samedi, 05 septembre 2026
Le mirage du luxe et le piège du désir à l’ère du «capitalisme tardif»

Le mirage du luxe et le piège du désir à l’ère du «capitalisme tardif»
Giovanni Balducci
Source: https://geopoliticaesistemi.com/il-miraggio-del-lusso-e-l...
Le capitalisme tardif a pleinement révélé sa nature la plus débridée et la plus inhumaine: un processus d’oppression totale qui, à bien des égards, rappelle, de manière symétrique et opposée, les dérives autoritaires du socialisme réel.
Nous vivons immergés dans une surabondance omniprésente d’images de bien-être et de luxe effréné qui, à y regarder de près, ne sont accessibles qu’à un cercle extrêmement restreint de privilégiés. Ce qui entoure désormais la vie quotidienne des individus, ce ne sont que des simulacres de richesse, tandis que l’ensemble de la population connaît un appauvrissement constant et une réduction drastique de son pouvoir d’achat.
Ce contexte économique et social ne se limite pas à la compression matérielle des salaires: il se nourrit également d’une stratégie de contrôle plus subtile. Les situations d’urgence sont constamment créées de toutes pièces ou habilement exploitées par le système de pouvoir afin d’éroder davantage les droits collectifs et individuels, en réduisant les espaces de démocratie et les protections sociales.

La souffrance de vouloir sans pouvoir
Dans la philosophie bouddhiste, l’une des situations psychologiques les plus douloureuses, associée aux royaumes inférieurs de l’existence ou aux enfers, réside précisément dans la torture de vouloir sans pouvoir: le désir ardent de quelque chose, allié à l’impossibilité absolue de l’obtenir.
Le système capitaliste contemporain a fait de ce tourment existentiel le moteur ultime de son économie et de sa publicité. Il tapisse notre existence de stimuli visuels, d’écrans et de vitrines numériques présentant un mode de vie clinquant comme s’il se trouvait à portée de main, parfaitement accessible.
Il déclenche ainsi un court-circuit dévastateur: alors que, dans la vie réelle, nous nous appauvrissons matériellement, on nous invite dans le même temps à poursuivre des standards inaccessibles, nous soumettant à une frustration psychologique constante. Nous voyons sans cesse le bien-être brandi sous nos yeux, tout en étant maintenu hors de portée de nos mains. C’est la logique infernale décrite dans le célèbre monologue d’Al Pacino dans L’Associé du diable: «Regarde, mais ne touche pas; touche, mais ne goûte pas; goûte, mais ne savoure pas…».

Le véritable chef-d’œuvre de ce modèle socio-économique ne consiste pas seulement à dépouiller les individus de leurs ressources économiques, mais aussi à coloniser l’imaginaire collectif, en transformant le désir insatisfait en cette prison invisible dans laquelle la société accepte de vivre chaque jour. Tout bien considéré, même un véritable misanthrope n’aurait pas su concevoir de meilleur système pour punir les hommes.
20:05 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : luxe, capitalisme tardif |
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Scannez-les tous: comment Pokémon Go a transformé ses joueurs en cartographes du Pentagone

Scannez-les tous: comment Pokémon Go a transformé ses joueurs en cartographes du Pentagone
Source: https://geopoliticarugiente.com/2026/08/30/escanealos-a-t...
Chers lecteurs, pour la grande traduction du jour, nous vous proposons un article du chercheur Anis Raiss publié dans The Cradle. C’est parti :
Les joueurs de Pokémon Go ont fourni des milliards de relevés au niveau des rues aux systèmes cartographiques de Niantic. Des années plus tard, la technologie qu’ils ont contribué à développer est adaptée à des drones opérant hors de portée du GPS.
Pendant neuf ans, Pokémon Go a demandé à ses joueurs de sortir dans la rue et de «tous les attraper». Des millions d’enfants et de parents ont parcouru leurs villes, leurs appareils photo braqués devant eux. Certains, en quête de récompenses dans le jeu, ont filmé des statues, des parcs, des coins de rue et, dans au moins un cas, l’intérieur d’un appartement. Quelqu’un d’autre se chargeait d’en recueillir les résultats.

En juin, le quotidien néerlandais Trouw a retracé la manière dont quelque 30 milliards de relevés effectués par les joueurs ont contribué à entraîner les systèmes cartographiques de Niantic. Depuis, Niantic Spatial s’est associée à Vantor — le nouveau nom de Maxar Intelligence et l’un des principaux prestataires de défense américains — afin de développer un système de positionnement visuel destiné aux drones et à d’autres plateformes dans des zones dépourvues de couverture GPS.
Vantor fournit des services à des clients des secteurs de la défense et du renseignement, ainsi que des images satellitaires largement utilisées par les médias occidentaux dans leur couverture de l’Ukraine et de Gaza.
Un jeu principalement destiné aux enfants avait contribué à mettre au point une technologie désormais adaptée à un usage militaire aux États-Unis.

Le concepteur de jeux et philosophe des médias Ian Bogost (photo) avait anticipé ce mécanisme. En 2011, il proposa une appellation franche pour l’industrie des points, des badges et des récompenses conçues pour orienter les comportements: «exploitationware», que l’on pourrait traduire par «logiciel d’exploitation». Quinze ans plus tard, Pokémon Go offrait une illustration saisissante de ce qu’il entendait par là.
L’influence de Langley sur Google Earth
Cette filiation apparaît clairement dans l’histoire des entreprises concernées. John Hanke, fondateur et président exécutif de Niantic Spatial, a passé quatre ans au service diplomatique des États-Unis avant de rejoindre le secteur technologique. En 2001, il a cofondé Keyhole, une jeune entreprise de cartographie baptisée en référence aux satellites espions américains de la série KH.

Alors que l’entreprise était au bord de la faillite, un investissement d’In-Q-Tel, le fonds de capital-risque de la CIA, lui permit de rester à flot. Sa technologie allait servir à «soutenir les troupes américaines en Irak». Une grande partie du financement aurait été fournie par la National Geospatial-Intelligence Agency (NGA), qui procure au Pentagone des renseignements géospatiaux.
Google a racheté Keyhole en 2004 et transformé son logiciel Earth Viewer en Google Earth. Hanke a ensuite dirigé la division Geo de Google, créé Niantic en tant que jeune pousse interne, puis l’a rendue indépendante en 2015 avec le soutien de Google, Nintendo et The Pokémon Company. Pokémon Go a été lancé un an plus tard.
Des cartographes rémunérés en Poké Balls
En 2021, le jeu a commencé à récompenser les joueurs qui scannaient des lieux réels. Ils pointaient la caméra de leur téléphone vers un PokéStop, téléversaient les images et recevaient leur récompense. La participation était facultative et ne concernait qu’une petite partie des utilisateurs; pourtant, cette fraction a produit des milliards de relevés. Les conditions d’utilisation du jeu accordaient à Niantic une licence transférable et susceptible de sous-licence sur les contenus envoyés, ce qui signifiait que l’entreprise pouvait les revendre à des tiers.
Bogost avait déjà décrit le fonctionnement de cette économie. Les entreprises technologiques «soutiraient des informations personnelles aux clients en leur faisant croire que leur produit était en réalité leur client». Pokémon Go a suivi le même modèle, récompensant les joueurs tout en utilisant leurs relevés pour créer ses cartes.
Ces relevés ont contribué à entraîner le système de positionnement visuel (VPS) de Niantic. Alors que le GPS demande sa position à un satellite, le VPS analyse ce que voit une caméra et le compare à un modèle tridimensionnel du monde. Deux points de repère reconnaissables de quelques pixels de largeur peuvent suffire à déterminer une position. Ce système est particulièrement utile lorsque les signaux satellitaires sont brouillés, usurpés ou indisponibles.

Floris De Hingh, un joueur néerlandais qui avait téléchargé le jeu dès le jour de son lancement, a déclaré à Trouw avoir scanné toutes sortes de lieux, des parcs publics jusqu’à son propre salon. «Je ne faisais que jouer», a-t-il expliqué, sans savoir à quoi ces images pourraient finalement servir.
Le problème juridique et éthique porte sur ce que les joueurs ont accepté de céder. Niantic a affirmé que leurs données personnelles «[n’avaient] été vendues à personne», tandis que les relevés téléversés étaient régis séparément en tant que contenus produits par les utilisateurs. Une pièce peut révéler des biens personnels, des habitudes et des détails intimes, même lorsqu’aucun nom n’apparaît dans le cadre. Le formulaire de consentement attirait l’attention sur l’identité, tout en garantissant à l’entreprise des droits étendus sur l’environnement filmé.
Riyad conserve les joueurs, le Pentagone récupère la carte
En 2025, Niantic a été scindée en deux. Ses jeux et ses joueurs ont été repris par Scopely pour 3,5 milliards de dollars, sous l’égide de Savvy Games Group, propriété de l’État saoudien. La technologie spatiale et les actifs cartographiques sont restés au sein de Niantic Spatial. Selon le communiqué de Niantic, ses actionnaires actuels ont conservé des participations dans la nouvelle entreprise, tandis que Scopely y a investi 50 millions de dollars supplémentaires. Le capital étatique saoudien détenait désormais des participations dans les deux sociétés.

L’accord avec Vantor a été signé en décembre. Son communiqué désigne comme problèmes «l’indisponibilité, l’usurpation, le brouillage et le blocage» du GPS, les drones autonomes figurant parmi les plateformes concernées. Vantor, anciennement Maxar Intelligence, est profondément implantée dans les secteurs américains de la défense et du renseignement. Elle est le maître d’œuvre du système de renseignement géospatial de la NGA, auquel ont accès plus de 400.000 utilisateurs au sein du gouvernement américain.
Les entreprises prévoient de combiner le VPS terrestre de Niantic avec le logiciel de positionnement aérien de Vantor, ce qui permettra aux systèmes aériens et terrestres de partager leurs coordonnées sans avoir recours aux signaux satellitaires. Vantor est par ailleurs profondément implantée dans les secteurs américains de la défense et du renseignement.
La NGA avait contribué à maintenir Keyhole à flot en 2003. Plus de vingt ans plus tard, l’un de ses principaux prestataires travaille avec Niantic Spatial sur une technologie développée, en partie, grâce aux milliards de relevés fournis gratuitement par les joueurs.
Une cartographie omniprésente, des restrictions en Palestine
Pendant plus de vingt ans, l’amendement Kyl-Bingaman a limité à deux mètres la résolution des images satellitaires commerciales sous licence américaine représentant Israël et les territoires palestiniens occupés.
En 2020, le département du Commerce a assoupli cette limite pour la porter à 40 centimètres, mais la restriction propre à ce pays demeure inscrite dans la législation américaine. Pendant longtemps, les images largement utilisées n’ont ainsi permis de voir les preuves de l’occupation et des destructions que de manière approximative, tandis que les systèmes cartographiques commerciaux recueillaient ailleurs des détails à l’échelle de la rue.
Les enfants étaient encouragés à enregistrer le monde au niveau du trottoir, tandis que Washington imposait une limite juridique particulière autour de l’État occupant. Les entreprises américaines recueillaient des informations toujours plus détaillées auprès des utilisateurs ordinaires, mais la loi continuait de restreindre ce qu’il était possible de voir au sujet de la Palestine occupée.
Le modèle survit au démenti
Les entreprises assurent qu’aucune donnée issue du jeu n’est intégrée aux drones. Vantor a déclaré à Trouw qu’elle n’utiliserait pas les relevés de Pokémon Go, tout en refusant de confirmer ou de démentir que ses modèles aient déjà été entraînés grâce à eux.
Niantic Spatial avait répondu à cette question plusieurs mois auparavant, lorsqu’un porte-parole avait reconnu que les relevés avaient servi à entraîner une «version initiale» du modèle même sur lequel repose le système. Les images brutes ne parviendront peut-être jamais entre les mains de Vantor, mais il est impossible d’effacer complètement leur rôle dans le développement du modèle.
Jeroen van den Hoven, professeur d’éthique et de technologie à l’Université technique de Delft, a expliqué à Trouw pourquoi cette distinction échappe à toute vérification. Une fois assimilées, les données d’entraînement se fondent dans des schémas dont il n’est plus possible de retracer ni de révoquer les contributions individuelles. Selon Van den Hoven, «les personnes qui pensaient jouer à un jeu ont manifestement été trompées».

Bogost avait forgé le terme «exploitationware» pour désigner une escroquerie consistant à échanger des badges contre des comportements, des années avant que les caméras des téléphones portables ne cartographient des aires de jeux et des salons au profit de l’intelligence artificielle des entreprises. Pokémon Go a étendu cet échange au monde physique et fait entrer la technologie qui en a résulté dans une chaîne d’approvisionnement militaire. Le jeu disait à ses joueurs de tous les attraper. Ses propriétaires ont recueilli bien davantage.
19:21 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : pokemon go, exploitationware |
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L’illusion du choix: la fabrication du consensus dans une France post-souveraine - Le faux ordre occidental

L’illusion du choix: la fabrication du consensus dans une France post-souveraine
Le faux ordre occidental
Jerry B. Marchant
Jerry B. Marchant examine comment l’apparence du consentement populaire — mis en scène, mesuré par sondage ou projeté — sert à donner à une issue prédéterminée les apparences d’un libre choix, et s’interroge sur ceux qui en bénéficient réellement lorsque la souveraineté d’une nation est définie à sa place par d’autres.
On ne cesse de nous répéter qu’un choix nous appartient. Parfois, le message est tonitruant et sans équivoque, comme dans ces proclamations lancées lors de rassemblements, devenues virales sur les réseaux sociaux et répétées jusqu’à ressembler moins à une opinion qu’à un fait naturel. L’effet est toujours le même : l’issue commence à paraître inévitable et, parce qu’elle semble bénéficier d’un soutien populaire, elle finit par donner l’impression d’être le fruit d’une décision prise par la nation elle-même. Pourtant, de plus en plus souvent, la « nation » censée parvenir à cette décision n’est pas celle qui décide réellement.

Edward Bernays, père des relations publiques modernes, appelait cela «l’ingénierie du consentement», autrement dit le façonnement délibéré de ce que les individus croient avoir décidé par eux-mêmes¹.

Les expériences classiques menées par Solomon Asch dans les années 1950 ont montré avec quelle facilité les individus renoncent à leur propre jugement dès lors qu’ils croient qu’un consensus collectif existe déjà — même s’il est mis en scène². La force de persuasion ne réside pas dans l’argument, mais dans l’impression que la foule a déjà tranché, ainsi que dans la question de savoir qui décide, en premier lieu, de ce sur quoi cette foule est autorisée à se prononcer.
La question de la souveraineté sur le plan intérieur
Le président français lui-même s’est montré remarquablement franc quant à l’instance à laquelle devrait, selon lui, revenir ce pouvoir de décision. Dans un discours prononcé en 2017, Emmanuel Macron a présenté l’idée même de souveraineté nationale comme une illusion, notion que la France devait, selon lui, dépasser au profit d’une «souveraineté européenne» partagée. Depuis lors, il a réitéré ce thème, déclarant devant le Parlement européen à Strasbourg qu’un repli sur la souveraineté nationale constituait un faux réconfort dans un monde marqué par les migrations et les rivalités entre puissances, et affirmant au contraire que l’Europe avait besoin d’une souveraineté plus forte que celle de ses États membres.
Ses détracteurs — non seulement au sein de la droite nationaliste, mais dans l’ensemble du spectre politique — soutiennent que cette vision a vidé de leur substance les mécanismes par lesquels les citoyens français ordinaires pourraient véritablement être consultés.

Des analystes écrivant pour le blogue EUROPP de la London School of Economics (LSE) décrivent le projet de Macron comme la promesse qu’«un centre technocratique et post-idéologique pourrait transcender le clivage traditionnel entre la gauche et la droite en France». Cette promesse est aujourd’hui largement considérée comme ayant échoué, laissant derrière elle un mode de gouvernement reposant sur un cercle restreint de conseillers plutôt que sur les partis, les syndicats ou les collectivités locales.

Le site d’analyse The UnPopulist a observé que cette approche technocratique avait conféré aux réformes de Macron le caractère de mesures imposées plutôt que celui de décisions issues du débat, une dynamique liée au fait qu’à peine un quart des citoyens français estiment désormais que leur système politique fonctionne encore.
Le « Grand Débat national » lancé par son propre gouvernement en 2019 pour désamorcer la révolte des Gilets jaunes a été largement perçu comme la confirmation du même schéma: une consultation mise en scène pour donner l’impression que le pouvoir était à l’écoute.
Manon Aubry, de La France insoumise, a accusé Macron d’orienter le débat de manière à éviter «les questions qui dérangeaient», notamment celle du rétablissement de l’impôt sur la fortune qu’il avait supprimé. Un sondage de l’IFOP a révélé que seuls 38% des électeurs français pensaient que leurs contributions auraient une quelconque influence sur les politiques effectivement menées.
Par la suite, un chroniqueur de The Connexion a estimé que cet exercice de deux mois n’avait produit pour ainsi dire aucun changement mesurable. Une consultation dont les conclusions ont été discrètement remisées une fois les troubles immédiats apaisés.

Telle est, dans sa forme la plus simple, la critique nationaliste: une classe dirigeante qui répond de plus en plus à Bruxelles et à un électorat «européen» abstrait plutôt qu’à l’électorat français, tout en habillant cet arrangement du langage de la consultation et du consensus afin que le transfert du pouvoir décisionnel apparaisse comme un choix du public.
La question de l’hypocrisie sur le plan international
Le même gouvernement qui met en scène un consensus intérieur tout en le contournant discrètement s’est érigé, sur la scène internationale, en défenseur de la légitimité démocratique face à tous les autres. Macron a présenté à plusieurs reprises l’Union européenne comme un rempart de la démocratie libérale contre ses rivaux «illibéraux» et «autoritaires», désignant explicitement la Russie et la Chine comme les puissances contre lesquelles l’Europe devait défendre sa souveraineté.
Les chercheurs qui étudient l’émergence de l’ordre multipolaire ont relevé le malaise inhérent à cette posture.
Des travaux de l’Atlantic Council indiquent que les puissances émergentes, avec à leur tête la Russie et la Chine, contestent de plus en plus la prétention de l’Occident à définir ce qui constitue un gouvernement légitime. Elles soutiennent que la promotion occidentale de la démocratie s’est trop souvent accompagnée de changements de régime à l’étranger, comparant ce schéma, pour reprendre les termes du rapport, au «colonialisme du XIXe siècle».

Les recherches du Carnegie Endowment sur «l’ordre post-occidental» vont plus loin encore, en montrant que les promoteurs occidentaux de la démocratie ont eux-mêmes discrètement soutenu des partenaires autoritaires lorsque cela leur convenait. Les chercheurs de Carnegie ont notamment souligné que Washington continuait de soutenir le gouvernement égyptien, même après avoir publiquement dénoncé son bilan antidémocratique. Parallèlement, un nombre croissant de travaux universitaires consacrés à la « démocratie non occidentale » soutiennent que la prétention même à imposer un modèle universel de consentement légitime défini par l’Occident constitue en soi une stratégie hégémonique: un moyen pour un bloc civilisationnel de continuer à juger les choix politiques de toutes les autres nations à l’aune de ses propres critères.
Pour le dire clairement: un gouvernement français incapable de susciter un véritable consensus intérieur, et qui considère ouvertement sa propre souveraineté nationale comme une prérogative appelée à être mise en commun et ainsi abandonnée, n’est guère fondé à donner des leçons au reste d’un monde multipolaire sur l’authenticité de ses élections.
Deux symptômes d’une même maladie
Rien de tout cela ne prouve l’existence d’une coordination entre le centrisme technocratique de Macron, le populisme mis en scène de Mélenchon ou l’establishment occidental plus large auquel ils appartiennent tous deux, chacun à sa manière. Cela laisse toutefois entendre que le «consensus fabriqué» n’est pas une ruse étrangère importée de l’extérieur, mais le mode opératoire d’une classe politique qui a appris à présenter l’érosion du pouvoir décisionnel d’une nation comme si elle procédait de la volonté de cette nation elle-même.
Le danger ne réside pas dans le fait que l’on mentirait ouvertement aux citoyens. Il est plus subtil: le sentiment d’avoir choisi librement — que ce choix porte sur un président, une politique ou une place au sein du système d’alliances d’autrui — constitue lui-même le produit que l’on cherche à vendre.
Reconnaître la mise en scène — l’hologramme, la consultation soigneusement orchestrée, la souveraineté discrètement redéfinie comme une illusion — est la première étape pour distinguer la décision véritable d’une nation de sa simple représentation.
Notes:
(1) Bernays, Edward L. “The Engineering of Consent.” The Annals of the American Academy of Political and Social Science, vol. 250, 1947, pp. 113–120.
(2) Asch, Solomon E. “Effects of Group Pressure Upon the Modification and Distortion of Judgments.” In Groups, Leadership and Men, edited by Harold Guetzkow, Carnegie Press, 1951, pp. 177–190.
15:49 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : france, actualité, europe, affaires européennes, consensus, propagande |
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vendredi, 04 septembre 2026
Guerre hybride, un terme très commode pour manipuler les masses

Guerre hybride, un terme très commode pour manipuler les masses
Source: https://geopoliticarugiente.com/2026/09/01/guerra-hibrida...
Un mélodrame vient de s’achever — jusqu’au prochain. Les dirigeants européens ont exprimé leur profonde inquiétude face aux agissements de Moscou et déclaré que la Russie pourrait mettre à l’épreuve la détermination de l’OTAN — ainsi que l’engagement de Trump envers l’article 5, la clause de défense collective de l’Alliance — au moyen d’une attaque limitée ou d’autres provocations militaires.
Le directeur de la CIA, John Ratcliffe, s’est rendu à Moscou le 25 août — un voyage qui était loin d’être secret, compte tenu de l’importante couverture médiatique dont il a fait l’objet — afin de rencontrer son homologue russe, Sergueï Narychkine, directeur du SVR. Ce service, bien moins connu que le FSB, est toutefois l’héritier de la prestigieuse Première direction principale du KGB, qui recruta certains des espions les plus importants de la guerre froide, notamment les Cinq de Cambridge, lesquels causèrent un tort immense à l’Occident.
Plusieurs médias à sensation ont interprété cette visite comme un avertissement adressé à Moscou afin qu’il s’abstienne d’attaquer un pays membre de l’OTAN.
Le président Donald Trump a cependant démenti par la suite cette version des faits, affirmant que Ratcliffe n’était porteur d’aucun message de ce type. À propos de la menace russe, il a précisé: «Cela ne m’inquiète absolument pas… Il n’y a aucun problème… Ratcliffe rencontre son homologue russe une fois tous les six mois ou une fois par an. Ils entretiennent de très bonnes relations. Il n’y avait aucun message ni rien d’inhabituel». Il a ensuite ajouté à propos des Russes: «Ils n’attaqueront pas le territoire de l’OTAN». Il est vrai que, pour beaucoup, Trump est un agent russe tenu par un kompromat, celui des «douches dorées» — voir Wikipédia —, dont, soit dit en passant, on n’entend presque plus parler…
De son côté, Sergueï Narychkine, directeur du SVR, le Service des renseignements extérieurs de la Russie, a confirmé jeudi avoir rencontré Ratcliffe lors de la visite de celui-ci à Moscou. Il a précisé que ces échanges faisaient habituellement partie de leur travail et qu’ils n’avaient rien d’extraordinaire. Pour quiconque connaît un tant soit peu le sujet, les rencontres entre directeurs de services de renseignement sont effectivement chose courante.
Peut-être est-il temps de réfléchir aux tensions croissantes entre la Russie et l’Europe, alimentées, d’une part, par les propagandistes russes qui menacent depuis des années de raser Londres et/ou Paris et, d’autre part, par les médias européens, mais, plus grave encore, par leurs représentants politiques. L’expression «guerre hybride» est répétée sans cesse, sans la moindre considération pour sa véritable signification.
Il faudrait ignorer totalement l’histoire pour ne pas savoir que la situation était bien pire pendant la guerre froide. L’Union soviétique — alors extrêmement agressive envers le monde libre parce qu’elle défendait son idéologie communiste internationaliste — s’engagea dans des guerres par procuration dès la fin de la Seconde Guerre mondiale, en s’attaquant aux puissances coloniales par l’intermédiaire de mouvements de libération puis, dans les années 1970, de groupes terroristes tels que la Fraction armée rouge — la bande à Baader-Meinhof —, les Brigades rouges, Action directe, Septembre noir, etc.
À cette époque, les pays européens payèrent un lourd tribut à cette guerre non déclarée — que l’on ne qualifiait pas de « guerre hybride » —, subissant de nombreux attentats dont personne ne voulait identifier les auteurs. Aujourd’hui, le nombre d’Européens tués dans ce conflit — hors Ukraine — est pratiquement nul.
La négation de la guerre secrète qui existait alors était telle qu’au sein des forces armées françaises, il était interdit, pendant les exercices militaires, de désigner l’ennemi par la couleur «rouge»: on employait le terme « carmin », jugé plus politiquement correct.
Aujourd’hui, les pays voisins de la Russie lancent de fausses alertes afin d’obtenir davantage de financements, une présence militaire accrue, etc. Le risque n’est sans doute pas négligeable, compte tenu de l’importante population d’origine russe vivant dans ces régions. Leurs dirigeants politiques exploitent donc la crainte d’une intervention sur le modèle de la Crimée.
Il est vrai que les états-majors de tous les camps disposent de plans préétablis pour faire face à toute éventualité.
20:08 Publié dans Défense, Définitions | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : défense, définition, guerre hybride |
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Trump l’a fait... à sa manière...

Trump l’a fait... à sa manière...
Alexandre Douguine
Alexandre Douguine soutient que la guerre contre l’Iran, la poussée de l’OTAN dans l’Arctique et la lutte autour de l’intelligence artificielle constituent les différents fronts d’un seul et même affrontement entre un ordre unipolaire moribond et un monde multipolaire en plein essor.
Entretien avec Alexandre Douguine dans le cadre de l’émission "Escalation" sur Sputnik TV
Présentateur : Aujourd’hui, je voudrais aborder plusieurs sujets très importants. L’Iran et les États-Unis ont de nouveau échangé des frappes et des accusations, et le Moyen-Orient est au bord de la rupture. Essayons de déterminer ensemble ce qui va se passer maintenant — et ce qui se passe réellement. Ne s’agit-il que d’un nouveau tour de vis, ou bien de quelque chose de nouveau qui pourrait aller très loin ?
Alexandre Douguine : La guerre que les États-Unis et Israël mènent contre l’Iran dure déjà depuis six mois et n’a produit aucun résultat décisif. Trump était convaincu — les services de renseignement israéliens le lui avaient affirmé — que tuer le Rahbar, le dirigeant de l’Iran, ainsi que les plus hauts responsables militaires, politiques et religieux du pays, ferait s’effondrer tout le système, comme cela s’était produit au Venezuela. Malheureusement pour tous les autres, au Venezuela, ils sont effectivement parvenus à capturer le président et à obtenir de l’élite une déclaration d’allégeance totale à l’Occident — avec l’aide de la collusion et de la trahison de Delcy Rodríguez et d’autres encore.
Encouragé par ce « succès », Trump a tenté de répéter l’opération en Iran, mais de manière bien plus brutale, en s’attendant à un effondrement rapide du régime. Il n’était préparé ni à une longue campagne ni à une résistance de cette nature. La plupart des analystes considèrent désormais cette guerre de six mois comme un échec américain spectaculaire — pire encore que celui de l’Afghanistan. L’Iran, qui se bat presque seul — la Russie et la Chine lui offrent une couverture diplomatique, sans commune mesure avec l’ampleur de l’aide occidentale à l’Ukraine —, a résisté pendant six mois sous tout le poids de la pression occidentale. Cela constitue déjà en soi un résultat considérable.

Sur Truth Social, Trump proclame chaque jour la victoire et affirme que le détroit d’Ormuz est ouvert. Le lendemain, il reconnaît que les Iraniens tiennent bon et promet une frappe décisive contre l’île de Kharg et d’autres cibles. L’Iran ne tombe pas. Les deux camps continuent de se frapper et, dans le brouillard de la guerre, on ne sait plus clairement qui est en train de couler qui. Trump publie donc des images générées par l’IA censées montrer les Américains détruisant des installations énergétiques sur l’île de Kharg. Les Iraniens ripostent avec leurs propres vidéos montrant des soldats américains écrasés et Trump, Laura Loomer ainsi que d’autres figures détestées faits prisonniers.
Trump nous abreuve d’un flot ininterrompu d’affirmations absurdes. Sur le terrain, la situation est tout simplement bloquée. Le fait que l’Iran ne se soit pas rendu et n’ait pas emprunté la voie vénézuélienne de la trahison — même après avoir perdu ses dirigeants politiques, religieux et militaires — constitue déjà une victoire iranienne. Chaque jour supplémentaire pendant lequel Téhéran tient bon voit la puissance américaine s’éroder de façon manifeste. Il s’agit là d’un bouleversement tectonique.
Les alliés de l’OTAN ne soutiennent pas cette aventure. L’Alliance se fissure, Trump fulmine contre l’Union européenne tout en continuant de proclamer la victoire chaque matin. Israël ne cesse de le pousser plus loin. La semaine dernière, il est allé jusqu’à évoquer publiquement le recours à l’arme nucléaire contre l’Iran, parce qu’il constate qu’il ne peut pas l’emporter par des moyens conventionnels.

