mardi, 24 février 2026
Coup de gueule numérique: l'interdiction des réseaux sociaux enferme la jeunesse dans une chambre d’écho de gauche

Merz soutient les projets d’interdiction
Coup de gueule numérique: l'interdiction des réseaux sociaux enferme la jeunesse dans une chambre d’écho de gauche
Source: https://derstatus.at/politik/digitaler-maulkorb-social-me...
Le couvre-feu numérique pour les jeunes arrive-t-il ? Alors qu’on parle officiellement de protection, la suspicion grandit car il ne s’agit nullement d'une prévention de la dépendance, mais d'un contrôle, d'un monopole de l’interprétation et d'une influence politique généralisée sur toute une génération. Et d’une surveillance potentielle de tous les citoyens comme “effet secondaire utile”.
Le gouvernement discute d’une interdiction graduelle
En Allemagne aussi, une interdiction progressive des médias sociaux pour les enfants et les jeunes est à l’étude. Le prétexte: prétendument “protéger les jeunes contre la dépendance, le stress psychique, la haine et la désinformation”. La SPD a présenté à la mi-février 2026 un document pour impulsion au projet. Le parti socialiste exige une interdiction totale pour les enfants de moins de 14 ans, avec un blocage technique d’accès par les plateformes, sous peine de sanctions allant jusqu’au blocage du réseau. Pour les 14-16 ans, une “version jeunesse” obligatoire doit être instaurée: sans recommandations algorithmiques, sans défilement infini ni systèmes de récompense, avec une vérification obligatoire de l'âge.
La CDU a discuté, lors de son congrès, la proposition du Land du Schleswig-Holstein. Celle-ci prévoit un âge minimum légal de 16 ans pour les plateformes ouvertes telles qu’Instagram, TikTok ou Facebook, avec vérification obligatoire de l'âge. Il existe un large soutien pour cette proposition, mais certains prônent une régulation plutôt qu’une interdiction totale. Le chancelier Friedrich Merz a exprimé dans le podcast “Machtwechsel” “beaucoup de sympathie” pour les deux propositions. Il a souligné que beaucoup de jeunes adolescents de 14 ans sont en ligne jusqu’à cinq heures par jour. Cela nuirait, selon lui, à la socialisation, à la concentration et au développement de la personnalité. Lui aussi avance la “protection des enfants” pour se justifier par un motif louable.
Imposer une chambre d’écho: tel est le calcul politique
Le danger réside dans le fait que de nombreux citoyens pourraient percevoir cette initiative comme une “bonne” mesure visant la protection de l’enfance. En Autriche, où une mesure similaire est envisagée, le système produit facilement des sondages suggérant qu'une majorité de citoyens soutient le projet. Mais, du point de vue populiste et patriotique, il ne faut en aucun cas approuver tout cela sans émettre de critique. Même à des fins électorales. Car, depuis la campagne pour les élections européennes, l’idée qu’il pourrait y avoir une stratégie politique derrière ce "beau projet" ne constitue plus une théorie du complot.

Lors de cette campagne électorale, l’AfD a particulièrement gagné des suffrages auprès des jeunes électeurs, et même l’opposition soulignait, entre autres choses, l’efficacité de leur offensive sur TikTok & Co. La capacité de l'AfD, malgré l'environnement parfois très à gauche dans lequel baignent les jeunes en subissant une propagande constante qui prône des idées “woke”, à atteindre les jeunes avec des contenus patriotiques et critiques du système s'avère particulièrement menaçante pour les élites au pouvoir. Sans internet, beaucoup de jeunes seraient enfermés dans une chambre d’écho de gauche, qui, dans le pire des cas, serait composée d'une famille aux idées de gauche, de camarades de classe campés à gauche et de professeurs militants de gauche.
Si on prive désormais les jeunes de la possibilité de s’informer en dehors des médias mainstream, on étouffe dans l’œuf leur contestation potentielle des narratifs dominants. Toute opposition à l'hégémonie en place de la part des jeunes serait rapidement reléguée au rang d'une simple rébellion juvénile fortuite. Que les médias sociaux puissent être une arme à double tranchant n’est rien de nouveau. Le danger qu'il y a à être exposé pendant de longues heures de loisirs improductifs et psychiquement destructeurs ne peut être nié. Mais ces médias sociaux restent aussi, pour l’instant, les seuls moyens pertinents pour transmettre aux jeunes des idées d’opposition sans qu'ils aient à subir le filtre méprisant du mainstream.
Briser la bulle d’échos de gauche
De plus, chacun doit être conscient qu’une vérification de l’âge donnerait aux gouvernants encore plus de pouvoir sur ce qui est écrit en ligne, puisqu’il faudrait déposer ses pièces d’identité. Et cela signifie, dans le pire des cas, que même les personnes de 80 ans devraient prouver qu’elles ont en réalité plus de 14 ans. Rappelons que des raids policiers ont déjà eu lieu à cause de memes inoffensifs en ligne, dans un réseau partiellement anonyme, ce qui constitue un nouveau levier pour faire fuir les personnes politiquement indésirables sur Internet.
Le fait que les revendications pour une telle interdiction s’intensifient presque simultanément dans tout l’Occident, surtout lorsque les élites perdent leur contrôle politique, doit faire retentir tous les signaux d'alarme. Cela ressemble à une synchronisation concertée pour nuire à l’opposition contre les élites souvent mondialistes et pour reprendre le pouvoir d’interprétation. Justement celles que l’on a commencé à perdre lors des récentes manifestations de “gilets jaunes” – ou des protestations contre la crise migratoire, le coronaturlutuvirus et la guerre en Ukraine.
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Parution du numéro 75 de War Raok

Parution du numéro 75 de War Raok
EDITORIAL
Bientôt une messe de requiem ?
Le titre va très certainement vous interpeller ? Oui, sans aucun doute. Maintenant voici la question que vous allez vous poser : qui peut bien être l’illustre personnage, l’illustre défunt méritant un tel hommage ? Un tel honneur au point de lui dédier une messe de requiem ! Illustre n’est peut-être pas le terme exact : voyou, malfrat, usurpateur, autocrate, violent serait plus adapté… Rassurez-vous notre filou est toujours parmi nous, toujours présent, toujours aussi nocif même s’il se trouve en phase terminale et que son pronostic vital est engagé. Il n’est pas question, et je dirais même que c’est hors de propos, de souhaiter la mort d’un malade en fin de vie. Laissons le mourir, s’éteindre lentement… mais aucune pitié, aucune compassion pour un être qui a tant fait souffrir mon peuple.
Un peu de patience pour la messe de requiem
Vous avez peut-être enfin reconnu notre mystérieux agonisant ? Eh oui, il s’agit bien de la république française et de ses bas-fonds, de son État, État malfaisant qui a privé et prive toujours le peuple breton de ses libertés fondamentales, mais également les peuples basque, corse, catalan, occitan, flamand… peuples qu’il n’a même pas la décence de reconnaître officiellement ! Une exception en Europe faut-il le souligner !
Héritier et fier de sa révolution bolchevique de 1789, (révolution honorée tant par la gauche que par la droite française soit dit en passant), cet État français a fait couler les larmes, le sang dans une logique à la fois impérialiste et totalitaire.
Ah elle est belle cette France des lumières, France patrie des Droits de l’homme et des libertés, de la démocratie, ou plutôt devrais-je dire de la démocratie raréfiée ! France qui ose constamment, sans aucune gêne, sans aucune pudeur s’arroger, s’approprier et clamer le célèbre principe « des peuples à disposer d’eux-mêmes » et le refuser aux peuples qu’elle maintient arbitrairement sous tutelle ! Peuples privés de toute existence légale et de vie nationale. La vision de la France reste une vision hégémonique, coloniale, une vision figée qui n’aspire qu’à la domination. La France a bâillonné la Bretagne, vieille nation souveraine pendant plus de dix siècles. Elle a effacé son histoire, piétiné sa culture, interdit sa nationalité, miné ses institutions, confisqué son identité... La France, mythe, fausse religion ne nous a apporté ni civilisation, ni progrès mais uniquement un total asservissement.
Aujourd’hui, elle est devenue la France des bougies ! Les lumières sont éteintes.

Ouvrir les pages de War Raok, c’est un peu comme « on arme un fusil » !
Cet éditorial est le premier de l’année 2026 et la revue, qui fête ses 26 années de parution, tient à rester fidèle à sa ligne politique, à la défense des libertés bretonnes, à l’autodétermination du peuple breton et se veut une véritable ligne de faille, une brèche dans la coque d’une Europe aujourd’hui malade et agonisante. En écartant systématiquement les imposteurs, aucune haine, aucun esprit de revanche, aucun propos violents, injurieux ou déplacés, mais des analyses, des articles pertinents et sérieux pour informer le lecteur et forger ainsi de futurs sympathisants, voire militants à la cause nationale bretonne. Il est malheureusement fort regrettable que certains continuent de refuser de faire face à la réalité, préférant la fuite, s’obstinant encore à jouer dans un bac à sable et se voilant la face. Ne pas ôter ce voile… c’est se mentir à soi-même.
Padrig MONTAUZIER, directeur de publication.
* * *
SOMMAIRE de WAR RAOK n°75
Buhezegezh vreizh, page 2
Éditorial, page 3
Buan ha Buan, page 4
Tribune libre
La Vallée des Saints : un rêve brisé, page 10

Politique
La gauche, la droite... la liberté, la démocratie !, page 12
L’impertinence de la démocratie parlementaire, page 13
Chroniques bretonnes
Aux origines de l'hermine, page 16
Hent an Dazont
Votre cahier de 4 pages en breton, page 19

Un regard sur l’Irlande, page 23-31
Mythologie, gaélique, culture, éducation,
immigration, nationalisme…
Tradition
Des célébrations de Samhain à Halloween, page 32
Histoire de Bretagne
L’Édit du Plessis-Macé, page 34

Nature
Le courlis cendré, page 36
Lip-e-bav
Recette végétarienne de la galette bretonne, page 37

Keleier ar Vro
La mémoire de l’abbé Marcel Blanchard attaquée, page 38
Bretagne sacrée
Le tombeau de Saint-Lénard, page 39.
12:59 Publié dans Revue, Terres d'Europe, Terroirs et racines | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : bretagne, irlande, pays celtiques, revue, terroirs, racines, régions |
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Connaissiez-vous Mario Merlino?

Connaissiez-vous Mario Merlino?
par Georges Feltin-Tracol
Le 4 février 2026 à Rome décède à l’âge de 81 ans Mario Merlino. Inconnu en France, ce militant a su ouvrir des perspectives originales sinon durables en politique.
Né à Rome le 2 juin 1944, Mario Merlino grandit au sein d’une famille fasciste. Inscrit à l’université de la capitale italienne, il adhère très tôt au FUAN (Front universitaire d’action nationale), la branche étudiante du MSI (Mouvement social italien) qu’il intègre en 1962. Il adopte aussitôt la ligne d’opposition interne de Giorgio Almirante (1914 - 1988).
Contrairement aux clichés paresseux véhiculés par une presse en mal de sensations fortes, le MSI n’a jamais été une formation monolithique. Diverses sensibilités antagonistes le traversent dès sa fondation. Outre une tendance monarchiste qui tend vers la droite de la démocratie chrétienne, on recense selon les années la faction droitière d’Arturo Michelini (1909 - 1969), la tendance révolutionnaire de Giorgio Almirante, l’aile socialiste nationale du géographe et géopoliticien Ernesto Massi (1909 - 1997) et la faction nationaliste-révolutionnaire d’obédience évolienne de Pino Rauti (1926 - 2012). De 1954 à 1969, Michelini s’impose en homme fort du MSI. Son programme conservateur – libéral et atlantiste agace Merlino. Il quitte le MSI en 1965 et se rallie d’abord au Centre d’étude Ordre Nouveau de Pino Rauti. Puis, à la demande de son vieil ami Stefano Della Chiaie (1936 – 2019), il se tourne vers Avanguardia Nazionale (« Avant-garde nationale »).

À la fin de la décennie 1960, l’Italie entre dans une période d’agitation marquée par un regain d’activisme de la part des nationalistes et des gauchistes. Les heurts se multiplient dans toute la péninsule. Mario Merlino contribue par exemple à la « bataille de Valle Giulia » (photo), le 1er mars 1968, prémices des « Années de plomb ». Ce jour-là, les étudiants néo-fascistes et gauchistes font cause commune et affrontent les policiers. Si l’extrême gauche occupe dans la foulée la faculté des Lettres, le FUAN s’empare de la faculté de Droit. Fait intéressant, suite à cet événement, l’écrivain, poète et réalisateur communiste Pier Paolo Pasolini applaudit l’action de la police et dénigre en revanche les étudiants.
Mario Merlino se rend quelques semaines en Grèce alors dirigée par les colonels. Ce qu’il y observe ne l’enchante guère. La présence informelle, mais réelle, de la CIA le dérange; il ne peut pas approuver le maintien du capitalisme atlantiste aux portes du « Rideau de Fer » alors qu’il réclame un dialogue méditerranéen ainsi qu’une entente géopolitique avec les gouvernements nationalistes arabes.
La coopération soudaine, momentanée et inattendue entre néo-fascistes et gauchistes amène Mario Merlino à s’infiltrer dans le Cercle Bakounine riche en activistes anarchistes. En référence aux événements du 22 mars 1968 à Nanterre, il fonde en octobre 1969, à la suite du Cercle Bakounine, le Cercle du 22 mars où se rencontrent des néo-fascistes et des anarchistes. Ce cercle a une durée éphémère. Les autorités italiennes l’accusent bientôt de terrorisme après l’explosion de trois bombes à Rome en décembre 1969. Arrêté, il passe trois ans en détention préventive. En février 1979, la cour d’assises le condamne à quatre ans de prison pour « association subversive ». L’appel confirme cette condamnation. Mais cette dernière sentence est à son tour cassée en 1985. En 1987, la Cour suprême italienne acquitte définitivement Mario Merlino.
Traducteur de Robert Brasillach, auteur de pièces de théâtre inspirées par l’écrivain japonais Yukio Mishima, Mario Merlino enseigne l’histoire et la philosophie dans un lycée scientifique romain. Au cours de ces années effrénées, Mario Merlino conçoit une théorie politique paradoxale, voire oxymorique : l’anarcho-fascisme qu’il ne faut surtout pas confondre avec le national-anarchisme pensé et promu par le Britannique Troy Southgate, l’Allemand Peter Töpfer, le Néerlandais Tim Mudde et le Français Hans Cany.
Ce rapprochement n’est cependant pas incongru pour la scène politique italienne où œuvre le « transformisme » politico-parlementaire. Le plus éclatant demeure les manœuvres du président de la région autonome de Sicile, Silvio Milazzo (1903 – 1982). Soucieux d’accéder à cette fonction, l’élu démocrate-chrétien négocie avec les responsables régionaux du MSI et du PCI. Le 30 octobre 1958, il obtient ce poste grâce à leurs voix. Ce choix commun suscite l’indignation des démocrates-chrétiens et de l’Église catholique. Elle a reçu l’approbation préalable de Palmiro Togliatti, secrétaire du PCI, de Giorgio Almirante et de Domenico Leccisi (1920 – 2008), fondateur du fugace et clandestin Parti démocratique fasciste (1945 – 1946), favorable à la démocratie organique.

« Fanatisme de la liberté intégrale », l’anarchisme est une bien mauvaise appellation comme d’ailleurs son synonyme peu usité, l’acratie. Les préfixes privatifs a- et an- ne doivent toutefois pas effacer la réalité de l’archie (arkhê) et de la cratie (kratos), facteurs consubstantiels à la vie humaine en collectivité. Comment l’anarchisme qui postule l’absence d’État peut-il s’associer au fascisme qui fait de l’État la clé de voûte du cadre social ? Du point de vue fasciste, l’anarchisme serait plus proche du national-socialisme qui envisage, lui aussi, le dépérissement de l’État au profit de la communauté holiste de peuple ethnique malgré une bureaucratie nihiliste d’ampleur inégalée vers 1944 – 1945 sans oublier le caractère polycratique et charismatique du régime hitlérien. Mario Merlino estime que des précédents historiques démontrent la propension des anarchistes engagés à la discipline collective. Il fait référence à la Commune de Paris en 1871, à la révolte de Kronstadt en 1921, à l’épopée militaire de Nestor Makhno (1888 - 1934) (photos), chef de l’« Armée verte » (ou Armée révolutionnaire insurrectionnelle ukrainienne) pendant la guerre civile russe ou à la « Colonne Durruti » de Buenaventura Durruti (1896 - 1936) en pleine Guerre d’Espagne. On pourrait aussi comprendre Pierre-Joseph Proudhon (1809 – 1865) et son fédéralisme mutualiste comme un corporatisme égalitaire à rebours des corporations hiérarchisées traditionnelles. En fait, la principale convergence entre le fascisme et l’anarchisme demeure certainement l’insistance accordée à l’action directe, ce qui ferait de Georges Sorel (1847 – 1922), l’auteur des Réflexions sur la violence en 1908, le penseur-modèle de l’anarcho-fascisme… La thèse est vraiment osée.
Plus prosaïquement, Mario Merlino cherchait à recruter de jeunes anarchistes virulents afin de les attirer vers un néo-fascisme révolutionnaire anti-bourgeois et ainsi mettre à bas un régime détestable et détesté, à savoir la République italienne élevée sur les ruines fumantes du Ventennio. L’anarcho-fascisme s’apparente à une autre agrégation politique anti-Système originaire des marges militantes: le phénomène « nazi-maoïste » autour de l’action et des écrits de l’éditeur dissident Franco Freda.
On retrouve des situations semblables dans la France des années 1970 quand les rédacteurs maoïstes de L’Humanité rouge, l’organe officiel du PCMLF (Parti communiste marxiste-léniniste de France), combattent les campagnes trotskystes anti-militaristes, approuvent le programme nucléaire français et soutiennent la réunification de l’Allemagne devenue neutraliste. En Allemagne, le KPD (Parti communiste allemand) adopte un tournant nationaliste en 1932 et s’ouvre à certains membres des SA (Sections d’assaut) déjà déçus par le renoncement implicite des objectifs socialistes du national-socialisme. Dans les dernières années de sa courte vie, le meneur de la contestation étudiante ouest-allemande, Rudi Dutschke (1940 - 1979), prend des positions nationales-neutralistes en faveur de la réunification allemande. D’abord exilé à Cuba pour cause d’activités révolutionnaires, Günter Maschke (1943 – 2022) retourne en Allemagne révolutionnaire-conservateur et va se consacrer à l’étude magistrale de l’œuvre de Carl Schmitt. Enfin, l’inventeur de l’ethno-différentialisme, Henning Eichberg (1942 - 2017), adhère sous l’impulsion de sa seconde épouse au Parti populaire socialiste danois (SF).
En 2014, Mario Merlino salue la révolte de l’Euromaïdan et les initiatives du Secteur Droit. Il enjoint néanmoins les Ukrainiens à rejeter toute influence de l’Union dite européenne. Plus que jamais, il réclame une Europe des peuples libérée de la tutelle des financiers et de la bureaucratie parasitaire. Sa pensée radicale ne l’empêche pas de s’exprimer devant les cénacles de l’Alliance nationale et de Forza Nuova (« Force nouvelle »). Mario Merlino restera très probablement dans l’histoire des idées comme le partisan de la complémentarité entre le fascisme et l’anarchisme, le précurseur d’une troisième voie anticonformiste, l’exceptionnel ordonnateur de l’alliance entre le Feu et la Glace.
GF-T
« Vigie d’un monde en ébullition », n° 182, mise en ligne le 19 février 2026 sur Radio Méridien Zéro.
12:39 Publié dans Hommages | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : hommage, mario merlino, italie, anarcho-fascisme, anarchisme, msi |
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samedi, 21 février 2026
Lors d'une réunion informelle de l'UE à Larnaca, l'Irlande demande davantage d'efforts pour la remigration…

Lors d'une réunion informelle de l'UE à Larnaca, l'Irlande demande davantage d'efforts pour la remigration…
Peter Logghe
Source: https://www.facebook.com/peter.logghe.94
Vous n’en avez rien lu ni entendu dans nos médias mainstream flamands, l’intérêt était apparemment « modéré », comme il se doit. Mais lors d’un sommet informel de l’UE à Larnaca (Chypre), où tous les ministres de la Justice et de l’Intérieur des États membres de l’UE se sont réunis le 23 janvier pour discuter notamment de migration et de la lutte contre la migration illégale, le ministre irlandais Niall Collins a plaidé de manière argumentée pour une politique de retour plus forte et plus ferme, en d’autres termes, la remigration.

Niall Collins est ministre du parti de centre-droit Fianna Fáil, et en tant que membre du gouvernement irlandais, il est responsable du Droit international, des réformes juridiques et de la Justice en ce qui concerne la jeunesse. En Chypre, il a suscité l’émoi en plaidant «pour une politique durable de retour et de réintégration», toujours dans le plein respect des droits de l’homme. «Nous devons accélérer considérablement le rythme du retour», a déclaré Collins. Il ne s’agit pas seulement des étrangers ayant commis de graves crimes, mais aussi de ceux qui mettent en danger la sécurité du pays d’accueil.
L’Irlande dépense jusqu’à 10.000 euros par famille qui retourne
Cela ne se limite pas à de simples souhaits politiques: depuis l’automne 2025, Niall Collins a augmenté les primes pour le retour volontaire en Irlande. La petite île verte «encourage les demandeurs d’asile à retirer leur demande d’asile pendant le traitement de leur dossier, à quitter l’île et à retourner dans leur pays d’origine. En échange, une aide financière de 2500 euros par personne est proposée, jusqu’à 10.000 euros maximum pour une famille entière», rapporte InfoMigrants.
InfoMigrants est une filiale de France Médias Monde et de la chaîne publique allemande Deutsche Welle
Pour les migrants qui sont en procédure d’appel (c’est-à-dire qui ont fait appel contre le rejet de leur demande d’asile par les autorités irlandaises) et qui retournent volontairement, les aides financières sont limitées à 1500 euros par personne et à 6000 euros maximum par famille. «Ce soutien est essentiel pour faciliter financièrement l’intégration dans le pays d’origine», explique le ministre Niall Collins. «Ainsi, nous pourrons certainement augmenter le nombre de remigrants».
Pourquoi nos médias mainstream restent-ils si silencieux à ce sujet? Ce n’est pas parce que de plus en plus d’États membres abandonnent progressivement l’«axiome des frontières ouvertes»? Ce n’est tout de même pas parce que le ministre irlandais plaide pour une politique de remigration...?
20:39 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, niall collins, fianna fail, irlande, europe, affaires européennes, union européenne |
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La Noomachie comme alchimie politique selon Evgueni Golovine

La Noomachie comme alchimie politique selon Evgueni Golovine
Martin Kovac
Bron: https://www.facebook.com/martin.kovac.3511
L'œuvre monumentale de Douguine, Noomachie (la Guerre des logos), n'est pas seulement une théorie des relations internationales, mais une tentative d'opérations magiques à l'échelle des civilisations. En y regardant de plus près, on constate que l'architecture de ce temple de la pensée est une systématisation des visions ésotériques de « l'Amiral » de l'underground soviétique, Evgueni Golovine.

La guerre qui précède l'histoire
Pour l'homme moderne, la guerre est un conflit pour les ressources, les territoires ou les sphères d'influence. Pour Alexandre Douguine, la véritable guerre ne se déroule pas sur le terrain, mais dans le Nous – dans l'Intellect. Le concept de Noomachie chez Douguine repose sur l'hypothèse qu'il n'existe pas une seule vérité ni un seul esprit humain. Il y a trois « Logos » inconciliables – trois façons de créer le monde – qui s'affrontent dans une lutte éternelle à la mort et à la vie.
L'histoire n'est pas un progrès linéaire de la barbarie aux Lumières, mais un drame cyclique où domine l'un de ces principes. Pour comprendre ce conflit métaphysique, il faut revenir aux idées du Cercle Južinskij (Youjinski).

Evgueni Golovine et Alexandre Douguine en 2003.
La figure centrale de ce groupe, auquel Alexandre Douguine a adhéré en 1980, était Evgueni Golovine (1938–2010). Poète, alchimiste et mystique, surnommé « l'Amiral » par ses disciples, il était le centre silencieux d'une tempête intellectuelle. C'est lui qui a apporté au cercle les idées de l'ésotérisme traditionnel, de l'alchimie et du mythe de l'Hyperborée – la patrie originelle de l'esprit du Nord. Pour Golovine, le monde n'était pas une «réalité objective», mais un texte ou une alchimie à retentir, qu'il faut lire ou briser correctement.
Trois Logos : Apollon, Cybèle et Dionysos
La Noomachie de Douguine repose sur une triade, qui est une application directe des leçons hermétiques de Golovine sur l'histoire de la philosophie:

- Logos d'Apollon (Père Céleste): lumière, verticalité, ordre, distance. C'est le monde des idées platoniciennes, où l'essentiel est en haut et la matière en bas n'est qu'une ombre. C'est le principe de « l'exclusion » – la vérité n'est qu'une.

- Logos de Cybèle (Grande Mère) : obscurité, horizontalité, matière, chair. C'est le monde du matérialisme, où « tout vient d'en bas ». L'homme n'est qu'un animal intelligent, l'esprit n'est qu'une chimie du cerveau. Cybèle gouverne par la masse, le marché et la technologie.

- Logos de Dionysos (Logos Obscur) : la clé se trouve ici. Dionysos est l'intermédiaire. Il n'est ni la lumière stérile d'Apollon, ni la boue de Cybèle. C'est le « soleil de minuit », un dieu qui meurt et ressuscite. C'est le principe du paradoxe.
Le diagnostic de la modernité chez Douguine est impitoyable: nous vivons à l'époque du Triomphe de Cybèle. La civilisation occidentale, le libéralisme, le capitalisme et le matérialisme scientifique sont des manifestations de la domination du Logos Noir de la Mère Terre. L'esprit a été englouti par la matière. La verticalité a été renversée et remplacée par l'horizontalité.
L'alchimie de l'eau noire: la clé de Golovine
L'originalité de la conception de Douguine – et l'endroit où elle correspond le plus avec celle de Golovine – réside dans la distinction entre « Ténébreux » et « Noir ». La plupart des penseurs occidentaux (y compris Nietzsche) avaient tendance à tout jeter dans un même sac, irraisonnable et ténébreux. Golovine enseignait cependant une fine distinction d'ordre alchimique. Il y a la Nigredo – le noir fécond, l'obscurité de la terre dont naît la vie (Dionysos). Et il y a l'Aqua Nigra – l'eau noire, liquide putréfié qui dissout les formes et mène à la destruction de l'esprit dans la boue de la matière. Golovine soutenait que la modernité n'était pas dionysiaque (comme certains romantiques le pensaient), mais une magie de l'Aqua Nigra. C'est un processus de décomposition, non d'extase. Douguine a emprunté cette idée pour purifier Dionysos. La Russie, dans son rôle géopolitique, ne doit pas être « l'empire de la lumière » (ce qui serait naïf), mais le porteur d'une force capable de descendre dans l'enfer de la modernité sans s'y dissoudre.

