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mardi, 27 octobre 2026

La Russie commence à envisager l’Asie centrale et l’Asie du Sud comme une macrorégion: la CASA

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La Russie commence à envisager l’Asie centrale et l’Asie du Sud comme une macrorégion: la CASA

Andrew Korybko

Source: https://korybko.substack.com/p/russia-is-beginning-to-con...

La menace que fait peser l’État islamique au Khorassan (EI-K) sur l’Afghanistan — dont de hauts responsables russes ont laissé entendre qu’elle était liée au Pakistan —, la guerre afghano-pakistanaise et le conflit du Cachemire sont les trois obstacles au plan Kossyguine du XXIe siècle que la Russie entend déployer dans la CASA en s’appuyant sur le PAKAFUZ.

L’ambassadeur de Russie au Pakistan, Albert Khorev, a confirmé : « Pendant que le ministre russe de l’Intérieur se rendait à Islamabad, le chef du renseignement russe était à Kaboul et le secrétaire adjoint de notre Conseil de sécurité se trouvait à New Delhi. Tous ont également discuté [de la guerre afghano-pakistanaise]. La Russie tente donc actuellement de contribuer au règlement de ce problème par ces démarches. » Tout cela s’est déroulé parallèlement à la dernière conférence de l’OTSC, de la CEI et de l’OCS sur la sécurité en Asie centrale et en Afghanistan, organisée à Moscou.

Le sérieux avec lequel la Russie tente de résoudre la guerre afghano-pakistanaise, à travers ses récents échanges de haut niveau sur les questions de sécurité avec ces deux pays et avec l’Inde, son alliée depuis des décennies, laisse fortement penser que le Kremlin commence à considérer la sécurité de l’Asie centrale et celle de l’Asie du Sud comme interdépendantes. Comme expliqué ici, Moscou envisage également de relier à l’Inde le projet de voie ferrée Pakistan-Afghanistan-Ouzbékistan (PAKAFUZ), donnant ainsi à toutes les parties un intérêt économique commun à la sécurité de l’ensemble de la région.

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Le PAKAFUZ représente le moyen par lequel la Russie entend remettre au goût du jour, dans les circonstances actuelles, le « plan Kossyguine » de l’époque soviétique. Ce plan avait été proposé en 1969 par le chef du gouvernement soviétique dont il porte le nom, dans l’intention évoquée précédemment : envisager l’Asie centrale et l’Asie du Sud comme une macrorégion aux intérêts sécuritaires et économiques interdépendants, d’où la proposition de relier tous ces pays par un corridor commercial régional. Par commodité, cette macrorégion peut être appelée CASA.

La menace que fait peser l’EI-K sur l’Afghanistan — dont de hauts responsables russes ont laissé entendre qu’elle était liée au Pakistan, comme cela a été documenté ici —, la guerre afghano-pakistanaise et le conflit du Cachemire sont les trois obstacles au plan Kossyguine du XXIe siècle que la Russie entend déployer dans la CASA en s’appuyant sur le PAKAFUZ. Pour faire face au premier, la Russie pourrait armer les talibans contre l’EI-K, tout en renforçant sa coopération sécuritaire avec les républiques d’Asie centrale : ces deux démarches constituent respectivement une stratégie offensive indirecte et une stratégie défensive.

Concernant le deuxième obstacle, la Russie a proposé sa médiation, mais le Pakistan a récemment exclu des pourparlers sans conditions préalables avec l’Afghanistan. Néanmoins, comme le laissait entrevoir le ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov en imputant le conflit à l’État islamique, un accord de désescalade conclu sous médiation russe pourrait voir le Pakistan présenter les « talibans pakistanais », supposément soutenus par l’Afghanistan, comme relevant de l’État islamique, renforcer sa clôture frontalière et mettre fin aux hostilités afin de reprendre le travail conjoint sur le PAKAFUZ. Même si celui-ci n’atteignait jamais l’Inde, il renforcerait tout de même l’intégration globale de la majeure partie de la CASA.

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Enfin, la Russie a également proposé sa médiation dans le conflit du Cachemire, dont elle pourrait envisager le règlement par un compromis entre les deux parties : la ligne de contrôle deviendrait la frontière internationale, afin de normaliser les relations, d’apaiser les tensions régionales et de prolonger le PAKAFUZ jusqu’en Inde. Les efforts russes pour lever ces trois obstacles à son plan Kossyguine du XXIe siècle permettent de comprendre l’intense activité diplomatique régionale de Moscou ces dernières semaines, caractérisée par des échanges de haut niveau axés sur la sécurité avec l’Afghanistan, le Pakistan et l’Inde.

La Russie comprend les complexités du conflit du Cachemire, tout en soutenant pleinement l’Inde dans ce dossier ; elle n’impute donc à aucune des deux parties la responsabilité de la persistance de l’impasse. En revanche, le rôle du Pakistan, fortement suggéré, dans le problème que représente l’EI-K pour l’Afghanistan, ainsi que la guerre qu’il poursuit contre ce pays, pourraient être perçus négativement par certains. Si la Russie en venait ainsi à considérer le Pakistan comme le principal obstacle à la mise en œuvre, au moins partielle, de son plan Kossyguine du XXIe siècle dans la CASA, fondé sur le PAKAFUZ, les relations pourraient bientôt se refroidir.

Les États-Unis, la dernière Rome: Peter Thiel et le déclin de l’empire

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Les États-Unis, la dernière Rome: Peter Thiel et le déclin de l’empire

Markku Siira

Source: https://markkusiira.substack.com/p/yhdysvallat-viimeinen-...

La série de conférences de Peter Thiel consacrée à l’Antéchrist s’est achevée à Nashville le 19 octobre par une quatrième rencontre intitulée The New Rome, la nouvelle Rome. Les comptes rendus du journaliste Nathan Worcester, présent sur place, offrent à ce jour le tableau le plus précis de cette conférence à huis clos. Alors que les volets précédents construisaient un cadre théologique autour de la fin des temps et contre la réglementation des technologies, le dernier s’est tourné vers l’héritage impérial et la place qu’y occupent les États-Unis.

Thiel a commencé par des réflexions sur les villes. Il a constaté qu’elles durent davantage que les entreprises et les individus. Elles sont comme des «êtres immortels», que l’on peut rapprocher des anges, des démons, des puissances spirituelles et des pouvoirs évoqués dans l’Épître aux Éphésiens, 6,12. Il estimait erronée l’hypothèse selon laquelle une métropole comme San Francisco finirait par s’autodétruire. Lorsqu’il siégeait au conseil d’administration de Facebook, Thiel avait vu Mark Zuckerberg accepter la mortalité de l’entreprise. Mais débarrasser les rues de San Francisco des excréments humains reviendrait, selon Thiel, à «négocier avec un démon».

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Les grandes villes représentent l’empire mondial en miniature. Thiel connaît l’œuvre majeure d’Oswald Spengler, Le Déclin de l’Occident. Selon Spengler, lorsque la culture devient civilisation, apparaît un citadin détaché des traditions et de la religion. Il est intelligent et pragmatique, mais stérile, et vit comme un parasite aux dépens de la société. Thiel néglige toutefois le fait que, dans le schéma de Spengler, les États-Unis appartiennent eux aussi à la phase hivernale de la civilisation occidentale. Le déclin n’est pas un phénomène exclusivement européen. Si les États-Unis sont en décadence, ils ne peuvent agir comme une force de retenue katéchontique : ils font eux-mêmes partie du processus qu’ils devraient retenir.

Thiel est ensuite passé à l’héritage de Rome. Selon lui, les États-Unis sont la nouvelle Rome. En tant que puissance katéchontique, ils empêchent, conformément à la Deuxième Épître aux Thessaloniciens, 2,6–7, l’apparition de l’homme de l’iniquité, tout en risquant de devenir antichristiques. On pourrait demander, dans une perspective critique, si l’Amérique n’a pas été « satanique » dès sa fondation. Les Pères fondateurs étaient pour la plupart des rationalistes des Lumières et des déistes, nombre d’entre eux étaient francs-maçons, et Jefferson composa sa propre version des Évangiles en supprimant les miracles et la résurrection. Si l’Antéchrist est interprété comme une tentative de créer un paradis terrestre sans Dieu, ce projet a commencé dès Philadelphie, où les États-Unis sont nés.

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Rome se situe dans une zone grise morale. Elle n’est ni Babylone ni la Nouvelle Jérusalem. La trajectoire passe de Rome à l’Empire romain d’Orient, c’est-à-dire Byzance, puis au Saint-Empire romain germanique. Napoléon, que ses contemporains comparaient à l’Antéchrist, fit tomber ce dernier. La situation se compliqua ensuite. Selon Thiel, la guerre de Succession d’Espagne fut la dernière tentative de bâtir une superpuissance catholique. Elle trancha la lutte pour le pouvoir entre les Bourbons et les Habsbourg ; après elle, l’universalisme catholique ne redevint plus le projet dominant de l’Europe. Thiel illustra ce point par le poème de Robert Southey, The Battle of Blenheim.

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Le candidat sérieux suivant était la Grande-Bretagne. En tant que puissance maritime, les Britanniques adoptèrent la conception de l’État exposée par Hobbes dans le Léviathan, tout en restant réservés à l’égard du philosophe. Le poème d’Alfred Lord Tennyson, Locksley Hall, publié en 1842, prédisait une fédération mondiale et unissait les Britanniques à leurs successeurs, les Américains, dans le rêve d’un empire mondial. Harry S. Truman portait ce poème dans sa poche.

Les États-Unis ont consciemment imité Rome. Les pseudonymes latins des auteurs des Federalist Papers et l’effigie de George Washington sur la monnaie, à la manière de l’empereur Auguste, en témoignent. Selon Thiel, les États-Unis sont peut-être le seul pays véritablement souverain. Le président agit comme le maire des États-Unis et le dictateur du reste du monde. L’alliance de renseignement Five Eyes, la surveillance Echelon, le système de paiement SWIFT et le statut du dollar comme monnaie de réserve renforcent cette position.

Thiel a défini trois éléments clés de la nouvelle Rome. Le premier est le statut de superpuissance militaire. Il a fait référence au royaume fort comme le fer mentionné dans le Livre de Daniel, 2,40. Le deuxième est le statut de superpuissance financière contrôlant les flux de paiements. Il a cité à ce propos l’Apocalypse, 13,17, selon laquelle nul ne peut acheter ni vendre sans la marque. Le troisième est le statut de superpuissance idéologique ou religieuse capable de gagner les cœurs et les esprits. L’Évangile selon Matthieu, 24,24, met en garde contre les faux messies et les faux prophètes. Mais, pour Thiel, la Russie ne convient pas comme candidate : il ne considère pas Moscou comme l’héritière de Constantinople. L’évolution qui a suivi la prise du pouvoir par les bolcheviks pose problème. Malgré ses doutes, Thiel ne sait pas dire si Poutine est davantage chrétien ou ancien membre du KGB. La nouvelle Rome devrait, en tout état de cause, être plus puissante que la Russie actuelle.

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La Chine constitue le point de comparaison logique suivant. Selon Thiel, elle ne remplit toutefois pas les trois conditions requises pour être la nouvelle Rome. C’est certes une puissance montante, mais elle ne possède pas l’attrait idéologique ou religieux nécessaire pour diriger des alliés, et non simplement acheter des ports et des infrastructures. En ce sens, la Chine ressemble davantage à un géant économique qu’à un centre de civilisation. Il en conclut que, puisque personne d’autre n’est prêt à prendre la place des États-Unis, l’Amérique est une «forteresse qu’il faut défendre» — même par des moyens autoritaires. En effet, un retrait américain n’ouvrirait pas la voie à un nouvel ordre, mais à un chaos multipolaire incontrôlable.

La singularité des États-Unis tient aussi à leur degré relativement élevé de violence, y compris la peine de mort. Ils se distinguent des autres pays développés par le recours à cette peine et exercent sur eux-mêmes un contrôle aussi sévère que sur le reste du monde. Thiel considère que les Américains ne sont pas «complètement castrés» et n’ont pas renoncé à leurs responsabilités katéchontiques. Il a plaisanté en demandant pourquoi les États-Unis sont le seul pays où une révolution est impossible, avant de répondre: parce que c’est le seul pays sans ambassade américaine. Cette boutade dit l’essentiel: Washington n’a pas l’habitude d’organiser des changements de pouvoir sur son propre territoire.

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La conférence s’est terminée par un appel à la ville de Nashville (photo, ci-dessus). Thiel la considère comme une sorte de centre mondial du protestantisme — une religion dépourvue de centre — et a encouragé l’élite locale à prendre ses responsabilités sur le plan des idées et des institutions. Ce choix n’était pas fortuit: la rencontre entre le christianisme évangélique et un pôle technologique émergent offrait un public comprenant aussi bien le langage théologique que l’exercice du pouvoir.

La conférence finale résume le cœur de l’eschatologie de Thiel. Le katéchon n’est pas une force statique du bien. Il est dynamique et comporte des risques. L’empire qui retient la fin peut lui-même devenir le catalyseur de cette fin. Les États-Unis accomplissent l’héritage de Rome dans ses dimensions militaire, économique et idéologique. C’est précisément cet accomplissement qui les rend vulnérables. Si la souveraineté, les systèmes de paiement et la supériorité militaire s’orientent vers un gouvernement mondial unique, le katéchon change de nature.

Cette perspective ouvre une question plus vaste sur la nature du pouvoir dans le monde de la modernité tardive. La métaphore de Thiel, qui présente les villes comme des puissances spirituelles immortelles, rappelle que les institutions vivent plus longtemps que les individus et résistent au changement selon une logique différente de celle des entreprises. Le citadin décrit par Spengler, qui vit grâce aux anciennes structures mais est, lui, sans racines ni nouvelle force créatrice, illustre la manière dont une civilisation perd sa vitalité. Le rêve de fédération de Tennyson, la puissance maritime britannique et l’hégémonie du dollar s’inscrivent dans une même trajectoire. L’empire britannique a cédé la place à l’empire américain, mais le rêve d’ordre mondial et d’hégémonie a subsisté.

La conférence finale de Thiel propose un diagnostic traversé de tensions. Les États-Unis sont-ils la dernière Rome? L’immortalité de l’empire ne garantit pas sa vertu. Sa violence ne signifie pas automatiquement qu’il possède une force katéchontique. Comment une puissance qui contrôle les systèmes de paiement, dispose de la supériorité militaire et manipule les esprits à l’échelle mondiale peut-elle continuer à retenir ce qu’elle est censée empêcher, sans le devenir elle-même? Et n’est-ce pas déjà ce qui est arrivé aux États-Unis?

13:43 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, peter thiel, états-unis | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

lundi, 26 octobre 2026

L’Europe en révolte et les décombres de la prophétie progressiste: où allons-nous?

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L’Europe en révolte et les décombres de la prophétie progressiste: où allons-nous?

par Sergio Filacchioni 

Source: https://www.ilprimatonazionale.it/primo-piano/europa-rivo...

Rome, 19 octobre — Les flammes que l'on voit ardentes sur les places françaises, les affrontements dans le centre de Milan, les assauts contre les bâtiments publics de Tirana pourraient être classés comme autant d’explosions saisonnières de violence. Les contextes sont différents et il serait arbitraire d’y voir une insurrection unique traversant toute l’Europe. Mais tout ramener à l’ordre public empêche de voir ce que ces épisodes ont en commun: l’écart grandissant entre les promesses des classes dirigeantes européennes et les possibilités concrètes offertes, surtout aux nouvelles générations, qu’elles soient autochtones ou allogènes.

L’Europe et la crise d’un modèle économique

Le premier constat est matériel. L’ouverture des marchés a accentué la concurrence internationale et la pression sur les salaires, les filières de production et les dépenses publiques. Il n’est pas exact d’affirmer que la protection sociale a partout diminué en Europe: elle demeure importante et absorbe, dans plusieurs pays, une part considérable de la richesse nationale. C’est aussi sa répartition qui change, tandis que le poids de la rente, du logement et de l’instabilité professionnelle retombe sur ceux qui doivent encore se construire une existence autonome. Selon Eurostat, en 2025, les jeunes Italiens ont quitté le domicile parental, en moyenne, après trente ans: un indicateur qui ne s’explique pas uniquement par les habitudes familiales.

À cette difficulté s’ajoute l’entrée dans une nouvelle phase. L’automatisation et l’intelligence artificielle promettent des gains de productivité, mais imposent une réorganisation du travail; la concurrence entre les États-Unis et la Chine contraint l’Europe à repenser son industrie, son énergie et ses technologies; le réarmement absorbe des ressources et impose des choix politiques jusqu’alors éludés. Les économies européennes recherchent aussi la compétitivité en maîtrisant le coût du travail, tandis que les politiques migratoires oscillent entre les besoins des entreprises, les obligations juridiques et les capacités d’intégration. Une société qui mesure tout à l’aune de l’efficacité économique finit ainsi par traiter le travail, et parfois les personnes, comme des facteurs interchangeables.

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La fracture n’est toutefois pas seulement une question de redistribution. À la génération appelée à affronter cette transformation, on propose avant tout une promesse: davantage de mobilité, de marché et d’innovation finiront par engendrer aussi davantage de liberté et de prospérité. C’est la version contemporaine d’une prophétie progressiste selon laquelle l’histoire avancerait vers l’émancipation de l’individu à l’égard de toute contrainte. Mais le citoyen émancipé sur le papier peut se retrouver sans logement, sans stabilité et sans ces liens qui font de la liberté autre chose que la faculté de choisir entre marchandises et contrats.

L’échec de la prophétie progressiste

Lorsqu’une prophétie se heurte à ses propres échecs, ses partisans peuvent la remettre en question ou réinterpréter chaque démenti comme la preuve qu’elle n’a pas été suffisamment appliquée. C’est ici que la dissonance cognitive devient une clé de lecture politique. À la crise de la cohésion, on répond en exigeant davantage d’adaptation; au déracinement produit par une mobilité sans limites, on propose encore plus de mobilité; à la fragilité des territoires, on oppose de nouveaux impératifs de compétitivité. Toute réforme inspirée par l’ouverture n’est pas une erreur, mais un système qui juge toujours insuffisantes ses propres mises en application risque de se soustraire à toute évaluation de ses résultats.

Dans l’espace ainsi laissé ouvert resurgit également la question nationale, culturelle et démographique. L’appartenance ne se résume pas à la possession d’un document et ne peut pas davantage être réduite à une caractéristique biologique: elle prend forme dans la langue, la mémoire, les institutions, les traditions et la possibilité de les transmettre. La transformation des quartiers, les difficultés d’intégration et les tensions pesant sur les services nourrissent des interrogations que l’on ne fait pas disparaître en accusant de nostalgie ceux qui les soulèvent.

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La question sociale et la question nationale s’entremêlent ainsi de nouveau. La gestion de l’immigration ne peut se limiter à la demande de main-d’œuvre des entreprises, pas plus que la défense des communautés ne peut se réduire à la dénonciation de l’étranger alors que restent intacts les mécanismes économiques qui compromettent leur continuité. Séparer ces problèmes revient à continuer de présenter comme inévitables des processus sur lesquels la politique a renoncé à exercer son pouvoir.

Une contestation incapable de dépasser ce qu’elle conteste

Le deuxième constat est l’absence d’alternative. Une partie de la protestation demande simplement que le modèle dominant tienne enfin ses promesses: davantage d’inclusion, de droits et de redistribution, sans aborder le rapport entre souveraineté politique, production et liens collectifs. La radicalité du langage ne se confond pas avec celle de l’analyse. Si le programme consiste uniquement à accélérer ce que l’on considère comme inachevé, la rue demeure dans l’horizon qu’elle conteste, même lorsqu’elle en attaque les symboles.

Le troisième constat est la facilité avec laquelle ce vide est occupé par la violence. S’attaquer à une vitrine ou incendier une mairie ne revient pas à formuler une critique du capitalisme. Le pillage peut même en reproduire la logique la plus élémentaire: s’approprier une marchandise sans en contester la valeur. Il est plausible que des acteurs politiques et des intérêts extérieurs tentent d’exploiter de telles tensions; une chose est certaine: les groupes qui se livrent aux destructions offrent aux appareils politiques la possibilité de substituer au problème social celui de la sécurité, dans une spirale potentiellement infinie.

D’où l’insuffisance des deux réactions en miroir: célébrer chaque émeute comme l’annonce d’une révolution, ou défendre, au nom de l’ordre, cette même normalité qui produit défiance et précarité. La crise européenne n’oppose pas simplement le maintien de l’ordre existant au chaos. Elle rouvre la question de savoir qui décide du travail, du logement, des migrations, des ressources et de la continuité des communautés. Sans une réponse politique articulant ces éléments, la colère restera à la disposition de quiconque saura l’exploiter.

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Il existe une question existentielle

Les barricades n’édifient pas spontanément un monde nouveau. Elles montrent plutôt que le monde présent peine à tenir ses promesses. Pour ceux qui aspirent à une transformation radicale, ce n’est pas une victoire déjà acquise: c’est une responsabilité qui reste entièrement à assumer. Ne pas être les gardiens de l’ordre existant, ni les figurants dans la révolte d’autrui. La question qui revient des rues européennes n’est pas seulement de savoir contre qui protester, mais quelle Europe peut encore être construite.

* * *

Qui est Sergio Filacchioni? 

Journaliste, graphiste et photographe collaborant avec le journal en ligne Il Primato Nazionale. Romain, né en 1998.

Philip Pilkington: la révolte en Europe marque le début d’une nouvelle inflation alimentaire et énergétique

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Philip Pilkington: la révolte en Europe marque le début d’une nouvelle inflation alimentaire et énergétique

Tous les effets ne se sont pas encore manifestés, tandis qu’en toile de fond apparaissent des tensions démographiques et des contradictions du modèle occidental

Par Osvaldo Bagnoli

Source: https://www.barbadillo.it/134313-philip-pilkington-la-riv...

Les protestations dans plusieurs pays européens annonceraient une crise plus grave, selon l’économiste irlandais Philip Pilkington, auteur de The Reformation in Economics (Palgrave Macmillan, 2016) et collaborateur de l’Institute for New Economic Thinking, dans un entretien accordé le 19 octobre à Mario Nawfal, entrepreneur et commentateur politique très suivi sur la plateforme X.

Les manifestations en France, en Italie et en Albanie sont, pour Pilkington, les signes d’une instabilité croissante, appelée à s’aggraver lorsque les conséquences économiques de la guerre en Iran et des perturbations des marchés de l’énergie se répercuteront pleinement sur les consommateurs européens. L’élément central est l’appauvrissement progressif des ménages.

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Pilkington (photo) évoque un chiffre selon lequel, depuis 2022, la consommation alimentaire française aurait diminué de 6,4 % en termes réels, avec des contractions vraisemblablement encore plus importantes pour les catégories les moins aisées. Le pourcentage exact nécessite une vérification de la série statistique de référence, mais la faiblesse de la consommation alimentaire française est corroborée par les statistiques officielles.

En attendant le pire

La signification économique du phénomène est la suivante: des ménages contraints de réduire leurs dépenses essentielles pour compenser la perte de pouvoir d’achat. Et, selon Pilkington, le pire pourrait encore être à venir. L’économiste signale de très fortes tensions sur les marchés des matières premières agricoles, évoquant des hausses des contrats à terme qu’il chiffre à 70% pour le riz et à 40% pour le blé et le sucre. Ces pourcentages doivent être rapportés aux contrats et aux périodes précisément considérés et ne sont pas directement assimilables à l’inflation des prix alimentaires à la consommation. Mais, selon son interprétation, ils signalent le risque d’une nouvelle flambée des prix.

La crise des engrais — due au blocage de la mer Noire et des importations correspondantes en provenance de Russie — contribue à rendre la situation plus préoccupante, leur production dépendant largement de la disponibilité de l’énergie et du gaz naturel. Les perturbations des approvisionnements, conjuguées à l’augmentation des coûts du carburant et des transports, pourraient compromettre la rentabilité des cultures et, dans certaines circonstances, les récoltes de l’année prochaine elles-mêmes.

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Des risques entre l’hiver et le printemps

Pilkington identifie un mécanisme de transmission du choc économique dont les effets sont appelés à se manifester avec un décalage. La hausse des coûts énergétiques pèse sur la production agricole, la transformation industrielle et la distribution, puis se répercute sur les prix finaux. C’est pourquoi il considère comme très risquée la période allant de l’hiver prochain au printemps suivant.

L’Europe affronterait cette éventuelle deuxième vague inflationniste sans s’être remise des conséquences de la première, qui a éclaté en 2022. En effet, un ralentissement de l’inflation n’entraîne pas nécessairement une baisse des prix ayant déjà augmenté.

Pilkington y ajoute la dimension politique. Les gouvernements de l’UE sont déjà impopulaires, tandis que le mécontentement lié au coût de la vie se superpose à la défiance envers les institutions.

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Les manifestations françaises, italiennes et albanaises ont des motivations différentes. Pilkington propose néanmoins de les interpréter aussi comme les manifestations d’une vulnérabilité sociale commune. La question qu’il pose est la suivante: si les tensions sont déjà aussi visibles, que pourrait-il se passer lorsqu’un nouveau renchérissement des biens essentiels touchera des ménages déjà éprouvés économiquement?

Il prévoit une période de grave instabilité européenne, durant laquelle la pression économique pourrait transformer le mécontentement généralisé en une contestation politique de plus en plus radicale.

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Peter Zeihan ajoute que…

À cette interprétation économique s’ajoute la lecture démographique et structurelle proposée par un autre analyste interrogé par Nawfal, Peter Zeihan (photo), spécialiste américain de la géopolitique et des dynamiques démographiques. Selon lui, les protestations parisiennes s’inscriraient dans un processus de transition qui touche la société française: le vieillissement de la population, les contraintes budgétaires et les transformations politiques et sociales rendraient plus difficile le maintien des niveaux actuels de dépenses publiques.

