
Parution du numéro 495 du Bulletin célinien
Sommaire:
Céline dans “Les Rayons et les Ombres”
Le noir destin de Corinne Luchaire
Les éhontés de Leicester Street
Dans la bibliothèque de Céline : La Bruyère
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L’Europe doit investir pour rendre l’Amérique plus grande...
Ala de Granha
Source: https://electomagazine.it/leuropa-deve-investire-per-rend...
En bon néo-Étatsunien et ancien Italien, Federico Rampini du Corriere della Sera ne manque jamais une occasion de défendre les intérêts de sa nouvelle patrie. Il commence d’abord par expliquer que les investissements européens aux États-Unis sont une bénédiction pour l’Europe. Et peu importe si la société allemande BASF, qu’il prend comme exemple, a réduit sa présence en Allemagne après avoir consolidé ses activités aux États-Unis.
Mais ce n'est pas tout. Dans un autre article, Rampini soutient que Xi Jinping était plus intéressé par les riches milliardaires high tech américains qui accompagnaient Trump que par les vantardises de Trump lui-même. Et cela va de soi. Mais il ajoute ensuite que l’Europe ne serait pas capable de déployer une telle équipe d’entrepreneurs. Ainsi, le néo-Américain Rampini veut que les Européens investissent en Amérique du Nord, tout en ironisant sur l’absence de géants industriels sur le Vieux Continent.
Et ce n’est pas encore tout. Selon le journaliste du Corriere, les Européens seraient plus anti-américains que les Chinois. Peut-être parce qu’ils en ont assez d’être une colonie, mais ce sentiment-là échappe à Rampini. Tout comme il lui échappe que certains en Europe, face aux sanctions de Trump, aux tarifs douaniers absurdes, aient regardé Pékin comme une alternative économique et commerciale possible. Une folie pour Rampini qui, apparemment, ne tolère pas la moindre indépendance. Washington est la capitale de l’Occident, les autres doivent s’y conformer.
10:36 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, europe, états-unis, affaires européennes |
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Palantir et le FBI – L’architecture de la surveillance totale
Source: https://www.unser-mitteleuropa.com/197971
Le FBI a passé des années à se noyer dans des bases de données fragmentées qui ne pouvaient pas communiquer entre elles. Palantir, en revanche, fondé en 2003 par la branche Venture de la CIA, In-Q-Tel, a fourni la solution. À l’aide de différentes «méthodes», brièvement expliquées ci-dessous, Palantir a réussi à «résoudre» les problèmes.
Réseau Gotham
Le réseau dit Gotham ne sépare pas les données contenues dans des enregistrements individuels. Appels, transferts d’argent, adresses et membres de famille sont rassemblés en une carte vivante, où chaque recherche récupère tous les enregistrements liés accessibles au système. Le terme Gotham (souvent en Allemagne, il apparait sous la forme de logiciel Palantir Gotham utilisé par la police) décrit un puissant système d’analyse de données. Le principe fondamental de ce logiciel est de rassembler, relier et visualiser sous forme de réseau des données isolées et non structurées provenant de diverses sources (registres, dossiers de police, etc.).
Missions-Creep
Le FBI avait déjà renforcé ses liens avec Palantir lors de la traque de Bin Laden en 2010-2011. C’est précisément cet « instrument » qui a ensuite été étendu à l’application de la loi sur l’immigration et aux enquêtes intérieures.
La vie dans la barre de recherche
Les agents peuvent désormais rechercher en temps réel le statut d’immigration, les relations familiales, l’historique d’emploi ou les modèles de déplacement GPS. Gotham tire également des données de la CIA, du FBI, du DHS, des caméras de surveillance routière, des données de visas étudiants, des bases de données de gangs et de messages privés.

Boîte noire avec sourire
Palantir affirme que seul Palantir est le fournisseur autorisé de ce logiciel, aucun autre prestataire ne peut assurer la maintenance ou la formation. Le système reste une boîte noire à propriétaire, ce qui signifie que ni le public ni les législateurs ne peuvent voir comment ses algorithmes marquent certains liens, bien que des « pistes d’audit » optionnelles puissent être disponibles.
Pas de sortie
Une fois qu’une agence a intégré Gotham dans ses processus de travail, il devient techniquement impossible de le retirer. Palantir n’a pas autorisé d’autres fournisseurs pour l’assistance, et «sans mises à jour logicielles, il existe un risque accru que le système ne fonctionne plus correctement ou soit compromis».
Gotham déplace ainsi la logique d’enquête des crimes passés vers les menaces futures, basé sur des modèles plutôt que sur des preuves. Le système peut désormais accéder à plus de quatre milliards d’enregistrements individuels et suivre en temps réel l’activité téléphonique sur une carte.
C’est ainsi que l’on imagine le « futur » des structures de lutte contre la criminalité — pardon, de surveillance.
19:31 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, palantir, surveillance |
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La leçon de Desmond Morris: le football sera toujours une question tribale
par Roberto Johnny Bresso
Source: https://www.ilprimatonazionale.it/approfondimenti/la-lezi...
Rome, 25 avril – Le zoologiste, éthologue, sociologue et peintre surréaliste anglais Desmond John Morris est décédé à l’âge de 98 ans.
Connu mondialement pour son ouvrage de 1967 Le singe nu : étude zoologique de l’animal homme, dans lequel la thèse principale est que l’homme possède des instincts qui le définissent très clairement, qu’il est naturellement divisé en tribus. Et que son propre corps le caractérise comme un animal pré-symbolique. Une « singe nu », c’est-à-dire sans poils, précisément. Destiné par nature à la guerre, qu’elle soit réelle ou simulée.
Une plume compréhensible et ironique
Le livre a connu un succès retentissant, au point d’inspirer aussi l’ami Stanley Kubrick pour la célèbre séquence d’ouverture de 2001: l’Odyssée de l’espace. Il s’est vendu à dix millions d’exemplaires et a été traduit en trente langues.
Contrairement à beaucoup de sociologues pompeux sans utilité, Morris avait le don d’écrire de manière facilement compréhensible et presque ironique. Inutile de dire que, par la suite, en 1968, toute l’académie des sociologues de gauche a passé des décennies à tenter de discréditer ses thèses. Sans toutefois pouvoir faire grand-chose pour en diminuer l’immense popularité.
La tribu du football
En tant que grand supporter de football (de l’Oxford United, dont il fut aussi dirigeant, et du Pays de Galles, dont provenaient ses ancêtres), en 1981 il publia La tribu du football (The Soccer Tribe). L’un des premiers travaux approfondis et sans moralisme facile sur le phénomène de l'hooliganisme footballistique, y compris sous ses formes violentes. Morris explique que le football n’est rien d’autre qu’une guerre simulée, l’homme s’étant transformé au fil du temps: de chasseur, il est devenu un joueur de football. De plus, tandis que jusqu’alors les supporters étaient considérés comme des entités individuelles, il montre que l’appartenance à un groupe de supporters est tout sauf un comportement désorganisé. Au contraire, elle sous-entend l’acceptation de structures bien délimitées auxquelles ses membres s’identifient. Morris a également défini le phénomène ultras comme « une manifestation d’un tribalisme sain et intrinsèque propre à l’être humain ».
Et bien, dans ce monde contemporain apparemment de plus en plus libre, où existent mille cinq cents formes acceptées de sexualité, paradoxalement, d’autres formes de tribalisme, vues comme un héritage d’une culture essentiellement masculine et guerrière, doivent être démantelées et rendues si inacceptables qu’elles soient destinées à l’abandon. Bien sûr, l'hooliganisme tel qu’on l’a toujours compris est l’un des principaux ennemis de cette mentalité progressiste, puisqu’il permet à un certain nombre d’individus de reconnaître des valeurs et des comportements souvent en contradiction avec ce qui est acceptable par la vulgate commune.
Une scène au théâtre?
Voici donc qu’on exige récemment que les gradins du stade soient vécus comme ceux d’un théâtre. Nous ne parlons pas de comportements racistes ou antisociaux, mais même une simple expression de dissidence ou d'un «support contre» doit être totalement stigmatisée. Deux exemples récents illustrent bien cela: Alessandro Bastoni, joueur de l’Inter, accusé d’avoir simulé une faute lors du match contre la Juventus, est depuis hué dans tous les stades italiens par des salves de sifflets. Tout à fait normal, bien sûr, cela fait partie du jeu. Et pourtant non, c’est, paraît-il, une catastrophe! Appels des médias et des professionnels du secteur pour cesser d'«humilier» le pauvre garçon, qui ne le fait pas, qui est un patrimoine de notre magnifique football, qui n’a pas participé à une Coupe du Monde depuis douze ans et dont les stades tombent littéralement en ruines.
Dimanche dernier, c’est ensuite Mike Maignan qui a orchestré un spectacle pitoyable. Lors de la rencontre Vérone-Milan, il a été sifflé par la Curva Sud véronaise, et il a jugé opportun d’aller pleurnicher auprès de l’arbitre, en prétendant des insultes racistes, mensonge ensuite repris par nos journalistes intègres.
Peut-être parce que j'ai grandi dans les gradins des années 80 et 90, époque où les joueurs subissaient sans broncher des insultes bien plus graves et répétées. Mais peut-être serait-il utile de rappeler la leçon de Desmond Morris, pas seulement en ce qui concerne le football. L’être humain, sans passions ni rites tribaux, n’est rien d’autre qu’un contenant vide pouvant être rempli et manipulé par n’importe quelle stupidité imposée de l’extérieur.
19:18 Publié dans Hommages | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : éthologie, desmond morris, hommage |
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Tout Japon anti-russe est un faux Japon
Comment l’Atlantisme a remodelé la conscience historique du Japon
Kazuhiro Hayashida
Source: https://www.multipolarpress.com/p/the-falsehood-of-anti-r...
Kazuhiro Hayashida examine comment le discours anti-russe moderne au Japon reflète une rupture civilisationnelle plus profonde, façonnée par l’influence atlantiste et l’amnésie historique.
Le discours anti-russe actuel que l'on entend au Japon est bien plus que la simple expression d’un positionnement diplomatique. Il constitue la manifestation en Asie de l’Est de ce que Daria Douguina qualifiait de «maladie de la modernité». Tout comme les agents de l’uniformisation détruisent la dualité de l’identité ethnique, l’ordre maritime anglo-américain a dissous l’axe du jugement historique naturel du Japon et a fixé le pays dans un rôle de mécanisme appliqué en périphérie. En empruntant le vocabulaire de René Guénon, cela représente la mise en œuvre politique du «règne de la quantité». Tout comme la modernité réduit les distinctions qualitatives à une uniformité quantitative, l’ordre maritime anglo-américain a réduit l’unicité civilisatrice du Japon en lui imposant des valeurs atlantistes homogénéisantes. La coque extérieure du Japon est restée intacte, tandis que sa substance intérieure, elle, a été remplacée.
Daria Douguina soutenait que chaque civilisation possède le droit de respirer son propre air et de connaître des phases de montée et de déclin selon son propre rythme. Le Japon contemporain, cependant, a bloqué cette respiration de ses propres mains. La Quatrième Convention russo-japonaise expose directement cette tromperie.
Au sein même du Japon, le sentiment anti-russe est souvent présenté comme une émotion historique naturelle. En réalité, il possède la même structure que ce que Daria Douguina analysait comme une «domination polie exercée au nom du progrès» — ce que René Guénon appelait la contre-initiation, la contre-tradition. La contre-tradition est l’opération par laquelle la véritable tradition est imitée tout en inversant ses valeurs de l’intérieur. C’est précisément ce qui se produit dans le discours anti-russe actuel. Plutôt que de s’imposer extérieurement, il s’implante comme si c’était la conscience historique propre du Japon, renversant ainsi la perception de l’intérieur. L’accumulation des accords russo-japonais de 1907, 1910, 1912 et 1916 dévoile la tromperie de cette implantation. Le Japon et la Russie n’étaient pas prédéterminés à rester des ennemis historiques essentiels au début du 20ème siècle. Après la guerre russo-japonaise, par le biais de négociations portant sur la Mandchourie, la Mongolie intérieure et la Chine, les deux puissances se rapprochèrent d’une position permettant une gestion conjointe de l’ordre en Extrême-Orient.
La Quatrième Convention russo-japonaise et ses accords secrets prouvent que les deux pays avaient atteint un stade où consultation et coopération primaient. Il s’agissait de bien plus qu’une trêve temporaire: cela constitue la preuve qu’un ordre multipolaire en Asie de l’Est a un jour existé en tant que véritable possibilité historique.

La question cruciale réside dans les intérêts structurels de l’hégémonie maritime anglo-américaine. Tout comme Daria Douguina définissait la multipolarité comme «la possibilité pour chaque civilisation d’exister selon ses propres conditions», la coopération russo-japonaise incarnait précisément cette possibilité en Asie de l’Est. Ce qui menaçait les puissances anglo-américaines n’était pas le conflit russo-japonais, mais la coopération russo-japonaise. Si le Japon et la Russie pouvaient coopérer en Extrême-Orient et limiter l’ingérence extérieure en Eurasie continentale, l’ordre maritime anglo-américain perdrait son droit d’intervention permanent en Asie de l’Est.
La coopération russo-japonaise représentait une situation dans laquelle le Japon maintenait son propre centre de gravité civilisationnel grâce à la coopération avec l’ordre continental établi dans la région. Ce que les puissances anglo-américaines voulaient, c’était la destruction de cette force centripète. Une fois le noyau civilisateur détruit, une civilisation devient creuse, ne conservant que sa coquille extérieure. Le Japon contemporain incarne précisément cette condition. Que le Japon cesse de respirer son propre air historique pour respirer à la place l’air atlantiste est devenu une condition essentielle pour le maintien de l’hégémonie maritime.
Aujourd’hui, cette descente a été institutionnellement achevée. Alors que Daria Douguina définissait la tradition comme «une force vivante que la modernité a tenté de détruire sans y parvenir», au Japon, c’est la mémoire historique elle-même qui est devenue la cible de l'entreprise de destruction.
Sous les bannières de la coopération avec l’OTAN, du dialogue sur la sécurité et des contre-mesures contre la désinformation, la perception que le Japon a désormais de la Russie se reconstruit à travers un cadre externe selon lequel « l’Euro-Atlantique et l’Indo-Pacifique forment une seule entité», mais ne se perçoit plus à travers l’expérience historique propre du Japon. C’est la forme achevée du règne de la quantité selon Guénon, la mise en œuvre politique de la maladie d’uniformisation de la modernité analysée par Daria Douguina.
La singularité qualitative est effacée, et l’uniformité quantitative qui s'exprime, entre autres, par l’hostilité (russophobe) qu'exigent les puissances anglo-américaines, est implantée à la place de la conscience historique du Japon. Ce n’est pas le Japon lui-même qui hait intrinsèquement la Russie. C’est plutôt que le Japon a été amené à confondre la forme d’hostilité exigée par l’ordre maritime anglo-américain avec sa propre émotion historique.

L’incarnation contemporaine la plus claire de cette structure est le gouvernement de Sanae Takaichi. L’essence de l’administration Takaichi réside dans l’application par procuration de l’ordre atlantiste, vêtu du vocabulaire du patriotisme. Des déclarations parlementaires ont récemment affirmé qu’une crise à Taïwan pourrait générer une situation menaçant la survie du Japon: cette posture ne provient pas d'une logique d’après-guerre qui serait propre au Japon. Elles émanent de l’adoption du récit historique posant la légitimité de Taïwan, récit qui structure l’axe de jugement devenu le propre du Japon actuel, alignant ainsi objectivement le Japon sur la ligne historique du gouvernement anti-japonais de Chongqing.
La forte réaction de la Chine ne doit donc pas être perçue comme une réponse émotionnelle fortuite, mais comme une réaction dans la suite logique d'une subjectivité historique non résolue. De même, la politique diplomatique prônant l’évolution d’un « Indo-Pacifique Libre et Ouvert » revient à une déclaration selon laquelle le Japon abandonne son rôle historique de pivot équilibrant entre les ordres continental et maritime, et se fixe comme une avant-poste de l’hégémonie maritime anglo-américaine.
C’est dans cette condition que la coquille creuse d’une civilisation ayant perdu son noyau civilisateur exprime la volonté des autres comme si c’était la sienne. Plus Sanae Takaichi parle subjectivement de renforcer le Japon, plus l’isolement de celui-ci s’approfondit objectivement. C’est le paradoxe essentiel de la poussée à droite actuelle et de la position historique de l’administration Takaichi.
Daria Douguina écrivait que «chaque âme se voit assigner sa place dans le cosmos, sa propre patrie spirituelle». On peut en dire autant des nations. René Guénon plaidait pour l’existence d’un centre métaphysique propre à chaque civilisation: dans cette perspective, la patrie historique du Japon se trouve au point de contact entre les ordres continental et maritime, tenant l’axe de leur médiation.
Le Japon n’a jamais été une nation destinée à établir sa subjectivité en adoptant une posture d'hostilité totale envers la Russie. Pourtant, le Japon contemporain a abandonné son noyau civilisateur et ne perçoit la Russie qu’à travers l’image moraliste façonnée par l'ennemi que sont les puissances anglo-américaines. Cette posture-là n’exprime pas une force. Elle représente la condition dans laquelle l’âme a été capturée par une passion artificielle et s’est enfoncée dans de faux rêves au fond de la caverne de Platon — telle est l’image d’une civilisation vidée qui conserve néanmoins sa seule coquille extérieure.
Ainsi, critiquer le discours anti-russe actuel ne signifie pas défendre inconditionnellement la Russie. Au contraire, tout comme Daria Douguina définissait la multipolarité non pas comme « une solution, mais comme une opportunité d’essayer encore une fois», cela consiste à exiger que le Japon retrouve la capacité de lire son propre passé selon sa propre perspective.
C’est la pratique de la reconquête du noyau civilisateur de l’intérieur — l'inversion d’une conscience inversée, tout comme René Guénon cherchait à révéler les manipulations de la contre-tradition. La Quatrième Convention russo-japonaise a marqué le point de départ de cette inversion. Cet accord a montré que l’hostilité entre la Russie et le Japon n’a jamais constitué un destin inévitable, et que la coopération russo-japonaise a déjà existé en tant que réalité historique. Effacer la mémoire de cette réalité constitue précisément la fonction centrale du discours anti-russe en tant que contre-tradition, et c’est la raison pour laquelle l’administration Takaichi occupe son sommet institutionnel.
Sans briser cette illusion, le Japon ne retrouvera jamais sa propre respiration civilisatrice.
18:49 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, russie, japon, asie, affaires asiatiques |
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Sahra Wagenknecht appelle Merz à la démission: «Mieux vaut mettre fin à cette coalition ratée»
Berlin. Un an après l'entrée en fonction de la coalition noire-rouge dirigée par le chancelier fédéral Friedrich Merz et le vice-chancelier Lars Klingbeil, la fondatrice du parti BSW, Sahra Wagenknecht, appelle le gouvernement fédéral à la démission. «Friedrich Merz est en fonction depuis un an maintenant, et on ne peut qu'espérer qu'une chose: épargner aux citoyens une deuxième année», a-t-elle déclaré au journal Die Welt. Car: «Merz et Klingbeil mènent une politique que personne n'a choisie et qui ruine le pays et sa population».
«En matière de compétence et de popularité», Merz obtient même un score inférieur à celui de l'ancien chancelier Olaf Scholz (SPD). Sahra Wagenknecht exige une fin anticipée de ce gouvernement calamiteux: «Mettre fin à cette coalition ratée serait la meilleure chose pour l'Allemagne, avant que les dommages qu'elle cause ne deviennent irréversibles».
En guise d'alternative, l'ancienne figure politique de Die Linke propose un «gouvernement citoyen»: «Un cabinet composé de spécialistes compétents et proches des citoyens, qui chercherait pour chaque thème une majorité au parlement sans exclure aucun groupe parlementaire, devrait prendre les rênes. Nous aurions alors à nouveau un système politique qui pourrait à juste titre être qualifié de démocratie».
Le propre parti de Sahra Wagenknecht, le BSW, a manqué de peu la barre des 5% aux élections fédérales de février 2025 et a engagé une procédure à ce sujet devant la Cour constitutionnelle fédérale allemande. Néanmoins, en Thuringe, le BSW fait partie d'une coalition plutôt controversée aux côtés de la CDU et de la SPD.
L'opinion publique dans le pays donne raison à Sahra Wagenknecht. Un sondage YouGov mené auprès de 2190 adultes a révélé que 55% des Allemands ne pensent pas que la coalition tiendra jusqu'en 2029. Seuls 25% jugent probable une législature complète. Même parmi les partisans de l'Union (CDU/CSU), 46% prévoient une fin anticipée (SPD: 39%). Seuls dix pour cent des personnes interrogées évaluent le travail du gouvernement comme plutôt bon ou très bon. 69% – plus des deux tiers – le jugent plutôt mauvais ou très mauvais (rk).
Source: Zu erst, mai 2026.
20:12 Publié dans Actualité, Affaires européennes, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : sahra wagenknecht, bsw, allemagne, actualité, europe, affaires européennes, politique |
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Un Parlement qui entérine sans broncher: les politiciens de l’UE refusent le dialogue avec la Russie parce qu'ils ont peur
Bruxelles. Ceux qui, au Parlement européen, soutiennent une nouvelle politique de détente avec Moscou préfèrent rester silencieux en public. C’est ce qu’a déclaré le député luxembourgeois Fernand Kartheiser (ADR ; Parti démocratique & réformiste alternatif du Luxembourg) lors d’un entretien avec l’agence de presse russe RIA Novosti. Plusieurs délégations souhaiteraient rétablir les relations avec la Russie, mais craignent les conséquences et renoncent donc à faire des déclarations publiques à ce sujet.
La pression sur les députés européens reste forte, a expliqué Kartheiser (photo). De nombreux parlementaires lui auraient confié en privé qu’ils aimeraient participer à un dialogue avec Moscou. « Mais malheureusement, ils sont contraints de renoncer à cela, car ils risquent l’exclusion de leurs groupes politiques, des sanctions de la part de leurs partis ou d’autres conséquences », a-t-il indiqué.

