mardi, 06 octobre 2026
Readiness 2030: peut-être ne s'agit-il pas du tout de l'autonomie de l'Europe?

Readiness 2030: peut-être ne s'agit-il pas du tout de l'autonomie de l'Europe?
Elena Fritz
Source: https://t.me/global_affairs_byelena
Le nouveau rapport de l’Agence européenne de défense met en évidence un problème: l’Europe se réarme, mais pas assez rapidement. D’importantes lacunes subsistent en matière de défense aérienne et antimissile, de munitions, de drones, de forces terrestres et navales. L’objectif reste néanmoins inchangé: atteindre la préparation en matière de défense d’ici à 2030.
C’est peut-être précisément là que réside une erreur de raisonnement.
Nous supposons souvent qu’à long terme, Bruxelles souhaite bâtir une puissance militaire européenne stratégiquement autonome, moins dépendante des États-Unis et dotée de sa propre industrie ainsi que de ses propres capacités.
Mais si, à court terme, ce n’était tout simplement pas la priorité?
Et s’il s’agissait d’abord, d’ici à 2030, de constituer aussi rapidement que possible une masse militaire aussi importante que possible — au besoin en recourant au crédit, au besoin avec des systèmes d’armes américains, et toujours dans le cadre des structures de l’OTAN?
Readiness 2030 correspond en tout cas à cette logique. Jusqu’à 800 milliards d’euros doivent être mobilisés, dont 150 milliards au moyen de prêts SAFE. D’autres marges de manœuvre considérables seront créées grâce à l’assouplissement des règles budgétaires applicables aux dépenses de défense. Parallèlement, l’OTAN s’engage sur une trajectoire à long terme pouvant atteindre 5% du PIB des pays membres d’ici à 2035.
Dans le même temps, le Conseil européen qualifie désormais explicitement la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine de «défi existentiel pour l’Union européenne» et demande que la préparation en matière de défense soit renforcée d’ici à 2030 «à un rythme soutenu et à grande échelle».
Il s’agit d’une formulation politique remarquablement forte.
Et elle change la logique.
Si les dirigeants politiques européens considèrent réellement la confrontation avec la Russie comme existentielle, l’enjeu principal n’est plus de concevoir l’architecture de défense européenne la plus adéquate pour les vingt prochaines années. Ce qui compte avant tout, c’est le temps.

Des armes maintenant. Des munitions maintenant. Une défense aérienne maintenant. Des capacités de production maintenant.
La provenance du matériel devient alors secondaire.
L’achat de systèmes américains ne contredit donc nullement une telle stratégie. L’autonomie stratégique constituerait un objectif à long terme. La préparation à la guerre d’ici à 2030 est une mission à moyen terme.
Et c’est ici que l’Ukraine acquiert également une seconde fonction.
Officiellement, il s’agit de défendre l’Ukraine. Dans le même temps, l’Union européenne affirme elle-même que l’expérience militaire et les innovations ukrainiennes en matière d’armement doivent être mises en relation avec l’industrie européenne de la défense. Ursula von der Leyen a déjà déclaré que l’Ukraine disposait de l’innovation et que l’Europe pouvait assurer le changement d’échelle — tout en renforçant ainsi sa propre défense.
On peut en déduire une hypothèse plus large:
L’Ukraine maintient la Russie engagée militairement, tandis que l’Europe gagne du temps pour reconstruire sa propre base militaire.
Il ne s’agit pas d’une stratégie secrète avérée. Mais cette fonction stratégique est difficile à ignorer.
Fait intéressant, Moscou décrit désormais cette évolution exactement de cette manière, mais en termes beaucoup plus tranchés. Le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Alexandre Grouchko, a déclaré en juin que la Russie partait du principe que l’Union européenne et l’OTAN se préparaient à une confrontation militaire «aux alentours de 2030». Le ministre des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a, quant à lui, soutenu que l’Europe souhaitait plutôt «geler» le conflit ukrainien, gagner du temps et parvenir à sa propre aptitude au combat d’ici à 2030. Il s’agit d’interprétations russes, non de constatations factuelles indépendantes. Elles montrent toutefois comment le réarmement européen est perçu à Moscou.
Et c’est précisément là qu’apparaît un dangereux effet miroir.
La Russie considère elle aussi l’issue de la guerre en Ukraine comme une question stratégique existentielle. Du point de vue de Moscou, un cessez-le-feu dépourvu d’un nouvel ordre de sécurité ne serait peut-être qu’une pause durant laquelle l’Ukraine serait réarmée et intégrée plus étroitement aux structures militaires occidentales. De son côté, l’Union européenne déclare officiellement que, même après un cessez-le-feu, des garanties de sécurité à long terme et une capacité ukrainienne durable à dissuader la Russie resteraient nécessaires.
Les deux parties ne considèrent donc pas nécessairement la période suivant un éventuel cessez-le-feu comme une période de paix.
Elles pourraient la voir comme une phase de préparation en vue du prochain affrontement.
Dès lors, le réarmement européen prend lui aussi une autre signification.
Non pas :
Guerre en Ukraine → cessez-le-feu → nouvel ordre de sécurité européen.
Mais peut-être :
Guerre en Ukraine → gain de temps → réarmement européen → confrontation militaire durable avec la Russie.
Pour les institutions politiques européennes, cette évolution crée en outre un mécanisme classique de coûts irrécupérables.

Plus les budgets, l’industrie, les infrastructures et les discours politiques seront orientés vers l’hypothèse d’une menace russe durable, plus il sera difficile de procéder ultérieurement à un changement de cap fondamental.
Car si une détente politique stable devait réellement s’instaurer, une question finirait inévitablement par se poser:
Pourquoi 5%? Pourquoi 800 milliards? Pourquoi cette mobilisation permanente?
Cela ne signifie pas pour autant que les responsables politiques européens «veulent» la guerre.
Mais cela signifie que les institutions, les budgets et la légitimation politique sont de plus en plus liés à une certaine perception de la menace. Et, comme on le sait, de telles structures développent leur propre inertie.
Peut-être faudrait-il donc considérer Readiness 2030 moins comme un projet de souveraineté stratégique européenne.
Peut-être s’agit-il avant tout d’une course contre la montre: l’Europe veut être militairement en mesure d’agir avant que l’Ukraine ne cesse de jouer son rôle de zone tampon militaire avancée.
Si cette hypothèse est juste, elle permet également d’expliquer la contradiction entre la grande rhétorique européenne sur l’autonomie et la dépendance persistante à l’égard des capacités américaines.
L’autonomie peut attendre.
2030, apparemment, ne le peut pas.
#géopolitique @global_affairs_byelena
16:57 Publié dans Actualité, Affaires européennes, Défense | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : readiness 2030, actualité, europe, ukraine, affaires européennes, bellicisme, otan |
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La France des révoltes et l’illusion d’une convergence entre travailleurs et périphéries ethniques
La France des révoltes et l’illusion d’une convergence entre travailleurs et périphéries ethniques
par Sergio Filacchioni
Source: https://www.ilprimatonazionale.it/approfondimenti/francia...
Rome, 3 octobre — Après le refrain selon lequel «en France, au moins, ils savent manifester», il en est un second qui accompagne désormais presque automatiquement chaque nouvelle flambée de contestation de l’autre côté des Alpes: la convergence. Le mot a refait surface ces derniers jours, tandis que le mouvement parti des lycées français s’étendait rapidement, passant d’une protestation contre le manque d’enseignants, la surpopulation et la dégradation des établissements à une mobilisation nationale qui, au 3 octobre, avait touché plus de 1200 écoles et entraîné plus de cinq mille arrestations. Syndicats, enseignants et organisations politiques ont progressivement rejoint un mouvement né avant eux, tandis qu’aux revendications scolaires se sont ajoutés incendies, affrontements et formes de violence urbaine que le gouvernement français a présentés comme un changement de nature de la contestation.
De là découle une image presque inévitable: les élèves commencent, les professeurs les rejoignent, les travailleurs se mettent en grève, les périphéries ethniques se mobilisent, et ce qui était un conflit particulier devient une opposition générale. Le verbe choisi par Ilaria Salis pour commenter les protestations françaises a d’ailleurs précisément été «élargir». C’est une image politiquement séduisante, comme toute utopie, car elle promet de résoudre par la quantité ce que la politique ne parvient plus à construire par l’organisation: si suffisamment de colères finissent par se retrouver dans la même rue, tôt ou tard naîtra aussi le sujet capable de les représenter. Seulement, l’histoire française des trente dernières années suggère exactement le contraire. Une révolte peut s’étendre sans converger, car occuper simultanément le même espace ne signifie pas partager la même conception du conflit, de l’État, du travail ou de l’ordre qui devrait lui succéder.

Toutes les révoltes françaises ne sont pas une seule et même révolte
Depuis des décennies, la France connaît une récurrence du conflit social qui a peu d’équivalents en Europe. En 1995, les grèves contre le plan Juppé paralysèrent pendant plusieurs semaines une partie décisive du pays et contraignirent le gouvernement à retirer certaines des mesures prévues concernant les régimes de retraite des travailleurs des transports. Huit ans plus tard, ce furent les intermittents du spectacle qui paralysèrent festivals et institutions culturelles pour protester contre la réforme de leur régime de protection sociale, jusqu’à entraîner l’annulation du Festival d’Avignon de 2003. Vinrent ensuite les émeutes des banlieues de 2005, les grandes mobilisations contre les réformes des retraites et la loi Travail, les Gilets jaunes de 2018, la nouvelle bataille sur les retraites et, en 2023, les émeutes consécutives à la mort de Nahel Merzouk, qui se propagèrent en l’espace d’une semaine à près de neuf cents communes françaises. Lue comme une séquence continue, cette histoire peut donner l’impression d’un mouvement unique qui referait périodiquement surface. En réalité, derrière la continuité des barricades se trouvent des mondes très différents.

Le mouvement de 1995 appartenait encore pleinement à une culture du conflit organisé: cheminots, transports publics et autres secteurs de l’État disposaient de structures syndicales, d’assemblées, de représentants, d’objectifs définis et d’une mémoire des mobilisations antérieures. La radicalité ne consistait pas simplement à élever le niveau de l’affrontement, mais à parvenir à le maintenir assez longtemps pour le transformer en rapport de force. La protestation des intermittents de 2003, elle aussi, tout en donnant naissance à des coordinations capables d’agir en dehors des structures syndicales traditionnelles, conservait une composition identifiable et, surtout, un objet précis de conflit : le régime d’assurance-chômage d’une catégorie professionnelle qui connaissait parfaitement l’institution contre laquelle elle luttait.
Avec les émeutes des banlieues apparaît une autre forme. Le conflit devient plus territorial, générationnel et discontinu ; il peut se propager à une vitesse considérable, mais ne dispose pas nécessairement d’une organisation capable de transformer l’incendie en continuité. Les émeutes de 2023 en ont constitué une manifestation évidente : des centaines de communes touchées, des milliers de voitures incendiées, des mairies, des commissariats et d’autres bâtiments publics attaqués, mais aucune structure nationale issue de cette explosion et capable d’en préserver la force pour la transformer en programme. La différence ne réside donc pas entre une protestation policée et une protestation violente. Elle se situe entre un conflit qui possède une forme et un autre qui consume sa propre force au moment même où il la manifeste.
Quand la radicalité n’est plus qu’intensité
Telle est la limite de la forme-émeute, qui s’est progressivement imposée dans l’imaginaire de la contestation contemporaine. Sa force est évidente : elle ne nécessite pas d’appareils lourds, se diffuse rapidement, rend difficile toute prévision du lieu où l’affrontement éclatera et, grâce aux réseaux sociaux, peut déplacer en quelques heures des groupes de jeunes d’un établissement à l’autre ou d’un quartier à l’autre. La note des services de renseignement parisiens consacrée aux mobilisations actuelles décrit précisément TikTok et Snapchat comme des outils au moyen desquels les lycéens établissent des contacts et se prêtent mutuellement assistance lors des blocages. Dans le même document, le mouvement apparaît toutefois extrêmement fragmenté et difficile à contrôler, à tel point que la reconstitution proposée par Le Monde relativise la thèse gouvernementale d’une direction centrale de La France insoumise et évoque plutôt la tentative de la gauche radicale de se greffer sur une contestation qui avait déjà éclaté spontanément.
Le problème vient ensuite. La spontanéité peut déclencher un conflit, mais elle ne lui indique pas où aller. Un mouvement organisé cherche à préserver ses forces, à choisir ses objectifs, à empêcher que chaque provocation ne détermine l’orientation de la journée, à limiter les arrestations et les blessés qui ne produisent aucun avantage et, surtout, à maintenir un rapport entre les moyens employés et le but poursuivi. Le service d’ordre des anciennes mobilisations n’était pas seulement un vestige militariste de la politique du XXe siècle ; il indiquait que quelqu’un maîtrisait suffisamment le mouvement pour assumer la responsabilité de le discipliner. L’émeute renverse cette logique. La capacité à produire du désordre augmente tandis que celle de déterminer la signification politique de ce désordre s’affaiblit. Une nuit peut être beaucoup plus violente et, le lendemain matin, il peut y avoir beaucoup moins de choses à négocier.

Le mouvement français de ces derniers jours rend cette contradiction particulièrement visible, puisqu’il est né de revendications scolaires élémentaires. Selon la reconstitution du Monde, le blocage initial de Créteil est parti sans partis ni syndicats, à l’initiative d’élèves exaspérés par les emplois du temps, le manque de professeurs, l’inadaptation des locaux et l’incertitude entourant leur avenir. Quelques jours plus tard, le gouvernement parlait d’un basculement vers les « violences urbaines », avec des établissements incendiés, des membres du personnel blessés et des groupes se déplaçant d’une école à l’autre.
Le paradoxe est difficile à ignorer : une protestation réclamant davantage d’enseignants peut finir par offrir sa scène à ceux qui agressent le personnel scolaire ou incendient une école. Non parce que ces deux phénomènes seraient nécessairement l’expression d’un même mouvement, mais précisément parce que, lorsqu’une direction reconnue fait défaut, l’espace ouvert par la protestation devient également accessible à ceux qui n’en partagent pas les revendications. Appeler tout cela « convergence », c’est résoudre par les mots une contradiction qui, politiquement, demeure intacte.
Les Gilets jaunes ont réussi là où la convergence devient difficile
Les Gilets jaunes constituent à cet égard un précédent beaucoup plus intéressant que les émeutes des banlieues, car ils ont, pendant un certain temps, construit un espace politique dans lequel des personnes issues de milieux différents pouvaient se reconnaître sans qu’un parti ait défini à l’avance la signification de leur présence. Le mouvement est né en 2018, en dehors des grandes structures syndicales et partisanes, autour du prix du carburant et de la situation économique de la France périphérique, avant d’élargir rapidement son champ aux inégalités, aux salaires, aux services publics, à la fiscalité, à l’immigration et à la représentation politique. Les revendications circulant au sein du mouvement étaient elles aussi difficiles à enfermer dans l’axe traditionnel droite-gauche. Les 42 revendications publiées en novembre 2018 comprenaient une hausse du salaire minimum, une plus grande progressivité fiscale, la défense des retraites, l’opposition aux délocalisations et à l’austérité, la protection des petites entreprises, le contrôle des élus et des mesures relatives à la question migratoire.

La difficulté est apparue lorsqu’il a fallu passer de la présence à la représentation. Les tentatives de certains protagonistes de se présenter aux élections ou de parler au nom des Gilets jaunes se sont heurtées à une très forte résistance, tandis que des groupes comme celui de Commercy défendaient le principe d’assemblées populaires contre l’idée même que quelqu’un puisse facilement devenir le porte-parole du mouvement. C’est précisément ce passage qui montre à quel point la convergence est une construction politique et non une simple photographie sociale. Les Gilets jaunes sont parvenus à rassembler des intérêts différents précisément parce qu’ils ont suspendu, pendant un certain temps, la question de savoir qui devait les représenter ; lorsque cette question est devenue inévitable, toute la difficulté de transformer leur force en sujet stable est apparue. La véritable convergence a donc un coût. Elle exige de renoncer à une partie de ses propres catégories, d’accepter des éléments étrangers à son propre lexique et de trouver un intérêt commun suffisamment puissant pour unir ce qui demeure différent.


La « maranza » révolutionnaire existe surtout dans l’esprit de ceux qui le cherchent
C’est ici que le débat français rejoint directement une tentation qui, ces dernières années, a également trouvé sa place en Italie: transformer la marginalité urbaine en sujet politique du simple fait qu’elle est marginale. La version la plus aboutie en a été élaborée par Houria Bouteldja dans Beaufs et barbares, publié en Italie sous un titre qui ne laisse aucune place à l’équivoque: Maranza di tutto il mondo, unitevi ! — « Maranzas de tous les pays, unissez-vous ! ». Le projet déclaré consiste à construire une alliance entre les « barbares » des périphéries postcoloniales et les « ploucs » issus du monde du travail pauvre européen, en réunissant les jeunes des deuxième et troisième générations, les travailleurs appauvris et d’autres laissés-pour-compte au sein d’un bloc capable d’affronter à la fois l’ordre économique et le « contrat racial ». Cette intuition contient une vérité matérielle et une erreur politique. La vérité est que la précarisation, la désindustrialisation, la crise du logement et la marginalité urbaine peuvent toucher des personnes qui n’ont pas les mêmes origines et les placer du même côté de certaines fractures économiques. L’erreur consiste à croire que cette position produit à elle seule le « nous » nécessaire pour les transformer en une force unique.
La conscience de classe n’est d’ailleurs pas la conséquence mécanique du solde d’un compte bancaire. Si tel était le cas, chaque crise économique aurait automatiquement provoqué une révolution et chaque périphérie aurait engendré la même politique. L’ancien mouvement ouvrier européen est devenu ce qu’il fut parce qu’il a construit tout un monde autour d’une condition économique : syndicats, coopératives, partis, sections, journaux, maisons du peuple, rites, symboles, disciplines et mémoires familiales. Il ne s’est pas contenté de constater que des millions de personnes étaient exploitées ; il leur a appris à interpréter cette exploitation de la même manière. Lorsque cette transmission se brise, la marginalité reste disponible pour des interprétations différentes, voire incompatibles. C’est précisément ce qui fragilise l’idée du « maranza » comme nouveau prolétaire. Le jeune qui vit aux marges de la ville, déteste la police, consomme des symboles de statut social et participe à une émeute ne franchit pas la première étape d’un parcours politique simplement parce qu’un intellectuel parvient à le faire entrer dans une catégorie marxiste. Il peut avoir des intérêts matériels communs avec un travailleur, mais aussi se faire une représentation complètement différente de l’autorité, de la propriété, de la communauté et même de ce qu’il considère comme une vie réussie.

La même erreur était déjà perceptible dans l’interprétation des banlieues françaises. Entre la génération de la Marche pour l’égalité de 1983 et celle des émeutes de 2005, ce ne sont pas seulement les conditions matérielles qui ont changé, mais aussi les structures par lesquelles ces conditions se transformaient en action collective. La sociologie française a précisément insisté sur la rupture générationnelle des formes associatives et politiques dans les périphéries. Ce qui demeure constant, c’est la marginalité ; ce qui change radicalement, c’est la manière dont elle se transforme en comportement public. C’est pourquoi deux groupes peuvent avoir des raisons différentes de haïr le même ordre sans avoir aucune raison d’en construire ensemble un nouveau.
La convergence est le problème, non la solution
La France insoumise semble aujourd’hui consciente d’au moins la première moitié du problème. Elle n’a pas besoin d’avoir organisé les blocages des lycées pour en comprendre le potentiel ; elle doit devenir la force capable de leur donner un sens avant que quelqu’un d’autre ne le fasse. Le gouvernement Lecornu a accusé LFI et les milieux d’ultragauche d’être à l’origine des protestations. Toutefois, la note des services de renseignement parisiens utilisée pour étayer cette interprétation ne concerne que la Seine-Saint-Denis et, comme l’a fait observer Le Monde, elle documente surtout la présence d’organisations désireuses de tirer parti d’une mobilisation fragmentée et déjà en cours. Cette stratégie est politiquement compréhensible, mais elle demeure un pari. Une protestation scolaire peut être reliée aux coupes budgétaires ; celles-ci, aux conditions de travail dans la fonction publique ; le travail public, à la politique économique du gouvernement ; et, à partir de là, on peut tenter de construire un front général. Mais plus ce front s’élargit, moins il est possible de tenir pour acquis que tous ceux qui le rejoignent partagent la même interprétation du conflit.
C’est précisément ici que le rêve de la « convergence » devient un raccourci lexical servant à appeler « unité » ce qui n’est encore que proximité, «conscience» ce qui peut n’être qu’un simple ressentiment, et «politique» ce qui ne demeure parfois qu’une pure et simple disposition à l’affrontement. Au cours des trente dernières années, la France a connu des grèves capables de faire plier les gouvernements, des révoltes urbaines sans représentation, des coordinations professionnelles, des mouvements transversaux et des émeutes capables de se propager dans des centaines de villes. Il n’existe aucune ligne ascendante conduisant naturellement d’une forme à l’autre. Au contraire, cette succession montre combien il est rare que l’intensité, l’étendue et la forme politique parviennent réellement à coïncider.
Le problème de ceux qui rêvent d’une convergence entre travailleurs, étudiants et populations marginalisées des métropoles réside alors dans l’ordre des opérations : ils imaginent d’abord l’utopie, puis cherchent à plier la réalité à cette image. C’est l’acte typique de la superstition marxiste, qui consiste à croire en l’existence d’une « conscience naturelle » des exploités, des marginaux et des plus démunis, qu’il suffirait de faire émerger.

L’histoire n’est pas mue uniquement par des intérêts matériels
Il est inutile de répéter qu’une communauté politique, aussi large soit-elle, ne naît pas seulement parce qu’un nombre suffisant de personnes sont en colère au même moment. Elle naît lorsque cette colère acquiert une mémoire, une discipline, un langage et une mesure commune de ce qu’il vaut la peine de défendre et de construire. L’ancienne politique le savait bien; la culture de l’émeute, au contraire, tend à confondre l’absence de forme avec la liberté à l’égard de toute forme. Et c’est ici que la rhétorique de la gauche se heurte à sa limite la plus profonde: l’histoire n’est pas mue uniquement par des intérêts matériels. Les appartenances, les identités ethniques et communautaires, la religion, les fidélités, les hostilités et les pulsions continuent d’agir sans se laisser ordonner selon la simple opposition entre le haut et le bas.
Dans les révoltes françaises de ces derniers jours, la contradiction atteint le paradoxe d’écoles incendiées et de membres du personnel agressés au sein d’une mobilisation née avant tout pour réclamer davantage d’enseignants et de meilleures conditions scolaires. En somme, nous avons là la démonstration qu’un élargissement peut se produire sans parvenir à engendrer la convergence tant rêvée. Et tant que l’on continuera de confondre la capacité d’incendier le même espace avec la volonté d’habiter le même monde, ce mot servira surtout à dissimuler le problème qu’il prétend avoir résolu.
13:15 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : france, europe, affaires européennes, actualité, émeutes |
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La société anesthésiée: distraction, fragmentation et contrôle social

La société anesthésiée: distraction, fragmentation et contrôle social
Par Marcelo Ramírez
Source: https://noticiasholisticas.com.ar/la-sociedad-anestesiada...
Le problème de notre époque ne peut se résumer à une prétendue diminution de l’intelligence. La société contemporaine conserve d’immenses capacités cognitives, techniques et professionnelles. Des millions de personnes maîtrisent des procédures complexes, utilisent des technologies sophistiquées, administrent des ressources et résolvent les difficultés du quotidien. Pourtant, ces mêmes personnes mobilisent de moins en moins ces capacités pour comprendre le monde dans lequel elles vivent, établir des liens de causalité, hiérarchiser l’information et agir en fonction des conséquences à long terme. La dégradation actuelle est fonctionnelle, car elle affecte l’attention, la mémoire, le jugement et la volonté politique sans empêcher la machine économique de continuer à fonctionner.
Cette transformation produit un individu efficace dans l’accomplissement de tâches délimitées, mais vulnérable face aux processus qui déterminent sa vie. Il peut travailler, consommer, s’endetter, voter et donner son avis, mais éprouve de plus en plus de difficultés à reconstituer le lien entre une décision économique, une structure de propriété, une politique publique et leurs effets sociaux. L’abondance de données ne corrige pas cette faiblesse ; au contraire, elle l’accentue souvent, car l’information parvient sous une forme fragmentée, décontextualisée et soumise à une concurrence permanente pour capter l’attention.
Pendant des siècles, une part importante de la culture populaire a conservé une aspiration symbolique à l’élévation. Lire, apprendre un métier, connaître l’histoire, s’exprimer avec précision, écouter quelqu’un qui en savait davantage et comprendre la politique étaient des comportements associés au progrès personnel, même si cet idéal n’a jamais été universel et a toujours coexisté avec l’ignorance, la frivolité et les divertissements futiles. La différence actuelle réside dans l’échelle et dans la fonction. La banalité a cessé d’occuper les marges du temps libre pour devenir l’un des principes organisateurs de la vie quotidienne.

Une personne peut passer quatre, cinq ou six heures devant un écran, recevoir des centaines d’images, entendre des centaines de phrases et terminer sa journée sans avoir assimilé une seule idée structurée. Jamais autant d’informations n’ont été disponibles, et rarement elles ont été consommées de façon aussi superficielle. La culture numérique a multiplié les possibilités d’accès à la connaissance, mais elle a également perfectionné une économie qui tire profit de l’interruption de la concentration, de la stimulation de l’anxiété et de la transformation de chaque seconde d’attention en marchandise.
La première dégradation touche la capacité de concentration. TikTok, les Reels, les Shorts, les notifications, les titres, les mèmes, les vidéos accélérées et les extraits d’entretiens entraînent l’esprit à changer d’objet toutes les quelques secondes. Le cerveau apprend alors le comportement qu’il pratique et, après des années de consommation fragmentaire, le maintien d’une activité continue commence à provoquer de l’inconfort : lire vingt pages, écouter une conférence, suivre un raisonnement complexe, regarder un film sous-titré ou accorder dix minutes à un argument avant de le juger.
Cet inconfort est souvent confondu avec une incapacité, alors que, dans de nombreux cas, il traduit une perte d’entraînement cognitif. L’attention fonctionne comme une discipline et s’affaiblit lorsque l’ensemble de l’expérience culturelle récompense le passage immédiat au stimulus suivant. Le résultat politique est profond : celui qui perd la capacité de suivre une explication complexe a besoin que le monde soit réduit à des slogans simples tels que « bon ou mauvais », « héros ou traître », « victime ou oppresseur », « démocrate ou fasciste », « Occident ou dictature ». Le slogan remplace l’argument et la politique devient une gestion émotionnelle des masses.
Le divertissement participe à cette transformation. Les contenus triviaux ont toujours existé, et le repos fait partie d’une vie saine. Le problème apparaît lorsque, comme nous l’avons vu, la majeure partie de l’expérience culturelle s’organise autour du futile et lorsque le divertissement cesse d’offrir une pause face à la réalité pour prendre sa place. Scandales de célébrités, défis absurdes, plaisanteries humiliantes, étalages de consommation et comportements dangereux rivalisent pour obtenir quelques secondes de visibilité. Leur objectif commun est de capter l’attention.

