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lundi, 05 janvier 2026

La fin du droit international et le retour de la guerre mondiale

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La fin du droit international et le retour de la guerre mondiale

Pourquoi le chaos mondial actuel ne peut plus être contenu

Alexandre Douguine

Alexandre Douguine explique, dans le présent essai, comment le droit international s’est effondré et pourquoi la lutte entre la domination unipolaire et un ordre mondial multipolaire évolue déjà vers une Troisième Guerre mondiale.

Je suis certain qu’à présent — en constatant ce qui se déroule en politique mondiale — tout le monde a enfin compris que le droit international n’existe plus. Il n’est plus là.

Le droit international est un traité entre grandes puissances capables de défendre leur souveraineté en pratique. Ce sont elles qui déterminent les règles pour elles-mêmes et pour les autres : ce qui est permis et ce qui est interdit. Et elles les respectent. Un tel droit fonctionne par phases (cycles) — tant que l’équilibre entre les grandes puissances est maintenu.

Le système westphalien, qui reconnaît la souveraineté des États-nations, s’est formé en raison d’une impasse dans l’équilibre des puissances entre catholiques et protestants (unis par la France anti-imperialiste). Si les catholiques avaient gagné, le Siège romain et l’Empire austro-hongrois auraient établi une architecture européenne complètement différente. Plus précisément, ils auraient conservé celle du Moyen Âge.

D’une certaine manière, ce furent les protestants du Nord de l’Europe qui ont bénéficié de la Paix de Westphalie en 1648, puisqu’ils avaient initialement orienté leur lutte pour promouvoir des monarchies nationales contre le Pape et l’Empereur. Sans parvenir à une victoire totale, ils ont néanmoins atteint leur objectif.

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Formellement, le système westphalien a survécu jusqu’à aujourd’hui, car nous construisons le droit international sur le principe des États-nations — ce sur quoi les protestants avaient insisté lors de la Guerre de Trente Ans. Mais en réalité, au XVIIe siècle, cela ne concernait que les États européens et leurs colonies, et plus tard, tous les États-nations n'ont pas possédé une souveraineté véritable. Toutes les nations sont égales, mais les nations européennes (les Grandes Puissances) sont « plus égales » que les autres.

Il y avait une certaine hypocrisie dans la reconnaissance de la souveraineté nationale pour les pays faibles, mais cela était pleinement compensé par la théorie du Réalisme. Elle ne s’est réellement cristallisée qu’au XXe siècle, mais elle reflétait une vision des relations internationales qui s’était formée bien plus tôt. Ici, l’inégalité des pays est équilibrée par la possibilité de former des coalitions et par l’ordre « échec et mat » que génèrent les alliances — des États faibles concluent des accords avec des États plus forts pour résister à une éventuelle agressivité des autres grandes puissances. C’est ce qui s’est produit, et continue de se produire, en pratique.

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La Société des Nations a tenté de donner au droit international basé sur le système westphalien un caractère plus ferme, cherchant à limiter partiellement la souveraineté et à établir des principes universels — fondés sur le libéralisme occidental, le pacifisme et la première version du mondialisme — que tous les pays, grands ou petits, étaient censés suivre. En essence, la Société des Nations était conçue comme une première approximation d’un Gouvernement Mondial. C’est alors que l’école du Libéralisme en Relations Internationales a finalement pris forme, entamant son long différend avec les Réalistes. Les libéraux pensaient que le droit international finirait par supplanter le principe de pleine souveraineté des États-nations et conduire à la création d’un système international unique. Les Réalistes en Relations Internationales ont continué à défendre leur position, en insistant sur le principe de souveraineté absolue — héritage direct de la Paix de Westphalie.

Cependant, dans les années 1930, il est devenu clair que ni le libéralisme de la Société des Nations ni même le système westphalien lui-même ne correspondaient à l’équilibre des puissances en Europe et dans le monde. La montée du nazisme en Allemagne en 1933, l’invasion italienne/fasciste de l’Éthiopie en 1937, et la guerre de l’URSS avec la Finlande en 1939 ont effectivement détruit ce système, même formellement. Bien qu’il ait été officiellement dissous seulement en 1946, la première tentative d’établir un droit international comme système global contraignant s’était déjà effondrée dans les années 1930.

En résumé, les années 1930 ont vu émerger trois pôles de souveraineté — cette fois sur des bases purement idéologiques. Désormais, ce qui comptait n’était plus la souveraineté formelle, mais le potentiel réel de chaque bloc idéologique. La Seconde Guerre mondiale fut précisément un test de la viabilité de ces trois camps.

Un premier camp regroupait les pays bourgeois-capitalistes — principalement l’Angleterre, la France et les États-Unis. C’était le camp libéral, qui, cependant, a été involontairement dépouillé de sa dimension internationaliste. Les libéraux ont été contraints de défendre leur idéologie face à deux adversaires puissants : le fascisme et le communisme. Mais dans l’ensemble — si l’on exclut le « maillon faible », la France, qui a capitulé rapidement après le début de la seconde guerre mondiale — le bloc bourgeois-capitaliste a montré un niveau de souveraineté suffisant: l’Angleterre n’est pas tombée sous les attaques de l’Allemagne hitlérienne, et les États-Unis ont combattu (relativement) efficacement contre le Japon dans le Pacifique.

Le second camp était le fascisme européen, qui s’est renforcé particulièrement lors de la conquête de l’Europe occidentale par Hitler. Presque tous les pays européens se sont rassemblés sous la bannière du National-Socialisme. Dans une telle situation, il ne pouvait plus être question de souveraineté — même dans le cas de régimes amis de Hitler (comme l’Italie fasciste ou l’Espagne franquiste). Au maximum, certains pays (le Portugal de Salazar, la Suisse, etc.) ont pu obtenir une neutralité conditionnelle. Seul l’Allemagne était souveraine — ou plus précisément, le nazisme en tant qu’idéologie.

Le troisième camp représentait l’URSS, et bien qu’il ne s’agisse que d’un seul État, il était basé spécifiquement sur une idéologie: le marxisme-léninisme. Là encore, il ne s’agissait pas tant d’une nation que d’une entité idéologique.

Dans les années 1930, le droit international — dont la dernière version était issue des accords de Versailles et des normes de la Société des Nations — s’est effondré. Dés lors, l’idéologie et la force ont tout décidé. De plus, chacune des idéologies avait sa propre vision du futur ordre mondial, ce qui signifiait qu’elles opéraient avec leurs propres versions du droit international.

L’URSS croyait à la Révolution mondiale et à l’abolition des États (en tant que phénomènes bourgeois), ce qui représentait une version marxiste de la mondialisation et de l’internationalisme prolétarien. Hitler proclamait un « Reich millénaire » avec la domination planétaire de l’Allemagne elle-même et de la «race aryenne». Aucun principe de souveraineté n’était envisagé pour personne, sauf pour le national-socialisme mondial. Et seul l'Occident libéral bourgeois — essentiellement anglo-saxon — maintenait une continuité avec le système westphalien, en calculant une transition future vers le libéralisme international et, encore une fois, vers un Gouvernement Mondial. En réalité, la Société des Nations, qui persistait formellement bien qu’elle soit non opérationnelle, était à cette époque un vestige du vieux mondialisme et un prototype de celui à venir.

Dans tous les cas, le droit international était «suspendu» — aboli pour l'essentiel. Une ère transitoire a commencé, où tout était décidé uniquement par le nexus idéologique et la force, qui restait à prouver sur le champ de bataille. Ainsi, nous approchions de la Seconde Guerre mondiale comme l’apogée de cette confrontation entre idéologies mues par la seule force. Le droit international n’était plus là.

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Le résultat concret de cette confrontation de puissances et d’idéologies entre libéralisme, fascisme et communisme a conduit à l’abolition d’un des pôles — le national-socialisme européen. L’Occident bourgeois et l’Est socialiste anti-bourgeois ont créé la coalition anti-Hitler et, conjointement (avec l'effort majeur revenant à l’URSS), détruit le fascisme en Europe.

En 1945, l’Organisation des Nations Unies a été créée comme fondement d’un nouveau système de droit international. Dans une certaine mesure, cela représentait une renaissance de la Société des Nations, mais avec une impulsion différente, marquée par l’influence de l’URSS, qui a instauré un contrôle idéologique et politique total sur l’Europe de l’Est (et la Prusse occidentale — la République démocratique allemande), a introduit un marquage idéologique prononcé dans le système des souverainetés nationales. Le véritable porteur de la souveraineté était le camp socialiste, dont les États étaient unis par le Pacte de Varsovie et, économiquement, par le COMECON. Personne dans ce camp n’était souverain sauf Moscou, et par voie de conséquence, le PCUS [Parti communiste de l’Union soviétique].

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Du côté occidental bourgeois-capitaliste, des processus essentiellement symétriques se sont produits. Les États-Unis sont devenus le noyau de l’Occident libéral souverain. Dans le monde anglo-saxon, le centre et la périphérie ont échangé leur place — la direction est passée de la Grande-Bretagne à Washington. Les pays d’Europe occidentale et, plus largement, le camp capitaliste, se sont retrouvés dans la position de vassaux de l’Amérique. Cela a été consolidé par la création de l’OTAN et la transformation du dollar en monnaie de réserve mondiale.

Ainsi, l’ONU a également ancré un système de droit international — formellement basé sur la reconnaissance de la souveraineté, mais en réalité sur l’équilibre des forces entre les vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale. Seuls Washington et Moscou étaient véritablement souverains. En conséquence, le modèle d’après-guerre a maintenu une connexion à l’idéologie, ayant aboli le national-socialisme mais ayant renforcé considérablement le camp socialiste.

C’est le monde bipolaire, qui a projeté son influence sur toutes les autres régions de la planète. Tout État — y compris les colonies récemment libérées du Sud global — était confronté à un choix : adopter l’un ou l’autre des modèles idéologiques. S’ils choisissaient le capitalisme, ils transféraient leur souveraineté à Washington et à l’OTAN. S’ils optaient pour le socialisme, alors ils transféraient leur souveraineté à Moscou. Le Mouvement des Non-Alignés a tenté d’établir un troisième pôle, mais il lui manquait à la fois des ressources idéologiques et de la puissance pour y parvenir.

L’ère d’après-guerre a instauré un système de droit international fondé sur la corrélation réelle des forces entre deux camps idéologiques. Formellement, la souveraineté nationale a été reconnue ; en pratique, elle ne l’était pas. Le principe westphalien a été maintenu nominalement. En réalité, tout se décidait par l’équilibre de puissance entre l’URSS et les États-Unis et leurs satellites.

En 1989, lors de l’effondrement de l’URSS — provoqué par les réformes destructrices de Gorbatchev — le bloc de l’Est a commencé à s’effondrer, et en 1991, l’URSS s’est disloquée. Les anciens pays socialistes ont adopté l’idéologie de leur adversaire de la Guerre froide. Le monde unipolaire a commencé.

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Cela signifiait que le droit international a changé qualitativement. Il n’y a plus qu’une seule autorité souveraine, devenue mondiale — les États-Unis ou l’Occident collectif. Une seule idéologie, une seule force. Capitalisme, libéralisme, OTAN. Le principe de souveraineté des États-nations et l’ONU elle-même sont devenus des reliques du passé, tout comme la Société des Nations l’avait été.

Désormais, le droit international est instauré par un seul pôle — les vainqueurs de la Guerre froide. Les vaincus (l’ancien camp socialiste et, principalement, l’URSS) ont accepté l’idéologie des vainqueurs, reconnaissant essentiellement une dépendance vassale vis-à-vis de l’Occident collectif.

Dans cette situation, l’Occident libéral a vu une opportunité historique de fusionner l’ordre libéral international avec le principe de hégémonie du pouvoir. Cela a nécessité d’adapter le droit international à la situation réelle. Ainsi, à partir des années 1990, une nouvelle vague de mondialisation a commencé. Elle signifiait la subordination directe des États-nations à un corps supranational (encore une fois, un Gouvernement Mondial) et l’établissement d’un contrôle direct sur eux par Washington, qui était devenu la capitale du monde. L’Union européenne a été créée dans cette optique comme un modèle d’un tel système supranational pour toute l’humanité. Les migrants ont commencé à être introduits en masse précisément dans ce but — montrer à quoi devrait ressembler la humanité internationale universelle de demain.

Dans cette situation, l’ONU a perdu tout son sens :     

Premièrement, elle a été construite sur le principe de souveraineté nationale (qui ne correspondait plus à rien du tout).

Deuxièmement, les positions spéciales de l’URSS et de la Chine et leur place au Conseil de sécurité de l’ONU représentaient un vestige de l’ère bipolaire.

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C’est pourquoi à Washington, on a commencé à parler de la création d’un nouveau système de relations internationales — ouvertement unipolaire. On l’a appelé la « Ligue des Démocraties » ou le « Forum de la Démocratie ».

Parallèlement, aux États-Unis mêmes, le mondialisme s’est divisé en deux courants :

1) Le libéralisme idéologique, le pur internationalisme (Soros avec sa « société ouverte », USAID, wokisme, etc.) ;

2) La volonté d'instaurer une hégémonie américaine directe reposant sur l’OTAN, défendue par les néoconservateurs.

Essentiellement, ces deux courants ont convergé, mais les premiers insistaient sur le fait que la priorité principale était la mondialisation et l’approfondissement de la démocratie libérale dans chaque pays de la planète, tandis que les seconds insistaient pour que les États-Unis contrôlent directement tout le territoire de la Terre, tant sur le plan militaire/politique qu’économique.

Cependant, la transition d’un modèle bipolaire de droit international à un modèle unipolaire ne s’est jamais pleinement réalisée, même malgré la disparition de l’un des pôles idéologiques disposant de suffisamment de puissance. Cela a été empêché par la montée simultanée de la Chine et de la Russie sous Poutine, lorsque les contours d’une architecture mondiale totalement différente — la multipolarité — ont commencé à se manifester clairement. De l’autre côté, chez les mondialistes (à la fois au sein de la gauche, avec les libéraux-internationalistes purs, et au sein de la droite, chez les néoconservateurs), une nouvelle force est apparue. Bien qu’elle ne soit pas encore clairement définie idéologiquement, elle rejette néanmoins le modèle idéologique de l'Occident libéral-mondialiste. Cette force initialement vague a commencé à défendre l’ONU et à contrecarrer la formalisation finale de l’unipolarité — c’est-à-dire la transformation du statu quo de pouvoir et d’idéologie (la domination réelle de l'Occident collectif) en un système juridique correspondant.

Ainsi, nous nous retrouvons dans une situation qui ressemble au chaos. Il s’avère que cinq systèmes en matière de relations internationales fonctionnent actuellement dans le monde simultanément, aussi incompatibles que des logiciels de différents fabricants:

- Par inertie, l’ONU et les normes du droit international reconnaissent la souveraineté des États-nations, qui en réalité a perdu toute sa force il y a presque un siècle, et n’est plus  qu’une « douleur fantôme ». Néanmoins, la souveraineté est encore reconnue et devient parfois un argument en politique internationale.

- Toujours par inertie, certaines institutions conservent des traces de l’ancien monde bipolaire. Cela ne correspond à rien du tout, mais cela se fait sentir de temps en temps — par exemple, dans la question de la parité nucléaire entre la Russie et les États-Unis.

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- L'Occident collectif insiste toujours sur la mondialisation et la marche vers un Gouvernement Mondial. Cela signifie que tous les États sont invités à céder leur souveraineté en faveur d’instances supranationales — telles que la Cour internationale des droits de l’homme ou le Tribunal de La Haye. L’UE insiste pour être un modèle pour le monde entier en matière d’effacement de toutes les identités collectives et de renoncement à la souveraineté nationale.

- Les États-Unis — surtout sous Trump — sous l’influence des néoconservateurs, se comportent comme l’unique hegemon, considérant que le « droit » n’est que ce qui sert les intérêts de l’Amérique. Cette approche messianique s’oppose en partie au mondialisme, ignore l’Europe et l’internationalisme, mais insiste tout aussi fermement sur la dé-souverainisation de tous les États — par la force.

- Et enfin, les contours d’un monde multipolaire émergent de plus en plus clairement, où le porteur de souveraineté est l’État-civilisation — comme la Chine moderne, la Russie ou l’Inde. Cela nécessite un autre système de droit international. Le prototype d’un tel modèle pourrait être les BRICS ou d’autres plateformes d’intégration régionale — sans la participation de l’Occident (car l’Occident apporte ses propres modèles, plus articulés et plus rigides).

Les cinq systèmes fonctionnent simultanément, et, tout naturellement, ils se perturbent mutuellement, produisant des défaillances, des conflits et des contradictions continues. Un court-circuit logique du réseau se produit, créant l’impression de chaos ou simplement l’absence de tout droit international. S’il y a cinq lois internationales simultanées qui s’excluent mutuellement, alors, pour l'essentiel, il n’y en a aucune.

La conclusion d’une telle analyse est assez alarmante. De telles contradictions à l’échelle mondiale, une telle profonde divergence d’interprétations, n’ont presque jamais — honnêtement, jamais — été résolues pacifiquement dans l’histoire. Ceux qui refusent de lutter pour leur ordre mondial se retrouvent immédiatement vaincus. Et ils devront lutter pour l’ordre mondial d’un autre, déjà en tant que vassaux.

Conséquemment, une Troisième Guerre mondiale est plus que probable. Et en 2026, elle est plus probable qu’elle ne l'était en 2025 ou plus tôt. Cela ne signifie pas que nous sommes condamnés à cela ; cela signifie simplement que nous sommes dans une situation très difficile. Par définition, une guerre mondiale implique tout le monde ou presque tout le monde. C’est pourquoi on l’appelle une guerre mondiale. Mais encore, dans chaque guerre mondiale, il y a des sujets principaux. Aujourd’hui, ils sont :    

1) L’Occident collectif dans ses deux incarnations (libéral-globaliste et hégémoniste) ;

2) Les pôles montants du monde multipolaire (Russie, Chine, Inde).

Tous les autres ne sont, pour l’instant, que des instruments.

