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vendredi, 11 juin 2021

Les origines du monothéisme

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Les origines du monothéisme

par Thomas Ferrier

Ex: http://thomasferrier.hautetfort.com

L’idée d’un dieu unique créateur est neuve à l’échelle de l’histoire humaine. Elle a connu quatre expressions différentes : le culte d’Aton suscité par le pharaon Amenhotep IV dit Akhenaton ; le mazdéisme iranien autour de la figure centrale du dieu Ahura Mazda (ou Ohrmazd) suite à la réforme zoroastrienne qui, toutefois, ne supprima pas les autres dieux mais les plaça en position subalterne sous la forme d’anges adorables (en vieux perse yazata, en farsi ized) ; le monothéisme abrahamique sous forme nationale (judaïsme) ou internationale (christianisme, islam) ; enfin le monothéisme païen né en réponse à l’émergence du précédent.

Selon les principes du monothéisme abrahamique, l’humanité aurait été monothéiste avant de sombrer dans le polythéisme et de ne s’en extirper que sous la conduite de prophètes (Moïse, Jésus, Muhammad) porteurs d’une vérité élémentaire. Selon en revanche les historiens, le polythéisme est la religion première de l’humanité et il peut ensuite évoluer en hénothéisme (honorer un seul dieu mais sans nier les autres dieux) et enfin en monothéisme (honorer un dieu unique à l’exclusion de tout autre).

Pour prendre l’exemple spécifique des origines du judaïsme à partir duquel d’autres monothéismes, cette fois universalistes, vont se forger, la religion originelle est le polythéisme cananéen tel que décrit dans les documents retrouvés à Ugarit en Syrie. C’est un panthéon classique organisé avec plusieurs divinités principales dont au sommet est placé le dieu El (qu’on pourrait traduire par « Dieu » ou par « le dieu El ») qui est la divinité céleste principale mais qui est un souverain assez éloigné des hommes et qui règne sur l’univers avec son épouse Elat (féminin d’El), également appelée Asherah, et qui deviendra la parèdre de Yahweh (« grande reine du ciel ») jusqu’à sa répudiation au sein de la communauté judéenne de Babylone, après qu’elle y ait été transplantée par les Assyriens.

12811.jpgLe monde des hommes est gouverné par un autre dieu, fils aîné d’El, et qui est le dieu Hadad (« le tonnant ») plus connu sous le surnom de Baal, « le seigneur ». Il gouverne depuis le Mont Saphon sur lequel se trouve son trône et son palais. C’est un dieu héroïque, qui combat le dragon Lotan (Leviathan) envoyé contre lui par le dieu des océans Yam, avec l’appui de sa sœur la déesse Anat, vierge guerrière qui rappelle par certains aspects Athéna, et qui est surnommée Baalit, « la dame ». Il a pour parèdre généralement la déesse de l’amour et de la fertilité, mais qui peut aussi apparaître comme une déesse guerrière, à savoir Ashtoreth (nommée Ishtar à Babylone et Astarté par les Grecs). D’autres divinités complètent ce panthéon : la déesse du soleil Shapash (en Canaan, le soleil est féminin), le dieu de la lune Yarih (dont le nom a pu servir à former celui d’Yah ou Yahu, variante archaïque du nom de Yahweh), le dieu de l’aurore Shahar (Aurore masculine chez les peuples ouest-sémitiques) et ses deux fils Helel (« Lucifer ») et Shelim (« crépuscule »), le dieu de la guerre et des épidémies Reshef, le dieu médecin Eshmun ou encore le dieu du feu et de la forge Koshar.

Chaque tribu cananéenne a développé toutefois un dieu ethnarque ou poliade, un aspect plus local du dieu Baal qui protège spécifiquement cette tribu. On retrouve un phénomène assez comparable au sein des tribus celtiques dont toutes disposent d’un « teutates » ou dieu « père de la tribu ». C’est ainsi que des divinités comme Yahweh, Milqom et Kemosh, au même titre que le dieu Ashur des Assyriens ou que Marduk à Babylone, sont les divinités ethnarques de différentes tribus. Il apparaît ainsi que la tribu honorant Yahweh a réussi à s’imposer aux autres tribus et à imposer leur divinité ethnarque aux autres. Par la récupération du sanctuaire cananéen commun de Jérusalem dédié au dieu El Elyon, « El le très haut »), la tribu de Yahweh parvient à donner à sa divinité locale un rôle de dieu souverain. Yahweh finit ainsi par récupérer les fonctions des autres divinités, pour devenir un dieu forgeron comme Koshar, un dieu guerrier (Sabaoth) et de l’orage comme Baal, avec lequel son culte sera en rivalité.

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Au moment où les Assyriens détruisent le temple et déportent les élites judéennes à Babylone, comme ils l’ont fait avec d’autres peuples vaincus, le culte de Yahweh n’est pas celui d’un dieu unique mais celui d’un échanson d’El confondu avec El lui-même et ainsi époux d’Elat Asherah. Le processus de déracinement va faire évoluer cet hénothéisme en monothéisme car cette défaite n’est pas considérée comme la victoire d’un dieu sur un autre mais comme une punition divine qu’Yahweh a imposée à son peuple en expiation de son association avec d’autres divinités. Le monothéisme en faveur d’un dieu jaloux implique le rejet des autres divinités dans un premier temps et à terme la négation même de leur existence. C’est ainsi que suite à ce traumatisme le monothéisme naît véritablement et sera imposé ensuite, après le retour de ces élites en Judée suite à la mesure de libération engagée par le roi perse Cyrus, aux populations restées sur place.

Le monothéisme ne naît pas de la victoire face à des ennemis mais de la défaite et de la mauvaise conscience. Là est son étrange mystère qui fait dire à Nietzsche qu’il s’agit d’une « inversion de toutes les valeurs. »

Thomas FERRIER

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mardi, 08 juin 2021

Religion cosmique et folklore: l'Europe de Mircea Eliade

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Religion cosmique et folklore: l'Europe de Mircea Eliade

Par Luca Siniscalco

Ex: https://www.grece-it.com/2021/03/28/religiosita-cosmica-e-folklore-leuropa-di-mircea-eliade/         

"Tant de gens ont reproché à Eliade de ne pas être resté en Inde. Nous devons nous réjouir, au contraire, parce qu'il a accepté de se compromettre lui aussi, ici avec nous, et voir en cela un renoncement plus important que le renoncement contemplatif. Accepter l'histoire me semble être le plus grand héroïsme."

(E. Cioran, Mircea Eliade et ses illusions, 1936)

Mircea Eliade (1907-1986) est connu, même du grand public, comme l'un des plus importants historiens des religions du 20ème siècle. Pour certains, il est le plus important. Ce titre, obtenu en vertu de la richesse et de la profondeur de ses interminables recherches et productions scientifiques, doit cependant être associé, pour se faire une idée organique de l'auteur, à son activité culturelle "non académique" si particulière et si débordante. C'est précisément dans cette partie de son opus, qui se compose de romans, de nouvelles, de pièces de théâtre, d'articles de journaux, de pages de journaux intimes et de lettres (pensons à la splendide anthologie épistolaire avec Emil Cioran), qu'Eliade exprime tous les "non-dits" - pour reprendre une expression efficace de Marcello de Martino - de sa spéculation. La "sphère diurne" de son génie est ainsi flanquée d'une "sphère nocturne". Au cœur de cette prose, à la fois intime et métaphysique, Eliade se révèle un intellectuel curieux et passionné, un enquêteur sismographique, au sens jüngerien - et ce n'est pas un hasard si, avec le ‘’Contemplateur solitaire’’, il a dirigé pendant une dizaine d'années l’excellente revue Antaios -, un rhapsodiste des interférences entre le visible et l'invisible.

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Dans l’ensemble de ce type d'écrits sont également inclus les entretiens accordés par l'auteur à plusieurs grands intellectuels de son temps. L'un des plus célèbres est celui avec l'écrivain français Claude-Henri Rocquet, qui est devenu un livre avec le titre La prova del labirinto (1978). Les dialogues contenus dans Mythes des origines et Rythmes cosmiques sont également importants. Il y a aussi Conversations (1973-1984), un texte récemment publié par Bietti et édité par Andrea Scarabelli et Horia Corneliu Cicortaş, dont s'inspire le présent article. Le volume rassemble également quatre entretiens avec Eliade, réalisés entre les années 1970 et 1980 par Alain de Benoist, Jean Varenne, Alfredo Cattabiani et Fausto Gianfranceschi. Avec une approche fluide et populaire, Eliade aborde certains des points fondamentaux de sa doctrine: la méthodologie herméneutique morphologique et comparative appliquée à l'histoire des religions, la dialectique hiérophanique, l'essence ontologique et cosmogonique du mythe, la fuite de l'histoire, la démythologisation à l'ère de la sécularisation, les "nouveaux mythes" modernes, le "camouflage du sacré dans le profane".

Il en ressort également une question sur laquelle les critiques d'Eliade se sont rarement attardés, mais sur laquelle Eliade lui-même a développé des intuitions brillantes - même si elles n'étaient pas du tout systématiques: la recherche et la problématisation des racines et des perspectives métaphysiques de la tradition européenne. Déjà dans le Traité d'histoire des religions (1948), Eliade, dans sa construction de l'architecture universelle, avait attribué une importance particulière à l'étude comparative du folklore européen. Un aspect toujours présent dans les spéculations d'Eliade, et présenté de façon pionnière dans l'essai Folklorul ca instrument de cunoaștere, publié dans Revista Fundațiilor Regale (4, 1937). Parmi les rituels les plus fascinants mentionnés dans le traité, il y a certainement ceux typiques des sociétés paysannes, qui se déroulent aussi bien au printemps que pendant la récolte des cultures. En ces occasions, de manière cyclique, la "puissance", ou l'"esprit", est représentée directement par un arbre, ou une gerbe d'épis, et un couple humain, et les deux cérémonies ont une influence fertilisante sur la végétation, le bétail et les femmes. C'est toujours le même besoin, ressenti par l'homme archaïque, de faire les choses "en commun", "d'être ensemble". Le couple qui personnifie la puissance ou le génie de la végétation est lui-même un centre d'énergie, capable d'accroître les forces de l'agent qu'il représente. La force magique de la végétation est accrue par le simple fait qu'elle est représentée par un jeune couple, riche au plus haut degré de possibilités - voire de réalisations - érotiques. Ce couple, "le marié" et "la mariée", n'est qu'un simulacre allégorique de ce qui s'est réellement passé autrefois: la répétition du geste primordial, la hiérogamie".

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Dans l'entretien de 1973 avec Jean Varenne, Eliade propose une intuition fondamentale: l'Europe contemporaine, malgré l'avancée inéluctable de la modernité culturelle et socio-politique, paradigmatiquement associée à la sécularisation ou, tout au plus, à des formes de "seconde religiosité" (l'expression est d'Oswald Spengler), continuerait à conserver des traces significatives de son passé archaïque, celui où la dimension supra-historique de l'Origine - le temps de l'Éternel, l'illud tempus - s'incarnait dans le substrat germinal de l'histoire. En particulier, souligne Eliade dans un excursus typologique sur l'identité européenne, la culture néolithique "est encore bien vivante en Europe orientale, au sein de ce que nous avons l'habitude d'appeler le folklore". Selon l'historien des religions, cet horizon de civilisation est particulièrement évident dans les "cultes agraires" déjà mentionnés, qui présentent une phénoménologie similaire sur tout le continent européen. De tels paradigmes cultuels témoignent "toujours de la même structure : c'est ce que j'appelle la religion (ou religiosité) cosmique, c'est-à-dire que le sacré s'y manifeste à travers le sens humain des rythmes cosmiques".

Il existe, en somme, une unité spirituelle qui se manifeste dans un corpus mythico-symbolique, cultuel et rituel riche et multiple, dont l'origine remonte à l'aube de l'histoire. En ce point où l'Ineffable informe la réalité, selon un vecteur émanationniste, descendant au cœur de l'immanence et lui donnant une structure phénoménale. Les paradigmes religieux institutionnalisés, ainsi que, à différents niveaux, les voies ésotériques et initiatiques, viseraient notamment à rétablir la connexion subtile et intérieure entre l'individu, avec ses limites biologiques et égoïques, et cette Origine extratemporelle vers laquelle les civilisations, aussi modernes ou postmodernes soient-elles, ne cessent de tendre avec nostalgie. Le mythe cosmogonique assume alors en Europe une déclinaison archétypale spécifique en direction d'une religiosité cosmique qui est sa forme spécifique de sacralité. Eliade, faisant allusion à la notion de religiosité cosmique, semble se référer à une époque véritablement ancienne, qui fait apparemment abstraction du débat historique sur le rapport entre l'invasion des peuples indo-européens et les civilisations antérieures (de structure matrilinéaire et gilanique, selon les études de Gimbutas), pour rappeler une dimension encore plus archaïque, dans laquelle l'éternel rayonne hors du temps.

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Ce qui est certain, c'est que la culture sécularisée de l'Occident vise depuis plusieurs siècles à éradiquer cette tradition. Selon les mots de Drieu la Rochelle, "l'Europe en est réduite à porter ses églises sans Dieu, ses palais sans rois comme des bijoux étincelants sur un sein défait". Pourtant, rien ne nous empêche de supposer, logiquement et face à la puissance mythopoétique de l'histoire, que l'avenir peut révéler des manifestations nouvelles et plus claires de l'unité spirituelle archaïque et éternelle. Citant une conversation avec Teilhard de Chardin, Eliade note : "Si le dogme est éternel, les expressions dogmatiques sont transitoires". C'est précisément dans ce passage que se révèle l'optimisme cosmique et métaphysique d'Eliade, ancré dans la conviction que les formes du sacré sont destinées à revenir dans le futur, dans ce côté lumineux du post-modernisme qui est resté jusqu'à présent occulté dans l'obscurité de son double négatif. La "fuite des dieux" et la "pauvreté du monde" (Friedrich Hölderlin), caractéristiques de l'ère de la démythologisation, sont des phénomènes transitoires, auxquels l'Occident devra remédier en se tournant tout autant vers l'Orient - et Eliade fait ici écho à Simone Weil : "L'Europe n'a peut-être pas d'autre moyen pour éviter d'être décomposée par l'influence américaine qu'un nouveau contact, vrai, profond, avec l'Orient" (Une constituante pour l'Europe) - autant que, et surtout ajouterions-nous, en elle-même, dans ses propres profondeurs et abîmes, dans cette suppression de la verticalité anthropologique (de l'homo religiosus, dirait Eliade, repris plus tard par Julien Ries) qui est l'héritage le plus funeste du réductionnisme moderne. Pour conquérir l'avenir, il est nécessaire de récupérer le passé, dans sa dimension métaphysique-symbolique plus que dans sa dimension chronologique. Un passé, pour ainsi dire, qui est toujours contemporain de tous les âges ou pas du tout: " Nous nous libérons de l'œuvre du Temps - explique Eliade dans Mythe et réalité - avec la mémoire, avec l'anâmnèsis. L'essentiel est de se souvenir de tous les événements". La connaissance ne passe pas par l'invention, en somme, mais plutôt par le souvenir.

"Je crois", déclarait Eliade avec confiance à Fausto Gianfranceschi en 1983, "qu'en Occident aussi, nous commençons à réapprendre le langage symbolique qui enrichit le sens de la réalité".

Au niveau diachronique, nous pouvons voir comment la religiosité cosmique archaïque a été intégrée de manière métamorphique dans les polythéismes antiques, pour être rejetée par le monothéisme juif et finalement réabsorbée par le christianisme: au niveau historique, rappelle Eliade dans un entretien avec Alain de Benoist en 1979, également contenu dans le livre dont nous parlons, "il s'agissait d'homologuer des univers religieux différents, afin d'uniformiser culturellement l'écoumène". Ainsi, par exemple, les nombreux héros et dieux tueurs de dragons de la tradition indo-européenne étaient identifiés à saint Georges. De même, en Grèce, après l'incendie du sanctuaire d'Éleusis en 396, événement symbolisant la fin du paganisme, un saint Démétrius, patron sacré de l'agriculture, est suspendu de manière tout à fait naturelle à la place de la déesse Déméter...". C'est le christianisme cosmique d'Origène, de Denys, de Saint Bonaventure et de Nicolas de Cues, dans lequel le domaine de l'histoire et celui de la méta-histoire sont toujours entrelacés.

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On ne peut comprendre l'identité européenne, dans ses manifestations historiques et religieuses différentes et parfois antagonistes, sans considérer son expérience du sacré, qui est " l'expérience d'une réalité absolue, transcendante, [...] à travers laquelle le monde prend un sens organique ", sous la forme d'une religiosité cosmique. C'est une sensibilité, celle d'Elias, vers une sophia prisca, de matrice universelle, presque dans un sens pérénnaliste, mais déclinée dans un sens proprement européen. Elle a trouvé l'une de ses manifestations les plus marquantes dans l'histoire récente au sein de la Renaissance italienne et de sa redécouverte, dans le sillage de l'hermétisme et du néoplatonisme, de l'Orient symbolique qui a toujours été situé au cœur de l'Eurasie. Et l'Europe dont parle Eliade, dans une perspective qui a dépassé de manière critique tout provincialisme et revanchisme, a sans aucun doute une dimension eurasienne, en étant un pont et, en même temps, une singulière conjonction polaire de l'Est et de l'Ouest, un horizon de voies alternatives mais syntoniques par rapport à "l'instinct fondamental touché par le destin à la nature humaine": Sortir de soi, se fondre dans l'autre, échapper à une solitude limitée, tendre vers une liberté parfaite dans la liberté de l'autre" (Eliade, La bibliothèque et les soliloques du Mahārājah). Dans une tension destinale entre la subordination amère et passive au divin (subordination à la loi, la Voie de la Main Droite) et la joie extatique qui naît de la perception de notre pouvoir magique-démiurgique (victoire sur la loi, la Voie de la Main Gauche). Ainsi, lorsque le jeune Eliade révèle dans une lettre à son ami Cioran, en novembre 1935, qu'il éprouve du dégoût pour l'Europe et souhaite l'indépendance de sa chère Roumanie vis-à-vis de "ce continent qui a découvert les sciences profanes", philosophie et égalité sociale", il comprenait déjà que la vérité traditionnelle s'était éteinte dans l'Europe moderne, et pourtant, peut-être, accompagnant un certain pessimisme tragique et fataliste de sa jeunesse, il n'avait pas encore saisi les signes que, dans sa maturité, il apprendrait à lire comme les signes d'une possible renaissance du sacré. De plus, nous ne faisons que mentionner ici, les études ethnologiques les plus récentes révèlent comment l'Europe de l'Est (y compris, évidemment, la Roumanie d'Héliades) a été une zone centrale dans la formation du substrat rural, historique et symbolique du continent (Aleksandr Douguine note à cet égard, dans son récent Noomachìa, que "l'Europe de l'Est, communément considérée comme périphérique et marginale par la civilisation gréco-romaine et plus tard par la civilisation occidentale, devrait être considérée au contraire comme un pôle central de la civilisation européenne. C'est en Europe orientale qu'a eu lieu l'événement clé de l'histoire ontologique et sémantique européenne - la rencontre entre les deux horizons existentiels paléo-européen [gynocratique] et indo-européen").

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Quoi qu'il en soit, c'est précisément dans le rapport complexe entre l'Un et le multiple, l'univocité et la pluralité, que se construit l'identité européenne, dans le rapport dialectique entre deux niveaux de complexité que le philosophe Massimo Cacciari a bien exposé dans sa Géo-philosophie de l'Europe, avec l'image suivante: "D'une part, elle [l'Europe] ne peut pas se concevoir sans l'idée d'une commune originalité de toutes choses. Si la différenciation était originale, comment l'ordre harmonique pourrait-il se déterminer sinon comme une simple contingence, un simple hasard? D'autre part, elle est le produit d'un concours entre les multiples, d'où naît cette connexion, cette harmonie visible, composée d'éléments différents. Cette harmonie visible coïncide avec la direction, avec le sens de la dispute". L'accord, en somme, naît de la discorde. L'harmonie est, pour citer à nouveau Cacciari, "l'âme insaisissable, la psyché de la contention, le "coup de foudre" qui guide tous ses mouvements". C'est la particularité, la Gestalt du mythe européen, un horizon culturel et géographique qui se définit, avant tout, en termes métaphysiques et anthropologiques. C'est ce que révèle son mythe fondateur, le viol d'Europe (épiphanie de la Mère) par Zeus (le dieu Père par excellence): ici, la hiérophanie solaire et ouranique se heurte à l'archétype féminin, dans une polarité de rencontre-choc où la médiation s'opère symboliquement dans la même figure de Zeus, qui, pour conquérir la fascinante Europe, doit devenir un taureau, une figure féconde et créatrice (virile-solaire) et en même temps tellurique-lunaire.

Sur les chemins d'un "nouvel humanisme", intégral, holistique, multidimensionnel, Eliade a ainsi élaboré une interprétation raffinée et inhabituelle du rapport entre mythe et réalité. Une herméneutique à matrice universelle, dont les lentilles interprétatives offrent des clés particulièrement fécondes pour comprendre et repenser l'identité européenne.

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jeudi, 29 avril 2021

Thymós, Noos et Menos

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Thymós, Noos et Menos

Alex Capua

Ex : https://animasmundi.wordpress.com/2019/03/02/thymos-noos-...

Dans la tradition épique, les principales parties de l'âme du moi étaient le thymós, le noos et le menos. Le référent le plus courant de l'âme dans le texte homérique est le thymós. Le thymós n'est actif que dans le corps éveillé. L'une des qualités du thymós est qu'il peut pousser les gens à réaliser une activité particulière. Par exemple, lorsqu'Achille fait des ravages parmi les Troyens et va à la rencontre d'Énée, "son vaillant thymós animait son esprit" (XX 174). Le thymós est surtout connu pour être la source des émotions et des sentiments. Par exemple, Hector reproche à Pâris de ne pas se joindre au combat en exprimant: "Fou, tu as tort d'emmagasiner une amère rancœur dans ton thymós" (VI- 326).

Selon des sources érudites, on pensait que le thymós résidait principalement dans la poitrine, le phren étant son emplacement principal. Héra demande à Poséidon: "Le thymós de ton phren n'éprouve-t-il pas de la pitié pour les Troyens mourants? (VIII. 202).

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Au moment d'un évanouissement, le thymos est annulé, perd son énergie, mais au réveil, le thymos retrouve son activité incessante. Par exemple, lorsqu'Andromaque s'évanouit à la vue du corps d'Hector traîné dans toute la ville, son rétablissement est décrit comme suit: "Une fois qu'il eut repris son souffle et que son thymós se fut recentré sur son phrén..." (XXII.475).

D'autre part, le terme vacille et le thymós semble quitter le corps ou rester dispersé dans le corps. Il existe plusieurs exemples qui peuvent être interprétés dans les deux sens: Ménélas se rend compte qu'il n'est pas sérieusement blessé, "le thymós s'est à nouveau concentré dans sa poitrine" (IV. 152). Il fait ici allusion à une action de dispersion de cette énergie qui est ensuite retournée à son lieu d'origine.

Lorsque Sarpédon disparaît, il semble indiquer un abandon du corps puisqu'il dit que le vent "a rendu la vie à laquelle il avait arraché son thymós " (V. 697 s.). Ici, le thymós est représenté comme une sorte de souffle (sans être identifié à la psyché), bien qu'un tel concept ait pu être influencé par le concept de la psyché.

Le noos est l'intuition ou l'appréhension immédiate et a un double objet: a) l'Un, et b) lui-même. Dans le noos, il y a des Idées, non seulement de classes, mais aussi d'individus, bien que la multitude entière des Idées soit contenue dans le noos de façon indivisible. Mais une marque distinctive et exclusive du noos est que l'Un est au-dessus de toute multiplicité. Un autre rang à souligner est que le noos est éternel et intemporel, car son état de béatitude n'est pas quelque chose d'acquis, mais une possession perpétuelle. Ainsi, le noos jouit de cette éternité dont le temps n'est qu'une imitation. Le noos connaît toutes les choses ensemble, simultanément, puisqu'il n'a ni passé ni futur, mais voit tout dans un éternel présent. Le noos est l'âme du monde: incorporelle et indivisible. Elle constitue le lien entre le monde suprasensible et le monde des sens, et est donc orientée non seulement vers le haut, vers le noos, mais aussi vers le bas, vers le monde de la nature. Le noos échappe à toute pensée, nous ne pouvons même pas l'imaginer, car le contraire, le multiple, émergerait. En bref, le noos est la première et la plus intense forme d'unité après l'Un, et reflète l'unité pure et absolue.

Chez Homère, le noos est la partie la plus intellectuelle. Le noos est exclusif de l'être intelligent, de celui qui se conduit en fonction d'un objectif préalablement fixé. Le noos est une vision intellectuelle distincte de la vision sensorielle, bien que dans la littérature archaïque, sa signification soit parfois plus proche de cette dernière. Dans ce terme, la faculté de penser, la capacité de réflexion et la méditation sont liées à la compréhension, à la perception et même à la mémoire. Ces attributs sont mis en relation avec une pensée objective, avec une forme d'intelligence divine. Ainsi, dans le grec tardif, notamment dans les écrits philosophiques, le noos est utilisé pour désigner l'intelligence suprême, le principe ordonnateur de l'univers. Il faut distinguer que l'"âme" est un principe "vivifiant" tandis que le noos est un principe "pensant".

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Par exemple, quoi que fasse Patrocle, "le noos de Zeus est toujours plus puissant que celui des hommes" (XVI. 668).

Le noos est toujours situé dans la poitrine, mais il n'est jamais considéré comme quelque chose de matériel, ni envisagé à l'origine comme un organe du corps. D'autre part, Platon et Aristote, entre autres philosophes, développent le concept de noos de manière remarquable, en soulignant avant tout son statut divin. Pour l'école philosophique, le noos serait la composante impérissable et transcendante.

Pour Anaxagore, il est un principe organisateur et animateur de l'univers. Platon distinguait un "Noos" cosmique de la raison commune. Pour lui, il s'agit de la plus haute intuition intellectuelle sans besoin d'argument. Aristote la considérait comme une faculté impliquée dans l'acquisition de la connaissance en général. Il distingue le "Noos poietikos" (raison active) du "Noos pathetikos" (raison passive). Les Oracles chaldéens le considèrent comme le "Fils ou Intellect paternel" qui conserve les intelligibles du Dieu Père et introduit la sensation dans les mondes. Plotin considère le "Noos" (esprit divin, Logos, raison) comme un principe quasi absolu et comme la première émanation de l'Un. L'hypostase dérivée du Noos est l'âme du monde.

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Le menos est utilisé, principalement, pour désigner l'ardeur d'un guerrier. Il était situé soit dans la poitrine, soit dans le thymos. Il était aussi situé dans le phren. Lorsqu'un homme ressent le menos dans sa poitrine, il est conscient d'une mystérieuse augmentation d'énergie; la vie en lui est forte, et il est rempli d'une nouvelle confiance et ardeur. Dans le feu de la bataille, Hélène décrit à Énée et Hector la situation désespérée créée par Diomède, car "il montre toute sa fureur et aucun homme ne peut rivaliser avec son menos" (VI. 101).

Pour plus d'informations sur le sujet, je vous renvoie au lien suivant: Epifanía de Atenea

Ouvrage de référence recommandé :

EL CONCEPTO DEL ALMA EN LA ANTIGUA GRECIA

mardi, 27 avril 2021

Mnémosyne

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Mnémosyne

Álex Capua

Ex : https://animasmundi.wordpress.com

Mnémosyne (Μνημοσύνη) était une Titane, fille d'Uranus et de Gaea. Avec Zeus, elle engendra les neuf Muses. C'est la "Mémoire" (Hésiode. Theog. 134-135 ; Apollod. Bibl. 1, 1, 1, 1 ; 3, 1). Cependant, une autre généalogie qui proviendrait d'un poème cosmologique d'Alcman (7e siècle avant J.-C.), affirmait que ces neuf Muses étaient nées au début des temps comme filles d'Uranus et de Gaea. C'est pourquoi on dit qu'elles appartiennent au groupe des Titans, car elles représentent des forces mondiales anciennes et fondamentales, qui sont à l'origine du cosmos.

Selon Hésiode dans la Théogonie :

"(...) Gaea, couchée avec Uranus, a donné naissance à l'Océan des ruisseaux profonds, à Kéo, à Chrio, à Hypérion, à Japet, à Théa, à Rhéa, à Thémis, à Mnémosyne, à Phoebus à la couronne d'or, et à la douce Thétys. Après eux naquit le plus jeune, Cronos, à l'esprit tordu, le plus terrible des fils, et il était rempli d'une haine intense envers son père".

Mnémosyne est la mémoire et le souvenir et, par conséquent, elle a la capacité de se rappeler ce qui existe déjà et de faire revenir le passé dans des images du devenir titanesque. Elle ne désire pas l'avenir, car elle se plie elle-même et répète en pensée quelque chose qui s'est toujours produit et qui revient à son tour comme s'il s'agissait d'un cercle intérieur, d'une sorte de boucle. La mémoire est basée sur l'expérience et l'expérience est une répétition (événements) et des automatismes.

Comme en témoignent les sources, les poètes de la Grèce antique étaient formés à la mémorisation et à la composition orale. Dès le début de l'épopée, ils ont formé et transmis des connaissances mythologiques. Grâce à Mnémosyne, la tradition mythique était un répertoire transmis oralement qui se transmettait (de manière répétitive et riche en images) de père en fils.

Homère et Hésiode sont les épigones d'une vieille tradition de bardes qui composaient magistralement et qui sollicitaient la faveur de la Muse ou des Muses, le lien avec ce savoir mémorisé que ces divinités (les filles de la Mémoire, Mnémosyne) transmettaient au poète.

Les deux poètes étaient chargés de transmettre une ancienne tradition orale qui allait commencer à faire parler d'elle au huitième siècle avant Jésus-Christ, peu après l'introduction de l'alphabet en Grèce. Homère et Hésiode sont tous deux les gardiens d'un savoir traditionnel qui n'est pas leur invention, mais ils ont répété des thèmes et évoqué des figures divines et héroïques connues de tout le peuple hellénique, tout en réitérant des formules épiques et en invoquant, comme principal protecteur, le patronage des Muses, afin qu'elles garantissent la véracité de leurs propos. Rappelons qu'Homère commence par invoquer la Muse et qu'Hésiode nous raconte que ce sont les Muses qui lui sont apparues sur le mont Hélicon (dans la région de Thespias, en Béotie) pour lui confier la mission de transmettre le message mythique véridique et ordonné de la Théogonie et des Travaux et des Jours.

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Selon le mythe, et entre autres lieux, à Eleutherae (au nord de l'Attique) il y avait un culte où Mnémosyne était adorée et on dit qu'en une occasion à Eleutherae, Mnémosyne a libéré Dionysos de son extase, c'est-à-dire qu'elle lui a rendu sa mémoire.

Un autre mythe racontait que celui qui souhaitait descendre au sanctuaire et à l'oracle souterrain de Trophonius (en Béotie) était conduit, tout d'abord, aux fontaines d'eaux où il devait boire l'eau du Léthé (le fleuve de l'oubli) et ensuite s'immerger dans la fontaine de Mnémosyne, ce qui le ferait se souvenir de ce qu'il avait vu dans sa vie. Disons que l'initié vivrait une expérience très similaire lorsque la psyché (l'âme) quitterait le corps et se rendrait aux enfers, à Hadès, mais pas avant de se baigner dans les cinq fleuves du royaume des ombres: l'Achéron (le fleuve de la douleur), le Cocyte (le fleuve des lamentations), le Phlégéthon (le fleuve du feu), le Léthé (le fleuve de l'oubli) et le Styx (le fleuve de la haine). Cependant, il existait une autre rivière, la Mnémosyne, où les initiés aux Mystères avaient le privilège de boire afin de se souvenir de leurs vies passées et d'atteindre un statut supérieur.

On suppose que Mnémosyne est venu en aide aux initiés dans les soi-disant grands mystères jusqu'à ce qu'ils puissent atteindre la sagesse et se reconnaître eux-mêmes, leur environnement et retourner à leur lieu d'origine. En fait, dans les tablettes orphiques liées à l'initié et au monde mystique qu'il exprime :

« Je brûle de soif et je meurs ; mais donne-moi, vite, l'eau froide qui coule du marais de Mnémosyne ».

Le but de ce processus initiatique était qu'avec l'aide de la mémoire, l'initié devienne un dieu au lieu d'un mortel, le libérant de la mort et lui donnant la vraie vie.

La mémoire, la vie, la renaissance, dieu et la pleine lune sont les conquêtes mystiques contre l'oubli, la mort, le fini et le temporel qui appartiennent à ce monde. En retrouvant la mémoire du passé, l'homme s'est identifié à Dionysos.

Un exemple qui nous inciterait à nous souvenir et à préserver la mémoire avec toutes ses facultés intellectuelles et intuitives se trouve dans l'Odyssée (livre X), lorsque Circé recommande à Ulysse, pour plaire aux dieux, de rechercher la connaissance de Tirésias (l'un des plus célèbres devins de la Grande Hellade), et de pouvoir ainsi retourner dans sa patrie, Ithaque. Ulysse lui demande où il habite et Circé lui répond :

« Tirésias ne vit pas, Ulysse, du moins pas dans ce monde, il est une ombre dans le royaume d'Hadès. Cependant, il y garde son esprit intact, car lui seul a été autorisé à conserver ses dons et les facultés de son esprit, alors que les autres âmes ne sont que des ombres errantes ». (Les voyages d'Ulysse. National Geographic. Spécial Mythologie. Mars 2020).

En somme, Tirésias est présenté par Circé comme "l'aveugle qui n'a rien perdu de son esprit" (X, 492). Tirésias a donc eu le privilège de se baigner dans le fleuve de Mnémosyne, car il connaissait tout des mystères, grand prophète, médiateur entre les dieux et les hommes et avec le pouvoir de canaliser entre le monde des vivants et celui des morts.

Pour conclure. nous pouvons affirmer que Mnémosyne ne contient pas seulement la mémoire, mais domine aussi tout ce qui est rythmique. Le Cosmos a un son subtil, inappréciable pour nous, des ondes rythmiques (très similaires au courant de la mer) qui repose sur la perception accordée, éthérée et des structures harmonieuses. Le rythme enveloppe l'espace, son mouvement est toujours circulaire et son langage est rythmique. Par exemple, les Muses dansent sur la musique du Cosmos, elles dansent au son du Cosmos, accompagnées d'Apollon. Par conséquent, Mnémosyne a un rôle fondamental dans la construction progressive du Cosmos, destiné à être gouverné par Zeus.

Sources :

Diccionario Etimológico de la Mitología Griega.

Friedich Georg Jünger Los Mitos Griegos. 

García Gual. C. Introducción a la mitología griega. Alianza Editorial.

 

mercredi, 21 avril 2021

L’ancien Futhark dans la Tradition primordiale

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L’ancien Futhark dans la Tradition primordiale

par Thierry DUROLLE

Nous avons en France la chance de compter deux chercheurs qui se sont aventurés sur les chemins de la Tradition primordiale. Le premier c’est bien évidemment René Guénon (1886 – 1951), auteur d’une œuvre conséquente, et personnage parfois érigé comme maître-à-penser inégalable. Nous lui devons beaucoup, même si, dans la perspective qui est la nôtre, on peut se trouver parfois en désaccord (quand ce n’est pas tout simplement l’histoire qui lui donne tort : nous en voulant pour preuve la décadence qui touche l’Orient, partie du monde qui devait, selon Guénon, être le dernier bastion de la Tradition). Le second, moins connu que son illustre prédécesseur, se nomme Paul-Georges Sansonetti.