La reconnaissance sociale, qui pouvait autrefois s’obtenir par le savoir, le prestige professionnel, le courage, le service rendu à la collectivité ou la création artistique, peut désormais être acquise par une brève irruption dans le flux collectif. Cette logique provoque une inflation des comportements extrêmes : si une imprudence filmée génère davantage de vues qu’une explication rigoureuse, le système d’incitation est établi. La plateforme n’a pas besoin d’ordonner des comportements dégradants ; il lui suffit de les récompenser.
C’est ainsi que se forme la stupidité fonctionnelle. Une personne peut conserver ses aptitudes professionnelles tout en renonçant à la pensée autonome, en adoptant des opinions préfabriquées, en répétant des phrases, en défendant des positions qu’elle n’a jamais examinées, en s’indignant du sujet que l’algorithme lui a présenté ce matin-là et qu’elle oubliera dès l’arrivée de la polémique suivante. L’économie a besoin d’individus capables de produire et de consommer. Le pouvoir tire profit du fait que ces mêmes individus manquent d’intérêt, de temps ou d’habitudes pour comprendre.
L’identité politique a progressivement été remplacée par une identité de consommateur. La question de la société que l’on souhaite construire a cédé du terrain à une autre question, plus immédiate et plus pressante : que puis-je acheter ? Une maison, une automobile, un téléphone dernier cri, un voyage, des vêtements, un corps, des expériences, des restaurants, des abonnés. Toute la vie commence à se mesurer à l’aune de signes extérieurs de réussite, et l’horizon existentiel se réduit à l’accumulation privée.

Cette réduction affaiblit ainsi l’idée d’un destin collectif. La détérioration de l’hôpital public paraît lointaine tant que l’on dispose d’une médecine privée ; la dégradation de l’enseignement perd de son urgence pour celui qui peut payer une école privée ; l’insécurité devient le problème des autres tant que l’on vit dans un quartier protégé ; la précarisation du travail émeut peu tant qu’elle touche autrui. Une privatisation psychologique de l’existence s’installe : ma maison, mon argent, mon corps, mes vacances, ma famille, mes problèmes. Le reste devient un décor, un film que nous regardons depuis notre confort individuel.
Le narcissisme parachève ce déplacement. Les réseaux sociaux ont approfondi une transformation culturelle antérieure en convertissant la vie personnelle en produit. La personne se photographie, s’exhibe, se compare et se mesure. Elle compte ses abonnés, ses voyages, ses biens, ses muscles, ses expériences et ses adhésions. Chaque élément de l’identité peut être transformé en signe public, et chaque signe doit être validé. L’appartenance à une communauté cède du terrain devant la gestion permanente de soi.
Il en résulte une société à la fois connectée et atomisée, où des milliers de contacts coexistent avec peu de relations solides, des milliers d’opinions avec peu de convictions et des milliers d’images avec peu d’expériences partagées. La connexion technique facilite les contacts, mais ne crée pas à elle seule une communauté, car une communauté exige de la continuité, des obligations mutuelles, une mémoire, de la confiance et une capacité de sacrifice. Ces dispositions entrent en tension avec une culture centrée sur la satisfaction immédiate et l’optimisation individuelle.

L’empathie est un autre facteur qui se détériore lorsque l’individu devient un spectateur permanent. Une guerre, un meurtre, une catastrophe, un enfant blessé ou une personne humiliée apparaissent dans le même flux qu’une publicité, une danse ou un animal amusant ; cette succession élimine ainsi le contexte moral. La tragédie devient un stimulus parmi d’autres, et le geste consistant à faire glisser le doigt ou la souris remplace le temps nécessaire à la compréhension. L’accoutumance à l’horreur ne rend pas automatiquement les individus cruels ; elle produit un phénomène plus répandu : une sensibilité saturée, qui reconnaît la souffrance puis passe immédiatement à autre chose.
La dispersion de l’attention se conjugue à la division horizontale de la société. Générations, identités, modes de vie, tribus culturelles et communautés numériques dialoguent principalement avec elles-mêmes. Chaque groupe reçoit un langage, un répertoire de griefs et un ensemble d’ennemis. La société peut parler de politique toute la journée sans jamais discuter du pouvoir réel : qui possède les ressources, qui décide des investissements et des orientations, qui s’approprie les gains de productivité, qui contrôle les infrastructures et qui fixe les règles.
L’identitarisme contemporain en fournit un exemple central. La lutte contre des discriminations concrètes fait partie de toute société qui aspire à la justice. Le problème apparaît lorsque ces revendications se transforment en une taxonomie morale capable d’ordonner l’ensemble de la vie sociale en catégories rigides de victimes et de bourreaux. Le sexe, le genre, la race, l’origine, l’orientation et l’identité culturelle en viennent à fonctionner comme des positions prédéterminées à partir desquelles sont attribuées la légitimité, la culpabilité et l’autorité.
Cette logique peut opposer des groupes qui partagent objectivement les mêmes conditions matérielles. Deux travailleurs dont les salaires se sont dégradés finissent par se considérer comme des adversaires culturels ; des hommes et des femmes soumis à la même précarisation sont incités à interpréter leur relation comme une guerre structurelle. L’énergie politique se déplace vers le langage, les pronoms, la représentation symbolique, l’identité d’un acteur ou la composition démographique d’une campagne publicitaire. Pendant ce temps, la propriété, la concentration économique et la répartition des richesses demeurent intactes et toujours plus éloignées de l’examen public.

Le capitalisme d’entreprise a rapidement compris qu’il pouvait absorber cette révolution symbolique. Une entreprise peut afficher une diversité irréprochable tout en maintenant des conditions de travail abusives. Elle peut orner son logo des couleurs d’une cause, se soustraire à l’impôt et accroître la concentration du marché ; elle peut intégrer toutes les identités imaginables à une publicité sans modifier l’identité des propriétaires de l’entreprise. La représentation modifie les images et les possibilités individuelles ; la transformation matérielle modifie les rapports de pouvoir. Confondre ces deux échelles permet de présenter une adaptation culturelle comme un changement structurel.
La fragmentation identitaire intègre en outre une forme de surveillance sociale, car le contrôle circule entre les citoyens par l’intermédiaire de sanctions réputationnelles, de l’opprobre public, de l’isolement professionnel et de l’exclusion de certains espaces. Une étiquette peut se substituer à l’argument. Des termes tels que « raciste », « misogyne », « transphobe », « fasciste » ou « négationniste », employés pour clore automatiquement le débat, interrompent des discussions qui devraient être tranchées par l’examen des faits et des raisonnements. La peur de la sanction engendre l’autocensure et appauvrit la capacité collective à formuler des questions difficiles.
Les universités, les jeunes, les intellectuels, les artistes, les journalistes et les mouvements sociaux — secteurs historiquement associés à la production de la dissidence — peuvent consacrer une quantité considérable d’énergie à surveiller leur propre pureté idéologique. Les querelles internes occupent le devant de la scène tandis que progressent l’automatisation, la financiarisation, la concentration économique et la précarisation du travail. Le pouvoir est moins exposé lorsque ceux qui pourraient le critiquer sont accaparés par des combats latéraux et que le vocabulaire radical se substitue à la capacité d’organisation.

La conséquence politique de ce processus est une population fatiguée, distraite et résignée, peuplée de citoyens apathiques qui peuvent se méfier du système, haïr leurs dirigeants et savoir qu’ils vivent moins bien. Mais l’apathie n’exige pas le consentement ; elle exige l’inaction. C’est pourquoi ses formules caractéristiques expriment une impuissance acquise : ils sont tous pareils, rien ne change, cela a toujours été ainsi, moi, je m’occupe de mes affaires.
Cette dernière formule représente une victoire totale de la dépolitisation. Une société peut connaître vingt années de détérioration économique et y répondre par des stratégies privées d’adaptation : un second emploi, l’émigration, l’achat de dollars, les cryptomonnaies, les plateformes, les livraisons ou l’entrepreneuriat. Chacune de ces réponses peut être rationnelle d’un point de vue individuel, mais leur généralisation révèle la disparition de la question collective. L’interrogation sur les causes de l’appauvrissement est remplacée par la recherche d’une issue personnelle.
Les réseaux sociaux offrent un mécanisme efficace de défoulement. Les gens se plaignent, insultent les responsables politiques, partagent des dénonciations, publient des mèmes et participent à des discussions interminables. L’individu a le sentiment d’avoir réagi parce qu’il a exprimé son indignation, tandis que la structure demeure intacte. Une catharsis sans action se produit et peut remplir une fonction stabilisatrice : le mécontentement se libère symboliquement avant de se transformer en organisation, en discipline, en stratégie ou en construction institutionnelle.
Même la consommation intensive de contenus politiques peut devenir un divertissement idéologique. Une personne écoute pendant des heures des commentateurs qui confirment exactement ce qu’elle pense déjà. Elle s’indigne, partage et discute ; elle éprouve le sentiment de participer chaque jour à une bataille historique tout en demeurant immobile devant un écran. L’information politique perd sa fonction lorsqu’elle ne modifie ni les critères de jugement, ni les liens, ni les priorités, ni les capacités. Elle alimente une identité et une émotion, mais ne produit aucun pouvoir social.

La manipulation contemporaine exploite cette faiblesse. Il n’est pas nécessaire de convaincre profondément toute la population ; il suffit d’administrer son attention. Un scandale chasse le précédent, une guerre en efface une autre, une polémique culturelle domine l’espace public pendant quarante-huit heures et une provocation délibérée contrôle la conversation durant plusieurs jours. La saturation produit de l’amnésie, et chaque événement semble repartir de zéro, faute d’une mémoire suffisante pour le relier à une séquence.
Le contrôle social adopte alors une forme sophistiquée de brouillage. Les transformations structurelles se produisent au vu et au su de tous, entourées de milliers de stimuli secondaires. Une célébrité éclipse une crise économique, et une querelle verbale occupe des semaines tandis que se prennent des décisions qui auront des conséquences pendant des décennies. Il n’est plus indispensable de dissimuler les faits ; il suffit de les présenter comme ennuyeux, trop complexes, lointains ou inévitables, et de veiller à ce qu’il y ait toujours quelque chose de plus attrayant à regarder.
L’anesthésie s’approfondit avec la disparition des projets historiques. L’industrialisation, le développement national, l’État-providence, l’intégration continentale, la conquête spatiale, le socialisme, la modernisation et la libération nationale ont offert des horizons capables de mobiliser des générations entières. Ces projets pouvaient être contradictoires et engendrer des conflits, mais ils situaient la politique sur le terrain de l’avenir, obligeant à débattre du pays et de la société qui devraient exister vingt ou trente ans plus tard.
Une grande partie de la politique contemporaine se contente, en réalité, d’administrer le présent. L’urgence économique enferme des millions de personnes dans la question de savoir comment finir le mois. Cette préoccupation est parfaitement compréhensible et absorbe l’énergie disponible. Sa généralisation produit cependant un effet dévastateur : une société incapable d’imaginer l’avenir finit par administrer son propre déclin. L’absence d’horizon transforme chaque renoncement en adaptation réaliste et chaque recul en fatalité.
La culture adulte accompagne ce processus par une infantilisation croissante : langage simplifié, conflits réduits à des personnages bons ou mauvais, besoin permanent de divertissement, faible tolérance à l’ennui et à la frustration, gratification immédiate, recherche constante d’approbation et difficulté à différer les récompenses. Ces dispositions alimentent d’immenses industries, car elles correspondent au consommateur idéal : impulsif, anxieux, porté à la comparaison, insatisfait et facile à stimuler.

L’intelligence artificielle met en évidence la gravité du problème. Cette technologie peut transformer le marché du travail, l’éducation, l’administration, la production intellectuelle, la culture, la guerre et la structure économique. Une société politiquement éveillée devrait débattre de ceux qui posséderont ces systèmes, de ceux qui s’approprieront les gains de productivité, de la manière dont les revenus seront répartis et de ce qui se produira lorsqu’une entreprise qui avait besoin de mille salariés pourra fonctionner avec cent.
Il s’agit de questions d’ordre civilisationnel, mais elles sont reçues par une culture qui reste fragmentée en circuits de distraction. Un groupe regarde de courtes vidéos, un autre consomme des séries ou du football, ou se concentre sur les paris. Certains participent aux guerres culturelles ou s’immergent pendant des heures dans des contenus politiques partisans. La distraction varie selon l’âge, la classe sociale et l’appartenance culturelle. Le mécanisme demeure constant, et chaque groupe reçoit sa propre dose d’anesthésie.
Ceux qui tentent d’échapper à cette dynamique se heurtent à l’isolement. S’ils perçoivent des processus inquiétants et essaient de les expliquer, ils obtiennent des réponses prévisibles : cela a toujours été ainsi, n’exagère pas, on ne peut rien y faire, arrête de trop réfléchir. Une personne isolée peut parfaitement comprendre un problème tout en se sentant incapable de le modifier. Mais la répétition de cette expérience engendre le découragement, puis la résignation et, finalement, le silence.
La phrase « cela ne sert à rien » peut se révéler plus efficace qu’une interdiction : elle est mortelle. Une personne convaincue qu’elle peut changer quelque chose constitue un sujet politique potentiel. En revanche, une personne persuadée que rien ne peut changer s’immobilise d’elle-même. Elle conserve des libertés formelles, peut écrire, voter, manifester et insulter le gouvernement, mais elle a perdu l’espoir d’une efficacité collective. Or cette perte détruit le lien entre la conscience et l’action.
L’architecture d’ensemble combine plusieurs processus qui se renforcent mutuellement. Une attention moindre entraîne moins de lecture, moins de connaissances et une dépendance accrue aux slogans. Un narcissisme plus prononcé engendre moins de solidarité, moins d’organisation et une moindre capacité politique. Une précarité accrue provoque fatigue, repli individuel et résignation. La banalisation détruit les hiérarchies intellectuelles ; le consumérisme remplace le citoyen par le consommateur ; la guerre culturelle détourne l’indignation ; la surveillance morale engendre l’autocensure ; la saturation empêche la construction d’une mémoire ; l’isolement démoralise ceux qui tentent encore de comprendre.

Il en résulte une population cognitivement fragmentée, culturellement appauvrie, socialement atomisée, émotionnellement stimulée, économiquement anxieuse et politiquement résignée. Elle peut être profondément insatisfaite tout en demeurant immobile ; constater qu’elle perd des droits, du pouvoir d’achat, de la stabilité et sa capacité de décision, sans transformer ce malaise en explication cohérente, cette explication en conscience commune, et cette conscience en organisation.
La forme contemporaine de domination peut coexister avec les élections, Internet, la liberté d’expression, des millions de médias et une quantité pratiquement illimitée d’informations. La liberté politique exige davantage que l’absence de censure : elle requiert la capacité de comprendre, d’établir des priorités, de s’associer, d’entretenir des liens et d’agir. Lorsque ces capacités se dégradent, les institutions formelles subsistent tandis que diminue le pouvoir effectif de la société de décider de son avenir.
Telle est la dernière contradiction. L’humanité dispose de la plus vaste infrastructure de connaissances de son histoire et l’utilise, dans une large mesure, pour consommer des stimuli de quelques secondes. Elle prend connaissance d’une injustice survenue à dix mille kilomètres et l’oublie avant de l’avoir comprise ; elle se connecte à des continents entiers, mais s’enferme dans une identité soigneusement mise en scène.
En définitive, elle peut être libre de s’informer tout en perdant le désir, l’habitude et le temps nécessaires pour le faire.
La domination la plus efficace construit une société dans laquelle penser paraît ennuyeux, inutile ou trop difficile. Le pouvoir n’a pas besoin d’être aimé ni de convaincre tout le monde que les choses fonctionnent. Il lui suffit d’une population distraite, individualisée, épuisée et persuadée que rien d’important ne dépend d’elle. Il suffit que ceux qui pourraient remettre en cause la structure se combattent entre eux, que ceux qui perçoivent le problème se sentent seuls et que l’indignation soit intense mais fragmentaire.
La société peut alors discuter en permanence pendant que d’autres décident. Une personne peut se sentir rebelle tout en restant politiquement inoffensive et contempler sa propre spoliation, en comprenant vaguement ce qui est en train de se produire, puis, quelques secondes plus tard, recommencer à faire défiler l’écran vers le stimulus suivant.
12:31 Publié dans Actualité, Philosophie, Sociologie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, philosophie, sociologie |
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lundi, 05 octobre 2026
Élections à la Douma d’État: la «démocratie russe» face à la démocratie occidentale

Élections à la Douma d’État: la «démocratie russe» face à la démocratie occidentale
Réflexions sur les récentes élections en Russie
Alexandre Douguine
Présentateur (Alexeï Krassilnikov) : Selon les chiffres que Maria Romanova vient d’annoncer au journal, le taux de participation s’est établi à 59%, tandis qu’il a atteint près de 91% pour le vote en ligne. D’après Ella Pamfilova, Russie unie recueille 57,83% des voix et arrive en tête dans 208 circonscriptions uninominales; elle devrait obtenir 355 sièges. Le Parti communiste de la Fédération de Russie (KPRF) obtient 13,81%, et le Parti libéral-démocrate de Russie (LDPR) presque 9% — ce qui représente d’ailleurs une progression notable: lors des élections précédentes, sous Vladimir Jirinovski, son résultat était inférieur d’environ un point et demi. «Gens nouveaux» recueille 7,96%. Pour l’instant, Russie juste ne franchit pas le seuil électoral: il ne lui manque que quelques centièmes de point. Nous attendons les résultats définitifs après le dépouillement de tous les bulletins; ces chiffres correspondent à 95,18% des bulletins dépouillés.
Nous allons tout examiner en détail: le fond, la forme et le contexte dans lequel se sont déroulées ces journées de vote.
Présentateur: Alexandre Guelievitch, sur quoi attireriez-vous l’attention? Peut-être moins sur les résultats des partis — environ 5% seulement des bulletins ayant encore été dépouillés — que sur les événements marquants qui ont accompagné ces trois jours, ainsi que le vote anticipé qui les a précédés, avec des urnes mobiles?
Alexandre Douguine : Le contexte dans lequel se sont déroulées les élections a été véritablement héroïque. Au cours de la dernière nuit précédant le dimanche, le régime de Kiev a lancé une attaque massive: plus d’un millier de drones ont été dirigés contre la Russie et, d’après Pamfilova, 76 bureaux de vote ont été endommagés. L’Ukraine et l’Occident qui la soutient ont tenté de faire échouer les élections — de les rendre impossibles, chaotiques et illégitimes, de faire en sorte qu’elles n’aient tout simplement pas lieu. Ils n’y sont pas parvenus, et c’est très important. Nous avons organisé ces élections de manière ordonnée, résolue et unie, en démontrant notre détermination, notre sens de l’organisation et notre discipline — aussi bien ceux de la population que ceux de l’État et de l’administration. À mon sens, il s’agit d’une victoire modeste, mais réelle, dans la guerre morale que nous menons contre l’Occident et le régime nazi de Kiev.


Venons-en maintenant aux résultats. Il convient ici de rappeler une publication judicieuse d’Alexeï Tchadaïev. Aujourd’hui, beaucoup ont du mal à commenter les élections: tous les partis qui y participent sont patriotiques, tous soutiennent le président et l’opération militaire spéciale, et tous sont unanimes sur les principales questions de politique nationale et de vision du monde. Tchadaïev est l’un des acteurs les plus remarquables du développement de nos systèmes sans pilote; c’est un ingénieur qui a participé dès l’origine à la création d’un puissant réseau de tels systèmes et, à mon avis, un politologue de grand talent. Il a relevé un point important: les gens votent pour Russie unie parce que le nom même de ce parti exprime une forme de dépassement des partis, ainsi que l’absence de démocratie parlementaire.
L’idée est que la Russie doit être unie, tandis que la fragmentation du système politique en factions, en composantes et en partis produit, au fond, de la désunion — alors que Russie unie propose de rassembler. C’est un parti qui propose, en substance, de mettre de côté la démocratie représentative et libérale de type occidental pour rechercher la voie menant à l’authentique démocratie russe, dans laquelle l’unité prime sur tout. C’est l’exact opposé de la théorie occidentale de la démocratie libérale propre à l’époque moderne, selon laquelle plus la séparation des pouvoirs — exécutif, législatif et judiciaire — est forte, et plus ceux-ci se limitent mutuellement, mieux c’est.

Je ne pense pas que les électeurs étudient en profondeur le programme de Russie unie. Ce qui compte, c’est le nom lui-même et le fait que le parti soutienne ouvertement Poutine et l’opération militaire spéciale. Les cinq premières personnalités de sa liste ont également revêtu une portée symbolique: Lavrov; Vladislav Golovine, héros de l’opération militaire spéciale; Maria Lvova-Belova, déléguée auprès du président aux droits de l’enfant; et le correspondant de guerre Evgueni Poddoubny — autrement dit, des personnes que le peuple comprend. C’est un parti solidaire de l’État et de son dirigeant, et il possède quelque chose qui transcende les partis, qui est au-dessus d’eux — le gage d’une nouvelle forme démocratique.
La démocratie russe ne repose pas sur la division et le morcellement, mais sur l’unité. Quant à leurs divergences d’opinions, leurs jugements propres et leurs nuances, les citoyens doivent les porter à la connaissance des autorités et de la société par d’autres moyens, et non au travers de débats parlementaires. C’est pourquoi, chez nous, le Parlement n’est pas le lieu des discussions: un parti, désigné comme le principal, l’emporte, et cela est parfaitement démocratique, puisque c’est précisément ce que veulent les gens. Nous, Russes, voulons que l’on cesse de discuter de sujets futiles au Parlement. La Douma n’est pas une foire grotesque; c’est le lieu où il faut réfléchir et aider le pouvoir à mettre en œuvre sa ligne politique. Au fond, les députés sont des conseillers, et il faut élire à ces fonctions des personnes intelligentes, car tout le monde n’est pas capable de réfléchir.
Voilà ce que nous mettons dans notre conception de la démocratie: pour parler franchement, nous l’envisageons sans partis. Russie unie est un compromis entre les vestiges occidentaux introduits dans la Constitution au cours des années 1990 — la trace de notre occidentalisme et de notre dérive libérale mondialiste — et la Russie de demain, où tout sera uni: les peuples, les confessions traditionnelles, le peuple et l’État. Quant à la diversité et aux divergences d’opinions, il faut réfléchir en profondeur à la place qui doit leur revenir — car même le christianisme affirme qu’«il faut bien qu’il y ait parmi vous des divergences». Exprimez vos points de vue, argumentez; pour cela, il faut trouver des espaces permettant un véritable échange d’opinions — mais certainement pas le Parlement. Le mot « parlement » vient du français parler…
Présentateur: … oui, parler. Chez nous, la Douma tire son nom du mot «penser». Vous souvenez-vous que, jadis, on avait même rebaptisé la «discussion»?
Alexandre Douguine : Exactement. Il vaut mieux penser d’abord et parler ensuite, plutôt que l’inverse. Chez nous vient d’abord la Douma, et ensuite seulement le Parlement, parler.

Participation et vote en temps de guerre
Présentateur : Il convient ici de préciser que les partis qui, selon les résultats provisoires, entrent à la Douma d’État soutiennent eux aussi l’opération militaire spéciale: il ne s’agit donc pas uniquement de Russie unie. Quant à la participation, près de 60% — provisoirement 59% —, c’est nettement plus que lors des précédentes élections législatives et proche du taux enregistré à l’élection présidentielle. Cela signifie que l’électeur est politiquement motivé: il comprend qu’il doit voter, quel que soit le niveau du scrutin ou la force politique concernée, même lorsque, de toutes parts, on lui répète que cela ne changera rien. C’est un phénomène intéressant: la hausse de la participation électorale témoigne d’une volonté de s’affirmer et d’accomplir son devoir civique.
Alexandre Douguine: Nous sommes en guerre et, dans ces conditions, le vote record en faveur du président devient un vote en faveur de son Parlement, de ses partis et de son système politique. On nous bombarde et on nous tue; on cherche, par la force, à nous priver de la possibilité de soutenir le président et de vaincre, y compris dans les batailles sociales que nous menons pour assurer notre cohésion. C’est pourquoi nous allons voter: nous montrons que l’on ne peut pas nous intimider, que nous soutenons la ligne du président et que celui-ci n’est pas seul — tous les partis sont derrière lui, et derrière les partis se tient le peuple tout entier.
Présentateur : Depuis plusieurs années déjà, la participation devient presque l’unique indicateur essentiel que l’on suit et au nom duquel on mène principalement campagne; savoir qui vote pour qui n’est plus qu’une question secondaire. Alexandre Guelievitch, vous avez souligné à juste titre qu’il n’est pas toujours possible de prendre connaissance des programmes, et c’est une idée qu’il faut bien comprendre. Les normes démocratiques que l’on impose comme les seules possibles ne fonctionnent pas toujours ni partout; il suffit d’observer les pays où les tentatives d’implanter une formule démocratique universelle n’ont pas été couronnées de succès. Chaque pays suit sa propre voie, et le modèle doit y être adapté. C’est pourquoi l’appel à se rendre avant tout aux urnes devient de plus en plus compréhensible et de mieux en mieux accepté par ceux qui votent.
Alexandre Douguine : C’est précisément ainsi qu’il faut interpréter le taux élevé de participation et le score important de Russie unie: il s’agit, en un sens, d’un référendum — non pas «pour les uns ou pour les autres», mais en faveur de la ligne politique du président et de l’État. Les relations entre le peuple et l’État sont complexes et non linéaires — il en a toujours été ainsi tout au long de notre histoire et dans toute société. En temps de guerre — une guerre juste, patriotique et populaire — cela apparaît avec une netteté particulière. Les instruments par lesquels le peuple exprime son accord avec l’État peuvent être divers : sondages d’opinion, rassemblements, manifestations ou encore élections. Et ces élections diffèrent des précédentes: elles reflètent l’état d’une société qui soutient la marche vers la victoire.