Reine des Neiges et Sujet Radical
L'apogée de cette référence ésotérique est le concept de « Sujet Radical », que Douguine a tiré de l'interprétation de Golovine de la Reine des Neiges d'Andersen. Golovine inverse la signification de cette histoire: la Reine des Neiges n'est pas un mal absolu. Elle symbolise l'Intellect pur, cristallin, de l'Extrême Nord. Le petit Kay, dont un éclat de miroir a pénétré l'œil, ne voit pas le monde « déformé », comme le prétend le conte. Il le voit véritablement – il perçoit le vide et la laideur du monde bourgeois et chaud des hommes (le monde de Cybèle). Gerda, qui le « sauve » avec ses larmes et sa chaleur, le ramène en réalité dans la boue de la banalité, dans le monde des « couples et de la bière ». Le porteur du « Sujet Radical » est celui qui porte dans son cœur un éclat glacial du Nord. C'est l'homme qui refuse le diktat de la matière, du confort et des valeurs libérales. C'est l'aristocrate de l'esprit au milieu du marché.
Conclusion: la politique comme magie noire
La Noomachie révèle que le projet politique de Douguine (la Quatrième Théorie Politique) n'est pas une science politique, mais une théologie de la guerre. Douguine a rassemblé les perles hermétiques de son maître Golovine – destinées à un cercle restreint d'initiés – et, avec celles-ci, il a forgé une arme. Tandis que Golovine restait « Amiral » du navire qui naviguait sur les eaux du monde et ignorait totalement le monde politique, sans même chercher à le changer, Douguine a décidé d'y faire couler cette «eau noire». Sa lutte contre «l'Occident» est essentiellement une tentative d'expulser Cybèle, une gigantomachie, une collision entre continents invisibles de l'esprit. Comprendre Douguine, c'est réaliser que son combat métaphysique dure tant que Cybèle règne. Cette guerre est pour lui une nécessité ontologique, un chemin vers la restauration de la verticalité.
20:17 Publié dans Traditions | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tradition, evgueni golovine, alexandre douguine, noomachie |
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Débat nucléaire en Europe: Qui serait vraiment prêt à mourir pour qui?

Débat nucléaire en Europe: Qui serait vraiment prêt à mourir pour qui?
Elena Fritz
Bron: https://t.me/global_affairs_byelena#
En Europe, un débat a commencé ( https://www.faz.net/aktuell/politik/sicherheitskonferenz/... ), qui aurait été impensable il y a seulement quelques années. Des politiciens de premier plan parlent désormais ouvertement d’un «parapluie nucléaire» européen. Le président polonais Karol Nawrocki le réclame, le chancelier fédéral Friedrich Merz en discute avec Emmanuel Macron, et lors de la Conférence sur la sécurité à Munich, ce sujet n’était plus un tabou. Le fait même que cette question soit posée montre surtout une chose: la confiance dans les garanties de sécurité actuelles s’émousse. Le point de départ est moins idéologique que stratégique. Dans de nombreuses capitales européennes, l’incertitude grandit quant à savoir si, en cas d’urgence, les États-Unis seraient vraiment prêts à risquer leur propre survie pour l’Europe. Cette inquiétude ne date pas de la politique intérieure américaine actuelle. Déjà pendant la Guerre froide, la même question se posait. Lorsque l’Union soviétique a développé des missiles intercontinentaux dans les années 1950, il est devenu évident pour les États-Unis qu’une attaque contre l’Europe menacerait inévitablement la population américaine. Washington a alors réagi avec une nouvelle stratégie: pas de représailles automatiques et massives, mais une réponse flexible. En d’autres termes: une marge de manœuvre plutôt qu’un auto-engagement.
Aujourd’hui, cette logique revient. Le monde est devenu multipolaire, les risques sont plus complexes, et la politique américaine se concentre davantage sur l’Indo-Pacifique. Pour des États comme la Pologne ou les pays baltes, cela signifie une réalité désagréable: en cas d’urgence, l’Europe pourrait se retrouver seule stratégiquement. Le fait que Varsovie tourne désormais son regard vers Paris est rationnel.
Mais c’est ici que commence le vrai problème. La France est une puissance nucléaire, mais son arsenal est limité et surtout conçu pour sa propre dissuasion nationale. Une extension à toute l’Europe ferait de la France la principale cible d’une contre-attaque. Il en découle une question cruciale, rarement posée dans le débat politique jusqu’à présent:
La France serait-elle prête à risquer son propre existence pour la Pologne, l’Allemagne ou la Finlande ?
Cette question est inconfortable, car elle touche au cœur de toute dissuasion. La dissuasion ne fonctionne que si l’adversaire croit qu’un État est prêt à vraiment commencer une politique d'escalade en cas de crise. Mais cette crédibilité ne peut pas être remplacée par des traités ou des déclarations politiques. Elle repose sur la culture politique, la réflexion stratégique et les intérêts nationaux.
On peut pousser cette logique plus loin. Si la France devait prendre cette décision, elle serait existentielle. Une contre-attaque nucléaire ne viserait pas seulement l’infrastructure militaire, mais aussi les fondements de l’État français. Aucun système politique ne décide à la légère de sa propre destruction. C’est précisément pour cette raison que la fiabilité d’une telle garantie reste incertaine.
Cela met en lumière une deuxième question, encore plus difficile:
D’autres États européens seraient-ils prêts à ce que la France prenne ce risque pour eux?
Car une garantie de protection nucléaire implique toujours une dépendance politique. Celui qui est protégé doit céder du pouvoir. Celui qui protège exige une influence. Un parapluie de protection européen ne concernerait donc pas seulement la sécurité militaire, mais aussi la réorganisation des rapports de force en Europe. La France deviendrait le centre politique de la sécurité. Les décisions concernant toute politique d’escalade, le risque et la guerre seraient finalement prises à Paris.
Pour l’Allemagne, cette situation serait particulièrement sensible. D’un côté, la pression croît pour rendre la politique de sécurité plus efficace. De l’autre, l’Allemagne deviendrait, dans un tel système, un acteur central à la fois financier et politique, sans en avoir le contrôle ultime. La dépendance aux États-Unis serait en partie remplacée par une dépendance à la France.
19:50 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, armement nucléaire, europe, affaires européennes, france |
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De l'Amérique sinisée

De l'Amérique sinisée
Andrea Marcigliano
Source: https://electomagazine.it/sino-america/
Pékin établit une série d’accords avec l’Uruguay.
Le président uruguayen, Yamadù Orsi, a été reçu avec tous les honneurs à Pékin, où il a eu une longue entrevue avec Xi Jinping.
En marge de cette rencontre, le leader chinois a souligné la nécessité d’un monde toujours plus intégré, basé sur la coopération. Un monde non dominé par un seul despote ou maître.
Xi ne l’a pas nommé, bien sûr. Cependant, même un aveugle peut voir la référence explicite à Washington. Surtout parce qu’Orsi est le premier leader sud-américain à se rendre dans la Cité Interdite après le cas Maduro.
C’est-à-dire après que des forces spéciales américaines ont enlevé le président vénézuélien avec sa femme, pour l’emmener aux États-Unis et le poursuivre pour trafic de drogue.
Cela ne concerne personne, puisque le Venezuela est un pays presque insignifiant pour les cartels de la drogue.
Et, surtout, Trump lui-même n’a jamais caché que les véritables raisons de l’«opération Maduro» sont autres: ramener le Venezuela, avec ses immenses richesses pétrolières, dans l’orbite des États-Unis.
Selon ce qui semble, l’opération a réussi. Avec un coût modique (pour dire) de juste un peu plus d’une centaine de morts. Tous vénézuéliens, bien entendu.
Les événements ont cependant semé la terreur dans toute l’Amérique latine. Où seules l’Argentine et le Chili sont, pour l’instant, parfaitement alignés sur Washington.
Le Brésil de Lula semble très préoccupé, malgré le fait que, en raison de sa force et de sa taille, il reste dur à cuire.
Le Mexique tremble.
Cuba cherche des aides et un bouclier à Pékin.
Et il semble que les pays de la région andine aient aussi l’intention de faire de même.

De même, comme on peut le voir aujourd’hui, l'Uruguay.
En effet, Pékin représente la seule possibilité authentique d’alternative à la soumission totale à Washington qui, pour beaucoup, s'avère néfaste.
La Russie, qui déclare officiellement s’opposer à la lourde emprise des États-Unis sur l’Amérique latine, ne peut cependant faire grand-chose au-delà de déclarations de principe.
Trop occupée par le conflit ukrainien et, par ailleurs, en quête d’un accord, aussi difficile soit-il, avec les États-Unis sur les équilibres européens.
Pékin, en revanche, c’est une autre histoire. La stratégie de Xi Jinping vise totalement une pénétration capillaire dans chaque région du monde.
Bien sûr, principalement une pénétration commerciale. Et donc pacifique… du moins en apparence.
Il est cependant vrai que Pékin cherche un nouvel équilibre multipolaire, qui libère le système économique mondial du contrôle américain.

Pour cette raison, la Banque centrale chinoise délaisse ses énormes réserves de dollars.
Une opération qui pourrait avoir de fortes répercussions sur la stabilité économique des États-Unis.
Et Xi Jinping parle, avec une dureté sibylline, de nouveaux équilibres mondiaux. Et avertit que Pékin n’est pas disposé à accepter davantage d’hégémonies imposées par la force.
Comme je le disais, il ne nomme personne. Ni pays, ni hommes.
Ce n’était pas nécessaire. Ceux qui ont des oreilles pour entendre, ont entendu.
19:33 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : actualité, chine, états-unis, uruguay, amérique ibérique, amérique du sud, amérique latine |
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jeudi, 19 février 2026
Le Monde et l’Occident selon Toynbee

Le Monde et l’Occident selon Toynbee
Claude Bourrinet
Arnold Toynbee donna à la BBC des conférences, en 1952, qu’il groupa dans un petit livre qui a pour titre Le monde et l’occident.
Celui-ci se présente en deux volets. D’abord, une réflexion qui tente d’identifier des lois inhérentes au choc des civilisations. Puis un ensemble de documents historiques. Nous nous en tiendrons à la première partie.
En 1952, les empires européens, notamment britannique et français, sont sur le point de s’effondrer. Les Britanniques ont quitté l’Inde, et les Français perdent l’Indochine, en attendant l’Algérie. Cette domination mondiale de nations d’Europe occidentales semblait, quelque vingt ans auparavant, pérenne, et destinée à demeurer indéfiniment, quoique les Anglais aient promis de laisser aux autochtones la maîtrise de leur pays.
En initiant son titre par l’évocation du monde, avant celle de l’Occident, Toynbee révèle l’axe de sa réflexion. Il tente d’échapper à l’inévitable déformation perspectiviste qu’induit la surévaluation d’une appartenance. Il répudie toute appréhension journalistique, et même la strate que Hegel nomme l’Histoire immédiate. Il s’agit de dégager des constantes qui, si elles ne sont pas des lois, permettent de rendre visibles des évolutions peut-être prévisibles.
Et en plaçant prioritairement le « monde » devant un Occident qui paraît avoir conquis la planète, il laisse entendre que l’avenir lui appartient avec une probabilité certaine.
Depuis quatre ou cinq cents ans, « le monde et l’Occident s’affrontent ». Mais c’est le monde qui a dû subir les assauts occidentaux, désastreux, terribles. Un monde qui, pourtant constitue, et de loin, la majorité de l’humanité.
Parmi les « civilisations » que Toynbee énumère, il y a les Russes, les Musulmans, les Hindous, les Chinois et les Japonais. Or, chacune de ces civilisations a essuyé des agressions féroces de la part de l’Occident. Les Russes, en 1941, 1915, 1812, 1709, 1610 ; les peuples d’Asie et d’Afrique, dès le XVe siècle. En outre, les Occidentaux ont dévoré ce qui restait de la planète: l’Amérique, l’Australie, la Nouvelle-Zélande. Les Africains furent transportés en masse, comme esclaves, de l’autre côté de l’Atlantique, et les peuplades autochtones de l’Amérique éradiquées, ou soumises.
Ce sont des réalités historiques qui suscitent, chez les Occidentaux, un malaise, ou de l’indignation. Mais il s’agit, bien entendu, de se mettre à la place des peuples du monde, et d’essayer de comprendre ce qu’ils éprouvent, à savoir la colère.
Toynbee, alors, passe en revue ces peuples.
Les Russes sont chrétiens, mais orthodoxes, car convertis par Constantinople. Le communisme est une foi qui suit la logique de l’exaltation religieuse de l’ancienne religion. La haine entre les orthodoxes et l’Eglise catholique est plus que millénaire. Toutefois, la Russie (soviétisée) et l’Occident se trouvent maintenant dans une séquence post-chétienne. Or, on note, dans la longue histoire de leurs relations, la même hostilité. L’Occident a toujours voulu détruire la Russie. Pour Toynbee, cette récurrence de l’agressivité occidentale explique que les Russes aient toujours opté pour des régimes autoritaires, centralisateurs, militarisés, le tsarisme, ou le communisme. C’était soit la tyrannie, soit l’anéantissement.
Pour se défendre, la Russie arriérée a adopté l’’armement occidental, ce qui lui a permis de mettre fin à la domination mongole, au XVIe siècle. Elle en a profité pour conquérir les terres de l’Oural et de Sibérie. Mais elle avait toujours du retard : les Polonais se sont emparés de Moscou durant deux ans, en 1610, grâce à la supériorité de leurs armes, et les Suédois ont coupé la Russie de son débouché sur la Baltique, au XVIIe siècle. C’est pourquoi Pierre le Grand, au XVIIIe siècle, a mené dans son pays une révolution technique, qui a donné in fine la victoire sur l’Empire napoléonien. C’est le même schéma qui prévaut en 1917, avec, en plus, une arme idéologique typiquement occidentale, le marxisme: la Russie bolchevique a accéléré la concentration industrielle par besoin de puissance militaire: la victoire sur les Allemands n’a pas d’autre source.
Toynbee transfère ce cas de figure à d’autres civilisations: le Japon avec l’ère Meiji, en 1868, bouleversement du vieux Japon, qui a amené une occidentalisation forcenée, d’abord technique et scientifique; la Chine avec le Kouo-Min-Tang, créé par Sun Yat-sen en 1912, puis avec les communistes; les musulmans qui, après un déclin aux XVIIIe siècle succédant à une série de conquêtes apparemment irrésistibles, jusqu’au siège de Vienne, en 1682-1683, essayèrent de se redresser, d’abord en Egypte, avec, en 1839, Mehemet-Ali Pacha.
C’est surtout en Turquie que le sursaut est spectaculaire: après la grande guerre russo-turque de 1768-1774, une réforme militaire fut diligentée par le sultan Selim III, qui monta sur le trône en 1789. Mais c’est surtout, un peu plus d’un siècle plus tard, en 1919, qu’un jeune officier, Mustapha Kemal Ataturk, décréta que les Turcs devaient s’occidentaliser.
Il faut noter que ces bouleversements énergiques étaient souvent le fait d’officiers, par exemple ceux qui entouraient Pierre le Grand, ceux qui tentèrent un coup d’état – qui échoua – en 1825, contre Nicolas 1er. Pourquoi? Parce que l’armée est la première concernée par la question technique, gage d’efficacité et de puissance.
Je ne vais pas entrer dans tous les aperçus d’une analyse qui est souvent passionnante. Mais il est opportun de s’arrêter sur deux questions capitales.
La première concerne les conséquences, pour une civilisation, de l’adoption d’un aspect important – comme la technique – d’une autre civilisation présumée « supérieure » (en puissance). Prenons le cas de deux nations d’extrême Orient, le Japon et la Chine. Le premier a rejeté violemment les Espagnols et les Portugais du pays, au XVIIe siècle, et la seconde les Occidentaux au XVIIIe. Les raisons de cette expulsion sont religieuses. La conversion d’une élite de ces pays au christianisme menaçait de susciter une « cinquième colonne » au sein des instances dirigeantes, et d’ouvrir la porte à la conquête étrangère. En outre, la religion est le cœur d’une civilisation, surtout si celle qui aspire à la remplacer est une foi fanatique, intolérante et dominatrice, ce qui n’est pas le cas des spiritualités orientales.
Or, les Européens, à partir de la fin du XVIIe siècle, prennent une certaine distance par rapport aux religions, catholique et protestante. Leur mode de fonctionnement politique et leurs rapports avec le reste du monde se font sur le mode de la puissance sécularisée. A ce titre, ils paraissent plus acceptables, car ils ne cherchent plus à convertir.
L’emprunt de moyens techniques, notamment pour l’armement, semble, a priori, être un ajout sans grand danger à l’identité civilisationnel d’un pays. Mais c’est une erreur de penser ainsi, et le prisme uniquement utilitariste relève d’une mauvaise perception des conséquences à long terme (cela peut mettre un siècle pour s’actualiser) pour la vie du pays, jusqu’aux moindres replis de l’existence. Car, pour utiliser la technique, il faut des hommes qui soient formés pour ce faire, qui en ait l’intelligence de l’usage, qui soient émancipés des traditions, qui ait de l’esprit d’initiative, qui soient curieux des innovations. Il faut aussi un Etat moderne, donc, à terme, des «citoyens». Tout cela crée des hommes individualistes et «libres». Les formations que les jeunes Japonais suivirent en Occident ne furent pas vaines: ils en ramenèrent les idées de progrès, de confort personnel, de nationalisme, etc. L’adoption de la technique occidentale aboutit fatalement à l’occidentalisation intégrale de la société traditionnelle, donc à sa destruction, comme la grippe, bénigne pour un Européen, provoqua des millions de morts en Amérique, chez les Indiens, et chez les peuplades du Pacifique.
A ce destin fatal, deux attitudes sont possibles: soit une résistance à mort, soit une adaptation inévitable.
Une autre interrogation concerne notre avenir, celui d’un monde désormais occidentalisé. Remarquons que Toynbee aspire à une unité politique du monde, à un Etat unificateur, capable d’instaurer une paix universelle. Mais sur quelles bases? Il observe qu’au milieu du IIe siècle de notre ère, un immense espace, du Gange au Tyne, de l’Inde à la « Bretagne » (l’Angleterre) était occupé par trois Empires, l’Empire romain, celui des Parthes, et l’Empire Kouchan, qui avaient connu l’empreinte hellénique, et qui évitaient de se faire une guerre d’extermination. La paix régnait de facto, par l’équilibre des puissances.
Toutefois, pour créer ces empires, il avait fallu beaucoup batailler, souffrir. Et cette paix, qui ressemblait à un repos bien mérité, n’était pas satisfaisante pour les aspirations du cœur et de l’esprit. La vie sociale s’était stabilisée, mais au prix d’un ennui mortel. Le dard avait été retiré, mais le vide s’immisçait partout. Il fallait une raison de vivre, et ce fut une religion orientale, parmi d’autres concurrentes, une spiritualité transcendante, qui ouvrait un autre monde beaucoup, une eschatologie, un rêve millénariste, au prix d’une hellénisation de son corpus philosophique et artistique, ce fut le christianisme qui l’emporta dans l'Empire romain. Puis il y eut l'islam dans les autres parties de cet espace.
« Un dénouement historique similaire va-t-il s’inscrire dans l’histoire inachevée de la rencontre entre le monde et l’Occident ? Nous ne saurions le dire, puisque nous ignorons ce qui arrivera. Nous pouvons seulement dire que, ce qui s’est déjà produit une fois, au cours d’un autre épisode de l’histoire, reste une des possibilités de l’avenir. »
17:19 Publié dans Histoire, Livre, Livre | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : arnold j. toynbee, toynbee, histoire, livre, occident, occidentalisation |
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Le nouvel atlantisme de Marco Rubio

Le nouvel atlantisme de Marco Rubio
Alexander Douguine
Le discours du secrétaire d'État américain Marco Rubio lors de la Conférence de sécurité de Munich le 14 février 2026 différait nettement de celui du vice-président J. D. Vance, qui en avait prononcé un tout autre un an auparavant lors de la même conférence.
Le discours de Vance était, en substance, un triomphe de l'esprit MAGA, cette idéologie sous la bannière de laquelle Donald Trump était arrivé au pouvoir et avait remporté à nouveau l’élection présidentielle. Le vice-président américain avait expliqué devant des Européens (majoritairement globalistes) la nouvelle orientation prise par Washington, visant à renforcer les États-Unis en tant que pôle souverain dans un monde multipolaire, ainsi que la fin de l’ère du mondialisme. Vance ne dissimulait pas son mépris envers les Européens et critiquait sévèrement leur idéologie libérale de gauche. L’absence de discours hystériques russophobes et de malédictions dans son allocution a été perçue par l’élite euro-globale comme une «position pro-russe». On a eu l’impression que l’atlantisme s’était effondré et que l’Occident collectif se divisait en deux systèmes autonomes: le nationalisme américain (America First) et un fragment du mondialisme déchu, incarné par l’UE.
Cette fois-ci, c’est le secrétaire d’État Marco Rubio qui s’est exprimé à Munich — et son discours reflétait les transformations que la politique de l’administration américaine avait traversées depuis. Il est important de noter que Rubio est lui-même un néoconservateur, orienté vers le renforcement de la solidarité atlantique, la poursuite, voire l’amplification, de la politique hégémonique en Amérique latine (c’est précisément Rubio qui a promu l’invasion du Venezuela, le renversement de Maduro ainsi que les interventions et changements de régime à Cuba), et vers l'escalade vis-à-vis de la Russie. Mais en même temps, Rubio cherche à s’inscrire dans la rhétorique conservatrice de Trump, critiquant (même si c'est de manière beaucoup plus douce que le mouvement MAGA et Vance) le programme du libéralisme de gauche.
Tout d’abord, Rubio a rassuré les dirigeants européens quant au maintien de la solidarité atlantique. Selon lui: «À une époque où les titres annoncent la fin de l’ère transatlantique, sachez et faites savoir à tous que cela n’est ni notre objectif ni notre désir, car pour nous, les Américains, notre maison peut être dans l’hémisphère occidental, mais nous serons toujours l’enfant de l’Europe». Et il a poursuivi: «L’Europe et l’Amérique appartiennent l’une à l’autre».
L’ère transatlantique, donc, se poursuit. En ce sens, Rubio, dans l’esprit des néoconservateurs classiques, a souligné l’aspect stratégique de l’Europe. Il a déclaré: «Nous voulons que l’Europe soit forte. <...> Notre destin a toujours été, et le sera toujours, lié au vôtre. Car le destin de l’Europe ne sera jamais indifférent pour nous». Le secrétaire d’État a également assuré que rien ne menace l’OTAN. «Nous ne voulons pas nous séparer de l’Europe, mais nous voulons raviver l’alliance».
Rubio a critiqué le système des valeurs libérales/gauchistes, mais il a surtout expliqué que l’illusion de la victoire mondiale garantie par les libéraux, leur assurance après la chute de l’URSS, était erronée. Rubio a déclaré: «L’euphorie de cette victoire nous a conduits à une erreur dangereuse, celle de croire que chaque nation deviendrait une démocratie libérale, que les liens formés uniquement par le commerce et les affaires remplaceraient l’identité nationale, que l’ordre mondial basé sur des règles remplacerait les intérêts nationaux et que nous vivrions dans un monde sans frontières où chacun serait citoyen du monde. <...> L’idée de vivre dans un monde sans frontières était une idée stupide».
Bien que Rubio n’ait pas mentionné directement la Russie dans son discours, lors de ses déplacements il s’est plaint des «horreurs de la guerre», a déclaré que «nous ne savons pas si les Russes sont sérieux quant à la fin de la guerre» et que «nous continuerons à vérifier cela», tout en assurant que les États-Unis continueront à faire pression sur la Russie par des sanctions économiques et par la livraison d’armes à l’Europe, qui finiront par se retrouver en Ukraine. Sur cette question, Rubio s’est plutôt rangé du côté du Vieux Continent: «… nous et l’Europe continuons à prendre des mesures pour faire pression sur la Russie afin qu’elle se mette à la table des négociations».