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Le Professeur Paul-Georges Sansonetti appartient à ces aventuriers de l’ésotérisme, en quête du Graal hyperboréen depuis longtemps déjà. Chargé de conférences à l’École pratique des hautes-études de la Sorbonne, ce dernier a rédigé de nombreux ouvrages sur la Tradition et son symbolisme, sur le Graal ainsi que sur l’alchimie et Tintin. En trois ans, le Professeur Sansonetti a publié pas moins de quatre ouvrage inédits et une réédition. C’est ce que l’on peut appeler un auteur fécond !

En 2019 paraît Présence de la Tradition Primordiale (1) où l’auteur part sur les traces de la Tradition dans les œuvres de plusieurs écrivains et cinéastes. En 2020, Arcanes polaires (2) sort aux éditions Arqa. Sans doute le meilleur livre pour découvrir le travail de Sansonetti puisqu’il couvre l’ensemble des thèmes développés par le chercheur. La même année, Terre & Peuple publie son ouvrage Le Graal d’Apollon (3), une étude où il démontre que le Dieu des arts et de la médecine est intrinsèquement lié à l’Âge d’Or. Toujours en 2020, les Amis des ACE ont l’excellente idée de ressortir le livre Les runes et la Tradition Primordiale (4). Ce livre jusqu’alors épuisé et vendu à des prix honteux sur le marché de l’occasion marque l’apparition d’un thème majeur dans l’œuvre du Professeur Sansonetti : l’analyse des runes – enfin, du plus ancien système runique connu sous le nom d’ancien Futhark – à travers la guématrie.

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La guématrie est une technique de numérologie utilisée majoritairement dans l’ésotérisme hébraïque (bien que l’on atteste de l’usage de ce procédé en Assyrie aux alentours de 720 avant Jésus-Christ, ainsi que chez les Arabes et les Grecs). Celle-ci consiste à attribuer une valeur numérique à une lettre. Par exemple, si nous prenons notre alphabet latin cela donne A = 1, B= 2, et ainsi de suite. Paul-Georges Sansonetti applique donc cette méthode à l’ancien Futhark en s’inspirant des travaux du chercheur allemand Heinz Klingenberg (5). À première vue, appliquer une méthode analytique hébraïque à une écriture germanique peut déconcerter, mais Sansonetti, dans un entretien qu’il nous a accordé (6), affirme que les travaux de Klingenberg sont « irréfutables », bien qu’ils soient d’une nature différente de la sienne, comme il l’exprime d’ailleurs dans l’introduction de la réédition sus-nommée : « Tout en démontrant à quel point ces caractères sont indissociables de la religiosité nordique, Heinz Klingenberg demeure dans un cadre strictement universitaire et sa découverte – capitale, redisons-le – ne constitue cependant pas pour lui un argument susceptible d’étayer l’existence d’arcanes issus de la Tradition primordiale (7) ».

La traduction de cet ouvrage en langue française serait d’ailleurs très intéressant. La guématrie runique n’est pourtant pas une fin en soi dans le livre du Professeur, son but étant de montrer que l’ancien Futhark et, in extenso, la mythologie nordique, s’inscrivent entièrement au sein de la Tradition primordiale. Pour cela, Sansonetti va étudier chaque rune et démontrer en quoi celles-ci représentent des symboles sacrés en lien avec la Tradition. Le Professeur se base également sur les pierres runiques, les inscriptions runiques retrouvées sur des armes (lances, scramasaxes) et des bractéates qu’il passe au crible.

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En 2021, paraît la suite de Les runes et la Tradition Primordiale, intitulé La cathédrale polaire des runes (8) aux excellentes éditions du Lore. C’est l’occasion pour Paul-Georges Sansonetti d’approfondir le propos du premier opus cité, raison pour laquelle nous parlons volontiers de suite. En effet, on retrouvera donc une sacrée dose de guématrie runique dans cette ouvrage, avec le décorticage de nombreuses inscriptions. Le lecteur familier du premier ouvrage ne sera ainsi pas dépaysé car des thèmes bien connus de l’auteur sont de nouveau présent : le 111, les jumeaux, Tuisto, des références au pythagorisme aussi et à l’évangile de Saint Jean !

La cathédrale polaire des runes, on l’aura compris, devra être lu à la suite de Les runes et la tradition primordiale. Il faudra peut-être rédiger quelques mémos pour se souvenir de la signification des nombres présents au fil des pages (144, 26, 19, 37, etc.) pour une compréhension aisée. La démarche du Professeur Paul-Georges Sansonetti est singulière, nous ne lui connaissons pas d’équivalent. Pour autant, certains risquent de ne pas adhérer à ce décodage de l’ancien Futhark. L’auteur pousse t-il le bouchon un peu trop loin dans son usage de la guématrie ? Peut-être. Nous laissons le lecteur en juger par lui-même. Le propos de Paul-Georges Sansonetti possède sa propre logique en plus d’une bonne dose d’intuition, et il est sans commune mesure avec certaines extrapolations, inventions et fumisteries que l’on peut lire sur les runes, surtout dans les ouvrages d’inspiration New Age. Nous sommes convaincu, à l’instar du Professeur Paul-Georges Sansonetti, que la mythologie nordique se fond dans la Tradition. Nous avions d’ailleurs exposé un point de vue allant dans ce sens dans un article consacré au Dieu BaldR (9). La cathédrale polaire des runes, ouvrage véritablement roboratif, ouvre la voie à ne nouveaux sentiers quant aux mystères venus du Nord.

Thierry Durolle.

Notes:

1 : Paul-Georges Sansonetti, Présence de la tradition primordiale. E. A. Poe, G. Meyrink, H.P. Lovecraft, J.R. Tolkien, Stanley Kubric et d’autres…, Éditions de l’œil du Sphinx, 2019, 255 p.

2 : Paul-Georges Sansonetti, Arcanes polaires. Symboles de la science sacrée, Éditions Arqa, 2020, 316 p.

3 : Paul-Georges Sansonetti, Le Graal d’Apollon, Éditions Terre & Peuple, 2020, 156 p.

4 : Paul-Georges Sansonetti, Les runes et la Tradition Primordiale, Éditions ACE, 2020, 316 p., 18 €.

5 : Heinz Klingenberg, Runenschrift-Schriftdenken. Runeninschriften, Éditions Carl Winter, 1973.

6 : dans Solaria, n°52, été 2020.

7 : Paul-Georges Sansonetti, Les runes et la tradition primordiale, op. cit., p. 5.

8 : Paul-Georges Sansonetti, La cathédrale polaire des runes, La Diffusion du Lore, 2021, 172 p., 24 €.

9 : cf. Thierry Durolle, « Baldr et l’Âge d’Or », dans Solaria, n° 50.

Note de l'éditeur:

la-cathedrale-polaire-des-runes.jpgVouloir limiter l’écriture des anciens Germains au simple rôle linguistique montrerait une méconnaissance totale de ce que leur tracé comporte réellement. Car ladite écriture, composée de vingt-quatre signes, s’impose comme un système prodigieusement élaboré rassemblant les notions essentielles constitutives de l’identité ethnoculturelle européenne. Mais cela signifie aussi que le savoir émanant des runes se relie au maître thème du légendaire de notre continent et qui, jadis évoqué par René Guénon et Julius Evola, se nomme « Centre suprême ». Thème corrélatif à la mystérieuse « Tradition primordiale » traversant toutes les religiosités qu’instituèrent nos ancêtres et englobant l’univers du symbolisme et des mythes. Le « Centre suprême » est à la « Tradition primordiale » ce que le pyramidion représente pour une pyramide : le sommet conférant à ce monument sa forme générale et ses proportions.

            Dans un précédent ouvrage, intitulé Les Runes et la Tradition primordiale, il m’a été offert d’avancer le fait que chaque rune correspondait à l’un des symboles fondamentaux et chaque symbole à une donnée amenant la possible maîtrise de soi-même et de l’espace voué à notre épanouissement existentiel. En un moment où, fin du cycle des quatre Âges oblige, l’avenir de nos sociétés se retrouve si grandement menacé, le terme runoz, désignant « les runes » et, on s’en doute, l’ésotérisme que ces lettres impliquent, énonce le principe racine d’une origine civilisationnelle ainsi que la spécificité génétique propre aux peuples d’Europe.

Un livre salutaire qui, au prisme des plus récentes découvertes archéologiques, met un vigoureux coup de pied dans la fourmilière universitaire, cette entité qui n’a de cesse de réduire sciemment l’étude des runes pour de basses raisons idéologiques.

SOMMAIRE :

Introduction 

chapitre i : Chaque rune est un symbole fondamental

chapitre ii : L’homme double originel et celui en maîtrise de lui-même

chapitre iii : Le divin et l’humain

chapitre iv : Les runes et le « maître des runes »

chapitre v : Le soleil polaire

chapitre vi : Ce qu’énonce la rune

chapitre vii : L’être et son corps subtil

chapitre viii : Alu, origine du monde manifesté

chapitre ix : 111, le nombre du pôle

chapitre x : Les runes et le pôle

chapitre xi : La montagne polaire

chapitre xii : Le solfège des runes

conclusion

L’angle droit pour conclusion

bibliographie

Pour commander l'ouvrage: http://www.ladiffusiondulore.fr/home/893-la-cathedrale-polaire-des-runes.html

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dimanche, 04 avril 2021

La signification traditionnelle du terme "Aryen" en Inde védique

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La signification traditionnelle du terme "Aryen" en Inde védique

Par Riccardo Tennenini

Ex : https://www.ereticamente.net/2016/11/

Le terme Ārya, ou « ario » en italien, est un terme sanskrit qui peut être traduit de trois manières qui définissent sa signification profonde : noble, pur et brillant. « Noble » désignait une aristocratie qui n'a rien à voir avec le sens moderne qui lui a été attribué et qui en fait aujourd'hui un quasi synonyme de la bourgeoisie, mais dans son sens étymologique du grec άριστος, àristos, « Meilleur » et κράτος, cràtos, « Pouvoir » ; c’est une forme de gouvernement, dans lequel l'élite, selon l'étymologie grecque du terme, représente les meilleurs qui contrôlent toute la communauté. Cela s'est produit lorsque cette aristocratie a migré du pôle Nord vers l'Inde. L'origine polaire de l'aristocratie védique nous a été signalée par Bal Gangadhar Tilak, qui fut l'une des plus éminentes personnalités hindoues entre le XIXe et le XXe siècle: ancien professeur à Cambridge, il retourna dans sa patrie pour animer le Parti du Congrès, rival du Mahatma Gandhi, pour être emprisonné par la suite et devenir ainés l'un des pères de l'indépendance de l'Inde. Dans son opus magnum The Arctic Abode in the Vedas, il écrit :

419hnroAOlL.jpg"Ces caractéristiques, il est inutile de les répéter maintenant, ne sont propres qu'à l'aube aux temps passés dans la patrie polaire des origines. En particulier, la dernière ou la cinquième de ces caractéristiques aurorales ne se retrouve que dans les terres proches du pôle Nord, et non pas partout dans la région arctique. Nous pouvons donc conclure sans risque que les déesses védiques de l'aube sont, à l'origine, polaires. Mais il est urgent de dire que, si l'aube polaire dure de 45 à 60 jours, les aubes védiques ne durent que 30 parties d'un long jour. Il faut garder cette différence à l'esprit avant d'accepter la conclusion que l'aube védique est de caractère polaire. La différence n'est pas grave. Nous avons constaté que la durée des aurores dépend du pouvoir de réfraction et de réflexion de l'atmosphère, qui varie en fonction de la température de l'atmosphère et des conditions météorologiques. Il n'est cependant pas impossible que la durée de l'aube au Pôle, lorsque le climat était plus doux, ait été plus courte que nous le pensons, à l'heure actuelle, où le climat est rigoureux. Il est toutefois plus probable que l'aube décrite dans le Rig-Veda n'est pas l'aube qu'un observateur, placé précisément au pôle Nord, peut observer. Comme je l'ai souligné précédemment, le pôle Nord est un point, et si les hommes vivaient près du pôle à cette époque primordiale, ils ont pu vivre un peu au sud de ce point. Il est donc tout à fait possible d'avoir une Aurore de 30 jours qui bouge comme une roue, après la longue nuit arctique de 4 ou 5 mois. En ce qui concerne l'astronomie, la description de l'aube que nous lisons dans la littérature védique n'a rien de farfelu. Il faut aussi penser que l'aube védique s'attardait souvent longtemps à l'horizon et que les adorateurs lui demandaient de ne pas s'attarder, de peur que le Soleil ne la cherche comme on cherche un ennemi."

Une fois arrivés en Inde, voyant ces aborigènes dravidiens à la peau foncée, ils les ont appelés mleccha, c'est-à-dire des barbares sauvages, alors pour se différencier d'eux, qui étaient des nordiques à la peau claire, en plus d'être prêtres, guerriers et agriculteurs, ils ont décidé de s'appeler Ari, c'est-à-dire « nobles ». Cette noblesse reflète les deux autres adjectifs que nous allons voir maintenant. « Pur » pour être compris dans un sens ethnique, rappelez-vous que le nom du héros védique Arjuna, protagoniste de la Bhagavadgītā, signifie « le pur ». On trouve également dans le texte plusieurs passages où le mélange des races et les unions mixtes entre un aryen et un mleccha sont la cause des malheurs cosmiques attribués à l'âge sombre (kali yuga).

"Lorsque le désordre règne, ô Kṛṣṇa, les femmes de la famille se corrompent: lorsque les femmes sont corrompues, ô fils de Vṛṣṇi, le mélange des castes se produit". Bhagavadgītā, I, 41.

"Le mélange des castes conduit également en enfer la famille de ces destructeurs de familles". Bhagavadgītā, I, 42.

"A cause de ces actes impies accomplis par les destructeurs de familles, qui provoquent le mélange des castes, les lois éternelles des castes et des familles sont subverties ‘’ Bhagavadgītā, I, 43.

Le terme "caste" utilisé dans ces trois passages signifie étymologiquement "race pure non mélangée". Pendant la période coloniale, les Portugais utilisaient les termes suivants pour désigner les habitants de l'enclave: les reinols, fonctionnaires nés au Portugal et envoyés en Inde ; les castiços, Portugais nés en Inde de parents portugais; les mestiços, métis indo-portugais; les canarins, Indiens qui refusent fièrement d'être assimilés aux mestiços et que les Portugais qualifient de caste, "ceux de sang pur".

Une autre confirmation se trouve dans les mots sanskrits varna, anuloma pratiloma. Varna signifie littéralement « couleur », terme utilisé pour distinguer les trois premières castes régies par un mariage uniquement entre Ari (anuloma), des mlecchas, les parias et les intouchables avarna, c'est-à-dire « sans couleur », résultat de mariages mixtes (pratiloma) entre Aryens et mlecchas ou qui avaient offensé les Dieux. Si la brillance est peut-être la signification la plus importante de la civilisation védique, il s'agit de l'aspect métaphysique/religieux. En plus d'être ethniquement purs, comme nous l'avons dit, ils étaient spirituellement porteurs d'un savoir archaïque comme le yoga qui vise à transformer l'homme en Numen, par l'identification, "homoiosis theo" par la recherche de l'amrita, c'est-à-dire l'immortalité. Même cette révolution sacrée qui allait remplacer en plus des coutumes et des traditions aussi l'aspect rituel, mythologique et symbolique des cultes dravidiens pré-aryens qui était divisé entre Aryens et mleccha. Les sruti étaient des connaissances réservées aux seuls Aryens de sexe masculin des trois premières castes, transmises uniquement oralement et apprises de façon mnémonique auprès de la caste des brahmanes d'origine divine. Alors que les femmes et les mleccha se voyaient interdire un tel enseignement et s'ils passaient devant un Aryen qui récitait les Vedas, ils devaient se couvrir la bouche pour l'empêcher d'absorber une telle sagesse. Ils n'étaient autorisés à lire que les smirti écrits, d'origine humaine.

Riccardo Tennenini

Né à Ferrare en 1989, il commence à étudier les œuvres de René Guénon et Julius Evola, en passant par les maîtres de la pensée occidentale: Platon, Aristote, Plotin et Plutarque. Par la suite, il s'est orienté vers la philosophie orientale de l'Advaita Vedanta. Il gère le site web Fede Spada et écrit pour le mensuel Avanguardia.

jeudi, 11 mars 2021

«Les Alchimistes» de Jean Biès

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Luc-Olivier d'Algange:

«Les Alchimistes» de Jean Biès

Jean Biès est de ces écrivains français qui, le cas n'est pas si fréquent, sont les auteurs d'une œuvre. Poète, romancier, essayiste, Jean Biès est aussi l'auteur d'un ouvrage décisif intitulé Les Alchimistes. D'emblée son livre se distingue par l'exactitude des références, la rigueur doctrinale et la beauté du style. Si le monde est bien, comme nous l'enseignent les Théologiens du Moyen-Age, la «   rhétorique de Dieu   », on ne saurait trop se réjouir de voir la beauté, par l'exactitude grammaticale, répondre à la vérité de la doctrine. A ce titre l'œuvre de Jean Biès est éminemment platonicienne: elle démontre, par son existence, que le Beau est la splendeur du Vrai.

4115JWMCG2L._SX298_BO1,204,203,200_.jpgL'ouvrage est un des rares à prendre en compte tous les aspects de l'Alchimie, tant dans sa réalité historique que constitutive ou structurale. L'Alchimie est un art, un jeu, une science, une poétique et une gnose. Elle est également une médecine, magistralement illustrée, entre autre, par Paracelse, une cosmologie, fondée sur la correspondance du microcosme et du macrocosme (dont témoigne la fameuse Table d'Emeraude) et une science héraldique des «   signatures   ».

A travers la métamorphose des éléments, dont la splendeur se multiplie en images d'une grande richesse poétique et iconographique, l'alchimiste déchiffre les apparences où il retrouve l'empreinte visible d'un sceau invisible. La méditation alchimique n'oppose pas l'intelligible et le sensible, l'invisible et le visible, l'esprit et la matière, l'être et le devenir. Elle ne perçoit point dans ces contraires des ennemis irréductibles. Le monde, qui se déploie dans la diversité des apparences, lui apparaît comme un don du Verbe. Dans les détails les plus infimes et les plus grandioses du monde sensible, son art lui enseigne à reconnaître les signes et les intersignes. Dans les métamorphoses du devenir, l'alchimiste perçoit la permanence des cycles   ; dans l'immobilité désirée et attendue de l'Inconditionné, qui n'est autre que la Pierre philosophale, elle devine la possibilité universelle et les variations infinies dont est faite la trame du monde.

L'Alchimie mérite bien cette appellation de Philosophie, que certains universitaires imbus de «   modernité   » lui refusent, ne serait-ce que par les transitions qu'elle favorise entre les pensées habituellement considérées comme rivales, ou antagonistes, de Pythagore, d'Empédocle, d’Héraclite, de Parménide et de Platon. Dans la perspective alchimique, en effet, le sens héraclitéen du devenir loin d'infirmer la théorie parménidienne de l'être, la corrobore. De même que la vision poétique et dramatique d'Empédocle, loin d'exclure la mathématique de Pythagore s'accorde en elle comme s'accorde, dans la flambée de l'athanor, le Mercure et le Souffre, par l'ambassade du Sel. Pour qui retient la leçon des alchimistes, ces «   philosophes par le feu   », pour celui qui n'oppose point péremptoirement au Mystère ses certitudes et ses convictions, toutes les joutes philosophiques sont nuptiales et la dissociation des éléments n'est que le prélude à leur unificence.

Alchimiste lui-même dans son enquête sur l'Alchimie, Jean Biès se tient exactement sur l'orée qui distingue et unit la nature et la Surnature. Le symbolisme alchimique, en récusant la notion moderne d'une séparation radicale du monde matériel et du monde spirituel, révèle les vertus paradoxales du monde. «   Dieu s'est fait homme pour que l'homme se fasse Dieu   », cette formule de la liturgie orthodoxe convient parfaitement à l'alchimiste dont l'audace est le principe même d'une humilité essentielle. Bien davantage qu'à Prométhée, qui tant fascina les philosophes de la modernité, c'est à Hermès et au Christ que vont les fidélités philosophales. Prométhée, comme Icare, se rend coupable de démesure. Or l'hybris est le premier péril et la première tentation dont l'alchimiste doit se défendre. Son œuvre n'est point subversive, ni titanesque, mais harmonieuse et miséricordieuse.

Cette harmonie et cette miséricorde se manifesteront dans la beauté versicolore du voyage. Les couleurs et les symboles sont à la fois intérieurs et extérieurs. Entre le monde et l'entendement humain, l'art hermétique présume une synchronicité possible.

9782296084421-475x500-1.jpgScience des qualités et des nuances, des variations et de l'interprétation, l'Alchimie, loin d'être l'ancêtre balbutiante de la Chimie telle qu'elle se précisa au dix-neuvième siècle, fut une connaissance (pour une part perdue, et pour une autre, non encore advenue) de l'interdépendance de l'expérimentateur, de la chose expérimentée et de l'expérience elle-même. Le couronnement de l'œuvre est la transfiguration de l'Adepte. L'instrument de la connaissance a pour dessein de modifier, en même temps, et de façon essentielle, la matière et l'entendement humain qui œuvre sur elle. A ce titre, les alchimistes devancent l'exigence de la phénoménologie et de l'épistémologie et l'on s'étonne, en effet, que leurs œuvres soient exclues du «   corpus   » des actuelles pensées prospectives. Il est vrai que l'Alchimie inquiète, que ses œuvres paraissent insaisissables et qu'elle exige de ses chercheurs comme de ses adeptes, et même de ses simples historiographes, certaines des vertus éminentes du navigateur.

Pour consentir à s'aventurer dans ce monde de métaphores scintillantes et houleuses, il faut avoir l'âme odysséenne. «   L'erreur enseigne ce qu'il ne faut pas faire, écrit Jean Biès, l'errance apprend ce qui est à faire: il est bon d'aller s'informer auprès des Maîtres. L'alchimiste apparaît alors dans son manteau de voyage, coiffé d'un grand chapeau souvent orné de la coquille de monseigneur saint Jacques de Galice, muni d'un bâton de marche, accompagné d'un chien. Dans le décor sauvage qui l'entoure on le devine étranger à toute société.   » La pérégrination alchimique est, là aussi, à la fois en-dedans et au dehors de l'entendement humain. Les alchimistes furent de grands voyageurs. Ils eurent l'audace, en des temps où les distances étaient plus éprouvantes et plus réelles, le monde n'ayant pas encore été rabougri par les techniques de déplacement, d'affronter les incertitudes de toute véritable tribulation, - mais ils furent aussi, et surtout, des voyageurs intérieurs, à la ressemblance du Heinrich von Ofterdigen de Novalis.

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Quête initiatique, découverte du monde imaginal, approche de l'Ame du monde, telle est l'Alchimie à laquelle nous invite l'ouvrage de Jean Biès. L'Ame du monde se révèle dans les métamorphoses de la matière ordonnée aux Symboles visibles-invisibles qui s'y déploient comme la roue solaire du Paon. Rien n'importe que ce moment, où l'entendement humain enfin délivré du Règne de la Quantité, de la pensée calculante et des normes profanes de l'indéfiniment reproductible, reconquiert la plénitude intérieure. Or, - et c'est bien là le sens de l'humilité que tous les traités d'alchimie prescrivent aux adeptes, - cette plénitude n'est point notre propriété humaine. Elle nous est, quoiqu'infiniment proche et offerte, étrangère. Elle n'est point dans l'outrecuidance de la subjectivité livrée à la démesure, mais dans la subtilité de ce qui advient, de ce qui transparaît précisément pour nous enseigner le secret de la transparence. Elle est, cette présence cachée, dans l'extinction du Moi.

La rouge aurore du rubis philosophal flamboie à l'instant précis de l'extinction du moi. L'Œuvre est réalisée lorsque tout ce qui fait notre moi est frappé d'inconsistance, littéralement brûlé comme par le Miroir de Nigromontanus qu'évoque Ernst Jünger dans Les Falaises de Marbre.

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«   Ce démembrement du moi, cette mort du moi, écrit Jean Biès, c'est ce que signifie déjà le travail devant l'athanor, exigeant une vigilance épuisante   ». L'âme emprisonnée exige d'être désincarcérée, comme un «   iota   » de la lumière incréée, dissimulé sous la compacité des apparences ou dans l'illusion des fausses lumières. L'ouvrage de Jean Biès, qui est à la fois histoire (au sens d'enquête), légende, au sens de ce qui doit être lu, et herméneutique créatrice, au sens de ce qui doit être interprété et non seulement expliqué, s'inscrit, on l'aura compris, dans une tradition pour laquelle, selon de mot de Villiers de L'Isle-Adam, la lumière des siècles est plus profonde que le prétendu «   siècle des Lumières   ».

Se développant selon les lois de l'arborescence, le discours alchimique exige l'attention à la plus infime radicelle, en même temps que la vue d'ensemble. Le propre du moderne est d'avoir perdu cette vertu d'attention. Sa fascination pour la quantité, le calculable, a pour origine et pour complice cette inattention qui, dans son ignorance du monde des qualités, sépare l'âme humaine de l'Ame du monde, si bien que l'une s'étiole et se durcit et que l'autre devient lointaine et indiscernable. Ce livre de Jean Biès vient, à la suite de ses précédents ouvrages, raviver notre attention, et, si nous en sommes dignes, nous ouvrir la voie à la connaissance de l'esprit de l'Alchimie qui viendra couronner nos retrouvailles tant attendues avec l'Ame du monde, Sophia pérenne et divine présence: «   Se faufilant à pas feutrés, écrit Jean Biès, entre désastres et dérisions, effondrements et massacres, traversées du déserts et marées équinoxiales de la barbarie, l'esprit de l'alchimie, sous les traits joyeux d'Hermès, est bien de retour parmi nous, même si peu d'entre nous le savent. Descendant à travers les airs qui avaient oublié de lui l'empreinte de ses ailes, le dieu rieur parvient sur une terre exténuée, s'aventure au clair-obscur des recompositions incertaines d'aurores s'essayant à naître, et danse par avance dans le secret des cœurs l'ivresse rutilante de l'Or   ».

Luc-Olivier d'Algange

Les Alchimistes, Jean Biès, éditions Philippe Lebaud.

dimanche, 07 mars 2021

Robert Graves: des tranchées aux mythes grecs

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Robert Graves: des tranchées aux mythes grecs


Adieu à tout cela (Goodbye to All That)
Par Robert GRAVES
Traduit de l'anglais et postfacé par Robert PEPIN
Editions Libretto, 2018, 480 pages.

Ex: https://vk.com/id596716950

(compte vk de Jean-Claude Cariou)

a6hBFe5ThHE.jpgRobert GRAVES, 1895-1985, est un poète et romancier britannique, spécialiste des mythes et de l'Antiquité, il a connu le succès avec sa trilogie romanesque sur l'Empire romain, "Moi, Claude" et avec son récit " Les Mythes Grecs".

Jeune poète britannique d'ascendance prussienne par sa mère et irlandaise par son père, Robert GRAVES a dix neuf ans quand éclate la Première Guerre Mondiale. Engagé en 1914 dans l'infanterie au Royal Welsh Fusiliers, Lieutenant, puis Capitaine, il sera très grièvement blessé et même donné pour mort en juillet 1916 pendant la bataille de la Somme. Profondément meurtri et traumatisé, rejetant la société anglaise, GRAVES découvre que le monde issu de la boucherie humaine de 14/18, n'est pas plus supportable que celui des tranchées ou il a perdu la plupart de ses amis de jeunesse. Afin de continuer à vivre, l'exil, spirituel, puis géographique, l'Egypte un temps, puis l'île de Majorque définitivement, s'impose à lui.

"A la fin de son autobiographie, Adieu à tout cela, Graves écrit: Aujourd'hui Good bye to all that est bien de l'histoire ancienne, et j'ai passé depuis longtemps l'âge ou les gendarmes commencent à avoir l'air de gamins et ou il en va de même pour les inspecteurs de police, les généraux, les amiraux. Graves avait alors soixante deux ans et résidait à Majorque depuis trente ans lorsqu'il rédigea ces lignes amusées, mais empreintes d'une certaines tristesse. Aussi bien est-il toujours difficile de ne pas se laisser abuser par la nostalgie de sa jeunesse, même lorsque, comme la sienne, celle-ci fut marquée par l'expérience terrifiante d'une des plus grandes tueries militaires de l'histoire: Robert avait en effet dix-neuf ans lorsque, deux jours après la déclaration de guerre, d'août 1914, il s'engagea dans l'armée britannique. Deux ans plus tard, le 20 juillet 1916, lors de l'attaque du bois de Freux dans la Somme à la tête de sa compagnie Royal Welsh Régiment, il était si grièvement blessé par éclats d'obus au poumon et à l'aine que l'armée anglaise annonçait officiellement sa mort à ses parents.

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Il ne fait aucun doute que les tueries de la Grande Guerre et que l'expérience de cette mort affichée brisèrent quelque chose en lui. De retour en Angleterre, ce très jeune capitaine se sent complètement en décalage par rapport à la société civile. La presse, ses parents même parlent un langage si éloigné de qu'il a vécu qu'il a l'impression de se trouver en terre étrangère. Ce sentiment est si pénible qu'il décide de repartir se battre en France mais a juste le temps de découvrir les cours martiales et les fusillades de déserteurs lorsque, trop affaibli par ses blessures précédentes l'armée le renvoie en Angleterre puis en Irlande dans divers postes d'instruction des jeunes officiers novices qu'il encadre.

-oO6vjbAH1w.jpgC'est évidemment à la lumière de ces énormes traumatismes communs à toute une génération de jeunes hommes comme son ami et alter ego le poète et capitaine Siegfried SASSOON , qu'il faut comprendre comment, après la victoire alliée de 1918 et la fin de ses études à Oxford, ou il s'est lié d'amitié avec le colonel T.E LAWRENCE alors en pleine écriture des Sept Piliers et l'écrivain et poète TS ELIOT notamment, il est amené à partir pour l'Egypte et à réviser nombre de ses opinions sur l'Angleterre qu'il a connue avant la guerre. L'horreur de ses souvenirs avait suscité une telle amertume chez le jeune homme qu'il était encore que, incapable de vivre au pays, il se sépara de sa première femme ( ils avaient eu quatre enfants) et s'installa à Majorque. Dans la beauté d'un paysage à mille lieues de la boue, des rats, du froid, de la putréfaction des cadavres, du sifflement des balles et des hurlements déchirants de blessés qui mettaient souvent plusieurs jours à mourir dans le no man's land entre les tranchées adverses si proches les unes des autres, il acheva la rédaction de cette autobiographie.

Entreprise de mise à distance de cauchemars avec lesquels il fallait bien apprendre à survivre, ce travail était aussi une tentative de résurrection d'un passé récent, mais que la violence de la guerre avait brusquement rendu très lointain. L'époque ou, fils de la grande bourgeoisie éclairée, il fréquentait une des meilleures écoles du pays, pratiquait la boxe et le rugby, foulait les pelouses de Winbledon et se trouvait par sa famille en contact avec les personnages les plus influents de la Grande Bretagne de la fin de l'ère victorienne était définitivement révolue. D'ou le ton à la fois ironique et agressif avec lequel, en racontant scrupuleusement sa vie, il en vient presque à rejeter cette Angleterre là dans les limbes, et décrit avec une précision qui glace le coeur le quotidien des tranchées entre 1914 et 1918."

***

PS de Robert Steuckers: ce fut Robert Graves qui m'initia aux mythologies. Son "encyclopédie des mythologies" dans les éditions anglaises de Larousse et les deux volumes des "Greek Myths" chez Penguin furent parmi les premiers livres anglais que j'achetai, au sortir de l'adolescence. L'Encyclopédie fut un cadeau de Guillaume de Hemricourt de Grunne.

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mardi, 02 février 2021

L'histoire d'Imbolc (et de la marmotte!)

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L'histoire d'Imbolc (et de la marmotte!)

par Catherine Bentley

https://www.truehighlands.com

Traditions saisonnières et culture dans les Highlands écossais

En tant que (vrais) Highlanders, nous sommes façonnés par de nombreuses choses. Notre histoire, nos traditions et notre culture communes ont, pour le meilleur ou pour le pire, largement contribué à définir qui nous sommes vraiment. À la veille d'Imbolc, lorsque nous regardons derrière nous et que nous considérons les rituels du passé, il est tout à fait naturel de se demander si ces anciennes traditions ont une place dans le monde moderne. Les étudiants en histoire font souvent remarquer qu'ils étudient le passé afin de mieux comprendre le présent. Ainsi, si nous regardons Imbolc, que nous dit-il sur notre situation actuelle ?

Le 1er février, c'est Imbolc

Imbolc, qui tombe le 1er février, est l'une des pierres angulaires du calendrier celtique. Pour les habitants des Highlands, le succès de la nouvelle saison agricole était d'une grande importance. Comme les réserves d'hiver devenaient insuffisantes, les rituels d'Imbolc étaient effectués pour assurer un approvisionnement régulier en nourriture jusqu'à la récolte six mois plus tard. Au fil du temps, l'église a assimilé de nombreuses facettes de cette fête, principalement en raison de la réticence des Highlanders à perdre une partie aussi importante de leur culture et du pragmatisme des églises à adapter des idéologies apparemment contradictoires quand cela leur convenait.

Ainsi, Imbolc devint la Chandeleur et la déesse païenne Bridhe qui lui était associée devint Sainte-Bride, soit la Sainte Epouse (de Bride = la mariée, l’épousée, ndt). Dans les Hébrides extérieures, cependant, les populations locales se sont raccrochées un peu plus à leurs traditions et les coutumes ont évolué pour devenir un hybride spirituel unique, à mi-chemin entre la fête chrétienne moderne qui se tient le premier février et le paganisme traditionnel de nos ancêtres.

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Sainte-Bride et la Chandeleur

La Chandeleur elle-même a des origines très alambiquées. Dans ses efforts pour christianiser la divinité païenne populaire de la terre, Bridhe, l'église l'a rebaptisée Sainte Épouse et lui a donné une histoire colorée, où elle a été miraculeusement transportée à Bethléem pour assister à la naissance du Christ. L'église a également emprunté à la Rome antique, où un rite similaire, à cette époque de l'année, honorait la déesse Juno Februata (à l'origine du nom de ce mois) dont les adorateurs, ce jour-là, portaient des bougies allumées pour l'honorer. Dans les régions de langue gaélique d'Écosse en particulier, la déesse Brighid était toujours tenue en haute estime et c'est là que les coutumes et les rituels associés ont mis le plus de temps à disparaître.

Le 31 janvier Óiche Fheil Bhrighide, qui signifie la veille de la fête de Brighid en gaélique, la dernière gerbe de blé de la récolte précédente était habillée en Brighid et emmenée de maison en maison par des jeunes filles. Elles habillaient et décoraient cette effigie avec des coquillages et des cristaux étincelants ainsi qu'avec toutes les petites fleurs et la verdure qui poussaient à cette époque de l'année. Un coquillage ou un cristal très brillant était placé sur son cœur. On l'appelait reul iuil Brighde, l'étoile directrice de Bride. Les jeunes filles, vêtues de blanc avec les cheveux tombés, portaient la mariée en procession, lui chantaient une chanson et visitaient chaque maison. Tout le monde devait la vénérer et lui faire une offrande. Les mères lui donnaient un bannock, du fromage ou un petit pain au beurre. Enfin, elles se rendaient dans une maison pour faire un festin, les hommes étant autorisés à entrer après un certain temps. Une grande partie de la nourriture était conservée et distribuée plus tard aux pauvres.

Le lit de berceau de la mariée

Dans une autre tradition, les femmes âgées de chaque foyer fabriquaient un berceau appelé le lit de la mariée. Elles en faisaient une figure à partir d'une gerbe d'avoine décorée de rubans, de coquillages et de cristaux. La femme se dirigeait vers la porte et appelait doucement en gaélique "le lit de la mariée est prêt" ou "Brighde, entre, ton accueil est vraiment fait". Ce faisant, ils invoquaient l'esprit de Brighde et elle était vraiment présente dans la figure qu'elles avaient faite. Elles ont ensuite placé Brighde dans le lit avec un bâton droit à côté d'elle (le slachdan Brighde).  Puis elles l'ont lissée sur les cendres de l'âtre, la protégeant des courants d'air. Le matin, elles les examinaient avec empressement. Elles étaient très heureuses si elles trouvaient la marque de la baguette de Brighde, mais elles étaient ravies si elles trouvaient sa véritable empreinte de pas, car cela prouvait qu'elle était vraiment avec eux cette nuit-là et qu'elles auraient de la chance tout au long de l'année à venir.

