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mardi, 02 mars 2021

Goethe et la destruction des peuples par leurs historiens et leurs savants

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Goethe et la destruction des peuples par leurs historiens et leurs savants

par Nicolas Bonnal

L’effondrement du caractère des peuples modernes et démocratiques accompagnent en ce moment la rapidité de leur extermination – ou de leur mise au pas terminale, si on veut rester euphémique ou  optimiste. Mais cette mise au pas, dont Bernanos ne cesse de parler dans sa France contre les robots (il compare les rébellions médiévales et la Fronde à l’adoration ordinaire des dictatures au vingtième siècle), est ancienne. Et à l’heure ou de jeunes crétins nationalistes et soi-disant rebelles tentent de servir de supplétifs à la police pour veiller sur nos frontières à coups de drone, il est temps de revenir sur l’ancienneté de cette mise au pas des peuples d’occident qui sont passé des siècles du christianisme et de la chevalerie à ceux du nazisme, du fascisme, de l’américanisme, du mondialisme et du communisme à outrance. J’en reviens à de grands classiques donc pour la énième fois, histoire de tenter d’expliquer pourquoi nous sommes des veaux (des animaux de boucherie dit Jünger dans son Traité du rebelle), des esclaves et des cafards soumis à Schwab et à son plan d’extermination globale, lui-même précédé par un plan de soumission incroyable, préparé par des décennies (des décennies ou de siècles ?) d’abrutissement médiatique et technoscientifique.

unnamedGE.jpgJe commencerai par Goethe. Conversation avec Eckermann (11828) :

« Ce soir j’ai trouvé Goethe dans de très-hautes pensées, et j’ai recueilli mainte grande parole. Nous avons causé sur l’état de la littérature contemporaine, et Goethe a dit : « Le manque de caractère dans tous les individus qui font des recherches et qui écrivent, voilà la source du mal pour notre littérature contemporaine. C’est surtout dans la critique que ce manque de caractère a des résultats fâcheux pour le monde, car on répand ainsi l’erreur pour la vérité, ou par une vérité misérable on en anéantit une grande qui nous rendrait service. Jusqu’à présent le monde croyait à l’âme héroïque d’une Lucrèce, d’un Mucius Scevola et par eux il se laissait enflammer, enthousiasmer. Aujourd’hui la critique historique arrive pour nous dire que ces personnages n’ont jamais vécu, et qu’il faut les regarder comme des fictions et des fables, poésies sorties de la grande âme des Romains. Que voulez-vous faire d’une vérité aussi misérable ! Si les Romains étaient assez grands pour inventer de pareilles poésies ; nous devrions au moins être assez grands pour les croire vraies. »

Tout cela est très juste : l’exaltation historique et la poésie ont été remplacées par une approche froide et soi-disant objective de la réalité qui a créé des peuples veules et soumis. Attention toutefois à la mythologie artificielle, façon ersatz napoléonien qui a préparé l’esprit à nos guerres d’extermination moderne, et dont René Girard a bien parlé. Goethe ajoute :

 « Jusqu’à présent je faisais ma joie d’un grand événement du treizième siècle. Lorsque l’empereur Frédéric II était en lutte avec le pape et que tout le nord de l’Allemagne était exposé sans défense à une attaque, on vit pénétrer dans l’empire des hordes asiatiques ; déjà elles étaient en Silésie, mais arrive le duc de Liegnitz, et par une grande défaite, il les terrifie. Ils se tournent alors vers la Moravie ; là, c’est le comte Sternberg qui les écrase. Ces braves m’apparaissaient donc jusqu’alors comme deux grands sauveurs de la nation allemande. Arrive la critique historique pour dire que ces héros se sont sacrifiés fort inutilement, car la horde asiatique était déjà rappelée et elle se serait retirée d’elle-même. Voilà maintenant un grand événement de l’histoire nationale dépouillé d’intérêt, anéanti. Cela désespère ! »

002328720.jpgLe savant de glace aura énervé d’autres génies en occident ; on va y revenir.  Et à l’heure où nous sommes persécutés, ruinés et animalisés par l’affairisme pharmaceutique, il est bon de rappeler cette phrase de Goethe sur cette invasion pas comme les autres, que le Knock de Jules Romains a magnifiquement révélée en son temps :

« Puis Goethe a parlé des autres savants et littérateurs. « Je n’aurais jamais su quelle est la misère humaine, et combien peu les hommes s’intéressent vraiment à de grandes causes, si je ne les avais pas éprouvés à propos de l’un de mes travaux scientifiques. J’ai vu alors que pour la plupart la science ne les intéresse que parce qu’ils en vivent, et qu’ils sont même tout prêts à déifier l’erreur, s’ils lui doivent leur existence. Ce n’est pas mieux en littérature. Là aussi un grand but, un goût véritable pour le vrai, le solide, et pour leur propagation sont des phénomènes très-rares. Celui-ci vante et exalte celui-là, parce qu’il en sera à son tour vanté et exalté ; la vraie grandeur leur est odieuse, et ils la chasseraient volontiers du monde pour rester seuls importants. Ainsi est la masse, et ceux qui la dominent ne valent pas beaucoup mieux. »

Goethe résume ainsi cruellement notre situation de modernes : ainsi est la masse, et ceux qui la dominent ne valent pas beaucoup mieux.

Tocqueville écrit dix ans après Goethe (onze exactement) presque sur le même sujet : la déshumanisation par la nouvelle histoire dite scientifique (et qui n’arrivera jamais à la cheville de Thucydide de toute manière) :

« Ceux qui écrivent dans les siècles démocratiques ont une autre tendance plus dangereuse. Lorsque la trace de l’action des individus sur les nations se perd, il arrive souvent qu’on voit le monde se remuer sans que le moteur se découvre. Comme il devient très difficile d’apercevoir et d’analyser les raisons qui, agissant séparément sur la volonté de chaque citoyen, finissent par produire le mouvement du peuple, on est tenté de croire que ce mouvement n’est pas volontaire, et que les sociétés obéissent sans le savoir à une force supérieure qui les domine. »

indexadt.jpgOn prépare donc le troupeau à l’abattoir des guerres ou du réchauffement climatique :

« Les historiens qui vivent dans les temps démocratiques ne refusent donc pas seulement à quelques citoyens la puissance d’agir sur la destinée du peuple, ils ôtent encore aux peuples eux-mêmes, la faculté de modifier leur propre sort, et ils les soumettent soit à une providence inflexible, soit à une sorte de fatalité aveugle. »

Nous allons alors devenir des turcs, observe Tocqueville (aujourd’hui on parle des chinois et de leur notation sociale…) :

« Si cette doctrine de la fatalité, qui a tant d’attraits pour ceux qui écrivent l’histoire dans les siècles démocratiques, passant des écrivains à leurs lecteurs, pénétrait ainsi la masse entière des citoyens et s’emparait de l’esprit public, on peut prévoir qu’elle paralyserait bientôt le mouvement des sociétés nouvelles, et réduirait les chrétiens en Turcs.

Je dirai de plus qu’une pareille doctrine est particulièrement dangereuse à l’époque où nous sommes ; nos contemporains ne sont que trop enclins à douter du libre arbitre, parce que chacun d’eux se sent borné de tous côtés par sa faiblesse, mais ils accordent encore volontiers de la force et de l’indépendance aux hommes réunis en corps social. Il faut se garder d’obscurcir cette idée, car il s’agit de relever les âmes et non d’achever de les abattre. »

Il s’agit de relever les âmes et non d’achever de les abattre… Avouez qu’on est mal partis !

Je terminerai par Chateaubriand, par la prodigieuse conclusion des Mémoires d’outre-tombe (1841). Chateaubriand reconnait un accroissement quantitatif y compris sur le plan des connaissances. Mais à quel prix ! Il écrit sur ce mixte de fatalité et de scientificité :

chateaubriand.jpg« Au milieu de cela, remarquez une contradiction phénoménale : l'état matériel s'améliore, le progrès intellectuel s'accroît, et les nations au lieu de profiter s'amoindrissent : d'où vient cette contradiction ?

C'est que nous avons perdu dans l'ordre moral. En tout temps il y a eu des crimes ; mais ils n'étaient point commis de sang−froid, comme ils le sont de nos jours, en raison de la perte du sentiment religieux. A cette heure ils ne révoltent plus, ils paraissent une conséquence de la marche du temps ; si on les jugeait autrefois d'une manière différente, c'est qu'on n'était pas encore, ainsi qu'on l'ose affirmer, assez avancé dans la connaissance de l'homme ; on les analyse actuellement ; on les éprouve au creuset, afin de voir ce qu'on peut en tirer d'utile, comme la chimie trouve des ingrédients dans les voiries. Les corruptions de l'esprit, bien autrement destructives que celles des sens, sont acceptées comme des résultats nécessaires ; elles n'appartiennent plus à quelques individus pervers, elles sont tombées dans le domaine public. »

On répète : les corruptions de l’esprit sont tombées dans le domaine public. Cela ne vous rappelle rien ?

Sources disponibles sur wikisource :

De la démocratie en Amérique, Tome troisième, chapitre XX

Mémoires d’outre-tombe, conclusion

Conversations avec Eckermann

Occident/Russie : déconnexion totale

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Occident/Russie : déconnexion totale

par Alain RODIER

Ex: https://cf2r.org

Les néoconservateurs américains, suivis par leurs homologues européens, ont gagné. Il semble que les liens entre l’Union européenne et la Russie sont désormais bien coupés. Il reste bien le projet North Stream II, qui doit approvisionner l’Allemagne en gaz russe, mais nul doute que les lobbies vont tenter de le torpiller en imposant des sanctions aux entreprises qui y participent. Résultat, l’Allemagne risque de finir par être dépendante des énergies ayant reçu le blanc-seing des écologistes radicaux. En résumé, fourniture d’électricité par les centrales au charbon, appel au gaz de schiste américain et à divers apports extérieurs dont le nucléaire français.

L’inflexion de la politique étrangère américaine

Il convient de constater que la nouvelle administration en place à la Maison-Blanche applique la maxime : « America is back ! ». En attendant de s’attaquer au « dur » de sa politique étrangère – les relations avec la Chine et l’Iran -, Joe Biden a en tout cas trouvé là un slogan censé rompre avec son prédécesseur et indiquer la marche à suivre pour les prochaines années. Il convient que les États-Unis soient à nouveau « prêts à diriger le monde, pas à s’en éloigner, prêts à affronter nos adversaires, pas à rejeter nos alliés, et prêts à défendre nos valeurs. ».

Le programme est le suivant : le retour à l’ordre international tel que les États-Unis l’ont défini au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. À la doctrine du désengagement de guerres au faible rapport coût/efficacité voulue par Donald Trump, Biden propose une ancienne doxa modifiée à l’aune des « valeurs » progressistes dont il s’est fait le champion lors de sa campagne : le monde se porte mieux quand l’Amérique en assume la direction. Plus néoconservateur, on ne fait pas ! En premier lieu, il a pris le contre-pied de l’alliance passée par son prédécesseur avec l’Arabie saoudite emmenée par le prince Mohammed Ben Salman. La décision la plus spectaculaire a été le gel des livraisons d’armes à Riyad, engagé dans une longue guerre contre les insurgés houthis au Yémen. Il s’agit de « faire en sorte que les ventes d’armes par les États-Unis répondent à nos objectifs stratégiques » a souligné un porte-parole du département d’Etat, tout en qualifiant cette mesure de « routine administrative typique de la plupart des transitions. » le nouveau président a toutefois réaffirmé, le 26 janvier dernier, l’engagement de Washington « à aider notre partenaire, l’Arabie saoudite, à se défendre contre les attaques sur son territoire. » C’est que derrière l’effet d’annonce, le montage diplomatique bâti par Trump autour de la reconnaissance d’Israël et incluant désormais les Émirats arabes unis, le Bahreïn, le Maroc et le Soudan, mérite probablement d’être prolongé. D’autant plus que les Russes sont embuscade en mer Rouge, région éminemment stratégique où ils font les yeux doux au Soudan afin de trouver un point d’appui pour leur flotte.

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Joe Biden a également décidé de prendre le contre-pied de son prédécesseur concernant l’OTAN et, en particulier concernant la présence militaire américaine en Allemagne. Trump, qui avait de mauvaises relations avec la chancelière Angela Merkel, avait annoncé en 2020 vouloir diminuer d’environ 9 000 hommes ce contingent qui compte près de 35 000 militaires. Cette décision avait été présentée comme une sanction envers Berlin – mais aussi indirectement à l’encontre des autres pays membres de l’OTAN – accusé de ne pas mettre assez la main à la poche.

Le retour de l’« ennemi » russe

Surtout, Joe Biden semble décidé à remettre les pendules à l’heure avec la Russie suspectée d’ingérences multiples, lors des élections américaines et dans bien d’autres pays. Ce n’est pas le retour à la Guerre froide mais cela y ressemble furieusement avec une nuance que ne soulignent généralement pas les experts : le Kremlin ne veut plus envahir l’Europe pour la convertir au marxisme-léninisme. Pour Washington, le temps des « indulgences » est fini. Lors de son premier appel à Vladimir Poutine, Biden n’a pas hésité à aborder les sujets qui fâchent : le sort de l’opposant Alexeï Navalny et de ses partisans, le piratage d’institutions fédérales américaines, les récompenses offertes aux talibans afghans tueurs de soldats américains – selon des informations dont une partie est, au moins sujette à caution. Il y est même allé d’un avertissement à peine voilé : « J’ai clairement dit au président Poutine, d’une façon très différente de mon prédécesseur, que le temps où les Etats-Unis se soumettaient face aux actes agressifs de la Russie, l’ingérence dans nos élections, les piratages informatiques, l’empoisonnement de ses citoyens, est révolu. Nous n’hésiterons pas à en augmenter le coût pour la Russie et à défendre nos intérêts vitaux et notre peuple ». Ce discours est à l’évidence à usage interne car il n’a aucune chance d’être entendu puisque, pour les responsables russes, l’agresseur, c’est Washington.

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Les médias pro-Biden – en particulier européens – ont applaudi, insistant beaucoup sur le soutien apporté aux « démocrates » russes. Vladimir Poutine a, comme d’habitude, gardé son calme, préférant se féliciter d’un accord ouvrant possiblement l’extension pour cinq ans du dernier traité de réduction des arsenaux nucléaires (New START), mais rien n’est encore signé : « Prenons d’abord connaissance de ce que les Américains proposent et nous ferons ensuite un commentaire » a tempéré, le porte-parole du président russe. Il sait qu’en dépit de l’enthousiasme quasi unanime affiché lors de la victoire de Biden, nombre d’Européens ne sont pas encore totalement soumis à Washington.

Plus grave encore, il semble, selon Moscou, que les néoconservateurs ont décidé d’exploiter l’affaire Navalny dans l’ambiance explosive crée par la pandémie de la Covid-19. Ces derniers espèrent, en jetant des milliers de manifestants dans la rue – chiffres pour le moment invérifiables -, provoquer une situation de chaos en Russie, dans le but de renverser le pouvoir en place qui ne leur convient pas car il n’est pas « aux ordres ». Cette manière de procéder est loin d’être nouvelle pour les États-Unis qui prennent toujours garde d’intervenir par proxiesinterposés.

La Russie est ainsi redevenue, que l’on le veuille ou non, l’« ennemi conventionnel » suite aux mesures prises par Washington.

Selon Arnaud Dubien, fin connaisseur de la Russie, « 2014 avait marqué la fin des illusions sur la convergence entre la Russie et l’Occident, processus généralement compris comme l’adoption par Moscou du modèle et des règles du jeu édictées à Bruxelles et Washington ». Autant dire un asservissement aux règles édictées par ces entités. Il est compréhensible que les Russes, de culture orthodoxe et encore imprégnés d’un héritage marxiste, aient été réticents à adhérer aux systèmes de pensée occidentaux jugés décadents et pervers.

Alors que doit répondre Moscou ? Toujours selon A. Dubien « ce qui s’est passé à l’occasion de la visite de Josep Borrell au début février à Moscou indique que la Russie n’est pas demandeuse de dialogue politique, en tout cas pas selon l’agenda et les modalités voulues par Bruxelles. Le Kremlin se sent fort, laissera venir et avisera ».

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En résumé sur le plan politique, économique, culturel, etc. la Russie n’attend plus rien de l’Union européenne, considérée comme étant en train de se saborder, à tous points de vue. Peu à peu, ce qui était acheté en Europe est fourni localement ou, à défaut, importé d’autres pays, comme la Chine. Il ne pas se faire d’illusions, les agriculteurs européens en général et français en particulier ne vendront plus rien en Russie dans les années à venir.

Sur le plan militaire, les jeux de « gros bras » se poursuivent, l’OTAN et la Russie continuant à se tester mais sans intention de conquête de part et d’autre. La Pologne et les Etats baltes ont beau agiter la menace représentée par l’Ours russe – qui certes a récupéré la Crimée jugée comme vitale par le Kremlin -, la Russie ne va pas envahir ces pays. Par contre, il n’est pas exclu que Moscou agisse comme le fait Washington, en procédé à des « révolutions de couleur », en y organisant des troubles via des tiers (ONG, sympathisants) afin de maintenir les pouvoirs politiques locaux dans l’incertitude voire l’inquiétude.

Le Grand Nord, nouvel enjeu ?

Sans évoquer sur les opportunités économiques – en partie liées au réchauffement climatique – que beaucoup citent, jusqu’à présent, le Grand Nord était le terrain de jeu quasiment exclusif des bombardiers stratégiques russes.

Mais les forces américaines ont récemment montré leur intérêt pour cette région qui ne peut plus être considérée comme une « zone tampon » pour les États-Unis. En 2020, pour la première fois depuis la fin de la Guerre froide, l’US Navy a envoyé quatre navires (USS Donald Cook, Porter, Roosevelt et USNS Supply) en mer de Barents, point de départ des sous-marins russes opérant dans l’espace océanique appelée GIUK (Groenland/Iceland/United Kingdom), d’une importance capitale pour les liaisons maritimes entre l’Europe et l’Amérique du Nord.

De son côté, l’US Air Force a mené plusieurs exercices dans la région, notamment en y dépêchant des bombardiers B-1 Lancer (qui n’ont plus de capacité nucléaire) qui ont survolé la Norvège et la Suède. En 2021, l’armée de l’air américaine a l’intention de déployer quatre de ces appareils en Norvège. Ils seront stationnés sur la base aérienne d’Ørland. Cette mission devrait officiellement améliorer l’interopérabilité avec les alliés et les partenaires de Washington en Europe et habituer les forces aux opérations dans le Grand Nord. « La disponibilité opérationnelle et notre capacité à soutenir nos alliés et nos partenaires et à réagir rapidement sont essentielles au succès », a déclaré le général Jeff Harrigian, commandant des forces aériennes américaines en Europe et en Afrique. « Nous apprécions le partenariat durable que nous avons avec la Norvège et attendons avec impatience les opportunités futures pour renforcer notre défense collective », a-t-il ajouté.

*

Force est de constater que la rupture Occident/Russie est consommée. Elle était prévisible. Il y a déjà longtemps que Moscou a retiré ses observateurs de l’OTAN. Le divorce est également acté avec l’Union européenne, suite au récent voyage de Josep Borell à Moscou et au les prochaines sanctions prévisibles suite à l’affaire Navalny.

Lecture de « La Billebaude »

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Lecture de « La Billebaude »

par Eugène KRAMPON

Ex: http://www.europemaxima.com

C’est une lutte à mort qui aujourd’hui s’est engagée entre deux visions du monde totalement incompatibles : l’identité contre le cosmopolitisme, l’enracinement contre le nomadisme, la tradition contre le Progrès. Dans ce combat dantesque, pour nous autres militants identitaires, lire Vincenot est toujours un bain de jouvence, et pour beaucoup, un retour à nos racines paysannes toujours présentes dans notre longue mémoire et dans nos veines. Lors de la parution de l’ouvrage en 1978, les Français ne s’y sont d’ailleurs pas trompés : « De toutes les tribus, ils m’écrivent » disait l’auteur car ce qu’il racontait, c’était tout bonnement ce que nos parents avaient vécu eux aussi, qu’ils soient gaulois d’Auvergne, de Touraine, du Poitou, du Quercy, du Saintonge…

81toqG+L0QL.jpgUn biotope gaulois

Orphelin à l’âge de 8 ans, Henri Vincenot va passer une large partie de son enfance chez ses grands-parents, à Commarin, dans la montagne bourguignonne. Si dans la plaine, l’aristocratie est largement d’origine burgonde (peuple germain issu de l’île de Bornholm dans la Baltique et qui a donné son nom à la Bourgogne), dans la vallée de l’Ouche et dans la montagne, le peuplement est clairement d’origine celtique. En ce premier tiers du XXe siècle, époque à laquelle se déroule La Billebaude, les traditions venues du fond des âges sont encore bien présentes et vécues au quotidien. Il faut dire que nous sommes encore dans le cadre d’une civilisation lente, non encore emportée par le cancer du Progrès, qui vit encore au rythme des saisons et dont la seule richesse n’est que le fruit du travail de la terre et de ce que la forêt donne en cadeau : gibier, fruits, plantes médicinales. Pour s’en convaincre, il n’est que de relire de Vincenot également La vie des paysans bourguignons au temps de Lamartine. À croire que le temps, pour le plus grand bonheur des hommes, s’était arrêté avant la grande fuite an avant, vers le néant des temps modernes.

Il n’est de richesse que d’hommes

La Billebaude, c’est aussi la rencontre de personnages souvent hauts en couleur, comme il en pullulait encore dans tous nos terroirs de France il n’y a pas encore si longtemps : d’abord les deux grands-pères de l’auteur, chasseurs hors pair, l’un et l’autre Compagnons du devoir (l’un est forgeron, l’autre sellier-bourrelier), véritables aristocrates du travail manuel, un garde-chasse doublé d’un braconnier qui connaît la forêt comme sa poche, un chemineau (pas un cheminot, rien à voir avec le chemin de fer) qui erre sur tous les chemins de Bourgogne, conteur de légendes anciennes, connaissant toutes les familles et leurs secrets, dormant là dans un fossé, là dans une grange, des femmes connaissant toutes les vertus des plantes et capables de soigner aussi bien une angine, un rhumatisme, une plaie profonde, une morsure… Le voilà ce peuple celtique au sein duquel grandit notre auteur, au sein d’un village encore très marqué par une puissante vie communautaire.

CVT_La-Billebaude_3065.jpegLa dimension du sacré

Dans ces années 20 en Bourgogne, les traditions païennes sont encore bien présentes. L’Église le sait mieux que toute autre puisque pour une fois main dans la main avec les instituteurs laïcs, elle s’attache à éradiquer ce qu’elle appelle les « superstitions » qui ne sont pas autre chose que des traditions, croyances et légendes qui ont peu à voir avec le désert du Sinaï mais beaucoup avec la Tradition primordiale celtique. Même le missel local a une dimension ethnique puisqu’il est intitulé « Missel éduen », nom du peuple celte installé depuis l’Âge de Bronze sur les contreforts de la montagne du Morvan.

Ces Gaulois de la montagne sont certes attachés à leurs églises et à ses rites pagano-catholiques, pour autant, leur véritable temple, leur sanctuaire, c’est la forêt primaire et son bestiaire sacré, sangliers, cerfs et chevreuils qu’ils traquent dans des parties de chasse épiques, à la billebaude c’est-à-dire à la rencontre, sans traque organisée. La chasse que Vincenot découvre avec son grand-père deviendra une des grandes passions de sa vie. C’est au cours de l’une d’elle, poursuivant un chevreuil, qu’il atterrit dans le hameau abandonné de la Pourrie, « cinq feux dans la vallée de l’Ouche », ancien lieu de vie d’une petite communauté cistercienne qu’il réhabilitera et dans lequel il repose depuis 1985, avec son épouse et un de ses fils, sous une pierre granitique gravée d’une croix celtique. Il est des symboles qui ne meurent jamais…

Eugène Krampon

• D’abord mis en ligne sur Terre et Peuple, le 17 février 2021.

lundi, 01 mars 2021

Grande coalition bancaire

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Grande coalition bancaire

par Georges FELTIN-TRACOL

Dans une actualité monopolisée par le covid-19, l’événement est presque passé inaperçu en France. La Belgique exporte en Italie sa coalition « Vivaldi ». En effet, le 13 février dernier est entré en fonction le 67e gouvernement de la République italienne sous la direction de l’ancien président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi. Il s’agit aussi du troisième gouvernement investi sous la XVIIIe législature élue en 2018.

Cette législature commença avec l’entente populiste jaune – verte entre le Mouvement Cinq Étoiles (M5S) et la Lega. Puis, en 2019, les impatiences de Matteo Salvini et les nombreuses réticences de l’aile gauche des Cinq Étoiles provoquèrent la rupture de cette alliance paradoxale. L’intervention du fondateur du M5S, Beppe Grillo, sauva le mandat de ses parlementaires en négociant avec les « rouges » du Parti démocrate (PD). Giuseppe Conte resta à la tête d’un nouveau gouvernement M5S – PD. Or le PD connut une scission en septembre 2019 orchestrée par l’ancien Premier ministre Matteo Renzi, créateur d’Italia Viva (IV). Le 11 janvier 2021, IV se retira de la coalition rouge – jaune et mit en minorité au Sénat le second gouvernement Conte.

Après quelques tractations de façade, le président de la République, Sergio Mattarella, chargea Mario Draghi de bâtir une nouvelle majorité parlementaire. L’élection biaisée de Joe Biden a dès à présent des répercussions internationales, tout particulièrement en Italie dont la souveraineté demeure plus que jamais limitée. Fort de son profil d’indépendant et de son aura de technicien hors-paire des arcanes économiques et financières, Mario Draghi se révèle incontournable. Son atlantisme, son mondialisme, son européisme et son financiarisme en font dès lors l’homme fort d’une nation bien affaiblie.

Le « magicien » Draghi parvient à constituer une majorité de 545 députés sur 630 et de 266 sénateurs sur 321. Comment ? Il contraint les principales forces politiques à s’entendre autour de sa nomination. Son gouvernement repose sur un large accord transpartisan : il rassemble le M5S, le PD, IV, les éco-socialistes de LeU (Libres et Égaux), mais aussi Forza Italia de Silvio Berlusconi et la Lega de Salvini. Il faut toutefois signaler que Giorgia Meloni de Fratelli d’Italia en progression constante dans les sondages se réserve pour l’heure entre l’abstention et l’opposition active.

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L’équipe ministérielle de Mario Draghi compte 23 ministres (15 hommes et 8 femmes). Les indépendants sont les plus représentés (dix). Outre la présidence du Conseil, ils occupent les ministères de l’Intérieur, de la Justice, de l’Éducation, de l’Environnement et de l’Économie et des Finances. Le M5S conserve quatre ministères (les Affaires étrangères, les Relations avec le Parlement, la Jeunesse, l’Agriculture et l’Alimentation). Forza Italia prend les portefeuilles de l’Administration publique, des Relations avec les régions, du Sud et de la Cohésion territoriale. La Défense, la Culture et le Travail reviennent au PD. La Lega obtient le Développement économique, le Tourisme et le Handicap.

En entrant dans un gouvernement conduit par Mario Draghi, le M5S et la Lega renoncent à leurs origines populistes et confirment ainsi leur intégration dans le Système partitocratique. Il est maintenant possible que les députés européens liguistes délaissent prochainement le groupe Identité et Démocratie cofondé avec le RN, le FPÖ, l’AfD et le Vlaams Belang.

L’exemple politique italien est à suivre avec attention pour la situation française découlant de l’élection présidentielle de 2022 si le scrutin n’est pas reporté sine die. Réélu, Emmanuel Macron ne pourrait plus disposer d’une majorité, même relative, au Palais-Bourbon. Ne souhaitant pas gouverner avec les reliquats d’une gauche élargie aux Verts divisée contre elle-même, il pourrait nommer à la place de Jean Castex, Valérie Pécresse, Christian Estrosi, Xavier Bertrand, voire – audace suprême – Marine Le Pen elle-même. La présidente du Rétrécissement national poursuit par ailleurs sa reptation devant le Système. Elle a renoncé à toute sortie de l’euro et rejette le Frexit. Elle vient d’entériner les accords de Schengen et prône toujours une assimilation républicaine suicidaire pour les Albo-Européens.