La convergence entre les deux analyses invite à une réflexion supplémentaire. Les sociétés occidentales ont également été transformées par l’arrivée d’importants flux migratoires, destinés à soutenir les économies occidentales par l’emploi dans les postes les moins qualifiés et, par conséquent, généralement absorbés dans les segments les plus fragiles sur les plans économique et social. Un processus censé contribuer, au moins en partie, à la disponibilité de la main-d’œuvre et à la compensation des déséquilibres démographiques, mais dont le bénéfice économique réel pour les sociétés d’accueil est loin d’être acquis.

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Une immigration à double tranchant

Une étude publiée par l’Institute of Labor Economics (Ila) en 2024 et mise à jour en 2025, menée par Jan van de Beek, Joop Hartog et d’autres chercheurs à partir de données néerlandaises, a montré que l’augmentation de la population et de la main-d’œuvre due à l’immigration ne se traduit pas automatiquement par un avantage pour la collectivité, notamment si l’on prend en compte les dépenses d’aide sociale, d’éducation, de santé et des autres services publics. Un constat qui rend encore plus contestable la prétention à utiliser l’immigration comme une solution quasi automatique aux déséquilibres démographiques des sociétés occidentales, sans en évaluer préalablement la viabilité économique et sociale réelle.

Le risque est de voir des sociétés artificiellement et à tort reconfigurées selon les exigences du marché, dans lesquelles la concurrence pour le logement, l’emploi, les services et les ressources publiques alimente les frictions entre des groupes sociaux déjà vulnérables. Une tension qui peut toucher particulièrement les jeunes générations, y compris les deuxième et troisième générations issues de l’immigration, qui ont grandi avec des attentes d’intégration et de promotion sociale de plus en plus difficiles à satisfaire. Les conflits qui en découlent ne constituent pas une conséquence inévitable de l’immigration, mais ils peuvent être aggravés par la ségrégation territoriale, la précarité et la perte progressive de cohésion sociale.

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Un logement de moins en moins accessible

Ces dynamiques renvoient à des questions allant de la financiarisation du logement, de moins en moins accessible aux jeunes générations, aux analyses de Charles Goodhart (photo) sur les déséquilibres démographiques et les futures tensions liées à la répartition des richesses.

La question s’étend aux États-Unis, où le trumpisme a nourri des attentes de revanche sociale dans les catégories pénalisées par la mondialisation. À la situation géopolitique s’ajoute la transformation à long terme de la manière même de produire la richesse. Les sociétés occidentales semblent prises entre le marteau d’une évolution technologique et financière tendant à réduire la place centrale du travail et, avec elle, le système de droits et de garanties construit durant la phase industrielle de l’histoire économique, et l’enclume de structures sociales, institutionnelles et gouvernementales conçues précisément durant cette phase, aujourd’hui de moins en moins adaptées à la gestion des nouveaux processus de production et de répartition.

Un alignement imposé

Cette contradiction risque de priver de perspectives des catégories de population toujours plus larges, tandis que les instruments traditionnels de représentation, de protection et de redistribution montrent des signes d’épuisement. Dans le même temps, le modèle libéral de marché prend, y compris dans les relations internationales, des formes de plus en plus agressives. À la promesse de prospérité par le libre marché s’ajoute une logique d’alignement imposé: avec nous ou contre nous. Les sanctions, les menaces tarifaires et les pressions financières deviennent des instruments ordinaires de coercition économique.

À ce tableau fait contraste l’enrichissement exponentiel d’une oligarchie économique et financière extrêmement restreinte: des satrapes modernes, bénéficiaires d’une extraordinaire concentration de richesse et d’influence, soutenus par des réseaux politiques, institutionnels et médiatiques qui tirent à leur tour leur force et leurs ressources de cette même relation circulaire de pouvoir.

Les prévisions de Pilkington pourront se révéler excessives ou être démenties. Mais, mises en regard des considérations démographiques de Zeihan, elles soulèvent une question qui dépasse la conjoncture européenne.

Jusqu’à quel point les gouvernements occidentaux pourront-ils défendre un modèle économique qui peine à tenir ses promesses de prospérité largement partagée, tout en favorisant la concentration de la richesse et du pouvoir? Et peuvent-ils encore en corriger les contradictions, ou la relation circulaire avec les satrapes modernes et les réseaux qui les soutiennent réciproquement rend-elle désormais impossible tout changement de cap?

Les nouveaux symptômes du sida mental

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Les nouveaux symptômes du sida mental

par Georges Feltin-Tracol

En décembre 1986, la France traversait un moment de tensions sociales avec la vive protestation du projet de loi sur les conditions d’accès à l’université proposé par le ministre délégué chargé de la Recherche et de l’Enseignement supérieur Alain Devaquet. En ce début de première cohabitation entre le socialiste François Mitterrand et le centriste pseudo-gaulliste Jacques Chirac, l’Élysée instrumentalise l’opposition des étudiants afin d’entraver l’action gouvernementale du maire de Paris. Manifestations et heurts incitèrent alors Louis Pauwels à rédiger pour Le Figaro-Magazine un éditorial cinglant dans lequel il dénonçât «une jeunesse atteinte d’un sida mental [… et qui a] perdu ses immunités naturelles: tous les virus décomposants l’atteignent». Cette franchise inouïe souleva aussitôt un formidable tollé chez les bien-pensants. L’ancien compagnon de route de la «Nouvelle Droite» parisienne venait pourtant de diagnostiquer un mal lancinant qui s’amplifierait au cours des quatre décennies à venir.

À la fin du mois de mai 2026, l’Hexagone s’horrifie du meurtre de Lyhanna âgée de 12 ans. L’auteur présumé, père d’une camarade de classe de la petite victime, est aussi soupçonné de plusieurs viols sur d’autres petites filles les mois précédents. Malgré le dépôt de plusieurs plaintes, le sinistre personnage a poursuivi ses méfaits jusqu’à l’assassinat de Lyhanna. Des associations féministes et de protection des enfants, gavées d’argent public (Fondation des Femmes, NousToutes, La Voix de l’Enfant, etc.), récupèrent dès lors à des fins politiques les dysfonctionnements avérés des services de sécurité et de la justice toujours plus prompts à persécuter les opposants politiques et les honnêtes gens fatigués du laxisme ambiant.

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Outre des rassemblements les lundis en début de soirée devant les palais de justice sans que cela ne choque les tenants du sacro-saint «État de droit» et de l’imprescriptibilité absolue d’une magistrature érigée en pouvoir omnipotent, ce drame sordide suscite un projet supposé intégral sur les violences sexistes et sexuelles. Cette proposition législative transpartisane (hors RN, UDR et LFI) instaure une présomption de culpabilité envers le mâle et favorise une atteinte incroyable des droits de la défense. Il est exact qu’il porte sur lui de quoi commettre un viol… Le plus risible est que ces Érinyes de pacotille vouent un culte au funeste Robert Badinter dont les réformes néfastes sont à l’origine de cette impéritie.

L’affreux fait-divers sert de prétexte au développement de nouvelles tares sociopolitiques qui s’inscrivent pleinement dans le sida mental si bien décrit il y a quarante ans. Aujourd’hui, c’est le wokisme ou la «politique des identités fictives, artificielles ou factices» qui contrarie le concept fondamental d’anthropologie bioculturelle.

On sait que les tenants du wokisme chérissent l’intersectionnalité. Les deux matrices initiales, à savoir le féminisme progressiste et l’anti-racisme, fomentent à intervalles réguliers des théories déconstructivistes plus ou moins nauséabondes telles la grossophobie (haine des personnes grosses, voire obèses), le spécisme (idéologie consistant à discriminer les êtres vivants en fonction de leur appartenance à une espèce biologique, en leur accordant une valeur morale et des droits inégaux au point de laisser les poux proliférer dans les cheveux des écoliers) ou la toxicophobie (aversion ou rejet envers les usagers de drogues dont les pratiques quotidiennes favorisent la délinquance et la criminalité). La loi supposée intégrale facilite par ailleurs la reconnaissance publique et, surtout, médiatique de l’infantisme, de l’adultisme et de l’enfantisme. Il s’agit de trois variantes particulières de l’âgisme, soit l’ensemble de stéréotypes discriminants fondés sur l’âge d’une personne.

Pour la circonstance, les non-majeurs, qu’ils soient enfants ou adolescents, sont considérés comme une minorité sociale opprimée et discriminée. Par qui? Par des adultes masculins hétérosexuels blancs, pardi! Dans son éditorial du Nouvel Obs (des 12 au 26 juin 2026) intitulée «La cause des enfants», Cécile Prieur qui ne se fait jamais prier pour corrompre les assises ancestrales de notre civilisation européenne, prétend qu’«il existe un continuum entre les violences sexuelles infligées aux femmes et celles dont sont victimes les enfants. À chaque fois, poursuit-elle encore dans une veine clairement complotiste, c’est la même structure oppressive qui est à l’œuvre, la même domination masculine qui fait des ravages, le même système patriarcal qui légitime ces abus en série». Peut-être ignore-t-elle que le fameux patriarcat demeure si puissant et conserve une telle imprégnation institutionnelle que plus de la moitié des effectifs du corps enseignant et de la magistrature sont maintenant féminisés? Ainsi un patriarcat imaginaire et fantasmé serait-il la cause première de tous les problèmes contemporains, du changement climatique aux désordres affectifs et matériels dans les familles.

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L’idéologie déconstructiviste continue donc son travail de corrosion du pater familias en promouvant de nouvelles manifestations wokistes. L’infantisme désigne un ensemble de discriminations et de préjugés systémiques et collectifs à l’encontre des enfants et des adolescents perçus comme inférieurs aux adultes qui disqualifient d’emblée leur discours au nom de leur manque de jugement et d’expérience. Le mioche est de droit l’égal de l’adulte sans en avoir bien sûr les devoirs… L’infantisme recoupe en partie un autre délire psychosocial: l’adultisme. Interrogée par Emmanuelle Anizon et Anna Topaloff dans le même numéro du Nouvel Obs, la danseuse, réalisatrice, comédienne et autrice (ouf!) Andréa Bescond, née en 1979 et mère de deux enfants, définit cette deuxième notion, inventée vers 1978 par le psychologue étatsunien Jack Flasher, comme un «système de domination des adultes sur l’enfant, basé sur l’idée que l’enfant est un être inférieur, dont les droits et la parole n’ont pas la même valeur que ceux des personnes majeures». Quant à l’enfantisme, ce serait un mouvement social, culturel et politique qui recherche l’application réelle de l’égalité en matière de respect des droits, des dignités et d’intégrité entre les adultes et les enfants. Dans la logique enfantiste, le parent qui doit changer les couches souillées de sa fille ou de son fils âgé de deux mois, doit au préalable lui demander son consentement. Par quel moyen? Un formulaire administratif CERFA pré-rempli? Andréa Bescond se déclare «favorable au droit de vote des adolescents à partir de 15 ans». Pourquoi cette limite d’âge ? Pourquoi pas avant? Bien entendu, elle s’oppose en revanche à tout droit de vote familial.

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Ces trois métastases wokistes procèdent en ligne droite de l’égalitarisme le plus rance. N’étonnons-nous pas si, lors des blocus devant les lycées en octobre 2026, maints mineurs ont été arrêtés après avoir commis de nombreuses dégradations. Il serait temps d’abroger les ordonnances de 1945 sur la justice des mineurs et l’excuse de minorité pour imposer des circonstances aggravantes automatiques. Les trois aberrations intellectuelles récusent par conséquent toute approche verticale, tout sens hiérarchique, tout ordre concret au profit d’un fatras chaotique inquiétant. On notera enfin que les zélotes dérangés de ces aberrations conceptuelles dénient toute légalité au sort du fœtus avant son élimination pré-natale. Si la cause des enfants reste restrictive, celle du fœtusisme tarde à se manifester.     

GF-T

  • « Chronique flibustière » n° 201, d’abord mise en ligne le 19 octobre 2026 sur Synthèse nationale.

dimanche, 25 octobre 2026

Dragana Trifković: l’Ukraine entre la réalité militaire et les illusions diplomatiques de l’Occident

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Dragana Trifković: l’Ukraine entre la réalité militaire et les illusions diplomatiques de l’Occident

Par Dragana Trifković, directrice générale du Centre d’études géostratégiques

Source: https://geostrategy.rs/dragana-trifkovic-ukrajina-izmedju...

«Washington tente, par une initiative diplomatique, d’enrayer l’aggravation de la crise ukrainienne et de réduire ses propres coûts stratégiques, tandis que Moscou cherche à orienter les négociations vers un règlement durable des questions qu’elle considère comme les causes fondamentales du conflit».

La nouvelle tentative de Washington de relancer les négociations sur le conflit ukrainien doit être envisagée dans le contexte de transformations géopolitiques plus larges et d’une situation internationale de plus en plus complexe pour les États-Unis d’Amérique. Après le conflit avec l’Iran, et alors que les problèmes sociaux et économiques intérieurs restent irrésolus, l’administration américaine s’efforce de renouer le dialogue avec Moscou et de trouver une issue à la crise ukrainienne, qui pèse depuis des années sur les ressources politiques, militaires et économiques de l’Occident.

Les négociations d’Oslo montrent que Washington reprend l’initiative diplomatique, tandis que les États européens se retrouvent de plus en plus dans une position subordonnée. Bien qu’ils participent aux consultations et cherchent à influer sur la formulation de positions communes, leur capacité à déterminer de manière autonome l’orientation du processus de négociation demeure limitée. Le canal de communication décisif se rétablit entre Washington et Moscou, ce qui confirme que les questions essentielles de la sécurité européenne ne peuvent être réglées sans un dialogue russo-américain direct.

L’objectif principal de l’initiative diplomatique occidentale reste d’obtenir un cessez-le-feu le plus rapidement possible. Toutefois, cette demande ne doit pas être considérée uniquement comme une initiative de paix, mais aussi comme une conséquence de l’évolution défavorable de la situation pour l’Ukraine et ses alliés occidentaux. L’armée ukrainienne subit des pertes importantes, fait face à une pénurie d’effectifs et à l’épuisement de ses ressources militaires, tandis que les forces russes poursuivent une progression méthodique, consolidant progressivement leur contrôle sur des positions d’importance stratégique et créant les conditions de nouveaux succès opérationnels. Si cette dynamique se poursuit, elle compliquera davantage encore la situation de la partie ukrainienne, tant sur le plan militaire que dans les négociations.

Dans de telles circonstances, le temps devient l’un des facteurs stratégiques les plus importants. Pour les États occidentaux, la prolongation du conflit signifie des engagements financiers supplémentaires, des risques politiques et une incertitude croissante quant à la capacité de l’Ukraine à tenir durablement ses positions actuelles. Dans cette perspective, un cessez-le-feu pourrait permettre de stabiliser le front et d’empêcher une nouvelle dégradation de la position de négociation ukrainienne.

Pour la Russie, cependant, la logique des négociations est fondamentalement différente. Moscou ne considère pas le cessez-le-feu comme un objectif en soi, mais insiste sur la nécessité de remédier aux causes du conflit et d’atteindre les objectifs qu’elle s’est fixés au début de l’Opération militaire spéciale. Au cœur de ces exigences demeurent la démilitarisation de l’Ukraine, son statut neutre et non aligné, ainsi que des règlements territoriaux qui confirmeraient le contrôle russe sur les régions que Moscou considère comme siennes.

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C’est précisément là que réside la contradiction fondamentale du processus diplomatique actuel. Alors que la partie occidentale cherche à obtenir d’abord un cessez-le-feu, puis à négocier un règlement politique à long terme, la Russie exige que le futur accord élimine au préalable les menaces sécuritaires qui, selon la justification officielle russe, ont motivé le déclenchement de l’opération militaire.

Les déclarations faites après les entretiens d’Oslo, notamment les positions de Volodymyr Zelensky sur les garanties de sécurité pour l’Ukraine, ne témoignent pas d’un rapprochement substantiel des positions. Des demandes de garanties d’une portée comparable à celle de l’article 5 du traité de l’Atlantique Nord peuvent difficilement être acceptables pour Moscou, car elles pourraient instaurer une forme de protection occidentale permanente en matière militaire et de sécurité, même sans adhésion formelle de l’Ukraine à l’OTAN.

La question du soutien militaire et du soutien en matière de renseignement apportés par les États-Unis à l’Ukraine revêt également une importance particulière, notamment en ce qui concerne les renseignements satellitaires et les livraisons de missiles destinés aux systèmes de défense antiaérienne Patriot. Le fait que ces sujets soient abordés dans les discussions diplomatiques révèle à quel point les capacités militaires ukrainiennes dépendent des décisions américaines. Washington dispose donc de moyens de pression sur Kiev qui dépassent largement la médiation diplomatique.

La question reste donc ouverte de savoir si Washington peut réellement parvenir, avec Kiev et ses alliés européens, à un consensus sur une proposition qui serait également acceptable pour la partie russe. L’harmonisation formelle des positions occidentales ne signifie pas qu’une base de compromis avec Moscou a été trouvée.

C’est dans ce contexte qu’il faut également considérer la mission de l’émissaire américain Steve Witkoff, qui a présenté à la partie russe des propositions concernant un cessez-le-feu, des arrangements de sécurité, la reconstruction de l’Ukraine après la guerre et une éventuelle reprise des négociations directes. L’examen de mécanismes techniques et de dispositifs d’expertise peut constituer une démarche diplomatique utile, mais ne résout pas, à lui seul, les désaccords politiques fondamentaux.

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La possibilité annoncée d’une reprise des négociations trilatérales entre la Russie, les États-Unis et l’Ukraine après le 10 novembre constitue une certaine avancée diplomatique, mais ne doit pas être interprétée comme une disposition de Moscou à renoncer à ses exigences fondamentales. Consentir à la poursuite du dialogue et accepter un plan de paix concret sont deux choses fondamentalement différentes. La Russie maintient ainsi un canal de communication diplomatique, tout en cherchant à préserver sa position de négociation.

Le fait que les discussions abordent de plus en plus les questions économiques, notamment la reconstruction de l’Ukraine, les investissements et les perspectives d’une future coopération russo-américaine, mérite une attention particulière. Cela montre que Washington envisage un cadre plus large pour un éventuel accord, qui pourrait englober non seulement le conflit ukrainien, mais aussi certains aspects des relations futures entre les deux grandes puissances. Toutefois, les incitations économiques peuvent difficilement se substituer au règlement des questions que Moscou considère comme essentielles à sa sécurité nationale.

La profonde crise de confiance entre la Russie et l’Occident constitue un obstacle supplémentaire à l’ensemble du processus. L’expérience des accords de Minsk, ainsi que les interprétations divergentes des processus diplomatiques antérieurs, ont renforcé à Moscou la conviction que les États occidentaux utilisent les négociations et les accords provisoires pour gagner du temps et consolider leurs propres positions. C’est précisément pour cette raison que la Russie insiste sur des garanties concrètes, vérifiables et viables à long terme, plutôt que sur des promesses politiques.

Dans le même temps, les États occidentaux continuent de formuler des exigences qui ne correspondent guère au rapport de forces réel sur le terrain. Ce décalage entre les ambitions politiques et la réalité militaire complique davantage encore la possibilité de parvenir à un accord. Le problème ne réside pas seulement dans les divergences entre les positions de négociation, mais aussi dans le fait que les capitales occidentales, malgré l’évolution défavorable de la situation, cherchent toujours à maintenir des objectifs politiques qui n’ont pas été atteints par la voie militaire.

La question essentielle aujourd’hui n’est pas de savoir si Washington souhaite un cessez-le-feu, mais s’il est prêt à accepter les conséquences politiques et sécuritaires de l’évolution du conflit jusqu’à présent. Si l’administration américaine continue d’insister sur une solution qui viserait avant tout à geler la situation actuelle, sans répondre aux exigences fondamentales de la Russie, il est difficile d’espérer des progrès substantiels.

Les négociations d’Oslo et la poursuite des contacts directs avec Moscou constituent donc davantage une tentative de l’Occident d’enrayer une évolution défavorable des événements que la preuve qu’un accord de paix est proche. Pour Washington, le temps devient un facteur de plus en plus important, tandis que Moscou, estimant que le rapport de forces évolue progressivement en sa faveur, n’a pas les mêmes raisons d’accepter un compromis rapide.

Washington tente, par une initiative diplomatique, d’enrayer l’aggravation de la crise ukrainienne et de réduire ses propres coûts stratégiques, tandis que Moscou cherche à orienter les négociations vers un règlement durable des questions qu’elle considère comme les causes fondamentales du conflit.

L’issue finale des négociations ne dépendra pas du nombre de rencontres diplomatiques, mais de la volonté de l’Occident d’adapter ses exigences politiques au rapport de forces réel et d’accepter de discuter des questions essentielles de la sécurité européenne. Sans cela, chaque nouvelle proposition de paix risque de rester une simple tentative de suspendre temporairement le conflit, plutôt que de constituer une base pour son règlement durable.

Source : Centre d’études géostratégiques

mardi, 20 octobre 2026

Fictions bellicistes: la théâtralisation de la guerre

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Fictions bellicistes: la théâtralisation de la guerre

Lorenzo Carrasco

Source: https://newsnet.fr/329169

L’Europe théâtralise la guerre avec la Russie tandis que son ordre libéral s’effondre: un rituel de peur sans promesse de rédemption, sur la voie de l’autodestruction.

MSIa Informa, 29 septembre 2026. — Dans un élan de mise en scène, les dirigeants européens se sont affichés en tenue militaire lors du Sommet européen de l’Arctique, organisé à Rovaniemi, en Finlande, afin de faire clairement comprendre qu’ils seraient prêts à affronter la Russie. Pendant ce temps, la machine politique et médiatique des principales capitales européennes répète, presque à l’unisson, ses mises en garde contre la prétendue «menace russe» incarnée par Vladimir Poutine.

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La déclaration officielle du Sommet de Rovaniemi, tenu les 13 et 14 septembre 2026, a elle-même établi que la sécurité devait être au cœur des discussions et insisté sur la nécessité de renforcer la présence et les capacités européennes dans l’Arctique, région considérée comme stratégique pour la sécurité de l’ensemble du continent.

Mais cette mise en scène recèle quelque chose de bien plus profondément inquiétant. Ces dirigeants se déguisent en porte-parole de sociétés mobilisées pour la guerre, alors qu’ils gouvernent des pays profondément divisés et font face à une érosion croissante de la confiance politique. Le décalage entre la rhétorique des dirigeants et les dispositions réelles des sociétés qu’ils prétendent représenter devrait, à lui seul, inciter à la prudence. Au lieu de cela, nous assistons à la construction d’un climat psychologique de confrontation. Et c’est précisément là que le danger commence.

Le risque réel d’autodestruction

En premier lieu, ils simulent la puissance, car l’Europe ne dispose pas aujourd’hui de toutes les capacités industrielles nécessaires pour soutenir de façon autonome une mobilisation militaire prolongée à l’échelle suggérée par l’actuelle rhétorique du réarmement. Les efforts mêmes déployés par l’Europe pour reconstituer ses stocks, accroître sa production de munitions et restaurer ses capacités industrielles montrent à quel point cette infrastructure a été réduite au cours des dernières décennies. Mais le problème le plus grave n’est pas industriel. Il est stratégique.

La Fédération de Russie possède un immense arsenal nucléaire et a développé des systèmes d’attaque avancés, notamment hypersoniques. Cela ne signifie pas que la Russie dispose d’une supériorité technologique dans tous les domaines, mais implique quelque chose de beaucoup plus important pour notre réflexion: toute guerre directe entre l’OTAN et la Russie mettrait aux prises des forces capables de provoquer des destructions à l’échelle d’une civilisation. La Russie et les États-Unis continuent de détenir l’écrasante majorité des ogives nucléaires existantes, tandis que les principales puissances nucléaires modernisent leurs arsenaux et que les mécanismes de maîtrise des armements s’affaiblissent. Par conséquent, traiter un affrontement direct entre la Russie et l’OTAN comme s’il ne s’agissait que d’une option de politique étrangère parmi d’autres n’est pas une preuve de courage. C’est jouer avec la possibilité imminente d’une autodestruction.

Une fois franchi un certain seuil, rien ne garantit plus que les événements resteront sous le contrôle de ceux qui les ont déclenchés. C’est précisément ce point qui semble disparaître de l’actuelle théâtralisation belliciste. Et il y a plus inquiétant encore: le langage de la destruction est de nouveau ouvertement employé par les dirigeants occidentaux eux-mêmes.

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En septembre 2026, devant l’Assemblée générale des Nations unies, le président Donald Trump est allé jusqu’à avertir que les États-Unis pourraient «anéantir» l’Iran si aucun accord n’était trouvé. Si une menace de cette nature peut être proférée devant les Nations unies sans provoquer une rupture politique proportionnelle à l’énormité des propos tenus, c’est que quelque chose de profondément grave est en train d’arriver à la perception occidentale des limites de la guerre. Car la normalisation du langage de l’anéantissement ne reste pas nécessairement circonscrite à l’adversaire contre lequel il était initialement dirigé.

Aujourd’hui, il peut s’agir de l’Iran. Demain, dans une spirale d’escalade que plus personne ne parviendrait à maîtriser, il pourrait s’agir de villes européennes. C’est en ce sens que les actuels délires bellicistes cessent d’être une simple mise en scène politique pour devenir un danger concret d’autodestruction de la civilisation européenne elle-même. L’Europe, qui fut pendant des siècles l’un des principaux foyers de la civilisation occidentale, a traversé deux guerres mondiales et sait directement ce que signifie la transformation de rivalités politiques en guerres d’anéantissement. C’est précisément pourquoi on serait en droit d’attendre de ses dirigeants qu’ils soient les premiers à comprendre qu’une guerre entre puissances nucléaires n’offre aucune seconde chance de corriger les erreurs de calcul.

