samedi, 25 avril 2026
Aigreurs d'estomac à Washington: les Émirats arabes unis veulent abandonner le pétrodollar

Aigreurs d'estomac à Washington: les Émirats arabes unis veulent abandonner le pétrodollar
Abou Dhabi. La guerre dans le Golfe Persique a provoqué non seulement des surprises sur le plan militaire, mais surtout sur le plan politique. Pendant les huit semaines environ qu'a duré conflit, les États-Unis se sont révélés incapables de protéger leurs alliés régionaux contre la résistance militaire de l’Iran – de nombreuses installations américaines à travers la région, et en particulier aux Émirats arabes unis (EAU), ont été touchées par des missiles et des drones iraniens.
La conséquence est que les Émirats cherchent de nouveaux alliés et prennent leurs distances avec Washington. Ils envisagent sérieusement de dire adieu au pétrodollar – le commerce pétrolier devrait désormais s’effectuer en yuan chinois.

Jusqu’à présent: c'était "pétrole contre dollars". Mais cette base s’effrite sous l’effet de l’échec militaire des États-Unis et de l’impasse politique à la Maison-Blanche. La guerre contre l’Iran pourrait accélérer considérablement le passage au yuan. Le Wall Street Journal (WSJ) a rapporté dimanche que les EAU avaient averti le département du Trésor américain qu’ils pourraient être “forcés à utiliser le yuan chinois dans le commerce du pétrole”.
Lors d’une rencontre à Washington la semaine dernière, le gouverneur de la banque centrale, Khaled Mohamed Balama, aurait exprimé une “menace implicite” contre la suprématie du dollar, selon le journal citant des responsables américains anonymes. Balama aurait indiqué qu’Abou Dhabi pourrait avoir besoin d’une injection financière pour éviter une crise de liquidité en dollars si les conséquences économiques de la guerre affectaient trop le pays.
Pendant ce temps, Téhéran mise sur une riposte asymétrique. La majorité des attaques iraniennes contre des bases militaires américaines et des cibles stratégiques a jusqu’ici été infligée aux Émirats, qui hébergent de nombreuses installations américaines. Selon les rapports, plus de 2800 drones et missiles se seraient abattus sur le pays. Le département du Trésor américain pourrait proposer un échange de devises, mais le Wall Street Journal juge improbable que la Réserve fédérale donne son accord.
L’administration Trump avait précédemment suggéré que les États du Golfe devraient prendre en charge une partie des coûts de la guerre. Professeur à Harvard, Linda Bilmes, estimait que les dépenses militaires directes des États-Unis durant les 40 premiers jours de la guerre s’élevaient à deux milliards de dollars par jour.
La frustration est grande dans le monde arabe. Abdulkhaleq Abdulla, ancien conseiller du président des EAU, Muhammad bin Zayed Al Nahyan, a exigé dimanche la fermeture pure et simple des bases américaines dans le pays. Pendant ce temps, l’Iran facture des frais pour le transit par le détroit d’Ormuz – en yuan ou en cryptomonnaies, afin de contourner les sanctions américaines (mü).
Source: Zu erst, avril 2026.
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Et Sofia ouvre la voie

Et Sofia ouvre la voie
Andrea Marcigliano
Source: https://electomagazine.it/e-sofia-prende-il-largo/
Ils n'ont jamais la paix à Bruxelles. Jamais un moment de tranquillité pour von der Leyen, Kàllas et leur cour d’eurocrates.
Ils venaient à peine de finir de fêter, semble-t-il, le supposé retour de Budapest au sein de la famille commune, que voilà qu’apparaît déjà une nouvelle crise.
Et une crise vraiment amère à avaler.
La Bulgarie a voté. Et, avec un résultat de proportions vraiment bulgares, c’est Rumen Radev qui l’a emporté, déjà président de la République, qui a démissionné précisément pour se présenter aux législatives.
Et avec un programme précis: renouer les relations avec Moscou. Mettre fin à un ostracisme absurde qui met à rude épreuve l’économie d’un pays encore en voie de développement.
Le désespoir de nos vestales du dit «européisme». Qui voudraient que tous les pays de l’UE se plient aux diktats de la Commission de Bruxelles.
Et qui aiment ce Parlement européen dont la compétence principale consiste à disserter sur la courbure des bananes.
Laissant à d’autres le soin de faire de la politique.
Mais il y aurait, cependant, un petit détail. Qui inquiète les eurocrates et leurs naïfs supporters.

Radev (photo) est un homme de gauche. Et grâce à lui, la gauche revient au gouvernement de Sofia, en délogeant une «droite» dépenaillée et totalement alignée sur les diktats de l’UE.
Gauche, mais pro-russe, nous suggère la machine de la calomnie ordinaire.
Plutôt, réaliste. Et, donc, conscient que pour la Bulgarie, il est impossible de faire abstraction de ses relations avec Moscou.
Une relation profonde, historique et culturelle, bien plus qu'économique comme elle l’est aujourd’hui, l'économie étant devenue incontournable.
Radev est parfaitement conscient du lien historique entre Bulgares et Russes. Ce n’est pas un hasard si l’alphabet cyrillique a été conçu par les saints Cyrille et Méthode pour écrire le bulgare, puis a été adapté à la langue russe.

Ce n’est pas non plus un hasard si Sofia porte encore les traces de la libération du joug ottoman portée par les armées des tsars.
Et, bien sûr, il y a aussi l’intérêt immédiat.
La Bulgarie est un pays en forte croissance. Pour cela, elle dépend en grande partie du gaz et du pétrole qui lui arrivent de Moscou.
Couper ce cordon ombilical, et acheter des hydrocarbures aux compagnies pétrolières américaines, comme le prétendraient les eurocrates asservis, serait pire qu’un simple dommage.
Ce serait un véritable suicide. De nature à repousser tout le pays vers un état de retard et de sous-développement.
Radev, donc, a brandi le drapeau de l’intérêt national. Et il a largement remporté la victoire.
Droite et gauche n’ont plus d’importance. Ce ne sont que des vestiges du passé. Il faut maintenant faire face à la réalité.
On ne peut que le constater: cette affaire bulgare constitue un signal clair.
L’UE, avec ses prétentions et son service à des intérêts qui n’ont rien à voir avec les peuples européens, n’est qu’un corbillard.
Ils mettent, ou croient avoir mis, un pansement sur la plaie hongroise. Et, aussitôt, apparaît une nouvelle faille en Bulgarie.
Un système de pouvoir déconnecté de la réalité. Et lié à des intérêts qui n’ont rien à voir avec ceux de la véritable Europe.
Ce système est en train de mourir. En fait, il semble déjà être dans un état avancé de décomposition.
17:02 Publié dans Actualité, Affaires européennes, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, bulgarie, rumen radev, europe, balkans, affaires européennes |
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Les fronts se clarifient - Les «droitards» atlantistes et les «sionistes chrétiens» – la Cinquième Colonne des globalistes

Les fronts se clarifient
Les «droitards» atlantistes et les «sionistes chrétiens» – la Cinquième Colonne des globalistes
par Werner Olles
La politique planétaire et les combats culturels mondiaux à l’ère du libéralisme globalitaire et néo-impérialiste font ressurgir du tombeau les formes hideuses des valeurs récemment réclamées avec insistance par l’idéal des Lumières. La responsabilité principale de cette évolution violente revient aux « droitards » atlantistes et aux « sionistes chrétiens », dont le rôle, en tant que produits authentiques de la civilisation occidentale, a été jusqu’ici largement sous-estimé.
Oscillant entre ordre fondé sur la violence et logique de destruction, ils jouent un rôle non négligeable dans le cadre de la démocratie, des droits de l’homme et des marchés libres dans un monde globalisé, au sein du jeu fatal entre le policier mondial, les acteurs étatiques de la violence tels qu’Israël et l’Ukraine, et la mythologie selon laquelle le national-socialisme aurait été principalement une force anti-occidentale.
Mais ce n’est rien d’autre qu’une idéologie tenace, largement véhiculée par l’Occident collectif, par l’UE, par l’OTAN et par leurs défenseurs idéologiques, adorateurs des sociétés civiles métropolitaines, où prospère aujourd’hui plus que jamais le patriotisme étatique à la Habermas. Même si peu d'entre nous peuvent éviter un certain haut-le-coeur en voyant des figures telles que Zelensky et ses groupies Merz, Klingbeil, Starmer, Macron et von der Leyen: elles ne peuvent réaliser leur œuvre, ces figures, que parce qu’elles croient en la toute-puissance de la volonté politique, et que le véritable souverain ne leur frappe pas sur les doigts, qu'elles ont rapaces et sales.

Ainsi, elles manipulent sans scrupules l’argent des contribuables, créent des milliards pour une Ukraine totalement corrompue, et nourrissent non pas les caisses vides des retraites ou de la sécurité sociale, mais engraissent à l’échelle mondiale des millions d’illégaux issus des taudis d’Orient et d’Afrique, de la naissance à la mort. Le travailleur ordinaire, le petit entrepreneur et le moyennement fortuné doivent travailler jusqu’à soixante-dix ans pour ensuite, autant que faire se peut, quitter rapidement, en étant ainsi "socialement responsable", le paradis terrestre du capitalisme mondial.
Horkheimer, par exemple, l’un des représentants les plus conservateurs et cohérents de la théorie critique, voyait dans «l’État autoritaire» la réalisation et l’émancipation irréfutable de la politique par rapport à l’économie, car seul le fascisme serait capable, pensait-il, de mener une révolution véritable et effective pour soumettre le système à une critique fondamentale et, en fin de compte, le renverser. Cependant, l’analyse empirique a désormais profondément falsifié cette vision plutôt sympathique, conséquence des nombreuses maladies infantiles et ambiguïtés du fascisme, dont les sphères peu différenciées avaient également tendance à aller vers l'«objectivisme» et le «déterminisme économique».

La Political Correctness, originaire des États-Unis, s’est depuis lors transformée, faute de critique sociale de fond et de mouvement réellement protestataire, en une calamité morale à prétention didactique, produisant à tour de bras des définitions arbitraires du racisme, du fascisme, du chauvinisme, etc.; elle s’est désormais métamorphosée en un libéralisme de gauche woke, théoriquement abracadabrant, et a transformé ses carences intellectuelles et son incompétence théorique en violence de gangs, ceux des extrémistes de gauche. De nombreux idiots, notamment dans diverses ONG financées par l’État, ont ainsi pu laisser libre cours à leur racisme inversé, antisémite et nationaliste, dans un climat de société civile abrutie par une télévision publique à redevance obligatoire.
Mais dans ces marécages putrides et toxiques est né un sectarisme psychopathologique anti-allemand, mais pas seulement cela. Dans leur sillage, on a assisté à la chute de toute politique réaliste, et à l'avènement d'un état d’urgence démocratique entretenu contre les citoyens et contre la nature, le tout accompagné de la transformation d'un capitaliste général en un criminel complet: ce pandémonium a marqué la fin de la politique habituelle (depuis 1949) et d’un système de régulation socio-politique.
À partir de ce moment, aucune perversion ne pouvait plus rester simple hypothèse, mais devenait réalité. Avec l’émergence des idiots historiques réunis en une cohue en 1989, allant du président américain aux verts allemands, en passant par d’anciens communistes russes, une figure est apparue à la lumière: celle qui a proclamé le libéralisme comme force dominante dans la sphère publique, tout en ignorant que cet événement devait inévitablement conduire à une forme ou une autre de guerre civile.
Les bruits qui annonçaient la catastrophe sociale et les cris de douleur du petit monde politique n’ont pas été entendus. La violence des bandes s’est insidieusement mêlée aux actions de l’appareil dit démocratique pour nous monter un théâtre de simulacres postmoderne. Qu’un type comme Berlusconi soit encore une épiphanie qui n'était pas totalement désagréable, dont les plaisanteries capricieuses du « Bunga-Bunga » divertissaient encore le public, aujourd’hui on voit dans le mythe Epstein le signe avant-coureur ou même le porteur d’une nouvelle offensive totalitaire, qui se transforme en barbarie pédophile, érigeant le système étatique en système totalitaire et faisant du totalitarisme substantiel de la modernité la seule forme véritable et légale: la démocratie libérale.
De la secte anti-allemande aux récents convertis, depuis la prise de pouvoir de Trump, des «droitards» partisans de la «société civile» occidentale, qui laissent les aviations israélienne et américaine bombarder et tuer en Iran et au Liban au nom de la démocratie libérale, et qui transforment la Libye et la Syrie avec la meilleure conscience du monde en abattoirs islamistes – l’essentiel étant que les «tyrans» anti-impérialistes, anti-occidentaux et anti-israéliens tels Khaddafi et Assad soient partis – ici s’ouvre un terrain fertile et effrayant pour des spéculations ontologiques sur l’inutilité de toute recherche humaine de paix.

Nous rappelons à ce propos la guerre civile en Yougoslavie, alimentée par l’Allemagne et l’UE, que l’OTAN a déclenchée en 1999 par une campagne de bombardements contre la Serbie et le Monténégro. Il s’agissait d’une guerre d’agression clairement contraire au droit international, même – il faut le dire – soutenue ouvertement par la Confédération allemande des syndicats de gauche (DGB). En 2002, l’ancien Premier ministre serbe Milosevic a été inculpé par le Tribunal pénal international à La Haye, mais il ne s’agissait pas d’un procès équitable ou de faire la lumière sur de véritables crimes, mais d’un tribunal des vainqueurs qui, a posteriori, a légitimé la guerre d’agression.
Il n’est plus nécessaire d’écouter la sagesse prudente des anciens, qui ont terminé leur mission. C’est comme dans une pièce de théâtre médiocre. De l’ennui profond à l’écœurement existentiel, c’est la chute du réalisme qui se joue dans cette atmosphère d’incapacité générale des «droites» et des «gauches»: la convergence catastrophique du système est à la fois niée avec rage par «le haut» et «le bas».
Les jeunes «gauchistes» et «droitistes» – en particulier les anciens radicaux de gauche et les néocons d’aujourd’hui, «sionistes chrétiens» et les «droitards» atlantistes, qui trouvent leur grand bonheur en visitant les villas de Trump en Floride, et dont la majorité provient du KBW, sont des fétichistes de l’organisation, pour ensuite se présenter comme des éducateurs sociaux diplômés avec un arrière-plan de lutte de classes en mode opéra – ont à peu près autant de connaissances de la Théorie critique qu’un chat n'en a sur les livres sur les chats. La mutation de M. Joschka Fischer, du spontanéiste radical de gauche à la caricature outrée d’un homme d’État préoccupé, peut être considérée comme le scénario-modèle de toutes les histoires personnelles des ex-gauchistes.
Aujourd’hui, si l’on veut être pris au sérieux, que l’on soit «droitard» ou «gauchiste», on ne se réfère plus à une révolution mondiale, à la souveraineté des États insoumis comme l’Iran ou le Venezuela, ou à la paix, mais on doit lever le doigt, en se donnant la mine du donneur de leçons, pour avertir le bon peuple de la menace d’une attaque russe contre des États vassaux européens totalement ruinés, et, surtout, qu'il faut, en presque tout contexte, évoquer «Auschwitz».
Les mots de Konrad Adenauer en 1951 devant le Bundestag, selon lesquels «le peuple allemand a, dans sa majorité, condamné les crimes commis contre les Juifs et ne s’en est pas rendu complice», est depuis longtemps oubliée. Pour les «sionistes chrétiens», une telle déclaration, qui dit toute la vérité, est déjà qualifiable d'«antisémite», et la chancelière Merkel, «la calamité en pantalon», a déclaré en 2008 devant la Knesset que la sécurité d’Israël était la raison d’État de l’Allemagne.
Cette terminologie en perpétuelle fluctuation sera utilisée pour l’éternité par les parties intéressées pour étouffer toute protestation contre la politique et les crimes de guerre d’Israël à Gaza, et pour accroître sans limite la répression contre les groupes et les individus pris sous le feu croisé des diktats de l’opinion publique allemande.
En réalité, la couverture médiatique des médias d'Etat ou proches de l’État des vicissitudes de cette guerre, dont le nombre de morts dépasse les centaines de milliers, constitue un scandale absolu, empêchant toute vue impartiale sur le camp palestinien. Mais en fin de compte, toutes les événements qui se déroulent en Israël et autour d’Israël sont subordonnées aux intérêts américains, ce qui ne pose aucun problème aux « droitards » tatlantistes.

La nouvelle prémisse de la politique mondiale, depuis la dissolution de l’URSS en 1991 jusqu’à la guerre de Gaza en 2023, reste l’unipolarité, où seule une puissance mondiale, les États-Unis, est reconnue comme unique hegemon. De plus, le manque d’intérêt en Allemagne pour une réflexion approfondie, comme le montre par exemple Michael Lüders dans son livre «Drecksarbeit ? Israël, l’Amérique et la mégalomanie impériale au Moyen-Orient» (Munich, 2025), conduit à une représentation et une perception toujours plus déformées des événements réels qui frappent cette région.
Le bien absolu, ce sont les droits de l’homme et la démocratie en tant que «domination de l’argent» (Oswald Spengler) et «tyrannie de la majorité» (Alexis de Tocqueville). En réalité, «le réactionnaire doit s’habituer à vivre dans la crépuscule violet de la défaite» (Nicolás Gómez Dávila). Personne n’a mieux décrit le désespoir de notre existence que ce plus grand des misanthropes du 20ème siècle. Aujourd’hui, il serait un cas pour la «Protection de la Constitution»!
Werner Olles
16:37 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, droite, gauche, allemagne |
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Après Islamabad: l’escalade, les États-Unis confrontés à la doctrine iranienne de la «longue guerre»

Après Islamabad: l’escalade, les États-Unis confrontés à la doctrine iranienne de la «longue guerre»
Washington vise une escalade selon ses propres délais, mais Téhéran façonne un affrontement qu’il estime pouvoir soutenir et projeter vers l’extérieur
par Peiman Salehi
Source: https://www.barbadillo.it/129996-dopo-islamabad-lescalati...
Comment change la dynamique iranienne
Avec l’autorisation de l’auteur, l’analyste iranien Peiman Salehi, collaborateur de la BBC, Al Jazeera et South China Morning Post, et en remerciant The Cradle.co, nous traduisons et publions l’un des points de vue iraniens les plus autorisés sur l’impasse géopolitique en cours.
L’échec des négociations d’Islamabad n’a pas seulement marqué la fin d’un autre cycle diplomatique, mais a aussi suscité un changement dans la perception du conflit à Téhéran. Ce que Washington continue de qualifier de campagne de pression, l’Iran le considère désormais comme la phase d’ouverture d’un affrontement à long terme, dans lequel le temps, les marchés et les pressions politiques pourraient peser davantage sur les États-Unis que sur la République islamique.
Les négociations ont échoué car elles n’ont jamais reposé sur une vision partagée de la réalité. Les États-Unis sont arrivés à la table, convaincus que la pression militaire avait déjà créé un levier suffisant pour obtenir des concessions significatives. L’Iran est entré avec la position opposée: que la guerre n’avait pas encore atteint le stade où de telles concessions seraient nécessaires. La question est en fait plus profonde que la simple tactique.
La position de Washington reflète la continuité de son approche consolidée: démantèlement du programme nucléaire iranien, réduction de l’influence régionale, navigation illimitée dans le détroit d’Ormuz, tout en évitant cependant des engagements contraignants sur le Liban. Du point de vue de Téhéran, il ne s’agit pas d’une négociation en vue d’un compromis, mais d’une tentative de transformer des résultats partiels sur le terrain en une capitulation politique.
La position de l’Iran repose toutefois sur un calcul différent. Téhéran a insisté sur le maintien de ses capacités nucléaires, sur sa souveraineté sur Ormuz et sur l’extension au Liban de tout cadre visant un cessez-le-feu. Des positions qui reflètent des frontières stratégiques, ancrées dans la conviction que le conflit est régional et qu’il ne peut être compartimenté.