Il ne fait guère de doute que les « grandes coalitions bancaires » à la mode italienne ont un bel avenir en Europe.

Georges Feltin-Tracol

• « Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n° 203, mise en ligne sur TVLibertés, le 23 février 2021.

Du "Monde harmonieux" au "rêve chinois" - La Chine et sa stratégie de sécurité

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http://www.ieri.be/fr/publications/wp/2021/f-vrier/du-mon...

Du "Monde harmonieux"

au "rêve chinois"

 

La Chine et sa stratégie de sécurité

 

par Irnerio Seminatore

 

Texte reparti en deux sous-titres:

I. La Chine et sa stratégie de sécurité.Un nouvel équilibre entre défense modernisée, guerre asymétrique et stratégie militaire

(première partie)

II. La quête de pouvoir de la Chine et le débat sur la puissance nationale. Vers la prééminence mondiale?

(deuxième partie, à paraître le 7 mars prochain)

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TABLE DES MATIÈRES

I. LA CHINE ET SA STRATÉGIE DE SÉCURITÉ. UN NOUVEL ÉQUILIBRE ENTRE DÉFENSE MODERNISÉE, GUERRE ASYMÉTRIQUE ET STRATÉGIE MILITAIRE (première partie)

Chine et États-Unis. Préservation du "statu quo" ou inversion de prééminence

De la "défense passive en profondeur"(Mao) à la "défense active" dans les "guerres locales et limitées" (Deng Tsiao Ping et Xi Jinping)

La puissance nationale comme stratégie

"Vaincre le supérieur par l'inférieur"

Sur la "guerre d'information asymétrique d'acupuncture" et la guerre préventive

Conditions pour l'emporter dans un conflit limité

L'asymétrie, son concept et sa définition

L'asymétrie, le nouveau visage de la guerre et la "double spirale des défis"

II. LA QUÊTE DE POUVOIR DE LA CHINE ET LE DÉBAT SUR LA PUISSANCE NATIONALE. VERS LA PRÉÉMINENCE MONDIALE ? (deuxième partie)

Normalisation et "diplomatie asymétrique"

De la stratégie triangulaire (Chine, Union Soviétique, États-Unis) au condominium planétaire (duopole de puissance)

Paix et Guerre dans une conjoncture de mutations

Une entente pacifique renforcée avec les États-Unis de la part de la Chine? Ou un "rééquilibrage stratégique à distance" de la part des États-Unis?

De Deng Xiaoping à Xi Jinping, vers l'inversion de prééminence?

Le "Rapport Crowe" et l'analogie historique

Deux questionnements et deux interprétations des tensions actuelles et de leurs issues
L'activisme chinois et les "intérêts vitaux" de la Chine

Le "Rapport 2010" et la mission historique des forces armées chinoises

L'ordre apparent et la ruse. Sur les répercussions stratégiques et militaires de la nouvelle "Route de la Soie"

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I. LA CHINE ET SA STRATÉGIE DE SÉCURITÉ. UN NOUVEL ÉQUILIBRE ENTRE DÉFENSE MODERNISÉE, GUERRE ASYMÉTRIQUE ET STRATÉGIE MILITAIRE (première partie)

Chine et États-Unis. Préservation du "statu quo" ou inversion de prééminence

La rivalité entre Beijing et Washington, en raison du Covid 19, a pris un tour plus idéologique et oppose désormais deux modèles politiques, autocratique et autoritaire et pluraliste/libéral. Cette opposition impressionne le monde entier et révèle un regain d'attraction pour les régimes d'ordre, d'efficacité et de décision. Elle offre l'exemple d'une volonté qui obéit à un principe premier, celui de la sécurité et à un grand dessein, celui de la renaissance nationale et de l'avenir.

La montée en puissance de la Chine, depuis la fin de la guerre froide, en termes économiques, politiques, diplomatiques et militaires, fera de celle-ci, selon nombre d' observateurs, le plus grand protagoniste de l'histoire mondiale.

Cette émergence est susceptible de produire une inversion du rapport de prééminence entre les États-Unis, puissance dominante établie et premier empire global de l'histoire et la Chine," Empire du milieu" ou État-civilisationnel, vieux de trois mille cinq cents ans et fort d'un milliard-quatre cents millions d'hommes.

De la "défense passive en profondeur" (Mao) à la "défense active" dans les "guerres locales et limitées" (Deng Tsiao Ping et Xi Jinping)

La Chine, dans le cadre d'un système international multipolaire concentre ses ressources sur le développement de capacités asymétriques, dans le but de les moderniser et de devenir un joueur de premier plan dans la sécurité régionale de l'Asie Pacifique, de l'Asie Méridionale et de l'Indo-Pacifique. En particulier et conformément à sa tradition philosophique et combattante, à penser et agir différemment des adversaires pour acquérir une plus grande liberté d'action. Ceci s'est traduit par l'adoption d'une doctrine de modernisation de l'APL, à l'époque de la menace d'affrontement avec les deux superpuissances de la bipolarité, les États-Unis et l'Union Soviétique, qui a eu pour but de se préparer à mener une guerre totale, émergente et nucléaire afin d'assurer la survie de la nation. Plus tard, l'approche stratégique a évolué et s'est définie comme capacité de mener et de vaincre des "guerres locales", conçues comme des guerres limitées, en conditions d'informatisation et de haute technologie. Au lieu de la "défense passive" en profondeur, qui fut celle énoncée par Mao, dans la période de la " guerre du peuple" et dictée par une infériorité en capacités et ressources, la Chine de Deng Tsiao Ping, passa à la formulation d'une "défense active" dans des "zones de guerre" vers les frontières. Pour se préparer à ce type de conflit contribuèrent singulièrement les observations de la guerre du Golfe en 1991, de l'attaque de l'Otan contre Belgrade, en 1999 et de l'invasion américaine de l’Afghanistan en 2001. La direction politique et militaire de la République Populaire de Chine conclut de ces observations que l'attribution des ressources du pays pour tous les scénarios de guerre possibles était insoutenable et devait être déterminée par la spécificité du contexte international. Conformément à l'idée que le meilleur système pour vaincre est de gagner par des stratagèmes, la conception du pouvoir chinois comme "faisceaux stratégique", imposa à la Chine d'analyser sérieusement les forces et les faiblesses de son adversaire principal, afin d'établir sa propre stratégie en termes de guerre asymétrique.

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La puissance nationale comme stratégie

Le point-clé de cette conception du pouvoir repose dans la conception de la "puissance nationale", en terme de capacités d'élaboration stratégique en fonction des diverses éventualités historiques. La puissance ne peut résulter de ce fait que de la spécificité entre stratégie et environnement de sécurité. Historiquement ceci s'est traduit par une défense fixe, la Grande Muraille, face à la cavalerie nomade et mobile qui attaquait la Chine du Nord et de l'Ouest. Ce choix a renforcé la puissance relative de la Chine de l'époque, en termes de fortification et d'organisation logistique. Aujourd'hui la stratégie de "défense active" repose sur la création d'une "force de dissuasion" allégée et efficace (facteur stabilisant à l'image de la Grande Muraille) et sur l'utilisation flexible d'autres moyens dissuasifs, de prévention, d'arrêt ou de projection, ce qui exige une coordination très étroite entre lutte militaire et lutte politique, diplomatique,économique et culturelle. Il s'agit d'assurer la constitution d'une combinaison de moyens et de ressources, en vue du façonnement d'un environnement de sécurité fiable. Ainsi les stratégies mises en œuvre, détermineraient -selon Sun Tzu, les résultats escomptés, selon une série de stratagèmes de situation, avantageux ou désavantageux (d'attaque, de proximité, de défaite ou de chaos..) C'est pourquoi l'étude de l'environnement est primordial.

"Vaincre le supérieur par l'inférieur"

La conclusion fut que, vis à vis de l'Amérique, le concept chinois le plus approprié était de "vaincre le supérieur avec l'inférieur". L'étude de l'adversaire parvint au résultat d'identifier sa faiblesse, là même où se trouvait sa force et à saisir ses points vitaux, en sa dépendance des systèmes d'information. Ainsi, pour gagner ce type de guerre, la Chine se devait d'exceller dans des opérations conjointes intégrées, impliquant le système de commandement, le système de formation, le soutien inter-armées et la composition des forces. Ces opérations exigeaient une coordination entre lutte militaire et efforts politiques, diplomatiques, économiques et culturels et prévoyaient d'assumer, pour la modernisation de l'armée, la mécanisation comme fondement et l'informatisation comme objectif. Par ailleurs la Chine, poursuivant une compétition acharnée vis à vis des États-Unis, ne s'est jamais détournée des enseignements de Sun Tzu, pour lequel un concept capital impose de se connaître soi même, afin de connaître son adversaire. Concrètement il s'agissait d'identifier les facteurs qui aident à déterminer l'issue de la guerre et ces facteurs reposaient sur la vulnérabilité des avantages de l'ennemi. Pour le neutraliser il fallait une combinaison et un lien interactif entre trois types d'asymétrie, celle de la guerre totale prolongée, de la stratégie asymétrique de la guerrilla et de l'organisation logistique des combats. Dans la phase actuelle, et, pour éviter l'épuisement et la faillite d'un pays aux ressources limitées, s'engageant dans une course aux armements tous azimuts, comme le fit l'Union Soviétique, la clé du succès se trouve dans le principe de "vaincre le supérieur par l'inférieur", autrement dit, dans l'acquisition de la supériorité par l’information, avant d'acquérir la supériorité des airs et de la mer. En contrôlant certains secteurs-clés des opérations militaires l'Armée de Libération Populaire, inférieure en capacités, pourrait neutraliser la supériorité de son antagoniste principal, par la dissuasion ou encore par la destruction de ses forces de combat.

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Sur la "guerre d'information asymétrique d'acupuncture" et la guerre préventive

En conditions de crise aggravée, une attaque préventive par l'acteur inférieur contre les centres nerveux et logistiques de l'acteur étatique supérieur,neutralise les avantages de ce dernier, en renversant la situation et la donne.La saisie des points vitaux du système d'information de l'adversaire demeure en somme l'idée de base de la "guerre d’acupuncture", qui vise à neutraliser l'avantage de l'ensemble des systèmes. La guerre d'information asymétrique d'acupuncture ne connaît pas de frontières, militaires, économiques et sociales. Elle est "of limits". Chaque aspect de cette guerre dépend strictement de l'information et celle-ci des satellites spatiaux, des systèmes d'alerte aériens rapides, d'avions de guerre électroniques et de sites de commandement au sol. Selon le recours à l'image de la guerre d’acupuncture, ces points d'information cruciaux constituent des "points d'énergie vitaux". Ils dépendent tous de réseaux informatiques. Ainsi, au delà de l'espace traditionnel de combat, aérien, terrestre et naval, les nouveaux espaces de la victoire, se situent dans le cyberespace et dans l'espace électromagnétique, où il faut disposer des armes à laser, des armes à faisceaux de particules, des armes à très haute fréquence, des armes d'ondes ultrasoniques, subsoniques, furtives, à radiation, de virus informatiques puissants, de robots intégrants des nanotechnologies, de telle sorte que, pour gagner dans l'espace eso-atmosphérique, il faut disposer d'un concept de guerre intégrée en réseau électronique. Ces nouvelles dimensions de la guerre et ces nouveaux moyens d'attaque ont des implications décisives dans le combat terrestre, aérien et maritime, car l'issue du combat vient par le haut. Seul le combat éso-atmosphérique permet d’acquérir et de maintenir la supériorité au niveau inférieur. La Chine en a tiré un enseignement ferme, consistant à développer, de manière accélérée ces secteurs-clés, comme centres névralgiques des guerres locales ou totales et a investi massivement dans trois secteurs: les armes antisatellites, les opérations de réseau informatiques et les missiles anti-navires. Dans un contexte stratégique en pleine évolution, la Chine a testé une arme d'ascension directe antisatellite, lui permettant de dissuader l'ennemi de recourir au combat, de frapper d'importantes sources d'information et d'ébranler la structure de son système d'information.

Conditions pour l'emporter dans un conflit limité

Après la fin de guerre froide la Chine a déployé un système de défense antimissiles stratégiques, qui représente un défi pour la dissuasion nucléaire américaine, sur laquelle se fonde la crédibilité du parapluie nucléaire étasunien, recouvrant une trentaine de pays alliés. En dehors de la recherche de supériorité, visant à refuser l'accès aux informations essentielles, pour mener des actions de combat dans une guerre locale et, éventuellement dans le détroit de Taïwan, une autre capacité cruciale des États-Unis est concernée. Il s'agit de leur principale plate-forme de projection de puissance, les porte-avions. D'où l'effort de la Chine de développer des missiles balistiques anti-navires, dont l'opérationnalité bouleverserait le calcul des conflits potentiels entre la République Populaire de Chine et les États-Unis. Un changement significatif dans l'équilibre des pouvoirs en résulterait dans toute l'aire du Pacifique. Au niveau local, le test de ce nouveau missile anti-navires rajoute une pièce essentielle à la stratégie de déni, ou anti-accès. Ainsi l'espoir de neutraliser les avantages acquis par la Chine dans un domaine-clé, s'accompagne de la possibilité de l'emporter dans un conflit limité, par la dissuasion, la négation d'accès ou la destruction des capacités de l'adversaire. Or, les efforts de modernisation poursuivis, se focalisant sur la capacité de saisir la supériorité dans l'information, concrétisent la conception de l'asymétrie du programme de défense de la Chine, dans le domaine opérationnel, plus que doctrinal. Cette conception de l'asymétrie commande à une appréciation psycho-politique de la force relative entre la Chine et ses adversaires ou rivaux, seuls ou coalisés, et est susceptible de pencher vers un excès de confiance. Un excès qui constitue un frein, pour parvenir à des solutions négociées. De façon générale l'acquisition de la supériorité dans la stratégie de contrôle des secteurs-clés repose sur le principe d'initiative, comme facteur de vie ou de mort dans les guerres de hautes technologies, dans lesquelles la frappe inattendue et en premier, exige de dissimuler les véritables intentions des deux parties.

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L'asymétrie, son concept et sa définition

Puisque l'asymétrie touche au domaine des différences sur le terrain de l'organisation, de l'équipement et de la doctrine, le concept opératoire d'asymétrie va de la différence à une "opposition diagonale", par rapport aux capacités de l’adversaire. Or lorsque l'écart de capacités militaires est considérable, l'acteur le plus faible adopte des stratégies et des méthodes militaires non conventionnelles, qui diffèrent significativement du mode d'opposition et de combat attendus. L'asymétrie de conception et de forces doit se traduire en une plus grande liberté d'action et être politico-stratégique, opérationnel ou mixte, comportant des perspectives temporelles et opératoires différenciées, appliquées délibérément ou par défaut. Suivant cette définition, très générale, l'asymétrie opérationnelle rendue possible par l'interaction de technologies et d'organisations, conditionne l'asymétrie stratégique et sa traduction doctrinale. En venant à la politique de sécurité d'un acteur étatique, celle-ci dépend de sa lecture et de sa perception de l'environnement et donc du type de guerre destiné à assurer la survie de la nation (guerre totale) ou, en revanche une victoire périphérique ou locale dans un conflit limité, où la survie nationale n'est pas en cause.

L'asymétrie, le nouveau visage de la guerre et la "double spirale des défis"

En son pur concept l'asymétrie a affaire à la théorie, aux pratiques stratégiques et à ses formes historiques. Dans le "Livre des mutations" de la deuxième moitié du du VIIIème siècle av.J.C. et dans les écrits sur les guerres irrégulières du IVème siècle de Sun Tzu, l'asymétrie apparaît comme l'action violente d'une force irrégulière contre une force majeure établie, qui a pour but l'effondrement d'un système de pouvoir et de pensée. Elle frappe par la surprise, la brutalité et l'imprévisibilité. Elle affecte, par son impact psychologique, la volonté, la capacité d'initiative et la liberté d'action. En ses conséquences, elle produit l'effondrement de l'ennemi, par la déstabilisation de son dispositif et le renversement de ses paradigmes, dans la quête d'une issue. Elle se situe sur la ligne de jonction névralgique entre points faibles et points forts, qui lie la tradition à l'innovation. L'asymétrie n'a de sens que comme inversion du risque et n'a de symbole que dans le déséquilibrage, la paralysie et la chute. En termes de rupture, elle comporte un arbitrage historique sur la pérennité de l'autorité ou du pouvoir systémique et un arbitrage politique, dans l'orientation des opinions et des masses. L'asymétrie oppose, en tant que concept, l'ordre institutionnel au désordre insurrectionnel. et consacre l'effondrement du crédit de la force militaire au nom de la transformation du cadre stratégique et de la mutation du visage de la guerre. Paradoxalement, la fin de la guerre froide a fait apparaître un décalage de puissance entre les États-Unis et les autres acteurs, réguliers et irréguliers, de la scène internationale et cet écart capacitaire, culturel et politique, a été à l'origine de la résurgence de l'asymétrie. Le déplacement de la logique de l'affrontement vers le champ où la force militaire classique n'est plus le facteur décisif, fait découvrir que l'ennemi ne combat plus avec nos règles. Il est "hors limites" et il adopte d'autres modalités d'affrontement. Il apparaît dès lors à tous les analystes que la supériorité absolue est devenue une vulnérabilité et un objectif de combat. En réponse les États-Unis découvrent qu'une modification du visage de la guerre entrave le rendement optimal de l'appareil militaire classique et que, à côté de nos sociétés, démilitarisées,apparaissent trois phénomènes parallèles, "les conflits hybrides", "les insurgés innovants" et un autre "rapport à la mort". Quelles sont alors les guerres probables? Quelles sont les structures capacitaires et stratégiques défendables et praticables? Quel est le nouveau visage de la guerre?

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Puisque le modèle de la stratégie dominante des deux derniers siècles a été celui de Clausewitz, la puissance de la terre qu'est Chung Kuo' se prépare à une politique d'affrontement par une logistique, qui peut adopter Clausewitz sur terre, en cas de guerre conventionnelle, Mahan, sur les deux Océans, Pacifique et Indo-Pacifique, et Sun Tzu dans l'hypothèse d'un double front de combat, terrestre et maritime. Dans ce contexte la logistique du système "One Belt, One Road" devient l'élément décisif de l'épreuve de force probable entre les puissances de la terre et les puissances de la mer, au Nord, au Sud et à l'Ouest du continent européen. Mais dans cette lutte à mort pour la survie historique, les Américains ont compris que les chinois ont lancé un "défi stratégique de l'intérieur" de l'Eurasie et qu'ils devaient porter le "défi des régimes" à l'intérieur du système géopolitique et du monde des idées chinois (Hong-Kong ,Taïwan, Ouïgours). "Double spirale des défis" sur lesquels reposera le "duel du siècle" et l'histoire de l'avenir.


Bruxelles, le 1er février 2021

(deuxième partie, à paraître le 7 mars prochain)

Les maîtres de la philosophie allemande et russe se sont influencés mutuellement pendant un siècle

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Les maîtres de la philosophie allemande et russe se sont influencés mutuellement pendant un siècle

Dr. Paul Kindlon

Ex : https://russia-insider.com/en/

Les historiens littéraires mentionnent fréquemment l'influence allemande sur la littérature russe du XIXe siècle. En effet, on peut affirmer que les premiers écrivains romantiques russes ont beaucoup emprunté à des écrivains allemands tels que Heine, ETA Hoffman, Novalis et Goethe. Cependant, peu de choses ont été écrites sur la manière dont les écrivains russes ont influencé la pensée et la conscience allemandes.

Le lien russo-allemand - d'un point de vue politique - remonte aux grandes rébellions paysannes et citadines de 1848-49. Richard Wagner - compositeur classique de grand talent et nationaliste allemand - a en fait combattu sur les barricades aux côtés de l'anarchiste russe Mikhaïl Bakounine lors du soulèvement de Dresde en 1849. Le jeune Wagner rêvait d'une nouvelle forme de société et d'une nouvelle forme d'art. Les radicaux russes étaient du même avis.

Mais les écrivains russes, en particulier Tolstoï et Turgueniev, ont eu des suites bien plus importantes. Les écrits de ces deux Russes ont eu une forte influence sur les intellectuels allemands. Le premier dans le domaine de la spiritualité et le second dans la sphère de la politique. Les romans de Turgueniev, les Mémoires d'un chasseur et Pères et fils, ont inspiré des milliers d'intellectuels allemands qui rêvaient de changement social et de progrès politique. Turgueniev s'est même installé à Baden-Baden. Mais pour l'écrivain russe Gontcharov, c'est l'Allemand qui doit servir de modèle à "l'homme du futur". Dans son roman Oblomov, un aristocrate russe paresseux et passif (un homme superflu qui n'aime rien de plus que le sommeil) est juxtaposé à un autre personnage vivant, actif et pratique ; qui est à moitié allemand, Stoltz. L'idée étant que les Russes doivent devenir des "hommes d'action" et ne pas gâcher leur vie dans un monde de rêve.

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Turgueniev.

Plus que quiconque, cependant, c'est l'écrivain russe Dostoïevski qui influencera le philosophe Nietzsche qui, par la suite, influencera la pensée allemande (et occidentale) pendant plus de cent ans.

Dostoïevski et Nietzsche

Qualifiant Dostoïevski de "maître psychologue", Nietzsche a lu avec grand intérêt les romans de l'écrivain russe. Il n'était pas seul. À la fin du XIXe siècle, l'Allemagne a connu une flambée de ce que l'on a appelé "l'effet Raskolnikov" : de jeunes hommes désillusionnés qui s'identifiaient au héros commettaient un meurtre (généralement un amant) puis tentaient de se suicider.

Raskolnikov est le protagoniste du roman très philosophique Crime et châtiment de Dostoïevski. Le héros est certain de sa supériorité et de sa grandeur et le prouvera en assassinant sans pitié. À sa grande surprise - alors que Nietzsche avait du mal à publier ses œuvres - il découvrit que le public russe le connaissait déjà et aimait ses écrits ! (Soit dit en passant, l'amour de sa vie, était une intellectuelle et féministe germano-russe du nom de Lou Andreas Salome).

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Nietzsche a été tellement marqué par les écrits de Dostoïevski que son dernier acte de santé mentale - ou peut-être son premier acte de folie - est venu directement d'une scène de Crime et Châtiment. Pendant son séjour à Turin, en Italie (1889), Nietzsche quitte son hôtel et voit une vieille jument - à peine capable de bouger - se faire fouetter par un chauffeur. Tout comme Raskolnikov rêvait de protéger une vieille jument battue en lui jetant les bras autour du cou, Nietzsche a couru vers le pauvre animal souffrant et a jeté les bras autour de la jument en pleurant hystériquement.

Le philosophe allemand qui s'insurgeait contre la "pitié" en tant que forme de morale esclavagiste, qu'il fallait surmonter, ne pouvait pas suivre son propre enseignement à ce stade. C'est un cruel tour de l'histoire que les pensées de Nietzsche aient été adoptées - et modifiées - par les nazis qui, avec une bravade wagnérienne, allaient envahir la patrie de Dostoïevski. Nietzsche - l'homme - aurait été consterné par cet acte sauvage des Raskolnikovs allemands.

Entretien avec Thomas Ferrier

1- Pour nos lecteurs qui ne vous connaissent pas encore, présentez-vous.

« Thomas FERRIER, 44 ans, dirigeant du Parti des Européens, seul parti explicitement européen et non coalition de partis nationaux. »

2-: Quel est votre parcours ? Votre jeunesse, vos études, vos projets déjà réalisés et vos succès passés ?

« A l’issue d’une formation universitaire en histoire ancienne, je suis devenu cadre de la fonction publique, tout en défendant mes idées à visage découvert en faveur d’une Europe forte, unie de l’Islande à la Russie, et surtout européenne.

Le Parti des Européens est une refondation en 2016 de tentatives antérieures, avec choix d’un nom explicite et rassembleur. L’idée générale est que l’avenir de l’Europe ne peut passer que par la synthèse d’un discours européiste (en faveur donc d’une Europe politique) et identitaire (en faveur d’une Europe toujours européenne). »

3-: Qu’est-ce qui vous a amené à lancer votre projet ? Quelles sont les étapes qui vous y ont menées ?

« J’ai toujours été passionné par la chose politique. J’ai fait mes premières armes à droite, où j’ai compris au bout de quelques années qu’elle était dans l’impasse, qu’elle était même une impasse. Ceux qui croient à l’union des droites, entre pour résumer LR et le RN, perdent leur temps. Il faut rassembler les Européens lucides, pas des « clans » ou des « familles politiques » « 

4-: Pouvez-vous nous expliquer plus en détail en quoi consiste vos projets, votre démarche et pourquoi vous faites ce que vous faites ?

« L’Europe comme civilisation est en très grand péril. Je ne vous apprends rien. Elle connaît un hiver démographique tenace, avec un taux de natalité bien inférieur au taux de renouvellement requis (2,1 enfants/femme), et subit par ailleurs des flux migratoires post-coloniaux intenses qui modifient son profil et sont la cause d’un péril identitaire inédit, sans évoquer les conséquences financières ou sécuritaires engendrées. Elle est politiquement divisée donc la proie des USA et de la Chine, notamment, qui profitent du jeu nocif entre Etats et gouvernements, jeu que l’UE actuelle n’a en rien aboli, même si le rapport de force se fait désormais en son sein davantage qu’en dehors.

C’est face à ces immenses menaces sur la civilisation européenne tout entière qu’une réponse politique démocratique à l’échelle du continent doit émerger. Le parlement européen de Strasbourg, par son mode de scrutin qui le rend plus démocratique que le mode de scrutin pour les élections nationales, en tout cas en France, peut être demain le pivot de bascule permettant de passer d’une UE désunie et anti-identitaire à une Europe unie et identitaire, élargie à terme à l’ensemble du continent, Russie comprise. »

5-: Quelles sont vos principales sources d’inspiration, vos influences et vos références ?

« Elles sont multiples parce que je suis un lecteur forcené, mais disons que je considère que toutes les figures ayant prêché sainement l’unité de l’Europe sont mes « ancêtres » idéologiques, en commençant par Georges de Podiebrad au XVème siècle qui prônait une Europe unie pour résister aux Ottomans. Il ne faut pas opposer les européistes entre eux, et on doit pouvoir concilier Giscard et De Gaulle, Mosley et Monnet, Venner et Schuman. »

6-: Qu’est-ce que le conservatisme selon vous ? Et pensez-vous qu’il est important aujourd’hui ?

« Le conservatisme englobe à la fois le passé, le présent et le futur. C’est à la fois les châteaux de France, les églises de Bavière, le savoir-être courtois du gentleman anglais, les statues grecques et les tableaux des peintres italiens. Comment avancer sans s’inspirer de l’ancien ? Nous avons besoin de valeurs et de convictions pour être des hommes et des femmes complets et le conservatisme en fait partie. Si nous laissons le progressisme guider nos actions, nous finirons dans le néant à coup sûr. »

7-: Que pensez-vous du contexte actuel de la société en Europe ? Et à l’échelle du monde ?

« Je pense sincèrement que l’Europe n’a jamais été aussi menacée dans son existence même qu’au cours de ce XXIème siècle, même si elle a connu des situations tragiques au XXème siècle, qui l’ont affaiblie et menée à la situation actuelle. Si le communisme est tombé, son jumeau hétérozygote globaliste n’a jamais été aussi fort, du moins en apparence. Et il est davantage destructeur de l’âme des peuples. On constate que les pays de l’ex-bloc soviétique ont sur le plan identitaire en tout cas mieux résisté que les pays d’Europe occidentale. Pendant que la France a connu Mai 68, avec ses « valeurs » délétères porteuses d’un individualisme forcené dont on paie aujourd’hui le prix, les Tchèques et les Slovaques connaissaient les chars soviétiques dans leurs rues. »

8-: Si vous deviez donner 5 éléments sur lesquels tout français devrait sérieusement travailler au niveau individuel, lesquels seraient-ils ?

