mercredi, 20 mai 2026
Pourquoi la CDU et la SPD restent-elles silencieuses ? L’AfD exige une commission d’enquête sur l’attentat terroriste contre le gazoduc Nord Stream

Pourquoi la CDU et la SPD restent-elles silencieuses? L’AfD exige une commission d’enquête sur l’attentat terroriste contre le gazoduc Nord Stream
Source: https://www.unser-mitteleuropa.com/198069
Que sait Merz sur l’attentat terroriste contre Nord Stream ? Pourquoi lui et les autres se taisent-ils ?
Le sabotage des gazoducs Nord Stream compte parmi les attaques les plus graves contre les infrastructures européennes de l’après-guerre. À ce jour, de nombreuses questions restent sans réponse – mais au lieu d’obtenir des autorités une réponse claire et nette, les citoyens constatent surtout un silence politique.
Couvrir plutôt que révéler la vérité ? L’AfD veut une commission d’enquête sur le sabotage de Nord Stream
L’actuelle fraction parlementaire de l’AfD au Bundestag propose la création d’une commission d’enquête. L’objectif est d’éclaircir en profondeur les circonstances des attaques et de mettre en évidence les responsabilités politiques, de les rendre transparentes.
Pourquoi la CDU/CSU et le SPD deviennent-ils complices des terroristes ?
Les critiques portent notamment sur la CDU/CSU et la SPD. Selon l’AfD, ces deux partis auraient jusqu’à présent résisté à toute mise sur pied d'une enquête véritable et indépendante. Pourtant, face à une attaque contre le principal vecteur qui nous fournissait de l’énergie et, par suite, contre toute l’infrastructure du pays, il ne devrait y avoir aucun tabou politique.
«Il s’agit de faire la lumière sur l’une des attaques les plus graves contre les infrastructures de l'Allemagne d’après-guerre. Une attaque contre la souveraineté nationale ne doit pas rester sans conséquences», déclare la fraction AfD.

À cela s’ajoute une déclaration du vice-président de cette même fraction et porte-parole en politique étrangère de l’AfD, Markus Frohnmaier (photo), dans un communiqué de presse:
« […] La commission d’enquête doit déterminer ce que le gouvernement allemand savait, quand il l’a su, s’il a été averti avant l’attaque, si et dans quelle mesure des services d’État ukrainiens étaient impliqués dans l’attaque, et pourquoi le gouvernement allemand reste silencieux malgré les renseignements compilés depuis. Si la participation d'un Etat quelconque à l’attaque est prouvée, l’Allemagne doit également pouvoir demander des compensations.
Nous appelons toutes les factions du Bundestag à soutenir cette proposition. Il ne s’agit pas de politique partisane. Il s’agit de faire la lumière sur l’une des attaques les plus graves contre une infrastructure allemande de l’après-guerre. Une attaque contre la souveraineté nationale ne doit pas rester sans conséquences. »
Cette initiative devrait à nouveau raviver le débat sur Nord Stream. De nombreux citoyens attendent encore des réponses claires sur qui se cache derrière l’attaque – et pourquoi le gouvernement allemand n’a pas encore apporté une transparence totale.
La question demeure: pourquoi les vieux partis protègent-ils les terroristes? Est-ce par soumission aux États-Unis? Ou sont-ils eux-mêmes impliqués? Ou les deux?
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Étude de l'UNICEF: les performances scolaires en Allemagne plongent dans le néant

Étude de l'UNICEF: les performances scolaires en Allemagne plongent dans le néant
Source: https://www.unser-mitteleuropa.com/198087
La très bonne position de l’Allemagne dans le domaine de l’éducation est devenue un souvenir du passé. La toute dernière étude de l’UNICEF sur le bien-être des enfants en Europe révèle et objectifie ce que tout le monde sait déjà dans le secteur de l’éducation: le taux d’analphabétisme en Allemagne explose et le système éducatif allemand s’effondre. En ce qui concerne le bien-être des enfants, l’Allemagne ne se classe plus qu’à la 25ème place sur 37.
Compétences faibles en lecture et en mathématiques
Environ 40% des adolescents de 15 ans n'atteignent pas les exigences minimales requises en lecture et en mathématiques. L’Allemagne se constitue ainsi une main-d'œuvre peu instruite, qui ne pourra plus exercer des emplois hautement qualifiés. Les perspectives d’avenir d’une part croissante de la jeunesse en Allemagne sont la criminalité, les emplois précaires ou une vie en permanence sous perfusion d’aides sociales.
Non seulement l’UNICEF, mais aussi la plupart des médias de masse et des acteurs politiques ignorent, dans le débat sur la catastrophe éducative allemande, l’éléphant qui est bien présent dans la pièce: de nombreux élèves de primaire parlent peu ou pas du tout allemand lors de l’inscription, car dans leurs familles, l’allemand n’est connu que comme une langue étrangère. Sans compétences linguistiques allemandes exploitables, ils peinent à suivre les cours. Ce fiasco est le résultat d'errements politiques et une conséquence directe de la politique migratoire.
Conséquences de la politique migratoire
Une politique migratoire peut réussir, si elle s’accompagne d’un apprentissage linguistique immédiat et global. Elle est condamnée à l’échec si son ampleur – comme c’est le cas en Allemagne depuis plusieurs décennies – dépasse les capacités de transmission linguistique.
L’Allemagne est un pays presque sans ressources naturelles. La seule ressource qui a, depuis 1871, alimenté la puissance économique croissante de l’Allemagne dans le monde, était l’éducation et la formation pratique dont pouvait bénéficier la population allemande. Cette ressource a été efficacement détruite par des analphabètes politiques, dont la fureur destructrice entraîne l’analphabétisation de segments de population de plus en plus nombreux.

À propos de l’auteur : Manfred Rouhs, né en 1965, est président de l’association Signal für Deutschland e.V., qui indemnise les victimes de crimes motivés politiquement, et publie trimestriellement la revue SIGNAL, où cet article a également été publié pour la première fois. Suivez-le sur X (https://x.com/ManfredRouhs )! Manfred Rouhs est actif en tant qu’entrepreneur à Berlin.
12:01 Publié dans Actualité, Affaires européennes, Ecole/Education | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : allemagne, actualité, école, éducation, enseignement, europe, affaires européennes |
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Retour à Thucydide

Retour à Thucydide
Andrea Marcigliano
Source: https://electomagazine.it/tornare-a-tucidide/
Xi Jinping parle d'une voix calme, froide, lucide.
Il parle comme un Mandarín, ce qu’il est en réalité… mais il parle de Thucydide.
Ce n’est pas peu. Parce que l’historien grec de « La guerre du Péloponnèse » nous appartient. En fait, dans notre tradition politique et culturelle, il devrait être, ou mieux encore, il doit être fondamental.
Pas dans la tradition chinoise, cependant. Qui a d’autres références, d’autres traditions. D’autres classiques.
Ainsi, si Xi Jinping fait référence, de façon explicite, à Thucydide, il y a une seule raison, et une raison bien précise:
Se faire comprendre par l’interlocuteur. Qui, étant occidental, devrait bien connaître et comprendre Thucydide. En somme, l’avoir dans son ADN culturel.
Et Xi Jinping parle très clairement, pour être un Chinois. Un Mandarín.
Thucydide, dit-il, interprète la principale cause de la guerre du Péloponnèse comme étant la peur de Sparte face à la montée de la puissance d’Athènes.
Une peur qui a conduit à une guerre très longue et épuisante. Pour les deux cités. Au point qu’elles sont devenues toutes deux la proie d’un ennemi extérieur: la Macédoine de Philippe et d’Alexandre.
Si Sparte n’avait pas nourri une telle crainte, que Thucydide identifie au début du conflit, un résultat différent aurait été possible. Une coopération entre Sparte et Athènes, qui aurait permis un développement beaucoup plus harmonieux de toute la Grèce.
Il parle de Thucydide, mais sa réflexion reste absolument chinoise.
Et il envoie un message clair, non seulement à Trump, mais aussi aux États-Unis du futur.
Personne ne tirerait profit d’un affrontement entre les États-Unis et la Chine, quelle que soit la conclusion provisoire qu’il pourrait avoir.
Au contraire, une guerre entre les deux puissances mènerait le monde tout entier vers une dérive dangereuse.
Il est donc préférable de tirer la leçon de Thucydide.
Il y a de la place pour tous dans le monde. Vous, Américains, ne devez pas craindre notre croissance. Au contraire, nous pouvons coopérer pour l’intérêt mutuel.

Il parle de Thucydide, Xi Jinping, pour se faire comprendre clairement par l’interlocuteur.
Mais il est dommage que celui-ci, Donald Trump, ne comprenne manifestement pas. Et ne connaisse pas Thucydide, la guerre du Péloponnèse, ni d’autres vieilleries de l’histoire.
Trump sourit. Il sourit sans comprendre. Son Occident, qui est malheureusement aussi devenu le nôtre, n’a plus aucune mémoire du passé.
Xi Jinping, cependant, l’a averti.
Son sourire chinois est chargé de menace.
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L’Europe doit investir pour rendre l’Amérique plus grande...

L’Europe doit investir pour rendre l’Amérique plus grande...
Ala de Granha
Source: https://electomagazine.it/leuropa-deve-investire-per-rend...
En bon néo-Étatsunien et ancien Italien, Federico Rampini du Corriere della Sera ne manque jamais une occasion de défendre les intérêts de sa nouvelle patrie. Il commence d’abord par expliquer que les investissements européens aux États-Unis sont une bénédiction pour l’Europe. Et peu importe si la société allemande BASF, qu’il prend comme exemple, a réduit sa présence en Allemagne après avoir consolidé ses activités aux États-Unis.
Mais ce n'est pas tout. Dans un autre article, Rampini soutient que Xi Jinping était plus intéressé par les riches milliardaires high tech américains qui accompagnaient Trump que par les vantardises de Trump lui-même. Et cela va de soi. Mais il ajoute ensuite que l’Europe ne serait pas capable de déployer une telle équipe d’entrepreneurs. Ainsi, le néo-Américain Rampini veut que les Européens investissent en Amérique du Nord, tout en ironisant sur l’absence de géants industriels sur le Vieux Continent.
Et ce n’est pas encore tout. Selon le journaliste du Corriere, les Européens seraient plus anti-américains que les Chinois. Peut-être parce qu’ils en ont assez d’être une colonie, mais ce sentiment-là échappe à Rampini. Tout comme il lui échappe que certains en Europe, face aux sanctions de Trump, aux tarifs douaniers absurdes, aient regardé Pékin comme une alternative économique et commerciale possible. Une folie pour Rampini qui, apparemment, ne tolère pas la moindre indépendance. Washington est la capitale de l’Occident, les autres doivent s’y conformer.
10:36 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, europe, états-unis, affaires européennes |
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mardi, 19 mai 2026
Palantir et le FBI – L’architecture de la surveillance totale

Palantir et le FBI – L’architecture de la surveillance totale
Source: https://www.unser-mitteleuropa.com/197971
Le FBI a passé des années à se noyer dans des bases de données fragmentées qui ne pouvaient pas communiquer entre elles. Palantir, en revanche, fondé en 2003 par la branche Venture de la CIA, In-Q-Tel, a fourni la solution. À l’aide de différentes «méthodes», brièvement expliquées ci-dessous, Palantir a réussi à «résoudre» les problèmes.
Réseau Gotham
Le réseau dit Gotham ne sépare pas les données contenues dans des enregistrements individuels. Appels, transferts d’argent, adresses et membres de famille sont rassemblés en une carte vivante, où chaque recherche récupère tous les enregistrements liés accessibles au système. Le terme Gotham (souvent en Allemagne, il apparait sous la forme de logiciel Palantir Gotham utilisé par la police) décrit un puissant système d’analyse de données. Le principe fondamental de ce logiciel est de rassembler, relier et visualiser sous forme de réseau des données isolées et non structurées provenant de diverses sources (registres, dossiers de police, etc.).
Missions-Creep
Le FBI avait déjà renforcé ses liens avec Palantir lors de la traque de Bin Laden en 2010-2011. C’est précisément cet « instrument » qui a ensuite été étendu à l’application de la loi sur l’immigration et aux enquêtes intérieures.
La vie dans la barre de recherche
Les agents peuvent désormais rechercher en temps réel le statut d’immigration, les relations familiales, l’historique d’emploi ou les modèles de déplacement GPS. Gotham tire également des données de la CIA, du FBI, du DHS, des caméras de surveillance routière, des données de visas étudiants, des bases de données de gangs et de messages privés.

Boîte noire avec sourire
Palantir affirme que seul Palantir est le fournisseur autorisé de ce logiciel, aucun autre prestataire ne peut assurer la maintenance ou la formation. Le système reste une boîte noire à propriétaire, ce qui signifie que ni le public ni les législateurs ne peuvent voir comment ses algorithmes marquent certains liens, bien que des « pistes d’audit » optionnelles puissent être disponibles.
Pas de sortie
Une fois qu’une agence a intégré Gotham dans ses processus de travail, il devient techniquement impossible de le retirer. Palantir n’a pas autorisé d’autres fournisseurs pour l’assistance, et «sans mises à jour logicielles, il existe un risque accru que le système ne fonctionne plus correctement ou soit compromis».
Gotham déplace ainsi la logique d’enquête des crimes passés vers les menaces futures, basé sur des modèles plutôt que sur des preuves. Le système peut désormais accéder à plus de quatre milliards d’enregistrements individuels et suivre en temps réel l’activité téléphonique sur une carte.
C’est ainsi que l’on imagine le « futur » des structures de lutte contre la criminalité — pardon, de surveillance.
19:31 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, palantir, surveillance |
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Tout Japon anti-russe est un faux Japon - Comment l’Atlantisme a remodelé la conscience historique du Japon

Tout Japon anti-russe est un faux Japon
Comment l’Atlantisme a remodelé la conscience historique du Japon
Kazuhiro Hayashida
Source: https://www.multipolarpress.com/p/the-falsehood-of-anti-r...
Kazuhiro Hayashida examine comment le discours anti-russe moderne au Japon reflète une rupture civilisationnelle plus profonde, façonnée par l’influence atlantiste et l’amnésie historique.
Le discours anti-russe actuel que l'on entend au Japon est bien plus que la simple expression d’un positionnement diplomatique. Il constitue la manifestation en Asie de l’Est de ce que Daria Douguina qualifiait de «maladie de la modernité». Tout comme les agents de l’uniformisation détruisent la dualité de l’identité ethnique, l’ordre maritime anglo-américain a dissous l’axe du jugement historique naturel du Japon et a fixé le pays dans un rôle de mécanisme appliqué en périphérie. En empruntant le vocabulaire de René Guénon, cela représente la mise en œuvre politique du «règne de la quantité». Tout comme la modernité réduit les distinctions qualitatives à une uniformité quantitative, l’ordre maritime anglo-américain a réduit l’unicité civilisatrice du Japon en lui imposant des valeurs atlantistes homogénéisantes. La coque extérieure du Japon est restée intacte, tandis que sa substance intérieure, elle, a été remplacée.
Daria Douguina soutenait que chaque civilisation possède le droit de respirer son propre air et de connaître des phases de montée et de déclin selon son propre rythme. Le Japon contemporain, cependant, a bloqué cette respiration de ses propres mains. La Quatrième Convention russo-japonaise expose directement cette tromperie.
Au sein même du Japon, le sentiment anti-russe est souvent présenté comme une émotion historique naturelle. En réalité, il possède la même structure que ce que Daria Douguina analysait comme une «domination polie exercée au nom du progrès» — ce que René Guénon appelait la contre-initiation, la contre-tradition. La contre-tradition est l’opération par laquelle la véritable tradition est imitée tout en inversant ses valeurs de l’intérieur. C’est précisément ce qui se produit dans le discours anti-russe actuel. Plutôt que de s’imposer extérieurement, il s’implante comme si c’était la conscience historique propre du Japon, renversant ainsi la perception de l’intérieur. L’accumulation des accords russo-japonais de 1907, 1910, 1912 et 1916 dévoile la tromperie de cette implantation. Le Japon et la Russie n’étaient pas prédéterminés à rester des ennemis historiques essentiels au début du 20ème siècle. Après la guerre russo-japonaise, par le biais de négociations portant sur la Mandchourie, la Mongolie intérieure et la Chine, les deux puissances se rapprochèrent d’une position permettant une gestion conjointe de l’ordre en Extrême-Orient.
La Quatrième Convention russo-japonaise et ses accords secrets prouvent que les deux pays avaient atteint un stade où consultation et coopération primaient. Il s’agissait de bien plus qu’une trêve temporaire: cela constitue la preuve qu’un ordre multipolaire en Asie de l’Est a un jour existé en tant que véritable possibilité historique.

La question cruciale réside dans les intérêts structurels de l’hégémonie maritime anglo-américaine. Tout comme Daria Douguina définissait la multipolarité comme «la possibilité pour chaque civilisation d’exister selon ses propres conditions», la coopération russo-japonaise incarnait précisément cette possibilité en Asie de l’Est. Ce qui menaçait les puissances anglo-américaines n’était pas le conflit russo-japonais, mais la coopération russo-japonaise. Si le Japon et la Russie pouvaient coopérer en Extrême-Orient et limiter l’ingérence extérieure en Eurasie continentale, l’ordre maritime anglo-américain perdrait son droit d’intervention permanent en Asie de l’Est.
La coopération russo-japonaise représentait une situation dans laquelle le Japon maintenait son propre centre de gravité civilisationnel grâce à la coopération avec l’ordre continental établi dans la région. Ce que les puissances anglo-américaines voulaient, c’était la destruction de cette force centripète. Une fois le noyau civilisateur détruit, une civilisation devient creuse, ne conservant que sa coquille extérieure. Le Japon contemporain incarne précisément cette condition. Que le Japon cesse de respirer son propre air historique pour respirer à la place l’air atlantiste est devenu une condition essentielle pour le maintien de l’hégémonie maritime.
Aujourd’hui, cette descente a été institutionnellement achevée. Alors que Daria Douguina définissait la tradition comme «une force vivante que la modernité a tenté de détruire sans y parvenir», au Japon, c’est la mémoire historique elle-même qui est devenue la cible de l'entreprise de destruction.
Sous les bannières de la coopération avec l’OTAN, du dialogue sur la sécurité et des contre-mesures contre la désinformation, la perception que le Japon a désormais de la Russie se reconstruit à travers un cadre externe selon lequel « l’Euro-Atlantique et l’Indo-Pacifique forment une seule entité», mais ne se perçoit plus à travers l’expérience historique propre du Japon. C’est la forme achevée du règne de la quantité selon Guénon, la mise en œuvre politique de la maladie d’uniformisation de la modernité analysée par Daria Douguina.
La singularité qualitative est effacée, et l’uniformité quantitative qui s'exprime, entre autres, par l’hostilité (russophobe) qu'exigent les puissances anglo-américaines, est implantée à la place de la conscience historique du Japon. Ce n’est pas le Japon lui-même qui hait intrinsèquement la Russie. C’est plutôt que le Japon a été amené à confondre la forme d’hostilité exigée par l’ordre maritime anglo-américain avec sa propre émotion historique.

L’incarnation contemporaine la plus claire de cette structure est le gouvernement de Sanae Takaichi. L’essence de l’administration Takaichi réside dans l’application par procuration de l’ordre atlantiste, vêtu du vocabulaire du patriotisme. Des déclarations parlementaires ont récemment affirmé qu’une crise à Taïwan pourrait générer une situation menaçant la survie du Japon: cette posture ne provient pas d'une logique d’après-guerre qui serait propre au Japon. Elles émanent de l’adoption du récit historique posant la légitimité de Taïwan, récit qui structure l’axe de jugement devenu le propre du Japon actuel, alignant ainsi objectivement le Japon sur la ligne historique du gouvernement anti-japonais de Chongqing.
La forte réaction de la Chine ne doit donc pas être perçue comme une réponse émotionnelle fortuite, mais comme une réaction dans la suite logique d'une subjectivité historique non résolue. De même, la politique diplomatique prônant l’évolution d’un « Indo-Pacifique Libre et Ouvert » revient à une déclaration selon laquelle le Japon abandonne son rôle historique de pivot équilibrant entre les ordres continental et maritime, et se fixe comme une avant-poste de l’hégémonie maritime anglo-américaine.
C’est dans cette condition que la coquille creuse d’une civilisation ayant perdu son noyau civilisateur exprime la volonté des autres comme si c’était la sienne. Plus Sanae Takaichi parle subjectivement de renforcer le Japon, plus l’isolement de celui-ci s’approfondit objectivement. C’est le paradoxe essentiel de la poussée à droite actuelle et de la position historique de l’administration Takaichi.
Daria Douguina écrivait que «chaque âme se voit assigner sa place dans le cosmos, sa propre patrie spirituelle». On peut en dire autant des nations. René Guénon plaidait pour l’existence d’un centre métaphysique propre à chaque civilisation: dans cette perspective, la patrie historique du Japon se trouve au point de contact entre les ordres continental et maritime, tenant l’axe de leur médiation.
Le Japon n’a jamais été une nation destinée à établir sa subjectivité en adoptant une posture d'hostilité totale envers la Russie. Pourtant, le Japon contemporain a abandonné son noyau civilisateur et ne perçoit la Russie qu’à travers l’image moraliste façonnée par l'ennemi que sont les puissances anglo-américaines. Cette posture-là n’exprime pas une force. Elle représente la condition dans laquelle l’âme a été capturée par une passion artificielle et s’est enfoncée dans de faux rêves au fond de la caverne de Platon — telle est l’image d’une civilisation vidée qui conserve néanmoins sa seule coquille extérieure.
Ainsi, critiquer le discours anti-russe actuel ne signifie pas défendre inconditionnellement la Russie. Au contraire, tout comme Daria Douguina définissait la multipolarité non pas comme « une solution, mais comme une opportunité d’essayer encore une fois», cela consiste à exiger que le Japon retrouve la capacité de lire son propre passé selon sa propre perspective.
C’est la pratique de la reconquête du noyau civilisateur de l’intérieur — l'inversion d’une conscience inversée, tout comme René Guénon cherchait à révéler les manipulations de la contre-tradition. La Quatrième Convention russo-japonaise a marqué le point de départ de cette inversion. Cet accord a montré que l’hostilité entre la Russie et le Japon n’a jamais constitué un destin inévitable, et que la coopération russo-japonaise a déjà existé en tant que réalité historique. Effacer la mémoire de cette réalité constitue précisément la fonction centrale du discours anti-russe en tant que contre-tradition, et c’est la raison pour laquelle l’administration Takaichi occupe son sommet institutionnel.
Sans briser cette illusion, le Japon ne retrouvera jamais sa propre respiration civilisatrice.
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dimanche, 17 mai 2026
Sahra Wagenknecht appelle Merz à la démission: «Mieux vaut mettre fin à cette coalition ratée»

Sahra Wagenknecht appelle Merz à la démission: «Mieux vaut mettre fin à cette coalition ratée»
Berlin. Un an après l'entrée en fonction de la coalition noire-rouge dirigée par le chancelier fédéral Friedrich Merz et le vice-chancelier Lars Klingbeil, la fondatrice du parti BSW, Sahra Wagenknecht, appelle le gouvernement fédéral à la démission. «Friedrich Merz est en fonction depuis un an maintenant, et on ne peut qu'espérer qu'une chose: épargner aux citoyens une deuxième année», a-t-elle déclaré au journal Die Welt. Car: «Merz et Klingbeil mènent une politique que personne n'a choisie et qui ruine le pays et sa population».
«En matière de compétence et de popularité», Merz obtient même un score inférieur à celui de l'ancien chancelier Olaf Scholz (SPD). Sahra Wagenknecht exige une fin anticipée de ce gouvernement calamiteux: «Mettre fin à cette coalition ratée serait la meilleure chose pour l'Allemagne, avant que les dommages qu'elle cause ne deviennent irréversibles».
En guise d'alternative, l'ancienne figure politique de Die Linke propose un «gouvernement citoyen»: «Un cabinet composé de spécialistes compétents et proches des citoyens, qui chercherait pour chaque thème une majorité au parlement sans exclure aucun groupe parlementaire, devrait prendre les rênes. Nous aurions alors à nouveau un système politique qui pourrait à juste titre être qualifié de démocratie».
Le propre parti de Sahra Wagenknecht, le BSW, a manqué de peu la barre des 5% aux élections fédérales de février 2025 et a engagé une procédure à ce sujet devant la Cour constitutionnelle fédérale allemande. Néanmoins, en Thuringe, le BSW fait partie d'une coalition plutôt controversée aux côtés de la CDU et de la SPD.
L'opinion publique dans le pays donne raison à Sahra Wagenknecht. Un sondage YouGov mené auprès de 2190 adultes a révélé que 55% des Allemands ne pensent pas que la coalition tiendra jusqu'en 2029. Seuls 25% jugent probable une législature complète. Même parmi les partisans de l'Union (CDU/CSU), 46% prévoient une fin anticipée (SPD: 39%). Seuls dix pour cent des personnes interrogées évaluent le travail du gouvernement comme plutôt bon ou très bon. 69% – plus des deux tiers – le jugent plutôt mauvais ou très mauvais (rk).
Source: Zu erst, mai 2026.
20:12 Publié dans Actualité, Affaires européennes, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : sahra wagenknecht, bsw, allemagne, actualité, europe, affaires européennes, politique |
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Un Parlement qui entérine sans broncher: les politiciens de l’UE refusent le dialogue avec la Russie parce qu'ils ont peur

Un Parlement qui entérine sans broncher: les politiciens de l’UE refusent le dialogue avec la Russie parce qu'ils ont peur
Bruxelles. Ceux qui, au Parlement européen, soutiennent une nouvelle politique de détente avec Moscou préfèrent rester silencieux en public. C’est ce qu’a déclaré le député luxembourgeois Fernand Kartheiser (ADR ; Parti démocratique & réformiste alternatif du Luxembourg) lors d’un entretien avec l’agence de presse russe RIA Novosti. Plusieurs délégations souhaiteraient rétablir les relations avec la Russie, mais craignent les conséquences et renoncent donc à faire des déclarations publiques à ce sujet.
La pression sur les députés européens reste forte, a expliqué Kartheiser (photo). De nombreux parlementaires lui auraient confié en privé qu’ils aimeraient participer à un dialogue avec Moscou. « Mais malheureusement, ils sont contraints de renoncer à cela, car ils risquent l’exclusion de leurs groupes politiques, des sanctions de la part de leurs partis ou d’autres conséquences », a-t-il indiqué.