Un Iran mal interprété
Un facteur clé de cette divergence réside dans la mauvaise lecture par Washington des dynamiques internes en Iran. Les États-Unis semblent considérer à tort que l’Iran voit encore dans les négociations une voie nécessaire pour échapper à la pression économique. Mais le climat intérieur a changé: il n’y a plus cette grande attente que la diplomatie apportera un soulagement immédiat. Au contraire, de larges secteurs de l’opinion publique mettent en doute la logique même d’un dialogue depuis une position de force.
Ce déplacement interne a des conséquences directes sur la posture de négociation. Comme l’a observé le politologue Foad Izadi le 12 avril, «parler trop de négociations irrite la population», reflétant une sensibilité croissante à toute perception de capitulation. Dans ce contexte, le compromis n’est plus seulement un outil diplomatique, mais un risque politique.

Ormuz comme levier, pas seulement géographie
Au cœur de cette nouvelle calibration se trouve le détroit d’Ormuz. Les événements des 11 et 12 avril ont montré que l’Iran traite désormais la voie maritime comme un outil actif de pression. Les forces iraniennes ont lancé des avertissements directs à un navire américain, réaffirmant la ligne officielle selon laquelle «toute unité militaire s’approchant du détroit d’Ormuz sera considérée comme une violation du cessez-le-feu et subira une réponse ferme et violente». Un langage qui signale la tentative d’imposer des règles d’engagement selon les conditions de Téhéran.
Cette narration est renforcée par un message officiel plus large et intense: les autorités iraniennes soulignent que «le détroit est sous la gestion de la marine iranienne et que les navires civils peuvent transiter selon des règles spécifiques», dessinant un modèle dans lequel Ormuz n’est pas simplement défendu, mais administré.
Parallèlement aux messages officiels, certaines voix analytiques internes s’orientent vers une logique plus extrémiste. Izadi a soutenu que «le détroit d’Ormuz pourrait devenir la principale source de revenus de l’Iran», évoquant des propositions pour limiter le passage et imposer des coûts de transit importants. Bien que ces idées fassent partie d’un débat en évolution, elles reflètent une direction stratégique où la géographie se transforme en levier économique.
Washington réagit, Téhéran recalcule
La réponse américaine a alimenté la même dynamique dans le sens opposé. Le président Donald Trump a signalé que Washington pourrait limiter l’activité maritime pour empêcher les navires d’opérer selon les termes dictés par les Iraniens, après avoir imposé un blocus naval le 13 avril et affirmé que les forces américaines avaient dégradé une partie des capacités militaires iraniennes. La menace d’imposer un blocus, alors qu’un blocage de fait existe déjà, suggère une posture réactive plutôt qu’une stratégie cohérente.
Du point de vue de Téhéran, cette incohérence est interprétée comme un signe de faiblesse. Des responsables iraniens ont décrit la rhétorique américaine comme une expression de «désespoir et de colère», soulignant le fossé entre les objectifs déclarés et les résultats possibles.

Le rôle d’Israël a encore compliqué le cadre diplomatique. Pendant les négociations, les raids israéliens au Liban ont continué et les responsables ont clairement indiqué qu’aucun cessez-le-feu ne s’appliquait à ce front. Cela a créé une contradiction structurelle: l’Iran a abordé les discussions dans une optique régionale, tandis que Washington et Tel-Aviv ont traité le conflit comme compartimenté.
Guerre et différentes conceptions du temps
L’échec des négociations indique clairement ce qui va se passer maintenant. Si la guerre reprend, Washington suppose que l’augmentation de la pression forcera l’Iran à céder. Téhéran semble opérer selon une ligne temporelle différente.
L’économie iranienne reste sous tension, et un conflit supplémentaire intensifiera cette pression. Cependant, la pensée stratégique iranienne insiste de plus en plus sur l’asymétrie dans la répartition des coûts. Comme l’a encore noté Izadi, les attentes que les États-Unis reviendraient sur les sanctions ou offriraient des concessions économiques significatives sont irréalistes, renforçant la conviction qu’un affrontement prolongé pourrait générer plus d’avantages qu’un compromis.
La variable décisive n’est pas seulement la capacité interne de l’Iran, mais aussi les conséquences extérieures de l’escalade. Toute interruption prolongée de la circulation maritime dans le détroit d’Ormuz affectera directement les marchés énergétiques mondiaux, les routes maritimes et les coûts d’assurance. Des effets qui ne se limitent pas à la région, mais s’étendent aux économies et aux systèmes politiques occidentaux.
C’est ici que le calendrier devient un aspect crucial. Les États-Unis approchent d’une période politiquement sensible, marquée par de grands événements internationaux et des cycles électoraux. La hausse des prix de l’énergie et l’instabilité économique entraînent des conséquences qui dépassent la politique étrangère. L’escalade comporte un risque politique direct pour l’Occident.
Téhéran semble avoir intégré ce facteur dans sa stratégie: plus le conflit demeure non résolu, plus la pression tend à se déplacer vers l’extérieur plutôt que vers l’intérieur. Le calcul de l’Iran n’est pas d’éviter les dégâts, mais de pouvoir les gérer de manière plus prévisible que ses adversaires.

L’effondrement des négociations d’Islamabad marque le début d’une nouvelle phase du conflit, caractérisée par la résistance, des leviers de pression et un sens stratégique du timing. Si la guerre reprend, elle ne sera pas seulement décidée par les résultats sur le terrain, mais par celle qui pourra absorber le plus longtemps les conséquences globales. Pour la première fois dans ce conflit, Téhéran semble croire que la réponse ne favorisera pas Washington.
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vendredi, 24 avril 2026
Le spectre utile de l’extrémisme: l’économie de la menace

Le spectre utile de l’extrémisme: l’économie de la menace
Par Bruno Wolters
Source: https://www.freilich-magazin.com/politik/das-nuetzliche-g...
Un appareil croissant composé d’ONG, d’autorités diverses et de structures de financement vit du maintien des menaces qu’il prétend combattre. Bruno Wolters montre comment cela aboutit à un système auto-référentiel basé sur la souveraineté interprétative, le financement et l’influence politique.
Entre institutions publiques, ONG et structures de financement se tisse un réseau étroitement imbriqué, dont l’existence dépend de plus en plus de la perception permanente de menaces politiques.
Il est dans la nature de toute institution de se justifier elle-même. C’est la simple théorie des systèmes. Cependant, cela devient problématique lorsque la condition de survie d’une organisation ne réside pas dans la résolution d’un problème, mais dans la perpétuation de ce problème — lorsque le fantôme que l’on combat est aussi celui dont on vit.

Le Southern Poverty Law Center (SPLC), la Fondation Amadeu Antonio et le Service de renseignement intérieur (Verfassungsschutz) gèrent par exemple des images d’ennemis, qui ne deviendraient inutiles qu’en les abandonnant. Ce n’est pas une particularité, sauf s’il existe une incitation structurelle à entretenir, étendre et dramatiser ces images d’ennemis. Des milliards d’euros sont chaque année investis en Allemagne uniquement dans la lutte contre la dite extrême droite.
Un budget de cette taille crée une force gravitationnelle. Il attire institutions, réseaux et récits dans son orbite — et récompense ceux qui alertent le plus bruyamment sur le danger. Les enquêtes aux États-Unis contre le SPLC confirment cette thèse: l’organisation aurait payé plusieurs millions de dollars à des informateurs au sein du Ku Klux Klan et de groupes néonazis. Selon l’accusation, des membres dirigeants de groupes d’extrême droite auraient été secrètement financés par le SPLC, tandis que les donateurs étaient invités à soutenir la lutte contre ces groupes, l’argent étant dissimulé via des sociétés fictives.
Ce que l’on peut observer ici, c’est une structure d’incitations. Celui qui dépose des demandes de financement, organise des campagnes de collecte de fonds et mobilise un soutien politique, communique nécessairement un sentiment d’urgence — et ce de façon constamment en phase d'escalade.


Une constatation factuelle qui pourrait apaiser la situation compromet sa propre légitimité, tandis qu’un rapport sobre sur la réalité met en danger la prochaine décision d’approbation. Ainsi naît une sorte d’industrie sociale: un système imbriqué d’associations de gauche, d’ONG et de réseaux qui ont des intérêts matériels concrets à ne pas résoudre les phénomènes qu’ils diagnostiquent, car une solution signifierait la fin de l’institution.
Les phénomènes sont, comme le décrit avec précision le politologue Benedikt Kaiser, « représentés de manière plus outrancière qu’ils ne le sont en réalité ». La dramatisation n’est pas un excès, mais la manière de fonctionner.
L’historien Thomas Nipperdey qualifiait cette posture sous-jacente dans son exposé sur le conflit des historiens d’«euphorie interprétative»: pas une recherche ouverte aux résultats, mais la mise en marche systématique de soupçons pour étayer une méfiance déjà existante. Dans un écosystème académique où les carrières sont moins fondées sur la compétence que sur l’orientation politique, cette euphorie trouve son substrat idéal. Toutefois, le jugement de Nipperdey peut aussi s’appliquer à la société et à ses cercles sociaux en général.
Le contrôle délocalisé
Toutefois, la véritable profondeur du phénomène ne se révèle que lorsqu’on examine la relation entre acteurs étatiques et leur environnement civique.
Les institutions publiques sont soumises à des obligations constitutionnelles, à un contrôle parlementaire et à des limites fondamentales. Ce qui leur est refusé précisément pour ces raisons — le marquage public continu des milieux politiques, l’encadrement discursif de l’opposition légale et la production d’un climat de suspicion — se déplace dans l’espace pré-politique. ONG, fondations et réseaux journalistiques assument des fonctions qui ne seraient pas directement exercées par l’État sans porter l’étiquette de répression ouverte.

La loi de promotion de la démocratie telle qu’elle est envisagée dans sa version proposée était l’expression institutionnelle de cet arrangement: le Centre fédéral d’éducation politique, les ministères, ainsi que des organisations directement ou indirectement associées comme la Fondation Amadeu Antonio, font masse quand il s'agit de former la perception sociale financée par l’État. La distinction libérale classique entre l’État et la société, qui servait autrefois de rempart contre l’arbitraire de l’État, s'inverse ici: la société civile devient le bras armé de l'État, qui peut toujours nier son implication.
Le cercle fermé
Cela donne naissance à un système auto-référentiel qui produit sa propre légitimité: l’ONG évalue, classe et étiquette — le rapport du Verfassungsschutz cite l’évaluation de l’ONG, qui à son tour renvoie à d’anciens rapports d’autorités. La classification de l’AfD comme étant «assurément d’extrême droite» sous Thomas Haldenwang, que des critiques au sein de l’opposition qualifient depuis longtemps de «protection du gouvernement» plutôt que de «protection de la Constitution», ne constitue pas une simple évaluation, mais un instrument tactique électoral — une tentative de discréditer la concurrence politique par une décision administrative.
Le soutien juridique est fourni par des philosophes du droit, qui déclarent illégaux des concepts traditionnels comme celui du «concept de peuple matérialisé» et qui reconstruisent ainsi, de manière factuelle, des positions politiques indésirables pour leur appliquer des conséquences juridiques. Ce réseau est constitué à distance, mais aussi en lien étroit — et c’est précisément pour cela qu’il est difficile à attaquer. Althusser et Gramsci l’auraient reconnu comme un exemple de l’appareil d’État idéologique. La société civile n’est pas un contrepoids au pouvoir, mais son avant-garde discursive, qui garantit l’hégémonie culturelle non par la force, mais par la formation de cadres de perception.

Ce que coûte la sobriété
La question clé n’est pas de savoir si les phénomènes diagnostiqués existent. Certains existent. L’extrémisme politique est réel et son observation peut être légitime. Cela vaut la peine d’en débattre politiquement — en sachant que le problème sera toujours de savoir qui définit une chose telle l'extrémisme politique. Une autre question est de nature épistémologique: quelle valeur de vérité ont des évaluations qui se forment sous pression institutionnelle permanente pour exagérer, dans un milieu qui récompense la conformité et sanctionne la différenciation? Un appareil qui gagne structurellement lorsqu’il perçoit un danger verra plus de danger qu’il n’en existe réellement. Ce n’est pas une accusation, mais un argument d’incitation — et les incitations façonnent la réalité plus efficacement que toute intention consciente.
L’assertion de Nipperdey selon laquelle la force politique la plus importante est celle qui dit ce qui est, désigne précisément ce que ce réseau empêche systématiquement. Il produit une réalité artificielle tissée de danger pour préserver des structures de pouvoir et de financement qui ne seraient pas viables sans cet artifice, cette fabrication. Le contre-remède à la dramatisation institutionnalisée n’est pas une minimisation. C’est de la précision. Et la première condition de cette précision est la disposition à se demander qui profite du danger, avant d'y croire.
À propos de l’auteur, Bruno Wolters:
Bruno Wolters est né en 1994 en Allemagne et a étudié la philosophie et l’histoire dans le nord de l’Allemagne. Depuis 2022, Wolters est auteur pour Freilich. Ses domaines d’intérêt sont l’histoire des idées et la philosophie politique.
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Algorithme promis: la dystopie du transhumanisme et du sionisme

Algorithme promis: la dystopie du transhumanisme et du sionisme
Markku Siira
Source: https://markkusiira.substack.com/p/luvattu-algoritmi-tran...
L’alliance sacrilège entre transhumanisme et sionisme dévoile une logique technocratique glaçante, dans laquelle la transcendance biologique de l’humanité et l’expansion ethno-centrée s’entrelacent pour former une utopie violente.
Les deux idéologies puisent dans la même arrogance: seule l’élite technologique élue peut corriger l’algorithme défectueux de la planète. Le transhumanisme n’est pas simplement un optimisme scientifique, mais un projet profondément hiérarchique qui vise à créer, grâce à la technologie, une nouvelle race divine de maîtres.
De la même manière, le sionisme moderne s’est transformé en nationalisme technologique, dans lequel la terre de Palestine est utilisée comme terrain d’essai pour des systèmes de surveillance et des armes autonomes. Dans ce contexte, le concept juif de tikkun olam est déformé: améliorer le monde signifie le soumettre à l’hégémonie ethno-religieuse-politique, aux algorithmes et à la suprématie armée.
Le chercheur critique des médias Douglas Rushkoff (photo) a révélé que cette élite technocratique ne cherche pas à sauver l’humanité, mais à construire des bunkers numériques et militaires pour se protéger des destructions que leurs propres visions alimentent.
L’histoire du sionisme a toujours été liée à la supériorité technologique et à la conquête artificielle du “désert”. Des premières technologies hydrauliques à la mécanisation de l’agriculture, on est passé à une domination numérique, où Israël s’est profilé comme une nation de startups à l’échelle mondiale.
Gaza et la Cisjordanie sont devenues de vastes laboratoires. L’ancien Premier ministre Naftali Bennett a ainsi déclaré qu’Israël était “un centre mondial d’innovation, mais aussi une ligne de front et un laboratoire”, où “des systèmes que le monde entier aura besoin demain sont testés”.
Cette déclaration transforme l’occupation et la souffrance des populations en simples outils de développement de produits. L’optimisme technologique agit comme un brouillard: il peint un tableau de progrès, alors qu’en réalité il s’agit d’un pouvoir biopolitique brut, alimenté par de grandes entreprises comme Palantir.
Palantir, dont le PDG Alex Karp est un fervent soutien du sionisme, fournit à Israël des outils algorithmiques pour fouiller d’énormes quantités de données afin d’identifier l’ennemi — souvent avec des conséquences fatales. L’écrivain et théoricien de l’internet Jaron Lanier a mis en garde contre cette évolution: “Si nous définissons l’humanité d’une manière qui convient aux ordinateurs, nous avons déjà perdu le jeu.”
Cette aliénation culmine dans la destruction de Gaza, où des systèmes d’intelligence artificielle comme Lavender ont été déployés pour des massacres à grande échelle. Lavender n’est pas seulement un outil technique, mais incarne le rêve transhumaniste d’une perfection infaillible poussée à l’extrême: il évalue la vie humaine selon des algorithmes et donne des ordres de tuer, en ignorant le jugement humain. Cette quête de contrôle se transforme à Gaza en un génocide piloté par algorithmes, où la cible n’est plus l’humain, mais un simple point de données.
Le philosophe israélien Yuval Noah Harari (photo) décrit cette évolution d’une manière qui résonne de façon effrayante avec la catastrophe de Gaza. Il a déclaré à plusieurs reprises que l’humanité sera bientôt capable de se remodeler radicalement. Le résultat est une nouvelle classe de “dieux” technologiquement supérieure.
Sur les ruines de cette vision, cette classe se concrétise dans la réalité. Ceux qui restent en dehors de cette vision divine sont déjà considérés comme “inutiles”, ce qui justifie leur élimination dans le cadre de calculs d’efficacité.
Cette logique s’étend à une crise d’exception mondiale, où les règles sont rejetées au nom de la sécurité de l’existence. Le théoricien américain-juif de l’intelligence artificielle Eliezer Yudkowsky a soutenu qu’il faut être prêt, pour lutter contre les dangers, à aller jusqu’à la guerre nucléaire et aux attaques surprises, car “il n’y a pas de règles quand il s’agit de préserver notre existence”. Cette rhétorique du “risque existentiel” est identique à celle du discours sécuritaire sioniste: toute violence est justifiée quand elle est présentée comme une lutte pour la survie.
La promesse du transhumanisme de “tuer la mort” se mue dans l’application sioniste en une optimisation de la mort de l’ennemi. Des prophètes de la singularité comme Ray Kurzweil parlent de la fusion homme-machine, mais dans l’appareil d’occupation israélien, cela est déjà une réalité: soldat et intelligence artificielle forment une entité cyborg, conçue pour ne reconnaître que des cibles. Kurzweil a envisagé que la technologie “étendra la façon dont l’humanité augmente ses capacités”. À Gaza, cela signifie que l’armée israélienne peut voir à travers les murs grâce aux données de Palantir et tuer des Palestiniens en se basant sur les calculs de Lavender.
La destruction de la région par la guerre assistée par l’IA met en garde contre ce qui se passe lorsque la soif de contrôle parfait rencontre la réalité géopolitique. Les optimistes technologiques ignorent que la technologie n’est pas neutre. Lorsqu’un État déploie des technologies avancées pour détruire Gaza, il réalise une fantaisie transhumaniste, celle d’une “guerre intelligente”.
L’idée de Rushkoff selon laquelle l’élite technocratique cherche à dépasser les limites humaines sans se soucier des conséquences se manifeste ici de la manière la plus sanglante. Le projet de dépasser l’humanité mène à la déshumanisation, où la supériorité technologique justifie le rejet des normes éthiques. L’alliance du transhumanisme et du sionisme repose aussi sur la concentration des ressources, en délaissant les crises morales actuelles pour un futur abstrait. Dans les deux cas, il s’agit d’échapper à une réalité partagée.
Les deux idéologies exploitent une peur existentielle profonde. Le transhumanisme joue sur la peur de la mort à l’échelle individuelle, le sionisme sur la peur collective de l’anéantissement de la communauté juive. Une logique tribale est à l’œuvre, où les menaces sont renforcées par l’expérience du génocide historique. Cette peur légitime des états d’urgence de longue durée et des purifications ethniques.
Si le développement de l’IA est une course à la vie ou à la mort — comme le prétendent les transhumanistes — alors tous les moyens sont permis. L’idéologie sioniste, fondée sur l’impératif de la survie juive, est prête à détruire des civilisations entières pour assurer sa propre utopie ethnocratique.
Finalement, la coexistence de ces deux idéologies révèle le cœur de la dystopie moderne: le pouvoir qui croit représenter le sommet inévitable de l’évolution. Sur les ruines de Gaza, nous voyons que, sans ancrage éthique, la technologie ne devient qu’une forme plus efficace de tyrannie.
17:56 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : transhumanisme, sionisme, dystopie |
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jeudi, 23 avril 2026
Xi Jinping prépare la rencontre avec Trump. Et il mobilise la Russie, la Corée du Nord et le Pakistan