  • « L’auto-critique qui est saine lorsqu’elle est menée sans esprit de repentance mais dans le but de s’améliorer.
  • La fierté d’être un européen et d’assumer le devoir qu’implique cette identité, à savoir le dépassement permanent, la culture du doute face aux dogmes aveuglants, le respect des ancêtres à qui nous devons un immense héritage.
  • Le sentiment du devoir de défendre sa civilisation.
  • Le refus du chauvinisme étroit et l’acceptation du destin européen.
  • Le choix d’une religiosité de résistance et non d’ouverture à l’Autre. »

9-: Pouvez-vous nous partager votre ressenti sur la jeunesse d’aujourd’hui ?

« Elle est à la fois source d’une extrême tristesse et d’un immense espoir. Le jeune européen qui réussit, dans ce monde qui lui est si hostile, face à une propagande quotidienne voulant saper son moral, avec une inéducation nationale des plus nocives, à se penser en tant qu’européen, à se lever face à l’apathie générale, à faire le choix de lire et de progresser, est plus fort qu’il ne l’imagine. Et ils sont plus nombreux qu’on ne le croit ceux qui ont été capables de résister. Ils seront l’avenir de l’Europe. »

10-: Beaucoup de jeunes français cherchent à renouer avec leur héritage, quel est le meilleur moyen selon vous d’y parvenir ?

« Je crois qu’il faut beaucoup lire mais toujours avec un esprit ouvert et attentif aux petites choses. Il n’y a pas de recette miracle. Il ne faut en tout cas pas faire confiance aux media ou à l’école. Cultiver ce doute qui pousse à la curiosité. Arpenter son chemin avec lucidité, prudence et volonté. »

11-: Quels sont les principaux dangers qui menacent la civilisation européenne selon vous ?

« Je les ai évoqués plus haut mais pour résumer: le péril démographique, le péril migratoire et l’individualisme de reniement (en termes clairs, ne pas assumer qui on est et croire qu’on peut devenir autre chose), ce dernier amenant à toutes les dérives sur le « genre » ou au pseudo-nationalisme civique qui est un universalisme illusoire à peine déguisé. »

12-: Quels sont les principaux espoirs et leviers qui permettraient de surpasser ces menaces ?

« L’unité de l’Europe sur les bases de notre identité commune est la seule réponse. Le levier est l’éveil des Européens à cette nécessité et sa transposition politique via les élections européennes. »

13-: Quels sont les personnalités, auteurs, initiatives ou organisations qui paraissent dignes d’intérêts aujourd’hui selon vous ?

« Tous ceux qui ont compris l’importance de l’unité politique de l’Europe pour faire face aux périls susmentionnés. Ceux qui par exemple s’opposent à l’immigration de substitution mais sans tomber dans les travers de l’euroscepticisme, impasse suprême. »

14-: Y a t-il un sujet qui vous paraît délaissé aujourd’hui ou que vous considérez ne pas voir suffisamment dans les médias ou le débat public ?

« L’identité européenne est le grand tabou. Ceux qui parlent positivement d’Europe n’y voient qu’un projet politique, et non ethno-civilisationnel, porteur de valeurs universelles. C’est l’europhobie par globalisme qui n’envisage l’Europe que comme un magma artificiel.

Or l’Europe unie n’est un projet politique que comme la transposition d’une réalité anthropologique. C’est parce que les Européens sont de même souche qu’ils ont un même destin et qu’ils peuvent l’avoir unis. »

15-: Pouvez-vous nous donner un livre, un film et une musique, qui selon vous vous représente, ou auquel vous tenez ?

Parmi tant d’autres,

« Homère, « L’Iliade ».
« Excalibur », de John Boorman
IXème symphonie, Beethoven »

16-: Que pensez-vous pouvoir apporter à quelqu’un qui vous découvre ?

« Un point de vue audacieux sur l’Europe, une certaine lucidité face aux propagandes euro-mondialistes comme euro-sceptiques, un jugement plus nuancé sur l’actuelle Union Européenne, l’espoir aussi d’un avenir à nouveau solaire pour les Européens. »

17-: Quels sont vos projets à l’avenir ? Dans les prochaines semaines et mois, à court terme, mais également votre vision à long terme.

« L’objectif principal et même fondamental est l’émergence médiatique et pas seulement sur les canaux du pauvre (réseaux sociaux, youtube) mais au premier plan. Seule cette émergence peut permettre de présenter une liste crédible aux élections européennes, financée, avec de vrais bulletins et de vraies affiches, et donc dans des conditions idéales pour éviter de faire 3 000 voix sur toute la France, comme l’ont fait certaines listes identitaires en 2019.« 

18-: Où peut-on vous suivre ? Sur quel média ou réseau êtes-vous le plus actif?

« Je suis actuellement présent surtout sur Twitter (@ThFerrier) et aussi sur Telegram (t.me/LePartiDesEuropeens) où il y a plusieurs centaines d’audios accessibles désormais sur différents sujets que chacun peut écouter (religion, histoire, politique, institutions, droit, propositions du parti, éléments du programme, actualités…).« 

19-: Un mot pour la fin ?

« Elle ne saurait mourir que si elle était incapable de s’unir mais elle va y parvenir même si cela devait être « au bord du tombeau » pour paraphraser Nietzsche. »

dimanche, 28 février 2021

Britanniques et Saoudiens au Yémen

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Britanniques et Saoudiens au Yémen

Par Marco Ghisetti

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La guerre civile yéménite a éclaté en 2014, lorsque les insurgés houthi, rassemblant autour d'eux le mécontentement populaire généralisé causé par la "double" et continue ingérence américaine et saoudienne (1) dans leurs affaires intérieures, ont conquis la capitale yéménite Sanaa, incitant le président Hadi à se rendre en Arabie Saoudite et à demander au gouvernement de Riyad d'intervenir militairement contre les rebelles. Le 26 mars 2015, encouragée par le consentement tacite des États-Unis, l'Arabie saoudite a lancé la campagne de bombardement massif appelée "Storm of Resolve", qui est toujours en cours. Actuellement, les forces sur le terrain sont divisées en trois groupes : les Houthi, dirigés par Ansar Allah et soutenus par l'Iran (qui gagne de plus en plus de terrain), le gouvernement en exil de Hadi, soutenu par l'Arabie Saoudite, et le Conseil de transition du Sud, de moindre poids et soutenu par les Émirats. La guerre au Yémen a jusqu'à présent entraîné la mort violente de 100 000 à 250 000 personnes, selon les estimations, en plus des 4 millions de personnes déplacées et des 24 millions de personnes ayant besoin d'une aide humanitaire. La guerre au Yémen est considérée comme la plus grave catastrophe humanitaire en cours, "dont il est presque interdit de parler et d'écrire pour le moment"(2). Le silence du cirque médiatique et du clergé journalistique s'explique peut-être par l'insistance sur l'importance stratégique du Yémen et le rôle que jouent deux alliés des Etats-Unis - l'Arabie Saoudite et le Royaume-Uni - dans le conflit et, par conséquent, leur responsabilité plus ou moins directe dans la tragédie qui gangrène la population yéménite.

***

Quelle que soit l'ampleur des bombardements contre les forces houthi, il ne fait désormais aucun doute que le Royaume-Uni a joué un rôle d'accompagnement aux côtés des Saoudiens depuis le début de la campagne aérienne. Depuis 2015, "le Royaume-Uni a accordé au régime saoudien des licences d'armes d'une valeur d'au moins 5,4 milliards de livres sterling. 2,7 milliards de livres ont été dépensés pour les licences ML10, y compris les avions, les hélicoptères et les drones, et 2,5 milliards pour les licences ML4, y compris les grenades, les bombes, les missiles et les contre-mesures. En juin 2020, l'ONU a rapporté que plus de 60 % des morts de civils au Yémen sont causés par des frappes aériennes dirigées par les Saoudiens. BAE Systems - la plus grande société d'armement du Royaume-Uni - a réalisé un chiffre d'affaires de plus de 15 milliards de livres sterling en ventes et services à l'Arabie saoudite depuis 2015" (3).

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John Develler, un ancien employé du ministère britannique de la défense en Arabie Saoudite, a déclaré que "les Saoudiens sont complètement dépendants de BAE Systems. Ils ne pouvaient rien faire sans nous". Le soutien britannique aux Saoudiens va au-delà de la simple vente d'armes et d'équipements de guerre : on estime qu'il y a actuellement 6300 forces britanniques en Arabie Saoudite qui fournissent un soutien logistique continu, auquel il faut ajouter environ 80 soldats de la RAF. Un employé de BAE a déclaré : "Sans nous [les Britanniques], il n'y aurait pas un seul jet [saoudien] dans le ciel d'ici sept ou quatorze jours"(4).

L'aide britannique à l'Arabie Saoudite n'a pas été sans susciter des critiques internes. En raison de l'illégalité, au regard du droit international, de l'intervention saoudienne au Yémen, en 2019, un tribunal britannique a ordonné l'arrêt immédiat des ventes d'armes car elles étaient également utilisées contre la population civile. Toutefois, cette décision a été de facto annulée l'année suivante par la secrétaire d'État au Commerce national, Liz Truss : elle a déclaré qu'elle pouvait être rétablie après avoir "constaté" que de telles armes n'avaient pas été utilisées contre des civils, confirmant ainsi la volonté du Royaume-Uni de continuer à soutenir l'Arabie saoudite.

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L'importance du Yémen

Le choix des Britanniques et des Saoudiens d'intervenir au Yémen est dû au fait suivant : ces deux acteurs doivent maintenir leur relation privilégiée avec le géant nord-américain, ils doivent partager les "responsabilités" qui leur ont été confiées par les Etats-Unis alors que ces derniers s’occupent de l'Asie. Par exemple, la "nécessité de créer un espace d'action pour Londres" a incité le Royaume-Uni à "renforcer les liens qui existent déjà entre les deux côtés de l'Atlantique" (5), afin de cultiver et de raviver la "relation spéciale" qu'il entretient avec le géant d'outre-mer après s'être séparé de l'Union européenne. Et de ce point de vue, si la guerre par procuration contre le Yémen est en fait une des "responsabilités" que Riyad doit assumer tandis que les Etats-Unis se concentrent sur l'Asie, la guerre et le soutien logistique britanniques à Riyad est une des "responsabilités" qui incombent à Londres.

La République du Yémen est stratégiquement positionnée pour dominer les voies maritimes qui, comme l'indique la stratégie navale américaine pour la décennie 2020-30, détermineront l'équilibre des pouvoirs au XXIe siècle (6). Selon cette stratégie, les États-Unis doivent maintenir leur domination sur les mers qu'ils ont acquise grâce à leur victoire lors de la Seconde Guerre mondiale, mais doivent également la partager et la placer partiellement sur les épaules de leurs "alliés" afin de tenir tête aux acteurs qui érodent leur suprématie navale (principalement: la Chine, la Russie et l'Iran). Le détroit de Bab al-Mandeb, qui sépare la péninsule arabique de la Corne de l'Afrique, peut être facilement fermé par une puissance qui exploite le Yémen comme un pivot terrestre ; c'est, avec le détroit de Gibraltar, le point terminal qui relie la route maritime qui, en passant par la Méditerranée, le canal de Suez et la mer Rouge, relie l'océan Atlantique à l'aire maritime indo-pacifique. Celui qui est maître de ces centres névralgiques de la mer est donc aussi maître d'une des principales routes maritimes mondiales.

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Plus précisément, le rival des États-Unis que l'Arabie saoudite et le Royaume-Uni combattent au Yémen est l'Iran. En fait, si la République islamique devait obtenir, par l'intermédiaire des rebelles houthi qu'elle soutient, un accès direct au détroit de Bab al-Mandeb, "l'équilibre des forces dans la région changerait considérablement" (8) au détriment des États-Unis, car la suprématie américaine dans ces eaux serait grandement renforcée en faveur de son rival iranien. En outre, "un Yémen contrôlé par des Houthi serait un client potentiel pour les compagnies pétrolières russes ou chinoises" (9).

En tout cas, "si l'Arabie Saoudite est jusqu'à présent le grand perdant de la guerre" et que le Royaume-Uni a beaucoup perdu en termes d'image, "la population yéménite est sans aucun doute la grande victime de ce conflit" (10). Le rôle joué par l'Arabie Saoudite et le Royaume-Uni, deux des principaux alliés des Etats-Unis, au Yémen - et donc leur responsabilité plus ou moins directe dans la tragédie qui se déroule dans ce pays - explique pourquoi les médias occidentaux restent silencieux sur ce que les Nations Unies ont qualifié de crise humanitaire des plus graves en cours.

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Notes :

  • (1) Haniyeh Tarkian, La guerra contro lo Yemen, in “Eurasia. Rivista di studi geopolitici”, 3/2019, p. 142
  • (2) Marco Pondrelli, Continente eurasiatico. Tra nuova guerra fredda e prospettive di integrazione. Prefazione di Alberto Bradanini, Anteo, 2021, p. 89.
  • (3) Gabrielle Pickard-Whitehead, UK urged to follow Biden’s lead and end Yemen war support,  leftfootforward.org, 8 febbraio 2021
  • (4) Arron Merat, ‘The Saudis couldn’t do it without us’: the UK’s true role in Yemen’s deadly war, theguardian.com, 18 giugno 2019
  • (5) Andrea Muratore, Il tramonto della “global Britain”?, eurasia-rivista.com, 3 luglio 2020
  • (6) Pour une analyse de la nouvellestratégie navale américaine, voir : Marco Ghisetti, “Advantage at Sea”: la nuova strategia navale statunitense, 26 dicembre 2020, eurasia-rivista.com
  • (7) Haniyeh Tarkian op. cit., p. 142
  • (8) Angelo Young, War In Yemen: Tankers Moving Unimpeded Through Bab Al-Mandeb Oil Shipment Choke Point, Says Kuwait Petroleum Corporation, 29 marzo 2015, ibtimes.com
  • (9) William F. Engdahl, Yemen Genocide About Oil Control, 20 novembre 2018, williamengdahl.com
  • (10) Massimiliano Palladini, Cinque anni di guerra in Yemen, in “Eurasia. Rivista di studi geopolitici” 4/2020, p. 196

Urga. Le pays de Ungern

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Urga. Le pays de Ungern

Par Stanislav Khatuntsev

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Traduction vers l’espagnol de Juan Gabriel Caro Rivera

Le baron blanc qui a accordé l'indépendance à la Mongolie

Dans la steppe montagneuse de Mongolie, le vent souffle de façon incontrôlable d'un côté à l'autre, ne laissant que de l'herbe à la surface du sol. Le sifflement et le hurlement des éléments provoquent une horreur à la fois archaïque et mystique. Et au milieu des hurlements du vent, on entend le hennissement d'un cheval qui brise la monotonie de ce paysage abrupt et sauvage. Au-delà de l'horizon, au sommet d'une haute colline rocheuse, sur laquelle les nuages passent fantastiquement et rapidement, apparaît la figure d'un cavalier portant une robe mongole dorée. Le cheval, comme s'il s'agissait d'une énorme tour sombre, se cabre et se cabre, coupant l'atmosphère avec ses yeux fous. Son cavalier l'apprivoise avec une main de fer. Il s'agit du baron Ungern.

Il y a exactement 100 ans, une série d'événements importants se sont produits qui sont associés à son nom.

Le lieutenant général Roman Fedorovitch von Ungern-Sternberg est sans aucun doute une figure légendaire. Il était l'un des dirigeants du mouvement Transbaïkalien Blanc, étant le second à commander ce système qui avait été créé par l'ataman Semyonov, à qui l'amiral Koltchak, en tant que souverain suprême de la Russie, avait transféré tous les pouvoirs militaires et civils des territoires qui se trouvaient dans "l'Extrême-Orient russe".

Roman Fedorovitch était un ami de Semyonov pendant la Première Guerre mondiale et les deux hommes se connaissaient depuis longtemps. Tous deux se sont battus ensemble. Au cours de l'été 1917, Semyonov, qui avait les pouvoirs du gouvernement provisoire, retourna dans sa patrie en Transbaïkalie. Il a appelé Ungern à venir dans sa patrie et à y rester avec lui. C'est là qu'ils ont commencé à lutter ensemble contre les bolcheviks. Lorsque Semyonov prit Chita en août 1918, le baron de la division de cavalerie asiatique établit plus tard sa base d'opérations à Dauria, où il contrôlera le trafic de l'East China Railway.

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C'est là que ce général blanc a commencé à concocter des plans de proportions véritablement planétaires: il souhaitait ressusciter dans tout l'Ancien Monde les monarchies qui étaient tombées, en restaurant les dynasties renversées de Chine (les Qing) et de Russie (les Romanov). Le territoire de Khalkha, également connu sous le nom de ‘’Mongolie extérieure’’, sera la première étape de la réalisation de ses plans. En août 1920, Ungern, avec son armée de "smachus" (cosaques), arrive en Mongolie fin octobre et prend d'assaut sa capitale Urga.

À partir de l'automne 1919, la Khalkha est occupée par les "gamins", soldats de l'Armée républicaine de la Chine révolutionnaire, qui volent et oppriment les Mongols, perpétrant toutes sortes d'injustices et de violences contre la population, afin de venger le fait que, quelques années auparavant, les Mongols avaient osé se libérer de la domination chinoise. Urga était la base et le quartier général de ces envahisseurs, qui disposaient d'une force militaire assez importante et bien équipée selon les normes locales. Les troupes d’Ungern étaient 10 à 12 fois moins nombreuses que les troupes chinoises, tandis que les fils de l'Empire Céleste étaient largement inférieurs en nombre de canons. Il n'est donc pas surprenant que les deux assauts désespérés que le baron a lancés contre Urga aient échoué.

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Finalement, Ungern a retiré ses troupes de l'autre côté du fleuve Kerulen, qui était le centre de la résistance contre les envahisseurs chinois et où l'empire de Gengis Khan a émergé. De nombreux Mongols, mécontents de la domination chinoise sur leur pays, y affluent de partout.

La Division de Cavalerie Asiatique a rapidement récupéré les troupes qu'elle avait perdues, tandis que son chef, qui comprenait parfaitement l'ennemi, menait une guerre psychologique efficace contre la garnison des "gamins". Après quelques mois, les Chinois superstitieux, qui se sont retrouvés dans un pays très différent de leur patrie, laquelle est pleine de riz et de soie, attendaient que le terrible châtiment des dieux puissants qui protégeaient le "Bouddha vivant", le grand prêtre d'Urga et souverain de Mongolie, Bogdo-Gegen, leur tombe dessus à tout moment. Chaque nuit, ils regardaient avec crainte les gigantesques feux de joie allumés par les habitants et les soldats d’Ungern au sommet de la montagne sacrée Bogdo-Khan-ul, au sud de la ville. Les terribles rumeurs propagées par les agents du baron privent les "gamins" de tout espoir de victoire.

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Peu avant la nouvelle attaque contre Urga, quelque chose d'absolument incroyable se produisit: dans la cour de la maison du gouverneur, Chen Yi, et en plein jour, un jour d'hiver, Ungern lui-même est apparu. Comment il a réussi à traverser la capitale ennemie sans se faire repérer est incompréhensible, surtout si l'on considère qu'elle était pleine de troupes, grouillante de patrouilles et entourée de toutes sortes de postes armés. Sur le chemin du retour, le baron a remarqué une sentinelle chinoise qui dormait devant la porte de la prison. Une telle violation de la discipline militaire l'exaspère au plus profond de son âme, et le général blanc réveille le soldat négligent à coups de poings, lui expliquant qu'il est impossible de dormir pendant la garde, car lui, Ungern, va le punir de ses propres mains. Après cela, le chef de la Division de Cavalerie Asiatique a calmement quitté la ville et s'est rendu à Bogdo-Khan-ul. Après la panique provoquée par sa fuite, les soldats n'ont pas pu organiser un escadron pour le poursuivre. L'incident a fini par être considéré comme un miracle : seules des forces surnaturelles auraient pu aider le baron dans son infiltration sur le territoire d'Urga et le faire sortir sain et sauf.

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Ce sont ces mêmes forces surnaturelles qui, selon les soldats chinois, ont aidé Ungern à kidnapper - en plein jour, devant toute la ville (au sens littéral du terme) et sous le nez de tout un bataillon de gardes - Bogdo-Gegen, qui était assigné à résidence. Cet événement démoralise même les commandants du corps expéditionnaire chinois : le général Guo Songling s'enfuit de la capitale à la tête d'une unité de gardes qui sont les mieux préparés au combat : c’était un corps de 3000 soldats d'élite de la cavalerie.

La supériorité numérique des Chinois sur la Division de Cavalerie Asiatique diminue, mais elle reste assez importante, étant de cinq à huit fois supérieure au nombre de soldats alignés par Ungern. En revanche, les soldats d’Ungern possédaient 5 à 6 fois plus d'artillerie et de mitrailleuses que les Chinois.

Cela n'a pas empêché le baron de poursuivre une opération bien planifiée qui allait mener au succès de son corps expéditionnaire. Au petit matin du 2 février 1921, un assaut frontal est lancé, auquel les Chinois résistent farouchement. Le lendemain, les combats ont cessé, puis l'assaut a repris et les "gamins" ont fui dans la terreur. La capitale de la Mongolie extérieure a été libérée le 4 février, et Ungern a remporté d'énormes trophées, dont de grandes quantités d'or et d'argent raflées dans les entrepôts de la banque d'Urga.

La guerre contre les Chinois n'était cependant pas terminée et toute une série de batailles acharnées s'ensuivit contre le corps expéditionnaire des Gamins, dont les effectifs étaient encore plusieurs fois supérieurs à ceux de la division de cavalerie asiatique. Mais à la fin, ils furent pratiquement détruits. Peu d'entre eux retournèrent en Chine, et les troupes d’Ungern gagnèrent à nouveau un important butin de guerre, dont plusieurs milliers de prisonniers.

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Le 22 février 1921, une cérémonie solennelle a lieu à Urga : Bogdo-Gegen VIII monte à nouveau sur le trône du Grand Khan de Mongolie. La monarchie est à nouveau rétablie et les Mongols accordent à Ungern toutes sortes d'honneurs et de privilèges. Il a reçu le surnom de Tsagan (c'est-à-dire Blanc) Burkhan, ou "Dieu de la guerre", étant considéré comme l'incarnation de Mahakala-Idam, une divinité lamaïste à six bras qui punissait cruellement les ennemis de la "foi jaune". Désormais, le nom du baron inspirait à ses ennemis une peur superstitieuse. Sous ses bannières étaient réunis tous les représentants de plus d'une douzaine de peuples d'Asie et d'Europe : Russes, Autrichiens, Français, Bachkirs, Chinois, Japonais, Tibétains, Coréens et Mandchous. Il y eut même... un Noir qui servit dans la division de cavalerie asiatique. Il s'agissait d'une petite Internationale blanche qui, sous la bannière de diverses religions traditionnelles - christianisme, bouddhisme et islam - s'opposait à l'athée Internationale rouge.

Fin mai, Ungern a lancé sa dernière campagne contre la Russie soviétique. Il espérait provoquer des soulèvements anti-bolcheviques dans l'Altaï et le Yenisei supérieur, dans la province d'Irkoutsk, en Transbaïkalie. Mais le peuple n'avait aucune envie de se confronter au nouveau gouvernement qui avait remplacé un système prédateur d'appropriation des excédents par une série d'impôts en nature relativement supportables. La lutte dans la région du Baïkal s'est avérée vaine et le baron a fini par se replier en Mongolie. C'est sur le fleuve Egiin-Gol, poursuivi par les "Rouges" et divisé en deux brigades, que la mutinerie a éclaté dans la Division de Cavalerie Asiatique. Von Ungern-Sternberg perdit le contrôle de ses troupes et fut arrêté par les officiers d'une division mongole qu'il s'attendait à ce qu’elle lui restât fidèle. La cavalerie asiatique s'est mise en route vers l'est, en direction de la Mandchourie, et le 15 septembre, le baron a été abattu dans la ville de Novonikolaïvsk, qui était la capitale de la "Sibérie rouge".

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L'épopée d’Ungern à Urga et en Mongolie a eu un impact significatif sur l'histoire de l'Asie intérieure. Sans lui, la Khalkha serait resté sous le contrôle du gouvernement de Pékin. Les autorités de la Russie soviétique ne voulaient pas entrer en conflit avec son voisin du sud et si le baron n'avait pas éliminé les "gamins", les bolcheviks n'auraient pas envahi la région et la Mongolie extérieure n'aurait pas quitté la sphère d'influence chinoise, ce qui est arrivé à la Mongolie intérieure, à l'Ordos, etc. C'est donc grâce à la guerre menée par Ungern que la Mongolie s'est détachée de l'orbite de Pékin et est entrée dans celle de Moscou.

Il est intéressant de noter que, pour la même raison ("l'aventure de Ungern"), la Chine a fini par perdre la région d'Uryankhai, la future Tuva, qui, en 1914, est passée du statut de partie de l'Empire céleste à celui de protectorat de l'Empire russe, et a fait partie de l'URSS jusqu’en 1944. Comme chacun sait, c'est à Tuva (dans la ville de Chadan) que l'actuel ministre de la défense de la Fédération de Russie, Sergei Shoigu, est né.

D'ailleurs, l'actuelle République de Chine (l'île de Taïwan) considère toujours cette région autonome turque, qui fait partie de la Fédération de Russie, comme faisant partie du territoire d'État de la Chine.

Ajoutons à cela que dans l'actuelle république de Mongolie, beaucoup considèrent le général blanc comme un héros national qui a libéré le pays d'une puissance étrangère. En novembre 2015, le musée dédié à Ungern a été solennellement ouvert près d'Oulan-Bator avec l'aide directe de l'Institut d'histoire et d'archéologie de l'Académie des sciences de ce pays.

C'est, à bien des égards, un résultat paradoxal de la vie du monarchiste le plus fidèle et le plus convaincu du XXe siècle.

Texte d'hommage à Jean Haudry, héraut de la tradition indo-européenne

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Texte d'hommage à Jean Haudry, héraut de la tradition indo-européenne
 
par Frédéric Andreu-Véricel
 
Un hommage est une révérence d'âme ou il n'est rien. Celui que je rends ici publique est d'autant plus spirituel que je n'ai rencontré le professeur Haudry qu'à deux ou trois reprises. Je me souviens notamment d'une randonnée pédestre dans le sud de la France organisée par l'association Terre et Peuple. Tout en arpentant les sentes de l'arrière-pays provençal, de jeunes gens phosphoraient avec le professeur sur les Indo-Européens. J'en étais. Un paysage sec et aride nous entourait, contrastant avec la forêt des livres dans lequel je me perdais souvent !

418AMFV15EL._SX314_BO1,204,203,200_.jpgDepuis, mon chemin, devenu plus littéraire que scientifique, se ponctue de poèmes et de romans, mais à cette époque, le Samkhya de l'Inde - une des productions les plus lumineuses des Indo-Européens - occupait l'essentiel de mon temps libre. J'avais donc adressé quelques questions par courrier au professeur. Ce dernier eut la courtoisie de me répondre. Ma gratitude à son égard - qui motive aujourd'hui cet hommage - est d'autant plus grande que son courrier eut un impact décisif sur la suite de mes recherches. Il faut dire qu'il apportait un débouché inattendu à un questionnement ancien et tenace, l'origine des trois couleurs traditionnelles - le blanc, le rouge et le noir - que l'on retrouve dans le Samkhya.

Les faits remontent aux années 2000, et si ma mémoire en trahit la lettre, elle n'en trahit pas l'esprit. C'est là un trait du professeur Haudry, où la rigueur de la démonstration linguistique n'a d'égal que la courtoisie des échanges.

Bref, le courrier-réponse du professeur impulsa en moi une nouvelle phase de recherche. Esseulé dans le labyrinthe inextricable de textes anciens et de rapports archéologiques, je tenais maintenant un fil d'Ariane. En Inde, il y a pléthore de correspondances ; leur exploration fut longue et laborieuse. Certaines Upanishads intègrent les trois couleurs à des conceptions plus ou moins ésotériques des feux sacrés, de l'eau et de la nourriture ; certaines écoles de yoga distinguent un karma blanc, celui des bonnes actions, un rouge et un noir. Mais l'application aux "gunas" du Samkhya m'a paru la plus solide.
En Europe, le symbolisme des couleurs se limite aux structures sociales. Le blanc codifie la fonction sacerdotale ; le rouge, la fonction guerrière et le noir, toutes les autres activités qui ne sont ni religieuse ni guerrière.