En même temps, l’Occident a une idéologie, alors que le monde multipolaire n’en a pas encore. La multipolarité elle-même s’est déjà généralement manifestée, mais idéologiquement, elle n’est pas encore formalisée — ou très peu.

Si le droit international n’existe pas, et qu’il est impossible par définition de défendre le monde de Yalta, l’ancien ONU, et l’inertie du bipartisme, alors il faut proposer notre propre nouveau système de droit international. La Chine fait certaines tentatives dans cette direction (« Communauté de destin partagé »), nous dans une moindre mesure (les exceptions étant la Théorie du Monde Multipolaire et la Quatrième Théorie Politique). Mais ce n’est clairement pas suffisant. Peut-être qu’en cette année, nous devrons participer à une « lutte planétaire de tous contre tous », durant laquelle l’avenir, le futur ordre mondial, et le système de droit international seront déterminés. Pour l’instant, il n’y en a aucun. Mais il doit y en avoir un, un droit international qui nous permette, à nous Russes, d’être ce que nous devons être — un État-Civilisation, un Monde Russe. C’est ce qu’il faut conceptualiser aussi vite que possible.

17:05 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, droit international, alexandre douguine | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

dimanche, 04 janvier 2026

Bas les pattes du Venezuela – Yankee, go home!

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Bas les pattes du Venezuela – Yankee, go home!

Nick

Source: https://zannekinbond.org/hands-af-van-venezuela-yankee-go...

La Zannekinbond (Flandre) condamne de la manière la plus fondamentale la tentative de coup d'État des États-Unis au Venezuela. La violation de la souveraineté d'une nation indépendante et l'enlèvement d'un chef d'État légitime et élu démocratiquement – ainsi que de son épouse – constituent non seulement une violation flagrante du droit international et de l'intégrité personnelle, mais aussi une manifestation brutale et sans vergogne de l'impérialisme américain.

Ces derniers mois, les États-Unis ont déployé une puissance militaire sans précédent dans la mer des Caraïbes, et des dizaines de Vénézuéliens ont déjà été tués lors d'opérations présentées comme une lutte contre le prétendu «narcoterrorisme». En réalité, il s'agit de contrôler le pétrole vénézuélien, qui est aujourd'hui largement exporté vers la Chine. Trump n'a laissé aucun doute lors de sa conférence de presse du 3 janvier à ce sujet.

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La doctrine Monroe est de retour, transformée en sa forme la plus brutale et la plus agressive. Comme Trump lui-même l'a déclaré sans honte : « J'ai personnellement approuvé les gouvernements d'Argentine, du Chili et du Honduras. » Les États-Unis ne cachent plus leur volonté de soumettre à nouveau entièrement l'hémisphère occidental, comme c'était le cas avant la Guerre froide et la montée des régimes socialistes en Amérique latine. Dès le début, il était clair que l'impérialisme américain sous Trump prendrait une forme plus primitive et grotesque : moins voilée, davantage basée sur la force brute et la démonstration de puissance ouverte. Là où les prédécesseurs démocrates privilégiaient une subversion subtile et un théâtre diplomatique, Trump croit à la démonstration brute, musculaire.

Les régimes de gauche libérale (et d'extrême droite) en Europe sont sans aucun doute complices moralement de ce forfait. La rhétorique bravache de l'époque de Trump I – lorsqu'il était encore considéré comme une anomalie conservatrice, une « erreur de programmation » dans la prétendue fin de l'histoire – a disparu comme neige au soleil. Les discours creux sur les « dictateurs » et le prétendu droit du peuple vénézuélien à la « liberté » et à la « démocratie » ne peuvent dissimuler le fait que les élites européennes apportent leur coopération diplomatique à l'agression américaine. Les déclarations d'Ursula von der Leyen, Kaja Kallas, Keir Starmer, Emmanuel Macron et Giorgia Meloni après l'opération américaine laissent peu de place à l'imagination. La justification morale d’un changement de régime a été soigneusement préparée par l’attribution du prix Nobel de la paix à Machado, la leader de l’opposition d’extrême droite qui approuve ouvertement les bombardements sur son propre peuple.

Pourtant, un rayon d'espoir perce à l'horizon. Alors que l'impérialisme américain se montre à nouveau sous sa forme la plus brutale et décivilisée, – surtout après le génocide à Gaza – de plus en plus de gens perçoivent clairement le vrai caractère de l'impérialisme occidental. Parallèlement, les arguments moraux contre l’opération militaire spéciale russe en Ukraine deviennent de plus en plus creux, à mesure que l’Occident viole ostensiblement la souveraineté d’autres peuples ailleurs.

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Trump avait déjà évoqué de nouvelles actions militaires possibles, plus radicales, contre le Venezuela. Contrairement à ses attentes, le peuple de Caracas n’est pas descendu dans la rue en jubilation. Le gouvernement bolivarien n’a pas tombé et le pays ne s’est pas effondré comme un château de cartes. Néanmoins, Trump a indiqué qu'il souhaite diriger temporairement le Venezuela directement depuis les États-Unis, en attendant une prétendue « transition vers la démocratie ». Cela témoigne d’un retour à l’essence brutale de l’impérialisme : les façades néocoloniales ne sont plus nécessaires, car le colonialisme classique n’a plus besoin de masque. Les «investissements massifs» promis montrent que des investisseurs privés, des compagnies pétrolières et des entreprises militaires privées joueront un rôle central dans le Venezuela selon la vision de Trump. En même temps, il a lancé des menaces ouvertes contre Cuba, sans aucune illusion à ce sujet.

La Russie et la Chine ont réagi, comme toujours, avec prudence et diplomatie, en insistant sur la paix et le dialogue. Il est néanmoins encourageant que le ministère russe des Affaires étrangères ait explicitement déclaré que la voie bolivarienne est la bonne pour le Venezuela. Cependant, cela montre aussi à nouveau le manque d'une Russie comme autrefois, qui jouait un rôle idéologique et logistique contre l’impérialisme américain et se posait comme la défenderesse de la souveraineté des peuples du Tiers-Monde. La Russie d’aujourd’hui soutient ses partenaires stratégiques principalement pour des raisons pragmatiques, et ne s’engage plus dans des alliances idéologiques fondamentales comme autrefois. L’exemple de la Syrie, où Assad a été remplacé par al-Jolani en échange d’un accès permanent aux bases militaires et aux ports, en dit long. La position russe sur la question palestinienne – où Moscou, comme l’URSS avant elle, ne rompt pas toutes ses relations diplomatiques avec Israël – le souligne également.

Les événements au Venezuela montrent donc la nécessité de forger des alliances plus fondamentales et d’approfondir l’idéologie pour construire un système mondial alternatif capable de briser réellement l’impérialisme. Un système mondial, selon notre conviction, qui ne peut être construit qu’en fonction des intérêts de la classe ouvrière.

Nous pouvons espérer que les pacifistes, dissidents, penseurs et activistes du monde entier ont enfin dépassé l’illusion que Trump pourrait apporter paix et stabilité à Gaza, en Ukraine ou ailleurs. Les États-Unis, sous son gouvernement, ne sont pas devenus moins agressifs ou moins voraces. Trump n’est qu’une autre « avatar » de l’impérialisme américain : moins diplomate, moins policé et moins voilé moralement qu'Obama ou Biden, et donc apparemment « plus sincère » – mais c’est justement pour cela qu’il peut être encore plus dangereux.

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En même temps, les actions de Trump ont mis en évidence une faiblesse majeure. Bien que cette opération – tout droit sortie d’un scénario hollywoodien – ait porté un coup humiliant au peuple vénézuélien, elle montre aussi que les États-Unis reculent face à une guerre terrestre à grande échelle. La perspective de soldats américains revenant dans des cercueils après une guerre de guérilla impitoyable constituerait une perte d’image inacceptable. La résilience et la combativité du peuple vénézuélien, ainsi que ses milices populaires, pourraient sérieusement compromettre les plans de Trump, révéler complètement le vrai visage de l’impérialisme américain – après le fiasco sioniste à Gaza –, et rendre visible la faiblesse croissante de la domination américaine dans cette période de déclin unipolaire et de capitalisme en décomposition.

Notre soutien va sans réserve au peuple vénézuélien, qui porte le lourd fardeau de la défense de sa souveraineté. Nous sommes convaincus que les milices populaires vénézuéliennes sont capables de résister à la bête impérialiste, aussi grande soit la souffrance qu’on essaie d’imposer au peuple. C’est pourquoi le peuple vénézuélien et le bolivarisme reçoivent le soutien total de tout anti-impérialiste sincère, partout dans le monde, notamment chez nous en Flandre, où la lutte pour la souveraineté nationale et la libération est profondément ancrée dans l’histoire.

Réflexion post-vénézuélienne

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Réflexion post-vénézuélienne

Claude Bourrinet

Ce qui a volé en éclats, avec l'intervention brutale des Américains au Venezuela, c'est l'illusion que pouvaient donner les BRICS d'une opposition, au moins minimale, à l'agression impérialiste yankee. Or, Trump a fait exactement ce qu'il avait dit qu'il ferait, il a démoli les résistances vénézuéliennes, sans qu'une résistance l'en ait empêché, et il a, en shérif qu'il prétend être, dans la plus pure tradition du Far West, kidnappé Maduro, présumé truand, pour le livrer à une Justice de cow boy, et probablement l'emprisonner à vie. Dans le même temps, il poursuit son programme cynique de brigandage, de vol du pétrole vénézuélien.

La Russie et la Chine, dont des discours rassurants, accompagnés d'images fascinantes, laissaient espérer une aide militaire (missiles, radars, matériel sophistiqué de surveillance, voire avions de chasse et navires militaires etc.), dispositif qui allait donner du fil à retordre aux Gringos, se sont révélés impuissants à empêcher cette sorte de coup d'éclat dont les Anglo-saxons sont souvent les maîtres. L'inévitable, à savoir la défaite (peut-être temporaire) du chavisme et du bolivarisme dans cette région de l'Amérique latine, après les victoires fascisantes et pro-américaines au Chili, en Équateur, en Argentine, ne peut être enrayé par une quelconque guérilla, qui a sans doute été plus ou moins préparée, mais qui ne semble pas viable à court terme, tellement le pays est épuisé par des années de blocus et d'usure (toutefois, une guérilla résiduelle est persistante se maintiendra). Il est à peu près assuré qu'une dictature féroce va s'installer dans le pays, avec de probables règlements de comptes sanglants, et les exploits de commandos de la mort. Personne ne portera secours au peuple vénézuélienne, ni le Brésil, déconsidéré à vouloir ménager la chèvre et le chou, ni la Colombie, occupée par des bases américaines. L'affaire semble pliée. On peut conjecturer que les Américains laisseront aux Russes et aux Chinois le temps de récupérer leur matériel militaire.

Les Brics sont en fait un réseau d'accords bilatéraux, qui converge parfois vers un horizon commun, mais surtout économique, sans pour autant que les décisions éventuelles prises en commun dans ce domaine engagent une rupture définitive avec l'Occident américanisé. La prudence y est de mise. Quant à une alliance militaire généralisée, il n'en est question, là aussi, que dans des situations bien particulières, quand les choses sont possibles, mais surtout quand il s'agit d'économie et de matériel. Jamais il n'a été question d'une intervention armée, ouverte et concertée, contre les États-Unis. Il est évident qu'une telle opération entraînerait une guerre mondiale nucléarisée.

La configuration planétaire des forces paraît de plus en plus claire. Le monde « polarisé » qu'on nous prédit prendra la forme d'un équilibre, avec quelques conflits en marge, entre empires, chacun doté d'un Lebensraum : l'empire américain, avec son arrière-cour latino-américaine, l'empire russe, avec sa zone de protection, l'empire chinois, empire du milieu ne souffrant pas d’empiétement sur son littoral, l'empire indien, confiné entre océan et chaîne himalayenne. L'empire brésilien n'est qu'un mirage, l'empire africain est une vue de l'esprit, l'empire européen de l'Ouest est une nostalgie, avant effacement définitif.

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Avec cet état géopolitique généralisé, c'est l'illusion d'une éthique commune et des règles universelles acceptées de tous qui disparaît. Cette dissolution de la morale internationale est devenue évidente avec le comportement transgressif des États-Unis et d'Israël au Moyen-Orient, où toutes les modalités de mesure et de respect de l'intégrité physique des civils ont été bafouées cyniquement ; mais ces violations des droits élémentaires étaient, chez ces deux nations, depuis Hiroshima, Nagasaki, et la création de l’État d'Israël, une coutume. D'autres catastrophes humanitaires, comme au Cambodge ou au Rwanda, ou ailleurs, ont pu porter des coups sévères aux règles laborieusement édifiées entre nations. Toutefois, l'Histoire s'accélérant, et la Guerre Froide, qui donnait à croire à un choc entre deux visions contraires de l'homme, l'une, individualiste, l'autre socialisée, toutes deux entées dans des conceptions idéalistes et progressistes issues de l'humanisme des Lumières, en cessant, a jeté le monde dans l'engrenage glacé des intérêts aussi francs que la logique pornographique. Les messages fleur bleu de la justice, de l'égalité, de la liberté, de la fraternité, s'ils ne suscitent pas maintenant, de-ci, de-là, des rires sardoniques, engendrent un ennui de fin de beuverie. Ce qui compte, ce ne sont plus les poèmes exaltés de Neruda, d'Eluard, ou la rhétorique évaporée de Radio Free Europe, mais la comptabilité des puissances d'anéantissement, et l'ostentation des muscles, quand ce ne sont pas les envolées de pochards, et les coups de menton agressifs, vulgaires, de crapule.

L'avenir ne chantera que des chansons martiales et d'ivrognes. Car cet état d'équilibre entre empires sera précaire, miné par la chute de la démographie, et par la nécessité de s'emparer à tout prix de sources énergétiques. Des catastrophes écologiques peuvent aussi pousser aux guerres. Il se peut qu'à terme, dans un siècle, par exemple, l'un de ces empires l'emporte sur les autres, et impose une domination planétaire sur ce qui restera de l'humanité. Ce sera sans doute un monde totalitaire, pourvu d'une religion idoine, qui va être élaborée dans ce qui demeure du XXIe siècle, quelque chose qui prendra à toutes les spiritualités du passé, mais avec une dominante orientale.

La pertinence persistante de la tradition géopolitique de Mackinder-Spykman

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La pertinence persistante de la tradition géopolitique de Mackinder-Spykman

Federico Bordonaro

Source: https://federicobordonaro.blogspot.com/2025/12/the-contin...

Dans une interview récente avec Startmag, l’ambassadeur Giulio Terzi di Sant’Agata, ancien ministre italien des Affaires étrangères, a observé que les idéologues du Kremlin encadrent la guerre en Ukraine comme un conflit qui « ne se terminera que lorsque l’un des deux blocs, les puissances continentales ou les puissances maritimes, aura pris le dessus ».

Cette observation est d’une importance scientifique. Elle opérationnalise efficacement une hypothèse clé de ma recherche sur la théorie géopolitique anglo-américaine (Bordonaro 2023) : que le conflit actuel est explicitement présenté comme un affrontement structurel entre deux blocs géopolitiques. Ce vocabulaire—« continental » versus « maritime »—correspond directement à la grammaire Mackinder–Spykman (Heartland/Masse continentale versus Rimland/coalition maritime). Les remarques de Terzi soulignent comment une typologie spatiale classique continue à façonner la perception de la menace et le récit stratégique, non seulement à Moscou, mais aussi dans l’état d’esprit politique aligné sur l’OTAN, ce qui conduit à la conclusion que l’Europe doit renforcer sa capacité de dissuasion dans le cadre atlantique.

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La persistance des perceptions stratégiques occidentales

Ma recherche suggère que la tradition Mackinder–Spykman persiste dans le discours stratégique occidental, moins comme un canon explicite que comme une continuité durable des perceptions. Même lorsque les auteurs ne sont pas cités, cette tradition structure la façon dont les acteurs interprètent les menaces et opportunités spatiales.

Elle perdure parce qu’elle fournit une « grammaire du théâtre » qui correspond avec une précision remarquable à la géographie stratégique centrale de l’OTAN. Cela est le plus visible le long des interfaces Rimland et du coin Baltique–Mer Noire, où mers fermées, corridors et points de passage concentrent les risques d’escalade. De plus, elle offre un répertoire de modèles narratifs — le Heartland comme mythe de consolidation, le cordon sanitaire, et la crainte atlantique persistante d’une consolidation continentale — qui peuvent être réutilisés à travers les cycles politiques pour mobiliser le consensus.

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La série de chocs de 2008 à 2014, culminant en 2022, a effectivement légitimé à nouveau des hypothèses sur la compétition positionnelle et le poids stratégique de la géographie, que les récits d’après la Guerre froide avaient prématurément rejetées. Dans la littérature stratégique occidentale des trois dernières décennies, ce « retour » est évident dans l’écosystème façonnant la perception de la sécurité américaine — institutions influentes comme RAND et CSIS, et forums militaires professionnels. Il existe des exemples clairs d’interventions militaires américaines appliquant Mackinder, Spykman et Kennan à la Chine contemporaine, en interprétant l’initiative Belt and Road à travers des logiques Heartland/Rimland. Cela constitue un pont textuel direct entre la pensée géopolitique classique et la perception moderne des praticiens.

Le miroir eurasiatique : la géopolitique comme destin ?

Cependant, cette hypothèse ne se limite pas à l’Occident. Il est bien connu que la pensée géopolitique allemande, en particulier celle de Karl Haushofer, a absorbé la tradition anglo-saxonne pour en contrer les implications stratégiques (« fas est et ab hoste doceri »). Aujourd’hui, ce cadre reste pertinent pour les théoriciens russes et eurasiens.

Contrairement à leurs homologues occidentaux qui peuvent utiliser ces concepts implicitement, les penseurs eurasiens interprètent souvent la vision du monde Mackinder–Spykman comme un système cohérent et scientifique. Ils le voient comme une réflexion objective de la répartition du pouvoir — politique, militaire et culturel. Par conséquent, de ce point de vue, la géographie dicte une posture politique obligatoire : une ligne de conduite alignée avec les « intérêts objectifs » de leur « continentalité ».