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Les croix de St Bride

Une coutume plus courante, qui a survécu dans de nombreuses zones rurales, est le tissage de croix de St Bride à partir de joncs. Ces croix étaient construites la veille au soir et accrochées autour de la maison pour porter chance.

Contrairement à la fête du Samhain, et peut-être en raison d'un festival initialement consacré à une déesse, la plupart des activités rituelles étaient centrées sur les femmes et les filles du village. Il s'agissait également d'une célébration plus personnelle et localisée plutôt que d'une affaire de communauté. Cet aspect a également été repris à l'époque chrétienne, lorsque la fête avait tendance à être célébrée en famille à la maison, par opposition à un acte de culte communautaire à l'église.

Il existe également un lien étroit avec l'huîtrier dont le nom gaélique est gille bridhe, ou serviteur de Bridhe. Dans la tradition ancienne, Bridhe les appelait de sa main et les envoyait guider les marins vers le rivage par mer agitée. Entendre leur appel distinctif pour beaucoup est le signe que le printemps est en route.

Holy Wells (puits sacrés) en Écosse

Les puits sacrés étaient aussi traditionnellement visités ce jour-là, les visiteurs priaient pour la santé en marchant au soleil autour d'eux et laissaient des bouts de tissu trempés dans l'eau sur les arbres voisins. Depuis l'arrivée de l'Église réformée aux Hébrides, il y a peu de puits avec des dédicaces saintes ; cependant, pour les curieux, il en existe encore un à côté d'une chapelle en ruine sur une ferme de Melbost. Noté par l'Ordnance Survey comme Teampull Bhrighid, c'est un lien concret avec les histoires passées. Qui sait avec certitude quel genre de rituels auraient eu lieu en ce jour, ici, il y a des centaines d'années.

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À Barra, le jour de la mariée, on tirait au sort les meilleurs iolachan iasgaich ou bancs de pêche. Après l'église et un sermon sur les vertus et les bénédictions de la mariée, le prêtre exhortait la congrégation à éviter les disputes et les querelles concernant la pêche. Après être sortis de l'église, les hommes tiraient au sort les bancs de pêche des années suivantes, juste à la porte de l'église.

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Aucune mention d'Imbolc ne serait complète sans une mention de la tradition contemporaine. Les rituels évoluent avec le temps et souvent, lorsque les gens partent à la découverte du monde, ils s’adaptent à de nouveaux foyers et à de nouvelles circonstances. Comme nous l'avons vu avec les colons américains sculptant des citrouilles plutôt que des navets lors de cette autre fête païenne importante qu’est le Samhain ; nous pouvons également faire remonter les origines du « Jour de la marmotte » (Groundhog Day) en Europe. Ce jour-là, chaque année, les yeux de l'Amérique se tournent vers une petite ville de Pennsylvanie popularisée par un film de 1993 intitulé Groundhog Day. Lorsque Punxsutawney Phil sort de son terrier, si le ciel est nuageux, le printemps arrivera tôt mais s'il est ensoleillé, la marmotte verra soi-disant son ombre et se retirera dans sa tanière, et le temps hivernal persistera pendant six semaines encore.

Rituels de purification païens romains

Les origines de cette coutume spécifique sont enregistrées sous le nom de Lupercalia, un rituel romain païen de purification qui avait lieu le 15 février sur l'ancien calendrier romain, lorsqu'un hérisson était chargé de la divination du temps. Ces croyances ont survécu à la christianisation de l'Europe et se sont plutôt rattachées à la Chandeleur en tant que folklore. Les colons européens en Amérique du Nord ont maintenu la tradition païenne, mais avec la marmotte indigène. La tradition, bien qu'elle ne soit plus observée en Écosse, fait l'objet d'un proverbe gaélique :

Thig an nathair as an toll
Là donn Brìde,
Ged robh trì troighean dhen t-sneachd
Air leac an làir.

The serpent will come from the hole
On the brown Day of Bríde,
Though there should be three feet of snow
On the flat surface of the ground

Le serpent sortira du trou

Le jour brun de Bríde,

Bien qu'il devrait y avoir trois pieds de neige

Sur la surface plane du sol

C'est une sorte de victoire des anciennes coutumes sur les nouvelles, alors que des millions de personnes savent ce qu'est le « Jour de la marmotte » mais ne connaissent pas la Chandeleur. Mais plus que cela, cela montre l'attrait durable de la tradition et du paganisme. En ces temps incertains où quelques personnes luttent pour donner un sens au monde qui les entoure, le rituel peut donner un sens à la vie. Que vous regardiez le Phil de Punxsutawney en direct sur Internet, que vous allumiez une bougie ou que vous tissiez une croix de St Bride ce soir, vous faites partie de quelque chose de plus grand, de général, c’est plus pertinent que jamais.

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mardi, 19 janvier 2021

Quelques réflexions sur les castes et la tripartition

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Quelques réflexions sur les castes et la tripartition

CASTES

« Par la distribution différente

 Des qualités et des actions,

J’ai créé les quatre castes.

Sache que c’est Moi leur auteur. »

(Bhagavad-Gîta, IV. 13)

[C’est le Dieu suprême qui parle.]

 

« Quand le devoir tombe dans l’oubli,

Les femmes se corrompent, ô Krishna !

Et quand les femmes se corrompent, ô Varshneya,

Alors naît la confusion des castes. »

(Bhagavad-Gita, I. 41; traduction d’Anna Kamensky)

[La confusion des castes : le règne des Tchandalas.]

 

418ilPdZE+L._SX327_BO1,204,203,200_.jpg« [En Inde, juste avant l’apparition du bouddhisme] La civilisation la plus élevée qu’un peuple puisse atteindre dans un état ordonnancé était atteinte. La loi et le droit réglaient la vie des membres de l’Etat. La division du peuple en castes indiquait à chacun la voie de sa vie. Le trône des princes était environné de pompe et de luxe ; la caste des prêtres et celle des guerriers étaient près du trône et menaient une vie confortable, aux dépens du peuple, il est vrai ; cependant les castes des artisans, des commerçants et des agriculteurs avaient leurs cercles juridiques qui leur étaient garantis par la loi et dans l’intérieur desquels elles pouvaient se mouvoir librement. Il y avait bien de nombreuses castes inférieures, castes de serviteurs dont la vie se passait à travailler pour d’autres, mais on consolait ces castes par des promesses religieuses, de sorte que ça et là un rayon d’espoir, une divine étincelle de joie, tombait sur la misère de leur vie. »

(Ludwig Gumplowicz, La lutte des races, 1883)

« L’ordonnance des castes apparaît chez Manu d’une grande intransigeance. Cependant, cette sévérité qui peut encore nous sembler injuste dans l’Inde actuelle est atténuée, pour l’Hindou croyant, par la métempsychose, concept qui vient peut-être de la population pré-indo-européenne mais qui fut édifié intellectuellement par les Aryens ; un Shudra vertueux peut se réincarner en un Vaishya, un Vaishya vertueux en Kshatriya, un Kshatriya vertueux en un Brahmane. »

(Hans F.K. Günther, La race nordique chez les Indo-Européens d’Asie, 1934)

md30725253875.jpg« Il y a là plus que des classes, qui sont une dégradation économique et matérialiste ; les castes reflètent un ordre métaphysique où chaque individu accomplit sa fonction selon sa vraie volonté – ou devoir, dharma – en tant que manifestation de l’ordre cosmique.  Pour les fidèles de la Tradition Pérenne, la caste est une manifestation de l’ordre divin et pas seulement une division économique du travail en vue d’une grossière exploitation. »

(Julius Evola, La tradition hermétique)

« Toute société est nécessairement divisée en quatre groupes correspondant à quatre fonctions essentielles sans lesquelles aucune civilisation ne saurait subsister. Chaque fois que, au cours de l’histoire, on a essayé d’altérer ou de supprimer cette division fondamentale, on la voit reparaître sous quelque autre forme car elle est inhérente à la nature de l’homme. »

(Alain Daniélou, Les Quatre Sens de la Vie)

« L’humanité ne trouve l’équilibre et le bonheur que lorsque les quatre groupes humains qui sont à la base des quatre castes sont en harmonie. Cela seul permet d’éviter les quatre tyrannies dont parle Manu, le grand législateur, et qui sont la tyrannie des prêtres, celle des guerriers, celle des marchands et celle de la classe ouvrière qui sont également néfastes et se succèdent indéfiniment jusqu’à ce qu’un équilibre social soit rétabli.

Il n’est pas nécessaire d’aller en Inde pour observer ce cycle inéluctable, l’Europe, dans le passé récent, a connu la prise du pouvoir par l’Église, puis par l’aristocratie suivie de la bourgeoisie capitaliste, et enfin la dictature du prolétariat. Aucune de ces formules n’est stable ni efficace. Elles aboutissent inévitablement à la tyrannie et à l’injustice. Seule une reconnaissance des quatre groupes essentiels à toute société et leur attribution de droits et de privilèges distincts peut permettre une organisation sociale stable et juste. C’est une organisation de ce genre, le système des castes, qui a permis à l’Inde, malgré les invasions et les guerres, de maintenir une civilisation ininterrompue depuis l’Antiquité. Le Moyen Âge européen avait tenté d’établir une organisation de ce genre. Ce fut l’Église, avec l’Inquisition qui rompit l’équilibre. »

(Alain Daniélou, Shiva et Dionysos, 1979)

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TRIPARTITION

« …il est très remarquable que l’organisation sociale du Moyen Age occidental ait été calquée exactement sur la division des castes, le clergé correspondant aux Brahmanes, la noblesse aux Kshatriyas, le tiers-état aux Vaishyas, et les serfs aux Shudras. »

(René Guénon, Autorité spirituelle et pouvoir temporel, 1929)

[La même remarque figure, en termes quasi-identiques, dans Le roi du monde (1927).]

« La prééminence du soldat sur l’agriculteur et de l’agriculteur sur le marchand, que l’hitlérisme postule, était admise par toutes les sociétés antiques. »

(Alfred Fabre-Luce, Journal de la France, 1940)

« Le type économique est en lui-même inférieur non seulement au type spirituel au sens le plus élevé du terme, mais en outre au guerrier, à l’homme d’Etat, au penseur et à l’artiste. (…) Aussi le gouvernement exclusif par la classe économique serait-il l’expression extrême de la suprématie d’une classe unique, et, cette classe étant en elle-même inférieure d’après tous les critères spirituels, sa suprématie aboutirait nécessairement à un état général inférieur. »

(Hermann von Keyserling, Diagnostic de l’Amérique et de l’américanisme, 1941)

9788898672219_0_306_0_75.jpg« Le premier devoir est de combattre pour la restauration de l’Ordre. Pas tel ou tel Ordre particulier, telle ou telle formule politique contingente, mais l’Ordre sans adjectifs, la hiérarchie immuable des pouvoirs spirituels à l’intérieur de l’individu et de l’Etat qui place au sommet ceux qui sont ascétiques, héroïques et politiques et au-dessous ceux qui sont simplement économiques et administratifs. »

(Adriano Romualdi)

« Le principe européen par excellence postulait la prééminence du souverain et du prêtre sur le guerrier, et celle du guerrier sur le producteur-consommateur. Ou, si l’on préfère, de l’âme et de l’esprit sur le cœur, et du cœur sur le ventre, du spirituel sur le corporel et du corporel sur l’économique. »

(Alain de Benoist)

« …quelques-unes des grandes réussites ou des grands efforts de puissance, jusque dans la plus moderne histoire de notre Europe, reposent sur des reviviscences claires et simples du vieil archétype trifonctionnel. (…) [par ex.] les trois rouages essentiels de l’Etat soviétique (le parti avec la police, l’armée rouge, les ouvriers et les paysans), ceux de l’Etat nazi (le Partei avec la police, la Wehrmacht, l’Arbeitsfront) [qui] constituent des machines dont l’efficacité n’est pas contestable. »

(Georges Dumézil, L’oubli de l’homme et l’honneur des dieux, Gallimard 1985)

« Je pense que quand les Indo-Européens sont nomades et que leur économie et leur structure sociale sont les plus simples, il y a trois fonctions, mais que quand les Indo-Européens s’établissent à un endroit et commencent à pratiquer l’agriculture et le commerce, il y a alors une différenciation entre employés et travailleurs, et un système quadripartite surgit. »

(Greg Johnson, article sur TOQ, 2011)

« …l’anthropologie de l’apôtre Paul apparaît trichotomique, distinguant en l’homme, l’esprit, le corps et l’âme. Cette trichotomie serait pleinement applicable à la structure de l’Empire idéal. (…)

5115V0M6JKL._SX289_BO1,204,203,200_.jpgL’espace, la terre, le territoire, la zone de contrôle et d’influence constituent le contenu corporel de l’Empire et correspondent au corps de l’homme. (…) Le peuple correspond à l’âme ; il vit et se déplace, aime et déteste, tombe et se relève, s’envole et souffre. (…) La religion correspond à l’esprit. Elle montre des perspectives montagneuses, elle assure le contact avec l’éternité, elle dirige le regard vers le ciel.

De même que l’homme possède obligatoirement un corps, une âme et un esprit, selon le christianisme, de même l’Empire possède un espace, un peuple et une religion. »

(Alexandre Douguine, La Quatrième théorie politique, 2012)

« Dans Homère, le mythe de la guerre de Troie débute par la faute de Pâris, noble troyen. Il voit arriver devant lui trois déesses, une par fonction : Héra représente la fonction souveraine, Athéna la fonction guerrière et Aphrodite, la déesse de l’amour, la troisième fonction. Pâris doit remettre une pomme d’or à la plus belle et il choisit Aphrodite. Il entraîne alors Troie dans la ruine car les déesses de la souveraineté et de la guerre vont se venger et prendront le parti des Grecs contre les Troyens.

Il ne faut pas inverser la hiérarchie des fonctions, telle est la leçon du mythe. Il faut aussi un équilibre à l’intérieur des fonctions.

Les Etats fascistes sont morts d’avoir mis la fonction guerrière au-dessus de tout. Les Etats occidentaux ont tendance aujourd’hui, sous l’impulsion des Etats-Unis, à faire dominer la troisième fonction. (…) Au sein de la troisième fonction, la sous-fonction marchande l’emporte sur la sous-fonction familiale. (…) L’économie détermine seule le sens de la vie. »

(Ivan Blot, La Russie de Poutine, 2016)

« [Lors de la chute du communisme en 1991] Les fonctions souveraines et guerrières, accaparées par le Parti communiste, se sont effondrées. La troisième fonction économique, non régulée, donc chaotique, a pris le dessus comme nous l’avons vu plus haut. La natalité s’est effondrée, la criminalité est partie en hausse, la mortalité a augmenté, fait unique dans un pays développé. L’économie elle-même a chuté, car elle a besoin d’un cadre stable.

La chance de la Russie, qui ne fut pas celle de l’Ukraine, est qu’elle avait de longue date une forte tradition militaire. C’est le milieu des officiers qui est arrivé à contrôler les oligarques, et le président Poutine en est l’émanation. La Russie actuelle a rétabli la hiérarchie des trois fonctions. La sous-fonction religieuse est réapparue et collabore avec l’Etat. Le président et le patriarche de Moscou, Cyrille, incarnent cette double fonction souveraine. La fonction militaire a été revalorisée. La troisième fonction (production et reproduction) a été rééquilibrée pour que la famille ne se désagrège pas au profit de la seule sous-fonction économique.

En même temps, les valeurs des deux premières fonctions ont été réaffirmées : patriotisme, moralité chrétienne, sens de l’honneur. »

(Ivan Blot, La Russie de Poutine, 2016)

81hkXcUpd9L.jpg« …la Russie nouvelle est une démocratie de type ‘gaullien’ avec des libertés, des élections, l’ouverture sur l’étranger mais la hiérarchie des trois fonctions a été rétablie. C’est une démocratie ‘tripartitionnelle’, différente du totalitarisme communiste qui avait détruit la troisième fonction, et différente de l’Occident dominé par le Gestell qui entraîne la dégénérescence des deux premières fonctions de souveraineté et militaire. En Russie, on est en économie libre de marché mais la primauté de la fonction de souveraineté est rétablie, et la fonction de défense est réévaluée dans la vie sociale. »

(Ivan Blot, La Russie de Poutine, 2016)

« Les intérêts économiques doivent être subordonnés aux intérêts stratégiques. Ce n’est pas à Mercure de régner sur l’Olympe. Ce n’est pas à l’intendance de donner des ordres. »

(Thomas Ferrier, tweet du 26 décembre 2020)

[Il y en a certains qui doivent se sentir visés… D’ailleurs, de Gaulle avait déjà dit : « La politique de la France ne se fait pas à la Corbeille ». Et on connaît aussi : « L’intendance suivra ». Aujourd’hui, il y a beaucoup de représentant de « l’intendance » parmi les dirigeants occidentaux… (mais pas en Russie et en Chine…)]

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vendredi, 01 janvier 2021

Feux dans la nuit d'hiver : perspectives eschatologiques dans les rites traditionnels du Nouvel An

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2021

Feux dans la nuit d'hiver : perspectives eschatologiques dans les rites traditionnels du Nouvel An

Pour le Nouvel An, nous publions un article sur ces feux, tiré du site italien https://www.azionetradizionale.com

par Lorenzo Maria Colombo

Dans de nombreux pays du nord de l'Italie, les célébrations de la fin de l'année et des premiers mois de la nouvelle année sont accompagnées de rituels collectifs particuliers qui, à y regarder de plus près, ont l'aspect apparemment assez macabre d'un sacrifice humain : des mannequins aux traits anthropomorphiques ou même des êtres humains en chair et en os sont brûlés, noyés, enterrés ou, en général, tués rituellement.

A Ameglia (SP), par exemple, il existe la tradition de l'Omo ar bozo, dans laquelle une personne du village se déguise en étranger qui est jugé et jeté dans une mare d'eau (le bozo, en fait).

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Dans de nombreux autres endroits, cependant, le symbolisme de l'enjeu purificateur semble prévaloir : À Varallo Sesia (VC), le 6 janvier, pour célébrer le début du carnaval, les habitants se réunissent sur les rives du ruisseau Mastallone, qui divise la localité en deux, pour brûler le mannequin diy du Veggia Pasquetta (le « vieux lundi de Pâques ») ; le feu continue à jouer un rôle central pendant toute la durée de ce carnaval alpin, l'un des plus importants et des plus populaires du nord du Piémont, avec des épisodes tels que le rond-point autour du feu de joie sur la place le soir du Carnevalàa n'tla stràa (Carnaval sur la route) et l'incendie final du roi du Carnaval (évidemment toujours un mannequin) sur le Ponte Antonini.

Des rites similaires ont lieu dans le village de Roccapietra et dans les villes voisines de Civiasco et Borgosesia, parfois accompagnés de feux d'artifice. D'autres caractéristiques de cette période, qui sont très importantes comme nous le verrons pour comprendre son profond symbolisme, sont les distributions gratuites de nourriture (soupe, haricots, tripes, focaccia, sucreries, etc.) dans différents villages. Parmi les quelques autres particularités de cette période, répandues dans divers pays, il faut compter certaines manifestations typiques où prédominent des performances de force et d'habileté physiques, voire un caractère explicitement agonistique ou guerrier : par exemple, le défi entre le "laid" et le "beau" qui se déroule dans Suvero (SP), les sapeurs (littéralement: les huissiers) armés qui accompagnent les défilés de carnaval de Sampeyre (CN) et Schignano (CO), la Danse des épées lors des processions religieuses de Venaus et Giaglione (TO), les coups de poing dans les rues contre les krampus (les "putréfiés" ou, selon une autre étymologie, "celui qui a les griffes") dans le Trentin-Haut-Adige ou encore les célèbres manieurs de drapeaux du Paliotto d'Asti qui sont appelés à se produire sur les places de différentes communes piémontaises.

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Les ethnologues et anthropologues interprètent généralement ces traditions comme des résidus païens d'anciens rites propitiatoires pour la fertilité des champs, antérieurs à l'arrivée du christianisme ; le faux "sacrifice humain" (ou même dans certains cas le sacrifice authentique et sanglant d'un animal, comme une dinde ou une oie) est alors considéré comme une représentation typique du "bouc émissaire". Selon l'ethnologue Piercarlo Grimaldi, la "chèvre" est tuée par la "communauté paysanne qui, pour faire face à la nouvelle saison agricole, doit se régénérer rituellement"[1].

Il va sans dire que de telles explications, même si elles ne sont pas complètement fausses, sont, d'un point de vue authentiquement traditionnel, loin d'être satisfaisantes. L'incapacité des universitaires occidentaux à analyser les significations cachées de ces rites est probablement due, au moins en partie, à la rupture, survenue pour des raisons historiques et sociales, entre la culture paysanne et celle de la "haute société" (ndt : la « culture des élites » selon Robert Muchembled), représentée autrefois par le clergé et aujourd'hui par les universitaires, qui ne sont plus capables de dialoguer et de comprendre la culture populaire. Il faut évidemment ajouter à cela des considérations sur le "cycle vital" normal des traditions, qui, dans sa phase terminale, voit une perte progressive de sens jusqu'à ne laisser qu'une forme vide et « survivante » (d'où le terme « superstition »).

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Si nous voulons trouver la véritable clé de l'interprétation de ce que nous venons de dire, nous devons donc nous tourner vers les cultures où une telle césure n'a pas eu lieu ou a été rétablie à temps : c'est le cas du Tibet où (au moins avant l'invasion communiste chinoise) les rites du Nouvel An étaient pratiqués, avec la combustion d’un mannequin, extraordinairement similaires à ceux du nord de l'Italie. Ici, cependant, la tradition bouddhiste a réussi à réinterpréter l'ancien rituel populaire dans la perspective sotériologique de la nouvelle religion, ou plutôt à revenir à leur signification originelle. Traditionnelles, les anciennes formes ont dégénéré en superstition, explique en fait le célèbre tibétologue Giuseppe Tucci : "La superposition de la fête du sMon lam sur l'ancienne fête du Nouvel An s'explique par le fait que le premier en était venu à s'identifier à l'idée de la victoire sur le mal et l'hérésie dans le miracle de Śrāvastī (...)[2]. La communauté est dans une période de déclin progressif, dans laquelle le mal augmente et la doctrine prêchée par Śākyamuni devient obscure. Il est donc nécessaire d'éliminer ou au moins d'atténuer les signes évidents de cette époque - épidémies, guerres, famines - mais surtout d'aider à préparer l'action rédemptrice du prochain Bouddha, Byams pa, Maitreya. Le symbolisme à la base de cette pensée a également des répercussions sur le plan liturgique et pratique : le gouvernement distribue des plantes médicinales (sman) aux moines pour lutter contre les maladies ; des tissus de soie pour les défendre du danger des armes ; de la nourriture, de la viande, de la soupe, de l'argent, etc... contre la famine imminente. La liturgie est conditionnée de façon dramatique à chacun de ses différents moments. Par exemple, la procession rituelle autour du temple de Byams pa est censée signifier que la nouvelle ère de la doctrine, la descente de la parole divine, est déjà un fait accompli (...) la non-science (ma rig), l'origine de la contamination morale (ňon mons) et donc aussi du karma, est innée en chacun de nous, en moi et dans les autres, et [pour cela] il est nécessaire de la brûler dans le feu de la connaissance sublimée (ye šes kyi me). L'image qui est au centre de cette cérémonie est destinée à recevoir en elle-même la non-science et est brûlée dans le feu de la sagesse, qui est représentée de cette façon (...). A l'attente de la nouvelle année prévaut celle de l'annus magnus : ainsi le cycle bref des douze mois devient le maillon d'une chaîne qui s'étend à l'infini, de bon augure, de renouvellement de la doctrine, de l'avènement du royaume de Maitreya, dont l'épiphanie aura lieu après la fin du processus progressif de décadence de l'ère cosmique actuelle"[3].

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Pour résumer : au moment où l'obscurité semble la plus profonde, à la limite entre une année et l'autre, les adeptes de la Tradition sont appelés à monter sur le terrain de lutte, à entrer en guerre contre les forces du mal afin de favoriser le retour de la Lumière dans une nouvelle ère prospère du monde, où il n'y aura plus ni faim ni misère et où les hommes se "nourriront" directement de l'enseignement spirituel ; et les flammes qui brûlent le mannequin sacrifié ne sont autres que celles qui consommeront les potentialités inférieures de ce cycle pour permettre au nouveau de commencer.

Au Tibet, comme en Italie, le rite du début de la nouvelle année entend représenter une attente, non pas passive et sentimentale mais active et "militante", une tension eschatologique vers la réalisation, même seulement temporaire et virtuelle, de cette Terre pure, cette Jérusalem céleste où l'être humain sera réintégré dans son état originel[4].

Enfin, nous nous permettons de faire quelques réflexions sur la situation que nous vivons dans cette période particulière de l'Histoire.

On se souvient qu'au début de l'année 2020, alors que, comme on vient de le démontrer, la pandémie de covid-19 était déjà en cours depuis plusieurs mois, le premier confinement est tombé au moment même où les festivités du carnaval atteignaient leur point culminant, empêchant la conclusion naturelle du Carême, avec les fermetures forcées qui se sont ensuite étendues bien au-delà de la Semaine Sainte. Et aujourd'hui, avec l'urgence sanitaire qui semble loin d'être résolue, il est très probable que nous soyons obligés d'abandonner nombre de ces rites traditionnels mentionnés au début de notre article, dont certains, il faut le souligner, ont des origines très anciennes et n'ont jamais été interrompus jusqu'à présent, sauf pendant les périodes les plus sombres de la Seconde Guerre mondiale.

Il est probablement trop tôt pour affirmer que cette situation est intentionnelle, qu'elle découle d'une intention consciente d'anéantir nos traditions ancestrales ; et pourtant la symbolique lugubre qui sous-tend ces faits nous semble claire : les forces de l'anti-tradition, les légions de l'adversaire n'acceptent plus d'être domptées et exorcisées, mais se déchaînent de toutes leurs forces dans le monde dévasté.

Et dans ce contexte, il n'est pas surprenant que certains "champions" de la subversion internationale n'aient pas pu cacher un certain sentiment de vengeance mesquine contre ceux qui, légitimement, se plaignaient de la suppression ou de la réduction à un minimum des événements traditionnels : juste avant ce Noël 2020, parmi les plus dramatiques dont l'histoire récente se souvienne, un youtubeur, au nom plutôt risible d'"Ateotube", a déclaré sur sa page Facebook : "Je ne comprends vraiment pas le fétichisme des Italiens pour les traditions. Mieux vaut innover, progresser, avancer".

Progresser et avancer vers où, on peut se le demander, si ce n'est vers une civilisation vidée de tout sens, vers une culture qui ne peut plus être définie comme telle car rien n'est plus "cultivé", vers l'immense abîme d'où tant de jeunes tentent en vain de s'échapper avec la drogue ou en s'ôtant la vie...

Mais en fin de compte, comme nous le savons déjà, ce sont des choses qui doivent arriver. Les armées des ténèbres seront autorisées à avancer jusqu'à ce que la moindre lueur de la Lumière des anciens jours semble être étouffée à jamais ; alors, et seulement alors, Rudra Chackrin, Seigneur de la Roue Cosmique, descendra dans le monde pour la sacrifier (la rendre sacrée) dans les flammes purificatrices et sanctionner le début d'un nouveau Jour.

Il nous appartient de nous préparer à ce moment par une pratique intérieure, car les formes extérieures - en elles-mêmes seulement instrumentales et temporaires - nous sont aujourd'hui refusées.

À tous ceux d'entre vous qui ont eu la patience de lire cet article jusqu'au bout, j’apporte un souhait sincère de bonne année sous le signe de la lutte et de la victoire.

Notes :

[1] P. Grimaldi, Tempi grassi tempi magri, Omega edizioni 1996 Torino, p. 50.

[2] L’épisode où Bouddha manifeste sa propre supériorité face aux adeptes des sectes rivales, est celui où, de son corps, s’échappent simultanément des langues de feu et une pluie d’eau. Remarquons que ce double symbolisme de l’eau et du feu se repère également dans les rites italiens que nous avons cités.  

[3] G. Tucci, Le religioni del Tibet, ed. Mediterranee 1995 Roma, pp. 192-193. Ed. originale Die Religionen Tibets, W. Kholhammer GmhH, Stuttgart 1970.

[4] G. Marletta, L’Eden, la Resurrezione e la Terra dei Viventi, Irfan edizioni San Demetrio Corone (CS) 2017, pp. 79-91.

 

Les grandes âmes sont odysséennes...

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Les grandes âmes sont odysséennes...

par Luc-Olivier d'Algange

Les grandes âmes sont odysséennes. Qu'est-ce que la grandeur ? Par quelle aspiration prouvons-nous le sens de la grandeur ? Le poème épique, celui d'Homère en particulier, répond à cette question: par le voyage, lorsque ce voyage est au sens exact initiatique. Le héros «   ondoyant et divers   » navigue, car naviguer est nécessaire et qu'il n'est point nécessaire de vivre. Toute la différence entre la vie magnifique et la survie est dite en ces quelques mots: Naviguer est nécessaire... Il ne s'agit point tant d'atteindre à la grandeur que d'être digne de la grandeur qui nous environne. L'homme moderne aspire à des réalisations colossales, comme le sont également sa bêtise et son outrecuidance. Les temples de Delphes et d'Epidaure, l'architecture romane, leur fille conquérante de l'Invisible, témoignent d'un autre sens de la grandeur. C'est une grandeur méditée et contemplée, une grandeur intérieurement reconstruite par une exacte Sapience des rapports et des proportions. Nous devons à Walter Otto et à Ernst Jünger, ces philosophes lumineux, la distinction entre le monde dominé par les titans et le monde dominé par les dieux. Avant d'être «   moderne   » et quoique l'on puisse entendre sous ce terme, notre monde est bien un monde titanesque, un monde de fausse grandeur et de colossales erreurs. Le monde des dieux, lui, s'est réfugié dans nos cœurs et il devenu une vérité intérieure, c'est-à-dire qu'il se confond avec la lumière émanée du Logos. Si rien ne peut être ajouté, ni ôté, rien n'est perdu. La véritable grandeur n'est pas absente, elle est oubliée dans l'accablement et l'ennui des travaux titaniques. S'en souvenir, par bonheur, n'exige pas que nous nous rendions immédiatement victorieux de ces artificieuses grandeurs; il nous suffit d'accueillir les battements d’ailes légers de l’anamnésis.

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Le subtil essor du ressouvenir triomphe de tout. La recouvrance de la grandeur est offerte à quiconque ne se résigne point, mais persiste, à la pointe extrême de son entendement, comme une étrave, à l'affrontement de l'inconnu maritime. Les grandes âmes sont odysséennes. Elles viennent comme des vagues vers nous dans les heures sombres et dans les heures claires. Elles laissent aux heures claires une chance d'être et une raison d'être dans le ressac tumultueux des heures sombres.

Il existe une habitude du malheur à laquelle les grandes âmes odysséennes seront toujours rétives. Elles engagent le combat, ne craignent point les issues incertaines et osent le voyage. Elles vont jusqu'à défier les lois de l'identité et de la contradiction pour choisir de périlleuses métamorphoses. Lorsque les ciels sont à l'orage, que la mer violette accroît l'émerveillement et l'effroi du pressentiment, l'âme odysséenne se retrouve être, soudain apaisée, dans l'heure la plus claire, dans le scintillement de la vague ascendante qui triomphe des nuits et des abysses qui la portent.

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Le sens épique des grandes âmes, nous le savons, ne refuse point le malheur. Il existe chez les âmes aventureuses un consentement à la fortune bonne ou mauvaise qui ne laisse pas de surprendre les générations étiolées. Mais cette acceptation du malheur n'est jamais que l'assombrissement momentané du regard après l'éblouissement, «   soleil noir de la mélancolie   » que dit Gérard de Nerval. A celui qui consent à se laisser peupler par les images odysséennes, à se laisser entraîner par elles, c'est une grande Idée du bonheur qui le subjugue. Un vaste songe heureux entoure de ses espaces limpides et sonores le vaisseau qui file à l'allure que lui prédestinent les voiles et le vent: c'est le sens de notre destinée.

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Certes, la destinée est écrite et souvent des forces néfastes se conjuguent à nous soumettre à des rhétoriques malfaisantes ourdies par des forces jalouses, comment le nier ? Certes, les heures sombres avancent vers nous en cohortes plus serrées que les heures claires, mais le regard de l'Aède transperce les nuées et voit, là où le commun ne voit que du vide, les escadres claires des heures promises, des prières exaucées !

Le paradoxe admirable de l'épopée est de nous enseigner en même temps l'abandon et le courage, alors que le monde moderne nous enseigne la récrimination et la faiblesse. Toute grande âme est odysséenne, elle s'abandonne à la beauté et la grandeur du monde et, dans cet abandon aux puissances augustes, trouve le courage d'être et de combattre. La vie magnifique est possible car il n'est pas nécessaire de vivre, s'il est nécessaire de naviguer. Croire en une toute-possibilité, vouloir s'en rapprocher comme d'un Graal ou d'une Toison d'Or, telle est la foi du héros qui trouve dans la divination des claires escadres la justification de ses actes et de son chant. Le malheur gronde, l'eau et le ciel sont noirs, mais elles viendront bien à sa rescousse. Escadres claires et logiques, ordonnées et ordonnatrices, accordées à la divine Mesure.

imagesul.jpgSans doute sommes-nous fort mal placés en nos temps rationalistes et déraisonnables pour comprendre la méfiance grecque à l'égard de l'hybris, de la démesure. Nous sommes si aveuglément dévoués à la démesure que nous n'en concevons plus même le contraire. Notre démesure est devenue si banale que toute mesure nous paraît extravagante ou coupable. Comment, alors servir la Mesure, par quels noms l'évoquer et l'invoquer sans la trahir ? Par le seul nom de Légèreté ! Les claires escadres de la raison d'être de nos actes et de nos chants sont légères; c'est à peine si elles touchent les vagues amies. Entre l'horizon et le plus fort de notre combat, elles franchissent la distance en se jouant. Non seulement la Mesure est légère, elle ne se pose ni ne s'impose, sinon prosodique; elle est fondatrice de la légèreté en ce monde. Les Anciens croyaient en la terre dansante et en la terre céleste. La Mesure nous sauve de la lourdeur et de l'inertie. Bien qu'elle soit plus que la vie, ayant partie liée aux Immortels, elle nous sauve de la mort. Lorsque la Mesure est ignorée les titans outrecuident, et les hommes se livrent sans vergogne à l'infantilisme et à la bestialité.

Les héros, les chevaliers, les navigateurs nous entraînent dans la vérité de la métaphore. Ils nous apprennent à interroger les signes et les intersignes, à trouver la juste orientation dans la confusion des apparences, ou, plus précisément, dans cette apparence de confusion à laquelle nous inclinent la faiblesse et le fanatisme. La puissance métaphorique et réelle qui porte le navigateur sur la «   mer toujours recommencée   » dont parle Valéry n'est pas l'hybris mais la Tradition. Elle est cette puissance heureuse qui nous porte au-delà de la mensongère évidence des êtres et des choses, par-delà les identités statiques, les individualités possessives, les subjectivités idolâtrées dans la mauvaise conscience de leur déroute.

