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lundi, 04 juillet 2016

4 juillet 2003 - Armin Mohler nous quittait !

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4 juillet 2003 - Armin Mohler nous quittait !

Poète de la présence, Yves Bonnefoy n’est plus

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Poète de la présence, Yves Bonnefoy n’est plus

Il était, depuis plus de soixante ans, l’une des voix les plus reconnaissables et les plus profondes de la poésie française: Yves Bonnefoy vient de s’éteindre à 93 ans. Il laisse une œuvre d’une ampleur considérable: plus de dix recueils de poèmes, de vingt recueils d’essais, des «récits en rêve», des livres d’histoire de l’art, des traductions de Pétrarque, de Shakespeare (une douzaine de pièces dont les plus grandes), de Donne, de Keats, de Leopardi, de Yeats, en un mot toute l’étendue du champ littéraire.

Parole vive

Et pourtant, pour ceux qui ont eu le privilège de compter parmi ses proches, c’est beaucoup moins l’aspect monumental de son entreprise poétique qui frappait d’emblée que sa présence souriante et l’amitié qu’il savait vous porter. Son charisme, si sensible aussi dans sa prose, procédait d’une attention bienveillante à l’individualité de chacun: il avait ce don de prendre autrui pour ce qu’il est et de ne rien lui demander d’autre que d’être fidèle à soi-même, ce qu’il s’efforça, sa vie durant, d’être lui aussi. Sa parole vive était un constant effort pour venir au-devant de la vôtre et d’adhérer autant qu’il le pouvait à ce qu’on lui proposait, quitte, quand il le fallait, à expliquer avec cordialité son désaccord.

La conversation passait ainsi sans transition des grandes œuvres poétiques ou artistiques, qui étaient toujours à l’horizon de son esprit, aux mille détails dont est faite la vie quotidienne, aux préoccupations les plus simples et par là les plus profondes: les enfants, la forme ou le goût du pain, la situation professionnelle, la couleur du ciel à la fin du jour, le choix d’un mot ou d’un autre. Et on repartait toujours enrichi par un échange auquel il s’était offert tout entier.

Changer la vie

YB-vieE38YDWZL._AC_UL320_SR194,320_.jpgNé à Tours le 24 juin 1923, grandi dans cette ville, puis arrivé à Paris, fin 1943, pour compléter une licence de mathématiques, il gravita tout d’abord dans l’orbite du surréalisme dont l’utopie lui parut tout d’abord confirmer son désir de trouver les «secrets pour changer la vie», mais il s’en sépara assez vite, faute d’en partager la mystique. 

Son premier recueil, Du mouvement et de l’immobilité de Douve, paru en 1953, fit entendre d’emblée la singularité de sa voix:

«Je te voyais courir sur des terrasses / Je te voyais lutter contre le vent /Le froid saignait sur tes lèvres / Et je t’ai vue te rompre et jouir d’être morte ô plus belle / Que la foudre quand elle tache les vitres blanches de ton sang»

Cette gravité voluptueuse et même extatique, à l’arrière-plan de laquelle on peut deviner l’exemple d’un Pierre Jean Jouve sinon d’un Georges Bataille, s’alliait aussi, parfois, à une allure beaucoup plus sacrificielle, voire christique:

«La lumière profonde a besoin pour paraître / D’une terre rouée et craquante de nuit / C’est d’un bois ténébreux que la flamme s’exalte / Il faut à la parole même une matière / Un inerte rivage au-delà de tout chant / Il te faudra franchir la mort pour que tu vives / La plus pure présence est un sang répandu»

Le recueil suivant, Hier régnant désert, allait, lui, revêtir une allure plus intériorisée:

«Il y a sans doute toujours au bout d’une longue rue / Où je marchais enfant une mare d’huile / Un rectangle de lourde mort sous le ciel noir. Depuis la poésie / A séparé ses eaux des autres eaux / Nulle beauté nulle couleur ne la retiennent / Elle s’angoisse pour du fer et de la nuit / Elle nourrit / Un long chagrin de rive morte, un pont de fer / Jeté vers l’autre rive encore plus nocturne / Est sa seule mémoire et son seul vrai amour»

La mélancolie de tels vers céderait toutefois par la suite au bonheur de la rencontre amoureuse, célébrée par exemple dans «Le Myrte» de Pierre écrite:

«Parfois je te disais de myrte et nous brûlions / L’arbre de tous tes gestes tout un jour / C’étaient de grands feux brefs de lumière vestale / Ainsi je t’inventais parmi tes cheveux clairs»

Puis, de façon plus jubilatoire encore, dans le grand chant du recueil qui marque peut-être le sommet de sa trajectoire poétique, Dans le leurre du seuil, paru en 1975:

«Je crie, Regarde / L’amandier / Se couvre brusquement de milliers de fleurs / Ici / Le noueux, l’à jamais terrestre, le déchiré / Entre au port. Moi la nuit / Je consens. Moi l’amandier / J’entre paré dans la chambre nuptiale»

Jamais l’assentiment au réel ne se traduira d’une manière aussi éclatante que dans ce long poème qui culmine dans une sorte de credo adressé moins à un Dieu quelconque qu’à la saveur bienfaisante du monde dont le langage poétique se fait glorification:

«Oui, par les ronces / Des cimes dans les pierres / Par cet arbre, debout / Contre le ciel / Par les flammes, partout / Et les voix, chaque soir /Du mariage du ciel et de la terre»

Récits en rêve

Ce milieu des années 1970 ne marque pas seulement un aboutissement, il est aussi un pivot. Avec la naissance de sa fille, le regard de Bonnefoy commence à se porter vers ce que Baudelaire nommait «les années profondes» et cette orientation rétrospective va aussi de pair avec une affection renouvelée pour le poème en prose ou ce qu’il nommera les «récits en rêve», comprenons de courts récits dans lesquels leur auteur tente de lâcher la bride aux modalités traditionnelles de la narration si bien que le lecteur ne sait souvent pas s’il s’agit d’un souvenir, d’une vision ou d’un rêve auquel il serait convié à participer.

Ces récits, qui à leur façon attestent le sens que le surréalisme put avoir sur Bonnefoy, constituent un aspect à mon sens capital de son apport à la modernité littéraire et je ne serais pas étonné qu’ils deviennent avec le temps son héritage le plus durable.

Un poète au Collège

En 1981, Bonnefoy est nommé au Collège de France à la chaire d’Études comparées de la fonction poétique. C’est la première fois, depuis Valéry, qu’un poète accède à cette fonction qu’il exercera durant douze ans, et il ne fait pas de doute qu’en plus de lui assurer un rayonnement intellectuel élargi, ce poste n’ait aussi contribué à alimenter la très importante part d’essais critiques qui accompagne son œuvre plus précisément poétique: l’impressionnante production de volumes rassemblant ceux-ci en témoigne.

Avec une constance remarquable – si remarquable qu’on est parfois tenté de penser qu’elle est devenue presque un système en elle-même –, l’auteur y reprend sa lutte ancienne contre ce qu’il dénonce comme l’empire toujours menaçant du «concept» – comprenons de la pensée abstraite et analytique – au profit d’une poétique de la «présence», du réel ressaisi dans son unité, qui serait, elle, l’apanage de la poésie.

A n’en pas douter, la voix de Bonnefoy était devenue depuis longtemps la voix principale de la poésie française. L’abondance de sa production, la diversité de ses formes, la profondeur avec laquelle il abordait ses sujets, tout cela lui donnait une autorité dont personne ne pouvait contester l’apanage. Pour ses amis, toutefois, c’est, autant que cette autorité, la présence souriante, enjouée, pleine d’humour de cet homme à la mèche rebelle, au beau visage et au regard si vif qui restera dans le souvenir.

Chacun de nous avait mille raisons personnelles de l’aimer. Chacun de nous a perdu un interlocuteur essentiel.

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Mort d’Yves Bonnefoy, poète de la présence

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Mort d’Yves Bonnefoy, poète de la présence

Par Cédric Enjalbert

Ex: http://www.philomag.com

Le poète, critique d’art et traducteur Yves Bonnefoy est mort ce vendredi 1er juillet 2016 à l’âge de 93 ans. Hanté par les interrogations métaphysiques, il a cherché à élucider notre rapport au monde par les moyens de l’art.

À distance respectable des concepts, qu’il soupçonnait d’écraser l’expérience, Yves Bonnefoy n’a cessé de chercher à constituer une « poétique de la présence », s’approchant au plus près de ce que Rimbaud nomme, dans Une saison en enfer, la « réalité rugueuse ». L’âpreté de la réalité l’a rattrapé : le poète longtemps pressenti pour le prix Nobel de littérature est mort ce vendredi 1er juillet à l’âge de 93 ans.

Plotin, Baudelaire et Kierkegaard

Né à Tours en 1923, d’un père ouvrier et d’une mère institutrice, il doit sa rencontre avc la littérature à son professeur de philosophie au lycée, qui lui met entre les mains la Petite Anthologie du surréalisme de Georges Hugnet. Il s’engage vers les mathématiques, mais conserve ce goût intact pour la poésie et la philosophie, qu’il étudie finalement à l’université auprès de Gaston Bachelard, Jean Hyppolite et Jean Wahl. Il entame auprès de ce dernier un mémoire sur Baudelaire et Kierkegaard, tandis qu’il lit Bataille et Plotin

YB-70466559.jpgIl fraye alors avec les surréalistes. À 23 ans, son premier poème « Le Cœur-espace » paraît dans la revue La Révolution la nuit. Suivent, alors même qu’il prend de la distance avec André Breton et ses comparses, ses premiers recueils dont Anti-Platon en 1947, réunissant ses premiers poèmes ont paru dans des revues confidentielles, où il affime sa défiance envers l’idéalisme, et Du mouvement et de l’immobilité de Douve en 1953, très vite remarqué par Maurice Nadeau, créateur de La Quinzaine littéraire. Il fond déjà dans son creuset poétique, suivant l’intuition de Rimbaud qu’il admire, un « matérialisme spontané» et « un souci inné de la transcendance ». Sa conception de l’écriture s’affirme.

Entré au Centre national de la recherche scientifique en 1954, Yves Bonnefoy y poursuit une réflexion sur l’histoire des formes artistiques. S’intéressant de près à Piero Della Francesca, il trouve dans la peinture de la Renaissance un écho à ses préoccupation liant l’histoire, la création et la finitude humaine. Dans une introduction à Tout l’œuvre peint de Mantegna (Flammarion, 1978), le critique d’art écrira ainsi : « S’il faut encore parler d’une attention au fait historique, Mantegna ne le cherche plus dans ses grands moments, ne lui demande plus la pureté de tracé qu’assure après coup le temps, on le voit s’attacher plutôt à sa relation à des êtres qui sont chacun plus complexes que l’historien ne pourra le dire, et à des préoccupations aussi, des désirs, des intérêts, certains élevés, que le récit du passé ignore. […] De l’engagement total de notre énergie dans l’histoire, qu’il a rêvé, il perçoit cette fois au moins, le caractère utopique. »

À son œuvre de poète et à ses réflexions critiques, Yves Bonnefoy ajoute rapidement une activité de traducteur. Il traduit dès 1960  Jules César, de Shakespeare, joué à l’Odéon, dans mise en scène de Jean-Louis Barrault et des décors de Balthus. Il continuera à traduire une quinzaine de pièces de Shakespeare, mais aussi William Butler Yeats, John Keats, Pétrarque et Leopardi…

La poésie en son être propre

Fondateur en 1966 de la revue de poésie et d'art L'Éphémère, publiée par les éditions de la Fondation Maeght, avec André du Bouchet, Louis-René des Forêts, Gaëtan Picon, il est rejoint ensuite par Michel Leiris et Paul Celan. Le suicide de ce dernier en 1970, le bouleverse et lui inspire Ce qui alarma Paul Celan (Galilée, 2008), un court essai à portée métaphysique dans lequel il entend élucider les raisons de cette « irréductible affliction ». Il en conclut que « la poésie ainsi reconnue et vécue au plus ordinaire des jours, c’est ce qui, au terme d’années de dissociation de soi sous le poids des événements, lui permettait d’accomplir la synthèse de tout son être ».

Alors que la publication de L’Éphémère cesse, Yves Bonnefoy s’attèle à l’écriture d’un récit autobiographique intitulé L’Arrière-pays, qui paraît en 1972. Il y témoigne de cette tentation de l’ailleurs suscité par la fréquentation de la peinture, sans cesse ramené à la conscience de sa finitude. Enseignant au Collège de France de 1981 à 1993, étudie la fonction de la poésie et son rapport aux autres arts. Il entretient ce dialogue fécond ente la poésie et la peinture en publiant régulièrement des essais avec des artistes, notamment Pierre Alechinsky, Antoni Tàpies, ou Zao Wou-Ki.

La question du rapport à la finitude et à la transcendance, encapsulé dans sa « poétique de la présence », traverse l’intégralité de son œuvre de poète et de critique d’art qu’il se penche sur les peintures murales de la France Gothique, sur l’art baroque, sur Goya, sur Giacometti, sur Rimbaud ou Baudelaire. Chez lui se cristallise « la banalisation de l’incroyance et l’effet que celle-ci a eu sur le travail des poètes », l’impossible abandon de toute forme de transcendance et une forte inclination matérialiste : « Ce n’est que quand le religieux chancela qu’il devint possible de discerner le poétique en sa différence, la poésie en son être propre. Le génie de Baudelaire aura été d’avoir eu, le premier, cette intuition du plein de la poésie mais aussi d’avoir su en explorer le possible. » écrit-il. Cherchant après lui, dans les mots de la vie quotidienne le chemin d’un ailleurs, Yves Bonnefoy a fait de cette « épiphanie de l’indicible » sa vocation de poète et le cœur de son œuvre. 

dimanche, 03 juillet 2016

Alvin Toffler, le «maître de la futurologie» est mort

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Alvin Toffler, le «maître de la futurologie» est mort

Par Fabrice Nodé-Langlois

Ex: http://www.lefigaro.fr

Son premier best-seller, Le choc du futur, publié en 1970, a marqué une génération. Le sociologue américain Alvin Toffler est mort à 87 ans. Il avait annoncé Internet, les délocalisations ou la déstandardisation des produits.

La société basée sur l'information et le savoir, la vitesse inégalée du changement. Ces deux données fondamentales qui caractérisent le monde à l'aube du XXIe siècle, Alvin Toffler les avaient cernées et en avait analysé l'impact il y a près d'un demi-siècle. En 1970, ce chercheur américain en sciences sociales, autodidacte, publie un livre, Le choc du futur. L'ouvrage devient rapidement un best-seller mondial. Très vite, Toffler, ce professeur à l'Institut national d'études stratégiques de Washington, devient, avec son épouse Heidi qui mène ses recherches éclectiques à ses côtés, une référence internationale en matière de prospective. Le choc du futur sera suivi - entre autres - par deux ouvrages de référence, La Troisième Vague (1980) et Les Nouveaux Pouvoirs (1990).

Vêtements jetables

tofflerlivre.jpgEn 1997, Le Figaro avait rencontré cet homme à la curiosité insatiable, à l'occasion d'un supplément publié «à 1000 jours de l'an 2000». La science venait de vivre une révolution avec l'annonce de la naissance du premier mammifère cloné, la brebis Dolly. «Avec ma femme, nous avions annoncé (dans Le choc du futur) le clonage des mammifères. Je pensais d'ailleurs que cela arriverait plus tôt. Nous avions prévu les avancées de la procréation assistée et de l'ingénierie génétique», racontait alors Alvin Toffler.

Internet, les délocalisations, la déstandardisation des produits, dès 1970, les époux Toffler avaient annoncé ces révolutions. Alvin Toffler parlait déjà de «l'émergence d'agents intelligents capables de répondre aux besoins individuels et de faire le tri dans la masse d'informations disponibles sur les réseaux». Lucide, il reconnaissait s'être tout de même trompé dans certaines prévisions. Le futurologue annonçait ainsi l'essor des vêtements jetables, qui n'étaient pas d'actualité lors de notre rencontre en 1997, pas plus qu'ils ne le sont aujourd'hui.

Plus fondamentalement, Alvin Toffler confessait s'être trompé en économie. Il n'avait pas prévu la crise du début des années 2000 liée à l'éclatement de la première «bulle internet».

Turbulences annoncées en Europe

Une semaine après le choc du Brexit, ses propos d'il y a vingt ans sur l'Europe restent en revanche pertinents: «Je pense que l'Europe va connaître des turbulences. Au moment où des organisations souples, capables de s'adapter vite, sont plus que jamais nécessaires, l'Europe ajoute des niveaux de hiérarchie. Dans les entreprises de la troisième vague, la tendance est au contraire à la «débureaucratisation»». De même, le chercheur américain annonçait de sombres conséquences au fossé croissant entre les sociétés qui surfent sur «la troisième vague» (que d'autres auteurs comme Jeremy Rifkin ont appelé par la suite la troisième révolution industrielle) et celles qui restent à la traîne «de terribles souffrances, des peurs, de la xénophobie». «La thèse centrale du choc du futur était qu'un individu, une entreprise, un gouvernement, peut être très désorienté s'il est soumis à trop de changements, trop rapidement. Cette thèse était juste, elle l'est encore», nous racontait Alvin Toffler. Cet ancien journaliste, qui avait débuté à Washington dans les années cinquante déplorait l'incapacité des hommes politiques à se projeter dans l'avenir.

10:24 Publié dans Hommages | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : alvin toffler, futurologie, hommage | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

mardi, 28 juin 2016

Maurice G. Dantec : “La Quatrième Guerre mondiale nous est déclarée”

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En hommage à Maurice G. Dantec, mort en exil

Maurice G. Dantec : “La Quatrième Guerre mondiale nous est déclarée”

Ex: http://breizatao.com

BREIZATAO – via La Revue Egards (09/04/2016) L’écrivain d’origine bretonne Maurice G. Dantec, installé au Québec après avoir décidé de “protéger sa famille des bêtes sauvages”, livre ses réflexions sur la situation actuelle dans un entretien accordé à la revue canadienne francophone “Égards” :

Nous sommes heureux, à Égards, de retrouver Maurice G. Dantec pour un entretien autour de quelques-uns de ses thèmes de prédilection: la géopolitique, la pathologie islamiste, l’histoire militaire, la littérature, l’eschatologie chrétienne. L’écrivain nous rappelle des vérités, certaines lumineuses et d’autres plus sombres.

Jean-Philippe Martini – Maurice G. Dantec, il y a une quinzaine d’années, dans le Théâtre des opérations et le Laboratoire de catastrophe générale – des œuvres qui méritent en passant d’être relues –, vous décriviez déjà une France en crise, vous annonciez déjà la conflagration européenne. Selon vous, y aura-t-il d’autres attentats jihadistes en France, mais cette fois-ci organisés par des éléments hétérodoxes en sous-traitance?

Maurice G. Dantec – Votre question est à la fois simple et complexe. D’abord, il est vrai que ce qui s’est passé en France en novembre dernier, je l’avais prédit. Je ne suis pas un mystique visionnaire: il suffisait de lire le monde tel qu’il était pour comprendre que ce nazisme islamique, qui se configure de manière claire et précise aujourd’hui, constituait une menace bien réelle. Il suffisait simplement d’être à l’écoute de ce monde de merde (excusez-moi), il y a quinze et même vingt ans. Mon expérience en Bosnie-Herzégovine m’a aussi beaucoup ouvert les yeux à ce sujet. Ce qui m’a valu à l’époque des épithètes fort désagréables et des ennuis éditoriaux sur lesquels je ne reviendrai pas.