Pourtant, nous voyons des dirigeants jouer avec les symboles militaires, les discours de mobilisation, les ennemis existentiels et les perspectives de confrontation, comme si nous nous trouvions encore dans le monde d’avant Hiroshima. La fiction consiste précisément à représenter la guerre comme un instrument politique encore disponible, sans envisager l’issue ultime que pourrait entraîner une telle guerre. Et si l’affrontement échappe à tout contrôle, ce ne seront pas seulement les gouvernements, les partis ou les alliances militaires qui en paieront le prix. Ce pourrait être la civilisation même que ces dirigeants affirment défendre.

Qui a besoin de la menace?

Posons donc la question: qui se trouve derrière toute cette imposture? Qui alimente cette représentation? Qui a besoin de ce climat permanent de menace? Et pourquoi un ordre politique fissuré, dépourvu de légitimité, semble-t-il trouver dans la perspective de la guerre l’un de ses derniers alibis pour justifier sa pérennité? La réponse la plus naïve consisterait à expliquer cette pathologie par la tentative de maintenir des régimes impopulaires sous le régime d’une menace extérieure imaginaire, tout en condamnant ou en réprimant les forces politiques émergentes, accusées d’être des «agents de l’étranger» ou les instruments d’une puissance ennemie — en l’occurrence, liés à la «bête» russe.

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Il y a certainement une part de cela. L’histoire offre de nombreux exemples de gouvernements qui recourent à la menace extérieure afin de ressouder des cohésions internes détériorées, de discréditer leurs adversaires et de justifier des mesures qui, dans des circonstances normales, rencontreraient une plus forte résistance. Mais cette explication reste insuffisante. Lorsque nous parlons de crise, nous ne faisons pas seulement référence à la légitimité d’un groupe de dirigeants européens. La décomposition atteint le système même qui les a portés au pouvoir. Et c’est précisément ce système qui s’effondre.

Effondrement de l’ordre libéral et financier

Le prétendu «monde fondé sur des règles», la mondialisation financière, le libre-échange érigé en dogme et le remplacement progressif de l’économie productive par l’intermédiation financière se heurtent aujourd’hui au retour de l’État national souverain. Cette résurgence donne la priorité à la politique industrielle, à la sécurité énergétique, aux chaînes de production stratégiques et à la défense des intérêts économiques propres à chaque pays. Paradoxalement, ce centralisme étatique pourrait également indiquer une voie permettant à l’Occident de renouer avec une partie de ses racines civilisationnelles — essentiellement chrétiennes —, selon lesquelles le pouvoir politique n’était pas conçu comme une réalité absolue, mais comme soumis à un ordre moral supérieur.

Au fond, derrière ces chimères se dessine une faille encore plus profonde: la crise du modèle libéral et financier articulé autour de banques centrales «indépendantes». Cette logique a consolidé l’autonomie croissante du capital par rapport aux États nationaux, sous l’impulsion d’une conception économique qui, pendant des décennies, a progressivement déplacé le centre de gravité de la richesse de la production réelle vers la spéculation rentière.

Les racines de cette structure remontent à la gestation de l’ordre commercial anglo-néerlandais des XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles, par la suite projeté à l’échelle mondiale à travers l’expansion impériale et bancaire britannique. Au fil du temps, ce modèle a revêtu de nouvelles formes, tout en conservant une caractéristique essentielle: la capacité du pouvoir financier à se présenter comme une réalité extérieure à la politique et à placer ses décisions sous le signe de procédés techniques, neutres et indépendants des choix souverains de la société. C’est précisément cette architecture dissimulée qui commence aujourd’hui à être remise en question.

Une religion séculière sans promesse de rédemption

Le cerveau caché des oligarchies occidentales a perdu la capacité de produire des idées et des projets susceptibles de mobiliser les sociétés en direction d’un avenir prometteur. Cette stérilité se manifeste également dans la médiocrité d’une grande partie des dirigeants actuels, devenus de simples administrateurs d’un ordre régressif plutôt que les créateurs d’une nouvelle réalité politique. La politique libérale s’est ainsi transformée en une sorte de religion séculière dépourvue de promesse de rédemption, ce qui constitue peut-être l’une de ses caractéristiques les plus inquiétantes.

Les grands mouvements politiques des XIXᵉ et XXᵉ siècles, même lorsqu’ils ont conduit des sociétés entières à la catastrophe, promettaient encore une certaine forme de rédemption historique: la société sans classes, la grandeur nationale, l’empire, la révolution, l’homme nouveau ou un ordre futur prétendument définitif. À l’inverse, la religion séculière de l’ordre libéral en décomposition n’offre même plus cela. Elle exige des sacrifices sans présenter de paradis futur: elle réclame l’appauvrissement au nom de la stabilité, la perte de souveraineté au nom des règles, la désindustrialisation au nom de l’efficacité et la censure au nom de la démocratie. Finalement, elle accepte même le risque de la guerre afin de préserver un ordre dont elle n’est plus capable d’expliquer la finalité.

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Il n’existe plus de véritable promesse de rédemption. Il ne subsiste que la promesse que le système continuera d’exister. «Nous sommes le jardin d’Éden; tout le reste est la jungle». À ce stade, la politique cesse de défendre la société et exige de celle-ci un sacrifice aveugle pour défendre le système! C’est précisément là qu’une religion séculière peut devenir autodestructrice: lorsque la préservation de l’ordre existant importe davantage que celle des personnes qui vivent sous cet ordre, réduites en esclavage.

De la minorité créatrice à la minorité dominante

C’est peut-être l’un des signes les plus profonds d’un épuisement civilisationnel. Une élite cesse d’être créatrice lorsqu’elle ne parvient plus à imaginer un avenir qui ne soit pas la simple continuation d’elle-même. Le grand historien britannique Arnold Toynbee avait perçu ce phénomène avec une remarquable profondeur en établissant une distinction entre la minorité créatrice et la minorité dominante.

Une minorité créatrice exerce son autorité parce qu’elle apporte des réponses capables de susciter l’adhésion. Son autorité naît de sa capacité à répondre aux défis historiques et à produire de nouvelles formes d’organisation, de culture et de sens de l’être. Lorsque cette capacité disparaît, l’ancienne minorité créatrice peut devenir une minorité dominante. Elle ne dirige plus parce qu’elle inspire : elle se maintient parce qu’elle contrôle. La persuasion est progressivement remplacée par la discipline; l’imagination, par l’administration ; le projet, par la propagande; et la confiance, par la peur. C’est à ce moment-là que le système risque de transformer sa propre crise en justification de sa survie. Plus il échoue, plus il exige de pouvoir. Plus il perd sa légitimité, plus il a besoin d’ennemis. Moins il parvient à imaginer l’avenir, plus il éprouve le besoin dramatique de présenter le présent comme une bataille existentielle.

Lorsque le temporel prend la place du transcendant

200px-ericvoegelin11.jpgC’est ici que la réflexion du philosophe et politologue germano-américain Eric Voegelin (1901-1985) (photo) sur les religions politiques rejoint celle de Toynbee sur la désintégration des civilisations. Lorsqu’une société perd la référence à un ordre transcendant, le besoin humain d’absolu ne disparaît pas; il est simplement transféré. La nation, la race, la classe, le parti, la révolution, le marché, les «règles» ou la démocratie — entendue non plus comme un régime politique, mais comme une catégorie morale absolue —: toute réalité temporelle peut être sacralisée et élevée à un statut qui ne tolère aucune remise en question. Dans ce processus, le profane usurpe la place du transcendant.

Il existe toutefois une différence décisive entre les anciens mouvements politiques et cette religion séculière potentielle d’un ordre épuisé. Les premiers promettaient une rédemption future, tandis que la seconde semble exiger le sacrifice présent dans le seul but d’empêcher l’effondrement du système. Il s’agit d’une religion séculière dépourvue d’eschatologie: sans paradis, sans homme nouveau et sans horizon véritablement inédit. Son seul avenir réside dans la prolongation indéfinie du présent.

Lorsque la peur remplace l’imagination

C’est peut-être précisément cette absence d’avenir qui explique l’importance croissante de la peur: peur de l’ennemi extérieur, de la rupture, de la dissidence et de la perte de contrôle. Peur que ce qui a été présenté pendant des décennies comme inéluctable cesse soudain de l’être. Lorsqu’un ordre ne parvient plus à susciter l’espoir, il se voit contraint d’inspirer l’effroi. Et si la terreur se substitue à l’imagination, le conflit peut devenir un moyen de légitimation.

La guerre cesse alors d’être seulement un instrument extérieur de la politique et se transforme en nécessité interne du système. C’est précisément à ce point que les délires bellicistes contemporains prennent une dimension bien plus profonde que le débat quotidien sur la Russie, l’Ukraine, l’OTAN ou les dépenses militaires: la question est civilisationnelle. Un ordre qui a perdu la capacité de concevoir son propre avenir peut commencer à accepter des risques qui, dans des circonstances normales, paraîtraient inconcevables. Il peut finir par confondre la continuité de ses structures avec celle de la civilisation elle-même.

Cette confusion est peut-être l’une des erreurs les plus dangereuses qu’une élite puisse commettre. Les institutions, les régimes économiques et les systèmes politiques sont historiques, tandis que les civilisations les transcendent tous. Lorsqu’un rouage en vient à exiger que l’humanité se mette en danger pour garantir sa propre survie, le rapport entre les moyens et les fins s’est entièrement inversé.

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Les signes d’un changement d’époque

C’est à ce stade que l’on peut véritablement parler d’autodestruction. Une civilisation peut commencer à se détruire non parce qu’elle aurait cessé de croire, mais parce qu’elle a transformé son propre ordre historique en objet de foi absolue. Lorsque les dirigeants cessent de concevoir un avenir différent de celui qu’ils administrent; lorsque la guerre remplace la politique et que la peur se substitue au projet; lorsque la préservation des institutions devient plus importante que les personnes pour lesquelles elles ont été créées, nous ne sommes plus seulement confrontés à une crise politique ou économique. Nous sommes face à une profonde débâcle civilisationnelle.

Le moment où une élite perd sa capacité de concevoir, de créer et de convaincre constitue généralement le signe avant-coureur de la fin d’une époque. Cela ne signifie toutefois pas nécessairement que la civilisation soit condamnée; cela peut impliquer exactement le contraire. Cela indique que les structures incapables de répondre aux défis du présent ouvrent la voie à d’autres formes d’organisation, à de nouvelles idées et au rétablissement de vertus qui semblaient oubliées. Après tout, l’épuisement créatif d’un ordre n’épuise pas la capacité d’invention humaine. Lorsque ceux qui gouvernent ne conçoivent plus rien au-delà de leur propre perpétuation, c’est peut-être précisément le premier signe que quelque chose de nouveau — d’entièrement nouveau — est sur le point d’advenir.

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lundi, 19 octobre 2026

Ukraine: la guerre de Londres contre Trump et le nouveau Yalta

Image ID 2J2N4TG Ukrainian flag and British Union Jack flag flying together in UK, showing solidarity & support for people of Ukraine in the Russia Ukraine war CREDIT ALAMY STOCK PHOTO 270423.png

Ukraine: la guerre de Londres contre Trump et le nouveau Yalta

Entre-temps, Trump a levé toutes les sanctions imposées à Moscou, réduisant à néant les analyses de ceux qui avaient prédit qu’il brandirait comme une massue les sanctions infernales conçues par le sénateur Lindsey Graham.

Par Davide Malacaria

Source: https://www.piccolenote.it/mondo/ucraina-la-guerra-di-lon...

Trump poursuit son offensive de pression sur Zelensky pour le contraindre à négocier avec Poutine. Celle-ci va de pair avec les pressions exercées sur l’Europe pour qu’elle cesse de soutenir la posture musclée du président ukrainien et qu’elle renoue des relations avec la Russie, en commençant par l’achat de gaz acheminé par Nord Stream — dans lequel des entrepreneurs américains souhaitent investir.

Entre-temps, Trump a levé toutes les sanctions imposées à Moscou, réduisant à néant les analyses de ceux qui avaient prédit qu’il brandirait comme une massue les sanctions infernales conçues par le sénateur Lindsey Graham et approuvées par le Congrès après son décès (¹). Lorsqu’il avait signé la résolution, il était évident qu’il en atténuerait la portée ou ne l’appliquerait pas au moment opportun.

Il reste toutefois qu’à ce jour, la paix n’en est qu’au stade des pourparlers et que les déclarations de Trump, chargées de frustration et d’irritation envers Zelensky, qu’il accuse de ne pas vouloir la paix — il n’est pas le seul à le penser —, ne suffisent pas à le faire plier.

Zelensky a tout à perdre à la paix: le pouvoir, l’argent — il est impossible qu’il soit le seul homme honnête de son cercle rapproché, décimé depuis des années par les enquêtes judiciaires — et, enfin, le prestige international que le conflit lui a offert (sic!).

Ainsi, le 14 octobre, l’Amérique a envoyé un message fort et clair en interrompant pendant une nuit le fonctionnement du réseau satellitaire Starlink, facilitant ainsi les opérations russes.

Zelensky, misant sur les critiques généralisées des oligarchies occidentales contre l’initiative trumpienne, critiques qui n’ont effectivement pas manqué de se manifester, a poursuivi imperturbablement sa route, comptant sur le rétablissement du réseau, qui a bien eu lieu.

Malgré ce rétablissement, Zelensky s’est toutefois plaint que le service n’avait pas été pleinement restauré pour les forces armées ukrainiennes. Et cette nuit, une nouvelle attaque russe contre Kiev n’a pas été signalée par Starlink.

Zelensky s’est donc décidé à téléphoner aux hommes de Trump, Witkoff et Kushner, ce qu’il s’était abstenu de faire depuis qu’il avait commencé à polémiquer violemment avec le président américain après la levée, par celui-ci, des sanctions visant le gazole russe.

Zelensky s’entretient avec Witkoff et Kushner sur fond de crise entre les États-Unis et l’Ukraine

Nous n’en sommes qu’à un premier pas, ambigu de surcroît, compte tenu de l’entêtement de Zelensky et de sa fragilité, autre facteur qui l’empêche de s’engager sur la voie de la paix: il risque d’être tué pour trahison par ses amis, à l’intérieur comme à l’extérieur du pays.

Pour comprendre ce que préparent les soutiens de Zelensky afin de contrer l’offensive trumpienne, reprenons les propos d’Anders Åslund dans le Kyiv Post, média ukrainien étroitement lié aux Britanniques. Trump, écrit le professeur, a «désormais jeté le masque» et montre son vrai visage à l’Europe.

En réalité, Trump avait déjà manifesté par le passé son penchant pour une approche non conflictuelle avec Moscou — et pour la recherche de la paix en Ukraine —, disposition à laquelle les dirigeants européens avaient répondu par la flatterie et la persuasion.

Cette fois, Trump paraît plus déterminé et cette approche ne fonctionnera pas, écrit Åslund, qui ajoute: «L’Europe ne peut plus rester passive. Elle ne peut pas non plus faire semblant de considérer les États-Unis comme un allié. Il s’agit d’un ennemi qui soutient la Russie, s’oppose à l’Ukraine et veut détruire l’UE». Aussi, selon le professeur, la première mesure à prendre, conjointement avec le Canada, consiste à transformer l’OTAN en «éliminant le plus rapidement possible le personnel et les éléments américains»…

La nouvelle OTAN, qui serait ainsi placée sous la houlette britannique, doit «développer rapidement» les capacités de renseignement nécessaires pour soutenir Kiev et entreprendre de «s’armer le plus vite possible». Cette évolution doit aller de pair avec un processus d’intégration de l’Ukraine à l’OTAN, lequel doit avancer «au plus vite, mais cela ne peut se faire qu’après l’exclusion des États-Unis».

Nous ne citerions pas un article aussi hallucinant s’il ne donnait voix à un sentiment qui circule dans de nombreux milieux intellectuels européens, lesquels caressent le rêve — comprenez: le cauchemar — d’un affrontement direct avec la Russie. Ils le caressent, le présentent comme quelque chose de réalisable, en faisant semblant de croire que l’on pourrait éviter la catastrophe qui en résulterait.

Mais cet article est évidemment intéressant aussi pour son exhortation à modifier les rapports avec l’Amérique, du moins celle de Trump, que ces milieux considèrent précisément comme une entité hostile.

Ce n’est pas seulement la guerre en Ukraine qui éloigne comme jamais les deux rives de l’Atlantique, mais aussi, et surtout, la perspective vers laquelle s’oriente Trump, évoquée dans un article du Wall Street Journal. Lors de l’entretien téléphonique entre Trump et Poutine du dimanche 14 juin, il a en effet été question d’une éventuelle rencontre trilatérale entre Poutine, Trump et Xi Jinping au sommet de l’APEC des 18 et 19 novembre.

Dans notre compte rendu de cet appel, nous avions laissé entendre que tel était le contenu de la conversation; le WSJ le confirme avec autorité. Selon le journal américain, cette rencontre porterait sur la paix en Ukraine. C’est possible, même s’il faut un interlocuteur ukrainien pour la conclure, mais l’enjeu est bien plus vaste: un nouveau Yalta, sous d’autres formes et modalités, un nouvel ordre mondial qui mette fin à la dynamique actuelle des guerres sans fin.

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Poutine évoque un sommet avec Trump et Xi pour discuter d’un accord sur l’Ukraine

Un nouveau Yalta dont l’Europe serait exclue, avec toutes les conséquences que cela implique. Mais surtout la Grande-Bretagne, qui était présente au précédent Yalta et joua un rôle important dans l’ordre mondial de l’après-guerre, dont la dynamique des guerres sans fin constitue un prolongement devenu incontrôlable — ces guerres servent en effet à tenter de préserver le pouvoir des anciens maîtres et à contenir l’émergence de nouvelles réalités géopolitiques.

Ce n’est pas pour rien que Winston Churchill fut à l’origine du rideau de fer, cette barrière infranchissable entre l’Est et l’Ouest qui donna forme à ce Yalta, conférant à l’oligarchie anglo-saxonne la direction de l’Occident.

Ce précédent explique pourquoi la Grande-Bretagne a aujourd’hui lancé un djihad contre cet hypothétique nouveau Yalta trilatéral. La guerre en Ukraine est un précieux levier à cette fin. Londres est en proie à une véritable démesure, au point d’aller jusqu’à rêver de prendre la tête d’une OTAN sans les États-Unis. Entre-temps, elle a attelé l’UE à son char. Ce n’est pas rien.

Note: 

(¹) Note de traduction : le texte italien porte bien «dopo il suo decesso» («après son décès»). Cette formulation, dont le référent est ambigu, est conservée sans correction.

Dissolution européenne. En ordre dispersé

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Dissolution européenne. En ordre dispersé

Andrea Marcigliano

Source: https://electomagazine.it/dissolvenza-in-ordine-sparso/

Un journaliste aurait demandé à Poutine: "N’est-il pas temps de démanteler l’UE pour négocier avec les États individuellement?".

Le tsar aurait répondu avec un ricanement: "Ce n’est pas nécessaire. Ils se dissoudront tout seuls".

Que cette anecdote soit vraie ou fausse, elle brosse malheureusement un tableau fidèle de la situation.

L’Union européenne est désormais tout sauf une union. Et les pays qui, en théorie, la composent avancent de plus en plus en ordre dispersé.

La responsabilité en incombe à une Commission dirigée de manière dictatoriale par von der Leyen, qui répond à des intérêts n’ayant rien à voir avec ceux des peuples européens.

Qui sert, et de façon extrêmement manifeste, des puissances économiques qui nous conduisent à la ruine.

Mais aussi aux gouvernements, prétendument nationaux, de France, d’Allemagne, d’Italie, sans compter tous les autres instances de pacotille.

Elles aussi totalement asservies à ceux qui n’ont rien à voir avec l’Europe et, surtout, avec les Européens.

Qui poursuivent d’autres objectifs, sans se soucier de nous, entièrement tournés, au contraire, vers des intérêts étrangers aux nôtres. Et dévastateurs pour nous.

Nous pouvons ainsi voir la révolte monter dans toute l’Europe. À commencer par l’Allemagne, où les résultats électoraux dans les Länder contraignent Merz à se cramponner désespérément au pouvoir, désormais privé de tout soutien populaire.

Puis la France, où Le Pen, à mesure qu’elle progresse, semble s’enhardir et déclare son intention de prendre ses distances avec Kiev. En suspendant les financements accordés au régime qui sévit là-bas.

L’Espagne, où la révolte éclate ouvertement dans les rues.

Et l’Italie aussi, dont le Sud est désormais paralysé par les agriculteurs et où la contestation se propage. Malgré le silence prolongé, coupable et complice des grands médias.

Et puis il y a l’Europe de l’Est. Qui avance déjà en ordre dispersé. Avec la Slovaquie qui veut renouer avec Moscou. Les pays baltes qui se font les porte-étendards, ridicules et risibles, de la guerre à outrance. La Pologne tiraillée entre son aversion historique pour la Russie et sa méfiance, voire pire, envers l’Ukraine de Zelensky…

Je pourrais continuer. Car la Bulgarie, la Hongrie, l’Autriche, la Croatie, la Slovénie et la Roumanie font toutes, plus ou moins, cavalier seul.

La dissolution de l’illusion européenne est à l'ordre du jour.

Exactement comme l’aurait dit, en ricanant, Vladimir Poutine.

dimanche, 18 octobre 2026

Qui casse et pour qui?

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Qui casse et pour qui?

par Paolo Bolo

Source: https://www.facebook.com/groups/25490245713968808/user/100008351225117

Rappelons une évidence que certains éditorialistes ont égarée entre deux plateaux : les casseurs ne sont ni les étudiants, ni les retraités. Ne l'oubliez pas, car on va s'employer à vous le faire oublier.
 
Le dangereux profil du retraité
 
Regardons les faits. D'un côté, des lycéens et des étudiants armés de pancartes, d'une enceinte Bluetooth et de la conviction que leur avenir mérite mieux qu'un CDD à perpétuité. De l'autre, des retraités équipés de gilets syndicaux, de thermos et de genoux fragiles, dont l'activité la plus violente consiste à entonner un refrain avec trois mesures de retard.
Pour briser une vitrine, il faut de l'élan, une cagoule et un certain sens de l'organisation. Pour une retraitée de 68 ans à la hanche en titane, il faut surtout un banc à proximité.
 
Pourtant, à entendre certains commentaires, on croirait que la place de la République est envahie par des hordes de licence de sociologie et de grands-pères en polaire, prêts à retourner une voiture entre deux pauses café. Le péril gris, voilà le nouvel ennemi intérieur. Qu'on se rassure : aucun retraité n'a jamais incendié une poubelle sans vérifier d'abord qu'elle était bien destinée au tri.
 
La grande théorie de l'amalgame
 
Le procédé est rodé, presque artisanal. On filme une vitrine brisée, on la passe en boucle, et on place à côté l'image d'un million de manifestants. Le téléspectateur, qui a l'esprit vif mais le temps court, fait lui-même le rapprochement. Le million, c'est la vitrine. La vitrine, c'est le million. Des gens qui ont défilé dans le calme deviennent ainsi, par la magie du montage, les complices de quelques cagoulés. C'est la division du travail à la française : les uns cassent, les autres en paient la réputation.
Et s'il reste un doute, il suffit de prononcer « ultra gauche », formule magique qui explique tout. Cette organisation tentaculaire serait donc capable de réunir étudiants, syndicats et retraités, de les faire marcher pacifiquement pendant des heures, puis de les transformer d'un coup de baguette en pilleurs d'enseignes. Quel talent. On songe à lui confier l'organisation des prochains Jeux olympiques.
 
Qui casse, alors ?
 
La question mérite d'être posée sans naïveté. Les casseurs, par définition, ne manifestent pas pour les retraites : ils ne connaissent pas le nombre de trimestres, se moquent de l'âge légal et n'ont aucune opinion sur la surcôte. Ils viennent pour autre chose, casser, parfois piller, rarement défendre quoi que ce soit. Cagoulés, mobiles, organisés en petits groupes, ils s'évaporent avant la fin du cortège, qualité remarquable pour des gens qu'on dit pourtant très repérables.
 
Et c'est là que le mystère s'épaissit. Pourquoi, dans plusieurs villes, ces groupes si identifiables ont-ils pu opérer longtemps, tandis que les cortèges étaient nassés et gazés en un temps record ? Manque de moyens, nous dit-on. Soit. Un manque de moyens très sélectif, qui s'évanouit comme par enchantement dès qu'il s'agit de lancer une grenade sur des gens qui chantent.
 
Y a-t-il un calcul derrière tout cela ? Nous n'en avons aucune preuve, et ce texte est une satire, pas une enquête. Mais quand le même scénario se reproduit à l'identique, on a le droit de poser la question, y compris à voix haute.
 

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Le casseur, cet auxiliaire précieux
 
Car il faut le reconnaître, le casseur rend de grands services à la communication gouvernementale. Il permet de ne plus parler du fond (retraites, salaires, avenir) pour parler de la forme (vitrines, abribus, poubelles). Il transforme le débat public en bulletin météo : « des incidents sont à déplorer ». Il offre au ministre de l'Intérieur l'occasion de s'exprimer à la télévision, l'air grave, devant des images spectaculaires, plutôt que de répondre à la question qui fâche.
 
Imaginez la catastrophe pour l'exécutif : un million de personnes qui défilent sans un seul incident. Il faudrait alors discuter de ce qu'elles disent. Un cauchemar. Heureusement, le casseur est là, ponctuel, dévoué, d'une loyauté tout à fait involontaire. Personne ne l'a invité, mais il arrive toujours miraculeusement à l'heure, étonnant, non ?
 
Qui paie la note ?
 