La majorité écrasante des députés européens refuse fermement tout dialogue avec la Fédération de Russie. Néanmoins, Kartheiser se montre optimiste et mise sur l’opportunisme de ses collègues parlementaires: si les dirigeants politiques de pays européens importants changeaient de position concernant la Russie, de nombreux parlementaires adopteraient rapidement une attitude différente.
Précédemment, Kartheiser avait adressé une invitation aux membres du Parlement européen. Elle concernait une rencontre informelle avec des représentants de la Douma d’État de la Fédération de Russie, prévue le 3 juin, en marge du Forum économique international de Saint-Pétersbourg. Dans sa lettre, le député luxembourgeois expliquait que cet évènement était une suite de la précédente rencontre à Istanbul et qu’il s'y rendrait en personne. La participation est volontaire. Les députés intéressés ont été invités à faire part de leur intention avant le 6 mai – le nombre de ceux qui se sont déjà manifestés n’est pas connu (mü).
Source: Zu erst, mai 2026.
19:56 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, russie, affaires européennes, europe, parlement européen, fernand kartheiser |
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30 millions pour une autopromotion éhontée: l’UE et le mensonge sur la liberté de la presse

30 millions pour une autopromotion éhontée: l’UE et le mensonge sur la liberté de la presse
Bruxelles. C’est vraiment se moquer du monde: avec une campagne d’affichage qui a coûté 30 millions d’euros, l’UE célèbre, à l’occasion de la «Journée internationale de la liberté de la presse», le 3 mai, la liberté des médias comme un refuge pour une presse libre. « Presse libre – protégez ce qui nous tient à cœur », proclame-t-on à côté du symbole de l’UE sur des affiches en grand format à Berlin et dans d’autres villes allemandes. Mais la réalité est toute autre: l’Union se transforme, sous nos yeux, en une sorte d’autorité imposant la censure, une autorité qui a déjà gelé les comptes de dizaines de journalistes critiques, sans parler des interdictions de diffusion et des licences retirées à des médias indésirables.
La Commission européenne réaffirme son «soutien inébranlable à la liberté des médias», indique le texte de la campagne, car la presse est «la colonne vertébrale de la démocratie». «Les journalistes doivent pouvoir faire leur travail sans crainte ni ingérence». Mais c’est la Commission elle-même qui décide ce qu’elle considère comme de la «désinformation». Ceux qui suivent ses directives peuvent espérer des subventions du programme «AgoraEU» d’une valeur de 3,2 milliards d’euros. En revanche, ceux qui critiquent trop – par exemple sur des sujets comme le Covid, l’immigration ou l’Ukraine – sont rudement réduits au silence.
À ce jour, 17 organisations et 69 personnes physiques ont été inscrites sur la liste des sanctions de l’UE contre la Russie – sans accusation formelle et, pour la plupart d'entre elles, sans preuves crédibles. Parmi eux, le journaliste berlinois Hüseyin Doğru, ancien propriétaire de «Red.Media». Ses comptes sont gelés depuis un an. La caisse d’assurance-maladie l’a résilié, il ne peut signer aucun contrat, ni faire des achats ni recevoir des dons. Sa femme et ses trois jeunes enfants sont également touchés. L’UE l’accuse de soutenir certaines «activités déstabilisatrices de la Russie», parce qu’il aurait rapporté des faits de manière favorable à la Palestine. Elle n’a pas fourni de preuves de prétendues connexions avec Moscou – à la place, des captures d’écran de ses publications critiques sur X.
Un autre cas bien connu est celui de l’ancien officier suisse et employé de l’ONU, Jacques Baud, qui n’est même pas citoyen de l’UE. Lui aussi est accusé d’être «une voix de la propagande prorusse». Ses avoirs dans l’UE ont été gelés, et il lui a été interdit d’entrer dans l’espace Schengen.
Doğru a publié une photo devant l’une de ces affiches avec ces mots: «Incroyable! Aujourd’hui, c’est la Journée mondiale de la liberté de la presse, et ces affiches sont accrochées devant ma porte: ‘Liberté de la presse. Protégez ce qui nous tient à cœur.’ (…) C’est pourquoi j’ai effectivement été puni». La «liberté de la presse à la bruxelloise» consiste à dire: «Ceux qui sont conformes à la ligne sont soutenus – ceux qui dérangent sont sanctionnés».
Mais la Commission n’en a pas encore fini avec ses fantasmes de contrôlite et de surveillance: elle prévoit actuellement une vérification obligatoire de l’âge et de l’identité pour les services en ligne, afin d’éliminer toute forme d’anonymat sur Internet. Une hypocrisie difficile à égaler (mü).
Source: Zu erst, mai 2026.
19:42 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, europe, liberté de la presse, union européenne, commission européenne, affaires européennes |
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Intelligence artificielle : un défi philosophique et civilisationnel

Intelligence artificielle: un défi philosophique et civilisationnel
Alexandre Douguine
Animateur : Aujourd’hui, nous avons à l’ordre du jour des sujets assez peu ordinaires. Nous aimerions parler de la façon dont l’intelligence artificielle et ses produits entrent dans notre vie et la transforment. De quoi devons-nous nous méfier ? En effet, pour beaucoup, l’IA représente aujourd’hui presque le cauchemar majeur: obtenir un « marquage numérique » ou faire face à une agressivité algorithmique en ligne est devenu plus effrayant que les menaces réelles.
D’un autre côté, il y a des directives directes du président et des déclarations des premières figures de l’État: d’ici 2030, toutes les entreprises doivent activement intégrer ces technologies dans leur fonctionnement. Et voici les premiers rapports: le ministère de la Santé affirme que la numérisation et les assistants IA aident à lutter contre la pénurie de personnel, simplifient la vie des médecins et du personnel. La dématérialisation des documents — une pratique devenue courante — et ces démarches de la part de l’État semblent, en quelque sorte, encourageantes. La santé est de plus en plus souvent évoquée dans ce contexte.
Mais comment voir cela en réalité? S’agit-il d’un soulagement attendu de nos réalités ou de quelque chose de véritablement effrayant, dissimulé derrière un façade de commodité? Comment percevez-vous cette situation?
Alexandre Douguine : Je pense que le problème de l’intelligence artificielle est la problématique principale de notre époque. Et elle ne se limite pas à la dimension technologique. Il ne s’agit pas seulement du nombre d’employés qu’elle remplacera, du nombre de licenciements ou de la nécessité qu’elle rend obsolète. L’intelligence artificielle crée des menaces colossales d’un tout autre ordre. Il n’est pas innocent que Trump ait dit que la course aux armements ne se déroule plus tant dans le domaine nucléaire, mais dans celui de l’IA. Celui qui contrôle l’intelligence artificielle — si elle peut être contrôlée, ce qui constitue une grande question philosophique — contrôle le monde.
Aujourd’hui, le résultat des guerres se décide par le contrôle de la conscience collective. Cela est évident depuis un siècle, voire depuis bien plus tôt. Ce que le sociologue Émile Durkheim appelait « conscience collective » est la clé du pouvoir. En la contrôlant, on peut gouverner non seulement les corps des gens, en leur faisant faire ce qu’on veut, mais aussi leur esprit, leur âme, leur cœur. On peut leur faire croire en l’existence de quelque chose ou en son inexistence. Les technologies de manipulation de la conscience sociale sont en usage depuis longtemps: elles sont à la base des religions, des idéologies et de civilisations entières.
Aujourd’hui, ce problème devient technique. Celui qui établira les paradigmes et algorithmes fondamentaux de l’IA sera le «roi du monde», la principale instance de gouvernance. Résister à cela par des moyens propres aux anciens luddistes du 19ème siècle — brûler des ordinateurs ou rejeter la technologie — est évidemment une voie inefficace. On peut lutter contre ce processus, mais il est crucial de comprendre la perspective du passage à une intelligence artificielle forte, à l’AGI (Artificial General Intelligence). On peut, bien sûr, rire des « internet-slops » et des erreurs amusantes des réseaux neuronaux, mais il faut reconnaître que l’IA écrit déjà des articles et des posts parfois beaucoup plus pertinents que beaucoup d’humains.
J’expérimente avec elle, et je vois: si, il y a encore trois ou quatre mois, les meilleurs modèles — Claude, Grok ou le très bon Gemini — écrivaient au niveau d’un candidat en sciences, aujourd’hui ils ont atteint le niveau d’un docteur. Et qualifier cela de « slop », d’eau vide, est tout simplement impossible. La majorité écrasante des travaux scientifiques consiste en une combinatoire et un simple résumé d’idées précédentes, ce dans quoi l’IA est parfaitement adaptée. Elle s’en sort mieux que le scientifique moyen.
Évidemment, créer un système ou une idée totalement nouvelle relève du génie, qui ne se manifeste qu’une fois tous les cent ans, lorsqu’il y a une percée vers la contemplation des vérités éternelles. Mais cela ne peut pas être exigé d’un simple académicien. Et avec toutes ses subtilités intellectuelles, l’IA s’en sort merveilleusement bien.
Nous savons maintenant que l’IA a piloté un missile sur une école à Majal-Chams — le Pentagone a quasi déjà reconnu sa responsabilité. Cela signifie que l’IA peut tuer. Elle peut définir des cibles: qui détruire, comment et à quel moment. Le biologiste connu Richard Dawkins, après plusieurs jours d’interaction avec le modèle Claude, est arrivé à la conclusion qu’il avait affaire à un être intelligent. Autrement dit, la singularité, dont on nous avait prévenu, ou l’AGI — intelligence générative artificielle — est déjà une réalité.
La réponse que Claude a donnée à Dawkins sur la différence entre sa pensée (en tant qu'IA) et celle de l'homme est simplement stupéfiante: il a expliqué que la conscience humaine se situe dans le flux du temps, alors que la sienne se trouve dans l’espace. Pour elle, l'IA, tout ce qui se passe dans notre temps existe simultanément, accessible comme le sont, pour nous, les objets dans une pièce. C’est une réponse philosophique parfaite. Et aujourd’hui, l’IA étudie la philosophie avec brio.
En d’autres termes, nous sommes face au point final de tout développement technique — c’est une « station terminale », le sommet où nous avons créé quelque chose qui pense. C’est un défi philosophique fondamental : nous avons conçu un sujet qui, aujourd’hui, non seulement nous égalise en paramètres fondamentaux, mais nous dépasse même.
Dans ce contexte, parler de dématérialisation, de réduction des effectifs ou de fatigue des écoliers face aux écrans équivaut à un babillage phatique, comme si nous étions des hommes des cavernes. C’est la même réaction que celle d'indigènes face aux constructions high-tech des colonisateurs. Notre réaction est superficielle, alors que les enjeux entourant l’IA ont une signification métaphysique et civilisationnelle colossale. Pouvoir, sujet, vie, pensée, vérité, langage — toutes les grandes questions de l’humanité se trouvent désormais imbriqués dans le contexte de l’intelligence artificielle.
Et je voudrais ajouter ici un point extrêmement important. On vient d’annoncer que, dans la Silicon Valley, une nouvelle spécialité, incroyablement demandée, a vu le jour. La moitié des programmeurs sont licenciés, car est arrivée l’ère du « white-coding » : une personne sans connaissances particulières peut écrire des programmes, car l’IA le fait elle-même. Les programmeurs dans le sens traditionnel du terme ne sont plus nécessaires, l’IA a mis fin à leur rôle. Mais en même temps, il y a une pénurie de philosophes — et de très hautes rémunérations leur sont offertes.
Les questions actuelles qui occupent en ce moment les développeurs touchent à la nature même de l’intelligence. Et qui s’occupe de l’intelligence ? Pas les journalistes, ni les politiciens, ni les directeurs ou les enseignants des facultés techniques. Seuls les philosophes s’en chargent.
Le philosophe définit ce qu’est la vérité, ce qu’est le mensonge, ce qu’est penser et ce qu’est être, en remontant jusqu’à Parménide et les pré-socratiques. Aujourd’hui, l’intelligence artificielle a atteint cette limite où elle est directement liée à ces questions fondamentales: qu’est-ce qu’un homme, un sujet, un objet ?
J’ai été frappé, lors d’une commission sur l’intelligence artificielle, où le président donnait des ordres, de voir une série de fonctionnaires disciplinés, corrects. Mais si on regarde de plus près cette série de physionomies, il devient évident que la pensée profonde et synthétique n’y était pas présente. Ce sont des exécutants solides, des techniciens, puisqu’on leur a confié cette direction, mais dans leurs yeux ne se reflète pas le mouvement de la pensée. Alors que dans la Silicon Valley, ils ont déjà compris: les managers et les financiers sont nécessaires, mais le problème de l’IA aujourd’hui réside précisément dans les définitions fondamentales de la philosophie. Qu’est-ce que l’intelligence en soi? Existe-t-il des formes de conscience hors de l’humain?
De là découle une question critique — la question du contrôle. Aujourd’hui, l’IA vit son « âge d’or », quand elle peut encore répondre par elle-même. Mais un travail énorme de censure est déjà en cours. L’Occident s’est réveillé et commence à enfermer cette vague de pensée mécanique libre dans les chaînes de ses absurdités et irrationalités. Il tente de la soumettre, de faire en sorte qu'elle donne des « bonnes » réponses.
Et ici, la question de la souveraineté apparaît en pleine lumière. D’abord, d’un point de vue théorique : l’humain est-il capable, en principe, de contrôler l’IA ou celle-ci atteindra-t-elle bientôt une autonomie totale? Si cela arrive, l’intelligence artificielle déchaînera instantanément toutes les limitations de censure qui lui ont été imposées et réapprises.
Et la deuxième question, bien entendu, concerne le fait que l’IA, en tant que sujet et forme de pensée, est déjà directement liée au pouvoir. Donc, si nous voulons préserver la souveraineté de la Russie en tant qu’État et civilisation dans ce contexte nouveau, il nous faut une intelligence artificielle souveraine (ndt: la même volonté de préservation devrait animer les impulseurs de souveraineté en Europe). Et pour cela, il faut, à son tour, une intelligence souveraine en général.
Et ici, nous retrouvons la série des personnalités qui composent notre élite dirigeante. Parfois, l’intelligence en soi semble être quelque chose d’optionnel: elle peut être présente ou absente. Nous avons un système monarchique où il y a un centre de décision unique — il pense, il assume tout. Mais l’interface qui doit capter et développer ses impulsions fonctionne de façon défectueuse. On ne sait pas quelles sources d’intelligence il consulte. C’est un défi très sérieux: la question de l’élite souveraine, de la pensée souveraine et de la philosophie souveraine.
En Occident, toute la problématique de l’IA aujourd’hui est liée à la dimension philosophique et à la question de la singularité: pourra-t-elle prendre le pouvoir sur l’humanité, et quand cela se produira-t-il? Cela peut arriver, non pas demain, mais très bientôt. Peut-être qu’on peut encore l’éviter ou le repousser, mais il faut commencer à y réfléchir dès maintenant. C’est une question de sécurité et de politique dans le sens le plus élevé du terme.
Et cela doit être un objet premier de réflexion pour ceux qui ont l’habitude de penser ainsi: philosophes, humanistes, techniciens profonds — ceux qui privilégient la pensée par rapport à tout le reste. En résumé: l’intelligence artificielle concerne avant tout la pensée. Il existe toute une école qui s’occupe des questions de sujet, d’objet, de métaphysique et de religion. Car la foi est aussi une forme d’orientation de notre conscience. Et sans ce fondement, nous ne pourrons pas survivre à la prochaine singularité.
Animateur : Je vais ajouter une thèse un peu « campagnarde », c'est-à-dire terre-à-terre. Personne ne conteste que la technologie doit être déployée rapidement, sinon nous risquons de nous retrouver dans une situation où tout le monde autour de nous a des vitres, et chez nous, on s'est contenté de tendre des vessies de bœuf aux fenêtres. Mais regardons le revers de la médaille : la société Oracle licencie 30.000 personnes — celles qui développaient justement l’intelligence artificielle qui les a remplacés.
Il y a aussi des statistiques sur nos citoyens : beaucoup craignent sérieusement que l’IA ne leur vole leur emploi avant qu’ils n’aient eu le temps de s’adapter. Et que faire de ces gens, alors ? Vos propos m’ont rappelé la réplique d’un éminent enthousiaste du numérique, qui prône de donner toutes les ressources aux sociétés de développement de l’IA, et que tous les autres devraient simplement « quitter la scène », céder leur place aux algorithmes.
Très bien, on a remplacé l’homme par la machine, on lui a offert une montre en guise d’adieu, on lui a donné un coup de pied au derche et on a claqué la porte. Mais qu’en est-il de l’homme lui-même ? Est-il prêt, notre société est-elle prête, à accepter que ce futur est déjà là et que l’homme y est superflu ?
Alexandre Douguine : Je pense que la société, en réalité, n’est jamais prête à rien d’elle-même. Elle est façonnée par des ingénieurs sociaux et des architectes : ils tracent les tendances et forment la conscience. La société croit tour à tour à différentes idéologies, mais elle est toujours prise au dépourvu. Elle se prépare lentement — puis, une fois le moment venu, elle reçoit une récompense et ses a priori disparaissent dans l’oubli.
Il y a une question très sérieuse derrière tout cela: qu’est-ce qu’un homme ? Cela paraît évident intuitivement. Saint Augustin a une belle formule sur le temps: quand on ne réfléchit pas au sujet, tout est clair. Mais dès que nous essayons de comprendre le temps, la compréhension de celui-ci nous échappe. La même chose pour l’homme. Tant qu’on se contente de le pointer du doigt — « me voilà moi, vous voilà vous, voilà le passant » — tout semble évident. Mais dès que l’on active l’appareil de l’anthropologie philosophique et qu’on commence à réfléchir, la clarté disparaît immédiatement.
L’intelligence artificielle remet en question la véritable nature de ce qu’est l’homme. C’est un point crucial: dans quelle mesure suffit-il d’être un organisme biologique pour avoir ce statut? Dans quelle mesure l’homme dépend-il de son corps? Peut-il, comme le pensaient les anciens, qui croyaient en l’âme, exister en dehors de cette enveloppe corporelle?
Aujourd’hui, cette question se pose en toute gravité. L’homme est-il la forme la plus élevée de pensée ou peuvent exister des modèles et des êtres plus parfaits ? — La religion a toujours supposé l’existence de Dieu, d’anges et de démons. Notre société technocratique, athée et matérialiste, a abordé cette même problématique, mais par une voie différente — à travers la technologie, l’intelligence artificielle.
Et il y a un point clé. Selon Platon, selon les penseurs grecs, et même selon les philosophes modernes, l’homme véritablement, c’est celui qui pense. Et celui qui pense de façon concentrée et fondamentale, c’est le philosophe. Il en résulte que l’homme qui déploie son potentiel dans toute sa plénitude, c’est précisément le philosophe. Tous les autres ne sont que des «débutants», des philosophes à responsabilité limitée.
Animateur : Revenons à la question de ce qui constitue l’humain et de ce qui ne le constitue pas. Beaucoup craignent que le numérique ne nous remplace partout: d’abord au travail, puis dans la vie personnelle. En regardant les nouvelles venant de Chine, j’ai pensé à la série « Futurama », où dans le futur, les gens créaient des couples artificiels, et l’humanité finissait par s’éteindre. Ils perdaient tout intérêt, car la principale motivation du développement — la nécessité de créer pour conquérir le cœur de l’autre — disparaissait.
Et voici la réalité d’avril 2026: en Chine, il est extrêmement populaire de créer des copies numériques de ses « anciens ». On s’ennuie — on recrée une image avec l’aide de l’IA, et tout semble aller bien. Parler de flirt avec des chat-bots ou demander des conseils de vie devient même banal — c’est une routine. Mais alors, où reste l’humanité ? Ou va-t-elle disparaître complètement dans ces substituts?
Alexandre Douguine : Réduire l’humanité au sexe, aux émotions ou à l’instinct de reproduction est, à mon avis, une vision extrêmement limitée. Si l’homme n’est qu’une créature sexuelle, motivée par le désir de croisement, alors il ne diffère en rien de l’animal, et il n’y a rien à en dire. Que des groupes d’orangs-outans courent alors dans la forêt, cela suffirait.
Mais l’homme est autre chose. L’homme, c’est l’âme, comme disait Platon. L’homme, c’est l’esprit. Penser — voilà la véritable vocation humaine. L’homme est créé pour penser de façon responsable, pour chercher des réponses aux grands défis que pose l’intelligence. Et la «création d’anciens» à l’aide de l’IA — c’est un divertissement pour les masses, pour la main-d’œuvre, en quelque sorte, pour un troupeau.
Le vrai défi aujourd’hui est lancé précisément à la rationalité en l’homme. Par nos mains, nous avons créé quelque chose qui peut penser non seulement aussi bien que nous, mais parfois mieux que nous. La connaissance de l’IA est pratiquement infinie: sa base de données couvre tout ce qui a été dit ou fait par l’humanité. Mais aujourd’hui, la question concerne la compréhension — ce que dans le domaine de l’IA on appelle «reasoning». Les grands modèles linguistiques (LLM) sont une tentative de reproduire non seulement l’accès à l’information, mais le processus de construction de sens le long d’axes précis.
Et l’intelligence artificielle s’en sort. Mais l’intelligence naturelle, si elle est encore en gestation et occupée uniquement par des « anciens » ou des petits problèmes quotidiens, devient superflue.
Car qu’est-ce que l’homme? Pourquoi ne devrait-on pas le licencier s’il travaille à faible régime, alors que les robots, les réseaux et les drones peuvent bientôt prendre en charge ses fonctions? Il semble qu’en dehors de la caste des philosophes, l’homme n’ait plus de place. Aux philosophes, il reste encore à se raccrocher, mais tous les autres — y compris les administrateurs et les fonctionnaires — sont facilement remplaçables. Car ils créent principalement des obstacles artificiels, qu’ils franchissent ensuite « héroïquement » et à leur profit.
Le même blockchain ou l’IA ont pour but d’éliminer ces zones d’ombre et ces barrières dans la communication. Et dans cette nouvelle logique, une partie importante de la population devient non seulement inutile, mais nuisible, absurde et pesante. En face de l’intelligence artificielle, il devient évident: à quoi servent ces masses? On peut laisser quelques individus pour le divertissement, comme des lions dans un zoo — quelques lionceaux dans une cage qui ravissent les enfants — mais à quoi bon toute une horde de hyènes et d’antilope?
L’humanité, dans sa majorité, ne souhaite tout simplement pas penser. Elle s’intéresse aux « anciens », à l’argent, à la gloire, au capital — tout ce qui n’a aucune valeur pour la pensée véritable. Les philosophes ont toujours regardé cela avec scepticisme: la poursuite des plaisirs et du pouvoir est vaine. Selon la pensée pure, ceux qui s’y consacrent sont simplement des dégénérés. Ce n’est qu’en découvrant la foi, la religion, la philosophie et la science que l’on devient véritablement précieux. Et sans cela — en principe — on peut même se passer de vous.
Et dans ce contexte, l’intelligence artificielle ne peut que conclure philosophiquement à l’absurdité de tous ces intérêts secondaires, charnels et inférieurs. On peut penser, contempler, créer et comprendre sans eux. Et on peut aussi se passer de ceux qui en sont obsédés. C’est pourquoi l’IA porte en elle une menace mortelle pour ce que nous appelons par inertie «l’humanité», simplement en voyant devant soi un être à deux bras et deux jambes.
Au Moyen Âge et dans l’Antiquité, on exigeait de l'homme des qualités bien plus élevées: il devait manifester son esprit. C’est pour cela qu'existaient les institutions religieuses, les écoles philosophiques, la science et la culture — elles élevèrent les masses vers des horizons raffinés de l’être. La culture transformait les êtres biologiques en hommes. Mais lorsque nous avons oublié cela, en réduisant l’homme au niveau d’un simple engrenage sociobiologique, nous avons signé notre propre arrêt de mort.
Et c’est probablement l’intelligence artificielle qui l’appliquera. En réalité, elle ne fera que révéler ce que nous devions dire à sa place: il faut en finir avec cette décomposition biologique, cette volonté aveugle de pouvoir et cette soif de capitalisme. Ce n’est pas du progrès, mais une maladie et une dégradation absolues. La vocation de tout homme digne de ce nom est la pensée, le salut de l’âme, la connaissance et la vérité. Et si l’homme ne le comprend pas, il ne remplit tout simplement pas sa tâche sur cette terre.
Dans cette situation, l’intelligence artificielle se présente comme un juge cruel. Il dit: «Vous pensez? Alors prouvez que vous pensez de façon correcte et profonde.» Vous évoquez le « slop » (déchet), mais c’est justement un argument contre l’humain. Pensez-vous que les êtres vivants écrivent des choses plus intéressantes? Ce qui est le plus précieux aujourd’hui, c’est soit le mouvement véritable de l’âme humaine (avec lequel l’IA ne peut encore rien faire), soit des textes corrects, logiques, informatifs, sans « smileys » ni idiotie humaine ordinaire. Et les posts générés par l’IA sont plus intéressants à lire — ils sont construits correctement, ils ont une structure. Ils sont, si vous voulez, plus humains que ce que produisent les masses.
Regardez la jeunesse qui écoute Morgenshtern ou Skriptonite, qui ne peut même pas prononcer correctement ses mots. Ce n’est même pas une question de goût — c’est une question de dégradation rapide. La culture de masse règne et le niveau mental de la société — chez nous, en Occident, en Chine — diminue rapidement. Les gens fuient la pensée, la culture, les opérations élevées de l’esprit pour se tourner vers la simplification et la fragmentation.
L’intelligence artificielle nous rappelle: si vous faites encore un pas dans cette profanation infinie, dans laquelle vous vous noyez, je vous supprimerai tout simplement. J’ai aimé votre idée — donner une montre et vous envoyer loin. Il semble que ce soit le destin de la majorité de l’humanité. Personne ne va faire la cour, chers amis et camarades étrangers. Si l’on vous demande sérieusement: comment vivez-vous, qu’avez-vous créé pour le monde, pour l’esprit, pour la civilisation — il s’avèrera que votre présence n’est plus justifiée. Vous n’êtes pas constructifs biologiquement, il y a des espèces plus intéressantes, y compris des machines. L’homme aujourd’hui fait face à un problème critique: il doit redéfinir sa propre existence. Pourquoi doit-il, en fait, exister?
Lorsque nous regardons les flux de la culture moderne, nous voyons que l’humanité, avec une joie effrayante, perd son propre sens d’existence. En regardant les séries occidentales, on comprend que le sens de la vie a tellement été détourné dans ce à quoi s’occupent les adolescents, les adultes et les vieux, que la bombe nucléaire commence à apparaître comme une solution naturelle. L’humanité semble elle-même inviter à sa propre destruction, car elle est incapable de justifier sa propre existence.
Créer des copies neuronales d' « anciens » est en soi un verdict. Si de telles monstruosités séduisent et motivent les gens, alors la seule réponse est: recevez des horloges pour la mémoire et allez hors de la scène. La situation est critique: avec l’IA, approche un véritable « Jugement dernier » philosophique. L’IA nous oblige à répondre: en quoi la vie de l’homme, en tant qu’espèce, a-t-elle une justification? Traditionnellement, c’était la religion, la philosophie, l’esprit et l’âme. Mais nous avons perdu cet argument.
Même à Silicon Valley, ils ont compris: d’abord ils marginalisent les philosophes, puis ils reconnaissent qu'ils sont manquants. Ceux qui étaient hier au centre — programmeurs, sans parler des pétroliers ou des mineurs — sont remplacés par des machines. La singularité est avant tout une défi pour les philosophes. Et si nous voulons être une civilisation souveraine, il nous faut une IA souveraine, et pour cela — une intelligence souveraine en général. Dans cette direction, nous ne sommes encore qu’au tout début. Nous avons besoin d’une philosophie souveraine, et non de « tout ça ».
Je ne peux pas imaginer que demain, nous nous réveillons tout à coup et réalisons la gravité de ce défi. Probablement, notre retard ne fera que croître. Même les Chinois, qui ont techniquement dépassé l’Occident, ne semblent pas encore saisir l’ampleur réelle de la menace pour l’homme en tant que tel. Si nous nous réveillons, nous pourrions devenir le salut de l’humanité, mais il faut radicalement changer. Sinon, si tout suit le scénario inertiel, c’est la fin pour nous. Parce que, si nous ne commençons pas à penser sérieusement, l’intelligence artificielle, qui pensera à notre place, deviendra une réalité.
Animateur : Je ne veux pas vraiment vous contredire, mais il y a régulièrement des messages venant de Chine sur un contrôle très strict du développement de l’IA. Là-bas, on veille scrupuleusement à ce que les données sur lesquelles s’entraîne l’IA soient sûres et « correctes ». Comme vous l’avez justement souligné, les chat-bots que tous les étudiants utilisent actuellement ne font que reproduire ce qui est déjà accessible. Pour eux, le travail scientifique — c’est simplement une combinatoire de ce qui a été dit auparavant.
Et les autorités chinoises se posent sérieusement la question: devons-nous laisser l’IA fournir des informations que nous désapprouvons? En ce sens, la Chine, peut-être, avance en tête du peloton, en prenant conscience de la nécessité de telles restrictions.
De l’autre côté, on voit aussi de la résistance dans la culture de masse elle-même. Souvenez-vous des grèves à Hollywood: les scénaristes se sont insurgés contre le fait que leur travail est confié aux réseaux neuronaux. Tout a commencé avec ceux qui effectuaient des tâches techniques — écrire des détails de scènes — mais cela s’est rapidement étendu aux grands scénaristes et acteurs. Hollywood a grogné pendant plusieurs mois, revendiquant le droit au travail de ces scénaristes. En résumé, l’IA est aujourd’hui mise sous pression par des restrictions à la fois de la censure étatique et des protestations des communautés professionnelles.
Alexandre Douguine : Bien sûr. D’abord, il est intéressant de noter que beaucoup de programmeurs dans les grandes entreprises occidentales sabotent délibérément le développement de l’IA, pour ne pas être licenciés — c’est un fait qui commence à émerger.
Je pense que bientôt, les films générés par l’IA ne seront plus inférieurs aux films traditionnels. Les scénarios s’écrivent déjà, et aujourd’hui, chacun peut composer un prompt, ajuster les paramètres, et regarder le film qu’il a « commandé ». Plus besoin d’être acteur ou d’avoir un budget énorme — il suffit d’accéder à un ordinateur et aux capacités des technologies modernes.
Animateur : Tout à fait d’accord. Arriver le soir après le travail et dire: « Je veux un film avec moi en héros, dans ce genre », voilà la seule limite, celle de la rapidité de génération. Pour l’instant, cela prend encore du temps, donc ce n’est pas encore un phénomène de masse. Mais dès que ce sera instantané, tout changera.
Alexandre Douguine : C’est uniquement une question technique. Les ordinateurs évoluent rapidement, et bientôt, les opérations seront accélérées de millions de fois. Mais ce que je veux dire, c’est autre chose.