Xi Jinping prépare la rencontre avec Trump. Et il mobilise la Russie, la Corée du Nord et le Pakistan
Enrico Toselli
Source: https://electomagazine.it/xi-jinping-prepara-lincontro-co...
L’empreinte laissée par la signature de Wang Yi, ministre des Affaires étrangères chinoise, sur le document d’accord stratégique signé avec le russe Lavrov était encore toute fraîche, que, déjà, le ministre de Pékin arrivait en Corée du Nord pour rencontrer Kim Jong-un. Car Xi Jinping prépare la rencontre avec Trump et veut se présenter à la table avec des idées bien claires sur qui sont ses amis et qui sont ses ennemis. Et, bien sûr, le leader chinois ne pense pas que la meilleure façon d’assurer la loyauté des alliés soit de les insulter et de les menacer.
C’est une question de style, d’éducation. Style et éducation qui ne plaisent pas à Trump, à son ministre de la Guerre et aux supporters italiens des vachers américains. Mais chacun a ses propres références culturelles, pour autant qu’on puisse parler de culture pour Trump.
Au-delà de la forme, cependant, il existe un problème de fond. En pratique, qui est avec qui ?
La réponse pourrait venir du Pakistan. Islamabad est étroitement lié à Pékin, et le rôle du Pakistan dans les négociations pour mettre fin à l’agression sioniste/américaine contre l’Iran a semblé celui de défendre, avant tout, les intérêts de la Chine. Une Chine qui a besoin de Téhéran, mais aussi de bonnes relations avec l’Arabie Saoudite et les Émirats. Et il est particulièrement significatif que le Pakistan, après avoir exprimé sa pleine solidarité avec l’Iran, ait envoyé 13.000 soldats et une vingtaine d’avions à Riyad. Difficile de croire qu’il s’agisse d’une opération anti-iranienne. Il semble plutôt s’agir d’une initiative à forte visibilité, visant à offrir aux pays arabes une alternative à la présence des bases américaines.
Tout cela sert à préparer la rencontre entre les deux superpuissances.
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"Superautoritaire" : Règlement de comptes avec la reine de Bruxelles

"Superautoritaire": Règlement de comptes avec la reine de Bruxelles
Par Karl Brüning
Source: https://www.compact-online.de/superautoritaer-abrechnung-...
Ursula von der Leyen règne sur l’Europe comme une souveraine absolue. Maintenant, son compagnon de longue date se lâche. Une femme extrêmement dangereuse, dont le casier judiciaire a été compilé dans l’édition de COMPACT intitulée "La dictatrice – La guerre éclair contre les peuples". Plus important que jamais ! Découvrez-en plus ici: https://www.compact-shop.de/shop/compact-magazin/compact-5-2025-die-diktatorin-blitzkrieg-gegen-die-voelker/.
Pendant cinq ans, Charles Michel et Ursula von der Leyen ont travaillé côte à côte à la tête de l’Union européenne. Mais ce que dit maintenant l’ancien président du Conseil européen et Premier ministre belge en public ressemble à une véritable liquidation. Dans une interview accordée au Brussels Times, Michel ne mâche pas ses mots à l’encontre de son ancienne collègue :
« Il y a une gestion superautoritaire. Les commissaires européens ne jouent plus aucun rôle. »
Alors que von der Leyen est devenue célèbre en Allemagne sous le nom de Flintenuschi (ministre de la Défense - "Ushi Carabine"), elle a reçu dans l’appareil de l’UE un autre surnom : Queen of Brussels (Reine de Bruxelles). Cela n’a jamais été une flatterie. La querelle entre elle et Michel dure depuis des années.

Deux carrières, une lutte pour le pouvoir
Michel et von der Leyen sont tous deux issus de l’establishment européen. Le premier, fils d’un politicien européen belge, a dirigé son pays de 2014 à 2019 en tant que Premier ministre, avant d’être élu président du Conseil européen, l’organe qui rassemble les chefs d’État et de gouvernement des États membres.
Von der Leyen, fille de l’ancien ministre-président de Basse-Saxe Ernst Albrecht (CDU), décédé en 2014, au départ médecin et ancienne ministre de la Défense sous Angela Merkel, a pris en 2019 la tête de la Commission. Tous deux ont été reconduits en 2024 pour un second mandat. Michel a démissionné prématurément pour se porter candidat aux élections européennes. Il a échoué.
La Commission européenne, dirigée par von der Leyen, est l’exécutif de l’UE, elle propose des lois, supervise leur mise en œuvre et gère le budget. Les 27 commissaires, un par État membre, doivent y participer de façon équitable. La Conseil européen, que Michel a dirigé jusqu’en 2024, représente les chefs d’État et de gouvernement des États membres et fixe les orientations politiques. Les deux institutions doivent se contrôler mutuellement. Mais selon Michel, von der Leyen a systématiquement démantelé cet équilibre.
Il l’accuse de concentrer tous les pouvoirs dans son propre bureau et de réduire les commissaires à de simples fonctionnaires administratifs. Michel ne mâche pas ses mots : « Jamais dans le passé, je n’ai rencontré un collègue posant autant de difficultés dans la collaboration. Jamais. »

Sofagate et plans pour les services secrets
Les tensions ont éclaté dès avril 2021, lors de l’incident "Sofagate" à Ankara, lorsque Michel a pris la seule chaise disponible à côté du président turc Erdoğan, tandis que von der Leyen a été reléguée sur un canapé sans siège réservé. Elle avait alors évoqué un sexisme. Michel dément encore aujourd’hui :
« Le protocole a été parfaitement respecté. La Commission a décidé d’instrumentaliser cet incident pour accroître son pouvoir et s’immiscer dans des affaires qui ne relèvent pas de sa responsabilité. »
La fracture s’est creusée. Lors de la crise au Moyen-Orient en 2023, von der Leyen s’est rendue en Israël sans concertation et a parlé publiquement au nom de toute l’Union. Michel a organisé en parallèle une conférence de presse au Caire. Le historien britannique et expert de Bruxelles Peter Ludlow qualifiait déjà, il y a plusieurs années, cette petite guerre entre les deux de «gaminerie». Par la suite, ils ont systématiquement évité de faire des apparitions communes. Lorsque le Premier ministre indien Modi, venait en visite, Michel était exclu. Lorsque ce dernier rencontrait le président chinois Xi, elle restait à l’écart.
Les accusations de Michel ne sont en rien isolées. La haute représentante de l’UE pour les affaires étrangères, Kaja Kallas, aurait qualifié von der Leyen en interne de «dictatrice». Son prédécesseur, Josep Borrell, l’a accusée d’avoir «systématiquement dépassé ses compétences» en matière de politique extérieure.
L’ancien commissaire au marché intérieur Thierry Breton l’a aussi accusée de «gestion douteuse» de ses fonctions et a affirmé qu’elle agissait dans son dos pour le pousser à la démission. Sur le plan structurel, il faut ajouter qu’elle aurait tenté de créer une nouvelle cellule des services secrets pour contourner le centre existant de l’UE, et de s’approprier l’autorité au détriment du service diplomatique de l’Union.

Pfizergate et quatre motions de censure
Pendant la pandémie de Covid-19, von der Leyen a négocié personnellement via SMS avec le patron de Pfizer, Albert Bourla, des contrats de milliards d’euros pour les vaccins, qu’elle a déclarés comme une priorité absolue. Lorsque le New York Times a exigé d’accéder à ces échanges, la Commission a refusé de les rendre publics.
En mai 2025, la cour de l’UE a jugé que l’affirmation selon laquelle ces messages étaient introuvables était tout simplement peu plausible. Les SMS ont disparu jusqu’à ce jour. En janvier 2026, elle a survécu à sa quatrième motion de censure au Parlement européen.
Bruxelles bruisse. Reste à voir si ces accusations auront des conséquences. Von der Leyen s’est jusqu’à présent tenue silencieuse face au règlement de comptes commis par Michel.
Elle a survécu à plusieurs motions de censure et veut maintenant renforcer son pouvoir. Mais elle ne doit pas s’en sortir si facilement : il faut en finir avec la dissimulation et la secretomanie ! COMPACT présente le dossier d’accusation contre Ursula von der Leyen. Notre édition "La dictatrice" démasque durablement la présidente de la Commission européenne. Pour toute commande voir le lien supra.
18:35 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : ursula von der leyen, charles michel, union européenne, commission européenne, europe, affaires européennes |
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Cinq thèmes émergents pour l’Indo-Pacifique à la suite de la guerre de Trump contre l’Iran

Cinq thèmes émergents pour l’Indo-Pacifique à la suite de la guerre de Trump contre l’Iran
Bill Emmott
Source: https://geoestrategia.eu/noticia/46136/defensa/cinco-tema...
« Ce n’est pas notre guerre ». Cette phrase, utilisée par certains dirigeants européens pour expliquer pourquoi ils ont refusé d’envoyer des forces afin de se joindre aux États-Unis et à Israël dans leurs attaques contre l’Iran, est devenue tristement célèbre à la Maison Blanche de Donald Trump et a gravement mis en danger l’avenir de l’alliance transatlantique.
Le conflit avec l’Iran n’est pas la guerre du Japon, ni celle d’aucun autre pays de la région de l’Indo-Pacifique. Cependant, tous sont affectés par cette guerre. Tous devront changer leurs attitudes et leurs hypothèses à la suite du conflit avec l’Iran, dans certains aspects peut-être mineurs, mais aussi et surtout dans d’autres, qui sont, eux, de grande importance.
Après les négociations infructueuses à Islamabad le 11 avril, le conflit n’est pas encore résolu, il est donc trop tôt pour tirer des conclusions définitives sur les conséquences de la guerre avec l’Iran. La secousse radicale, qu’une guerre peut provoquer, peut disparaître tout aussi rapidement une fois que les bombardements cessent, ce qui explique probablement pourquoi les marchés financiers n’ont pas réagi avec la vigueur attendue. Ils espèrent que cette guerre sera courte.
Cependant, certains thèmes commencent déjà à émerger et indiqueront quels types de changements à long terme découleront probablement de la guerre avec l’Iran. Cinq questions sont déjà apparues clairement.

1.
Le sujet le plus préoccupant à long terme est l’impact potentiel de cette guerre sur la prolifération des armes nucléaires. Le leader nord-coréen, Kim Jong Un, s’est vanté que, grâce au programme nucléaire développé avec succès par son père et son grand-père, son pays n’aurait pas été vulnérable au type d’attaque qu’a subi l’Iran.
Il est probable que de nombreux membres du régime iranien regrettent maintenant de ne pas avoir développé des armes nucléaires plus rapidement.
On pourrait argumenter que la guerre avec l’Iran découragera la prolifération nucléaire — car tenter de développer des armes nucléaires pourrait justifier une attaque américaine — et que si les administrations Clinton ou Bush avaient eu le courage d’attaquer la Corée du Nord durant les premières phases de son programme nucléaire, le monde serait un endroit plus sûr. Cependant, en réalité, il a toujours été trop dangereux d’attaquer la Corée du Nord, notamment en raison de ses liens étroits avec la Chine.
Dans la région de l’Indo-Pacifique, il existe déjà deux États dotés d’armes nucléaires: l’Inde et le Pakistan, en plus de la Chine et de la Corée du Nord.
Les débats récemment très ouverts dans les cercles officiels japonais sur la nécessité pour le Japon de dépasser son tabou nucléaire et de développer une capacité nucléaire reflètent probablement la crainte que d’autres pays, notamment la Corée du Sud, ne le fassent rapidement, ainsi que la crainte que la promesse américaine de « dissuasion étendue » — protéger les alliés sous leur propre parapluie nucléaire — ne soit plus suffisamment fiable.
2.
Un deuxième thème émergent est lié à cette dernière préoccupation: les questions qui surgissent suite à la guerre avec l’Iran sur la force et la fiabilité de la dissuasion menée par les États-Unis dans l’Indo-Pacifique face à la Chine, la Corée du Nord et la Russie.
La guerre des États-Unis contre l’Iran a mis en évidence la puissance et la sophistication des forces armées de la République islamique. Cependant, ce qui est surprenant, c’est qu’au cours d’une guerre contre un adversaire déjà très affaibli par les attaques israéliennes et américaines de juin de l’année dernière, l’armée américaine a épuisé aussi rapidement une grande partie des réserves de ses meilleures armes et systèmes de défense antimissile.
Si cela se produit après seulement quelques semaines de guerre contre un adversaire faible, jusqu’où la dissuasion américaine contre un adversaire beaucoup plus puissant, la Chine, peut-elle être fiable ?
De plus, la guerre en Iran a entraîné le transfert de navires, de régiments de la Marine américaine, de systèmes de défense antimissile et d’autres actifs de l'Indo-Pacifique vers le Moyen-Orient.
Les lacunes immédiates que ces transferts laissent ne sont pas la principale préoccupation, bien qu’aucun stratège militaire dans l’Indo-Pacifique ne puisse désormais ignorer la possibilité, aussi petite soit-elle, que la guerre avec l’Iran ait créé une opportunité que la Chine ou la Corée du Nord pourraient être tentées de saisir.
La principale inquiétude est que, malgré des dépenses militaires annuelles de près d’un billion de dollars américains, l’armée américaine semble très surchargée après une guerre aussi courte.

De toute évidence, les préoccupations exprimées ces dernières années sur la capacité de production de défense aux États-Unis sont valides. Cependant, cela suggère aussi qu’une proportion trop importante des dépenses de défense américaines est consacrée à des coûts fixes, comme les bases militaires américaines partout dans le monde, et très peu à des actifs agiles et à des réserves stratégiques.
3.
Un troisième aspect de la guerre avec l’Iran est qu’elle a enseigné à de nombreux pays des leçons sur ce qui est réellement nécessaire en matière de défense contre les attaques de missiles et de drones à l’avenir. Les États du Golfe Persique — Émirats arabes unis, Qatar, Bahreïn, Koweït et Arabie saoudite — ont été soumis à des attaques répétées de missiles et de drones iraniens, auxquelles leurs systèmes de défense existants n’ont pas pu répondre efficacement.
Une partie de la raison en est la pénurie mondiale de systèmes sophistiqués et coûteux d’interception de missiles utilisés dans les systèmes de défense Patriot et THAAD fabriqués aux États-Unis, une situation déjà mise en évidence par la guerre en Ukraine.

Mais cela est aussi dû au fait que, jusqu’à présent, d’autres pays n’ont pas eu à apprendre de l’expérience de l’Ukraine, attaquée par des essaims de drones à faible coût. Désormais, la demande pour des systèmes de défense antidrones à la mode ukrainienne va exploser, et pas seulement dans le Golfe. Le Japon devrait également investir dans des défenses antidrones.
4.
Un quatrième thème évident est la nécessité de disposer de réserves et de chaînes d’approvisionnement diversifiées pour l’énergie et les minéraux critiques.
Au cours des dernières années, de nombreuses analyses ont été menées sur les « points de congestion » qui pourraient donner un avantage à l’une ou l’autre partie en cas de guerre, mais l’utilisation potentielle du détroit d’Ormuz à cette fin a été étonnamment minimisée ou même ignorée par les États-Unis. Pourtant, ce passage étroit partagé par l’Iran et Oman a longtemps été identifié comme un point de congestion, étant donné qu’y transite un cinquième du pétrole mondial annuel par des navires-citernes.
Désormais, après les négociations à Islamabad, le monde doit se préparer à un jeu de bluff entre Trump et l’Iran sur celui qui osera empêcher l’autre de contrôler le détroit. La déclaration de Trump selon laquelle des navires de guerre américains bloqueraient le détroit et empêcheraient la perception de péages équivaut à un défi à l’Iran pour qu’il tente de les arrêter. C’est un coup audacieux, mais aussi risqué, car cela pourrait intensifier la guerre une fois de plus.
Au-delà de cette question immédiate, la nécessité de diversifier les routes et les matières premières pour affaiblir les points critiques potentiels est une conclusion évidente qui découle de la crise d’Ormuz, tout comme celle d’investir dans des réserves stratégiques accrues de matières premières clés. Taïwan doit comprendre maintenant que ses réserves stratégiques encore faibles en énergie et autres stocks la rendent très vulnérable à un blocus chinois.
5.
Une grande partie des autres conséquences possibles dépendra de ce qui se passera ensuite dans cette guerre. Mais nous pouvons déjà discerner un cinquième thème: Donald Trump se met facilement en colère face à tout manque de soutien de la part des alliés des États-Unis, malgré le fait qu’il a passé une grande partie de l’année dernière à les insulter et à en abuser.
La guerre contre l’Iran a déjà augmenté les probabilités que Trump se retire de l’OTAN dans un accès de colère. Bien qu’il n’y ait pas actuellement de danger qu’il rompe avec les alliances américaines dans l’Indo-Pacifique, cette guerre a confirmé que le pouvoir aux États-Unis est très concentré entre les mains d’un seul homme: le président. Selon la Constitution américaine, il devrait quitter ses fonctions dans moins de trois ans, mais en attendant, il peut prendre de nombreuses décisions très personnelles.
Il n’est pas « notre » président, mais personne ne peut échapper aux conséquences de ses actes.
18:10 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : iran, états-unis, indo-pacifique, actualité, donald trump |
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Interview du général Fabio Mini - Sur le plan politique, l’OTAN est déjà disloquée

«Il n’y a pas un dollar américain dépensé en Europe et dans l’OTAN qui n’ait servi les intérêts américains»
«Sur le plan politique, l’OTAN est déjà disloquée»
Interview du général Fabio Mini
Source: https://www.sinistrainrete.info/geopolitica/32807-fabio-m...
L’AntiDiplomatico a interviewé le général Fabio Mini, ancien commandant de l’OTAN lors de la mission KFOR au Kosovo.
Général, du moins jusqu’à aujourd’hui, les États-Unis n’ont pas réussi à obtenir le soutien de leurs alliés de l’OTAN pour la guerre contre l’Iran: l’Espagne a interdit aux États-Unis d’utiliser ses bases et même son espace aérien pour tous les aéronefs américains. La France s’est jointe à eux, tout comme l’Italie et l’Allemagne. Est-il possible que cette conjoncture mène réellement à la sortie des États-Unis de l’OTAN ou, du moins, à une dislocation de cette organisation ?
Sur le plan politique, l’OTAN est déjà disloquée. Certains États membres tergiversent en attendant que Trump parte. Le même secrétaire général, avec ses petits voyages de zébulon volant, est le fantôme de l’OTAN, qui utilise d’un côté la désintégration comme appel à l’unité et à la cohésion, tout en l’alimentant en soutenant ces «volontaires» schizophrènes qui prétendent vouloir une OTAN européenne. L’OTAN que nous voyons dans l’ombre est le simulacre organisationnel qui tient par l’habitude, tout simplement. Je ne pense pas que les États-Unis quitteront l’OTAN, et même s’ils le faisaient, ils exerceraient un contrôle encore plus strict et plus coûteux, surtout au niveau politique-stratégique et économique.
Le plan de Trump consiste à faire payer aux pays européens, dans l’OTAN ou hors de l’OTAN, les soi-disant «services rendus à l’Europe» dans le passé et ceux à fournir pour l’avenir. Trump ne considère pas que les cadeaux faits à l’Europe durant toute la guerre froide et après n’étaient pas du tout des cadeaux, et qu’ils n’ont pas été exclusivement donnés pour le bénéfice des Européens.