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La métaphore est maritime; elle ne s'ajoute point à la réalité, elle est la réalité délivrée de nos représentations schématiques, de ces facilités de langage, de ces jargons qui feignent la raison, sans raison d'être. Croire détenir la raison, cette hybris du rationaliste, n'est-ce point être possédé par la déraison ? Favoriser dans le déroulement prosodique la levée des grandes images odysséennes, ce n'est pas fourbir des armes contre la raison mais restituer la raison au Logos, œuvrer exactement à la recouvrance de la raison. Lorsque les métaphores ne dansent plus à la crête des vagues, les mots deviennent des mots d'ordre; et les mots et l'ordre sont perdus pour les desseins divins. La pensée, alors, s'emprisonne en terminologies. La suspicion et la mesquinerie se substituent à cet usage magnanime et chanceux du langage qui est le propre des poètes.

Les grandes âmes sont odysséennes, et le signe de leur grandeur est d'unir la poésie et la raison, non certes pour nous réduire au compromis détestable d'une poésie raisonnable mais par un heurt étincelant où l'apparence de la poésie comme l'apparence de la raison volent en éclats. De l'autre côté de ces apparences se trouvent non les certitudes d'usage, mais la mystérieuse et ardente gnosis rimbaldienne de l'éternité qui est «   la mer allée avec le soleil   », l'épiphanie éminente de la splendeur. Sous l'invaincu soleil, la métaphore maritime est la messagère des grandes âmes.

Luc-Olivier d'Algange.

Le symbolisme du sanglier

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Le symbolisme du sanglier

par Gérard Thiemmonge

A propos de l'auteur : J'ai rencontré Gérard Thiemmonge, l'auteur de cet article publié à titre posthume, lors d'une université d'été de la Nouvelle Droite au début des années 80. Jusqu'à sa mort il y a quelques années, nous avons entretenu une amitié étroite, accompagnée d'un échange régulier de documentation sur l'histoire de certaines régions d'Europe et de leurs traditions. Au fil des ans, Gérard Thiemmonge est devenu un encyclopédiste infatigable qui a compilé un impressionnant catalogue d'illustrations, de cartes postales et de documentation sur des sujets aussi divers que la tradition musicale entourant la cornemuse en Europe, les runes et les animaux sacrés dans la tradition indo-européenne. Cependant, Gérard Thiemmonge, enraciné et passionné d'histoire et des traditions d'Europe, était aussi un véritable reître, un aventurier chevronné et un expert en techniques de survie et de la guerilla. À la fin des années 1970, il a combiné ses connaissances de baroudeur dans deux ouvrages, publiés chez Copernic : "Objectif Raid" et "Guide pratique pour l'expédition et l'aventure".

Ralf Van den Haute.

Le symbolisme du sanglier trouve ses origines dans la Tradition primordiale et hyperboréenne, elle-même fondatrice des divers mythes indo-européens.

A côté du cerf, le sanglier faisait partie du monde marginal et divin de la forêt. Il participait de l’animation visible, (lat. anima = âme) comme témoin du panthéon des dieux que l’esprit des hommes avait forgé, pour hiérarchiser le sacré et appréhender le monde.

Ste Osmanne.jpgAnimal solaire, le sanglier participait des trois fonctions de l’idéologie tripartite des indo-européens, et c’est à ce titre que la compréhension de sa symbolique est particulièrement difficile. Perçu distinctement par les castes, sa valeur magico-religieuse était conflictuelle. Cette situation se maintiendra jusqu’au moyen-âge, illustrée en Seine-et-Marne par la légende de Ste Osmanne.

La caste sacerdotale, (les druides) participait de la fonction souveraine. Détentrice du savoir et du sacré, elle dominait la société dans ses orientations.

Selon J. Chevalier et A. Geerbrant, (1) le sanglier est en conflit avec la caste guerrière. Comme le druide, il est en rapport étroit avec la forêt, se nourrit du gland du chêne, et la laie, symboliquement entourée de ses neuf marcassins, fouit la terre au pied du pommier, arbre d’immortalité. Aussi bien dans la société druidique que brahmanique, le sanglier y figure l’autorité spirituelle. Il est l’avatâra sous lequel Vishnu ramène la terre à la surface des eaux pour l’organiser.

Dans le monde indou, notre cycle est désigné comme étant celui du sanglier blanc.

Pour la caste guerrière, le sanglier participait du rituel de la chasse, c’est-à-dire du combat loyal contre la force vénérée et distincte, combat par qui la victoire élève vers les dieux. Le mythe de « La Chasse Sauvage » et le légendaire Hubertien (2) ne sont que des avatars populaires et parfois christianisés de ses rituels initiaux.

Pour la caste paysanne, (fonction productrice) l’animal était naturellement celui qui assure la subsistance du groupe. L’animisme aidant, on s’évertuait à acquérir sa force et son courage. Il remplissait les ventres et les âmes.

Comme on le voit, cette perception distincte ne pouvait qu’entrainer des conflits, des interdits comme la chasse, le sacrifice ou la consommation hors certaines périodes.

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Le nom du sanglier vient du latin populaire singularis, de singulus = seul. Le mot « singulier », combat d’un seul contre un seul, à la même origine. Le nom de la laie vient du francique lêka (moyen haut allemand liehe). Le même mot, remarque L.R. Nougier, désigne également un chemin forestier. (3)

Au moyen-âge, on évoquait le sengler, ou porcq saingler. Le terme servait aussi à désigner un homme solitaire. (4)

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La plus ancienne représentation connue d’un sanglier concerne une peinture pariétale dans la grotte d’Altamira, en Espagne. Elle est d’époque magdalénienne. (Paléolithique supérieur, 12000 ans).

De Perse, de l’Inde, de la Grèce à l’Irlande, il est partout présent dans le monde indo-européen. Il est également présent au Japon et en Chine, au Moyen-Orient, mais sa symbolique se réfère à des mythèmes distincts. (5)

En Grèce, Hercule parvient à rapporter un gigantesque sanglier qui semait la terreur en Arcadie, sur les collines d’Erymanthe. L’animal est transporté vivant sur les épaules. Cet exploit constitue le troisième des douze travaux d’Hercule.

Ailleurs, c’est un autre monstre dévastant l’Etolie, le sanglier de Calydon, que combattent les héros de la Toison d’Or.

Dans la mythologie nordique, le nain Brokk forge un anneau d’or pour Odhin-Wotan, un marteau pour Thor et un sanglier pour Frey.

unnamedwildshw.jpgFrey est le dieu de la fertilité, le dieu de la troisième fonction chez les Scandinaves. « Voici un animal qui peut courir nuit et jour, aussi bien sur terre que dans le ciel et sur l’eau. Il va plus vite que n’importe quel cheval. Et ses soies d’or resplendissent tant qu’elles peuvent éclairer les ténèbres les plus profondes. » (6) Du martellement des forges de Brokk, naissent la fidélité, la puissance et la maîtrise. La maitrise du temps et de l’espace.

C’est en Ardennes (Arduenna sylva), au carrefour des mythes celtes et germaniques, que l’archéologie nous cèdera une petite statuette, hélas décapitée, représentant le seul témoignage connu d’une déesse chevauchant un sanglier. On a évoqué le nom de Diane. Mais celui de Freya, sœur de Frey et déesse de l’amour pourrait s’imposer tout autant.

Chez les Celtes, le sanglier revêt donc une importance fondamentale. Il apparaît sur nombre de monnaies gauloises, et figure comme enseigne ethnique ou guerrière sur les vexillum.

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La stèle calcaire d’Euffignix (Haute-Marne), fait état d’un personnage orné d’un torque au cou, avec un sanglier vertical gravé sur sa poitrine. On peut soupçonner le caractère sacertodal de cette stèle, s’il était confirmé que le motif symbolique de la patte droite est bien une crosse. Cette crosse (francique krukkja = béquille) serait de même nature que l’actuel attribut de l’épiscopat chrétien. Il était déjà l’emblème de dignité religieuse sous le paganisme romain, où du nom lituus, il équipait, les augures et les pontifes.

lituus.jpgL’archéologie irlandaise de son côté, nous confirme la présence de diverses crosses sur les sites cultuels, de même curieusement, que certains monuments mégalithiques. (7) Sur le côté de la stèle, on peut également distinguer la présence d’un œil. La valeur magico-relieuse de l’ensemble, nous permet d’imaginer le troisième œil, celui qui voit, celui de qui vient la religion. (lat. religio = qui relie)

Est-ce un hasard, si un autre dieu du panthéon celtique a été trouvé sous le chœur de N.D. de Paris, en 1970 ? Il s’agit de Cernunnos, « le dieu aux cornes de cerf ». On l’a également localisé à Reims, à Vandoeuvres, à Saintes, et il apparaît sur le célèbre chaudron de Gundestrup, accompagné d’un sanglier.

Comme pour relier les fonctions souveraine et productrice, le sanglier constituait la nourriture sacrificielle de la fête de Samain. (ou Samuhain, Samonios dans le calendrier de Coligny, le 1 novembre. La Toussaint en est la survivance christianisée). (8) On le consacre à Lug, qu’on associe à Mercure. (L’un des surnom de Mercure, Moccus = porc, est attesté par une inscription gallo-romaine à Langres).

La légende de Twrch Trwyth (irlandais triath = roi) s’opposant à Arthur, représente le sacerdoce en lutte contre la royauté, à une époque de décadence spirituelle. (9) Le père de Lug, Cian, se transforme en porc druidique, pour échapper à ses poursuivants, avant néanmoins de mourir sous forme humaine.

Paradoxe d’importance, l’ensemble des textes irlandais, même d’inspiration chrétienne, n’accorde pas de mauvaise part au symbolisme du sanglier. Il s’agit là d’une contradiction flagrante avec les tendances de la tradition judéo-chrétienne.

Dans la Bible, le sanglier est associé à l’impureté, aux déchainement des passions, aux forces démoniaques.

Parmi les légendes recueillies par Roger Lecotté, (10) il en est une qui se rapporte au thème du sanglier, et qui concerne le village de Percy, en Seine-et-Marne.

Ste Osmanne, princesse d’Irlande, après de longues pérégrinations, vint s’établir dans la retraite de Féricy. « Avec sa servante, elle bâtit un abri de feuillage et mena une existence austère. Un jour, un jeune seigneur des environs, chassant un sanglier, vit la bête se réfugier auprès de la sainte, alors en prière près d’une fontaine. Malgré les cris des veneurs, les chiens ne pouvaient bouger, et le seigneur, voulant tuer le sanglier demeura figé. Il injuria Osmanne, qu’il prit pour une enchanteresse et se retira. Passant à Sens, il raconta les faits à St Savinien qui se rendit auprès de la solitaire et la reconnut comme une croyante ; aussi il la baptisa avec l’eau de la fontaine, et lui donna, le nom d’Osmanne. »

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Le bruit de sa sainteté se répandit partout, et de nombreux fidèles vinrent lui demander soulagement de leurs maux.

Anne d’Autriche délégua deux pèlerins pour obtenir la naissance de Louis XIV, puis envoya un courrier à Féricy pour annoncer l’heureuse nouvelle, et fit don du tabernacle actuel.

Un registre de confrèrie du XVII° siècle porte de nombreuses demandes et procès-verbaux de guérisons ou miracles.

Selon la légende locale, les anciennes cloches de l’église, enfouies en 1789 dans la mare de l’abime, et qui, envasées, n’ont jamais pu être récupérées, se font entendre à ceux qui se penchent au-dessus de l’onde, car elles sonnent encore pour la fête de Ste Osmanne.

Ce texte démontre à lui seul, s’il en était besoin, combien l’animisme est vivace au VII°siècle, (10) et comment il est réintégré par l’Eglise sans autre forme de procès.

A partir de quels critères l’évêque de Sens reconnait-il Osmanne comme une croyante ? Elle dispose de pouvoirs légués par la tradition celto-païenne, c’est-à-dire spécifiques aux coutumes de l’animisme européen. On songe aux oracles de Delphes et à la Pythie officiant en extase, près de la source Castalie. (11)

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On songe aux légendes médiévales et aux « sorcières » des forêts profondes. On songe surtout au sanglier comme symbole druidique. On rappellera encore que le nom de « fontaine » désignait initialement une source, et l’on aura posé le décor dans lequel évoluent les acteurs de l’époque.

Sachant que les édifices de la chrétienté médiévale ont été élevés aux lieux même des sites sacrés du paganisme, il resterait à démontrer, au-delà des phénomènes de syncrétisme connus, la part de glissement sacro-religieux réalisée au titre de la Tradition entre la société druidique et la Chrétienté.

Gérard Thiemmonge.

Bibliographie :

  • 1) Dictionnaire des symboles, R. Laffont, Paris 1969
  • 2) J. Rousseau, La Chasse Sauvage, mythe exemplaire, in Nouvelle Ecole n° 16, Paris 1972
  • 3) Au temps des Gaulois, Hachette, Paris 1981
  • 4) Dictionnaire de l’ancien français jusqu’au milieu du XIV° siècle, A.J. Greimas, Larousse, Paris 1980
  • 5) Chevalier et A. Geerbrant, Op.cit.
  • 6) Mabire, les dieux maudits, récits de mythologie nordique, Corpenic, Paris 1978
  • 7) Sharkey, Celtic mysteries, the ancient religion, Thames & Hudson, Londres 1975
  • 8) J. Rousseau, Op.cit.
  • 9) Thème du conflit intrafonctionnel, entre le pouvoir et le sacré.
  • 10) Recherches sur les cultes populaires dans l’actuel diocèse de Meaux, CNRS/FF d’Ile-de-France n° IV, Paris 1953
  • 11) Basile Pétrakos, Delphes, Editions Clio, Athènes 1977

 

jeudi, 31 décembre 2020

Sleipnir, le cheval à huit jambes de la mythologie nordique

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Sleipnir, le cheval à huit jambes de la mythologie nordique
 
Via Facebook: Léa Maes
 
Sleipnir est dans la mythologie nordique un cheval fabuleux à huit jambes capable de se déplacer sur le mer et dans les airs, il a des runes gravées sur les dents, connu pour être connu pour être la monture du dieu Odin.
 
Sleipnir est tout d'abord une créature chamanique qui permet à l'Ase suprême de voyager entre les différents mondes.
 
C'est aussi un cheval psychopompe qui emmène les guerriers morts au combat jusqu'à la Valhöll. En sa compagnie, Odin franchit Bifröst, le pont arc-en-ciel qui relie Ásgard et Midgardr et dont la garde est confiée au dieu Heimdallr, lui qui entend l'herbe pousser et chaque feuille tomber, qui voit jusqu'aux confins du monde et n'a nul besoin de sommeil. Ils chevauchent jusqu'aux champs de bataille des hommes et Sleipnir escorte les guerriers valeureux, morts au combat, les Einherjars jusqu'à la prestigieuse halle de son maître, la Vallhöll. Là, les Walkyries, les filles d’Odin, les accueillent et leur offrent l'hydromel de la chèvre Heidrún qui, perchée sur le toit du palais, broute les pousses tendres du frêne Yggdrasil.
 
Cette fonction psychopompe se retrouve dans les coutumes funéraires aristocratiques païennes où un ou plusieurs chevaux sont inhumés ou incinérés à proximité du mort.
 
Il est aussi l’un des seuls chevaux avec Helfest, la monture de Hel à trois jambes à pouvoir se rendre dans le royaume de Hel, la déesse gardienne des morts. Ainsi, lorsque Baldr meurt, Hermódr, un autre fils d'Odin, emprunte Sleipnir à son père afin de se rendre dans le royaume de Hel, supplier la déesse de laisser revenir le dieu.
 
Sleipnir est également fortement lié à l'arbre du monde Yggdrasill, support des neuf mondes de la cosmogonie viking, et il se confond avec lui. Comme l'arbre, Sleipnir peut voyager et relier les mondes entre eux. Chaque jour, Odin le chevauche afin de se rendre au conseil des dieux qui se déroule au pied du frêne Yggdrasil, près de la source d'Urdr. Lorsqu'Odin se pend neuf jours et neuf nuits à l'arbre, afin de connaître le secret des runes, Sleipnir est d'abord attaché au frêne.
 

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Lorsque survient le solstice d'hiver, Sleipnir mène la chasse sauvage du dieu à travers le ciel et les bois, galopant devant les Walkyries et les Einherjars. Au jour du crépuscule des Dieux, en ce jour funeste du Ragnarök, Sleipnir mène au combat son maître Odin coiffé d'un casque d'or.
 
Il est le fils de Loki, le seul de ses monstrueux enfants que les dieux gardent près d’eux, père de Grani qui est la monture de Sigurdr.
 
Mon groupe Facebook sur la mythologie nordique/celte :
https://www.facebook.com/groups/718251369069227/

dimanche, 27 décembre 2020

Eliade et Cioran : l’échange épistolaire sur la fin de l'Europe

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Eliade et Cioran : l’échange épistolaire sur la fin de l'Europe

Par Andrea Scarabelli

Ex : https://blog.ilgiornale.it/scarabelli

Le 22 avril 1986, Mircea Eliade meurt à Chicago. Il avait perdu connaissance deux jours auparavant, abandonné dans sa chaise de lecture : il tenait dans ses mains un livre fraîchement imprimé, contenant un portrait de lui-même, aussi net que sacrément génial. Il s'agissait du livre Exercices d'admiration ; son auteur, Emil Cioran, il l’avait rencontré pour la première fois, de nombreuses années auparavant, autant dires plusieurs vies antérieures, en 1932 de l'autre côté de l'océan. L'"ontologue" Constantin Noica le lui avait présenté. De retour d'une conférence sur Tagore, Eliade était alors l'enfant prodige de la "jeune génération" qui s'était surtout rassemblée autour du "Socrate roumain" Nae Ionescu, chef spirituel d'un groupe d'intellectuels nés à l'aube du XXe siècle, dont beaucoup se sont ensuite répandus à travers l'Europe et le monde dans ce qui fut l'une des dernières diasporas modernes. L'une des plus fécondes, comme l'a souligné Adolfo Morganti il y a quelques années dans le numéro d'Antarès consacré à ce sujet. Elle a dispersé dans le monde entier des génies absolus tels que Cioran et Eliade mais aussi, notamment, Ioan Petru Culianu et Paul Celan, sans oublier Eugène Ionesco, Camilian Demetrescu et Vintilă Horia (selon qui, comme l'indique le titre de l'une de ses œuvres les plus célèbres, même Dieu est né en exil).

41V8pVT+FQL._SX308_BO1,204,203,200_.jpgEntre les deux hommes, presque des contemporains, séparés par seulement quatre ans de vie, est née une amitié qui - entre les hauts et les bas de l’existence, comme cela arrive souvent aux hommes dotés de caractère et de profondeur spirituelle - a duré jusqu'à la fin des jours d'Eliade (Cioran le suivra en 1995). Un monument littéraire à cette relation de longue durée entre deux géants de l’esprit est Una segreta complicità  (Adelphi), la première édition mondiale de la correspondance entre les deux exilés roumains, d'où émerge une incroyable complémentarité, mêlée d'antagonisme, souvent non exempte de virulente controverse, comme le rappellent les deux éditeurs, Massimo Carloni et Horia Corneliu Cicortaş, mais toujours sous la bannière d’une entente secrète que Cioran a témoigné à Eliade le jour de Noël 1935 :

"Bien que j'éprouve une sympathie infinie pour vous, je ressens parfois le désir de vous attaquer, sans argument, sans preuve, et sans idées. Chaque fois que j'ai eu l'occasion d'écrire quelque chose contre vous, mon affection s'est accrue. Envers tous les gens que j'aime, j'ai un sentiment si complexe, chaotique et ambigu, que le simple fait d'y penser me donne le vertige. Je suis peut-être le seul, parmi les amis que vous avez, à comprendre vos accès de colère, votre désir de supprimer la continuité de la vie".

C'est, après tout, l'expression vivante d'un personnage titanesque, qui survit non seulement dans la lutte, mais peut-être précisément grâce à la lutte, l'incarnation d'une vision tragique du cosmos, mais en même temps une force vitaliste et foudroyante (ceux qui croient que le sentiment tragique implique une conception sombre et pessimiste de l'existence devraient lire quelque passagers de l’oeuvre de Nietzsche).

Mais l'intérêt de cette correspondance n'est pas seulement biographique. En plus d'enregistrer les étapes et les bifurcations de deux vies exemplaires et paradigmatiques, la succession des lettres - surtout les toutes premières, plus intéressantes de ce point de vue - rend compte directement d'une civilisation à l'agonie, étouffée par la pression des événements, un kaléidoscope des tragédies du XXe siècle, un sinistre prélude à la catastrophe finale, qui retirera à jamais l'Ancien Monde de la liste des acteurs de l'Histoire du Monde. Eliade écrivit à Cioran ce qui suit en novembre 1935, depuis Bucarest:

"Ces dernières semaines, je n'ai fait que penser à la fin apocalyptique de notre époque. J'ai la conviction que tout va s'arrêter très bientôt, peut-être même dans trente, quarante ans ; l'art, la culture, la philosophie - tout ira en enfer. Tout ce qui concerne notre époque (Kali-yuga) va s'effondrer de manière apocalyptique. L'Europe est en train de craquer - de stupidité, d'orgueil, de luciférisme, de confusion. J'espère que la Roumanie n'appartient plus à ce continent qui a découvert les sciences profanes, la philosophie et l'égalité sociale".

Ceux qui naguère auraient défini ces mots comme des "prophéties noires" n'ont qu'à considérer l'état "culturel" actuel de notre civilisation. En comparaison, ces perspectives ne sont peut-être que trop édifiantes.

17928284.jpgDe même, la différence entre deux visions du monde opposées concernant l'Est et l'Ouest apparaît chez les deux hommes, Cioran cherchant pour ainsi dire à trouver un Est dans l'Ouest, et Eliade étant poussé à aller dans la direction opposée, sans toutefois se laisser aller à l'exotisme facile, tant à la mode à l’époque que maintenant. Il écrit à Cioran le 23 avril 1941 depuis Lisbonne, où il séjourne en tant qu'attaché de presse à la légation roumaine (le magnifique Journal portugais, publié en italien par Jaca Book, témoigne de son séjour en terres lusitaniennes) : "Vivant face à l'Atlantique, je me sens de plus en plus attiré par des géographies qui m'étaient autrefois insignifiantes. J'essaie de trouver mon salut en dehors de l'Europe. Vasco de Gama est toujours arrivé en Inde".

D'ailleurs, avant que son imagination ne revienne des rives ensoleillées de la Lusitanie, l'historien des religions avait été physiquement en Inde une décennie plus tôt. De 1928 à 1931, pour être précis, avant d'être diplômé en 1933 de l'université de Bucarest. Il avait retravaillé et élargi sa thèse de doctorat (dont la version originale a été récemment publiée par les Edizioni Mediterranee, éditée par Cicortaş) pour en faire le volume Yoga. Essai sur les origines du mysticisme indien, publié en 1936 et rapidement envoyé à Cioran, qui le commente comme suit : "En lisant votre Yoga, j'ai réalisé à quel point je suis européen. À chaque étape, j'ai comparé Nietzsche avec lui. Je me sens plus proche des derniers bolcheviks ou derniers hitlériens que de la technique de la méditation. Vos raisons de revenir d'Inde me lient à une vision politique de l'univers".

9782070328444_1_75.jpgLeur relation épistolaire et humaine survivra à cette Europe dont ils avaient tous deux rédigé le rapport d’autopsie, vivant en ses derniers moments comme l’on vit la fin d'une saison, avec cette amère conscience qui transparaît d'une note du Journal portugais d'Eliade datant de novembre 1942 (un an après la lettre précitée) et écrite dans la ville espagnole d'Aranjuez avec ses mille palais et jardins caressés par le Tage : "Le palais rose. Les magnolias. A côté du palais, des groupes de statues en marbre. Vous pouvez entendre le bruit des eaux du Tage qui se déversent dans la cascade. Une promenade dans le parc du palais : de nombreuses feuilles sur le sol. L'automne est arrivé. Les rossignols. Le minuscule labyrinthe d'arbustes. Des bancs, des ronds-points. Nous sommes les derniers". J'aime à penser que dans cette lointaine année 1942, dans l'œil de la tempête, Eliade parlait implicitement de lui et de son vieil ami, à des centaines de kilomètres de là, mais partageant avec lui un destin bien plus élevé, que même la tragédie européenne qui a suivi n'a pas pu écraser.

A partir de 1945, pendant onze ans, ils vivent tous deux à Paris, puis Eliade s'installe aux Etats-Unis, où il reste jusqu'à la fin de ses jours, rencontrant Cioran en France pendant les vacances d'été. Ces "deux Roumains de la ‘jeune génération’, jetés par le destin en Occident" ne cesseront jamais de s'écrire, avec leur patrie tourmentée désormais loin derrière eux, dans une relation destinée à dépasser ce Minuit de l'Histoire qu'était le XXe siècle ("Tout est religieux, puisque l'histoire ne l'est pas" écrivait Cioran à Eliade en 1935, faisant inconsciemment écho au concept de terreur de l'histoire qu'Eliade développerait dans ses écrits, l'idée qu'en dehors de la sphère du sacré, l'histoire s'épuise dans un ensemble d'abattoirs).

Leur relation n'a cessé de se poursuivre, au-delà de l'histoire, au-delà de la douleur: en découvrant le portrait dessiné par son ami, il semble qu'Eliade, juste avant de fermer les yeux et de ne plus jamais les ouvrir, ait souri.

Le culte celtique du gui

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Le culte celtique du gui
 
 
En chamanisme celtique le gui, plante sacrée par excellence, est utilisé dans les rituels de guérison.
 
Le gui symbolise l'immortalité parce qu'il reste toujours vert et vivant alors que l'arbre qui le porte en hiver parait mort.
 
Le culte de gui éternellement vert et prospère, remonte à la nuit des temps. Parce que rare sur le châtaignier et le chêne, le gui de ces arbres était vénéré chez les Celtes, les Germains, les Grecs et les Romains. Dans toutes ces civilisations, il était associé à une multitude de légendes et de traditions populaires.
 
Dans la culture celte, la cueillette du gui était l'objet de grandes solennités. Elle se pratiquait pendant le solstice d'hiver, lorsque la lune était dans son sixième jour de croissance. Le druide coupait alors, les rameaux de gui avec une faucille d'or, dont le plat de la lame était en forme de lune. Il en faisait des brassées, qui ne devaient pas toucher le sol. C'est pourquoi, des aides tenaient de grands linges tendus autour du chêne hôte. Cette récolte, uniquement pratiquée par le druide, donnait lieu à une grande fête, appelée: fête du solstice d'hiver. Dans toute l'Europe, cette pratique à survécu longtemps à la civilisation celte.

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L'expression " au gui l'an neuf " rappelle cette cérémonie de récolte.
 
Le gui est le symbole de l'union dans son sens le plus élevé et le plus spirituel. Le gui symbolise l'unité, la communion. Le gui forme un tout, une unité ronde. Il croît en touffe arrondie autour d'un centre dont tout procède et où tout doit retourner.
 
Harmonieuse union de vie " semi-parasitaire " où chacun apporte les éléments dont l'autre à besoin. Suspendu au plafond de la salle commune ou à la tête du lit des époux, un rameau de gui, apporte l'unité de la famille ou du couple en même temps que sa protection. Au Nouvel An, les vœux sont offerts sous une touffe de gui. Dans beaucoup de nos campagnes encore aujourd'hui, cette tradition persiste.
 
Chez les Celtes, le gui est le symbole de tout "ce qui est". C'est pourquoi, il est présent lors de toutes les manifestations. Il est l'emblème de l'universalité de l'Existence dans l'Humanité entière. Pour l'Individu, le gui représente l'existence certaine, l'éternelle vérité. Il est l'image vivante de la force qui anime et gouverne le monde tout en permettant la communication avec Dieu. Le gui efface les impuretés de l'âme et la met en rapport avec l'esprit. Il incarne le chemin de la purification qui aboutit à la communion de l'âme et de l'esprit. Quand un Gaulois mourait, on plaçait à la porte de sa maison une vasque remplie d'eau lustrale*. Ceux qui venaient saluer le mort et la famille en deuil, y trempaient une branche de gui pour asperger le défunt et sa famille avant de quitter la demeure mortuaire.

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Le gui est aussi le symbole de la protection. Il assure la protection contre les malices des Esprits de la nature. Autrefois, des branches de gui étaient placées dans ou au-dessus des berceaux pour assurer la protection de l'enfant contre les fées, afin qu'elles ne le transforment pas en petit lutin.
 
Il semblerait que les arbres porteurs de gui résistent mieux que les autres aux maladies ; de plus il favoriserait la croissance des fruits et plus spécialement des pommes. Au contraire, dans certaines régions on ne consommerait pas les fruits d'un arbre "guités" de peur d'être empoisonné. Le gui est alors appelé " balais de sorcières" ou "rameaux des spectres".
 
Le gui est une plante émancipée autant des forces solaires que des forces terrestres. Il absorbe le trop plein de force éthériques de l'arbre sur lequel il pousse. Cet excès est provoqué naturellement (onde nocive, tellurisme, perturbations magnétiques) ou artificiellement (centrale nucléaire, pollution diverse).
 
Si, de tout temps, le gui a bénéficié d'une "aura" mythique, c'est en raison de sa croissance et de son mode de vie particulier. En effet le gui n'est pas vraiment une plante adaptée à la vie sur terre, il ne peut s'implanter sur le sol. A la différence des autres végétaux, il ne suit ni le phototropisme, ni le géotropisme. Au contraire il forme des touffes arrondies et se crée presque un espace intérieur, qu'il pénètre de vie, ce qui est le propre de l'animal. Par ailleurs, les branches, même âgées de 20 ans, sont toujours vertes, ce qui les différencie des autres plantes. Sa graine est, aussi, particulière à tel point qu'on la nomme embryon, comme pour le règne animal. L'embryon reste toujours vivant dans son enveloppe de mucosité, il traverse l'intestin de l'oiseau, au lieu, comme les autres graines de végétaux, de reposer un certain temps dans la terre. A aucun moment de son cycle végétatif, le gui n'a de contact avec la terre.
 
Son utilisation médicinale est assez ancienne. Il est réputé assurer une protection contre la maladie dont il amène la guérison. Accroché au-dessus du lit, il évite les cauchemars. Pour les Gaulois, le gui est "celui qui guérit tout". C'est un antidote des poisons, donne la fécondité et guérit de l'épilepsie ou " haut-mal ", car il ne touche jamais terre. Les feuilles de gui, mâchées et appliquées en cataplasme cicatrisaient les ulcères. En Gallois, le gui est nommé oll-iach, c'est à dire "panacée".

00:45 Publié dans Traditions | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : gui, celtisme, druidisme, traditions | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

mardi, 22 décembre 2020

Les amoureux de la fin du monde : le mouvement chrétien sioniste

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Les amoureux de la fin du monde : le mouvement chrétien sioniste

Introduction au livre « Les amoureux de la fin du monde ». Sur le mouvement chrétien sioniste

par Francisco José Fernàndez-Cruz Sequera

"Je bénirai ceux qui te béniront, et je maudirai ceux qui te maudiront ; et en toi seront bénies toutes les familles de la terre ».

Genèse 12:3.

Une croyance, c’est un modèle mentalement produit au départ d'un fait, réel ou imaginaire, qui cherche simultanément à satisfaire un désir, parfois perçu comme un besoin par l'individu, modèle pour lequel une explication rationnelle est inconnue ou inacceptable. Les individus qui partagent une croyance ou un modèle idéal, rendent bien compte de cette définition. Cela donne lieu à la naissance de dogmes, posés comme s'il s'agissait de faits réels. Ces dogmes élaborent des normes morales conséquentes, nécessaires pour les maintenir dans la durée.

Cette croyance irrationnelle donne lieu à l'apparition de formes de pensée que nous appelons « pensée magique » et « pensée religieuse », qui se situent au même niveau en ce qui concerne leur vérification empirique. La magie [1] et la religion [2] sont des modi operandi d’une pensée, qui se connecte à un type de connaissance sans fondement rationnel, en prétendant que la pensée religieuse a son origine dans une connaissance révélée par une divinité. Par conséquent, ce type de pensée place son origine dans un mystère, compris comme englobant toute réalité qui dépasse les possibilités humaines de leur compréhension. Julio Caro Baroja[3] a déclaré que la religion et la magie dans le monde ancien faisaient partie d'un seul et même système, dans lequel les rites religieux étaient souvent liés à des actes magiques, et que chaque groupe de croyances religieuses avait sa propre magie particulière. Cela étant, on peut affirmer que la pensée magique consiste en un mode de pensée et de raisonnement qui conduit à tirer des conclusions ou des idées basées sur des hypothèses non justifiées empiriquement, souvent de nature surnaturelle, en attribuant une relation de cause à effet, soit un lien logique de cause à effet, entre elles, pour expliquer un phénomène extérieur à la personne elle-même.

La pensée magique est une forme de raisonnement, dans laquelle la logique déductive rationnelle est utilisée pour expliquer une réalité extérieure, pour expliquer le fonctionnement de celle-ci, sans aucun support empirique. Comme on dirait vulgairement, c'est "tricher dans la solitude"... pour toujours gagner. Ainsi, la pensée magique projette les propriétés de son expérience psychologique sur une réalité biologique ou inerte, avec un but ou une intention prédéterminée. Elle consiste à croire que les pensées personnelles en soi peuvent avoir des effets sur la réalité en dehors de la personne ou du groupe, ou que penser à quelque chose équivaut à le faire. Il s'agit donc d'un type de raisonnement causal qui cherche des coïncidences entre des actes et des événements, ce qui génère la croyance erronée que ses propres pensées, paroles ou actions vont causer ou éviter un fait concret, d'une manière qui défie les lois naturelles de cause à effet communément acceptées par la logique et la science. S'inscrit également dans la pensée magique, le transfert de concepts issus de l'observation biologique, sur la manière dont fonctionnerait la nature inanimée. La conséquence de ce qui précède est que le sujet ou le groupe social dans lequel il est intégré, attribue des relations causales entre des actions et des événements qui ne sont pas rationnellement liés entre eux, ou dont le lien de causalité logique n'est pas empiriquement démontrable, et que le consensus scientifique n'accepte pas comme valables.

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Cette façon de penser est prédominante en matière de religion, de religiosité populaire et de superstition, car dans ces formes de pensée, on part d'un présupposé qui met en relation les rituels religieux, les prières, les sacrifices ou l'observance d'un tabou ou les croyances non critiques dans les dogmes, avec certaines attentes de sanction, de bénéfice et de récompense dans la réalité matérielle actuelle, ou dans une hypothétique réalité future ou parallèle de caractère surnaturel. En psychologie clinique, elle peut amener un patient à éprouver la peur d'accomplir ou de s'abstenir d'accomplir certains actes, ou d'héberger certaines pensées, en raison de sa croyance dans la corrélation entre ce comportement et son résultat souvent désastreux pour lui-même.

A tout moment et en tout lieu, la pensée magique a pris une forme religieuse pour tenter d'expliquer, par son eschatologie, l'origine et la fin du monde. Il y a toujours eu des groupes religieux qui, à partir d'une croyance irrationnelle, ont fixé la date, le jour et l'heure de la fin du monde ou de la « fin des temps » ; mais, au moins jusqu'au moment d'écrire ces lignes, celle qui annonçait la fin des temps ou du monde, n'est pas arrivée.

Les chrétiens n'ont pas été étrangers à cette vision magique de l'existence, héritée dans leur cas des juifs dont sont issues leurs croyances. Dans le judaïsme, les différentes écoles rabbiniques associées à des traditions différentes, associent l'arrivée d'un "sauveur" du peuple "choisi" par leur Dieu, le Messie, comme un signe eschatologique, qu'elles attendent depuis des milliers d'années comme un événement historique, variant notamment de l'une à l'autre, sans préjudice du fait que toutes partagent leur origine dans les prophéties du Tanakh, ou canon hébreu de la Bible, et fondent leur croyance sur des interprétations consolidées dans la littérature rabbinique. Il en va de même pour l'idée de la restauration du Temple de Jérusalem, ou pour celle du retour du peuple d'Israël sur la "Terre promise", qui sont également comprises et interprétées comme des prophéties eschatologiques ou des événements historiques futurs d'occurrence inexorable. Et cette diversité de croyances et d'interprétations ayant le même fondement, s'étend à des questions telles que la résurrection des morts, le jugement final, la création ou le gouvernement divin. Il n'est donc pas surprenant que l'eschatologie chrétienne soit si proche de celle du judaïsme, puisqu'elle se fonde sur les évangiles du premier siècle qui reflètent la tradition juive et sur les enseignements des théologiens ultérieurs basés sur cette tradition.