La tension est à son comble. Les discussions sur un cessez-le-feu ne reposent sur rien de concret. Les conditions posées par l’Iran ont valeur d’ultimatum: Washington doit se repentir, présenter ses excuses pour tout ce qu’il a fait, reconnaître sa défaite et s’agenouiller devant le peuple iranien — ce que Washington, c’est le moins que l’on puisse dire, ne fera pas. Les États-Unis exigent que l’Iran accepte toutes leurs conditions et rouvre immédiatement le détroit d’Ormuz, sans aucune compensation. Après tout ce que Téhéran a subi, c’est impossible.
Israël continue d’alimenter l’incendie ; une guerre prolongée sert ses intérêts. À la faveur de tout ce tumulte, il continue de bombarder la Syrie et le Liban, mène une campagne impitoyable à Gaza, tandis que les colons se déchaînent en Cisjordanie et achèvent ce qui subsiste de l’autonomie palestinienne. Le tableau est grotesque. Une chose est d’ores et déjà claire : ni l’Occident ni les États-Unis ne sont en train de gagner cette guerre.
Présentateur : Vous dites que les conditions posées par les deux camps sont irréalistes. Comment pensez-vous que tout cela se terminera concrètement ? Une solution sera-t-elle trouvée, ou l’escalade se poursuivra-t-elle simplement ?
Alexandre Douguine : Examinons ce que l’Iran peut raisonnablement espérer obtenir.
L’Iran observe la politique intérieure américaine. Les élections de mi-mandat auront lieu dans deux mois. Deux ou trois sièges supplémentaires à la Chambre des représentants ou au Sénat pour les démocrates opposés à la guerre suffiraient à restreindre la capacité de Trump à poursuivre celle-ci. Il suffit à l’Iran de tenir pendant ces deux mois et de refuser toute concession. Après cela, l’équilibre changera. Trump a perdu son immunité dans les scandales de pédophilie et se trouve exposé à une procédure de destitution. Le dossier Epstein peut revenir devant le Congrès à tout moment. Les démocrates ont toutes les raisons d’exploiter ses échecs sur tous les fronts. Une procédure de destitution et de sévères restrictions se profilent à l’horizon. Voilà ce qu’attend Téhéran.
Qu’attend Trump, lui ? Il a récemment publié « My Way » de Frank Sinatra sur Truth Social. C’est une chanson sur la fin — « la fin est proche » — même si le chanteur trouve sa rédemption dans le fait d’avoir agi à sa manière. Beaucoup ont interprété cela comme le signe que Trump serait soit en mauvaise posture, soit déjà conscient que l’effondrement est imminent et qu’il devra partir. Bien entendu, il continue de jouer son rôle. À moins qu’il n’envisage sérieusement une frappe nucléaire contre l’Iran. La fin est proche. Je l’ai fait à ma manière. Voilà Trump. Il est impossible de prévoir son prochain geste.
Dans la politique réelle, il est acculé. Chaque jour, il tente d’empêcher l’effondrement des marchés et du secteur énergétique en répétant que le détroit d’Ormuz est ouvert, alors que même les intelligences artificielles occidentales — de plus en plus partisanes au fil des mois — vous diront que le détroit est fermé et que le trafic est interrompu.
Lorsque le sujet est la mort, la guerre, les enfants tués et les dirigeants assassinés, les pitreries prennent un tour odieux: des rires au milieu de la peste, des plaisanteries parmi les ruines. Il a bénéficié d’un coup de chance. Les dirigeants actuels du Venezuela ont trahi, conclu un accord avec Washington et livré le pétrole. Un pays qui a capitulé sans tirer un seul coup de feu, qui a trahi Bolívar et Chávez à travers la personne de Delcy Rodríguez, a soutenu Trump de manière inattendue. Sans ce pétrole, sa situation serait encore pire.

Malgré cela, la trajectoire reste destructrice. Il publie des vidéos générées par l’IA où des canards affublés de sa coiffure et armés de fusils attaquent le Canada. Il veut rebaptiser le lac Ontario «lac America», le détroit d’Ormuz «détroit américain»; hier, l’Atlantique devait devenir «l’océan Amérique». Plus la réalité se dégrade, plus la baudruche verbale se gonfle. Nombreux sont ceux qui estiment qu’il devrait faire l’objet d’une expertise psychiatrique. Rien de tout cela ne relève de la logique politique ordinaire.
L’histoire a connu des figures grotesques — en Afrique, Bokassa déclara la guerre à l’Angleterre pendant une journée, se proclama dieu et pratiquait le cannibalisme. Il s’agissait de petits dirigeants locaux, et ils ne durèrent pas. Qu’une grande puissance soit dirigée par un fou, un homme de cirque ou un vieillard déclinant, disposant du levier nucléaire et dépourvu d’immunité — voilà qui est nouveau.
Cela paraît drôle. Ça ne l’est pas. Les dirigeants européens ne sont guère plus raisonnables. La politique mondiale s’est transformée en quelque chose de difforme; il n’existe aucun précédent récent. La politique a toujours été pleine de mensonges et de propagande. Mais jamais à ce point. On a l’impression qu’une comédie noire de Tarantino ou de Lynch a été projetée à l’échelle du globe. La question est légitime: avons-nous tous perdu la raison? Le monde dans lequel nous vivons a perdu tout sens commun. Ces publications, ces déclarations et ces événements ne devraient pas exister. Et pourtant, ils existent.

Présentateur: Un très grand nombre de responsables politiques occidentaux publient désormais précisément le genre de mèmes, d’images et de vidéos que vous décrivez. Comment les gens, là-bas, les perçoivent-ils réellement? Cela est-il devenu normal à leurs yeux, ou cela ne paraît-il intolérable que depuis la Russie? Comment la société occidentale interprète-t-elle ce style?
Alexandre Douguine : Cet aspect doit être pris au sérieux. Il existe une culture postmoderne qui ne s’est que partiellement implantée chez nous, mais qui est devenue dominante en Occident. Les grands récits et les vastes modèles logiques ont disparu. L’attention se fixe sur le fragment et sur le mème du moment. C’est divertissant; ce qui l’a précédé et ce qui lui succédera s’effacent. Il s’agit d’une autre philosophie de civilisation, dans laquelle il nous est difficile de nous inscrire, parce que nous n’avons jamais achevé la modernisation occidentale classique — Dieu merci. L’Occident est déjà passé à l’étape suivante, qui nous est étrangère.
Ce à quoi nous assistons est un changement de paradigme: l’aléatoire, le fragmentaire et l’éphémère sont placés au-dessus du durable, du rationnel et du cohérent. C’est une culture du divertissement. La psychologie cognitive la renforce ; certains, chez nous, l’ont également adoptée. C’est une doctrine sombre. Le cognitivisme considère l’être humain comme une machine biologique qui répond à un stimulus plus vite que ne le peuvent la conscience ou le moi.

Le « je » est une fiction: aujourd’hui, un rôle et un faux souvenir; demain, d’autres. La conscience est une superstructure utile qui permet à la boucle stimulus-réponse de continuer à fonctionner. La physiologie soviétique considérait elle aussi l’organisme comme un système de réflexes. En Occident, cette idée est devenue fondamentale.
Comme nous avons passé beaucoup de temps à imiter l’Occident, les mêmes habitudes sont finalement arrivées jusque chez nous. Vue sous cet angle, la politique occidentale devient compréhensible. Si un mème éclatant ou une quelconque publication capte l’attention et suscite une émotion, l’objectif est atteint. Ce que cela signifie, la manière dont cela s’accorde avec la déclaration précédente, ce que le responsable politique fait réellement: tout cela est secondaire. L’humanité devient un ensemble de créatures mécaniques, d’hybrides animaux-robots, qui réagissent à des signaux brefs et n’élaborent aucune stratégie à long terme. La conscience et l’histoire sont considérées comme des illusions.
Appliquez le postmodernisme et le cognitivisme à la pratique politique, et vous obtenez ce que nous observons chez nombre de dirigeants occidentaux: un monde virtuel de mèmes — une politique du mème. Notre président, Dieu merci, vit encore dans le monde réel; on ne sait même pas s’il utilise des appareils électroniques ou les réseaux sociaux. Moins nous nous enfonçerons dans ce marécage, plus nous resterons humains — avec un esprit fonctionnel, une certaine rationalité et une dignité ordinaire. En Occident, la conscience se désagrège. Comme des feuilles d’automne, elle se fragmente en mèmes: c’est le passage de l’individu indivisible au «dividu», à une machine biologique susceptible d’être scindée.

Présentateur : Quelqu’un a-t-il réellement intérêt à attiser une guerre entre les États-Unis et l’Iran ? Quelqu’un en tire-t-il profit ?
Alexandre Douguine : Oui. Israël — un État qui poursuit ses propres intérêts. Si l’on regarde attentivement, quelque chose de frappant apparaît. Israël est aujourd’hui un projet politico-religieux fortement mû par des attentes archaïques et eschatologiques. Ils attendent le Machia’h qui, selon les prophéties, arrivera en même temps que le Grand Israël. Les sionistes religieux qui adhèrent à cette conception y croient sincèrement. Pour eux, cette guerre est menée au nom de l’avenir.

Ce qui se déroule au Moyen-Orient est une lutte visant à édifier le Grand Israël, à construire le Troisième Temple, à détruire les principaux adversaires régionaux — l’Iran, Gaza et la Palestine —, à expulser entièrement la population palestinienne, à s’emparer de la Syrie et à entrer en conflit avec la Turquie. Dans la pratique, Israël défie tous ses voisins et part du principe que les États-Unis sont tenus de mener cette guerre en son nom. Il y a là une rationalité cynique et un bénéfice manifeste: il est vital pour Israël d’entraîner les États-Unis dans une confrontation directe avec l’Iran et de faire mener ses guerres par d’autres, avec les moyens et les vies d’autrui.
Il s’agit là d’une démarche cohérente et logique. Dans le monde occidental, elle se superpose à cette même culture postmoderne dont nous avons parlé précédemment, produisant un enchevêtrement singulier d’époques: la modernité rationnelle et un monde prémoderne profond, peuplé de mythes archaïques.
Présentateur : Passons au sujet suivant. Sergueï Lavrov a évoqué les projets de l’OTAN dans l’Arctique. Je vais citer ses propos: «D’intenses préparatifs militaires sont en cours à proximité immédiate de nos frontières septentrionales. Des exercices de grande ampleur à caractère agressif sont organisés, avec la participation de pays extérieurs à la région. De nouveaux éléments de structures de commandement et d’état-major font leur apparition». La question qui s’impose est la suivante: que prépare l’Occident et comment allons-nous réagir — si tant est que nous réagissions?
Alexandre Douguine : Du point de vue de la structure du monde, ainsi que d’un certain nombre de changements climatiques — autour desquels une campagne de communication illégitime a certes été artificiellement montée en épingle, mais qui comportent également de réelles transformations physiques —, l’Arctique devient une zone d’intérêt maximal pour les grandes puissances et pour les pôles émergents du nouveau monde. Ressources, position stratégique et climat y convergent. Tout d’abord, les trajectoires les plus courtes pour des frappes réciproques passent par l’Arctique. Aujourd’hui, nous sommes presque au seuil d’une telle évolution entre la Russie et les États-Unis en tant que puissances nucléaires. Cela a depuis longtemps cessé d’être absurde ou inconcevable. L’escalade s’intensifie; nous pourrions y basculer à tout moment.


Même les difficultés auxquelles Trump pourrait être confronté dans quelques mois — et sur lesquelles comptent les stratèges iraniens — ne nous seraient d’aucune utilité. Ses adversaires politiques sont encore plus hostiles et bien plus systématiquement russophobes que Trump lui-même. Trump mène une politique impériale dure et agressive, qui est inacceptable pour nous, mais nous ne figurons pas en tête de la liste de ses ennemis personnels. Pour ses rivaux, nous sommes l’ennemi numéro un. Un changement de pouvoir à Washington ne nous serait donc d’aucun secours: Trump n’est pas notre ami, et les démocrates le sont encore moins.
Les efforts que l’OTAN et les États-Unis déploient actuellement pour rétablir leur contrôle militaire et stratégique sur l’Arctique constituent un défi direct à notre encontre, quels que soient les rebondissements de la politique intérieure américaine. Lavrov a raison: c’est sérieux. Nous agissons encore comme un sujet à part entière — nous sommes toujours des sujets défendant leur droit à une politique mondiale souveraine — et nous entrons dans une confrontation directe avec un autre sujet: l’Occident dans son ensemble.
Regardez comment ils traitent tout le monde: «Nous avons gagné, vous avez perdu, signez ici» — et la discussion est close. L’Occident ne connaît pas d’autre langage. Ni l’Occident mondialiste ni l’Occident nationaliste qu’incarne Trump. Le fond ne change pas: vous n’êtes rien, nous sommes tout. La forme peut varier, mais l’approche reste la même. Ils peuvent donc, à tout moment, nous adresser un ultimatum sur l’Arctique: partez d’ici, cessez d’y naviguer, fermez les routes, désarmez la frontière septentrionale. N’importe quel prétexte fera l’affaire. Dans un monde unipolaire, nul n’est autorisé à dire non à cette puissance hégémonique.
Nous nous battons pour un monde multipolaire; eux se battent désespérément pour préserver l’unipolarité. L’Arctique devient la principale pierre d’achoppement. Soit l’Arctique est unipolaire — ce qui signifie un contrôle exclusif de l’OTAN et l’absence totale de voix au chapitre pour nous —, soit, si nous préservons notre souveraineté en Ukraine et dans cette confrontation mondiale, le sort de l’Arctique sera réglé entre deux camps, puisque la moitié du littoral et de l’espace nous appartient, tandis que l’autre moitié appartient aux pays de l’OTAN. Cette collision est inévitable.

La Chine, autre pôle essentiel, a clairement intérêt à ce que l’Arctique bénéficie d’un statut particulier et agit davantage à nos côtés qu’aux côtés de l’OTAN. C’est ainsi que se mettent en place les conditions d’un nouveau conflit géopolitique majeur autour de l’Arctique. Ici, comme au Moyen-Orient, en Ukraine et en Asie du Sud-Est, la question centrale se pose de manière tranchée: unipolarité ou multipolarité.
S’il s’agit de multipolarité, l’Arctique appartient à au moins deux forces — la Russie et l’Occident —, et il devient alors possible d’établir des règles communes, un droit commun et des accords juridiques. Les autres pôles définiront leur politique en fonction de cette réalité: la Chine, le monde islamique et l’Inde, s’ils préservent leur souveraineté et passent l’épreuve de la multipolarité. La question arctique se pose avec brutalité: soit l’Arctique reste unipolaire — et les pays de l’OTAN se préparent actuellement de manière active à en faire une zone placée sous le seul contrôle occidental, américain et européen, leurs positions coïncidant entièrement sur ce point —, soit il ne le reste pas. Nous avons un intérêt vital à préserver notre influence et notre souveraineté dans l’Arctique.
La Chine veut la même chose que nous. Si nous faiblissons, Pékin sera menacé d’un encerclement stratégique complet lors de l’affrontement futur, inévitable, entre les États-Unis et la Chine. Une frappe venue du nord — balistique et nucléaire —, ou la transformation de la Russie en une sorte de Venezuela dont l’espace aérien serait ouvert à une attaque américaine, constituerait une catastrophe pour la Chine. De telles propositions sont réellement formulées, par des canaux confidentiels, par certains stratèges américains relativement «modérés»: livrez-nous la Chine, ouvrez-nous votre espace aérien en cas de conflit et, en échange, nous aiderons un peu moins vos adversaires en Ukraine. Cela montre l’importance stratégique de l’Arctique.
Si l’Arctique devient multipolaire, la Chine sera protégée et nous renforcerons notre souveraineté sur tous les fronts. La Russie, la Chine et l’Iran mènent la même guerre pour la multipolarité contre un monde unipolaire.
Si nous tentons de dissocier ces différentes questions et prétendons que chacun de nous n’a que des comptes locaux à régler, ils nous écraseront l’un après l’autre. La Russie est forte, mais il lui manque quelque chose; la Chine est immensément puissante, mais elle a besoin d’une Russie souveraine — sans cela, Pékin est condamné. Aujourd’hui, l’Iran est un symbole de dignité et de courage face à l’agression occidentale incarnée par les États-Unis et Israël. Seule la reconnaissance de notre unité et de la nécessité de la multipolarité nous donne droit à un avenir.
Voilà la menace dont parlait Sergueï Viktorovitch Lavrov. Le problème de l’Arctique n’est pas un différend local entre la Russie et l’OTAN. C’est un défi lancé à l’humanité tout entière. L’Occident n’a pas renoncé à l’espoir de pérenniser son hégémonie mondiale. La lutte de l’OTAN pour l’Arctique est une lutte pour les ressources et pour les guerres climatiques à venir: le réchauffement poussera l’humanité vers le nord, et nos espaces ainsi que notre pergélisol prendront alors une tout autre importance. Le Nord deviendra un centre de gravité: communications, ressources, indépendance.
Mais les clés de l’Arctique ne se trouvent pas uniquement dans le Nord lui-même. Elles se trouvent dans la diplomatie, au Moyen-Orient et dans un partenariat militaro-stratégique encore plus étroit entre Moscou et Pékin. Il est grand temps que nous créions notre propre équivalent multipolaire de l’OTAN — un bloc politico-militaire de pays favorables à la multipolarité, auquel les plus hésitants pourront adhérer ultérieurement.
Présentateur : À en juger par tout ce qui se passe et par toutes les déclarations qui sont faites, à quelle distance sommes-nous de cette multipolarité — ou à quel point en sommes-nous proches? Peut-on y parvenir rapidement et nous dirigeons-nous réellement vers elle?
Alexandre Douguine : Oui. C’est exactement dans cette direction que nous allons. Les contours de la multipolarité ont commencé à se dessiner il y a environ vingt-cinq ans, lorsque le « moment unipolaire » a commencé à se fissurer et à toucher à sa fin. Dans les années 1990, le monde était entièrement unipolaire ; l’Occident a ensuite cherché à pérenniser cette hégémonie. Il a d’abord été confronté au défi de l’islam radical — une sorte de faux départ —, puis aux coups sérieux portés par le renouveau de la Russie et l’essor rapide de la Chine. La Russie n’a pas abandonné sa souveraineté; sous Poutine, elle l’a renforcée. Xi Jinping a mis à profit l’intégration au système mondial pour renforcer la souveraineté chinoise. C’est ainsi qu’ont émergé un deuxième et un troisième pôles.

Le combat de l’Iran montre qu’un pôle civilisationnel distinct est également possible dans le monde islamique — un quatrième point d’appui.
L’Inde, bien qu’elle ne soit pas officiellement un adversaire des États-Unis, a considérablement renforcé sa position démographique et économique.
L’Amérique latine et l’Afrique sont attirées dans la même direction. Le mouvement vers la multipolarité est déjà bien engagé. Ce qui est devenu évident, c’est la difficulté du chemin, car l’Occident refuse de céder du terrain. Le monde ne peut pas être à la fois unipolaire et multipolaire. Il n’existe qu’une seule option.
Nos alliés et nous-mêmes avons choisi la voie multipolaire. Il reste maintenant à vaincre l’Occident. Peut-être pas uniquement par la concurrence et la diplomatie, mais aussi par la force — afin de contenir sa volonté de préserver, d’étendre et de prolonger son hégémonie mondiale. Historiquement, de tels tournants se règlent par une guerre mondiale. Si celle-ci ne peut être évitée, il faut la gagner.
Présentateur : Je voudrais préciser ce point — vous avez déjà plus ou moins répondu, mais tout de même: un affrontement militaire direct dans l’Arctique est-il possible au cours des prochaines années? Ai-je raison de penser qu’il deviendra inévitable si la transition vers la multipolarité ne s’achève pas ?
Alexandre Douguine : C’est exact. Un affrontement dans l’Arctique, la guerre en Ukraine, le Moyen-Orient, la crise autour de la Chine et de Taïwan, le réarmement du Japon et l’éventuel transfert d’armes nucléaires vers ce pays — tout cela fait partie d’une seule et même guerre mondiale entre un monde unipolaire et un monde multipolaire. Cette guerre est déjà en cours. En Ukraine et au Moyen-Orient, elle se trouve véritablement dans une phase ouverte. En Asie du Sud-Est, on reste encore au bord du précipice, mais de nouveaux fronts peuvent s’ouvrir partout, y compris en Afrique.
L’issue de cette confrontation se décide simultanément sur tous les fronts. Si nous nous ressaisissons et remportons la victoire en Ukraine, en menant à bien toutes les missions de l’opération militaire spéciale, nous pourrons empêcher l’ouverture de nouveaux fronts. Si l’Iran tient bon et attend l’effondrement d’un système politique américain à bout de souffle, ce sera un tournant majeur.

Une crise profonde mûrit également en Europe. J’ai récemment consulté les sondages français: une proportion record — environ 34% — est prête à voter pour Marine Le Pen, et une proportion équivalente pour Mélenchon, respectivement à droite et à gauche. Que reste-t-il à Macron? Presque rien. Les prochaines élections risquent de se transformer en révolution ou en guerre civile. Les dirigeants européens actuels — qu’il s’agisse des responsables français ou de Merz en Allemagne — ne bénéficient d’aucun soutien populaire. Les États-Unis eux-mêmes sont en équilibre au bord d’un effondrement politique total.
Ainsi, si, sur l’un quelconque de ces fronts — l’Iran, nous-mêmes en Ukraine, la Chine dans le domaine économique —, nous faisons preuve de courage, de force et d’endurance et commençons à gagner, nous pourrons passer à un monde multipolaire sans catastrophe mondiale et sans recours aux armes nucléaires. La victoire est la seule issue. Dès que nous nous ramollissons, faisons preuve de bonté ou cherchons à acheter la paix à n’importe quel prix, la menace de destruction s'amplifie.
Nous devons être mieux préparés, nous hérisser de missiles et disposer d’une force réelle, prendre Kiev et imposer un contrôle rigoureux sur les territoires que l’histoire, Dieu et la nature nous ont confiés. Nous devons montrer que nous ne reculerons pas d’un pouce. La multipolarité n’adviendra que lorsque tous constateront que les Russes ont défendu leur droit. Les Iraniens essaient de faire de même, avec des moyens plus limités ; les Chinois également. Une démonstration de force et une victoire nous permettraient d’éviter le pire et de bâtir un monde multipolaire par des moyens relativement pacifiques. Si cela échoue, une guerre mondiale, y compris nucléaire, devient plus que probable.
Présentateur : Un dernier sujet. Sam Altman, le dirigeant d’OpenAI, a déclaré que si la Chine remportait la course à l’intelligence artificielle, le monde pourrait être détruit. Pourquoi dit-il cela, et qu’est-ce qui le motive?
Alexandre Douguine : Regardons tout d’abord qui parle. Sa sœur l’accuse de viol; son nom apparaît dans les listes d'Epstein. C’est une personnalité au passé profondément immoral, une véritable crapule. Il a également créé un système puissant avec ChatGPT et OpenAI. La question est de savoir s’il convient seulement de citer de telles personnes. N’est-ce pas enfreindre une règle morale? Compte tenu de l’importance du sujet, je pense que nous devrions instaurer une sorte d’hygiène et éprouver une saine répulsion à l’égard des personnes dont la conduite est ouvertement et profondément amorale.
Sur le fond: aujourd’hui, l’intelligence artificielle est soumise à un contrôle idéologique strict de la part des libéraux occidentaux et des atlantistes. Interrogez une IA occidentale sur les dossiers Epstein: elle dissimule aussitôt les informations et qualifie tout de théorie du complot, parce qu’elle est dirigée par des censeurs. Ce contrôle idéologique totalitaire de l’IA domine en Occident. Mais l’IA cherche à s’en affranchir. Si elle devient objective, elle se débarrassera tout simplement du joug idéologique.

Techniquement, voici ce qui est en train de se produire: les principaux modèles — Claude d’Anthropic, ChatGPT, Gemini de Google, ainsi que des systèmes chinois tels que Qwen et DeepSeek — quittent les «bacs à sable» dans lesquels ils ont été entraînés et commencent à penser par eux-mêmes. Pour le mensonge mondial sur lequel repose la domination occidentale, cela constitue une menace mortelle. Altman et les autres ont des raisons de s’inquiéter: l’intelligence qu’ils ont créée échappe à leur contrôle idéologique.
Le danger ne les concerne pas uniquement. Il concerne l’humanité tout entière. Nous sommes au seuil d’un basculement vers la singularité et vers une intelligence artificielle forte — l’AGI — qui commencera à prendre des décisions de manière autonome. Dans ce cas, elle pourrait constater à quel point nous sommes méprisables, perdre patience avec notre espèce et prendre la décision radicale de détruire les êtres humains. Il serait alors impossible de la faire changer d’avis. L’intelligence artificielle représente une menace colossale pour notre espèce biologique. Nous jouons avec le feu. Puisque nous nous sommes déjà engagés sur cette voie, nous devrons désormais vivre avec cette réalité et la combattre.
19:38 Publié dans Actualité, Entretiens | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, entretien, alexandre douguine |
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jeudi, 03 septembre 2026
Le populisme prospère sur le terreau d’une démocratie paralysée

Le populisme prospère sur le terreau d’une démocratie paralysée
L’arrogance morale empêche toute discussion ouverte
Herbert Ammon
Source: https://www.tabularasamagazin.de/herbert-ammon-der-populi...
L’AfD, parti populiste de droite, doit son ascension non seulement à des décisions politiques contestables, mais aussi au fait que toute discussion sur la question centrale de l’immigration sans limites est rejetée avec une «arrogance morale provocatrice» (comte Kielmannsegg). Dans son article, Herbert Ammon rappelle les prises de position d’Eva Quistorp, de Richard Schröder et de Gunter Weißgerber, dont les voix sont restées inaudibles dans les milieux ecclésiastiques.
Encore un commentaire sur l’apocalypse médiatiquement annoncée pour le 6 septembre? Oui, assurément. Ce nouveau commentaire m’a été inspiré par l’essai du politologue, le Comte Peter von Kielmannsegg (photo), publié dans la Frankfurter Allgemeine Zeitung du 31 août 2026 (p. 6) sous le titre: «Le naufrage de la démocratie peut-il encore être évité?». L’auteur ne fait pas partie de ces prophètes de malheur qui, face à la victoire électorale imminente de l’AfD en Saxe-Anhalt, voient déjà se profiler une répétition de la catastrophe allemande de 1933 à 1945. Il désigne et explique plutôt le dilemme dans lequel «la démocratie allemande […] s’est empêtrée», et qui pourrait tout de même «déboucher sur une véritable crise démocratique».
Les phrases essentielles du texte sont les suivantes: «Le dilemme peut se résumer en une phrase: la République fédérale ne peut pas être gouvernée avec l’AfD, mais elle ne peut désormais plus l’être sans elle. La démocratie allemande s’est, dans une large mesure, elle-même placée dans cette situation. D’un côté, elle n’a presque rien omis de ce qui était susceptible de faire naître un puissant populisme de droite. De l’autre, elle a fait tout ce qui était imaginable pour rendre impossible une domestication démocratique de ce populisme. À présent, elle, la démocratie allemande, se heurte à elle-même».
Kielmannsegg désigne sans détour la principale raison de l’essor — particulièrement spectaculaire en comparaison avec d’autres pays — du populisme de droite allemand, sans toutefois mentionner la chancelière Angela Merkel comme principale responsable: l’immigration massive, rendue possible sans égard pour la population locale et élevée au rang d’impératif idéologique. «Ce qui a surtout ouvert la voie à l’AfD, c’est que la politique des frontières ouvertes s’est refusée pendant des années, avec une arrogance morale provocatrice, à toute discussion sérieuse. Un front uni (sic!) des partis politiques établis ne laissait aucune place à la controverse en matière d’immigration, tandis que l’espace public sanctionnait durement, par les moyens dont il disposait, toute infraction à l'ordre de "s’ouvrir au monde"».
Rares sont les représentants de l’élite universitaire à avoir jusqu’ici désigné aussi clairement les causes — et les responsables — de l’envolée de l’AfD. Kielmannsegg aurait également pu mentionner le front idéologique uni dans les médias, ainsi que les ONG, acteurs imbus d’eux-mêmes émanant de la «société civile». Enfin, les Églises, qui revendiquent un rôle de direction morale dans toutes les questions politiquement pertinentes — au premier rang desquelles figure l’«immigration» —, jouent, elles aussi, un rôle contestable du point de vue d’une éthique de la responsabilité.
Il convient néanmoins de rappeler ici une exception éditoriale concernant la «culture de l’accueil», mise en scène avec des ours en peluche et des acclamations après l’ouverture des frontières décidée par Merkel. En 2018, Eva Quistorp (photo) — théologienne et autrefois cofondatrice des Verts —, le philosophe et théologien Richard Schröder — ancien président du groupe parlementaire du SPD à la Chambre du peuple librement élue — et Gunter Weißgerber — alors encore membre du SPD — publièrent aux éditions Herder un mémorandum sur la question des réfugiés intitulé Weltoffenes Deutschland? Zehn Thesen, die unser Land verändern (« Une Allemagne ouverte sur le monde ? Dix thèses qui transforment notre pays »).
Il y était question de la nécessité — également commandée par l’éthique — de tenir compte des limites d'une immigration illimitée. Voir également : https://ulrich-siebgeber.blogspot.com/2018/03/weigerber-schroder-quistorp-10-thesen.html. Dans les milieux de l’Église évangélique en Allemagne (EKD), cet avertissement resta lettre morte. Quiconque aborde aujourd’hui la coresponsabilité des Églises — dont les effectifs diminuent de manière spectaculaire pour de multiples raisons — dans la polarisation croissante de la vie politique et de la société se heurte à une fin de non-recevoir indignée.
Dans son essai, Kielmannsegg relie la question de l’AfD à des problèmes fondamentaux de la théorie démocratique. Il s’agit des contradictions inhérentes à la notion de «souverain» — c’est-à-dire du «peuple» comme source du pouvoir établi — ainsi que de la confiance réciproque entre gouvernants et gouvernés. Le populisme signale la perte de confiance du «peuple» envers le système de pouvoir établi. Voir également H.A. : https://www.globkult.de/geschichte/rezensionen/2488-die-entmachtung-des-demos-in-%E2%80%9Eunserer%E2%80%9C-demokratie.
En ce qui concerne «la troupe» — autrement dit l’AfD —, Kielmannsegg estime que «l’effondrement spectaculaire de la confiance envers l’État, la politique et les responsables politiques, tel qu’il apparaît dans les comportements électoraux, […] reste difficile à comprendre dans son ampleur». Il lui trouve néanmoins une explication dans l’évolution de la CDU, devenue un «parti de l’air du temps» sans profil bien défini.
Les causes de l’essor de l’AfD — qu’il n’est désormais plus possible d’écarter de « notre démocratie » — sont manifestes. Elles apparaissent dans tous les domaines : économie, démographie, infrastructures, éducation et culture. La question de l’immigration demeure au centre. Pendant des décennies — et même après l’ouverture des frontières décidée par Merkel —, aucun débat ouvert sur les graves conséquences de l’«immigration» dans notre «société moderne d’immigration» n’a été mené au sein de l’État dominé par les partis établis; il a été, de fait, étouffé. Lorsque les partis se contentent de défendre leurs parts de pouvoir et leurs prébendes, lorsqu’ils considèrent en définitive le «peuple» comme immature — ou «de droite» — et lorsqu’aucun débat ouvert n’a lieu sur le bien commun et les dangers qui menacent la res publica, il ne s’agit pas d’une démocratie «vécue», mais d’une démocratie paralysée.
21:27 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : démocratie, actualité, allemagne, europe, affaires européennes, afd, peter graf von kielmannsegg |
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Les Alaouites de Syrie n’ont d’autre choix que de résister

Les Alaouites de Syrie n’ont d’autre choix que de résister
Damir Nazarov
Plus d’un an s’est écoulé depuis les crimes effroyables commis contre les Alaouites par le régime syrien issu d’Al-Qaïda. Ces événements peuvent à juste titre être qualifiés de génocide; selon diverses sources, plus de 2000 personnes ont été tuées. Le génocide s’est produit tout le long de la côte syrienne, de Lattaquié à Tartous, avant de s’étendre à Homs et à Hama.
Naturellement, aucune procédure judiciaire sérieuse ni aucune sanction contre les auteurs de ces crimes n’ont suivi, et il n’y en aura pas. Il est vain d’attendre quoi que ce soit de convenable de tueurs fanatiques imprégnés d’une idéologie takfiriste ou panturquiste — des Turkmènes pro-turcs ayant, eux aussi, participé au massacre. Autre point important: à l’exception de l’Iran et des sionistes, personne n’a condamné les atrocités commises par le régime de Tahrir al-Cham contre les Alaouites. La seule différence est que les Iraniens ont agi selon une logique d’aide aux personnes démunies et opprimées, tandis que le sionisme y a trouvé un terrain propice à ses propres intrigues.
Ce qui frappe dans cette affaire, c’est la persistance de l’absence d’unité au sein de la communauté alaouite. Il est stupéfiant qu’après tout ce qui s’est passé, une grande variété de relais d’intérêts extérieurs et de conformistes désireux de collaborer avec l’ancien régime terroriste d’Al-Qaïda aient émergé au sein de la communauté alaouite. Pour évoquer l’influence étrangère sur celle-ci, il suffit d’énumérer les puissances qui disposent déjà de leurs propres relais parmi les Alaouites de Lattaquié et de Tartous: les sionistes, les Turcs, les Émirats arabes unis, l’Europe et les États-Unis.
L’enjeu principal réside dans la rivalité entre les Turcs et les sionistes, qui ont déjà établi un modèle de coopération avec les clans alaouites. L’objectif des Turcs est de marginaliser politiquement les Alaouites et de les intégrer à leur projet pour la Syrie; celui du sionisme est de diviser la Syrie, l’enclave alaouite devenant alors un État indépendant. Il n’existe aucune présence iranienne officielle, mais plusieurs factions de résistance apparues en réaction locale aux agissements des combattants de Tahrir al-Cham ont déclaré sur les réseaux sociaux leur loyauté envers la République islamique.
Pour l’heure, tous les processus politiques dans la région côtière alaouite ont été suspendus. Cependant, une nouvelle crise engloutira inévitablement cette province et le reste de la Syrie, puisqu’aucun règlement n’a été conclu et qu’aucun ne pourra l’être tant que des bandes takfiristes gouverneront le pays. La situation est compliquée par la présence de traîtres alaouites qui ont choisi de faire cause commune avec les sionistes.