Selon Jean Haudry, ces couleurs proviennent d'une réalité céleste bien antérieure à leur application. La cosmogonie des Indo-Européens se compose non pas d'un ciel mais de trois ! curieuse conception que celle-là ! Elle implique une révolution des repères habituels rendue possible en se plaçant sous les latitudes nordiques marquées par de longues nuits hivernales. Les cieux y sont perçus comme "tournants" et non fixes. L'un est blanc, c'est le grand jour de l'année qui succède à la longue nuit cosmique (le ciel noir) ; le troisième ciel correspond à la suite d'aurores identifiée à un "ciel rouge".
Le rapprochement entre les ciels et des gunas se justifie en vertu des couleurs et du nombre. Mais il fallait surtout retenir que sous ces latitudes nordiques, les réalités cosmiques prédisposent à un découpage binaire, voire ternaire du monde. Un long jour succède à une longue nuit.

81YK1fj8XFL.jpgNous savons que Georges Dumézil a observé l'existence de "trois fonctions" dans la structure sociale, mais avait-il en tête cette réalité cosmique ? Je l'ignore. Ses écrits desservis par une plume allègre, lesquels ne font pas allusion clairement à ma cosmogonie hypernordique et très peu aux couleurs, allaient me renvoyer une nouvelle fois, à l'instar d'un élastique, au Samkhya de l'Inde !

Il faut dire que ce système indien qui envisage l'énumération systématique des éléments constitutifs de l'univers (c'est le sens même du mot "Samkhya") ne pouvait pas échapper à la perspicacité du maître. Au fil du temps, ma méditation sur le Samkhya ne cessa de résonner (et raisonner) avec certains mythes de la tradition. J'ai même osé un comparatif entre le Samkhya et l'Odyssée d'Homère ! Cette comparaison inhabituelle, et peut être inédite, m'a permis d'observer des parallèles troublants. Dans l'Odyssée, la reine Pénélope tisse un linceul dans l'attente éplorée d'Ulysse, parti à la guerre. J'ai proposé d'y voir une allégorie de la prakriti du Samkhya car Pénélope tisse un linceul en attendant Ulysse tout comme la Mula-Prakriti produit la substance du monde ; la déesse-mère non manifestée rend possible toutes les manifestations, physiques et psychiques, qui nous entourent. Le Samkhya est un système de résolution et la Manifestation implique un "spectateur" nommé Purusha pour ainsi prendre conscience d'elle-même.

Le comparatiste trouve dans Ulysse richesse à comparaison. Ulysse ressemble symboliquement à Purusha : plus il parcourt le monde au gré d'aventures multiples, et plus il ressent la nostalgie du retour.

Il quitte Calypso et d'autres créatures aimantes, autant d'étapes du processus libérateur, autant de fausses identifications de l'Esprit avec la Matière. Quant au massacre des prétendants, j'y ai vu une épreuve qualifiante de deuxième fonction. Cependant, en l'absence des deux autres fonctions de la triade, impossible de vérifier le schéma dumézilien !

Plus que les mythes du corpus IE, toujours sujets à interprétations contradictoires, le Samkhya m'est apparu proche de la conception ancienne d'un univers "image de la vérité" chère à Jean Haudry.

s-l400.jpgEn effet, le Samkhya est perçu comme un système dont la clé de résolution n'est autre que dans l'observation elle-même. J'ai été amené à penser que cette conception prévalait pour la première période, pré-sacerdotale, et qu'elle fut recouverte ensuite par une conception imposée par les castes dominantes contemporaines aux périodes plus tardives.

Une communauté "primitive", telle qu'on peut en observer encore dans quelques contrées reculées du monde, n'a pas de clergé et les chefferies, lorsqu'elles existent, sont tournantes. Ce ne sont pas des castes. Le clergé constitué modifie toujours la religion primitive à son avantage et cela pour une raison simple : il faut que cette caste s'impose comme intermédiaire indispensable entre la divinité et le peuple.

À un moment ou à un autre, tous les peuples ont connus ce désencastrement de la première fonction magico-religieuse et les pathologies sociales consécutives. Le conflit entre le pharaon Akhenaton et les prêtes d'Ammon en est un exemple emblématique. Dans l'Histoire, on ne connait qu'un seul peuple auto-proclamé "clergé international", celui qui inventa le Dieu unique.

Bref, les anciens mythes et légendes me sont apparus comme une sorte d'allégorie cryptée du processus auto-libérateur du monde, pré-cléricale. Ils sont la source vivante de la tradition. Insistons sur le point suivant : la rationalité du Samkhya n'est pas un argument contraire à son archaïque. C'est le contraire qui est vrai : les ethnologues ont montré que les tribus primitives ont une représentation extrêmement rationnelle du monde où les proportions mathématiques, les philosophies ne sont pas rares. Contrairement au mythe du bon sauvage, les "primitifs" produisent des modèles scientifiques mais sans y croire, au rebours de nos sociétés développées.

pensee_parole_action_haudry.jpgPar la suite, j'ai essayé d'élargir mon comparatisme à d'autres mythes et thèmes mythiques du corpus IE. Le thème du labyrinthe m'est apparu comme chargé d'une autre allégorie d'un monde "image de la vérité". L'inspiration y est elle aussi d'ordre cosmique : Thésée, vainqueur du Minotaure, peut symboliser le soleil dans sa quête ; Ariane, peut personnifier la déesse aurore.

J'ai donc proposé de voir dans le labyrinthe une occurrence symbolique de la "traversée de la ténèbre hivernale", thème du formulaire reconstruit par Jean Haudry. En ouvrant à nouveau Homère, il m'est apparu que la ville de Troie pouvait être perçue comme un labyrinthe symbolique, et la Belle Hélène comme l'aurore qui attend d'être libérée...

Dans la vision Samkhya où sa version cryptée, je retenais que chez les IE, l'univers est perçu comme une "image de la vérité". Les cycles cosmiques révèlent le mécanisme dynamique du monde que l'on retrouve dans les gunas. J'ai fait litière de cette idée que le Ur-Volk concevait le monde comme une sorte de "samkhya cosmique" dont la clé de résolution n'est autre que dans l'observation.

Dans le Samkhya, la trame substantielle du monde, sans cesse en mouvement, tisse toute réalités à partir de trois fils, un blanc, un rouge et un noir. Ces couleurs sont celles des ciels de la tradition nordico-primordiale.

Le Samkhya contient un processus auto-libérateur. Il n'implique pas donc aucun clergé. Une conception du monde proche du Samkhya prévalait peut-être dans la première période indo-européenne, pré-sacerdotale. Fut-elle recouverte ensuite par une autre religion sacerdotale teintée de superstitions ? Je l'ignore.

indo-europeens_jean_haudry_F_S.jpgJe sais en revanche qu'une communauté primitive - telle que celle que l'on peut observer dans certaines contrées reculées du monde - n'a pas de clergé et les chefferies, lorsqu'elles existent, sont tournantes. Ce ne sont pas des castes. Le clergé modifie toujours la religion primitive en privatisant l'accès au sacré à son avantage et cela pour une raison simple : il faut que le clergé justifie sa place, ses privilèges.

Les anciens mythes et légendes me sont apparus comme une sorte d'allégorie cryptée de cette "image de la vérité" de la première période pré-cléricale. Ils sont la source vivante de la tradition que l'on appelle "héroïque". Même si cette tradition héroïque est aujourd'hui en dormition dans nos sociétés modernes, il est remarquable d'en observer les traces dans les sagas projetées sur écran, comme les Seigneurs des Anneaux !

Les comparaisons que j'observais entre mythes et système, couronnées de succès ou non, ne visaient qu'un but : reconstruire la vision que les Indo-Européens posaient sur le monde. Sans la prise en compte du milieu circumpolaire, mes travaux de l'époque seraient restés de simples conjectures.

Caractérisé par la longue nuit cosmique, l'habitat nordique explique bien des choses, les calendiers anciens, les rites et les fêtes. Sous des latitudes plus australes, à Rome ou à Athènes, où les rites ne se justifient plus, ces derniers continuent à être observés par tradition.

À la conception d'Indo-Européens nordiques de Jean Haudry, j'apportais par la suite un bémol. L"origine" n'implique pas forcémment un équivalent dans la réalité historique. Le grand Nord arctique est-il le berceau du Ur-Volk ou celui du mythe ? Je pense plutôt pour la seconde proposition.

Pour moi, la question centrale n'est pas dans la localisation réelle de l'habitat (lequel n'est d'ailleurs pas confirmée par l'archéologie) mais dans le lieu où la tradition identifie cette origine.

De tous les peuples que j'ai pu visiter, aucun d'eux ne place son "origine" dans l'endroit où il réside. Le "paradis" est toujours "nostalgique", il provient d'un lieu fantasmé et qui métaphorise un ailleurs spirituel. À mon avis, les Indo-Européens ne font pas exception. Cependant, il se trouve que la tradition affectionne le "nord" et que les princesses de nos contes sont souvent blondes. Devrait-on nier ces faits, récurrents et nombreux, ou au contraire en faire une religion de la preuve ? Pour ma part, je pense que la question est résolue sans preuve archéologique.

mzjeanhaudry.jpgLa Weltanschauung des IE. affectionne le nord et c'est là l'essentiel. La cosmogonie d'une grande nuit cosmique suivie d'un jour est une des pièces qui manquaient au puzzle. Quant à la religion des IE, je n'ai cessé d'interroger les mythes dont la vision dynamique du Samkhya m'a paru donner une sorte de "décryptage".

Le Samkhya de maître Kapila reste en effet le seul système indo-européen, connu de moi, où l'observation directe est la clé de résolution. Aucun clergé n'y est nécessaire. À mon avis, le Bouddhisme en est le prolongement historique. L'Occident ne connait point de système comparable sauf à voir dans l'Odyssée une sorte de "Samkhya crypté"...

Après tout, pourquoi pas ? On a prétendu que la bibliothèque d'Alexandrie était remplie d'études et commentaires de l'Iliade et de l'Odyssée !

En dépit de mes comparaisons, Je n'ai jamais pu déterminer la nature du type d'analogie qui unit l'Odyssée et le système Samkhya. Sont-ils reliés par une origine commune ou par des invariants anthropologiques observables partout ?

L'idée d'une tradition commune penche pour la première solution ; la théorie du "monomythe",  chère à Joseph Campbell, pour la seconde.

Si les trois couleurs pouvaient être observées chez Homère comme dans le Samkhya, cela changerait tout ! Mais avec des "sis", on mettrait Pâris en bouteille !

Que dire de plus de ces vastes chantiers de recherche sinon qu'ils ressemblaient parfois à de longues traversées maritimes. Le comparatiste aperçoit des îles à l'horizon de sa pensée qui ne sont bien souvent que des mirages ! Heureusement, les hérauts de la tradition, Benveniste et sa théorie des "quatre cercles" ; Dumézil et ses "trois fonctions", et J. Haudry et l'origine circumpolaire, nous permettent aujourd'hui de reconstituer l'essentiel de la tradition. Sans doute peut-on rêver de la découverte d'autres aspects de la tradition ? Un linguiste montrera-t-il un jour que le système flexionnel de la langue indo-européenne a partie liée avec la cosmogonie circumpolaire ?

17960271431_2.jpgLes discussions buissonnières échangées avec le troisième et ma lecture de sa "Religion Cosmique" ont projeté une lumière nouvelle dans le filigrane de ma recherche. Cette "vision du monde" qui s'est fait jour, je la résumerais en ces termes: "Le regard que pose les IE sur le monde est celui d'un système à résoudre dont la résolution n'est rien d'autre que dans l'observation elle-même. Le monde est perçu comme "image de la vérité". Le mundus indoeuropeanus est en effet construit pour correspondre aux formes questionneuses de l'individu. La trame sans couture que les cinq sens tissent avec le monde présuppose un rapport d'harmonie préétablie dont le Samkhya nous donne la clé. Mais le Samkhya est aussi et surtout une voie de libération. Entrer dans cette vision sans visée libératrice n'a pas de sens. Pour se faire, le "cogito" (le "je pense") des Modernes doit laisser place au "video" (le "je vois", j'observe) de l'homme traditionnel.
 
Georges Dumézil.

"Video versus Cogito" ou "Video, ergo cogito", voici des formules que je mettais souvent en exergue de mes textes !

Dans son article sur le paganisme, Alain de Benoist écrit : "pour moi, le sens premier, c'est la vue". C'est dans ce sens-là qu'il faut entendre ma devise. La religion IE est une religion du "voir" et c'est pourquoi le terme "vedas", par lequel on désigne en Inde les quatre livres du savoir, est construit sur la racine "vid-" qui signifie "voir".

Le primas du voir n'est pas universel. Par exemple, le Judaïsme s'inscrit autour d'un tropisme tout autre où l'ouïe est au-dessus du voir.

Quant à l'homme moderne, je dirais qu'il entend mais n'écoute pas, il regarde le monde mais ne le voit pas. Son monde est encombré physiquement par la technoscience et mentalement par des idéologies de seconde main. Son cosmos ne s'apparente plus à cette "image de la vérité" des Anciens IE mais à un désert spirituel. Il nous reste à scruter les traces laissées par les dieux disparus. Pour se faire, la tradition est essentielle !

Mon étude "hors les murs" sur le Samkhya n'a finalement pas suscité de publication, mais plutôt amusements polis ou sourires moqueurs. Je pense que le parallèle que j'ai tenté d'établir entre Samkhya et Odyssée a été jugé trop baroque. Et sans doute est-ce le cas ! Quant aux références à la "Religion Cosmique des IE" qui émaillent mon étude, elles n'ont pas joué en ma faveur. J'ai par la suite aggravé mon cas en dédiant à Jean Haudry mon récit de voyage à bicyclette. Cette Vélodyssée en terres nordiques a été présenté dans une émission de TV liberté.

md22311502738.jpgIl faut dire que mes recherches sur les Indo-Européens étaient arrivées "après la bataille", celle qui avait eu raison de l'Institut des Études Indo-Européennes. Et sans institut, sans bibliothèque spécialisée, il est difficile de dépasser le stade du tâtonnement.

Je ne connais pas les tenants de la bataille idéologique à l'origine de cette regrettable disparition, mais seulement les aboutissants.

On a invoqué un manque de rigueur scientifique à l'encontre de cet institut cofondé à Lyon par Jean Haudry, mais je n'en crois rien. Ses opinions politiques ont dû jouer un rôle. Pour ma part, les opinions politiques n'ont jamais constitué un pôle de répulsion comme c'est le cas chez les détracteurs du professeur ; elles n'ont pas représenté non plus un pôle d'attraction. Il m'arrive de converser en bonne intelligence avec des gens de droite ou de gauche, communistes ou fascistes, musulmans, juifs ou chrétiens. Je rappelle au passage que Emile Benvéniste, un des hérauts de la tradition indo-européenne, était juif.

Je suis frappé par le "groupisme" de mon époque. Le microcosme universitaire français n'y échappe pas, bien au contraire. Et beaucoup d'enseignants confondent transmission d'un savoir et propagande politique. Ce n'est pas le cas de Jean Haudry qui sépare science et politique.

Par ailleurs, le comparatiste que je suis a pu observer que les universalistes ne sont pas les premiers à répondre au courrier.

Lorsque Jean Haudry prend des positions publiques contre le mondialisme et l'immigration cela ne me semble pas particulièrement condamnable car un professeur est aussi quelqu'un qui - au sens premier du terme - "dit les choses devant".

Lorsqu'il nous assure que l'"Euro-mondialisme n'a pas d'avenir", il nous faut le croire. Il nous faut croire que le progressisme sans limite laisse un jour place à la tradition, possible que l'idéologie des Droits de l'Homme Étranger s'effacent devant le droit de tous les peuples à coexister.

Si la tradition est derrière nous, elle est aussi devant. On peut même rêver d'une alliance entre la tradition la plus archaïque et la technoscience la plus futuriste. Cette fusion produirait une esthétique nouvelle, un rapport à la fois nouveau et ancien au monde déjà préfigurée par dans certaines oeuvres de Science Fiction.

Et cela tombe bien car l'"archéofuturisme" a connu son prophète, Guillaume Faye. Quant aux travaux de Jean Haudry, tout laisse à penser qu'ils en seront un jour la source !

Frédéric Andreu-Véricel
Contact : fredericandreu@yahoo.fr
 

Jean Haudry:

La tradition Indo-Européenne

Conférence de Jean Haudry, Président d'honneur de Terre et Peuple, ancien Professeur de linguistique français et de sanskrit, spécialiste des langues et de la civilisation indo-européenne, sur son livre « Le message de nos ancêtres » qui traite de la tradition indo-européenne, à la XXIème table ronde de Terre et Peuple, à Rungis le dimanche 11 décembre 2016.
 

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Du néo-latin parlé jadis en Afrique du Nord

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Du néo-latin parlé jadis en Afrique du Nord

Roberto Brocchieri

Ex : https://www.giornalepop.it

Le latin, en tant que langue parlée, s’était déjà transformé à l'époque romaine, devenant au fil des siècles ce que sont aujourd'hui l'italien, l'espagnol, le portugais, le français et le roumain.

Mais l'empire romain comprenait de très vastes territoires, allant de l'Europe à l'Asie et à l'Afrique. À l'exception de l'Asie, où le grec était parlé sous l'Empire, des langues néo-latines ayant leurs propres caractéristiques se sont développées partout, qui ont été étouffées après quelques siècles par l'expansion linguistique du germanique, de l'arabe et du slave.

Passons à la redécouverte de l'un d'entre eux : le néo-latin parlé en Afrique du Nord.

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Langues néo-latines parlées après la chute de l'Empire romain

Parlons d'un sujet qui est mélancolique à sa manière, un morceau du monde romain qui s'est pratiquement évaporé après une lente agonie silencieuse qui a duré des siècles. Un monde ignoré par la plupart de nos contemporains.

Il y a quelque temps, en errant d’un hyperlien à l’autre, j'ai trouvé l'histoire d'un voyageur du XIIe siècle, Muhammad al-Idrisi, un de ces personnages spectaculaires que le monde arabe nous a donnés au cours des siècles de sa plus grande splendeur: cartographe, géographe, archéologue ante litteram. Il a traversé le monde, des îles britanniques à l'Égypte.

Traversant le Maghreb, la zone allant du Maroc actuel à la Libye, Al Idrisi s'attarde sur les langues parlées dans ces terres: l'arabe apporté par les derniers conquérants, bien sûr, les plus anciennes langues berbères et ce qu'il appelle al-lisān al-lātīnī al-ʾifrīqī, la langue latine de l'Afrique.

Cela semble évident quand on y pense, dans l'ancienne province romaine d'Afrique, on parlait le latin, flanqué du berbère et du punique (carthaginois, une langue phénicienne), et plus tard du Vandale des Germains qui ont envahi ces territoires quelques siècles avant les Arabes.

Augustin d'Hippone, qui a vécu à la fin de l'Empire romain, mentionne à plusieurs reprises dans ses écrits le curieux accent du latin local. Isidore de Séville au VIIe siècle (juste avant la conquête arabe) parle aussi de l'étrange façon de parler le latin chez les Africains : "birtus, boluntas, bita uel his simili quae Afri scribendo uitiantnon per B sed per V scribenda".

Avec la fin de l'unité impériale, et l'isolement des différentes régions autrefois unies, les langues parlées dans les différentes régions se sont transformées en langues romanes ou néo-latines.

En Afrique, ce processus a en fait été interrompu par l'invasion arabe. La césure, évidemment, n'était pas nette. Au Maghreb, l'arabe n'était pas parlé au lendemain de la conquête.

Lorsqu'au début du VIIIe siècle Ṭāriq ibn Ziyād débarqua dans le sud de l'Espagne avec l'intention de le conquérir, la plupart de ses troupes ne parlaient ni arabe ni berbère. Ils parlaient un dialecte afro-romain. Exotique, mais compréhensible aux oreilles de la population espagnole conquise.

Nous ne savons pas grand-chose sur ce qu'était cet Afroromanzo. D'après les différentes traces que nous en avons, il devait être très proche du sarde (en effet, selon certaines hypothèses, le sarde est une survivance de l'afro-roman), et il a également laissé son empreinte sur le castillan, mais nous n'en savons presque rien de plus.

La mort des Afro-Romains a dû être lente, probablement liée à la disparition parallèle des communautés chrétiennes sur ces terres, en raison de la lente conversion à l'Islam. Il faut en fait supposer que les deux choses étaient associées.

Au XIIe siècle, le normand Roger de Sicile a tenté d'étendre son royaume à l'Afrique du Nord. Cela semble marquer la fin définitive des minorités chrétiennes survivantes qui l'avaient soutenu et qui, après le retrait des Normands, ont rencontré une réaction hostile de la part des musulmans.

Après ces faits, nous avons le témoignage d'Al idrisi d'où nous sommes partis et quelques inscriptions de tombes en Tripolitaine du siècle suivant, puis le silence tombe.

De la Romanitas en Afrique du Nord, après 15 siècles d'histoire, il ne restait plus que les pierres, imposantes, mais désormais sans voix.

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samedi, 27 février 2021

Biden veut détacher les États-Unis des terres rares de Chine

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Biden veut détacher les États-Unis des terres rares de Chine

Paolo Mauri

Ex : https://it.insideover.com

Hier, le président américain Joseph Biden a signé un décret concernant la "chaîne d'approvisionnement" des biens essentiels et critiques pour la sécurité du pays.

La déclaration officielle de la Maison Blanche indique que "ces dernières années, les familles, les travailleurs et les entreprises américaines ont de plus en plus souffert de pénuries de produits essentiels, des médicaments aux aliments en passant par les puces électroniques. L'année dernière, la pénurie d'équipements de protection individuelle (EPI) pour les travailleurs de la santé de première ligne au début de la pandémie de Covid-19 était inacceptable. La récente pénurie de puces à semi-conducteurs pour l'industrie automobile a entraîné des ralentissements dans les usines de fabrication, ce qui montre à quel point cette pénurie peut nuire aux travailleurs américains".

Il est souligné que les États-Unis doivent veiller à ce que les pénuries de produits manufacturés, les perturbations commerciales, les catastrophes naturelles et les actions potentielles des concurrents et des adversaires étrangers ne rendent plus jamais les États-Unis vulnérables.

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Le décret de la Maison Blanche lance un examen complet de la chaîne d'approvisionnement des biens américains essentiels et charge les ministères et agences fédérales d'identifier les moyens de la protéger contre un large éventail de risques et de vulnérabilités. La mise en place d'un ensemble de chaînes d'approvisionnement résistantes ne protégera pas seulement le pays contre les pénuries de produits essentiels, elle facilitera également les investissements nécessaires pour maintenir l'avantage concurrentiel des États-Unis et renforcer la sécurité nationale.

L'ordonnance fixe un délai de 100 jours pour effectuer un examen immédiat dans les agences fédérales afin d'identifier les vulnérabilités de quatre produits clés.

Outre la production de principes actifs pharmaceutiques, dont 70 % ont été transférés à l'étranger, et les semi-conducteurs, qui ont été négligés par les investissements ayant entraîné la perte du leadership manufacturier américain, les deux secteurs les plus intéressants sur le plan géopolitique que l'administration entend mettre en œuvre sont les batteries de grande capacité (utilisées dans les véhicules électriques) et les terres rares, désignées comme "minéraux critiques" car elles constituent "une partie essentielle des produits de défense, de haute technologie et autres". Ces ressources minérales particulières - ainsi que le lithium, le cobalt et les métaux du groupe du platine (Pgm) - sont en fait nécessaires pour construire des éoliennes, des panneaux solaires et des batteries pour le stockage de l'électricité nécessaire aux véhicules électriques et le stockage de l'énergie alimentant le réseau. Les terres rares en particulier sont des éléments essentiels pour la défense, car elles sont utilisées, par exemple, dans les composants des radars de nouvelle génération, dans les systèmes de guidage et dans l'avionique des avions de chasse de dernière génération.

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Actuellement, malgré le fait que les États-Unis disposent d'importantes réserves minérales, la Chine est le premier pays dans la production et le traitement de ces éléments. Il est en effet bien connu que Pékin, outre qu'elle possède l'un des plus grands gisements de ces minéraux, fournit 97% du total mondial de cette ressource, dans la mesure où la Chine est capable aujourd’hui de retraiter le minéral brut, le transformant en matière exploitable, ce qui lui confère pratiquement un monopole ; elle est suivie, en ce domaine, à très grande distance, par les États-Unis.

On comprend donc aisément quelles pourraient être les conséquences de cette domination sur le plan stratégique : la Chine pourrait décider, comme elle l'a déjà laissé entendre en mai 2019, de réduire la production ou l'exportation de ces minéraux vers les États-Unis, ce qui deviendrait une arme fondamentale, dans l’arsenal chinois, pour une guerre hybride menée contre Washington ou serait simplement une carte avec laquelle, les Chinois pourraient faire chanter les États-Unis et leur politique d’opposition systématique à l'expansion chinoise.

Un autre facteur est le changement de cap "vert" de la nouvelle administration. Le président Biden a inscrit à son ordre du jour la relance de l'économie verte, et cette domination chinoise sur les terres rares pourrait très facilement l'entraver. A la Maison Blanche, ils ont donc réalisé que les plans du nouveau président pour un secteur énergétique zéro carbone d'ici quinze ans, se heurtent à la faiblesse des entreprises américaines dans le domaine de l'approvisionnement en minerais et dans la chaîne de transformation. En fait, les États-Unis importent actuellement 100 % de la vingtaine de minéraux clés, nécessaires à l'énergie verte, et sont presque aussi dépendants des importations de ces minéraux particuliers.

L'ordonnance prévoit également un examen plus approfondi, sur une année, d'un ensemble plus large de chaînes d'approvisionnement qui couvrira des secteurs clés tels que la base industrielle de la défense, la santé publique, les technologies de l'information et de la communication, les secteurs des transports et de l'énergie ainsi que la chaîne d'approvisionnement agroalimentaire.

Toutefois, cette activité ne sera pas limitée à une courte période de temps. La révision des chaînes d'approvisionnement, action qui identifie simultanément, outre les risques et les lacunes, les nouvelles orientations et les politiques spécifiques de mise en œuvre, durera tout au long du mandat présidentiel de quatre ans dans un travail constant d'interaction entre les ministères, les agences fédérales et l'exécutif qui impliquera également le monde de l'industrie, les universités et les organisations non gouvernementales.

Le président Biden a donc lancé une nouvelle politique pour mettre fin à la dépendance américaine vis-à-vis de la Chine, non seulement en vue de relancer l'économie nationale et de soutenir sa vision "verte", mais surtout pour une raison stratégique : en effet, il n'est pas possible de contrer l'expansionnisme économique, commercial et militaire de la Chine tout en dépendant d’elle, dans des secteurs clés tels ceux de l'industrie de haute technologie, intimement liés à la Défense. Il s'agit donc d'un plan de sécurité nationale qui libérera Washington des liens commerciaux qu'elle entretient avec Pékin, mais qui pourrait avoir des conséquences néfastes en ce qui concerne "l'exportation de la démocratie". Les ressources minérales, les gisements, ne sont pas mobiles, et il n'y a que deux façons de s'en emparer : resserrer les liens avec les nations qui possèdent de grands gisements, ou intervenir manu militari pour pouvoir contrôler la production. Quelque chose qui se passe aujourd'hui en République démocratique du Congo, où, ce n'est pas un hasard, des hommes du groupe russe Wagner sont présents, et quelque chose qui s'est déjà produit en Afghanistan, un pays qui, avec la Bolivie, le Chili, l'Australie, les États-Unis et la Chine, possède les plus grandes réserves de lithium au monde.