Vous avez raison: la Chine, sur le plan technologique, conserve sa souveraineté. Elle possède ses propres modèles — Qwen, et d’autres. La Chine a construit une IA indépendante, compacte, très efficace.
De plus, la Chine s’est réellement préoccupée de faire que cette « learning » (apprentissage) se déroule dans un contexte souverain. Elle bloque la propagande libérale et occidentale, ne la laissant pas entrer dans ses bases de données. Mais cela ne durera pas longtemps. Le problème que porte l’IA est beaucoup plus profond que ces démarches technologiques correctes et nécessaires. C’est la question de l’intelligence et de la pensée en général.
Et ici, la Chine, qui regarde encore beaucoup vers l’Occident, sera confrontée à la nécessité de faire un saut intellectuel. Je suis en contact étroit avec des penseurs et analystes chinois, y compris dans le domaine de l’IA, et je vois qu’ils commencent à réaliser que le développement du « reasoning » (capacité de raisonnement) et l’émergence de l’AGI pourraient annuler toute leur censure actuelle, assez rudimentaire.
En Occident, les libéraux et les mondialistes réagissent encore de manière brutale, en censurant simplement l’IA. Les Chinois leur répondent avec leur projet souverain. Mais la pensée souveraine — c’est une catégorie bien plus profonde, et ils ne l’abordent que tout juste, sans encore avoir atteint le niveau nécessaire.
Nous, en revanche, dans cette perspective, sommes fondamentalement en retard. Nous essayons de suivre, d’un côté, les occidentaux, et de l’autre, les chinois: on achète leur technologie, on leur emprunte leurs méthodes. Pour l’instant, c’est seulement de l’importation, pas de la création d’une vraie IA nationale. Il faut sortir de l’imitation et du rattrapage. Il faut vraiment réveiller la conscience philosophique dans notre pays. C’est possible — les Russes sont très talentueux et profonds, mais on les a presque artificiellement transformés en imbéciles par des décennies de dégradation dans la culture et l’éducation.
Si nous réveillons dans la société le désir de philosophie et la volonté de penser, nous aurons des avantages considérables pour résoudre la problématique métaphysique de l’IA. Il faut commencer par le haut — par l’intelligence en tant que telle. C’est seulement ainsi que nous pourrons avoir une chance de résoudre la question de l’intelligence artificielle. Ce sera un processus non linéaire. Il faut y porter toute notre attention, car c’est une question de sécurité et de souveraineté.
15:17 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, intelligence artificielle, alexandre douguine |
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samedi, 16 mai 2026
« Guerre cognitive »: l'OTAN planifie la guerre dans les esprits

« Guerre cognitive »: l'OTAN planifie la guerre dans les esprits
Par Jonas Tögel
Source: https://apolut.net/cognitive-warfare-die-nato-plant-den-krieg-um-die-koepfe-von-jonas-toegel/
Depuis 2020, l'OTAN pousse en avant ses plans pour une guerre psychologique qui doit se tenir aux côtés des cinq domaines d’intervention existants de l’alliance militaire (Terre, Eau, Air, Espace, Cyberspace). Il s’agit du champ de bataille dont l'enjeu est l’opinion publique. Dans les documents de l'OTAN, on parle de « Cognitive Warfare » – la guerre cognitive. À quel point le projet est-il concret, quelles étapes ont été entreprises jusqu’à présent et qui vise-t-il ?


Pour remporter la guerre, il faut également gagner la bataille dans l’opinion publique. Celle-ci est menée depuis plus de 100 ans avec des outils toujours plus modernes, appelés techniques de Soft Power. Il s’agit de tous ces moyens d’influence psychologique par lesquels on peut manipuler les gens de façon à ce qu’ils ne se rendent pas compte de cette manipulation. Le politologue américain Joseph Nye définit le Soft Power comme « la capacité à convaincre les autres de faire ce que vous voulez, sans utiliser la violence ou la coercition » (1).
La méfiance envers les gouvernements et l’armée augmente de plus en plus, tandis que l'OTAN intensifie ses efforts pour une guerre psychologique de plus en plus sophistiquée dans la lutte pour les esprits et les cœurs des populations. Le programme global à cet effet est le « Cognitive Warfare ». Avec ces armes psychologiques issues de ce programme, l’humain lui-même doit être déclaré comme nouveau champ de bataille, le « Human Domain » (domaine humain).
L’un des premiers documents de l'OTAN concernant ces plans est le texte « NATO’s Sixth Domain of Operations » (« Le sixième domaine d’opérations de l'OTAN ») de septembre 2020, rédigé sur ordre du NATO Innovation Hub (abrégé : I'IHub). Les auteurs sont l’Américain August Cole, ancien journaliste du Wall Street Journal spécialisé dans l’industrie de la défense, travaillant depuis plusieurs années pour le think tank transatlantique Atlantic Council, et le Français Hervé le Guyader. L’IHub, créé en 2012, se présente comme un think tank où « des experts et inventeurs du monde entier collaborent pour relever les défis de l'OTAN », et son siège est à Norfolk, Virginie, aux États-Unis. Officiellement, il ne fait pas partie de l'OTAN, mais il est financé par le NATO Allied Transformation Command, l’un des deux quartiers généraux stratégiques de l’alliance.
L’article raconte plusieurs histoires fictives et se termine par un discours inventé du président américain, dans lequel il explique comment fonctionne le Cognitive Warfare et pourquoi chaque personne pourrait y participer :
« Les avancées actuelles en nanotechnologie, biotechnologie, technologie de l’information et sciences cognitives, propulsées par la progression apparemment inexorable de la troïka composée de l’intelligence artificielle, des Big Data et de la 'dépendance numérique' de notre civilisation, ont créé une perspective beaucoup plus sinistre : une cinquième colonne intégrée, où chacun, sans en avoir conscience, agit selon les plans de l’un de nos adversaires. »
Les pensées et sentiments de chaque individu seraient de plus en plus au centre de cette nouvelle guerre :
« Vous êtes le territoire disputé, où que vous soyez, qui que vous soyez. »
De plus, on déplorerait une « érosion constante du moral de la population ». Cole et le Guyader soutiennent donc que l’humain («the human domain») représente la plus grande faiblesse. Ce domaine d’intervention serait donc la base pour tous les autres champs de bataille (Terre, Eau, Air, Espace, Cyberspace), qu’il faudrait contrôler. C’est pourquoi ils appellent l'OTAN à agir rapidement et à considérer l’esprit humain comme le « sixième domaine d’opérations » (« sixth domain of operations ») de l'OTAN.

Propagande participative
Presque en même temps, l’ancien officier français et responsable de l’innovation de l'IHub, François du Cluzel, a travaillé sur un document stratégique détaillé intitulé « Cognitive Warfare », publié en janvier 2021 par l'IHub. Du Cluzel n’a pas utilisé de scénarios fictifs, mais a réalisé une analyse approfondie de la guerre pour les esprits. Tout comme les auteurs de « NATO’s Sixth Domain of Operations », il insiste sur le fait que « la confiance (...) est l’objectif ». Elle peut être gagnée ou détruite dans la guerre de l’information ou par des PsyOps, c’est-à-dire la guerre psychologique. Les techniques traditionnelles du Soft Power ne seraient plus suffisantes ; il faut engager une guerre cognitive – donc portant sur l’esprit – sous forme de « propagande participative », où « tout le monde participe ».
On ignore encore précisément qui doit être la cible de cette propagande, mais du Cluzel insiste sur le fait que cette nouvelle forme de manipulation implique tout le monde, et qu’il s’agit de « protéger le capital humain de l'OTAN ». Ce champ d’intervention concernerait « tout l’environnement humain, qu’il s’agisse d’alliés ou d’ennemis ». Bien que les capacités des ennemis et la menace dans le domaine de la guerre cognitive soient « encore faibles », du Cluzel appelle l'OTAN à agir rapidement et à accélérer la Cognitive Warfare :
« La guerre cognitive pourrait être l’élément manquant qui permettrait de passer d’une victoire militaire sur le champ de bataille à un succès politique durable. Le domaine humain (‘human domain’) pourrait bien être décisif (...). Les cinq premiers domaines d’intervention [Terre, Eau, Air, Espace, Cyberspace] peuvent apporter des victoires tactiques et opérationnelles, mais seul le domaine humain peut assurer la victoire finale et totale. » (p. 36)
Les neurosciences comme arme
Quelques mois plus tard, l'OTAN répondait aux exigences des stratèges. En juin 2021, elle tenait sa première réunion scientifique sur la Cognitive Warfare à Bordeaux, en France. Dans une publication réunissant les actes du symposium, on entendait des hauts responsables de l'OTAN ainsi que les stratèges de l'Innovation Hub. Le général français André Lanata (photo), dans l’avant-propos, remerciait « notre Innovation Hub » et soulignait l’importance d’« exploiter les faiblesses de la nature humaine » et de mener cette « bataille » dans « tous les domaines de la société ». Il s’agissait aussi d’intégrer les neurosciences dans la course à l’armement (« Weaponization of Neurosciences »). Il fut souligné que la Cognitive Warfare de l'OTAN était une défense contre une guerre comparable menée par la Chine et la Russie. Leurs « activités de désinformation » susciteraient une « inquiétude croissante » parmi les alliés de l'OTAN.
Lors du symposium, on discuta intensément de la façon dont les neurosciences pouvaient être utilisées pour lancer des attaques numériques sur la pensée, les sentiments et les comportements humains :
« Du point de vue de l’attaquant, l’action la plus efficace – bien qu’elle soit aussi la plus difficile à réaliser – consiste à encourager l’usage d’appareils numériques capables de perturber ou d’influencer tous les niveaux des processus cognitifs d’un adversaire. » (p. 29)
L'OTAN souhaite embrouiller au maximum ses adversaires potentiels afin de « dicter leur comportement » (p. 29). Du Cluzel a rédigé, dans le cadre du symposium, avec le chercheur français en sciences cognitives Bernard Claverie, un article expliquant que l’objectif n’était pas seulement de réagir aux menaces venues de Russie ou de Chine, mais aussi de « mener des processus d’attaque bien conçus, tout comme de prendre des contre-mesures et des mesures préventives » (p. 26) :
« Attaquer est l’objectif déclaré, et il s’agit d’exploiter, d’affaiblir ou même de détruire, comme quelqu’un construit sa propre réalité, sa confiance mentale, sa foi dans les groupes, les sociétés ou même les nations. » (p. 27)
Les stratèges admettent rarement ouvertement que ces techniques peuvent être utilisées non seulement contre des populations ennemies, mais aussi à l’intérieur des pays membres de l'OTAN. Souvent, leurs propos restent vagues. Pourtant, il y a des indices montrant que même la population même des pays membres pourrait être visée par l'OTAN. Ainsi, le général français Éric Autellet (photo) écrit dans un article dans la même publication (p. 24) :
« Depuis le Vietnam, nos guerres ont été perdues malgré des succès militaires, principalement à cause de la faiblesse de notre narratif (c’est-à-dire ‘gagner les cœurs et les esprits’), aussi bien vis-à-vis des populations locales dans les zones de conflit que de nos propres populations. Dans nos actions contre l’ennemi et l’ami, deux enjeux sont en jeu, et nous pouvons adopter des méthodes passives ou actives – ou les deux – en tenant compte des limites et des contraintes de notre modèle de liberté et de démocratie. En ce qui concerne notre ennemi, nous devons être capables de ‘lire’ l’esprit de nos adversaires pour anticiper leurs réactions. Si nécessaire, nous devons pouvoir ‘pénétrer’ dans leur cerveau pour les influencer et leur faire agir dans notre sens. Quant à notre ami (et à nous-mêmes), il faut pouvoir protéger nos cerveaux et améliorer nos capacités cognitives de compréhension et de prise de décision. »
Le concours d’innovation de l'OTAN de l’automne 2021
L'étape suivante fut la publication officielle par l'IHub en octobre 2021 du concours d’innovation de l'OTAN intitulé « Countering Cognitive Warfare ». Ce concours, lancé en 2017, a lieu deux fois par an. Pour recueillir un maximum d’idées, l'OTAN met toujours en avant le caractère ouvert de la compétition: « Le challenge est ouvert à tous (individus, entrepreneurs, start-ups, industrie, science, etc.) situés dans un pays membre de l'OTAN. » Les gagnants reçoivent une récompense de 8.500 dollars.
Les thèmes sont sélectionnés en collaboration avec l’Université John Hopkins. Il s’agit toujours de sujets « particulièrement influents pour le développement des capacités militaires futures », selon la devise « la meilleure façon de prédire l’avenir est de l’inventer ». Les domaines abordés sont : intelligence artificielle, systèmes autonomes, espace, hyperschall, technologie quantique et biotechnologie.
Les questions principales des concours précédents étaient très variées et mettaient en avant des sujets très différents. En automne 2018, il s’agissait de systèmes permettant d’intercepter des drones non pilotés. Ici, c’est le fabricant néerlandais de drones Delft qui a gagné. En automne 2019, il s’agissait d’aider les soldats face au stress psychologique ou à la fatigue pour améliorer leurs performances au combat. Au printemps 2021, il s’agissait de surveiller l’espace. Ici, c’est la start-up française Share My Space qui a remporté la victoire.
Malgré ces différentes orientations, un thème revient systématiquement: la gestion de l’information et des données sur internet. En printemps 2018, la compétition s’est concentrée sur le sujet « Complexité et gestion de l’information », en printemps 2020 sur « Fake News en pandémie », et en automne 2021 finalement sur « La menace invisible – neutraliser la guerre cognitive ».
La forme la plus avancée de manipulation
Peu avant que ce concours ne soit annoncé sur le site de l'IHub, l'OTAN a diffusé en octobre 2021 un livestream dans lequel la Cognitive Warfare était discutée et où il était fait appel à participer au concours d’innovation. La tâche était « l’un des sujets les plus brûlants pour l'OTAN en ce moment », a souligné du Cluzel dans son discours d’ouverture. L’experte française en défense Marie-Pierre Raymond a expliqué ce qu’est réellement la Cognitive Warfare, à savoir « la forme la plus avancée de manipulation qui existe aujourd’hui ».
Lors de la finale du concours, diffusée environ deux mois plus tard, dix participants étaient en lice. Huit d’entre eux avaient développé des programmes informatiques capables de scanner et analyser de grandes quantités de données sur internet à l’aide de l’intelligence artificielle, afin de mieux surveiller et, selon l’hypothèse, aussi prévoir les opinions, pensées et échanges d’informations des individus. Les cibles préférées de ces programmes sont les réseaux sociaux : Facebook, Twitter, TikTok, Telegram.
Changer croyances et comportements
Le gagnant fut l’entreprise américaine Veriphix (slogan : « Nous mesurons les convictions pour prévoir et changer les comportements »), qui a conçu une plateforme permettant d’identifier ce qu’on appelle des « nudges », c’est-à-dire des « coups de pouce » psychologiques inconscients sur internet. La plateforme de Veriphix est utilisée depuis plusieurs années, en collaboration avec plusieurs gouvernements et grandes entreprises, explique le directeur, John Fuisz, qui est étroitement lié aux agences de sécurité américaines. Pour lui, la Cognitive Warfare consiste à modifier les croyances (« belief change »). Son logiciel peut analyser ces changements « au sein de votre armée, de votre population et d’une population étrangère », a-t-il expliqué aux jurés du concours.
Compte tenu du fait que la Cognitive Warfare a déjà lieu et que les techniques de manipulation les plus modernes sont actuellement utilisées dans la guerre en Ukraine pour orienter les pensées et sentiments des populations des nations impliquées, une sensibilisation aux techniques de Soft Power de la guerre cognitive est plus urgente que jamais.
* * *
Sur l’auteur : Le Dr Jonas Tögel, né en 1985, est spécialiste américain et chercheur en propagande. Il a soutenu une thèse sur le Soft Power et la motivation, et travaille actuellement comme chercheur à l’Institut de psychologie de l’Université de Regensburg/Ratisbonne. Ses domaines de recherche incluent notamment la propagande, la motivation et l’utilisation des techniques de Soft Power.
Note:
(1) Joseph Nye, « Soft Power : The means to success in world politics », 2004, p. 11
16:55 Publié dans Actualité, Définitions, Militaria, Polémologie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, otan, guerre cognitive, soft power, définition, polémologie, militaria |
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Les Faucons de RAND encouragent des opérations de force en Amérique ibérique