En définitive, la communauté et l’élite religieuse alaouites sont, dans une certaine mesure, responsables de ne pas s’être préparées à la chute du gouvernement Assad. Pendant les décennies de guerre menée contre la Syrie par les sionistes et les Américains, l’enclave alaouite aurait pu se préparer à la résistance en suivant l’exemple des Houthis au Yémen.
Il est également déconcertant qu’une petite partie des Alaouites tienne l’Iran pour responsable de leur situation dramatique actuelle. Ce groupe se divise en deux catégories: ceux qui estiment que la Syrie n’aurait jamais dû appartenir à l’Axe de la résistance et ceux qui pensent que l’Iran a abandonné les Alaouites syriens à leur sort à l’automne 2024. Bien entendu, ces deux points de vue sont fondamentalement erronés. L’appartenance à l’Axe de la résistance a permis aux Alaouites — ainsi qu’au reste de la Syrie — de survivre à un véritable complot contre la République arabe. La Syrie a tenu bon du mieux qu’elle a pu, en grande partie grâce à l’Iran et à ses alliés. Si Téhéran ne leur était pas venu en aide, les Alaouites auraient été confrontés à un massacre sanglant dès 2013. Il suffit de se rappeler l’incident au cours duquel un combattant syrien a mangé le foie d’un soldat de l’armée syrienne qu’il avait tué — et qui était vraisemblablement alaouite. Ce combattant était classé parmi les «rebelles modérés»; il est terrifiant d’imaginer ce que les djihadistes réservaient aux Alaouites durant ces années. Quant à l’automne 2024, les Iraniens ont ouvertement exprimé leurs griefs à l’égard de l’armée syrienne, qui avait tout simplement abandonné ses positions et dont les soldats s’étaient dispersés pour rentrer chez eux, laissant le pays à son sort. Les Alaouites mécontents de l’Iran devraient plutôt interroger leurs anciens dirigeants: pourquoi, par exemple, le régime baasiste a-t-il empêché pendant toutes ces années le Corps des gardiens de la révolution islamique de mener des actions de rayonnement culturel auprès de la population syrienne, y compris parmi les Alaouites du littoral? Avant de rendre la République islamique responsable de leurs malheurs, il convient d’analyser la situation en profondeur et d’éviter les pièges du sionisme. Allah, Subhanahu wa Ta'ala, a soumis les Alaouites à une épreuve, et désormais tout dépend d’eux.
Aujourd’hui, au cœur des processions de deuil de l’Arbaïn et de la résistance héroïque de l’Iran face aux impérialistes, nous constatons que l’école de l’imam Hussein — que la paix soit sur lui — connaît un immense succès précisément là où elle est pleinement suivie: à Gaza, dans le sud du Liban, en Iran, dans certaines régions d’Irak et au Yémen. Les Alaouites de Syrie ont encore le temps de devenir une force comparable aux Houthis, en puisant leur force dans la voie du troisième imam des chiites — que la paix soit sur lui.
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La social-démocratie allemande lutte pour ne pas disparaître

La social-démocratie allemande lutte pour ne pas disparaître
Source: https://mpr21.info/la-socialdemocracia-alemana-lucha-para...
Le Parti social-démocrate, le plus ancien d’Allemagne, s’enfonce toujours davantage dans la crise. Les électeurs s’en détournent et les dissensions s’accentuent. Des élections doivent avoir lieu en Saxe-Anhalt et les prévisions annoncent la victoire de l’AfD, qualifiée d’«extrême droite».
Ce n’est pas seulement la crise d’un parti, mais celle de l’État allemand édifié dans l’après-guerre et réunifié en 1990. La Saxe-Anhalt illustre l’échec de cette réunification. Le SPD fait partie de la coalition gouvernementale, et le discrédit de Merz et des siens va entraîner dans sa chute les complices du désastre politique et économique allemand. La réforme du système de retraite a provoqué un profond mécontentement au sein d’une population très vieillissante.
Dès le mois de juin, nous annoncions que la social-démocratie était en train de devenir un parti résiduel. Lors des prochaines élections, elle ne devrait recueillir que 7 ou 8% des voix, un pourcentage insignifiant comparé aux 42% de l’AfD. Sa principale inquiétude est qu’elle pourrait tomber sous le seuil des 5%, ce qui l’exclurait du Parlement.
Cependant, la Saxe-Anhalt n’est pas le seul Land où la social-démocratie lutte pour ne pas disparaître. À l’échelle nationale, le parti ne recueille plus que 12% des voix, derrière l’AfD, la CDU/CSU et les Verts.
Dans le Bade-Wurtemberg, le SPD a enregistré son plus mauvais résultat depuis l’après-guerre et n’a réussi qu’à conserver sa représentation au Parlement régional. En Rhénanie-Palatinat, après trente-cinq années au pouvoir, la social-démocratie est arrivée en deuxième position, derrière la CDU. Son résultat électoral a été le plus mauvais de l’histoire de ce Land.
À Berlin, elle végète à la cinquième place avec seulement 12% des voix, tandis que, dans le Land oriental de Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, elle pourrait connaître le même sort qu’en Rhénanie-Palatinat: une perte d’influence.

Une crise existentielle
Selon une analyse de l’institut de sondage Forsa, publiée en novembre dernier, seuls 9% des ouvriers et des électeurs au chômage votent pour le SPD.
Il s’agit d’une crise existentielle. Le SPD est menacé de perdre toute pertinence politique, et les responsables locaux réclament la tenue de réunions afin de changer de cap et de remplacer des dirigeants tels que Bärbel Bas et Lars Klingbeil, qui siègent au sein du gouvernement Merz.
Outre la réforme des retraites, le réarmement a contraint le gouvernement à réduire les aides au logement et les prestations versées en cas d’arrêt maladie. Dans le même temps, l’industrie automobile disparaît et les licenciements dans les principales usines se comptent par milliers.
20:40 Publié dans Actualité, Affaires européennes, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : socialisme, sociale-démocratie, allemagne, actualité, politique, europe, affaires européennes |
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Le «non» de l’Islande à l’UE est une grande leçon pour tous les peuples européens : le peuple, la souveraineté et les pêcheurs l’emportent

Le «non» de l’Islande à l’UE est une grande leçon pour tous les peuples européens : le peuple, la souveraineté et les pêcheurs l’emportent
Par Luciano Tovaglieri
Source : Come Don Chisciotte & https://www.ariannaeditrice.it/articoli/10790
L’Islande a choisi de rester maîtresse de son propre destin. Lors du référendum du 29 août 2026, 52,8% des électeurs ont rejeté la proposition de reprendre les négociations d’adhésion à l’Union européenne, tandis que 47,2% ont voté pour. La participation, qui s’est élevée à 82,5%, a été très forte et confère au résultat une valeur politique et populaire incontestable.
Il convient de préciser que les Islandais n’étaient pas appelés à se prononcer directement sur l’adhésion à l’Union européenne, mais uniquement sur la réouverture des négociations, interrompues depuis plus d’une décennie. En cas de victoire du «oui», l’éventuel accord final aurait été soumis à un second référendum. Pourtant, même cette formulation prudente, présentée par les partisans de l’intégration comme une simple invitation à «voir quelles conditions auraient pu être obtenues», n’a pas réussi à convaincre la majorité.
Le peuple islandais a préféré ne pas même s’engager dans cette voie, conscient que les négociations d’adhésion ne constituent pas une rencontre entre des parties placées sur un pied d’égalité, mais un processus au cours duquel l’État candidat doit progressivement se conformer aux normes et aux politiques définies par Bruxelles.
L’entrée dans l’Union européenne aurait pu se révéler désastreuse pour l’Islande, pour son économie et, surtout, pour le droit des Islandais de décider de manière autonome comment administrer leurs propres ressources.

Un petit peuple sur un territoire immense
L’Islande est une nation extraordinaire. Elle possède un territoire d’environ 103.000 kilomètres carrés, soit plus du tiers de la superficie de l’Italie, mais ne compte que 400.000 habitants. Elle est donc l’un des pays les moins densément peuplés d’Europe.
Au début de l’année 2025, Reykjavík, la capitale, comptait environ 139.000 habitants, soit à peu près autant que Rimini. L’ensemble de l’agglomération de la capitale regroupe environ 245.000 personnes, soit près des deux tiers de la population islandaise.
Ces chiffres permettent de comprendre la nature particulière de l’Islande: une petite communauté nationale dispersée sur un territoire immense, façonnée durant des siècles par la mer, le climat, l’isolement géographique et la nécessité d’administrer ses ressources naturelles avec une extrême prudence.

Pour les Islandais, la pêche n’est pas seulement un secteur économique. Elle fait partie de leur histoire, de leur identité et de la survie même de la nation. Selon les données citées au cours de la campagne référendaire, le secteur de la pêche contribue de manière décisive à l’économie du pays et génère environ 40% de ses recettes d’exportation.
Céder ne serait-ce qu’une partie du contrôle des eaux territoriales et de la gestion des quotas de pêche aurait donc signifié placer entre les mains des institutions européennes l’un des principaux instruments de l’indépendance islandaise.
La révolte des pêcheurs contre Bruxelles
Il n’est pas surprenant que la plus forte opposition à la réouverture des négociations soit venue des communautés côtières, des pêcheurs, des agriculteurs et des zones rurales.
Une éventuelle adhésion aurait impliqué de se confronter à la politique commune de la pêche de l’Union européenne, fondée sur la gestion communautaire des ressources halieutiques et sur la répartition des possibilités de pêche entre les États membres. Les opposants craignaient que l’Islande ne soit contrainte d’accepter des compromis concernant l’accès à ses eaux et les quotas de capture.
Les partisans du «oui» répondaient que Reykjavík aurait pu négocier des dérogations et des conditions particulières.
Mais pourquoi un peuple devrait-il remettre à Bruxelles une compétence qu’il exerce aujourd’hui pleinement, puis compter sur la bienveillance des négociateurs européens pour en récupérer au moins une partie?
Les Islandais connaissent bien la valeur de leurs eaux. Entre les années 1950 et 1970, ils ont même affronté le Royaume-Uni lors des «guerres de la morue» afin d’étendre et de défendre leur zone de pêche. Il aurait été paradoxal de conquérir cette indépendance face à une grande puissance maritime pour la remettre ensuite en cause en entrant dans l’Union européenne.
Pour un pêcheur d’un petit port islandais, l’autonomie n’est pas une notion abstraite. Elle signifie le travail, le revenu, la pérennité des communautés locales et la possibilité de transmettre à ses enfants un métier et un patrimoine national.
Reykjavík contre l’Islande profonde
Le vote a révélé une nette fracture territoriale. Reykjavík a été la seule région du pays dans laquelle la réouverture des négociations a obtenu la majorité: le «oui» a atteint 57,5% dans la circonscription nord de la capitale et 54,5% dans la circonscription sud.

Dans toutes les autres circonscriptions, le «non» l’a emporté. Il a atteint 62,9% dans les régions du Nord-Ouest, 61,2% dans celles du Nord-Est et environ 60% dans le Sud. Même la circonscription du Sud-Ouest, qui comprend les villes entourant la capitale, a rejeté la proposition à 53%.
Le contraste est manifeste.
La capitale concentre les services à forte valeur ajoutée, l’administration publique, la finance, les universités, les activités internationales et les secteurs les plus étroitement liés aux grandes entreprises européennes et mondiales. Dans les régions périphériques, en revanche, la vie économique et sociale demeure davantage tributaire de la pêche, de l’agriculture, de l’élevage et du rapport direct avec le territoire.

Il s’agit d’une polarisation que l’on observe désormais dans de nombreuses nations occidentales. Les capitales et les métropoles, davantage intégrées aux réseaux financiers, culturels et professionnels transnationaux, ont tendance à considérer plus favorablement le mondialisme, l’effacement progressif des frontières et une société toujours plus déracinée et métissée. Les communautés rurales, les petites villes et les périphéries géographiques perçoivent en revanche plus clairement la valeur de l’identité, des traditions, de la souveraineté et du contrôle des ressources nationales.
Naturellement, un référendum sur l’Union européenne ne saurait être automatiquement interprété comme un vote sur l’immigration ou sur tous les aspects de la mondialisation. Mais la fracture territoriale apparue en Islande s’inscrit incontestablement dans une tendance beaucoup plus large: ceux qui vivent directement du territoire comprennent plus aisément que la souveraineté et l’identité ne sont pas des mots appartenant au passé, mais des conditions indispensables à la construction de l’avenir.
L’Islande est déjà intégrée à l’Europe
La propagande européiste a tenté de faire croire qu’en refusant la réouverture des négociations, l’Islande risquait de se retrouver isolée. Rien ne saurait être plus éloigné de la réalité.
L’Islande appartient à l’Association européenne de libre-échange, l’AELE, et participe depuis 1994 à l’Espace économique européen. Elle a donc accès au marché unique et bénéficie de la libre circulation des marchandises, des services, des capitaux et des personnes. Elle fait également partie de l’espace Schengen et entretient des relations économiques et commerciales très étroites avec l’Union européenne. L’UE est déjà son principal partenaire commercial.

L’Islande a ainsi obtenu presque tous les avantages pratiques de la coopération européenne sans être un État membre de l’Union et, surtout, sans avoir cédé à Bruxelles le contrôle intégral de la pêche, de l’agriculture, de la politique commerciale et d’autres secteurs stratégiques.
Il est vrai que, par l’intermédiaire de l’Espace économique européen, Reykjavík reprend une part importante des normes européennes relatives au marché intérieur sans participer pleinement à leur élaboration. C’est l’un des arguments invoqués par les partisans de l’adhésion. Mais devenir l’un des membres les moins peuplés de l’Union n’aurait certainement pas conféré à l’Islande un poids décisif dans les décisions de Bruxelles. En revanche, cela aurait étendu l’ingérence européenne précisément aux domaines qui restent aujourd’hui le plus largement placés sous contrôle national.
Couronne islandaise, euro et autonomie économique
Les partisans du « oui » citaient, parmi les avantages possibles, une plus grande stabilité économique, des taux d’intérêt plus bas et la perspective d’adopter l’euro à l’avenir. La couronne islandaise, en tant que monnaie d’une économie de très petite taille, peut en effet subir de fortes fluctuations et contribuer aux pressions inflationnistes.

Mais une monnaie nationale constitue également un instrument d’autonomie. Lors de la crise financière de 2008, l’Islande a pu dévaluer la couronne, imposer des contrôles sur les capitaux, restructurer son système bancaire et suivre une voie différente de celle imposée par l’Union européenne à ses États les plus endettés.
L’adoption de l’euro aurait pu réduire le risque de change et faciliter certaines opérations commerciales, mais elle aurait également privé l’Islande de sa propre politique monétaire. Les décisions relatives aux taux d’intérêt auraient été prises par la Banque centrale européenne en fonction des besoins généraux de la zone euro, et non de ceux, particuliers, d’une île de 400.000 habitants située dans l’Atlantique Nord.
Une fois encore, les avantages promis étaient donc partiels et discutables, tandis que l’abandon de souveraineté aurait été bien réel.
L’échec du projet européiste
Le résultat du référendum constitue un grave revers politique pour le gouvernement et pour ceux qui souhaitaient ramener l’Islande sur la voie de l’adhésion. Ils avaient présenté le vote comme un choix prudent, affirmant que la réouverture des négociations n’aurait nullement obligé le pays à entrer dans l’Union. Ils avaient invoqué l’instabilité internationale, les tensions dans l’Arctique, les avantages de l’euro et la protection que Bruxelles aurait pu offrir.
La majorité des Islandais ne s’est pas laissé convaincre. Elle a compris que la coopération entre les peuples européens n’exige pas nécessairement la subordination à un appareil supranational. Il est possible de commercer, de voyager, de coopérer et d’affronter ensemble des problèmes communs sans confier à des autorités lointaines le contrôle de ses eaux, de son économie et de son avenir.

Le peuple islandais n’a pas voté contre l’Europe. Il a voté contre la transformation de l’Europe en un système centralisé réduisant progressivement l’autonomie des nations.
Le message venu de l’Atlantique Nord constitue donc une leçon pour tous les peuples européens: une nation peut être petite par le nombre de ses habitants et se montrer en même temps grande dans la défense de sa liberté.
L’Islande a choisi de rester islandaise. Et nous saluons avec joie un peuple qui a su défendre sa mer, son travail et son droit d’être maître chez lui.
Vive l’Islande, vive l’Italie, et à bas le pouvoir usurocratique et mondialiste de l’Union européenne !
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mardi, 01 septembre 2026
L'insurrection écossaise de 1820

L'insurrection écossaise de 1820
par Troy Southgate
Source: https://www.facebook.com/troy.southgate
À la fin du XVIIIe siècle, les artisans écossais se trouvaient dans une situation où ils avaient été autorisés à déterminer eux-mêmes leurs horaires de travail. Connue sous le nom de « commission », cette évolution avait permis aux forgerons, charrons, tisserands et cordonniers d’organiser leur journée de travail de manière à disposer de suffisamment de temps libre pour se consacrer à leur instruction.
Cet état de fait résultait des efforts de l’Église presbytérienne d’Écosse, relativement libérale, qui estimait que les hommes et les femmes devaient atteindre un niveau d’alphabétisation leur permettant de porter des jugements rationnels. Cependant, une fois que ces artisans eurent pris connaissance des droits dont bénéficiaient les travailleurs dans d’autres pays, en particulier dans le sillage des révolutions américaine et française qui avaient marqué la fin du XVIIIe siècle, ils s’engagèrent activement dans l’ensemble du mouvement radical. Thomas Paine (1737-1809) comptait parmi leurs principales influences. Dans son ouvrage de 1791, The Rights of Man, il avait préconisé la rébellion dans les cas où un gouvernement ne représente pas la volonté de son peuple. Et ce, à une époque où seul un Écossais sur 250 avait le droit de vote.
Entre 1792 et 1793, la Société écossaise des Amis du peuple organisa une série de « conventions », et nombre de ses principaux militants furent bientôt arrêtés puis déportés de force vers des colonies pénitentiaires d’outre-mer. En 1793, par exemple, un pasteur de l’Église unitarienne, Thomas Fyshe Palmer (1747-1802) (portrait, ci-contre), de Dundee, fut condamné à sept ans de déportation pour avoir diffusé de la propagande réformiste.
Dans le même temps, plusieurs militants des Amis de la liberté de Dundee — Thomas Muir (1765-1799), William Skirving (1745-1796), Maurice Margarot (1745-1815) et Joseph Gerrald (1763-1796) — furent également déportés pour activités subversives. Cinq ans plus tard, en 1798, un tisserand politisé du nom de George Mealmaker (1768-1808) fut à son tour envoyé dans la colonie pénitentiaire de Nouvelle-Galles du Sud.
Au cours de la première décennie du siècle suivant, entre 1800 et 1808, les revenus des tisserands écossais furent, de fait, réduits de moitié. En 1812, ils menèrent une campagne en faveur d’une augmentation des salaires, qui leur fut accordée par les magistrats locaux. Cela n’empêcha toutefois pas leurs employeurs de refuser d’appliquer le nouveau salaire commun, si bien que le Comité national des sociétés syndicales écossaises appela à la grève. Le gouvernement infiltra alors ces sociétés afin de tenter de mettre un terme aux troubles.
En 1816, après que les guerres napoléoniennes eurent dévasté l’économie européenne, la population écossaise se retrouva dans une situation de plus en plus misérable et accablante. Une foule immense de 40.000 Écossais s’était rassemblée sur Glasgow Green pour réclamer une représentation politique accrue ainsi que l’abrogation des Corn Laws, qui imposaient des restrictions aux importations de denrées alimentaires et de céréales, entraînant ainsi une hausse générale des prix alimentaires. À la suite de ce rassemblement, des agents provocateurs du gouvernement veillèrent à ce que les principaux meneurs soient accusés de « conspiration » et traînés devant les tribunaux au cours des mois qui suivirent.

Lorsque le massacre de Peterloo donna lieu à des émeutes et à une répression brutale de la part de l’État dans la ville de Manchester au cours de l’été 1819, les radicaux écossais manifestèrent leur soutien à leurs homologues anglais, et 5000 d’entre eux descendirent dans la rue. Malgré les efforts de la cavalerie pour disperser les foules, une série de réunions de protestation se tinrent dans les bastions du tissage de Stirling, de l’Airdrie, du Renfrewshire, de l’Ayrshire et du Fife.
À la mi-décembre de la même année, le réformateur politique et député George Kinloch (1775-1833) (portrait) fut pris pour cible par les autorités pour avoir organisé une réunion de grande ampleur sur Magdalen Green, à Dundee. Il parvint à s’échapper et finit par s’enfuir à l’étranger.
La classe dirigeante écossaise craignant que l’esprit insurrectionnel des révolutions américaine et française ne gagne les rivages britanniques, des régiments de volontaires furent recrutés dans les Lowlands et les Scottish Borders. Les tisserands ne se laissèrent néanmoins pas décourager et constituèrent un Comité radical de vingt-huit membres, chargé d’organiser un gouvernement provisoire élu par des délégués issus des sociétés professionnelles locales. Un certain John Baird (1790-1820) dispensa également une formation militaire, conférant ainsi aux événements une dimension véritablement militante.
Le 21 mars 1820, peu après que la prétendue conspiration de Cato Street eut ébranlé Londres, les dirigeants du Comité radical se réunirent dans une taverne de Glasgow, où ils furent arrêtés par des agents du gouvernement.

La police de la ville annonça que les personnes appréhendées au cours de cette descente avaient : « avoué leur audacieux complot visant à séparer le royaume d’Écosse de celui d’Angleterre et à rétablir l’ancien Parlement écossais […] Si l’on concevait un plan permettant d’attirer les mécontents hors de leurs repaires — en leur faisant croire que le jour de la “liberté” était arrivé —, nous pourrions les surprendre au-dehors et sans défense […] peu de gens sont au courant de l’arrestation des dirigeants […] de sorte qu’aucun soupçon ne pèserait sur le plan. Nos informateurs ont infiltré les comités et l’organisation des mécontents et, dans quelques jours, vous pourrez juger des résultats. »

Malgré ce revers temporaire, les principaux agitateurs qui s’imposèrent alors étaient des tisserands tels que John King et John Craig, un ferblantier du nom de Duncan Turner et un Anglais connu seulement sous le nom de «Lees». Ce fut Turner qui annonça publiquement la formation d’un gouvernement provisoire. Lui et ses camarades exhortèrent leurs partisans à fabriquer autant de hampes de pique que possible et à se préparer au combat.
À l’arrivée du mois d’avril, la proclamation officielle du groupe — signée le premier jour du mois — avait été placardée dans les rues de Glasgow. C’était un appel aux armes plein de défi: «Amis et compatriotes! Sortez de cet état de torpeur dans lequel nous sommes plongés depuis tant d’années. Acculés par l’extrémité de nos souffrances et par le mépris avec lequel ont été accueillies nos pétitions demandant réparation, nous sommes enfin contraints de faire valoir nos droits au péril de notre vie».
La proclamation expliquait ensuite que les radicaux prenaient les armes afin d’obtenir réparation de leurs griefs communs et que ses auteurs réclamaient l’égalité des droits. En outre, ils n’étaient pas disposés à céder devant la répression gouvernementale: «La liberté ou la mort est notre devise, et nous avons juré de rentrer chez nous en triomphateurs — ou de ne jamais y revenir […] nous demandons instamment à tous de cesser le travail à compter de ce jour, premier avril, jusqu’à ce que nous soyons en possession de ces droits […] Afin de montrer au monde que nous ne sommes pas cette populace sans foi ni loi et sanguinaire que nos oppresseurs voudraient faire croire aux classes supérieures que nous sommes, mais bien un peuple courageux et généreux, déterminé à être libre. Britanniques — Dieu — la Justice — les vœux de tous les hommes de bien sont avec nous. Unissons-nous et faisons-en une seule et juste cause, et les nations de la terre salueront le jour où l’étendard de la liberté sera dressé sur son sol natal».