Lorsqu’ils prennent leur bulletin de vote, certains raisonnent ainsi: «Ceux-là, je les reconnais; celui-ci a dit quelque chose de drôle; celui-là est bien.» Mais les couches les plus profondes de la population votent avec leur âme, d’un seul bloc, et choisissent Russie unie parce que c’est le parti de Poutine.
Voter pour ce parti revient, en substance, à voter en faveur du passage d’une démocratie libérale d’imitation à une véritable démocratie russe des zemstvos. On considère habituellement le contraire: les électeurs de Russie unie voteraient de façon moins réfléchie, en obéissant à des consignes. À mon avis, c’est exactement l’inverse: les gens votent conformément à ce qu’ils ressentent. C’est un choix existentiel, et l’identité de ces personnes importe peu; ce qui compte, c’est qu’elles votent en faveur de la ligne politique et de la stratégie de l’État et, en temps de guerre, incontestablement en faveur de la victoire.
Présentateur : J’ajouterai que chacun a décidé lui-même pour qui il voterait. Le simple fait que ces élections aient eu lieu sous une menace physique sérieuse est significatif: dans la seule région de Moscou, 1600 drones ont été abattus samedi sur l’ensemble des lignes de défense. Se rendre dans un bureau de vote dans de telles circonstances suppose une détermination intérieure supplémentaire. Ella Pamfilova fait état d’attaques de drones des forces armées ukrainiennes qui auraient presque délibérément visé les véhicules des membres des commissions électorales, notamment dans la région de Briansk; dans plusieurs régions, il y a également eu des drames mortels. C’est aussi un facteur de mobilisation et d’unification. Nous attendons les chiffres définitifs, mais il nous reste pour l’instant environ trois minutes pour tirer une sorte de conclusion.
Alexandre Douguine : Cette fois-ci, les possibilités de voter ont été extrêmement nombreuses et variées: les personnes soumises à toutes sortes de contraintes ont eu la possibilité d’exprimer leur position. Pour ce qui est du respect formel des normes de la démocratie occidentale, celles-ci ont été respectées. Il reste que, de mon point de vue, ces normes ne constituent nullement la vérité ultime. La vérité ultime, c’est Dieu, c’est ce que disent la religion, la révélation, l’Église et la tradition. La démocratie n’est pas sacrée et ne constitue pas une valeur sacrée. Mais notre peuple, surtout en temps de guerre, la transforme en quelque chose de plus grand: un moyen d’exprimer une position existentielle, dans des conditions littéralement héroïques.
Natalia Sanaïkhina, membre de la commission électorale n°1283 dans la région de Moscou, a été blessée lors d’une attaque de drones, mais elle est néanmoins allée accomplir son devoir. Pour beaucoup, ce fut une épreuve. Nous avons pris une procédure électorale assez contestable, qui n’a rien de véritablement russe ni de sacré, et nous l’avons transformée en quelque chose d’autre. Les Russes savent faire cela: lorsqu’ils empruntent quelque chose aux autres, tantôt ils le détériorent, tantôt, au contraire, ils l’améliorent. Ce vote a été juste, et ces élections ont véritablement été plus que de simples élections.
Présentateur : Et pour conclure, établissons une comparaison avec les élections américaines. Vous avez observé à juste titre que les possibilités de voter étaient nombreuses, que ce soit par anticipation ou à distance; nos collègues de Khabarovsk et de Saint-Pétersbourg ont raconté comment les bulletins étaient acheminés — ici par drone, là dans le réceptacle d’une excavatrice. Cela rappelle les élections américaines, où une personne se contente de se présenter, de donner son nom et de voter sans passeport ni pièce d’identité — de nombreux étrangers ont eux aussi voté de cette manière. Les exigences de transparence et de rigueur qui peuvent être imposées à des élections ont effectivement été respectées chez nous.
15:52 Publié dans Actualité, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : russie, alexandre douguine, élections russes, douma |
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Cascades de crises mondiales - Escalade au Moyen-Orient, pénuries d’énergie et pressions politiques

Cascades de crises mondiales
Escalade au Moyen-Orient, pénuries d’énergie et pressions politiques
(Situation au 2 octobre 2026)
Jens Kröger
Source: https://jensk250895.substack.com/p/globale-krisenkaskaden...
1. Le réseau imbriqué des crises internationales
Les conflits géopolitiques surviennent rarement de manière isolée. Les affrontements militaires, les perturbations des marchés mondiaux et les luttes de pouvoir intérieures s’influencent mutuellement.
Le conflit larvé entre les États-Unis et l’Iran provoque de profondes secousses sur les marchés internationaux de l’énergie. Cela accroît considérablement la pression économique exercée sur des États européens comme l’Allemagne et la France.
Dans le même temps, les gouvernements de Washington et de Berlin se retrouvent soumis à une forte pression politique intérieure les obligeant à agir. La baisse des taux d’approbation et le risque d’éclatement des coalitions influencent les décisions stratégiques et militaires prises à l’étranger.
Pour comprendre le contexte, il est nécessaire d’examiner le système dans son ensemble: outre la politique quotidienne et les mouvements de troupes, des intérêts financiers profondément enracinés jouent un rôle déterminant.
Depuis des décennies, des réseaux bancaires et des groupes de réflexion occidentaux cherchent à placer sous leur contrôle les ressources mondiales en matières premières. Les orientations politiques prises aux États-Unis ou en Allemagne ont ainsi des répercussions directes sur le prix de l’essence dans les stations-service nationales, la stabilité des réserves d’urgence des différents pays et la sécurité mondiale.
Message essentiel:
« Les escalades militaires au Moyen-Orient, les pénuries mondiales de carburant et les crises politiques intérieures aux États-Unis comme en Allemagne sont étroitement liées. Elles sont alimentées par les luttes de pouvoir actuelles et par des structures financières géopolitiques profondément enracinées. »
2. Le conflit entre les États-Unis et l’Iran: escalade militaire et crise énergétique mondiale
2.1 Déploiement militaire et calendrier stratégique
Les forces armées américaines ont considérablement renforcé leur présence militaire au Moyen-Orient. Pour la première fois depuis avril et pour la deuxième fois depuis 2003, trois porte-avions américains se trouvent simultanément dans la région.

Parmi les forces et unités déployées figurent :
Porte-avions : l’USS Theodore Roosevelt, dont l’arrivée est prévue pour la fin du mois d’octobre, l’USS George Washington et l’USS George W. Bush.
Forces amphibies : le groupe opérationnel du Makin Island, accompagné de la 13e unité expéditionnaire des Marines.
Effectifs : plus de 2 000 à 4 000 Marines américains, ainsi qu’environ 10 000 soldats supplémentaires au total.
Capacités aériennes et défensives : plus d’une douzaine d’avions de combat F-35B, des véhicules blindés et deux batteries supplémentaires de missiles Patriot, déployées en Arabie saoudite et au Qatar afin de protéger les installations pétrolières et gazières locales.
L’un des principaux déclencheurs de la récente spirale d’escalade rhétorique et militaire est un incident survenu à bord d’un avion de ligne de FlyDubai à destination de Tel-Aviv. Le copilote y aurait poignardé le commandant de bord. Malgré des informations contradictoires — allant de deux pilotes à la retraite à un plombier sans expérience aéronautique qui aurait fait atterrir l’appareil —, le président américain Donald Trump et le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou ont immédiatement attribué l’incident au Corps des gardiens de la révolution islamique iranien (IRGC).
Cet incident sert désormais de possible prétexte — de catalyseur pour une opération sous faux drapeau — à des frappes militaires de représailles immédiates.
Sur le plan stratégique, l’armée américaine est confrontée à un problème technique: les principales installations nucléaires iraniennes se trouvent jusqu’à 600 mètres de profondeur sous une épaisse masse rocheuse, comme le complexe de bunkers «Spitzhackenberg». Les bombes conventionnelles antibunkers ne peuvent pénétrer à une telle profondeur. C’est pourquoi l’option d’une invasion terrestre passe au premier plan: des unités spéciales des Marines devraient alors placer des charges explosives au cœur même des forteresses souterraines.
Le calendrier de ces opérations est étroitement lié aux élections de mi-mandat américaines de novembre. Du côté américain, il est envisagé de reporter les vagues d’attaques de grande ampleur après le jour du scrutin, afin de réduire au minimum les risques politiques avant les élections.
Du côté iranien, en revanche, la crainte d’une attaque américaine massive et inévitable s’accroît, ce qui pourrait conduire les dirigeants iraniens à lancer eux-mêmes une frappe préventive avant novembre.

2.2 Le différend relatif aux réserves stratégiques d’urgence et les accusations de chantage
Les tensions militaires pèsent lourdement sur les marchés énergétiques. Les prix connaissent des hausses spectaculaires à la pompe: l’essence a augmenté de 48%, tandis que le diesel a bondi de 70%.
La vulnérabilité européenne à ce choc des prix résulte d’une chaîne directe de causes et d’effets: pour des raisons politiques, l’Europe a volontairement interdit l’importation de diesel russe et a transféré sa dépendance en matière d’approvisionnement vers les raffineries américaines. Les États-Unis utilisent désormais cette dépendance volontaire comme moyen de pression.
Outre la modification de la structure commerciale, d’autres facteurs aggravants entrent en jeu :
- La persistance de l’incertitude et des attaques contre des pétroliers dans le détroit d’Ormuz.
- L’explosion des coûts du transport et de l’assurance maritimes.
- De nouvelles attaques des Houthis contre les installations de traitement du groupe pétrolier Aramco en Arabie saoudite.
- Les interdictions russes d’exporter des carburants et les restrictions chinoises à l’exportation.
Afin de faire baisser les prix aux États-Unis avant les élections de mi-mandat, Washington adresse un ultimatum à ses partenaires européens (Panneau n°1).

Exigence des États-Unis
Libération de réserves de diesel: l’Allemagne, la France, l’Italie, le Royaume-Uni et l’Irlande devraient débloquer au total 120 millions de barils de diesel issus de leurs réserves stratégiques sur une période de six mois.
Menace d’interruption des exportations: en cas de refus européen, les États-Unis menacent de suspendre totalement leurs exportations de diesel vers l’Europe.
Conséquences possibles pour l’Europe
Épuisement du dispositif d’urgence: les réserves nationales destinées à amortir les graves perturbations de l’approvisionnement tomberaient presque à 0%.
Effondrement de la logistique: puisque l’Europe tire la moitié de son diesel des raffineries américaines, une interruption des exportations américaines provoquerait l’arrêt du transport routier de marchandises, de l’agriculture et de l’artisanat.
* * *
2.3 Informations générales: comment fonctionnent les réserves stratégiques de pétrole?
Les réserves stratégiques d’urgence ne sont pas stockées dans de grands réservoirs en surface. Leur stockage et leur extraction sont techniquement complexes.
Stockage dans des cavernes salines : les cavernes salines sont d’immenses cavités artificiellement creusées par dissolution au cœur de profondes formations salifères. Le pétrole brut y flotte physiquement sur une couche d’eau salée.
Mécanisme d’extraction : pour extraire le pétrole, de l’eau douce est pompée au fond de la caverne. L’eau injectée repousse le pétrole, plus léger, vers le haut et jusqu’à la surface. La cavité doit toujours rester remplie afin d’éviter l’effondrement de la roche.
Risques techniques liés à une utilisation répétée : lorsque de l’eau douce est injectée trop souvent, elle dissout davantage de sel sur les parois. Des morceaux de roche se détachent alors, le pétrole brut est contaminé et la cavité souterraine perd durablement sa stabilité.
3. Politique intérieure américaine : élections de mi-mandat, chute dans les sondages et déclarations de Trump
3.1 Des sondages catastrophiques et la tournée électorale de Trump
À l’approche des élections de mi-mandat, l’administration américaine de Donald Trump subit une pression considérable. Le Wall Street Journal a relevé des niveaux historiquement bas :
- Taux d’approbation global: 37 %. À titre de comparaison, avant de précédentes élections de mi-mandat, George W. Bush se situait à 39 % en 2006 et Barack Obama à 46 % en 2010.
- Effondrement parmi les électeurs latino-américains : chute de 62 points, pour atteindre seulement 15 % d’opinions favorables, contre 77 % d’opinions défavorables.
- Effondrement parmi les électeurs noirs : recul de 49 points du taux d’approbation.
- Chute selon le niveau d’études : électeurs titulaires d’un diplôme de fin d’études secondaires : −37 % ; diplômés de l’enseignement supérieur : −15 % ; titulaires d’un master ou d’un doctorat : +10 %.
- Renversement sur la question migratoire : l’avantage électoral en matière de compétence perçue sur l’immigration est passé de 12 points en faveur des républicains en 2024 à 6 points en faveur des démocrates en septembre 2026.
En raison de ses dérapages verbaux et de ses absences cognitives, de grandes chaînes de télévision conservatrices comme Fox News et Newsmax ont cessé de diffuser en direct les interventions électorales improvisées de Trump. Le président américain est désormais largement relégué sur des chaînes locales marginales, comme Fox 2.
Pour enrayer cette chute, Trump parcourt des États traditionnellement très républicains, les Deep Red States, comme l’Oklahoma, le Texas, l’Ohio, l’Alabama et le Nebraska. Les projections relatives aux sièges du Sénat font toutefois apparaître des pertes considérables, même dans ces bastions conservateurs:
Michigan: 80% de probabilité de victoire pour les démocrates.
Maine: 74% de probabilité de victoire pour les démocrates.
Texas: 70% de probabilité de victoire pour les démocrates.
Ohio: 70% de probabilité de victoire pour les démocrates.
Iowa: 59% de probabilité de victoire pour les démocrates.
Alaska: 51% de probabilité de victoire pour les démocrates.

3.2 Citations et controverses tirées de l’entretien accordé à Time Magazine
Dans un entretien de plusieurs heures accordé à Time Magazine, ainsi que sur Truth Social, Trump s’est exprimé sur la liberté de la presse et le conflit avec l’Iran.
À propos de la liberté de la presse et du traitement médiatique de son action gouvernementale, Trump a déclaré :
« Même si j’accomplissais quelque chose de vraiment extraordinaire […], ils diraient: pourquoi ne l’a-t-il pas fait plus rapidement? Ce sont tout simplement des gens affreux […] Je crois en une presse libre […], mais je ne crois pas aux fausses informations. »
Concernant la situation militaire en Iran et la manière dont il se définit lui-même en tant que chef du gouvernement, Trump a déclaré:
« J’avais dit qu’il faudrait entre quatre et six semaines pour éliminer la menace nucléaire iranienne. Je l’ai fait en une seule nuit. »
Lorsque le journaliste lui a demandé comment ses déclarations relatives à la destruction totale de l’Iran pouvaient être conciliées avec sa prétention à être un président de la paix, Trump a répondu:
« Parce qu’en détruisant l’Iran, nous instaurons la paix dans le monde. Avec l’Iran, je crois qu’il ne pourrait jamais y avoir de paix. »
Mise en perspective analytique: ces citations témoignent d’une attitude de plus en plus défensive à l’égard de la presse et d’une radicalisation de la politique étrangère. L’affirmation selon laquelle le problème nucléaire aurait été résolu « en une seule nuit » est en contradiction directe avec les mouvements de troupes réels et les difficultés non résolues dans le détroit d’Ormuz.
4. La crise politique en Allemagne: fin de la coalition, scandale de l’OTAN et blocage des réformes
4.1 Le scandale du prix de la paix décerné à l’OTAN et les manifestations citoyennes
En Allemagne, l’attribution du Prix westphalien de la paix à l’alliance militaire de l’OTAN, à l’hôtel de ville de Münster, a suscité une vive controverse. Le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, a reçu le prix, tandis que le chancelier fédéral Friedrich Merz a prononcé l’éloge officiel.

Des médias critiques comme la Berliner Zeitung ont souligné le renversement orwellien résumé par la formule «la guerre, c’est la paix», consistant à décerner un prix de la paix à une alliance militaire. Ils ont rappelé des interventions historiques de l’OTAN, telles que la guerre de Yougoslavie en 1999.
À l’époque, le bombardement ciblé de sites chimiques comme Pančevo — où l’OTAN avait frappé, malgré un avertissement préalable, un réservoir contenant 450 tonnes de chlorure de vinyle cancérigène — ainsi que celui de la raffinerie de Novi Sad avaient causé des dommages environnementaux et sanitaires durables. Devant l’hôtel de ville, de bruyantes manifestations citoyennes ponctuées de cris tels «Assassins!» ont accompagné la cérémonie.
Les organisateurs ont tenté en vain de couvrir ces invectives en faisant jouer une fanfare militaire.
4.2 Niveaux historiquement bas et ultime conflit au sein de la coalition gouvernementale
Les alliances gouvernementales à Berlin se trouvent au bord d’une paralysie totale :
Niveaux historiquement bas dans le baromètre ARD-Deutschlandtrend: 88% des personnes interrogées se déclarent mécontentes du travail du chancelier Friedrich Merz, contre seulement 10% d’opinions favorables. Par ailleurs, 89% sont insatisfaites du gouvernement fédéral dans son ensemble.
Situation financière critique: avec plus de mille milliards d’euros de dette, les caisses de protection sociale sont menacées de faillite. Après avoir reçu 3,2 milliards d’euros, l’assurance dépendance a encore besoin de 700 millions d’euros de prêts sans intérêt; sans apport supplémentaire, elle risque de se retrouver en cessation de paiement en novembre.
Le conflit autour de la taxe sur le sucre: le ministre des Finances Lars Klingbeil prévoyait une taxe sur les boissons sucrées, susceptible de rapporter entre 450 millions et 1,2 milliard d’euros, ainsi que la création de 223 nouveaux postes administratifs. Le projet a échoué en raison du veto de deux ministres compétents et de l’opposition du groupe parlementaire CDU-CSU.
Ultimatum de la CDU-CSU: le groupe parlementaire bloque la réforme de l’impôt sur le revenu de Klingbeil et exige de la ministre du Travail Bärbel Bas d’importantes concessions concernant les réformes du marché du travail.
Les appels téléphoniques secrets de Steinmeier le président fédéral Frank-Walter Steinmeier est intervenu lors d’entretiens téléphoniques confidentiels avec Lars Klingbeil et Alexander Dobrindt, avertissant du risque de déclenchement d’une crise d’État incontrôlable.
Le jugement de Gauck et la crainte d’élections anticipées: l’ancien président fédéral Joachim Gauck a commenté les spéculations concernant une démission du chancelier Merz en affirmant que celui-ci serait, dans ce cas, un «parfait imbécile politique». Le véritable moteur du blocage berlinois réside dans la peur profondément ancrée des élites politiques face à des élections anticipées rapides, qui entraîneraient, selon les sondages actuels, une progression massive de l’AfD.
5. Analyse géopolitique approfondie : intérêts financiers, oligarques et «empire mort-vivant»
5.1 Le pillage de la Russie dans les années 1990 et la rupture opérée sous Poutine
Un examen des fondements économiques des relations entre l’Occident et la Russie permet de mettre en lumière les racines des conflits actuels.
Les années 1990 et le pillage de la Russie: après l’effondrement de l’Union soviétique, des conseillers occidentaux appartenant à l’entourage de Boris Eltsine ont pris en charge la rédaction de décrets étatiques. Des matières premières et des installations industrielles russes d’une valeur de plusieurs milliers de milliards de dollars ont ainsi été privatisées et transférées à l’étranger. La Semibankirchtchina, ou « règne des sept banquiers », s’est alors mise en place.
Des acteurs financiers occidentaux comme George Soros, Edmond Safra et Jacob Rothschild ont utilisé des intermédiaires tels que Bill Browder, de Hermitage Capital, ainsi que des oligarques locaux, comme Mikhaïl Khodorkovski, afin de prendre le contrôle de ressources stratégiques. L’objectif était d’utiliser les matières premières russes comme garanties de crédit.
Explication: les garanties de crédit servent de sûreté aux banques. Lorsqu’une banque prend le contrôle des réserves pétrolières ou aurifères d’un pays, elle peut s’appuyer sur celles-ci pour accorder des crédits internationaux et percevoir des intérêts. Le pays concerné perd alors la maîtrise de ses propres richesses.
La réorganisation opérée par Poutine à partir de 2000: après son arrivée au pouvoir, Vladimir Poutine mit fin à cet accès direct. Lors d’une réunion autour d’une table ronde, il lança un ultimatum aux oligarques : ils pouvaient conserver leurs biens, mais devaient payer leurs impôts, préserver les emplois et se retirer de la politique.

Lorsque Mikhaïl Khodorkovski, fondateur de l’organisation Russie ouverte, enfreignit ces règles, il fut arrêté en 2003 pour fraude fiscale. L’objectif des intérêts financiers occidentaux — s’emparer des ressources naturelles russes, estimées entre 75.000 et 90.000 milliards de dollars, afin de les utiliser comme garanties financières — se trouva ainsi bloqué.
5.2 Le concept de l’« Empire britannique mort-vivant » et la dynamique Master-Blaster
L’analyste financier Alex Krainer décrit les structures d’influence dissimulées des réseaux financiers et de renseignement britanniques sur la politique mondiale (Panneau n°2).

(NdT: Denktanks = Groupes de réflexion, Boîtes à penser, think tanks).
Ce modèle explique la répartition des rôles entre les groupes de réflexion londoniens et la puissance militaire américaine:
Opérations clandestines: les tentatives d’influence se manifestent dans des affaires telles que le Russiagate, le scandale de blanchiment d’argent de HSBC ou des documents stratégiques comme l’étude Britain and Iran War, publiée par Policy Exchange en juillet 2023, qui esquissait à l’avance le déroulement de la crise au Moyen-Orient.
Retour historique sur 1863: pendant la guerre de Sécession, le tsar russe Alexandre II soutint le président américain Abraham Lincoln. Il envoya les flottes russes de l’Atlantique et du Pacifique à New York et à San Francisco. Cette mesure empêcha une intervention militaire planifiée par la Grande-Bretagne et la France en vue de partager les États-Unis.
Le principe « du plomb ou de l’argent » — Plomo o Plata: Krainer décrit ainsi le mécanisme de domination exercé par le système financier impérial sur les États souverains. Les gouvernements se voient proposer soit « l’argent » — l’intégration à l’élite mondiale et le maintien de leurs privilèges en échange de l’ouverture de leurs ressources nationales —, soit « le plomb » : frappes militaires, changements de régime et appauvrissement en cas de résistance, comme en Libye, en Syrie, au Venezuela ou en Russie.
6. Synthèse et principaux enseignements
Les crises mondiales forment un système cohérent. La politique de puissance militaire, la lutte pour des réserves de carburant devenues critiques, les mécanismes de chantage politique intérieur et les intérêts financiers profondément enracinés s’imbriquent les uns dans les autres (Panneau n°3).

Conflit entre les États-Unis et l’Iran
Problème principal: Renforcement militaire massif — trois groupes aéronavals et 10 000 soldats — avant les élections américaines de mi-mandat ; instrumentalisation d’incidents comme celui de FlyDubai.
Répercussions mondiales: Forte hausse des prix de l’énergie — essence : +48 %, diesel : +70 % — et risque élevé de frappe préventive en raison des installations souterraines situées à 600 mètres de profondeur.
Réserves d’urgence américaines et Europe
Problème principal: Dépendance européenne envers le diesel américain, provoquée par l’embargo contre la Russie; exigence américaine portant sur 120 millions de barils de diesel issus des réserves d’urgence.
Répercussions mondiales: Épuisement des réserves de sécurité européennes jusqu’à un niveau proche de 0%; risque d’effondrement de la logistique européenne des marchandises en cas d’arrêt des exportations américaines.
Crise politique en Allemagne
Problème principal: Niveaux historiquement bas du gouvernement — 88 à 89% d’insatisfaction —, menace de faillite de l’assurance dépendance et blocages réciproques concernant la taxe sur le sucre et les réformes du travail.
Répercussions mondiales: Perte de la capacité d’action politique; avertissements du président fédéral concernant une crise d’État; crainte des élites face aux gains de l’AfD en cas d’élections anticipées.
Intérêts financiers géopolitiques
Problème principal: Lutte pour le contrôle des ressources mondiales — estimées entre 75.000 et 90.000 milliards de dollars en Russie — au moyen du principe «Master-Blaster» et du modèle «du plomb ou de l’argent».
Répercussions mondiales: Persistance des tensions géostratégiques et des guerres par procuration destinées à imposer les structures financières et de crédit occidentales.
14:39 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : politique internationale, actualité, europe, états-unis, russie, allemagne, affaires européennes, moyen-orient, iran |
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Le monde à la croisée de trois voies: perspectives de la multipolarité et processus occultes de redistribution de l’influence

Le monde à la croisée de trois voies: perspectives de la multipolarité et processus occultes de redistribution de l’influence
Vivien Yor
1. Introduction: la crise des modèles linéaires et la métaphore des trois trains
Le système mondial contemporain connaît une transformation fondamentale dont l’ampleur exclut toute possibilité de la décrire dans le cadre des paradigmes traditionnels de la science politique. Les modèles linéaires qui dominaient le discours des experts au tournant des XXe et XXIe siècles ont définitivement perdu leur valeur prédictive. Les tentatives visant à faire entrer les processus actuels dans le schéma d’un affrontement bipolaire rigide ou, à l’inverse, à les décrire à travers le prisme d’une Pax Americana unipolaire en déclin se heurtent au phénomène de diffusion de la puissance.
Le pouvoir mondial et le potentiel économique ne sont plus concentrés dans un seul centre géographique ou idéologique. Le monde est entré dans une phase de multipolarité dynamique, dans laquelle le facteur déterminant n’est plus la conservation statique des positions, mais la vitesse et la trajectoire de déplacement des grands systèmes géopolitiques.

Pour comprendre adéquatement cette réalité, il convient de recourir à la métaphore de trois locomotives indépendantes suivant des trajectoires qui se croisent. Chacun de ces vecteurs possède sa propre vitesse souveraine, une réserve particulière d’inertie historique et une vision spécifique du développement civilisationnel. Il s’agit du système atlantique placé sous l’égide des États-Unis, du vaste projet productif et politique de la Chine, et du conglomérat du Sud global, qui acquiert rapidement une capacité d’action autonome et dont l’Inde constitue le noyau. Ces systèmes ne suivent plus la même voie de mondialisation tracée selon les modèles occidentaux. Au contraire, ils façonnent leurs propres circuits technologiques, financiers et logistiques, ce qui entraîne inévitablement des frictions aux points où ils se rencontrent.
La Russie se trouve à l’épicentre de ce bouleversement tectonique, à l’intersection des principaux axes transeurasiatiques. Sa position géopolitique est singulière: elle ne constitue la périphérie d’aucun des trois vecteurs mentionnés et ne cherche pas à s’intégrer à leurs structures en qualité d’élément subordonné. Située à la croisée de ces macro-systèmes, la Fédération de Russie doit résoudre une tâche historique d’une extrême complexité: transformer sa position géographique et civilisationnelle médiane, de facteur de vulnérabilité qu’elle était, en avantage stratégique, en assumant le rôle de pont souverain et de force d’équilibre au sein de l’architecture internationale.
2. Le vecteur atlantique : inertie de l’hégémonie et obstacles liés au ralentissement institutionnel
Le premier vecteur de la politique mondiale, qui est historiquement le plus profondément enraciné, est représenté par le macro-système atlantique, dont les États-Unis d’Amérique et leurs alliés d’Europe occidentale constituent le noyau. Cet ensemble dispose d’une formidable inertie de leadership, née à l’issue de la Seconde Guerre mondiale et consolidée après la dissolution de l’Union soviétique. Cette inertie repose sur un réseau complexe et ramifié d’institutions de régulation mondiale qui, pendant des décennies, ont été considérées par la communauté internationale comme des composantes universelles et irremplaçables de l’infrastructure internationale.

