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vendredi, 20 mars 2026

Zelenski survivra-t-il politiquement à Trump?

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Zelenski survivra-t-il politiquement à Trump?

Cristi Pantelimon

Source: https://www.facebook.com/profile.php?id=100005135564621

Au début du second mandat du président Trump, Volodymyr Zelenski apparaissait comme un paria politique et géopolitique, écrasé entre la volonté des États-Unis de faire la paix avec la Russie et le désir de la Russie d’éliminer celui qui incarnait, symboliquement, la résistance de l’Ukraine face à Moscou.

Aujourd’hui, la situation semble complètement changée.

La guerre contre l’Iran déclenchée par Donald Trump a placé le président américain dans la position de devoir demander humblement l’aide de la Chine et de l’OTAN (?) pour débloquer le détroit d’Ormuz. Un Trump incohérent, qui lançait depuis la porte de son avion des messages sur la faiblesse militaire de l’Iran, mais aussi sur l’incapacité de la marine américaine à faire face à cette faiblesse de l’Iran dans le détroit en question!

Les alliés des États-Unis regardent de loin la puissance militaire américaine s’épuiser face à l’Iran.

L’effet majeur de cette guerre n’a déjà plus de rapport direct avec celui qui a poussé Trump à la déclencher. À court terme, Israël sera moins affecté par cette aventure. Les États-Unis, eux, paieront la véritable addition.

La leçon pour les États-Unis est amère: plus personne ne veut du renouveau de l’empire américain (MAGA), tout le monde souhaite que la puissance américaine voie et accepte ses propres limites !

Mais Volodymyr Zelenski ?

À l’ombre de la guerre en Iran, Zelenski respire.

Si l’Ukraine joue désormais une carte prudente à l’est comme à l’ouest, elle a des chances de sortir de l’affrontement avec la Russie en meilleure posture que prévu.

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Quelqu’un, une main invisible, a envoyé Zelenski à Bucarest pour conclure un partenariat avec la Roumanie, un pays européen malléable, qui stockera le gaz de Neptun Deep dans les réservoirs ukrainiens.

Ce gaz est roumain et européen (OMV). Ainsi, l’Ukraine reçoit une aide de l’UE par l’intermédiaire de la Roumanie.

De plus, l’Ukraine peut également devenir utile à l’UE, compte tenu de ses capacités de stockage. Un rôle qui ne peut que profiter à l’Ukraine au sein de la « famille européenne ».

Et la Russie ? A-t-elle encore intérêt à écarter Zelenski de toute urgence ?

Oui et non !

Pour Moscou, le maintien de Zelenski au pouvoir est un motif de renforcement de l’esprit combatif. Une Ukraine soudainement «dénazifiée» et sans Zelenski à sa tête désengagerait l’opinion publique russe à un moment où la guerre globale n’est pas terminée, même si certaines tendances se dessinent.

Il est donc possible que Moscou n’ait pas un intérêt réel à renverser Zelenski, du moins pour l’instant. L’UE non plus. L’Ukraine devra continuer à jouer le rôle de victime !

On peut même imaginer que Moscou n’a rien eu contre cette visite de Zelenski à Bucarest.

Zelenski est la barricade parfaite derrière laquelle Bruxelles et Moscou s’envoient des signaux de menace, mais peuvent tout aussi bien élaborer des plans pour l’avenir…

Pendant ce temps, Donald Trump s’agite seul et devra affronter la vague de mécontentement interne qui suivra la défaite stratégique que la Chine, la Russie et l’UE ont déjà infligée aux États-Unis en Eurasie.

Les États-Unis commencent-ils à perdre? 

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Les États-Unis commencent-ils à perdre? 

Alexandre Douguine

Animateur: Le sujet principal de cette émission reste sans aucun doute inchangé et, à l’évidence, il nous accompagnera encore longtemps. Il s’agit de la guerre dans le golfe Persique, de la guerre au Moyen-Orient. On ne peut plus appeler cela autrement: ce n’est plus juste un conflit, ni un dérapage temporaire — c’est une véritable guerre. Puisque nous avons l’intention de l’analyser en détail, permettez-moi de vous demander: à votre avis, tout ce qui se passe actuellement dans la région, cela doit-il être pris au sérieux et pour longtemps ?

Alexandre Douguine : À mon sens, dans notre monde volatil, où tout est sur le fil et ne tient qu’à un cheveu, nous pouvons être confrontés aux retournements les plus incroyables. C’est pourquoi je ne crois à aucune analyse qui affirme: «cela va durer, nous le savons avec certitude» ou «cela va se terminer bientôt, nous en sommes sûrs». Je ne prends pas une telle responsabilité. Je pense qu’il faut suivre les événements, essayer d’en comprendre le sens et voir comment ils se déploient. Les prévisions selon lesquelles tout se terminera dans six mois ou durera éternellement tombent constamment à l’eau. Il me semble irresponsable de faire de telles prédictions. La guerre continue, tout simplement, elle n’est pas terminée.

Comparons: Trump avait l’intention de la finir en quelques heures, puis en quelques jours, mais elle dure déjà depuis deux semaines et se déroule de façon tout à fait différente de la guerre des 12 jours entre Israël et l’Iran qui avait eu lieu il y a moins d’un an, avec la participation des États-Unis. C’est une autre guerre sous tous les aspects, incomparablement différente de la précédente. C’est une guerre radicale qui a déjà causé à l’Iran des pertes colossales: presque toute la direction religieuse, politique et militaire du pays a été éliminée, des gens sont morts, les villes et infrastructures économiques iraniennes subissent des bombardements massifs. À cela, l’Iran répond par une résistance sans précédent: il ne se rend pas et, surtout, il ne se met pas à négocier avec l’agresseur. L’Iran bombarde régulièrement et massivement Israël. Cette information est censurée, car la majorité de la presse américaine est du côté des États-Unis — ils sont partie prenante du conflit — et donc l’Amérique cache la réalité de la situation en Israël. Israël se transforme progressivement en Gaza, c’est-à-dire que de plus en plus d’objectifs économiques, militaires et civils y sont détruits.

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Une véritable insurrection couve donc, et je n’exclus pas qu’on assiste à un changement de régime non pas en Iran, mais en Israël — justement parce que Netanyahou a disparu et qu’on tente d’expliquer son absence. Parfois, il s’agit manifestement de fake news, parfois c’est difficile à dire, mais quoi qu’il en soit, il se passe quelque chose en Israël: avec Ben-Gvir, Netanyahou, la société, la stratégie militaire et simplement la population — dont on ne sait encore rien. Selon les informations fragmentaires, fortement censurées en Occident, Israël se transforme peu à peu en Gaza. Les missiles iraniens arrivent, traversent le « Dôme de fer » et atteignent leurs cibles. Lesquelles exactement? À quelle échelle? Il est impossible de le dire précisément. Les Iraniens avancent leur point de vue, l’Occident le sien. Il semble que les dégâts subis par Israël sont bien supérieurs à ce qu’on estimait ou annonçait en Occident, même s’ils restent moindres que selon les sources iraniennes. La vérité se situe quelque part entre les deux, mais ce sont déjà des pertes très sérieuses, qu’Israël n’avait certainement pas prévues lors de la première guerre de 12 jours contre l’Iran. Quant à la profondeur de ces pertes, il est encore difficile de se prononcer, mais il est évident que l’Iran a appliqué une tactique très efficace: il a fermé le détroit d’Ormuz, frappé les principaux pôles économiques et de communication dans les pays arabes, touchant des ambassades américaines, des centres de renseignement et des infrastructures énergétiques.

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C’est-à-dire que l’Iran, n’ayant pas les moyens d’atteindre ses principaux adversaires — les États-Unis — faute de puissance suffisante, a porté des coups très efficaces sur des bases et objectifs militaires locaux d’où partaient les attaques contre lui, modifiant ainsi profondément l’équilibre des forces dans la région. Cela ne s’est pas produit seulement sur le plan militaire, mais aussi économique. Le blocage du détroit d’Ormuz, ainsi que la possible fermeture par les Houthis du détroit de Bab el-Mandeb — l’accès à la mer Rouge — met en péril tout le système énergétique mondial.

Les deux gazoducs russes Nord Stream ont été sabotés par les Américains, via leurs satellites ukrainiens, le monde était déjà privé du pétrole russe par de lourdes sanctions, et voilà qu’il perd une deuxième source d’hydrocarbures — le Moyen-Orient, désormais bloqué. C’est un coup colossal pour l’économie mondiale, qui commence déjà à se faire sentir. En d’autres termes, l’Iran a choisi une méthode de guerre qui oblige réellement l’adversaire à réfléchir à ses actes.

No-US-iran-war-on-Israel-495x660-1127781697.jpgEt là, on voit des signes de panique à la Maison Blanche, car Trump change d’avis plusieurs fois par jour. Un coup il fanfaronne qu’il va résoudre seul le problème iranien, un autre il appelle tout le monde à l’aide: «venez, aidez-nous à patrouiller pour protéger les pétroliers dans le détroit d’Ormuz», et il invite — tenez-vous bien — la Chine. Donc, pas seulement les pays européens, qu’il a récemment insultés, mais aussi la Chine, qui devrait réparer les conséquences de son agression totalement injustifiée contre l’Iran. Et que voit-on? Tout le monde refuse. Certains hésitent: Starmer, Macron, Merz — tantôt ils envoient des navires, tantôt non. Maintenant, même Meloni refuse de participer, alors qu’elle était pourtant une alliée de Trump. On a l’impression que Trump ne sait plus ce qu’il fait.

De plus en plus de messages circulent sur les réseaux sociaux américains: «Nous sommes gouvernés par un fou, un maniaque sénile, un paranoïaque». Et si l’on se souvient de l’affaire Epstein, le tableau devient franchement terrifiant — à la tête d’une puissance nucléaire se tient un maniaque imprévisible, dont les propos et les actes échappent à toute logique, même élémentaire. Il décide une chose le matin, une autre l’après-midi, une troisième le soir, et le lendemain tout recommence. Cela vaut aussi pour sa politique des droits de douane et des sanctions. On a l’impression qu’à la tête de la plus grande puissance mondiale s’est retrouvé un homme gravement malade, mentalement instable, traînant derrière lui un «passif» criminel effrayant.

Comment alors prévoir la suite? Tout a commencé avec un calcul: que l’Iran finirait vite par négocier aux conditions américaines, reconnaîtrait sa défaite et accepterait les exigences des États-Unis. Mais il s’est passé tout le contraire. Des forces bien plus radicales sont arrivées au pouvoir. C’est aujourd’hui le Corps des Gardiens de la Révolution islamique qui mène la guerre — des gens sans pitié, ayant perdu leurs guides spirituels, politiques, leurs enfants.

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Et l’Iran, à mon avis, tiendra jusqu’au bout. Mais qu’est-ce que cela signifie, «jusqu’au bout»? Personne ne le sait: frappes nucléaires? Opération terrestre? Aura-t-elle un effet? Impossible à dire. Israël survivra-t-il, existera-t-il encore un certain temps ou disparaîtra-t-il simplement dans un futur proche? Car si l’on compare Israël à l’Iran, a fortiori au monde islamique, on comprend que ce n’est qu’une petite base militaire américaine — très active, très agressive — mais ce n’est ni un pays, ni un État, ni une civilisation. C’est une sorte de réseau qui survit en manipulant d’autres pays: l’Amérique via ses lobbys, l’Europe, et le monde arabe.

Si ce conflit devient de plus en plus "civilisationnel" et finit par le devenir totalement, le facteur religieux montant de part et d’autre, je pense qu’on peut supposer avec une certaine probabilité qu’Israël sera rayé de la carte. Cet État, dans son format actuel, n’existe pas depuis si longtemps. C’est en grande partie une construction artificielle, un proxy de l’Occident au Moyen-Orient.

Jusqu’où sera-t-il défendu et que restera-t-il à défendre? Peut-être quelque chose, mais tout prend un tour de plus en plus sinistre, et à mon avis, on s’approche du point où l’une des parties — Israël ou les États-Unis — pourrait lancer une frappe nucléaire tactique sur le territoire iranien. Si l’Iran continue à agir aussi efficacement, il subira bien sûr de lourdes pertes, et ses villes seront aussi frappées, mais regardez une carte: la taille de l’Iran par rapport à Israël, c’est bien moins que Gaza par rapport à Israël. On voit ce qu’Israël a fait de Gaza: des ruines. Théoriquement, transformer Israël en une nouvelle Gaza, c’est possible. D’autant que tous les autres commencent à être entraînés dans cette guerre, directement ou indirectement. Certains affirment qu’ils ne soutiendront pas Trump. D’ailleurs, le Japon a refusé d’envoyer sa flotte en patrouille pour escorter les navires dans le détroit d’Ormuz, et Trump déclare: «ce n’est pas notre problème, nous avons assez de pétrole, si vous en voulez, allez patrouiller vous-mêmes».

C’est lui qui a tout déclenché, qui a frappé l’Iran. Il a provoqué ces représailles qui frappent désormais ses propres alliés — les Émirats arabes, le Qatar, Bahreïn, le Koweït — et maintenant il dit: «je m’en lave les mains, j’ai assez de pétrole, si vous avez des problèmes, défendez vos pétroliers vous-mêmes dans le détroit d’Ormuz». C’est à peine croyable. Nous avons vu divers dirigeants aux États-Unis, en Europe, et même chez nous — certains étaient à la limite de l’équilibre mental, cela arrive. Mais ce que nous voyons aujourd’hui, cet individu à la tête de l’Amérique, c’est vraiment très inquiétant, car il n’y a aucune logique dans ses actions. Il dit une chose aujourd’hui, une autre demain, une troisième le jour suivant. Pour l’instant, il ne s’est pas retourné contre nous, il ne nous a pas encore visés avec sa folie agressive — d’ailleurs, il garde ce thème sous la main. Il estime manifestement qu’il faut agir par étapes.

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Déjà deux fronts actifs: l’Amérique latine avec le Venezuela, avec Cuba qu’il prépare à envahir, avec les sanctions et le blocus. Il est plongé dans la guerre du Moyen-Orient, qui n’est pas près de finir, et ensuite il s’attaquera à la Chine sous prétexte de protéger Taïwan. Le dossier ukrainien n’est plus sa priorité. Mais si ses actions agressives réussissaient, tout se rapprocherait à nouveau de nous. Il faut bien comprendre: l’Iran, aujourd’hui, c’est un bouclier pour nous et pour la Chine, car, s'il tombe, après, ce sera notre tour.

Et même pour Trump, lancer une agression sur tous les fronts, même dans son état, ce serait trop. Mais il faut comprendre à qui on a affaire. Toute idée selon laquelle on pourrait s’entendre avec ce système, trouver un terrain d’entente — tout cela s’est effondré. Nous avons essayé, nous avons agi correctement. Lorsque Trump est arrivé, il avait un discours plutôt sensé, il était entouré de gens sérieux et cohérents. Aujourd’hui, il les a tous chassés — les derniers ont été limogés hier. Il dit : « il ne me reste que mon ami Mark Levin, Laura Loomer et Lindsey Graham, et tous ceux qui ne les aiment pas sont détestés par toute l’Amérique, y compris par les conservateurs, de droite comme de gauche». D’abord, ce trio est repoussant physiquement, ensuite ils sont absolument antipathiques, sans aucun charisme. Tous les gens respectables de l’entourage de Trump sont partis ou se taisent: J. D. Vance, Tucker Carlson, Megyn Kelly — tous ont pris leurs distances.

Voilà ce que je veux dire : Trump est dans une impasse. Il faut bien le comprendre. C’est pourquoi sa manière de se comporter, en guerre comme en politique internationale, est extrêmement dangereuse. Nous devons être extrêmement prudents dans une telle situation.

Animateur : Essayons d’en discuter un peu plus en détail, car vos propos soulèvent de nombreux aspects importants. Commençons par l’attaque des États-Unis et d’Israël contre l’Iran et les représailles iraniennes contre les monarchies du Golfe. Selon les dernières informations, le PIB du Koweït et du Qatar a déjà chuté de 14% et continue de baisser: les raffineries ferment, tout le secteur pétrolier régional est en stagnation. Il est évident que l’Iran agit délibérément. Même selon les propos que vous avez cités de Donald Trump, il est d’accord pour dire que les monarchies du golfe Persique, en tant que source de pétrole, ne l’intéressent plus.

Ma question suivante : à qui profite ce conflit, selon vous ? Car les raisons officielles étaient fallacieuses — tout le monde comprend que la question de l’arme nucléaire iranienne n’est plus mentionnée. Comment définiriez-vous l’idée initiale de cet embrasement? Qui devait gagner, qui veut gagner, et comment?

Alexandre Douguine : Il me semble que nous vivons les événements à plusieurs niveaux: géopolitique, économique et idéologique-religieux. On considère souvent que l’idéologie religieuse n’est qu’une lubie, sans importance, car seuls les intérêts matériels comptent. Mais c’est une erreur. Les trois participants de ce conflit sont largement motivés par leur vision de la fin des temps, chacune radicalement opposée.

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D’un côté, il y a l’idée du «Grand Israël» que soutient Netanyahou: c’est la guerre des derniers jours, qu’il mène contre l’Amalek — l’Iran. Cette lutte doit mener à la venue du Messie, et des rituels sont préparés pour cela. Le Sanhédrin a été reconstitué, on a importé des vaches rousses qu’il faut sacrifier, on prépare la construction du Troisième Temple. Un grand prêtre est formé, qui ne touche pas terre et qu’on porte sur un palanquin. On prépare la destruction de la mosquée Al-Aqsa, et, il y a deux jours, pour la première fois dans l’histoire d’Israël, les offices religieux ont été interdits pendant le Ramadan. C’est la réalité de la politique israélienne, qui utilise tous les moyens pour avancer son projet messianique.

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Le sionisme chrétien dans l’entourage de Trump est aussi devenu une force dominante. Paula White (photo), à la tête des evangelicals dispensationalistes, officie à la Maison Blanche et proclame que la prophétie s’accomplit, que la fin du monde approche, que c’est pourquoi Israël est si important: "prions pour lui et tuons tous ses ennemis", a-t-elle lancé. Il ne faut pas sous-estimer le degré de fanatisme religieux en Israël et aux États-Unis. Autrefois, cela semblait marginal, aujourd’hui c’est un facteur majeur de la grande politique. L’Iran répond de la même façon, voyant en Trump et Netanyahou le Dajjal — l’Antéchrist. Ici, la géopolitique passe au second plan.

Néanmoins, elle a son importance. Si Trump veut imposer l’hégémonie américaine, il souhaite couper les liens économiques entre la Russie et le reste du monde. Il poursuit la politique de Biden: sanctions, interdiction d’acheter notre pétrole, attaques contre nos pétroliers. D’un autre côté, il s’agit de neutraliser le deuxième pôle mondial de production d’énergie: le Moyen-Orient. Les États-Unis ont leur pétrole et leur gaz, qu’ils sont prêts à vendre très cher. Plus le Venezuela, que Trump considère comme acquis avec toutes ses réserves. Voilà une source alternative d’énergie pour le monde — un modèle de domination unipolaire dur.

La façon dont tout cela se déroule rappelle un show postmoderne paranoïaque ou une série sur un tueur sanguinaire. L’association d’une eschatologie radicale, qui anime Israël, d’un affrontement géopolitique et d’un changement d’équilibre énergétique dessine un tableau sombre: la Russie isolée, une deuxième source de ressources neutralisée, tout cela pour permettre à l’Amérique de s’ériger en hégémon mondial dans une ère «messianique».

Animateur : Continuons notre entretien sous un autre angle. Trump doit se rendre en Chine dans moins de trois semaines. D’une part, Pékin est officiellement le principal rival géopolitique des États-Unis. D’autre part, Washington ne peut s’en passer: la Chine est la source des ressources clés et des terres rares. Sans elles, l’industrie américaine — de l’aviation au high-tech — ne peut fonctionner.

À votre avis, comment pourraient-ils résoudre ce dilemme à Washington et à Pékin? Que peut changer cette visite? On dit même que la Chine pourrait forcer les États-Unis à revoir leur politique au Moyen-Orient, en utilisant sa base de ressources comme levier. Qu’en pensez-vous?

Alexandre Douguine : D’abord, Trump a déclaré aujourd’hui qu’il n’ira pas en Chine: son agenda change. Ce qui était prévu dans trois semaines est repoussé, car les événements évoluent à la minute près. Tout récemment, sur les réseaux sociaux occidentaux, il a dit qu’il n’ira pas tant que les Chinois n’enverront pas leurs navires d’abord.

Il y a une part de rationalité: la Chine est un énorme pôle du monde multipolaire, qu’il faut considérer, comme la Russie, pour des raisons économiques, politiques, militaires, nucléaires. Mais de toute évidence, Trump ne veut pas le faire. Il ne veut tenir compte de rien ni de personne — ni des puissances de second plan, ni de celles de premier plan. Mais il ne se risque pas encore à un conflit direct avec la Chine: quelque chose le retient — peut-être un reste de raison. Il n’est pas prêt à s’aventurer sur cette glace.

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Dans sa vision, le monde est égocentrique: il n’y a qu’un seul centre de décision — lui-même. C’est une forme sévère de paranoïa: il se croit tout-puissant et le reste du monde doit obéir. Si quelqu’un ne s’y plie pas, cela le met en rage, il veut se venger et briser l’opposant. Avec les plus faibles, il y parvient: il a réussi avec Maduro, à éliminer tout le leadership iranien, à soutenir Israël dans la destruction de Gaza, à mettre la main sur Cuba, à humilier ses partenaires européens. Là où il peut exercer un pouvoir absolu, il le fait.

Il voit l’Inde et le Japon comme des Etats esclaves. L’expérience de l’île d’Epstein — la règle de la domination absolue sur des victimes — a forgé chez lui ce comportement monstrueux et criminel. Trump agit comme s’il était entouré de victimes d’Epstein: dociles, sans droits, qui ne se défendront pas. Epstein, pour éviter que ses victimes ne mordent, leur faisait arracher les dents ! Trump a participé à ces orgies pédophiles. Qu’a-t-il dans la tête? Avec qui avons-nous affaire? L’Amérique est désormais terrifiée par cela.

C’est à cette psychologie que nous avons affaire. Comment voit-il la Russie et l’Iran? Il nous voit, nous et la Chine, comme des concurrents très dangereux, témoins de ses crimes, capables de réagir. Je pense qu’il nous déteste vraiment. Mais quelque chose l’empêche d’attaquer frontalement: trop de choses dépendent, dans l’économie, le militaire et la politique, de la Chine et de la Russie. Il a aussi un autre front de travail. Ou peut-être plus d’ailleurs, je pense à l’Europe.

Animateur : Vous avez déjà abordé la question de l’Europe, qui se retrouve à nouveau dans une position très étrange. D’abord Trump demandait l’aide des Européens, puis il s’est offusqué que Starmer ait proposé de l’aide «au mauvais moment», etc.

À votre avis, l’Europe a-t-elle aujourd’hui la moindre qualité de sujet politique — non seulement dans ses relations avec Trump, mais aussi dans le contexte de la guerre dans le Golfe, dont elle est la première victime? A-t-elle encore la capacité d’influencer les vicissitudes politiques actuelles?

Alexandre Douguine : L’Europe, si l’on poursuit la métaphore de l’île d’Epstein, fait figure de complice, de garde ou d’homme à tout faire dans ces crimes monstrueux. Elle dispose d’une liberté très limitée, mais en réalité, elle n’est qu’un employé de cette île. Elle n’est pas le principal criminel, mais pas non plus une victime complète. Au fond, elle aimerait faire partie de la «première ligue», mais sait qu’à tout moment elle peut être rejetée et devenir une victime. Le Premier ministre belge parlait de différence entre vassal et esclave, mais en réalité, elle n’existe pas: on traite le vassal avec respect en exigeant une soumission totale, l’esclave, lui, on le traite sans aucun respect. Voilà la situation de l’Europe. Si Trump voulait la féliciter, il l’appellerait «fidèle vassale», ce qu’il fait parfois quand il est de bonne humeur. S’il se fâche, il traite ses employés comme des esclaves — il ne tape pas sur la joue, il mord, il frappe, il leur jette un cendrier à la tête.

La position de vassal-esclave est telle: le maître a changé, c’est un fou, mais que faire? Attendre qu’on l’interne, saboter peu à peu, refuser d’exécuter des ordres criminels. Mais alors on est licencié ou on devient victime. Les marges de manœuvre de l’Union européenne sont faibles: ils rêvent que cet enfer se termine, que le maniaque parte, qu’ils redeviennent de fiers vassaux. Pour l’heure, Trump les traite comme des esclaves rebelles, ils essaient de résister, d’échapper à la traque sur l’île d’Epstein, devenant eux-mêmes les victimes des forces avec lesquelles Trump fait ce qu’il veut.