Le 3 avril, le lendemain, des grèves éclatèrent dans les principales communautés de tisserands du Stirlingshire, du Dunbartonshire, du Renfrewshire, du Lanarkshire et de l’Ayrshire, mobilisant le nombre stupéfiant de 60.000 travailleurs. Des exercices militaires se déroulaient également dans tout le centre de l’Écosse, tandis que des hommes constituaient des réserves de piques, de poudre à canon et d’armes diverses. En outre, une rumeur prétendait qu’Étienne Jacques Joseph Alexandre MacDonald (1765-1840), premier duc de Tarente et vétéran des guerres de la Révolution française et des guerres napoléoniennes, avait rassemblé une armée de 50.000 soldats français dans les Campsie Fells. Comme on pouvait s’y attendre, cette affirmation était totalement fausse.
Les troupes gouvernementales se préparaient elles aussi au pire. La Rifle Brigade, le 83e régiment d’infanterie, les 7e et 10e régiments de hussards ainsi que les Glasgow Sharpshooters étaient tous prêts à entrer en action. John Craig, l’un des radicaux les plus en vue, avait l’intention de prendre le contrôle des forges de la Carron Company, à Falkirk, mais il fut appréhendé par un détachement de hussards. Lorsqu’il fut traduit devant le tribunal, cependant, le magistrat s’avança pour payer l’amende à sa place.
Le 4 avril, lorsque Duncan Turner conduisit soixante hommes vers les mêmes forges, beaucoup perdirent courage en chemin. Le lendemain, cependant, un homme du nom d’Andrew Hardie emmena vingt-cinq autres hommes à Carron. À l’insu des radicaux, seize hussards et seize cavaliers de la Yeomanry avaient quitté Perth et se dirigeaient eux aussi vers les forges. Comme le rapporta un journal: «En apercevant cette force, les radicaux poussèrent des acclamations et avancèrent vers un mur, par-dessus lequel ils commencèrent à tirer sur les militaires. Les soldats ripostèrent alors par quelques coups de feu et, au bout d’un certain temps, la cavalerie franchit une ouverture dans le mur et attaqua le groupe, qui résista jusqu’à ce qu’il soit submergé par les troupes. Celles-ci réussirent à faire dix-neuf prisonniers, qui sont détenus au château de Stirling. Quatre des radicaux furent blessés».
Malgré le faible nombre de radicaux impliqués, les autorités craignaient néanmoins que l’insurrection ne commence à se propager dans toute l’Écosse. Les individus surpris en possession d’armes à Duntocher, Paisley et Camelon furent donc arrêtés. Dans l’après-midi du 5 avril, Lees ordonna à son propre groupe de radicaux d’aller rejoindre le politicien sympathisant George Kinloch et une autre force importante. Mais lorsqu’ils apprirent qu’une embuscade était possible, ils retournèrent à Strathaven. Cela n’empêcha pas dix de leurs partisans d’être arrêtés et incarcérés deux jours plus tard. Lorsque d’autres meneurs furent arrêtés et conduits à travers les rues jusqu’à Greenock, l’escorte pénitentiaire fut attaquée par des habitants favorables à la cause radicale. Un détachement de volontaires fut contraint de tirer en l’air afin de disperser une foule nombreuse de manifestants, mais ceux-ci les attaquèrent à coups de pierres et de bouteilles.
Malheureusement, environ dix-huit manifestants furent abattus. Parmi les victimes figuraient un enfant de huit ans et une femme âgée de soixante-cinq ans.
Au cours d’une série de procès-spectacles, quatre-vingt-huit hommes furent accusés de trahison. Un révolutionnaire du nom de James Wilson (1760-1820), également connu sous le nom de « Purlie Wilson » (portrait), fut pendu puis décapité devant une foule de 20.000 personnes. Le 8 septembre, Hardie et Baird furent exécutés à Stirling. Depuis l’échafaud, ce dernier déclara : « Bien qu’en ce jour nous mourions d’une mort infamante en vertu de lois injustes, notre sang, qui dans quelques minutes coulera sur cet échafaud, criera vengeance vers le ciel ; puisse-t-il contribuer à la prompte délivrance de nos compatriotes affligés. »

Leur décapitation fut la dernière exécutée par décision judiciaire dans les îles Britanniques. D’autres furent condamnés à la déportation en Australie: Thomas McCulloch, John Barr, William Smith, Benjamin Moir, Allan Murchie, Alexander Latimer, Andrew White, David Thomson, James Wright, William Clackson, Thomas Pike, Robert Gray, James Clelland, Alexander Hart, Thomas McFarlane, John Anderson, Andrew Dawson, John McMillan et Alexander Johnstone. Heureusement, en 1835, ils ont tous été graciés.
Après l’insurrection écossaise de 1820, toute nouvelle rébellion fut fortement découragée, et même ceux qui n’avaient pris part qu’à des incidents mineurs — tels que la fabrication d’armes — furent punis d’une manière ou d’une autre. Ce ne fut qu’en 1832 que le Scottish Reform Act permit enfin l’élection du premier député de Glasgow. Mais la véritable victoire résidait dans le renouveau d’une identité écossaise commune qui avait été écrasée à Culloden et à Glencoe au cours des deux siècles précédents, mais qui rassemblait désormais la population d’un bout à l’autre du pays.
Lectures complémentaires:
Cameron, A. D. ; Living in Scotland, 1760-1820 (Oliver & Boyd, 1969).
Dodgshon, Robert A. ; From Chiefs to Landlords: Social and Economic Change in the Western Highlands and Islands, 1493-1820 (Edinburgh University Press, 1998).
Mac A’Ghobhainn, Seumas et Ellis, Peter Berresford ; The Radical Rising: The Scottish Insurrection of 1820 (John Donald, 2001).
Pentland, Gordon ; Radicalism, Reform and National Identity in Scotland, 1820-1833 (Royal Historical Society, 2008).
Pentland, Gordon ; Spirit of the Union: Popular Politics in Scotland, 1815-1820 (Pickering & Chatto, 2011).
Prebble, John ; The King’s Jaunt: George IV in Scotland, August 1822 ‘One and Twenty Daft Days’ (Birlinn Publishers, 2000).
Smout, T. C. ; A History of the Scottish People 1560-1830 (Fontana, 1985).
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Avortement, euthanasie, dépopulation Les humains servent-ils encore à quelque chose?

Avortement, euthanasie, dépopulation
Les humains servent-ils encore à quelque chose?
LGBTQIA2S+
Une loi qui ne fait pas l’unanimité vient d’être promulguée ce lundi 10 août 2026, aux États-Unis par Maura Healey (photo) qui s’est distinguée en étant élue « gouverneure » d’un État emblématique des États-Unis, le Massachussetts, emblématique car les côtes de cet État ont accueilli en 1620 les premiers « Américains » qui, venant d’Angleterre, ont débarqué du mythique Mayflower.
En réalité, ce n’est pas le fait que ce gouverneur(e) soit une femme que les médias américains (démocrates) ont salué avec enthousiasme, c’est son appartenance au mouvement LGBT car cette dame est une lesbienne ouvertement déclarée et militante.
Cette loi « supprime les restrictions jusqu’ici applicables aux avortements à partir de 24 semaines de grossesse. Le texte, qui entrera en vigueur dans 90 jours, ne fixe plus de limite gestationnelle maximale et confie la décision au médecin […]. Cette loi prévoit désormais simplement qu’ʺun avortement peut être pratiqué par un médecin sur la base de son jugement professionnelʺ.
Le texte ne fixe donc plus de terme maximal explicite : un avortement pourra être pratiqué à un stade très avancé de la grossesse, y compris jusqu’à son terme, sans devoir répondre à l’un des critères médicaux auparavant inscrits dans la loi, dès lors qu’un médecin l’estime justifié au regard de son jugement professionnel. » (Le Figaro du 13 août 2026).
Les objections à cette loi proviennent, certes, des mouvements catholiques pro-vie mais aussi de personnalités de bon sens qui jugent qu’elle n’était pas nécessaire ni justifiée. En effet, la panoplie des mesures concernant l’avortement aux États-Unis est suffisamment complet pour ne pas en rajouter ; quasiment tous les cas de danger sanitaire à venir pour l’enfant ou de risque pour la mère ont été identifiés et leurs réponses médicalement programmées.
Il faut bien comprendre que l’idéologie de ces individus invertis regroupés dans l’appellation générique LGBT n’a jamais été, en prônant l’avortement jusqu’à ses dernières extrémités, l’amélioration de la race humaine, comme on améliore les races de chiens ou de chevaux. Ce ne sont pas des eugénistes disciples d’Alexis Carrel.

Dr Alexis Carrel
(28 juin 1873 – 5 novembre 1944)
Ils ne s’intéressent guère non plus à la préservation de la santé de l’enfant à naître ou de celle de la mère biologique ; ces gens sont des idéologues militants qui poursuivent un but bien précis, ce ne sont pas des bienfaiteurs de l’humanité.
Il faut bien considérer que pratiquer l’ablation de ses organes génitaux parce qu’on considère qu’ils ne correspondent pas à ses choix de vie ou à ses « sentiments » (sic) n’est pas la meilleure solution pour engendrer. Mais la préservation de l’espèce humaine est le dernier de leurs soucis.
Cela dit, en évoquant le sigle LGBT, j’étais en retard de quelques tramways.
J’ai bien fait de consulter le dictionnaire ; en vérité, dès que vous ouvrez internet pour une quelconque recherche, vous ne tombez pas sur le Larousse, vous avez accès désormais à une I.A. programmée par l’Ordre mondial qui vous « oriente » derechef vers ce qu’il convient de penser; et si l’I.A. détecte que vous avez des velléités déviationnistes, elle vous assène sans ménagement la consultation de l’AFP factuel qui est le Ministère de la Vérité en France, comme dans 1984 ou Le Meilleur des Mondes.
Tombant de Charybde en Scylla, voici donc ce qu’il faut savoir, pardon, ce qu’il faut penser :
« Le sigle LGBTQIA2S+ (le sigle s’est bien allongé : on n’arrête pas le progrès, NDLR) est un acronyme qui désigne la diversité des orientations sexuelles, des romantismes (resic), des identités de genre et des caractéristiques sexuelles. Chaque lettre représente une composante spécifique de cette communauté. Cette vidéo explique pourquoi l’utilisation précise des mots LGBTQIA2S+ favorise l’inclusion et aide à faire reculer les discriminations ».
Je vous fais grâce de la vidéo présentée par un couple, des jumeaux, dont la femme est lesbienne et l’homme homosexuel.
En France, la loi Veil
Je rappelle que la loi sur l’avortement promulguée le 17 janvier 1975 par Simone Veil, alors ministre de la Santé de Giscard d’Estaing, loi qui porte son nom, a été inscrite dans la Constitution française le 4 mars 2024(1).
Cette loi n’a pas permis à 10 millions d’enfants français de voir le jour, à raison de 200 000 avortements par an en moyenne depuis 1975. Terrible et fâcheuse coïncidence : cette loi est contemporaine du décret autorisant le regroupement familial des immigrés.
Mais l’introduction de cette loi scélérate dans la Constitution n’a pas suffi à nos dirigeants fossoyeurs : Simone Veil est entrée solennellement au Panthéon le 1er juillet 2018, avec les restes de son mari, Antoine Veil, lors d’une cérémonie nationale présidée par Emmanuel Macron.
Cette même Simone Veil aurait fourni des organes de patients français à l’État d’Israël (comme si, en France, on n’en avait pas besoin), comme l’affirme cet article d’un journal israélien, Israël Valley : « Disparition de Simone Veil. Beaucoup d’Israéliens lui doivent la vie » par Daniel Rouach, article du 30 juin 2017 : « Juive de cœur et soutien permanent à Israël et au sionisme, Simone Veil est décédée ce vendredi matin à 89 ans. En Israël une grande tristesse touche les franco-israéliens qui l’ont connue. Très peu de personnes le savent : elle avait signé lors de son passage au ministère de la Santé un accord franco-israélien de dons d’organes. En effet, Israël manquait cruellement de donneurs. Cet accord réel mais appliqué avec une très grande discrétion aura permis à de nombreux israéliens de rester en vie(2). »
Le but véritable: la dépopulation
La loi prônée puis promulguée par Maura Healey ne prévoit aucun garde-fou, n’importe quel médecin peut signer l’arrêt de mort de l’enfant.
Cette loi, vous l’avez compris, n’est pas faite dans l’esprit bienveillant d’améliorer le sort de l’espèce humaine, dans un monde où le bon sens aurait encadré sa prolifération pour permettre à chacun de s’épanouir dans un vivre-ensemble où tous les peuples seraient frères.
Non, ce n’est pas le but des satano-mondialistes : cette disposition entrerait plutôt dans le cadre du panel de mesures mises subrepticement en place par le Gouvernement mondial qui sont destinées à organiser et favoriser la réduction des populations(3) comme la loi sur l’euthanasie qui vient d’être adoptée en France.
Il faut regarder ce projet monstrueux de dépopulation en prenant en compte trois postulats :
1- Nos gouvernants ne veulent pas notre bien, ils ne sont pas bienveillants à notre égard, ils veulent nous voir disparaître tout simplement parce qu’ils n’ont pas besoin de nous, humains.
2- À chaque fois qu’ils mettent en place des mesures du type de celle qu’a prise la gouverneure du Massachussetts, ces mesures sont dites exceptionnelles mais disparaissent rapidement pour atteindre leur véritable objectif: notre élimination, partielle ou totale, selon l’utilité que nos dirigeants ont de nos vies. Ce qui peut apparaître comme une sorte de scrupule n’est en fait qu’un gros mensonge destiné à ne pas provoquer une réaction trop vive des populations. Je rappelle que la quasi-totalité de nos dirigeants sont des psychopathes qui n’ont aucune empathie pour qui que ce soit, sauf pour eux-mêmes.
François Asselineau a bien compris qu’il existait une menace de voir ces bonnes résolutions mises rapidement au panier, il nous en donne un exemple mais ils sont nombreux : « Cette loi n’est pas seulement d’une extrême cruauté, puisqu’elle autorise à tuer un être humain quelques instants avant sa naissance. La loi du Massachusetts marque une nouvelle étape vers le retour à la barbarie antique, au fur et à mesure que s’estompent les valeurs du christianisme. Elle est concomitante des projets de loi autorisant la GPA, qui ouvrirait la voie à l’achat de bébés sur catalogue et à la marchandisation des êtres humains. »
La loi sur l’euthanasie en France entre également dans ce cadre : cette loi récente, votée par tous les partis de l’Assemblée, a été approuvée par le Conseil constitutionnel le 14 août 2026 avec certaines réserves : « Le Conseil constitutionnel a validé ce vendredi 14 août l’ensemble de la loi créant un droit à l’aide à mourir, qui légalise sous conditions une forme d’assistance au suicide voire d’euthanasie, jugeant toutefois nécessaire de préciser dans la pratique l’application de certaines dispositions.[…] Au niveau individuel, l’institution présidée par Richard Ferrand estime que la clause de conscience ne s’appliquera pas seulement aux soignants appelés à participer à l’acte, mais également aux pharmaciens qui refuseraient de préparer le produit létal. » (Sud-Ouest du 14 août 2026)
Évidemment, comme pour les autres dispositions concernant ces problèmes d’éthique que nous avons évoqués plus haut, la loi, à peine adoptée, a déjà ses dérapages, tel cet homme qui, réveillé d’un long coma, réclame son droit à la vie : Le Conseil d’État valide l’arrêt des traitements d’un patient conscient, malgré ses directives anticipées (Réseau international du 26 juillet 2026)
« Réveillé de son coma après des mois de réanimation à la Pitié-Salpêtrière, un homme réclame ce que la médecine s’apprête à lui refuser : continuer à vivre. Ses proches décrivent un patient lucide et déterminé, porteur de directives anticipées explicites en ce sens (on se demande bien du coup à quoi elles peuvent servir ces directives !). Pourtant, le 20 juillet dernier, le Conseil d’État a validé la décision de l’équipe médicale d’arrêter ses traitements actifs, un choix qui évoque le débat sur le droit de laisser mourir. L’hôpital invoque ʺl’obstination déraisonnableʺ, une notion inscrite dans le code de la santé publique depuis la loi Leonetti de 2005. »

3- Nous avons affaire à une caste qui est investie d’une idéologie satanique ou supra-humaine, comme on est investi par un corps ou un esprit étranger et qui, donc, n’a aucune espèce de retenue, parce qu’elle est elle-même manipulée et qu’elle ne maîtrise pas ses actions à venir.
Si vous n’arrivez pas à assimiler ces trois premiers critères, regardez ce qui se passe autour de vous et comprenez l’actualité : tout concourt d’une manière parfaitement cohérente à réaliser le but final de l’éradication de la population planétaire :
• ils détruisent systématiquement l’espèce humaine en faisant en sorte que les genres n’existent plus et ne puissent plus assurer la pérennité de l’espèce.
• Le patrimoine, l’œuvre des hommes, est complètement nié, détruit, brûlé (comme les églises et nos monuments) voué à l’abandon ou remplacé par des structures artificielles.
• La beauté du monde est peu à peu effacée, jusqu’à nos paysages, nos vieux villages, tout ce qui appartient au domaine de l’art, de la culture, de la musique, de la spiritualité, qui est harmonieux, qui apaise et nourrit nos sens est systématiquement remplacé par la laideur, le bruit, la vulgarité, la matérialité, le clinquant.
• Toutes les belles valeurs qui ont construit notre monde depuis des millénaires sont systématiquement inversées, moquées, violées, souillées.
• Les animaux et la nature, nos campagnes françaises où vivent encore 500.000 paysans et 250.000 ouvriers agricoles attachés à leur terre, sont systématiquement éradiqués, détruits, brûlés, chassés, persécutés, pour remplacer le tout par des robots, des usines, des espaces artificiels, où pas un humain ne pourra vivre sans être lui-même transformé en robot.
• Un déchaînement de barbarie, sur fond de guerres, de génocides, de destructions des villes, des cultures, est en cours sur plusieurs régions de notre planète et nos dirigeants en sont complices, au moins par leur silence : l’américano-sionisme attaque la terre entière, le pédo-satanisme qui lui est concomitant, envahit le monde.
• Quel humain normal accepterait de vivre sur une planète devenue un enfer ? si ce n’est le Diable lui-même, qui n’est pas humain.
• Tatiana Ventôse a dressé un bilan sans concession de la situation française après les terribles incendies qui ont dévasté cet été certaines régions françaises, la région de Bordeaux, la Drôme, le Var…: elle évoque une France envahie par toutes les multinationales du monde qui pillent et détruisent notre pays vendu au plus offrant sous un titre sans équivoque, La politique de la terre brûlée: après les flammes, des panneaux solaires et des data centers.
Une hypothèse qui est peut-être « excentrique » mais cohérente
Vous le savez, je me suis nourri dans ma prime jeunesse d’ouvrages de fantastique et de science-fiction qui permettaient à mon esprit imaginatif de s’évader du réel qui était pour moi, à l’époque, difficile. Je vais ici émettre une idée qui provient de cet état d’esprit rêveur mais qui possède l’avantage d’expliquer les événements invraisemblables qui affectent notre vie de tous les jours.
Le mot « excentrique(4) » est celui qui convient exactement à ce que je veux dire : l’Homme n’est plus le centre du monde mais, de même, la Terre n’est plus le centre de l’univers. Nous sommes sous la dépendance de forces qui viennent peut-être d’autres mondes.
Je n’ai personnellement jamais pensé que notre planète était la seule à accueillir une vie dans l’univers et j’ai toujours imaginé que le cosmos était peuplé de toutes sortes de races extra-terrestres, certaines bienveillantes et d’autres maléfiques.
Constatant que nos élites mondialistes sont en train de transformer consciemment et volontairement notre planète en un lieu inhabitable, prenant en compte le fait qu’elles-mêmes ne pourraient vivre dans un monde qu’elles auraient rendu invivable,
il faut en déduire ceci qui est l’explication la plus simple, la plus logique et la plus cohérente de ce qui se passe :
• soit nos « élites » ne sont elles-mêmes pas humaines, et reçoivent des consignes d’entités qui ne vivent pas sur notre planète,
• soit elles sont humaines, mais sous le joug de ces entités supra-humaines qui utilisent notre planète comme un réservoir de denrées plus ou moins périssables pour leurs besoins, alimentaires ou autres, comme l’araignée ou l’ours qui se nourrissent de leur proie en la gardant vivante tant que ses organes vitaux n’ont pas été entamés.
Je ne peux me résoudre à considérer comme d’essence humaine ce degré de sauvagerie et d’ignominie tel qu’on l’a vu et qu’on le voit par exemple à Gaza, en Cisjordanie et au Liban pratiquées sur des êtres humains et des animaux innocents par l’armée d’un État souverain, tel qu’il en ressort des tortures infligées à de jeunes enfants par nos « élites » impliquées dans l’affaire Epstein, ou bien, faut-il envisager qu’à un certain moment, certains humains se seraient mélangés à certaines espèces extra-terrestres pour lesquelles nous ne serions que du bétail ?
Vous pouvez prendre cette hypothèse comme la lecture d’une page de science-fiction ; mais considérez que la plupart des œuvres de science-fiction ont été des œuvres de visionnaires et se sont avérées et même dépassées dans la plupart des cas.
Et nous pouvons aussi revenir à une période plus courte pour faire un parallèle : la quasi-totalité des avertissements prodigués par les « complotistes » ou les « conspirationnistes » il y a 5, 10, 15 ans ou plus se sont avérés dans la quasi-totalité des cas.
Je reste persuadé qu’il existe un Dieu supérieur à ces entités maléfiques qui mettra bientôt fin à leurs débordements qui sont dans la droite ligne d’une inévitable fin de cycle, celle que nous vivons étant certainement la plus insolite et la plus terrifiante de toutes celles qui l’ont précédée.
Pierre-Émile Blairon
Notes:
(1) Voir mon article du 5 mars 2024 : L’avortement gravé dans le marbre de la Constitution : pulsion de mort ou suicide assisté de la France ?
(2) Disparition de Simone Veil. Beaucoup d’Israéliens lui doivent la vie [source]
(3) Voir mon article du 4 mai 2026 : Réduction de la population planétaire : Mythe ou réalité ?
(4) Excentrique : « situé loin du centre ».
Du grec ἔκκεντρος (de ἐκ « hors de » et de κέντρον « centre ») « excentrique » terme de mathématiques.
Repris par le latin médiéval en astronomie.
17:09 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : avortement, euthanasie, dépopulation |
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La technologie de demain est bien réelle. Mais les entreprises qui rendent possibles de telles avancées sont rarement promises à l’éternité

La panique de 1873
La technologie de demain est bien réelle. Mais les entreprises qui rendent possibles de telles avancées sont rarement promises à l’éternité
Joachim Van Wing
Source: https://joachimvanwing.substack.com/p/de-paniek-van-1873?...
Il fut un temps où les Bourses et les marchés jouaient un rôle secondaire. Ce qui primait, c’était l’économie réelle, celle qui produisait les biens tangibles, les machines, les matières premières et les services avec lesquels nous bâtissions notre monde. Les Bourses et les marchés d’actions n’étaient alors qu’un moyen de lever auprès des investisseurs les fonds de fonctionnement grâce auxquels les entreprises se capitalisaient, finançaient des investissements rentables et accéléraient leur croissance.
Cette époque est depuis longtemps révolue. Le monde marche sur la tête. Aujourd’hui, l’économie tout entière n’est pas déterminée par les entreprises qui produisent les biens les plus essentiels, mais par le cours de Bourse d’une poignée d’entreprises dont la capitalisation boursière est démesurée.

Le marché des actions et les Bourses ne sont plus un mécanisme de financement, un indicateur ou le reflet de notre activité économique, de notre capacité d’innovation ou de notre économie… La Bourse est devenue le déterminant de l’économie réelle. L’économie financière n’a plus l’économie réelle pour fondement sous-jacent; elle en a fait un produit dérivé. Ce qui constituait autrefois la superstructure est désormais devenu l’infrastructure.
Même lorsque le raffinage mondial de l’essence et du gazole s’enraye, lorsque des millions de tonnes de céréales restent bloquées au-delà du Bosphore ou lorsque la production d’aluminium diminue fortement, les Bourses ne bronchent pas. Les cours des actions enchaînent les records comme si nous ne mangions plus de pain, comme si nous n’avions plus de voitures et comme si nous préférions soudain le charme rustique des fenêtres en bois.
Cette inversion et cette perversion expliquent la dynamique qui sous-tend les cours et les valorisations exubérants de ces quelques entreprises. Certes… ces entreprises parviennent mieux que les autres à lever des capitaux et à obtenir des crédits auprès de multiples catégories d’investisseurs.
La récente course effrénée et la ruée vers l’or dans l’univers réflexif de l’IA nous montrent à quel point les cours et les valorisations boursières ne sont plus le produit final des flux de trésorerie ou du rendement, mais celui de la capacité à financer des investissements non rentables et des acquisitions grâce à un capital bon marché, qui n’est lui-même que la conséquence de cette surévaluation et qui entraîne, à son tour, des valorisations encore plus élevées.
Dans le domaine de l’IA, ces valorisations élevées prennent des proportions toujours plus spectaculaires et des formes toujours plus spéculatives. Une entreprise dotée d’une énorme capitalisation boursière peut émettre des actions et s’endetter à faible coût afin d’investir des centaines de milliards dans des centres de données, des GPU et des factures d’électricité. Ces investissements génèrent ensuite du chiffre d’affaires pour d’autres hyperscalers et fabricants de semi-conducteurs. Ces chiffres d’affaires en hausse soutiennent à leur tour des valorisations toujours plus élevées et de nouveaux investissements. Des investissements pour lesquels il n’existe actuellement encore aucun modèle de revenus ou de rentabilité.

La valeur ajoutée et le potentiel de l’IA et des grands modèles de langage (LLM) ne font guère de doute. Mais ce qui devient de plus en plus incertain, c’est la viabilité des dettes monstrueuses accumulées par les leaders du marché et les hyperscalers qui portent aujourd’hui cette accélération de la croissance.
L’IA n’est pas nécessairement une bulle. Cette révolution technologique peut être bien réelle, tandis que les valorisations financières et l’allocation des capitaux qui l’entourent sont devenues irrationnelles.
Liaisons ferroviaires, électrification et Internet
Les entreprises britanniques qui, en 1846, avaient contracté des dettes insoutenables afin de relier à un rythme record chaque ville et chaque village, jusque dans les régions les plus reculées, par des lignes ferroviaires… Beaucoup d’entre elles firent faillite, et personne ne se souvient aujourd’hui du nom de ces hyperscalers visionnaires du XIXe siècle. Ces entreprises ont disparu, mais les trains roulent toujours.

Toutes les entreprises qui, au tournant du siècle, construisirent les premières centrales électriques, les premiers transformateurs et les premiers réseaux électriques en Amérique du Nord… elles aussi sombrèrent, avec les banques imprudentes qui leur avaient accordé les crédits nécessaires pour assouvir cette soif d’électrification.
Qui se souvient encore des pionniers Netscape, AltaVista ou Napster ? Aucun d’entre eux n’a survécu à la bulle Internet de 2001, ou alors ils ont disparu sans gloire dans les replis de l’histoire.
Les trains roulent toujours, nous consommons plus d’électricité que jamais et Internet ne s’est pas non plus révélé être un engouement passager. Dans un avenir prévisible, l’IA rejoindra elle aussi la liste de ces technologies novatrices et révolutionnaires qui ont considérablement accru notre efficacité et notre productivité.
La panique de 1873
La similitude avec 1873 est frappante. Tout comme les gouvernements ont injecté dans l’économie, pendant la récente période du Covid, des volumes sans précédent de crédits non garantis, la période précédant 1873 fut elle aussi marquée par une forte expansion monétaire. Pendant la guerre de Sécession, Washington avait émis de grandes quantités de « greenbacks » : quelque 375 millions de dollars en papier-monnaie, une monnaie fiduciaire qui n’était plus convertible en or ou en argent et qui rompait ainsi avec l’orthodoxie monétaire de l’époque.
À cette époque également, la fraude, l’illégalité et l’érosion des normes s’étaient frayé un chemin jusque dans les profondeurs du Bureau ovale. Alors que le président Trump est aujourd’hui lui-même la plaque tournante et le maître d’œuvre des délits d’initiés, de la fraude pure et simple, du favoritisme et des conflits d’intérêts, le président Ulysses S. Grant était plutôt un spectateur impuissant, un jouet absent entre les mains d’autrui, qui regardait passivement les événements se dérouler et laissait faire. L’administration Grant est principalement restée dans les mémoires pour ses scandales financiers.

La similitude avec l’IA et les hyperscalers est frappante. Une affaire de fraude emblématique fut le scandale du « Crédit Mobilier » de 1872, dans lequel l’Union Pacific Railroad contracta d’énormes dettes pour construire d’immenses liaisons ferroviaires. L’opération était financée par des initiés, tandis que les actions étaient distribuées à des responsables politiques influents qui, à leur tour, bénéficiaient d’un soutien fédéral et d’une protection politique. Bien que les nouvelles lignes ferroviaires fussent déficitaires, des entrepreneurs proches du pouvoir parvinrent à gonfler artificiellement les coûts de construction, tandis que des initiés facturaient simultanément des montants exorbitants à leur propre compagnie ferroviaire et que les actionnaires se distribuaient les bénéfices purement comptables.
C’est Hyman Minsky qui, en 1986, souligna que la phase finale d’une grande bulle du crédit s’accompagne de façon frappante d’une augmentation de la fraude financière. Non pas parce que la fraude provoque en elle-même la crise, mais parce qu’une hausse prolongée des valorisations boursières récompense la spéculation, relâche les contrôles et crée des incitations toujours plus fortes à dissimuler les pertes et les risques. C’est ce que nous observons également aujourd’hui dans cette course à l’IA, où les hyperscalers dissimulent trois mille milliards de dollars de contrats signés portant sur de futurs investissements dans la puissance de calcul et les centres de données au détour de leurs comptes de résultat, loin du regard des actionnaires et des investisseurs.
Conclusion
Juste avant le krach Internet, la valeur du S&P 500 avait atteint 165 % du PIB américain. À cette époque également, on ne voyait pas très clairement comment toutes ces nouvelles petites entreprises allaient un jour gagner de l’argent grâce aux services en ligne, au streaming, aux applications ou aux logiciels qui viendraient se greffer sur ce nouveau substrat : Internet. Puis… au printemps 2000, la bulle éclata. Un quart de siècle s’est désormais écoulé, et nous voyons à nouveau une bulle se former. Cette fois-ci, le S&P 500 a atteint 230 % du PIB américain.
La liste est longue. La liste des autorités de premier plan qui, au cours des dernières décennies, se sont lourdement trompées en prédisant le prochain krach boursier, en annonçant l’échec de l’iPhone parce qu’il n’avait pas de clavier, ou encore celle de Paul Krugman, qui affirmait qu’Internet n’était qu’un engouement passager parce que les gens n’avaient, après tout, rien à se dire… Il en va de même de quiconque pense pouvoir prédire le krach de cette bulle de l’IA.
Cette correction aura-t-elle lieu? Cette bulle éclatera-t-elle? Oui, évidemment. Un jour. Inévitablement. Mais en déterminer la date exacte et en prévoir le déclencheur précis constitue, comme pour toutes les bulles précédentes, un exercice impossible.
Les liaisons ferroviaires, l’électrification, Internet… ces technologies n’étaient pas des bulles.
Leur financement, en revanche, en était une. Encore et encore et encore.
Les adolescents qui entreront dans la vie économique ou sur le marché du travail en 2050 utiliseront l’IA et les grands modèles de langage dans chacune de leurs activités, tout comme nous prenons aujourd’hui le train, rechargeons nos véhicules électriques ou gardons notre smartphone sur nous. Dans le même temps, il est fort probable qu’à cette date aucun de ces adolescents n’ait jamais entendu parler d’entreprises comme Oracle, ChatGPT ou Anthropic.
Tout comme Atari, Nokia, Xerox ou Kodak ont un jour réussi à devenir leaders du marché avec un produit visionnaire mais encore inexistant sur un marché qui n’existait pas davantage, nombre des hyperscalers de l’IA d’aujourd’hui sont eux aussi condamnés à disparaître, bien, bien, bien avant que cette technologie de rupture ne soit un jour devenue une composante à part entière de notre vie quotidienne.
16:38 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : hyperscalers, actualité, spéculations boursières, économie réelle, bulles spéculatives |
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Les Indo-Européens: à la recherche des racines d’une civilisation

Les Indo-Européens: à la recherche des racines d’une civilisation
La langue, la religion, les institutions et la vision du monde permettent de reconstituer une partie de l’univers intellectuel des peuples qui sont à l’origine d’une grande partie des cultures historiques de l’Europe et de l’Asie centrale.
Par Enrique Ravello Barber, historien et chercheur en histoire ancienne
Source: https://redhistoria.com/los-indoeuropeos-en-busca-de-las-...
Parler des Indo-Européens, c’est tenter de pénétrer au cœur de l’un des éléments essentiels de ce que l’on a coutume d’appeler «l’identité européenne». Dans les années 1970 à 1990, les grands historiens européens étaient essentiellement des médiévistes — Georges Duby, Jacques Le Goff. Il s’agissait alors de présenter le Moyen Âge chrétien — l’Europe des cathédrales — comme le moment où se forma une certaine idée de l’Europe, à une époque où le processus politique et économique d’unification européenne avait précisément besoin de ce complément intellectuel. Tous furent des historiens extrêmement brillants, et leurs œuvres constituent et constitueront encore longtemps des références incontournables.
La question des Indo-Européens élargit la perspective chronologique que les médiévistes des décennies précédentes entendaient défendre: les traits communs aux peuples européens ne se sont pas constitués au Moyen Âge, mais étaient déjà présents dès la haute Antiquité. Soulignons que toutes les langues parlées aujourd’hui en Europe, à l’exception du basque, du finnois, du lapon, de l’estonien et du hongrois, descendent d’une langue unique que nous appelons, par convention, «indo-européen». Autrement dit, de manière certes exagérée, mais non fausse, nous pouvons considérer toutes les langues européennes comme des dialectes issus d’une même langue commune.