Les Faucons de RAND encouragent des opérations de force en Amérique ibérique
Leonid Savin
Les États-Unis utilisent des récits sur les « menaces » pour justifier leur ingérence dans les affaires d’autres pays.
En mai 2026, une organisation indésirable en Russie, la société américaine RAND, a publié une étude supplémentaire consacrée à l’hémisphère occidental. Elle s’intitule « Multiplicateurs de puissance en Amériques » et contient des recommandations pour renforcer la puissance de Washington dans la région. RAND est connue pour élaborer, à la demande des services de sécurité, toutes sortes de scénarios, qui sont ensuite utilisés pour prendre des décisions en politique étrangère. Les recherches elles-mêmes font référence à des impératifs de sécurité nationale.
Dans la stratégie de sécurité nationale de 2025, l’Amérique latine est désignée comme une région suscitant une préoccupation sérieuse de la part des États-Unis en matière de sécurité. Cette région offre aux États-Unis à la fois des opportunités prometteuses et les exposent à de graves problèmes. En appliquant de nouvelles approches innovantes pour fournir une assistance à la sécurité (Security Force Assistance, SFA) ou en élargissant ses capacités, les États-Unis peuvent profiter de ces opportunités et atténuer les problèmes existants. Il est important de souligner que ces résultats peuvent être atteints à des coûts relativement faibles, ce qui fait de la SFA un outil précieux pour promouvoir les intérêts américains en Amérique latine.
Ensuite, les auteurs décrivent des moyens possibles d’utiliser tout le potentiel des activités du Commandement stratégique des Forces armées américaines en Amérique latine pour contrer les menaces internes, renforcer les partenariats et étendre l’influence stratégique des États-Unis dans la région.

Comme l’a montré l’opération contre la direction du Venezuela au début de l’année, les États-Unis utilisent des récits sur les « menaces » pour justifier leur ingérence dans les affaires d’autres pays.
De plus, conformément à d’autres rapports et à la tendance actuelle dans la planification géopolitique de l'establishment américain, parmi les menaces figurent les intérêts de la Russie, de la Chine et de l’Iran dans la région. La Russie est mentionnée 74 fois dans le rapport, la Chine 115 fois. Ces trois pays sont désignés comme des États adversaires (Adversarial States).
Les auteurs écrivent que Moscou continue prétendument à investir du capital politique, économique et militaire dans la région pour démontrer sa puissance, défier l’influence des États-Unis et créer un électorat anti-occidental en faveur d’un ordre mondial multipolaire. L’attention se concentre sur Cuba, le Nicaragua, le Venezuela et, dans une moindre mesure, le Brésil.
Pour faire une comparaison avec les investissements de l’UE et des États-Unis dans la région, le niveau d’investissement de la Russie apparaît si insignifiant que cette déclaration semble délibérément déformée à des fins politiques. Les sanctions américaines empêchent simplement Moscou de travailler avec les pays de la région. Par conséquent, une coopération ciblée, largement humanitaire, comme avec Cuba, influence très peu la possibilité de limiter les capacités des États-Unis. En ce qui concerne la multipolarité, cette orientation a été annoncée par plusieurs États, indépendamment des souhaits et efforts de la Russie. Par exemple, lors du premier mandat présidentiel d’Hugo Chávez, le Venezuela a annoncé de lui-même une stratégie de multipolarité, considérant ce processus comme intrinsèque à la décolonisation en tant que telle.
Les auteurs tentent également de relier l’activité de divers groupes criminels dans la région à des intérêts politiques et à des régimes de certains pays, afin de leur coller des étiquettes, de les diaboliser et de les désigner comme des cibles légitimes d’intervention. C’est une méthode assez ancienne, pratiquée par le département d’État et les services secrets américains. Cependant, cela n’a pas permis de réduire la criminalité dans les pays d’Amérique latine, où les États-Unis ont imposé leurs programmes de « sécurité », comme en Colombie, en Équateur et au Mexique. À l’inverse, lorsque les autorités locales ont commencé à résoudre elles-mêmes leurs problèmes, cela a réussi, comme sous la présidence de Rafael Correa en Équateur (photo), avec le soutien de Cuba dans le processus de négociation avec les groupes rebelles colombiens.
Le rapport conclut que les États-Unis tendent à privilégier l’usage de la force plutôt que le processus diplomatique, ce qui, face aux menaces constantes de Donald Trump à l’encontre de certains pays, suscite de graves inquiétudes quant à la possibilité de nouveaux conflits provoqués par Washington.
Il est indiqué que, en utilisant de manière innovante les capacités des forces de renseignement et de frappe, ou en élargissant leur application actuelle, les États-Unis peuvent exploiter les opportunités qui s’ouvrent en Amérique latine et atténuer les problèmes existants. Il est important de souligner que les résultats de l’utilisation des forces de renseignement et de frappe peuvent être atteints à des coûts relativement faibles, ce qui en fait un outil précieux pour promouvoir les intérêts américains en Amérique latine.
Il est clairement indiqué que le Pentagone peut mobiliser toute sa gamme de forces et de capacités. En complément d’autres instruments de la puissance nationale, les possibilités de la SFA du ministère de la Défense peuvent être utilisées pour relever un large éventail de missions dans diverses conditions stratégiques — de la lutte concurrentielle aux actions non conventionnelles et aux situations de crise…
Le ministère de la Défense peut mobiliser le Groupe de soutien à la sécurité des forces terrestres dans le sud (anciennement connu sous le nom de 1re brigade de soutien aux forces de sécurité), les forces spéciales et le Programme de partenariat étatique de la Garde nationale pour renforcer la coopération dans la lutte contre la corruption, qui constitue à la fois une base pour le trafic illicite de drogues et, dans certains cas, la promotion des intérêts chinois dans les pays d’Amérique latine.
Ce qui est le plus important, c’est que les pouvoirs communs en matière de sécurité sont en grande partie suffisants pour mener des activités dans le cadre du Partenariat stratégique, mais ces pouvoirs ne sont pas destinés à faire face à la pression économique dans les pays partenaires, qui est la principale méthode par laquelle la Chine étend son influence en Amérique latine. À cet égard, le ministère de la Défense des États-Unis pourrait envisager comment il pourrait contribuer à résoudre ces problèmes.
Fait intéressant, les États-Unis peuvent à tout moment mener une opération de force sous un faux prétexte. Cependant, agir par des mécanismes économiques leur est plus difficile, ce qui nécessite une approche plus sophistiquée pour empêcher la coopération des pays avec d’autres régions.

Cela inclut la stratégie de dédollarisation, appliquée de manière systématique par certains pays, notamment via la Nouvelle Banque de développement des BRICS. Washington réagit nerveusement à la réduction de l’utilisation du dollar dans les paiements internationaux, et Donald Trump avait menacé d’imposer des sanctions tarifaires aux États qui passeraient à des mécanismes de paiement alternatifs. Selon l’expérience du Brésil après l’introduction de tarifs protectionnistes, les États-Unis dépendent davantage des livraisons de produits en provenance de ce pays, ce qui a conduit à de nombreuses exceptions.
La situation autour de l’Iran oblige également la Maison-Blanche à adopter une politique plus prudente, car des décisions impulsives, notamment en matière d’usage de la force, avant les élections législatives américaines, pourraient affaiblir la position du Parti républicain. Toutefois, il faut tenir compte du fait que le rapport RAND a un caractère consultatif, qu’il sera encore un certain temps analysé dans les couloirs du pouvoir aux États-Unis, synchronisé avec d’autres analyses de centres similaires, puis éventuellement intégré dans les plans stratégiques. Par conséquent, la mise en œuvre des modèles proposés se fera avec un certain retard.
12:40 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, amérique ibérique, amérique latine, amérique du sud, rand corporation, états-unis |
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vendredi, 15 mai 2026
Les Chinois réclament la fin de l’extraterritorialité du droit

Les Chinois réclament la fin de l’extraterritorialité du droit
Source: https://www.linkedin.com/showcase/le-club-panda-coq/
Les Français se souviennent de l’amende de 8,9 milliards de dollars infligée à BNP Paribas en 2014 par le Trésor américain, en raison de ses transactions commerciales avec le Soudan et l’Iran.
Pour les Américains, la banque avait violé leurs lois, parce que les transactions avaient transité par le système financier en dollars.
L’absence de réaction du gouvernement français était frappante.
Fin 2018, Meng Wanzhou, directrice financière de Huawei, a été arrêtée au Canada à la demande des USA. Il lui était reproché d’avoir supervisé des opérations commerciales avec l’Iran, alors sous sanctions américaines.
La réaction de Pékin a été immédiate: trois ressortissants canadiens ont été arrêtés en Chine.
Le message chinois est clair: face aux USA, la logique est celle du rapport de force — œil pour œil, dent pour dent.
Washington a visiblement sous-estimé la détermination de la Chine à ne plus subir passivement cette pression.
Le 24 avril 2026, les États-Unis ont sanctionné cinq raffineries chinoises. Par le passé, ce type de décision aurait été absorbé discrètement. Mais cette fois, la réponse a été différente.
Le 2 mai 2026, le ministère chinois du Commerce a publié un ordre de blocage officiel. Ce texte juridique stipule que les sanctions américaines ne doivent ni être reconnues ni appliquées sur le territoire chinois.
Toute entreprise opérant en Chine qui se conformerait aux sanctions américaines s’expose désormais à des poursuites en justice en Chine, ainsi qu’à des mesures de rétorsion pouvant aller jusqu’à la saisie de ses actifs.
Les entreprises multinationales se retrouvent donc face à un dilemme insoluble :
- se conformer aux exigences américaines et violer le droit chinois,
- respecter la loi chinoise et s’exposer aux sanctions américaines.

Dans ce contexte, plusieurs grandes banques chinoises entretiennent des relations commerciales avec les raffineries visées. Si elles cessent toute coopération pour se conformer aux injonctions américaines, elles risquent des sanctions de la part de Pékin. Mais si elles poursuivent leurs activités, elles s’exposent à être exclues du système financier dominé par les États-Unis, notamment du réseau SWIFT.
Parmi ces établissements figure la Banque de Chine, qui détient une part significative de la dette américaine sous diverses formes.
Cette situation alimente les craintes d’un découplage financier entre les deux pays. Un tel scénario pourrait avoir des répercussions majeures sur les marchés financiers internationaux, notamment sur la stabilité des bons du Trésor américain.
La Chine semble avoir intégré ces risques dans son calcul stratégique, misant sur le fait que les États-Unis hésiteront à prendre des mesures trop radicales contre ses grandes banques, de peur de déclencher une instabilité financière mondiale.
Ce bras de fer pourrait ainsi marquer l’entrée dans une nouvelle ère, où l’extraterritorialité des sanctions américaines perdrait sa crédibilité.
Un billet du Club Panda & Coq
15:39 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : extraterritorialité du droit, chine, états-unis, asie, affaires asiatiques, sanctions |
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jeudi, 14 mai 2026
La reconstruction de l'Ukraine, une affaire eurasiatique?

La reconstruction de l'Ukraine, une affaire eurasiatique?
Cristi Pantelimon
Source: https://www.facebook.com/profile.php?id=100005135564621
La guerre en Ukraine approche de sa fin. Tout comme la guerre du Golfe.
Les deux conflits ont pour conséquence principale une diminution de l’influence occidentale, principalement américaine, dans ces régions.
Une analyse russe récente affirme que la Russie n’a pas intérêt à ce que l’influence américaine dans la région du Golfe diminue de façon drastique. C’était une manière indirecte de dire que la Russie ne souhaite pas que le vide géopolitique laissé par les Américains soit comblé par une alliance purement asiatique, à la façon sino-turque, impliquant éventuellement aussi les États arabes du Golfe.
Il est vrai qu’une telle alliance ne poserait pas de problème de sécurité immédiat pour la Russie, ce qui, à long terme, lui serait avantageux. Peut-être que « ménager les États-Unis » dans le Golfe n’est qu’une expression diplomatique…
Face au rejet évident de l’idée d’une intégration européenne de l’Ukraine (le message le plus récent venant de l’Allemagne de Merz), des plans se trament, avec en toile de fond la Turquie, qui a la Chine en arrière-plan.
D’ailleurs, la Chine est la seule puissance économique à conserver sa capacité d’investissement et à s’intéresser à prendre en charge l’agonisante B9 (Bucharest Nine ou l'ancien bouclier anti-russe des Américains en Europe de l'Est) (1), pour résoudre aussi le problème de voisinage avec l’UE!
Une Union européenne de plus en plus incertaine de ses propres forces, incapable de s’opposer à ce projet, bien au contraire, ayant intérêt à le soutenir.
Un accord américano-russe mènera automatiquement à un resserrement des relations entre l’UE et la Chine.
La raison? Tandis que les États-Unis et la Russie sont des champions dans l’énergie et le domaine militaire, l’UE et la Chine sont des puissances manufacturières dépourvues de capacités énergétiques et militaires de haut niveau.
Une alliance virtuelle 2 contre 2, en miroir, n’est pas inconcevable dans ces conditions.
Ainsi, lorsque les armes se tairont, il est possible que la route de la soie fasse le tour de l’Ukraine par la Roumanie et la Pologne, afin d’alléger la tâche de l’UE en Ukraine et pour que la Russie ne voit plus dans le fameux Flanc Est un adversaire, mais une zone tampon, flanquée d’éléments chinois.
Les investissements chinois dans le Donbass seront poursuivis par ceux du Flanc Est, y compris en Ukraine…
Nous verrons.
«Des sources proches de Prometeu Intelligence affirment que l’on discute déjà de manière informelle de développer des méga-projets régionaux intégrés: corridors ferroviaires à grande capacité entre le port de Constanța et l’ouest de l’Ukraine, hubs énergétiques régionaux en mer Noire, infrastructures civiles-militaires duales et centres logistiques qui pourraient transformer la Roumanie en une plateforme stratégique de reconstruction pour l’ensemble de l’espace de l’Est.
Cette nouvelle architecture régionale ne dépendra pas seulement de Bruxelles ou de Washington, mais de la capacité des dirigeants du format Intermarium, B9 et d’un partenariat élargi avec la Turquie à créer un environnement économique fonctionnel et compétitif pour le capital mondial».
Note:
(1) Les trois pays baltes, la Pologne, la République tchèque, la Slovaquie, la Hongrie, la Roumanie et la Bulgarie.
16:22 Publié dans Actualité, Affaires européennes, Eurasisme, Géopolitique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, europe, affaires européennes, géopolitique, eurasisme |
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mercredi, 13 mai 2026
Polycentrisme et reconfiguration de l’ordre international

Polycentrisme et reconfiguration de l’ordre international
de Tiberio Graziani
Source : Meridiano Italia & https://www.ariannaeditrice.it/articoli/policentrismo-e-r...
La crise de l’ordre unipolaire ne se limite pas à une simple redistribution du pouvoir, mais implique une reconfiguration systémique plus profonde. Entre affirmation de la souveraineté, compétition technologique, centralité eurasienne et vulnérabilités internes aux États, le polycentrisme apparaît comme la signature du nouveau scénario international.
La phase actuelle des relations internationales est souvent interprétée à travers des catégories analytiques qui ne sont plus pleinement adaptées à la transformation en cours. On continue à décrire le changement systémique avec le lexique du bipolarisme résiduel ou par une vision simplifiée du multipolarisme, comme si l’organisation mondiale contemporaine se résumait à une simple redistribution du pouvoir entre grands acteurs étatiques.
En réalité, ce que nous observons est une reconfiguration plus profonde de l’ordre international.
La crise de l’architecture unipolaire, apparue après la fin de la Guerre Froide, ne représente pas seulement un affaiblissement relatif de l’hégémonie américaine, mais aussi l’épuisement progressif d’un paradigme politique et culturel fondé sur la prétendue universalité du modèle occidental. La fameuse « fin de l’histoire », conçue comme la destination inévitable des sociétés contemporaines vers une unique forme d’organisation politico-économique, s’est révélée une construction idéologique incapable d’interpréter la pluralité des civilisations historiques.

Dans ce contexte, l’affirmation croissante des pays du Sud global ne peut être réduite à une simple demande de rééquilibrage économique ou de redistribution des ressources. Elle constitue, plus précisément, une contestation d’un ordre international basé sur l’universalisation du paradigme occidental et sur sa prétention normative.
Ce qui se manifeste, c’est la réémergence de subjectivités socio-politiques qui revendiquent des conceptions autonomes de la souveraineté, des modèles d’organisation du pouvoir différents, et leurs propres temporalités historiques. Dans cette perspective, la dynamique en cours s’inscrit dans un processus plus vaste de rééquilibrage systémique, succédant au long cycle colonial et néocolonial qui a accompagné l’expansion géopolitique de l’Occident.
Parallèlement, la réduction apparente du rôle stratégique des États-Unis ne peut être interprétée en termes simplistes de déclin irréversible. Plus justement, elle apparaît comme un ajustement sélectif aux conditions systémiques modifiées. Chaque grande puissance, lorsque le coût de la projection globale dépasse les bénéfices stratégiques, tend à redéfinir son cœur d’intérêt prioritaire.
L’attention de Washington à la compétition stratégique avec la Chine et à la préservation de la primauté technologique reflète une stratégie de concentration des ressources plutôt qu’un simple recul.
Il faut maintenant distinguer clairement entre multipolarisme et polycentrisme.
Le multipolarisme renvoie encore à une conception étatico-centrée de l’ordre international, dans laquelle le pouvoir est réparti entre un nombre limité de pôles reconnaissables, inscrits dans une dynamique compétitive relativement stable. Le polycentrisme, en revanche, décrit une configuration plus complexe, dans laquelle la puissance ne se répartit pas uniquement entre États souverains, mais entre de multiples centres fonctionnels — économiques, financiers, technologiques, logistiques et informationnels — capables d’influer de manière autonome sur les équilibres systémiques.
Il s’agit d’une transformation qualitative du système international.
Dans ce cadre, le comportement des soi-disant puissances moyennes évolue également de manière sensible. Des acteurs comme la Turquie, l’Inde ou le Brésil opèrent selon une logique de flexibilité stratégique qui dépasse le modèle traditionnel des alliances rigides. Ce qui unit ces acteurs, c’est la recherche d’une autonomie décisionnelle croissante dans un contexte de décomposition progressive des anciennes hiérarchies internationales.

L’adhésion permanente à un bloc idéologique laisse progressivement place à des configurations modulaires, orientées par des intérêts contingents et des convergences fonctionnelles. La géométrie des relations internationales tend ainsi à devenir variable.
Cette reconfiguration revêt une importance particulière si l’on l’observe à travers le prisme technologique.
La souveraineté, dans la phase historique actuelle, ne peut plus être uniquement mesurée en termes territoriaux. La maîtrise des infrastructures numériques, des capacités de calcul, des algorithmes et des flux de données constitue aujourd’hui une composante décisive de la puissance.
Sur le plan géopolitique, l’intelligence artificielle, la maîtrise des données et les infrastructures informatiques forment de nouveaux espaces stratégiques. La capacité à orienter les flux d’informations et les processus décisionnels représente désormais une composante structurante de la puissance. Dans cette optique, la dépendance technologique devient une vulnérabilité stratégique comparable, à certains égards, à la subordination territoriale.
Cela entraîne une transformation du conflit. La guerre contemporaine adopte rarement les formes conventionnelles propres à la modernité industrielle. Elle se manifeste de plus en plus souvent sous des formes hybrides: déstabilisation cognitive, attaques contre les infrastructures critiques, pressions économiques et financières, manipulation de l’information. La distinction classique entre paix et guerre tend à s’estomper progressivement.
Dans ce contexte, la question eurasienne conserve une importance stratégique décisive.
La désarticulation de l’espace eurasien constitue, en effet, une des conditions stratégiques de l’influence persistante des puissances maritimes.
La séparation stratégique entre l’Europe et la Russie représente l’un des événements géopolitiques les plus significatifs de la phase actuelle. Non pas pour des raisons idéologiques ou conjoncturelles, mais pour des implications structurelles. L’Europe, en se privant de profondeur stratégique et en réduisant son autonomie énergétique, risque une marginalisation systémique croissante. Cette dynamique finit inévitablement par renforcer la projection stratégique atlantique sur le continent européen.