On assiste à la perte de statut de sujet politique chez tous ceux avec qui Trump traite: il est le seul sujet, tous les autres sont des objets. Ceux qu’il peut transformer en choses, humilier, tuer ou violer — il le fait. Mais l’Europe occupe une position intermédiaire: ce sont aussi des «invités» de l’île, qui peuvent à tout moment devenir victimes, passant de bourreaux à victimes. Nous, la Chine et le grand Iran, qui fait la preuve de sa dignité et de son refus d’être transformé en objet, refusons cette ablation de notre statut de sujet — nous nous opposons à ce maniaque déchaîné. Notre potentiel, notre arsenal nucléaire stratégique, notre économie, notre volonté, notre président, notre peuple attaché aux valeurs traditionnelles et non à celles d’Epstein, font barrage. Nous affirmons notre souveraineté, refusons le rôle de vassaux, même choyés. Nous avons déjà essayé ce rôle dans les années 1990 et savons comment cela se termine.

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Toute négociation avec nous ou avec la Chine est pour Trump une épreuve psychologique, car il y rencontre des sujets. Nous désubjectiver n’est pas si simple, et c’est là son problème. Nous devons donc, en soutenant au maximum l’Iran, élaborer une contre-stratégie, car un tel ordre mondial doit être empêché: il faut réfléchir à comment neutraliser ce forcené et le mettre en sécurité. Beaucoup ont discuté de la clairvoyance de notre président quand il disait que Kamala Harris serait mieux. On croyait à l’ironie, pensant que Trump tiendrait ses promesses. Or, notre président avait vu juste. Il est remarquablement lucide et visionnaire. Ce que nous vivons aujourd’hui est une catastrophe mondiale: on est au bord de la guerre nucléaire parce qu’à la tête d’une grande puissance se trouve un individu manifestement dérangé, avec des idées folles, une psyché délabrée, une démence évidente. C’est dangereux pour tous, il faut penser à s’en protéger. D’ailleurs, l’Europe devrait se tourner vers nous, car nous sommes prévisibles.

Animateur : Permettez-moi de poursuivre sur cette note. Si l’on laisse de côté la personnalité de Trump, on constate que ce qui se passe au Moyen-Orient — la crise énergétique et économique — conduit inévitablement l’Europe à une catastrophe totale. Tous les experts l’écrivent. Les Européens vont à l’abattoir comme des agneaux.

J’aimerais savoir pourquoi ils agissent ainsi: est-ce le résultat de l’incompétence et de la dégradation des élites, qui ne voient pas que cette crise ne leur apportera que misère et effondrement, ou bien s’agit-il d’une trahison consciente des instances de l’UE, comme von der Leyen et consorts, qui savent très bien où cela mène mais continuent? À votre avis, qu’est-ce qui motive réellement la position suicidaire de l’Europe?

Alexandre Douguine : Ils n’ont tout simplement pas le choix. En ont-ils un? Ils ne sont qu’une partie de ce système, de simples employés.

Animateur : Mais ne pourraient-ils pas se révolter contre Trump, soutenir l’Iran, la Russie, la Chine, etc.? L’imaginez-vous?

Alexandre Douguine : Non, bien sûr que non. Voyez-vous Macron — ce politicien dont on ne connaît même pas l’orientation — ou le collaborateur de «BlackRock», ce Merz, qui ressemble à Himmler dans un mauvais rêve posthume, ou l’ahuri Starmer — pensez-vous qu’ils défendront la souveraineté européenne? Tous ceux qui auraient pu aller dans ce sens — Schröder en Allemagne, Mitterrand ou Chirac en France — ont disparu. Ceux-là étaient souverains: certes, ils jouaient selon les règles occidentales, atlantiques, mais ils avaient une vraie autonomie.

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Depuis, il y a eu une rotation des élites européennes, qui sont devenues totalement subalternes. Ce sont peut-être des personnalités vaniteuses, mais elles ne reflètent ni les intérêts des sociétés européennes, ni la géopolitique européenne. Elles sont en fait parties intégrantes du système américano-centré, sans aucune liberté. Les leaders globalistes américains présentaient cette dépendance des élites européennes sous une forme polie: on parlait de multilatéralisme, de l’importance de l’avis des partenaires. C’est comme un répondeur: «votre avis nous intéresse», mais en réalité, gardez-le pour vous.

Animateur : Alors, est-ce de la bêtise ou de la trahison ?

Alexandre Douguine : C’est le résultat d’un long travail : cela ne s’est pas fait en un jour. Ce n’est pas seulement de la bêtise ou de la trahison — l’Europe a en fait perdu sa souveraineté après 1945. Dès que les États-Unis sont devenus superpuissance, ils ont pris en charge les principaux problèmes politico-militaires, puis économiques de l’Europe, et les prérogatives de l’Ancien Monde n’ont cessé de diminuer. Bien sûr, les dirigeants européens ont souvent tenté de s’émanciper de cette hégémonie américaine pour faire de l’Europe un acteur souverain avec ses propres intérêts, objectifs et valeurs — souvenez-vous de De Gaulle, qui était sorti de la structure de l’OTAN. Mais cela n’a jamais marché, car Washington disait: «Pourquoi vous séparer? Nous partageons les mêmes valeurs, vous êtes nos partenaires». On les appelait partenaires, mais en réalité, ils restaient des vassaux, traités «gentiment». «Pas besoin d’affirmer votre identité, c’est notre affaire, nous pensons pour vous». Comme on disait en Allemagne: «laissez tomber la conscience, le Führer pense pour vous» — aujourd’hui, c’est pareil: «dirigeants européens, Washington pense pour vous».

Ils en sont arrivés à ce qu’un maniaque prenne la tête du système. Bien sûr, ils ne s’attendaient pas à se retrouver sous la coupe d’un dirigeant totalement fou, qui se met à les humilier publiquement. Il leur enlève l’énergie, et quand on lui demande pourquoi, il répond: «parce que j’en ai envie, il n’y a plus de droit international, seulement moi et ma morale». Si vous voulez du pétrole, allez vous battre dans le détroit d’Ormuz contre les Iraniens, ce n’est pas mon affaire. Il peut très bien déclarer bientôt: «j’ai gagné, l’Amérique a infligé un coup décisif, l’Iran n’existe plus, je m’en lave les mains». Et tout continuera: bombardements sur Israël, explosions de nouvelles bases, mais Trump affirmera que tout cela, ce sont des fake news. Il dit déjà que tous les dégâts subis par Israël, c’est de l’intelligence artificielle, qu’aucune roquette n’a percé le «Dôme de fer», que tout va bien. Dans ce monde halluciné et solipsiste, il peut proclamer la victoire, et l’Europe aura à en gérer les conséquences.

0c9a4631ff57a5d51c8ee4c1f7145956-2521328347.jpgOù irait-elle? Son degré de liberté est nul. Ces dirigeants n’aiment pas Trump, et qui pourrait l’aimer? À voir Melania Trump, on se demande: que se passe-t-il dans sa tête, avec qui a-t-elle partagé sa vie? C’est terrifiant. Comment aimer un tel homme? On peut le supporter, si l’on est en esclavage, mais pas plus. Son air sévère témoigne qu’elle sait que la situation est très mauvaise, qu’elle est une victime. Peut-être essaie-t-elle même de lancer des signes quand elle dit «je suis médium, visionnaire» — en réalité, elle crie «sauvez-moi».

Animateur: Alors elle en sait beaucoup plus que nous…

Alexandre Douguine : Elle en sait assurément plus, et ce savoir lui gâche la vie. Mais laissons-la. Quant à l’Europe, elle se retrouve dans la position non d’une épouse aimée, mais de quelqu’un de bien plus malheureux sur cette île d’Epstein qu’est devenu l’Occident. Les dirigeants européens sont «coincés»: ils ne voulaient pas cela, rêvaient d’un autre statut, voulaient fixer les règles, mais n’y sont pas arrivés. Je n’ai aucune pitié pour eux — ils méritent ce qui leur arrive, et même pire. Nous, nous devons ne compter que sur nos propres forces, gagner cette guerre, nous rapprocher de nos alliés — Iran, Corée du Nord, Chine — et chercher d’autres partenaires pour un monde multipolaire. Il faut convaincre tous ceux qui ont encore un minimum de souveraineté de ce qui les attend s’ils laissent perdurer cette hégémonie, et bâtir notre monde multipolaire.

Si des révolutions surviennent en Europe et que les élites libérales et mondialistes sont renversées, tant mieux, je pense que nous leur tendrons la main, y compris un «pipeline» de secours, voire plusieurs. Mais pour cela, ils doivent d’abord se sortir eux-mêmes de la dépendance où ils se trouvent. Les peuples d’Europe souffrent deux fois: ils sont gouvernés par des maniaques qui eux-mêmes obéissent à un maniaque encore pire. Imaginez leur sort! Le pire, c’est qu’on ne les nourrit même plus. Autrefois, les vassaux et esclaves étaient au moins nourris, maintenant le maître a cessé de le faire, et les autres ne veulent pas s’en charger. Epstein et Bill Gates discutaient jadis de ce qu’il fallait faire des pauvres, et sont arrivés à la conclusion qu’il fallait s’en débarrasser. Peut-être est-ce ainsi que ce plan est mis en œuvre.

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jeudi, 19 mars 2026

Les premières chaînes d’approvisionnement cèdent: l’industrie chimique au bord de l’effondrement?

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Les premières chaînes d’approvisionnement cèdent: l’industrie chimique au bord de l’effondrement?

Berlin. Pour l’industrie chimique allemande, qui souffre déjà de la flambée des coûts depuis le début de la guerre en Ukraine, la situation pourrait, dès à présent, devenir vraiment critique. Elle est soumise à une pression supplémentaire en raison de l’arrêt de l’approvisionnement en matières premières via le détroit d’Ormuz. De plus en plus d’entreprises de taille moyenne ont signalé des problèmes ces derniers jours, indique l’Association de l’Industrie Chimique (VCI).

w1200_h1010_x600_y505_RP_69572427_1601556993_RGB_190_1_1_f50c0fe37e78f8a8a42dc11b46d77994_1571656830_1601556993_d2501cf0c5-c283791fc548841c-2483452324.jpgLe directeur général, Wolfgang Große-Entrup (photo), parle d’une situation «extrêmement tendue». «Les signaux que nous recevons actuellement, notamment des PME, sont dramatiques. Il ne s’agit plus seulement d’une question de prix, mais aussi de disponibilité». On constate déjà des «pénuries extrêmes» et des «ruptures de chaînes d’approvisionnement dans le secteur des matières premières».

La principale raison est la fermeture du détroit d’Ormuz, par lequel transitent de nombreuses matières premières indispensables à la production chimique. L’association considère la situation comme particulièrement critique pour le soufre, dont la moitié du commerce mondial transite par ce détroit. L’approvisionnement en hélium est également sous pression: 40% de la production mondiale provient du Qatar. «Ce sont des secteurs qui sont désormais très préoccupés», explique Große-Entrup. À cela s’ajoutent des restrictions dans le commerce de l’aluminium.

Comme deuxième facteur de pression, la VCI mentionne la réduction des livraisons en provenance de Chine. Les producteurs chinois privilégient de plus en plus leur propre approvisionnement. «Les Chinois savent parfaitement qu’il pourrait y avoir des pénuries à l’avenir», explique Große-Entrup. C’est pourquoi la devise «China first» s’applique de plus en plus.

Les longs trajets de transport depuis la Chine donnent encore un peu de répit à l’industrie locale. « Ce qui est en route est en route. Ce que nous ne pouvons plus commander maintenant fera défaut d’ici six à huit semaines. »

Les entreprises restent discrètes sur les informations concrètes concernant les pénuries – le sujet est trop sensible pour la compétitivité. Un problème concerne cependant l’approvisionnement en résines pour peintures et plastiques.

Le secteur chimique allemand, pilier central de l’industrie du pays, est déjà profondément dans le rouge. «Le bilan annuel de la chimie est catastrophique. Production, chiffre d’affaires et prix sont en baisse», déclare Große-Entrup. En raison de l’incertitude liée à la guerre avec l’Iran, l’association a renoncé à toute prévision pour 2026. Mais même si suffisamment de matières premières étaient disponibles, les fabricants allemands ne pourraient plus proposer leurs produits à des prix compétitifs. (rk)

Source: Zu erst, Mars 2026. 

La «Troisième Guerre mondiale» comme problème conceptuel

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La «Troisième Guerre mondiale» comme problème conceptuel

Raphael Machado

Source: https://www.facebook.com/profile.php?id=100069794930562

Dès que la guerre Epstein (ou guerre d’Iran) a commencé, beaucoup de gens ont demandé: «Est-ce que cela peut mener à la Troisième Guerre mondiale?» Mentalement, j’ai pensé: «Mener? Que manque-t-il encore pour que tout le monde comprenne où nous en sommes?».

Lucas Leiroz a écrit un bon article analysant le même sujet sous un angle tactique et stratégique, mais je vais aborder la même question en m’intéressant au concept lui-même et aux attentes qui y sont associées.

Quand on parle d’une éventuelle « Troisième Guerre mondiale » à venir, on imagine presque toujours une guerre nucléaire ou une guerre totale, de mobilisation générale permanente, avec des hordes et des hordes de soldats se jetant les uns contre les autres, et les différents États se débarrassant de toutes les limitations et autocensures dans le but de massacrer le plus grand nombre d’ennemis possible.

Mais ici, je ne vais même pas m’attarder sur le caractère historiquement exceptionnel de ces caractéristiques, mais sur le fait même que cette image repose sur un mythe, sur une guerre inexistante, purement conceptuelle: la «Seconde Guerre mondiale».

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Pourquoi la «Seconde Guerre mondiale» serait-elle une imposture? Parce qu’elle a été construite dans les cabinets des historiens comme une «grande narration» destinée à lier le «nouvel ordre » occidental d’après-guerre. Que veux-je dire par là? C’est simple. Si l’on avait demandé à des historiens d’autres époques de suivre les différents théâtres et campagnes militaires entre 1936 et 1945, sans leur donner l’étiquette de «Seconde Guerre mondiale», ils auraient identifié une myriade de guerres, et non une seule (avec quatre précampagnes).

La guerre du Pacifique est clairement une autre guerre spécifique, catégoriquement séparée du reste. Cela est plus facile à voir. Mais même la Grande Guerre patriotique fut une guerre isolée et circonscrite, distincte des autres. Même la guerre d’Europe pourrait, selon moi, être divisée en deux guerres: la première gagnée par l’Allemagne, la seconde par les États-Unis. Mais s’il existe une «Seconde Guerre mondiale» comme grande narration, alors évidemment la guerre civile espagnole, la guerre d’Hiver, la guerre d’Éthiopie et la guerre sino-japonaise devraient aussi y être incluses.

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On a coutume d’utiliser le «système d’alliances» comme justification pour relier ces différentes guerres en une guerre conceptuelle, mais cela ne signifie pas grand-chose. Si l’on prend, par exemple, la période qui va du début du 18ème siècle au début du 19ème, Français et Britanniques furent pratiquement en guerre ininterrompue sur au moins deux continents différents, sans que tout cela soit considéré comme une seule et même guerre. La guerre d’Indépendance américaine, par exemple, avec le soutien de la France, fut menée en même temps que la guerre de la Ligue de Bourbon, sans qu’on ne les considère comme un seul et même conflit.

C’est pareil pour la période des guerres napoléoniennes. La notion même de «guerres napoléoniennes» est purement artificielle. Plusieurs guerres différentes furent menées durant cette période. Il en va de même pour le chaos des conflits dans lesquels les Habsbourg se sont engagés, chacun étant considéré comme une guerre séparée et autonome.

Ce que je veux dire, c’est que les gens s’attachent tellement aux concepts qu’ils ne perçoivent pas que ces concepts sont des constructions instrumentales servant à la production de récits, élaborés bien plus tard par des historiens qui parlent après coup.

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Pour situer un peu mieux: lorsque les Français ont envahi la Gascogne anglaise en 1338, aucun paysan enrôlé dans l’infanterie d’un seigneur n’a pensé: «Ah, voilà, la Guerre de Cent Ans a commencé». Il a fallu 500 ans (!) avant que quelqu’un ne se réfère aux trois guerres anglo-françaises menées aux 14ème et 15ème siècles comme étant la « Guerre de Cent Ans ».

Qu’est-ce que cela signifie ? Que selon l’éclatement de nouveaux conflits régionaux, plus ou moins reliés et plus ou moins durables, il se pourrait que, dans un futur situé entre 100 et 500 ans, des historiens en viennent à désigner la période débutant, peut-être, avec l’opération militaire spéciale ou la guerre du Donbass comme la «Troisième Guerre mondiale». Et nous ne serons même plus là pour le savoir. Les historiens du futur pourraient considérer que les guerres sont menées selon les formes rendues nécessaires par les technologies militaires de leur époque, de sorte qu’une guerre à une époque de prolifération nucléaire, d’avancées balistiques et d’invention des drones ne puisse se faire que de cette manière, alternant entre guerres par procuration et frappes à distance.

Enfin, la vision populaire de ce que « devrait » être cette fameuse Troisième Guerre mondiale relève, comme je l’ai dit, d’une obsession pour la forme des Première et Seconde Guerres mondiales, mais aussi d’une attente eschatologique plus ou moins cachée. Personne n’est satisfait d’une «Troisième Guerre mondiale» qui ne va pas plus loin que le simple récit reliant le conflit russo-ukrainien au conflit israélo-iranien, et qui ne comporte pas un certain degré de massacres de masse et de risque de « fin du monde ».

Non aux guerres américaines! Toutes les bases américaines en Allemagne doivent être fermées

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Non aux guerres américaines! Toutes les bases américaines en Allemagne doivent être fermées

L’AfD a raison – mais elle ne va pas assez loin. Tant que des soldats américains sont stationnés sur le sol allemand, l’Allemagne est partie prenante de la guerre, contre sa propre volonté.

Par Bruno Wolters

Source: https://www.freilich-magazin.com/politik/raus-aus-den-us-...

Les bases militaires américaines sont des centres névralgiques pour la projection de puissance américaine – les critiques y voient le symbole du fait que l’Allemagne, en matière de politique étrangère, n’agit jusqu’à aujourd’hui que de manière limitée et en rien souveraine.

Imaginons le scénario suivant: un Allemand se tient à la pompe à essence. Il regarde l’affichage. Le chiffre tourne. Il paie. Il se demande pourquoi. Il devrait le savoir.

La hausse du prix du carburant n’est ni un échec du marché, ni un phénomène naturel, ni un caprice de la conjoncture mondiale. C’est le résultat concret, quotidien, d’une guerre menée conjointement par Washington et Tel-Aviv, tandis que Berlin se tait. Certes, la forte fiscalité est aussi une raison des prix élevés à la pompe, mais cela n’est qu’un facteur secondaire aujourd’hui.

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Pendant ce temps, sur le sol allemand, les réservoirs de l’US Air Force sont remplis et du matériel militaire important est acheminé via les bases américaines en Allemagne vers le Moyen-Orient. Quiconque tolère des bases militaires américaines sur son territoire, qui sont utilisées pour des guerres d’agression au Moyen-Orient, fait de son pays une partie prenante à la guerre. Contre son gré, sans vote, sans débat – mais avec toutes les conséquences.

Il existe une revendication qui devrait depuis longtemps être sur la table, mais qui ne l’est pas. L’AfD, qui est le seul parti à oser encore aborder les tabous de la politique étrangère, devrait la faire sienne: l’Allemagne ne doit pas mettre à disposition des bases militaires pour les guerres d’agression américaines contre l’Iran. Ce serait factuellement juste, politiquement courageux et plus que nécessaire. Mais même cette exigence, aussi nécessaire soit-elle, ne serait qu’une première étape. Celui qui veut interdire uniquement l’utilisation pour cette guerre, raisonne en termes d’exceptions et non de principes. La conséquence logique de cette revendication doit être: toutes les bases militaires américaines en Allemagne doivent être fermées. Pas pendant un seul jour. Mais cela doit être l'objectif politique à énoncer aujourd’hui et à poursuivre dès demain.

La Maison Blanche attise – et Berlin regarde

Ce qui se passe au Moyen-Orient ne relève pas de la défense. L’attaque américano-israélienne contre l’Iran était une guerre d’agression. Aussi clairement que cela a été formulé, cela doit être dit. Mais: l’Occident, l’Allemagne comprise, l’a acceptée sans objection. Netanyahou a atteint son objectif stratégique et entraîné les États-Unis dans une guerre avec l’Iran. Il n’est pas difficile de comprendre pourquoi le Premier ministre israélien a besoin d’escalades extérieures: il est sous pression dans son propre pays, visé par des enquêtes pour corruption, et semble chercher son salut dans les conflits armés.

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Depuis vingt ans, Israël répète la même affirmation sur les armes nucléaires iraniennes. Les organisations internationales et l’Iran lui-même démentent cela. Selon des informations relayées par Reuters, le Pentagone a confirmé il y a quelques jours: une première frappe iranienne n’était pas à prévoir avant la guerre. Et: il existe de l’uranium enrichi à 60%, mais pour fabriquer des armes nucléaires, il en faut à 90%. Les Iraniens n’y sont pas encore. Mais cette affirmation est utile, alors on la répète.

Israël agit désormais au Moyen-Orient comme Sparte: il n’y a plus que la logique militaire, plus de stratégie à long terme, la victoire est une fin en soi. Netanyahou menace les peuples voisins du sort du Hamas et du Hezbollah. Il a transformé Israël en une machine de guerre permanente – et Washington le suit. Trump, qui s’était présenté comme isolationniste, s’est laissé entraîner par Netanyahou. Son isolationnisme n’est plus crédible. L’axe Washington-Tel Aviv opère selon la loi du plus fort.

Et l’Allemagne? L’Allemagne s’est tue. L’UE s’est tue. On appelle cela la fidélité à l’alliance. Autrefois, on aurait parlé de vassalité. Les États-Unis peuvent, pour 20% des coûts de l’OTAN, prendre 100% des décisions. L’Europe peut être humiliée et achète en échange plus d’armes et de matériel militaire. L’Allemagne est suiveuse dans une guerre par procuration. La soi-disant « hégémonie libérale » des États-Unis n’est rien d’autre qu’une politique de puissance avec un vernis moral.

L’AfD devrait soutenir cette revendication

Dans un système politique où toute objection à la logique atlantiste est diabolisée comme étant du « poutinisme » ou de l'« antiaméricanisme », ne serait-ce que formuler cette revendication serait un acte de clarté politique. L’Allemagne ne doit pas devenir une base arrière pour une guerre d’agression contre l’Iran ou une autre puissance. Aujourd’hui l’Iran, demain la Chine? Ce n’est pas une question de gauche ou de droite, mais une question d’intérêts nationaux et de souveraineté élémentaire. L’AfD, qui se targue de dire ce que les autres n’osent pas dire, devrait être la première à soutenir cette revendication. Qu’elle ne l’ait pas encore fait est une occasion manquée.

Mais même si elle le faisait, l’ambiguïté resterait dans le principe: qui n’exclut que la guerre contre l’Iran, accepte toutes les autres utilisations tacitement. Il accepte la structure. Et c’est justement cette structure qui pose problème. Tant que les troupes américaines sont stationnées sur le sol allemand, que l’Allemagne ne peut ni contrôler ni retirer, l’Allemagne n’est pas un État pleinement souverain. C’est un quasi-protectorat.

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Après 1945, l’Allemagne était une puissance économique, mais n’avait pas d’influence politique. Les grandes décisions étaient prises ailleurs. L’ancrage à l’Ouest, aussi nécessaire ait-il paru à Adenauer, s’est révélé à long terme incompatible avec une véritable souveraineté. Qui nie l’incompatibilité entre les objectifs nationaux allemands et les obligations transatlantiques se voile la face – ou n’a pas étudié l’histoire.

Pourquoi toutes les bases doivent disparaître

La souveraineté est indivisible. Qui tolère des troupes étrangères sur son sol qu’il ne peut contrôler, renonce à la souveraineté – qu’il en soit conscient ou non. Les bases américaines en Allemagne ne sont pas une garantie de protection pour le peuple allemand. Ce sont des positions stratégiques de la puissance mondiale américaine. Qui les héberge assume automatiquement la coresponsabilité de ce qui s’y fait.

On objectera : « Sans les États-Unis, nous serions sans défense. » Défense contre qui ? L’Iran n’a pas attaqué l’Allemagne. Il ne le fera pas. Et aucun autre ennemi systémique des Américains ne nous attaquera. Nous n’avons aucun compte à régler à Taïwan. Il n’y a aucune raison à cela. Les États-Unis ne protègent pas l’Allemagne, mais leurs propres positions stratégiques, auxquelles l’Allemagne appartient. C’est une nuance importante.