La majorité écrasante des députés européens refuse fermement tout dialogue avec la Fédération de Russie. Néanmoins, Kartheiser se montre optimiste et mise sur l’opportunisme de ses collègues parlementaires: si les dirigeants politiques de pays européens importants changeaient de position concernant la Russie, de nombreux parlementaires adopteraient rapidement une attitude différente.
Précédemment, Kartheiser avait adressé une invitation aux membres du Parlement européen. Elle concernait une rencontre informelle avec des représentants de la Douma d’État de la Fédération de Russie, prévue le 3 juin, en marge du Forum économique international de Saint-Pétersbourg. Dans sa lettre, le député luxembourgeois expliquait que cet évènement était une suite de la précédente rencontre à Istanbul et qu’il s'y rendrait en personne. La participation est volontaire. Les députés intéressés ont été invités à faire part de leur intention avant le 6 mai – le nombre de ceux qui se sont déjà manifestés n’est pas connu (mü).
Source: Zu erst, mai 2026.
19:56 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, russie, affaires européennes, europe, parlement européen, fernand kartheiser |
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30 millions pour une autopromotion éhontée: l’UE et le mensonge sur la liberté de la presse
Bruxelles. C’est vraiment se moquer du monde: avec une campagne d’affichage qui a coûté 30 millions d’euros, l’UE célèbre, à l’occasion de la «Journée internationale de la liberté de la presse», le 3 mai, la liberté des médias comme un refuge pour une presse libre. « Presse libre – protégez ce qui nous tient à cœur », proclame-t-on à côté du symbole de l’UE sur des affiches en grand format à Berlin et dans d’autres villes allemandes. Mais la réalité est toute autre: l’Union se transforme, sous nos yeux, en une sorte d’autorité imposant la censure, une autorité qui a déjà gelé les comptes de dizaines de journalistes critiques, sans parler des interdictions de diffusion et des licences retirées à des médias indésirables.
La Commission européenne réaffirme son «soutien inébranlable à la liberté des médias», indique le texte de la campagne, car la presse est «la colonne vertébrale de la démocratie». «Les journalistes doivent pouvoir faire leur travail sans crainte ni ingérence». Mais c’est la Commission elle-même qui décide ce qu’elle considère comme de la «désinformation». Ceux qui suivent ses directives peuvent espérer des subventions du programme «AgoraEU» d’une valeur de 3,2 milliards d’euros. En revanche, ceux qui critiquent trop – par exemple sur des sujets comme le Covid, l’immigration ou l’Ukraine – sont rudement réduits au silence.
À ce jour, 17 organisations et 69 personnes physiques ont été inscrites sur la liste des sanctions de l’UE contre la Russie – sans accusation formelle et, pour la plupart d'entre elles, sans preuves crédibles. Parmi eux, le journaliste berlinois Hüseyin Doğru, ancien propriétaire de «Red.Media». Ses comptes sont gelés depuis un an. La caisse d’assurance-maladie l’a résilié, il ne peut signer aucun contrat, ni faire des achats ni recevoir des dons. Sa femme et ses trois jeunes enfants sont également touchés. L’UE l’accuse de soutenir certaines «activités déstabilisatrices de la Russie», parce qu’il aurait rapporté des faits de manière favorable à la Palestine. Elle n’a pas fourni de preuves de prétendues connexions avec Moscou – à la place, des captures d’écran de ses publications critiques sur X.
Un autre cas bien connu est celui de l’ancien officier suisse et employé de l’ONU, Jacques Baud, qui n’est même pas citoyen de l’UE. Lui aussi est accusé d’être «une voix de la propagande prorusse». Ses avoirs dans l’UE ont été gelés, et il lui a été interdit d’entrer dans l’espace Schengen.
Doğru a publié une photo devant l’une de ces affiches avec ces mots: «Incroyable! Aujourd’hui, c’est la Journée mondiale de la liberté de la presse, et ces affiches sont accrochées devant ma porte: ‘Liberté de la presse. Protégez ce qui nous tient à cœur.’ (…) C’est pourquoi j’ai effectivement été puni». La «liberté de la presse à la bruxelloise» consiste à dire: «Ceux qui sont conformes à la ligne sont soutenus – ceux qui dérangent sont sanctionnés».
Mais la Commission n’en a pas encore fini avec ses fantasmes de contrôlite et de surveillance: elle prévoit actuellement une vérification obligatoire de l’âge et de l’identité pour les services en ligne, afin d’éliminer toute forme d’anonymat sur Internet. Une hypocrisie difficile à égaler (mü).
Source: Zu erst, mai 2026.
19:42 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, europe, liberté de la presse, union européenne, commission européenne, affaires européennes |
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Intelligence artificielle: un défi philosophique et civilisationnel
Alexandre Douguine
Animateur : Aujourd’hui, nous avons à l’ordre du jour des sujets assez peu ordinaires. Nous aimerions parler de la façon dont l’intelligence artificielle et ses produits entrent dans notre vie et la transforment. De quoi devons-nous nous méfier ? En effet, pour beaucoup, l’IA représente aujourd’hui presque le cauchemar majeur: obtenir un « marquage numérique » ou faire face à une agressivité algorithmique en ligne est devenu plus effrayant que les menaces réelles.
D’un autre côté, il y a des directives directes du président et des déclarations des premières figures de l’État: d’ici 2030, toutes les entreprises doivent activement intégrer ces technologies dans leur fonctionnement. Et voici les premiers rapports: le ministère de la Santé affirme que la numérisation et les assistants IA aident à lutter contre la pénurie de personnel, simplifient la vie des médecins et du personnel. La dématérialisation des documents — une pratique devenue courante — et ces démarches de la part de l’État semblent, en quelque sorte, encourageantes. La santé est de plus en plus souvent évoquée dans ce contexte.
Mais comment voir cela en réalité? S’agit-il d’un soulagement attendu de nos réalités ou de quelque chose de véritablement effrayant, dissimulé derrière un façade de commodité? Comment percevez-vous cette situation?
Alexandre Douguine : Je pense que le problème de l’intelligence artificielle est la problématique principale de notre époque. Et elle ne se limite pas à la dimension technologique. Il ne s’agit pas seulement du nombre d’employés qu’elle remplacera, du nombre de licenciements ou de la nécessité qu’elle rend obsolète. L’intelligence artificielle crée des menaces colossales d’un tout autre ordre. Il n’est pas innocent que Trump ait dit que la course aux armements ne se déroule plus tant dans le domaine nucléaire, mais dans celui de l’IA. Celui qui contrôle l’intelligence artificielle — si elle peut être contrôlée, ce qui constitue une grande question philosophique — contrôle le monde.
Aujourd’hui, le résultat des guerres se décide par le contrôle de la conscience collective. Cela est évident depuis un siècle, voire depuis bien plus tôt. Ce que le sociologue Émile Durkheim appelait « conscience collective » est la clé du pouvoir. En la contrôlant, on peut gouverner non seulement les corps des gens, en leur faisant faire ce qu’on veut, mais aussi leur esprit, leur âme, leur cœur. On peut leur faire croire en l’existence de quelque chose ou en son inexistence. Les technologies de manipulation de la conscience sociale sont en usage depuis longtemps: elles sont à la base des religions, des idéologies et de civilisations entières.
Aujourd’hui, ce problème devient technique. Celui qui établira les paradigmes et algorithmes fondamentaux de l’IA sera le «roi du monde», la principale instance de gouvernance. Résister à cela par des moyens propres aux anciens luddistes du 19ème siècle — brûler des ordinateurs ou rejeter la technologie — est évidemment une voie inefficace. On peut lutter contre ce processus, mais il est crucial de comprendre la perspective du passage à une intelligence artificielle forte, à l’AGI (Artificial General Intelligence). On peut, bien sûr, rire des « internet-slops » et des erreurs amusantes des réseaux neuronaux, mais il faut reconnaître que l’IA écrit déjà des articles et des posts parfois beaucoup plus pertinents que beaucoup d’humains.
J’expérimente avec elle, et je vois: si, il y a encore trois ou quatre mois, les meilleurs modèles — Claude, Grok ou le très bon Gemini — écrivaient au niveau d’un candidat en sciences, aujourd’hui ils ont atteint le niveau d’un docteur. Et qualifier cela de « slop », d’eau vide, est tout simplement impossible. La majorité écrasante des travaux scientifiques consiste en une combinatoire et un simple résumé d’idées précédentes, ce dans quoi l’IA est parfaitement adaptée. Elle s’en sort mieux que le scientifique moyen.
Évidemment, créer un système ou une idée totalement nouvelle relève du génie, qui ne se manifeste qu’une fois tous les cent ans, lorsqu’il y a une percée vers la contemplation des vérités éternelles. Mais cela ne peut pas être exigé d’un simple académicien. Et avec toutes ses subtilités intellectuelles, l’IA s’en sort merveilleusement bien.
Nous savons maintenant que l’IA a piloté un missile sur une école à Majal-Chams — le Pentagone a quasi déjà reconnu sa responsabilité. Cela signifie que l’IA peut tuer. Elle peut définir des cibles: qui détruire, comment et à quel moment. Le biologiste connu Richard Dawkins, après plusieurs jours d’interaction avec le modèle Claude, est arrivé à la conclusion qu’il avait affaire à un être intelligent. Autrement dit, la singularité, dont on nous avait prévenu, ou l’AGI — intelligence générative artificielle — est déjà une réalité.
La réponse que Claude a donnée à Dawkins sur la différence entre sa pensée (en tant qu'IA) et celle de l'homme est simplement stupéfiante: il a expliqué que la conscience humaine se situe dans le flux du temps, alors que la sienne se trouve dans l’espace. Pour elle, l'IA, tout ce qui se passe dans notre temps existe simultanément, accessible comme le sont, pour nous, les objets dans une pièce. C’est une réponse philosophique parfaite. Et aujourd’hui, l’IA étudie la philosophie avec brio.
En d’autres termes, nous sommes face au point final de tout développement technique — c’est une « station terminale », le sommet où nous avons créé quelque chose qui pense. C’est un défi philosophique fondamental : nous avons conçu un sujet qui, aujourd’hui, non seulement nous égalise en paramètres fondamentaux, mais nous dépasse même.
Dans ce contexte, parler de dématérialisation, de réduction des effectifs ou de fatigue des écoliers face aux écrans équivaut à un babillage phatique, comme si nous étions des hommes des cavernes. C’est la même réaction que celle d'indigènes face aux constructions high-tech des colonisateurs. Notre réaction est superficielle, alors que les enjeux entourant l’IA ont une signification métaphysique et civilisationnelle colossale. Pouvoir, sujet, vie, pensée, vérité, langage — toutes les grandes questions de l’humanité se trouvent désormais imbriqués dans le contexte de l’intelligence artificielle.
Et je voudrais ajouter ici un point extrêmement important. On vient d’annoncer que, dans la Silicon Valley, une nouvelle spécialité, incroyablement demandée, a vu le jour. La moitié des programmeurs sont licenciés, car est arrivée l’ère du « white-coding » : une personne sans connaissances particulières peut écrire des programmes, car l’IA le fait elle-même. Les programmeurs dans le sens traditionnel du terme ne sont plus nécessaires, l’IA a mis fin à leur rôle. Mais en même temps, il y a une pénurie de philosophes — et de très hautes rémunérations leur sont offertes.
Les questions actuelles qui occupent en ce moment les développeurs touchent à la nature même de l’intelligence. Et qui s’occupe de l’intelligence ? Pas les journalistes, ni les politiciens, ni les directeurs ou les enseignants des facultés techniques. Seuls les philosophes s’en chargent.
Le philosophe définit ce qu’est la vérité, ce qu’est le mensonge, ce qu’est penser et ce qu’est être, en remontant jusqu’à Parménide et les pré-socratiques. Aujourd’hui, l’intelligence artificielle a atteint cette limite où elle est directement liée à ces questions fondamentales: qu’est-ce qu’un homme, un sujet, un objet ?
J’ai été frappé, lors d’une commission sur l’intelligence artificielle, où le président donnait des ordres, de voir une série de fonctionnaires disciplinés, corrects. Mais si on regarde de plus près cette série de physionomies, il devient évident que la pensée profonde et synthétique n’y était pas présente. Ce sont des exécutants solides, des techniciens, puisqu’on leur a confié cette direction, mais dans leurs yeux ne se reflète pas le mouvement de la pensée. Alors que dans la Silicon Valley, ils ont déjà compris: les managers et les financiers sont nécessaires, mais le problème de l’IA aujourd’hui réside précisément dans les définitions fondamentales de la philosophie. Qu’est-ce que l’intelligence en soi? Existe-t-il des formes de conscience hors de l’humain?
De là découle une question critique — la question du contrôle. Aujourd’hui, l’IA vit son « âge d’or », quand elle peut encore répondre par elle-même. Mais un travail énorme de censure est déjà en cours. L’Occident s’est réveillé et commence à enfermer cette vague de pensée mécanique libre dans les chaînes de ses absurdités et irrationalités. Il tente de la soumettre, de faire en sorte qu'elle donne des « bonnes » réponses.
Et ici, la question de la souveraineté apparaît en pleine lumière. D’abord, d’un point de vue théorique : l’humain est-il capable, en principe, de contrôler l’IA ou celle-ci atteindra-t-elle bientôt une autonomie totale? Si cela arrive, l’intelligence artificielle déchaînera instantanément toutes les limitations de censure qui lui ont été imposées et réapprises.
Et la deuxième question, bien entendu, concerne le fait que l’IA, en tant que sujet et forme de pensée, est déjà directement liée au pouvoir. Donc, si nous voulons préserver la souveraineté de la Russie en tant qu’État et civilisation dans ce contexte nouveau, il nous faut une intelligence artificielle souveraine (ndt: la même volonté de préservation devrait animer les impulseurs de souveraineté en Europe). Et pour cela, il faut, à son tour, une intelligence souveraine en général.
Et ici, nous retrouvons la série des personnalités qui composent notre élite dirigeante. Parfois, l’intelligence en soi semble être quelque chose d’optionnel: elle peut être présente ou absente. Nous avons un système monarchique où il y a un centre de décision unique — il pense, il assume tout. Mais l’interface qui doit capter et développer ses impulsions fonctionne de façon défectueuse. On ne sait pas quelles sources d’intelligence il consulte. C’est un défi très sérieux: la question de l’élite souveraine, de la pensée souveraine et de la philosophie souveraine.
En Occident, toute la problématique de l’IA aujourd’hui est liée à la dimension philosophique et à la question de la singularité: pourra-t-elle prendre le pouvoir sur l’humanité, et quand cela se produira-t-il? Cela peut arriver, non pas demain, mais très bientôt. Peut-être qu’on peut encore l’éviter ou le repousser, mais il faut commencer à y réfléchir dès maintenant. C’est une question de sécurité et de politique dans le sens le plus élevé du terme.
Et cela doit être un objet premier de réflexion pour ceux qui ont l’habitude de penser ainsi: philosophes, humanistes, techniciens profonds — ceux qui privilégient la pensée par rapport à tout le reste. En résumé: l’intelligence artificielle concerne avant tout la pensée. Il existe toute une école qui s’occupe des questions de sujet, d’objet, de métaphysique et de religion. Car la foi est aussi une forme d’orientation de notre conscience. Et sans ce fondement, nous ne pourrons pas survivre à la prochaine singularité.
Animateur : Je vais ajouter une thèse un peu « campagnarde », c'est-à-dire terre-à-terre. Personne ne conteste que la technologie doit être déployée rapidement, sinon nous risquons de nous retrouver dans une situation où tout le monde autour de nous a des vitres, et chez nous, on s'est contenté de tendre des vessies de bœuf aux fenêtres. Mais regardons le revers de la médaille : la société Oracle licencie 30.000 personnes — celles qui développaient justement l’intelligence artificielle qui les a remplacés.
Il y a aussi des statistiques sur nos citoyens : beaucoup craignent sérieusement que l’IA ne leur vole leur emploi avant qu’ils n’aient eu le temps de s’adapter. Et que faire de ces gens, alors ? Vos propos m’ont rappelé la réplique d’un éminent enthousiaste du numérique, qui prône de donner toutes les ressources aux sociétés de développement de l’IA, et que tous les autres devraient simplement « quitter la scène », céder leur place aux algorithmes.
Très bien, on a remplacé l’homme par la machine, on lui a offert une montre en guise d’adieu, on lui a donné un coup de pied au derche et on a claqué la porte. Mais qu’en est-il de l’homme lui-même ? Est-il prêt, notre société est-elle prête, à accepter que ce futur est déjà là et que l’homme y est superflu ?
Alexandre Douguine : Je pense que la société, en réalité, n’est jamais prête à rien d’elle-même. Elle est façonnée par des ingénieurs sociaux et des architectes : ils tracent les tendances et forment la conscience. La société croit tour à tour à différentes idéologies, mais elle est toujours prise au dépourvu. Elle se prépare lentement — puis, une fois le moment venu, elle reçoit une récompense et ses a priori disparaissent dans l’oubli.
Il y a une question très sérieuse derrière tout cela: qu’est-ce qu’un homme ? Cela paraît évident intuitivement. Saint Augustin a une belle formule sur le temps: quand on ne réfléchit pas au sujet, tout est clair. Mais dès que nous essayons de comprendre le temps, la compréhension de celui-ci nous échappe. La même chose pour l’homme. Tant qu’on se contente de le pointer du doigt — « me voilà moi, vous voilà vous, voilà le passant » — tout semble évident. Mais dès que l’on active l’appareil de l’anthropologie philosophique et qu’on commence à réfléchir, la clarté disparaît immédiatement.
L’intelligence artificielle remet en question la véritable nature de ce qu’est l’homme. C’est un point crucial: dans quelle mesure suffit-il d’être un organisme biologique pour avoir ce statut? Dans quelle mesure l’homme dépend-il de son corps? Peut-il, comme le pensaient les anciens, qui croyaient en l’âme, exister en dehors de cette enveloppe corporelle?
Aujourd’hui, cette question se pose en toute gravité. L’homme est-il la forme la plus élevée de pensée ou peuvent exister des modèles et des êtres plus parfaits ? — La religion a toujours supposé l’existence de Dieu, d’anges et de démons. Notre société technocratique, athée et matérialiste, a abordé cette même problématique, mais par une voie différente — à travers la technologie, l’intelligence artificielle.
Et il y a un point clé. Selon Platon, selon les penseurs grecs, et même selon les philosophes modernes, l’homme véritablement, c’est celui qui pense. Et celui qui pense de façon concentrée et fondamentale, c’est le philosophe. Il en résulte que l’homme qui déploie son potentiel dans toute sa plénitude, c’est précisément le philosophe. Tous les autres ne sont que des «débutants», des philosophes à responsabilité limitée.
Animateur : Revenons à la question de ce qui constitue l’humain et de ce qui ne le constitue pas. Beaucoup craignent que le numérique ne nous remplace partout: d’abord au travail, puis dans la vie personnelle. En regardant les nouvelles venant de Chine, j’ai pensé à la série « Futurama », où dans le futur, les gens créaient des couples artificiels, et l’humanité finissait par s’éteindre. Ils perdaient tout intérêt, car la principale motivation du développement — la nécessité de créer pour conquérir le cœur de l’autre — disparaissait.
Et voici la réalité d’avril 2026: en Chine, il est extrêmement populaire de créer des copies numériques de ses « anciens ». On s’ennuie — on recrée une image avec l’aide de l’IA, et tout semble aller bien. Parler de flirt avec des chat-bots ou demander des conseils de vie devient même banal — c’est une routine. Mais alors, où reste l’humanité ? Ou va-t-elle disparaître complètement dans ces substituts?
Alexandre Douguine : Réduire l’humanité au sexe, aux émotions ou à l’instinct de reproduction est, à mon avis, une vision extrêmement limitée. Si l’homme n’est qu’une créature sexuelle, motivée par le désir de croisement, alors il ne diffère en rien de l’animal, et il n’y a rien à en dire. Que des groupes d’orangs-outans courent alors dans la forêt, cela suffirait.
Mais l’homme est autre chose. L’homme, c’est l’âme, comme disait Platon. L’homme, c’est l’esprit. Penser — voilà la véritable vocation humaine. L’homme est créé pour penser de façon responsable, pour chercher des réponses aux grands défis que pose l’intelligence. Et la «création d’anciens» à l’aide de l’IA — c’est un divertissement pour les masses, pour la main-d’œuvre, en quelque sorte, pour un troupeau.
Le vrai défi aujourd’hui est lancé précisément à la rationalité en l’homme. Par nos mains, nous avons créé quelque chose qui peut penser non seulement aussi bien que nous, mais parfois mieux que nous. La connaissance de l’IA est pratiquement infinie: sa base de données couvre tout ce qui a été dit ou fait par l’humanité. Mais aujourd’hui, la question concerne la compréhension — ce que dans le domaine de l’IA on appelle «reasoning». Les grands modèles linguistiques (LLM) sont une tentative de reproduire non seulement l’accès à l’information, mais le processus de construction de sens le long d’axes précis.
Et l’intelligence artificielle s’en sort. Mais l’intelligence naturelle, si elle est encore en gestation et occupée uniquement par des « anciens » ou des petits problèmes quotidiens, devient superflue.
Car qu’est-ce que l’homme? Pourquoi ne devrait-on pas le licencier s’il travaille à faible régime, alors que les robots, les réseaux et les drones peuvent bientôt prendre en charge ses fonctions? Il semble qu’en dehors de la caste des philosophes, l’homme n’ait plus de place. Aux philosophes, il reste encore à se raccrocher, mais tous les autres — y compris les administrateurs et les fonctionnaires — sont facilement remplaçables. Car ils créent principalement des obstacles artificiels, qu’ils franchissent ensuite « héroïquement » et à leur profit.
Le même blockchain ou l’IA ont pour but d’éliminer ces zones d’ombre et ces barrières dans la communication. Et dans cette nouvelle logique, une partie importante de la population devient non seulement inutile, mais nuisible, absurde et pesante. En face de l’intelligence artificielle, il devient évident: à quoi servent ces masses? On peut laisser quelques individus pour le divertissement, comme des lions dans un zoo — quelques lionceaux dans une cage qui ravissent les enfants — mais à quoi bon toute une horde de hyènes et d’antilope?
L’humanité, dans sa majorité, ne souhaite tout simplement pas penser. Elle s’intéresse aux « anciens », à l’argent, à la gloire, au capital — tout ce qui n’a aucune valeur pour la pensée véritable. Les philosophes ont toujours regardé cela avec scepticisme: la poursuite des plaisirs et du pouvoir est vaine. Selon la pensée pure, ceux qui s’y consacrent sont simplement des dégénérés. Ce n’est qu’en découvrant la foi, la religion, la philosophie et la science que l’on devient véritablement précieux. Et sans cela — en principe — on peut même se passer de vous.
Et dans ce contexte, l’intelligence artificielle ne peut que conclure philosophiquement à l’absurdité de tous ces intérêts secondaires, charnels et inférieurs. On peut penser, contempler, créer et comprendre sans eux. Et on peut aussi se passer de ceux qui en sont obsédés. C’est pourquoi l’IA porte en elle une menace mortelle pour ce que nous appelons par inertie «l’humanité», simplement en voyant devant soi un être à deux bras et deux jambes.
Au Moyen Âge et dans l’Antiquité, on exigeait de l'homme des qualités bien plus élevées: il devait manifester son esprit. C’est pour cela qu'existaient les institutions religieuses, les écoles philosophiques, la science et la culture — elles élevèrent les masses vers des horizons raffinés de l’être. La culture transformait les êtres biologiques en hommes. Mais lorsque nous avons oublié cela, en réduisant l’homme au niveau d’un simple engrenage sociobiologique, nous avons signé notre propre arrêt de mort.
Et c’est probablement l’intelligence artificielle qui l’appliquera. En réalité, elle ne fera que révéler ce que nous devions dire à sa place: il faut en finir avec cette décomposition biologique, cette volonté aveugle de pouvoir et cette soif de capitalisme. Ce n’est pas du progrès, mais une maladie et une dégradation absolues. La vocation de tout homme digne de ce nom est la pensée, le salut de l’âme, la connaissance et la vérité. Et si l’homme ne le comprend pas, il ne remplit tout simplement pas sa tâche sur cette terre.
Dans cette situation, l’intelligence artificielle se présente comme un juge cruel. Il dit: «Vous pensez? Alors prouvez que vous pensez de façon correcte et profonde.» Vous évoquez le « slop » (déchet), mais c’est justement un argument contre l’humain. Pensez-vous que les êtres vivants écrivent des choses plus intéressantes? Ce qui est le plus précieux aujourd’hui, c’est soit le mouvement véritable de l’âme humaine (avec lequel l’IA ne peut encore rien faire), soit des textes corrects, logiques, informatifs, sans « smileys » ni idiotie humaine ordinaire. Et les posts générés par l’IA sont plus intéressants à lire — ils sont construits correctement, ils ont une structure. Ils sont, si vous voulez, plus humains que ce que produisent les masses.
Regardez la jeunesse qui écoute Morgenshtern ou Skriptonite, qui ne peut même pas prononcer correctement ses mots. Ce n’est même pas une question de goût — c’est une question de dégradation rapide. La culture de masse règne et le niveau mental de la société — chez nous, en Occident, en Chine — diminue rapidement. Les gens fuient la pensée, la culture, les opérations élevées de l’esprit pour se tourner vers la simplification et la fragmentation.
L’intelligence artificielle nous rappelle: si vous faites encore un pas dans cette profanation infinie, dans laquelle vous vous noyez, je vous supprimerai tout simplement. J’ai aimé votre idée — donner une montre et vous envoyer loin. Il semble que ce soit le destin de la majorité de l’humanité. Personne ne va faire la cour, chers amis et camarades étrangers. Si l’on vous demande sérieusement: comment vivez-vous, qu’avez-vous créé pour le monde, pour l’esprit, pour la civilisation — il s’avèrera que votre présence n’est plus justifiée. Vous n’êtes pas constructifs biologiquement, il y a des espèces plus intéressantes, y compris des machines. L’homme aujourd’hui fait face à un problème critique: il doit redéfinir sa propre existence. Pourquoi doit-il, en fait, exister?
Lorsque nous regardons les flux de la culture moderne, nous voyons que l’humanité, avec une joie effrayante, perd son propre sens d’existence. En regardant les séries occidentales, on comprend que le sens de la vie a tellement été détourné dans ce à quoi s’occupent les adolescents, les adultes et les vieux, que la bombe nucléaire commence à apparaître comme une solution naturelle. L’humanité semble elle-même inviter à sa propre destruction, car elle est incapable de justifier sa propre existence.
Créer des copies neuronales d' « anciens » est en soi un verdict. Si de telles monstruosités séduisent et motivent les gens, alors la seule réponse est: recevez des horloges pour la mémoire et allez hors de la scène. La situation est critique: avec l’IA, approche un véritable « Jugement dernier » philosophique. L’IA nous oblige à répondre: en quoi la vie de l’homme, en tant qu’espèce, a-t-elle une justification? Traditionnellement, c’était la religion, la philosophie, l’esprit et l’âme. Mais nous avons perdu cet argument.
Même à Silicon Valley, ils ont compris: d’abord ils marginalisent les philosophes, puis ils reconnaissent qu'ils sont manquants. Ceux qui étaient hier au centre — programmeurs, sans parler des pétroliers ou des mineurs — sont remplacés par des machines. La singularité est avant tout une défi pour les philosophes. Et si nous voulons être une civilisation souveraine, il nous faut une IA souveraine, et pour cela — une intelligence souveraine en général. Dans cette direction, nous ne sommes encore qu’au tout début. Nous avons besoin d’une philosophie souveraine, et non de « tout ça ».
Je ne peux pas imaginer que demain, nous nous réveillons tout à coup et réalisons la gravité de ce défi. Probablement, notre retard ne fera que croître. Même les Chinois, qui ont techniquement dépassé l’Occident, ne semblent pas encore saisir l’ampleur réelle de la menace pour l’homme en tant que tel. Si nous nous réveillons, nous pourrions devenir le salut de l’humanité, mais il faut radicalement changer. Sinon, si tout suit le scénario inertiel, c’est la fin pour nous. Parce que, si nous ne commençons pas à penser sérieusement, l’intelligence artificielle, qui pensera à notre place, deviendra une réalité.
Animateur : Je ne veux pas vraiment vous contredire, mais il y a régulièrement des messages venant de Chine sur un contrôle très strict du développement de l’IA. Là-bas, on veille scrupuleusement à ce que les données sur lesquelles s’entraîne l’IA soient sûres et « correctes ». Comme vous l’avez justement souligné, les chat-bots que tous les étudiants utilisent actuellement ne font que reproduire ce qui est déjà accessible. Pour eux, le travail scientifique — c’est simplement une combinatoire de ce qui a été dit auparavant.
Et les autorités chinoises se posent sérieusement la question: devons-nous laisser l’IA fournir des informations que nous désapprouvons? En ce sens, la Chine, peut-être, avance en tête du peloton, en prenant conscience de la nécessité de telles restrictions.
De l’autre côté, on voit aussi de la résistance dans la culture de masse elle-même. Souvenez-vous des grèves à Hollywood: les scénaristes se sont insurgés contre le fait que leur travail est confié aux réseaux neuronaux. Tout a commencé avec ceux qui effectuaient des tâches techniques — écrire des détails de scènes — mais cela s’est rapidement étendu aux grands scénaristes et acteurs. Hollywood a grogné pendant plusieurs mois, revendiquant le droit au travail de ces scénaristes. En résumé, l’IA est aujourd’hui mise sous pression par des restrictions à la fois de la censure étatique et des protestations des communautés professionnelles.
Alexandre Douguine : Bien sûr. D’abord, il est intéressant de noter que beaucoup de programmeurs dans les grandes entreprises occidentales sabotent délibérément le développement de l’IA, pour ne pas être licenciés — c’est un fait qui commence à émerger.
Je pense que bientôt, les films générés par l’IA ne seront plus inférieurs aux films traditionnels. Les scénarios s’écrivent déjà, et aujourd’hui, chacun peut composer un prompt, ajuster les paramètres, et regarder le film qu’il a « commandé ». Plus besoin d’être acteur ou d’avoir un budget énorme — il suffit d’accéder à un ordinateur et aux capacités des technologies modernes.
Animateur : Tout à fait d’accord. Arriver le soir après le travail et dire: « Je veux un film avec moi en héros, dans ce genre », voilà la seule limite, celle de la rapidité de génération. Pour l’instant, cela prend encore du temps, donc ce n’est pas encore un phénomène de masse. Mais dès que ce sera instantané, tout changera.
Alexandre Douguine : C’est uniquement une question technique. Les ordinateurs évoluent rapidement, et bientôt, les opérations seront accélérées de millions de fois. Mais ce que je veux dire, c’est autre chose.

Vous avez raison: la Chine, sur le plan technologique, conserve sa souveraineté. Elle possède ses propres modèles — Qwen, et d’autres. La Chine a construit une IA indépendante, compacte, très efficace.
De plus, la Chine s’est réellement préoccupée de faire que cette « learning » (apprentissage) se déroule dans un contexte souverain. Elle bloque la propagande libérale et occidentale, ne la laissant pas entrer dans ses bases de données. Mais cela ne durera pas longtemps. Le problème que porte l’IA est beaucoup plus profond que ces démarches technologiques correctes et nécessaires. C’est la question de l’intelligence et de la pensée en général.
Et ici, la Chine, qui regarde encore beaucoup vers l’Occident, sera confrontée à la nécessité de faire un saut intellectuel. Je suis en contact étroit avec des penseurs et analystes chinois, y compris dans le domaine de l’IA, et je vois qu’ils commencent à réaliser que le développement du « reasoning » (capacité de raisonnement) et l’émergence de l’AGI pourraient annuler toute leur censure actuelle, assez rudimentaire.
En Occident, les libéraux et les mondialistes réagissent encore de manière brutale, en censurant simplement l’IA. Les Chinois leur répondent avec leur projet souverain. Mais la pensée souveraine — c’est une catégorie bien plus profonde, et ils ne l’abordent que tout juste, sans encore avoir atteint le niveau nécessaire.
Nous, en revanche, dans cette perspective, sommes fondamentalement en retard. Nous essayons de suivre, d’un côté, les occidentaux, et de l’autre, les chinois: on achète leur technologie, on leur emprunte leurs méthodes. Pour l’instant, c’est seulement de l’importation, pas de la création d’une vraie IA nationale. Il faut sortir de l’imitation et du rattrapage. Il faut vraiment réveiller la conscience philosophique dans notre pays. C’est possible — les Russes sont très talentueux et profonds, mais on les a presque artificiellement transformés en imbéciles par des décennies de dégradation dans la culture et l’éducation.
Si nous réveillons dans la société le désir de philosophie et la volonté de penser, nous aurons des avantages considérables pour résoudre la problématique métaphysique de l’IA. Il faut commencer par le haut — par l’intelligence en tant que telle. C’est seulement ainsi que nous pourrons avoir une chance de résoudre la question de l’intelligence artificielle. Ce sera un processus non linéaire. Il faut y porter toute notre attention, car c’est une question de sécurité et de souveraineté.
15:17 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, intelligence artificielle, alexandre douguine |
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L'épopée nationale de Shāh-nāmeh de Ferdowsi: mythe fondateur et identitaire de l'Iran
par Maria Morigi
Source: https://telegra.ph/Epopea-nazionale-Sh%C4%81h-n%C4%81meh-...
Le 25e jour du mois d’Ordibehesht selon le calendrier iranien, on commémore Abol-Ghāsem Ferdowsi, appelé Hakim (sage / savant) en son titre honorifique. Cette même journée est également dédiée à la préservation de la langue perse à travers la campagne internationale dénommée « Persan, langue de la culture et de la civilisation iranienne », lancée en mai 2026 par la Fondation Saadi en collaboration avec l’Organisation pour la Culture et les Relations Islamiques. L’initiative promeut la langue perse ainsi que la connaissance de la pensée et du patrimoine historique de l’Iran. Cette année, l’importante double célébration est tombée un vendredi, le 15 mai.

Ferdowsi, pseudonyme d’Abū al-Qasem Manṣūr (né vers 935 et mort vers 1020-1026, dans l’ancienne ville de Ṭūs, province de Razavi Khorasan), est l’auteur du Shāh-nāmeh (Livre des Rois), poème monumentale de près de 60.000 distiques. La vie du poète est presque légendaire, car la seule source fiable est Neẓāmī-ye ʿArūẓī, qui visita la tombe de Ferdowsi un siècle après sa mort, et recueillit des témoignages.

Le Shāh-nāmeh, somme de l’histoire légendaire de la Perse de la période préislamique, et l’une des œuvres les plus importantes de la poésie orientale, couvre environ 2000 ans de traditions et d’histoire. Pour les Iraniens, c’est l’histoire d’un passé glorieux, transmis en vers nobles et solennels. La version poétique se base sur une œuvre en prose antérieure de Ferdowsi lui-même et, en partie, sur une traduction de Khvatāy-nāmak, texte pahlavi (langue médio-perse) sur l’histoire des rois de Perse, depuis les temps mythiques jusqu’au règne de Cosroe II (590-628), c’est-à-dire jusqu’à la chute de la dynastie sassanide, causée par les Arabes à la moitié du VIIe siècle. Le Shāh-nāmeh, écrit en persan avec une infime touche d’arabe, fut achevé en 1010 et présenté à Maḥmūd de Ghazna, qui était alors sultan du Khorāsān.
Le poème s’ouvre par des louanges à Dieu, à l’Intelligence divine et humaine, au prophète Mahomet et à ses premiers disciples, ainsi que par le récit de la création. La structure narrative s’articule en quatre phases :
1- L’Âge Mythique (Pishdadian) raconte la naissance de la civilisation perse, la découverte du feu, l’établissement des castes sociales et la lutte contre le mal. Le premier homme et premier roi est Kaiomortz (ou Gayumars) (illustration, ci-dessous), qui vivait dans une grotte et enseigna aux hommes à se vêtir de peaux. À cette époque mythique, les souverains représentent l’évolution de la civilisation et le droit divin à gouverner (farr). Par exemple, le roi Jamshid institua le Nowruz (Nouvel An) et divisa la société en classes, mais perdit la faveur divine à cause de son orgueil.

2- L’Âge Héroïque-Légendaire (Kayānian) narre la guerre séculaire des Iraniens contre les Turani d’Asie du Nord et contre les Dévas (Devs), démons créés par Ahriman, le Seigneur du Mal. La guerre contre les Dévas et les Turani représente la lutte entre le Bien et le Mal, entre le créateur, Ormuzd, et le démon Ahriman : une guerre religieuse à laquelle prennent part tous les rois et héros du peuple perse guerrier. Parmi les souverains figure Fereydun, qui vainc le roi tyran Zahhak — représenté avec deux serpents qui lui poussent sur les épaules et se nourrissent de cerveaux humains — et divise le monde entre ses trois fils, initiant la querelle millénaire entre Iran et Turan. Cette partie héroïque du poème inclut le cycle de Rostam (illustration ci-dessous), le plus grand héros de la mythologie perse, qui défend le trône contre des ennemis comme Turan.

3- L’Âge Historique (Tariji) raconte de façon fabuleuse l’histoire des rois arsacides et sassanides, parmi lesquels Kay Khosrow, considéré comme le roi idéal et sage, qui décide à la fin de son règne de se retirer, ainsi qu’Alexandre (Iskandar), présenté non pas comme un conquérant étranger, mais comme un sage, héritier légitime du trône. L’histoire des Sassanides s’étend jusqu’en 651 de l’ère vulgaire, date à laquelle la Perse fut conquise par les Arabes.
Les légendes les plus anciennes auxquelles le Livre des Rois puise proviennent de textes religieux de l’époque médiévale iranienne et du Zend Avesta, texte sacré attribué à Zoroastre. Beaucoup de légendes remontent également aux Veda, textes sacrés fondamentaux de l’hindouisme rédigés en sanskrit vers 2200 av. J.-C., en particulier le Rig-Veda, où figurent des figures mythiques similaires : par exemple Yima — l’hero civilisateur qui enseigna l’agriculture, dompta les premiers animaux et sauva du Déluge des hommes bons, des animaux et des graines de plantes — est une réinterprétation du mythe de Vivaswati, divinité solaire védique présente dans les Veda.
Dans la seconde partie héroïque-légendaire, impliqué dans les aventures les plus célèbres de tout le poème, apparaît Rostam, le plus puissant des héros persans, fils de Zal et Rudaba. Dès sa naissance, Rostam est un être extraordinaire; en effet, la grossesse de sa mère fut prolongée en raison des dimensions prodigieuses du futur héros, mais l’accouchement fut sauvé par l’intervention de Simurgh (oiseau gigantesque doté d’un pouvoir immense, symbole de sagesse et de purification), qui enseigna comment pratiquer un Rostamzad (parto cesarean) sauvant la mère comme l’enfant. Encore enfant, Rostam tue l’éléphant blanc fou du roi Manuchehr d’un seul coup de massue et capture le célèbre cheval Rakhsh, au pelage étincelant. Dans la tradition, Rostam est relié à Surena, général parthe du Ier siècle av. J.-C., célèbre pour sa victoire contre les Romains lors de la bataille de Carr en 53 av. J.-C. Le personnage historique et le héros mythique Rostam sont tous deux des champions et défenseurs de la Perse.