Les premiers chrétiens attendaient avec impatience la seconde venue du Christ[4], et cette croyance avait sa raison d'être dans les revendications mêmes de Jésus, le rabbin à l'origine du mouvement chrétien. Selon les textes de ses propres disciples, il a annoncé son retour après sa propre mort : "En vérité, je vous le dis, il y en a ici qui ne mourront pas avant d'avoir vu le Fils de l'homme venir dans son royaume" (Mt. 16, 28).

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Mais les chrétiens de l'Église primitive, après les premières décennies sans le retour de celui qu'ils reconnaissaient comme le fils de Dieu, ont réalisé que l'histoire pouvait durer beaucoup plus longtemps qu'ils ne le pensaient initialement, ce qui a amené certains à s'interroger sur l'accomplissement de la prophétie du Nouveau Testament, en disant

"Qu'est-il advenu de la promesse que le Christ viendrait, car depuis la mort de nos ancêtres, tout est resté le même depuis que le monde a été fait ?" (2 Pet. 3:4) [5]

Et l'apôtre Pierre leur répondit : "Frères, n'oubliez pas que pour le Seigneur, un jour est comme mille ans, et mille ans sont comme un jour. (2 Pet. 3:8).

À partir du cinquième siècle, le christianisme a dû faire face à la concurrence d'autres religions ou d'initiatives philosophiques comme le mithraïsme, qui a donné lieu à des pratiques de sortilèges et d'incantations, en plus de l'astrologie ; ou à des doctrines d'un niveau spirituel excentrique comme le néoplatonisme, contre lequel le christianisme, par le biais de la controverse philosophique, s'est battu. L'aspect le plus important de ce débat est peut-être la différenciation ultérieure entre la theurgia, magie cérémonielle, propre à une vision du monde donnée ; et la goeteia, qui en vient à être la "magie inférieure", peut-être associée par la suite à la "magie noire".

Une fois le monde antique détruit par le christianisme, et établi comme seule religion pouvant être professée, déjà au cours du Moyen Age et de la Réforme protestante, la théologie chrétienne a traité des quatre derniers états de l'être humain : la mort, le jugement, l'enfer et la gloire ; qui s'expliquent à partir de l'eschatologie chrétienne, en partant de la prophétie des événements qui sont censés se produire, de la Grande Tribulation, dans laquelle le rôle de l'Antéchrist deviendra prépondérant, à la Parousie, "glorieuse venue" ou seconde venue de Jésus-Christ, puisque la première se serait produite entre l’an 6 av. J.C. et la fin de l'existence de Jésus, coïncidant avec la "fin des temps".

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Sur la base de ces éléments, les croyances chrétiennes divergent dans l'interprétation des textes et des prophéties évangéliques, forgeant leurs propres multiples versions de ce qui doit arriver. Mais ce sur quoi ils s'accordent, c'est qu'il y aura des signes qui précéderont la "fin des temps", bien qu'ils ne soient pas d'accord non plus sur ce que sont exactement ces signes. Mais, en général, prenons comme point de référence ceux annoncés par l'apôtre Paul, qui soulignait qu'après un temps d'attente, et avant la venue du Christ, trois choses devraient se produire :

1) La proclamation de l'Evangile doit atteindre toutes les nations : "Et ce message du Royaume sera prêché dans le monde entier, afin que toutes les nations le connaissent ; et alors viendra la fin" (Mt. 24:14).

2) A la fin de l'histoire, Israël sera réconcilié avec le Christ et sera sauvé : "Une partie d'Israël tiendra  jusqu'à ce que tous les païens soient entrés, alors tout Israël sera sauvé" (Rom. 11:25).

3) Et enfin, "l'apostasie générale", une crise religieuse mondiale dans laquelle l'Antéchrist régnera :

"Ne craignez aucun message spirituel comme si c'était le jour du Seigneur qui est déjà venu. Avant ce jour, la rébellion contre Dieu doit venir en premier, quand l'homme du péché qui sera assis dans le temple de Dieu et sera adoré apparaîtra, il viendra avec une grande puissance et avec des signes mensongers et des miracles. Il utilisera toutes sortes de maux pour tromper" (2 Thess. 2:1-12).

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La seule chose qu'un observateur objectif et impartial sait bien, c'est que si l’adepte d’une religion messianique de ce type n'aime pas une série d'événements ou de prévisions sur ce qui va se passer, il a tellement de possibilités de choisir qu'il trouvera difficilement une "heure de fin" à son goût et à sa mesure. Les avantages de la pensée magique.

Et la vérité est qu'il n'y a pas de mal à croire en ce que l'on veut, ni à se donner, seul ou en groupe, les explications de l'origine et de la fin de ce qui existe. Notre but n'est pas de nier l'existence d'une réalité surnaturelle, qui ne peut être démontrée empiriquement, puisque l'acceptation ou non d'une proposition religieuse ou d’une autre relève de la sphère très personnelle de chaque individu et de chaque communauté humaine. Il s'agit de mettre en évidence la volonté des juifs, des sionistes et des chrétiens sionistes de déduire de leurs croyances particulières un destin politique pour la planète entière, qui serait d'application générale, forcée et violente, imposée au reste de l'espèce humaine et à la planète entière en général. Et c'est ce qui s'est déjà produit avec différentes religions en différents lieux et à différents moments, c'est ce qui se produit aujourd'hui avec le mouvement sioniste chrétien évangélique comme bélier du sionisme et du judaïsme, qui tente de nous conduire à une guerre finale dans laquelle se réalisent les prophéties de son eschatologie biblique millénariste, née bien avant l'arrivée du premier juif en Europe et la contamination de la culture occidentale par la vision juive de l'existence. Un fait qui s'est produit grâce à l'influence de la communauté juive elle-même insérée en Europe, des hérésies chrétiennes du judaïsme et, enfin, du sionisme.

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Notes :

1] L'art ou la science cachée qu'il est censé produire, par certains actes ou paroles, ou avec l'intervention d'êtres imaginaires, donne des résultats contraires aux lois naturelles.

2] Le culte de l'être humain envers les entités auxquelles sont attribués des pouvoirs surnaturels, à travers lesquels on recherche une connexion avec le divin et le surnaturel, ainsi qu'un certain degré de satisfaction spirituelle par la foi ou la dévotion, afin de surmonter la souffrance et d'atteindre le bonheur.

3] Caro Baroja, Julio. Les sorcières et leur monde. Madrid. Alianza Editorial. 1961. Pages 38 à 49.

4] "Bientôt, très bientôt, viendra celui qui doit venir et ne tardera pas" (Hebr. 10, 37). "Dieu, qui est le juge, est déjà à la porte. "La fin de toutes choses est proche" (1 P. 4, 7). "Oui, venez vite, amen. Viens, Seigneur Jésus" (Apoc. 22:20).

5] La Reina Valera est l'une des traductions espagnoles de la Bible les plus fréquemment utilisées par les protestants hispanophones. L'actuelle Reina Valera est le résultat d'une série de révisions effectuées par les Sociétés bibliques unies sur l'une des premières traductions de la Bible en espagnol: la Bible de l'ours de 1569. Dans un sens plus large, elle inclut les révisions faites par d'autres entités qui se basent sur les textes de la Reina Valera. La traduction du moine espagnol con-verti au protestantisme, Casiodoro de Reina, connue sous le nom de Bible de l'Ours de 1569, a la particularité d'être la première traduction de la Bible à être faite à partir des textes en langue originale ; utilisant le Texte Masorétique pour l'Ancien Testament, et le Textus Receptus pour le Nouveau Testament. Avant la publication de l'œuvre complète de Casiodoro de Reina, les Bibles existantes (ou une partie d'entre elles) en langue espagnole étaient des traductions faites à partir de la Vulgate de Saint Jérôme de Stridon. La Bible de l'ours a été publiée à Bâle, en Suisse, le 28 septembre 1569, et son traducteur était Casiodoro de Reina, un religieux espagnol converti au protestantisme. Elle a été surnommée Reina Valera parce que Cipriano de Valera en a fait la première révision en 1602. La Reina Valera a été largement répandue pendant la Réforme protestante du XVIe siècle. Pendant plus de quatre siècles, elle a été la seule Bible en usage au sein de l'église protestante hispanophone. Aujourd'hui, la Reine Valera, avec plusieurs révisions au fil des ans (1862, 1909, 1960, 1995, 2011), est l'une des Bibles en langue espagnole les plus utilisées par de nombreuses églises chrétiennes issues de la Réforme protestante, y compris les églises évangéliques, ainsi que par d'autres groupes confessionnels chrétiens, tels que l'Église adventiste du septième jour, l'Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours, l'Église de Dieu Ministère de Jésus-Christ International, le Gideons International et d'autres chrétiens protestants non confessionnels. Avant la Réforme protestante, la traduction des Saintes Écritures dans les langues vernaculaires était interdite par le décret du Concile de Trente, et les quelques traductions qui existaient devaient prendre comme base textuelle la Vulgate latine, qui était le texte officiel de l'Église catholique. Le travail de Casiodoro de Reina a la particularité d'être la première traduction complète de la Bible en espagnol faite à partir des langues originales, en utilisant, comme mentionné ci-dessus, le texte dit Masorétique pour l'Ancien Testament, et le texte dit Textus Receptus, pour le Nouveau Testament. La Bible préalpine et la Bible alphonsine (premières versions de la Bible complète en espagnol) sont des traductions faites à partir du latin. Avant la publication de la Bible de l'Ours, il n'existait que des versions partielles de la Bible des langues hébraïque et grecque en espagnol, telles que la Bible d'Albe et la Bible de Ferrare (contenant l'Ancien Testament) et les textes de Juan Pérez de Pineda et Francisco de Enzinas (Nouveau Testament). La Bible de Casiodoro de Reina reflète la beauté littéraire de ce qu'on appelle l'âge d'or de la littérature espagnole. Dans Historia de los heterodoxos españoles, le savant catholique Marcelino Menéndez Pelayo fait l'éloge de La Biblia del Oso d'un point de vue littéraire, qu'il considère comme mieux écrite que les versions catholiques de Felipe Scío de San Miguel (1793) et Félix Torres Amat (1825).

mercredi, 16 décembre 2020

Rome antique: les Saturnales (17-23 décembre)

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Rome antique: les Saturnales (17-23 décembre)

Ex : https://www.romanoimpero.com

SATURNALIA ET OPALIA

Les Saturnales constituaient un cycle de festivités célébrées du 17 au 23 décembre, période fixée à l'époque impériale par Domitien, en l'honneur de Saturne (Chronos) et de la déesse de l'abondance des fruits de la terre, Ops, son épouse. Dans la religion catholique, les Saturnales ont été remplacées par le cycle de festivités qui vont de la Noël au Nouvel An. Lors de ces festivités païennes, il y avait également des décorations dans les villes, des guirlandes, des torches, des braseros allumés devant les temples, des rubans, des branches et des fleurs d'hiver.

Les Saturnales ont été consacrées à l'installation dans le temple du Dieu Saturne, au mythique âge d'or. Selon le mythe, Saturne a été chassé du ciel par Jupiter et accueilli par Janus sur le sol italique, qui a dès lors pris le nom de Saturnia, où il a régné pendant l’âge d'or, enseignant aux hommes à cultiver la terre et établissant les premières lois.

9782842054069-475x500-1.jpgSelon Hésiode, c'était le premier âge mythique, où "une lignée de mortels ‘en or’ a créé dans les premiers temps les immortels qui habitaient l'Olympe". Ils vivaient au temps de Kronos, lorsqu'il régnait au ciel ; comme des dieux, ils passaient leur vie, l’âme sans angoisse, loin du labeur et de la misère ; et leur misérable vieillesse ne leur pesait pas... (Hésiode - Les travaux et les jours).

Que ce soient les hommes qui créent les Dieux et non l'inverse est une hypothèse également soutenue par Plutarque dans ses Dialogues Delphiques, comme pour dire que les religions sont inventées par les hommes, ce qui ne nie pas les puissances supérieures du cosmos, mais montre que l'homme les a senties, représentées et finalement polluées par ses désirs et ses projections, les déformant totalement.

En l'honneur de Saturne, pendant sept jours, les temps de son règne heureux sont commémorés par des divertissements, des échanges de cadeaux et des banquets, auxquels les esclaves étaient invités parce qu'il n'y avait pas de différences de classe sous la règle de ce dieu. En fait, pendant l'âge d'or, les hommes vivaient sans avoir besoin de lois, sans cultiver de haine ni se faire la guerre entre eux, et ne cultivaient pas la terre parce que les plantes y poussaient spontanément. C'était toujours le printemps, il n'était donc pas nécessaire de construire des maisons ou de s'abriter dans des grottes. Avec l'avènement de Jupiter, l'âge d'or s'est terminé et l'âge d'argent a commencé.

Hésiode dit que l'âge d'argent avait plusieurs défauts, car les enfants restaient longtemps chez leur mère (au lieu d'aller à la gymnastique pour apprendre la guerre) et les adultes étaient querelleurs (mais il n'y avait pas de guerres). Jupiter les a punis pour cela en les exterminant. L'âge d'or a dû être la période primitive et instinctive, où l'homme n'avait pas conscience de sa propre mort.

L'âge d'argent est celui du matriarcat (l'argent, la lune et l'eau sont tous des éléments du féminin), où aucune guerre n'a été faite, Jupiter (le nouveau patriarcat) les a exterminés en mettant fin à l'âge d'argent et en commençant l'âge de fer (toujours selon Hésiode) où les guerres ont été menées.

La fin de l'âge d'or se produisit à cause d'une femme, (mais là on oublie que le ‘bon’ Saturne a dévoré ses enfants et que pour cette raison il a été détrôné), parce que Prométhée, ayant eu pitié des hommes qui n'avaient pas de feu pour cuisiner, le vole aux dieux pour le donner aux humains. Jupiter, qui n'aime manifestement pas les humains, punit Prométhée et comme il y a aussi des hommes, coupables à ses yeux, il les punit aussi en envoyant Pandore, la femme curieuse. C'est elle qui ouvre la boîte interdite, donc fatale pour les humains. Étrange, car le principe de toute science et de tout progrès est la curiosité.

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Les Saturnales commençaient par de grandes processions, des sacrifices, de riches banquets avec de la nourriture et du vin en abondance, pour lesquels, comme il n'y avait pas de condamnation du sexe, même les relations plutôt licencieuses étaient autorisées. L'Eglise catholique a classé ces festivités de décembre dans la catégorie condamnable des orgies, parce que les Romains les aimaient trop. Catulle a appelé ces fêtes l’ "Optimo dierum" (le meilleur des jours).

Les invités de la fête échangeaient alors le souhait "Je suis les Saturnales" (ego Saturnalia), qui selon les auteurs était l'abréviation du souhait de passer des Saturnales heureuses (ego tibi optimis Saturnalia auspico). "Je suis les Saturnales" ne semble pas avoir beaucoup de sens, d'autant plus que c'était une fête très conviviale.

La première interprétation semble donc la plus valable, d'autant plus que le souhait était accompagné de petits cadeaux symboliques, appelés strenne (de la déesse Strenua, la déesse du solstice d'hiver), à base de bougies, de noix, de dattes et de miel.

En fait, les esclaves pendant la fête devenaient des hommes libres, ils n'avaient pas à servir leurs maîtres mais parfois c'étaient les maîtres eux-mêmes qui les servaient, ou du moins qui organisaient un banquet pour eux ; en souvenir du fait que, pendant le règne de Saturne, il n'y avait ni serviteurs ni esclaves. En outre, un "princeps", caricature de la classe noble, était élu par tirage au sort, à qui était attribué tout le pouvoir sur la fête elle-même, vêtu d'un drôle de masque et de couleurs vives parmi lesquelles le rouge, couleur des dieux et des empereurs, prédominait (Sénèque, Apocol., 8).

Le princeps, qui organisait la fête, en assurant son bon déroulement, représentait une divinité inférieure, Saturne ou Pluton, gardiens des morts, mais aussi protecteur des campagnes et des cultures. Dans les Saturnales, les jeux d'argent étaient également autorisés, interdits le reste de l'année, y compris les jeux de dés.

Les Saturnales étaient également célébrées dans l'armée ; la fête était appelée "Saturnalicium castrense", où de simples soldats s'asseyaient à côté des généraux en égaux et portaient un toast en même temps que la fête qui détendait des fatigues et des tensions du combat.

À l'époque romaine, on croyait que ces dieux (Saturne, Pluton, Proserpine), sortis du sous-sol, erraient en procession pendant toute la période hivernale, lorsque la terre se reposait sans être cultivée en raison du gel hivernal. Ils devaient ensuite être apaisés par l'offrande de cadeaux et de fêtes en leur honneur pour les rendre bienveillants, puis retourner dans l'en-deçà, où, en tant que dieux des profondeurs infernales, ils protégeraient les graines, les faisaient germer au printemps et favorisaient les récoltes de la saison estivale.

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Pendant les Saturnales, il n'y avait pas de jours tristes et le deuil était aboli. En effet, Suétone, pour faire comprendre combien Germanicus était aimé des Romains et combien ils pleuraient sa mort, rapporte le fait exceptionnel que le deuil de la population se poursuivait exceptionnellement aussi pendant ces fêtes. "Ainsi, à l'époque des saturnales, Suétone dit que le deuil de Germanicus était tel qu'il dura même en ces temps"

LE MYTHE DE SATURNE

Le dieu Saturne, ou plutôt son correspondant grec Kronos, ou Chronos, qui était aussi la divinité de l'époque, fut exilé par Zeus et ses fils olympiens à la fin de la Titanomachie. Il avait, selon certaines sources, déplacé son royaume vers un endroit que, d'abord les Grecs et ensuite les Romains, appelèrent les "îles bénies" qu’à partir de Claude Ptolémée (100 - 175 après J.C.) on a toujours prétendu qu'elles coïncidaient avec les îles Canaries.

Un autre mythe, purement italien, raconte que Saturne a été lié et enterré par Jupiter dans un endroit secret du Latium. Le nom de cette région remonte à "latere" (se cacher) et le Latium fait allusion au lieu caché du tombeau du dieu. Qui aurait pu découvrir le tombeau aurait pu obtenir la "graine d'or" que Saturne gardait dans sa tombe, graine qui aurait rendu heureux et immortel celui qui l'aurait possédée.

Pendant les Saturnales, les tribunaux et les écoles étaient fermés : il était interdit de commencer ou de participer à des guerres, d'établir des peines de mort, de porter le deuil et, en tout cas, dese livrer à toute autre activité que la célébration. Les Saturnales ont lieu dans la période précédant le solstice d'hiver, à la veille de la veille du Noël du Soleil : le nouveau Soleil renaît après sa mort symbolique.

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C'était la fête la plus prisée des Romains car elle était suivie par tout le peuple, une fête qui se déroulait dans tout l'empire surtout dans les rues, avec des foires, des spectacles et des marchés, d'où nos marchés de Noël. C'est pourquoi il n'a pas été bien vu par certains moralisateurs qui n'aimaient pas les mélanges entre les différentes classes sociales et surtout entre les hommes et les femmes.

La partie officielle de la fête consistait en un sacrifice solennel dans le temple où la tête du dieu était découverte et au cours duquel les bandages de laine qui enveloppaient les pieds du simulacre de Saturne fondaient. Un banquet public suivait, au cours duquel tous les participants échangeaient des toasts et des bons vœux.

Jusqu'à la fin de l'année, Saturne est resté détaché pour remplir ses fonctions de fondateur d'une ère nouvelle. Saturne est mort au solstice d'hiver pour renaître en tant qu'enfant de Dieu au début de l'année.

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Les SATURNALIA CASTRENSIS

Les Saturnales étaient également célébrées dans l'armée ; la fête était appelée "Saturnalicium castrense" ; dans les castra, les soldats décoraient les salles où étaient organisés les banquets et les toasts, et les rangs inférieurs s'asseyaient, pour une seule fois dans l’année, à côté des rangs supérieurs de l'armée romaine. C'était aussi l'occasion pour les supérieurs de faire connaissance avec certains de leurs légionnaires et peut-être, s'ils étaient impressionnés par leurs allures ou leurs propos, de leur confier des tâches plus importantes afin de se démarquer et peut-être de monter en grade.

LES JOURS DE FÊTE

- 17 décembre - ante diem sextum decimum Kalendas Ianuarias - Saturnalia -

- Les Saturnales commençaient par le rite du "lectisternium" : les statues de Jupiter et des douze dieux étaient disposées sur les lits dans une attitude commensale, évidemment les Romains avaient des statues ad hoc pour ce rite ; on leur parlait, et avec beaucoup de respect, on leur demandait leur protection pour Rome et ses citoyens, en leur expliquant les problèmes actuels ; puis on leur offrait de la nourriture qui était ensuite consommée publiquement par les participants, dans certains cas, quand il y avait un danger imminent, la nourriture était plutôt brûlée en offrande aux Dieux.

- Puis il y avait la célébration religieuse avec une procession au temple de Saturne placé au pied du Capitole et des sacrifices d'animaux étaient faits.

- Les bougies étaient allumées et un grand banquet était organisé dans le quartier, avec des focaccias, du fromage, des olives et du vin dilué, auquel tout le monde était invité ; des toasts et des vœux étaient également portés. Tout cela aux frais de l'État.

- À partir du 17, les festivités commençaient sans qu'aucun travail ne soit effectué, des cadeaux et des cartes de vœux s’échangeaient, souvent des épigrammes, ainsi que les trois symboles des saturnales : le myrte, le laurier et le lierre (sacré pour Vénus, Apollon et Bacchus).

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- De grands banquets étaient organisés et le "Princeps Saturnalicius" était élu pour diriger la fête. Même les robes portées changeaient : la toge étaient abandonnée et la synthesis était portée (une robe de maison très décontractée), et le pileus (un chapeau en forme de capuchon) s’utilisait comme coiffe.

"Dans le culte de sa personne et dans son habillement, il était si négligé que ses cheveux étaient toujours coupés en escabeau et, après le voyage en Grèce, lui tombaient même sur la nuque ; de plus, il sortait en public presque toujours sans ceinture et pieds nus, en robe de chambre (synthesis) et avec un mouchoir autour du cou" (Suetonius, La vie de Néron)

Selon une autre tradition, les Saturnales ont été établies par les compagnons d'Hercule qui sont restés en Italie.

Varro faisait remonter plutôt les Saturnales aux Pélasgiens qui s’étaient installés en Italie après en avoir chassé les Siculiens. En tout cas, les fêtes de Saturne sont bien antérieures à la fondation de Rome.

La fête, dont le règlement fut fixé en 217 av. J.-C., durait deux jours au temps de César, quatre jours au temps de Caligula et sept jours au temps de Domitien, car les Romains aimaient prendre des vacances.

Les esclaves erraient dans la ville déguisés et portant le chapeau phrygien (le chapeau de la libération, lorsqu'ils cessaient d'être esclaves et devenaient citoyens romains), s'abandonnant aux réjouissances les plus folles, mais les citoyens romains n'étaient pas moins nombreux dans les rues. Il est clair que pendant la semaine des Saturnales, Rome était en proie au chaos, au bruit et à la confusion, comme le rapportent Sénèque et Pline le Jeune : ce dernier nous raconte que pendant les festivités, il s'est réfugié dans une maison de banlieue, loin du bruit et de la fête.

- 18 décembre - ante diem quintum decimum Kalendas Ianuarias - Saturnalia -

Deuxième jour des festivités de Saturne. Toujours des banquets publics et privés, tout le monde invitait tout le monde, Rome était remplie d’échoppes, de jongleurs, de danseurs et de musiciens, les édicules dédiés aux Dieux étaient ornés de rubans et de fleurs. Ils furent rejoints par la fête d'Éponie, dédiée à Épona et particulièrement chère aux cavaliers, car Epona était la déesse celtique des chevaux, conservatrice et dispensatrice d'abondance et de fertilité. De plus, les 18, 19 et 20 ont été les jours de Mercatus, équivalents des foires et marchés d'aujourd'hui.

- 19 décembre - ante diem quartum decimum Kalendas Ianuarias - Opalia -

Troisième jour des Saturnales, en l'honneur de la déesse Ops ou Opis, ancienne déesse de l'Abondance, protectrice d'une riche récolte, considérée comme l'épouse de Saturne. C’est aussi l’anniversaire de la dédicace du temple du Capitole. La déesse était d'origine sabine, le culte a été introduit à Rome à l'époque de Titus Tatius. On lui demandait des grâces et des vœux se prononçaient.

- 20 décembre - ante diem tertium decimum Kalendas Ianuarias - Sigillaria -

Dans les Saturnales, il y avait aussi la fête des statuettes en terre cuite, appelées sigillaria, cire, pâtes ou figurines en terre cuite, comme offrandes votives et bons vœux. qui s’échangeaient pendant les Saturnales et étaient offertes aux dieux lares ; mais elles étaient aussi offertes au dieu Saturne, car il était le dieu du temps et donc aussi de la mort, rite effectué comme pour détourner celle-ci des siens : l'offrant donnait au dieu le sigillum à la place de sa propre personne.

- 21 décembre - ante diem duodecimum Kalendas Ianuarias - Saturnalia -

- Cinquième jour des festivités de Saturne. Rome était remplie de gens issus de tout l'empire et d'ailleurs, qui venaient voir la merveille de la fête romaine, où l'Urbs donnait le meilleur d'elle-même dans des spectacles sur les places. De la nourriture, des souvenirs, des sealaria, des vêtements, des ornements et des bijoux étaient vendus dans les rues. Des artisans de tous horizons proposaient des articles en cuir, en bois, en terre cuite, en bronze, en laiton, en argent et en succin (ambre jaune de la Baltique).

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- 22 décembre - ante diem undecimum Kalendas Ianuarias - Saturnalia -

Sixième jour des fêtes en l'honneur de Saturne. Comme la fête concernait tout l'empire, les compagnies de danseurs et de mimes qui se produisaient sur les places se rendaient à Rome depuis d'autres villes. En 84, Martial publie les Xenia (cadeaux pour les invités), ses écrits sur les cadeaux que les Romains s’échangeaient à l'occasion des Saturnales.

- 23 décembre - ante diem decimum Kalendas Ianuarias - Saturnalia -

Septième et dernier jour des festivités en l'honneur de Saturne. Les dieux sont remerciés par une nouvelle procession, les rues grouillent de torches et de braseros, et la journée se passe entre les banquets et les bains décorés de rubans et de guirlandes pour l'occasion. Les festivités s’achèvent au coucher du soleil.

BIBLIOGRAPHIE :

- Aulo Gellio - Noctes Atticae - libro II -
- Macrobio - I Saturnali - a cura di Nino Marinone - Unione Tipografico-Editrice Torinese - Torino - 1967 -
- Ambrogio Teodosio Macrobio - I Saturnali - a cura di Nino Marinone - classici latini - UTET - 1987 -

- G. Frazer - The golden bough - Il ramo d'oro - III - Londra - 1911 -
- G. Dumézil - La religione romana arcaica - Milano - 2001 -

- John F. Donahue - "Towards a Typology of Roman Public Feasting" in Roman Dining: A Special Issue of American Journal of Philology  - University Press - 2005 -

 

 

mercredi, 02 décembre 2020

Rome: le rite et le mythe

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Rome: le mythe et le rite

par Mario Perniola

Ex: http://www.archiveseroe.eu

Le rite ne se réduit pas à une simple réactualisation du mythe comme la tradition spiritualiste de la Grèce relayée par le christianisme tendrait à le faire penser. La ritualité ne se fonde pas dans tous les cas sur un mythe d'origine. Le geste n'est pas toujours subordonné au mot, ni la pratique à la croyance, ni l'extériorité à l'intériorité. Mario Perniola, en un texte très documenté d'histoire et de linguistique latine, montre de manière convaincante que la caerimonia n'est pas carimonia. Il faut éviter de penser la cérémonie comme formalisme ou pure extériorité : « extériorité et cérémonie, rite sans mythe et sans foi, ne se trouvent pas au terme du processus historique [mais] se trouvent à l'origine de la romanité »

Le sociologue Claude Rivière remarque à propos de ce texte : « Comme des dieux nul ne sait rien que ce que les mythes leur attribuent, c'est-à-dire que le sacré n'a que le sens qu'on lui suppose à partir de son extériorité, leur véritable existence n'est pour nous que ce qui se manifeste dans l'objectivité de la caerimonia, dans la hiérophanie des liturgies. Les enseignes militaires des armées de César réunies en faisceau objectivent le serment d'alliance, et le symbole détient un pouvoir sacré. L'extériorité du rite correspond à l'extériorité du sacré, non pas actualisation d'un système mais existence objective d'une force immanente à l'histoire.

Certes la référence étymologique n'efface en rien la conception chrétienne, mais au moins montre-t-elle qu'un sens peut être donné à l'extériorité du rite, que les rites et symboles ont le sens que leur attribuent les hommes, fabricants de mythes et d'idéologies, qu'il n'y a pas de précession nécessaire d'un signifié, mais une possibilité de création simultanée du signifié et du signifiant, que l'extériorité du répétitif dans la vie sociale, doublant l'intériorité d'un vécu, énonce en langage gestuel, postural ou verbal la même chose que le mythe comme récit à décrypter, ou que l'idéologie en termes abstraits » (Les liturgies politiques, Puf, 1988).

[Ci-dessus : Equirria, cérémonie en l'honneur du dieu Mars où des chevaux étaient purifiés et sacralisés avant de partir en guerre]

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Le rite et le mythe

Si le mythe a constitué l’un des plus importants paradigmes culturels de la civilisation moderne, il semblerait que le modèle de l’organisation de la culture dans la société post-moderne soit plutôt le rite : le récit mythique — avec son idéalisation, ses implications émotives, sa référence à une dimension archétypique de l’existence — fait place à la performance, à une action qui réunit en elle-même les caractères de l’exécution et de l’exhibition, qui est désenchantée et répétitive, technique et stratégique, qui présente donc des similitudes substantielles avec le rite.

“Caerimonia” comme “carimonia”

Or, tandis que la société post-moderne perçoit la différence entre monde mythique et monde rituel comme étant le conflit entre une conception dorée et passionnée de la vie et une conception froidement opérante et effective de l’action, l’anthropologie, la sociologie et la philosophie contemporaines ignorent le plus souvent cette opposition ; considérant le rite comme une simple actualisation du mythe, ces disciplines nient à la répétition rituelle toute signification et tout intérêt qui lui soient spécifiques. Dans cette méconnaissance de la spécificité de la ritualité, on retrouve à l’oeuvre le préjugé spiritualiste de la tradition hellénico-chrétienne : on est prêt à reconnaître à l’action un sens et une valeur, mais à l’unique condition qu’elle soit subordonnée à la parole et à la foi. Une action répétitive qui ne trouve pas son fondement et sa justification dans un récit généalogique et dans une croyance individuelle ou collective, religieuse ou sociale, n’est pas considérée (des néo-platoniciens à Diderot, de saint Augustin à Lévi-Strauss) comme un véritable rituel, mais comme une simple cérémonie, c’est-à-dire comme un comportement que l’on jugera systématiquement vide de sens, stéréotypé, inutile, idolâtre, pathologique, désespéré ; au mieux, il fera l’objet d’une appréciation esthétique. Pas plus que les autres sciences humaines, la psychanalyse n’a soustrait la cérémonie à cette condamnation millénaire : en la mettant en relation avec le comportement des sujets atteints de névroses obsessionnelles, elle a même renforcé ce jugement.

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Le véritable scandale de la pensée occidentale, ce n’est pas le mythe, c’est la cérémonie : en premier lieu, en effet, les concepts de muthos et de logos ne sont pas dans la culture grecque aussi opposés que le laisse supposer la formulation sophistico-platonicienne du problème, puisqu’ils sont parfois utilisés comme synonymes ; en second lieu, l’étude scientifique des mythes se développe aujourd’hui en même temps que le mythe de la science, si bien que mythe et science, pensée sauvage et pensée rationnelle, s’avèrent beaucoup plus proches que l’irrationalisme romantique ou le rationalisme positiviste ne veulent bien l’admettre ; enfin, même sur le plan socio-politique, la formation du consensus par le biais d’un appel aux convictions rationnelles des individus, apparaît dans la civilisation politique ouverte par le Siècle des Lumières et par la Révolution française, inséparable de la diffusion de mythes politiques de masse. Tous ces éléments nous incitent à considérer la prétendue pensée rationnelle comme étant davantage la continuation et le travestissement de la pensée mythique que son alternative radicale. Du reste, l’une et l’autre se fondent sur la subordination des gestes aux mots, des pratiques aux croyances, cette subordination étant elle-même fondée sur le primat de l’intériorité.

Le déclin de la civilisation des XVIIIe et XIXe siècles, qui a été essentiellement mytho-logique, se manifeste dans le triomphe du spectacle et de l’apparence, dans l’exhibition obscène de tout ce qui était caché, voilé, secret, dans l’épanouissement de la simulation idéologique et culturelle qui, insensible aux contradictions et aux incompatibilités, rend interchangeables toutes les théories. Cependant, à considérer la société contemporaine comme une simple société du spectacle et de la simulation hyperréelle — et peu importe que ce soit de façon critique ou apologétique —, on ne voit pas l’ampleur et la profondeur du saut historique devant lequel nous nous trouvons ; en effet, ces caractères sont encore étroitement dépendants de la tradition spiritualiste occidentale, qui pense l’extériorité et la cérémonie comme formalisme, surface et sclérose, et qui ne voit en l’une et en l’autre qu’un manque de profondeur, de substance intérieure et de vie. Ainsi, on réduit la caerimonia à une carimonia (de careo, être privé de, sentir le manque de), suivant une étymologie erronée qui date de l’Antiquité, et qui faisait référence à l’offrande sacrificielle faite aux dieux par les hommes : en réalité, le manque que la métaphysique occidentale reproche à la cérémonie, ce manque concerne le mythe et la foi. Une offrande sacrificielle qui n’est pas motivée par une dévotion intime et spirituelle, et qui, en outre, est adressée à des divinités dont on ne sait rien, cela constitue une folie incompréhensible.

La cérémonie des dieux

Pourtant, cette folie constitue la base même de la religion et de la mentalité des anciens Romains. Le plus surprenant, c’est que dans la Rome antique, extériorité et cérémonie, rite sans mythe et sans foi, ne se trouvent pas au terme du processus historique, ne sont pas l’expression de la décadence et de l’essoufflement d’une religion qui aurait perdu tout rapport avec l’expérience vécue dont elle est née ; bien au contraire, ces caractéristiques se trouvent à l’origine de la romanité, elles constituent l’intuition centrale sur laquelle se fonde la conception romaine du divin, de l’humain et du temps.

