, par exemple, eût au contraire produit sur l'imagination une impression immense. La perte probable d'un transatlantique qu'on supposait, faute de nouvelles, coulé en pleine mer, frappa profondément pendant huit jours l'imagination des foules. Or, les statistiques officielles montrent que dans la même année un millier de grands bâtiments se sont perdus. Mais, de ces pertes successives, bien autrement importantes comme destruction de vies et de marchandises qu'eût pu l'être celle du transatlantique eu question, les foules ne se sont pas préoccupées un seul instant. » (Le Bon 1895).

Je vais donner trois exemples très différents d’événements qui ont motivé le déplacement des foules ou leur engagement, récents et même actuels, puisqu’ils se sont déroulés en ce mois de septembre 2026, et se déroule encore pour l’un d’entre eux. Ces trois manifestations sont représentatives de ce besoin des Français de participer à un événement afin de pouvoir ensuite dire : « j’y étais », mais aussi de l’inconséquence de ces personnes car, la fête finie, on ne peut que constater l’apathie, l’irresponsabilité ou l’indifférence des Français concernant leur propre destin et celui de leurs enfants.

Ces trois événements sont : les concerts donnés par la chanteuse Céline Dion à Paris, la venue du pape en France, le blocus des lycées.

Trois événements qui ont déplacé les foules et défrayé la chronique : Céline Dion, le pape, la mobilisation des lycéens

- La séquence satanique: les concerts de Céline Dion à Paris

Après six ans d’absence en raison d’une maladie très rare appelée curieusement le « syndrome de la personne raide[2] », Céline Dion est réapparue en pleine forme pour entamer un marathon de 26 concerts étalés entre l’automne 2026 et mai 2027 en France ; qui ont réuni ou réuniront chaque soir plus de 30.000 spectateurs pour un total qui dépassera les 800.000 personnes.

Les concerts de Céline Dion sont marqués visuellement par des références à Satan qui, selon certaines analyses, laissent supposer qu’elle aurait conclu « un pacte avec le diable », comme c’est le cas de beaucoup d’artistes dans le monde qui ne cessent de manifester leur obéissance à ce personnage qu’on croit imaginaire (en France, une chanteuse comme Mylène Farmer semble tout autant possédée comme l’indiqueraient ses constantes références à Lucifer dans ses spectacles).

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En outre, la collection de vêtements pour enfants en bas âge que Céline Dion a créée est incontestablement d’inspiration démoniaque (malgré les dénégations de ses défenseurs) et vient appuyer l’hypothèse de sa soumission. (voir photos)

- La séquence christique: la visite en France du pape Léon XIV

Hasard du calendrier ? Il n’a pas fallu attendre longtemps la réponse de la communauté chrétienne à cette provocation satanique. Le pape Léon XIV a en effet séjourné en France du 25 au 28 septembre 2026 ; sa visite a rassemblé plus d’un million de fidèles venus le saluer.

Cette immense foule qui s’est rassemblée dans le calme et la bonne humeur, mais aussi dans le recueillement, pour accueillir dans la paix et la joie le chef de sa communauté a surpris les analystes et les « experts » en tout et en rien des médias de grand chemin qui n’ont trouvé pour la plupart qu’une seule parade à ce qu’ils considèrent comme un camouflet pour leur logique profondément « progressiste » : le silence[3].

Car leurs ressorts profondément manichéens ne peuvent déduire de cette incontestable preuve de la survivance d’une foi portée par ces vilains « traditionalistes conservateurs » que le signe de leur propre échec ; c’est le grain de sable qui vient enrayer leur machine dans sa course aux lendemains qui ne cessent de chanter.

Mon esprit toujours aussi critique apportera cependant un bémol à ce qui constitue pour les fidèles chrétiens la preuve que leur foi peut être revivifiée, que rien n’est perdu alors que l’on pensait que les Français s’étaient enfoncés dans une torpeur qui confinait à la neurasthénie, que ce peuple n’avait plus de vitalité et qu’il se laissait doucement aller dans la facilité d’une décadence qui avait marqué de la même façon la fin de l’empire romain ; et l’on revient au début de cet article : panem et circenses.

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Car il est fort possible que beaucoup de spectateurs venus assister au show de Céline Dion se sont retrouvés également présents dans cette assemblée de fidèle chrétiens.

Ont-ils été soudainement touchés par la grâce ? Retrouvent-ils miraculeusement le chemin de la foi ?

Certains sans doute ; mais je crois plutôt que le portrait du Français hédoniste décadent que j’ai tracé au début de cet article n’est en rien démenti ; le Français, à l’image de son cher président, pratique le « en même temps ».

Ce sont les mêmes qui, toujours aussi irresponsables, se retrouvent à dénoncer la violence avec laquelle leurs chers petits ont été dissuadés par la police de saccager ce qui reste de notre beau pays et, notamment, leurs propres lycées dont ils se plaignent de la vétusté pour certains ; le raisonnement de ces petits blancs est simple : puisque notre établissement n’est pas suffisamment confortable, autant le détruire entièrement ; mais nous verrons que d’autres facteurs interviennent qui compliquent les choses.

En clair, les Français n’ont aucun mal à faire cohabiter le diable et le Bon Dieu et à passer de l’un à l’autre selon leurs besoins ou leur humeur du jour.

Sionisme, antisionisme, antisémitisme

Une dernière remarque sur le rassemblement chrétien : il a eu un précédent qui a suscité aussi à l’époque une grande vague d’espoir, il s’agit de La Manif pour Tous qui s’est dressée contre Le Mariage pour Tous (entre personnes de même sexe) en 2013.

La Manif pour Tous avait, elle aussi, réuni 1 million d’individus, et sa pétition avait été signée par 700 000 personnes, pétition rejetée par le Conseil d’État, en-dehors de toute règle juridique, notamment celle imposée alors par le Tribunal administratif.

Et que s’est-il passé ensuite ? Rien.

Et que se passera-t-il après ce formidable accueil du pape ? à mon avis, mais j’espère me tromper : rien.

Et pourquoi ?

Toujours pour la même raison : la plupart sont venus pour la fête, pas par conviction religieuse ou humaniste, ils sont venus pour faire comme les autres, par mimétisme.

Les « cathos-tradis », en général, mais il y a des exceptions louables, ne sont pas des militants, ce sont des bourgeois conformistes. On n’est plus à l’époque de Degueldre ou de Bastien-Thiry qui connaissaient la nécessité et le prix du sacrifice.

Un exemple ? Les structures existent pour aider les Chrétiens d’Orient actuellement persécutés par Tsahal. Qui leur vient en aide ? Personne.

Un horrible génocide est en train de se perpétrer à Gaza, en Cisjordanie, au Liban et encore ailleurs si rien ni personne ne vient arrêter les sionistes qui ne vivent que pour l’expansion du Grand Israël ; ce génocide ne fait pas de différence entre musulmans et chrétiens, ces derniers étant très nombreux dans cette région puisque le christianisme est précisément né dans cette région. Ne serait-ce pas en accord avec les principes fondamentaux chrétiens de dénoncer, pour le moins, le massacre des hommes et de la terre qui se pratique quotidiennement dans ces pays?

Qui le fait ? Personne.

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Il n’y a pas de solidarité chrétienne « occidentale », voire universelle (c’est le sens même du mot : catholique), envers ceux des leurs qui sont martyrisés dans d’autres régions du monde, comme il n’y a pas de point de vue chrétien occidental sur les massacres et les tortures perpétrés par Tsahal avec l’accord tacite des Américains. Tous les fidèles des autres religions dans le monde sont solidaires de leurs coreligionnaires, pas les chrétiens occidentaux. Pourquoi ?

Parce que les chrétiens occidentaux sont sionistes à l’image du RN et de la plupart des structures dirigeantes de notre pays, c’est-à-dire exactement : américano-sionistes. Donc mondialistes parce que l’Occident n’est rien d’autre que l’alliance de trois entités visant à s’approprier le monde : cette pseudo-Europe (qui nous maltraite, nous, Européens), l’État sioniste d’Israël et l’Amérique du Nord.

D’autant qu’on sait maintenant que l’amalgame entre antisionisme et antisémitisme n’a aucun sens puisque les Israéliens sionistes qui tiennent le pouvoir en Israël ne sont pas juifs d’origine mais ashkénazes, issus du peuple khazar, juifs convertis au VIIIe siècle et que les vrais juifs ne les reconnaissent pas comme tels [4].

La séquence chaotique: les « lycéens en colère »

Le mouvement a été déclenché à l’origine par les représentants syndicaux du lycée de Créteil, invoquant un manque de moyens comme la nécessité de mettre à disposition du lycée une seconde infirmière ; il est difficile de croire qu’il s’est propagé aussi vite sans être encadré, et sans doute préparé, par des professionnels de la mise en place du désordre, comme le sont les membres de LFI, voire des individus non identifiés payés pour accomplir cette besogne ; la racaille des banlieues n’a pas été convoquée pour l’occasion, elle était sur place.

On a vu des représentants de l’autorité, comme le maire de Saint-Denis, ou d’autres élus LFI portant l’écharpe, participer à la mise en place du chaos qui a ensuite gagné toute la France.

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Les forces de l’ordre ont réagi assez rapidement, mais n’ont pas été à même de tenir le terrain par manque d’effectifs et aussi par l’impossibilité de prévoir les cibles auxquelles cette racaille bien formée allait s’attaquer car les pseudo-lycéens s’en sont pris immédiatement à des structures qui n’ont aucun lien avec l’école, comme une église à Strasbourg [5], un bus à Marseille [6], dans cette vidéo, une surveillante est tabassée à Annecy par une bande de sauvages [7], dans cette autre, les pseudo-lycéens affichent clairement leur appartenance à un pays étranger.

Il n’est pas impossible que ce chaos soit piloté par le gouvernement lui-même, ce qui lui donnerait la possibilité, au plus fort de l’embrasement de ce mouvement, qui n’est peut-être pas encore arrivé, de décréter une situation d’urgence afin de prendre les pleins pouvoirs.

Conclusion : je n’ai pas choisi ces trois séquences au hasard ; et, même, je ne les ai pas choisies du tout, elles m’ont été imposées par l’actualité : la France, fille aînée de l’Église a été, en ce mois de septembre et est encore, en ce mois d’octobre, au centre d’un conflit qui voit s’affronter les deux grands blocs qui composent le monde actuel : d’une part, le bloc des sociétés traditionnelles respectant les lois naturelles, humaines et cosmiques qui ont toujours régi le monde dans lequel nous vivons depuis des millions d’années qui ont su bâtir, au fil du temps, une société où les hommes ont vécu tant bien que mal, avec les aléas et les vicissitudes intrinsèques à notre condition, avec des règles morales et religieuses qui se sont efforcées de canaliser les pulsions négatives de nos semblables essayant de cohabiter plus ou moins harmonieusement sur cette Terre qui nous porte et, d’autre part, une engeance issue des reliquats morbides d’anciennes civilisations disparues qui vénèrent un démon, Satan, et qui tentent d’asservir notre Humanité ou de la remplacer par des robots et une intelligence artificielle qu’elle met en place d’une manière systématique sous nos yeux incrédules.

Nous avons du mal à croire que la génération qui va nous succéder et qui devra affronter ce terrible ennemi est constituée par ce groupe de sauvages qui s’exprime par des cris ou des onomatopées, se comporte comme des zombies dont le cerveau aurait été gravement détérioré et ne songe qu’à se dégager de toute contrainte pour vivre une existence illusoire, faite de jouissance sans entraves, fabriquée sur la base d’utopies qui leur ont été inculquées dès leur prime enfance par des invertis qui se sont peu à peu emparés des rênes de l’Éducation nationale (voir photo).

photo 2(1).jpgLa photo de cette jeune fille brandissant un carton résume assez bien la faillite de son éducation, dont la responsabilité incombe à la fois à ses parents démissionnaires de leur fonction de parents, qui n’ont pas su la préserver des dangers de la vie, mais aussi à l’Éducation nationale qui s’est immiscée dans un domaine qui ne lui appartient pas, celui de l’éducation sexuelle, en banalisant et même en encourageant les comportements à risque et les comportements déviants, une incompétence, si ce n’est une malveillance, dont cette jeune fille, jetée en pâture sur les réseaux sociaux, va désormais faire cruellement les frais.

Ces parents, dont j’ai dénoncé, au début de cet article, l’hédonisme, la passivité et l’insouciance, sont responsables de n’avoir rien fait pour préparer cette génération à la vie réelle qui peut être belle quelquefois mais exigeante plus souvent. Ces parents, en prenant le parti de ces jeunes gens, leurs enfants, ne font rien d’autre que d’essayer de s’absoudre de leur propre irresponsabilité et de leur propre incompétence à vivre en se fixant des règles, une morale, et en s’obligeant à des devoirs.

Notes: 

[1] Voir mes articles à ce sujet, sur le présent site, et aussi rassemblés dans l’ouvrage La Satanisation du Monde, Amazon 2025.

[2] Gérard Fauré, l’ancien fournisseur en cocaïne de l’oligarchie française et internationale qui en est très dépendante, pense plutôt que Céline Dion souffrirait d’un manque ou, au contraire, d’une overdose permanente, d’adrénochrome, cette substance qui serait prélevée dans le sang des jeunes enfants que les pédosatanistes du cercle d’Epstein auraient préalablement volés, effrayés puis torturés afin d’en obtenir la meilleure production, le but recherché par les oligarques « invités » ou plutôt « piégés » d’Epstein étant d’espérer vivre plus longtemps grâce à la régénération de leur sang. (« J’avais raison ! Céline Dion et La polémique du sosie », https://www.youtube.com/watch?v=tLkbwd1tymo)

[3] Voir les articles de Georges Gourdin sur le sujet : Génération Léon, prenez le Pouvoir ! du 1er octobre 2026 et Léon XIV au Stade de France : la Vérité contre le règne du mensonge du 26 septembre 2026.

[4] Voir mon article : L’Occident et la droite nationale française face à l’anéantissement de Gaza, article également inclus dans l’ouvrage Haute Trahison, Amazon 2026, p.101.

[5] Une église incendiée par les « lycéens » : https://www.facebook.com/reel/1412906561032222?locale=fr_FR

[6] Témoignage de Jean Mizrahi, professeur : Les transports en commun ont été à l'arrêt aujourd'hui à Marseille où je vis. Des élèves du lycée professionnel la Floride, où j'ai enseigné pendant une année il y a deux ans, ont mis le feu à un bus avec son chauffeur à l'intérieur, qui en a réchappé par miracle, mais semble-t-il quand même avec des brûlures. Je ne suis pas étonné, je me souviens de la population de ce lycée, j'y ai passé des moments peu sympathiques avec des gamins dont certains franchement déjantés. Devant un autre lycée marseillais, un camion de pompiers a été incendié.

[7] Une surveillante tabassée à Annecy par des sauvages hurlant dans une langue inconnue : https://www.facebook.com/reel/1636111814571232?locale=fr_FR

samedi, 03 octobre 2026

Assez de «transition énergétique»: la Norvège met un frein aux exportations d’électricité

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Assez de «transition énergétique»: la Norvège met un frein aux exportations d’électricité

Oslo/Berlin. Un nouveau mensonge énergétique vole en éclats: celui de la grande solidarité européenne à l’ère «post-fossile». Il n’en est rien: la Norvège entend désormais consacrer davantage son énergie hydraulique à son propre approvisionnement. Aucun nouveau câble électrique vers l’Europe ne devrait être planifié au moins jusqu’en 2029. Le ministre de l’Énergie, Terje Aasland, a qualifié d’«idée erronée» la conception jusque-là répandue selon laquelle l’hydroélectricité norvégienne pourrait compenser les fluctuations de la production éolienne et solaire en Europe.

Jusqu’à présent, la Norvège jouait un rôle important dans la compensation des fluctuations de l’offre sur le marché européen de l’électricité. L’hydroélectricité du pays pouvait fournir de l’énergie supplémentaire lorsque la production éolienne et solaire était faible. Mais Oslo justifie désormais son changement de cap par les conséquences sur son propre marché de l’électricité: l’utilisation des réservoirs pour répondre aux besoins européens peut réduire les réserves norvégiennes, tandis que les fluctuations de prix du marché européen pourraient «contaminer» la Norvège. C’est ce que le pays veut éviter.

La suspension de la construction de nouveaux câbles sous-marins devrait, dans un premier temps, rester en vigueur jusqu’en 2029. Il y aura donc moins de capacités de transport supplémentaires entre la Norvège et le reste de l’Europe. Pour les pays qui recourent à l’hydroélectricité norvégienne lorsque la production éolienne et solaire est faible, cela modifie les possibilités d’importation existantes.

Parallèlement — et là encore, contrairement à la plupart des pays de l’Union européenne — Oslo continue de miser sur l’exploitation des énergies fossiles. De nouveaux gisements de pétrole et de gaz sont mis en exploitation dans la mer de Barents. Le gouvernement norvégien souligne l’importance de la sécurité énergétique et de la fiabilité de l’approvisionnement.

L’Allemagne est directement touchée par cette réorientation de la politique norvégienne. Jusqu’à présent, les importations d’électricité en provenance de Norvège et d’autres pays européens permettent de compenser les pénuries lorsque l’énergie éolienne et solaire ne produit pas suffisamment d’électricité en Allemagne. À l’avenir, ce ne sera plus possible si la Norvège privilégie son autosuffisance et ne veut plus subir le chaos des prix européens de l’électricité.

Bien entendu, la diminution des exportations norvégiennes influencera le marché européen de l’électricité. En période de production insuffisante, d’autres centrales devront prendre le relais — mais plus les centrales norvégiennes. Pour l’Allemagne, cela devrait accroître le besoin en capacités de réserve nationales, notamment en centrales à gaz. Or, celles-ci sont encore loin d’être disponibles. Il ne reste donc que cette conclusion décevante: l’Allemagne subit de plus en plus les conséquences de sa « transition énergétique » (se).

Source: Zu erst, octobre 2026. 

 

Pino Rauti et la primauté de la culture sur la politique

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Pino Rauti et la primauté de la culture sur la politique

par Gennaro Malgieri

Source: https://www.barbadillo.it/133721-pino-rauti-e-il-primato-...

Il déploya toute sa fière « différence » dans le champ de l’irrégularité, ce qui lui valut de considérables malentendus sans jamais le faire dévier de la conviction acquise dès sa prime jeunesse: la nécessité, autrement dit, de conjuguer les valeurs traditionnelles avec la «question sociale» dans une synthèse que nous pourrions aujourd’hui, non sans audace, qualifier de «métapolitique».

Il y a cent ans, le 19 novembre 1926, naissait à Cardinale, en Calabre, Pino Rauti. Intellectuel et homme politique, il fut le symbole vivant de la complexité de la droite italienne. Le peu d’aisance dont fait preuve le journalisme politique de notre pays lorsqu’il doit aborder les personnages «cruciaux» de la vie publique, surtout lorsqu’ils se laissent difficilement enfermer dans des carcans idéologiques, laisse place à l’incompréhension ou, pire encore, à l’effacement. Ce fut le cas de Rauti qui, avec son obstination à attirer sur lui les foudres destructrices de l’establishment politique et médiatique, témoigna de la primauté de la culture en politique, au détriment des manœuvres électoralistes à courte vue et de la partitocratie.

C’est en ce sens qu’il résuma quelque soixante-dix années de militantisme, jusqu’à finir par incarner une certaine idée de la droite qui déconcerte les observateurs tout autant que la plupart de ceux qui se reconnaissent ou se sont reconnus dans la droite elle-même.

imagprimmes.jpgRauti déploya toute sa fière « différence » dans le champ de l’irrégularité, ce qui lui valut de considérables malentendus sans jamais le faire dévier de la conviction acquise dès sa prime jeunesse: la nécessité, autrement dit, de conjuguer les valeurs traditionnelles avec la «question sociale» dans une synthèse que nous pourrions aujourd’hui, non sans audace, qualifier de «métapolitique», et qu’il imaginait comme le fondement d’une République pacifiée et modelée selon les principes de la participation et du décisionnisme.

Il est facile de réduire Rauti à un «incendiaire des âmes», pour reprendre l’expression forte et suggestive que la Pravda — rien de moins — forgea pour lui en 1979, lorsque même en Union soviétique on s’aperçut que des idées rautiennes, solidement articulées au sein d’un groupe de jeunes responsables politiques qui étaient aussi des intellectuels, et diffusées par un journal qu’il venait de fonder, Linea, pouvait naître une droite non conventionnelle. Celle-ci se présentait comme une alternative à la droite stéréotypée, bien-pensante et quelque peu empesée alors en vogue, au service des classes bourgeoises et rassurante pour le système des partis lui-même.

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En somme, une droite «révolutionnaire», riche d’idées et capable d’une suprême apostasie: la négation des vertus plébéiennes au nom d’une paradoxale conception aristocratique du social, plus proche de la pensée de Georges Sorel et du syndicalisme qui en découlait que d’une droite entièrement fondée sur «la loi et l’ordre», dont le conservatisme s’épuisait dans le cadre tranquille de l’opposition parlementaire.

Par ses initiatives politiques et culturelles, ses revues, ses livres — quoi que l’on en pense, Les idées qui ont fait bouger le monde et l’Histoire du fascisme en cinq volumes, écrite avec Rutilio Sermonti, demeureront des ouvrages fondamentaux — ainsi que par ses centres d’étude et de réflexion, Rauti tenta, en y parvenant en partie, de rassembler la jeunesse la plus réactive et anticonformiste de la droite à partir de la fin des années 1960.

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La complexité d’une droite qui se réclamait non pas du fascisme en tant que tel, mais du monde intellectuel bien plus vaste de la tradition et du conservatisme — dont les filiations évoliennes étaient avant tout indéniables — est précisément illustrée par l’action formatrice de Rauti. Pour lui, les sciences nouvelles et l’écologisme, le radicalisme institutionnel et le populisme localiste, les questions propres à la jeunesse — de la musique alternative à l’art d’avant-garde, de la problématique féminine à la réinterprétation des phénomènes associatifs dont naquirent les célèbres Camps Hobbit, de la littérature fantastique à la bande dessinée, jusque-là chasse gardée de la gauche, pour ne citer que quelques-unes des expressions qui contribuèrent à moderniser la droite italienne — ainsi que la réinterprétation du solidarisme dans une perspective prévoyant le dépassement de la lutte des classes et la remise en question du capitalisme financier fournirent au monde qui se reconnaissait dans le Mouvement social italien un véritable arsenal d’idées pour mener, comme on le disait alors, le «bon combat».