Ensuite, est-ce qu’il y aura d’autres attentats? Encore une fois, je ne suis pas devin, mais c’est évident qu’il y en aura d’autres. Pourquoi en France? Parce que, comme on dit sur le ton de la blague: la France et l’Algérie se sont séparées en 1962, mais c’est la France qui a eu la garde des enfants. Je n’exclus pas non plus cette idée: la France est la fille aînée de l’Église. Ébranler un symbole si fort, qui a longtemps été une réalité vivante, ça paye, stratégiquement (le terrorisme, à la fin, n’est peut-être que l’art de briser les images et de renverser les symboles). Donc, cette communauté arabo-musulmane qui n’est pas entièrement (Dieu soit loué!) pieds et poings liés aux États islamiques ou au califat sunnite est aussi, malheureusement, un vivier potentiel à l’intérieur des frontières françaises ou même canadiennes. C’est-à-dire que même si l’État islamique est vaincu un jour militairement, politico-militairement – par la seule, la dernière puissance mondiale, la Russie –, je crois que ces réseaux demeureront actifs sur le sol français et sur le sol canadien. Le fanatique ne prend jamais de vacances. Et ce qui est plus grave, c’est qu’il a toujours une descendance. Le monde tel qu’il se dessine en ce début du XXIe siècle est un monde très dangereux, sans doute plus dangereux que le fut le XXe. Pourquoi? Parce qu’au XXe siècle au moins, les «camps» étaient relativement définis, si vous voyez ce que je veux dire… Avec le psychopathe du Tyrol d’un côté et le paranoïaque soviétique de l’autre.

Martini – L’utopie islamiste se répand un peu partout dans le monde. La «cause» s’internationalise, elle affecte les politiques, les discours, les mœurs. L’infrastructure des Frères musulmans semble s’être incrustée définitivement en Europe et en Amérique du Nord. Y a-t-il un manque d’intelligence ou de volonté de nos dirigeants pour réfréner ces «pulsions» islamistes?

Dantec – Depuis 1947, la plupart des gouvernements européens (ou de souche européenne en Amérique du Nord) soutiennent – à part le Parti républicain aux États-Unis, ce qui n’est pas un hasard, puisque les États-Unis ont été conçus comme un «Nouvel Israël» par les pionniers –, soutiennent, donc, les Arabo-musulmans contre vents et marées. Comme je l’écris dans mon recueil d’aphorismes à paraître, Courts-circuits, la figure du «prolétaire» qui a disparu en Occident, a été remplacée par le «bon Palestinien». Depuis 1947, quand même!, soit deux ans après Auschwitz, les gouvernements européens (ou euro-américains) appuient sans discussion la «cause arabe» contre l’État d’Israël. Ce n’est donc pas un hasard si cet antisémitisme, latent depuis la Révolution française en Europe, se camoufle sous l’appellation «antisionisme». Il a suffi que les Juifs, par la force des armes, il faut bien le rappeler, arrachent leur terre ancestrale – la Terre d’Israël ! – à ce qui n’était pas encore le Hamas. Je nomme le Hamas : on peut parler des Frères musulmans, de la République théocratique chiite, du califat sunnite, tout ça en fin de compte, c’est la même chose.

Martini – Le nazisme a été dévastateur en Europe. Le communisme, sous ses différentes dénominations (maoïstes, trotskistes, etc.), a été une effroyable imposture totalitaire sur plusieurs continents. L’islamisme qui se dresse et se braque contre l’Occident sera-t-il vaincu un jour?

Dantec – Ah ! Évidemment, moi, en tant que chrétien, je crois que les bons gagnent à la fin. Mais cette fin, c’est quand ? Ce n’est pas prévisible. Seul Dieu le sait précisément, la Sainte Trinité le sait. Au moment où l’on se parle, on n’est pas là-haut. C’est quand on est là-haut que l’on sait. On ne peut pas non plus manipuler l’Histoire humaine de là-haut. Dieu nous a fait libres. Ça, c’est une constante du christianisme, qu’on ne retrouve pas dans l’islam. Dieu nous a fait libres… Ça veut dire quoi? Que la liberté – qui a d’ailleurs la même étymologie que le mot «livre» (c’est peut-être pour cette raison que les écrivains comme moi se mobilisent quand on attaque la liberté) –, que la liberté, c’est aussi l’impossibilité de prévoir. Nous ne pouvons pas prévoir l’heure de notre mort ni même à quoi ressemblera la prochaine minute de notre vie. Et heureusement, heureusement! La vie serait intolérable si nous savions à l’avance tout ce qui va nous arriver. C’est vrai également pour l’écriture. On ne peut pas écrire décemment, je crois, si le livre est pré-écrit. Le livre est une forme de vie: c’est la vie des formes qui sont à l’intérieur. Soit la première phrase se déplie en toute liberté et l’œuvre surgit, soit le storyboard est tout tracé et le bouquin est mort-né.

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Martini – Des commentateurs un peu cyniques prétendent qu’il faudrait, sur les fronts syrien et irakien, s’allier temporairement au Hezbollah pour venir à bout de Daech. Pensez-vous que ce type de compromis soit nécessaire pour vaincre Daech?

Dantec – Ce qui se passe est très curieux. Depuis 1947, et plus encore depuis 1979, depuis la Révolution iranienne, les Arabo-musulmans, chiites comme sunnites, ont joué avec le feu. Et maintenant c’est le feu qui joue avec eux. Le Hezbollah, par rapport à l’État islamique ou à Al-Qaïda, c’est de la rigolade. En dépit des apparences, les Iraniens, les Syriens et une bonne partie du Proche-Orient sont obligés d’essayer de contrôler ce qui est devenu incontrôlable : l’État islamique ou le nouveau califat. Pourquoi ? Parce que leur propre régime est déstabilisé. Il ne s’agit pas de jouer aux anges (quoiqu’un Ange exterminateur réglerait bien des problèmes), mais d’être réaliste. Dans ce monde réel, même s’il devient de plus en plus… virtuel, il faut prendre en compte ce qui se passe. Le Hezbollah, même s’il commet des attentats au Liban et ailleurs, représente une sorte de force d’inertie. Les pays sont encore des pays, c’est encore le règne des nations, qui sont obligées de prendre le taureau par les cornes, de se positionner clairement, de frapper frontalement.

dantec1.jpgMartini – Quand on tue au nom du Jihad, à Jérusalem, à Rome ou à Paris, n’est-ce pas toujours la même idéologie qui est à l’œuvre, bien que ces attentats soient perpétrés par des groupes distincts?

Dantec – Oui. Et ces groupes soi-disant distincts, le nouveau califat ou même le nouvel Al-Qaïda, se cachent sous des appellations diverses, non contrôlées. Le monde à venir va être celui d’une confrontation plus ou moins générale, parce que le Jihad est inscrit en toutes lettres comme une valeur coranique. Je me permets une petite parenthèse. Tous ces braves gens qui interviennent dans les débats radiophoniques, télévisés, qui écrivent dans la presse sur le Coran, qui font comme M. Thomas Mulcair des réflexions sur le niqab, n’ont pas lu le Coran. Ils parlent sans savoir.

Dionne – La guerre a subi des mutations terribles au cours du XXe siècle. En ce XXIe siècle, elle est protéiforme, et comme coincée entre militarisme et pacifisme. Est-ce que vous voyez un lien entre la mutation de la guerre et la virtualisation du monde?

Dantec – La réponse est contenue dans votre question. «Militarisme» c’est une idéologie, il y a un «isme». «Pacifisme», c’est une idéologie, il y a un «isme». Par contre, les affaires militaires existent depuis que l’homme est homme. La paix aussi existe depuis que l’homme est homme. Ce qu’on observe aujourd’hui, c’est effectivement l’émergence, ou plutôt la concrétisation finale du terrorisme, qui est bien une idéologie depuis l’époque de la Terreur, celle qui a été initiée par la Révolution française (que le diable l’emporte!) en 1792. Le terrorisme engendre à son tour un climat extrêmement absurde et en même temps terrible où la guerre n’est plus un acte mais une idéologie. Et où la paix n’est plus un acte mais une idéologie.

Martini – Récemment, la tenue d’une allocution de Tariq Ramadan dans une communauté protestante en plein cœur du centre-ville de Montréal, l’Église Unie St-James, a fait beaucoup jaser. Qu’en pensez-vous, sachant que nombre de groupes protestants qui se targuent d’ouverture et de «progressisme» ne sont peut-être pas au courant que ce monsieur travaille en collaboration étroite avec un centre d’études islamiques idéologiquement orienté situé au Qatar, le Centre de Recherche sur la Législation Islamique et l’Éthique?

Dantec – Le fait que Tariq Ramadan soit présent lors d’une réunion de cette «Église Unie», une Église protestante, n’est pas un hasard. Le protestantisme, à l’origine, c’est une hérésie, qui a fondé la modernité dans ce qu’elle a de pire. L’islam, lui, n’a pas fondé la modernité, c’est presque l’inverse. C’est une hérésie qui veut rester à son état primitif de l’âge 600. Alors que ces gens-là se congratulent mutuellement, ce n’est pas vraiment fait pour m’étonner. Ce monde 2.0, comme je l’appelle, n’est pas enthousiasmant, c’est le moins que l’on puisse dire.

Dionne – Je soulèverais deux autres points, si vous le permettez. D’une part, Tariq Ramadan, c’est un peu la marionnette des furieux, une sorte de Bonhomme Carnaval de l’islamisme, qu’on promène partout en Amérique pour rassurer les inquiets et bourrer les imbéciles: l’islam est une religion de tendresse, miséricordieuse, raffinée, tolérante, etc., vous connaissez le refrain… Ramadan joue ce rôle de marionnette très consciemment. Sa stratégie est simple, banale même: présenter de l’islam un visage séduisant. D’autre part, ce n’est effectivement pas un hasard s’il parade avec les protestants (quoique des universités et des théologiens catholiques, comme l’Université Notre-Dame, comme Gregory Baum, l’invitent à prononcer des conférences et fassent son éloge). Vous l’avez très bien dit: l’islam et le protestantisme sont deux hérésies. Une de leurs caractéristiques communes, c’est ce mépris de la raison, de l’intelligence. Une sorte de haine de l’esprit les fonde, les habite et les dévore. On peut parler, avec Jean Renaud, d’une conjonction des fidéismes. Qui sont évidemment faits pour copuler ensemble.

gallimard75471-1999.jpgDantec – Je n’aurais pas mieux dit. Vraiment.

Martini – Même si globalement l’Église Unie du Canada est en décroissance numérique, pourquoi aucun dirigeant de cette communauté n’informe le public sur la proximité de Tariq Ramadan avec le controversé Youssef Al-Qaradawi? Est-ce par paresse ou par lâcheté?

Dantec – C’est peut-être par calcul. Il est évident que l’Église Unie du Canada n’a pas intérêt, vis-à-vis de ses ouailles et de l’opinion publique, à faire savoir qu’elle est un tapis rouge pour un monsieur comme Tariq Ramadan et son complice… Youssef Al-Qaradawi.

Dionne Vous évoquiez tout à l’heure votre recueil d’aphorismes, Courts-circuits. Pourquoi l’aphorisme? C’est contraire à tout ce que vous avez fait jusqu’à présent.

Dantec – Il y en avait dans Le Théâtre des opérations.

DionneMais c’était un journal.

Dantec – C’était un «journal» entre guillemets… Courts-circuits, en effet, n’est pas un journal. Le fait que j’ai perdu la vision de mon œil gauche me place devant une sorte d’obligation de concision. Je ne peux plus écrire comme avant, des romans, des ouvrages de trois cents pages. Je dois composer avec ce que je suis maintenant. Et puis j’ai cinquante-six ans… Donc, dans la journée, après votre départ par exemple, il me viendra une dizaine d’aphorismes, ce que j’appelle des commandos verbaux. Des commandos verbaux, ça peut être une poésie de quelques lignes, ou quelque chose de plus «long» qu’un simple aphorisme. Un commentaire sur un événement politique, une élection, une lecture, sur ce qui se passe avec l’islam, etc.

Dionne – Y a-t-il un rapport entre la maladie, ou du moins entre une constitution chétive, et l’aphorisme? Je pense à des hommes qui avaient une santé très fragile, Pascal, Lichtenberg, Nietzsche, qui ont pratiqué l’aphorisme, l’ont porté à des sommets. Je lis un des vôtres: «L’islam est comme la vie, une maladie mortelle transmise par vos parents.»

Dantec – Bien voilà, c’est un exemple. Comme toute littérature vraie, ses origines et sa finalité restent mystérieuses. Heureusement, encore une fois. Si nous savions tout à l’avance, ce serait d’une tristesse absolue. C’est comme la vie.

vendredi, 24 juin 2016

L’inclassable Christian Dutoit nous a quittés

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Robert Steuckers :

L’inclassable Christian Dutoit nous a quittés

La Flandre orpheline de son esprit le plus transversal

J’ai dû apercevoir Christian Dutoit pour la première fois en 1975, quand il fréquentait un estaminet de Louvain. Il était, je l’apprendrai plus tard, étudiant en histoire à la KUL. J’étais en philologie germanique à l’UCL (les germanistes ayant été les derniers à quitter Leuven…). Dans mes souvenirs, je le revois devant la porte d’un bar très animé. Il avait fondé le groupe socialiste flamand Arbeid (= Travail), avec la ferme intention de coupler le combat identitaire flamand à la question sociale car une horreur hantait alors tous les esprits non conformistes : la répression sanglante des grèves des mineurs limbourgeois entre 1966 et 1970, où les soudards de la gendarmerie belge, complètement bourrés, avaient tiré sur des paroissiens qui sortaient de l’église (et n’étaient donc pas des grévistes violents) et avaient frappé à coups de crosse les convives d’un café du coin, y compris la propriétaire enceinte et déjà mère de six enfants. A l’époque, un comité Zwartberg (du nom de la cité minière) avait vu le jour sous la direction d’un ouvrier mineur, Segers, et dans le cadre de la Volksunie flamande (cf. http://www.npdoc.be/Van-Overstraeten-Toon/Witboek-over-Zw... ). Le parti autonomiste flamand avait été le seul à accueillir ces mineurs désemparés : déjà les socialistes avaient trahi la classe ouvrière, trahi les mineurs, ceux qui affrontaient les pires conditions de travail dans les pays industrialisés. Segers, dans un discours prononcé à Bruxelles vers les années 1975-76, avait déclaré vouloir défendre l’autonomie énergétique du pays : j’étais un obscur petit étudiant au fond de la salle. J’ai retenu sa leçon. L’autonomie énergétique est une valeur à défendre, à tout prix, à tout moment, sans jamais fléchir.

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L’action initiale de l’étudiant Dutoit s’inscrivait donc tout logiquement dans le sillage du scandale déclenché par cette répression inique, où tous les mineurs avaient été tirés dans le dos, et de cette première tentative de coupler nationalisme autonomiste et question sociale. L’idée trottait aussi dans nos têtes, celles de notre tout petit groupe. En 1977, je rencontre à Kraainem Alain Derriks, alors étudiant en journalisme à l’ULB : lui aussi, dont les origines étaient liégeoises et arlonnaises, voulait allier wallingantisme et question sociale, celle-ci étant incontournable dans la réalité wallonne, comme l’avait démontré avec brio Henri Mordant, dans une célèbre émission de la RTB(F). Derriks voulait un wallingantisme parallèle au flamingantisme, où tous deux, en synergie, renouaient et défendaient l’identité profonde de leurs régions respectives, une identité qui ne pouvait en aucun cas se défaire de ses composantes sociales, ainsi que l’avait aussi suggéré un grand sculpteur comme Georges Wasterlain : l’idéal ouvrier catholique du Père Daens d’Alost, le combat malheureux des mineurs du Limbourg, du renardisme wallon, l’idéal de la littérature prolétarienne (Malva, Hubermont) devaient fusionner dans une synthèse sorélienne et effervescente pour sauver le pays d’un encroûtement délétère, avant même que l’on ne parle de néolibéralisme, de thatchérisme ou de reaganomics. En même temps, les mineurs, les Kumpel de la Ruhr levaient aussi le drapeau noir de la révolte contre l’égoïsme social et la fermeture des mines, leur univers cruel mais qu’ils aimaient parce qu’ils souffraient pour le faire vivre. Charleroi, Liège, Genk, Zwartberg et le Kohlenpott de Duisburg et d’Oberhausen connaissaient un misérable destin commun, celui du démantèlement de l’autonomie énergétique européenne sous les coups de la folie eurocratique. Les Lorrains et les Artésiens partageaient à coup sûr le même sort dans l’Hexagone.

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En 1979, se tiennent les premières élections européennes. Les partis politiques présentent leurs programmes sur la Grand’ Place de Bruxelles. Libéraux, socialistes et démocrates-chrétiens étalent leurs dépliants aux phrases insipides. Derriks et moi ne dissimulons pas notre mépris face à ces établis tout en stupidité, verbeux et cravatés. Seul le Sénateur Walter Luyten de la Volksunie présente une foison de documents sur le combat identitaire des peuples sans Etat, du Pays de Galles au Tyrol et de la Frise à la Galice. Ensuite, le stand distribue un programme, livre épais, où se distille une véritable alternative pour le pays : la question sociale y est couplée aux problèmes identitaires et le socialisme éthique de Henri De Man y est ressuscité, comme palliatif salvateur face à un socialisme matérialiste, grossier, électoraliste, en pleine dérive (et nous n’avions encore rien vu…). Ce copieux programme est un livre que j’ai toujours gardé à portée de la main : plus jamais une alternative aussi bien construite n’a été suggérée aux électeurs. Derriks et moi ne rencontrerons que brièvement les militants d’Arbeid (le groupe de Dutoit) lors d’un forum du 1 mai, sans doute en 1980, où ils tenaient un stand, aux côtés du PCB et de l’AMADA-PTB. Dutoit, c’est sûr, voulait créer un pont entre l’ethnisme communautaire de Luyten (proche de celui d’Alexandre Marc et de Yann Fouéré) et l’engagement social d’une gauche rassembleuse, solidaire au plan collectif, sensible aux questions identitaires.

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Pendant que nous rêvions de créer un pendant d’Arbeid pour les provinces romanes, Siegfried Bublies, à Coblence, voulait une synthèse similaire pour l’Allemagne. Le journal de la Volksunie des Sénateurs Walter Luyten et Willy Cuypers se nommait Wij (= Nous). Bublies nommera sa revue Wir Selbst (= Nous-mêmes), traduction du gaëlique irlandais Sinn Fein, clin d’œil au socialisme et syndicalisme celtisant de Connolly, le leader de la gauche irlandaise, fusillé après l’échec du soulèvement des Pâques sanglantes de Dublin en 1916 (sur Wir Selbst : https://de.wikipedia.org/wiki/Wir_selbst ). Je suis attiré par le projet de Bublies grâce à une publicité en troisième ou quatrième de couverture dans un numéro de Junges Forum, la revue de la « Deutsch-Europäische Studien-Gesellschaft » de Hambourg, dont j’étais le modeste correspondant à Bruxelles depuis un voyage d’études dans la ville hanséatique et à Lübeck, la cité de Thomas Mann, en mars 1979. Junges Forum paraissait sous la tendre houlette du regretté Heinz-Dieter Hansen, décédé fin 2015. Fondée en 1964, cette revue et cette association avaient voulu dégager les entreprises identitaires de la griffe de partis, où les querelles de personne s’accumulaient sans discontinuité. Sous l’impulsion de Lothar Penz, elle se voulait l’expression d’un humanisme organique et s’intéressait à l’écologie avec Ullrich Behrenz. Cette Studien-Gesellschaft a été un premier pas hors des carcans politiciens et des ronrons stériles mêlant un nationalisme rancuneux à des droitismes sans profondeur que Péguy, déjà, avait fustigés en démontrant que c’était là des « façons de parler », des « postures » aussi insignifiantes que celles de leurs adversaires. Le groupe de Hambourg avait un incontestable tropisme flamand : un quart des productions présentait des thèmes chers au plat pays de Brel. Cela s’explique par des raisons idiosyncratiques : Hansen, orphelin de guerre, vivant dans des immeubles à moitié détruits, sans plus le moindre confort, rescapé des terribles bombardements au phosphore par les forteresses volantes du Maréchal Harris, n’avait qu’une idée dans sa tête d’écolier : quitter ces ruines sinistres et partir à vélo vers des contrées plus vertes et plus agréables. Ces randonnées en bicyclette l’avaient amené en Flandre où, partout où il arrivait, affamé, famélique, on lui donnait des tartines au beurre et au chocolat du Congo. Mère Flandre avait conquis son cœur d’orphelin. Il ne l’oubliera jamais. 