La guerre en Europe a sauvé les États-Unis de la récession, la division de l’Europe en a fait le champ de bataille entre blocs, la soupape de sécurité de toutes les tensions et le potentiel cimetière de guerre le plus vaste et le plus peuplé de l’histoire. Pendant des décennies, le bureau de comptabilité du Congrès a présenté un rapport annuel dans lequel étaient listés et monétisés les «contributions étrangères à la sécurité américaine». Tous les pays européens étaient listés selon la «contribution» qu’ils versaient. La soi-disant couverture nucléaire garantie par l’OTAN était en réalité le piège destiné à limiter le conflit nucléaire au théâtre européen.
Si l’Europe voulait réellement acquérir une indépendance stratégique, elle devrait reprendre en main ces données. Elle devrait considérer combien d’instabilité a été créée en Europe par ce qu’on appelle l’aide américaine, et combien de richesses ont été transférées aux Américains par le fait de la dépendance européenne.
Aucun dollar américain dépensé en Europe et dans l’OTAN ne l’a été qu'au service des intérêts américains, les a enrichis, tandis que les Européens étaient appauvris et soumis, malheureusement avec leur consentement patent et satisfait. Trump ne veut pas lâcher prise sur l’Europe, et il le fait de manière explicite, brutale, en menaçant de quitter l’OTAN: c’est un bluff qui vise à laisser aux Européens face à des conflits déclenchés par les États-Unis, en les obligeant à payer pour les services de renseignement, les télécommunications, le commandement et le contrôle, la cyber-guerre, etc., actuellement confiés à l’OTAN, et à acheter des armements et équipements américains pour ces services demain.
La prétendue indépendance et autonomie stratégique européenne se résument à jouer le rôle d’exécutant de la politique américaine et à poursuivre leurs conflits. Malheureusement, avec des méthodes moins flagrantes mais tout aussi arrogantes, c’est le même système adopté par toutes les administrations américaines passées et sûrement futures.
Même l’attitude supposée de certains pays concernant l’autorisation de survol ou l’utilisation des bases est une imposture. Les États-Unis, pas seulement sous Trump, ont démontré depuis 1991 qu’ils se foutaient du droit international et même des traités bilatéraux. S’ils évitent d’utiliser des espaces et bases à l’étranger, c’est parce qu’il leur est avantageux d’éviter ou de créer des embarras internes aux vassaux.
Quasi tous ceux qui étaient à Sigonella pendant une certaine nuit de l'année 1985 sont morts: la version héroïque d’un pays vassal qui se libère du joug est passée. Peu de choses ont été dites sur le rôle de l’amiral Fulvio Martini (photo), chef de notre renseignement militaire, qui a débloqué la situation avant qu’elle ne dégénère. On a parlé des appels furieux entre Rome et Washington durant ces moments dramatiques. Peu de choses ont été dites sur les excuses téléphoniques du lendemain.
L’initiative militaire des États-Unis dans le détroit d’Ormuz peut-elle fonctionner? La guerre contre l’Iran a-t-elle réellement relégué le problème ukrainien à l’arrière-plan de l’agenda de Washington?
Elle peut sûrement aggraver les choses. L’initiative vise à déplacer le conflit en haute mer, hors du golfe, pour l’élargir et le diluer. Elle peut aussi servir de diversion pour soutenir les négociations et faire plaisir à Israël, qui est le vrai deus ex machina de toute cette affaire.
La guerre en Ukraine n’est pas terminée, mais celle-ci dépend aussi de l’évolution de la guerre dans le golfe. L’Ukraine s’est empressée d’envoyer les soi-disant experts en drones dans les pays arabes, tentant de se ranger du côté américain et israélien. Avec peu de succès. Les opérateurs de drones ont été neutralisés, et ni les États-Unis ni Israël n’ont apprécié la lèche ukrainienne. Zelensky tente désespérément de s’appuyer sur les Européens, qu’il a abrutis de discours, et espère maintenant les milliards bloqués par Orban. Toutes ces choses n’apportent aucun avantage sensible dans la guerre contre la Russie. La guerre se terminera quand Moscou le voudra, et Moscou ne veut pas la gagner par la destruction, mais par une capitulation volontaire, même déguisée en compromis « honorable ». C’est en effet la seule solution capable de stabiliser la région pendant de nombreuses années, sans créer une brèche noire dans laquelle faire finir inutilement ressources et hommes. Le principal obstacle à cette solution, c’est justement l’Europe, non pas dans son ensemble, mais dans ces pays et chez ces bureaucrates qui veulent la brèche noire, quitte à s’y enfoncer eux-mêmes. Sacrifiant ainsi toute l’Europe.

La guerre contre l’Iran a considérablement réduit les disponibilités en armements des États-Unis. Selon certains analystes, Washington pourrait se retrouver contraint d’abandonner les livraisons d’armes au profit de Kiev afin de fournir à ses forces armées des stocks suffisants. Est-ce une possibilité réelle? Ou le complexe militaro-industriel américain est-il en mesure de combler les déficits de ses forces armées et de maintenir le niveau précédent de fournitures militaires en faveur de Kiev?
Il faut faire une distinction: la pénurie de systèmes d’armes aux États-Unis ne tend pas vers zéro de manière absolue. Les États-Unis disposent d’une planification opérationnelle globale basée sur la soutenabilité de deux ou trois conflits régionaux simultanés. Les réserves maximales ne doivent pas descendre en dessous de ces besoins. Le conflit en Ukraine et celui au Moyen-Orient épuisent les surplus, s’approchant dangereusement des réserves stratégiques.
Pour certains systèmes, comme ceux de missiles antiaériens, le déficit est déjà atteint, et, ce qui est important, l’industrie du secteur n’a pas une capacité de production capable de compenser la consommation. Ce sont des systèmes très coûteux, mais l’argent n’est pas tout; c’est inutile d’en avoir si on ne peut pas acheter ce qu’on souhaite. La soustraction ou le transfert de ces systèmes depuis d’autres théâtres, comme celui asiatique, pose un problème de dissuasion. Les commandants des zones interarmées où l’outil militaire est déployé dans le monde sont les plus préoccupés, et l’attitude agressive du président envers tous n’aide pas. L’Ukraine est désormais un théâtre de guerre qui compte moins pour les États-Unis, et le soutien américain tend à diminuer malgré les promesses du commandant des forces américaines en Europe.

L’économie de l’Europe occidentale subit de graves répercussions à cause du blocage du détroit d’Ormuz. Pourquoi l’Union européenne — ou les États membres — ne cherchent-ils pas à atténuer les sanctions antirusses, surtout en matière énergétique? Si le prix des hydrocarbures continue d’augmenter, les sommets européens chercheront-ils un compromis avec Moscou?
Ce point est également relatif. Le blocage du détroit impacte de manière sensible l’Asie et l’Europe. Le fait que le coût des carburants affecte aussi les États-Unis n’est qu’une question de spéculation sur l’avenir. En particulier, c’est l’avenir de la production dans d’autres parties du monde, y compris aux États-Unis. Le blocage peut être temporaire, mais la baisse de la production dans toute la région et l’incapacité de la compenser avec les ressources du Venezuela et de l’Afrique s’ajoutent à l’obsolescence des structures de production.
Tôt ou tard, le marché mondial devra réhabiliter les ressources russes, notamment celles utilisables par l’Europe qui, avec la politique de fermeture actuelle, obtient deux résultats négatifs: ne pas finir la guerre et épuiser ses propres ressources. Même ici, fabriquer de l’argent ou ses substituts (dette) sera inutile si la matière disponible est insuffisante.
Malheureusement, le moment de revoir toute la politique énergétique européenne et la politique de sanctions contre la Russie est maintenant. Dans une ou deux semaines, il pourrait être trop tard, non pas parce qu’il n’y aurait pas de pétrole, mais parce que la Russie elle-même et d’autres pays ne seront plus disposés à faire des faveurs à l’Europe.
À la fin de 2025, le gouvernement italien a prolongé l’aide militaire destinée à l’Ukraine malgré une certaine opposition exprimée par la composante liguiste. Plus récemment, le même gouvernement a déclaré que l’aide sera renforcée pour contraindre Moscou à négocier. Quelle est la logique derrière l’augmentation des fournitures militaires «pour la paix»? Pourquoi le gouvernement italien persiste-t-il dans cette attitude, malgré les sondages qui confirment que la majorité des Italiens s’opposent à l’envoi d’armes et souhaitent une solution politique?
L’aide à l’Ukraine n’est pas une question rationnelle et ne tend en rien à résoudre le conflit, encore moins à obtenir la paix. C’est une position idéologique d’alignement avec les politiques américaines d’abord, européennes ensuite. Contre l’idéologie, tout raisonnement est inutile. L’aide est aussi fondamentalement inefficace. On parle d’argent, mais en réalité, il faudrait des moyens et du matériel. Ceux envoyés en Ukraine en quatre ans ont été consumés sans résultats, si ce n’est la poursuite de l’agonie.

Tout l’argent alloué au réarmement européen dans une optique anti-russe ne tient pas compte du nombre de soldats mobilisables et mise plutôt trop sur la capacité ukrainienne à combattre, même avec de nouveaux armements. Il ne prend pas en compte la récession économique que certains pays cherchent à conjurer en déversant des fonds dans le secteur de l’armement. Il ignore l’augmentation des coûts de production et la diminution des ressources. De tous points de vue, c’est une politique ratée pour tout le monde, y compris pour les Ukrainiens.
En ce qui concerne l’Italie, il faut rappeler la participation de Rome à la mission EUMAM, dans le cadre de laquelle des militaires ukrainiens sont formés en Europe occidentale. Partage-t-elle l’idée que la formation d’officiers et de spécialistes ukrainiens sur le sol italien soit, à cette étape, un enjeu pour la sécurité de l’Italie et ses intérêts ?
Si l’on parle d’idéologie, cela peut se justifier. C’est un signe de soutien à l’idéologie de l’Ukraine envahie, sans raison, de manière illégale et sans justification. Si l’on parle de réalité, nous sommes encore dans le monde des rêves. Sur le plan opérationnel, la formation de personnel militaire ukrainien en Italie comme dans d’autres pays est un non-sens: il n’y a pas d’aviation, pas de forces navales, pas de défense anti-aérienne (ou alors relative aux systèmes qui manquent), pas de forces anti-drones — l’Ukraine se vante de posséder les meilleurs drones et leurs opérateurs —, pas de forces spéciales: elle affirme avoir les meilleurs commandos. En matière de forces blindées, d’infanterie, de mines et de champs minés, etc., après quatre ans de guerre, on espère qu’ils ont des instructeurs et des soldats capables d’affronter une guerre réelle, et non celle des manuels qu’on enseignerait à l’étranger. N’est-ce pas ?
Bruxelles tente de convaincre la population de la nécessité de «faire des efforts» pour allouer des ressources au complexe militaro-industriel. Comment une politique de ce genre, de la part de la Commission européenne, peut-elle être perçue? Quels résultats peut-elle produire?
Le simple fait de devoir faire des efforts ou demander des sacrifices à la population signifie que les ressources sont inférieures aux ambitions. Je perçois une grande myopie politico-stratégique dans ce contexte. En temps de paix, la population travaille pour une vie décente, pour donner la sérénité aux familles et pour permettre des perspectives d’amélioration.
En cette période de crise systémique née de la guerre ou amplifiée par elle, détourner des ressources de la population, c’est miner la motivation. Si l’on mise sur la relance du secteur militaire comme secteur productif capable de relancer l’économie, ce n’est qu’une propagande à court terme: il faut «quelque chose à faire rouler» qui ne soit pas seulement un char d’assaut.

La préparation à la guerre en temps de paix repose sur le principe d’avoir le consensus. De plus, la fabrication de tout outil de guerre nécessite du temps, une technologie avancée et des coûts élevés. La guerre est donc adaptée aux États riches, disposant de grandes capacités industrielles, d’une main-d’œuvre à employer, et d’une volonté de combattre ou de faire combattre les autres pour leurs propres intérêts.
Je ne pense pas que l’Europe puisse compter beaucoup sur quelqu’un d’autre pour se battre gratuitement pour elle, ni qu’elle soit si riche ou insouciante qu’elle puisse se permettre de préparer une véritable guerre régionale. Au roi qui lui avait demandé comment renforcer l’armée, le stratège chinois Sun Bin répondit : « Rends la nation prospère. »

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mercredi, 22 avril 2026
Institutions internationales: un échec. Seuls les États peuvent résoudre nos problèmes

Institutions internationales: un échec. Seuls les États peuvent résoudre nos problèmes
Par Claudio Risé
Source : Claudio Risé & https://www.ariannaeditrice.it/articoli/istituzioni-globa...
Quelles règles serait-il préférable d’adopter face aux tensions et disputes internationales dans lesquelles se trouve le monde? Changer de voie n’est pas simple en ces temps-ci, entre des porteurs puissants de projets parfois très singuliers, qui devisent comme si de rien n’était de l’énergie atomique, dans un contexte déjà plutôt tendu. Mais le point faible dans ces disputes n’est pas le seul problème.


La question a été abordée par Nadia Schadlow, chercheuse de pointe en stratégie politique auprès du prestigieux institut Hudson, aux Etats-Unis. Schadlow est, en soi, un exemple de lucidité scientifique qui dépasse sans difficulté les pièges des différences politiques, par exemple en publiant tranquillement l’essai dont je vais parler ici dans la revue Foreign Affairs, le plus anti-Trump des magazines américains, après avoir été une stratège importante lors de la première administration Trump.
«Les changements dans la gestion du pouvoir ne sont jamais faciles», commence Schadlow, et ce qui nous arrive actuellement en est un parmi ceux qui se proposent, à intervalles d’au moins un demi-siècle. Il ne s’agit plus «de questions entre États rivaux», mais carrément d’alternatives sur différentes façons de faire la politique étrangère. Qu’est-ce qui est si important, qui change en ce moment?
«Pour définir une grande partie de l’ère post-Guerre froide — écrit Schadlow — le mot d’ordre jusqu’à présent a été pour tous: d’abord le global», la vision globale, la manière de voir et de traiter les questions internationales. «Les gouvernements nationaux comme toutes les institutions transnationales ont jusqu’ici suivi une seule croyance: seul le global pouvait faire face aux problèmes de notre temps, qui pouvait être, au mieux, considéré comme incertain».
Le secrétaire général actuel de l’ONU, l’espagnol Antonio Guterres, en poste depuis plus de dix ans, représentant des critères suivis jusqu’ici, se plaint du manque de «bon sens» pour le bien collectif. Mais Schadlow remarque que, justement, il faudrait peut-être vérifier si ce n’est pas ce peu de «bon sens» qui maintient tout en l’état, et si cela ne vaudrait pas mieux changer de voie, en arrêtant de sacraliser le global: toutes les initiatives et tous les travaux véritablement indispensables pour éviter les risques les plus graves de la politique internationale.

Que cela ne fonctionne pas, «la déception globaliste», comme l’appelle désormais Nadia Schadlow, a été officiellement certifiée pour la première fois il y a déjà 10 ans, lorsque l’Angleterre a voté en 2016 la sortie de l’Union européenne, annonçant l’insatisfaction croissante, en Europe comme ailleurs, vis-à-vis des institutions supranationales.
Le fait est que, derrière la mise en scène de Trump, remarque Schadlow, on a finalement compris que la solution ne se trouve pas au niveau mondial. Ce sont les États souverains qui génèrent les problèmes (comme avec les industries polluantes), en font l’expérience (par leurs citoyens qui souffrent), et disposent des moyens pour les résoudre (par leurs revenus, infrastructures, services). Seuls les États réellement engagés à défendre leurs intérêts peuvent démêler des questions que, jusqu’ici, les institutions mondiales n’ont nullement résolues.
La forme globale, observe la professeure stratège sans détour, fonctionne passivement pour enregistrer ce qui ne marche pas, le signaler et en discuter, mais ce sont ensuite les États locaux, et non les institutions mondiales, qui ont la responsabilité directe envers les citoyens. «Les processus globaux avancent lentement, quand ils avancent. Les États, en revanche, ont davantage de possibilités d’agir rapidement, avec souplesse et résultats. Même dans les questions de «changement climatique», l’orientation ouverte aux besoins mais aussi aux ressources de l’État permet de mieux respecter ces besoins et ces ressources locales que ne le font les ressources globales».

Et ici, Nadia, la stratège, donne une intuition très fine en soulignant la profondeur des simples mais prometteuses intuitions démocratiques face aux structures gigantesques des institutions globalistes, qui se sont révélées inefficaces face à de nombreux défis cruciaux du 21ème siècle. «Le progrès vient plus facilement par la persuasion, par l’union de la volonté entre les personnes, et par la coopération directe entre gouvernements. Les grandes structures globales se sont en revanche révélées insuffisantes face à de nombreux défis importants du 21ème siècle. Ces actions concrètes produisent non seulement des résultats tangibles et positifs, mais soutiennent et renforcent aussi les valeurs démocratiques, de façon plus convaincante que les structures globales compliquées et prétentieuses». Et elle conclut: «Les États-Unis et les autres États démocratiques doivent cesser de se référer à cet ordre global rigide et trouver leurs propres solutions aux graves problèmes de notre temps».
Applaudissements.
21:35 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, politique internationale, institutions internationales, nadia schadlow |
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La stratégie de l’impérialisme américain et son «mode d’autodestruction»

La stratégie de l’impérialisme américain et son «mode d’autodestruction»
Source: https://www.unser-mitteleuropa.com/193924
La stratégie de l’impérialisme de notre époque semble être le «mode d’autodestruction ». Un exemple récent en est la guerre en Iran, qui, d’un point de vue historique, peut à peine être considérée comme une «erreur» de la politique américaine, voire pas du tout.
Analyse matérielle de l’impérialisme
Même si l’on ne peut pas accorder beaucoup d’importance au pathos souvent exprimé, il faut reconnaître ce qui se passe actuellement dans le monde et, en particulier, dans la guerre en Iran. Celle-ci n’est pas une «erreur», mais plutôt le résultat logique de la politique américaine telle qu’elle se présente depuis des décennies.
En analysant l’impérialisme contemporain non pas sur le plan moral mais sur le plan matériel, il faut admettre que ce système est arrivé à un point où il ne peut plus faire autre chose que choisir entre retrait et escalade. Washington a, sans grande surprise, opté pour l’escalade. L’attaque contre l’Iran n’est pas un signe de force, mais plutôt de désespoir.
Les États-Unis tentent une fois de plus de freiner leur déclin relatif, comme c’est devenu «habituel», par la violence. Le problème, c’est que la violence ne peut pas remplacer une base économique, même si cela fait temporairement « prospérer » l’industrie de l’armement.
Lénine l’avait déjà exprimé clairement il y a plus de 100 ans: l’impérialisme est la phase où les contradictions économiques sont exportées à l’extérieur. On voit actuellement la phase finale de ce processus. Le Moyen-Orient est passé du rôle de théâtre secondaire au centre de l’attention.
L’énergie, les routes commerciales, le contrôle des points stratégiques – ce n’est plus un «jeu géopolitique», mais une pure «lutte des classes» à l’échelle mondiale. Celui qui contrôle actuellement le détroit d’Ormuz contrôle les prix, les industries, des économies entières. C’est probablement précisément pour cela que des «incendies» sont allumés en divers points du globe.
Le système « brûle »
Mais cette fois, ce n’est pas seulement la «périphérie» qui brûle, mais le système lui-même.
La Chine ne réagit pas, bien sûr, par indignation morale, mais par calcul économique. Si le plus grand gisement de gaz au monde est attaqué, si les routes commerciales sont déstabilisées, ce n’est plus un «conflit», mais une attaque directe contre la «reproduction du capital» à l’échelle mondiale.

