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samedi, 18 avril 2026

L’Europe passe du statut de soutien à celui de zone de production de cette guerre

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L’Europe passe du statut de soutien à celui de zone de production de cette guerre

Elena Fritz

Source: https://t.me/global_affairs_byelena#

Avec la révélation de sites concrets de fabrication de drones et de composants en Europe, Moscou a marqué un point qui est systématiquement minimisé dans le débat européen. Il ne s’agit plus simplement d’aide militaire, de paquets financiers ou de soutien politique à Kiev. Il s’agit du fait que le sol européen devient lui-même de plus en plus partie intégrante de la chaîne de production militaire de cette guerre.

C’est précisément là que réside le changement qualitatif. Tant que l’Europe fournit, on peut encore parler de soutien sur le plan politique. Mais dès lors qu’il y a production, montage, financement et intégration technique sur le territoire européen, le soutien se transforme peu à peu en implication industrielle. Ce n’est pas seulement une question sémantique, mais une question stratégique. Celui qui ne se contente plus de transmettre du matériel de guerre, mais qui permet sa fabrication sur son propre territoire, aura de plus en plus de mal à se réfugier derrière la confortable fiction selon laquelle il aurait seulement une relation indirecte avec la guerre.

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Le message russe ne visait pas uniquement les gouvernements, mais visiblement aussi l’opinion publique européenne. Le sous-texte est clair: votre sécurité n’est pas seulement menacée par le conflit extérieur, mais aussi par les décisions de vos propres élites politiques, qui entraînent l’Europe de plus en plus profondément dans la logique militaire de cette guerre. Cela est d’autant plus sensible politiquement que cela dévoile un conflit que la classe dirigeante européenne préfère garder dans l’ombre: la contradiction entre la rhétorique officielle de crise et l’escalade réelle via une production commune et une intégration militaro-industrielle.

Par ailleurs, le processus met aussi en lumière un problème du côté russe. La dissuasion repose sur la crédibilité. Ceux qui, pendant des années, ont tracé des lignes rouges, risquent de voir leurs avertissements devenir inopérants s’ils ne sont pas suivis de conséquences visibles. Voilà le dilemme stratégique de Moscou: en nommant publiquement des sites européens, la menace devient plus claire, mais cela oblige aussi la Russie à se mettre sous pression. En effet, chaque avertissement perd en impact s’il n’est perçu que comme un rituel médiatique supplémentaire.

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Cela ne change cependant rien au véritable problème européen. En Occident aussi, on travaille avec une fiction: celle selon laquelle il serait possible d’approfondir encore le soutien militaire à l’Ukraine, d’étendre la production sur le territoire européen, de renforcer la coopération opérationnelle, tout en affirmant que l’Europe ne serait pas davantage impliquée dans le conflit. Cette idée est politiquement commode, mais stratégiquement peu sérieuse. Plus l’Europe devient non seulement bailleur de fonds, mais aussi espace de production et centre organisationnel de la guerre, plus la distance avec le conflit réel diminue.

Le véritable scandale ne réside donc pas seulement dans la réaction de la Russie, mais dans la banalisation de la militarisation de l’Europe. Ce qui aurait été considéré, il y a quelques années, comme une escalade exceptionnelle est aujourd’hui traité comme une simple opération administrative: financement ici, fabrication là, coopération entre-temps. Le public doit s’habituer à l’idée que sur le sol européen, il devient de plus en plus évident que des infrastructures de guerre se développent pour un conflit en cours. Et c’est précisément cette habituation qui représente la partie la plus dangereuse de cette évolution.

Car cela ne modifie pas seulement la politique extérieure, mais aussi la constitution intérieure de l’Europe. Là où la militarisation devient la nouvelle norme, la langue politique se déplace également. Les risques sont minimisés, la participation politique est réduite, et toute critique fondamentale est moralisée. Les citoyens sont invités à payer, à se taire, et à accepter cette nouvelle réalité comme inévitable.

#géopolitique@global_affairs_byelena

Les causes structurelles de l’échec des États-Unis face à l’Iran

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Les causes structurelles de l’échec des États-Unis face à l’Iran

Irtija Ahmad

L’actuelle campagne militaire américano-israélienne contre l’Iran marque une escalade dramatique dans la géopolitique du Moyen-Orient, avec des conséquences qui s’étendent bien au-delà des frontières de la région. À cela s’ajoute la restriction imposée par l’Iran à la navigation dans le détroit d’Ormuz, ce qui menace la sécurité énergétique mondiale et la liberté de transit maritime. Plus grave encore est la perspective que l’Iran se retire du Traité de non-prolifération nucléaire (TNP), ce qui constitue collectivement l’une des crises les plus graves de l’architecture de non-prolifération de l’histoire récente. Cette crise n’a pas émergé soudainement. Elle résulte de décennies de politique américaine incohérente envers l’Iran, façonnée par les pressions électorales internes, l’influence des groupes d’intérêt et l’incapacité institutionnelle à soutenir des engagements cohérents à long terme.

71DjPGuYPyL._AC_UF1000,1000_QL80_.jpgDans un écrit de 1835, Alexis de Tocqueville soutenait que les systèmes démocratiques sont structurellement inadaptés à la politique étrangère. Étant guidés par des cycles électoraux courts et une opinion publique changeante, les démocraties peinent à maintenir la cohérence et la patience nécessaires à une diplomatie efficace. «La politique étrangère», remarquait-il, «ne requiert presque aucune de ces qualités que possède une démocratie». La gestion de l’Iran par les États-Unis au cours des trente dernières années illustre de manière convaincante cette thèse.

Les origines structurelles de l’impasse actuelle remontent à 1953, lorsque les États-Unis, sur ordre du président Dwight Eisenhower, orchestrèrent le renversement du Premier ministre iranien élu démocratiquement, Mohammad Mossadegh (photo), à la suite de sa nationalisation de l’Anglo-Iranian Oil Company.

gettyimages-3271378_custom-cc0911069585193e1c2387c2b387882e8bf4554d.jpgLa restauration du régime monarchique, soutenue par un appui politique et par renseignement constant de la part des États-Unis, généra des revendications institutionnelles profondes qui contribuèrent à créer les conditions ayant précédé la Révolution islamique de 1979. Cet épisode établit un modèle d’engagement américain avec l’Iran, dans lequel les intérêts politiques et économiques à court terme étaient constamment privilégiés par rapport aux considérations stratégiques à long terme.

Un accord fonctionnel, abandonné

En juillet 2015, l’Iran et les États du P5+1 ont signé le Plan d’action conjoint global (JCPOA), qui imposait des restrictions vérifiables au programme nucléaire iranien en échange d’un allègement des sanctions. L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a publié plusieurs rapports confirmant que l'Iran s'y conformait. Selon l’accord, le délai estimé de breakout de l’Iran a été prolongé à environ douze mois.

Cependant, en mai 2018, l’administration Trump a annoncé qu’elle mettrait fin à la participation des États-Unis au JCPOA, malgré la certification de conformité de l’AIEA et les objections de tous les signataires européens. La motivation déclarée comprenait l’incapacité de l’accord à traiter le programme de missiles balistiques de l’Iran, bien que le retrait ait également été cohérent avec les engagements pris lors de la campagne présidentielle de 2016. En l’espace de douze mois, l’Iran a commencé à dépasser les limites d’enrichissement imposées par l’accord. Mi-2025, les stocks d’uranium enrichi de l’Iran avaient atteint des niveaux plus de 40 fois supérieurs à ceux prévus par le JCPOA.

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Le retrait de 2018 reflétait également l’influence d’acteurs externes sur la politique étrangère américaine. En mars 2015, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu intervint lors d’une session conjointe du Congrès américain, avertissant que l’accord avec l’Iran garantissait à Téhéran l’obtention d’armes nucléaires. Selon des reports, le Comité américain pour les affaires publiques israéliennes (AIPAC) aurait dépensé entre 20 et 40 millions de dollars pour s’opposer au JCPOA.

Les conséquences de la pression maximale

La campagne de pression maximale qui suivit le retrait reposait sur l’hypothèse que des sanctions économiques mondiales forceraient l’Iran à accepter un accord révisé et plus large. Les données empiriques ne soutiennent pas cette évaluation. L’Iran a progressivement accru sa capacité d’enrichissement. Ses stocks d’uranium enrichi sont aujourd’hui plus de 40 fois supérieurs à ce que permet le JCPOA.

Les attaques militaires de juin 2025 et février 2026 ont endommagé les installations, mais n’ont pas réussi à détruire le savoir-faire scientifique. En mars 2026, l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a confirmé que, bien que les bombardements récents n’aient pas réussi à détruire l’installation nucléaire de Natanz, les dommages importants l’avaient rendue inaccessible.

En outre, la Russie et la Chine ont renforcé leur alignement stratégique avec l’Iran, contestant formellement la validité juridique des sanctions que l’ONU avait réinstaurées. Le cadre en cinq points de la Chine sur la question nucléaire iranienne, élaboré en mars 2025, appelait à une résolution pacifique par le dialogue et au respect du droit de l’Iran à l’énergie nucléaire civile conformément au TNP.

Le coût de l’incohérence stratégique

L’incohérence de la politique de Washington vis-à-vis de l’Iran reflète la contrainte structurelle identifiée par Tocqueville: la gouvernance démocratique, sensible aux cycles électoraux, est mal équipée pour soutenir les engagements stratégiques à long terme requis par la diplomatie de non-prolifération.

Abbas_Araghchi_in_a_interview_with_khamenei.ir_(cropped).jpgLe ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi (photo), a souligné ce point de manière directe dans une interview de mars 2026, en observant que l’Iran avait négocié et conclu un accord, pour ensuite voir les États-Unis se retirer sans cause suffisante.

Téhéran a constamment exprimé sa volonté de s’engager diplomatiquement, participant à cinq cycles de négociations indirectes en 2025 et proposant officiellement de réduire ses stocks d’uranium enrichi comme mesure pour installer la confiance.

Le principal obstacle à la résolution n’est pas l’absence de flexibilité iranienne, mais l’incapacité de Washington à maintenir une position de négociation cohérente entre différentes administrations, une vulnérabilité qui sera encore une fois mise à l’épreuve par le prochain cycle électoral qui aura lieu en novembre.

vendredi, 17 avril 2026

L’Inde prépare la robotisation des usines, l’Italie veut de nouveaux esclaves

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L’Inde prépare la robotisation des usines, l’Italie veut de nouveaux esclaves

Augusto Grandi

Source: https://electomagazine.it/lindia-prepara-la-robotizzazion...

En Inde, certaines grandes usines obligent leurs ouvriers à porter de petites caméras. Ce n’est pas pour vérifier la qualité du travail, mais pour analyser avec une extrême précision chaque étape de l’activité, chaque mouvement de l’ouvrier. Simplement pour disposer d’une masse colossale de données à utiliser pour entraîner les robots. Destinés, bien entendu, à remplacer justement ces ouvriers qui servent de support aux caméras.

Au-delà de la sordide imposition à des employés d’une sorte de suicide professionnel, il est tout de même évident quelle  direction prend le monde du travail. De moins en moins d’hommes, de plus en plus de machines. Et pas seulement en ce qui concerne les ouvriers remplacés par des robots. Au contraire, le remplacement des activités administratives par l’intelligence artificielle sera encore plus facile et rapide.

Il est inutile de se faire des illusions en pensant pouvoir arrêter cette dérive. Le luddisme reste de toute façon une posture de vaincu. La seule exception victorieuse à l’encontre de cette tendance remonte à la phase déclinante de l’Empire romain et a, de toute façon, été limitée dans le temps.

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Mais si la substitution par les machines est inévitable, l’absence de perspectives pour l’après en est une caractéristique toute italienne. Le débat politique se concentre sur des questions inutiles, vieilles de 80 ans. C’est compréhensible, bien sûr, car pour parler de l’avenir, il faudrait au moins faire face au présent. Pas avec un jugement sur quelque chose qui, pour l’avenir, a autant de poids que les guerres puniques.

Et cela ne va pas mieux du côté des entreprises privées. Celles-ci ne se préoccupent pas de prévoir l’avenir, mais de demander des fonds publics pour le présent. Le reste du monde pense à des robots et à l’IA, en Italie (et ailleurs en Europe) on cherche à importer de nouveaux esclaves. Mais quand, malgré tout, les robots arriveront aussi en Italie, que ferons-nous de tous ces esclaves? Le revenu de citoyenneté pour tous? Évidemment en réduisant les sommes disponibles pour les Italiens. En réduisant les services de santé, en diminuant l’offre culturelle, en laissant la délinquance prospérer parce que les ressources pour la combattre ne seront pas là.

Mais les débats fondamentaux des petits juristes sur la constitution, la plus belle du monde, continueront à qui mieux mieux...

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L'élite n'est plus à l'abri: la «liste noire» est arrivée sur la table de Poutine

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L'élite n'est plus à l'abri: la «liste noire» est arrivée sur la table de Poutine

Alexandre Douguine

Le pays est en guerre depuis cinq ans, et la question de la révision des «élites», en grande partie façonnées durant les périodes les plus sombres de l'histoire russe récente — celle des années 1990 — sous le slogan «corruption, banditisme et vilenie» — mûrit depuis longtemps. Une question légitime se pose: à quoi devrait ressembler l'élite dirigeante de la Russie?

Où se trouvent les «réseaux» d'agents dormants ?

De nos jours, la question d'une «révision» et d'une «nationalisation» des élites russes est de plus en plus fréquemment soulevée. Et ici, bien que je sois d’accord avec la formulation même de la question, il est important de souligner que ces «élites» sont, bien sûr, très hétérogènes et inégales. Je connais personnellement de nombreux représentants de notre élite étatique, les plus importants du lot, qui sont des personnes d'une honnêteté irréprochable, des patriotes russes convaincus, guidés par des valeurs traditionnelles. C’est pourquoi il est hors de question de mettre tout le monde dans le même sac.

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De plus, à plusieurs reprises, je me suis retrouvé — et j’en ai parlé dans de nombreuses interviews — à constater que des personnes que le peuple perçoit comme peu recommandables, ni très fermes dans leurs convictions ni patriotes avérés, se révèlent, lorsqu’on les connaît de près, être des individus très cohérents, convaincus et de nature noble. Ce dont on ne peut parler si l’on ne les connaît pas personnellement ou si l’on ne les observe pas de loin. C’est pourquoi, depuis longtemps, je m’engage à ne pas donner de noms: on dit quelque chose, puis il s’avère que ce n’est pas du tout la vérité.

Dans ce sens, si l’on a réellement fourni à Vladimir Poutine des listes de l’élite dite «renaissante», cela signifie qu’il existe sans aucun doute des motifs concrets et une connaissance fiable à ce sujet. Bien entendu, en partant du principe que ces listes proviennent de personnes respectées, proches du chef de l’État. Dans ce cas, il n’y a aucune raison ni aucun argument pour ne pas leur faire confiance. Mais moi, personnellement, je ne mentionnerais aucun nom dans ce cas précis, car je me suis souvent convaincu que, parfois, les choses ne sont pas du tout ce qu’elles semblent être à première vue.

Je vais donner un exemple. Après le début de l’opération militaire, tout le monde craignait que notre maillon le plus faible soit l’économie, mais il s’est avéré que la faiblesse était ailleurs. L’économie, que tous considéraient comme le centre de la «sixième colonne» des libéraux dans notre État, ne nous a pas fait défaut. Et ceux en qui nous avions toute confiance, croyant qu’ils représentaient notre point fort, se sont avérés être tout le contraire. Nous ne savons pas avec certitude où se trouvent les «réseaux d'agents dormants», les réseaux d’influence. Peut-être ne sont-ils pas du tout là où nous le pensons. Et cela constitue une observation très importante.

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Sélection de l’élite : « corruption, banditisme et mesquinerie »

Mais, en général, il semble que notre élite, pour la plupart de ses représentants, soit inadéquate. De plus, la mentalité même de notre société est inadéquate, tout comme ont été inadéquates la préparation à une guerre aussi grave que celle d'Ukraine et sa gestion au cours de ces quatre années. Oui, nous tenons bon, nous gagnons, même si c’est avec beaucoup de difficultés et en affrontant constamment de nouveaux défis, il ne fait aucun doute: nous vaincrons. Mais il semble que l’on ne tire pas vraiment de conclusions des échecs passés.

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Ces gens changent simplement de poste et de domaine d’activité, sans jamais faire preuve de compétence. Après un échec dans un domaine, on leur en confie un autre, puis, comme prévu, ils échouent aussi dans celui-là, puis dans un troisième, et ainsi de suite. Et cela ne peut pas être ignoré.

Et une autre question très profonde et sérieuse, presque philosophique, surgit: quel type d’élite avons-nous besoin? Comment devons-nous la percevoir et quels critères devons-nous poser aux représentants de la classe dirigeante pour juger leur aptitude?

Tout cela est aujourd’hui donné pour acquis, mais cela n’est pas dit à haute voix ni a fait l'objet de réflexions. Et lorsqu’il s’agit d’un cas concret ou d’une personne, hors contexte, cela devient une véritable arbitraire. Quelqu’un n’aime pas une autre personne et commence à crier: «Untel est inadéquat, c’est la sixième colonne!». Et un autre se lance immédiatement à sa défense et commence à insulter l'autre: «Et toi, qui es-tu? Pourquoi dis-tu ça? Y a-t-il quelqu’un derrière toi?».

C’est pourquoi, tant que nous faisons face à des cas isolés, il est totalement impossible de résoudre un problème systémique. Peu importe si l’on enquête sur un ministère ou un autre, un fonctionnaire ou un autre.

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Par exemple, le ministre de la Défense, Andreï Removitch Belousov, s’est fixé comme objectif de résoudre les graves problèmes de son département. Et il les résout: de nouveaux cas et faits absolument horribles apparaissent, de nouvelles condamnations sont prononcées. Et bien que Belousov occupe ce poste depuis plusieurs années, le flux de ces histoires ne cesse pas. On pourrait croire que les écuries d’Augias ont été nettoyées et que l’on peut passer à l’étape suivante. Mais il s’avère qu’il faut des efforts et un temps incroyables pour cela.

Nous n’avons pas de critère sur ce que doit être notre élite. Mais ce n’est pas simplement qu’elle s’est «dégradée»: en réalité, elle s’est formée dans les périodes les plus sombres, dans les années 1990, selon le principe de la «corruption, du banditisme et de la mesquinerie» (en opposition à l’«efficacité, la moralité et le patriotisme»). Ce sont ces trois caractéristiques qui faisaient que les gens entraient dans l’élite. Les membres de l’élite devaient être corrompus, liés à la délinquance et incroyablement lâches pour obtenir des postes et les conserver. Bien sûr, il y avait aussi des exceptions parmi eux: des personnes honnêtes, une véritable classe de serviteurs et de patriotes qui servaient l’État malgré tout. Mais, en général, l’élite ne se formait pas selon le principe du service honnête. Et tout le monde le savait parfaitement.

dAylL7uH7Qd67X8TSaAUxY7v8x-1901470005.jpgAujourd’hui, on essaie de lutter contre cela, mais, à mon avis, avec un énorme retard et de manière incohérente. Quelqu’un est mis en lumière, puis une longue série de délibérations s’ensuit: faut-il l’amnistier? Même Tchoubaïs, qui a volé et ruiné le pays quand il était le chef de l’administration présidentielle, le ministre des Finances, le vice-Premier ministre, le directeur de RAO UES, le directeur de «Rosnano»… Il volait partout, détruisait tout et, à la fin, il s’est enfui. Il n’a subi aucune sanction et son affaire reste ouverte.

Et cela alors qu’on aurait pu arrêter plus tôt ce sinistre personnage qui a causé un tort idéologique et économique, et corrompu tout autour de lui. Maintenant, il dirige des centres de lutte contre la Russie du côté de nos ennemis, sans cacher qu’il a toujours été un ennemi. Peut-être n’y a-t-il plus d’affaires aussi flagrantes, mais il y a néanmoins beaucoup de personnes qui ne sont guère différentes de Tchoubaïs. Car c’est justement selon ce principe que l’élite s’est formée dans les années 1990.

Sans aucun doute, il s’agit d’une question systémique et non simplement d’un «renouvellement» personnel. Elle résulte de l’inertie d’une période sombre de dépendance à l’Occident, de l’inertie du capitalisme colonial que nous avons accepté sans esprit critique. Il faut faire quelque chose à ce sujet. Une transformation de la vision du monde de notre société est nécessaire, et cela doit commencer précisément par l’élite.

Nous y travaillons ou non? J’ai l’impression qu’à l’heure actuelle, c'est non. Même si cela aurait dû être fait depuis longtemps, pour l’instant, nous nous demandons seulement si cela en vaut la peine ou pas.

Quel type d’élite avons-nous besoin ?

C’est merveilleux quand de nouvelles initiatives émergent pour assainir l’élite. C’est la voix de personnes qui se soucient du destin de la Patrie, et j’aimerais que ce processus soit enfin lancé. Il faut établir de nouveaux critères: authentiques, compréhensibles et transparents. Qui a le droit et mérite de faire partie de l’élite dirigeante, et qui ne l’a pas. Et il faut juger non seulement selon des critères moraux, mais aussi selon l’efficacité, les qualités entrepreneuriales, le professionnalisme et la responsabilité. Parce que si l’on possède beaucoup, on est responsable de beaucoup. On est responsable devant tous. Et c’est précisément cette responsabilité qui manque clairement à toute la classe dirigeante.

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Si ces mesures marquaient le début d’une relance, je les soutiendrais avec ferveur, de tout cœur, et je participerais volontiers à l’élaboration des critères nécessaires pour mettre en selle la nouvelle élite. En revanche, si tout reste en demi-teinte — on enquête sur certains, on en destitue d’autres, ou plutôt on les transfère simplement à un autre poste —, cela signifiera que nous n’avons pas mûri et que nous ne comprenons pas la gravité du problème. Et ce serait très triste.

Mais je ne veux pas anticiper. Il s’est passé beaucoup de temps: ceux qui étaient en pleine forme au début des années 90 sont aujourd’hui des personnes âgées. Il est douteux que ceux qui ont été sélectionnés selon les anciens critères aient acquis en trente-cinq ans les qualités exigées par le tournant historique actuel de la Russie. Au contraire, il me semble qu’ils ont gaspillé leur énergie, et leurs enfants ne sont pas du tout préparés à recevoir le pouvoir: ils ne peuvent que dilapider ce que leurs parents ont réussi à arracher durant les années les plus folles.

La situation est très difficile. Je le répète, il faut commencer par les critères : définir comment doit être l’élite dirigeante de la Russie. Et ensuite, de manière précise, systématique, sans exceptions personnelles ni liens de clan, appliquer ces principes. Je pense qu’il est facile de les formuler:

- Premièrement, ils doivent être des personnes loyales envers l’État, c’est-à-dire des patriotes.

- Deuxièmement, ils doivent être extrêmement efficaces et responsables de leurs succès comme de leurs échecs. Ils doivent être les meilleurs; d’où le principe méritocratique.

- Troisièmement, ils doivent être honnêtes. Travailler pour l’État et accepter leur statut de gestionnaires, sans associer leur enrichissement personnel aux fonctions élevées.

Ces trois principes sont très simples. Il suffit de remplacer par eux les critères par lesquels on sélectionnait auparavant l’élite et qui sont toujours en vigueur: le manque de responsabilité, le manque de patriotisme et l’implication profonde dans la corruption. La corruption, l’occidentalisation, le libéralisme, l’irresponsabilité et le manque de responsabilité doivent devenir des tares inacceptables.

En résumé

Ce qui en 1990 était un laissez-passer gratuit pour entrer dans l’élite doit aujourd’hui devenir un laissez-passer pour vous envoyer dans des lieux complètement différents. Et il faut cultiver et surveiller les qualités opposées. Alors la société ressentira la justice et les choses dans l’État iront dans la bonne direction: nous commencerons enfin à créer nos propres processeurs, nos machines et pratiquerons une gestion sensée.