Rauti fut le moteur de tout ce foisonnement d’innovations, que même la persécution politique et judiciaire la plus dure, la plus acharnée et la plus monstrueuse, dont il fit l’objet pendant une quarantaine d’années, ne parvint pas à freiner. Il faudra un jour rendre compte de cette page de l’histoire personnelle de Rauti, qui s’entremêle aux pages les plus controversées et problématiques de l’histoire républicaine, en partant du principe que les idées ne sauraient être traduites en justice et que l’on ne peut fabriquer des monstres servant une stratégie conçue dans on ne sait quels sanctuaires du pouvoir, stratégie qui aurait dû déstabiliser le système afin de stabiliser des configurations de pouvoir qui se livraient la guerre à l’aide des instruments que nous avons malheureusement connus.

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Des légions d’inquisiteurs et de «pisteurs» ont tenté de détruire la crédibilité de Rauti, son honorabilité et son univers politique lui-même, mais elles n’y sont pas parvenues. Les innombrables procès auxquels il dut faire face, loin de le briser, le rendirent plus fort: il fut toujours acquitté et sortit indemne des nombreuses enquêtes qui, comme l’attestèrent ses collègues du Tempo dès 1972, n’avaient rien à voir avec un journaliste qui aimait l’engagement politique et le concevait comme un devoir civique absolu, même lorsque les idées «dangereuses» ou «risquées» qu’il professait pouvaient lui coûter cher.

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Malgré tout, les innombrables fois où il fut élu député, parlementaire européen et représentant du Parlement italien auprès du Conseil de l’Europe démontrent que la confiance qui lui était accordée — et que partageait d’ailleurs l’ensemble de son parti — était plus forte que les préjugés.

Rauti fut néanmoins toujours une âme inquiète. Dès sa prime jeunesse, lorsqu’il rejoignit la République sociale italienne puis fut emprisonné dans les camps de concentration d’Afrique du Nord, il acquit la conviction que son destin serait celui d’un «agitateur». Parmi les jeunes qui adhérèrent au MSI dès ses débuts, il manifesta immédiatement son impatience envers un ritualisme néofasciste nostalgique et dépourvu de profondeur spirituelle, au point de faire partie du «commando» des FAR, secrètement dirigé par Pino Romualdi, accusé d’attentats subversifs — pour mémoire, pas un cheveu ne fut touché — et traduit en justice en 1951 aux côtés de nombreux autres révolutionnaires. Le plus illustre d’entre eux se présenta au Palazzaccio, le palais de justice de Rome, en fauteuil roulant, accompagné et défendu gratuitement par le plus grand avocat du XXe siècle, Francesco Carnelutti: il s’agissait de Julius Evola, dont l’Autodéfense demeure l’un des textes les plus significatifs pour comprendre la période vécue par les vaincus dans la République démocratique et antifasciste.

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Dans ces circonstances, tandis que la lutte politique se durcissait, Rauti acquit la conviction que le parlementarisme auquel le MSI était en train de se cantonner le condamnerait à l’extinction. Il fonda le Centre d’études Ordre nouveau qui, contrairement à une vulgate mensongère, n’avait rien de «subversif»; parallèlement, il poursuivit la polémique politique et orienta de nombreux jeunes vers la formation culturelle. Vint ensuite la réconciliation avec le MSI d’Almirante et l’ambitieuse bataille visant à «percer à gauche», dans la conviction que seule la droite nationale et sociale pouvait donner au pays une nouvelle configuration. Il devint secrétaire du parti en 1990, mais son passage à sa tête fut de courte durée, notamment en raison de jeux de pouvoir internes. Il y aurait beaucoup à dire sur cette période confuse qui demeure néanmoins la plus féconde après l’époque d’Almirante, marquée par la Grande Droite.

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Rauti s’en est allé après ses amis avec lesquels il avait vécu le rêve de la révolution impossible: Giano Accame, Enzo Erra et Fausto Gianfranceschi. Tous furent les protagonistes d’une droite incomprise, dont les réserves demeurent riches pour quiconque voudrait la pénétrer au-delà des nappes de brouillard qui font obstacle à une vision politique sérieuse. C’est ce que Rauti recommandait surtout à ses jeunes amis: ne pas disperser la moisson d’une histoire, car sans racines il ne saurait y avoir d’avenir. C’est ce qu’il reste de plus précieux de lui chez ceux qui l’ont admiré, qui lui ont porté de l’affection et même chez ceux qui l’ont contesté. Quoi que l’on puisse en penser, force est aujourd’hui d’admettre que Rauti fut un homme de cette droite complexe, précisément, non conventionnelle, pétrie de certitudes et de contradictions et, pour cette raison même, vivante — une droite qui ne mérite pas d’être sommairement écartée comme le produit d’une idéologie marginale.

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L’âme végétale. Spengler, la cognition basale et la fin du monopole du cerveau

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L’âme végétale. Spengler, la cognition basale et la fin du monopole du cerveau

Par Francesco Petrone

Source : Tota Pulchra & https://www.ariannaeditrice.it/articoli/l-anima-vegetale-...

Le-declin-de-l-Occident-I-II.jpgEn 1918, lorsque paraît le premier volume du Déclin de l’Occident d’Oswald Spengler, l’Allemagne vient de perdre la guerre. Le philosophe et historien allemand, encore inconnu du grand public, semble annoncer que ce n’est pas seulement une guerre qui a été perdue, mais qu’une civilisation tout entière arrive à son terme. Wittgenstein l’apprécie, Walter Benjamin le lit. En Italie, Croce et Evola le traduisent, car il est considéré comme incontournable. Les historiens universitaires le détestent en raison de la place qu’il accorde à la biologie et de son recours jugé excessif à l’intuition.

L’idée que les civilisations sont des organismes qui naissent et sont destinés à mourir comme des plantes était considérée comme une hérésie par l’historicisme progressiste de l’époque. Spengler prévoyait le césarisme, puis la domination de l’argent et de la presse, les guerres d’anéantissement et la lassitude spirituelle. En des termes plus actuels, il faisait comprendre que la force propulsive intérieure était en train de s’épuiser.

Pour l’école des Lumières, puis pour l’école marxiste et enfin pour le progressisme américain, l’histoire est une flèche: elle va du primitif au civilisé, du sauvage au technologique. Plus le temps passe, plus nous progressons, et c’est toujours nous qui sommes les meilleurs. Spengler nie tout cela. L’histoire n’est pas une ligne: elle est faite de civilisations qui naissent, fleurissent et meurent comme des corps, chacune possédant son printemps, son été, son automne et son hiver. Herder avait affirmé que chaque peuple constitue un organisme achevé, doté de son propre esprit, et non une étape menant jusqu’à nous. Spengler reprend cette idée et y ajoute le parallèle avec tout organisme: de manière analogue, les civilisations, elles aussi, naissent et meurent.

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Après la Seconde Guerre mondiale, le penseur disparaît de ce que nous appelons la culture institutionnelle, en raison de son conservatisme et d’un pessimisme peu compatible avec les impératifs de la reconstruction. L’Occident semble être véritablement entré dans l’hiver qu’il décrivait, avec ses mégalopoles, sa technique dépourvue de finalité et l’argent devenu l’unique langage universel. C’est la même description que proposent Fritz Lang dans Metropolis et Charlie Chaplin dans Les Temps modernes. C’est aussi l’époque où Aldous Huxley écrit le roman dystopique Le Meilleur des mondes. Il ne s’agit pas de la peur d’une dictature, mais de la modernité elle-même.

Spengler décrit différents types de civilisations, chacune ayant ses propres caractéristiques. Toutefois, sous chacune d’elles, il place quelque chose de plus ancien, qu’il appelle l’«âme végétale». Ce serait la couche aveugle qui ne veut rien, ne pense pas et ne projette rien. Elle existe simplement et demeure attachée au sang, à la terre, au rythme des saisons, à la naissance et à la mort sans pourquoi. Pour Spengler, la culture est semblable à une plante: elle naît d’un paysage, croît, fleurit et se fane.

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Spengler affirmait qu’avant l’âme animale, qui se déplace et veut, et avant l’âme spirituelle, qui pense, il existe une intelligence qui n’a pas besoin d’un moi. Une sagesse qui sait s’enraciner, percevoir l’humidité et orienter la feuille vers le soleil. Cette affirmation forte, formulée il y a un siècle, semble aujourd’hui avoir reçu une confirmation scientifique grâce à ce que Levin et Lyon appellent la «cognition basale»: la décision sans cerveau, la mémoire sans neurones, la finalité sans conscience. Le trait génial de Spengler est qu’il ne la considérait pas comme une intelligence primitive, comme une version rudimentaire de la nôtre. Il la voyait comme quelque chose de plus profond. L’homme faustien qui veut conquérir Mars est tapageur, mais fragile et éphémère. Le végétal, qui demeure immobile et sait quand vient le printemps, dure mille ans. Spengler a séduit certains traditionalistes parce que, si la raison faustienne conduit au vide, la voie de sortie ne consiste peut-être pas à aller toujours plus loin, mais à descendre d’un niveau, à revenir à l’âme.

Ce que la biologie découvre aujourd’hui en laboratoire, c’est qu’une colonie de cellules sait trouver la solution d’un labyrinthe. Spengler l’avait déjà pressenti sous la forme d’une philosophie de l’histoire. La plante pense, mais d’une manière différente de la nôtre. La cognition basale n’est pas une découverte unique, mais un nom nouveau donné à une idée plus ancienne qui a enfin pris une forme structurée.

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En juin 2018, au Konrad Lorenz Institute, en Autriche, Pamela Lyon, philosophe australienne de la biologie, propose d’appeler tout cela Basal Cognition. Michael Levin (photo), biologiste qui travaillait depuis des années sur la bioélectricité des tissus, emploie pour la première fois ce terme dans une publication de 2019. En mars 2021 paraît la publication considérée comme l’acte de naissance universitaire de ce domaine. D’autres scientifiques avaient auparavant préparé le terrain. En tant qu’intuition, la théorie existait déjà depuis vingt ans. En 1918, Spengler l’appelait «âme végétale». Depuis 2018, la science l’appelle «cognition basale». Il lui aura fallu exactement cent ans pour dire la même chose à l’aide des instruments de laboratoire.

Il ne s’est pas agi d’une preuve unique, mais d’une série d’expériences qui ont démoli, pièce après pièce, l’idée selon laquelle un cerveau est nécessaire à l’intelligence. C’est une vérité qui fait voler en éclats de nombreuses certitudes et dont l’importance est comparable à celle de la découverte de l’héliocentrisme. Nous savons aujourd’hui qu’une bactérie se souvient et nage en direction du sucre. Ce n’est pas un réflexe mécanique, car elle compare ce qu’elle percevait une demi-seconde auparavant à ce qu’elle perçoit maintenant. Elle possède une mémoire biochimique. Il s’agit de perception, de mémoire et de décision — sans le moindre neurone.

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En 2000, à l’université de Hokkaidō, Nakagaki (photo) place dans un labyrinthe une moisissure visqueuse dépourvue de cerveau, avec de la nourriture aux deux extrémités. La moisissure ne procède pas au hasard: elle évalue et optimise. Le mimosa replie ses feuilles lorsqu’on le laisse tomber. Si la chute est répétée, il cesse de les refermer après cinq ou six fois. Il a compris qu’elle n’était pas dangereuse. C’est l’habituation, la forme la plus élémentaire d’apprentissage. Si on le secoue ensuite en lui appliquant un nouveau stimulus, il referme aussitôt ses feuilles: il n’est donc pas épuisé, il a bel et bien appris. Et il s’en souvient pendant vingt-huit jours.

Vient ensuite l’expérience de Levin, qui coupe la tête d’une planaire. Celle-ci régénère une nouvelle tête. Avant l’amputation, Levin lui avait appris à éviter une lumière associée à une décharge électrique. La nouvelle tête, qui n’a jamais vécu cette expérience, se souvient pourtant encore qu’elle doit éviter la lumière. Où la mémoire se trouvait-elle? Elle était stockée dans les potentiels électriques des tissus.

Par conséquent, soit nous élargissons la définition de la cognition, soit nous devons dire qu’une moisissure est aussi intelligente qu’une souris lorsqu’il s’agit de résoudre un labyrinthe. Il est établi que l’intelligence précède le système neuronal, c’est-à-dire ce que nous appelons le cerveau. Cela semble porter le coup de grâce à la vulgate positiviste.

La thèse classique, de Cabanis à Vogt au milieu du XIXe siècle, affirmait que le cerveau sécrète la pensée comme le foie sécrète la bile. L’âme ne serait rien d’autre qu’un épiphénomène du cerveau. Supprimez le cerveau, et tout disparaît. Mais si l’apprentissage, la mémoire et la décision sont présents sans le moindre neurone, on ne peut plus affirmer que le cerveau produit la cognition. Tout au plus la concentre-t-il.

51EVMDYXrhL._AC_UF894,1000_QL80_.jpgEn outre, la conscience ne réside pas dans le cerveau, comme le montrent certains cas limites. Parnia découvre une activité consciente chez des personnes en arrêt cardiaque présentant un électroencéphalogramme plat. Les enfants atteints d’hydranencéphalie étudiés par Shewmon, qui sont presque dépourvus de cortex, sourient à leur mère et manifestent des préférences musicales. Selon le modèle qui assimile le cerveau à l’âme, ils devraient être dans un état végétatif; ils manifestent pourtant de l’affection.

Le professeur Faggin affirme qu’un ordinateur, même s’il était grand comme une ville, ne ressentirait rien, parce qu’il ne sait qu’exécuter des opérations. La conscience n’est ni calculable ni algorithmique. Si elle se trouvait dans le cerveau comme un logiciel, nous devrions pouvoir la reproduire au moyen d’un algorithme suffisamment complexe. Nous n’y parvenons pas parce que, selon Faggin, elle ne s’y trouve pas.

Le positivisme aurait donc confondu le contenant avec le contenu. Cela revient à dire que la musique se trouve dans la radio parce que, lorsque la radio est cassée, on n’entend plus la musique. Le cerveau ne serait qu’une antenne et un amplificateur, et non un générateur. Si nous retirons la radio, nous supprimons la manifestation locale de la musique, mais la transmission demeure.

Cela nous ramène à Spengler, qui appelait «âme faustienne» celle qui cherche l’infini dans l’espace, mais savait qu’avant elle existaient l’âme magique et l’âme apollinienne, chacune étant liée à un corps différent. Il n’affirmait jamais que l’âme était le cerveau. Il disait que chaque culture possède un corps et une âme qui s’appartiennent mutuellement.

91KCnmaQyBL._UF1000,1000_QL80_.jpgL’étape logique suivante est celle que Federico Faggin cherche à formaliser. Levin et Lyon ont affirmé que l’intelligence précède le cerveau. Un cerveau n’est pas nécessaire pour décider, se souvenir ou anticiper. L’intelligence n’est donc pas un produit du cerveau: elle est une propriété de la vie que le cerveau utilise et amplifie. Faggin affirme que la conscience précède l’intelligence. Selon lui, l’erreur consiste à penser que la conscience est une intelligence accrue par la complexité. Pour lui, la conscience est première: elle constitue un champ quantique fondamental, non algorithmique et non calculable. C’est ce qu’il appelle la seity, du latin seitas: le fait d’être par soi-même, l’être conscient qui sait qu’il l’est. L’intelligence, même basale, est la manière dont un organisme utilise la conscience pour connaître; elle ne la produit pas.

Faggin emploie la métaphore de l’électricité, qui existait avant l’ampoule. L’ampoule ne crée pas l’électricité: elle la transforme en lumière. Le cerveau ne crée pas la conscience: il la transforme en expérience consciente. Si la cognition basale démontre qu’un comportement intelligent est possible sans neurones, Faggin tente de démontrer qu’une expérience consciente est possible sans calcul classique. L’intelligence basale retire au cerveau le monopole de l’intelligence.

81K8XUEwKBL._AC_UF1000,1000_QL80_.jpgFaggin retire au cerveau, assimilé à un processeur, le monopole de la conscience. Si un système sans cerveau se comporte intelligemment au moyen de la bioélectricité et de signaux chimiques, un système, qu’il possède ou non un cerveau, éprouve le sentiment d’exister.

Faggin explique que la conscience n’est pas produite, mais perçue. Levin étudie comment une cellule décide; Faggin étudie pourquoi il existe quelqu’un qui éprouve cette décision. Si Levin a raison, Spengler avait raison au sujet de l’âme végétale qui décide. Si Faggin a raison, Spengler avait plus raison encore: cette âme végétale ne se contente pas de décider, elle éprouve aussi, à sa manière, le fait d’être vivante, bien avant que l’être humain ne se demande ce que signifie ressentir.

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Repenser 1789: entre capitalisme, Révolution conservatrice et faux mythe de l’erreur napoléonienne

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Repenser 1789: entre capitalisme, Révolution conservatrice et faux mythe de l’erreur napoléonienne

Giovanni Balducci

Source: https://geopoliticaesistemi.com/ripensare-il-1789-capital...

J’estime que le jugement historique porté sur la Révolution française exige désormais de dépasser la dichotomie entre l’apologie démocratique et la diabolisation réactionnaire, en intégrant les catégories de l’économie politique et de la sociologie historique.

Comme l’ont mis en évidence des historiens de l’envergure de Jean Jaurès, dans sa monumentale Histoire socialiste de la Révolution française, puis Albert Mathiez, 1789 ne saurait être compris sommairement comme une simple conjuration ourdie par la franc-maçonnerie ou comme une catastrophe politique, mais bien comme le coup de force par lequel la bourgeoisie productive et les classes urbaines déracinèrent un système oligarchique profondément corrompu.

L’élite financière et aristocratique de l’Ancien Régime, vouée à la rente parasitaire et à la spéculation sur la dette publique, finit par mériter cette déflagration radicale qui, par la justice sommaire et la guillotine, frappa non seulement les nobles oisifs, mais aussi les notables compromis dans la banqueroute de l’État.

Du reste, la crise morale de la noblesse résidait précisément dans la perte de sa raison d’être historique: la mission originelle de la classe aristocratique n’était certainement pas d’accumuler des richesses matérielles, de rivaliser dans l’ostentation esthétique ou de se disputer le port de la perruque la plus somptueuse, mais de défendre la nation par les armes. C’est précisément de ce devoir suprême de sang et de sacrifice que découlait à l’origine son privilège; dès lors que l’aristocratie s’était transformée en une caste parasitaire uniquement vouée au luxe et étrangère à sa propre fonction guerrière, elle avait de facto légitimé sa dissolution.

Toutefois, la critique formulée par les théoriciens de la Révolution conservatrice allemande — d’Oswald Spengler à Arthur Moeller van den Bruck — touche à un point névralgique du processus révolutionnaire lorsqu’elle en dénonce la dissolution du sacré, l’atomisation de la communauté organique et la désacralisation du pouvoir. Au sein de cette grande tradition critique de la pensée antirévolutionnaire, la confrontation entre les deux principaux pères du conservatisme moderne, Edmund Burke et Joseph de Maistre, se révèle décisive et nous conduit à privilégier nettement la radicalité métaphysique du second.

imageedbs.jpgEdmund Burke, bien qu’il condamnât avec force les excès jacobins dans ses célèbres Réflexions sur la Révolution de France, conservait néanmoins une perspective gradualiste, liée au constitutionnalisme britannique et incapable de saisir la profondeur de la rupture ontologique ouverte par 1789.

C’est au contraire Joseph de Maistre qui, dans ses Considérations sur la France, offre la clé d’interprétation la plus profonde: la Révolution ne fut pas un simple événement politique ni un accident de parcours, mais un châtiment providentiel.

Attribuer exclusivement à la Révolution française la responsabilité du nihilisme moderne constitue par conséquent une erreur de perspective. Le véritable agent de dissolution de la Tradition ne fut pas la guillotine de Robespierre, mais, en définitive, l’industrialisation anglo-saxonne et l’essor du capitalisme.

Comme l’ont également soutenu des penseurs proches de la critique de la modernité économique, ce fut le modèle capitaliste britannique — fondé sur la marchandisation totale de la terre, du travail et de l’être humain — qui désintégra, plus que tout autre événement, les liens communautaires que l’Europe avait préservés pendant des siècles. À cela s’ajoute l’impossibilité d’écarter le facteur humain et social: la Révolution française ouvrit la voie à la mobilité sociale, brisant les chaînes d’une caste figée et permettant pour la première fois au mérite de s’affirmer.

Jacques-Louis_David_-_The_Emperor_Napoleon_in_His_Study_at_the_Tuileries_-_Google_Art_Project.jpg.jpgC’est dans cette vaste fresque historique que s’inscrit l’analyse, à notre avis partielle et trompeuse, formulée par Julius Evola à l’égard de Napoléon Bonaparte. Dans la perspective du traditionalisme intégral évolien, Napoléon est sommairement écarté comme un « fils de la Révolution », vecteur d’idées niveleuses et démocratiques qui aurait porté le coup de grâce aux hiérarchies traditionnelles européennes par la centralisation bureaucratique et le Code civil. Cette lecture présente cependant des limites évidentes. Napoléon ne fut pas le continuateur de l’égalitarisme destructeur des jacobins de la dernière heure, mais celui qui neutralisa militairement et politiquement les excès de la Révolution, en canalisant les énergies de la nation au sein d’une structure étatique hiérarchisée.

En d’autres termes, plutôt que de niveler la société par le bas, Bonaparte substitua aux privilèges héréditaires de l’ancienne caste une nouvelle noblesse fondée sur la valeur, le courage et la compétence dans les domaines civil et militaire, mettant concrètement en œuvre le principe de la carrière ouverte aux talents. Son ambition de restaurer un Empire et de dialoguer avec l’Église démontre en outre sa volonté de refonder une souveraineté verticale, en opposition radicale au parlementarisme amorphe et sans âme qu’Evola critiquait à juste titre. Réduire Napoléon au rôle de simple serviteur de la modernité bourgeoise revient enfin à oublier que l’ensemble de son projet stratégique, qui culmina dans le Blocus continental, constitua la plus grande tentative géopolitique de l’histoire moderne visant à étouffer dès sa naissance l’hégémonie financière et industrielle de l’Angleterre capitaliste.