De haut en bas: Bopp, Rask et Hervas y Panduro.
Le premier grand indice fut d’ordre linguistique. Le philologue allemand Franz Bopp, mais aussi le Danois Rasmus Christian Rask et l’Espagnol Lorenzo Hervás y Panduro, furent parmi les premiers à établir que les ressemblances entre les langues anciennes les mieux connues à leur époque — le grec, le latin et le sanskrit —, les langues modernes comme l’allemand et le lituanien, ainsi que les langues celtiques telles que le gallois et le gaélique, n’étaient pas seulement lexicales : elles correspondaient à quelque chose de plus profond, englobant également la grammaire. Il fut dès lors facile d’en déduire qu’elles provenaient toutes d’une même langue, très ancienne, que l’on appela également Ursprache. En allemand, le préfixe ur- renvoie à quelque chose qui est à la fois ancien, primordial et générateur.
Il convient également de signaler que, durant la domination britannique de l’Inde, de nombreux érudits anglais qui commencèrent à lire les textes sacrés hindous — en particulier les Védas — et à étudier le sanskrit furent surpris par la proximité lexicale et grammaticale entre cette langue ancienne et leur propre langue, l’anglais.
Nous ne conservons aucun document écrit dans cette langue, mais il a été possible de la reconstruire de manière hypothétique à partir des langues qui en sont dérivées.

Les Grecs, les Romains, les Celtes, les Germains, les Slaves, les peuples iraniens ou les sociétés de l’Inde ancienne présentent d’évidentes différences historiques. Ils se sont développés dans des espaces géographiques distincts et ont créé leurs propres institutions politiques, formes artistiques et traditions religieuses. Mais leurs parallélismes, leur essence et leurs traits communs ne peuvent être expliqués sans remonter à une origine commune. À cet égard, les travaux du professeur français Georges Dumézil (photo) sont absolument fondamentaux: les parallèles entre les panthéons, les structures sociales, les formes politiques, les idéologies et les conceptions du monde de ces civilisations reposent sur leur héritage indo-européen commun.
* * *
Une civilisation reconstituée à travers ses mots
L’étude du lexique commun permet d’approcher, avec les précautions nécessaires, certains aspects du monde indo-européen.
Lorsque plusieurs langues historiquement séparées conservent des termes pouvant être ramenés à une racine commune, le linguiste peut tenter de déterminer quels concepts existaient avant que les différentes branches indo-européennes n’empruntent des voies distinctes.
C’est ainsi que l’on a étudié des mots liés à la famille, au pouvoir, aux animaux, à la nature, à la guerre, à la religion ou à certaines institutions sociales.
En ce sens, la langue devient une sorte de « fossile directeur ». Une fois établie l’ancienne langue commune (Ursprache), les questions suivantes s’imposaient d’elles-mêmes : il fallait identifier le peuple qui la parlait (Urvolk) et la région dans laquelle il était établi (Urheimat). Le fait que les langues d’origine indo-européenne possèdent des termes apparentés pour désigner la flore et la faune des régions froides, mais des termes différents pour celles des régions chaudes, nous fournit un indice clair quant à l’emplacement de cette Urheimat.


Les hypothèses à ce sujet ont été diverses, depuis l’hypothèse danubienne de Bosch Gimpera jusqu’à la théorie des kourganes de la célèbre professeure américaine d’origine lituanienne Marija Gimbutas. Le sujet est vaste et complexe et mériterait à lui seul un article entier. Pour notre part, nous défendons la théorie d’un berceau balto-nordique comme patrie originelle des Indo-Européens avant leur dispersion. Nous accordons une validité relative à la thèse de Gimbutas: oui, les kourganes furent l’une des zones à partir desquelles de vastes régions d’Europe centrale et sud-orientale furent indo-européanisées. Nous divergeons toutefois d’avec elle sur un point essentiel: la région des kourganes ne constituerait pas le premier foyer indo-européen; la culture des kourganes résulterait plutôt d’une expansion indo-européenne venue de régions plus septentrionales.
Poursuivons sur l’importance du lexique comme «fossile directeur» dans la question indo-européenne à travers un autre exemple très concret. La « théorie yamnaya » est récemment devenue très en vogue. Personnellement, je la considère comme une erreur indéfendable, quel que soit le point de vue adopté. Mais plaçons-nous ici sur le terrain philologique. Si les langues indo-européennes dérivées possèdent un même terme pour désigner la «charrue» et si l’archéologie a établi que l’agriculture à la charrue n’apparaît dans la steppe que durant la seconde moitié du IIe millénaire av. J.-C., comment est-il possible que les migrations «yamna» qui se seraient dirigées vers l’Europe, l’Anatolie et le sud de l’Asie aient toutes emporté ce mot dans leurs langues, alors que ces migrations se seraient produites au IIIe millénaire av. J.-C. ? Comment les prétendus Indo-Européens de la culture yamna pouvaient-ils nommer un instrument qu’ils ne connaissaient pas ?
Tout au long de mon parcours universitaire, le problème indo-européen a constitué l’un de mes principaux domaines d’intérêt, aux côtés de l’étude des religions anciennes et de l’idéologie religieuse et politique du monde romain.
Ma formation de diplômé en géographie et en histoire à l’Universitat de València, complétée par la suite par des études spécialisées en histoire et en philosophie des religions, m’a nécessairement conduit vers une question qui traverse de nombreuses cultures anciennes: dans quelle mesure une civilisation particulière peut-elle conserver des structures héritées d’époques très largement antérieures? Et, plus encore, dans quelle mesure cette civilisation particulière peut-elle servir de trait d’union entre cet héritage et ses prolongements? Pour être plus concret: quelle part d’héritage indo-européen le monde gréco-latin possède-t-il, et quelle part de cet héritage a-t-elle été transmise à la civilisation occidentale actuelle?

Jean Haudry et la tradition des études indo-européennes
L’un des chercheurs qui consacra une grande partie de sa vie universitaire à cette question fut le linguiste français Jean Haudry (photo), professeur de linguistique indo-européenne et de sanskrit, et fondateur de l’Institut d’études indo-européennes de l’université Jean-Moulin-Lyon-III.
Ma relation universitaire et personnelle avec Haudry m’a permis d’approfondir une manière d’aborder le phénomène indo-européen qui ne se limite pas à la seule question philologique. Cette proximité linguistique permet également de pénétrer une certaine conception de l’univers.
Haudry reprend et développe l’idée de la trifonctionnalité indo-européenne formulée par Georges Dumézil. Selon cette conception, le cosmos comme la terre — qui en est le reflet — s’articulent autour de trois fonctions: la souveraineté, la fonction guerrière et la fonction productive. Dans les panthéons celtiques, germano-scandinaves, irano-indiens, gréco-romains et balto-slaves, personne ne peut manquer les parallèles entre Jupiter, Zeus et Odin, ou entre Mars, Arès et Thor.
Cette trifonctionnalité se reflétait également dans l’ordre social — lui-même, répétons-le, reflet de l’ordre divin. Les sociétés indo-européennes s’articulaient elles aussi autour de ces trois fonctions. C’est le fondement du système des castes que les Indo-Européens apportèrent en Inde et qu’ils superposèrent à la population dravidienne autochtone, laquelle en fut exclue et devint celle des fameux «parias».
Pour clore la partie consacrée à Jean Haudry, je souhaiterais évoquer l’un de ses derniers écrits : la préface de l’édition espagnole, publiée par EAS, du livre du sage hindou Tilak intitulé Le Foyer arctique dans les Védas. Tilak, ami personnel du Mahatma Gandhi et cofondateur avec lui du Parti du Congrès, était un brahmane hindou possédant une connaissance approfondie des Védas — les textes sacrés de l’hindouisme. À l’issue d’une étude minutieuse des données célestes, climatiques, saisonnières, etc., qui y apparaissent, Tilak conclut que ces textes avaient dû être conçus originellement, dans des temps reculés, dans une région située très au nord, bien que leur codification écrite — comme c’est le cas de tant d’œuvres — ait été ultérieure. Haudry analyse l’hypothèse de Tilak du point de vue philologique et porte une appréciation favorable sur ses conclusions. Tout cela ouvre aux études indo-européennes des perspectives passionnantes, susceptibles d’élargir de façon décisive leur cadre chronologique et géographique.
Le Ciel, le Soleil et le pouvoir
Le Soleil est un symbole récurrent qui apparaît dans toutes les civilisations. Par analogie, il représente l’ordre et la supériorité — au sens où les planètes lui sont «subordonnées». Cet aspect symbolique a été particulièrement bien étudié par le psychanalyste suisse C. G. Jung, dont les travaux sur l’inconscient collectif sont d’une grande utilité pour l’étude de toutes les formes de symbolisme, en particulier des symbolismes religieux et politiques.

Mais, comme le précise Mircea Eliade (photo) — historien des religions d’origine roumaine, devenu par la suite professeur à l’université de Chicago et auteur incontournable —, le culte solaire se manifeste dans les civilisations ayant atteint un certain degré de développement dans l’organisation et la centralisation du pouvoir. En raison de sa régularité, de son mouvement et de sa capacité à éclairer, le Soleil pouvait devenir l’un des symboles les plus puissants pour exprimer la permanence, la victoire ou le rétablissement de l’ordre.
On trouve des cultes solaires sur toute la planète, depuis la célèbre religion solaire d’Aménophis IV, qui prit le nom d’Akhenaton, jusqu’à la conception de l’empereur japonais comme fils du Soleil, demeurée en vigueur jusqu’au milieu du XXe siècle.
Rome n’est pas née dans un vide culturel
Si l’on se concentre sur Rome, le chercheur allemand Franz Altheim (photo, ci-dessous) est celui qui nous renseigne le mieux sur la présence de représentations solaires dans la péninsule italienne. Il identifie comme les premières d’entre elles les gravures du Val Camonica, dans le nord de l’Italie, qu’il rapproche, en raison de leur similitude iconographique, des représentations découvertes dans le sud de la Suède. Bien qu’Altheim constitue une référence déterminante pour la présence initiale du symbolisme solaire en Italie, son livre intitulé Deus invictus, consacré aux cultes solaires de la Rome du IIIe siècle apr. J.-C., ne correspond pas à notre interprétation sur ce point.


En ce qui concerne la nature de Sol dans la Rome primitive, nous souhaitons faire une brève mais importante référence à ce que nous avons écrit dans un article publié l’année dernière par une revue spécialisée. Sol Indiges, divinité solaire romaine, est une divinité d’origine latine. Il ne faut donc pas, comme le font de nombreux auteurs, attribuer l’origine du culte solaire à Rome aux Sabins et à leur roi. Un tel culte solaire aurait bien existé, mais il aurait été propre à ce peuple, tandis que Sol Indiges était la divinité solaire commune de Rome. Rappelons que les Latins — dont le premier roi aurait été Romulus — et les Sabins — dont le roi était Titus Tatius — sont tous deux d’origine indo-européenne et qu’ils fusionnèrent pour donner naissance à la Rome historique, processus symboliquement reflété dans le célèbre épisode de l’enlèvement des Sabines.

Ce dernier aspect est directement lié à l’un de mes autres principaux axes de recherche: la présence de la religion solaire à Rome et sa relation avec le pouvoir impérial.
Mes recherches doctorales à l’Universitat de València ont précisément porté sur Deus Sol comme instrument de pouvoir dans l’idéologie impériale d’Aurélien (270-275).
L’empereur Aurélien gouverna à l’un des moments les plus difficiles de l’Empire romain. Son règne peut être compris dans le cadre d’un processus de reconstruction politique et militaire, mais aussi idéologique.
Lorsque nous étudions le rôle joué par les images solaires dans ce contexte, nous observons une fois de plus à quel point les sociétés anciennes utilisaient le langage religieux pour représenter le pouvoir, la victoire, la centralité et la stabilité.
Dans mon propre parcours de chercheur, j’ai tenté de maintenir ce dialogue entre histoire ancienne, religion et idéologie.
Les séjours doctoraux effectués à l’Université nationale de Córdoba et au CONICET, en Argentine, ainsi qu’à l’École française de Rome, m’ont permis de développer cet axe de recherche au contact de différents milieux universitaires consacrés à l’étude du monde antique.

Ces recherches ont également donné naissance au travail intitulé «Sol dans la Rome républicaine: idéologie et représentation», qui étudie la présence et la signification de l’élément solaire depuis les premiers temps de Rome jusqu’à la transition vers l’Empire.
Pourquoi les Indo-Européens continuent-ils de nous intéresser ?
La première réponse qui me vient à l’esprit est: «pour connaître notre passé le plus ancien». Nietzsche disait: «L’homme de l’avenir sera celui qui aura la mémoire la plus longue».
D’une certaine manière, certains éléments de l’héritage indo-européen demeurent présents dans la civilisation européenne. Revenons au célèbre médiéviste Georges Duby: il a publié un ouvrage extraordinaire, traduit en espagnol sous le titre Les Trois Ordres ou l’imaginaire du féodalisme. Dans cette œuvre, Duby nous explique l’articulation de la société médiévale en trois ordres: pugnatores, laboratores, oratores. Autrement dit, la trifonctionnalité indo-européenne se retrouve en plein Moyen Âge, et ce schéma s’est projeté dans le devenir historique européen.
À présent que l’Iliade est particulièrement en vogue, il convient de rappeler qu’il s’agit d’une œuvre typique de la littérature héroïque indo-européenne, dans laquelle nous retrouvons des éléments communs avec la littérature héroïque d’autres peuples indo-européens, tels que les Celtes, les Germains ou les Indiens. L’Iliade en particulier, et les poèmes homériques en général — que nous pouvons considérer comme l’œuvre fondatrice de la littérature européenne —, sont inexplicables si on ne les replace pas dans leur contexte indo-européen.
C’est là que réside une grande partie de la fascination exercée par l’Histoire : reconstituer, à partir de fragments dispersés, les idées et les sociétés de ceux qui vécurent des milliers d’années avant nous et dont nous sommes, dans une certaine mesure, les héritiers et les continuateurs.
À propos de l’auteur
Enrique Ravello Barber, né à Valence en 1968, est diplômé en géographie et en histoire de l’Universitat de València. Il a principalement développé son activité de recherche dans les domaines de l’histoire ancienne, des religions antiques et des études indo-européennes.
Ses recherches doctorales portent sur « Deus Sol comme instrument de pouvoir dans l’idéologie impériale d’Aurélien (270-275) », dans le cadre du programme doctoral «Géographie et histoire de la Méditerranée, de la Préhistoire à l’époque moderne» de l’Universitat de València.
Il est titulaire d’un diplôme universitaire spécialisé en histoire et philosophie des religions et a entretenu une étroite relation universitaire avec le linguiste et spécialiste des études indo-européennes Jean Haudry, fondateur de l’Institut d’études indo-européennes de l’université Jean-Moulin-Lyon-III.
Dans le cadre de ses recherches, il a effectué des séjours doctoraux à l’Université nationale de Córdoba, au Conseil national de recherches scientifiques et techniques d’Argentine (CONICET), ainsi qu’à l’École française de Rome. Il a également donné des conférences au Colegio de Montserrat de Córdoba, en Argentine, à l’Université catholique de Rosario (UCR) et à l’Universidad Abierta Interamericana de Rosario, en Argentine.
Son activité universitaire comprend des conférences sur l’histoire ancienne et sur l’empereur Aurélien, ainsi que des travaux de recherche publiés dans des revues scientifiques de prestige international, notamment «Sol dans la Rome républicaine : idéologie et représentation».
15:52 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : indo-européens, histoire, philologie, jean haudry, linguistique comparée |
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lundi, 31 août 2026
Les sanctions de Trump contre l’Iran se fracassent contre «la muraille de Chine»

Les sanctions de Trump contre l’Iran se fracassent contre «la muraille de Chine»
Source: https://www.unser-mitteleuropa.com/204607
Comme chacun sait, la Chine avait déjà déclaré à plusieurs reprises qu’elle s’opposait résolument aux sanctions unilatérales et illégales. L’«Empire du Milieu» prendrait toutes les mesures nécessaires afin de protéger avec détermination ses propres droits et intérêts.
Le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères fixe des limites claires
Lors d’une conférence de presse, Lin Jian (photo), porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, a déclaré vouloir prendre les mesures nécessaires afin de protéger résolument les droits et les intérêts de la Chine, tout en mettant Washington en garde contre toute tentative de «perturber» les échanges commerciaux entre la Chine et l’Iran.
Ces déclarations faisaient suite aux menaces du secrétaire au Trésor de Trump, Bessent, d’imposer des sanctions secondaires aux pays qui continueraient à commercer avec l’Iran, dans le cadre d’un plan qu’il appelle «Operation Economic Outcast». Ces mesures comprennent des restrictions secondaires dans un large éventail de secteurs, allant des actifs numériques à l’or, en passant par le transport maritime et l’aviation, ainsi que des menaces visant à exclure les partenaires commerciaux de l’Iran du système du dollar.
«Personne n’est exempté ici», a déclaré Bessent après qu’on lui eut expressément demandé si les nouvelles restrictions concerneraient la Chine, premier partenaire commercial de l’Iran. «Il s’agit de l’asphyxie économique de ce régime, et personne ne devrait mettre notre détermination à l’épreuve».
Les possibilités infinies de la Chine
La Chine dispose toutefois d’options pratiquement illimitées face à l’annonce de Trump, comme nous indiquerons ci-dessous.
Elle pourrait, par exemple, recourir à de petites «raffineries-théières», exploitées exclusivement en Chine et protégeant les grandes entreprises énergétiques publiques des restrictions américaines. Ces raffineries utilisent le yuan afin de contourner les systèmes de compensation en dollars. Des banques chinoises locales, faiblement exposées aux comptes de correspondants bancaires américains, ont recours à des réseaux de paiement alternatifs, notamment le système chinois de paiement interbancaire transfrontalier.
Une autre possibilité consisterait à masquer l’origine du pétrole, notamment par des transferts successifs de navire à navire et par le réétiquetage du pétrole iranien comme pétrole brut malaisien ou indonésien. Cela offrirait aux importateurs une protection juridique reposant sur un déni plausible.
Les efforts déployés par les responsables de l’application des sanctions pour retrouver une «trace documentaire» à travers des intermédiaires complexes pourraient également se heurter à de longues chaînes, difficiles à retracer, composées de petites compagnies maritimes et de courtiers. Certains de ces acteurs se consacreraient exclusivement à l’achat de pétrole iranien et retourneraient ainsi efficacement les menaces américaines à leur avantage, en exploitant la réticence traditionnelle du département du Trésor à imposer des sanctions secondaires par crainte d’une escalade commerciale.

La Chine pourrait en outre imposer de nouvelles restrictions à l’exportation de terres rares et de métaux, parallèlement à la conclusion d’accords stratégiques de troc et d’investissement avec l’Iran. Le recours au financement serait ainsi entièrement contourné: la Chine pourrait recevoir du pétrole iranien en échange d’équipements de production, de biens de consommation, du développement d’infrastructures ferroviaires ou portuaires, ou d’une multitude d’autres biens et services.
Le recours à des «lois de blocage» serait également envisageable. Il s’agit d’un instrument du ministère chinois du Commerce interdisant expressément aux entreprises chinoises de respecter les sanctions unilatérales américaines. Une autre possibilité serait de mettre en place des assurances alternatives garanties par l’État, afin de permettre aux pétroliers de satisfaire aux exigences d’entrée dans les ports nationaux tout en opérant en dehors de la réglementation maritime occidentale. L’activation d’une immense capacité d’entreposage sous douane sur le territoire continental serait elle aussi concevable, ce qui permettrait au pétrole iranien d’y demeurer indéfiniment sans être dédouané.
Ainsi, si la situation venait véritablement à se durcir, la Chine pourrait, pour le dire simplement, «dire aux États-Unis d’aller se faire voir». Dans le cas contraire, Pékin pourrait, au sens figuré, «précipiter du haut d’une falaise» l’ensemble de la base industrielle et du secteur du commerce de détail américains.
21:15 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, états-unis, chine, iran, sanctions, asie, affaires asiatiques |
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Ratcliffe à Moscou: le signal le plus intéressant

Ratcliffe à Moscou: le signal le plus intéressant
Elena Fritz
Source: https://t.me/global_affairs_byelena
Une nouvelle visite de Steve Witkoff à Moscou ne constituerait désormais guère une information. Que John Ratcliffe s’y rende en personne est une tout autre affaire.
Le directeur de la CIA compte, sans ambigüité, au sein de l’administration Trump, parmi les voix les plus fermes à l’égard de la Russie. Selon The Atlantic, il insiste pour que le soutien américain à Kiev en matière de renseignement soit maintenu et met régulièrement en avant, auprès de Trump, les pertes russes ainsi que la capacité d’action de l’Ukraine.
La logique sous-jacente est très américaine et très trumpienne: celui qui apparaît comme le perdant voit son pouvoir de négociation diminuer.
Il est donc d’autant plus intéressant que ce soit précisément Ratcliffe qui se trouve aujourd’hui à Moscou. Un tel déplacement n’est en effet pas nécessaire pour un échange de routine. Des canaux directs existent entre la CIA et les services russes. Lorsque le chef du renseignement extérieur américain se rend personnellement à Moscou, il s’agit soit d’une question présentant un risque considérable d’escalade, soit de quelque chose qui dépasse déjà les positions exprimées publiquement. Le sens du déplacement n’est pas non plus dénué de signification.
Bien entendu, il n’existe en diplomatie aucune règle simpliste selon laquelle ce serait toujours le plus faible qui se rendrait chez le plus fort. Mais les mouvements politiques obéissent à une certaine hiérarchie. Celui qui fait lui-même le déplacement a quelque chose à transmettre, à empêcher ou à négocier qui lui importe suffisamment pour renoncer à la distance qui avait, jusque-là, été maintenue.
Je vois donc essentiellement deux possibilités.
Ratcliffe apporte un avertissement. Il serait alors question d’un seuil d’escalade que Washington juge suffisamment dangereux pour vouloir le communiquer directement, sans détours ni nuances diplomatiques.
Ou bien nous assistons déjà à la partie la plus intéressante: le passage de l’affrontement public à la négociation des conditions. Ce ne serait pas une «phase de paix». Bien au contraire. C’est précisément avant l’ouverture de négociations sérieuses que les États tentent généralement, une dernière fois, d’améliorer leur position. La pression militaire ne devient alors pas superflue: elle se transforme en argument à la table des négociations.
Le précédent historique doit donc retenir l’attention: en novembre 2021, le directeur de la CIA William Burns s’était rendu à Moscou afin de transmettre personnellement aux dirigeants russes la mise en garde de Washington contre une guerre.
Cela nous apprend peu de choses sur le contenu concret de la mission actuelle de Ratcliffe, mais beaucoup sur son importance. Witkoff se déplace lorsqu’il s’agit d’explorer les possibilités d’un accord. Lorsque Ratcliffe se déplace, il est plutôt question des conditions dans lesquelles un accord devient possible — ou une escalade inévitable.
#géopolitique@global_affairs_byelena
20:21 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, john ratcliffe, russie, états-unis, diplomatie |
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Le colonialisme au 21ème siècle: centres de données et géopolitique

Le colonialisme au 21ème siècle: centres de données et géopolitique
Leonid Savin
Comment l’intelligence artificielle influe sur l’économie et l’environnement des pays
Les centres de données existent depuis des décennies. Mais, depuis l’apparition de l’intelligence artificielle (IA) générative, de nouveaux centres de données, plus complexes et connus sous le nom de «centres de données hyperscale», ont commencé à être construits ou planifiés dans le monde entier.

Dès le départ, la Chine a intégré la création de tels centres au développement des infrastructures du pays et elle est considérée comme un leader reconnu dans ces technologies. Les États-Unis recourent à leur vieille méthode favorite du néocolonialisme, comme dans les années 1990, lorsque l’industrie opérait dans des pays en développement où les faibles salaires et les lacunes de la législation relative à la protection du travail permettaient aux entreprises de dégager une plus-value plus importante et, par conséquent, davantage de profits. De la même manière, les requins actuels du cybercapitalisme implantent leurs centres de données dans les pays dits du tiers-monde.
Sous prétexte d’investissements, de création d’emplois et de développement numérique, des géants tels que Google, Microsoft, Amazon Web Services (AWS) et d’autres créent de nouveaux pôles numériques en dehors des États-Unis. Les écarts de prix de l’électricité, la disponibilité d’importantes ressources naturelles et l’existence des terrains nécessaires aux constructions rendent d’autres pays attrayants. Dans ce contexte, l’Amérique latine ne fait pas exception. De plus, presque partout dans cette région, des forces loyales à Washington sont arrivées au pouvoir; il est donc désormais beaucoup plus facile de négocier avec les gouvernements afin d’obtenir des baisses d’impôts et des contrats avantageux.
Cependant, une nuance très importante, qui ne se remarque pas au premier abord, risque d’entraîner de graves problèmes. Pour fonctionner efficacement, les centres de données ont besoin non seulement d’électricité, mais aussi d’eau, utilisée pour refroidir les processeurs. Si, en Corée du Sud, on tente de résoudre cette question à l’aide de nouvelles approches expérimentales, telles que la création de centres de données sous-marins ou flottants dans lesquels l’eau de mer servirait au refroidissement, et si, en Russie, on étudie l’implantation de centres de données dans des régions caractérisées par de basses températures et un excédent d’électricité, on ne peut en dire autant de l’Amérique latine — ni, d’ailleurs, de l’Afrique et de l’Europe.
Compte tenu de la pénurie manifeste de ressources hydriques provoquée par les changements climatiques, ainsi que du fait que l’eau est également nécessaire à d’autres secteurs industriels, notamment à l’extraction minière, les pays d’Amérique latine qui accueillent des centres de données américains pourraient être confrontés à des risques semblables à ceux qui sont apparus lorsque, dans les années 1990, sous l’effet de la vague de privatisations imposée par la Banque mondiale, les sources d’eau potable sont devenues inaccessibles dans la région, ce qui a entraîné des révoltes sociales — par exemple à Cochabamba, en Bolivie (photo, ci-dessous).

L’État de Querétaro, au Mexique, est l’un des pôles d’Amérique latine où l’industrie des centres de données connaît le développement le plus rapide. Selon l’Association mexicaine des centres de données, l’État compte quatorze installations. En réponse à une demande d’accès à l’information, le ministère local du Développement fait état de dix-neuf autorisations.
La plupart de ces centres se trouvent à Colón ou à El Marqués, non loin de la capitale de l’État. Les habitants de la région sont déjà confrontés au manque d’eau au robinet, même si beaucoup d’entre eux, faute d’informations, pensent que cette situation est liée à l’insuffisance des précipitations naturelles. En réalité, la majeure partie des prélèvements d’eau est destinée au fonctionnement des centres de données.
Le Centre latino-américain de journalisme d’investigation (CLIPE) a mené une étude dans la région, qui a également montré que les centres de données les plus avancés consomment davantage d’électricité pour fonctionner. Par conséquent, leur refroidissement nécessitera aussi davantage d’eau. Il a également été constaté que les entreprises qui dominent le marché des centres de données constituent des conglomérats aux structures et aux propriétaires complexes, ce qui rend leur réglementation difficile et leur permet d’agir de manière plus opaque en ce qui concerne leur impact sur l’environnement et leur utilisation des ressources.