Nous avons un peuple très talentueux et un État merveilleux doté de ressources en grande abondance. Mais une élite systématiquement inadéquate, sans aucun doute, entrave notre futur développement historique.

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La guerre au Moyen-Orient : interprétations religieuses, métaphysiques et spirituelles

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La guerre au Moyen-Orient : interprétations religieuses, métaphysiques et spirituelles

Leonid Savin

L’agression des États-Unis et d’Israël contre l’Iran a levé le voile sur la dimension métaphysique du conflit: en son sein ont émergé clairement les contours des croyances religieuses, plus précisément, le choc de doctrines et d’idées métaphysiques. Et bien que chaque partie affirme avoir raison, tant dans la rhétorique politique qu’en invoquant l’histoire, les faits et les actions indiquent clairement que l’Iran est du côté du bien. En conséquence, Israël et les États-Unis deviennent automatiquement les forces du mal, même s’il est peu probable qu’ils soient d’accord avec cette interprétation.

Au niveau politique, les représentants de toutes les traditions abrahamiques — le judaïsme, le christianisme et l’islam — se sont retrouvés entraînés dans le conflit, et le contrôle de facto d’Israël sur les sanctuaires de ces religions — le Mur des Lamentations, le Temple du Seigneur à Jérusalem, ainsi que la mosquée Al-Aqsa — confère à ce conflit une spécificité particulière. Cette année, pour la première fois, il a été interdit aux musulmans d’entrer dans la mosquée d’Al-Aqsa pendant la célébration du mois sacré du Ramadan, bien que le traditionnel service religieux chrétien ait été maintenu dans le Temple de Jérusalem, où a eu lieu la cérémonie du Feu Sacré la veille de Pâques.

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Cependant, le monde chrétien (si l’on peut qualifier de chrétiennes les diverses confessions protestantes) s’est en fait trouvé divisé. Les chrétiens orthodoxes sont du côté de l’Iran. Auparavant, en 2024, dans sa lettre de félicitations au président iranien nouvellement élu, le patriarche Kirill de l’Église orthodoxe russe a déclaré que «nos peuples sont unis par le désir de préserver leurs traditions historiques, spirituelles et culturelles, ainsi que par leur engagement envers des principes moraux durables». Il s’est également exprimé avec beaucoup de chaleur à propos du nouveau guide suprême de l’Iran, l’ayatollah Moudjtaba Khamenei, élu après l’assassinat de son père dans le contexte actuel: « Frère bien-aimé! Je vous félicite chaleureusement pour votre élection par le Conseil des Experts iraniens au poste de Guide suprême du pays! Ce moment historique a été marqué par une dure épreuve personnelle liée à la mort de votre estimé père et de vos proches. Vous prenez la responsabilité de l’État et de ses citoyens en cette période dramatique, alors que l’Iran fait face à de nombreux défis existentiels».

Cependant, en Russie, les autorités spirituelles perçoivent clairement ce conflit comme un signe annonciateur de convulsions mondiales susceptibles d’affecter non seulement le Moyen-Orient et les États-Unis, mais d'autres régions du globe.

kiev-ukraine-celebration-liturgy-in-honor-of-the-baptism-of-rus-in-picture-id876963124-948212978.jpgÀ la veille du Dimanche des Rameaux, le patriarche Kirill a souligné que « nous croyons et espérons que la Protection de la Reine du Ciel, la Plus Pure, s’étendra sur la Russie. Et nous, croyants, en nous prosternant devant les sanctuaires que nous venons de mentionner, demanderons au Seigneur d’étendre Sa bénédiction sur notre pays, nos autorités et notre armée, sur notre président Vladimir Vladimirovitch. Afin que la Russie puisse véritablement aller de force en force. Pour que tout le potentiel de notre pays puisse se révéler aujourd’hui dans l’intérêt de notre peuple, pour le bien et la sécurité de notre Patrie et, bien sûr, pour la prospérité de notre Église martyre et confessante, qui vit peut-être le moment le plus inspirant et merveilleux de son histoire récente». 

Le rôle de la Russie dans cette déclaration du patriarche possède clairement un caractère messianique. Enfin, il est important de souligner qu’en orthodoxie chrétienne, le Messie juif est invariablement interprété comme l’Antéchrist, puisque le vrai Messie était Jésus-Christ, mais que les juifs ne l’ont pas compris. Et cela rapproche doctrinalement et théologiquement les peuples orthodoxes et chiites.

Les États-Unis, dont la direction depuis le XIXe siècle revendique ses racines chrétiennes et affirme l’idée de l’élection divine (la "Destinée Manifeste") et la construction d’une "Cité sur la Colline" (d’où leur politique imposée aux autres pays), ont commencé à soutenir activement Israël sous la présidence de Donald Trump. Tant durant la première que la seconde administration Trump, un grand nombre d’adeptes du sionisme chrétien — une vision du monde selon laquelle les chrétiens doivent soutenir Israël à tous les niveaux — ont émergé. Cela a conduit aux Accords d’Abraham, lorsque Washington a commencé à faire pression sur plusieurs pays arabes pour établir des relations diplomatiques avec Israël. C’est exactement ce qui sous-tend le soutien militaire actuel à Israël et les déclarations étranges de Donald Trump et de ses prédicateurs.

Et cela a provoqué une réaction négative de la part du chef du Vatican : Léon XIV a condamné les paroles du secrétaire à la Défense des États-Unis, Pete Hegseth, concernant la nécessité de violence contre les ennemis au nom du Christ, en affirmant que «Dieu n’écoute pas les prières de ceux qui font la guerre». Cela a conduit à des attaques de Trump contre le pape. En réponse, ce dernier a déclaré: «Je n’ai pas peur de l’administration Trump et je n’ai pas peur d’affirmer haut et fort le message de l’Évangile — qui, je crois, est la raison de ma présence ici, pour ce que l’Église sert. Nous ne sommes pas des politiciens, nous ne faisons pas de politique étrangère avec la même perspective qu’il a probablement, lui».

Cela suggère que les catholiques, du moins leurs hiérarques, se sont placés du côté opposé aux protestants radicaux qui soutiennent Israël.

La justification de Washington pour l’opération militaire renvoie clairement à une situation similaire à celle de l’Irak en 2003. À l’époque, sous le faux prétexte que le régime de Saddam Hussein possédait des armes de destruction massive, les États-Unis avaient lancé une campagne militaire sans qu'il ait eu une résolution de l’ONU, ce qui a conduit à des années d’occupation et à des millions de victimes civiles.

Comme aujourd’hui, cela a provoqué une division parmi les alliés des États-Unis: seul le Royaume-Uni a soutenu directement Washington, tandis que le reste des partenaires de l’OTAN s’y est opposé. George W. Bush, dans son discours, avait adopté un ton théologique en affirmant que «Dieu m’a dit d’attaquer l’Irak». Il est important de noter que les néoconservateurs qui soutenaient George W. Bush soutenaient activement Israël et prônaient une augmentation de l’aide américaine à ce pays.

Aujourd’hui, Trump déclare que «Dieu est du côté des États-Unis dans la guerre contre l’Iran». D’ailleurs, tant Bush que Trump sont protestants (Bush a été élevé dans l’Église épiscopalienne, mais s’est converti au méthodisme, et Trump appartenait à l’Église presbytérienne, bien qu’il ait plus tard déclaré être «un chrétien en marge des confessions»). Et il existe de nombreux partisans du sionisme chrétien parmi les protestants.

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L’État d’Israël lui-même, sous la direction de Benjamin Netanyahu, est clairement prêt à adopter des solutions radicales, mais depuis sa propre position. Des intentions répétées ont été exprimées pour détruire la mosquée d’Al-Aqsa afin d’y construire un Troisième Temple à sa place (projet, ci-dessus).

À cette fin, des vaches rouges américaines ont déjà été achetées, nécessaires pour le sacrifice rituel et sa « purification » avec les cendres du Mont du Temple. Les soldats de l’armée israélienne portent des écussons représentant un territoire qui couvre des parties de l’Égypte, de la Syrie, de l’Irak et du Liban actuels. Les purges dans la bande de Gaza et en Cisjordanie, ainsi que les bombardements du Liban, font partie d’une stratégie globale visant à établir une hégémonie régionale.

La saga du Démon

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La saga du Démon

Pierre-Emile Blairon

Ce présent article va évoquer un personnage, le Diable, ou Satan, ou le Démon, qui hante l’imaginaire des foules depuis des millénaires sans qu’elles n’aient jamais pu déterminer si cette entité est une réalité ou une affabulation destinée à effrayer les peuples crédules et à les maintenir dans la peur qui n’est jamais bonne conseillère et qui profite seulement à ceux qui la créent pour maintenir les masses sous leur domination.

Cet article est le troisième volet d’une série de quatre articles traitant :

- le premier des origines de notre humanité : « La Constante de Ninive, aux origines de l’Humanité », article daté du 21 mars 2026,

- le deuxième, de sa fin cyclique : « 2026, sommes-nous en train de vivre la fin d’un monde ? », article daté du 29 mars 2026, et

- le quatrième et dernier traitera des « convergences maléfiques », une alliance qui verra se regrouper les forces satanistes pour ce qu’elles espèrent être le dernier assaut final contre l’Humanité et la vie.

Le Diable est un menteur

C’est un argument d’ordre quantique: le Diable existe pour ceux qui y croient (de même qu’un objet, selon la physique quantique, n’existe que lorsqu’il est observé).

Nos élites mondialistes y croient, au démon, et les masses décérébrées qui les soutiennent aussi; et, là, c’est un argument d’ordre syllogique: «l’élite» croit que le Diable existe, donc, le Diable existe.

C’est en fait un sophisme: un argument faux qui a une apparence de vérité.

Je vous embrouille déjà; c’est l’un des talents cachés du démon: désorienter les humains et faire paraître le mensonge comme une vérité.

«Le diable est menteur et le père du mensonge», dit la Bible.

Et rappelons ce que disait Victor-Hugo: «Mentir, c'est la face même du démon; Satan a deux noms: Il s'appelle Satan et il s'appelle Mensonge».

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Le pacte avec le Diable

Cependant, les peuples commencent à se réveiller - très lentement - et à comprendre que le monde est sous l’emprise d’une secte sataniste bien réelle qui ne cache plus ses objectifs et ses méthodes et qui ne craint pas d’afficher au grand jour les noms, quelquefois célèbres, de ses adeptes, fiers de leurs crimes.

En effet, les «personnalités» du spectacle mais aussi de la politique et celles qui sévissent dans d’autres domaines où elles ont «réussi» financièrement semblent tenues par une loi qui, bien sûr, n’est pas écrite, qui impose aux adeptes du satanisme qui ont vendu leur âme au diable de manifester leur allégeance au démon partout où elles se produisent en public; les exemples sont nombreux; ils sont plus discrets dans le domaine politique; mais quand vous verrez certains hauts dirigeants ou certaines têtes couronnées composer des signes insolites, des figures géométriques avec leurs mains – la disposition de leurs doigts – vous pouvez supposer que ces personnes ont signé ce pacte.

Le progressisme, une diversion démoniaque

Pendant des siècles, en France, on a érigé Descartes comme le père de la raison; les petits Français ont été formés à l’école sous l’axiome du rationalisme et du scientisme depuis le milieu du XIXe siècle, le siècle de la science triomphante et de l’adhésion de la société à un schéma progressiste radieux.

En vérité, cette emprise du matérialisme et de la raison sur les consciences par la science et le progrès vers lequel les «élites» de l’époque poussaient les masses, cachait une vérité jusqu’alors occultée dont le dessein va à l’encontre d’un avenir heureux et bienveillant pour les peuples de la Terre. Ces derniers ont cru au bobard des «lendemains qui chantent» alors qu’il s’agissait, en réalité, de promouvoir l’accession de Satan au trône évoqué par le Christ, celui de Prince de ce monde, matériellement, concrètement: prince de notre planète.

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Retour vers l’enfer

Il s’avère qu’à un certain moment, le voile finit par se déchirer.

Toutes ces circonvolutions et ces périphrases sont enrobées comme des papillotes de Noël dans le «glamour» d’une société «jet-set».

4b8e210c1cad8bc2a0e6e52ac6b4effc.jpgUne société faite d’élégance et de distinction pour éblouir les masses toujours prêtes à applaudir leurs idoles de pacotille, mais il ne s’agit que de duplicité qui va fondre à la moindre anicroche comme neige au soleil.

Elles révèlent alors la vérité crue, la laideur et la noirceur de l’âme de ceux qui se travestissent pour vivre encore plus longtemps des artifices du mensonge et de la naïveté des foules.

Nous retombons sur Terre, dans le culte et l’invocation des anciennes divinités maléfiques qui demandent leur tribut de sang, d’horreur et de sacrifices humains, bien loin de la technoscience «soft» représentée par un vaisseau spatial tournoyant harmonieusement au rythme d’une valse de Strauss dans l’espace infini enfin conquis par les Terriens.

L’article du Dictionnaire des symboles consacré au Diable révèle son rôle et son but ultime:

«Le Diable symbolise toutes les forces qui troublent, assombrissent, affaiblissent la conscience et la font régresser vers l’indéterminé et l’ambivalent […] Il n’est jamais à court d’apparences [1], mais il est toujours le Tentateur et le Bourreau. Sa réduction à la forme d’une bête manifeste symboliquement la chute de l’esprit. Tout le rôle du diable est de déposséder l’homme de la grâce de Dieu pour le soumettre à sa propre domination».

6f27b0c09dcda1be77ba7fc80fd49d26.jpgCette secte sataniste, qui existe depuis des millénaires [2] (bien avant l’apparition des monothéismes – le Diable n’est pas une création des religions du Livre), a méthodiquement préparé son coup d’État mondial, qu’elle a appelé le «great reset» (la grande réinitialisation, employant un langage informatique pour faire moderne, «branché») précisément  à l’époque que nous vivons.

En effet, selon les plus vieilles traditions planétaires, le monde cyclique arrive à la fin d’un grand cycle et cette secte va saisir l’opportunité d’une plus grande vulnérabilité de l’ordre cosmique à ce moment précis de transition entre deux mondes pour prendre le pouvoir sur la planète.

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Un conglomérat d’entités en décomposition

La secte sataniste est à la fois le refuge et le ralliement de toutes les formes dégénérées de sociétés anciennes en voie de putréfaction.

Ce rebut de toutes les civilisations passées tente sa revanche dans ce moment unique que décrivait Antonio Gramsci: « le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres; pendant cet interrègne, on observe les phénomènes morbides les plus variés».

Cette lie de l’Humanité a été mise à l’écart des formes de vie saines et naturelles pour éviter leur contamination; mais, sur un autre plan, elle est aussi, dans sa version la plus aboutie, le produit de la collusion des anges rebelles rejetés du royaume des cieux et des prométhéens titaniques rejetés de l’Olympe qui vont se retrouver à la tête de la subversion contre les forces divines [3]).

En d’autres termes, il s’agit de l’alliance d’anciennes structures évoquées par toutes les mythologies traditionnelles constituées par le satanisme et le titanisme d’une part [4] et, d’autre part, par de nouvelles «inventions», qui sont tout aussi tout sataniques mais qui revêtent un caractère moderne, scientifique, telles que le transhumanisme, un mouvement pseudo-scientifique dont les recherches visent à rendre l’Homme immortel notamment par des interventions sur l’ADN, un cycle de recherches créé par les puissances d’argent qui, possédant tout, se désespèrent de ne pouvoir en profiter éternellement (sur Terre).

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Mouvement qui rejoint donc les buts du satanisme et du titanisme qui espèrent un jour non seulement égaler Dieu, mais le remplacer.

7625-Le-regne-de-la-quantite-et-les-signes-des-temps-Rene-Guenon-Heritage-3746420180.jpgRené Guénon nous prévenait de cette offensive dans son livre : Le règne de la Quantité et les Signes des Temps, page 172 :

«Où donc, dans un semblable état de l’ensemble humain et cosmique tout à la fois, pourrait-on bien trouver une défense tant soit peu efficace contre les ʺhordes de Gog et Magogʺ?

Ce n’est pas tout encore: ce que nous venons de dire ne représente en quelque sorte que le côté négatif des difficultés croissantes que rencontre toute opposition à l’intrusion de ces influences maléfiques, et l’on peut y joindre aussi cette espèce d’inertie qui est due à l’ignorance générale de ces choses et aux ʺsurvivancesʺ de la mentalité matérialiste et de l’attitude correspondante, ce qui peut persister d’autant plus longtemps que cette attitude est devenue pour ainsi dire instinctive chez les modernes et s’est comme incorporée à leur nature même».

Petit bémol à la toute-puissance de cette caste sataniste: elle ne peut agir que dans le cadre d’une opération matérialiste, n’ayant pas accès au monde spirituel (qui est la marque de la première fonction chez les anciens indo-européens [5]) ce qui réduit considérablement ses possibilités de nuisance.

Le diable est un diviseur

Les plus anciens d’entre vous ont sans doute joué comme moi au «diabolo», un jeu qui consistait à jongler avec un engin qui avait la forme d’un sablier en l’envoyant en l’air avec deux baguettes réunies par un fil. On l’appelait « diabolo » parce que ce jouet était divisé en deux parties égales.

b865d24f2155fd5449a711f34d8cf3d1-3271293715.jpgCe mot vient du latin diabolus, ce qui divise ou qui désunit.

Je décrivais dans l’article précédent les trois principales caractéristiques de l’action démoniaque: l’inversion des valeurs, le règne du mensonge et de la manipulation, la trahison des «élites».

Il en est donc une quatrième, encore plus sournoise que les trois autres parce que plus difficilement identifiable: la faculté de diviser, de diviser pour… régner. Et cette quatrième caractéristique est pourtant on ne peut plus clairement exprimée par celui l’utilise au grand jour et sans rien en cacher puisque cette faculté d’exercer cette manipulation basique porte son nom: diabolo.

Depuis des millénaires, les puissants qui ont régné sur ce monde ont pratiqué cette stratégie de la division sans que les masses ne se résolvent à adopter la seule attitude qui puisse leur permettre d’échapper à cette manigance: l’unité.

Le premier exemple qui vient à l’esprit est celui de la France dont la circulation sur les artères des grandes villes est perturbée en permanence, ses rues parcourues presque quotidiennement par des défilés où les diverses catégories sociales expriment leur désir de changement mais sans grand résultat; pourquoi? Parce qu’elles manifestent leur mécontentement chacune à leur tour, jamais ensemble.

Faut-il en déduire que les humains sont sous le joug du diable et des machinations de ses dévots depuis la nuit des temps et que rien ne pourra changer en France ou dans le monde ?

Sûrement pas. Nous pourrions bien assister au Grand retournement attendu par les primordialistes. Actuellement, les troupes des deux camps se rangent en ordre de bataille. Et, comme il s’agit d’une bataille ultime, il ne faudra pas se tromper de camp.

J’en traiterai dans le dernier volet de cette série : Les convergences maléfiques.

Pierre-Émile Blairon

Notes:

be96f99cc7346670a8651debc0aec77e.jpg[1] Les adeptes de la secte aiment se travestir en permanence; pensez aux shows des cérémonies d’ouverture et de clôture des derniers Jeux olympiques que la France a organisés, pensez à cette scène-culte du film « Eyes wide shut » où les participants d’un culte satanique sont masqués et déguisés et pensez aussi à cette curieuse habitude de notre président de la République qui ne cesse de changer d’accoutrement au gré de ses visites extérieures.

[2] René Guénon notait, dans son livre Le Règne de la quantité et les signes des temps : « … Aussi avons-nous parlé de ʺfissuresʺ par lesquelles s’introduisent déjà et s’introduiront de plus en plus certaines forces destructives; suivant le symbolisme traditionnel, ces ʺfissures" se produisent dans la "Grande Murailleʺ qui entoure ce monde et le protège contre l’intrusion des influences maléfiques du domaine subtil inférieur. […] À vrai dire, les tentatives de ces ʺentitésʺ pour s’insinuer dans le monde corporel et humain sont loin d’être une chose nouvelle, et elle remontent tout au moins jusque vers les débuts du Kali-Yuga [il y a environ 6400 ans, NDLR], c’est-à-dire bien au-delà des temps de l’Antiquité "classiqueʺ auxquels se limite l’horizon des historiens profanes».

[3] Voir mon article du 3 octobre 2023: La France, laboratoire de la Secte mondialiste et, plus récemment, Quelle est donc cette « civilisation judéo-chrétienne » à laquelle nous appartiendrions ? du 21 septembre 2025.

[4] Satanisme et titanisme: il s’agit, en fait, de la même entité, dont la racine (Satan-Titan, serait la même, selon le chercheur Daniel E. Gershenson).

[5] Voir mon livre La Roue et le sablier, p.160, Amazon, 2015.

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jeudi, 16 avril 2026

Quelques commentaires sur les récentes élections municipales en France

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Quelques commentaires sur les récentes élections municipales en France

par Georges Feltin-Tracol 

Les élections municipales des 15 et 22 mars 2026 sont terminées. Malgré le tropisme médiatique accordé aux communes les plus peuplées (Paris, Marseille, Lyon, Bordeaux, Toulouse, Nice, Strasbourg, Lille, Nantes), il paraît difficile d’en tirer des conclusions de portée nationale tant les situations diffèrent d’une municipalité à l’autre.

On peut cependant émettre deux observations générales qui confirment le contexte chaotique ou de transition, voire d’avant-guerre, dans lequel nous sommes dorénavant plongés : un éclatement inouï de la donne politique et la montée inexorable de l’abstention.

La réforme du mode d’élection dans les communes les moins peuplées imposant la sotte parité et abolissant le panachage ainsi que la rature des candidats explique en partie la forte abstention du premier tour: 42,90% au lieu de 36,45% en 2014 (on oubliera les élections de 2020 marquées par la mystification covidinguienne). Notons que cette année, 68 communes françaises n’ont pas ouvert de bureau de vote, faute de liste présentée ! En 2020, on en recensait 106 et six ans plus tôt 64…

La désaffection des électeurs se comprend en outre par l’effacement du pluralisme: 68% des communes n’offraient qu’une seule liste élue d’office dès le premier tour avec 100% des suffrages exprimés. La présence de deux listes ne concernait que 25% des communes, ce qui n’a pas empêché la hausse de l’abstention et le fort accroissement des votes nuls et des bulletins blancs. Dans Le Monde (du 27 mars 2026), le chercheur Pierre-Henri Bono précise que le nombre de listes uniques dans les communes de 3500 à 5000 habitants est passé de 12% en 2008 à 31% cette année. Si l’on élargit le critère démographique des communes entre 1000 et 20.000 habitants, il relève un phénomène plus massif encore: 32% en 2014 et 48% cette année! Le désintérêt des électeurs n’en est que plus flagrant.

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Ce désaveu civique accentue la fragmentation de l’actuelle offre politique. Certes, le PS conserve Paris, Le Printemps marseillais divers-gauche la cité phocéenne et les Verts Lyon, mais la gauche municipale perd des symboles historiques tels Clermont-Ferrand. L’alliance LR–macroniste remporte la mairie auvergnate aux mains des socialistes depuis 1944. Accédant au second tour grâce à 11,29% des voix, la liste RN s’effondre à 3,64%. Ses électeurs se reportent en masse vers le candidat du bloc central par hostilité compréhensible envers l’édile socialiste sortant qui préférait mieux combattre la section locale du Bastion social et des identitaires que les trafiquants de drogue implantés dans certains quartiers de sa pauvre ville.

Le PS perd aussi des municipalités dans le Nord, en banlieue parisienne et en périphérie lyonnaise au profit de LFI mélanchoniste (Saint-Denis, Roubaix, Sarcelles, Vaulx-en-Velin). Vieille terre communiste, Vénissieux tombe aussi! La mobilisation permanente des quartiers de l’immigration en faveur des candidats de Jean-Luc Mélenchon a payé. Les notables socialistes se font «grands-remplacés». Tant mieux! On ne les pleurera pas!