Hansen, qui avait le nez fin en matières idéologiques et politiques, a tout de suite perçu que la volonté de Bublies était inébranlable et qu’il allait, par son zèle, inaugurer une ère nouvelle dans l’histoire des idées non conformistes, humanistes et organiques. Il a immédiatement fait de la publicité pour Wir Selbst. Le projet était alléchant. Quelques semaines plus tard, au pèlerinage de l’Yser, en déambulant dans la rue principale de Dixmude, je tombe sur un stand de Wir Selbst, tenu par Bublies ! J’achète tous les exemplaires disponibles, je m’abonne, je rentre avec Bublies et son ami, je les invite chez moi. Le lien était établi. Nous sommes d’accord : le mouvement identitaire ne peut plus s’embarrasser de ballasts inutiles, anachroniques, inacceptables sur les plans éthique et philosophique.

nelly m.jpgBublies entre en contact avec Dutoit, sans doute, mais cela reste à vérifier, par l’intermédiaire d’un journaliste de Die Welt, Wilfried Dolderer, spécialiste des questions belgo-flamandes et néerlandaises dans la grande presse d’Outre-Rhin. La revue allemande échange des idées avec les productions de Dutoit, Meervoud (= Pluriel) et De Wesp (= La Guêpe). Un jour, Bublies et quelques-uns de ses camarades débarquent à Bruxelles pour assister à un congrès tenu en parallèle avec la Volksunie, dont la cheville ouvrière avait sans nul doute été Christian Dutoit. L’orateur principal était la Sénatrice Nelly Maes qui défendait l’idéologie de Mai 68, qu’elle estimait avoir été trahie dès le milieu des années 70 ; elle déplorait aussi que la société flamande était restée relativement imperméable, surtout goguenarde, au message des barricades de Paris et aux élucubrations de Daniel Cohn-Bendit, notamment dans les domaines que nous appelons aujourd’hui « sociétaux ». Inutile de dire que ce discours, prononcé sur un ton lancinant et monocorde, ne m’a pas convaincu : pour nous, depuis la terminale, il convenait certes d’éviter la chute de l’homme dans l’unidimensionnalité (Marcuse). Mais noyer cette unidimensionnalité dans les bigarrures du sociétal, sous prétexte de rendre l’éros à la civilisation, il y avait, pour moi, un (faux) pas à ne point franchir car, finalement, les bigarrures sont pur décorum et ne changent rien à la déréliction de l’homme dans la société postindustrielle. Elles dorent la pilule. Elles ne sont que placebo. Contrairement à ces rénovateurs de la Volksunie, nous avions lu les solides critiques soviétiques des nouvelles gauches, grâce au choix de livres qu’offrait, à l’époque, la « Librairie du Monde entier », rue du Midi, officine du PCB : quoi qu’on puisse en penser, après la chute de l’URSS, malgré la lourdeur du langage utilisé, les critiques officielles du PCUS constituaient un bon antidote aux sottises des gauches ouest-européennes. Je préfère la Nelly Maes d’aujourd’hui, toujours sur la brèche, qui s’inquiète de l’étouffoir néolibéral dans lequel végètent et pourrissent nos sociétés. Elle doit sûrement savoir maintenant que les bigarrures festivistes (Muray) sont justement la poudre aux yeux, préparée par le système (à tuer les peuples), pour faire accepter le néolibéralisme.  

A la suite de ce colloque, je me suis retrouvé avec Bublies, Dutoit et leurs copains dans un restaurant près de la Grand’ Place, juste derrière le coin du pâté de maisons qui abrite le Cygne Blanc, site de la fondation de la première Internationale de Marx. Bublies, à l’époque incarnation de l’enthousiasme ardent, typique des révolutionnaires allemands, a sorti cette tirade : « Nous fondons aujourd’hui, en ce lieu historique, la Cinquième Internationale des peuples libres et du socialisme à visage humain ».

ernie10.jpgSiegfried Bublies entendait renouer avec l’esprit des conseils de 1918-1919, notamment avec les idées communautaires et organiques, teintées d’un certain nietzschéisme, de Gustav Landauer. Dans la foulée, il redécouvre la figure d’Ernst Niekisch, membre du premier de ces deux gouvernements des conseils qui ont dominé Bavière immédiatement après l’armistice de novembre 1918. Au même moment où Bublies ressort Niekisch de l’oubli (relatif) dans lequel il avait été exilé, Armin Mohler en reparle aussi dans la revue conservatrice Criticon, éditée à Munich par le Baron Caspar von Schrenck-Notzing.  Je résume ce bref essai du gaulliste jüngerien et bâlois dans le bulletin du GRECE-Belgique de Georges Hupin. L’engouement pour Niekisch est lancé, alors qu’il n’avait été abordé que par Louis Dupeux (Strasbourg) et Jean-Pierre Faye au niveau universitaire : deux ouvrages qui comptaient parmi nos références à l’époque. Je reparlerai de Niekisch dans Nouvelle école en 1981. Jean-Pierre Patin, animé par un projet similaire de reconstruire un socialisme humain, occitan (Robert Lafont !) et organique dans son Languedoc natal, embrayera sur la vogue Niekisch dans sa revue artisanale, Le Partisan européen. A Marseille, Thierry Mudry suit le mouvement quelques années plus tard et se révèle un grand admirateur du révolutionnaire allemand. Cette redécouverte d’un penseur communiste oublié, pour qui la nation et l’histoire nationale comptaient, ces francophones wallons, bruxellois, parisiens, corses, languedociens et provençaux la doivent à Dutoit et à Bublies, les premiers à avoir lancé ces pistes nouvelles et audacieuses.

En 1981, je pars travailler à la rédaction de Nouvelle école à Paris, chez l’inénarrable de Benoist, qui ne comprenait strictement rien à cette dynamique et y voyait un « gauchisme » ou un « trotskysme » face à un (micro)établissement néo-droitiste dont il était évidemment le Vojd suprême, le Staline. Un Staline qui, derrière le dos de ses chers copains, cherchait pourtant à se tailler un petit créneau, une petite mangeoire bien fournie, dans la muraille du thatchérisme triomphant (le projet « Alternative libéral » de décembre 1981). Cette orientation nous débectait, inutile de le préciser.

A Paris, je fais la connaissance du juriste corse Ange Sampieru qui entend, contrairement sans doute à Bublies et Dutoit, sauver le politique pur, dans le sens où l’entendaient Carl Schmitt, Julien Freund et René Capitan, père de la constitution de la Vème République. Sur base du politique pur, on pouvait créer un système socialiste ou du moins, comme le voulait plutôt Guillaume Faye, un système économique « semi-autarcique autocentré » (Perroux, Grjebine), capable de lancer de grands travaux d’utilité publique selon les principes du développement préconisé par Friedrich List (et par les Chinois de Sun Ya Tsen à Mao et de Mao aux dirigeants actuels). Pour Sampieru, la société civile et le monde du travail seraient alors structurés selon les idées de participation et d’intéressement, lancées dans les dernières années du pouvoir gaullien en France, et sur les nouvelles formes sociales et économiques que les auteurs de gauche les plus originaux suggéraient, surtout dans le cadre des éditions La Découverte (ex-Maspero). Parmi ces auteurs, il y avait déjà l’équipe de Serge Latouche, théoricien de l’anti-utilitarisme dans les sciences sociales. Il y avait aussi, dans la panoplie choisie par Sampieru, les critiques du fordisme, qui intéressaient Georges Robert, ancien du syndicat de Jeune Europe puis militant socialiste bruxellois (PS et FGTB), rédacteur occasionnel de mes bulletins. Et Sampieru était, comme Bublies et Dutoit, un ethniste européen, aligné sur les théories de l’école de Nice, fondée par Alexandre Marc. Son corsisme, bien étayé par des arguments historiques solides, nous rappelait notamment l’excellence de la Constitution de Paoli, avant l’annexion de la Corse ex-génoise à la France, et la nécessité de communautés enracinées, inscrites dans des traditions organiques pluriséculaires. Son intérêt pour le monde méditerranéen et arabe le portait à étudier les expériences algériennes, libyennes (comme Bublies) et nassériennes. Il est dommage que le corpus, que Sampieru a composé pour mes revues Orientations et Vouloir, après mon départ de la nef des fous parisienne où trônait de Benoist, n’ait pas été traduit et vulgarisé : nous aurions eu à notre disposition un bien meilleur instrumentarium pour contrer la subversion néolibérale. Rien n’est perdu toutefois : les éditions La Découverte existent toujours, Latouche a bien affiné ses idées au fil des décennies, cette gauche, bien que marginalisée entre l’enclume de la gauche dévoyée de l’établissement et le marteau du néolibéralisme dominant, a récemment proposé au public français les thèses de Matthew Crawford, un heideggerien d’Amérique qui prône le retour aux frictions du réel et l’abandon des poses propres à tous les autoritarismes abstraits, très souvent dissimulé derrière une novlangue « boniste » : piste bien plus intéressante que les dérives sociétales que semblait regretter Nelly Maes, que bon nombre de gauches ont empruntées au risque de péricliter et de mourir, que les adeptes du « Foucault réellement jouisseur » avaient surdimensionnées au détriment des intuitions géniales de leur maître quand il évoquait la genèse des Etats modernes.

van_extergem.jpgDutoit, pendant ce temps, sort chez l’éditeur anversois Soethoudt une version tout public de sa thèse de fin d’études sur la figure originale de Jef Van Extergem. Qui était-il ? Un très jeune activiste de gauche pendant la première guerre mondiale qui voit le conflit en cours comme une lutte planétaire de la social-démocratie allemande contre une triple alliance, celle du despotisme russe, du capitalisme anglais et de la raideur républicaine et militariste française. Dans ce cadre, il veut la disparition de la Belgique qui, à ses yeux, a déchu en un appendice médiocre de la République française. Ce « jeune garde socialiste » injurie le roi Albert I (de lange zwibzwab), utilise un langage d’une verdeur inhabituelle, y compris lors de son procès devant le tribunal militaire (ce qui a dû plaire à Dutoit !). Il participe à la fondation du parti communiste belge. Il mourra en détention en Allemagne pendant la seconde guerre mondiale. Jef Van Extergem cumulait donc quelques casquettes : jeune et insolent, hostile à l’Etat et à la monarchie, socialiste radical qui passe à un communisme flamand non immunisé contre les tentations nationales/ethnistes, victime tragique de la seconde occupation allemande. C’est dans tous ces sillages volontairement rupturalistes sur la petite scène flamande que Dutoit a voulu naviguer toute sa vie. Dans la « Vlaams Huis » qu’il animait à Bruxelles, un portrait de cet inclassable de la gauche flamande ornait le mur à la gauche du bar.

Nous sommes en 1981. Bien qu’actif à Paris, dans la nef du fou (Fluctuat nec mergitur…) qui oscillait entre ses tentations néolibérales et ses petits copinages personnels, je gardais le contact avec le groupe de Bublies et entretenait d’excellentes relations de camaraderie avec Sampieru. En août 1981, Bublies, quelques camarades des NRKA et NRKB (deux bureaux ou commissions de coordination « national-révolutionnaire ») et une équipe de la Volksunie, autour d’un certain Segers, doivent participer à un cours d’une semaine sur l’ethnopluralisme dans une Folkehojeskole (une « haute école populaire ») au Danemark. Y participaient des Frisons de l’Académie de Leeuwarden, de l’institut nord-frison du Slesvig-Holstein, des Danois de la minorité danoise de la RFA, des Allemands de la minorité allemande du Danemark, un représentant des Slovènes de Carinthie, des Samis du nord de la Norvège, un député esquimau du Groenland, une délégation de la Volksunie flamande et les animateurs des cercles et de la revue de Bublies. Le Prof. Dillmann, le scandinaviste français, et moi-même représentions ce qu’il était convenu d’appeler la « nouvelle droite » depuis l’article alarmiste et délirant du Nouvel Observateur en 1979.

La délégation de Segers –Dutoit n’était pas présent, hélas-  avait amené une nouvelle mouture du livre-programme du Sénateur Luyten. La première version était rédigée sur un ton classique : la gauche qu’elle entendait promouvoir reposait, en gros et pour faire simple, sur une base portée par trois solides colonnes, soit le daensisme social-catholique, l’idéal communautaire et solidariste des ethnismes/autonomismes et le socialisme éthique d’Henri De Man. Toutes choses que l’engouement actuel pour les non-conformismes des années 30 (porté notamment par le Prof. Olivier Dard en France) permettrait de réactualiser. La seconde version avait édulcoré le message et remplacé ces trois piliers, bien inscrits dans l’histoire nationale flamande (et même belge), par des éléments que je qualifierai aujourd’hui de « sociétaux », un fatras insipide de considérations festivistes, marcusiennes voire para-foucaldiennes, autant d’expressions de sexualités mal vécues et de tourments pubertaires gauchement libidineux. Toutes concouraient bien sûr à affaiblir le politique, souci de Sampieru, Faye, Thiriart et bien d’autres. C’est là sans doute que nos chemins allaient se séparer, sans rancune ni querelle. Derriks et l’équipe bruxelloise voyaient certes le salut dans les ingrédients que Dutoit voulait raviver mais réclamaient en plus une restauration du politique, à la veille de l’offensive thatchéro-reaganienne, pour garantir à tous nos peuples une future constitution ethniste et socialiste. Les cours étaient animés par la très forte personnalité du sociologue allemand Henning Eichberg (par ailleurs correspondant de Nouvelle école en Allemagne), théoricien de l’ethnopluralisme qui optera plus tard pour la gauche antifasciste danoise (https://en.wikipedia.org/wiki/Henning_Eichberg ). Quand je quitte Tinglev et embarque sur le tortillard danois qui doit me conduire à Flensburg, Bublies me salue depuis le quai, le poing tendu et me lance un vibrant : « Es lebe die Revolution ! ». 

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Nous sommes donc en 1981, l’année où s’amorce la crise des missiles. Le tollé est immense en Allemagne, car en cas de conflit nucléaire entre les deux blocs, le pays serait réduit en cendres, totalement vitrifié. Naissent coup sur coup des filons idéologiques et politiques qui demeurent encore aujourd’hui bien vivants en Allemagne : une volonté neutraliste, c’est-à-dire de voir l’Allemagne devenir un pays neutre comme la Suisse et l’Autriche, de la voir sortir de l’OTAN tout comme, selon une bonne logique de réciprocité,  la RDA soviétisée serait sortie du Pacte de Varsovie. Parallèlement, le fils de Willy Brandt, Peter Brandt, publie une anthologie sur les gauches allemandes et la question nationale, inaugurant de la sorte un nouveau nationalisme de gauche. D’autres renouent avec la tradition russophile prussienne, notamment suite à certains ouvrages de Sebastian Haffner, antinazi réfugié en Angleterre dans les années 30. Wir Selbst, la revue de Bublies, se fait l’écho de tous ces bouleversements idéologiques et adhère au mouvement national-pacifiste, dont elle devient le principal organe. En 1982, le troisième numéro d’Orientations est consacré au national-neutralisme allemand. Dutoit et Arbeid participent, tout comme nous, à la grande manifestation de Bruxelles contre le déploiement des missiles Pershing. Ils défilent dans le sillage de la délégation de la Volksunie. Quelques nationalistes plus classiques défilent aussi, ce qui montre que le projet initial de Dutoit faisait subrepticement son chemin, en dehors de son terrain de prédilection favori, celui des gauches flamandes. Ces nationalistes classiques réclamaient aussi le retrait des SS20 soviétiques, ce qui n’apparaissait pas chez les autres manifestants, focalisés sur les missiles américains.

loeser_BO1,204,203,200_.jpgLe neutralisme européen sera notre cheval de bataille principal jusqu’à la chute du Mur de Berlin en 1989. Personnellement, c’est ma rencontre avec le Général Jochen Löser, lors de la Foire du Livre de Francfort en 1984, qui sera la plus significative dans ce vaste combat neutraliste (http://www.archiveseroe.eu/loser-a48740570 ). Löser venait de publier un ouvrage intitulé Neutralität für Mitteleuropa où il suggérait la création d’un espace neutre comprenant la Suède, les Etats du Benelux, le Danemark, les deux Allemagnes, la Suisse, l’Autriche, la Tchécoslovaquie, la Hongrie, la Pologne et la Yougoslavie. Ce projet m’apparaissait le plus cohérent, plus riche en potentialités en tous cas que la simple répétition des discours tenus par les gauches officielles. Sampieru réussit à me faire inscrire à un colloque franco-allemand sur la défense autocentrée et citoyenne (modèles suisse et yougoslave) dans les locaux des éditions La Découverte.