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On dira : « C’est de l’antiaméricanisme. » Pourtant, la France sous de Gaulle n’était pas un pays antiaméricain. C’était un pays souverain. L’Espagne non plus n’est pas un pays antiaméricain. C’est un pays sûr de lui-même. L’antiaméricanisme est une attitude. La souveraineté est une revendication et un droit. L’Autriche est neutre à ce jour, et 80% de la population soutient cette option. Ce que l’Autriche et l’Espagne peuvent faire, l’Allemagne ne doit pas s’en croire à jamais incapable. La question n’est pas de pouvoir, mais de vouloir.

On dira : c’est utopique. Mais l’unité allemande était aussi utopique en 1989. Les revendications politiques qui semblent impossibles aujourd’hui peuvent devenir demain raison d’État si les circonstances changent. Et elles sont justement en train de changer. Les États-Unis eux-mêmes remettent l’alliance en question. Trump démolit l’ordre atlantique de ses propres mains. Dans cette situation, il ne serait pas naïf de réclamer la souveraineté ; il serait naïf de ne pas le faire.

Deux revendications – claires et sans détour

Les revendications sont désormais sur la table.

Premièrement : aucune utilisation des bases militaires allemandes par les États-Unis pour des guerres d’agression contre l’Iran ou tout autre État qui n’attaque pas l’Allemagne ou ses alliés. C’est le minimum.

Deuxièmement – et c’est la véritable revendication qui en découle : toutes les bases militaires américaines en Allemagne doivent être fermées. Non comme un geste, non comme un symbole, mais comme l’objectif stratégique d’une politique étrangère allemande digne de ce nom. Ce n’est pas du pacifisme. Ce n’est pas une capitulation. C’est la conséquence logique de la revendication de souveraineté nationale que toute nation sur Terre revendique pour elle-même – sauf l’Allemagne. Qui accueille sur son sol des troupes étrangères, qui font la guerre sans son accord, a déjà renoncé à sa souveraineté. La seule question est de savoir s’il s’en rend enfin compte.

À propos de l’auteur: Bruno Wolters

Bruno Wolters est né en Allemagne en 1994 et a étudié la philosophie et l’histoire dans le nord de l’Allemagne. Depuis 2022, Wolters est auteur pour la revue Freilich. Ses domaines d’intérêt sont l’histoire des idées et la philosophie politique.

mercredi, 18 mars 2026

Nouveau front dans le conflit?  - Quand les géants de la tech deviennent soudain une cible géopolitique

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Nouveau front dans le conflit? 

Quand les géants de la tech deviennent soudain une cible géopolitique

Elena Fritz

Source: https://t.me/global_affairs_byelena#

Le quotidien iranien Shargh Daily rapporte une possible nouvelle dimension dans les tensions actuelles qui bouleversent le Moyen-Orient. Selon le journal, des installations de grands groupes technologiques américains dans la région pourraient bientôt être prises pour cibles par des frappes de missiles iraniennes.

Dans les listes publiées, on retrouve notamment Amazon, Google, NVIDIA, Microsoft, IBM, Palantir et Oracle. Il s’agirait visiblement de centres de données, d’infrastructures cloud, de sites de développement ou de centres de services techniques de ces entreprises dans la région.

imirhttgages.jpgSi cette menace devait se concrétiser, cela indiquerait un changement stratégique dans le choix des cibles. Jusqu’à présent, les mesures iraniennes visaient principalement des leviers énergétiques : les attaques contre des infrastructures ou les menaces envers le trafic maritime dans le golfe Persique et le détroit d’Ormuz font traditionnellement grimper le prix du pétrole et augmentent ainsi la pression économique sur les économies occidentales.

Une attaque contre des installations de sociétés technologiques américaines signalerait en revanche une nouvelle logique dans la guerre économique.

En effet, les grands groupes du secteur IT ne sont plus de simples entreprises. Ils constituent le système nerveux digital de l’économie occidentale – depuis les infrastructures cloud, en passant par l’analyse de données militaires, jusqu’au développement de l’intelligence artificielle.

Une attaque ciblée contre cette infrastructure aurait donc potentiellement deux effets parallèles :

Premièrement, elle pourrait continuer à faire monter les prix de l’énergie si les tensions dans la région s’intensifient.

Deuxièmement, elle viserait directement la valorisation boursière des grands groupes technologiques américains – c’est-à-dire ces entreprises qui représentent aujourd’hui une part très importante de la capitalisation des marchés boursiers américains.

En d’autres termes, ce n’est plus seulement le pétrole qui pourrait devenir une arme, mais aussi la stabilité de l’économie numérique.

Cela confirmerait un schéma qui devient de plus en plus visible depuis quelques années :

La compétition géopolitique se déplace de plus en plus des cibles militaires classiques vers les infrastructures économiques critiques.

Énergie, semi-conducteurs, réseaux logistiques – mais aussi infrastructures cloud et de données.

Si de telles attaques devaient effectivement avoir lieu, ce serait une étape de plus vers un type de conflit où marchés financiers, prix de l’énergie et infrastructures numériques deviennent eux-mêmes le champ de bataille.

#global_affairs_byelena

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"Bouclier des Amériques", narcocartels et le nouveau bâton de l’Oncle Sam

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"Bouclier des Amériques", narcocartels et le nouveau bâton de l’Oncle Sam

Leonid Savin

La semaine dernière, deux événements ont eu lieu à Miami, sur la base du Commandement Sud des États-Unis, à la suite desquels la zone d’influence réelle des États-Unis dans l’hémisphère occidental a été étendue, grâce à l’accord des partenaires participants à la nouvelle initiative de Washington.

Le jeudi 5 mars, un sommet de lutte contre les cartels s’est tenu au niveau des ministres de la Défense de plusieurs pays d’Amérique latine et des Caraïbes. Et le samedi 7 mars, un sommet intitulé « Bouclier des Amériques » (Shield of the Americas) a réuni, au niveau des chefs d’État, les dirigeants sur les questions de sécurité régionale.

southern-spear.gifLa coalition des « Amériques » contre les narcocartels a été formée et une déclaration commune a été signée le 5 mars. Le secrétaire américain à la Défense, Peter Hegseth, a déclaré lors de la cérémonie que les trafiquants de drogue étaient de plus en plus dissuadés par la campagne américaine d’attaques contre des navires soupçonnés de transporter de la drogue, campagne lancée en septembre dernier. Depuis le début de l’opération, connue sous le nom d’« Opération Southern Spear », les forces armées américaines ont attaqué au moins 44 navires dans les eaux de l’océan Pacifique oriental et des Caraïbes.

Dans les propos tenus, on note une tentative manifeste de légitimer rétroactivement ces frappes, et en même temps, le mot « soupçonnés » indique l’absence de justification nécessaire à la décision de frapper. Après tout, un suspect n’est pas nécessairement coupable. Ainsi, les États-Unis violent ouvertement la présomption d’innocence et comptent bien continuer à le faire, en entraînant d’autres pays dans leurs sales affaires, déplaçant ainsi la responsabilité sur eux.

Le 7 mars, une déclaration de Donald Trump est également apparue sur le site de la Maison Blanche, déclarant que:

« (1) Les cartels criminels et les organisations terroristes étrangères dans l’hémisphère occidental doivent être démantelés dans toute la mesure permise par la loi applicable.

(2) Les États-Unis et leurs alliés doivent se coordonner pour priver ces organisations de tout contrôle territorial et d’accès aux financements ou ressources nécessaires à leurs campagnes de violence.

(3) Les États-Unis formeront et mobiliseront les forces armées des pays partenaires pour constituer la force de frappe la plus efficace possible, afin de démanteler les cartels et leur capacité à exporter la violence et à exercer leur influence par l’intimidation organisée.

(4) Les États-Unis et leurs alliés doivent tenir les menaces extérieures à distance, y compris les influences étrangères néfastes qui sont extérieures à l’hémisphère occidental. »

En résumé, bienvenue dans la mauvaise époque de la seconde moitié du 20ème siècle, lorsque Washington menait les opérations du Plan Condor en Amérique latine et formait le personnel des juntes régionales à la School of the Americas. Sauf que désormais, la liste des « organisations terroristes » sera élargie au gré (et selon les intérêts) de Washington. Outre le Hezbollah libanais et toute organisation liée à l’Iran, elle pourrait bien inclure des entreprises chinoises, que les États-Unis cherchent activement à évincer de l’hémisphère occidental.

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Il convient également de noter qu’il n’y avait que 12 pays à la réunion avec Trump, et non 17 comme indiqué sur le site web, ce qui est d’ailleurs visible sur la photo officielle du sommet : il s’agit de l’Argentine, la Bolivie, le Guyana, le Honduras, la République dominicaine, le Costa Rica, le Panama, le Paraguay, le Salvador, Trinité-et-Tobago, le Chili et l’Équateur. La présence des chefs de ces États montre qui applique et appliquera la voie tracée par Washington dans son pays dans un avenir proche.

Il est également significatif que ni le Mexique ni la Colombie, pourtant célèbres pour leurs narcocartels, n’aient participé aux deux sommets. Bien que cela constitue un signal clair de l’indépendance souveraine de ces deux pays, il existe néanmoins un risque qu’un Donald Trump mentalement instable le prenne comme une insulte personnelle et accentue la pression sur les gouvernements mexicain et colombien, d’autant plus qu’ils s’orientent à gauche.

imdtcubaages.jpgLors de son discours du 7 mars, Trump a également évoqué Cuba, déclarant une fois de plus que l’île allait « tomber bientôt » parce que son économie y était détruite, et qu’il s’en occuperait après l’Iran. Toutefois, Cuba ne partage pas cet avis et estime que les sommets de Miami devraient être condamnés.

Le président cubain Miguel Diaz-Canel a réagi à cet événement en ces termes: «Le petit sommet réactionnaire et néocolonial en Floride, convoqué par les États-Unis avec l’aide des gouvernements de droite de la région, les oblige à accepter l’usage mortel de la force militaire américaine pour résoudre des problèmes internes et maintenir l’ordre et la tranquillité dans leurs pays. Il s’agit d’une tentative de remettre en cause l’idée de faire de l’Amérique latine et des Caraïbes une zone de paix, une attaque contre les aspirations à l’intégration régionale et une soumission aux intérêts du puissant voisin du nord, conformément aux principes de la doctrine Monroe». 

Le ministre cubain des Affaires étrangères, Bruno Rodriguez, a ajouté que le seul résultat public fut la signature d’un document «servile et malhonnête» évoquant l’utilisation de la force militaire américaine comme instrument répressif contre les cartels criminels et pour réprimer les problèmes internes et frontaliers.

Enfin, le mécontentement grandit également au sein des pays eux-mêmes, devenus otages de la politique américaine, à l’égard de leurs propres dirigeants actuels. Voici, par exemple, ce qu’écrit la publication El Periodico du Panama à propos des résultats du sommet: «Le Traité de neutralité permanente entre les États-Unis et le Panama, qui interdit la présence de bases militaires étrangères sur le territoire national, a été annulé… On peut comprendre les États-Unis, leur position et leurs revendications d’hégémonie et de contrôle, mais voir des gouvernements qui ne reculent devant aucune concession, qui font montre d'un vassalisme honteux qui fleure la trahison, provoque un sentiment de douleur, surtout pour nous, Panaméens, qui avons fait preuve d’un nationalisme militant qui les a fait reculer… nous avons chassé les bases gringo de notre territoire, tout comme nous avons fermé la School of the Americas, qui formait tous les putschistes militaires de la droite fasciste, qui ont détruit la démocratie de nos peuples et établi des régimes de terreur sur tout le continent à une autre époque où sévissait déjà ce vassalisme. Dans le passé, la nation panaméenne, toute la population patriotique, est descendue dans la rue et a dit au gouvernement gringo que le canal de Panama appartient au Panama, et que la présence militaire américaine viole la souveraineté, le traité Torrijos-Carter et notre Constitution politique… Nous vivons des temps difficiles sous l’égide d’un régime oligarchique de droite qui n’a aucune honte nationale et considère comme allant de soi un vassalisme qui insulte la mémoire de tous les patriotes de notre histoire… »

On peut supposer que d’autres États vassaux voient aussi grandir leur insatisfaction face à la nouvelle infiltration de la machine militaire américaine sur leurs territoires nationaux.

Source originelle: https://orientalreview.su/2026/03/12/shield-of-the-americas-narcocartels-and-new-stick-of-uncle-sam/

Les silences de Pete Hegseth

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Les silences de Pete Hegseth

Andrea Marcigliano

Source: https://electomagazine.it/i-silenzi-di-hegseth/

Pete Hegseth est le Secrétaire à la Défense de Washington. Un quadragénaire, 45 ans, avec un long parcours militaire, puis un rôle d’animateur télévisé.

L’un des nouveaux hommes amenés à Washington par Donald Trump.

91VG8yZuvyL._AC_UF10001000_QL80_-398x600.jpgPete Hegseth a déclaré qu’il n’existait aucune preuve d’un quelconque soutien militaire de la Russie et de la Chine à l’Iran. Une déclaration sèche. Pour mettre fin aux nombreuses spéculations parues dans la presse américaine en ces premiers jours de guerre.

Bien. Mais Pete Hegseth ment. En sachant parfaitement qu’il ment.

La Russie et la Chine soutiennent Téhéran par tous les moyens. Et même pas de façon très dissimulée.

Moscou a même réduit la pression dans le Donbass, où, d’ailleurs, sa victoire semble désormais évidente. Une question de semaines.

Cependant, la Russie a bien conscience que des États-Unis embourbés dans une campagne militaire en Iran, stérile et sans issue, constituent un problème mineur, voire inexistant, pour sa conquête d’une partie de l’Ukraine.

Par conséquent, son renseignement, ainsi que son aide militaire et économique, sont actuellement projetés vers le théâtre moyen-oriental.

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Quant à Pékin, nous avons déjà parlé du « navire-espion » qui signale les cibles dans le golfe Persique aux missiles et aux torpilles iraniens.

Ce qui a contraint les navires américains à se retirer de plusieurs centaines de kilomètres.

Mais ceci n’est que l’aide la plus visible offerte par Pékin à Téhéran.

En plus du travail de renseignement, il existe un intense trafic aérien et ferroviaire qui amène du matériel, des armes et autres équipements pour renforcer la résistance iranienne.

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Et tout cela se déroule de manière absolument ouverte.

Sans trop de faux-semblants. Sans masques particuliers.

Mais l’excellent Hegseth ne le voit pas.

Pour lui, il n’y a aucune implication de Moscou ni de Pékin dans le conflit.

Il l’exclut, avec la plus grande fermeté.

Point final.

Eh oui… La Russie et la Chine sont de grandes puissances. Industrielles et militaires. Et, de surcroît, des puissances nucléaires.

Il vaut donc mieux, infiniment mieux, faire semblant de ne pas voir leur aide à l’Iran. De commenter leur implication dans cette guerre.

Qui, certes, est déjà une guerre mondiale – la Troisième, la Quatrième, peu importe… – mais c'est une guerre asymétrique.

Donc atypique, où l’on évite la confrontation frontale entre grandes puissances. Parce qu’elle ne pourrait mener qu’à un cataclysme total. Sans vainqueurs ni vaincus.

En somme, une partie d’échecs. Un jeu de masques.

Hegseth prouve qu’il connaît bien le métier, et qu’il sait qu’il existe des limites à ne pas franchir.

Espérons que d’autres partagent sa vision…

13:18 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : navire espion chinois, golfe persique, iran, chine | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

mardi, 17 mars 2026

La guerre de l’eau

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La guerre de l’eau

Andrea Marcigliano

Source: https://electomagazine.it/la-guerra-dellacqua/

La guerre entre l’Iran et les États-Unis (et, bien entendu, Israël) présente de nombreux aspects, causes et théâtres d’opérations.

Le pétrole, bien sûr. Mais aussi la position géopolitique de l’Iran, qui constitue un pont politique et économique fondamental avec la Chine.

Sans oublier l’équilibre global de tout le Moyen-Orient élargi.

Avec Téhéran qui représente le contrepoids, le principal obstacle à la naissance du Grand Israël.

C’est donc une guerre qui se mène à de nombreux niveaux. Avec différents outils.

Une guerre qui, désormais, devient aussi celle de l’eau.

C’est-à-dire qu’elle implique les ressources hydriques dont toute la région a besoin. Et qui, dans bien des cas, garantissent la survie même de peuples entiers.

Les faits sont clairs et simples.

L’aviation américaine a frappé, et de fait paralysé, les installations de désalinisation de Qesm, une île dans le détroit d’Ormuz, qui dépend entièrement de ces installations.

Il semblerait que ce soient les Américains. Même si, à l’heure actuelle, ils se renvoient la responsabilité avec Israël.

Oui… car ces installations avaient pour seul but de fournir de l’eau potable à la population de l’île. Aucune valeur militaire. Aucun rôle stratégique.

Bref, une absurdité totale. Mais une absurdité qui pourrait avoir de graves conséquences, comme l’ont déjà laissé entendre les déclarations iraniennes.

Parce que l’Iran, dans son ensemble, dispose de beaucoup d’eau, au point de pouvoir en vendre. Les sources d’eau sont abondantes. Les grands fleuves irriguent tout le pays.

Ceux de Qesm constituent un cas limite. Isolé. Un avant-poste.

Cependant, la situation est tout autre dans les pays arabes voisins, qui sont les bases de départ des opérations américaines.

Les besoins en eau de la population y sont, pour l’essentiel, couverts par des installations de désalinisation.

Cela va d’environ 70 % pour l’Arabie saoudite, à près de 100 % pour le Qatar.

Vous comprenez ? Sans usines de désalinisation, dans ces pays, on risque tout simplement de mourir de soif.

C’est pourquoi elles sont entretenues avec le plus grand soin.

C’est aussi pour cette raison qu’on a tenté de les tenir à l’écart du conflit.

Mais ensuite, des génies (américains ou israéliens, peu importe) ont eu la brillante idée de détruire Qesm. Sans aucune raison stratégique.

Et maintenant, qu'arrivera-t-il, pensez-vous?

Téhéran a été clair. À partir de maintenant, elle considère comme objectifs militaires tous, absolument tous, les sites de désalinisation de la péninsule Arabique.

La population civile, bien sûr, n’a rien à voir là-dedans. Mais ces pays arabes accueillent, disons-le, les bases aériennes et de missiles d’où partent les attaques américaines. D’où, probablement, est également partie celle contre l’usine de désalinisation iranienne.

Alors… faites vos comptes.

Riyad et les petits États du Golfe sont déjà en panique. Une riposte iranienne pourrait les mettre plus bas que terre. Les condamner à la soif.

Et cela rendra assurément très difficile le contrôle de populations en grande partie chiites, qui sympathisent déjà avec Téhéran.

Une absurdité militaire, disais-je. L’une des nombreuses absurdités criminelles, comme le bombardement d’une école pour enfants.

Une absurdité qui, dans ce cas, pourrait coûter très cher.

Vraiment très cher.

17:07 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : eau, moyen-orient, golfe persique, iran | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

Guerre et temps

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Guerre et temps

par Pierluigi Fagan

Source: https://www.sinistrainrete.info/articoli-brevi/32542-pier...

Comme cela avait été préalablement annoncé, à Rome, la rencontre promue par Interferenza sur les questions de politique mondiale s'est tenue. Prévue sous un angle analytique et réflexif général, il est clair qu’à la lumière des événements, la guerre contre l’Iran prend une importance particulière. Voici donc le condensé de mon intervention, qui sert aussi de récapitulatif des pièces placées sur l’échiquier pour toute personne intéressée.

Le Moyen-Orient est une fractale de la complexité du monde (de nombreuses variables et interrelations non linéaires entre ces dernières). Il l’est pour des raisons géographiques, historiques, religieuses, économiques et financières. Autour de sa composition articulée, qui, en plus des monarchies du Golfe, du Yémen, de la Syrie, de la Jordanie, du Liban et de l’Irak, voit également des acteurs intéressés comme la Turquie, l’Iran, l’Égypte, sans oublier la présence particulière d’Israël, on retrouve aussi les grandes puissances : Russie, États-Unis, Chine et Inde. Dans ce contexte, l’UE, ou plus généralement l’Europe, a son importance, même si elle reste passive.

Le cadre stratégique de fond est le plan israélo-américain, d’abord connu sous le nom d’Accords d’Abraham (Trump), puis comme "Route du Coton" (Biden), visant à faire de la péninsule arabique le trait d’union entre l’Inde et l’Europe. Chemins de fer, gazoducs, oléoducs (qu’il faudrait réorienter vers le nord et non plus vers le Golfe), lignes électriques, co-entreprises, tourisme, recherche de nouvelles technologies, flux massifs d’investissements, paradis du luxe et de l’évasion fiscale, et des liens d’interdépendance réciproque forts. Le tout débouchant en Israël, comme façade méditerranéenne tournée vers l’Europe.

La «conditio sine qua non»: chasser les Palestiniens de Gaza, détruire – après le Hamas – le Hezbollah au Liban, et couper la tête du serpent iranien.

De la guerre en cours, on peut donner de nombreuses raisons, mais se trompe celui qui croit avoir trouvé la raison: ce type de phénomène complexe, avec ses nombreuses variables et interrelations, possède également de multiples raisons, c’est-à-dire de causes et de contextes. Passons donc à une rapide analyse des acteurs en présence.

CHINE. Avec les accords Arabie Saoudite-Iran, suite à une réunion tenue à Pékin en 2023, les Chinois avaient affiché la volonté de pacifier la région pour l’ordonner autour de leurs intérêts commerciaux réciproques. De fait, depuis lors, plusieurs rencontres ont suivi entre ces deux poids lourds régionaux, chefs de file respectifs du sunnisme et du chiisme, et ils ont notablement atténué leur animosité historique. L’Iran a alors rejoint d’abord l’Organisation de Coopération de Shanghai, puis les BRICS élargis (où se trouvent aussi les Émirats Arabes Unis, mais pas l’Arabie Saoudite). En 2025, la Chine a investi 15,7 milliards de dollars dans le Golfe. Il y a quelques jours, après le début du conflit, les banques et assurances publiques chinoises ont suspendu ou drastiquement réduit les lignes de crédit aux pays du Golfe et bradé des obligations saoudiennes et Aramco; la société pétrolière nationale d’Abu Dhabi a dû suspendre une émission massive d’obligations qui avait été prévue.

La Chine importe 70% de ses besoins énergétiques fossiles et un peu plus de la moitié de cette quantité provient du Golfe, un quart de celle-ci vient d’Iran (donc moins de 10% du total), disposant d’environ 115 jours de réserves en cas de blocage total, plus la possibilité de recourir au charbon ou d’augmenter le flux depuis la Russie. Le ministère chinois des Affaires étrangères a annoncé l’envoi prochain d’une mission diplomatique dans la région. Mais un éventuel et durable blocus pèserait autant, voire plus, sur l’Inde, la Corée du Sud, Taïwan et le Japon.

À noter: le 31 mars, l’entretien annoncé et déjà planifié entre Xi et Trump.

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INDE. Modi s’est récemment rendu en Israël (fin février) et y a prononcé un discours très applaudi à la Knesset. Israël est fournisseur d’armes de l’Inde et ils ont divers partenariats, non seulement dans l’armement, mais aussi en cybersécurité, en innovation agricole et en gestion de l’eau. Modi s’est aussi engagé à envoyer jusqu’à 50.000 Indiens travailler en Israël. L’Inde est le terminal des projets de la Route du Coton (I2 pour Inde et Israël, U2 pour EAU et USA, accord de 2023), et membre des BRICS et de l’OCS.

RUSSIE. La hausse de la demande mondiale en cas de pénurie durable d’approvisionnement et la montée en flèche des prix sont évidemment bien vues, tout comme la probable réduction de l’envoi d’armes et de financements occidentaux à l’Ukraine. Aucune certitude, mais si la situation devait devenir vraiment grave, peut-être l’attitude d’ostracisme européenne envers la Russie pourrait-elle changer, ou pas, nous verrons.

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ISRAËL va vers de nouvelles élections le 27 octobre. Pour la première fois depuis longtemps, les quatre partis arabes présenteront une liste unie, estimée à 14 sièges potentiels, troisième parti du pays. Il y a quelques jours, Netanyahu a aussi évoqué une mystérieuse « alliance Hexagone » qui réunirait la Grèce et Chypre (contre la Turquie, autour des importants gisements sous-marins de la région), puis l’Inde, peut-être le Somaliland, les Émirats Arabes Unis, et qui sait qui d’autre. Après la question du Hamas, l’objectif est de détruire le Hezbollah, dont la branche militaire a déjà été déclarée illégale par le gouvernement libanais, mais peut-être aussi l’occupation durable du sud du pays, lui aussi riche en gisements sur la côte.