Quant au RN, il faut ici distinguer la majorité des candidats des cadres et autres responsables nationaux. La voie vers l’Élysée en 2027 s’annonce plus difficile que prévue. En effet, le RN ne conquiert ni Marseille, ni Toulon, mais il gagne deux secteurs marseillais (les 5e et 6e, donc les IXe, Xe, XIe et XIIe arrondissements). Les métropoles confortent leur vive hostilité envers le parti de la flamme tricolore: 7,07% pour l’UDR Alexandre Dupalais à Lyon, 5,20% à Grenoble avec Valentin Gabriac, 7,02% à Bordeaux pour Julie Rechagneux, 7% à Strasbourg pour l’excellente Virginie Joron. En revanche, le RN s’implante dans les villes moyennes: Menton, Vierzon, Carcassonne, Rognac, La Seyne-sur-Mer, etc. Diverses municipalités RN sont reconduites dès le premier tour avec brio (77,71% à Hénin-Beaumont, 62,22% à Moissac). On notera la perte de Villers-Cotterêts au second tour alors que le maire sortant élu en 2014 et réélu en 2020, Franck Briffaut (photo), adhérent au FN dès 1977, ne sollicitait pas un nouveau mandat.

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La poussée frontiste se concrétise dans les villes moyennes. Par exemple, dans les Monts du Beaujolais situés dans le département du Rhône, l’assistant du député RN Jonathan Gery de la circonscription voisine, Rémy Berthoux, devient le maire de Thizy-les-Bourgs. Le cas est intéressant. Le 1er janvier 2013, cinq communes limitrophes fusionnent à l’initiative du maire de Thizy, Michel Mercier, sénateur centriste, président MoDem du conseil général du Rhône et ministre de la Justice de 2010 à 2012. Cette commune nouvelle se trouve dans la 9e circonscription du Rhône tenue par le LR Alexandre Portier. La liste RN réalise au second tour en triangulaire 46,36%. Les «Bo-Bo» lyonnais n’en dorment toujours pas!

itrages.jpgLa presse locale a évoqué la première mairie d’extrême droite du département de la Loire. Commune rurale de la plaine du Forez, Chalain-le-Comtal ne présente qu’une seule liste à l’initiative de Tom Rieu (aucun rapport a priori avec Damien Rieu). Employé agricole de 23 ans, le nouveau maire a été le suppléant du candidat RN aux législatives de 2022 et de 2024 dans la 2e circonscription de la Loire (Saint-Étienne Sud intra muros). Il quitte le RN après la condamnation de Marine Le Pen sur les assistants parlementaires européens. Il rejoint alors Identité–Libertés de Marion Maréchal. Son engagement public lui vaut 178 votes sur 586 inscrits sans omettre 7,51% de bulletins nuls et 8,87% de votes blancs. Les journalistes pensent que quatre à cinq autres communes de la Loire auraient maintenant des maires encartés au RN et à l’UDR.

On a vu que les agglomérations sont rétives aux candidats du RN. Pourtant dans la préfecture de la Loire, Saint-Étienne, après une éclipse survenue en 2020 (9,24% au premier tour), le RN devient avec huit conseillers municipaux la principale opposition à la nouvelle équipe communale socialiste–verte–communiste–Place publique. Au soir du 15 mars, le RN arrivait déjà en deuxième position derrière l’alliance de gauche et devant les quatre listes de droite et de centre-droit (18,97% et 8212 voix exprimés). Or, par rapport aux résultats de 2014, le RN perdait néanmoins 688 suffrages. Toutefois, arrivé deuxième lui a procuré un vrai dynamisme puisqu’au soir du 22 mars, le RN a réalisé 26,68%, 11.786 suffrages, soit un apport supplémentaire de 3574 voix ! Ce résultat ne devrait pas étonner. Dès le premier tour de la présidentielle de 1995, la Loire plaçait en tête Jean-Marie Le Pen à l’instar de six autres départements (Haut-Rhin, Bas-Rhin, Moselle, Var, Bouche-du-Rhône et Vaucluse). Le FN faisait de si bons résultats qu’au début des années 2000, des rumeurs couraient autour du parachutage électoral éventuel de Bruno Gollnisch sur la ville aux sept collines ou dans ses environs immédiats (Saint-Chamond et la vallée du Gier ou la vallée ouvrière de l’Ondaine).

Bien que non victorieux, le succès le plus brillant revient sans la moindre contestation possible à Jean-Eudes Gannat à Segré-en-Anjou-Bleu en Maine-et-Loire. Le 15 février 2016, sans aucune mention au cours de la campagne électorale de 2014, quinze communes s’unissent dans une commune nouvelle d’une superficie de 242 km². En comptant les bois de Vincennes et de Boulogne, la superficie de Paris fait 105 km². Lyon couvre près de 48 km² et Marseille s’en approche avec environ 241 km². Arrivée troisième et dernier lors de l’unique tour de scrutin, Jean-Eudes Gannat fait 21,72%, soit 1517 voix. Sa liste obtient sept conseillers municipaux et envoie deux représentants à l’intercommunalité.

imajegges.jpgDans un environnement difficile car la commune nouvelle se trouve dans la 7e circonscription, fief d’un député MoDem de la majorité présidentielle, Jean-Eudes Gannat suscite la sympathie des électeurs. Il profite de son statut d’enfant du pays comme d’ailleurs Tom Rieu qui bénéficie en outre d’un autre atout non négligeable: Chaloin-le-Comtal vote largement pour les candidats RN.

Jean-Eudes Gannat apporte la preuve magistrale qu’une démarche radicale réfléchie ne révulse pas toutes les franges de l’électorat. Son succès relatif risque cependant de lui attirer la vindicte de Thémis qui, pour avoir retransmis la sinistre réalité sur les réseaux sociaux, pourrait lui valoir une exécution provisoire et la privation durable de ses droits civiques, civils et de famille, car il est bien plus dangereux qu’un violeur d’enfant ou un trafiquant de drogue. Si sa liste courageuse réussit dans un milieu assez défavorable, pourquoi son exemple n’inciterait-il pas d’autres militants à l’imiter dans des zones bien plus propices à l’Opposition nationale, populaire, sociale, identitaire et européenne par exemple en Ardèche septentrionale autour d’Annonay qui a quand même élu un député UDR, et en Haute-Loire? Avis aux bonnes et fermes volontés, imitons les exemples de Tom Rieu et de Jean-Eudes Gannat pour l’échéance municipale de 2033 !

Ne soyons donc pas pessimistes ! Il est dès à présent certain que des maires élus sans étiquette sont en leur for intérieur de sensibilité nationaliste-révolutionnaire ou identitaire, nous en connaissons plusieurs dans le Massif Central, dans le Morvan ainsi que dans le Jura.         

GF-T

  • « Chronique flibustière », n° 187, d’abord mise en ligne sur Synthèse nationale, le 6 avril 2026.

La guerre en Iran reconstruit-elle accidentellement l'Empire ottoman?

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La guerre en Iran reconstruit-elle accidentellement l'Empire ottoman?

Les Ottomans n'ont pas dominé le monde uniquement par la conquête. Ils ont dominé en contrôlant les routes commerciales terrestres eurasiatiques et de vastes parties de la Méditerranée. La guerre en Iran pourrait être en train de positionner la Turquie pour reconstruire cette même combinaison.

Depuis des décennies, le détroit d'Ormuz transportait près de 20% de l'approvisionnement mondial en pétrole et en GNL. La guerre en Iran a créé une ouverture pour des routes alternatives — et la Turquie se trouve à l'intersection de plusieurs options plausibles:

- Le gaz turkmène via la Trans-Caspienne dans le réseau TANAP — à travers la Turquie vers l’Europe, en contournant entièrement le Golfe.

- Le pipeline Irak-Turquie étendu jusqu’à Bassora — pouvant transporter jusqu’à 1,5 million de barils par jour vers les marchés méditerranéens, hors de portée iranienne.

- Le gaz qatari via l’Arabie saoudite, la Jordanie, la Syrie et la Turquie — directement vers les terminaux de GNL européens, entièrement par voie terrestre.

Pendant 400 ans, l’Empire ottoman se trouvait au carrefour de l’Est et de l’Ouest, non pas parce qu’il avait tout conquis, mais parce que tout ce qui avait de la valeur passait par là. Si ces trois routes sont établies, une part importante de l’énergie circulant du Golfe vers l’Europe transiterait par le territoire turc.

Les Ottomans comprenaient cette formule: contrôler les routes, contrôler le commerce. Et ils la soutenaient avec une marine qui, à son apogée, dominait la Méditerranée. La Turquie est en train de reconstruire cette même combinaison.

41 navires de guerre sont en cours de construction simultanément, et 120 navires avec 15.000 personnels ont récemment achevé l’exercice Blue Homeland-2026 sur trois mers. Cette flotte croissante permet à la Turquie de projeter sa puissance à travers la Méditerranée orientale — une région déjà encombrée par des intérêts énergétiques concurrents.

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Pourquoi cela importe-t-il ?

La Méditerranée orientale devient un hub gazier en soi.

- De grandes découvertes de gisements (Leviathan, Tamar, Aphrodite, Zohr) ont transformé Israël, l’Égypte et Chypre en fournisseurs potentiels pour l’Europe.

- Ces pays développent des terminaux de GNL offshore et des pipelines sous-marins.

- 98 % du commerce extérieur israélien dépend de la navigation en Méditerranée — y compris sa capacité à exporter du gaz.

La Turquie cherche désormais activement à dominer cette mer. En se positionnant à la fois comme un corridor énergétique et comme une puissance navale en Méditerranée orientale, Ankara pourrait, à terme, influencer qui expédie quoi, où et selon quelles conditions.

Source:

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Le super-continent n’est pas euro-atlantique!

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Le super-continent n’est pas euro-atlantique!

Cristi Pantelimon

Source: https://www.facebook.com/profile.php?id=100005135564621

Nous sommes en 2019, sous le premier mandat de Trump. À mi-chemin d’un demi-siècle depuis la « pivotation » des États-Unis vers l’Asie (Obama), qui sent que quelque chose se passe et doit freiner la montée de la puissance asiatique.

En février 2012, le futur président chinois, Xi Jinping, revient des États-Unis et retourne en Chine, en faisant deux escales: en Irlande et en Turquie…

Recep Tayyip Erdogan, suite à la dernière escale de Xi, se rend en Chine, d’abord dans la province d’Urumqi, sans suivre l’exemple de Charles de Gaulle au Québec: il parle d’« une seule Chine », et non d’une région ouïgoure libre… bien qu’auparavant il ait eu des positions en faveur de ce séparatisme-là.

Les contacts entre la Turquie et la Chine s’intensifient énormément d’un point de vue économique.

Pour la Chine, l’Asie ne se limite pas à l’Asie du Sud-Est. L’Asie s’étend jusqu’à la Méditerranée. Ainsi, le Moyen-Orient fait partie de l’Asie. Ce Moyen-Orient produit exactement la quantité de pétrole dont ont besoin les géants économiques asiatiques (Chine, Inde, Japon, etc.), et seul l’Asie centrale et le Moyen-Orient peuvent la fournir.

La Chine, qui dans les années 80 était autosuffisante en matière de consommation de pétrole, est aujourd’hui le plus grand importateur mondial de cet hydrocarbure. Parce qu’elle connaît une croissance soutenue.

China_Oil_Imports_2022-3553076723.pngLa Chine a dépassé les États-Unis tant en importations qu’en exportations de la zone du Golfe depuis 2006-2009. Il ne s’agit pas seulement de pétrole, mais de tous types de biens.

La croissance est si forte que les Américains ne savent plus comment penser stratégiquement cette nouvelle réalité.

Habitués aux jeux à somme nulle, ils pensent que ce que la Chine gagne, ils le perdent.

Même un Iranien-américain comme Vali Nasr partage cette opinion. Et il croit aussi que les alliés asiatiques des États-Unis demanderont aux Américains d’intervenir pour empêcher la Chine de couper leurs sources d’approvisionnement en pétrole du Moyen-Orient !

71SG5YW45TL._SL1500_-3765126421.jpgVoici une grave défaillance de perception. Les alliés des États-Unis, dont parlait Nasr il y a moins d’un dixième de siècle (dans son livre The Dispensable Nation, 2013), sont désormais irrémédiablement attirés, comme des satellites, par la force gravitationnelle de la Chine. Ils vont naturellement se détacher des États-Unis et s’aligner sur d’autres orbites. Rien n’est éternel sous le Soleil.

La puissance du Super-Continent peut résider dans le potentiel démographique énorme de toute cette zone et, implicitement, dans sa tendance au «traditionalisme».

Une synergie eurasiatique n’est pas seulement une «intégration économique». La plupart des représentations parlent uniquement d’investissements et de chiffres. Il s’agit plutôt d’un potentiel qui se trouve justement «de l’autre côté» de la modernité.

Une Europe « pré-moderne » aurait eu pratiquement un potentiel de croissance infini. La modernité typiquement occidentale l’a démographiquement et civilisationnelement bloquée.

Il y aurait encore beaucoup à dire…

La guerre actuelle au Moyen-Orient concerne aussi le blocage des relations entre l’Occident et l’Orient du Super-Continent, où la Chine et l’Europe sont des piliers. Les Américains en sont conscients et le disent ouvertement, comme à leur habitude:

«L’Europe et la Chine se trouvent à mi-chemin l’une de l’autre: elles sont situées aux antipodes de l’Eurasie. A elle deux, elle représentent les noyaux de civilisations contrastées; leur relation est marquée par un héritage complexe ou se juxtaposent distance culturelle et passé impérial.

Cependant, elles partagent le même continent et une histoire de contacts importants, même s'ils ont été intermittents, avec peu de barrières géophysiques entre elles. En tant que deux des plus grandes zones de production et de technologie dans le monde en dehors des États-Unis, elles partagent également de fortes attractions économiques mutuelles. Pour qu’un supercontinent eurasiatique à portée mondiale naisse, l’Europe et la Chine devraient en être les piliers de soutien » (Nasr, p. 178).

mercredi, 15 avril 2026

Iran et la souffrance du monde unipolaire - Guerre, hégémonie et résistance multipolaire

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L'Iran et la souffrance du monde unipolaire

Guerre, hégémonie et résistance multipolaire

Alexandre Douguine

Alexandre Douguine affirme que Trump a brisé les illusions diplomatiques et a exposé la nature brutale de l'hégémonie américaine, faisant du conflit avec l'Iran une lutte décisive pour l'avenir du multipolarisme.

Entretien avec Alexandre Douguine sur Sputnik TV dans l’émission Escalade.

Modérateur : Commençons par parler de l’Iran. Dernières nouvelles du ministère des Affaires étrangères de la République islamique: le porte-parole, Esmaeil Baghaei, a déclaré tout à l’heure que Téhéran a déjà répondu aux propositions des médiateurs internationaux pour un cessez-le-feu.

Parallèlement, nous assistons à un processus parallèle: l’ultimatum de Donald Trump, qui expire aujourd’hui, 6 avril. Comme d’habitude, le président américain menace l’Iran "de l’enfer" si ce dernier ne consent pas, et exige la réouverture du détroit d'Ormuz.

Que se passe-t-il actuellement sur le plan diplomatique entre Washington et Téhéran? Malgré le fait que l’Iran ait récemment souligné qu’aucune négociation n’était en cours, nous voyons maintenant des signes clairs qu'il y a mouvement et un cadre possible pour un accord, prétendument préparé via le Pakistan et la Chine. Comment évaluez-vous cette situation ?

Alexandre Douguine: Il y a tellement de désinformation sur cette guerre qu’il est extrêmement difficile de faire confiance aux déclarations de quiconque. Nous voyons comment les négociateurs sont assassinés pendant le processus, et chaque accord est immédiatement violé. Il semble qu’il soit même plus dangereux de négocier avec Israël ou les États-Unis — peut-être même plus que de ne pas négocier. Je pense que les Iraniens l’ont déjà compris.

Le fait que Trump ait osé publier, lors de Pâques, un message obscène montre avec qui nous avons affaire. Le jour même où les catholiques célébraient la résurrection du Christ, le président américain écrivait que ce mardi, l’Iran subirait la destruction de ponts et de systèmes énergétiques. Je cite: «Vous n’avez jamais vu ce qui arrivera mardi». Ensuite, une exigence profane pour rouvrir le détroit, et une menace directe: «Vous, traîtres, bâtards, vous vivrez l'enfer». Enfin, une déclaration totalement blasphématoire: «Que Dieu bénisse le Président DONALD J. TRUMP».

C’est une citation littérale de son message sur Truth Social. Même beaucoup d’analystes américains ont vu en cela des signes d’une évolution clinique rapide: aucun président américain n’a jamais parlé ainsi à ses ennemis ou à ses alliés. Cela montre qu’il y a une mépris total pour sa propre religion comme pour les sentiments d’autrui.

Nous sommes face à des circonstances diplomatiques sans précédent. Il n’y a plus d’engagements, de lignes rouges, de normes ou de règles. Ce que nous vivons, c’est une agressivité dure, brute, totalement infernale, où aucun mot ne pèse.

1f9a8d95ab629184c07b15f191ed0fe4.jpgCertains pourraient dire qu’un événement extraordinaire se produit, alors que je soutiens qu’il ne s’agit en réalité d’aucun changement fondamental. Si l’on regarde comment les États-Unis se comportaient sous les présidents précédents, ils étaient diplomatiques, polis, respectaient les règles. Bien sûr, leur comportement actuel est sans précédent: une sorte de «bête» occupe maintenant la Maison-Blanche. Mais il est important de souligner que les Américains ont toujours agi ainsi. La présentation était différente; le noyau restait le même.

Le monde occidental, dirigé par les États-Unis, a toujours cherché à renforcer son hégémonie, et lorsqu’il a commencé à faiblir, il a utilisé tous les moyens: diabolisation des adversaires, violence brute, et justifications fallacieuses. Trump n’a rien changé en substance dans la politique américaine. Il a simplement laissé tomber le «voile humain», la façade diplomatique. Ses méthodes, ses ultimatums, son style de négociation diffèrent peu de ceux de ses prédécesseurs, qu’ils soient de droite ou de gauche.

Trump gère une sorte de pornographie politique: il enlève tous les masques et dit: «Regardez, c’est comme ça – c'est brutal et c'est cru». Certains aiment ça, d’autres non, mais nous avons basculé vers un langage direct, de rue, dans les relations internationales. En même temps, le cœur de la politique américaine n’a pas changé.

Nous espérions que Trump changerait cette politique, qu’il se concentrerait sur les problèmes intérieurs de l’Amérique. Mais il ne l’a pas fait. Les problèmes internes s’aggravent rapidement; rien ne s’améliore — tout empire. Sur le plan extérieur aussi, il n’y a pas de changement, sauf dans la façon dont les actions sont présentées, et, si l’on veut, dans une forme étrange, inquiétante, d’honnêteté.

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Trump incarne la «franchise» de l’agresseur. Il parle franchement: «Je vais vous tuer comme des chiens. Que vous soyez coupables ou non, peu importe — je vais tout détruire. Je vais vous écraser, vous aplatir. Je vais contrôler votre pétrole et nommer vos dirigeants. Vous n’êtes rien, vous êtes mes esclaves, et si vous résistez, vous serez des rebelles». Il agit ainsi envers tout le monde — mais en réalité, c’est ainsi que tous les présidents américains des dernières décennies se sont comportés. Je le répète: la forme a radicalement changé, mais l’essence est restée la même.

Et c’est cela qui est le plus dangereux: Trump n’est rien de fondamentalement nouveau dans l’histoire américaine. Il poursuit la même politique agressive, hégémonique, unipolaire, mais sous une autre forme. D’où l’ultimatum contre l’Iran demain. Trump envisage-t-il vraiment de détruire tout le système énergétique du pays? Nous savons que les Américains ont une certaine supériorité aérienne; leur faculté de contrôler est considérable. Nous pouvons prévoir des opérations terrestres sur des îles et des bombardements massifs.

Je pense qu’il ne reste que peu d’espoir que les négociations aboutissent. Les Iraniens ne vont pas accepter la défaite et ne vont pas se soumettre à la brutalité d’un agresseur sanguinaire — ils ne peuvent tout simplement pas agir autrement par leur nature. Probablement, ils continueront leur propre «projet chiite énergique». Les chiites ont souvent perdu sur le plan matériel dans l’histoire, mais ils ont survécu pendant des siècles dans des conditions terribles.

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Pour eux, l’éthos de Karbala est déterminant: la volonté d’accepter une défaite terrestre pour une supériorité spirituelle immense, comparable aux premiers martyrs chrétiens. C’est une culture particulière du sacrifice et de la persévérance. Et si Trump confronte cette société avec une brutalité aussi ouverte, elle ne répond pas par la peur, mais par une cohésion et un courage exceptionnels. La population iranienne héroïque est aujourd’hui unie contre le mal pur et sans mélange qui émane de l’Occident.

Modérateur : Le jour de Pâques chrétienne occidentale, de tels messages apparaissent particulièrement symboliques et omineux. Revenons à votre thèse selon laquelle Trump aurait simplement mis de côté la politesse et commencé à parler «plus honnêtement», tout en restant dans le schéma familier de la politique impériale américaine.

Mais ne vous semble-t-il pas qu’une telle franchise réduit drastiquement son espace de manœuvre? Après tout, ce genre de «franchise» en diplomatie pourrait aliéner même les partenaires américains qui ont toléré l’hégémonie de Washington pendant des décennies, tant qu’elle était enveloppée dans la rhétorique plus douce de ses prédécesseurs. Trump ne se pousse pas lui-même à l’isolement, ne se prive-t-il pas de la capacité d’utiliser le «soft power» que d’autres présidents manœuvraient si habilement ?

Alexandre Douguine: Oui, absolument. Cette manière d’être franc aliène beaucoup de gens et suscite une forte opposition. Cela concerne à la fois les démocrates et une part importante de ses anciens supporters du mouvement MAGA, qui croyaient sincèrement en ses promesses de revenir aux valeurs traditionnelles et de rejeter toute guerre d'agression. Aujourd’hui, Trump repousse un grand nombre de personnes — des Américains et Européens ordinaires et même jusqu’à certains globalistes.

9780525563570-208651469.jpgDe plus, regardez ce que disent en ligne les idéologues du néoconservatisme — plus exactement Kristol et Kagan. En substance, Trump incarne désormais leur propre programme: une hégémonie américaine ouverte, sans honte, dans sa forme la plus dure. Après tout, ils ont toujours voulu la guerre avec l’Iran, la pression sur la Russie, un rôle réduit pour les partenaires européens de l’OTAN, et l’agressivité permanente dans la région du Pacifique. Pourtant, même ces théoriciens du «poing de fer» reculent d’effroi face à la manière dont Trump la met en œuvre. Ils disent: «Nous voulions cela, mais la manière sauvage et brutale dont cela est exécuté discrédite nos propres plans». 

Ce qui est frappant: même ceux qui ont formulé le programme actuel de la Maison Blanche n’acceptent pas la sauvagerie avec laquelle il est mis en œuvre. Je me demande souvent: pourquoi? S’il se comportait un peu plus prudemment, plus calmement, et surtout plus décemment — du moins dans les limites du protocole diplomatique minimal — il pourrait éviter de nombreux problèmes au sein de son propre camp, parmi ceux qui se tiennent du même côté que lui.

Pourquoi ne le fait-il pas ? Je pense que la seule raison réside dans un manque de temps. Trump cherche à achever un certain programme mondial d’ici 2028, en voulant ignorer tous les obstacles. Pour l'essentiel, il adhère à une politique d’accélération — une théorie philosophique et politique visant à accélérer artificiellement le temps historique et social. Il ne prête aucune attention aux détails, fonce à toute vitesse, et avance les yeux fermés vers la réalisation de ses objectifs, malgré l’opposition colossale de tous côtés.

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Mais quels sont ces objectifs? Peu à peu, une logique claire et cohérente commence à se dessiner dans le comportement de Trump — aussi monstrueuse soit-elle.