Premier raid de l'ère Biden : frapper les milices en Syrie

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Premier raid de l'ère Biden : frapper les milices en Syrie

Lorenzo Vita

Ex : https://it.insideover.com

L'ère de Joe Biden à la Maison Blanche commence au niveau international avec un premier raid en Syrie. Comme l'a confirmé le Pentagone, le président américain a ordonné un raid de bombardement contre des sites qui, selon les renseignements américains, sont utilisés par des miliciens pro-iraniens dans la partie orientale du pays. "Ces raids ont été autorisés en réponse aux récentes attaques contre le personnel américain et de la coalition en Irak et aux menaces continues contre ce personnel", a déclaré le porte-parole de la Défense John Kirby, qui a précisé que l'attaque avait été spécifiquement menée "sur ordre du président", visant des sites "utilisés par divers groupes militants soutenus par l'Iran, dont le Kaitaib Hezbollah et le Kaitaib Sayyid al-Shuhada". Pour Kirby, le raid "envoie un message sans équivoque qui annonce que le président Biden agira dorénavant pour protéger le personnel de la coalition liée aux Etats-Unis. Dans le même temps, nous avons agi de manière délibérée en visant à calmer la situation tant en Syrie orientale qu'en Irak".

La décision de Biden intervient à un moment très délicat dans l'équilibre des forces au Moyen-Orient. Une escalade contre les forces américaines en Irak a commencé le 15 février et a conduit à plusieurs attaques contre les troupes américaines. L’avertissement est destiné aux forces pro-iraniennes présentes en Irak, qui a toujours constitué un véritable talon d'Achille pour la stratégie américaine au Moyen-Orient. Le pays qui a été envahi par les Américains en 2003 est devenu ces dernières années l'un des principaux partenaires de l'adversaire stratégique de Washington dans la région, Téhéran. Et il ne faut pas oublier que c'est précisément en Irak que le prédécesseur de Biden s'est manifesté. Donald Trump, en effet, avait ordonné le raid qui a tué le général iranien Qasem Soleimani. Une démarche que Bagdad avait évidemment condamnée, étant donné que le territoire sous autorité irakienne est devenu un champ de bataille entre deux puissances extérieures.

Cette fois, c'est la Syrie qui a été touchée. Et cela indique déjà une stratégie précise de la Maison Blanche. Pour le Pentagone, frapper la Syrie en ce moment signifie frapper un territoire avec une autorité qu'ils ne reconnaissent pas et qu'ils ont tenté de renverser. Une situation très différente de celle de l'Irak, où les États-Unis veulent éviter que le pays ne se retourne contre les forces étrangères présentes sur place et où il existe un gouvernement que l'Amérique reconnaît comme interlocuteur. Le fait que le raid ait eu lieu en Syrie mais en réponse aux attaques en Irak, indique qu'ils ne veulent pas créer de problèmes pour le gouvernement irakien.

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L'attaque confirme également un autre problème pour l'administration américaine. La présence de milices pro-iraniennes en Syrie et en Irak est un nœud gordien qui est loin d’avoir été tranché. Les généraux américains ont longtemps demandé à la Maison Blanche, sous Trump, d'éviter un retrait des troupes de Syrie, précisément pour exclure la possibilité que les forces liées à Téhéran reprennent pied dans la région. Trump, même s’il était récalcitrant, a néanmoins accepté, en fin de compte, les exigences du Pentagone (et d'Israël) et a évité un retrait rapide des forces américaines. Pour la Défense américaine, il y avait également le risque d'un renforcement de la présence russe (Moscou a condamné l'attaque en parlant d'"une action illégitime qui doit être catégoriquement condamnée"). Ce retrait ne s'est jamais concrétisé, se transformant en un fantôme qui erre depuis de nombreux mois dans les couloirs du Pentagone et de la Maison Blanche et niant la racine de l'une des promesses de l’ex-président républicain : la fin des "guerres sans fin".

Le très récent raid américain n'indique en aucun cas un retour en force de l'Amérique en Syrie. Le bombardement a été très limité et dans une zone qui a longtemps été dans le collimateur des forces américaines au Moyen-Orient. Mais le facteur "négociation" ne doit pas non plus être oublié. Les Etats-Unis négocient avec l'Iran pour revenir à l'accord sur le programme nucléaire : mais pour cela, ils doivent montrer leurs muscles. Comme le rapporte le Corriere della Sera, Barack Obama avait l'habitude de dire : "vous négociez avec votre fusil derrière la porte". Trump l'a fait en se retirant de l'accord, en tuant Soleimani et en envoyant des bombardiers et des navires stratégiques dans le Golfe Persique. Biden a changé la donne : il a choisi de limiter les accords avec les monarchies arabes pour montrer clairement qu'il ne s'alignait pas sur la politique de Trump, en gelant les F-35 aux Émirats et les armes aux Saoudiens qui se sont attaqué au Yémen. Mais en même temps, il voulait envoyer un signal directement à l'Iran en frappant des milices à la frontière entre l'Irak et la Syrie. Tactiques différentes, stratégie différente, mais avec une cible commune : l'Iran.

La grande stratégie de l'Allemagne en matière d'hydrogène

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La grande stratégie de l'Allemagne en matière d'hydrogène

Andrea Muratore

Ex : https://it.insideover.com

Des investissements publics et privés pour accélérer la conquête de la frontière technologique et de ses applications industrielles et productives concrètes : l'Allemagne, dans le cadre des plans de lutte contre la crise pandémique, pose les bases d'une restructuration de son appareil de production. Et si, d'une part, cela implique d'adhérer à de grands plans stratégiques d'envergure européenne sur la souveraineté numérique, le cloud et l'innovation, d'autre part, le gouvernement d'Angela Merkel, qui s'apprête à passer, après les élections de l'automne prochain, à un exécutif dans lequel la CDU pourrait s'allier aux Verts, a bien en tête les défis de la transition énergétique et la recherche de nouvelles sources propres pour alimenter le transport, l'industrie et la production d'électricité. Dans ce contexte, Berlin mise beaucoup sur les technologies centrées sur l'hydrogène.

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Dans le cadre de la stratégie nationale présentée l'été dernier, le gouvernement a jugé bon de fixer des objectifs précis, visant à ce que l'Allemagne construise une capacité d'électrolyse de 5000 mégawatts (MW) d'ici 2030 et de 10.000 MW d'ici 2040 pour produire le nouveau combustible. L'objectif est de faire de l'Allemagne le premier fournisseur mondial de cette source d'énergie propre en mettant sur la table des investissements de 9 milliards d'euros et, selon le quotidien italien Repubblica, "deux des neuf milliards alloués seront destinés à des partenariats internationaux pour l'approvisionnement. L'idée est de créer un système délocalisé dans les pays du Golfe et en Afrique du Nord en utilisant l'énergie solaire pour alimenter les centrales de production".

Quels sont les objectifs de l'Allemagne? Tout d'abord, construire une chaîne complète d'approvisionnement en hydrogène, en partant des machines d'électrolyse et en arrivant à la construction d'usines fonctionnelles capables d'alimenter des technologies de grande consommation tant en termes d'applications industrielles que dans le domaine des transports. Sur le plan de l'ingénierie des centrales, la conversion des centrales à charbon en centrales de production de cette source moins polluante et plus efficace est envisagée : Par exemple, la collectivité locale de Hambourg, ‘’Warme Hamburg’’, pense, en synergie avec la société suédoise qui la possède, ‘’Vattenfall’’, et deux partenaires industriels (Shell et Mitsubishi Heavy Industries), à proposer aux autorités de la ville et au gouvernement la reconversion de la méga centrale au charbon de Moorburg, près de Hambourg, qui ne fonctionne que depuis six ans, compte tenu du retrait total de l'Allemagne du charbon en 2038.

Dans le domaine des applications industrielles, il faut souligner la possibilité de construire une part croissante de trains, d'autobus et, à l'avenir, de véhicules privés fonctionnant à l'hydrogène, mais surtout l'utilisation du matériau le plus léger du tableau périodique en tant que matière première pour l'une des industries clés du pays, l'industrie sidérurgique, qui, à l'échelle mondiale, s'oriente vers une durabilité croissante. Thyssen Krupp étudie des projets de grande envergure en synergie avec Steag, la société énergétique allemande, pour fournir de l'hydrogène à son usine sidérurgique stratégique de Duisburg.

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Mais il peut également y avoir des effets en cascade sur l'équilibre de l'énergie européenne : il est encore difficile d'imaginer, par exemple, quelles pourraient être les futures relations politiques et économiques entre l'Allemagne et la Russie si le gaz naturel (fourni à profusion par Moscou à Berlin) était ajouté au bouquet énergétique allemand, une source générée par les chaînes d'approvisionnement internes. Il est clair que des gazoducs tels que le Nord Stream 2 ne disparaîtraient pas de la scène et pourraient même redevenir utiles grâce à une application à double usage pour transporter et acheminer l'hydrogène également.

L'Allemagne a compris que dans le contexte des changements de paradigmes technologiques, la bataille porte sur les chaînes de valeur et leur contrôle, et que par conséquent, la mise en place de normes technologiques et d'applications opérationnelles de référence au niveau européen et mondial crée un avantage concurrentiel de grande envergure. En ce sens, il ne faut pas sous-estimer le rôle stratégique de l'Institut Fraunhofer, un organisme de projection de l'intervention publique en faveur de la recherche et du développement technologique pour les petites et moyennes entreprises, qui représente légalement un organisme public à but non lucratif financé par l'État fédéral allemand, les Länder et, en partie, par des contrats de recherche.

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"En plus du travail à façon", note M. Domani, l’Institut Fraunhofer "vise également à acquérir un ensemble de brevets dans des domaines d'application industrielle future qui seront mis à la disposition des petites et moyennes entreprises allemandes", représentant en ce sens un accélérateur technologique qui, dans des secteurs tels que celui de l'hydrogène, où l'innovation se produit à un rythme rapide, est fondamental. D'autant plus si l'on considère que l’Institut Fraunhofer reste souvent propriétaire des licences acquises : récemment, sur le front de l'hydrogène, une pâte spéciale a été brevetée qui permet une conservation plus facile et un stockage plus pragmatique du carburant piégé.

Un exemple de percée technologique née d'une synergie public/privé, une vision à laquelle même des pays comme le Japon s'adaptent et où l’Italie peine à décoller. En Italie, pour rester dans le domaine de l'hydrogène, la course est menée par quelques grands acteurs consolidés (de Snam à Saipem, d'Eni à Edison) et une chaîne de petites et moyennes entreprises doit être soigneusement construite pour permettre au pays de ne pas être à la traîne dans une course à laquelle Berlin participe activement. La fondation Enea Tech, créée en novembre dernier grâce au Fonds de transfert de technologie mis en place au ministère du développement économique avec une dotation de 500 millions d'euros, peut être la clé de voûte de la planification stratégique dans les domaines frontières: et la logique du système, dans le domaine de l'hydrogène, doit être surveillée de près, étant donné que son développement combine la dynamique énergétique, les questions environnementales, la consommation privée et l'industrie. Un "laboratoire" des futures révolutions technologiques et des changements de paradigmes qui animeront un monde de plus en plus complexe.

Dix déviations contre-révolutionnaires qui sabotent la véritable dissidence

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Raphael Machado

Dix déviations contre-révolutionnaires qui sabotent la véritable dissidence

Ex: http://www.novaresistencia.org

Dans l'ensemble, le milieu politique dissident, c'est-à-dire anti-libéral et anti-moderne, s'est beaucoup développé au cours des dix dernières années dans notre pays (le Brésil). Néanmoins, il est encore assailli par certaines maladies et déviations infantiles qui sabotent sa croissance.

Le milieu dissident est plein de dérives assimilables à du sabotage et d'idées contre-révolutionnaires. Dans de nombreux cas, ces dérives et idées sabotent élan et croissance de la dissidence et les idées contre-révolutionnaires se propagent avec une naïveté déconcertante. Dans certains cas, le sabotage idéologique est intentionnel et vise à paralyser ou à fragmenter la dissidence.

Même si ces idées sont agrémentées de phrases d'Evola et de Nietzsche, de photos de familles américaines des années 50 ou de statues d'Arno Breker, ce sont toutes des idées contre-révolutionnaires qu'il faut faire disparaître de notre milieu, par tous les moyens à notre disposition.

Une critique dissidente de la dissidence est devenue indispensable.

10 - Bucolisme infantile

D'une manière générale, le milieu dissident a depuis longtemps surmonté un certain optimisme historique lié au futurisme et s'est retranché dans une critique radicale de l'urbanisation, de la mécanisation des relations humaines, de la foi dans la technologie et d'une certaine artificialisation induite par l'éloignement de la nature et des cycles naturels.

Face à cela, il est devenu courant d'idéaliser la "vie à la campagne", avec ses "blondes dans les champs de blé" et ses "cabanes dans les bois" (avec wifi, bien sûr). Il n'y a aucun problème à décider de vivre dans une petite ville ou de cultiver la terre. Le problème survient lorsque cela est considéré comme un substitut à l'action et à l'activisme politiques.

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En effet, il y a quelque chose à célébrer dans la paysannerie, dans la culture de la terre, dans les relations humaines les plus étroites, mais tout cela doit être mobilisé comme un symbole pour motiver une lutte politique concrète, à mener aussi dans les villes. En dehors de la lutte politique objective, cette fugere urbem n'est rien d'autre qu'une lâcheté conservatrice déguisée en traditionalisme.

9 - Domesticité bourgeoise

Un autre moyen largement utilisé dans la dissidence pour légitimer sa propre inertie et sa lâcheté est la cantilène selon laquelle "aujourd'hui, la véritable révolution est de se marier et d'avoir des enfants", qui n'est pas rarement associée au point précédent. Parmi les incels, l'idée de fonder une famille peut sembler être une grande réussite, mais en dehors de cet environnement, il est étonnant qu'elle soit présentée comme une bannière.

Bien sûr, notre époque postmoderne de capitalisme tardif et de liquéfaction des identités implique une certaine répétition des évidences que sont "le ciel est bleu" et "2 + 2 = 4", donc à une époque où les gens ont "l'hélicoptère de combat" comme genre, il peut effectivement sembler quelque chose d'un autre monde d'épouser une personne du sexe opposé et d'avoir des enfants à l'ancienne, mais il n'y a rien de particulièrement révolutionnaire à se marier et à avoir des enfants, et cela ne remplace pas non plus l'action politique.

La perpétuation de la lignée familiale a toujours été considérée comme importante dans toutes les sociétés traditionnelles, mais c'est une chose naturelle à faire et, sauf pour ceux qui ont une vocation monastique ou similaire, c'est le strict minimum.

Contrairement à tout traditionalisme authentique, ce discours n'est qu'un appel à la domesticité bourgeoise, où le foyer est le centre de la vie de l'homme et où ses préoccupations tournent autour du "paiement des factures" et de la "croissance dans la vie".

Lorsque vous vous retirez de l'action politique pour jouer au "papa et à la maman", vous ne faites que confier à vos enfants les tâches politiques urgentes de notre époque.

8 - La peur de la politique partisane

Dans la rhétorique dissidente, on trouve souvent un certain moralisme antipolitique qui jette l’anathème sur toute implication dans la politique des partis bourgeois en la qualifiant de "corruption", de "trahison", etc. Ce discours est typique de l'infantilisme conformiste déguisé en radicalisme politique dissident.

Psychologiquement, ce refus de s'impliquer dans la politique des partis bourgeois exprime une certaine crainte générale par rapport au monde adulte. C'est une sorte de "syndrome de Peter Pan", mais appliqué à la politique. Pour adhérer à un parti politique, il faut être un homme de 30 à 40 ans qui n'a pas encore réussi à mûrir sur la "scène" depuis son adolescence.

Le monde de la politique des partis bourgeois est célèbre pour ses compromis, ses accords, ses négociations, ses alliances pragmatiques, etc. Tout ce qui provoque le dégoût et inspire le mépris à tout dissident, ce qui est parfaitement justifié. Néanmoins, dans les conditions concrètes de pratiquement tous les pays de l'hémisphère occidental, la participation à la politique des partis est l'un des moyens les plus importants pour atteindre le seul véritable objectif qu'un dissident devrait avoir : le pouvoir.

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Même si l'on veut détruire le système des partis, il faut renverser les rôles et mettre fin au jeu le plus vite possible, même si chaque dissident qui n'a pas d'implication ou d'initiative dans ce domaine, ne serait-ce que secondairement, doit être considéré comme un amateur ou assimilé à des anarchistes bobos.

7 - Spontanéité paresseuse

Si l'on demandait à Lénine, ou à son héritier italien Mussolini (ce n'est pas moi qui le dit, mais Lénine lui-même...), quel est le chemin à suivre pour la révolution, ils souligneraient le travail invisible des petites fourmis : les heures passées à taper, le temps perdu à décider et à organiser des questions logistiques insignifiantes, à écrire des articles pour de petits journaux locaux ou à faire des discours devant une douzaine de personnes.

L'action politique révolutionnaire n'est pas du tout romantique. Le romantisme vient plus tard, avec les poètes de la révolution.

Face à cette réalité souvent fastidieuse, de nombreux dissidents plaident pour le "réveil du peuple". C'est l'idée que finalement (un "éventuellement" messianique et millénaire qui pourrait être demain ou dans mille ans...) le peuple se fatiguera de "tout ce qui est là", et alors il se rebellera spontanément et renversera le gouvernement.

Naturellement, à ce moment-là, les gros granudos sortiront de leur 4x4 pour guider, en tant que patrons naturels et shiatters innés, les masses en révolte. Une illusion qui serait balayée par la lecture de La rébellion des masses d'Ortega y Gasset ou de La psychologie des foules de Le Bon. À cette foi paresseuse dans le réveil spontané des masses est généralement lié le point précédent, la crainte de la politique des partis.

En général, ceux qui lancent des anathèmes à ceux qui adhèrent à des partis, contestent les élections, etc., affirment que si nous diffusons suffisamment de critiques sur l'Holocauste, ainsi que des images de statues nues dans une esthétique vaporeuse, finalement "tout ce qui est là" changera.

6 - Défaitisme idéaliste

Honnêtement, je n'ai jamais pris au sérieux cette vieille idée selon laquelle, dans le sport, il s'agit de faire de la compétition ou de "faire de son mieux" et non de gagner. Il est évident que le plus important est de triompher ! Pour gagner des médailles ! Atteignez la notoriété ! Pour être reconnu comme l'un des meilleurs !

Dans le même sens, en politique, j'ai toujours instinctivement détourné les yeux chaque fois que j'entendais, dans les milieux dissidents, quelqu'un commencer cette litanie du "le plus important n'est pas de gagner mais oui"... Maintenant, si vous n'êtes pas intéressé par la victoire, que faites-vous en politique ? Nourrir votre propre ego ?

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Parmi de nombreux dissidents, il y a cette notion selon laquelle l'idéologie "de droite" accorde d'avance une "victoire morale" qui rend toute victoire concrète, objective et historique superflue. Vous êtes peut-être une personne isolée dans un kitnet avec une page Facebook suivie par 200 personnes, mais parce que vous avez lu quelques livres de Julius Evola, vous êtes en fait une kshatriya et vous êtes destinée au Valhalla. Ou bien vous pourriez avoir un "mouvement" d'une demi-douzaine de personnes qui ne font absolument rien d'autre que de traîner, de temps en temps, dans les bistrots pour boire et faire de la prose.

Si l'on demande à l'un de ces dissidents ce qu'il a l'intention de faire pour prendre le pouvoir, ou pourquoi exactement les choses ne semblent aller nulle part, il vous répondra inévitablement que "c'est la faute de [insérer ici, indistinctement, des juifs, des maçons, des musulmans, des communistes, ou de tous à la fois]". Bien sûr, ils ne sont pas responsables du fait qu'ils n'ont littéralement aucune stratégie, ni même un simple plan qui ait un sens.

Voyez : ils pourraient au moins essayer. Mais même pas cela. La "victoire morale" les a déjà satisfaits. Il n'est pas rare que ces types correspondent également à tous les vices idéologiques décrits ci-dessus.

5 - Accéléralisme naïf

Une infection aggravée par le contact avec les médias de droite avec son mythe du "boogaloo", dans la dissidence ne manquent pas ceux qui croient fermement que "Le Système" est au bord de l'effondrement, et que même demain le monde peut se transformer en un scénario de Mad Max.

Que ce soit à cause de ce pic pétrolier (qui, avouons-le, est tombé en désuétude), d'une révolution mécanique, d'une guerre civile mondiale, de la non-durabilité innée du capitalisme, ou pour toute autre raison, les dissidents ayant certaines tendances survivalistes (généralement seulement virtuellement) se préparent à "la fin".

Ils croient donc qu'ils descendront dans la rue armés pour restaurer la "société traditionnelle". Outre le fait qu'ils vont se retrouver dans la rue avec le Commandement rouge, le Premier Commandement de la capitale et la Ligue de justice, ce qui risque d'être tragique, le principal problème est que ce scénario est un fantasme qui sert à écarter la nécessité d'un militantisme méthodique, d'une construction approfondie du processus révolutionnaire et du pragmatisme politique. Nous n'avons pas besoin de faire quoi que ce soit, il suffit d'acheter des boîtes de thon et d'avoir un P38 pour "protéger la famille".

La grande crainte que cette catégorie de dissidents évite de rencontrer est que nous sommes déjà "à la fin". Une fin qui, si elle est laissée à l'inertie, n'aura pas de fin. Remplacez "La fin est proche" par "Cela ne finira jamais".

4 - Trotskysme dissident

Un problème commun dans le milieu dissident, et pas seulement au Brésil, est une certaine tendance au sectarisme basée sur un puritanisme idéologique qui transforme tout désaccord minimal sur des questions secondaires en contradictions majeures.

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En ce sens, au lieu d'avoir une seule grande organisation dissidente (naturellement, avec ses filières), nous voyons proliférer une myriade d'organisations nationalistes aux objectifs extrêmement spécifiques, avec un nombre de membres variant entre 1 et 20, et qui disparaissent aussi vite qu'elles sont apparues.

Parfois, il ne s'agit même pas de puritanisme idéologique, mais simplement d’un problème d'ego chez les dissidents qui sont totalement incapables de s'intégrer dans une hiérarchie et de se conformer à une discipline révolutionnaire, et qui craquent sur tout désaccord personnel.

3 - Nécromancie politique

Photographies en noir et blanc, références constantes à des idoles politiques décédées, liste bibliographique presque entièrement occupée par des rafistolages poussiéreux du XIXe et du début du XXe siècle sur des sujets aussi actuels que la voiture à manivelle.

Nous l'avons tous vu et nous continuons à le voir dans les véhicules et les canaux de propagande de nombreux groupes dissidents, ou même si ce n'est que dans leurs profils personnels.

De nombreux dissidents sont prisonniers du passé. Besoin émotionnel ? Il est impossible de le dire, mais ces dissidents semblent toujours se sentir en insécurité ou même menacés lorsqu'il s'agit d'aborder des questions contemporaines avec des auteurs contemporains originaux (et non de simples commentateurs ou répétiteurs de morts).

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La tradition, pour ces dissidents, n'est pas une lumière qui offre la possibilité d'une libération spirituelle, mais une tonne d'entraves qui se lient à des slogans répétés ad nauseam. Tout comme il existe une "seule pensée politiquement correcte" dans le monde post-libéral, il existe une "seule pensée politiquement correcte" dans le monde dissident, basée sur le fait de traiter littéralement comme la Bible toute œuvre écrite par une quelconque personnalité de la Troisième Théorie Politique, liée à des régimes défunts.

En essayant d'être optimiste, au moins ce n'est pas comme la gauche libérale, qui a transformé les livres de Harry Potter en Bible...

2 – Anti-étatisme pseudo-traditionnel

Que ce soit par infiltration libérale ou par simple opportunisme en voulant faire converger les ancêtres mythifiés et les libertaires d’aujourd’hui, il y a une minorité dans la dissidence qui ne fait délibérément pas assez la distinction entre la critique de l'État moderne et la critique libérale de l'État.

Bien sûr, ces "théonomes" déclineront leur philo-libéralisme dans toutes les teintes traditionnelles possibles, des citations de Nietzsche aux appels à une "critique d'en haut" en passant par un élitisme puéril. Mais la conclusion est la même: l'État doit être détruit pour pouvoir ensuite être "reconstruit", mais cette fois-ci de manière traditionnelle, authentique, organique.

Le soutien à ces critiques ne fait pas rougir, ce qui suscite une suspicion sincère.

En fait, d'un point de vue traditionnel, tout État, même moderne, vaut mieux que le plongeon chaotique et a-nomal dans l'indifférenciation postmoderne. L'État, même en tant que forme pure, n'est pas quelque chose de vide de sens et n'équivaut pas à l'Anarchie. C'est la base de la pensée politique d'Evola.

C'est un curieux "traditionalisme" qui a des points communs avec le libéralisme foucaldien et avec le post-marxisme autonomiste de Toni Negri et Michael Hardt, ainsi qu'avec les idées de Murray Rothbard et Hans-Hermann Hoppe. Dans des cas comme celui de Marcos Ghio, ces notions en viennent même à être associées au soutien à l'ISIS et à Al-Qaida, au point que "défendre Assad, c'est défendre l'État moderne et anti-traditionnel". Ces arguments sont également apparus chez les néo-nazis qui entendaient justifier leur soutien au terrorisme ukrainien contre les populations du Donbass ainsi que leur anti-poutinisme. "Poutine est un bourgeois !"

Tous sont les apôtres d'un affaiblissement généralisé de l'État comme moyen de parvenir à un "ordre plus juste".

Il est évident que nous savons ce qui se cache derrière tout cela et où ces idées circulent.

1 - Fétichisme marginal

Demandez à n'importe quel penseur dissident de ces cinquante dernières années ce qu'il faut faire et ils vous diront tous unanimement qu'il faut boire à la fontaine de Gramsci pour favoriser la pénétration institutionnelle de nos idées.

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Il est nécessaire de produire un contenu académique, il est nécessaire d'adhérer et de participer activement à des syndicats, il est nécessaire de faire du militantisme de base et d'organiser des communautés, il est nécessaire de produire de l'art dissident, il est nécessaire de construire des contacts et des réseaux d'influence avec les partis politiques, il est nécessaire d'utiliser les réseaux sociaux pour essayer de populariser les idées dissidentes. Popularisez, ils insisteront. Ne pas augmenter le nombre de "marginaux".

Néanmoins, il y a encore de nombreux dissidents qui insisteront sur les comportements les plus innocemment marginaux, tout en se faisant passer pour des radicaux. Faux personnages de dessins animés, théories de conspiration complètement folles, MGTOW, et tout un tas d'autres manies et fétiches qui suscitent le dégoût des gens ordinaires, même ceux qui ont tendance à être en désaccord.

La réalité est qu'il y a beaucoup de gens qui se sentent plus à l'aise dans un petit créneau politique, généralement ignoré par les médias et les organismes publics, et qui feront le possible et l'impossible pour maintenir la dissidence dans une bulle.

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vendredi, 26 février 2021

Les Pages nordiques de Robert Steuckers

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Les Pages nordiques de Robert Steuckers

par Georges Feltin-Tracol

Recension: ROBERT STEUCKERS, Pages nordiques. Fidèles à Thulé, Éditions du Lore, 2020, 100 p., 15 €.

Les excellentes Éditions du Lore poursuivent à un rythme toujours soutenu la publication des nombreux articles, recensions et conférences de l’Européen Robert Steuckers. Après Pages celtiques en 2017 (cf. SN 48), voici maintenant un nouveau recueil qui explore un monde nordique souvent lié à l’univers celtique.

Dix textes forment cet ouvrage qu’il importe de mettre dans toutes les mains, à l’exception de ceux qui croient encore à la fable de la « Lumière » venue d’Orient, de Mésopotamie et d’Afrique. Aidé par les découvertes archéologiques, Robert Steuckers examine d’un œil neuf la thèse de Jürgen Spanuth pour qui l’Atlantide se situe en Mer du Nord et dont l’île d’Héligoland serait l’une des dernières traces physiques.