Ce phénomène est crucial à suivre. Les fondements philosophiques d’un tel monde sont propices aux conflits géostratégiques et civilisateurs. C’est un cadre déterministe souvent exploité par les élites politiques qui doivent consolider leurs camps domestiques tout en lutant pour la survie du régime.

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Échapper au piège déterministe: le rôle de la géopolitique systémique

Les élites politiques sont-elles contraintes de penser ainsi par la réalité objective? À peine.

Bien que la tradition Mackinder–Spykman offre une lentille puissante, elle risque de dériver vers une carte du monde binaire, territorialement surdéterminée. Pour conserver le pouvoir heuristique de la dialectique terre–mer sans hériter de ses implications rigides, quasi-mécaniques, nous devons regarder la « géopolitique systémique » de Saul B. Cohen (Cohen 2015).

Cohen tire une leçon essentielle de la géographie politique américaine (Hartshorne et Whittlesey) : les régions ne sont pas des « faits naturels » immuables, mais des constructions analytiques. Leurs limites dépendent des critères choisis et des interactions contingentes historiquement entre humains, technologie et espace. En adoptant cette vision, nous pouvons traiter les catégories géopolitiques comme finies et révisables plutôt que comme absolues, ce qui permet une analyse stratégique qui reconnaît le poids de la géographie sans succomber au fatalisme du binôme Heartland-Rimland.

71hTWwOENzL._SY425_-2137761337.jpgPourquoi la pensée géopolitique importe

En fin de compte, faire progresser la littératie géopolitique — tant chez les élites dirigeantes que dans le grand public — est essentiel pour naviguer dans l’ordre multipolaire naissant. En adoptant des théories post-classiques qui offrent des cadres spatiaux analytiques flexibles, nous pouvons cultiver des perceptions de sécurité réalistes et équilibrées, plutôt que fatalistes. S’éloigner du déterminisme binaire rigide ne fait pas seulement affiner notre analyse ; cela crée l’espace intellectuel nécessaire pour revitaliser la diplomatie. Ce faisant, nous transformons la géographie d’une prison de conflits inévitables en un paysage où les efforts pragmatiques de paix peuvent à nouveau prendre leur envol.

Références: 

Bordonaro, F. (2023), La geopolitica anglosassone, 3e éd., Milan.

Cohen, S.B. (2015), Geopolitics: The Geography of International Relations, 3e éd., Lanham.

Les Américains regrettent d’avoir attaqué la Russie. Les Européens, non. Pourquoi?

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Les Américains regrettent d’avoir attaqué la Russie. Les Européens, non. Pourquoi?

Cristi Pantelimon

Source: https://www.estica.ro/article/americanii-regreta-atacarea...

J’ai lu un long article bien informé de Jeffrey Sachs (lien ci-dessous) sur les erreurs stratégiques de l’Occident vis-à-vis de la Russie, depuis la période après les guerres napoléoniennes jusqu’aux accords de Minsk en 2015. Deux siècles durant lesquels l’Occident, selon le professeur américain, a ignoré les demandes fondamentales de sécurité de la Russie, s’est mêlé des affaires russes (notamment entre 1917 et 1920), a pratiqué la double norme (voir le mémorandum de l’historien Pogodin adressé au tsar Nicolas Ier en 1853), a préféré flirter avec Hitler plutôt que d’écouter la volonté de Litvinov d’isoler l'Allemagne nazie, n’a pas tenu ses promesses, ni écrites (Potsdam), ni non écrites (Malte), etc., etc. Tout cela a culminé avec l’idée d’étendre l’OTAN jusqu’à Kiev, ce qui a conduit à la situation que nous avons aujourd’hui.

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Je m’attendais à ce que Jeffrey Sachs soit subjectif et « oublie » que les États-Unis sont au moins aussi responsables de l’Ukraine d’aujourd’hui que les Européens l’étaient au 19èmee siècle (on peut aussi mieux comprendre le panslavisme comme une réaction à l’européanisme anti-russe, mais c’est un autre sujet) ; le professeur américain ne fait pas cette omission. Il affirme ouvertement qu’après la Seconde Guerre mondiale, la vision impérialiste américaine a conduit à ignorer la Russie; la note de 1952 de Staline, qui souhaitait une Allemagne réunifiée mais neutre, a été rejetée par Adenauer, homme politique « occidental », et représentant d’une élite qui préférait la tutelle américaine à une russification de l’Europe, c’est-à-dire une entente à long terme avec la Russie. La vision de Brzezinski n’a fait que renforcer cette image de l’impérialisme américain visant à soumettre l’Eurasie par la soumission de la Russie, ce qui impliquait nécessairement la rupture entre l’Ukraine et Moscou, etc.

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Toute la construction intellectuelle de Sachs voit la Russie comme une victime de l’Occident des deux derniers siècles (il convient de noter que J. Sachs s’appuie sur une bibliographie historiographique occidentale substantielle, qui mériterait d’être étudiée plus attentivement pour comprendre si elle est en accord avec la vision actuelle de Sachs ou non. Personnellement, je pense que ce n’est pas tout à fait le cas, mais je ne veux pas insister).

En résumé, aujourd'hui, ce sont les Américains qui « déposent les armes », ou du moins c’est ce qui semble. Ils sont prêts à réécrire l’histoire des deux derniers siècles pour affirmer la primauté morale de la Russie par rapport à l’Occident. Ce changement est d’une importance epochale.

En Europe, ce processus n’est pas visible. Du moins, pas au niveau de l’élite dirigeante. Il y a suffisamment d’historiens, de théoriciens sociaux (philosophes, sociologues) ou de géopoliticiens qui pensent comme J. Sachs en Europe, mais le message n’a pas encore passé du domaine des professionnels de la pensée à la sphère politique. Les masses sont divisées, mais ce ne sont pas elles qui font l’histoire.

Nous devons nous demander, à la lumière de cette grande reconsidération historique (un véritable révisionnisme historique – voilà à quel point il est important de pouvoir débattre sans entraves du passé, précisément pour nous libérer vraiment de ses erreurs et être plus libres à l’avenir…), pourquoi n’avons-nous pas les mêmes échos en Europe ?

Politiquement, l’Europe reste suspecte de garder le silence en ce moment. À l’exception de la position vague d’E. Macron, l’Europe occidentale semble ignorer le présent et, surtout, ce changement fondamental de vision stratégique qui se passe aux États-Unis.

Il y a deux explications possibles :

- L’Europe se tait parce qu’au moins au cours du dernier siècle, elle a été obligée de faire de la politique américaine en habits européens (de Wilson à Trump…). Aujourd’hui, elle ne sait pas si Trump ira jusqu’au bout ou sera « renversé » par un nouveau Brzezinski, qui attaquera… la Chine aussi via l’Ukraine ! Mais est-ce totalement exclu? Zelenski sanctionne déjà des entreprises chinoises en Ukraine ou menace de le faire. La question est: qui sanctionne en réalité, de sa propre main?

- L’Europe se tait parce qu’elle a elle-même été complice ces dernières décennies de l’expansion de l’OTAN et, surtout après 1989, a voulu compromettre l’OTAN et les États-Unis en adoptant de manière mimétique l’idée d’une expansion illimitée de l’OTAN (au passage, la Russie a tenté deux fois d’entrer dans l’OTAN, en 1954 et en 2000, lors des moments clés de ses relations avec l’Occident – toutes deux ont échoué).

Mais cette complicité de l’Europe pourrait très bien signifier, en pesant le pour et le contre de ce qui s’est passé hier et aujourd’hui, que les Européens ont utilisé les États-Unis pour attaquer la Russie, afin de compromettre les États-Unis et de les affaiblir à l’échelle mondiale.

Les Européens savaient que la Russie réagirait, et leur riposte entraînerait la désintégration de facto de l’OTAN. Et, en effet, les Américains veulent maintenant la paix et souhaitent que l’Europe prenne en charge sa propre sécurité. Les Européens ont obtenu ce qu’ils voulaient: affaiblir les États-Unis en Europe en provoquant la guerre entre l’OTAN (les États-Unis) et la Russie en Ukraine.

Pourquoi prennent-ils autant de temps, les Européens ? Justement pour que ce processus soit finalisé. Plus les Américains restent longtemps dans le conflit en Ukraine, plus ils seront faibles sur tous les autres fronts, du Venezuela au Moyen-Orient en passant par Taïwan. Sans parler de la guerre économique, où la Chine avance en fanfare, ni de l’occasion de se réarmer/ré-industrialiser dans le domaine de la défense sur la base de la menace russe ; une menace qui pourrait être reconfigurée en menace américaine (voir les accents anti-européens aux États-Unis et anti-américains en Europe, qui flirtent avec la diplomatie…).

En résumé, la politique européenne vise à éliminer les États-Unis du continent avec l’aide de la Russie, non directement, mais symboliquement et par épuisement stratégique. Peut-être que, quelque part, en coulisses, la Chine soutient cette entreprise, et que la Russie n’est pas trop triste. Après tout, tout le monde sait que ce qui s’est passé au cours du dernier siècle porte la marque stratégique américaine, peu importe la « tenue » que les acteurs ont portée.

Le silence de l’Europe est suspect.

Après la grande réorientation stratégique américaine, une surprise pourrait suivre : une nouvelle orientation de l’Europe, qui semble pour l’instant être une puissance désemparée ou dont la boussole est restée bloquée… ?

Nous verrons.

Lien: 

https://scheerpost.com/2025/12/23/european-russophobia-an...

Un belliciste vert à Francfort, Omid Nouripour

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Un belliciste vert à Francfort, Omid Nouripour

Wolfgang Hübner 

En première ligne avec Kiesewetter et Strack-Zimmermann

Les Verts de Francfort ont une certaine tradition qui consiste à enrichir la politique allemande de figures particulièrement discutables: avec Daniel Cohn-Bendit, ils nous ont présenté l’un des idéologues en chef du «multiculturalisme», dont les effets secondaires sont particulièrement visibles lors des célébrations du Nouvel An. Le meilleur ami de Cohn-Bendit, Joschka Fischer, avait déjà derrière lui une carrière de combattant de rue dans les rangs de l'extrême gauche militante et de fauteur de terreur contre la police, lorsqu'il est devenu le premier ministre vert du Land de Hesse, puis finalement ministre allemand des Affaires étrangères dans un gouvernement rouge-vert.

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L’actuel vice-président vert du Bundestag, Omid Nouripour, suit les traces de ses anciens camarades de parti avec ses récentes déclarations sur la guerre en Ukraine. Cet ancien étudiant sans emploi, qui avait jadis abandonné ses études et qui, né en Iran, est devenu citoyen allemand en 2002, s’est non seulement entièrement rangé derrière la ligne anti-russe du chancelier Friedrich Merz. Mais il a également demandé que l'on utilise l’arme ballistique allemande Taurus pour soutenir l’Ukraine. Ainsi, il rejoint le groupe des plus agressifs propagateurs de la guerre, comme Roderich Kiesewetter (CDU) et Marie-Agnes Strack-Zimmermann (FDP).

Pour Francfort, la ville natale du citoyen musulman Nouripour, cela n’est pas une affaire insignifiante. En effet, dans le cas désormais tout à fait envisageable, pour notre malheur à tous, d’un conflit armé entre l’OTAN et la Russie, la métropole du Main, avec son nœud internet des plus importants à l'échelle mondiale et avec ses nombreux centres de données, figure parmi les cibles particulièrement vulnérables aux frappes de missiles russes, avec des conséquences imprévisibles pour la population civile de notre ville. Moscou n’a jamais laissé planer le moindre doute: toute attaque par missiles Taurus sur le territoire russe serait considérée comme une provocation et Moscou y répondrait par des ripostes militaires de grande envergure.

C’est également la raison pour laquelle de telles attaques n’ont jusqu’à présent pas eu lieu. Le politicien vert Nouripour en est parfaitement conscient. Sa demande à Merz de ne plus attendre pour utiliser le missile Taurus est absolument irresponsable et le discrédite en tant que représentant des intérêts de Francfort au Bundestag allemand.

Wolfgang Hübner

samedi, 03 janvier 2026

Mad Max: le monde sans freins

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Mad Max: le monde sans freins

Par @BPartisans (Telegram)

Oubliez les règles. Oubliez le droit. Oubliez les discours.

Ce qui se joue autour du Venezuela n’est pas une crise: c’est la version bêta du monde qui vient. Un monde où l’ordre international a été broyé, recyclé, puis revendu en slogans creux pendant que les moteurs de guerre tournent à plein régime.

L’ancien «monde fondé sur des règles» n’a pas été détruit par ses ennemis, mais par ceux qui prétendaient l’incarner. À force d’exceptions, de sanctions unilatérales, de changements de régime sous emballage moral, il a implosé. Résultat: un désert géopolitique où seuls comptent la force, la ressource et la capacité à frapper sans rendre de comptes.

La carte du monde n’est plus faite de frontières mais de zones exploitables. De grands blocs militarisés avancent comme des bandes motorisées. Entre eux, une immensité de pays vulnérables, riches en pétrole, en minerais ou en positions stratégiques, transformés en stations-service du chaos. Le Venezuela n’est pas un cas particulier. C’est un panneau indicateur.

Quand les fragilités internes rencontrent la prédation externe, la recette est connue: asphyxie financière, sabotage institutionnel, polarisation sociale, puis intervention «nécessaire». Le chaos n’est pas un échec de gouvernance : c’est un outil. On ne stabilise plus, on fracture. On ne reconstruit plus, on administre les ruines.

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Le droit international est désormais un cadavre desséché. On l’agite encore dans les discours comme un talisman, mais plus personne n’y croit. L’Organisation des Nations unies n’est plus qu’un décor : beaucoup de micros, aucun levier. Pendant qu’on y débat, les décisions se prennent ailleurs, brutalement, sans vote ni mandat.

L’Amérique latine se voulait «zone de paix». Elle découvre qu’elle est surtout une zone temporairement tolérée, jusqu’à ce qu’une ressource, une élection ou une monnaie deviennent trop utiles pour être laissées tranquilles. Comme le Moyen-Orient, l’Afrique ou l’Asie, elle entre dans l’ère des conflits permanents à basse intensité, suffisamment violents pour détruire, pas assez pour choquer durablement.

Dans ce monde Mad Max, chacun forge son blindage.

La Russie transforme la souveraineté en doctrine de survie: sécurité nationale, économie militarisée, stabilité exportable comme un service stratégique. La Chine observe le chaos sans émotion: dans un désert, celui qui contrôle l’eau et le temps finit toujours par gagner.

Les anciennes élites mondialistes, elles, ont compris trop tard qu’elles ont perdu la main. Alors elles frappent avant d’être frappées. Le chaos devient politique officielle, la peur un instrument de gestion, la coercition un langage diplomatique.

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Et l’Union européenne ?

Elle découvre que dans ce nouveau monde, l’accusation est une arme réversible. À force de disqualifier, sanctionner, moraliser et criminaliser, elle s’expose à subir exactement les mêmes méthodes. Dans l’univers Mad Max, celui qui brandit la vertu attire le tir. Corruption, ingérences, trafics, censures: tout circule, tout se retourne, tout s’utilise.

Nous avons quitté l’ère des lois pour entrer dans celle des convois armés, des économies de guerre et des populations prises en otage entre des puissances qui n’ont plus rien à proposer, sauf la force.

Mad Max n’était pas une dystopie.

C’était une prévision opérationnelle.

@BPARTISANS

Technocratie américaine – De la vision des années 1930 à la technocratie moderne

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Technocratie américaine – De la vision des années 1930 à la technocratie moderne

Markku Siira

Source: https://geopolarium.com/2025/12/22/amerikan-teknaatti-193...

Au début des années 1930, aux États-Unis, en pleine crise de la Grande Dépression, naquit le mouvement technocratique, qui remettait en question l’ordre social dominant. Sa vision radicale était de remplacer la politique et l’économie de marché par une planification scientifique et une distribution efficace des ressources — une société dirigée par des ingénieurs et des scientifiques.

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Bien que l’ingénieur californien William H. Smyth ait popularisé le terme dès 1919, c’est Howard Scott (photo) qui devint la véritable figure idéologique centrale, qui introduisit cette vision dans les années 1930 et la développa davantage.

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La proposition centrale du mouvement technocratique était de créer un “technat” américain: une région géographiquement cohérente, autosuffisante, s’étendant du pôle Nord au canal de Panama, comprenant les États-Unis, le Canada, le Mexique, l’Amérique centrale, ainsi que des parties des Caraïbes et de l’Amérique du Sud. Cette région fut choisie en raison de ses vastes ressources naturelles, ses voies d’eau et ses réserves d’énergie, permettant une quasi-autonomie avec un commerce extérieur minimal.

De nos jours, l’administration Trump a exprimé un vif intérêt à étendre l’influence des États-Unis dans le Nord en annexant le Groenland, qui appartient au Danemark. Trump a justifié cette démarche à plusieurs reprises par des raisons de sécurité nationale, de stratégie arctique et de gestion des terres rares, ce qui correspond à la vision technocratique d’un bloc autosuffisant en ressources.

De même, Trump a proposé d’intégrer le Canada en tant que 51ème État des États-Unis, en insistant sur la sécurité et l’intégration économique de l’ensemble de l’hémisphère occidental — c'est là une répétition de l’idée forgée dans les années 1930, celle d’un continent uni sans frontières politiques.

Le mouvement technocratique des années 1930 souhaitait réaliser cette vision à travers une région aussi vaste et unifiée que possible. Ses ressources, sa production et sa gouvernance devaient être entièrement pilotées par des méthodes techniques et énergétiques, sans recourir aux processus décisionnels politiques traditionnels.

Au cœur de l’idéologie se trouvait la théorie de l’énergie, selon laquelle la valeur et l’activité de la société seraient mesurées en fonction de la consommation d’énergie (en joules ou en ergs). L’ordre économique traditionnel était considéré comme obsolète et à l’origine d’une pénurie artificielle, tandis que la technologie permettrait de créer une abondance.