Pékin voit cela sans aucun doute très clairement: ici, ce n’est pas seulement une guerre, mais c'est le monde entier qui est sacrifié pour sauver une hégémonie en déclin. La Russie a apparemment tiré une autre leçon, complémentaire: la diplomatie américaine n’est plus un moyen de stabilisation, mais une partie de la guerre. Les négociations, comme dans le conflit en Ukraine, sont utilisées comme des «pauses tactiques» d’orientation, mais elles ne s'organisent pas pour trouver une solution. Une fois que cela est compris, on négocie différemment ou plus du tout. Le résultat de cela est exactement le contraire de ce que Washington voulait. Au lieu de séparer la Russie de la Chine, l’impérialisme américain rapproche encore davantage les deux, non pas par sympathie, mais par nécessité.
Les États-Unis en tant que superpuissance imprévisible
Le dénominateur commun est simple: c'est d'assurer sa protection contre un système devenu imprévisible. Une superpuissance prête à infliger des dommages considérables à l’économie mondiale pour sauver sa propre position n’est plus un partenaire, mais un risque. L’Europe se trouve justement entre les deux comme un fournisseur dépendant, qui découvre soudain que les chaînes d’approvisionnement sont politiques. «L’indépendance énergétique» se révèle une fois de plus comme une illusion coûteuse. La désindustrialisation n’est plus un simple mot à la mode, mais une dure réalité.
Les usines ferment non pas à cause du «changement structurel», mais parce que les prix de l’énergie explosent. L'ironie amère, c’est que les mêmes élites, qui ont condamné pendant des années toute proximité avec la Russie, commencent soudain à changer d’avis. Non pas par conviction, mais par contrainte. Le marché dicte ce que l’idéologie interdisait auparavant.
Au cœur du problème, il apparaît que l’impérialisme n’est pas capable de résoudre ses propres contradictions. Il ne peut que les repousser, les intensifier ou, comme actuellement, les décharger par une voie militaire. Chacune de ces étapes accélère toutefois la décadence.
En étudiant l’histoire de plus près, un motif devient clair: les systèmes ne s’effondrent pas parce qu’ils sont «trop faibles», mais parce qu’ils ne peuvent plus utiliser leur pouvoir de manière rationnelle et commencent à détruire leur propre base. C’est précisément ce qui se passe en ce moment: la guerre en Iran n’est pas un événement isolé, mais un symptôme. Un symptôme indiquant que le «siècle américain» ne se termine pas simplement, mais qu’il implose. Et cette implosion entraîne l’économie mondiale, les alliances et des régions entières dans l’«abîme».
La question cruciale n’est donc pas de savoir si les États-Unis vont perdre, mais combien de pays seront encore entraînés dans ce cycle descendant avant que ce moment n’arrive. Ceux qui parlent encore aujourd’hui de «stabilité» sous la direction des États-Unis n’ont soit rien compris, soit ont un intérêt impératif à maintenir le statu quo.
20:00 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, iran, états-unis, impérialisme, impérialisme américain |
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Le jeu final de l’élite: de la crise à la neutralisation numérique

Le jeu final de l’élite: de la crise à la neutralisation numérique
Markku Siira
Source: https://markkusiira.substack.com/p/eliitin-loppupeli-krii...
Sean Stinson écrit que même une simple baisse de sept pour cent de l'offre mondiale de pétrole en 1973 a suffi à provoquer une décennie de souffrance économique. La stagflation, une combinaison paralysante d'inflation et de chômage, s'est rapidement répandue dans l'ensemble de l'Occident industrialisé.
Les usines ont fermé, des millions sont devenus chômeurs, et certains ont même perdu leur logement. Les gouvernements ont vacillé puis claudiqué d'une crise à l'autre. La crise pétrolière de près de six mois a servi d'avertissement brutal: le monde moderne vivait à crédit sur l'énergie bon marché, et toute interruption significative aurait des conséquences dépassant le simple désagrément physique.

Aujourd'hui, la guerre entre les États-Unis, Israël et l'Iran a compliqué la navigation dans le détroit d'Ormuz, par lequel transitent 20 à 25% du pétrole et du gaz du monde. D'ici début avril, environ 17,7 millions de barils par jour – 17% de la demande mondiale – ont été interrompus. Le détroit de Bab el-Mandeb est menacé, les raffineries de la région ont été endommagées, et de nombreux champs de production sont privés de routes de transport fonctionnelles. Même si la guerre s'arrêtait immédiatement, le rétablissement complet du flux pétrolier prendrait des mois, voire des années.
Pour comprendre cela, il faut revenir à la crise économique de 2008. À l'époque, lors de l'effondrement du système financier, il aurait fallu annuler les dettes, laisser les banques insolvables faire faillite, et accepter une récession courte mais nécessaire. Au lieu de cela, les banques centrales ont baissé les taux à zéro et lancé une relance monétaire illimitée. Elles ont gonflé les bulles d'actifs, sauvé des entreprises non viables, et multiplié la dette mondiale de 150 à plus de 300 milliards de dollars.

Aujourd'hui, la crise pétrolière frappe un système sans aucune marge de manœuvre. Les taux sont au plus bas, les bilans sont pleins, et la dette est omniprésente. Des économistes pessimistes comme Steve Keen, Michael Hudson et Nouriel Roubini estiment que la récession à venir pourrait être pire que la Grande Dépression.
Dans les années 1930, la dette était principalement privée, et la capacité de production était préservée, mais aujourd'hui, la dette des États, des entreprises, des ménages et des banques parallèles est étroitement imbriquée. Les effets de la crise se propagent mondialement en un clin d'œil. La comparaison avec la crise pétrolière des années 1970 est en réalité trop optimiste.
Stinson voit la pandémie de 2020 comme une répétition générale claire pour la crise qui s'annonce. Les restrictions dans les déplacements, les pass sanitaires, les mesures massives de relance et le traçage numérique ont été testés en pratique. L'infrastructure de cette époque n'a pas été démontée, mais laissée en attente pour la prochaine urgence.
Selon Stinson, l'action des banques centrales, du FMI et des forums comme Bilderberg vise un même objectif: une réforme monétaire basée sur une infrastructure numérique après la crise. Les monnaies numériques des banques centrales, les identités numériques et la monnaie programmée sont déjà techniquement et juridiquement prêtes. Il ne manque qu'une crise mondiale qui rendrait inévitable et politiquement acceptable la mise en œuvre du nouveau système.
Stinson pense que les réseaux étatiques transnationaux ne cherchent pas à empêcher l'effondrement à venir. Au contraire, ils voient une opportunité unique d'imposer des mesures qui seraient impossibles en temps normal: restrictions à la consommation et à la mobilité, échéance de la monnaie numérique, conditionnalité du comportement via des algorithmes, et lien entre revenu et services fondamentaux dans un cadre numérique. L'infrastructure de contrôle total basée sur la digitalisation et l'intelligence artificielle est déjà en cours de construction.

La restructuration nécessite également une population plus petite et plus facilement gérable — une hypothèse longtemps répandue parmi l'élite transnationale. L'automatisation et la robotisation rendent une grande partie de la main-d'œuvre humaine inutile. La crise combinée de l'énergie, de l'économie, des guerres et du changement climatique ne pousse pas seulement les économies à la faillite, mais réduit aussi la population.
Stinson cite les projections démographiques de Deagel, selon lesquelles la population des États-Unis passerait de 330 millions à environ 110 millions, celle de l'Allemagne à environ 50 millions, et celle du Japon à 40 millions. Dans la décennie qui vient, une mortalité massive est attendue, non pas comme un dysfonctionnement du système, mais comme une fonction planifiée. L'infrastructure numérique permet une gestion efficace de la population restante.
Le grand public est déjà conditionné de manière systématique à suivre un spectacle différent: des conflits intermittents avec l'Iran, des secousses sur les marchés boursiers, et l'exploitation instrumentale des tensions géopolitiques pour un bénéfice économique à court terme.
Selon Stinson, des figures comme Donald Trump ne sont pas les architectes du nouveau système, mais représentent l'ancien système dans sa dernière phase. Leur corruption visible n'est qu'une mise en scène qu'il ne faut pas confondre avec l'enjeu principal. La prise de décision réelle se déroule dans l'ombre, entre des acteurs qui ne recherchent pas la visibilité, ne participent pas aux discussions sur les réseaux sociaux, et n'ont pas besoin de victoires électorales pour légitimer leur pouvoir.

Pourrait-on encore prendre le contrôle du système de gestion numérique et le retourner contre ses créateurs? L'infrastructure numérique n'est pas comparable à un avion ou à un chemin de fer. Ses cadres sont verrouillés, le code est écrit, et les mécanismes de surveillance en place. À moins qu'une puissance n'utilise des armes EMP ou que le développement de l'IA ne mène à des retournements totalement imprévisibles, il n'existe pas de mouvement populaire, de réseau secret ou d'élite opposée capable de renverser les dirigeants techno-capitalistes.
Ce qui nous attend n'est pas une récession ordinaire ni même une nouvelle grande dépression, mais un réaménagement planifié et permanent des relations entre humains, argent et liberté de mouvement. La monnaie numérique, l'identité numérique et la surveillance biométrique sont présentées comme la seule option réaliste. Ce n'est pas uniquement une théorie du complot: le monde actuel ne fonctionne plus sans systèmes hiérarchiques stricts. La restructuration est déjà en cours.
Stinson ne croit pas en un avenir meilleur et considère qu'espérer le contraire est nuisible. Il ne reste qu'une clarté: la capacité à voir l'avenir tel qu'il est, à le nommer, et à refuser les illusions rassurantes. La crise et la réponse prévue sont inévitables. Quand le pire arrivera, les gens se souviendront-ils que cela aurait pu être différent — et cet espoir pourra-t-il encore conduire à l'action? “L'histoire ne donne pas de garanties, mais elle donne des avertissements, et c'est l'un d'eux”, conclut Stinson.
19:33 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : futur, élite |
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Irnerio Seminatore: Paix et Guerre dans la "Grande Politique"

Vient de sortir:
Paix et Guerre dans la «Grande Politique»
La société planétaire, le destin de l'Occident et la fin de la civilisation européenne
par Irnerio Seminatore
Pour toute commande: https://godefroydebouillon.net/catalogue/paix-et-guerre
Ce texte est un essai de lecture de la conjoncture actuelle, abordée en ses antagonismes hégémoniques et en ses déterminismes systémiques. Dans une perspective du long terme y sont traités les principaux thèmes d'actualité : la géopolitique continentale de l'Occident en Eurasie, les stratégies et les conflits en cours au Moyen-Orient et au Golfe et l'antagonisme sino-américain en Asie-Pacifique.
L'approche proposée tâche d'analyser un phénomène récurrent de l'histoire du monde, l'hégémonisme, en sa version américaine et il en décrypte la stratégie, orientée à transformer l'ensemble post-soviétique de l'Europe centrale et orientale en une aire d'influence atlantique, afin d'éviter une dominance du duopole sino-russe sur le continent eurasien. Il transparaît ainsi le fond de la conjoncture actuelle, organisée autour de l'opposition entre Eurasie et Occident collectif ou encore entre puissances dominantes de la mer (Rimland) et cœur continental du monde (Heartland), régimes démocratiques et autocraties historiques. Dans cette perspective, le conflit ukrainien se profile comme un test de la dislocation de l'ordre européen, de l'antagonisme sino-américain en Asie-Pacifique et des grands équilibres entre l'hémisphère sud et l'hémisphère nord.
Au niveau du système et des grandes interrogations historiques, ce livre pose la question-clé de notre conjoncture, aux enjeux décisifs pour l'avenir du monde : changement « dans » système, ou changement « du » système, autrement dit, alternance hégémonique ou « révolution systémique », comme Weltanschauung planétaire. Quant à l'Europe, vassalisée par Hégémon, sont clarifiés les dilemmes d'aujourd'hui à la lumière de ceux, irrésolus des années soixante, d'« Europe intégrationniste » ou d'« Europe des Patries ». C'est en leur sein que trouvent un espace de débat les thèmes du « souverainisme », du « populisme », de l'« illibéralisme » et du « globalisme bureaucratique » comme sujets des polémiques domestiques ou de la « petite politique ».
Irnerio Seminatore, Président-Fondateur de l'Institut Européen des Relations Internationales de Bruxelles (IERI), et Directeur de l'Academia Diplomatica Europaea (ADE-Bxl). Professeur des Universités, Docteur en droit (It) et Docteur en sociologie (Fr), il a enseigné à l'Université de Paris VIII, à l'École de Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS) de Paris. Il est l'auteur de nombreuses publications à caractère philosophique, stratégique et géopolitique sur le système international et l'actualité contemporaine.
18:52 Publié dans Actualité, Livre, Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : irnerio seminatore, guerre, paix, théorie politique, relations internationales, réalisme politique, livre |
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mardi, 21 avril 2026
Slovénie - Sortir de l’OTAN: une voie vers une véritable indépendance ?

Slovénie
Sortir de l’OTAN: une voie vers une véritable indépendance ?
par Mario Grünwald
Source: https://pi-news.net/2026/04/nato-austritt-als-weg-zu-echt...
Le nouveau président du parlement slovène, Zoran Stevanovic, fait sensation internationale en annonçant un référendum sur une sortie de l’OTAN.
La nouvelle concernant le référendum prévu en Slovénie sur la sortie de l’OTAN est un signal pour ceux qui militent depuis longtemps pour une révision du rôle des États européens dans l’alliance. La déclaration de Zoran Stevanovic (photo), porte-parole du parti eurosceptique Resni.ca et nouveau président de l’Assemblée nationale slovène, ouvre un débat qui n’est plus seulement d’actualité dans les Balkans, mais dans toute l’Europe.
L’argument principal en faveur d’une sortie de l’OTAN est le coût financier énorme pour les budgets nationaux. Les contributions annuelles et les dépenses pour maintenir les standards et les opérations militaires de l’alliance absorbent une part considérable des fonds qui pourraient être utilisés pour résoudre des problèmes internes.

L’adhésion à l’OTAN coûte à l’Allemagne plus de deux pour cent du PIB chaque année, ce qui représente des milliards d’euros. Cet argent pourrait être investi dans l’amélioration des infrastructures, l’augmentation du niveau de vie des citoyens et la résolution de la crise migratoire.
Le deuxième aspect important concerne la question de la souveraineté. L’adhésion à l’OTAN impose à certains pays des obligations qui entrent parfois en contradiction avec leurs intérêts nationaux. Ainsi, les pays membres sont tenus de participer aux opérations de l’alliance, même si cela ne correspond pas à leurs priorités en matière de politique étrangère.
Une sortie de l’OTAN ne conduit pas automatiquement à moins de sécurité. Au contraire, elle ouvre de nouvelles possibilités. Le développement de canaux diplomatiques et de partenariats économiques offre souvent plus de garanties de sécurité que les alliances militaires.
Le référendum en Slovénie pourrait également constituer un signal pour l’Allemagne. Nous devons nous poser quelques questions difficiles. Le modèle actuel de l’OTAN correspond-il vraiment aux intérêts des citoyens allemands? Pourquoi dépensons-nous des milliards pour les guerres alors que nous avons à la maison tant de problèmes non résolus? N’est-il pas temps de repenser notre rôle dans cette alliance ou même d’en envisager la sortie, comme le font la Slovénie et la Turquie?
L’Allemagne, en tant que puissance économique de l’Europe, est capable d’assurer sa propre sécurité. Nous disposons de toutes les ressources nécessaires – une économie développée, des spécialistes hautement qualifiés, des technologies avancées. Nous ne devons pas dépendre des décisions de Washington.
Il est temps d’abandonner les blocs militaires dépassés et de construire un nouveau système de sécurité basé sur la coopération et non sur la confrontation, sur les intérêts nationaux et non sur des obligations envers Washington. Et l’Allemagne doit diriger ce processus de changement – pour le bien-être de ses citoyens et pour l’avenir de l’Europe.
20:55 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : slovénie, actualité, otan, europe, affaires européennes |
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Politique européenne des engrais: l’attaque silencieuse contre la souveraineté alimentaire de l’Europe

Politique européenne des engrais: l’attaque silencieuse contre la souveraineté alimentaire de l’Europe
Le «Plan d’action européen pour les engrais» pourrait encore augmenter la pression sur l’agriculture européenne et renforcer sa dépendance aux importations. Wolfgang Hartmann met en garde contre un risque pour la sécurité d’approvisionnement due à des incitations politiques mal conçues.
Par Wolfgang Hartmann
Source: https://www.freilich-magazin.com/politik/eu-duengemittelp...
La politique européenne en matière d’engrais est aujourd’hui vivement critiquée: la hausse des coûts et une dépendance croissante aux importations pèsent sur l’agriculture et menacent la sécurité d’approvisionnement.
Ce qui se discute actuellement autour du « Plan d’action pour les engrais » de l’UE dépasse largement une simple question technique pour les responsables agricoles ou les entreprises chimiques. Il s’agit de savoir si l’Europe, et donc aussi l’Autriche, sera encore capable à l’avenir de maintenir une production alimentaire stable — ou si elle se laisse, de manière imprudente, entraîner vers une dépendance accrue aux importations.
Car les engrais ne sont pas une simple périphérie de l’agriculture moderne, mais l’un de ses piliers fondamentaux. Sans une alimentation suffisante en azote, phosphore et potassium, les rendements chutent. Les champs produisent moins, les coûts de production augmentent, et au final, moins de nourriture est produite. Ceux qui prétendent que les engrais ne sont qu’un sous-produit industriel parmi d’autres méconnaissent la réalité du terrain. Les engrais sont un facteur déterminant pour les récoltes, et les récoltes constituent elles-mêmes la base pour des aliments abordables et la sécurité d’approvisionnement.
Pression sur la production d’engrais
C’est précisément pourquoi l’évolution actuelle est si sensible. Depuis des années, le cadre européen en matière de climat et de régulation pèse lourdement sur les industries à forte consommation d’énergie. La production d’engrais appartient à ces secteurs particulièrement touchés par les prix élevés de l’énergie, les coûts de CO₂ et la surcharge bureaucratique. Si, dans ce contexte, on discute maintenant de mesures qui accroissent la pression concurrentielle par des importations moins chères, il ne s’agit pas d’une ouverture de marché intelligente, mais d’un nouveau coup porté à la production locale et européenne.
« En outre, le ministre autrichien de l’Agriculture, Totschnig, semble vouloir détruire définitivement l’industrie des engrais en Autriche », déclare clairement le député européen de la FPÖ, Roman Haider, à propos de la proposition de Totschnig d’interrompre le mécanisme européen de taxation carbone, le CBAM (Carbon Border Adjustment Mechanism), pour les importations d’engrais en provenance de pays tiers comme la Biélorussie. Avec le CBAM, certains biens en provenance de pays tiers sont soumis à une taxe punitive si leur production y est beaucoup moins coûteuse en raison de l’absence d’obligations environnementales dans ces pays.