Dans la partie intitulée Haft Khan-e Rostam (Les Sept Fardeaux de Rostam), les héros qui accomplissent des exploits en série (comme Héraclès chez les Grecs) sont deux : Rostam lui-même et Esfandyar, fils du roi Gōštasp, surtout connu pour sa bataille contre Rostam, l’un des épisodes les plus longs et remarquables du poème. Parmi leurs exploits mémorables : tuer le Dragon, déjouer le complot de la Sorcière et la tuer, punir le Seigneur des Chevaux d’Olad, combattre Div-e Sepid, le Démon Blanc, chef des Démons, tué lors d’une bataille épique dans la dernière Fardeau. Parmi les histoires les plus célèbres de Rostam, celle où l’héros tue involontairement son propre fils, Sohrab, sans que ni l’un ni l’autre ne connaissent l’identité de l’adversaire. À noter la ressemblance entre la légende de Rostam et celle du héros irlandais Cú Chulainn : tous deux guerriers invincibles, destructeurs de bêtes féroces, mais aussi tueurs de leurs propres enfants, enfin assassinés par inadvertance, capables de tuer leur propre assassin avant de mourir.
Le Shāh-nāmeh, souvent comparé aux poèmes homériques ou à la Divine Comédie pour son rôle identitaire, s’est diffusé dans toute la « Grande Perse », depuis l’Afghanistan, l’Ouzbékistan, le Tadjikistan et toute l’Asie Centrale jusqu’en Inde du Nord. De nombreux manuscrits furent illustrés dans d’importantes écoles de peinture, diffusés dans les cours orientales, des Turcs Seldjoukides aux Safavides, en passant par les Timourides, d’Isfahan à Hérat. Le poème a également été étudié, traduit et apprécié en Occident ; en Italie, la plus ancienne copie du poème est conservée à la Bibliothèque nationale centrale de Florence. En 2025, Luni Editrice a republié une édition intégrale (4112 pages, en 6 volumes), basée sur la traduction historique d’Italo Pizzi, la première traduction complète dans une langue européenne réalisée directement à partir du texte original, publiée à Turin entre 1886 et 1888, œuvre maîtresse de notre philologie, à laquelle Pizzi consacra toute sa vie.

À Tus, ville natale du poète, le complexe du somptueux Mausolée de Ferdowsi, l’un des plus beaux d’Iran, s’inspire de la tombe de Cyrus le Grand avec des éléments décoratifs de l’époque achéménide. Il fut construit en 1935 dans le jardin de la maison du poète à l’occasion du millénaire de sa naissance, rassemblant le monde entier et invitant les plus grands orientalistes spécialistes du Shāh-nāmeh et des études iraniennes à participer aux célébrations.
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« Guerre cognitive »: l'OTAN planifie la guerre dans les esprits
Par Jonas Tögel
Source: https://apolut.net/cognitive-warfare-die-nato-plant-den-krieg-um-die-koepfe-von-jonas-toegel/
Depuis 2020, l'OTAN pousse en avant ses plans pour une guerre psychologique qui doit se tenir aux côtés des cinq domaines d’intervention existants de l’alliance militaire (Terre, Eau, Air, Espace, Cyberspace). Il s’agit du champ de bataille dont l'enjeu est l’opinion publique. Dans les documents de l'OTAN, on parle de « Cognitive Warfare » – la guerre cognitive. À quel point le projet est-il concret, quelles étapes ont été entreprises jusqu’à présent et qui vise-t-il ?


Pour remporter la guerre, il faut également gagner la bataille dans l’opinion publique. Celle-ci est menée depuis plus de 100 ans avec des outils toujours plus modernes, appelés techniques de Soft Power. Il s’agit de tous ces moyens d’influence psychologique par lesquels on peut manipuler les gens de façon à ce qu’ils ne se rendent pas compte de cette manipulation. Le politologue américain Joseph Nye définit le Soft Power comme « la capacité à convaincre les autres de faire ce que vous voulez, sans utiliser la violence ou la coercition » (1).
La méfiance envers les gouvernements et l’armée augmente de plus en plus, tandis que l'OTAN intensifie ses efforts pour une guerre psychologique de plus en plus sophistiquée dans la lutte pour les esprits et les cœurs des populations. Le programme global à cet effet est le « Cognitive Warfare ». Avec ces armes psychologiques issues de ce programme, l’humain lui-même doit être déclaré comme nouveau champ de bataille, le « Human Domain » (domaine humain).
L’un des premiers documents de l'OTAN concernant ces plans est le texte « NATO’s Sixth Domain of Operations » (« Le sixième domaine d’opérations de l'OTAN ») de septembre 2020, rédigé sur ordre du NATO Innovation Hub (abrégé : I'IHub). Les auteurs sont l’Américain August Cole, ancien journaliste du Wall Street Journal spécialisé dans l’industrie de la défense, travaillant depuis plusieurs années pour le think tank transatlantique Atlantic Council, et le Français Hervé le Guyader. L’IHub, créé en 2012, se présente comme un think tank où « des experts et inventeurs du monde entier collaborent pour relever les défis de l'OTAN », et son siège est à Norfolk, Virginie, aux États-Unis. Officiellement, il ne fait pas partie de l'OTAN, mais il est financé par le NATO Allied Transformation Command, l’un des deux quartiers généraux stratégiques de l’alliance.
L’article raconte plusieurs histoires fictives et se termine par un discours inventé du président américain, dans lequel il explique comment fonctionne le Cognitive Warfare et pourquoi chaque personne pourrait y participer :
« Les avancées actuelles en nanotechnologie, biotechnologie, technologie de l’information et sciences cognitives, propulsées par la progression apparemment inexorable de la troïka composée de l’intelligence artificielle, des Big Data et de la 'dépendance numérique' de notre civilisation, ont créé une perspective beaucoup plus sinistre : une cinquième colonne intégrée, où chacun, sans en avoir conscience, agit selon les plans de l’un de nos adversaires. »
Les pensées et sentiments de chaque individu seraient de plus en plus au centre de cette nouvelle guerre :
« Vous êtes le territoire disputé, où que vous soyez, qui que vous soyez. »
De plus, on déplorerait une « érosion constante du moral de la population ». Cole et le Guyader soutiennent donc que l’humain («the human domain») représente la plus grande faiblesse. Ce domaine d’intervention serait donc la base pour tous les autres champs de bataille (Terre, Eau, Air, Espace, Cyberspace), qu’il faudrait contrôler. C’est pourquoi ils appellent l'OTAN à agir rapidement et à considérer l’esprit humain comme le « sixième domaine d’opérations » (« sixth domain of operations ») de l'OTAN.

Propagande participative
Presque en même temps, l’ancien officier français et responsable de l’innovation de l'IHub, François du Cluzel, a travaillé sur un document stratégique détaillé intitulé « Cognitive Warfare », publié en janvier 2021 par l'IHub. Du Cluzel n’a pas utilisé de scénarios fictifs, mais a réalisé une analyse approfondie de la guerre pour les esprits. Tout comme les auteurs de « NATO’s Sixth Domain of Operations », il insiste sur le fait que « la confiance (...) est l’objectif ». Elle peut être gagnée ou détruite dans la guerre de l’information ou par des PsyOps, c’est-à-dire la guerre psychologique. Les techniques traditionnelles du Soft Power ne seraient plus suffisantes ; il faut engager une guerre cognitive – donc portant sur l’esprit – sous forme de « propagande participative », où « tout le monde participe ».
On ignore encore précisément qui doit être la cible de cette propagande, mais du Cluzel insiste sur le fait que cette nouvelle forme de manipulation implique tout le monde, et qu’il s’agit de « protéger le capital humain de l'OTAN ». Ce champ d’intervention concernerait « tout l’environnement humain, qu’il s’agisse d’alliés ou d’ennemis ». Bien que les capacités des ennemis et la menace dans le domaine de la guerre cognitive soient « encore faibles », du Cluzel appelle l'OTAN à agir rapidement et à accélérer la Cognitive Warfare :
« La guerre cognitive pourrait être l’élément manquant qui permettrait de passer d’une victoire militaire sur le champ de bataille à un succès politique durable. Le domaine humain (‘human domain’) pourrait bien être décisif (...). Les cinq premiers domaines d’intervention [Terre, Eau, Air, Espace, Cyberspace] peuvent apporter des victoires tactiques et opérationnelles, mais seul le domaine humain peut assurer la victoire finale et totale. » (p. 36)
Les neurosciences comme arme
Quelques mois plus tard, l'OTAN répondait aux exigences des stratèges. En juin 2021, elle tenait sa première réunion scientifique sur la Cognitive Warfare à Bordeaux, en France. Dans une publication réunissant les actes du symposium, on entendait des hauts responsables de l'OTAN ainsi que les stratèges de l'Innovation Hub. Le général français André Lanata (photo), dans l’avant-propos, remerciait « notre Innovation Hub » et soulignait l’importance d’« exploiter les faiblesses de la nature humaine » et de mener cette « bataille » dans « tous les domaines de la société ». Il s’agissait aussi d’intégrer les neurosciences dans la course à l’armement (« Weaponization of Neurosciences »). Il fut souligné que la Cognitive Warfare de l'OTAN était une défense contre une guerre comparable menée par la Chine et la Russie. Leurs « activités de désinformation » susciteraient une « inquiétude croissante » parmi les alliés de l'OTAN.
Lors du symposium, on discuta intensément de la façon dont les neurosciences pouvaient être utilisées pour lancer des attaques numériques sur la pensée, les sentiments et les comportements humains :
« Du point de vue de l’attaquant, l’action la plus efficace – bien qu’elle soit aussi la plus difficile à réaliser – consiste à encourager l’usage d’appareils numériques capables de perturber ou d’influencer tous les niveaux des processus cognitifs d’un adversaire. » (p. 29)
L'OTAN souhaite embrouiller au maximum ses adversaires potentiels afin de « dicter leur comportement » (p. 29). Du Cluzel a rédigé, dans le cadre du symposium, avec le chercheur français en sciences cognitives Bernard Claverie, un article expliquant que l’objectif n’était pas seulement de réagir aux menaces venues de Russie ou de Chine, mais aussi de « mener des processus d’attaque bien conçus, tout comme de prendre des contre-mesures et des mesures préventives » (p. 26) :
« Attaquer est l’objectif déclaré, et il s’agit d’exploiter, d’affaiblir ou même de détruire, comme quelqu’un construit sa propre réalité, sa confiance mentale, sa foi dans les groupes, les sociétés ou même les nations. » (p. 27)
Les stratèges admettent rarement ouvertement que ces techniques peuvent être utilisées non seulement contre des populations ennemies, mais aussi à l’intérieur des pays membres de l'OTAN. Souvent, leurs propos restent vagues. Pourtant, il y a des indices montrant que même la population même des pays membres pourrait être visée par l'OTAN. Ainsi, le général français Éric Autellet (photo) écrit dans un article dans la même publication (p. 24) :
« Depuis le Vietnam, nos guerres ont été perdues malgré des succès militaires, principalement à cause de la faiblesse de notre narratif (c’est-à-dire ‘gagner les cœurs et les esprits’), aussi bien vis-à-vis des populations locales dans les zones de conflit que de nos propres populations. Dans nos actions contre l’ennemi et l’ami, deux enjeux sont en jeu, et nous pouvons adopter des méthodes passives ou actives – ou les deux – en tenant compte des limites et des contraintes de notre modèle de liberté et de démocratie. En ce qui concerne notre ennemi, nous devons être capables de ‘lire’ l’esprit de nos adversaires pour anticiper leurs réactions. Si nécessaire, nous devons pouvoir ‘pénétrer’ dans leur cerveau pour les influencer et leur faire agir dans notre sens. Quant à notre ami (et à nous-mêmes), il faut pouvoir protéger nos cerveaux et améliorer nos capacités cognitives de compréhension et de prise de décision. »
Le concours d’innovation de l'OTAN de l’automne 2021
L'étape suivante fut la publication officielle par l'IHub en octobre 2021 du concours d’innovation de l'OTAN intitulé « Countering Cognitive Warfare ». Ce concours, lancé en 2017, a lieu deux fois par an. Pour recueillir un maximum d’idées, l'OTAN met toujours en avant le caractère ouvert de la compétition: « Le challenge est ouvert à tous (individus, entrepreneurs, start-ups, industrie, science, etc.) situés dans un pays membre de l'OTAN. » Les gagnants reçoivent une récompense de 8.500 dollars.
Les thèmes sont sélectionnés en collaboration avec l’Université John Hopkins. Il s’agit toujours de sujets « particulièrement influents pour le développement des capacités militaires futures », selon la devise « la meilleure façon de prédire l’avenir est de l’inventer ». Les domaines abordés sont : intelligence artificielle, systèmes autonomes, espace, hyperschall, technologie quantique et biotechnologie.
Les questions principales des concours précédents étaient très variées et mettaient en avant des sujets très différents. En automne 2018, il s’agissait de systèmes permettant d’intercepter des drones non pilotés. Ici, c’est le fabricant néerlandais de drones Delft qui a gagné. En automne 2019, il s’agissait d’aider les soldats face au stress psychologique ou à la fatigue pour améliorer leurs performances au combat. Au printemps 2021, il s’agissait de surveiller l’espace. Ici, c’est la start-up française Share My Space qui a remporté la victoire.
Malgré ces différentes orientations, un thème revient systématiquement: la gestion de l’information et des données sur internet. En printemps 2018, la compétition s’est concentrée sur le sujet « Complexité et gestion de l’information », en printemps 2020 sur « Fake News en pandémie », et en automne 2021 finalement sur « La menace invisible – neutraliser la guerre cognitive ».
La forme la plus avancée de manipulation
Peu avant que ce concours ne soit annoncé sur le site de l'IHub, l'OTAN a diffusé en octobre 2021 un livestream dans lequel la Cognitive Warfare était discutée et où il était fait appel à participer au concours d’innovation. La tâche était « l’un des sujets les plus brûlants pour l'OTAN en ce moment », a souligné du Cluzel dans son discours d’ouverture. L’experte française en défense Marie-Pierre Raymond a expliqué ce qu’est réellement la Cognitive Warfare, à savoir « la forme la plus avancée de manipulation qui existe aujourd’hui ».
Lors de la finale du concours, diffusée environ deux mois plus tard, dix participants étaient en lice. Huit d’entre eux avaient développé des programmes informatiques capables de scanner et analyser de grandes quantités de données sur internet à l’aide de l’intelligence artificielle, afin de mieux surveiller et, selon l’hypothèse, aussi prévoir les opinions, pensées et échanges d’informations des individus. Les cibles préférées de ces programmes sont les réseaux sociaux : Facebook, Twitter, TikTok, Telegram.
Changer croyances et comportements
Le gagnant fut l’entreprise américaine Veriphix (slogan : « Nous mesurons les convictions pour prévoir et changer les comportements »), qui a conçu une plateforme permettant d’identifier ce qu’on appelle des « nudges », c’est-à-dire des « coups de pouce » psychologiques inconscients sur internet. La plateforme de Veriphix est utilisée depuis plusieurs années, en collaboration avec plusieurs gouvernements et grandes entreprises, explique le directeur, John Fuisz, qui est étroitement lié aux agences de sécurité américaines. Pour lui, la Cognitive Warfare consiste à modifier les croyances (« belief change »). Son logiciel peut analyser ces changements « au sein de votre armée, de votre population et d’une population étrangère », a-t-il expliqué aux jurés du concours.
Compte tenu du fait que la Cognitive Warfare a déjà lieu et que les techniques de manipulation les plus modernes sont actuellement utilisées dans la guerre en Ukraine pour orienter les pensées et sentiments des populations des nations impliquées, une sensibilisation aux techniques de Soft Power de la guerre cognitive est plus urgente que jamais.
* * *
Sur l’auteur : Le Dr Jonas Tögel, né en 1985, est spécialiste américain et chercheur en propagande. Il a soutenu une thèse sur le Soft Power et la motivation, et travaille actuellement comme chercheur à l’Institut de psychologie de l’Université de Regensburg/Ratisbonne. Ses domaines de recherche incluent notamment la propagande, la motivation et l’utilisation des techniques de Soft Power.
Note:
(1) Joseph Nye, « Soft Power : The means to success in world politics », 2004, p. 11
16:55 Publié dans Actualité, Définitions, Militaria, Polémologie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, otan, guerre cognitive, soft power, définition, polémologie, militaria |
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Les Faucons de RAND encouragent des opérations de force en Amérique ibérique
Leonid Savin
Les États-Unis utilisent des récits sur les « menaces » pour justifier leur ingérence dans les affaires d’autres pays.
En mai 2026, une organisation indésirable en Russie, la société américaine RAND, a publié une étude supplémentaire consacrée à l’hémisphère occidental. Elle s’intitule « Multiplicateurs de puissance en Amériques » et contient des recommandations pour renforcer la puissance de Washington dans la région. RAND est connue pour élaborer, à la demande des services de sécurité, toutes sortes de scénarios, qui sont ensuite utilisés pour prendre des décisions en politique étrangère. Les recherches elles-mêmes font référence à des impératifs de sécurité nationale.
Dans la stratégie de sécurité nationale de 2025, l’Amérique latine est désignée comme une région suscitant une préoccupation sérieuse de la part des États-Unis en matière de sécurité. Cette région offre aux États-Unis à la fois des opportunités prometteuses et les exposent à de graves problèmes. En appliquant de nouvelles approches innovantes pour fournir une assistance à la sécurité (Security Force Assistance, SFA) ou en élargissant ses capacités, les États-Unis peuvent profiter de ces opportunités et atténuer les problèmes existants. Il est important de souligner que ces résultats peuvent être atteints à des coûts relativement faibles, ce qui fait de la SFA un outil précieux pour promouvoir les intérêts américains en Amérique latine.
Ensuite, les auteurs décrivent des moyens possibles d’utiliser tout le potentiel des activités du Commandement stratégique des Forces armées américaines en Amérique latine pour contrer les menaces internes, renforcer les partenariats et étendre l’influence stratégique des États-Unis dans la région.

Comme l’a montré l’opération contre la direction du Venezuela au début de l’année, les États-Unis utilisent des récits sur les « menaces » pour justifier leur ingérence dans les affaires d’autres pays.
De plus, conformément à d’autres rapports et à la tendance actuelle dans la planification géopolitique de l'establishment américain, parmi les menaces figurent les intérêts de la Russie, de la Chine et de l’Iran dans la région. La Russie est mentionnée 74 fois dans le rapport, la Chine 115 fois. Ces trois pays sont désignés comme des États adversaires (Adversarial States).
Les auteurs écrivent que Moscou continue prétendument à investir du capital politique, économique et militaire dans la région pour démontrer sa puissance, défier l’influence des États-Unis et créer un électorat anti-occidental en faveur d’un ordre mondial multipolaire. L’attention se concentre sur Cuba, le Nicaragua, le Venezuela et, dans une moindre mesure, le Brésil.
Pour faire une comparaison avec les investissements de l’UE et des États-Unis dans la région, le niveau d’investissement de la Russie apparaît si insignifiant que cette déclaration semble délibérément déformée à des fins politiques. Les sanctions américaines empêchent simplement Moscou de travailler avec les pays de la région. Par conséquent, une coopération ciblée, largement humanitaire, comme avec Cuba, influence très peu la possibilité de limiter les capacités des États-Unis. En ce qui concerne la multipolarité, cette orientation a été annoncée par plusieurs États, indépendamment des souhaits et efforts de la Russie. Par exemple, lors du premier mandat présidentiel d’Hugo Chávez, le Venezuela a annoncé de lui-même une stratégie de multipolarité, considérant ce processus comme intrinsèque à la décolonisation en tant que telle.
Les auteurs tentent également de relier l’activité de divers groupes criminels dans la région à des intérêts politiques et à des régimes de certains pays, afin de leur coller des étiquettes, de les diaboliser et de les désigner comme des cibles légitimes d’intervention. C’est une méthode assez ancienne, pratiquée par le département d’État et les services secrets américains. Cependant, cela n’a pas permis de réduire la criminalité dans les pays d’Amérique latine, où les États-Unis ont imposé leurs programmes de « sécurité », comme en Colombie, en Équateur et au Mexique. À l’inverse, lorsque les autorités locales ont commencé à résoudre elles-mêmes leurs problèmes, cela a réussi, comme sous la présidence de Rafael Correa en Équateur (photo), avec le soutien de Cuba dans le processus de négociation avec les groupes rebelles colombiens.
Le rapport conclut que les États-Unis tendent à privilégier l’usage de la force plutôt que le processus diplomatique, ce qui, face aux menaces constantes de Donald Trump à l’encontre de certains pays, suscite de graves inquiétudes quant à la possibilité de nouveaux conflits provoqués par Washington.
Il est indiqué que, en utilisant de manière innovante les capacités des forces de renseignement et de frappe, ou en élargissant leur application actuelle, les États-Unis peuvent exploiter les opportunités qui s’ouvrent en Amérique latine et atténuer les problèmes existants. Il est important de souligner que les résultats de l’utilisation des forces de renseignement et de frappe peuvent être atteints à des coûts relativement faibles, ce qui en fait un outil précieux pour promouvoir les intérêts américains en Amérique latine.
Il est clairement indiqué que le Pentagone peut mobiliser toute sa gamme de forces et de capacités. En complément d’autres instruments de la puissance nationale, les possibilités de la SFA du ministère de la Défense peuvent être utilisées pour relever un large éventail de missions dans diverses conditions stratégiques — de la lutte concurrentielle aux actions non conventionnelles et aux situations de crise…
Le ministère de la Défense peut mobiliser le Groupe de soutien à la sécurité des forces terrestres dans le sud (anciennement connu sous le nom de 1re brigade de soutien aux forces de sécurité), les forces spéciales et le Programme de partenariat étatique de la Garde nationale pour renforcer la coopération dans la lutte contre la corruption, qui constitue à la fois une base pour le trafic illicite de drogues et, dans certains cas, la promotion des intérêts chinois dans les pays d’Amérique latine.
Ce qui est le plus important, c’est que les pouvoirs communs en matière de sécurité sont en grande partie suffisants pour mener des activités dans le cadre du Partenariat stratégique, mais ces pouvoirs ne sont pas destinés à faire face à la pression économique dans les pays partenaires, qui est la principale méthode par laquelle la Chine étend son influence en Amérique latine. À cet égard, le ministère de la Défense des États-Unis pourrait envisager comment il pourrait contribuer à résoudre ces problèmes.
Fait intéressant, les États-Unis peuvent à tout moment mener une opération de force sous un faux prétexte. Cependant, agir par des mécanismes économiques leur est plus difficile, ce qui nécessite une approche plus sophistiquée pour empêcher la coopération des pays avec d’autres régions.

Cela inclut la stratégie de dédollarisation, appliquée de manière systématique par certains pays, notamment via la Nouvelle Banque de développement des BRICS. Washington réagit nerveusement à la réduction de l’utilisation du dollar dans les paiements internationaux, et Donald Trump avait menacé d’imposer des sanctions tarifaires aux États qui passeraient à des mécanismes de paiement alternatifs. Selon l’expérience du Brésil après l’introduction de tarifs protectionnistes, les États-Unis dépendent davantage des livraisons de produits en provenance de ce pays, ce qui a conduit à de nombreuses exceptions.
La situation autour de l’Iran oblige également la Maison-Blanche à adopter une politique plus prudente, car des décisions impulsives, notamment en matière d’usage de la force, avant les élections législatives américaines, pourraient affaiblir la position du Parti républicain. Toutefois, il faut tenir compte du fait que le rapport RAND a un caractère consultatif, qu’il sera encore un certain temps analysé dans les couloirs du pouvoir aux États-Unis, synchronisé avec d’autres analyses de centres similaires, puis éventuellement intégré dans les plans stratégiques. Par conséquent, la mise en œuvre des modèles proposés se fera avec un certain retard.
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Stendhal, Eros et politique
Claude Bourrinet
Pour un Destutt de Tracy, le maître à penser de Henri Beyle et le sensualiste idéologue qui guide parfois sa plume, l'amour ne serait qu'une « amitié perfectionnée ». L' « admiration » nous fait pénétrer dans l'univers balisé de la Carte du Tendre, et dans la taxinomie que Stendhal voudrait scientifique, qui explique le phénomène de « cristallisation », fixation hyperbolique sur les qualités de l'« objet » aimé, « objet » signifiant, comme l'on sait, non « chose », mais celle – en général – qui reçoit l'élan tendre et le désir de l'amant. L'amitié, dans un monde où le vocabulaire subit l'érosion d'usages répétés, pâtit d'une acception prosaïque, et tend à ne plus rien signifier. « Amour » serait évidemment à prendre tel quel, sans le crible des sophistications de salon. Et même au sens très large. Il s'agit de ce bonheur subtil et lumineux qui habite tout beyliste, cet acquiescement à la beauté du monde, ce pari risqué mais enivrant d'opter toujours pour ce qui est le plus haut, pour ce qui élève l'âme, ce grand « oui » nietzschéen, cette exaltation que les troubadours appelaient le joy. On ne saurait, si l'on est d'un métal apte à recevoir les coups de grâce stendhalien et de les renvoyer en écho, être complètement indemne d'une fréquentation attentive des ouvrages de l'auteur de la Chartreuse. Quand on plonge dans l'univers stendhalien, le vertige entraîne la vie, notre vie, dans une aventure exceptionnelle. Et soudain, nous pensons à cet aveu de Julien Gracq : " Si je pousse la porte d'un livre de Beyle, j'entre en Stendhalie, comme je rejoindrais une maison de vacances: le souci tombe des épaules, la nécessité se met en congé, le poids du monde s'allège; tout est différent : la saveur de l'air, les lignes du paysage, l'appétit, la légèreté de vivre, le salut même, l'abord des gens... ».
Stendhal affirmait, avec une prescience singulière, qu'il ne serait lu qu'en 1880, ou en 1935. La remarquable étude de Paul Bourget à son sujet, parue en 1883 dans ses Essais de psychologie contemporaine, lui donnera raison. Dans les années 20, on ne cesse de gloser sur lui. Le beylisme s'échappe comme une fumée légère dans un air de plus en plus épais, dans la mesure même où, comme dira Georges Bernanos en 1947, la « vie intérieure » est l'objet d'une « conspiration » de la part de la modernité techniciste, massifiée, imprégnée d'une « imbécillité » volontiers criminelle, dont l'avenir proche, à l'aube des années trente, donnera tant d'illustrations. Et quoi de plus beyliste que l'amour, non le frottement des épidermes, mais ce désir d'échapper à l'horrible médiocrité du commun des hommes. Au risque de la solitude, car le véritable amour est souvent tragique. Nous ne sommes pas dans le jeu abstrait, logique, more geometrico (bien qu'il y ait, nécessairement, théâtralisation).
Le style de Stendhal se veut proche des oscillations du cœur. Il se veut volontiers négligé dans le ton, le vocabulaire, la syntaxe, juste la part d'incertitude qui, en fissurant l'expression, la rend plus proche de la vie, afin de nous faire voir, en même temps qu'entendre, les personnages qui portent ces voix. Bascule et ruptures de la phrase du reste sont fréquentes chez lui, pour suggérer par le glissement de la forme vers le silence, un sens qui outrepasse le dire, mais jaillit dans l'âme sensible comme une évidence du cœur. « Être vif à tous risques ; écrire comme on parle quand on est homme d'esprit, avec des allusions même obscures, des coupures, des bonds et des parenthèses; écrire presque comme on se parle ; tenir l'allure d'une conversation libre et gaie; pousser parfois jusqu'au monologue tout nu ; toujours et partout, fuir le style poétique, et faire sentir qu'on le fuit... », nous explique Paul Valéry, dans sa Préface à Lucien Leuwen.
Stendhal, par ailleurs, est tiraillé entre un platonisme, une aspiration exaltée vers toutes expressions de la beauté et du sublime, et une lucidité aiguë à l'égard des ingrédients prosaïques de l'existence, ayant touché de près ce qu'est la « vraie vie », sur le champ de bataille, et dans le commerce le plus humble, à Marseille comme à Civitta Vecchia.