Chaque citoyen se verrait accorder un droit à vie à une quantité fixe de certificats énergétiques, qui seraient la seule monnaie d’échange dans la société. Ces certificats représenteraient directement la part de l’individu dans la consommation totale d’énergie de la société. Ils expireraient après un an, ne seraient ni échangeables, ni épargnés, ni transférables, afin de maintenir un équilibre entre production et consommation sans l'artificialité de la pénurie.

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La semaine de travail serait réduite à quatre heures par jour, quatre jours par semaine, suivis de trois jours de congé. La production fonctionnerait en rotation continue de sept équipes, permettant aux machines et équipements de fonctionner presque sans interruption.

L’administration serait organisée en unités fonctionnelles et en régions basées sur la latitude et la longitude, permettant une distribution efficace et systématique des ressources et de l’énergie. Le dirigeant suprême serait nommé par des experts, tandis que les gouvernements régionaux seraient subdivisés en segments fonctionnels selon les besoins. Politiciens et hommes d’affaires seraient exclus du système, étant perçus comme sources d’inefficacité et de corruption.

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Le mouvement technocratique s’appuyait fortement sur les idées de l’économiste norvégien-américain Thorstein Veblen (photo), sur les conseils des ingénieurs, ainsi que sur l’optimisme de l’époque selon lequel des machines à calcul mécanique pouvaient équilibrer la production et la consommation en temps réel. Les technocrates voyaient en IBM et ses systèmes une base pour l’automatisation, qui remplacerait les professions traditionnelles et permettrait une surveillance systématique sans erreur humaine.

Le mouvement technocratique connut une courte période de succès entre 1932 et 1933, attirant des chômeurs, des ingénieurs et d’autres victimes de la crise. Les membres portaient des uniformes gris et utilisaient le symbole de la monade, ce qui attira aussi l’attention des médias. Cependant, des conflits internes conduisirent à des divisions du mouvement technocratique en différentes organisations, comme Technoracy Inc. dirigée par Howard Scott.

Le New Deal de Roosevelt offrit une alternative plus pragmatique à la dépression, et la chute annoncée du système économique ne se produisit pas. Le mouvement fut rapidement marginalisé lors de la Seconde Guerre mondiale, en partie à cause de son pacifisme et de son isolationnisme, et se réduisit finalement à une petite organisation qui a presque disparu de l’histoire.

Les critiques furent sévères à l'époque. On reprocha à ce mouvement son élitisme, son autoritarisme et ses tendances totalitaires. Il fut comparée au fascisme et au stalinisme, car il voulait remplacer la démocratie par une gouvernance d’experts sans participation citoyenne. Les marxistes considéraient la théorie de l’énergie comme arbitraire par rapport à la théorie de la valeur travail, et les libéraux y voyaient des traits de “stalinisme progressif”, où la liberté était sacrifiée à l’efficacité.

Bien que le mouvement technocratique d’origine ait disparu, ses idées clés — la domination d’experts, la prise de décisions basée sur les données, la priorité à l’efficacité et le remplacement des processus politiques par une gestion technique — ont été ravivées dans le contexte technologique et géopolitique des années 2020.

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La coopération entre Elon Musk et Donald Trump, ainsi que la forte présence des sociétés technologiques comme Palantir lors du second mandat de Trump, reflètent des traits technocratiques. Le projet DOGE (Department of Government Efficiency), visant à rendre l’administration plus efficace et à réduire la bureaucratie par l’intelligence artificielle, rappelle la vision initiale d’une gestion efficace, politiquement neutre. Il est remarquable que le grand-père d’Elon Musk, Joshua Norman Haldeman, ait été un animateur en vue de la branche canadienne du mouvement technocratique dans les années 1930.

Les plateformes d’intelligence artificielle de Palantir, fondées par l’investisseur en capital-risque et transhumaniste Peter Thiel, permettent la gestion massive de données et la création de bases de données intégrées pour la défense, la surveillance de l’immigration et la prise de décision. Cette évolution associe la puissance technologique du secteur privé à l’action de l’État, soulevant des inquiétudes concernant la vie privée, la surveillance et la réduction de la démocratie.

Dans un monde multipolaire où les États-Unis, la Chine et la Russie rivalisent pour la domination de l’intelligence artificielle, la technologie devient un enjeu stratégique majeur. L’idée d’un bloc autosuffisant, comme le serait une technocratie américaine parachevée, reflète la division géopolitique actuelle, où les grandes puissances cherchent à préserver leur souveraineté technologique et à créer leurs propres écosystèmes numériques.

Ce développement soulève le risque de techno-polarisation — la concentration du contrôle de la technologie et des données, créant de nouveaux centres de pouvoir. Ceux-ci modifient l’autorité traditionnelle de l’État et instaurent une gouvernance basée sur des algorithmes et des identités numériques des citoyens. Les critiques mettent en garde contre des tendances techno-fascistes où l’efficacité et la surveillance restreignent les libertés individuelles.

Bien que le mouvement technocratique des années 1930 soit resté une curiosité historique, sa vision d’un pouvoir d’experts et de suprématie technologique a connu un nouvel essor mondial. La numérisation, le dataïsme et la nécessité de contrôler l’intelligence artificielle ont ramené la pensée technocratique à la vie — dans les États, chez les grandes entreprises technologiques et en politique, où la prise de décision se déplace de plus en plus vers des algorithmes et leurs gestionnaires.

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L’illégitimité: mode d’emploi pour puissances pressées

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L’illégitimité: mode d’emploi pour puissances pressées

Par @BPartisans (Telegram)

Il fut un temps où l’illégitimité d’un dirigeant relevait d’un processus long, fastidieux, presque ennuyeux : élections contestées, recours constitutionnels, médiations internationales, observateurs de l’ONU, débats juridiques. Un âge de pierre procédural.

En 2026, grâce à Marco Rubio, tout cela appartient au musée des conventions obsolètes.

Désormais, la règle est simple, moderne, efficace : « Nous ne le reconnaissons pas comme président ». Traduction opérationnelle : il peut être arrêté, enlevé, exfiltré, neutralisé. Le droit international devient un communiqué de presse assorti d’un plan de vol nocturne. Nicolás Maduro n’est plus un chef d’État, mais une variable d’ajustement géopolitique.

Le plus fascinant n’est pas l’acte, mais la logique. L’illégitimité n’est plus un constat, c’est une arme. Elle ne se démontre pas, elle se proclame. Elle ne se vote pas, elle s’énonce. Celui qui parle le plus fort, avec les moyens militaires adéquats, devient juge, procureur et huissier d’exécution.

Problème : cette logique peut être contagieuse.

Depuis des mois, la Russie affirme que Volodymyr Zelensky n’est plus légitime. Jusqu’ici, l’Occident riait, dénonçait la « propagande », rappelait les sacro-saints principes démocratiques. Mais à partir du moment où Washington transforme la non-reconnaissance politique en justification d’enlèvement physique, l’argument moral s’évapore. Il ne reste que le précédent.

La question n’est donc plus si un dirigeant est légitime, mais qui a le droit de décréter son illégitimité. La réponse est d’une limpidité presque obscène : la puissance dominante du moment. Le peuple ? Accessoire. Les urnes ? Contextuelles. Les constitutions ? Interprétables. L’ONU ? Décorative.

Nous entrons dans l’ère du droit international performatif : dire, c’est faire. Déclarer, c’est autoriser. Accuser, c’est neutraliser. Une fois l’étiquette « régime illégitime » collée, tout devient possible et surtout respectable.

L’Ukraine, dans ce cadre, n’est plus seulement un champ de bataille, mais un terrain d’expérimentation conceptuelle. Si l’illégitimité suffit, alors toute opération cesse d’être une agression pour devenir une « restauration de l’ordre ». Les forces spéciales remplacent les diplomates, et le narratif remplace la loi.

L’Occident applaudit aujourd’hui cette simplification brutale du monde. Demain, il découvrira que les règles qu’on détruit avec enthousiasme ont une fâcheuse tendance à manquer cruellement… quand on en aurait soudain besoin.

@BPARTISANS

La guerre des États-Unis contre le Venezuela a commencé en 2001

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La guerre des États-Unis contre le Venezuela a commencé en 2001

Source: https://comedonchisciotte.org/gli-stati-uniti-attaccano-i...

Les attaques actuelles des États-Unis contre le Venezuela s’inscrivent dans un processus de vingt ans dirigé par les États-Unis et la droite vénézuélienne pour miner le projet bolivarien et sa courageuse décision d’utiliser la richesse pétrolière du pays pour améliorer la vie de sa population.

Par Vijay Prashad, pour peoplesdispatch.org

Les États-Unis n’avaient aucun problème avec le Venezuela en soi, ni avec le pays ni avec son ancienne oligarchie. Le problème que le gouvernement américain et sa classe d’entrepreneurs ont, c’est avec le processus lancé par le premier gouvernement du président vénézuélien Hugo Chávez.

En 2001, le processus bolivarien de Chávez a adopté une loi appelée Loi Organique sur les Hydrocarbures, qui affirmait la propriété de l’État sur toutes les réserves de pétrole et de gaz, réservait les activités en amont d’exploration et d’extraction aux entreprises contrôlées par l’État, mais permettait aux entreprises privées, y compris étrangères, de participer aux activités en aval (raffinage et commercialisation).

Le Venezuela, qui possède les plus grandes réserves de pétrole au monde, avait déjà nationalisé son pétrole par des lois en 1943 puis à nouveau en 1975. Cependant, dans les années 90, dans le cadre des réformes néolibérales promues par le Fonds Monétaire International (FMI) et les grandes compagnies pétrolières américaines, l’industrie pétrolière avait été largement privatisée.

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Lorsque Chávez a promulgué la nouvelle loi, il a ramené l’État au contrôle de l’industrie pétrolière (dont les ventes à l’étranger représentaient 80 % des revenus extérieurs du pays). Cela a mis en colère les compagnies pétrolières américaines, en particulier ExxonMobil et Chevron, qui ont fait pression sur le gouvernement du président George W. Bush pour agir contre Chávez.

Les États-Unis ont tenté d’organiser un coup d’État pour destituer Chávez en 2002, qui a duré plusieurs jours, puis ont poussé la direction corrompue de la compagnie pétrolière vénézuélienne à déclencher une grève pour nuire à l’économie vénézuélienne (finalement, ce sont les travailleurs qui ont défendu l’entreprise et la ont reprise en main).

Chávez a résisté à la fois à la tentative de coup d’État et à la grève parce qu’il bénéficiait d’un large soutien populaire.

Maria Corina Machado, qui en 2025 a reçu le Prix Nobel de la Paix, a fondé un groupe appelé Sumaté (« Unis »), qui a soumis à référendum la révocation du président. En 2004, environ 70% des électeurs inscrits se sont rendus aux urnes, et une large majorité (59%) a voté pour maintenir Chávez à la présidence.

Mais ni Machado ni ses soutiens américains (y compris les compagnies pétrolières) ne se sont calmés. Depuis 2001, ils ont cherché à renverser le processus bolivarien, pour remettre effectivement au pouvoir les compagnies pétrolières détenues par les États-Unis.

La question du Venezuela ne concerne donc pas tant la « démocratie » (un mot usé, qui perd peu à peu de sa signification), mais la lutte de classe internationale entre le droit du peuple vénézuélien à contrôler librement son pétrole et son gaz, et celui des compagnies pétrolières américaines à dominer les ressources naturelles vénézuéliennes.

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Le processus bolivarien

Lorsque Hugo Chávez est apparu sur la scène politique dans les années 90, il a capturé l’imagination de la majorité du peuple vénézuélien, en particulier de la classe ouvrière et des paysans.

La décennie a été marquée par les trahisons dramatiques des présidents qui avaient promis de protéger le pays riche en pétrole contre l’austérité imposée par le FMI, puis ont adopté ces mêmes propositions du FMI. Peu importait qu’ils soient social-démocrates (comme Carlos Andrés Pérez de Acción Democrática, président de 1989 à 1993) ou conservateurs (comme Rafael Caldera des Démocrates Chrétiens, président de 1994 à 1999).

L’hypocrisie et la trahison caractérisaient le monde politique, tandis qu’un niveau élevé d’inégalité (avec un indice de Gini de 48,0, un chiffre incroyablement élevé) accablait la société. Le mandat de Chávez (qui a remporté l’élection avec 56% contre 39% pour le candidat des anciens partis) était contre cette hypocrisie et cette trahison.

Le fait que les prix du pétrole soient restés élevés de 1999 (lorsque Chávez a pris ses fonctions) jusqu’en 2013 (lorsqu’il est mort à seulement 58 ans) a aidé Chávez et le processus bolivarien. Après s’être approprié les revenus du pétrole, Chávez les a utilisés pour obtenir d’extraordinaires résultats sociaux. Tout d’abord, il a développé une série de programmes sociaux de masse (« misiones ») qui ont redirigé ces revenus pour satisfaire les besoins humains fondamentaux, comme les soins de santé de base (Misión Barrio Adentro), l’alphabétisation et l’éducation secondaire pour la classe ouvrière et les paysans (Misión Robinson, Misión Ribas et Misión Sucre), la souveraineté alimentaire (Misión Mercal puis PDVAL) et la construction de logements (Gran Misión Vivienda).

L’État a été réformé comme un véhicule de justice sociale, et non comme un outil pour exclure la classe ouvrière et les paysans des bénéfices du marché. Avec l’avancement de ces réformes, le gouvernement a cherché à construire le pouvoir populaire à travers des outils participatifs comme les communes (comunas). Ces communes sont nées initialement des conseils communaux (consejos comunales) et ont ensuite évolué en organes populaires pour contrôler les fonds publics, planifier le développement local, créer des banques communautaires et former des entreprises coopératives locales (empresas de producción social).

Les communes représentent l’un des contributions les plus ambitieuses du processus bolivarien: un effort – irrégulier mais historiquement significatif – pour bâtir le pouvoir populaire comme une alternative durable à la domination oligarchique.

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La guerre hybride imposée par les États-Unis au Venezuela

En 2013-2014, deux événements ont profondément menacé le processus bolivarien : d’une part, la disparition prématurée de Hugo Chávez, sans doute la force motrice de l’énergie révolutionnaire dans le pays, et d’autre part, le déclin lent puis constant des revenus pétroliers. Chávez a été remplacé à la présidence par l’ancien ministre des Affaires étrangères et syndicaliste Nicolás Maduro, qui a tenté de stabiliser la situation, mais a dû faire face à un défi sérieux lorsque les prix du pétrole, atteignant un pic en juin 2014 à environ 108 dollars le baril, ont chuté drastiquement en 2015 (en dessous de 50 dollars) puis en janvier 2016 (en dessous de 30 dollars). Pour le Venezuela, dépendant des ventes de pétrole brut à l’étranger, cette baisse a été catastrophique. Le processus bolivarien n’a pas réussi à revoir la redistribution dépendante du pétrole (pas seulement à l’intérieur du pays, mais aussi dans la région, notamment via PetroCaribe) ; il est resté piégé par sa dépendance aux exportations pétrolières et par ses contradictions en tant qu’État rentier. De même, le processus bolivarien n’avait pas exproprié la richesse des classes dominantes, qui continuaient à peser fortement sur l’économie et la société, empêchant ainsi une transition complète vers un projet socialiste.

Avant 2013, les États-Unis, leurs alliés européens et les forces oligarchiques d’Amérique latine avaient déjà forgé leurs armes pour une guerre hybride contre le Venezuela. Après que Chávez ait remporté ses premières élections en décembre 1998, et avant qu’il n’entre en fonction l’année suivante, le Venezuela a connu une fuite accélérée de capitaux, l’oligarchie vénézuélienne transférant ses richesses à Miami. Lors du coup d’État et du blocus pétrolier, d’autres preuves de fuite de capitaux ont encore affaibli la stabilité monétaire du Venezuela. Le gouvernement américain a commencé à poser les bases diplomatiques pour isoler le Venezuela, en qualifiant le gouvernement de problème et en constituant une coalition internationale contre lui. Cela a conduit, en 2006, à des restrictions d’accès aux marchés financiers internationaux. Les agences de notation de crédit, les banques d’investissement et les institutions multilatérales ont constamment augmenté les coûts de financement, rendant plus difficile le refinancement bien avant que les États-Unis n’imposent des sanctions formelles au Venezuela.

Après la mort de Chávez, avec la chute des prix du pétrole, les États-Unis ont lancé une guerre hybride ciblée contre le Venezuela. Par guerre hybride, on entend l’utilisation coordonnée de coercition économique, d’asphyxie financière, de guerre de l’information, de manipulation légale, d’isolement diplomatique et de violence ciblée, employées pour déstabiliser et inverser les projets politiques souverains sans invasion à grande échelle. Son objectif n’est pas la conquête territoriale, mais la soumission politique : discipliner les États qui tentent la redistribution, la nationalisation ou une politique étrangère indépendante.

La guerre hybride opère par la militarisation de la vie quotidienne. Attaques monétaires, sanctions, pénuries, narrations médiatiques, pressions des ONG, vexations juridiques (lawfare) et crises de légitimité orchestrées sont conçues pour éroder la capacité de l’État, épuiser le soutien populaire et fragmenter la cohésion sociale.

La souffrance qui en résulte est ensuite présentée comme une preuve d’un échec intérieur, masquant l’architecture extérieure de la coercition. C’est précisément ce que le Venezuela a affronté depuis que les États-Unis ont imposé illégalement des sanctions financières au pays en août 2017, puis aggravé par des sanctions secondaires en 2018. En raison de ces sanctions, le Venezuela a subi l’interruption de tous ses systèmes de paiement et canaux commerciaux, étant contraint à une conformité excessive aux réglementations américaines.

Pendant ce temps, les narrations des médias occidentaux ont systématiquement minimisé les sanctions, amplifiant inflation, pénuries et migration comme des phénomènes purement internes, renforçant le discours sur le changement de régime.

La chute du niveau de vie au Venezuela entre 2014 et 2017 ne peut être séparée de cette stratégie à plusieurs niveaux d’étouffement économique.