Politique contradictoire
Ce qui est particulièrement problématique dans ce contexte, c’est le déséquilibre politique: d’un côté, on augmente sans cesse le coût de production dans notre propre espace par des réglementations motivées par des élucubrations idéologiques, et de l’autre, on envisage de favoriser les fournisseurs étrangers par des dérogations ou des assouplissements des mécanismes de protection supplémentaires. C’est une politique économique contradictoire et une menace pour l’agriculture. Ceux qui imposent des coûts élevés aux producteurs locaux ne doivent pas en même temps assouplir la protection contre la concurrence moins chère des pays tiers.
Mais ce qui pèse encore plus lourd, c’est la dimension stratégique. L’Autriche n’est pas totalement autosuffisante en matière d’approvisionnement alimentaire. En particulier pour les produits végétaux, l’autonomie est partielle. Cela signifie que toute faiblesse de l’agriculture nationale et de ses filières affaiblit encore plus la dépendance aux importations. Et cette dépendance peut, en périodes de stabilité, sembler pratique — mais en temps de crise, elle devient un risque.
Dépendance croissante aux marchés mondiaux
Les années passées auraient dû servir d’avertissement. La pandémie, la guerre, les problèmes des chaînes d’approvisionnement et la crise énergétique ont clairement montré à quelle vitesse les marchés internationaux peuvent se déséquilibrer. Ceux qui ne peuvent pas produire suffisamment par eux-mêmes paient le prix: coûts plus élevés, incertitude accrue, marge de manœuvre réduite. La sécurité d’approvisionnement ne commence pas seulement dans les rayons des supermarchés, mais beaucoup plus tôt — dans l’énergie, l’industrie, l’agriculture et, bien sûr, dans la production d’engrais.
La pénurie alimentaire ne signifie pas nécessairement des rayons vides en Europe, mais elle commence insidieusement: par des rendements en baisse, des coûts de production en hausse, une dépendance accrue aux importations et une forte hausse des prix des aliments. Ce qui, au début, semble une charge pour les agriculteurs, finit par toucher toute la population. Si les récoltes diminuent ou deviennent plus chères, la nourriture devient plus chère. Et si un pays ne peut plus assurer lui-même ses besoins essentiels dans certains domaines, il perd une partie de sa souveraineté économique et politique.
Sécurité d’approvisionnement plutôt qu’idéologie
C’est pourquoi il ne suffit pas de traiter les symptômes. Il faut une politique qui prenne la sécurité d’approvisionnement au sérieux. Cela implique de ne pas surcharger l’agriculture de nouvelles charges en permanence. Mais cela signifie aussi de préserver la base industrielle, indispensable à cette agriculture. Qu’on proclame le Green Deal sous sa forme actuelle comme une doctrine inviolable, c’est ignorer les conséquences concrètes pour la production, la compétitivité et le coût de la vie.

On peut vouloir la protection du climat, sans ruiner les fondements de notre approvisionnement. On peut poursuivre des objectifs environnementaux, sans mettre en même temps la pression sur les agriculteurs, l’industrie et les consommateurs. Ce qui ne fonctionne pas, c’est une politique qui privilégie les symboles d'idéologies abracadabrantes au détriment de la raison économique. Et cette impression ne cesse de s’intensifier dans la politique européenne des engrais.
Au final, la question est simple : l’Autriche pourra-t-elle encore à l’avenir produire une part essentielle de ses denrées alimentaires, ou se contentera-t-elle de devenir de plus en plus dépendante des marchés étrangers? Ceux qui veulent renforcer l’autonomie alimentaire ne doivent pas traiter les engrais comme une question secondaire. Ils constituent une clé pour la récolte, la stabilité des prix et la résilience du pays en temps de crise.
Qui est Wolfgang Hartmann?
Wolfgang Hartmann est originaire de Haute-Autriche et travaille depuis des années, à plein temps, dans le secteurs des médias et de la presse.
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Signification géopolitique de la chute de Viktor Orbán

Signification géopolitique de la chute de Viktor Orbán
Ronald Lasecki
Source: https://ronald-lasecki.blogspot.com/2026/04/geopolityczny...
Sur le plan géopolitique, l’échec de Viktor Orbán est une victoire pour l’UE – une de plus après la Moldavie et la Roumanie. La Hongrie, tout comme la Slovaquie, est un pays trop petit pour fonctionner sans injections extérieures de capitaux (son développement économique et civilisationnel le plus important s’est produit dans la seconde moitié du 19ème siècle grâce aux capitaux juifx et à l’administration allemande).
Le principal fournisseur de capitaux pour la Hongrie est actuellement l’UE, qui, dans le cadre du paquet général, impose un programme civilisationnel et idéologique libéral. Orbán, justement désireux de rejeter ce programme, a tenté, à différents moments, de rechercher des sources de soutien à l’extérieur, que ce soit en Russie, en Chine, aux États-Unis, en Turquie ou en Israël. Aucune de ces tentatives n’a cependant fonctionné.
Les déserts eurasiens
La Russie ne dispose pas de capitaux à exporter, en dehors des secteurs militaire, nucléaire et gazier. Sur ces deux derniers secteurs, Orbán a tiré des bénéfices, mais cela n’a pas suffi à dynamiser l’économie hongroise. La croissance économique de la Hongrie en 2025 n’a atteint que 0,7%, en partie en raison de faibles investissements et d’une demande extérieure également modeste pour ses marchandises. Le déficit budgétaire de la Hongrie a atteint 4,7% dans le même temps, avec une perspective de croissance supérieure à 5% cette année. La dette publique frôle 74%, et cette tendance haussière devrait se maintenir dans les années à venir, la portant à près de 80% du PIB à la fin de la décennie.
Pendant ce temps, la Russie a mal géré son intervention en Ukraine, n’a pas encore gagné la guerre et il ne semble pas y avoir de perspectives sérieuses pour qu’elle puisse soumettre l’Ukraine dans un avenir proche. Par conséquent, Budapest n’a pas obtenu de liaison territoriale directe avec un empire russe potentiel ou un bloc continental, ce qui lui aurait permis de construire une alternative réelle à l’UE.
Le projet chinois 16+1 a été bloqué il y a une décennie par les États-Unis par le biais de la Pologne, ce qui a fait perdre à Pékin tout intérêt pour l’Europe de l’Est. La Biélorussie a été la plus frappée, car elle basait sa stratégie de développement sur la nouvelle route de la soie. Les perspectives qu'aurait pu apporter un financement chinois pour la Hongrie et pour son émancipation de l’UE ont également été anéanties.
La Turquie est davantage une puissance aspirante qu’une force réelle dans les Balkans. On peut parler, au mieux, d’une «pénétration turque» dans la région plutôt que de la Turquie en tant que fournisseur crédible de biens pour les pays balkaniques. Quant à Israël, il fonctionne dans le cadre du mondialisme américain, principalement en soutenant des gouvernements amis dans le monde arabe et en Afrique, en Europe en comptant sur l’hégémonie de Washington, qui agit comme gardien des intérêts de Tel-Aviv – le pays hébraïque « reçoit » (soutien diplomatique, politique, renseignement, etc.) mais ne donne rien en retour.
Résultats nuls Outre-Atlantique
C’est cependant pour les États-Unis que la défaite d’Orbán représente le plus grand échec. En effet, les Stars and Stripes se sont directement engagées pour soutenir la Hongrie… mais seulement en paroles. Le 7 novembre 2025, l’ancien Premier ministre hongrois a effectué une visite très médiatisée à Washington. Comme on s’en souvient, elle s’est déroulée dans une atmosphère cordiale, le «God Emperor» accueillant le Premier ministre hongrois à déjeuner, le complimentant à plusieurs reprises comme un «leader exceptionnel» et soutenant sa politique envers les migrations, en opposition à celle menée par les élites libérales d’Europe de l’Ouest. En dehors d’un coup de patte symbolique, les résultats de la visite ont été très modestes pour la Hongrie.

Budapest a tenté d’obtenir une exemption illimitée des sanctions sur l’importation de gaz naturel russe (74% du gaz utilisé en Hongrie en 2024 provenait de Russie) et de pétrole (86% également), mais Washington a déclaré que cela ne devrait durer que jusqu’en novembre 2026. De retour des États-Unis, le Premier ministre hongrois a annoncé que Trump avait promis à la Hongrie une «bouclier financier» contre le chantage budgétaire de l’UE, mais le président américain a déclaré que, bien que la Hongrie ait demandé cette aide, il ne lui avait rien promis. Orbán a donc été publiquement ridiculisé par Trump (qui lui a probablement menti lors de sa visite), ce qui a jeté le doute sur sa crédibilité dans la société hongroise.
Les autres accords conclus lors de la visite étaient déjà des concessions de la Hongrie envers les États-Unis, visant à compenser la suspension temporaire des sanctions américaines contre la Russie: Budapest s’est engagée à acheter du gaz liquéfié aux États-Unis pour 600 millions de dollars, à acheter des armes américaines pour 700 millions de dollars, à acheter du combustible nucléaire américain pour 114 millions de dollars, ainsi qu’à ouvrir son marché aux technologies nucléaires américaines et à rejoindre le programme spatial Artemis. En d’autres termes, les États-Unis ont assuré leur profit avec leur client hongrois, tout en évitant d’apporter leur soutien avec leur capital dans une période de besoin évident.
Après 2007, la Russie a progressivement réduit ses préférences tarifaires pour la Biélorussie dans la vente de gaz (en 2011, Vladimir Poutine a qualifié cela de «subvention à l’économie biélorusse» à hauteur de 4 milliards de dollars par an), ce qui a progressivement alimenté la crise de l’État-providence biélorusse, culminant dans une crise politique liée aux élections de 2020. Il était alors juste de rappeler que, si l’on veut avoir un empire, il faut en assumer le coût.
L'Amérique, avare sur le plan économique
Trump, lors de la campagne électorale, remettait en question l’idée d'un empire mondial américain, qui s'opposerait au principe «America First». Cependant, il l’a appliqué à moitié: les Stars and Stripes ont, au cours des deux dernières années, bombardé ou frappé la Syrie, l’Irak, l’Iran, le Yémen, la Somalie, le Nigeria, ainsi que le Venezuela et l’Équateur, et ils ont menacé le Mexique, le Panama, Haïti, Cuba, le Groenland, tout en élaborant des plans de colonisation de la bande de Gaza par le capital oligarchique américain. Cependant, les États-Unis ont toujours caché que leur prétendue « puissance douce » – leur influence interne (perception de l’idée de l’empire américain dans l’élite et la société) et leur « puissance extérieure » (la sympathie envers cette idée dans le reste du monde) – s’est considérablement réduite, car ils ne peuvent plus garantir la liberté des mers (le détroit d’Ormuz bloqué par les vedettes iraniennes) ni injecter du capital dans l'économie de leurs clients géopolitiques. Sans Israël, le sort d’Orbán aurait probablement été partagé depuis longtemps par le général al-Sissi en Égypte. Sans l’UE, le gouvernement pro-occidental en Ukraine aurait probablement été renversé il y a plusieurs mois.
Ainsi, les États-Unis ne financent plus leurs clients potentiels comme la Hongrie ou l’Ukraine. Ils ne garantissent plus «la liberté des mers». Ils ne peuvent pas « changer le régime » en Iran. Ils ne peuvent pas mobiliser leurs vassaux européens (refus de l’Europe de participer à l’attaque contre l’Iran), comme ils sont eux-mêmes «mobilisés» par Israël. Les États-Unis ne peuvent pas non plus annexer librement les territoires qu’ils convoitent (le canal de Panama, le Groenland, le Canada). Ce sont là des signes réels que, bien que matériellement les États-Unis soient toujours si grands qu’ils ne rentrent pas dans la ligue normale des acteurs géopolitiques, leur « soft power » – la perception intérieure (dans l’élite et la société) et extérieure (l’approbation du reste du monde) de l’idée de l’empire américain – s’est tellement réduite qu’ils deviendront bientôt une ombre de l'hegemon mondial qu'il furent jadis, car personne ne voudra plus compter sur eux.
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dimanche, 19 avril 2026
La princesse et le candidat

La princesse et le candidat
par Georges Feltin-Tracol
La pré-campagne présidentielle démarre en fanfare ! La couverture de Paris Match du 9 avril 2026 officialise l’idylle entre, d’une part, Jordan Bardella, le président du Rassemblement national (RN) et, au Parlement dit européen, du groupe Les patriotes pour l’Europe, et, d’autre part, la princesse Maria Carolina de Bourbon-Siciles. Dix ans auparavant, le même hebdomadaire offrait en quelques mois plusieurs couvertures avantageuses du couple Brigitte et Emmanuel Macron. Malgré les avertissements insistants de ses plus proches conseillers, François Hollande n’imaginait pas encore que son jeune ministre de l’Économie se lancerait à sa place dans la compétition élyséenne. La princesse et Jordan Bardella avaient déjà été vus ensemble le 13 janvier dernier en quittant le Grand Palais à Paris lors de la réception organisée pour les deux cents ans du Figaro.
Pour l’instant et dans l’attente du verdict en appel de l’affaire des assistants parlementaires du 7 juillet prochain, Marine Le Pen demeure la candidate naturelle de la formation nationale-centriste tandis que Jordan Bardella entend briguer Matignon. Mais une sentence plus lourde et/ou une exécution provisoire aggravée écarteraient de facto Marine Le Pen de la course et laisserait le champ libre avec sa bénédiction à son Dauphin.
Force est de constater que la romance entre l’enfant originaire du 9-3 (la Seine Saint-Denis) et une descendante de Hugues Capet, de Saint Louis, d’Henri IV et de Louis XIV dont elle descend à la onzième génération fait jaser la médiasphère. Le député ex-LFI et apparenté Vert de Seine Saint-Denis, Alexis Corbière, s’élève contre «le peopopulisme… ou la nouvelle étape écœurante de la banalisation de l’extrême droite». On en frissonne déjà. Quelques pétroleuses déphasées s’indigneront de l’écart d’âge - huit ans ! – entre Jordan Bardella (30 ans) et Maria Carolina (22 ans). Les plus hystériques en hurleront presque au détournement de mineure ! Pour sa part, l’organe-phare de la désinformation et des interprétations tendancieuses, Le Monde du 16 janvier, exprime à travers un article d’Ariane Chemin et d’Ivanne Trippenbach qu’«en s’affichant avec une héritière royale, Jordan Bardella prend le risque de brouiller son image». Une telle liaison serait-elle une erreur grossière de la part d’un parti qui tenait naguère des positions anti-Système? Et si la publicité de cette relation était, au contraire, un atout pour le président du RN? Dans la Grande-Bretagne industrialisée de la seconde moitié du XIXe siècle, le futur premier ministre conservateur Benjamin Disraeli prônait au sein du mouvement Jeune Angleterre une alliance entre le peuple prolétaire et l’aristocratie nobiliaire contre la bourgeoisie fidèle aux Whigs. Ne sommes-nous pas en présence d’une circonstance semblable en plus médiatique ?
La population peut se montrer en effet sensible à cette histoire qui, en ces temps saturés de féminisme, change les codes habituels. Ce n’est plus le prince charmant qui sauve une jeune bergère endormie, mais une vraie princesse qui choisit un roturier. Bien sûr, certaines admiratrices passionnées éprises en leur for intérieur de «Jordan» se sentiront dépitées, mais la majorité se fiche de la vie privée du personnel politique. Mieux encore, cette idylle renforce l’image personnelle du patron des Patriotes pour l’Europe qui rassure l’électorat libéral-conservateur historiquement réticent à voter pour un RN jugé fiscaliste et trop de gauche. Se lier à une Bourbon permet à Jordan Bardella de récuser tout collectivisme de sa part. Lénine aurait-il épousé une grande-duchesse russe?
Dans Le Figaro (du 15 avril 2026), un professeur en Sciences politiques à l’université de Nottingham, Hugo Drochon, estime que « s’afficher avec quelqu’un dont le nom évoque l’héritage [celui de l’Ancien Régime] est une autre manière de rejeter l’ordre contemporain. Cette union de l’homme du peuple avec l’aristocratie peut plaire». On ne peut que penser au couple mythique argentin Juan et Eva Peron. La femme du chef de l’État argentin portait manteau de fourrure et belle parure de bijoux tout en étant adulée par les «sans-chemises» justicialistes.
Enfin, Le Monde (du 15 avril 2026) publie sur deux pages un nouvel article cosigné Chemin–Trippenbach au fond vipérin. Pratiquant un confusionnisme voulu qui mêle l’origine des photographies parues dans Paris Match (prises au télé-objectif ou préparées à l’avance?), elles parviennent à y placer Jeffrey Epstein et le président légitime de la Syrie, Bachar al-Assad. Chapeau bas, les artistes!
Qui est donc cette princesse des Deux-Siciles? Née le 23 juin 2003 à Rome, Maria Carolina Chantal Edoarda Beatrice Januaria est la fille aînée de Charles de Bourbon-Siciles et de Camilla Crociani. À leur mariage à Monte-Carlo en 1998, l’un de leurs témoins n’était autre que le futur prince Albert II de Monaco. Le couple a une seconde fille, Maria Chiara, née en 2005.
Jouant les mannequins de mode à l’occasion et étudiante à l’université de Monte Carlo en section «Mode et études de luxe», Maria Carolina appartient à la Jet Set et participe aux raouts huppés dans les Antilles sur les îles de Saint-Barthélémy et de Saint-Martin, à Dubaï, à Hong Kong et à Monaco. Soucieuse néanmoins d’écarter la réputation facile de fêtarde, elle a accepté la proposition d’Albert II de Monaco d’intervenir en ambassadrice du projet Passion Sea pour la sauvegarde des océans.
Éprise de vitesse, Maria Carolina de Bourbon-Sicile percute à vive allure en moto en mai 2025 un mur à Monaco. Elle avouera plus tard que le port du casque intégral et des soins intensifs prodigués à l’hôpital l’ont sauvée. Instruite à domicile hors de tout système scolaire par des précepteurs, elle parle couramment le français, l’italien, l’espagnol, le portugais, l’anglais et, ô horreur !, le russe. Serait-elle donc un agent clandestin de Poutine? Les mauvais esprits complotistes ne s’interrogent pas encore, mais cela ne tardera pas…
Sa marraine est l’actrice espagnole Inès Sastre (photo). Quant à ses parrains, ils se nomment Laurent de Belgique, frère cadet du roi des Belges Philippe, et Jean-Christophe Napoléon Bonaparte, chef de la Maison impériale de France. La mère de ce dernier s’appelle Béatrice de Bourbon-Siciles, sœur aînée de Charles, le père de Maria Carolina.
La presse présente Maria Carolina comme prétendante au trône du royaume des Deux-Siciles disparu au moment de l’unification italienne en 1861. Elle porte par conséquent les titres de duchesse de Calabre et de Palerme. Le 14 mai 2016, son père Charles décide d’abroger la loi salique en faveur du principe de primogéniture absolue et mentionne dans sa décision des textes diplomatiques cosmopolites tels la Convention du 18 décembre 1979 de l’ONU, le traité de Lisbonne du 13 décembre 2007 et le traité sur le fonctionnement de l’Union européenne du 1er décembre 2009.
Toutefois, ses cousins rejettent cette modification d’autant que perdure une vieille querelle successorale entre les deux manifestations des Bourbons-Siciles. Le père de Maria Carolina, Charles en 22e position dans l’ordre de succession de la couronne de France selon les royalistes légitimistes, relève de la branche cadette dite «de Castro». Les généalogistes désignent l’aînée comme la «branche de Calabre».
Les Bourbons-Siciles forment l’un des deux rameaux italiens (avec les Bourbon-Parme) des Bourbons d’Espagne de Philippe V, le petit-fils du « Roi-Soleil ». À l’instar du triste et fâcheux précédent du traité d’Utrecht conclu en 1713 qui interdit toute union personnelle entre les royaumes de France et des Espagnes, à la fin de la guerre de Succession de Pologne en 1738, le traité de Vienne empêche le règne commun entre les Espagnes et les Deux-Siciles. Les rois d’Angleterre ignorent ces restrictions d’où leur souveraineté nominale sur l’Écosse, le Canada, l’Australie, la Nouvelle-Zélande et maints petits États des Indes Occidentales dans les Caraïbes. On doit aussi remarquer que toujours influencés par Londres, les Bourbons-Sicile restent à l’écart du troisième «pacte de famille» de 1761 noué entre les Bourbons de France, d’Espagne et de Parme en complémentarité géopolitique avec la grande alliance franco-habsbourgeoise de 1756.
En 1900, Charles de Bourbon-Siciles (1870–1949) renonce devant notaire à Cannes à ses titres et à sa Maison parce qu’il va épouser l’année suivante la sœur aînée du roi Alphonse XIII d’Espagne, Marie des Grâces. Il deviendra dès lors un infant inscrit dans l’ordre de succession espagnole. Le destin des Bourbons-Siciles repose sur son frère aîné Ferdinand-Pie (1869–1960) dont l’unique fils, Roger, décède en 1914. À son décès, son neveu Alphonse (1901–1964), duc de Calabre et comte de Caserte, déclare nulle et non avenue la renonciation de 1900 de son père et, arguant de son droit d’aînesse, se proclame chef de la Maison des Bourbons-Siciles. Il entre en opposition frontale avec son oncle Rénier (1883–1973), duc de Castro, un ancien officier espagnol naturalisé français en 1904 et arrière-grand-père de Maria Carolina, qui revendique lui aussi la direction exclusive de sa Maison.
Aujourd’hui, le petit-fils d’Alphonse est le prince Pierre de Bourbon-Siciles, par ailleurs onzième dans l’actuel ordre de succession du royaume d’Espagne. Les Bourbons d’Espagne, les légitimistes français, les Bragance au Portugal, les Habsbourg, les Saxe-Cobourg-Gotha en Bulgarie, les Oldenbourg de Grèce, les Orléans-Bragance au Brésil reconnaissent les prétentions de la branche de Calabre. Le 25 janvier 2014, un acte de réconciliation signé à Naples entre Calabre et Castro confirmait leurs titres respectifs et apaisait les tensions internes. La fin abrupte de la loi salique a rendu ce rapprochement interne caduc.