Le premier point est la restauration de l’influence affaiblie des États-Unis en Amérique du Nord. Nous voyons cela dans la pression qui a été exercée sur le Venezuela et sur Cuba, dans le conflit intense avec le Mexique et la Colombie. Trump veut établir un contrôle direct sur l’Amérique Latine dans l’esprit d’une Doctrine Monroe renouvelée, qu’ils ont ouvertement déclarée dans leur nouveau concept de sécurité nationale.

Le deuxième point est la restauration d’un contrôle total sur le Moyen-Orient par le biais de son proxy, Israël. Il peut être long de débattre qui en est le véritable initiateur — Washington ou Tel-Aviv — mais l’objectif est clair: détruire les principaux pôles de souveraineté dans le monde islamique. La cible numéro un ici est l’Iran. Et en deuxième position se trouve la Turquie. Une guerre contre elle est déjà intégrée de facto dans leurs plans pour la prochaine étape.

Ensuite (nous sautons le troisième point — vous comprendrez pourquoi): le quatrième objectif de la présidence de Trump dans ce cadre est une guerre inévitable avec la Chine dans la région du Pacifique. Pékin est son concurrent le plus fondamental. Le plan de Trump est simple et terrifiant: gagner toutes les petites guerres précédentes pour pouvoir déclencher à la fin de son mandat une guerre stratégique à grande échelle contre la Chine.

Et voici venir ce troisième point manquant: que faire avec la Russie? Après tout, la Russie est aussi l’un des pôles les plus puissants du monde multipolaire. Et ici, Trump diverge fondamentalement des globalistes. Trump croit que la Russie, en soi, n’est pas un problème fatal pour lui. Il espère que Moscou acceptera finalement ses conditions — par exemple, ouvrir son espace aérien aux missiles américains visant la Chine via le Pôle Nord, et ne pas intervenir dans la dernière étape du réagencement mondial.

Si la Russie résiste, ils prévoient de la mettre sous pression depuis l’Europe: provoquer une escalade militaire autour de Kaliningrad ou intensifier les frappes sur les infrastructures énergétiques et les ports. Nous encaissons déjà de telles attaques, qui sont clairement soutenues par des opérateurs américains. Trump pense que nous pouvons être contraints au statut de vassal, en interprétant à tort notre volonté de négocier comme une faiblesse et une capitulation. Si la Russie ne cède pas, elle sera encore davantage sous pression — mais pour lui, ce n’est pas une fin en soi, seulement l’élimination d’un obstacle.

En revanche, pour les globalistes et les libéraux, la Russie apparaît comme l’adversaire le plus dangereux, celui qu’il faut détruire en premier. C’est là la différence clé entre les deux catégories d'adversaires que nous avons en face de nous. Par conséquent, à la troisième étape, Trump ne veut pas dépenser d’efforts inutiles: il ne fait pas de gestes grandioses en soutien à l’Ukraine, croyant que nous serons de toute façon éliminés. Pour lui, la cible principale est la Chine.

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En combinant tous les quatre points, nous observons une stratégie visant à préserver fondamentalement un monde unipolaire en détruisant tous les autres pôles de souveraineté: la Russie, l’Iran et la Chine. Les principaux coups sont dirigés contre notre prestige et notre indépendance, car les Américains comprennent que si nous résistons et devenons plus forts, le reste du monde nous suivra.

Et ici, derrière ce qui semble être le comportement erratique de Trump, émerge une logique claire et cohérente. C’est une guerre totale contre le monde multipolaire, une lutte pour préserver l’hégémonie occidentale par la destruction séquentielle — je suis précis quand je dis "séquentielle" — des adversaires. Chaque nouvel acteur dans la file reçoit une fausse promesse qu’il ne sera pas affecté. D’abord, ils disent: «N’intervenez pas au Venezuela et à Cuba». Ensuite: «Nous nous occuperons de l’Iran; cela ne vous concerne pas». Puis: «Nous soumettrons la Russie, et vous, la Chine, attendez — car nous vous respectons».

La stratégie est simple: une fois que nous, d’une manière ou d’une autre, cesserons de représenter une force souveraine et d’affirmer notre souveraineté, Washington tournera toute sa force contre la Chine. C’est une politique rationnelle, bien qu’exprimée dans des termes hystériques, d’une brutalité inhumaine et d’une agressivité infernale. Ce qui se dresse devant nous, c’est un plan — une stratégie qui pourrait être soutenue par un État encore plus profond que celui que Trump a promis de combattre.

Trump lui-même, avec son accélérationnisme et sa manière d'agir particulière, se révèle simplement être un instrument de l’agonie monstrueuse du monde unipolaire. Et cette agonie est extrêmement dangereuse. Beaucoup d’entre nous croyaient que la domination occidentale était déjà du passé et que la multipolarité était un fait accompli. Mais il semble que nous étions tout aussi pressés que l'était Francis Fukuyama avec sa théorie de «la fin de l’histoire».

Le monde multipolaire n’est pas encore advenu — la lutte pour celui-ci se déroule actuellement. Si nous résistons et que nous l’emportons, l’humanité gagnera le droit à un avenir multipolaire. Mais nous devons garder les yeux ouverts: dans cette bataille, nous avons aussi une chance de perdre.

Animateur: Une question de notre auditeur: "Alexandre, comment évalues-tu la probabilité que Donald Trump puisse utiliser des armes nucléaires dans le conflit avec l’Iran? Et qu’a voulu dire précisément le président américain quand il a promis à Téhéran ‘un véritable enfer’?" 

fba0ab23a779b153f8b94da793143d1b.jpgAlexandre Douguine: Je ne pense pas que Trump menace aujourd'hui directement l’Iran avec des armes nucléaires, même si leur utilisation ne peut être exclue. Alors que nous n’avons parlé que de la préparation à des tests nucléaires, les États-Unis ont déjà commencé à en effectuer — cela montre une fois de plus à quelle vitesse ils mettent en œuvre leur politique. Washington et Israël sont techniquement capables d’une telle étape, mais pour l’instant, «l’enfer pour l’Iran», dans la compréhension de Trump, prend une forme différente.

Ce à quoi cela fait principalement référence, c’est à la destruction totale de l’infrastructure industrielle et logistique de l’Iran: ponts, centres de transport et installations énergétiques. Cela implique des bombardements massifs, des frappes de missiles de tous côtés, et probablement le début d’une opération terrestre visant à forcer l’ouverture du détroit d’Ormuz.

Cependant, la question de l’utilisation d’armes nucléaires reste ouverte. Si les événements ne se déroulent pas selon le scénario américain, alors à la prochaine étape d’escalade — et l’intensité continue de croître — l’arsenal nucléaire pourrait être mis en jeu. Je ne pense pas que cela arrivera demain, mais le seuil pour l’utilisation de la force a été dangereusement abaissé.

Animateur: Une autre question concerne la capacité des États-Unis à soutenir un conflit prolongé. De nombreux experts et analystes calculent déjà le coût de l’opération actuelle: selon certains rapports, les dépenses en munitions seules ont dépassé cinq milliards cinq cents millions de dollars dans les premiers jours. Il est affirmé que les stocks de certains types de missiles – comme les interceptor Patriot et la munition de précision guidée – s’épuisent plus rapidement que l’industrie de la défense ne peut les reconstituer.

Dans quelle mesure l’Amérique est-elle réellement prête pour une guerre longue et épuisante si la voie diplomatique échoue et si l’Iran ne répond pas à l’ultimatum de Trump ? Washington dispose-t-il de ressources suffisantes pour maintenir un tel niveau d’escalade sans compromettre sa capacité de combat dans d’autres régions ?

Alexandre Douguine: À mon avis, l’Amérique est techniquement prête pour une guerre longue – peut-être même plus longtemps que beaucoup de gens ne le pensent. Malgré le «brouillard de la guerre», les États-Unis possèdent d’énormes ressources pour mener un conflit massif et prolongé contre l’Iran. Cependant, une telle stratégie entraînera inévitablement d’importantes conséquences politiques à l’intérieur même des États-Unis.

Nous voyons comment le nombre d’opposants à Trump augmente rapidement. Pour lui, une guerre qui dure longtemps représente un grand risque, notamment si l'on tient compte des élections de mi-mandat qui auront lieu cet automne, le 3 novembre. Toute prolongation des hostilités jouera contre lui sur le plan intérieur. C’est pourquoi la préparation technologique de Washington pour une guerre longue n’est qu’une chose, mais la stabilité politique dans de telles conditions en est une autre.

Animateur: Nous avons discuté en détail de la stratégie mondiale de Donald Trump pour son mandat actuel. Et voici ce qui est remarquable: en ce moment, au cœur d’un conflit à grande échelle au Moyen-Orient, nous assistons à une restructuration sans précédent de la hiérarchie des commandants militaires américains.

Pourquoi Trump prend-il un tel risque en changeant de cap en plein milieu d’une guerre avec l’Iran ? S’agit-il d’une partie du même plan pour démanteler «l’État profond», ou y a-t-il une autre nécessité purement militaire derrière cela?

92022365-14077417-image-a-11_1731499950559-1607553557.jpgAlexandre Douguine : Au sein de la direction américaine, notamment dans le domaine militaire, il existe de nombreux opposants qui ne sont pas d’accord avec ce que Trump fait ou la manière dont il le fait. Ces militaires sont plutôt des personnalités équilibrées et prudentes. Mais lorsque Trump a renommé le Département de la Défense en «Département de la Guerre» et a nommé Pete Hegseth – un sioniste chrétien radical, un fanatique avec une idéologie proche de celle des skinheads – à la tête de ce département, les généraux américains ont été profondément inquiets.

Ces gens ont vécu plusieurs guerres; ils ne sont pas faibles, ce sont des mondialistes et des partisans de l’impérialisme américain. Mais même eux ont vu que quelque chose d’aussi radical n’avait jamais été fait auparavant. Même Joe Kent, ancien chef du comité contre le terrorisme, qui a personnellement participé aux opérations américaines au Moyen-Orient, a réagi avec indignation. Ni lui ni les généraux de haut rang limogés ne sont opposés au pouvoir américain; au contraire, ils pensent que les actions de Trump sapent ce pouvoir.

Ici, nous voyons une situation similaires à celle qui interpelle certains néoconservateurs dont nous avons parlé plus tôt dans la présente émission. Trump met en œuvre leur programme, mais les théoriciens eux-mêmes regardent horrifiés les méthodes avec lesquelles il est exécuté. Il cherche à renforcer l’hégémonie, tandis que l’armée – qui a consacré sa vie au service de cette hégémonie – est horrifiée par les méthodes et les résultats. Cette opinion est largement répandue. Il est également important de noter que parmi ceux qui ont été congédiés se trouvait le chef du corps des chapelains: ce qui se passe aujourd’hui à la Maison-Blanche relève d'une véritable frénésie mise en scène par de soi-disant évangéliques.

7f1e46e2190cf4ae8f9b4670bed6e207.jpgIl s’agit d’un groupe de fondamentaux protestants extrémistes, principalement baptistes et calvinistes, convaincus que nous vivons la fin des temps. Pour eux, les combats et les opérations militaires autour d’Israël signifient la Seconde Venue de celui qu’ils appellent Christ. Bien sûr, cela n’a rien à voir avec notre Seigneur Jésus-Christ, mais ils utilisent le même nom. Dans leur modèle, ce «Jésus protestant» devrait arriver presque dans des soucoupes volantes pour sauver les «néo-nés».

Dans cette vision dispensationaliste du monde, les principaux ennemis déclarés sont les Iraniens, les musulmans et les Russes. À la Maison-Blanche, ils pratiquent désormais ouvertement lerurs rituels: parler en langues imaginaires et différentes, crier des phrases incompréhensibles, bénir frénétiquement Trump et le qualifier de nouveau messie. Les chrétiens traditionnels – surtout les catholiques, mais aussi des protestants plus rationnels et mesurés – sont horrifiés par ce qui se passe dans les couloirs du pouvoir et dans le nouveau «Département de la Guerre».

cb1c50ba7e10023c72d72d227e08c69b.jpgÀ la place des anciens responsables émergent des maniaques patentés et des fanatiques possédés, qui hurlent et se tordent d’hystérie. Ils flattent Trump sans vergogne, le déifient et le qualifient de la seconde incarnation de Dieu. Ce n’est plus de la politique, ni même une religion au sens habituel : c’est une force obscure et extatique qui a pris le contrôle du pays le plus puissant du monde.

Et bien sûr, dans cette situation, Pete Hegseth tente d’introduire cette eschatologie pseudo-religieuse, toute en fureurs, directement dans l’armée américaine. Cela va à l’encontre de la logique et de la mentalité des officiers de carrière, qui la rejettent complètement. C’est pourquoi le chef du corps des chaprlains, le major général William «Bill» Green, a été démis de ses fonctions, tout comme des généraux de troupes combattantes, dont le chef d’état-major Randal George. Ils ne sont pas d’accord avec Trump, mais pour lui, cela fait partie de sa propre logique.

Auparavant, il animait une émission où, après chaque segment, il pouvait danser en agitant des pilons de poulet. Mais aujourd’hui, quand nous disons que des clowns dirigent le monde, il ne s’agit plus simplement de comédiens sanglants comme Zelensky. Nous faisons maintenant face à des figures bien plus terrifiantes. Après avoir joué dans son «Trump show» – cette parodie bon marché et répugnante de «The Muppet Show» – Trump terminait généralement chaque épisode par la phrase: «You are fired». Et il renvoyait effectivement un employé de sa société. C’était le point culminant: «Tu es viré – dehors!». Peu importait que vous ayez fidèlement servi et fait tout ce qui était demandé.

Maintenant, il a amené ce spectacle à la Maison-Blanche. Si quelque chose ne lui plaît pas – «You are fired». C’est ainsi qu’il a traité la procureure générale Pamela Bondi, qui avait été sa fidèle avocate, couvrant ses scandales et mentant sans relâche, ce qui a provoqué une haine généralisée à son encontre. Récemment, il lui a dit: «You’re fired, ma’am». En d’autres termes: dégage! Il traite Kristi Noem de la même manière, et il agit de même avec les généraux des troupes combattantes. Pour lui, ce n’est qu’une extension de l’écran de télévision, où de vraies personnes et le destin de pays entiers ne sont que des accessoires pour son spectacle sans fin.

Pour Trump, se débarrasser de quelqu’un ne se limite pas à un simple geste; il n’a même pas besoin d’une raison. Vous pouvez lui être loyal à l’infini, vous pouvez vous prosterner devant lui et satisfaire tous ses caprices, mais dès qu’il y a un changement dans sa tête, il sort sa phrase emblématique: «Tu es viré». C’est exactement ainsi qu’il traite maintenant les généraux en pleine campagne contre l’Iran, ce qui suscite une vague croissante de ressentiment au sein de l’armée.

736c07cc11812378c52cd0385db4e4d0.jpgEn même temps, toutefois, la logique dont nous avons parlé plus tôt devient de plus en plus claire. Il semble que la situation réelle en Occident soit bien plus critique que ce que nous imaginons. Ils sont, en fait, suspendus à un fil. Si les structures mondiales de gouvernance ont conféré le pouvoir à un homme qui agit de cette manière — rapidement, en avançant à toute vitesse, en ignorant toutes les conventions — alors ils n’ont tout simplement pas d’autre choix. Il n’y a plus de temps pour les illusions libérales, pour les façades humanitaires ou pour parler de droits de l’homme. Trump ne fait même plus semblant d’y croire. Tout se résume désormais à une chose: «Détruisez tout sur notre passage, car notre pouvoir a été ébranlé, et nous devons le conserver».

Les véritables forces qui gouvernent l’Occident ont décidé que c’est précisément ce genre d’instrument dont ils ont besoin en ce moment. Plus tard, Trump sera blâmé pour tout et accusé de tous les péchés possibles. S’il ne s’est pas déjà éloigné de ce monde d’ici là, lui et son entourage — ces sadistes corrompus comme Kushner, Witkoff et d’autres avec des réputations complètement compromises — seront traînés devant les tribunaux et expédiés derrière les barreaux. Tout son entourage sera soumis à une punition massive et démonstrative. Mais la tâche sera accomplie: en les utilisant, ils tentent de consolider une hégémonie en train d’effondrer.

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Et c’est, à mon avis, la seule explication rationnelle de ce que nous voyons à l'oeuvre. Ces licenciements brutaux et humiliants, même de collaborateurs des plus loyaux — c’est son mode de fonctionnement par défaut. Il ne se contente pas de licencier; il cherche à écraser et à humilier. Nous avons vu comment il a expulsé Pamela Bondi (photo), qui était son ombre et son bouclier; nous avons vu comment il a traité Kristi Noem. C’est aussi ainsi qu’il traite les Européens: pour lui, ils ne sont pas des alliés, mais des esclaves, qu’il ne se donne même plus la peine d’encourager.

Pour l’instant, Trump évite de fâcher la Russie et la Chine en ne leur adressant pas de telles insultes personnelles directes, mais il est clair qu’il pourrait les frapper toutes deux à tout moment. Pour lui, ce n’est pas un problème. Et il existe une certaine logique à cela: apparemment, ce n’est que par une hégémonie aussi brutale, accélérée et extrêmement agressive que l’Occident peut préserver son ordre unipolaire.

Ils n’ont tout simplement pas le temps de créer des illusions, de maintenir la politesse envers des «vassaux nobles». Il n’y a plus de temps pour le libéralisme, les droits de l’homme et autres pseudo-valeurs qui, autrefois, servaient de couverture à la même dictature dure. Les forces mondiales ont choisi un homme capable d’accomplir cette mission sale et impopulaire — pour l’humanité tout entière et pour la société américaine elle-même — aussi rapidement et impitoyablement que possible. La véritable mission de Trump, longtemps dissimulée derrière le faste de son spectacle, devient de plus en plus claire: c’est une dernière tentative désespérée pour maintenir le monde sous le contrôle d’un seul maître.

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Aujourd’hui, j’ai même publié un post à propos de ma conversation avec Tucker Carlson, qui a eu lieu il y a exactement deux ans. À l’époque, la campagne électorale complète de Trump n’avait pas encore commencé, et nous supposions que son principal adversaire serait Biden. Nous avons discuté avec Tucker de l’avenir, et il a admis que ce qu’il craignait le plus était l’influence des néoconservateurs sur Trump.

Lorsque nous avons abordé les perspectives d’un monde multipolaire, Carlson a fait une pause un instant et a dit: «Je pense que Trump n’acceptera pas la multipolarité». À cette époque, Carlson le soutenait encore, le voyant comme un défenseur des valeurs traditionnelles et un opposant au libéralisme. D’ailleurs, Tucker avait alors une vision très négative du nationalisme ukrainien et espérait que Trump ferait évoluer la position des États-Unis en notre faveur. Néanmoins, il avait déjà ses doutes concernant la multipolarité.

Aujourd’hui, Tucker Carlson s’oppose ouvertement à Trump aux États-Unis, même s’il a été l’un de ceux qui l’ont aidé à accéder au pouvoir. Maintenant, Tucker affirme ouvertement qu’il n’a jamais compris qui Trump allait devenir. Il croyait en lui, partageait ses idées, mais Trump a trahi le mouvement MAGA et ses supporters. Beaucoup d’entre eux sont désormais en opposition, bien que Tucker soit encore occasionnellement invité à la Maison-Blanche malgré ses critiques.

Déjà à l’époque, Carlson prévoyait que Trump aurait des problèmes avec le monde multipolaire. Et pourtant, la multipolarité est la seule forme d’un ordre mondial véritablement juste et la seule voie pour mettre fin à l’hégémonie occidentale. La majorité de ceux qui soutenaient initialement Trump étaient d’accord avec cela: ils voulaient simplement que l’Amérique occupe une place digne dans ce nouveau monde. Mais à un moment donné, Trump a déclaré la guerre à la multipolarité. Et ce n’est plus un mensonge, ni un geste accidentel, ni une crise nerveuse. C’est le cœur de sa politique — une lutte impitoyable contre le monde multipolaire.

Comment cela pourrait-il se terminer? Soit Trump infligera des dégâts critiques à la multipolarité, repoussant ce processus de plusieurs décennies — un scénario qui n’est pas à exclure, étant donné son agressivité extrême. Soit, au contraire, ses mesures extrêmement dures accéléreront l’effondrement de l’hégémonie occidentale, générant chaos et division au sein de l’OTAN, et pouvant même conduire à une guerre civile aux États-Unis eux-mêmes. Les enjeux ont été portés à leur maximum: Trump a mis tout sur la table, et nous, les défenseurs du monde multipolaire, sommes obligés d’en faire autant. Dans ce jeu, il est impossible de rester en marge — ceux qui ne participent pas laissent simplement les autres décider à leur place.

58258ef828deced5955da6a2d2c47809.jpgTrump mise tout pour préserver l’hégémonie des États-Unis à tout prix. Et nous n’avons d’autre choix que d’accepter cette logique d’escalade. Il n’y a pas de moyen d’y échapper. On parle beaucoup maintenant de négociations, mais les Iraniens — un peuple grand et fier avec une histoire millénaire, avec les empires achéménide et sassanide — peuvent-ils vraiment accepter le rôle de « misérables esclaves » que Trump leur assigne? Je ne peux pas l’imaginer. Même une petite nation ne supporterait pas un tel ton, alors une grande civilisation l'acceptera encore moins.

Trump n’a pas besoin de négociations. Son ultimatum à l’Iran est un avertissement clair à la Chine et à nous: «Voilà ce qui vous arrivera si vous osez résister». C’est une guerre directe contre nous, et nous ne pouvons pas rester de simples spectateurs. Il est impossible de faire comme si rien ne se passait au Venezuela, à Cuba ou au Moyen-Orient, pendant que des attaques sous sanctions sont menées contre notre territoire, et que nos ports et pétroliers sont bloqués.

Nous sommes maintenant au troisième des stades sur les quatre du plan de Trump. À la fin, il y aura une guerre avec la Chine. Pékin espère retarder ce moment, mais les Américains frapperont quand cela leur conviendra. En ce moment, l’Iran est ce qui se trouve entre la Chine et le destin des autres, et entre nous et le destin du Venezuela. Trump semble croire que nous n’oserons jamais utiliser notre arsenal nucléaire, et c’est pourquoi il garde pour Washington le droit de décider quand et comment la force doit être utilisée. Soit il ne nous considère pas comme une menace fatale, soit il fait habilement semblant, en remettant à plus tard le règlement final.

Animateur: L’Iran aujourd’hui donne l’exemple à beaucoup: nos concitoyens admirent sincèrement la façon dont Téhéran résiste avec ténacité à une pression énorme. En conclusion, je voudrais aborder la question des attaques contre les infrastructures, mais cette fois-ci en relation avec notre propre région.

Très récemment, il y a seulement quelques jours, une tentative d’attaque terroriste contre le gazoduc TurkStream a été empêchée. Et voici une évolution importante : plusieurs pays — la Russie, la Turquie, la Hongrie et la Serbie — ont convenu de créer une coalition pour assurer la sécurité physique de ce pipeline.

N’est-ce pas une réponse directe à la politique agressive de l’Occident et, en particulier, aux méthodes dans lesquelles les États-Unis pourraient être impliqués ?

Alexandre Douguine: Je suis convaincu que cela ne peut pas être une initiative des Ukrainiens. L’Ukraine n’est qu’un instrument soumis, un exécutant technique de la politique américaine. Il est évident que le sabotage des pipelines Nord Stream servait les intérêts de Washington. Maintenant, face au blocus du détroit d’Ormuz, les États-Unis tentent de créer une situation dans laquelle la Russie ne pourra pas bénéficier d’une forte hausse des prix de l’énergie. Les attaques contre notre infrastructure et nos ports sont une initiative directe des États-Unis.

Quant à la coalition pour protéger TurkStream, avec tout le respect dû à ses participants, nous devons comprendre à quel point leur souveraineté est limitée. Si les Américains décident de faire exploser ce pipeline, ils le feront sans prêter attention aux alliances qui protègent soi-disant les États européens semi-vassaux. En cas extrême, ils remplaceront simplement les gouvernements si ceux-ci s’avèrent trop persistants.