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En partant de quelques textes d’écrivains de l’Antiquité, Karl-Heinz Roloff, l’auteur de l’étude la plus vaste et la plus exhaustive sur le mot et sur le concept latin de caerimonia (1), montre que parallèlement et antérieurement au sens d’action et de comportement rituels, le terme désigne l’être même du divin, l’objet de la religion, c’est-à-dire ce qu’on peut traduire très approximativement par le mot “Sacralité” (Heiligkeit). Que cérémonie veuille dire beaucoup plus que sainteté, cela paraît prouvé par un texte de Suétone, qui oppose la sanctitas des rois à la caerimonia des dieux, ce terme indiquant que le mode d’existence des dieux est infiniment supérieur à celui des souverains. Ce n’est donc pas à un manque que le mot fait référence, mais, bien au contraire, à la dimension ontologique du sacré ; cela explique que le terme ne soit utilisé dans cette acception qu’au singulier et que, plus tard, des grammairiens l’aient pris pour un nom pluriel. Quand Cicéron parle d’une caerimonia legationis, quand Tacite parle d’une caerimonia loci, ils pensent davantage à l’être de la chose elle-même qu’à l’attitude ou au sentiment humain envers celle-ci. Enfin, lorsque César raconte le complot ourdi contre lui par les Carnutes et par d’autres peuples de la Gaule (dans le De Bello Gallica, VII, 2), il nous dit qu’ils renoncèrent à échanger des otages, afin de ne pas dévoiler leur alliance, mais qu’ils demandèrent que toutes les enseignes militaires soient réunies en faisceau, et que tous fassent le serment de ne pas se séparer des autres lorsque la guerre aurait commencé : un tel acte est défini par César comme une gravissima caerimonia, car les enseignes ainsi réunies acquièrent un pouvoir sacro-saint, objectif, indépendant de la croyance des hommes, et qui remplace très efficacement l’échange d’otages.

S’il convient donc de parler d’une cérémonialité de l’être, celle-ci ne peut être entendue au sens de festivité (Feierlichkeit), de cette contemplation joyeuse que Kerényi attribuait à la religion grecque (2), envisagée dans son rapport direct à la vision, à la manifestation, à la splendide apparition du phénomène. Dans le texte de César, on ne trouve aucune allusion à une manifestation du divin : toute l’attention des Carnutes est concentrée sur l’action qu’ils s’apprêtent à entreprendre et sur la nécessité de fonder cette action historique, pleine de. risques et d’inconnues, sur l’obéissance à la gravissima caerimonia des enseignes réunies en faisceau ; cette cérémonie n’est pas une fête organisée à l’occasion de l’alliance, elle est la garantie objective, extrêmement sérieuse et astreignante, de cette même alliance.

La cérémonialité de l’être ne peut pas davantage être comprise comme spectacularité du divin. Les ludi scaenici sont étrangers à la religion romaine archaïque, à laquelle renvoie le mot utilisé par César (3). La caractéristique essentielle de la religion romaine, c’est l’extraordinaire imprécision de l’aspect des divinités, dont on ignore parfois jusqu’au sexe : les dieux romains sont si abstraits et désincarnés qu’ils se réduisent très souvent à un simple nom. Le Panthéon romain a été très justement comparé par Dumézil à un monde d’ombres presque immobiles, à une foule crépusculaire à l’intérieur de laquelle il est difficile de repérer un contour précis (4). Bien qu’il parle des Gaulois, il va de soi que César leur attribue en cette occasion une façon de penser typiquement romaine.

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Enfin, dans son acception la plus profonde, caerimonia deorum ne désigne ni le culte qui appartient aux dieux, ni le culte qui leur est dû, mais plutôt l’extériorité du mode d’existence du divin. Ici, la réflexion sur la religion romaine rencontre la théorie moderne du sacré conçu comme complètement autre, comme différence, comme refus radical de toute conception anthropomorphique du divin. Cette convergence d’une théorie du sacré qui plonge ses racines dans le monothéisme juif, et du paganisme romain (tenu par Hegel pour une des formes les plus blâmables de la superstition), une telle convergence ne laisse pas de surprendre. Pourtant, malgré la distance qui sépare Yahvé de la cérémonie romaine du divin, la convergence objective de l’iconoclastie hébraïque et de l’aniconisme de la religion romaine des origines (selon la tradition, celle-ci ne connut pas d’images sacrées pendant les premiers cent soixante-dix ans de son histoire), cette convergence nous laisse perplexe. Quoi qu’il en soit, l’essentiel est de comprendre que l’extériorité de l’être est tout le contraire d’un mode d’existence purement spectaculaire.

La cérémonie des hommes

La signification subjective de la cérémonie (entendue comme opération et comportement rituels) est tout aussi importante que la signification objective attribuée aux “choses elles-mêmes”. Cette seconde acception du terme, qui est la plus répandue et la plus usuelle, est toutefois étroitement liée à la première : par exemple, dans la cérémonie racontée par César, il n’y aurait eu aucune sacralité objective si l’action de réunir toutes les enseignes militaires (action orientée vers un but bien précis) n’avait pas été accomplie. « À cet égard, l’action est elle-même sacralité : sans elle, il n’y aurait pas de sacré, mais d’autre part, le sacré ne tient qu’à l’assemblage des signa » (5).

Ainsi, l’extériorité n’est pas seulement l’aspect fondamental de l’être divin, mais aussi — et au même titre — le caractère essentiel du rite religieux, lequel n’a nullement besoin de fonder sa validité sur une croyance, une foi, une expérience intérieure. Ici apparaît clairement la distance qui sépare la religion romaine et la théologie de la différence, d’origine judaïque ou chrétienne : dans la première, l’extériorité du rite correspond à l’extériorité du sacré ; dans la seconde, au contraire, l’intériorité du culte fait pendant à l’extériorité de Dieu (6). Cela ne signifie pas que la cérémonie romaine brise — comme dit Hegel — le cœur du monde, rompe l’individualité de tous les esprits, étouffe toute vitalité (7), c’est-à-dire qu’elle soit liée à une totale insensibilité émotionnelle et spirituelle. Dans la cérémonie romaine, le rapport entre extérieur et intérieur est inversé : ce n’est pas l’intériorité qui fonde et justifie le culte, comme dans le judaïsme et dans le christianisme, c’est la cérémonie — c’est-à-dire la répétition extrêmement précise et scrupuleuse d’actes rituels — qui ouvre la voie à un type de sensibilité non sentimentale, mais pas moins articulée et complexe pour autant. Dans le récit de César, la cérémonie fait naître chez les conjurés une solidarité plus sûre que celle qui eût été garantie par l’échange d’otages. Le caractère de cette solidarité n’est pas exclusivement religieux, il est également juridique et politique.

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On ne peut pleinement saisir la signification romaine du mot cérémonie si l’on fait abstraction de cette dimension juridico-politique ; cependant, celle-ci ne doit pas être entendue au sens de lex, c’est-à-dire d’acte volontairement contraignant, mais au sens de jus, c’est-à-dire de rite à caractère rigoureusement technique, de procédure dans laquelle le magistrat et les parties ont des rôles rigoureusement déterminés par la tradition. Cela signifie que le caractère obligatoire de la cérémonie ne dépendait pas de l’adhésion des participants à ses contenus, mais de la capacité des magistrats à rattacher le cas particulier à la forme générale et abstraite du rite.

Le jus est précisément un ars, un ars qui in sola prudentium interpretatione consistit : si on garde à l’esprit que ars et ritus dérivent de la même racine ar- qui désigne l’ordre (8), la répétition cérémonielle s’impose comme un des points cardinaux de la pensée romaine.

Le comportement cérémoniel se détermine donc par rapport à deux termes qui sont l’un et l’autre objectifs et extérieurs : la situation spécifique et la forme rituelle. La prudentia, c’est, précisément, la capacité de les harmoniser. D’un côté, l’obéissance à l’occasion, à la donnée particulière, à l’opportunité, ne se réduit pas à un pur opportunisme, car elle s’accomplit en référence à un cadre, à un schéma général hérité du passé ; de l’autre, l’obéissance à la tradition n’est pas pure sclérose, car elle vise à la solution d’un problème, d’un problème concret.

Cette harmonie entre opportunité et forme constitue l’un des principaux thèmes de l’important ouvrage que Jhering, au siècle dernier, consacra à l’esprit du droit romain (9), qu’il définit comme étant « le système de l’égoïsme discipliné ». L’instinct pratique des Romains, observe Jehring, avait permis l’établissement de règles et d’institutions si élastiques qu’elles s’adaptaient toujours aux besoins du moment, bien qu’elles fussent scrupuleusement observées.

1497262099.jpgAppliqué au monde romain, le concept d’extériorité ne veut pas dire, comme dans l’optique judéo-chrétienne, transcendance d’une loi qui s’impose inconditionnellement à l’intériorité humaine ; la cérémonie n’est pas l’exécution d’un devoir-être éternel et immuable, ni l’actualisation d’un mystère méta-historique : les termes sur lesquels elle se fonde sont tous objectifs, mais immanents à l’histoire. Chez les Romains, le sacré ne présente aucun caractère panthéiste ou mystique : il existe essentiellement, nous dit Roloff, dans le cas particulier, dans l’évènement particulier, ce qui est parfaitement conforme au caractère “casuistique” du mode de penser romain (10).

Cérémonie du temps

La cérémonie est aux antipodes du spectacle, de la mise en scène : elle apparaît comme étant la condition de toute production, de toute action, de toute histoire. C’est particulièrement évident dans la conception romaine du temps, qui diffère autant de l’éternel retour des sociétés primitives, avec son cycle de morts et de renaissances rituelles, que de l’histoire linéaire du judaïsme, avec son espérance messianique d’un rachat final. À Rome, la cérémonialité du temps, c’est le calendrier, une structure formelle de jours, de mois, de fêtes, qui revient toujours mais qui n’entrave pas l’activité historique des hommes ; bien au contraire, le calendrier fournit l’indispensable point de référence qui permet de situer chronologiquement toute action particulière.

Le temps cyclique des sociétés primitives, qui n’attribue d’importance qu’à la réactualisation de l’archétype mythique originel, et le temps linéaire du judaïsme, qui considère les entreprises d’Israël comme étant celles de Dieu lui-même, sont tous deux, sous des aspects bien différents, des temps mythologiques, c’est-à-dire des temps dans lesquels il existe un lien indestructible entre la dimension chronologique et son contenu : c’est ce lien, précisément, qui fonde la sacralité de ces expériences du temps. Le calendrier romain, au contraire, fonde un temps démythifié, mais non pour autant désacralisé ou insignifiant : il fournit un cadre, une grille de référence, un tissu dont les éléments sont sacrés, mais il ne dit pas a priori ce que ces éléments doivent contenir, et il ne transforme pas a posteriori leur contenu en histoire sacrée. La structure cérémonielle du calendrier romain se pose comme condition d’histoire : elle commence par laisser indéterminé le caractère concret de l’événement ; puis, quand celui-ci s’est produit, elle n’annule pas sa spécificité en l’insérant dans un processus dont la signification ultime est la rédemption finale, mais elle se soucie de la conserver en en faisant un précédent.

Selon une hypothèse suggestive, les douze mois de l’année doivent être mis en relation avec les douze boucliers réalisés par le forgeron Mamurius Veturius (le premier artisan qui soit mentionné dans l’histoire de Rome), pour le compte de Numa Pompilius. Qui plus est, Mamurius aurait été la représentation symbolique de l’année écoulée (11) ; en effet, le 14 ou le 15 mars (dans le calendrier romain, l’année se terminait à la fin du mois de février), les Romains accomplissaient un rituel connu sous le nom de Mamuralia : la foule portait en procession un homme couvert de peaux de bêtes, puis elle le frappait avec de longues baguettes blanches en l’appelant Mamurius. Ce rituel aurait également inspiré une expression populaire : suivant des sources grecques, lorsqu’on voulait faire allusion à quelqu’un qui avait reçu une bonne volée, on disait qu’il avait “joué les Mamurius” (tàn Mamourion paizein).

La figure de Mamurius serait donc liée à la fois à l’abolition de l’année écoulée (à travers les Mamuralia) et à la fondation de l’année nouvelle (suivant le récit qui le représente comme forgeron au service de Numa). En arguant du lien existant dans l’histoire des religions entre les initiations et les forgerons, en rappelant que les Mamuralia précédaient immédiatement les Liberalia (ces fêtes du 17 mars où les jeunes Romains revêtaient la toge virile), une interprétation particulièrement ingénieuse voit dans le dossier fort complexe de Mamurius rien de moins que ce rite d’initiation à l’âge d’homme, typique des sociétés primitives, que l’on tenait jusqu’à aujourd’hui pour étranger à la religion romaine archaïque (12).

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Si l’on nous demande à quels contenus, à quels idéaux, à quels modèles de vie, Mamurius initiait, la réponse est simple : Mamurius initiait à la cérémonialité du temps, au calendrier, au rite démythifié. Cela signifie que dans le monde romain, la mort simulée n’est pas suivie d’une vraie renaissance, d’une vraie vie (comme dans les rites de passage des sociétés primitives), mais d’une vie artificielle, juridique, cérémonielle, rythmée par le calendrier, qui fait abstraction de tout prototype et de tout temps intérieur, qui est depuis toujours répétitive et extériorisée, et dans laquelle mort et renaissance rituelles coïncident (13).

C’est maintenant qu’on peut comprendre, peut-être, le sens le plus profond du mot ludus, qui n’est pas seulement synonyme de rite, qui ne veut pas dire seulement simulation, qui n’est pas utilisé uniquement par rapport au jeu sexuel et à la séduction, mais qui signifie également école, apprentissage, instruction. Désormais, en effet, on n’a rien à enseigner, on n’a rien à apprendre, sinon les procédures, les cérémonies, les mouvements rotatoires à l’intérieur desquels l’occasion, la particularité la plus empirique, la situation la plus spécifique, doivent être “jouées”. Il est inutile de se dérober au “jeu de Mamurius” : l’essentiel est de vaincre en dépit des coups de bâton. L’enseignement du forgeron Mamurius apparaît donc opposé à celui des autres “maîtres du feu” de l’aire indo-européenne : pas le wut, la fureur religieuse, la colère qui terrorise les ennemis, mais, tout au contraire, le calme, l’indifférence, le mimétisme, en un mot : la cérémonie.

► Mario Perniola, Traverses n°21-22, 1981. [Traduit de l’italien par Thierry Séchan]

Notes :

91dBX7kQy4L.jpg1. K.-H. Roloff, « Caerimonia », in : Glotta, Zeitschrift für griechische und lateinische Sprache, Band XXXII, 1953, p. 101-138.
2. C. Kerényi, La Religion antique, 1957.
3. G. Piccaluga, Elementi spettacolari nei rituali festivi romani, Roma, 1965, p. 64.
4. G. Dumézil, La Religion romaine archaïque, Paris, 1974, p. 50.
5. K.-H. Roloff, op. cit., p. 111.
6. À ce sujet, cf. les thèses d’Emmanuel Levinas, in : Totalité et infini, Essai sur l’extériorité, La Haye, 1961, en ce qui concerne le judaïsme. Pour le christianisme, cf. les considérations de R. Otto, in : Le Sacré, 1929.
7. GWF Hegel, Leçons sur la philosophie de l'histoire, III.
8. E. Benveniste, Le Vocabulaire des institutions indo-européennes, 1968, t. II.
9. R. von Jehring, Geist des romischen Rechts auf den verschieden Stufen seiner Entwicklung, Leipzig, 1854-1865.
10. K.-H. Roloff, op. cit., p. 121.
11. J. Loicq, « Mamurius Veturius et l’ancienne représentation de l’année », in : Hommages à Jean Bayet, Paris, 1964, pp. 401- 425.
12. A. Illuminati, « Mamurius Veterius », in : Studi e materiali di storia delle religioni, a. XXXII, 1961, pp. 41-80.
13. M. Perniola, « Mort et naissance dans la pensée rituelle », in : Archivio di Filosofia, 1981.

♦ nota bene : dans un entretien postérieur à cet article, l'auteur précisait : « (...) j’ai orienté mes lectures vers l’étude de l’Empire romain, en particulier les techniques juridiques et administratives qui ont permis aux Romains de surmonter les guerres intestines. La notion-clé sur laquelle a porté mon attention a été celle de rituel sans mythe, qui est aux origines de la religion et de la jurisprudence romaine. L’issue de cet effort a été le volume Ritual Thinking. Sexuality, Death, World (2000). Mon travail a rencontré les tendances les plus récentes de l’anthropologie américaine, qui excluent l’existence des mythes fondateurs des rituels. Dans ce cas, le lien social est garanti uniquement par l’exécution d’une série de schèmes de comportement prédéterminés qui sont tout à fait indépendants de l’adhésion subjective à des croyances, doctrines, fois ou à l’émergence d’affects, d’émotions ou de sentiments. Cela se réalise à travers une épochè : cette expérience d’origine cynique-stoïque a ensuite été reprise par la phénoménologie de Husserl, qui en a fait la condition de toute connaissance rigoureuse. » (Rue Descartes n°4/2015).

 

lundi, 09 novembre 2020

Les Castes et la Loi de régression des Castes

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Les Castes et la Loi de régression des Castes

 
Je reposte notre première discussion avec Ralf enregistrée en mars 2019, concernant le concept de caste : Comprendre le principe universel des castes et la loi de régression des castes, discussion entre Pierre-Yves Lenoble et Ralf.
 
Rapide bibliographie sur ce thème :
-G. Dumézil, L'idéologie tripartite des Indo-Européens, Latomus, 1958
-R. Guénon, Autorité spirituelle et pouvoir temporel, Trédaniel, 2000
-F. Schuon, Castes et races, Archè, 1979
-A. K. Coomaraswamy, Autorité spirituelle et pouvoir temporel dans la perspective indienne, Archè, 1985
-J. Evola, Révolte contre le monde moderne, Ed. de L'Homme, 1972
-J. Evola, L'avènement du "cinquième état", dans Explorations, Pardès, 1989
-C. Levallois, Les temps de confusion, Trédaniel, 1991
 
 
27281faccf3841573dfa14296938b497.jpgLa chaîne Quixote, notamment au sujet de la tripartition au Rwanda : https://www.youtube.com/user/QQUUIIXX... Beaucoup d'autres références sont disponibles dans la vidéo.
 
► Les livres de Pierre-Yves Lenoble sont disponibles sur : https://www.decitre.fr/rechercher/res...
► La chaîne Youtube de Ralf : https://www.youtube.com/channel/UCK19...
 
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dimanche, 01 novembre 2020

The Importance of Samhain in the Celtic Calendar

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The Importance of Samhain in the Celtic Calendar

By Charles Squire
From Celtic Myth and Legend [1905]

Whatever may have been the exact meaning of the Celtic state worship, there seems to be no doubt that it centred around the four great days in the year which chronicle the rise, progress, and decline of the sun, and, therefore, of the fruits of the earth. These were: Beltaine, which fell at the beginning of May; Midsummer Day, marking the triumph of sunshine and vegetation; the Feast of Lugh, when, in August, the turning-point of the sun’s course had been reached; and the sad Samhain, when he bade farewell to power, and fell again for half a year under the sway of the evil forces of winter and darkness.

Of these great solar periods, the first and the last were, naturally, the most important. The whole Celtic mythology seems to revolve upon them, as upon pivots. It was on the day of Beltaine that Partholon and his people, the discoverers, and, indeed, the makers of Ireland, arrived there from the other world, and it was on the same day, three hundred years later, that they returned whence they came. It was on Beltaine-day that the Gaelic gods, the Tuatha Dé Danann, and, after them, the Gaelic men, first set foot on Irish soil. It was on the day of Samhain that the Fomors oppressed the people of Nemed with their terrible tax; and it was again at Samhain that a later race of gods of light and life finally conquered those demons at the Battle of Moytura. Only one important mythological incident–and that was one added at a later time!–happened upon any other than one of those two days; it was upon Midsummer Day, one of the lesser solar points, that the people of the goddess Danu took Ireland from its inhabitants, the Fir Bolgs.

The mythology of Britain preserves the same root-idea as that of Ireland. If anything uncanny took place, it was sure to be on May-day. It was on “the night of the first of May” that Rhiannon lost, and Teirnyon Twryf Vliant found, the infant Pryderi, as told in the first of the Mabinogion. It was “on every May-eve” that the two dragons fought and shrieked in the reign of “King” Lludd. It is on “every first of May” till the day of doom that Gwyn son of Nudd, fights with Gwyrthur son of Greidawl, for Lludd’s fair daughter, Creudylad. And it was when she was “a-maying” in the woods and fields near Westminster that the same Gwyn, or Melwas, under his romance-name of Sir Meliagraunce, captured Arthur’s queen, Guinevere.

The nature of the rites performed upon these days can be surmised from their pale survivals. They are still celebrated by the descendants of the Celts, though it is probable that few of them know–or would even care to know–why May Day, St. John’s Day, Lammas, and Hallowe’en are times of ceremony. The first–called “Beltaine” in Ireland, “Bealtiunn” in Scotland, “Shenn da Boaldyn” in the Isle of Man, and “Galan-Mai” (the Calends of May) in Wales–celebrates the waking of the earth from her winter sleep, and the renewal of warmth, life, and vegetation. This is the meaning of the May-pole, now rarely seen in our streets, though Shakespeare tells us that in his time the festival was so eagerly anticipated that no one could sleep upon its eve. At midnight the people rose, and, going to the nearest woods, tore down branches of trees, with which the sun, when he rose, would find doors and windows decked for him. They spent the day in dancing round the May-pole, with rude, rustic mirth, man joining with nature to celebrate the coming of summer. The opposite to it was the day called “Samhain” in Ireland and Scotland, “Sauin” in Man, and “Nos Galan-gaeof” (the Night of the Winter Calends) in Wales. This festival was a sad one: summer was over, and winter, with its short, sunless days and long, dreary nights, was at hand. It was the beginning, too, of the ancient Celtic year, and omens for the future might be extorted from dark powers by uncanny rites. It was the holiday of the dead and of all the more evil supernatural beings. “On November-eve”, says a North Cardiganshire proverb, “there is a bogy on every stile.” The Scotch have even invented a special bogy–the Samhanach or goblin which comes out at Samhain.

The sun-god himself is said to have instituted the August festival called “Lugnassad” (Lugh’s commemoration) in Ireland, “Lla Lluanys” in Man, and “Gwyl Awst” (August Feast) in Wales; and it was once of hardly less importance than Beltaine or Samhain. It is noteworthy, too, that the first of August was a great day at Lyons–formerly called Lugudunum, the dún (town) of Lugus. The mid-summer festival, on the other hand, has largely merged its mythological significance in the Christian Feast of St. John.

The characteristic features of these festivals give certain proof of the original nature of the great pagan ceremonials of which they are the survivals and travesties. In all of them, bonfires are lighted on the highest hills, and the hearth fires solemnly rekindled. They form the excuse for much sport and jollity. But there is yet something sinister in the air; the “fairies” are active and abroad, and one must be careful to omit no prescribed rite, if one would avoid kindling their anger or falling into their power. To some of these still-half-believed-in nature-gods offerings were made down to a comparatively late period. When Pennant wrote, in the eighteenth century, it was the custom on Beltaine-day in many Highland villages to offer libations and cakes not only to the “spirits” who were believed to be beneficial to the flocks and herds, but also to creatures like the fox, the eagle, and the hoodie-crow which so often molested them. At Hallowe’en (the Celtic Samhain) the natives of the Hebrides used to pour libations of ale to a marine god called Shony, imploring him to send sea-weed to the shore. In honour, also, of such beings, curious rites were performed. Maidens washed their faces in morning dew, with prayers for beauty. They carried sprigs of the rowan, that mystic tree whose scarlet berries were the ambrosial food of the Tuatha Dé Danann.

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vendredi, 09 octobre 2020

John T. Koch: Thinking about Indo-European and Celtic Myths in the 2nd and 3rd Millenia

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John T. Koch:

Thinking about Indo-European and Celtic Myths in the 2nd and 3rd Millenia

 
 
The opening lecture from the 2016 Celtic Mythology Conference at the University of Edinburgh.
 

jeudi, 08 octobre 2020

Denazifying Savitri Devi

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Denazifying Savitri Devi

The very idea sounds absurd. Militant supporter of National Socialism, foundational figure of Esoteric Hilterism, the iron maiden known to academia — insofar as she is known at all — as “Hitler’s Priestess [1]”: dissociating Savitri Devi from her fanatical loyalty to Hitler’s Germany seems as futile as denazifying The Führer himself.

Beyond its futility, what purpose would it serve? There is no hope of rehabilitating Savitri Devi for general academic use. Any scholar who quotes her approvingly and without the perfunctory “danger warning” will certainly be ostracized by respectable peers. Even among the hard Right who take no offense at her National Socialism, pan-Aryanism, anti-Semitism, valorization of the S.S., and other taboo subjects, Savitri Devi is often regarded as a mystical fanatic. She is seen as something of a crank, whose bizarre depiction of Hitler as an avatar of Vishnu is typically amalgamated with Miguel Serrano’s [2] (far more mystifying) theories concerning Hitler’s survival, Ultima Thule, Nazi UFOs in Antarctica, and other occult arcana. Savitri Devi’s writings and activism are seemingly inseparable from the strange milieu of Esoteric Hitlerism, putting her beyond the pale not merely of respectable political discourse but even that of the most open-minded elements of the Right.

However, I believe it is possible and worthwhile to distinguish the timeless content of Savitri Devi’s thought from her particular devotion to National Socialism. My motivation for this endeavor is twofold. For one, on a selfish note, Savitri Devi had a profound effect upon my own thinking. Though I am not particularly attached to National Socialism or Esoteric Hitlerism, it is my belief that one can appreciate her ideas — without compromising them in some milquetoast liberal fashion — and still acknowledge the flaws in that particular political movement. Moreover, Savitri Devi was a lucid and powerful writer whose writings contain unique insights that remain significant to the application of True Right principles to the problems of the present.

savitrichild-233x300.pngSavitri Devi is particularly insightful in understanding the relationship between man and nature, which she views through the lens of her aristocratic ideal. It is this essential notion of biological and spiritual aristocracy that determines her views on the natural world, human types, and politics. While in her metaphysics she counted herself alongside Julius Evola and Rene Guénon as a proponent of “the Tradition,” she was unique in her concrete political preoccupations and attempts to actualize this ideal in a contemporary political state. This led to her vigorous and unflagging support for National Socialism, which she regarded as the only regime that could serve as a bulwark (even temporarily) against universal decay and preserve the spiritual and biological aristocrats of the earth.

I have some points of disagreement with Savitri Devi’s thought: her uncritical attachment to Adolf Hitler and National Socialism and her rejection of certain religious traditions, for instance. However, while these will be briefly addressed at the end of this essay, such quibbles are not the point. My aim is to distill from Savitri Devi’s oeuvre the essence of her thought, in order to demonstrate its lucidity, its highly original application of traditional principles to the present, and the fundamental truth it contains. While it is too much to expect the contemporary academy to treat such controversial figures fairly, it does behoove those on the Right — who are not burdened by such prejudices — to confront their thought and take it seriously.

The Religion of the Strong

Savitri Devi’s thought is fundamentally religious. Born Maximiani Julia Portas in 1905, from an early age she felt an affinity for nature, for Greek culture, and for the traditional folk religions of Europe. While she came to reject most exoteric religious traditions — particularly Christianity — for their apparent otherworldliness, veneration of weakness, and adulation of a nebulous “mankind,” she made it clear that a feeling of “true piety” was the essential ground to her thought. This she defined as “feeling and adoring ‘God’ — the Principle of all being or non-being, the Essence and the light as well as the Shadow — through the splendor of the visible and tangible world; through the Order and the Rhythm, and the immutable Law that is its expression; the Law that melts the opposites into the same unity, reflection of the unity in oneself.” [1] [3] Rather than maintaining a division between mankind and the rest of the world, or between the sacred and the profane, this religiosity is one in which “the sacred penetrate[s] life, all of life, as in traditional societies.”

Lest we perceive this as just another twentieth-century “spiritual but not religious” nature mysticism, Savitri Devi takes pains to associate it with authentic traditional thought. She portrays this outlook — variously called the “philosophy of the Swastika,” the “religion of the strong,” and the “religion of life and light” — as a return to the primordial Tradition, purified and shorn of its humanistic and foreign accretions. She approvingly quotes one scholar who describes Guénon’s thought as “Hitlerism minus the armored divisions” [2 [4]] [5] and describes the primordial tradition itself as follows: “This is not the philosophy of any man. It is, in the clear consciousness of the really great Ones who are capable of feeling it — from the oldest Aryan lawgivers of Vedic and post-Vedic India, down to Adolf Hitler today — the wisdom of the Cosmos, the philosophy of the Sun, Father-and-Mother of the earth.” [3] [6] Of the historical societies and religions that most perfectly embodied this creed, she included the European folk religions, Pythagoreanism, Hinduism, Buddhism, and her particular object of fascination, the solar cult of Akhnaton [7].

450155.jpgAnd what are the specific qualities of this religiosity, which she believed undergirds not only the authentic noble traditions of the ancient Indo-Aryan world but also the ideology of National Socialism? It is founded upon the belief in an everlasting cosmic law that binds all living beings. Cosmic energy is the fount of life and is particularly worthy of veneration, being symbolized for terrestrial mankind by the Sun. Man, being a “solar product,” cannot disregard these laws, particularly the laws that “regulate the art of breeding and the evolution of races,” as this will lead to physical and moral degeneracy — the ultimate “sin against the will of the Creator.” [4] [8] Indeed, the moralism and obsession with “original sin” she attributes to Christianity have no place here, “the only ‘sin’ being (along with all forms of cowardice and faithlessness) the sin of shameful breeding — the deadly sin against the race.” [5] [9] Thus, rather than the otherworldly emphasis of more dualistic religions, this religion of the strong stresses the physical aspect of life, the duty of mankind to preserve the health and vigor of both the individual and the race, as well as that of the earth as a whole. This is a religious and aesthetic duty.

While the cosmic law is universal in scope, it will express itself differently in different folk groups. Therefore, in opposition to the universalism she associated with Christianity, Islam, and modern liberalism, Savitri Devi upheld the importance of the folk-soul, folk religion, and ancestor worship.

The religion of the reborn Aryans must naturally have much in common with that of the pre-Christian European North, and with that, of similar origin and spirit, kept alive to this day, in India, in the tradition of the Vedas. It must be, before all, the religion of a healthy, proud, and self-reliant people, accustomed to fight, ready to die, but, in the meantime, happy to live, and sure to live forever, in their undying race; a religion centered around the worship of Life and Light — around the cult of heroes, the cult of ancestors, and the cult of the Sun, source of all joy and power on earth. Indeed, it must be a religion of joy and of power — and of love also; not of that morbid love for sickly and sinful “mankind” at the expense of far more admirable Nature, but of love for all living beauty: for the woods and for the beasts; for healthy children; for one’s faithful comrades in every field of activity; for one’s leaders and one’s gods; above all, for the supreme God, the Life force personified in the Sun. . . . [6] [10]

Though she would probably dislike the comparison, Savitri Devi’s metaphysical and religious outlook, her “religion of the strong” and “religion of life and light,” might be understood as a kind of idiosyncratic Neoplatonism. While some will doubtless accuse me of understanding neither Savitri Devi nor Neoplatonism, the parallels are clear: life is the unfolding of a divine order throughout the cosmos; creatures approach perfection in life the more they embody and understand the divine will in themselves; one’s place in the hierarchy of being is dependent upon one’s alignment with the divine order. While Savitri Devi’s understanding departs from classical Neoplatonism in explicitly stating the nonhuman participation in the divine order, this was always implicit (if underemphasized) in the classical formulation anyways. Neoplatonism has often been associated with a life-denying and ascetic outlook. However, while reserving their highest praise for the One from whom all things emanate, Neoplatonism nevertheless regards existence as an outflowing of the divine and venerates it as such. The philosopher Plotinus wrote an invective against the life-denying Gnostics [11] on just that subject.

Neoplatonism, as I’ve argued in a previous article [12], is a Western expression of monistic panentheism, which is the basic metaphysical outlook of the primordial tradition. Thus it is no surprise that Savitri Devi espoused a version of it, as she stated her alignment with “the Tradition” and sought to demonstrate how National Socialist ideology — as she understood it — was a weaponized expression of that tradition. This distinguishes her from the more purely biological and Darwinian elements among the Right (though her thinking is not without its flaws, as I discuss in the conclusion). It is to her understanding of the relationship between man and nature that we now turn.

Man and Nature

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Savitri Devi’s love for the natural world is one of the most noteworthy features of her writing. She seemed to hold particular admiration for big cats and ancient trees, the “aristocrats” of the natural world, but had a great compassion for animals and living beings of all types. She scorned humans who would destroy such beauty and innocence in the name of comfort, longevity, or fruitless curiosity. It is therefore unsurprising that, aside from her rather outré ideas concerning Adolf Hitler and the end of the world, Savitri Devi is most well known as a forerunner of “deep ecology” and a major Rightist proponent of animal welfare. However, it is necessary to dissociate her ideas on this subject from the more contemporary (and invariably Leftist) expressions of these positions. For it is in Savitri Devi’s articulation of a Rightist theory of nature and man — one that takes into account contemporary scientific knowledge while rejecting both egalitarianism and narrow humanism — that her greatest strength as a thinker lies.

The academic philosophy of deep ecology [14], as it has been developed by its major theorists such as Arne Naess, George Sessions, and Bill Devall, is premised upon the idea of “biospheric egalitarianism,” that there is no fundamental ontological divide between humans and nature. It also maintains that the wellbeing and flourishing of both human and nonhuman life on Earth have value in themselves, variously described as “intrinsic value” or “inherent worth,” and that humans consequently have no right to reduce the richness and diversity of life except to satisfy vital needs. Animal rights theories also typically begin with a notion of fundamental equality, and decry “speciesism” as an injustice in the same way they would condemn “racism” or “sexism” or the other sins of the modern age.

612710.jpgSavitri Devi, as a Rightist and proponent of Tradition, disdains such insipid and indiscriminate egalitarianism. Her nature is a world of order and hierarchy, blood and death, struggle and harsh beauty. She is outside the main current of Western thought in her refusal to place a nebulous “humanity” at the pinnacle of the Chain of Being. In her metaphysics (which is, again, akin to a version of militant Neoplatonism) there is a natural law of strength and beauty, and beings approach perfection insofar as they adhere more closely to that divine idea. Any being which expresses its nature most perfectly — be it a tiger or an oak tree, a butterfly or a man — approaches the pinnacle of the hierarchy for its particular species. Clear hierarchies exist, but rather than a single pyramid with the entire human race at the top (including the most diseased and depraved), we have several pyramids, of which humanity only constitutes one. Indeed, “in the eyes of the believers in quality. . . any Bengal tiger, nay, any healthy cat — any healthy tree; any perfect sample of manifested Life — is worth far more than an ugly,  degenerate human bastard. Alone man in his perfection — superior man ‘like unto the Gods,’ not the patched-up weakling that this conceited Age exalts — is to be looked upon as ‘the highest creature,’ ‘God’s image,’ etc. . .” [7] [15]

There is a sense, then, in which mankind’s pyramid does rise above the others, and might justify our species’ claim to be the pinnacle of creation. It is only the human ability to transcend its animal nature, concerned solely with self-preservation, that gives man any claim to a superior station in the Chain of Being: “The actual master races surely cannot allow themselves to think and feel as it would seem natural to man of a mean type. And the real master species, if any, is the one that puts its consistent nobility above any advantage.” [8] [16] Of what does this nobility consist? Something far more than the pursuit of happiness, or even universal human welfare:

But those who have the Word, father of thought, and among them the Strong especially, have something better to do than pursue “happiness.” Their supreme task consists in finding this harmony, this accord with the eternal, of which the Word seems initially to have deprived them; to hold their place in the universal dance of life with all the enrichment, all the knowledge, that the Word can bring to them or help them to acquire; to live, like those who do not speak, according to the holy laws that govern the existence of the races, but, this time, knowing it and wanting it. The pleasure or the displeasure, the happiness or the discontent of the individual does not count. Well-being — beyond the minimum that is necessary for each to fulfill his task — does not count. Only the task counts: the quest for the essential, the eternal, through life and through thought. [9] [17]

It is humanity’s misuse of its remarkable gifts — its consciousness and reason, its super-natural desires and unnaturally efficient means of attaining them — that poses such a threat the rest of life on earth. To have these gifts, and to use them for such low ends as obtaining mere comfort for the greatest number, strikes Savitri Devi as profoundly ignoble.