Attaques de mercenaires, sabotage du réseau électrique, création d’un conflit avantageant ExxonMobil entre la Guyana et le Venezuela, invention d’un président alternatif (Juan Guaidó), attribution du Prix Nobel de la Paix à quelqu’un qui prône la guerre contre son propre pays (Machado), tentative d’assassinat du président, bombardements de pêcheurs au large des côtes vénézuéliennes, saisie de pétroliers en partance du Venezuela, accumulation d’une flotte au large des côtes du pays : chacun de ces éléments est conçu pour créer une tension neurologique à l’intérieur du Venezuela, menant à la reddition du processus bolivarien en faveur d’un retour à 1998, et donc à l’annulation de toute loi sur les hydrocarbures promettant la souveraineté du pays.

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Si le pays devait revenir à 1998, comme le promet Maria Corina Machado (photo), tous les progrès démocratiques obtenus par les misiones et les comunas, ainsi que par la Constitution de 1999, seraient invalidés. En effet, Machado a déclaré qu’un bombardement étasunien de ses compatriotes vénézuéliens serait « un acte d’amour ». Le slogan de ceux qui veulent renverser le gouvernement est : « En avant vers le passé ».

En octobre 2025, entre-temps, Maduro a dit en anglais à un public à Caracas: «Écoutez-moi, non à la guerre, oui à la paix, peuple des États-Unis.»

Ce soir-là, dans un discours radiophonique, il a averti: «Non au changement de régime, qui nous rappelle tant les guerres infinies et ratées en Afghanistan, en Irak, en Libye, etc. Non aux coups d’État orchestrés par la CIA.»

La phrase «non à la guerre, oui à la paix» a été reprise sur les réseaux sociaux et remixée en chansons. Maduro est apparu à plusieurs reprises lors de rassemblements et rencontres avec de la musique à plein volume, chantant « non à la guerre, oui à la paix » et, à au moins une occasion, portant un chapeau avec ce message.

Venezuela: attaques américaines, la "fenêtre des War powers" – et le retour des sphères d'influence

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Venezuela: attaques américaines, la "fenêtre des War powers" – et le retour des sphères d'influence

Elena Fritz

Source: https://t.me/global_affairs_byelena

Les États-Unis ont frappé militairement (https://www.welt.de/politik/article6958bd00fb77630dac275f... ). La Maison Blanche a confirmé les frappes aériennes contre le Venezuela. Caracas invoque l’article 51 de la Charte des Nations Unies et revendique le droit à l’autodéfense. Un appel téléphonique entre Nicolás Maduro et Donald Trump est resté sans effet.

La destruction précédemment rapportée de navires vénézuéliens apparaît rétrospectivement comme un test – tant sur le plan militaire que politique.

Le véritable cœur de cette escalade n’est pas militaire, mais juridique. Trump opère dans une "fenêtre de pouvoir", précisément calculée et inscrite dans le droit constitutionnel américain.

L’instrument juridique : War Powers

Selon la War Powers Resolution de 1973, le président doit informer le Congrès des États-Unis dans les 48 heures. Sans mandat explicite, une opération ne peut durer plus de 60 jours (plus jusqu’à 30 jours de retrait).

Important : le président peut commencer immédiatement les hostilités. C’est précisément cette "fenêtre" que Trump utilise – pendant la pause du Congrès. Plus il y a de faits établis avant le retour du parlement, plus la limite politique pour une cessation est haute.

Le récit pour légitimer

Trump argumentera que les États-Unis ont réagi à une attaque. Selon cette lecture, Washington mène contre le Venezuela une « guerre anti-drogue-terroriste », car ce dernier introduit délibérément des drogues aux États-Unis.

Ce récit est central: l’autodéfense permet d’agir sans l’approbation préalable du Congrès. C’est ici que la discussion ultérieure commence :

Quand commence le compteur de 60 jours ? Une opération anti-drogue devient-elle de facto une guerre contre un État ?

Venezuela en tant que nœud géopolitique

Le Venezuela n’est pas un théâtre isolé, mais un point de convergence de plusieurs intérêts des grandes puissances.

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Chine :

Pékin est depuis plusieurs années un acteur stratégique au Venezuela : crédits, infrastructures, technologie, énergie. Juste avant l’attaque américaine, il aurait eu des accords oraux sur une coopération militaire – pas un traité, mais un signal clair.

Du point de vue américain, le Venezuela n’est pas seulement un « État problème », mais aussi une porte d’entrée pour la présence chinoise dans l’hémisphère occidental – exactement ce que la doctrine Monroe veut empêcher.

Russie :

Moscou a investi environ 20 milliards de dollars au Venezuela – principalement dans l’énergie et la défense. Le facteur déterminant reste cependant le pétrole : le Venezuela possède certaines des plus grandes réserves prouvées au monde.

Si les États-Unis y accèdent ou les contrôlent directement, Washington pourrait mieux contrôler le marché mondial du pétrole – avec des conséquences indirectes pour la Russie : prix, revenus, stabilité budgétaire.

Il ne s’agit donc pas seulement d’investissements perdus, mais d’un déplacement stratégique du marché et du pouvoir.

La logique plus large – miroir de Monroe

En profondeur, l’escalade suit une vieille logique froide.

L’« opération spéciale » de la Russie en Ukraine reflète une application miroir de sa propre logique Monroe: pas de projection d'une puissance étrangère dans la zone immédiate.

L’approche américaine au Venezuela est une version pure de la doctrine Monroe : pas d’acteurs externes dans l’hémisphère occidental – si nécessaire, leur imposer militairement cette interdiction.

Deux grandes puissances, deux sphères d’influence, deux « opérations spéciales » – même logique, mais avec des étiquettes différentes.

Conclusion pour l’Allemagne

Pour l’Allemagne, la leçon ne réside pas dans une appréciation morale, mais dans une compréhension correcte de la réalité.

Cette escalade montre que les grandes puissances n’agissent pas selon des valeurs, mais selon leurs intérêts – à travers des sphères d’influence, des ressources, la sécurité et le contrôle du marché.

Des termes tels que « ordre basé sur des règles » ou « défense de la liberté » servent principalement à légitimer, et non à gérer le pouvoir.

Une politique extérieure allemande réaliste commence là où l’on accepte que le monde est plus complexe, plus dur et plus cynique – et que des États qui n’y définissent pas eux-mêmes leurs intérêts deviennent l’objet de stratégies étrangères.

#geopolitik@global_affairs_byelena

vendredi, 02 janvier 2026

La course aux armements devient un état permanent – et ce que cela signifie pour l’Europe

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La course aux armements devient un état permanent – et ce que cela signifie pour l’Europe

Elena Fritz

Source: https://t.me/global_affairs_byelena

L’Institut de Kiel pour l’économie mondiale vient de révéler quelque chose (https://www.kielinstitut.de/de/publikationen/aktuelles/au... ), qui a cependant été réalisé depuis longtemps sur le plan politique, mais a été soigneusement dissimulé dans la communication: la confrontation avec la Russie n’est pas une exception temporaire, mais un facteur structurel à long terme dans la politique de l’UE, avec des conséquences fiscales directes pour l’Europe.

L’étude utilise des données historiques couvrant environ 150 ans et montre un schéma stable et récurrent: le renforcement militaire est d’abord financé par la dette, puis par des impôts plus élevés, ponctionnés de façon permanente. Pas ponctuellement, pas temporairement, mais de manière systématique.

Le mécanisme est clairement décrit. Dans la première phase, la dette publique augmente rapidement. Fonds spéciaux, budgets d’exception, dépenses de défense financées par crédit. Cela paraît d’abord abstrait: mais historiquement, la deuxième étape suit de manière parfaitement prévisible: des augmentations d’impôts, de nouvelles taxes, des charges indirectes plus élevées, qui ne sont pas entièrement annulées après la fin des tensions militaires. Dix ans après le début d’une phase de renforcement, les recettes fiscales sont en moyenne supérieures de 20 à 30 % par rapport au niveau initial. Ce n’est pas un cas extrême, mais la norme.

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La comparaison historique, que les chercheurs de Kiel eux-mêmes établissent, est particulièrement révélatrice. La montée actuelle des armements des pays de l’OTAN fait partie des plus grands cycles de militarisation des pays industrialisés occidentaux depuis 150 ans — comparable aux périodes qui ont précédé les guerres mondiales ou ont suivi la guerre de Corée. Ceux qui prennent ces références au sérieux le savent: de tels cycles laissent des cicatrices fiscales durables.

Pour l’UE, cela signifie un déplacement silencieux mais profond des priorités. L’état d’urgence politique se transforme en une logique de planification permanente. La guerre — ou au moins une capacité de guerre permanente — passe d’un cas exceptionnel à une normalité calculée dans la gestion budgétaire de l’État.

Ce que cela signifie concrètement pour l’Europe peut être clairement déduit des données: des charges fiscales croissantes, moins d’espace fiscal, une pression accrue sur les budgets sociaux et d’infrastructure. Pas nécessairement par des coupes ouvertes, mais par un sous-financement insidieux et des charges croissantes pour de larges couches de la population. La marge financière de l’individu se réduit, tandis que l’État consacre des moyens toujours plus importants à la défense et au service de la dette.

Ce qui est frappant — et politiquement révélateur —, c’est ce qui n’est plus discuté dans l’analyse. La question du sens de cette course aux armements n’apparaît pas. Elle est considérée comme tranchée. Seules la mise en œuvre, le rythme et le financement sont soumis à débats — pour l’instant encore, on tient compte de l’acceptation publique. Le débat fondamental a été clôt silencieusement avant d’être ouvert en Europe en général et en Allemagne en particulier.

En résumé, l’Institut de Kiel ne fournit pas matière à polémique, mais un diagnostic sobre. C’est justement pourquoi il est si éclairant: l’UE se prépare structurellement à une crise fiscale de longue durée.

La facture n’est pas immédiatement présentée. Mais elle est déjà prise en compte.

#geopolitik@global_affairs_byelena

Tierra y Libertad – Eternel désir au Mexique

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Tierra y Libertad – Eternel désir au Mexique

Peter Backfisch

Source: https://opposition24.com/politik/tierra-y-libertad-ewige-sehnsucht-in-mexico/

393-RHZ_2024_3_Web-2830206869.pngLes lecteurs du portail opposition24.com connaîtront probablement peu de choses sur les périodiques de l’organisation d’aide patronnée par l’extrême gauche, porte-voix d'Antifa en Allemagne, « Die Rote Hilfe ». On pourrait aussi supposer qu’on préfère généralement jeter ce genre de publications à la poubelle plutôt que de les feuilleter.

L’auteur de ces lignes les as feuilletées et est tombé sur des choses plutôt intéressantes ! D’une part, il y a le point central du magazine, 4.2025, « Resistencia – Luttes et répressions au Mexique », qui débute par une introduction assez instructive sur l’histoire du pays. La Révolution mexicaine (1910-1917) y est traitée en détail, notamment la lutte du légendaire chef paysan Emilio Zapata. Sous la devise « Tierra y Libertad » (Terre et Liberté), il mena une lutte armée contre les grands propriétaires fonciers pour la restauration de droits ancestraux sur la terre. « La terre doit appartenir à ceux qui la cultivent. » Il jouit encore aujourd’hui d’un grand respect auprès de la population rurale.

Cela est particulièrement vrai pour les États de Chiapas et Oaxaca, où j'ai séjourné en 1992/1993, exactement un an avant l’insurrection de l’« Armée zapatiste ». Dans le numéro du magazine que j'ai examiné, les événements sont rapportés de manière bien informée et majoritairement correcte. J’ai pu ressentir l’atmosphère pré-révolutionnaire lors de mes échanges avec les Indigènes, entre Noël 1992 et le Nouvel An 1993. Quelque chose flottait dans l’air, et il était conseillé, lorsqu’on demandait si l’on était un « Gringo », de nier et d’affirmer que l’on était « Alemán », ce qui passa sans problème.

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Au cœur du Chiapas, à San Cristóbal de las Casas, l’ancienne ville de « Ciudad Real », fondée en 1528 et dite « Ville Royale », les Indigènes se rassemblèrent la veille de Noël 1992 sur la place Zócalo devant la magnifique cathédrale construite dans le style colonial espagnol, et débattaient passionnément des événements qui se dessinaient à l’horizon. La participation du Mexique au traité de libre-échange NAFTA (North American Free Trade Agreement) était prévue pour le 1er janvier 1994, ce qui devait aggraver encore la situation des Indigènes de Chiapas et Oaxaca.

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L’Armée zapatiste de libération nationale (EZLN) rappelle les anciennes revendications du chef révolutionnaire Emilio Zapata, les reprend et ajoute à « Terre et Liberté » les revendications de « Pain, Éducation et Meilleure Santé », appelant en janvier 1994 à la révolte contre le traité NAFTA et le statu quo. L’armée mexicaine n’a pas été en mesure de rétablir la paix et l’ordre, et de longues négociations avec des représentants du gouvernement s’engagèrent.

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Samuel Ruiz, évêque de Chiapas (photo), joua le rôle de médiateur. Il s’était déjà engagé dans la défense des droits des Indigènes lors de ses sermons, notamment lors de la messe de Noël 1992 dans la cathédrale de San Cristóbal de las Casas, à laquelle j'ai eu la chance d’assister. L’évêque Ruiz, qui s’était attiré la colère des grands propriétaires terriens par son engagement, mit fin aux combats par un accord. Les revendications de la population furent partiellement satisfaites, les insurgés reçurent la garantie de liberté de mouvement et d’impunité, assurée par l’Église catholique de Chiapas.

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En lisant les articles relatant ces événements dans le magazine, on remarque que beaucoup de paragraphes sont écrits à travers le prisme d’une vision historique de gauche, tandis que d’autres aspects importants de la situation des Indigènes dans le sud du Mexique ne sont pas mentionnés. Par exemple, la situation des Indigènes lacandones (photo), « les derniers gardiens de la forêt ». Ils restent aujourd’hui les seuls habitants humains de la vaste forêt tropicale du sud du Mexique, jusqu’à la frontière guatémaltèque. Ils parlent toujours une langue maya et maîtrisent peu ou pas du tout l’espagnol. Ils chassent encore à l’arc et à la flèche des sangliers, des cerfs, des tapirs et d’autres animaux de la forêt tropicale.

Les turbulences de l’insurrection dans le Chiapas ont probablement peu affecté les Iacandones/Lacandones (les deux graphies existent), ce qui explique aussi pourquoi ils ne sont pas mentionnés dans un magazine de gauche.

Pour les renégats et les activistes de gauche des années 1970, l’histoire de « Rote Hilfe » pourrait aussi être intéressante. Peut-être fête-t-elle aujourd’hui ses 50 ans ? Mais on ne le sait pas avec certitude. Au début des années 70, il existait en tout cas deux organisations « Rote Hilfe », créées par la KPD/ML: la Rote Hilfe Deutschland (RHD) et celle de la KPD/AO, la Rote Hilfe e.V. Elles se sont affrontées violemment jusqu’à ce que le Comité central du Parti communiste chinois intervienne et exige l’unification immédiate des deux organisations. Après un voyage de délégation à Pékin, cela fut effectivement mis en œuvre. Un document d’unification était prêt en 1975, mais fut à plusieurs reprises saboté par différentes sections locales. La description des événements est divertissante et montre encore une fois que la gauche n’est pas capable de donner vie à ses propres objectifs.

Mis à part les textes qui m'intéressent, le périodique « Rote Hilfe » est imbuvable. Les contributions que je ne mentionne pas, qui sont autant d'hommages propagandistes de mouture antifa, et, par suite, illisibles, méritent vraiment d’être jetées à la poubelle.

Qui est Peter Backfisch?

Peter Backfisch, né en 1954, est diplômé en pédagogie et a travaillé pendant 40 ans pour une organisation (ONG) du secteur social. Il a été notamment conseiller du président du conseil d’administration en politique internationale. Il a aussi travaillé jusqu’en 2004 en Afrique du Nord, au Moyen-Orient et dans les États de la CEI en tant que collaborateur indépendant pour divers prestataires internationaux. Depuis 2019, il écrit en tant qu’auteur indépendant, notamment pour Junge Freiheit, Abendland, Wochenblick, Attersee Report et Tumult (en ligne).

Chinois, Arabes, Indiens, Américains: tous s'arrachent les reliquats d'une Allemagne en déroute

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Chinois, Arabes, Indiens, Américains: tous s'arrachent les reliquats d'une Allemagne en déroute

Enrico Toselli

Source: https://electomagazine.it/cinesi-arabi-indiani-statuniten...

À qui revient l'Allemagne ? À eux ! Non, non, pas aux Allemands. Mais à tous ceux qui mettent sur la table des industriels de l'ancienne locomotive de l'Europe une somme considérable en dollars, roupies, yens, yuans, rials. En somme, toute devise provenant de n'importe quelle partie du monde est la bienvenue. Tout comme en Italie. La seule différence est qu'ici, les acheteurs potentiels se montrent difficiles lorsqu'il s'agit d'acheter l'ancienne Ilva ou les nombreuses entreprises métallurgiques en difficulté, tandis que l'industrie allemande profite encore d'une image d'efficacité.

Le résultat, cependant, est le même. On vient faire ses achats en Europe parce que les entrepreneurs du Vieux Continent ne sont plus à la hauteur de leurs pères et grands-pères qui ont bâti les entreprises. Avec les exceptions incontournables, bien sûr. Ferrero s'engage à se développer tant en interne que par des acquisitions à l'étranger. Mais c'est justement une exception. Avec quelques autres. En Italie comme en Allemagne. Et aussi en France, à part Arnault et quelques autres rares entrepreneurs.

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Pour le reste, mieux vaut beaucoup d'argent, puisqu'on est fichu, et tout de suite. Volkswagen s'apprête, pour la première fois, à fermer une usine sur le sol allemand. Et il y a déjà des étrangers prêts à prendre la relève. Cela vaut pour la chimie, les technologies de pointe, les secteurs innovants, les services qui attirent les Américains.