La modernité ne constitue donc pas un bloc monolithique, et la Révolution française ne saurait se réduire à une simple erreur ou à une conjuration. Reconnaître la validité de la dénonciation conservatrice face à la perte du sacré propre à la modernité impose par ailleurs de diriger la critique non vers Paris, mais vers les brumes de l’industrialisme anglo-saxon.

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vendredi, 02 octobre 2026

Dérive de la justice en Italie

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Dérive de la justice en Italie

Peter W. Logghe

Source: https://www.facebook.com/peter.logghe.94

Partout en Europe occidentale, nous sommes confrontés à des décisions de justice qui mettent en danger notre sécurité collective. Cela s’est manifesté en Italie dans deux affaires judiciaires récentes qui y ont suscité une vive émotion. En juin, un juge de Pérouse, en Ombrie, a décidé de remettre en liberté un migrant clandestin gambien, déjà «connu des services de police», après une tentative d’enlèvement d’une fillette de cinq ans. À Turin, ce scénario absurde s’est répété: un ressortissant bangladais a été remis en liberté après avoir agressé sexuellement une jeune fille de treize ans, au motif qu’il s’était «excusé».

L’homme originaire du Bangladesh travaillait dans une supérette à Turin. Une jeune fille de treize ans l’a accusé d’avoir eu un comportement sexuel déplacé. Selon les services de police, son récit concordait avec les images de vidéosurveillance du magasin. Celles-ci montraient d’ailleurs que, peu auparavant, l’homme s’en était également pris à une femme de quarante ans, que la police italienne cherche actuellement à retrouver. À la suite d’une plainte déposée par la famille de l’adolescente, l’homme a été interpellé par la police.

Comment peut-on encore expliquer ce laxisme à la famille des victimes? Aux victimes elles-mêmes?

Le procureur Paolo Cappelli avait demandé son placement immédiat en détention en raison d’un risque imminent de récidive. Lors de son interrogatoire, l’auteur a reconnu les faits et s’est «excusé». Malgré ses aveux concernant ces faits graves et «les difficultés de l’homme à maîtriser ses pulsions», le juge d’instruction a décidé de le remettre en liberté. Il doit seulement se présenter à la police à intervalles déterminés.

Ces décisions provoquent une nouvelle polémique politique au sein des autorités italiennes. La présidente du Conseil, Giorgia Meloni, a bien résumé la situation: «Une jeune fille de treize ans va acheter un goûter pour ses petits frères. Elle entre dans une petite boutique et, lorsqu’elle rentre chez elle, sa jeune vie est détruite».

Il n’est guère surprenant que l’Association nationale des magistrats italiens ait réagi. Elle ne s’est toutefois pas prononcée sur les décisions des juges, mais sur l’intervention de Meloni, qu’elle a considérée comme une atteinte à l’autonomie du pouvoir judiciaire.

Eh bien… On peut peu à peu se demander si la justice de nos pays d’Europe occidentale est réellement équipée pour réagir efficacement à ce type de faits criminels graves et répétés.

Bourgeoisie traditionaliste ou révolte conséquente: la querelle autour de la légitimité doctrinale de Julius Evola dans le monde hispanophone

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Bourgeoisie traditionaliste ou révolte conséquente: la querelle autour de la légitimité doctrinale de Julius Evola dans le monde hispanophone

Une étude de cas sur l’intransigeance, le marché de l’édition et la domestication institutionnelle de la pensée évolienne

Carlos N. Mancini

Source: https://carlos2.substack.com/p/burguesia-tradicionalista-...

1. Introduction

Le présent article examine un échange récent entre deux figures du milieu traditionaliste hispanophone — Marcos Ghío et Guillermo Más Arellano — en tant qu’étude de cas d’une tension structurelle qui traverse depuis des décennies la réception de Julius Evola en langue espagnole: le conflit entre une lecture maximaliste et doctrinalement intransigeante du traditionalisme, d’une part, et une pratique éditoriale et intellectuelle qui opère dans les limites du marché et de la légalité contemporaine, d’autre part.

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Il convient de préciser d’emblée la répartition des voix dans cet échange. Les deux seuls interlocuteurs directs sont Marcos Ghío (photo, ci-dessus, en haut), auteur de l’accusation centrale, et Guillermo Más Arellano (photo, ci-dessus, en bas), qui lui répond en confirmant son récit. Eduard Alcántara, en revanche, n’intervient à aucun moment: il est exclusivement mentionné à la troisième personne par Ghío, comme exemple de l’attitude que celui-ci conteste.

2. Antécédents : la question de la garde doctrinale

La controverse actuelle ne peut être comprise sans faire référence à la querelle historique autour de la «garde» de l’œuvre d’Evola en espagnol. Pendant des décennies, Marcos Ghío, par l’intermédiaire du Centre d’études évoliennes en Argentine, a exercé un rôle pratiquement monopolistique dans l’introduction et la traduction d’Evola en espagnol. Ses traductions, marquées par un lexique dense et militant, correspondaient à une interprétation doctrinale particulière de l’auteur, dans laquelle la rigueur conceptuelle était subordonnée à une stricte fidélité idéologique.

L’apparition de maisons d’édition plus récentes, telles qu’EAS (Ediciones Bicentenario / Editorial EAS) en Espagne, a modifié cet équilibre. En proposant des traductions plus fluides et commercialement viables, ces maisons ont engendré une friction inévitable entre celui qui se perçoit comme le dépositaire historique de la doctrine et ceux qui cherchent à dynamiser sa diffusion et à élargir son public. Il convient de signaler, à cet égard, que le paysage anglo-saxon offre un contraste instructif: des maisons telles qu’Inner Traditions — avec des traductions de Guido Stucco, E. E. Rehmus et Martin Schwartz — ou Arktos ont abordé des ouvrages tels que Revolt Against the Modern World, Ride the Tiger et The Hermetic Tradition selon des critères philologiques considérablement plus rigoureux. Elles ont ainsi permis d’accéder à la complexité syntaxique d’Evola sans l’opacité qui caractérise certaines des premières versions espagnoles.

3. L’accusation de Ghío: puritanisme doctrinal contre accommodement

Le message de Marcos Ghío formule une critique à plusieurs volets qui mérite d’être décomposée de manière analytique.

Premièrement, la contestation du récit de résistance d’Alcántara — tiers absent de l’échange. Ghío commence son intervention en demandant de quel « combat » parle Alcántara et affirme ne l’avoir jamais entendu invoquer la « révolte contre le monde moderne ». Loin de lui reconnaître une attitude de résistance, il le décrit comme quelqu’un qui cherche simplement « à s’adapter au monde moderne » afin « de ne pas être mis en prison » — autrement dit, comme quelqu’un qui se déclare antimoderne dans son discours tout en veillant soigneusement, dans la pratique, à préserver sa liberté et la viabilité juridique de son activité éditoriale.

Deuxièmement, l’analogie avec Guillermo Más Arellano lui-même, auquel Ghío rappelle avoir demandé par le passé un débat ouvert fondé sur la confrontation des idées. D’après le récit de Ghío, Arellano aurait refusé, au motif qu’un tel débat l’empêcherait de continuer à publier des livres auprès de cette maison d’édition. Ghío assimile cet épisode à l’attitude d’Alcántara: dans les deux cas, soutient-il, la sauvegarde des intérêts éditoriaux prévaut sur le combat doctrinal frontal.

Troisièmement, le reproche de «bourgeoisie traditionaliste», que Ghío étend aux deux hommes — Alcántara et Arellano — et, par extension, à l’ensemble du milieu éditorial et universitaire («ce sont des bourgeois qui veulent se faire passer pour des traditionalistes»). Sa mention — ironique ou tout simplement erronée dans sa transcription — de la Fondazione Julius Evola, qu’il désigne comme la «Fondation Evola», à propos des tentatives visant à introduire Evola dans les milieux universitaires, est significative. Pour Ghío, cette institutionnalisation universitaire ne constitue pas une légitimation, mais une domestication: l’entrée de la doctrine dans l’establishment qu’elle devrait, en principe, combattre. Il conclut son intervention par une allusion sarcastique au fait d’avoir «vu le système», présentant le cas d’Arellano comme l’exécution d’une contrainte extérieure déguisée en cohérence doctrinale.

4. La réponse de Guillermo Más Arellano: démarcation éthique et confirmation pragmatique

La réponse de Guillermo Más Arellano s’articule en deux temps nettement distincts.

Dans un premier temps, il fixe une limite éthique et commerciale élémentaire: il refuse de dire du mal de son propre éditeur, tout en précisant qu’Alcántara avait bel et bien été invité à parler d’Evola. Cette distinction est significative, car elle sépare deux plans que Ghío tend à confondre dans son accusation: d’une part, la réserve professionnelle à l’égard de celui qui le publie — une attitude qui peut se défendre au nom d’une loyauté commerciale élémentaire — et, d’autre part, l’ouverture d’un espace légitime de débat doctrinal sur Evola, qu’Arellano ne ferme absolument pas.

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Dans un second temps, cependant, Arellano abandonne toute stratégie défensive et confirme sans réserve le récit de Ghío concernant l’épisode du débat refusé: il reconnaît que celui-ci «ne ment pas» et que la conversation s’est déroulée exactement comme il l’a relatée. Bien plus, il accepte cette caractérisation en recourant à une formule qui confine à l’auto-ironie — «je suppose que c’est un argument bourgeois en bonne et due forme» — et conclut la discussion par ces mots: «je ne peux donc rien ajouter». Cette phrase fonctionne comme une reconnaissance explicite des limites que sa position institutionnelle lui impose.

Cette séquence est remarquable par son honnêteté intellectuelle: au lieu de se livrer à une défense apologétique globale, Arellano nuance ce qu’il juge injuste dans l’accusation de Ghío — le mélange de deux situations distinctes —, mais ne cherche pas à esquiver ce qu’il reconnaît comme exact. Il ne tente pas non plus de parer ses propres concessions commerciales d’un radicalisme que sa pratique effective ne confirme pas.

5. Analyse: deux logiques irréconciliables

L’échange dans son ensemble révèle un fossé structurel entre deux logiques dans le rapport à la doctrine traditionaliste:

La logique intransigeante et maximaliste — celle de Ghío — conçoit le traditionalisme comme un combat frontal et non négociable contre la modernité. Elle interprète toute concession d’ordre juridique, commercial ou institutionnel — celle d’Alcántara, évoquée à la troisième personne, comme celle d’Arellano lui-même — comme une forme de trahison doctrinale.

La logique pragmatique et institutionnelle — celle d’Arellano et, par extension, d’Alcántara tel qu’il est décrit — admet la nécessité d’agir selon les règles du marché de l’édition et dans le cadre juridique en vigueur. Elle distingue la loyauté commerciale de l’ouverture doctrinale, sans pour autant renoncer — du moins selon la perception qu’elle a d’elle-même — à une adhésion substantielle à la pensée évolienne.

Cette tension n’est ni accidentelle ni propre au cas hispanophone: elle reproduit, sur le plan de la réception, l’aporie qu’Evola lui-même a explorée dans Cavalcare la tigre [Chevaucher le tigre] à propos de la position de l’homme différencié face à un monde en dissolution — à savoir s’il est possible de maintenir intérieurement une attitude d’«apoliteia» tout en participant nécessairement aux structures du monde moderne afin de pouvoir y agir, y compris dans le cadre de l’activité éditoriale elle-même.

6. Conclusion

L’épisode analysé illustre, à petite échelle, un problème fondamental dans l’histoire de la réception d’Evola en espagnol: l’impossibilité de séparer complètement la question doctrinale de la question institutionnelle. L’accusation de «bourgeoisie traditionaliste» que Ghío porte contre Alcántara et Arellano n’est pas entièrement réfutée par ce dernier. Elle est nuancée sur un point — la distinction entre loyauté éditoriale et ouverture au débat — et confirmée sur un autre — le refus d’un débat public pour des raisons commerciales. Cette confirmation partielle ne saurait être assimilée à une défaite doctrinale; elle traduit plutôt la reconnaissance consciente du fait que toute transmission actuelle d’une pensée radicale exige nécessairement un certain degré de médiation avec les structures que cette pensée entend, sur le plan théorique, rejeter.

Note méthodologique: la présente analyse repose sur une conversation de l’auteur avec Guillermo Más Arellano ainsi que sur des déclarations de Marcos Ghío, dont la véracité n’a pas été vérifiée de manière indépendante au-delà de ce qu’ont affirmé les interlocuteurs eux-mêmes.

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L’Occident des valeurs commet un suicide collectif – De l’essor au déclin

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L’Occident des valeurs commet un suicide collectif – De l’essor au déclin

par Franz Ferdinand

Source: https://www.unser-mitteleuropa.com/207164

Nous prenons de plus en plus conscience que nous vivons un changement d’époque. L’Occident des valeurs est sur le point de céder à d’autres acteurs son rôle dirigeant sur cette planète. Bien entendu, il ne le fait pas volontairement. Les deux guerres actuelles, en Ukraine et au Moyen-Orient, sont les conflits apparemment inévitables qui marquent le début de la fin d’une époque.

La question est de savoir si la fin de la domination occidentale est inévitable, si elle aurait pu être empêchée ou s’il est encore possible de l’éviter.

Décadence, bureaucratie et élites: l’anatomie du déclin

Les principaux adversaires dans cette lutte visant à évincer l’Occident des valeurs sont précisément des pays qui, au cours de leur histoire, ont déjà atteint un apogée avant de s’effondrer pour diverses raisons: la Chine, l’Inde, la Perse et la Russie.

La fin des grands empires et des grandes civilisations est suffisamment bien connue grâce à l’histoire. La question se pose donc: qu’est-ce qui provoque la chute d’un grand empire ou d’une civilisation? Les causes sont-elles différentes à chaque fois, ou existe-t-il des schémas fondamentaux récurrents qui conduisent au déclin?

D’autres penseurs se sont déjà penchés sur ces questions:

Glubb, Spengler, Tainter et Turchin : ce qu’ils disent de notre déclin

1. Sir John Bagot Glubb

Sir John Bagot Glubb passa la majeure partie de sa vie comme soldat dans les déserts du Moyen-Orient. Il publia un essai intitulé The Fate of Empires and Search for Survival.

Il distingua six âges que traverse un empire :

- D’abord un âge des pionniers: des hommes pauvres, endurcis et intrépides qui surgissent de nulle part.

- Ensuite, un âge des conquêtes.

- Puis un âge du commerce, au cours duquel les épées se transforment en livres de comptes.

- Vient ensuite un âge de l’abondance, où les livres de comptes conduisent au confort.

- Puis un âge de l’intellect, au cours duquel des personnes vivant dans l’aisance commencent à se disputer sur tout.

- Et enfin un âge de la décadence. [Remarque: c’est là que nous nous trouvons actuellement!]

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Glubb remarqua qu’aucune civilisation n’avait jamais eu le sentiment de se trouver en déclin. Les personnes qui vivaient durant le dernier âge ne le percevaient pas comme une fin. Elles le considéraient comme un raffinement et un progrès, comme le moment le plus avancé et le plus intelligent jamais atteint par leur culture. L’automne donne l’impression d’être le sommet. Voilà le piège.

2. Oswald Spengler

Un professeur allemand nommé Oswald Spengler avait déjà compris la même chose soixante ans avant Glubb. Il le vit encore plus clairement – et devint ainsi l’un des hommes les plus détestés de la vie intellectuelle européenne.

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En 1918, dans une Allemagne qui venait de perdre une guerre, il écrivit un livre intitulé Le Déclin de l’Occident. Il y affirma quelque chose auquel personne n’était préparé: ce n’était pas seulement l’Allemagne qui arrivait à son terme, mais l’Occident tout entier – et cela depuis déjà un certain temps. L’argument de Spengler reposait sur une distinction que presque personne ne fait encore aujourd’hui. Une culture, disait-il, est quelque chose de vivant. Elle croît et possède une âme. Elle produit des cathédrales, des mathématiques et de la musique en vertu d’une nécessité intérieure qu’elle-même ne saurait même nommer.

Une civilisation, en revanche, est ce que devient une culture lorsqu’elle cesse de croître. Elle est la coquille durcie d’une formation qui a achevé son devenir et ne peut désormais plus qu’administrer, gouverner et dépérir.

La culture est le printemps et l’été. La civilisation est l’hiver qui leur succède.

Selon les calculs de Spengler, l’Occident entra dans son hiver aux alentours de 1800. Nous nous y trouvons depuis deux siècles. Nous l’appelons simplement "modernité".

La première folie: résoudre chaque problème jusqu’à ce que les solutions tuent la société

3. Joseph Tainter

L’anthropologue américain Joseph Tainter publia en 1988 un ouvrage intitulé L’Effondrement des sociétés complexes. Sa réponse à la question de la chute des civilisations était si sobre qu’elle ne ressemblait guère à de l’histoire.

Les civilisations, soutenait-il, ne meurent pas de décadence. Elles ne meurent pas non plus à cause des barbares. Elles meurent parce qu'elles résolvent des problèmes.

Cela fonctionne de la manière suivante: une société se trouve confrontée à un problème – une sécheresse, une guerre frontalière ou une pénurie. Elle le résout en créant davantage de complexité: un nouveau service administratif, un nouvel impôt, une nouvelle classe de spécialistes ou une armée plus nombreuse. La solution fonctionne, tout le monde en est reconnaissant, et la société est désormais un peu plus complexe qu’auparavant.

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Puis survient le problème suivant, et la réponse est la même: davantage de structures, davantage d’administration, davantage de niveaux entre la personne munie d’une pelle et celle qui prend les décisions concernant les pelles. Pendant longtemps, cela est rentable. Chaque unité supplémentaire de complexité créée rapporte plus qu’elle ne coûte. C’est ainsi que la croissance est ressentie de l’intérieur.

Mais, à un certain moment, la courbe s’infléchit. Chaque nouvelle solution coûte un peu plus et rapporte un peu moins. La bureaucratie nécessaire au fonctionnement de la bureaucratie s’accroît. Les problèmes simples ont été résolus depuis longtemps, et seuls les problèmes coûteux demeurent.

Finalement, la société atteint un point que Tainter qualifia de rendement marginal décroissant de la complexité. À partir de ce moment, elle doit dépenser toujours davantage simplement pour rester là où elle se trouve déjà – non pour progresser, mais seulement pour maintenir l’état existant.

Rome en est le cas d’école, et les détails sont de nature à mettre mal à l’aise. Au IIIe siècle, l’Empire n’était plus maintenu que par des mesures d’urgence. En une seule génération, Dioclétien doubla approximativement la taille de l’armée et de la bureaucratie afin d’empêcher l’effondrement des frontières.

Il fallait bien que quelqu’un paie. La charge fiscale pesant sur les paysans augmenta donc à tel point qu’il devint finalement moins coûteux d’abandonner ses propres terres que de continuer à les cultiver. Tant de personnes le firent que les Romains avaient un terme juridique spécifique pour désigner les champs vides: Agri Deserti – terres abandonnées.

[Remarque: de nos jours, des entreprises fuient l’Union européenne vers l’Amérique, Dubaï ou la Chine afin d’échapper à l’horreur bureaucratique de l’UE!]

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La teneur en argent des pièces romaines passa d’environ 90% sous Néron à moins de 5% dans les années 260, parce que l’État payait ses soldats avec une monnaie dont il diminuait toujours davantage et en toute discrétion la teneur en métal précieux.

Et voici le détail par lequel Tainter conclut ce cas:

[Remarque: dans l’Occident des valeurs, le prix de l’or a été multiplié par cent au cours des cinquante dernières années.]

Vers l’an 440, un prêtre de Gaule, nommé Salvien, écrivit un pamphlet furieux sur ce qu’il observait autour de lui. Les Romains ordinaires, rapportait-il, fuyaient chez les barbares – non pas parce qu’ils étaient faits prisonniers, mais de leur plein gré. Ils préféraient vivre sous les Goths et les Francs plutôt que sous leur propre gouvernement. Car quoi que les barbares leur prissent, c’était moins que ce que Rome leur prenait.

Salvien comprit qu’ils préféraient vivre libres sous l’apparence de la captivité plutôt que captifs sous l’apparence de la liberté. Lorsque les barbares finirent par envahir l’Empire, qu’envahirent-ils donc? Une entité dont la préservation était devenue si coûteuse que ses propres citoyens n’en voulaient plus.

Le terme employé par Tainter pour désigner ce qui se produisit ensuite est celui d’«économisation». De son point de vue, l’effondrement n’est pas un échec. Il s’agit d’une décision rationnelle prise simultanément par des millions de personnes: celle de ne plus payer pour un niveau de complexité qui ne produit plus aucun rendement. La folie ne résidait jamais dans une décision isolée. Chaque nouveau service administratif avait un sens. Chaque nouvel impôt était nécessaire. Chaque niveau supplémentaire constituait une solution à un problème réel.

[Remarque: de nos jours, c’est pire, car nous résolvons principalement des problèmes fictifs.]

C’est précisément ce qui rend le processus si semblable à chaque fois. Personne ne décide consciemment de construire une machine qui deviendra un jour trop lourde pour être encore gérable. On ne décide tout simplement jamais de cesser de la construire. Et, de l’intérieur, ce poids n’est jamais perçu comme un poids. Il apparaît comme un raffinement.

La deuxième folie: produire davantage de princes qu’il n’existe de trônes

4. Peter Turchin

Mais la complexité ne suffit pas, à elle seule, à expliquer la violence. Rome ne devenait pas seulement de plus en plus coûteuse. Elle se déchirait déjà de l’intérieur depuis un siècle avant que les Goths ne franchissent le Danube en grand nombre. L’homme qui tenta de comprendre pourquoi cela se produit était l’écologue des populations Peter Turchin. Il passa la première moitié de sa carrière à modéliser l’essor et l’effondrement de populations animales – scarabées, campagnols, êtres vivants dépourvus d’idéologie.

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Puis il appliqua les mêmes mathématiques aux sociétés humaines. En 2016, il publia Ages of Discord, une étude dans laquelle il examinait en quelque sorte les États-Unis comme un biologiste examine une boîte de Petri. Son idée centrale concernait un mécanisme qu’il appela la «surproduction des élites».

Toute société produit, durant ses phases de croissance, davantage de personnes riches et instruites qu’elle n’en a besoin: davantage d’avocats que de tribunaux, davantage de candidats aux fonctions publiques que de postes disponibles, davantage de fils d’hommes importants qu’il n’existe de positions éminentes dont ils pourraient hériter.