He who has the Word, father of thought, and who, far from putting it in service of the essential, wastes it in the search for personal satisfactions; he who has technology, fruit of thought, and who makes use of it especially to increase his well-being and that of other men, taking that for the main task, is unworthy of his privileges. He is not worthy of the beings of beauty and silence, the animal, the tree — he who himself follows their path. He who uses the powers that the Word and thought give him to inflict death and especially suffering on the beautiful beings that do not speak, in view of his own well-being or that of other men, he who uses the privileges of man against living nature sins against the universal Mother — against Life — and the Order that desires noblesse oblige. He is not Strong; he is not an aristocrat in the deep sense of the word, but petty, an egoist and a coward, an object of disgust in the eyes of the natural élite. [10] [18]

photo-drawings3.jpgSavitri Devi points to overpopulation as one particularly egregious example of the base triumphing over the noble. Her concern is not only with the ecological effects of overpopulation, nor with its effects on human survival. She observed that the growth in human population was enabled by industrialism and the development of medical technology, both of which permitted the survival of “more and more people who might as well never have been born.” [11] [19] This worked against natural selection and would lead to the crowding out of noble humans and animals “by human types that are qualitatively inferior to them but dangerously prolific and whose demographics escapes any control.”

Indeed, is not the prospect of a world destroyed by human overpopulation that truly disturbs Savitri Devi. Indeed, she appears to welcome the apocalypse. [12] [20] It is, rather, the triumph of a technological and communistic society, in which humanity has wholly mechanized the earth and driven the noble men and animals to extinction: “It would mean the intensified, and more and more systematic exploitation of living nature by man, on an ever-broadening scale. . . . [Man] would make the world a safe place for his own species, never mind at the cost of what ruthless exploitation of the rest of the living, both animals and plants . . . There would be one king of the earth: mankind; one slave: subdued living nature. Most hateful prospects!” [13] [21] Relatedly, her loathing of vivisection is based on indignation that innocent and noble animals should have to suffer in order to develop medical treatments that “alleviate the suffering of diseased humanity” or to satisfy the “criminal curiosity” of scientific researchers. [14] [22] However, Savitri Devi should not be classified among the anti-natalists and primitivists, insofar as she promotes higher birthrates for superior racial stocks, and a technology that genuinely enriches human life (more on this below).

It is important to note that Savitri Devi does not advocate “animal rights.” She does not believe in metaphysical rights of any kind, which are a liberal construct. Rather she teaches, for one, that respect is due to nonhuman creatures because we are all emanations of the same divine energy — but that it is our foremost duty to preserve the noblest specimens of mankind and nature. She also teaches that the higher man is characterized by the noble virtue of compassion: “Not merely to be ‘harmless’; not merely not to exploit, for human ends, any beast, and even the vegetable world as far as possible, but to extend our active love to all that lives; to do our utmost, even at our own cost, so that every individual creature, bird or beast, might continue to enjoy the sight of the sun, in health and beauty — these are our ethics.” [15] [23] We shall now examine how Savitri Devi envisioned the noble human type, and the kind of society that is most suited to encouraging its development.

The Higher Man

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Since there are vast differences between individuals in terms of their adherence to the cosmic law, there is a natural inequality of persons as well as races: “Man’s value — as every creature’s value, ultimately — lies not in the mere intellect but in the spirit: in the capacity to reflect that which, for lack of a more precise word, we choose to call ‘the divine,’ i.e. that which is true and beautiful beyond all manifestation, that which remains timeless (and therefore unchangeable) within all changes.” [16] [25] For Savitri Devi, the Aryan race (which, adhering to the classical definition, includes the Aryans of ancient India and Iran as well as certain European groups) is the highest manifestation of mankind, the one most attuned to the cosmic soul. As she writes of its Nordic branch, which she believed to be the purest Aryan remnant in the modern world:

That this Nordic race is a natural aristocracy, there is no doubt. First a physical aristocracy. To make sure of that, one need only look at its representatives, especially the purest Germanic types among the Germans and the Swedes, outwardly, perhaps, the finest men on earth. An aristocracy of character also, as a whole. One only has to live with Scandinavians, Germans, or real English people, after spending years amidst less pure Aryans, or totally different races, in order to find that out. An aristocracy of kindness, too — its most attractive sign of superiority. And this is a fact. The best proof of it is to be seen in the spontaneous sympathy which most pure-blooded Nordic children show towards animals, even before being taught to do so.” [17] [26]

Savitri Devi believed that National Socialism was a contemporary adaptation of the primordial tradition — the religion of the strong — uniquely suited for the Northern Aryan soul: “Hitlerism considered in its essence . . . is the religion of the Strong of the Aryan race, as opposed to a world in decline; a world of ethnic chaos, contempt of living Nature, the silly exaltation of ‘man’ in all that is weak, morbid, eccentrically ‘individual,’ different from other beings; a world of human selfishness (individual and collective), of ugliness and cowardice. It is the reaction of the Strong of this race, originally noble, to such a world.” [18] [27] Only among Aryan mankind, she believed, would the National Socialist ideology find any support. This is because it appeals to the finest elements of their character: selflessness, courage, fortitude, intelligence, the hunger for sacrifice, and the love of truth and beauty.

While she acknowledges that the majority of Germans would join the NSDAP for more mundane reasons, Savitri Devi was confident that the inner circles — particularly the notorious SS — would have constituted the core of a new Aryan-European nobility:

But these soldiers of the first hour would, little by little — along with the youths rigorously selected and hardened, in the “Burgs” of the Order of the SS, in the asceticism of the body, the will, and knowledge — form an aristocracy, hereditary from hence forth, strongly rooted — owners of vast family domains in conquered spaces — and itself hierarchized. They would, these members of the élite corps par excellence, among whom stood side by side the most handsome, the most valorous sons of the peasantry, the most brilliant academics of good race, and many youths representing the ancient and enduring German nobility, gradually meld themselves into a true caste, an inexhaustible reservoir of candidates for super-humanity.” [19] [28]

b7e719157ed6700c875135ef67c50214.jpgAll of this talk of Aryans, Hitler, and the S.S. is obviously inextricable from Savitri Devi’s passionate support for National Socialism. However, it is important to note that the recognition of an Indo-Aryan race, while frowned upon nowadays, has a long pedigree and is not invariably associated with Nazism. Moreover, while Savitri Devi did uphold the Aryan race as the highest human group, she was emphatic that other races (and indeed other species) possess the capacity for a perfect expression of their God-given folk-soul: thus it is necessary to “respect the man of noble races other than your own, who carries out, in a different place, a combat parallel to yours — to ours. He is your ally. He is our ally, be he at the other end of the world.” [20] [29] She envisions an alliance among the noblest individuals of each noble race in order to oppose to the deracinated and ignoble men who strive to destroy all that is holy and beautiful.

In short, Savitri Devi’s aristocratic ideal, while strongly associated with Aryan blood descent, entails many of the essential virtues of the traditional world: courage, truthfulness, noblesse oblige, and detached violence against the forces of evil. This ethos has parallels, of course, to the karma yoga of the Bhagavad Gita, by which Savitri Devi was clearly influenced; one also finds it in the Taoist wu-wei, or injunction to “act without acting,” and Meister Eckhart’s conception of detachment or Abgeschiedenheit. This ideal of noble behavior has ancient roots. And like the ancients, Savitri Devi taught that the cultivation of a higher human type can only occur within a favorable sociopolitical framework, an organic state wholly unlike the liberal societies of today.

On the State 

While liberal political theory maintains that the state’s role is solely to provide for the defense of life, liberty, and property, the classical conception of politics is far more expansive. The state is an expression of a folk-soul, and its purpose is to cultivate virtue, excellence, and a particular way of life. It is, moreover, an earthly mirror of the celestial hierarchy, and should therefore be organized in such a way that the higher values of spirit and honor reign over and direct more material concerns. Savitri Devi believed that this model of the state had been revived by National Socialism, whose leaders and soldiers had constructed a fortress of order and human excellence amidst the barren wastes of modernity. Though she believed the principles of National Socialism are those of the primordial tradition and therefore eternal, the movement itself is unique in being “the sole systematic attempt to build a state — nay, to organize a continent — upon the frank acknowledgment of the everlasting laws that rule the growth of races and the creation of culture; the one rational effort to put a stop to the decay of a superior race and to the subsequent confusion. It is the movement ‘against Time’ par excellence.[21] [30] While its ethos and goals are those of the ancient world, National Socialism adapted the struggle to the modern setting.

Though spiritual proponents of nature preservation are commonly denigrated as primitivists and Luddites, Savitri Devi strongly supports technology that is tailored to have a positive effect on the human spirit and minimal impact upon that natural world: “The society we call ‘ideal’ would be a very highly mechanized one, and electrified one, in which man himself would have to work only as little as possible.” [22] [31] A high level of technology was in fact essential in order to liberate a regenerate Aryan mankind from drudgery and provide a high quality of civilization; to defend the state against conquest by less scrupulous powers; to provide for the well-being of the Volk; and to enable mankind to gain greater knowledge of the natural world. This should, to her mind, be the true purpose of science, technology, and scholarship, not merely to prolong the existence of the unfit.

And we are far, far more grateful to the scholars whose discoveries in astronomy and higher physics, in philology and archaeology, etc., have enabled a few of the better men to live more richly, more intensely, more harmoniously, by opening to them new and more astounding sources of inspiration, than we ever will be to those so-called “benefactors of mankind” whose main work has resulted merely in keeping alive thousands of human beings neither good or bad, nor even physically beautiful, who could as well have died and made place for others at the best of times, as the rest of the living do.” [23] [32]

51YYO8aN2UL._SX331_BO1,204,203,200_.jpgHer enthusiasm for certain forms of high technology coupled with a decisive rejection of liberal modernity places Savitri Devi within the current of “reactionary modernism [33],” alongside other thinkers associated with Fascism, National Socialism, and the German Conservative Revolutionaries. Unlike nowadays — where runaway technological growth has led to the diminishment of man and the tyranny of petty bureaucrats and corporate overlords — in Savitri Devi’s National Socialist state, technology would be in the service of higher values. In this respect, her thinking can be described as a kind of archeofuturism [34], in the manner of Guillaume Faye, in which the “foundational values” of hierarchy, justice, duty, spirituality, and folk traditions are revived in a highly technological society.

Aside from providing for the material welfare of the Volk and defending it against its enemies, the chief purpose of the classical state — as well as the state envisioned by Savitri Devi and the National Socialists — is to cultivate excellence, nobility, the full flowering of the race. It does this, in part, by promoting eugenics. Again, such a form of selective breeding was practiced in many societies of the ancient world, namely Sparta. But in the contemporary world, it is not sufficient simply to encourage more births for exceptional individuals. Due to the destructive effects of overpopulation on other animals as well as noble humans, births must be controlled.

The immediate step to take, therefore, all over the world, in order to raise the standard of human life everywhere . . . would be, logically, to stop the indiscriminate production of babies — to cease bribing people to have young ones, in the countries of moderate birthrate, unless, of course, these be of exceptionally fine racial stock, to encourage them to have none, or extremely few, in countries already burdened by overpopulation, especially if these be also of inferior racial stock. Less people would mean “more living space” for all men. And racial selection would mean a more beautiful and nobler mankind.” [24] [35]

This naturally entails a great degree of government intrusion into the reproductive lives of its subjects, particularly those deemed to be of inferior quality: “Indeed if the number of men is not to increase indefinitely, very strict regulations are to keep down the numbers of the inferior races lest the Aryan — the ruling race — be forced to have larger and larger families, merely in order to survive.” [25] [36] The negative side of this eugenics program, in advocating for which Savitri Devi is probably even more ruthlessly consistent than historical most Nazi ideologues, would include a broad campaign of sterilization and euthanasia to minimize these undesirable births.

On a more positive note, the state would take a strong interest in the education of the young, in order to cultivate nobility and excellence. Under National Socialism, this was the role of the Hitler Youth, which Savitri Devi wholeheartedly endorsed. The Hitler Youth provided the physical training and intellectual and moral formation to cultivate a new generation of dedicated elites:

All great movements put stress upon the training of youth. “Catch them young,” say the Jesuits. National Socialism has not merely “caught them young,” but has striven to create them; to prepare them, not only from childhood, or from birth, but from the very moment of conception, to be the embodiment of the highest idea of all-round manly perfection — of physical health and beauty; of moral health and beauty; of character; of sound and clear intelligence, firmly linked up with the whole of life; the human élite, from every point of view. [26] [37]

TipusTomb2.jpgTaken together, Savitri Devi describes her ideal state — her dream of National Socialism — as follows:

Modern civilization at its best, modern industry in all its efficiency, in all its power, in all its grandeur; modern life with all its comforts and, along with that, the eternal Heathendom of the Aryans; the religion of living — physical and supra-physical — perfection, of “God residing in pure blood” to repeat the words of Himmler; the religion of the Swastika which is the religion of the Sun; efficiency and inspiration; iron discipline coupled with enthusiasm; work, a parade; life, a manly hymn; military schools and up-to-date dwellings in the midst of trees; blast furnaces and Sun temples. That is the super-civilization according to my heart. That is, that always was my conception of true National Socialism applied in practice.” [27] [38]

This archeofuturist vision weds the modernist emphasis on high technology to an archaic state based on hierarchy, communal religion, and good breeding. While the National Socialist state was one of the more successful attempts to create such a society in the 20th century, thus earning Savitri Devi’s veneration, this cultivation of nobility and concern with eugenics is not confined to the Nazis. It is a feature of classical politics, notably in the Greek world, where it found expression in the ancient Spartan regime and the political theory of Plato. Among the ancients, it was likewise understood that confusion in breeding — the “regression of castes” — led to myriad social ills, ultimately resulting in the downfall of the state. Like the ancients, Savitri Devi was under no illusions about the permanency of any political solutions, at least not in the world as we know it. All things are swept away by the current of time, in order that others might be born.

The Kali Yuga and the Men Against Time

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One of Savitri Devi’s more unique contributions is how she situated the National Socialist enterprise in universal history. She subscribed to the cyclical theory of existence, and accepted that mankind presently found itself at the nadir of the cycle, known to the Hindus as the Kali Yuga.

In her opus The Lightning and the Sun [40], she posited the existence of three types of world-historical figures: “Men In Time,” who are unwitting agents of divine destruction to bring about the end of a cycle (Genghis Kahn, for instance); “Men Above Time,” whose advanced spiritual state places them outside the cosmic cycle altogether (Akhnaton, Buddha, Christ); and “Men Against Time,” who combine the transcendence of the Men Above Time with the ferocity of the Men In Time, and battle with detached violence to resist the decline. She placed Adolf Hitler in this last category. Following Germany’s defeat in the war, Savitri Devi rationalized that this defeat was inevitable as the forces of decline had become too great. It was a “heroic but practically vain attempt at ‘rectification’ . . . Despite all the power and all the prestige at his disposal, Adolf Hitler could not create — recreate — the conditions that were and remain essential to the blossoming of a Golden Age.” [28] [41] National Socialism’s defeat was simply the final push for a world already in ruins, eagerly awaiting its destroyer and liberator. Hence, Savitri Devi would (infamously) describe Hitler as an avatar of Vishnu, but not the ultimate avatar. This task is reserved to Kalki, who would come to bring an end to this dying world so that another might arise from its ruins.

It is difficult to say whether this is intended symbolically or if Savitri Devi actually worshipped Hitler as a demigod. Needless to say, her apparent deification of Hitler creates some obvious difficulties for anyone seeking to detach her philosophy from National Socialism. Moreover, her acceptance that we are at the end of a cosmic cycle, and that nothing can be done save to pray for the coming of Kalki the Destroyer, seemingly lends itself to nihilism and despair. It is at any rate not conducive to the great efforts now needed in the political and cultural spheres.

Regarding the potential for nihilism, it is important to remember that most traditional religious doctrines, and indeed even modern science, posit an inevitable end to life as we know it. How one reacts to this knowledge is dependent upon one’s personal equation. For some, it may lead to hedonism, selfishness, or destructive despair. For the noble, for the true Man Against Time, the likelihood or certainty of defeat on the temporal plane does not lessen his resolve. His action flows from the essence of being, the cosmic role he is meant to play, rather than any certainty of success. He therefore fights dispassionately against the forces of disintegration and chaos.

9780692371947_p0_v1_s1200x630.jpgAnd what are these forces? Savitri Devi names several malefactors throughout her writings: democratic demagogues, Marxist revolutionaries, vivisectionists, “the so-called ‘benefactors of mankind,’” modern artists, Christians, and the “Jewish world-community.” Savitri Devi viewed these corrupting figures as more-or-less unwitting servants of the darkness, and describes their mission thus:

It is an unholy purpose, the fulfillment of which would imply the dissolution of all races and of all genuine nationalities; of all natural communities, i.e., of all those that have a solid racial background . . . and the ever-tightening grip of a soulless money power — the power of the raceless, gifted with destructive intelligence — over increasingly bastardized and numberless masses of Menschenmaterial, possessing neither thought nor will of their own, nor the innocence and nobility of real animals. It is the purpose of the Forces of darkness, whose influence grows, whose free play becomes more and more free and shameless, and whose rule asserts itself as a more and more obvious reality, as history run; its fated downward course. It is the purpose of Time itself, as Destroyer of all creation; as Leveller and Denier.” [29] [42]

This battle is thus understood as a contest between higher powers, using humans as their material and pawns, a kind of “occult war [43].” Despite the high stakes, this perspective has the odd effect of depersonalizing the struggle. Savitri Devi, following the teaching of the Bhagavad Gita, states of the enemy that “it is not necessary to hate him. He follows his nature and achieves his destiny while being opposed to the eternal values. . . .  But — and precisely for this reason — [fight him] with detachment and all your power: the strong preserve a serene balance even in the most exultant fanaticism.” [30] [44] Given the heavily decayed state of the world, Savitri Devi insisted that great violence and brutality would be necessary to fight back the forces of darkness, and that any violence done for that purpose would therefore be sacred and justified.

Savitri Devi strongly admired the SS in part because she perceived it as the agent of divine retribution upon these forces of decadence. The men who comprised the SS were “the physical and moral elite of awakening Aryandom, the living, conscious kernel out of which and round which the yet unborn race of gods on earth — regenerate Aryandom — was to take shape and soul.” [31] [45] Their standards of racial purity, physical beauty, vigor, cleanliness, martial valor, and high character alone were sufficient to justify this high praise; the fact that their ideological underpinnings were those of a monastic warrior brotherhood fighting dispassionately against decadence was even more so. In fact, in Savitri Devi’s eyes, the S.S. takes on the form of a kind of weaponized Tradition, akin to the League of Shadows [46].

Savitri Devi summarizes her attitude towards the Kali Yuga and detached warfare, and their relationship to the primordial tradition expressed in National Socialism, as follows:

It is, I repeat, a Golden Age philosophy in the midst of our age of gloom; the philosophy of those who stand heroically against the downward current of history — against Time — knowing that history, that moves in circles, will one day forward their lofty dreams; the philosophy of those few who . . . prefer to fight an impossible battle and to fall, if necessary, but to feel, when the new dawn comes, that they have called it, in a way, through the magic virtue of action for the beauty of action; who, if the dawn is not to shine in their lifetime, will still act against the growing tide of mediocrity and vulgarity, for the sole joy of fulfilling the inner law of an heroic nature.” [32] [47]

Despite her praise for the warrior, Savitri Devi’s pessimism concerning the post-WWII world gives her little hope of successfully resisting the decay. She writes that there are few activities in modern life which are not wholly futile, beyond growing food, [33] [48] working to preserve the “elite minorities” of all races and species from extinction, showing kindness towards the innocent among the animal and human world, and “curs[ing] in one’s heart, day and night, today’s humanity (apart from very rare exceptions), and to work with all one’s efforts for its destruction.” [34] [49] One cannot help but notice that this overwhelming pessimism grows far more prominent in Savitri Devi’s postwar writings, after witnessing the destruction and humiliation of the last bastion of Aryandom on earth.

The Education of Maximiani Portas

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You can buy And Time Rolls On: The Savitri Devi Interviews here. [50]

With respect to the purpose of this essay, I am forced to admit that it is impossible to imagine a Savitri Devi who is not a Nazi. The circumstances of her life, particularly her love for ancient Indo-Aryan culture, its perceived embodiment in Hitler’s state, and that state’s crushing defeat and humiliation, solidified her fanatical devotion as well as her hatred for the post-war order. But perhaps we can imagine how Savitri Devi’s outlook might have differed if this enthusiasm for National Socialism had not fully taken hold of her mind; if she had remained Maximiani Portas and not become Savitri Devi, the iron maiden, the eulogist and apologist of Nazi Germany, “Hitler’s Priestess.”

If we set aside the veneration of Nazism, I believe we could still preserve everything that makes Savitri Devi particularly valuable as a thinker, even to those who disagree with her devotion to Hitler:

  1. Her understanding of the primordial Indo-Aryan religion;
  2. Her conception of aristocracy within and among species, and insistence that humans have no claim to superiority unless they rise above their merely natural selves;
  3. Her injunction to preserve the noble elite of all species, and to treat the Earth and its myriad creatures with the kindness befitting the noble man;
  4. The need for a state based on classical principles that cultivates true physical and spiritual aristocracy, while utilizing modern technology to advance the goals and improve the lot of its people; and
  5. The recognition of universal forces of decay and the need to combat them with the detached violence of the Aryan warrior.

These are the ways in which Savitri Devi’s thought embodies the themes of an authentic traditional society and adapts them to the present. These are important and original observations that should be taken seriously by any Rightist.

And what of the rest? While I do not intend to offer a critique of National Socialism or Esoteric Hitlerism here, and while I have no particular quarrel with those who embrace these ideologies, I would argue that these are the weaker points in Savitri Devi’s thought. Her idealization of Hitler and the “actually existing” National Socialist state, while a bracing corrective to the propaganda barrage of the post-WWII era, have an element of the outrageous to them. I will not dwell on this point, as the critique of National Socialism from the Right [51] has been done by far greater minds than my own. I will simply say that upholding Hitler’s Germany as the purest expression of the primordial religion since the dawn of the age is hyperbolic, and ignores the many ways in which the regime compromised with modernity. This is not to deny it a certain grandeur, or indeed to deny that life under this regime would almost certainly be preferable to our current situation. Whether it deserves religious veneration is another matter.

JF_cover.jpgOn the subject of religion, Savitri Devi’s loathing of most traditional religions, particularly Christianity, appears to have been partly instinctive and partly informed by Nietzsche and later Nazi pronouncements on the subject. However, though she counted herself among the proponents of the Integral Tradition along with Evola and Guénon, her disdain for these world religions — the very vessels of the primordial religion — separates her from that milieu. Her countless criticisms of Christianity, in particular, are a somewhat tedious and clichéd amalgam of Nietzscheanism, biological racism, and neo-pagan hubris: Christianity “alienates its faithful from nature,” “teaches them the contempt of the body,” and betrays the “stench of the miserable and servile common man.” [35] [52] Moreover, she agreed with Hitler in regarding Christianity as “nothing but a foreign religion imposed on the Germanic peoples and fundamentally opposed to their genius.” Savitri Devi therefore longs for a return to pre-Christian Indo-Aryan paganism.

I’ve sought to address these misconceptions of Western Christianity elsewhere [53], arguing that it is neither foreign to the European soul nor simply a precursor of modern democratic liberalism. I have also argued [12], with Guénon and even Evola, that Western Christianity was a legitimate vehicle of the Traditional idea. Specifically addressing its supposed anti-natural bent, Savitri Devi (and many modern environmentalists [54]) accuse Christianity of human-centeredness and domineering attitudes towards the natural world. However, Christianity is theocentric, not anthropocentric. Its true focus is not on maximizing human numbers or comfort, but in living in accordance with the will of God. Indeed, as men have rejected the divine and natural order and cannot even master themselves, they hardly deserve to be masters of the world. A consequence of their fall from the primordial state is their profound lack of mastery, their physical and intellectual weakness, their susceptibility to natural disaster, sickness, death, and time. Ecological degradation is not an outcome of belief in Christ, but rather a consequence of the timeless and universal attitude of dull pragmatism, the plebeian outlook of the man whose chief concern is wealth and comfort at the expense of the sacred. It is not a feature of any genuine religion.

Ironically, by jettisoning most traditional religions in the name of returning to a primordial “religion of life and light,” Savitri Devi removes some of these traditional restraints on human behavior. Though the metaphysics are vaguely Neoplatonic due to her apparent opposition to transcendent divinity, her religion devolves into a kind of purely immanentistic pantheism, in which gods are simply the spirits of one’s ancestors and one’s folk-soul, and God and nature are synonymous. This mystical Darwinism and reverence for the strong, however, need not lend itself to a reverence for the noble Aryan and lion. It could just as easily involve the worship of the migrant waves in Europe, or the cancerous growth of the modern city, or indeed swarms of locusts, as they are also a part of “nature” and have proven their strength over the old ways and old masters of that land. There is not an objective standard from which to judge human behavior, since (as we know from history) people can judge purely “natural law” to mean all kinds of different things. In short, while Savitri Devi expresses many essentially correct metaphysical ideas, she errs in rejecting the transcendent traditional faiths in favor of what is basically 19th-century racialist pantheism.

page_1sdky.jpgFinally, there is a shocking inhumanity in Savitri Devi’s thought. In some ways, this can be quite refreshing to a modern reader indoctrinated in maudlin liberal humanitarian platitudes. She questions the value of modern medicine, which keeps countless people alive who are too sick and weak to contribute to their race or live purposeful lives. She straightforwardly endorses eugenics programs to maximize the wellbeing and numbers of healthy Aryans, and reduce those of more prolific but less noble bloodlines. The human and material costs of warfare in defense and expansion of Hitler’s Germany are fully justified due to its role as the vehicle of Aryan regeneration. Traitors should be executed without mercy. Though Savitri Devi sometimes questions the Holocaust numbers and narratives, more often than not she simply defends the execution of countless political enemies — among which she includes Jews — as not only necessary but laudable.

Savitri Devi prided herself on her ruthless consistency, her “appalling logic,” and there is no reason to doubt her sincerity. [36] [55] Admittedly, it does seem strange for a woman who spoke so warmly of nonhuman animals — who urged readers to “give an armful of grass to the horse or the weary donkey, a bucket of water to the buffalo dying of thirst. . . a friendly caress to the beast of burden” — to so utterly set such compassion aside when dealing with human beings. [37] [56] And it is not merely towards the enemy that her ruthlessness is directed. She seems to have believed that the sick and weak of her own people must be sacrificed in order to secure the dream of deified Aryandom.

This may be the price one has to pay. But it also entails an abrogation of the traditionally noble ideals, of European chivalry, which demands protection of the weak and defenseless, widows and orphans, children and the innocent. It ignores that members of a community have a responsibility to care for their own people, even the sick, old, fallen, and imperfect. Perhaps not to the insane lengths people go to today, but the obligation still remains. These are the spiritual values, the kindness and compassion of the Aryan race which Savitri Devi prizes so highly, without which its bloodline will cease to be associated with genuine nobility.

In her fury at the destruction and humiliation of Hitler’s Germany, in the fanaticism with which she took up its banner, in the sheer horror of the postwar years, Savitri Devi appears to have lost that element of humanity. She seems to have taken some pride in this fact. Nevertheless, she would also write that “the real superman, if any, is the man in whom boundless kindness to all creatures goes side by side with the utmost intelligence and power.” [38] [57] Perhaps if she had remained Maximiani Portas — the young European girl who loved ancient Greece, who loved the beasts of the forests and fields, who longed to see a rebirth of ancient Indo-Aryan civilization in all of its ancient glory — she might not have forgotten this sentiment.

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Notes

[1] [60] Savitri Devi, Memories and Reflections of an Aryan Woman. New Delhi: Savitri Devi Mukherji, 1976, ch. 8 [61].

[2] [62] Reflections, ch. 10 [63].

[3] [64] Savitri Devi, Gold in the Furnace: Experiences in Post-War Germany [65], ed. R. G. Fowler. Atlanta: Savitri Devi Archive, 2006, ch. 1.

[4] [66] Ibid.

[5] [67] Ibid.

[6] [68] Ibid.

[7] [69] Savitri Devi, The Lightning and the Sun [40]. Buffalo, New York: Samisdat Publishers, Ltd., 1979, p. 265.

[8] [70] Savitri Devi, Impeachment of Man [71]. Costa Mesa, California: The Noontide Press, 1991, p. 82.

[9] [72] Reflections, ch. 1 [73].

[10] [74] Ibid.

[11] [75] Impeachment, p. 113.

[12] [76] Reflections, ch. 12 [77], passim.

[13] [78] Impeachment, p. 147.

[14] [79] Lightning, p. 395.

[15] [80] Impeachment, p. 134.

[16] [81] Lightning, p. 5

[17] [82] Gold, ch. 1.

[18] [83] Reflections, ch. 1.

[19] [84] Reflections, ch. 9 [85].

[20] [86] Reflections, ch. 1.

[21] [87] Gold, ch. 1.

[22] [88] Impeachment, 150.

[23] [89] Ibid., 105.

[24] [90] Ibid., 145.

[25] [91] Ibid., 150.

[26] [92] Gold, ch. 9.

[27] [93] Gold, ch. 12.

[28] [94] Reflections, ch. 11 [95].

[29] [96] Lightning, 248.

[30] [97] Reflections, ch. 1.

[31] [98] Lightning, 374.

[32] [99] Gold, ch. 14.

[33] [100] Lightning, p. 4.

[34] [101] Reflections, ch. 11.

[35] [102] Reflections, ch. 8.

[36] [103] Savitri Devi, Defiance: The Prison Memoirs of Savitri Devi [104], ed. R. G. Fowler. Atlanta: The Savitri Devi Archive, 2008, 77.

[37] [105] Reflections, ch. 1.

[38] [106] Impeachment, 104.

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[1] Hitler’s Priestess: https://nyupress.org/9780814731116/hitlers-priestess/

[2] Miguel Serrano’s: https://religion.wikia.org/wiki/Miguel_Serrano

[3] [1]: #_ftnref1

[4] [2: #_ftnref2

[5] ]: http://k

[6] [3]: #_ftnref3

[7] Akhnaton: https://www.savitridevi.org/son-contents.html

[8] [4]: #_ftnref4

[9] [5]: #_ftnref5

[10] [6]: #_ftnref6

[11] life-denying Gnostics: https://plotinusarchive.wordpress.com/2-9-against-the-gnostics/

[12] a previous article: https://counter-currents.com/2020/09/integral-ecology/

[13] here.: https://counter-currents.com/2019/11/gold-in-the-furnaceexperiences-in-post-war-germany/

[14] deep ecology: https://openairphilosophy.org/wp-content/uploads/2019/02/OAP_Naess_Deep_Ecology_Movement.pdf

[15] [7]: #_ftnref7

[16] [8]: #_ftnref8

[17] [9]: #_ftnref9

[18] [10]: #_ftnref10

[19] [11]: #_ftnref11

[20] [12]: #_ftnref12

[21] [13]: #_ftnref13

[22] [14]: #_ftnref14

[23] [15]: #_ftnref15

[24] here.: https://counter-currents.com/2019/11/defiance-the-prison-memoirs-of-savitri-devi/

[25] [16]: #_ftnref16

[26] [17]: #_ftnref17

[27] [18]: #_ftnref18

[28] [19]: #_ftnref19

[29] [20]: #_ftnref20

[30] [21]: #_ftnref21

[31] [22]: #_ftnref22

[32] [23]: #_ftnref23

[33] reactionary modernism: https://www.cambridge.org/us/academic/subjects/history/twentieth-century-european-history/reactionary-modernism-technology-culture-and-politics-weimar-and-third-reich?format=PB&isbn=9780521338332

[34] archeofuturism: https://arktos.com/product/archeofuturism/

[35] [24]: #_ftnref24

[36] [25]: #_ftnref25

[37] [26]: #_ftnref26

[38] [27]: #_ftnref27

[39] here: https://counter-currents.com/the-lightning-and-the-sun-order/

[40] The Lightning and the Sun: http://www.savitridevi.org/PDF/lightning.pdf

[41] [28]: #_ftnref28

[42] [29]: #_ftnref29

[43] occult war: https://www.gornahoor.net/?p=3675

[44] [30]: #_ftnref30

[45] [31]: #_ftnref31

[46] League of Shadows: https://counter-currents.com/2012/07/christopher-nolans-batman-movies-weaponizing-traditionalism-transvaluing-values/

[47] [32]: #_ftnref32

[48] [33]: #_ftnref33

[49] [34]: #_ftnref34

[50] here.: https://counter-currents.com/and-time-rolls-on-order/

[51] from the Right: https://pdfs.semanticscholar.org/a697/746226cff370819e943d6708faa2b66beb2d.pdf

[52] [35]: #_ftnref35

[53] elsewhere: https://counter-currents.com/2020/09/michaelmas/

[54] environmentalists: http://www.cmu.ca/faculty/gmatties/lynnwhiterootsofcrisis.pdf

[55] [36]: #_ftnref36

[56] [37]: #_ftnref37

[57] [38]: #_ftnref38

[58] our Entropy page: https://entropystream.live/countercurrents

[59] sign up: https://counter-currents.com/2020/05/sign-up-for-our-new-newsletter/

[60] [1]: #_ftn1

[61] ch. 8: https://www.savitridevi.org/M&R_chapter_8.html

[62] [2]: #_ftn2

[63] ch. 10: https://www.savitridevi.org/M&R_chapter_10.html

[64] [3]: #_ftn3

[65] Gold in the Furnace: Experiences in Post-War Germany: https://pvsheridan.com/Gold-in-the-Furnace.pdf

[66] [4]: #_ftn4

[67] [5]: #_ftn5

[68] [6]: #_ftn6

[69] [7]: #_ftn7

[70] [8]: #_ftn8

[71] Impeachment of Man: http://www.savitridevi.org/PDF/impeachment.pdf

[72] [9]: #_ftn9

[73] ch. 1: https://www.savitridevi.org/M&R_chapter_1.html

[74] [10]: #_ftn10

[75] [11]: #_ftn11

[76] [12]: #_ftn12

[77] ch. 12: https://www.savitridevi.org/M&R_chapter_12.html

[78] [13]: #_ftn13

[79] [14]: #_ftn14

[80] [15]: #_ftn15

[81] [16]: #_ftn16

[82] [17]: #_ftn17

[83] [18]: #_ftn18

[84] [19]: #_ftn19

[85] ch. 9: https://www.savitridevi.org/M&R_chapter_9.html

[86] [20]: #_ftn20

[87] [21]: #_ftn21

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[93] [27]: #_ftn27

[94] [28]: #_ftn28

[95] ch. 11: https://www.savitridevi.org/M&R_chapter_11.html

[96] [29]: #_ftn29

[97] [30]: #_ftn30

[98] [31]: #_ftn31

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[100] [33]: #_ftn33

[101] [34]: #_ftn34

[102] [35]: #_ftn35

[103] [36]: #_ftn36

[104] Defiance: The Prison Memoirs of Savitri Devi: https://www.savitridevi.org/PDF/defiance.pdf

[105] [37]: #_ftn37

[106] [38]: #_ftn38

 

mercredi, 07 octobre 2020

Michaelmas: Of Harvest Festivals & Holy Warriors

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Michaelmas:
Of Harvest Festivals & Holy Warriors

Come out, ’tis now September, the hunters’ moon’s begun,
And through the wheaten stubble we hear the frequent gun;
The leaves are turning yellow, and fading into red,
While the ripe and bearded barley is hanging down its head.

— “All Among the Barley,” British folk song

September the 29th is the Feast of St. Michael the Archangel, traditionally known as Michaelmas. Though not as widely observed nowadays, in medieval and early modern Europe this feast — falling as it does around the autumn equinox — was important both as a holy day and as a harvest festival, the last day of summer and the growing season. Like other “quarter days” and seasonal observances, its traditional customs are a synthesis of Christian devotion and European folk traditions.