L’ancien directeur des revues Vouloir et Orientations insiste sur l’action des Vikings, en particulier en Amérique du Nord dès l’An Mil. Leurs multiples expéditions et les leçons qu’ils en tirent alimenteront bien plus tard la curiosité du Génois d’origine corse Christophe Colomb. L’auteur établit par ailleurs une chronologie didactique dédiée au « Retour de la conscience païenne en Europe » de 1176 à 1971. On y apprend que le poète pan-celtique Charles De Gaulle (l’oncle de…) « appelait [...] les peuples celtiques à émigrer uniquement en Patagonie » nommée par le Gallois Michael D. Jones « Y Wladfa ». Ce dernier décida d’y implanter une colonie éphémère. Quel impact a eu cet article de 1864 sur le futur roi des Patagons Orélie-Antoine de Tounens ? La patrie patagone chère à Jean Raspail aurait-elle donc une origine celtico-nordique projetée dans l’hémisphère austral ?

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L’auteur de Pages nordiques évoque enfin le culte de la Déesse-Mère. Il remarque que « la Terre-Mère, dans ces cultes, est fécondée par l’astre solaire, dont la puissance se manifeste pleinement au jour du solstice d’été : la religion originelle d’Europe n’a donc jamais cessé de célébrer l’hiérogamie du ciel et de la terre, de l’ouranique et du tellurique ». On a perdu Alice Coffin et Pauline Harmange !

Avec son immense érudition, son sens de l’éclectisme et sa polyglossie, Robert Steuckers interprète depuis un angle différent les références spirituelles de la civilisation européenne. Celle-ci ne se cantonne pas au triangle Athènes – Rome – Jérusalem. Elle intègre l’héritage du Nord et de l’Ouest. On attend par conséquent avec les prochains volumes : Pages slaves, Pages germaniques, Pages latines, Pages balkaniques, Pages helléniques, etc.

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Pour commander l'ouvrage: http://www.ladiffusiondulore.fr/home/849-pages-nordiques-fideles-a-thule.html

 

Présence de Jean Parvulesco : Rupture du temps indo-européenne

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Présence de Jean Parvulesco:

Rupture du temps indo-européenne

 
Par Marc Gandonnière 

Avant-propos de de Laurent James :

Le samedi 12 novembre 2016, quelques pratiquants de la prose enchantée de Jean Parvulesco se réunirent en l’église princière du Monastère de Negru Voda au cœur de la Valachie roumaine, afin de célébrer une Panikhide – Vigile pour le repos du défunt et consolation pour ses proches – lors du sixième anniversaire de la naissance à Dieu du grand écrivain.

Décision fut prise en l’occasion, à l'initiative de son fils Constantin et de ses petits-fils, le Prince Stanislas d'Araucanie et Cyrille Duc de Zota, de fonder le Comité Jean Parvulesco. Celui-ci vise non seulement à entretenir la mémoire de l’écrivain, mais surtout à prolonger sa pensée géopolitique d’avant-garde dans l’histoire contemporaine…

Plusieurs conférenciers intervinrent en suite du service liturgique mémoriel, pour évoquer la personnalité de celui qui écrivait que La géopolitique transcendantale est une mystique révolutionnaire en action, tout en mettant en avant les racines spirituelles du continent eurasiatique. Cette journée confidentielle fut le prodrome des futurs colloques de Chișinău (République de Moldavie) dont l’importance géostratégique est aujourd’hui notoirement reconnue au niveau international.

Une plaquette – conçue et illustrée par Pellecuer – fut éditée à cette occasion sous le titre Présence de Jean Parvulesco, recueillant les interventions de Robert Steuckers, Laurent James, Emmanuel Leroy, Vanessa Duhamel, Iurie Rosca, Alexandre Douguine, et celle de Marc Gandonnière dont le texte est reproduit ci-après.

Ce n’est pas lui faire injure que de révéler que Christophe Bourseiller fut l’un des premiers à commander notre recueil. C’est peut-être la présence ainsi réactualisée de Jean Parvulesco qui lui donna l’idée de partir aussitôt à sa recherche !

La première édition ayant été rapidement épuisée, et considérant les demandes qui nous ont été faites, nous avons décidé de procéder à une nouvelle édition, revue et augmentée.

              Le recueil est disponible exclusivement à la commande, au prix de 12 € (frais de port inclus), à l’adresse suivante :  j_parvulesco@orange.fr

Actualités à suivre sur la page Facebook : Présence de Jean Parvulesco

 Laurent James (https://www.parousia.fr/)

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(c) Laurent Pellecuer

LE SARCOPHAGE DU SOLEIL :

Quand l’épouvante immense des ordalies du non vouloir s’élève au dessus des chairs sollicitées, quand se réveillent en nous les morts d’une race démantelée aux frontières du grand sommeil : aux frontières de l’Inde Aryenne, l’oubli en nous de l’être des principes du souffle pourvoyeur des hauts plateaux analogiques de l’allégeance heideggerienne à l’auvent du sang de Souche ancienne à la noire terre buissonnante de Runes d’Argent, de Vallombreuses ensauvagées quand les fenêtres aveugles du blockhaus supratemporel des nôtres irradient l’insoutenable éclat sur sarcophage que Damian rebâtit en rêve. Ainsi la seconde mort nous vint elle avec l’extinction du soutien de la vallée sous les glaciers d’Europe et désormais nul redressement ne nous sera possible…

L’Histoire elle-même est achevée. La plus grande Histoire… Mais l’Inde restera toujours le coeur du vertige, l’oeuvre de Damian toujours y puisera l’eau brûlante, l’eau vive de ses étincelantes piscines astrales, de ses canalisations sephirotiques dont le discours à peine murmuré dans la nuit de forme originelle reproduit sans fin l’immaculée donation, l’éclat de la Levée Première. Car l’Inde au tréfonds de Damian redevient la terre du seul départ, la terre de la seule arrivée ? Jeune Mère abandonnée au bord de la route au bord du fossé des larmes noires. De quel précipice d’épouvante, de quels effacements s’y reconstitue, ainsi, la chaîne mentale de l’Unique Déesse Clémente… Dans l’eau salvatrice de la baignoire notre double nudité qui lentement devenait nuptiale, cette nudité absolument nouvelle et qui s’imposait d’elle à moi et de moi à elle me paraissait déjà répandre comme une aura de sainteté et de gloire vivante une lumière en quelque sorte Thaborique. Tous bas je répétais en moimême les derniers vers de Benvenita : « Déjà je ne suis plus où je suis, la dérogation de ma pensée rejoint clandestinement le réduit en troncs de sapins sur un rocher d’amnésie, qui mentalement surplombe la gorge de l’ Indus, tous près de l’autre frontière ; les jours sont aveuglants de clarté, et glaciales les nuits en dessous d’un feu de ronces ; or bientôt je ne retournerai plus dans ces draps d’où chaque nuit je prends mon départ là bas ; bientôt j’y resterai à demeure et quand viendront les grandes neiges, on m’enverra aussi l’épouse des hauteurs, la Benvenita, toute nue sous sa tunique de scintillantes haleines blanches, la pourvoyeuse d’être. »

CANTOS PISANOS :

Ainsi marqué par la « Lumière noire d’Apollon » qu’avait entrevue, un jour, Aimé Patri, par cette mystérieuse et troublante « lumière des loups » dont parlent les traditions hyperboréennes de la Grèce antérieure, l’existence d’Ezra Pound n’aura été qu’un long et terible vertige d’écartèlement au-dessus des gouffres intérieurs de l’état d’exil , de l’état de loup garou dans l’appartenance occulte du Dieu Noir, de l’Apollon luimême, crucifié sur les ténèbres intérieures du soleil, au-dessus du Puits du Soleil ?… Nul ne saurait aller au Père si ce n’est par moi. Nul ne saurait être admis à la vision totale solaire impériale, à la fois ardente et limpide d’Apollon Phoïbos, le « resplendissant » s’il n’est descendu lui-même… jusqu’aux tréfonds interdits et obscurs où veille l’Apollon noir, l’instructeur et maître de la lumière hyperboréenne du « Soleil des Loups »… C’est réduire l’Argrund nocturne des origines ontologiques par l’Abgrund pré-ontologique l’intransif… seule la poésie, le sentier Aryen oublié livrera l’ouverture occulte vers les chemins qui portent la délivrance absolue… ce sentier Aryen oublié qui est peut être aussi le sentier Védique de la poésie la plus grande est essentiellement un sentier d’exil de rupture totale, de départ sans retour et de déportation…

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Chaque fois que quelqu’un se souvient de ce qui se situe indéfiniment au de-là de l’oubli, le monde de l’oubli disparaît, comme par enchantement, et c’est bien là dans une soudaine rupture des interdits, que réside et se lève le souffle vivant de la part à jamais hors d’atteinte du double mystère hyperboréen – mystère de la glace et mystère du feu agissant à travers la spirale ascendante de « l’éternel retour » du Sang Majeur… Longtemps, très longtemps, à Tübingen, sur les rives du Nukar, Hölderlin sut montrer qu’il n’était plus lui-même, qu’il était devenu définitivement cette Allemagne éternelle dont la figure préontologique était censée illuminer, depuis les hauteurs, la totalité du cycle de destin continental qu’il avait ainsi ramené, lui-même, à ses principes, à son être eidétique, où la Garonne s’identifiant visionnairement hypnagogiquement – avec le Rhin, avec l’Oxus, avec l’Indus, avec la rivière éternelle de l’être se rejoignant lui-même à travers le lointain des Terres, des sables, des gouffres occultes du non être et de ses dominations de l’ombre.

IOSIS :

L’Inde m’est loin, toujours, et la verte Irlande où se meurt elle, déshonorée ontologique et dans la honte ?… Le cher, le très cher roucoulement de l’invisible oiseau, bleu, sombre et rouge profond de l’invisible oiseau polaire de Kalki, teint de sang frais et teint d’un bleu terreux, de l’invisible oiseau Kalki teint d’indigo brûlant et bouillonnant, qui me redit en courtoisie ces mots à bout de souffle, qui me chuchotte les mots mêmes du dormeur royal… in dem innern Indiä et Montselvache localisé avec le Roi Arthur, dans l’Inde Intérieure, l’endroit où, en quittant l’Europe, se seraient retirés les

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(c) Laurent Pellecuer

Les mots que je prépare cette nuit de Samhain pour les amis de Jean Parvulesco ne sont pas destinés à convaincre, à informer, pour ajouter à tout ce qu’ils savent et comprennent très bien déjà. Ils sont arque boutés sur divers textes du prêtre Jean Roumain en renfort à celui qui voyait dans l’écriture un combat métaphysique total, afin d’impulser un peu plus la quête de chacun vers ce Graal du grand rêve Eurasiatique Impérial de la fin ou du grand recommencement plus exactement.

Je viens de relire trois textes du Cahier Jean Parvulesco des Nouvelles Editions Européennes paru en 1989 : Deux grands poèmes sidéraux : « Le Sarcophage du Soleil », « Iosis », puis un texte composé à partir des débris d’une épave échouée, un livre perdu comme les mots substitués d’une parole perdue dont il faudra s’accommoder, un texte sur Ezra Poun : « Cantos Pizanos, fragments et notes de ses carnets du Bunker Palace hôtel ». Le départ d’Ezra Pound, son exil, c’est le fait de l’exil de l’Amérique elle-même hors d’elle et c’est notre perte d’un non-lieu, celui du rêve américain comme une répétition de la chute originelle. Le départ de tout poète rend sa terre natale orpheline, terre d’exil. La Roumanie, la France et l’Europe le sont de l’absence de Jean Parvulesco. Mais ce que dit Jean Parvulesco au sujet de Pound, concernant sa générosité, sa charité ardente, son enthousiasme d’homme au milieu des ruines à soutenir toutes les jeunes pousses de relevailles ontologiques, voilà qui s’applique à sa personne. Sa personne, je la regarde, je la devine dans les cendres du poème de Joachin Du Bellay, je regarde dans les cendres, moi qui n’ai su être des vôtres lors des funérailles de notre ami commun « Dites esprits (ainsi les ténébreuses Rives du Styx) non passables en retour vous enlaçant d’un trois fois triple tour n’enferment point vos images ombreuses. » (Les Antiquités de Rome).

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L’exil de l’Europe, nous ne finissons plus d’en distiller les remugles, d’en poser les pierres tombales. Faut-il remonter à Dante, le Gibelin désenchanté devant la piètre épopée de l’Alto Arrigo, comme il le nomme dans la Divine Comédie ? Henri VII de Luxembourg, Empereur du Saint Empire Germanique était nouvellement élu succédant au Stupor Mundi, Frédéric II de Hohenstaufen. Ce dernier mena la seule victorieuse et la moins meurtrière des croisades en terre sainte. Que reste-il de son rêve Impérial lorsque l’Alto Arrigo meurt en 1313 (empoisonné) sans avoir pu reprendre la chère Florence de Dante ? Et Dante le dernier des hommes civilisé d’Europe comme on parle des derniers pères de l’Eglise, a été déçu. Que devraient dire les rêveurs d’Europe en 2016 : les guerres de religions ont précédé les révolutions, guerres européennes mondialisées, les parodies sanglantes d’Empire, Napoléon, Hitler. Je ne dresse pas le tableau de l’Europe libérale soumise à un autre Empire, rongée par la corruption des lobbies financiers et industriels. Julius Evola avec son idée Impériale et Gibeline dans Le mystère du Graal, cite un vieux conte Italien : « Le prêtre Jean très vieux Seigneur Indien fit apporter à Frédéric II un vêtement incombustible en peau de Salamandre, l’eau de l’éternelle jeunesse et un anneau avec trois pierres chargé de pouvoirs surnaturels, mandat supérieur pour rétablir un lien avec le Roi du Monde. » Pouvons-nous oublier encore la dernière trace laissée dans son journal intime par Joseph De Maîstre : Je pars avec l’Europe, c’est aller en bonne compagnie. (25/02/1882) ? Et qui aurait pu espérer qu’il soit tenu compte des avertissements offerts par le philosophe d’éternité dans ses Entretiens de Saint Pétersbourg X et XI montrant la voie par laquelle il n’y aura d’Europe Catholique ni chrétienne, ni d’Europe tout court.

A propos d’avertissements :

J’ai par devers moi ici un courrier de Jean Parvulesco daté du 26 mai 2000 me remerciant de la signature de mon nomen sacrum Marc Valois apposée à son Manifeste Catholique d’Empire qui disait-il restera. Dans ce courrier Jean Parvulesco abruptement presque me dévoilait ses certitudes sur le contenu du 3ème secret de Fatima en plus de l’attentat contre Jean Paul II : épreuves finales de l’Eglise auxquelles celle-ci n’échappera que si nous autres sommes capables de faire ce que nous devons faire. A l’époque je pensais il faut l’avouer, que les craintes de notre ami étaient infondées, le temps des épreuves et des persécutions, depuis la fin du communisme, étant révolu… Or il y a plus parmi les chrétiens d’orient aujourd’hui de martyres que pendant les premiers siècles de l’Eglise !!! Son courrier précédent, daté du 22 mai de la même année, délimitait l’espace géopolitique concerné par son Manifeste : Europe de l’Ouest, de l’Est, Russie et Grande Sibérie, Inde et Japon. Et de préciser : l’Inde qui est l’épicentre suprême. Cette idée de l’Inde est une grande indidée qui à l’évidence nous liait, car oui, cher Jean Parvulesco, vue sur la carte du Prêtre Jean, l’Europe est un petit cap de l’Asie : Kiptchak/Jagataï/Ilcnan/Jüan !

Dans une autre lettre sur papier à en tête du Groupement Géopolitique pour la plus Grande Inde daté du 31/XII-2008 « Pourriez-vous me faire parvenir une carte-photo de Babaji, il me semble qu’une relation médiumnique vient de s’établir entre lui et moi. »

Le natif Michaëlien de Lisieux en l’année 1929, je n’avais aucune peine à imaginer qu’il parvînt à nouer un lien de cette nature avec un Avatar Immortel Himalayen dont je lui avais juste envoyé une image, attendu déjà la nature psychique et onirique constituant la presque totalité du lien entre nous, fors presque toute relation personnelle et mondaine, sociale.

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La nuit du 20 au 21 Octobre dernier, car il m’arrive de ne pas écrire la nuit, mais alors je rêve et je dois écrire ces rêves, j’ai rêvé que j’étais dans un restaurant, dans un salon, face à une femme aux yeux et au teint clairs portant de grands cheveux blonds. Elle me parle de choses secrètes, intimement. Je sais dans ce rêve que cette femme est un personnage de Jean Parvulesco.

Je lui aurais écrit ce rêve, au « prêtre Jean », s’il était encore de ce monde. Il se dégage d’elle une émanation directe du coeur, comme un Amour totalement étranger à ce monde, mais augurant d’un possible.

Je me suis demandé si cette femme était l’Europe. Alors je demande au matin à mon épouse si elle a fait un rêve complémentaire au mien que je tais. Elle me raconte… (nous sommes habitués à cette méthode d’instruction). Tout s’éclaire. Elle a rêvé d’une femme du temps de Louis XI, etc. La morale de son rêve se résume par « L’avenir du monde se joue dans une alcôve. » Je lui ai lu avant le coucher un tiers du poème Le Sarcophage du Soleil, auquel elle n’a rien compris, elle n’a jamais de sa vie lu la traître ligne des livres de Jean Parvulesco, elle ne sait pratiquement pas de quoi il est question. Certes, la femme de mon rêve ne m’avait pas invité à la rejoindre dans une baignoire, mais je la crois la même que la Benvenita du poème de Jean Parvulesco. J’ai une bonne raison pour cela. Deux jours avant, j’entre dans un vestiaire de salle de sport où j’enseigne le yoga et je découvre éberlué une phrase écrite au feutre vert sur un tableau blanc jamais utilisé ou presque, depuis 15 ans, surtout de cette façon : « Bienvenue Vermine ! »

La réalité dérape, et quand viendront les grandes neiges, on m’enverra aussi l’épouse des hauteurs, la Benvenita, nue sous sa tunique de scintillante haleine blanche, la pourvoyeuse d’être.

image-w240.jpgParlant du retour au principe chez Hölderlin, Jean Parvulesco voit la preuve d’une identification avec l’Allemagne éternelle son image pré ontologique, pour le poète libéré de son moi, là où la Garonne s’identifiait avec le Rhin, avec l’Oxus, avec l’Indus avec la rivière éternelle de l’être. Toute vison totale est une pré-vision d’éternité. Elle résulte de l’expérience du sacré car comment des fleuves pourraient-ils sortir de leurs lits pour se fondre en une même eau, alors que la rivière du devenir n’est jamais la même, quand les philosophes se baignent au même fleuve qu’Héraclite l’obscur ? Mon maître indien Sri Premananda du Sri Lanka, nous a enseigné que lorsque nous sacralisons l’eau dans un rituel traditionnel, cette eau est, est effectivement, l’eau du Gange, de la Yamuna de la Kauvery. Les trois fleuves sacrés de l’Inde. Celui qui sait toucher l’eau touche toute l’eau. Notre Graal Eurasien peut nous être offert dans une telle immaculée donation.

Elle est pré-vue, pré-dite, non pré-historique puisque préontologique, elle n’est qu’à la fin de l’Histoire, elle est le chuchotement d’un mot de passe entre deux Maha Yugas que nous donne l’oiseau Kalki en son roucoulement, parole retrouvée de l’Inde antérieure et que seule possède l’Inde Intérieure, Inern India, l’Abgrund intransitif d’avant l’origine même du temps.

Alors de quelle réparation de l’Histoire pourrions nous rêver si ce pouvoir nous était donné ? Qui est la chienne verte de Proserpine assassinée à l’Escurial, et quel sort aurait été changé par sa survie ? Charles Quint le disputant à Apollon, puisque le soleil sur son Empire ne se couchait jamais, n’ayant plus à poursuivre Daphnée, pouvait-il s’abstenir de gaspiller la clémence dont dispose un Prince, ou de pécher par étourderie politique à l’endroit de Luther ? L’anniversaire m’oblige à y penser. Le pouvait-il avant que 100 000 morts ne surgissent sous les écrits furieux du théologien employés à déchirer, au lieu de réformer l’Eglise, et dont les partisans vont mettre en pièces l’Europe ? Charles V ne pouvait-il mieux distribuer sa clémence d’Empereur Chrétien en protégeant les 40 millions d’indiens massacrés au Mexique sous les yeux crevés de honte de Bartolomé de Las Casas ? Pour le Graal Eurasien, Apollon est un dieu noir, il n’est autre que Shiva : « Ainsi je l’ai vu, le Sarcophage du Soleil de Horia Damian comme une nébuleuse de feu liturgiquement embrasée au cœur d’une immense tempête de neige cosmique, pour célébrer la dormition philosophique de notre Christ Apollon à l’intérieur même de sa charogne virginale.» Cela m’avait été enseigné avec l’introduction du cahier Jean Parvulesco dont j’ai parlé au début : « Qu'enfin tombe sur nous la fulgurance d'Apollon la haute clarté du hors du temps, cette aurore perpétuelle qui, sitôt franchi le Portique Boréal, s'ouvre sur les perspectives ouvertes à perte de vue de la Tradition Primordiale.» (Portique Boréal. André Murcie, pour un Cahier Jean Parvulesco).

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Partons de l’extrait d’un article de Luc Olivier d’Algange au sujet d’Apollon pour qui : « Apollon n'est pas seulement le dieu de la mesure et de l'harmonie, le dieu des proportions rassurantes et de l'ordre classique, le dieu de Versailles et du Roi-Soleil, c'est aussi le dieu dont l'éclair rend fou. La sculpturale exactitude apollinienne naît d'une intensité lumineuse qui n'est pas moins dangereuse que l'ivresse dionysiaque. Apollon et Dionysos ont des fidèles de rangs divers. Certains rendent à ces dieux des hommages qui ne sont pasdépourvus de banalité, d'autres haussent leur révérence au rang le plus haut. L'Apollon qui se réverbère dans les poèmes d’Hölderlin témoigne d'un ordre de grandeur inconnu jusqu'alors et depuis.»

Voilà ce que j’écrivis dernièrement au poète en réponse : « Mais déjà la majesté et le mystère des Apollon, dans la statuaire du Vatican, nous en disent bien plus long que la vison classique et universitaire. L'Apollon du Belvédère sauvé par le futur pape Jules II, est tout entier vivifié par sa victoire sur le Python.» Qui dirait d'une victoire sur le lézard qu'elle est moins shivaïte ? C’est une victoire que le héros devra pourtant expier ensuite, mais c'est un Dieu shiva tout autant que Dyonisos ! Et le musagète dans la salle des muses, en sa beauté juvénile pourrait nous faire chavirer dans quelque transe. D'ailleurs, joueur de cithare dorien, il n'hésite pas à tuer ceux qui le défient avec le chant ou un autre instrument. Phrygien (Linos, Sylène, Marsias) avant la réconciliation ultime avec les musiques joyeuses. Les fêtes de Thargénie se souviennent des criminels qui lui étaient sacrifiés. Médecin avant Asclépios, sous le nom d'Apollon Oulios, il n'a pouvoir sur la vie que parce qu'il a pouvoir sur la mort.

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Sa statue sur l'Acropole a été édifiée selon Pausanias après la peste consécutive à la guerre du Péloponnèse. Il est le dieu qui donne la mort, la mort noble subite et violente, donc ses flèches égalent celles d'Artémis, son intervention dans les combats de l'Illiade, tête casquée, arc et lance à la main, font de lui un Dieu exterminateur, comme Krishna sur le champs de bataille de Kurukshetra. Cette mort donnée par le dieu est initiatique, le signe nous en est donné par le témoignage d'Hécube, reconnaissant devant le cadavre d'Hector le miracle d'Apollon dans ce visage resté visage. Tout comme un dieu Hindou, Apollon a un véhicule, le griffon et plus tard le cygne, sur lequel il réapparaît à Delphes et Delios au printemps, après son séjour hivernal hyperboréen, le cygne qui pour les ariens est la lumière, dans les Védas il est le soleil. Quant aux griffons ils disputent aux Arismaspes, selon Hérodote, l'or des contrées boréales de l'Europe septentrionale. Mais la mort du Python elle, est suivie d'une imprécation : « Pourris là maintenant où tu es… tu pourriras ici sous l'action de la terre noire et du brillant Hypérion !» Lycien, Dieu de la Lumière s'il n'est Hyperboréen, est transporté dieu à Patara et est aussi le dieu loup. Les réfugiés du déluge de Deucalion avaient, après avoir dévalé les pentes du Parnasse guidés par les loups, fondé la ville de Lycoréia. Au revers des médailles d'Argos la tête de loup alterne avec celle d'Apollon, sur l'autre face, et en ce pays, Apollon a envoyé un loup combattre un taureau. Mais Apollon Nomios est bien le tueur de loups… Alors qui est Apollon ? Est-ce qu'il est vraiment l'opposé de Dionysos ? Un ami indien, notre invité à qui nous avons offert du vin vendredi soir, nous disait : « Dionysos c'est certain, il est Shiva et il a apporté le vin à l'Europe via la Grèce ! » Et si dans l'une de ses mains le colosse de Délos, Apollon selon Pausanias et Plutarque, tient les trois Charites, ces divinités ont été rapprochées des Haritas du Veda, les juments attelées au char du soleil, rayons de l'astre naissant à l'Orient.

Je vais conclure avec ces vers du célèbre poème de Gérard de Nerval, Delfica :

Ils reviendront ces Dieux que tu pleures toujours !

Le temps va ramener l’ordre des anciens jours.

Ce n’est pas le temps mais la rupture Indo Européenne du temps qui ramène cet ordre, le sévère portique est bien dérangé « Cependant la sibylle au visage latin est endormie encore sous l’arc de Constantin et rien n’a dérangé le sévère portique. » puisque le souffle prophétique de Jean Parvulesco, Sibylle réveillée annonce (Les Mystères de la Villa Atlantis, p 381) : « Car un jour Apollon reviendra et ce sera pour toujours ! disait la dernière prophétie de la dernière Pythie de Delphe ».

OM NAMA SHIVAYA !

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L'implication de la Turquie dans le conflit ukrainien va-t-elle conduire à l'intégration du Donbass par la Russie?

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L'implication de la Turquie dans le conflit ukrainien va-t-elle conduire à l'intégration du Donbass par la Russie?

par Karine Bechet-Golovko
Ex: https://russiepolitics.blogspot.com
 
Depuis décembre, l'intérêt grandissant de la Turquie, membre de l'OTAN, pour l'Ukraine inquiète ceux qui ne veulent pas la guerre totale dans le Donbass et sa possible extension au continent européen. En effet, l'accord militaire passé entre les deux pays, prévoyant une production commune pour l'Ukraine de ces drones de combat, qui ont donné la victoire à l'Azerbaïdjan, et la livraison d'une première partie, laisse attendre de nombreuses victimes civiles dans le Donbass et un risque d'extension du conflit. Car tout l'intérêt est là pour les Atlantistes : la Russie va-t-elle s'en tenir à un soutien caché et à des déclarations diplomatiques, et perdre politiquement tant à l'intérieur qu'à l'internatonal, ou bien va-t-elle laisser entendre être prête à défendre le Donbass russe contre cette agression, somme toute, de l'OTAN ? Les globalistes ayant eux-mêmes changé l'équilibre international par le développement d'une politique d'agression massive des pays non-alignés, la question longtemps écartée par la Russie de l'intégration du Donbass pourrait retrouver tout son sens dans ce nouveau contexte conflictuel.  

En décembre 2020, la Turquie et l'Ukraine ont passé un accord militaire concernant la production commune de drones de combat avec transfert de technologie. Et en attendant la mise en route de cette production, l'Ukraine se disait prête à acheter des drones Bayraktar TB2, ces mêmes drones qui ont fait la différence dans le conflit du Haut-Karabakh. Il semblerait, selon certains experts, que la Turquie ait été aidée par les Etats-Unis à prendre la "bonne décision", celle d'une implication active dans le conflit ukrainien, suite à des sanctions imposées à ses entreprises de production d'armes. Cette délicate incitation expliquerait certainement le prix de vente incroyablement bas. En février 2021, l'information tombe d'une vente de 6 drones de combat à l'armée ukrainienne à un prix 16 fois inférieur à celui du marché.