La situation est critique. Il est une chose de lutter contre l’Ukraine ou même contre l’Union européenne, et une tout autre de faire face aux États-Unis, qui les soutiennent. Bien qu’il puisse sembler que Washington hésite à entrer dans un conflit direct, toutes les décisions fondamentales y sont prises. Sous Trump, seule la façade a changé; l’essence reste la même: une hégémonie rigide et impitoyable.

Nous devons reconnaître la nature radicale de ce moment. Et l’Iran offre un exemple qui vaut la peine d’être suivi. Aujourd’hui, l’humanité est confrontée à un choix brutal: soit vous êtes l’Iran — c’est-à-dire, la résistance —, soit vous êtes Hitler sous une nouvelle forme de nazisme américain et israélien, contre lequel le monde se dresse aujourd’hui dans toute sa force.

Il n’y a pas de troisième voie dans cette escalade.

 

Géopolitique du chaos contrôlé: théorie des jeux, empires en déclin et longue marche vers un monde multipolaire

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Géopolitique du chaos contrôlé: théorie des jeux, empires en déclin et longue marche vers un monde multipolaire

par Mario Pietri

Source: https://www.sinistrainrete.info/articoli-brevi/32736-mari...

Il existe un fil rouge – subtil mais implacable – qui relie le langage apparemment erratique de la politique étrangère américaine contemporaine, la posture stratégique de la Russie dans la guerre d’usure en Ukraine et la tension systémique croissante qui traverse les voies énergétiques mondiales: ce fil, c’est la théorie des jeux appliquée à la géopolitique de l’effondrement.

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La leçon du professeur chinois Jiang Xueqin (photo), expert en stratégies prédictives – ou, pour employer une définition plus fidèle à sa pensée, selon une sorte de « psycho-historien » contemporain mêlant théorie des jeux, cycles historiques et intuitions systémiques – ne part pas de slogans mais d’un postulat structurel: ce qui apparaît comme du chaos est souvent une forme sophistiquée de rationalité non linéaire, une séquence de mouvements qui, observés à court terme, semblent incohérents, mais qui, sur le long terme, dessinent une tentative délibérée de repositionnement systémique. Dans cette optique, la politique de Donald Trump envers l’Iran – depuis les menaces explicites de ramener le pays « à l’âge de pierre » jusqu’à la possibilité, évoquée à plusieurs reprises, d’une invasion terrestre malgré les limites opérationnelles évidentes (environ 50.000 hommes sur le théâtre d’opérations du Moyen-Orient, dans un contexte géographique extrêmement favorable à la guérilla) – ne serait pas le fruit d’une impulsivité, mais d’une stratégie disruptive: briser les chaînes d’approvisionnement mondiales pour les reconstruire autour du périmètre nord-américain, notamment par un recours délibéré à la déstabilisation comme levier systémique.

Le point névralgique, dans ce schéma, est le détroit d’Ormuz, par lequel transite environ 20% du pétrole mondial: sa déstabilisation n’affecte pas seulement le Moyen-Orient, mais génère un choc systémique qui touche le Japon (dépendant à plus de 75% des importations énergétiques du Moyen-Orient), l’Inde, l’Europe et même la Chine elle-même.

Ce n’est pas un hasard si des institutions financières telles que J.P. Morgan ont envisagé des scénarios d’épuisement des stocks mondiaux en l’espace de quelques semaines en cas d’escalade. À cela s’ajoute une crise moins visible mais tout aussi stratégique: celle des engrais (phosphates, urée, soufre), sans lesquels la production agricole mondiale subit des contractions immédiates, et celle de l’hélium et du soufre industriel, éléments clés pour les semi-conducteurs et les infrastructures d’IA, dont les besoins croissent de manière exponentielle alors même que les conditions matérielles pour les satisfaire commencent à se détériorer.

Dans ce contexte, la logique devient claire: détruire l’interdépendance mondiale pour reconstruire une dépendance sélective. Si le Moyen-Orient cesse d’être une plaque tournante stable, le monde est contraint de se tourner vers ceux qui possèdent des ressources alternatives et des capacités logistiques: l’Amérique du Nord et la Russie. C'est là qu'intervient le paradoxe stratégique américain: un pays dont la dette publique a dépassé les 39.000 milliards de dollars ne peut survivre que si le reste du monde continue à financer cette dette en achetant des bons du Trésor. Mais pourquoi le faire? La réponse, selon le professeur, est brutale: parce qu'il n'y a pas d'alternative, si l'accès aux ressources fondamentales passe par Washington, même si cela implique une subordination économique croissante pour les alliés et les partenaires.

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C'est la transition d'un ordre fondé sur la finance vers un ordre fondé sur les ressources, l'industrie manufacturière et le contrôle des chaînes logistiques. Le « Nouvel Ordre Mondial » post-1991 – celui de George H.W. Bush, de la mondialisation financière, du multiculturalisme et de la sécurité garantie par les États-Unis – est progressivement remplacé par une vision néo-souverainiste, ancrée dans l’identité, l’autosuffisance et la préparation à un conflit prolongé. Le paradigme MAGA, dans cette lecture, n’est pas seulement un slogan électoral, mais un projet de reconfiguration impériale.

Parallèlement, la Russie évolue sur un axe convergent mais autonome. La guerre en Ukraine n’est pas conçue comme un conflit rapide, mais comme une guerre d’usure destinée à durer 10 ou 20 ans, un laps de temps suffisant pour transformer l’économie russe en un système pleinement militarisé et résilient. Moscou a déjà démontré une remarquable capacité d’adaptation: d’importateur de drones iraniens à exportateur vers Téhéran, dans un cycle de production qui alimente le conflit lui-même.

Cette stratégie trouve ses racines dans la pensée géopolitique d’Alexandre Douguine et dans la doctrine de la «Troisième Rome»: une idée de civilisation alternative à l’Occident libéral, fondée sur la cohésion, la religion et l’identité.

Alors que l’Occident est perçu comme pris au piège de crises internes – sociales, politiques et culturelles –, la Russie se présente comme le noyau d’un bloc autosuffisant, capable d’intégrer des ressources énergétiques, agricoles (l’Ukraine représente environ un tiers de la production mondiale de blé selon certaines estimations agrégées) et industrielles, en construisant une plateforme de résilience tournée davantage vers l’Orient que vers l’Occident.

Voilà pour la thèse du professeur: deux empires qui, conscients de la fin de l’ordre mondial actuel, se préparent à survivre en construisant des « forteresses » autosuffisantes, avec la possibilité – et c’est là le point le plus controversé – d’une convergence tactique entre les États-Unis et la Russie pour contenir l’ascension de la Chine.

Mais c’est précisément sur ce point que s’impose une lecture dialectique.

L’idée d’un réalignement russo-américain se heurte à une réalité qui apparaît de plus en plus évidente : l’irréversibilité du déclin systémique des États-Unis. Il ne s’agit pas d’une évaluation idéologique, mais d’une succession de données structurelles. Sur le plan international, Washington a progressivement érodé sa crédibilité: de l’expansion de l’OTAN malgré des engagements informels contraires, aux guerres fondées sur des hypothèses qui se sont révélées infondées (Irak 2003), jusqu’à l’utilisation sélective des sanctions comme arme géopolitique. Dans ce contexte, tout accord avec les États-Unis est perçu par Moscou comme intrinsèquement instable.

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Sur le plan militaire, le discours sur l’invincibilité a été ébranlé par une série d’événements: la vulnérabilité des bases stratégiques, les difficultés des systèmes antimissiles face à des attaques ciblées, et une exposition logistique croissante dans des scénarios complexes. L'hypothèse d'une invasion terrestre de l'Iran, avec un territoire vaste et montagneux et une population hautement mobilisable, ne constituerait pas une démonstration de force, mais le risque concret d'un désastre stratégique, avec des effets internes potentiellement dévastateurs pour une société déjà traversée par des tensions latentes.

Les fragilités internes sont encore plus importantes. L’autosuffisance énergétique américaine, souvent proclamée, est remise en question par l’épuisement progressif des gisements de pétrole de schiste, dont la durabilité est estimée à quelques années seulement pour de nombreux bassins.

Sur le plan agricole, les données indiquent des niveaux de semis à leur plus bas niveau historique depuis 1912, un signe inquiétant pour un pays qui a également fondé sa sécurité sur les exportations alimentaires.

À cela s’ajoutent une tension sociale croissante, qui pourrait être exacerbée par un conflit extérieur prolongé, et une pression financière qui limite les investissements dans des secteurs critiques tels que l’intelligence artificielle et les infrastructures numériques, alors même que les capitaux étrangers – notamment en provenance du Golfe – commencent à se réduire, notamment en raison de dynamiques internes telles que le ralentissement du marché immobilier à Dubaï et une prudence croissante dans les investissements à forte intensité énergétique comme les centres de données.

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Dans le même temps, la Chine a consolidé une supériorité industrielle difficilement rattrapable à court terme, tandis que le système BRICS s’apprête à offrir une alternative structurée à la domination du dollar, fondée sur des ressources réelles et sur une intégration financière progressive qui pourrait réduire drastiquement la demande mondiale de dette américaine, ouvrant des scénarios de redimensionnement pour les États-Unis, non plus en tant que puissance hégémonique mondiale, mais en tant que puissance régionale forte mais contenue.

Dans ce scénario, la conclusion apparaît clairement: la Russie n’a aucun intérêt stratégique à s’allier à un empire perçu comme en déclin et structurellement instable. Au contraire, la convergence avec la Chine – déjà évidente dans les flux énergétiques, les infrastructures et la coopération technologique – représente une option bien plus solide.

C'est là que se dessine le véritable horizon systémique: un monde multipolaire tiré par les BRICS, dans lequel la domination du dollar est progressivement érodée par un nouveau système financier, potentiellement ancré dans des ressources réelles (l'or en premier lieu) et soutenu par la centralité de la monnaie chinoise. Une sorte de «nouveau Bretton Woods», qui ne repose plus sur la confiance dans l'hégémonie américaine, mais sur la convergence des intérêts entre les économies émergentes.

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Dans ce rééquilibrage, l’Europe apparaît comme le maillon faible: dépourvue d’autonomie énergétique, dépendante sur le plan militaire, et surtout liée à une posture idéologique anti-russe qui a produit des effets contraires aux intérêts économiques du continent. L'abandon du gaz russe à bas prix a accéléré la perte de compétitivité industrielle, tandis que la conviction – quasi aveugle – d'une possible défaite russe et d'un accès à ses ressources semble de plus en plus éloignée de la réalité.

Dans un contexte de crise des chaînes d'approvisionnement, l'Europe risque d'être parmi les premières régions à subir des chocs systémiques, aux côtés de l'Asie du Sud-Est, fortement dépendante des importations énergétiques, de l'Afrique du Nord, exposée à des crises alimentaires et hydriques, et de vastes régions d'Afrique subsaharienne qui se trouvent déjà aujourd'hui dans une situation de fragilité structurelle. L'Amérique latine se retrouvera elle aussi divisée entre les pays exportateurs de ressources – potentiellement avantagés – et les pays importateurs, qui subiront de graves répercussions.

Les conséquences ne se limiteront pas aux secteurs traditionnels: la crise affectera également en profondeur l'économie immatérielle. L'intelligence artificielle, qui nécessite une énergie abondante, des matières premières critiques et des infrastructures sophistiquées, pourrait ralentir considérablement; la logistique mondiale, déjà mise à rude épreuve, subira de nouvelles perturbations; le tourisme – secteur vital pour de nombreuses économies européennes, y compris l'économie italienne – sera parmi les premiers à se contracter en cas d'instabilité généralisée. Des secteurs industriels européens entiers, de la chimie à la fabrication de pointe, sont aujourd’hui particulièrement exposés.

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Dans ce contexte, attribuer à Trump une génialité stratégique totale semble problématique: ses comportements présentent des traits évidents de narcissisme et d’irrégularité dans la prise de décision. Il serait toutefois réducteur d’interpréter ce phénomène comme un pur hasard. Il est plus plausible de penser qu’il existe derrière son action une mise en scène systémique, expression d’intérêts profonds qui utilisent son imprévisibilité comme un instrument de déstabilisation contrôlée, fonctionnant à la redéfinition des équilibres mondiaux.

Le Moyen-Orient, dans ce scénario, reste le point le plus instable. Israël est confronté à un possible changement de paradigme: une réduction de la présence américaine pourrait se traduire par une perte de supériorité stratégique, rendant nécessaire une remise en question de sa posture, peut-être vers des formes d’équilibre régional plus pragmatiques.

Les pays du Golfe, quant à eux, traversent une phase de transition silencieuse, entre des signes de tension sur les marchés immobiliers et un repositionnement des investissements, avec des répercussions directes possibles sur la capacité américaine à financer sa dette et à soutenir son infrastructure technologique.

Pour l’Italie, tout cela se traduit par une nécessité qui ne peut plus être reportée: un changement radical d’approche. Pays manufacturier, dépendant des exportations, fragile sur le plan énergétique et fortement exposé au tourisme, elle ne peut se permettre de rester ancrée dans des schémas idéologiques ou des stratégies non alignées sur ses intérêts matériels. Il faut un retour à la réalité, une révision en profondeur des élites et des priorités stratégiques, et surtout l’abandon de l’illusion selon laquelle l’avenir passe par la défaite de la Russie plutôt que par une redéfinition pragmatique des relations eurasiennes.

Il reste toutefois une variable qui pèse sur toute analyse rationnelle: le risque existentiel lié à des décisions irrationnelles. Un empire en déclin peut, historiquement, choisir la voie de la destruction plutôt que celle de l’adaptation. L’hypothèse d’une opération terrestre en Iran, déjà discutée au plus haut niveau, ou le recours à des doctrines extrêmes telles que la soi-disant «option Samson» au Moyen-Orient, représentent des scénarios qui échappent à la logique linéaire de la théorie des jeux et ouvrent la porte à des issues catastrophiques.

Voici donc le paradoxe final: alors que les grandes puissances agissent comme des acteurs rationnels dans une partie à long terme, la possibilité d’un coup irrationnel – une erreur, un excès d’orgueil, une décision prise sous pression – reste le seul facteur capable de réduire à néant la partie elle-même.

En d’autres termes, le monde ne change pas simplement d’ordre: il entre dans une phase où la rationalité stratégique et le risque d’effondrement coexistent dans un même espace, comme les deux faces d’une même pièce géopolitique instable.

mardi, 14 avril 2026

Orban a (massivement) perdu

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Orban a (massivement) perdu

Martin Sellner 

Bron: @MSellnerAdmin (Telegram)

Avec une victoire écrasante, le Tisza, soutenu par l'UE, a obtenu une majorité des 2/3 et peut désormais démanteler progressivement le travail de construction du Fidesz depuis 2010.

Peut-être réécrivent-ils même la constitution de Pâques d'Orban — et transforment-ils la Hongrie en un État modèle, selon les critères du libéralisme de gauche. 

Alors que la Hongrie de Magyar s'assimile dans l'UE, il est probable que le pays soit inondé de fonds et qu'une période de grâce lui soit accordée pour la redistribution des demandeurs d'asile, la censure des discours de haine et l'endoctrinement en matières de genre — afin d'éviter toute agitation dans le pays. À quoi cela est-il dû? 

Je ne suis pas d'accord avec de nombreux analystes dits de droite:

Orban était, économiquement parlant et dès le départ, sans aucune chance. Un petit État enclavé sans ressources ni tourisme, étouffé par l'UE suite à des sanctions et à la suspension de fonds, ne peut pas offrir à son peuple une économie attrayante. La corruption, qui doit être condamnée en tant que telle, n'est probablement ni plus ni moins présente que dans tout autre pays bénéficiaire net. 

La seule façon pour Orban d’échapper à ce "traitement" aurait été d’ouvrir les frontières et de jouer le jeu géopolitique. Mais cela n'aurait pas conduit à un mieux comme dans n'importe quelle autre satrapie de l'UE. 

Quant à l'approche d'Orban envers des "puissances étrangères", on ne peut guère lui en faire reproche parce qu'il était sous cette contrainte. Il devait essayer de créer des options alternatives pour satisfaire les attentes de prospérité de ses électeurs. Mais il n’a manifestement pas réussi. 

Orban a certainement aussi commis des erreurs. Mais même s'il n'avait pas fait d'erreurs, il aurait eu peu de chances à long terme sous une telle pression. Les forces libérales de gauche dans l'UE sont encore trop fortes. La Hongrie n’a pas pu tenir suffisamment longtemps. 

Contre l'offre de Magyar: lutte contre la corruption, critique de la migration + fonds européens, Orban est vraiment impuissant. Il n’y a pas non plus de reproche à faire aux électeurs. Il est compréhensible qu'ils aspirent à un changement et à une amélioration de leurs conditions de vie.

C’est là toute la perversité de l'"arme des sanctions", qui crée une opposition politique par l’appauvrissement ciblé. 

Voici maintenant l’épreuve qui s'ensuivra: Orban a investi délibérément dans des structures métapolitiques en dehors du parlement. Avec ces structures, une hégémonie peut même "survivre" à une défaite électorale. À condition que la phalange des intellectuels de droite organiques puisse rapidement passer en mode opposition. 

Ce fut également suite à une défaite électorale en 2002, que le travail métapolitique d'Orban a commencé. La liste Kubatov doit être réactivée. Une phase d'opposition peut justement, pour un milieu métapolitique fort, avoir un effet revitalisant. 

Le besoin pousse à l’ingéniosité. Hölderlin l’appelle la "grande maîtresse".

"Le vieil homme Faust a rajeuni;

Elle arrive, comme la foudre de Dieu,

Et détruit des montagnes rocheuses,

Et déploie sa voie sur les géants." 

Que le besoin qui s'installera dans les années à venir puisse rajeunir, activer, et faire revenir encore plus fort le bloc national hongrois !

États-Unis et Iran: aucun accord, aucune paix, aucune solution

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États-Unis et Iran: aucun accord, aucune paix, aucune solution

Elena Fritz

Source: https://t.me/global_affairs_byelena# 

Les négociations entre Washington et Téhéran se sont terminées sans résultat. Le vice-président américain J. D. Vance a quitté Islamabad après 21 heures de négociations, sans qu’un accord ait été conclu. Son message a été aussi bref qu’éclairant: les États-Unis ont présenté leur dernière position, l’Iran ne l’a pas acceptée.

Ce n’est pas une simple note de bas de page. Cela montre plutôt à quel point le conflit est profondément bloqué sur les points essentiels. Car il ne s’agissait pas de questions de détail, mais des véritables enjeux de pouvoir.

Premier point : l’Iran ne veut pas perdre le contrôle du détroit d’Ormuz et semble également vouloir en tirer un avantage économique.

Deuxième point : Téhéran n’est pas prêt à renoncer à l’enrichissement d’uranium.

Troisième point : l’Iran réclame de facto une sorte de compensation pour les destructions causées par la guerre, la politique de pression et les sanctions.

Washington rejette tout cela.

Il n’est donc pas surprenant que les négociations échouent dans ces conditions. Ce qui est plutôt remarquable, c’est autre chose: Trump a déclaré par la suite que les résultats des négociations n’étaient pas décisifs pour lui, car les États-Unis avaient déjà atteint leurs objectifs. Cela ne ressemble pas à de la confiance en soi, mais plutôt à une tentative de justifier a posteriori l’absence de résultats politiques comme un succès.

Car le vrai constat est différent: Washington ne veut apparemment pas d’une nouvelle grande guerre, mais ne peut pas non plus contraindre Téhéran à signer un accord selon ses conditions. C’est précisément là que réside le cœur stratégique de la situation.

Qu'en découle-t-il? Pas de paix. Mais probablement pas non plus un grand conflit immédiat. Plus vraisemblable, un état que l’on peut décrire comme une impasse sensible durable: un cessez-le-feu plutôt qu’un ordre régional nouveau, une dissuasion plutôt qu’une entente, des menaces plutôt qu’une solution.

Ce contexte offre des marges à l’Iran. Téhéran cherchera probablement à renforcer son influence autour d’Ormuz, tant sur le plan politique qu’économique. Et il y a également de fortes raisons de penser que le programme nucléaire iranien continuera — peut-être de manière plus occulte, plus prudente, mais ne sera probablement pas abandonné.

Par ailleurs, il est presque aussi prévisible que les États-Unis et Israël procéderont à des frappes limitées contre les sites nucléaires iraniens dès qu’ils auront l’impression que Téhéran dépasse une ligne rouge. Ce n’est pas une voie vers la paix, mais la logique d’un conflit à la demande.

Sur le plan intérieur, le régime iranien a plutôt traversé cette crise qu’il ne l’a subie. La pression extérieure ne l’a pas déstabilisé, mais plutôt renforcé. Et là aussi, c’est une vérité désagréable à entendre et à constater pour l’Occident.

Pour Trump, ce résultat est donc difficile à qualifier de succès. Si l’on ne veut pas de guerre, mais que l’on n’obtient pas non plus de percée politique, il ne reste à la fin que la gestion longue d'un conflit non résolu. C’est exactement ce que nous voyons se dessiner ici.

Mais ce qui est encore plus important, c'est la ligne géopolitique plus large: les États-Unis perdent visiblement en influence au Moyen-Orient. Ils peuvent menacer, sanctionner, bombarder. Mais ils sont de moins en moins capables de façonner l’ordre politique de la région selon leurs souhaits. C’est le vrai contexte de ces négociations ratées.

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Leçon de Hongrie

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Leçon de Hongrie

Elena Fritz

Source: https://t.me/global_affairs_byelena# 

La Hongrie est bien plus qu’un simple message électoral. C’est une leçon sur les limites de la politique nationale dans un système qui tolère la déviation au niveau national uniquement tant qu’elle reste sans conséquence.

La défaite d’Orbán montre qu’en Europe, il ne suffit plus de gagner des élections, de former un gouvernement et de se référer à la souveraineté dans des discours. En effet, le vrai pouvoir se trouve souvent plus en profondeur: dans des réseaux, des institutions, des flux financiers, des milieux médiatiques et des terrains idéologiques qui se sont largement affranchis du contrôle démocratique.

C’est précisément là que réside le problème fondamental de tous les gouvernements qui s’opposent à la ligne dominante sans toucher aux structures sur lesquelles cette ligne repose. On peut s’attaquer à Bruxelles, critiquer la politique migratoire, refuser le courant dominant, mais aussi longtemps que les strates clés d’influence et d’interprétation restent dans le même vieil ordre, toute résistance demeure précaire. Alors, ce n’est pas l’État qu’on dirige, mais seulement sa surface visible.

Orbán a été pendant des années la figure symbolique d’une contradiction limitée apportée sur le théâtre européen. Il incarnait la tentative de préserver un espace d’action national au sein de l’UE. Mais cette tentative avait dès le départ ses limites: elle contredisait le système sans véritablement sortir de ses mécanismes de pouvoir. La Hongrie est restée profondément intégrée, sur le plan financier, institutionnel, sécuritaire et idéologique, dans le bloc occidental. Dans de telles conditions, tout conflit avec Bruxelles devient un combat dans une arène dont les règles ont déjà été fixées par d’autres.

Le problème réside dans la structure même de l’UE. Car l’Union européenne n’est plus vraiment l’Europe des nations libres que l'on a autrefois vendue à ses citoyens. Elle est devenue un espace de gouvernance politique où la conformité est récompensée et la déviance est sanctionnée. Pas toujours par des moyens ouverts, pas toujours avec une pression bruyante, mais avec une grande cohérence. Par des structures de financement, par des ONG, par un cadrage médiatique, par une étiquetage moral, par des blocages institutionnels et par la tentative permanente de présenter toute politique nationale indépendante comme suspecte.

C’est précisément là que réside la finesse de ce modèle. Il n’est plus nécessaire d’imposer des interdits ouvertement. Il suffit de façonner les conditions du concours politique de façon à isoler, épuiser et délégitimer progressivement l’écarté. En apparence, tout reste propre, démocratique et conforme aux règles. En revanche, à l’intérieur, un appareil agit en connaissance de cause, en sachant quelles forces encourager et lesquelles combattre.