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GOLFE. Il y a deux jours, bin Salman a appelé les pays du CCG, à savoir Bahreïn, Koweït, Qatar, Émirats Arabes Unis, Oman, pour leur demander instamment de minimiser publiquement les attaques iraniennes et d’appeler à la désescalade. Le Qatar (qui entretient de très bonnes relations avec l’Iran et partage avec lui le plus grand gisement gazier du monde, North Dome/South Pars), a déclaré par la voix de son ministre de l’Énergie qu’on redoute un blocage total des exportations, avec un pétrole à 150 dollars et un effondrement de l’économie mondiale. Plus généralement, ils nourrissent des doutes:

1) doute sur l’origine des attaques (certaines seraient des fausses bannières israéliennes);

2) doutes sur la gestion de l’« après » Iran avec qui il faudra vivre;

3) craintes sur l’épuisement des ressources et la prolongation de la guerre (catastrophe économique et pour le projet de « pôle du luxe », Vision 2030 de MBS);

4) risque d’humiliation militaire (arsenaux modernes mais peu de personnels et de techniciens), risque d’invasion terrestre (Koweït), de révolte (Bahreïn) et de reprise de la guerre avec les Houthis;

5) risque que l’Iran frappe les infrastructures de dessalement, avec catastrophe alimentaire;

6) risque de réaction de l’opinion musulmane, après Gaza, si on laisse trop de champ à Israël (projet du Grand Israël), ce qui pourrait les submerger à l’avenir. Et il y a enfin le pouvoir stratégique-financier d’interdiction de la Chine.

Le ministre omanais des Affaires étrangères, Badr al-Busaidi (Oman n’est ni chiite, ni sunnite, et joue historiquement le rôle de médiateur dans tous les dossiers diplomatiques régionaux, y compris les négociations USA-Iran sur le nucléaire), a qualifié le jour même du début de la guerre le conflit d’«incompréhensible», estimant que les Iraniens avaient accepté toutes les conditions posées pour minimiser leur programme nucléaire et que, selon lui, la signature était imminente.

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STRATÉGIE DES ETATS ETHNIQUES (vieille marotte néocon sur le Moyen-Orient, ici centrée sur l’Iran). C’est l’idée d’utiliser les Kurdes iraniens et irakiens pour faire le sale boulot «au sol». Je souligne que la Syrie et la Turquie n’en seraient pas du tout ravies, ce serait une catastrophe locale d’avoir à gérer demain un État kurde à la frontière. Il y a aussi la question des Baloutches, et là l’histoire est longue, mais le Pakistan n’apprécierait pas non plus. Enfin, certains estiment que des rébellions ethniques provoqueraient une réaction nationaliste iranienne. Les Allemands se disent préoccupés d’éventuelles diasporas vers l’Europe. Au Liban, on compte déjà 500.000 déplacés venus du sud du pays.

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REPRÉSAILLES. Vous savez tout d'Ormuz désormais. Mais j’ai signalé il y a quelques jours aussi l’oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan (BTC – Azerbaïdjan-Géorgie-Turquie), propriété de BP, qui transporte du pétrole d’Azerbaïdjan en Israël.

Les HOUTIS sont pour l’instant dormants. Mais, si la situation dégénère, ils seront toujours sur la mer Rouge (où l’AS a le seul terminal qui ne débouche pas sur le golfe Persique). De là, le Bab el-Mandeb, le port d'Eilat, et, en cas de crise, le Canal de Suez sont à portée de tir.

Etats-Unis. Ils auront des élections de mi-mandat une semaine après celles qui se tiendront en Israël, en novembre 2026, et Trump subira les conséquences de la guerre, qu’elles soient positives ou négatives.

EN CONCLUSION. La variable décisive de cette guerre, c’est le temps.

Combien de temps l’Iran tiendra-t-il (et quels choix de commandement fera-t-il), et quelle est la capacité réelle des arsenaux des USA et d’Israël.

Combien de temps Trump résistera-t-il aux pressions mondiales dues à l’inflation et à la stagflation, au marché des énergies fossiles et à la survie des monarchies du Golfe.

Combien de temps celles-ci tiendront-elles, et avec elles tous ceux qui dépendent de leurs investissements et de leurs exportations énergétiques.

Si, «du bord de l’abîme», nous tomberons dedans ou parviendrons à reculer, nous verrons.

Vidéo de la conférence dans son intégralité. Mon intervention commence vers 1:24

https://www.youtube.com/watch?v=RBKmscvV2dg

(à 1:54, il est mentionné comme possible nouveau Guide Suprême « Arisi », mais il s’appelle en réalité Alireza Arafi, actuellement membre du Conseil provisoire, je m’excuse pour l’erreur).

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lundi, 16 mars 2026

Les ambitions géopolitiques de la Turquie s’étendent loin dans les Balkans

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Les ambitions géopolitiques de la Turquie s’étendent loin dans les Balkans

Peter W. Logghe

Source: Nieuwsbrief Knooppunt Delta, n°208, Mars 2026. 

Dans une contribution à la fois historique et politique, Tancrède Josseran revient dans la revue française Conflits sur les ambitions persistantes de la Turquie dans la péninsule balkanique. La défaite turque lors des guerres balkaniques (1912-1913) fut perçue par beaucoup — y compris en Turquie — comme une véritable césure: si les Ottomans réussirent à conserver un petit bout de la Thrace, les défaites militaires mirent fin, à ce moment-là, au statut de l’Empire ottoman en tant que puissance européenne (du moins en partie). Il se réduisit à une construction purement turque.

La-nouvelle-puiance-turque-L-adieu-a-Mustapha-Kemal.jpgTancrède Josseran souligne que ce n’est pas la seule rupture. 2002 pourrait bien être un autre tournant dans l’histoire turque: Recep Tayyip Erdogan prend le pouvoir avec son AKP (parti pour la justice et le développement). Erdogan souhaite redonner à la Turquie le statut de grande puissance régionale et la péninsule balkanique joue un rôle clé dans ce projet, comme le montrent également les ouvrages d’Ahmet Davutoglu (ancien Premier ministre et principal architecte de la nouvelle politique étrangère turque).

Brève histoire de l’occupation turque d’une partie de l’Europe de l’Est

À partir de 1380, commence la soumission turque des Balkans, sous le sultan Orhan. Les territoires conquis dans les Balkans sont alors désignés par les Turcs eux-mêmes sous le nom de Roumélie, et ils entrent dans l’histoire comme la plus ancienne conquête turque. On oublie souvent que les provinces arabes ne furent conquises par les Ottomans qu’à partir du 16ème siècle. Les Ottomans ont conquis la Thrace dans les Balkans, ainsi que la Macédoine, la Thessalie, la Bulgarie, l’Albanie, la Valachie et une partie de la Serbie. D’ailleurs, c’est Andrinople en Thrace qui fut désignée par les Ottomans comme première capitale (avant Constantinople), rappelle Josseran.

Sous le sultan Bayezid (1389-1402), débute l’incorporation massive d’enfants européens et chrétiens dans l’appareil d’État turc – il s’agit clairement d’enlèvements. Tous les cinq ans, des garçons européens âgés de 8 à 18 ans sont islamisés de force. Certains sont intégrés à la bureaucratie, d’autres sont formés pour devenir janissaires, les troupes d’élite de l’armée ottomane.

Finalement, la Hongrie est également attaquée: en 1396, l’armée du roi hongrois Sigismond est vaincue. A Nicopolis, en 1444, c’est au tour du Hongrois Hunyadi de subir une amère défaite. En 1521, les troupes de Soliman le Magnifique prennent Belgrade, puis Buda en 1526, pour être ensuite arrêtées devant les portes de Vienne en 1529. L’Empire ottoman se heurte alors aux limites de la logistique, aux distances et à la résistance acharnée des Européens. Le déclin est amorcé.

Ahmet Davutoglu et l’échec de l’occupation ottomane des Balkans

ahmet-davutoglu.jpgDavutoglu, qui fut ministre des Affaires étrangères, Premier ministre et président du parti AKP turc, a travaillé entre 1996 et 1999 à l’université de Marmara. En 1999, il est nommé professeur et dirige le département des relations internationales de l’université Beykent à Istanbul. Il a toujours manifesté un grand intérêt pour la « période balkanique turque », qui s’étend sur six siècles. Il s’est notamment penché sur les raisons de l’échec de l’Empire ottoman dans les Balkans et sur son repli.

Il reproche, par exemple, à l’administration ottomane de s’être pliée à la terminologie de l’adversaire — l’Europe, donc. Selon le politologue Davutoglu, la Turquie a perdu la «guerre sémantique» avant même la guerre militaire: ainsi, l’Empire ottoman a adopté les dénominations «Balkans», «péninsule grecque», ou «Europe du Sud-Est», et a abandonné le terme turc de Roumélie (à comparer avec les usages de «Moyen-Orient» ou «Proche-Orient», qui témoignent aussi de l’eurocentrisme).

Un second reproche de Davutoglu porte sur la passivité de l’Empire ottoman, qui, après le traité de Karlowitz (1699), s’est laissé entraîner à céder morceau par morceau son propre territoire, alors qu’il aurait dû résister, selon ce haut responsable turc.

sufiyim-halk-icinde-yunus-emre-9786257949774.jpgEt même si Davutoglu admet que la conquête de l’Europe entière ne peut et ne pourra jamais être l’objectif d’une politique néo-ottomane, il garde son regard fixé sur les Balkans. Ainsi, Davutoglu avait déjà pris contact très tôt avec la Bosnie (entre 1993 et 1996, alors qu’il enseignait en Malaisie), et sur la demande du président bosniaque Alija Izetbegovic, il devint consul honoraire de Bosnie. Il considère la possibilité d’une influence turque renouvelée dans la péninsule balkanique exclusivement en termes de puissance. Pour ce responsable turc, cette puissance se mesure à la capacité d’influencer l’opinion publique dans les différents États de la péninsule. Il croit fortement au développement d’un soft power néo-ottoman dans les Balkans, écrit Tancrède Josseran. Il n’est donc pas surprenant que, à l’instar des Instituts Confucius dans le monde, on voie apparaître dans les Balkans des centres Yunus Emre (1): il y en a deux en Albanie, trois en Bosnie, un en Serbie, trois au Kosovo et trois en Macédoine. Cela s’inscrit parfaitement dans la logique des « grands espaces » décrits par le juriste allemand Carl Schmitt et dans les rêves néo-ottomans de Davutoglu.

Peter W. Logghe

Source : Conflits n° 62, mars-avril 2026. (Adresse : 32 Rue du Faubourg, F-75010 Paris)

Note: 

(1) Du nom de Yunus Emre, poète populaire, poète soufi et mystique ayant vécu de 1240 à 1321. Il fut l’un des premiers à écrire en turc, la langue populaire d’Anatolie. À cette époque, on écrivait exclusivement en persan ou en arabe.

La guerre des corridors: du Caucase à l'Asie centrale, Washington et les BRICS se disputent les routes du futur

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La guerre des corridors: du Caucase à l'Asie centrale, Washington et les BRICS se disputent les routes du futur

Margherita Furlan

Source: https://telegra.ph/La-guerra-dei-corridoi-dal-caucaso-all...

Vance signe à Bakou le partenariat stratégique entre les États-Unis et l'Azerbaïdjan et lance le corridor TRIPP à travers l'Arménie. Pendant ce temps, d'Islamabad à Kaboul, le réseau transafghan des BRICS redessine la connectivité eurasienne. Deux visions du monde, un seul enjeu : celui qui contrôle les infrastructures contrôle le commerce mondial.

Partie I — Vance dans le Caucase : le retour américain

La signature à Bakou : un partenariat qui redessine la région

Le vice-président des États-Unis, JD Vance, a signé aujourd'hui à Bakou, avec le président azerbaïdjanais Ilham Aliyev, une charte de partenariat stratégique que les deux parties qualifient de début d'une « phase entièrement nouvelle » dans leurs relations bilatérales. L'accord couvre la coopération en matière de défense, de vente d'armes, de sécurité énergétique, de lutte contre le terrorisme et d'intelligence artificielle. Vance a annoncé l'envoi de navires militaires en Azerbaïdjan pour protéger les eaux territoriales de la mer Caspienne.

L'accord avait été présenté pour la première fois lors de la rencontre entre Aliyev et le président Trump à la Maison Blanche en août 2025, où le dirigeant azerbaïdjanais avait également conclu un accord de paix avec le Premier ministre arménien Nikol Pashinyan, mettant officiellement fin à des décennies de conflit dans le Karabakh. Aliyev a qualifié la signature de « reflet du travail acharné accompli par les gouvernements azerbaïdjanais et américain au cours des six derniers mois » et a déclaré que « c'est un grand honneur pour nous d'être les partenaires stratégiques de la nation la plus puissante du monde ».

L'Azerbaïdjan n'est donc plus considéré comme un simple fournisseur d'hydrocarbures, mais comme une plaque tournante stratégique entre l'Europe, l'Asie centrale et le Moyen-Orient. Comme l'a fait remarquer Rauf Mammadov, spécialiste de la politique énergétique à la Jamestown Foundation de Washington, « en termes de hiérarchie des priorités, le fait que l'Azerbaïdjan se positionne comme un îlot de stabilité orienté vers l'Occident entre la Russie et l'Iran est important ».

L'étape arménienne : nucléaire, drones et puces

La signature de Bakou intervient à l'issue d'une tournée sans précédent dans le Caucase du Sud. M. Vance est le premier vice-président américain en exercice à se rendre en Arménie — où il a rencontré le Premier ministre Pashinyan le 9 février — et le premier à se rendre en Azerbaïdjan depuis 2008, lorsque Dick Cheney s'était rendu à Bakou.

À Erevan, Vance et Pashinyan ont signé un accord de coopération nucléaire civile qui pourrait représenter jusqu'à 5 milliards de dollars d'exportations américaines initiales, plus 4 milliards supplémentaires dans des contrats à long terme pour la fourniture de combustible et la maintenance de réacteurs modulaires à petite échelle (SMR) utilisant la technologie américaine. L'Arménie envisage de remplacer la centrale nucléaire obsolète de Metsamor, construite par les Soviétiques, par des réacteurs américains: un choix qui marquerait la rupture définitive de sa dépendance énergétique vis-à-vis de Moscou.

Les États-Unis ont également annoncé la vente de 11 millions de dollars de technologie de drones de surveillance et l'octroi de licences pour l'exportation de puces Nvidia à très haute puissance destinées aux centres de données arméniens déjà en construction. « Ce sont des puces qui n'existent tout simplement pas dans la plupart des pays du monde », a souligné M. Vance, qualifiant ces accords d'« avantageux pour les deux économies ». L'Arménie, historiquement dans l'orbite de Moscou, a gelé sa participation au pacte de sécurité dirigé par la Russie (CSTO) et se réoriente vers Washington et Bruxelles.

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Le corridor TRIPP : 43 kilomètres qui changent la géopolitique

Le pivot stratégique de toute la tournée est le TRIPP (Trump Route for International Peace and Prosperity), un corridor de 43 kilomètres qui traverserait le sud de l'Arménie, dans la région de Syunik, reliant l'Azerbaïdjan à son enclave du Nakhitchevan et de là à la Turquie. Le projet comprend une voie ferrée, un gazoduc, un oléoduc, une ligne électrique et une infrastructure en fibre optique.

La particularité de l'accord est que les États-Unis ont obtenu les droits exclusifs de développement et de gestion du corridor pour 99 ans par le biais d'un consortium, l'Arménie conservant sa souveraineté sur le territoire. Pashinyan a déclaré que les travaux de construction devraient commencer au cours du second semestre 2026, après la finalisation des paramètres techniques et des opérations de délimitation de la frontière entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan. Le département d'État a baptisé le projet « Trump Route for International Peace and Prosperity (TRIPP) », le liant explicitement à la promotion des efforts de paix du président Trump.

Le TRIPP n'est pas un corridor comme les autres. Une fois achevé, il sera relié au Middle Corridor transcaspien, une route commerciale de 6500 kilomètres qui contourne la Russie et relie la Chine à l'Europe via l'Asie centrale et le Caucase.

Comme l'a fait remarquer le sénateur Steve Daines, ce corridor permettra d'acheminer « les approvisionnements essentiels en pétrole, en gaz naturel et en minerais critiques depuis l'Asie centrale — ces cinq pays — vers l'Europe et l'Occident plutôt que vers la Russie et la Chine ».

Le corridor contourne également la Géorgie, dont le gouvernement Georgian Dream a adopté ces dernières années une posture anti-occidentale en se tournant vers la Russie et la Chine. L'absence de Tbilissi dans la tournée de M. Vance — la Géorgie a déclaré attendre « patiemment » un rapprochement — est le fait politique le plus éloquent.

L'enjeu : les minéraux critiques et la concurrence avec la Chine

La tournée de Vance doit être considérée conjointement avec l'initiative sur les minéraux critiques lancée le 4 février à Washington, avec des représentants de 55 pays, dont l'Arménie, l'Azerbaïdjan et le Kazakhstan. Washington est en train de mettre en place un bloc commercial préférentiel pour les minéraux critiques, avec des prix minimums coordonnés afin de briser la domination chinoise sur les matériaux essentiels à la production de pointe.

Comme l'a fait remarquer Joseph Epstein, directeur du Turan Research Center à l'Institut Yorktown, « il est significatif que ce soit Vance qui effectue ce voyage. Il représente la partie la plus isolationniste de la Maison Blanche, et pourtant il promeut des accords qui affaiblissent l'influence russe et iranienne — et le fil conducteur en est les minéraux critiques ».

Il est significatif que la Chine n'ait pas commenté publiquement le TRIPP. Comme l'a fait remarquer l'analyste Yeghia Tashjian, « Pékin a appris qu'il est contre-productif d'entrer en confrontation directe avec les États-Unis sur chaque projet d'infrastructure. Au lieu de s'opposer publiquement, la Chine préfère travailler par le biais de canaux diplomatiques et d'incitations économiques ». La Chine investit dans le chemin de fer Bakou-Tbilissi-Kars, dans les énergies renouvelables azerbaïdjanaises et dans la BRI dans le Caucase du Sud, construisant ainsi son propre réseau parallèle.

* * *

Partie II — L'autre moitié du jeu : les corridors BRICS de l'Asie centrale au Pakistan

Alors que Vance construit l'architecture américaine dans le Caucase, un projet tout aussi ambitieux mais de signe opposé se met en place de l'autre côté de l'Eurasie. Le 4 février — le jour même de l'initiative américaine sur les minéraux critiques — le président kazakh Kassym-Jomart Tokayev et le Premier ministre pakistanais Shahbaz Sharif ont confirmé à Islamabad le lancement d'un corridor de transport multimodal destiné à relier les pays de la CEI aux ports pakistanais de Gwadar et Karachi, offrant à la région un accès direct à l'océan Indien.

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Le tracé : de Minsk à Karachi en passant par l'Afghanistan

Le parcours est ambitieux : Biélorussie – Russie – Kazakhstan – Ouzbékistan – Afghanistan – Pakistan. Deux variantes du segment afghan sont en cours de développement simultané, dans le cadre d'une concurrence constructive entre l'Ouzbékistan et le Turkménistan pour le transit à travers l'Afghanistan.

La variante orientale, le « corridor de Kaboul », soutenue par l'Ouzbékistan, prévoit une ligne ferroviaire d'environ 650 kilomètres reliant Termez à la frontière pakistanaise (Logar-Kharlachi) en passant par Mazar-i-Sharif et Kaboul. Un accord-cadre a été signé à Kaboul en juillet 2025 par l'Ouzbékistan, l'Afghanistan et le Pakistan, dont l'achèvement est prévu en 2027. Les délais de transit seraient réduits de 35 jours à environ quatre, avec un potentiel de 15 à 20 millions de tonnes par an d'ici 2040.

La variante occidentale, promue par le Turkménistan et le Kazakhstan, longe le tracé Turgundi - Herat - Kandahar - Spin Boldak sur plus de 900 kilomètres. Le Kazakhstan a engagé 500 millions de dollars et, en septembre 2024, la première pierre des 22 kilomètres initiaux à partir de la frontière turkmène a été posée. Ce tracé pourrait s'intégrer au corridor Lapis Lazuli, qui part de Herat et se poursuit vers Achgabat, le port caspien de Turkmenbachi, l'Azerbaïdjan, la Géorgie et la Turquie, offrant une alternative d'accès à la mer Noire et à l'Europe.

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Le Kazakhstan, pivot de la connectivité eurasienne

Tokayev a rappelé à Islamabad que son pays gère déjà 85 % du transport terrestre de marchandises entre l'Europe et la Chine, via le corridor transcaspien (Middle Corridor), et a présenté la plateforme numérique « Smart Cargo » pour la gestion unifiée des flux de transit. Le commerce bilatéral avec le Pakistan a doublé au cours de l'année dernière pour atteindre environ 86 millions d'euros, l'objectif déclaré étant d'atteindre un milliard de dollars dans les deux ans. Lors du forum des affaires d'Islamabad, plus de 30 accords commerciaux ont été signés pour une valeur totale d'environ 170 millions d'euros, dont une commande de 91 millions pour la fourniture de 600 bus kazakhs.

La variable afghane : entre guerre et commerce

L'Afghanistan reste le point critique de toute l'architecture. Le Pakistan a fermé sa frontière avec l'Afghanistan en octobre 2025 après des affrontements armés, provoquant une chute de 40 % du commerce bilatéral. Des affrontements meurtriers ont également eu lieu à la frontière entre l'Afghanistan et le Tadjikistan.

Pourtant, depuis 2021, plusieurs pays de la région, le Kazakhstan en tête, ont choisi d'entretenir des relations commerciales avec le gouvernement taliban, pariant sur la stabilisation économique de l'Afghanistan par le commerce et les infrastructures, et non par les armes.

Les talibans ont repris pratiquement tous les projets de transport régional et interrégional lancés par le gouvernement précédent, et des négociations actives sont en cours tant avec l'Ouzbékistan sur le corridor de Kaboul qu'avec le Turkménistan sur la variante occidentale. La Chine a convenu avec le Pakistan et l'Afghanistan de l'extension du CPEC (China-Pakistan Economic Corridor) au territoire afghan, ajoutant ainsi un niveau supplémentaire au réseau.

La Russie dans le jeu : le corridor transafghan comme extension du Nord-Sud

Moscou considère le corridor transafghan comme une extension naturelle de son propre corridor international de transport nord-sud (INSTC) vers le Pakistan et l'Inde, et achève actuellement des études de faisabilité économique avec des estimations de 8 à 15 millions de tonnes de marchandises par an. L'INSTC, le corridor de 7200 kilomètres qui relie Saint-Pétersbourg au port indien de Mumbai en passant par l'Iran et l'Azerbaïdjan, est achevé à 75 %, la section ferroviaire Rasht-Astara (106 km) étant déjà réalisée. En 2024, le trafic sur l'INSTC a augmenté de 19 %, atteignant 26,9 millions de tonnes, avec un objectif de 30 millions d'ici 2030. Le corridor est 30 % moins cher et 40 % plus rapide que la route via Suez.

* * *

Partie III — le réseau mondial : cinq corridors BRICS contre le TRIPP américain

Pour comprendre l'ampleur de l'enjeu, il faut élargir son regard au-delà de l'actualité ponctuelle et considérer le système dans son ensemble. Les corridors transafghans et le TRIPP américain dans le Caucase ne sont pas des projets isolés : ils sont les pièces maîtresses de deux architectures concurrentes qui visent à redessiner les routes du commerce mondial.

Le réseau BRICS : les infrastructures comme instrument de pouvoir

Les pays du BRICS contrôlent 64 % des expéditions ferroviaires mondiales, avec un réseau de plus de 382 000 kilomètres, dont 213 000 électrifiés, qui transporte environ 8,4 milliards de tonnes de marchandises par an. La Nouvelle Banque de développement (NBD) a alloué 10,5 milliards de dollars au secteur des transports, le plus grand secteur de financement de l'institution. Lors du sommet de Kazan en 2024, les dirigeants des pays BRICS ont reconnu l'importance de l'utilisation intégrée des transports et ont créé une commission permanente sur les transports, transformant le sous-groupe sur les transports et la logistique en un groupe de travail permanent présidé par la Russie.

Les cinq principaux corridors BRICS en cours de développement ou opérationnels sont les suivants :

Le Corridor international nord-sud (INSTC) : 7200 km de Saint-Pétersbourg à Mumbai via l'Iran et l'Azerbaïdjan. Achèvement à 75 %. Trafic 2024 : 26,9 millions de tonnes (+19 %). 30 % moins cher et 40 % plus rapide que Suez.

La route maritime du Nord (Northern Sea Route) : 14.000 km à travers l'Arctique, de Mourmansk au détroit de Béring. Trafic en 2024 : 37,9 millions de tonnes (57,7 % de GNL, 21,4 % de pétrole). Objectif 2035 : 220 millions de tonnes. Presque la moitié de la distance par rapport à la route via Suez.