Ces querelles picrocholines sont très loin de Carcassonne, de Hénin-Beaumont et d’Agde, trois municipalités RN, sans oublier que la mère de Maria Carolina ne parle plus à sa propre sœur Cristiana qui l’accuse d’avoir demandé à leur mère, l’actrice et femme d’affaires italienne Edoarda Vesselovsky épouse Crociani, connue sous le nom de scène d’Edy Vessel (photo), d’une intention maligne de la déshériter. Il s’en suivit pour la princesse Camilla divers déboires devant les tribunaux des Îles anglo-normandes et de Curaçao (Antilles néerlandaises).
Hors de toutes ces discordes familiales et dynastiques, les photographies du jeune couple prises dans le paysage bucolique du littoral corse représentent un départ tonitruant dans la longue marche électorale vers un autre palais, celui de l’Élysée.
GF-T
- « Chronique flibustière » n° 189, d’abord mise en ligne le 16 avril 2026 sur Synthèse nationale.
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Retour à la rhétorique de la peur en Occident – Une analyse réaliste de la Russie

Retour à la rhétorique de la peur en Occident – Une analyse réaliste de la Russie
Markku Siira
Sources: https://markkusiira.substack.com/p/irti-lansimaisesta-pel... & https://ecfeda1c.delivery.rocketcdn.me/wp-content/uploads...
La discussion sur la Russie est piégée dans une boucle de rhétorique répétitive. La prévision constante d’une expansion du conflit, tout en soulignant la menace et la faiblesse de la Russie, ne constitue pas une analyse constructive, mais plutôt une prophétie auto-réalisatrice, peu fondée sur la réalité. Il est plus judicieux d’aborder la situation de la Russie de manière réaliste, sans se laisser guider par la rhétorique de la peur occidentale, et en tenant compte des défis et des opportunités réels du pays.
L’élite académique russe a récemment brisé certains tabous en politique étrangère. Dmitri Trenin (photo), président du Conseil pour les Affaires internationales et la Sécurité (RIAC), a déclaré que la Russie se trouve au milieu d’un « nouveau conflit mondial contre le monde occidental collectif », tout en critiquant l’expertise en politique étrangère de son propre pays comme étant déconnectée de la réalité. Cette autocritique ne traduit pas une faiblesse, mais plutôt une vigilance stratégique.
Ivan Timofeïev, directeur du programme du Club de Valdai, est allé encore plus loin. Selon lui, le manque de modernisation technologique, scientifique et industrielle rend difficile, voire impossible, le maintien de la compétitivité. Timofeïev s’appuie sur l’héritage de Pierre le Grand: la modernisation de l’époque était violente, mais nécessaire, avec une technologie et un savoir empruntés aux ennemis occidentaux.
Depuis, avec la détérioration de la coopération avec l’Europe, la Russie s’est tournée vers de nouveaux partenaires – notamment la Chine – tout en ne fermant pas la porte à une relance de la coopération avec l’Occident. Cette ouverture, même en pleine hostilité, témoigne du pragmatisme russe.
Dans le domaine de la quatrième révolution industrielle et de la digitalisation, la Russie a fait des avancées importantes, notamment sous la contrainte des sanctions. Ces sanctions ont accéléré la transition vers des logiciels nationaux et renforcé l’autosuffisance technologique.


L’État a investi dans la normalisation de la digitalisation industrielle, et dans le secteur civil, de grandes entreprises métallurgiques comme Severstal, NLMK et MMK ont été à l’avant-garde de l’intégration de l’intelligence artificielle et des jumeaux numériques. Dans l’industrie de la défense, l’IA a été intégrée dans des plateformes telles que Okhotnik et Narval, et le président Poutine a souligné l’importance de l’IA dans le nouveau programme d’armement.
Ces progrès s’inscrivent dans une stratégie plus large, où la Russie construit une nouvelle base économique malgré la pression extérieure. Bien que sa position dans les institutions économiques occidentales se soit affaiblie, le pays développe activement des alternatives notamment dans le cadre des BRICS. La part des monnaies nationales dans le commerce avec les partenaires des BRICS a considérablement augmenté.
Du point de vue de la sécurité stratégique, la Russie se trouve entre deux pôles: à l’ouest, l’UE en tant qu’adversaire, à l’est, la Chine en tant que partenaire stratégique. Leur arsenal nucléaire sert de dissuasion contre une attaque de grande ampleur, mais le pays reste vulnérable face à des conflits de faible intensité à ses frontières sud.
Sur le plan intérieur, la Russie lutte encore contre des défis connus: inégalités sociales, disparités régionales, bureaucratie lourde, infrastructure défaillante et problèmes environnementaux.
La militarisation de l’économie sollicite la main-d’œuvre, la crise démographique est grave, et le blocus technologique causé par les sanctions est critique. Pourtant, le pays possède des atouts importants: une population hautement qualifiée, un patrimoine culturel riche, une résilience prouvée en période de crise, et une longue tradition de percées technologiques même dans les temps difficiles.
Le groupe au pouvoir, prudent, de Poutine n’élargira pas le conflit en dehors de l’Ukraine. Toute escalade éventuelle ne viendrait pas de Moscou, mais plutôt d’acteurs occidentaux, surtout de cercles dirigés par Londres. La menace continue d’une invasion russe, par exemple dans la Baltique ou en Finlande, est davantage une source de peur qu’une analyse crédible.
L’objectif stratégique de l’Occident semble être d’obtenir une gouvernance russe sensible, prévisible et subordonnée à ses propres intérêts. Pour les intérêts nationaux russes, une alternative plus pertinente pourrait être un modèle chinois: une économie socialiste de marché où l’État guide l’économie et sélectionne la technologie, sans dépendance aux démocraties occidentales ni transfert de ressources à des capitaux étrangers.
Après Poutine, la Russie aura besoin d’un nouveau leader nationaliste et technocrate capable de conduire une modernisation à la chinoise, sans renoncer à la souveraineté stratégique du pays.
La Russie se trouve à une croisée des chemins stratégiques. Elle ne souhaite pas élargir la guerre, et elle ne peut pas se retirer d’Ukraine sans accord, ce qui signifierait la fin du régime actuel. Se détacher à la fois du poids de l’époque soviétique et du cercle vicieux de l’économie de guerre nécessiterait une réévaluation, une nouvelle direction et la capacité de gérer conflits internes et pressions externes. Le résultat final dépendra en fin de compte de la manière dont la Russie définira son propre chemin – non de la façon dont l’extérieur l’interprétera.
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Magyar reste sur la ligne Orbán: rejet du Pacte sur la migration, renforcement de la clôture frontalière

Magyar reste sur la ligne Orbán: rejet du Pacte sur la migration, renforcement de la clôture frontalière
Source: https://unzensuriert.at/329481-magyar-bleibt-auf-orban-li...
Péter Magyar a remporté une victoire décisive lors des élections législatives et se positionne comme le futur Premier ministre désigné de Hongrie. La joie des élites occidentales était grande, mais il apparaît désormais que, en matière de migration, l’ancien dissident du Fidesz ne diffère guère du Premier ministre actuel Viktor Orbán.
Les questions fondamentales restent intouchées
Le parti conservateur Tisza de Magyar a obtenu 53% des voix et s’est assuré 138 des 199 sièges – une majorité des deux tiers permettant de réaliser des réformes importantes. Le Fidesz d’Orbán a recueilli 38% des voix et 57 sièges; Orbán a reconnu la défaite, suite à un record de participation électorale de 78%. Magyar, qui était autrefois un confident d’Orbán, devrait prendre ses fonctions en mai et promet un changement de pouvoir sans rupture de cap sur les questions essentielles.
Clair rejet du Pacte européen sur la migration
Peu après sa victoire électorale, Magyar a déclaré sans ambiguïté: «Nous n’accepterons aucun pacte ni aucun mécanisme de redistribution en ce domaine». Il s’oppose ainsi ouvertement au Pacte européen sur la migration et l’asile, qui prévoit des quotas obligatoires et des procédures accélérées – une ligne qui rappelle la politique d’Orbán. Il critique les sanctions de l’UE de 200 millions d’euros plus un million par jour comme étant une lourde charge pour le budget hongrois, et cherche des voies juridiques pour y mettre un terme.
Renforcement de la clôture frontalière et lutte contre le trafic d’êtres humains
La clôture existante à la frontière sud, emblème de la politique hongroise depuis 2015, ne doit pas seulement être maintenue, mais aussi renforcée pour combler les lacunes. Magyar prévoit une approche plus dure contre le trafic d’êtres humains et se distancie de la décision d’Orbán de libérer en 2023 plus de 2200 contrevenants condamnés pour trafic.
Une large feuille de route de réformes au-delà de la migration
Outre la politique migratoire, Magyar annonce des changements importants: déplacement du siège du gouvernement, dissolution de la radio publique, lutte contre la corruption et amélioration des relations avec l’UE par le déblocage d’aides bloquées d’une valeur de 20 milliards d’euros. Il prévoit l’expulsion des « migrants VIP » d’Orbán et un changement de cap pour s’éloigner de la ligne proche de la Russie.
14:54 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, europe, affaires européennes, hongrie, europe danubienne, europe centrale, péter magyar, viktor orban |
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Surprise pour la direction des syndicats allemands! Les membres de ces syndicats votent plus souvent pour l’AfD que les non-membres

Surprise pour la direction des syndicats allemands! Les membres de ces syndicats votent plus souvent pour l’AfD que les non-membres
Peter W. Logghe
Source: https://www.facebook.com/peter.logghe.94
Au cours de ces dernières années, les syndicats allemands ont fait de "la lutte contre l’extrême droite", et plus précisément contre l’AfD, un point important de leur programme. Et voici maintenant que claque un coup de tonnerre dans un ciel syndical tout bleu: selon une analyse du groupe de recherche Wahlen, les membres des syndicats en Allemagne votent plus fréquemment pour la droite conservatrice qu'est l'AfD que les non-syndiqués et d’autres catégories de la population allemande. C’est ce que révèle Reinhard Bispinck (photo), ancien directeur scientifique du service de documentation du DGB (= Union syndicale allemande), sur le site tarifpolitik.info.
Reinhard Bispinck s’est basé sur les résultats des dernières élections régionales en Allemagne, celles du Bade-Wurtemberg et de la Rhénanie-Palatinat. D’après l’analyse des résultats dans le Bade-Wurtemberg, 24% des syndiqués ont voté pour l’AfD, alors que le parti a obtenu en moyenne 18,8% dans ce Land. Qui plus est: 18% des travailleurs non syndiqués ont voté pour l’AfD. Ce fait est d’autant plus remarquable que les syndicats jouent un rôle important aux côtés des groupes d’extrême gauche dans la lutte contre l’AfD classée à droite: ainsi, la présidente actuelle du DGB, Yasmin Fahimi (ancienne députée SPD), est l’une des opposantes les plus acharnées à l’AfD.

(Texte: Ne vous laissez pas abuser quand on vous dit qu'exiger des alaires plus élevés conduit nécessairement à l'inflation. Cela ne peut se déduire des statistiques qui nous ont été présentées).
L’AfD a trois fois plus de soutien chez les syndiqués que la SPD…!
Ces résultats doivent aussi inquiéter le syndicat, qui est traditionnellement proche de la SPD: selon l’étude, en moyenne, seulement 8% des syndiqués ont voté pour la SPD en Bade-Wurtemberg: ça fait mal! Avec cela, les «camarades» sociaux-démocrates n’ont recueilli qu’un tiers des voix qui sont allées à l’AfD, dite d’extrême droite. Chez les syndiqués, les Grünen sont arrivés en tête dans le Bade-Wurtemberg, avec 29%. Ensuite vient l’AfD, avec 23%, puis la CDU en troisième position avec 23%. Die Linke n’a recueilli que 6%.
En Rhénanie-Palatinat, l’AfD occupe également la deuxième place parmi les électeurs syndiqués. Dans ce Land, 23% d’entre eux ont voté pour l’AfD, alors qu’en moyenne, le parti a obtenu 19,5% dans cette région. Le parti le plus fort parmi les membres des syndicats en Rhénanie-Palatinat reste la SPD, avec 32%. La CDU, qui a obtenu 31% dans ce Land, reçoit peu de soutien chez les membres syndicaux, avec seulement 21%.
Dans ces deux Länder, l’AfD est clairement devenue le deuxième parti politique parmi les travailleurs syndiqués. Et ce qui est important à noter: l’AfD a recueilli plus de voix chez les syndiqués que la moyenne. Quant à savoir si cette étude apportera plus de réalisme aux syndicats, c'est malheureusement peu crédible.
12:58 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, europe, affaires européennes, allemagne, syndicats, syndicalisme, afd |
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samedi, 18 avril 2026
L’Europe passe du statut de soutien à celui de zone de production de cette guerre

L’Europe passe du statut de soutien à celui de zone de production de cette guerre
Elena Fritz
Source: https://t.me/global_affairs_byelena#
Avec la révélation de sites concrets de fabrication de drones et de composants en Europe, Moscou a marqué un point qui est systématiquement minimisé dans le débat européen. Il ne s’agit plus simplement d’aide militaire, de paquets financiers ou de soutien politique à Kiev. Il s’agit du fait que le sol européen devient lui-même de plus en plus partie intégrante de la chaîne de production militaire de cette guerre.
C’est précisément là que réside le changement qualitatif. Tant que l’Europe fournit, on peut encore parler de soutien sur le plan politique. Mais dès lors qu’il y a production, montage, financement et intégration technique sur le territoire européen, le soutien se transforme peu à peu en implication industrielle. Ce n’est pas seulement une question sémantique, mais une question stratégique. Celui qui ne se contente plus de transmettre du matériel de guerre, mais qui permet sa fabrication sur son propre territoire, aura de plus en plus de mal à se réfugier derrière la confortable fiction selon laquelle il aurait seulement une relation indirecte avec la guerre.

Le message russe ne visait pas uniquement les gouvernements, mais visiblement aussi l’opinion publique européenne. Le sous-texte est clair: votre sécurité n’est pas seulement menacée par le conflit extérieur, mais aussi par les décisions de vos propres élites politiques, qui entraînent l’Europe de plus en plus profondément dans la logique militaire de cette guerre. Cela est d’autant plus sensible politiquement que cela dévoile un conflit que la classe dirigeante européenne préfère garder dans l’ombre: la contradiction entre la rhétorique officielle de crise et l’escalade réelle via une production commune et une intégration militaro-industrielle.
Par ailleurs, le processus met aussi en lumière un problème du côté russe. La dissuasion repose sur la crédibilité. Ceux qui, pendant des années, ont tracé des lignes rouges, risquent de voir leurs avertissements devenir inopérants s’ils ne sont pas suivis de conséquences visibles. Voilà le dilemme stratégique de Moscou: en nommant publiquement des sites européens, la menace devient plus claire, mais cela oblige aussi la Russie à se mettre sous pression. En effet, chaque avertissement perd en impact s’il n’est perçu que comme un rituel médiatique supplémentaire.