De la perestroïka de Gorbatchev au milieu des années 90, avec, en plus, le retrait de Derriks (qui se suicidera en 1987), je perds Dutoit de vue mais reste en contact avec Bublies, dont la revue devient prestigieuse, tout en étant de plus en plus marquée par les idées (et les bonnes et moins bonnes marottes) d’Henning Eichberg, qui s’était mué en un anti-étatiste largement inspiré par les thèses de Michel Foucault, infléchies non pas au bénéfice de l’individu, de ses humeurs ou impulsions sexuelles particulières mais vers le peuple en tant qu’instance génératrice d’identités inaliénables et intransmissibles et qui, comme le voulait par ailleurs Claude Levy-Strauss, devaient être toujours maintenues comme telles, en état de toujours régénérer du neuf. Wir Selbst se doublera d’une maison d’édition qui existe toujours.

old-welsh-whisky.jpgJ’apprends, fin des années 90, que Dutoit a ouvert une Vlaams Huis dans la rue de Soignies (Zinnikstraat) en plein cœur de Bruxelles, à un jet de pierre de l’actuelle bouquinerie « Pêle-Mêle ». Nous décidons, Berens et moi, flanqués de quelques étudiants flamands, d’aller lui serrer la pince. En me voyant, sans me reconnaître tout de suite, il est interloqué : apparemment, ses relations avec la ND n’avaient pas été bonnes, vu la lourdeur intellectuelle navrante du vicaire campinois intronisé par le fou de la nef parisienne (Fluctuat nec mergitur…) mais, au bout de quelques instants, parce que j’avais évoqué Bublies, il se dégèle et nous tend un verre du meilleur whisky gallois dont il conservait la bouteille, rare, sous le bar qu’il tenait. Inutile de préciser que nous sommes sortis à quatre pattes. L’ambiance était joyeuse et brueghelienne. En dépit de son tropisme de gauche et de son antihispanisme basquophile, Dutoit, en tenant ses multiples bars, a prouvé, pour l’éternité, que notre Flandre natale reste une terre baroque et picaresque, héritage du 17ème siècle espagnol qui rejetait le puritanisme anglo-hollandais, le jansénisme français et l’étiquette artificielle de la Cour de Louis XIV, privilégiant un vocabulaire vert, un langage populaire où sexe, fessards et braquemarts ont toute leur place et où l’aristocratie, à Madrid ou à Bruxelles, imite ce langage tissé de truculence, crée la littérature picaresque et se gausse des étiquettes artificielles.

roossens.jpgPlusieurs années se sont écoulées avant que je ne revienne à la nouvelle Vlaams Huis de la rue de la Presse. Même ambiance. Rehaussée de surcroît par la présence de l’ex-Sénateur Roeland Van Walleghem, devenu chroniqueur gastronomique de Meervoud. Une convergence qui m’étonne toujours mais elle s’est opéré dans la joie, dans cet esprit picaresque qui est le fin des fins de la tolérance bien conçue. Outre Dutoit, la figure principale qui animait ces lieux aux beaux lambris, à la lumière tamisée, à la décoration luxuriante, était le marxiste national (appelons-le ainsi…) Antoon Roosens (photo), l’un des mentors de Dutoit (avec Mark Grammens) (cf. https://nl.wikipedia.org/wiki/Antoon_Roosens , http://www.doorbraak.be/nl/nieuws/antoon-roosens-overleed... & http://lib.ugent.be/fulltxt/RUG01/001/295/965/RUG01-00129... ). Antoon Roosens était animé par les idées de l’autonomisme flamand dans les années 50 puis, rapidement, avant Dutoit, il préconisera une alliance « travailliste » avec des éléments de gauche au sein de la Volksunie, dans un groupe qui recevra le nom de « Vlaamse Demokraten ». L’entrisme s’avèrera un échec et la participation aux élections un désastre (0,2%). Roosens est un disciple du trotskyste francophone belge Ernest Mandel (influencé par la théorie des cycles de Kondratiev et théoricien d’une méthode critique et historique-généalogique de l’histoire du capital, https://de.wikipedia.org/wiki/Ernest_Mandel ), de Jaap Kruithof (philosophe anticonsumériste et humaniste, https://nl.wikipedia.org/wiki/Jaap_Kruithof ), et de Gramsci, qui lui permettra de lier son combat identitaire flamand à ses visions marxistes et travaillistes : la culture populaire, objet de la métapolitique gramscienne, présente de fait des constantes incontournables (cf. Jean-François Kahn), elle ne peut donc dériver de constructions intellectuelles abstraites et s’enracine derechef dans un humus préexistant à toute démarche politicienne dans un Etat récent comme la Belgique. Le militant « progressiste » ne peut les ignorer et doit les inclure dans ses réflexions, faute de basculer dans l’abstraction et le jargon sans substance. Le pari gramscien de Roosens sur la culture populaire (flamande) permet, en théorie, de déployer une métapolitique identitaire de gauche, vu la nature artificielle et bourgeoise qu’il prête à l’Etat belge. Roosens a donc théorisé, malheureusement sans succès jusqu’à son décès prématuré en 2003, une solution parfaitement valable pour les deux composantes communautaires de la Belgique. Roosens théorise d’ailleurs l’idée d’un « Plan Marshall » pour la Wallonie, évoqué par Mordant (cf. supra) et vaille que vaille mis en pratique sans grand succès par le PS dégénéré, alors sous la houlette d’Elio di Rupo.  

dael003_0.pngToujours accompagné de sa pétulante épouse, Roosens était une voix affable dans cet espace de convivialité créé par Dutoit et son compagnon, le romaniste (français et espagnol) Bernard Daelemans (photo), qui deviendra plus tard son partenaire légal suite à l’un des premiers mariages homosexuels du royaume. J’avais rencontré Daelemans lors d’un colloque sur l’identité de Bruxelles, tenu au Parlement Flamand à Bruxelles, organisé par Karim van Overmeire, aujourd’hui élu d’Alost pour la NVA. Daelemans, Maître Keuleneer et moi-même, non encartés, avions décidé de passer outre les consignes officielles d’organiser un « cordon sanitaire » autour du parti où militait alors van Overmeire. Il est inconcevable, pour des personnes qui refusent absolument de raisonner en termes d’étiquettes, d’accepter la pratique antidémocratique de dresser des « cordons sanitaires », imposée par un Etat dont les représentants sont des gens généralement incultes, comploteurs, bornés, agressifs, grossiers, bouffons et qu’on ne souhaiterait jamais fréquenter.  Daelemans y a défendu sa politique d’intégration, position radicalement contraire à celle, à l’époque, de van Overmeire, sans se faire huer ou injurier. Convivialité et courtoisie étaient de mise. Grandezza. Personnellement, j’avais opté pour une approche inhabituelle :  rappeler l’œuvre architecturale de Charles Buls et les projets de Victor Horta, comme éléments universellement vénérés d’identité bruxelloise ( http://euro-synergies.hautetfort.com/archive/2007/06/04/r... ). Daelemans m’avait dit que c’était là un excellent angle d’attaque pour contrer la bruxellisation, c’est-à-dire le saccage d’un patrimoine urbain au nom de considérations utilitaristes et matérialistes. L’œuvre de Horta pouvant être considérée comme d’inspiration socialiste noble, on peut mesurer le chiasme qui s’est installé entre le socialisme d’avant 1914, qui voulait élever la classe ouvrière, et le socialisme crapuleux et dévoyé par la triste engeance des ignares vulgaires que nous subissons aujourd’hui.

La Vlaams Huis a donc été un espace de convivialité et de convergences. Sans doute le seul à Bruxelles. Avec pour fond sonore les cris d’un espiègle perroquet, qui intriguait particulièrement mon chien. Reste à évoquer le dossier basque, indissolublement lié à la personnalité de Dutoit. Dans sa défense tous azimuts des peuples sans Etat en Europe et ailleurs, Dutoit avait été séduit par le combat basque. Il en était venu à considérer l’Euzkadi comme sa seconde patrie. Notre tropisme était plutôt irlandais et breton, corse pour Sampieru, racines obligent. Pour nous, l’hispanité allait au-delà de l’appartenance ethnique : c’était une attitude traditionnelle dans la mesure où elle combinait l’humanisme d’Erasme et de Juste Lipse au picaresque rabelaisien (non « dressé » par les machineries dénoncées par Foucault !), à la luxuriance baroque avec les chairs des femmes de Rubens et à la résistance à Louis XIV, au puritanisme d’Angleterre et du Nouveau Monde. C’était une attitude baroque (au sens où l’a défini un Yvan Blot) partagée par les Espagnols d’Europe et d’Amérique, les Francs-Comtois, les ressortissants de nos régions et sans doute aussi les Bavarois et les Croates.

Plongé dans l’univers des gauches bruxelloises, où la composante espagnole était assez forte, Dutoit était forcément anti-franquiste. Pour les communistes espagnols (asturiens) de Bruxelles et plus particulièrement de Saint-Gilles, la question basque était, avant la mort du Caudillo, le seul levier possible pour renverser le régime honni, les gauches espagnoles classiques ayant été marginalisées et démonétisées. Mon camarade de classe, Eric Volant, Saint-Gillois devenu communiste après ses humanités dans notre école, s’était embarqué dans cette affaire « basquo-bolcheviste » vers le milieu des années 70. Volontaire pour une opération spéciale (dont on ne saura jamais rien), Volant est tué en franchissant un gué dans les Pyrénées. On avait manifestement utilisé ce garçon généreux et en plain désarroi (a-t-il songé au suicide ?). Nous n’avions pas ces préoccupations tout en étant conscient que le justicialisme phalangiste, non critiquable, s’était édulcoré, figé au fil des décennies.

Manuel Hedilla Larrey 3.jpgDerriks, surtout, revalorisait la figure de Manuel Hedilla Larrey, le phalangiste de gauche qui ne voulait pas d’inféodation à un mouvement franquiste unique, qui fut pour cela condamné à mort par Franco mais sauvé par l’ambassadeur allemand von Faupel. Cependant, le père d’Ana, mon épouse, était l’un de ces Asturiens tournés communistes par révolte contre son milieu familial. Lui aussi avait connu, avant son décès en 1985, un tropisme basque qui n’était pas pur calcul car ses voyages à vélo au Pays Basque, et ses nuits sous tente en pleine nature, l’avaient profondément marqués et l’avaient « basquisé », lui qui se définissait comme un Celte de Galice et des Asturies. Ce sont sans doute les mêmes paysages qui ont séduit Christian Dutoit, si bien que, miné par la terrible maladie qui l’affectait, il est allé mourir là-bas à Zumarraga, car il voulait une dernière fois en voir les beautés.

Adieu Christian, qui se méfiait de moi, mais qui fut finalement un frère en combat même si les signes portés n’étaient pas les mêmes, dans le monde des idéologies aussi bigarré que le carnaval peint par Ensor. Adieu donc, camarade, que je n’ai plus vu depuis deux ans car la Faucheuse aussi a failli m’emporter et que je dois me ménager et renoncer à ton bon whisky gallois, surtout quand il est ingurgité à des heures trop tardives. Cependant, je te promets de lutter pour que soient encore possibles autant de bonnes et saines convergences que celles que tu as patronnées durant ta trop courte vie. Mes condoléances à Bernard qui continuera, j’en suis sûr, à maintenir les bonnes traditions de la Vlaams Huis de Bruxelles. Nous lui souhaitons bon courage. Nous sommes sûrs qu’il y parviendra. En ton souvenir. En ta présence qui hantera toujours avec bienveillance les murs de la Vlaams Huis.

Robert Steuckers

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Zumarraga

Overlijden van Christian Dutoit

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In memoriam Christian Dutoit - ‘t Pallieterke, 23.6.2016 

 

Overlijden van Christian Dutoit 

 

"Het is een hard leven, maar ook een schoon en een fascinerend” 

 

INLEIDING 

Net zestig was hij geworden in mei, maar dat hij nooit de 61 zou halen wist hij donders goed. Daarvoor had de kanker zich iets te comfortabel genesteld. Met het overlijden van Christian Dutoit verdwijnt een spraakmakend personage. Binnen de Vlaamse Beweging stond hij vooral bekend als de non-conformistische drijfkracht achter het 'linkse' en 'Vlaams-Nationale' Meervoud. Maar voor zij die hem persoonlijk kenden was hij vooral een warme persoonlijkheid die zich niet zomaar in een hokje liet plaatsen. 

 

mv-33.jpgWe kenden mekaar al enkele jaren, zij het dat de contacten hoffelijk maar redelijk oppervlakkig bleven. Tot die dag. 

Toen ondergetekende ergens in het vorig millennium hoofdredacteur werd van wat – bij ons weten – nog steeds 'het oudste en jongste studentenblad der Nederlanden' is, Ons Leven dus, kwam daar verandering in. "Collega-hoofdredacteur", klonk het gespeeld plechtstatig aan de telefoon, nog net geen GSM. "Sta me toe u voor de lunch uit te nodigen". En zo geschiedde. Na die uitstap naar een Brusselse brasserie en een half dozijn kroegen, intensifieerden de contacten. Net zoals het respect groeide; in beide richting durven we aannemen.  

 

Soms bestaat het toeval. Een klein jaar geleden troffen we mekaar op een Brussels terras. Ondergetekende onderweg tussen een vergadering en het thuisfront; Christian op weg van Gasthuisberg naar huis, zijn vertrouwde Vlaams Huis dus. Hij had duidelijk iets door te spoelen, gelukkig in gezelschap. De diagnose was net gevallen. Tongkanker. Met een levensverwachting van 2 tot 8 maanden, klonk het loeihard. Het amicale gezelschap veegde het nieuws wat onwennig onder de mat. Christian, dat is toch de man die al zo vele medische twisters overleefd had? Klierproblemen, hartproblemen, een hersenbloeding die dan nog gepaard ging met een vlucht uit het ziekenhuis, het lijstje bevat stof voor een rits medische doctoraten. Dit is gewoon een nieuwe etappe in wat een heuse saga geworden was, hoopte men. Hij voelde het anders aan. "Eentje teveel", merkte hij met de cynische knipoog op vlak voor we gehaast het gezelschap dienden te verlaten. En hij nipte aan zijn Cava. Duidelijker kon het niet zijn. Dit wordt een kwestie van timing. En levenskwaliteit. Meer zit er niet in. 

 

mv-48.jpgMaandenlang krijg je dan dat beeld van een beheersing en dapper omgaan met de situatie, ook al strookt de perceptie steeds minder met de werkelijkheid. "Hij ziet af", zeggen zij die het kunnen weten, een bevriende verpleegster met bakken ervaring op kop. Maar hij volhardt ook. Als gevolg van heel het medisch getimmer in de mondholte neemt de spraak af, maar goed, zo klinkt het sussend, retoriek was nooit zijn handelsmerk. Schrijnender was het gewichtsverlies, een voltreffer op de Bourgondiër die hij altijd was. Laat er enkele dagen tussen en het verlies aan kilo's sprong letterlijk in het oog. Zelfs voor de sterkste 'believers' werd het duidelijk dat dit een doodlopende straat was. Het optimisme zat hem in de tijd, al de rest is utopisme. En die tijd kortte op exponentiële wijze bleek de voorbije weken. Dat hij dagelijks toch nog enkele uren in de gelagzaal van het Vlaams Huis, zijn habitat, kon vertoeven, hield hem overeind. Er werden plannen gemaakt. Naar Baskenland gaan en eind juni naar Sint-Maarten. Het eerste lukte, en zo overleed hij het voorbije week-end in wat hij zijn tweede vaderland noemde. 

 

grammens.jpgElke nabeschouwing van een mensenleven is per definitie holistisch, wat in dit gegeven geval geen makkelijke klus is. Christian Dutoit laat op deze aardkloot niet enkel vrienden achter. Er zijn ook zij die zich vreselijk aan hem konden ergeren, veelal omdat ze niet op zijn golflengte van sarcasme zaten. Als hoofdredacteur van Meervoud, met het gevreesde foto-archief voorop, spaarde hij Koning noch knecht. Ni Dieu, ni maître was zijn motto, wat niet altijd verenigbaar is met de lange Vlaamse tenen.  

 

Met het heengaan van Christian Dutoit verdwijnt ook een generatie journalistiek in Vlaanderen. Niet alleen viel zijn levenslijn samen met een periode waarin dit land en samenleving interessante en soms erg vergaande evoluties onderging. Hij had ook het geluk, al dan niet geforceerd, om boeiende mensen te ontmoeten. Mark Grammens (foto) was zijn grote mentor, het is iets wat de betrokkene niet zal ontkennen. Een scherpe pen, gedrevenheid, maar ook een relativerend cynisme (op dat vlak overtrof de leerling de meester), het waren de ingrediënten van zijn recept. Goede vriend, hou je voldoende ruimte vrij aan de toog aldaar?  

 

Michaël Vandamme

jeudi, 23 juin 2016

Christian Dutoit, contrair libertair flamingant

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Joost Vandommele

Christian Dutoit, contrair libertair flamingant

Getuigenis

Ex: http://www.doorbraak.be

mv-2.jpgZondag overleed Christian Dutoit. Ook Joost Vandommele van Vlinks blikt terug op de sympathieke schelm en bezieler van Meervoud.

Ik leerde Christian Dutoit kennen in 1973. Het jaar daarvoor was Werkgroep Arbeid (met als leuze ‘voor een autonoom en socialistisch Vlaanderen’ – het was toen nog de tijd van de grote verhalen) ontstaan als afsplitsing van de Were di-jongeren. Met enkele medeleerlingen uit de poësisklas van een Kortrijks college waren zij de eersten, bovendien met een niet-nationalistische achtergrond, die aansloten. Christian vertelde vaak al lachend dat zijn vader verzetsman was geweest in zijn geboortedorp Aalbeke en een tijd was ondergedoken in een ‘kiekenkot’… Of je dat werkelijk moest geloven, wist je bij hem echter nooit…

Christian deed zijn kandidaturen geschiedenis aan de KULAK en zijn licentie aan de KUL. Zijn thesis ging over de activist en later Vlaamsgezinde communist, Jef van Extergem. Hij was de bezieler van de Werkgroep Arbeid-kern aan de KULAK die ca. 1976 integraal naar Leuven verhuisde. Christian bleek een goede organisator. Hij had een merkwaardig tekentalent voor politiek getinte cartoons en kon als geen ander affiches ontwerpen. In zijn thuisstad Kortrijk hield hij in de weekends een pub open, The Cupper Kettle inn. Lekker eten en horeca zaten hem in het bloed want zijn oom hield een restaurant – toen al – in zijn geboortedorp. Ik vermoed dat er van studeren weinig in huis kwam maar met zijn flair en intelligentie, redde hij het zonder problemen…

De Werkgroep Arbeid was ook de pionier van de actieve contacten in Ierland, Baskenland, Bretanje, Corsica, Sardinië... Ik herinner me bezoeken, kampen en werkkampen met Christian in al deze landen tot begin de jaren 80. Meervoud (eerste versie tot 1980) ontstond trouwens in 1976 als specifiek blad over nationale minderheden uitgegeven door de Werkgroep Arbeid. De naam was geïnspireerd op het toenmalige Franse blad Pluriel (voor het ‘meervoud’ der volkeren, tegen de ‘eenvormigheid’ der staten). Onder impuls van Christian zou in 1992 het nieuwe Meervoud ontstaan. Terwijl ik in 1980 definitief in vast beroepsverband ging werken, met alle consequenties voor het politieke engagement vandien, probeerde Christian verschillende jobs als zelfstandige. Zo was hij onder meer in 1984 een korte tijd en overigens de laatste hoofdredacteur van het links-flamingantische weekblad De Nieuwe geweest is, dat in 1964 door Mark Grammens was opgericht. Het is ook onder Christian dat de restanten van de Werkgroep Arbeid stilaan exclusief tot een linkse vereniging binnen de Vlaamse Beweging werden.

Tot het succes van het Vlaams Blok werd de groep overigens ook gerespecteerd binnen een deel van de linkerzijde in Vlaanderen… Naast het nieuwe Meervoud was Christian ook de bezieler en uitbater van het Vlaams Huis in Brussel, vandaag nog één van de weinig overgebleven Vlaamse Huizen in Vlaanderen. Na de ‘catacombentijd’ in de Lakensestraat en de Zinnikstraat, werd in de loop van de jaren 90 een pand aangekocht in de Drukpersstraat (achter het federaal parlement) waar hij letterlijk tot zijn laatste snik het café uitbaatte. In Meervoud zorgde hij als hoofdredacteur tot het meinummer voor een pittig maandelijks redactioneel stuk en talrijke bijdragen. Als fotograaf en verzamelaar van een enorm aantal (dikwijls humoristische en bizarre) afbeeldingen gaf hij het blad een gezicht. Ik denk dat hij al van in de jaren 70 sterk geïnspireerd was door het libertaire Charlie Hebdo. Christian was een mengeling van flamingant, libertair en anarchist. Ik was het niet steeds eens met hem gedurende die 43 jaar maar ik moet ruimschoots toegeven dat hij onwaarschijnlijk veel heeft gerealiseerd…

mv-3.jpgHij was én libertair én ontzettend ijverig en ondernemend, daar waar anarchisme dikwijls een excuus voor luiheid betekent. Ik meen mij te herinneren dat men me omtrent 2002 meldde dat Christian een ongeneeslijke ziekte had. Ik kreeg van hem in die vele decennia zeer regelmatig ludieke kaartjes uit de gehele wereld (Eritrea, Curaçao, Frans-Vlaanderen, de hoger genoemde minderheidsgebieden). Vorige maand nog een Ansicht uit Sankt-Johann en een uitnodiging voor de viering van het 25-jarige ‘concubinaat’ met zijn vriend Bernard (waarop ik wegens een ongeval spijtig genoeg niet aanwezig kon zijn). Zondag 19 juni 2016) kreeg ik dan een mail waarin stond dat hij ‘vorige nacht in Baskenland overleden was…’ Hij was in maart nog maar 60 geworden…

Ik wil besluiten met de woorden van een veel jongere Brusselse vriend, die Christian ‘slechts’ een tiental jaren kende: ‘Het zou hem misschien verbazen, maar ik heb steeds een grote bewondering voor de man gehad. Brussel is een 'Figuur' armer, een plantrekker, een sympathieke schelm, een West-Vlaamse koppigaard, het soort persoon dat bij wijze van spontane reflex 'contraire' was en dat helaas steeds schaarser lijkt te worden. Niemand zal, denk ik, ooit kunnen zeggen dat hij z'n leven niet ten volle heeft geleefd.’

mercredi, 22 juin 2016

Il y a trente ans mourait Jorge Luis Borges

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Il y a trente ans mourait Jorge Luis Borges

Auran Derien, universitaire

Ex: http://metamag.fr

Il n’a jamais reçu le prix Nobel de littérature. Pourquoi ?