Le principal instrument permettant au vecteur atlantique de maintenir sa domination demeure l’architecture financière fondée sur le statut du dollar américain en tant que principale monnaie de réserve mondiale. La maîtrise des systèmes de règlement, des mécanismes de compensation et de la répartition des liquidités permet à Washington de prélever une rente technologique et financière à l’échelle mondiale.
La domination financière est renforcée par la supériorité technologique: les multinationales occidentales conservent des positions clés dans le domaine des brevets, de la conception de composants microélectroniques avancés, de la gestion des services mondiaux d’informatique en nuage (cloud) et de la mise au point d’algorithmes d’intelligence artificielle. Un système rigide d’alliances politico-militaires constitue un autre facteur de stabilité: ces dernières années, il a non seulement été réactivé en Europe, mais s’étend aussi activement dans la région Asie-Pacifique par l’intermédiaire de dispositifs tels que l’AUKUS.
Néanmoins, la progression de la locomotive atlantique se heurte de plus en plus nettement à des processus de ralentissement intérieur et extérieur. Le principal paradoxe de l’étape actuelle réside dans le fait que les instruments destinés à préserver l’hégémonie sont devenus des facteurs de son affaiblissement. L’instrumentalisation agressive des mécanismes financiers — recours à des trains de sanctions, gel puis tentative de confiscation des réserves souveraines d’or et de devises — a détruit le mythe fondamental de la neutralité et de la sécurité du système financier occidental. Cela a déclenché un processus irréversible de dédollarisation et de recherche de circuits de paiement alternatifs par les acteurs non occidentaux.
L’architecture interne du vecteur atlantique présente elle aussi des signes d’usure systémique. La société américaine connaît une profonde polarisation politique qui complique l’élaboration d’une stratégie étatique à long terme. Pour sa part, le sous-ensemble européen du système atlantique traverse une crise majeure, provoquée par la rupture des anciennes relations énergétiques avec la Russie et par la désindustrialisation des principales économies du Vieux Continent. Le système occidental a atteint les limites de son expansion extensive et n’est plus en mesure d’imposer ses règles du jeu sans se heurter à une ferme résistance de la part des autres centres de puissance.
3. Le vecteur chinois : la conception d’un espace mondial souverain
Le deuxième puissant vecteur qui détermine les contours de la nouvelle multipolarité est la République populaire de Chine. La trajectoire de développement de Pékin a connu une transformation qualitative: la Chine a définitivement achevé la phase durant laquelle elle fonctionnait comme «l’usine du monde», fournissant aux multinationales occidentales une main-d’œuvre bon marché et des capacités d’assemblage. Elle constitue aujourd’hui une superpuissance souveraine dans les domaines productif, financier et, surtout, géopolitique, qui est passée d’une stratégie d’intégration à l’ordre mondial existant à la conception de son propre espace global.


La stratégie chinoise repose sur le principe de la création de corridors de développement alternatifs et indépendants de l’Occident. La manifestation la plus éclatante de cette approche est la méga-initiative «Une ceinture, une route», qui ne constitue pas un simple projet logistique, mais un programme global visant à façonner une nouvelle réalité géoéconomique eurasienne et afro-eurasienne. En construisant des ports au Pakistan, des voies ferrées en Asie centrale et des pôles d’infrastructure en Afrique, Pékin organise autour de lui les chaînes de valeur ajoutée et forme ainsi un ensemble d’États dont la sécurité économique dépend directement de la stabilité de leurs relations avec la Chine.
Parallèlement, l’influence chinoise se politise rapidement. Pékin transforme activement son poids économique en instruments diplomatiques, en jouant le rôle de médiateur dans des conflits régionaux autrefois jugés insolubles et en créant de nouveaux cadres de coopération multilatérale. Dans ce contexte, des institutions telles que les BRICS et l’Organisation de coopération de Shanghai prennent la forme de forums alternatifs au sein desquels sont définies des règles du jeu affranchies des diktats occidentaux et de l’occidentalo-centrisme.
Dans le domaine technologique, la Chine met en œuvre une doctrine de substitution complète aux importations et de souverainisation des secteurs critiques. Confronté aux sanctions et au blocus technologique imposés par les États-Unis, Pékin a accéléré les travaux portant sur la lithographie nationale, l’informatique quantique, la robotique et les énergies vertes, domaines dans lesquels la Chine occupe déjà des positions dominantes à l’échelle mondiale.
Le mouvement du vecteur chinois n’est toutefois ni isolé ni dépourvu d’obstacles. Il se heurte à l’opposition coordonnée du bloc atlantique, qui cherche à mettre en œuvre une stratégie de «réduction des risques» (de-risking) et à créer des barrières militaires autour des frontières chinoises. En outre, la trajectoire à long terme de la Chine est grevée par des défis structurels internes, dont les plus aigus sont le déclin démographique, le vieillissement de la population et la nécessité de réorienter le modèle de croissance économique — jusqu’ici fondé sur l’investissement et les exportations — vers la consommation intérieure.
4. Le vecteur du Sud global: décentralisation, démographie et stratégie du pragmatisme
Le troisième vecteur de la transformation mondiale se distingue par sa très grande hétérogénéité, mais possède en même temps la dynamique de croissance la plus forte. Cet ensemble englobe un vaste conglomérat d’États du Sud et de l’Est globaux, parmi lesquels l’Inde s’affirme de plus en plus clairement comme la principale locomotive et la cheffe de file conceptuelle.
Ce vecteur se distingue fondamentalement des vecteurs atlantique et chinois: il ne possède aucun centre de direction idéologique ou administratif unique et rigide. Sa consolidation ne s’effectue pas autour des directives d’une seule superpuissance, mais sur le fondement d’une aspiration commune à la souverainisation des économies nationales et à la révision de l’héritage colonial au sein de la division internationale du travail.

Le principal moteur de ce vecteur est un bouleversement démographique fondamental. Alors que les économies développées de l’Occident et les centres industriels d’Asie orientale sont confrontés à des processus irréversibles de vieillissement de la population et de contraction de la main-d’œuvre, l’Inde, les pays du Moyen-Orient et le continent africain connaissent une formidable explosion démographique. L’afflux d’une population jeune, urbanisée et de plus en plus qualifiée transforme ces régions, autrefois marchés d’écoulement passifs, en puissants centres autonomes de développement industriel et technologique.
La deuxième assise majeure du Sud global réside dans la souveraineté sur les ressources. Le nouveau paradigme technologique, fondé sur les énergies vertes, la numérisation et l’intelligence artificielle, dépend de manière critique de l’approvisionnement en terres rares, en lithium, en cobalt, en cuivre et en hydrocarbures traditionnels. Les pays du Sud, qui détiennent l’essentiel des réserves mondiales de ces éléments, abandonnent progressivement le modèle de la simple vente de matières premières au profit de la création de pôles nationaux de transformation. En échange de l’accès aux ressources, ils contraignent les acteurs mondiaux à investir dans les infrastructures locales et à partager leurs technologies.
La stratégie politique des pays appartenant à cet ensemble repose sur les principes d’un pragmatisme strict et sur le rejet de la logique des blocs. L’Inde et ses partenaires régionaux ne souhaitent plus être des éléments subordonnés dans les jeux géopolitiques d’autrui et rejettent catégoriquement la nécessité de choisir entre Washington et Pékin. Leur doctrine consiste à maximiser l’intérêt national en entretenant simultanément des relations avec tous les centres de puissance.
Sur la scène internationale, cette approche se cristallise dans la revendication d’une réforme profonde des institutions de l’ONU, du FMI et de la Banque mondiale, afin d’adapter leur structure au poids réel des nouvelles puissances économiques. En maintenant un équilibre entre sa participation à des formats occidentaux — tels que le Quad — et l’approfondissement de son intégration au sein des BRICS, l’Inde montre clairement comment la politique multi-vectorielle devient le principal instrument de protection de la souveraineté au XXIe siècle.

5. La Russie comme carrefour eurasien: le concept de pont stratégique et de capacité d’action multivectorielle
La position de la Fédération de Russie à l’épicentre des interactions entre les trois macro-systèmes décrits détermine le caractère unique de sa stratégie géopolitique et géoéconomique contemporaine. La Russie ne peut se permettre de se fondre dans aucun des vecteurs existants, car cela entraînerait la perte de son identité civilisationnelle et de sa souveraineté. La position médiane u pays dans l’espace eurasien impose la mise en œuvre de la doctrine du « Carrefour»: transformer sa situation géographique en instrument actif de formation de nouveaux équilibres macro-régionaux.
La réalisation concrète de cette stratégie est liée au développement d’une infrastructure transcontinentale continue, capable de relier les ensembles isolés des trois trains mondiaux. La Route maritime du Nord constitue le premier élément essentiel. Elle passe du statut d’artère nationale de transport à celui de corridor maritime mondial le plus court entre une Asie en plein essor et les marchés européens. Le développement de la flotte de brise-glaces et des infrastructures portuaires de cette route permet à la Russie de proposer une solution de remplacement aux voies méridionales traditionnelles, vulnérables à l’instabilité géopolitique et à la piraterie.

Le corridor international de transport Nord-Sud représente le deuxième axe majeur de cette manœuvre infrastructurelle. Ce projet relie directement les pôles russes de la Baltique et de la Volga, en passant par la région caspienne et l’Iran, au port indien de Mumbai ainsi qu’aux marchés du golfe Persique.
La création de cet axe permet à la Russie non seulement de diversifier ses flux d’exportation face aux sanctions occidentales, mais aussi d’organiser autour d’elle les besoins logistiques du vecteur du Sud global, en pleine croissance. Les ressources industrielles et les matières premières de Sibérie et de l’Oural sont réorientées de l’axe atlantique vers les marchés d’Asie et d’Afrique, ce qui transforme radicalement toute la configuration des équilibres commerciaux eurasiens.
Le concept de neutralité technologique et commerciale devient un aspect essentiel de la nouvelle capacité d’action autonome de la Russie. Le principe stratégique consiste à ne pas se lier par des engagements exclusifs envers une norme technologique particulière ou un marché monopolistique. La Russie cherche à adopter les meilleures solutions disponibles à l’échelle mondiale tout en mettant en place des circuits financiers et de règlement indépendants.
L’utilisation des monnaies nationales dans le commerce avec la Chine, l’Inde et les pays du Moyen-Orient, la création de systèmes de paiement souverains et d’actifs financiers numériques: autant de mesures visant à établir une architecture de sécurité invulnérable aux pressions extérieures et aux diktats des sanctions émanant de l’un ou l’autre des trois vecteurs. À ce carrefour, la Russie n’agit pas comme un tampon passif absorbant les coups portés par d’autres, mais comme un modérateur actif et un garant de la stabilité politico-militaire, empêchant le système international de glisser vers une confrontation bipolaire destructrice.
6. Conclusion : l’architecture de l’avenir à la fin du premier tiers du XXIe siècle
Au terme de cette analyse des processus occultes de redistribution de l’influence, on peut affirmer que le système mondial a irrémédiablement perdu son ancien caractère mono-centrique. Les trajectoires des trois grands vecteurs mondiaux — atlantique, chinois et méridional — déterminent le caractère complexe et fluctuant de la géopolitique contemporaine. L’époque de l’imposition unilatérale des règles du jeu est révolue; s’ouvre désormais une ère d’équilibres complexes, dans laquelle la stabilité de tout État dépend de sa capacité à s’adapter rapidement à l’évolution des rapports de force et à préserver sa liberté de manœuvre.
À la fin du premier tiers du XXIe siècle, les contours de l’architecture internationale seront moins définis par les frontières rigides des blocs militaires que par la souplesse et la ramification des alliances transfrontalières, la fiabilité des corridors logistiques et l’indépendance des plateformes technologiques. Les tentatives visant à isoler certains éléments majeurs de ce système ou à freiner la marche des locomotives de l’histoire au moyen de barrières artificielles ne font qu’accroître la tension générale et accélérer la fragmentation de l’espace mondial.
Dans cette nouvelle réalité, les acteurs qui réussiront seront ceux qui sauront valoriser efficacement leurs avantages géographiques et civilisationnels sans céder à la tentation de l’isolement en blocs. La stratégie de la Russie, qui vise à s’affirmer comme un carrefour eurasien souverain et comme un pont infrastructurel fiable entre l’Est, l’Ouest et le Sud, constitue une réponse viable et profondément pragmatique aux défis de l’ère de la grande transition. L’avenir n’appartient pas à ceux qui cherchent à ériger des murs autour d’anciens privilèges, mais à ceux qui ouvrent de nouvelles voies aux carrefours du monde multipolaire.
12:25 Publié dans Actualité, Géopolitique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, géopolitique, inde, chine, sud global, russie, connectivité |
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dimanche, 04 octobre 2026
Pourquoi Berlin cherche de nouveau à dialoguer avec Moscou

Pourquoi Berlin cherche de nouveau à dialoguer avec Moscou
Elena Fritz
Source: https://t.me/global_affairs_byelena
Qu’est-ce qui a poussé le ministre allemand des Affaires étrangères, Johann Wadephul, à chercher le dialogue avec son homologue russe, Sergueï Lavrov?
L’initiative allemande s’explique par des considérations relevant aussi bien de la politique étrangère que de la politique intérieure. Sur le plan extérieur, c’est surtout l’escalade croissante de la guerre visant les infrastructures en Ukraine qui se trouve au premier plan. Dans ce contexte, la partie ukrainienne subit une pression de plus en plus forte.
Le blocus des ports d’Odessa ainsi que les attaques régulières contre les installations industrielles, les voies de transport et les infrastructures de communication aggravent la situation économique et sociale du pays. Dans ce contexte, l’intérêt pour une suspension des hostilités, au moins temporaire, s’accroît en Europe, notamment à l’approche de l’hiver, durant lequel les attaques russes pourraient se concentrer davantage sur les infrastructures énergétiques.
Il est remarquable que les principaux soutiens européens de l’Ukraine — la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni — aient eux-mêmes largement insisté, durant l’été de cette année, sur l’intensification des attaques ukrainiennes au moyen de systèmes d’armes à longue portée. Les orientations politiques correspondantes avaient déjà été arrêtées en janvier, lors des entretiens de Volodymyr Zelensky avec Emmanuel Macron, Friedrich Merz et Keir Starmer.
Le revers de cette logique d’escalade apparaît désormais: Moscou est appelé à limiter ses attaques sur le territoire ukrainien, à assouplir le blocus maritime et, en particulier pendant les mois d’hiver, à renoncer aux attaques contre l’approvisionnement énergétique.
Si la Russie acceptait ces demandes, elle renoncerait toutefois à une part considérable du potentiel de pression militaire qu’elle a désormais constitué.
L’initiative de dialogue de Wadephul comporte cependant aussi une dimension de politique intérieure. En Allemagne, l’inquiétude grandit face à une nouvelle escalade du conflit. La perspective d’une confrontation militaire de plus en plus directe entre l’Allemagne — ou l’OTAN — et la Russie suscite un scepticisme manifeste au sein d’une partie de la population, d’autant plus que le gouvernement fédéral dirigé par Friedrich Merz suit une ligne toujours plus conflictuelle en matière de politique étrangère et de sécurité.
Cette évolution fait également partie du contexte politique dans lequel l’AfD gagne du terrain, tandis que l’Union chrétienne-démocrate et chrétienne-sociale se retrouve sous pression.
Dans ce contexte, la rencontre entre Wadephul et Lavrov, en marge de l’Assemblée générale des Nations unies à New York, remplissait également une fonction de politique intérieure: Berlin montre que les canaux de communication avec Moscou ne sont pas entièrement fermés.
Pour l’instant, il s’agit toutefois principalement de déconflictualisation diplomatique, c’est-à-dire d’afficher ostensiblement la volonté même de se parler. Rien ne permet encore de savoir si cette démarche débouchera sur un véritable dialogue politique de fond.
#géopolitique @global_affairs_byelena
15:49 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, diplomatie, allemagne, russie, europe, affaires européennes, politique internationale |
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Mouvements de foule

Mouvements de foule
par Pierre-Emile Blairon
Les Français ne sont certainement ni ochlophobes (peur des foules tumultueuses), ni agoraphobes (peur des foules dont on ne peut se dégager facilement), ni claustrophobes (peur des espaces confinés) ; ces phobies sont susceptibles de générer des malaises (vertiges, tremblements, sueurs).
Je suis donc très heureux de savoir mes compatriotes en bonne santé, tout au moins prémunis de certaines légères affections psychiatriques comme celles que je viens de citer.
Du pain et des jeux
On peut déplacer les Français par milliers, par dizaines de milliers, par centaine de milliers, et même par millions pour des événements de types très variés et pour des raisons très diverses ; ces raisons peuvent être :
-festives : ils n’hésitent pas à se déplacer pour admirer et ovationner des personnalités plus ou moins charismatiques précédées d’une aura « vues à la télé », comme des acteurs, des sportifs, des écrivains ou des politiciens connus, faire la queue pour écouter des chanteurs à la mode dans des salles immenses ou attendre des heures sur un trottoir pour la dédicace d’un livre (écrit par un « nègre » bien souvent, quand la personnalité qui s’y emploie est politique), participer dans la liesse à des spectacles de rue (J.O., spectacles de Toulouse [1]), à des rassemblements traditionnels souvent couplés à des fêtes religieuses locales où l’on chante et où l’on boit plus que de raison, comme les fêtes de Bayonne qui réunissent en juillet plus d’un million de personnes en blanc et rouge pendant 5 jours (et 5 nuits).

Ces démarches sont souvent liées à des pulsions primaires fabriquées par les médias qui peuvent se transformer rapidement en idolâtrie, quelquefois hystérique et incontrôlable dans sa manifestation. Pour les Français, le moindre prétexte est bon pour faire la fête, pour « communier » en foule dans une même ferveur quelle qu’elle soit ; leur idéal de vie en même temps que leur devise pourrait être: panem et circenses, du pain et des jeux. En vérité, étant donné la situation économique catastrophique de la France, les Français se nourrissent actuellement plus de jeux et de fêtes que de pain.
- politiques : les Français sont passionnés de politique politicienne dont ils connaissent tous les artifices et rouages, phénomène qui se constate plus couramment dans les communautés rurales que dans les villes ; la haute politique, le politique, ne les intéresse guère, ils n’ont pas envie de réfléchir, mais ils participent volontiers aux meetings et aux défilés (dans les villes) et, dans les campagnes, aux cocktails clientélistes offerts par leur candidat (ou son adversaire) où ils rencontreront le notaire, le pharmacien, leur médecin référent et le curé et pourront ainsi créer et alimenter les potins qui combleront leurs journées et les discussions de fins de repas.

- religieuses : visite d’un prélat, voire du pape, processions votives, messes, fêtes traditionnelles catholiques fréquentes dans notre pays comme dans tout le sud, l’ouest et l’est de l’Europe.
- revendicatives : les Français défilent presque toutes les semaines (hors vacances) pour des revendications diverses, la « rentrée » étant une période favorable à ce genre de manifestations : pompiers, paysans, artisans, lycéens, syndicalistes, Gilets jaunes, Bonnets rouges…
- culturelles : se rendre à une exposition de peinture, aller au cinéma, voir une pièce de théâtre, pour avoir, et surtout pour donner, l’impression d’être actif, « dans le coup ».
- sportives : matches de football et courses à pied, par exemple, déplacent spectateurs et participants en grand nombre dans d’immenses stades et sur les routes.
Certains ne manqueraient pour rien au monde une manifestation où ils doivent être parce qu’il sera de bon ton d’y être ; il ne faut surtout pas louper un événement dont leur voisin les a assurés de sa participation. C’est un phénomène de mimétisme social dûment identifié.
La masse a les mêmes comportements que la foule à la différence près que la foule se réunit en un même lieu pour pouvoir accomplir une célébration – on peut ajouter une dimension pseudo-religieuse à la plupart de ces événements qu’on appellera alors « grandes messes » - alors que la masse est diluée dans un espace non défini et n’a nul besoin de se déplacer pour exister.
Au Moyen-Âge, les comportements étaient encore plus superstitieux et irraisonnés : ce sont des reliques qui déplaçaient les foules qui faisaient parfois à pied des centaines de kilomètres, pour voir des présumés restes d’un saint ou d’une sainte comme une épine de la couronne du Christ, un tibia ou un lambeau d’étoffe, les « fidèles » espérant tirer un bénéfice personnel du seul fait de les approcher ou mieux, de les toucher.
Gustave Le Bon
Dans le n° 48 de la revue Cahiers de Psychologie Politique (janvier 2026), Matthijs Gardenier commente le point de vue de Gustave Le Bon, auteur du célèbre ouvrage Psychologie des foules paru en 1895 : « Les participants à une foule se retrouveraient dans un état d’esprit particulier, de quasi-hypnose qui déterminerait le déclenchement de l’action collective. En effet, la participation à une foule occasionnerait une forte suggestibilité. Dans un état proche de l’hypnose, les individus seraient prêts à accepter n’importe quelle information comme étant exacte, sans la passer au crible de la raison. Le Bon prend comme exemple les récits contradictoires des témoins oculaires au cours de la bataille de Waterloo. À celle-ci, se joint un autre élément, la contagion ou l’imitation. »
Je n’ai pas résisté au plaisir de vous faire découvrir cet extrait qui suit de l’œuvre de Gustave Le Bon où il dévoile un aspect de son talent qui ressemble fort à un pouvoir visionnaire car il parle ici de la « chute de la tour Eiffel » (qui m’a fait penser à une autre chute : celle des twin towers de New-York) et du naufrage d’un transatlantique (ce qui arrivera quelques années après la parution de son ouvrage avec le naufrage du Titanic) :
« Tout ce qui frappe l'imagination des foules se présente sous forme d'une image saisissante et bien nette, dégagée de toute interprétation accessoire, ou n'ayant d'autre accompagnement que quelques faits merveilleux ou mystérieux : une grande victoire, un grand miracle, un grand crime, un grand espoir. Il faut présenter les choses en bloc, et ne jamais en indiquer la genèse. Cent petits crimes ou cent petits accidents ne frapperont pas du tout l'imagination des foules ; tandis qu'un seul grand crime, un seul grand accident les frapperont profondément, même avec des résultats infiniment moins meurtriers que les cent petits accidents réunis... Un accident qui, au lieu de 5 000 personnes, en eût seulement fait périr 500, mais le même jour, sur une place publique, par un accident bien visible, la chute de la tour Eiffel, par exemple, eût au contraire produit sur l'imagination une impression immense. La perte probable d'un transatlantique qu'on supposait, faute de nouvelles, coulé en pleine mer, frappa profondément pendant huit jours l'imagination des foules. Or, les statistiques officielles montrent que dans la même année un millier de grands bâtiments se sont perdus. Mais, de ces pertes successives, bien autrement importantes comme destruction de vies et de marchandises qu'eût pu l'être celle du transatlantique eu question, les foules ne se sont pas préoccupées un seul instant. » (Le Bon 1895).
Je vais donner trois exemples très différents d’événements qui ont motivé le déplacement des foules ou leur engagement, récents et même actuels, puisqu’ils se sont déroulés en ce mois de septembre 2026, et se déroule encore pour l’un d’entre eux. Ces trois manifestations sont représentatives de ce besoin des Français de participer à un événement afin de pouvoir ensuite dire : « j’y étais », mais aussi de l’inconséquence de ces personnes car, la fête finie, on ne peut que constater l’apathie, l’irresponsabilité ou l’indifférence des Français concernant leur propre destin et celui de leurs enfants.
Ces trois événements sont : les concerts donnés par la chanteuse Céline Dion à Paris, la venue du pape en France, le blocus des lycées.
Trois événements qui ont déplacé les foules et défrayé la chronique : Céline Dion, le pape, la mobilisation des lycéens
- La séquence satanique: les concerts de Céline Dion à Paris
Après six ans d’absence en raison d’une maladie très rare appelée curieusement le « syndrome de la personne raide[2] », Céline Dion est réapparue en pleine forme pour entamer un marathon de 26 concerts étalés entre l’automne 2026 et mai 2027 en France ; qui ont réuni ou réuniront chaque soir plus de 30.000 spectateurs pour un total qui dépassera les 800.000 personnes.
Les concerts de Céline Dion sont marqués visuellement par des références à Satan qui, selon certaines analyses, laissent supposer qu’elle aurait conclu « un pacte avec le diable », comme c’est le cas de beaucoup d’artistes dans le monde qui ne cessent de manifester leur obéissance à ce personnage qu’on croit imaginaire (en France, une chanteuse comme Mylène Farmer semble tout autant possédée comme l’indiqueraient ses constantes références à Lucifer dans ses spectacles).

En outre, la collection de vêtements pour enfants en bas âge que Céline Dion a créée est incontestablement d’inspiration démoniaque (malgré les dénégations de ses défenseurs) et vient appuyer l’hypothèse de sa soumission. (voir photos)
- La séquence christique: la visite en France du pape Léon XIV
Hasard du calendrier ? Il n’a pas fallu attendre longtemps la réponse de la communauté chrétienne à cette provocation satanique. Le pape Léon XIV a en effet séjourné en France du 25 au 28 septembre 2026 ; sa visite a rassemblé plus d’un million de fidèles venus le saluer.
Cette immense foule qui s’est rassemblée dans le calme et la bonne humeur, mais aussi dans le recueillement, pour accueillir dans la paix et la joie le chef de sa communauté a surpris les analystes et les « experts » en tout et en rien des médias de grand chemin qui n’ont trouvé pour la plupart qu’une seule parade à ce qu’ils considèrent comme un camouflet pour leur logique profondément « progressiste » : le silence[3].
Car leurs ressorts profondément manichéens ne peuvent déduire de cette incontestable preuve de la survivance d’une foi portée par ces vilains « traditionalistes conservateurs » que le signe de leur propre échec ; c’est le grain de sable qui vient enrayer leur machine dans sa course aux lendemains qui ne cessent de chanter.
Mon esprit toujours aussi critique apportera cependant un bémol à ce qui constitue pour les fidèles chrétiens la preuve que leur foi peut être revivifiée, que rien n’est perdu alors que l’on pensait que les Français s’étaient enfoncés dans une torpeur qui confinait à la neurasthénie, que ce peuple n’avait plus de vitalité et qu’il se laissait doucement aller dans la facilité d’une décadence qui avait marqué de la même façon la fin de l’empire romain ; et l’on revient au début de cet article : panem et circenses.