Cependant, Rubio a manqué la rencontre entre les dirigeants européens et Zelensky sur l’Ukraine, organisée en marge du forum, et est allé rencontrer Orban — ce qui a été critiqué par les euro-globaux, qui ont considéré ce comportement comme un «défi».
Son discours lors de la conférence s’est terminé de manière optimiste, laissant entendre que le «nouveau shérif» incarné par Donald Trump n’est pas aussi terrible qu’on le pense, et que dans la réalité, son programme international ne diffère pas beaucoup de celui des mondialistes, si ce n’est qu'il a pris une forme particulière et extravagante. La figure du néoconservateur et mondialiste Rubio devait confirmer cette thèse. Il a conclu en disant: «L’Amérique ouvre la voie à un nouveau siècle de prospérité, et nous voulons le réaliser avec vous, nos chers alliés et amis de longue date».
En faisant abstraction des émotions, on peut constater que la visite du secrétaire d’État Marco Rubio en Europe, lors de la conférence de Munich, marque un déplacement important dans la politique de l’administration américaine par rapport à l’année précédente. La nouvelle stratégie de sécurité nationale a affirmé que les États-Unis se concentreraient désormais sur «l’hémisphère occidental», ce qui a été interprété comme un retour à la doctrine Monroe («L’Amérique aux Américains») et une rupture avec l’ancien continent. Rubio a cependant clarifié que ce n’était pas le cas et que toutes les structures atlantistes restent en place.
On peut donc, avec une certaine confiance, affirmer que la politique des États-Unis s’est éloignée depuis un an des projets révolutionnaires du mouvement MAGA et s’oriente vers une version plus radicale du néoconservatisme et du réalisme atlantiste.
Sur la base des principes avec lesquels Trump a commencé son second mandat présidentiel, la Russie et les États-Unis avaient la possibilité de négocier de nouveaux fondements pour l’ordre mondial. Surtout parce que nous, Vance, Trump lui-même et Rubio, sommes d’accord pour dire que l’ancien ordre mondial libéral basé sur des «règles» n’existe plus. Nous n’aurions pas particulièrement d’objection à ce que les États-Unis renforcent leur présence dans l’hémisphère occidental, et Vladimir Poutine aurait pu, à Anchorage, discuter avec le président américain de sa vision globale du monde. La question ukrainienne aurait été difficile à résoudre, mais Washington aurait pu sortir de cette guerre et se concentrer sur ses propres problèmes. La détérioration des relations entre les États-Unis et l’UE nous a plutôt été favorable, et le retour aux valeurs traditionnelles correspondait même à notre propre idéologie patriotique-conservatrice. Avec MAGA, nous avions toutes les chances de trouver un terrain d’entente.
Mais à un moment donné, Trump lui-même a commencé à s’éloigner des principes du mouvement MAGA dans sa politique et à se rapprocher des néoconservateurs. Parallèlement, le rôle de Marco Rubio dans le système politique s’est renforcé. Les négociations sur l’Ukraine, déjà problématiques et ambivalentes, ont progressivement abouti à une quasi impasse.
Le plus important, c’est que cela ne concernait pas seulement les relations russo-américaines. La stratégie néoconservatrice (essentiellement un effort pour sauver l’hégémonie de l’Occident et un monde unipolaire) s’est également étendue à d’autres domaines: pression sur les BRICS, attaques contre l’Iran, enlèvement de Maduro, renforcement des sanctions contre la Russie. Et voilà que Rubio, lors de la conférence de Munich, expose le programme du nouvel atlantisme, moins libéral et plus réaliste, mais toujours atlantiste. Il ne s’agit donc pas d’un nouveau projet de mondialisation des grandes puissances.
Les voies de la civilisation russe et celles de l’Occident s’éloignent de plus en plus (alors que ce processus a commencé il y a plusieurs siècles). Et nous devons nous y préparer.
16:52 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, europe, états-unis, marco rubio, conférence de munich, atlantisme, néo-atlantisme |
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Carlos X. Blanco: «L'Occident est un concept explosif»

Carlos X. Blanco: «L'Occident est un concept explosif»
Dans cet entretien avec Carlos X. Blanco, l'un des penseurs contemporains les plus influents et les plus hétérodoxes du panorama intellectuel espagnol, nous approfondissons une idée provocatrice: «L'Occident est un concept explosif». Nous discutons de la manière dont ce concept (au-delà d'une simple étiquette géographique ou culturelle) agit comme une lentille permettant de comprendre les tensions géopolitiques, identitaires et philosophiques dans un monde en mutation. De sa formation philosophique à son regard critique sur les narratifs dominants, Carlos X. Blanco nous invite à repenser les catégories à travers lesquelles nous interprétons notre époque.
papelcrema : Dans vos essais, vous insistez sur le fait que la crise de l'Occident n'est pas seulement politique ou économique, mais profondément ontologique et métaphysique: une rupture dans la manière même dont l'être humain se comprend et se situe dans le monde. Où situeriez-vous le moment historique où cette rupture est devenue irréversible et dans quelle mesure les grandes catégories modernes (progrès, individu, droits) ont-elles contribué à vider de leur sens des notions fortes telles que communauté, limite ou transcendance ?
Carlos X. Blanco: Pour commencer, je pense que l'Occident n'existe pas. C'est un concept-bombe (pour faire exploser l'Europe), trompeur, analogue à beaucoup d'autres qui nous contaminent, nous confondent et nous détruisent. Tout comme «judéo-christianisme», tout comme «Amérique latine». C'est une bombe terminologique destinée à semer la confusion, à détruire les identités, à camoufler la domination d'une partie du monde sur une autre. Je préfère parler d'Europe plutôt que d'Occident, et ne pas prêter attention aux Anglo-Saxons, qui ont tout intérêt à faire de nous, Européens continentaux, une simple colonie périphérique de leur empire.

L'Europe en tant que civilisation est l'Europe païenne (avant Jésus-Christ) et l'Europe catholique, après: je me passe complètement de cet «Occident», je me passe aussi du terme «judéo» placé devant le mot christianisme. Les ruptures ont commencé avec la crise de la scolastique (avec le nominalisme), la Réforme associée à l'essor du capitalisme et la domination coloniale ignoble et génocidaire des puissances européennes sur les peuples des autres continents. La pire destruction, je ne sais pas si elle est irréversible, de l'Europe, sous forme de suicide, s'est produite dans la première moitié du 20ème siècle, lors de cette longue guerre civile européenne, de cette grande guerre fratricide partagée en deux guerres mondiales: le suicide commis entre 1914 et 1945. L'Europe a définitivement sombré en 1945 de manière absolue. Je ne sais pas si nous nous en remettrons.
Face au libéralisme présenté comme l'horizon insurmontable de l'histoire, votre critique vise directement son anthropologie sous-jacente, la figure de l'individu souverain, autonome et détaché. Quel type d'être humain le libéralisme avancé produit-il réellement et quelles sont, à votre avis, les conséquences spirituelles, culturelles et politiques de l'absolutisation de ce «moi» déraciné de toute tradition, appartenance et destin commun?
Un simple animal sans âme. Le libéralisme a réussi à animaliser l'être humain, en particulier celui qui vit dans une société «moderne» dominée par l'Empire occidental. «Moderne» équivaut à capitaliste, c'est un synonyme de personne «occidentale» et «occidentalisée». Cela signifie vivre dans un monde de marchandises où tout s'achète et tout se vend. La société de consommation est, en réalité, la société de l'abrutissement total. Nous nous sommes habitués à nous vendre, et pas seulement avec un contrat de travail comme l'affirme le marxisme classique, mais aussi à vendre nos organes, notre affection, notre sexualité, notre image, nos données. Le libéralisme n'est rien d'autre qu'une superstructure idéologique: ce qui bat au fond, c'est un mode de production extrêmement destructeur, le capitalisme, un régime difficilement domesticable: dans son ADN est inscrit le besoin insatiable de tout vendre et tout acheter, la logique de la réification.
Le premier défi d'une société plus traditionaliste et émergente, comme la société russe, chinoise, indienne ou perse, est de vaincre le libéralisme de l'Empire occidental. Mais l'objectif immédiat suivant est d'écraser l'hydre capitaliste, dans chaque peuple, avec les outils traditionnels qui lui sont propres: religion orthodoxe, éthique confucéenne, socialisme national, peu importe. Peu importe les moyens, pour ramener la vie humaine dans son lit initial.
Dans un contexte de mondialisation économique, d'affaiblissement de l'État-nation classique et de prolifération de structures supranationales opaques, vous avez défendu la nécessité de réfléchir à des formes politiques alternatives au cadre moderne. Pensez-vous que des concepts historiquement «maudits» tels que l'empire, la souveraineté forte ou la communauté organique peuvent redevenir des outils théoriques valables pour comprendre le pouvoir réel, ou sommes-nous condamnés à évoluer dans le langage appauvri de la gouvernance libérale?
Les concepts que vous mentionnez sont des concepts métapolitiques et, par conséquent, méta-idéologiques. Ils dépassent la droite et la gauche, transcendent la lutte entre les factions et les partis.
Ce sont des concepts qui peuvent guider la lutte pour un sauvetage ou une restauration civilisationnelle. Les concepts pièges du libéralisme, comme par exemple celui d'«Occident» dont je vous parlais tout à l'heure, ne sont rien d'autre que des armes. Comme un filet, comme une embuscade, comme un piège. Le libéralisme nous enferme dans sa cage d'acier depuis des siècles, mais plus particulièrement depuis 1945, lorsque l'Europe a été vaincue, occupée, asservie.

Une gauche anti-woke (comme le parti Soberania y Trabajo - Souveraineté et Travail), clairement anti-américaine, émerge timidement. On voit également apparaître, de manière minoritaire, un populisme de droite illibéral... et d'autres courants qui voient le jour. À long terme, ils devront converger: nous voulons des sociétés gouvernées selon le principe de la justice sociale, nous voulons un continent qui conserve ses racines, qui puisse se défendre, dont les États redeviennent souverains et où l'humanisme règne sur nos pays et nos cultures, loin des immondes théories bourgeoises. Cela ne pourra se faire que dans un Imperium. Un organe suprême d'autorité conciliatrice, et une autosuffisance militaire, nucléaire et énergétique, voilà ce qu'est l'Imperium. Sans la Russie en notre sein, et sans nous en Russie, les Européens ne seront plus jamais rien. De la chair à canon. Nous serons les nouveaux Peaux-Rouges des Yankees, ou les Gazaouis des sionistes.
La technique occupe une place centrale dans votre réflexion, non seulement en tant qu'ensemble d'instruments, mais aussi en tant que vision globale du monde qui façonne notre relation à la nature, au travail et au temps. À quel moment la technique cesse-t-elle d'être un moyen au service de l'homme pour devenir une fin autonome qui le domine, et quelles formes de résistance (intellectuelle, politique ou même spirituelle) considérez-vous encore possibles face à cette colonisation technique de l'existence ?
La technique est indissociable du mode de production capitaliste. Elle a été élevée au rang de dispositif supplantant la réalité, comme une divinité, un pouvoir omnipotent exempt... Mais la technique, en réalité, fait partie du système général d'obtention de valeur. Si la valeur est obtenue par un Capital privé qui aspire la vie humaine non seulement dans le processus de production au sens strict (marxiste), mais aussi dans le processus global de l'existence humaine (divertissement, sexe, relations de toutes sortes), et si cette valeur ne revient pas à la société, alors la technique est aliénante.

Mais si la technique n'est pas une pompe à valeur pour le capital, si elle fait partie du processus général d'enrichissement qualitatif de la vie, alors elle n'est pas différente de l'art, de la philosophie, de l'horticulture, de l'éducation des enfants, de l'amour ou d'une conversation amicale sur la place du village. La technique créatrice de valeur sociale et non aspirante de valeur, c'est la culture humaine elle-même. Lorsque tant de philosophes prétendent critiquer la «technique», ce qu'ils devraient faire ou dire, c'est «critiquer le capitalisme lui-même». Ce n'est pas que la technique soit, comme ils le disent, «neutre». Loin de là. Il n'est pas neutre qu'un adolescent occidental de quinze ans possède un smartphone ultra-intelligent avec plusieurs caméras et un accès au réseau des réseaux du monde entier, alors que des millions de personnes n'ont pas de puits d'eau potable près de chez elles. La technique doit être socialisée et non transformée en un jouet diabolique qui nous séduit et nous exploite à la fois.
Vos positions vous éloignent tant du progressisme hégémonique que de certaines droites purement réactives ou nostalgiques. Depuis cette position inconfortable, quel rôle devrait assumer aujourd'hui la pensée philosophique critique: se limiter à diagnostiquer la décadence du monde moderne ou oser formuler des projets de reconstruction culturelle et politique, même au risque de se retrouver en dehors des consensus et des cordons sanitaires du débat public ?
Il faut incontestablement agir. Créer des revues, fonder des maisons d'édition, des sites web, des académies de débat et de lutte des idées, des centres de formation de cadres, des structures civiques et politiques non partisanes, des «complicités» (des synergies, dirait Robert Steuckers) entre des personnes qui peuvent apporter des idées pour une restauration européenne et une critique de la dictature libérale...
Se limiter au diagnostic: c'est une mauvaise médecine. Il faut concevoir des thérapies, y compris des thérapies de choc. Il faut un travail éducatif très important, possible en marge des institutions formelles, institutions qui sont corrompues et mercenaires dans une large mesure. Concrètement, il faudrait créer une Internationale «européiste» qui lutte pour la dissolution de l'actuelle Union européenne-OTAN (qui est la même chose, avec ou sans uniforme) et pour la justice sociale.
La tradition apparaît dans votre œuvre non pas comme une simple conservation du passé, mais comme une transmission vivante de sens, comme un fil qui relie les générations et ordonne l'expérience collective. À une époque qui semble avoir délibérément rompu avec tout héritage, comment envisager un retour à la tradition qui ne débouche ni sur une archéologie stérile ni sur un folklore vide de sens, mais qui serve de base réelle pour réorienter la vie communautaire et l'horizon moral?
Tradere signifie « transmettre ». Personne ne veut recevoir du passé des bric-à-brac cassés, des cadavres embaumés, les vestiges d'anciennes splendeurs. On transmet ce qui est vivant, on le chérit et on en prend soin, on le transmet et on le confie aux nouvelles générations afin qu'elles en prennent soin et en amplifient la lumière. Être traditionaliste, aujourd'hui, signifie être révolutionnaire. Les snobs de la gauche woke qualifient le marxiste de «rance»... parce que c'est un traditionaliste qui veut changer le monde. Les snobs néolibéraux du PP et de Vox qualifient d'«autoritaire» celui qui n'est pas pro-américain ou pro-israélien comme eux, et qui, dans la même veine, issu d'une tradition humaniste (et donc anti-libérale), veut changer le monde en le rendant plus traditionnel. Et ce qui est traditionnel n'est pas réactionnaire, mais précieux de manière pérenne.
Nous, les traditionnels-révolutionnaires, sommes plus nombreux qu'il n'y paraît. Si demain tombait la dictature néolibérale que les snobs woke ou les «caetaniens» aiment tant, nous réaliserions combien nous sommes nombreux à aspirer à une vie saine, bonne, énergique, militante, débordante d'amour pour la culture et l'éthique, une vie plus égalitaire, tout en étant hiérarchisée selon le mérite et la capacité, une vie productiviste, d'insubordonnés désireux de travailler, de nouveaux ouvriers-guerriers en contact avec le travail, la souveraineté nationale, la famille, la foi (chacun la sienne) et une existence digne.
Ces dernières années, on parle avec insistance d'une nouvelle droite et d'une nouvelle gauche, souvent opposées au consensus libéral mais aussi entre elles. De votre point de vue, quels sont les éléments que ces deux espaces partagent réellement (dans leur critique du système, de la mondialisation ou de l'individualisme) et quelles sont les divergences profondes qui les séparent en termes d'anthropologie, de communauté, de nation et de sens historique ?
Si elles sont vraiment «nouvelles», il y a plus de similitudes que de différences dans leur approche, car la distinction gauche-droite a déjà perdu toute sa validité. Il faut distinguer «souverainisme» et «mondialisme», par exemple. Au sein de la gauche espagnole, les propositions de Manolo Monereo (photo, ci-dessous) ou Carlos Martínez sont celles d'une gauche souverainiste, qui conteste l'Union européenne, conteste l'atlantisme, rejette le séparatisme basque-catalan, méprise la supercherie du mode «woke», n'admet pas aussi joyeusement la politique des «portes ouvertes» à l'immigration incontrôlée, etc.


Ces propositions sont la version espagnole de ce que défend Sahra Wagenknecht (photo), et ne diffèrent pas beaucoup de celles soutenues par certains «populismes» européens, que certains qualifient de «droite». Le communautarisme de Preve, un marxiste, n'était pas loin de celui de la Nouvelle Droite. Se replier sur l'Europe des États-nations et des peuples (Patrias Carnales) comme étape préalable à une nouvelle Union européenne transcende la maladie bipolaire de la gauche et de la droite, et constitue un repli nécessaire. Revenir à l'État souverain pour donner un élan à l'Europe qui s'étend de Lisbonne à Vladivostok.
Source: https://papelcrema.com/conversaciones/carlos-x-blanco-occ...
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Pourquoi la Doctrine Monroe ne peut pas être rétablie

Pourquoi la Doctrine Monroe ne peut pas être rétablie
Patrick Frise
Source: https://es.sott.net/article/103531-Por-que-no-se-puede-re...
La Doctrine Monroe occupe une place inhabituelle dans le discours politique américain. Elle est souvent invoquée comme si elle représentait une norme permanente de gouvernance de l’hémisphère, susceptible d’être réactivée ou appliquée par toutes les administrations ultérieures. Dans son utilisation contemporaine, elle est fréquemment considérée comme une déclaration d’autorité américaine sur l’hémisphère occidental ou comme une justification pour l’intervention contre des puissances étrangères et des gouvernements régionaux.
Cette interprétation ne reflète pas le texte tel qu’il a été rédigé, ni les circonstances qui l’ont fait naître, ni les limites que ses auteurs lui ont assignées.
La Doctrine Monroe n’était pas une doctrine destinée à conforter une politique permanente. Il s’agissait d’une proclamation circonstancielle émise en réponse à une série de préoccupations géopolitiques concrètes au début du 19ème siècle. Une fois ces conditions disparues, la doctrine a perdu sa signification opérationnelle. Ce qui en reste aujourd’hui n’est pas une politique vivante, mais un texte historique qui a été réutilisé à plusieurs reprises pour justifier une autorité qu’elle n’a jamais conférée.
La doctrine est née du message annuel du président James Monroe au Congrès en décembre 1823. À cette époque, le paysage politique des Amériques évoluait rapidement. Le Mexique avait obtenu son indépendance de l’Espagne en 1821. Les provinces d’Amérique centrale, y compris celles qui deviendront plus tard le Guatemala, le Honduras, El Salvador, le Nicaragua et le Costa Rica, avaient déclaré leur indépendance la même année. L’Amérique du Sud était en révolte depuis plus d’une décennie. Ces mouvements s’étaient en grande partie achevés au début des années 1820, bien que leur stabilité politique restait incertaine. En Europe, les guerres napoléoniennes venaient de se terminer, et les monarchies conservatrices organisées sous l'égide de la Sainte-Alliance revendiquaient le droit de réprimer les révolutions libérales et de restaurer les régimes traditionnels. La France intervint militairement en Espagne en 1823, ce qui suscita la crainte que les puissances européennes puissent aider l’Espagne à récupérer ses anciennes colonies. Pendant ce temps, la Russie avançait dans ses revendications territoriales le long de la côte pacifique de l’Amérique du Nord.


C’est en réponse à ces événements que Monroe a formulé ce qui sera plus tard appelé la Doctrine Monroe. Les passages pertinents du message sont explicites quant à leur portée. Monroe affirma que les continents américains, « en raison de leur statut libre et indépendant qu’ils ont assumé et maintiennent », ne devaient pas être considérés comme soumis à une future colonisation par les puissances européennes. La clause conditionnelle est essentielle. L’interdiction de la colonisation était directement liée à l’indépendance existante des États américains, et non à une revendication d’autorité américaine sur eux. Monroe souligna également que les États-Unis n’interviendraient pas dans les affaires intérieures de l’Europe ni dans ses colonies existantes. « Lors des guerres entre puissances européennes, dans des affaires qui les concernent », dit-il, « nous n’avons jamais pris part, car cela ne concorde pas avec notre politique. » L’action américaine, expliqua-t-il, serait défensive et limitée aux circonstances où des droits américains seraient piétinés ou sérieusement menacés.
Rien dans la proclamation n’affirmait le droit d’intervenir dans les affaires intérieures d’autres États américains, d’exercer une autorité de supervision ou de contrôler la politique régionale. La doctrine fonctionnait comme une mise en garde diplomatique à l’extérieur, non comme une déclaration d’autorité à l’intérieur. Elle était indissociable des conditions qui l’avaient engendrée. En 1823, les États-Unis ne disposaient pas des capacités militaires nécessaires pour imposer leur domination dans l’hémisphère. La puissance navale britannique, motivée par l’intérêt du Royaume-Uni pour le libre-échange plutôt que pour la restauration d’empires, était le principal élément dissuasif contre toute tentative de recolonisation européenne.

Cette conception de la modération n’était pas exclusive à Monroe. Après l’incident du navire Caroline en 1837, lors de la rébellion du Haut-Canada, le secrétaire d’État Daniel Webster formula ce qui serait plus tard connu sous le nom de doctrine Caroline. Dans sa correspondance avec les responsables britanniques, Webster rejeta les revendications étendues d’autodéfense préventive et insista sur le fait que toute utilisation de la force devait être justifiée par un besoin immédiat, écrasant, qui ne laissait pas d’autre choix que de délibérer sur les moyens ou le moment. L’incident, qui découla des tensions le long de la frontière entre le Maine et le Canada, reflétait le même principe sous-jacent que la Doctrine Monroe: l’usage de la force n’était permis qu’en dernier recours, lié à des menaces concrètes et limité par la proportionnalité.
Même au 19ème siècle, la Doctrine Monroe ne fonctionnait pas comme une norme de conduite internationale applicable. Les puissances européennes continuèrent d’intervenir en Amérique après 1823, notamment avec l’instauration par la France de l’empereur Maximilien au Mexique dans les années 1860. Plus significatif encore, les fondements réciproques de la doctrine se sont érodés lorsque les États-Unis ont abandonné leur propre engagement de non-intervention. À la fin du 19ème siècle, la politique étrangère américaine s’était nettement éloignée de la modération. La guerre hispano-américaine (1898) et le contrôle américain ultérieur sur Cuba et Porto Rico marquèrent un éloignement évident par rapport à la position de Monroe.

Ce changement fut officialisé avec le Corollaire Roosevelt en 1904, lorsque le président Theodore Roosevelt affirma que les désordres politiques dans l’hémisphère occidental pouvaient justifier l’intervention américaine pour empêcher toute participation européenne. Ce raisonnement inversait la logique de la Doctrine Monroe. Alors que Monroe mettait en garde contre l’ingérence extérieure, Roosevelt affirmait un droit discrétionnaire d’ingérence intérieure. Le corollaire ne découlait pas du texte de la Doctrine Monroe, mais la remplaçait.

Le corollaire Lodge de 1912 illustre encore davantage à quel point la politique américaine s’était éloignée des prémisses originales fixées par Monroe. Proposé par le sénateur Henry Cabot Lodge et adopté par le Sénat, la résolution affirmait que les États-Unis s’opposeraient à l’acquisition de territoires dans l’hémisphère occidental par des puissances non américaines, même par le biais d'un contrôle privé ou corporatif. Bien plus restrictif que les interprétations ultérieures, le Corollaire Lodge marqua une déviation par rapport aux préoccupations de Monroe concernant la colonisation européenne formelle liée à la restauration post-napoléonienne. Il reflétait une importance croissante accordée à l’exclusion plutôt qu’à la réciprocité. Cependant, il ne visait pas à autoriser le changement de régime, la domination militaire ou la supervision politique des États américains.
Une fois que les États-Unis se furent engagés dans des interventions répétées dans toute l’Amérique centrale et les Caraïbes, et qu’ils se lièrent plus tard de façon permanente à la sécurité européenne à travers deux guerres mondiales et des alliances durables, la prémisse réciproque de la Doctrine Monroe disparut. Une politique basée sur la non-intervention mutuelle ne peut survivre lorsque l’une des parties abandonne ce principe. À ce moment-là, la doctrine cessa de fonctionner comme elle avait été rédigée; elle ne subsista que comme rhétorique.
Les récentes invocations de la Doctrine Monroe illustrent à quel point cette distanciation rhétorique a progressé.
Lors d’un discours prononcé le 6 décembre 2025 au Forum de la Défense Nationale Reagan, le secrétaire à la Guerre Pete Hegseth a déclaré :
« C’est le corollaire de Trump à la Doctrine Monroe, récemment codifié avec autant de clarté dans la Stratégie de Sécurité Nationale. Après des années d’abandon, les États-Unis restaureront leur domination militaire dans l’hémisphère occidental. Nous l’utiliserons pour protéger notre patrie et accéder à des terrains clés dans toute la région. »
Le 3 janvier 2026, le secrétaire Hegseth a déclaré :
« Le Venezuela a une longue histoire en tant que pays riche et prospère. Il a été volé à son peuple par des dirigeants abominables. Nous pouvons les aider, ainsi que les États-Unis, à rétablir la Doctrine Monroe dans l’hémisphère occidental. Paix par la force avec nos alliés. »
Ces déclarations considèrent que la Doctrine Monroe constitue une base pour justifier la domination militaire, l’accès territorial et l’intervention politique. Cependant, rien dans la proclamation de 1823 n’autorise de telles actions. La doctrine ne confère pas le droit d’attaquer des nations, de procéder à des changements de régime ou de gérer la politique régionale. Elle traitait d’une crainte spécifique que les monarchies européennes pourraient réimposer la domination coloniale sur les nouveaux États indépendants américains au début du 19ème siècle. Cette crainte ne définit plus le système international. La géographie politique des Amériques s’est stabilisée pendant des générations. Les ambitions coloniales européennes dans l’hémisphère ont disparu depuis longtemps. Les États-Unis eux-mêmes ont à plusieurs reprises violé la restriction mutuelle sur laquelle reposait la doctrine.
Parler de « rétablir » la Doctrine Monroe dans ces conditions est une mauvaise interprétation du document. Un message présidentiel lié à un moment historique précis ne peut pas être ressuscité comme s'il était devenu le noyau dur d'une politique permanente, tout comme aucun autre discours du 19ème siècle ne peut aujourd’hui justifier une autorité contraignante. La doctrine n’était ni une loi, ni un traité, ni une disposition constitutionnelle. C’était un avertissement contextualisé, émis en réponse à des conditions temporaires. Une fois ces conditions disparues, la portée opérationnelle de la doctrine a également cessé d’avoir du sens.
D’un point de vue de l'école autrichienne, ce processus n’est ni surprenant ni unique. Ludwig von Mises soutenait que l’intervention de l’État se limite rarement à son champ d’application initial, mais qu’elle engendre des pressions pour une intervention accrue, car les mesures antérieures ne résolvent pas les problèmes qu’elles créent. Dans Interventionism: An Economic Analysis (Interventionnisme : une analyse économique), Mises décrit cette dynamique comme un processus par lequel les autorités politiques élargissent continuellement leur champ d’action en réinterprétant leurs actions passées comme des justifications pour d’autres, plutôt que comme des limites à leur pouvoir. L’évolution de la Doctrine Monroe suit ce modèle. Une mise en garde historiquement contingente, une fois détachée de son contexte d’origine, devient un instrument politique flexible plutôt qu’une restriction à celle-ci.
12:55 Publié dans Actualité, Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, doctrine de monroe, états-unis, amérique, hémisphère occidental, histoire |
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mardi, 17 février 2026
La Chine à Munich: les règles de la politique de grande puissance mises en pratique

La Chine à Munich: les règles de la politique de grande puissance mises en pratique
Elena Fritz
Source: https://t.me/global_affairs_byelena#
L'agitation autour des déclarations de Wang Yi lors de la Conférence de Munich sur la sécurité méconnaît l'essentiel. La Chine n’a pas changé de camp à Munich. La Chine a défini son rôle. Ceux qui veulent comprendre ce qui s’est passé doivent abandonner l'idée fixe que les grandes puissances s’engagent durablement.
Ce que Pékin a pratiqué à Munich, c’est de la politique de grande puissance classique. Il ne s’agissait ni de la Russie, ni de l’Europe, ni de l’Ukraine — il s’agissait de se positionner dans l’échiquier mondial du pouvoir.
Premièrement, la Chine a démontré son autonomie stratégique. Wang Yi a consciemment envoyé trois messages simultanément: partenariat avec l’Europe, dialogue avec les États-Unis, et poursuite de la coopération avec la Russie. Cette démarche multipolaire n’est pas le fruit du hasard, mais une méthode. Elle indique que la Chine ne fait pas partie d’un bloc, mais constitue un pôle indépendant.
Deuxièmement, la Chine a déplacé le cadre des négociations. Le soutien à un rôle accru de l’Europe n’est pas une concession à Bruxelles. Il sert à relativiser la puissance monopolistique de Washington. Lorsque l’Europe est à la table, une structure multipolaire se met en place automatiquement. En même temps, la Russie sort de l’isolement, sans que la Chine ait à prendre ouvertement parti. Pékin étend ainsi sa zone d’influence dans l’espace diplomatique.
Troisièmement, la Chine s’est posée en médiateur incontournable. La combinaison de rhétorique du dialogue politique, d’aide humanitaire et de l’accent sur l’intégrité territoriale crée une légitimité. La Chine devient ainsi un acteur auquel aucun futur format de négociation ne pourra échapper. En même temps, elle ne prend aucune responsabilité quant au résultat. C’est une stratégie optimale: influence sans risque.
Quatrièmement, la Chine a gagné du temps. La stabilité en Europe est nécessaire économiquement pour Pékin. Toute escalade mobilise des ressources, augmente l’incertitude et met en danger les relations commerciales. Par une rhétorique modératrice, la Chine crée de l’espace pour sa propre ascension économique et technologique.
Cinquièmement, la Chine a montré à tous que les partenariats sont relatifs. Les déclarations sur d’éventuelles perspectives positives dans les relations avec les États-Unis ne sont pas en contradiction avec la coopération avec la Russie. Elles montrent plutôt que la Chine maintient des options ouvertes et n’accepte aucune dépendance stratégique.
La leçon essentielle pour l’Allemagne et l’Europe est évidente. Dans un monde multipolaire, ce n’est pas la rhétorique morale qui prime, mais la pertinence structurelle. Ceux qui restent indispensables économiquement et technologiquement seront intégrés. Ceux qui peuvent être remplacés seront évités.
Munich n’était donc pas un lieu de changement de cap pour la Chine. C’était la démonstration d'une logique de puissance. Alors que l’Europe pense encore en termes de loyauté et de communauté de valeurs, d’autres acteurs agissent selon des intérêts à long terme. Ceux qui ne comprennent pas ces règles du jeu ne façonnent pas, ils réagissent.
20:56 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, chine, conférence de munich, diplomatie |
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Trump a divisé l’Occident en cinq parties

Trump a divisé l’Occident en cinq parties
Alexandre Douguine
La politique mondiale traverse des processus extrêmement rapides et dynamiques. Cela est en grande partie dû à la politique de Trump, qui a introduit dans le système des relations internationales un niveau élevé de turbulence, d’imprévisibilité et de radicalité, et les événements se développent de manière de plus en plus intense.
Devant nos yeux, la conception d’un Occident collectif s’effondre, c’est-à-dire la politique solidaire et assez prévisible des principales puissances occidentales et des pays qui suivent entièrement la ligne de l’Occident. Un tel consensus n’existe plus. Les projets mondialistes se fissurent, même l’unité euro-atlantique, l’avenir de l’OTAN et de l’ONU sont remis en question. Trump a déclaré explicitement que le droit international ne le concerne pas et qu’il agit selon ses propres idées, selon son propre jugement de ce qui est moral ou non.
Les revendications de Trump concernant l’annexion du Groenland et du Canada, ainsi que sa posture méprisante envers l’Europe et ses partenaires de l’OTAN (et son soutien total à Netanyahu et à sa politique au Moyen-Orient, l’absence de soutien inconditionnel au régime de Zelensky, tout en soutenant pleinement Netanyahu) aggravent encore la fracture déjà en cours ou presque réalisée.
Dans une situation où l’Occident collectif n’existe plus en tant que tout politique, idéologique et géopolitique, une nouvelle carte commence à se dessiner, où, à la place de l’Occident, apparaissent plusieurs entités distinctes et parfois conflictuelles. Ce n’est pas encore un modèle achevé, mais simplement un processus avec une fin qui demeure ouverte.
Cependant, on peut déjà supposer qu’à la place d’un Occident uni se formeront cinq entités géopolitiques distinctes. Essayons de les décrire.