La forme moderne de désarmement ne s’appuie plus sur des chars, mais sur la maîtrise du discours, la pression par réseaux et l’épuisement institutionnel. La défaite d’Orbán est donc bien plus qu’un événement propre à la Hongrie. Elle est un signal à tous les acteurs politiques qui pensent qu’il est possible d’agir durablement en souverain dans cette architecture de pouvoir européenne, sans remettre en question ses fondements.

Cela ne concerne pas seulement l’Europe centrale et orientale. Au fond, cela concerne chaque acteur politique, qui veut hiérarchiser ses intérêts nationaux par rapport aux injonctions d’un système transnational technocratique. Celui qui ne remporte que des gouvernements, mais pas les centres de pouvoir qui se profilent derrière ces gouvernements, reste une figure passagère.

C’est pourquoi la lecture de ce phénomène dépasse également l’Europe. Car le motif est toujours similaire: des figures de leadership populistes ou résistantes entrent en confrontation avec un ordre de pouvoir qui va plus profondément que les cabinets, partis ou campagnes électorales. Elles peuvent mobiliser, irriter, freiner. Mais elles échouent tandis que les appareils permanents restent intacts. Le cas d’Orbán n’est donc pas seulement hongrois. Il est un cas exemplaire pour tous.

L’autodétermination nationale n’est que partiellement prévue dans l’UE d’aujourd’hui. Orbán n’a pas seulement perdu une élection. Il a échoué face à la réalité d’un système qui ne tolère la démocratie nationale que tant qu’elle ne touche pas à l’ordre du pouvoir. 

lundi, 13 avril 2026

Implacable technocratie proche-orientale

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Implacable technocratie proche-orientale

par Georges Feltin-Tracol

Pour bien des personnes, le mot «technocratie» est un synonyme de «bureaucratie». Un technocrate ne serait qu’un expert fonctionnaire docile qui pond directives, décrets, règlements et normes afin de meubler une journée vide en labeur… Il s’agit hélas d’une confusion sémantique facile, car « technocratie » porte aussi une autre signification. En se penchant sur l’étymologie, il faut la comprendre comme pouvoir de la technique. Technique dans son acception heideggérienne? Pas du tout! L’élasticité de ce dernier terme le définit en recours politique décisif des moyens techniques d’information et de communication à l’ère liquide de la Modernité tardive. En clair, l’État emploie l’informatique, Internet et la cybernétique à ses propres fins.

35263.jpgLe politologue et juriste français, Maurice Duverger (1917–2014), a aussi mentionné dans ses travaux la « techno-démocratie », soit le système politique démocratique formel où techniciens et spécialistes administratifs côtoient les représentants élus des citoyens dans l’exercice du pouvoir. C’est le cas des régimes occidentaux libéraux qui procèdent in fine d’« États profonds » tentaculaires. Dès les années 1970, la Commission Trilatérale, Zbigniew Brzezinski en tête, parlait dans ses documents officiels de « technétronique », c’est-à-dire la complémentarité obtenue entre la technologie et l’électronique, l’ancêtre immédiat de l’informatique et du numérique.

Dans ce domaine peu connu, force est de constater qu’en pleine actualité brûlante, l’État d’Israël est sans aucune contestation possible une puissance technocratique et/ou technétronique de premier plan. Il s’en vante d’ailleurs, en particulier en matière sportive. Les amoureux de la « petite reine » savent qu’aux différentes compétitions cyclistes participe une équipe qui soulève la controverse. À la fois israélienne et suisse, Israel Start-Up Nation Team, naguère appelée Israel Premier Tech, est un groupe professionnel cycliste financé par un milliardaire israélo-canadien, Sylvan Adams, intime de Benjamin Nétanyahou.

La présence de cette équipe au Tour d’Espagne 2025 a déclenché l’indignation et la colère des Espagnols pro-palestiniens qui interrompirent certaines étapes dont la dernière par des manifestations et des blocages virulents. De gré ou de force, Israel Start-Up Nation Team œuvre en agent d’influence culturelle du régime de Tel-Aviv qui excelle dans les arcanes d’Internet.

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La guerre se déploie désormais sur sept cadres opérationnels tactiques précis : terre, mer, air, espace sous-marin, domaine sidéral, médiasphère et univers numérique. Les Israéliens y sont en pointe, car ils n’ont jamais admis leur échec partiel face au Hezbollah libanais lors de la guerre de 2006. Fondé sur le principe de la nation armée qui mobilise la population et ses ressources, l’État d’Israël parie beaucoup sur les nouvelles techniques informatiques, y compris dans la vie privée.

Sait-on que le paiement en espèces y est presque proscrit? Une loi de 2018 entrée en vigueur au 1er janvier 2019 en restreint l’usage. L’interconnexion est totale, ce qui devient un grave problème éthique. Sans cesse sur le qui-vive, d’où une hypertrophie sécuritaire obsessionnelle, les autorités israéliennes pratiquent une transparence intrusive envers leurs compatriotes qui n’ont plus qu’une vie privée virtuelle…

La performance technocratique de l’État hébreu se vérifie aussi dans ses opérations de subversion et d’assassinats ciblés. Puissance nucléaire qui ne le confirme pas afin de ne pas provoquer une course à l’armement régionale déstabilisatrice avec l’Arabie Saoudite, la Turquie, voire l’Égypte, Israël écarte toute impatience dans ses projets et mise sur la longue durée. On se souvient de l’incroyable et minutieuse opération des bipeurs et talkies-walkies piégés acquis par de nombreux cadres du Hezbollah, les 17 et 18 septembre 2024. Il a fallu concevoir au préalable un projet complexe, capable d’atteindre le but recherché.

Les assassinats de Hassan Nasrallah, secrétaire général du Hezbollah, le 27 septembre 2024, et du Guide suprême iranien Ali Khamenei, le 28 février 2026, démontrent que le renseignement israélien concilie le terrain (l’information humaine) et l’examen des flux électroniques. Des commentateurs occidentaux évoquent le piratage du réseau de caméras d’observation routière des axes de communication de Téhéran. Le renseignement israélien organiserait ainsi la filature à distance des dignitaires iraniens ! En outre, des micros d’espionnage et de géolocalisation auraient été posés dans le plombage dentaire de plusieurs responsables de la République islamique d’Iran et des Gardiens de la Révolution. Si ce fait ne relève pas de la désinformation sciemment diffusée, ce serait un acte fort audacieux qui impliquerait une connivence logistique sophistiquée étroite et prouverait l’existence manifeste d’une « cinquième colonne » traîtresse. Pour diverses raisons (politiques, personnelles ou vénales), des membres des entourages concernés serviraient Tel-Aviv. Les journalistes ont rapporté que des photographies de la dépouille sans vie du Guide suprême auraient été transmises, authentifiées et vues par les gouvernements israélien et étatsunien. Intoxication médiatique ou réel savoir-faire?

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En dehors de la guerre secrète, Israël accroît son emprise sur la technique. Certes, ses «Dôme de fer», «Fronde de David» et Arrow 3, trois systèmes de défense aérienne contre les missiles balistiques, montrent parfois d’indéniables fragilités, surtout face aux missiles à sous-munitions. Toutefois, l’aviation militaire israélienne s’assure de la suprématie de l’espace aérien iranien alors que les deux belligérants ne sont pas voisins. La Palestine occupée, la Jordanie, la Syrie et l’Irak les séparent ! La superficie de l’Iran (1.648.195 km²) représente près de quatre-vingt fois le territoire officiel d’Israël (20.770 km²). Mais cet effort de guerre si intense peut-il durer très longtemps? Lieu propice d’une Silicon Valley hébraïque malgré le départ des cadres pour l’étranger ou le front, Israël ne dispose pas d’une solide industrie d’armement capable de soutenir la demande croissante en munitions, ses alliés occidentaux non plus… Israël pense néanmoins aux guerres du futur et investit ce créneau à travers des entreprises dynamiques dont XTEND (illustration), qui conçoit des systèmes d’exploitation permettant le pilotage immersif et coordonné de drones et de robots assistés par l’intelligence artificielle. L’armée israélienne s’en sert dès à présent.

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Le conflit post-moderniste de la coalition Washington–Tel-Aviv contre l’Iran et ses mandataires régionaux témoigne de l’utilisation de la technique la plus avancée par un état d’esprit tribal. Dans son recueil d’essais, Interpellations. Questionnements métapolitiques (Dualpha, 2004), le président du GRECE de 1987 à 1991, Jacques Marlaud, rappelle que «le nationalisme est une idée juive». Le gouvernement israélien profite des circonstances pour réaliser son dessein mortifère de «Grand Israël». Il s’empare du Liban méridional où vivent toujours des chrétiens, et dénie toute légitimité au peuple palestinien.

Dans une tribune intitulée «Israël contre les juifs» parue dans Le Monde du 9 août 2018, la sociologue franco-israélienne des sentiments et de la culture Eva Illouz prévenait déjà que « Nétanyahou a une vision que l’on pourrait qualifier de schmittienne: créer un bloc politique qui lutterait contre l’ordre international libéral, avoir les mains libres pour annexer les territoires occupés, réaffirmer l’identité nationale et religieuse des Israéliens, et désigner des ennemis là où il devrait mener une diplomatie».

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L’agression contre l’Iran accélère les visées de Nétanyahou, à savoir consacrer Israël en super-puissance régionale de la Méditerranée jusqu’à l’Asie Centrale. Nétanyahou n’est pas pour rien le fils cadet de Bension Mileikowsky, le secrétaire particulier du théoricien du sionisme révisionniste, Vladimir Zeev Jabotinsky (1880 – 1940), «notre Mussolini» selon David Ben Gourion lui-même. L’actuelle technocratie israélienne échafaude ainsi une redoutable «Muraille d’Acier» séparant les Juifs des non-juifs. Elle cherche enfin à fragmenter la région, y compris l’Iran et l’Irak, sur des bases ethniques et religieuses. Au-delà d’une zone tampon inhabitée au Sud-Liban, Tel-Aviv soutient en Syrie la cause druze contre le nouveau régime islamiste proche d’Ankara. Seuls les Druzes d’Israël effectuent leur service militaire au contraire des autres minorités religieuses - dont les juifs ultra-orthodoxes -, qui détiennent pourtant la citoyenneté israélienne, en sont exemptées.

L’État hébreu ne possède pas de constitution écrite formelle, mais une série de quinze lois fondamentales. La plus récente remonte à 2018; elle proclame Israël «État-nation du peuple juif». Or, entre les Ashkénazes, les Séfarades, les Falasha (juifs d’Éthiopie), les russophones, ou les juifs de Cochin, les Bene Israel et les Baghdadi (trois communautés présentes en Inde), le peuple juif est-il vraiment uni?

Capture-decran-2026-01-09-a-15.49.03.pngGuillaume Erner en doutait dans Charlie Hebdo du 14 août 2018. Pour lui, «Nétanyahou […] accomplit une prophétie: le judaïsme cesse d’être une religion pour devenir une nationalité». Il ne devinait pas la portée métaphysique de cette nouvelle loi fondamentale stato-nationale. Dans son ouvrage, Politique de la guerre. Essai de polémologie tragique (Le Polémarque, 2026), Cédric Milhat remarque que cette mentalité propre à « un peuple d’élite, sûr de lui-même et dominateur (Charles De Gaulle à sa conférence de presse du 27 novembre 1967)» «puise, finalement, ses racines dans une reconstruction mythifiée d’un lointain passé – que l’on appellera le “nationalisme eschatologique”, dont le sionisme politique de Benjamin Nétanyahou semble être la plus manifeste illustration. Brièvement, ce nationalisme pourrait être défini comme un prétexte collapsologique à tendance paranoïaque fondée sur l’obsession sécuritaire d’Israël, en vue de réaliser politiquement la promesse messianique (se nourrissant lui-même aux plus anciennes sources vétérotestamentaires du judaïsme) d’un grand Eretz, du Nil à l’Euphrate ». Loin d’être le katéchon d’un Occident supposé judéo-chrétien, en fait éclaté, affaibli et divisé, Israël attise par son bellicisme exacerbé l’incontestable réveil des jeunes nations non-européennes dans le reste du monde.    

 GF-T

  • « Chronique flibustière », n° 188, d’abord mise en ligne le 11 avril 2026 sur Synthèse nationale.

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La Hongrie a voté

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La Hongrie a voté

Björn Höcke

Source: https://www.facebook.com/Bjoern.Hoecke.AfD

La défaite électorale de Viktor Orbán marque une étape importante – non seulement pour la Hongrie, mais pour l’ensemble de l’ordre politique en Europe. Elle résulte d’un jeu complexe d’interactions économiques, politiques, structurelles et psychologiques, ainsi que d’une influence propagandiste massive venant de l’extérieur. Il ne s’agit pas d’un échec isolé d’un seul politicien.

Quelles sont les causes de ce résultat électoral ?

1. L’économie l’emporte sur la politique. L’inflation, la perte du pouvoir d’achat et la hausse du coût de la vie sont, selon l’expérience, les facteurs déterminants les plus puissants dans le choix électoral. Historiquement, il apparaît constamment que les gouvernements – quelle que soit leur orientation politique – sont sanctionnés en période de tension économique. En ce sens, Viktor Orbán n’a pas été autant victime de sa ligne nationaliste que du fonctionnement classique des cycles démocratiques, stimulés par les cycles économiques.

2. La promesse de prospérité relativise, pour la majorité des électeurs hongrois, un facteur souvent présenté par les patriotes comme décisif: la migration de masse. Alors que ce sujet est aujourd’hui déterminant dans de nombreux pays d’Europe occidentale, il ne joue pas le même rôle en Hongrie, simplement parce que l’expérience réelle des effets négatifs de la migration fait défaut. Les récits politiques déconnectés de la vie quotidienne ont peu de force mobilisatrice.

3. Il ne faut pas sous-estimer le cadre international: Orbán s’est retrouvé face à un champ d’adversaires exceptionnellement large – sur le plan politique, médiatique et institutionnel. La tension entre la souveraineté nationale et les intérêts supranationaux, notamment dans le cadre de l’UE, s’est considérablement accentuée ces dernières années. La Hongrie est devenue de plus en plus le théâtre visible de ce conflit, incarnant la défense ferme de la souveraineté nationale face aux prétentions supranationales de Bruxelles. Une élection dans de telles conditions n’est plus une simple décision purement intérieure.

4. Orbán est l’un des rares politiciens européens à avoir une approche digne d’un homme d’État. Pour permettre à son petit pays d’emprunter un chemin identitaire particulier et, dans les circonstances présentes, d’ouvrir des marges de manœuvre, il a dû chercher de puissants partenaires. La Hongrie entretenait sous Orbán des liens étroits avec Israël. On suppose que l’attaque du groupe Pager contre le Hezbollah en septembre 2024, menée à l’aide d’appareils de communication manipulés en Hongrie, en est une preuve. Alors qu’un rapprochement avec Benjamin Netanyahou était longtemps un atout pour Orbán et sa formation, le Fidesz, il s’est récemment mué en désavantage. La politique de plus en plus religieuse du Premier ministre israélien, ainsi que l’attaque des États-Unis et d’Israël contre l’Iran, ont sans doute causé à Orbán des dégâts sur le plan intérieur.

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5. Seize années à la tête du gouvernement ont transformé le Fidesz en un parti d’État – dans le sens négatif du terme. Nombre de jeunes Hongrois m’ont parlé d’un népotisme excessif. Cette culture du favoritisme, même si dans la majorité des cas elle s’inscrivait dans un cadre légal, est devenue pour un nombre croissant de Hongrois une véritable source d’agacement. Pour la jeune génération, elle était souvent décisive lors du vote. Non sans raison, l’AfD collabore au Parlement européen avec un parti patriotique hongrois (Mi Hazánk Mozgalom / Mouvement Notre Patrie), qui, pour diverses raisons, est explicitement critique vis-à-vis de Orbán.

6. Le temps lui-même est un acteur politique. Depuis 2010 au pouvoir, Orbán a été l’un des chefs de gouvernement les plus durables d’Europe. Mais une longévité politique entraîne presque inévitablement des effets d’usure. Une tension prolongée, qui serait très productive, ne peut être maintenue indéfiniment par une communauté ou un individu. C’est aussi pour cette raison que les électeurs recherchent cycliquement un changement, dans l’espoir d’impulsions nouvelles – souvent avec une amère déception.

Que signifie la défaite de Viktor Orbán pour nous, patriotes, et pour l’Europe?

À court terme, c’est sans aucun doute un affaiblissement des forces patriotiques en Europe. Avec Orbán, nous perdons une figure nationale symbolique au sein de l’UE, un acteur qui a systématiquement défendu la marge de manœuvre nationale face au centralisme européen, et qui a au moins freiné la grande transformation démographique. Après le changement politique en Pologne et les instabilités dans d’autres pays, la relation de force se déplace encore davantage en faveur de l’establishment anti-national de l’UE. La confrontation avec la Russie pourrait également s’intensifier, ce qui m’inquiète profondément en tant que patriote pacifiste.

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Ce qui me donne de l’espoir, c’est que Péter Magyar (photo) n’a pas été élu comme un simple agent de l’UE, mais surtout pour rompre avec l’immobilisme partisan du cercle dirigeant du Fidesz. Magyar a plaidé lors de la campagne en faveur de frontières fortes, n’a pas exclu à court terme une coopération énergétique avec la Russie, et a agit avec légèreté en levant le drapeau hongrois. Il s’est présenté comme un patriote. Reste à voir s’il le sera vraiment. Les doutes sont légitimes. Mais il a tout de même critiqué Orbán pour ne pas avoir suffisamment défendu la minorité hongroise en Slovaquie. Dans ce contexte, il a également appelé à l’abrogation des décrets Beneš. Si Magyar renforçait ces positions, cela pourrait même ouvrir la voie à un débat historique fécond pour toute l’Europe.

Regard vers l’avenir : confiance plutôt que résignation

En tant que patriotes européens, nous pouvons rester optimistes malgré le « choc électoral en Hongrie ». Pour notre programme de renouveau, nous avons besoin d’une longue respiration. Et les éléments porteurs de l’avenir au sein des courants politiques ne disparaissent pas à cause de défaites électorales partisanes — ils se transforment. Le soutien constant aux partis patriotes dans des pays comme l’Allemagne ou l’Autriche repose sur le fait, qui ne peut être dissimulé même avec le déploiement d'une propagande des plus sophistiquées, que les montagnes de problèmes accumulés — migration, souveraineté, déclin économique — ne peuvent plus être résolus par la classe politique au pouvoir, car l’aveuglement idéologique et l’incapacité technique empêchent un changement de cap fondamental. Le seul problème est que, sans ce changement, tous les pays européens devront d’abord continuer leur descente. Et les dégâts s’amplifient chaque jour vers le bas, la bulle de scories se remplit sans cesse jusqu’à éclater. Les rénovateurs politiques devront à l’avenir accomplir des tâches herculéennes.

Dans cette situation, une pensée d’Albert Camus prend toute son importance: l’alternative fondamentale entre résignation et révolte. Pour nous, patriotes européens, cela ne peut signifier qu’une chose : une recomposition stratégique vaut mieux qu’un recul résigné. Les défaites électorales ne doivent pas forcément signifier une perte de signification, mais peuvent, malgré toutes les déceptions, devenir le point de départ d’une nouvelle orientation. Et plus la voiture s’enlise profondément dans la boue, et cela dans tous les pays, plus le potentiel de renouveau s'avèrera fondamental, prêt à être activé par un esprit pionnier déterminé.

Les élections de Hongrie doivent donc être considérées non pas comme une annulation du projet patriotique de changement, mais comme un indicateur enrichissant la compréhension des phénomènes: les limites de la durée d'une conception particulière de la politique, le pouvoir des réalités économiques — et la dynamique persistante d’une Europe qui doit encore trouver sa propre voie vers l’avenir.

La grande faille de notre époque: le snobisme du diplôme au lieu de la conscience de classe

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La grande faille de notre époque: le snobisme du diplôme au lieu de la conscience de classe

Eric Feremans

Source: https://www.facebook.com/eric.feremans

Pendant longtemps, la politique a été comprise comme une lutte entre le travail et le capital. Les employés votaient à gauche, les détenteurs de capital à droite. Ce schéma a aujourd’hui fondamentalement évolué. La ligne de fracture centrale dans notre société n’est plus principalement économique, mais socioculturelle: elle se situe entre ceux qui sont hautement qualifiés contre ceux qui sont peu qualifiés.

Ce changement explique pourquoi de vastes segments de la population active aux États-Unis ont massivement soutenu Donald Trump. Non pas parce qu’ils sont soudainement devenus capitalistes, mais parce qu’ils ne se sentent plus représentés par la gauche politique qui, historiquement, défendait leurs intérêts.

La première cause réside dans la réalité économique des dernières décennies. La mondialisation et le changement technologique ont fragilisé le travail industriel. Les usines ont disparu, la sécurité aussi. Mais au lieu de répondre fermement à cette désorganisation, la gauche a été de plus en plus associée à un autre programme: celui des classes moyennes urbaines, des thèmes culturels et de la politique identitaire. Pour de nombreux travailleurs, cela a semblé être une rupture.

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S’ajoute à cela un profond sentiment d’aliénation culturelle. Les milieux hautement qualifiés dominent les universités, les médias et la politique. Leur langue, leurs valeurs et leurs normes deviennent la norme. Ceux qui n’y correspondent pas ne vivent pas cela comme une neutralité, mais comme une exclusion. Ce qui représente une avancée pour un groupe, est vécu par un autre comme une perte de reconnaissance et de respect.

La politique traduit cela par un déplacement des intérêts vers l’identité. La question « que vais-je gagner ? » n’est plus la question centrale, mais « suis-je encore vu ? ». Trump a parfaitement compris ce mécanisme. Son discours ne proposait pas de solutions économiques cohérentes, mais autre chose: la reconnaissance, des images d’ennemis claires, et la promesse de défier les élites. Cela semblait plus convaincant pour beaucoup que des propositions politiques complexes.

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De l’autre côté, se trouvent les hautement qualifiés. Ils profitent en moyenne davantage de l’économie globalisée, travaillent plus souvent dans des secteurs de la connaissance et ont plus confiance dans les institutions. Leurs valeurs sont cosmopolites, leur cadre de référence est international. Ils votent donc plus souvent pour la gauche progressiste ou la droite modérée, et s’opposent à la disruption populiste.

Cette opposition n’est pas un détail, mais le cœur de la politique contemporaine. Le diplôme est devenu une forme d’identité. Il ne détermine pas seulement les chances économiques, mais aussi la vision du monde, les valeurs et les préférences politiques.

La Belgique ne fait pas exception à cette évolution. En Flandre, les groupes moins instruits votent de plus en plus pour des partis qui se positionnent comme anti-establishment et mettent fortement l’accent sur l’immigration et l’identité. Parallèlement, les électeurs hautement qualifiés se tournent vers des partis qui mettent en avant le climat, la coopération internationale et la stabilité institutionnelle.

Pour la gauche traditionnelle, c’est un problème structurel. Elle tente de représenter deux mondes en même temps: d’un côté, la base historique composée d'ouvriers et d’employés, et de l’autre, une nouvelle base urbaine hautement qualifiée. Ces deux groupes ne partagent pas toujours les mêmes priorités. Ce qui est une nécessité morale pour l’un peut être perçu comme une menace par l’autre.

Le résultat est une paralysie politique. La gauche perd en cohérence, tandis que la droite parvient à rassembler diverses frustrations dans une seule narration simple. Ce n’est pas parce que la droite est moins divisée, mais parce qu’elle réagit mieux au sentiment de perte et d’aliénation.

Le véritable défi ne consiste donc pas à répéter les anciens schémas, mais à comprendre cette nouvelle ligne de fracture. Tant que la distinction entre hautement qualifié et peu qualifié sera ignorée, la gauche restera divisée et perdra du terrain. Ceux qui prennent cette réalité au sérieux comprennent que l’avenir de la politique progressiste n’est pas dans plus de discussions internes, mais dans la reconstruction d’un projet sociétal partagé, où reconnaissance, sécurité et solidarité se rejoignent à nouveau.