Car il est fort possible que beaucoup de spectateurs venus assister au show de Céline Dion se sont retrouvés également présents dans cette assemblée de fidèle chrétiens.
Ont-ils été soudainement touchés par la grâce ? Retrouvent-ils miraculeusement le chemin de la foi ?
Certains sans doute ; mais je crois plutôt que le portrait du Français hédoniste décadent que j’ai tracé au début de cet article n’est en rien démenti ; le Français, à l’image de son cher président, pratique le « en même temps ».
Ce sont les mêmes qui, toujours aussi irresponsables, se retrouvent à dénoncer la violence avec laquelle leurs chers petits ont été dissuadés par la police de saccager ce qui reste de notre beau pays et, notamment, leurs propres lycées dont ils se plaignent de la vétusté pour certains ; le raisonnement de ces petits blancs est simple : puisque notre établissement n’est pas suffisamment confortable, autant le détruire entièrement ; mais nous verrons que d’autres facteurs interviennent qui compliquent les choses.
En clair, les Français n’ont aucun mal à faire cohabiter le diable et le Bon Dieu et à passer de l’un à l’autre selon leurs besoins ou leur humeur du jour.
Sionisme, antisionisme, antisémitisme
Une dernière remarque sur le rassemblement chrétien : il a eu un précédent qui a suscité aussi à l’époque une grande vague d’espoir, il s’agit de La Manif pour Tous qui s’est dressée contre Le Mariage pour Tous (entre personnes de même sexe) en 2013.
La Manif pour Tous avait, elle aussi, réuni 1 million d’individus, et sa pétition avait été signée par 700 000 personnes, pétition rejetée par le Conseil d’État, en-dehors de toute règle juridique, notamment celle imposée alors par le Tribunal administratif.
Et que s’est-il passé ensuite ? Rien.
Et que se passera-t-il après ce formidable accueil du pape ? à mon avis, mais j’espère me tromper : rien.
Et pourquoi ?
Toujours pour la même raison : la plupart sont venus pour la fête, pas par conviction religieuse ou humaniste, ils sont venus pour faire comme les autres, par mimétisme.
Les « cathos-tradis », en général, mais il y a des exceptions louables, ne sont pas des militants, ce sont des bourgeois conformistes. On n’est plus à l’époque de Degueldre ou de Bastien-Thiry qui connaissaient la nécessité et le prix du sacrifice.
Un exemple ? Les structures existent pour aider les Chrétiens d’Orient actuellement persécutés par Tsahal. Qui leur vient en aide ? Personne.
Un horrible génocide est en train de se perpétrer à Gaza, en Cisjordanie, au Liban et encore ailleurs si rien ni personne ne vient arrêter les sionistes qui ne vivent que pour l’expansion du Grand Israël ; ce génocide ne fait pas de différence entre musulmans et chrétiens, ces derniers étant très nombreux dans cette région puisque le christianisme est précisément né dans cette région. Ne serait-ce pas en accord avec les principes fondamentaux chrétiens de dénoncer, pour le moins, le massacre des hommes et de la terre qui se pratique quotidiennement dans ces pays?
Qui le fait ? Personne.

Il n’y a pas de solidarité chrétienne « occidentale », voire universelle (c’est le sens même du mot : catholique), envers ceux des leurs qui sont martyrisés dans d’autres régions du monde, comme il n’y a pas de point de vue chrétien occidental sur les massacres et les tortures perpétrés par Tsahal avec l’accord tacite des Américains. Tous les fidèles des autres religions dans le monde sont solidaires de leurs coreligionnaires, pas les chrétiens occidentaux. Pourquoi ?
Parce que les chrétiens occidentaux sont sionistes à l’image du RN et de la plupart des structures dirigeantes de notre pays, c’est-à-dire exactement : américano-sionistes. Donc mondialistes parce que l’Occident n’est rien d’autre que l’alliance de trois entités visant à s’approprier le monde : cette pseudo-Europe (qui nous maltraite, nous, Européens), l’État sioniste d’Israël et l’Amérique du Nord.
D’autant qu’on sait maintenant que l’amalgame entre antisionisme et antisémitisme n’a aucun sens puisque les Israéliens sionistes qui tiennent le pouvoir en Israël ne sont pas juifs d’origine mais ashkénazes, issus du peuple khazar, juifs convertis au VIIIe siècle et que les vrais juifs ne les reconnaissent pas comme tels [4].
La séquence chaotique: les « lycéens en colère »
Le mouvement a été déclenché à l’origine par les représentants syndicaux du lycée de Créteil, invoquant un manque de moyens comme la nécessité de mettre à disposition du lycée une seconde infirmière ; il est difficile de croire qu’il s’est propagé aussi vite sans être encadré, et sans doute préparé, par des professionnels de la mise en place du désordre, comme le sont les membres de LFI, voire des individus non identifiés payés pour accomplir cette besogne ; la racaille des banlieues n’a pas été convoquée pour l’occasion, elle était sur place.
On a vu des représentants de l’autorité, comme le maire de Saint-Denis, ou d’autres élus LFI portant l’écharpe, participer à la mise en place du chaos qui a ensuite gagné toute la France.


Les forces de l’ordre ont réagi assez rapidement, mais n’ont pas été à même de tenir le terrain par manque d’effectifs et aussi par l’impossibilité de prévoir les cibles auxquelles cette racaille bien formée allait s’attaquer car les pseudo-lycéens s’en sont pris immédiatement à des structures qui n’ont aucun lien avec l’école, comme une église à Strasbourg [5], un bus à Marseille [6], dans cette vidéo, une surveillante est tabassée à Annecy par une bande de sauvages [7], dans cette autre, les pseudo-lycéens affichent clairement leur appartenance à un pays étranger.
Il n’est pas impossible que ce chaos soit piloté par le gouvernement lui-même, ce qui lui donnerait la possibilité, au plus fort de l’embrasement de ce mouvement, qui n’est peut-être pas encore arrivé, de décréter une situation d’urgence afin de prendre les pleins pouvoirs.
Conclusion : je n’ai pas choisi ces trois séquences au hasard ; et, même, je ne les ai pas choisies du tout, elles m’ont été imposées par l’actualité : la France, fille aînée de l’Église a été, en ce mois de septembre et est encore, en ce mois d’octobre, au centre d’un conflit qui voit s’affronter les deux grands blocs qui composent le monde actuel : d’une part, le bloc des sociétés traditionnelles respectant les lois naturelles, humaines et cosmiques qui ont toujours régi le monde dans lequel nous vivons depuis des millions d’années qui ont su bâtir, au fil du temps, une société où les hommes ont vécu tant bien que mal, avec les aléas et les vicissitudes intrinsèques à notre condition, avec des règles morales et religieuses qui se sont efforcées de canaliser les pulsions négatives de nos semblables essayant de cohabiter plus ou moins harmonieusement sur cette Terre qui nous porte et, d’autre part, une engeance issue des reliquats morbides d’anciennes civilisations disparues qui vénèrent un démon, Satan, et qui tentent d’asservir notre Humanité ou de la remplacer par des robots et une intelligence artificielle qu’elle met en place d’une manière systématique sous nos yeux incrédules.
Nous avons du mal à croire que la génération qui va nous succéder et qui devra affronter ce terrible ennemi est constituée par ce groupe de sauvages qui s’exprime par des cris ou des onomatopées, se comporte comme des zombies dont le cerveau aurait été gravement détérioré et ne songe qu’à se dégager de toute contrainte pour vivre une existence illusoire, faite de jouissance sans entraves, fabriquée sur la base d’utopies qui leur ont été inculquées dès leur prime enfance par des invertis qui se sont peu à peu emparés des rênes de l’Éducation nationale (voir photo).
La photo de cette jeune fille brandissant un carton résume assez bien la faillite de son éducation, dont la responsabilité incombe à la fois à ses parents démissionnaires de leur fonction de parents, qui n’ont pas su la préserver des dangers de la vie, mais aussi à l’Éducation nationale qui s’est immiscée dans un domaine qui ne lui appartient pas, celui de l’éducation sexuelle, en banalisant et même en encourageant les comportements à risque et les comportements déviants, une incompétence, si ce n’est une malveillance, dont cette jeune fille, jetée en pâture sur les réseaux sociaux, va désormais faire cruellement les frais.
Ces parents, dont j’ai dénoncé, au début de cet article, l’hédonisme, la passivité et l’insouciance, sont responsables de n’avoir rien fait pour préparer cette génération à la vie réelle qui peut être belle quelquefois mais exigeante plus souvent. Ces parents, en prenant le parti de ces jeunes gens, leurs enfants, ne font rien d’autre que d’essayer de s’absoudre de leur propre irresponsabilité et de leur propre incompétence à vivre en se fixant des règles, une morale, et en s’obligeant à des devoirs.
Notes:
[1] Voir mes articles à ce sujet, sur le présent site, et aussi rassemblés dans l’ouvrage La Satanisation du Monde, Amazon 2025.
[2] Gérard Fauré, l’ancien fournisseur en cocaïne de l’oligarchie française et internationale qui en est très dépendante, pense plutôt que Céline Dion souffrirait d’un manque ou, au contraire, d’une overdose permanente, d’adrénochrome, cette substance qui serait prélevée dans le sang des jeunes enfants que les pédosatanistes du cercle d’Epstein auraient préalablement volés, effrayés puis torturés afin d’en obtenir la meilleure production, le but recherché par les oligarques « invités » ou plutôt « piégés » d’Epstein étant d’espérer vivre plus longtemps grâce à la régénération de leur sang. (« J’avais raison ! Céline Dion et La polémique du sosie », https://www.youtube.com/watch?v=tLkbwd1tymo)
[3] Voir les articles de Georges Gourdin sur le sujet : Génération Léon, prenez le Pouvoir ! du 1er octobre 2026 et Léon XIV au Stade de France : la Vérité contre le règne du mensonge du 26 septembre 2026.
[4] Voir mon article : L’Occident et la droite nationale française face à l’anéantissement de Gaza, article également inclus dans l’ouvrage Haute Trahison, Amazon 2026, p.101.
[5] Une église incendiée par les « lycéens » : https://www.facebook.com/reel/1412906561032222?locale=fr_FR
[6] Témoignage de Jean Mizrahi, professeur : Les transports en commun ont été à l'arrêt aujourd'hui à Marseille où je vis. Des élèves du lycée professionnel la Floride, où j'ai enseigné pendant une année il y a deux ans, ont mis le feu à un bus avec son chauffeur à l'intérieur, qui en a réchappé par miracle, mais semble-t-il quand même avec des brûlures. Je ne suis pas étonné, je me souviens de la population de ce lycée, j'y ai passé des moments peu sympathiques avec des gamins dont certains franchement déjantés. Devant un autre lycée marseillais, un camion de pompiers a été incendié.
[7] Une surveillante tabassée à Annecy par des sauvages hurlant dans une langue inconnue : https://www.facebook.com/reel/1636111814571232?locale=fr_FR
11:57 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, affaires européennes, france |
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samedi, 03 octobre 2026
Assez de «transition énergétique»: la Norvège met un frein aux exportations d’électricité

Assez de «transition énergétique»: la Norvège met un frein aux exportations d’électricité
Oslo/Berlin. Un nouveau mensonge énergétique vole en éclats: celui de la grande solidarité européenne à l’ère «post-fossile». Il n’en est rien: la Norvège entend désormais consacrer davantage son énergie hydraulique à son propre approvisionnement. Aucun nouveau câble électrique vers l’Europe ne devrait être planifié au moins jusqu’en 2029. Le ministre de l’Énergie, Terje Aasland, a qualifié d’«idée erronée» la conception jusque-là répandue selon laquelle l’hydroélectricité norvégienne pourrait compenser les fluctuations de la production éolienne et solaire en Europe.
Jusqu’à présent, la Norvège jouait un rôle important dans la compensation des fluctuations de l’offre sur le marché européen de l’électricité. L’hydroélectricité du pays pouvait fournir de l’énergie supplémentaire lorsque la production éolienne et solaire était faible. Mais Oslo justifie désormais son changement de cap par les conséquences sur son propre marché de l’électricité: l’utilisation des réservoirs pour répondre aux besoins européens peut réduire les réserves norvégiennes, tandis que les fluctuations de prix du marché européen pourraient «contaminer» la Norvège. C’est ce que le pays veut éviter.
La suspension de la construction de nouveaux câbles sous-marins devrait, dans un premier temps, rester en vigueur jusqu’en 2029. Il y aura donc moins de capacités de transport supplémentaires entre la Norvège et le reste de l’Europe. Pour les pays qui recourent à l’hydroélectricité norvégienne lorsque la production éolienne et solaire est faible, cela modifie les possibilités d’importation existantes.
Parallèlement — et là encore, contrairement à la plupart des pays de l’Union européenne — Oslo continue de miser sur l’exploitation des énergies fossiles. De nouveaux gisements de pétrole et de gaz sont mis en exploitation dans la mer de Barents. Le gouvernement norvégien souligne l’importance de la sécurité énergétique et de la fiabilité de l’approvisionnement.
L’Allemagne est directement touchée par cette réorientation de la politique norvégienne. Jusqu’à présent, les importations d’électricité en provenance de Norvège et d’autres pays européens permettent de compenser les pénuries lorsque l’énergie éolienne et solaire ne produit pas suffisamment d’électricité en Allemagne. À l’avenir, ce ne sera plus possible si la Norvège privilégie son autosuffisance et ne veut plus subir le chaos des prix européens de l’électricité.
Bien entendu, la diminution des exportations norvégiennes influencera le marché européen de l’électricité. En période de production insuffisante, d’autres centrales devront prendre le relais — mais plus les centrales norvégiennes. Pour l’Allemagne, cela devrait accroître le besoin en capacités de réserve nationales, notamment en centrales à gaz. Or, celles-ci sont encore loin d’être disponibles. Il ne reste donc que cette conclusion décevante: l’Allemagne subit de plus en plus les conséquences de sa « transition énergétique » (se).
Source: Zu erst, octobre 2026.
14:24 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : transition énergétique, actualité, europe, affaires européennes, norvège, électricité, énergie |
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vendredi, 02 octobre 2026
Dérive de la justice en Italie

Dérive de la justice en Italie
Peter W. Logghe
Source: https://www.facebook.com/peter.logghe.94
Partout en Europe occidentale, nous sommes confrontés à des décisions de justice qui mettent en danger notre sécurité collective. Cela s’est manifesté en Italie dans deux affaires judiciaires récentes qui y ont suscité une vive émotion. En juin, un juge de Pérouse, en Ombrie, a décidé de remettre en liberté un migrant clandestin gambien, déjà «connu des services de police», après une tentative d’enlèvement d’une fillette de cinq ans. À Turin, ce scénario absurde s’est répété: un ressortissant bangladais a été remis en liberté après avoir agressé sexuellement une jeune fille de treize ans, au motif qu’il s’était «excusé».
L’homme originaire du Bangladesh travaillait dans une supérette à Turin. Une jeune fille de treize ans l’a accusé d’avoir eu un comportement sexuel déplacé. Selon les services de police, son récit concordait avec les images de vidéosurveillance du magasin. Celles-ci montraient d’ailleurs que, peu auparavant, l’homme s’en était également pris à une femme de quarante ans, que la police italienne cherche actuellement à retrouver. À la suite d’une plainte déposée par la famille de l’adolescente, l’homme a été interpellé par la police.
Comment peut-on encore expliquer ce laxisme à la famille des victimes? Aux victimes elles-mêmes?
Le procureur Paolo Cappelli avait demandé son placement immédiat en détention en raison d’un risque imminent de récidive. Lors de son interrogatoire, l’auteur a reconnu les faits et s’est «excusé». Malgré ses aveux concernant ces faits graves et «les difficultés de l’homme à maîtriser ses pulsions», le juge d’instruction a décidé de le remettre en liberté. Il doit seulement se présenter à la police à intervalles déterminés.
Ces décisions provoquent une nouvelle polémique politique au sein des autorités italiennes. La présidente du Conseil, Giorgia Meloni, a bien résumé la situation: «Une jeune fille de treize ans va acheter un goûter pour ses petits frères. Elle entre dans une petite boutique et, lorsqu’elle rentre chez elle, sa jeune vie est détruite».
Il n’est guère surprenant que l’Association nationale des magistrats italiens ait réagi. Elle ne s’est toutefois pas prononcée sur les décisions des juges, mais sur l’intervention de Meloni, qu’elle a considérée comme une atteinte à l’autonomie du pouvoir judiciaire.
Eh bien… On peut peu à peu se demander si la justice de nos pays d’Europe occidentale est réellement équipée pour réagir efficacement à ce type de faits criminels graves et répétés.
17:44 Publié dans Actualité, Droit / Constitutions | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : justice, italie, laxisme judiciaire |
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L’Occident des valeurs commet un suicide collectif – De l’essor au déclin

L’Occident des valeurs commet un suicide collectif – De l’essor au déclin
par Franz Ferdinand
Source: https://www.unser-mitteleuropa.com/207164
Nous prenons de plus en plus conscience que nous vivons un changement d’époque. L’Occident des valeurs est sur le point de céder à d’autres acteurs son rôle dirigeant sur cette planète. Bien entendu, il ne le fait pas volontairement. Les deux guerres actuelles, en Ukraine et au Moyen-Orient, sont les conflits apparemment inévitables qui marquent le début de la fin d’une époque.
La question est de savoir si la fin de la domination occidentale est inévitable, si elle aurait pu être empêchée ou s’il est encore possible de l’éviter.
Décadence, bureaucratie et élites: l’anatomie du déclin
Les principaux adversaires dans cette lutte visant à évincer l’Occident des valeurs sont précisément des pays qui, au cours de leur histoire, ont déjà atteint un apogée avant de s’effondrer pour diverses raisons: la Chine, l’Inde, la Perse et la Russie.
La fin des grands empires et des grandes civilisations est suffisamment bien connue grâce à l’histoire. La question se pose donc: qu’est-ce qui provoque la chute d’un grand empire ou d’une civilisation? Les causes sont-elles différentes à chaque fois, ou existe-t-il des schémas fondamentaux récurrents qui conduisent au déclin?
D’autres penseurs se sont déjà penchés sur ces questions:
Glubb, Spengler, Tainter et Turchin : ce qu’ils disent de notre déclin
1. Sir John Bagot Glubb
Sir John Bagot Glubb passa la majeure partie de sa vie comme soldat dans les déserts du Moyen-Orient. Il publia un essai intitulé The Fate of Empires and Search for Survival.
Il distingua six âges que traverse un empire :
- D’abord un âge des pionniers: des hommes pauvres, endurcis et intrépides qui surgissent de nulle part.
- Ensuite, un âge des conquêtes.
- Puis un âge du commerce, au cours duquel les épées se transforment en livres de comptes.
- Vient ensuite un âge de l’abondance, où les livres de comptes conduisent au confort.
- Puis un âge de l’intellect, au cours duquel des personnes vivant dans l’aisance commencent à se disputer sur tout.
- Et enfin un âge de la décadence. [Remarque: c’est là que nous nous trouvons actuellement!]


Glubb remarqua qu’aucune civilisation n’avait jamais eu le sentiment de se trouver en déclin. Les personnes qui vivaient durant le dernier âge ne le percevaient pas comme une fin. Elles le considéraient comme un raffinement et un progrès, comme le moment le plus avancé et le plus intelligent jamais atteint par leur culture. L’automne donne l’impression d’être le sommet. Voilà le piège.
2. Oswald Spengler
Un professeur allemand nommé Oswald Spengler avait déjà compris la même chose soixante ans avant Glubb. Il le vit encore plus clairement – et devint ainsi l’un des hommes les plus détestés de la vie intellectuelle européenne.

En 1918, dans une Allemagne qui venait de perdre une guerre, il écrivit un livre intitulé Le Déclin de l’Occident. Il y affirma quelque chose auquel personne n’était préparé: ce n’était pas seulement l’Allemagne qui arrivait à son terme, mais l’Occident tout entier – et cela depuis déjà un certain temps. L’argument de Spengler reposait sur une distinction que presque personne ne fait encore aujourd’hui. Une culture, disait-il, est quelque chose de vivant. Elle croît et possède une âme. Elle produit des cathédrales, des mathématiques et de la musique en vertu d’une nécessité intérieure qu’elle-même ne saurait même nommer.
Une civilisation, en revanche, est ce que devient une culture lorsqu’elle cesse de croître. Elle est la coquille durcie d’une formation qui a achevé son devenir et ne peut désormais plus qu’administrer, gouverner et dépérir.
La culture est le printemps et l’été. La civilisation est l’hiver qui leur succède.
Selon les calculs de Spengler, l’Occident entra dans son hiver aux alentours de 1800. Nous nous y trouvons depuis deux siècles. Nous l’appelons simplement "modernité".
La première folie: résoudre chaque problème jusqu’à ce que les solutions tuent la société
3. Joseph Tainter
L’anthropologue américain Joseph Tainter publia en 1988 un ouvrage intitulé L’Effondrement des sociétés complexes. Sa réponse à la question de la chute des civilisations était si sobre qu’elle ne ressemblait guère à de l’histoire.
Les civilisations, soutenait-il, ne meurent pas de décadence. Elles ne meurent pas non plus à cause des barbares. Elles meurent parce qu'elles résolvent des problèmes.
Cela fonctionne de la manière suivante: une société se trouve confrontée à un problème – une sécheresse, une guerre frontalière ou une pénurie. Elle le résout en créant davantage de complexité: un nouveau service administratif, un nouvel impôt, une nouvelle classe de spécialistes ou une armée plus nombreuse. La solution fonctionne, tout le monde en est reconnaissant, et la société est désormais un peu plus complexe qu’auparavant.


Puis survient le problème suivant, et la réponse est la même: davantage de structures, davantage d’administration, davantage de niveaux entre la personne munie d’une pelle et celle qui prend les décisions concernant les pelles. Pendant longtemps, cela est rentable. Chaque unité supplémentaire de complexité créée rapporte plus qu’elle ne coûte. C’est ainsi que la croissance est ressentie de l’intérieur.
Mais, à un certain moment, la courbe s’infléchit. Chaque nouvelle solution coûte un peu plus et rapporte un peu moins. La bureaucratie nécessaire au fonctionnement de la bureaucratie s’accroît. Les problèmes simples ont été résolus depuis longtemps, et seuls les problèmes coûteux demeurent.
Finalement, la société atteint un point que Tainter qualifia de rendement marginal décroissant de la complexité. À partir de ce moment, elle doit dépenser toujours davantage simplement pour rester là où elle se trouve déjà – non pour progresser, mais seulement pour maintenir l’état existant.
Rome en est le cas d’école, et les détails sont de nature à mettre mal à l’aise. Au IIIe siècle, l’Empire n’était plus maintenu que par des mesures d’urgence. En une seule génération, Dioclétien doubla approximativement la taille de l’armée et de la bureaucratie afin d’empêcher l’effondrement des frontières.
Il fallait bien que quelqu’un paie. La charge fiscale pesant sur les paysans augmenta donc à tel point qu’il devint finalement moins coûteux d’abandonner ses propres terres que de continuer à les cultiver. Tant de personnes le firent que les Romains avaient un terme juridique spécifique pour désigner les champs vides: Agri Deserti – terres abandonnées.
[Remarque: de nos jours, des entreprises fuient l’Union européenne vers l’Amérique, Dubaï ou la Chine afin d’échapper à l’horreur bureaucratique de l’UE!]

La teneur en argent des pièces romaines passa d’environ 90% sous Néron à moins de 5% dans les années 260, parce que l’État payait ses soldats avec une monnaie dont il diminuait toujours davantage et en toute discrétion la teneur en métal précieux.
Et voici le détail par lequel Tainter conclut ce cas:
[Remarque: dans l’Occident des valeurs, le prix de l’or a été multiplié par cent au cours des cinquante dernières années.]
Vers l’an 440, un prêtre de Gaule, nommé Salvien, écrivit un pamphlet furieux sur ce qu’il observait autour de lui. Les Romains ordinaires, rapportait-il, fuyaient chez les barbares – non pas parce qu’ils étaient faits prisonniers, mais de leur plein gré. Ils préféraient vivre sous les Goths et les Francs plutôt que sous leur propre gouvernement. Car quoi que les barbares leur prissent, c’était moins que ce que Rome leur prenait.
Salvien comprit qu’ils préféraient vivre libres sous l’apparence de la captivité plutôt que captifs sous l’apparence de la liberté. Lorsque les barbares finirent par envahir l’Empire, qu’envahirent-ils donc? Une entité dont la préservation était devenue si coûteuse que ses propres citoyens n’en voulaient plus.
Le terme employé par Tainter pour désigner ce qui se produisit ensuite est celui d’«économisation». De son point de vue, l’effondrement n’est pas un échec. Il s’agit d’une décision rationnelle prise simultanément par des millions de personnes: celle de ne plus payer pour un niveau de complexité qui ne produit plus aucun rendement. La folie ne résidait jamais dans une décision isolée. Chaque nouveau service administratif avait un sens. Chaque nouvel impôt était nécessaire. Chaque niveau supplémentaire constituait une solution à un problème réel.
[Remarque: de nos jours, c’est pire, car nous résolvons principalement des problèmes fictifs.]
C’est précisément ce qui rend le processus si semblable à chaque fois. Personne ne décide consciemment de construire une machine qui deviendra un jour trop lourde pour être encore gérable. On ne décide tout simplement jamais de cesser de la construire. Et, de l’intérieur, ce poids n’est jamais perçu comme un poids. Il apparaît comme un raffinement.
La deuxième folie: produire davantage de princes qu’il n’existe de trônes
4. Peter Turchin
Mais la complexité ne suffit pas, à elle seule, à expliquer la violence. Rome ne devenait pas seulement de plus en plus coûteuse. Elle se déchirait déjà de l’intérieur depuis un siècle avant que les Goths ne franchissent le Danube en grand nombre. L’homme qui tenta de comprendre pourquoi cela se produit était l’écologue des populations Peter Turchin. Il passa la première moitié de sa carrière à modéliser l’essor et l’effondrement de populations animales – scarabées, campagnols, êtres vivants dépourvus d’idéologie.