Chennai-Vladivostok_Maritime_Corridor_route-3833482262.pngLe corridor maritime Vladivostok-Chennai : lancé en 2024, il réduit les délais de livraison de 40 jours (via Suez) à 24 jours. Objectif: 50 milliards de dollars d'échanges bilatéraux entre la Russie et l'Inde d'ici 2030.

Le corridor central transcaspien : 6500 km de la Chine à l'Europe via le Kazakhstan, la Caspienne, le Caucase et la Turquie. Le Kazakhstan gère 85 % du transport terrestre entre l'Europe et la Chine. C'est le corridor sur lequel s'articulent à la fois le TRIPP américain (dans le segment caucasien) et le réseau transafghan (dans le segment centrasiatique).

Les corridors transafghans : le corridor de Kaboul (650 km, ouzbek, achèvement en 2027, 15 à 20 millions de tonnes/an d'ici 2040) et la variante occidentale turkmène-kazakhe (900 km, investissement kazakh de 500 millions de dollars).

TRIPP vs BRICS : deux logiques comparées

Le TRIPP américain et le réseau BRICS répondent à des logiques opposées mais complémentaires dans la redéfinition de la carte de la connectivité eurasienne.

Le TRIPP est un projet politico-infrastructurel qui vise à consolider la paix entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan, à étendre l'influence américaine dans le Caucase du Sud, à créer des routes alternatives contournant la Russie, l'Iran et la Géorgie, et à attirer les minéraux critiques d'Asie centrale vers les marchés occidentaux. Washington obtient ainsi une présence stratégique à un carrefour géographique reliant l'Europe, le Moyen-Orient et l'Asie centrale, avec un corridor sous gestion américaine pendant 99 ans. La capacité initiale prévue est d'environ 15 millions de tonnes par an.

Le réseau BRICS, en revanche, est un système à corridors multiples conçu pour résister aux sanctions et être indépendant des points d'étranglement traditionnels (Suez, Malacca, Panama).

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Il ne dispose pas d'un centre de commande unique, mais fonctionne grâce à des accords bilatéraux et multilatéraux, avec la Chine, la Russie et l'Inde comme principaux investisseurs et le Kazakhstan comme pivot géographique. Les pays du BRICS sont en train de mettre en place une infrastructure financière parallèle — la NDB comme alternative à la Banque mondiale, un système de paiement alternatif à SWIFT — qui pourrait accélérer la dédollarisation des flux commerciaux le long de ces corridors.

La réponse occidentale — le Global Gateway européen, le PGII du G7, le corridor IMEC (Inde-Moyen-Orient-Europe) — reste plus fragmentée et plus lente à mettre en œuvre. Le TRIPP pourrait constituer l'exception : un projet avec un calendrier concret, un financement garanti et un intérêt stratégique fort de la part de la Maison Blanche.

Le nœud iranien et la concurrence pour la Caspienne

Un élément qui relie le Caucase à l'Asie centrale est le rôle de l'Iran. Téhéran a qualifié le TRIPP de successeur fonctionnel du « corridor de Zangezur » et d'intrusion américaine dans la région arménienne du Syunik, à sa frontière nord. Cependant, les protestations internes qui secouent l'Iran depuis la fin de 2025, avec la répression violente du régime, limitent la capacité de Téhéran à entraver concrètement les projets extérieurs.

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Du côté des BRICS, l'Iran est au contraire un acteur clé : sa position géographique entre la mer Caspienne, le golfe Persique et l'océan Indien en fait un nœud naturel pour le corridor nord-sud et pour la ligne ferroviaire Khaf-Herat vers l'Afghanistan. L'adhésion de l'Iran aux BRICS en 2024 a renforcé cette dimension. Washington et les BRICS se disputent donc l'accès aux mêmes ressources et aux mêmes marchés, mais à travers des réseaux qui s'excluent ou se chevauchent selon les segments.

* * *

Conclusion — celui qui contrôle les routes contrôle le monde

La semaine du 4 au 10 février 2026 a cristallisé en quelques jours une transformation qui était en cours depuis des années. D'une part, Tokayev et Sharif signent à Islamabad les accords pour le corridor transafghan, l'intégrant dans le réseau BRICS. D'autre part, Vance signe à Bakou le partenariat stratégique et lance le TRIPP comme nœud occidental du Middle Corridor.

Les deux architectures ne sont pas symétriques. Le TRIPP est un projet ponctuel, politiquement sophistiqué, qui lie la région aux intérêts commerciaux américains. Le réseau BRICS est un système distribué, plus vaste et plus complexe, qui vise à construire une infrastructure commerciale mondiale indépendante de l'Occident.

Pour l'Europe, le message est double et inquiétant. Washington montre qu'il sait encore exercer son influence par le biais de l'économie et des infrastructures, mais il le fait pour ses propres intérêts, en construisant des routes qui servent la diversification énergétique américaine et l'accès aux minéraux critiques d'Asie centrale, ce qui ne correspond pas nécessairement aux priorités européennes. Les BRICS, quant à eux, construisent un monde dans lequel les marchandises, l'énergie et les capitaux peuvent circuler sans passer par les infrastructures financières et logistiques occidentales.

Le vieil adage géopolitique disait que « celui qui contrôle les mers contrôle le commerce ». Au 21ème siècle, la version actualisée est la suivante : celui qui contrôle les corridors — ferroviaires, énergétiques, numériques — contrôle les chaînes de valeur mondiales. Et dans ce jeu, le Caucase et l'Asie centrale ne sont plus la périphérie : ils sont le centre.

 

dimanche, 15 mars 2026

L’Espagne est-elle devenue eurasiste et la Roumanie atlantiste?

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L’Espagne est-elle devenue eurasiste et la Roumanie atlantiste?

Cristi Pantelimon

Source: https://www.facebook.com/profile.php?id=100005135564621

Il est intéressant d’observer le jeu anti-américain de l’Espagne dans le contexte de la guerre en Iran. Un jeu ouvert, sans ménagement. Le jeu de l’Italie est également intéressant, tendant à ressembler à celui de l’Espagne, et qui, ensemble, signalent des tensions en Méditerranée.

Si l’Espagne bloque la Méditerranée pour les États-Unis à Gibraltar, et que la Turquie joue le même jeu aux détroits du Bosphore et des Dardanelles, la Méditerranée redevient Mare Nostrum, cette fois-ci en excluant les puissances maritimes emblématiques du moment, les États-Unis et le Royaume-Uni (voir les problèmes des Britanniques à Chypre, qui ne peuvent que susciter les applaudissements de la Turquie).

L’Italie semble suivre la même logique de prise de distance vis-à-vis de la guerre en Iran.

Disons-le ouvertement : tout comme la guerre en Irak, la guerre en Iran est dirigée contre l’Europe. Pas directement, ou pas seulement directement, mais à coup sûr indirectement.

L’actuelle guerre des États-Unis contre l’Iran fait partie du conflit pour le Rimland eurasiatique: dans la zone européenne, ce Rimland est actuellement fixé en Ukraine, tandis que dans la zone du Moyen-Orient se joue la bataille décisive pour la partie sud-asiatique du Rimland eurasien.

Les deux fronts sont liés, et les tensions qui s’accentuent actuellement en Iran annoncent l’augmentation future des tensions en Ukraine. Ce n’est pas pour rien que Volodymyr Zelensky a été envoyé pour négocier en Roumanie, et que Nicușor Dan l’a accueilli à bras ouverts, malgré les tensions réelles (présentes et historiques) entre les deux États: il est nécessaire de renforcer le front ukrainien, si possible, en prévision de l’affaiblissement du front moyen-oriental.

Bien sûr, le geste actuel de la Roumanie, qui s’attache aux intérêts de l’Ukraine et participe à la guerre contre l’Iran, est anti-européen et anti-eurasien, mais ce résultat est masqué par le brouillard de la guerre: avec le temps, il deviendra évident, comme d’autres l’ont été auparavant…

Il n’y a qu’une seule excuse pour ce qu’a fait la Roumanie: l’impuissance. Comme on le voit, elle est assumée ouvertement, ce qui ne peut augurer rien de bon pour l’avenir.

Cette guerre, encore une fois, est celle des États-Unis contre les tendances unificatrices à l'oeuvre à l’échelle de l’Eurasie, qui englobe tout le territoire euro-asiatique sis entre le Portugal et la Chine.

Par conséquent, les signaux envoyés par l’Espagne devraient être correctement perçus à Bucarest. Les Européens ne veulent pas de guerre avec leurs voisins eurasiatiques. Les États-Unis, eux, se permettent de les attiser !

Apparemment, la Roumanie a choisi le bon camp. C’est le camp dans lequel elle se trouve, le camp de l’OTAN. Mais l’OTAN n’est plus capable de gagner une guerre dans l’espace eurasien, comme on l’a vu en Afghanistan, en Ukraine et comme on le voit actuellement en Iran.

Dans ces conditions, la Roumanie a besoin de trouver une issue à ce conflit, en négociant un statut naturel dans le concert des États de sa zone géographique.

L’idée euro-atlantique, elle, est morte. L’idée eurasienne est en train d'émerger. Avec des tensions et des conflits, mais elle émerge inévitablement.

L’Iran et l’essor du Croissant chiite - Le rôle stratégique de l’Iran dans le Moyen-Orient multipolaire

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L’Iran et l’essor du Croissant chiite

Le rôle stratégique de l’Iran dans le Moyen-Orient multipolaire

par Nuestra América

Nuestra América sur l’Iran en tant que pierre angulaire du monde chiite à l’ère multipolaire.

Dans l’architecture géopolitique du Moyen-Orient et du monde islamique, l’Iran occupe une position singulière : il est le principal État chiite et l’un des rares acteurs capables d’articuler simultanément pouvoir religieux, politique et stratégique. Cette conjonction a fait de Téhéran une pièce maîtresse dans la configuration d’un ordre international de plus en plus multipolaire.

Historiquement, l’Iran s’est imposé comme bastion du chiisme à partir du XVIe siècle, lorsque la dynastie safavide transforma le pays en centre du chiisme duodécimain, le distinguant de l’environnement majoritairement sunnite de la région. Ce processus a fait de l’Iran le principal pôle religieux et culturel du chiisme, une condition qui continue d’influencer sa politique étrangère contemporaine.

Après la Révolution iranienne de 1979, cette dimension religieuse s’est intégrée à une stratégie politique plus large. Le nouvel État iranien a promu un réseau de relations avec les communautés et mouvements chiites dans différents pays, combinant diplomatie religieuse, soutien politique et coopération militaire. Ce réseau s’est progressivement étendu de l’Iran vers l’Irak, la Syrie, le Liban et le Yémen, formant ce que plusieurs analystes appellent le « Croissant chiite », une ceinture d’influence reliant les présences chiites du Golfe Persique à la Méditerranée.

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Dans ce cadre, l’Iran agit non seulement comme un État-nation traditionnel, mais aussi comme le centre idéologique et l’organisateur d’une constellation d’acteurs étatiques et non étatiques. Des organisations telles que le Hezbollah au Liban, les milices chiites en Irak et le mouvement houthiste au Yémen ont entretenu des liens politiques, financiers ou militaires avec Téhéran. Ensemble, ils forment ce que certaines études qualifient « d’Axe de la Résistance » face à l’influence occidentale et à des alliés régionaux comme Israël et l’Arabie saoudite.

Ce rôle prend une dimension supplémentaire dans le contexte d’un monde multipolaire émergent. L’Iran se présente comme l’un des nœuds géopolitiques reliant le Moyen-Orient à des acteurs eurasiens plus larges, entretenant des relations stratégiques avec des puissances comme la Russie et la Chine, tout en participant à des réseaux économiques et diplomatiques qui fonctionnent comme des alternatives au système occidental. Bien que ces alliances ne soient ni homogènes ni exemptes de tensions, elles contribuent à situer l’Iran dans un cadre plus large de pouvoirs globaux.

En même temps, l’influence iranienne n’est ni absolue ni homogène. Au sein même des communautés chiites existent diverses tendances religieuses et politiques, et certains pays à forte population chiite maintiennent des positions indépendantes, voire critiques vis-à-vis de Téhéran. La relation entre identité religieuse et géopolitique est donc complexe et dynamique.

En résumé, l’Iran fonctionne comme la pierre angulaire du monde chiite contemporain, non seulement en raison de son poids démographique ou religieux, mais par sa capacité à articuler des réseaux politiques, idéologiques et stratégiques qui dépassent ses frontières nationales. Dans la transition vers un système international multipolaire, ce rôle fait de Téhéran un acteur central pour comprendre les nouvelles configurations informelles au Moyen-Orient et au-delà.

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vendredi, 13 mars 2026

La sagesse de la République populaire de Chine face à l’instabilité mondiale

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La sagesse de la République populaire de Chine face à l’instabilité mondiale

Luca Bagatin

Source: https://amoreeliberta.blogspot.com/2026/03/la-saggezza-de...

En marge de la quatrième session de la 14ème Assemblée nationale populaire, qui s’est tenue à Pékin, le ministre chinois des Affaires étrangères a répondu, lors d’une conférence de presse, aux questions relatives à la position de la République populaire de Chine en cette période de grande turbulence internationale.

Concernant les relations entre la Chine et les États-Unis, le ministre Wang a expliqué qu’aucune des deux parties ne peut remodeler l’autre, mais que les deux doivent s’efforcer d’interagir de manière constructive, en éliminant les interruptions inutiles dans leurs rapports.

Tout en critiquant fermement les actions militaires américaines au Moyen-Orient, le ministre Wang souhaite stabiliser les relations avec Washington.

Il a affirmé que la Chine ne partage pas la logique de la « co-gouvernance des grandes puissances », mais qu’il faut tenir compte du fait qu’il y a plus de 190 pays sur la planète et que l’Histoire mondiale doit être écrite collectivement par toutes les nations. L’avenir de l’humanité – selon le ministre Wang – doit donc être créé conjointement par les peuples de tous les pays.

La position chinoise se fonde sur la « diversité et la coexistence », qui sont les fondements mêmes de la nature de la communauté humaine, et il a affirmé que la coexistence multipolaire est la forme la plus appropriée pour le paysage international.

Le ministre a rappelé que l’Histoire nous enseigne que la rivalité entre grandes puissances et l’affrontement entre blocs ne mènent qu’à la souffrance et aux désastres pour l’humanité.

C’est pour cette raison que la Chine ne souhaite pas suivre le principe selon lequel «une nation forte est destinée à rechercher l’hégémonie».

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Les lignes directrices de la politique étrangère chinoise resteront fondées sur la construction d’un monde «multipolaire, équitable et ordonné». «Équitable», a expliqué le ministre Wang, signifie que les pays, quelle que soit leur taille ou leur puissance, doivent être considérés comme des membres égaux de la communauté internationale. «Ordonné» signifie que tous les pays doivent respecter les règles internationales reconnues, c’est-à-dire les buts et principes de la Charte des Nations unies et les normes qui régissent les relations internationales.

Selon le ministre Wang, pour construire un ordre multipolaire, les grandes puissances, dotées de plus de ressources, doivent assumer davantage de responsabilités afin d’atteindre ces objectifs d’équité et d’ordre.

Concernant l’agression des États-Unis et d’Israël contre l’Iran, le ministre a souligné, citant un ancien proverbe chinois, que «les armes sont des instruments menaçants et ne devraient pas être utilisées à la légère».

Il a affirmé que «c’est une guerre qui n’aurait pas dû avoir lieu, une guerre qui n’apporte de bénéfice à personne», expliquant que l’Histoire du Moyen-Orient enseigne que la force n’a jamais apporté de solution et que les conflits armés n’ont fait qu’attiser la haine et engendrer de nouvelles crises.

Le ministre Wang a également souligné que la Chine entend poursuivre son soutien et sa coopération avec les pays du Sud global; qu’elle souhaite sauvegarder et renforcer le rôle de l’ONU et s’oppose à toute forme d’hégémonie, tout en promouvant l’indépendance, la paix et le développement mondiaux.

Concernant les tensions avec un Japon de plus en plus belliciste et militariste, gouverné par l’extrême droite, le ministre Wang a déclaré que la Chine ne permettra plus à quiconque de justifier le colonialisme et que «l’avenir des relations entre la Chine et le Japon dépend du choix du Japon».

Luca Bagatin

www.amoreeliberta.blogspot.it

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Les Kurdes en conflit avec Reza Pahlavi

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Les Kurdes en conflit avec Reza Pahlavi

Les minorités ethniques d’Iran : Quelle est l’intégration des Kurdes, Louris, Arabes, Baloutches, Azéris et autres peuples turciques ? Préparent-ils une révolte ?

Felix Hagen

Alors qu’à Washington on parle encore de « frappe ciblée », le Moyen-Orient s’embrase. Parmi les morts des frappes aériennes figure également le grand ayatollah Ali Khamenei, qui avait marqué la politique du pays depuis plus de trente ans. Pourtant, le soulèvement populaire espéré par l’Occident n’a pas eu lieu. En Iran, au lieu d’un climat révolutionnaire, on observe un mélange de choc, de colère et d’unité nationale. La frappe aérienne contre une école de filles dans la ville d’Hormozgan, où la minorité arabe est très présente, et qui a coûté la vie à plus d’une centaine d’enfants, est diffusée en boucle à la télévision d’État ; même des opposants déclarés au régime parlent soudain de défendre la patrie. L’ancienne star du football Ali Daei, autrefois figure de l’opposition, déclare préférer mourir que de trahir, et l’ancien prisonnier politique Mohsen Borhani « baise les mains de tous les défenseurs de la patrie ».

Même les militantes du mouvement « Femme, Vie, Liberté » – qui, après la mort de Mahsa Amini en 2022 pendant une garde à vue, avait déclenché des manifestations nationales – se montrent nettement réservées à l’idée de s’allier à une intervention militaire étrangère.

Cela tient aussi à la composition ethnique du pays, car qui veut peser sur l’avenir de l’Iran doit se départir de l’image d’un État religieux homogène. L’Iran n’est pas un bloc monolithique mais un État multinational dont l’histoire est impériale. À peine la moitié de la population est d’origine persane. Le reste se répartit entre Azéris au nord-ouest, Kurdes à l’ouest, Arabes dans le sud-ouest pétrolier, Baloutches au sud-est, Lors/Louris dans le Zagros, ainsi que de nombreuses petites communautés tribales et religieuses. Cette mosaïque ethnique est une réalité politique – et c’est précisément là que misent ceux qui, de l’extérieur, espèrent un basculement.

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Reza Pahlavi, le fils du shah renversé en 1979, tente par exemple de s’ériger en défenseur des minorités. Dans une récente allocution sur Internet, il s’adresse explicitement aux provinces du Khouzistan, d'Ilam, de Kermanshah, du Kurdistan et d'Azerbaïdjan occidental, aux « courageux Azéris, Kurdes et Lors », à la communauté Yarsan, ainsi qu’aux petites tribus comme les Jaff, Kalhor, Sanjabi et Bakhtiari. La stratégie se comprend: qui veut renverser la République islamique doit mobiliser la périphérie. Les Kurdes, Arabes et Baloutches sont depuis des décennies considérés comme plus enclins au conflit que les Azéris, mieux intégrés. Qui sème le trouble ici, affaiblit le centre.

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Mais le problème de Pahlavi n’est pas la logique de son discours, mais son manque de légitimité. Dans le pays même, il ne dispose d’aucun réseau solide, d’aucune structure de parti ni de base organique. Son soutien provient surtout des cercles d’exilés aisés aux États-Unis et en Europe. Pour de nombreux Iraniens, il est moins un porteur d’espoir que l’héritier d’une dynastie autrefois très liée à Washington et à Londres. Le souvenir du renversement de Mossadegh en 1953 (photo) et du caractère autoritaire de la dynastie Pahlavi n’a nullement disparu. Le reproche de ses compatriotes restés au pays: quiconque appelle à la révolte depuis l’étranger apparaît vite comme un entrepreneur politique qui cherche à tirer profit de la chute du régime.

S’y ajoute un problème structurel: les groupes auxquels s’adresse Pahlavi sont certes mécontents, mais pas automatiquement monarchistes ou pro-occidentaux. Les Kurdes de l’ouest réclament depuis des décennies des droits culturels et l’autonomie, pas le retour d’une couronne persane. Les Arabes du Khouzistan se plaignent de leur marginalisation économique, non de l’absence de monarchie. Les Baloutches du sud-est luttent contre la pauvreté, la discrimination religieuse et la répression étatique – leur agenda est local, non dynastique. La proposition de Pahlavi d’un État-nation laïc peut séduire les think tanks occidentaux, mais elle se heurte à l’intérieur à des intérêts fragmentés.

Pahlavi tente aujourd’hui de fédérer les tensions ethniques existantes sans faire partie de ces milieux, promet l’égalité sans être perçu comme un garant crédible dans le pays, et appelle à l’unité nationale, alors que sa propre existence politique repose sur le récit fabriqué par ses soutiens extérieurs. En période de menace extérieure, cela ressemble, pour beaucoup d’Iraniens, plus à de l’opportunisme qu’à du leadership. Il n’est donc pas étonnant que Pahlavi, dans sa tentative de séduction des minorités, suscite surtout moqueries et colère; «nous avons subi des nettoyages ethniques tant sous la République islamique que sous les Pahlavi», répond par exemple le séparatiste kurde Karim Parwizi aux tentatives de recrutement de Pahlavi, qualifiant ensuite le monarchiste de «fasciste». Dans d’autres régions aussi, le soutien au prince héritier reste limité; le retour de la monarchie perse ne semble pas être un objectif politique désirable pour de nombreux Iraniens de diverses origines ethniques.

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De plus, de nombreux observateurs occidentaux sous-estiment la capacité d’intégration de la République islamique. Aussi conflictuelle soit-elle, la relation entre centre et périphérie: les Azéris, deuxième groupe ethnique du pays, sont profondément ancrés dans l’appareil d’État, et de nombreux religieux de haut rang sont issus de leurs rangs. Des familles kurdes, lores ou arabes sont également présentes dans l’administration et l’armée; le président Masoud Pezechkian, par exemple, est le fils d’une mère kurde et d’un père azéri. Les frontières ethniques dans le pays suivent rarement des lignes territoriales nettes, mais se recoupent dans les familles, les villes et les régions. Tout ce qui risquerait une désintégration ethnique mènerait à une longue guerre civile – un scénario qui effraie même beaucoup d’opposants au régime.

Les minorités religieuses officiellement reconnues en Iran ont aussi beaucoup à perdre. Outre les chrétiens orthodoxes et catholiques, les juifs et les zoroastriens bénéficient de la liberté de culte et de sièges parlementaires garantis par la Constitution. Une particularité dans la région, qui assure notamment la loyauté des Arméniens chrétiens – et permet une diplomatie secrète efficace avec le Saint-Siège. Une désintégration sur des lignes ethniques serait pour ces minorités urbaines une catastrophe, semblable à l’exode des chrétiens d’Irak ou de Syrie après la chute des dictatures locales. Mais ce ne sont pas seulement les minorités religieuses qui craignent un tel sort, aussi les classes moyennes et supérieures urbaines sont hostiles aux conflits ethniques: en Iran, l’identité ethnique passe souvent au second plan derrière l’identité sociale et économique. Les Kurdes et les Arabes issus de la classe moyenne se considèrent plus souvent comme «Iraniens» que les paysans ou ouvriers agricoles locaux. Plus un Iranien gravit les échelons sociaux, moins son appartenance tribale ou linguistique a d’importance. Être «iranien» est pour beaucoup moins une question d’appartenance ethnique au groupe perse qu’une question de langue et de culture. Si la foi chiite commune a perdu de son pouvoir d’intégration, la religion, l’histoire et la langue communes restent des liens essentiels pour l’ensemble du pays.

Enfin, la République islamique ne se présente pas non plus politiquement comme un État-parti idéologique. Au sein des institutions officielles, plusieurs courants et groupes d’intérêt luttent pour le pouvoir ; à Khamenei décédé succède ainsi un triumvirat composé du président libéral Masoud Pezechkian, du conservateur Gholam-Hossein Mohseni-Ejei et du religieux mais peu politisé Alireza Arafi. Quel camp l’emportera reste incertain, mais une chose est sûre : le calcul occidental d’une décapitation rapide et d’un bouleversement consécutif ne s’est pas, jusqu’à présent, réalisé.

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Le conflit en Iran et en Méditerranée orientale

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Le conflit en Iran et en Méditerranée orientale

Lucas Leiroz

Source: https://jornalpurosangue.net/2026/03/05/o-conflito-no-ira...

Aujourd'hui, l'Iran a lancé deux attaques contre des bases de l'OTAN en Turquie et une en Grèce. Toutes ont été interceptées. Auparavant, des missiles étaient déjà tombés sur la base britannique à Chypre, causant des dégâts.