La capacité d’un acteur continental à influencer les équilibres mondiaux dépend aussi de la cohérence géographique de son espace stratégique. Dans ce contexte, l’Italie apparaît encore dépourvue d’une vision stratégique complète de sa projection méditerranéenne.
En raison de sa position géographique, de son histoire et de ses fonctions logistiques, notre pays possède une projection méditerranéenne naturelle. La Méditerranée élargie n’est pas seulement un espace géographique, mais une zone d’intersection entre flux énergétiques, routes commerciales, dynamiques migratoires et compétition stratégique.
Cependant, la géographie ne génère pas automatiquement une stratégie. Elle offre des possibilités qui nécessitent une volonté politique, des capacités diplomatiques et une vision systémique.
Reste enfin la question de l’ordre international de demain.
L’ordre international dit régulateur, d’origine occidentale, a montré des limites évidentes, notamment dans la mesure où son application s’est révélée sélective et subordonnée aux rapports de force. Tout ordre international qui prétend à l’universalité sans réciprocité finira inévitablement par perdre sa légitimité.
Le problème des prochaines décennies ne sera pas la construction d’un consensus éthique universel, probablement inatteignable, mais la définition de mécanismes minimaux de coexistence entre des acteurs porteurs de visions du monde différentes. Le défi central n’est pas d’éliminer la divergence, mais de la rendre compatible avec la stabilité systémique. Le principal facteur d’instabilité ne réside pas nécessairement à l’extérieur des États, mais dans leur cohésion interne.
Les transformations technologiques, les tensions sociales liées à la redistribution des richesses, la pression démographique et les fractures identitaires sont autant d’éléments de vulnérabilité croissante. La pérennité des systèmes politiques dépendra de leur capacité à préserver la cohésion sociale et la continuité institutionnelle.
Aucune stratégie internationale ne pourra compenser l’implosion du corps politique intérieur.
Le polycentrisme contemporain ne doit donc pas être interprété comme une promesse d’équilibre, mais comme une condition structurelle de complexité permanente.
Et la complexité, dans l’histoire, ne produit pas nécessairement de l’ordre. Elle impose l’adaptation.
21:31 Publié dans Actualité, Définitions, Géopolitique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, définition, polycentrisme, géopolitique, ordre international |
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L’Europe en morceaux

L’Europe en morceaux
Andrea Marcigliano
Source: https://electomagazine.it/leuropa-in-pezzi/
Le jouet, désormais, s’est cassé. Et la construction, abstraite et artificielle, de la soi-disant Europe, fuit de toutes parts.
Bruxelles persiste dans son attitude d’arrogante prépotence. Von der Leyen prétend commander et disposer à sa guise, et selon ses intérêts, de l’avenir de notre monde. Le traînant vers une guerre dépourvue de sens et sans espoir.
Une guerre que seuls certains « intérêts » et certaines conglomérats veulent.

Le jouet, cependant, comme je le disais, s’est déjà cassé. Et il ne sert à rien d’utiliser tous les moyens ou d'en abuser pour le maintenir ensemble.
Peter Magyar, élu avec un grand battage « européen », est déjà en train de recalibrer son action.
Nous ne pouvons, de façon réaliste, faire abstraction du pétrole et du gaz russes, déclare-t-il. La Hongrie en a un besoin vital.
En Bulgarie, le gouvernement, plus qu’un simple petit gouvernement, plié en quatre face à l’UE, est contraint de démissionner. Les Bulgares, ceux qui vivent dans le pays, manifestent sur les places et dans les rues. Une marée montante qui ne veut pas se soumettre aux diktats de Bruxelles. Ce qui, pour eux, signifierait un suicide.
Et puis Fico. Qui participe à la grande parade russe et qui, malgré quelques ambiguïtés, guide sa Slovaquie sur une trajectoire de plus en plus éloignée de Bruxelles.
Et toute l’Europe de l’Est est en ébullition. Même la Pologne manifeste une fatigue croissante face aux diktats.
Mais, comme je le disais, c’est toute l’Europe de l’Est qui est en mouvement. De la Slovénie, qui se retire du risque d’un conflit avec la Russie, jusqu’à la Pologne elle-même, où le mécontentement populaire grandit face à la stratégie de soutien sans faille aux Ukrainiens, peu appréciés.
Un mécontentement croissant, pas seulement à l’est.
L’Espagne négocie avec Moscou, et y achète du gaz et du pétrole à des prix avantageux. Suscitant les inutiles fureurs de Donald Trump.
La France est dévastée par les protestations populaires croissantes. Avec Macron barricadé à l’Élysée. Arrogant, certes, mais de moins en moins capable d’agir.

Puis l’Allemagne voit l’avancée à toute vitesse de l’AfD. Qui veut un accord avec Moscou et la fin d’une politique belliciste que seul Merz et son entourage, liés à des pouvoirs financiers étrangers, continuent obstinément à poursuivre.
Et enfin, la Grande-Bretagne. Avec la victoire de Farage aux municipales, qui a écrasé ce qu’il reste des conservateurs et, surtout, des travaillistes.
Bien sûr, pour l’instant, il ne s’agit que d’élections locales. Mais c'est un signal très clair pour l’avenir.
En somme, le jouet européen est, désormais, bel et bien cassé. Reste encore en place la carcasse corrompue de Bruxelles. Mais ce n'est plus qu'un cadavre qui titube encore.
L’Europe, désormais, avance en ordre dispersé.
Et la Russie, avec une remarquable patience, en tire déjà profit.
20:31 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, europe, affaires européennes |
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lundi, 11 mai 2026
Le Kazakhstan à l’ère du numérique — Intelligence artificielle et Accords d’Abraham

Le Kazakhstan à l’ère du numérique — Intelligence artificielle et Accords d’Abraham
Markku Siira
Source: https://markkusiira.substack.com/p/kazakstanin-digivalta-...
Le Kazakhstan s’est récemment positionné sur deux plans qui se renforcent mutuellement dans le débat international. Le pays construit un vaste système de surveillance basé sur l’intelligence artificielle et la biométrie, tout en ayant pris une décision géopolitique importante en rejoignant les accords d’Abraham, conclus par les États-Unis et Israël.
Ces deux évolutions ne sont pas indépendantes, mais étroitement liées. Elles reflètent la redéfinition d’un État d’Asie centrale où la modernisation technologique, les choix en matière de sécurité et les intérêts économiques s’entrelacent sans couture.
Le Kazakhstan se transforme en une société numérique, conformément à la tendance internationale, tout en devenant un État de surveillance où citoyens et visiteurs étrangers peuvent de plus en plus être identifiés biométriquement et suivis.
L’été dernier, un système de reconnaissance faciale basé sur l’intelligence artificielle, implanté à l’aéroport le plus fréquenté du pays, a classé un voyageur dans la base de données des personnes recherchées comme un «activiste citoyen», alors qu’il n’avait commis aucune infraction. La fiche comprenait une photo, un prénom, un patronyme, une classification en tant qu’activiste, ainsi que l’unité administrative ayant saisi l’information. Les autorités ont expliqué cet incident comme une erreur technique et ont nié disposer d’une base de données distincte pour les activistes. Cependant, des critiques ont questionné la précision de cette classification.
Cette plateforme est développée par la société technologique kazakhe TargetAI. Selon l’entreprise, le système est déjà en service dans huit régions, essentiellement dans les plus grandes villes du pays. À Almaty, qui compte environ 2,3 millions d’habitants, plus de 120.000 caméras de surveillance sont reliées à ce système, utilisé pour des opérations policières préventives et rapides. Par ailleurs, de plus en plus de bâtiments résidentiels sont équipés de dispositifs de reconnaissance faciale remplaçant les clés traditionnelles.

Le développement a été exceptionnellement rapide. En janvier, le président Kassym-Jomart Tokayev a signé le premier code numérique du pays, qui établit le cadre juridique pour l’utilisation à grande échelle de l’intelligence artificielle et de la reconnaissance biométrique. Ce code définit les situations dans lesquelles la biométrie peut être utilisée et garantit aux citoyens le droit de demander une réévaluation des décisions automatisées par une personne en chair et en os.
Ces nouvelles règles entreront en vigueur dans les semaines à venir. Tous les services à distance et en ligne des banques, des prestataires de paiements, ainsi que de plus en plus de services publics numériques, requièrent une authentification biométrique. Le système utilise, en plus de la reconnaissance faciale, la reconnaissance de la paume de la main et de la main dans son ensemble. Les vérifications biométriques des mouvements naturels, telles que le mouvement de la tête ou le clignement des yeux, empêchent les tentatives de tromperie.
La surveillance ne se limite pas aux seuls citoyens kazakhs. Depuis début 2026, le Kazakhstan a élargi son programme de résidence numérique, permettant aux étrangers d’obtenir une carte d’identité numérique à distance. Cela donne accès aux marchés boursiers, aux plateformes de cryptomonnaies, aux comptes bancaires et aux services des autorités fiscales, sans avoir à se rendre physiquement dans le pays. Cette solution est économiquement attrayante, mais elle expose également une nouvelle population à la surveillance.
Le système est géré par le ministère de la Cybersécurité et des Affaires numériques, qui le maintient à un niveau élevé de protection. Cependant, des vulnérabilités ont été identifiées au niveau local: des lacunes systématiques dans les systèmes de caméras de surveillance et dans les bases de données administratives montrent que l’infrastructure numérique a évolué plus rapidement que la sécurité en tant que telle.
Dans ce contexte de surveillance croissante, l’approche du Kazakhstan vis-à-vis des accords d’Abraham prend une importance particulière. Fin avril, le président Tokayev a accueilli la visite du président israélien Isaac Herzog à Astana. Il a décrit ces accords comme ayant « profondément modifié l’architecture géopolitique du Moyen-Orient », tandis qu’Herzog a salué la «décision courageuse» du Kazakhstan de s’y joindre.
La visite a été accompagnée d’une délégation de haut niveau en matière de technologie, et les discussions ont principalement porté sur la coopération en toutes matières d'intelligence artificielle, de numérisation et de cybersécurité. Tokayev a proclamé 2026 comme étant «l’année de la numérisation et de l’intelligence artificielle». Ce choix n’est pas fortuit: Israël est un acteur clé dans le développement de l’IA et de la cybersécurité, et le Kazakhstan recherche des partenaires qui n’imposent pas de conditions strictes en matière de droits humains ou de démocratie pour le transfert technologique.
Mais il faut se demander à quelle sorte de partenariat le Kazakhstan se dirige réellement. Israël poursuit depuis un an et demi ses bombardements de Gaza. En septembre 2025, une commission d’enquête de l’ONU a accusé Israël de génocide. Le nombre de victimes civiles en Cisjordanie et à Gaza dépasse déjà largement tous les repères établis dans la période d’après-guerre.

Par ailleurs, des hauts responsables israéliens ont évoqué un déplacement massif de Palestiniens et la réoccupation de Gaza. Dans ce contexte, les accords d’Abraham apparaissent non seulement comme un processus de paix, mais surtout comme un mécanisme permettant à Israël de normaliser ses relations avec des régimes autoritaires, tandis que ses propres actions, en droit international, deviennent de plus en plus contestables.
La visite d’Herzog à Astana est révélatrice en ce qu’elle a presque totalement ignoré la question palestinienne. Cela renforce l’idée que pour le Kazakhstan, les droits humains et le droit international sont secondaires par rapport à la technologie, aux investissements et à la coopération sécuritaire. La politique transactionnelle de Trump, qui considère tout comme une simple affaire commerciale, est également perceptible ici.
Les relations du Kazakhstan avec l’Iran se sont tendues lorsque, en février de cette année, les États-Unis et Israël ont lancé une attaque contre l’Iran. Tokayev n’a pas condamné ces frappes contre Téhéran, mais a personnellement appelé les dirigeants des Émirats arabes unis, de l’Arabie saoudite et du Qatar, tout en critiquant les répliques iraniennes. Aucune aide directe n’a été apportée au gouvernement iranien — seuls des messages de condoléances ont été envoyés aux victimes civiles.
À ce stade, se dessine une divergence claire. La transformation numérique et la ligne des accords d’Abraham se renforcent mutuellement. Attirer la technologie occidentale nécessite une crédibilité géopolitique, et l’alliance avec Israël signale une ouverture à la coopération occidentale — sans que le pays ferme ses portes à la Russie ou à la Chine.
Tokayev a aussi souligné que le judaïsme, malgré son caractère minoritaire et marginal, fait partie des quatre religions officielles du Kazakhstan, et qu’il n’y a pas d’antisémitisme dans le pays. Le message est surtout symbolique et culturel: il souligne l’identité multiethnique du Kazakhstan ainsi qu’une démarche calculée pour obtenir la reconnaissance de certains cercles internationaux.

Le pays poursuit sa politique multi-vectorielle: il construit des ponts vers l’Est et l’Ouest, mais s’appuie de plus en plus sur une surveillance avancée par IA en interne, sans libéralisation politique. Le Kazakhstan construit une économie cognitive, où l’écosystème basé sur l’IA est associé à des mécanismes de régulation stricts. L’objectif est non seulement de devenir la puissance numérique dominante en Asie centrale, mais aussi d’éviter une stagnation économique.
Le Kazakhstan est-il ainsi une vitrine pour l’avenir, où l’efficacité et la sécurité remplacent les principes et la liberté traditionnelle — un exemple d’autoritarisme numérique qui finira par obtenir l’acceptation de la communauté internationale parce que le reste du monde évolue dans la même direction ?
19:23 Publié dans Actualité, Actualité | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : actualité, digitalisation, numérisation, intelligence artificielle, kazakhstan, asie centrale, asie, affaires asiatiques, actualité, digitalisation, numérisation, intelligence artificielle, kazakhstan, asie centrale, asie, affaires asiatiques |
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Le Kazakhstan à l’ère du numérique — Intelligence artificielle et Accords d’Abraham

Le Kazakhstan à l’ère du numérique — Intelligence artificielle et Accords d’Abraham
Markku Siira
Source: https://markkusiira.substack.com/p/kazakstanin-digivalta-...
Le Kazakhstan s’est récemment positionné sur deux plans qui se renforcent mutuellement dans le débat international. Le pays construit un vaste système de surveillance basé sur l’intelligence artificielle et la biométrie, tout en ayant pris une décision géopolitique importante en rejoignant les accords d’Abraham, conclus par les États-Unis et Israël.
Ces deux évolutions ne sont pas indépendantes, mais étroitement liées. Elles reflètent la redéfinition d’un État d’Asie centrale où la modernisation technologique, les choix en matière de sécurité et les intérêts économiques s’entrelacent sans couture.
Le Kazakhstan se transforme en une société numérique, conformément à la tendance internationale, tout en devenant un État de surveillance où citoyens et visiteurs étrangers peuvent de plus en plus être identifiés biométriquement et suivis.
L’été dernier, un système de reconnaissance faciale basé sur l’intelligence artificielle, implanté à l’aéroport le plus fréquenté du pays, a classé un voyageur dans la base de données des personnes recherchées comme un «activiste citoyen», alors qu’il n’avait commis aucune infraction. La fiche comprenait une photo, un prénom, un patronyme, une classification en tant qu’activiste, ainsi que l’unité administrative ayant saisi l’information. Les autorités ont expliqué cet incident comme une erreur technique et ont nié disposer d’une base de données distincte pour les activistes. Cependant, des critiques ont questionné la précision de cette classification.
Cette plateforme est développée par la société technologique kazakhe TargetAI. Selon l’entreprise, le système est déjà en service dans huit régions, essentiellement dans les plus grandes villes du pays. À Almaty, qui compte environ 2,3 millions d’habitants, plus de 120.000 caméras de surveillance sont reliées à ce système, utilisé pour des opérations policières préventives et rapides. Par ailleurs, de plus en plus de bâtiments résidentiels sont équipés de dispositifs de reconnaissance faciale remplaçant les clés traditionnelles.

Le développement a été exceptionnellement rapide. En janvier, le président Kassym-Jomart Tokayev a signé le premier code numérique du pays, qui établit le cadre juridique pour l’utilisation à grande échelle de l’intelligence artificielle et de la reconnaissance biométrique. Ce code définit les situations dans lesquelles la biométrie peut être utilisée et garantit aux citoyens le droit de demander une réévaluation des décisions automatisées par une personne en chair et en os.
Ces nouvelles règles entreront en vigueur dans les semaines à venir. Tous les services à distance et en ligne des banques, des prestataires de paiements, ainsi que de plus en plus de services publics numériques, requièrent une authentification biométrique. Le système utilise, en plus de la reconnaissance faciale, la reconnaissance de la paume de la main et de la main dans son ensemble. Les vérifications biométriques des mouvements naturels, telles que le mouvement de la tête ou le clignement des yeux, empêchent les tentatives de tromperie.
La surveillance ne se limite pas aux seuls citoyens kazakhs. Depuis début 2026, le Kazakhstan a élargi son programme de résidence numérique, permettant aux étrangers d’obtenir une carte d’identité numérique à distance. Cela donne accès aux marchés boursiers, aux plateformes de cryptomonnaies, aux comptes bancaires et aux services des autorités fiscales, sans avoir à se rendre physiquement dans le pays. Cette solution est économiquement attrayante, mais elle expose également une nouvelle population à la surveillance.
Le système est géré par le ministère de la Cybersécurité et des Affaires numériques, qui le maintient à un niveau élevé de protection. Cependant, des vulnérabilités ont été identifiées au niveau local: des lacunes systématiques dans les systèmes de caméras de surveillance et dans les bases de données administratives montrent que l’infrastructure numérique a évolué plus rapidement que la sécurité en tant que telle.
Dans ce contexte de surveillance croissante, l’approche du Kazakhstan vis-à-vis des accords d’Abraham prend une importance particulière. Fin avril, le président Tokayev a accueilli la visite du président israélien Isaac Herzog à Astana. Il a décrit ces accords comme ayant « profondément modifié l’architecture géopolitique du Moyen-Orient », tandis qu’Herzog a salué la «décision courageuse» du Kazakhstan de s’y joindre.
La visite a été accompagnée d’une délégation de haut niveau en matière de technologie, et les discussions ont principalement porté sur la coopération en toutes matières d'intelligence artificielle, de numérisation et de cybersécurité. Tokayev a proclamé 2026 comme étant «l’année de la numérisation et de l’intelligence artificielle». Ce choix n’est pas fortuit: Israël est un acteur clé dans le développement de l’IA et de la cybersécurité, et le Kazakhstan recherche des partenaires qui n’imposent pas de conditions strictes en matière de droits humains ou de démocratie pour le transfert technologique.
Mais il faut se demander à quelle sorte de partenariat le Kazakhstan se dirige réellement. Israël poursuit depuis un an et demi ses bombardements de Gaza. En septembre 2025, une commission d’enquête de l’ONU a accusé Israël de génocide. Le nombre de victimes civiles en Cisjordanie et à Gaza dépasse déjà largement tous les repères établis dans la période d’après-guerre.

Par ailleurs, des hauts responsables israéliens ont évoqué un déplacement massif de Palestiniens et la réoccupation de Gaza. Dans ce contexte, les accords d’Abraham apparaissent non seulement comme un processus de paix, mais surtout comme un mécanisme permettant à Israël de normaliser ses relations avec des régimes autoritaires, tandis que ses propres actions, en droit international, deviennent de plus en plus contestables.
La visite d’Herzog à Astana est révélatrice en ce qu’elle a presque totalement ignoré la question palestinienne. Cela renforce l’idée que pour le Kazakhstan, les droits humains et le droit international sont secondaires par rapport à la technologie, aux investissements et à la coopération sécuritaire. La politique transactionnelle de Trump, qui considère tout comme une simple affaire commerciale, est également perceptible ici.
Les relations du Kazakhstan avec l’Iran se sont tendues lorsque, en février de cette année, les États-Unis et Israël ont lancé une attaque contre l’Iran. Tokayev n’a pas condamné ces frappes contre Téhéran, mais a personnellement appelé les dirigeants des Émirats arabes unis, de l’Arabie saoudite et du Qatar, tout en critiquant les répliques iraniennes. Aucune aide directe n’a été apportée au gouvernement iranien — seuls des messages de condoléances ont été envoyés aux victimes civiles.
À ce stade, se dessine une divergence claire. La transformation numérique et la ligne des accords d’Abraham se renforcent mutuellement. Attirer la technologie occidentale nécessite une crédibilité géopolitique, et l’alliance avec Israël signale une ouverture à la coopération occidentale — sans que le pays ferme ses portes à la Russie ou à la Chine.
Tokayev a aussi souligné que le judaïsme, malgré son caractère minoritaire et marginal, fait partie des quatre religions officielles du Kazakhstan, et qu’il n’y a pas d’antisémitisme dans le pays. Le message est surtout symbolique et culturel: il souligne l’identité multiethnique du Kazakhstan ainsi qu’une démarche calculée pour obtenir la reconnaissance de certains cercles internationaux.

Le pays poursuit sa politique multi-vectorielle: il construit des ponts vers l’Est et l’Ouest, mais s’appuie de plus en plus sur une surveillance avancée par IA en interne, sans libéralisation politique. Le Kazakhstan construit une économie cognitive, où l’écosystème basé sur l’IA est associé à des mécanismes de régulation stricts. L’objectif est non seulement de devenir la puissance numérique dominante en Asie centrale, mais aussi d’éviter une stagnation économique.
Le Kazakhstan est-il ainsi une vitrine pour l’avenir, où l’efficacité et la sécurité remplacent les principes et la liberté traditionnelle — un exemple d’autoritarisme numérique qui finira par obtenir l’acceptation de la communauté internationale parce que le reste du monde évolue dans la même direction ?
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Le projet de gazoduc transcaspien s’impose comme un point de friction géopolitique

Le projet de gazoduc transcaspien s’impose comme un point de friction géopolitique
Andrew Korybko
Source: https://uncutnews.ch/die-vorgeschlagene-transkaspische-pi...
Les enjeux stratégiques sont tout simplement trop élevés dans cette question du gazoduc transcaspien, puisque l’OTAN avance ses pions via la nouvelle voie TRIPP dans toute la périphérie méridionale de la Russie, et que la Turquie a récemment relancé la discussion sur le projet du gazoduc transcaspien, qui va à l’encontre des intérêts russes.
Le ministre turc de l’énergie a, début avril, lors d’une interview en direct avec des médias locaux, remis sur la table le long débat sur le gazoduc transcaspien, en évoquant les plans régionaux de pipelines de son pays, ce que Middle East Eye a relevé. Leur rapport a été suivi par une présentation des propositions de New Rules Geopolitics, le compte X du podcast de Dimitri Simes Jr. de Sputnik, qui a présenté ces propositions comme étant les siennes. En tout cas, ces rapports ont attiré l’attention sur le gazoduc transcaspien, qui va à l’encontre des intérêts russes.



Déjà début août, à la suite de l’annonce du projet de la « Trump Route for International Peace and Prosperity » (TRIPP), une mise en garde avait été émise contre le fait que ce corridor contrôlé par les États-Unis pourrait encourager l’Azerbaïdjan et l’Arménie, situées dans la région méridionale, à défier la Russie et l’Iran en construisant ce gazoduc-là. Le mois dernier, on a également estimé que «les attaques israéliennes contre la flotte iranienne dans la mer Caspienne pourraient être motivées par des intérêts énergétiques géopolitiques qui émergeront après la guerre», notamment la capacité de l’Iran à neutraliser ces projets, qui pourraient, plus tard, alimenter Israël en gaz, entre autres.
Dans ce contexte, il faut savoir qu'Israël tire déjà environ 40 % de son pétrole d’Azerbaïdjan via un oléoduc passant par la Géorgie et la Turquie, rendant aussi possibles des exportations de gaz le long de cette route ou via la TRIPP (plus courte). Même si cela augmentait la dépendance stratégique d’Israël vis-à-vis de la Turquie – dont le ministre des Affaires étrangères a récemment averti qu’Israël pourrait voir son pays comme un nouvel adversaire régional à cause de leur rivalité croissante – il est difficile d’imaginer que l’une ou l’autre des parties laisserait passer cette opportunité d’avancer ses intérêts respectifs.
Concernant les intérêts des États-Unis, l’expansion de leur influence dans le Caucase du Sud, dans la mer Caspienne et en Asie centrale via la TRIPP se ferait au détriment de la Russie, puisque cette région couvre toute sa périphérie méridionale, où son influence politique et militaire est suivie par une influence économique. Finalement, on s’attend à ce que la Russie s’oppose au gazoduc transcaspien, car celui-ci pourrait faire en sorte que les exportations de gaz de Turkménistan, actuellement très orientées vers la Chine, concurrencent ses propres exportations sur le marché mondial. C’est pourquoi la Turquie, membre de l’OTAN, est nécessaire pour dissuader ce développement.