Les acquisitions étrangères ont augmenté ces dernières années, représentant un cinquième de toutes celles effectuées dans l'Union européenne, et concernent non seulement les grands groupes, mais aussi, de plus en plus souvent, les PME.

Les données relatives aux investissements étrangers greenfield, c'est-à-dire ex novo, sont également particulièrement intéressantes. L'Espagne occupe la première place en Europe, suivie de près par l'Allemagne. Cela signifie que les entrepreneurs étrangers croient au potentiel des travailleurs européens, ainsi qu'aux opportunités offertes par les différents pays. Ce sont les entrepreneurs européens qui manquent de courage et de compétences. Ils sont remplacés par des collègues venus du monde entier.

Ils rachètent des entreprises mécaniques, automobiles et électroniques. Mais les Chinois sont également sur le point de finaliser l'acquisition d'activités commerciales telles que celles du groupe allemand Ceconomy, qui détient, en Italie, le réseau Mediaworld. Sans oublier le secteur de la mode et de l'alimentation.

 

L’espace stratégique en expansion de la Chine – De la grande profondeur marine à l’Arctique, de la Lune au cyberespace

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L’espace stratégique en expansion de la Chine – De la grande profondeur marine à l’Arctique, de la Lune au cyberespace

Markku Siira

Source: https://geopolarium.com/2025/12/12/kiinan-laajeneva-strat...

La politologue et sinologue Elizabeth Economy examine dans Foreign Affairs comment la Chine cherche systématiquement à approfondir sa présence et son influence dans des domaines stratégiquement importants : en haute mer, dans la région arctique, dans l’espace, dans le cyberespace et dans le système financier international. Economy met en avant la cohérence de la politique chinoise – investissements massifs dirigés par l’État, pénétration des institutions existantes, création de forums alternatifs et engagement des pays émergents dans sa sphère d’influence – ainsi que l’objectif du président Xi Jinping de remettre la Chine au centre de la politique mondiale.

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Concernant les ressources minérales en haute mer, Economy décrit de manière fiable la montée en puissance de la Chine. Le pays possède la plus grande flotte de navires de recherche civile au monde, cinq contrats d’exploration minière accordés par l’Autorité internationale des fonds marins (ISA) (le plus grand nombre au monde) et une représentation importante dans les organes décisionnels de l’organisation. La Chine poursuit une accélération de l’exploitation minière et a bloqué l’adoption de moratoires environnementaux au sein de l’ISA. Cependant, la majorité des membres de l’ISA – près de 40 pays – s’oppose à cette ligne et demande des mesures de protection plus strictes. La supériorité technologique de la Chine est indiscutable, mais lors de la définition des normes, elle a jusqu’à présent perdu.

Dans la région arctique, Economy met en avant la Route de la soie polaire et le premier transport direct de fret maritime vers l’Europe, réalisé en octobre. La coopération de la Chine avec la Russie s’est renforcée suite à la guerre en Ukraine, menant à de nouveaux projets miniers, portuaires et ferroviaires. Cependant, seulement 18 des 57 propositions d’investissements arctiques de la Chine ont été réalisées – les autres États arctiques (Canada, Danemark, Islande, Norvège, Suède et Finlande) ont rejeté ces financements chinois pour des raisons de sécurité. La Russie a ouvert ses portes sous prétexte d’un partenariat stratégique, mais maintient fermement le contrôle décisionnel et insiste sur le fait que la Chine ne possède pas le statut de véritable puissance arctique.

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Dans l’espace, la Chine progresse de manière convaincante : elle dispose de plus de 700 satellites, d’une station spatiale habitée (Tiangong - photo) et prévoit de construire une base lunaire permanente. Dans le cadre du projet ILRS dirigé par la Chine et la Russie, 11 pays participent, tandis que l’Accord d’Artemis, signé par 60 États, n’est pas représentatif d’un affaiblissement diplomatique chinois, mais d’une stratégie délibérée, où les objectifs nationaux priment sur le consensus international. La Chine peut atteindre ses principaux objectifs spatiaux sans réseau de partenaires étendu.

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Dans les secteurs du cyberespace et de la technologie, Economy souligne la volonté de la Chine de remodeler l’architecture fondamentale d’Internet. Un exemple clé est le New IP, une architecture réseau proposée par Huawei et l’Union internationale des télécommunications (UIT). La proposition aurait permis un contrôle étatique beaucoup plus strict et des moyens intégrés pour couper des parties du réseau si nécessaire. Présentée comme une avancée technologique, elle a été largement perçue comme une menace pour Internet ouvert, et le projet a été rejeté par les pays occidentaux et le secteur civil. Il est notable que même des pays bénéficiant du soutien financier chinois ont rejeté la proposition. Bien que le nombre de propositions de normes chinoises ait explosé, leur influence dans les organes clés reste limitée.

Dans le système financier, la montée du renminbi chinois s’est arrêtée à un niveau faible: sa part dans les paiements SWIFT (2,5-3,2 % en 2025) et ses réserves en devises dans les banques centrales (environ 2,1-2,2 %) restent marginales. Alors que la politique de sanctions des États-Unis a accéléré la dédollarisation en Iran, en Russie, au Brésil et en Inde, le renminbi ne devient pas une alternative au dollar. Une internationalisation totale nécessiterait une libéralisation des flux de capitaux et une soumission de la banque centrale aux normes du système financier occidental, ce qui est impossible pour la Chine sans renier son modèle économique dirigé par l’État et renoncer à sa souveraineté économique.

Un analyste américain reprend finalement les clichés habituels: face à la concurrence chinoise, les États-Unis doivent investir dans leurs capacités militaires et technologiques, renforcer leurs alliances et restaurer leur réputation en tant que leader responsable. Ces lignes directrices sont compréhensibles, mais semblent optimistes, car les propositions de solution ne prennent pas suffisamment en compte les dommages causés par la politique américaine elle-même. Par exemple, la critique de Trump envers l’Europe, ses menaces d’ignorer les règles de l’ISA ou d’interpréter unilatéralement des accords, pourrait affaiblir l’Occident plus rapidement que la montée de la Chine.

Economy propose une vision américaine de la stratégie à long terme de la Chine, mais son interprétation est parfois alarmiste. La Chine a certes progressé dans de nombreux domaines, mais son influence dans le système mondial reste limitée. Les préoccupations environnementales, les peurs sécuritaires, les différends réglementaires et l’attrait d’un modèle plus ouvert se sont révélés plus puissants que prévu. La question décisive n’est pas seulement la persévérance de la Chine, mais aussi si les États-Unis ou tout autre pays peuvent offrir une vision crédible et attrayante d’un avenir commun pour la communauté mondiale. À l’heure actuelle, cela ne semble pas être le cas.

16:31 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, chine, asie, affaires asiatiques | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

jeudi, 01 janvier 2026

Échec du F-35: le Pentagone et Lockheed Martin refusent d’en assumer la responsabilité

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Échec du F-35: le Pentagone et Lockheed Martin refusent d’en assumer la responsabilité

par Drago Bosnic

Source: https://steigan.no/2025/12/f35-fiaskoen-pentagon-og-lockh...

Le prétendu programme Joint Strike Fighter était censé fournir aux États-Unis et à leurs alliés un «avion miracle» pouvant remplacer toute une génération d’avions de chasse. Au lieu de cela, le Pentagone se retrouve avec une flotte de F-35 à peine disponible la moitié du temps, avec des coûts d’entretien énormes, des défaillances techniques constantes – et un fournisseur toujours récompensé par des milliards de primes. Par ailleurs, tant les exercices que l’expérience de guerre réelle montrent que l’appareil ne remplit ni ses fonctions de plateforme d’armement ni ses fonctions de système de renseignement.

Défaillances chroniques sans solution

À un moment donné dans un avenir proche, quelqu’un établira une liste des pires avions militaires de l’histoire. La question n’est pas de savoir si le F-35 y figurera, mais à quel rang.

Ce jet de combat américain a échoué à passer en revue tous les audits et révisions en dix ans de service. L’organe de contrôle américain, le Government Accountability Office (GAO), a publié plusieurs rapports sur près de 900 écarts et défauts dans le programme Joint Strike Fighter (JSF) – allant de la disponibilité et de la préparation au combat à la robustesse et à la fiabilité.

Selon le dernier rapport, aucun de ces problèmes n’a été résolu. Au contraire, de nouvelles faiblesses ont été découvertes, aggravant la réputation déjà catastrophique du programme F-35.

Disponibilité inférieure à 50% – mais des milliards de bonus pour Lockheed

Le contrôleur général du ministère de la Défense affirme que la flotte totale de F-35 dans les forces armées américaines – tous les branches qui utilisent cet appareil – n’a pas amélioré sa disponibilité opérationnelle. La flotte reste sous la barre des 50%.

Dans une révision publiée le 19 décembre dernier, il est indiqué que «même si les avions n’étaient pas disponibles pour le vol la moitié du temps, et que des problèmes d’entretien empêchaient de répondre aux exigences minimales pour un service militaire», le Pentagone a tout de même versé 1,7 milliard de dollars en primes à Lockheed Martin.

Le rapport met en garde contre le fait que le ministère de la Défense « n’a pas systématiquement tenu Lockheed Martin responsable des défaillances liées à l’entretien du F-35, dont l’entreprise est contractuellement responsable».

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Avions de combat plus récents – mais une disponibilité inférieure à celle des appareils vétérans

Les audits précédents ont montré que la faible disponibilité, les besoins extrêmes en entretien et les coûts élevés de cycle de vie du F-35 ont considérablement affaibli la capacité de combat, souvent jusqu’à seulement 29%. Lockheed Martin a, à plusieurs reprises, promis des améliorations, mais a systématiquement échoué.

Ce qui est particulièrement inquiétant pour le Pentagone, c’est que les avions les plus récents de l’arsenal ont une disponibilité en opération bien inférieure à celle d’avions vieux de plusieurs décennies comme le F-15, le F-16 et le F/A-18E/F. Ces appareils plus anciens ont une disponibilité opérationnelle nettement meilleure, malgré plus de 30 ans d’utilisation intensive.

Plus alarmant encore, cela indique une disponibilité encore plus faible pour le F-35 à mesure que les appareils vieillissent, tandis que la maintenance deviendra plus coûteuse et plus complexe – ce qui réduira encore la capacité de combat, probablement en dessous de 30%.

Courte durée de vie et retrait anticipé

La situation est si grave que le Pentagone prévoit probablement de commencer à retirer certains F-35 dès 2026, moins de dix ans après leur mise en service officielle.

L’US Air Force (USAF) doit acheter des variantes fortement modernisées du F-15 pour compenser le manque d’avions modernes réellement combatifs, afin d’avoir au moins une chance théorique face aux avions russes et chinois.

Cela s’explique par le fait que la durée de vie prévue du fuselage du F-35 n’est que de 8000 heures de vol, tandis que le nouveau F-15EX est conçu pour atteindre 20.000 heures – 2,5 fois plus.

En pratique, cela signifie que le F-15, un modèle des années 1970, durera plus longtemps que le tout récent F-35. Un F-15EX, introduit au début des années 2020, pourra voler jusqu’au 2080, soit plus de cent ans après la mise en service de la première version du F-15. En comparaison, le dernier F-35 devrait être retiré d’ici la fin des années 2070, à condition que le programme JSF survive aussi longtemps.

À l’exception du F-35I, auquel Israël a le droit d’apporter des modifications selon ses besoins, le programme JSF a été une série ininterrompue d’échecs – y compris les moteurs Pratt & Whitney F135 peu fiables et sujets à la surchauffe, et une multitude de bugs logiciels.

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F-35 comme « plateforme de capteurs » – une mythologie qui a éclaté

L’armée américaine a souvent affirmé que l’atout principal du F-35 ne réside pas dans ses capacités militaires, mais dans ses qualités de plateforme de renseignement, de surveillance et de reconnaissance (ISR) – une sorte de «multiplicateur de puissance» pour d’autres systèmes.

Mais la seule fois où l’avion a eu réellement la chance de prouver cela, il a échoué complètement.

En février 2022, après que la Russie a lancé son opération spéciale en Ukraine, des F-35 de la 388ème et 419ème escadre de chasse, déployés en Allemagne, ont été utilisés pour la collecte de renseignements électroniques (ELINT) afin de capter les signaux des défenses aériennes russes.

Malgré des capteurs avancés et une connexion au vaste réseau ISR de l’OTAN, le F-35 n’a pas pu identifier les systèmes de missile sol-air russes (SAM). Le pilote d’un des appareils raconte que toutes les ressources de surveillance dans la zone indiquaient la présence d’un S-300, mais que les capteurs très sophistiqués de l’appareil n’ont pas pu classifier le système correctement.

«Nous avons identifié le système SA-20 [nom OTAN pour le S-300PMU-1/2]. Je savais que c’était un SA-20, et le renseignement a confirmé qu’un système SA-20 était en opération dans la zone, mais mon avion n’a pas pu le reconnaître – probablement parce que la défense aérienne fonctionnait en "mode réserve de guerre" que nous n’avions jamais rencontré», a déclaré le pilote de l’US Air Force.

Performances inférieures – même face à de vieux F-16

En termes de performance pure, le F-35 reste très inférieur même aux vieux F-16 – sans parler des chasseurs russes et chinois modernes.

L’idée JSF pouvait en théorie sembler attrayante: un avion unique pour couvrir les besoins de la défense aérienne, des attaques, de la marine et de l’infanterie de marine – une «plateforme universelle» pour remplacer plusieurs avions différents.

Mais dans la pratique, c’est tout autre chose: les plateformes spécialisées sont presque toujours supérieures aux solutions universelles qui tentent de tout faire en même temps.

Trois variantes coûteuses – faible standardisation commune

La famille F-35 en est la preuve. À l’origine, il était exigé que les trois principales variantes – F-35A (USAF), F-35B (US Marine Corps) et F-35C (US Navy) – partagent au moins 80% de leurs composants.

En réalité, le taux de partage était de seulement 20 à 40%, selon la version. On s’attendait à ce que le F-35B, avec son décollage court et son atterrissage vertical, soit la plus différente. Mais personne n’avait prévu que les variantes A et C deviendraient aussi différentes qu’elles le sont finalement lors de leur approbation pour la production en série.

Le résultat est que le Pentagone a en fait trois avions différents intégrés dans un seul modèle. Il aurait été plus économique et plus simple de développer trois avions séparés, adaptés à leurs missions spécifiques, plutôt qu’une solution bâtarde qui ne fonctionne bien dans aucun rôle.

La Marine et le Corps des Marines condamnés à des solutions médiocres

L’insistance sur le F-35 a laissé les trois branches des armées américaines avec des solutions médiocres qui deviendront à terme plus coûteuses et moins efficaces que des systèmes spécialisés alternatifs.

La Marine américaine continue donc d’acheter le F/A-18E/F «Super Hornet» et de l’équiper de nouveaux missiles longue portée air-air, comme le AIM-174B. Transporter ces armes sur le F-35 est presque impossible, ce qui oblige la Marine à maintenir le « Super Hornet » en première ligne – simplement parce que le F-35 ne peut pas rivaliser avec la portée des missiles air-air russes et chinois.

Le Corps des Marines n’est pas non plus satisfait du F-35B. L’avion est beaucoup moins robuste et beaucoup plus cher que l’AV-8B « Harrier II », qui aurait dû être retiré il y a plus de dix ans.

Pourtant, le USMC doit encore maintenir le F-35B en service au moins jusqu’en 2027 – probablement plus longtemps, en raison des nombreux retards, même si l’avion est déjà dépassé.

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Avertissements de la GAO ignorés – les intérêts de l’industrie militaire dominent

Comme mentionné, la GAO (Office of the U.S. Government Accountability) a à plusieurs reprises averti des nombreuses faiblesses du programme F-35 – sans que cela n’ait eu de conséquences concrètes.

Bien que la hiérarchie militaire ne soutienne pas vraiment le F-35, le complexe militaro-industriel (MIC) et le secteur «du renseignement et de la sécurité» ont des intérêts importants à la poursuite du programme JSF – respectivement pour le profit et pour un accès électronique étendu chez les alliés.

Le résultat est un avion imposé aux États-Unis et à leurs alliés, malgré ses évidentes faiblesses opérationnelles. Comme le démontre le rejet constant de l’Inde, aucun État souverain et respecté ne veut acheter volontairement le F-35. La liste des clients se limite en pratique aux États-Unis, à leurs vassaux et à leurs États satellites.

Cet article a été publié par Info-BRICS. Traduit en norvégien et publié par Derimot.no.

Gaspillage d’argent pour la Norvège pour une génération

La Norvège s’est engagée à acheter 52 chasseurs F-35A, tous livrés à ce jour (avril 2025). L’engagement total pour l’achat (incluant avions, équipements de soutien, simulateurs, armes, formation et infrastructure) est estimé à environ 104 milliards de couronnes norvégiennes (environ 9 milliards d’euros).

Les coûts de cycle de vie (exploitation, maintenance, modernisations jusqu’en 2054 environ) sont estimés à plus de 394 milliards de couronnes norvégiennes au total.

Parution du numéro 490 du Bulletin célinien

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Parution du numéro 490 du Bulletin célinien

Sommaire : 

2025-12-BC-Cover.jpgCollaboratrices (Lucienne Delforge, Maud de Belleroche, Simone Mittre,…) 

Une fausse citation d’Erasme chez Céline 

Dans la bibliothèque de Céline : Hamlet 

James Salter lecteur de Waugh et de Céline.

Stigmate

Céline fut un “collaborateur” pour le moins atypique. Henri Godard a indiqué qu’il s’est tenu à l’écart de toute collaboration officielle. C’est le moins que l’on puisse dire. Pendant l’Occupation, cet électron libre n’a pas arrêté de morigéner les uns et les autres (politiques et journalistes) estimant qu’ils n’étaient pas à la hauteur de la situation. Histoire de doper les ventes, les historiens ne rechignent pas à le mettre en couverture de leur livre.  Ce fut le cas d’un spécialiste de l’Épuration en France¹ ; c’est aujourd’hui celui d’un jeune historien qui publie sa thèse de doctorat sur les écrivains collaborateurs. Il y analyse ce que sont devenus les deux cents (!) écrivains frappés à la Libération.  Et de s’interroger sur  la  postérité  littéraire d’écrivains mineurs mais aussi de Rebatet, Morand, Maurras,… et Céline auquel il consacre tout un chapitre.