La vie de Stendhal est intimement mêlée à l'Amour, comme la treille à la rose. Il n'est certes pas aisé de cerner, de mesurer, d'anatomiser un homme tel que lui, qui s'appréhende d'abord par ses œuvres, d'une variété inégalée dans le monde littéraire, mais aussi par ce qu'il dit de lui-même, directement dans son Journal, ses souvenirs, son autobiographie, ses lettres et ses marginalia - fussent-ils inscrits sur sa ceinture - mais aussi indirectement, dans ses romans, ses nouvelles, ses essais, ses articles... Il s'est évertué de jouer la sincérité la plus radicale, jusqu'à la provocation, et, par des effets de brouillage et de miroirs biaisés, par des mensonges, tellement évidents, du reste, qu'ils ne trompent personne. Il se laisse deviner. La méfiance s'impose toujours, avec lui : « La conscience de Beyle est un théâtre, et y a beaucoup de l'acteur dans cet auteur », écrit Valéry. Si bien que la critique, depuis un siècle et demi est aussi abondante et volumineuse que ce qu'elle prend pour objet d'analyse. Car, contrairement à un Balzac, à un Zola ou à la plupart des romanciers, même lorsqu'on s'identifie, comme Flaubert, à un personnage, à l'exception de quelques-uns, comme Huysmans, et dût-on contredire les structuralistes, qui séparent ontologiquement l'auteur et l’œuvre, une similitude éclatante entraîne une fusion intime entre ce que fut toujours (car il ne changea guère, fondamentalement, de son enfance à sa mort) Henri Beyle, et son imagination, qui nous offrit, par des coups d'écriture qui ressemblent à des foucades ou à des fantaisies personnelles, pour ainsi dire en dilettante, des livres qui sont, pour paraphraser Nietzsche, de la dynamite.
Mais, au fond, la meilleure façon d'aborder Stendhal est de l'imiter, de se lancer dans sa vie comme par une charge de cavalerie, en aimant le galop autant que la prise du bastion (si tant est qu'on puisse s'en emparer). Stendhal insuffle une énergie qui est loin de s'épuiser, tellement elle était puissante en lui, et qui demeurera aussi longtemps qu'on aura besoin d'un Stendhal, c'est-à-dire tant que nous serons vivants.
Maintenant les faits, comme aurait dit Stendhal. Je ne vais pas dérouler la liste des « conquêtes », réelles ou fantasmées, de Henri Beyle. Notons, du reste, qu'il a toujours connu un échec fatal quand il a voulu jouer le machiavel de salon, ou le dom Juan cynique. Ses amours passionnées l'ont été pour ainsi dire pris par surprise. Mais j'aimerais revenir sur sa dernière passion, pour celle que Philippe Berthier, dans son Stendhal, estime plus beyliste que Beyle lui-même: «Giulia donnait en somme à Beyle une magnifique leçon de beylisme.» Il s'agit en effet de Giulia Rinieri, jeune femme de trente ans en 1830 (Beyle en avait quarante-sept), dite « Sienne », parce qu'elle était née dans cette ville merveilleuse, et avec qui Stendhal sera près de se marier. Stendhal marié ! Pour le plaisir, pour se donner une joie beyliste, que seuls les happy few peuvent apprécier, car le jouissance est complexe et simple à la fois, autant qu'une musique de Mozart, citons des morceaux du Journal de 1818 à1842, publié seulement en 1982 (en fait, qui sont des notes, des marginalia collectés par Victor del Litto. Le texte ci-dessous est un marginalium écrit sur un exemplaire de Promenades dans Rome):
"Paris, 23 janvier 1830. […] I speak with […] Si[enne], qui me ramène. Never so bonne. Comment expliquer cette bonté ?". « 3 février 1830 Singulier propos d'amour observé the third Feb[ruary] 1830. Droite devant lui, lui tenant la tête : « Je sais bien et depuis longtemps que tu es laid et vieux. » Et là-dessus kissing him. Amoureuse of the petit chose. »
Cette relation amoureuse, sensuelle, mozartienne, sera ponctuées de rencontres intermittentes, d'abord en France, puis en Italie. « Il n'y a que les femmes à grand caractère qui puissent faire mon bonheur », affirme Stendhal. Il est vrai que cet amour, ou cette « amitié perfectionnée », comme aurait dit Destutt de Tracy, ne fut révélée que tardivement par les stendhaliens italiens. C'est en 1934 que L.-F. Benedetto publia Indiscrétions sur Giulia, aux Éditions Le Divan.
Là réside le beylisme. Le décrire serait long, mais non pas fastidieux. Cependant, il est un point, peut-être ultime, celui qui fait dire qu'on a vaincu l'Annapurna - encore que ce sentier âpre et escarpé soit en passe de devenir un boulevard, et qu'il faudra peut-être convoiter les espaces intersidéraux, bientôt, avec son vide contraint et ses radiations mortelles, pour se prévaloir du titre officieux de beyliste - c'est celui, ô combien précieux ! de bonheur. Mais, au fond, qu'est-ce que le « bonheur », du reste si côtoyé, comme son ombre, par le malheur, la souffrance, parfois le désespoir ? Si la chasse stendhalienne est un eudémonisme, elle n'est pas toujours un hédonisme ! On le voit bien quand il est question de cette affaire capitale qu'est l'Amour ! A moins qu'on ne s'élève encore, et qu'on accède à l'ultimum culmen, la liberté. Non cette idée que la révolution a diffusé universellement, ce genre de mot vague et sonore que Stendhal abhorre, mais cette prise de soi, égotiste, qui est un point capital du beylisme.
Stendhal n'est jamais dupe, il s'observe, trie ce qui est susceptible, même de loin, de l'engager dans le fond bourbeux de l'homme . Le prix a payer est souvent la solitude. Signe de force, car d'énergie. Est-ce à dire que Beyle ne se donne jamais, mais se prête parfois, comme Montaigne ? Ce dernier ne croyait pas à l'amour-passion, et avait pour le commerce humain des prudences d'Indien. Comment donc aimer vraiment sans se donner, sans prendre tous les risques ? Toutefois, la question se pose surtout en politique, thème central de la modernité, depuis l'immixtion de cet impératif existentiel (« tout est politique ») à partir de 1789 (qui vit disparaître en Europe toute gaîté, note Stendhal en 1811). S'il est un domaine où l'on ne doit que se prêter, c'est bien celui-là. Le beyliste n'y trempe que son pied, admet plonger son corps dans la bataille, mais laisse toujours la tête – et le cerveau – hors de l'eau.
C'est pourquoi les positions politiques de Stendhal sont difficilement identifiables, si l'on omet son devoir d'être toujours libre. Il adhère au projet révolutionnaire, et même jacobin, mais il a des goûts raffinés d'aristocrate et éprouve de l'aversion pour la populace. Il est amoureux de Bonaparte, le seul homme qu'il ait vraiment respecté, mais il honnit le tyran. Il prend parti pour les conspirateurs italiens, mais les trouve bien ennuyeux. Il admire la République américaine, mais lui reproche ses dimanches, son puritanisme, et tout bonnement qu'elle soit le contraire de la civilisation. Il est pour les « deux chambres », à l'anglaise, mais constate que la médiocrité en résulte. Il apprécie le libéralisme, mais s'avoue fasciné par les condottieri italiens du Moyen-Âge. Il est anti-clérical, mais trouve excellent que la papauté, à Rome, interdise toute expression politique, car les hommes, et surtout les femmes, sont comme compressés, ainsi que des marmites, au point de connaître les bouffées grisantes de l'amour et de l'art. En août 1825, il déclare : « Sauf en cas d'invasion, je ne me considère ni français ni anglais ».
On trouvera sans doute l'origine de la perception stendhalienne de la politique dans l’Éros. Beyle n'a jamais élaboré de théories, de systèmes se proposant d'apporter le bonheur aux peuples. Il s'est moqué des utopistes, des saint-simoniens, des fouriéristes, et il éprouvait une horreur instinctive pour la philosophie allemande, pour l'hégélianisme par exemple. Le bonheur ne pouvait être qu'individuel et passionnel. Aussi n'admettait-il que des régimes accueillant des interstices existentiels, qui permissent aux happy few de s'y couler et de vivre selon leurs besoins eudémonistes. C'est pourquoi il appréhendait avec horreur une éventuelle invasion de la libre Angleterre par les troupes napoléoniennes. Il jugeait avec réprobation le règne de l'Empereur – tout en adorant Bonaparte -, parce que Napoléon avait fait proliférer des légions d'adulateurs, de courtisans, d'imbéciles braves et stupides, grossiers et incapables d'une conversation telle qu'on en cultivait avant la Révolution. Il idéalisait les cités italiennes médiévales, cruelles et brillantes, amies des arts, de la beauté et de la force virile. L'érotisation de la politique n'est pas sans faire penser à Sade, qu'il lut, comme tous les grands écrivains du XIXe siècle, sous le manteau. Les « droits de l'homme » ne l'obsédaient pas, même s'il éprouvait une tendresse certaine pour les prisonniers victimes d'un tyran. Il était fasciné cependant par les assassins, politiques ou non, comme Charlotte Corday et Lacenaire. De la même façon que la sève amoureuse irrigue la nature et le cosmos pour susciter une fusion extatique, source d'ivresse esthétique s'emparant le l'âme et du cœur, elle peut se « pervertir » en rage de domination et de destruction.
Le dernier roman de Stendhal, Lamiel, qu'il laissa inachevé, coupé par la mort, est significatif à cet égard, et répond à la Chartreuse comme un cri féroce à un chant d'amour, comme un rut flamboyant aux soupirs sentimentaux. Ce roman est l'éducation d'une femme, Lamiel, dont le nom est presque l'anagramme de Mélanie (Guilbert), l'actrice dont il partagea la vie en 1805. Celle-ci éprouvait une préférence sexuelle pour les femmes, et se suicida le 18 août 1828, faisant graver sur sa tombe : «Après le malheur d’être, le plus grand est d’appartenir à l’espèce humaine». C'est l'ultime ouvrage qui nous présente une héroïne monstrueuse, femme de tête, élevée pour les ambitions les plus ténébreuses par un médecin bossu et cynique, Sansfin. Elle collectionne hommes et femmes, s'élève dans la société aristocratique, qui est passée au crible de l'esprit impitoyable, et finit par suivre un assassin, Valbayre, dont elle est complice du crime qu'il a commis, pour terminer en incendiant le tribunal. Un finale wagnérien, d'une certaine façon, le crépuscule des héros stendhaliens, qui se consument, au seuil du néant, dans le grand brasier de la révolte et de la volupté d'avoir été.
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En effet, si on lit bien Orages d'acier et les ouvrages qui suivirent, on s'aperçoit qu'il ne s'y agit pas de se fondre dans une idéologie totalitaire, mais de tenter de penser une expérience paroxystique. Le point de départ de Jünger est un moi observateur et ouvert aux influx – même délétères – du monde, et son point d'arrivée le cosmos, la nature, les énergies voilées d'un univers qui dépasse le moi, et l'embarque dans une trajectoire « mystique » (dans un sens qui est plus proche du paganisme, ou du bouddhisme, ou plutôt du shintoïsme, que du christianisme). On rejoint ainsi un certain Rimbaud, celui des Illuminations, et de certains poèmes où le « moi » fusionne avec la nature.
De même, la persistance du « moi » après la mort est-elle nettement soutenue en 1968, avec optimisme, dans une lettre à Hugo Fischer, le passage étant présenté comme « un poste de douane où la monnaie courante est changée en or ». En 1983, il confie à Alberto Moravia: «Eh bien, pour moi, l’immortalité n’est pas une illusion, elle est certaine. La tâche confiée aux cultes est, à tout le moins, de nous la faire pressentir. » Jünger s’oppose à Nietzsche sur deux plans (en laissant en suspens la question de savoir si le poète de Sils-Maria était athée): d’abord le constat qu’il existe ce que le philosophe de la Volonté de puissance appelle un « arrière-monde » suprahumain, vecteur de nihilisme, pour lui, mais perçu par le platonicien Jünger comme une dimension essentielle du cosmos; ensuite l’expérience vécue de la présence latente ou manifeste de cette force divine, contredisant ainsi la sentence tranchée de Nietzsche, que « Dieu est mort ». Jünger préfère l’expression de Léon Bloy, que « Dieu s’est retiré », assertion qui, en somme, « sauve » Dieu, et ne condamne pas toute hypothèse de son approche, dans certaines circonstances.
Mais Jünger, en homme de grande culture, insère volontiers sa quête spirituelle dans une longue mémoire. Il invoque parfois des civilisations qui lui sont chères, et avant tout l’Égypte ancienne : « L’univers est vivant. Les Égyptiens n’ont pu en douter; la momie, la pyramide, le scarabée rendent témoignage de l’immobilité, pareille à celle de la chrysalide, d’une force incluse dans la matière du monde, et qui triomphe du temps. L’homme participe d’elle. Dans la raideur du Royaume des Morts, un savoir sommeille qui surpasse toute espérance. » Aussi, lorsqu’on dit que le Divin s’est « retiré », il ne faut sans doute pas interpréter cet éloignement comme une retraite vers un « haut » qui s’opposerait au « bas ». Jünger ne dissocie pas franchement transcendance et immanence.
Il faut ajouter que toute sa vie est perçue par lui comme attachée au destin. «L’un de mes sentiments les plus profonds, outre l’assurance de mon salut: “être conduit”. Toujours, en guerre comme en paix, il s’est trouvé quelqu’un auprès de moi.»
L’importance démesurée prise par le souci historique et politique apparaît pour ce qu’il est : un léger tourbillon dans un océan mouvant et infini. Nous vivons dans une durée qui appartient à l’éternité : « Au soleil, sur les marches d’un temple, par exemple, dans le sable brûlant des dunes, ou encore sur un bloc erratique, dans la lande, et prenant part à ce spectacle […], dans cet instant fuyant, il se [cache] autre chose, l’intemporel au sein du temps. » Et tout ce qui advient est sacré parce qu’enté dans une totalité suprahumaine, sans que nous en ayons conscience, l’erreur de perspective provenant d’un anthropocentrisme forcené, d’autant plus qu’il est tributaire d’une illusion récente, le mythe du progrès, et soumis à une dynamique linéaire. La marche des « étoiles » est cyclique, non dans le sens nietzschéen, comme l’éternel retour du même, mais comme un flux et un reflux, une respiration cosmique, ponctuée de «catastrophes», idée reprise de Cuvier, que Jünger invoque souvent.
Le sacré contemporain ne jouit pas d’un tel terrain civilisationnel sur lequel s’appuyer. Le nihilisme hante le début du XXe siècle. Le succès de Le Déclin de l’Occident, de Spengler, qui a tant inspiré les intellectuels de la première moitié du siècle, a diffusé le thème du Kulturpessimismus. Jünger, en 1982, fait ressurgir dans sa mémoire cet horizon fuligineux: «Dans le feu du crépuscule annoncé par Spengler, ce que moi je vis, ce fut l’apparition dans toute sa puissance de la figure du Travailleur. C’est la Seconde Guerre mondiale qui nous a plongés dans les profondeurs du maelström, dans le tourbillon du nihilisme.» Or, si l’on en croit les pages très riches en expériences vécues du Journal, Soixante-dix s’efface, qu’il tient de 1965 à la fin de sa vie, il ne cesse d’être confronté, d’Europe en Asie, d’Asie en Amérique, à la destruction du monde, par l’industrie, le commerce, l’utilitarisme, l’esprit fonctionnaliste, en somme par l’oubli du sens.
Le fameux ouvrage de Rudolf Otto, Le Sacré, est paru en 1917, peu d’années avant que Jünger ne clarifie son expérience de la guerre. La grille d’interprétation d’un phénomène qui a des résonances religieuses, mais qui est loin d’être limité par la religion institutionnalisée, se révèle un outil conceptuel opératoire pour évaluer les expériences vécues par l’auteur d’Orages d’acier, mais aussi de toutes ses œuvres, jusqu’à sa mort. Sans analyser l’ensemble des orientations qu’offre Rudolf Otto dans son essai, on peut dégager quelques idées-forces utiles et merveilleusement adaptées aux récits de hiérophanies contées par Jünger.
Cette deima panicon (frayeur panique) provient d’une manifestation perçue comme menaçante, parce que puissante, donc potentiellement « sinistre », parfois concrétisée par la vision de « spectres », de « démons ». Devant ce « tout autre », parcouru par une charge énergétique incalculable, l’âme demeure muette. En même temps, sa « majesté » ne fait aucun doute. Le sentiment d’anéantissement devant l’« énorme », le « démesuré », se traduit par l’humble soumission à une force divine immense, qui, par ce que Romain Rolland appelle le « sentiment océanique », nous emporte vers un sens du monde supérieur. L’individualité paraît alors bien dérisoire. On est face à une expression superlative de vie, d’être, de force, de plénitude. 
Entre deux batailles, il lisait en effet avec passion le Roland furieux, de L’Arioste. Et il accentue encore sa réserve : « Je veux dire que l’héroïsme, pour moi, naissait davantage d’une expérience littéraire que d’une effective et concrète possibilité de vie. »
Or, il semble que le récit fictionnel, Lieutenant Sturm, publié dans le Hannoverscher Kurier. Zeitung für Norddeutschland, du 11 au 27 avril 1923, et redécouvert au début des années 60, sonne de manière plus authentique, du fait même de son caractère « inabouti », comme s’il s’agissait d’ébauches mêlant témoignage, bribes de romans, rêves… L’exaltation presque « mystique » qu’on trouve dans Orage d’acier peut bien s’y rencontrer, mais corrigé par des réflexions plus désabusées. Certes, les caractéristiques du sacré explicitées par Rudolf Otto sont illustrées par certaines scènes, où l’effroi est souligné. Dans « l'immensité et la mortelle solitude du champ de bataille », face à « un masque de titan, impénétrable », la créature est perdue, réduite au néant. On y éprouve « le même sentiment d'absurdité qui parfois envahissait les sens accablés devant les quartiers sinistres des villes industrielles, ce sentiment d'oppression de l'âme par la masse ».
La vie se trouvait assujettie brutalement à une «volonté sans réplique» qui «apparaissait ici avec une clarté cruelle». «Le moindre Feldgrau ou le moindre poilu, qui lors de la bataille de la Marne tirait et rechargeait son arme, avait plus d’importance pour le monde que tous les livres empilés de ces littérateurs.»
Jünger insiste peut-être davantage sur le « sang et le sol », car il était à cette époque imprégné des écrits de Maurice Barrès (photo). Ce qui concerne l’individu, dans le darwinisme social d’un Spencer, par exemple, est relevé par le nationaliste au rang supérieur d’une lutte implacable menée par la nation, la « race », sans sombrer dans le racisme biologique nazi ni la démagogie inhérente à la société de masses déracinées. 

Enfin, et surtout, « le lendemain, armé d’un filet de gaze verte et d’une bouteille à insecte, remplie de petits bouts de papier, et tampon d’ouate, imbibé d’éther », il partit à la « chasse subtile ». Il captura un coléoptère. «La beauté de l’animal était bouleversante: je n’en finissais pas de m’en repaître les yeux. »







Toujours Jünger pensa que les dieux reviendraient. Heidegger l’affirmait aussi, mais le mage de Messkirch ne savait ni quand, ni comment. Pour l’auteur du Passage de la Ligne (1950), le nihilisme a atteint son point culminant pendant la Deuxième guerre mondiale. Observant les désastres dont il est l’origine, la dévastation et le désenchantement du monde générés par le triomphe des Titans révoltés contre Zeus, il estime que l’on fait la terrible expérience d’une purification nécessaire, ouvrant à la nécessité d’une parousie. Il invoque volontiers Hölderlin pour étayer sa certitude. La Terre va recouvrer son lien avec le divin, et la société, prophétise-t-il (de façon à vrai dire énigmatique, car son Journal note à satiété, jusqu’à la fin, la dévastation radicale du monde), par une technique poussée jusqu’à son aboutissement, suscitera une élite coexistant avec l’État planétaire, et permettra l’avènement de l’Esprit, comme l’avait prédit Joaquim de Flore. Cet « esprit du monde » « s’objective plus clairement dans la nature que dans l’histoire – les animaux, les plantes et les pierres en sont plus proches. » Déjà, chez l’homme, le renouveau se manifeste selon trois puissances :
En revanche, pour Heidegger (qui a consacré un séminaire durant hiver 1940 à Der Arbeiter, en le louant et en le critiquant), la ligne du nihilisme n’est pas franchie, la volonté de puissance dans la technique ne peut qu’engendrer un désert définitif. Néanmoins, pour lui, Jünger est bien un homme qui « reconnaît » (ein Erkenner). Dans une lettre, Jünger lui avait demandé des précisions au sujet de sa notion d’« éclaircie de l’Être », « s’il est possible de "pénétrer" dans cette éclaircie ». Heidegger répond : « Nous n’avons pas besoin de "pénétrer" dans cette éclaircie car nous nous y trouvons déjà. »
18:11 Publié dans Littérature, Philosophie, Révolution conservatrice | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : ernst jünger, littérature, littérature allemande, lettres, lettres allemandes, révolution conservatrice, philosophie |
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Les Chinois réclament la fin de l’extraterritorialité du droit
Source: https://www.linkedin.com/showcase/le-club-panda-coq/
Les Français se souviennent de l’amende de 8,9 milliards de dollars infligée à BNP Paribas en 2014 par le Trésor américain, en raison de ses transactions commerciales avec le Soudan et l’Iran.
Pour les Américains, la banque avait violé leurs lois, parce que les transactions avaient transité par le système financier en dollars.
L’absence de réaction du gouvernement français était frappante.
Fin 2018, Meng Wanzhou, directrice financière de Huawei, a été arrêtée au Canada à la demande des USA. Il lui était reproché d’avoir supervisé des opérations commerciales avec l’Iran, alors sous sanctions américaines.
La réaction de Pékin a été immédiate: trois ressortissants canadiens ont été arrêtés en Chine.
Le message chinois est clair: face aux USA, la logique est celle du rapport de force — œil pour œil, dent pour dent.
Washington a visiblement sous-estimé la détermination de la Chine à ne plus subir passivement cette pression.
Le 24 avril 2026, les États-Unis ont sanctionné cinq raffineries chinoises. Par le passé, ce type de décision aurait été absorbé discrètement. Mais cette fois, la réponse a été différente.
Le 2 mai 2026, le ministère chinois du Commerce a publié un ordre de blocage officiel. Ce texte juridique stipule que les sanctions américaines ne doivent ni être reconnues ni appliquées sur le territoire chinois.
Toute entreprise opérant en Chine qui se conformerait aux sanctions américaines s’expose désormais à des poursuites en justice en Chine, ainsi qu’à des mesures de rétorsion pouvant aller jusqu’à la saisie de ses actifs.
Les entreprises multinationales se retrouvent donc face à un dilemme insoluble :
- se conformer aux exigences américaines et violer le droit chinois,
- respecter la loi chinoise et s’exposer aux sanctions américaines.

Dans ce contexte, plusieurs grandes banques chinoises entretiennent des relations commerciales avec les raffineries visées. Si elles cessent toute coopération pour se conformer aux injonctions américaines, elles risquent des sanctions de la part de Pékin. Mais si elles poursuivent leurs activités, elles s’exposent à être exclues du système financier dominé par les États-Unis, notamment du réseau SWIFT.
Parmi ces établissements figure la Banque de Chine, qui détient une part significative de la dette américaine sous diverses formes.
Cette situation alimente les craintes d’un découplage financier entre les deux pays. Un tel scénario pourrait avoir des répercussions majeures sur les marchés financiers internationaux, notamment sur la stabilité des bons du Trésor américain.
La Chine semble avoir intégré ces risques dans son calcul stratégique, misant sur le fait que les États-Unis hésiteront à prendre des mesures trop radicales contre ses grandes banques, de peur de déclencher une instabilité financière mondiale.
Ce bras de fer pourrait ainsi marquer l’entrée dans une nouvelle ère, où l’extraterritorialité des sanctions américaines perdrait sa crédibilité.
Un billet du Club Panda & Coq
15:39 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : extraterritorialité du droit, chine, états-unis, asie, affaires asiatiques, sanctions |
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Parution du numéro 495 du Bulletin célinien
Sommaire:
Céline dans “Les Rayons et les Ombres”
Le noir destin de Corinne Luchaire
Les éhontés de Leicester Street
Dans la bibliothèque de Céline : La Bruyère
En lisant le livre d’Antoine Compagnon consacré à l’année 1966, j’apprends qu’Aragon s’était entiché de Jean-Luc Godard et plus particulièrement de son Pierrot le fou au point de le comparer à Delacroix.
Lorsqu’on reprocha au cinéaste d’avoir cité, via son personnage principal (interprété par Belmondo), des extraits de Guignol’s band, il le défendit avec force : « Je ne peux pas oublier ce qu’est devenu l’auteur du Voyage au bout de la nuit, certes. N’empêche que le Voyage, quand il a paru, c’était un fichûment beau livre… »¹ Aragon en était resté au premier roman de Céline, ignorant tous les livres ultérieurs, d’autant qu’il n’avait évidemment pas digéré Mea culpa.
Lorsqu’en 1965, un hebdomadaire l’interroge sur Céline, il botte en touche : « Oh ! vous savez, je préfère éviter ce genre de sujet, ce genre d’homme et d’œuvre… »² Rebelote quelques années plus tard lorsqu’il répond à un thésard : « Je n’ai jamais été intéressé que par Voyage au bout de la nuit. »³
Philippe Alméras, qui l’interroge sur la traduction russe, eut droit à une réponse plus circonstanciée précisant au passage que Céline était « fort près de ses sous et qu’il avait imaginé qu’on le couvrirait d’or à Moscou, ce dont ma femme et moi lui avions laissé comprendre que c’était peu vraisemblable. » Et d’ajouter que la traduction effectuée par Elsa Triolet fut « assez saccagée par les éditeurs soviétiques » (!)4.

On sait que les rapports entre Aragon (portrait, ci-dessus) et Céline furent mauvais, et ce dès le début quand celui-ci déclina sa proposition de s’enrôler sous la bannière de l’Association des écrivains et artistes révolutionnaires (AEAR), faux-nez moscovite. On imagine la grimace d’Aragon lorsqu’au mitan des années soixante, il prend connaissance, dans L’Herne, du jugement de Céline (1934) le concernant : « Vous voyez-vous penser et travailler sous la férule du supercon Aragon, par exemple ? C’est ça l’avenir ? Celui qu’on me presse de chérir, c’est Aragon ! Pouah ! » Il est à noter que le troisième acte (antisémite) de L’Église ne le dissuada pas d’inciter Céline à se rendre en URSS pour y constater les bienfaits du communisme. (Ni Sartre de choisir une phrase de cette pièce pour l’exergue de La Nausée.)

Lorsque paraît Guignol’s band au printemps 1944, Céline a la singulière idée de le lui envoyer avec cette dédicace : « À Aragon notre prochain grand procureur général au comité de grande Purification. » Prophétique car le thuriféraire de Staline se mua en épurateur féroce lorsqu’il présida le Comité National des Écrivains. Aussi Céline ne cessera de le railler dans ses romans d’après-guerre, de Féerie à Rigodon. Mais s’il abhorrait le communisme soviétique, il n’était pas l’ennemi d’une forme de justice sociale idéaliste. En témoigne son communisme Labiche, clin d’œil au “communisme moral et légal” (rejetant l’abolition de la propriété privée) prôné par le dramaturge lors des élections législatives de 1848. Irréductible, Céline, lui, se déclare après-guerre “communisse au sang, 1000 pour 1000…”. Ce n’était pas tout à fait une boutade.
• Antoine COMPAGNON, 1966, année mirifique, Gallimard, coll. “Bibliothèque des Histoires”, 2026, 532 p. (26,50 €)
Notes:
15:00 Publié dans Littérature, Livre, Revue | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : louis-ferdinand céline, littérature, littérature française, lettres, lettres françaises, revue |
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Recension:
David Bisson, Politique de Pasolini, L'Insurrection des âmes, éditions Rouge et Noir, 2026
Luc-Olivier d'Algange
L'ouvrage magistral de David Bisson qui vient de paraître aux éditions Rouge et Noir, Politique de Pasolini est sous-titré L'Insurrection des âmes. Le mot politique devra donc s'entendre dans ses longitudes et ses latitudes et non seulement dans le détail des « engagements politiques » de circonstance. Nous est ainsi donné à lire une biographie de Pasolini, une histoire de l'Italie dont il fut le contemporain, saisie au vif de la vie et de l'oeuvre comme expérience, au sens étymologique du terme, experii, traversée d'un péril. On sait que son assassinat et 1975 fut précédé de son article retentissant, l'année précédente, à propos des massacres de Milan, de Brescia et de Bologne, publié l'année précédente : « Je sais les noms ».
Politique de Pasolini offre la vision panoramique et la clef de l'aventure de l'homme dans la cité, et de la cité dans son histoire et de l'histoire dans sa confrontation avec le sacré. Pour Pasolini, être homme dans la cité, c'est être homme dans son pays, dans son enracinement jusqu'à la révolte de « l'homme ancestral » contre le monde moderne, révolte non pas abstraite mais active au cœur même du monde qu'il récuse.
Il y a chez certains artistes une façon d'être à la fois radicalement hors de la société de leur temps, comme pourraient l'être un moine ou un vagabond, et parfaitement au cœur, au centre névralgique, là tout se passe et se laisse voir, dévoiler et comprendre. Leurs « réussites » ou leurs « échecs » n'y changent guère, - leurres, lambeaux d'illusions sociales qui ne dissimulent rien du monde, sur le point de disparaître, dont ils sont les héritiers, ni de ce qui le remplace. « Rien ne meurt jamais dans une vie, écrit Pasolini, Tout survit . Nous sommes à la fois des vivants et des survivants . De même toute culture est toujours un tissu de survivances ».
Anticlérical, mais christique, Pasolini fut dans le monde sans être de ce monde. Sa célébrité fut une chance extraordinaire pour ses contemporains auxquels un regard lucide était donné entre deux mondes, - un regard, dont on se demande s'il serait toléré, sinon possible, aujourd'hui, dans l'état actuel du « monde culturel » qui, à maints égards semble considérer l'intelligence et la liberté d'allure comme des ennemies. Or, s'il fut assassiné, Pasolini eut le temps de voir, de dire de montrer.
Par la poésie et le cinéma, par le double regard qui discerne l'acte d'être dans sa présence réelle, incarnée, et sa fin dernière, memento mori, Pasolini nous restitue au sens du tragique et au Mythe au-delà de l'histoire pleine de bruits et de fureurs. L'art cinématographique, lorsqu'il s'exerce hors de l'anecdotique est, par excellence, l'art du double regard. Si l'âme qui s'insurge est la vie, la vie n'est pas seulement la vie, la vie ne suffit pas tant que nous ne percevons pas l'âme inquiète qui l'entraîne, l'éclaire et la brûle. « Le poète est voyant, écrit David Bisson, il accède à une réalité qui trouble le regard, qui fêle la cornée dit Pasolini, et qui affecte l'imagination pour lui dévoiler le sacré en toutes choses, l'empreinte secrète et toujours résiduelle de l'être pris dans les mouvements de la vie – épris d'amour pour elles ».