L'une des spirales potentielles d'escalade du conflit actuel se trouve précisément dans la région de la Méditerranée orientale. Nous avons là une poudrière proche de l’explosion.

Récemment, la Grèce, Chypre et Israël ont élevé leur partenariat politique préexistant au statut d’alliance militaire. En pratique, ils ont formé une sorte de "mini-OTAN" en Méditerranée orientale.

Cette manœuvre s’inscrit dans un contexte de tensions croissantes entre la Turquie et Israël, qui se sont fortement aggravées depuis la chute d’Assad en Syrie. Les deux pays combattaient Assad parce que la Syrie servait de zone tampon, bloquant autant le projet néo-ottoman d’Erdogan que le projet du Grand Israël de Netanyahu.

Sans Assad, les expansionnismes turc et israélien ont commencé à s’affronter et l’on est désormais à la veille d’un conflit armé. Le gouvernement du HTS en Syrie a plutôt bien géré la situation et équilibré les relations avec les deux pays, mais il est clair qu’il penche du côté israélien.

Cela a amené la Turquie à réduire ses liens avec Israël et à renforcer sa coopération avec l’Iran. Récemment, il a été révélé que la Turquie avait fourni des renseignements à l’Iran lors de la Guerre des Douze Jours. On ne sait pas encore quelle est la situation dans le conflit actuel.

Je suis de près l’opinion turque sur les réseaux sociaux et j’observe des sentiments ambigus. D’un côté, un soutien total à l’Iran ; de l’autre, de l’indifférence, voire une inclination vers Israël. Et les deux positions ont leurs propres logiques.

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Les Turcs constituent un élément important de la composition ethnique de l’Iran. Les Azéris (peuple turcique oghouz) représentent la plus grande minorité ethnique d’Iran. En additionnant Azéris et autres groupes turciques du pays, environ 30 % de la population iranienne parle une langue turcique.

L’ayatollah Ali Khamenei lui-même, par exemple, est d’origine turco-azérie par son père. Le président Pezeshkian aussi. Une grande partie de l’élite politique iranienne est de souche turque. En pratique, l’Iran est presque un empire binational turco-perse. Les Turcs locaux vivent en paix et sont respectés par les Perses, c’est pourquoi une partie des patriotes turcs soutient l’Iran inconditionnellement (j’ai même vu des Turcs demander que l’Iran attaque les bases américaines en Turquie !).

D’un autre côté, les sentiments expansionnistes pan-turcs sont forts en Turquie et de nombreux militants nationalistes locaux veulent annexer les régions d’Iran à majorité turque. Erdogan joue sur tous les tableaux et tire parfois profit de ces sentiments nationalistes. C’est pourquoi la Turquie a aussi laissé entendre que, si l’Iran s’effondrait et perdait le contrôle de ses provinces, il y aurait une incursion militaire turque dans l’Azerbaïdjan du Sud (province iranienne à majorité turco-azérie – à ne pas confondre avec le pays Azerbaïdjan).

Ainsi, la nouvelle des attaques d’aujourd’hui a été reçue de manière ambivalente. Peu de gens les ont soutenues explicitement. Et, parmi ceux qui les ont condamnées, certains demandaient des représailles et une collaboration avec Israël, tandis que d’autres réclamaient l’expulsion des bases et la formation d’une alliance avec l’Iran.

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En parallèle, il y a la question de Chypre, une île divisée en quatre parties: un État ethniquement grec au sud, un protectorat militaire britannique, une zone tampon de l’ONU et la République turque de Chypre du Nord, contrôlée par la Turquie. L’Iran a déjà attaqué le protectorat britannique sur l’île dans les premiers jours de la guerre. Et aujourd’hui, il a frappé la base américaine en Grèce, qui est alliée à Chypre "du Sud" (grecque) et à Israël, ce qui signifie que la Grèce et Chypre pourraient éventuellement commencer à soutenir militairement Israël en représailles contre l’Iran.

Je ne sais pas comment Erdogan va gérer tout cela, mais, à sa place, voici l’attitude que j’adopterais : condamnation bureaucratique et formelle de l’Iran pour les attaques contre les bases en territoire turc (pour satisfaire les nationalistes) + attaque contre Chypre grecque et soutien à l’Iran contre Israël. C’est la meilleure façon pour l’Iran et la Turquie de tirer mutuellement profit de cette situation.

De plus, les États-Unis et Israël ont déjà clairement indiqué qu’ils allaient lancer les milices kurdes, leurs marionnettes favorites, pour attaquer l’Iran par voie terrestre. Ces mêmes milices posent de graves problèmes en Turquie et il est dans l’intérêt commun turco-iranien de les éliminer une bonne fois pour toutes.

Enfin, il est grand temps que la Turquie quitte l’OTAN, expulse les bases américaines et mène des politiques d’intégration avec l’Iran, la Russie et la Chine — des pays qui abritent d’importantes populations turciques et qui ont beaucoup plus à offrir à Ankara que le monde occidental en déclin.

Une nouvelle guerre menace l’économie eurasiatique, et ce n’est pas l’Iran

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Une nouvelle guerre menace l’économie eurasiatique, et ce n’est pas l’Iran

Le conflit entre l’Afghanistan et le Pakistan, aux portes de la Chine, met à l’épreuve les fondements de l’un des projets géopolitiques les plus ambitieux.

par Ladislav Zemánek

Source: https://jornalpurosangue.net/2026/03/11/uma-nova-guerra-a...

Le début des hostilités ouvertes entre le Pakistan et l’Afghanistan marque l’affrontement le plus grave entre ces deux voisins depuis le retour des talibans au pouvoir en 2021. Après des semaines d’affrontements transfrontaliers croissants et d’attaques en représailles, Islamabad s’est déclaré en « état de guerre ouverte » avec le gouvernement taliban, après avoir mené des frappes aériennes contre des cibles dans des villes afghanes et des provinces frontalières.

La violence a détruit un fragile cessez-le-feu négocié en octobre 2025 et s’est rapidement transformée en l’escalade la plus meurtrière le long de la Ligne Durand — la frontière de 2600 kilomètres entre les deux pays — depuis des années. Des dizaines de milliers de civils ont été déplacés, et le risque d’une crise régionale plus vaste s’accroît.

Le déclencheur immédiat réside dans les différends sur la militance transfrontalière. Le Pakistan accuse Kaboul d’abriter des combattants du Tehreek-e-Taliban Pakistan (TTP), des accusations que les Talibans nient. Cependant, les implications géopolitiques de ce conflit vont bien au-delà de la frontière. Pour la Chine, cette guerre représente non seulement une crise sécuritaire, mais aussi un défi direct à sa vision stratégique d’une intégration régionale élargie.

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Parmi les acteurs extérieurs impliqués, la Chine est sans doute celle qui a le plus à perdre en cas de rupture prolongée entre Islamabad et Kaboul.

Depuis des années, Pékin cherche à positionner le Pakistan et l’Afghanistan comme des nœuds centraux dans une architecture économique transrégionale reliant l’Asie centrale, l’Asie du Sud et l’ouest de la Chine. Au cœur de cette vision se trouve le Corridor économique Chine-Pakistan (CPEC), l’un des projets phares de l’Initiative "Ceinture et Route" (BRI/Belt & Road Initiative). Construit autour d’infrastructures de transport, d’investissements dans l’énergie et de zones industrielles s’étendant de la région chinoise du Xinjiang jusqu’au port pakistanais de Gwadar sur la mer d’Arabie, le CPEC a été conçu non seulement comme un partenariat économique bilatéral, mais comme la colonne vertébrale d’une connectivité régionale plus large.

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Le corridor économique entre la ville chinoise de Kashgar et la côte pakistanaise.

Dans la pensée stratégique chinoise, l’Afghanistan devait devenir une extension périphérique de ce réseau. Pékin a exploré la possibilité de connecter les routes de transport afghanes, les ressources minières et les corridors de transit au système d’infrastructures plus large du CPEC. Une telle intégration donnerait à l’Afghanistan — un pays enclavé — un accès au commerce maritime, tout en rapprochant les marchés d’Asie centrale des provinces occidentales de la Chine.

Une guerre entre le Pakistan et l’Afghanistan frappe donc au cœur géographique de cette vision économique.

Les relations de la Chine avec les deux pays permettent de comprendre pourquoi les enjeux sont si élevés. Le Pakistan est depuis longtemps le « partenaire stratégique de coopération toutes saisons » de la Chine. Cette relation englobe la coopération en matière de défense, les transferts de technologies militaires et des liens économiques profonds. La Chine est le principal partenaire commercial du Pakistan et l’investisseur principal derrière les projets du CPEC, qui vont des autoroutes et chemins de fer aux centrales électriques et zones économiques spéciales. Les entreprises chinoises ont engagé des dizaines de milliards de dollars dans les infrastructures pakistanaises, tandis que Pékin voit le pays comme une porte d’entrée cruciale reliant l’ouest de la Chine à l’océan Indien.

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L’engagement de la Chine avec l’Afghanistan, bien que plus prudent, s’est également développé depuis le retour des talibans au pouvoir. Pékin a maintenu des canaux diplomatiques avec les talibans même avant le retrait des États-Unis en 2021 et a depuis intensifié les contacts économiques. Des entreprises chinoises ont montré de l’intérêt pour l’immense richesse minérale encore peu exploitée de l’Afghanistan, y compris les gisements de cuivre et de terres rares. Parallèlement, Pékin a encouragé le commerce transfrontalier et une coopération limitée en matière d’infrastructures, espérant intégrer progressivement l’Afghanistan aux réseaux économiques régionaux.

Pour gérer les sensibilités politiques de ces relations, la Chine a mis en place un mécanisme diplomatique trilatéral — le dialogue Chine-Pakistan-Afghanistan — visant à promouvoir la coopération économique et la coordination sécuritaire entre les trois pays. Cette initiative reflète la conviction de Pékin que le développement et la connectivité peuvent progressivement réduire l’instabilité dans l’une des régions les plus volatiles du monde.

Le déclenchement d’une guerre entre deux membres de cet arrangement expose désormais la fragilité de cette approche.

Au cœur du dilemme chinois se trouve un décalage fondamental entre les outils dont elle dispose et les forces qui alimentent le conflit. Les principaux instruments de Pékin dans la région sont économiques : investissements dans les infrastructures, incitations commerciales et financements pour le développement. Mais les dynamiques qui façonnent le conflit entre le Pakistan et l’Afghanistan impliquent des réseaux militants, des frontières contestées, des rivalités idéologiques et des pressions politiques internes.

L’intégration économique peut favoriser la coopération à long terme, mais elle ne résout pas facilement des insurrections actives ou des dilemmes sécuritaires profondément enracinés.

Le discours public de la Chine reflète l’équilibre délicat qu’elle doit maintenir entre ses deux partenaires. Pékin a exhorté Islamabad et Kaboul à résoudre leurs différends par le dialogue et la négociation, tout en faisant savoir qu’elle est prête à faciliter une désescalade. En coulisses, des diplomates chinois restent en contact avec les deux gouvernements par le biais de canaux déjà établis, y compris le mécanisme trilatéral de coordination.

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Néanmoins, la diplomatie seule pourrait ne pas suffire à résoudre les tensions structurelles profondes qui alimentent le conflit. La Ligne Durand — frontière tracée à l’époque coloniale qui sépare l’Afghanistan et le Pakistan — reste contestée par Kaboul et est depuis longtemps source de friction. Les réseaux militants transfrontaliers compliquent encore davantage la sécurité régionale, permettant à des groupes armés d’exploiter des frontières poreuses et des rivalités politiques.

À cet égard, la guerre actuelle n’est pas seulement un différend bilatéral, mais l’aboutissement de tensions historiques non résolues.

Le conflit se déroule aussi dans un contexte mondial plus large où le seuil des affrontements entre États dotés de l’arme nucléaire semble évoluer. Au cours de la dernière décennie, les grandes puissances ont de plus en plus recours à des stratégies de pression à haut risque impliquant des acteurs nucléaires — des attaques par procuration contre la Russie aux crises récurrentes entre États nucléaires rivaux. L’Asie du Sud elle-même a déjà connu de tels épisodes, comme l’affrontement entre l’Inde et le Pakistan en 2025.

Le Pakistan est une puissance nucléaire et, bien que la guerre actuelle n’implique pas directement d’autre puissance nucléaire, elle se déroule dans un écosystème régional volatile façonné par la dissuasion nucléaire. Cette réalité augmente les risques d’escalade et met en lumière la normalisation croissante des confrontations à haut risque dans le système international.

Pour Pékin, cette guerre soulève des questions délicates sur un principe central de sa stratégie régionale : l’idée que la connectivité économique peut ouvrir la voie à la stabilité politique. L’Initiative la Ceinture et la Route a été construite sur la conviction que les infrastructures — routes, chemins de fer, oléoducs et ports — peuvent progressivement transformer des régions en proie aux conflits en zones de prospérité économique.

Mais les événements le long de la Ligne Durand montrent les limites de ce modèle.

Les infrastructures peuvent faciliter le commerce, mais ne peuvent pas, à elles seules, surmonter les insurrections idéologiques, les frontières contestées ou les rivalités géopolitiques profondes. Les corridors économiques peuvent encourager la stabilité à long terme, mais ne remplacent pas la réconciliation politique ou une gouvernance efficace.

La guerre entre le Pakistan et l’Afghanistan représente donc bien plus qu’un autre conflit régional. C’est un test majeur pour la stratégie occidentale de la Chine et pour l’hypothèse plus large selon laquelle le développement, à lui seul, peut remodeler le paysage politique de l’Eurasie.

Reste à savoir si Pékin saura naviguer dans cette crise sans compromettre ses partenariats — ou sa vision stratégique.

Ce qui est certain, cependant, c’est que le conflit qui se déroule actuellement à la périphérie occidentale de la Chine menace de redessiner non seulement les alliances régionales, mais aussi les fondements qui sous-tendent l’un des projets géopolitiques les plus ambitieux du 21ème siècle.

jeudi, 12 mars 2026

Trump est un «chrétien sioniste fondamentaliste»

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Trump est un «chrétien sioniste fondamentaliste»

Pierre-Emile Blairon

Tout comme 50 millions d’Américains car, oui, 50 millions d’Américains se réclament de ce mouvement religieux, ce qui n’est pas rien pour un pays de 350 millions d’habitants.

Trump ne changera pas, il a dans son ADN la poursuite du rêve d’hégémonie américaine sur la planète et n’acceptera jamais de voir les États-Unis d’Amérique relégués derrière les BRICS.

Trump suit exactement son modèle biblique: c’est le rêve sioniste du «Grand Israël» étendu à l’échelle de la planète: pour Trump, le «Peuple élu», c’est moins l’Israël sioniste que les Américains du «Nouveau Monde» !

La scène de la Cène

Tout le monde a vu cette photo, ou cette vidéo, de Trump assis à son bureau, le visage baissé et la mine contrite comme s’il s’apprêtait à être lavé de tous ses péchés, ce jeudi 5 mars 2026.

Autour de lui, debout, les mains posées sur son crâne élégamment parcouru d’une vague blonde décolorée, une vingtaine de prédicateurs se pressent, rameutés en urgence des quatre coins du pays afin de constituer un égrégore qui, grâce à ses prières extatiques, serait susceptible de permettre à Trump de gagner sa guerre contre le « Mal ».

Le Mal est représenté en l’occurrence par les méchants Iraniens qui se passeraient bien de cette « fatwa » sionisto-chrétienne puisqu’ils sont blancs comme neige, n’ayant jamais voulu agresser personne.

On dirait une parodie de la Cène, en moins triviale, moins satanique, moins epsteinienne néanmoins que celle présentée par les Macron et leurs suppôts lors des Jeux Olympiques organisés par la France en été 2024.

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Cette scène soulève cependant de nombreuses questions, objections et critiques sur la légitimité de ce personnage à jouer ce rôle du héros adoubé par ses preux chevaliers avant de partir au combat pour terrasser le dragon.

Dans plusieurs articles précédents[1], notamment celui de janvier 2026, j’ai tracé un portrait de cet homme qui reste encore (pour combien de temps ?) l’un des plus puissants de la planète.

Donald Trump est un individu que des circonstances et une ascendance favorables ont placé à la tête des États-Unis sans que rien, dans son caractère ou ses aspirations, ne le distingue d’un Américain moyen, voire médiocre. C’est un fils à papa qui, comme tous les gosses de riches, a passé sa jeunesse à trousser les filles et à flamber dans les boîtes de nuit[2] l’argent d’un père qui a réussi lui-même à s’imposer et à s’enrichir grâce à des parents peu regardants sur les moyens d’y parvenir. Ce va-t-en-guerre (pour les autres) n’a pas fait son service militaire, ce qui lui aurait permis d’aller se battre au Vietnam car, après 4 reports d’incorporation, il a réussi à se faire réformer pour une banale épine calcanéenne au talon (ce dont j’ai souffert moi-même sans me faire réformer).

Comme un certain nombre d’Américains, dont la lecture spirituelle se limite souvent à celle d’un seul livre, la Bible, Donald Trump est un individu inculte, rustre et fruste, fasciné par le clinquant, qui n’a retenu de son passage à l’Université, où il a suivi un cursus spécialisé dans les affaires immobilières, que ce qu’un bon Américain doit apprendre, à savoir : respecter la devise sacrée de tous les Américains qui est contenue dans trois mots : Bible and Business.

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Le traumatisme originel des Américains

Toute la nation américaine est fortement conditionnée par un traumatisme originel qui explique bien des comportements de ce peuple dirigé par des marchands, des « outlaws » à la gâchette facile, des pasteurs et des psychiatres : le mythe de fondation [3] de l’Amérique est le rejet de leurs ancêtres par le continent européen dont ils sont issus. L’Europe, en l’occurrence l’Angleterre puis la Hollande, les a chassés au début du XVIIe siècle parce qu’ils avaient été atteints d’une sorte de folie religieuse fanatique agressive, le Puritanisme, qui perturbait l’ensemble de leurs comportements et portaient atteinte à la vie normale des voisins qu’ils étaient bien obligés de côtoyer. Pas grand-chose n’a changé depuis.

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Le livre, désormais classique, de Christopher Hill sur les sectes extrémistes chassées d'Angleterre au début du 17ème. Catalogue de sectaires établis à la même époque (notons que l'on y inclut les Jésuites). Des Puritains découpent la croix du drapeau anglais, début du 17ème siècle.

Nombre d’Américains d’aujourd’hui ont repris à leur compte ce mythe qu’ils n’ont pas créé mais qu’ils se persuadent d’incarner physiquement, en quelque sorte par procuration tout comme leurs ancêtres revivaient, par leur exil, l’épopée fantasmée des Hébreux dont tous leurs enfants portaient les prénoms. Les biblistes considérèrent dès lors la terre sur laquelle ils venaient de poser les pieds, dont ils ignoraient la vaste étendue (et aussi les habitants), comme la leur, leur terre promise, Israël constituant la nouvelle « maison-mère » des nouveaux Américains, leur véritable patrie spirituelle.

Les premiers présidents des États-Unis vont suivre cette même voie comme nous le montre Prisca Perani, de l’Université de Reims, qui écrivait en 2004, dans un numéro de la revue Matériaux pour notre temps dans cet article : Les chrétiens sionistes aux États-Unis :

« Une certaine identification avec l’Israël biblique semble caractériser les toutes premières colonies. Ainsi, les premiers colons calvinistes ont tendance à s’identifier aux Hébreux, fuyant les persécutions pour trouver une Terre promise où fonder une Nouvelle Jérusalem. Au siècle suivant, des sympathies que l’on pourrait qualifier de philosémites commencent à voir le jour dans certains cercles. Ainsi, des indépendantistes tiennent l’anglais pour la langue de l’oppresseur et veulent faire de l’hébreu la langue nationale.

Thomas Jefferson, Benjamin Franklin et John Adams proposent comme sceau officiel des États-Unis une représentation des Hébreux traversant la Mer Rouge, poursuivis par le pharaon et protégés par Moïse […] John Adams écrit à Thomas Jefferson que les « Hébreux ont fait plus pour civiliser l’homme que toute autre nation ».

Quelle est la doctrine des chrétiens sionistes fondamentalistes ?

Voilà qui n’est pas très simple à expliquer, ce sont des esprits tordus, selon l’expression de Julius Evola.

Selon la revue Études de janvier 2024, fondée par des Jésuites russes en 1856, « Pour les évangéliques américains, fort attachés à une lecture littérale de la Bible, il est certain que les Juifs sont un peuple d’élus, auquel Dieu a promis une terre qui s’étend du ʺNil à l’Euphrateʺ et qui inclut la Judée et la Samarie, la bande de Gaza, les hauteurs du Golan et Jérusalem Est. Pour eux, les territoires occupés après la guerre des Six Jours sont les territoires promis par Dieu à Abraham, d’après la Genèse (Gn 15, 18). Du point de vue évangélique, l’existence des Juifs sert de preuve ou plutôt de témoignage à la véracité de l’Ancien Testament. Le soutien inconditionnel des évangéliques à Israël prend tout son sens dans une perspective eschatologique, centrée sur la ʺFin des tempsʺ, l’ʺenlèvementʺ (the Rapture) des vrais chrétiens avant la Grande Tribulation, le combat de sept ans contre l’Antéchrist, la bataille d’Armageddon (le ʺmont Megiddoʺ, en hébreu), précédant le retour du Christ en gloire, la Parousie. […]

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Selon le plus célèbre des sionistes chrétiens, le pasteur John Hagee (photo), ʺil n’est pas possible de dire “Je suis chrétien” et de ne pas aimer le peuple juifʺ. Pour des raisons eschatologiques, Dieu nous ordonne d’aimer le peuple juif et de défendre sa présence sur la Terre sainte. Or, la Bible, selon les évangéliques, ne mentionne pas l’existence d’un peuple palestinien : les Palestiniens n’existent pas, c’est du moins l’opinion maintes fois exprimée par des évangéliques ultraconservateurs comme Mike Huckabee[4], ancien gouverneur de l’Arkansas et candidat malheureux aux présidentielles de 2008 et de 2016. »

Pour les sionistes chrétiens, « seul le retour de Jésus peut apporter la justice aux hommes incapables de la créer eux-mêmes. Il faut donc hâter le retour du Christ pour qu'advienne le règne millénaire du Christ, mais pour hâter ce retour, il faut organiser celui des Juifs dans la terre qui leur a été donnée par Dieu ». (Wikipedia : article : Sionisme chrétien)

Où ça se complique, c’est que beaucoup de ces chrétiens sionistes sont violemment… antisémites comme John Hagee, cité plus haut, qui déclare, rappelons-le : ʺil n’est pas possible de dire “Je suis chrétien” et de ne pas aimer le peuple juifʺ pour ensuite clamer son admiration pour Adolf Hitler. C’est le même John Hagee qui a persuadé Trump de déplacer l’ambassade des États-Unis de Tel-Aviv à Jérusalem, soulevant l’émoi des pays arabes.

Tout ceci est d’une totale incohérence ; on croit retrouver les discours de Trump (ou ceux de Macron) :

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En effet, selon Wikipedia, « ce courant comprend parmi ses principaux représentants des personnalités antisémites, tels que les pasteurs John Hagee, pour qui Adolf Hitler fut « le bras armé de dieu », Robert Jeffress, selon lequel tous les juifs sont destinés à l'enfer. […]

Le Premier ministre israélien de 1977 à 1983, Menahem Begin, encouragea les croyances des sionistes chrétiens. Il cultiva ses liens avec un certain nombre de dirigeants évangéliques fondamentalistes comme Jerry Falwell, David Allen Lewis, Hal Lindsey, Pat Robertson. Menahem Begin entretint d'ailleurs une véritable amitié avec Jerry Falwell, qui reçut le prix Jabotinsky[5], témoignage d'une grande reconnaissance des milieux nationalistes israéliens. » (Wikipedia : article : Sionisme chrétien)

Le sionisme chrétien de l’administration Trump est clairement affiché

Déjà, le 18 janvier 2025, la revue universitaire The Conversation, dans un article intitulé Le sionisme chrétien, une influence majeure sur la nouvelle administration Trump avait pointé la prépondérance des sionistes chrétiens au sein de l’équipe Trump qu’elle appelait encore « nationalistes chrétiens » et relevait l’aspect messianique et mystique de l’entourage de Donald Trump.

« Depuis une dizaine d’années, une nouvelle idéologie s’est fabriquée autour du candidat républicain devenu président en 2016 et réélu en 2024 : le nationalisme chrétien. Cette synthèse de circonstance joue sur la corde d’une identité américaine chrétienne ʺde toujoursʺ qui serait menacée par des ennemis intérieurs, mais que Donald Trump – l’élu du peuple – et de Dieu – va protéger et restaurer, de même qu’il va relever la grande Amérique, nation chérie de la Providence. Le nationalisme chrétien qui définit l’ère Trump a une dimension sioniste assumée, malgré son isolationnisme officiel. Cette dimension est plus ancienne que le nationalisme chrétien. Depuis les années 1970-1980, le Parti républicain a progressivement incorporé, avec la pression exercée sur lui par la droite chrétienne, une grille de lecture religieuse de l’État contemporain d’Israël qui semble être devenue commune parmi ses membres et l’entourage de D. Trump. »

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Plaque commémorant l’arrivée de sionistes chrétiens américains à Jaffa en 1866.