Les États-Unis de l’ère Trump 2.0 comme l’Occident numéro un
Les vues géopolitiques de Trump diffèrent radicalement de la stratégie mondialiste suivie par les administrations précédentes, non seulement sous les démocrates, mais aussi sous les républicains (comme sous George W. Bush). Trump proclame ouvertement une hégémonie américaine directe, qui comporte plusieurs niveaux.
Il souhaite avant tout affirmer la domination des États-Unis dans l’espace des deux Amériques. Cela est reflété dans la dernière version de la Stratégie de sécurité nationale, où Trump se réfère directement à la doctrine Monroe, à laquelle il ajoute sa propre vision.
La doctrine Monroe a été formulée par le président James Monroe le 2 décembre 1823 dans son discours annuel au Congrès. L’idée principale était d’obtenir une indépendance totale du Nouveau Monde vis-à-vis de l’Ancien (c’est-à-dire des métropoles européennes), et les États-Unis étaient considérés comme la principale force politique et économique pour libérer les États des deux Amériques du contrôle européen. Il n’était pas explicitement dit qu’une forme de colonialisme (européen) allait être remplacée par une autre (américaine), mais une certaine hégémonie des États-Unis dans la région était sous-entendue.
Dans sa lecture moderne, en tenant compte des nouveautés de Trump, la doctrine Monroe implique ce qui suit :
- La souveraineté totale et absolue des États-Unis, indépendants de toute institution transnationale, rejet du mondialisme ;
- La suppression des influences géopolitiques majeures sur tous les pays des deux Amériques par d’autres grandes puissances (Chine, Russie, et pays européens) ;
- L’établissement d’une hégémonie militaire, politique et économique directe sur les deux continents et les espaces océaniques adjacents par les États-Unis.
Cette doctrine prévoit aussi la promotion de régimes vassaux des États-Unis en Amérique latine, le remplacement de toutes les politiques qui s'avèreront indésirables à Washington, et l’interférence dans les affaires intérieures des États de cette zone — souvent sous prétexte de lutte contre le trafic de drogue, l’immigration illégale, voire le communisme (Venezuela, Cuba, Nicaragua). En résumé, ce n’est pas très différent de la politique poursuivie par les États-Unis au 20ème siècle.
Ce qui est nouveau avec la doctrine de Trump, c’est sa revendication d’annexer le Groenland et le Canada, ainsi que sa posture méprisante envers l’Europe et ses partenaires de l’OTAN.
En substance, les États-Unis sont ici proclamés comme un empire, entouré de pays vassaux qui doivent demeurer dans une dépendance vassale vis-à-vis de la métropole. C’est ce qui est reflété dans le principal slogan de la politique de Trump: Make America Great Again ou son synonyme America First.
Trump poursuit cette ligne de manière bien plus ferme lors de son deuxième mandat que lors du premier, ce qui modifie radicalement l’équilibre des forces à l’échelle mondiale.
On peut considérer cette vision trumpiste, américanocentrique, de l’Occident comme l’Occident numéro un.

L’Union européenne comme l’Occident numéro deux
L’Occident numéro deux devient alors l’Union européenne, qui se trouve dans une situation très compliquée. Pendant des décennies, les pays de l’UE ont orienté leur politique, leur sécurité et même leur économie en fonction des États-Unis dans le cadre du partenariat atlantique, choisissant à chaque fois entre la souveraineté européenne et la soumission à Washington, cette dernière posture étant la plus souvent favorisée.
Les anciens dirigeants américains faisaient semblant de considérer les Européens comme des partenaires presque équivalents, et leur opinion était prise en compte, ce qui créait l’illusion d’un consensus au sein du « collectif » Occident. Trump a brisé ce modèle, forçant brutalement l’Union européenne à reconnaître sa position de vassale.
Ainsi, le Premier ministre belge De Wever, en janvier 2026, lors du Forum économique mondial à Davos, a parlé ouvertement d’un « heureux vassal » et d’un « esclave malheureux » dans le contexte de la dépendance de l’Europe aux États-Unis.
Les élites européennes étaient auparavant des « vassaux heureux ». Trump a vu cette situation sous un autre angle, et ils se sont sentis comme des « esclaves malheureux ». Il a souligné le choix entre le respect de soi et la perte de dignité sous la pression de Washington concernant l’annexion du Groenland, mais l’UE n’est pas encore prête à faire un tel choix.
Dans cette nouvelle configuration, l’UE, contre sa volonté, devient une entité plus autonome. Macron et Merz ont parlé de la nécessité d’un système de sécurité européen, car les États-Unis ne représentent plus la garantie de cette sécurité, mais une menace nouvelle et sérieuse.
L’UE n’a pas encore pris de mesures décisives, mais ses contours du second Occident deviennent de plus en plus clairs.
La position de l’UE sur l’Ukraine diffère fortement de celle de Trump : le président américain veut mettre fin à cette guerre contre la Russie (du moins le dit-il), tandis que l’UE veut la poursuivre, voire participer directement.
Les positions concernant Netanyahu et le génocide des Palestiniens à Gaza diffèrent aussi : Trump soutient totalement, l’UE condamne davantage.

Le Royaume-Uni comme troisième Occident
Face à cette fracture atlantique, le Royaume-Uni, après le Brexit, demeure une autre puissance — le troisième Occident.
D’un côté, la politique libérale de Starmers est proche de celle de l’UE, mais de l’autre, Londres entretient traditionnellement des relations étroites avec les États-Unis, jouant le rôle de superviseur des processus européens depuis Washington.
Mais le Royaume-Uni ne fait plus partie de l’UE, et il ne soutient pas la ligne de Trump, où il joue un rôle peu enviable de simple esclave-vassal, comme le dit le Premier ministre belge.
Le Royaume-Uni ne peut plus jouer le rôle de médiateur international, devenant dans plusieurs situations une partie intéressée, notamment dans le conflit ukrainien, où il a totalement adopté la position de Kiev et a même amorcé l’escalade avec la Russie, y compris avec une implication militaire directe aux côtés du régime de Zelensky.
C’est notamment la visite du Premier ministre britannique Boris Johnson en Ukraine qui a ruiné les Accords d’Istanbul de 2022.
Mais le troisième Occident britannique ne peut pas revenir à la politique impériale d’autrefois. Les ressources de l’Angleterre moderne, sa dégradation économique et la crise migratoire empêchent tout rôle de leader dans le Commonwealth ou toute hégémonie en Europe.

Les globalistes comme le quatrième Occident
Avec l’idéologie, les réseaux organisationnels et les institutions des globalistes, comme George Soros, avec le Forum économique mondial et d’autres organisations internationales prônant l’idée d’un gouvernement mondial et d’un monde unifié, nous obtenons le quatrième Occident.
Ce dernier a été la principale force qui a dicté le ton à une époque, étant la force unificatrice, ce qui permettait de parler de « l’Occident collectif ». Ces cercles étaient représentés par l’élite mondialiste aux États-Unis — notamment le « deep state » contre lequel Trump a commencé à lutter.
Il s’agissait principalement de la haute direction du Parti démocrate, ainsi que d’une partie des néo-conservateurs républicains, situés entre Trump (avec son « America First ») et le globalisme classique.
La majorité des dirigeants de l’UE et même Starmers appartiennent à ce projet mondialiste, dont les positions ont fortement diminué sous Trump, ce qui a conduit à la division de l’Occident en plusieurs pôles distincts.
Un exemple récent de ce quatrième Occident, qui était autrefois unique et dominant, est le Canada. Le Premier ministre Trudeau a déclaré lors du Forum de Davos que l’ordre mondial actuel s’effondre, et que le monde est en rupture, pas en transition.
Les grandes puissances utilisent l’économie comme arme — tarifs, chaînes d’approvisionnement, infrastructure — pour faire pression, ce qui, selon lui, mène à la déglobalisation.
Il a rejeté les affirmations de Trump sur la dépendance du Canada vis-à-vis des États-Unis, appelant les États moyens à s’unir contre l’hégémonie de Trump, à diversifier leurs liens (y compris se rapprocher de la Chine), et à lutter contre le populisme.
C’est un signe que le quatrième Occident se distingue progressivement en tant que communauté séparée, basée sur des principes idéologiques et géopolitiques, en opposition de plus en plus radicale au « trumpisme » en tant que forme de l’Occident.

Israël comme cinquième Occident
Et enfin, ces dernières années, surtout après le début du second mandat de Trump, un autre Occident apparaît — le cinquième. Il s’agit d’Israël sous Binyamin Netanyahu.
Un petit pays, dépendant vitalement des États-Unis et de l’Europe, avec des ressources démographiques limitées et une économie locale, revendique de plus en plus le statut d’une civilisation autonome et joue un rôle important, voire exceptionnel, dans le destin de l’Occident dans son ensemble, en tant que bastion de celui-ci au Moyen-Orient.
Jusqu’à un certain point, Israël pouvait être considéré comme un proxy des États-Unis, un autre vassal, mais la politique de Netanyahu, la droite nationaliste radicale sur laquelle il s’appuie, ainsi que l’influence révélée du lobby sioniste israélien sur la politique américaine, ont changé la donne.
L’ample destruction de la population civile de Gaza par Netanyahu et l’émergence de leaders politiques et religieux radicaux, qui appellent ouvertement à la construction d’un Grand Israël (Itamar Ben-Gvir, Bezalel Smotrich, Dov Lior, etc.), ont suscité un rejet en Occident — surtout dans le deuxième, le troisième et le quatrième.
Ni l’UE, ni la politique de Starmer, ni les réseaux mondialistes (y compris le Parti démocrate américain et le gouvernement canadien de Carney) n’ont soutenu Netanyahu dans ses mesures les plus dures, notamment en ce qui concerne la guerre contre l’Iran.
Deuxièmement, le soutien inconditionnel de Trump à Netanyahu a divisé ses partisans, qui ont lancé une vague massive sur les réseaux sociaux contre l’influence d’Israël et ses réseaux dans la politique américaine.
Tout républicain ou représentant de Trump qui s’exprime publiquement se retrouve face à la question : America First ou Israel First ? Qu’est-ce qui est le plus important pour toi: l’Amérique ou Israël ?
Cela a mis beaucoup de gens dans une impasse et a détruit des carrières. Reconnaître l’un ou l’autre a été risqué à cause de l’ostracisme par des grands lobbies ou l’influence de l’AIPAC.
La publication des fichiers Epstein a renforcé la crainte que l’influence d’Israël sur la politique américaine soit excessive et disproportionnée. Il semble que Tel-Aviv et son réseau d’influence constituent une instance autonome et extrêmement importante, capable d’imposer sa volonté aux grandes puissances mondiales.
Ainsi est apparu le cinquième Occident — avec son propre programme, sa propre idéologie et sa propre géopolitique.
Conclusion
Concluons cette brève analyse de l’Occident divisé en comparant leur attitude face à la guerre en Ukraine. C’est probablement notre critère le plus important.
Le moins intéressé par ce conflit est le cinquième Occident. Pour Netanyahu, la Russie et Poutine ne sont pas le principal adversaire, et le régime de Kiev ne bénéficie pas d’un soutien inconditionnel des réseaux de droite. Dans la mesure où la Russie soutient stratégiquement, politiquement, économiquement et surtout militairement les forces anti-israéliennes au Moyen-Orient — notamment l’Iran —, le cinquième Occident se trouve objectivement du côté opposé à la Russie dans une série de conflits locaux.
Mais il ne soutient pas directement le régime de Zelensky. Bien qu'Israël ne soit pas du tout de notre côté.
Globalement, le premier Occident ne considère pas la Russie comme le principal ennemi ou objectif, même pas Trump. De temps en temps, il avance des arguments anti-russes (notamment en justifiant la nécessité d’annexer le Groenland pour des raisons de sécurité face à une éventuelle attaque nucléaire de la Russie), continue de faire pression sur Moscou de manière multilatérale et fournit des armes à Kiev.
La politique de Trump ne peut pas être qualifiée d’amie pour nous, mais, par rapport à d’autres forces au sein de l'Occident «déchiré» (et déchiré par lui-même), sa position anti-russe n’est pas extrême.
C’est tout à fait différent pour le deuxième, le troisième et le quatrième Occident. L'UE, la politique de Starmer et les réseaux mondialistes (y compris le Parti démocrate américain et le gouvernement canadien de Carney) adoptent des positions radicalement anti-russes, soutiennent inconditionnellement le régime de Zelensky et sont prêts à continuer à apporter leur soutien militaire à l’Ukraine.
Ici, la position globale est que la Russie de Poutine, qui s’oriente résolument vers un monde multipolaire et affirme sa souveraineté civilisationnelle, est idéologiquement et géopolitiquement l’opposé des plans des mondialistes pour créer un gouvernement mondial et un monde unifié.
L’exemple d’un tel État mondialiste est l’Union européenne, dont le modèle, selon les mondialistes, doit progressivement s’étendre à toute l’humanité — sans États-nations, sans religions, sans peuples ou ethnies.
Pour le deuxième et surtout pour le quatrième Occident, non seulement Poutine, mais aussi Trump, sont de véritables ennemis. D’où la naissance du mythe politique selon lequel Trump travaille pour la Russie.
Le président américain a divisé l’Occident collectif et a, en réalité, houspillé les mondialistes, qui occupaient auparavant la position centrale. Mais il ne l’a pas fait dans l’intérêt de Poutine et de la Russie, mais en fonction de ses propres idées et convictions.
Si cette tendance à la division entre le premier et le deuxième Occident se poursuit, on peut supposer que les contradictions entre Bruxelles et Washington augmenteront à tel point que les dirigeants européens commenceront à envisager de se tourner vers la Russie pour équilibrer les demandes croissantes et l’agressivité générale de Trump.
Pour l’instant, cela reste très peu probable, mais l’aggravation de la fracture du « West » en cinq entités pourrait rendre cette possibilité plus réaliste.
Et enfin, le troisième Occident, représenté par la Grande-Bretagne, est l’un des principaux pôles d’hostilité et de haine envers la Russie.
Il est difficile d’expliquer cela rationnellement, car la Grande-Bretagne n’a plus aucune réelle chance de restaurer son hégémonie. Si, au premier moitié du 20ème siècle, le Grand Jeu entre l’Angleterre et la Russie constituait l’une des principales, sinon la principale, ligne d’action de la politique mondiale, l’Angleterre a depuis perdu tout statut de puissance mondiale, le transférant aux États-Unis, son ancienne colonie.
Mais la russophobie est énorme dans les élites anglaises et ne peut pas s’expliquer seulement par la douleur d’une hégémonie perdue.
En résumé, l’Occident collectif est divisé en cinq centres de pouvoir relativement autonomes. Comment le puzzle se formera dans le futur, il est difficile de le prévoir, mais il est évident que nous devons prendre en compte ces circonstances dans notre analyse de la situation internationale. Et surtout, dans l’étude du contexte géopolitique et idéologique dans lequel se déploie notre opération spéciale en Ukraine.
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L’Arménie, le corridor du Zangezour et les équilibres dans le Caucase

L’Arménie, le corridor du Zangezour et les équilibres dans le Caucase
Ce territoire est aujourd’hui un carrefour entre les intérêts russes, turcs, iraniens, européens et américains, où Erevan n’a pas la force de s’imposer mais peut faire preuve d’intelligence en s’insérant dans le contexte.
par Giorgio Arconte
Source: https://www.barbadillo.it/128093-globalia-larmenia-il-cor...
2026 pourrait être une année déterminante pour l’avenir de l’Arménie, et ce n’est pas une figure de style mais la réalité d’un pays qui, après la perte définitive de l’Artsakh et la purification ethnique qui s'est achevée dans cette région historiquement arménienne, se trouve aujourd’hui à négocier non pas la paix, mais son espace d’existence dans le Caucase.
Erevan évolue dans un environnement stratégique radicalement changé. La Russie n’est plus le garant absolu de la sécurité qu’elle avait été dans les décennies précédentes; l’Occident offre un soutien politique mais pas de garanties militaires automatiques; l’Azerbaïdjan, fort de ses victoires et de ses revenus énergétiques, dicte le rythme des négociations; la Turquie observe et influence. Entre-temps, nous avons un petit État de trois millions d’habitants, avec une diaspora puissante mais distante, et une société traversée par de profondes fractures.
Le gouvernement de Nikol Pashinyan (photo) a choisi une voie claire: mettre fin à la longue phase de conflit permanent. L’Artsakh a été officiellement mis de côté. On ne parle plus de statut, on ne revendique plus de droits collectifs internationalisés, on n’évoque plus d’options militaires. C’est une décision logique: éviter un nouveau choc que l’Arménie, aujourd’hui, ne pourrait pas se permettre. Mais la paix n’est jamais une action unilatérale, et l’Azerbaïdjan continue de parler du “corridor du Zangezour” avec un vocabulaire qui frôle la revendication d’extraterritorialité. La frontière est en cours de délimitation, mais la pression reste constante.
Le Premier ministre arménien Pashinyan insiste sur un concept: pleine souveraineté sur les passages, intégrité territoriale mutuelle, réouverture des communications sur une base équitable. C’est une ligne cohérente mais fragile, car le déséquilibre des force entre Erevan et Bakou demeure évident. La question centrale est le fameux corridor de Zangezour. Pour Bakou et Ankara, c’est la pièce qui relie l’Azerbaïdjan au Nakhitchevan, consolidant ainsi la continuité turco-azerbaïdjanaise dans l’espace turcophone. Pour l’Arménie, c’est une question existentielle: permettre le transit, oui, mais sans perdre le contrôle et la juridiction. Là se joue bien plus qu’une ligne de chemin de fer: c’est l’équilibre futur du Caucase méridional. Si le corridor devenait extraterritorial, l’Arménie perdrait en profondeur stratégique; s’il restait sous souveraineté arménienne, il pourrait transformer sa vulnérabilité en opportunité, en reliant l’Iran, la Russie et potentiellement l’Europe dans une nouvelle alliance commerciale. La question n’est pas seulement technique, c’est une question géopolitique pure.
L’Arménie tente un repositionnement international difficile. L’Union européenne a accru sa présence politique par le biais de la mission civile de surveillance à la frontière avec l’Azerbaïdjan. Les sommets européens prévus à Erevan en 2026 ont une forte valeur symbolique: pour la première fois, l’Arménie essaie de se présenter comme une plateforme européenne dans le Caucase. Mais Erevan reste membre de l’Union économique eurasiatique, n’a pas présenté de candidature officielle à l’UE, et continue de maintenir des canaux ouverts avec Moscou.
La Russie, bien qu'affaiblie par la guerre en Ukraine, conserve des leviers importants: la base militaire de Gyumri, le contrôle de segments d’infrastructures, l’influence économique. Moscou n’est plus le seul garant, mais ce n’est pas un acteur marginal non plus. Pendant ce temps, les États-Unis augmentent leur engagement. La visite récente du vice-président américain et le début d’une coopération dans le domaine de la défense — y compris la fourniture de drones V-BAT — marquent un changement de cap. Ce n’est pas une alliance formelle, mais un signal politique.

L’Arménie ne peut pas se permettre de choisir un camp de façon claire et nette; elle doit rester équilibrée. Le problème, c’est que l’équilibre dans le Caucase est toujours précaire. La vraie fragilité arménienne, cependant, est intérieure. Les élections parlementaires du 7 juin 2026 se tiendront dans un climat de polarisation profonde. Pashinyan se présente comme l’homme de la paix et de la stabilisation économique, tandis que ses opposants l’accusent d’avoir normalisé la défaite et d’avoir minimisé l’identité nationale. En fait, la question de l’Artsakh n’est pas effacée de la mémoire collective; pour beaucoup d’Arméniens, ce n’est pas une question territoriale, mais une blessure identitaire. De plus, la suppression de symboles historiques, comme l’iconographie de l’Ararat dans les timbres officiels, a été perçue comme une forme d’autolimitation symbolique. À cela s’ajoute le conflit avec l’Église apostolique arménienne, pilier historique de la continuité nationale. Les tensions entre le gouvernement et la direction ecclésiastique ont creusé la fracture, aussi dans la diaspora, et le risque n’est pas seulement politique: il est identitaire.
L’Arménie se trouve à un carrefour étroit: d’un côté, la normalisation avec l’Azerbaïdjan et la Turquie pourrait ouvrir des routes commerciales, réduire l’isolement, créer de la croissance; de l’autre, sans un système solide de garanties multilatérales, la paix pourrait rester réversible. Le Caucase du Sud est aujourd’hui un carrefour entre les intérêts russes, turcs, iraniens, européens et américains, où l’Arménie n’a pas la force de s’imposer, mais peut faire preuve d’intelligence en s’insérant dans le jeu comme un nœud d’équilibre. Pour y parvenir, elle doit éviter deux erreurs: croire que l’Occident remplacera automatiquement la Russie comme garant de la sécurité, ou penser que le retour exclusif sous l’aile russe est encore possible comme dans le passé.
La survie de l’Arménie, aujourd’hui, passe par une diplomatie fine, une stabilisation intérieure et une utilisation intelligente de sa position géographique. 2026 ne sera pas seulement une année électorale, mais un test de maturité géopolitique.
16:44 Publié dans Actualité, Géopolitique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, arménie, caucase, politique internationale, corridor du zangezour, géopolitique |
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Cuba n’est plus seul

Cuba n’est plus seul
Andrea Marcigliano
Source: https://electomagazine.it/cuba-non-e-piu-sola/
Cuba n’est plus seul. Même si ajouter un “peut-être” me semblerait approprié.
Le resserrement des sanctions américaines, un véritable python, pourrait ne pas suffire à Trump pour faire tomber les héritiers de Fidel Castro.
Car il y a la Chine et la Russie. Et elles semblent déterminées à entrer en jeu. De manière lourde.
Xi Jinping a en effet annoncé l’installation de milliers de panneaux solaires sur la grande île. Pour compenser l’embargo énergétique de Washington.
Et Moscou se prépare à envoyer d’importants approvisionnements en pétrole par voie maritime.
La partie qui se joue autour de Cuba est extrêmement importante. Vitale pour Washington, certes. Mais tout aussi fondamentale pour Pékin et Moscou.
Il ne s’agit pas seulement de la Grande Île. C’est de la configuration future de l’Amérique latine. Et, peut-être encore plus, du système des équilibres mondiaux.
Trump, qui a pris conscience de la difficulté, ou mieux, de l’impossibilité de contrôler le monde en tant qu'hegemon – le vieux rêve de Bill Clinton – vise néanmoins un contrôle absolu et total des Amériques. Du Groenland à la Terre de Feu.
Contrôle à la fois politique et économique. Et les actions récentes entreprises par Washington, tant au Venezuela qu’au Groenland, en témoignent.
Dans ce dessein, qui prévoit une normalisation américaine non seulement des pays andins rebelles, mais aussi du Mexique et, à terme, du Brésil, Cuba représente une anomalie.
Une anomalie qui n'est pas des moindres, car La Havane échappe totalement, depuis l’époque de Castro, au contrôle de Washington. Et se présente comme une alternative au système du pouvoir américain.
La normaliser, provoquer un changement de régime, la transformer à nouveau en colonie, ou même en un grand bordel et une salle de jeux comme à l’époque de Batista, constitue donc une priorité pour Trump.