Durant les décennies prospères, cela demeure invisible, car le gâteau croît suffisamment vite pour faire une place à chacun. Puis la croissance ralentit. Le nombre de postes disponibles cesse d’augmenter, tandis que le nombre de personnes élevées dans l’attente d’obtenir un tel poste continue à croître.

Considérons la République romaine au cours de son dernier siècle: en 81 av. J.-C., Sylla doubla le Sénat, le faisant passer de 300 à 600 membres. Quarante ans plus tard, César l’agrandit jusqu’à 900 membres. [Remarque: en Autriche, l'actuel gouvernement des partis perdants est lui aussi actuellement le plus important en nombre et le plus coûteux qu’ait connu la Deuxième République. Le personnel excédentaire est également recasé comme autant des prétendus consultants externes].

Les guerres civiles qui détruisirent la République ne furent pas menées par des paysans. Elles furent menées par les élites – autour de la question de savoir quelles élites pourraient continuer à appartenir aux élites [Remarque: pour cette raison, une «division de la société» a lieu en Allemagne; on veut même interdire le parti émergent qui, selon les sondages, serait le plus puissant].

La situation était semblable en France dans les années 1780. Il existait une génération de jeunes hommes ambitieux, instruits et pourvus de titres, le plus souvent des avocats de province, qui avaient fait tout ce que le système exigeait d’eux, mais trouvaient néanmoins tous les postes déjà occupés.

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La Révolution ne fut pas déclenchée par les affamés, mais par les surqualifiés. Les affamés constituaient l’arme. C’est la seconde moitié du mécanisme de Turchin – et celle qui le rend mortel. La surproduction des élites ne produit à elle seule qu’un grand nombre de personnes amères et frustrées. Mais elle ne se manifeste jamais seule.

Les mêmes forces qui bloquent l’ascension des élites sont désignées par Turchin comme une «pompe à richesse»: les richesses affluent constamment vers le sommet, tandis que les salaires stagnent. Parallèlement, la population située en dessous s’appauvrit. [Remarque: la «transition énergétique», la pandémie de coronavirus et, à présent, le réarmement massif ont servi et servent à transférer l’argent du bas vers le haut].

Il se crée ainsi, à la base, une masse de personnes en colère et, au sommet, un excédent de personnes ambitieuses privées des postes auxquels elles s’attendaient. Ces élites «sans siège» finissent alors par faire quelque chose de prévisible: elles cessent de rivaliser au sein du système pour les sièges existants et commencent plutôt à rivaliser pour prendre la tête de ceux qui veulent brûler ces sièges. Turchin les appelle des contre-élites. Tout effondrement en produit. Ce ne sont pas des personnes extérieures au système.

Rome en fournit un exemple particulièrement clair. En 63 av. J.-C., un patricien nommé Lucius Sergius Catilina – issu d’une ancienne famille, doté d’une généalogie irréprochable et ayant échoué à deux reprises dans sa tentative de devenir consul – cessa de lutter pour obtenir cette fonction. Il entreprit plutôt d’organiser les hommes qui avaient tout perdu à cause des dettes de Rome: des aristocrates ruinés, des vétérans démobilisés auxquels on avait promis des terres qu’ils ne reçurent jamais, et des paysans dont les champs avaient été absorbés par les domaines des sénateurs. Il leur promit l’annulation de toutes les dettes, et la ville faillit être incendiée. Catilina n’était pas un révolutionnaire. C’était un initié rejeté qui découvrit que la foule placée en dessous de lui constituait une arme – et qui ramassa cette arme. Dans son hiver, chaque civilisation fait croître une moisson de Catilina. La seule question est de savoir combien de personnes appauvries ils peuvent atteindre.

En 2010, avant même la publication d'Ages of Discord et avant que de telles réflexions ne deviennent à la mode, Turchin publia une courte lettre dans la revue Nature. Sur la base de ses modèles, il prédit que les États-Unis et l’Europe occidentale atteindraient vers 2020 un pic d’instabilité politique [Coronavirus!!!]. Il ne lisait pas alors les nouvelles. Ces nouvelles n’existaient pas encore. Il examinait plutôt des rapports numériques: le nombre de diplômés en droit par rapport au nombre de postes juridiques, la concentration de la richesse au sommet par rapport à la stagnation des salaires à la base.

Le rythme cinquantenaire des troubles aux Etats-Unis devait se manifester à nouveau en 2020, après les années 1870, 1920 et 1970.

5. Arnold Toynbee

Dans son étude historique en douze volumes, parue entre 1934 et 1961, Arnold Toynbee soutenait que les civilisations s’élèvent en répondant à des défis et déclinent lorsqu’elles cessent de le faire. Une minorité créatrice répond à chaque crise par quelque chose de nouveau. Les masses l’imitent. La société s’élève.

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Le déclin commence au moment où la minorité créatrice devient une simple minorité dominante: une classe dirigeante qui a cessé de créer du nouveau et se contente désormais de gouverner; qui maintient sa position par la violence et l’habitude plutôt qu’en apportant encore une quelconque réponse aux défis de son époque.

La formule de Toynbee, encore citée aujourd’hui, signifie en substance: les civilisations ne sont pas assassinées. Elles se suicident. À sa manière, il s’agit d’une théorie porteuse d’espoir. Le suicide suppose une décision. Et une décision suppose qu’il aurait été possible de décider autrement.

La troisième folie : échanger l’action contre l’argumentation

Voici la description que Glubb donne du dernier âge:

Les héros de la culture ne sont plus les soldats, les bâtisseurs ou les hommes d’État. Ce sont les athlètes, les chanteurs et les acteurs. La population de la capitale est obsédée par le divertissement et la sexualité. Les étrangers affluent, attirés par la richesse, tandis que les habitants du pays – vivant dans le confort, querelleurs et discutant sans fin – cessent d’avoir des enfants. Un immense appareil d’État assume les tâches autrefois accomplies par la famille et la tribu [Remarque: un État-providence hypertrophié!!!].

Il règne un pessimisme profondément enraciné, le sentiment que les meilleurs jours sont déjà passés. Mais surtout, il existe une obsession de l’intellect au détriment de l’action. Tout le monde débat. Personne n’agit.

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Tel a été Bagdad à l’apogée du califat abbasside, décrit à travers les lamentations d’historiens arabes qui observaient le phénomène en train de se produire.

Glubb passe en revue ces caractéristiques, propres au déclin de la Bagdad des Abbassides, presque point par point. Dans les décennies précédant la chute de l’ensemble, d’abord tombé aux mains des Turcs, puis aux mains des Mongols, les érudits de Bagdad écrivaient sur la popularité des chanteurs d’une manière semblable à celle dont les gens écrivent aujourd’hui à ce sujet: comme un symptôme, comme un scandale, comme la preuve que quelque chose s’était amolli.

Mais l’absence d’enfants est la caractéristique qui frappe le plus profondément, car c’est elle qui revient toujours.

f2d939b87b232df6caf1020e8307eae2.jpg6. Polybe

Au IIe siècle av. J.-C., Polybe décrivit une Grèce si fortement dépeuplée que les villes se vidaient – non pas à cause d’épidémies ou de la guerre. Les hommes, écrivait-il, s’étaient tournés vers le luxe et l’apparat et n’arrivaient plus à se résoudre à se marier. Quant à ceux qui le faisaient malgré tout, ils n’élevaient qu’un enfant, ou deux tout au plus, afin que la fortune reste indivise et que les parents puissent continuer à vivre confortablement. Une civilisation qui avait produit Platon et Alexandre décida silencieusement qu’elle préférait ne pas poursuivre sa trajectoire.

Spengler avait un nom pour les hommes de cette époque. Il les appelait les habitants de la ville mondiale: déracinés, intelligents, stériles – des personnes pour lesquelles l’argent avait remplacé le sang comme force organisatrice de la vie.

L’âge de l’intellect constitue, selon tout critère que cet âge lui-même reconnaîtrait, l’apogée: davantage d’éducation, davantage de débats, davantage de tolérance et davantage de confort qu’à tout autre moment antérieur de l’histoire de la civilisation. Tous les critères qu’une personne cultivée appliquerait semblent indiquer que la situation n’a jamais été meilleure.

Et, selon les calculs de Glubb, ceux de Spengler et selon les autres exemples cités, c’est précisément le signe fiable que la fin n’est plus éloignée que d’une ou deux générations.

L’homme intelligent ne peut pas le reconnaître, car pour le reconnaître, il faudrait un critère que l’homme intelligent lui-même considère comme primitif.

[Fin des développements tirés de la source susmentionnée.]

L’Occident des valeurs aujourd’hui

Tous les symptômes d’une société en déclin mentionnés dans ce texte s’appliquent très exactement à l’Occident des valeurs:

1. Inflation des lois et des réglementations

L’inflation absurde des lois et des réglementations dans l’Union européenne et les États nationaux constitue le chemin le plus sûr vers la chute et la désintégration. Il s’agit de moins en moins de résoudre des problèmes réels et de plus en plus de résoudre des problèmes fictifs, tels que l’imposture climatique et bien d’autres absurdités sur lesquelles on pourrait écrire pendant des soirées entières.

Ce n’est qu’une question de temps avant que l’armée de bureaucrates nécessaire à la mise en œuvre de toutes ces stupidités ne puisse plus être entretenue par la production économique réelle. Cette bureaucratisation conduit inévitablement à la destruction ou à la fuite de secteurs économiques entiers, comme actuellement l’industrie automobile, l’industrie chimique ou le secteur de l’énergie. Cela sape en même temps la base économique dont vivent, en définitive, les bureaucrates superflus eux-mêmes.

2. Surproduction d’«élites»

À cela s’ajoute la surproduction d’«élites» – ou, plus exactement, d’acteurs qui se considèrent eux-mêmes comme appartenant aux élites.

De nos jours, il s’agit d’innombrables diplômés de diverses disciplines universitaires «exotiques», telles que la sociologie, la psychologie, la science politique, les sciences du climat et les études de genre, qui n’ont pratiquement aucune perspective de carrière convenable et sont donc principalement recrutés par les ONG les plus diverses, lesquelles veulent remodeler le monde entier selon les conceptions de certains individus immensément riches. Ces «pseudo-élites» espèrent parvenir ainsi, après une quelconque «révolution», aux mangeoires des élites actuelles.

Ce sont précisément les ONG qui favorisent l’inflation des lois et des réglementations destinées à résoudre des problèmes fictifs tels que l’imposture climatique, accélérant ainsi la chute de l’Occident des valeurs.

3. Absence d’enfants

L’absence d’enfants est une conséquence de la désorientation générale, laquelle est à son tour également une conséquence de l’avalanche de problèmes fictifs. Car pourquoi mettre des enfants au monde si l’on croit sérieusement que la Terre va bientôt cuire?

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Retour au système des traités de Westphalie? Pas tout à fait! - L’étrange retour de la souveraineté dans un monde qui a dépassé le cadre de l’État territorial

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Retour au système des traités de Westphalie? Pas tout à fait!

L’étrange retour de la souveraineté dans un monde qui a dépassé le cadre de l’État territorial

Jerry B. Marchant

Jerry B. Marchant, d’IS IT PROPAGANDA?® (https://substack.com/@isitpropaganda), soutient que la multipolarité fait renaître la souveraineté westphalienne tout en transformant le système international.

La paix de Westphalie, conclue en 1648 par les traités de Münster et d’Osnabrück, est traditionnellement considérée comme l’acte fondateur du système international moderne. On lui attribue l’établissement de l’État territorial souverain, l’affirmation du principe de non-ingérence dans les affaires intérieures et le remplacement des prétentions universalistes du Saint-Empire romain germanique et de la papauté par un ordre composé d’États formellement égaux.

Près de quatre siècles plus tard, alors que le moment unipolaire de l’après-guerre froide cède la place à un paysage multipolaire contesté, façonné par la Chine, la Russie, l’Inde et un Sud global plus affirmé, l’héritage westphalien a acquis une pertinence nouvelle. La multipolarité représente-t-elle un retour aux principes westphaliens après l’interventionnisme de l’ère unipolaire, ou marque-t-elle une rupture fondamentale avec l’ordre fondé sur la souveraineté associé à 1648?

Cet essai ne défend ni la thèse d’un simple retour ni celle d’une rupture nette. Il est plus juste de comprendre la multipolarité contemporaine comme une réaffirmation sélective et asymétrique des normes westphaliennes. Les puissances émergentes ou renaissantes invoquent la souveraineté et la non-ingérence pour s’opposer aux pratiques interventionnistes de l’ère unipolaire, tout en évoluant dans des structures économiques, technologiques et informationnelles que la logique territoriale de 1648 ne peut pleinement régir.

Il en résulte un système hybride: westphalien dans son vocabulaire normatif, mais de plus en plus post-westphalien dans sa structure matérielle.

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Le mythe et la réalité de 1648

Avant d’établir un lien entre le système des traités de Westphalie et la multipolarité, il convient de nuancer la signification historique du premier. Les règlements de 1648 n’ont pas instauré l’égalité souveraine au sens moderne du terme. Comme l’a démontré Andreas Osiander, les traités ont principalement mis fin à la guerre de Trente Ans, redistribué des territoires au sein du Saint-Empire romain germanique et établi des droits religieux limités pour les princes allemands. L’Empire lui-même a subsisté pendant encore un siècle et demi.¹

Ce qui allait être désigné sous le nom de «souveraineté westphalienne» était en grande partie une construction rétrospective. Les positivistes juridiques du XIXe siècle, puis les théoriciens des relations internationales, ont fait de ce règlement le récit fondateur de l’ordre international centré sur l’État. L’influent essai publié par Leo Gross en 1948 a encore consolidé cette interprétation.²

616TwId4LeL._AC_UF1000,1000_QL80_.jpgLa description que Stephen Krasner donne de la souveraineté comme une «hypocrisie organisée» permet de saisir le paradoxe qui en résulte: la non-ingérence était proclamée comme principe tout en étant violée de manière répétée par les États puissants. Les faits historiques montrent donc que la souveraineté n’a jamais constitué une règle absolue ni appliquée de manière cohérente.³

Cette distinction importe aujourd’hui. La question n’est pas de savoir si la multipolarité constitue littéralement un «retour à 1648», mais quels acteurs invoquent les principes westphaliens, contre qui et dans quel but.

L’intermède unipolaire

Les décennies qui ont suivi l’effondrement de l’Union soviétique ont représenté un éloignement significatif du principe traditionnel de non-ingérence. Au cours des années 1990 et 2000, l’internationalisme libéral a de plus en plus considéré la souveraineté comme étant subordonnée à d’autres principes, notamment les droits de l'homme, la gouvernance démocratique et la protection humanitaire.

L’intervention de l’OTAN au Kosovo en 1999, menée sans l’autorisation du Conseil de sécurité des Nations unies, a été justifiée en partie par l’argument selon lequel le principe de souveraineté ne pouvait protéger un État se livrant à de graves exactions. L’approbation par les Nations unies, en 2005, de la "doctrine de la responsabilité de protéger" a pareillement établi que la souveraineté s’accompagnait de responsabilités dont la violation pouvait justifier une action internationale.

L’invasion de l’Irak en 2003 et l’intervention en Libye en 2011 ont encore illustré la tension entre la souveraineté territoriale et les doctrines interventionnistes.

713RuliT6yL._SY466_.jpgDans L’Ordre du monde (World Order, 2014), Henry Kissinger a formulé une critique réaliste des tentatives visant à ériger un modèle libéral-démocratique particulier en principe universel d’organisation. Quelle que soit l’opinion que l’on porte sur cet argument, l’essor ultérieur de la multipolarité montre que la souveraineté conditionnelle n’est pas restée sans réponse.⁴

Multipolarité et redéploiement stratégique de la souveraineté

La multipolarité contemporaine a donc replacé la souveraineté au cœur du vocabulaire diplomatique.

Les diplomaties russe et chinoise mettent régulièrement l’accent sur l’intégrité territoriale, l’égalité souveraine et la non-ingérence. Ces principes apparaissent également dans de nombreuses déclarations des BRICS et de l’Organisation de coopération de Shanghai. L’accent mis par l’Inde sur l’autonomie stratégique et le non-alignement s’inscrit dans une tradition apparentée, enracinée dans la conférence de Bandung de 1955.

imamachages.jpgCes États ne partagent toutefois pas nécessairement un projet politique commun. Le concept de «monde multiplexe» d’Amitav Acharya est utile parce qu’il évite de réduire la multipolarité à une simple «montée en puissance du reste du monde». Différentes puissances peuvent convenir qu’il faut limiter l’universalisme occidental et la souveraineté conditionnelle, tout en étant en désaccord sur ce qui devrait les remplacer.⁵

Il en résulte une contradiction importante.

L’invocation de la souveraineté par la Russie cadre difficilement avec son invasion de l’Ukraine en 2022, qui a violé l’intégrité territoriale ukrainienne. Cette contradiction illustre l’argument plus général de Krasner: la souveraineté peut fonctionner simultanément comme un principe, comme un bouclier diplomatique et comme un instrument de pouvoir appliqué de manière sélective.

Il faut donc appliquer aux puissances multipolaires les mêmes critères d’analyse qu’aux puissances occidentales. La rhétorique de la souveraineté est significative, mais elle ne suffit pas à établir l’existence d’une pratique cohérente.

Là où le système des traités de Westphalie atteint ses limites

Le problème de fond est que le système international contemporain a évolué bien au-delà des conditions territoriales de 1648.

L’interdépendance économique a engendré des chaînes d’approvisionnement, des réseaux financiers, des systèmes réglementaires, des régimes de sanctions et des dépendances monétaires qui estompent la distinction entre affaires intérieures et internationales. Les États peuvent exercer une influence considérable au sein de l’espace économique d’un autre État sans en franchir physiquement les frontières.

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Le cyberespace représente un défi encore plus manifeste. Les flux de données, les cyberattaques, les infrastructures numériques et les opérations d’information franchissent couramment les frontières territoriales. La Russie et la Chine ont réagi en formulant des concepts tels que la «cybersouveraineté» et la «souveraineté informationnelle», dans le but d’étendre l’autorité territoriale au domaine numérique. Cette démarche même témoigne de la pression qui s’exerce sur la souveraineté traditionnelle.

Les acteurs non étatiques compliquent davantage encore le modèle westphalien. Les multinationales, les plateformes technologiques, les réseaux terroristes et les communautés transnationales peuvent exercer une influence qui ne s’inscrit pas clairement dans le cadre des frontières territoriales.

Le changement climatique en offre peut-être l’exemple le plus évident. Ses causes et ses conséquences ignorent les frontières nationales, ce qui rend insuffisante la compétence exclusivement nationale pour traiter le problème.

Le paradoxe est donc clair: la multipolarité peut renforcer l’importance politique de la souveraineté au moment même où la mondialisation rend plus difficile son exercice en termes territoriaux absolus.

La rewestphalisation comme pratique sélective

L’essor de la multipolarité doit par conséquent être compris comme un processus de rewestphalisation sélective, plutôt que comme une restauration de l’ordre de 1648 ou comme son rejet complet.

Pour les puissances émergentes ou renaissantes, l’égalité souveraine et la non-ingérence fournissent un langage permettant de contester les pratiques interventionnistes de l’ère unipolaire. Cela a modifié les débats sur l’intervention et donné au Sud global davantage de poids au sein d’institutions dans lesquelles les justifications universalistes jouissaient autrefois d’une plus grande autorité.

Cette réaffirmation est toutefois principalement normative et rhétorique, plutôt que structurelle. Les déclarations diplomatiques ne peuvent rétablir l’État territorialement délimité en tant que siège exclusif de l’autorité, car les interdépendances économiques, technologiques et environnementales qui se sont développées au fil des siècles ne peuvent être simplement inversées.

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L’ordre qui en résulte est donc westphalien dans sa forme et post-westphalien dans son fonctionnement. Les États continuent de parler le langage de l’égalité souveraine, de l’intégrité territoriale et de la non-ingérence, tout en évoluant au sein d’un système qui rend de plus en plus difficile l’autonomie territoriale absolue.

C’est ici que le lien entre le système des traités de Westphalie et la multipolarité revêt toute son importance. La multipolarité ne représente pas nécessairement un retour au monde de 1648. Elle traduit plutôt une lutte renouvelée pour déterminer qui est en droit de définir la souveraineté et les limites de l’intervention dans un monde qui n’est plus dominé par un centre de pouvoir unique.

Comprendre la multipolarité exige donc de tenir simultanément compte de deux idées.

Premièrement, le vocabulaire de la souveraineté associé au système des traités de Westphalie conserve une grande puissance politique. Il fournit aux puissances émergentes un langage permettant de contester la souveraineté conditionnelle et les doctrines interventionnistes associées à l’ère unipolaire.

Deuxièmement, ce vocabulaire ne décrit plus pleinement la réalité matérielle des relations internationales. L’interdépendance économique, les réseaux numériques, les défis environnementaux et les acteurs transnationaux ont créé des formes de pouvoir qui ne peuvent être contenues à l’intérieur des frontières territoriales.

Le système contemporain ne constitue donc ni un simple retour à la Westphalie ni une rupture nette avec celle-ci. Il représente une nouvelle étape dans la longue histoire de la souveraineté en tant que principe que les États invoquent, défendent, réinterprètent et parfois violent en fonction de l’évolution de la répartition du pouvoir.

La question centrale de l’ère multipolaire n’est donc peut-être pas de savoir si le système des traités de Westphalie fait son retour.

Elle est peut-être de savoir qui définira désormais ce que signifie la souveraineté.

Notes: 

(1) Osiander, Andreas. “Sovereignty, International Relations, and the Westphalian Myth.” International Organization 55, no. 2 (2001): 251–287.

(2) Gross, Leo. “The Peace of Westphalia, 1648–1948.” American Journal of International Law 42, no. 1 (1948).

(3) Krasner, Stephen D. Sovereignty: Organized Hypocrisy. Princeton University Press, 1999.

(4) Kissinger, Henry. World Order. Penguin Press, 2014.

(5) Acharya, Amitav. The End of American World Order. Polity Press, 2014.

jeudi, 01 octobre 2026

La ploutocratie internationale et le déclin politique de Macron et de Merz

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La ploutocratie internationale et le déclin politique de Macron et de Merz

Source: https://geopoliticarugiente.com/2026/09/25/la-plutocracia...

La dure réalité se révèle désormais dans toute son ampleur et indique sans détour que les familles Rothschild et BlackRock éprouvent des difficultés à trouver de meilleurs représentants capables de gérer confortablement leurs intérêts depuis les sphères du pouvoir politique français et allemand.