The word “harvest” comes from the Old English word hærfest [1], meaning “autumn.” In England, the harvest season traditionally began with Lammas (old English for “loaf-mass”) on August 1, which marked the end of the hay season. Lammas was a religious as well as an agricultural festival, the day when the first loaf of bread made from the flour of the new harvest would be brought to church to be blessed. The Gaelic festival of Lughnasadh commemorates the sacrifice of Taltiu, the mother of the sun-god Lugh, who died of exhaustion after clearing the fields of Ireland for planting. The Harvest Home [2] festival in old England, also known as “Ingathering,” occurred around the date of the autumn equinox. Neopagans and Wiccans celebrate the equinox under various names, “Mabon” being the most common (though the name itself is a neologism). And the American Thanksgiving [3], of course, is our version of a harvest festival, though coming significantly later in the year.

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In old England, Michaelmas marked the end of the harvest. It was the largest festival of the season, associated with country fairs and bonfires. It was a time for the settling of accounts and hiring new labor for the coming season, retaining strong association with hiring fairs even into the 20th century. It was customary at this time of year to feast on the “Michaelmas goose,” called the “green goose” or “stubble goose” because it fed on spring grass and was therefore leaner than its Christmas counterpart. In Scotland, celebrants made St. Michael’s Bannock from the cereals grown on the family land and cooked it on a lambskin, representing the fruits of the fields and the flocks. Blackberry desserts, such as pies and Michaelmas dumplings, were also traditionally prepared on this day. British folklore [4] relates that when St. Michael expelled Satan from heaven, the devil fell into a thorny blackberry bush and cursed its fruit. It is therefore considered unlucky to eat blackberries after Michaelmas, which commemorates the date of that precipitous fall.

The primary focus of this day in the Christian calendar, of course, is the commemoration of St. Michael, the warrior archangel who defeated the rebellious angels and cast Satan into the pit. He is venerated as the patron saint of soldiers, policemen, paramedics, and those in peril on the sea, and represents a figure in Christian history that is largely forgotten today: the holy warrior.

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Michaelmas therefore seems an opportune time to revisit the themes in Christian history and doctrine that pertain to the warrior caste of old Europe. I am well aware that many on the New Right have a negative perception of Christianity, and given the state of the contemporary Church this is unsurprising. Nor do I believe that Christianity is the panacea for the West, a return to which will put all to rights and “save us.” [5] However, while I do not hope to win any converts, I hope that this essay will at least serve as a corrective to some of the current misunderstandings of the Christian religion, the faith which has been at the heart of the European soul for over fifteen hundred years. In the conclusion, I will discuss the place St. Michael as an archetypal holy warrior, and his particular relation to the harvest time.

Christianity Critiqued from the Right

The Rightist criticisms of Christianity will be well known to readers. It is reputed to be a life-denying creed, promoting an ascetic “slave morality” that subverted traditional European societies, precipitated the downfall of Rome, and led inexorably to the universalist, humanitarian insanity of the contemporary Left. It is rooted in Judaism and Oriental mysticism and thus fundamentally alien to the European spirit. Its emphasis on the uniqueness and importance of the individual soul promotes destructive tolerance, pathological altruism, pacifism, and egalitarianism and therefore discourages adherents from fighting for their own interests and those of their people. And so on. Christianity, seen in this light, is the poison in the veins of the modern West. Its teachings may be appropriate for ascetic, world-weary priests and resentful lumpenproles, but it is totally alien to the heroic worldview of the warrior caste and the mighty men who built Western civilization.

This critique of the religion, most powerfully articulated by Nietzsche, is a compelling rebuke of the humanitarian pseudo-Christianity that developed in the nineteenth century, and which currently prevails in almost every major denomination in the West. However, it fails to account for the traditional form that Christianity took in the West for over a thousand years.

I would like to address some of the above criticisms, in an admittedly abbreviated fashion, in order to lay the groundwork for a specific discussion of the warrior caste. It is important to emphasize that the common feature of these critiques is that they regard Christianity as monolithic, and therefore alien to Europe, despite its long presence in the West and undeniable importance to Western development. This is born of a rationalist, Enlightenment tendency, buttressed by Protestant literalism and exclusive emphasis on the Bible (sola scriptura), to ignore the important fact that Christianity in the West developed into a distinct religion in its own right, and should therefore be distinguished from the version that arose in Palestine, or for that matter the versions that developed in Eastern Europe, Latin America, Africa, etc. Thus, this article particularly addresses Western Christianity, the faith of Christendom, historically identified with Catholicism but not necessarily exclusive to it. And Protestant criticisms aside, one does not have to agree with every decision or action by the papal Curia, or deny the existence of bad priests and decidedly unimpressive practitioners, in order to acknowledge the validity of the ancient doctrine and ritual. As it stands, however deeply flawed it may be, the Church is the last bastion of unbroken tradition and spiritual values in the Western world. It should become clear that there was once a fully functional and organic society that fully embraced the Christian religion, which permeated not just the lower and priestly classes but the warrior caste as well.

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The slavish ideas of the contemporary Left — radical egalitarianism, distributive justice, hedonism, democracy — play no part in historical Christian doctrine. To argue that traditional Christianity preaches this insanity is plainly wrong. To argue that it has become infected by such ideas is merely to admit that the Christian community is susceptible to subversion. But what faith community is not? Hinduism today is a shadow of its former self, with the traditional caste system all but abolished. It was itself subverted by Buddhism, which — however noble [7] its origins — is now regarded by Western adherents as nothing more than a mélange of meditation, self-fulfillment, and social justice activism. Neopaganism is infested by Leftists continually wringing their hands over potential racists in their midst, and the virile warriors of ancestral Europe would be disgusted by the limp-wristed Wiccans of today. While much of Christian practice throughout the West has indeed been corrupted into sentimental humanitarianism, this is due to a rejection of fundamental points of doctrine, not an inevitable consequence of them. The prevalent Left-wing perversion of Christianity essentially places its highest value upon mankind and strives to achieve an egalitarian utopia on earth: to “immanentize the eschaton [8],” as Eric Voegelin put it. The same applies to communism, socialism, and other Leftist ideologies that critics such as Nietzsche trace to Christianity.

Rightists who criticize Christianity’s “slave morality” believe (again with Nietzsche) that this is attributable to its Jewish roots. They argue that these ignominious origins render Christianity unsuitable for Europeans, and sometimes regard the whole religion merely as a Trojan Horse of Jewish subversion, an ancient prototype of the Frankfurt School. This is despite the fact that Christ himself criticized orthodox Jewry of his day for their dry legalism and rank hypocrisy; despite the fact that he was murdered by these same hierarchs; despite the fact that many of the earliest expositors of Christianity aimed their message at Gentiles, and taught that adherence to the Old Law was unnecessary and in some cases harmful; and despite the fact that until the 20th century and the promotion of “Judeo-Christianity” and evangelical fawning over Israel, Jews have been regarded as outsiders and viewed with suspicion throughout the West.

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Certainly, Christ emerged from a Jewish milieu (though his teaching was in opposition to the orthodoxy). And it is true that the Church has incorporated the Old Testament into its holy canon, and believes it to contain prophecies and prefigurations of Christ. However, Judaism is not the only religion to prophesize a future figure of divine justice and restoration, nor are such prophecies absent from Indo-Aryan religions: medieval Christians believed that the coming of Christ was also foretold by the Sibyl of Cumae and in Virgil’s Fourth Eclogue [9], and one can also point to the Hindu Kalki [10], the Buddhist Maitreya [11], and the Zoroastrian Saoshyant [12] as other manifestations of this universal idea. Much of the anthropological and metaphysical framework of the Hebrew Bible, the omniscient God locked in battle with a principle of evil, the fall of man due to manipulation by that power — is present in the Indo-Aryan Zoroastrian religion. In addition, Christian doctrine incorporated the truths of Greek and Roman philosophy (particularly Neoplatonism and Stoicism), and in practice and form Christianity has often taken on a regional character, owing much to European folk religion. Thus, Christianity can be seen as a synthesis of what is best in religion, adapted to the soul of Western man, and not merely as a heretical outgrowth of Judaism — whose influence is obviously significant, but should not be overemphasized. As it developed in the West, I would be so bold as to assert that Christianity is far more Greek and Frankish than Jewish in character.

Traditional Christianity did not deny differences among humans, individually or culturally. The equality of souls before God is the only respect in which people are the same. Otherwise, humans are clearly different in terms of gifts, virtues, and bloodlines. All men might be endowed with a soul, but what they choose to do with that divine spark determines their place in the chain of being. Those whose lives and actions are most aligned with the will of God are considered saints. This category does not just consist of monks, priests, and hermits, but also kings and warriors: Joan of Arc, Martin of Tours, Louis the Pious [13]. While no one has a right to the unbridled exploitation of another (which I hope most people will agree on), hierarchy exists for a reason and historical Western Christianity is quite comfortable with this notion. In addition to affirming the existence of earthly hierarchies, Western Christian tradition affirms and acknowledges the existence of valid ethnic, cultural, and racial distinctions [14]. These are not simply regarded as obstacles to be overcome, prejudices of a primitive and pagan age, but considered a divine gift in their own right. And as rulers have an obligation to protect their own people, traditional Christianity does not counsel or condone the sacrifice of one’s own subjects or citizens to a nebulous “humanity.”

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Finally, the notion that Christianity rejects all virility and places supreme emphasis on human comfort and welfare is patently false. Unlike modern Catholic Social Teaching, which is unfortunately infected by Liberation Theology, traditional Western Christianity prioritizes many things above the mere preservation of human life: the salvation of souls, the maintenance of social order, the administration of justice, the defense of the community against its enemies. In contrast to most contemporary Christian organizations, which have indeed succumbed to the Enemy and preach universalism, egalitarianism, and a degree of tolerance bordering on nihilism, traditional Christianity was characterized by a far more demanding and warlike mentality. The remainder of this essay will examine the historical manifestations of this warrior faith, beginning with Christ himself.

Christus Victor and the Church Militant

Critics of Christianity, as well as many of its contemporary adherents, depict Christ exclusively as a teacher of love, nonviolence, and resignation, who counseled his disciples to abjure the sinful world and patiently await the life to come. This characterization misses many significant aspects of Christ’s teaching expressed in the Gospels. Those who emphasize his nonviolence ignore his exhortation that he came not “to bring peace, but a sword [15];” his instruction to his disciples that “he who has no sword, let him sell his garment and buy one [16];” his praise for the faith of the centurion [17], and his violent expulsion of the moneychangers [18] from the Temple. Those who emphasize Christ’s love and doctrine of nonjudgment ignore his constant condemnations of the hypocritical Pharisees [19] as well as comments about separating the wheat from the chaff [20], the sheep from the goats [21]. Far from resignation, he counseled stoicism and endurance of hardship [22] to his apostles in furtherance of their mission: the total defeat of the Enemy.

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Indeed, the traditional understanding of Christ’s death was not simply an act of meek resignation, but a conscious and powerful rebuke to the forces of darkness. This known as the Christus Victor [23] view of atonement, which is arguably the oldest understanding of Christ’s death. While most Christians nowadays believe that Jesus died in order to slake God’s wrath against a sinful mankind (“for your sins”), the prevalent Christus Victor understanding is that Christ’s death and Resurrection liberated man from the powers of death, evil, Satan, and legalistic religion. Since mankind was severed from its connection with the divine (“the Fall”) in the material realm, God’s incarnation and death had to occur in this realm as well, in order to decisively defeat the powers that bind mankind and restore their potential for transcendence. The Resurrection thus represents the light’s triumph over darkness, the sanctification of the material world, and the restoration and elevation of the human soul and person. This is the idea of the triumphant Christ, Christ the King, which animated the early Christians and the faithful of old Europe. This is not a god of guilt and suffering and weakness, but of strength and self-overcoming. Christians are not simply to rely on Christ for salvation, but to follow their King’s example and transcend the merely human within themselves, to ascend to their natural role as viceroys and contemplators of Creation.

Thus, in contrast to the feminized understanding of Christ prevalent today, Western Christianity is a warlike creed, exhorting its followers to ceaseless combat [24] against “against principalities, against powers, against the rulers of the darkness of this world, against spiritual wickedness in high places.” C.S. Lewis encouraged Christians to regard the world as “occupied territory [25]” and themselves as secret agents: “Christianity is the story of how the rightful king has landed, you might say landed in disguise, and is calling us to take part in a great campaign of sabotage.” Hence the term “church militant.”

There is, I believe, no better modern depiction of this warlike, vigorous conception of Christ than the beautiful poem of Ezra Pound, “Ballad of the Goodly Fere [26]” (“fere” meaning “mate” or “companion”), which is worth reading in its entirety:

Ha’ we lost the goodliest fere o’ all
For the priests and the gallows tree?
Aye lover he was of brawny men,
O’ ships and the open sea. [. . .]

Oh we drank his “Hale” in the good red wine
When we last made company,
No capon priest was the Goodly Fere
But a man o’ men was he. [. . .]

I ha’ seen him drive a hundred men
Wi’ a bundle o’ cords swung free,
That they took the high and holy house
For their pawn and treasury. [. . .]

He cried no cry when they drave the nails
And the blood gushed hot and free,
The hounds of the crimson sky gave tongue
But never a cry cried he. [. . .]

A master of men was the Goodly Fere,
A mate of the wind and sea,
If they think they ha’ slain our Goodly Fere
They are fools eternally.

This ballad, of course, is derived from Northern European poetic forms, and excellently captures how Christianity was understood and adopted by ancient Europeans. This is the subject of the next section.

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Germanized Christianity and the Emergency of Chivalry 

Christianity spread throughout the Empire and became the state religion of Rome during the reign of Constantine, who issued the Edict of Milan [27] in 313 AD. The Nietzschean interpretation is that Christianity caused the fall of Rome by embracing ascetic and life-denying values, but it seems more plausible that its widespread adoption was a response to the collapse of Roman society and religion that had already begun. Attempts by Julian the Apostate to restore the ancestral tradition were unsuccessful because it had lost its vitality and was no longer widely accepted. Christianity remained the unifying force in the Mediterranean world even after the collapse of Rome, and was soon adopted by the invading Germanic tribes, some willingly and some by force. This naturally changed the form of Christianity in significant ways and gave birth to the Western Christianity of the Catholic Middle Ages.

It would be incorrect to say that this “Germanized Christianity” completely changed the character of the original creed, transforming a life-denying and pacifistic faith into a tool for social cohesion. As explained above, original Christianity is rife with martial imagery and exhortations, and never condemned war or government (“turn the other cheek” [28] is understood by almost all traditional expositors as a prohibition against destructive individual vengeance, rather than nonresistance to evil). Indeed, one of Christianity’s vehicles of transmission was the Roman soldiery [29], whose faith evidently did not prevent them from carrying out their duties. Constantine’s conversion reputedly occurred on the battlefield.

Nevertheless, the focus and external forms of Christianity did change radically once it was adopted by the Europeans. These changes are convincingly detailed in James Russell’s The Germanization of Early Medieval Christianity [30]. He argues that Eastern Christianity developed in a largely alienated and anomic urban milieu, and was influenced by the otherworldly ethos of the mystery religions prevalent in that area. In Northern Europe, it encountered a civilization that was heroic, magico-religious, patriarchal, pastoral-agricultural, and warlike. Missionaries to the Anglo-Saxons and Franks emphasized the role of Christ as a warrior God, akin to Wotan, allowing for the sanctification of warfare in the name of God. The cult of saints, relics, and holy places, as well as the proliferation of holy days and festivals, served to redirect the same devotion and festivals of the pre-Christian religions.

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Anglo-Saxon poetry provides a particularly stirring example of this warlike, syncretic Western Christianity, in such poems as The Dream of the Rood [31] and Beowulf [32]. The following quotation is from the Heliand [33], a ninth-century paraphrase of the gospels written in the style of an Anglo-Saxon epic. Here is Christ speaking to his apostles:

He promised them Heaven’s Kingdom and spoke to the heroes:
“I might also tell you, O My companions,
With true words, that you shall henceforth be
The light of this world, fair among warriors,
Over many folk, beautiful and sweet,
For the children of people. Your great works may not
Become hidden because of the heart with which you make them known.” (1389-94)

The highest social expression of Western Christianity is the code of chivalry, which tempered the ferocity of the Viking-Germanic warrior class and directed knightly endeavors to the service of the King, the Church, and the people, particularly the innocent and defenseless. The chivalric ideal is a synthesis of the warrior code of the classical and Northern world with the Christian ethic. Hence the “Nine Worthies [34],” the paragons of chivalry in the Middle Ages, features three representatives from the classical world, three from the Old Testament, and three from the medieval age (Charlemagne, King Arthur, and Godfrey de Boullion). This ideal of noblesse oblige, loyalty to Church and King, and martial valor in service of God formed the ideal foundation for the feudal system.

Since the Renaissance, it has been commonplace to criticize the medieval era as a period of darkness and fanaticism. And even those critics of Christianity who admire the Catholic Middle Ages, such as Evola, believe that it was great in spite of Christianity, rather than because of it. But even Evola acknowledged that Christianity had a “galvanizing effect” on the peoples of Western Europe:

In spite of everything, Christianity revived the generic sense of a supernatural transcendence. The Roman symbol offered the idea of a universal regnum, of an aeternitas carried by an imperial power. All this integrated the Nordic substance and provided superior reference points to its warrior ethos, so much as to gradually usher in one of those cycles of restoration that I have labeled Christianity is a part of the European soul, but refigured from its Asiatic and life-denying origins; Germanized, transformed into the motivating creed behind chivalry, Rhineland mysticism, Gothic statuary, French stained glass, King Arthur, etc. (Mystery of the Grail [35], p. 120)

However, again, it is necessary to emphasize that every element of the Christian religion that made the Middle Ages great was present from the foundation, and was simply amplified and developed by its contact with Germanic Europe. The life-denying resignation attributed to Christianity by Nietzschean critics did indeed arise in Europe in the form of Catharism, but this sect was denounced as heretical and ultimately destroyed [36] (quite unjustly). Feudalism, chivalry, mysticism, Gothic architecture, and holy warfare are all expressions of the Germanic spirit under the influence of Christianity, and to those who are not blinded by the secularism and humanism of the Enlightenment, these represent some of the highest achievements of Western civilization. This is nowhere more apparent than in the military monastic orders of the Crusades.

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The Holy War: Templars and Teutonic Knights

The culmination of Western chivalry is to be found in the campaigns of the Crusades. Aside from true atrocities such as the siege of Zara [37] and the sack of Constantinople [38], the Crusades represent one of the few genuine moments of pan-European unity and military effort in the name of a shared European ideal. It gave Europe many of its tales of chivalry, heroism, and martial valor. This is particularly true of the monastic military orders such as the Knights Templar. These holy warriors, drawn from several European peoples, wedded the ferocity of the Frankish and Teutonic warriors with the chivalry and devotion of the Christian ethic, and therefore represented the pinnacle of Western knighthood. As Bernard of Clairvaux, the mystic and founder of the Benedictine Order who supplied the Rule for the new order, wrote in De Laude Novae Militiae [39] (In Praise of the New Knighthood):

This is, I say, a new kind of knighthood and one unknown to the ages gone by. It ceaselessly wages a twofold war both against flesh and blood and against a spiritual army of evil in the heavens. When someone strongly resists a foe in the flesh, relying solely on the strength of the flesh, I would hardly remark it, since this is common enough. And when war is waged by spiritual strength against vices or demons, this, too, is nothing remarkable, praiseworthy as it is, for the world is full of monks. But when the one sees a man powerfully girding himself with both swords and nobly marking his belt, who would not consider it worthy of all wonder, the more so since it has been hitherto unknown? He is truly a fearless knight and secure on every side, for his soul is protected by the armor of faith just as his body is protected by armor of steel. He is thus doubly armed and need fear neither demons nor men.

The Templars were the ultimate warrior monks. Their lives were highly regimented, with the inner cadre of knights committing to celibacy, an austere diet with frequent fast days, and rigorous physical training and prayer. They fought with extreme conviction to liberate the Holy Land and defend the pilgrims and Crusader states established there. The knights who formed the core of the order were drawn from the nobility, but individuals of other ranks and marital status could join in auxiliary roles. Its strength and wealth became so great as to pose a threat to the King of France, leading to its annihilation on fabricated charges of heresy. The Teutonic Order [40] was also renowned for its combination of religious devotion and martial valor, and would form a central component of Prussian and German identity into the twentieth century.

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Evola, though critical of Christianity, held these orders in high regard. He seems to have regarded them as the last true bastions of tradition and initiation in the West, with their emphasis on the ascesis of action, military discipline, and self-transcendence through both the greater and the lesser (internal and external) Holy War. Based upon statements made during their trials, it appears that the Templars initiated their highest class of knights into an esoteric form of Christianity:

During the Middle Ages, the realization of the human personality was believed to consist either in the path of action or in the path of contemplation; the two paths usually referred to the Empire and to the Church, respectively. As is well known, this was Dante’s view. In its deeper aspect, Ghibellinism more or less claimed that through the view of earthly life as discipline, militia, and service, the individual can be led beyond himself and reach the supernatural culmination of human personality through action and under the aegis of the Empire. This was related to the character of a nonnaturalistic but “providential” institution acknowledged in the Empire; knighthood and the great knightly Orders stood in relation to the Empire in the same way in which the clergy and the ascetic Orders stood in relation to the Church. These Orders were based on an idea that was less political than ethical-spiritual, and partially even ascetic, according to an asceticism that was not cloistered and contemplative, but rather of a warrior type. In this last regard, the most typical example was constituted by the Order of Knights Templar, and in part by the Order of the Teutonic Knights. (Men Among the Ruins [41], p. 207)

These military monastic orders are similar in nature to King Arthur’s legendary court, particularly in the quest for the Holy Grail. The Grail legend is one of the most significant myths in the Western psyche, an amalgam of Celtic, Germanic, and Catholic themes, representing a striving for wholeness in the psychological, political, and spiritual realm. Sir Galahad, one of only three knights to achieve the Holy Grail and the most renowned for his purity and gallantry, was likely inspired by Bernard de Clairveaux’s conception of the holy warrior. He was, significantly, equipped with a white shield emblazoned with a vermillion cross — the very emblem of the Knights Templar.

Muscular Christianity

The last manifestation of this warlike spirituality is the nearest to us in time: the “muscular Christianity [42]” of the Victorian era and early twentieth century. Developed in response to the perceived effeminacy of the mainstream churches, muscular Christianity emphasized physical strength and moral courage as necessary to doing God’s will on earth. As Thomas Hughes [43] wrote in 1861, its adherents promoted “the old and chivalrous Christian belief, that a man’s body is given him to be trained and brought into subjection, and then used for the protection of the weak, the advancement of all righteous causes, and the subduing of the earth which God has given to the children of men.”

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In this rebirth of the Christian warrior ideal, which was largely developed in Anglo-American Protestant churches but also had its Roman Catholic manifestations (for instance, the Knights of Columbus [44]), emphasis was placed upon physical strength. Churches organized boxing clubs and scouting organizations to teach young men the rigors of combat and woodcraft. Rather than the plaintive, melancholy, or sentimental hymns sung in churches, these muscular Christians would sing [45], in the worlds of Charles Richards (1915), “songs of character, of service, of brotherhood, of Christian patriotism, of aggressive missionary spirit, of the practical Christian life.” It promoted active involvement in the din and strife of the real world, and was a driving force behind the Social Gospel Movement. Muscular Christianity essentially sought to operationalize the Lord’s Prayer, affirming “Thy will be done on Earth as it is in heaven.”

The essence of muscular Christianity was summarized by Theodore Roosevelt [46]:

If we read the Bible aright, we read a book which teaches us to go forth and do the work of the Lord; to do the work of the Lord in the world as we find it; to try to make things better in this world, even if only a little better, because we have lived in it. That kind of work can be done only by the man who is neither a weakling nor a coward; by the man who in the fullest sense of the word is a true Christian. . . We plead for a closer and wider and deeper study of the Bible, so that our people may be in fact as well as in theory “doers of the word and not hearers only.”

This muscular, activist model of Christianity that emerged in the Victorian era was far from perfect. In its engagement with politics, it could lend itself to abolitionism (think “Battle Hymn of the Republic”) just as well as to the chivalric ethos of the Second Ku Klux Klan. Its strong association with Progressive Era reforms likely hastened the decline of the mainstream churches into spiritually lukewarm appendages of the Left. The whole movement was indelibly tainted by the fact that it arose in a democratic and Protestant society and therefore lacked the elements of hierarchy and willing obedience that must characterize any true religious-military order. However, it was nevertheless a major motivating ethos behind the last generation of WASP elites who sought to maintain America as a traditional, hierarchical nation of European settlers. It also stands as the last movement to fully embrace the virile, warlike dimensions of Christianity in the contemporary West.

St. Michael: Archetype of the Holy Warrior

And there was war in heaven: Michael and his angels fought against the dragon; and the dragon fought and his angels, and prevailed not; neither was their place found any more in heaven. And the great dragon was cast out, that old serpent, called the Devil, and Satan, which deceiveth the whole world: he was cast out into the earth, and his angels were cast out with him.

— Revelation 12:7-9

This brings us back to the figure of St. Michael. In Christian tradition, he is an archangel — prince and “Archistrategos” of the heavenly armies, first defender of the Kingship of Christ, the invincible warrior who conquered the Dragon and all his minions and cast them into Hell. St. Michael is the archetypal holy warrior, perfectly aligned with his Lord’s will, fighting with detachment and iron determination against the Enemy, upholding Order against Chaos. He is also an archetypal dragonslayer in the Indo-Aryan tradition, akin to Thor, Saint George, and Beowulf. As one writer insightfully notes [47],

As a healer, warrior and peace-maker, St. Michael is the Archangel honored as the guardian and guide of the individual in his/her battle for the self. In historic Germanic tradition, Michaelmas was the time of strength, of exercising one’s will, pitted against those things that challenge and threaten to overwhelm the spirit. This retains at some cultural level the virtue of Wotan (Odhin) whose own resilience fought and conquered all, leading him to self-victory and triumph. In that historic culture, such challenge was manifest in the “worm” and in the most aged of depictions, the dragon beneath the spear of St Michael is more akin to a writhing worm than any dragon or later demonic “devil.” This spear inherited according to theology as that very same attributed to Wotan as the harbinger of destiny, and is thus the arrow of truth and the dispeller of all falsehoods, including self-deceit.

But that is not all. In addition to his martial association as patron of soldiers and policemen, St. Michael is also regarded as a healer, protector of the innocent, and guide at the hour of death. He therefore represents the constructive obverse of the warrior’s fury, that which makes the difference between a mere barbarian and a true knight: the ability to restore that which is broken. He is envisioned as the particular guardian of God’s people, specifically in Christendom. He was accordingly the most important saint in the Middle Ages, with monasteries in his name — such as Mont Saint Michel in Normandy — believed to ward off demons from the borders. He was also a patron of many of the Catholic nationalist organizations that arose in the twentieth century, most notably the Romanian Iron Guard, formally known as the Legion of St. Michael the Archangel [48].

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St. Michael embodies a primordial Indo-European archetype of the holy warrior, the knight and defender. This is well-understood. What of his association with the harvest, and the special seasonal significance of this festival of Michaelmas?

St. Michael’s association with the harvest began in the fourth century, when he was viewed as a guarantor of rain and consequently a patron of agriculture. One reason for St. Michael’s association with autumn, which marks the end of the growing season and the beginning of nature’s dormancy and symbolic death, is due to his role as a defender and guide. He is the divine light guiding man through the uncertainty of the winter months, steeling man for the battle against darkness, hunger, and cold that lie ahead.

I believe that an additional explanation for this association may be warranted. The harvest is a celebration of nature’s bounty, a feast of thanksgiving, a time of year when the fruits of the fields and forest are gathered and stored. But this requires effort, a separation of the wheat from the chaff, a winnowing out of what is unnecessary and harmful. This is also the role played by St. Michael as a guide to souls after death, and an essential quality of the holy warrior: to struggle against the baser impulses and make oneself a fitting servant of one’s people and one’s God. Moreover, the harvest requires effort not just in cultivation but also in defense. The world is a place of beauty and bounty, but it requires warriors to defend it against the wickedness and snares of the Enemy. The association of the holy knight St. Michael and the harvest feast reminds us that all that is good, pure, and holy on this Earth must be defended — by gods, angels, and above all by men, with all the strength that is in us.

At this time of year the aster blooms, known as the Michaelmas Daisy, one of the last flowers to appear before the onset of winter. Just as St. Michael is a protector against darkness and evil, just as the holy warrior defends his land, his people, and his gods against those who would destroy them, this simple daisy stands amidst the dying weeds and grasses, a burst of life in the approaching gloom. This is what all of us, we Knights of Old Europe, should aspire to be: symbols of light and beauty in the darkness, heralds and guardians of the coming spring.

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Article printed from Counter-Currents: https://counter-currents.com

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URLs in this post:

[1] hærfest: https://www.etymonline.com/word/harvest

[2] Harvest Home: https://www.countryfile.com/how-to/food-recipes/british-harvest-how-long-does-the-season-last-when-is-harvest-day-plus-history-and-traditions/

[3] Thanksgiving: https://counter-currents.com/2011/11/thanksgiving-day-as-a-harvest-festival/

[4] British folklore: https://picnicinakeldama.wordpress.com/2016/10/04/taking-stock-with-st-michael-bannock-blackberries-and-more/

[5] “save us.”: https://counter-currents.com/2013/07/why-christianity-cant-save-us/

[6] here: https://counter-currents.com/2020/09/graduate-school-with-heidegger-2/

[7] noble: https://counter-currents.com/2013/06/spiritual-virility-in-buddhism/

[8] immanentize the eschaton: https://en.wikipedia.org/wiki/Immanentize_the_eschaton

[9] Virgil’s Fourth Eclogue: https://en.wikipedia.org/wiki/Christian_interpretations_of_Virgil%27s_Eclogue_4

[10] Kalki: https://en.wikipedia.org/wiki/Kalki

[11] Maitreya: https://en.wikipedia.org/wiki/Maitreya

[12] Saoshyant: https://en.wikipedia.org/wiki/Saoshyant

[13] Joan of Arc, Martin of Tours, Louis the Pious: https://en.wikipedia.org/wiki/Military_saint

[14] ethnic, cultural, and racial distinctions: http://faithandheritage.com/2011/01/a-biblical-defense-of-ethno-nationalism/

[15] to bring peace, but a sword: https://www.biblegateway.com/passage/?search=Matthew+10%3A34-42&version=NRSV

[16] he who has no sword, let him sell his garment and buy one: https://www.biblehub.com/luke/22-36.htm

[17] faith of the centurion: https://www.biblegateway.com/passage/?search=Matthew+8&version=NIV

[18] violent expulsion of the moneychangers: https://en.wikipedia.org/wiki/Cleansing_of_the_Temple

[19] constant condemnations of the hypocritical Pharisees: https://www.biblegateway.com/passage/?search=matthew%2023&version=NIV

[20] the wheat from the chaff: https://www.biblegateway.com/passage/?search=Matthew+3&version=NIV

[21] sheep from the goats: https://www.biblegateway.com/passage/?search=Matthew+25%3A31-46&version=NIV

[22] stoicism and endurance of hardship: https://biblehub.com/matthew/10-22.htm

[23] Christus Victor: https://reknew.org/2018/11/the-christus-victor-view-of-the-atonement/

[24] ceaseless combat: https://www.biblegateway.com/passage/?search=Ephesians+6:12&version=KJV

[25] occupied territory: https://merecslewis.blogspot.com/2010/11/invasion-of-enemy-occupied-territory.html

[26] “Ballad of the Goodly Fere: https://poets.org/poem/ballad-goodly-fere

[27] Edict of Milan: https://www.britannica.com/topic/Edict-of-Milan

[28] “turn the other cheek”: https://aleteia.org/2017/02/22/jesus-didnt-turn-the-other-cheek-neither-should-you/

[29] Roman soldiery: https://gatesofnineveh.wordpress.com/2012/04/20/christians-in-the-roman-army-countering-the-pacifist-narrative/

[30] The Germanization of Early Medieval Christianity: https://global.oup.com/academic/product/the-germanization-of-early-medieval-christianity-9780195104660?cc=us&lang=en&

[31] The Dream of the Rood: https://oldenglishpoetry.camden.rutgers.edu/dream-of-the-rood/

[32] Beowulf: http://csis.pace.edu/grendel/projs1d/CHRIST.html

[33] Heliand: https://www.ancient-origins.net/artifacts-ancient-writings/heliand-germanic-portrait-jesus-0011498

[34] Nine Worthies: https://www.gornahoor.net/?p=331

[35] Mystery of the Grail: http://cakravartin.com/wordpress/wp-content/uploads/2006/08/Julius-Evola-The-Mystery-of-the-Grail.pdf

[36] destroyed: https://www.ancient.eu/Albigensian_Crusade/

[37] siege of Zara: https://en.wikipedia.org/wiki/Siege_of_Zara

[38] sack of Constantinople: https://www.ancient.eu/article/1188/1204-the-sack-of-constantinople/

[39] De Laude Novae Militiae: https://history.hanover.edu/courses/excerpts/344bern2.html

[40] Teutonic Order: https://www.newworldencyclopedia.org/entry/Teutonic_Knights#:~:text=The%20Teutonic%20Knights%20have%20been%20known%20as%20Zakon,state%20of%20the%20Teutonic%20Knights%2C%20now%20Malbork%2C%20Poland.

[41] Men Among the Ruins: https://juliusevola.files.wordpress.com/2016/01/2-juliusevolamenamongtheruins.pdf

[42] muscular Christianity: https://www.artofmanliness.com/articles/when-christianity-was-muscular/

[43] Thomas Hughes: https://www.gutenberg.org/files/26851/26851-h/26851-h.htm

[44] Knights of Columbus: https://en.wikipedia.org/wiki/History_of_the_Knights_of_Columbus

[45] sing: https://babel.hathitrust.org/cgi/pt?id=inu.32000013003910&view=1up&seq=3

[46] Theodore Roosevelt: http://www.oldandsold.com/articles24/speaking-oak-45.shtml

[47] notes: https://clantubalcain.com/2014/09/25/michaelmas-3/

[48] Legion of St. Michael the Archangel: https://counter-currents.com/2011/04/codreanu-and-the-iron-guard/

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vendredi, 31 juillet 2020

Sur les cultes du sanglier

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Sur les cultes du sanglier

Le sanglier est un animal courant et va englober dans sa symbolique la laie, le cochon et la truie. Dans la Grèce, la mythologie représente le sanglier comme instrument des dieux : il est tueur ou tué selon que le héros a été condamné par les dieux ou testé (Héraclès, Adonis, Attis…).

Le sanglier était attribut de Déméter et d'Atalante.

Dans les cultures germano-nordiques, il est attribut de Freya, et Frey, son frère, a pour monture un sanglier aux poils d'or. C'est peut-être Freya qui est devenue en terres erses et celtiques la déesse Arwina, figurée avec un sanglier, et qui, en France, a donné son nom aux Ardennes et à l'Aude, ainsi que divers prénoms : Aude, Audrey, Aldouin, Ardwin…

En outre, en Irlande et en France, le sanglier représente symboliquement la classe des druides et, plus tard, les prêtres : il figure à ce titre sur un des chapiteaux de la basilique de Saulieu — 21 —.

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Parce que lié à la fécondité, de nombreuses légendes mettent en scène des héros élevés par des suidés ; parce que lié à la force mâle, sa chasse fut longtemps initiatique.

L'Église a tenté d'intervenir, mais sans succès cette fois, pour 4 raisons essentielles :

1) trop répandus, sangliers et porcs sont une ressource alimentaire importante ; la peau, les défenses, les ongles, les os… tout ce qui n'est pas mangeable sert à l'artisanat utilitaire ;
2) il est associé à trop de saints populaires : Antoine, Émile, Colomban… ;
3) mettre l'interdit sur les porcs serait avoir la même attitude que les juifs,
4) en Allemagne, il y eut confusion étymologique entre Eber = sanglier et Ibri, ancêtre mythique des Hébreux et donc du Christ, parfois représenté sous forme de sanglier (à Erfurt not.).