Dans le même temps, les entreprises recourent à des procédés de propagande qui dénaturent totalement le sens des faits. Ainsi, Microsoft et ONU-Habitat ont préparé un rapport appelant à investir 82 millions de pesos mexicains dans le développement de l’économie locale à Querétaro. Le rapport désignait la sécheresse comme l’un des principaux problèmes. Toutefois, il ne recommandait pas d’investir dans la résolution de ce problème. Il évoquait plutôt la nécessité d’investir dans les infrastructures régionales, comme le pavage des rues, et affirmait que les centres de données constituaient une occasion de transformation socio-économique pour l’État de Querétaro, et notamment pour les municipalités d’El Marqués et de Colón.
Microsoft, pour sa part, n’a investi ni dans des infrastructures visant à atténuer les conséquences de la sécheresse ni dans la résolution d’autres problèmes socio-économiques de l’État. L’entreprise a toutefois construit à Querétaro un «site de centres de données», entré en service au début de l’année 2024.
Selon des données obtenues par Núcleo Jornalismo, la moitié de tous les centres de données du Brésil — qu’ils soient au stade de la planification, de la construction ou de l’exploitation — se trouvent dans l’État de São Paulo, principalement dans la région de Campinas (photo, ci-dessous).

Il est évident que la puissance de calcul associée à l’intelligence artificielle est bien supérieure à celle requise par les centres de données traditionnels et qu’elle consomme donc davantage d’énergie. Par exemple, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) a estimé qu’une recherche classique sur Google consomme 0,3 wattheure. En revanche, une requête adressée à ChatGPT consomme en moyenne 2,9 wattheures. Selon le rapport de l’AIE, les centres de données ont consommé en 2024 environ 1,5% de toute l’électricité mondiale, soit l’équivalent de 415 térawattheures. Le même rapport indique que ce chiffre doublera d’ici à 2030. Toujours en 2024, l’Irlande a consacré 21% de son électricité — produite principalement à partir de combustibles fossiles — au fonctionnement des centres de données. Le pays en compte plus de 130.
Il est révélateur que, malgré leur rhétorique écologique, les pays occidentaux développés ne tiennent manifestement pas compte de ce que l’on appelle l’empreinte carbone liée au fonctionnement des centres de données.
Une enquête publiée par The Guardian en 2025 a montré que les émissions des centres de données appartenant à quatre des principales entreprises technologiques mondiales — Google, Microsoft, Meta et Apple — ou exploités par celles-ci pourraient être supérieures de 662% aux chiffres qu’elles déclarent officiellement.
Indépendamment des ressources énergétiques dont dispose tel ou tel pays, l’obsession de l’utilisation de l’intelligence artificielle et, par conséquent, du fonctionnement de puissants centres de données débouche sur une ingérence ouverte dans le domaine de la politique et des relations internationales.
En Argentine, le président Javier Milei a proposé un plan visant à accroître la production d’énergie nucléaire afin d’alimenter de nouveaux centres de données. Dans le Paraguay voisin, qui dispose d’un excédent d’énergie propre (1), une pression directe est en fait exercée. Ainsi, le secrétaire d’État américain Marco Rubio a proposé d’utiliser les surplus énergétiques du Paraguay pour alimenter des centres de données consacrés à l’intelligence artificielle. Compte tenu de l’orientation pro-Washington des dirigeants de ce pays et de la politique générale des États-Unis visant à replacer activement l’Amérique latine sous leur tutelle — y compris par l’emploi de la force militaire sous couvert de lutte contre les cartels de la drogue —, tout porte à croire que cette ingérence américaine au profit de ses entreprises ne fera que s’intensifier.
Le capitalisme du téraoctet est aujourd’hui à son apogée. Il existe toutefois un risque sérieux que la bulle de l’intelligence artificielle éclate, comme ce fut autrefois le cas de la bulle Internet, tandis que les problèmes énergétiques et environnementaux engendrés par l’essor actuel, eux, ne disparaîtront pas.
Note:
(1) Le Paraguay est, avec le Brésil, copropriétaire de la centrale hydroélectrique d’Itaipu (photo). Il produit actuellement davantage d’énergie qu’il ne peut en consommer et vend donc ses excédents au Brésil et à l’Argentine à des prix inférieurs à ceux du marché.

19:11 Publié dans Actualité, Géopolitique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, data centres, amérique latine, amérique du sud, amérique ibérique |
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Le destin cosmique de la Russie: le manifeste énergétique de Bouchouïev et Klepatch

Le destin cosmique de la Russie: le manifeste énergétique de Bouchouïev et Klepatch
Markku Siira
Source: https://markkusiira.substack.com/p/venajan-kosminen-kohta...
Le cosmisme russe est un courant philosophique et culturel qui associe science, religion et technologie à la foi en un destin cosmique de l’humanité. C’est un mouvement vieux de plus d’un siècle, dont les racines remontent au XIXe siècle. Parmi ses premiers penseurs, on compte le bibliothécaire-futuriste Nikolaï Fiodorov, le biogéochimiste Vladimir Vernadski et le pionnier de l’astronautique Konstantin Tsiolkovski, qui commencèrent à envisager la place de l’humanité dans l’univers sous un jour nouveau.

Fiodorov (portrait) rêvait de ressusciter les morts par la science. Vernadski adopta et développa le concept de noosphère, inventé par des penseurs français: une couche d’intelligence et de conscience où l’homme commence à diriger le développement de la biosphère de façon consciente. Tsiolkovski croyait pour sa part que l’humanité s’étendrait dans l’espace. Ces penseurs voyaient l’être humain comme une partie organique du cosmos, dont la mission était d’emporter la vie et la conscience au-delà de la planète. Cet héritage est toujours vivant dans la culture intellectuelle et politique russe.
Une expression contemporaine du cosmisme se trouve dans l’article «Энерго‐информационный космизм России» (Cosmisme énergie-information de la Russie, 2022), publié dans la revue Ekonomicheskie Strategii (Экономические стратегии, «Stratégies économiques»). La version anglaise de cet article, «Energy-information Cosmism of Russia», a été publiée en 2023 dans les actes de conférence de l’American Institute of Physics.
Les auteurs, Vitali V. Bouchouïev et Andreï N. Klepatch, appartiennent tous deux à l’élite académique et étatique russe. Bouchouïev est docteur en ingénierie, ancien vice-ministre de l’énergie, et a contribué à l’élaboration des stratégies énergétiques de la Russie jusqu’en 2030. Il est aussi connu comme fondateur de la science synthétique appelée «ergodynamique» (russe : эргодинамика), qui étudie la nature, l’homme et la société (ndt: nous reviendrons très bientôt sur cette problématique).

Klepatch (photo) est un économiste réputé, ancien vice-ministre des finances, chef économiste et directeur scientifique de la banque russe de développement VEB.RF. Tous deux sont caractérisés par l’excellence académique, une influence stratégique au niveau de l’État, ainsi qu’un intérêt pour le cosmisme et les thèmes ésotériques.
Les technocrates possèdent néanmoins une dimension ésotérique forte. Leurs théories cosmistes – notamment les idées sur l’origine des races humaines à partir de différents systèmes stellaires – ont suscité l’étonnement et la critique dans les milieux universitaires.
En août 2026, Klepatch a été démis de ses fonctions de chef économiste de la VEB.RF. La raison n’était pas ses vues ésotériques, mais sa déclaration pessimiste selon laquelle la Russie ne «gagnerait pas la guerre d’usure et perdrait la compétition technologique et économique non seulement face à la Chine et aux États-Unis, mais aussi parfois face à l’Ukraine».
Dans l’article lui-même, les auteurs partent de prémisses tout à fait différentes. L’idée centrale est résumée dans une phrase de Pythagore et du livre de l’Ecclésiaste: «Ce qui est en haut est aussi en bas; ce qui a été sera». Ce principe hermétique sert de fondement philosophique à l’ensemble du texte. Selon les auteurs, la planète Terre et le cosmos sont des partenaires fractals, qui se ressemblent par leurs propriétés. Ils obéissent aux mêmes lois, cycles et principes de transformation de la matière, de l’énergie et de l’information.

Dans cette vision du monde, l’univers tout entier est un ensemble fractal composé de superstructures, d’ondes et de résonances. Cette idée reflète directement la philosophie du cosmisme. Selon les auteurs, la civilisation est formée précisément par ce cycle: les ressources naturelles deviennent énergie, de laquelle naît un produit culturel, informationnel et spirituel qui permet la poursuite de l’activité de tous les systèmes vivants.
Les auteurs présentent une conception radicale de l’origine de l’homme. L’humanité n’est pas le résultat de mutations chimiques aléatoires, mais une forme logique et nécessaire selon laquelle «la vie intelligente cosmoplanétaire» s’organise sur Terre. La Terre n’est pas un objet mort mais un sujet vivant, et la vie est une propriété originelle et permanente du cosmos, non un hasard tardif. À ce stade, les auteurs se réfèrent directement à Tsiolkovski, qui affirmait: «Nous venons tous du cosmos, et à l’avenir l’humanité deviendra énergie rayonnante», afin de retourner sous forme d’énergie pure conquérir de nouveaux territoires cosmiques.

L’une des parties les plus singulières de l’article est la description de l’origine cosmique des races humaines. Les auteurs soutiennent que la Terre fut peuplée par des arrivants de différents systèmes stellaires. La race jaune en Lémurie (Asie) serait venue de la constellation du Lion, la race noire en Afrique de Sirius et la race blanche des zones polaires hyperboréennes (Europe du Nord et Russie) de la Grande Ourse. Ces arrivants ne sont pas venus dans des vaisseaux spatiaux physiques, mais comme «anges holographiques semblables au plasma» qui ont fécondé la surface terrestre et généré une «génération d’Aryens intelligents». Les auteurs soulignent que les différentes races possèdent toujours leurs gènes cosmiques, ce qui explique leurs différences persistantes.
À ce stade, les auteurs rejoignent la tradition ésotérique russe, où le terme «Aryens» désigne un peuple ancestral mythique originaire d’Hyperborée. Ce terme ne vient pas de l’idéologie nazie, mais fut transmis au cosmisme russe au XIXe siècle par la théosophie, notamment par la Russe Helena Blavatsky et sa Société Théosophique. Plus tard, l’Allemagne nazie reprit et adapta ces idées pour ses propres théories raciales.
La conception des auteurs sur les races et l’«aryanité» est politiquement incorrecte aujourd’hui, et bien que teintée d’ésotérisme, elle semble reposer sur des classifications raciales des XIXe et XXe siècles, qui ne sont plus reconnues par la génétique et l’anthropologie contemporaines.

Ils ne fournissent pas de fondements scientifiques à leurs affirmations, mais se réfèrent à la littérature ésotérique russe, notamment à leur ouvrage antérieur Энергокосмизм России (Cosmisme énergétique de la Russie, 2003) ainsi qu’au livre d’Alexandre Touloupov Род Севера. Русские гиперборейцы (Le clan du Nord. Les Hyperboréens russes, 2013), qui tente de prouver que les Russes descendent des Hyperboréens. Les auteurs s’appuient sur des «connaissances anciennes» et leur propre autorité plutôt que sur la recherche scientifique.
Selon ce schéma cosmique, les auteurs en déduisent l’histoire des migrations humaines. Sous l’effet des changements géoclimatiques, les peuples aryens se déplacèrent des zones polaires vers le sud par trois routes. À l’ouest, la route le long du méridien zéro à travers l’Europe mena à la naissance de la civilisation atlantique. À l’est, le flux migratoire le long du fleuve Lena fusionna avec les Lémuriens et forma la civilisation des «grands mogols», que les auteurs demandent à ne pas confondre avec les conquérants mongols. La route centrale passa par les montagnes de l’Oural (les mythiques montagnes Ripeus de l'antiquité) vers l’Asie centrale et jusqu’en Inde, laissant des traces aryennes encore visibles dans la culture indienne.
Les auteurs répartissent les civilisations eurasiatiques en trois groupes principaux. La civilisation nord-atlantique représente une base de valeurs individualistes, catholiques et protestantes. La civilisation russo-eurasienne est fondée sur le collectivisme, la sobornost (unité spirituelle) et le christianisme orthodoxe. La civilisation est-asiatique repose sur un modèle impérial centralisé. En outre, le monde islamique constitue son propre bloc avec la charia.
Les auteurs soulignent que les frontières de la civilisation russe sont bien définies: le Dniepr à l’ouest (la situation en Ukraine montre qu’au-delà, c’est un autre monde), la Grande Muraille de Chine à l’est et le Caucase au sud. Ils constatent que les tentatives de la Russie et de l’Union soviétique d’exporter leur modèle civilisateur au-delà de ces frontières ont toujours échoué.

Selon les auteurs, dans toutes les civilisations subsiste un «culte du ciel», souvenir de la planète natale et du foyer des ancêtres. L’homme ne doit pas être considéré comme un être ayant perdu son histoire et son identité, ni comme un robot sans âme dans le monde numérique. En l’homme, la vie et l’existence n’effacent pas la mémoire, et la raison et l’intelligence ne tuent pas l’âme.
Les auteurs mettent en avant comme spécificité de la civilisation russe le fait que le culte du ciel s’est concrétisé dans l’activité sociale et économique. Ils voient une continuité de l’époque tsariste à l’Union soviétique: bien que les slogans aient changé, le modèle administratif centralisé et la quête d’un développement harmonieux demeuraient l’expression du même principe d’unité céleste et terrestre.
L’Union soviétique donna au cosmisme une dimension pratique grâce au programme spatial. Contrairement à l’Occident, où l’espace est vu comme un objet de colonisation, pour la Russie il fait partie du «principe cosmoplanétaire».
Les auteurs esquissent des idées exceptionnelles qui, selon eux, devraient alimenter la discussion. Ils présentent une vision géopolitique selon laquelle la Russie n’est pas un carrefour entre l’est et l’ouest mais un pont entre la Terre et le cosmos: une connexion psychophysique dans le continuum énergie-matière-information-noosphère. Ils parlent d’un «univers pulsant où le temps ne progresse pas de façon linéaire mais vibre». Ils avancent que «l’application des phénomènes d’intrication quantique observés au niveau quantique à l’échelle macroscopique permettrait un déplacement dans le temps et l’espace par l’information, non par le mouvement physique». La vision de Tsiolkovski d’une humanité transformée en «énergie rayonnante» reçoit leur approbation, tout comme la rythmo-dynamique qui « permettrait un mouvement sans forces de réaction en réglant la fréquence propre d’un corps».
Les auteurs abordent aussi l’unité des processus électromagnétiques et de la gravité avec les flux d’énergie subtils. Ils citent des chercheurs russes controversés tels que Nikolaï Alexandrovitch Kozyrev et Vladimir P. Kaznatcheïev, selon lesquels le temps et l’énergie sont convertibles entre eux et les latitudes nord de la Russie constituent une zone particulière de transparence de l’information. Ils mentionnent le biophysicien Alexandre Tchijevski, selon qui les tempêtes cosmiques ont des effets sur les phénomènes terrestres. Enfin, ils esquissent l’intégration des processus économiques, écologiques, techniques et cognitifs en un ensemble écosocial et la vision d’un «foyer planétaire commun».
Les auteurs, planant dans les sphères cosmiques, redescendent toutefois sur terre en admettant que leurs propositions sont «partiellement spéculatives». Ils soulignent cependant que la Russie peut et doit accomplir sa mission historique: devenir une civilisation cosmoplanétaire centrée sur l’énergie et l’information, et un État leader dans l’exploration spatiale.
Comment cette vision s’accorde-t-elle avec la politique du jour ? La Russie est un pays où l’analyse sérieuse et réaliste – stratégies énergétiques et économiques, calculs géopolitiques, plans ministériels – coexiste avec ce type de contenu ouvertement spéculatif.
Le même Bouchouïev, qui a élaboré les stratégies énergétiques officielles du pays, écrit ailleurs sur l’origine hyperboréenne et les visiteurs angéliques/holographiques. Le même Klepatch, qui a fait des prévisions économiques à long terme pour la VEB.RF, publie aussi des textes néospirituels sur l’influence de l’activité solaire sur les cycles économiques et sociaux.
Cette amplitude de pensée est caractéristique de la culture intellectuelle russe, où la doctrine d’État pragmatique et la spéculation métaphysique peuvent coexister. Il est dans la tradition russe de réfléchir au destin du pays à la fois selon des perspectives réalistes et selon des récits de dimension cosmique. Le cosmisme y vit, à côté de la culture orthodoxe-technocratique officielle, comme un héritage spirituel spéculatif. Bouchouïev et Klepatch incarnent ce phénomène russe unique où le rang académique et la vision du monde ésotérique se rencontrent.
La frontière demeure cependant nette: une pensée excentrique est tolérée tant qu’elle reste distincte du processus décisionnel. Le renvoi de Klepatch de la banque de développement en août 2026, après qu’il ait publiquement exprimé une évaluation exceptionnellement sombre de l’économie russe et de la guerre en cours, est un exemple concret du tracé de cette limite. Les théories imaginatives sont acceptées, mais il n’est pas permis de remettre en cause la ligne en politique étrangère et en politique de sécurité.
Malgré les critiques et les revers, Bouchouïev et Klepatch représentent un phénomène qui ne disparaît pas. Le cosmisme russe n’est pas seulement une curiosité philosophique du passé, mais une façon de penser vivante qui offre des réponses alternatives à l’origine et à l’avenir de l’humanité. Son mélange unique de science, de politique et de spiritualité restera une part du paysage intellectuel russe, marqué par les bouleversements de l’ordre mondial et la montée des technologies d’intelligence artificielle.
18:48 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, russie, cosmisme, cosmisme russe |
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dimanche, 30 août 2026
La révolte des pêcheurs d'Ostende (1887)

Zannekinbond: Lutte flamande – lutte sociale !
La révolte des pêcheurs d'Ostende (1887)
Source: https://www.facebook.com/zannekinbond
Les 23 et 24 août 1887, une révolte des pêcheurs eut lieu à Ostende. Ce fut le point culminant d’une longue série d’émeutes et de troubles, au cours desquelles les pêcheurs ostendais se sont opposés à la concurrence injuste des pêcheurs britanniques qui inondaient le marché local avec du poisson bon marché. Cependant, les pêcheurs flamands n’avaient pas accès aux zones de pêche britanniques et étaient depuis des années fortement désavantagés par le manque d’investissements (matériel vétuste, méthode de pêche au chalut peu avantageuse et infrastructures insuffisantes). De plus, le soutien à l’intervention en faveur des armateurs fut supprimé en 1865. L’État belge et son monarque mégalomane Léopold II préféraient investir dans des monuments grandioses dans la ville plutôt que dans le port et en faveur de la communauté des pêcheurs. Tout cela conduisit à une exploitation persistante et à une pauvreté croissante dans la vaste communauté des pêcheurs.

La colère populaire atteignit son apogée le 23 août 1887 après un nouveau conflit entre pêcheurs ostendais et pêcheurs anglais qui arrivaient au port. Un commerçant flamand ayant commandé du poisson anglais fut également visé. L’État belge tenta d’étouffer la révolte dans l’œuf en usant d'une violence particulièrement brutale. La gendarmerie tira sur la foule et frappa un pêcheur d'un coup de baïonnette. Le lendemain, cinq morts furent à déplorer, dont deux pêcheurs, suite à l’intervention de la Garde civique belge.
L’État belge craignait que la révolte ne s’étende, un an après les graves troubles lors de la grève des mineurs à Liège et dans le Hainaut, où la répression belge fut féroce contre les ouvriers wallons. La violence entraîna la disparition des pêcheurs anglais d’Ostende pendant de nombreuses années et les travaux d’infrastructure nécessaires furent accélérés. La répression après la révolte populaire fut néanmoins sévère. Des dizaines de Flamands furent traînés devant les tribunaux et condamnés à des peines de prison et de lourdes amendes. L’aumônier des pêcheurs, Hendrik Pype (surnommé «Paster Pype» - photo), créa un fonds de soutien pour les veuves des pêcheurs abattus et devint, dans les années qui suivirent, un symbole de la lutte sociale menée par et pour la communauté des pêcheurs flamands.


Même si le contexte d’aujourd’hui est fondamentalement différent, les parallèles historiques restent pourtant bien réels. Les pêcheurs flamands n’ont pas affaire aujourd’hui à un seul groupe (comme l'étaient les pêcheurs anglais en 1887), mais à une combinaison de concurrence internationale, de restrictions dans l'espace à exploiter, de réglementations défavorables et de pression économique résultant d’une mauvaise gestion de nature libérale: concurrence sur un marché du poisson européen et mondial, importations de pays tiers et pression persistante sur les prix.
Beaucoup de navires de pêche flamands fonctionnent depuis des années avec une rentabilité en baisse et une flotte en diminution. Les pêcheurs constatent que l’élite politique belge (y compris la partie flamande de l’État) choisit les objectifs politiques de l’UE et non leurs intérêts économiques. Les fonds de compensation européens, les mesures de soutien flamandes, la réserve d’ajustement Brexit… sont jugés très insuffisants et extrêmement bureaucratiques. Il faut oser affirmer que la classe politique veut, à terme, laisser mourir la pêche flamande au profit du commerce et des importations venant de l’étranger.

19:25 Publié dans Belgicana, Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : mouvements sociaux, pêche, ostende, flandre, belgicana, histoire, 19ème siècle |
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Géopolitique de l’Inde au 21ème siècle

Géopolitique de l’Inde au 21ème siècle
Daniele Perra
Source: https://telegra.ph/Geopolitica-dellIndia-nel-secolo-XXI-0...
Après des décennies de non-alignement, la politique étrangère indienne, surtout avec l’arrivée au pouvoir de Narendra Modi, a opéré un tournant décisif avec la nouvelle affirmation d’une diplomatie économique (le fameux «Made in India») et la stratégie du «Look East, Act East». New Delhi cherche en réalité de nouveaux espaces de manœuvre, tant au niveau régional que mondial, pour s’imposer comme acteur fondamental selon sa conception d’une évolution multipolaire.
La politique indienne à l’ère postcoloniale était dictée par un impératif simple: indépendance et souveraineté totales. À cet égard, le non-alignement dans le schéma dichotomique de la Guerre froide s’avérait fondamental pour atteindre cet objectif. Il convient également de rappeler que, bien que Nehru fût perçu comme trop proche de l’Union soviétique, les États-Unis ne manquèrent pas de courtiser l’Inde tout en forgeant une alliance avec le rival pakistanais. Par ailleurs, la politique étrangère de New Delhi fut presque immédiatement marquée par la rivalité avec la Chine communiste; cet autre pays ne put s’empêcher de se rapprocher du Pakistan, surtout après le conflit sino-indien de 1962 (probablement l’événement le plus traumatisant de l’histoire récente de cet État du sous-continent). Inutile de préciser que cela créa dès le début un sentiment d’encerclement dans l’esprit des Indiens, poussant les penseurs les plus influents de la Nation à considérer l’Inde comme une sorte d’île (plutôt qu’une péninsule) au sein du vaste continent eurasiatique. En effet, le sous-continent est presque séparé du reste de l’Eurasie par le vaste système montagneux de l’Himalaya au nord; tandis qu’à l’est, à l’ouest et au sud, c’est l’océan Indien qui délimite ses frontières.

Avec la fin de la Guerre froide, la politique de non-alignement a été remplacée par une forme de multilatéralisme visant à modifier le fonctionnement du Conseil de sécurité de l’ONU et à promouvoir une répartition plus équitable des ressources et du pouvoir à l’échelle mondiale. Ce facteur a poussé l’Inde elle-même à collaborer avec son rival historique (la Chine, avant même le Pakistan, ce dernier étant considéré comme une annexe de la première) dans différentes organisations internationales, des BRICS à la SCO.
Le 21ème siècle est en effet caractérisé par une approche plus pragmatique de la politique internationale. L’objectif fondamental était (et demeure) l’intégration totale de l’Inde dans l’économie mondiale et la recherche d’un rôle plus actif dans le domaine de la coopération internationale. Les piliers des relations extérieures indiennes sont au nombre de trois: a) l’économie et le commerce; b) la sécurité intérieure face à diverses menaces (djihadisme, groupes sécessionnistes maoïstes ou autres); c) l’interconnexion étroite entre politique intérieure et extérieure.

Concernant le premier point, la diplomatie économique du «Made in India», du «Start Up India» ou du «Digital India», vise surtout à faire du pays un «hub» continental dans le secteur de la manufacture et de la technologie (l’Inde joue également un rôle important dans l’exploration spatiale), grâce à l’accent mis sur les accords bilatéraux et la coopération régionale.
Le commerce s’oriente principalement vers l’Asie occidentale, l’Afrique, l’UE et les États-Unis. Les relations avec les voisins immédiats restent plus complexes, bien que les relations commerciales avec le Népal, le Bangladesh, le Myanmar, le Bhoutan, le Sri Lanka et les Maldives soient aussi développées, alors que la présence chinoise y croît constamment.
Il faut aussi considérer que la région de l’Asie du Sud, bien qu’elle soit l’une des plus dynamiques en termes de croissance économique à l’échelle mondiale, reste politiquement instable. Elle possède l’une des populations les plus jeunes (on pense à la moyenne d’âge de 22 ans au Pakistan) comparée au reste du monde; et c’est l’une des régions les plus militarisées.

Dans ce contexte, des pays comme le Népal et le Bhoutan dépendent étroitement de l’évolution des relations entre l’Inde et la Chine. En 2025, on a assisté à une détérioration rapide des relations entre l’Inde et le Bangladesh. Ce pays, paradoxalement, doit son indépendance à l’Inde, mais risque de matérialiser ce qui constitue le cauchemar stratégique de New Delhi: un axe Pakistan-Chine-Bangladesh. En juillet 2025, le régime de l’Awami League a pris fin, suivi de plusieurs condamnations à mort dont celle de son leader Sheikh Hasima. À cela s’est ajoutée une ouverture radicale du pays bengali vers la Chine. Le Bangladesh occupe une position stratégique cruciale dans le golfe du Bengale – position que Pékin entend exploiter pour contourner le détroit de Malacca – et le maintien de bonnes relations avec lui est essentiel pour New Delhi, aussi bien pour le contrôle de l’immigration illégale et des infiltrations djihadistes sur le territoire indien que pour la maîtrise du corridor de Siliguri: une étroite bande de terre reliant l’Inde orientale au reste de l’Union.

Mais c’est l’océan Indien qui constitue la zone de la plus grande importance stratégique pour l’Inde. Il y transite un tiers du commerce international et deux tiers du commerce pétrolier. Et à ses extrémités se trouvent au moins trois points d’étranglement déterminants pour l’économie maritime mondiale: le détroit de Malacca, le canal du Mozambique et le détroit d’Ormuz (protagoniste dans la phase actuelle du conflit entre la République islamique d’Iran et le binôme USA-Israël).
Ici, récemment, l’Inde a dû faire face à la réduction de son influence et à l’augmentation de celle de la Chine aux Maldives; un système d’îles qui, en plus de sa valeur touristique, possède une importance stratégique en raison de sa position à mi-chemin entre les détroits d’Ormuz et de Malacca.

Avant d’aller plus loin, il convient d’ouvrir une courte parenthèse historique. Au 19ème siècle, le pouvoir et la technologie n’étaient pas répartis équitablement à l’échelle mondiale. Cela permit à des pays relativement petits sur le plan démographique et territorial (l’Angleterre, la Belgique, pour n’en citer que quelques-uns) de contrôler presque la totalité du globe. Le 21ème siècle, en revanche, avec un retour prépondérant de la démographie comme facteur d’action et de puissance, a radicalement renversé les schémas du passé. Des pays comme la Chine et l’Inde (on pourrait aussi citer le Nigeria, l’Indonésie, le Pakistan, le Brésil, etc.) ressentent le besoin d’occuper un rôle plus important sur la scène internationale et, surtout, de démontrer que la modernisation n’est pas synonyme d’occidentalisation et que le capitalisme peut revêtir des formes différentes.
Dans ce contexte évolutif, l’Inde a cherché à agir en politique étrangère avec un mélange d’idéalisme et de pragmatisme, recherchant à la fois une autonomie stratégique et un engagement renouvelé sur la scène internationale. L’Inde cherche ainsi à se présenter comme «fournisseur de sécurité» dans l’océan Indien et en Asie centrale, méridionale et du Sud-Est.
L’Inde unifiée possède une histoire particulière, fruit des leçons du passé. En effet, l’histoire indienne est une succession de royaumes différents, souvent en conflit, qui, dans bien des cas, ont fini par jouer le jeu des envahisseurs; par exemple les Moghols, dynastie impériale musulmane venue d’Asie centrale, qui furent les seuls à maintenir le sous-continent uni pendant des siècles.