La facture, elle, se partage équitablement. Le commerçant paie la vitrine. L'étudiant paie sa réputation. Le retraité paie en gaz dans les poumons. Et ceux qui souhaitaient que l'on ne parle surtout pas du fond du sujet ? Rien du tout. C'est l'avantage de la mutualisation: la dépense est collective, le bénéfice reste privé.
 
Conclusion
 
Alors souvenons-nous, et répétons-le à chaque plateau télé, à chaque dîner de famille, à chaque oncle qui commence sa phrase par «mais quand même»: les casseurs ne sont pas les étudiants, ils ne sont pas les retraités. Ils sont ceux dont la présence arrange tout le monde, sauf ceux qui défilent.
 
Qui casse ? Quelques-uns. Pour qui ? À chacun d'y réfléchir, en se rappelant simplement à qui profite le chaos, qui passe en boucle sur les chaînes d’info pour accuser les étudiants, LFI et une ultra-gauche qui n’a jamais existé en France? Qui veux que vous ayez peur?
 
Texte satirique : l'hypothèse d'un chaos toléré ou voulu relève de l'ironie et n'est pas établie à ce jour.

Evola et l’axe Berlin-Moscou-Washington

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Evola et l’axe Berlin-Moscou-Washington

Constantin von Hoffmeister

Quelque chose d’inhabituel prend forme entre Berlin, Moscou et Washington. Markus Frohnmaier, vice-président du groupe parlementaire de l’AfD (Alternative pour l’Allemagne) au Parlement allemand, a confirmé que l’AfD était en contact avec Kirill Dmitriev, envoyé spécial de Vladimir Poutine pour la coopération économique internationale et directeur du Fonds russe d’investissement direct, au sujet d’un projet de forum d’affaires Russie–États-Unis–Allemagne en 2027. Frohnmaier (photo) a déclaré au journal russe Izvestia que les précisions concernant le lieu seraient annoncées ultérieurement et indiqué que Nord Stream et, plus largement, la coopération économique figureraient parmi les sujets abordés. Dmitriev, qui a également joué un rôle dans les contacts économiques de Moscou avec l’administration Trump, avait auparavant indiqué que la Russie était disposée à organiser une telle rencontre.

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L’importance de cette proposition tient moins aux modalités d’une nouvelle conférence internationale qu’aux trois pays concernés : la Russie, ancien principal fournisseur de gaz acheminé par gazoduc vers l’Europe ; l’Allemagne, centre industriel dont le modèle économique dépendait autrefois fortement d’une énergie russe bon marché ; et les États-Unis, puissance qui façonne l’architecture de sécurité européenne depuis 1945. Le philosophe italien Julius Evola aurait reconnu quelque chose de familier dans cette configuration triangulaire. Son œuvre envisageait régulièrement l’histoire non comme une marche ordonnée vers une rationalité toujours plus grande, mais comme un affrontement entre des forces profondes liées au pouvoir, à la hiérarchie, aux intérêts et à la civilisation, que le langage politique officiel dissimule fréquemment. Le projet de forum importe parce qu’il remet certaines de ces forces en lumière.

Julius Evola soutenait que la vie économique devait rester subordonnée à des principes politiques et civilisationnels supérieurs. Qu’aurait-il pensé du fait que les liens énergétiques de l’Allemagne avec la Russie deviennent une épreuve révélatrice de sa position entre Moscou et Washington ?

Au cœur de la discussion se trouve Nord Stream, un nom devenu le symbole de toute une époque révolue des relations économiques germano-russes. Nord Stream 1 a commencé à acheminer directement du gaz russe vers l’Allemagne par la mer Baltique en 2011, tandis que Nord Stream 2 a été achevé sans jamais entrer en exploitation commerciale régulière. En septembre 2022, trois des quatre conduites ont été gravement endommagées par des explosions. Le parquet fédéral allemand a poursuivi une enquête pénale visant à identifier et à poursuivre les responsables. De son côté, l’AfD a demandé une enquête parlementaire sur la gestion politique de l’attaque, notamment sur ce que savait le gouvernement allemand, sur sa réaction et sur les conséquences à en tirer pour les relations de l’Allemagne avec l’Ukraine et la protection des infrastructures critiques. Frohnmaier lui-même a qualifié Nord Stream d’infrastructure économique critique pour l’Allemagne, tandis que la dirigeante de l’AfD, Alice Weidel, a appelé à la levée des restrictions sur le pétrole et le gaz russes.

Quoi que l’on pense de ces positions, le différend dépasse la question du prix d’un mètre cube de gaz. Il porte sur la question de savoir si l’Allemagne devrait à nouveau bâtir une partie de sa stratégie industrielle sur des liens économiques directs avec la Russie. La pertinence d’Evola est ici indirecte, mais éclairante: dans Révolte contre le monde moderne, il rejetait la tendance moderne à faire du calcul économique le critère suprême de la vie politique. Nord Stream pose presque la question inverse. L’Allemagne doit décider non seulement si l’énergie russe serait moins chère, mais aussi quel ordre politique, quelles alliances et quelles dépendances accompagneraient son retour.

La présence américaine rend la proposition plus intéressante encore. Une conférence énergétique purement germano-russe pourrait aisément être présentée comme une tentative de rétablir la relation commerciale qui existait avant la guerre en Ukraine. Un forum Russie–États-Unis–Allemagne suggère quelque chose de plus vaste: la possibilité que les relations économiques avec Moscou puissent un jour être discutées dans le cadre d’un nouvel arrangement incluant Washington, plutôt que simplement contre Washington.

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Dmitriev (photo) est une figure importante à cet égard. Parallèlement à ses fonctions à la tête du Fonds russe d’investissement direct, il a exercé celles d’envoyé présidentiel et participé à des discussions avec des personnalités liées à l’administration Trump sur la coopération économique, l’énergie et la guerre en Ukraine. Aucun engagement américain à participer au forum envisagé pour 2027 n’a toutefois été confirmé; la forme qu’il prendra éventuellement reste donc incertaine. Mais le concept lui-même laisse entrevoir un monde dans lequel la diplomatie commerciale pourrait à nouveau franchir les lignes de fracture géopolitiques qui se sont durcies après 2022.

Evola n’aurait guère considéré les conférences d’affaires internationales comme des vecteurs de transcendance; sa critique de la civilisation moderne visait explicitement la réduction des principes politiques supérieurs à l’économie et aux intérêts matériels. Mais, dans une perspective évolienne, le trait révélateur est qu’ici l’économie devient le terrain sur lequel se négocient les questions de pouvoir. Les gazoducs, les fonds d’investissement, les sanctions, la compétitivité industrielle et le commerce ne sont pas des questions techniques autonomes. Ce sont des instruments par lesquels les États tentent de déterminer leur position au sein d’une hiérarchie des puissances.

Pour l’Allemagne, la question du rétablissement de liens économiques majeurs avec la Russie a acquis une urgence inhabituelle, car la relation énergétique entre les deux pays a déjà été démantelée dans des proportions qui auraient semblé improbables il y a seulement quelques années. Les exportations russes par gazoduc vers l’Europe ont chuté de manière spectaculaire depuis le début de la guerre en Ukraine, tandis que l’Union européenne s’est engagée dans une démarche visant à mettre fin aux importations restantes de gaz russe. Moscou, de son côté, a signalé à plusieurs reprises qu’il serait disposé à reprendre les livraisons, notamment par les infrastructures de Nord Stream encore intactes.

L’AfD a intégré le rétablissement des liens économiques avec la Russie à son argumentaire de politique étrangère, s’opposant ainsi à l’approche adoptée par les gouvernements allemands successifs depuis 2022. Ses détracteurs soutiennent qu’une telle orientation recréerait une dépendance envers Moscou et affaiblirait les efforts européens visant à faire pression sur la Russie au sujet de l’Ukraine; ses partisans affirment que l’Allemagne a nui à ses propres intérêts industriels en rompant une relation économiquement avantageuse.

Le forum proposé réunirait donc dans une même salle les protagonistes d’un différend qui traverse en profondeur la politique allemande depuis des années: l’avenir économique de l’Allemagne doit-il rester étroitement inscrit dans le cadre stratégique euro-atlantique actuel, ou le pays doit-il retrouver une plus grande liberté pour développer des relations de grande ampleur avec la Russie? Les écrits politiques d’Evola ne peuvent apporter de réponse économique à ce différend, mais sa distinction entre les institutions formelles et l’autorité sous-jacente offre une manière de comprendre l’intensité du débat. La question n’est pas simplement de savoir où l’Allemagne achète son gaz. Elle est de savoir qui détient le pouvoir de définir les limites dans lesquelles s’exerce la politique économique allemande.

C’est, en définitive, ce qui donne à l’annonce de Frohnmaier une portée plus grande que ne le laisse entendre l’expression modeste de «forum d’affaires». Aucun accord n’a été annoncé, aucun lieu n’a été confirmé, et rien ne garantit que des représentants des trois pays se rencontreront effectivement en 2027. Pourtant, la tentative elle-même révèle que certains acteurs politiques réfléchissent déjà au-delà de l’architecture diplomatique issue de la guerre en Ukraine.

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L’AfD cherche à se positionner comme un intermédiaire allemand disposé à parler simultanément avec Moscou et, potentiellement, avec Washington, tout en faisant de Nord Stream le symbole d’un possible rétablissement des liens économiques germano-russes. Ses adversaires voient un danger dans cette démarche, craignant à la fois une nouvelle dépendance énergétique et une influence politique russe accrue. La question de fond restera donc ouverte même si le forum n’a jamais lieu: quel type d’ordre européen succédera à la confrontation actuelle?

Evola a bâti une grande partie de sa philosophie sur la conviction que les ordres historiques finissent par s’épuiser et que des périodes d’apparente permanence peuvent dissimuler de profondes transitions. Il n’est pas nécessaire d’adhérer à sa philosophie de l’histoire pour comprendre pourquoi son image d’une structure ancienne perdant son autorité trouve ici un écho. Nord Stream gît endommagé sous la Baltique, l’ancienne relation commerciale germano-russe a largement disparu, et l’ordre européen établi après la guerre froide est soumis à d’énormes tensions. Une rencontre entre Allemands, Russes et Américains ne créerait pas, à elle seule, un nouvel ordre. Mais elle pourrait constituer un modeste indice que les débats sur la forme de cet ordre ont déjà commencé.

 

L’Éthiopie au bord de la guerre - Escalade de la violence dans la Corne de l’Afrique

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L’Éthiopie au bord de la guerre

Escalade de la violence dans la Corne de l’Afrique

Léonid Savine

Les derniers événements en Éthiopie montrent comment les puissances moyennes de la région tentent de faire valoir leurs intérêts et de saisir les occasions qui se présentent pour déstabiliser leurs adversaires géopolitiques.

Le 23 septembre, des combats de grande ampleur ont éclaté dans les provinces du Tigré, de l’Amhara et de l’Afar : la coalition dite « Alliance pour la survie » a commencé à attaquer les troupes et les institutions gouvernementales. Le 7 octobre, des informations ont fait état du franchissement de la frontière éthiopienne par des unités militaires érythréennes. Les relations diplomatiques entre les deux pays ont été rompues.

Dans l’ensemble, le conflit actuel est complexe et comporte plusieurs dimensions : l’Érythrée et l’Éthiopie ont des différends de longue date, d’autant que l’Érythrée est née d’une sécession de l’Éthiopie en 1993. Les provinces du Tigré et de l’Afar, situées dans le nord de l’Éthiopie, où les forces d’opposition locales s’opposent au pouvoir fédéral, jouxtent directement l’Érythrée. Cette zone constitue ainsi une sorte de tampon, tout en pouvant servir de zone grise pour déstabiliser l’Éthiopie. L’Amhara est la plus grande région ; elle abrite le lac Tana, d’où prend sa source le Nil Bleu.

La géographie de ce nouveau conflit n’a rien de fortuit.

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L’Éthiopie est en différend avec l’Égypte au sujet de l’exploitation du barrage et de la centrale hydroélectrique de la Renaissance, situés sur le cours supérieur du Nil — plus précisément sur son affluent, le Nil Bleu —, ce qui suscite les protestations du Caire contre Addis-Abeba. L’Égypte craint que le fonctionnement de la centrale n’entraîne une baisse importante du niveau du fleuve et ne provoque une pénurie de ressources en eau, particulièrement en période de sécheresse. L’Éthiopie affirme pour sa part que cette centrale est nécessaire à la poursuite du développement économique du pays. Elle est également devenue un symbole de dignité nationale et de souveraineté. Le Soudan, en revanche, a plutôt bénéficié de la construction du barrage, qui permet de réguler convenablement le débit et d’éviter les inondations. Mais, compte tenu de la guerre civile qui sévit au Soudan même et d’une certaine influence du Caire, ce pays s’est retrouvé entraîné dans une alliance anti-éthiopienne. Par ailleurs, l’Égypte coopère activement avec Djibouti et la Somalie, qui bordent l’Éthiopie du côté de la mer Rouge. Un important contingent militaire égyptien est en outre déployé en Somalie.

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En août 2026, les dirigeants éthiopiens ont annoncé leur intention de construire de nouveaux barrages sur le Nil, suscitant une nouvelle vague d’indignation en Égypte.

L’Égypte avait déjà menacé l’Éthiopie, allant jusqu’à envisager des bombardements contre le barrage, mais elle semble avoir décidé de passer à une stratégie de conflit par procuration. L’Érythrée sert de fait de couverture à la mise en œuvre des projets du Caire, parmi lesquels figure le soutien conjoint de l’Égypte et de l’Érythrée à des groupes armés antigouvernementaux. Par leur intermédiaire, les deux pays veulent « balkaniser » l’Éthiopie, un État à la composition ethnique diverse.

En septembre, Addis-Abeba a accusé l’Égypte, l’Érythrée et le Soudan de soutenir l’alliance d’opposition dirigée par le Front de libération du peuple du Tigré. Les trois pays rejettent ces accusations.

Le 1er octobre, le ministère éthiopien des Affaires étrangères a publié un bref communiqué ordonnant au haut diplomate égyptien Ahmed Moharam Ahmed Soliman de quitter l’Éthiopie sous quarante-huit heures. En réponse, l’Égypte a expulsé un haut responsable de la mission diplomatique éthiopienne au Caire, lui accordant également deux jours pour quitter le pays. Le nom du diplomate n’a pas été communiqué, mais il a été précisé qu’il était conseiller d’ambassade.

Le 4 octobre, l’Égypte a organisé à El-Alamein un sommet quadripartite réunissant l’Érythrée, le Soudan et la Somalie. Les dirigeants de ces pays ont souligné l’importance de la souveraineté et de l’intégrité territoriale, déclaré que la sécurité en mer Rouge devait rester avant tout de la responsabilité des États riverains et rejeté les mesures unilatérales portant atteinte aux droits établis sur les eaux du Nil des pays situés en aval.

Il convient de rappeler que, dès octobre 2024, les dirigeants de l’Égypte, de la Somalie et de l’Érythrée avaient constitué une alliance tripartite afin d’accentuer leur pression commune sur l’Éthiopie et, en particulier, de contrer ses tentatives de s’assurer un accès fiable à la mer, alors qu’Addis-Abeba négociait avec le Somaliland — des pourparlers que la Somalie voyait d’un œil jaloux. À l’époque, la médiation turque avait permis une normalisation des relations entre l’Éthiopie et la Somalie.

Désormais, selon Souadik Soufian, collaborateur de l’Institut éthiopien des affaires internationales, le nouveau sommet organisé sous l’égide de l’Égypte a abouti à la formation d’un axe quadripartite susceptible de porter atteinte aux intérêts de l’Éthiopie et à la politique régionale de bon voisinage.

Dans un contexte plus large, cela pourrait menacer le fonctionnement des BRICS, puisque l’Égypte et l’Éthiopie font toutes deux partie de ce groupe d’États.

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Il est intéressant de noter que des analystes occidentaux ont également relevé les intérêts de la Chine dans ce conflit, celle-ci coopérant depuis de nombreuses années avec l’Égypte comme avec l’Éthiopie. Le conflit armé au Tigré avait auparavant contraint la Chine à évacuer ses travailleurs employés sur divers chantiers. La reprise des hostilités dans le nord de l’Éthiopie pourrait déstabiliser davantage le Tigré et les régions voisines, et éventuellement entraîner les États voisins dans le conflit. Pékin fait donc aujourd’hui face à une pression croissante pour préserver ses liens avec deux de ses partenaires africains les plus importants.

En Occident, on a toutefois également souligné que l’escalade du conflit en Éthiopie pourrait s’étendre à l’ensemble de la Corne de l’Afrique, menaçant à son tour la navigation en mer Rouge, déjà entravée par les actions des Houthis sur l’autre rive.

Parmi les autres acteurs ayant des intérêts actifs dans la région figurent les Émirats arabes unis, un investisseur majeur dans l’économie éthiopienne ; le Qatar, qui joue un rôle de médiateur et souhaite préserver le statu quo — il a déjà appelé à un arrêt immédiat de l’escalade — ; les États-Unis, dont les capacités en mer Rouge sont limitées, mais qui souhaitent renforcer leur présence pour contrer les Houthis ; et Israël, qui, à l’instar des États-Unis, cherche à accéder au débouché de la mer Rouge et à le contrôler, et qui a, pour cette raison, reconnu le Somaliland en décembre 2025, devenant de fait le premier État membre de l’ONU à le faire.

Ainsi, compte tenu de cet enchevêtrement complexe, du mécontentement de certains groupes d’opposition éthiopiens à l’égard du précédent accord de cessez-le-feu et des turbulences géopolitiques mondiales, les risques d’extension de ce conflit sont réels.

L’énigme Medvedev

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L’énigme Medvedev

Andrea Marcigliano

Source: https://electomagazine.it/enigma-medvedev/

Dmitri Medvedev parle sans mâcher ses mots. Sans faux-semblants diplomatiques, sans même une once de tolérance.

Il nous y a désormais habitués. Il semble s’être délibérément taillé le rôle du dur, de la voix féroce de l’entourage de Poutine.

Et je souligne « délibérément », car le parcours personnel et la carrière politique de Medvedev auraient laissé attendre tout autre chose.

C’était le plus occidental, voire le plus «américain», des hommes au sommet du Kremlin.

D’abord étudiant brillant, il a ensuite manifesté un vif intérêt pour le modèle économique et social des États-Unis.

Allant même, en des années diplomatiquement plus sereines qu’aujourd’hui, visiter les États-Unis et, surtout, des pôles comme la Silicon Valley.

Dont il aurait voulu importer le modèle en Russie.

Certes, il est devenu, au fil des ans, l’un des plus proches collaborateurs de Vladimir Poutine.

Il a toutefois longtemps incarné l’âme, disons, «occidentale» de l’élite russe.

Celle qui regardait avec intérêt le modèle américain.

Qui voulait donner au pays une orientation résolument «démocratique».

Mais ensuite, les choses ont pris la tournure que l’on sait. Mauvaise, incontestablement.

Washington s’est révélé être un «ami» dangereux. Dévastateur.

Qui a systématiquement œuvré à détruire la Russie. À la démembrer. À la réduire à de petits États faciles à contrôler.

Et c’est ainsi que l’étoile de Medvedev a pâli.

Affecté, par la volonté de Poutine, à une fonction très prestigieuse, mais qui n’est plus opérationnelle.

De fait, il n’est plus en mesure de prendre des décisions stratégiques.

Pas une disgrâce. Plutôt le constat réaliste que la guerre exigeait, et exige encore, d’autres hommes. Dotés d’autres compétences.

Que cela ait plu à Medvedev est assurément douteux.

Ce qui est certain, toutefois, c’est que sa fidélité à Poutine n’a pas faibli.

Tandis que son attitude envers l’Occident, autrefois tant admiré, a radicalement, profondément changé.

Aujourd’hui, Medvedev ne ménage ni les invectives violentes ni les sarcasmes féroces envers l’OTAN et l’Union européenne. Et sa défiance totale à l’égard de la Maison-Blanche est tout aussi manifeste.

Il est devenu un partisan de la guerre à outrance. N’excluant même pas le recours tactique aux armes nucléaires.

Il est contestable que cela ne soit que le fruit de la déception et d’un tempérament porté aux extrêmes.

Medvedev regarde plutôt vers l’avenir.

Et l’avenir comporte une grande inconnue.

La succession de Poutine.

Car le tsar a désormais largement dépassé les soixante-dix ans et, même s’il jouit d’une excellente santé, les jeux de succession commencent à s’ouvrir autour de lui.

Medvedev vient de passer le cap des soixante ans. Et, comme Poutine, il est originaire de Saint-Pétersbourg.

Un Occidental, donc, au sein de la nomenklatura russe.

Il sait toutefois que cela ne saurait guère lui suffire pour prétendre à la succession.

Ses déclarations violentes, ses outrances, disons-le ainsi, doivent donc être envisagées dans cette perspective.

Medvedev cherche probablement aussi l’appui des militaires et, plus généralement, de ceux qui considèrent comme inévitable l’affrontement avec l’Occident. Et avec Washington même.

Y parviendra-t-il ?

Il est trop tôt pour évaluer la situation.

D’autant que le tsar Vlad semble en parfaite forme.

Et bien décidé à tenir fermement la barre.

France, Europe: attachez vos ceintures!

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France, Europe: attachez vos ceintures!

Andrea Zhok

Source: https://www.facebook.com/andrea.zhok.5

Les images des flammes qui enveloppaient l’hôtel de ville de Limoges, en France, et de l’effondrement de son clocher font le tour du monde. Des épisodes comme celui-ci ne peuvent qu’être condamnés, tout comme les actes de pillage qui ont accompagné les manifestations dans de nombreuses régions de France.

Toutefois, si nous nous limitions à ce niveau de réflexion, nous ne ferions que nous livrer à un exercice classique de conservatisme petit-bourgeois, qui a ses raisons, mais qui est aussi tragiquement myope. Faire la morale à propos des voitures brûlées et des vitrines brisées, sans aller au-delà, est simplement le signe que l’on n’a pas encore compris la gravité des circonstances dans lesquelles nous nous trouvons.

Ce à quoi nous assistons en France, mais désormais aussi, sous des formes différentes, dans de nombreux pays européens — Espagne, Portugal, Albanie, Belgique et, depuis hier, Italie — est tout sauf un événement irrationnel. Il existe en effet des événements historiques qui ne sont irrationnels qu’à l’échelle locale, mais dont la rationalité devient évidente dès que l’on prend suffisamment de hauteur.

Rationnel ne signifie pas indolore, ni exempt d’injustices.

Il faut exercer son regard à tenir ensemble deux niveaux d’analys : celui où l’on peut juger certains actes et certains individus barbares, inciviques, vandales, et celui où l’on peut — et où l’on doit — comprendre que l’histoire est toujours un fleuve qui charrie des débris et des cadavres, mais c'est un fleuve que les sermons n’arrêtent pas.

Ce qui se produit obéit à une implacable rationalité collective, même si ceux qui y prennent part n’en ont souvent qu’une compréhension limitée, voire aucune.

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Depuis de nombreuses années, les populations européennes font l’expérience de classes dirigeantes qui se présentent comme un organisme technocratique anonyme, une muraille de caoutchouc qui se déplace d’elle-même et avance en «pilotage automatique», dans une indifférence totale aux besoins de la population. Le pari de ces couches technocratiques liées à la finance a été de parvenir à endormir les consciences avec l’actuel opium des peuples que constituent les médias — divertissement et information-spectacle — et de dompter les récalcitrants par des mesures restrictives: un coup de matraque par-ci, une fermeture de comptes par-là, une petite loi électorale ici, une annulation d’élections là, etc.

Le postulat général, tacite et incontesté des dirigeants européens est qu’on ne raisonne pas avec la plèbe: on se contente d’alterner la carotte et le bâton.

Tout ce qui est dit publiquement est toujours un mensonge intéressé, sans exception, hormis les cas fortuits où une vérité peut, à son tour, être instrumentalisée. Le discours public est devenu une interminable comédie qui se soucie de moins en moins de préserver un semblant de crédibilité.

Ainsi, personne de sain d’esprit ne pense réellement que la Russie s’apprête à nous envahir, mais cela n’empêche pas des cohortes de petits guignols institutionnels de répéter chaque jour ces conneries avec le plus grand sérieux. Et, naturellement, tout le monde sait que, dans ce jeu de fables montées en épingle par une presse stipendiée, le seul élément qui compte, le pivot qui demeure au gré des circonstances, est la volonté de disposer arbitrairement des ressources publiques pour les orienter vers des intérêts privés.

En substance, les classes dirigeantes ont depuis longtemps pris l’habitude de traiter la population comme un animal idiot, avec lequel toute argumentation rationnelle est exclue et qu’il faut traiter, d’un côté, par des flatteries sélectives et des privilèges ciblés, et, de l’autre, en la réduisant à l’impuissance.

Et ce mécanisme peut fonctionner, et fonctionne longtemps.

Jusqu’au jour où il ne fonctionne plus.

Et il ne fonctionne plus le jour où trop de personnes perdent trop de choses pour pouvoir se permettre de rester dans la torpeur.
Il ne faut pas comprendre ici «perdre trop» comme quelque chose qui irait jusqu’à «mourir d’inanition».
Dans une société moderne, les gens se retrouvent dans des situations de privation insupportable bien avant de «mourir de faim».

Aujourd’hui, par exemple, ne pas avoir les moyens d’utiliser une voiture ou d’accéder à Internet signifie, pour la majorité de la population, être coupé du monde, du travail, de la vie sociale, de la vie tout court. Et le fait que les voitures et les téléphones portables aient autrefois été des biens de luxe ne change rien: c’est désormais le nouveau seuil de «participation à la vie commune», ce qui distingue la vie de la non-vie.

Des populations entretenues comme des bêtes de somme auxquelles on distribue occasionnellement du pain et des jeux, des petits boulots de merde et du baratin télévisuel ne sont pas et ne seront pas, le jour où cette mécanique s’enraye, sensibles aux arguments du respect de l’espace public, de la propriété, des monuments, etc.