Cela ne change cependant rien au véritable problème européen. En Occident aussi, on travaille avec une fiction: celle selon laquelle il serait possible d’approfondir encore le soutien militaire à l’Ukraine, d’étendre la production sur le territoire européen, de renforcer la coopération opérationnelle, tout en affirmant que l’Europe ne serait pas davantage impliquée dans le conflit. Cette idée est politiquement commode, mais stratégiquement peu sérieuse. Plus l’Europe devient non seulement bailleur de fonds, mais aussi espace de production et centre organisationnel de la guerre, plus la distance avec le conflit réel diminue.
Le véritable scandale ne réside donc pas seulement dans la réaction de la Russie, mais dans la banalisation de la militarisation de l’Europe. Ce qui aurait été considéré, il y a quelques années, comme une escalade exceptionnelle est aujourd’hui traité comme une simple opération administrative: financement ici, fabrication là, coopération entre-temps. Le public doit s’habituer à l’idée que sur le sol européen, il devient de plus en plus évident que des infrastructures de guerre se développent pour un conflit en cours. Et c’est précisément cette habituation qui représente la partie la plus dangereuse de cette évolution.
Car cela ne modifie pas seulement la politique extérieure, mais aussi la constitution intérieure de l’Europe. Là où la militarisation devient la nouvelle norme, la langue politique se déplace également. Les risques sont minimisés, la participation politique est réduite, et toute critique fondamentale est moralisée. Les citoyens sont invités à payer, à se taire, et à accepter cette nouvelle réalité comme inévitable.
#géopolitique@global_affairs_byelena
20:11 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : armement, production de guerre, europe, affaires européennes, ukraine |
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Les causes structurelles de l’échec des États-Unis face à l’Iran

Les causes structurelles de l’échec des États-Unis face à l’Iran
Irtija Ahmad
L’actuelle campagne militaire américano-israélienne contre l’Iran marque une escalade dramatique dans la géopolitique du Moyen-Orient, avec des conséquences qui s’étendent bien au-delà des frontières de la région. À cela s’ajoute la restriction imposée par l’Iran à la navigation dans le détroit d’Ormuz, ce qui menace la sécurité énergétique mondiale et la liberté de transit maritime. Plus grave encore est la perspective que l’Iran se retire du Traité de non-prolifération nucléaire (TNP), ce qui constitue collectivement l’une des crises les plus graves de l’architecture de non-prolifération de l’histoire récente. Cette crise n’a pas émergé soudainement. Elle résulte de décennies de politique américaine incohérente envers l’Iran, façonnée par les pressions électorales internes, l’influence des groupes d’intérêt et l’incapacité institutionnelle à soutenir des engagements cohérents à long terme.
Dans un écrit de 1835, Alexis de Tocqueville soutenait que les systèmes démocratiques sont structurellement inadaptés à la politique étrangère. Étant guidés par des cycles électoraux courts et une opinion publique changeante, les démocraties peinent à maintenir la cohérence et la patience nécessaires à une diplomatie efficace. «La politique étrangère», remarquait-il, «ne requiert presque aucune de ces qualités que possède une démocratie». La gestion de l’Iran par les États-Unis au cours des trente dernières années illustre de manière convaincante cette thèse.
Les origines structurelles de l’impasse actuelle remontent à 1953, lorsque les États-Unis, sur ordre du président Dwight Eisenhower, orchestrèrent le renversement du Premier ministre iranien élu démocratiquement, Mohammad Mossadegh (photo), à la suite de sa nationalisation de l’Anglo-Iranian Oil Company.
La restauration du régime monarchique, soutenue par un appui politique et par renseignement constant de la part des États-Unis, généra des revendications institutionnelles profondes qui contribuèrent à créer les conditions ayant précédé la Révolution islamique de 1979. Cet épisode établit un modèle d’engagement américain avec l’Iran, dans lequel les intérêts politiques et économiques à court terme étaient constamment privilégiés par rapport aux considérations stratégiques à long terme.
Un accord fonctionnel, abandonné
En juillet 2015, l’Iran et les États du P5+1 ont signé le Plan d’action conjoint global (JCPOA), qui imposait des restrictions vérifiables au programme nucléaire iranien en échange d’un allègement des sanctions. L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a publié plusieurs rapports confirmant que l'Iran s'y conformait. Selon l’accord, le délai estimé de breakout de l’Iran a été prolongé à environ douze mois.
Cependant, en mai 2018, l’administration Trump a annoncé qu’elle mettrait fin à la participation des États-Unis au JCPOA, malgré la certification de conformité de l’AIEA et les objections de tous les signataires européens. La motivation déclarée comprenait l’incapacité de l’accord à traiter le programme de missiles balistiques de l’Iran, bien que le retrait ait également été cohérent avec les engagements pris lors de la campagne présidentielle de 2016. En l’espace de douze mois, l’Iran a commencé à dépasser les limites d’enrichissement imposées par l’accord. Mi-2025, les stocks d’uranium enrichi de l’Iran avaient atteint des niveaux plus de 40 fois supérieurs à ceux prévus par le JCPOA.

Le retrait de 2018 reflétait également l’influence d’acteurs externes sur la politique étrangère américaine. En mars 2015, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu intervint lors d’une session conjointe du Congrès américain, avertissant que l’accord avec l’Iran garantissait à Téhéran l’obtention d’armes nucléaires. Selon des reports, le Comité américain pour les affaires publiques israéliennes (AIPAC) aurait dépensé entre 20 et 40 millions de dollars pour s’opposer au JCPOA.
Les conséquences de la pression maximale
La campagne de pression maximale qui suivit le retrait reposait sur l’hypothèse que des sanctions économiques mondiales forceraient l’Iran à accepter un accord révisé et plus large. Les données empiriques ne soutiennent pas cette évaluation. L’Iran a progressivement accru sa capacité d’enrichissement. Ses stocks d’uranium enrichi sont aujourd’hui plus de 40 fois supérieurs à ce que permet le JCPOA.
Les attaques militaires de juin 2025 et février 2026 ont endommagé les installations, mais n’ont pas réussi à détruire le savoir-faire scientifique. En mars 2026, l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a confirmé que, bien que les bombardements récents n’aient pas réussi à détruire l’installation nucléaire de Natanz, les dommages importants l’avaient rendue inaccessible.
En outre, la Russie et la Chine ont renforcé leur alignement stratégique avec l’Iran, contestant formellement la validité juridique des sanctions que l’ONU avait réinstaurées. Le cadre en cinq points de la Chine sur la question nucléaire iranienne, élaboré en mars 2025, appelait à une résolution pacifique par le dialogue et au respect du droit de l’Iran à l’énergie nucléaire civile conformément au TNP.
Le coût de l’incohérence stratégique
L’incohérence de la politique de Washington vis-à-vis de l’Iran reflète la contrainte structurelle identifiée par Tocqueville: la gouvernance démocratique, sensible aux cycles électoraux, est mal équipée pour soutenir les engagements stratégiques à long terme requis par la diplomatie de non-prolifération.
Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi (photo), a souligné ce point de manière directe dans une interview de mars 2026, en observant que l’Iran avait négocié et conclu un accord, pour ensuite voir les États-Unis se retirer sans cause suffisante.
Téhéran a constamment exprimé sa volonté de s’engager diplomatiquement, participant à cinq cycles de négociations indirectes en 2025 et proposant officiellement de réduire ses stocks d’uranium enrichi comme mesure pour installer la confiance.
Le principal obstacle à la résolution n’est pas l’absence de flexibilité iranienne, mais l’incapacité de Washington à maintenir une position de négociation cohérente entre différentes administrations, une vulnérabilité qui sera encore une fois mise à l’épreuve par le prochain cycle électoral qui aura lieu en novembre.
18:49 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, iran, moyen-orient, états-unis, nucléaire iranien |
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vendredi, 17 avril 2026
L’Inde prépare la robotisation des usines, l’Italie veut de nouveaux esclaves

L’Inde prépare la robotisation des usines, l’Italie veut de nouveaux esclaves
Augusto Grandi
Source: https://electomagazine.it/lindia-prepara-la-robotizzazion...
En Inde, certaines grandes usines obligent leurs ouvriers à porter de petites caméras. Ce n’est pas pour vérifier la qualité du travail, mais pour analyser avec une extrême précision chaque étape de l’activité, chaque mouvement de l’ouvrier. Simplement pour disposer d’une masse colossale de données à utiliser pour entraîner les robots. Destinés, bien entendu, à remplacer justement ces ouvriers qui servent de support aux caméras.
Au-delà de la sordide imposition à des employés d’une sorte de suicide professionnel, il est tout de même évident quelle direction prend le monde du travail. De moins en moins d’hommes, de plus en plus de machines. Et pas seulement en ce qui concerne les ouvriers remplacés par des robots. Au contraire, le remplacement des activités administratives par l’intelligence artificielle sera encore plus facile et rapide.
Il est inutile de se faire des illusions en pensant pouvoir arrêter cette dérive. Le luddisme reste de toute façon une posture de vaincu. La seule exception victorieuse à l’encontre de cette tendance remonte à la phase déclinante de l’Empire romain et a, de toute façon, été limitée dans le temps.

Mais si la substitution par les machines est inévitable, l’absence de perspectives pour l’après en est une caractéristique toute italienne. Le débat politique se concentre sur des questions inutiles, vieilles de 80 ans. C’est compréhensible, bien sûr, car pour parler de l’avenir, il faudrait au moins faire face au présent. Pas avec un jugement sur quelque chose qui, pour l’avenir, a autant de poids que les guerres puniques.
Et cela ne va pas mieux du côté des entreprises privées. Celles-ci ne se préoccupent pas de prévoir l’avenir, mais de demander des fonds publics pour le présent. Le reste du monde pense à des robots et à l’IA, en Italie (et ailleurs en Europe) on cherche à importer de nouveaux esclaves. Mais quand, malgré tout, les robots arriveront aussi en Italie, que ferons-nous de tous ces esclaves? Le revenu de citoyenneté pour tous? Évidemment en réduisant les sommes disponibles pour les Italiens. En réduisant les services de santé, en diminuant l’offre culturelle, en laissant la délinquance prospérer parce que les ressources pour la combattre ne seront pas là.
Mais les débats fondamentaux des petits juristes sur la constitution, la plus belle du monde, continueront à qui mieux mieux...
20:15 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, inde, robotisation |
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L'élite n'est plus à l'abri: la «liste noire» est arrivée sur la table de Poutine

L'élite n'est plus à l'abri: la «liste noire» est arrivée sur la table de Poutine
Alexandre Douguine
Le pays est en guerre depuis cinq ans, et la question de la révision des «élites», en grande partie façonnées durant les périodes les plus sombres de l'histoire russe récente — celle des années 1990 — sous le slogan «corruption, banditisme et vilenie» — mûrit depuis longtemps. Une question légitime se pose: à quoi devrait ressembler l'élite dirigeante de la Russie?
Où se trouvent les «réseaux» d'agents dormants ?
De nos jours, la question d'une «révision» et d'une «nationalisation» des élites russes est de plus en plus fréquemment soulevée. Et ici, bien que je sois d’accord avec la formulation même de la question, il est important de souligner que ces «élites» sont, bien sûr, très hétérogènes et inégales. Je connais personnellement de nombreux représentants de notre élite étatique, les plus importants du lot, qui sont des personnes d'une honnêteté irréprochable, des patriotes russes convaincus, guidés par des valeurs traditionnelles. C’est pourquoi il est hors de question de mettre tout le monde dans le même sac.

De plus, à plusieurs reprises, je me suis retrouvé — et j’en ai parlé dans de nombreuses interviews — à constater que des personnes que le peuple perçoit comme peu recommandables, ni très fermes dans leurs convictions ni patriotes avérés, se révèlent, lorsqu’on les connaît de près, être des individus très cohérents, convaincus et de nature noble. Ce dont on ne peut parler si l’on ne les connaît pas personnellement ou si l’on ne les observe pas de loin. C’est pourquoi, depuis longtemps, je m’engage à ne pas donner de noms: on dit quelque chose, puis il s’avère que ce n’est pas du tout la vérité.
Dans ce sens, si l’on a réellement fourni à Vladimir Poutine des listes de l’élite dite «renaissante», cela signifie qu’il existe sans aucun doute des motifs concrets et une connaissance fiable à ce sujet. Bien entendu, en partant du principe que ces listes proviennent de personnes respectées, proches du chef de l’État. Dans ce cas, il n’y a aucune raison ni aucun argument pour ne pas leur faire confiance. Mais moi, personnellement, je ne mentionnerais aucun nom dans ce cas précis, car je me suis souvent convaincu que, parfois, les choses ne sont pas du tout ce qu’elles semblent être à première vue.
Je vais donner un exemple. Après le début de l’opération militaire, tout le monde craignait que notre maillon le plus faible soit l’économie, mais il s’est avéré que la faiblesse était ailleurs. L’économie, que tous considéraient comme le centre de la «sixième colonne» des libéraux dans notre État, ne nous a pas fait défaut. Et ceux en qui nous avions toute confiance, croyant qu’ils représentaient notre point fort, se sont avérés être tout le contraire. Nous ne savons pas avec certitude où se trouvent les «réseaux d'agents dormants», les réseaux d’influence. Peut-être ne sont-ils pas du tout là où nous le pensons. Et cela constitue une observation très importante.

Sélection de l’élite : « corruption, banditisme et mesquinerie »
Mais, en général, il semble que notre élite, pour la plupart de ses représentants, soit inadéquate. De plus, la mentalité même de notre société est inadéquate, tout comme ont été inadéquates la préparation à une guerre aussi grave que celle d'Ukraine et sa gestion au cours de ces quatre années. Oui, nous tenons bon, nous gagnons, même si c’est avec beaucoup de difficultés et en affrontant constamment de nouveaux défis, il ne fait aucun doute: nous vaincrons. Mais il semble que l’on ne tire pas vraiment de conclusions des échecs passés.

Ces gens changent simplement de poste et de domaine d’activité, sans jamais faire preuve de compétence. Après un échec dans un domaine, on leur en confie un autre, puis, comme prévu, ils échouent aussi dans celui-là, puis dans un troisième, et ainsi de suite. Et cela ne peut pas être ignoré.
Et une autre question très profonde et sérieuse, presque philosophique, surgit: quel type d’élite avons-nous besoin? Comment devons-nous la percevoir et quels critères devons-nous poser aux représentants de la classe dirigeante pour juger leur aptitude?
Tout cela est aujourd’hui donné pour acquis, mais cela n’est pas dit à haute voix ni a fait l'objet de réflexions. Et lorsqu’il s’agit d’un cas concret ou d’une personne, hors contexte, cela devient une véritable arbitraire. Quelqu’un n’aime pas une autre personne et commence à crier: «Untel est inadéquat, c’est la sixième colonne!». Et un autre se lance immédiatement à sa défense et commence à insulter l'autre: «Et toi, qui es-tu? Pourquoi dis-tu ça? Y a-t-il quelqu’un derrière toi?».
C’est pourquoi, tant que nous faisons face à des cas isolés, il est totalement impossible de résoudre un problème systémique. Peu importe si l’on enquête sur un ministère ou un autre, un fonctionnaire ou un autre.

Par exemple, le ministre de la Défense, Andreï Removitch Belousov, s’est fixé comme objectif de résoudre les graves problèmes de son département. Et il les résout: de nouveaux cas et faits absolument horribles apparaissent, de nouvelles condamnations sont prononcées. Et bien que Belousov occupe ce poste depuis plusieurs années, le flux de ces histoires ne cesse pas. On pourrait croire que les écuries d’Augias ont été nettoyées et que l’on peut passer à l’étape suivante. Mais il s’avère qu’il faut des efforts et un temps incroyables pour cela.
Nous n’avons pas de critère sur ce que doit être notre élite. Mais ce n’est pas simplement qu’elle s’est «dégradée»: en réalité, elle s’est formée dans les périodes les plus sombres, dans les années 1990, selon le principe de la «corruption, du banditisme et de la mesquinerie» (en opposition à l’«efficacité, la moralité et le patriotisme»). Ce sont ces trois caractéristiques qui faisaient que les gens entraient dans l’élite. Les membres de l’élite devaient être corrompus, liés à la délinquance et incroyablement lâches pour obtenir des postes et les conserver. Bien sûr, il y avait aussi des exceptions parmi eux: des personnes honnêtes, une véritable classe de serviteurs et de patriotes qui servaient l’État malgré tout. Mais, en général, l’élite ne se formait pas selon le principe du service honnête. Et tout le monde le savait parfaitement.
Aujourd’hui, on essaie de lutter contre cela, mais, à mon avis, avec un énorme retard et de manière incohérente. Quelqu’un est mis en lumière, puis une longue série de délibérations s’ensuit: faut-il l’amnistier? Même Tchoubaïs, qui a volé et ruiné le pays quand il était le chef de l’administration présidentielle, le ministre des Finances, le vice-Premier ministre, le directeur de RAO UES, le directeur de «Rosnano»… Il volait partout, détruisait tout et, à la fin, il s’est enfui. Il n’a subi aucune sanction et son affaire reste ouverte.
Et cela alors qu’on aurait pu arrêter plus tôt ce sinistre personnage qui a causé un tort idéologique et économique, et corrompu tout autour de lui. Maintenant, il dirige des centres de lutte contre la Russie du côté de nos ennemis, sans cacher qu’il a toujours été un ennemi. Peut-être n’y a-t-il plus d’affaires aussi flagrantes, mais il y a néanmoins beaucoup de personnes qui ne sont guère différentes de Tchoubaïs. Car c’est justement selon ce principe que l’élite s’est formée dans les années 1990.
Sans aucun doute, il s’agit d’une question systémique et non simplement d’un «renouvellement» personnel. Elle résulte de l’inertie d’une période sombre de dépendance à l’Occident, de l’inertie du capitalisme colonial que nous avons accepté sans esprit critique. Il faut faire quelque chose à ce sujet. Une transformation de la vision du monde de notre société est nécessaire, et cela doit commencer précisément par l’élite.
Nous y travaillons ou non? J’ai l’impression qu’à l’heure actuelle, c'est non. Même si cela aurait dû être fait depuis longtemps, pour l’instant, nous nous demandons seulement si cela en vaut la peine ou pas.
Quel type d’élite avons-nous besoin ?
C’est merveilleux quand de nouvelles initiatives émergent pour assainir l’élite. C’est la voix de personnes qui se soucient du destin de la Patrie, et j’aimerais que ce processus soit enfin lancé. Il faut établir de nouveaux critères: authentiques, compréhensibles et transparents. Qui a le droit et mérite de faire partie de l’élite dirigeante, et qui ne l’a pas. Et il faut juger non seulement selon des critères moraux, mais aussi selon l’efficacité, les qualités entrepreneuriales, le professionnalisme et la responsabilité. Parce que si l’on possède beaucoup, on est responsable de beaucoup. On est responsable devant tous. Et c’est précisément cette responsabilité qui manque clairement à toute la classe dirigeante.

Si ces mesures marquaient le début d’une relance, je les soutiendrais avec ferveur, de tout cœur, et je participerais volontiers à l’élaboration des critères nécessaires pour mettre en selle la nouvelle élite. En revanche, si tout reste en demi-teinte — on enquête sur certains, on en destitue d’autres, ou plutôt on les transfère simplement à un autre poste —, cela signifiera que nous n’avons pas mûri et que nous ne comprenons pas la gravité du problème. Et ce serait très triste.
Mais je ne veux pas anticiper. Il s’est passé beaucoup de temps: ceux qui étaient en pleine forme au début des années 90 sont aujourd’hui des personnes âgées. Il est douteux que ceux qui ont été sélectionnés selon les anciens critères aient acquis en trente-cinq ans les qualités exigées par le tournant historique actuel de la Russie. Au contraire, il me semble qu’ils ont gaspillé leur énergie, et leurs enfants ne sont pas du tout préparés à recevoir le pouvoir: ils ne peuvent que dilapider ce que leurs parents ont réussi à arracher durant les années les plus folles.
La situation est très difficile. Je le répète, il faut commencer par les critères : définir comment doit être l’élite dirigeante de la Russie. Et ensuite, de manière précise, systématique, sans exceptions personnelles ni liens de clan, appliquer ces principes. Je pense qu’il est facile de les formuler:
- Premièrement, ils doivent être des personnes loyales envers l’État, c’est-à-dire des patriotes.
- Deuxièmement, ils doivent être extrêmement efficaces et responsables de leurs succès comme de leurs échecs. Ils doivent être les meilleurs; d’où le principe méritocratique.
- Troisièmement, ils doivent être honnêtes. Travailler pour l’État et accepter leur statut de gestionnaires, sans associer leur enrichissement personnel aux fonctions élevées.
Ces trois principes sont très simples. Il suffit de remplacer par eux les critères par lesquels on sélectionnait auparavant l’élite et qui sont toujours en vigueur: le manque de responsabilité, le manque de patriotisme et l’implication profonde dans la corruption. La corruption, l’occidentalisation, le libéralisme, l’irresponsabilité et le manque de responsabilité doivent devenir des tares inacceptables.
En résumé
Ce qui en 1990 était un laissez-passer gratuit pour entrer dans l’élite doit aujourd’hui devenir un laissez-passer pour vous envoyer dans des lieux complètement différents. Et il faut cultiver et surveiller les qualités opposées. Alors la société ressentira la justice et les choses dans l’État iront dans la bonne direction: nous commencerons enfin à créer nos propres processeurs, nos machines et pratiquerons une gestion sensée.
Nous avons un peuple très talentueux et un État merveilleux doté de ressources en grande abondance. Mais une élite systématiquement inadéquate, sans aucun doute, entrave notre futur développement historique.
19:50 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : alexandre douguine, actualité, russie, élites |
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