À cette fin, la route TRIPP doit remplir une double fonction: en tant que corridor logistique militaire, et le plan récent d’envoyer un nombre non divulgué de patrouilleurs à destination de l’Azerbaïdjan, annoncé lors de la visite de Vance en février, constitue une concrétisation de cette stratégie. Bien que le Turkménistan soit un pays constitutionnellement neutre, on attend également de lui qu’il renforce ses «relations militaires discrètes avec les États-Unis», tout comme le Kazakhstan qui, en décembre dernier, a annoncé de façon surprenante son intention de produire des munitions selon les standards de l’OTAN.
Le gouvernement russe est conscient du but militaire, que j'évoque ici, que vise la route TRIPP, comme le laisse penser la condamnation de ce projet par le vice-ministre des Affaires étrangères, Alexeï Ovtchouk, qui a jusqu’à présent été remarquablement ignoré par la communauté d’experts du pays.
Poutine a également indiqué, lors de sa récente rencontre avec le Premier ministre Nikol Pashinyan, que le moment de vérité dans les relations russo-arméniennes approchait. On peut donc s’attendre à ce que les plans du ministre turc de l’énergie concernant le gazoduc transcaspien rencontrent une forte opposition de la Russie.
Il n’est pas clair à quoi ressemblera cette opposition, ni si la Russie lancera ou non une nouvelle opération spéciale pour arrêter ce projet, mais ce scénario n’est pas non plus à exclure. Les enjeux stratégiques sont tout simplement trop élevés, puisque l’OTAN avance ses pions via la route TRIPP dans toute la périphérie méridionale de la Russie, et que la Turquie a récemment relancé la discussion sur le gazoduc transcaspien. La Russie est donc forcée d’accepter ces plans, avec tout ce que cela implique pour sa sécurité, ou de tenter de les arrêter, car l’Occident ne les abandonnera pas volontairement.
Source : The Proposed Trans-Caspian Pipeline Is Shaping Up To Be A Flashpoint (https://korybko.substack.com/p/the-proposed-trans-caspian... )
16:02 Publié dans Actualité, Affaires européennes, Géopolitique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, géopolitique, caucase, mer caspienne, gazoducs, tripp, russie, azerbaidjan, europe, affaires européennes |
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Réduction de la population planétaire: Mythe ou réalité?

Réduction de la population planétaire:
Mythe ou réalité?
Pierre-Emile Blairon
Les « complotistes » (en fait, ceux que les comploteurs appellent complotistes) alertent depuis des années, par exemple, sur les épandages de produits chimiques qui se font désormais massivement par voie aérienne mais pas seulement. Ces épandages s’inscrivent dans la vaste opération globale de dépopulation à laquelle l’élite mondialo-sataniste s’est attachée depuis de longues années mais avec plus de virulence depuis le début des années 2020.
Nous avons déjà traité dans le détail de tous les sujets qui vont vous être présentés en récapitulatif dans cet article.
En France, l’autocensure médiatique fera que nous ne saurons rien de ce qui se passe dans le monde si nous ne faisons pas nous-mêmes l’effort d’aller à la recherche de l’information (essentiellement via les réseaux sociaux) et si nous nous contentons de la production insipide et/ou mensongère de nos médias nationaux, qui le sont de moins en moins (nationaux) car la France est désormais sous le joug d’une entité étrangère dont les buts sont contraires aux intérêts de la France.
Partout ailleurs, dans le monde libre, les populations commencent à comprendre l’énorme manipulation dont nous sommes victimes depuis 2020.

Nos deux plus grands ennemis : l’ignorance et la passivité des foules
Depuis longtemps, à la suite de Claire Séverac qui a tenté d’ouvrir les yeux de la population au prix de sa vie, nous alertons les populations qui, malgré ce qu’elles voient tous les jours, n’y croient toujours pas, tant l’idée est bien ancrée chez elles que ceux qui nous dirigent seraient des gens bienveillants et n’auraient même pas l’idée d’agresser leurs propres populations.
Les foules sont subjuguées par la statue irréprochable du Commandeur qui incarne le Bien, l’honnêteté, le courage, le bon sens et indique d’un doigt inflexible le chemin à suivre mais cette représentation symbolique n’est en réalité qu’une illusion, un des nombreux travestissements du Démon servi par ses adeptes que les humains appellent « l’élite ».
Ces élites satanistes qui œuvrent à notre disparition le font aussi par le biais de l’inoculation de maladies par de faux vaccins qui les transmettent à l’espèce humaine mais aussi aux animaux. Mais nos dirigeants ont trouvé un moyen plus simple, un raccourci, direct du producteur au consommateur, faisant d’une pierre deux coups: en inoculant le bétail que nous consommons, ils n’ont plus besoin de mettre en place des campagnes coûteuses de vaccination des humains, le poison sera directement présent dans notre assiette et ingurgité sans problème.

Dans un autre registre où les foules restent silencieuses, parce qu’elles sont (aussi) intoxiquées par la propagande: c’est le projet américano-sioniste de s’emparer du monde; il n’en est plus un puisque les armées, occultes ou officielles, de cette entité ont déjà été déployées sur de nombreux pays convoités dans un déferlement de violence et d’horreurs qui n’épargne ni les êtres humains, ni les animaux, qui sont eux aussi abattus, ni même les sols qui sont empoisonnés pour ne plus rien produire.
Parallèlement, le projet mondialo-sataniste de réduction de la population, qui lui est accolé, a donc également été mis en œuvre et commence à produire ses effets néfastes sur l’ensemble du globe, avec une cible prioritaire: l’Europe, en tant que continent, avant toute autre « zone », comme les mondialistes nomment les différents pays et régions qui composent la planète.
Tout comme les foules, dans leur grande majorité, ne croient toujours pas à la nocivité des vaccins qui sont responsables quotidiennement sur la planète de milliers de décès[1], de même, elles refusent de considérer comme réels l’un ou l’autre des nombreux moyens utilisés par cette secte pour éliminer le plus possible d’êtres vivants sur la planète.
Nos concitoyens sont-ils devenus des moutons, des pigeons, des autruches… des amibes, un peu des quatre?
Et nous pouvons déjà répondre à la question: le projet de réduire la population du globe est-il un mythe ou une réalité?
Eh bien, non, ce n’est pas un mythe, c’est la réalité.
Toutes les alertes que nous avons pu mettre en place concernant cette terrible question se sont révélées suivies d’effet et nous pouvons déjà faire un premier bilan terrifiant de la malfaisance de la secte.
Vous trouverez ci-après un aperçu de ce que les satanistes nous font subir depuis bien longtemps.
Nous avons noté une accélération depuis 2020 avec la fausse pandémie et les faux vaccins et une apothéose avec l’affaire Jeffrey Epstein par la découverte de pratiques pédo-satanistes sur l’ensemble de la planète, une manipulation orchestrée par le Mossad (les services secrets israéliens auxquels appartenaient Epstein et le père de sa complice Ghislaine Maxwell) qui était destinée à mouiller les « élites » mondiales dans de sordides implications d’actes de pédophilie et de cannibalisme[2].
Les Guidestones
Vous avez sans doute entendu évoquer le nom des Guidestones: il s’agissait d’un monument de 6 m de haut composé de 6 blocs de granit érigé en 1980 dans l’État de Géorgie, aux États-Unis. Le monument rappelle quelque peu le site plus fameux (et bien plus ancien) de Stonehenge en Angleterre; 4 plaques de granit sont gravées de 10 commandements en 8 langues; le premier commandement impose ceci: «Maintenez l'humanité en dessous de 500 millions d'individus en perpétuel équilibre avec la nature»; le commanditaire du monument est anonyme; les Guidestones ont été détruites par un attentat à l’explosif le 6 juillet 2022. Les Guidestones ont donné le ton, programmé le futur, imposé l’agenda.

Organisation d’une famine mondiale
Destruction en France du cheptel bovin, remplacé dans un premier temps par des bêtes importées d’Amérique du Sud, bourrées d’hormones, d’OGM et d’antibiotiques, de même que d’autres animaux de consommation (volailles, canards) importés d’Ukraine (œufs) ou d’ailleurs.
Le but véritable n’est pas le remplacement d’une classe paysanne française ou européenne par une autre argentine ou brésilienne; c’est la disparition programmée des paysans européens qui est recherchée, des petits paysans dont les activités et la surface d’exploitation n’ont aucun rapport avec celles des consortiums agro-alimentaires qui exploitent des terres étendues sur des milliers d’hectares, avec pour seul objectif la rentabilité au détriment de la qualité; nos gouvernants privent nos paysans de ressources, font la promotion d’une nourriture à base d’insectes, légalisent le vol des terres pour les rendre incultes ou pour les transformer en usines à bétail.

Big Pharma : coupable de crimes contre l’Humanité ?
Il apparaît assez logique que la secte sataniste utilise le mensonge et l’inversion des valeurs[3] pour réaliser les buts qu’elle s’est fixée et donc, il est logique que certains de ceux qui sont censés nous soigner en respectant le serment d’Hippocrate soient justement les principaux responsables de ce massacre planétaire.
Propagation de divers virus et de faux vaccins: Faux virus (Covid, entre autres) préparés dans de vrais laboratoires destinés à cet effet, inoculation de faux vaccins (en réalité, inoculation de maladies, létales à plus ou moins long terme) venant renforcer l’action pas assez destructrice des virus[4] (à la suite d’une erreur technique ?).
- prescription de médicaments dangereux (Rivotril) à une population âgée et captive dans les établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) pendant l’épisode Covid.
- Promotion de l’euthanasie après celle de l’avortement dont s’était chargée avec zèle la ministre Simone Veil[5] ; vente des embryons pour les transformer en produits de beauté « anti-âge ».
- interdiction faite aux médecins par les autorités sanitaires de prescrire des médicaments[6] qui ont prouvé leur efficacité pour toutes sortes de maladies (Hydroxychloroquine, Ivermectine, bleu de méthylène, etc.).
La guerre biologique et bactériologique
- Manipulation du climat qui permet aux forces armées des pays dominants de créer des conditions atmosphériques particulières selon leurs besoins et l’attaque envisagée sur une zone déterminée ou de provoquer des morts et des catastrophes pas du tout naturelles[7] (armes bactériologiques, Système Haarp, etc.)

- épandages aériens massifs de produits chimiques[8] : tous les jours, des avions sillonnent le ciel dans tous les sens, laissant dans l’atmosphère ces traînées blanches que certains trouvent jolies, pour diffuser des métaux lourds et d’autres produits qui ne visent qu’à empoisonner tout ce qui vit sur Terre, à commencer par les humains, puis les plantes et les végétaux dont se nourrissent les humains, puis les animaux[9] dont ils peuvent aussi se nourrir (ou pas); ces produits que nous respirons peuvent atteindre directement nos cerveaux qui perdent une grande capacité de jugement et de réflexion, qui transforment les êtres humains en zombies sans qu’ils s’en aperçoivent; ces produits obscurcissent non seulement notre esprit, mais aussi le Soleil et le ciel; notre ciel est de moins en moins bleu et le Soleil de plus en pâle, ce que nous appelions autrefois le beau temps n’existe plus; les saisons disparaissent au profit d’un magma uniformément gris, sans couleur et sans saveur.
Guerres tous azimuts: Grand Israël et suprématie mondiale des États-Unis
Sous couvert de revendications religieuses fallacieuses, la coalition américano-sioniste fait la guerre au monde entier sans l’avoir jamais déclarée. La réduction de la population se fait aussi directement par la guerre et le massacre des autochtones.
- Le mythe du « Grand Israël »: Dans un article du 22 décembre 2024, Syrie, les racines du chaos, j’évoquais le mythe sioniste du « Grand Israël », mythe expansionniste soutenu avec ferveur par les groupes sionistes avec à leur tête Netanyahu, qui s’appuient sur certains écrits bibliques, « la Terre promise par Dieu aux Enfants d’Israël » pour revendiquer les territoires des pays voisins de l’actuel Israël incluant la Palestine, bien sûr, la Jordanie, le Liban, une partie de la Syrie, de l’Irak, de l’Égypte et de l’Arabie saoudite.

Vaste projet qui n’en est plus un: l’armée de l’Israël sioniste, Tsahal, a attaqué en mars 2026 avec sauvagerie la Cisjordanie et le Liban, faisant des milliers de morts et des millions de personnes expulsées de leurs terres, de leurs villages, de leurs maisons, lesquels sont ensuite systématiquement détruits par les bulldozers de Tsahal, et les sols rendus incultes par des épandages chimiques.
Ces revendications ne reposent pourtant que sur des allégations religieuses, les archéologues n’ayant, par exemple, rien trouvé des vestiges des temples et palais « recouverts d’or » du Xe siècle avant notre ère, comme celui de Salomon, minutieusement décrit par les textes sacrés.
Les première agressions de l’Israël sioniste contre ses voisins date de l’arrivée des premiers colons juifs en Palestine en 1948 et se sont poursuivies jusqu’à nos jours comme l’indique la chronologie ci-jointe[10].
Le rêve de Trump: la suprématie mondiale. Si le rêve de l’Israël sioniste semble se contenter de soumettre la quasi-totalité des pays qui l’entourent en les détruisant, l’Amérique de Trump semble vouloir l’imiter en investissant une zone bien plus large. Dans son article de géopolitique du 31 mars 2026, Découvrez la "Grande Amérique du nord", le "périmètre de sécurité" des États-Unis, Pierre Haski, commente : « L’affaire était suffisamment importante pour être annoncée en pleine guerre au Moyen-Orient impliquant l’armée des États-Unis. C’est Pete Hegseth, le secrétaire à la Guerre de Donald Trump, qui a révélé le nouveau concept il y a quelques jours : la "grande Amérique du Nord", c’est son nom, une vaste zone située au nord de l’Équateur. Il s’agit selon lui du "périmètre de sécurité" des États-Unis.

Cette zone englobe les États-Unis, mais aussi plusieurs États souverains comme le Canada, le Mexique, et même, selon l’indication géographique donnée par le ministre, la Guyane française. "De l’Équateur au Groenland, de l’Alaska à la Guyane", a-t-il expliqué. […] Il s’agit ni plus ni moins que d’un remodelage du monde. L’administration Trump s’y emploie depuis le premier jour, après avoir décrété la mort de l’ordre international issu de la Seconde Guerre mondiale.
Donald Trump estime qu’il a tous les droits dans son hémisphère, au nord comme au sud, comme il l’a prouvé au Venezuela en janvier, en capturant le président Nicolas Maduro, et comme il le montre à Cuba, soumis à un blocus pétrolier à l’impact sévère. Hier, c’est Trump qui a autorisé un tanker russe à rejoindre Cuba ; c’est lui qui a droit de vie et de mort sur l’île, en dehors de toute règle de droit. »
Cette expansion mondiale envisagée (et elle aussi, déjà en cours) par Donald Trump s’insère dans le droit fil de la volonté hégémonique de l’empire étatsunien. Il suffit de consulter l’impressionnante liste ci-après des agressions américaines sur de nombreux états souverains dans le monde depuis la fin de la deuxième guerre mondiale pour s’en persuader, et encore la liste n’est-elle pas à jour depuis 2022.
Les roquets européens: il existe une troisième entité, vassale des deux autres que je viens de citer, tout aussi belliqueuse, mais plutôt comme un roquet qui se contente d’aboyer, dirigée par un personnage tout aussi cinglé que Trump et Netanyahou, je veux parler, bien sûr de l’Union européenne, sous la férule illégitime d’Ursula von der Leyen, à la tête d’une coalition de dirigeants européens que personne ne peut prendre au sérieux.

Ces gens ont l’intention de déclarer la guerre à la Russie, qui ne leur a rien fait, en envoyant au casse-pipe ces pauvres Ukrainiens que leur président Zelensky, tout aussi illégitime que von der Leyen, (il n’est plus président de l’Ukraine depuis 2024) laisse à disposition de cette coalition de psychopathes, comme de la simple chair à canon, ce qui constitue sa contribution à l’effort de dépeuplement mondial.

Cette « Europe de Bruxelles » semble se donner comme alibi pour déclencher cette guerre contre la Russie un projet qui a vu le jour au XIXe siècle, « l’Intermarium », dont la nouvelle mouture a été décrite par Christian Bouchet dans son article, Intermarium, l’extrême-droite contre le continent [11] paru sur geopolitika.ru le 19 septembre 2017: «Le projet Intermarium que défend le Parti du corps national, le régiment Azov et le Groupe d’assistance au développement de l’Intermarium, n’est pas limité, comme son nom pourrait le laisser penser à l’union des États entre les mer Baltique et Noire mais est plutôt celui d’une Union Européenne alternative aux frontières mal définies fondée sur une idéologie largement inspirée par le national-socialisme et hostile à la Russie. Là où le projet d’Intermarium traditionnel se contente de doter la région Baltique-Mer Noire d’outils de défense du point de vue militaire et de capacités du point de vue diplomatique, le Parti du corps national, le régiment Azov et le Groupe d’assistance au développement de l’Intermarium souhaitent bâtir une société à part devant servir de tremplin à une révolution nationaliste en Europe».
Une analyse qui ne fait que confirmer les origines nazies des structures européennes créées par la CIA, que nous avions évoquées dans cet article du 13 août 2025: Nos dirigeants européens sont-ils des créatures façonnées par les derniers nazis survivants? et leur accointance naturelle avec l’Ukraine de Zelensky.
Notes:
[1] Le Malin est malin: des lots de vaccins sont éminemment nocifs et ravageurs, tandis que d’autres sont inoffensifs, ceci afin que les populations ne puissent pas soupçonner un complot; il se trouvera ainsi toujours quelqu’un pour vous dire qu’il a été vacciné sans aucun dommage ultérieur. En quelque sorte, une roulette russe; encore la faute de Poutine ?
[2] Voir mes articles du 14 février 2026: L’affaire Epstein? Nous en avions tout dit il y a 5 ans, du 19 décembre 2025: Comment s’est formé le Système globaliste et comment fonctionne-t-il? et du 6 février 2021: Mais quelle est cette secte qui dirige le monde?
[3] Voir notre série de 5 articles rédigés en avril-mai 2026 regroupés sous le titre: «Les Convergences maléfiques». Cette série fera bientôt l’objet d’un ouvrage du même nom édité chez Amazon.
[4] Il faut écouter Ursula Von der Leyen qui s’exprime lors du Global Citizen Festival (au moins, on annonce la couleur) d’un monde « meilleur » (celui d’Orwell?) grâce au vaccin : https://www.facebook.com/reel/1335509808457024?locale=fr_FR
[5] Environ 200.000 avortements annuels; dix millions de petits Français n’ont pas vu le jour dans une France qui est en régression démographique depuis la promulgation de la loi Veil le 17 janvier 1975.
Article du 5 mars 2024: L’avortement gravé dans le marbre de la Constitution: Pulsion de mort ou suicide assisté de la France?

[6] Agnès Buzyn, alors ministre de la Santé, a fait classer sur la liste II des substances vénéneuses l'hydroxychloroquine sous toutes ses formes le 13 janvier 2020, alors que ce médicament est recommandé par le professeur Raoult pour lutter contre le Covid. Le 10 septembre 2021, Agnès Buzyn est mise en examen pour mise en danger de la vie d’autrui pour sa gestion de la crise Covid, le 31 décembre 2021, moins de 2 mois après, elle est nommée au grade de chevalier dans l'ordre national de la Légion d'honneur ; étonnant, non?
Agnès Buzyn a été la bru de Simone Veil, ayant épousé un fils de cette dernière en premières noces; en secondes noces, elle épouse Yves Lévy, directeur général de l'Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale); la presse l’accuse alors de créer un conflit d’intérêts.

[7] Nouvelles images diffusées par des médias libanais: l’aviation israélienne a largué du phosphore blanc sur la ville de Zawtar, dans le sud du Liban. Cette munition incendiaire, interdite en zones peuplées par le droit international, provoque des brûlures atroces qui continuent de s’aggraver au contact de l’air et ne s’éteignent pas avec l’eau.
https://www.facebook.com/reel/1625548455403553?locale=fr_FR
[8] Article du 17 juillet 2024: J’aime l’odeur du napalm au petit matin
[9] Les épandages sont effectués en haute altitude mais aussi directement sur les plantations en basse altitude par drones, comme nous le montre cette vidéo. Les paysans, harcelés, se défendent avec leurs pauvres moyens : https://www.facebook.com/reel/1056489053370702?locale=fr_FR
[10] Voir la chronologie des agressions et des massacres perpétrés par Tsahal depuis cette date.
[11] https://www.geopolitika.ru/fr/article/intermarium-lextreme-droite-contre-le-continent?utm_referrer=https%3a%2f%2fwww.google.com%2f
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Une exigence civilisationnelle

Une exigence civilisationnelle
par Georges Feltin-Tracol
L’année dernière, le Gaulois Jean-Yves Le Gallou publiait ses Mémoires identitaires. 1968 – 2025 : les dessous du « Grand Basculement » (Via Romana), soit plus d’un demi-siècle de luttes intellectuelles, politiques et militantes. La parution de cet ouvrage ne signifiait pourtant pas une quelconque retraite de la part du président-fondateur de Polémia. Bien au contraire puisqu’en partenariat avec les Éditions de la Nouvelle Librairie, l’Institut Iliade pour la longue mémoire vient de publier son nouvel essai roboratif, Remigration. Pour l’Europe de nos enfants (2026, 140 p., 14,90 €).
Toujours écrit dans un style concis et percutant, Jean-Yves Le Gallou définit la nécessaire réémigration des populations extra-européennes présentes sur notre sol. Lui-même auteur en 2024 de Remigration. Ein Verschlag aux éditions Antaios, le militant identitaire autrichien Martin Sellner en a rédigé la préface.
Souvent persécuté par les régimes occidentaux, victime de cent seize violences bancaires ordinaires, soit des fermetures de compte arbitraires, perquisitionné et placé en garde à vue, Martin Sellner n’a jamais fréquenté Jeffrey Epstein, Bill Clinton et Bill Gates; il ne dirige pas non plus un réseau intersidéral de narco-trafic. Son crime? Oser promouvoir dans l’opinion publique la vertu cardinale de remigration. C’est surtout à ses yeux une urgence. La prôner signifie en priorité que « l’Europe doit s’unir sous la bannière de la remigration et accomplir cette œuvre monumentale, ou bien elle sombrera à jamais dans l’échec ».
En dix parties courtes et incisives, Jean-Yves Le Gallou explique en quoi c’est « une constante de l’histoire du monde ». En effet, les exemples abondent: les États africains n’hésitent jamais à rapatrier de force dans leurs pays d’origine leurs propres frères africains de nationalité différente. Les épurations ethniques des Allemands des anciennes provinces orientales en 1945, des Pieds-Noirs d’Algérie en 1962 et des Palestiniens depuis 1948 sont des faits avérés incontestables.
L’ancien haut-fonctionnaire attaché à l’Inspection générale de l’administration assume cette option radicale. Elle représente désormais une réponse sérieuse et censée au « Grand Remplacement » démographique que les pisse-copie du Système, menteurs stipendiés et assassins par procuration, persistent à qualifier comme une théorie « complotiste, criminelle et raciste ».