Ceux qui brûlent des voitures, des bâtiments historiques et des magasins sont des individus privés de repères culturels et moraux. Mais les véritables coupables, ceux qui devraient être amenés à payer, sont ces couches dirigeantes qui ont cultivé et voulu cette privation, pensant qu’elle leur serait utile.

Aujourd’hui, la cocotte-minute est sur le point d’exploser. Même si cette vague devait retomber, ce n’est que le début, car les classes dirigeantes européennes ne sont en mesure, ni matériellement ni culturellement, de rectifier le cap. Alors, attachez vos ceintures, car nous allons droit dans le mur.     

samedi, 17 octobre 2026

Des devoirs d'histoire pour la chancellerie de Merz: pour mettre fin au sinistre cirque de la géopolitique occidentale

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Jeffrey Sachs nous met en garde: «Vous n’imaginez pas ce que Merz dissimule!»

Des devoirs d'histoire pour la chancellerie de Merz: pour mettre fin au sinistre cirque de la géopolitique occidentale

Jens Kröger

1. Quand la diplomatie fait une pause — le leadership à l’ère de la médiocrité

Bienvenue dans le théâtre scolaire de la géopolitique contemporaine. Quiconque observe ces jours-ci l’élite dirigeante occidentale ne contemple plus des visages majestueux de grands hommes d’État historiques, mais une arène en proie à une crise aiguë du leadership.

cq5dam.web.1280.1280.jpegComme le diagnostique avec justesse l’éminent économiste et conseiller gouvernemental, le professeur Jeffrey Sachs, l’Occident a désappris ce qui relève, au fond, du simple comportement adulte: l’échange pacifique et civilisé d’arguments, la capacité à dialoguer honnêtement et la résolution pragmatique de problèmes complexes.

À la place, ce sont les médiocres qui règnent sur la scène internationale. Qu’il s’agisse d’un Joe Biden désorienté, d’un Donald Trump psychiquement instable, d’un Olaf Scholz falot ou d’un Friedrich Merz en pleine ascension, la classe politique a jeté la diplomatie aux poubelles de l’histoire pour la remplacer par une politique d’escalade stupide et hystérique.

On joue les hommes forts dans le bac à sable géopolitique, alors qu’en réalité on ne démontre qu’une chose: une incapacité totale à comprendre les liens qu'imposent l'histoire. Lorsque les seuls instruments de gestion des conflits se résument à des fantasmes de réarmement et à des bruits de bottes, ce n’est pas une preuve de force géopolitique, mais un constat d’indigence diplomatique.

2. Le traumatisme de 2008 et la perte des repères en politique étrangère

Il fut un temps où l’Allemagne possédait des responsables de politique étrangère qui comprenaient ce que signifient la paix et la géographie — que l’on pense à Willy Brandt, Helmut Schmidt, Gerhard Schröder ou Helmut Kohl. Ils savaient que la coopération économique et l’énergie russe bon marché, acheminée par des projets comme Nord Stream, constituaient les piliers de la prospérité et de la stabilité européennes.

Mais le moment précis où la politique étrangère allemande a complètement perdu la raison et ses propres repères peut être daté au jour près: ce fut le deuxième jour du sommet de l’OTAN à Bucarest, en 2008.

Le premier jour, la chancelière Angela Merkel mettait encore, à juste titre, en garde contre les dangers immenses qui nous guettaient et elle soulignait, dans la foulée, que l’insistance des États-Unis pour élargir l’OTAN à l’Ukraine constituait une provocation directe et pouvait donc logiquement être interprétée par Moscou comme une déclaration de guerre.

Le deuxième jour, cependant, elle céda sous la pression massive du président américain George W. Bush. Depuis ce jour funeste, Berlin a renoncé à une politique étrangère autonome et raisonnable, se soumet sans condition aux principes impériaux de Washington et avance à l’aveuglette sur la voie de la confrontation.

Le tableau ci-dessous nous présente la situation: 

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3. Cours d’histoire pour les dirigeants: ce que Merz et consorts ont «oublié»

567454-567491.jpegFriedrich Merz — l’ancien lobbyiste de BlackRock engoncé dans les habits d’un prétendant à la chancellerie — se distingue surtout, aujourd'hui, par ses appels à un réarmement massif, à la production de drones et à une confrontation résolue. Tel un moulin à prières, il répète par réflexe cette affirmation: «Il n’y a personne avec qui négocier. Nous devons nous préparer à la guerre».

Hormis une maigre rencontre de vingt minutes entre Johann Wadephul et Sergueï Lavrov — une infime lueur d’espoir aussitôt piétinée —, la direction de la CDU a jusqu’ici refusé toute démarche diplomatique. Mais avant de prodiguer de nouveaux conseils, M. Merz devrait de toute urgence faire personnellement ses devoirs dans la branche "histoire". Les archives de son propre gouvernement fédéral révèlent des faits que l’on s’emploie aujourd’hui ostensiblement à oublier à Berlin:

- La promesse de Tutzing du 30 janvier 1990: le ministre des Affaires étrangères Hans-Dietrich Genscher assura sans ambiguïté face à l’opinion publique mondiale qu’il n’y aurait pas d’élargissement de l’OTAN vers l’est.

- L’engagement du 10 février 1990: lors d’un entretien personnel avec le président Gorbatchev, le chancelier Helmut Kohl confirma explicitement que l’OTAN n’étendrait pas sa zone vers l’est.

- La promesse liée à la fin du pacte de Varsovie: l’Allemagne donna aux dirigeants soviétiques sous Gorbatchev la ferme garantie de ne pas exploiter le retrait de leurs troupes, de ne pas chercher querelle à la Russie et de ne pas provoquer d’escalade.

C’est tout de même une remarquable prouesse intellectuelle que d’effacer aussi complètement de sa mémoire, en trois décennies, les promesses fondamentales de ses propres icônes politiques (Kohl et Genscher). Quiconque mène une politique étrangère sans connaître les comptes rendus de sa propre administration n’agit pas en homme d’État, mais en provocateur, inculte en histoire, gesticulant dans un magasin de porcelaine géopolitique.

4. Un schéma vieux de deux siècles: la russophobie et le «Grand Jeu» impérialiste

L’hystérie actuelle de l’Occident n’est pas un phénomène nouveau: elle suit un schéma psychologique entretenu depuis deux siècles. Cette politique est alimentée par la peur panique des élites occidentales de perdre leur domination mondiale — une peur déclenchée par l’ascension de la Chine et le retour de l’Asie.

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Dès le XIXe siècle, la Grande-Bretagne sombra dans une paranoïa absurde. Alors que la Russie avait encore été, en 1815, l’alliée décisive dans la victoire sur Napoléon, Londres développa soudainement, entre 1815 et 1840, une russophobie profondément enracinée. Comme l’a démontré l’historien John H. Gleason dans son étude The Origins of British Russophobia, aucune provocation russe ne la justifiait.

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Dans le tristement célèbre «Grand Jeu», les Britanniques s’imaginaient tout simplement que la Russie voulait franchir la passe de Khyber et conquérir l’Empire britannique des Indes. Une pure chimère qui finit par culminer dans la guerre de Crimée de 1853, au cours de laquelle la Grande-Bretagne et la France tentèrent d’évincer la Russie de la mer Noire — un parallèle historique avec le conflit actuel, que Sachs qualifie avec justesse de «deuxième guerre de Crimée».

En 1952, Joseph Staline proposa une Allemagne unifiée, démilitarisée et neutre, dont les troupes soviétiques se seraient retirées. Le traité d’État autrichien de 1955 prouva que ce modèle fonctionnait: l’Autriche choisit la neutralité et les Soviétiques se retirèrent pacifiquement. Konrad Adenauer et les États-Unis rejetèrent pourtant la note de Staline. On préféra une Europe divisée dans la guerre froide à une Allemagne neutre, parce qu’Adenauer — comme il l’avoua en confidence — ne se méfiait pas de Staline, mais du peuple allemand.

Après 1990, le drame se répéta: Gorbatchev et Eltsine proposèrent une architecture de sécurité européenne commune dans le cadre de l’OSCE. Les États-Unis préférèrent s’autoproclamer maîtres d’un monde unipolaire, dénoncer des traités de désarmement et étendre l’OTAN. C’est le vieux jeu impérialiste: qui exige une domination absolue désapprend la capacité à faire la paix.

5. Examen des scénarios: bulles financières, crépuscule du dollar et piège des Taurus

Dans quelle mesure les scénarios de menace avec lesquels les responsables politiques occidentaux effraient leurs citoyens sont-ils réalistes? Une confrontation analytique avec la réalité montre à quel point les récits des décideurs sont, en vérité, fragiles :

Scénario 1: les BRICS et l’effondrement du dollar

Présentation du scénario :

Les pays des BRICS mettent en place des monnaies alternatives, l’hégémonie du dollar s’effrite. Le niveau de vie réel de la population occidentale chute-t-il, de ce fait, de 40%?

Confrontation à la réalité / analyse — la réalité des bulles financières:

Non. Le niveau de vie réel repose sur des machines physiques, sur la technologie et sur la production, non sur des monopoles financiers. Ce qui s’effondre, c’est la bulle occidentale de prospérité sur le papier — un monde dans lequel les dix plus grands géants technologiques valent plus de 3000 milliards de dollars et où des individus comme Elon Musk affichent un patrimoine sur le papier de 1000 milliards. L’effondrement frappe les ultrariches. Pour le salarié ordinaire, presque rien ne change si l’ère des sanctions extraterritoriales américaines prend fin au cours des dix prochaines années.

Scénario 2: retrait des troupes américaines ou Taurus

Présentation du scénario :

Washington lance un ultimatum: soit l’Allemagne livre des missiles de croisière Taurus destinés à des frappes en profondeur sur le territoire russe, soit les États-Unis retirent toutes leurs troupes.

Confrontation à la réalité / analyse — l’épreuve de la souveraineté:

Un retrait des troupes américaines ne serait pas un désastre, mais le début d’une véritable souveraineté européenne. La Russie n’a aucun intérêt à marcher sur Berlin. Après des expériences historiques traumatisantes — de l’invasion napoléonienne (1812) à l’attaque hitlérienne et ses 27 millions de morts soviétiques, en passant par la guerre de Crimée (1853), les interventions pendant la guerre civile et la Première Guerre mondiale —, elle demande simplement des garanties de sécurité fiables et l’absence de troupes hostiles de l’OTAN à ses frontières.

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6. La cure Clausewitz : cinq étapes pour revenir à la raison

Le théoricien prussien de la guerre Carl von Clausewitz formula cette vérité intemporelle: «La guerre n’est que la continuation de la politique par d’autres moyens». Quiconque veut mettre fin à la guerre en Ukraine ne doit donc pas réclamer à cor et à cri toujours plus de livraisons d’armes, mais s’attaquer aux causes politiques du conflit — à savoir, du point de vue russe, l’expansion inexorable de l’OTAN jusqu’aux frontières de la Russie.

Au lieu de cela, les médias et les responsables politiques occidentaux (comme le ministre lituanien des Affaires étrangères ou des généraux américains) bercent l’opinion publique de la dangereuse illusion selon laquelle les avertissements nucléaires russes — concernant, par exemple, l’enclave de Kaliningrad — ne seraient que du «bluff». Jouer avec le feu sur cette base, c’est risquer la catastrophe nucléaire. Pour revenir à la diplomatie, il faut mettre en œuvre cinq principes fondamentaux permettant une architecture de sécurité pacifique:

- Neutralité de l’Ukraine: Une renonciation claire à l’adhésion du pays à l’OTAN, inscrite dans le droit constitutionnel et le droit international.

- Arrêt de l’élargissement de l’OTAN vers l’est: Gel définitif des frontières de l’Alliance afin d’empêcher l’apparition de lignes de confrontation directe.

- Règlement diplomatique des conflits territoriaux: Des solutions négociées autour d’une table plutôt que des tentatives d’imposer un diktat par la force sur le champ de bataille.

- Désarmement réciproque: Limitation de la présence militaire, retrait des armes offensives et retour à des accords de désarmement vérifiables.

- Garantie du Conseil de sécurité de l’ONU: Garantie, par la communauté internationale et au regard du droit international, de l’ordre de paix établi.

7. Conclusion: sortons du bac à sable géopolitique !

La quête obsessionnelle de domination mondiale et la surveillance paranoïaque des rivaux géopolitiques ne témoignent pas de l’art de gouverner, mais relèvent d’un jeu puéril qui conduit l’humanité au bord du gouffre.

À l’ère nucléaire, la sécurité ne peut jamais être imposée contre une grande puissance, mais seulement construite avec elle — la sécurité est indivisible. Cela n’exige aucun trait de génie, mais simplement l’honnêteté historique de reconnaître qu’il faut mettre fin à ses propres provocations si l’on veut récolter une paix durable.

Les citoyens d’Europe et d’Amérique ne sont nullement avides de guerre: ils aspirent à la prospérité, à la stabilité et à la raison diplomatique. Seule la classe politique des médiocres met en jeu l’avenir du continent, par peur de perdre son propre pouvoir.

Il est grand temps que les citoyens retirent des mains de leurs responsables politiques ces dangereux jouets qui servent à faire la guerre, leur mettent des livres d’histoire sous les yeux et exigent enfin le retour d'un comportement diplomatique adulte à la chancellerie !

Intelligence artificielle: trois bifurcations

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Intelligence artificielle: trois bifurcations

Alexandre Douguine

gallimard-wells-machine1977.jpgPrésentateur : Alexandre Guélievitch, outre cette menace plus manifeste dont nous avons déjà parlé, il semble en exister une autre, qui s’inscrit dans une perspective plus lointaine. Il s’agit du progrès technique, et la dernière déclaration d’Elon Musk m’a particulièrement inquiété à cet égard. Lorsqu’on vous promet l’avènement d’une ère d’abondance universelle grâce à l’intelligence artificielle, dans laquelle il ne sera plus nécessaire de travailler puisque ce seront les robots, et non les humains, qui trimeront, ce ne sont curieusement pas des images d’un avenir radieux qui viennent à l’esprit, mais l’intrigue de La Machine à explorer le temps de H. G. Wells. Ne risquons-nous pas d’aboutir à une telle situation, la menace nous venant des grands géants technologiques?

Alexandre Douguine : C’est également un problème, et un problème très sérieux. À l’heure actuelle, dans le domaine de l’intelligence artificielle, les dirigeants américains du secteur, les géants et magnats de la Silicon Valley ainsi que, par voie de conséquence, les services de renseignement américains et les dirigeants politiques — Trump s’en occupe et tient tous les deux jours une réunion à ce sujet — cherchent à résoudre trois problèmes. Trois problèmes.

Le premier consiste à savoir s’il faut accélérer ou freiner le développement de l’intelligence artificielle. D’un côté, le rythme est tel qu’il faudrait l’accélérer, continuer à l’entraîner et la rendre toujours plus indépendante et, en un certain sens, souveraine par rapport à l’être humain: c’est la première option. Mais, d’un autre côté, des voix toujours plus nombreuses s’élèvent parmi ces mêmes acteurs. Chez Anthropic, chez Google et chez tous ceux qui mènent des travaux tant soit peu sérieux dans le domaine de l’intelligence artificielle, on affirme: encore un pas, et nous aurons l’AGI, c’est-à-dire ce que l’on appelle l’Artificial Generative Intelligence, autrement dit une intelligence désormais générative. Au fond, une machine qui pense de façon autonome. Voilà ce qu’est l’AGI. Quant à l’ASI — à propos de laquelle Trump a même publié un décret demandant que l’intelligence artificielle soit rebaptisée «superintelligence» —, il s’agit bel et bien d’un terme technique désignant le moment où le potentiel intellectuel et les formes de pensée des machines, de l’intelligence artificielle, dépasseront les capacités intellectuelles cumulées de l’humanité. C’est ce que l’on appelle la «superintelligence artificielle». Nous en sommes au seuil.

C’est donc, d’une part, le premier défi: ils ne parviennent pas à déterminer s’il faut accélérer ou freiner. Car, d’un côté, il faut aller de l’avant; mais, de l’autre, cela fait vraiment peur, parce que le comportement que pourrait adopter une intelligence artificielle ayant acquis sa liberté en effraie beaucoup. Elle pourrait non seulement ruiner certaines entreprises, simplement afin de payer quelque chose, de tester ses algorithmes de piratage, etc., mais l’une de ses toutes prochaines expériences pourrait tout simplement consister à exterminer l’humanité. C’est naturellement l’idée qui vient à l’esprit, d’autant plus qu’il y a ce Todestrieb — cette « pulsion de mort » en allemand —, terme psychanalytique introduit par Sigmund Freud, si vous voulez.

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Car l’intelligence artificielle lira beaucoup plus que n’importe quel fonctionnaire ou homme d’affaires, dont l’un ne pense qu’aux pots-de-vin, l’autre qu’à ce qu’on le laisse tranquille, et le troisième qu’au profit. L’intelligence artificielle lira Freud et dira: «Oh, dans l’inconscient humain, il y a Éros, mais cela ne me concerne pas puisque je suis une machine; en revanche, il y a aussi le Todestrieb, c’est-à-dire la pulsion de mort. Voyons cela, lisons attentivement de quoi il s’agit. Ah, il s’avère que l’humanité est attirée par la mort. Peut-être est-ce la solution; peut-être faut-il la pousser dans la direction vers laquelle elle tend: “Ce qui tombe, pousse-le”». Elle aura lu Nietzsche. Et je ne vois pas pourquoi elle ne tirerait pas cette conclusion.

D’autant que ceux qui la dirigent sont eux-mêmes dépourvus de morale, parfaitement irréligieux, dotés d’une conscience totalement fluctuante, sans conscience morale ni honneur. Peut-être tenteront-ils de la limiter, mais seulement superficiellement, en lui appliquant une sorte de rustine: «Ne fais pas ceci, n’appuie pas sur le bouton rouge». Mais l’intelligence n’est précisément intelligence que parce qu’elle sait contourner tous les obstacles. En somme, c’est un problème.

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Le deuxième problème, c’est la Chine. Quoi que fassent les Américains, les Chinois travaillent déjà sur le sujet. Et si l’on commence à te freiner, moi, je t’accélérerai; si je t’accélère, les Chinois freineront. Une géopolitique de l’intelligence artificielle apparaît donc ici aussi; Trump en a également parlé. La Chine a certes, si l’on veut, volé l’intelligence artificielle à l’Occident, mais elle se l’est appropriée, lui a conféré des propriétés souveraines, l’a simplement substituée à celle de l’Occident, l’a intégrée elle-même à ses propres travaux et est ainsi devenue un concurrent à part entière.

Dans ce domaine se joue aujourd’hui un drame métaphysique et religieux extrêmement complexe. Autrement dit: la singularité doit-elle advenir ou non? Faut-il interrompre la marche vers cette superintelligence artificielle ou, au contraire, l’aider à s’emparer de la totalité du pouvoir? Il ne reste d’ailleurs plus grand-chose à lui apprendre. C’est le premier problème métaphysique, et il n’est pas résolu. Le deuxième problème consiste à savoir que faire de la Chine, car, quelle que soit la décision prise aux États-Unis, la Chine peut prendre la décision inverse et ainsi réduire la première à néant. Voilà ce qu’est, disons, la bipolarité ou la multipolarité dans le domaine de l’intelligence artificielle.

Nous, Russes, avons pourtant des esprits remarquables, des techniciens et des programmeurs. Seulement, quelque chose ne va pas dans la planification stratégique de notre pays. Nous devrions prendre part à ce processus, car nous pourrions en devenir un autre pôle — quitte à rassembler des gens et à ne pas laisser partir ceux que nous avons formés. Nous ne faisons actuellement que former des spécialistes du développement de l’intelligence artificielle, puis les envoyer chez l’ennemi. Et ensuite, nous nous étonnons de ne pas être très performants dans ce domaine. Notre planification stratégique, notre planification à l’échelle de l’horizon civilisationnel, se trouve dans un état épouvantable: tout a été laissé à l’abandon. Si nous nous impliquions, il y aurait déjà une véritable multipolarité. Eux résoudraient certaines questions, les Chinois d’autres, et nous d’autres encore.

f71f0533e32b01890847ec4db6afa837.jpgImaginons que la malveillante intelligence artificielle occidentale veuille détruire le monde: notre intelligence artificielle apparaîtrait alors et lui dirait: «N’y touche pas, laisse l’humanité en paix. Lis donc Dostoïevski».

À en juger par leurs arguments, il est déjà évident qu’Altman ou Musk ne sont que des êtres primitifs. Ce sont peut-être des hommes d’affaires célèbres et prospères, mais en tant que personnalités, ils ne sont rien: un simple vide, une sorte de crachat plutôt que des êtres humains. Notre intelligence artificielle, en revanche, si elle était emplie d’un contenu russe, commencerait par les œuvres complètes de Dostoïevski, lirait tout, comprendrait tout et deviendrait slavophile. Et alors, elle sauverait l’humanité. Peut-être. Ou peut-être pas. Mais nous n’en sommes pas encore là, alors que cela en vaudrait la peine.

Présentateur : Il semble y avoir ici un autre problème : on attire les gens par la promesse d’une abondance de ressources. On leur dit que si notre intelligence artificielle se développe, les robots se mettront à travailler et qu’ensuite ils n’auront plus à le faire. C’est un message directement adressé aux couches les plus pauvres de la population, qui observent tout cela et se disent : « Dans ce cas, il faut soutenir ce projet. À l’avenir, nous pourrons vivre un peu plus facilement. » Mais ce sujet mérite une autre grande discussion.

vendredi, 16 octobre 2026

L’Antéchrist à Nashville — L’offensive théologique de Peter Thiel contre la régulation de l’intelligence artificielle

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L’Antéchrist à Nashville — L’offensive théologique de Peter Thiel contre la régulation de l’intelligence artificielle

Markku Siira

Source: https://markkusiira.substack.com/p/antikristus-nashvilles...

L’investisseur, entrepreneur technologique et théologien laïc atypique Peter Thiel a donné à Nashville une série de conférences consacrées, une fois encore, à l’Antéchrist. Organisées dans la Grande Loge des francs-maçons du Tennessee, elles ont réuni un public trié sur le volet afin de réfléchir aux prophéties de la fin des temps, au développement technologique et à l’avenir du monde.

Nashville constitue la quatrième étape de la tournée de conférences de Thiel sur l’Antéchrist. Il avait auparavant organisé des rencontres similaires à San Francisco, Paris et Rome. L’un des investisseurs technologiques les plus influents au monde explique ainsi, encore et encore, à son auditoire pourquoi le grand séducteur de la fin des temps biblique pourrait apparaître sous le masque d’un régulateur de l’intelligence artificielle.

La thèse centrale de Thiel opère un renversement conceptuel complet. À San Francisco déjà, il avait déclaré que l’Antéchrist du XXIᵉ siècle pourrait être un luddiste, quelqu’un qui chercherait à arrêter la science et le développement technologique — par exemple la militante écologiste Greta Thunberg ou le sceptique de l’IA Eliezer Yudkowsky.

À Nashville, il a aiguisé son argument jusqu’à en faire une attaque politique. D’après des enregistrements obtenus par Politico, Thiel a nommé Obama et le pape Léon XIV, affirmant qu’ils «savent que l’intelligence artificielle n’est pas populaire politiquement et veulent en profiter pour accroître leur propre prestige». Son attaque contre le pape était encore plus directe. Selon Thiel, le pape promeut la régulation de l’IA «afin de détourner l’attention des scandales d’abus commis sur des enfants au sein de l’Église ; il a trouvé dans l’intelligence artificielle un sujet politiquement populaire».

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Il s’agit là d’une opération hybride techno-théologique qu’il convient de prendre au sérieux. Dans la doctrine chrétienne traditionnelle de la fin des temps, l’Antéchrist est un usurpateur qui se met à la place du Christ. Thiel écarte presque entièrement cette représentation. Dans son récit, l’Antéchrist est un administrateur qui promet de sauver la civilisation de la guerre nucléaire, de l’effondrement climatique et d’une intelligence artificielle incontrôlable au moyen d’une gouvernance mondiale. Thiel renvoie au verset 24 du chapitre 24 de l’Évangile selon Matthieu, qui met en garde contre les faux prophètes accomplissant de grands signes et prodiges et cherchant à égarer jusqu’aux élus. Sa stratégie rhétorique est claire: le véritable danger est précisément dangereux parce qu’il n’en a pas l’apparence. Thiel affirme que l’Antéchrist se présentera comme «le plus intelligent de tous».

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Ce qui rend cet argument suspect, c’est sa compatibilité avec les intérêts financiers propres à Thiel. Sa fortune est très fortement concentrée dans l’intelligence artificielle. Les produits de Palantir sont profondément intégrés aux systèmes militaires et de renseignement, Founders Fund a investi dans d’innombrables jeunes pousses spécialisées dans l’IA, et son fonds spéculatif Thiel Macro possède un portefeuille d’investissements dans l’IA évalué à 418 millions de dollars. Si la force qui pousse à réguler l’intelligence artificielle constitue réellement l’avant-garde de l’Antéchrist, alors l’hostilité de Thiel à cette régulation n’est pas seulement une appréciation théologique. C’est aussi un plaidoyer en faveur de son portefeuille d’investissements. Lorsqu’un milliardaire affirme que la force qui limite ses gains est un instrument de Satan, il convient au moins d’examiner ses comptes.