Il veut enfin régler une question restée ouverte pendant trop d’années. Et qui a causé plusieurs échecs aux stratégies de la Maison Blanche.
La Baie des Cochons, à l’époque de Kennedy, reste le seul exemple demeuré célèbre. Et emblématique.
Toutefois, l’intention du Bureau Ovale se heurte à la volonté de Pékin et de Moscou de soutenir le régime cubain. Pour remettre en question la prétention américaine d’hégémonie absolue sur les Amériques.
Et, peut-être encore plus, pour lancer un avertissement précis à Trump et à ses successeurs.
Ils ne doivent pas croire qu’ils peuvent intervenir à leur guise au Moyen-Orient ou dans d’autres zones du monde. En restant tranquilles, retranchés dans les Amériques.
Le “jeu” est mondial. Et personne ne peut plus prétendre jouir d’une sécurité totale. Même Washington dans les Amériques.
13:37 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : actualité, cuba, caraïbes, amérique latine, amérique ibérique |
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dimanche, 15 février 2026
Polemos. La condition de la guerre

Polemos. La condition de la guerre
Andrea Marcigliano
Source: https://electomagazine.it/polemos-la-condizione-della-gue...
Une réflexion, en marge de ce qui se passe sous nos yeux.
La chute du monde dans une guerre générale. Mondiale, si l’on veut la définir ainsi, bien qu’elle soit fragmentée en une pluralité de guerres et de petits conflits déconnectés les uns des autres.
Seulement en apparence, cependant. Car la condition de la guerre est générale. Et, surtout, ce sont les intérêts, qui déclenchent tant de conflits, qui sont généraux.
Bien, j’en ai déjà parlé. Peut-être même trop.
Ce qui, cependant, m’apparaît maintenant de façon presque angoissante, c’est autre chose.
La guerre, la condition de la guerre, est une constante dans l’histoire et dans la vie des hommes.
La paix ? Il est désolant de le constater, mais ce ne sont que des périodes de trêve. Plus ou moins courtes. Qui ont pour seul but de se reposer, de récupérer forces et énergies pour revenir à la lutte.


L’exemple qui me vient à l’esprit est la Guerre du Péloponnèse. Tel que nous l’a racontée Thucydide, du moins en partie. Et puis telle qu'elle le fut par d’autres, par Xénophon, etc.
Une guerre très longue. Interrompue par de longues, très longues trêves parfois. Parfois par des trêves saisonnières, car on combattait au printemps, en été. En automne et en hiver, on se consacrait aux activités agricoles nécessaires.
Ainsi, des générations entières ont grandi en Grèce antique sans connaître la paix, sauf comme une trêve courte et occasionnelle.
Et même lorsque Athènes, vaincue, capitula, il n’y eut pas de paix. De nouveaux conflits commencèrent. La Confédération de Delphes, le Tyran de Fère, Thèbes d’Epaminondas…

Et puis Philippe de Macédoine (buste) et son fils Alexandre…
Il n’y eut donc jamais la paix utopique et idyllique. Absolue. C'est une illusion. Un rêve.
Notre histoire, celle de l’humanité en général, est bien illustrée par celle de la Grèce antique.
Prenons presque le temps présent.
La longue trêve, de plus d’un demi-siècle, s'appelle la Guerre froide. Qui, certes, a représenté une saison de paix, bien qu'angoissée, pour nous, Européens.
Et qui, cependant, a vu se déclencher et se dérouler des guerres ailleurs. Menées directement entre les États-Unis et l’URSS, ou plus exactement, par procuration. Le Vietnam, la Corée… juste deux exemples parmi tant d’autres.
Puis, la chute de l’URSS. La Glasnost, vouée à l’échec, de Gorbatchev. Les années folles et dissipées d'Eltsine.
Mais ce n’était pas la paix. Juste une illusion d’hégémonie mondiale américaine. Représentée par Bill Clinton qui riait. Et jouait du saxophone.
Cela a duré très peu de temps. Tout comme la “fin de l’histoire”, théorisée par Fukuyama, n’a duré que l'espace d'un instant. Qui a dû ensuite vite rétropédaler. Faire un mea culpa sincère.
Et nous voilà déjà aux portes de l’Ukraine. Du conflit mondial asymétrique dont ils subissent les ravages. Inconscients.
Mais avant cela, il y a eu la Somalie, les guerres africaines, le Moyen-Orient perpétuellement en flammes… et je pourrais continuer, longtemps, très longtemps. Malheureusement.
Alors? Je pense que les anciens Grecs avaient raison. La condition naturelle de l’homme est le conflit. La guerre. Le Polemos.

La seule possibilité pour nous, les humains, n’est pas de rêver la paix, impossible, mais d’établir des règles précises de guerre. Jusqu’à la ritualiser, comme dans les tournois du Moyen Âge lointain.
Ce qui manque aujourd’hui, malheureusement. Car les élites actuelles se révèlent pires qu’incompétentes. Totalement désintéressées du destin des peuples qu’elles devraient gouverner.
Et qui, au contraire, les conduisent à l’abattoir.
19:14 Publié dans Actualité, Polémologie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, guerre, polémologie |
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Les vigilants aux abonnés absents

Les vigilants aux abonnés absents
par Georges Feltin-Tracol
Ancienne militante de l’UMP qui soutint à la primaire de la droite et du centre de 2016 Alain Juppé avant de rallier quelques mois plus tard Emmanuel Macron, Aurore Bergé exerce à compter du 11 janvier 2024 (avec une brève interruption sous Michel Barnier) le rôle de ministresse déléguée chargée à l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la sacro-sainte lutte contre les discriminations. À cette fonction subalterne, elle a appartenu et appartient encore aux gouvernements de Gabriel Attal, de François Bayrou et de Sébastien Lecornu.

En juillet 2025, elle a fomenté une coalition autour d’une dizaine d’associations déjà grassement subventionnées afin de combattre une soi-disant haine en ligne: comprendre les canaux de diffusion de la ré-information et de la liberté d’expression.
Afin d’améliorer le travail de cette nouvelle censure numérique, elle a osé débloquer plusieurs millions d’euros en ces temps de restriction budgétaire. Mais au diable l’avarice quand un tel combat ontologique frôle un sommet eschatologique! On doit cependant s’étonner que toutes les ligues de petite vertu, toujours prêtes à dénoncer et à déposer plainte pour des broutilles, demeurent silencieuses face à la résurgence incroyable des « heures-les-plus-sombres-de-leur-histoire » dans le tourisme de masse.

En effet, depuis le 14 janvier dernier, plusieurs hauts-lieux touristiques et musées français (le Louvre, les châteaux de Versailles et de Chambord, l’ensemble de la Conciergerie et de la Sainte-Chapelle sur l’Île de la Cité et l’Opéra Garnier) pratiquent une tarification différenciée. Les touristes non-citoyens ou non-résidents d’un État-membre de l’Union dite européenne ainsi que ceux de l’Islande, de la Norvège et du Liechtenstein (et quel sort pour les Andorrans, les Monégasques et les Saint-Marinais?) doivent payer un prix d’entrée augmenté de 45%, soit 32 euros. À Versailles, ce sont trois euros supplémentaires pour les étrangers. Quant à Chambord, les «privilégiés» paient 21 euros et les extra-Européens 31 euros ! La préférence nationale existerait donc bien !
La direction de ces établissements à la renommée internationale justifie cette distinction tarifaire au nom d’inévitables travaux de rénovation qui s’élèvent, par exemple, à plus d’un milliard d’euros pour le seul Louvre. Tablant sur une fréquentation touristique en hausse, le gouvernement envisage neuf millions de visiteurs par an, soit la possibilité d’engranger chaque année entre 20 et 30 millions d’euros rien que pour le Louvre. En janvier 2025, le Louvre, cette autre gare parisienne où l’on circule comme dans un moulin, avait augmenté l’entrée de 17 à 22 euros…

En raison des variations de prix, les agents des musées doivent désormais vérifier l’identité des visiteurs. Le temps d’attente devant la tristement célèbre pyramide de l’architecte Ming Pei risque de s’étirer encore plus. Or, avec le risque de manquer d’effectifs de contrôle, on peut envisager une procédure de fluidification des admissions en recourant au QR-code à l’instar des temps maudits de l’imposture covidienne.
On s’en doute: les syndicats fulminent contre «cette double tarification qui foule aux pieds notre Histoire républicaine et l’universalisme fondateur du musée du Louvre». Ils ont raison parce qu’ils y voient avec justesse une éclatante démonstration de discrimination. L’hostilité à toutes les formes de discrimination reste pourtant le mantra officiel de cette république croulante. Le régime républicain vermoulu les condamne toutes, mais il en promeut d’autres. Attention Marianne ! La schizophrénie te guette !!!
Parmi les nombreux (et exagérés) motifs de discrimination pénalement répréhensibles se trouve l’origine, en l’occurence pour les musées, la nationalité. Faire payer plus cher les touristes étrangers sous le prétexte qu’ils sont précisément des étrangers représente un singulier paradoxe. Pour paraphraser la magnifique saynète des Inconnus, il y aurait de bonnes discriminations et de mauvaises discriminations. Qui aurait la capacité d’effectuer cette distinction? L’État? Les associations para-étatiques? Le quidam? Le hasard?
Les bonnes discriminations ne s’arrêtent pas aux seuls musées. Dans les métropoles mondialisées, il devient courant que des boîtes de nuit et des bars réservent la fin d’après-midi ou le début de soirée à des fêtes exclusivement ouvertes aux femmes, souvent mères de famille harassées par leur progéniture. À part les vigiles, les responsables légaux de l’établissement et, peut-être, le serveur au bar, toute présence masculine y est proscrite. Pis, des féministes tiennent des réunions non mixtes excluant les hommes blancs cisgenres hétérosexuels de tout âge. Entend-on les ligues de petite vertu s’indigner de ces actes discriminatoires assumés ? Non, elles préfèrent viser l’Institut Iliade qui tiendrait des réunions avec uniquement des Albo-Européens ou bien Le Canon français qui organise dans tout l’Hexagone des réunions festives accompagnés de chants traditionnels, de charcuterie et de vins de terroir.

L’extrêêêêêêêêêêêêêêêêêêêême droite tapie dans l’ombre serait à la manœuvre. On frise ici le complotisme à l’état pur, mais comme il est propagé par les plumitifs de gauche, cela ne choque personne.
La fin du mois de janvier vient d’être secouée par une polémique futile. La SNCF propose, contre un billet plus élevé, à ses clients qui prennent les TGV en semaine des compartiments sans enfants, la classe Optimum Plus.

La compagnie ferroviaire française ne fait que suivre une tendance sociétale bien vivace. Outre les mariages, bien des restaurants, des hôtels et des centres de loisirs refusent la venue de jeunes enfants de moins de 12 ans. Certaines associations condamnent cette mode, reflet manifeste du naufrage historique du système scolaire hexagonal. Les gamins dérangent parce que leur éducation à l’école repose sur la bienveillance, ce terme politiquement correct pour désigner le laxisme.
Hormis Jean-Yves Le Gallou dans un article mis en ligne sur Polémia le 2 janvier dernier, personne n’a enfin réagi aux propos pitoyables tenus en décembre 2025 par Mathias Wargon, le patron des urgences à l’hôpital Delafontaine en Seine – Saint-Denis. L’urgentiste médiatique suggérait de refuser les malades de la grippe de plus de 65 ans non vaccinés. Singulière application du serment d’Hippocrate ! Dans « Matthias Wargon veut interdire les urgences médicales aux non-vaccinés », le président – fondateur de Polémia cingle avec un rare bonheur les contradictions de l’époux d’Emmanuelle Wargon, ancienne ministresse des gouvernements d’Édouard Philippe et de Jean Castex, fille par ailleurs de l’immigrationniste Lionel Stoléru. « Wargon veut-il aussi fermer les urgences aux victimes de coma alcoolique et les hôpitaux aux alcooliques, écrit Jean-Yves Le Gallou ? Wargon veut-il interdire des soins aux drogués et aux victimes d’overdose. Allons plus loin, Wargon veut-il fermer l’hôpital public aux accidentés de sports à risque – équitation, parachutisme, alpinisme par exemple – activités dangereuses qu’ils auraient pu sagement éviter de pratiquer ? Pourquoi aussi ne pas limiter l’accès aux soins cardiovasculaires pour les obèses souvent jugés responsables de leur état en raison de leur alimentation et de leur sédentarité ? Dans le même ordre d’idées, faut-il conditionner l’accès aux soins respiratoires aux non-fumeurs ? On peut d’ailleurs poursuivre l’idéologie wargoniste à l’infini et reprocher à certains malades du SIDA ou de MST d’être la cause de leur malheur par certaines de leurs pratiques sexuelles dangereuses. » Aucune officine spécialisée dans la délation n’a attaqué le médecin devant la justice. En aurait-il été autrement s’il avait porté une chemise noire ?
L’hostilité officielle aux discriminations est une vaste et coûteuse fumisterie. Selon son étymologie latine, discriminer signifie « mettre à part, séparer, distinguer ». Mettre à part, distinguer, séparer sont des actions de tous les jours. Tout un chacun discrimine en permanence. S’il choisit telle compagne et non une autre, il pratique une discrimination. S’il préfère acquérir une maison résidentielle péri-urbaine et non un appartement miteux dans un immeuble de banlieue saturé par l’immigration, il réalise une autre discrimination.

Avant de conclure, n’oublions pas enfin que la discrimination est parfois recommandée et même encouragée. Les ménages doivent trier les ordures et les distinguer selon leur caractère domestique, alimentaire ou recyclables (papier, carton, bouteilles en plastique). Notons au passage que le « tri sélectif » constitue un pénible pléonasme puisque trier, c’est distinguer et donc sélectionner… Loin de l’opinion officielle, les discriminations façonnent le quotidien. Dans une logique évolutionnaire darwinienne, c’est grâce à ce jeu complexe que s’opère la sélection des espèces. La réalité le prouve avec aisance: discriminer, c’est vivre!
GF-T
«Chronique flibustière», n° 181, mis en ligne le 11 février 2026 sur Synthèse nationale.
17:58 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, europe, france, affaires européennes |
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L’affaire Epstein? Nous en avions tout dit il y a cinq ans

L’affaire Epstein? Nous en avions tout dit il y a cinq ans
Pierre-Emile Blairon
Presque jour pour jour. C’était le 7 février 2021 dans un article intitulé Mais quelle est cette secte qui dirige le monde ?
Vous trouverez cet article en note [1] de cette présente intervention.
On a toujours tort d’avoir raison trop tôt: cette phrase pourrait être la devise de ceux que la caste dominante, les comploteurs, appelle dédaigneusement les complotistes. Car il n’est pas facile d’être constamment en butte et en lutte avec la majeure partie de ses semblables à qui les « complotistes » ne veulent que du bien, il ne s’agit pas de masochisme, c’est une mission pour les « complotistes ». Le moteur des « complotistes », que j’appellerai plus simplement et moins agressivement des personnes honnêtes, lucides et dévouées, est la quête constante de la vérité et la dénonciation de l’injustice dans une démarche altruiste d’aide à son prochain.
Malheureusement, ce dernier, le plus souvent intoxiqué et formaté de longue date par les comploteurs, adopte à l’encontre des « complotistes » une attitude de rejet afin de protéger son confort intellectuel, et aussi matériel.

La transgression assumée et partagée des « élites »
Un ami m’a envoyé ce matin une information à propos d’un professeur chinois nommé Jiang Xueqin, désormais célèbre dans le monde entier pour sa thèse à propos de ces « élites » qui dirigent le monde dont le comportement, les réactions et les idées qu’elles soutiennent sont exactement identiques quel que soit leur pays d’origine.

Il a notamment été interrogé par un autre professeur tout aussi célèbre dont nous avons souvent diffusé les interviews d’analystes toujours passionnants, le professeur norvégien Glenn Diesen [2].
Le professeur Xueqin (photo) a élaboré l’idée que les élites au pouvoir (qu’elles soient politiques, financières, culturelles ou technologiques) ne se maintiennent pas seulement par l’argent, les institutions ou la violence légale. Elles utilisent aussi - et surtout - la transgression délibérée et partagée comme un outil de cohésion et de contrôle extrêmement puissant.
En résumé, son argumentation se déroule souvent ainsi:
- La transgression crée une loyauté plus forte que n’importe quel contrat ou idéologie.
Quand un groupe commet ensemble des actes qui violent les tabous les plus profonds de la société (sexuels, violents, moraux, légaux), cela crée un lien indestructible: chacun sait que les autres peuvent le détruire s’ils parlent. Chacun sait aussi que les autres ont autant à perdre que lui. Cela produit une confiance mutuelle extrême et une coordination quasi-parfaite, bien plus solide que chez les gens «normaux».
- Plus la transgression est grave, plus le groupe est cohérent. Il cite souvent en exemple: les abus rituels sur mineurs, les violences sexuelles organisées, les meurtres rituels ou sacrifices et l'anthropophagie. Plus l’acte est considéré comme ʺimpardonnableʺ par la société normale, plus il lie les participants entre eux.
- Les scandales ne détruisent pas les élites, ils les renforcent (paradoxalement). Jiang explique que les grandes affaires (style Epstein et bien d’autres) ne font pas tomber les systèmes de pouvoir. Au contraire.
C’est pourquoi, selon lui, les élites peuvent accumuler toujours plus de pouvoir même quand leurs actes sont connus: la transgression n’est pas un défaut du système, c’est une de ses technologies principales de survie».
La règle divine du libre-arbitre
Le professeur Xueqin a le mérite d’apporter une explication rationnelle à des comportements que les gens normaux seraient incapables d’expliquer.
La thèse du professeur Xueqin apporte un volet psychologique qui vient s’insérer cependant dans un dispositif plus large et plus diversifié dans ses modalités pour expliquer le caractère et les agissements de ces individus qu’on appelle communément dans le jargon psychiatrique des psychopathes mais dont certaines variantes présentent des anomalies telles qu’elles font de ces gens des monstres qui semblent ne pas appartenir à l’espèce humaine.
C’est un peu vrai.

Quand j'écris ou que je décris ce qui va se passer plusieurs années plus tard, ce n'est pas parce que je suis un devin, mais parce que j’ai appris à écouter ce que disent les suppôts de Satan; j’ai écrit dans beaucoup de mes articles que nos persécuteurs ne cachent rien des sévices qu’ils nous préparent; parce que les grands de ce monde sont obligés à une règle imprescriptible: ils doivent dire longtemps à l'avance ce qu'ils vont faire, parce que cette obligation fait partie de leurs croyances (ils sont tous satanistes, le satanisme est une croyance). Selon leurs préceptes, Dieu est supérieur à Satan mais Satan est le prince de notre monde matériel auquel Dieu a donné un royaume tangible, concret: la Terre; régner sur notre planète, c'est la prérogative de Satan; il est cependant astreint à respecter certaines règles imposées par Dieu.
Les satanistes doivent laisser le choix aux humains de décider eux-mêmes de leur sort: c'est ce que les chrétiens appellent le "libre-arbitre"; les humains sont donc avertis de ce qui va leur arriver. Et les satanistes ne sont plus ni responsables ni coupables (nous avons déjà entendu ce type d’argumentation) puisque les humains sont informés; les satanistes ne peuvent pas nous faire de mal sans notre consentement (mais les satanistes s’arrangent avec cette loi, par exemple en respectant le vieux dicton: qui ne dit mot consent).
La loi du libre-arbitre n’appartient pas spécifiquement au christianisme; selon Sandrine Muller [3] (photo), c’est une loi universelle: ce qui coule d’un côté doit être rempli de l’autre pour respecter l’équilibre du monde et du cosmos: on reçoit autant que l’on donne et vice-versa : on inspire, on respire, c’est une règle comptable: débit-crédit; la loi du karma est aussi une variante indoue de la notion de libre-arbitre: on récolte ce que l’on sème.

Il y a d'autres possibilités d'être informés par avance: l'intuition, l'expérience, l'observation; il est facile de savoir ce que prépare l'élite: il suffit de comprendre et d'aller en sens inverse des "infos" diffusées par la presse télévisuelle de grand chemin, etc.
De ce qui résulte de ce que je viens d’écrire, il faut comprendre que les informations divulguées par l’administration américaine feront tomber des têtes mais ne changeront pas grand-chose au fond du problème et que les satanistes resteront au pouvoir tant que leurs forces, qui ne sont pas inépuisables, les porteront; il nous appartient de nous organiser, afin que leurs agissements ne puissent pas nous atteindre ; les personnes qui sont, ou qui ont été, sous la coupe d’un manipulateur pervers narcissique savent de quoi je parle : il n’existe plus dès qu’on l’ignore. C’est à nous de répondre à ces forces obscurantistes en leur opposant la Lumière qui nous guide.
Pierre-Émile Blairon
Notes
[1] http://euro-synergies.hautetfort.com/apps/search/?s=mais+...
17:08 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, affaire epstein |
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Lyon, Quentin, un seuil est franchi

Lyon, Quentin, un seuil est franchi: l’antifascisme imaginaire tue
par Sergio Filacchioni
Source: https://www.ilprimatonazionale.it/approfondimenti/lione-q...
Rome, 14 février – Une conférence de la députée de gauche Rima Hassan, qui s’est tenue le 12 février à l’Institut d’Études Politiques de Lyon, s’est transformée en un grave incident, où le sang a coulé. En effet, aux abords du lieu où se déroulait l’événement, une agression a eu lieu, qui a fait une victime Quentin, 23 ans, qui serait intervenu — selon les versions — pour défendre des activistes du collectif identitaire Nemesis présentes sur place lors d’un flash mob de protestation.
À Lyon, le sang recommence à couler
Selon les dénonciations des militants eux-mêmes, un groupe d’environ trente antifascistes, affiliés au groupe de la Jeune Garde, aurait encerclé et frappé plusieurs personnes. Quentin aurait été atteint de coups de poing et de pieds, même une fois à terre, subissant de graves traumatismes crâniens. Transporté en urgence à l’hôpital Édouard-Herriot, il a été admis dans un état critique. Dans les heures qui ont suivi, son état s’est aggravé jusqu’à son décès, selon les mêmes sources proches du collectif. Les autorités françaises ont ouvert une enquête pour meurtre volontaire et analysent les vidéos de surveillance ainsi que les témoignages pour reconstituer la dynamique exacte des faits et identifier d’éventuels responsables. Parmi les noms cités par les activistes de Nemesis, figure celui de Jacques-Élie Favret. Sa présence dans le groupe responsable du meurtre brutal indique comment la gauche structure le conflit politique: Favret est collaborateur du député de La France Insoumise, Raphaël Arnault.
Seul contre un grand nombre
Avec l’assassinat de Quentin, la France et l’Europe sont confrontées à un fait qui ne s’était pas produit depuis des années: un jeune militant a été tué lors d’une attaque organisée et politiquement protégée par l’extrême gauche. Un événement qui ne peut pas nous laisser indifférents en Italie: de Sergio Ramelli à Paolo Di Nella, les agressions antifascistes ont marqué une période sanglante de notre histoire nationale récente. Et, non, le discours sur les “extrêmes opposés” ne tient pas. Quentin, Sergio et Paolo ont été attaqués par de nombreux adversaires alors qu'ils étaient seuls: certains revenaient chez eux, d’autres collaient des affiches, d’autres encore se sont avancés. Des militants politiques qui n’ont pas brandi d’arme ou de bâton, mais qui avaient le courage de vouloir changer le destin de leur pays. Quentin était un patriote, un catholique dévot, un garçon sportif et amoureux de la lecture. Selon les témoins, il n’aurait pas hésité à se porter volontaire pour protéger les jeunes activistes du collectif féministe/identitaire lors d'un moment de tension maximale. C’est cet élément, plus encore que la dynamique violente, qui frappe ceux qui le connaissaient: l’idée d’une responsabilité assumée personnellement, sans calcul.
L’antifascisme à l’épreuve des faits
Pendant des années, une certaine mouvance politique a revendiqué “l’antifascisme militant” comme une catégorie légitime, distincte de la violence. Pourtant, lorsqu’un antifascisme se structure comme présence organisée dans la rue, prête à l’affrontement physique, la frontière entre politique modérée et politique violente disparaît. Si la France a connu ces dernières années dissolutions, polémiques et procédures surtout contre des groupes identitaires et nationalistes, il est évident que la tolérance pour certaines formes de militantisme de gauche a nourri leur aura d’impunité. En fin de compte, lorsque des partis structurés présentent des candidats issus de l'activisme radical, les protègent ou légitiment de telles figures, le message est clair: cet engagement fait partie intégrante du champ politique institutionnel. Le cas d’Ilaria Salis en Italie — devenue symbole avant même la fin de sa procédure judiciaire — illustre cette dynamique où le charognard est transformé en modèles pour la représentation politique par des partis qu’on voudrait en théorie modérés, qu'ils soient “verts” ou de centre-gauche.
À Lyon, le climat change pour tous
Pendant des années, on a répété que “tuer un fasciste n’est pas un crime”, que l’adversaire politique n’est pas un concurrent mais une menace ontologique, le saut de la délégitimation morale à l’agression physique n’est pas une aberration imprévisible: c’est une dérive logique. Et le problème ne concerne pas seulement la France. En Italie, en 2025, à Padoue, un militant de CasaPound a fini à l’hôpital après une attaque antifasciste organisée pour frapper durement. Nous nous souviendrons de Quentin, mais pas comme d’une victime. Nous nous souviendrons du courage et de la détermination avec lesquels cet “un” est meilleur que ce “beaucoup”. Nous nous souviendrons de ce jour comme le point où une nouvelle ère de radicalisation tragique trouve sa pleine éclosion. Parce qu’à partir de maintenant, personne ne pourra plus faire semblant que ce n’est qu’un simple conflit politique. Une nouvelle frontière a été franchie. Et quand une frontière est dépassée, le climat change pour tous.
Sergio Filacchioni.
Sergio Filacchioni est journaliste, graphiste et photographe, actif avec le site en ligne Il Primato Nazionale. Rome. Il est né en 1998.
* * *
16:41 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : lyon, quentin, france, europe, affaires européennes |
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samedi, 14 février 2026
Dresde 1945 : Quand la gauche pouvait encore pleurer

Dresde 1945 : Quand la gauche pouvait encore pleurer
Par Karel Meissner
(12 février 2026)
Source: https://www.compact-online.de/dresden-1945-als-linke-noch-trauern-konnten-2/
Ce fut précisément Ulrike Meinhof (photo) qui écrivit en 1965, avant de devenir une criminelle dans les rangs de la RAF, un essai étonnant pour la revue marxiste/gauchiste Konkret sur le bombardement de Dresde. Ses successeurs d’aujourd’hui le qualifieraient probablement sans hésiter de diffamatoire et d’extrême droite. Avec le récit publié par COMPACT « Dresde 1945. Les morts, les coupables et les minimisateurs », nous commémorons les victimes et combattons les mensonges. En savoir plus ici: https://www.compact-shop.de/shop/kriegsende/dresden-1945/...
Ulrike Meinhof commence son texte, intitulé « Dresde », de manière très factuelle et sobre:
« Il y a vingt ans, le 13 et 14 février 1945, dans la nuit du Mardi Gras au Mercredi des Cendres, le plus grand bombardement aérien de la Seconde Guerre mondiale sur une ville allemande fut effectué: l’attaque contre Dresde. La ville fut bombardée trois fois en 14 heures ».
Pour donner au lecteur une petite impression de cette horreur:
«Lors du départ des bombardiers anglais, ils ont laissé derrière eux une mer de flammes qui a fait briller le ciel sur plus de 80 kilomètres».
Sans qu'on ne puisse la soupçonner de manipulation, la rédactrice de Konkret à l’époque écrit:
«Plus de 200 000 personnes ont péri dans les flammes de Dresde».
Aujourd’hui, écrire cela serait considéré comme un sacrilège, mais à l’époque, de tels propos étaient encore tout à fait innocents, et, pire, Meinhof cite l’historien britannique qui était encore très respecté à l’époque, David Irving: «Pour la première fois dans l’histoire de la guerre, une attaque aérienne a détruit une cible de façon si dévastatrice qu’il n’y avait pas assez de survivants indemnes pour enterrer les morts».
Meinhof est extrêmement prudente concernant le nombre d’habitants au moment au moment du bombatfrmrny, touit comme le nouvel essai qui vient de paraître dans COMPACT et s'intitule «Dresde 1945. Les morts, les coupables et les minimisateurs»:
«Lorsqu’elle a été détruite, cette ville comptait plus d’un million d’habitants. On estime qu'elle avait une population variant entre 1,2 et 1,4 million. Il y avait en outre des réfugiés de Silésie, de Poméranie et de Prusse orientale, des évacués de Berlin et de la Rhénanie, des transports d’enfants, des prisonniers de guerre et des travailleurs étrangers. »
Meinhof poursuit: «Dresde était considérée dans toute l’Allemagne comme une ville qui ne serait pas bombardée. Elle a été déclarée ville-hôpital pour les soldats blessés et marquée par d’énormes symboles de la Croix-Rouge sur les toits».