Car lorsque les Français et les Allemands — ainsi que l’opinion publique internationale — soulignent l’impopularité de Macron et de Merz, qui font l’objet de taux de rejet social considérables, rarement observés chez les plus hauts dirigeants de ces deux États, et lorsqu’il est dit que les camps politiques respectifs auxquels appartiennent ces deux dirigeants traversent eux aussi des difficultés non négligeables, nous constatons que la ploutocratie internationale a des problèmes à résoudre.

On constate également que les entités supranationales sont récusées par une part importante des citoyens français et allemands et que, tôt ou tard, ceux-ci refuseront de continuer à suivre docilement les programmes dangereux, qui plus est, destructeurs de la souveraineté nationale, défendus par les Rothschild et BlackRock.

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Ils pourront conserver le contrôle de nombreux leviers du pouvoir, mais ils finiront incontestablement par perdre leur emprise sur la majorité de ces peuples. Une fois ce tournant historique atteint, un changement radical pourrait — ou non — se produire.

Il semble que Macron et Merz ne soient pas très efficaces dans l’exercice de leurs fonctions étatiques, car, lorsqu’ils auront tous deux achevé leur mandat, leurs peuples, et le système même qu’ils servent, seront confrontés à un nombre encore plus élevé de problèmes. Il ne faut pas croire, de manière linéaire, que seuls les Français et les Allemands d’en bas subissent toutes les difficultés découlant des insuffisances de Macron et de Merz dans l’art de gouverner, car les maîtres du système sont eux aussi confrontés à des difficultés encore plus graves.

Des sensibilités particulières se sont déjà mobilisées contre l’oligarchie mondialiste et partagent la conviction que le jeu démocratique n’existe pas pour les sommets du pouvoir financier. Elles considèrent au contraire que ceux-ci sont toujours disposés à interrompre le libre jeu de la démocratie populaire dès que le peuple commence à se penser et à agir comme un substantif, comme un sujet, et non plus comme un adjectif ni comme l’objet des dirigeants d’élites criminelles et hostiles à la souveraineté nationale.

Relier le nord-est de la Chine à la côte arctique de la Russie

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Relier le nord-est de la Chine à la côte arctique de la Russie

Source: https://www.estica.ro/news/conectarea-nord-estului-chinei...

Le président du Conseil maritime de Russie, Nikolaï Patrouchev, a donné le coup d’envoi de la construction du terminal de fret en eau profonde de Naïba, dans le port de Tiksi, situé dans l’Arctique russe.

Lors de la cérémonie de lancement du projet, Patrouchev a déclaré que «l’un des itinéraires fondamentaux du Corridor de transport transarctique (TTC) sera la route internationale de transport Mohe–Naïba. L’élément clé de cet itinéraire sera le terminal de fret en eau profonde de Naïba, dans le port maritime de Tiksi. Le nouveau complexe portuaire comprendra des zones destinées au transbordement de marchandises liquides et sèches, des réservoirs de carburant ainsi que les équipements nécessaires. D’ici à 2035, la capacité du port devrait dépasser trois millions de tonnes».

Il a indiqué que la mise en service du port en eau profonde de Naïba ouvrirait de nouvelles perspectives en matière de logistique et constituerait une infrastructure d’appui pour le développement de la base de matières premières. Il a ajouté que «cet itinéraire reliera les provinces du nord-est de la Chine à la côte arctique de la Russie. La réalisation du projet permettra d’accélérer le développement économique, d’améliorer la connectivité des territoires de l’Arctique et de l’Extrême-Orient, et de stimuler le développement des industries extractives, notamment celui du pôle industriel de Koutchous, ainsi que la mise en service de nouvelles capacités de production et l’élargissement de la base de fret».

La création du TTC, qui englobe la Route maritime du Nord ainsi que les voies navigables intérieures (ndt: Ob, Iénisséi, Lena) et les infrastructures de transport qui leur sont associées, contribuera à ce que Patrouchev a qualifié de «développement global des territoires de la zone arctique et de l’Extrême-Orient, de la base de fret, ainsi que du transport intérieur, international et de transit des marchandises et des passagers le long du littoral russe».

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La route internationale de transport Mohe–Naïba (Tiksi) est un vaste projet multinational d’infrastructures reliant directement les provinces du nord-est de la Chine à la côte arctique de la Russie. Ce corridor multimodal transarctique est conçu pour relier la ville de Mohe — la ville la plus septentrionale de Chine, située dans la province du Heilongjiang — au nouveau terminal portuaire en eau profonde de Naïba, aménagé à proximité de Tiksi, sur la côte de la mer des Laptev, dans la République de Sakha.

En intégrant des lignes ferroviaires, des autoroutes, le transport fluvial par barges — sur la Léna, la Iana et la Kolyma — ainsi que des routes maritimes arctiques, le corridor crée une voie de transit directe entre les centres industriels chinois et la Route maritime du Nord (NSR). Long d’environ 4000 kilomètres, ce corridor réduit presque de moitié la distance de transport traditionnelle entre la Chine et l’Occident, par rapport à l’itinéraire passant par le canal de Suez.

Le corridor est largement utilisé pour acheminer des ressources minérales vers le sud — notamment les marchandises provenant du pôle aurifère de Koutchous — ainsi que pour transporter vers le nord des produits manufacturés et des biens essentiels à l’approvisionnement des régions septentrionales. Le coût de développement du projet est estimé à environ 1130 milliards de roubles, soit 14 milliards de dollars américains.

Source première: https://chinabeyondthewall.org/connecting-chinas-northeast-with-russias-arctic-coast/

Le postmodernisme au pouvoir: de la philosophie à la politique

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Le postmodernisme au pouvoir: de la philosophie à la politique

Alexandre Douguine 

Présentateur: Pour poursuivre dans la direction que vous indiquez: que s’est-il exactement passé en Allemagne en cinq ans? Je précise qu’il s’agit d’élections régionales et municipales, lors desquelles le parti au pouvoir n’atteint même pas, par endroits, le seuil minimal requis. Pendant longtemps, le pays a semblé aspirer à la stabilité. Tous ces sigles — CDU, CSU — sont restés plus ou moins ce qu’ils étaient dans les années 1980. Un seuil critique a-t-il été franchi? Les gens se sont-ils lassés qu’on leur impose des idées obscures et malsaines? De nouvelles technologies sont-elles apparues ? Ou bien une certaine prise de conscience s’est-elle produite?

Alexandre Douguine : Je ne pense pas que les Allemands soient devenus tellement plus avisés. Beaucoup, tout simplement, n’y croyaient pas — ils ne croyaient pas au postmodernisme et considéraient comme des outrances les théories d’un passage de l’être humain à une existence rhizomatique, les idées de la «mort de l’homme», le posthumanisme ou encore la «liberté de choisir son genre» conçue comme une affaire de choix personnel. Au départ, il s’agissait d’une provocation philosophique. À partir des années 1960 et 1970, et plus particulièrement dans les années 1970 et 1980, des gens se réunissaient lors de colloques, discutaient de choses exotiques voire farfelues, puis ont commencé à exercer une influence sur des pans toujours plus vastes de l’enseignement; enfin, les étudiants formés au postmodernisme se sont retrouvés à la tête de l’État.

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Même si cela demeurait cantonné à la philosophie, aux études culturelles et à l’histoire de l’art, la perversion devenait discrètement la norme. Deleuze (photo), le principal théoricien du postmodernisme, proposait un tournant vers les «masses schizo»: selon lui, la schizophrénie était une bonne chose, tandis que la mauvaise chose, c'était la paranoïa — c’est-à-dire la rationalité rigoureuse. Ce qui était bon, au contraire, c’était l’individu fragmenté, éclaté en états multiples et même en organes qui ne s’accordent pas les uns avec les autres; il estimait que cette forme de schizophrénie était propre aux masses. Peu à peu, ces principes ont pénétré la haute politique. Beaucoup ont écarté la question d’un revers de main: ce n’est qu’un exposé d'intello, un vidéoclip, une métaphore; cela n’abolit pas la normalité. Or, tout l’enjeu réside précisément dans l’abolition de la normalité. Une personne est soit normale, soit elle ne l’est pas. Au départ, l’idée était qu’il fallait traiter les personnes anormales avec respect et ne pas les humilier — et cela est juste, bien évidemment. Les traiter avec la bienveillance du thérapeute ou de la personne charitable est une chose. Inverser la norme et promouvoir la pathologie, puis remettre le pouvoir à cette pathologie, en est une autre.

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Tel est le sens de la philosophie postmoderniste aujourd’hui incarnée par la CDU et la CSU, par les responsables politiques britanniques et par les dirigeants de l’Union européenne: tout le pouvoir doit être donné au vice, à la folie, à l’idiotie, à la dysgénie et à la dégénérescence — le triomphe est esthétiquement mis en scène par des dégénérés, le tout étant présenté comme une nouvelle démocratie. Tout le monde affirme pourtant que ce n’est pas sérieux. Puis survient un Merz, un Starmer ou un Boris Johnson — amas de matière négligée, toujours débraillé, chemise hors du pantalon et lacets défaits, qui cahote à travers le monde tel un colis froissé, influe sur le cours d’une guerre et distribue des promesses aux nazebroques ukrainiens. Tout cela serait comique et absurde si ce n’était pas imprégné d'un appel à la guerre et si cela ne se transformait pas en crimes sanglants.

Durant toutes ces années, l’Occident a montré de plus en plus ouvertement cette facette de lui-même, conçue et mise en place depuis longtemps — et ce n’est que maintenant que le citoyen ordinaire commence à comprendre que quelque chose ne va pas. Il est peut-être trop tard. Les dissidents seront privés d’accès à la Bundeswehr, et les élections en Mecklembourg seront déclarées irrégulières sous prétexte d’«ingérence russe». Il suffira de produire une photographie: un homme marchant sur les rives de la Baltique et qui a l’air russe — qui est en bonne santé, blanc, accompagné de sa femme, de son enfant et de son chien. Qu’il soit russe ou non, en bonne santé ou non, et même qu’il ait réellement existé ou non, importe peu. Les journaux publieront la photographie sous la légende «les Russes arrivent», et, pour le dégénéré, cet argument suffira à annuler l’élection. C’est ainsi que le système est organisé, et ils ont eu recours à cette méthode plus d’une fois.

Ainsi, si l’on demande dans l’abstrait laquelle de ces deux formes de démocratie l’emportera, je pense que ce sera la nouvelle. Tel est l’avenir qu’ils ont planifié. L’ancienne démocratie n’a pas encore pleinement compris que la dysgénie, la dégénérescence et les valeurs non traditionnelles sont tout ce qu’il reste à la nouvelle démocratie à avaler et à annihiler. Et ce n’est pas une question. C’est un ordre, et un ordre ne se discute pas: c’est ainsi que cette société est construite. Nous connaissons mal l’Occident contemporain, raison pour laquelle nous sommes surpris que quiconque puisse voter pour un tel programme. En réalité, ceux qui ne voteront pas pour la nouvelle démocratie seront privés du droit de vote et envoyés en «rééducation» — dans des colonies spéciales où le changement de sexe sera obligatoire. Voilà comment tout cela finira.

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Ce qui se passe est grave. Cela ne touche pas seulement la culture de l’Occident, mais aussi sa politique et son économie. L’Europe détruit sa propre économie de ses propres mains — et elle s’en réjouit. Les gazoducs qui ont explosé ne représentaient pas seulement notre argent; ils représentaient aussi l’argent des Allemands. Après avoir ruiné leur secteur énergétique et leur économie, ils décident que c’est ainsi que les choses doivent être. Il ne peut en aller autrement lorsqu’on a affaire à une Furie. Et, dans l’est de l’Allemagne, beaucoup refusent de dire « miaou » et « ouaf » sur l’ordre de Merz — cette demi-caricature d’homme, moitié cabaret des minorités, moitié Tarantino. Certains ont déjà cédé; d’autres non. Et il faut se préparer à la probabilité que, dans l’Occident, la nouvelle démocratie l’emporte. C’est à elle que nous devrons avoir affaire.

* * *

Le mouvement LGBT et toutes les perversions, y compris celles montrées sur des photographies de responsables politiques de gauche de la République fédérale d’Allemagne, sont catégoriquement interdits dans la Fédération de Russie.

La route vers Mad Max ? - Carburant, pénurie et effondrement à venir

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La route vers Mad Max ?

Carburant, pénurie et effondrement à venir

Constantin von Hoffmeister

La route vers Mad Max commence bien avant que le premier convoi armé n’apparaisse à l’horizon. Elle commence lorsque les pétroliers cessent de circuler, que les raffineries s’éteignent, que les dépôts de carburant se vident et que les machines qui nourrissent les villes et déplacent les armées commencent à manquer de combustible. Il y a d’abord le choc des prix. Puis les files d’attente. Puis le marché noir. Puis vient la question que redoute tout gouvernement: que se passe-t-il lorsque le système existe encore sur le papier, mais que le carburant qui le maintient en vie n’arrive plus?

La diplomatie a soudain revêtu un caractère d’urgence. Sergueï Lavrov et Marco Rubio se sont rencontrés à New York. Des représentants américains et iraniens ont mené des pourparlers indirects en marge de l’Assemblée générale des Nations unies. Kirill Dmitriev s’est rendu aux États-Unis pour s’entretenir avec des membres de l’administration Trump. Xi Jinping est arrivé à Washington pour une visite d’État, où Trump l’a accueilli personnellement à la base interarmées d'Andrews. Ces rencontres portent sur des guerres, des puissances et des intérêts différents, mais elles se déroulent toutes sur une même toile de fond: l’énergie.

1a8257edbaaf4ef41cac9fcfbc7acf53.jpgHalford Mackinder enseignait que la politique mondiale repose en dernière instance sur la maîtrise de l’espace physique, des communications et des ressources. Les États peuvent parler le langage du droit, des valeurs et de la diplomatie, mais les navires ont toujours besoin de carburant, les camions de gazole et les armées de lignes d’approvisionnement. L’actuelle effervescence diplomatique peut donc être interprétée, en partie, comme une réaction à un fait matériel qu’aucun communiqué ne saurait faire disparaître: le système mondial d’approvisionnement en carburants est soumis à de très fortes tensions.

81749129abd65e8b4403e5ea310f1323.jpgAlfred Thayer Mahan aurait immédiatement compris l’origine du danger. L’économie moderne reste tributaire d’une poignée de passages maritimes que la géographie a rendus irremplaçables. Le détroit d’Ormuz est désormais fortement perturbé, Bab el-Mandeb demeure dangereux et l’oléoduc saoudien Est-Ouest a été temporairement fermé à la suite d’attaques. Il ne s’agit pas de simples lignes tracées abstraitement sur une carte. Ce sont les artères par lesquelles le pétrole brut et les produits raffinés circulent du producteur au consommateur. Lorsque plusieurs artères se rétrécissent simultanément, l’ensemble du système commence à se disputer les itinéraires encore disponibles.

Le pétrole peut exister sous terre en quantités considérables, mais cela importe peu s’il ne peut atteindre une raffinerie, si celle-ci ne peut se procurer de matière première ou si le gazole raffiné ne peut être acheminé jusqu’à son marché. Mahan écrivait sur la maîtrise des mers en termes militaires. Aujourd’hui, celle-ci signifie aussi la maîtrise des routes empruntées par les pétroliers, des terminaux d’exportation et des polices d’assurance qui permettent aux cargaisons de prendre la mer.

nicholas-j-spykman.jpgNicholas Spykman soutenait que la puissance se concentre le long de la grande frange littorale de l’Eurasie. Il suffit d’observer la crise du gazole pour voir sa carte se dessiner presque d’elle-même. La Russie a restreint ses exportations de gazole après que des attaques ukrainiennes répétées eurent endommagé ses capacités de raffinage. Les routes du Moyen-Orient sont perturbées. Les raffineurs asiatiques doivent se disputer le pétrole brut et décider de la quantité de carburant qu’ils peuvent réserver aux acheteurs étrangers.

En conséquence, les États-Unis sont devenus encore plus importants en tant qu’exportateurs, alors même que les consommateurs américains paient eux-mêmes des prix records: la moyenne nationale du prix du gazole a dépassé les six dollars le gallon ce mois-ci.

Les stocks mondiaux sont si faibles que, selon Reuters, la pénurie pourrait se prolonger bien au-delà du début de l’année 2027. Le problème ne se limite donc plus à une guerre en particulier. La pression se propage de la Russie au Golfe, du Golfe à l’Asie, de l’Asie à l’Europe et à l’Afrique, puis de la demande étrangère au marché intérieur américain. Spykman voyait l’Eurasie comme une ceinture stratégique interconnectée. Le marché du gazole démontre la même chose à travers les oléoducs, les raffineries et les pétroliers.

84-88.-Carl_Schmitt1.jpegVient ensuite le problème des sanctions, et Carl Schmitt se révèle ici plus utile que la plupart des économistes. Schmitt insistait sur le fait que le pouvoir politique se révèle le plus clairement dans la capacité à décider du moment où les règles ordinaires cessent de s’appliquer. Le 18 septembre, Trump a promulgué le Lindsey O. Graham Sanctioning Russia and Iran Act. Entre autres dispositions, cette loi autorise le président à imposer des droits de douane pouvant atteindre 100% aux principaux acheteurs de pétrole et de gaz naturel russes. Il s’agit d’un pouvoir juridique considérable. Mais le pouvoir sur le papier et le pouvoir dans la pratique sont deux choses différentes.

La Chine et l’Inde demeurent des acheteurs essentiels de l’énergie russe, tandis que le pétrole brut russe continue d’alimenter des raffineries approvisionnant les marchés mondiaux. Appliquer la loi avec une rigueur maximale pourrait donc pénaliser Moscou tout en accentuant la pression sur le marché même des carburants que Washington cherche à stabiliser. Le paradoxe est éminemment schmittien: plus le pouvoir d’exception placé entre les mains de l’exécutif est grand, plus celui-ci peut être amené à juger avec prudence du moment où ce pouvoir peut effectivement être exercé.

Friedrich_List_1845_crop.jpgFriedrich List aurait immédiatement discerné le problème de fond. Un pays n’est pas économiquement souverain au seul motif qu’il peut acheter à bas prix quelque chose à l’étranger. La souveraineté exige des capacités productives. Certains États produisaient beaucoup plus de carburants raffinés qu’ils n’en consommaient, tandis que d’autres ont laissé stagner leurs capacités de raffinage parce que les importations coûtaient moins cher. Ce dispositif paraissait efficace parce que les voies maritimes étaient ouvertes, les exportateurs fiables et les risques politiques apparemment maîtrisables. Ce monde est en train de disparaître. Les exportations russes ont été restreintes, les capacités de raffinage et le transport maritime au Moyen-Orient ont été frappés par la guerre, et les raffineurs asiatiques ajustent leur production en fonction de leurs propres besoins. Même la Chine, qui a récemment augmenté ses exportations de produits raffinés, considère celles-ci comme une variable qu’elle peut restreindre ou accroître en fonction de sa situation intérieure. L’ancienne distinction de List entre la richesse et le pouvoir de produire de la richesse paraît soudain moins désuète. Un parc de réservoirs rempli de gazole importé constitue une richesse. Une raffinerie capable de remplacer ces importations constitue une puissance.

Karl-Polanyi.jpgKarl Polanyi aurait ajouté que les marchés n’existent jamais indépendamment de la société. Sur un écran de négociation, le gazole apparaît comme une marchandise parmi d’autres; mais, hors de la salle des marchés, il fait fonctionner presque tout ce qui maintient la société industrielle en vie. Les pénuries d’essence gênent les automobilistes et deviennent vite politiquement douloureuses. Les pénuries de gazole ont une portée bien plus vaste. Les camions transportent la nourriture. Les tracteurs cultivent les champs. Les excavatrices ouvrent les mines et les chantiers de construction. Les navires de pêche ramènent des protéines à terre. Les groupes électrogènes de secours maintiennent en fonctionnement les hôpitaux, les usines et les télécommunications.

Lorsque le prix du gazole augmente brutalement, la hausse ne reste pas cantonnée à la station-service. Elle se répercute sur le fret, l’alimentation, la construction, l’exploitation minière et l’électricité. Voilà pourquoi la pénurie actuelle revêt davantage d’importance qu’une flambée ordinaire des prix des matières premières. Une société moderne peut s’accommoder du renchérissement d’un produit de luxe. Il lui est bien plus difficile de faire face à une hausse du coût du transport, de la production et de la livraison de presque tout. Reuters décrit aujourd’hui les stocks de plusieurs grands marchés comme historiquement bas, tandis que les marges de raffinage asiatiques ont atteint des niveaux extraordinaires. Polanyi soulignait que les chocs économiques finissent par devenir des chocs sociaux. Le gazole constitue un mécanisme de transmission exceptionnellement direct.

202209301735.jpgFernand Braudel nous aurait invités à cesser de regarder uniquement les présidents pour nous intéresser plutôt aux structures qui se trouvent sous eux. L’Afrique en offre une illustration. Pendant des décennies, une grande partie du continent a exporté du pétrole brut tout en important des produits pétroliers raffinés. Des pétroliers arrivaient dans les ports côtiers, le carburant était déchargé, puis des flottes de camions-citernes le transportaient sur des centaines, voire des milliers de kilomètres vers l’intérieur des terres. Ce système dépend de transports maritimes bon marché, de ports opérationnels, de centres de raffinage accessibles et d’une quantité suffisante de devises pour acheter les produits. Supprimez un élément et le réseau devient coûteux. Supprimez-en plusieurs à la fois et le réseau peut commencer à se gripper.

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L’immense raffinerie Dangote (photo), au Nigeria, est importante précisément parce qu’elle modifie cette ancienne structure en créant de grandes capacités de raffinage au sein même de l’Afrique. Ses exploitants s’attendent désormais à ce que les tensions mondiales sur les carburants persistent au-delà de la guerre actuelle au Moyen-Orient. Braudel écrivait l’histoire en étudiant les fondements matériels lents qui sous-tendent les événements politiques spectaculaires. Les raffineries, les ports et les dépôts de carburant appartiennent à cette couche plus profonde.

immanuel_wallerstein.jpgL’approche des systèmes-monde d’Immanuel Wallerstein aide à comprendre pourquoi les États importateurs les plus pauvres subissent les conséquences les plus graves. Un pays industriel riche confronté à un gazole coûteux peut puiser dans ses réserves, subventionner les consommateurs, ajuster les taxes, surenchérir sur les concurrents les plus pauvres pour accaparer des cargaisons ou réorienter une partie de la demande vers d’autres formes d’énergie. Un pays pauvre qui importe la quasi-totalité de son carburant dispose de moins de moyens de défense. Il participe aux mêmes enchères mondiales avec moins d’argent. Lorsque l’offre se contracte, le plus offrant ne reçoit pas simplement un meilleur service: quelqu’un d’autre risque de ne recevoir aucune cargaison.