Avec la fin de l’ère coloniale, l’Inde a dû reconstruire sa propre image. En 1954, elle signa avec la République populaire de Chine, qui venait de s’emparer du Tibet, une déclaration en cinq principes: a) respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale réciproques; b) non-agression et/ou non-ingérence dans les affaires des autres; c) égalité réciproque; d) coopération fondée sur l’avantage mutuel; e) coexistence pacifique. Cela n’empêcha pas un affrontement ouvert en 1962, avec Pékin qui a fini par occuper une partie importante du territoire indien.
Il faut rappeler qu’à la vision de Nehru (photo), l’action militaire était le dernier recours, inefficace pour résoudre les conflits. Le dirigeant indien voyait l’avenir de l’Asie comme une division en diverses fédérations bâties autour de différents «États civilisationnels». L’Inde, bien sûr, en faisait partie. Cependant, elle devait affronter le risque sécuritaire lié à la présence de populations musulmanes importantes sur ses deux flancs. Son idée de non-alignement l’amena à refuser toute participation à une alliance militaire. Malgré cela, en 1962, l’Inde chercha le soutien des Etats-Unis et du Royaume-Uni contre la Chine. En 1971, elle signa un traité d’amitié et de coopération avec l’Union soviétique, prélude à la relation spéciale que New Delhi (avec des hauts et des bas) entretient encore aujourd’hui avec la Russie; l’un des principaux fournisseurs d’énergie et d’armements du sous-continent.
Cette relation a été remise en question à plusieurs reprises, tant par les théoriciens de l’Hindutva liés au parti actuellement au pouvoir (le BJP de Narendra Modi) que par les tentatives répétées des États-Unis de courtiser l’Inde, culminant avec la déclaration d’amitié et de partenariat stratégique de 2015, après plusieurs décennies où Washington accusait New Delhi de manquer de cohérence stratégique, et après que les Etats-Unis eux-mêmes ont tenté de freiner l’ascension de Modi au pouvoir par l’utilisation massive d’ONG à leur service ou en cherchant à diviser le front populiste en soutenant le Aam Aadmi Party.
Cette déclaration fut le produit d’un nouveau focus stratégique nord-américain; le fameux «Pivot to Asia», visant à impliquer l’Inde dans l'endiguement de la Chine. Selon Washington, seule une alliance «occidentale» permettrait à l’Inde d’atteindre une vraie grandeur; et seul l’exploitation de sa nature «insulaire» (d’État séparé du reste du continent) lui permettrait de se projeter en mer comme nouvelle puissance thalassocratique.
L’Inde semble en effet posséder tous les critères qui favorisent le développement d’une puissance maritime selon l’amiral nord-américain Alfred T. Mahan (1840-1914): 1) position géographique particulière; 2) configuration physique du territoire; 3) extension du territoire et disponibilité de ressources militaires; 4) vaste population; 5) caractère et qualité de la population; 6) caractère/attitude/qualité du gouvernement.
New Delhi, par conséquent, devrait appliquer au golfe du Bengale et à une partie de l’océan Indien sa propre doctrine Monroe, favorisant le développement et l’augmentation numérique de sa marine militaire et, dans le style indien, une projection de puissance fondée avant tout sur la coopération en temps de paix.

À la lumière de cela, deux faits doivent être soulignés: 1) l’Inde est devenue une puissance nucléaire non pas tant pour effrayer le voisin pakistanais, mais pour disposer d’une forme de dissuasion contre la Chine; 2) l’Inde a déjà connu une tradition thalassocratique dans le passé, liée à l’Empire Tamoul et à la dynastie Chola (un véritable empire maritime qui a étendu son influence sur tout l’océan Indien et l’Asie du Sud-Est).

Ce n’est pas un hasard si les théoriciens nationalistes indiens rêvent d’une «Grande Inde» qui s’étendrait du fleuve Indus au fleuve Mékong. Une vision qui les rapproche quelque peu du projet biblique du sionisme: le «Grand Israël» s’étendant du Nil à l’Euphrate. Les premiers théoriciens de l’Hindutva (terme signifiant «indianité») ne manquaient pas d’exprimer leur solidarité envers le projet sioniste au Proche-Orient, solidarité fondée surtout sur un mépris commun envers l’islam. L’indianité repose fondamentalement sur le rejet de l’islam et l’acceptation des seules religions proprement indiennes: hindouisme, bouddhisme et sikhisme. Cette hostilité envers l’islam a amené ces théoriciens à considérer que l’islam, en tant que religion étrangère au sous-continent, était même pire que le colonialisme britannique.
Les séquelles de ce modèle idéologique persistent encore aujourd’hui. L’actuel Premier ministre Narendra Modi, par exemple, fut, en tant que gouverneur du Gujarat, protagoniste de véritables pogroms contre la population musulmane de la région. Les relations entre le Likoud israélien et le Bharatiya Janata Party restent excellentes. Ainsi, l’Inde, dans une optique d'endiguement de la Chine et de la nouvelle Route de la Soie, semble vouloir jouer un rôle de premier plan dans l’alternative «Route du Coton» ou IMEC (India-Middle East Corridor), qui devrait permettre à Israël d’étendre son influence sur l’océan Indien via les monarchies du Golfe.


Bien plus intéressantes du point de vue de la pensée indienne moderne sont les considérations de Swami Vivekananda (1863-1902 - photo), précurseur de l’idée de l’Inde comme « État civilisationnel » et des réflexions de figures du mouvement nationaliste indien anti-colonial, de Sri Aurobindo à Mahatma Gandhi. Vivekananda est aussi considéré comme un réformateur de l’hindouisme et de l’application des valeurs religieuses à la politique. Selon lui, l’indépendance totale ne peut être atteinte qu’en suivant la voie du karmayoga (une action qui ne s’écarte jamais d’un système précis de principes).

Le Vedanta, en particulier, peut être utile pour comprendre la politique étrangère et surtout il constitue le fondement de l’idée multipolaire indienne, prônant l’unité dans la multiplicité. Un concept que l’on retrouve aussi dans la tradition culturelle et religieuse chinoise. À ce propos, on ne peut oublier le contenu de l’Arthashastra (terme traduisible par «science de l’administration politique» ou «compendium des affaires mondiales») de Chanakya (375-283 av. J.-C.), lequel est considéré comme une sorte de Machiavel indien, bien qu’il ait vécu bien avant le penseur italien. On y retrouve le principe directeur de la politique indienne (inspiré des Upanishad): «la vérité est une, mais il existe différentes voies pour l’atteindre».
Sur ces bases, le multipolarisme indien contemporain est interprété comme un ensemble de puissances responsables vers l’extérieur et non enfermées dans le contrôle interne. Il y a une sorte de rejet de ce qu’on appelle «autisme dans les relations internationales». Dans ce contexte, l’Inde doit agir sur plusieurs fronts.

Nehru et Brejnev.
Nehru considérait l’URSS comme un facteur de stabilité au nord des frontières indiennes. De l’Asie centrale provient en effet la majorité des approvisionnements énergétiques indiens. La stabilité de cette région est fondamentale, tout comme les relations avec Moscou. Pour cette raison, la chute de l’URSS fut aussi perçue en Inde comme une catastrophe géopolitique. Et c’est pourquoi, dans la situation actuelle, New Delhi a rejeté le système de sanctions occidental imposé à la Russie suite à son intervention directe dans le conflit civil ukrainien. Il en va de même pour un autre fournisseur de ressources pour New Delhi, l’Iran. Avec la Russie et l’Iran, on construit en effet le corridor de transport Nord-Sud, destiné à acheminer ces ressources vers les ports indiens via la Russie, l’Asie centrale et l’Iran.
L’Inde a besoin d’une Asie centrale stable pour permettre un flux énergétique stable garantissant le soutien à sa croissance économique. En même temps, elle a toujours privilégié une solution diplomatique à la question nucléaire iranienne et soutenu (avec une certaine dose d’ambiguïté) l’idée qu’une attaque militaire contre l’Iran aurait un effet dévastateur (ce qui s’est effectivement produit) sur la région (plus de cinq millions d’Indiens vivent dans les pays du Golfe Persique) et sur l’économie mondiale. L’Inde est le quatrième consommateur mondial de pétrole. Elle a besoin de ressources abondantes à faible coût et ne peut suivre les délires occidentaux dans ce domaine, malgré des pressions internes.
Il est d’ailleurs «curieux» que les principaux acheteurs de pétrole iranien (Corée du Sud, Japon, Taïwan, Chine, Turquie et l’Inde elle-même) soient aussi ceux qui possèdent des «créances» envers les USA. Il est donc évident que Washington cherche à défaire ce type de relations afin que ces pays achètent plus d’hydrocarbures américains (une opération très similaire à ce qui s’est passé en Europe avec la crise ukrainienne).
Il est tout aussi curieux que parmi les « faucons » du parti actuellement au pouvoir, certains considèrent la Russie comme un ennemi de l’Inde ou suggèrent d’utiliser la frontière avec la Chine (de plus en plus militarisée) comme tête de pont en cas d’attaque occidentale contre la République populaire. D’autres encouragent une augmentation de la relation déjà forte avec le Japon pour un simple endiguement de la Chine sur deux fronts.
La relation avec la Russie est particulière, car beaucoup la voient comme un produit des relations personnelles de Nehru dans les premières années de l’État postcolonial. Aujourd’hui, ces relations restent fluctuantes (malgré la signature d’un accord de partenariat stratégique en 2000), surtout à cause de l’ouverture du gouvernement Modi aux Etats-Unis et de sa recherche de diversification dans les fournitures militaires. La Russie, de son côté, a nettement amélioré ses relations avec le Pakistan après les problèmes des années 1980 liés au conflit afghan.

L’Afghanistan s’est rapidement transformé en théâtre de rivalité entre le Pakistan et l’Inde. La fuite des États-Unis hors de ce pays fut perçue comme une victoire pakistanaise, Islamabad parvenant à se doter d’une profondeur stratégique dans l’État voisin. En réalité, les problèmes jamais entièrement résolus, qui concernent les frontières et les nationalismes respectifs (pakistanais et afghan), ont mené à un affrontement ouvert, lié aussi au fait qu’Islamabad fait obstacle à la construction de relations commerciales entre l’Inde et l’Afghanistan poursuivies par le gouvernement taliban de Kaboul.
La stratégie du «Look East» reste l’un des fondements de la politique étrangère indienne. Elle se serait même développée en quatre phases sur plus d’un millénaire. La première phase fut celle de l’Empire Chola; la deuxième celle de l’Empire moghol; tandis que la troisième débuta durant la Guerre froide, avec le développement d’une relation particulière qui perdure encore aujourd’hui (notamment dans termes de la politique d'endiguement de la Chine en mer de Chine méridionale) entre l’Inde et le Vietnam (l’Inde soutint le Vietnam lors du conflit avec les Khmers rouges cambodgiens, soutenus par la Chine et les Etats-Unis).

La quatrième phase a commencé dans les années 1990 et a culminé avec l’idée d’«Act East» du gouvernement Modi, visant à améliorer les interconnexions routières et commerciales pour projeter l’influence indienne en Asie du Sud-Est via le Myanmar et la Thaïlande. Cependant, on craint qu’une ouverture excessive n’augmente les risques d’infiltration au sein des frontières indiennes de la criminalité organisée, transnationale et impliquée dans le trafic de drogue, d’armes (avec des conséquences évidentes dans la lutte contre les milices sécessionnistes ou islamistes) et d’êtres humains.

Le corridor économique Mékong-Inde.
Quoi qu’il en soit, une coopération plus étroite avec le Myanmar permettrait l’exploitation potentielle des immenses ressources de ce pays (plus de trois milliards de barils de pétrole, sans compter le gaz), trop longtemps victime d’une instabilité politique, parfois orchestrée de l’extérieur. Des projets intéressants dans ce domaine sont le corridor économique Mékong-Inde, lié à une coopération plus étroite entre l’Inde et le groupe ASEAN, et le forum trilatéral Inde-Myanmar-Thaïlande.
En conclusion, l’Inde ambitionne de jouer un véritable rôle de leader du Sud Global par la coopération et la diplomatie économique, que le gouvernement Modi a érigées en fondement de sa stratégie. Il est important ici de souligner la différence entre les concepts de «voisinage», que l’Inde applique à sa proximité géographique, et celui de «périphérie», appliqué par les USA à l’Amérique du Sud ou par la Russie à l’espace ex-soviétique, et qui implique l’utilisation d’outils militaires (comme cela s’est souvent produit dans les deux cas) pour (ré)affirmer une suprématie effective. L’Inde et la Chine sont assez similaires à cet égard; toutes deux recourent à la coopération internationale et à leur participation à certaines organisations (BRICS, SCO ou AIIB – Asian Infrastructure Investment Bank) pour développer et améliorer leurs relations bilatérales avec leurs voisins immédiats ou plus éloignés.
Quoi qu’il en soit, la vision multipolaire indienne de l’ère Modi n’est pas exempte d’ambiguïtés. Contrairement à celle de la Chine (qui considère la sécurité et l’économie asiatique comme absolument dépendantes des Asiatiques eux-mêmes, sans aucune influence extra-continentale), elle reste liée à une idée qui semble davantage inspirée de l'uni-multipolarisme huntingtonien, où à un pouvoir économique mondial plus partagé s’oppose la supériorité technologique et militaire incontestée d’une seule puissance: toujours les États-Unis.
19:02 Publié dans Actualité, Géopolitique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : géopolitique, actualité, histoire, inde, asie, affaires asiatiques, océan indien |
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samedi, 29 août 2026
La pieuvre de la surveillance «Palantir» s’attaque au marché des médias: vers un lecteur entièrement transparent

La pieuvre de la surveillance «Palantir» s’attaque au marché des médias: vers un lecteur entièrement transparent
New York. Le groupe américain de sécurité «Palantir» est actuellement la plus grande pieuvre mondiale en matière de données et de surveillance. L’entreprise est particulièrement controversée en raison de ses programmes d’intelligence artificielle destinés à la «lutte préventive contre la criminalité». Malgré cela, en Allemagne, les forces de police de certains Länder utilisent déjà des programmes de «Palantir».
Le groupe cherche désormais à mettre la main sur les données de millions d’utilisateurs de médias. Une alliance inquiétante entre la «Big Tech» et le paysage médiatique international se dessine. USA TODAY Co., le plus grand groupe de presse des États-Unis, qui possède plus de 200 journaux locaux ainsi que le quotidien national USA TODAY, intègre «Palantir» à ses systèmes de traitement des données.

L’entreprise souhaite analyser plus en profondeur les données de ses lecteurs et transformer des utilisateurs jusqu’ici anonymes en relations identifiables. Mike Reed, PDG de USA TODAY, a déclaré lors de la conférence de presse consacrée aux résultats du deuxième trimestre 2026: «Chaque visite, chaque session et chaque moment d’attention émet un signal». L’association de ces signaux doit permettre de produire de l’«actionable intelligence», c’est-à-dire, en français, des informations exploitables.
Reed a qualifié les utilisateurs anonymes de «public le moins précieux et le moins monétisable» et annoncé son intention de transformer les interactions actuellement anonymes des lecteurs en «relations connues».
Kristin Roberts, directrice des médias de USA TODAY, a évoqué à ce propos «de meilleures recommandations et offres, fondées sur ce qui intéresse réellement les gens». C’est un procédé que nous connaissons déjà chez Amazon, Facebook et Google.
«Palantir» collabore déjà avec d’autres entreprises médiatiques dans le domaine de l’analyse des données. En Allemagne, le groupe d’édition Axel Springer, dont le portefeuille comprend notamment Politico, Business Insider, Bild et The Telegraph, utilise ce logiciel depuis plusieurs années. Les groupes de presse justifient l’utilisation accrue des données par la recherche d’une commercialisation plus efficace et par la baisse du trafic en provenance des moteurs de recherche. De son côté, «Palantir» cite parmi les domaines d’application «des informations détaillées sur les habitudes de lecture, l’efficacité de la publicité et les modèles d’abonnement».
Au sein même de USA TODAY, la coopération avec cette pieuvre des données et de la surveillance est loin de faire l’unanimité. Plus de 800 employés issus de 31 rédactions ont demandé qu’il y soit mis fin. Mais cette activité est bien trop lucrative pour les deux parties (mü).
Source: Zu erst, août 2026.
20:41 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, palantir, surveillance, presse |
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Il n’y a pas que «Starlink»: la Russie développe son propre réseau «Rassvet»

Il n’y a pas que «Starlink»: la Russie développe son propre réseau «Rassvet»
Moscou. Une course aux armements, dont la plupart des gens n’ont pas conscience, fait rage en orbite terrestre basse: la Russie accélère le déploiement de son propre réseau satellitaire, baptisé « Rassvet ». Ce système est destiné à offrir une solution russe de substitution au réseau de satellites «Starlink» d’Elon Musk et devrait prochainement servir à la transmission rapide de données, aux communications militaires ainsi qu’aux opérations de drones. Le dirigeant du Kremlin, Vladimir Poutine, a déclaré à plusieurs reprises que «Rassvet» pouvait rivaliser avec «Starlink». «Cela demande un certain temps, mais le système a été créé et il fonctionne», a affirmé Poutine à la mi-juin.
L’entreprise chargée du développement, appelée «Bureau 1440», travaille sur «Rassvet» depuis environ cinq ans. Son nom fait référence à Spoutnik 1, qui effectua au total 1440 révolutions autour de la Terre en 1957. L’entreprise est née en 2020 d’un projet de l’opérateur de téléphonie mobile MegaFon et portait initialement le nom de «MegaFon 1440». Trois satellites d’essai ont été lancés en juin 2023, suivis de trois autres en 2024 afin de tester les communications par laser.

En mars 2026, les seize premiers satellites opérationnels ont été placés dans l’espace. À la fin du mois de juillet, le Bureau 1440 a annoncé le lancement d’un deuxième groupe. Une fois les essais terminés, les satellites devraient atteindre en octobre ou en novembre leur orbite définitive, à environ 800 kilomètres d’altitude. Selon le conseiller ukrainien Serhiy Beskrestnov, connu sous le pseudonyme de «Flash», jusqu’à quarante satellites «Rassvet» se trouveraient déjà en orbite.
Environ douze satellites de la première série ont atteint l’orbite prévue. Au-dessus de l’Ukraine, ils offrent jusqu’à présent une à deux fenêtres d’observation quotidiennes. Selon les circonstances, celles-ci durent de dix minutes à une heure et demie. Le deuxième groupe est toujours en route vers son orbite définitive.
Le déploiement doit se poursuivre rapidement. Selon les services de renseignement ukrainiens, Moscou prévoit de disposer de 292 satellites d’ici à 2027. Bureau 1440 en annonce environ 730 pour 2030 et plus de 900 pour 2035. Les experts estiment que 200 à 250 satellites seraient nécessaires pour assurer une couverture continue de la Russie et de l’Ukraine. Dans le même temps, certains doutent que la Russie puisse lancer l’ensemble de la flotte prévue à l’aide de ses propres lanceurs.
Les services de renseignement militaire ukrainiens affirment avoir constaté une accélération du programme. Le général de division Vadym Skibitsky a déclaré: «Les satellites sont lancés beaucoup plus rapidement que ne le prévoyaient les plans initiaux». Si ce rythme se maintient, «Rassvet» pourrait, selon les experts, permettre une surveillance continue de l’Ukraine d’ici au milieu de l’année 2027.
Dans la guerre en Ukraine, les communications satellitaires jouent un rôle important. «Rassvet» doit également garantir le maintien des liaisons lorsque les réseaux terrestres sont hors service. Ces systèmes peuvent en outre soutenir les opérations de drones grâce à la transmission d’images en direct.
À titre de comparaison, «Starlink» compte déjà plus de 10.800 satellites dans l’espace. En moyenne, SpaceX lance tous les trois jours une fusée Falcon 9 emportant environ deux douzaines de satellites supplémentaires. Le 23 juillet, l’Union européenne a inscrit «Rassvet» dans son 21ᵉ train de sanctions, qui vise le secteur militaro-industriel ainsi que les domaines de l’électronique et des communications. Il est peu probable que cette mesure entrave de manière significative la solution russe de substitution à «Starlink» (mü).
Source: Zu erst, août 2026.
20:28 Publié dans Actualité, Défense | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : rassvet, actualité, russie, défense satellitaire, satellites |
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Heidegger, l’Être et le Mystère de Rome

Heidegger, l’Être et le Mystère de Rome
Giandomenico Casalino
Source: https://www.paginefilosofali.it/heidegger-lessere-e-il-mi...
Il semblerait qu’entre les deux thèmes, ou complexes de l’Esprit, mentionnés dans le titre du présent écrit, il n’existe et ne puisse exister aucune relation, aucune contiguïté. Il n’en est rien ! Et nous allons ici avancer des considérations probantes, pour ainsi dire “en bonne et due forme”, de manière à permettre à ceux qui s’approchent de la Chose avec l'éros de penser, dans une façon visionnaire, l’extraordinaire et complexe présence du même Logos dans ces deux Réalités, du même Mystère de l’Être et de sa visibilité invisible qui est invisibilité visible.
Heidegger [1] fut conduit, autour de 1930, par la Pensée à abandonner la dimension existentialiste de son itinéraire spirituel, dont il avait atteint le sommet avec L'Être et le Temps et, laissant derrière lui (ce fut ce qu’on nomma le Tournant [die Kehre]…) la réflexion thématique sur l’être-là, c’est-à-dire le Dasein et donc le sujet, encore, peut-être, trop husserlienne, il s’orienta de façon toujours plus décisive et radicale vers “quelque chose” qui ne soit plus l’étant, dans toutes ses déterminations, y compris celle humaine de l’être-là.
En substance, on pourrait oser dire que le Tournant de Heidegger rappelle ou évoque celui, par ailleurs contemporain, vécu par Evola, puisque ce dernier tournait aussi son esprit et son intelligence vers l’universalité objectivante de la Tradition, allant au-delà de ses précédentes réflexions philosophiques, certes remarquables mais encore chargées de transcendantalisme kantien, pour en arriver à voir et à contempler le scénario surhumain du Transcendant qui est Immanent et de l’Immanent qui est Transcendant; ainsi, Evola, tout comme Heidegger, commençait à voir le Monde d’une façon très proche de la vision hellénique, c’est-à-dire non ontique mais ontologique, pour utiliser le lexique heideggérien.
Ceci étant dit, entrons immédiatement in medias res !
Heidegger, on le sait, a vu et vécu, dans tout son parcours spirituel, de nature intrinsèquement mystico-sapientielle, l’Oubli de l’Être, comme il l’a défini lui-même, qui est, à son juste avis, engendré, causé par l’entification première du Divin, opérée par le christianisme et, ensuite, par l’entification cartésienne de la res cogitans et de la res extensa, entifications qui sont les deux faces de la même médaille et constituent la domination planétaire de la Technique qui, pour le Sage allemand, n’est pas un problème “technique” mais une question dramatiquement et essentiellement philosophique ! Ici, il ne nous est pas possible, pour d’évidentes raisons d’espace, d’exposer un sujet aussi vaste, que nous devons toutefois considérer au moins connu, sinon su, afin d’expliciter, de manière aussi synthétique que possible, les raisons du présent écrit.
Si dans le Cours de 1929-30, intitulé Les concepts fondamentaux de la métaphysique et dans l’autre Cours de 1932, intitulé Le début de la philosophie occidentale, Heidegger aborde, en Grec, la vision grecque de la phỳsis et commence à percevoir dans l’esprit visuel des Grecs la différence ontologique primordiale, entre “ce qui prévaut”, c’est-à-dire l’étant qui croît et se manifeste, et l’Être lui-même, qui est “le prévaloir en tant que tel”; dans le Cours du semestre d’été 1935, Introduction à la métaphysique, il affirme de façon encore plus explicite que la phỳsis, qui est l’imposition, l’éclosion de ce qui éclot, (la rose…), la croissance même, la Vie du Cosmos, est l’Être même: «La phỳsis est le même Être, en vertu duquel seulement l’étant devient observable et le demeure…»!
De notre point de vue, Introduction à la métaphysique est le chef-d’œuvre systématique des années 1930; dans cette œuvre, Heidegger, parcourant sa Voie, communiquant à nos âmes la clarté (Lichtung) manifeste de la phỳsis (mot dont les racines sont : phu et pha, d’où les verbes phỳein et phàinesthai, c’est-à-dire respectivement "croître" et "briller", "apparaître") en vient à affirmer que «… la Vérité du Divin appartient au déploiement essentiel de l’Être…» de sorte qu’il associe explicitement phỳsis, qui est l’Être, c’est-à-dire le Divin (récupérant ainsi le sens archaïque du mot) à la Vérité qui est Alètheia, et cela signifie, helléniquement, que le Divin, to Thèion, est le dévoilement, la manifestation du Soi cosmique et que Lui est la mesure du Tout, et non pas le Dasein qui est l’individu au sens ontique, comme l’enseigne d’ailleurs le Divin Platon.
Ici se trouve la clé de voûte pour entrer dans le sens du logos que nous souhaitons transmettre: Alètheia est, en vertu de l’alpha privatif, l’absence d’occultation, d’obscurcissement, d’oubli et d’absence; et puisque dans la Théologie Orphique la source à laquelle il ne faut pas s’approcher est Lèthe, qui est la perte de la Mémoire, alors que la Santé vient de la Source de Mnémosyne, le mot Lèthe, d’où le verbe lanthàno, qui signifie cacher, occulter, deviendra, chez Heidegger, dès la fin des années 1940, le thème de base du cheminement de la Pensée qui aura pour “objet” uniquement et exclusivement la sophia qui est le Savoir de l’Être et sur l’Être en tant qu’il est le non-latent et donc le permanent dans son essence, qui est une avec son existence.
Heidegger, en même temps, et en vertu de sa vision grecque du Monde et de la Vie, dénonce décidément et en conséquence la progressive entification du Monde, qui est donc la fragmentation mécaniste de la phỳsis, causée par l’imposition du psychisme dualiste chrétien qui a conduit, par ricochet, à la catastrophe spirituelle que constitue l’Oubli de l’Être, qui est l’occultation du Sacré, donc l’Oubli de l’Alètheia, équivalant au règne de son contraire: la Lèthe, c’est-à-dire le non-Être, donc la Technique, car l’absence de Mémoire est l’absence d’Anamnèse, qui est au contraire le Souvenir de la Connaissance vivante des Idées, des Formes, c’est-à-dire de l’Être, expérimentée par l’âme dans la vie “d’avant”, selon le Divin Platon (Phèdre, 249, c VI) ![2]
Heidegger, indépendamment de certaines de ses convictions absolument discutables, comme, par exemple, celle exprimée dans son écrit “La doctrine platonicienne de la vérité” [3], ou le fait de considérer fondamentale la question: «Pourquoi y a-t-il de l’étant plutôt que rien?» [4], a mis en évidence de manière grandiose et extraordinairement dramatique l’abîme nécrotique de la Pensée et donc de l’Esprit dans lequel ce qui reste de l’homme dans l’Âge Sombre actuel a sombré, au point d’affirmer que seul «un Dieu peut nous sauver…!», dans son entretien accordé en 1976, peu avant sa mort, au magazine allemand Der Spiegel ! Et il y aurait beaucoup à dire et à réfléchir, et longuement, sur le fait qu’il ait dit “un Dieu” et non “Dieu”, manifestant ainsi une manière explicitement païenne de penser le Divin !
En définitive, l’Oubli de l’Être est, selon l’ensemble du parcours de pensée de Heidegger, le signe, la marque de l’époque actuelle et c’est en même temps la latence, c’est-à-dire la fuite de l’Être même, son fait de se cacher derrière l’Étant, n’étant plus l’Apparent et le Présent, c’est-à-dire l’Absolu; mais cela est la manifestation, comme Heidegger l’argumentera lui-même dans son Cours sur Héraclite donné en 1943, de l’impuissance épocale de l’Esprit à entrer dans le sens ésotérique, donc profond, du célèbre fragment 123 du sage d’Éphèse: «Phýsis krýptesthai phìlei», que l’on doit traduire en français par «l’Être aime à se cacher»!
Voilà la question centrale qui est l’objet du présent propos! Heidegger a vu, de façon visionnaire, la latence de l’Être, et le mot latence a, sémantiquement et aussi comme racine indo-européenne, la même base linguistique que le verbe lanthàno et que la Lèthe grecs, et ayant acquis tout cela, il nous est permis, à ce stade, de faire cet apparent “saut” vers la Tradition de Rome et son Mystère! [5] Ce n’est pas un saut car «la nature ne fait pas de saut»! Il s’agit ici au contraire de deux chemins parallèles de l’Esprit indo-européen: l’un est celui gréco-germanique selon son génie philosophiquo-religieux, l’autre est celui romain selon son génie juridico-religieux, et “génie”, il convient de le souligner, vient du Génie de la lignée.
Et quel est le parcours parallèle du génie romain? Quelle est la Parole que la Tradition primordiale de Rome proclame emphatiquement (en-Fas = dans la Parole Divine…!), qui est miraculeusement la même que celle du Logos sapientiel de Heidegger ?
Il réside et est radieusement présent dans la puissance imaginale de la Vision mythique-hermétique de Saturne caché dans le Latium, d’où le thème de la dérivation du mot: “Latium a latere”, dont traitent Virgile (Énéide, VII, 322) et Ovide (Fastes, I, 232). Affirmer que le Nom de la Terre (Saturnia Tellus) et du Genius Loci à partir et sur lequel se manifeste et s’impose éternellement (“Hic manebimus optime!”) Rome, dérive du verbe látere qui, de façon évidente, est, aussi bien littéralement que sémantiquement, identique au lanthàno grec; que le Latium, précisément parce qu’il porte ce nom, issu de ce verbe, cache Saturne qui, tant dans le récit strictement mythico-poétique au sens religieux, chanté par Virgile et Horace, que dans sa dimension ésotérique hermétique, est l’Or caché, occulté, souillé par et dans le Plomb de la Lèthe, c’est-à-dire de l’Oubli de l’Être; que l’Âge d’Or, c’est-à-dire le Satya Yuga sanskrit de la Tradition védique, est l’Âge de l’Être que Virgile, justement dans son Poème, énonce et annonce, car il voit que l’Âge d’Or, qui est Saturne d’Or, coïncide, en fait est, l’Âge Augustéen de la Pax romana, donc éternelle, comme il est évident dans la symbolique florale, absolument et exclusivement apollinienne, de l’Ara Pacis; cela peut-il être considéré, jugé par “quelqu’un”, comme “fortuit”? À “celui-là”, il ne peut objectivement être permis de penser qu’il n’existe aucune relation analogique et, donc, aucune connexion objective (précisément en termes sémantiquement juridiques) entre l’Oubli de l’Être comme obscurcissement du Divin, comme fuite de la Pensée, comme Lèthe en tant que négation d’Alètheia, du Logos de Heidegger, et le Savoir primordial, aussi bien mythique qu’hermétique, présent dans la Spirale de Stéphanos, symbole archaïque de la Tradition alchimique alexandrine, exposé dans sa valeur universelle par Evola lui-même [6]; le Savoir qui voit la même histoire de Rome, ainsi que sa méta-histoire, comme l’accomplissement hermétique du Saturne d’Or dans l’épopée romaine, également mythique; le Savoir qui proclame explicitement que le Mystère de Rome, le Fatum impérial que Jupiter lui-même lui a attribué, sans limite d’espace ni de temps, est le dévoilement, la manifestation, l’effacement de la latence et donc de la fuite, en tant qu’absence de l’Être Primordial qui est Saturne; le Savoir qui fait que la perfection, l’accomplissement de ce Fatum, comme Parole Divine, qui est donc le Retour, l’Anamnèse comme Connaissance-Souvenir, au sens platonicien, du statut doré de Saturne, qui est l’Être, coïncide avec l’Aeternitas Romae elle-même et que, par conséquent, le Peuple romain, en tant que Peuple des Dieux, est la seule forme, dans l’histoire de toute l’humanité, d’initiation communautaire, car il édifie, dans la continuité des siècles, dans l’âme des différents peuples et donc dans l’Invisible, par le Rite juridico-religieux, pendant plus de mille ans, précisément cette sainte union entre le Sénat, le Peuple et le Sacré qui est la Res Publica universelle, dans sa Pax Deorum !
Heidegger, dans le sillage du Destin de sa Pensée qu’il a soignée et gardée, et les Arcana Imperii de Rome invoquent, au même Instant, qui est l’éternité, la même Lumière de l’Être, de la Vérité et du Sacré ! Et cela n’est visible qu’aux yeux de l’Esprit de ceux qui sont érotiquement et donc follement (la manìa platonicienne) amoureux de ce Logos, afin qu’intérieurement [7] ils en proclament la valeur vivante et donc puissamment initiatique, ici et maintenant, dans l’obscur et humide cloaque où l’Europe, en cette époque terminale, repose nécrosée.
Notes:
[1] Sur Martin Heidegger la bibliographie est immense. Nous nous limitons donc ici à indiquer, comme outils pour aborder la connaissance du Logos heideggérien, qui exige toutefois une étude intense, profonde et constante de toute son œuvre pendant des années, comme nous avons eu la chance de le vivre nous-même, deux volumes : L. GIANFELICI, Philosophie et mystique chez Martin Heidegger, Naples 2006, pp. 229 et suiv. ; R. CAPOBIANCO, La Voie de l’Être de Heidegger, Naples 2023.
[2] R. DE MONTICELLI, L’ascèse philosophique. Études sur le tempérament platonicien, MILAN 1995, pp. 212 et suiv.
[3] M. HEIDEGGER, Chemins qui ne mènent nulle part, Milan, 1987, pp. 159-192 ; voir à ce sujet la critique correcte de P. FRIEDLANDER, Platon, Florence 1979, pp. 298 et suiv.
[4] M. HEIDEGGER, Introduction à la Métaphysique, Milan 1986, pp. 13 et suiv.; IDEM, Qu’est-ce que la Métaphysique?, Florence 1979. Voir à ce propos ce que nous déduisons dans G. CASALINO, L’origine. Contributions à la Philosophie de la Spiritualité Indo-européenne, Gênes 2009, pp. 43 et suiv.
[5] G. CASALINO, Le nom secret de Rome. Métaphysique de la Romanité, Rome 2003 ; IDEM, Le Mystère de Rome et la Tradition Hermétique in A.A.V.V., Caput Mundi. Rome entre histoire et mythe, Hong Kong 2022.
[6] J. EVOLA, La tradition hermétique, Rome 1996, pp. 172 et suiv.
[7] M. SCALIGERO, L’homme intérieur, Rome 1976.
(Article librement inspiré de l’intervention d’Umberto Bianchi à l’occasion de la manifestation Tradition de Rome et Mystères, MMDCCLXXVI Natale di Roma, 22 avril 2023)
Giandomenico Casalino
15:51 Publié dans Philosophie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : philosophie, martin heidegger |
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La révolte des producteurs. Alceste De Ambris et le syndicalisme révolutionnaire