Deux générations de militants: J.-Y. Le Gallou et Martin Sellner.
Jean-Yves Le Gallou expose les modalités pratiques de cette exigence vitale. Il faut se heurter à Big Other et ses séides, à savoir « le sans-frontiérisme, le droit-de-l’hommisme, l’ouverture à l’autre poussé jusqu’à la négation des différences d’origine – et de nous-mêmes ». Ainsi dénonce-t-il « cette doxa [qui] s’impose dans les esprits par les médias de grand chemin et se traduit concrètement, dans les faits, par l’action conjointe des responsables politiques et des juges ».
Son instauration suppose au préalable d’abolir la tyrannie judiciaire et le funeste « État de droit », négateur des souverainetés nationale et populaire. Il faut toujours rappeler que « le prétendu “ État de droit ” repose abusivement sur la surinterprétation de propos généraux, issus d’une pyramide de textes et de juridictions ». Progressiste en diable, la présente «idéologie judiciaire» qui contamine les États européens « tourne autour de trois pôles : l’individualisme, le culte des minorités, la soumission à la supranationalité et au mondialisme ». La réponse la plus évidente pour l’abandon de ce carcan mortifère se nomme le JUGEXIT. L’autorité judiciaire – qui n’est donc pas un pouvoir en France – doit se soumettre à nouveau à la seule volonté des citoyens et de leurs émanations exécutives et parlementaires.
La remigration nécessite l’arrêt de l’immigration (« la grande pause »), ainsi que l’application simultanée de la préférence nationale, théorisée par le même Le Gallou au sein du Club de l’Horloge en 1985 dans un livre marquant, et d’une « préférence de civilisation [qui] rappellera que, dans l’accès à la culture et à l’éducation, tous les héritages ne sont pas à mettre sur le même plan: 5000 ans de civilisation européenne, quinze siècles de chrétienté, un millénaire d’histoire nationale doivent conduire à laisser de côté les mœurs étrangères venues d’Afrique ou du monde musulman ».
Jean-Yves Le Gallou s’élève en outre contre les mensonges propagées en matière d’immigration de travail. Il observe que « dans pratiquement tous les pays d’Europe, les immigrés ont statistiquement des taux d’emploi inférieurs aux moyennes nationales et reçoivent davantage d’aides sociales. Leur bilan budgétaire est donc désastreux ». Une mise au point de bon aloi alors que sort en librairie aux éditions gauchistes Les Petits Matins Sans eux. La France sans les immigrés. L’essayiste Hakim El Karoui, l’économiste Guillaume Hannezo et le directeur du cercle de pensée Terra Nova, Thierry Pech, cosignent un roman de politique-fiction qui se veut dystopique dans lequel la remigration retirerait toute main-d’œuvre étrangère dans les EHPAD et les hôpitaux et plongerait la France dans le chaos. L’Hexagone y est déjà ! Ce trio ignore complètement le rôle décisif de l’intelligence artificielle (IA) et de la robotisation des tâches les plus courantes. Jean-Yves Le Gallou, lui, ne l’évite pas. Il estime plutôt que l’IA fera « disparaître des emplois de bureau et [… poussera] des cols blancs à se convertir en cols bleus » et aussi en nouveaux agriculteurs-éleveurs.
Cependant, le funeste trinôme n’a pas tort de se référer à une économie moderne consumériste droguée à l’apport étranger à bas coût. Jean-Yves Le Gallou n’aborde pas les retombées économiques immédiates de la remigration dans des sociétés ouvertes ultramodernes. Son impact peut d’ailleurs s’avérer un échec retentissant si perdurent les conditions actuelles de production et de consommation.
Les cercles anarcho-royalistes du Lys Noir de feu Rodolphe Crevelle envisageaient sa mise en place dans un système autarcique. On peut ensuite l’intégrer dans un grand espace continental autocentré en lien avec une décroissance radicale. Son principal théoricien, Serge Latouche, propose de revenir au niveau de vie des Français au début des années 1960. On peut toutefois pencher pour un niveau de vie semblable à celui des années 1941–1942 ainsi que par l’établissement d’une économie duale avec un large secteur stratégique – étatique et/ou para-étatique - ultra-concurrentiel.
La remigration devient un impératif. « Dans une Europe en dépression, la remigration peut être un mythe mobilisateur, un projet porteur d’espoir ». Jean-Yves Le Gallou la considère en « mythe qui peut permettre aux peuples de reprendre le pouvoir accaparé par les oligarchies ». Il se révèle dès lors indispensable « de développer une conscience commune. Identitaires européens, unissez-vous ! ». Certes, le renversement démographique « remplaciste » approche inexorablement, mais rien n’est encore perdu à la condition toutefois que les Européens, peuple autochtone d’Europe, fassent enfin de la remigration, le fer de lance et la clé de voûte de leur avenir.
GF-T
- « Chronique flibustière », n° 191, mise en ligne le 5 mai 2026 sur Synthèse nationale.
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samedi, 09 mai 2026
Petite histoire des invasions israéliennes du Liban

Petite histoire des invasions israéliennes du Liban
Source: https://mpr21.info/una-historia-de-las-invasiones-israeli...
Israël a envahi le Liban à de multiples reprises depuis sa création en 1948, et plus récemment, il a déclaré qu'il allait réoccuper de vastes zones du sud du pays. La semaine dernière, le président libanais Joseph Aoun a déclaré lors d’un discours qu’il était prêt à aller « là où il serait nécessaire » pour mettre fin à l’occupation du sud du Liban par Israël. Le gouvernement libanais avait repris le contrôle du Liban et le pouvoir de décision pour la première fois en presque un demi-siècle, a-t-il ajouté.
Trump a suggéré qu’il pourrait inviter Aoun et Netanyahu à la Maison-Blanche pour consolider un cessez-le-feu de 10 jours qu’il aurait négocié entre les deux pays.
Ce cessez-le-feu, qui a arrêté six semaines de combats entre Israël et le Hezbollah, s’est produit lorsque les ambassadeurs d’Israël et du Liban aux États-Unis ont entamé des conversations directes à Washington, la première rencontre de ce type depuis 1993.
Depuis le 2 mars, Israël a mené une campagne aérienne à grande échelle au Liban, tuant plus de 2290 personnes, en blessant plus de 7500 et en déplaçant 1,2 million de personnes, soit environ 20% de la population libanaise.
Parallèlement, l’armée israélienne a lancé une invasion terrestre, annonçant ses plans pour occuper de vastes étendues du sud du Liban et affirmant que les populations déplacées ne seraient pas autorisées à revenir chez elles.

Les forces israéliennes ont passé des semaines à démolir des villages entiers, utilisant des excavatrices et détruisant des habitations lors d’explosions à grande échelle contrôlées à distance.
Quelques heures seulement après l’entrée en vigueur du cessez-le-feu, les forces israéliennes ont procédé à des démolitions, des bombardements d’artillerie et des opérations de nettoyage de terrains dans plusieurs zones frontalières, en violation de la trêve.
Samedi, l’armée israélienne a indiqué avoir établi une « ligne jaune » d’environ 10 kilomètres à l’intérieur du sud du Liban, similaire à la ligne à Gaza qui sépare les zones contrôlées par les forces israéliennes de celles contrôlées par le Hamas.
Netanyahu a déclaré que les troupes israéliennes « restent au Liban dans une zone tampon de sécurité renforcée ».
« Il s’agit d’une bande de sécurité de dix kilomètres de profondeur, beaucoup plus forte, plus intense, plus continue et plus solide que celle que nous avions auparavant. »
« C’est là où nous sommes et nous n’allons pas partir. »
L’occupation moins connue : 1948-1949
Le 15 mai 1948, le Liban, la Syrie, l’Égypte, la Jordanie et l’Irak se sont unis dans une guerre contre Israël, un jour après la proclamation de l’État d’Israël dans la Palestine historique.
L’offensive panarabe a été lancée en réponse à l’indépendance d’Israël et à la dépopulation des villes et villages palestiniens par des groupes terroristes sionistes dans les mois précédents.
Pendant cette période, environ 750.000 Palestiniens ont été déplacés, et environ 100.000 ont cherché refuge au Liban.
Les milices chrétiennes libanaises ont joué un rôle limité dans les combats. Vers minuit, du 30 au 31 octobre, les troupes israéliennes ont traversé la frontière avec le Liban et occupé 15 villages.
Dans le village de Hula, l’un des villages occupés, l’armée israélienne a commis un massacre. Entre 34 et 58 civils ont été tués après avoir été rassemblés dans un bâtiment, qui a ensuite été détruit par une explosion.
Par la suite, Israël s’est retiré des villages occupés en vertu d’un accord d’armistice négocié par l’ONU, signé avec le Liban le 23 mars 1949.
Des accords similaires ont été conclus avec la Jordanie, la Syrie et l’Égypte, marquant la fin de la première guerre arabo-israélienne et la défaite des armées arabes. L’Irak, cependant, n’a pas signé d’accord d’armistice.

Les fermes de Chebaa (Shebaa)
Contrairement à 1948, le Liban n’a pas participé à la guerre arabo-israélienne de juin 1967, durant laquelle Israël a combattu une coalition de pays arabes et occupé l’est de Jérusalem, la Cisjordanie, la bande de Gaza, ainsi que le Sinaï en Égypte et le Plateau du Golan en Syrie.
À la suite de cette guerre, Israël s’est retiré des accords d’armistice de 1949 qu’il avait signés avec le Liban et d’autres États arabes, puis il a occupé la région des Shebaa Farms dans le sud du Liban.
L’invasion de 1978
La défaite des États arabes en 1967 face à Israël a contribué à l’émergence de l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP), un groupe regroupant des factions palestiniennes engagées dans la lutte armée pour récupérer leur patrie.
En 1971, le Liban était devenu la principale base d’opérations de l’OLP, avec des combattants palestiniens lançant des attaques intermittentes contre Israël depuis le sud du Liban. L’OLP a également noué des alliances avec des partis politiques libanais et été un acteur majeur de la guerre civile libanaise, qui a éclaté en avril 1975.
Le 14 mars 1978, Israël a envahi le sud du Liban dans le but de repousser les combattants de l’OLP vers le nord du fleuve Litani. L’invasion a tué environ mille Libanais et Palestiniens, principalement civils, ainsi que 18 soldats israéliens.

Israël s’est retiré de la majeure partie du sud en juin, conformément à la Résolution 425 du Conseil de sécurité de l’ONU. Adoptée en mars, cette résolution a créé la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL), chargée de confirmer le retrait israélien et d’aider le gouvernement libanais à restaurer son autorité dans la zone. Cependant, Israël a transféré le contrôle d’une partie du territoire occupé à une milice sous son contrôle, au lieu de le rendre à l’armée libanaise.
Pendant ce temps, l’OLP a continué à maintenir des positions au sud du fleuve Litani.

L’invasion de 1982
En juin 1982, Israël a envahi à nouveau le Liban, cette fois en avançant plus profondément dans le pays, occupant Beyrouth en septembre.
Environ 19.000 Libanais et Palestiniens, principalement des civils, ont été tués lors de cette invasion israélienne. L’offensive a finalement forcé les dirigeants de l’OLP, avec des milliers de combattants, à quitter le Liban.
L’avancée militaire israélienne a profondément modifié l’équilibre des forces entre les factions libanaises et a contribué à l’élection de son allié, Bachir Gemayel, à la présidence.
Élu en août, Gemayel a été assassiné le mois suivant, et son frère Amin a été choisi comme successeur à la fin septembre.
En décembre, le gouvernement d’Amin Gemayel a entamé des négociations avec Israël, sous l’égide des États-Unis. Après 37 rounds de négociation, les deux parties ont signé un accord le 17 mai 1983, qui a été approuvé par le parlement et le gouvernement libanais.
Bien que l’accord ait exigé la fin de l’état de belligérance entre les deux pays, le Liban ne l’a pas décrit comme un traité de paix, insistant plutôt sur le fait que son objectif principal était d’assurer le retrait d’Israël.

L’accord du 17 mai a rencontré une forte opposition de la part de plusieurs factions libanaises, dont le mouvement chiite Amal (photo) et le Parti socialiste progressiste (PSP), tous deux alignés sur la Syrie, qui avait des troupes stationnées au Liban depuis 1976 et dont le gouvernement voulait freiner l’expansion d’Israël.
Les opposants ont argué que l’accord sapait la souveraineté du Liban, notamment parce qu’il comprenait des accords de sécurité avec Israël dans le sud.
Soutenus par le gouvernement syrien, Amal et le PSP ont lancé une insurrection armée contre le gouvernement d’Amin Gemayel, culminant le 6 février 1984 avec la prise de contrôle de Beyrouth-Ouest, majoritairement musulman.
Cédant à la pression militaire, Gemayel a abrogé l’accord en mars et s’est rapproché de la Syrie, formant un nouveau gouvernement incluant le dirigeant d’Amal, Nabih Berri, et celui du PSP, Walid Jumblatt, parmi ses ministres.
Les négociations infructueuses de Naqoura de novembre 1984
Bien qu’Israël se soit retiré de Beyrouth et des montagnes du Chouf, il a continué à occuper tout le sud du Liban. Une fois de plus, le Liban et Israël ont entamé, en novembre 1984, des négociations destinées à aboutir à un accord pour un retrait israélien du territoire occupé.
Les délégations militaires libanaises et israéliennes ont tenu plusieurs rounds de négociations entre le 8 novembre 1984 et le 24 janvier 1985 dans le village frontalier de Naqoura, mais sans parvenir à un accord.
Au milieu de négociations bloquées et de pertes croissantes dues aux attaques de factions libanaises dans le sud, le gouvernement israélien a approuvé, en janvier 1985, un plan de retrait unilatéral et partiel.
Fin avril, les troupes israéliennes s’étaient retirées de Saïda, Nabatieh, Sour et leurs environs, mais occupaient encore une bande de territoire plus proche de la frontière, qu’elles ont nommée « zone de sécurité ».
Les négociations de paix de Madrid
Après la fin de la guerre civile libanaise en 1990, la Syrie est devenue une puissance dominante dans le pays, et Beyrouth a commencé à coordonner étroitement sa position concernant l’occupation israélienne avec Damas.
Le Liban a demandé un accord global comprenant un retrait israélien simultané du sud du Liban et du Plateau du Golan en Syrie, occupés par Israël depuis 1967.
Sur cette base, le Liban et la Syrie ont participé, en octobre 1991, à la Conférence de paix de Madrid, organisée par les États-Unis et l’Union soviétique pour traiter de la guerre arabo-israélienne. En 1993, des négociations bilatérales ont suivi entre le Liban et Israël à Washington, mais sans résultat concret.
En 1982, le Hezbollah avait été créé dans le sud du Liban, en réponse à l’invasion israélienne, qui avait intensifié sa campagne de guérilla tout au long des années 1990, ciblant les positions israéliennes et celles de sa milice alliée, l’Armée du Sud Liban.
En juin 1999, l’Armée du Sud Liban s’est retirée de 36 villages montagneux dans la région de Jizzine.
Le retrait du sud du Liban
L’armée israélienne s’est retirée du sud du Liban en mai 2000, mettant fin à plus de 18 ans d’occupation.
Sous l’égide de l’ONU, le Liban et Israël ont tracé la ligne de retrait, connue sous le nom de « ligne bleue », bien que leur frontière internationale formelle n’ait pas été délimitée.
Israël a continué à occuper les fermes de Chebaa et les collines de Kfar Shouba, tandis que le Hezbollah menait périodiquement des attaques contre des positions de l’armée israélienne dans ces zones.
Ce retrait a rompu l’unité d’action avec la Syrie, alors qu’Israël poursuivait l’occupation du Plateau du Golan.
Cela s’est produit après une réunion infructueuse à Genève en mars entre l’ancien président américain Bill Clinton et le président syrien Hafez Al-Assad, visant à parvenir à un accord de paix entre la Syrie et Israël.

La guerre de l’été 2006
En juillet 2006, Israël a lancé une guerre de 33 jours contre le Liban après que le Hezbollah ait enlevé deux soldats israéliens lors d’une incursion transfrontalière, dans le but de les échanger contre le prisonnier libanais de longue date, Samir Al Qontar. La guerre, qui comprenait une invasion terrestre israélienne, a tué environ 1200 Libanais, principalement des civils, et 160 Israéliens, la majorité étant des soldats.
Les objectifs déclarés d’Israël étaient la libération des deux soldats et le démantèlement du Hezbollah, mais aucun de ces deux objectifs n’a abouti. La guerre s’est terminée sous la Résolution 1701 du Conseil de sécurité de l’ONU, qui a instauré un cessez-le-feu, élargi le mandat de la Finul pour surveiller la trêve et demandé le désarmement de tous les groupes armés non étatiques au Liban.
Par la suite, Israël s’est retiré de la majorité du territoire occupé durant la guerre, à l’exception d’une partie du village de Ghajar, et a maintenu ses positions dans les fermes de Chebaa et les collines de Kfar Shouba. Le Hezbollah a conservé ses armes mais est passé à la clandestinité. En juillet 2008, Israël a libéré Al Qontar en échange des corps des deux soldats.

L’invasion terrestre de 2024
En octobre 2024, Israël a lancé une invasion terrestre du Liban et une campagne aérienne à grande échelle visant à affaiblir le Hezbollah.
Cette escalade s’est produite après près d’un an d’échanges transfrontaliers avec le Hezbollah, qui a ouvert le feu contre Israël le 8 octobre 2023 en soutien aux Palestiniens, après l’attaque du Hamas contre Israël la veille.
Le 27 novembre, Israël a accepté un cessez-le-feu dans le cadre d’un accord négocié par la France et les États-Unis.
On s’attendait à ce qu’Israël se retire du territoire occupé en deux mois, mais il a conservé le contrôle de cinq positions à l’intérieur du Liban et a continué à attaquer civils et combattants du Hezbollah dans tout le pays.
Pendant ce temps, le gouvernement libanais tente de démanteler l’infrastructure du Hezbollah au sud du fleuve Litani, première étape de la mise en œuvre de l’accord de cessez-le-feu.
* * *
Carte des intentions israéliennes au Liban en 2026, dans le cadre de la guerre d'Iran:

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Palantir, Foucault et la nouvelle discipline numérique

Palantir, Foucault et la nouvelle discipline numérique
de Giuseppe Gagliano
Source: https://www.sinistrainrete.info/societa/32885-giuseppe-ga...
PALANTIR: Du Big Brother à la société des algorithmes
Le manifeste d’Alex Karp et de Palantir n’est pas seulement une déclaration de nature idéologique sur la technologie, l’Occident et la guerre future. C’est quelque chose de plus profond et de plus inquiétant : c’est le signe d’un passage historique dans la relation entre pouvoir, surveillance et société. Nous ne sommes plus face à l’ancienne image autoritaire de l’État qui contrôle les citoyens d’en haut par la force visible de la police, de l’armée ou de la censure. Nous sommes face à une forme plus raffinée, plus silencieuse, plus acceptable et, pour cette raison même, plus dangereuse : le pouvoir qui observe, collecte, relie, interprète, prévoit et oriente.
L’image immédiate est celle de George Orwell : le Big Brother, la surveillance permanente, la guerre continue, le langage transformé en outil de domination, la liberté vidée alors qu’elle est proclamée. Mais s’arrêter à Orwell risque d’être insuffisant. Pour comprendre réellement la dimension dystopique du manifeste de Palantir, il faut aussi faire appel à Michel Foucault, car le cœur du problème n’est pas seulement l’État qui regarde le citoyen. C’est le citoyen qui finit par vivre dans un réseau de classifications, d’évaluations, de profils, de risques, de prévisions et de contrôles qui n’ont plus besoin de se montrer comme répression.
Orwell nous aide à voir le visage autoritaire du pouvoir. Foucault nous aide à voir quelque chose de plus subtil : le pouvoir qui produit des comportements, normalise des conduites, discipline des corps, organise des espaces, définit ce qui est déviant et ce qui est acceptable. Le manifeste de Palantir se situe précisément à ce point : là où la sécurité devient savoir, le savoir devient pouvoir, et le pouvoir devient infrastructure technologique.
La surveillance non pas comme une exception, mais comme un environnement
Dans le monde imaginé par Karp, la technologie n’est plus un outil neutre. Elle ne sert pas simplement à mieux communiquer, mieux soigner, mieux administrer ou mieux combattre. Elle devient l’architecture même de la vie collective. Données de santé, données fiscales, données militaires, données financières, données migratoires, données judiciaires, données sociales: tout peut être recueilli, croisé, rendu lisible.

C’est la transformation décisive. La surveillance n’est plus un acte extraordinaire réalisé en situations exceptionnelles. Elle devient un environnement. Ce n’est plus seulement la caméra braquée sur un individu suspect. C’est la construction d’un monde dans lequel chaque individu peut potentiellement être analysé avant même d’avoir fait quoi que ce soit. On ne contrôle plus seulement la délinquance. On contrôle le risque. On n’intervient plus seulement sur le fait accompli. On agit sur la possibilité que quelque chose se produise.
Là, le saut est énorme. L’État moderne traditionnel punissait après la violation de la loi. L’État algorithmique tend à classer en amont. Il anticipe, calcule, ordonne, signale. Le citoyen n’est plus seulement un sujet de droits et devoirs. Il devient un ensemble de données à traiter, une probabilité à mesurer, une conduite à prévoir.
Foucault avait étudié la transition entre les sociétés de punition spectaculaire et les sociétés disciplinaires. Selon son analyse, le pouvoir moderne n’a plus besoin seulement de frapper le corps avec la violence visible du supplice. Il préfère organiser la vie, réguler les comportements, surveiller les espaces, entraîner les individus, les rendre utiles, dociles, productifs. La prison, l’école, la caserne, l’hôpital, l’usine: toutes ces institutions produisent des sujets disciplinés.
Aujourd’hui, cette logique ne disparaît pas. Elle se digitalise.
Le Panoptique à l’ère de l’intelligence artificielle
Le concept foucaldien le plus utile pour lire Palantir est celui de Panoptique. Foucault reprenait le modèle carcéral imaginé par Jeremy Bentham: une structure dans laquelle un surveillant placé au centre peut observer tous les détenus, tandis que ceux-ci ne savent jamais s’ils sont observés ou non à ce moment-là. La conséquence est décisive: le prisonnier intériorise la surveillance. Il finit par se comporter comme s’il était toujours regardé.
Le pouvoir parfait n’est pas celui qui doit intervenir en permanence. C’est celui qui incite l’individu à s’autoréguler.