Les tensions actuelles sur les carburants au Pakistan ont déjà poussé le gouvernement à rétablir des mesures d’économie d’énergie, notamment des restrictions sur l’utilisation de carburant par les services officiels et une réduction des horaires d’ouverture des commerces. Dans une telle crise, la ligne de partage décisive ne se situe donc pas simplement entre l’Est et l’Ouest ou entre le Nord et le Sud. Elle passe entre les États possédant une profondeur financière, industrielle et logistique suffisante pour absorber un choc et ceux dont l’économie dépend d’un flux ininterrompu de produits importés de première nécessité.

imaikhge.jpgIbn Khaldoun aurait compris ce qui se produit ensuite, car il considérait l’ordre politique comme quelque chose d’enraciné dans la cohésion matérielle plutôt que dans le cérémonial gouvernemental. Lorsque le camion-citerne cesse d’arriver, la crise se propage vers le bas à travers la société. La pompe d’irrigation tombe en panne sèche. Le tracteur reste immobilisé près du champ. Le moulin à farine réduit sa production. Le camion de livraison ne peut effectuer sa tournée. Les denrées alimentaires deviennent plus chères. L’approvisionnement en électricité devient moins fiable. La colère, qui concernait initialement le prix du carburant, commence à se greffer sur tous les griefs déjà présents dans la société. Les gouvernements des États fragiles tombent rarement à cause d’un seul produit, mais les pénuries peuvent révéler des faiblesses jusque-là dissimulées. Voilà pourquoi la pénurie de gazole mérite autant d’attention que les engrais et les céréales. L’agriculture dépend de ces trois éléments. Supprimez les engrais et les rendements baissent. Supprimez les importations de céréales et les prix alimentaires augmentent. Supprimez le gazole et même les céréales disponibles risquent de ne pas parvenir jusqu’aux villes.

2007_Giovanni_Arrighi_lecture_in_South_Africa.jpgGiovanni Arrighi aurait replacé ce phénomène dans le cadre de la redistribution plus générale du pouvoir économique actuellement en cours. Les exportateurs d’énergie exercent une influence parce que le système industriel ne peut toujours pas fonctionner sans des flux denses de matières premières physiques. La Russie, l’Iran et les producteurs du Golfe occupent donc des positions qui ne peuvent être comprises uniquement à travers les tableaux du PIB ou les valorisations des marchés financiers.

Parallèlement, des consommateurs tels que la Chine et l’Inde acquièrent leur propre influence parce qu’ils peuvent absorber d’énormes volumes qui étaient autrefois acheminés ailleurs. Le pétrole brut russe peut être expédié vers l’est, raffiné en Asie, puis revenir sur les marchés mondiaux sous une autre forme. Par conséquent, les sanctions réorganisent les échanges plutôt qu’elles ne les font simplement disparaître. Les attaques ukrainiennes contre les raffineries russes ont imposé des coûts réels à la Russie, notamment des pénuries intérieures et une réduction des capacités de raffinage, mais elles ont également contribué à resserrer l’offre internationale de gazole. Cela ne démontre pas l’existence d’une stratégie russe délibérée visant à provoquer une pénurie mondiale. Cela signifie toutefois que la rareté matérielle peut accroître la valeur de négociation des approvisionnements russes qui demeurent disponibles.

antonio-pires-127138316-206872931015399-8647872110804292462-n.jpgJean Thiriart concevait la géopolitique en termes de blocs continentaux plutôt que de petits États isolés, et le choc actuel sur les carburants montre pourquoi l’échelle continentale est importante. L’Europe découvre une fois encore que la sécurité énergétique est indissociable de la géographie. Les États-Unis peuvent s’appuyer sur une immense production pétrolière intérieure. La Russie dispose de vastes réserves d’hydrocarbures. La Chine possède d’énormes capacités industrielles et de raffinage. L’Inde a construit certaines des raffineries les plus importantes au monde. L’Europe, en revanche, combine une forte consommation avec une dépendance considérable à l’égard de l’énergie et des produits raffinés importés. Les prix records des carburants dans plusieurs pays européens sont donc plus qu’un problème pour les consommateurs. Ils révèlent le coût lié au fait d’occuper une péninsule riche mais dépendante des ressources, à l’extrémité occidentale de l’Eurasie, alors que les relations avec son plus grand fournisseur d’énergie oriental sont brisées. La question de savoir si l’Europe réagira en diversifiant davantage ses sources d’approvisionnement, en reconstruisant ses capacités de raffinage, en accélérant l’électrification ou en rouvrant éventuellement certains canaux avec la Russie est d’ordre politique. La géographie, toutefois, n’a pas changé.

2023_Aleksandr_Dugin.jpgLe langage de la multipolarité d’Alexandre Douguine offre une autre manière d’interpréter l’effervescence diplomatique. Le monde devient plus difficile à organiser autour d’un centre unique capable de fixer des règles à tous les autres. Washington peut sanctionner la Russie, mais doit tenir compte des réactions chinoises et indiennes. La Russie peut réorienter son énergie vers l’est, mais la Chine et l’Inde peuvent exiger des rabais. La Chine peut tirer parti de son envergure industrielle, mais demeure fortement tributaire des routes maritimes de l’énergie. Les monarchies du Golfe possèdent du pétrole et des capacités de raffinage, mais la guerre peut fermer leurs voies de sortie. L’Iran peut menacer Ormuz, mais toute perturbation menace également les clients asiatiques avec lesquels Téhéran souhaite entretenir des relations. Aucun acteur n’est souverain sur l’ensemble du système. Chacun possède quelques atouts majeurs et plusieurs faiblesses. Dans la pratique, la multipolarité ressemble donc moins à un congrès harmonieux des civilisations qu’à un marché âpre où s’échangent rapports de force, avantages géographiques et nécessités. Les négociations actuelles prennent tout leur sens sous cet angle: les puissances discutent parce qu’aucune d’entre elles ne peut maîtriser toutes les conséquences d’une poursuite de l’escalade.

Arnold-J-Toynbee-FBA.width-592.jpgArnold Toynbee écrivait que les civilisations sont façonnées par leurs réponses aux défis. Les mois à venir pourraient constituer une épreuve d’une brutalité très concrète. Le système mondial du gazole est déjà sous tension: les prix américains ont dépassé six dollars le gallon, les marges de raffinage asiatiques ont atteint des niveaux records, les consommateurs européens sont confrontés à des coûts de carburant exceptionnellement élevés et les analystes s’attendent à ce que l’épuisement des stocks demeure problématique jusqu’en 2027.

Pourtant, les marchés s’adaptent aussi. La Chine peut exporter davantage de produits raffinés. De nouvelles capacités de raffinage peuvent entrer en service. La demande peut baisser. Le détroit d’Ormuz peut rouvrir plus largement. Les raffineries russes peuvent être réparées. D’autres voies d’approvisionnement peuvent se développer. Voilà pourquoi Moscou, Washington, Pékin, Téhéran et les capitales du Golfe ont toutes intérêt à négocier avant que la pénurie ne devienne incontrôlable. Le danger est réel, mais la capacité du système à se réorganiser l’est également. L’enjeu consiste désormais à déterminer qui supportera le coût de cette réorganisation.

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Et c’est là que l’image de Mad Max cesse d’être entièrement comique. Si les négociations échouent, les États les plus riches ne sombreront probablement pas dans des batailles pour des jerricans. Ils disposent de réserves, d’argent, d’infrastructures et de solutions de remplacement. Les États les plus vulnérables risquent d’être confrontés à une situation plus dure: approvisionnement intermittent, marchés noirs, raffinage improvisé, coupures d’électricité, paralysie des transports et troubles politiques.

8fbc20fb1eb940e6a0f2f81078d5aa7c.jpgThomas Hobbes avait compris que l’ordre dépend en partie de la capacité de l’État à assurer la sécurité physique. Dans le monde moderne, cela inclut le maintien des systèmes matériels dont dépend la vie quotidienne. Un gouvernement incapable d’assurer le transport des denrées alimentaires, le fonctionnement du réseau électrique et l’approvisionnement des exploitations agricoles en carburant découvre rapidement à quel point la distance entre l’ordre administratif et le désordre peut être ténue. En ce sens, l’humble baril de gazole est devenu l’un des objets stratégiques discrets de la crise mondiale actuelle.

mercredi, 30 septembre 2026

La rencontre entre Pound et Pasolini — qui le détestait d’abord avant de devenir son fervent admirateur: les coulisses de l’entretien de la Rai racontées par Luca Gallesi

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La rencontre entre Pound et Pasolini — qui le détestait d’abord avant de devenir son fervent admirateur: les coulisses de l’entretien de la Rai racontées par Luca Gallesi

Par Giovanni Sessa

Source: https://www.barbadillo.it/133742-lincontro-tra-pound-e-pa...

Les vies et la vision du monde des deux protagonistes de l’ouvrage: «Elles se croisèrent de manière imprévisible en 1967, grâce à un mémorable entretien télévisé devenu un témoignage d’une extraordinaire actualité».

Cop_Gallesi_Pound-e-o-Pasolini-400x654.jpgLuca Gallesi, essayiste et journaliste de premier plan, est un spécialiste reconnu d’Ezra Pound. Il a consacré un nombre considérable de publications au poète américain. Son dernier travail sur le sujet est un livre véritablement important. Nous faisons référence à Pound et/ou Pasolini, paru aux éditions Ares. Ses pages permettent de faire la lumière sur deux auteurs anticonformistes, critiques de la société consumériste et capitaliste qui, bien qu’ils aient suivi des voies politiques différentes, au cours d’un cheminement de recherche marqué par des passions et des souffrances personnelles, furent en réalité, à y regarder de près, des intellectuels en quelque sorte complémentaires. L’ouvrage est enrichi d’une introduction de Giuseppe Garrera qui en restitue le contexte. Les vies et les visions du monde des deux protagonistes du livre «se croisèrent de manière imprévisible en 1967, grâce à un mémorable entretien télévisé devenu un témoignage d’une extraordinaire actualité» (p. 13).

À la fin des années 1960, Pound et Pasolini semblent appartenir à deux mondes inconciliables. Ils appartiennent à des générations différentes. Pasolini «est bien intégré […] à l’establishment culturel, tandis que le vieux poète s’est presque retiré de la scène» (p. 13); il a laissé derrière lui le tempus dicendi et est entré dans le tempus tacendi.

Les lettres de l’intellectuel frioulan à Scheiwiller, l’éditeur italien de Pound, témoignent clairement d’un pathos hostile, dicté par des préjugés politiques, à l’égard de l’auteur des Cantos, qui fut interné pendant de longues années dans un hôpital psychiatrique judiciaire en raison de son adhésion au fascisme. Gallesi rappelle également qu’en 1965, Pasolini porta un jugement dévastateur sur le Dante de Pound, jugement fondé sur une évidente incompréhension idéologique. Pound était un critique acerbe du mode de vie américain, tandis que Pasolini était fortement attiré par la culture du Nouveau Monde. Pourtant, les deux hommes avaient en commun, sur le plan existentiel, leurs origines paysannes et la conviction que la poésie constituait l’unique paideia possible dans un monde désormais désacralisé, capable de mettre en accusation la dévastation de la nature et de la psyché humaine produite par la démesure usuraire du néocapitalisme.

À l’instar de l’Italien, Pound confie au cours d’un entretien qu’il «lutte pour résister à l’idée que l’Europe et la civilisation sont en train d’aller en enfer» (p. 17). Comme le remarque Gallesi, l’engagement des deux intellectuels ne fut pas sic et simpliciter politique, mais revêtit un caractère éminemment éthique et social. Chez l’Américain, cet engagement fut suscité par son adhésion à l’éthique confucéenne. À la lumière de la bibliographie critique la plus reconnue, l’auteur de Pound et/ou Pasolini retrace les vies tourmentées des deux intellectuels et expose avec force de conviction leur vision complexe du monde, en s’attardant notamment sur le retour de Pound en Italie.

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Il présente également la rencontre entre le poète américain et l’un des plus grands représentants de la Beat Generation, Allen Ginsberg (photo): «Pound […] est intrigué par ce jeune homme aux cheveux longs» (p. 38), qui admire sa poésie, mais qui «partage aussi ses idées économiques, qu’il considère comme actuelles» (p. 39), en particulier sur la question de la guerre, brutalement revenue au centre du débat public avec l’embrasement du conflit vietnamien.

À la même époque, Pasolini rencontra lui aussi Ginsberg: «Le poète beat appartient à la nouvelle gauche américaine, que Pasolini considère comme l’un des ferments culturels les plus importants de son époque» (p. 40). Ginsberg fut un homme courageux : il eut l’audace de défendre Pound contre les attaques de critiques littéraires liés à la CIA.

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Certes, Pound fut, à sa manière, «fasciste», tandis qu’après la Seconde Guerre mondiale Pasolini se rangea parmi les «antifascistes» alors que l’heure de cette confrontation était déjà largement passée. À ce propos, Gallesi remarque opportunément que Pier Paolo, en homme libre, écrivit également dans Il Reporter, financé par Arturo Michelini, et qu’il fut introduit au Corriere della Sera par Gaspare Barbiellini Amidei, un homme qui n’appartenait certainement pas à la gauche.

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Les trajectoires existentielles et intellectuelles de Pound et de Pasolini se rencontrèrent lors de l’entretien télévisé déjà mentionné, tourné en octobre 1967 et diffusé le 7 juin de cette même année: «Le mérite de cette rencontre mémorable revient entièrement à un jeune reporter de la Rai de l’époque […] Vanni Ronsisvalle» (p. 54). Celui-ci était à la fois un ami de Pasolini et un admirateur de la poésie de l’Américain. Grâce à lui, les réticences initiales d’Olga Rudge, préoccupée par les répercussions politiques que l’entretien aurait pu provoquer, furent surmontées. L’entretien figure dans le documentaire Une heure avec Ezra Pound, produit par la Rai pour l’émission «Incontri», dirigée par Gastone Favero. La voix off qui ouvre le programme et intervient entre les échanges des deux intellectuels est celle d’Arnoldo Foà. Les Cantos, quant à eux, sont commentés par Carlo Izzo, Eugenio Montale et Sergio Pautasso.

L’entretien, dont Gallesi reconstitue et analyse de manière critique les passages les plus importants, révèle tout l’univers intellectuel et poétique de Pound, y compris ses idées d’économiste hérétique. Il s’agit d’une lecture décisive pour l’exégèse de l’apport intellectuel poundien, qui permet également, grâce à la fluidité de la prose de l’auteur, de saisir le caractère extraordinaire de ce document télévisé. Les «antimodernes» Pound et Pasolini se rencontrèrent grâce au média télévisuel, dont ils avaient tous deux dénoncé le caractère «diaboliquement» problématique.

Les échanges entre les deux hommes au sujet de Joyce, Eliot et Brâncuşi nous paraissent particulièrement significatifs. En outre, à propos des Cantos, l’auteur observe: «Il importe de souligner que Pound n’accepte nullement le jugement expéditif de ceux qui affirment le caractère fortuit des citations […], lesquelles sont au contraire […] des parties d’un thème principal qui est repris et répété, comme dans une partition musicale» (p. 84).

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Au cours de l’entretien, Pier Paolo abandonne ses préjugés politiques à l’égard du poète et, dès lors, «Pound est de plus en plus présent dans l’œuvre de Pasolini» (p. 112). Dans le film Salò ou les 120 Journées de Sodome, consacré au thème de «l’anarchie du pouvoir», après les tortures infernales infligées à certains des protagonistes, on entend à la radio la voix de Pound lisant le chant XCIX, dans lequel est reproduit l’Édit sacré, recueil de préceptes éthiques confucéens. Les violences du film constituent la négation des vers de Pound et des valeurs fondamentales pour lesquelles le grand poète s’est battu. Ces vers représentent un contre-chant salvateur face à la démesure du temps présent.

Luca Gallesi, Pound e/o Pasolini, introduction de G. Garrera, Éditions Ares, 136 pages, 14 euros.

Allemagne: les élections régionales et l’échec de la coalition de Merz

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Allemagne: les élections régionales et l’échec de la coalition de Merz

Alexandre Douguine

Présentateur : Alexandre Guélievitch [Douguine], le week-end n’a pas été consacré uniquement aux élections russes. L’Allemagne offre une fois de plus un tableau saisissant. Des élections ont eu lieu à Berlin et en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale — des régions qui, certes, ne sont pas les plus peuplées, et il s’agit que de scrutins régionaux. Malgré cela, la coalition gouvernementale et le chancelier Merz en personne ont essuyé un sérieux revers. Dans certains Länder, son parti n’atteint même pas le seuil des 5% nécessaire pour entrer au parlement régional. En Mecklembourg, l’AfD obtient de bons résultats dans les sondages; à Berlin, c’est la gauche. Le décompte final dans les circonscriptions uninominales reste encore à effectuer. Que se passe-t-il en Allemagne? On nous a appris que tenir deux ans au poste de chancelier ou de Premier ministre constituait déjà un exploit, et que les changements de dirigeants étaient devenus monnaie courante aussi bien en Grande-Bretagne qu’en Allemagne. Ou bien quelque chose qui leur est propre est-il malgré tout en train d’y prendre forme?

Alexandre Douguine: Dans la première partie de notre entretien, nous avons dit que la société russe surmonte le côté hideux de la démocratie occidentale en y introduisant ses propres significations — et même ses propres procédures. En Occident, le mot «démocratie» lui-même a été déformé au point d’en devenir méconnaissable et s'est transformé en pouvoir des minorités.

Aujourd’hui, il existe en Occident deux démocraties, deux définitions du mot — en Amérique et en Europe, berceau de la démocratie. Selon l’interprétation la plus «avancée», la démocratie est le pouvoir des minorités.

Dans cette logique, si vous êtes un pervers, un malade — souffrant, par exemple, de démence ou de troubles cognitifs — et qu’en plus vous appartenez à une minorité ethnique, religieuse ou autre, alors c’est vous le bon «démocrate»: vous soutenez les autres minorités, vous ouvrez grand la porte à une immigration illimitée, vous abolissez les valeurs traditionnelles et vous les remplacez par des valeurs non traditionnelles. Voilà ce qui passe pour la version «avancée» de la démocratie.

Mais il existe également de larges couches de la population qui comprennent la démocratie autrement. Le «démocrate à l’ancienne » raisonne simplement: si cela ne me plaît pas, je voterai autrement, contre la coalition en place. Et il reste encore à venir une troisième démocratie, électronique, dans laquelle les robots logiciels et l’intelligence artificielle voteront. Palantir — la grande entreprise américaine d’analyse de données fondée en 2003 — prépare quelque chose de ce genre, bien que cela n’ait pas encore été annoncé.

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Ces deux mode de démocratie existent réellement — en science politique, dans le discours et dans les résolutions. Je ne les invente pas. Certains, en Occident, estiment que la démocratie est une affaire de minorités; d’autres pensent toujours que c’est la majorité qui décide. C’est à cela que l’Allemagne se heurte aujourd’hui. Les personnes qui croient au pouvoir de la majorité votent comme elles l’entendent. Celles qui ont été rééduquées, formées à aimer l’ignoble migrant violeur et le déviant qui erre dans les rues des vieilles villes européennes, votent autrement. Il existe même un mot pour cela: la dysgénie. Les libéraux de gauche dans l’esprit de Merz prêchent que plus une personne est repoussante et laide, mieux c’est. On rassemble d’immenses chœurs de dégénérés qui remplissent des hangars entiers — entonnent des chants grotesques, appuyés par des musiciens et des chefs d’orchestre; ils sont censés chanter mal et faux, parce que le beau chant est considéré comme un signe de «suprémacisme élitiste ». Merz est le porte-parole de cette dysgénie, tout comme le couple Macron, chez qui l’on ne saurait distinguer lequel est l’homme et laquelle est la femme.

Ces minorités se considèrent comme les seules détentrices légitimes de la démocratie. Mais certaines régions d’Allemagne — l’Est et le Nord, en particulier la Saxe-Anhalt — voient les choses autrement. Des Baltes et des Slaves y vivaient autrefois; ce sont à l’origine des terres slaves et baltes. Peut-être les gènes des gens respectables y ont-ils survécu. Ou peut-être le socialisme en RDA [République démocratique allemande] a-t-il rendu service à la population locale en la laissant attachée à l’ancienne démocratie.

L’ancienne démocratie, c’est ce qui se produit lorsqu’un citoyen ordinaire contemple le cauchemar qui l’entoure — lorsqu’on le force à dire que deux et deux font cinq, qu’il est plus en sécurité aujourd'hui alors même qu’on peut le poignarder et le tuer à chaque coin de rue, et que quiconque n’est pas d’accord avec cette situation est un fasciste — et que rien de tout cela ne parvient à entrer dans son esprit. Pour lui, pouvoir marcher dans une rue sans que rien ne lui tombe dessus et voir des gens se parler poliment est une bonne chose. Ce n’est pas du fascisme. C’est l’exigence minimale d’un ordre sain.

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Une grande partie des Allemands ne votent ni pour la droite ni pour la gauche. Ils votent pour la démocratie à l’ancienne: pour que la vie soit commode et vivable, et non pour financer des chœurs dysgéniques, des hurluberlus qui s'identifient à des animaux, à des chiens, et des habitués de clubs BDSM qui scandent: «Pas d’AfD, pas de normalité». Ce qui s’affronte, au fond, c’est la démocratie telle que la conçoit une personne normale et la démocratie imaginée par une personne gravement perturbée par une démence quelconque. La même chose se produit en Amérique.

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Il est difficile de dire laquelle des ces deux conceptions de la démocratie l’emportera. J’ai un jour discuté de cette logique minoritaire avec Francis Fukuyama lors d’un débat. Il disait que toute majorité est dangereuse: elle peut choisir Poutine, un dictateur ou Hitler; il ne faudrait donc pas l’écouter, mais, au contraire, écouter les «minorités dysgéniques», les dégénérés et les personnes atteintes de démence. Parce qu’ils sont faibles, ils incarnent la «pensée faible», une philosophie faible et une théologie faible; selon cette théorie, de tels dirigeants à l’esprit déficient seraient préférables pour un pays à de sérieux bâtisseurs d’ordre. Le chaos et la schizophrénie, soutient-on, seraient préférables à l’ordre et à la paranoïa. Il est difficile de prévoir l’issue de cet affrontement.