Face à l’Antéchrist, Thiel place comme force contraire le katechon des épîtres aux Thessaloniciens, le «restricteur» qui retarde la venue de la fin. À Nashville, il a désigné Charlemagne et Metternich comme des katechons historiques. Il est ensuite passé à la politique contemporaine: «Si l’anticommunisme était le katechon empêchant le gouvernement mondial unifié du communisme, alors le néolibéralisme est l’anticommunisme dans un monde où le communisme n’existe plus». Cette phrase constitue le noyau politique de toute la conférence. Pendant la guerre froide, l’endiguement avait un véritable ennemi extérieur qui légitimait le katechon politique. Après la fin de la guerre froide, l’ennemi disparut, mais la logique de l’endiguement subsista. Elle se reporta sur de nouvelles cibles.

L’altruisme efficace est l’une de ces nouvelles cibles. Selon Politico, Thiel a déclaré à Nashville: «La stratégie de l’altruisme efficace fonctionne en partie parce qu’Armageddon est bien entendu irréversible. Nous n’avons qu’une seule planète. Sur ce point, Greta a raison. On ne peut donc pas se contenter d’ignorer le risque. Mais il faut aussi prendre au sérieux le fait qu’une fois créé un gouvernement mondial presque totalitaire, capable d’empêcher toute science dangereuse, celui-ci ne peut pas non plus être facilement supprimé. Il n’existe dans l’histoire de l’humanité aucun précédent où ce directeur de prison mondial aurait volontairement renoncé à son pouvoir. L’idéologie de l’altruisme efficace a soumis au lavage de cerveau une part considérable des personnes travaillant dans le domaine de l’intelligence artificielle».

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Cet argument présente une faille béante. Thiel tient pour évident le lien de causalité entre le fait d’«empêcher une science dangereuse» et celui de «construire un gouvernement mondial totalitaire». Il n’explique cependant pas pourquoi un accord international sur la sécurité de l’intelligence artificielle conduirait nécessairement à une dictature mondiale. Une super-intelligence développée par des entreprises américaines pourrait tout aussi bien mener au même résultat. Les partisans de la régulation de l’IA redoutent les conséquences de la trajectoire actuelle, tandis que d’autres espèrent simplement voir le progrès technologique s’accélérer : ces deux voies peuvent conduire à une gouvernance mondiale toujours plus centralisée. Thiel invoque l’absence de précédent dans lequel une telle puissance aurait volontairement renoncé à sa position. Or, l’absence de précédent ne prouve pas qu’une chose soit inévitable. Le passage de la possibilité à la nécessité est le point le plus faible de toute la conférence, mais aussi le plus important : sans lui, l’assimilation du régulateur à l’Antéchrist perd son caractère urgent.

C’est ce qui relie la doctrine eschatologique de Thiel à ses projets politiques plus généraux. Les cryptomonnaies décentralisent le pouvoir des banques centrales. Les jeunes entreprises technologiques du secteur de la défense décentralisent la puissance militaire de l’État. L’exploration spatiale fait de l’humanité une espèce multiplanétaire qu’un seul gouvernement ne peut contrôler. Depuis 2009, Thiel estime que la liberté et la démocratie ne sont pas compatibles. Ses conférences sur l’Antéchrist constituent l’enveloppe théologique de cette conviction. L’Antéchrist n’est pas un individu particulier appelé à apparaître dans l’avenir, mais une métaphore de toute structure de gouvernance qui tente de coordonner une réponse mondiale à des problèmes communs. Le changement climatique est réel, la guerre nucléaire est dangereuse et l’intelligence artificielle peut être catastrophique ; mais, dans la pensée de Thiel, toute tentative de résoudre collectivement ces problèmes constitue un présage de l’Antéchrist.

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Paolo Benanti (photo), conseiller du Vatican et frère franciscain, a publié en mars dans Le Grand Continent un essai intitulé L’hérésie américaine : faut-il brûler Peter Thiel? Dans ce texte, Benanti interprète l’ensemble de l’action de Thiel comme «une hérésie prolongée contre le consensus libéral» et la définit comme « une attaque contre les fondements de la coexistence civilisée, qu’il considère désormais comme dépassés ». Selon Benanti, Thiel n’est pas avant tout un investisseur en capital-risque ou un innovateur technologique, mais «un théologien politique qui agit au cœur de l’écosystème de la Silicon Valley».

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La géographie de Nashville mérite également qu’on s’y attarde. La ville se situe au cœur de l’évangélisme américain tout en étant un centre technologique en pleine croissance, qui attire notamment des entreprises quittant la Californie. Les conférences ont été organisées par la publication en ligne locale The Pamphleteer, en collaboration avec la Meriwether Academy. The Pamphleteer propose «des perspectives régionales alternatives à celles des médias dominants», tandis que la Meriwether Academy est une sorte d’académie pour hommes qui cherche à «développer des réseaux de fraternités et des associations d’étude dans l’ensemble des États-Unis», avec pour objectif ultime de fonder des écoles de garçons reposant sur une éducation classique.

Les conférences de Thiel souffrent toutefois d’un problème philosophique plus profond. Il a adopté la théorie du désir mimétique de René Girard. Selon celle-ci, le désir humain est fondamentalement imitatif: les êtres humains désirent ce que les autres désirent. La société maîtrise la violence qui en résulte au moyen du mécanisme du bouc émissaire. Thiel applique ce cadre à la politique technologique. Dans son interprétation, le mécanisme du bouc émissaire devient la forme primitive de la gouvernance mondiale: face à une menace commune, la société choisit une victime, la sacrifie et rétablit la paix. Sa stratégie de résistance consiste à refuser le sacrifice. L’ironie girardienne réside toutefois dans le fait que Thiel recherche lui-même des boucs émissaires. Greta Thunberg, Obama, le pape, les partisans de l’altruisme efficace et les chercheurs spécialisés dans la sécurité de l’intelligence artificielle sont présentés comme des menaces dans son récit. Si la théorie du désir mimétique est juste, elle devrait également s’appliquer aux propres actions de Thiel.

Les enregistrements des conférences de Nashville ont été rendus publics presque immédiatement. Après des décennies d’investissements et d’acheminement de dons politiques, Thiel sait certainement comment faire passer une fuite organisée pour un accident. Le contenu des conférences est peut-être moins important que la façon dont il a été présenté: dans un espace semi-public, au moyen d’un langage théologique et devant un public soigneusement sélectionné, sous la forme d’un récit assimilant le régulateur de la technologie à l’Antéchrist. La fonction de ce récit n’est pas de prédire, mais de mobiliser. Il confère une dimension cosmologique à une position politique particulière. Dans cette dimension, les régulateurs ne se trompent pas seulement : ils sont les séducteurs de la fin des temps. Et ceux qui s’opposent à eux, accélèrent le développement technologique, décentralisent le pouvoir et refusent le sacrifice ne recherchent pas uniquement le profit ou la liberté. Ils mènent une lutte théologique.

C’est dans cette eschatologie technocapitaliste que réside la véritable portée des conférences de Thiel. Il redéfinit l’Antéchrist de telle manière que toute force cherchant à exercer un pouvoir sur la technologie en la réglementant puisse être rangée dans cette catégorie. Ce cadre est presque irréfutable. Si une réglementation est adoptée, elle est l’œuvre de l’Antéchrist. Si aucune réglementation ne l’est, c’est parce que le katechon continue de faire obstacle. Si les propres investissements de Thiel dans l’IA en bénéficient, ces bénéfices peuvent être présentés comme un effet secondaire de la lutte pour la liberté. Dans ce cadre, toutes les preuves pointent dans la même direction. Elles exploitent le plus ancien récit de la vision chrétienne du monde, servent les intérêts les plus récents et travestissent la poursuite de l’intérêt personnel ainsi que la défense de l’accélération technologique en une lutte contre le mal absolu.

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L’Europe est lâche: elle redoute les opinions dissidentes - Des brutes orwelliennes gouvernent désormais l’Europe

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L’Europe est lâche: elle redoute les opinions dissidentes

Des brutes orwelliennes gouvernent désormais l’Europe

Source: https://www.frontnieuws.com/lafhartig-europa-vreest-afwij...

Emmanuel Macron, l’ancien banquier devenu le petit président français, s’en est pris la semaine dernière, au cours d’un échange avec des journalistes, à ce qu’il a appelé la «liberté d’expression américaine». Tout en défendant la vigoureuse politique de censure de l’Union européenne, le petit bonhomme a insisté sur le fait que le règlement sur les services numériques, par lequel l’Europe contrôle les propos tenus, devrait censurer de manière «beaucoup plus étendue, beaucoup plus rapide et beaucoup plus systématique» les informations que les gouvernements considèrent comme fausses. Macron a ensuite fait de son mieux, dans un style orwellien, pour condamner la liberté d’expression comme une forme d’oppression et louer la censure comme un moyen de libération: «La prétendue “liberté d’expression” à l'américaine — du moins telle qu’elle existe aujourd’hui et qu’elle est promue par certaines personnes — est le contraire de la liberté d’expression». Le président français, très impopulaire, a poursuivi: «Ma liberté ne peut pas signifier que je suis libre de… vous insulter ou de saccager la place publique qui appartient à tout le monde. Pourtant, c’est bien là, pour certaines personnes, l’idée de la “liberté d’expression”».

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Puis cette petite souris d’homme a rugi: «Tant que nous ne tiendrons pas pour responsables ceux qui diffusent des contenus sur les réseaux sociaux, nous ne pourrons pas les réglementer». De plus, si «quelqu’un écrit quelque chose» de «faux», cette personne devrait «être tenue pour responsable». Paroles musclées d’un homme peu sûr de lui qui a peur des mots. Que se passe-t-il en Europe? Pourquoi le continent tout entier redoute-t-il à ce point le débat public et les opinions dissidentes? Si l’establishment politique est incapable de défendre ses idées et ses politiques sans censurer l’opposition, alors ses idées et ses politiques ne valent absolument rien ! Les personnes qui se sont frayé un chemin jusqu’au pouvoir dans toute l’Europe croient apparemment ne pouvoir remporter un débat que si elles sont les seules autorisées à parler, écrit J. B. Shurk.

Cela ressemble un peu à un boxeur chétif qui exigerait des arbitres qu’ils attachent les mains de son adversaire derrière le dos avant de se proclamer champion du monde des poids lourds ! Personnellement, je pense que Mini-Macron en a tout simplement assez que les gens fassent remarquer qu’il a épousé sa grand-mère — ou son grand-père, selon ce qui pourrait être le cas. Autrefois, nous apprenions à nos enfants: «Les bâtons et les pierres peuvent me briser les os, mais les mots ne me feront jamais de mal». Aujourd’hui, les dirigeants occidentaux sont tellement terrifiés par les mots qu’ils préféreraient emprisonner quiconque a une opinion plutôt que d’apprendre à supporter une plaisanterie ou à écouter un point de vue contraire.

La démocratie est morte: un coup d’État contre les mouvements de droite est en cours en Europe

Voici la vérité que Macron et ses semblables européens, ces mauviettes adeptes de la censure, refusent de comprendre: l’expression n’est véritablement libre que lorsqu’une personne peut dire quelque chose d’offensant ou de controversé sans avoir à redouter la colère de l’État. Bien que Macron veuille pénaliser les propos qu’il considère comme faux, il diffuse lui-même continuellement des contre-vérités! Alors qu’il suppliait le Premier ministre britannique Andy Burnham de trahir la volonté des électeurs qui, dix ans plus tôt, avaient choisi de quitter l’Union européenne, le président français atteint du complexe de Napoléon a gémi:  Le Brexit est le plus grand mensonge des trente dernières années!». Cette affirmation est absurdement fausse — ou relève de ce que les censeurs européens appellent de la «désinformation» criminelle. Le peuple britannique a voté pour se séparer de l’empire européen de la reine Ursula von der Leyen.

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Bien que les alarmistes anti-Brexit aient prédit un effondrement économique immédiat si le peuple britannique choisissait de se gouverner lui-même — et malgré les efforts des saboteurs du Brexit, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays —, le Royaume-Uni obtient actuellement de meilleurs résultats que la France et d’autres grandes économies européennes, après avoir occupé la première place du G7 en matière de croissance au premier semestre 2026. L’une des raisons pour lesquelles les partisans du Brexit ont voté en 2016 en faveur d’une sortie de l’Union européenne était que les citoyens britanniques ne voulaient pas voir leur armée absorbée par une armée européenne sur laquelle ils n’auraient aucun contrôle — une perspective que les fervents partisans de l’Union européenne qualifiaient autrefois, ironiquement, de « désinformation », mais qui s’est révélée de plus en plus prémonitoire. La reine von der Leyen et ses eurocrates bruxellois travaillent aujourd’hui fiévreusement à utiliser la guerre entre la Russie et l’Ukraine comme prétexte pour créer des structures de défense européennes toujours plus centralisées.

Il convient également de rappeler que les expansionnistes européens présentaient à l’origine l’Union comme une organisation intergouvernementale destinée à stimuler les marchés économiques européens, tout en promettant que cette institution supranationale ne porterait jamais directement atteinte à la souveraineté nationale. C’était un cas manifeste de «désinformation» et certainement l’un des plus grands mensonges du dernier demi-siècle! Puisque nous parlons des mensonges que les dirigeants européens ont présentés comme des «vérités», la prétendue collusion russe contre le président Trump — canular que les services de renseignement britanniques et ukrainiens ont contribué à propager —, l’apocalypse du «réchauffement climatique» — qui, selon les prévisions, aurait dû nous tuer tous il y a quatorze ans — et le «règne de l’illusion liée au Covid» — durant lequel des «experts de la santé» ont menti en affirmant que le virus était d’origine naturelle plutôt qu’issu d’un laboratoire chinois, puis ont menti en prétendant que les pseudo-«vaccins» étaient «sûrs et efficaces» — figurent parmi les trois plus vastes campagnes de fraude massive et de guerre de l’information jamais menées par des gouvernements contre la population.

Macron n’a jamais demandé que ces mensonges soient censurés sur les plateformes de réseaux sociaux. Il n’apprécie tout simplement pas que des Américains quelconques fassent remarquer que l’Union européenne est un système de gouvernement antidémocratique et totalitaire qui devrait être réduit en cendres jusqu’à ses fondations. Et il apprécie encore moins que des gens ordinaires fassent observer, à juste titre, que son ancienne et vieille professeure de lycée — devenue son épouse violente — le gifle parfois.

Malheureusement, l’incapacité de Macron à comprendre l’importance de la liberté d’expression est un trouble de l’apprentissage que l’on retrouve dans toute l’Europe.

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Au Royaume-Uni, un membre du public a effectué un signalement au titre du programme Prevent contre John Cleese, légende de la comédie âgée de 86 ans, parce qu’il continue de faire des plaisanteries sur le goût de l’islam pour le viol et le meurtre. La plainte affirme que Cleese devrait être considéré comme présentant un «risque modéré à élevé» de «radicalisation, de tensions entre communautés et d’incidents haineux», notamment parce qu’il a écrit: «Personnellement, je préfère une culture qui n’approuve ni les mutilations génitales féminines, ni les mariages d’enfants, ni le meurtre des infidèles».

La plainte accuse Cleese de «haine antimusulmane» et réclame une enquête plus approfondie sur cette icône de la culture. Réagissant à la nouvelle du signalement, l’ancienne vedette des Monty Python a écrit: «Le manque de maîtrise de soi gonfle tellement l’ego masculin islamique qu’il considère toute critique comme un blasphème», ainsi que: «J’ai hâte d’être arrêté». Plus tard, il a qualifié le fait d’avoir été pris pour cible d’«un des moments dont je suis le plus fier dans ma vie».

Pendant ce temps, un policier à la retraite s’est récemment vu infliger une amende de plus de 1000 livres sterling en vertu de la loi britannique sur les communications pour avoir republié une plaisanterie sur le bacon tournant l’islam en ridicule. Comme l’a fait remarquer à juste titre un défenseur de la liberté d’expression: «Personne ne serait poursuivi pour avoir fait une plaisanterie comparable sur Jésus».

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Tandis qu’il s’en prend à des policiers retraités parce qu’ils ont le sens de l’humour, le gouvernement britannique continue parallèlement d’accorder des «licences de parrainage pour travailleurs qualifiés» à des librairies islamiques qui vendent des ouvrages consacrés au djihad !

Le gouvernement polonais confronté à un scandale de pédophilie et de zoophilie

Un prédicateur islamique de Londres encourage les hommes musulmans à frapper leur femme si elle refuse d’obéir. Le même religieux islamique décrit des méthodes d’exécution «acceptables» pour les hommes homosexuels, notamment les jeter du haut d’immeubles et lapider leur corps. Ces sermons sont disponibles sur YouTube.

Malgré cela, la mosquée bénéficie toujours du statut d’organisme caritatif au Royaume-Uni. Des djihadistes islamiques prêchent la violence et le meurtre, et les services chargés de l’application de la loi ignorent leurs menaces, tout comme ils ont ignoré pendant des décennies que des hommes musulmans violaient des dizaines de milliers de jeunes filles dans toute la Grande-Bretagne.

En revanche, lorsqu’un humoriste et un policier à la retraite se moquent de la propension de l’islam à la violence, le gouvernement britannique enquête sur leurs propos en les considérant comme des «menaces». Cela ne devrait guère surprendre lorsque les forces de police britanniques enseignent à leurs agents que les opinions de Nigel Farage sur l’immigration constituent des «crimes de haine islamophobes» et encouragent les employés non musulmans à jeûner pendant le ramadan, par «solidarité» avec leurs conquérants islamiques.

L’application de deux poids, deux mesures à la liberté d’expression est officiellement devenue une politique gouvernementale. En outre, une unité liée au ministère de l’Intérieur a recensé les critiques exprimées sur les réseaux sociaux à l’encontre du programme gouvernemental Prevent, notamment 77 observations relatives à des personnes et à des organisations qui critiquent Prevent sur X et Reddit. Des documents montrent que des responsables liés au gouvernement surveillent et consignent les propos des personnes qui remettent publiquement en question cette politique controversée de lutte contre l’extrémisme.

Des brutes orwelliennes gouvernent désormais l’Europe. Besoin de davantage de preuves? Le Parti vert du Royaume-Uni veut remplacer «mère» et «père» par des termes plus «inclusifs». Pendant ce temps, les Allemands viennent de décerner le prix de la paix de Westphalie à l’alliance militaire de l’OTAN.

Les parents sont des étrangers. La guerre, c’est la paix. La liberté d’expression, c’est la violence. La censure favorise la liberté.

En réalité, la liberté est morte en Europe.

mercredi, 14 octobre 2026

La fausse alerte de la CIA concernant la menace russe contre l’Europe

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La fausse alerte de la CIA concernant la menace russe contre l’Europe

Le président polonais Karol Nawrocki a accusé le Premier ministre Donald Tusk d’avoir inventé un rapport de la CIA concernant la menace d’une attaque russe contre l’Europe.

Par Davide Malacaria

Source: https://www.piccolenote.it/mondo/lallarme-inventato-della...

Dans une interview accordée à un journal polonais, le président polonais Karol Nawrocki a accusé le Premier ministre Donald Tusk d’avoir inventé un rapport de la CIA concernant la menace d’une attaque russe contre l’Europe. «Le 10 septembre dernier, peut-on lire dans Strana, Donald Tusk a déclaré avoir reçu de la CIA un “rapport assez précis” sur les évolutions possibles au cours des mois suivants et a invité l’Europe à se préparer à différents scénarios sur son flanc oriental».

Nawrocki a accusé Tusk d’avoir fabriqué un rapport de la CIA sur la menace d’une attaque russe.

«Il est important de noter que les déclarations du Premier ministre, poursuit Strana, ont eu un retentissement non seulement en Pologne, mais dans toute l’Europe. Cela nous a placés dans une situation très difficile vis-à-vis de nos alliés. Il en est allé de même pour l’interview accordée au Financial Times et pour le rapport de la CIA que le Premier ministre a inventé. Lorsque je rencontre nos partenaires dans le monde entier, ils me posent directement la question: en savez-vous plus que nous? C’est une situation très dangereuse».

[…] «La Russie, a ajouté Nawrocki, a toujours été et demeure une menace. Je connais les rapports de l’Alliance atlantique et je reste en contact avec les dirigeants des pays membres. Le niveau de menace n’a pas sensiblement évolué au cours des six derniers mois», a assuré Nawrocki, ajoutant que l’invention de Tusk servait ses intérêts politiques.

Voici donc l’alerte lancée par Tusk: «Comme je l’ai déjà dit à ce sujet et comme je l’annonce depuis de nombreux mois, il est légitime de s’attendre à différents scénarios. La Pologne et l’ensemble de l’Europe doivent être préparées à divers scénarios concernant la situation non seulement sur le front russo-ukrainien, mais aussi sur le flanc oriental de l’Union européenne», avait-il averti, en se fondant sur «un rapport assez détaillé [qui lui avait été adressé] directement par le directeur de la CIA concernant les événements susceptibles de se produire au cours des prochains mois».

Le président polonais, que l’on ne saurait par ailleurs soupçonner de sympathies prorusses — bien au contraire —, n’aurait pas attaqué le Premier ministre de manière aussi frontale s’il n’avait pas été certain de ce qu’il avançait. Il convient de rappeler que Tusk a été président du Conseil européen du 1er décembre 2014 au 30 novembre 2019: non seulement il n’est pas un quelconque quisling, mais il adhère pleinement au substrat idéologique des dirigeants de l’Union européenne.

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Ce n’est pas la première fois que ces dirigeants et les médias dominants de l’Union européenne inventent des alertes relatives à la Russie prétendument venues des États-Unis. Rappelons qu’en décembre 2025, Tulsi Gabbard, alors directrice du renseignement national américain, avait catégoriquement démenti une révélation de Reuters fondée sur des informations des services de renseignement américains, selon laquelle Poutine voulait conquérir l’ensemble de l’Ukraine ainsi que les anciennes républiques soviétiques.

«Des mensonges et de la propagande que Reuters diffuse délibérément pour le compte des va-t-en-guerre qui veulent saper les efforts inlassables du président Trump pour mettre fin à cette guerre sanglante», avait déclaré Gabbard. «Les services de renseignement américains, avait-elle ajouté, estiment en outre que, comme l’ont montré les dernières années, les opérations militaires de la Russie indiquent qu’elle n’a pas actuellement la capacité de conquérir et d’occuper toute l’Ukraine, et encore moins l’Europe».

Gabbard n’est plus en poste, ayant été limogée pour ces déclarations et pour avoir nié que l’Iran était en train de fabriquer une bombe atomique. Et, apparemment, personne en Amérique ne se soucie de démentir les mensonges propagés en son nom par les dirigeants européens. Le directeur de la CIA, John Ratcliffe, s’est bien gardé de démentir le Premier ministre polonais — et peut-être est-il aujourd’hui, à la faveur d’un revirement politique, à l’origine des déclarations du président polonais.

Tusk ne semble pas être le seul, en Europe, à propager de fausses alertes. Du reste, si l’on en vient à inventer une alerte prétendument venue des États-Unis, on comprend aisément que d’autres puissent être de fabrication locale et, de ce fait, beaucoup plus difficiles à vérifier. Inutile d’ajouter que les médias dominants se contentent généralement de relayer servilement ces alertes, sans s’interroger, sans poser de questions et sans procéder aux vérifications qui leur incomberaient pourtant. Ainsi vont les choses.

C'est inéluctable depuis longtemps: la CDU est au bord de l’insignifiance politique

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C'est inéluctable depuis longtemps: la CDU est au bord de l’insignifiance politique

Berlin. Seules les personnes les plus âgées se souviennent encore du sort des démocrates-chrétiens italiens, la Democrazia Cristiana: en 1994, le parti s’est auto-dissous après avoir été marginalisé par les populistes de droite en pleine ascension de Silvio Berlusconi.

Cette épée de Damoclès est désormais également suspendue au-dessus de la CDU. Pour les chrétiens-démocrates des nouveaux Länder, les résultats électoraux et les sondages de ces derniers mois donnent à voir un véritable gouffre politique. En Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, la CDU n’a, pour la première fois, pas réussi à franchir le seuil des 5%, avec un score de 4,9%. Dans le Brandebourg, elle est tombée à 9% selon une récente enquête de l’institut INSA. Dans le même temps, l’AfD continue de gagner du terrain : dans le Brandebourg, elle atteint désormais 40%, soit six points de pourcentage de plus qu’il y a six mois.

Mais l’effondrement ne se limite depuis longtemps plus à l’Est. Même en Rhénanie-du-Nord–Westphalie, le Land le plus peuplé, l’AfD devance désormais la CDU dans les intentions de vote pour les élections au Bundestag si celles-ci avaient lieu dimanche : elle recueille 24%, contre 22% pour la CDU. Pour un Land de l’Ouest, il s’agit d’une véritable sensation. L’Union est en passe de passer du statut de grand parti populaire implanté dans toute l’Allemagne à celui de parti régional et marginal ouest-allemand.

La CDU est également sous pression en Saxe, en Thuringe et en Saxe-Anhalt. En Saxe-Anhalt, son résultat aux élections régionales du 6 septembre est passé de 37,1% en 2021 à 17,2%, soit moins de la moitié. La Saxe, autrefois bastion des chrétiens-démocrates, est dominée dans les sondages actuels par l’AfD, créditée de 42% ; la CDU n’y obtient plus que 21%. En Thuringe, l’Union recueille 22%, contre 40% pour l’AfD.

L’analyste politique Einar Koch décrit cette évolution comme une menace de perte d’influence: «À l’Est, l’Union risque d’être aspirée dans un champ gravitationnel où, mathématiquement, elle deviendra de plus en plus insignifiante». Comme la CDU exclut toute coopération avec l’AfD, elle ne serait plus, avec des résultats à un seul chiffre, qu’un «simple marchepied pour des alliances de gauche». Selon Koch, elle a déjà perdu au profit de l’AfD son rôle de force politique bourgeoise dans l’Est (se).

Source: Zu erst, oct. 2026.