Ce 14 juin 2016, on s’est souvenu que Jorge Luis Borges est mort à Genève il y a trente ans (1986). La question qui a toujours perturbé ses plus fervents lecteurs fut de comprendre les raisons de son éviction du Prix Nobel alors qu’il a rédigé une œuvre substantielle. Il se pourrait que la raison ait été entrevue clairement par un auteur mexicain, Nikito Nipongo, dans un livre publié en 1985 aux éditions Oceano : “Perlas Japonesas”. Nous proposons à nos lecteurs de partager les réflexions de Nipongo.

Quel doit être le mérite d’un Nobel de littérature ?

Ce prix a été décerné à des auteurs admirables, comme à des nullités voire à des insignifiants que personne ne lit. Pourtant, Borges se plaignait chaque fois qu’il apprenait la nouvelle de son éviction. Par exemple, en 1979, le prix couronna un obscur poète grec. Borges se lamenta: « Oui, je sais que le prix Nobel est pour Odisseus Elytis. Je ne suis pas résigné. Je me sens plutôt soulagé. Je ne connais pas l’œuvre de ce poète mais je me réjouis de ce qu’il soit Grec.»

Il nous semble que, de la part de Borges, la position digne eût été de déclarer : «Le prix Nobel, je m’en fiche». Ce prix n’honore rien. Il est simplement accompagné d’une somme d’argent appréciable. Mais Borges avait-il vraiment besoin d’argent ? Il essaya de se moquer : « C’est étrange que moi qui suit du petit nombre de ceux qui se sont intéressés à la Scandinavie, qui l’aime bien, qui ai écrit sur elle, me sente repoussé par la Scandinavie». Et encore : «Cette région m’a intéressé depuis l’époque où mon père m’avait offert une version anglaise de la « Wolksunga Saga ». Cela me plut tant que je lui demandai une mythologie nordique».

A ce type de récriminations, Borges en a rajouté d’autres, comme lorsqu’il parla de son voyage au Chili et du bon accueil qu’on lui manifesta : «Je savais que je mettais en jeu le prix Nobel lorsque je me suis rendu au Chili et que le Président….Comment s’appelle-t-il? (le journaliste qui l’interroge lui souffle : “Pinochet”). Oui, Pinochet m’a décoré. J’apprécie beaucoup le Chili et j’ai compris que c’est la Nation Chilienne, mes lecteurs chiliens qui me décoraient»… Pourtant chacun savait que la mémoire de Borges était prodigieuse. Cette manière de présenter les choses, comme s’il ne se souvenait plus de l’exécuteur d’Allende, est assez attristante ; terminer en affirmant que c’est le peuple chilien, opprimé par les militaires aux ordres de Washington, qui l’a décoré, n’est pas plus reluisant…

Il lui était impossible d’oublier sa visite du 21 septembre 1976. Lorsqu’il se présenta au siège de la junte militaire, le Palais Diego Portales de Santiago, il s’adressa en ces termes à Pinochet : «C’est un honneur d’être reçu par vous, général ; en Argentine, Chili et Uruguay on a sauvé la liberté et l’ordre». Il avait aussi soutenu que «si on considère la guerre du Vietnam comme un élément de la guerre au bolchévisme, elle est totalement justifiée». On notera aussi sa sévérité à l’égard de l’écrivain espagnol Ramón María del Valle-Inclán (1866-1936) à propos duquel il affirma : «Il me semble que Valle-Inclan est vulgaire. De très mauvais goût. Comme personne, il devait être très désagréable.» Or, Ramón María del Valle-Inclán qui voyagea plusieurs fois en Amérique Latine et fut invité au Mexique, a publié en 1926 un livre remarquable, “Tirano Banderas”, premier roman mettant en scène un dictateur hispano-américain.

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Des considérations très étranges

La manière dont Borges a parlé de la langue est aussi une cause probable de refus du Nobel. L’auteur mexicain Nipongo propose plusieurs exemples :

– Dans le livre “Borges, el palabrista” (Ed.Letra Viva, Madrid, 1980), celui-ci explique : «L’Espagnol est une langue moche. On trouve des mots splendides dans presque toutes les langues. Par exemple “cauchemar”, “nightmare”, “alptraum”, “íncubo”. En espagnol on dit pesadilla, comme si vous disiez “petite lourdeur”. C’est idiot. Mais il nous faut accepter ce mot car nous n’en avons pas d’autres». Le jugement est trop rapide. Affirmer que c’est idiot d’utiliser le mot pesadilla prouve une certaine ignorance. Il suffit de consulter le vénérable dictionnaire du XVIIIème siècle, publié en 1737, pour apprendre que « Pesadilla » signifie quelque chose qui opprime le cœur, dont la cause se trouve dans un rêve qui afflige ou encore à cause d’un repas trop plantureux. Le mot pesadilla provient d’une ancienne expression mampesadilla qui décrivait, ironiquement, la main lourde qui pèse sur le cœur du dormeur et l’angoisse.

– Dans le même ouvrage, Borges se permet d’affirmer que l’Italien et l’Espagnol sont identiques. Il explique: « J’ai dit à Battiestesa qu’il avait commis une erreur en traduisant la Divine Comédie en Espagnol, car cela entretient la croyance que l’Italien et l’Espagnol sont deux langues distinctes. Alors que ce sont deux variantes très proches d’une même langue mère, le latin». Pourtant, les difficultés semblent multiples lorsqu’on entre dans les détails. Par exemple, une bière blonde se dira cerveza clara en espagnol et birra blonda en italien. Un jus d’orange, jugo de naranja en espagnol mais spremuta di arancia en Italien.

Bref, on se demande bien pourquoi il fallut traduire la Divine comédie de l’italien à l’espagnol, tant les deux langues sont en effet semblables…

Cela explique, selon notre auteur Mexicain, le refus du Nobel à Borges. Trente ans après, on se permettra d’y ajouter une autre raison. Pour faire désigner une personne comme prix Nobel ou comme lauréat du prix de la banque de Suède en mémoire d’Alfred Nobel, il existe toute une organisation de lobbying, c’est-à-dire en réalité une armée de maîtres chanteurs, de corrupteurs au service d’une coterie qui espère que le prix Nobel servira de locomotive à sa propagande. La personne qui obtient le prix est donc finalement sans importance, puisqu’elle sert de fanion ou d’étendard, en général, aux niaiseries occidentales. Borges était peut-être trop indépendant. Il savait que les sbires de Washington – Kissinger notamment – avaient organisé le coup d’État au Chili et en Argentine, mais peut-être n’avait-il pas compris que les médias qui éructaient contre le coup d’Etat étaient aussi à la solde des USA.

On sait désormais que le critère pour octroyer le prix Nobel est double : le lauréat doit être servile à l’égard des lobbys les plus puissants et en même temps utile, idéologiquement, à l’époque de la remise du prix. Borges n’a jamais rempli les deux conditions simultanément.

mardi, 21 juin 2016

Christian Dutoit: links & Vlaams In memoriam

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Christian Dutoit: links & Vlaams

In memoriam

Henk Cuypers

Ex: http://www.doorbraak.be

ChristianDutoit.jpgMet het overlijden van Christian Dutoit (1956-2016) verliest de radicale Vlaamse beweging een van zijn meest markante figuren.

We ontmoetten mekaar voor het eerst in Leuven aan de universiteit in de tweede helft van de jaren 70. Jij studeerde moderne geschiedenis, ik ook, maar ik zat een jaar lager omdat ik een jaar jonger (van 1957) ben. In de les kwamen we mekaar niet tegen want brossen was bij jou standaard. De Vlaamse beweging en 'op café gaan' waren de verbinding tussen ons beiden.

Christian Dutoit was een markante persoonlijkheid. Hij was de exponent van een links flamingantisme dat Vlaamsgezindheid verbond aan sociaal bewogen zijn.

In zijn studentenjaren - als rasechte West-Vlaming eerst aan de Kulak in Kortrijk, daarna in Leuven - was hij één van de drijvende krachten achter de Werkgroep Arbeid,  een buitenbeentje  binnen de klassieke Vlaamse Beweging. Arbeid, later getooid met de initialen VRSB (Vlaams Republikeinse Socialistische Beweging) ijverde voor een autonoom en socialistisch Vlaanderen. Met zijn goede pen ventileerde Dutoit de standpunten en visies rond de band tussen nationaliteitenconflicten en sociale bewegingen in België maar ook in de rest van de wereld in diverse publicaties en tijdschriften.

Arbeid, De Wesp en - de eerste historische - Meervoud waren in die periode de producten waarvan Christian de eindredactie verzorgde.

In 1980 studeerde hij af met een thesis over de flamingantische communist Jef Van Extergem - een werk dat later bij de bevriende uitgeverij Soethoudt in boekvorm werd uitgegeven. Na zijn studies verhuisde hij naar Brussel. Dat werd zijn nieuwe biotoop.

Na een doortocht bij het kabinet van wijlen Hugo Schiltz waar hij onder meer de dichters-schrijvers Hendrik Carette en Henri-Floris Jespers ontmoette, wierp Dutoit zich in de pers- en communicatiewereld. Hij probeerde het als woordvoerder en liet zich zelfs verleiden om afvalverbranding op zee op het schip de Vulcanus te promoten! Greenpeace en de groene beweging konden daar niet mee lachen. Later werd hij zelfs perswoordvoerder voor een eigenaardige Congolese oppositiepartij. Hij raadde hen aan een regering in ballingschap op te richten, wat ook gebeurde.

Nadien, midden van de jaren 80, was ik mede getuige hoe hij tegen de stroom in, tevergeefs poogde het weekblad De Nieuwe redactioneel en inhoudelijk boven water te houden. Zijn scherpe en eigenzinnige pen kon echter niet vermijden dat het lijfblad van Mark Grammens in 1986 kapseisde.

De flamboyante levensgenieter uit een West-Vlaams burgerlijk milieu - zijn oom had een volks restaurant in Aalbeke waar je goddelijke côte à l'os kon eten - was een gecultiveerde en veel besproken persoonlijkheid. Hij had ook een geheimzinnig kantje dat intrigeerde. Christian had een goede neus voor de goede dingen des levens: drank, eten - hij was zelf een excellente kok, berucht zijn de fameuze Meervoud-etentjes waar Christian zelf achter de kookpot stond - en sigaren. CD waren daarom niet alleen zijn initialen maar ook een favoriet sigarenmerk.

Verdrukte volkeren bestuderen en commentariëren was zijn favoriete aandachtspunt. Baskenland - waar hij overleed, was zijn tweede thuisland. De Baskische ontvoogdingsstrijd (voor een autonoom en links Baskenland - ‘Euskadi askatuta’) was in vele opzichten voor hem een lichtend voorbeeld.

Liefde voor Baskenland

extergem-en-de-vlaamse-beweging-1983.jpgChristian heeft zijn leven lang in de traditie van de Baskische eetclubs - waar de ‘abertzale’ Basken (de Baskisch patriotten/nationalistisch gezinden) samen kwamen om te koken en te discussiëren - geijverd voor een soortgelijke formule.

Het startte begin jarn 90 in de Lakenstraat met een ‘Gure Etxea’ (letterlijk ‘ons huis’). Een Vlaams - Baskische club waar gelijkgezinden zich tegoed deden aan spijs en drank en filosofeerden over de Vlaamse beweging  en de strijd van de (verdrukte) volkeren. Van de Papoea's in Nieuw Guinea, over het Polisario in de Westelijke Sahara tot de Basken, Friezen en Bretoenen.

Er was ‘Anai Artea’ (letterlijk 'onder broeders'), een verwijzing naar de Baskische beweging Anai Artea waar Baskische vluchtelingen, meestal ETA-leden, steeds terecht konden,  voor steun, onderdak en werk, meestal in de kroegen. Christian en co stichten een Vlaamse vleugel van Anai Artea die een eigen tijdschrift uitgaf onder dezelfde naam en waaruit het maandblad Meervoud ontstond.

De ‘Baskische club’ – zoals ‘Gure Etxea’ door alle gasten genoemd werd - verhuisde een paar jaar later naar de Zinnikstraat in Brussel. Nadien kwam er - mede onder impuls en met steun van zijn politieke vader Antoon Roosens - een Vlaams Huis in Brussel in de Drukpersstraat, vlakbij de Wetstraat en het Vlaams Parlement. Dat Vlaams Huis werd al snel een thuis voor vele flaminganten in Brussel. De Brusselse afdeling van de Vlaamse Volksbeweging, het Vlaams Komitee voor Brussel, zelfs het Overlegcenrum van Vlaamse Verenigingen en het Vlaams & Neutraal Ziekenfonds, vonden er onderdak. Na acties was en is het er vaak verzamelen geblazen voor militanten van TAK en Vlaamse studentenverenigingen.

Meervoud

meervoud.jpgNa de doorbraak van het Vlaams Blok bij de parlementsverkiezingen van november 1991, startte Christian Dutoit in het najaar van 1992 opnieuw met de uitgave van het tijdschrift Meervoud dat het ondertussen al 218 nummers volhoudt. Meervoud kan beschouwd worden als een poging tot bundeling van linkse flaminganten die na het verdwijnen van initiatieven als Het Pennoen en De Nieuwe geen spreekbuis meer hadden. Het maandblad noemt zich nu een links Vlaams-nationaal blad noemt, is eerder een opiniërend blad dat vanuit een eigen kritische, en progressieve maar tegelijkertijd ook radicaal-flamingantische invalshoek de actualiteit onder de loep neemt.

In de lijn van de Meervoud uit zijn studententijd laat ook de huidige Meervoud veel ruimte voor nationaliteitenconflicten. Baskenland, Ierland en Catalonië krijgen een bevoorrechte plaats.

In de historische lijn van Jef Van Extergem, Antoon Roosens en Jan Olsen heeft Christian Dutoit ook partijpolitiek geprobeerd om het links flamingantisme op de kaart te zetten. Naar analogie met de Vlaamse Democraten begin jaren zestig, een linkse Vlaams-Brabantse en Brusselse afsplitsing van de opkomende Volksunie, probeerden Christian en zijn soulmate (later echtgenoot) Bernard Daelemans eenzelfde experiment in Brussel. In de jaren 90 nog een Vlaams Democratisch Appel, later een linkse N-VA afdeling in Brussel. Het fijne ervan ken ik niet maar ik heb me laten wijsmaken dat zijn lijst Vlaamse Democraten een N-VA scheurlijst was na een conflict met Antwerpen omtrent de aanwezigheid van de belgicist Jos Chabert op de kartellijst CD&V/N-VA. 

Christian was naast publicist ook de spin in het web bij vele initiatieven om de linkse flaminganten te bundelen. We hebben het dan onder meer over de organisatie van de jaarlijkse Sociaal-Flamingantische Landdagen (ook een verwijzing trouwens naar de Vlaamse Democraten van de beginjaren 60).

Dwarsligger

Basque_Country.svg.pngDutoit was naast publicist ook een prominente dwarsligger. Ik herinner me nog levendig zijn poging bij de parlementsverkiezingen van mei 1995 om in Wallonië op te komen met een lijst VLAAMS. VLAAMS stond voor: Volontaires Linguistiques à l'accélération du Mouvement Social. Het was een kwinkslag naar de francofonie en was erop gericht om de Union Francophone (UF) van antwoord te dienen. Het had alles te maken met de niet-splitsing van het kiesarrondissement Brussel-Halle-Vilvoorde. De Franstaligen konden in BHV voor de Europese en Senaatsverkiezingen stemmen ronselen. Met de lijst VLAAMS dienden Christian en co een lijst in Wallonië in om stemmen te ronselen. Dat is een van de vele akkefietjes waar de groep rond Christian de hand in had.

Natuurlijk kan ik nog zijn veelvuldige contacten met politici uit diverse partijen maar toch vooral de Volksunie vermelden. Dan denk ik in de eerste plaats aan Willy Kuijpers en Walter Luyten, de twee vaandeldragers die binnen deze partij zich engageerden voor dezelfde thema’s. Maar ook bij anderen - om mensenrechtenadvocaat Paul Bekaert te noemen- kon Christian terecht voor advies en steun.

De Vlaamse beweging verliest met Christian Dutoit een van zijn meest markante buitenbeentjes. 

mercredi, 08 juin 2016

Wjatscheslaw Iwanowitsch Daschitschew † – ein Nachruf

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Wjatscheslaw Iwanowitsch Daschitschew † – ein Nachruf

Von Herbert Gassen *)

Sehr geehrte Damen und Herren, liebe Freunde,

ich erhielt die Nachricht, daß

Wjatscheslaw Iwanowitsch Daschitschew

im Alter von 91 Jahren am 1. Juni 2016 in Moskau verstorben ist.

Wir Deutschen haben mit ihm einen treuen Freund verloren. Er war in der Sowjetunion als Sohn eines Generals der Roten Armee aufgewachsen und kämpfte selbst als Offizier an der ukrainischen Front gegen die deutsche Wehrmacht.

dach50_34339.jpgEr studierte nach dem Krieg an der Lomonossow-Universität. In 1973 promovierte er als Historiker. Sein beruflicher Weg führte ihn in die russische Akademie der Wissenschaften. Er war zur Zeit der Perestroika Professor der Diplomatischen Akademie des sowjetischen Außenministeriums und Berater von Michael Gorbatschow. Sein großes politisches Ziel war die Entspannung des Ost-West-Problems. Er befürwortete ganz intensiv das Zustandekommen der Wiedervereinigung Deutschlands. Er kämpfte für die Einhaltung der Menschenrechte, befürwortete die Grundsätze einer Demokratie und der Sozialen Marktwirtschaft.

Von 1991 an lehrte er bis 1998 u.a. an der FU Berlin, der Ludwig-Maximilians-Universität München und der Universität Mannheim.

Der damaligen Bundesregierung arbeitete er bei dem Thema ‚Zusammenarbeit mit Kaliningrad‘ zu und engagierte sich im Sinne der Vision Gorbatschows für ein ‚Europäisches Haus‘.

Ein anderer Berater Gorbatschows, Anatoli Tschernjajew sagte über ihn:

„Aus der Vielzahl der wissenschaftlichen Quellen, die Gorbatschow zur Information über die deutschen Angelegenheiten und auch über die des ,sozialistischen Lagers‘ dienten, wären die analytischen Notizen von Wjatscheslaw Daschitschew zu nennen. Seine Einschätzungen der Vorgänge in Deutschland und seine Empfehlungen wiesen – im Gegensatz zur Mehrheit der anderen – in die richtige Richtung.“

Was aus einem Europa unter diesen Kautelen geworden wäre, bleibt ein Traum, dessen Umsetzung in die Realität nicht aufgegeben werden darf.

Wjatscheslaw Daschitschews Engagement für Deutschland, die Deutschen, wurde von denen, die sich als ‚Freunde‘ ausgaben und Europa in seine größte Katastrophe führten, nicht akzeptiert. Seine Vorstellungen von Nation und ihrer Kultur wurden von dem bundesrepublikanischen Parteien-Establishment gar als ‚rechtsextrem‘ eingestuft. Seine Leistungen für unser Land wurden mißachtet, Daschitschew wurde verfemt.

Ich habe ihn persönlich auf Tagungen des Studienzentrums Weikersheim erlebt. Die Gespräche mit ihm waren eine große Bereicherung. Er begegnete einem mit herzlicher Bescheidenheit und überzeugte souverän mit einem funkelnden Geist.

Alle Patrioten Deutschlands sind ihm für seine Leistung für unser Land und unser Volk zu größtem Dank verpflichtet. Sein Leben war der Wille für eine unbedingt notwendige Freundschaft zwischen dem deutschen und dem russischen Volk.

Unsere Teilnahme gilt seinen Hinterbliebenen

In tiefer Trauer, Herbert Gassen *)

*) Herbert Gassen ist Dipl.Volkswirt, Bankkaufmann und regelmäßig Kolumnist auf conservo
www.conservo.wordpress.com   2. Juni 2016

samedi, 30 avril 2016

Camerone

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Officiers

Capitaine Danjou, Sous-lieutenant Maudet et Sous-lieutenant Vilain.