Une nouvelle violation de la souveraineté en Europe de l'Est

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Une nouvelle violation de la souveraineté en Europe de l'Est

Cristi Pantelimon

Source: https://www.facebook.com/profile.php?id=100005135564621

Le scénario des élections en Roumanie s’est répété à Budapest. La différence est que là-bas, les choses ont été négociées plus simplement, et Viktor Orban a désigné son successeur, avec l’aide des nouvelles forces qui mettent la Hongrie sous tutelle, cette fois, beaucoup plus facilement.

A première vue, nous sommes face à une victoire du « mondialisme » contre le « souverainisme » — Alex Soros a salué le résultat des élections, ce qui, beaucoup le pensent, constitue un signe clair et définitif. En réalité, les choses sont, à coup sûr, beaucoup plus compliquées.

En substance, il s’agit de ce qui suit :

1. La victoire de l’UE contre la tentative des États-Unis de contrôler l’Europe de l’Est par le biais de simulacres de mouvements MAGA.

2. La repositionnement géopolitique de la Russie dans le camp européen, après la pause d’Anchorage. Probablement que, sans la guerre contre l’Iran, que la Russie et la Chine ne peuvent tolérer sur le plan géopolitique, les États-Unis auraient été laissés gagnants, du moins symboliquement, en Hongrie.

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3. L’Europe se rouvrira à une coopération énergétique avec la Russie, car Donald Trump cherche des solutions pour bloquer le détroit d’Ormuz. L’Europe n’a pas d’alternative à l’énergie russe, et l’ingérence américaine en Europe de l’Est signifiait bloquer tout lien avec la Russie (l’apparence est que l’UE veut se détacher de la Russie à ce sujet — nous verrons si ce n’est pas plutôt le contraire !).

4. La Russie est, d’une certaine manière, obligée de tenir compte du désir de l’Europe de se libérer de la tutelle américaine, ce qui n’est que dans son intérêt.

5. La Chine a également intérêt à ce que les États-Unis soient écartés symboliquement de l’Europe de l’Est (« la menace » d’envoyer des troupes américaines de l’Ouest vers l’Est est une comédie géopolitique que seul le déclin de la puissance militaire américaine peut engendrer — si l'on tient compte du contexte iranien).

6. L’adhésion de l’Angleterre à ce concert eurasiste et anti-atlantiste constitue la véritable surprise géopolitique mondiale, mais ce n’est pas du tout inexplicable, car… le capital sent mieux que quiconque d’où viendra la prochaine vague de « choc » qui apportera de la prospérité.

7. La relation entre la Russie et la Chine reste plussolide que jamais; la Russie a cherché un équilibre, face au duo UE-Grande-Bretagne, en tentant un rapprochement avec les États-Unis, mais face à l’évidence que la politique américaine ne peut s’adapter au multipolarisme, elle a adopté une position de neutralité, ce qui a permis aux forces «européennes» de conquérir pacifiquement la Hongrie.

8. L’Ukraine sera simplement « intégrée » au même courant européen général, et la guerre avec la Russie sera menée en façade. Le conflit géopolitique majeur s’est déplacé en Iran, tandis que les dernières évolutions dans la zone Taiwan-Chine ne présagent rien de bon pour les États-Unis. D’autant plus qu’Orban… aurait dû perdre !

9. En Hongrie, ce n’est pas l’UE qui a gagné, mais l’alliance entre la Chine, la Russie et l’Europe anti-américaine. C’est-à-dire la même alliance qui résiste aux États-Unis en Iran !

samedi, 11 avril 2026

Trump, MAGA et la bataille pour l’avenir politique des États-Unis

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Trump, MAGA et la bataille pour l’avenir politique des États-Unis

Par Alexander Douguine

Le couple politique formé par Donald et Melania ressemble de plus en plus à l’intrigue de « House of Cards ». Y compris le fait que Melania préside une séance du Conseil de sécurité de l’ONU, comme cela était prévu dans « House of Cards ». Il y a de nombreuses raisons de remplacer le vieux fou fatigué par une femme belle et sensée. Et de publier les fameux fichiers...

Alex Jones, Candace Owens, Tucker Carlson et Megyn Kelly, ainsi que Thomas Massie et MTG, constituent le noyau de MAGA. Leur rupture avec Trump (et vice versa) n’est ni circonstancielle ni pragmatique, elle est idéologique. Ils incarnent l’essence même de pourquoi Trump a été élu. Ils ont été le quartier général.

Alex Jones, Candace Owens, Tucker Carlson et Megyn Kelly, ainsi que Thomas Massie et MTG, sont le véritable « America First ». En plus de Rand Paul. Ils sont devenus le véritable pouvoir. Ils représentent tout ce que le peuple aimait chez Trump. C’est Trump qui a trahi le peuple. Désormais, il ne compte plus que sur le soutien des sionistes.

Les sionistes (chrétiens ou antichristiques) faisaient partie de MAGA, ils étaient donateurs, sympathisants, spéculateurs, mais ils ne constituaient pas la base. Pas du tout. Aujourd’hui, ils gouvernent les États-Unis. Une minorité puissante qui affiche une audace sans limite. Mais la base n’est plus là. La base s’est éloignée de Trump de façon irréversible.

Si MAGA est mort, il devrait y avoir quelque chose de nouveau. Les pessimistes sont les sionistes sans avenir. L’avenir appartient à d’autres. Et nous voyons maintenant ces autres avec beaucoup plus de clarté.

Une nouvelle administration américaine est en train de se former. Autour du noyau ex-MAGA trahi par Trump. Plus tôt le peuple abandonnera ce vieil homme qui sombre et qui est totalement engagé, plus il aura de chances d’obtenir le billet pour l’avenir. C’est cela la vraie Révolution Conservatrice. Trump n’était qu’une première étape de celle-ci.

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Le point essentiel : la déception totale face à Trump et au sionisme déchaîné qui a détruit toute sa crédibilité n’est pas une raison suffisante pour embrasser les libéraux, les démocrates et les mondialistes. Il faut former une nouvelle coalition maintenant, sinon il sera trop tard.

La politique ne peut pas se réduire à un simple spectacle. Il y a une stratégie idéologique et géopolitique derrière. Le spectacle n’est qu’un outil pour promouvoir un certain agenda. Il ne peut pas remplacer la signification. La signification est toujours là. Le sionisme EST une signification. Il faut la nier. Voilà qui est génial. Qui est très bien. Mais, alors, propose la tienne.

Le sionisme aux États-Unis repose sur deux théologies politiques entrelacées :

- La vision suprémaciste du Grand Israël, du Troisième Temple, du Messie volontaire.

- La vision dispensationaliste de l’histoire, de la politique, des États et de l’échiquier de la fin des temps.

Ensemble, ces deux théologies forment un réseau puissant.

Le mondialisme libéral est une autre théologie politique: il prône l'individualisme radical, le fatras « woke », la fin de l’histoire, le Gouvernement Mondial, l'internationalisme, le postmodernisme, l'extermination des vestiges de la société traditionnelle (religion, famille, genre), la migration incontrôlée, le posthumanisme.

La théologie politique libérale et la théologie politique sioniste forment ensemble les deux piliers de l’État Profond ou de l’État Plus Profond (si l’on considère l’État Profond uniquement comme la théologie politique libérale). Le noyau initial de MAGA, rejeté par Trump, représente l’espace pour faire advenir UNE AUTRE THÉOLOGIE POLITIQUE.

Quelle pourrait être cette alternative à la théologie politique de l’État Profond ? Souveraineté, peuple, tradition, normalité, identité, continuer à être humain en opposition totale à ce que promeuvent les libéraux ou les sionistes. Russell Kirk, Paul Gottfried, Pat Buchanan, Samuel Francis, Richard Weaver, Ron Paul.

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Les critiques de Trump à l'égard de l'OTAN s'intensifient: l'article 5 est-il encore en vigueur?

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Les critiques de Trump à l'égard de l'OTAN s'intensifient: l'article 5 est-il encore en vigueur?

Markku Siira

Source: https://markkusiira.substack.com/p/trumpin-nato-kritiikki...

Le président américain Donald Trump participait à une réunion bilatérale avec le secrétaire général de l'OTAN, Mark Rutte, en marge de la réunion annuelle du Forum économique mondial (FEM), le 21 janvier 2026 à Davos, en Suisse. Cette réunion annuelle des dirigeants politiques et économiques intervenait dans un contexte de tensions croissantes entre les États-Unis et l'Europe sur toute une série de questions, notamment la promesse de Trump d'acquérir le Groenland, un territoire danois semi-autonome. 

Le second mandat du président Donald Trump a porté les tensions internes au sein de l'OTAN à un niveau sans précédent. Même si l'attitude critique de Trump envers l'alliance militaire n'est pas nouvelle, ses récentes déclarations indiquent un changement de nature: il ne s'agit plus seulement de se plaindre du déséquilibre des contributions financières, mais de remettre fondamentalement en question l'alliance dans son ensemble.

Selon Risto E. J. Penttilä, spécialiste en politique internationale, l'OTAN se trouve à nouveau en pleine crise suite aux dernières déclarations de la Maison Blanche. La nouveauté réside dans le fait que tant le président Trump que le ministre des Affaires étrangères Marco Rubio parlent ouvertement d’une réorganisation des relations internationales dans le chef des Etats-Unis. Il ne s’agit pas de diplomatie habituelle envers les "alliés", mais, selon la description de Penttilä, d’une « crise conjugale dans les relations transatlantiques ».

Au cœur des dernières critiques de Trump à l'égard de l'OTAN se trouve l'attitude réticente des pays européens face à l'appel des États-Unis à participer à l'ouverture du détroit d'Ormuz pendant la guerre avec l'Iran. Trump estime avoir aidé l'Europe en Ukraine, et pense donc qu'il était désormais au tour de l'Europe de soutenir les États-Unis. La porte-parole de la Maison Blanche, Karoline Leavitt, a qualifié l’attitude des Européens de « test qu’ils ont échoué ». Dans la vision cynique du monde de Trump, un tel comportement ne sera ni oublié ni pardonné.

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Les alliés européens des États-Unis n’ont pas condamné l’attaque américaine contre l’Iran, pas plus qu’ils n’ont condamné l’attaque russe contre l’Ukraine – alors qu’en Europe, celle-ci a été considérée comme une guerre d’agression illégale. Les alliés de l’OTAN n’ont même pas été informés à l’avance de la planification opérationnelle. Si l’OTAN est une alliance de défense, pourquoi ses membres devraient-ils soutenir les États-Unis dans une opération bafouant le droit international, dans laquelle le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou a entraîné Trump ? Pourquoi les règles applicables à la Russie ne s’appliquent-elles pas à tous les pays ?

Dans les cercles euro-atlantiques, l'idée se renforce que les États-Unis ne sont plus aussi déterminés à défendre l'Europe – et en particulier les pays limitrophes de la Russie. L'article 5 de l'OTAN, selon lequel une attaque contre un État membre est une attaque contre tous, est la pierre angulaire de l'alliance depuis la guerre froide.

Si la fiabilité de ce mécanisme automatique venait à s’effriter, l’OTAN se transformerait essentiellement en une plateforme de coordination où la coopération européenne serait mise en avant et où la puissance militaire américaine ne servirait plus que de moyen de dissuasion potentiel – et non plus de garant de sécurité certain.

Une théorie marginale mais politiquement intéressante s'inscrit dans ce contexte: Trump souhaiterait retirer les États-Unis de l'OTAN, car après la guerre avec l'Iran, la prochaine cible potentielle d'Israël pourrait être la Turquie – un pays membre de l'alliance militaire. Dans ce cas, l'article 5 de l'OTAN serait considéré comme un obstacle stratégique à toute attaque israélienne.

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Pour l’administration Trump, Israël est un partenaire nettement plus important que la Turquie, et dans un contexte plus large, le rêve sioniste d’un « Grand Israël », auquel s’ajouteraient des territoires de Syrie, du Liban, d’Égypte, de Jordanie, d’Irak, d’Arabie saoudite et de Turquie, refait surface.

Les tensions entre Israël et la Turquie se sont considérablement intensifiées ces dernières années. Le ministre israélien de la Diaspora, Amichai Chikli, a qualifié le président turc Recep Tayyip Erdoğan de « fondamentaliste islamiste » et a décrit la Turquie comme un « nouvel Iran ».

Une rhétorique similaire a également été renforcée dans une récente analyse du Jerusalem Post, qui considère la Turquie comme une menace croissante pour l’Occident et Israël – une sorte de successeur de l’Iran en tant que perturbateur régional, soutenant le Hamas et remettant en cause l’unité de l’OTAN.

Erdoğan a quant à lui qualifié les actions d’Israël à Gaza de génocide et a émis un mandat d’arrêt contre le Premier ministre Netanyahou. Israël a renforcé sa coopération en matière de défense avec la Grèce et Chypre, rivaux traditionnels de la Turquie.

Derrière les menaces publiques d’Israël pourrait également se cacher une volonté stratégique de renforcer la position politique intérieure d’Erdoğan. Au sein du Parlement turc, le président a été critiqué pour avoir maintenu une coopération pratique avec Israël, contrairement à sa rhétorique publique.

Les dernières données du Bureau central des statistiques israélien montrent que la Turquie a exporté vers Israël pour plus de 924 millions de dollars de marchandises en 2025. Les échanges commerciaux se sont poursuivis – en partie via des pays tiers et grâce à des pratiques statistiques contestables. Ce décalage entre les discours et les actes rend improbable une rupture totale.

Une théorie spéculative concernant une éventuelle attaque d'Israël contre la Turquie – soutenue par les États-Unis en dehors du cadre de l'OTAN – illustre toutefois une dynamique plus large: l'administration Trump ne considère pas l'OTAN comme une alliance de défense sacrée, mais comme un outil dont on peut se passer si nécessaire, s'il ne sert plus les intérêts de sécurité des États-Unis ou de leurs alliés proches.

Le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, qui a déjà surnommé Trump « papa », a qualifié sa rencontre à la Maison Blanche de « franche et ouverte ». Cette formulation diplomatique adoucit probablement le ton irrité du président. Rutte a déclaré comprendre la déception de Trump, mais a souligné que de nombreux pays européens avaient aidé les États-Unis contre l’Iran – par exemple en mettant leurs aéroports à la disposition des bombardiers.

Les États-Unis ne se retireront sans doute pas complètement de l’OTAN – Trump ne pourrait d’ailleurs pas prendre une telle décision seul –, mais la question du redéploiement des troupes a déjà été évoquée lors des discussions : des soldats pourraient être transférés d’Allemagne vers la Roumanie, par exemple, et vers d’autres pays, ceux qui se sont montrés les plus fidèles à Trump.

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Bien que l’OTAN ait été confrontée à des tempêtes répétées au cours du second mandat de Trump – les menaces d’annexion du Groenland en étant l’exemple le plus grave –, les acteurs euro-atlantiques espèrent que l’alliance s’en sortira, même si ce n’est plus sous sa forme actuelle. Certains s’attendent à ce que la situation se normalise sous le mandat du prochain président américain.

Une architecture de sécurité à bâtir entre la Russie et l’Europe étant, dans la situation actuelle, une option totalement exclue, l’OTAN de demain pourrait être plus européenne et moins dépendante des garanties de sécurité américaines. Le poids symbolique et opérationnel de l’article 5 s’affaiblit, laissant place à une coopération plus ponctuelle et fondée sur les intérêts. Ce changement pourrait s’avérer l’héritage transatlantique le plus marquant du second mandat de Trump.

vendredi, 10 avril 2026

Si Orbán gagne: Bruxelles prévoit des sanctions

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Si Orbán gagne: Bruxelles prévoit des sanctions

Bruxelles/Budapest. À une semaine des élections législatives hongroises du 12 avril, la nervosité monte à Bruxelles. Officiellement, on mise sur une défaite du Premier ministre Viktor Orbán, mais la victoire du challenger Péter Magyar est tout sauf certaine. C’est pourquoi les bureaucrates européens élaborent déjà des plans d’urgence — au cas où Orbán remporterait à nouveau les élections à Budapest.

Les opposants d’Orbán dans l’UE ne cachent pas leur préférence pour Magyar. Cependant, de nombreux Hongrois le voient comme une marionnette de Bruxelles. Orbán lui-même se méfie à juste titre des sondages qui montrent son parti Fidesz en recul. Son député européen András László soupçonne que l’on veut présenter une victoire de Fidesz comme «peu plausible» ou «illégitime».

En cas de – nouvelle – victoire d’Orbán, Bruxelles annonce déjà des conséquences: António Costa, président du Conseil européen, a déclaré au sujet du blocage persistant de la Hongrie sur un prêt de 90 milliards pour l’Ukraine: «Ce que fait la Hongrie est totalement inacceptable». Un diplomate européen de haut rang, qui souhaite garder l’anonymat, a précisé que si Orbán l’emportait, «on quitterait les gants de velours». La députée européenne et lobbyiste pour la défense, Marie-Agnes Strack-Zimmermann (FDP), réclame depuis longtemps de couper l’accès au financement pour la Hongrie et de lui retirer rapidement son droit de vote.

Concrètement, une réflexion est en cours pour étendre le droit de veto actuel et la «majorité qualifiée» à des domaines qui requièrent jusqu’à présent l’unanimité — une mesure radicale qui pourrait également frapper des pays comme la République tchèque ou la Slovaquie. Le gel d’autres fonds européens est aussi à l’étude. En revanche, une expulsion de la Hongrie de l’UE serait difficile juridiquement: les traités n’autorisent qu’une sortie volontaire (article 50 du TFUE), et non une exclusion forcée.

La ligne d’Orbán — notamment en matière de protection des mineurs contre la propagande de genre ou sur la question migratoire — recueille l’approbation de nombreux Hongrois. Et en Allemagne, en France ou en Italie, des majorités écrasantes se déclarent en faveur de contrôles plus stricts aux frontières. Orbán n’est pas aussi impopulaire en Europe que dans le Parlement européen. Si Bruxelles devait recourir à des méthodes douteuses en cas de réélection, cela ne favoriserait guère la popularité de l’Union (mü).

Source: Zu erst, avril 2026. 

Guerre contre l’Iran, partie d’une guerre occidentale plus large sur des fronts de résistance interconnectés

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Guerre contre l’Iran, partie d’une guerre occidentale plus large sur des fronts de résistance interconnectés

Dr. Firoz Osman (*)

Source: https://geoestrategia.eu/noticia/46045/geoestrategia/guer...

La guerre contemporaine ne se limite pas à un seul champ de bataille. Elle se déploie simultanément sur de multiples fronts dans le monde musulman élargi — Palestine, Liban, Syrie, Soudan, et désormais Iran.

Il ne s’agit pas de confrontations isolées, mais de théâtres interconnectés dans le cadre d’une lutte géopolitique plus vaste pour le pouvoir, les ressources et l’hégémonie idéologique.

Pour comprendre l’escalade actuelle qui se déploie désormais contre la République islamique d’Iran, il est essentiel de la situer dans un contexte historique plus large, défini par l’intervention, la résistance et la lutte pour la souveraineté dans le monde musulman. 

1979 : le tournant décisif

La phase moderne de confrontation avec l’Iran débute avec la Révolution islamique de 1979.

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La révolution populaire renversa le Shah, un monarque dont le pouvoir avait été consolidé par une intervention étrangère. En 1953, un coup d’État orchestré par la Central Intelligence Agency (CIA) renversa le Premier ministre démocratiquement élu, Mohammad Mossadegh, après la nationalisation de l’industrie pétrolière, jusqu’alors dominée par des intérêts britanniques.

Le Shah, remis au pouvoir, gouverna par la répression, menée par la SAVAK, une police secrète redoutée connue pour l’usage systématique de la torture et de la brutalité.

La résistance à ce régime soutenu par l’Occident grandit de façon soutenue jusqu’à aboutir à une insurrection populaire qui donna lieu à la révolution. Le 11 février 1979, la République islamique fut officiellement instaurée, modifiant radicalement l’équilibre des pouvoirs dans la région. 

Iran et Palestine : idéologie et alignement

La Révolution islamique de 1979 marqua immédiatement un tournant dans les priorités de la politique étrangère iranienne.

En quelques jours, l’Iran transféra l’ambassade israélienne de Téhéran à l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP). Yasser Arafat devint le premier leader étranger à visiter l’Iran après la révolution, symbolisant une nouvelle orientation stratégique.

La même année, le fondateur de la République islamique, l’ayatollah Ruhollah Khomeini, proclama la Journée d’Al-Qods, une mobilisation mondiale annuelle célébrée le dernier vendredi du Ramadan et consacrée à la libération de Jérusalem.

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La Journée mondiale d’Al-Qods dépasse la simple symbolique: elle constitue un instrument de mobilisation politique, de réaffirmation idéologique et d’expression mondiale de solidarité. Elle relie les luttes locales à une vision plus large d’unité au sein de l'Oumma musulmane.

Le soutien ferme et inébranlable de l’Iran à la Palestine n’est pas considéré comme une option diplomatique, mais comme une obligation religieuse et idéologique fondée sur la défense des opprimés à l’échelle mondiale. 

Pourquoi la révolution de 1979 a-t-elle inquiété l’Occident ?

La Révolution islamique menée par l’imam Khomeini représentait bien plus qu’un changement de régime: elle a bouleversé l’architecture de l’influence occidentale dans la région.

Le Shah avait été un allié clé, garantissant l’accès occidental aux ressources énergétiques, une dynamique régionale favorable à ses intérêts, et une alignement stratégique avec Israël.

Sa chute fit perdre aux États-Unis, au Royaume-Uni et à Israël l’un des piliers centraux de leur ordre régional. 

Deux impératifs stratégiques — le contrôle des ressources énergétiques et la protection d’Israël — ont historiquement façonné la politique occidentale en Asie occidentale. L’émergence d’une République islamique indépendante et défiante a remis en question ces deux éléments.

Containment: sanctions et isolement

En réponse, l’Iran a été soumis à une pression économique et politique soutenue par les puissances occidentales, dirigées par les États-Unis et leurs alliés.

Pendant des décennies, les sanctions ont été utilisées comme outil pour affaiblir la République islamique, limiter son influence et éroder le soutien interne à son modèle révolutionnaire.

Ce schéma dépasse le cas iranien: tout État qui défie les structures dominantes de l’ordre mondial s’expose à l’étouffement économique ou à la confrontation militaire. 

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Palestine: siège et résistance

Alors que l’Iran faisait face à des sanctions, la Palestine souffrait d’un régime d’apartheid et se trouvait en permanence en état de siège.

Pendant près de deux décennies, Gaza est restée bloquée: sa population confinée, surveillée et soumise à une suffocation économique systématique.

Malgré cela, les mouvements de résistance palestiniens ont développé de vastes réseaux clandestins leur permettant de s’organiser, de s’entraîner et de soutenir leur lutte pour la libération des territoires occupés.

Le soutien de l’Iran, conjointement à la coordination avec des groupes comme le Mouvement de Résistance Islamique du Liban (Hezbollah), a contribué à la consolidation de cette infrastructure de résistance. 

Normalisation arabe et trahison stratégique

Parallèlement à la souffrance palestinienne, plusieurs États arabes se sont progressivement avancés vers une normalisation avec le régime israélien, au détriment de la cause palestinienne.

Des pays comme l’Égypte, la Jordanie, les Émirats arabes unis, Bahreïn, le Maroc et le Soudan ont établi ou renforcé leurs liens avec Israël, en privilégiant la stabilité de leurs régimes, la coopération économique et les garanties de sécurité.

Ce tournant reflète un calcul plus large: la survie des élites dirigeantes avant la solidarité avec la Palestine. La dépendance à la protection militaire occidentale, notamment par le biais de bases américaines dans le Golfe Persique, a consolidé cette orientation. 