TV5Monde Info, dans un article intitulé : « Le sionisme chrétien, une idéologie néfaste : le cri d'alarme venu du saint des saints de la Chrétienté » a diffusé, le 30 janvier 2026, un reportage consacré à la colonie israélienne sioniste dénommée Trump Heigths[6], les « hauteurs de Trump », « offerte » par ce même Trump, fondée le 4 juillet 2020 sur le plateau du Golan syrien occupé et annexé par Israël, un Trump qui ne semble pas s’embarrasser, tout comme l’Israël sioniste, de la souveraineté de ces territoires occupés par la force.

Il est désormais difficile, par cet exemple on ne peut plus probant, de nier la politique assumée de l’administration Trump d’occupation de territoires qu’elle considère comme propriété acquise en vertu des mêmes allégations chimériques de terres supposées « données » par Dieu à l’Israël sioniste et, par délégation, aux christiano-sionistes américains.

Des terres, si ce n’est des pays, qui ne leur appartiennent pas, ni aux uns ni aux autres, sous prétexte de préparer conjointement la « parousie » (second avènement du Christ) pour les uns et la venue du Messiah pour les autres.

Pitoyables marchands du Temple qui exposent à la vue de Dieu et du monde leurs sordides tractations !

Nous sommes en plein délire. Comment des esprits sensés peuvent-il croire qu’il suffit de préparer matériellement, -voire d’en faire table rase- un lieu illégalement acquis au prix de massacres de dizaines de milliers de personnes innocentes pour croire qu’un Dieu, qu’il soit juif ou chrétien, ou autre, accepterait d’y faire sa demeure dans de telles conditions ?

Quand on écoute les prédicateurs évangélistes, ceux-là qui se sont précipités au secours de Trump, on se demande s’ils ne sont pas plus fanatiques que ces islamistes qui appellent à la guerre sainte et à décapiter l’infidèle. On ne comprend pas quel genre de christianisme, à des milliers de kilomètres de la bienveillance, de la charité et de l’amour du prochain qui ont toujours constitué l’armature et la raison d’être de cette religion, pratiquent ces gens hystériques, qui semblent réellement possédés par le démon comme on peut le voir sur certaines vidéos, telle cette femme qui hurle et fait mine de frapper l’infidèle à mort. Cette femme, Paula White[7], est celle qui, dans la scène de la Cène, lors du rassemblement des pasteurs dans le bureau de Trump, est habillée en rouge. N’est-ce pas la couleur de Satan ? Ce choix était-il bien approprié, ou innocent, dans une telle circonstance où on sait que la planète entière regardera cette séquence ?

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D’autres personnages, proches de Trump, ont attiré sur eux l’attention des médias par leur comportement pour le moins excessif ; j’en citerai deux qui ont, tous les deux, subi les foudres de l’une des rares personnes à avoir conservé en Amérique un minimum de bon sens, avec Candace Owens, je veux parler de Tucker Carlson ; Tucker Carlson a interviewé Mike Huckabee (photo, ci-dessous) [8], ancien pasteur baptiste, « Il est ambassadeur en Israël depuis 2025. Fervent sioniste chrétien, il défend la colonisation israélienne en Cisjordanie occupée et s'oppose à la création d’un État palestinien, affirmant que le peuple palestinien est une invention. Il défend également le droit de l’État israélien à étendre son territoire au détriment des pays voisins. » (Wikipedia)

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Le deuxième personnage sulfureux est Pete Hegseth[9], actuel secrétaire à la Guerre américain, dont Tucker Carlson a dit qu’il était un agent sioniste : « Je n'imaginais pas qu'il ait des opinions aussi mûrement réfléchies, précises et apparemment très éclairées sur la reconstruction du troisième temple. Ce n'est pas le genre de choses qu'on apprend à l'école du dimanche. »

Je terminerai cet article sur cette remarquable intervention de Pascal Lottaz, intitulée La guerre sans changement : les fondamentalistes ont pris l’armée américaine[10], qui est présentée ainsi, résumant parfaitement ce qui vient d’être dit ici : «Divers rapports indiquent que des commandants militaires américains disent à leurs soldats que le but de la guerre contre l’Iran est de provoquer l’Armageddon et le Second Avènement du Christ. Pete Hegseth est lui-même un évangélique fanatique avec deux tatouages fondamentalistes chrétiens, et il existe un ʺBureau de la foi de la Maison-Blancheʺ dirigé par un évangéliste belliciste. Le sionisme (juif et chrétien) tourne entièrement autour de ces idées. Et si la guerre contre l’Iran n’était pas en réalité une guerre ʺrationnelle et séculièreʺ menée par les néoconservateurs pour projeter la puissance américaine, mais une guerre irrationnelle de fanatiques religieux qui la veulent pour elle-même, parce qu’elle ferait partie du plan divin de Dieu ? Cela changerait fondamentalement la manière d’évaluer la nature de cette tragédie… et cela pourrait mettre directement en danger la mosquée Al-Aqsa de Jérusalem ».

Pierre-Émile Blairon

Notes: 

[1] Le nouveau « Nouveau monde » de Trump, 2 mars 2025

Quelle est donc cette « civilisation judéo-chrétienne » à laquelle nous appartiendrions ? 21 septembre 2025

Trump veut-il vraiment en finir avec la guerre en Ukraine ? 30 novembre 2025

Avis de recherche : l’Occident a été confisqué par deux psychopathes, 19 janvier 2026

[2] Ce qui le mènera à rencontrer Epstein.

[3] Voir Le sacré et le Profane, de Mircea Eliade, Gallimard.

[4] Aujourd’hui ambassadeur des États-Unis en Israël.

[5] C’est le père de Benjamin Netanyahou qui était le secrétaire de Jabotinsky, l’un des fondateurs du nouveau sionisme. Comme le monde est petit !

[6] https://information.tv5monde.com/international/edito-le-sionisme-chretien-une-ideologie-nefaste-le-cri-dalarme-venu-du-saint-des-saints-de-la-chretiente-2807543

[7] Trump et ses fous de Dieu : https://www.youtube.com/watch?v=p8goipwHbag

[8] https://www.facebook.com/reel/1878217349485526

[9] Encore un personnage plus que douteux : « À partir de l'été 2025, Pete Hegseth supervise une série d'attaques militaires contre de petites embarcations soupçonnées de transporter de la drogue dans la mer des Caraïbes. Ces opérations ont provoqué la destruction de dizaines d'embarcations et la mort d'au moins 145 personnes. Aucune preuve n’a été fournie par les autorités américaines sur la présence à bord de chargements de drogue et de nombreux experts en droit international humanitaire estiment que ces frappes constituent des exécutions extrajudiciaires » (Wikipedia)

[10] https://www.youtube.com/watch?v=QSDLCTFFy10

mercredi, 11 mars 2026

Je ne suis pas occidental! 

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Je ne suis pas occidental! 

par Roberto Pecchioli 

Source: https://telegra.ph/Non-sono-occidentale-03-10

Au moment de la chute du communisme réel du 20ème siècle, la joie de ceux qui avaient toujours été anticommunistes a éclipsé la réflexion sur l’avenir. Un homme attaché au passé – Pino Rauti, chef historique de l’aile « mouvementiste » et « sociale » du MSI – fut l’un des plus lucides. Il avertit que la fête pour la défaite d’un ennemi historique ne devait pas durer longtemps, car l’autre adversaire – le libéral-capitalisme – avait remporté, qui plus est sans guerre, une victoire historique dont il ferait sentir le poids pendant des décennies. Peu de personnes l’écoutèrent, même au sein de son propre camp. Peu d’autres voix s’élevèrent, de différents points de vue, pour mettre en garde contre les conséquences du triomphe libéral, libéraliste, libertaire. Plus de trente-cinq ans plus tard, de nouveaux décombres transforment le monde en un désert accidenté et un théâtre de guerre spectral, cette « troisième guerre mondiale par morceaux » évoquée par Jorge Mario Bergoglio.

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La longue période de l’unipolarisme américain, de la « fin de l’histoire » avec l’imposition planétaire du modèle libéral-capitaliste sous sa forme globaliste, financière et technologique, semblait toucher à sa fin. L’irruption de la Chine, l’émergence progressive de l’autre géant asiatique, l’Inde, le retour de la Russie, l’alliance des BRICS, semblaient annoncer l’aube d’un monde multipolaire, dans lequel chaque civilisation et chaque aire du globe pouvait revendiquer son rôle et sa spécificité — culturelle, spirituelle, économique, géopolitique. Mais les événements des dernières années – et des derniers mois, voire des derniers jours – replongent le monde dans le cauchemar de la guerre, rendant plus inquiétante et féroce l’axe du soi-disant Occident, dont la clef de voûte est l’alliance entre l’anglosphère et Israël. En crise économique, dépendant financièrement, technologiquement et militairement d’outre-Atlantique, affligé d’une crise démographique et des valeurs à laquelle il ne répond que par un libertarisme/libertinage nihiliste et une ouverture insensée des frontières, le Vieux Continent correspond parfaitement à son nom, avant-garde du crépuscule de l’Occident que les esprits les plus inquiets avaient commencé à percevoir dès la fin de la Première Guerre mondiale, début du siècle américain.

L’aventure guerrière américano-israélienne de ces dernières semaines, quel qu’en soit le résultat, apparaît chaque jour davantage comme la réaction violente de la bête blessée, refusant d’accepter le rôle que lui imposent l’histoire, la démographie et l’économie dans la période actuelle. L’agression contre un État souverain, l’assassinat traître de ses dirigeants, élus — bien ou mal —, à la différence des aristocraties (absit iniuria verbis !) arabes du Golfe, que le pétrole a transformées en autant de Las Vegas sordides où se règlent les affaires les plus indicibles de la planète, est probablement le point de non-retour de l’histoire des dernières décennies. Il est risible d’entendre le brave Merz, homme de BlackRock, chancelier de l’ex-grande Allemagne en crise industrielle et énergétique, affirmer que l’Iran, sans l’intervention militaire des Bons et des Justes, aurait eu la bombe nucléaire en deux semaines. Pas une ou trois, deux. Une réédition du conte des armes de destruction massive de Saddam et de la fiole agitée à l’ONU par Colin Powell à l’époque de Bush père.

L’assassinat politique est devenu une pratique ordinaire de l’Occident en phase terminale: les cas de Saddam, Kadhafi, Nasrallah et maintenant Khamenei, outre l’enlèvement de Maduro, en témoignent, indépendamment du jugement sur les personnes. Ils en sont venus à massacrer les fillettes d’une école de Téhéran. Dommages collatéraux. En Iran, ils s’en souviendront, contrairement à nous autres Italiens, qui avons subi le même sort lors des bombardements des libérateurs, comme à l’école élémentaire milanaise de Gorla, le 20 octobre 1944 (deux cents morts, dont 184 enfants). Un épisode jamais rappelé qui montre la nature servile de nos gouvernements. Ceux qui, au fil du temps, ont fait preuve de dignité, de Craxi à Moro, ont connu le sort que l’on sait (ndt: en Belgique, un massacre similaire a eu lieu à Mortsel, près d'Anvers, où une école a été frappée de plein fouet par des bombes américaines; le bombardement d'Ixelles-Etterbeek à fait, lui aussi, près de 400 victimes)..

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Une affiche italienne commémorant le massacre de Gorla; le monument aux victimes de ce crime de guerre; des images d'enfants massacrés à Mortsel dans des circonstances identiques. En France et en Allemagne des tragédies identiques ont frappé des familles innocentes par centaines de milliers. 

La conclusion est claire : je ne me sens pas occidental. Je ne suis pas l’héritier d’une clique d’assassins assoiffés de pouvoir, mais de trois millénaires de civilisation qui a inventé, entre autres, le concept de personne, la dignité de tout être humain, et distingué la liberté du simple arbitraire, reconnaissant la pluralité des choix, des idées, des modes de vie. Je ne peux pas être occidental parce que j’éprouve encore de la honte face au mal et de l’indignation envers ceux qui le commettent, surtout lorsqu’ils se drapent de pseudo-idéaux humanitaires. Je ne suis pas occidental, car cela voudrait dire couvrir des gouvernements — européens — incapables, corrompus, serviles, ennemis des peuples qu’ils administrent pour le compte d’autrui. Je rejette avec indignation l’antisémitisme : je ne juge pas par catégorie ni, encore moins, par race. Je me demande cependant si le bon sens de millions de personnes opposées au suprématisme délirant de certains secteurs du monde juif n’a pas le droit de le condamner sans être sanctionné pénalement. Ce ne sont pas les tribunaux qui changeront l’opinion de beaucoup sur la clique dirigeante d’Israël.

Je ne suis pas occidental, en outre, parce que je ne sais même pas ce que cela signifie. Si c’est l’héritage de la grande civilisation gréco-romaine, chrétienne et européenne, il n’y a pas besoin d’une définition bâtarde, utile seulement pour nous arrimer au char des intérêts américains. Si c’est le nom collectif de ceux qui veulent dominer le monde à tout prix, imposant un système économique, social, financier, éthique dont les fruits sont l’arrogance, la guerre, le nihilisme, la richesse démesurée et le pouvoir immense de quelques-uns, je le suis encore moins. Par hommage à l’argent et au système Epstein, qu’ils appellent cela Sodome et Mammon. Que ceux qui le souhaitent suivent le sénateur belliciste américain Lindsay Graham, septuagénaire, corpulent, homosexuel, qui exhorte ses malheureux électeurs de Caroline du Sud à mourir pour Israël. Qu’il s’enrôle lui-même, en compagnie de son jeune amant, mais pas nous, ni nos enfants, petits-enfants et compatriotes. Nous sommes de nombreux apatrides: nous devons trouver une identité, des valeurs communes, des intérêts concrets à défendre. Pour l’instant, nous pouvons seulement refuser d’être occidentaux: c’est déjà choisir un camp, fort, moral, politique, voire esthétique.        

L'Iran, le Japon et la quatrième théorie politique La souveraineté au-delà du progrès occidental

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L'Iran, le Japon et la quatrième théorie politique

La souveraineté au-delà du progrès occidental

Kazuhiro Hayashida

Kazuhiro Hayashida apporte un point de vue japonais sur une nouvelle théorie du pouvoir civilisationnel et la légitimité de l'Iran.

Du point de vue de la quatrième théorie politique, telle que je l'interprète, la révolution iranienne de 1979 peut être définie comme l'éjection du propulseur d'une fusée.

Elle a marqué la rupture avec le modèle de modernisation incarné par le régime du Shah, un modèle subordonné à la vision progressiste occidentale de l'histoire, et le moment où le cœur civilisationnel de la Perse est passé à une nouvelle étape. Le prix de cette séparation a été les sanctions et l'isolement. Pourtant, en se débarrassant du propulseur, l'Iran a acquis une structure qui lui a permis de se concentrer sur l'approfondissement de son noyau civilisationnel plutôt que de dépenser des ressources pour justifier une occidentalisation qui aurait été d'emblée compromise.

L'Occident a défini cette séparation comme une «réaction» ou une «régression». Dans le concept occidental simple et linéaire du progrès historique, le détachement d'un propulseur apparaît comme une dégénérescence. Cependant, il s'agit simplement d'une question de perspective de l'observateur. Dans le cadre de la quatrième théorie politique, l'acte de se séparer de l'Occident constitue une preuve de libération.

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Malheureusement, le Japon n'a pas réussi à se détacher de l'Occident. Après 1945, le Japon s'est vu imposer un "ressort de rappel" par l'occupation étrangère, et ce ressort a fusionné avec le cœur de sa civilisation. Toute tentative de se détacher de l'orbite occidentale a été condamnée comme une «dérive vers la gauche», une «dérive vers la droite» ou un «révisionnisme historique». Ce mécanisme fonctionne comme une résistance typique, comme une résistance à ressort de contraction, produite par la dégradation spirituelle associée à la vision progressiste occidentale de l'histoire. En d'autres termes, la force même qui recherche le progrès est utilisée pour ramener le système en arrière, avec force, juste au moment où il approche de son objectif, le réinitialisant afin que tout doive recommencer depuis le début.

Ce que l'Iran a démontré est la seule méthode permettant de rompre ce type de résistance à ressort: la résistance doit être éliminée en même temps que sa source. C'est pourquoi le choix de l'Iran revêt une telle importance pour le Japon. L'Iran a mis en œuvre l'acte même de bloquer la vision progressiste occidentale du monde que le Japon n'a pas choisi, et la légitimité de cet acte est articulée par la quatrième théorie politique.

Cette résistance à ressort, imposé par l'Occident américain, signifie la construction d'un ordre social instable à travers des définitions en constante évolution, créées en déplaçant les objectifs et en imposant des règles incohérentes. Ce déplacement des objectifs se produit chaque fois qu'une civilisation extérieure à l'Occident tente de dépasser l'Occident. Grâce à des règles dénuées de sens, les normes de certification sont transformées en instruments servant les intérêts occidentaux. L'accord américano-japonais sur les semi-conducteurs, déclenché lorsque l'industrie japonaise des semi-conducteurs a menacé les États-Unis dans les années 1980 ; le découplage technologique initié lorsque le PIB de la Chine s'est rapproché de celui des États-Unis ; et les sanctions supplémentaires imposées lorsque l'Iran a cherché à atteindre une capacité technologique nucléaire — tous sont des manifestations du même mécanisme que je qualifie de "résistance à ressort". L'objectif n'existe pas vraiment, car il change constamment afin d'empêcher quiconque de l'atteindre.

Si le moment présent marque véritablement un tournant dans l'histoire, il est alors crucial de saisir la réalité concrète de ce tournant plutôt que de se fier à des impressions vagues. Donald Trump a déclaré un jour que le droit international n'existait pas. En effet, cela signifie que nous pouvons tout déterminer selon notre propre théorie. Cette déclaration détruit la structure de l'intérieur. Dès lors que le droit international est déclaré inexistant, la légitimité des normes internationales en tant qu'instruments pour faire fonctionner la résistance à ressort disparaît. C'est là que réside la véritable substance du tournant actuel. Si l'Occident établit des règles qui ne conviennent pas aux autres, ces règles peuvent être ignorées ; des frappes directes peuvent être menées contre l'État qui les impose, conduisant à la conquête et à la subordination.

Une puissance hégémonique unique qui possédait à la fois la volonté et la capacité d'imposer des règles a désormais nié l'existence de ces mêmes règles. À partir de ce moment, les règles ne fonctionnent plus que par la force.

Dans ces conditions, chaque noyau civilisationnel doit de toute urgence mettre en place des systèmes capables de faire respecter ses propres règles par sa propre force. C'est précisément à ce tournant que le Japon peut définir la légitimité de l'Iran.

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Au moment où Trump a nié l'existence du droit international, ce principe a cessé de s'appliquer exclusivement aux États-Unis. Le rejet des normes universelles s'applique dans toutes les directions. Si les États-Unis agissent selon cette logique, les autres noyaux civilisationnels acquièrent le pouvoir d'agir selon la même logique. C'est là l'asymétrie du tournant. L'Occident tente d'appliquer cette logique uniquement à lui-même, mais les normes internationales qui soutiennent cette limitation ont déjà été détruites par les États-Unis eux-mêmes. Le fondement de cette limitation a disparu.

Le Japon doit rapidement définir sa position. Ce tournant lui offre deux choix: soit s'accrocher aux vestiges de normes internationales disparues et continuer à porter l'appareil dit de "résistance à ressort" comme une chaîne d'asservissement, soit se positionner comme un acteur indépendant qui élabore et applique des règles issues du cœur même de sa civilisation.

Soutenir la légitimité de l'Iran, introduire le concept d'agression industrielle dans le débat international et construire la sécurité énergétique du Japon selon sa propre logique ne sont devenus des options réalistes qu'au moment de ce tournant.

Dans un monde où le système de contrainte appelé droit international a disparu, le recours à la force est libéré dans toutes les directions. C'est une situation extrêmement dangereuse, mais c'est aussi le moment où la réalité cachée est exposée.

Le droit international a toujours fonctionné comme un système normatif à travers lequel ceux qui détiennent le pouvoir gèrent ceux qui n'en ont pas. Maintenant que cette fiction a été supprimée, la logique du pouvoir est passée au premier plan. Lorsque le Japon tente d'établir une relation rationnelle avec l'Iran, la possibilité théorique de frapper tout pays qui cherche à entraver cette coopération apparaît.

Pour que la domination économique occidentale ne devienne plus qu'une option réaliste parmi d'autres, il faut qu'il existe une autre coalition capable d'exercer de la puissance. À l'heure actuelle, la coalition la plus proche de cette condition est composée de la Russie, de la Chine, de l'Iran et, potentiellement, de la solidarité du Sud global. Si le Japon devait rejoindre une telle coalition, il devrait concevoir une structure dans laquelle les intérêts découlant du cœur de la civilisation japonaise s'aligneraient sur ceux de l'ensemble de l'alliance.

Définir l'Occident comme une source de main-d'œuvre bon marché représente un renversement structurel de ce que l'Occident a historiquement imposé aux sociétés non occidentales.

La question que le Japon doit donc se poser est la suivante: dans ce renversement de logique, où les exécutants de la domination coloniale, de l'extraction des ressources et de l'agression industrielle deviennent désormais ceux sur lesquels ces actions sont exercées, quelle position le Japon occupera-t-il ?

Si la trajectoire actuelle du Japon reste inchangée, il deviendra une source de main-d'œuvre bon marché, réduit à l'usine de l'Asie. Le Japon s'oriente clairement dans cette direction. La baisse du taux de natalité et le vieillissement de la population réduisent la qualité de la main-d'œuvre ; la compétitivité industrielle s'affaiblit ; et la dépréciation du yen diminue le pouvoir d'achat réel. Tous ces processus sont déjà en cours.

Le déclin du Japon représente la conséquence finale de la présence de cette "résistance à ressort". Quatre-vingts ans se sont écoulés, pendant lesquels le Japon a été coupé du cœur civilisationnel du continent eurasien et le circuit par lequel la volonté politique pouvait émerger a été bloqué par les États-Unis. Au cours de cette période, les ressources accumulées avant la guerre ont été progressivement consommées. Le paiement continu des coûts nécessaires à la justification historique a épuisé la capacité du Japon à se propulser.

À ce tournant, une seule condition permet au Japon d'éviter le déclin: la neutralisation de l'Occident et la reconnexion au circuit par lequel la volonté politique émerge du cœur civilisationnel du continent eurasien. Sans cette reconnexion, le Japon restera dans une position subordonnée, quelle que soit la coalition à laquelle il adhère.

Alors que l'Asie cherche à se séparer de l'Occident, le Japon se contente de dépendre de manière parasitaire de l'Occident et de s'immerger dans une idéologie de supériorité vaguement douce. Cette divergence spirituelle conduit le Japon à une position désespérée dans la réorganisation mondiale à venir.

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Le précédent iranien. L'échec des États-Unis en Ukraine signifie également la perte du Moyen-Orient

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Le précédent iranien. L'échec des États-Unis en Ukraine signifie également la perte du Moyen-Orient

Cristi Pantelimon

Source: https://www.estica.ro/article/precedentul-iranian-esecul-...

La guerre menée par les États-Unis et Israël contre l'Iran (qui est soutenu par la Russie et la Chine) met de plus en plus en lumière la stratégie américaine et ses limites.

Il s'agit de la deuxième tentative des Américains de dissuader l'Iran de poursuivre sa propre voie géopolitique, après la guerre de 12 jours de l'été dernier. Il semble que cette fois encore, malgré le début violent des hostilités, avec la décapitation des dirigeants religieux iraniens, la tentative américano-israélienne échouera.

De plus, les États-Unis sont désormais contraints de frapper à la porte de leur semi-allié d'Anchorage, Vladimir Poutine, afin de trouver une solution à la crise géopolitique majeure qui semble se profiler à l'horizon pour l'alliance américano-israélienne.

S'agissant de la deuxième tentative des États-Unis et d'Israël pour renverser la forteresse perse, qui semble vouée à l'échec, il convient de souligner les conséquences possibles de cette aventure.