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D’entrée de jeu, il passe en revue les éléments de nature, on le conçoit aisément, à exaspérer ceux qui honorent la mémoire des intrépides ayant combattu l’envahisseur. C’est le cas de l’auteur, attaché scientifique à un musée de la Résistance. Quels sont ces éléments qui datent tous du début de ce siècle ? Dans l’ordre : l’inscription (suivi du retrait) de Céline au recueil des Célébrations nationales du ministère de la Culture (2011) ; l’entrée de Drieu la Rochelle dans la “Bibliothèque de la Pléiade” (2012) ; l’édition de la correspondance de Morand et Chardonne (2013) ; la réédition des Décombres de Rebatet (2015) ; l’initiative (avortée) de la réédition des pamphlets par Gallimard (2018) ; la présence de Maurras et Chardonne dans Le Livre des Commémorations nationales (2018) ; la réapparition de manuscrits inédits (2021) suivie de leur publication avec succès. Cela fait beaucoup. Et montre que, pour ce qui le concerne, Céline est tout sauf un écrivain maudit². 

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L’auteur affirme pourtant que celui-ci est auréolé de ce statut par ses biographes. Et, selon lui, Céline, seul, sut convertir sa déchéance en littérature. Là où il serait magistral, c’est que, devenu un “auteur canonique” (Voyage au bout de la nuit fut inscrit au programme de l’agrégation des lettres modernes en 1993 et en 2003), il n’en devient pas pour autant un écrivain figé. L’intérêt suscité est entretenu par sa légende sulfureuse qu’il a contribué à bâtir par ses romans d’après-guerre dans lesquels il raconte son exil ignominieux aux yeux de ceux qui n’accepteront jamais de le lire. Céline renverse en outre le stigmate en imposant l’image qu’il a de lui-même, évitant dans ses romans d’expliquer son engagement en faveur de l’Axe. C’est la conclusion de l’auteur, un tantinet jargonnante: «Il s’agit d’élaborer et de diffuser une narration qui s’empare de la marque infamante pour la réajuster à une illusion biographique acceptable. Cependant, si le renversement du stigmate est unanimement reconnu, alors la provocation qu’il porte disparaît. Afin d’éviter cette routinisation du charisme, tout l’enjeu revient alors à entretenir la tension entre la canonisation et l’impiété.» Pari réussi pour Céline au grand dam de ses contempteurs qui auraient préféré que son œuvre ne lui survive pas.

• Tristan ROUQUET, Les écrivains collaborateurs (Engagement, stigmate et postérité), CNRS Éditions, coll. “Nationalisme et guerres mondiales”, 2025, 448 p. (26 €)

  1. (1) Marc Bergère, Lignes de fuite (L’exil des collaborateurs français après 1945), P.U.F., 2024.
  2. (2) Voir Marc Laudelout, « Céline, écrivain maudit ? » in Pierre Saint-Servant (éd.), Les Maudits. Ces écrivains qu’on vous interdit de lire, Éd. La Nouvelle Librairie, 2019, pp. 113-118.

BB "vue de droite"...

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DÉBATS :
 
BB "vue de droite"...
 
Pierre Robin
 
Source: https://www.facebook.com/pierre.robin.121
 
Dans les (premiers) hommages officiels, politiques et médiatiques, à la grande - et chère - disparue, il y a en général un non dit, ou rapidement dit, sur le côté "sombre", c.a.d. l'orientation "idéologique", globale et constante, de BB (c'est sans doute moins vrai des élus haineux LFI/PCF/Verts et du quotidien gauchisto-maastrichien Libération, qui ne lâchent rien et n'ont d'ailleurs honte de rien). De toutes façons les commentateurs "de base" facebookiens et des autres réseaux sociaux ont moins de ces pudeurs: j'ai aperçu deux ou trois fois des réactions du genre "une électrice du RN en moins" ou "Fachotte". Bon c'est humain - humain de gauche ou macronien hardcore en l'occurrence - et les passions politiques peuvent, j'en sais parfois quelque chose, gravement altérer les perspectives et appréciations.
 
Caillou réac dans la chaussure progressiste
 
Oui, donc une certaine vigilance "citoyenne" et hargneuse nous rappelle avec gravité que Brigitte Bardot était d'"extrême droite", avant que d'être l'actrice sexy ultime, la protectrice des animaux et un phénomène socioculturel de dimension internationale. Outre que ce "label" (comme dirait Macron) renvoie à des positions contradictoires ou à des circonstances historiques assez variées, on pourrait dire, comme le faisait - dès les années 80 - dans son Journal l'écrivain "sulfureux" (et d'ailleurs souvent assimilé à l'ex. dr. par les professionnels de la profession) Marc-Edouard Nabe qu'au fond la seule vraie droite c'est justement l'extrême droite, vu les glissements au centre de la droite chiraco-giscardienne. Mais bon c'est pas la question. On en veut à BB, même à son cadavre encore chaud, de ses amitiés avec JMLP, de sa critique de la classe politique "normale" et des médias afférents, de sa détestation sonore et permanente d'une société française effondrée dans la laideur et l'inculture quotidienne, et subvertie à grande échelle par l'immigration de masse (elle est allée assez loin sur le sujet dans ses Mémoires).
 

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On lui en veut d'autant plus que ce "côté sombre" gâcherait le versant "lumineux", c.a.d. féministe au quotidien, bousculant - comme en 1956 dans Et Dieu... créa la femme - les hypocrisies et la grisaille de l'ancien monde, au nom de la liberté des femmes et de leurs corps. Et s'attirant pour ça les éloges de Simone de Beauvoir et les digressions favorables de Roland Barthes, émus par la modernité et la liberté de cette jeune femme "new look". Oui, pour cette gauche culturelle Brigitte aurait pu être une Jane Fonda à la française, 100% progressiste. Mais non, elle a tout gâché par ses amitiés particulières - et son éducation bourgeoise classique après tout, en dépit des mini-jupes et de l'érotisme XXL qu'elle irradiait (et, peut-être, les LGBT ont-ils des problèmes avec sa sexualité certes libérée mais quand même vachement binaire).

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J'ai vu, au hasard des réseaux, une photo - qui se voulait évidemment accusatoire - où vers la fin des années 50, BB est entourée de Le Pen, alors député pro-Algérie française, et de Lagaillarde, futur animateur de barricades algéroises et factieuses. BB était sans doute d'une droite Algérie française. Mais là où l'on voit vite que c'est plus compliqué que ça, c'est que plus tard elle a fait l'objet d'une tentative de racket de la part de l'OAS. A cette maladresse insigne de l'organisation activiste, BB a d'ailleurs répondu par une déclaration assez radicale, elle aussi, où elle exprimait son refus de payer et assimilait plus ou moins les OAS à des nazis. Un épisode qui n'a en rien, d'ailleurs, affecté ses relations d'estime et d'amitié avec Jean-Marie, ni bien plus tard son soutien à Marine.

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On pourrait dire que son ami et égal en gloire fantasmatique Alain Delon a présenté de ce point de vue un profil assez proche. Mais moi tout ça me fait penser à d'autres figures culturellement importantes de notre modernité. Ainsi bien sûr Louis-Ferdinand Céline, aussi incontournable qu'"embarrassant" au rayon "littérature du XXème siècle". Ainsi encore Salvador Dali, incontournable lui aussi dans la catégorie "Art moderne" mais aussi "Dandysme post-moderne": le Divin Dali poussait la provocation et la facétie jusqu'à soutenir - jusqu'au bout - Franco et son régime (et ce n'était pas uniquement par provocation), et cet aspect du maître gênait moult commentateurs systémiques. On pourrait dire que BB, comme Dali, est une dissidente de la modernité, qui prend à revers ladite modernité généralement considérée comme la propriété intellectuelle exclusive de la ou des gauches.
 
Oui BB demeurera pour ça comme un caillou réac dans la chaussure progressiste (comme pas mal d'autres que je ne me fatiguerai pas à citer) et ça, comme elle le disait dans une de ses plus belles chansons, "C'est rigolo - C'est rigolo - C'est rigolo!"
 
 
 

Brigitte Bardot (1934-2025)

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Ma jeunesse s'en souviendra! 

Brigitte Bardot (1934-2025)

Pierre Robin

Source: https://www.facebook.com/pierre.robin.121

C'était là le grand rdv que je redoutais, ces mauvais temps-ci. Peut-être par paresse "littéraire", si je puis dire, car que raconter, qu'écrire d'Elle, après? Oh, on peut déjà rappeler que c'était l'autre grand astre français survivant après son ami Delon, et cet astre il brille bien au-delà du cinéma, bien au-delà d'une vie, d'une époque. Il y a trop de Bardot en vérité: la Femme créée soudain par Dieu au beau milieu de la peu sexy IVème République. Bardot  en Notre-Dame du désir moderne (j'ai dû collecter, mâle vieillissant et complétiste, pas loin de mille photos d'elle et s'il y en a une vingtaine où elle n'est pas troublante...), vierge folle qui a démodé tout (et toutes) autour d'elle. Bardot et son féminisme pro-mecs (jetables ou un peu durables), à gêner rétrospectivement toutes les Adèle Haenel et les Judith Godrèche d'Occident wokeux ou, plus tôt, les miss Météo formatées de Canal+. Quoi encore ? Bardot et l'antique civilisation (disparue de son vivant) de Saint-Trop'. Bardot et le binôme Islam-Immigration (la même que Bardot imprécatrice, parfois maladroite toujours courageuse). Bardot et Gainsbourg avec tous les émouvants scopitones que cette aventure à suscités (et aussi ce bel hymne à l'amour, Initials BB). Bardot et les animaux bien sûr, quand elle attendit moins du genre humain...

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Indépassable désirable... 

Bardot et le cinéma au fait. Je crois qu'elle s'en foutait un peu du Septième Art même si elle lui doit tout. On pouvait toujours ricaner de sa voix nunuche, mais quand elle dansait en 1956 dans Et Dieu... ce mambo signalant des temps nouveaux - oh d'ailleurs le film n'est pas le navet qu'on a dit, avec son casting solide et ses dialogues marrants. Du reste BB a tourné pas mal de films "marrants", qui étaient souvent de bonnes comédies - revoyez seulement Voulez-vous danser avec moi de Michel Boisrond (1959) ou même Les Femmes de Jean Aurel (1969), ou encore L'Ours et la Poupée de Michel Deville (1970).

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Ah vous voulez du grand art tragique, comme chez les Grecs antiques et Jean Vilar ? Dans En cas de Malheur d'Autant-Lara (1958), où elle affronte un Gabin installé, elle est une splendide racaille blanche qui montre (sous René Coty !) ses fesses et apporte le chaos dans la bourgeoisie et puis la Mort ; et dans La Vérité de Clouzot (1960) son personnage de bombe sexuelle malheureuse se suicide, juste avant qu'elle-même tente de le faire pour de vrai, éprouvée par le difficile tournage et sans doute pas mal de déceptions de superstar - elle joue à cet égard son propre rôle de super-vedette victime de sa gloire dans le moyen Vie Privée de Louis Malle (1962) .

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C'est vrai, Clouzot n'était pas gentil, et Jean-Luc Godard non plus sur le tournage du Mépris (1963), lui peut-être par frustration de timide. Quelle frustration inspirée ! Bardot, cheveux noirs ou cheveux blonds, est à tomber, elle a là sa plus belle moue méprisante (ça tombe bien) pour le personnage d'amant de Piccoli ou le dragueur yankee Jack Palance, et tout ça se passe dans le bleu hellénistique de Capri, sur le blockhaus inspiré de la Villa Malaparte, et aux accords du beau thème triste de Camille signé Georges Delerue. Et puis citons encore les westerns foutraques, 2ème degré, de Viva Maria (1965) de Louis Malle en Pétroleuses de Christian-Jaque (1971) en passant par Shalako d'Edward Dmytryck (1968), avec leurs bagarres et leur révolution pour rire - et l'immense Sean Connery reparti la queue basse ! Et à chaque fois, quoiqu'elle joue, toujours sexy - j'allais écrire "bandante" mais je me suis retenu à temps !

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Bon, j'en oublie sûrement, des films et des amants de prestige. Mais on retiendra qu'elle a quitté tout ça, un beau jour de l'an 73, pour ne pas faire un film de trop, de plus. Après, les bébé phoques et la défense de tout le genre animal, la croisade contre l'Islam migratoire et la sainte colère contre les "élites" politiques et médiatiques de sa deuxième moitié de vie, je ne les mettrais certes pas au passif de cette vie. C'est méritoire de persister à être clivante quand on pourrait se contenter d'être une icône rituellement vénérée par tous les cool-nomenklaturistes de l'époque, je trouve. C'est méritoire et puis c'est tout simplement courageux.

Bon Dieu Brigitte Bardot est morte ! Le Troisième millénaire peut officiellement commencer avec juste un quart de siècle de retard, un peu comme le XXème siècle a débuté en 1914. Sa France, la mienne par la même occasion, est officiellement morte elle aussi...

https://youtu.be/VPOYtC1n5bE?si=Tf8XQ0GC9TCmMQ6a

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Bonne année 2026

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Gelukkig Nieuwjaar 2026
Bonne année 2026
Glückliches Neujahr 2026
Happy New Year 2026
Feliz Ano Nuevo 2026
Felice Anno Nuovo 2026

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lundi, 29 décembre 2025

Cirque médiatique et diversion identitaire

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Cirque médiatique et diversion identitaire

Nicolas Maxime

Source: https://www.facebook.com/nico.naf.735

Il n’aura pas fallu quelques jours de répit pendant les fêtes pour que le cirque médiatique se remette en marche.

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De l’autre côté, le député de LFI Carlos Bilongo a tenu des propos misogynes en déclarant que Rachida Dati aurait bénéficié d’une “promotion canapé” pour en arriver là. Un épisode révélateur qui démontre que l’intersectionnalité des luttes ne semble pas véritablement fonctionner. On constate que le combat antiraciste n’empêche ni la reproduction de schémas sexistes, ni l’usage d’une violence symbolique dirigée contre une femme, y compris lorsqu’elle appartient au camp adverse. Ici, la domination ne s’additionne pas mécaniquement, et certaines grilles militantes peinent à penser leurs propres angles morts.

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Bref, heureusement que le cirque médiatique — pour reprendre Guy Debord — est là pour assurer une diversion identitaire, permettant d’occuper l’espace public avec des polémiques morales et émotionnelles, pendant que l’essentiel disparaît du champ de vision.

Car pendant que l’on commente caricatures et dérapages verbaux, on ne parle pas du projet de loi spéciale sur le budget 2026, pourtant lourd de conséquences sociales et révélateur de la crise institutionnelle actuelle, sur les choix économiques à venir et le débat démocratique à mener.

Mais cela, évidemment, fait moins d’audience que le spectacle permanent des indignations sélectives. Le spectacle, écrivait Debord, n’est pas un ensemble d’images, mais un rapport social médiatisé par les images. Et une fois encore, il remplit parfaitement sa fonction en détournant l'attention et en récupérant les colères.

Platonisme et spéculations philosophiques dans la Troisième Rome

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Platonisme et spéculations philosophiques dans la Troisième Rome

La philosophe russe Natalia Melentiëva publie chez Aga Éditeur l’essai Philosophie verticale, ouvrage en lien avec la Révolution conservatrice

par Luca Negri

Dans l’un de ses aphorismes les plus sages, Nicolás Gómez Dávila affirme que le monde moderne représente une révolte contre Platon. Il est difficile de lui donner tort, surtout si l’on considère le glissement supplémentaire vers le postmodernisme, où les ombres sur le mur de la caverne se sont multipliées, comme les opinions et revendications déconnectées de l’objectivité de la nature et du logos.

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La véritable révolte contre Platon est plus précisément un nivellement sur la ligne horizontale des identités fermées, du bavardage alimenté par les médias. C’est l’oubli de l’Être, donc de la verticalité qui permet de sortir de la caverne, de se connecter au monde objectif de l’esprit.

Nous avons donc besoin d’une pensée verticale qui secoue la stagnante mare horizontale du postmodernisme, d’une philosophie tellurique capable de faire tomber les fausses et confortables certitudes pour faire surgir de nouvelles hauteurs.

Il existe néanmoins une communauté néoplatonicienne dispersée à travers le monde, capable de se révolter contre le postmodernisme. Et il y a en Russie la famille platonicienne des Douguine. Non seulement les livres du penseur moscovite, souvent cités accompagnés de tristes préjugés mais peu lus, sont précieux comme exemples de renouvellement du platonisme, mais aussi les écrits de sa fille Daria Douguina, qui a choisi très jeune le surnom de «Platonova», ressentant une affinité particulière avec le philosophe grec. On pourrait même penser que sa mort tragique par attentat en août 2022 pourrait représenter un équivalent (post)moderne de la condamnation à mort de Socrate, coupable d’avoir invité les jeunes à dépasser l’opinion pour accéder enfin à la Vérité.

Philosophie verticale

Le lecteur italien a toutefois maintenant la possibilité de lire en volume un recueil significatif d’écrits de la mère de Daria et épouse de Douguine: la philosophe Natalia Melentiëva. Tout récemment publiée par AGA Éditeur, Philosophie verticale suggère déjà, par son titre, un contenu capable de stimuler le mouvement tellurique que nous avons invoqué.

Il s’agit précisément d’une anthologie de textes abordant divers thèmes, d’abord philosophiques, avec des applications politiques d’une extrême actualité. Ce sont des contributions qui illustrent bien la fécondité de la pensée actuelle provenant de Russie, qui redevient en ce sens et véritablement une « Troisième Rome » comme le prophétise Paolo Borgognone dans sa préface précise.