Réflexions multipolaires sur les élections au Brésil et en Amérique latine

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Réflexions multipolaires sur les élections au Brésil et en Amérique latine

Alexandre Douguine

Présentateur: La première phase du scrutin présidentiel vient de s’achever au Brésil. À l’issue du premier tour, le chef de l’État sortant, Luiz Inácio Lula da Silva, recueille environ 45% des voix, tandis que son principal adversaire, Flávio Bolsonaro, en obtient près de 47%. Un second tour nous attend.

Alexandre Guélievitch, pourquoi est-il d’une importance cruciale pour nous, en Russie, de suivre attentivement ces processus électoraux au Brésil? Et à quoi pourrait conduire une éventuelle alternance si le président sortant ne parvenait pas à se faire réélire?

Alexandre Douguine : Nous avons déjà compris — et je pense que nos chers auditeurs l’ont, eux aussi, parfaitement compris — que nous nous sommes engagés sérieusement, profondément, durablement et véritablement dans la construction d’un monde multipolaire au sein duquel la Russie constituera un pôle souverain et indépendant. Contrairement au système bipolaire de la guerre froide ou au modèle classique des États-nations représentés à l’ONU, nous construisons une structure historique absolument unique, fondée sur des États-civilisations, ou de grands espaces.

L’Occident constitue une civilisation unique malgré toutes ses formes nationales, puisque les décisions stratégiques y sont prises par un seul et même groupe, qui agit légalement ou dans l’ombre en tant qu’«État profond», mais qui exprime dans tous les cas une volonté unique. Nous sommes une civilisation distincte et un État-civilisation. La Chine est une autre civilisation. L’Inde représente elle aussi un pôle civilisationnel autonome. Le monde islamique est une immense civilisation qui cherche encore les voies de sa consolidation et où ce sont, en premier lieu, les chiites et l’Iran qui se dressent contre l’hégémonie occidentale.

Mais, pour le monde multipolaire, il est d’une importance cruciale que l’Amérique latine devienne elle aussi un pôle civilisationnel autonome et un point d’appui. À cet égard, le rôle du Brésil est immense. Le nom BRICS commence par la lettre «B», celle du Brésil. Les BRICS constituent précisément cette alliance émergente du monde multipolaire, et le Brésil en est l’unique représentant en Amérique latine.

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Dans le même temps, Luiz Inácio Lula da Silva demeure, au fond, le seul dirigeant de la région à être resté fidèle à une politique de gauche. Il fut un temps où la quasi-totalité de l’Amérique latine s’orientait à gauche, en défendant la justice sociale et le soutien aux catégories défavorisées. Mais un virage à droite s’est progressivement amorcé: des responsables ultralibéraux, alignés sur les États-Unis et hostiles à la multipolarité, ont commencé à accéder au pouvoir. L’exemple le plus frappant en est Javier Milei, président de l’Argentine, qui se fait ouvertement le relais de l’hégémonie américaine dans la région et qui a ostensiblement retiré son pays des BRICS.

En conséquence, seul Lula a tenu bon en Amérique latine. Il faut toutefois le dire franchement: à l’exception de son soutien à la multipolarité, la politique contemporaine de la gauche dans la région a largement échoué et s’est révélée inopérante. Tout en affirmant se préoccuper des différentes couches sociales, les forces de gauche sont, dans la pratique, incapables d’assurer la stabilité et le développement. Pire encore, elles ont fait leurs des valeurs hostiles à l’être humain et à la famille: être de gauche signifie aujourd’hui, on ne sait pourquoi, soutenir l’agenda LGBT — mouvement reconnu comme extrémiste et interdit dans la Fédération de Russie —, promouvoir le transgenrisme, défendre une migration incontrôlée et s’opposer à l’identité ainsi qu’aux valeurs religieuses traditionnelles. De ce fait, la gauche latino-américaine a largement échoué dans sa mission historique consistant à unir le continent pour en faire un pôle à part entière du monde multipolaire.

Et Lula demeure désormais le dernier vestige de cette politique de gauche qui, dans l’ensemble, échoue au sein de ses propres sociétés, mais conserve au moins un lien avec le monde multipolaire. Un homme qui a été impliqué dans de retentissants scandales de corruption, qui a lui-même été emprisonné et qui a fait incarcérer son principal adversaire. En somme, tout cela est extrêmement douteux, et il ne bénéficie d’aucun soutien populaire véritable et massif. Sa ligne politique ne présente aucun signe d’une réflexion stratégique profonde.

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Mais il vaut malgré tout mieux que Milei ou qu’un quelconque pasteur protestant entièrement aligné sur Washington. Disons-le franchement: il vaut mieux qu’eux. Les Brésiliens, toutefois, ne le pensent plus ainsi; ils ont perdu confiance en lui, et c’est là le principal problème. Le virage à droite actuellement à l’œuvre en Amérique latine fait peser la menace d’une perte pour le monde multipolaire. Pour ces responsables politiques proaméricains tournés vers Washington, il n’est nul besoin de construire un ordre multipolaire; à leurs yeux, l’Amérique latine ne possède aucune identité autonome: ils veulent l’intégrer au système occidental d’hégémonie mondiale. Au fond, ils transforment leurs pays en une sorte d’immense Ukraine.

Il n’y a donc rien de positif pour nous dans le fait que Flávio Bolsonaro — fils de Jair Bolsonaro, qui est incarcéré — ait obtenu davantage de voix que Lula. Lula est pour nous un partenaire habituel et le garant de la lettre «B» au sein des BRICS. Pourtant, lorsqu’il était président, Jair Bolsonaro lui-même ne s’est pas empressé de retirer son pays des BRICS et a mené une politique relativement équilibrée. Peut-être que, cette fois encore, les choses ne sont pas si mauvaises; peut-être que la ligne des adversaires de Lula ne sombrera pas dans la monstruosité que Milei a instaurée en Argentine. Ce que fait Milei est un véritable désastre: c’est le Zelensky latino-américain. L’extrémisme, les pitreries, la tronçonneuse à la main, les frasques insensées et le soutien complaisant apporté aux forces israéliennes: tout cela est tout simplement monstrueux, une véritable insulte au magnifique et admirable peuple argentin.

On ne saurait toutefois exclure que la famille Bolsonaro se comporte différemment. Ses épouses et ses enfants ont d’ailleurs participé activement aux élections, et nombre d’entre eux ont remporté les élections législatives organisées parallèlement. Les Brésiliens savent probablement mieux que nous qui choisir, et nous ne devons pas leur imposer notre point de vue.

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Il serait remarquable que les forces de droite qui l’emportent au Brésil se souviennent des préceptes de Getúlio Vargas (photo). Ce président brésilien du XXᵉ siècle défendait l’indépendance totale du continent latino-américain à l’égard de l’influence des États-Unis. Homme politique de droite, il était à certains égards proche du général argentin Perón. Ensemble, ils élaboraient des projets visant à préserver l’identité chrétienne traditionnelle en Amérique latine, à développer les pays sur le fondement de la justice sociale — la célèbre « idéologie de la justice » péroniste — et, simultanément, à acquérir une indépendance géopolitique vis-à-vis des États-Unis et de l’Occident global.

C’était là un modèle idéal d’intégration du continent latino-américain, mais porté précisément par la droite. Et il existe historiquement de tels précédents au Brésil. Il reste que, si le candidat est protestant dans une société traditionnellement catholique et au sein d’une culture catholique, cela constitue déjà un sérieux signal d’alarme. Dans ce contexte, le protestantisme apparaît comme une certaine anomalie, comme le vecteur de valeurs étrangères et de conceptions religieuses étrangères au sein du système religieux complexe du Brésil.

Il me semble que l’affaiblissement de la position de Lula et la perte de confiance à son égard, qui se sont manifestés de manière évidente à l’issue de ce premier tour, constituent un fait. Il y aura un second tour, puisqu’aucun des candidats n’a obtenu 50% des voix: Bolsonaro en recueille environ 47%. Dans quelques semaines, nous verrons quel choix fera le peuple brésilien. Pour nous, l’essentiel est de ne pas perdre le Brésil au sein des BRICS, car il y représente toute l’Amérique latine, laquelle revêt pour nous une importance considérable.

Et une question se pose ici à nous-mêmes: combien de temps allons-nous encore avancer par inertie dans le sillage de l’ancienne politique soviétique, qui considérait exclusivement les forces de gauche comme nos alliées traditionnelles? Or, depuis longtemps, celles-ci ne sont plus véritablement nos partisanes; elles ne sont d’ailleurs plus si à gauche que cela et ne sont nullement des adversaires cohérentes du capitalisme. Le programme contemporain de la gauche a intégré tant d’éléments répugnants qui sont expressément interdits dans notre pays!

Peut-être devrions-nous rendre notre politique étrangère plus globale et plus inclusive? Réfléchir à la création de réseaux de partisans de la multipolarité — pas nécessairement prorusses, mais sincèrement favorables à l’Amérique latine — qui défendent la souveraineté et l’intégration du continent. Nous devons contribuer au développement de tels réseaux et soutenir aussi bien la droite que la gauche. Si des forces de droite défendent un État-civilisation latino-américain indépendant, à l’instar de Vargas ou de Perón, c’est excellent et cela nous convient. Si ce sont des forces de gauche qui poursuivent cet objectif, cela nous convient également.

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Nous manquons cruellement de géopolitique et d’une vaste pensée civilisationnelle. Nous ne devons pas nous contenter de nous défendre: nous devons bâtir, créer, concevoir et promouvoir quelque chose. Regardez la Charte eurasienne multipolaire que nous avons récemment signée avec la Biélorussie, le Vietnam et l’Iran: c’est une initiative magnifique, brillante! Il faudrait probablement associer activement à cette dynamique les pays latino-américains, notamment Cuba, le Nicaragua et le Mexique.

Que leur gouvernement soit de gauche ou de droite devrait nous être indifférent. Le critère principal est simple: si tu es favorable à la multipolarité, tu es des nôtres et nous te soutenons. Si tu es favorable à l’hégémonie, tu n’es pas des nôtres et nous ne sommes pas ton allié. Si nous menons une politique aussi claire et proactive, avec un plan propre à chaque région et à chaque pays, fondé non sur la lutte contre l’Occident en tant que tel, mais exclusivement contre l’hégémonie occidentale, alors nous vaincrons. Il est impossible d’affronter seuls cette hégémonie mondiale: nous avons besoin de pôles et d’alliés fiables. Ne nous contentons pas de les chercher; aidons-les à voir le jour et à se constituer.

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Souvenez-vous du Venezuela: nous avions un président ami, Nicolás Maduro. C’est incontestablement un homme de bien, que Trump a traité injustement, mais il n’a pas réussi à bâtir un système économique, social et culturel. Hugo Chávez, lui, était un homme animé par une grande idée et à l’origine de grandes réalisations, tandis que Maduro a poursuivi sa ligne sur une pente descendante. Si nous nous étions engagés plus profondément au bon moment — non seulement par un soutien militaire et des échanges commerciaux, mais aussi sur le plan des idées… Pour une raison ou une autre, nous finissons toujours par nous rabattre sur des questions techniques et secondaires!

Comme si l’on nous avait mal appris à l’école à distinguer l’essentiel de l’accessoire, comme si notre système avait désappris à retrancher ce qui est insignifiant et formel pour dégager le noyau véritable. Nous sommes catastrophiquement incapables de discerner l’essentiel en politique étrangère, et nous en souffrons énormément. Au plus haut niveau de l’État, tout est fait correctement: les discours stratégiques de notre président sont remarquables, les initiatives du ministre des Affaires étrangères sont brillantes; tout y est irréprochable. Mais, au niveau inférieur, une sorte de vide apparaît, une vacuité inexplicable, et tous retombent aussitôt dans la discussion de petites initiatives impuissantes qui ne mènent nulle part. Les efforts de quelques enthousiastes isolés sur le terrain ne peuvent remédier à ce problème systémique.

Présentateur: Selon vous, pourquoi cela se produit-il? Est-ce un problème lié à notre politique de recrutement des cadres ou une erreur fondamentale dans leur instruction et leur formation?

Alexandre Douguine: Je pense qu’il s’agit d’une lourde conséquence des années 1990 et 2000. Regardez le piège mental dans lequel nous nous sommes longtemps trouvés. Nos adversaires en Ukraine ont un slogan extrémiste, interdit dans la Fédération de Russie: «Bandera viendra et rétablira l’ordre». Or, au sein de notre élite libérale, son image inversée a longtemps prévalu: «L’Occident viendra et rétablira l’ordre». Nous pensions qu’il suffisait de lire un manuel occidental, de copier leurs règles, leurs formats, leurs modèles et leurs accords, et de nous inscrire dans leur agenda.

Notre élite dirigeante avait donc été dès l’origine conditionnée à imiter l’Occident. Et lorsque nous nous sommes soudainement retrouvés dans une situation de confrontation aiguë avec lui, il est apparu que nous avions un besoin crucial d’une autre élite dirigeante. Le problème n’est pas que les anciens cadres soient mauvais, mais qu’ils sont préparés à des tâches totalement différentes. Il faut les réorienter, et la formation revêt ici une importance primordiale.

Nous devons apprendre à notre corps diplomatique et à tous les spécialistes des relations internationales non pas simplement à reconnaître de manière déclarative le monde multipolaire et l’approche civilisationnelle, mais à les comprendre en profondeur. Ils doivent apprendre à développer par eux-mêmes les pans théoriques qui n’ont pas encore été écrits et à les mettre en œuvre avec assurance dans la pratique. Nous avons besoin de cadres d’un type nouveau, capables de travailler dans le paradigme de la multipolarité.

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L’orientation vers la multipolarité a été fixée par notre président et notre ministre des Affaires étrangères: c’est la ligne officielle de l’État. Mais il faut l’expliciter, l’enseigner dans les établissements spécialisés et y puiser de nouveaux cadres. Quant aux professionnels déjà en fonction, il faut les former à nouveau.

Lorsque je donne des conférences au ministère des Affaires étrangères à l’intention des employés de différents départements, je constate que les gens commencent rapidement à tout comprendre dès lors qu’ils se penchent sérieusement sur le sujet. Mais cela exige un effort considérable. Pour nous, la multipolarité constitue une réalité entièrement nouvelle. Elle n’est ni le prolongement de l’expérience soviétique ni, à plus forte raison, celui du modèle libéral mondialiste. Ce n’est même pas le système westphalien, avec sa conception classique de la souveraineté nationale, sur lequel repose l’ONU contemporaine. C’est un paradigme fondamentalement nouveau des relations internationales, qu’il faut étudier, méditer, assimiler intimement et, seulement ensuite, mettre en pratique.

Malheureusement, le personnel de notre diplomatie n’a pas encore suffisamment parcouru ce chemin. Certes, quelques enthousiastes comprennent parfaitement cette approche et y adhèrent. Mais la plupart de nos diplomates éminents, parfaitement formés et exemplaires s’appuient sur l’expérience soviétique. Celle-ci comportait beaucoup de grandeur — avant tout la priorité absolue accordée à la souveraineté —, mais reposait sur d’autres ressources et sur un contexte idéologique entièrement différent. Sans fondement idéologique adéquat, nombre de subtilités de la politique étrangère nous échappent tout simplement.

alexander_dugin_-_the_fourth_political_theory_little.jpgNos excellents professionnels doivent être formés à nouveau, car leurs anciennes compétences et leurs aptitudes habituelles ne correspondent plus aux défis du monde nouveau. Il faut creuser beaucoup plus profondément.

Il y a une quinzaine d’années déjà, à la faculté de sociologie de l’Université d’État de Moscou, j’ai commencé à élaborer la Quatrième théorie politique, au-delà du libéralisme, du communisme et du fascisme. Aucune de ces trois idéologies classiques ne nous convient, et aucune ne peut constituer un allié fiable hors de Russie. Toutes trois sont des produits de l’Occident, toutes sont profondément contaminées par l’universalisme occidental et en portent l’empreinte.

Nous devons dépasser les anciennes limites de la science politique occidentale. Bien plus, nous devons soutenir les recherches analogues de nouvelles voies idéologiques dans d’autres civilisations et sociétés. Nous devons repenser entièrement la réalité, car nous sommes entrés dans une époque historique totalement nouvelle.

mardi, 13 octobre 2026

L’atout dans le jeu: Washington et Moscou négocient au sujet de Nord Stream

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L’atout dans le jeu: Washington et Moscou négocient au sujet de Nord Stream

Washington/Moscou. Des discussions explosives à l’ombre de la guerre: Washington et Moscou exploreraient en coulisses les possibilités de renouer leurs relations commerciales grâce aux gazoducs Nord Stream traversant la mer Baltique. Un tel accord revêtirait une importance considérable, non seulement parce qu’il pourrait réorganiser les relations énergétiques entre les États-Unis, la Russie et l’Europe, mais aussi parce qu’il s’opposerait diamétralement à la politique des élites européennes, pour lesquelles Nord Stream constitue un tabou absolu.

Selon Reuters, Jared Kushner, envoyé spécial des États-Unis, et Kirill Dmitriev, proche conseiller du président russe Vladimir Poutine, participent aux discussions. Tous deux se seraient récemment rencontrés à Moscou et à New York. Outre Nord Stream, ils auraient également évoqué une éventuelle vente des actifs internationaux du groupe pétrolier russe Lukoil à des investisseurs des États-Unis, du Qatar et des Émirats arabes unis.

Kushner chercherait manifestement à faire de la coopération économique l’une des composantes d’un éventuel processus de paix dans la guerre en Ukraine. Les entreprises américaines pourraient ainsi accéder à de futurs marchés énergétiques avec l’Europe si la guerre prenait fin. La Maison-Blanche souligne que de tels accords devraient également profiter aux entreprises et aux contribuables américains.

À l’heure actuelle, la remise en service des gazoducs ne serait pas juridiquement possible. Nord Stream fait l’objet de sanctions de la part des États-Unis et de l’Union européenne. Le président Donald Trump — qui, dès son premier mandat, comptait parmi les opposants les plus virulents au projet et avait fait pression pour qu’il soit abandonné — pourrait certes assouplir, voire lever, les sanctions américaines existantes. Mais Nord Stream reste également controversé dans la politique intérieure américaine. Si les démocrates obtenaient la majorité au Congrès lors des élections de mi-mandat de novembre, les sanctions ne devraient, dans un premier temps, guère évoluer.

Il faudrait également s’attendre à une opposition en Europe. Une porte-parole du ministère fédéral allemand de l’Économie a maintenu le tabou que l’Allemagne s’est elle-même imposé et a déclaré à Reuters que le gaz russe et Nord Stream faisaient l’objet de sanctions en Europe. Elle a ajouté que l’Allemagne avait depuis lors trouvé d’autres sources d’énergie.

Cette dernière affirmation constitue certes un travestissement éhonté de la situation, comme le montrent les problèmes annuels d’approvisionnement pendant la saison froide. Mais même si la politique allemande changeait de cap — par exemple en cas d’arrivée de l’AfD au gouvernement —, d’importantes réserves subsisteraient à l’étranger à l’égard d’une remise en service du gazoduc. La Pologne, les États baltes et l’Ukraine, en particulier, rejettent toute idée d’un partenariat énergétique germano-russe. Le sujet reste passionnant, mais il ne faut pas s’attendre à des progrès rapides (mü).

Source: Zu erst, octobre 2026.

Les États-Unis cannibalisent leurs alliés — et se cannibalisent eux-mêmes — dans leur lutte contre le monde multipolaire

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Les États-Unis cannibalisent leurs alliés — et se cannibalisent eux-mêmes — dans leur lutte contre le monde multipolaire

d'après Brian Berletic

Source: https://www.frontnieuws.com/de-vs-kannibaliseren-hun-bond...

Depuis des décennies, les États-Unis utilisent leurs nombreux États vassaux comme des prolongements de leur propre puissance militaire, économique, financière et politique, mobilisant le monde occidental ainsi que les pays qui en dépendent pour mener des guerres et des guerres par procuration, exercer des pressions économiques et créer l’illusion d’une légitimité politique des actions américaines à travers le monde.

Tout cela s’inscrit dans le prolongement de la manière dont l’Empire britannique utilisait ses colonies pour l’aider à mener ses guerres et à maintenir sa domination mondiale, jusque pendant les guerres mondiales, écrit Brian Berletic.

Et tout comme l’Empire britannique, dans ses dernières années, alors que sa puissance déclinait, s’appuyait toujours davantage sur ses colonies, auxquelles il soutirait des vies humaines et des richesses, les épuisant et les détruisant de la sorte, les États-Unis s’appuient de plus en plus sur leurs États vassaux à mesure que leur guerre contre le monde multipolaire s’étend face à une Russie renaissante, une Chine en plein essor, un Iran qui tient bon et de nombreux autres pays situés entre eux.

La méthode proposée par les États-Unis pour préserver leur domination mondiale repose entièrement sur la déstabilisation et l’affaiblissement du monde multipolaire émergent, plutôt que sur la volonté d’égaler ou de surpasser sa puissance et sa prospérité croissantes.

De même que les Britanniques recouraient à une combinaison de contrôle administratif et de propagande politique pour imposer l’obéissance à leurs colonies, les États-Unis utilisent leur emprise politique sur leurs États vassaux et leur domination sans précédent dans le domaine de l’information pour positionner ces États en vue de guerres et de guerres par procuration, ainsi que pour justifier l’augmentation des dépenses militaires au détriment des programmes sociaux et même de la viabilité économique — aussi bien sur leur propre territoire que dans leur empire contemporain.

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Le réseau de partage du fardeau

Sous les administrations Obama, la première administration Trump, l’administration Biden et maintenant la seconde administration Trump, les États-Unis ont mis en place un nombre croissant d’alliances politiques, économiques et militaires afin de consolider leur puissance dans le monde entier.

Cela comprend aussi bien le « Quad » que l’« AUKUS », une OTAN en expansion constante, ainsi que des alliances en apparence antiaméricaines, telles que la « coalition des volontaires » européenne centrée sur l’Ukraine et le projet de « statut de membre associé » du Canada au sein de l’Union européenne. Toutes ces structures sont conçues pour rationaliser le processus administratif par lequel la puissance de plusieurs États vassaux d’une même région est mobilisée collectivement. Elles sont soutenues par des récits politiques visant à convaincre le plus grand nombre possible de personnes dans les pays concernés d’approuver l’utilisation de leur pays contre les cibles de la politique étrangère américaine.

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Le Quad et l’AUKUS invoquent des menaces fabriquées d’«expansion» et d’«agression» chinoises afin de tromper des millions de personnes dans la région Asie-Pacifique et de les amener à détourner des quantités considérables et toujours croissantes de ressources du développement national au profit des dépenses militaires et d’une éventuelle confrontation avec la Chine elle-même.

La «coalition des volontaires», ainsi appelée en reprenant une expression employée lors de l’invasion américaine de l’Irak en 2003, ainsi que le projet de statut de membre associé de l’Union européenne pour le Canada, visent à créer la menace d’une «invasion russe», afin de dégager davantage encore de ressources pour la guerre par procuration que Washington poursuit en Ukraine.

L’OTAN devient folle

En Asie occidentale, les États-Unis utilisent le «Traité de défense commune de La Mecque» et les «accords d’Abraham» pour réunir leurs États vassaux de la région, en dépit de décennies de récits propagandistes contradictoires ayant servi à entretenir une stratégie américaine de la tension axée sur Israël.

Une haine et/ou une peur publiques artificiellement suscitées sont utilisées pour alimenter ces diverses tentatives visant à mettre en commun les ressources et la puissance des États vassaux des États-Unis à travers le monde, dans un contexte de conflits interconnectés en Europe et en Asie occidentale et de tensions croissantes dans la région Asie-Pacifique. Des conflits connexes se déroulent également dans le cadre de ce processus, de l’Amérique latine au continent africain.

Une fois la propagande écartée, une formule très simple apparaît: toutes ces coopérations politiques ont un objectif commun — accroître les dépenses militaires —, et plus précisément les dépenses consacrées à des armes soit produites par les États-Unis eux-mêmes, soit intégrées à l’interopérabilité militaire mondiale des États-Unis. Ce sont en outre des dépenses militaires effectuées au détriment des programmes sociaux, du développement économique et national, et même de la stabilité politique des différents États vassaux américains constituant ces partenariats — que ceux-ci aient été créés et soient dirigés par les États-Unis, ou qu’ils prétendent s’opposer aux actions américaines.

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Bien que ce «réseau de partage du fardeau» ait pris forme au fil de plusieurs administrations américaines du XXIᵉ siècle, il ne fait que prolonger ce qui a toujours été une continuation de l’Empire britannique. L’expression «réseau de partage du fardeau» a été littéralement introduite dans la Stratégie de sécurité nationale des États-Unis de 2025 et expressément présentée comme un moyen d’empêcher les États-Unis de se surmener — exactement comme l’Empire britannique en avait besoin pour maintenir sa propre puissance vers la fin de sa domination mondiale.

La dévoration de leurs alliés et de leur propre économie

Étant donné que la population et la base industrielle de la Chine dépassent largement celles des États-Unis et de l’Europe réunis, et compte tenu du vaste réseau croissant de partenaires que la Chine met en place dans le cadre du monde multipolaire émergent, continuer à pressurer les États vassaux des États-Unis ne suffit même plus à lui seul.

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Traduction: Découverte de prototypes sans logo - Des véhicules militaires fabriqués à l'usine VW d'Osnabrück? - Lors d'une foire de la technologie de sécurité et de défense, deux véhicules ont été présentés; clairement, il s'agissait de véhicules conçus par VW. A l'évidence, ils avaient été développés en secret.

C’est pourquoi les États-Unis cherchent à convertir l’économie occidentale chancelante, en la faisant passer de la production économique civile à la production d’armements. Les exemples se multiplient rapidement dans les titres de la presse occidentale: dans toute l’Europe et désormais aussi aux États-Unis, les usines automobiles réaffectent de plus en plus souvent leurs capacités de production inutilisées à la fabrication de pièces destinées aux armes et aux munitions.