L'intensification de l'activité des forces armées ukrainiennes, en violation directe des Accords de Minsk, oblige effectivement à poser la question d'une reprise "finale" du conflit. De son côté, la Russie appelle les Occidentaux à dissuader l'Ukraine de se lancer dans une folie guerrière, tout en soulignant que l'armée ukrainienne est soutenue, armée et entraînée par ces mêmes Occidentaux. Aucun conflit armé ne peut être contrôlé, il sort toujours des limites initialement prévues et entraîne des conséquences imprévisibles. Les Occidentaux ont-ils réellement envie de se battre pour l'Ukraine ? L'on peut sérieusement en douter. Mais s'ils laissent faire, comme ils le font actuellement, ils pourront être embarqués dans un conflit qui mettra à genoux une Europe, déjà triste fantôme d'elle-même.

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La situation est ici extrêmement complexe (voir notre texte ici). Le Donbass n'est pas le Haut-Karabakh, en cas d'affrontement militaire, la Russie ne peut pas se permettre de rester en retrait. Certes moralement, comme le déclare Kourguiniane, la question du choix entre les néo-nazis de Kiev et les Russes et Ukrainiens du Donbass ne se pose pas : "Personne en Russie ne se permettrait de faire un autre choix, même s'il le voulait". Et le clan dit libéral, présent dans les organes de pouvoir, le voudrait fortement, espérant ainsi enfin entrer dans la danse occidentale, répétant à satiété le choix de 1991 et les erreurs qui l'ont accompagné.

Mais surtout, la situation est complexe sur le plan de la sécurité internationale, car la reprise dans le sang du Donbass par l'OTAN, sous drapeau turco-ukrainien, remettrait totalement en cause, au minimum, la stabilité sur le continent européen. Ce qui, in fine, servirait le fantasme globaliste. 

D'un autre côté, la menace d'une intervention de la Russie, doublée d'une intégration du Donbass dans la Fédération de Russie, pourraient être le seul élément qui fasse réfléchir à deux fois avant de lancer les troupes. Car il y a une différence entre faire la guerre à LDNR et faire la guerre à la Russie.

Cette option de l'intégration avait longtemps été écartée par la Russie pour plusieurs raisons. Tout d'abord, le scénario de Crimée était unique et n'illustrait pas une vision expansionniste. Ensuite, la Russie n'avait pas la volonté de remettre en cause la stabilité internationale, ce que démontre ses appels incessants à exécuter les Accords de Minsk, qui inscrivent le Donbass dans le cadre de l'état ukrainien, soulignant que dans le cas contraire, l'Ukraine pourrait définitivement perdre le Donbass comme elle a perdu la Crimée. Enfin, car elle espérait, à terme, voir réintégrer l'Ukraine post-Maïdan au Donbass, c'est-à-dire pacifier l'Ukraine, la rendre à elle-même.

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Or, la situation géopolitique a changé. L'intensification de la confrontation entre le clan atlantiste et la Russie modifie la donne sur de nombreux points. Si de toute manière des sanctions sont adoptées en chaîne contre la Russie, si de toute manière la rhétorique anti-russe continue à prendre de l'ampleur, si de toute manière les Atlantistes veulent faire de la Russie un état-terroriste, un paria, pourquoi alors ne pas réagir ? Les réactions asymétriques sont les plus efficaces et l'intégration du Donbass peut être l'une d'elles. Puisque de toute manière, avec ou sans lui, le combat entre dans une phase finale, une raison sera toujours trouvée (voir notre analyse ici) pour combattre la Russie, tant que l'obéissance ne sera pas totale, tant que la Russie ne se reniera pas sur la place publique.

Soit les globalistes n'ont plus le choix, ils doivent gagner ou périr, soit ils n'apprennent pas de leurs erreurs : le Maîdan, cette erreur de trop, qui a conduit à l'intégration de la Crimée, au retour de la Russie, décomplexée, sur la scène internationale, avec la Syrie ou le Venezuela. Dans tous les cas, la Russie a les cartes en main, elle aussi doit faire un choix stratégique, avec toutes les conséquences existentielles que cela implique.

Salvini, Draghi et la Lega : l’Italie dans le “Great reset”

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Salvini, Draghi et la Lega : l’Italie dans le “Great reset”

par Gabriele Adinolfi

Ex: https://strategika.fr

Gabriele Adinolfi est un théoricien politique italien. Il a dirigé la rédaction du journal Orion et lancé divers projets médiatiques et métapolitiques comme le site d’information NoReporter ou le think tank Centro Studi Polaris. Il a aussi parrainé en Italie les occupations illégales d’immeubles abandonnés à destination des familles italiennes démunies, occupations dont la plus connue est la Casapound (dont le nom fait référence à l’écrivain Ezra Pound) et qui est aujourd’hui un mouvement politique national. A partir de 2013 il anime un think tank basé à Bruxelles, EurHope. Les activités de Eurhope et de Polaris aboutissent au projet de l’Académie Europe (2020) qui relie des intellectuels, des activistes et des entrepreneurs de plusieurs pays. Le but de cette initiative est de créer une élite politique et entrepreneuriale apte à influer sur la politique européenne à l’échelle continentale. Dans le cadre de cette Académie Europe, il donne un cours de méthodologie politique en français tous les jeudis à 18h. Cours accessible en ligne ici.

Pour déterminer si la Ligue a ou non trahi ses électeurs, le premier élément à considérer est leur sentiment. L’augmentation de consensus pour la Ligue, après le vote Draghi, a doublé par rapport à celle pour Fratelli d’Italia (Frères d’Italie) qui a choisi de rester en dehors du nouveau gouvernement.

Pourquoi le choix de la Ligue devrait-il être perçu comme une trahison ? Telle est la perception de ce qu’on appelle en sociologie les sous-cultures. Dans la communication moderne, des ghettos sociaux sont créés et à l’intérieur de ces ghettos sociaux certains utilisateurs s’influencent mutuellement, transformant la réalité des partis et des politiciens (Salvini, Trump, Poutine, Orban) à leur guise. Ils rejettent tout ce qui contredit leur vision et soulignent ce qui leur tient à cœur. Ils pensent ainsi que le succès de ces partis ou de ces politiciens est dû aux raisons que les utilisateurs des ghettos sociaux considèrent comme fondamentales et, quand la réalité fait tomber leur illusion, ils croient que les électeurs ont été trahis et qu’ils se retourneront contre les traîtres. Mais cela ne réside que dans la fausse perception de la réalité par les ghettos sociaux.

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La Ligue, l’euro et l’Europe

La bataille de Salvini pour la sortie de l’euro a duré un an, de 2016 à 2017. Compte tenu de la façon dont cette ligne avait pénalisé Marine Le Pen à l’élection présidentielle, Salvini l’a brutalement abandonnée.

Il faut dire aussi que cette campagne démagogique a été lancée par une Ligue qui était à son plus bas résultat historique (4%), alors qu’elle était marginale et pouvait se permettre de dire ce qu’elle voulait.

Cependant, la Ligue est revenue pour gouverner les régions productives italiennes, pour représenter les industries, le tourisme, le commerce et là, si quelqu’un propose de quitter l’Euro, ils appellent directement une clinique psychiatrique.

Les ghettos sociaux n’ont pas compris cela car il y a encore trois ou quatre représentants de la Ligue qui jouent le no euro et les anti-allemands et, comme d’habitude, les utilisateurs sociaux confondent ceux qui viennent pêcher dans leur environnement avec l’ensemble du mouvement qui lui n’est pas du tout sur ces positions.

Il faut dire aussi que le souverainisme est suivie de près par les loges anglaises; loges qui veulent la faiblesse italienne et européenne, et donc soutiennent les lignes anti-euro.

Le personnage principal du parti de la City et de la Bourse proche de la Lega est Paolo Savona, qui fut l’un des architectes de la séparation entre la Banque d’Italie et le Trésor et l’un des porte-étendards des privatisations. Sa tâche n’est pas de nous sortir de l’euro, mais de saboter la puissance économique européenne. La pieuvre britannique du souverainisme en soutien au dollar et à la livre n’est pas dans la Ligue, elle opère à l’extérieur (Paragone, Giubilei, Fusaro). Au sein de la Ligue, le plus grand critique de l’euro et de l’Europe est Alberto Bagnai, l’homme qui célèbre publiquement le bombardement de Dresde. À un niveau beaucoup plus bas de la hiérarchie, il y a Borghi et Rinaldi, dont l’impact dans la Ligue et sur l’électorat de la Ligue est insignifiant mais qui sont imaginés par les ghettos sociaux comme dirigeants de la Ligue.

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Draghi et les Italiens

Draghi a obtenu 86% des voix au Sénat et 89% des voix au Parlement.
Le consensus des Italiens pour Draghi est inférieur à celui exprimé par les partis, mais il est juste légèrement inférieur, car il approche des 80%.

Draghi est considéré comme l’homme qui a réussi à vaincre la ligne d’austérité de la Banque centrale et à aider l’économie italienne. Les Italiens qui continuent à être appelés eurosceptiques à l’étranger ne sont pas du tout eurosceptiques. Il est nécessaire de comprendre la mentalité italienne et l’expression comique de la politique.
En Italie, par tradition, l’État est quelque chose d’étranger à la vie quotidienne: on le maudit en payant des impôts mais on l’invoque pour l’aide économique et l’emploi.
C’est comme si vous aviez affaire à un grand-père qui se considère riche et de qui vous espérez obtenir quelque chose mais que vous êtes très réticent à rester auprès de lui.
Les chrétiens-démocrates avaient une majorité ininterrompue pendant cinquante ans, mais rencontrer alors quelqu’un qui prétendait voter pour DC était plus rare que de trouver un trèfle à quatre feuilles. Avec une mentalité syndicale, les Italiens ont tendance à critiquer ce qu’ils votent réellement, mais parce qu’ils croient qu’en faisant cela, leur soutien semblera décisif et qu’ils pourront exiger et obtenir plus de leur seigneur.

La relation avec l’UE de la part des Italiens est exactement la même. C’est un européanisme passif.

Depuis que Merkel a forcé les Européens à aider à restaurer l’économie italienne, les Italiens se font des illusions sur le fait qu’ils peuvent se remettre sur les épaules des autres et pensent que Draghi a l’autorité nécessaire pour que cela se produise à un coût limité.

Considérant aussi à quel point les deux gouvernements présidés par Conte se sont révélés amateurs, le consensus pour Draghi n’est inférieur, dans l’histoire italienne, qu’à celui de Mussolini.

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L’Italie et la comédie

Chaque peuple a ses comédies et la démocratie est la comédie par excellence.
Aucune comédie n’est sérieuse. Mais les comédies sont différentes d’un pays à l’autre. En France, la tendance est à la vantardise, en Italie à être cabotin.

Le fanfaron doit respecter autant que possible le rôle qu’il joue, l’histrion change de rôle sans avoir de problèmes et joue un autre rôle à la seconde.

L’improbable unité italienne derrière Draghi est incompréhensible ailleurs. Salvini qui rencontre les dirigeants du Parti démocrate et qui s’apprête à gouverner avec eux. Salvini parlant avec le ministre de l’Intérieur qui a pris sa place contre lui et trace une ligne commune, Borghi inventant que Draghi est un “souverainiste”, sont des singeries qui ne seraient possibles nulle part ailleurs dans le monde mais qui en Italie sont très normales, comme les films de Sordi et Gassman l’enseignent.

La Ligue et Draghi

On ne sait pas exactement ce que Draghi essaiera de faire ni s’il réussira. J’espère pour ma part que cela échouera pour une raison simple : je crois qu’il faut maintenant la catastrophe la plus noire et la plus violente en Italie pour qu’il se produise un effet de choc qui puisse, peut-être, faire exister les vertus italiques chez quelqu’un parce qu’aujourd’hui l’Italie est, collectivement, une immense bouffonnade.

En tout cas, pour imaginer ce que Draghi tentera de faire, il faut abandonner tous les clichés en cours dans les ghettos sociaux. Draghi ne veut pas «liquider» l’Italie pour un méchant patron allemand ou français et ne veut pas la mettre en faillite. Au contraire, il veut rationaliser les dépenses, contrôler les revenus et relancer la production. Ce qui n’est pas du tout contraire à la soi-disant grande réinitialisation de Davos car, si vous lisez leurs documents préliminaires, ils sont préoccupés par la santé des entreprises productives; pour la simple raison que quiconque se nourrit du sang des autres, quand il meurt, doit lui donner des transfusions robustes.

Draghi n’est pas encore au travail mais certaines données s’éclaircissent. Le poids politique de la droite, et en particulier de Berlusconi, est très fort. Draghi veut se lancer dans un bras de fer avec l’État profond parasite italien et le choix de Brunetta comme ministre de l’administration publique le confirme. Trois ministères sont allés à la Ligue, dont deux revêtent une importance stratégique et pour l’économie et pour l’électorat de ce parti. Il s’agit du ministère du Tourisme, qui va à Massimo Garvaglia et du ministère du Développement économique qui va à Giancarlo Giorgetti, qui a grandi au MSI (note Strategika : Mouvement Social Italien, droite nationale post-fasciste).

Qu’elle gagne ou qu’elle perde, la Ligue a donc toutes les références pour bien jouer son jeu. Si ce match réussissait, la Ligue triompherait. Et si le jeu échoue ? Il ne se passerait pas grand-chose : elle jouerait ensuite un autre match. Le transformisme politique italien et la mentalité avec laquelle la comédie est vécue chez nous permettront tout autre nouveau saut périlleux. N’oublions pas que la Ligue a été à tour de rôle sécessionniste, autonomiste, souverainiste et européiste et que, changeant de masque, elle est toujours restée en selle. Tout simplement parce que elle est l’expression de territoires productifs et de classes sociales pénalisées par l’État profond et la bureaucratie. Par conséquent, elle risque peu ou rien dans son nouvel investissement.

jeudi, 25 février 2021

De la surdité culturelle qui caractérise l’Occident

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De la surdité culturelle qui caractérise l’Occident


Les élites en viennent à croire leur propre récit – oubliant que celui-ci n’a été conçu que pour être une illusion faite pour capter l’imagination de leur population.


Par Alastair Crooke

Source Strategic Culture

Pat Buchanan a absolument raison : lorsqu’il s’agit d’insurrections, l’histoire dépend de celui qui écrit le récit. En général, c’est la classe oligarchique qui s’en charge (si elle finit par l’emporter). Pourtant, je me souviens d’un certain nombre de personne étiquetées « terroristes » qui sont finalement devenus des « hommes d’État » très connus. Ainsi tourne la roue de l’histoire, comme elle le fait encore.

Bien entendu, le fait de fixer un récit – une réalité incontestable, qui est perçue comme trop sûre, trop investie pour échouer – ne signifie pas qu’il n’est pas contesté. Il existe une vieille expression britannique qui décrit bien cette remise en question (silencieuse) du « récit » alors dominant (en Irlande et en Inde, entre autres). Elle était connue sous le nom d' »insolence muette ». Lorsque les actes individuels de rébellion étaient inutiles et trop coûteux sur le plan personnel, un silencieux et amère dédain, qui en disait long, exprimait cette « insolence muette » pour leurs « seigneurs et maîtres ». Elle rendait la classe dirigeante britannique furieuse car elle lui rappelait quotidiennement son déficit de légitimité. Gandhi a mené cette expression à son plus haut niveau. Et c’est finalement son récit qui est resté le plus mémorable dans l’histoire.

Cependant, avec le contrôle du récit par le Big Tech globalisé, nous sommes parvenus à un tout autre niveau que ces simples efforts britanniques pour nier la dissidence – comme le note succinctement le professeur Shoshana Zuboff de la Harvard Business School :

Au cours des deux dernières décennies, j’ai observé les conséquences de notre surprenante métamorphose en empires de surveillance alimentés par des architectures mondiales de surveillance, d’analyse, de ciblage et de prévision des comportements – que j’ai appelé le capitalisme de surveillance. En s’appuyant sur leurs capacités de surveillance et au nom du profit que leur apporte cette surveillance, les nouveaux empires ont organisé un coup d’État épistémique fondamentalement antidémocratique, marqué par des concentrations sans précédent de connaissances sur nous et le pouvoir sans limites qui en découle.

Mais le contrôle de la narrative a maintenant atteint un paroxysme :

C’est l’essence même du coup d’État épistémique. Ils revendiquent le pouvoir de décider qui sait … [et] qui va l’emporter, en tant que démocratie, sur les droits et principes fondamentaux qui définiront notre ordre social au cours de ce siècle. La reconnaissance croissante de cet autre coup d’État … nous obligera-t-elle enfin à tenir compte de la vérité dérangeante qui s’est profilée au cours des deux dernières décennies ? Nous avons peut-être une démocratie, ou nous avons peut-être une société de surveillance, mais nous ne pouvons pas avoir les deux.

Cela représente clairement une toute autre ampleur de « contrôle » – et lorsqu’il est allié aux techniques anti-insurrectionnelles occidentales de détournement du récit « terroriste », mises au point pendant la « Grande Guerre contre le terrorisme » – il constitue un outil formidable pour freiner la dissidence, tant au niveau national qu’international.

Mais il présente cependant une faiblesse fondamentale.

Tout simplement, quand à cause du fait d’être si investi, si immergé, dans une « réalité » particulière, les « vérités » des autres ne sont plus – ne peuvent plus – être entendues. Elles ne peuvent plus fièrement se distinguer au-dessus de la morne plaine du discours consensuel. Elles ne peuvent plus pénétrer dans la coquille durcie de la bulle narrative dominante, ni prétendre à l’attention d’élites si investies dans la gestion de leur propre version de la réalité.

La « faiblesse fondamentale » ? Les élites en viennent à croire leurs propres récits – oubliant que ce récit a été conçu comme une illusion, parmi d’autres, créée pour capter l’imagination au sein de leur société (et non celle des autres).

Elles perdent la capacité de se voir elles-mêmes, comme les autres les voient. Elles sont tellement enchantées par la vertu de leur version du monde qu’elles perdent toute capacité d’empathie ou d’acceptation de la vérité des autres. Elles ne peuvent plus capter les signaux. Le fait est que dans ce dialogue de sourds avec les autres États, les motifs et les intentions de ces derniers seront mal interprétés – parfois de manière tragique.

Les exemples sont légion, mais la perception de l’administration Biden selon laquelle le temps a été gelé – à partir du moment où Obama a quitté ses fonctions – et en quelque sorte dégelé le 20 janvier, juste à temps pour que Biden reprenne tout à cette époque antérieure (comme si ce temps intermédiaire n’existait pas), constitue un exemple de croyance en son propre mème. La stupéfaction – et la colère – de l’UE, qui a été décrite comme « un partenaire peu fiable » par Lavrov à Moscou, est un exemple de plus de l’éloignement des élites du monde réel et de leur captivité dans leur propre perception.

L’expression « l’Amérique est de retour » pour diriger et « fixer les règles du jeu » pour le reste du monde peut être destinée à faire rayonner la force des États-Unis, mais elle suggère plutôt une faible compréhension des réalités auxquelles les États-Unis sont confrontés : Les relations de l’Amérique avec l’Europe et l’Asie étaient de plus en plus distantes bien avant l’entrée de Biden à la Maison Blanche – mais aussi avant le mandat (volontairement perturbateur) de Trump.

Pourquoi alors les États-Unis sont-ils si systématiquement dans le déni à ce sujet ?

D’une part, après sept décennies de primauté mondiale, il existe inévitablement une certaine inertie qui empêcherait toute puissance dominante d’enregistrer et d’assimiler les changements importants du passé récent. D’autre part, pour les États-Unis, un autre facteur contribue à expliquer leur « oreille de sourd » : L’obsession de l’establishment au sens large d’empêcher l’élection présidentielle de 2020 de valider les résultats de la précédente. Cela a vraiment pris le pas sur tout le reste. Rien d’autre n’a d’importance. Leur obsession est si intense qu’elle les empêche de voir l’évolution du monde, pourtant juste là, devant leur nez.

Cette situation n’est pas unique à l’Amérique. Il est facile de comprendre pourquoi l’UE a été si aveuglée par le fait que Lavrov l’ait qualifiée de « partenaire peu fiable » (ce qu’elle a manifestement été). Yanis Varoufakis, ancien ministre grec, a écrit qu’il avait lui-même essayé de faire entendre à l’UE ses résumés et propositions détaillés concernant la crise financière de son pays : « Ils (l’Eurogroupe) sont restés assis, impavide, sans rien entendre : J’aurais tout aussi bien pu chanter l’hymne national suédois, qu’ils n’y auraient pas accordé plus d’attention », a ensuite raconté Varoufakis. Son expérience montre le modus operandi standard de l’UE. L’UE ne « négocie pas ». Les candidats, qu’ils soient grecs ou britanniques, doivent accepter les valeurs de l’UE et les « règlements du club ».

Le haut représentant Borrell est arrivé avec sa longue liste de plaintes, provenant de 27 États (dont certains ont une liste historique de plaintes contre la Russie). Il a lu les demandes et s’attendait sans doute à ce que Lavrov, comme Varoufakis, reste assis tranquillement, tout en acceptant les réprimandes et les « règlements du club », attitude appropriée à tout aspirant envisageant une sorte de relation de travail avec le « plus grand marché du monde ». Telle est la culture de l’UE.

Puis vint la fameuse conférence de presse, au cours de laquelle l’UE a été qualifiée de « peu fiable ». Toute personne ayant assisté à une réunion d’un organe décisionnel de l’UE connaît le protocole, mais laissons un ancien haut fonctionnaire de l’UE la décrire : « Le Conseil s’occupe des chefs d’État ou de gouvernement – qui relèvent de la haute politique et non de la basse réglementation – lors de sessions à huis clos. Les 28 chefs de gouvernement (avant Brexit) s’appellent par leur prénom et peuvent se retrouver à accepter des décisions qu’ils n’avaient même pas imaginées auparavant, avant de se réunir pour une « photo de famille » devant les caméras du millier de journalistes réunis pour entendre la nouvelle, leur présence rendant « tout échec impossible », puisque chaque sommet (à une seule exception regrettable) se termine par un message d’espoir et de détermination communs. »

Lavrov, comme un cousin de campagne « brut de brut », n’a pas su se comporter comme il faut dans une société européenne polie ; on n’insulte pas l’UE. Oh non !

Varoufakis explique : « Contrairement aux États-nations qui apparaissent comme des stabilisateurs de conflits entre classes et groupes sociaux, l’UE a été créée comme un cartel avec pour mission de stabiliser les marges bénéficiaires des grandes et importantes entreprises européennes. » (Elle a vu le jour sous le nom de Communauté européenne du charbon et de l’acier). « Vu à travers ce prisme, la fidélité obstinée de l’UE à des pratiques qui ont échoué commence à prendre un sens. Les cartels sont raisonnablement bons pour répartir les profits des monopoles entre les oligarques, mais ils sont terribles pour répartir les pertes ». Nous savons également que, contrairement aux États, les cartels résisteront à toute démocratisation ou à toute intervention extérieure dans leur cercle étroit de prise de décision.

Cet incident à Moscou pourrait être quelque peu amusant, sauf qu’il souligne comment le nombrilisme de Bruxelles (d’une manière différente de celui de la Team Biden), produit un résultat similaire : Cela la déconnecte du monde extérieur. Elle « écoute », mais n’entend rien. La stratégie hostile de l’Occident à l’égard de la Russie, comme Pepe Escobar l’a observé dans son analyse stratégique de la position russe, est conditionnée par l’idée que la Russie n’a nulle part où aller – et doit donc se sentir satisfaite et honorée par l’idée que l’UE condescende à « tendre un bras » vers l’Eurasie. Alors qu’aujourd’hui, le centre de gravité géo-économique se déplace vers la Chine et l’Asie de l’Est, il est plus réaliste de se demander si la grande région eurasienne, avec ses 2,2 milliards d’habitants, estime qu’il vaille la peine de tendre un bras vers l’Union européenne.

Ce n’est pas une mince affaire : L’UE qui s’énerve de la manière dont Lavrov l’a rejeté à Moscou est une chose. Mais la possibilité que les États-Unis écoutent, mais n’entendent pas, la Russie et la Chine, en est une autre. Une mauvaise écoute, une mauvaise conception de ces deux États, ramène à des questions de guerre et de paix.

Alastair Crooke

Traduit par Wayan, relu par Jj pour le Saker Francophone

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«Là-bas aussi il fait déjà trop jour»: Goethe et le déclin de la culture européenne

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«Là-bas aussi il fait déjà trop jour»: Goethe et le déclin de la culture européenne

par Nicolas Bonnal

Notre effondrement culturel est évident. Comparez le début du vingtième siècle et celui de ce siècle pour rire. Mais remontons un peu dans le temps pour comprendre...

Goethe face au déclin de la littérature : il semble que le plus grand génie européen ait pressenti notre crépuscule après 1815 dans ce domaine aussi. D’autres grands esprits alors évoquent le recul à venir, Chateaubriand dans l’admirable conclusion des Mémoires, Tocqueville bien sûr, Musset à sa manière, et Edgar Poe qui annonce le règne de la racaille (mob) dans ses Entretiens avec une momie.

Dans les formidables entretiens avec Eckermann ce dernier écrit (on est en février 1824 et vous trouverez tout sur Wikisource) sur les méfaits du génie shakespearien à long terme (et en effet Shakespeare n’a-t-il pas ombragé toute la littérature britannique ou presque?):

« Après dîner, je restai seul avec Goethe. Nous causâmes sur la littérature anglaise, sur la grandeur de Shakespeare et sur la situation malheureuse de tous les poètes dramatiques anglais venus après ce géant de la poésie. « Un talent dramatique, dit Goethe, s’il était remarquable, ne pouvait pas ignorer Shakespeare, il ne pouvait s’empêcher de l’étudier. Mais, en l’étudiant, il acquérait la conviction que Shakespeare avait déjà épuisé toute la nature humaine, dans toutes ses directions, dans toutes ses profondeurs, dans toute son élévation, et qu’il ne lui avait laissé, à lui son descendant, absolument rien à faire. Et où donc aurait-il pris le courage de saisir seulement la plume, celui dont l’âme avait su bien comprendre les immenses et inaccessibles beautés de son prédécesseur ? »

L’ombre écrasante de Shakespeare n’existait pas en Allemagne. C’était une chance pour Goethe et pour la belle brochette de génies germaniques nés à l’époque de Napoléon (que Goethe adore comme lecteur et critique, il en parle mainte fois à son convive) :

 9f63cd5f55c25bfc16077e8c3cb0530b_XL.jpg« Il y a cinquante ans, dans ma chère Allemagne, j’étais, moi, plus à mon aise, mes prédécesseurs ne m’embarrassaient pas ; ils n’étaient pas en état de m’imposer longtemps et de m’arrêter. J’abandonnai donc bien vite la littérature allemande, je ne l’étudiai plus et je m’adonnai tout entier à la vie elle-même, et à la création. Je me développai ainsi peu à peu tout naturellement et me rendis capable des œuvres que je publiais de temps en temps avec succès. Dans ce progrès parallèle de ma vie et de mon développement, jamais mon idée de la perfection n’a été supérieure à ce que j’étais à ce moment-là capable de réaliser. »

Et d’expliquer pourquoi l’Allemagne a connu alors tant de génies : « Mais si j’étais né en Angleterre, et si au moment où, pour la première fois, jeune homme ouvrant les yeux, j’avais été envahi par cette variété de chefs-d’œuvre, leur puissance m’aurait écrasé et je n’aurais su que faire. J’aurais perdu la légèreté de la démarche, la fraîcheur du courage, et je serais resté livré à de longues réflexions, à de longues hésitations, pour trouver une nouvelle voie. »

C’est peut-être une des causes de la longévité de la littérature française qui fascinait Borges : on n’a jamais eu de génie qui écrase les autres. Pas de Dante, pas de Shakespeare, pas de… Goethe. Car le déclin allemand est patent après lui et la prodigieuse génération romantique (Hölderlin, Novalis, Schlegel, etc.) qui fournit aussi les plus grands philosophes, Hegel ou Schopenhauer. Le dix-neuvième est une longue agonie littéraire dont ne va cesser de se plaindre Nietzsche dans toute son œuvre, accusant Bismarck, l’unité allemande, la presse (considération inactuelle sur David Strauss), le nationalisme - et en oubliant la création d’une société industrielle très crétine. Il est vrai que le génie allemand renaît au moment de la guerre, tant sur le plan littéraire (Mann, Hesse, etc.) que philosophique (Heidegger, Spengler). Ce sera un beau chant du cygne que l’on retrouvera partout en Europe, surtout en Autriche d’ailleurs (importance des génies juifs). Jamais nous n’avons aussi brillé qu’au début du vingtième. Et jamais nous n’avons été aussi éteints que maintenant.