Lorsque l’AfD a remporté les élections en Saxe-Anhalt, il a été proposé de lui interdire l’accès aux informations classifiées de la Bundeswehr — au motif qu’elle n’adhère pas à la démocratie des minorités et représente dès lors un autre type anthropologique; elle «n’aurait pas le droit» de savoir, car elle pourrait relier les faits entre eux et agir rationnellement. Selon cette logique, les véritables visages de la nouvelle démocratie sont Kaja Kallas, Ursula von der Leyen et Annalena Baerbock — représentantes de ce qu’ils appellent les «minorités mentales».

61+d1SR7OFL._UF1000,1000_QL80_AIweblab1381794,T1_.jpgVous direz qu’il s’agit, de ma part, d’une parodie malveillante de l’Occident contemporain. Lisez leurs manuels de science politique, leurs cours de philosophie et leurs études culturelles; parlez aux philosophes qui incarnent cet Occident. Prenez Žižek, une icône de la pensée libérale: négligé, à la parole inarticulée, il transforme chaque phrase en un paradoxe dépourvu de sens qui humilie la raison. Ce n’est pas un hasard s’il a intitulé l’un de ses livres Moins que rien — Hegel et l’ombre du matérialisme dialectique. Voilà le diapason de l’orthodoxie philosophique actuelle: un festival de dégénérés qui ont érigé la dysgénie en principe. La dysgénie est l’opposé de l’eugénisme: il ne s’agit pas de favoriser la reproduction du meilleur type humain, mais de celle du pire, de lui confier le pouvoir et de l’écouter au nom de la «solidarité» et de «l’empathie». Plus la strate des déficients mentaux est importante en politique et aux plus hautes fonctions de l’État, plus la garantie est solide que les personnes normales n’accéderont pas au pouvoir.

Pour l’instant, cela ne fonctionne pas tout à fait. Ils semblent tout contrôler, et pourtant une vague de mécontentement monte. La vieille démocratie citoyenne, tranquille et petite-bourgeoise, semble dire: je n’ai pas disparu; je vais voter. À Berlin, on ne peut pas voter pour l’AfD — car ce serait comme voter pour Poutine ou Trump; dans le bureau de vote, au sens figuré, les groupes dysgéniques vous mettront en pièces. Plus à l’est, les gens votent tout à fait tranquillement pour l’AfD. C’est un vote en faveur de la normalité contre une anti-normalité confortablement installée.

Regardez ce que propose Merz. Premièrement, une immigration illimitée. Deuxièmement, des valeurs anti-traditionnelles et des défilés consacrés à toutes les perversions imaginables. Et, parallèlement, la guerre contre la Russie, la militarisation et la surveillance totale. Ces deux orientations sont incompatibles. Soit vous choisissez les défilés — et vous vous rapprochez alors d’une Greta Thunberg déchaînée et de son fondamentalisme écologique —, soit vous choisissez la guerre, auquel cas il vous faut du nationalisme, du patriotisme, du «fascisme».

Comment concilier le fait que Merz attise d’une main une vague de désintégration et appelle, de l’autre, ces mêmes personnes à se préparer en toute hâte à la guerre contre la Russie? Une personne normale examine cette proposition et constate qu’elle ne tient pas debout. L’exigence de s’abandonner à la décadence tout en devant, simultanément, «se mettre à courir ventre à terre vers le front de l’Est» paraît relever de la folie totale à quiconque possède encore un peu de raison. Selon toute apparence, ces personnes sont plus nombreuses dans l’est de l’Allemagne, dans l’ancienne Prusse. Les gens de ces régions se sont révélés plus sains.

Perte de la raison pure

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Perte de la raison pure

Par le Dr. Hans Hofmann-Reinecke

Source: https://pi-news.net/2026/09/verlust-der-reinen-vernunft/

La politique relève exclusivement de la raison. Pourtant, les opinions politiques naissent souvent sur le plan émotionnel.

La raison est la faculté de reconnaître les liens entre les choses et d’agir sur la base des connaissances ainsi acquises. À cette aune, aucune des décisions politiques stratégiques prises au cours des quinze dernières années n’a été raisonnable. Aujourd’hui, la réalité rattrape nos gouvernants, qui tentent par tous les moyens de se maintenir au pouvoir contre la volonté de la population. Mais comment a-t-on seulement pu en arriver là?

Supposons tout d’abord que les gouvernants s’efforcent de consacrer toutes leurs forces au bien-être du peuple, d’accroître sa prospérité et de le préserver de tout préjudice. On sait certes que Mobutu, Mugabe et leurs semblables sont devenus milliardaires grâce à la corruption et aux dépens des peuples qui leur avaient été confiés, mais cela, c’est l’Afrique. En Europe, voire au sein de l’Union européenne, de tels manquements de la part de nos dignitaires seraient tout de même inconcevables.

Comment a-t-il alors été possible que notre pays soit si impitoyablement ruiné sous les yeux d’une population éclairée et démocratique?

Depuis Emmanuel Kant, nous savons que la raison pure ne saurait être l’unique source de nos décisions. Les réactions vitales sont déclenchées par des émotions profondément programmées dans notre système d’exploitation. Lorsque la main est posée sur une plaque de cuisson brûlante, il n’est pas temps d’analyser les causes ni de comparer les différentes possibilités d’action.

Nous sommes donc dotés de deux systèmes de navigation indépendants, qui se contredisent parfois: la raison et le sentiment. Selon la situation, l’un est plus utile que l’autre. Et suivre la mauvaise boussole peut coûter très cher. D’incommensurables souffrances humaines naissent du fait que des questions auxquelles seul le cœur peut répondre sont tranchées par l’intellect; et, inversement, du fait que les émotions dominent lorsque l’intellect serait en mesure d’apporter la solution.

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Greta et les ours en peluche

La politique relève exclusivement de la raison. Pourtant, les opinions politiques naissent souvent sur le plan émotionnel, et ce n’est pas une bonne chose. Une telle politique des cœurs devient encore plus dangereuse lorsque se forment des groupes dans lesquels tous les cœurs battent au même rythme. Au sein de telles masses, la raison est mise hors circuit et l’on savoure un agréable «sentiment d’appartenance collective». On succombe à la magie de la simplification, qui élimine toute contradiction logique.

Vous souvenez-vous de Greta Thunberg ou de la culture de l’accueil avec ses ours en peluche? Aujourd’hui, tout cela n’est plus qu’embarrassant, mais à l’époque, c’était comme une révélation à laquelle le pape lui-même rendait hommage. Et bientôt, la «neutralité climatique» et la «sortie du nucléaire», aujourd’hui considérées comme si sacrées, ne seront plus, elles aussi, que des épisodes embarrassants — bien que très coûteux.

La politique s’est féminisée. Serait-ce donc aux femmes que nous devons l’abandon de la raison? Depuis que l’humanité existe, il est manifeste que les femmes suivent davantage leurs sentiments et les hommes leur intellect. Ce n’est qu’ainsi que l’humanité a survécu. Mais qu’en est-il en politique?

Mais alors, qu’en est-il d’Alice Weidel, qui, avec sa logique acérée comme une lame, fait paraître bien dépassé plus d’un homme agressif? Ou de Giorgia Meloni? Et de la légendaire Margaret Thatcher? Angela Merkel, elle aussi, était une logicienne impitoyable, dotée d’un quotient intellectuel terriblement élevé, qui avait toujours trois coups d’avance sur ses adversaires. Elle ne sortait le registre émotionnel qu’à des fins de propagande.

On ne peut néanmoins nier que la politique allemande s’est féminisée. Et l’on ne peut pas davantage nier que la politique ruineuse menée de 2010 à 2025 n’est en rien comparable aux réalisations des responsables politiques allemands de 1949 à 1964. Mais cela tenait-il aux responsables politiques — ou peut-être aux électeurs?

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La Terre est une sphère

Le personnel politique n’est pas le seul à s’être féminisé; une telle transformation s’est également produite dans l’enseignement. Au cours de mes treize années de scolarité, j’ai eu d’innombrables enseignants, mais une seule enseignante, très exactement. Aujourd’hui, le personnel éducatif est presque exclusivement féminin. Cela façonne les élèves. Leur aspiration à analyser systématiquement les liens entre les choses et à agir sur la base des connaissances ainsi acquises est négligée. Non seulement les générations concernées obtiennent des résultats de plus en plus mauvais aux tests PISA dans les comparaisons internationales, mais leur capacité à évaluer de manière critique les programmes politiques en a, elle aussi, nécessairement pâti.

Qu’il soit féminin ou masculin, le niveau de formation ainsi que l’éducation à la discipline intellectuelle doivent être à nouveau relevés si l’Allemagne ne veut pas sombrer complètement dans le tiers-monde. Il nous faut de nouveau des ministres des Affaires étrangères qui sachent que la Terre est une sphère, et des ministres des Finances qui s’intéressent aux chiffres. Nous n’avons pas besoin d’une politique woke. Le wokisme n’est qu’une astuce destinée à masquer sa propre incapacité en la faisant passer pour une vertu. Nous avons besoin de responsables politiques pour lesquels la compétence, le devoir et la responsabilité ne sont pas des mots inconnus, ainsi que d’électeurs capables d’identifier eux-mêmes de tels candidats, au lieu de laisser le Tagesschau et consorts leur dicter dans quelle case ils doivent mettre leur croix.

* * *

Le best-seller de l’auteur, Grün und Dumm (« Vert et stupide »), ainsi que ses autres ouvrages, sont disponibles sur Amazon. D’autres articles et les coordonnées de l’auteur sont disponibles sur www.think-again.org.

Une approche zen du Système

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Une approche zen du Système

Troy Southgate

Source: https://troysouthgate.substack.com/p/a-zen-approach-to-th...

yasutani.jpgBEAUCOUP trop de personnes se plaignent du Système tout en semblant parfaitement disposées à coopérer avec lui. Aucun de nous n’est parfait, et nous avons tous nos petites incohérences et contradictions, mais le plus grand danger que présente le fait de rester attaché au Système ne réside pas simplement dans la trahison de ses propres principes: il tient aussi au fait que l’on contribue à perpétuer le Système lui-même. Je vais tenter d’illustrer cela à l’aide d’un exemple emprunté à l’un des célèbres maîtres zen, Hakuun Yasutani (1885-1973) (photo).

Lors d’une séance avec l’un de ses élèves occidentaux, qui se plaignait de ne pas parvenir à accepter l’argument non dualiste selon lequel un arbre ou une pierre faisait partie de lui-même, Yasutani lui répondit ce qui suit:

« Prenez un cercle doté d’un noyau. Sans le noyau, il n’y a pas de cercle ; sans le cercle, il n’y a pas de noyau. Vous êtes le noyau, le cercle est l’univers. Si vous existez, l’univers existe, et si vous disparaissez, l’univers disparaît lui aussi. Tout est lié et interdépendant. Cette boîte posée sur la table n’a pas d’existence indépendante. Elle existe par rapport à mes yeux, qui la voient différemment des vôtres et encore différemment de ceux d’une autre personne. Par conséquent, si j’étais aveugle, la boîte cesserait d’exister pour moi. »

Bien que l’explication de Yasutani ait été conçue pour conduire ses élèves vers l’éveil bouddhique, elle est également essentielle pour ceux d’entre nous qui souhaitent mettre fin au Système. Il serait très imprudent de notre part d’affronter directement la puissance de l’Establishment mondialiste, du moins en Europe et en Amérique du Nord, mais nous pouvons néanmoins contribuer à le détruire en nous libérant de nos derniers attachements. Il peut sembler difficile de croire que le fait de tourner le dos au Système entraînera son effondrement à terme, mais c’est exactement ce qui se produira. Songez à ce que disait Yasutani: lorsqu’un individu disparaît, l’univers disparaît lui aussi. Nous débrancher du Système — ou de ce que certains appellent la Matrice — est précisément ce que nos maîtres capitalistes redoutent le plus. Si vous n’achetez pas leurs produits, ne regardez pas leurs émissions de télévision, n’envoyez pas vos enfants dans leurs écoles et ne participez pas à leur économie, vous «disparaissez» en substance de la manière décrite par Yasutani.

De même, lorsque vous aurez abandonné les derniers vestiges de la modernité, le Système «disparaîtra» également pour vous, tout comme la boîte de Yasutani ne peut plus être vue par un homme ayant perdu la vue des deux yeux. En définitive, lorsque suffisamment de personnes décideront qu’elles ne souhaitent plus renforcer le Système en prenant part à son fonctionnement, le Système lui-même dépérira et mourra. C’est précisément pour cette raison que les mondialistes recourent à des formes répressives, tirées de la technologie, afin d’étendre leur pouvoir dans le monde entier. Nous leur sommes bien trop précieux et, sans travailleurs, contribuables ni consommateurs, nous «disparaissons» définitivement des radars internationalistes.

En revanche, si vous continuez à discuter de Trump, de Poutine ou de tout autre responsable politique, vous légitimez le feuilleton grotesque qu’est la démocratie libérale; si vous regardez la propagande hollywoodienne sur Netflix, vous permettez à leur révisionnisme népotique de demeurer incontesté; si vous lisez leurs journaux, ils façonneront votre point de vue; et si vous laissez le système éducatif endoctriner vos enfants, ceux-ci grandiront en adoptant les valeurs de nos ennemis. Voilà pourquoi personne ne devrait jamais se sentir impuissant: le pouvoir est entre vos propres mains. Il est possible, assurément au cœur même de la bête, de mener la guerre contre le Système simplement en l’ignorant autant que nous le pouvons. Ceux qui, en Afrique, en Asie ou au Moyen-Orient, sont actuellement assassinés ou réduits à mourir de faim trouveraient sans aucun doute impossible d’ignorer le Système; mais pour ceux qui vivent en Occident et dans la vie quotidienne desquels le Système continue d’occuper une place injustifiable, il est peut-être temps de commencer à le faire «disparaître».

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mardi, 29 septembre 2026

Pékin, le grand médiateur

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Pékin, le grand médiateur

Andrea Marcigliano

Source: https://electomagazine.it/pechino-il-grande-mediatore/

La Chine se taille, avec force et détermination, un nouveau rôle sur la scène internationale.

Et ce rôle correspond parfaitement tant à sa nature historique qu’à sa projection politique pour l’avenir.

Le rôle de médiateur. Ou plutôt de Grand Médiateur, celui qui cherche à apporter une solution politique aux différends internationaux.

En évitant qu’ils ne dégénèrent en conflits armés.

C’est le rôle que Pékin est en train de se tailler. Et non par quelque «pacifisme» idéologique. Bien au contraire, c’est précisément l’histoire de la Chine qui dicte l’agenda de la Cité interdite.

Pékin ne cherche pas à étendre son territoire à la manière d’un empire. Il cherche plutôt à exercer un contrôle sur les flux et les échanges commerciaux, tout en demeurant à l’intérieur de ses frontières, qui sont déjà extrêmement vastes.

Cela ne signifie naturellement pas une quelconque forme de neutralité. Ni, à plus forte raison, de «pacifisme».

Le gouvernement chinois poursuit des objectifs précis. Et il les poursuit avec une extrême détermination.

Parmi ceux-ci, le commerce avec la Russie joue un rôle primordial. La Russie est en effet un grand producteur de matières premières, en particulier de gaz et de pétrole, qui sont indispensables à la croissance de l’économie chinoise.

Vient ensuite la liberté de commercer et d’exporter dans le monde entier les produits de son industrie. La nouvelle Route de la soie 2.0 et le «noble collier de perles» maritime en sont les deux exemples les plus connus, bien qu’ils ne soient pas les seuls.

Le gouvernement chinois, les maîtres de la Cité interdite, préfèrent éviter autant que possible les confrontations directes.

Cela ne signifie toutefois pas qu’ils ne se préparent pas à la guerre.

Ils savent parfaitement qu’ils sont dans la ligne de mire de Washington. Et que seul l’enchevêtrement complexe des intérêts financiers rend plus difficile — ou, à tout le moins, retarde — le moment de la confrontation ou de l’affrontement avec les États-Unis.

Mais celui-ci viendra tôt ou tard. C’est pourquoi Pékin s’y prépare selon une logique typiquement chinoise.

Une logique difficile à comprendre pour nous, Occidentaux, et plus encore pour les Américains, qui considèrent que l’histoire n’a commencé qu’il y a deux siècles.

La Chine et les Chinois raisonnent selon des perspectives et des horizons temporels infiniment plus longs.

Et ils ont de la patience. Beaucoup de patience.

17:31 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : chine, actualité, politique internationale | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

L’extension de la guerre contre l’Iran signalée par le contrôle de Berbera par les Émirats arabes unis

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L’extension de la guerre contre l’Iran signalée par le contrôle de Berbera par les Émirats arabes unis

Source: https://www.unser-mitteleuropa.com/206621

Le contrôle exercé par les Émirats arabes unis (EAU) sur le port de Berbera, au Somaliland, constitue un point précis où les intérêts commerciaux et la stratégie militaire se recoupent clairement.

Un contrat de 442 millions de dollars sur trente ans

En mai 2016, la société DP World, alors dirigée par Sultan Ahmed bin Sulayem, correspondant épistolaire d’Epstein, a signé un contrat d’une durée de trente ans, d’une valeur de 442 millions de dollars, pour l’exploitation du port en eau profonde de Berbera.

En 2017, le Parlement du Somaliland a finalement approuvé la construction d’une base militaire émiratie à Berbera, donnant ainsi aux EAU accès à la piste d’atterrissage de 4140 mètres construite par l’Union soviétique, ainsi qu’à d’autres installations aéronautiques.

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L’importance stratégique de Berbera

Pour les EAU, cette porte d’accès en eau profonde située sur le golfe d’Aden occupe naturellement une position stratégique favorable: elle ne se trouve qu’à 300 kilomètres du détroit crucial de Bab el-Mandeb. Cela permet aux EAU de faire transiter des forces navales et aériennes par cette voie maritime et de défier ainsi aussi bien les intérêts d’Ansar Allah au Yémen que ceux de l’Arabie saoudite dans la région.

La base militaire est en cours d’agrandissement en vue d’une éventuelle utilisation conjointe par les EAU, Israël et les États-Unis. Le Monde a publié des images satellites à ce sujet en juillet. Des rapports OSINT diffusés sur X évoquent la construction de nouvelles positions pour missiles sol-air, de stations radar, de hangars destinés aux drones et aux avions, ainsi que de plusieurs structures souterraines, bunkers et dépôts de munitions.

Le rôle commercial de Berbera s’accroît lui aussi, les entreprises se réorientant de plus en plus vers la mer Rouge à la suite de la crise dans le détroit d’Ormuz.

Le Somaliland, théâtre d’une nouvelle bataille géostratégique ?

Lors de sa récente visite aux États-Unis, le dirigeant somalilandais Cabdiraxmaan Cirro a présenté son pays et le port de Berbera comme une porte d’accès stratégique à la mer Rouge pour les États-Unis et comme une base potentielle contre les Houthis. Des experts militaires avertissent toutefois déjà que le conflit qui se poursuit au Moyen-Orient risque de s’étendre au Somaliland et au reste de cette région africaine.

Qui profite de la vague de réarmement en Europe? - BlackRock est aux avant-postes

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Qui profite de la vague de réarmement en Europe?

BlackRock est aux avant-postes

Source: https://uncutnews.ch/wer-profitiert-von-europas-aufruestu...

Le paysage politique allemand est soumis à une pression croissante. Lors des élections régionales organisées dimanche en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, la CDU du chancelier fédéral Friedrich Merz n’a pas réussi à franchir le seuil des 5%. Pour la première fois de leur histoire, les chrétiens-démocrates ne seraient plus représentés au parlement d’un Land allemand. Avec 38,2% des voix, l’AfD est arrivée en tête et a nettement amélioré son résultat. Après l’annonce des projections électorales, Merz a néanmoins déclaré vouloir rester en fonction: «Je souhaite faire avancer notre pays».

Parallèlement, les critiques se multiplient concernant le réarmement massif de l’Europe et la question de savoir qui profite des milliards mobilisés à cette fin. Le plus grand gestionnaire d’actifs au monde, BlackRock, se trouve de plus en plus au centre de l’attention. La youtubeuse et militante Naomi Seibt a attiré l’attention sur un discours prononcé par Beatrix von Storch, députée de l’AfD au Bundestag. Celle-ci a formulé une grave accusation devant le Parlement fédéral: la nouvelle donne politique en Allemagne, dans les domaines de l’endettement et de l’armement, profiterait précisément à l’ancien employeur du chancelier Merz.

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Avant son retour au premier plan de la vie politique, Friedrich Merz a présidé pendant plusieurs années le conseil de surveillance de BlackRock Asset Management Deutschland. Compte tenu de la politique financière et de défense actuellement menée par l’Allemagne, ce passé suscite des critiques. Sous sa direction, l’Allemagne a adopté un programme de réarmement d’une ampleur historique, prévoyant d’affecter plusieurs centaines de milliards d’euros supplémentaires à la défense. Des critiques comme Beatrix von Storch se demandent donc si cette politique ne favorise pas aussi, directement ou indirectement, les intérêts économiques de l’ancien employeur du chancelier.

Un examen de l’industrie de l’armement permet de comprendre sur quoi repose cette critique. BlackRock détient une participation importante dans Rheinmetall, l’un des plus grands groupes allemands d’armement et l’un des principaux bénéficiaires économiques de la hausse des dépenses européennes de défense. En outre, le gestionnaire d’actifs détient, par l’intermédiaire de ses fonds, des participations dans de nombreuses autres entreprises de l’industrie de l’armement. Lorsque le cours de leurs actions augmente sous l’effet de la hausse des dépenses de défense, les fonds détenant ces actions en profitent eux aussi.

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Selon cette présentation des faits, les liens en question dépassent le cadre de l’industrie de l’armement. BlackRock intervient, ou est intervenu, en tant que conseiller dans la mise en place de structures d’investissement destinées à la reconstruction et au développement économique de l’Ukraine. Le gestionnaire d’actifs participe ainsi aux réflexions sur la manière dont des capitaux privés peuvent être mobilisés et employés pour reconstruire le pays. Beatrix von Storch a soutenu devant le Bundestag que des recettes fiscales et des milliards mobilisés par les pouvoirs publics pourraient ainsi, en définitive, être dirigés vers des structures dont bénéficierait également l’ancien employeur de Merz.