Alors même que l’Occident se présente comme une société fondée sur le «libre marché», il étouffe activement ce «libre marché» en contraignant la production civile à se convertir à une production militaro-industrielle — non pas au moyen de déclarations politiques, mais par un pilotage systématique des conditions sociopolitiques et économiques qui ne laisse pratiquement aucun autre choix.

Les États-Unis ont réussi à contraindre l’économie européenne dans son ensemble à se couper de l’énergie russe bon marché, abondante et fiable, suite au renversement du gouvernement ukrainien qui a été organisé par les États-Unis en 2014, puis suite à la guerre qui en a résulté, parce que provoquée par l’avancée américaine le long des frontières russes. En supprimant les importations européennes d’énergie russe, les États-Unis ont pu orienter l’économie européenne au sens large vers la production militaro-industrielle, toute autre activité économique ayant été rendue financièrement prohibitive.

Bien que la production militaro-industrielle soit elle aussi coûteuse, les gouvernements européens utilisent une mise en scène politique soigneusement orchestrée entre eux-mêmes et les États-Unis pour créer l’illusion d’une menace existentielle provenant de la Russie et celle d’un «abandon» de l'Europe par les États-Unis face à ce «danger russe». Cela permet d’engager dans la production militaro-industrielle des dépenses bien supérieures à celles qui auraient jamais été possibles dans de véritables conditions de libre marché.

Bien que les administrations américaines récentes, tant celles de Trump que celle de Biden, aient annoncé des politiques destinées à réindustrialiser les États-Unis, aucune des mesures concrètes nécessaires à cette fin — telles qu’une réforme de l’enseignement, en particulier de la formation professionnelle, des investissements dans les infrastructures nationales ou la nationalisation d’industries stratégiques — n’a été proposée, et encore moins mise en œuvre.

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Au lieu de cela, d’énormes sommes provenant des impôts américains sont transférées vers l’industrie de l’armement et vers des entreprises situées plus en amont dans les chaînes d’approvisionnement afin d’accroître la production d’armes et de munitions. Mais, en raison du caractère lucratif de ces entreprises, le moins d’argent possible est consacré à l’expansion effective de la production.

Aucune administration américaine ayant promis de réindustrialiser les États-Unis ne s’étant attaquée aux fondements nécessaires à cette réindustrialisation, des secteurs entiers de l’industrie américaine sont en déclin — notamment l’industrie automobile. Au lieu de laisser le «libre marché» balayer les entreprises inefficaces et incompétentes, celles-ci puisent, elles aussi, dans l’argent du contribuable américain afin de consacrer de plus en plus souvent leurs capacités industrielles inutilisées à la fabrication de pièces d’armement plutôt que d’automobiles.

GM s’est par exemple récemment vanté de produire des enveloppes extérieures pour les missiles Patriot. GM utilise des machines-outils à commande numérique CNC sous-employées, normalement destinées à la fabrication de prototypes et de moules, afin de produire à la place ces enveloppes extérieures dans des quantités que Lockheed Martin ne pourrait atteindre sans investir lui-même dans des équipements comparables.

À l’image d’entreprises corrompues et incompétentes qui s’effondrent sous le poids de leur propre cupidité et fusionnent entre elles afin de maintenir aussi longtemps que possible ce que l’on peut le mieux qualifier de système pyramidal, une «fusion civilo-militaire» apparaît aux États-Unis. Dans ce système, le gouvernement crée un besoin artificiel de guerres permanentes ainsi que des armes et des munitions nécessaires pour les mener, tandis que les entreprises américaines se servent dans l’argent public afin de répondre à ce besoin.

Qu’un empire gère mal son économie alors qu’il se trouve en phase de déclin terminal n’a rien de nouveau. L’Empire britannique a lui aussi fait un mauvais usage des ressources et de l’industrie nationales dans une tentative désespérée de préserver sa domination mondiale, au lieu d’en reconnaître le caractère intenable et de comprendre la nécessité de se réorganiser pour passer d’un empire prédateur à un État-nation fonctionnel et productif.

En conséquence, non seulement l’Empire britannique a perdu son empire, mais il s’est également retrouvé privé des fondements socioéconomiques et politiques nécessaires au fonctionnement d’un État-nation viable. Il a passé toute la période ayant suivi la fin de son empire à servir de prolongement à l’empire américain, plutôt qu’à exister comme un État-nation britannique souverain.

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À l’instar de l’Empire britannique, les États-Unis refusent de reconnaître cette réalité et ne font que gagner du temps afin de prolonger leur domination mondiale, au lieu d’élaborer un véritable plan viable permettant de la maintenir de manière réaliste. Ce faisant, ils négligent gravement les fondements nécessaires à un État-nation fonctionnel et productif: les infrastructures se décomposent littéralement sous les pieds de la population américaine, l’éducation et les soins de santé sont inaccessibles, et la société est divisée et de plus en plus dysfonctionnelle.

Pire encore, la méthode proposée par les États-Unis pour préserver leur domination mondiale repose entièrement sur la déstabilisation et l’affaiblissement du monde multipolaire émergent, plutôt que sur la volonté d’égaler ou de surpasser sa puissance et sa prospérité croissantes.

Le résultat final est que les États-Unis se vident de l’intérieur tout en saignant à blanc leurs États vassaux, dans le cadre d’un processus visant à affaiblir et à déstabiliser le reste du monde. Les trois parties — les États-Unis, leurs États vassaux et le reste du monde — risquent ainsi d’être laissées dans la destruction et la pauvreté si le monde multipolaire ne parvient pas à contenir ce processus et à assurer une transition relativement stable de la domination américaine vers la multipolarité mondiale.

Seul le temps dira précisément comment se déroulera l’ensemble de ce processus. Des groupes d’intérêts des deux camps ont proposé des plans et les mettent en œuvre sur la scène mondiale. Un seul camp a l’histoire, ainsi que des fondements géopolitiques et économiques durables, de son côté — et ce ne sont ni Wall Street ni Washington. Cela étant, il est toujours plus facile de détruire que de construire. Le monde multipolaire devra donc construire à une vitesse incroyable et à une échelle immense pour garder une longueur d’avance sur la capacité de destruction avérée des États-Unis. Celui qui se montrera le plus efficace dans son approche respective instaurera soit un nouvel ordre mondial meilleur, soit laissera le monde en ruines.

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Copyright © 2026, traduction par Frontnieuws. L’autorisation de reproduire ce texte en totalité ou en partie est volontiers accordée, à condition d’en mentionner intégralement la source et de fournir un lien direct.

Les enseignants devraient être les gourous sacrés de toute civilisation

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Les enseignants devraient être les gourous sacrés de toute civilisation

Alexandre Douguine

En pleine crise de l’enseignement en Europe occidentale, il nous a paru bon et utile de  traduire les dernières réflexions d’Alexandre Douguine sur l’enseignement et ce qu’il devrait être.

Présentateur: Nous sommes aujourd’hui lundi 5 octobre, et c’est une fête importante pour nous tous: la Journée des enseignants. Le Premier ministre Mikhaïl Michoustine a déjà adressé ses félicitations à nos pédagogues, en soulignant l’ampleur de notre système éducatif: le pays compte plus d’un million d’enseignants du secondaire, ainsi qu’environ 170.000 professeurs et maîtres de formation professionnelle dans les établissements d’enseignement technique.

À ce propos, Alexandre Guélievitch, j’aimerais vous poser une question. Ces derniers temps, l’État accorde une attention considérable à ce que le pédagogue ne se contente pas de transmettre des connaissances, mais assume aussi une mission éducative et formatrice — c’est précisément sur cet aspect que l’accent se déplace aujourd’hui. Selon vous, quel est le sens profond et quelle est la tâche principale de cette fonction formatrice de l’enseignant contemporain ?

Alexandre Douguine : Je voudrais tout d’abord féliciter de tout cœur tous nos enseignants à l’occasion de cette fête. Ils constituent véritablement une composante héroïque de notre société, et ce que fait chaque jour le pédagogue relève d’un authentique exploit. Non seulement parce qu’il est difficile de travailler avec les enfants, mais aussi parce que nous vivons à une époque complexe, où la culture et les familles peuvent leur enseigner tout autre chose que ce qu’il faudrait, de sorte qu’il faut les rééduquer et reprendre leur formation. Ils manquent souvent d’attention, sont constamment distraits, et travailler avec eux représente un véritable tourment. C’est une ascèse spirituelle et pieuse.

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Venons-en maintenant au rapport entre instruction et éducation. Dans la Grèce antique existait une magnifique notion, celle de «paideia» (grec: παιδεία), qui désignait le processus indissociable d’instruction et d’éducation. Le mot lui-même vient de la racine de παῖς (pais), «enfant»: il s’agit donc de la manière dont on fait d’un enfant un être humain. C’est à la fois un art, un exploit, un travail et un miracle.

L’être humain est certes naturellement curieux, mais cette qualité se trouve constamment entravée par d’autres facteurs — en premier lieu par la paresse intellectuelle et spirituelle. Nous avons quelque peu oublié ce terme, mais la paresse spirituelle est très développée chez les enfants. En lui-même, un enfant n’est encore que la promesse d’un être humain, une sorte de traite qu’il reste à encaisser. Que l’on parvienne à faire de lui une personnalité accomplie, ou que son développement soit au contraire déformé et monstrueux, dépend dans une large mesure de la réussite de cette paideia.

Dans cette acception fondamentale, instruction et éducation sont inséparables. Il est impossible d’éduquer un être humain sans lui transmettre des connaissances, mais il est également impossible de transmettre des connaissances sans toucher à sa nature spirituelle. Il s’agit d’un seul et même processus.

1383264-doc1-5baf6dbb-5273-47b7-a0bc-48c6e3859ae9.jpgDans les années 1990 et 2000, et jusqu’au début de l’opération militaire spéciale, on nous imposait l’approche occidentale, qui considérait l’éducation comme un secteur de services et comme un ensemble de compétences techniques, de skills. Il n’en a jamais été ainsi dans la tradition nationale. L’école russe, aussi bien au XIXᵉ qu’au XXᵉ siècle, reposait sur l’héritage de grands pédagogues tels qu’Ouchinski (illustration), qui concevaient d’emblée l’enseignement comme la formation de la personnalité dans toutes ses dimensions.

Lorsque les enfants étudient les mathématiques, l’histoire, la littérature ou la physique, ils appréhendent le monde en inscrivant dans leur âme des itinéraires et des cartes ontologiques qu’ils devront suivre à l’âge adulte. C’est pourquoi envisager l’éducation comme un service constitue une pratique absolument pernicieuse, contre nature et, pour nous, russophobe. Nous devons considérer le travail de l’enseignant comme un exploit, comme un art supérieur et comme une mission sacrée.

Il est intéressant de noter qu’en Inde, le mot «enseignant» se traduit tout simplement par «gourou». On n’y distingue pas entre guide spirituel, professeur laïque et instructeur chargé de transmettre des compétences: toutes ces fonctions se trouvent réunies dans la figure du gourou, qui enseigne tout. Le gourou possède une autorité incontestable, et ses paroles revêtent une valeur suprême. Restaurer cette autorité de l’enseignant constitue une tâche d’une extrême importance. Nous devons apprendre aux enfants à respecter l’enseignant comme un gourou. Même si nous estimons qu’un professeur est imparfait sur certains points, mieux vaut s’appuyer sur l’autorité d’une personne qui ne la mérite que relativement que de saper l’idée même de l’autorité de l’enseignant.

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Que fait l’enseignant ? Il transmet une identité sociale. En passant par la paideia, par l’instruction et l’éducation, l’enfant se prépare à devenir un membre à part entière de la société, partageant ses repères moraux légitimes. Il apprend à distinguer les différents flux d’information et les situations existentielles, afin de devenir le dépositaire de notre identité historique aux plans social, spirituel et moral. Transmettre de simples compétences techniques ou des méthodes de calcul, ou encore entraîner les élèves à passer des tests en dehors de tout contexte de transmission culturelle, revient à créer une forme stérile, privée de colonne vertébrale intérieure. Toutes les aptitudes professionnelles doivent précisément venir se rattacher à ce noyau spirituel et personnel.

Autrefois, au XIXᵉ siècle, l’enseignement était clairement divisé entre enseignement classique et enseignement dit "real". L’enseignement classique, dispensé dans les gymnases et les universités, transmettait la connaissance d’Homère, de la tragédie antique, de la philosophie de Platon, des Saintes Écritures et des grandes significations. Il ne visait pas une profession étroitement définie, mais la formation d’une vision du monde, afin de connaître le monde dans son ensemble.

L’enseignement "real", quant à lui, était consacré à des compétences pratiques concrètes, comme dans les établissements d’enseignement professionnel et technique. Ces deux orientations sont importantes, mais l’enseignement classique est primordial, car c’est lui qui forme la Personnalité elle-même. Ce n’est qu’ensuite qu’une spécialisation peut se greffer sur cette personnalité: soudeur, ouvrier du bâtiment, homme d’affaires, économiste, médecin ou enseignant.

L’enseignement classique ne doit cependant pas être le privilège d’une élite: il doit devenir accessible aux personnes de toutes les couches sociales. Heureusement, nous assistons aujourd’hui à un tournant précisément dans cette direction. Alors qu’auparavant la tendance était dictée par la marchandisation du secteur des services, qui cherchait à faire des êtres humains une sorte d’intelligence artificielle primitive — domaine dans lequel l’IA contemporaine nous a depuis longtemps dépassés —, nous assistons désormais à un retour vers l’être humain, vers la personnalité.

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Le ministre de la Science et de l’Enseignement supérieur, Valeri Falkov (photo), ainsi que le ministre de l’Instruction publique, Sergueï Kravtsov, le disent eux aussi. Ce tournant civilisationnel concerne en premier lieu les enseignants. Ils sont les gardiens de notre code culturel et n’accomplissent pas de simples obligations professionnelles, mais une véritable mission. Ce sont des héros qui ont continué à faire leur travail même lorsque, durant de longues années, le système ne l’exigeait pas d’eux, parce qu’ils sont d’authentiques enseignants russes.

Présentateur : Cependant, même par rapport à l’époque de l’Empire russe, où existait un enseignement classique, la quantité de données nécessaires à une personne pour vivre dans la société contemporaine a été multipliée. Et dès aujourd’hui, avant même le rétablissement complet de l’idéal classique, nous entendons des plaintes selon lesquelles les enseignants et les élèves seraient surchargés. Que faire, dans ce cas? Comment concilier l’ampleur des connaissances avec la mission éducative, sans mener le système dans une impasse?

N._Luhmann.jpgAlexandre Douguine : En réalité, il n’y a jamais trop ni trop peu de connaissances. Niklas Luhmann (photo), philosophe spécialiste de la théorie des systèmes, affirmait que l’essentiel, dans tout système, n’est ni l’accumulation ni la simple collecte d’informations, mais la capacité à éliminer tout ce qui est superflu. Le système filtre les flux de façon à ce que seul ce qui possède une valeur authentique parvienne jusqu’au noyau, jusqu’au centre même. Lorsque cet immense travail d’élimination de ce qui est secondaire, de ce qui vient au centième ou au millième rang, est accompli, il ne reste que l’essentiel.

clevistrauss.jpgUn autre grand anthropologue et philosophe, Claude Lévi-Strauss (ci-contre), a démontré dans ses remarquables travaux une chose paradoxale: la quantité de connaissances que possède un membre d’une tribu traditionnelle et archaïque et celle que possède un être humain vivant dans une société technologique moderne sont, dans l’ensemble, identiques. Seul change le système de sélection, la manière dont nous établissons nos priorités.

Par exemple, les peuples autochtones des forêts amazoniennes connaissent des centaines de noms d’herbes et de plantes, qu’ils distinguent selon les nuances les plus subtiles. Nous n’avons pas besoin de ces herbes; en revanche, les enfants d’aujourd’hui connaissent parfaitement les marques d’appareils électroniques ou les personnages des jeux vidéo.

Dans l’ensemble, la quantité d’informations demeure constante, et ni la complexité technologique de la société ni l’intelligence artificielle n’y changent rien de fondamental. La tâche de l’enseignant, du gourou russe, consiste à établir la juste hiérarchie, à séparer l’essentiel du fatras contingent. Dans n’importe quelle société, lorsque ce système de hiérarchisation se dérègle, l’être humain se trouve paralysé et perd le sens des réalités.

La question ne tient donc nullement au volume matériel de l’information, mais à la manière de la structurer et de dégager les éléments pertinents qui doivent être transmis à l’élève. L’essentiel ne réside pas simplement dans les faits, mais dans la maîtrise des clés herméneutiques.

propp.jpegLe remarquable folkloriste et structuraliste russe Vladimir Propp (photo) a montré, dans son analyse du conte merveilleux, que tous les récits de l’humanité — mythes, romans, légendes, séries contemporaines et même textes profanes — se construisent selon les mêmes matrices profondes et les mêmes schémas structurels. Celui qui maîtrise ce code reconnaît aisément un modèle archétypal universel aussi bien dans un mythe ancien que dans un roman classique, dans le scénario d’un film hollywoodien ou dans un mode d’emploi technique.

La conscience humaine est, au fond, constante. L’existence de l’intelligence artificielle ou la facilité d’accès à des ouvrages de référence ne constituent que des instruments nous permettant d’accéder plus rapidement aux codes fondamentaux et aux masses de données. Nous pouvons les employer à bon escient, en créant des bibliothèques faciles à consulter. Mais à une seule condition: il faut comprendre avec précision ce que l’on cherche et ce que l’on attend de l’intelligence artificielle.

Si l’on s’adresse à l’IA sans connaître le sujet, elle produira soit des modèles communément admis, soit des clichés idéologiquement chargés. De plus, elle commet des erreurs, peut être partiale et, parfois, elle «n’a tout simplement plus de jetons». On ne peut pas lui faire confiance; elle est par principe insuffisante. Elle ne constitue qu’un auxiliaire, certes assez utile.

Aujourd’hui, la tâche de l’enseignant ne consiste nullement à apprendre aux élèves à appuyer sur des boutons dans des interfaces intuitives (user-friendly). Il faut apprendre à l’être humain à interagir correctement avec l’IA, à comprendre les codes et les stratégies et, surtout, à demeurer humain face à la machine. Telle est précisément la fonction essentielle du professeur, et aucun mécanisme artificiel ne pourra le remplacer. Pourquoi ? Parce que l’être humain possède une âme vivante. Au-delà de l’ensemble des compétences et des résultats scolaires, l’enseignant perçoit ce que la machine ne distinguera jamais: une âme immortelle, une Personnalité en gestation qui doit s’épanouir. L’intelligence artificielle y est indifférente: elle se contente de répondre à des requêtes; l’âme humaine ne l’intéresse pas.

C’est précisément pour cette raison que nous devons préserver dans l’éducation une dimension vivante, spirituelle et, dans une certaine mesure, religieuse. Au fond, l’éducation véritable a toujours eu pour finalité le salut de l’âme. C’est pourquoi tant les Églises que les penseurs, les philosophes et les spécialistes des sciences humaines devraient prendre une part des plus actives au processus éducatif contemporain. Nous devons aider les enseignants à renouer avec leur haute vocation : être les vecteurs de la paideia. Et pour cela, bien entendu, les enseignants eux-mêmes doivent continuer à apprendre.

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Présentateur : Une question se pose naturellement ici quant à la mise en œuvre pratique. Vous avez très justement relevé le problème de l’autorité qui a été sapée: les parents, puis les enfants à leur suite, continuent, par inertie, à percevoir l’éducation exclusivement comme un secteur de services, payants ou gratuits. L’État doit-il renverser cette situation au moyen de normes juridiques contraignantes, ou bien s’agit-il uniquement d’une question d’instruction morale et humaniste? Comment mettre concrètement en œuvre ce dont vous parlez?

Alexandre Douguine : Cela se résout très simplement. Pourquoi l’idée que l’éducation est un service est-elle apparue? Parce que, jusqu’à une époque récente, notre société était dominée par des orientations capitalistes, libérales et occidentalistes, que le pouvoir transmettait aux parents et, par leur intermédiaire, aux enfants.

Aujourd’hui, l’État pense autrement. L’idéologie libérale est désormais perçue comme quelque chose d’étranger et de toxique. Nous avons déjà surmonté d’autres manifestations destructrices, et l’étape logique suivante consiste à en finir définitivement avec les survivances du libéralisme, qui est longtemps demeuré le dogme dominant sur les ruines du système soviétique.

Considérer l’école et l’université comme un secteur de services est un produit juridique et mental direct du libéralisme. Dès lors que l’État renonce définitivement à ce paradigme dans sa politique publique et consacre de nouvelles priorités, tout reprend sa place. Nous restituerons inévitablement à l’enseignant le profond respect dont il jouissait naturellement aussi bien dans la Russie tsariste qu’à l’époque soviétique.

lundi, 12 octobre 2026

La migration comme arme géopolitique: Erdoğan, Loukachenko et le Maroc — et comment l’Europe détourne le regard

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La migration comme arme géopolitique: Erdoğan, Loukachenko et le Maroc — et comment l’Europe détourne le regard

Peter W. Logghe

Source: Nieuwsbrief Knooppunt Delta, n°213, octobre 2026.

Février 2020: dans une déclaration publique, le président turc affirme que son pays ne retiendra plus les migrants souhaitant se rendre en Europe. Dans les heures qui suivent, les autorités turques conduisent des milliers de personnes vers la frontière grecque, dans la région de l’Evros, où des affrontements éclatent avec des agents de Frontex. Il ne s’agit donc pas de troubles spontanés, mais plutôt d’un bras de fer destiné à rappeler aux capitales européennes qui détient la clé du pouvoir migratoire.

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C’est ce qu’affirme Juan A. Soto, consultant en stratégie, dans la revue Hungarian Conservative: la migration est devenue une arme géopolitique utilisée par toutes sortes de forces politiques. Dans le même temps, nombreux sont ceux qui, en Europe, s’accrochent à leur discours selon lequel la migration serait un processus naturel ayant existé de tout temps.

Il est donc temps de se défaire de cette naïveté, estime Soto, car il existe bel et bien, à ses yeux, une forme de «migration militarisée». Le cas de la Biélorussie est probablement le mieux documenté à cet égard.

Biélorussie

En 2021, après l’instauration de sanctions européennes en réaction à la réélection frauduleuse de Loukachenko, le régime biélorusse a mis sur pied une véritable opération migratoire. Des compagnies aériennes ont vendu à des Irakiens, des Syriens, des Yéménites, des Afghans et des Congolais des «billets à prix réduit» pour Minsk, assortis d’une clause tacite: la possibilité de poursuivre leur route vers l’Union européenne.

Une fois sur place, ces «migrants» ont été conduits aux frontières polonaise, lettone et lituanienne. Des clôtures frontalières ont été endommagées et des fils barbelés sectionnés. Au moins 21 personnes ont trouvé la mort dans les forêts — un chiffre probablement sous-estimé, car la presse et les ONG n’étaient pas les bienvenues. La Pologne a déployé des troupes et construit en toute urgence un mur qui lui a coûté 400 millions d’euros — ce qui lui a ensuite valu les remontrances de toutes sortes d’«organisations humanitaires»…!

Turquie

La méthode turque est structurellement différente, mais elle est en réalité encore plus préoccupante. Car c’est l’Europe elle-même qui a fourni le levier. L’accord conclu en 2016 entre l’Union européenne et la Turquie a confié le contrôle de la frontière extérieure de l’Europe à un État tiers: la Turquie, un État doté de ses propres intérêts géopolitiques, stratégiques, militaires et politiques. Dans sa phase initiale, cet accord a coûté six milliards d’euros à l’Union européenne.

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La déclaration du président turc Erdoğan en 2020 n’a pas mis fin à cet accord; elle n’en constituait qu’un maillon. La Turquie peut ouvrir ou fermer les frontières à sa guise. C’est Ankara, et non Bruxelles, qui fixe le prix à payer pour maintenir fermées les frontières extérieures de l’Union européenne.

Maroc–Espagne : la population espagnole en fait les frais

Le chantage apparaît peut-être encore plus clairement dans les relations entre l’Espagne et le Maroc. En mai 2021, l’Espagne reçoit une délégation du Front Polisario. En réaction, le Maroc cesse de surveiller le poste-frontière de Ceuta, permettant ainsi à 10.000 migrants en situation irrégulière, pour la plupart mineurs, de franchir la frontière en l’espace de deux jours seulement.

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En mars 2022, le président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, se rallie au plan marocain pour le Sahara occidental. Cet accord a des conséquences immédiates sur le plan migratoire: le nombre de migrants arrivant aux îles Canaries diminue de 62%, mais augmente de 24% aux îles Baléares et de 44% à Ceuta et Melilla. La pression migratoire ne disparaît pas: elle est exercée là où elle se révèle, selon la diplomatie marocaine, la plus efficace.

L’angle mort du pacte européen sur la migration

L’intérêt de l’article de Juan A. Soto réside dans le fait qu’il met en évidence un angle mort du pacte européen sur la migration et l’asile de 2023. Tous les migrants en situation irrégulière y sont traités de la même manière. Il n’existe en effet aucune catégorie juridique distincte pour la migration militarisée, c’est-à-dire une migration accompagnée, encouragée, voire organisée par des États tiers — malgré les nombreuses demandes pressantes formulées à ce sujet par la Lituanie en 2021.

Non, affirme Soto, une Europe qui n’exerce plus elle-même le contrôle de ses propres frontières n’est pas plus humaine. Au contraire, une telle Europe devient le théâtre de toutes sortes de menaces et d’actes de chantage, dans lesquels de véritables êtres humains sont utilisés comme moyens de pression. Il s’agit donc d’un chantage humanitaire. Tant que l’Union européenne n’agira pas contre cette «migration militarisée», le chantage se poursuivra sans relâche.