Le manteau du mensonge
Harris et ses compagnons, commanditaires des bombardements, devaient avoir pressenti que quelque chose de terrible allait se produire. Ils ont donné l’ordre de tuer délibérément. Meinhof:
«On n’a pas dit la vérité aux soldats anglais qui ont effectué les attaques. On a dit: votre flotte attaque le commandement suprême de l’armée à Dresde. On a dit que Dresde était un centre de ravitaillement important pour le front de l’Est. On a dit qu'une des cibles de l’attaque était un quartier général de la Gestapo situé dans le centre-ville, une usine de munitions importante, une grande usine de gaz toxique».
Et elle va plus loin. Meinhof dévoile la supercherie. La rumeur dit que le poisson pourrit par la tête :
«C’est le gouvernement britannique, sous son Premier ministre Sir Winston Churchill, qui, jusqu’à la fin de la guerre, en mars ’45, a réussi à garder secret le véritable caractère intentionnel et planifié des bombardements britanniques sur les villes allemandes. Dresde était le point culminant de cette politique».
Alors que, lors de chaque occasion, des chefs d’État allemands s'agenouillent dans la poussière devant des étrangers pour s’excuser des injustices faites à leur peuple, il n’y a toujours pas d’excuses du côté britannique. Même la reine, qui cache pudiquement ses ancêtres allemands – les Battenberg ex-allemands sont devenus les Mountbatten (*) –, n’a pas prononcé un mot de repentance envers le peuple allemand.
Meinhof en parlait déjà en 1965: «Le fait que le mot Dresde n’ait pas été prononcé lors des funérailles de Sir Winston Churchill suggère que Dresde devrait encore être imputée au peuple qui a été trompé lui-même».
(*) Et les Saxe-Cobourg (Sachsen-Coburg) sont devenus les "Windsor".

21:37 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : hisoite, dresde, deuxième guerre mondiale, seconde guerre mondiale, ulrike meinhof |
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Métaphysique de la guerre: l’Occident comme pétrification du Logos contre le Katechon eurasien

Métaphysique de la guerre: l’Occident comme pétrification du Logos contre le Katechon eurasien
Martin Kovac
Source: https://www.facebook.com/martin.kovac.3511
Fissure ontologique au cœur du Monde
La guerre que nous observons sur le plan physique (Hylé – la matière) n’est pas simplement un affrontement d’intérêts nationaux ou de stratégies géopolitiques. C’est une résonance nécro-mantique, une ombre matérielle projetée par une fracture géante vieille de mille ans dans la noosphère de l’humanité. Ce que nous appelons « Occident » et « Orient » ne sont pas des directions géographiques, mais deux systèmes opérationnels fondamentaux inscrit dans la réalité, qui ont perdu la capacité de partager un protocole commun de l’Être.
1. L'OUEST : Architecture du Contrat et Désacralisation (Domination du Logos)
L’ontologie occidentale, issue du droit romain et de la définition scolastique de Dieu, est une structure linéaire et contractuelle. En introduisant le Filioque (l’Esprit qui procède du Fils), l’Occident a rationalisé le Mystère. L’Esprit est devenu compréhensible, donc manipulable par la raison humaine (Ratio).
- Conséquence pour la réalité: le monde est devenu un « projet » à achever. La sacralité a été séparée du profane, ce qui a permis l’émergence de la science et de la technique – des outils pour dominer la matière.
- Manifestation géopolitique: la civilisation occidentale est une technocratie expansive. Son essence est le Progrès (le mouvement en avant dans le temps). La paix est pour elle un état où les « Règles » (Contrat) sont respectées. Quiconque refuse ces règles n’est pas seulement un ennemi, mais une « erreur dans le code » qu’il faut corriger (démocratiser, éduquer, intégrer). Le modèle occidental est centripète – il veut transformer le monde entier à son image par la standardisation.
2. L'EST : Architecture de l’Icone et du Katechon (Domination du Noos)
L’ontologie orientale, enracinée dans la mystique byzantine et le palamisme (ou théologie palamite), perçoit la réalité comme cyclique et organique. En rejetant la rationalisation de l’Esprit, Dieu (et le sens du monde) demeure un Mystère, accessible non par analyse, mais uniquement par participation (Theosis).
- Conséquence pour la réalité: le monde n’est pas une machine à améliorer, mais une «Icône» à vénérer et à protéger. Le temps n’est pas un progrès, mais une entropie (déchéance), à laquelle il faut résister.
- Manifestation géopolitique: la civilisation orientale (Eurasie) est comprise comme le Katechon – «Celui qui retient» (l’arrivée de l’Antichrist/du Chaos). Son essence est la Tradition (l’arrêt du temps). La paix n’est pas la conformité aux règles, mais un état de Symphonie (harmonie spirituelle), souvent acquis par la souffrance ou la soumission à une hiérarchie. La guerre pour l’Orient n’est pas un échec diplomatique, mais une fièvre métabolique nécessaire pour brûler une infection étrangère (modernisme, libéralisme) qui menace l’âme de l’organisme.
COLLISION MORTELLE : La confrontation entre le Temps et l’Éternité
La tragédie du moment présent réside dans le fait que ces deux systèmes ont perdu leur langage commun.
- Pour l’Occident, l’Orient est une anomalie pathologique — un vestige archaïque et irrationnel du passé qui refuse la «fin de l’histoire» et le bonheur du consommateur. L’Occident y voit la Tyrannie.
- Pour l’Orient, l’Occident est une hérésie ontologique – une machine froide qui dévore les âmes, brise les familles et les clans en atomes (individus), et remplace Dieu par un Algorithme. L’Orient y voit l’Apocalypse.
En Ukraine et dans d’autres lignes de fracture, nous voyons non pas une lutte pour le territoire, mais une collision de deux métaphysiques. C’est une guerre entre la Forme (l’Occident), qui cherche à imposer un ordre au monde, et l’Énergie (l’Orient), qui se défend contre la pétrification. Jusqu’à ce que cette union alchimique de ces principes – la guérison du schisme entre la Tête (Logos) et le Cœur (Noos) – ait lieu, le Hylé (la matière) continuera de saigner. Le monde est malade parce que ses deux hémisphères se battent pour contrôler le corps, tandis que l’âme reste silencieuse au milieu du feu croisé.

RETRAITE DU LOGOS ET RETOUR DU JUGE
La chute occidentale sous la gravité de la Loi
Le paradoxe du cercle civilisateur occidental en 2026 est qu’il, dans son orgueil de «progrès» et de «liberté», revient inconsciemment dans le temps. L’Occident, né du mystère de l’Évangile — donc de la radicale surmontée de la loi par l’amour et la grâce — a abandonné cette source fondamentale. Dans sa quête de sécularisation et de rationalisation, il a effectué un changement ontologique fatal: il a rejeté le Christ (le Pardonneur) et a inconsciemment réinstallé l’archétype de l’Ancien Testament dans sa forme la plus rigide et pharisienne.
a) Hypertrophie de la Loi et atrophie de la Grâce
La société occidentale est devenue une Communauté du Contrat, pas du Spiritus.
- Diagnostic: l’Évangile a apporté au monde le concept de Metanoia (changement de mentalité) et de Pardon. Le pardon est la seule force capable de briser la chaîne causale de la culpabilité et de la punition (karma). Cependant, avec la «mort de Dieu», l’Occident a perdu la verticale d’où vient la grâce.
- Manifestation: ce qui reste, c’est la Loi horizontale. Le libéralisme moderne, la correction politique et la «cancel culture» ne sont pas des expressions de tolérance, mais de nouveaux Lévitiques séculiers. Ce sont des codes de pureté. Quiconque touche à la «propreté» (mauvaise opinion, péché historique) est rituellement exclu de la société. Il n’y a pas de pénitence, seulement une élimination ou une ostracisation sociale. L’Occident est devenu un Grand Inquisiteur, tenant dans sa main l’épée des lois et des droits de l’homme, mais sans Caritas (Amour) dans le cœur.
b) Mécanisation de la Justice: Œil pour œil, sanction pour sanction
La perte de l’aspect évangélique a replongé l’Occident dans la causalité.
- Piège ontologique: sans le principe de la Grâce, la réalité devient un mécanisme impitoyable de «flux et reflux». La géopolitique et la politique intérieure occidentale fonctionnent selon le principe de la rétribution. C’est un retour à la Lex Talionis archaïque, mais sophistiqué par le langage bureaucratique des tribunaux internationaux.
- Conséquence: l’Occident ne sait plus guérir, il ne sait que juger. Face à l’Orient (et au reste du monde), il agit comme un Procureur qui lit une liste d’infractions et réclame satisfaction. En cela, il se prive de la possibilité d’être le «Sel de la Terre». Le sel conserve et donne du goût; l’Occident est devenu une acide qui veut tout ronger jusqu’à ce que tout corresponde à la norme.

c) La cristallisation du Cœur: la fin de l’histoire du Salut
En absolutisant les «Règles» (rules-based order), l’Occident s’est enfermé lui-même dans l'Hylé (la matière) et le Logos (la raison), mais s’est coupé du Pneuma (l’Esprit).
- Effondrement: une société qui a remplacé l’Amour du prochain par l’obligation envers le système tend inévitablement vers le totalitarisme. Il s’agit d’un totalitarisme du «Bien», mais défini par des juristes et des technocrates, pas par des saints. L’Occident construit un «Palais de Cristal» — parfaitement transparent, hygiénique, sûr, mais froid et sans vie.
- Diagnostic final: l’Occident meurt par sous-nutrition spirituelle. Il a échangé la liberté inconfortable et risquée de l’Évangile contre la cage sécurisante mais étouffante de la Loi. Il devient ce contre quoi Christ a autrefois lutté: un temple où l’on marchandise la culpabilité, où la lettre de la loi tue l’Esprit. Et tant que l’Occident ne retrouvera pas la force de la Grâce — c’est-à-dire la capacité de voir, au-delà des contrats et des normes, le vivant — sa construction civilisationnelle s’effondrera sous le poids de sa propre justice impitoyable.
17:42 Publié dans Philosophie, Traditions | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : orient, occident, philosophie, tradition |
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Les trois Europe à une époque de danger maximal

Les trois Europe à une époque de danger maximal
Carlos X. Blanco
Article de Carlos X. Blanco publié dans Voces del Periodista (Mexique), année XXX, n° 519, février 2026.
Il appartient aux hommes et aux femmes de cette génération de revivre une fois de plus des temps dangereux. En réalité, l'exception est le contraire : la chance de connaître, au cours d'une seule vie, de longues années de paix relative, entrecoupées seulement de conflits locaux qui ne menacent pas l'existence même de la civilisation, voire de l'espèce.
Cette paix « froide » et relative, ces 80 années de guerres localisées et contenues, sont désormais révolues. Nous devons nous préparer à la « convergence des catastrophes », pour reprendre un terme cher au défunt penseur français Guillaume Faye.
La vie de cette génération et de la prochaine, en particulier dans cette sphère que l'on appelle, par intérêt ou par paresse, « l'Occident », sera de plus en plus risquée, incertaine et soumise à des réalités difficiles. L'« Occident », en tant que tel, est un concept voué à disparaître ; l'idée est en train de mourir parce que la réalité qu'elle reflète est en train de mourir. Il n'existe qu'un seul empire américain... et les autres. La faiblesse même du concept, d'une part, ainsi que la transformation brutale de la réalité géopolitique au cours des derniers mois, d'autre part, conduisent inévitablement à sa fin.
L'« Occident » était un concept qui, s'il n'a pas été inventé, a certainement été diffusé à des fins de propagande par l'Anglosphère. Le mot lui-même cache ce qui, jusqu'au XIXe siècle, était une réalité fondamentale : la civilisation européenne. Depuis leurs îles, les Britanniques se sont historiquement consacrés à maintenir le continent dans un état de guerre civile permanente, désuni et, surtout, séparé de la Russie, séparé de cette immense nation, la seule qui aurait pu donner une consistance (territoriale, démographique, énergétique) à un continent déjà doté d'une tradition culturelle commune, comme l'Europe.
Depuis 1492, lorsque les Européens se sont projetés vers les Amériques dans cette tâche complexe de détruire et de construire un monde nouveau, et depuis la fin du XVIIIe siècle, lorsqu'une nouvelle « nation » anglo-saxonne, les États-Unis, a commencé à acquérir les caractéristiques d'une puissance, cet Occident est devenu synonyme d'américanisation du monde, et l'« Europe » a été éclipsée.

L'américanisation du monde a connu plusieurs phases au cours du XIXe siècle. La première, évidemment, a consisté à régler ses comptes avec la Couronne britannique. Non seulement l'indépendance de l'Union vis-à-vis des Anglais, mais aussi la sécurité contre les représailles ou les tentatives de reconquête de la part des Anglais, étaient les priorités immédiates. Le mode de production capitaliste, dans son évolution incessante au cours du XIXe siècle, allait transformer la confrontation anglo-américaine en son contraire, une complémentarité, comme nous le voyons aujourd'hui. Le Royaume-Uni continue d'être le pont d'envoi des États-Unis en Europe. Les îles britanniques sont comme d'énormes porte-avions ancrés dans l'océan Atlantique, toujours prêts à intervenir, avec un type d'ingérence spécifiquement destiné à créer la désunion et le dysfonctionnement entre les Européens. L'Amérique du Nord a pris la place de l'Empire britannique dans sa domination impérialiste sur le monde, et aussi sur l'Europe, à l'ère du capitalisme. Parler de l'impérialisme comme de la « phase suprême » du capitalisme (Lénine) et parler de l'Empire de l'Anglosphère, c'est la même chose. En ce sens, ce stade suprême a consisté en deux phases : la phase britannique et la phase américaine. Cette deuxième phase, la phase américaine, dont nous assistons au déclin, est en fait complétée par une entité (le Royaume-Uni) en fort déclin depuis 1945, mais dont les vestiges et le butin sont encore utiles aux États-Unis.
Au cours des dernières semaines, nous avons assisté à une sorte de révélation. C'est comme si les dieux avaient décidé de révéler leurs desseins les plus secrets à l'humanité, nous montrant la signification cachée du monde, un mystère insondable depuis le début du XIXe siècle. Deux longs siècles sont en train d'être déchiffrés. Parlons des deux grandes révélations:

La « doctrine Monroe ». L'existence même d'une nation artificielle, support matériel d'un empire capitaliste prédateur, repose sur l'anéantissement existentiel de l'Amérique ibérique. Les « États-Unis d'Amérique » avaient un noyau puritain et anglo-saxon, mais ils se sont progressivement étendus avec l'immigration européenne. L'extermination systématique et complète des Amérindiens au cours du XIXe siècle préfigurait Gaza. Le génocide actuellement en cours à Gaza est, à son tour, un présage de ce qui arrivera à d'autres peuples et nations. De plus, la nation américaine ne serait qu'une petite bande de territoire américain peuplée de colons blancs d'origine européenne et de villes calquées sur l'Angleterre, sans l'usurpation massive et le vol de terres au Mexique.
Depuis ses origines au XVIe siècle, une époque où l'Angleterre n'était guère plus qu'une nation appauvrie et un repaire de pirates, l'Anglosphère a trouvé sa raison d'être et sa source d'énergie dans l'anéantissement existentiel de l'Hispanidad : le monstre anglo-saxon s'est développé proportionnellement à la part de l'Hispanidad qu'il a engloutie et pillée. Les nations hispaniques, ou plus généralement les nations ibériques, doivent être traitées comme des colonies et des champs d'extraction, tant en Amérique qu'en Europe, afin de soutenir l'existence même de l'Anglosphère. Tant que les géopoliticiens et les philosophes de l'histoire ne reconnaîtront pas pleinement et méticuleusement, comme une loi inexorable, l'équation qui dit : « plus l'Anglosphère est grande, plus l'Ibéro-sphère est petite », il n'y a aucune chance d'arrêter le monstre de ce même hémisphère, appelé « hémisphère occidental ». La chute du dollar lui-même, ou les attaques défensives de la Russie, de la Chine et d'autres puissances non occidentales, accéléreront la ruine de l'Empire occidental, avec des millions de morts et une grande dévastation dans de nombreux pays.

Colonialisme et racisme. Il est urgent que l'Europe elle-même se « dés-occidentalise ». Il existe peut-être, pour arrondir, une centaine de nations en Europe. Les différences ethniques entre elles ne sont pas grandes, mais la grande mosaïque qui constitue l'Europe est bien connue. Cette énorme diversité possède cependant un mortier ou un ciment qui lui a donné sa substance pendant des siècles : la tradition hellénique (transmise à Rome et au christianisme), base d'une pensée rationnelle qui s'est épanouie sous la forme de la philosophie, de la science et de l'éthique de la personne. La christianisation de l'Europe tout au long du Moyen Âge est l'autre substance unificatrice qui a fait du chrétien européen l'habitant d'une immense république, la même de Lisbonne aux confins les plus reculés de la Russie, identique des régions septentrionales lointaines aux rives de la mer Méditerranée. Cependant, c'est à l'époque moderne, l'époque des empires d'outre-mer et du capitalisme, que la signification de l'« européité » a été complètement déformée. Ce n'est qu'alors que le mythe de la suprématie blanche s'est emparé du cœur des conquérants qui, se considérant comme des « civilisateurs » et des « évangélisateurs », sont devenus – en réalité – des génocidaires.
Entre le XVIe et le XXe siècle, l'Europe connue par les autochtones d'autres continents n'était pas tant l'Europe d'Homère, de Platon, d'Aristote, de Thomas d'Aquin, de Kant, d'Einstein... ni tant l'Europe de Cervantes, de Shakespeare, de Goethe, ni tant celle de Bach et de Beethoven... c'était l'Europe des esclavagistes, des génocidaires, des pillards. De plus, le mythe suprémaciste et raciste a été intériorisé dans le système complexe des « cent nations » d'Europe. Le continent, désormais rabaissé par les actions néfastes de ses propres élites, laquais des pouvoirs financiers mondiaux et abjects sbires de Trump, traverse également une crise d'identité et une remise en question de son existence homogène.

L'Europe n'est plus « hellénique », car la religion du capitalisme anglo-saxon (prédation, loi de la jungle en économie, individualisme rampant, idolâtrie du marché, consumérisme féroce...) a remplacé les idéaux d'une vie modérée et rationnelle, de modération face à l'orgueil (hybris) et de culture de la beauté dans le corps et l'âme. Et elle n'est même pas chrétienne : l'Europe a perdu son unité, non seulement à cause d'une « sécularisation » que les progressistes de tous bords exaltent comme bénéfique, mais aussi à cause de l'immigration massive de musulmans, d'une part, et de l'adoption de principes sionistes (que certains confondent avec des principes « chrétiens ») tels que la vision de la « préférence divine » pour un peuple particulier, le suprémacisme ségrégationniste, la bellicosité prétendument justifiée par Dieu, l'acceptation de l'oxymore appelé « judéo-christianisme », etc. Le « modèle Gaza » sera imposé dans d'autres parties du monde tant que l'Empire occidental, c'est-à-dire la superstructure créée par le secteur le plus prédateur et le plus meurtrier du capitalisme anglo-saxon, fonctionnera. Tant que l'Europe ne parviendra pas à retrouver son unité spirituelle (fondement de l'unité géopolitique) basée sur la richesse de ses « cent nations » et, surtout, sur ses doubles racines helléniques et chrétiennes, elle restera une partie du monde vouée à devenir un champ de bataille (elle l'est déjà) et un camp de concentration (elle l'est déjà, au niveau numérique et médiatique).
La raison d'être de l'Europe dans les années à venir devra consister à éviter ces deux horribles possibilités et, à tout prix, à rompre les liens avec les États-Unis. Ce sera difficile : renverser des gouvernements, boycotter des institutions, réajuster les niveaux de consommation et s'habituer à la modestie... Mais si elle n'y parvient pas (et cela doit être fait par les peuples européens eux-mêmes, à partir de la base), elle connaîtra le même sort que les empires « blancs » suprémacistes, esclavagistes et colonisateurs ont infligé à une grande partie de l'humanité qui a assisté à leur arrivée. Les Noirs, les indigènes, les Asiatiques le savent et ne peuvent l'oublier.
À l'heure actuelle, pour le dire simplement, il existe trois grandes Europe : l'Europe orientale, complètement manipulée par l'Empire dans sa russophobie ; l'Europe occidentale et septentrionale, dominée par les Français et les Allemands, victime des mêmes vices suprémacistes, désireuse de continuer à sous-développer l'Europe méridionale, mais vassale indigne des États-Unis ; et enfin, l'Europe méridionale (Portugal, Espagne, Italie et Grèce). Cette Europe méridionale, la plus maltraitée par une Union conçue pour servir l'OTAN et l'Anglosphère (tout se révèle maintenant), est la seule à avoir le potentiel de conclure des alliances avec les principaux pays d'Amérique latine et d'explorer des voies en dehors de celles de l'Anglosphère. Pourtant, nous nous trouvons dans les griffes de cette Anglosphère.
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L'effondrement de l'hypocrisie internationale

L'effondrement de l'hypocrisie internationale
Alessandro Scassellati
Le problème posé par la conceptualisation du Premier ministre canadien, Mark Carney, sur la fin de « l'ordre international fondé sur des règles » est courant dans les capitales occidentales. L'histoire commence lorsque les élites au pouvoir souhaitent un second mandat pour Donald Trump. Elles sont indignées, mécontentes et inquiètes car certains aspects de ce qui a été infligé au tiers-monde, dans le cadre d'actions auxquelles leurs pays ont participé, sont désormais renversés et utilisés contre elles. L'extorsion, le gangstérisme, la coercition économique et les menaces à la souveraineté territoriale sont perpétrés contre les États faibles et vulnérables de l'alliance occidentale. Ce sont ces mêmes États qui sont restés silencieux ou ont participé lorsque les victimes étaient des pays lointains et « autoritaires » qui ne partageaient pas leurs valeurs.
Le 20 janvier 2025, le Premier ministre canadien, Mark Carney, a prononcé un discours lors de la réunion annuelle du Forum économique mondial (FEM) à Davos. Un chœur d'éloges s'est immédiatement élevé de la part des « capitalistes progressistes » et des médias libéraux-progressistes du monde entier, tant du Nord que du Sud. Carney a indirectement visé le président Trump en affirmant que le monde est « en pleine rupture, et non en pleine transition », indiquant que « les hégémons ne peuvent pas continuer à monétiser leurs relations » et cherchant à indiquer une nouvelle direction dans laquelle « les alliés se diversifieront pour se protéger de l'incertitude... [car] les puissances moyennes doivent agir ensemble, car si nous ne sommes pas à table, nous sommes au menu ». Carney a exhorté les « puissances moyennes » à cesser de se conformer aux régimes qui recherchent l'hégémonie, à cesser d'espérer un retour au passé et, au contraire, à construire de nouvelles coalitions pour survivre à ce qui va arriver. Outre l'utopie du premier ministre Carney concernant la sortie du Canada de la sphère d'influence des États-Unis, deux vérités très importantes ont été présentées.

Avec la présidence Trump, le masque est tombé
Le problème avec la conceptualisation du premier ministre Carney est courant dans les capitales occidentales. L'histoire commence lorsque les élites au pouvoir veulent un second mandat pour le président Trump. En bref, le problème de « l'ordre international fondé sur des règles » (qui n'est pas celui mentionné dans la Charte des Nations unies, mais l'ensemble de règles que les États-Unis ont progressivement inventées pour donner une apparence de légitimité à leur gouvernement unipolaire) provient d'une seule personne : le président Trump. Sans Trump, tout irait bien, comme d'habitude.
Pour Carney et d'autres alliés des États-Unis, l'histoire a commencé en 2025, lorsque Trump a imposé des droits de douane au Canada et à l'Union européenne, extorqué 200 milliards de dollars à la Corée du Sud et 500 milliards au Japon, et finalement menacé de retirer le Groenland au Danemark, allié de l'OTAN.
L'élite de Davos n'a pas réalisé que deux semaines seulement avant le discours « historique » de Carney à Davos, le gouvernement canadien lui-même avait soutenu l'enlèvement du président vénézuélien Nicolás Maduro par Trump . La même élite libérale de l'Union européenne avait réaffirmé son soutien à la démocratie et aux droits humains du peuple vénézuélien, tout en soutenant les violations flagrantes du droit international et de la souveraineté étatique en appuyant l'enlèvement de Maduro.
Pour les alliés des États-Unis, la puissance hégémonique américaine, autrefois fiable, n'agit plus « rationnellement », « conformément aux lois et normes internationales » (mais uniquement selon la « moralité » de Trump), dans l'intérêt de ses alliés, vassaux et suppliants. En d'autres termes, Trump 2.0 est le moment où les États-Unis ont retiré leur masque devant le monde entier.
Cela est en partie vrai dans le sens où le président Trump représente le côté vulgaire, impulsif, agressif, égoïste et destructeur de la politique américaine et de l'empire. Trump s'exprime de manière incohérente par rapport aux anciens dirigeants de l'empire et dit plutôt tout haut ce qui est évident. Un exemple clair est que les États-Unis peuvent voler le pétrole vénézuélien et gouverner le pays .