Puis il appliqua les mêmes mathématiques aux sociétés humaines. En 2016, il publia Ages of Discord, une étude dans laquelle il examinait en quelque sorte les États-Unis comme un biologiste examine une boîte de Petri. Son idée centrale concernait un mécanisme qu’il appela la «surproduction des élites».
Toute société produit, durant ses phases de croissance, davantage de personnes riches et instruites qu’elle n’en a besoin: davantage d’avocats que de tribunaux, davantage de candidats aux fonctions publiques que de postes disponibles, davantage de fils d’hommes importants qu’il n’existe de positions éminentes dont ils pourraient hériter.
Durant les décennies prospères, cela demeure invisible, car le gâteau croît suffisamment vite pour faire une place à chacun. Puis la croissance ralentit. Le nombre de postes disponibles cesse d’augmenter, tandis que le nombre de personnes élevées dans l’attente d’obtenir un tel poste continue à croître.
Considérons la République romaine au cours de son dernier siècle: en 81 av. J.-C., Sylla doubla le Sénat, le faisant passer de 300 à 600 membres. Quarante ans plus tard, César l’agrandit jusqu’à 900 membres. [Remarque: en Autriche, l'actuel gouvernement des partis perdants est lui aussi actuellement le plus important en nombre et le plus coûteux qu’ait connu la Deuxième République. Le personnel excédentaire est également recasé comme autant des prétendus consultants externes].
Les guerres civiles qui détruisirent la République ne furent pas menées par des paysans. Elles furent menées par les élites – autour de la question de savoir quelles élites pourraient continuer à appartenir aux élites [Remarque: pour cette raison, une «division de la société» a lieu en Allemagne; on veut même interdire le parti émergent qui, selon les sondages, serait le plus puissant].
La situation était semblable en France dans les années 1780. Il existait une génération de jeunes hommes ambitieux, instruits et pourvus de titres, le plus souvent des avocats de province, qui avaient fait tout ce que le système exigeait d’eux, mais trouvaient néanmoins tous les postes déjà occupés.

La Révolution ne fut pas déclenchée par les affamés, mais par les surqualifiés. Les affamés constituaient l’arme. C’est la seconde moitié du mécanisme de Turchin – et celle qui le rend mortel. La surproduction des élites ne produit à elle seule qu’un grand nombre de personnes amères et frustrées. Mais elle ne se manifeste jamais seule.
Les mêmes forces qui bloquent l’ascension des élites sont désignées par Turchin comme une «pompe à richesse»: les richesses affluent constamment vers le sommet, tandis que les salaires stagnent. Parallèlement, la population située en dessous s’appauvrit. [Remarque: la «transition énergétique», la pandémie de coronavirus et, à présent, le réarmement massif ont servi et servent à transférer l’argent du bas vers le haut].
Il se crée ainsi, à la base, une masse de personnes en colère et, au sommet, un excédent de personnes ambitieuses privées des postes auxquels elles s’attendaient. Ces élites «sans siège» finissent alors par faire quelque chose de prévisible: elles cessent de rivaliser au sein du système pour les sièges existants et commencent plutôt à rivaliser pour prendre la tête de ceux qui veulent brûler ces sièges. Turchin les appelle des contre-élites. Tout effondrement en produit. Ce ne sont pas des personnes extérieures au système.
Rome en fournit un exemple particulièrement clair. En 63 av. J.-C., un patricien nommé Lucius Sergius Catilina – issu d’une ancienne famille, doté d’une généalogie irréprochable et ayant échoué à deux reprises dans sa tentative de devenir consul – cessa de lutter pour obtenir cette fonction. Il entreprit plutôt d’organiser les hommes qui avaient tout perdu à cause des dettes de Rome: des aristocrates ruinés, des vétérans démobilisés auxquels on avait promis des terres qu’ils ne reçurent jamais, et des paysans dont les champs avaient été absorbés par les domaines des sénateurs. Il leur promit l’annulation de toutes les dettes, et la ville faillit être incendiée. Catilina n’était pas un révolutionnaire. C’était un initié rejeté qui découvrit que la foule placée en dessous de lui constituait une arme – et qui ramassa cette arme. Dans son hiver, chaque civilisation fait croître une moisson de Catilina. La seule question est de savoir combien de personnes appauvries ils peuvent atteindre.
En 2010, avant même la publication d'Ages of Discord et avant que de telles réflexions ne deviennent à la mode, Turchin publia une courte lettre dans la revue Nature. Sur la base de ses modèles, il prédit que les États-Unis et l’Europe occidentale atteindraient vers 2020 un pic d’instabilité politique [Coronavirus!!!]. Il ne lisait pas alors les nouvelles. Ces nouvelles n’existaient pas encore. Il examinait plutôt des rapports numériques: le nombre de diplômés en droit par rapport au nombre de postes juridiques, la concentration de la richesse au sommet par rapport à la stagnation des salaires à la base.
Le rythme cinquantenaire des troubles aux Etats-Unis devait se manifester à nouveau en 2020, après les années 1870, 1920 et 1970.
5. Arnold Toynbee
Dans son étude historique en douze volumes, parue entre 1934 et 1961, Arnold Toynbee soutenait que les civilisations s’élèvent en répondant à des défis et déclinent lorsqu’elles cessent de le faire. Une minorité créatrice répond à chaque crise par quelque chose de nouveau. Les masses l’imitent. La société s’élève.

Le déclin commence au moment où la minorité créatrice devient une simple minorité dominante: une classe dirigeante qui a cessé de créer du nouveau et se contente désormais de gouverner; qui maintient sa position par la violence et l’habitude plutôt qu’en apportant encore une quelconque réponse aux défis de son époque.
La formule de Toynbee, encore citée aujourd’hui, signifie en substance: les civilisations ne sont pas assassinées. Elles se suicident. À sa manière, il s’agit d’une théorie porteuse d’espoir. Le suicide suppose une décision. Et une décision suppose qu’il aurait été possible de décider autrement.
La troisième folie : échanger l’action contre l’argumentation
Voici la description que Glubb donne du dernier âge:
Les héros de la culture ne sont plus les soldats, les bâtisseurs ou les hommes d’État. Ce sont les athlètes, les chanteurs et les acteurs. La population de la capitale est obsédée par le divertissement et la sexualité. Les étrangers affluent, attirés par la richesse, tandis que les habitants du pays – vivant dans le confort, querelleurs et discutant sans fin – cessent d’avoir des enfants. Un immense appareil d’État assume les tâches autrefois accomplies par la famille et la tribu [Remarque: un État-providence hypertrophié!!!].
Il règne un pessimisme profondément enraciné, le sentiment que les meilleurs jours sont déjà passés. Mais surtout, il existe une obsession de l’intellect au détriment de l’action. Tout le monde débat. Personne n’agit.

Tel a été Bagdad à l’apogée du califat abbasside, décrit à travers les lamentations d’historiens arabes qui observaient le phénomène en train de se produire.
Glubb passe en revue ces caractéristiques, propres au déclin de la Bagdad des Abbassides, presque point par point. Dans les décennies précédant la chute de l’ensemble, d’abord tombé aux mains des Turcs, puis aux mains des Mongols, les érudits de Bagdad écrivaient sur la popularité des chanteurs d’une manière semblable à celle dont les gens écrivent aujourd’hui à ce sujet: comme un symptôme, comme un scandale, comme la preuve que quelque chose s’était amolli.
Mais l’absence d’enfants est la caractéristique qui frappe le plus profondément, car c’est elle qui revient toujours.
6. Polybe
Au IIe siècle av. J.-C., Polybe décrivit une Grèce si fortement dépeuplée que les villes se vidaient – non pas à cause d’épidémies ou de la guerre. Les hommes, écrivait-il, s’étaient tournés vers le luxe et l’apparat et n’arrivaient plus à se résoudre à se marier. Quant à ceux qui le faisaient malgré tout, ils n’élevaient qu’un enfant, ou deux tout au plus, afin que la fortune reste indivise et que les parents puissent continuer à vivre confortablement. Une civilisation qui avait produit Platon et Alexandre décida silencieusement qu’elle préférait ne pas poursuivre sa trajectoire.
Spengler avait un nom pour les hommes de cette époque. Il les appelait les habitants de la ville mondiale: déracinés, intelligents, stériles – des personnes pour lesquelles l’argent avait remplacé le sang comme force organisatrice de la vie.
L’âge de l’intellect constitue, selon tout critère que cet âge lui-même reconnaîtrait, l’apogée: davantage d’éducation, davantage de débats, davantage de tolérance et davantage de confort qu’à tout autre moment antérieur de l’histoire de la civilisation. Tous les critères qu’une personne cultivée appliquerait semblent indiquer que la situation n’a jamais été meilleure.
Et, selon les calculs de Glubb, ceux de Spengler et selon les autres exemples cités, c’est précisément le signe fiable que la fin n’est plus éloignée que d’une ou deux générations.
L’homme intelligent ne peut pas le reconnaître, car pour le reconnaître, il faudrait un critère que l’homme intelligent lui-même considère comme primitif.
[Fin des développements tirés de la source susmentionnée.]
L’Occident des valeurs aujourd’hui
Tous les symptômes d’une société en déclin mentionnés dans ce texte s’appliquent très exactement à l’Occident des valeurs:
1. Inflation des lois et des réglementations
L’inflation absurde des lois et des réglementations dans l’Union européenne et les États nationaux constitue le chemin le plus sûr vers la chute et la désintégration. Il s’agit de moins en moins de résoudre des problèmes réels et de plus en plus de résoudre des problèmes fictifs, tels que l’imposture climatique et bien d’autres absurdités sur lesquelles on pourrait écrire pendant des soirées entières.
Ce n’est qu’une question de temps avant que l’armée de bureaucrates nécessaire à la mise en œuvre de toutes ces stupidités ne puisse plus être entretenue par la production économique réelle. Cette bureaucratisation conduit inévitablement à la destruction ou à la fuite de secteurs économiques entiers, comme actuellement l’industrie automobile, l’industrie chimique ou le secteur de l’énergie. Cela sape en même temps la base économique dont vivent, en définitive, les bureaucrates superflus eux-mêmes.
2. Surproduction d’«élites»
À cela s’ajoute la surproduction d’«élites» – ou, plus exactement, d’acteurs qui se considèrent eux-mêmes comme appartenant aux élites.
De nos jours, il s’agit d’innombrables diplômés de diverses disciplines universitaires «exotiques», telles que la sociologie, la psychologie, la science politique, les sciences du climat et les études de genre, qui n’ont pratiquement aucune perspective de carrière convenable et sont donc principalement recrutés par les ONG les plus diverses, lesquelles veulent remodeler le monde entier selon les conceptions de certains individus immensément riches. Ces «pseudo-élites» espèrent parvenir ainsi, après une quelconque «révolution», aux mangeoires des élites actuelles.
Ce sont précisément les ONG qui favorisent l’inflation des lois et des réglementations destinées à résoudre des problèmes fictifs tels que l’imposture climatique, accélérant ainsi la chute de l’Occident des valeurs.
3. Absence d’enfants
L’absence d’enfants est une conséquence de la désorientation générale, laquelle est à son tour également une conséquence de l’avalanche de problèmes fictifs. Car pourquoi mettre des enfants au monde si l’on croit sérieusement que la Terre va bientôt cuire?
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Retour au système des traités de Westphalie? Pas tout à fait! - L’étrange retour de la souveraineté dans un monde qui a dépassé le cadre de l’État territorial

Retour au système des traités de Westphalie? Pas tout à fait!
L’étrange retour de la souveraineté dans un monde qui a dépassé le cadre de l’État territorial
Jerry B. Marchant
Jerry B. Marchant, d’IS IT PROPAGANDA?® (https://substack.com/@isitpropaganda), soutient que la multipolarité fait renaître la souveraineté westphalienne tout en transformant le système international.
La paix de Westphalie, conclue en 1648 par les traités de Münster et d’Osnabrück, est traditionnellement considérée comme l’acte fondateur du système international moderne. On lui attribue l’établissement de l’État territorial souverain, l’affirmation du principe de non-ingérence dans les affaires intérieures et le remplacement des prétentions universalistes du Saint-Empire romain germanique et de la papauté par un ordre composé d’États formellement égaux.
Près de quatre siècles plus tard, alors que le moment unipolaire de l’après-guerre froide cède la place à un paysage multipolaire contesté, façonné par la Chine, la Russie, l’Inde et un Sud global plus affirmé, l’héritage westphalien a acquis une pertinence nouvelle. La multipolarité représente-t-elle un retour aux principes westphaliens après l’interventionnisme de l’ère unipolaire, ou marque-t-elle une rupture fondamentale avec l’ordre fondé sur la souveraineté associé à 1648?
Cet essai ne défend ni la thèse d’un simple retour ni celle d’une rupture nette. Il est plus juste de comprendre la multipolarité contemporaine comme une réaffirmation sélective et asymétrique des normes westphaliennes. Les puissances émergentes ou renaissantes invoquent la souveraineté et la non-ingérence pour s’opposer aux pratiques interventionnistes de l’ère unipolaire, tout en évoluant dans des structures économiques, technologiques et informationnelles que la logique territoriale de 1648 ne peut pleinement régir.
Il en résulte un système hybride: westphalien dans son vocabulaire normatif, mais de plus en plus post-westphalien dans sa structure matérielle.

Le mythe et la réalité de 1648
Avant d’établir un lien entre le système des traités de Westphalie et la multipolarité, il convient de nuancer la signification historique du premier. Les règlements de 1648 n’ont pas instauré l’égalité souveraine au sens moderne du terme. Comme l’a démontré Andreas Osiander, les traités ont principalement mis fin à la guerre de Trente Ans, redistribué des territoires au sein du Saint-Empire romain germanique et établi des droits religieux limités pour les princes allemands. L’Empire lui-même a subsisté pendant encore un siècle et demi.¹
Ce qui allait être désigné sous le nom de «souveraineté westphalienne» était en grande partie une construction rétrospective. Les positivistes juridiques du XIXe siècle, puis les théoriciens des relations internationales, ont fait de ce règlement le récit fondateur de l’ordre international centré sur l’État. L’influent essai publié par Leo Gross en 1948 a encore consolidé cette interprétation.²
La description que Stephen Krasner donne de la souveraineté comme une «hypocrisie organisée» permet de saisir le paradoxe qui en résulte: la non-ingérence était proclamée comme principe tout en étant violée de manière répétée par les États puissants. Les faits historiques montrent donc que la souveraineté n’a jamais constitué une règle absolue ni appliquée de manière cohérente.³
Cette distinction importe aujourd’hui. La question n’est pas de savoir si la multipolarité constitue littéralement un «retour à 1648», mais quels acteurs invoquent les principes westphaliens, contre qui et dans quel but.
L’intermède unipolaire
Les décennies qui ont suivi l’effondrement de l’Union soviétique ont représenté un éloignement significatif du principe traditionnel de non-ingérence. Au cours des années 1990 et 2000, l’internationalisme libéral a de plus en plus considéré la souveraineté comme étant subordonnée à d’autres principes, notamment les droits de l'homme, la gouvernance démocratique et la protection humanitaire.
L’intervention de l’OTAN au Kosovo en 1999, menée sans l’autorisation du Conseil de sécurité des Nations unies, a été justifiée en partie par l’argument selon lequel le principe de souveraineté ne pouvait protéger un État se livrant à de graves exactions. L’approbation par les Nations unies, en 2005, de la "doctrine de la responsabilité de protéger" a pareillement établi que la souveraineté s’accompagnait de responsabilités dont la violation pouvait justifier une action internationale.
L’invasion de l’Irak en 2003 et l’intervention en Libye en 2011 ont encore illustré la tension entre la souveraineté territoriale et les doctrines interventionnistes.
Dans L’Ordre du monde (World Order, 2014), Henry Kissinger a formulé une critique réaliste des tentatives visant à ériger un modèle libéral-démocratique particulier en principe universel d’organisation. Quelle que soit l’opinion que l’on porte sur cet argument, l’essor ultérieur de la multipolarité montre que la souveraineté conditionnelle n’est pas restée sans réponse.⁴
Multipolarité et redéploiement stratégique de la souveraineté
La multipolarité contemporaine a donc replacé la souveraineté au cœur du vocabulaire diplomatique.
Les diplomaties russe et chinoise mettent régulièrement l’accent sur l’intégrité territoriale, l’égalité souveraine et la non-ingérence. Ces principes apparaissent également dans de nombreuses déclarations des BRICS et de l’Organisation de coopération de Shanghai. L’accent mis par l’Inde sur l’autonomie stratégique et le non-alignement s’inscrit dans une tradition apparentée, enracinée dans la conférence de Bandung de 1955.
Ces États ne partagent toutefois pas nécessairement un projet politique commun. Le concept de «monde multiplexe» d’Amitav Acharya est utile parce qu’il évite de réduire la multipolarité à une simple «montée en puissance du reste du monde». Différentes puissances peuvent convenir qu’il faut limiter l’universalisme occidental et la souveraineté conditionnelle, tout en étant en désaccord sur ce qui devrait les remplacer.⁵
Il en résulte une contradiction importante.
L’invocation de la souveraineté par la Russie cadre difficilement avec son invasion de l’Ukraine en 2022, qui a violé l’intégrité territoriale ukrainienne. Cette contradiction illustre l’argument plus général de Krasner: la souveraineté peut fonctionner simultanément comme un principe, comme un bouclier diplomatique et comme un instrument de pouvoir appliqué de manière sélective.
Il faut donc appliquer aux puissances multipolaires les mêmes critères d’analyse qu’aux puissances occidentales. La rhétorique de la souveraineté est significative, mais elle ne suffit pas à établir l’existence d’une pratique cohérente.
Là où le système des traités de Westphalie atteint ses limites
Le problème de fond est que le système international contemporain a évolué bien au-delà des conditions territoriales de 1648.
L’interdépendance économique a engendré des chaînes d’approvisionnement, des réseaux financiers, des systèmes réglementaires, des régimes de sanctions et des dépendances monétaires qui estompent la distinction entre affaires intérieures et internationales. Les États peuvent exercer une influence considérable au sein de l’espace économique d’un autre État sans en franchir physiquement les frontières.

Le cyberespace représente un défi encore plus manifeste. Les flux de données, les cyberattaques, les infrastructures numériques et les opérations d’information franchissent couramment les frontières territoriales. La Russie et la Chine ont réagi en formulant des concepts tels que la «cybersouveraineté» et la «souveraineté informationnelle», dans le but d’étendre l’autorité territoriale au domaine numérique. Cette démarche même témoigne de la pression qui s’exerce sur la souveraineté traditionnelle.
Les acteurs non étatiques compliquent davantage encore le modèle westphalien. Les multinationales, les plateformes technologiques, les réseaux terroristes et les communautés transnationales peuvent exercer une influence qui ne s’inscrit pas clairement dans le cadre des frontières territoriales.
Le changement climatique en offre peut-être l’exemple le plus évident. Ses causes et ses conséquences ignorent les frontières nationales, ce qui rend insuffisante la compétence exclusivement nationale pour traiter le problème.
Le paradoxe est donc clair: la multipolarité peut renforcer l’importance politique de la souveraineté au moment même où la mondialisation rend plus difficile son exercice en termes territoriaux absolus.
La rewestphalisation comme pratique sélective
L’essor de la multipolarité doit par conséquent être compris comme un processus de rewestphalisation sélective, plutôt que comme une restauration de l’ordre de 1648 ou comme son rejet complet.
Pour les puissances émergentes ou renaissantes, l’égalité souveraine et la non-ingérence fournissent un langage permettant de contester les pratiques interventionnistes de l’ère unipolaire. Cela a modifié les débats sur l’intervention et donné au Sud global davantage de poids au sein d’institutions dans lesquelles les justifications universalistes jouissaient autrefois d’une plus grande autorité.
Cette réaffirmation est toutefois principalement normative et rhétorique, plutôt que structurelle. Les déclarations diplomatiques ne peuvent rétablir l’État territorialement délimité en tant que siège exclusif de l’autorité, car les interdépendances économiques, technologiques et environnementales qui se sont développées au fil des siècles ne peuvent être simplement inversées.

L’ordre qui en résulte est donc westphalien dans sa forme et post-westphalien dans son fonctionnement. Les États continuent de parler le langage de l’égalité souveraine, de l’intégrité territoriale et de la non-ingérence, tout en évoluant au sein d’un système qui rend de plus en plus difficile l’autonomie territoriale absolue.
C’est ici que le lien entre le système des traités de Westphalie et la multipolarité revêt toute son importance. La multipolarité ne représente pas nécessairement un retour au monde de 1648. Elle traduit plutôt une lutte renouvelée pour déterminer qui est en droit de définir la souveraineté et les limites de l’intervention dans un monde qui n’est plus dominé par un centre de pouvoir unique.
Comprendre la multipolarité exige donc de tenir simultanément compte de deux idées.
Premièrement, le vocabulaire de la souveraineté associé au système des traités de Westphalie conserve une grande puissance politique. Il fournit aux puissances émergentes un langage permettant de contester la souveraineté conditionnelle et les doctrines interventionnistes associées à l’ère unipolaire.
Deuxièmement, ce vocabulaire ne décrit plus pleinement la réalité matérielle des relations internationales. L’interdépendance économique, les réseaux numériques, les défis environnementaux et les acteurs transnationaux ont créé des formes de pouvoir qui ne peuvent être contenues à l’intérieur des frontières territoriales.
Le système contemporain ne constitue donc ni un simple retour à la Westphalie ni une rupture nette avec celle-ci. Il représente une nouvelle étape dans la longue histoire de la souveraineté en tant que principe que les États invoquent, défendent, réinterprètent et parfois violent en fonction de l’évolution de la répartition du pouvoir.
La question centrale de l’ère multipolaire n’est donc peut-être pas de savoir si le système des traités de Westphalie fait son retour.
Elle est peut-être de savoir qui définira désormais ce que signifie la souveraineté.
Notes:
(1) Osiander, Andreas. “Sovereignty, International Relations, and the Westphalian Myth.” International Organization 55, no. 2 (2001): 251–287.
(2) Gross, Leo. “The Peace of Westphalia, 1648–1948.” American Journal of International Law 42, no. 1 (1948).
(3) Krasner, Stephen D. Sovereignty: Organized Hypocrisy. Princeton University Press, 1999.
(4) Kissinger, Henry. World Order. Penguin Press, 2014.
(5) Acharya, Amitav. The End of American World Order. Polity Press, 2014.
11:49 Publié dans Actualité, Théorie politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, traités de westphalie, diplomatie, multipolarité, théorie politique, sciences politiques, politologie |
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jeudi, 01 octobre 2026
La ploutocratie internationale et le déclin politique de Macron et de Merz

La ploutocratie internationale et le déclin politique de Macron et de Merz
Source: https://geopoliticarugiente.com/2026/09/25/la-plutocracia...
La dure réalité se révèle désormais dans toute son ampleur et indique sans détour que les familles Rothschild et BlackRock éprouvent des difficultés à trouver de meilleurs représentants capables de gérer confortablement leurs intérêts depuis les sphères du pouvoir politique français et allemand.
Car lorsque les Français et les Allemands — ainsi que l’opinion publique internationale — soulignent l’impopularité de Macron et de Merz, qui font l’objet de taux de rejet social considérables, rarement observés chez les plus hauts dirigeants de ces deux États, et lorsqu’il est dit que les camps politiques respectifs auxquels appartiennent ces deux dirigeants traversent eux aussi des difficultés non négligeables, nous constatons que la ploutocratie internationale a des problèmes à résoudre.
On constate également que les entités supranationales sont récusées par une part importante des citoyens français et allemands et que, tôt ou tard, ceux-ci refuseront de continuer à suivre docilement les programmes dangereux, qui plus est, destructeurs de la souveraineté nationale, défendus par les Rothschild et BlackRock.

Ils pourront conserver le contrôle de nombreux leviers du pouvoir, mais ils finiront incontestablement par perdre leur emprise sur la majorité de ces peuples. Une fois ce tournant historique atteint, un changement radical pourrait — ou non — se produire.
Il semble que Macron et Merz ne soient pas très efficaces dans l’exercice de leurs fonctions étatiques, car, lorsqu’ils auront tous deux achevé leur mandat, leurs peuples, et le système même qu’ils servent, seront confrontés à un nombre encore plus élevé de problèmes. Il ne faut pas croire, de manière linéaire, que seuls les Français et les Allemands d’en bas subissent toutes les difficultés découlant des insuffisances de Macron et de Merz dans l’art de gouverner, car les maîtres du système sont eux aussi confrontés à des difficultés encore plus graves.
Des sensibilités particulières se sont déjà mobilisées contre l’oligarchie mondialiste et partagent la conviction que le jeu démocratique n’existe pas pour les sommets du pouvoir financier. Elles considèrent au contraire que ceux-ci sont toujours disposés à interrompre le libre jeu de la démocratie populaire dès que le peuple commence à se penser et à agir comme un substantif, comme un sujet, et non plus comme un adjectif ni comme l’objet des dirigeants d’élites criminelles et hostiles à la souveraineté nationale.
20:01 Publié dans Actualité, Affaires européennes, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, europe, affaires européennes, friedrich merz, emmanuel macron, france, allemagne |
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Relier le nord-est de la Chine à la côte arctique de la Russie

Relier le nord-est de la Chine à la côte arctique de la Russie
Source: https://www.estica.ro/news/conectarea-nord-estului-chinei...
Le président du Conseil maritime de Russie, Nikolaï Patrouchev, a donné le coup d’envoi de la construction du terminal de fret en eau profonde de Naïba, dans le port de Tiksi, situé dans l’Arctique russe.
Lors de la cérémonie de lancement du projet, Patrouchev a déclaré que «l’un des itinéraires fondamentaux du Corridor de transport transarctique (TTC) sera la route internationale de transport Mohe–Naïba. L’élément clé de cet itinéraire sera le terminal de fret en eau profonde de Naïba, dans le port maritime de Tiksi. Le nouveau complexe portuaire comprendra des zones destinées au transbordement de marchandises liquides et sèches, des réservoirs de carburant ainsi que les équipements nécessaires. D’ici à 2035, la capacité du port devrait dépasser trois millions de tonnes».
Il a indiqué que la mise en service du port en eau profonde de Naïba ouvrirait de nouvelles perspectives en matière de logistique et constituerait une infrastructure d’appui pour le développement de la base de matières premières. Il a ajouté que «cet itinéraire reliera les provinces du nord-est de la Chine à la côte arctique de la Russie. La réalisation du projet permettra d’accélérer le développement économique, d’améliorer la connectivité des territoires de l’Arctique et de l’Extrême-Orient, et de stimuler le développement des industries extractives, notamment celui du pôle industriel de Koutchous, ainsi que la mise en service de nouvelles capacités de production et l’élargissement de la base de fret».
La création du TTC, qui englobe la Route maritime du Nord ainsi que les voies navigables intérieures (ndt: Ob, Iénisséi, Lena) et les infrastructures de transport qui leur sont associées, contribuera à ce que Patrouchev a qualifié de «développement global des territoires de la zone arctique et de l’Extrême-Orient, de la base de fret, ainsi que du transport intérieur, international et de transit des marchandises et des passagers le long du littoral russe».