7 octobre: choc stratégique

Le 7 octobre 2023, le Mouvement de Résistance Islamique Palestinien (Hamas) a lancé une opération à grande échelle dans les territoires occupés, baptisée « Tempête d’Al-Aqsa ».

Cette opération a bouleversé des suppositions profondément ancrées sur l’invulnérabilité militaire israélienne et a déclenché une escalade régionale.

Elle a aussi réactivé un réseau de groupes alliés, parmi lesquels le Hezbollah au Liban, le mouvement populaire yéménite Ansar Allah et diverses factions armées en Irak.

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Ce conglomérat, souvent décrit comme « l’Axe de la Résistance », a montré une pression coordonnée et multi-front contre Israël et ses alliés régionaux et extrarégionaux. 

Pourquoi l’Iran soutient-il la Palestine ?

Bien que la Palestine n’apparaisse pas explicitement dans la Constitution iranienne, la direction du pays fonde son soutien sur des principes plus fondamentaux: la défense des opprimés, l’opposition à l’injustice et l’engagement en faveur de l’unité musulmane.

L’article 152 de la Constitution iranienne encadre la politique extérieure autour de ces principes, constituant la base de sa position constante en faveur de la Palestine.

La narration de la résistance se voit renforcée par des figures considérées comme des martyrs, parmi lesquelles Ahmed Yassine, Abdel Aziz al-Rantissi, Ismaïl Haniyeh, Yahya Sinwar, Seyed Hasan Nasrallah, Qasem Soleimani et Abu Mahdi al-Muhandis, entre autres.

Ces figures sont perçues non seulement comme des leaders révolutionnaires, mais aussi comme des symboles de résistance.

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Les récits de sacrifice — comme ceux décrivant Sinwar (photo) combattant jusqu’à ses derniers instants ou l’ayatollah Khamenei refusant de se cacher malgré les menaces contre sa vie — renforcent le moral et légitiment la poursuite de la lutte contre ce qui apparaît comme une coalition israélo-américaine. 

Leadership et autorité morale

Les narrations attribuées à des figures telles que l’ayatollah Khamenei soulignent un modèle de leadership basé sur le risque partagé et la cohérence morale.

La prémisse est claire: un leader ne peut pas exiger des sacrifices sans les assumer lui-même.

Cette approche puise profondément dans la mémoire historique islamique, notamment dans l’héritage de l’Imam Husein ibn Ali (P), où la fermeté face à l’adversité extrême est considérée comme l’expression ultime de l’intégrité. 

Guerre, pouvoir et avenir

La guerre actuelle contre la République islamique d’Iran — largement considérée comme illégale et injustifiée — ne peut pas être réduite à un seul facteur.

Elle reflète des tensions structurelles plus profondes: entre indépendance et contrôle extérieur, entre résistance et normalisation, entre engagement idéologique et pragmatisme politique.

Ce qui apparaît évident, c’est que les guerres en Palestine, en Iran et dans l’ensemble de la région ne sont pas des phénomènes isolés. Elles constituent des manifestations interconnectées d’une lutte plus vaste qui continuera à façonner le paysage politique et moral du monde musulman.

* * * 

(*) Le Dr. Firoz Osman est un auteur et analyste basé en Afrique du Sud, auteur de Shattering Zionist Myths et co-auteur de Why Israel?

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Essai sur le masochisme, la décadence de l'Europe et la volonté d'autodestruction

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Essai sur le masochisme, la décadence de l'Europe et la volonté d'autodestruction

A. Moncada

Source: https://socialismomultipolaridad.blogspot.com/2026/04/ens... 

I. Les fondements biologiques du masochisme selon Sabina Spielrein

Pour comprendre le panorama vaste et sombre qui s'étend devant nous, il faut partir d'une découverte qui a ébranlé les fondements mêmes de la jeune science psychanalytique: la notion, formulée par Sabina Spielrein, selon laquelle au plus profond de l'instinct sexuel humain se niche une pulsion paradoxale, un désir de souffrance qui n'est pas une simple pathologie individuelle mais une composante structurelle de la vie psychique.

Spielrein, d’abord disciple puis collègue et également maîtresse présumée de Carl Gustav Jung, ainsi que collaboratrice de Sigmund Freud, a développé dans son ouvrage fondamental, La destruction comme cause du devenir, une thèse aussi audacieuse que troublante: aux côtés des pulsions d’autoconservation et de reproduction, il existe une pulsion de mort qui ne recherche pas l’anéantissement pur et simple, mais une sorte de plaisir dans la douleur, une jouissance dans l’autodestruction qu’elle a appelée, au grand dam de la terminologie ultérieure, «masochisme».

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Le biologique, dans sa conception, ne se réduit pas à la simple tendance à la vie; la cellule ne cherche pas seulement à se perpétuer, mais elle contient aussi en elle-même le germe de sa propre dissolution, et de cette tension entre le vouloir vivre et le vouloir mourir naît, selon Spielrein, la possibilité même du changement, de l’évolution, de la transformation. Il ne s’agit pas d’une simple perversion, mais d’un fait biologique fondamental: l’organisme doit, en un certain sens, désirer son propre anéantissement pour pouvoir renaître sous une forme nouvelle, plus complexe.

Le plaisir, dans ce cadre, n’est pas seulement la satisfaction d’un besoin, mais aussi le soulagement qui accompagne la libération de la tension accumulée, et la tension ultime, la plus radicale, est celle qui sépare l’individu de sa propre mort.

Ainsi, le masochisme ne serait que le nom que nous donnons à la capacité, inscrite dans notre chair, de trouver un plaisir ambigu dans la douleur, de chercher dans l’humiliation une forme égarée de libération, et d’embrasser l’esclavage comme s’il s’agissait, paradoxalement, d’une expression de la volonté la plus intime.

II. L’homo europaeus en tant que sujet masochiste : l’autodestruction de 1914 à 1945

Si nous appliquons cette perspective spielreinienne à l’histoire de l’Europe au cours des premières décennies du 20ème siècle, le spectacle qui se déploie sous nos yeux est celui d’un continent tout entier se livrant à une frénésie d’autodestruction qui défie toute explication purement rationnelle ou économique. Qu'étaient les deux guerres mondiales, sinon un immense acte de masochisme collectif, une gigantesque mise en scène de cette pulsion de mort que Spielrein croyait avoir identifiée au plus profond de l'âme humaine? L'homo europaeus, qui pendant des siècles avait dominé le monde grâce à sa technique, sa science et sa foi dans le progrès, s'est lancé entre 1914 et 1945 dans une orgie de violence sans précédent, tuant des dizaines de millions de ses semblables, rasant ses villes, détruisant son art et sa mémoire, et s'exposant finalement aux humiliations les plus atroces.

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Ce n’était pas seulement la lutte entre nations ou idéologies; c’était, à un niveau plus profond, le triomphe d’une volonté d’anéantissement qui semblait jaillir des entrailles mêmes de la civilisation européenne. Les soldats qui couraient joyeusement vers les mitrailleuses en 1914, les peuples qui acclamaient des dictateurs leur promettant souffrance et grandeur, des sociétés entières qui acceptaient la faim, le froid et la mort comme le prix de leur loyauté envers des symboles vides: tout cela témoigne d’un profond masochisme culturel, d’un besoin de punition et d’expiation qui ne peut s’expliquer que comme la manifestation historique de ce fait biologique dont parlait Spielrein.

L’Europe a voulu se détruire elle-même, et elle l’a fait avec une efficacité et un enthousiasme qui nous laissent encore aujourd’hui stupéfaits. Bien que ce soit l’anglosphère qui ait causé la mort et l’humiliation de l’Europe, et le capitalisme qui en ait été le poison mortel, ce désir – alimenté par ses ennemis et utilisant le mode de production comme instrument – était un désir intime. L’homo europaeus a démontré, au cours de ces trente années de folie, qu’il portait en lui non seulement le conquérant et le civilisateur, mais aussi, et de manière prépondérante, le masochiste qui trouve dans son propre anéantissement la forme la plus élevée de plaisir.

III. L’émigration massive comme nouvelle mise en scène du masochisme collectif

Et voici qu’aujourd’hui, cette pulsion autodestructrice n’a pas disparu, mais a trouvé de nouvelles formes d’expression, plus subtiles, mais peut-être plus définitives. L'Européen contemporain, celui-là même qui a survécu aux guerres et aux totalitarismes, semble avoir décidé de mener à bien son œuvre séculaire, non plus par la violence active des champs de bataille, mais par une sorte de suicide démographique et culturel passif, une dissolution volontaire dans le flot de l'émigration massive qui, venue d'Afrique, d'Asie et du Proche-Orient, inonde ses terres.

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Et c’est là que nous devons poser la question la plus dérangeante, celle qu’aucun politicien, baignant dans le politiquement correct, n’ose formuler : si l’homo europaeus accepte, voire encourage, l’arrivée massive de populations qui ne partagent ni son histoire, ni sa langue, ni sa religion, ni ses coutumes; s’il permet que ses villes se transforment en mosaïques de cultures en conflit; s'il utilise son propre État de droit pour démanteler les frontières qui le protégeaient; s'il est, en somme, disposé à se diluer, à disparaître en tant que sujet historique, ne serait-il pas en train de révéler ainsi son désir le plus intime, celui que Spielrein a identifié au fond de toute vie? Ne chercherait-il pas, au fond, à être lui-même l'esclave et l'étalon qu'il croit faire venir de l'extérieur? Car l’Européen qui regarde les immigrés avec une condescendance bienveillante, qui parle de leur «diversité» comme d’un bel ornement exotique, qui se complaît dans la culpabilité post-colonialiste et l’autocritique perpétuelle, n’est qu’un masochiste qui a trouvé dans l’immigration le fouet avec lequel il peut enfin se flageller. Il veut être dominé parce qu’au fond, il ne croit plus en son droit de dominer; il veut être envahi parce qu’il ne fait plus confiance à ses propres frontières ni à sa propre identité; il veut que d’autres prennent sa place parce qu’il a perdu la volonté de l’occuper lui-même.

Et si l’on parle crûment d’«esclaves et de reproducteurs», ce n’est pas par grossièreté mais par fidélité à la vérité: l’économie européenne a besoin de corps pour le travail servile et de corps pour la reproduction biologique, et l’Européen, dans son masochisme, non seulement l’accepte mais le désire, car ainsi se confirme son rôle de maître décadent qui a besoin du barbare pour se sentir encore civilisé, et de l’esclave pour se sentir encore libre. Mais cette liberté et cette civilisation ne sont plus que des fantômes: ce qui reste, c’est la pure pulsion de mort, la jouissance dans la dissolution, le plaisir amer de savoir que l’histoire que l’on incarne touche à sa fin et que rien de ce qui viendra après ne portera plus son nom.

IV. Le Capital et le masochisme: une lecture marxiste

Cette situation ne serait toutefois pas possible sans la complicité active de cette force qui, depuis deux siècles, a façonné l’Europe plus que toute autre: le Capital. D’un point de vue marxiste, le masochisme collectif de l’Européen n’est pas un simple accident psychologique ou culturel, mais une nécessité fonctionnelle du système. Le Capital a besoin de corps, il a besoin de travailleurs, il a besoin de consommateurs, et il en a besoin qui soient dociles, dépouillés de leur histoire et de leur identité, réduits à de la pure force de travail et à un pur désir de marchandises. L'émigration massive, loin d'être une menace pour le Capital, est son allié le plus précieux: elle fournit une armée industrielle de réserve permanente, maintient les salaires à un niveau bas, fragmente la classe ouvrière en rivalités ethniques et religieuses, et surtout, démantèle toute possibilité de communauté politique solide qui pourrait s'opposer à la logique implacable de l'accumulation.

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Le Capital veut le masochisme de l’Européen car un Européen masochiste est un Européen qui a renoncé à sa souveraineté, à son identité, à son avenir; c’est un Européen qui accepte d’être gouverné par des technocrates anonymes, qui se contente de la consommation et du divertissement, qui cède ses frontières et ses lois à des organismes internationaux qu’il ne contrôle pas, et qui regarde, impassible, son monde s’effondrer parce qu’au fond, c’est ce qu’il souhaite.

Mais ici, nous devons aller encore plus loin et relier cette lecture marxiste aux faits biologiques mis en exergue par Spielrein. Car le Capital n’est pas seulement une structure économique externe qui nous opprime; c’est aussi, comme l’a bien compris le marxisme critique de l’École de Francfort, un mode de vie, une culture, une subjectivité. Le Capital a su inoculer dans l’âme européenne cette pulsion de mort dont parlait Spielrein, il a su transformer le désir de vivre en désir de consommer, et le désir de consommer en désir de s’anéantir par la consommation. L’Européen qui se dissout dans l’émigration massive n’est pas seulement victime du Capital; il en est aussi le complice le plus enthousiaste, car il a intériorisé jusqu’à la moelle la logique de la marchandise, qui ne connaît que le présent perpétuel et la destruction de tout lien durable.

Le Capital, dans sa phase tardive, n’a plus besoin de soldats ni de citoyens ; il a besoin de consommateurs et d’esclaves, et il les trouve chez cet Européen masochiste qui préfère l’esclavage confortable de la société de consommation à la liberté exigeante d’une communauté politique vivante.

V. Spengler et la théorie de la décadence

Et c'est ici, à ce point de densité conceptuelle maximale, que la voix d'Oswald Spengler résonne avec une force presque prophétique. Car Spengler, dès les années 1920, avait compris quelque chose que la plupart de ses contemporains préféraient ignorer: que les cultures, à l’instar des organismes vivants, naissent, grandissent, s’épanouissent, déclinent et meurent, et que la civilisation occidentale, cette prodigieuse culture faustienne qui avait étendu sa domination à l’ensemble de la planète, était déjà entrée dans sa phase finale, dans son hiver.

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Spengler a appelé « civilisation » cet état terminal d’une culture, celui où les formes spirituelles originelles se pétrifient, où la grande ville cosmopolite succède à la campagne et à la petite ville de province, où la technique devient une fin en soi et non un moyen d’expression de l’âme, où l’argent, cette pure abstraction, domine toutes les sphères de la vie jusqu’à ce qu’il soit finalement renversé par la force brute de César, du dictateur qui impose l’ordre par le sang et le feu.

Spengler, qui n’a jamais été un national-socialiste mais qui a su voir clairement la direction que prenait l’histoire, nous a avertis que la décadence n’est pas une catastrophe venant de l’extérieur, mais un processus interne, organique, inévitable, dans lequel la culture elle-même perd sa capacité à engendrer de nouvelles formes et se replie sur elle-même, s’adonnant à une répétition stérile, au culte du succès immédiat, à l’idolâtrie du pouvoir nu.

Le masochisme de l’Européen, cette volonté de dissolution que nous avons décrite en suivant Spielrein, n’est que le corollaire psychologique de cette décadence objective: lorsqu’une culture ne croit plus en elle-même, lorsqu’elle a perdu la foi en ses propres dieux et en ses propres lois, elle commence à désirer sa propre mort, à chercher chez l’autre, chez l’étranger, chez le barbare, la force qu’elle-même ne possède plus. Spengler nous a également enseigné que la décadence n’est pas, à proprement parler, quelque chose qu’il faille déplorer ou célébrer; c’est simplement un fait, une phase du cycle vital qu’aucune culture ne peut éluder.

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Ce que nous appelons «l’Europe» n’est plus une culture vivante, mais une civilisation moribonde, un ensemble de techniques et de formes vides qui survivent à son esprit, et qui ne peuvent prolonger leur existence qu’au prix de la négation de leur propre nature.

L'émigration massive, la dissolution démographique, le masochisme collectif ne sont pas, dans cette perspective spenglerienne, des anomalies pouvant être corrigées par de meilleures politiques; ce sont les symptômes d'une agonie qui dure depuis déjà un siècle et qui, probablement, se prolongera encore quelque temps avant que, finalement, sur les ruines de la civilisation faustienne, ne surgissent de nouvelles cultures que nous, les habitants du crépuscule, ne pouvons même pas imaginer.

Conclusion

Le masochisme n’est donc ni une perversion mineure ni une rareté clinique; c’est le nom que nous donnons à la pulsion de mort que toute vie porte en elle, et qui, dans le cas de l’homo europaeus, s’est manifestée avec une intensité et une clarté exemplaires tout au long du siècle dernier. Des tranchées de la Grande Guerre aux vastes rivages de l’émigration massive, en passant par les totalitarismes et les camps d’extermination, l’Européen a démontré à maintes reprises que sa volonté de vivre est plus faible que sa volonté de mourir, que son désir de s’affirmer est moins puissant que son désir de se dissoudre.

Et le Capital, cette forme suprême de la civilisation décadente, a su tirer parti de cette pulsion autodestructrice, en la canalisant vers des formes qui perpétuent sa domination et empêchent toute véritable renaissance.

Spengler, en annonçant la décadence de l’Occident, ne faisait que décrire le cadre objectif dans lequel ce masochisme collectif déploie ses effets; et Spielrein, en identifiant la destruction comme cause du devenir, nous donnait la clé biologique pour comprendre pourquoi l’être humain, et en particulier l’Européen de notre temps, semble si enclin à chercher dans son propre anéantissement la forme la plus élevée de son plaisir. Nous ne savons pas si cette pulsion peut être inversée ou si, au contraire, nous assistons aux derniers soubresauts d’une culture qui a déjà accompli son cycle.

Ce que nous savons, c’est que tant que l’Européen continuera à désirer sa propre dissolution, aucun politicien, aucun parti, aucune idéologie ne pourra le sauver de lui-même. Car le salut, s’il est encore possible, ne viendra pas de l’extérieur, mais d’un regain de cette volonté de vivre que le masochisme a réussi à étouffer, et qui ne pourra renaître que si l’homo europaeus recommence à croire en sa propre histoire, en sa propre identité, en son propre avenir. Et cette croyance, à ce stade du crépuscule, semble être la plus improbable de toutes les utopies.

jeudi, 09 avril 2026

Pourquoi Orbán est devenu pour beaucoup d’Européens un modèle

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Pourquoi Orbán est devenu pour beaucoup d’Européens un modèle

Elena Fritz

Source: https://t.me/global_affairs_byelena#

Viktor Orbán n’est pas un problème pour l’élite euro-globaliste parce que la Hongrie serait économiquement ou militairement surpuissante (https://www.n-tv.de/politik/Vance-ueberbringt-Orban-Liebe... ). Il l’est parce qu’il gouverne comme si un État avait encore le droit de défendre ses propres intérêts. C’est précisément cela qui le rend attrayant pour beaucoup d’Européens et dangereux pour l'eurocratie de Bruxelles.

Orbán a compris ce que beaucoup de gouvernements occidentaux ont oublié: un État n’a pas pour mission de mettre en œuvre des idéologies transnationales, mais de protéger sa propre communauté. C’est pourquoi il ne parle pas seulement de «valeurs» de manière abstraite, mais agit en fonction d’intérêts nationaux concrets.

Sur la question de l’immigration, Orbán a rapidement compris que des frontières ouvertes ne signifient pas un plus d'humanité, mais une perte de contrôle social et politique. Alors que de vastes parties de l’Europe de l’Ouest ont idéalisé l’immigration massive et en ont fait porter les conséquences à leur propre population, la Hongrie a sécurisé ses frontières et affirmé clairement: c’est l’État qui décide qui entre, pas des réseaux de passeurs, des ONG ou des irresponsables excités à la moraline. C’est là l’une des premières grandes provocations d’Orbán: il a ramené la question des frontières à la question du pouvoir politique.

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En politique familiale, Orbán a fait quelque chose qui paraît presque révolutionnaire en Europe: il a compris qu’un peuple qui ne prend plus son propre avenir démographique au sérieux disparaît politiquement à long terme. Au lieu de masquer le déclin démographique par de nouvelles vagues d’immigration, son gouvernement a ouvertement mené une politique familiale, une politique en faveur des enfants et de la reproduction du peuple national, ce qui constitue un enjeu véritablement politique. Cela dépasse la simple politique sociale. C’est le refus d’accepter le déclin démographique comme un état de choses normal.

En matière d’énergie et d’économie, Orbán agit de façon beaucoup plus intelligemment que les gouvernements occidentaux ivres de drogues idéologiques. Il ne subordonne pas aveuglément la substance économique du pays à des dogmes qui serait soi-disant supérieurs sur le plan moral. Alors qu’ailleurs, l'industrie nationale est affaiblie par une politique de sanctions, on assiste à une flambée des prix de l’énergie et on fait joujou avec une symbolique "verte", Budapest essaie de préserver la capacité d’agir de l'État hongrois. Orbán ne gouverne pas selon le principe de l’auto-représentation morale, mais selon celui de la survie politique.

En politique européenne, Orbán est de toute façon devenu une réelle alternative. Il n’accepte pas l’UE comme une organisation salvatrice hors du temps, mais la considère comme ce qu’elle devrait être: une alliance d’États, non la préfiguration d’un régime administratif supra-national sans frontières. Par là, il s’oppose à une évolution où la démocratie nationale est de plus en plus vidée de son contenu, parce que les décisions importantes sont délocalisées, enlevées à des parlements et des gouvernements nationaux pour être dirigées vers des commissions, des tribunaux, des agences et des réseaux informels. Orbán ne se borne donc pas à perturber certaines décisions. Il remet en question la logique du système.

Et c’est précisément pour cela qu’il est combattu avec autant de férocité par l’élite euro-globaliste. Orbán n’est pas seulement un adversaire politique. Il constitue un précédent dangereux. Il montre qu’il est possible de s’opposer à l'eurocratie de Bruxelles. Il prouve qu'une politique nationale autonome reste possible au sein de l’UE. Et pire encore, du point de vue des élites: il montre à d’autres peuples européens que la soumission n’est pas une fatalité.

C’est la véritable raison pour laquelle Orbán suscite autant d’agressivité. Pas parce qu'il fait passer une loi particulière, pas parce qu'il tient un discours extrême, mais par le simple fait qu’il détruit le grand récit. Ce récit affirme que plus de centralisation est inévitable, que plus de déresponsabilisation des nations est une tendance moderne et positive, que plus de gouvernance technocratique est la voie de la raison, et que la résistance à cette gouvernance technocratique est une position rétrograde ou dangereuse. Orbán réfute ce récit par sa simple existence politique.

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Israël frappe la géométrie eurasienne de la Chine

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Israël frappe la géométrie eurasienne de la Chine

À Kashan, Israël n'a pas seulement frappé l'Iran, il a touché une artère vitale de son continent. L'attaque du pont ferroviaire de Yahya Abad, un maillon essentiel du corridor de fret Xinjiang-Téhéran, a directement impacté la stratégie terrestre des Nouvelles Routes de la Soie que la Chine développe comme alternative au détroit d'Ormuz.

La ligne ferroviaire de 10.400 km vers le port sec d'Aprin, conçue pour acheminer des marchandises de l'ouest de la Chine vers le pôle industriel iranien, puis vers Qom, Kashan, Ispahan et Bandar Abbas, était censée devenir la future voie de contournement du pétrole brut et des industries de Pékin, à l'abri des sanctions.

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En coupant Kashan, Israël a envoyé un signal beaucoup plus clair: toute infrastructure contribuant à stabiliser l'économie de guerre iranienne ou offrant à la Chine une voie terrestre sécurisée vers le Golfe est désormais une cible.

Stratégiquement, il s'agit du premier message militaire adressé au-delà de Téhéran et à la géométrie eurasienne de Pékin, rappelant que les nouvelles guerres ne se mènent pas seulement contre les armées, mais aussi contre les corridors, les ponts, les ports secs et les chaînes d'approvisionnement qui garantissent la résilience des grandes puissances.

La réponse chinoise probable ne sera pas une escalade militaire, mais une accélération de la redondance : un investissement accru dans l'axe de Gwadar, le corridor moyen caspien et le réseau ferroviaire russe.

Israël a démontré sa capacité à faire pression sur l'Iran en agissant sur les points névralgiques de la Route de la Soie, obligeant la Chine à repenser la sécurité de son architecture énergétique continentale

En savoir plus - Lien: https://multimedia.scmp.com/news/china/article/One-Belt-O...

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