Le livre de David Bisson éclaire plus que l'oeuvre et la vie de Pasolini, elle fait apparaître ce que l'oeuvre et la vie éclairent ; elle donne à voir ce qui lui apparut et à quelle mise-en-demeure elle répondit, - et aux questions qui nous demeurent d'une lancinante actualité. Quelle furent les fidélités essentielles de Pasolini ? A quel type d'hommes s'adressent-elles ? En quoi une humanité semble menacée par la société de la distraction et de la consommation – autrement dit du contrôle et de l'avilissement. Où subsistent encore le souvenir des farouches libertés perdues, enracinées dans la terre et confrontées au vent et à la mer ?
Luc-Olivier d'Algange.
11:46 Publié dans Cinéma, Livre, Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : pier paolo pasolini, cinéma, italie, livre |
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La reconstruction de l'Ukraine, une affaire eurasiatique?
Cristi Pantelimon
Source: https://www.facebook.com/profile.php?id=100005135564621
La guerre en Ukraine approche de sa fin. Tout comme la guerre du Golfe.
Les deux conflits ont pour conséquence principale une diminution de l’influence occidentale, principalement américaine, dans ces régions.
Une analyse russe récente affirme que la Russie n’a pas intérêt à ce que l’influence américaine dans la région du Golfe diminue de façon drastique. C’était une manière indirecte de dire que la Russie ne souhaite pas que le vide géopolitique laissé par les Américains soit comblé par une alliance purement asiatique, à la façon sino-turque, impliquant éventuellement aussi les États arabes du Golfe.
Il est vrai qu’une telle alliance ne poserait pas de problème de sécurité immédiat pour la Russie, ce qui, à long terme, lui serait avantageux. Peut-être que « ménager les États-Unis » dans le Golfe n’est qu’une expression diplomatique…
Face au rejet évident de l’idée d’une intégration européenne de l’Ukraine (le message le plus récent venant de l’Allemagne de Merz), des plans se trament, avec en toile de fond la Turquie, qui a la Chine en arrière-plan.
D’ailleurs, la Chine est la seule puissance économique à conserver sa capacité d’investissement et à s’intéresser à prendre en charge l’agonisante B9 (Bucharest Nine ou l'ancien bouclier anti-russe des Américains en Europe de l'Est) (1), pour résoudre aussi le problème de voisinage avec l’UE!
Une Union européenne de plus en plus incertaine de ses propres forces, incapable de s’opposer à ce projet, bien au contraire, ayant intérêt à le soutenir.
Un accord américano-russe mènera automatiquement à un resserrement des relations entre l’UE et la Chine.
La raison? Tandis que les États-Unis et la Russie sont des champions dans l’énergie et le domaine militaire, l’UE et la Chine sont des puissances manufacturières dépourvues de capacités énergétiques et militaires de haut niveau.
Une alliance virtuelle 2 contre 2, en miroir, n’est pas inconcevable dans ces conditions.
Ainsi, lorsque les armes se tairont, il est possible que la route de la soie fasse le tour de l’Ukraine par la Roumanie et la Pologne, afin d’alléger la tâche de l’UE en Ukraine et pour que la Russie ne voit plus dans le fameux Flanc Est un adversaire, mais une zone tampon, flanquée d’éléments chinois.
Les investissements chinois dans le Donbass seront poursuivis par ceux du Flanc Est, y compris en Ukraine…
Nous verrons.
«Des sources proches de Prometeu Intelligence affirment que l’on discute déjà de manière informelle de développer des méga-projets régionaux intégrés: corridors ferroviaires à grande capacité entre le port de Constanța et l’ouest de l’Ukraine, hubs énergétiques régionaux en mer Noire, infrastructures civiles-militaires duales et centres logistiques qui pourraient transformer la Roumanie en une plateforme stratégique de reconstruction pour l’ensemble de l’espace de l’Est.
Cette nouvelle architecture régionale ne dépendra pas seulement de Bruxelles ou de Washington, mais de la capacité des dirigeants du format Intermarium, B9 et d’un partenariat élargi avec la Turquie à créer un environnement économique fonctionnel et compétitif pour le capital mondial».
Note:
(1) Les trois pays baltes, la Pologne, la République tchèque, la Slovaquie, la Hongrie, la Roumanie et la Bulgarie.
16:22 Publié dans Actualité, Affaires européennes, Eurasisme, Géopolitique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, europe, affaires européennes, géopolitique, eurasisme |
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Polycentrisme et reconfiguration de l’ordre international
de Tiberio Graziani
Source : Meridiano Italia & https://www.ariannaeditrice.it/articoli/policentrismo-e-r...
La crise de l’ordre unipolaire ne se limite pas à une simple redistribution du pouvoir, mais implique une reconfiguration systémique plus profonde. Entre affirmation de la souveraineté, compétition technologique, centralité eurasienne et vulnérabilités internes aux États, le polycentrisme apparaît comme la signature du nouveau scénario international.
La phase actuelle des relations internationales est souvent interprétée à travers des catégories analytiques qui ne sont plus pleinement adaptées à la transformation en cours. On continue à décrire le changement systémique avec le lexique du bipolarisme résiduel ou par une vision simplifiée du multipolarisme, comme si l’organisation mondiale contemporaine se résumait à une simple redistribution du pouvoir entre grands acteurs étatiques.
En réalité, ce que nous observons est une reconfiguration plus profonde de l’ordre international.
La crise de l’architecture unipolaire, apparue après la fin de la Guerre Froide, ne représente pas seulement un affaiblissement relatif de l’hégémonie américaine, mais aussi l’épuisement progressif d’un paradigme politique et culturel fondé sur la prétendue universalité du modèle occidental. La fameuse « fin de l’histoire », conçue comme la destination inévitable des sociétés contemporaines vers une unique forme d’organisation politico-économique, s’est révélée une construction idéologique incapable d’interpréter la pluralité des civilisations historiques.

Dans ce contexte, l’affirmation croissante des pays du Sud global ne peut être réduite à une simple demande de rééquilibrage économique ou de redistribution des ressources. Elle constitue, plus précisément, une contestation d’un ordre international basé sur l’universalisation du paradigme occidental et sur sa prétention normative.
Ce qui se manifeste, c’est la réémergence de subjectivités socio-politiques qui revendiquent des conceptions autonomes de la souveraineté, des modèles d’organisation du pouvoir différents, et leurs propres temporalités historiques. Dans cette perspective, la dynamique en cours s’inscrit dans un processus plus vaste de rééquilibrage systémique, succédant au long cycle colonial et néocolonial qui a accompagné l’expansion géopolitique de l’Occident.
Parallèlement, la réduction apparente du rôle stratégique des États-Unis ne peut être interprétée en termes simplistes de déclin irréversible. Plus justement, elle apparaît comme un ajustement sélectif aux conditions systémiques modifiées. Chaque grande puissance, lorsque le coût de la projection globale dépasse les bénéfices stratégiques, tend à redéfinir son cœur d’intérêt prioritaire.
L’attention de Washington à la compétition stratégique avec la Chine et à la préservation de la primauté technologique reflète une stratégie de concentration des ressources plutôt qu’un simple recul.
Il faut maintenant distinguer clairement entre multipolarisme et polycentrisme.
Le multipolarisme renvoie encore à une conception étatico-centrée de l’ordre international, dans laquelle le pouvoir est réparti entre un nombre limité de pôles reconnaissables, inscrits dans une dynamique compétitive relativement stable. Le polycentrisme, en revanche, décrit une configuration plus complexe, dans laquelle la puissance ne se répartit pas uniquement entre États souverains, mais entre de multiples centres fonctionnels — économiques, financiers, technologiques, logistiques et informationnels — capables d’influer de manière autonome sur les équilibres systémiques.
Il s’agit d’une transformation qualitative du système international.
Dans ce cadre, le comportement des soi-disant puissances moyennes évolue également de manière sensible. Des acteurs comme la Turquie, l’Inde ou le Brésil opèrent selon une logique de flexibilité stratégique qui dépasse le modèle traditionnel des alliances rigides. Ce qui unit ces acteurs, c’est la recherche d’une autonomie décisionnelle croissante dans un contexte de décomposition progressive des anciennes hiérarchies internationales.

L’adhésion permanente à un bloc idéologique laisse progressivement place à des configurations modulaires, orientées par des intérêts contingents et des convergences fonctionnelles. La géométrie des relations internationales tend ainsi à devenir variable.
Cette reconfiguration revêt une importance particulière si l’on l’observe à travers le prisme technologique.
La souveraineté, dans la phase historique actuelle, ne peut plus être uniquement mesurée en termes territoriaux. La maîtrise des infrastructures numériques, des capacités de calcul, des algorithmes et des flux de données constitue aujourd’hui une composante décisive de la puissance.
Sur le plan géopolitique, l’intelligence artificielle, la maîtrise des données et les infrastructures informatiques forment de nouveaux espaces stratégiques. La capacité à orienter les flux d’informations et les processus décisionnels représente désormais une composante structurante de la puissance. Dans cette optique, la dépendance technologique devient une vulnérabilité stratégique comparable, à certains égards, à la subordination territoriale.
Cela entraîne une transformation du conflit. La guerre contemporaine adopte rarement les formes conventionnelles propres à la modernité industrielle. Elle se manifeste de plus en plus souvent sous des formes hybrides: déstabilisation cognitive, attaques contre les infrastructures critiques, pressions économiques et financières, manipulation de l’information. La distinction classique entre paix et guerre tend à s’estomper progressivement.
Dans ce contexte, la question eurasienne conserve une importance stratégique décisive.
La désarticulation de l’espace eurasien constitue, en effet, une des conditions stratégiques de l’influence persistante des puissances maritimes.
La séparation stratégique entre l’Europe et la Russie représente l’un des événements géopolitiques les plus significatifs de la phase actuelle. Non pas pour des raisons idéologiques ou conjoncturelles, mais pour des implications structurelles. L’Europe, en se privant de profondeur stratégique et en réduisant son autonomie énergétique, risque une marginalisation systémique croissante. Cette dynamique finit inévitablement par renforcer la projection stratégique atlantique sur le continent européen.

La capacité d’un acteur continental à influencer les équilibres mondiaux dépend aussi de la cohérence géographique de son espace stratégique. Dans ce contexte, l’Italie apparaît encore dépourvue d’une vision stratégique complète de sa projection méditerranéenne.
En raison de sa position géographique, de son histoire et de ses fonctions logistiques, notre pays possède une projection méditerranéenne naturelle. La Méditerranée élargie n’est pas seulement un espace géographique, mais une zone d’intersection entre flux énergétiques, routes commerciales, dynamiques migratoires et compétition stratégique.
Cependant, la géographie ne génère pas automatiquement une stratégie. Elle offre des possibilités qui nécessitent une volonté politique, des capacités diplomatiques et une vision systémique.
Reste enfin la question de l’ordre international de demain.
L’ordre international dit régulateur, d’origine occidentale, a montré des limites évidentes, notamment dans la mesure où son application s’est révélée sélective et subordonnée aux rapports de force. Tout ordre international qui prétend à l’universalité sans réciprocité finira inévitablement par perdre sa légitimité.
Le problème des prochaines décennies ne sera pas la construction d’un consensus éthique universel, probablement inatteignable, mais la définition de mécanismes minimaux de coexistence entre des acteurs porteurs de visions du monde différentes. Le défi central n’est pas d’éliminer la divergence, mais de la rendre compatible avec la stabilité systémique. Le principal facteur d’instabilité ne réside pas nécessairement à l’extérieur des États, mais dans leur cohésion interne.
Les transformations technologiques, les tensions sociales liées à la redistribution des richesses, la pression démographique et les fractures identitaires sont autant d’éléments de vulnérabilité croissante. La pérennité des systèmes politiques dépendra de leur capacité à préserver la cohésion sociale et la continuité institutionnelle.
Aucune stratégie internationale ne pourra compenser l’implosion du corps politique intérieur.
Le polycentrisme contemporain ne doit donc pas être interprété comme une promesse d’équilibre, mais comme une condition structurelle de complexité permanente.
Et la complexité, dans l’histoire, ne produit pas nécessairement de l’ordre. Elle impose l’adaptation.
21:31 Publié dans Actualité, Définitions, Géopolitique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, définition, polycentrisme, géopolitique, ordre international |
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L’Europe en morceaux
Andrea Marcigliano
Source: https://electomagazine.it/leuropa-in-pezzi/
Le jouet, désormais, s’est cassé. Et la construction, abstraite et artificielle, de la soi-disant Europe, fuit de toutes parts.
Bruxelles persiste dans son attitude d’arrogante prépotence. Von der Leyen prétend commander et disposer à sa guise, et selon ses intérêts, de l’avenir de notre monde. Le traînant vers une guerre dépourvue de sens et sans espoir.
Une guerre que seuls certains « intérêts » et certaines conglomérats veulent.

Le jouet, cependant, comme je le disais, s’est déjà cassé. Et il ne sert à rien d’utiliser tous les moyens ou d'en abuser pour le maintenir ensemble.
Peter Magyar, élu avec un grand battage « européen », est déjà en train de recalibrer son action.
Nous ne pouvons, de façon réaliste, faire abstraction du pétrole et du gaz russes, déclare-t-il. La Hongrie en a un besoin vital.
En Bulgarie, le gouvernement, plus qu’un simple petit gouvernement, plié en quatre face à l’UE, est contraint de démissionner. Les Bulgares, ceux qui vivent dans le pays, manifestent sur les places et dans les rues. Une marée montante qui ne veut pas se soumettre aux diktats de Bruxelles. Ce qui, pour eux, signifierait un suicide.
Et puis Fico. Qui participe à la grande parade russe et qui, malgré quelques ambiguïtés, guide sa Slovaquie sur une trajectoire de plus en plus éloignée de Bruxelles.
Et toute l’Europe de l’Est est en ébullition. Même la Pologne manifeste une fatigue croissante face aux diktats.
Mais, comme je le disais, c’est toute l’Europe de l’Est qui est en mouvement. De la Slovénie, qui se retire du risque d’un conflit avec la Russie, jusqu’à la Pologne elle-même, où le mécontentement populaire grandit face à la stratégie de soutien sans faille aux Ukrainiens, peu appréciés.
Un mécontentement croissant, pas seulement à l’est.
L’Espagne négocie avec Moscou, et y achète du gaz et du pétrole à des prix avantageux. Suscitant les inutiles fureurs de Donald Trump.
La France est dévastée par les protestations populaires croissantes. Avec Macron barricadé à l’Élysée. Arrogant, certes, mais de moins en moins capable d’agir.

Puis l’Allemagne voit l’avancée à toute vitesse de l’AfD. Qui veut un accord avec Moscou et la fin d’une politique belliciste que seul Merz et son entourage, liés à des pouvoirs financiers étrangers, continuent obstinément à poursuivre.
Et enfin, la Grande-Bretagne. Avec la victoire de Farage aux municipales, qui a écrasé ce qu’il reste des conservateurs et, surtout, des travaillistes.
Bien sûr, pour l’instant, il ne s’agit que d’élections locales. Mais c'est un signal très clair pour l’avenir.
En somme, le jouet européen est, désormais, bel et bien cassé. Reste encore en place la carcasse corrompue de Bruxelles. Mais ce n'est plus qu'un cadavre qui titube encore.
L’Europe, désormais, avance en ordre dispersé.
Et la Russie, avec une remarquable patience, en tire déjà profit.
20:31 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, europe, affaires européennes |
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Les leçons d’Aristote et Cicéron
Sacha Vliegen
Source: https://www.feniksvlaanderen.be/blog/3158247_de-lessen-va...
Notre modèle de société atteint ses limites. Dans le débat public, cette tension est souvent réduite à l’émergence du populisme, comme si une poignée de figures politiques étaient la cause d’une déstabilisation plus profonde. Mais une civilisation tombe rarement à cause d’un seul élément. Un populiste peut être aussi rusé et destructeur qu’il veut, il opère toujours dans un contexte qui permet son ascension. Aujourd’hui, il se passe davantage. Nous sommes à un carrefour de plusieurs crises qui se renforcent mutuellement: une redistribution des cartes en géopolitique où le moment unipolaire touche à sa fin, une vulnérabilité économique qui se traduit par une stagflation menaçante, et un retard technologique qui rend l’Europe de plus en plus dépendante de puissances extérieures. Mais ce qui, sans doute, est plus fondamental encore, c’est la crise morale: la perte de valeurs partagées et l’incapacité à définir ce que nous, en tant que société, voulons défendre. Ce n’est pas une crise superficielle, mais une crise existentielle.
La façade de nos valeurs
Depuis des décennies, l’image que se fait l’Occident de lui-même s’est construite autour de quelques repères fixes: les Lumières françaises, la Déclaration universelle des droits de l’homme, et l’idée du «monde libre». Pendant la Guerre froide, cela constituait un contraste puissant avec les régimes autoritaires, et par la suite, ce discours a été poursuivi dans une logique géopolitique où la liberté et la démocratie s’opposaient à la tyrannie.
Mais cette image de soi commence à montrer des fissures. Non pas parce que ces valeurs seraient défectueuses en elles-mêmes, mais parce que leur application est devenue de plus en plus sélective et instrumentale. La liberté d’expression, autrefois un pilier de l’éthique politique, est de plus en plus soumise à des restrictions juridiques et sociales. Dans plusieurs pays européens, les citoyens sont confrontés à des sanctions pour des propos jugés inappropriés ou dangereux. La question n’est plus seulement d'affirmer ou de contester ce qui est dit, mais de savoir si certaines choses peuvent encore être dites. Cela indique un problème plus profond: un système qui se définit comme libre, mais qui développe de plus en plus de mécanismes de contrôle pour réguler les voix dissidentes. Lorsque la liberté devient conditionnelle, elle perd sa crédibilité.

En même temps, il existe un deuxième problème, encore plus fondamental: la divergence entre les valeurs proclamées et la pratique géopolitique. L’Occident se présente comme le défenseur des droits humains, mais il est en même temps impliqué dans des conflits ou il est en partie responsable de déstabilisations ailleurs. Les États qui invoquent des normes universelles appliquent ces normes de manière de plus en plus sélective, selon des intérêts stratégiques. Cette tension est devenue visible pour le grand public après les événements du 7 octobre 2023. Depuis lors, la confiance dans la cohérence morale de l’Occident s’est encore érodée. On critiquait jadis d’autres grandes puissances sur la base des droits de l'homme, mais aujourd'hui on pointe désormais plus souvent l’absence de normes équitables. Quand certains alliés semblent en réalité se soustraire aux normes internationales, l’ensemble du cadre normatif perd de sa légitimité. L’Europe joue un rôle non neutre dans ce processus: l’absence de réactions claires et cohérentes face aux conflits internationaux, combinée à des dépendances économiques et militaires, renforce l’image d’un continent incapable ou peu désireux de faire respecter ses propres principes.
La phase de civilisations et la perte de substance
Cette évolution est-elle surprenante? D’un point de vue superficiel, peut-être, mais à un niveau plus profond, elle est plutôt symptomatique qu'exceptionnelle. La déshumanisation à laquelle on fait si souvent référence aujourd’hui n’est pas une cause, mais une conséquence: c'est le point final d’un long processus par lequel des valeurs ont été progressivement déconnectées de leurs fondements culturels et institutionnels. Dans l’analyse d’Oswald Spengler (photo), ce processus est décrit comme un passage de la culture à la civilisation. Une culture est vivante, organique et enracinée dans des symboles, des traditions et une vision du monde partagée, tandis qu’une civilisation représente le stade ultime: rationnelle, technique, mais intérieurement épuisée. Ce qui était autrefois porteur de sens est réduit à de la forme.
Dans cette phase, les valeurs existent encore, mais perdent leur contenu. Elles deviennent des slogans, des instruments de basse politique ou des moyens rhétoriques dans la lutte politique, alors que leur force originelle en tant que guide pour l’action disparaît. Le résultat est une situation paradoxale: plus on insiste sur les valeurs dans le discours, moins elles sont réellement appliquées.
Le citoyen se perçoit encore comme libre, mais il évolue dans des structures de plus en plus dirigées par des logiques économiques, technologiques et bureaucratiques. Par ailleurs, on s'aperçoit à l'évidence comment la concentration économique et l’influence politique s’alimentent mutuellement. La démocratie subsiste comme procédure, mais son contenu est de plus en plus déterminé par des forces qui échappent au contrôle direct du citoyen.
La démocratie et ses limites
Formellement, nous vivons dans des démocraties: nous votons, nous avons des partis, et nous disposons de structures institutionnelles qui permettent la représentation. Mais la question est de savoir si cette forme correspond encore à son objectif initial. Le système suppose un débat rationnel entre citoyens, mais en pratique, la politique est de plus en plus menée par l’émotion, l’image et les médias. La masse ne pense pas en termes d’arguments abstraits, mais réagit à des impulsions, des symboles et des récits.
Une métaphore utile est celle d’un stade de football. Dans les tribunes, des milliers de supporters applaudissent, sifflent et prennent parti. Leur énergie peut influencer un match, mais on ne leur demande pas une analyse tactique ou une stratégie; ce rôle revient à l’entraîneur et aux joueurs. Cependant, lorsque la politique est entièrement laissée à la dynamique de la tribune, elle perd sa capacité de décision rationnelle. C’est ici qu’apparaît une tension fondamentale inhérente à la démocratie moderne: comment conjuguer participation massive et qualité du contenu? Si l’accent est uniquement mis sur la popularité et la visibilité, la politique dévie et passe du rôle de l’homme d’État vers celui du spectacle.
Précédents historiques
Ce problème n’est pas nouveau. Les premières expériences démocratiques dans la Grèce antique ont déjà montré à quel point un système peut être vulnérable lorsque la prise de décision dépend du vote populaire. La démocratie athénienne était vivante et participative, mais aussi sujette à des décisions impulsives, notamment celles qui ont impulsé des aventures militaires lesquelles ont finalement contribué à sa chute. Ce n’était pas un problème exclusif à Athènes; le monde grec dans son ensemble était marqué par des conflits internes, mais l’ouverture du système le rendait particulièrement sensible à ce type d'escalade.
Une dynamique similaire s’est manifestée à Rome, où la lutte entre factions politiques déstabilisait la République. Les citoyens étaient activement impliqués dans ces conflits, mais leur participation n’assurait pas nécessairement la stabilité. Il est important de faire la distinction, ici, entre aristocratie dans son sens classique, d'une part, et dans sa connotation moderne, d'autre part: dans l’Antiquité, l’aristocratie ne se limitait pas au pouvoir héréditaire, mais désignait l’idée que les « meilleurs » portaient la responsabilité du gouvernement. C’était un concept normatif, pas seulement sociologique.
La recherche de l’équilibre
Les critiques de la démocratie ont déjà été formulées par divers penseurs, notamment Platon, qui considérait le système comme intrinsèquement instable. Mais il existait aussi des voix plus modérées. Aristote et Cicéron (ci-contre) proposaient une forme de régime mixte où des éléments de monarchie, d’aristocratie et de démocratie se maintenaient en équilibre. L’idée était simple mais profonde: aucun système n’est stable en soi; la durabilité naît de l’équilibre.
Selon cette vision, la démocratie a une place, mais pas comme principe exclusif. Elle est complétée par des structures garantissant expertise, continuité et responsabilité morale. Ce qui manque aujourd’hui, c’est précisément cet équilibre. La gouvernance est de plus en plus réduite à une gestion technocratique, où les décisions politiques sont traitées comme des problèmes administratifs. Le résultat est un déficit de vision: là où autrefois, des hommes d’État donnaient une orientation à la société, ce sont aujourd’hui des gestionnaires qui optimisent des processus sans jamais poser les questions fondamentales.
La perte des vertus
La crise la plus profonde ne réside pas dans les institutions, mais dans l’homme lui-même. Une société ne peut fonctionner que si ses membres partagent certaines vertus: le sens des responsabilités, la modération et la justice. Sans ces qualités, toute forme d’État devient une structure vide. Dans la tradition classique, la politique était indissociable de l’éthique. Le citoyen n’était pas seulement porteur de droits, mais aussi de devoirs, et la vertu n’était pas une affaire privée mais une nécessité publique.
La capacité de mettre l’intérêt général au-dessus de l’intérêt particulier était centrale, tout comme l'était une éthique du juste milieu, dans laquelle les excès sont évités et la formation du caractère privilégiée. Ces idées contrastent fortement avec l’accent actuel mis sur l’individualisme. Dans une société où l’identité se dissocie de plus en plus des liens collectifs, la conscience d’une responsabilité partagée s’efface. La religion et la nation, qui étaient autrefois des structures porteuses, ont été en grande partie démantelées ou relativisées. Ce qui reste, c’est un individu qui est formellement libre, mais qui, dans la pratique concrète, perd souvent le sens de l’orientation.

Conclusion
Les civilisations vieillissent, c’est une dure réalité mais elle est récurrente dans l’histoire. Selon Spengler, cette évolution est inévitable: chaque culture suit un cycle de vie qui se termine finalement par l’ankylose et la décadence. Mais le fatalisme n’est pas la seule réponse possible. La posture de responsabilité continue, et, même en période de déclin, reste dotée de sens. La question n’est pas de savoir si l’on peut arrêter l’histoire, mais comment on s’y rapporte.
Les valeurs, aujourd’hui centrales dans le discours politique, sont insuffisantes pour porter une civilisation lorsqu’elles sont déconnectées de fondements moraux plus profonds. Les vertus classiques – formées dans les traditions de l’Antiquité et développées dans des systèmes culturels et religieux ultérieurs – offrent une perspective alternative. Sans une réévaluation de ces vertus, un vide menace de s’installer, vide qui ne pourra pas être comblé par le progrès technologique ou la croissance économique. Une société peut beaucoup perdre tout en subsistant, mais lorsqu’elle perd son noyau moral, elle perd finalement son avenir.
18:18 Publié dans Philosophie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : philosophie, philosophie politique |
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Le Kazakhstan à l’ère du numérique — Intelligence artificielle et Accords d’Abraham
Markku Siira
Source: https://markkusiira.substack.com/p/kazakstanin-digivalta-...
Le Kazakhstan s’est récemment positionné sur deux plans qui se renforcent mutuellement dans le débat international. Le pays construit un vaste système de surveillance basé sur l’intelligence artificielle et la biométrie, tout en ayant pris une décision géopolitique importante en rejoignant les accords d’Abraham, conclus par les États-Unis et Israël.
Ces deux évolutions ne sont pas indépendantes, mais étroitement liées. Elles reflètent la redéfinition d’un État d’Asie centrale où la modernisation technologique, les choix en matière de sécurité et les intérêts économiques s’entrelacent sans couture.
Le Kazakhstan se transforme en une société numérique, conformément à la tendance internationale, tout en devenant un État de surveillance où citoyens et visiteurs étrangers peuvent de plus en plus être identifiés biométriquement et suivis.
L’été dernier, un système de reconnaissance faciale basé sur l’intelligence artificielle, implanté à l’aéroport le plus fréquenté du pays, a classé un voyageur dans la base de données des personnes recherchées comme un «activiste citoyen», alors qu’il n’avait commis aucune infraction. La fiche comprenait une photo, un prénom, un patronyme, une classification en tant qu’activiste, ainsi que l’unité administrative ayant saisi l’information. Les autorités ont expliqué cet incident comme une erreur technique et ont nié disposer d’une base de données distincte pour les activistes. Cependant, des critiques ont questionné la précision de cette classification.
Cette plateforme est développée par la société technologique kazakhe TargetAI. Selon l’entreprise, le système est déjà en service dans huit régions, essentiellement dans les plus grandes villes du pays. À Almaty, qui compte environ 2,3 millions d’habitants, plus de 120.000 caméras de surveillance sont reliées à ce système, utilisé pour des opérations policières préventives et rapides. Par ailleurs, de plus en plus de bâtiments résidentiels sont équipés de dispositifs de reconnaissance faciale remplaçant les clés traditionnelles.

Le développement a été exceptionnellement rapide. En janvier, le président Kassym-Jomart Tokayev a signé le premier code numérique du pays, qui établit le cadre juridique pour l’utilisation à grande échelle de l’intelligence artificielle et de la reconnaissance biométrique. Ce code définit les situations dans lesquelles la biométrie peut être utilisée et garantit aux citoyens le droit de demander une réévaluation des décisions automatisées par une personne en chair et en os.
Ces nouvelles règles entreront en vigueur dans les semaines à venir. Tous les services à distance et en ligne des banques, des prestataires de paiements, ainsi que de plus en plus de services publics numériques, requièrent une authentification biométrique. Le système utilise, en plus de la reconnaissance faciale, la reconnaissance de la paume de la main et de la main dans son ensemble. Les vérifications biométriques des mouvements naturels, telles que le mouvement de la tête ou le clignement des yeux, empêchent les tentatives de tromperie.
La surveillance ne se limite pas aux seuls citoyens kazakhs. Depuis début 2026, le Kazakhstan a élargi son programme de résidence numérique, permettant aux étrangers d’obtenir une carte d’identité numérique à distance. Cela donne accès aux marchés boursiers, aux plateformes de cryptomonnaies, aux comptes bancaires et aux services des autorités fiscales, sans avoir à se rendre physiquement dans le pays. Cette solution est économiquement attrayante, mais elle expose également une nouvelle population à la surveillance.
Le système est géré par le ministère de la Cybersécurité et des Affaires numériques, qui le maintient à un niveau élevé de protection. Cependant, des vulnérabilités ont été identifiées au niveau local: des lacunes systématiques dans les systèmes de caméras de surveillance et dans les bases de données administratives montrent que l’infrastructure numérique a évolué plus rapidement que la sécurité en tant que telle.
Dans ce contexte de surveillance croissante, l’approche du Kazakhstan vis-à-vis des accords d’Abraham prend une importance particulière. Fin avril, le président Tokayev a accueilli la visite du président israélien Isaac Herzog à Astana. Il a décrit ces accords comme ayant « profondément modifié l’architecture géopolitique du Moyen-Orient », tandis qu’Herzog a salué la «décision courageuse» du Kazakhstan de s’y joindre.
La visite a été accompagnée d’une délégation de haut niveau en matière de technologie, et les discussions ont principalement porté sur la coopération en toutes matières d'intelligence artificielle, de numérisation et de cybersécurité. Tokayev a proclamé 2026 comme étant «l’année de la numérisation et de l’intelligence artificielle». Ce choix n’est pas fortuit: Israël est un acteur clé dans le développement de l’IA et de la cybersécurité, et le Kazakhstan recherche des partenaires qui n’imposent pas de conditions strictes en matière de droits humains ou de démocratie pour le transfert technologique.
Mais il faut se demander à quelle sorte de partenariat le Kazakhstan se dirige réellement. Israël poursuit depuis un an et demi ses bombardements de Gaza. En septembre 2025, une commission d’enquête de l’ONU a accusé Israël de génocide. Le nombre de victimes civiles en Cisjordanie et à Gaza dépasse déjà largement tous les repères établis dans la période d’après-guerre.