Sous-officiers

Sergent Major Henri Tonel, Sergents Germeys, Louis Morzycki, Alfred Palmaert et Charles Schaffner.

Caporaux

Evariste Berg, Adolphe Del Caretto, Amé Favas, Charles Magnin, Louis Philippe Maine et André Pinzinger.

Tambour

Casimir Laï.

Légionnaires

Jean Baas, Aloyse Bernardo, Gustave Bertolotto, Claude Billod, Antoine Bogucki, Félix Brunswick, Nicolas Burgiser, Georges Cathenhusen, Victor Catteau, Laurent Constantin, Constant Dael, François Daglincks, Hartog De Vries, Pierre Dicken, Charles Dubois, Frédéric Friedrich, Frédéric Fritz, Georges Fursbaz, Aloïse Gaertner, Léon Gorski, Louis Groux, Hiller, Emile Hipp, Adolphe Jeannin, Ulrich Konrad, Hippolyte Kunasseg, Jean Kurz, Félix Langmeier, Frédéric Lemmer, Jean-Baptiste Leonard, Louis Lernoud, Edouard Merlet, Joseph Rerbers, Jean-Guillaume Reuss, Louis Rohr, Hernann Schifer, Joseph Schreiblich, Jean Seffrin, Daniel Seiler, Joseph Sergers, Louis Stoller, Jean-Louis Timmermans, Clovis Pharaon Van Den Bulcke, Jacques Van Der Meersche, Luitpog Van Opstal, Henricus Vandesavel, Jean-Baptiste Verjus, Geoffroy Wensel, Karl Wittgens et Nicolas Zey.

dimanche, 20 mars 2016

"Robert Dun, un éveilleur de la conscience européenne"

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Emission n°268 : "Robert Dun, un éveilleur de la conscience européenne"

Ce soir, Méridien Zéro vous propose de revenir avec notre camarade Robert Steuckers sur la vie et l'oeuvre de Robert Dun, figure sulfureuse et souvent méconnue du XXème siècle. 

A la barre et à la technique, Eugène Krampon et Wilsdorf.

http://www.meridien-zero.com

Pour écouter:

http://www.meridien-zero.com/archive/2016/03/18/emission-...

mardi, 01 mars 2016

Sur Numero Zéro d'Umberto Eco, en hommage

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Théories du complot : l'inutile découverte

Sur Numero Zéro d'Umberto Eco, en hommage
par François-Bernard Huyghe
Ex: http://www.huyghe.fr

umberto_eco_hd2fran.jpgDans son dernier roman Numéro zéro Umberto Eco décrit la rédaction d'un futur quotidien au début des années 90. On y bidonne tout, des horoscopes aux avis mortuaires, et le journal, aux rédacteurs ringards et aux moyens restreints, et il n'est en réalité pas destiné à paraître. Il servira plutôt d'instrument de chantage à un capitaine d'industrie : il menacera ceux qui lui font obstacle de lancer des révélations scandaleuses ou des campagnes de presse. 
 
Cette histoire, et cette critique un peu convenue des médias "classsiques" se croise avec la naissance d'une théorie que l'on dirait aujourd'hui conspirationniste : un des journalistes commence à se persuader que ce n'est pas Mussolini qui a été exécuté et dont on a vu le cadavre pendu par les pieds à la Piazzale Loreto en 1945, mais un sosie. Partant de détails du récit des derniers jours ou de l'autopsie qui ne colleraient pas, le journaliste ne cesse de trouver des bizarreries dans l'histoire de ce cadavre. Par ailleurs, le vrai cadavre du Duce, enterré secrètement  a été effectivement enlevé par un commando de jeunes néo fascistes pour finir remis à sa famille en 1957. Un essai de Sergio Luzzato, récemment traduit, "le corps du Duce" analyse d'ailleurs cette histoire vraiment très romanesque de cadavre caché, enlevé, encombrant, honoré, retrouvé, etc.
 
Et Eco de décrire la construction d'une théorie par le journaliste qui part du postulat que les partisans n'ont pas tué le bon Mussolini. Dans un pays  où l'on pratique beaucoup le "dietrismo" (l'art d'imaginer de tortueuses manœuvres derrière -dietro- la version "officielle" de l'Histoire), cela marche bien. Tous les ingrédients qui nourrissent les bonnes conversations de table en Italie - Vatican, affaire Gelli, organisation Gladio chargée de faire du "stay behind" en cas d'invasion soviétique, tentative de putsch du prince Borghese bizarrement annulée, inévitable attentat de la Piazza Fontana et autres massacres d'innocents qui le suivront, autres "coïncidences", contradictions et affaires jamais expliquées sur fond de manipulations et stratégie de tension... Évidemment le journaliste se fait assassiner.
 
Et c'est à ce moment que le livre, par ailleurs astucieux et entraînant, pose une hypothèse intéressante qui pourrait être que trop de complot tue le complot.
 
Umberto-Eco-em-PDF-ePub-e-Mobi-365x574.jpgDans "Le pendule de Foucault", bien des années avant "Da Vinci Code", Eco imaginait un délirant qui, partant d'éléments faux, construisait une explication de l'Histoire par des manœuvres secrètes, Templiers, groupes ésotériques et tutti quanti. À la fin du livre, l'enquêteur se faisait également tuer, et l'auteur nous révélait à la fois que les constructions mentales sur une histoire occulte, qu'il avait fort ingénieusement illustrée pendant les neuf dixièmes du livre, étaient fausses, mais qu'il y avait aussi des dingues pour les prendre au sérieux. Et tuer en leur nom.
 
Ici, dans "Numéro zéro", il se passe presque l'inverse. Le lecteur (qui n'a pas pu échapper aux nombreux livres et articles sur les théories du complot  ne croit pas une seconde aux hypothèses du journaliste. Quand il est assassiné, son collègue (l'auteur parlant à la première personne) se sent menacé. Mais, coup de théâtre, à ce moment est diffusée une émission de la BBC "Opération Gladio" (authentique : on peut voir sur You Tube ce documentaire de près de deux heures et demi. présenté pour la première fois en 1992, année où est sensé se dérouler le livre). Or, le documentaire, truffé d'interviews des acteurs, révèle d'effroyables histoires sur une supposée armée secrète d'extrême droite, en rapport avec la CIA, le MI6, l'État italien et autre, exécute secrètement crimes et massacres, y compris en tentant de les faire attribuer leurs méfaits à l'extrême gauche. Ce qui, soit dit en passant, devrait nous rappeler que la théorie du complot n'est pas un monopole des populistes de droite.
 
"Numéro zéro" se termine un peu en queue de poisson, du moins du point de vue narratif : puisque toutes ces histoires de complot sont notoires, plus personne n'a de raison de tuer personne, et l'histoire se finit bien.
 
Mais le paradoxe soulevé mérite l'attention. Il y a des dizaines de théories sur l'assassinat de Kennedy, à peu près autant sur les massacres des années de plomb. Parmi toutes ces théories, il y en a forcément une qui doit être vraie mais nous ne saurons sans doute jamais laquelle.
 
En revanche, l'inflation des révélations et pseudo-révélations a produit quelque chose qui ressemble à une incrédulité résignée de masse. Il faut s'habituer à l'idée qu'une vaste partie de la population puisse simultanément se persuader d'être abusée par les mensonges fabriqués par des appareils politiques et médiatiques et ne pas se révolter, ou du moins accepter de continuer à subir un système qu'ils croient profondément perverti et néanmoins indépassable. Comme si Eco nous suggérait que, quand tout le monde sait qu'il y a secret, ce que cache le secret n'a plus aucune importance.

samedi, 27 février 2016

Mort d’un enfant terrible du siècle dernier: Youri Mamleev

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Mort d’un enfant terrible du siècle dernier: Youri Mamleev

par Thierry Jolif

Ex: http://www.unidivers.fr

Écrivain du dépassement et de l’absurde métaphysique, Youri Mamleev, auteur des jubilatoires Chatouny et Le Monde et le rire, s’en est allé le 25 octobre 2015. Il est parti se frotter pour de bon à cet au-delà que, dans ses livres comme dans sa vie, il avait si souvent convoqué. Sans jamais s’en effrayer…

41sn4emvdml-562e3a2318a5b.jpgNé en Russie en décembre 1931, Youri Mamleev aura eu le parcours, quasi anonyme et pourtant, intérieurement flamboyant, des ses héros.

Dès les années 1960, celui qui était alors jeune diplômé et enseignait les mathématiques va se retrouver au cœur des cercles d’une jeunesse soviétique en quête de renouveau spirituel. Rien d’étonnant à ce que dans un environnement religieux réduit à néant la soif a étancher ait été grande. Ces groupes vont dès lors chercher tous azimuts, d’une façon bien différente de leurs contemporains américains de la contre-culture, évidemment. Toutefois, en parallèle des intérêts et des personnalités singulières y trouveront des échos fort importants.

L’ésotériste René Guénon, bien sûr est de ceux-ci. Les groupes auxquels Youri Mamleev prit part sont souvent considérés comme les premiers propagateurs du corpus guénonien en Russie, mais également, pour certains, d’une version plus alarmante, sinistre et corrosive de la spiritualité. Dévoiement pervers selon les uns, voie de la main gauche, nécessaire folie en esprit selon les autres. Côtoyant les esprits et les traditions les plus diverses, Youri Mamleev avant de se jeter corps et âme dans l’écriture, se fait fort d’étudier et d’expérimenter les voies spirituelles les plus diverses. Dans un éden athée, il se forge une connaissance non seulement livresque mais également intérieure et physique des grands courants religieux du monde et de leur frange : occultisme, hermétisme, non-dualisme, trantrisme…

Sans doute n’est-ce pas un hasard si c’est au milieu de ce melting-pot religieux que Mamleev pourra s’exiler aux États-Unis à la faveur d’une loi autorisant les citoyens soviétiques de confession juive à émigrer, loi paradoxale et facilitatrice d’un pouvoir machiavélique qui favorisera le départ de nombreux dissidents et esprits forts qui, à l’image de Youri Mamleev, n’étaient absolument pas  et en aucune manière juifs. Là-bas il travaillera à l’Université Cornell avant de s’installer en France en 1983 et d’y enseigner la littérature russe à L’Institut national des langues et civilisations orientales. Dix ans plus tard, il retourne en Russie et se consacre principalement à l’écriture théâtrale, il enseignera également la philosophie hindoue à l’Université d’Etat Lomonossov.

51t259iNsUL._AC_UL320_SR200,320_.jpgPubliant dès 1956 Youri Mamleev ne tarde pas à heurter les autorités soviétiques par une prose qui, si elle se veut réaliste, propose toute autre chose que celle dite socialiste. Le réalisme littéraire de Mamleev se veut métaphysique. Son dernier ouvrage traduit et publié en France, Destin de l’être, est en définitive moins la base de sa fusée théorique que son lanceur. Ces pages renferment tout ce qui humainement et théoriquement anima toujours l’art littéraire de Mamleev :

Pour un écrivain métaphysicien, la tâche consiste en la réorientation de sa vision spirituelle vers la face invisible de l’homme. Par conséquent il ne doit s’intéresser à l’homme « visible » qu’à cause de sa capacité à refléter les réalités de l’homme secret, transcendant et insaisissable. (Destin de l’être, p. 147)

Selon le critique russe Volodymyr Bodarenko, la mort de Mamleev constitue une grande perte pour la littérature en Russie, mais sa mort va sans doute guider plus de personnes encore vers cette œuvre si étonnante, redoutable, véritable renouvellement des lettres russes à la fois profondément ancrée dans la tradition littéraire du pays et totalement novatrice.

Une œuvre qui aura su dans le même geste détruire et ressusciter la geste romanesque elle-même. D’abord et avant tout, par le rire… Un rire sacré et désacralisant. Bien que tout à fait moderne la prose de Mamleev est contemporaine du sens ancien de la comédie, celle de Dante, ou, à tout le moins, de Balzac. En France, et en Occident en général, il semble bien que l’on est pas pris la juste mesure de ce que l’on s’est empressé de définir comme comique, grotesque, absurde dans l’œuvre écrite de cet écrivain qui à la mesure d’un Gogol, d’un Poe, d’un Lovecraft ou plus proche de nous d’un Thomas Ligotti  a le plus sérieusement du monde mis sa peau au bout de sa plume pour révéler les failles métaphysiques abyssales qui se camouflent dans les réalités trop fictives, restreintes et restrictives pour être honnêtes, du monde moderne.

Rassasié d’au-delà, Izvitski se fixait à présent sur le rire de l’Absolu ; comme quoi ce rire, s’il existait, était une chose inouïe, sauvage, inconcevable, car rien ne pouvait lui être opposé ; et dont la cause n’était point un décalage avec la réalité, mais ce qu’il ne nous était pas donné de savoir. (Chatouny, p. 203)

Dans le second de ses textes publié en français (La Dernière comédie) le monde offert à nos regards, dans le chapitre « En bas c’est pareil qu’en haut » (version familière et dérisoire du fameux adage hermétique), l’auteur évoque une atmosphère dont le comique renvoie à l’état désaxé et bouffon qui s’empare de la société moscovite lors de la visite du professeur Woland (dans Le Maître et Marguerite de Mikhaïl Boulgakov) – un caractère « post-apocalyptique » et ordurier en plus ! L’inversion est poussée à son paroxysme et met en avant les tares spirituelles d’un monde pour lequel le salut ne saurait être pensé sans être violemment dégradé. Panarel (le personnage « central » de ce chapitre), nouvelle et déjà très singulière incarnation du Fils de Dieu, le constate et l’accepte lui-même amèrement. L’aspect platement anthropophage de sa fin (et de la fin du chapitre) suggère bien ce terrible abaissement négatif de toute soif spirituelle dans l’orientation ultra-matérialiste de notre époque.

capture-20d-e2-80-99ecran-202015-10-26-20a-2015-11-37-562e3a6e0cd32.pngQuant à l’ambiance générale qui se dégage de Le Monde et le rire, elle n’est pas moins fantasque et lugubre. C’est le monde surnaturel lui-même qui y perd la tête. Et au cours de l’enquête surréaliste que nous fait suivre l’auteur nous croisons différents personnages psychiquement perturbés, fort différents du psychisme lambda en tout cas. Les personnages de cette galerie de portraits sont d’ailleurs regroupés génériquement et significativement sous le terme de « chamboulés ». Ici, le parallèle le plus signifiant avec la littérature russe antérieure serait sûrement le groupe de personnages évoqué par Pilniak dans son récit L’Acajou. Pilniak avait nommé cette troupe hétéroclite de clochards volontaires, de quasi fols mystiques, « okhlomon » (« emburelucoqués » dans la belle traduction française de Jacques Catteau).

En outre, cette assemblée de marginaux volontairement déclassés n’est pas sans rappeler celle du souterrain qui occupe une place centrale dans Les Couloirs du temps de Mamleev. Scientifiques « originaux », intellectuels déclassés, penseurs « bizarres » tous ont en commun une forme, plus ou moins obscure, de… « refus ». Ayant tous perçu intuitivement un « inconcevable », un « mystère » dépassant la commune, admise et plate raison « réaliste » et raisonnable, ils forment, bon gré mal gré, une société recluse de refuzniks… Mais également, en raison de cet intuitionnisme mal venu, un groupement qui laisse pénétrer au cœur endurcis du monde les prémisses d’un « outre-entendement » trop longtemps mis sous le boisseau… Mais :

Le mystère est partout jusque dans le marasme. (Le Monde et le rire)

Vous parlez d’or Lena : que la vie ordinaire ne se distingue en rien de l’Abîme ! Que l’on meure et ressuscite aux yeux de tous ! Que les hommes tiennent conciliabule avec les dieux ! L’inconcevable doit faire irruption dans le monde ! L’inconcevable et, au milieu : une gaieté sans frein ! Marre de l’ordre en vigueur : ici le royaume des vivants, là celui des morts, on naît ici, on meurt là et pas ailleurs ! Que la ténèbre envahisse les cieux et que retentisse la Voix de Dieu : « Allez-y, les gars, bringuez ! Fais la noce Mère Russie, advienne ce que tu voudras ! Amuse-toi tout ton saoul, pays où l’impossible devient possible ! Je te donne toute liberté, mort aux démiurges et à tous les rêves dorés ! » (Le Monde et le rire)

Malheureusement, en France, sur la vingtaine d’ouvrages parus de Mamleev seule une poignée est traduite et éditée :

Chatouny, Robert Laffont, 1986, réédition Le Serpent à plumes, 1998
La Dernière comédie, Robert Laffont, 1988
Fleurs du mal, Albin Michel, 1997
Les Couloirs du temps, Le Serpent à plumes, 2004
Le Monde et le rire, Le Serpent à plumes, 2007

samedi, 20 février 2016

Jean Dutourd, l'anarcho-gaulliste

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Jean Dutourd, l'anarcho-gaulliste

Par

 Bruno de Cessole (archives: 2011)

 

 

 

 

Ex: http://www.valeursactuelles.com

 
Disparu le 17 janvier 2011 à l’âge de 91 ans, l'écrivain fut tout au long de sa vie un résistant au conformisme, à la bêtise et au progressisme.

Lorsqu’on l’allait visiter dans son sombre appartement proche de l’Académie, il fallait traverser un salon vaste comme un hall de gare (de province), longer un couloir interminable, avant de pénétrer dans le bureau bibliothèque où il vous recevait, en veste d’intérieur écossaise, la bouffarde au bec, dans la compagnie de quelques milliers de livres impeccablement alignés sur les rayonnages. Un décor très britannique, boiseries, fauteuils de cuir, odeur de cire et de tabac blond, nuancé d’ordre monacal ou militaire. Le maître des lieux, du reste, avait un côté très British, et pas seulement pour la moustache et la pipe dignes du Colonel Bramble ou du Major Thompson.

Jean Dutourd était un vieux Gaulois ronchonneur tempéré par l’humour anglais et le goût du paradoxe chers à Jonathan Swift et à Oscar Wilde. En dépit de son inaltérable attachement à la mère patrie, « la France ma mère, qui s’est, en quinze siècles, façonné une âme plus belle et plus grande que toute autre nation », Dutourd renchérissait volontiers sur Godefroy, le héros de Courteline, qui soupire : « J’aime bien maman, mais crénom, qu’elle est agaçante ! » Bon fils, l’auteur des Horreurs de l’amour pouvait râler, mais ne la reniait pas, même quand elle faisait des bêtises, comme de désavouer de Gaulle en 1968 ou de porter Mitterrand au pouvoir en 1981.

Dans ces années-là, je le voyais souvent, car il était, pour les journalistes, un “bon client”. Depuis son élection à l’Académie française en 1978, à la suite du plasticage de son appartement, qui contribua beaucoup, disait-il en riant, à son élection, il s’autorisait une liberté de parole qui ne s’encombrait pas des prudences habituelles chez les habits verts. Il avait l’esprit caustique, la parole drue, la formule assassine, et n’épargnait personne, à commencer par les hommes de pouvoir et les belles âmes progressistes. Jamais il ne fut plus en verve que durant les deux septennats mitterrandiens où il publia le Socialisme à tête de linotte, le Spectre de la rose, la Gauche la plus bête du monde, le Septennat des vaches maigres, Journal des années de peste 1986-1991, la France considérée comme une maladie mais aussi Henri ou l’Éducation nationale, le Séminaire de Bordeaux, Ça bouge dans le prêt-à-porter, désopilante anthologie des clichés et des expressions à la mode dans le journalisme.