67_mohler_rgb_285x255-3480939886.jpgLa lecture commence par une intervention qui se rattache au sentier interrompu de la «Révolution Conservatrice» allemande, analysant l’essai d’Armin Mohler sur le «style fasciste». Un texte à lire et méditer en ces jours où cet adjectif est surtout utilisé pour discréditer et effacer tout interlocuteur qui se place en dissidence par rapport à la narration libérale dominante et aux identifications fossilisées par la gauche du 20ème siècle.

Suit une réflexion aiguë sur un penseur fondamental pour la pensée socialiste: Auguste Blanqui. Sa conception d’univers multiples peut devenir un stimulant puissant pour ne pas accepter la civilisation présente, pour devenir révolutionnaires en étant conscients que d’autres mondes sont toujours possibles et qu’il ne faut pas céder au fatalisme du fait accompli, simple organisation d’un seul univers.

La philosophe russe s’intéresse aussi au cinéma, trouvant dans les longs-métrages de David Fincher et Lars von Trier des éléments, parfois involontaires, de critique du système libéral.

Melentiëva invite également à découvrir le philosophe allemand Gerd Berfleth, décédé en 2023, spécialiste de Bataille et de Nietzsche, défenseur d’une pensée en révolte au diapason de l’idée jüngerienne de l’Anarque.

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De grande importance, le souvenir du « navire des philosophes » (photo) qui a forcé à l’exil, aux débuts du bolchevisme, les penseurs russes les plus incisifs et les plus véritablement verticaux (comme Berdiaev et Merejkovski), appauvrissant énormément la civilisation soviétique et la conduisant vers l’échec.

Puis, des pages précieuses sur la déconstruction du paradigme mental libéral, où – en accord avec son mari Douguine – elle en tire les conséquences inévitables de la perte de contact avec les Idées platoniciennes et les «universaux» du thomisme. Lorsque le monde occidental a fini par céder au nominalisme, niant la réalité métaphysique des concepts, il ne restait que l’individu nu, qui n'était plus membre d’une société, d’une communauté ou d’une tradition plus grande que les parties elles-mêmes. La voie de la guerre de tous contre tous pour l’appropriation des biens, véritable filigrane du capitalisme, était déblayée. Dans un monde précisément aplati horizontalement.

9780241269152-3552298567.jpgEt de l’horizon, on creuse même vers le sub-humain avec la philosophie de l’Ontologie Orientée Objet, d’origine anglo-saxonne, qui nie toute centralité et spécificité à l’être humain dans un horizon où chaque entité a les mêmes droits et la même dignité: animaux, plantes et même objets matériels. Cette philosophie postmoderne était un objet d’étude critique particulier pour Daria, dans ses derniers temps incarnés.

Et c’est précisément avec des souvenirs et hommages à sa fille que se clôt le volume de Melentiëva.

Daria est partie beaucoup trop tôt, à moins de trente ans, pour réaliser pleinement sa «philosophie verticale», notamment les concepts et pratiques de ce qu’elle appelait «l’optimisme escatologique» (à laquelle AGA avait déjà consacré un volume). En s’appuyant notamment sur Platon, Hegel, Nietzsche, Evola, Cioran et Jünger, Daria a proposé une vision du monde qui accepte courageusement l’illusion, les ombres projetées sur le mur de la caverne, et la condition tragique dans laquelle se trouve l’être humain emprisonné, mais qui réagit non avec un pessimisme fataliste, mais avec l’optimisme de ceux qui se battent aussi pour des causes apparemment désespérées, sortant de la caverne, passant dans la forêt, forçant la rupture pour accéder à un stade supérieur de conscience.

Le chemin laissé inachevé par la mort brutale de Daria, rappelle sa mère, attend des sujets courageux prêts à le reprendre, à redresser la colonne vertébrale, à redécouvrir la verticalité pour laquelle l’être humain existe sur la face de la Terre.

L’armement européen comme logique Maginot du 21ème siècle – une contextualisation historique

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L’armement européen comme logique Maginot du 21ème siècle – une contextualisation historique

Elena Fritz

Source: https://t.me/global_affairs_byelena

Lorsque l’on parle aujourd’hui d’une «ligne Maginot du 21ème siècle», il ne s’agit pas d’une directive concrète, mais d’un schéma de pensée. Le terme fait référence à la Ligne Maginot – cette gigantesque fortification française des années 1930, qui promettait la sécurité, suggérait la stabilité, mais qui s’est finalement avérée stratégiquement inefficace.

La leçon historique est claire: la France n’a pas échoué par manque de ressources, mais en raison d’une hypothèse erronée sur la sécurité. On a compté sur la technologie, le béton et une défense rigide – alors que la guerre, les systèmes d’alliances et les dynamiques politiques avaient déjà changé depuis longtemps. L’adversaire n’a pas été arrêté, mais a contourné le système. La sécurité s’est révélée une illusion.

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Ce même schéma revient aujourd’hui à l’échelle européenne.

L’Union européenne prévoit un armement sans précédent: 800 milliards d’euros, coordonnés au niveau central, politiquement chargé, moralement justifié. Mais comme dans les années 1930, on confond à nouveau argent et stratégie, structure et capacité d’action.

L’antenne bruxelloise du think tank hongrois Mathias Corvinus Collegium (MCC) parle donc à juste titre (https://europeanconservative.com/articles/news/mcc-report... ) d’une nouvelle ligne Maginot. Car même aujourd’hui, les ambitions financières ne correspondent pas à la réalité industrielle, à l’unité politique ou à la capacité sociale.

Industrie plutôt que politique anxiogène

L’UE ne dispose ni d’une industrie de défense indépendante et résiliente, ni de chaînes d’approvisionnement sécurisées. Munitions, drones, renseignement, communication, capacités satellitaires – tout cela reste dépendant de pays tiers, notamment des États-Unis. Des programmes se chiffrant à des milliards n’y changent pas grand-chose à court terme. Sur le papier, cela donne de la force, dans la réalité, cela crée une dépendance.

Sécurité bureaucratisée

Comme pour la ligne Maginot historique, c’est d’abord la question du «Combien?» qui est posée. Les questions cruciales restent sans réponse :

- Pourquoi cet armement? Contre qui précisément? Avec quel objectif politique? Et à quelles conditions de désescalade? La sécurité est administrée, non pensée stratégiquement. La coordination ne remplace pas le leadership.

Le facteur oublié: la société

Les armées ne sont pas faites de budgets, mais de personnes. Et c’est là que se situe la rupture centrale:

- Il n’existe pas de demos européen, pas d’identité politique commune pour laquelle les gens seraient prêts à risquer leur vie.

- Pour leur nation, leur patrie, leur ordre social – oui.

- Pour une gestion supranationale abstraite – non.

L’UE a relativisé les liens nationaux pendant des décennies, délégitimé la souveraineté, délimité la responsabilité politique. Et voilà qu’on doit soudain se mobiliser, se montrer disponible au sacrifice – sans lien démocratique, sans ancrage culturel, sans consensus social.

Le vrai danger

Historiquement, ce n’est pas le manque de technologie militaire qui s'avère le plus risqué, mais la militarisation sans raison politique. L’armement crée ses propres dynamiques: on crée images de l’ennemi, on se réfère à des logiques d’escalade, à des logiques de blocs. Particulièrement problématique est la fixation croissante sur la Russie, fixation qui devient un récit identitaire. Elle remplace l’analyse par la morale et la diplomatie par la rhétorique de la dissuasion.

La ligne Maginot est née de la peur, du traumatisme et du désir de contrôle. Elle a créé une fausse sécurité – et a empêché, par là même, une réflexion stratégique.

Conclusion

L’armement européen suit une logique historique bien connue :

- beaucoup d’argent, beaucoup de technologie, peu de stratégie.

- Tant que l’Europe croit que la sécurité peut être gérée plutôt que négociée, financée plutôt que politiquement justifiée, elle ne bâtit pas une capacité de défense, mais une illusion de contrôle.

Une ligne Maginot – hier comme aujourd’hui – ne protège pas contre les conflits.

#géopolitique@global_affairs_byelena

samedi, 27 décembre 2025

Les influences celtes dans la littérature moderne

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Les influences celtes dans la littérature moderne

Source: https://www.facebook.com/groups/269177069889276

Les Celtes, avec leur riche héritage mythologique, leurs légendes envoûtantes et leur culture profondément ancrée dans la nature et le surnaturel, ont laissé une empreinte indélébile sur la littérature moderne. Leur univers, peuplé de héros comme Cú Chulainn, de fées, de druides et de quêtes magiques, continue d’inspirer les auteurs du monde entier. Que ce soit à travers le fantastique, la fantasy ou même la poésie contemporaine, les motifs celtiques apportent une dimension mystique et intemporelle aux récits.

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Un héritage mythologique riche

Les mythes celtes, transmis oralement avant d’être consignés par écrit, regorgent de récits épiques et de symboles puissants. Des œuvres médiévales comme les Mabinogion gallois ou les cycles irlandais (comme le Cycle d’Ulster ou le Cycle du Graal) ont posé les bases d’une narration où se mêlent aventure, magie et moralité. Ces récits ont influencé des générations d’écrivains, notamment au 19ème siècle, lors du renouveau celtique. Des auteurs comme William Butler Yeats ont puisé dans le folklore irlandais pour créer une poésie mystique, mêlant mythologie et nationalisme culturel. Ses poèmes, comme The Stolen Child ou The Wanderings of Oisin, évoquent un monde où les frontières entre le réel et l’autre monde (Tir na nÓg) sont ténues, un thème récurrent dans la littérature moderne.

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La fantasy : un terrain de prédilection

Le genre de la fantasy doit beaucoup aux Celtes. J.R.R. Tolkien, par exemple, s’est inspiré des langues et des légendes celtiques pour façonner l’univers de La Terre du Milieu. Bien qu’il ait surtout puisé dans la mythologie nordique, des éléments comme les elfes, les quêtes héroïques et les forêts enchantées trouvent des échos dans les récits celtes. Plus directement, des auteurs comme Alan Garner (The Moon of Gomrath) ou Lloyd Alexander (Les Chroniques de Prydain) ont puisé dans les Mabinogion pour créer des mondes où la magie celtique est omniprésente.

La série Harry Potter de J.K. Rowling n’est pas exempte d’influences celtiques: le choixpeau magique rappelle les objets enchantés des légendes, tandis que les créatures comme les farfadets ou les kelpies sont directement issus du folklore celtique. Même Game of Thrones de George R.R. Martin emprunte aux Celtes, avec des personnages comme les "Enfants de la Forêt", qui évoquent les Tuatha Dé Danann, le peuple féerique irlandais.

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Le réalisme magique et le surnaturel

Les Celtes ont aussi marqué le réalisme magique, un genre où le surnaturel s’immisce dans le quotidien. Des écrivains irlandais comme Lady Gregory ou John Millington Synge (photo) ont retravaillé les contes traditionnels pour les adapter à une audience moderne. Aujourd’hui, des romanciers comme Alice Hoffman (La Prophétie des sorcières) ou Juliet Marillier (La Fille du brouillard) intègrent des éléments celtes pour créer des atmosphères où la magie est palpable. Les fées, les malédictions et les métamorphoses, thèmes chers aux Celtes, y occupent une place centrale.

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La poésie et la quête identitaire

La poésie moderne, notamment en Irlande et en Bretagne, a souvent utilisé les symboles celtes pour explorer des questions d’identité et de résistance culturelle. Seamus Heaney, prix Nobel de littérature, a réinterprété les mythes irlandais dans des recueils comme North, où la légende de Sweeney Astray devient une métaphore de l’exil et de la quête de soi. En Bretagne, des poètes comme Xavier Grall ou Anjela Duval ont célébré la langue et les paysages breton en s’inspirant des anciens récits.

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Les héros et les archétypes celtiques

Les héros celtes, comme le roi Arthur (dont la légende est en partie d’origine celtique) ou Finn MacCool, incarnent des archétypes universels: le guerrier noble, le sage, le trickster. Ces figures réapparaissent dans des œuvres contemporaines, comme Les Brumes d’Avalon de Marion Zimmer Bradley, qui réinterprète la légende arthurienne sous un angle féminin et celtique. Même les super-héros modernes, comme Thor dans les comics Marvel, empruntent des traits aux dieux celtes (comme le marteau de Thor, qui rappelle celui du dieu celtique Sucellos).

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La nature et le sacré

Les Celtes vénéraient la nature, et cette spiritualité se retrouve dans des œuvres écologistes ou animistes. Robert Holdstock, dans Mythago Wood, explore une forêt où les mythes prennent vie, un thème typiquement celtique. De même, Diana Gabaldon (Outlander) mêle histoire et légendes écossaises, où les pierres dressées et les cercles de mégalithes jouent un rôle clé.

Un héritage vivant

Aujourd’hui, les influences celtes se retrouvent aussi dans la littérature jeunesse (Les Chroniques de Spiderwick de Tony DiTerlizzi) ou les romans graphiques (Sláine, de Pat Mills, inspiré des guerriers celtes). Les jeux vidéo (The Witcher, Dragon Age) et les séries (The Witcher, Cursed) perpétuent cette tradition, prouvant que les récits celtes continuent de captiver.

En conclusion, les Celtes ont offert à la littérature moderne un réservoir inépuisable de symboles, de récits et de magie. Leur héritage, à la fois poétique et sauvage, permet aux auteurs d’explorer des thèmes universels : la quête, la frontière entre les mondes, et la connexion profonde entre l’humain et la nature. Que ce soit pour évoquer un passé mythique ou pour créer des mondes imaginaires, leur influence reste vivace, témoignant de la puissance intemporelle de leurs légendes.

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Les six raisons pour lesquelles l’Occident périra selon Jiang Xueqin

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Les six raisons pour lesquelles l’Occident périra selon Jiang Xueqin

de Riccardo Paccosi

Source : Riccardo Paccosi & https://www.ariannaeditrice.it/articoli/i-sei-motivi-per-...

Puisque ce fut Noël tout récemment, que Noël est une tradition, et que la tradition est quelque chose que la culture néolibérale dominante en Italie et en Europe considère comme “de droite”, essayons de faire un post de Noël qui fasse le point sur ce type de problèmes.

Jiang-Xueqin-2193036597.jpgDans une vidéo très intéressante, dont les réflexions émises dans l’espace des commentaires – et en vérité peu rassurante concernant les scénarios de guerre futurs – l’analyste géopolitique chinois Jiang Xueqin (photo) énumère les raisons pour lesquelles le système occidental est arrivé à la fin de sa propre existence.

La réflexion, bien sûr, reprend la thèse d’Oswald Spengler selon laquelle chaque civilisation est soumise à un cycle de naissance, de maturation et de mort. De plus, certaines des critiques énumérées coïncident avec celles exposées par Emmanuel Todd dans son récent essai La Défaite de l’Occident.

Je pense qu’il vaut la peine de mettre en lumière la liste établie par le chercheur chinois en précisant cependant que la division aujourd’hui se fait entre ceux qui considèrent les phénomènes historiques/antropologiques rapportés ci-dessous comme des problèmes, et ceux qui, au contraire, leur donnent une lecture positive ou nient leur existence.

Je pense également que ceux qui considèrent leur position sur ces questions selon le schéma droite-gauche ne font qu’exprimer une fausse conscience et une mystification rhétorique.

Ces phénomènes, au contraire, ont détruit la raison d’être des catégories de droite et de gauche lorsque le concept de progrès apparaît aujourd’hui déconnecté de celui de justice sociale, alors que le concept de justice sociale exprime une exigence de conservation dès qu’il est évoqué.

Revenant à Jiang Xueqin, il affirme que “ce qui se passe en Occident, ce n’est pas un déclin dont on pourrait peut-être se relever dans quelques décennies, mais une phase terminale, un lit de mort”.

Il énumère ensuite les raisons de cette conviction : 

1. L’hyperurbanisation, c’est-à-dire le pourcentage croissant de la population qui s’entasse dans des mégapoles finissant par avoir, par rapport au reste de la nation environnante, une fonction parasitaire (c'est là un problème réel – je tiens à le noter – mais qui ne concerne pas uniquement l’Occident.)

2. La répulsion pour la famille et la procréation, en partie générée par le sentiment de précarité et en partie par l’exaltation philosophique de l’individu seul et privé de tout lien. Or, si le rejet de la famille implique la dissolution des fondements de la cohésion sociale, le refus de la procréation constitue tout simplement une condamnation à mort par effondrement démographique.

3. L’inégalité sociale, qui fait qu’au-delà de la part toujours plus élevée de la classe moyenne entraînée dans la pauvreté, il existe un 0,1% de riches capables de contrôler toutes les ressources et tous les actifs stratégiques.

4. Le fait que, pour faire la guerre, l’Occident doit – à l’instar de l’Empire romain à son stade terminal – recourir à des barbares et des mercenaires (les djihadistes en Libye et en Syrie, les Ukrainiens face aux Russes, etc.).

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5. La décadence générale exprimée par des phénomènes comme OnlyFans, où plus de 10% des jeunes femmes vendent leur nudité, et où, en même temps, la culture libérale-progressiste qualifie cet acte d’émancipation (note personnelle: ce point est lié au point 2, car OnlyFans est un phénomène de clôture de la sexualité dans le marché, avec une désexualisation parallèle de la culture mainstream, ainsi qu’un effondrement statistiquement constaté de l’activité sexuelle chez les jeunes.)

6. Enfin, le problème de l’immigration sans limite. Aujourd’hui, ce phénomène explose dans les métropoles occidentales non pas tant pour des raisons liées aux graves problèmes du travail, mais surtout en raison d’une question anthropologique que, bien qu’évidente, l’idéologie dominante a réussi à dissimuler pendant trente ans: une société où ses différentes composantes ne partagent ni langue, ni coutumes, ni surtout mémoire historique, est simplement une non-société, un amas informe où des segments sociaux totalement étrangers les uns aux autres cohabitent de force.

Pour donner un cadre philosophique à tous ces phénomènes, il y aurait la vision qui est à la racine de la pensée libérale, selon laquelle on peut se passer du passé ou même le supprimer.

Mais cela fera l’objet d’une autre contribution.