Le problème de croire en cette ligne de pensée est qu'elle est historiquement fausse, qu'elle justifie les puissants et qu'elle ignore la réalité qui existe au-delà des bulles libérales. Le Premier ministre Carney n'est pas mécontent que le fictif « ordre international fondé sur des règles » touche à sa fin ; il est furieux que la puissance hégémonique impériale, les États-Unis, commence à traiter ses alliés les plus proches de la même manière qu'elle traite le tiers-monde (aujourd'hui appelé « pays émergents » ou « Sud global ») depuis 1945.
Au lieu de tirer profit de l'extraction des richesses américaines et de la répression mondiale du développement pour satisfaire le noyau dur des pays occidentaux, Trump et la puissance hégémonique extorquent et volent désormais leurs alliés, tout en les traitant avec condescendance, en les méprisant et en les rabaissant. (Dans un discours prononcé devant le Parlement allemand le 29 janvier, le chancelier allemand Friedrich Merz a déclaré : « En tant que démocraties, nous sommes des partenaires et des alliés, pas des subordonnés »).
Regarder le monde avec les yeux grands ouverts
Le discours du premier ministre Carey n'a pas fait preuve d'une réflexion honnête sur la contribution du Canada et d'autres puissances intermédiaires à la destruction du droit international, à la violation des droits humains et à l'inégalité mondiale. Pour ceux qui ont la mémoire et des souvenirs de l'histoire récente, les événements qui se sont déroulés depuis le 20 janvier 2025 ne sont pas si différents de ceux des décennies passées. Carney et ses partisans semblent avoir oublié certains faits importants des 40 dernières années, notamment les suivants.
L'invasion militaire américaine de la Grenade et du Panama pour renverser et emprisonner leurs dirigeants . Plus de 500.000 enfants irakiens sont morts à cause des sanctions. La secrétaire d'État Madeleine Albright avait déclaré: «C'est un prix que nous sommes prêts à payer». Mme Albright n'a jamais payé de prix; un demi-million d'enfants irakiens l'ont payé de leur vie.
La guerre d'agression illégale contre l'Irak en 2003, au cours de laquelle le secrétaire d'État Colin Powell a menti au monde entier au sujet des armes de destruction massive . L'occupation de l'Afghanistan par l'OTAN pendant 20 ans , dix ans après la mort d'Oussama ben Laden , qui était apparemment la véritable raison de l'invasion. La destruction de la Libye par l'OTAN et l'assassinat de son président, Mouammar Kadhafi . La nouvelle de la mort violente du président Kadhafi a été accueillie avec enthousiasme par la secrétaire d'État Hillary Clinton, qui a ri et déclaré: «Nous sommes venus, nous avons vu, il est mort». Cette intervention a transformé la Libye, qui était le pays le plus développé et le plus riche d'Afrique, en un État défaillant avec des marchés d'esclaves en plein air .

Le président Obama a soutenu Al-Qaïda dans la sale guerre qui a duré 13 ans contre la Syrie. Jake Sullivan, conseiller d'Hillary Clinton puis conseiller à la sécurité nationale du président Biden, l'a démontré en déclarant: «Al-Qaïda est de notre côté en Syrie». Cette opération allait devenir l'opération Timber Sycamore, l'administration Obama envoyant des milliards de dollars pour soutenir les militants liés à Daech et renverser le gouvernement syrien de Bachar al-Assad. En décembre 2024, le gouvernement du président syrien Bachar al-Assad a été définitivement renversé par les militants de Daech, et Abu Mohammad al-Julani a pris la fonction de président par intérim. Abu Mohammad al-Julani, désormais rebaptisé Ahmed al-Sharaa, avait une prime de 10 millions de dollars sur sa tête offerte par le FBI américain. Cette prime était due à son comportement violent dans la lutte contre l'occupation américaine en Irak et à son ascension ultérieure à la tête de l'EI en Syrie .
Les États-Unis, l'Union européenne et le Canada ont rapidement reconnu l'ancien coupeur de gorges de l'EI comme le dirigeant légitime de la Syrie et ont révisé leur politique de sanctions, retirant Al Nusra [lire EI] de leurs listes d'organisations terroristes. Le président Trump a même reçu al-Julani/al-Sharaa à la Maison Blanche, siège du « monde libre ». Lors de son voyage aux États-Unis, le président syrien [lire : ancien chef de l'EI] Ahmed al-Sharaa a reçu une invitation encore plus légitime à s'adresser à l'Assemblée générale des Nations unies en tant que président syrien. Au cas où le monde aurait manqué sa visite à la Maison Blanche.
Pour de nombreux observateurs aux États-Unis et dans le monde entier, le véritable moment où le masque est tombé a été lorsque les États-Unis et tous leurs alliés, y compris le Canada, ont gardé le silence et ont soutenu Israël dans sa campagne génocidaire visant à détruire le peuple palestinien à Gaza . Une destruction à grande échelle, high-tech et retransmise en direct, du peuple palestinien (plus de 71.000 morts) est devenue virale sur les réseaux sociaux pendant plus de deux ans. Le masque est tombé il y a de nombreuses années, mais seulement en 2026 pour le Premier ministre Carney.
L'importance du discours du Premier ministre Carney
Ce qui précède pourrait sembler être une diatribe visant à se moquer du Premier ministre Carney. Ce n'est que partiellement vrai. Le discours de Carney contenait deux points très importants. Tout d'abord, Carney a affirmé que « pendant des décennies, des pays comme le Canada ont prospéré sous ce que nous appelons l'ordre international fondé sur des règles. Nous adhérons à ses institutions, nous louons ses principes et nous bénéficions de sa prévisibilité. Et grâce à cela, nous avons pu mettre en œuvre des politiques étrangères fondées sur des valeurs sous sa protection.
Nous savions que l'histoire de l'ordre international fondé sur des règles était en partie fausse, que les puissants s'en affranchissaient quand cela leur convenait et que les règles commerciales étaient appliquées de manière asymétrique. Et nous savions que le droit international était appliqué avec plus ou moins de rigueur selon l'identité de l'accusé ou de la victime.
Cela correspond aux points historiques que nous avons rappelés, mais selon Carney, la question ne se pose qu'après 2025. Les relations internationales et la politique étrangère ont toujours été fondées sur les intérêts, et dans le monde des intérêts et du pouvoir, certains sont plus égaux que d'autres. Pour Carney et d'autres dirigeants occidentaux, un monde injuste est acceptable, à condition qu'il leur soit profitable.
Deuxièmement, Carney a déclaré : « Nous ne devons pas laisser la montée en puissance de la force brute nous empêcher de voir que le pouvoir de la légitimité, de l'intégrité et des normes restera fort si nous choisissons de l'exercer ensemble... cela signifie reconnaître la réalité. Cessons d'invoquer l'ordre international fondé sur des règles comme s'il fonctionnait encore comme annoncé. Appelons-le par son vrai nom : un système d'intensification de la rivalité entre les grandes puissances, dans lequel les plus puissantes poursuivent leurs propres intérêts en utilisant l'intégration économique comme arme de coercition. Cela signifie agir de manière cohérente, en appliquant les mêmes normes aux alliés et aux rivaux. Lorsque les puissances intermédiaires critiquent l'intimidation économique d'un côté, mais gardent le silence lorsqu'elle vient de l'autre, nous affichons clairement notre position. Cela signifie construire ce en quoi nous disons croire, plutôt que d'attendre que l'ancien ordre soit rétabli.
Cela nous amène à une deuxième vérité. L'ancien ordre nous était peut-être familier, mais il n'était certainement pas juste, démocratique ou équitable, ni fondé sur les valeurs des Lumières ou l'égalité. L'ancien ordre profitait à la petite minorité des principaux pays occidentaux. Encore moins au monde en développement, qui subissait une violence énorme contre ses États et ses peuples.

Remarques finales sur l'ordre international fondé sur des règles
Aimé Césaire, Franz Fanon et d'autres penseurs postcoloniaux avaient déjà mis en évidence l'hypocrisie occidentale. Dans son ouvrage fondamental de 1950, Discours sur le colonialisme, Césaire démantelait la présomption européenne selon laquelle l'Occident s'était développé grâce à ses colonies et s'était « civilisé » dans le processus. Au contraire, affirmait Césaire, si le colonialisme a enrichi matériellement les puissances impérialistes, il les a également brutalisées sur les plans moral, politique et social. Il a exigé et cultivé une mentalité de supériorité raciale absolue, d'arbitraire administratif et de déshumanisation de « l'autre » pour fonctionner. Pour Césaire, le fascisme européen — en particulier le nazisme — n'était pas une aberration historique, mais un « effet boomerang ». C'était le moment où le modèle colonial de violence, « racialisé, massifié, bureaucratique et impersonnel », s'appliquait sur le sol européen aux corps européens (y compris les Blancs). « Ils ont toléré ce nazisme avant qu'il ne leur soit infligé », a écrit Césaire ; « ils l'ont absous, ils ont fermé les yeux, ils l'ont légitimé, car jusqu'alors, il n'avait été appliqué qu'à des peuples non européens [non blancs] ». Dans cette perspective, le crime d'Hitler n'était ni un génocide ni une guerre d'agression. Le crime d'Hitler était un génocide contre « les Blancs de l'Europe blanche » et une guerre d'agression qui a asservi d'autres Européens. L'horreur de l'Holocauste, dans cette lecture, était le choc de l'Europe face à une version reflétée et intensifiée de sa propre logique coloniale. La description que fait Césaire du leader européen le plus célèbre de l'histoire est une comparaison pertinente avec la situation actuelle (pensons aux meurtres brutaux et aux raids violents de l'ICE à Minneapolis et dans d'autres villes américaines ; voir nos articles précédents: référence infra).
Le Premier ministre Carney, les dirigeants européens et d'autres alliés des États-Unis ne sont pas indignés par la violence, l'injustice et la répression perpétrées pendant les années de leur « ordre international fondé sur des règles ». Au contraire, ils sont indignés, mécontents et inquiets parce que certains aspects de ce qui a été infligé au tiers-monde en développement, dans des actions auxquelles ils ont participé, sont maintenant renversés et utilisés contre eux. L'extorsion, le gangstérisme, la coercition économique et les menaces à la souveraineté territoriale sont désormais perpétrés contre les États faibles et vulnérables de l'alliance occidentale. Ces mêmes États sont restés silencieux ou ont participé lorsque les victimes étaient des pays lointains et «autoritaires» qui ne partageaient pas leurs valeurs. Ils ont encouragé les États-Unis à en arriver là où ils en sont aujourd'hui, en les soutenant et en tolérant leur comportement impérialiste pendant si longtemps parce que cela servait également leurs propres intérêts.
Le Canada (tout comme les pays européens) ne s'est pas contenté de «mettre une affiche à la fenêtre», comme vous l'avez suggéré dans votre discours. Le Canada et les pays européens ont activement participé à la violation du droit international afin d'en tirer des avantages économiques, en appliquant les règles de manière asymétrique (ce qu'on appelle le « deux poids, deux mesures ») pour favoriser leurs intérêts et ceux de leurs alliés. De nombreuses « puissances moyennes » ont colonisé d'autres pays, ont extrait les richesses, les ressources et la main-d'œuvre du Sud et ont renversé les dirigeants démocratiquement élus de ces pays au profit de ceux qui étaient prêts à servir le noyau impérial.

Le gouvernement canadien a aidé les États-Unis à envahir et à occuper l'Afghanistan ; il a feint de ne pas soutenir l'invasion de l'Irak, alors même qu'il y était favorable ; il a contribué à lancer un coup d'État en Haïti ; et il a aidé à renverser des gouvernements et à déstabiliser des sociétés en Amérique latine où ses entreprises possèdent des mines . Le Canada a été un partenaire constant d'Israël dans son génocide des Palestiniens, en violation de la Convention sur le génocide, des Conventions de Genève, du Traité sur le commerce des armes et plus encore. De plus, Carney a longtemps présenté le Canada comme « une société pluraliste fonctionnelle », où « la place publique est bruyante, diversifiée et libre », mais le gouvernement canadien a violemment réprimé toute opposition à sa complicité dans le génocide israélien à Gaza. La police a évacué des campements étudiants dans des universités, arrêté des militants pour avoir critiqué Israël en ligne, criminalisé des actions et des marches de solidarité, mené des raids nocturnes sans préavis au domicile de militants accusés d'avoir endommagé des biens appartenant à des institutions complices et mené des raids avant l'aube contre d'autres personnes qui auraient organisé des blocages d'usines. Le gouvernement canadien a également déployé la Gendarmerie royale du Canada (GRC) sur des terres autochtones non cédées afin d'arrêter violemment les organisateurs et les militants des Premières Nations qui protègent la terre, l'eau et les forêts contre l'extraction des combustibles fossiles. La GRC, dont le précurseur a été créé pour commettre un génocide contre les peuples des Premières Nations au début de l'expansion coloniale, est aujourd'hui déployée par le gouvernement fédéral pour protéger les intérêts des entreprises de combustibles fossiles.
Le Canada, les pays européens et d'autres États coloniaux qui revendiquent un statut occidental indépendamment de leur géographie, comme l'Australie et la Nouvelle-Zélande, ne sont pas des « puissances intermédiaires ». Ce sont des pays qui ont pillé à maintes reprises le Sud global pour construire et maintenir leurs économies au détriment de la grande majorité des populations et de la planète. Ils ne sont pas au milieu ; ils sont au sommet, et ce n'est que maintenant qu'ils ressentent pleinement le poids de ce que signifie être subordonné à une hiérarchie imposée par ceux qui sont plus violents que vous.
Utilisant le langage d'un banquier (après tout, il a d'abord dirigé la Banque du Canada, puis la Banque d'Angleterre), Carney a exhorté les « puissances intermédiaires » à « diversifier » leurs alliances, à réaliser des « investissements collectifs dans la résilience » et à adopter un « réalisme fondé sur des valeurs ». Il a annoncé que le Canada rechercherait « différentes coalitions sur divers sujets fondés sur des valeurs et des intérêts communs », mais qu'il forgerait également des alliances avec d'autres États économiquement puissants tels que la Chine et l'Inde. Il a spécifiquement exhorté les puissances dites intermédiaires à s'unir, soulignant que « si nous ne sommes pas à table, nous sommes au menu ». Surtout, a-t-il affirmé, ces États doivent agir de manière cohérente, « en appliquant les mêmes normes à leurs alliés et à leurs rivaux ».
Le discours du Premier ministre Carney a été salué dans le monde entier pour son caractère théâtral, « affrontant l'agresseur Trump ». Cependant, il s'agissait d'un exercice d'ironie occidentale hypocrite, parsemé de demi-vérités. En résumé, c'était du « non-sens sous stéroïdes ». Carney a souligné qu'une bonne façon de conclure l'effondrement de l'ancien ordre était de ne pas regretter la situation et de se préparer à beaucoup plus de chaos. Le président Trump entame à peine la deuxième année de son deuxième mandat ; trois années d'instabilité et de chaos l'attendent.
Malheureusement, aussi importants que soient l'aveu de Carney et ses appels à la formation de coalitions, on soupçonne que derrière ce jargon se cache un appel aux « puissances intermédiaires » à redoubler d'efforts en matière de capitalisme, d'extraction des ressources, de libre-échange, d'intelligence artificielle et de militarisme (Carney a déclaré à Davos qu'il doublerait les dépenses militaires du Canada d'ici la fin de la décennie). Il s'agit d'un appel à renforcer le néolibéralisme sous prétexte de contrer le fascisme trumpien, alors que ce sont précisément ces décisions qui conduisent à l'ordre international impérialiste auquel Carney prétend s'opposer.

Si Carney est prêt à admettre que l'ordre fondé sur des règles était une imposture, il ne doit pas tenter de le reproduire avec d'autres États occidentaux, mais plutôt forger une véritable solidarité avec le reste du monde. Il doit séparer le Canada des États-Unis non seulement sur le plan économique, mais aussi sur le plan militaire. Et il doit respecter le droit international, que, selon lui, les « puissances moyennes » n'ont que partiellement respecté.
Reconnaître ses propres crimes et privilèges est essentiel si les gouvernements des « puissances moyennes » veulent construire des coalitions significatives et durables qui protègent véritablement les personnes et la planète, et ne se contentent pas de poursuivre leurs propres intérêts à court terme. Si les « puissances moyennes » ne veulent pas subir ce qu'elles ont fait subir aux autres, elles doivent s'engager sérieusement à construire des alternatives avec les dirigeants du Sud et les populations lésées par leurs actions passées. Pas de relations coloniales ni d'accords paternalistes et extractifs, mais de véritables alliances. Elles doivent comprendre comment créer des relations économiques et sécuritaires équitables et réciproques qui ne soient pas fondées sur l'exploitation, l'impérialisme, le militarisme ou la violence. Des relations qui privilégient le bien-être de tous, et pas seulement de ceux qui sont au cœur de l'empire, et qui garantissent la survie et la santé de la planète.
Via Trasform! Italia - Source: https://transform-italia.it/il-crollo-dellipocrisia-sullo...
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Maître et esclave : l'erreur fatale de Marx - Pourquoi Marx a mal compris Hegel

Maître et esclave : l'erreur fatale de Marx
Pourquoi Marx a mal compris Hegel
Alexander Douguine
Alexander Douguine soutient que Marx a mal interprété Hegel, confondant une structure éternelle de la conscience avec un problème historique qui pouvait être aboli.
Le modèle de la relation entre le maître et l'esclave a été examiné en détail par Hegel. Il comporte un aspect intéressant. En fait, Marx a construit sa doctrine de la révolution sur ce passage précis. Le maître lutte, préférant la mort et la liberté (c'est-à-dire que pour lui, la liberté et la mort ne font qu'un), tandis que l'esclave choisit non pas la liberté, mais l'esclavage et la vie. Celui qui choisit la vie choisit l'esclavage ; celui qui choisit la mort choisit la liberté. Ainsi, la mort, la liberté et la maîtrise forment un côté, tandis que la vie, la survie, la production matérielle, le traitement des êtres et l'esclavage forment l'autre.
De cette manière, deux types philosophiques émergent. Notez que nous parlons de types philosophiques. Bien sûr, la tentation est immédiate d'appliquer cela à la sociologie, à l'anthropologie, à l'ethnologie, à la structure de la société et aux classes. C'est exactement ce qu'a fait Marx : il a posé l'existence de maîtres et d'esclaves et l'idée d'un soulèvement des esclaves. Le marxisme repose sur le postulat que l'esclave n'a pas de conscience propre et que, par conséquent, les masses exploitées de la société féodale (ou d'une société encore plus ancienne) ne vivent pas selon leur propre conscience, mais selon celle de la classe dominante. Elles ne se connaissent pas elles-mêmes et ne prennent conscience d'elles-mêmes qu'à travers la conscience des maîtres. Elles manquent de conscience de soi, tandis que les maîtres en sont dotés.
Hegel poursuit en disant que dans la lutte contre la mort, et dans les luttes de la mort elle-même avec ses reflets et ses échos, le maître n'atteint pas l'immortalité au sens plein du terme, bien que ce soit précisément ce qu'il recherche. Au lieu de cela, il acquiert l'esclave. Celui qui s'est enfui loin de lui, qui n'a pas pu supporter son vide et son regard, devient sa proie. Et l'esclave, devenu esclave, a la possibilité de ne pas regarder son maître dans les yeux, de baisser le regard, c'est-à-dire de ne pas regarder la mort en face, et il gagne ainsi la vie, bien qu'il ne soit plus libre. Et que signifie la liberté ? Pour Hegel, la liberté est la conscience de soi, et seule la conscience de soi est liberté. Celui qui est libre est conscient de sa propre conscience — Selbstbewußtsein. Celui qui n'est pas libre ne reconnaît pas son individualité: c'est précisément cela, le manque de liberté. La liberté n'a pas d'autres paramètres. La position sociale, par exemple celle des classes dépendantes exploitées ou des classes dominantes, n'est que la conséquence de la réalisation de certaines orientations et mouvements philosophiques qui se produisent au sein du sujet. Le sujet qui insiste jusqu'au bout sur sa conscience de soi périt ou devient dominant. Le sujet qui échappe à cette résistance, qui s'en retire, grossit les masses, comme le croyaient les Sarmates polonais ou les adeptes hongrois de l'idéologie scythe.
En philosophie, en particulier dans la philosophie hégélienne, tout cela est irréprochable. Bien sûr, en histoire, en sociologie et en anthropologie, on peut trouver des exemples qui confirment ou réfutent cette théorie. Il n'y a pas de projection directe de ces principes sur l'histoire des sociétés humaines. Pourtant, ces observations profondes nécessitent une réflexion approfondie ; elles ne doivent pas être appliquées immédiatement. Marx a tenté de les appliquer, mais dès qu'il s'est légèrement trompé dans les subtilités des modèles philosophiques, ne parvenant pas à mener à bien la réflexion de Hegel, nombre de ses notions sur la nature sociale des processus qui se déroulent dans la société humaine à travers l'histoire se sont révélées incorrectes et erronées.
La dialectique hégélienne de l'esclave et du maître concerne avant tout les structures de l'Esprit subjectif. On peut en tirer
- les conclusions tirées par Marx,
- les conclusions tirées par Gentile,
- et les conclusions tirées par Heidegger.

Si la topographie philosophique est correcte, elle possède un nombre illimité d'applications, de versions, de nuances, de réfutations et de confirmations. En même temps, elle est entièrement indépendante de ses aspects appliqués. La vérité de la philosophie n'est pas vérifiée par l'expérience, mais par une immersion totale dans ses structures et par l'habileté à les naviguer librement, en les corrélant prudemment avec d'autres systèmes métaphysiques.
En tout état de cause, quiconque renonce à la liberté renonce à la conscience de soi. Et quiconque renonce à la conscience de soi est immédiatement placé à la périphérie de la société, ce qui est logique. La conscience de l'esclave est dirigée vers l'extérieur, vers le monde sensoriel, vers les sensations, vers cette apparence (Schein) qui se fait passer pour l'être. Pas vers les phénomènes eux-mêmes, car les phénomènes résident dans le maître, et pour les atteindre, il faut d'abord briser l'immense pouvoir du négatif.
En général, la phénoménologie est l'affaire des maîtres, car affronter le mouvement de la pensée – en particulier la réflexion, le mouvement de la conscience vers elle-même – signifie, pour Hegel, acquérir l'expérience du contact avec la sphère du premier monde suprasensible, où le phénomène se révèle comme phénomène : Erscheinung als Erscheinung. Seul le maître peut se permettre cela, car il évolue vers sa propre maîtrise en lui-même. Puisque l'Erscheinung en tant que phénomène est l'affaire du sujet, la phénoménologie elle-même est l'affaire des maîtres, et non des esclaves. L'affaire des esclaves est la perception sensorielle, la conscience sans conscience de soi. L'esclave philosophique est destiné à être un instrument, une zone intermédiaire au sein de la culture humaine, un territoire frontalier entre le centre magistral et le monde de l'extériorité, une zone d'objectivité négative qui se désintègre et se disperse à mesure qu'elle s'éloigne du centre de la subjectivité radicale, le long des rayons dispersés des essences en déclin.

Ainsi, le maître, ayant acquis l'esclave, se concentre sur le contenu intérieur de la conscience, sur l'aperception, sur la réduction phénoménologique, sur le problème de la culture du sujet radical et royal. L'esclave, en revanche, est envoyé à la périphérie de la conscience afin d'organiser l'expérience sensorielle. Là, il passe à une interaction directe (pour parler en termes kantiens) avec les formes a priori de la sensibilité, avec l'espace et le temps, avec les aspects les plus externes de l'être. L'Esclave produit des choses parce qu'il les cultive. Bien sûr, il est le porteur d'une conscience importante et rationnelle. Il arrange et ordonne les choses ; il les produit, tandis que le Maître se contente de les consommer ou de les détruire. L'Esclave fournit la chose au Maître afin qu'elle cesse d'exister. Le Maître dit : « Apportez-moi ceci ou cela ; je vais maintenant le consommer ou le détruire. » Le maître consomme tout ce qu'il souhaite, puisqu'il apparaît effectivement comme le destructeur de tout ce qui existe et qu'il ne crée pas lui-même. L'esclave crée tout ; le maître ne fait qu'anéantir. Que ce soit dans la guerre, vers laquelle il est naturellement attiré, ou en dehors de la guerre, le maître est engagé dans la destruction. L'idée naïve selon laquelle le maître doit être gentil, aider ses ouvriers (ou ses travailleurs) à peindre les murs, par exemple, est peu réaliste. Le maître ne doit se préoccuper de rien ; il doit être absolument libre de toute prescription, et surtout des prescriptions de ce que pensent les esclaves, car les esclaves doivent faire ce que le maître leur dit, plutôt que de s'adresser à lui avec leurs propres considérations.
Telle est la dialectique de l'esclave et du maître. On peut également observer leur relation différente à la production : ce que le maître détruit ou consomme, l'esclave le crée. Cela a impressionné Marx, qui a décidé qu'à un moment donné, le maître rassemblerait de nombreux esclaves (une classe entière), les assujettirait et ne consommerait que ce qu'ils produisaient. En conséquence, à un moment donné, le maître deviendrait dépendant des esclaves, car s'il n'avait rien à détruire – c'est-à-dire à consommer –, il disparaîtrait, périrait. Il s'avérerait alors que les esclaves, inutiles en eux-mêmes, étaient devenus indispensables à sa survie.
Pourtant, même si nous admettons que cela ne se produira pas (contrairement à Marx) et que la conscience de soi du maître devienne une conscience de soi absolue, ne dépendant de rien, y compris de la classe des esclaves qui lui fournit son contenu ontique, elle deviendrait une concentration de négativité noire, une négation radicale anéantissant tout ce qui existe. Même l'illusion du nicht-Ich ne subsisterait plus, et par conséquent, il n'y aurait plus de monde subordonné, servile, soumis à la destruction par la conscience, c'est-à-dire à la compréhension ou à la connaissance.