2877062937.08.LZZZZZZZ.jpgDu temps que le Général régnait sur la France, le gaulliste Dutourd était abreuvé d’injures, dont les moindres étaient : « nouveau Déroulède », « grosse bête », « patriote ringard ». On le vilipendait pour son « gros bon sens », sa prétendue « vulgarité », sa propension à se faire « le porte-parole de la majorité silencieuse ». « Pour être admis chez les gens intelligents, me disait-il, il fallait m’avoir traité d’imbécile ! » Du jour où les socialistes parvinrent au pouvoir, on le découvrit soudain moins bête qu’on ne le disait, et jamais il ne fut davantage invité sur les plateaux de télévision, où son flegme narquois et ses bons mots faisaient florès.

La politique, en réalité, ne l’intéressait que comme prétexte à exhaler ses humeurs. Il avait, reconnaissait-il, des sentiments plutôt que des idées politiques. Depuis le discours du 18 juin 1940, il n’avait jamais varié de ligne : “anarcho-gaulliste”, et le moins mauvais régime aurait été à ses yeux « une monarchie absolue tempérée par l’assassinat », selon une formule qu’il attribuait à Stendhal, attribution dont je ne suis pas sûr qu’elle soit exacte. Cet individualiste, qui s’inscrivait dans la lignée de ses maîtres, Montaigne, Voltaire, Stendhal et Chesterton, se méfiait de l’État-providence et de l’angélisme, ce « crime politique » qui conduit l’État à vouloir faire le bien du citoyen malgré lui : «Tous les gouvernements sont comme les bonnes femmes qui disent à un type: “Tu verras, je vais faire ton bonheur !” Instantanément, le type est terrorisé et se dit : “Elle va m’emmerder toute ma vie !” C’est la même chose en politique. »

Jean Dutourd était de ces dinosaures en voie de disparition qui ne s’excusent pas d’être français, n’admettent guère que l’“insolente nation” trahisse sa vocation à la grandeur, et ont souvent mal à leur pays. Il avait intitulé l’un de ses livres De la France considérée comme une maladie. Une expression qu’il tenait de sa belle-mère, qui répétait sans cesse : «J’ai mal à la France. » « Je crois, me confiait-il, que les Français ont toujours eu mal à la France. Depuis qu’il existe une littérature française, les écrivains ont des bleus à leur patrie. Peut-être à cause de l’hypertrophie de notre sens critique qui nous fait nous gratter sans cesse. Cela dit, il y a eu des périodes où les Français n’avaient pas trop mal à la France. Comme sous Louis XIV et Napoléon. C’était l’Europe qui avait mal, à ce moment-là.»

L’un des drames de notre pays résidait, selon lui, dans la disparition progressive du bon sens au profit de la prétention des soi-disant élites qui ne s’expriment plus que dans un sabir incompréhensible par le peuple, véritable attentat contre la clarté de notre idiome national. « Intellectuel n’est pas synonyme d’intelligent. Je dirais même qu’on est plutôt intelligent quand on n’est pas intellectuel. Les intellos sont la lie de la terre. Ils incarnent l’éternelle trahison des clercs. On est un artiste, un écrivain, un philosophe, mais pas un intellectuel ! Un intellectuel, c’est un de ces mauvais curés qui font tout pour vous dégoûter du bon Dieu. Bref, c’est affreux ! »

Il prétendait n’être qu’un homme de la rue qui sait écrire

S’il était volontiers disert sur la vie publique, l’homme, en revanche, était d’une discrétion rare sur sa vie privée : « Mon rêve, c’est de ne pas avoir de biographie, car celle-ci se construit toujours au détriment de l’oeuvre. Alors, pas de biographie. Comme Homère et comme Shakespeare…» Dans Jeannot, Mémoires d’un enfant, il avait arrêté ses Mémoires à l’âge de 11 ans, estimant que les décennies suivantes n’offraient rien de singulier. « Je suis un homme de la rue qui sait écrire. C’est la seule chose que je sache faire », confessait-il avec une fausse modestie goguenarde. Depuis le Complexe de César, son premier livre, déjà provocateur, publié en 1946, il n’avait cessé de publier avec une régularité horlogère, et un talent hors du commun. Il était de ces rares écrivains, comme Marcel Aymé, pour qui le français était une langue naturelle. À la fois très simple, très pure, et savante, mêlant la familiarité et les tournures recherchées héritées de ces classiques qu’il fréquentait assidûment.

Parmi les soixante-dix titres que laisse ce grognard en demi-solde, vaste panorama satirique de son époque, certains furent des succès considérables comme Au bon beurre (prix Interallié) et les Taxis de la Marne ; les autres témoignent d’une remarquable capacité à varier de registre, de Doucin aux Mémoires de Mary Watson, tout en reflétant une vision du monde à la fois sans illusions, autrement dit réactionnaire, et cocasse. Car Jean Dutourd était un moraliste qui avait l’élégance de la gaîté.

Bruno de Cessole

samedi, 16 janvier 2016

Avec la mort de Pierre Boulez, une page de l’histoire de la musique française se tourne

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Avec la mort de Pierre Boulez, une page de l’histoire de la musique française se tourne

par Jean-François Gautier

Ex: http://cerclenonconforme.hautetfort.com

(Breizh-info.com) – La mort de Pierre Boulez, né en 1925 à Montbrison (Loire), clôt un chapitre de l’histoire de la musique française qu’il avait illustrée avec éclat.

Collégien au petit séminaire de Montbrison, il prépara ensuite une mathématique supérieure à Lyon avant d’entrer en 1943 au Conservatoire de Paris dans la classe d’analyse musicale d’Olivier Messiaen. Pianiste remarquable, prodigieux lecteur, analyste incomparable, Boulez tenta très rapidement d’appliquer à l’écriture musicale ce que les mathématiciens de l’époque – le groupe Bourbaki, fondé en 1935 à Besse, en Auvergne – tentaient pour leur science : une approche systématique, dédiée à une construction générique telle que, partant de quelques propositions initiales, toutes les autres peuvent s’en déduire logiquement.

Appliquée par Boulez à l’écriture musicale, cette méthode, répandue de congrès musicaux en festivals de musique contemporaine, connut un succès planétaire, notamment grâce aux enseignements américains donnés dans des Universités, et non dans des Conservatoires à la manière française, où les instrumentistes côtoient les compositeurs. La position d’avant-gardiste adoptée par Pierre Boulez essaima d’autant mieux qu’elle clouait au pilori les références admises, dans de fortes polémiques qui participèrent à sa réputation. De son maître Messiaen, il disait publiquement : « Il ne compose pas, il juxtapose… ». Et son aîné André Jolivet, ami de Messiaen, fut affublé par lui du sobriquet de ‘Joli Navet’.

Organisateur né, Boulez se trouva néanmoins des relais en Allemagne, au Canada et aux États-Unis, qui répandirent sa bonne parole. Il y eut un grain de sable en France, en 1964 : André Malraux, alors ministre de la Culture du général De Gaulle, nomma à la tête de la direction de la musique le compositeur Marcel Landowski, et non Boulez que précédait sa réputation de caractère intraitable et colérique. Jugeant les structures des écoles et des orchestres français ‘sclérosées et vieillies’, Boulez s’exila alors à Darmstadt où l’accueillit une école de musique réjouie d’une recrue de ce format.

Il intriguera ensuite pour obtenir des postes en France. Grâce à ses réseaux, qui remontent jusqu’à Claude Pompidou, l’épouse du président de la République, il trouve des crédits pour faire bâtir en 1969, à côté du Centre Beaubourg-Georges-Pompidou, un Institut de Recherche et de Coordination Acoustique/Musique (Ircam), qui devient une autorité internationale pour les jeunes compositeurs. Cette création est suivie, en 1976, de celle de l’Ensemble Intercontemporain qui ne joue que des partitions de Boulez ou celles approuvées par lui.

Des querelles d’école s’en suivent, notamment en direction des ‘baroqueux’ qui émergent alors et tentent de reconstituer un répertoire du XVIII° siècle que Boulez juge ‘historiquement dépassé’, Bach mis à part. Polémiques aussi avec les jeunes confrères qui ne suivent pas ses orientations, et que Landowski regroupe en 1991 au sein de l’association Musique Nouvelle en Liberté, soutenue par le violoncelliste russe Rostropovitch et par l’anthropologue Claude Lévi-Strauss.

Boulez, qui avait pour mot d’ordre dans sa jeunesse de « brûler les maisons d’opéras », n’hésita pas en 1976, lorsque Wieland Wagner lui proposa de diriger à Bayreuth les quatre épisodes de L’Anneau des Nibelungen, pour le centenaire de leur création. Et il récidiva en 1979 en créant à l’Opéra de Paris la Lulu, d’Alban Berg, une œuvre entièrement dodécaphonique et inachevée qui avait dormi quarante-cinq ans dans les tiroirs. Dans les deux cas, la mise en scène assurée par Patrice Chéreau assura aux représentations le succès scandaleux qu’appréciait Boulez.

Sa réputation internationale doit aussi à sa capacité de conduire avec clarté les œuvres les plus disparates, à la tête des orchestres les plus divers, ceux de la BBC, de Cleveland, de Chicago, le Concertgebouw d’Amsterdam, le Philharmonique de New York, et tant d’autres encore. De chaque concert il faisait une leçon, ce que les instrumentistes et les étudiants en musique appréciaient par dessus tout.

De 1976 à 1995, Boulez fut aussi professeur au Collège de France, titulaire de la chaire d’Invention, technique et langage en musique. Malgré une présence raréfiée certaines années, il montra là une forte capacité à manier le concept, et ses résumés de cours, traduits dans le monde entier, rencontrèrent tout à la fois un public enthousiaste et une opposition virulente.

Au total, Boulez aura plus convaincu par son entreprise de chef d’orchestre et de brillant analyste de partitions (Stravinsky, Debussy, à propos desquels il initia une jeunesse avide d’analyses claires), que comme compositeur. Si des œuvres de jeunesse comme Le Soleil des eaux (1950) ou Le marteau sans Maître (1954), sur des textes du poète René Char, ont montré combien il savait manier tout à la fois le lyrisme et la rigueur, ce qui permit d’ailleurs à nombre d’instrumentistes de réfléchir plus avant sur leur métier, les deux douzaines de partitions qui suivirent, constamment remaniées, ont consacré un statut partagé par nombre de compositeurs dans les sociétés modernes : ils sont coupés tout à la fois de leurs traditions populaires, tant mélodiques que rythmiques, et d’un public ordinaire tel que celui de Bach à la paroisse Saint-Thomas de Leipzig, ou au Café Zimmermann quand il y dirigeait, dans des pages totalement ‘contemporaines’, le Collegium Musicum cofondé en 1729 avec Telemann.

Le chef helvétique Ernest Ansermet, qui dirigea nombre de compositeurs du XX° siècle, fut l’un des principaux opposants à l’avant-garde boulézienne. Il lisait dans les partitions du nouveau maître des « produits de décomposition », ajoutant qu’il faisait partie de ceux qui « croyaient être à l’avant-garde de l’histoire – et n’importe quel imbécile vous dira qu’ils « avancent ». En réalité ils reculent, et en reculant ils sont tombés au-dessous de ce qu’était la musique à l’aube de l’histoire, à ce moment où les sons ne faisaient pas encore de la musique pour l’oreille humaine. »

Des polémiques dont il fut la cible – souvent des réponses à celles qu’il engageait lui-même – Boulez n’avait cure, tant ses réseaux et les postes qu’il avait conquis étaient solides. Reste maintenant, après sa mort, à attendre le jugement de la postérité. Il sera sans polémiques inutiles. Parlera-t-on encore de lui en 2050, et ses œuvres seront-elles encore jouées ? Et par qui ? Réponse dans trente-cinq ans.

J.F. Gautier

Photo : DR
Breizh-info.com, 2016, dépêches libres de copie et diffusion sous réserve de mention de la source d’origine.

Breizh-info

dimanche, 27 décembre 2015

Lawrence Dennis: 1893–1977

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Lawrence Dennis: 1893–1977

December 25, Christmas Day, is also the birthday of one of the most exotic and courageous thinkers ever to stride across the American political stage: Lawrence Dennis.

Now, there are three basic facts everyone learns about Mr. Dennis at the outset.

One: he was a leading Right-wing economic and political theorist of the 1930s and ’40s—an American fascist if you will. And he got caught up the the “Great Sedition Trial of 1944” (a trial that ended inconclusively when Judge Edward Eicher, a former Iowa congressman, suddenly dropped dead and no one cared to reconvene proceedings).

lawrfencedennisAmGJL._SX334_BO1,204,203,200_.jpgTwo: Lawrence Dennis was part African-American, a fact that was marginally believable at first glance, given his “swarthy” or “bronzed” complexion and short, wiry hair. Dennis could “pass for white” if he wanted to, and so he did for several decades. But this was mainly for reasons of convenience. During his years at Exeter, Harvard, the diplomatic corps, and Wall Street, talking about a mulatto heritage was just an unnecessary complication, and so he didn’t. At the end of the day there is no reason to believe he was ashamed of his mixed-race heritage; it is said that when he died in his eighties he was sporting an afro [2].

Dennis’s racial mixture, coupled with his radical-right politics, confounds political historians on the Left. They have no trouble dealing with the fact that W. E. B. DuBois, another light-skinned mulatto, went to Harvard and later joined the Communist Party USA. But to imagine another light-skinned man of Negro heritage was a fascist? And not only an American fascist, but former diplomat and famous diplomatic theorist. In 2007 a biography of Dennis was a published with the title of The Color of Fascism.[1] As one might expect from that lurid title, the publisher promoted the bio as a racial saga: a story of “deception” and hypocrisy and living in shame among virulent hatemongers.

But now we come to the third remarkable thing about Lawrence Dennis—maybe the weirdest fact of all. He had been a baby celebrity, a child preacher.

At the end of the 19th century, newspapers in New York and Chicago were fascinated by the something of this infant phenomenon, “Larney Dennis”—the Child Prodigy from Georgia, come to save yo’ souls!

Decades later, the whole notion of a colored moppet haranguing the sinners would become a routine item on the church-vaudeville circuit (Rev. Al Sharpton started out this way). But in the late 1890s this little hi-yaller preaching prodigy with the white frock and booming voice was one-of-a-kind, a huge drawing card:

“Pray! Pray! Down on yo’ knees and pray!”

A child’s quivering tones, yet instinct with power. Above a tiny form in shot white frock with a strange majesty in the upraised olive face and small commanding hand. Below a vast multitude of more than three thousand souls, curious, cynical, devout; yet all, believer and scoffer, alike, held in sway by this morsel of humanity.

In a word, Lawrence Dennis, the negro baby evangelist, was before his first New York audience at the Mount Olivet Baptist Church in West Fifty-third street this afternoon enacting one of the most remarkable scenes in the shifting life of the great metropolis.

Long before 4, the hour named for the service, the church was packed…

Little Lawrence shook the black curls confined at either side of his head with a pink ribbon and looked expectantly about.

“I am 5 years old,” in reply to the first query, “and I was bo’n on the 25th of December, Christ’s birthday.”

***

“Why are you here?” cried a negress from the middle of the house.

“To save New York,” ejaculated the preacher. “I’se got to save you goats.”

(Chicago Tribune, January 8, 1899)

lawrence-dennis.gifA most bizarre start in life for a diplomat, or Wall Street investment banker, or fascist economic theorist—all of which Dennis would be in the 1920s and ’30s.

It all seems mythical, this story of the white-frocked child evangelist;  so disconnected is it from Dennis’s adult careers. A bit like the Homeric story of Achilles on Skyros, disguised as a princess so he wouldn’t have to die in the Trojan Wars as prophecy predicted. (As you may recall, this experience gave Achilles such a tough hide that he went off and died in the Trojan Wars anyway.)

Lawrence Dennis’s break with his past came in his mid-teens, and it was drastic. He went to prep school at Philips Exeter and pretty much swept his childhood fame and negritude under the rug. He was a star debater at Exeter and then at Harvard College, where he crash-coursed an accelerated A.B. degree in two-and-a-half years. (This was rather less difficult than it sounds today: during the Great War, Harvard and Yale handed out course credits like doughnuts, so the boys could get to France, or come back and graduate without much effort.)

After that, it was the Foreign Service corps for Dennis, in Haiti, Romania, and Central America. It seems to be his time in Honduras and Nicaragua that radicalized this rising young diplomat. It became clear to him that Central America and the Caribbean—most of the Americas in fact—were the playthings, the game-board of the U.S. State Department and, ultimately, Wall Street. He tried to publish articles about revolutions in Honduras and Nicaragua in the Atlantic Monthly and Foreign Affairs, but Foggy Bottom embargoed them.[3]

Rather ironically, Dennis thereupon left the State Department and went to work for the Guaranty Trust Company for a while,[4] followed by the J. & W. Seligman investment bankers. Seligman sent Dennis to Lima, as their representative.

Dennis took one look and balked: the Wall Street loans to Peru were ill-constructed and predestined to fail. This was an old Wall Street trick, going back at least to the mid-19th century. The basic idea was that the investment bank would make loans to a Latin American country, which the country didn’t ever have a prayer of paying back. When the foreign government defaulted, the investment bank would demand that the US State Department and Treasury step in and guarantee the loans, by claiming assets or future revenues from the country.[5]

Lawrence Dennis quit Seligman and wrote some articles for The New Republic exposing these shenanigans in Peru. Thenceforth he was essentially barred from employment on both Wall street and the State Department. He didn’t much care. It was the height of the depression, 1932, and he wrote a well-received book, based on on diplomatic and banking experience, called Is Capitalism Doomed?[6]

The capitalism Dennis refers to here is not international banking per se, but rather the specific American brand of “Wild West” laissez-faire capitalism, with no governmental restraints and oversight. Drawing a parallel to Frederick Jackson Turner’s thesis about the closing of the American frontier in the 1890s, Dennis argued that the days of “Wild West” capitalism—arrant speculation, plutocratic strong-arming of Congress and weak foreign “republics”—were dead and gone.[7]

It was 1932, and there was no shortage of howls about the demise of capitalism. But oddball Dennis didn’t howl with the crowd. For him, the solution wasn’t some Bolshevik revolution that destroyed most existing structures of society and put an alien class on top. He proposed something much simpler: a nationalistic ethos that restrained the capitalists and put the American people’s needs into the driver’s seat. In other words, American fascism.

Is Capitalism Doomed? was mostly a reflection of Dennis’s diplomatic and Wall Street adventures. It took a few more years for him to articulate a cogent argument of why fascism, rather than bolshevism, was the proper replacement for freebooting Wall Street capitalism. This came with his 1940 treatise, The Dynamics of War and Revolution.[8]

Is Capitalism Doomed? had been published by Harper & Bros., as mainstream and old-line a New York publishing house as existed; but by the late ’30s Dennis’s fascist connections put him beyond the pale, and he had to distribute this through his own private imprint.[9]

Accordingly this Dennis book never got much distribution. But it is clear he was reaching the apogee of his political insight in such toothy passages as these:

Back in 1933 an 1934 I was one of the few writing Americans who saw that both socialism and nazism had to end in an extreme form of socialism by reason of the pressures of inevitable trends in social change. I derided the interpretations of Fascism and Naziism made equally  by the conservatives and the communists at the time. Incidentally, it is to be remarked the American communists and fellow travelers, who are as unsophisticated in politics as Wall Streeters or Mrs Roosevelt, helped both Mussolini no end in the early days by denouncing them as capitalist stooges. My book The Coming American Fascism, was treated my many critics as wholly irrelevant to Fascism because it did not accord with the the orthodox Moscow interpretation of this new phenomenon. On this point, the orthodox line of Union Square and the Union League Club was the same. . . .

To me in 1933-1936, as now, the idea then being advanced on Park Avenue and lower Third Avenue that the demagogue of a popular national socialist movement with a private army of the people under his orders could be the Charlie McCarthy of big businessmen was utterly preposterous. I have known intimately too many big businessmen to have any uncertainly as to the role they would be playing in any Charlie McCarthy act with a Hitler. Businessmen are socially the least intelligent and creative members of our ruling classes. . . .