Par ailleurs, des hauts responsables israéliens ont évoqué un déplacement massif de Palestiniens et la réoccupation de Gaza. Dans ce contexte, les accords d’Abraham apparaissent non seulement comme un processus de paix, mais surtout comme un mécanisme permettant à Israël de normaliser ses relations avec des régimes autoritaires, tandis que ses propres actions, en droit international, deviennent de plus en plus contestables.
La visite d’Herzog à Astana est révélatrice en ce qu’elle a presque totalement ignoré la question palestinienne. Cela renforce l’idée que pour le Kazakhstan, les droits humains et le droit international sont secondaires par rapport à la technologie, aux investissements et à la coopération sécuritaire. La politique transactionnelle de Trump, qui considère tout comme une simple affaire commerciale, est également perceptible ici.
Les relations du Kazakhstan avec l’Iran se sont tendues lorsque, en février de cette année, les États-Unis et Israël ont lancé une attaque contre l’Iran. Tokayev n’a pas condamné ces frappes contre Téhéran, mais a personnellement appelé les dirigeants des Émirats arabes unis, de l’Arabie saoudite et du Qatar, tout en critiquant les répliques iraniennes. Aucune aide directe n’a été apportée au gouvernement iranien — seuls des messages de condoléances ont été envoyés aux victimes civiles.
À ce stade, se dessine une divergence claire. La transformation numérique et la ligne des accords d’Abraham se renforcent mutuellement. Attirer la technologie occidentale nécessite une crédibilité géopolitique, et l’alliance avec Israël signale une ouverture à la coopération occidentale — sans que le pays ferme ses portes à la Russie ou à la Chine.
Tokayev a aussi souligné que le judaïsme, malgré son caractère minoritaire et marginal, fait partie des quatre religions officielles du Kazakhstan, et qu’il n’y a pas d’antisémitisme dans le pays. Le message est surtout symbolique et culturel: il souligne l’identité multiethnique du Kazakhstan ainsi qu’une démarche calculée pour obtenir la reconnaissance de certains cercles internationaux.

Le pays poursuit sa politique multi-vectorielle: il construit des ponts vers l’Est et l’Ouest, mais s’appuie de plus en plus sur une surveillance avancée par IA en interne, sans libéralisation politique. Le Kazakhstan construit une économie cognitive, où l’écosystème basé sur l’IA est associé à des mécanismes de régulation stricts. L’objectif est non seulement de devenir la puissance numérique dominante en Asie centrale, mais aussi d’éviter une stagnation économique.
Le Kazakhstan est-il ainsi une vitrine pour l’avenir, où l’efficacité et la sécurité remplacent les principes et la liberté traditionnelle — un exemple d’autoritarisme numérique qui finira par obtenir l’acceptation de la communauté internationale parce que le reste du monde évolue dans la même direction ?
19:23 Publié dans Actualité, Actualité | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : actualité, digitalisation, numérisation, intelligence artificielle, kazakhstan, asie centrale, asie, affaires asiatiques, actualité, digitalisation, numérisation, intelligence artificielle, kazakhstan, asie centrale, asie, affaires asiatiques |
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Le projet de gazoduc transcaspien s’impose comme un point de friction géopolitique
Andrew Korybko
Source: https://uncutnews.ch/die-vorgeschlagene-transkaspische-pi...
Les enjeux stratégiques sont tout simplement trop élevés dans cette question du gazoduc transcaspien, puisque l’OTAN avance ses pions via la nouvelle voie TRIPP dans toute la périphérie méridionale de la Russie, et que la Turquie a récemment relancé la discussion sur le projet du gazoduc transcaspien, qui va à l’encontre des intérêts russes.
Le ministre turc de l’énergie a, début avril, lors d’une interview en direct avec des médias locaux, remis sur la table le long débat sur le gazoduc transcaspien, en évoquant les plans régionaux de pipelines de son pays, ce que Middle East Eye a relevé. Leur rapport a été suivi par une présentation des propositions de New Rules Geopolitics, le compte X du podcast de Dimitri Simes Jr. de Sputnik, qui a présenté ces propositions comme étant les siennes. En tout cas, ces rapports ont attiré l’attention sur le gazoduc transcaspien, qui va à l’encontre des intérêts russes.



Déjà début août, à la suite de l’annonce du projet de la « Trump Route for International Peace and Prosperity » (TRIPP), une mise en garde avait été émise contre le fait que ce corridor contrôlé par les États-Unis pourrait encourager l’Azerbaïdjan et l’Arménie, situées dans la région méridionale, à défier la Russie et l’Iran en construisant ce gazoduc-là. Le mois dernier, on a également estimé que «les attaques israéliennes contre la flotte iranienne dans la mer Caspienne pourraient être motivées par des intérêts énergétiques géopolitiques qui émergeront après la guerre», notamment la capacité de l’Iran à neutraliser ces projets, qui pourraient, plus tard, alimenter Israël en gaz, entre autres.
Dans ce contexte, il faut savoir qu'Israël tire déjà environ 40 % de son pétrole d’Azerbaïdjan via un oléoduc passant par la Géorgie et la Turquie, rendant aussi possibles des exportations de gaz le long de cette route ou via la TRIPP (plus courte). Même si cela augmentait la dépendance stratégique d’Israël vis-à-vis de la Turquie – dont le ministre des Affaires étrangères a récemment averti qu’Israël pourrait voir son pays comme un nouvel adversaire régional à cause de leur rivalité croissante – il est difficile d’imaginer que l’une ou l’autre des parties laisserait passer cette opportunité d’avancer ses intérêts respectifs.
Concernant les intérêts des États-Unis, l’expansion de leur influence dans le Caucase du Sud, dans la mer Caspienne et en Asie centrale via la TRIPP se ferait au détriment de la Russie, puisque cette région couvre toute sa périphérie méridionale, où son influence politique et militaire est suivie par une influence économique. Finalement, on s’attend à ce que la Russie s’oppose au gazoduc transcaspien, car celui-ci pourrait faire en sorte que les exportations de gaz de Turkménistan, actuellement très orientées vers la Chine, concurrencent ses propres exportations sur le marché mondial. C’est pourquoi la Turquie, membre de l’OTAN, est nécessaire pour dissuader ce développement.

À cette fin, la route TRIPP doit remplir une double fonction: en tant que corridor logistique militaire, et le plan récent d’envoyer un nombre non divulgué de patrouilleurs à destination de l’Azerbaïdjan, annoncé lors de la visite de Vance en février, constitue une concrétisation de cette stratégie. Bien que le Turkménistan soit un pays constitutionnellement neutre, on attend également de lui qu’il renforce ses «relations militaires discrètes avec les États-Unis», tout comme le Kazakhstan qui, en décembre dernier, a annoncé de façon surprenante son intention de produire des munitions selon les standards de l’OTAN.
Le gouvernement russe est conscient du but militaire, que j'évoque ici, que vise la route TRIPP, comme le laisse penser la condamnation de ce projet par le vice-ministre des Affaires étrangères, Alexeï Ovtchouk, qui a jusqu’à présent été remarquablement ignoré par la communauté d’experts du pays.
Poutine a également indiqué, lors de sa récente rencontre avec le Premier ministre Nikol Pashinyan, que le moment de vérité dans les relations russo-arméniennes approchait. On peut donc s’attendre à ce que les plans du ministre turc de l’énergie concernant le gazoduc transcaspien rencontrent une forte opposition de la Russie.
Il n’est pas clair à quoi ressemblera cette opposition, ni si la Russie lancera ou non une nouvelle opération spéciale pour arrêter ce projet, mais ce scénario n’est pas non plus à exclure. Les enjeux stratégiques sont tout simplement trop élevés, puisque l’OTAN avance ses pions via la route TRIPP dans toute la périphérie méridionale de la Russie, et que la Turquie a récemment relancé la discussion sur le gazoduc transcaspien. La Russie est donc forcée d’accepter ces plans, avec tout ce que cela implique pour sa sécurité, ou de tenter de les arrêter, car l’Occident ne les abandonnera pas volontairement.
Source : The Proposed Trans-Caspian Pipeline Is Shaping Up To Be A Flashpoint (https://korybko.substack.com/p/the-proposed-trans-caspian... )
16:02 Publié dans Actualité, Affaires européennes, Géopolitique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, géopolitique, caucase, mer caspienne, gazoducs, tripp, russie, azerbaidjan, europe, affaires européennes |
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Réduction de la population planétaire:
Mythe ou réalité?
Pierre-Emile Blairon
Les « complotistes » (en fait, ceux que les comploteurs appellent complotistes) alertent depuis des années, par exemple, sur les épandages de produits chimiques qui se font désormais massivement par voie aérienne mais pas seulement. Ces épandages s’inscrivent dans la vaste opération globale de dépopulation à laquelle l’élite mondialo-sataniste s’est attachée depuis de longues années mais avec plus de virulence depuis le début des années 2020.
Nous avons déjà traité dans le détail de tous les sujets qui vont vous être présentés en récapitulatif dans cet article.
En France, l’autocensure médiatique fera que nous ne saurons rien de ce qui se passe dans le monde si nous ne faisons pas nous-mêmes l’effort d’aller à la recherche de l’information (essentiellement via les réseaux sociaux) et si nous nous contentons de la production insipide et/ou mensongère de nos médias nationaux, qui le sont de moins en moins (nationaux) car la France est désormais sous le joug d’une entité étrangère dont les buts sont contraires aux intérêts de la France.
Partout ailleurs, dans le monde libre, les populations commencent à comprendre l’énorme manipulation dont nous sommes victimes depuis 2020.

Nos deux plus grands ennemis : l’ignorance et la passivité des foules
Depuis longtemps, à la suite de Claire Séverac qui a tenté d’ouvrir les yeux de la population au prix de sa vie, nous alertons les populations qui, malgré ce qu’elles voient tous les jours, n’y croient toujours pas, tant l’idée est bien ancrée chez elles que ceux qui nous dirigent seraient des gens bienveillants et n’auraient même pas l’idée d’agresser leurs propres populations.
Les foules sont subjuguées par la statue irréprochable du Commandeur qui incarne le Bien, l’honnêteté, le courage, le bon sens et indique d’un doigt inflexible le chemin à suivre mais cette représentation symbolique n’est en réalité qu’une illusion, un des nombreux travestissements du Démon servi par ses adeptes que les humains appellent « l’élite ».
Ces élites satanistes qui œuvrent à notre disparition le font aussi par le biais de l’inoculation de maladies par de faux vaccins qui les transmettent à l’espèce humaine mais aussi aux animaux. Mais nos dirigeants ont trouvé un moyen plus simple, un raccourci, direct du producteur au consommateur, faisant d’une pierre deux coups: en inoculant le bétail que nous consommons, ils n’ont plus besoin de mettre en place des campagnes coûteuses de vaccination des humains, le poison sera directement présent dans notre assiette et ingurgité sans problème.

Dans un autre registre où les foules restent silencieuses, parce qu’elles sont (aussi) intoxiquées par la propagande: c’est le projet américano-sioniste de s’emparer du monde; il n’en est plus un puisque les armées, occultes ou officielles, de cette entité ont déjà été déployées sur de nombreux pays convoités dans un déferlement de violence et d’horreurs qui n’épargne ni les êtres humains, ni les animaux, qui sont eux aussi abattus, ni même les sols qui sont empoisonnés pour ne plus rien produire.
Parallèlement, le projet mondialo-sataniste de réduction de la population, qui lui est accolé, a donc également été mis en œuvre et commence à produire ses effets néfastes sur l’ensemble du globe, avec une cible prioritaire: l’Europe, en tant que continent, avant toute autre « zone », comme les mondialistes nomment les différents pays et régions qui composent la planète.
Tout comme les foules, dans leur grande majorité, ne croient toujours pas à la nocivité des vaccins qui sont responsables quotidiennement sur la planète de milliers de décès[1], de même, elles refusent de considérer comme réels l’un ou l’autre des nombreux moyens utilisés par cette secte pour éliminer le plus possible d’êtres vivants sur la planète.
Nos concitoyens sont-ils devenus des moutons, des pigeons, des autruches… des amibes, un peu des quatre?
Et nous pouvons déjà répondre à la question: le projet de réduire la population du globe est-il un mythe ou une réalité?
Eh bien, non, ce n’est pas un mythe, c’est la réalité.
Toutes les alertes que nous avons pu mettre en place concernant cette terrible question se sont révélées suivies d’effet et nous pouvons déjà faire un premier bilan terrifiant de la malfaisance de la secte.
Vous trouverez ci-après un aperçu de ce que les satanistes nous font subir depuis bien longtemps.
Nous avons noté une accélération depuis 2020 avec la fausse pandémie et les faux vaccins et une apothéose avec l’affaire Jeffrey Epstein par la découverte de pratiques pédo-satanistes sur l’ensemble de la planète, une manipulation orchestrée par le Mossad (les services secrets israéliens auxquels appartenaient Epstein et le père de sa complice Ghislaine Maxwell) qui était destinée à mouiller les « élites » mondiales dans de sordides implications d’actes de pédophilie et de cannibalisme[2].
Les Guidestones
Vous avez sans doute entendu évoquer le nom des Guidestones: il s’agissait d’un monument de 6 m de haut composé de 6 blocs de granit érigé en 1980 dans l’État de Géorgie, aux États-Unis. Le monument rappelle quelque peu le site plus fameux (et bien plus ancien) de Stonehenge en Angleterre; 4 plaques de granit sont gravées de 10 commandements en 8 langues; le premier commandement impose ceci: «Maintenez l'humanité en dessous de 500 millions d'individus en perpétuel équilibre avec la nature»; le commanditaire du monument est anonyme; les Guidestones ont été détruites par un attentat à l’explosif le 6 juillet 2022. Les Guidestones ont donné le ton, programmé le futur, imposé l’agenda.

Organisation d’une famine mondiale
Destruction en France du cheptel bovin, remplacé dans un premier temps par des bêtes importées d’Amérique du Sud, bourrées d’hormones, d’OGM et d’antibiotiques, de même que d’autres animaux de consommation (volailles, canards) importés d’Ukraine (œufs) ou d’ailleurs.
Le but véritable n’est pas le remplacement d’une classe paysanne française ou européenne par une autre argentine ou brésilienne; c’est la disparition programmée des paysans européens qui est recherchée, des petits paysans dont les activités et la surface d’exploitation n’ont aucun rapport avec celles des consortiums agro-alimentaires qui exploitent des terres étendues sur des milliers d’hectares, avec pour seul objectif la rentabilité au détriment de la qualité; nos gouvernants privent nos paysans de ressources, font la promotion d’une nourriture à base d’insectes, légalisent le vol des terres pour les rendre incultes ou pour les transformer en usines à bétail.

Big Pharma : coupable de crimes contre l’Humanité ?
Il apparaît assez logique que la secte sataniste utilise le mensonge et l’inversion des valeurs[3] pour réaliser les buts qu’elle s’est fixée et donc, il est logique que certains de ceux qui sont censés nous soigner en respectant le serment d’Hippocrate soient justement les principaux responsables de ce massacre planétaire.
Propagation de divers virus et de faux vaccins: Faux virus (Covid, entre autres) préparés dans de vrais laboratoires destinés à cet effet, inoculation de faux vaccins (en réalité, inoculation de maladies, létales à plus ou moins long terme) venant renforcer l’action pas assez destructrice des virus[4] (à la suite d’une erreur technique ?).
- prescription de médicaments dangereux (Rivotril) à une population âgée et captive dans les établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) pendant l’épisode Covid.
- Promotion de l’euthanasie après celle de l’avortement dont s’était chargée avec zèle la ministre Simone Veil[5] ; vente des embryons pour les transformer en produits de beauté « anti-âge ».
- interdiction faite aux médecins par les autorités sanitaires de prescrire des médicaments[6] qui ont prouvé leur efficacité pour toutes sortes de maladies (Hydroxychloroquine, Ivermectine, bleu de méthylène, etc.).
La guerre biologique et bactériologique
- Manipulation du climat qui permet aux forces armées des pays dominants de créer des conditions atmosphériques particulières selon leurs besoins et l’attaque envisagée sur une zone déterminée ou de provoquer des morts et des catastrophes pas du tout naturelles[7] (armes bactériologiques, Système Haarp, etc.)

- épandages aériens massifs de produits chimiques[8] : tous les jours, des avions sillonnent le ciel dans tous les sens, laissant dans l’atmosphère ces traînées blanches que certains trouvent jolies, pour diffuser des métaux lourds et d’autres produits qui ne visent qu’à empoisonner tout ce qui vit sur Terre, à commencer par les humains, puis les plantes et les végétaux dont se nourrissent les humains, puis les animaux[9] dont ils peuvent aussi se nourrir (ou pas); ces produits que nous respirons peuvent atteindre directement nos cerveaux qui perdent une grande capacité de jugement et de réflexion, qui transforment les êtres humains en zombies sans qu’ils s’en aperçoivent; ces produits obscurcissent non seulement notre esprit, mais aussi le Soleil et le ciel; notre ciel est de moins en moins bleu et le Soleil de plus en pâle, ce que nous appelions autrefois le beau temps n’existe plus; les saisons disparaissent au profit d’un magma uniformément gris, sans couleur et sans saveur.
Guerres tous azimuts: Grand Israël et suprématie mondiale des États-Unis
Sous couvert de revendications religieuses fallacieuses, la coalition américano-sioniste fait la guerre au monde entier sans l’avoir jamais déclarée. La réduction de la population se fait aussi directement par la guerre et le massacre des autochtones.
- Le mythe du « Grand Israël »: Dans un article du 22 décembre 2024, Syrie, les racines du chaos, j’évoquais le mythe sioniste du « Grand Israël », mythe expansionniste soutenu avec ferveur par les groupes sionistes avec à leur tête Netanyahu, qui s’appuient sur certains écrits bibliques, « la Terre promise par Dieu aux Enfants d’Israël » pour revendiquer les territoires des pays voisins de l’actuel Israël incluant la Palestine, bien sûr, la Jordanie, le Liban, une partie de la Syrie, de l’Irak, de l’Égypte et de l’Arabie saoudite.

Vaste projet qui n’en est plus un: l’armée de l’Israël sioniste, Tsahal, a attaqué en mars 2026 avec sauvagerie la Cisjordanie et le Liban, faisant des milliers de morts et des millions de personnes expulsées de leurs terres, de leurs villages, de leurs maisons, lesquels sont ensuite systématiquement détruits par les bulldozers de Tsahal, et les sols rendus incultes par des épandages chimiques.
Ces revendications ne reposent pourtant que sur des allégations religieuses, les archéologues n’ayant, par exemple, rien trouvé des vestiges des temples et palais « recouverts d’or » du Xe siècle avant notre ère, comme celui de Salomon, minutieusement décrit par les textes sacrés.
Les première agressions de l’Israël sioniste contre ses voisins date de l’arrivée des premiers colons juifs en Palestine en 1948 et se sont poursuivies jusqu’à nos jours comme l’indique la chronologie ci-jointe[10].
Le rêve de Trump: la suprématie mondiale. Si le rêve de l’Israël sioniste semble se contenter de soumettre la quasi-totalité des pays qui l’entourent en les détruisant, l’Amérique de Trump semble vouloir l’imiter en investissant une zone bien plus large. Dans son article de géopolitique du 31 mars 2026, Découvrez la "Grande Amérique du nord", le "périmètre de sécurité" des États-Unis, Pierre Haski, commente : « L’affaire était suffisamment importante pour être annoncée en pleine guerre au Moyen-Orient impliquant l’armée des États-Unis. C’est Pete Hegseth, le secrétaire à la Guerre de Donald Trump, qui a révélé le nouveau concept il y a quelques jours : la "grande Amérique du Nord", c’est son nom, une vaste zone située au nord de l’Équateur. Il s’agit selon lui du "périmètre de sécurité" des États-Unis.

Cette zone englobe les États-Unis, mais aussi plusieurs États souverains comme le Canada, le Mexique, et même, selon l’indication géographique donnée par le ministre, la Guyane française. "De l’Équateur au Groenland, de l’Alaska à la Guyane", a-t-il expliqué. […] Il s’agit ni plus ni moins que d’un remodelage du monde. L’administration Trump s’y emploie depuis le premier jour, après avoir décrété la mort de l’ordre international issu de la Seconde Guerre mondiale.
Donald Trump estime qu’il a tous les droits dans son hémisphère, au nord comme au sud, comme il l’a prouvé au Venezuela en janvier, en capturant le président Nicolas Maduro, et comme il le montre à Cuba, soumis à un blocus pétrolier à l’impact sévère. Hier, c’est Trump qui a autorisé un tanker russe à rejoindre Cuba ; c’est lui qui a droit de vie et de mort sur l’île, en dehors de toute règle de droit. »
Cette expansion mondiale envisagée (et elle aussi, déjà en cours) par Donald Trump s’insère dans le droit fil de la volonté hégémonique de l’empire étatsunien. Il suffit de consulter l’impressionnante liste ci-après des agressions américaines sur de nombreux états souverains dans le monde depuis la fin de la deuxième guerre mondiale pour s’en persuader, et encore la liste n’est-elle pas à jour depuis 2022.
Les roquets européens: il existe une troisième entité, vassale des deux autres que je viens de citer, tout aussi belliqueuse, mais plutôt comme un roquet qui se contente d’aboyer, dirigée par un personnage tout aussi cinglé que Trump et Netanyahou, je veux parler, bien sûr de l’Union européenne, sous la férule illégitime d’Ursula von der Leyen, à la tête d’une coalition de dirigeants européens que personne ne peut prendre au sérieux.

Ces gens ont l’intention de déclarer la guerre à la Russie, qui ne leur a rien fait, en envoyant au casse-pipe ces pauvres Ukrainiens que leur président Zelensky, tout aussi illégitime que von der Leyen, (il n’est plus président de l’Ukraine depuis 2024) laisse à disposition de cette coalition de psychopathes, comme de la simple chair à canon, ce qui constitue sa contribution à l’effort de dépeuplement mondial.

Cette « Europe de Bruxelles » semble se donner comme alibi pour déclencher cette guerre contre la Russie un projet qui a vu le jour au XIXe siècle, « l’Intermarium », dont la nouvelle mouture a été décrite par Christian Bouchet dans son article, Intermarium, l’extrême-droite contre le continent [11] paru sur geopolitika.ru le 19 septembre 2017: «Le projet Intermarium que défend le Parti du corps national, le régiment Azov et le Groupe d’assistance au développement de l’Intermarium, n’est pas limité, comme son nom pourrait le laisser penser à l’union des États entre les mer Baltique et Noire mais est plutôt celui d’une Union Européenne alternative aux frontières mal définies fondée sur une idéologie largement inspirée par le national-socialisme et hostile à la Russie. Là où le projet d’Intermarium traditionnel se contente de doter la région Baltique-Mer Noire d’outils de défense du point de vue militaire et de capacités du point de vue diplomatique, le Parti du corps national, le régiment Azov et le Groupe d’assistance au développement de l’Intermarium souhaitent bâtir une société à part devant servir de tremplin à une révolution nationaliste en Europe».
Une analyse qui ne fait que confirmer les origines nazies des structures européennes créées par la CIA, que nous avions évoquées dans cet article du 13 août 2025: Nos dirigeants européens sont-ils des créatures façonnées par les derniers nazis survivants? et leur accointance naturelle avec l’Ukraine de Zelensky.
Notes:
[1] Le Malin est malin: des lots de vaccins sont éminemment nocifs et ravageurs, tandis que d’autres sont inoffensifs, ceci afin que les populations ne puissent pas soupçonner un complot; il se trouvera ainsi toujours quelqu’un pour vous dire qu’il a été vacciné sans aucun dommage ultérieur. En quelque sorte, une roulette russe; encore la faute de Poutine ?
[2] Voir mes articles du 14 février 2026: L’affaire Epstein? Nous en avions tout dit il y a 5 ans, du 19 décembre 2025: Comment s’est formé le Système globaliste et comment fonctionne-t-il? et du 6 février 2021: Mais quelle est cette secte qui dirige le monde?
[3] Voir notre série de 5 articles rédigés en avril-mai 2026 regroupés sous le titre: «Les Convergences maléfiques». Cette série fera bientôt l’objet d’un ouvrage du même nom édité chez Amazon.
[4] Il faut écouter Ursula Von der Leyen qui s’exprime lors du Global Citizen Festival (au moins, on annonce la couleur) d’un monde « meilleur » (celui d’Orwell?) grâce au vaccin : https://www.facebook.com/reel/1335509808457024?locale=fr_FR
[5] Environ 200.000 avortements annuels; dix millions de petits Français n’ont pas vu le jour dans une France qui est en régression démographique depuis la promulgation de la loi Veil le 17 janvier 1975.
Article du 5 mars 2024: L’avortement gravé dans le marbre de la Constitution: Pulsion de mort ou suicide assisté de la France?

[6] Agnès Buzyn, alors ministre de la Santé, a fait classer sur la liste II des substances vénéneuses l'hydroxychloroquine sous toutes ses formes le 13 janvier 2020, alors que ce médicament est recommandé par le professeur Raoult pour lutter contre le Covid. Le 10 septembre 2021, Agnès Buzyn est mise en examen pour mise en danger de la vie d’autrui pour sa gestion de la crise Covid, le 31 décembre 2021, moins de 2 mois après, elle est nommée au grade de chevalier dans l'ordre national de la Légion d'honneur ; étonnant, non?
Agnès Buzyn a été la bru de Simone Veil, ayant épousé un fils de cette dernière en premières noces; en secondes noces, elle épouse Yves Lévy, directeur général de l'Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale); la presse l’accuse alors de créer un conflit d’intérêts.

[7] Nouvelles images diffusées par des médias libanais: l’aviation israélienne a largué du phosphore blanc sur la ville de Zawtar, dans le sud du Liban. Cette munition incendiaire, interdite en zones peuplées par le droit international, provoque des brûlures atroces qui continuent de s’aggraver au contact de l’air et ne s’éteignent pas avec l’eau.
https://www.facebook.com/reel/1625548455403553?locale=fr_FR
[8] Article du 17 juillet 2024: J’aime l’odeur du napalm au petit matin
[9] Les épandages sont effectués en haute altitude mais aussi directement sur les plantations en basse altitude par drones, comme nous le montre cette vidéo. Les paysans, harcelés, se défendent avec leurs pauvres moyens : https://www.facebook.com/reel/1056489053370702?locale=fr_FR
[10] Voir la chronologie des agressions et des massacres perpétrés par Tsahal depuis cette date.
[11] https://www.geopolitika.ru/fr/article/intermarium-lextreme-droite-contre-le-continent?utm_referrer=https%3a%2f%2fwww.google.com%2f
14:57 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, population mondiale |
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Une exigence civilisationnelle
par Georges Feltin-Tracol
L’année dernière, le Gaulois Jean-Yves Le Gallou publiait ses Mémoires identitaires. 1968 – 2025 : les dessous du « Grand Basculement » (Via Romana), soit plus d’un demi-siècle de luttes intellectuelles, politiques et militantes. La parution de cet ouvrage ne signifiait pourtant pas une quelconque retraite de la part du président-fondateur de Polémia. Bien au contraire puisqu’en partenariat avec les Éditions de la Nouvelle Librairie, l’Institut Iliade pour la longue mémoire vient de publier son nouvel essai roboratif, Remigration. Pour l’Europe de nos enfants (2026, 140 p., 14,90 €).
Toujours écrit dans un style concis et percutant, Jean-Yves Le Gallou définit la nécessaire réémigration des populations extra-européennes présentes sur notre sol. Lui-même auteur en 2024 de Remigration. Ein Verschlag aux éditions Antaios, le militant identitaire autrichien Martin Sellner en a rédigé la préface.
Souvent persécuté par les régimes occidentaux, victime de cent seize violences bancaires ordinaires, soit des fermetures de compte arbitraires, perquisitionné et placé en garde à vue, Martin Sellner n’a jamais fréquenté Jeffrey Epstein, Bill Clinton et Bill Gates; il ne dirige pas non plus un réseau intersidéral de narco-trafic. Son crime? Oser promouvoir dans l’opinion publique la vertu cardinale de remigration. C’est surtout à ses yeux une urgence. La prôner signifie en priorité que « l’Europe doit s’unir sous la bannière de la remigration et accomplir cette œuvre monumentale, ou bien elle sombrera à jamais dans l’échec ».
En dix parties courtes et incisives, Jean-Yves Le Gallou explique en quoi c’est « une constante de l’histoire du monde ». En effet, les exemples abondent: les États africains n’hésitent jamais à rapatrier de force dans leurs pays d’origine leurs propres frères africains de nationalité différente. Les épurations ethniques des Allemands des anciennes provinces orientales en 1945, des Pieds-Noirs d’Algérie en 1962 et des Palestiniens depuis 1948 sont des faits avérés incontestables.
L’ancien haut-fonctionnaire attaché à l’Inspection générale de l’administration assume cette option radicale. Elle représente désormais une réponse sérieuse et censée au « Grand Remplacement » démographique que les pisse-copie du Système, menteurs stipendiés et assassins par procuration, persistent à qualifier comme une théorie « complotiste, criminelle et raciste ».