La route internationale de transport Mohe–Naïba (Tiksi) est un vaste projet multinational d’infrastructures reliant directement les provinces du nord-est de la Chine à la côte arctique de la Russie. Ce corridor multimodal transarctique est conçu pour relier la ville de Mohe — la ville la plus septentrionale de Chine, située dans la province du Heilongjiang — au nouveau terminal portuaire en eau profonde de Naïba, aménagé à proximité de Tiksi, sur la côte de la mer des Laptev, dans la République de Sakha.
En intégrant des lignes ferroviaires, des autoroutes, le transport fluvial par barges — sur la Léna, la Iana et la Kolyma — ainsi que des routes maritimes arctiques, le corridor crée une voie de transit directe entre les centres industriels chinois et la Route maritime du Nord (NSR). Long d’environ 4000 kilomètres, ce corridor réduit presque de moitié la distance de transport traditionnelle entre la Chine et l’Occident, par rapport à l’itinéraire passant par le canal de Suez.
Le corridor est largement utilisé pour acheminer des ressources minérales vers le sud — notamment les marchandises provenant du pôle aurifère de Koutchous — ainsi que pour transporter vers le nord des produits manufacturés et des biens essentiels à l’approvisionnement des régions septentrionales. Le coût de développement du projet est estimé à environ 1130 milliards de roubles, soit 14 milliards de dollars américains.
Source première: https://chinabeyondthewall.org/connecting-chinas-northeast-with-russias-arctic-coast/
19:46 Publié dans Actualité, Géopolitique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : chine, russie, sibérie, arctique, actualité, géopolitique, asie, affaires asiatiques |
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Le postmodernisme au pouvoir: de la philosophie à la politique

Le postmodernisme au pouvoir: de la philosophie à la politique
Alexandre Douguine
Présentateur: Pour poursuivre dans la direction que vous indiquez: que s’est-il exactement passé en Allemagne en cinq ans? Je précise qu’il s’agit d’élections régionales et municipales, lors desquelles le parti au pouvoir n’atteint même pas, par endroits, le seuil minimal requis. Pendant longtemps, le pays a semblé aspirer à la stabilité. Tous ces sigles — CDU, CSU — sont restés plus ou moins ce qu’ils étaient dans les années 1980. Un seuil critique a-t-il été franchi? Les gens se sont-ils lassés qu’on leur impose des idées obscures et malsaines? De nouvelles technologies sont-elles apparues ? Ou bien une certaine prise de conscience s’est-elle produite?
Alexandre Douguine : Je ne pense pas que les Allemands soient devenus tellement plus avisés. Beaucoup, tout simplement, n’y croyaient pas — ils ne croyaient pas au postmodernisme et considéraient comme des outrances les théories d’un passage de l’être humain à une existence rhizomatique, les idées de la «mort de l’homme», le posthumanisme ou encore la «liberté de choisir son genre» conçue comme une affaire de choix personnel. Au départ, il s’agissait d’une provocation philosophique. À partir des années 1960 et 1970, et plus particulièrement dans les années 1970 et 1980, des gens se réunissaient lors de colloques, discutaient de choses exotiques voire farfelues, puis ont commencé à exercer une influence sur des pans toujours plus vastes de l’enseignement; enfin, les étudiants formés au postmodernisme se sont retrouvés à la tête de l’État.

Même si cela demeurait cantonné à la philosophie, aux études culturelles et à l’histoire de l’art, la perversion devenait discrètement la norme. Deleuze (photo), le principal théoricien du postmodernisme, proposait un tournant vers les «masses schizo»: selon lui, la schizophrénie était une bonne chose, tandis que la mauvaise chose, c'était la paranoïa — c’est-à-dire la rationalité rigoureuse. Ce qui était bon, au contraire, c’était l’individu fragmenté, éclaté en états multiples et même en organes qui ne s’accordent pas les uns avec les autres; il estimait que cette forme de schizophrénie était propre aux masses. Peu à peu, ces principes ont pénétré la haute politique. Beaucoup ont écarté la question d’un revers de main: ce n’est qu’un exposé d'intello, un vidéoclip, une métaphore; cela n’abolit pas la normalité. Or, tout l’enjeu réside précisément dans l’abolition de la normalité. Une personne est soit normale, soit elle ne l’est pas. Au départ, l’idée était qu’il fallait traiter les personnes anormales avec respect et ne pas les humilier — et cela est juste, bien évidemment. Les traiter avec la bienveillance du thérapeute ou de la personne charitable est une chose. Inverser la norme et promouvoir la pathologie, puis remettre le pouvoir à cette pathologie, en est une autre.

Tel est le sens de la philosophie postmoderniste aujourd’hui incarnée par la CDU et la CSU, par les responsables politiques britanniques et par les dirigeants de l’Union européenne: tout le pouvoir doit être donné au vice, à la folie, à l’idiotie, à la dysgénie et à la dégénérescence — le triomphe est esthétiquement mis en scène par des dégénérés, le tout étant présenté comme une nouvelle démocratie. Tout le monde affirme pourtant que ce n’est pas sérieux. Puis survient un Merz, un Starmer ou un Boris Johnson — amas de matière négligée, toujours débraillé, chemise hors du pantalon et lacets défaits, qui cahote à travers le monde tel un colis froissé, influe sur le cours d’une guerre et distribue des promesses aux nazebroques ukrainiens. Tout cela serait comique et absurde si ce n’était pas imprégné d'un appel à la guerre et si cela ne se transformait pas en crimes sanglants.
Durant toutes ces années, l’Occident a montré de plus en plus ouvertement cette facette de lui-même, conçue et mise en place depuis longtemps — et ce n’est que maintenant que le citoyen ordinaire commence à comprendre que quelque chose ne va pas. Il est peut-être trop tard. Les dissidents seront privés d’accès à la Bundeswehr, et les élections en Mecklembourg seront déclarées irrégulières sous prétexte d’«ingérence russe». Il suffira de produire une photographie: un homme marchant sur les rives de la Baltique et qui a l’air russe — qui est en bonne santé, blanc, accompagné de sa femme, de son enfant et de son chien. Qu’il soit russe ou non, en bonne santé ou non, et même qu’il ait réellement existé ou non, importe peu. Les journaux publieront la photographie sous la légende «les Russes arrivent», et, pour le dégénéré, cet argument suffira à annuler l’élection. C’est ainsi que le système est organisé, et ils ont eu recours à cette méthode plus d’une fois.
Ainsi, si l’on demande dans l’abstrait laquelle de ces deux formes de démocratie l’emportera, je pense que ce sera la nouvelle. Tel est l’avenir qu’ils ont planifié. L’ancienne démocratie n’a pas encore pleinement compris que la dysgénie, la dégénérescence et les valeurs non traditionnelles sont tout ce qu’il reste à la nouvelle démocratie à avaler et à annihiler. Et ce n’est pas une question. C’est un ordre, et un ordre ne se discute pas: c’est ainsi que cette société est construite. Nous connaissons mal l’Occident contemporain, raison pour laquelle nous sommes surpris que quiconque puisse voter pour un tel programme. En réalité, ceux qui ne voteront pas pour la nouvelle démocratie seront privés du droit de vote et envoyés en «rééducation» — dans des colonies spéciales où le changement de sexe sera obligatoire. Voilà comment tout cela finira.

Ce qui se passe est grave. Cela ne touche pas seulement la culture de l’Occident, mais aussi sa politique et son économie. L’Europe détruit sa propre économie de ses propres mains — et elle s’en réjouit. Les gazoducs qui ont explosé ne représentaient pas seulement notre argent; ils représentaient aussi l’argent des Allemands. Après avoir ruiné leur secteur énergétique et leur économie, ils décident que c’est ainsi que les choses doivent être. Il ne peut en aller autrement lorsqu’on a affaire à une Furie. Et, dans l’est de l’Allemagne, beaucoup refusent de dire « miaou » et « ouaf » sur l’ordre de Merz — cette demi-caricature d’homme, moitié cabaret des minorités, moitié Tarantino. Certains ont déjà cédé; d’autres non. Et il faut se préparer à la probabilité que, dans l’Occident, la nouvelle démocratie l’emporte. C’est à elle que nous devrons avoir affaire.
* * *
Le mouvement LGBT et toutes les perversions, y compris celles montrées sur des photographies de responsables politiques de gauche de la République fédérale d’Allemagne, sont catégoriquement interdits dans la Fédération de Russie.
15:11 Publié dans Actualité, Nouvelle Droite | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, alexandre douguine, postmodernité, postmodernisme, philosophie, nouvelle droite, nouvelle droite russe |
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La route vers Mad Max ? - Carburant, pénurie et effondrement à venir

La route vers Mad Max ?
Carburant, pénurie et effondrement à venir
Constantin von Hoffmeister
La route vers Mad Max commence bien avant que le premier convoi armé n’apparaisse à l’horizon. Elle commence lorsque les pétroliers cessent de circuler, que les raffineries s’éteignent, que les dépôts de carburant se vident et que les machines qui nourrissent les villes et déplacent les armées commencent à manquer de combustible. Il y a d’abord le choc des prix. Puis les files d’attente. Puis le marché noir. Puis vient la question que redoute tout gouvernement: que se passe-t-il lorsque le système existe encore sur le papier, mais que le carburant qui le maintient en vie n’arrive plus?
La diplomatie a soudain revêtu un caractère d’urgence. Sergueï Lavrov et Marco Rubio se sont rencontrés à New York. Des représentants américains et iraniens ont mené des pourparlers indirects en marge de l’Assemblée générale des Nations unies. Kirill Dmitriev s’est rendu aux États-Unis pour s’entretenir avec des membres de l’administration Trump. Xi Jinping est arrivé à Washington pour une visite d’État, où Trump l’a accueilli personnellement à la base interarmées d'Andrews. Ces rencontres portent sur des guerres, des puissances et des intérêts différents, mais elles se déroulent toutes sur une même toile de fond: l’énergie.
Halford Mackinder enseignait que la politique mondiale repose en dernière instance sur la maîtrise de l’espace physique, des communications et des ressources. Les États peuvent parler le langage du droit, des valeurs et de la diplomatie, mais les navires ont toujours besoin de carburant, les camions de gazole et les armées de lignes d’approvisionnement. L’actuelle effervescence diplomatique peut donc être interprétée, en partie, comme une réaction à un fait matériel qu’aucun communiqué ne saurait faire disparaître: le système mondial d’approvisionnement en carburants est soumis à de très fortes tensions.
Alfred Thayer Mahan aurait immédiatement compris l’origine du danger. L’économie moderne reste tributaire d’une poignée de passages maritimes que la géographie a rendus irremplaçables. Le détroit d’Ormuz est désormais fortement perturbé, Bab el-Mandeb demeure dangereux et l’oléoduc saoudien Est-Ouest a été temporairement fermé à la suite d’attaques. Il ne s’agit pas de simples lignes tracées abstraitement sur une carte. Ce sont les artères par lesquelles le pétrole brut et les produits raffinés circulent du producteur au consommateur. Lorsque plusieurs artères se rétrécissent simultanément, l’ensemble du système commence à se disputer les itinéraires encore disponibles.
Le pétrole peut exister sous terre en quantités considérables, mais cela importe peu s’il ne peut atteindre une raffinerie, si celle-ci ne peut se procurer de matière première ou si le gazole raffiné ne peut être acheminé jusqu’à son marché. Mahan écrivait sur la maîtrise des mers en termes militaires. Aujourd’hui, celle-ci signifie aussi la maîtrise des routes empruntées par les pétroliers, des terminaux d’exportation et des polices d’assurance qui permettent aux cargaisons de prendre la mer.
Nicholas Spykman soutenait que la puissance se concentre le long de la grande frange littorale de l’Eurasie. Il suffit d’observer la crise du gazole pour voir sa carte se dessiner presque d’elle-même. La Russie a restreint ses exportations de gazole après que des attaques ukrainiennes répétées eurent endommagé ses capacités de raffinage. Les routes du Moyen-Orient sont perturbées. Les raffineurs asiatiques doivent se disputer le pétrole brut et décider de la quantité de carburant qu’ils peuvent réserver aux acheteurs étrangers.
En conséquence, les États-Unis sont devenus encore plus importants en tant qu’exportateurs, alors même que les consommateurs américains paient eux-mêmes des prix records: la moyenne nationale du prix du gazole a dépassé les six dollars le gallon ce mois-ci.
Les stocks mondiaux sont si faibles que, selon Reuters, la pénurie pourrait se prolonger bien au-delà du début de l’année 2027. Le problème ne se limite donc plus à une guerre en particulier. La pression se propage de la Russie au Golfe, du Golfe à l’Asie, de l’Asie à l’Europe et à l’Afrique, puis de la demande étrangère au marché intérieur américain. Spykman voyait l’Eurasie comme une ceinture stratégique interconnectée. Le marché du gazole démontre la même chose à travers les oléoducs, les raffineries et les pétroliers.
Vient ensuite le problème des sanctions, et Carl Schmitt se révèle ici plus utile que la plupart des économistes. Schmitt insistait sur le fait que le pouvoir politique se révèle le plus clairement dans la capacité à décider du moment où les règles ordinaires cessent de s’appliquer. Le 18 septembre, Trump a promulgué le Lindsey O. Graham Sanctioning Russia and Iran Act. Entre autres dispositions, cette loi autorise le président à imposer des droits de douane pouvant atteindre 100% aux principaux acheteurs de pétrole et de gaz naturel russes. Il s’agit d’un pouvoir juridique considérable. Mais le pouvoir sur le papier et le pouvoir dans la pratique sont deux choses différentes.
La Chine et l’Inde demeurent des acheteurs essentiels de l’énergie russe, tandis que le pétrole brut russe continue d’alimenter des raffineries approvisionnant les marchés mondiaux. Appliquer la loi avec une rigueur maximale pourrait donc pénaliser Moscou tout en accentuant la pression sur le marché même des carburants que Washington cherche à stabiliser. Le paradoxe est éminemment schmittien: plus le pouvoir d’exception placé entre les mains de l’exécutif est grand, plus celui-ci peut être amené à juger avec prudence du moment où ce pouvoir peut effectivement être exercé.
Friedrich List aurait immédiatement discerné le problème de fond. Un pays n’est pas économiquement souverain au seul motif qu’il peut acheter à bas prix quelque chose à l’étranger. La souveraineté exige des capacités productives. Certains États produisaient beaucoup plus de carburants raffinés qu’ils n’en consommaient, tandis que d’autres ont laissé stagner leurs capacités de raffinage parce que les importations coûtaient moins cher. Ce dispositif paraissait efficace parce que les voies maritimes étaient ouvertes, les exportateurs fiables et les risques politiques apparemment maîtrisables. Ce monde est en train de disparaître. Les exportations russes ont été restreintes, les capacités de raffinage et le transport maritime au Moyen-Orient ont été frappés par la guerre, et les raffineurs asiatiques ajustent leur production en fonction de leurs propres besoins. Même la Chine, qui a récemment augmenté ses exportations de produits raffinés, considère celles-ci comme une variable qu’elle peut restreindre ou accroître en fonction de sa situation intérieure. L’ancienne distinction de List entre la richesse et le pouvoir de produire de la richesse paraît soudain moins désuète. Un parc de réservoirs rempli de gazole importé constitue une richesse. Une raffinerie capable de remplacer ces importations constitue une puissance.
Karl Polanyi aurait ajouté que les marchés n’existent jamais indépendamment de la société. Sur un écran de négociation, le gazole apparaît comme une marchandise parmi d’autres; mais, hors de la salle des marchés, il fait fonctionner presque tout ce qui maintient la société industrielle en vie. Les pénuries d’essence gênent les automobilistes et deviennent vite politiquement douloureuses. Les pénuries de gazole ont une portée bien plus vaste. Les camions transportent la nourriture. Les tracteurs cultivent les champs. Les excavatrices ouvrent les mines et les chantiers de construction. Les navires de pêche ramènent des protéines à terre. Les groupes électrogènes de secours maintiennent en fonctionnement les hôpitaux, les usines et les télécommunications.
Lorsque le prix du gazole augmente brutalement, la hausse ne reste pas cantonnée à la station-service. Elle se répercute sur le fret, l’alimentation, la construction, l’exploitation minière et l’électricité. Voilà pourquoi la pénurie actuelle revêt davantage d’importance qu’une flambée ordinaire des prix des matières premières. Une société moderne peut s’accommoder du renchérissement d’un produit de luxe. Il lui est bien plus difficile de faire face à une hausse du coût du transport, de la production et de la livraison de presque tout. Reuters décrit aujourd’hui les stocks de plusieurs grands marchés comme historiquement bas, tandis que les marges de raffinage asiatiques ont atteint des niveaux extraordinaires. Polanyi soulignait que les chocs économiques finissent par devenir des chocs sociaux. Le gazole constitue un mécanisme de transmission exceptionnellement direct.
Fernand Braudel nous aurait invités à cesser de regarder uniquement les présidents pour nous intéresser plutôt aux structures qui se trouvent sous eux. L’Afrique en offre une illustration. Pendant des décennies, une grande partie du continent a exporté du pétrole brut tout en important des produits pétroliers raffinés. Des pétroliers arrivaient dans les ports côtiers, le carburant était déchargé, puis des flottes de camions-citernes le transportaient sur des centaines, voire des milliers de kilomètres vers l’intérieur des terres. Ce système dépend de transports maritimes bon marché, de ports opérationnels, de centres de raffinage accessibles et d’une quantité suffisante de devises pour acheter les produits. Supprimez un élément et le réseau devient coûteux. Supprimez-en plusieurs à la fois et le réseau peut commencer à se gripper.

L’immense raffinerie Dangote (photo), au Nigeria, est importante précisément parce qu’elle modifie cette ancienne structure en créant de grandes capacités de raffinage au sein même de l’Afrique. Ses exploitants s’attendent désormais à ce que les tensions mondiales sur les carburants persistent au-delà de la guerre actuelle au Moyen-Orient. Braudel écrivait l’histoire en étudiant les fondements matériels lents qui sous-tendent les événements politiques spectaculaires. Les raffineries, les ports et les dépôts de carburant appartiennent à cette couche plus profonde.
L’approche des systèmes-monde d’Immanuel Wallerstein aide à comprendre pourquoi les États importateurs les plus pauvres subissent les conséquences les plus graves. Un pays industriel riche confronté à un gazole coûteux peut puiser dans ses réserves, subventionner les consommateurs, ajuster les taxes, surenchérir sur les concurrents les plus pauvres pour accaparer des cargaisons ou réorienter une partie de la demande vers d’autres formes d’énergie. Un pays pauvre qui importe la quasi-totalité de son carburant dispose de moins de moyens de défense. Il participe aux mêmes enchères mondiales avec moins d’argent. Lorsque l’offre se contracte, le plus offrant ne reçoit pas simplement un meilleur service: quelqu’un d’autre risque de ne recevoir aucune cargaison.
Les tensions actuelles sur les carburants au Pakistan ont déjà poussé le gouvernement à rétablir des mesures d’économie d’énergie, notamment des restrictions sur l’utilisation de carburant par les services officiels et une réduction des horaires d’ouverture des commerces. Dans une telle crise, la ligne de partage décisive ne se situe donc pas simplement entre l’Est et l’Ouest ou entre le Nord et le Sud. Elle passe entre les États possédant une profondeur financière, industrielle et logistique suffisante pour absorber un choc et ceux dont l’économie dépend d’un flux ininterrompu de produits importés de première nécessité.
Ibn Khaldoun aurait compris ce qui se produit ensuite, car il considérait l’ordre politique comme quelque chose d’enraciné dans la cohésion matérielle plutôt que dans le cérémonial gouvernemental. Lorsque le camion-citerne cesse d’arriver, la crise se propage vers le bas à travers la société. La pompe d’irrigation tombe en panne sèche. Le tracteur reste immobilisé près du champ. Le moulin à farine réduit sa production. Le camion de livraison ne peut effectuer sa tournée. Les denrées alimentaires deviennent plus chères. L’approvisionnement en électricité devient moins fiable. La colère, qui concernait initialement le prix du carburant, commence à se greffer sur tous les griefs déjà présents dans la société. Les gouvernements des États fragiles tombent rarement à cause d’un seul produit, mais les pénuries peuvent révéler des faiblesses jusque-là dissimulées. Voilà pourquoi la pénurie de gazole mérite autant d’attention que les engrais et les céréales. L’agriculture dépend de ces trois éléments. Supprimez les engrais et les rendements baissent. Supprimez les importations de céréales et les prix alimentaires augmentent. Supprimez le gazole et même les céréales disponibles risquent de ne pas parvenir jusqu’aux villes.
Giovanni Arrighi aurait replacé ce phénomène dans le cadre de la redistribution plus générale du pouvoir économique actuellement en cours. Les exportateurs d’énergie exercent une influence parce que le système industriel ne peut toujours pas fonctionner sans des flux denses de matières premières physiques. La Russie, l’Iran et les producteurs du Golfe occupent donc des positions qui ne peuvent être comprises uniquement à travers les tableaux du PIB ou les valorisations des marchés financiers.
Parallèlement, des consommateurs tels que la Chine et l’Inde acquièrent leur propre influence parce qu’ils peuvent absorber d’énormes volumes qui étaient autrefois acheminés ailleurs. Le pétrole brut russe peut être expédié vers l’est, raffiné en Asie, puis revenir sur les marchés mondiaux sous une autre forme. Par conséquent, les sanctions réorganisent les échanges plutôt qu’elles ne les font simplement disparaître. Les attaques ukrainiennes contre les raffineries russes ont imposé des coûts réels à la Russie, notamment des pénuries intérieures et une réduction des capacités de raffinage, mais elles ont également contribué à resserrer l’offre internationale de gazole. Cela ne démontre pas l’existence d’une stratégie russe délibérée visant à provoquer une pénurie mondiale. Cela signifie toutefois que la rareté matérielle peut accroître la valeur de négociation des approvisionnements russes qui demeurent disponibles.
Jean Thiriart concevait la géopolitique en termes de blocs continentaux plutôt que de petits États isolés, et le choc actuel sur les carburants montre pourquoi l’échelle continentale est importante. L’Europe découvre une fois encore que la sécurité énergétique est indissociable de la géographie. Les États-Unis peuvent s’appuyer sur une immense production pétrolière intérieure. La Russie dispose de vastes réserves d’hydrocarbures. La Chine possède d’énormes capacités industrielles et de raffinage. L’Inde a construit certaines des raffineries les plus importantes au monde. L’Europe, en revanche, combine une forte consommation avec une dépendance considérable à l’égard de l’énergie et des produits raffinés importés. Les prix records des carburants dans plusieurs pays européens sont donc plus qu’un problème pour les consommateurs. Ils révèlent le coût lié au fait d’occuper une péninsule riche mais dépendante des ressources, à l’extrémité occidentale de l’Eurasie, alors que les relations avec son plus grand fournisseur d’énergie oriental sont brisées. La question de savoir si l’Europe réagira en diversifiant davantage ses sources d’approvisionnement, en reconstruisant ses capacités de raffinage, en accélérant l’électrification ou en rouvrant éventuellement certains canaux avec la Russie est d’ordre politique. La géographie, toutefois, n’a pas changé.
Le langage de la multipolarité d’Alexandre Douguine offre une autre manière d’interpréter l’effervescence diplomatique. Le monde devient plus difficile à organiser autour d’un centre unique capable de fixer des règles à tous les autres. Washington peut sanctionner la Russie, mais doit tenir compte des réactions chinoises et indiennes. La Russie peut réorienter son énergie vers l’est, mais la Chine et l’Inde peuvent exiger des rabais. La Chine peut tirer parti de son envergure industrielle, mais demeure fortement tributaire des routes maritimes de l’énergie. Les monarchies du Golfe possèdent du pétrole et des capacités de raffinage, mais la guerre peut fermer leurs voies de sortie. L’Iran peut menacer Ormuz, mais toute perturbation menace également les clients asiatiques avec lesquels Téhéran souhaite entretenir des relations. Aucun acteur n’est souverain sur l’ensemble du système. Chacun possède quelques atouts majeurs et plusieurs faiblesses. Dans la pratique, la multipolarité ressemble donc moins à un congrès harmonieux des civilisations qu’à un marché âpre où s’échangent rapports de force, avantages géographiques et nécessités. Les négociations actuelles prennent tout leur sens sous cet angle: les puissances discutent parce qu’aucune d’entre elles ne peut maîtriser toutes les conséquences d’une poursuite de l’escalade.
Arnold Toynbee écrivait que les civilisations sont façonnées par leurs réponses aux défis. Les mois à venir pourraient constituer une épreuve d’une brutalité très concrète. Le système mondial du gazole est déjà sous tension: les prix américains ont dépassé six dollars le gallon, les marges de raffinage asiatiques ont atteint des niveaux records, les consommateurs européens sont confrontés à des coûts de carburant exceptionnellement élevés et les analystes s’attendent à ce que l’épuisement des stocks demeure problématique jusqu’en 2027.
Pourtant, les marchés s’adaptent aussi. La Chine peut exporter davantage de produits raffinés. De nouvelles capacités de raffinage peuvent entrer en service. La demande peut baisser. Le détroit d’Ormuz peut rouvrir plus largement. Les raffineries russes peuvent être réparées. D’autres voies d’approvisionnement peuvent se développer. Voilà pourquoi Moscou, Washington, Pékin, Téhéran et les capitales du Golfe ont toutes intérêt à négocier avant que la pénurie ne devienne incontrôlable. Le danger est réel, mais la capacité du système à se réorganiser l’est également. L’enjeu consiste désormais à déterminer qui supportera le coût de cette réorganisation.