Tout d'abord, les États-Unis ne sont plus perçus comme un État souverain, mais comme un État dépendant des besoins sécuritaires et géostratégiques d'Israël. Le grand prêtre du souverainisme mondial, Donald Trump, semble être à la merci de Benjamin Netanyahu et cherche à s'en sortir en manifestant une hystérie belliqueuse qui, malheureusement pour lui, ne dépasse pas le niveau de la rhétorique théâtrale. Avec la sévérité d'un analyste qui a vu beaucoup de choses dans sa vie, Jeffrey Sachs qualifie Trump de « fou » dans une interview qui circule depuis quelques jours sur Internet. Trump s'effondre et, avec lui, tout le poids de l'hégémonisme américain théâtral et exagéré, autrefois fondé sur une grandeur « dimensionnelle » réelle, aujourd'hui fondé uniquement sur des menaces à l'encontre de ceux qui sont sans défense ou suffisamment calmes pour attendre l'effondrement de plus en plus évident du colosse américain. Dans cette dernière catégorie, on trouve en premier lieu la Chine, principal ennemi des États-Unis, qui est aussi le joueur le plus redoutable, mais également l'Europe, l'Inde et la Russie. Tous, en fait, attendent...

Le fait que les États-Unis ne restent aux côtés que d'Israël aura des conséquences catastrophiques sur la politique américaine dans tous les théâtres d'opérations, et l'effigie des États-Unis vue sur le « fond » israélien est, de loin, la plus grande perte d'image pour l'empire américain.

D'ailleurs, la faiblesse de tout empire maritime est plus qu'évidente ces jours-ci.

Il suffit qu'une puissance continentale capable et déterminée l'attaque pour que cet empire maritime vacille. Et l'Iran est loin d'être une puissance continentale de premier plan ! Les distances énormes entre les centres d'opérations, la difficulté d'approvisionnement, le réseau complexe de bases et leur taille réduite par rapport aux besoins d'une guerre à long terme (de type continental) font des États-Unis une puissance très vulnérable sur le front réel du Moyen-Orient.

Les États-Unis auraient dû vaincre la Russie en Ukraine pour avoir aujourd'hui une chance au Moyen-Orient. Ayant échoué en Ukraine, ils n'ont aucune chance au Moyen-Orient. Les Américains le savent et le sauront encore mieux à l'avenir.

En conséquence, les États-Unis se retourneront sans doute plus durement contre l'hémisphère occidental (Cuba), mais aussi contre leur allié européen générique (le Groenland). Jeffrey Sachs s'attend même à une invasion de cet espace laissé libre par les fronts de la confrontation géopolitique acharnée jusqu'à présent. Nous verrons si ce sera le cas.

Les mouvements de l'Europe sont faibles, pour des raisons évidentes.

À l'exception de la France, l'Europe n'a pas la capacité de s'affirmer militairement. La France de Macron cherche à être le bon bras droit de l'empire américain, en essayant de copier une grandeur stratégique, doublée d'un engagement diplomatique multilatéraliste.

Là où l'Amérique frappe et désagrège, la France cherche des solutions de coopération géopolitique (parapluie nucléaire en Europe, déblocage du détroit d'Ormuz, etc.). La France ne peut pas engager seule une telle action ; elle ne peut le faire qu'en coordination avec la Russie et la Chine.

Mais pour l'Europe, le théâtre du Moyen-Orient peut aussi être une autre leçon : dans un monde où l'alliance russo-chinoise attaque les bases américaines dans le Golfe avec l'aide de l'Iran, cela éveille probablement la nostalgie de l'urgence d'une autonomie stratégique qui signifierait tout simplement le désengagement militaire américain dans l'ouest du continent européen.

Je ne pense pas que quiconque interprète autrement, à long terme, l'idée du parapluie nucléaire français...

La Chine déclare qu'elle est prête à attendre, dans son style caractéristique, l'implosion de l'empire américain « moribond ». Taiwan sera probablement la cerise sur le gâteau de cet empire. Et il semble que le temps presse, et que l'humanité va bientôt mettre fin à l'hégémonie américaine mondiale.

La Russie s'empresse de soutenir, autant qu'elle le peut, le nouvel Iran, qui semble sortir indemne de la confrontation avec les États-Unis et Israël.

Si les États-Unis et Israël ne parviennent pas à vaincre définitivement l'Iran, le destin d'Israël par rapport à l'Iran s'écrira différemment, et le destin des États-Unis au Moyen-Orient est presque scellé...

Un acteur majeur semble être en attente : l'Inde. Conformiste face à la demande impérative de Trump de cesser les importations de pétrole russe, l'Inde se pliera aux nouvelles directives de Washington, qui lui enjoignent de reprendre les importations de pétrole russe afin d'éviter l'effondrement du marché mondial du pétrodollar. Même ainsi, l'Inde n'est qu'un acteur en attente, dont la position géographique ne la recommande nullement dans le cadre d'une stratégie américaine renouvelée en Asie.

La géopolitique américaine se précise : les États-Unis ne peuvent plus gérer de façon absolue aucune des zones géopolitiques majeures. C'est pourquoi l'accent est mis sur la destruction systématique de toutes les tentatives de synthèse régionale ou mondiale soutenues par la nouvelle étoile de l'économie et de la politique planétaires, la Chine.

La guerre mondiale approche d'un point d'inflexion. Et celui-ci accélérera le déclin de la puissance qui, en retrait, comprend qu'elle doit attaquer les bastions construits par les autres...

19:35 Publié dans Actualité, Géopolitique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, iran, géopolitique, états-unis | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

Trump le Destructeur - La crise finale de l’hégémonie occidentale

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Trump le Destructeur

La crise finale de l’hégémonie occidentale

Alexandre Douguine

Alexandre Douguine sur la résistance de l’Iran, l’effondrement de la crédibilité américaine et l’accélération de la naissance d’un monde multipolaire.

Le fait que l’Iran ne se rende pas, ne consente ni à une trêve ni à un cessez-le-feu, est déjà en train de changer l’équilibre des forces. Après la première frappe, l’Iran s’est réorganisé et a nommé un nouveau Rahbar (Guide suprême): Mojtaba Khamenei, le fils de l’ayatollah Khamenei. En dépit des coups douloureux portés à ses infrastructures énergétiques, l’Iran ne se contente pas de résister, mais contre-attaque activement l’ennemi. Des frappes de missiles et de drones ont été menées contre toutes les bases américaines entourant l’Iran. Selon des estimations neutres, plus de 1000 militaires américains auraient été tués (l’Iran avance des chiffres bien plus élevés, tandis que Trump ne parle que de quelques victimes, ce qui paraît risible compte tenu de l’ampleur des frappes iraniennes).

L’Iran a adopté une tactique très efficace: frapper non seulement des cibles militaires en Israël, qui se transforme progressivement en une sorte de Gaza, mais surtout les nœuds et centres énergétiques des États du Golfe, sur lesquels repose l’économie mondiale. Associé au blocage du détroit d’Ormuz, cela a déjà causé d’énormes pertes au marché mondial. De plus, la situation s’aggravera chaque jour de résistance iranienne.

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Il est significatif que les pays du Golfe—dont les projets de se transformer en centres neutres et sûrs de l’économie mondiale sont désormais anéantis—ne blâment pas tant l’Iran que surtout Israël et les États-Unis. Ils n’ont jamais aimé Israël, mais, à leurs yeux, Trump est devenu un traître patenté. Si les bases militaires américaines ne les protègent pas mais créent au contraire du danger, à quoi servent-elles ? Les dirigeants arabes se posent cette question tout à fait logiquement.

Parallèlement, le « plancton » du capitalisme globalisé et les armées de call-girls quittent Dubaï à la hâte. Sur le toit d’un hôtel abandonné, seul l’influenceur, quelque peu dérangé, Andrew Tate danse seul, continuant d’affirmer obstinément que tout cela n’est qu’une simulation informatique et que nous vivons dans une matrice dont on vient simplement de charger un nouveau décor.

La prochaine étape sera le retrait des obligations arabes des États-Unis. D’ailleurs, BlackRock a suspendu les retraits de ses fonds, abaissant le plafond de plus de moitié. Cela ressemble au début d’un effondrement. Le prix du pétrole explose, tandis que les indices boursiers s’effondrent. Il n’est pas exclu que l’économie mondiale s’effondre totalement dans un avenir proche.

Ce sur quoi comptait Trump a manifestement échoué. La volonté et la détermination de l’Iran à aller jusqu’au bout, ajoutées à la solidarité d’une société rassemblée autour de sa direction politique et religieuse, ont mis fin aux attentes d’une victoire facile et peu coûteuse pour les États-Unis et Israël. Ce n’est déjà ni facile ni peu coûteux, et chaque jour qui passe rend les choses plus dures et plus onéreuses. Trump n’est visiblement pas préparé aux processus longs.

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En outre, sa cote de popularité s’effondre rapidement. Aux États-Unis, la guerre contre l’Iran n’est soutenue que par une petite minorité (principalement les sionistes chrétiens et les dispensationalistes—nombreux aux États-Unis, mais ne représentant qu’un faible pourcentage de la population totale). L’électorat MAGA de base s’était déjà détourné de Trump (principalement à cause des dossiers Epstein) et constitue désormais le flanc le plus radical de l’anti-trumpisme. « Trump nous a tous trahis » est la publication la plus courante sur les réseaux sociaux parmi les anciens partisans de MAGA.

Bien que Trump continue de proférer menaces et insultes, il donne de plus en plus l’impression de sombrer dans la panique. L’opération EP—Epic Fury (nom inventé par le skinhead idéologiquement alcoolisé Pete Hegseth)—a été rebaptisée sur les réseaux sociaux américains « Operation Epstein Files » ou « Epic Fail » ; les initiales demeurent : EP.

Donald Trump s’apprête à déclarer que « les États-Unis ont encore gagné » et qu’il a « mis fin à une nouvelle guerre ». Il essaiera alors d’arrêter les hostilités et de se tourner vers l’occupation de Cuba. À cette fin, deux personnages très suspects ont été envoyés en Israël: Jared Kushner et Steve Witkoff. Cependant, il semble qu’aujourd’hui, presque plus personne dans le monde ne les croit. C’est précisément pendant les négociations qu'ils menaient avec l’Iran que les États-Unis et Israël ont mené une frappe traîtresse qui tua des dizaines d'écolières à Minab (il s’agissait d'enfants de commandants des Gardiens de la révolution islamique) ainsi que des représentants des plus hauts niveaux politico-religieux iraniens.

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Une nouvelle star de l’internet mondial, l’intellectuel chinois Jiang Xueqin (photo)—qui avait prévu avec précision les événements à venir, y compris l’attaque des États-Unis et d’Israël et son déroulement, et qui est le seul sinologue profondément versé dans les eschatologies monothéistes (sionisme religieux, sectes messianiques juives de Sabbataï Tsevi et Jacob Frank, dispensationalisme chrétien, et le thème du Mahdi)—a déclaré aujourd’hui que Kushner représente l’une des figures les plus sinistres des élites occidentales, et qu’il est lié au réseau de Jeffrey Epstein (par l’intermédiaire de l’avocat d'Epstein, l’agent israélien Alan Dershowitz). De plus, Jiang Xueqin a décrit Kushner lui-même comme « le nouvel Epstein ». Jusqu’à présent, toutes ses prédictions se sont réalisées avec une précision frappante.

C’est maintenant le moment pour la Russie d’agir de manière plus audacieuse pour défendre ses intérêts. L’Ukraine et le Moyen-Orient sont deux théâtres de la même guerre: une guerre de l’humanité pour la souveraineté et pour un monde multipolaire contre les tentatives désespérées de Trump—devenu un instrument aveugle et frénétique des néoconservateurs—de préserver l’hégémonie occidentale et l’unipolarité.

Donald Trump a détruit l’ordre précédent jusqu’à ses fondations. Plus personne ne parle de libéralisme, ni d’agenda écologique, ni de politique de genre. Tout, dans le monde, est devenu bien plus dur et explicite. Dans le fond, rien n’a changé, si ce n’est que le masque est tombé. Trump a dissipé le brouillard et révélé à l’humanité le vrai visage de l’Occident. Il est monstrueux. Dans le sens de la destruction de toutes les règles et de l’arrachage de tous les voiles, Trump a été très efficace. Il est le Grand Destructeur.

À l’origine, il aurait pu y avoir une place pour MAGA dans un monde multipolaire. L’Occident pour les Occidentaux, l’Amérique pour les Américains, l’Europe pour les Européens. Pourquoi pas ? Et sans agenda migratoire libéral. Chaque civilisation avec ses propres valeurs traditionnelles, et ce retour ne pourrait qu’être bienvenu.

En même temps : la Russie pour les Russes. L’Eurasie pour les Eurasiens. L’Iran pour les Iraniens. Les pays islamiques pour les musulmans. La Chine pour les Chinois. L’Inde pour les hindous. L’Afrique pour les Africains. L’Amérique latine pour les Latino-Américains. Ce serait juste.

Les États-civilisations pourraient assez aisément s’accorder sur une nouvelle répartition régionale de la planète, sur une base multipolaire.

Au début, Trump faisait semblant d’être globalement d’accord avec cela, et c’était l’essence de sa campagne électorale—son idéologie MAGA. C’est précisément sur cette base et dans ces conditions que la Russie a entamé un dialogue avec Trump.

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Puis quelque chose a dérapé—jusqu’à ce que tout s’effondre. Trump a abandonné le point central: le monde multipolaire. Il a attaqué de front les BRICS, n’a rien fait sur le front ukrainien, a adopté une position effroyable dans l’affaire Epstein—se retrouvant impliqué dans les aspects les plus sordides de cette affaire ignoble—a attaqué le Venezuela, soutenu le génocide à Gaza, lancé la première frappe contre l’Iran, et se trouve désormais engagé dans une guerre brutale loin de ses propres frontières. Pendant ce temps, aucun des protagonistes de l’affaire Epstein n’a été arrêté, la déportation des migrants illégaux s’est arrêtée, et à l’intérieur des États-Unis, il perd rapidement le soutien populaire. Les États-Unis se dégradent ; aucun problème n’a été résolu.

Le programme positif de Trump a totalement échoué. Mais dans la destruction, il excelle.

Nous devons nous réorganiser rapidement en tenant compte de cela. Trump perdra presque certainement les élections de mi-mandat à l’automne face aux Démocrates. Mais, ceux-là, ce n’est que le même mal, sous un autre angle. Nous devons rester fermes sur nos positions: souveraineté, État-civilisation, multipolarité—et avancer résolument vers la victoire en Ukraine. Les États-Unis et l’Occident dans leur ensemble sont nos ennemis mortels. Nous sommes en guerre contre eux aujourd’hui, et demain nous continuerons à nous battre, peut-être encore plus durement. C’est cela, notre point de départ.

Avec une telle approche rationnelle, nous serons capables de tirer parti de toute action de Trump ou de l’Union européenne, sans céder à l’hypnose, à la persuasion ou aux promesses. L’Occident est une civilisation du mal. Il doit être traité comme tel. S’il souhaite se réformer, tant mieux—nous l’y aiderons volontiers. Mais pour le moment, il est un dragon sur le point de trépasser qui, dans son agonie, détruit tout sur son passage. C’est extrêmement dangereux, mais il n’y a qu’une seule voie : l’achever totalement—par tous les moyens nécessaires.

Que Trump détruise l’ancien monde jusqu’à ses fondations. Inutile de s’accrocher à ce qui est épuisé. Il est temps de bâtir un nouveau monde, dans lequel la Russie doit occuper la place qui lui revient—celle qui lui est due. Cette place, c’est celle d’un sujet, non d’un objet. Nous n’avons pas besoin de ce qui appartient aux autres, mais l’Eurasie nous appartient.

 

19:06 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, alexandre douguine, donald trump, iran | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

mardi, 10 mars 2026

Les États-Unis veulent isoler la Chine de l’Amérique latine

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Les États-Unis veulent isoler la Chine de l’Amérique latine

Source: https://mpr21.info/estados-unidos-quiere-aislar-a-china-d...

Samedi, Trump a convoqué douze dirigeants latino-américains dans son club de golf de Miami pour créer une coalition régionale appelée « Bouclier des Amériques ». L’objectif est de réduire l’influence de la Chine sur un continent où, en deux décennies, elle s’est imposée comme un partenaire commercial indispensable.

Au cours de son discours, Trump a annoncé la création d’une coalition militaire pour éradiquer les cartels criminels, évoquant des attaques de missiles contre des organisations narco-terroristes. Il a profité du sommet pour réaffirmer ses ambitions sur Cuba, affirmant que le gouvernement de La Havane vivait ses derniers instants.

Les participants — Argentine (Javier Milei), Salvador (Nayib Bukele), Équateur (Daniel Noboa), Bolivie, Costa Rica, République dominicaine, Guyana, Honduras, Panama, Paraguay, Chili (José Antonio Kast) et Trinité-et-Tobago — sont des dirigeants inféodés à l’impérialisme.

Le Brésil, sous le gouvernement de Lula, le Mexique, sous celui de Claudia Sheinbaum, et la Colombie, sous la présidence de Gustavo Petro, ont brillé par leur absence, ces trois pays entretenant des relations commerciales étroites avec Pékin.

Quant à la Chine, Trump souhaite bloquer les contrats attribués à ce pays concernant les minerais critiques, les infrastructures de transport et les capacités de renseignement militaire. L’Argentine, le Chili et la Bolivie détiennent à eux trois les plus grandes réserves mondiales de lithium, un métal stratégique pour les batteries et le stockage d’énergie, une ressource que Washington entend arracher à Pékin.

Depuis le début de ce siècle, la Chine a considérablement accru ses prêts, projets d’infrastructure et accords commerciaux sur tout le continent. En 2024, le commerce bilatéral entre la Chine et l’Amérique du Sud avait atteint 518 milliards de dollars, faisant de Pékin le premier ou le deuxième partenaire commercial de la plupart des économies de la région.

La stratégie de sécurité nationale publiée par le gouvernement Trump en décembre dernier stipule que les États-Unis refuseront à tout concurrent extérieur au continent la possibilité de posséder ou de contrôler des actifs stratégiques en Amérique latine. Le Panama s’est retiré de la Nouvelle Route de la Soie en janvier de cette année, après que la Cour suprême panaméenne a déclaré inconstitutionnel le contrat entre le pays et l’entreprise CK Hutchison, basée à Hong Kong. L’Équateur, de son côté, a autorisé l’installation d’une base militaire américaine sur son territoire.

La prochaine étape de la coalition antichinoise sera définie lors des consultations bilatérales entre Washington et les gouvernements signataires dans les semaines précédant le voyage de Trump en Chine, prévu pour début avril.

La voix des Juifs iraniens et l’agression contre l’Iran

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La voix des Juifs iraniens et l’agression contre l’Iran

Par Enrico Vigna

Source: https://comedonchisciotte.org/la-voce-degli-ebrei-iranian...

Au-delà des campagnes médiatiques martelées et « diversionnistes », qui servent l’objectif de destruction et d’annihilation de l’État iranien, je documente ici la position et la situation des différentes et nombreuses minorités religieuses, qui sont soutenues et protégées dans la Constitution du pays. De la communauté juive, à celles des chrétiens, des sunnites, des arméniens, des assyriens. Tous les représentants des différentes communautés se sont exprimés de façon claire et nette contre l’agression et en faveur de solutions diplomatiques à tous les problèmes.

La religion officielle de l’Iran est l’islam chiite selon la Constitution, mais la République islamique reconnaît et protège les minorités religieuses: du judaïsme, aux chrétiens de diverses confessions, aux zoroastriens, qui ont également des représentants au Parlement, ainsi que les Arméniens, les Assyriens, les sunnites, et aussi des communautés plus petites mais reconnues, telles celles du mandéisme, du yarsanisme, du bouddhisme, de l’hindouisme.

La condition fondamentale posée est d’être d’abord citoyen iranien, avec des droits et des devoirs, puis chacun suit ses propres croyances. Comme c’était le cas dans la République arabe syrienne, avant l’arrivée des djihadistes venus «apporter la démocratie».

Les droits constitutionnels dont jouissent les minorités religieuses dans le pays sont garantis et respectés, avec des centaines de lieux de culte, synagogues, églises et temples, où ils peuvent pratiquer librement leurs rites religieux. Selon diverses statistiques, les croyants son : chiites environ 90 %, sunnites 6 %, le reste réparti entre les autres fois. Il faut rappeler qu’en Iran a toujours vécu une communauté juive plus nombreuse que dans tous les pays arabes.

La Constitution stipule que « l’ingérence dans les croyances individuelles est interdite » et que « nul ne peut être inquiété ou arrêté simplement pour avoir une certaine croyance », à condition de respecter la loi.

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La communauté juive iranienne condamne l’agression américano-israélienne et demande une sanction

Le chef religieux juif Younes Hamami Lalehzar (photo), président de la communauté juive iranienne, a émis une forte condamnation des récentes attaques américaines et israéliennes contre son pays, qualifiant l’action de « … trahison de la confiance, nous demandons que les deux régimes soient tenus pour responsables de leur comportement criminel. Une fois de plus, l’Amérique criminelle, en coopération avec le régime sioniste, s’est encore plus enfoncée dans la fange de la décadence par une attaque perfide et imprudente. Cet acte sera condamné par toutes les nations libres et recevra certainement une réponse décisive et forte des Forces armées de la République islamique d’Iran, qui feront tout leur possible pour venger le sang des martyrs iraniens… Le chef de la révolution islamique, l’ayatollah Seyyed Ali Khamenei, a été assassiné lors d’une attaque militaire conjointe, américano-israélienne, à Téhéran, alors que les négociations sur le nucléaire étaient en cours. La disparition de l’ayatollah Khamenei est une perte immense et irréparable pour la nation iranienne, mais j’ai confiance que le peuple iranien saura préserver son sang, son guide et son chemin… Dans cette période difficile, nous soulignons la nécessité de préserver l’unité, l’empathie et la fermeté réunies à tous les niveaux de la nation iranienne. Nous affirmons également notre conviction constante que, selon les traditions divines et les enseignements de nos religions, le droit finira par triompher du mensonge, et que l’honneur et la gloire appartiendront finalement aux nations résilientes, fidèles et en quête de vérité… », a déclaré le rabbin.

En janvier, Hakham Younes Hamami Lalehzar, en tant que représentant de la communauté juive iranienne, pour réaffirmer la fraternité et l’unité des composantes de la société iranienne, a assisté à la conférence de Téhéran en l’honneur du commandant de la Force al-Qods Qasem Soleimani, assassiné par les États-Unis le 3 janvier 2020. Parmi les participants à la conférence, où Soleimani a été décrit comme un « symbole de résistance, de courage et de défenseur des opprimés », on comptait des représentants de diverses organisations comme le Hezbollah, le Hamas et le Jihad islamique, ainsi que des délégués de pays comme l’Irak et le Yémen.

S’adressant aux médias locaux, Hamami a déclaré: « De la manière dont les ennemis du martyr Soleimani l’ont assassiné, et des récentes actions des ennemis contre des personnes, femmes et enfants innocents, on peut comprendre la noble conduite du martyr Soleimani. Le courage de Soleimani a dépassé les frontières de l’Iran. C’est vrai que les ennemis ont réussi à l’assassiner, mais notre conviction est qu’une personne ne se limite pas à ce monde transitoire, et que la meilleure place est pour ceux qui tombent sur le chemin de Dieu. Les ennemis ont tué Haj Qasem, mais ils n’ont pas tué sa pensée. Cette pensée s’est enracinée dans toute la société iranienne, dans la région et parmi les nations. »

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Siyamak More Sedgh (photo), homme politique et médecin juif iranien, titulaire du siège parlementaire réservé à la minorité juive au Parlement iranien de 2008 à 2020, également président de l’institution caritative juive Dr. Sapir Hospital and Charity Center, considéré comme « le juif numéro un » d’Iran, souvent critique à l’égard de certaines positions des autorités iraniennes, a lui aussi pris position contre l’agression contre son pays, appelant avant tout à l’unité et à la défense du pays. Sedgh est connu et respecté en Iran, notamment pour un fait qui a été rapporté à la télévision. Il est tellement attaché à ses racines iraniennes que lorsque sa femme a décidé d’émigrer aux États-Unis à la fin des années 1990, il a choisi de rester en Iran, déclarant que « …il ne pouvait pas s’imaginer vivre en dehors de sa culture iranienne natale ».

Malgré l’agression contre le pays, les Juifs iraniens ont tout de même célébré, avec l’autorisation du ministère de l’Intérieur, la fête de Pourim, qui dans la tradition juive commémore le salut du peuple juif de la conspiration d’extermination du maléfique Aman. C’est l’une des fêtes juives les plus joyeuses, un « carnaval juif » qui se célèbre avec la lecture de la Méguila, des déguisements, des fêtes et des dons, et rappelle comment le destin peut être bouleversé. Étant donné la situation, elle a été célébrée avec des costumes sobres et dans la discrétion, à l’intérieur des synagogues et dans les familles, uniquement pour préserver les traditions, la culture et les racines, alors que les autres années elle était célébrée dans les rues.

Par Enrico Vigna, mars 2026