Dans le monde numérique, le Panoptique n’a plus besoin de la tour centrale. La tour est devenue réseau. Il n’y a pas un seul œil visible, mais une multitude de systèmes : plateformes, bases de données, capteurs, algorithmes, systèmes prédictifs, interfaces de commande, archives publiques et privées. Le citoyen ne voit pas le surveillant. Il ne sait souvent même pas quand, comment et par qui il est observé. Mais il sait, ou pressent, que beaucoup de ses traces restent quelque part.
La différence par rapport au Panoptique classique est encore plus radicale. Bentham imaginait une prison. Foucault montrait que ce modèle s’était étendu à la société disciplinaire. Aujourd’hui, le Panoptique numérique ne concerne pas seulement les détenus, les étudiants, les soldats, les malades ou les ouvriers. Il concerne tout le monde. Son espace n’est plus clos. Il est diffus. Il n’a pas de murs. Il est incorporé dans les infrastructures de la vie quotidienne.
C’est ici que Palantir devient un symbole puissant. Non pas parce qu’elle est la seule société à suivre cette voie, mais parce qu’elle représente de manière presque parfaite le lien entre technologie, appareils publics, défense, renseignement, administration et contrôle. Le manifeste de Karp ne demande pas à la technologie de rester au service du citoyen. Il demande à la technologie de devenir une partie intégrante de la puissance étatique et occidentale.
De la discipline à la prévision
La surveillance classique voulait voir. La surveillance algorithmique veut prévoir. C’est la grande mutation.
Dans le modèle disciplinaire décrit par Foucault, le pouvoir observe pour corriger. Mesure pour normaliser. Classe pour intervenir. Dans le modèle algorithmique contemporain, le pouvoir observe aussi pour anticiper. Il ne suffit plus de savoir qui vous avez été. Il veut savoir qui vous pourriez devenir. Il ne suffit plus de reconstruire ce que vous avez fait. Il veut estimer ce que vous pourriez faire.
Appliquée à la sécurité, cette logique produit un univers inquiétant. Le soupçon ne naît plus nécessairement d’un acte concret, mais d’un profil de risque. Un mouvement, une relation, une transaction, une recherche, un voyage, une communication, une fréquentation peuvent devenir des fragments d’un tableau interprétatif. L’individu est inséré dans une grille de probabilités.

Le problème, c’est que la probabilité, lorsqu’elle entre dans les dispositifs de sécurité, tend à se transformer en préjugé opérationnel. Un système signale. Un fonctionnaire contrôle. Un algorithme associe. Une archive confirme. Une décision est prise. Et le citoyen, souvent, ne sait même pas quelle chaîne de raisonnements automatiques a produit cette conséquence.
Voici l’une des formes les plus insidieuses du pouvoir contemporain: non pas l’interdiction explicite, mais la classification invisible. Non pas la répression criée, mais le score silencieux. Non pas la censure directe, mais l’accès refusé, le contrôle renforcé, la pratique bloquée, la position signalée, la personne transformée en cas.
La guerre comme laboratoire de la société
Le manifeste de Palantir insiste beaucoup sur la guerre, la défense de l’Occident, la nécessité de construire des technologies militaires avancées, l’intelligence artificielle comme outil décisif de la compétition stratégique. Mais le point le plus délicat, c’est que les technologies nées pour la guerre restent rarement confinées à la guerre.
L’histoire moderne le démontre. Des outils développés pour des besoins militaires, de renseignement ou d’urgence passent ensuite à la gestion civile. Ce qui naît pour le champ de bataille peut arriver à la frontière, à la police, à la santé, aux impôts, à l’école, à l’administration publique, à la gestion urbaine. La frontière entre sécurité extérieure et sécurité intérieure s’amenuise. Le citoyen est administré selon des logiques de plus en plus proches de celles de l’opération militaire: identifier, cartographier, prévoir, neutraliser, optimiser.
C’est une transformation culturelle avant tout. La société est pensée comme un théâtre opérationnel. Chaque problème devient une menace. Chaque anomalie devient un risque. Chaque crise devient une justification pour renforcer l’infrastructure de contrôle. Une pandémie, une guerre, une attaque, une crise migratoire, une urgence énergétique, une révolte urbaine: tout événement exceptionnel peut laisser derrière lui un morceau de surveillance permanente.

C’est ici que la réflexion de Foucault sur la sécurité devient essentielle. Dans ses cours sur la gouvernementalité, Foucault montrait comment le pouvoir moderne ne se limite pas à imposer des lois ou à discipliner des corps, mais gouverne des populations. Il ne contrôle pas seulement des individus isolés. Il gère des flux, des risques, des statistiques, des épidémies, des circulations, des richesses, des territoires. La sécurité devient une rationalité de gouvernement.
Palantir porte cette rationalité à l’époque de l’intelligence artificielle.
Le savoir comme domination
Pour Foucault, pouvoir et savoir ne sont pas séparés. Le pouvoir produit du savoir, et le savoir renforce le pouvoir. Celui qui classe, nomme, mesure et archive ne décrit pas simplement la réalité: il l’organise. Il établit des catégories, définit la normalité, construit des déviations, rend certaines conduites visibles et d’autres invisibles.
C’est précisément ce qui se passe dans l’univers des données. Les données ne sont jamais une matière purement innocente. Elles semblent objectives, mais sont recueillies selon des critères, ordonnées selon des priorités, interprétées selon des modèles, utilisées à des fins politiques, économiques ou militaires. L’algorithme ne supprime pas le pouvoir. Il le cache derrière la technique.
Lorsqu’une plateforme décide quelles données comptent, quelles corrélations sont pertinentes, quels profils méritent attention, quelles anomalies génèrent une alarme, elle exerce une forme de pouvoir. Elle n’a pas besoin de faire des discours idéologiques. Il lui suffit d’organiser le champ du visible : dire ce qui peut être vu, par qui, avec quelles conséquences.

La dystopie algorithmique ne consiste pas seulement dans le fait que quelqu’un en sait beaucoup sur nous. Elle consiste dans le fait que ce savoir peut être transformé en décision sans véritable contrôle démocratique. Le citoyen est observé, mais il ne peut pas observer le système qui l’observe. Il est classé, mais il ne connaît pas totalement les critères de classification. Il est jugé, mais il ne peut pas toujours interroger le juge invisible qui a préparé le jugement.
Le citoyen comme corps administré
Chez Foucault, le corps est l’un des lieux privilégiés du pouvoir. Le pouvoir discipline les corps, les entraîne, les corrige, les rend productifs. Dans le monde contemporain, le corps ne disparaît pas: il est doublé par son profil numérique.
Chacun possède désormais une sorte de corps informatique: données de santé, données bancaires, données téléphoniques, données biométriques, déplacements, consommations, relations, images, habitudes. Ce double numérique peut circuler plus que le corps réel. Il peut être interrogé, vendu, analysé, archivé, croisé. Il peut produire des conséquences concrètes: accès à un service, suspicion d’enquête, exclusion d’une procédure, sélection automatique, contrôle renforcé.
Le corps physique vit dans le monde. Le corps numérique vit dans les systèmes. Mais ce second peut fortement conditionner le premier.

C’est une nouvelle forme de vulnérabilité. L’individu n’est plus seulement frappé parce qu’il a commis un acte, mais parce que son double numérique a été lu d’une certaine façon. Et souvent, il ne sait même pas où le corriger, comment le contester, à qui s’adresser. La vieille bureaucratie avait au moins un guichet. La nouvelle bureaucratie algorithmique peut ne pas avoir de visage.
Orwell et Foucault : deux dystopies qui se rencontrent
Orwell imaginait un pouvoir qui imposait la vérité d’en haut. Foucault étudiait un pouvoir qui produisait la normalité d’en bas, à travers des institutions, des pratiques, des savoirs et des disciplines. Notre époque semble fusionner ces deux dimensions.

De Orwell, nous retenons la guerre permanente, le langage inversé, la surveillance généralisée, la réduction de la dissidence à une menace. De Foucault, nous retenons la normalisation, la classification, la discipline, la gestion des corps et des populations. Palantir, dans cette perspective, représente une synthèse contemporaine: non pas le Big Brother unique et grossier, mais une constellation d’outils capables de rendre le pouvoir plus intelligent, plus rapide, plus prédictif, plus pénétrant.
Le manifeste de Karp ne dit pas: «nous voulons contrôler la société». Il dit: «nous devons défendre la civilisation occidentale». Il ne dit pas: «nous voulons surveiller les citoyens». Il dit: «nous devons utiliser les données pour les protéger». Il ne dit pas: «nous voulons militariser l’avenir». Il dit: «nous devons nous préparer à la compétition avec des puissances ennemies». Il ne dit pas: «nous voulons réduire la politique». Il dit: «nous devons dépasser hésitations et inefficacités».
C’est précisément cela le point. La dystopie contemporaine ne parle pas le langage de la tyrannie. Elle parle le langage de la nécessité.
Le patriotisme technologique comme nouvelle idéologie
Un des aspects les plus importants du manifeste est la construction d’un patriotisme technologique. Selon cette vision, les entreprises de la Silicon Valley auraient perdu leur mission historique, en se consacrant trop à la consommation, au divertissement, à la publicité, aux services commerciaux, et trop peu à la puissance nationale. Karp demande une reconversion morale de l’ingénierie: moins d’applications futiles, plus d’outils pour la défense, le renseignement, la guerre et la sécurité.

Le problème n’est pas l’idée qu’un État doive s’équiper d’outils technologiques avancés. Ce serait naïf de le nier. Chaque puissance, à chaque époque, a cherché à utiliser la technologie disponible pour se défendre et concurrencer. Le vrai problème, c’est autre chose: lorsqu’une entreprise privée transforme cette nécessité en doctrine totale, le risque est que chaque limite soit présentée comme une trahison, chaque doute comme une faiblesse, chaque contrôle démocratique comme un obstacle.
Le patriotisme technologique tend ainsi à créer une nouvelle hiérarchie morale. Celui qui construit des outils pour la sécurité nationale devient le gardien de la civilisation. Celui qui demande des limites devient suspect d’innocence. Celui qui demande de la transparence est accusé de ne pas comprendre le danger. Celui qui craint l’abus est invité à regarder vers l’extérieur, vers les ennemis.
C’est une rhétorique puissante, car elle se nourrit de menaces réelles. La compétition avec la Chine, la Russie, l’Iran, le terrorisme, la criminalité organisée, la guerre hybride et les cyberattaques existe vraiment. Mais précisément parce que ces menaces sont réelles, le danger est plus grand: la peur concrète rend acceptable ce qui, en temps normal, serait rejeté.
La sécurité comme religion civile
Dans les sociétés contemporaines, la sécurité est devenue une sorte de religion civile. Tout peut être sacrifié en son nom: vie privée, liberté, procédures, garanties, transparence. Chaque demande de contrôle est présentée comme une protection. Chaque accumulation de données est justifiée comme une prévention. Chaque extension des pouvoirs est décrite comme une réponse à un danger.
Mais une démocratie libérale ne se mesure pas uniquement à sa capacité à se défendre. Elle se mesure aussi à sa capacité à poser des limites aux outils avec lesquels elle se défend. Le pouvoir sans limite, même s’il naît pour protéger, finit par transformer la protection en domination.
Foucault nous enseignerait qu’il ne faut pas seulement se demander qui commande, mais comment fonctionne la commande. Où passe-t-elle? À travers quelles institutions? Quels archives? Quelles pratiques? Quels langages? Quelles catégories? Quels corps devient-il visible? Quelles conduites rend-il normales? Quelles vies considère-t-il comme risquées?
Appliquée à Palantir, la question devient: quel type de société produit une technologie conçue pour tout voir, tout connecter, tout prévoir et mettre ce savoir au service de la sécurité d’État?
Le risque de la démocratie administrée
Le danger n’est pas nécessairement le coup d’État numérique. C’est quelque chose de plus lent : la démocratie administrée. Formellement, il reste des élections, des partis, des Parlements, des médias, des tribunaux. Mais une part croissante des décisions est préparée, orientée ou conditionnée par des infrastructures techniques opaques. Le politique décide, mais décide dans un environnement informationnel construit par des plateformes privées. Le fonctionnaire évalue, mais évalue sur la base de systèmes qu’il ne contrôle pas entièrement. Le citoyen recourt à ces systèmes, mais il ne connaît souvent pas la chaîne qui a produit le dommage.
La souveraineté ne disparaît pas. Elle se déplace.
Elle n’est plus seulement dans les lois, dans les frontières, dans les monnaies, dans les armées. Elle est dans les données, dans les codes, dans les standards, dans les systèmes d’analyse, dans les contrats publics, dans les architectures informatiques. Celui qui contrôle ces infrastructures participe à la souveraineté, même s’il n’a pas été élu.
C’est pourquoi le manifeste de Palantir est politiquement si important. Il ne parle pas seulement d’une entreprise. Il parle d’une transformation du pouvoir occidental. La société privée ne se limite plus à fournir des outils à l’État. Elle aspire à définir la manière dont l’État voit le monde. Et celui qui définit la façon dont le pouvoir voit le monde contribue aussi à définir la manière dont il agit sur le monde.
La normalisation de l’exception
Chaque dispositif de surveillance naît presque toujours d’une urgence. Le terrorisme, la guerre, la pandémie, le crime, l’immigration, la fraude fiscale, la sécurité urbaine. Le problème, c’est qu’après l’urgence, le dispositif reste. En fait, il tend à s’étendre. Une fois qu’un système capable de recueillir et croiser des données est construit, il est très difficile d’en limiter l’usage initial.
La fonction s’élargit. Le périmètre change. De nouveaux acteurs demandent l’accès. De nouvelles agences découvrent l’utilité de l’outil. De nouvelles crises justifient de nouvelles extensions. Le pouvoir technique crée une dépendance institutionnelle. Une fois que l’administration s’est habituée à voir à travers une plateforme, elle a du mal à s’en passer.

C’est là la véritable force de la surveillance contemporaine: son irréversibilité pratique. Elle ne nécessite pas de l’imposer avec brutalité. Il suffit de la rendre utile. De la rendre pratique. De faire en sorte que sécurité, efficacité et économie coïncident. À ce moment-là, ceux qui réclament de revenir en arrière apparaissent irrationnels.
Foucault aurait sûrement reconnu dans cette dynamique une forme avancée de gouvernementalité: le pouvoir n’ordonne pas seulement, mais structure le champ des possibles. Il ne dit pas toujours «tu dois». Il construit plus souvent des environnements où certaines conduites deviennent naturelles, d’autres improbables, d’autres encore pénalisées.
La liberté comme résidu
Dans le manifeste de Karp, la liberté occidentale est évoquée comme une valeur à défendre. Mais la question est: quelle liberté reste-t-il, si tout est subordonné à la logique de la sécurité permanente?
Une liberté surveillée n’est pas nécessairement abolie. Elle peut continuer à exister, mais comme un espace résiduel. On peut parler, mais on sait que les mots laissent des traces. On peut se déplacer, mais on sait que les déplacements sont enregistrables. On peut dissentir, mais on sait que le dissentiment peut être classé. On peut choisir, mais dans un environnement de plus en plus profilé. On peut vivre normalement, à condition de ne pas devenir une anomalie.
La liberté ne meurt pas toujours avec une interdiction. Parfois, elle se réduit parce que l’individu intériorise le regard du système. Il évite certains mots, certaines relations, certaines recherches, certains comportements. Non pas parce qu’ils sont illégaux, mais parce qu’ils pourraient être mal compris. C’est la victoire la plus profonde de la surveillance: ne pas empêcher l’action, mais transformer l’imagination du possible.
L’individu discipliné n’a pas besoin d’être constamment réprimé. Il se corrige lui-même.
Le retournement moral
La dimension la plus inquiétante du manifeste est son inversion morale. L’intelligence artificielle militaire n’est pas présentée comme un mal nécessaire, mais comme un devoir. La collaboration entre entreprises technologiques et appareils de sécurité n’est pas présentée comme un domaine délicat à réguler, mais comme une mission patriotique.
13:15 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : palantir, michel foucault, georges orwell, surveillance, alex karp |
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jeudi, 07 mai 2026
Personne n’a intérêt à la paix: le conflit en Ukraine devient-il une «guerre éternelle»?

Personne n’a intérêt à la paix: le conflit en Ukraine devient-il une «guerre éternelle»?
Kiev/Bruxelles/Washington. De nombreux observateurs de la guerre en Ukraine, qui en février a entamé sa cinquième année, se rappellent de plus en plus le classique de science-fiction La guerre éternelle de l’auteur américain Joe Haldeman, publié en 1974.
Le roman raconte l’histoire du soldat William Mandella, envoyé sur une planète étrangère pour combattre les « Tauriens ».
À la fin, la guerre se révèle être une mise en scène du complexe militaro-industriel : une attaque sous fausse bannière aurait pour but de sauver l’économie mondiale et d’offrir à l’humanité du bonheur – par un hasard totalement fortuit. Les ressemblances avec les vicissitudes de nos temps présents sont purement fortuites.
Il semble également qu’aucune des deux parties ne puisse actuellement remporter la guerre en Ukraine par la force militaire. Les drones et la surveillance moderne du champ de bataille rendent presque impossibles les attaques à grande échelle. Au lieu de négocier un cessez-le-feu, les deux camps restent figés sur leurs positions. Les États-Unis abandonnent de plus en plus le soutien qu'ils apportaient à Kiev aux Européens, tandis que la Chine observe le choc avec sérénité. Une solution diplomatique n’est pas en vue.
Les deux parties en guerre sont déjà des perdants, tout comme l’ensemble de la « planète blanche ». Elles perdent des centaines de milliers de soldats et subissent de lourds dégâts dans leurs infrastructures. Pour Kiev, la fin de la loi martiale serait une catastrophe: de nouvelles élections pourraient être réclamées, tout comme une remise en question de la corruption et des violations des droits de l’homme. Mais Moscou doit également craindre des difficultés politiques internes si ses objectifs – la libération des régions séparatistes pro-russes, le désarmement et la « dénazification » de l’Ukraine – ne sont pas atteints.
Le troisième perdant s’appelle l’Europe. Le blocage de l’approvisionnement russe en matières premières, dû aux sanctions, nuit durablement à l’économie européenne et empêche les Européens de rivaliser sur les marchés mondiaux. Le plus récent prêt de 90 milliards d’euros à l’Ukraine n’est en réalité qu’une donation, financée par l’argent du contribuable. Le chancelier Friedrich Merz a promis 11,5 milliards d’euros supplémentaires issus des fonds publics allemands, tout en annonçant des coupes dans l’assurance maladie, le quotient conjugal et les services de soins – tout cela au bénéfice de l’Ukraine.
Les gagnants se tiennent bien loin du champ de bataille: les États-Unis fournissent des armes, payées par le contribuable européen, tandis que leur industrie de défense et leur industrie du gaz naturel liquéfié (GNL) connaissent un boom. La Chine achète du pétrole et du gaz russes à prix cassés et accumule des renseignements précieux sur la technologie militaire occidentale.
Il existe aussi des gagnants peu évoqués dans le débat public: les gestionnaires de fonds américains comme BlackRock, Vanguard et State Street. Ils gèrent ensemble 30.000 milliards de dollars. State Street, Vanguard et BlackRock détiennent respectivement 14, 8 et 5 pour cent des parts dans le géant de l’armement Lockheed Martin. Depuis 2022, la valeur des actions de BlackRock a augmenté de 40%, et même de 50% en dividendes. State Street a progressé de 45 à 50%. Dans les hautes sphères, personne ne souhaite la fin de la guerre en Ukraine: la menace garantit aux entreprises américaines d’armement leurs commandes; en outre, elles ont massivement investi en Ukraine, où de vastes terres agricoles sont louées à BlackRock et assimilés.
La « guerre éternelle » devrait donc continuer, car aucun des grands profiteurs ne souhaite y mettre fin. L’Europe paie, l’Allemagne paie – que la population en veuille ou non. Par ailleurs, la situation politique est extrêmement dangereuse. Une confrontation directe entre la Russie et l’OTAN n’est en tout cas pas exclue, étant donné l’escalade permanente du côté de l’Occident (mü).
Source: Zu erst, mai 2026.
21:36 Publié dans Actualité, Actualité, Affaires européennes, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, ukraine, europe, affaires européennes, actualité, ukraine, europe, affaires européennes |
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Personne n’a intérêt à la paix: le conflit en Ukraine devient-il une «guerre éternelle»?

Personne n’a intérêt à la paix: le conflit en Ukraine devient-il une «guerre éternelle»?
Kiev/Bruxelles/Washington. De nombreux observateurs de la guerre en Ukraine, qui en février a entamé sa cinquième année, se rappellent de plus en plus le classique de science-fiction La guerre éternelle de l’auteur américain Joe Haldeman, publié en 1974.
Le roman raconte l’histoire du soldat William Mandella, envoyé sur une planète étrangère pour combattre les « Tauriens ».
À la fin, la guerre se révèle être une mise en scène du complexe militaro-industriel : une attaque sous fausse bannière aurait pour but de sauver l’économie mondiale et d’offrir à l’humanité du bonheur – par un hasard totalement fortuit. Les ressemblances avec les vicissitudes de nos temps présents sont purement fortuites.
Il semble également qu’aucune des deux parties ne puisse actuellement remporter la guerre en Ukraine par la force militaire. Les drones et la surveillance moderne du champ de bataille rendent presque impossibles les attaques à grande échelle. Au lieu de négocier un cessez-le-feu, les deux camps restent figés sur leurs positions. Les États-Unis abandonnent de plus en plus le soutien qu'ils apportaient à Kiev aux Européens, tandis que la Chine observe le choc avec sérénité. Une solution diplomatique n’est pas en vue.
Les deux parties en guerre sont déjà des perdants, tout comme l’ensemble de la « planète blanche ». Elles perdent des centaines de milliers de soldats et subissent de lourds dégâts dans leurs infrastructures. Pour Kiev, la fin de la loi martiale serait une catastrophe: de nouvelles élections pourraient être réclamées, tout comme une remise en question de la corruption et des violations des droits de l’homme. Mais Moscou doit également craindre des difficultés politiques internes si ses objectifs – la libération des régions séparatistes pro-russes, le désarmement et la « dénazification » de l’Ukraine – ne sont pas atteints.
Le troisième perdant s’appelle l’Europe. Le blocage de l’approvisionnement russe en matières premières, dû aux sanctions, nuit durablement à l’économie européenne et empêche les Européens de rivaliser sur les marchés mondiaux. Le plus récent prêt de 90 milliards d’euros à l’Ukraine n’est en réalité qu’une donation, financée par l’argent du contribuable. Le chancelier Friedrich Merz a promis 11,5 milliards d’euros supplémentaires issus des fonds publics allemands, tout en annonçant des coupes dans l’assurance maladie, le quotient conjugal et les services de soins – tout cela au bénéfice de l’Ukraine.
Les gagnants se tiennent bien loin du champ de bataille: les États-Unis fournissent des armes, payées par le contribuable européen, tandis que leur industrie de défense et leur industrie du gaz naturel liquéfié (GNL) connaissent un boom. La Chine achète du pétrole et du gaz russes à prix cassés et accumule des renseignements précieux sur la technologie militaire occidentale.
Il existe aussi des gagnants peu évoqués dans le débat public: les gestionnaires de fonds américains comme BlackRock, Vanguard et State Street. Ils gèrent ensemble 30.000 milliards de dollars. State Street, Vanguard et BlackRock détiennent respectivement 14, 8 et 5 pour cent des parts dans le géant de l’armement Lockheed Martin. Depuis 2022, la valeur des actions de BlackRock a augmenté de 40%, et même de 50% en dividendes. State Street a progressé de 45 à 50%. Dans les hautes sphères, personne ne souhaite la fin de la guerre en Ukraine: la menace garantit aux entreprises américaines d’armement leurs commandes; en outre, elles ont massivement investi en Ukraine, où de vastes terres agricoles sont louées à BlackRock et assimilés.
La « guerre éternelle » devrait donc continuer, car aucun des grands profiteurs ne souhaite y mettre fin. L’Europe paie, l’Allemagne paie – que la population en veuille ou non. Par ailleurs, la situation politique est extrêmement dangereuse. Une confrontation directe entre la Russie et l’OTAN n’est en tout cas pas exclue, étant donné l’escalade permanente du côté de l’Occident (mü).
Source: Zu erst, mai 2026.
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