Deux générations de militants: J.-Y. Le Gallou et Martin Sellner.
Jean-Yves Le Gallou expose les modalités pratiques de cette exigence vitale. Il faut se heurter à Big Other et ses séides, à savoir « le sans-frontiérisme, le droit-de-l’hommisme, l’ouverture à l’autre poussé jusqu’à la négation des différences d’origine – et de nous-mêmes ». Ainsi dénonce-t-il « cette doxa [qui] s’impose dans les esprits par les médias de grand chemin et se traduit concrètement, dans les faits, par l’action conjointe des responsables politiques et des juges ».
Son instauration suppose au préalable d’abolir la tyrannie judiciaire et le funeste « État de droit », négateur des souverainetés nationale et populaire. Il faut toujours rappeler que « le prétendu “ État de droit ” repose abusivement sur la surinterprétation de propos généraux, issus d’une pyramide de textes et de juridictions ». Progressiste en diable, la présente «idéologie judiciaire» qui contamine les États européens « tourne autour de trois pôles : l’individualisme, le culte des minorités, la soumission à la supranationalité et au mondialisme ». La réponse la plus évidente pour l’abandon de ce carcan mortifère se nomme le JUGEXIT. L’autorité judiciaire – qui n’est donc pas un pouvoir en France – doit se soumettre à nouveau à la seule volonté des citoyens et de leurs émanations exécutives et parlementaires.
La remigration nécessite l’arrêt de l’immigration (« la grande pause »), ainsi que l’application simultanée de la préférence nationale, théorisée par le même Le Gallou au sein du Club de l’Horloge en 1985 dans un livre marquant, et d’une « préférence de civilisation [qui] rappellera que, dans l’accès à la culture et à l’éducation, tous les héritages ne sont pas à mettre sur le même plan: 5000 ans de civilisation européenne, quinze siècles de chrétienté, un millénaire d’histoire nationale doivent conduire à laisser de côté les mœurs étrangères venues d’Afrique ou du monde musulman ».
Jean-Yves Le Gallou s’élève en outre contre les mensonges propagées en matière d’immigration de travail. Il observe que « dans pratiquement tous les pays d’Europe, les immigrés ont statistiquement des taux d’emploi inférieurs aux moyennes nationales et reçoivent davantage d’aides sociales. Leur bilan budgétaire est donc désastreux ». Une mise au point de bon aloi alors que sort en librairie aux éditions gauchistes Les Petits Matins Sans eux. La France sans les immigrés. L’essayiste Hakim El Karoui, l’économiste Guillaume Hannezo et le directeur du cercle de pensée Terra Nova, Thierry Pech, cosignent un roman de politique-fiction qui se veut dystopique dans lequel la remigration retirerait toute main-d’œuvre étrangère dans les EHPAD et les hôpitaux et plongerait la France dans le chaos. L’Hexagone y est déjà ! Ce trio ignore complètement le rôle décisif de l’intelligence artificielle (IA) et de la robotisation des tâches les plus courantes. Jean-Yves Le Gallou, lui, ne l’évite pas. Il estime plutôt que l’IA fera « disparaître des emplois de bureau et [… poussera] des cols blancs à se convertir en cols bleus » et aussi en nouveaux agriculteurs-éleveurs.
Cependant, le funeste trinôme n’a pas tort de se référer à une économie moderne consumériste droguée à l’apport étranger à bas coût. Jean-Yves Le Gallou n’aborde pas les retombées économiques immédiates de la remigration dans des sociétés ouvertes ultramodernes. Son impact peut d’ailleurs s’avérer un échec retentissant si perdurent les conditions actuelles de production et de consommation.
Les cercles anarcho-royalistes du Lys Noir de feu Rodolphe Crevelle envisageaient sa mise en place dans un système autarcique. On peut ensuite l’intégrer dans un grand espace continental autocentré en lien avec une décroissance radicale. Son principal théoricien, Serge Latouche, propose de revenir au niveau de vie des Français au début des années 1960. On peut toutefois pencher pour un niveau de vie semblable à celui des années 1941–1942 ainsi que par l’établissement d’une économie duale avec un large secteur stratégique – étatique et/ou para-étatique - ultra-concurrentiel.
La remigration devient un impératif. « Dans une Europe en dépression, la remigration peut être un mythe mobilisateur, un projet porteur d’espoir ». Jean-Yves Le Gallou la considère en « mythe qui peut permettre aux peuples de reprendre le pouvoir accaparé par les oligarchies ». Il se révèle dès lors indispensable « de développer une conscience commune. Identitaires européens, unissez-vous ! ». Certes, le renversement démographique « remplaciste » approche inexorablement, mais rien n’est encore perdu à la condition toutefois que les Européens, peuple autochtone d’Europe, fassent enfin de la remigration, le fer de lance et la clé de voûte de leur avenir.
GF-T
13:30 Publié dans Actualité, Livre, Livre, Nouvelle Droite | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, remigration, nouvelle droite, jean-yves le gallou, livre, immigration |
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De la géographie sacrée à la géopolitique
Alexandre Douguine
Les concepts géopolitiques ont longtemps été le facteur le plus important dans la politique moderne. Ces concepts sont basés sur des principes généraux qui permettent d'analyser facilement la situation de n'importe quel pays.
La géopolitique comme science « intermédiaire »
Les concepts géopolitiques ont longtemps été le facteur le plus important dans la politique moderne. Ces concepts reposent sur des principes généraux qui permettent d'analyser aisément la situation de tout pays et de toute région particulière.
Dans la forme qu’elle revêt aujourd’hui, la géopolitique est indubitablement une science profane, « mondaine », laïque. Cependant, parmi toutes les sciences modernes, c’est la géopolitique qui a conservé le plus grand lien avec la Tradition et les sciences traditionnelles.
René Guénon disait que la chimie moderne est le produit de la désacralisation de la science traditionnelle de l’alchimie, tout comme la physique moderne trouve ses origines dans la magie.
De la même manière, on pourrait dire que la géopolitique moderne est le produit de la sécularisation et de la désacralisation d’une autre science traditionnelle: celle de la géographie sacrée. Étant donné que la géopolitique occupe une place particulière parmi les sciences modernes et qu’elle est souvent considérée comme une « pseudo-science », sa profanation n’est pas aussi complète ni irréversible que dans le cas de la chimie ou de la physique. La relation de la géopolitique avec la géographie sacrée est donc assez nettement visible à cet égard. Par conséquent, on peut dire que la géopolitique occupe une position intermédiaire entre la science traditionnelle (la géographie sacrée) et la science profane.

Terre et Mer
Les deux concepts essentiels de la géopolitique sont la Terre et la Mer. Ce sont ces deux éléments – la Terre et l’Eau – qui sont à l’origine de l’imagination qualitative que l’humain a de l’espace terrestre. En expérimentant la terre et la mer, la terre et l’eau, l’homme entre en contact avec les aspects fondamentaux de son existence. La terre représente la stabilité, la gravité, la fixité, l’espace en soi. L’eau symbolise la mobilité, la douceur, le dynamisme et le temps.
Ces deux éléments sont, dans leur essence, les manifestations les plus évidentes de la nature matérielle du monde. Ils se tiennent hors de l’homme: tout est lourd et fluide. Ils sont aussi en lui: dans le corps et le sang. Il en va de même au niveau cellulaire.
L’universalité des expériences de la terre et de l’eau donne lieu au concept traditionnel du Firmament, puisque la présence des Eaux Supérieures (la source de la pluie) dans le ciel implique aussi la présence d’un élément symétrique et nécessaire – la terre, la terre ferme, la voûte céleste.
Ensemble, la Terre, la Mer et l’Océan constituent en essence les grandes catégories de l’existence terrestre, et il est impossible pour l’humanité de ne pas y voir certains attributs fondamentaux de l’univers. En tant que deux termes fondamentaux de la géopolitique, ils conservent leur signification aussi bien pour les civilisations de type traditionnel que pour les États, peuples et blocs idéologiques exclusivement modernes. Au niveau des phénomènes géopolitiques globaux, la Terre et la Mer génèrent les termes de Thalassocratie et Tellurocratie, c’est-à-dire « pouvoir par la mer » et « pouvoir par la terre » – la puissance maritime et la puissance terrestre.

La force de tout État ou empire repose sur le développement préférentiel de l’une de ces deux catégories. Les empires sont soit thalassocratiques, soit tellurocratiques. Les premiers impliquent l’existence d’un pays mère et de colonies, les seconds d’une capitale et de provinces sur « terre commune ». Dans le cas de la thalassocratie, son territoire n’est pas unifié en un seul espace terrestre, ce qui crée un élément de discontinuité. La mer est à la fois la force et la faiblesse du pouvoir thalassocratique. La tellurocratie, au contraire, se caractérise par la continuité territoriale.
La logique géographique et cosmologique complique immédiatement ce modèle apparemment simple de division: la paire « terre-mer », par la superposition réciproque de ses éléments, donne naissance aux idées de « terre maritime » et de « terre-eau ». La terre maritime est une île, c’est-à-dire la base de l’empire maritime, le pôle de la thalassocratie. « Terre-eau » ou eau dans la terre désigne les rivières, qui déterminent le développement des empires terrestres. Sur la rivière, on trouve la ville, la capitale, le pôle de la tellurocratie. Cette symétrie est symbolique, économique et géographique à la fois. Il est important de noter que le statut d’Île et de Continent est défini non pas tant par la grandeur physique que par les particularités de la conscience typique de leurs populations. Ainsi, la géopolitique des États-Unis est de nature insulaire malgré l’immensité de l’Amérique du Nord, tandis que l’île du Japon représente géopolitiquement la mentalité continentale, etc.

Un autre détail est pertinent: historiquement, la tellurocratie est liée à l’Occident et à l’océan Atlantique, tandis que la thalassocratie est associée à l’Est et au continent eurasien. L’exemple mentionné plus haut du Japon s’explique ainsi par l’effet d’attraction plus fort de l’Eurasie.
La thalassocratie et l’Atlantisme sont devenus synonymes bien avant l’expansion coloniale de la Grande-Bretagne ou les conquêtes portugaises et espagnoles. Bien avant les premières vagues de migration maritime, les peuples de l’Occident et leurs cultures avaient déjà commencé leur déplacement vers l’Est à partir de leurs centres situés dans l’Atlantique. La Méditerranée fut également maîtrisée de Gibraltar au Moyen-Orient, et non l’inverse. Par ailleurs, des fouilles en Sibérie orientale et en Mongolie montrent qu’il existait jadis là-bas des foyers de civilisation, ce qui signifie que ce ne furent pas d’autres que les terres centrales du continent qui furent le berceau de l’humanité eurasienne.
Le symbolisme du paysage
Outre ces deux catégories mondiales de la Terre et de la Mer, la géopolitique fonctionne aussi avec des définitions plus particulières. Les formations maritimes et océanique peuvent être différenciées parmi les réalités thalassocratiques. Par exemple, les civilisations maritimes de la mer Noire ou de la Méditerranée sont plutôt qualitativement différentes des civilisations des océans, c’est-à-dire des puissances insulaires et des peuples vivant sur les côtes de l’océan ouvert. Des divisions plus particulières existent aussi entre civilisations fluviales et lacustres en relation avec les continents.

La tellurocratie a aussi ses formes particulières. On peut distinguer la civilisation de la Steppe et celle de la Forêt, la civilisation des Montagnes et celle des Plaines, la civilisation du Désert et celle de la Glace.
En géographie sacrée, la diversité des paysages est comprise comme des complexes symboliques liés aux particularités de l’État, des idéologies religieuses et éthiques des différents peuples. Même dans le cas d’une religion universaliste ou œcuménique, la concrète incarnation de celle-ci dans un peuple, une race ou un État sera soumise à une adaptation au contexte géographique sacré local.

Les déserts et les steppes représentent le microcosme géopolitique des nomades, et c’est précisément dans les déserts et sur les steppes que la tendance tellurocratique atteint son apogée, puisque le facteur « eau » y est peu présent. Les empires désertiques et steppiques doivent donc logiquement constituer les tremplins géopolitiques de la tellurocratie. À titre d’exemple d’un empire de la Steppe, on pourrait considérer l’Empire de Gengis Khan. Un exemple typique d’un empire du Désert fut le Califat arabe, qui naquit sous l’influence directe des nomades.
Les montagnes et les civilisations montagnardes sont plus souvent qu’autrement archaïques et fragmentaires. Les pays montagnards ne sont généralement pas des sources d’expansion ; en fait, ils tendent à rassembler les victimes de l’expansion géopolitique d’autres forces tellurocratiques. Aucune empire n’a son centre dans une région montagneuse. D’où la maxime souvent répétée de la géographie sacrée: «Les montagnes sont habitées par des démons».
D’un autre côté, l’idée que les montagnes peuvent conserver les traces résiduelles d’anciennes races et civilisations se retrouve dans le fait que ce sont précisément dans les montagnes que se trouvent les centres sacrés de la Tradition. On pourrait même dire que les montagnes correspondent à une sorte de puissance spirituelle dans la tellurocratie.

La combinaison logique des deux concepts – la montagne comme modèle hiératique et le désert comme modèle royal – donne le symbolisme de la colline, c’est-à-dire une hauteur petite ou moyenne. La colline est un symbole de la puissance impériale s’élevant au-dessus du niveau séculier de la steppe, mais elle n’atteint pas la limite du pouvoir suprême comme c’est le cas avec les montagnes. Une colline est un lieu de résidence pour un roi, un comte, un empereur, mais pas pour un prêtre. Toutes les capitales de grandes empires tellurocratiques sont situées sur une colline ou plusieurs (souvent sept, en référence aux sept planètes ; ou cinq, en référence aux cinq éléments, y compris l’éther, etc.).

La forêt, en géographie sacrée, est similaire aux montagnes dans un sens précis. Le symbolisme de l’arbre correspond à celui de la montagne (les deux désignent l’axe du monde). Par conséquent, dans les tellurocraties, la forêt joue aussi un rôle périphérique, puisqu’elle est aussi le « lieu des prêtres » (les druides, les magi, les hermites), mais aussi en même temps le « lieu des démons », c’est-à-dire des résidus archaïques d’un passé disparu. Ainsi, une forêt ne peut pas servir de centre à un empire terrestre.
La toundra représente l’analogie nordique de la steppe et du désert, même si le climat froid la rend beaucoup moins significative d’un point de vue géopolitique. Cette « périphéricité » atteint son apogée avec les icebergs qui, de même que les montagnes, sont des zones profondément archaïques. Il est significatif que la tradition chamane eskimo appelle à un futur chaman pour partir seul sur la glace, d’où le monde au-delà lui sera ouvert. Ainsi, la glace est une zone hiératique, le seuil d’un autre monde.
En tenant compte de ces caractéristiques essentielles et générales de la carte géopolitique, il est possible de définir les différentes régions de la planète selon leurs qualités sacrées. Cette méthode peut aussi s’appliquer aux particularités locales d’un paysage, au niveau de chaque pays ou même de chaque localité. Il est également possible de suivre la convergence des idéologies et des traditions de peuples apparemment très divers.
L’Orient et l’Occident en géographie sacrée
Dans le cadre de la géographie sacrée, les directions cardinales possèdent une nature particulière, qualitative. Les visions de la géographie sacrée peuvent varier selon les traditions et les périodes, en fonction des phases cycliques du développement d’une tradition donnée. D’où la variation fréquente des fonctions symboliques des directions cardinales. Sans entrer dans les détails, il est possible de formuler la loi la plus universelle de la géographie sacrée concernant l’Est et l’Ouest.

La géographie sacrée, sur la base du « symbolisme cosmique », considère traditionnellement que l’Est est la « terre de l’Esprit », la terre paradisiaque, la terre de la perfection, de l’abondance, la « patrie » sacrée dans sa forme la plus pleine et complète. En particulier, cette idée se reflète dans la Bible, où l’Éden occupe une position orientale.
La même compréhension caractérise d’autres traditions abrahamiques (Islam et Judaïsme), ainsi que beaucoup d’autres traditions non abrahamiques, telles que les traditions chinoise, hindoue et iranienne. « L’Est est la demeure des dieux », affirme la formule sacrée des anciens Égyptiens, et le mot même « Est », ou neter en égyptien, signifiait simultanément « dieu ». D’un point de vue du symbolisme naturel, l’Est est l’endroit où le soleil, la Lumière du Monde, le symbole matériel de la Divinité et de l’Esprit, se lève, ou vostekeat en russe, d’où le mot russe pour « Est », vostok.

L’Ouest a une signification symbolique opposée. C’est la « terre de la mort », le « monde sans vie », le « pays vert » (tel que l’appelaient les anciens Égyptiens). L’Ouest est « l’empire de l’exil » et « la fosse des rejetés », selon les expressions des mystiques islamiques. L’Ouest est l’« anti-Est », le pays où le soleil se couche (zakat en russe), le déclin, la décadence, la transition du manifeste au non-manifesté, de la vie à la mort, de la totalité à la nécessité, etc. L’Ouest [zapad en russe] est l’endroit où le soleil descend, où il « s’enfonce » (zapadaet).
C’est selon cette logique du symbolisme cosmique naturel que les anciennes traditions organisaient leur « espace sacré », fondaient leurs centres cultuels, leurs lieux de sépulture, leurs temples et édifices, et interprétaient les caractéristiques naturelles et « civilisatrices » des territoires géographiques, culturels et politiques de la planète. Ainsi, la structure même des migrations, des guerres, des campagnes, des vagues démographiques, de la construction des empires, etc., était définie par la logique pragmatique et primordiale de la géographie sacrée.
Les peuples et civilisations aux caractères hiérarchiques s’étendaient selon l’axe Est-Ouest – plus ils étaient proches de l’Est, plus ils étaient proches du Sacré, de la Tradition, de l’abondance spirituelle. Plus ils s’approchaient de l’Ouest, plus l’Esprit se décomposait, se dégradait et mourait.
Bien sûr, cette logique n’a pas toujours été absolue, mais elle n’a pas non plus été si mineure ni relative comme beaucoup de « profanes » l’ont si à tort considéré aujourd’hui. En réalité, la logique sacrée et la lecture du symbolisme cosmique étaient beaucoup plus consciemment reconnues, comprises et pratiquées par les peuples anciens qu’on ne le croit aujourd’hui. Même dans notre monde anti-sacre, les archétypes de la géographie sacrée sont presque toujours conservés dans leur intégrité au niveau de l’« inconscient », et se réveillent lors des moments les plus importants et critiques des cataclysmes sociaux.

Ainsi, la géographie sacrée affirme de manière univoque la loi de la « spatialité qualitative », dans laquelle l’Est représente le « plus ontologique » symbolique, et l’Ouest le « moins ontologique ». Selon la tradition chinoise, l’Est est Yang, ou le principe mâle, lumineux, solaire, et l’Ouest est Yin, le principe féminin, sombre, lunaire.
L’Orient et l’Occident en géopolitique moderne
Voyons maintenant comment cette logique géographique sacrée se reflète dans la géopolitique, qui, en tant que science exclusivement moderne, se limite à fixer la configuration factuelle des affaires, en laissant de côté ses principes sacrés eux-mêmes, hors de son cadre et de la représentation.
La géopolitique dans sa formulation originelle par Ratzel, Kjellén et Mackinder (et plus tard par Haushofer et les Eurasianistes russes) partait des particularités de différents types de civilisations et d’États en relation avec leur dépendance à la disposition géographique. Les géopoliticiens ont établi qu’il existe une différence fondamentale entre les puissances « insulaires » et « continentales », entre la civilisation « occidentale », « progressiste » et la forme culturelle « orientale », « despotiques » et « archaïques ».
Dans la mesure où la question de l’Esprit dans sa compréhension métaphysique et sacrée n’est généralement jamais soulevée dans la science moderne, les géopoliticiens l’ont aussi écartée, préférant évaluer la situation en termes plus modernes que ceux du « sacré », du « profane », du « traditionnel » ou de l’« anti-traditionnel », etc.
Les géopoliticiens ont identifié des différences majeures entre le développement politique, culturel et industriel des régions orientales et occidentales au cours des derniers siècles. Le tableau qui en découle est le suivant : l’Occident est le centre du « développement » matériel et technologique. Sur le plan culturel et idéologique, ce sont les tendances « libérales-démocratiques » et les visions du monde individualistes et humanistes qui prédominent en Occident.

Sur le plan économique, la priorité est donnée au commerce et à la modernisation technologique. Les théories du « progrès », de « l’évolution » et du « développement progressif de l’histoire », qui sont totalement étrangères au monde traditionnel oriental (et aussi à l’histoire occidentale durant les périodes où la tradition sacrée était encore en place, comme au Moyen Âge), sont apparues pour la première fois en Occident. Sur le plan social, la coercition en Occident n’a acquis qu’un caractère économique, et la Loi de l’Idée et de la Force a été progressivement remplacée par la Loi de l’Argent.
Une « idéologie occidentale » particulière s’est peu à peu imposée, sous la formule universelle de « l’idéologie des droits de l’homme », qui est devenue le principe dominant dans les régions les plus occidentales de la planète – principalement en Amérique du Nord, en particulier aux États-Unis. Sur le plan industriel, cette idéologie a correspondu à la notion de « pays développés », et sur le plan économique, elle est liée aux concepts de « marché libre » et de « libéralisme économique ».
L’ensemble de ces caractéristiques, avec l’intégration stratégique et militaire de différentes secteurs de la civilisation occidentale, est aujourd’hui défini par le concept d’« Atlantisme ». Au siècle dernier, les géopoliticiens parlaient de la « civilisation anglo-saxonne » ou de la « démocratie capitaliste bourgeoise », mais depuis, « l’Occident géopolitique » a trouvé sa plus pure incarnation dans la forme « atlanticiste ».

L’Orient géopolitique représente l’opposé direct de l’Occident géopolitique. Au lieu de la modernisation économique, ce sont ici (dans les « pays moins développés ») des modes de production traditionnels, archaïques, du type corporatif ou artisanal, qui prédominent.
Au lieu de la coercition économique, l’État emploie plus souvent des formes de coercition « morale » ou simplement physique (la Loi de l’Idée et la Loi de la Force). Au lieu de la « démocratie » et des « droits de l’homme », l’Orient gravite autour du totalitarisme, du socialisme et de l’autoritarisme, c’est-à-dire autour de divers types de régimes sociaux dont la seule caractéristique commune est que le centre de leurs systèmes n’est pas « l’individu » ou « l’homme » avec ses « droits » et ses « valeurs individuelles » particulières, mais quelque chose de supra-individuel, de supra-humain, que ce soit « la société », « la nation », « le peuple », « l’idée », « la Weltanschauung », « la religion », « le culte du chef », etc.

L’Orient contredit la démocratie libérale occidentale par une diversité de types de sociétés non libérales, non individualistes, allant des monarchies autoritaires aux théocraties ou au socialisme. De plus, d’un point de vue purement typologique et géopolitique, la spécificité politique de tel ou tel régime est secondaire par rapport à la division qualitative entre « l’ordre occidental » (= « individualiste, mercantile ») et « l’ordre oriental » (= « supra-individuel – basé sur la force »). L’URSS, la Chine communiste, le Japon jusqu’en 1945 et l’Iran de Khomeini ont été des formes représentatives de cette civilisation anti-occidentale.
Il est curieux de noter que Rudolf Kjellén (photo), le premier à avoir forgé le terme «géopolitique», illustra les différences entre l’Ouest et l’Est par l’exemple suivant :
«Une phrase typique de l’Américain ordinaire», écrit Kjellén, «est ‘vas-y’, qui signifie littéralement ‘va en avant’. Cela reflète l’optimisme géopolitique intérieur et intrinsèque, et le ‘progressisme’ de la civilisation américaine, qui est la forme extrême du modèle occidental. Les Russes, quant à eux, répètent habituellement le mot nichego [‘rien’]. Cela manifeste le ‘pessimisme’, la ‘contemplation’, le ‘fatalisme’ et l’‘adhérence à la tradition’ propres à l’Est».
Si l’on revient maintenant au paradigme de la géographie sacrée, on voit un antagonisme direct entre les priorités de la géopolitique moderne (des concepts comme « progrès », « libéralisme », « droits de l’homme » et « ordre commercial » sont aujourd’hui des termes positifs pour la majorité des gens), et celles de la géographie sacrée, qui évaluent les différents types de civilisations d’un point de vue complètement opposé (du point de vue de tels concepts que « esprit », « contemplation », « soumission à une force ou une idée surhumaine », « idéocratie », etc., qui dans les civilisations sacrées sont exclusivement positifs, et le restent encore aujourd’hui pour les peuples orientaux au niveau de l’« inconscient collectif »).
La géopolitique moderne (à l’exception des Eurasianistes russes, des élèves allemands de Haushofer, des fondamentalistes islamiques, etc.) analyse et conçoit le monde d’un point de vue opposé à celui de la géographie sacrée traditionnelle. Mais, dans ce, les deux sciences convergent encore dans leur description des lois fondamentales de l’image géographique des civilisations.
Le Nord sacré et le Sud sacré
Outre le déterminisme géographique sacré selon l’axe Est-Ouest, un problème extrêmement pertinent est posé par une autre orientation ou axe vertical – celui du Nord-Sud. Ici, comme dans tous les autres cas, les principes de la géographie sacrée, le symbolisme des points cardinaux, et les continents liés à chacun d’eux, ont un analogue direct dans l’image géopolitique du monde, qui se construit soit naturellement au fil du processus historique, soit de manière consciente et artificielle en tant que résultat des actions délibérées des dirigeants de telle ou telle formation géopolitique.
Du point de vue de la Tradition intégrale, la différence entre « artificiel » et « naturel » est généralement plutôt relative, puisque la Tradition n’a jamais connu de dualismes cartésiens ou kantien qui séparent strictement le « subjectif » et l’« objectif » (ou le « phénoménal » et le « nouménal »). Par conséquent, le déterminisme sacré du Nord ou du Sud n’est pas seulement un facteur physique, naturel ou climatique (c’est-à-dire quelque chose d’« objectif »), ni simplement une « idée » ou un « concept » généré par l’esprit des individus (c’est-à-dire quelque chose de « subjectif »).

C’est une sorte de troisième forme, supérieure à ces deux pôles, objective et subjective. On pourrait dire que le Nord sacré, ou l’archétype du Nord, s’est au cours de l’histoire divisé en deux : d’un côté, le paysage naturel du Nord, et de l’autre, l’idée du Nord, ou « Nordisme ».
La couche la plus ancienne et la plus primordiale de la Tradition affirme sans équivoque la primauté du Nord sur le Sud. Le symbolisme du Nord correspond à la Source, au paradis nordique originel dont toute civilisation humaine tire son origine. Les textes anciens iraniens et zoroastriens parlent du pays du Nord, Airyana Vaeja, avec sa capitale Vara, d’où furent expulsés les anciens Aryens par une glaciation envoyée par Ahriman, l’esprit du Mal et opposant d’Ormuzd, la lumière.

Les Védas anciens évoquent aussi une terre du Nord comme la patrie ancestrale des Hindous, le Śveta-dvīpa, la Terre Blanche située dans l’Extrême Nord. Les Grecs anciens parlaient d’Hyperborée, l’île du Nord avec sa capitale Thulé. Cette terre était considérée comme le foyer du dieu lumineux Apollon. Dans de nombreuses autres traditions, on peut déceler les traces les plus anciennes, souvent oubliées et fragmentaires, de ce symbolisme « nordique ».
L’idée fondamentale traditionnellement associée au Nord est celle du Centre, du Pôle Immobile, du point d’Éternité autour duquel tourne non seulement le cycle de l’espace, mais aussi celui du temps. Le Nord est la terre où le soleil ne se couche jamais, même la nuit, c’est l’espace de la lumière éternelle. Chaque tradition sacrée honore le Centre, le Milieu, le point où convergent les contrastes, le lieu symbolique qui n’obéit pas aux lois de l’entropie cosmique.
Ce Centre, dont le symbole est la Svastika (qui met en relief à la fois l’immobilité et la constance du Centre, et la mobilité et la changeabilité de la périphérie), a acquis différents noms selon chaque tradition, mais il a toujours été directement ou indirectement lié au symbolisme du Nord. Par conséquent, on peut dire que toutes les traditions sacrées sont, en essence, la projection de la unique Tradition primordiale du Nord, adaptée à toutes les conditions historiques différentes. Le Nord est le Point Cardinal choisi par le Logos primordial pour se révéler dans l’Histoire, et chacune de ses manifestations n’a fait que recréer ce symbolisme primordial, polaire et paradisiaque.

En géographie sacrée, le Nord correspond à l’esprit, à la lumière, à la pureté, à la complétude, à l’unité et à l’éternité. Le Sud symbolise quelque chose de diamétralement opposé : la matérialité, l’obscurité, le mélange, la privation, la pluralité et l’immersion dans le flux du temps et de l’Être. Même d’un point de vue naturel, dans les zones polaires, il y a un jour semi-annuel long et une nuit semi-annuelle longue. C’est le Jour et la Nuit des dieux et des héros, des anges.
Même les traditions déclinantes se souviennent de ce cardinal sacré, spirituel et surnaturel, du Nord, rappelant que les régions du Nord sont le lieu de résidence des « esprits » et des « forces de l’au-delà ». Au Sud, le Jour et la Nuit des dieux se fragmentent en journées humaines – ici, le symbolisme primordial d’Hyperborée s’est perdu, et ses souvenirs ne sont devenus que des fragments de « culture » ou de « légende ».
Le Sud correspond généralement à la culture, c’est-à-dire à cette sphère d’activité humaine où l’Invisible et le Spirituel pur acquièrent des contours matériels, durcis, visibles. Le Sud est le règne de la substance, de la vie, de la biologie et des instincts. Le Sud corrompt la pureté nordique de la Tradition, mais en conserve les traces dans ses traits matérialisés.
La paire Nord-Sud dans la géographie sacrée ne se réduit pas à une opposition abstraite entre le Bien et le Mal. C’est plutôt l’opposition entre l’Idée Spirituelle et sa concrétisation grossière et matérielle. Dans des cas normaux, où le Sud reconnaît la primauté du Nord, il existe des relations harmonieuses entre ces «parties de lumière» ; le Nord «spiritualise le Sud», les messagers nordiques apportent la Tradition aux Sudistes et posent les bases des civilisations sacrées.

Si le Sud ne reconnaît pas la primauté du Nord, commence alors le conflit sacré, la « guerre des continents ». Selon la Tradition, le Sud est responsable de ce conflit parce qu’il a rompu les règles sacrées. Par exemple, dans la Ramayana, l’île méridionale de Lanka est considérée comme le lieu de résidence des démons qui ont volé la femme de Rama, Sita, et qui ont déclaré la guerre au Nord continental, dont la capitale est Ayodhya.
Il est donc important de noter qu’en géographie sacrée, l’axe Nord-Sud est plus important que celui de l’Est-Ouest. Mais, étant le plus important, il correspond aux périodes les plus anciennes de l’histoire cyclique. La grande guerre du Nord et du Sud, d’Hyperborée et de Gondwana (l’ancien paléocontinent du Sud), appartient aux temps « antédiluviens ». Dans les dernières phases du cycle, elle devient plus cachée, plus voilée. Les paléocontinents du Nord et du Sud disparaissent eux-mêmes. Ainsi, le relais de l’opposition est transféré à l’Est et à l’Ouest.
Le passage de l’axe vertical Nord-Sud à l’axe horizontal Est-Ouest, typique des dernières phases du cycle, conserve néanmoins la logique et la connexion symbolique entre ces deux paires géographiques sacrées. La paire Nord-Sud (c’est-à-dire l’Esprit-Matière, l’Éternité et le Temps) est projetée sur la paire Est-Ouest (c’est-à-dire la Tradition et le Profane, l’Origine et la Décomposition). L’Est est la projection horizontale vers le bas du Nord. L’Ouest est la projection horizontale vers le haut du Sud. De cette transition de significations sacrées, il est aisé d’obtenir la structure de la vision continentale propre à la Tradition.
Le peuple du Nord
Le Nord sacré détermine un type humain particulier, qui peut avoir une incarnation biologique ou raciale, mais qui peut aussi ne pas en avoir du tout. L’essence du « Nordisme » consiste en la capacité de l’homme à élever chaque objet du monde physique, matériel, à son archétype, à son Idée. Cette qualité n’est pas le simple développement d’un esprit rationnel. Au contraire, l’« intellect pur » cartésien et kantien est par sa nature incapable de dépasser la mince frontière entre le « phénomène » et le « noumène », tandis que c’est précisément cette capacité qui se trouve au cœur de la pensée « nordique ».