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Revenons à Goethe ; on est toujours en février 1824 :

« Aujourd’hui, avant diner, Goethe m’a fait inviter à une promenade en voiture. En entrant dans sa chambre, je le trouvai déjeunant ; il paraissait d’humeur très-gaie.

« J’ai reçu une très-agréable visite, me dit-il joyeusement ; un jeune homme plein d’espérance, Meyer, de Westphalie, était avant vous chez moi. Il a fait des poésies qui permettent d’attendre beaucoup. Il vient d’avoir dix-huit ans ; il est avancé d’une façon étonnante. Je suis bien content, dit ensuite Goethe en riant, de n’avoir pas aujourd’hui dix-huit ans. »

Et là la remarque est implacable, expliquant la liquidation de toute littérature européenne dans le règne de la quantité littéraire :

« Quand j’avais dix-huit ans, l’Allemagne avait aussi dix-huit ans, et on pouvait faire quelque chose ; maintenant ce que l’on demande est incroyable, et tous les chemins sont barrés. L’Allemagne seule est, dans tous les genres, parvenue si haut, que notre regard peut à peine tout dominer, et il faut que nous soyons encore avec cela Grecs, Latins, Anglais et Français ! Et voilà maintenant l’Orient, où l’on a la folie de nous envoyer : un jeune homme doit vraiment perdre la tête. Pour consoler Meyer, je lui ai montré ma tête colossale de Junon, comme un symbole lui disant qu’il pouvait rester chez les Grecs et cependant trouver la tranquillité. C’est un jeune homme d’un esprit pratique ! S’il se met en garde contre l’éparpillement, il peut devenir quelque chose. Mais je remercie le ciel, comme je vous disais, de ne plus être jeune dans un siècle aussi avancé. Je ne resterais plus ici. »

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Et l’auteur de Werther de finir sur un ton sublime :

« Et même, si je voulais fuir en Amérique, j’arriverais encore trop tard, car là-bas aussi il fait déjà trop jour. »

Oui la grandeur américaine n’eut qu’un temps assez bref aussi (Hawthorne, Poe, Thoreau, Emerson, etc.). On passa ensuite aux bestsellers et à des temps plus industriels.

On complètera ces remarques de Goethe par le remarquable essai de Tolstoï (qui méprisait royalement Shakespeare !) sur le déclin de l’art, qui expliquait comment l’école, l’université, l’enseignement, les profs, les journaux, les critiques, les festivals, tout enfin avait détruit le génie littéraire vers la fin du dix-neuvième siècle. Même son de cloche dans la très belle dissertation de Nietzsche sur l’histoire…

Là-bas aussi il fait déjà trop jour…

Sources :

https://bibliotheque-russe-et-slave.com/Livres/Tolstoi%20...

https://philosophie.cegeptr.qc.ca/wp-content/documents/Se...

https://fr.wikisource.org/wiki/Conversations_de_Goethe/An...

https://www.amazon.fr/Chroniques-sur-lHistoire-Nicolas-Bo...

 

Pourquoi l'Europe est-elle hostile à la Russie?

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Pourquoi l'Europe est-elle hostile à la Russie?

Par Igor Ivanov

Ex : https://moderndiplomacy.eu

Dans son ouvrage phare de 1871, Russie et Europe, le célèbre intellectuel russe et slave Nikolay Danilevsky a exposé sa théorie selon laquelle "l'Europe reconnaît la Russie comme quelque chose d'étranger à elle-même, et pas seulement d’étranger, mais aussi d’hostile", et que les intérêts fondamentaux de la Russie devraient servir de "contrepoids à l'Europe".

Cent cinquante ans se sont écoulés depuis la publication de cet ouvrage. Le monde a changé. Quoi qu'en disent les antimondialistes, le développement rapide des technologies modernes et leur utilisation dans notre vie quotidienne nous ont obligés à réévaluer nombre de nos convictions concernant les relations entre les États et les peuples. L'échange d'informations, de découvertes et de connaissances scientifiques, et le partage de nos richesses culturelles rapprochent les pays et ouvrent des possibilités de développement qui n'existaient pas auparavant. L'intelligence artificielle ne connaît aucune frontière et ne différencie pas les utilisateurs selon leur sexe ou leur nationalité. Parallèlement à ces nouvelles possibilités, le monde est également confronté à de nouveaux problèmes de plus en plus supranationaux, dont la résolution exige des efforts combinés de notre part. La pandémie du coronavirus en est le dernier exemple en date.

C'est dans le contexte de ces changements rapides qui, pour des raisons évidentes, ne peuvent se dérouler sans certaines conséquences, que l'on peut parfois entendre cette même théorie selon laquelle "l'Europe est hostile à la Russie". Bien que les arguments avancés pour soutenir cette affirmation semblent aujourd'hui beaucoup moins nuancés que ceux de Nikolay Danilevsky.

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Nikolay Danilevsky

Il n'en demeure pas moins qu'il est impossible d'ignorer cette question, car cela rendrait extrêmement difficile l'élaboration d'une politique étrangère sérieuse à long terme, étant donné le rôle prépondérant que joue l'Europe dans les affaires mondiales.

Avant de nous plonger dans le sujet, je voudrais dire quelques mots sur la question qui nous occupe. Pourquoi l'Europe devrait-elle aimer ou détester la Russie ? Avons-nous des raisons de croire que la Russie a des sentiments forts, positifs ou négatifs, à l'égard d'un autre pays ? C'est le genre de mots qui sont utilisés pour décrire les relations entre les États dans le monde moderne et interdépendant. Mais ils sont, pour la plupart, tout simplement inacceptables. Les concepts de politique étrangère de la Russie se concentrent invariablement sur la garantie de la sécurité, de la souveraineté et de l'intégrité territoriale du pays et sur la création de conditions extérieures favorables à son développement progressif.

La Russie et l'Europe ont une longue histoire qui remonte à plusieurs siècles. Et il y a eu des guerres et des périodes de coopération mutuellement bénéfique tout au long de cette histoire. Quoi qu'on en dise, la Russie est une partie inséparable de l'Europe, tout comme l'Europe ne peut être considérée comme "complète" sans la Russie.

Il est donc essentiel d'orienter le potentiel intellectuel non pas vers la destruction, mais plutôt vers la formation d'un nouveau type de relation, qui reflète les réalités actuelles.

À l'aube du XXIe siècle, il était clair pour tout le monde que, pour des raisons objectives, la Russie ne pourrait pas devenir un membre à part entière des associations militaires, politiques et économiques qui existaient en Europe à l'époque, c'est-à-dire l'Union européenne et l'OTAN. C'est pourquoi des mécanismes ont été mis en place pour aider les parties à établir des relations et à coopérer dans divers domaines. Les relations bilatérales se sont ainsi considérablement développées en quelques années seulement. L'Union européenne est devenue le principal partenaire économique étranger de la Russie, et des canaux de coopération mutuellement bénéfiques dans de nombreux domaines se sont créés.

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Cependant, les relations UE-Russie se sont enlisées ces dernières années. En fait, une grande partie des progrès qui avaient été réalisés sont maintenant annulés. Et les sentiments positifs ou négatifs à l'égard l'un de l'autre n'ont rien à voir avec cela. Cela est dû au fait que les parties ont perdu une vision stratégique de l'avenir des relations bilatérales dans un monde en rapide évolution.

S'exprimant lors du Forum économique mondial de Davos, le président de la Fédération de Russie, Vladimir Poutine, a déclaré que la Russie faisait partie de l'Europe et que, culturellement, la Russie et l'Europe ne faisaient qu'une seule et même civilisation. C'est la prémisse de base - qui ne repose pas sur des émotions - qui devrait sous-tendre la politique de la Russie dans ses relations avec l'Europe.

La Russie et l'Union européenne sont en désaccord sur de nombreux points, mais la seule façon de surmonter les malentendus et de trouver des possibilités d'aller de l'avant est le dialogue. Dans ce contexte, la récente visite du Haut Représentant de l'UE à Moscou a été un pas nécessaire dans la bonne direction, malgré les critiques que cette démarche a reçues de la part de la partie européenne. Personne ne s'attendait à des "percées" de la part de la visite, car les animosités et les malentendus entre les deux parties étaient trop profonds. Pourtant, les visites et les contacts de ce type devraient devenir la norme, car sans eux, nous ne verrons jamais de réels progrès dans les relations bilatérales.

Outre les questions qui figurent actuellement à l'ordre du jour des deux parties, l'attention devrait se concentrer sur l'élaboration d'une vision stratégique de ce que devraient être les relations UE-Russie à l'avenir, ainsi que sur les domaines d'intérêt mutuel. Par exemple, il est grand temps que l'Europe et la Russie abordent le sujet de la compatibilité de leurs stratégies énergétiques respectives, ainsi que les conséquences possibles de l'introduction de l'"énergie verte" en Europe en termes de coopération économique avec la Russie. Sinon, il sera trop tard, et au lieu d'un nouvel espace de coopération mutuellement bénéfique, nous aurons encore un autre problème insoluble.

Dans son ouvrage La Russie et l'Europe, Nikolay Danilevsky, tout en reconnaissant le bien que Pierre le Grand avait fait pour son pays, lui reprochait de "vouloir à tout prix faire de la Russie l'Europe". Personne ne ferait de telles accusations aujourd'hui. La Russie est, a été et sera toujours un acteur indépendant sur la scène internationale, avec ses propres intérêts et priorités nationales. Mais la seule façon de les réaliser pleinement est que le pays mène une politique étrangère active. Et l'une des priorités de cette politique est les relations avec l'Europe.

La lutte intérieure

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La lutte intérieure

par Eduard Alcántara

Ex: https://legio-victrix.blogspot.com

Souvent, lorsque nous prétendons offrir une alternative au monde décrépit dans lequel nous devons vivre, nous présentons des solutions économico-politico-sociales qui mettraient fin aux tracas qui nous oppriment extérieurement et nous oublions qu'il existe aussi un autre type d'oppression, beaucoup plus profond, qui nous empêche d'être libres au sens moins formel et plus existentiel de ce terme. Et ce n’est qu'au cours des siècles de décadence de notre civilisation que l'homme s'est progressivement brutalisé, d'une part, et, d'autre part, s'est soumis aux afflux chaotiques du monde souterrain émotionnel qui surgit des couches les plus abyssales de notre esprit.

Si nous voulons présenter une alternative intégrale aux temps corrosifs qui nous dénigrent et nous asservissent, nous devons commencer par mener la grande bataille : la bataille interne qui mène à la victoire de l'immuable, du fixe, de l'immobile et de l'éternel sur le variable, sur le pot au noir qui coule sans cours fixe, sur le périssable et sur le changeant et le mutant. Puisse-t-elle faire remonter l'impassible et le stable face à l'instable et au contradictoire. Qu'elle réalise le triomphe de l'Esprit, de l'âme, de la Shakti de l'hindouisme, du Nous des Grecs, du Haut sur les basses impulsions et les instincts, sur les sentiments émotionnels, passionnés, incontrôlés et aveuglants, sur le bas.

Nous devons être capables d'utiliser tous les éléments embarrassants et suggestifs que le monde ruineux qui nous entoure nous offre malicieusement comme s'il s'agissait d'épreuves à surmonter qui nous renforcent intérieurement. Nous devons fouler notre chemin, notre Do, notre chemin initiatique face aux monstres et aux titans, aux peurs et aux faiblesses qui habitent notre intérieur et qui sont éveillés, excités, incités et stimulés par ce faux monde maya, selon l'hindouisme, qui nous atteint par les sens. Nous devons transformer le poison en médicament. Que ce qui ne nous détruit pas nous rende de plus en plus forts ! Puisse le héros solaire vaincre la bête, l'animal primitif que nous portons en nous ! Chevauchons le tigre de nos faiblesses ! Dominons-le ! Qu'il ne nous soumette pas ! Qu'il ne nous déchire pas avec ses terribles griffes ! Qu'il ne nous détruise pas ! Chevauchons le jusqu'à ce qu'il meure de lassitude et abandonne son but ! Jusqu'à ce qu'il tombe soumis devant nous ; devant et sous nos pieds ! Détruisons dans notre for intérieur ce qu'il symbolise et ainsi notre Esprit prendra possession de nous ! De cette façon, notre âme sera un miroir de l'Esprit et non un réceptacle de la saleté qui nous subjugue et nous transforme en nains misérables qui rampent dans une existence putride. Soyons des chevaliers invincibles et des héros indomptables ! Soyons une garde perpétuelle ! Soyons des guerriers de l'impassibilité et de la fermeté ! Que rien ne nous change ! Soyons forts comme le marbre ! Renaissons au Monde Supérieur par une volonté de granit ! La lutte acharnée contre le tigre n'existe que pour les hommes combatifs qui souhaitent atteindre l'Immortalité ; tant qu'ils sont encore en vie. Un éternel combat métaphysique !

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Celui du Bien contre le Mal. Celui du Soleil contre la Lune. L'esprit contre la matière. Vertical contre Horizontal. Celui des Ouraniques contre les Telluriques, contre les Pélasgiques, contre les Chtoniques. L'Olympien et l'Héroïque contre le Titanique. Les Ases contre les Géants. L'aristocrate contre le démon. Le viril contre l'efféminé. Les Différenciés contre les Égalitaires. De l'organique contre l'inorganique. Celui de la Hiérarchie contre l'Anarchie. Celui de la qualité par rapport à la quantité. Forme contre informe, amorphe, indifférenciée. Celui de l'homme contre la masse. Celui de la mesure, de l'équilibre et de la proportion, par opposition à la disproportion, au déséquilibre et à la disproportion. Celui du laconique face à l'ostentatoire et au fastidieux. Celui de la sagesse face à la folie. Celui de la constance face à l'inconstance. De la Vigueur face à l'Aboulie. De la valeur face à la lâcheté. Un découragement inacceptable face au défaitisme et à la paresse. Celui de la fermeté face à la pusillanimité. Courage face à l'impulsivité. La tempérance face à la concupiscence et à l'incontrôlabilité. La sérénité face à la volupté. Celui de la ligne avant la courbe. La droiture face à la malhonnêteté. La sobriété face à l'ivresse. Celui de l'impertinent plutôt que celui de l'inconstant. L'éthique, le style et la rectitude face à l'immoralité et à la corruption. La vertu plutôt que le vice. Celui de la virilité face à la grossièreté. Celui de la franchise et de la sincérité face à la canaille et à la tromperie. Celui de la noblesse face à la rudesse. Celui de l'austérité face au luxe. Celui de Sparte face à Sodome. Celui de l'idée face au caprice. Celui du patriarcal par opposition au matriarcal. Imperial contre tribal. Celui des Gibelins contre les Guelfes. Celui du haut par rapport au bas. Celui du Suprasensible par opposition au sensible. Celui de la métaphysique contre la physique. Celui de la Conscience contre l'inconscient et le subconscient. Celui du Surhomme contre le petit homme moderne. Celui de la lumière du nord contre la lumière du sud.

En bref : notre combat !

mercredi, 24 février 2021

La mort du travail

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La mort du travail

par Ernesto Milà

Ex: https://legio-victrix.blogspot.com

(article mis en ligne en avril 2011)

C'est peut-être une tragédie de le constater, mais c'est une réalité. Le travail se meurt. Il est vrai que de nouveaux emplois sont créés chaque jour, mais si nous regardons les chiffres absolus, en 20 ans, la capacité de production a doublé, mais le travail n'a augmenté que de 5 %. Qu'est-ce que cela signifie ? Cela signifie que de moins en moins de personnes travaillent. Pourquoi ? En raison de l'automatisation des processus. Ce fait est l'élément sociologique le plus intéressant de notre époque.

Il est frappant de constater qu'au moment même où le travail se meurt, il est devenu un mythe universel : la droite, le centre et la gauche révèrent le travail comme une obligation sociale. Tous les partis lancent des mesures pour "stimuler le travail", "réduire la fraude au chômage", "recycler les travailleurs", etc. Aucun d'entre eux n'explique - peut-être parce que dans leur stupidité ils ne comprennent pas - que le résultat de l'ère technotronique est l'élimination progressive du travail physique.

Il y a dix ans, il fallait douze ouvriers pour récolter un champ d'un hectare. Aujourd'hui, le même travail est effectué par une machine équipée de capteurs qui détectent les grappes et par une autre personne qui, à pied, examine s'il y a une grappe non détectée. Dans la construction, il y a 20 ans, une maison était construite brique par brique ; aujourd'hui, on tend vers des structures préfabriquées. Même dans les bus, il fallait jusqu'à récemment un chauffeur et un contrôleur, et bientôt il n'y aura plus qu'un programme informatique qui conduira les passagers à leur destination. Le travail est en train de mourir. Mais jamais auparavant il n'y a eu un tel culte du travail. Le culte du travail appartient à la mythologie moderne. Il est universel, mais c'est un mythe.

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Chaque jour, des légions de chômeurs vivent un drame qu'ils ne semblent pas comprendre : ils sont prêts à vendre une main-d'œuvre que personne n'est intéressé à acheter. Soit ces personnes rejoignent les rangs des chômeurs et du système de protection sociale, soit elles acceptent des emplois mal rémunérés qui ne requièrent aucune qualification professionnelle et pour lesquels elles doivent rivaliser avec des milliers d'autres travailleurs. Il en résulte une baisse du prix de la force de travail et la prolifération des emplois d'éboueurs payés à des salaires d'éboueurs qui ne permettent qu'un minimum de subsistance.

Les 20 dernières années ont vu une mutation imperceptible mais continue. Parallèlement à la mort du travail, l'économie de production s'éteint et devient progressivement une économie spéculative.

En bourse, la folie financière n'a rien à voir avec l'économie productive. Dans le passé, les investisseurs investissaient dans une entreprise parce qu'ils croyaient en son potentiel productif, ce qui se reflétait dans la distribution des dividendes. Aujourd'hui, tout cela a changé : vous investissez en bourse pendant quelques heures, et quand elle monte, vous retirez immédiatement votre argent, et la différence entre le montant investi et le montant enregistré deux heures plus tard est déjà un profit appréciable. Puis l'argent migre vers d'autres entreprises, d'autres frontières, d'autres bourses... Il n'y a pas de lien entre l'économie productive et la spéculation financière. Ces pratiques spéculatives ne font qu'accélérer la mort du travail.

En premier lieu, nous devons considérer la mort du travail comme quelque chose d'irréversible : les processus d'automatisation vont progresser et réduire progressivement le marché du travail. Ce processus n'est ni bon ni mauvais : il est bon si l'on reconnaît son vrai visage et que l'on agit en conséquence. Elle est mauvaise dans la mesure où les partis politiques mentent et refusent de dire à la population la réalité de la mort du travail.

Imaginons une société dans laquelle le travail n'est pas la grande valeur universelle. Il existe d'autres activités humaines qui ne produisent pas de bénéfices économiques, mais qui sont indispensables à l'équilibre psychologique de la vie humaine : loisirs, études, recherche, parentalité, toutes ces activités peuvent recevoir plus de temps dans une société où le travail est mort.

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Il est clair que dans ces circonstances, il est nécessaire de réduire le temps de travail (travailler moins pour que tout le monde puisse travailler) et d'augmenter les aides sociales de l'État. Un programme basé sur ces deux points est-il possible ? C'est de plus en plus possible. Il suffit de reconnaître les faits, de stimuler les filières éducatives de la population et de parvenir à une meilleure répartition des revenus de l'État, qui doit augmenter ses recettes en sanctionnant fiscalement l'économie spéculative.

Reconnaissant que le travail est en train de mourir, nous devons également reconnaître que toute référence au culte du travail doit être retirée des programmes des partis politiques du nouveau style; nous devons être réalistes : le travail est une activité comme une autre. Bien sûr, depuis le nazisme, tous les partis promeuvent un "culte du travail". Et cela a généré une distorsion de la réalité : parce que le travail n'est pas la seule tâche que les êtres humains peuvent accomplir.

Heureusement, la vie humaine est extrêmement riche en nuances. Outre le travail, il existe de nombreuses autres formes d'activité : création artistique, loisirs, recherche, apprentissage, études, dont la nature est très différente de celle du travail et qui est souvent générée par des intérêts non économiques.

Si la mort du travail est une tragédie, c'est surtout pour la société bourgeoise des Lumières et la pratique politico-économique du XIXe siècle, et non pour ceux qui veulent un monde nouveau et original où la possibilité de ne pas mourir de faim n'est pas nécessairement échangée avec celle de mourir d'ennui.

En 1965, Herbert Marcuse a établi que la différence entre notre époque et les précédentes consistait dans le fait que la réalisation pratique des idées utopiques était désormais possible compte tenu de la croissance des forces productives. Marcuse avait presque quarante ans d'avance sur nous : pour que l'utopie soit possible, il fallait une plus grande automatisation des processus de production... et une volonté déterminée de contenir la croissance de l'économie spéculative. Ce n'était pas le cas en 1965, mais c'est le cas aujourd'hui.

L'utopie est possible, à condition que des mesures drastiques soient adoptées : il faut d'abord réduire radicalement le flux d'immigrants dans l'UE, puis inverser la tendance et rapatrier progressivement les immigrants. La devise dans ce domaine est : "Les Espagnols d'abord". Cela met un frein à la croissance d'une population qui veut vendre sa force de travail et, par conséquent, sa valeur augmente.

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La deuxième mesure est la réduction drastique du temps de travail. Aujourd'hui, il est possible de maintenir les salaires avec moins de 35 heures par semaine. En outre, la réduction du temps de travail doit s'accompagner de mesures sociales : aides au travail à domicile, protection de la famille, etc. La protection contre le chômage, loin de diminuer comme elle l'a fait jusqu'à présent, doit augmenter. Et tout cela, qui implique une forte augmentation des dépenses publiques, est obtenu par une plus grande distribution des revenus de l'État.

Enfin, l'utopie est possible tant que l'on met fin à l'économie spéculative. La taxe Tobin semble être une mesure appropriée, mais ce n'est pas la seule, ni même la plus applicable. Il faut empêcher fiscalement les accumulations importantes de capital. Il est impossible d'abolir le capital, mais il est possible de l'orienter vers la production plutôt que vers la spéculation. Les revenus provenant de la spéculation doivent être maintenus au minimum. L'utopie est possible aujourd'hui, mais l'utopie ne réside plus dans la nouvelle gauche, mais dans ceux qui ont le courage de dénoncer le fait principal de notre époque : la mort du travail.

 

La mission impossible de l’OTAN

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La mission impossible de l’OTAN

Par Finian Cunningham

(revue de presse : Information Clearing House – 18/2/21)*

Ex: http://www.france-irak-actualite.com

Il semblerait que les ministres de la défense de l’OTAN se soient réunis cette semaine pour chercher à redéfinir et actualiser la mission de l’alliance militaire. Dit plus simplement, l’organisation cherche désespérément une raison d’être pour son existence. 

Ce bloc militaire de 30 nations dispose d’un budget annuel de plus de mille milliards de dollars, dont les trois quarts sont versés par les Etats-Unis, soit $740 milliards dépensés sur sa propre force. 

La visioconférence qui s’est tenue cette semaine représentait la première prise de contact officielle de l’administration Biden avec les alliés de l’OTAN. Lloyd Austin, le secrétaire américain de la Défense s’est adressé au forum en insistant sur la priorité donnée par le président Biden au renforcement des relations avec les alliés, relations qui s’étaient largement dégradées sous l’administration Trump. 

C’est la même vielle rengaine maintes fois rabâchée par Washington dans le passé : les alliés de l’OTAN doivent dépenser toujours plus pour contrer les prétendues menaces de la Russie et de la Chine. Le même vieux disque rayé.

La seule différence tient dans le style et non le contenu. Alors que Trump demandait de façon rude et acerbe que les membres de l’OTAN injectent plus d’argent, l’administration Biden opte pour une rhétorique plus polie, caressant dans le sens du poil l’importance ‘du partenariat transatlantique’ et promettant d’être plus inclusif dans la prise de décision stratégique. 

Mais, c’est essentiellement la même escroquerie : les Etats-Unis exhortent les états européens à dépenser plus d’argent pour soutenir le complexe militaro-industriel qui maintient artificiellement en vie le défunt système capitaliste. Les Américains ont besoin que les Européens leur achètent des avions de guerre et des systèmes balistiques pour que le capitalisme américain puisse continuer à vivre.

C’est une position difficilement tenable en ce moment, alors que les difficultés économiques se font ressentir et d’énormes défis sociaux apparaissent. Comment justifier une dépense annuelle de mille milliards de dollars sur des machines de guerre improductives ? 

Il va de soi que les soutiens de l’OTAN, essentiellement les Américains, se doivent de réinventer des ennemis comme la Chine et la Russie pour justifier l’existence d’une économie militaire aussi extravagante, sans quoi elle serait vue comme une utilisation insensée et préjudiciable des ressources d’un pays. Ce qu’elle est. 

Cela dit, ce petit jeu de l’épouvantail a de sérieux défauts conceptuels. Le tout premier est que ni la Russie ni la Chine ne sont des ennemis cherchant à détruire les pays occidentaux. Deuxièmement, cette histoire ne tient pas logiquement. Le budget militaire total de l’OTAN est quatre fois supérieur aux budgets combinés de la Chine et de la Russie. Et on voudrait nous faire croire que ces deux pays menacent un bloc de 30 nations alors qu’ils ne dépensent qu’une fraction du budget de l’OTAN en dépenses militaires. 

Autre problème conceptuel pour les VRP de l’OTAN : l’organisation est née il y a huit décennies, au début de la guerre froide. Aujourd’hui, le monde est très différent et reflète une intégration multipolaire croissante tant économique que politique, ou au niveau des communications. 

Les chiffres du commerce publiés cette semaine montre que la Chine a surpassé les Etats-Unis en devenant le premier partenaire commercial de l’Union Européenne. 

La Chine, la Russie, et cette tendance à la coopération économique eurasienne représentent le futur du développement mondial. Malgré leur complaisance occasionnelle envers Washington, les Européens le savent. A la fin de l’année dernière, l’Union Européenne a conclu un accord d’investissement historique avec la Chine, et ce en dépit des objections de Washington. 

Cela sonne en effet le glas du harcèlement américain, qui voyait les Etats-Unis exhorter ses alliés de l’OTAN en inventant des histoires effrayantes d’ennemis étrangers. Le monde ne peut plus se permettre ce gâchis éhonté de ressources face à des besoins sociaux bien plus importants. Il devient de plus en plus difficile de vendre politiquement cette escroquerie qu’est l’OTAN. 

Ce “monde du Mal” dépeint par les conspirationnistes américains ne correspond en rien à la réalité que perçoivent la majorité des gens. Oui, il y a encore des irréductibles de la guerre froide qui rodent encore en Europe, tel que le secrétaire général de l’OTAN le général Jens Stoltenberg et les politiciens russophobes polonais et baltes, mais ils représentent des minorités à la marge. 

La plupart des citoyens est consciente que l’OTAN est une relique du passé, qu’elle n’a plus de raison d’être dans le monde d’aujourd’hui, et face à tous les besoins sociaux pressants, la France et l’Allemagne, les moteurs les plus puissants de l’économie européenne, ont de moins en moins d’inclination vers Washington, même dirigé par un président démocrate apparemment plus amical. 

L’administration Biden peut paraitre plus crédible et cordiale que celle de Trump, mais demander aux autres de dépenser plus militairement et d’antagoniser des partenaires commerciaux vitaux que sont la Chine et la Russie est mission impossible pour une OTAN menée par les Etats-Unis. 

Finian Cunningham a beaucoup écrit sur les relations internationales, et a été publié en plusieurs langues. Pendant près de 20 ans, il a travaillé comme éditeur et rédacteur pour les médias d’information les plus importants, y compris The Mirror, Irish Times et l’Independent. 

Source : Information Clearing House

Traduction et Synthèse: Z.E