Notes

dennissjwL._SX331_BO1,204,203,200_.jpg1. Gerald Horne, The Color of Fascism: Lawrence Dennis, Racial Passing, and the Rise of Right-Wing Extremism in the United States (New York: New York University Press, 2007).

2. Ibid.

3. A more famous diplomat radicalized by similar experiences in Latin America was Sumner Welles, Undersecretary of State in the Cordell Hull years, who devoted a long book, Naboth’s Vineyard: The Dominican Republic 1844-1924 (New York: Payson and Clarke, 1928) to detailing the exploitation of that island nation by American banking interests.

4. Later Morgan Guaranty Trust; currently a segment of JPMorganChase.

5. Barbara Stallings, Banker to the third World: U.S. portfolio Investment in Latin America, 1900-1986 (Berkeley: University of California Press, 1987).

6. Lawrence Dennis, Is capitalism doomed? (New York: Harper & Brothers, 1932).

7. See Keith Stimely’s treatment of this topic, reprinted here [4] December 25, 2014.

8. Lawrence Dennis, The Dynamics of War and Revolution (New York: The Weekly Foreign Letter, 1940).

9. Justus Doenecke, “The Isolationist as Collectivist: Lawrence Dennis and the Coming of World War II” https://mises.org/library/isolationist-collectivist-lawre... [5]

Article printed from Counter-Currents Publishing: http://www.counter-currents.com

URL to article: http://www.counter-currents.com/2015/12/lawrence-dennis-1893-1977/

URLs in this post:

[1] Image: https://secure.counter-currents.com/wp-content/uploads/2015/12/lawrence-dennis.png

[2] sporting an afro: http://www.theguardian.com/world/2007/apr/04/usa.race

[3] Image: https://secure.counter-currents.com/wp-content/uploads/2015/12/larney-dennis.jpg

[4] reprinted here: http://www.counter-currents.com/2014/12/lawrence-dennis-and-a-frontier-thesis-for-american-capitalism/

[5] https://mises.org/library/isolationist-collectivist-lawrence-dennis-and-coming-world-war-ii-0: https://mises.org/library/isolationist-collectivist-lawrence-dennis-and-coming-world-war-ii-0

 

mardi, 01 décembre 2015

In Memoriam Heinz Dieter Hansen

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In Memoriam

Heinz Dieter Hansen

Nous venons d'apprendre la disparition de notre ami très cher Heinz Dieter Hansen de Hambourg, animateur de la "Deutsch-Europäische Studiengesellschaft" et fondateur de la série de brochures Junges Forum.

Un hommage mérité lui sera rendu!

17:47 Publié dans Hommages | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : heinz dieter hansen, allemagne, hommage, disparition | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

lundi, 30 novembre 2015

Histoire vraie de l'homme qui cherchait le yéti

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A la fin des années 1980, Jordi Magraner, zoologue franco-espagnol, monte une expédition. Toute scientifique qu'elle soit, elle paraît incroyable : Magraner part à la recherche du « barmanou », aussi appelé yéti dans d'autres régions du monde, au coeur des montagnes d'Afghanistan.

Gabi Martinez a enquêté sur cet explorateur hors du commun et nous livre le récit palpitant et hautement romanesque de cette histoire vraie. Pendant des années, Jordi Magraner arpente les montagnes du nord du Pakistan et d'Afghanistan. Il est convaincu que la théorie de l'évolution de Darwin n'explique pas pourquoi l'être humain parle et a une conscience. Il se dit qu'il existe bien un chaînon manquant, qu'il pourrait s'agir du barmanou. Il est un fervent apôtre de la cryptozoologie, ce courant qui étudie les animaux dont l'existence est sujette à caution. En partant à sa recherche, il découvre la fascinante communauté kalash, ces hommes blonds aux yeux bleus, de tradition païenne. Il devient l'un des leurs. En lutte constante avec les institutions françaises et pakistanaises, il travaille pour le Musée d'Histoire Naturelle de Paris, rencontre Massoud, dirige l'Alliance Française de Peshawar…

Mais quand les États-Unis envahissent l'Afghanistan, l'atmosphère devient irrespirable. Il est accusé de pédophilie et d'espionnage. Assassiné en 2004 au Pakistan, le crime n'a pas été élucidé et son corps n'a pas été rapatrié. Jordi Magraner est un personnage issu d'un autre monde, pareil à ces écrivains explorateurs du XIXe siècle. Un personnage anachronique, résolument romanesque, qui rappelle par moments le Limonov d'Emmanuel Carrère. 

Source: http://www.zentropa.info

mercredi, 11 novembre 2015

Helmut Schmidt : un très grand Allemand nous quitte

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Helmut Schmidt : un très grand Allemand nous quitte

Pascal Décaillet
Journaliste et entrepreneur indépendant
Ex: http://www.lesobservateurs.ch

Sur le vif - 10.11.15 - 16.37h

HS7460z.jpgHambourg, 25 mars 1999 : à quelques heures du début des bombardements de l’OTAN sur la Serbie, l’ancien chancelier Helmut Schmidt (1974-1982), cinquième de la République fédérale à porter ce titre, 80 ans, nous reçoit, mon confrère Pierre-André Stauffer de l’Hebdo, et moi, dans son bureau, au sommet de la tour de « Die Zeit », dont il est l’éditeur. Vue sur le port. Sa ville natale, splendide. Hanséatique. L’une de mes villes allemandes préférées.

Pendant 90 minutes, au milieu d’une incroyable tabagie, alternant les Menthol et les prises de tabac à sniffer (une vielle habitude d’adolescent marin, ici à Hambourg, nous dit-il), cet homme d’exception, successeur de Willy Brandt (dont il a été le ministre) à la Chancellerie, prédécesseur de Kohl, n’ayant rien à envier à ce dernier, nous promène, avec son allemand qui sent la mer du Nord, dans le prodigieux dédale de l’Histoire de son pays au vingtième siècle, celle qu’évoque Günter Grass dans son livre « Mein Jahrhundert ». Mais Grass est peintre, l’un des plus grands, Schmidt est acteur. Ce siècle allemand, il a contribué à le faire.

L’homme qui vient de nous quitter, à presque 97 ans, était né à Hambourg le 23 décembre 1918, un mois et douze jours après l’Armistice, un mois et quatorze jours, surtout, après le début de la Révolution allemande, celle du 9 novembre, celle dont parle Döblin dans son roman « November 1918 ». Il grandit dans la ville hanséatique, fait toute la Seconde Guerre mondiale comme officier de DCA, est décoré de la Croix de Fer, prisonnier des Britanniques en 1945, s’inscrit au SPD (le parti social-démocrate) en 1946, entame une prodigieuse carrière politique, d’abord dans le Land de Hambourg, puis au niveau fédéral (Défense, Finances), avant les huit années de pouvoir suprême.

Helmut Schmidt était un Européen convaincu. Mais pas une Europe du cœur, comme son successeur le Rhénan Helmut Kohl. Non, juste une Europe de la raison, avait-il tenu à nous préciser en ce jour de mars 1999, pour que le continent atteigne une dimension critique suffisante pour affronter les grands blocs. On connaît son amitié légendaire avec Valéry Giscard d’Estaing, ils furent, au même titre que de Gaulle-Adenauer et Kohl-Mitterrand, l’un des grands couples de la construction européenne. En 2001, je les avais revus, MM Schmidt et Giscard, à la Fondation Jean-Monnet de Lausanne, j’avais pu mesurer la proximité qui les liait.

HSdL._SX296_BO1,204,203,200_.jpgCe que les gens, aujourd’hui, connaissent peu en Suisse romande, c’est l’immensité de l’intelligence politique de l’homme qui nous quitte aujourd’hui. Dans la droite ligne de Bismarck, il construit le destin allemand sur le long terme, sans états d’âme, jouant des alliances pour le seul intérêt supérieur de la nation qui lui est confiée. Simplement, ses années de Chancellerie, 1974-1982, sont celles où l’Allemagne, redevenue géant économique, n’a pas encore droit à occuper la même taille en politique. Avec les vainqueurs occidentaux de la Seconde Guerre mondiale, Américains principalement, Schmidt, parfait anglophone, s’entend à merveille. Mais il serait faux de ne voir là qu’une obédience atlantiste : l’homme, patiemment, guette l’heure de son pays. Ce sera son successeur, le Rhénan Helmut Kohl, qui l’entendra sonner, le 9 novembre 1989. Et son prédécesseur, l’immense Willy Brandt, qui aura ce jour-là le mot juste : « Jetzt kann zusammenwachsen, was zusammengehört ».

Je ne puis en dire beaucoup plus pour l’heure, mon émission spéciale sur la grève de la fonction publique genevoise m’attend. Mais je tenais, à chaud, à rendre un premier hommage à cet homme tellement allemand, avec sa discipline de fer, son incroyable liberté de parole (il en a usé jusqu’au bout), sa culture historique, sa virtuosité de piano (il avait hésité à en faire son métier). Helmut Schmidt, comme Willy Brandt, est un chancelier profondément allemand. Je crois que Kohl, et même Adenauer, sont des chanceliers européens, au sens le plus noble de ce mot. Mais Schmidt était, dans toutes les fibres, un chancelier allemand. Connaissant à fond l’Histoire de son pays, en tout cas depuis Frédéric II, son équation (comme Willy Brandt) avec la question de l’Est, son intégration provisoire au système atlantique, sa nécessité d’un dialogue constant avec la France. Pour le reste, un esprit totalement libre, un provocateur. L’un des très grands Allemands du vingtième siècle, oui, lui qui naît en pleine Révolution allemande, et qui meurt au moment où Mme Merkel ne sait pas comment se sortir, mise sous pression par le Ministre-Président de Bavière, de la question des réfugiés.

Le Grand Refuge, Schmidt l’avait connu, à l’âge de 27 ans : alors que, officier de la Wehrmacht, il tombait aux mains des Britanniques, au moins 12 millions d’Allemands des pays de l’Est, fuyant l’Armée Rouge, déboulaient dans une « mère patrie » en ruines. A partir de là, il a fallu reconstruire. Nous perdons aujourd’hui un incomparable constructeur.

Pascal Décaillet

Neuf articles de et sur Jean Thiriart

thiriart.71b.jpegNeuf articles de et sur Jean Thiriart:

http://www.leblancetlenoir.com/search/thiriart/

mardi, 10 novembre 2015

Zum Tode Helmut Schmidts

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“Ohne Kenntnis der Geschichte bleibt die Gegenwart unbegreifbar”

Zum Tode Helmut Schmidts

Ex: http://www.zuerst.de

Hamburg. Im Alter von 96 Jahren ist Altkanzler Helmut Schmidt am heutigen Dienstag verstorben. Er prägte die Politik der Bundesrepublik Deutschland über Jahrzehnte hinweg und galt noch im hohen Alter als streitbarer Diskutant, dem die Wahrheitsliebe und klare Worte stets wichtiger waren, als sich dem politischen “Mainstream” unterzuordnen.

Der 1918 in Hamburg geborene Schmidt wollte eigentlich Architekt und Städteplaner werden, doch nach dem Zweiten Weltkrieg, in dem er als Oberleutnant der Wehrmacht bis zu seiner Gefangennahme im April 1945 diente, ließ er sein gestalterisches Talent in die Politik einfließen. Angetreten, um Politik als aktives Steuern und Lenken zu betreiben, fiel sein Tatendurst in der Aufbauphase der unmittelbaren Nachkriegszeit auf fruchtbaren Boden. Der SPD-Politiker erlebte seinen ersten kommunal- und landespolitischen Höhepunkt, als er sich in seiner Funktion als Hamburger Innensenator als Mann der Tat bewies: während der Flutkatastrophe im Februar 1962 zögerte er keinen Moment, die Bundeswehr zum Einsatz zu beordern; freilich ohne rechtliche Grundlage. Der anpackende Charakter sollte sein Markenzeichen bleiben.

Auch als Bundeskanzler mußte der Hanseat in Ausnahmesituationen kühlen Kopf bewahren. Als fünfzehn Jahre später arabische Links-Terroristen die Lufthansa-Maschine “Landshut” entführen, befiehlt Schmidt für den 18. Oktober 1977 die Befreiung der 86 Geiseln: die Bundesgrenzschutz-Sondereinheit “GSG 9″ stürmt die Maschine auf dem somalischen Flughafen Mogadischu – die “Operation Feuerzauber” glückt. Helmut Schmidts Ruf als “Krisenkanzler” war begründet.

In der Hochphase des Kalten Krieges war es der SPD-Kanzler Schmidt, der gegen die Parteilinke, die aufkommende Friedensbewegung und den linksextremen Terror eine Linie des realpolitisch Machbaren durchsetzen mußte. Mit dem NATO-Doppelbeschluß, der aus seiner Sicht die Sowjetunion zur Abrüstung ihrer Mittelstreckenraketen zwingen sollte, gelang Schmidt zwar die Durchsetzung seiner Position. Doch mittelfristig war dies der Anfang vom parteipolitischen Ende seiner Kanzlerschaft. Als ihm am 1. Oktober 1982 der Bundestag in einem Mißtrauensvotum das Vertrauen entzog, war dies ein harter Schlag.

Doch Schmidt widmete sich fortan publizistischen Projekten, insbesondere als “Zeit”-Herausgeber sollten es europa- und weltwirtschaftspolitische Themen sein, die in den kommenden 30 Jahren zum Steckenpferd des diplomierten Volkswirts wurden. In den letzten Jahren seines erfüllten Lebens fand der Hamburger Ehrenbürger aber auch zunehmend kritische Worte zur bundesdeutschen Einwanderungs- und Ausländerpolitik. “Wir müssen eine weitere Zuwanderung aus fremden Kulturen unterbinden”, so eine viel zitierte Äußerung des Altkanzlers, der die multikulturelle Gesellschaft als “eine Illusion von Intellektuellen” angriff. Für diese und andere nonkonforme Verlautbarungen stand Schmidt immer wieder im Kreuzfeuer der Kritik – ohne, daß es ihn je angeficht hätte.

Ob als Verteidigungs-, Wirtschafts- oder Finanzminister, ob als Innensenator oder Bundeskanzler, ob als Zeitungsherausgeber oder Kolumnist: Schmidt polarisierte zeitlebens und gehörte zu den wenigen Ausnahmeerscheinungen der bundesrepublikanischen Politik. Sein Ausspruch, “Ohne Kenntnis der Geschichte bleibt die Gegenwart unbegreifbar”, war Leitbild seines Schaffens. Ein Credo, das der heutigen Staatsführung ferner nicht sein könnte. (sp)

 

mercredi, 23 septembre 2015

Ratier: les meilleurs s'en vont, les pires restent!

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00:05 Publié dans Actualité, Hommages | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : emmanuel ratier, caricature, france, actualité, hommage | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

vendredi, 28 août 2015

A Soldier for Truth: Tribute to Emmanuel Ratier

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A Soldier for Truth:
Tribute to Emmanuel Ratier, 1957–2015

French version here [2]

They say no man is a prophet in his own land.

Emmanuel Ratier was unknown in the English-speaking world. The English version of Wikipedia has no page about him. In France, the country he was born in and always had at heart, Ratier was barely known in the mainstream. Only recently had he started to become well-known, thanks to a biography he wrote about the current Prime Minister, Manuel Valls.

Densely packed with information, Le vrai visage de Manuel Valls [3] (The true face of Manuel Valls) shows how, as an eighteen-year-old, the future politician concluded an alliance with two other ambitious young men (who hold today positions of responsibility). It also unveils, with clear evidence, how the career-oriented Valls abandoned a two-decade long support to the Palestinian cause in favor of Zionism, a mandatory move for climbing the social ladder. Ratier’s biography has been a best-seller on Amazon France. Indeed, it sold more than Valls’ own autobiography, even before any official media was allowed to cover the book.

Ratier was no prophet. As far as I know, he barely went in for predicting the future. However, he was what may be called an initiated man. Over the years, he became very well informed and managed to become a top investigative reporter.

In such a situation, Ratier could have been a Machiavellian. He could have betrayed his youthful nationalist engagement, from back in the 1970s, in order to take a comfortable place inside the conservative Right. Former nationalists had already done so. But instead, Emmanuel Ratier devoted himself to the truth. He did not fall for a career inside the system, money, or social status – he chose the truth.

Though the general public was not acquainted with him until recently, his work had been noticed in the initiated environments well beyond the Right. In 1996, he launched Faits et documents [4] (Facts and documents), a twelve-page newsletter published every two weeks. Aiming at a confidential audience, Faits et documents featured profiles of important personalities, some of them famous and some more discreet, as well as copious information on what was happening inside freemasonry and other power networks.

Faits et documents was remarkable for the high density of information its few pages encapsulated. I have never seen so many valuable items in any official media outlet. The letter was presented as “confidential,” yet it could be accessed by anyone: if you wanted to have a look, you just had to know about the existence of F&D – and be able to digest the sheer information given inside – to receive it twice monthly.

Thorough research, detailed information clearly presented, and lasting significance: such were the marks of Ratier’s work. He claimed that the Ministry of the Interior had one subscription to his newsletter but photocopied it so more than a dozen top officials could read it.

In addition to his newsletter, Ratier wrote remarkable books in the same vein: a two-volume Encyclopédie politique française (Encylcopedia of French politics) (Paris: Faits & Documents,‎ 1992, 2005); a two-volume Encyclopédie des pseudonymes (Encylcopedia of pseudonyms) (Paris: Faits & Documents,‎ 1993, 1994) along with another two-volume Encyclopédie des changements de noms (Encyclopedia of name changes) (Paris: Faits & Documents,‎ 1995, 1998); Ras l’front: anatomie d’un mouvement antifasciste, la nébuleuse trotskyste (Paris: Facta,‎ 1998) a book about an “antifascist” Trotskyist group linked with power networks; Au coeur du pouvoir (In the heart of power) (Paris: Faits & Documents, 1996), a book about the globalist Le Siècle group, and numerous other works of truly remarkable quality.

Though Ratier was read and watched by powerful people, he almost never retracted anything he said or wrote. Officials who despised nationalism and the “far Right” in general still considered him a highly reliable source.

Even if Ratier was himself well-connected, he always kept Faits et documents under his exclusive control. Perhaps this decision led him to spend too much time alone. During his last 20 years, he took no long term vacation. He often worked seven day weeks, and his work days stretched into the evening. Some years ago, a stroke sent him to the hospital. Fortunately, he bounced back and was able to walk again quite soon. A month later, Emmanuel Ratier was at his desk, writing his letter and updating his book on Le Siècle with undiminished energy. His work demonstrated both intact abilities and renewed motivation, something impressive for a man in his 50s.

But nobody can maintain such intensity indefinitely. At the end of 2014, he reported new health problems. On August 19, 2015, another stroke hit him, and this time his heart stopped for real. Another prolific French writer, the famous Honoré de Balzac, who habitually consumed dozens of cups of coffee each day, had a similar end.

Emmanuel Ratier was a soldier for truth. He gave the same attention to the beautiful and the ugly, faithfully reporting the minutest details, constructing accurate profiles for personalities that would prefer to sweep the truth under the carpet. He was a soldier that no one called but who always answered “present.” His talent and dedication led even objective enemies of our cause to read his work, something he was well aware of, but which did not prevent him from serving the cause of truth again and again.

He will be missed.

Rest in peace, monsieur Emmanuel Ratier. We will remember you and everything you gave to us. May ten detectives rise to pursue your legacy.

Article printed from Counter-Currents Publishing: http://www.counter-currents.com

URL to article: http://www.counter-currents.com/2015/08/a-soldier-for-truth/

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[1] Image: https://secure.counter-currents.com/wp-content/uploads/2015/08/CMzL5Z3WoAEneLM.png

[2] here: http://www.counter-currents.com/2015/08/un-soldat-pour-la-verite/

[3] Le vrai visage de Manuel Valls: http://www.vraivisagemanuelvalls.com/

[4] Faits et documents: https://fr.wikipedia.org/wiki/Faits_et_Documents