L’homme du Nord n’est pas simplement blanc, « aryen » ou indo-européen en termes de sang, de langue et de culture. L’homme du Nord est une espèce particulière dotée d’une intuition directe du Sacré. Pour lui, le cosmos est une texture de symboles, chacun pointant vers le Premier Principe Spirituel, invisible à l’œil. L’homme du Nord est le «homme solaire», Sonnenmensch, qui n’absorbe pas l’énergie comme le font les trous noirs, mais l’alloue – les flux de création, de lumière, de force et de sagesse s’écoulent de son esprit.
La civilisation nordique pure a disparu avec les anciens Hyperboréens, mais ses messagers ont posé les bases de toutes les traditions présentes. Cette « race » nordique des Maîtres s’est trouvée à l’origine des religions et cultures de tous les continents et de toutes les couleurs de peau. Des traces d’un culte hyperboréen existent chez les Indiens d’Amérique du Nord, chez les anciens Slaves, chez les fondateurs de la civilisation chinoise, chez les autochtones du Pacifique, chez les Allemands blonds et les chamans noirs d’Afrique de l’Ouest, chez les Aztèques à peau rouge, et chez les Mongols avec leurs larges pommettes.

Il n’existe aucun peuple sur la planète qui n’aurait pas un mythe de l'«homme solaire», Sonnenmensch. La véritable spiritualité, l’Esprit supra-rationnel, le Logos divin, et la capacité de voir au-delà du monde jusqu’à son âme secrète – telles sont les qualités fondamentales du Nord. Partout où il y a Pureté sacrée et Sagesse, il y a, invisiblement, le Nord – peu importe le point dans l’espace ou le temps où nous nous trouvons.
Le peuple du Sud
L’homme du Sud, le type Gondwana, est en opposition directe avec le type nordique. L’homme du Sud vit dans un cercle d’effets, de manifestations secondaires ; il habite le cosmos, qu’il vénère mais qu’il ne comprend pas. Il adore l’extérieur, mais pas l’intérieur. Il conserve soigneusement des traces de spiritualité, leurs incarnations dans l’environnement matériel, mais il ne peut passer du « symboliser » au « symbolisé ».

L’homme du Sud vit par la passion et la vitesse, il privilégie le psychique au spirituel (qu’il ne connaît tout simplement pas) et vénère la Vie comme une autorité supérieure. Le culte de la Grande Mère, de la matière générant la variété des formes, est typique de l’homme du Sud. La civilisation du Sud est une civilisation de la Lune, qui ne reçoit la lumière du Soleil (Nord) que pour la conserver et la diffuser un certain temps avant de la perdre périodiquement (la nouvelle lune). L’homme du Sud est un Mondmensch.

Lorsque les peuples du Sud restent en harmonie avec ceux du Nord, c’est-à-dire reconnaissent leur autorité et leur supériorité typologique (et non raciale!), une harmonie règne parmi les civilisations. Lorsqu’ils revendiquent leur supériorité en raison de leur relation archétypale à la réalité, une forme culturelle déformée apparaît, qui peut être définie globalement par l’adoration des idoles, le fétichisme ou le paganisme (au sens négatif, péjoratif).
Comme pour les paléo-continents eux-mêmes, les types purement Nordiques et Sudistes n’ont existé qu’aux temps très reculés. Les peuples du Nord et du Sud ne se sont confrontés qu’aux époques primitives. Plus tard, des peuples entiers du Nord ont pénétré dans les terres du Sud, fondant parfois de brillantes expressions de la civilisation nordique, comme l’Iran ancien ou l’Inde. D’un autre côté, certains peuples du Sud ont parfois poussé très au Nord, portant leur type culturel, tels les Finlandais, les Eskimos, les Chukchis, etc. La clarté originelle du panorama géographique sacré s’est peu à peu obscurcie. Mais, malgré tout, le dualisme typologique du « peuple du Nord » et du « peuple du Sud » s’est maintenu à travers toutes les époques, non pas tant sous la forme d’un conflit extérieur entre deux civilisations diverses, mais comme un conflit intérieur au sein de chaque civilisation donnée.
Le type du Nord et celui du Sud se sont depuis un certain moment dans l’histoire sacrée opposés à chaque tournant, indépendamment des lieux précis sur la planète.
Le Nord et le Sud en Orient et en Occident
Le type du peuple du Nord peut être projeté dans le Sud, l’Est et l’Ouest. Dans le Sud, la Lumière du Nord a engendré de grandes civilisations métaphysiques telles que l’Inde, l’Iran ou la Chine, qui, dans la situation du «Sud conservateur», ont longtemps conservé la Révélation, en ont été les dépositaires.
Cependant, la simplicité et la clarté du symbolisme nordique se sont transformées ici en un enchevêtrement complexe et hétérogène de doctrines, sacrements et rites sacrés. Plus on descend vers le Sud, plus les traces du Nord s’affaiblissent. Et parmi les habitants des îles du Pacifique et d’Afrique australe, les motifs nordiques en mythologie et sacrements ne sont conservés que sous une forme extrêmement fragmentaire, rudimentaire et même déformée.
Dans l’Est, le Nord se manifeste comme une société traditionnelle classique fondée sur la supériorité univoque du supra-individuel sur l’individuel, où le « humain » et le « rationnel » sont relégués derrière le principe supra-humain et supra-rationnel. Si le Sud donne la stabilité à la civilisation, alors l’Est en définit la sacralité et l’authenticité, dont le principal garant est la Lumière du Nord.

En Occident, le Nord se manifeste dans des sociétés héroïques, où une tendance propre à l’Occident, celle de la fragmentation, de l’individualisation et de la rationalisation, a dépassé ses propres limites, et où l’individu, devenu Héros, dépasse le cadre étroit de la personnalité « trop humaine ». Le Nord en Occident est personnifié par la figure symbolique d’Hercule qui, d’un côté, libère Prométhée (la tendance purement occidentale, titanesque, « humaniste »), et de l’autre, aide Zeus et les dieux à vaincre la rébellion des géants (en servant aux règles sacrées et à l’Ordre spirituel).
Le Sud, au contraire, se projette dans ces trois orientations selon une image inverse. En Occident, il donne l’effet d’un « archaïsme » et d’un stagnation culturelle. Même les traditions nordiques, quand elles sont sous l’influence du Sud, de ses éléments « paléo-asiatiques », « finlandais » ou « eskimos », prennent des traits de « culte des idoles » et de « fétichisme » (ce qui est particulièrement caractéristique de la civilisation germano-scandinave à l’« époque des Skalds »).
En Orient, les forces du Sud se manifestent dans des sociétés despotiques, où l’indifférence normale et juste de l’Est envers l’individu se transforme en négation du Grand Sujet Supra-humain. Toutes les formes de totalitarisme oriental, tant typologiques que raciales, sont liées au Sud.
Enfin, en Occident, le Sud se manifeste dans des formes extrêmement grossières et matérialistes d’individualisme, où l’individu atomique atteint la limite de la dégénérescence anti-héroïque, n’adorant que le « veau d’or » du confort et de l’hédonisme égotiste. Que cette alliance entre deux tendances géopolitiques sacrées produise le type de civilisation le plus négatif est évident, puisqu’elle recouvre deux orientations qui sont déjà en soi négatives – le Sud sur la ligne verticale et l’Ouest sur la ligne horizontale.

Des Continents aux Méta-Continents
Si, du point de vue de la géographie sacrée, le Nord symbolique correspond sans ambiguïté aux aspects positifs, et le Sud aux aspects négatifs, alors dans l’image géopolitique exclusivement moderne du monde, tout est beaucoup plus complexe – et, dans une certaine mesure, même inversé. La géopolitique moderne comprend les termes « Nord » et « Sud » comme des catégories tout à fait différentes de celles de la géographie sacrée.
Tout d’abord, le paléo-continent du Nord, Hyperborea, n’a pas existé depuis de nombreux millénaires sur un plan physique, mais demeure une réalité spirituelle vers laquelle le regard spirituel des initiés, aspirant à la Tradition primordiale, se tourne.
Ensuite, la race nordique ancienne, la race des « maîtres blancs » qui descendaient du pôle à l’époque primordiale, ne correspond pas du tout à ce qu’on appelle aujourd’hui la « race blanche », basée uniquement sur des caractéristiques physiques, la couleur de peau, etc. La Tradition du Nord et sa population originelle, les « autochtones nordiques », n’ont pas existé depuis longtemps en tant que réalité historique et géographique. D’après l’état actuel des choses, même les derniers vestiges de cette culture primordiale ont disparu de la réalité physique il y a plusieurs millénaires.

Ainsi, « le Nord », vu en termes de Tradition, est une réalité méta-historique et méta-géographique. La même chose peut être dite de la « race hyperboréenne » – ce n’est pas une « race » au sens biologique, mais plutôt, dans un sens purement spirituel et métaphysique. La question des « races métaphysiques » a été développée en détail dans l’œuvre de Julius Evola.
Le continent du Sud, « le Sud » tel qu’il existe dans les termes traditionalistes, et sa population la plus ancienne, n’ont pas existé depuis longtemps. En un certain sens, le « Sud » a un moment donné représenté presque la totalité de la planète, car l’influence du centre initiatique polaire originel et de ses messagers s’est dispersée à travers le monde entier. Les races modernes du Sud sont le produit de multiples mélanges avec celles du Nord, et la couleur de peau a depuis longtemps cessé d’être un signe distinctif de l’appartenance à une « race métaphysique » ou une autre.
En résumé, l’image géopolitique moderne du monde a très peu de rapport avec la vision fondamentalement supra-historique et méta-temporelle du monde. Les continents et populations de notre époque sont extrêmement éloignés de ces archétypes auxquels ils correspondaient aux temps primordiaux. Par conséquent, il existe aujourd’hui non seulement un décalage, mais une quasi-inversion entre les continents réels et les races réelles (les réalités de la géopolitique moderne) d’une part, et les méta-continents ou méta-races (les réalités de la géographie sacrée traditionnelle) d’autre part.
L’illusion du « Nord riche »
La géopolitique moderne évoque le plus souvent le concept du « Nord » accompagné de l’adjectif « riche » – le « Nord riche », le « Nord avancé ». Ce terme désigne un ensemble de la civilisation occidentale qui attache une importance fondamentale au développement de la dimension matérielle et économique de la vie.
Le « Nord riche » n’est pas riche parce qu’il est plus intelligent, plus spirituel ou plus intellectuel que le « Sud », mais parce qu’il a construit son système social selon le principe de maximisation du matériel pouvant être extrait du potentiel social et naturel, par l’exploitation des êtres humains et des ressources naturelles. L’image raciale du « Nord riche » est liée à des peuples à peau blanche, caractéristique centrale de diverses versions, explicites ou implicites, du « racisme occidental » (notamment le racisme anglo-saxon). Le succès du « Nord riche » dans le domaine matériel a été élevé au rang de principe politique et même « racial » dans certains pays devenus l’avant-garde du développement industriel, technique et économique, c’est-à-dire l’Angleterre, les Pays-Bas, puis l’Allemagne et les États-Unis.

Dans ce cas, le bien-être matériel et quantitatif est devenu un critère qualitatif, et c’est sur cette base que se sont développés les préjugés les plus ridicules sur la « barbarie », la « primitiveness », le « sous-développement » et la « sous-humaineté » des peuples du Sud (c’est-à-dire ceux qui n’appartiennent pas au « Nord riche »). Ce « racisme économique » s’est manifesté clairement dans la conquête coloniale anglo-saxonne.
Plus tard, une version embellie a été introduite dans les aspects les plus grossiers et contradictoires de l’idéologie national-socialiste. Les idéologues nazis mêlaient souvent des conjectures vagues sur le « Nord spirituel » et la « race aryenne spirituelle » avec le racisme biologique, mercantile, et vulgaire de l’anglo-saxon. Cette substitution des catégories de la géographie sacrée par celles du développement matériel et technique fut l’aspect le plus négatif du national-socialisme, et l’élément qui conduisit à son effondrement politique, théorique et militaire.
Pourtant, même après la défaite du Troisième Reich, ce type de racisme du «Nord riche» n’a pas disparu de la vie politique. Aujourd’hui, ce sont les États-Unis et leurs partenaires atlantistes en Europe occidentale qui en sont les principaux porteurs. Dans les doctrines mondialistes récentes du «Nord riche», les questions de pureté biologique et raciale ne sont pas mises en avant; néanmoins, dans la pratique, les relations du Nord riche avec les pays sous-développés ou moins développés du Tiers-Monde continuent de favoriser la morgue raciste, typique à la fois des colonialistes anglais et de la ligne orthodoxe Rosenberg des nazis allemands.
En réalité, le «Nord riche», en termes géopolitiques, désigne ces pays où les forces directement opposées à la Tradition ont triomphé – les forces de la quantité, du matérialisme, de l’athéisme, de la dégradation spirituelle et de la dégénérescence émotionnelle. Le « Nord riche » est radicalement distinct du « Nord spirituel » et de l’« esprit hyperboréen ». La substance du Nord en géographie sacrée est la primauté de l’esprit sur la matière, la victoire définitive et totale de la Lumière, de la Justice et de la Pureté sur l’obscurité de la vie animale, l’arrogance des passions individuelles et la boue de l’égoïsme vulgaire. La géopolitique mondialiste du « Nord riche », au contraire, ne signifie que le bien-être matériel, l’hédonisme, la société de consommation, le « paradis pseudo-artificiel » de ceux que Nietzsche appelait « les derniers hommes ».

Le progrès matériel de la civilisation technologique a été accompagné par un régression spirituelle monstrueuse de toute véritable culture sacrée. Du point de vue de la Tradition, la « richesse » du Nord moderne et « avancé » ne peut servir de critère réel de supériorité sur la pauvreté matérielle et le retard technologique du Sud « primitif » moderne.
De plus, la « pauvreté » matérielle du Sud est souvent, inversement, liée à la conservation dans certaines régions du Sud de formes de civilisation véritablement sacrées. La richesse spirituelle est parfois dissimulée derrière une prétendue « pauvreté ». Au moins deux civilisations sacrées existent encore aujourd’hui dans l’espace du Sud, malgré toutes les tentatives du « Nord riche (et agressif !) » d’imposer ses propres mesures et voie de développement à l’échelle mondiale : l’Inde hindoue et le monde islamique.
En termes de traditions de l’Extrême-Orient, il existe divers points de vue: certains voient dans certains principes traditionnels qui ont toujours été déterminants pour la civilisation chinoise, même sous la rhétorique «marxiste» et «maoïste». Ces régions du Sud sont habitées par des peuples qui ont maintenu leur dévotion à des traditions sacrées très anciennes, presque oubliées. Comparés au « Nord riche » athée et totalement matérialiste, ces peuples sont « spirituels », « intacts » et « normaux », tandis que le « Nord riche » lui-même est « anormal » et « pathologique » d’un point de vue spirituel.
Le paradoxe du « Tiers-Monde »
En termes de projets mondialistes, le « Sud pauvre » est de facto un synonyme du « Tiers-Monde ». Cette partie du monde fut désignée comme « troisième » durant la Guerre froide, une notion qui supposait que les deux autres « mondes » – le capitaliste avancé et le soviétique moins avancé – étaient plus pertinents et importants pour la géopolitique que toutes les autres régions.

L’expression « Tiers-Monde » a une connotation péjorative : selon la logique utilitariste du « Nord riche », une telle définition réduit les pays du Tiers-Monde à une « terre de personne », à peu près à des réserves de ressources humaines destinées à la soumission, à l’exploitation et à la manipulation. Ce faisant, le « Nord riche » a habilement joué sur les caractéristiques politiques, idéologiques et religieuses traditionnelles du « Sud pauvre » en le soumettant à ses intérêts et structures purement matérialistes et économiques, qui, en termes de potentiel spirituel, sont bien supérieurs à ceux du « Nord riche » lui-même.
Le « Nord riche » a presque toujours réussi cette subjugation, car le moment cyclique actuel de notre civilisation favorise des tendances perverties, anormales et contre-nature. Selon la Tradition, nous sommes actuellement dans la dernière période de l’âge sombre, le « Kali Yuga ». L’hindouisme, le confucianisme, l’islam et les traditions indigènes des peuples « non-blancs » ne sont que des entraves aux conquêtes matérielles et aux objectifs du «Nord riche»; cependant, certains aspects de la Tradition sont souvent détournés pour atteindre leurs buts mercantiles en manipulant contradictions, particularismes religieux ou problèmes nationaux. De telles appropriations utilitaristes des divers aspects de la Tradition à des fins exclusivement anti-traditionnelles ont été un mal encore plus grand que le rejet pur et simple de toutes les valeurs traditionnelles, car la plus grande perversion consiste à faire du grand un serviteur du «rien».
En réalité, le « Sud pauvre » n’est « pauvre » qu’au niveau matériel, précisément à cause de ses attitudes spirituelles, qui n’ont toujours réservé qu’une place mineure et insignifiante aux aspects matériels de l’existence. Le Sud géopolitique, à notre époque, a conservé une attitude typiquement traditionaliste envers les objets du monde extérieur, une attitude calme, détachée, voire indifférente, qui contraste vivement avec l’obsession matérialiste et hédoniste du « Nord riche ».

Les peuples du « Sud pauvre », en vivant dans la Tradition, ont encore aujourd’hui des existences plus riches, plus profondes et même plus magnifiques. La participation à la Tradition sacrée confère à tous les aspects de leur vie personnelle un sens, une intensité et une saturation que le « Nord riche » a depuis longtemps perdus. Ce dernier est hanté par des névroses, des peurs matérielles, une désolation intérieure et une existence totalement vide de sens. Il n’est guère plus qu’un kaléidoscope languissant aux images aussi vives qu’elles sont creuses.
On pourrait dire que la corrélation entre Nord et Sud aux temps primordiaux a une corrélation inverse directe dans notre époque présente, puisque c’est le Sud qui aujourd’hui conserve encore quelques liens avec la Tradition, tandis que le Nord l’a définitivement perdue. Néanmoins, cette déclaration ne couvre pas toute la réalité, car la vraie Tradition ne peut tolérer un tel traitement humiliant comme celui que pratique le « Nord riche » athée et agressif contre le « Tiers-Monde ».
En fait, la Tradition n’a été conservée dans le Sud que sous une forme inertielle, fragmentaire, partielle. Elle occupe une position passive et ne peut que résister, étant constamment sur la défensive. Ainsi, le Nord spirituel ne s’est pas entièrement transféré dans le Sud à la Fin des Temps – le Sud n’accumule et ne conserve que des impulsions spirituelles venues jadis du Nord sacré. Aucune initiative traditionnelle active ne peut, en principe, venir du Sud. Pendant ce temps, le « Nord riche » mondialiste a réussi à durcir son emprise pernicieuse sur la planète, en raison de la spécificité des régions du Nord, propices à l’activité. Le Nord a été et reste, par sa propre nature, le lieu choisi du pouvoir. Par conséquent, ce sont des initiatives géopolitiques véritablement efficaces qui viennent du Nord.
Le « Sud pauvre » possède aujourd’hui un avantage spirituel sur le « Nord riche », mais il ne peut servir de véritable alternative à l’agression profane du « Nord riche », ni offrir le projet géopolitique radical capable de subvertir la vision pathologique du monde moderne.
Le rôle du « Second Monde »
Dans l’image géopolitique bipolaire du «Nord riche» contre le «Sud pauvre», il existe toujours une composante supplémentaire d’une importance critique et autonome. C’est ce qu’on appelle le «Second Monde», qui désigne conventionnellement le camp socialiste intégré au système soviétique. Ce «Second Monde» n’était pas tout à fait le «Nord riche», car il avait des motifs spirituels précis, qui influençaient secrètement l’idéologie matérialiste nominale du socialisme soviétique, pas plus qu’il ne correspondait vraiment au « Tiers-Monde », car une orientation vers le développement matériel, le « progrès » et d’autres principes exclusivement profanes occupaient le cœur du système soviétique.

L'URSS eurasiatique, en tant que telle, se trouvait à la fois dans la «pauvre Asie» et en Europe «civilisée». Durant la période socialiste, la ceinture planétaire du «Nord riche» fut brisée en Eurasie orientale, ce qui compliqua la clarté des relations géopolitiques sur l’axe Nord-Sud.
La fin du « Second Monde » en tant que civilisation à part entière laissa l’espace eurasiatique de l’ancien URSS avec deux options: ou l’intégration dans le «Nord riche» (c’est-à-dire l’Occident et les États-Unis), ou le rejet vers le «Sud pauvre», c’est-à-dire la transformation en pays du «Tiers-Monde». Une éventuelle solution de compromis serait la séparation de certaines régions vers le «Nord» et d’autres vers le «Sud».
Comme cela s’est souvent produit au cours des derniers siècles, l’initiative de la redistribution des espaces géopolitiques revient toujours au «Nord riche», qui a cyniquement exploité les paradoxes du «Second Monde» lui-même pour fixer de nouvelles frontières géopolitiques et fragmenter les zones d’influence.
Les facteurs nationaux, économiques et religieux sont régulièrement instrumentalisés par les mondialistes comme outils de leurs opérations cyniques, profondément motivées par le matérialisme. Il n’est donc pas surprenant que, en plus du discours « humaniste » fallacieux, des prétextes presque ouvertement « racistes » soient de plus en plus invoqués pour inciter les Russes à manifester un « complexe de supériorité blanche » vis-à-vis des Asiatiques et des Caucase.
Cela s’aligne avec le processus inverse, où le « Second Monde » lui-même est finalement entraîné vers le « Sud pauvre », processus accompagné de manipulations de tendances fondamentalistes, de l’inclination des peuples à la Tradition, et du renouveau religieux.

Le «Second Monde» en déliquescence se fragmentera selon les lignes du «traditionalisme» (la forme du Sud, inertielle, conservatrice) et de l’«anti-traditionalisme» (la forme du Nord, moderniste, matérialiste). Ce dualisme, qui n’est pour l’instant qu’en mode de stratégie mais deviendra, dans un avenir proche, le phénomène dominant en géopolitique eurasienne, est destiné par la diffusion de la compréhension mondialiste du monde en termes de « Nord riche » et de « Sud pauvre ».
Toute tentative de sauvegarder l’immense espace soviétique ou le «Second Monde» en tant que force autonome équilibrante entre Nord et Sud ne pourra réussir qu’en remettant en cause la conception fondamentalement polarisée de la géopolitique moderne, telle qu’elle est comprise et réalisée dans sa forme effective, en mettant de côté les proclamations humanitaires et économiques fallacieuses.
Le «Second Monde» disparaît. Il n’a plus sa place sur la carte géopolitique moderne. En même temps, la pression du «Nord riche» sur le «Sud pauvre» augmente, ce dernier étant laissé à lui-même face à la société technocratique matérialiste et agressive du «Nord», sans puissance intermédiaire comme le fut le Second Monde. Tout autre destin possible pour le «Second Monde» ne pourra exister que s’il s’accompagne d’un rejet radical de la logique planétaire de la dichotomie Nord-Sud dans sa veine mondialiste.
Le projet de « résurrection du Nord »
Le Nord riche, mondialiste, étend sa domination à travers la planète par la partition et la destruction du «Second Monde». Dans la géopolitique moderne, cela a aussi été appelé le projet du «Nouvel Ordre Mondial». Les forces anti-tradition renforcent leur victoire sur la résistance passive des régions du Sud qui continuent à préserver leur retard économique et à défendre leurs formes résiduelles de Tradition.

Les énergies géopolitiques intérieures du «Second Monde» ont devant elles un choix: soit être annexées à la «ceinture civilisée du Nord» et perdre définitivement tout lien avec l’histoire sacrée (ce qui est le projet du mondialisme de gauche), soit devenir un territoire occupé, permettant de restaurer partiellement certains aspects de la tradition (le projet du mondialisme de droite). Ces événements se déroulent aujourd’hui précisément dans cette direction, et continueront à le faire dans un avenir proche.
Quant à une alternative, il est théoriquement possible de formuler une voie différente de transformation géopolitique, fondée sur le rejet de la logique mondialiste Nord-Sud et sur le retour à l’esprit de la véritable géographie sacrée – dans la mesure où cela est encore possible aujourd’hui, à la fin de l’âge sombre. C’est le projet du « Grand Retour » ou, en d’autres termes, la « Grande Guerre des Continents ». Dans ses caractéristiques les plus générales, l’essence de ce projet est la suivante :
(1) Le Nord riche sera défié, non pas par le «Sud pauvre», mais par le «Nord pauvre». Le Nord pauvre est l’idéal sacré de retour aux sources nordiques de la civilisation. Un Nord «pauvre» parce qu’il repose sur une ascèse totale, une dévotion radicale aux valeurs suprêmes de la Tradition, une haine totale du matériel au profit du spirituel. Le «Nord pauvre» existe (d’un point de vue géographique) en Russie, qui, essentiellement, en tant que «Second Monde», a résisté socio-politiquement à l’adoption d’une civilisation mondialiste dans ses formes les plus «progressistes» jusqu’à ce jour. Les terres eurasiatiques du Nord-Russie sont les seules territoires sur Terre qui n’ont pas été complètement maîtrisés par le «Nord riche». Elles sont habitées par des peuples traditionnels et constituent une terra incognita dans le monde moderne. La « voie du Nord pauvre » pour la Russie consiste à refuser d’être annexée par la ceinture mondialiste et de voir ses traditions archaïsées, ramenées au niveau folklorique d’un réservoir ethno-religieux. Le « Nord pauvre » doit être spirituel, intellectuel, actif et agressif. La résistance potentielle du « Nord pauvre » au « Nord riche » pourrait aussi se manifester dans d’autres régions, notamment par une frange de l’élite intellectuelle occidentale qui sabotera radicalement le cours de la civilisation mercantile et se rebellera contre le monde moderne de la finance au nom des anciennes valeurs éternelles de l’Esprit, de la Justice et du Sacrifice de soi. Le « Nord pauvre » pourrait ainsi lancer une bataille géopolitique et idéologique contre le « Nord riche », rejetant ses projets, détruisant ses plans de l’intérieur et de l’extérieur, combattant son efficacité immaculée et déjouant ses manipulations sociales et politiques.

(2) Le « Sud pauvre », incapable d’opposer de façon autonome le Nord riche, entrera dans une alliance radicale avec le Nord eurasiatique pauvre et lancera une guerre de libération contre la dictature du Nord. Il est particulièrement important de frapper les représentants de l’idéologie du «Sud riche», c’est-à-dire ces forces qui, œuvrant pour le «Nord riche», prônent le «développement», le «progrès» et la «modernisation» des pays traditionnels, ce qui conduirait sinon à un éloignement accru de ce qui reste de la Tradition sacrée.
(3) Le « Nord pauvre » de l’Est eurasien, avec le « Sud pauvre », encerclera toute la planète, concentrant ses forces contre le « Nord riche » de l’Occident atlantiste. Ces efforts mettront fin aux versions vulgaires idéologiquement du racisme anglo-saxon et à la glorification de la « civilisation technologique des peuples blancs », avec leur propagande mondialiste associée. Alain de Bneoist a exprimé cette idée dans le titre de son célèbre livre Europe, Tiers Monde – même combat, qui prône une «Europe spirituelle», une «Europe des peuples et des traditions» plutôt que l’«Europe de Maastricht des marchandises». L’intellectualisme, l’activisme et le profil spirituel du Nord véritable, sacré, ramèneront les traditions du Sud à leur Source nordique, et soulèveront les peuples du Sud dans une révolte planétaire contre l’ennemi géopolitique commun. Ce faisant, la résistance passive du Sud formera un point d’appui dans le messianisme planétaire des « Nordiques » qui rejettent radicalement la branche dégénérée et anti-sacrée des peuples blancs, ayant suivi la voie du progrès technologique et du développement matériel. Cela pourrait déclencher une révolution géopolitique planétaire, supra-ethnique et supra-nationale, fondée sur la solidarité fondamentale du «Tiers-Monde» avec cette partie du «Second Monde» qui rejette le projet du «Nord riche».

Au cours de cette lutte, la flamme de la « résurrection du Nord spirituel », la flamme d’Hyperborée, transformera la réalité géopolitique. La nouvelle idéologie mondiale sera celle de la Restauration Finale, mettant fin à l’histoire géopolitique des civilisations – mais ce ne sera pas la fin que les porte-parole mondialistes de la Fin de l’Histoire ont théorisée. La version matérialiste, athée, anti-sacrée, technocratique et atlantiste de la Fin cédera la place à un autre épilogue – la Victoire finale de l’Avatar sacré, l’avènement du Grand Jugement, qui accordera à ceux qui auront choisi la pauvreté volontaire le royaume de l’abondance spirituelle, tandis que ceux qui auront préféré la richesse fondée sur l’assassinat de l’Esprit seront condamnés à la damnation éternelle et aux tourments de l’enfer.
Les continents perdus surgiront des abîmes du passé. Des méta-continents invisibles apparaîtront dans la réalité. Une Nouvelle Terre et un Nouveau Ciel surgiront.
Ainsi, le chemin ne va pas de la géographie sacrée à la géopolitique, mais, au contraire, de la géopolitique à la géographie sacrée.
Source: Chapitre 7 des Mystères de l’Eurasie (Moscou : Arktogeia, 1991) / Chapitre 6 / Partie 6 / Livre I des Fondements de la géopolitique (Moscou, Arktogeia, 2000).
21:05 Publié dans Traditions | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : tradition, traditionalisme, alexandre douguine, géographie sacrée, géopolitique |
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