Une information publiée par Bloomberg a suscité une attention supplémentaire. Selon cette information, avant l’annonce des nouveaux projets financiers allemands, BlackRock avait sensiblement modifié son positionnement sur les obligations d’État allemandes, ou misé sur une hausse de leurs rendements. La raison en est la suivante: une forte augmentation de la dette publique peut entraîner une hausse du rendement des obligations fédérales allemandes. Les positions financières correspondantes peuvent profiter de cette évolution.

Beatrix von Storch a donc résumé son accusation devant le Bundestag en des termes particulièrement vigoureux: l’Allemagne s’endette tandis que BlackRock en tire profit. Cette accusation relie ainsi trois domaines: les participations de BlackRock dans des entreprises d’armement, son rôle dans les structures d’investissement destinées à l’Ukraine et son positionnement sur le marché allemand des obligations d’État.

Les critiques en déduisent l’existence d’un conflit d’intérêts plus fondamental entre la finance et la politique. Un ancien haut responsable du plus grand gestionnaire d’actifs au monde se trouve aujourd’hui à la tête du gouvernement allemand, tandis que sont prises des décisions politiques concernant des secteurs et des marchés financiers dans lesquels BlackRock a massivement investi.

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Il convient toutefois de distinguer les liens publiquement connus de la conclusion politique qui en est tirée. Les participations de BlackRock dans les entreprises d’armement, les anciennes fonctions exercées par Merz au sein de BlackRock, le rôle du gestionnaire d’actifs dans le cadre des investissements en Ukraine ainsi que les positions sur le marché obligataire rapportées par Bloomberg constituent le fondement de l’argumentation. En revanche, l’affirmation selon laquelle Merz mènerait délibérément cette politique au profit de son ancien employeur constitue une accusation politique formulée par Beatrix von Storch et d’autres critiques.

Le fait que cette critique soit formulée par une députée de l’AfD ne change rien au fait que les liens économiques sous-jacents soulèvent une question politique: jusqu’où peut aller la proximité résultant des passages de hauts responsables entre l’un des gestionnaires d’actifs les plus puissants au monde et les plus hautes fonctions gouvernementales, alors même que sont prises des décisions portant sur de gigantesques investissements publics?

La portée de cette question dépasse par ailleurs largement l’Allemagne. Les Pays-Bas, la Belgique et la France subissent également des pressions croissantes afin d’augmenter considérablement leurs dépenses de défense. Dans ces pays aussi, BlackRock détient, par l’intermédiaire de ses fonds, des participations dans de nombreuses entreprises, tout en gérant les capitaux d’investisseurs institutionnels et de fonds de pension qui investissent à leur tour dans des obligations d’État. Le débat allemand devient ainsi une question européenne: qui profite économiquement de la plus grande vague de réarmement que l’Europe ait connue depuis des décennies?

Plus les milliards consacrés à l’armement, à l’endettement public et à la future reconstruction de l’Ukraine seront nombreux, plus la question des éventuels conflits d’intérêts entre le monde politique et l’industrie financière gagnera en importance. Le cas Merz-BlackRock illustre à cet égard la proximité entre ces deux univers: un ancien haut responsable du plus grand gestionnaire d’actifs au monde dirige aujourd’hui l’Allemagne dans une période de dépenses de défense historiquement élevées, tandis que BlackRock intervient, par l’intermédiaire de ses fonds, précisément dans les secteurs économiques et financiers susceptibles de bénéficier de cette évolution.

La doctrine de la guerre juste à l’ère des drones et des armes nucléaires

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La doctrine de la guerre juste à l’ère des drones et des armes nucléaires

Werner Olles

L’essai de David Berger, « La doctrine de la guerre juste à l’ère des drones et des armes nucléaires. Pourquoi l’éthique catholique classique de la paix n’a-t-elle rien perdu de son actualité ? » (Theologisches – Katholische Monatsschrift, septembre 2026), est plus urgent que jamais au regard de l’expérience de deux guerres mondiales dévastatrices et du développement de nouvelles technologies d’armement et de l’intelligence artificielle. Bien entendu, l’espoir d’un monde sans guerre nous paraît moralement souhaitable.

L’auteur pose toutefois en même temps la question légitime de savoir si le renoncement à toute forme de violence militaire correspond réellement à la conception chrétienne de l’être humain, ou s’il ne risque pas lui-même de favoriser de nouvelles formes d’injustice. Ce débat a retrouvé une actualité nouvelle à la suite de déclarations de Léon XIV, qui a affirmé que la doctrine traditionnelle de la guerre juste était dépassée au regard des formes modernes de guerre. Cette appréciation a été largement approuvée dans les médias germanophones, mais a suscité une nette opposition parmi les catholiques aux États-Unis. Elle touche en effet à un domaine central de la doctrine morale catholique, élaboré avec soin au fil de nombreux siècles et confirmé à maintes reprises par le magistère de l’Église.

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La question décisive n’est pas de savoir si les systèmes d’armes modernes sont plus terribles que ceux d’autrefois, bien que cela ne fasse aucun doute. Il convient plutôt de se demander si les transformations technologiques de la guerre peuvent rendre caducs les principes moraux fondamentaux à l’aune desquels les actes humains sont jugés, et si l’existence d’armes nucléaires, de drones ou de l’IA rend dépourvue de sens la distinction morale entre une défense juste et un recours injuste à la violence.

La doctrine classique de la guerre juste répond clairement par la négative à cette question. Elle ne se conçoit pas comme une justification de la guerre, mais comme sa limitation et son encadrement moraux les plus rigoureux. Précisément parce que la guerre constitue un mal grave, elle ne doit jamais être entreprise à la légère. Tout au plus peut-elle, sous des conditions strictement définies, être engagée en dernier recours pour défendre le bien commun. L’auteur insiste donc à juste titre sur le fait que la doctrine de la guerre juste n’est pas une éthique de la guerre, mais une éthique de la paix. Son objectif n’est pas de légitimer la violence militaire, mais de soumettre son usage à des conditions morales rigoureuses et de limiter ainsi les souffrances humaines.

L’essai de Berger examine si ces principes demeurent valables dans les conditions du XXIe siècle. À cette fin, il présente la doctrine classique de la guerre juste chez Augustin et Thomas d’Aquin, ainsi que sa genèse, dont le véritable point de départ se trouve dans l’œuvre du saint Père de l’Église Augustin (354-430), dont les réflexions ont façonné de manière décisive l’éthique chrétienne de la paix jusqu’à nos jours. Les premiers chrétiens vivaient en effet dans une situation où la question de la violence étatique ne se posait que de manière limitée. En tant que minorité religieuse dans l’Empire romain, ils n’assumaient aucune responsabilité politique et ne pouvaient influer sur les décisions de l’État. Avec la reconnaissance du christianisme au IVe siècle, cette situation changea radicalement. Les chrétiens assumèrent désormais eux-mêmes des responsabilités au sein de l’État et de la société. Mais cette question, jusque-là plutôt théorique, se posa alors avec une urgence nouvelle : un souverain chrétien peut-il recourir à la violence pour protéger ses sujets ?

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Augustin ne répondit à cette question ni par un oui sans réserve ni par un non inconditionnel. Dans son œuvre principale, De civitate Dei, il décrit plutôt la paix comme la « tranquillité de l’ordre », puisqu’elle constitue l’état naturel et véritable de la coexistence humaine. Ainsi, il ne définit jamais la paix comme un simple état politique, mais comme une « réalité morale ». C’est précisément pour cette raison que le renoncement à toute forme de violence ne saurait en aucun cas être moralement requis en toutes circonstances. Une injustice grave, la violence et l’oppression ne doivent donc pas être acceptées passivement, car elles représentent le contraire de la paix, et un tel ordre demeure profondément injuste. Le rétablissement d’un ordre juste peut dès lors, dans des circonstances exceptionnelles, rendre nécessaire le recours à la force militaire. Ce n’est pas la guerre en elle-même qui est moralement condamnable, mais avant tout ses causes.

Augustin affirme tout aussi clairement qu’une guerre juste ne doit jamais être menée par simple désir de conquête, par recherche du profit économique ou par ambition personnelle. Cette séparation entre vengeance privée et protection publique du droit constitue l’un des enseignements évidents de l’éthique augustinienne de l’État et de la paix. Elle concerne également la disposition intérieure avec laquelle une guerre juste doit être menée. La finalité de la force militaire n’est pas l’anéantissement de l’ennemi ; le véritable objectif de l’action militaire et politique demeure toujours la paix.

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Des siècles plus tard, Thomas d’Aquin (1225-1274) s’appuiera sur les fondements de cette doctrine classique et déterminera ainsi toute la tradition ultérieure. Sa théorie de la guerre juste, exposée dans la Somme théologique, apporta une contribution décisive en montrant clairement que la guerre ne se situe jamais en dehors de la doctrine morale chrétienne. Il n’élabora cependant aucune doctrine fondamentalement nouvelle, mais ordonna les idées de son prédécesseur en un édifice intellectuel cohérent. Il y intégra également sa théorie selon laquelle la justice privée et l’anarchie menacent lorsque des individus prennent les armes de leur propre initiative. Si l’État détient le monopole de la violence, ce n’est donc pas parce que la violence serait bonne en elle-même, mais uniquement parce qu’une autorité légitime peut la soumettre à des normes juridiques objectives.

Bien entendu, un souverain légitime peut lui aussi commettre de graves injustices. Se référant à Augustin, Thomas voit la finalité de la force militaire non pas dans le châtiment pour lui-même, mais fondamentalement dans la défense du bien commun. La haine, la soif de pouvoir et les cruautés s’opposent à la promotion du bien et au rétablissement d’une paix juste. Cela ressort déjà de l’ensemble de la doctrine morale thomiste, dans laquelle chaque acte particulier est soumis aux normes et aux valeurs du droit naturel. C’est là que se trouve déjà le noyau de la doctrine ultérieure distinguant le droit de faire la guerre (ius ad bellum) de la conduite moralement permise pendant la guerre (ius in bello).

La doctrine de la guerre juste, fondée par Augustin et systématiquement développée par Thomas d’Aquin, n’a cependant jamais été considérée, dans la tradition catholique, comme un édifice doctrinal figé. Les transformations et évolutions historiques, ainsi que l’expérience des deux guerres mondiales dévastatrices, ont finalement placé le catholicisme devant des défis qu’Augustin et Thomas ne pouvaient prévoir. Les guerres de masse industrialisées, les bombardements stratégiques de villes entières et le développement des armes nucléaires ont profondément et radicalement transformé le visage de la guerre. Devenue entre-temps un véritable caméléon, la guerre n’a pas seulement changé de forme technique ; les critères moraux semblent eux aussi avoir perdu leur validité. Cela contredit toutefois l’ensemble de la doctrine du droit naturel, à laquelle les États sont également tenus par principe.

Mais « c’est précisément pour cette raison que de nombreux arguments plaident en faveur de considérer la doctrine de la guerre juste non pas comme une relique des siècles passés, mais comme l’expression d’une éthique de la paix qui ne romantise pas le recours à la force militaire et ne l’exclut pas non plus catégoriquement, mais le soumet à des conditions morales rigoureuses. Aujourd’hui en particulier, dans les circonstances profondément transformées et compte tenu des possibilités techniques (IA, etc.) de la puissance destructrice humaine, cette éthique n’est pas moins nécessaire qu’à l’époque d’Augustin ou de Thomas d’Aquin, mais plus que jamais » (David Berger).

Autres contributions : « Droit, loi et pouvoir. Précieuses indications du juriste Carlos A. Gebauer », « Orage sur l’Europe », « Se convertir à l’orthodoxie ? » et « À contre-courant. Sur l’argumentation théologique dans la critique du colonialisme de Bartolomé de Las Casas ».

Contact : Verlag nova & vetera, Estermannstr. 71, 53117 Bonn.

www.theologisches.net

lundi, 28 septembre 2026

Un livre de George Orwell: Les socialistes peuvent-ils être heureux?

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Un livre de George Orwell: Les socialistes peuvent-ils être heureux?

Par Mario Grossi

Source: https://ilfondo.org/i-socialisti-possono-essere-felici-un...

Douze textes courts de George Orwell montrent le pouvoir à l’œuvre sur l’individu : la pauvreté, la bureaucratie, la discipline et l’utopie comme formes de déshumanisation.

71Bs2aGrafL._AC_UF894,1000_QL80_.jpgCan Socialists Be Happy? (= Les socialistes peuvent-ils être heureux?) — Un livre de George Orwell

Certains auteurs ressemblent à des feux éteints. Les cendres de leurs chefs-d’œuvre obscurcissent et dissimulent les braises encore ardentes de leurs textes considérés comme mineurs. Or, ce sont précisément ces braises encore incandescentes qui peuvent raviver la flamme de leur talent et réveiller la curiosité du lecteur qui s’est arrêté à la contemplation des cendres superficielles, aussi majestueuses soient-elles. Tel est le cas de George Orwell, justement vénéré pour La Ferme des animaux et 1984, dont les cendres cachent des tisons brûlants qui en ravivent la splendeur.

Un recueil d’articles et de brefs essais vient de paraître sous un titre trompeur, Les socialistes peuvent-ils être heureux ?. Celui-ci reprend le titre de l’un des articles, mais ne rend pas justice au thème général qui donne sa cohérence au choix des textes réunis dans le volume. Il s’agit de douze textes courts qui, sous des angles différents, explorent un seul et même sujet, peut-être celui qui tenait le plus à cœur à l’auteur: la relation entre le pouvoir et l’individu.

Une relation totalement asymétrique en faveur du Grand Léviathan, qui exerce sa force disproportionnée contre l’individu, lequel ne dispose pas d’armes assez puissantes pour s’opposer à cette masse immense qui le domine et tend à l’écraser. Un pouvoir qui emploie tous les moyens dont il dispose pour anéantir l’individu refusant de se soumettre ou qui, afin d’éviter les ennuis, cherche à se cacher dans un territoire qu’il imagine libre, mais qui se révèle être un piège supplémentaire, incapable de le sauver du désastre. C’est l’assujettissement imposé par une entité — le Léviathan, précisément — qui, avec ses mille tentacules, ne laisse aucun répit, n’accorde aucune trêve et ne tolère aucune zone franche. Son pouvoir est omniprésent, immanent et méticuleux, et il dispose d’un instrument infaillible: la déshumanisation de l’individu lui-même.

Le Grand Léviathan exerce sa force disproportionnée contre l’individu.

Ce thème revient dans chacune des œuvres d’Orwell, à commencer par 1984, où la description de la société dystopique passe invariablement par la destruction de toute humanité chez les citoyens, qui en viennent à trahir leurs amis les plus chers et leurs convictions les plus fermes afin de ne pas être broyés par une machine infernale qui n’accorde aucun intérêt à leur individualité.

La-ferme-des-animaux.jpgLa Ferme des animaux nous montre que l’identité de ceux qui exercent ce pouvoir immense, bureaucratique, invisible et envahissant importe peu. Le simple fait de le détenir suffit à mettre en marche la machine destructrice. Les hommes ne sont pas les seuls détenteurs de ce pouvoir coercitif et infâme: il suffit que les cochons prennent leur place pour que le massacre reprenne avec un zèle renouvelé. Ce roman fait écho aux réflexions de Milovan Djilas, communiste dissident qui consacra à cette question des pages décisives dans La Nouvelle Classe.

Si l’on sonde l’atmosphère de Et vive l’aspidistra !, cette plante triste qui végète avec lassitude dans toutes les maisons de la petite bourgeoisie anglaise, on découvre que le pauvre vendeur fait partie d’un mécanisme destiné à le broyer. Le broyeur est le boa constricteur invisible que représente une société qui, sous les dehors trompeurs d’une communauté civilisée et bien élevée, le fait vivre à la limite du supportable grâce à un salaire totalement insuffisant, avant de l’abattre dès qu’il montre les premiers signes de faiblesse dus à l’épuisement auquel son travail et sa condition le condamnent. L’usure lente et inexorable de ses chaussures et de ses vêtements, qu’il n’a pas les moyens de remplacer, en constitue un témoignage tragique.

Et-vive-l-aspidistra.jpgTout cela est mystifié par l’apparente et triste dignité de ces mêmes individus, qui se bercent d’illusions dans leur paisible désespoir :

    «Ces petits-bourgeois, là-bas, derrière leurs rideaux brodés, avec leurs enfants, leurs meubles bon marché et leurs aspidistras, vivaient sans aucun doute selon le code de l’argent et réussissaient pourtant à conserver leur dignité. Ils avaient leurs règles, leurs points d’honneur inviolables. Ils “restaient respectables”: ils faisaient claquer leurs aspidistras comme des drapeaux».

La déshumanisation dont le pouvoir se sert pour soumettre l’individu est étudiée dans différents domaines.

Dans Le Quai de Wigan, long reportage consacré aux ouvriers et aux mineurs durant la Grande Dépression, Orwell décrit les conditions abrutissantes dans lesquelles ils vivent, conditions qui résultent, ici encore, de la déshumanisation que la machine du pouvoir leur impose à ses propres fins. Ce reportage rappelle de très près celui que Jack London avait publié trente ans plus tôt, Le Peuple de l’abîme. Il en va de même dans Hommage à la Catalogne, où les souvenirs de l’expérience vécue par Orwell aux côtés des républicains durant la guerre d’Espagne alternent avec la description des persécutions exercées par les émissaires soviétiques et la GPU contre les anarchistes et les socialistes.

51pyFDfa9PL._AC_UF1000,1000_QL80_.jpgPour revenir à l’ouvrage qui nous occupe, ces thèmes réapparaissent avec force dans Les socialistes peuvent-ils être heureux?. La déshumanisation dont le pouvoir se sert pour soumettre l’individu y est examinée dans différents contextes.

L’Asile de nuit décrit l’un des refuges londoniens qui illustrent parfaitement l’hypocrisie du pouvoir: celui-ci offre un abri et un repas en échange de la soumission totale des malheureux, auxquels on attribue un numéro qui devient leur seul moyen d’identification. Des fantômes tous semblables dans leurs vêtements en lambeaux, leur saleté incrustée et leur crainte d’être chassés par le kapo du moment, lequel réglemente, au nom du pouvoir et de la discipline, l’accès au dortoir sous couvert du slogan — quintessence de l’hypocrisie — «nous le faisons pour votre bien».

Ici encore, le pouvoir qui agit en coulisses le fait par personne interposée, comme dans Une pendaison, où le bourreau agit lui-même sous l’action de la Bête bureaucratique qui surveille et réglemente tout. Le bouleversement causé par le spectacle, pour la première fois, de la suppression d’une vie humaine impressionne Orwell, qui souligne cette barbarie en observant les rires des personnes présentes. Incapables de supporter la tension du moment, elles évacuent leur angoisse par un rire libérateur, lui aussi contraint et dirigé par des fils obscurs qui le rendent obligatoire et nullement libre, mais simplement nécessaire pour ne pas succomber psychologiquement à la tragédie du crime qui vient d’être commis.

Dans Comment meurent les pauvres, le pouvoir qui s’exerce sur l’individu malade, ayant besoin de soins mais surtout d’un soutien psychologique, est incarné par le médecin glacial et indifférent, entouré d’étudiants avides de palper, d’ausculter et de percuter des poitrines sans accorder la moindre compassion au patient. Personnalité transparente, celui-ci n’est même pas perçu autrement que comme un objet utilisable pour leurs exercices. Sa déshumanisation est totale, car il n’est même plus capable de se révolter contre cet état de fait: il subit passivement cette profanation qui prend la forme d’une visite à l’hôpital, mais qui ressemble bien davantage à l’application rigoureuse de la règle du pouvoir.

Lorsque la société idéale devient une pratique courante, le poison inhérent à une bureaucratie élitiste se révèle tel qu’il est: un monstre qui écrase tout.

127544_548a530fbb5434897cf2a9c67cc6220f.jpgOn en arrive enfin au très bref essai Les socialistes peuvent-ils être heureux?, qui semble constituer une réponse à la déshumanisation décrite dans les autres articles. Mais la réponse à ce qui paraît être une question rhétorique est : non ! Le socialisme est lui aussi une forme de consolation irréalisable, un modèle qui ne peut rendre heureux parce qu’il tente de transformer le véritable sens du bonheur.

Partant du Chant de Noël de Dickens, où le véritable bonheur s’incarne dans le dîner de Noël au cours duquel le petit Tim et sa famille peuvent enfin manger et suspendre temporairement la faim qui traverse toute leur existence, Orwell décrit ces modèles de «paradis sur terre» qui voudraient prolonger indéfiniment un bonheur ne pouvant être, dans la réalité, qu’une suspension éphémère des souffrances quotidiennes. Une société utopique dans laquelle cette prolongation infinie n’est que l’ultime et tragique tromperie infligée au malheureux, engendrant seulement l’ennui, l’incapacité de désirer et l’apparition d’une bureaucratie parasitaire qui cherche à endormir tout le monde, non «pour son bien», mais afin de ne pas être dérangée.

En somme, ici encore, lorsque la forme idéale se transforme en pratique ordinaire, le poison inhérent au pouvoir concentré entre les mains d’une bureaucratie élitiste se révèle tel qu’il est: un monstre qui écrase tout, un Moloch qui exige du sang pour étancher sa soif inextinguible, une classe élitiste entourée de ses clients, qui repose sur la peine et la terreur d’une multitude d’individus acceptant par peur un esclavage fondé sur leur abrutissement.

Il serait erroné de considérer ces articles comme un héritage figé dans le siècle dernier. Certains comportements et certains thèmes sont plus actuels que jamais, tout comme ce pouvoir omniprésent qui, bien qu’il se soit fait plus feutré, continue d’exercer une pression insupportable sur ceux qui ne participent pas au banquet des sauvés.

Les engloutis subsistent, peut-être dans une meilleure condition que celle qui est décrite ici, mais toujours écrasés par cet instrument invincible que l’on appelle la déshumanisation.

9788898607945_0_500_0_0.jpgFiche du livre:

Titre: I socialisti possono essere felice? (= Les socialistes peuvent-ils être heureux?)

Auteur : George Orwell

Sous la direction de : Santa Bellomìa

Éditeur : Ultima Spiaggia

Année : 2026

Nombre de pages : 150

Format : broché

ISBN/EAN : 9788898607945

Prix : 10,00 €