Chez Hegel, la discussion porte sur la structure de la conscience qui nous est donnée de manière synchronique. Les phases de la bataille entre deux consciences de soi – la lutte héroïque avec la mort et la désertion qui transforme le guerrier en esclave, la préférence pour la vie au prix du renoncement à la conscience de soi – sont décrites comme séquentielles. Pourtant, dans la structure de Hegel, elles sont synchrones. Il s'agit de moments structurels dans le domaine de la conscience. Il serait tout à fait erroné d'interpréter cela du point de vue de la succession temporelle. Ce qui est présent ici est une séquence logique, et non chronologique ou diachronique. Supposer, comme l'a fait Marx, qu'un moment viendra où le maître deviendra trop dépendant de l'esclave, que la conscience de soi de l'esclave s'éveillera et qu'il se rendra compte que le maître ne peut ni manger ni boire sans lui, et que l'esclave, entrant dans sa conscience, détruira le maître et sa volonté nihiliste, mettra fin à ses efforts pour consommer et anéantir, et créera un monde magnifique pour les travailleurs du socialisme et du communisme, est théoriquement possible. Le libéral hégélien Kojève voyait la résolution de la dialectique maître-esclave dans la société civile, bien que Hegel lui-même ne la considérait possible que dans un État pleinement réalisé du futur, dans une monarchie constitutionnelle.
Néanmoins, sans une analyse structurelle minutieuse de la conscience et une compréhension claire de la nature de la conscience de soi, nous risquons d'obtenir non pas un hégélianisme authentique, mais un hégélianisme inversé, un hégélianisme renversé. L'idée de Marx selon laquelle la conscience prolétarienne reconnaîtra la dépendance du maître vis-à-vis des travailleurs, rejettera la conscience de soi empruntée au maître, renversera le pouvoir des classes exploiteuses et construira une société sans négation, sans conscience négative, fondée sur la pure constructivité et la sensibilité, sans ce sujet maître terrifiant qui constituait l'essence du problème fondamental dans la relation entre l'esclave et le maître, découle d'une compréhension profondément erronée (voire d'un rejet pur et simple) de l'Esprit subjectif et de ses structures, sans parler du Sujet radical.
En fin de compte, si nous adoptons la position de Marx et prenons le parti de l'esclave qui cherche à se libérer du maître, cela revient à reconnaître que la conscience ne peut exister que comme sa propre périphérie sans centre — qu'il n'y a pas de centre du tout et qu'il n'en faut pas, puisqu'il n'en émane que diverses impulsions terribles, dont la principale est la mort. La logique des marxistes est la suivante : si l'on ignore le contenu intérieur de la conscience et que l'on s'accroche à l'être extérieur — ou même plus loin encore, dans le domaine de « l'attitude naturelle » de Husserl, au-delà des limites de la conscience —, alors seulement le bonheur, l'immortalité et l'égalité peuvent être atteints, et le Moyen Âge, l'exploitation et la domination peuvent prendre fin pour toujours. En poussant cette logique jusqu'à sa conclusion, nous arrivons à la conclusion que dans un tel cas, il ne resterait non seulement aucune philosophie et aucun sujet radical, mais finalement aucun être humain.

Il est donc extrêmement important de concevoir toutes les phases et étapes de la formation du couple Maître (en tant que sujet et porteur de conscience de soi) et Esclave (en tant que porteur de conscience subordonnée) comme une configuration immuable – en un certain sens « éternelle » – de la structure anthropologique. En ce sens, un Hegel compris (lu) de manière synchronique peut s'appliquer aussi bien aux sociétés anciennes, médiévales que modernes. Parfois, cela apparaît de manière évidente, parfois sous une forme voilée (par exemple, à travers diverses procédures de la société civile, où l'on ne rencontre plus de revendication directe de maîtrise absolue), mais la domination elle-même – et Marx a tout à fait raison sur ce point ! – ne disparaît pas dans la démocratie et la société civile, dans le capitalisme ; au contraire, elle ne fait que devenir plus totale. En tout état de cause, si l'on examine de près ces sociétés, l'axe maître/esclave se révèle inévitablement. Derrière toutes les revendications d'égalité de la démocratie moderne – que les esclaves ont enfin pris le pouvoir et aboli les hiérarchies, qu'il n'y a plus de maîtres au-dessus d'eux et que, par conséquent, les esclaves ne sont plus des esclaves mais des membres respectés de la « société civile » – se cache une réalité tout autre, beaucoup plus proche du couple hégélien. Les élites dirigeantes de la démocratie – en particulier dans le contexte de la mondialisation – s'efforcent plus que jamais d'exercer un contrôle total sur la conscience des masses, en y projetant leur volonté, en la chargeant de faux substituts et en « annulant » sans pitié toute tentative des masses de s'éveiller et de remettre en question l'idéologie dominante (le plus souvent libérale ou libérale de gauche). Dans la société libérale, une autre édition du Maître remplace la classe dirigeante : il porte un nom différent, a une apparence différente, est d'un style nouveau. Pourtant, la domination ne peut être abolie sans abolir l'être humain, sans détruire la société, sans annuler la pensée et la philosophie. L'absence de domination nécessiterait l'absence de l'humain.
Le postmodernisme, ou le courant posthumaniste dans la culture, arrive progressivement à une conclusion aussi radicalement égalitaire. La libération de la hiérarchie est possible en même temps que la libération de l'humain. Là où il y a un être humain, la différenciation entre l'esclavage et la maîtrise apparaîtra inévitablement à un certain niveau, même au sein d'une seule et même entité. D'où la verticalité de l'humain ; d'où la domination de l'esprit (la tête) sur les autres organes. En effet, tout ce qui touche à l'humain est l'histoire de la dialectique de l'esclave et du maître, qui, en principe, n'a pas subi de changements majeurs tout au long de l'existence de l'humanité. Oui, elle se déploie sous différentes formes et combinaisons, mais les maîtres et les esclaves — sous diverses formes, combinaisons, sous différents masques, avec différents modèles d'institutionnalisation — existent toujours, qu'ils le sachent ou non, qu'ils le reconnaissent ou non. Les esclaves peuvent ne pas se douter qu'ils sont esclaves, mais les maîtres agissent toujours avec une image plus responsable, même s'ils la dissimulent souvent, la déforment ou même nient son existence.
A. G. Douguine, La phénoménologie de Hegel — Une expérience d'interprétations transversales, Projet académique, Moscou, 2024.
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jeudi, 12 février 2026
La dictature des libéraux

La dictature des libéraux
par Diego Fusaro
Source: https://socialismomultipolaridad.blogspot.com/2026/02/la-dictadura-de-los-liberales.html
Argent créé à partir de rien et exploitation: la dictature financière des seigneurs apatrides de la notation
Sur la base de la nouvelle alchimie bancaire, qui transforme le papier imprimé en or et, en outre, en chaînes inoxydables de l'endettement, la classe liquide-financière des seigneurs de la globocratie sans frontières a acquis le monopole de la creatio ex nihilo de la monnaie et de la notation (c'est-à-dire du montant que les entités publiques ou privées paient pour obtenir de l'argent). Le monde entier est endetté envers la classe dominante pour la simple raison que l'on progresse en accumulant des intérêts. La virtualisation luciférienne de la turbofinance a en effet conduit à la création, ex nihilo, d'immenses valeurs comptables, mais sans fondement réel, ainsi qu'à des bulles immobilières et boursières, à des effondrements et à des récessions. Ainsi, profitant des actifs toxiques et de la fraude financière évidente, le Seigneur mondial-élitiste renforce de plus en plus sa domination sur le Serviteur national-populaire appauvri : grâce à son propre pouvoir, il impose aux gouvernements ses propres choix, en finançant certaines politiques spécifiques et en en définissant d'autres.
Plus précisément, la classe usurière au pouvoir épuise et dirige l'État à l'aide des leviers de la dette et des notations : ainsi, les politiques sont dictées par les marchés spéculatifs. Elle hégémonise également progressivement la recherche scientifique, l'éducation et la juridiction.
Le mystère du grand commerce bancaire réside dans le fait que les banques perçoivent des intérêts sur de l'argent qui n'est pas réellement disponible et prétendent le prêter en ouvrant des crédits comptables à un coût qui, en fait, est nul pour elles. La classe turbo-financière des mondialisateurs et des banquiers, qui apparaissent et agissent de plus en plus comme les détenteurs du monopole planétaire de l'argent, génère de l'argent ex nihilo et, à travers lui, retire le pouvoir d'achat de la société sans rien donner en échange : elle le rectifie, le prête avec intérêts, puis se le fait rembourser avec de l'argent produit par le travail de la classe dominée par le peuple national.

Dans cette perspective, où les mauvaises entreprises transfèrent les coûts vers la communauté et déversent les actifs de l'entreprise dans de nouvelles entreprises qui sont rapidement privatisées, il est clair comme le jour que les banques ne se limitent pas à servir d'intermédiaires dans l'épargne et à exercer le crédit. Elles créent également de l'argent. Ce que l'on appelle la « seigneurie » consiste en un tel geste de prise de pouvoir d'achat de la richesse réelle en l'absence d'une valeur réelle donnée en échange. Il s'agit, en d'autres termes, du pouvoir d'émettre de la monnaie dont le pouvoir d'achat est indépendant de sa propre valeur.
Comme nous le savons, à ses débuts, le capital s'est constitué sur la base de « l'accumulation primitive », décrite dans le chapitre XXIV du premier livre du Capital. Le nouveau capitalisme totalitaire absolu connaît aujourd'hui une sorte de seconde accumulation primitive, d'origine financière.
Il ne se concentre plus sur l'expropriation forcée des terres communales, mais sur l'émission de nouvelle monnaie ex nihilo par les seigneurs de la bancocratie et du core business [activité principale] et, de cette manière, ils acquièrent unilatéralement pour eux-mêmes un pouvoir d'achat de biens et de services sur le marché, à partir duquel ils exercent leur pouvoir. Si la première accumulation a été violente, celle-ci est silencieuse et anonyme, mais non moins tragique dans ses effets. C'est la seule façon d'expliquer la crise américaine de 2007, ainsi que - pour nous limiter à l'Italie - la perte d'environ 40% du pouvoir d'achat du peuple italien avec le passage de la lire à la monnaie unique, l'euro. Cet aspect révèle en outre que la mondialisation est aussi – et non pas secondairement – un processus par lequel la production de biens et de services se traduit par une dépendance monétaire et créditrice envers un système bancaire privé de plus en plus post-national.
La prophétie (néfaste) de Karl Marx sur le capitalisme financier actuel
Dans le troisième livre du Capital, le philosophe allemand avait anticipé l'établissement d'une nouvelle aristocratie financière composée d'usuriers et de parasites vivant grâce à des escroqueries bancaires et à des vols légalisés.
Le troisième livre du Capital de Karl Marx anticipe ce qui a été réalisé dans le cadre du nouvel ordre mondial après 1989, à savoir la mise en place d'une nouvelle aristocratie financière composée d'usuriers et de parasites qui vivent grâce à des escroqueries bancaires et à des vols légalisés. C'est ainsi que Marx écrit à propos de la création financière du capital :
« Elle reproduit une nouvelle aristocratie financière (neue Finanzaristokratie), une nouvelle catégorie de parasites sous la forme de concepteurs de projets, de fondateurs et de simples directeurs nominaux ; tout un système de fraude et de tromperie lié aux fondations, aux émissions d'actions et au commerce des actions. »
Marx suit en effet comment le passage de la société industrielle à la société financière se caractérise également par le passage de la richesse productive et entrepreneuriale à la richesse parasitaire et au vol propres au « capitalisme financier », comme l'appelait Luciano Gallino. Chassée par la Révolution française et la bourgeoisie industrielle, l'aristocratie féodale s'est relevée sous la forme sans précédent de l'aristocratie financière évoquée par Marx, désormais installée au pouvoir dans le cadre du capitalisme absolu et financier après 1989. Claudio Tuozzolo l'a souligné dans son essai « République : travail, décroissance ou finance ? Marx et le capitalisme des revenus financiers » (2013), auquel nous faisons référence ici.
Il n'y a plus de travail, mais le revenu redevient l'axe du mode de production néo-féodal du capitalisme flexible. Selon les termes de Marx à propos de l'aristocratie financière, « le profit se présente exclusivement sous forme de rente » et « le profit total est empoché uniquement sous forme d'intérêts, c'est-à-dire qu'il s'agit d'une simple compensation pour la propriété du capital ». La différence entre le capitalisme industriel et le capitalisme financier, qui ne s'est concrétisée que récemment, est déjà clairement soulignée par Marx, qui montre comment, avec le capitalisme financier, la classe moyenne et le monde des affaires finissent par se dissoudre.
Si, en effet, dans le capitalisme entrepreneurial, le capital est « la propriété privée des producteurs individuels », avec l'avènement de l'économie financiarisée, il se produit une séparation entre la propriété et les producteurs : la conséquence paradoxale est que, selon les termes de Marx, au sein même de la production capitaliste, on assiste à « l'annulation de l'industrie capitaliste privée ». Le producteur capitaliste est désormais remplacé par le spéculateur financier : si le premier risquait son propre capital accumulé, le second risque une propriété qui ne lui appartient pas et affirme que « d'autres épargneront pour lui ».
Au sommet de la dynamique d'absolutisation et d'autonomie de l'économie en tant que processus autoréférentiel, le capitalisme financier de la phase absolue ne repose plus, comme l'écrit, sur « les individus réellement actifs dans la production, du gestionnaire au dernier journalier ». Ces derniers sont utilisés par l'économie financière comme ses outils, comme des fonctionnaires de la croissance infinie de la valeur : ils se contrôlent mutuellement et sont soumis à des sanctions inflexibles, articulées contre quiconque ne remplit pas au mieux sa fonction d'agent de valorisation. Le capital dévore ses propres agents.
Le capital gagne parce qu'il nous demande d'être le pire de nous-mêmes
La réalité dépasse souvent la fantaisie. À partir de 1989, la classe dominée et surexploitée s'est mise à lutter pour défendre un monde socio-économique auquel, après une analyse minutieuse du schéma des relations de pouvoir, elle devrait résolument tourner le dos en vue d'obtenir sa libération. D'autre part, tout le monde peut le voir : le sophisme de la « main invisible », le mythe de la coïncidence entre les intérêts privés et le bien-être public, a révélé sa véritable nature illusoire. Une fois son voile trompeur disparu, le capital s'est révélé dans toute sa cruauté : il a clairement montré, selon les termes de l'Introduction à la métaphysique de Heidegger, « la fuite des dieux, la destruction de la terre, la massification de l'homme, la prévalence de la médiocrité », c'est-à-dire ses véritables fondements. Et pourtant, même en marge des tragédies sociales qu'il produit constamment, le capital reste l'objet d'une foi inébranlable et omniprésente, enracinée également chez ceux qui, en le combattant, ne feraient que perdre leurs chaînes.
Comme je l'ai dit dans Minima Mercatalia. Philosophie et capitalisme (2012), chaque ventre vide continue de représenter un argument non négligeable contre cet ordre de production « sensiblement suprasensible » (Marx), qui a fait de la vie elle-même une lutte cannibale pour la survie. Et pourtant, les ventres vides, chaque jour plus nombreux, continuent d'attester le credo quia absurdum de la religion du libre marché et des homélies des thaumaturges du néolibéralisme. S'ils se soulèvent – ce qui n'arrive en réalité que très sporadiquement –, ils ont tendance à le faire contre ce qui pourrait mettre en danger le contrôle systémique de l'ordre désordonné du fanatisme économique.
Cet aspect doit bien sûr être mis en relation avec l'anthropologie persuasive généralisée par le capital, une anthropologie centrée sur le profil de l'individu sans gravité et sans limites, de sorte que tout désir coïncide avec un droit qui doit être satisfait par le consumérisme et sans délai : la vie, c'est maintenant, comme le répète sans cesse l'affirmation salutaire de la société du spectacle permanent.
Et même sans la discrimination de classe sur laquelle repose l'ordre globocratique – dans sa lutte perpétuelle contre toutes les formes de discrimination qui ne coïncident pas avec l'ordre économique de plus en plus oppressif –, les défaites de la mondialisation continuent d'adhérer avec enthousiasme au projet du capital.
Elles le font parce qu'au final, il ne nous demande que d'être indifférents et de montrer sans inhibition le pire de nous-mêmes. Le cynisme, la cupidité, l'avarice, la débauche, l'égoïsme et toutes les autres prérogatives que les religions et la morale du passé avaient unanimement diabolisées comme des vices pernicieux sont, dans un mouvement inverse, élevées par l'anthropologie capitaliste au rang de qualités favorables à l'individu déraciné, dont le soulagement de la responsabilité pour tout ce qui l'entoure est loué comme le fondement même de sa réussite entrepreneuriale et de l'affirmation de son propre moi.
La civilisation, dans son ensemble, peut également être comprise comme une tentative ardue d'élever l'animal humain au-dessus de sa condition purement animale, en l'éduquant et en l'incitant à développer les déterminations qui le distinguent proprement des autres animaux. Pour sa part, l'anthropologie inhérente au capital est régressive : elle sacrifie l'humain sur l'autel de la bête et transforme en impératif catégorique la simple observance du principe d'animalité, les pulsions immédiates et la satisfaction anormale de son propre plaisir individuel sans report ni règles. C'est là que réside sa force magnétique attractive de religion d'immanence et d'égoïsme.
La politique a perdu. Le marché a donc tué les idéologies
S'appuyant sur la mystique libérale de l'intervention thaumaturgique des marchés autorégulés, la dérégulation libérale correspond à la dépolitisation de l'économie soustraite à la gestion démocratique possible par le peuple souverain. Cela marque, comme on l'a dit, l'apogée de la dés-éthisation, dans la mesure où, suivant les traces de Hegel, l'État s'érige en idée vivante de la réalité éthique et, plus généralement, en garant des « racines éthiques » qui imprègnent le monde de la vie et les connexions communautaires intersubjectives. On ne peut pas dire que le rêve néolibéral se soit réalisé tant que les « dentelles et les broderies » de l'État sont le dernier bastion survivant de la primauté du politique sur l'économique, du choix démocratique sur la volonté oligarchique incontrôlée, des communautés sur l'élite néo-féodale et ploutocratique pour empêcher l'avènement du laissez-faire planétaire et de l'anarchie commerciale.
Selon la grammaire de Carl Schmitt, c'est le moment où les processus convergents de « dépolitisation » (Entpolitisierung) et de « neutralisation » (Neutralisierung) deviennent réalité. Tout « centre de référence » symbolique autre que celui de l'économie élevée au rang de seule source de sens est neutralisé ; et, dans cette voie, nous avançons vers une dépolitisation complète. La capacité résiduelle de la force politique à contenir et à gouverner l'économie - de plus en plus déconnectée - est désarticulée. La dépolitisation de l'économie est déterminée par la dé-souverainisation, c'est-à-dire par l'anéantissement de l'espace réel d'action des politiques des États nationaux souverains en tant qu'instances éthiques capables de contenir et d'orienter l'économie en fonction des intérêts de la communauté.
Ainsi, la « tendance à séparer le pouvoir de la politique » apparaît comme la raison d'être du nouveau système du marché absolu. Cela réfute en outre la célèbre thèse de Ferguson dans son Essai sur l'histoire de la société civile (1767), selon laquelle « les arts du commerce et de la politique ont progressé ensemble, tout en se préservant »: en admettant, avec Ferguson, qu'il y a eu dans le passé un entrelacement aussi progressif, celui-ci semble aujourd'hui manifestement dissous ; avec pour conséquence que les nouveaux arts du commerce et de l'économie numérique sans frontières progressent en anéantissant les espaces de la politique. À travers la dépolitisation de l'économie et l'anéantissement de l'État souverain démocratique, s'établit la « domination de l'économie sur la société » et la souveraineté absolue du capital financier, selon les termes de Lukács. Ce dernier décompose le droit du travail, les contrats nationaux, le droit constitutionnel et les acquis sociaux en défense des subordonnés.
Les processus mutuellement innervés de Neutralisierung et d'Entpolitisierung se projettent clairement dans un fait nouveau, qui marque également une rupture par rapport au « petit siècle » : pour la première fois, la société dans son ensemble ne représente plus sa propre dynamique globale à travers la politique, ni n'est considérée comme susceptible d'être transformée par des projets politiques visant à remodeler l'existant. Dans le triomphe de la période post-politique, la dimension antérieure de la politique et ses passions fortes sont remplacées par l'épanouissement de formations idéologiques micro-sectorielles de faible ou nulle importance. Il s'agit, entre autres, du féminisme et de l'écologisme, du fondamentalisme religieux et du nationalisme tribal.
Ces formations idéologiques fragmentent de manière prismatique l'ensemble de la société en dichotomies partisanes sur lesquelles elles reposent. Elles sont donc intrinsèquement inadaptées à tout projet politique visant à reconstituer la société aliénée sur de nouvelles bases. C'est également en vertu de cela que les idéologies post-politiques susmentionnées sont finalement fortement conditionnées et limitées, dans leurs applications pratiques, par l'idéologie omniprésente du marché, qui agit comme un fond idéologique constant, souvent inconscient. Le politicien, quant à lui, est lié à la dimension du choix et de la décision, dans un espace où s'affrontent de manière dialogique différentes idées sur l'orientation générale et globale de la vie associative et l'organisation collective de l'existence : or, cet espace, abandonné par la politique, a été livré au marché lui-même et donc réabsorbé par l'économie.
L'entreprise sanitaire et la marchandisation du langage
Tout devient marchandise, avait prévenu Marx en 1847. Marx ne pouvait peut-être pas prévoir que même le ventre des femmes et l'école le deviendraient aussi. Cependant, son diagnostic était clair et, après tout, s'il était bien compris, il permettait de prédire la marchandisation totale qui a lieu aujourd'hui. De l'économie de marché dans laquelle Marx a vécu, nous sommes passés indifféremment à la société de marché, dans laquelle il n'existe aucun paramètre qui résiste à la «marchandisation omniprésente» (Latouche). Même les écoles, les hôpitaux et les utérus des femmes.
Selon Foucault, le lien avec le marché est devenu un « a priori historique », c'est-à-dire une condition de réalité pour chaque affirmation et chaque représentation de la signification de la pensée. Tout ce que nous disons et pensons est dit et pensé sur la base de la forme des biens comme condition inéluctable de la possibilité d'énoncer et de penser le réel.
Avec Heidegger, nous sommes parlés par le langage : c'est en lui que se cristallise l'esprit du temps. Notre lexique, parfois sans que nous nous en rendions compte, est colonisé par la forme des biens. Même la sphère sentimentale, qui semble être la plus hétérogène par rapport à la forme de la marchandise, en est profondément imprégnée : ne parle-t-on pas depuis quelque temps d'« investissement affectif » ?
À l'instar du « Je pense » kantien, les biens doivent pouvoir accompagner toutes mes représentations. Jamais auparavant la forme des biens n'avait été élevée au rang de moyen de communication total d'une culture. Jamais auparavant le réel et le symbolique n'avaient été complètement marchandisés.
Dans les limites du capitalisme totalitaire, monde dont nous sommes les habitants, l'individu est soumis au capital non seulement en tant que vendeur de main-d'œuvre (qui est, de surcroît, précaire et flexible à notre époque). Son incorporation est en soi absolument totalitaire, puisqu'elle se produit tant dans la culture que dans les loisirs, dans l'éducation comme dans la maladie, et même dans la mort. Il n'y a aujourd'hui aucun domaine de la vie nue qui puisse échapper aux griffes mortelles du capital.
Dans le passé, le capital s'arrêtait aux portes de l'usine. Aujourd'hui, il les a franchies et s'est emparé de toute la vie, de la pensée et de l'imagination.
Ainsi, le modèle de l'entreprise totale prévaut : tout devient entreprise, même les écoles. En raison de cette dynamique entrepreneuriale initiale, les hôpitaux ont désormais laissé place à des « agences de santé », selon la logique de la marchandisation de la santé et des soins de santé eux-mêmes. La santé n'est plus un droit social incontournable, mais est devenue une marchandise parmi tant d'autres.
Le cannibalisme libéral. Comment les citoyens sont devenus des consommateurs
Le pouvoir apolitique de l'économie peut aujourd'hui s'exercer sans entrave dans l'arène mondialisée et dénationalisée, hors de portée de la politique. L'« anarchie commerciale » dénoncée par Fichte correspond à la déréglementation actuelle du laissez-faire mondial du code néolibéral. Le capitalisme réglementé ne peut exister, car son essence est la désobéissance, l'entropie efficace qui dépasse toute norme visant à freiner et à limiter les dynamiques autoréférentielles de la croissance infinie.
Présentée à travers l'utilisation autorisée et liturgique de la langue anglaise comme un nouveau latin, la déréglementation n'est finalement rien d'autre que la dynamique de libération des formes et des réglementations qui entravent l'innovation techno-capitaliste, garantissant en échange des protections juridiques pour les travailleurs et la communauté humaine, les démocraties et les droits. Pour que cette déréglementation soit pleinement possible, il est bien sûr nécessaire de déconstruire la conscience oppositionnelle de la masse nationale-populaire (ce qui a été fait avec succès), mais aussi de dés-souverainiser les États, en éliminant les conditions de toutes les manœuvres possibles de leur gestion de l'économie.
La gestion de l'économie est rendue impossible par l'annulation de l'espace politique des États souverains et, symboliquement, par la diabolisation a priori de tout projet de gouvernement politique de l'économie elle-même, déjà qualifié de totalitaire.
Cela est également possible, et ce n'est pas secondaire, par le fait que le libéralisme, d'une manière totalement non vérifiée, a été pacifiquement accepté comme le nec plus ultra de la philosophie politique et comme la cour suprême devant laquelle tous les régimes politiques qui ne s'appuient pas sans réserve sur lui sont convoqués et appelés à se disculper.
La politique elle-même, après 1989, réduite presque entièrement à une continuation de l'économie par d'autres moyens, n'accepte pas les mouvements, les factions et les partis qui n'ont pas juré fidélité éternelle au discours libéral : avec pour conséquence évidente que, dans le triomphe du faux pluralisme qui cache la véritable nature du totalitarisme glamour, seuls le libéralisme de droite, le libéralisme centriste et le libéralisme de gauche s'affrontent toujours. Quel que soit le camp victorieux, c'est le libéralisme qui l'emporte, mais avec une intensité et des couleurs changeantes.
C'est également grâce à la déréglementation que la condition néolibérale peut être caractérisée, non sans raison, par la privatisation complète de ce qui, même avant 1989, était considéré comme des biens communautaires indisponibles (de la santé au logement, en passant par l'éducation). Le cœur secret du capital et son élan atavique d'acquisition fondé sur l'asymétrie du lien entre seigneurie et servitude, l'esprit individualiste du profit illimité, continuent sans relâche à recourir à la pratique de la clôture, privatisant le public et transformant les biens et droits communs en biens achetables.
Le cannibalisme libre, typique de la norme de compétitivité antagoniste, occupe à nouveau les espaces de solidarité communautaire ; il redéfinit comme des objets de consommation accessibles à partir de la valeur d'échange ce qui était auparavant des droits inaliénables. Les figures interconnectées de citoyenneté et de citoyen fondées sur l'éthique de l'État national souverain sont éclipsées, remplacées par de nouveaux profils de clientèle et de consommation, avec au centre la forme des biens et la valeur d'échange réparties différemment. Avec la grammaire de l'essai marxiste Sur la question juive, le profil de l'individu privatisé s'est mondialisé, non pas celui du citoyen, qui est en réalité en train de s'éclipser, mais celui du bourgeois, qui construit ses relations sur la base du théorème de la sociabilité malheureuse.
20:15 Publié dans Actualité, Philosophie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, diego fusaro, libéralisme, néolibéralisme, turbocapitalisme, bancocratie |
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