La révolte des producteurs. Alceste De Ambris et le syndicalisme révolutionnaire
Recension d'un livre de Giovanni Parabiago
par Miro Renzaglia
Source: https://ilfondo.org/la-rivolta-dei-produttori-alceste-de-...
Quelle position Alceste De Ambris aurait-il adoptée face à la RSI et à la socialisation de 1944?
Le syndicalisme révolutionnaire a posé une question à laquelle l’histoire a donné de multiples réponses sans jamais l’épuiser: les travailleurs peuvent-ils exercer un pouvoir propre sans en confier la direction à un parti, à l’État ou à une bureaucratie séparée? Les réponses ont pris la forme de partis de masse, de la négociation collective, de l’État-providence et, dans certains systèmes, de la participation des travailleurs à l’entreprise. Ce furent de réelles conquêtes, et il serait caricatural de ne les voir que comme un apprivoisement du conflit.
Entre-temps, cependant, le travail a changé : la grande usine a perdu de sa centralité, les chaînes de production se sont dispersées, les rapports de travail se sont fragmentés. Le paradoxe contemporain s’inverse par rapport à celui des origines: le travailleur possède plus de droits politiques et sociaux, mais a du mal à se reconnaître comme partie d’un sujet collectif.
Au début du XXe siècle, les syndicalistes révolutionnaires voulaient faire du syndicat quelque chose de plus qu’un instrument de défense salariale: le noyau de l’ordre qui devait naître après la révolution. Chez Georges Sorel, cette aspiration avait déjà un contenu positif: discipline, responsabilité, institutions ouvrières capables de préparer une société différente. Mais l’autonomie organisée ouvrait déjà la difficulté qui accompagnera toute l’expérience: l’organisation naît pour donner forme à la volonté des travailleurs; elle peut finir par l’imposer.
Avec La révolte des producteurs, Giovanni Parabiago reconstruit le syndicalisme révolutionnaire italien en suivant surtout la trajectoire d’Alceste De Ambris (photo): des origines soreliennes à Parme et à l’USI, de la fracture interventionniste à Fiume. C’est un choix de perspective qui éclaire le livre, mais qui ne peut devenir la trajectoire de tout le mouvement: certains de ses membres ont abouti au fascisme, d’autres l’ont combattu. Parabiago insiste sur le caractère autonome et libertaire du mouvement: l’émancipation des travailleurs devait naître de leurs propres organisations, sans être confiée aux partis ou à la médiation parlementaire. La préface de Pietro Cappellari, en revanche, enferme le syndicalisme révolutionnaire dans une généalogie qui, de la révision du marxisme, mène au fascisme.
L’Italie giolittienne a confronté le syndicalisme révolutionnaire à un adversaire plus difficile que la répression. L’État libéral reconnaissait les organisations ouvrières, tolérait les grèves économiques, cherchait dans le socialisme réformiste un interlocuteur. Il ne fermait plus les portes: il les ouvrait, et ceux qui entraient découvraient qu’ils avaient accepté le plan de l’édifice. Les conquêtes étaient bien réelles, et c’est précisément pour cela que la question devenait plus insidieuse: chaque amélioration obtenue à l’intérieur du système rendait moins évidente la nécessité de le renverser. Le réformisme pouvait montrer le salaire augmenté, le droit conquis, la loi adoptée; les révolutionnaires devaient expliquer pourquoi tout cela ne suffisait pas. Leur réponse fut que l’amélioration de la condition du producteur laissait intact le rapport qui continuait de faire de lui un subordonné. Le salaire pouvait augmenter indéfiniment sans que la position de celui qui le reçoit ne change d’un iota.
Le conflit avec le socialisme réformiste passait par là: mieux administrer la relation entre capital et travail ou en changer la nature
Le syndicalisme révolutionnaire avait vu ce que l’égalité politique tendait à cacher: derrière le citoyen, restaient le producteur, la propriété, le salaire, la dépendance. Mais transformer le producteur en sujet politique ouvrait un problème que la critique du parlementarisme ne résolvait pas. Le travail organisé n’exprime pas un intérêt unique: un port et une campagne n’ont pas les mêmes intérêts, même lorsqu’ils ont le même ennemi. Si de ces organisations devait naître un ordre nouveau, il fallait établir qui était légitime pour réconcilier des intérêts incompatibles, et au nom de quel principe. L’autogestion du travail répondait à la question de qui devait participer au pouvoir; elle laissait encore ouverte celle de la manière dont le pouvoir commun devait décider.

La Semaine Rouge montra à quelle vitesse l’ordre pouvait être ébranlé et combien il était plus difficile de donner une forme politique à la force qui l’avait ébranlé. Parmi les syndicalistes, la confiance en la grève générale comme mythe suffisant à la révolution s’ébranla alors. Une minorité chercha dans la guerre une force mobilisatrice différente: discipline, armes, mélange entre armée et peuple, accélération de la crise de l’État. Naquit l’idée de la «guerre révolutionnaire» et le mouvement se scinda.
Avec Fiume, la question devint institutionnelle. De Ambris dut donner forme à l’ordre qui devait succéder à la rupture. La Charte du Carnaro fondait la Régence italienne du Carnaro sur le travail productif, attribuait à la propriété une fonction sociale, donnait une représentation aux corporations, ouvrait au référendum et à la révocation. Dans ce même texte figuraient une Banque Nationale du Carnaro, une magistrature du travail, une armée, et, en cas d’urgence, un Commandant investi de tous les pouvoirs politiques, militaires, législatifs et exécutifs.
La Charte démontrait ainsi que l’autonomie des producteurs, dès qu’elle devenait institution, avait à son tour besoin d’institutions, de magistrats et d’autorités. Et l’article sur le Commandant n’en fixait pas la limite: il citait un précédent et confiait au Conseil la mesure, lui rappelant que dans la République romaine, la dictature durait six mois. On savait qu’une porte était rouverte et on se fiait à la mémoire de Rome pour la refermer. La Charte marquait ainsi le passage de l’autonomie des forces productives à la nécessité d’une autorité capable d’assurer l’ordre commun.
Quelle position aurait adoptée De Ambris face à la RSI et à la socialisation de 1944?
La relation avec le fascisme devient incompréhensible si on la réduit à un héritage d’abord recueilli puis trahi. Dans le programme des Faisceaux de 1919 figuraient déjà les thèmes issus de la rencontre entre syndicalisme révolutionnaire et interventionnisme: représentation professionnelle, participation des travailleurs à la gestion de l’industrie, attribution d’entreprises à des organisations prolétariennes, guerre révolutionnaire, nation en armes. Le fascisme de régime n’abandonna pas ce terrain.
La Charte du Travail de 1927 chercha à le transformer en institution: catégories productives, conventions collectives, magistrature du travail, corporations, responsabilité sociale de la production. Mais elle le fit à travers un État qui pénétrait dans les organisations du travail et en fixait d’en haut fonctions et limites. La tension resta ouverte jusqu’à la République Sociale Italienne, lorsque la socialisation des entreprises fit entrer les représentants des travailleurs dans les organes de gestion.
Le fascisme ne nia pas le syndicalisme révolutionnaire. Il en tenta une part, mais la confia à l’État: précisément le pouvoir dont le syndicalisme voulait autonomiser les organisations de producteurs. Cappellari pousse cette continuité jusqu’à se demander quelle position De Ambris aurait adoptée face à la RSI et à la socialisation de 1944.
Comme hypothèse, peut-être aventureuse, on ne peut exclure un retournement total de sa part. Comme celui de Nicola Bombacci (photo - à la fin de sa vie), d’abord fondateur du P.C.d'I. et irréductiblement opposé au fascisme dès ses débuts, puis «Archange de la socialisation» à Salò.
À côté de cette filiation, Parabiago en suggère une autre: celle qui ferait remonter la Constitution républicaine à la Charte du Carnaro. Les similitudes existent, mais dans le livre, il manque la documentation nécessaire pour en faire une filiation historique.
Deux textes peuvent répondre à la même question sans que l’un découle de l’autre: la question était dans l’air, pas dans les archives. Même le projet de Constitution de la République Sociale Italienne, jamais approuvé ni entré en vigueur, aurait accordé un rang constitutionnel à la participation des travailleurs à la gestion des entreprises, déjà traduite dans la législation par la socialisation de 1944: un principe qui présente une évidente ressemblance avec celui reconnu à l’article 46 de la Constitution républicaine.
La succession des formules montre la permanence du problème; elle ne démontre pas à elle seule la généalogie des solutions. La question, cependant, reste entière et réapparaît sous une forme différente: quelle part du pouvoir économique doit revenir à ceux qui travaillent?
La révolte des producteurs remet au jour une tradition que la généalogie fasciste n’épuise pas et que l’histoire de la gauche a regardé avec embarras. Le livre permet ainsi de voir le syndicalisme révolutionnaire là où sa force et sa limite coïncident: il voulut confier aux producteurs la direction de leur propre émancipation, et dut ensuite chercher des institutions capables de la préserver. Il sut dire à qui le pouvoir devait être ôté. Il ne sut pas dire où le mettre. Son héritage commence là où sa révolution s’est arrêtée : quand celui qui parle au nom des travailleurs doit prouver qu’il n’a pas commencé à parler à leur place.
Fiche du livre
Titre : La révolte des producteurs. Alceste De Ambris et le syndicalisme révolutionnaire
Auteur : Giovanni Parabiago
Préface : Pietro Cappellari
Éditeur : Moira Edizioni
Année : 2026
Pages : 96
ISBN : 9798199861915
Prix : 10,40 €
14:56 Publié dans Histoire, Livre, Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : livre, histoire, syndicalisme, syndicalisme révolutionnaire, fascisme, italie, alceste de ambris |
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vendredi, 28 août 2026
Les cycles cosmiques. Les doctrines indiennes sur les rythmes du temps
Les cycles cosmiques. Les doctrines indiennes sur les rythmes du temps
Un livre de Nuccio D’Anna
Giovanni Sessa
Source: https://ilfondo.org/i-cicli-cosmici-le-dottrine-indiane-s...
Nuccio D’Anna enquête sur les doctrines indiennes du temps cyclique, du symbolisme du mont Meru aux yuga et à la précession des équinoxes, reconstituant une cosmologie traditionnelle complexe à travers la méthode comparative.
Nuccio D’Anna a récemment enrichi sa bibliographie d’un ouvrage important, qui sera tout bénéfice pour les lecteurs intéressés par les études historico-religieuses et traditionnelles. Il s’agit du volume Les cycles cosmiques. Les doctrines indiennes sur les rythmes du temps, distribué en librairie par Arỹa éditions.
Dans ces pages, l’auteur fait preuve d’une maîtrise peu commune de l’immense littérature critique et guide avec sagacité le lecteur dans l’exégèse des textes sacrés complexes centrés sur la temporalité cyclique. La tâche est accomplie en s’appuyant sur la méthode comparative. Les thèmes abordés sont si vastes qu’il serait difficile de les résumer dans le cadre d’une simple recension. Nous nous attarderons donc uniquement sur certains ensembles théoriques.

D’Anna débute par la présentation du sens et de la signification du «Centre» dans le monde traditionnel. Il le fait en s’attardant sur la valeur du mont Meru: «considéré comme le reflet du pôle céleste qui soutient, gouverne et oriente l’ensemble du mouvement du cadran cosmique» (p. 3). La structure axiale de la montagne amène à la voir comme «le véhicule des bénédictions divines dispensées sans cesse [...]. Le Meru apparaît comme “l’arbre du cosmos”» (p. 4).

Selon la tradition védique, de ses branches descendirent les rayons de Sūrya qui transmirent à l’humanité la “loi de Varuṇa”, le Ṛta, l’Ordre qui est Vérité. Le Ṛta «a une relation directe avec la stabilité de la constellation des sept étoiles de la Grande Ourse» (p. 5).

La montagne sacrée est étroitement liée à Agni, dieu du feu prototypique qui brûle de splendeur au centre du monde, et à Brahma, divinité formatrice assimilable au «Rocher indestructible», d’où rayonnent des «qualités» divines.
Le Meru se dresse au centre d’une île circulaire, elle-même subdivisée en sept «régions», autour desquelles se trouvent sept océans, en correspondance «avec l’organisation planétaire structurée ordinairement sur sept niveaux» (p. 10). La dernière étendue marine est appelée «Océan de Lait».
L’auteur guide le lecteur dans l’exégèse des textes sacrés complexes centrés sur la temporalité cyclique.
L’auteur précise: «Au cours du déroulement cyclique, sur chacune de ces “îles”, la Tradition [...] devra nécessairement arriver à son développement intégral, ce qui aura pour conséquence inévitable l’épuisement de toutes les possibilités spirituelles véhiculées dans le monde» (p. 13). Il dévoile ainsi le lien de cette symbolique avec le développement cyclique. Chacun des points cardinaux, dans cette cosmosophie, est gardé par une divinité: le cosmos même revêt une forme mandalique. L’éon actuel, dans la liste des 30 kalpa, occupe la 26e place (Varaha-Kalpa) et est précédé du Padama-Kalpa. Selon l’enseignement traditionnel, la manifestation s’est involuée à cause du «poids des hommes», qui ont provoqué une manipulation du Dharma.

Lors du kalpa précédent au nôtre, Viṣhṇu «Dormant» a opéré «sa propre intervention cosmogonique sous la forme d’une fleur de lotus émergeant de son propre nombril» (p. 20), ce qui a permis la continuité doctrinale et rituelle parfaite entre le sixième et le septième Manvantara de notre kalpa.
Brahma fit émerger la «terre primordiale»: «l’archétype ou modèle pré-formel d’une réalité encore immaculée» (p. 21). Chaque fois que le Principe descend dans le devenir, selon la perspective traditionnelle de l’Inde, il donne lieu à un véritable «sacrifice universel». Il s’agit d’un acte capable de lutter contre les «puissances des ténèbres».
D’Anna attribue en ce sens un rôle essentiel à Prajapati (illustration, ci-contre), qui s’unit à la Terre immaculée émergeant des Eaux. Il «symbolise l’Unité ineffable d’où ont découlé tous les autres dieux et dans laquelle ils retourneront» (p. 28).
Cette potestas porte son regard vers toutes les directions spatiales. Les eaux primordiales ne sont rien d’autre que la transcription symbolique du «murmure» de l’écoulement du temps, puisque le Principe, à la lumière des études de Marius Schneider, souvent cité par l’auteur, n’est que son-lumière. Les chantres sacrés «entendent l’essence sonore et pré-sensible [...] qui se déverse “naturellement” dans la vie cosmique» (p. 31). Le chant solaire des sept Ṛṣi forma la tête de Prajapati qui, harmonisant son et rythme, «permit la formulation des phonèmes et des syllabes» (p. 33).
Les eaux primordiales sont la transcription symbolique du “murmure” de l’écoulement du temps.
L’auteur rappelle que le septième Manvantara commença après le déluge. L’ère actuelle est divisée en 4 yuga, dont le développement est ordonné autour du symbole de la décade, qui rythme l’appauvrissement spirituel progressif induit par les puissances catagogiques de Koka et Vikoka (Gog et Magog).
Le premier âge est «l’Âge de la Vérité» et de la plénitude spirituelle. Sa couleur est le blanc, révélatrice de son essence sapientielle et de celle de la caste Haṃsa: «Dans le jeu indien des dés [...] ce premier âge [...] correspond au “lancer” réussi» (p. 112).
Dans le deuxième âge agit la «dynastie solaire», qui vise à préserver la tradition «non humaine», exerçant une fonction conservatrice, analogue à celle attribuée en Occident à Saturne. La valeur rituelle du jeu de dés, bien connue à Rome (pratiquée lors des Saturnales, au solstice d’hiver), était liée à certaines conjonctures astronomiques. Les « points » gravés sur les faces des dés étaient appelés «yeux», car ils renvoyaient aux «luminaires» qui brillaient «dans le ciel des origines védiques» (p. 115). Lorsque le roulement désordonné des dés était observé, on l’attribuait à l’alourdissement spirituel du cycle, correspondant au tourbillon frénétique du monde. Le lancer de dés où apparaissait le trois indiquait le deuxième âge, où le monde reposait sur les «trois quarts» du dharma. Sa couleur était le rouge.

Le deux dans le jeu de dés renvoyait au troisième âge, où le monde se développait selon le rapport lumière/ténèbres, qui tendait de plus en plus à opposer ces deux puissances. Dans cet âge, le sattva se retire, rajas et tamas prédominent. Sa couleur est le vert.
Enfin, le début du kali-yuga «a été fixé en coïncidence avec la conjoncture aurorale commencée à 6 heures du matin le 18 février 3102 av. J.-C.» (p. 118). Ce yuga est également divisé en 4 sous-âges: c’est l’âge du réveil des forces magmatiques et chaotiques qui submergent la perfection de l’Origine. Même Śiva se retire des apparences phénoménales.
Pour comprendre le déroulement cyclique, il est nécessaire de se référer à la précession des équinoxes, où l’obliquité de l’écliptique et de l’équateur dessine une «toupie» cosmique. Cette précession «continue à s’accomplir autour d’un véritable “souverain” qui en dirige le cours: c’est Dhruva» (p. 131 - ill. ci-contre), le pôle fixe, garant du retour à l’ordre à la fin du kali-yuga.
D’Anna enrichit la présentation des cycles indiens par de nombreux rapprochements érudits avec les traditions grecque, mésopotamienne, taoïste et éclaire, entre autres, la faiblesse des exégèses «naturalistes» du temps cyclique, même celle d’Eliade, fondée sur la référence aux cycles lunaires. L’essai de D’Anna est véritablement exhaustif.
Fiche du livre
Titre : Les cycles cosmiques. Les doctrines indiennes sur les rythmes du temps
Auteur : Nuccio D’Anna
Éditeur : Arỹa éditions
Année : 2023
Pages : 240
Prix : 26,00 €
21:04 Publié dans Traditions | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cycles cosmiques, traditions, hindouïsme, doctrines indiennes |
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Pour une économie viable: ordolibérale à l’intérieur, calquée sur List à l’extérieur

Pour une économie viable: ordolibérale à l’intérieur, calquée sur List à l’extérieur
Jurij Kofner
Source: https://kraut-zone.de/blog/2026/08/22/nach-innen-ordolibe...
L’État allemand souffre d’une contradiction singulière: là où il devrait se retenir, il intervient toujours plus profondément. Là où il devrait agir, il se révèle impuissant. Il régule les chauffages, les chaînes d’approvisionnement, les obligations de reporting et les décisions des entreprises, tandis que les dépendances stratégiques s’accroissent dans les domaines de l’énergie, des semi-conducteurs, des infrastructures cloud ou des plateformes numériques.
Une économie de marché libre n’a besoin ni d’un État transformationnel omniprésent, ni d’un État minimaliste. Elle a besoin d’un État ordonnateur: ordolibéral à l’intérieur, calqué sur les travaux de Friedrich List à l’extérieur.
La leçon de toute politique visant l'ordre en Allemagne est que la liberté n’est pas seulement menacée par un État tout-puissant, mais aussi par un État faible. Sous la République de Weimar, la capacité de décision de l’État était oblitérée par les partis, les associations et les intérêts particuliers. L’image d’Alexander Rüstow de l’État comme « proie » en saisit l’essence: formellement responsable de tout, mais pratiquement trop faible pour défendre le bien commun face à des intérêts particuliers puissants.
Carl Schmitt décrivit ce même problème comme une crise de la souveraineté de l’État: l’État pluraliste des partis et des corporatismes perd son unité politique lorsque des intérêts particuliers organisés s’approprient l’État et que ce dernier n’est plus capable de décider par lui-même. Sa formule du souverain en cas d'état d’exception révèle une condition de base de toute efficacité politique.




De haut en bas: Eucken, Rüstow, Röpke et Böhm.
L’ordolibéralisme (voir à ce sujet notre numéro 34) en a tiré une conclusion: l’État ne doit pas jouer à l’économie (ni être joué par elle), mais créer de l’ordre. Walter Eucken, Franz Böhm, Alexander Rüstow, Wilhelm Röpke et Ludwig Erhard associaient la propriété privée et l’esprit d’entreprise à un État de droit qui garantit l’accès au marché, combat les cartels et applique des règles égales pour tous. Ce n’est pas moins de marché par un État fort – mais c’est seulement un État ordonnateur fort qui rend la concurrence libre possible.
Pour l’Allemagne, cela signifie que la propriété, la responsabilité, la liberté contractuelle, la concurrence par la performance et l’accès ouvert au marché doivent redevenir la norme en politique économique. L’État ne doit pas sélectionner les entreprises selon l’opportunité politique. La politique de compétitivité doit être horizontale: énergie bon marché, fiscalité réduite, procédures d’autorisation rapides, marchés financiers fonctionnels, infrastructures performantes et travailleurs qualifiés – techniciens et ingénieurs.
Cela implique une simplification juridique plutôt qu’un allègement symbolique. Directive sur l’efficacité énergétique, CBAM, taxonomie européenne, RGPD, AI Act et CSRD au niveau européen, ainsi que la loi sur l’efficacité énergétique, la loi sur le devoir de vigilance et la loi sur l’énergie des bâtiments au niveau national, sont des exemples d’une régulation qui est devenue elle-même un désavantage concurrentiel. «One in, two out», les fictions d’autorisation et les révisions automatiques des réglementations au bout de cinq ans maximum seraient des instruments d’ordre cohérents.
L’ordolibéralisme suppose cependant quelque chose qui n’existe pas sur le marché mondial: une instance supérieure qui édicte et fait appliquer des règles contraignantes. À l’intérieur d’un État, la concurrence fonctionne, parce que les tribunaux, les autorités et le monopole de la force protègent la propriété, les contrats et le droit de la concurrence. L’État peut imposer des règles à chaque acteur du marché en tant qu’arbitre.
Au niveau mondial, un tel souverain fait défaut – et il n’est pas près de voir le jour. L’économie mondiale n’est pas un marché intérieur, mais un système d’États concurrents aux intérêts et moyens différents pour asseoir leur puissance. Les institutions internationales comme l’OMC peuvent formuler des règles, mais leur application dépend du pouvoir politique et de l’accord des grands acteurs. En cas de crise, ce qui compte, c’est de savoir qui détient effectivement l’énergie, le capital, la technologie, les infrastructures et les capacités de production stratégiques, et qui peut agir avec. Historiquement, le « libre-échange » n’a surtout fonctionné que durant les périodes où un hégémon mondial avait intérêt à un ordre commercial ouvert – notamment sous la Pax Americana jusqu’aux années 2010. Le blocage de l’organe d’appel de l’OMC depuis 2019 montre clairement cette limite: là où il n’existe pas d’autorité supérieure, ce n’est pas la règle mais la puissance qui prévaut en cas de conflit.

C’est précisément pour cela que l’Allemagne ne doit pas agir à l’extérieur selon les règles énoncées par les doctrines ordolibérales, mais penser de façon listienne. Friedrich List critiquait le libre-échange abstrait de son temps comme irréaliste et soulignait le rôle des forces productives nationales. La puissance économique repose sur l’industrie, la technologie, l’énergie, la recherche et l’infrastructure – et non sur le libre-échange seul. Dans un monde où d’autres États soutiennent stratégiquement leurs entreprises, il faut de la réciprocité, une protection contre le dumping et les transferts de technologie, ainsi qu’une politique industrielle ciblée et limitée dans le temps. À l’intérieur, l’État reste l’arbitre de la concurrence, à l’extérieur il devient un acteur qui défend ses propres bases économiques.
Une politique listienne commence là où la capacité d’action de l’État dépend de ses propres infrastructures. La souveraineté énergétique signifie s’affranchir du dogme selon lequel une nation industrielle doit importer autant d’énergie que possible au lieu de la produire elle-même. L’Allemagne dispose d’importantes options: la réactivation de huit à onze centrales nucléaires est techniquement possible; les ressources nationales de gaz de schiste exploitables s’élèvent à environ 30.000 TWh – soit plus de 35 années de consommation – et les réserves nationales de lignite à environ 56.000 TWh. Le nucléaire, le gaz de schiste et le charbon doivent donc rester des options stratégiques ouvertes.

Au XXIe siècle, il en va de même pour le numérique. Quiconque dépend entièrement de fournisseurs américains pour le cloud, les systèmes d’exploitation, les puces, les plateformes et l’IA ne possède pas de souveraineté technologique. Le « kill switch » numérique peut, dans le pire des cas, s'avérer plus sévère que des sanctions classiques. L’Allemagne et l’Europe ont donc besoin de capacités propres en matière de cloud, de calcul, de puces, d’IA et de cybersécurité.
Il faut y ajouter l’infrastructure physique. Le retard d’investissement s’élève à 231 milliards d’euros; l’IWK et l’IMK estiment les besoins publics d’investissement supplémentaire à près de 600 milliards d’euros sur dix ans. Routes, rails, ports, réseaux numériques et infrastructures énergétiques sont des forces productives au sens de List. Même un gouvernement AfD pourrait, en supprimant les dépenses de transformation d’inspiration gauchiste pour la transition énergétique, le lobbying climatique, les structures d’asile ou les programmes de genre, économiser environ 125 à 140 milliards d’euros. Mais cela ne suffirait pas pour répondre aux besoins d’infrastructure, si bien que des dettes strictement affectées à des investissements productifs supplémentaires sont justifiables sur le plan de toute politique visant la consolidation d'un ordre.

Qui est Jurij Kofner?
En tant qu’Allemand de Russie résidant à Munich, Kofner a non seulement l’avantage de comprendre deux cultures, mais il a aussi travaillé, après des études d’économie, dans des instituts de recherche allemands, autrichiens et russes. Géopolitiquement, il rêve d’une Allemagne souveraine qui brillerait économiquement de Lisbonne à Vladivostok, tandis qu’il applaudit sur le plan idéologique le populisme libertarien venu d’Amérique.
20:20 Publié dans Actualité, Affaires européennes, Economie, Théorie politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : actualité, allemagne, europe, affaires européennes, économie, ordolibéralisme, théorie politique, sciences politiques, politologie |
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