Et c’est là que l’image de Mad Max cesse d’être entièrement comique. Si les négociations échouent, les États les plus riches ne sombreront probablement pas dans des batailles pour des jerricans. Ils disposent de réserves, d’argent, d’infrastructures et de solutions de remplacement. Les États les plus vulnérables risquent d’être confrontés à une situation plus dure: approvisionnement intermittent, marchés noirs, raffinage improvisé, coupures d’électricité, paralysie des transports et troubles politiques.
Thomas Hobbes avait compris que l’ordre dépend en partie de la capacité de l’État à assurer la sécurité physique. Dans le monde moderne, cela inclut le maintien des systèmes matériels dont dépend la vie quotidienne. Un gouvernement incapable d’assurer le transport des denrées alimentaires, le fonctionnement du réseau électrique et l’approvisionnement des exploitations agricoles en carburant découvre rapidement à quel point la distance entre l’ordre administratif et le désordre peut être ténue. En ce sens, l’humble baril de gazole est devenu l’un des objets stratégiques discrets de la crise mondiale actuelle.
14:40 Publié dans Actualité, Géopolitique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, communications, routes d'approvisionnement, géopolitique, communications terrestres, communications maritimes, pétrole, carburants |
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mercredi, 30 septembre 2026
Allemagne: les élections régionales et l’échec de la coalition de Merz

Allemagne: les élections régionales et l’échec de la coalition de Merz
Alexandre Douguine
Présentateur : Alexandre Guélievitch [Douguine], le week-end n’a pas été consacré uniquement aux élections russes. L’Allemagne offre une fois de plus un tableau saisissant. Des élections ont eu lieu à Berlin et en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale — des régions qui, certes, ne sont pas les plus peuplées, et il s’agit que de scrutins régionaux. Malgré cela, la coalition gouvernementale et le chancelier Merz en personne ont essuyé un sérieux revers. Dans certains Länder, son parti n’atteint même pas le seuil des 5% nécessaire pour entrer au parlement régional. En Mecklembourg, l’AfD obtient de bons résultats dans les sondages; à Berlin, c’est la gauche. Le décompte final dans les circonscriptions uninominales reste encore à effectuer. Que se passe-t-il en Allemagne? On nous a appris que tenir deux ans au poste de chancelier ou de Premier ministre constituait déjà un exploit, et que les changements de dirigeants étaient devenus monnaie courante aussi bien en Grande-Bretagne qu’en Allemagne. Ou bien quelque chose qui leur est propre est-il malgré tout en train d’y prendre forme?
Alexandre Douguine: Dans la première partie de notre entretien, nous avons dit que la société russe surmonte le côté hideux de la démocratie occidentale en y introduisant ses propres significations — et même ses propres procédures. En Occident, le mot «démocratie» lui-même a été déformé au point d’en devenir méconnaissable et s'est transformé en pouvoir des minorités.
Aujourd’hui, il existe en Occident deux démocraties, deux définitions du mot — en Amérique et en Europe, berceau de la démocratie. Selon l’interprétation la plus «avancée», la démocratie est le pouvoir des minorités.
Dans cette logique, si vous êtes un pervers, un malade — souffrant, par exemple, de démence ou de troubles cognitifs — et qu’en plus vous appartenez à une minorité ethnique, religieuse ou autre, alors c’est vous le bon «démocrate»: vous soutenez les autres minorités, vous ouvrez grand la porte à une immigration illimitée, vous abolissez les valeurs traditionnelles et vous les remplacez par des valeurs non traditionnelles. Voilà ce qui passe pour la version «avancée» de la démocratie.
Mais il existe également de larges couches de la population qui comprennent la démocratie autrement. Le «démocrate à l’ancienne » raisonne simplement: si cela ne me plaît pas, je voterai autrement, contre la coalition en place. Et il reste encore à venir une troisième démocratie, électronique, dans laquelle les robots logiciels et l’intelligence artificielle voteront. Palantir — la grande entreprise américaine d’analyse de données fondée en 2003 — prépare quelque chose de ce genre, bien que cela n’ait pas encore été annoncé.


Ces deux mode de démocratie existent réellement — en science politique, dans le discours et dans les résolutions. Je ne les invente pas. Certains, en Occident, estiment que la démocratie est une affaire de minorités; d’autres pensent toujours que c’est la majorité qui décide. C’est à cela que l’Allemagne se heurte aujourd’hui. Les personnes qui croient au pouvoir de la majorité votent comme elles l’entendent. Celles qui ont été rééduquées, formées à aimer l’ignoble migrant violeur et le déviant qui erre dans les rues des vieilles villes européennes, votent autrement. Il existe même un mot pour cela: la dysgénie. Les libéraux de gauche dans l’esprit de Merz prêchent que plus une personne est repoussante et laide, mieux c’est. On rassemble d’immenses chœurs de dégénérés qui remplissent des hangars entiers — entonnent des chants grotesques, appuyés par des musiciens et des chefs d’orchestre; ils sont censés chanter mal et faux, parce que le beau chant est considéré comme un signe de «suprémacisme élitiste ». Merz est le porte-parole de cette dysgénie, tout comme le couple Macron, chez qui l’on ne saurait distinguer lequel est l’homme et laquelle est la femme.
Ces minorités se considèrent comme les seules détentrices légitimes de la démocratie. Mais certaines régions d’Allemagne — l’Est et le Nord, en particulier la Saxe-Anhalt — voient les choses autrement. Des Baltes et des Slaves y vivaient autrefois; ce sont à l’origine des terres slaves et baltes. Peut-être les gènes des gens respectables y ont-ils survécu. Ou peut-être le socialisme en RDA [République démocratique allemande] a-t-il rendu service à la population locale en la laissant attachée à l’ancienne démocratie.
L’ancienne démocratie, c’est ce qui se produit lorsqu’un citoyen ordinaire contemple le cauchemar qui l’entoure — lorsqu’on le force à dire que deux et deux font cinq, qu’il est plus en sécurité aujourd'hui alors même qu’on peut le poignarder et le tuer à chaque coin de rue, et que quiconque n’est pas d’accord avec cette situation est un fasciste — et que rien de tout cela ne parvient à entrer dans son esprit. Pour lui, pouvoir marcher dans une rue sans que rien ne lui tombe dessus et voir des gens se parler poliment est une bonne chose. Ce n’est pas du fascisme. C’est l’exigence minimale d’un ordre sain.

Une grande partie des Allemands ne votent ni pour la droite ni pour la gauche. Ils votent pour la démocratie à l’ancienne: pour que la vie soit commode et vivable, et non pour financer des chœurs dysgéniques, des hurluberlus qui s'identifient à des animaux, à des chiens, et des habitués de clubs BDSM qui scandent: «Pas d’AfD, pas de normalité». Ce qui s’affronte, au fond, c’est la démocratie telle que la conçoit une personne normale et la démocratie imaginée par une personne gravement perturbée par une démence quelconque. La même chose se produit en Amérique.

Il est difficile de dire laquelle des ces deux conceptions de la démocratie l’emportera. J’ai un jour discuté de cette logique minoritaire avec Francis Fukuyama lors d’un débat. Il disait que toute majorité est dangereuse: elle peut choisir Poutine, un dictateur ou Hitler; il ne faudrait donc pas l’écouter, mais, au contraire, écouter les «minorités dysgéniques», les dégénérés et les personnes atteintes de démence. Parce qu’ils sont faibles, ils incarnent la «pensée faible», une philosophie faible et une théologie faible; selon cette théorie, de tels dirigeants à l’esprit déficient seraient préférables pour un pays à de sérieux bâtisseurs d’ordre. Le chaos et la schizophrénie, soutient-on, seraient préférables à l’ordre et à la paranoïa. Il est difficile de prévoir l’issue de cet affrontement.
Lorsque l’AfD a remporté les élections en Saxe-Anhalt, il a été proposé de lui interdire l’accès aux informations classifiées de la Bundeswehr — au motif qu’elle n’adhère pas à la démocratie des minorités et représente dès lors un autre type anthropologique; elle «n’aurait pas le droit» de savoir, car elle pourrait relier les faits entre eux et agir rationnellement. Selon cette logique, les véritables visages de la nouvelle démocratie sont Kaja Kallas, Ursula von der Leyen et Annalena Baerbock — représentantes de ce qu’ils appellent les «minorités mentales».
Vous direz qu’il s’agit, de ma part, d’une parodie malveillante de l’Occident contemporain. Lisez leurs manuels de science politique, leurs cours de philosophie et leurs études culturelles; parlez aux philosophes qui incarnent cet Occident. Prenez Žižek, une icône de la pensée libérale: négligé, à la parole inarticulée, il transforme chaque phrase en un paradoxe dépourvu de sens qui humilie la raison. Ce n’est pas un hasard s’il a intitulé l’un de ses livres Moins que rien — Hegel et l’ombre du matérialisme dialectique. Voilà le diapason de l’orthodoxie philosophique actuelle: un festival de dégénérés qui ont érigé la dysgénie en principe. La dysgénie est l’opposé de l’eugénisme: il ne s’agit pas de favoriser la reproduction du meilleur type humain, mais de celle du pire, de lui confier le pouvoir et de l’écouter au nom de la «solidarité» et de «l’empathie». Plus la strate des déficients mentaux est importante en politique et aux plus hautes fonctions de l’État, plus la garantie est solide que les personnes normales n’accéderont pas au pouvoir.
Pour l’instant, cela ne fonctionne pas tout à fait. Ils semblent tout contrôler, et pourtant une vague de mécontentement monte. La vieille démocratie citoyenne, tranquille et petite-bourgeoise, semble dire: je n’ai pas disparu; je vais voter. À Berlin, on ne peut pas voter pour l’AfD — car ce serait comme voter pour Poutine ou Trump; dans le bureau de vote, au sens figuré, les groupes dysgéniques vous mettront en pièces. Plus à l’est, les gens votent tout à fait tranquillement pour l’AfD. C’est un vote en faveur de la normalité contre une anti-normalité confortablement installée.
Regardez ce que propose Merz. Premièrement, une immigration illimitée. Deuxièmement, des valeurs anti-traditionnelles et des défilés consacrés à toutes les perversions imaginables. Et, parallèlement, la guerre contre la Russie, la militarisation et la surveillance totale. Ces deux orientations sont incompatibles. Soit vous choisissez les défilés — et vous vous rapprochez alors d’une Greta Thunberg déchaînée et de son fondamentalisme écologique —, soit vous choisissez la guerre, auquel cas il vous faut du nationalisme, du patriotisme, du «fascisme».
Comment concilier le fait que Merz attise d’une main une vague de désintégration et appelle, de l’autre, ces mêmes personnes à se préparer en toute hâte à la guerre contre la Russie? Une personne normale examine cette proposition et constate qu’elle ne tient pas debout. L’exigence de s’abandonner à la décadence tout en devant, simultanément, «se mettre à courir ventre à terre vers le front de l’Est» paraît relever de la folie totale à quiconque possède encore un peu de raison. Selon toute apparence, ces personnes sont plus nombreuses dans l’est de l’Allemagne, dans l’ancienne Prusse. Les gens de ces régions se sont révélés plus sains.
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Perte de la raison pure

Perte de la raison pure
Par le Dr. Hans Hofmann-Reinecke
Source: https://pi-news.net/2026/09/verlust-der-reinen-vernunft/
La politique relève exclusivement de la raison. Pourtant, les opinions politiques naissent souvent sur le plan émotionnel.
La raison est la faculté de reconnaître les liens entre les choses et d’agir sur la base des connaissances ainsi acquises. À cette aune, aucune des décisions politiques stratégiques prises au cours des quinze dernières années n’a été raisonnable. Aujourd’hui, la réalité rattrape nos gouvernants, qui tentent par tous les moyens de se maintenir au pouvoir contre la volonté de la population. Mais comment a-t-on seulement pu en arriver là?
Supposons tout d’abord que les gouvernants s’efforcent de consacrer toutes leurs forces au bien-être du peuple, d’accroître sa prospérité et de le préserver de tout préjudice. On sait certes que Mobutu, Mugabe et leurs semblables sont devenus milliardaires grâce à la corruption et aux dépens des peuples qui leur avaient été confiés, mais cela, c’est l’Afrique. En Europe, voire au sein de l’Union européenne, de tels manquements de la part de nos dignitaires seraient tout de même inconcevables.
Comment a-t-il alors été possible que notre pays soit si impitoyablement ruiné sous les yeux d’une population éclairée et démocratique?
Depuis Emmanuel Kant, nous savons que la raison pure ne saurait être l’unique source de nos décisions. Les réactions vitales sont déclenchées par des émotions profondément programmées dans notre système d’exploitation. Lorsque la main est posée sur une plaque de cuisson brûlante, il n’est pas temps d’analyser les causes ni de comparer les différentes possibilités d’action.
Nous sommes donc dotés de deux systèmes de navigation indépendants, qui se contredisent parfois: la raison et le sentiment. Selon la situation, l’un est plus utile que l’autre. Et suivre la mauvaise boussole peut coûter très cher. D’incommensurables souffrances humaines naissent du fait que des questions auxquelles seul le cœur peut répondre sont tranchées par l’intellect; et, inversement, du fait que les émotions dominent lorsque l’intellect serait en mesure d’apporter la solution.

Greta et les ours en peluche
La politique relève exclusivement de la raison. Pourtant, les opinions politiques naissent souvent sur le plan émotionnel, et ce n’est pas une bonne chose. Une telle politique des cœurs devient encore plus dangereuse lorsque se forment des groupes dans lesquels tous les cœurs battent au même rythme. Au sein de telles masses, la raison est mise hors circuit et l’on savoure un agréable «sentiment d’appartenance collective». On succombe à la magie de la simplification, qui élimine toute contradiction logique.
Vous souvenez-vous de Greta Thunberg ou de la culture de l’accueil avec ses ours en peluche? Aujourd’hui, tout cela n’est plus qu’embarrassant, mais à l’époque, c’était comme une révélation à laquelle le pape lui-même rendait hommage. Et bientôt, la «neutralité climatique» et la «sortie du nucléaire», aujourd’hui considérées comme si sacrées, ne seront plus, elles aussi, que des épisodes embarrassants — bien que très coûteux.
La politique s’est féminisée. Serait-ce donc aux femmes que nous devons l’abandon de la raison? Depuis que l’humanité existe, il est manifeste que les femmes suivent davantage leurs sentiments et les hommes leur intellect. Ce n’est qu’ainsi que l’humanité a survécu. Mais qu’en est-il en politique?
Mais alors, qu’en est-il d’Alice Weidel, qui, avec sa logique acérée comme une lame, fait paraître bien dépassé plus d’un homme agressif? Ou de Giorgia Meloni? Et de la légendaire Margaret Thatcher? Angela Merkel, elle aussi, était une logicienne impitoyable, dotée d’un quotient intellectuel terriblement élevé, qui avait toujours trois coups d’avance sur ses adversaires. Elle ne sortait le registre émotionnel qu’à des fins de propagande.
On ne peut néanmoins nier que la politique allemande s’est féminisée. Et l’on ne peut pas davantage nier que la politique ruineuse menée de 2010 à 2025 n’est en rien comparable aux réalisations des responsables politiques allemands de 1949 à 1964. Mais cela tenait-il aux responsables politiques — ou peut-être aux électeurs?

La Terre est une sphère
Le personnel politique n’est pas le seul à s’être féminisé; une telle transformation s’est également produite dans l’enseignement. Au cours de mes treize années de scolarité, j’ai eu d’innombrables enseignants, mais une seule enseignante, très exactement. Aujourd’hui, le personnel éducatif est presque exclusivement féminin. Cela façonne les élèves. Leur aspiration à analyser systématiquement les liens entre les choses et à agir sur la base des connaissances ainsi acquises est négligée. Non seulement les générations concernées obtiennent des résultats de plus en plus mauvais aux tests PISA dans les comparaisons internationales, mais leur capacité à évaluer de manière critique les programmes politiques en a, elle aussi, nécessairement pâti.
Qu’il soit féminin ou masculin, le niveau de formation ainsi que l’éducation à la discipline intellectuelle doivent être à nouveau relevés si l’Allemagne ne veut pas sombrer complètement dans le tiers-monde. Il nous faut de nouveau des ministres des Affaires étrangères qui sachent que la Terre est une sphère, et des ministres des Finances qui s’intéressent aux chiffres. Nous n’avons pas besoin d’une politique woke. Le wokisme n’est qu’une astuce destinée à masquer sa propre incapacité en la faisant passer pour une vertu. Nous avons besoin de responsables politiques pour lesquels la compétence, le devoir et la responsabilité ne sont pas des mots inconnus, ainsi que d’électeurs capables d’identifier eux-mêmes de tels candidats, au lieu de laisser le Tagesschau et consorts leur dicter dans quelle case ils doivent mettre leur croix.
* * *
Le best-seller de l’auteur, Grün und Dumm (« Vert et stupide »), ainsi que ses autres ouvrages, sont disponibles sur Amazon. D’autres articles et les coordonnées de l’auteur sont disponibles sur www.think-again.org.
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mardi, 29 septembre 2026
Pékin, le grand médiateur

Pékin, le grand médiateur
Andrea Marcigliano
Source: https://electomagazine.it/pechino-il-grande-mediatore/
La Chine se taille, avec force et détermination, un nouveau rôle sur la scène internationale.
Et ce rôle correspond parfaitement tant à sa nature historique qu’à sa projection politique pour l’avenir.
Le rôle de médiateur. Ou plutôt de Grand Médiateur, celui qui cherche à apporter une solution politique aux différends internationaux.
En évitant qu’ils ne dégénèrent en conflits armés.
C’est le rôle que Pékin est en train de se tailler. Et non par quelque «pacifisme» idéologique. Bien au contraire, c’est précisément l’histoire de la Chine qui dicte l’agenda de la Cité interdite.
Pékin ne cherche pas à étendre son territoire à la manière d’un empire. Il cherche plutôt à exercer un contrôle sur les flux et les échanges commerciaux, tout en demeurant à l’intérieur de ses frontières, qui sont déjà extrêmement vastes.
Cela ne signifie naturellement pas une quelconque forme de neutralité. Ni, à plus forte raison, de «pacifisme».
Le gouvernement chinois poursuit des objectifs précis. Et il les poursuit avec une extrême détermination.
Parmi ceux-ci, le commerce avec la Russie joue un rôle primordial. La Russie est en effet un grand producteur de matières premières, en particulier de gaz et de pétrole, qui sont indispensables à la croissance de l’économie chinoise.
Vient ensuite la liberté de commercer et d’exporter dans le monde entier les produits de son industrie. La nouvelle Route de la soie 2.0 et le «noble collier de perles» maritime en sont les deux exemples les plus connus, bien qu’ils ne soient pas les seuls.
Le gouvernement chinois, les maîtres de la Cité interdite, préfèrent éviter autant que possible les confrontations directes.
Cela ne signifie toutefois pas qu’ils ne se préparent pas à la guerre.
Ils savent parfaitement qu’ils sont dans la ligne de mire de Washington. Et que seul l’enchevêtrement complexe des intérêts financiers rend plus difficile — ou, à tout le moins, retarde — le moment de la confrontation ou de l’affrontement avec les États-Unis.
Mais celui-ci viendra tôt ou tard. C’est pourquoi Pékin s’y prépare selon une logique typiquement chinoise.
Une logique difficile à comprendre pour nous, Occidentaux, et plus encore pour les Américains, qui considèrent que l’histoire n’a commencé qu’il y a deux siècles.
La Chine et les Chinois raisonnent selon des perspectives et des horizons temporels infiniment plus longs.
Et ils ont de la patience. Beaucoup de patience.
17:31 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : chine, actualité, politique internationale |
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L’extension de la guerre contre l’Iran signalée par le contrôle de Berbera par les Émirats arabes unis

L’extension de la guerre contre l’Iran signalée par le contrôle de Berbera par les Émirats arabes unis
Source: https://www.unser-mitteleuropa.com/206621
Le contrôle exercé par les Émirats arabes unis (EAU) sur le port de Berbera, au Somaliland, constitue un point précis où les intérêts commerciaux et la stratégie militaire se recoupent clairement.
Un contrat de 442 millions de dollars sur trente ans
En mai 2016, la société DP World, alors dirigée par Sultan Ahmed bin Sulayem, correspondant épistolaire d’Epstein, a signé un contrat d’une durée de trente ans, d’une valeur de 442 millions de dollars, pour l’exploitation du port en eau profonde de Berbera.
En 2017, le Parlement du Somaliland a finalement approuvé la construction d’une base militaire émiratie à Berbera, donnant ainsi aux EAU accès à la piste d’atterrissage de 4140 mètres construite par l’Union soviétique, ainsi qu’à d’autres installations aéronautiques.

L’importance stratégique de Berbera
Pour les EAU, cette porte d’accès en eau profonde située sur le golfe d’Aden occupe naturellement une position stratégique favorable: elle ne se trouve qu’à 300 kilomètres du détroit crucial de Bab el-Mandeb. Cela permet aux EAU de faire transiter des forces navales et aériennes par cette voie maritime et de défier ainsi aussi bien les intérêts d’Ansar Allah au Yémen que ceux de l’Arabie saoudite dans la région.
La base militaire est en cours d’agrandissement en vue d’une éventuelle utilisation conjointe par les EAU, Israël et les États-Unis. Le Monde a publié des images satellites à ce sujet en juillet. Des rapports OSINT diffusés sur X évoquent la construction de nouvelles positions pour missiles sol-air, de stations radar, de hangars destinés aux drones et aux avions, ainsi que de plusieurs structures souterraines, bunkers et dépôts de munitions.
Le rôle commercial de Berbera s’accroît lui aussi, les entreprises se réorientant de plus en plus vers la mer Rouge à la suite de la crise dans le détroit d’Ormuz.
Le Somaliland, théâtre d’une nouvelle bataille géostratégique ?
Lors de sa récente visite aux États-Unis, le dirigeant somalilandais Cabdiraxmaan Cirro a présenté son pays et le port de Berbera comme une porte d’accès stratégique à la mer Rouge pour les États-Unis et comme une base potentielle contre les Houthis. Des experts militaires avertissent toutefois déjà que le conflit qui se poursuit au Moyen-Orient risque de s’étendre au Somaliland et au reste de cette région africaine.
17:15 Publié dans Actualité, Géopolitique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, géopolitique, politique internationale, afrique, somaliland, berbera, affaires africaines, corne de l'afrique |
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Qui profite de la vague de réarmement en Europe? - BlackRock est aux avant-postes

Qui profite de la vague de réarmement en Europe?
BlackRock est aux avant-postes
Source: https://uncutnews.ch/wer-profitiert-von-europas-aufruestu...
Le paysage politique allemand est soumis à une pression croissante. Lors des élections régionales organisées dimanche en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, la CDU du chancelier fédéral Friedrich Merz n’a pas réussi à franchir le seuil des 5%. Pour la première fois de leur histoire, les chrétiens-démocrates ne seraient plus représentés au parlement d’un Land allemand. Avec 38,2% des voix, l’AfD est arrivée en tête et a nettement amélioré son résultat. Après l’annonce des projections électorales, Merz a néanmoins déclaré vouloir rester en fonction: «Je souhaite faire avancer notre pays».
Parallèlement, les critiques se multiplient concernant le réarmement massif de l’Europe et la question de savoir qui profite des milliards mobilisés à cette fin. Le plus grand gestionnaire d’actifs au monde, BlackRock, se trouve de plus en plus au centre de l’attention. La youtubeuse et militante Naomi Seibt a attiré l’attention sur un discours prononcé par Beatrix von Storch, députée de l’AfD au Bundestag. Celle-ci a formulé une grave accusation devant le Parlement fédéral: la nouvelle donne politique en Allemagne, dans les domaines de l’endettement et de l’armement, profiterait précisément à l’ancien employeur du chancelier Merz.

Avant son retour au premier plan de la vie politique, Friedrich Merz a présidé pendant plusieurs années le conseil de surveillance de BlackRock Asset Management Deutschland. Compte tenu de la politique financière et de défense actuellement menée par l’Allemagne, ce passé suscite des critiques. Sous sa direction, l’Allemagne a adopté un programme de réarmement d’une ampleur historique, prévoyant d’affecter plusieurs centaines de milliards d’euros supplémentaires à la défense. Des critiques comme Beatrix von Storch se demandent donc si cette politique ne favorise pas aussi, directement ou indirectement, les intérêts économiques de l’ancien employeur du chancelier.
Un examen de l’industrie de l’armement permet de comprendre sur quoi repose cette critique. BlackRock détient une participation importante dans Rheinmetall, l’un des plus grands groupes allemands d’armement et l’un des principaux bénéficiaires économiques de la hausse des dépenses européennes de défense. En outre, le gestionnaire d’actifs détient, par l’intermédiaire de ses fonds, des participations dans de nombreuses autres entreprises de l’industrie de l’armement. Lorsque le cours de leurs actions augmente sous l’effet de la hausse des dépenses de défense, les fonds détenant ces actions en profitent eux aussi.

Selon cette présentation des faits, les liens en question dépassent le cadre de l’industrie de l’armement. BlackRock intervient, ou est intervenu, en tant que conseiller dans la mise en place de structures d’investissement destinées à la reconstruction et au développement économique de l’Ukraine. Le gestionnaire d’actifs participe ainsi aux réflexions sur la manière dont des capitaux privés peuvent être mobilisés et employés pour reconstruire le pays. Beatrix von Storch a soutenu devant le Bundestag que des recettes fiscales et des milliards mobilisés par les pouvoirs publics pourraient ainsi, en définitive, être dirigés vers des structures dont bénéficierait également l’ancien employeur de Merz.
Une information publiée par Bloomberg a suscité une attention supplémentaire. Selon cette information, avant l’annonce des nouveaux projets financiers allemands, BlackRock avait sensiblement modifié son positionnement sur les obligations d’État allemandes, ou misé sur une hausse de leurs rendements. La raison en est la suivante: une forte augmentation de la dette publique peut entraîner une hausse du rendement des obligations fédérales allemandes. Les positions financières correspondantes peuvent profiter de cette évolution.
Beatrix von Storch a donc résumé son accusation devant le Bundestag en des termes particulièrement vigoureux: l’Allemagne s’endette tandis que BlackRock en tire profit. Cette accusation relie ainsi trois domaines: les participations de BlackRock dans des entreprises d’armement, son rôle dans les structures d’investissement destinées à l’Ukraine et son positionnement sur le marché allemand des obligations d’État.
Les critiques en déduisent l’existence d’un conflit d’intérêts plus fondamental entre la finance et la politique. Un ancien haut responsable du plus grand gestionnaire d’actifs au monde se trouve aujourd’hui à la tête du gouvernement allemand, tandis que sont prises des décisions politiques concernant des secteurs et des marchés financiers dans lesquels BlackRock a massivement investi.

Il convient toutefois de distinguer les liens publiquement connus de la conclusion politique qui en est tirée. Les participations de BlackRock dans les entreprises d’armement, les anciennes fonctions exercées par Merz au sein de BlackRock, le rôle du gestionnaire d’actifs dans le cadre des investissements en Ukraine ainsi que les positions sur le marché obligataire rapportées par Bloomberg constituent le fondement de l’argumentation. En revanche, l’affirmation selon laquelle Merz mènerait délibérément cette politique au profit de son ancien employeur constitue une accusation politique formulée par Beatrix von Storch et d’autres critiques.
Le fait que cette critique soit formulée par une députée de l’AfD ne change rien au fait que les liens économiques sous-jacents soulèvent une question politique: jusqu’où peut aller la proximité résultant des passages de hauts responsables entre l’un des gestionnaires d’actifs les plus puissants au monde et les plus hautes fonctions gouvernementales, alors même que sont prises des décisions portant sur de gigantesques investissements publics?
La portée de cette question dépasse par ailleurs largement l’Allemagne. Les Pays-Bas, la Belgique et la France subissent également des pressions croissantes afin d’augmenter considérablement leurs dépenses de défense. Dans ces pays aussi, BlackRock détient, par l’intermédiaire de ses fonds, des participations dans de nombreuses entreprises, tout en gérant les capitaux d’investisseurs institutionnels et de fonds de pension qui investissent à leur tour dans des obligations d’État. Le débat allemand devient ainsi une question européenne: qui profite économiquement de la plus grande vague de réarmement que l’Europe ait connue depuis des décennies?
Plus les milliards consacrés à l’armement, à l’endettement public et à la future reconstruction de l’Ukraine seront nombreux, plus la question des éventuels conflits d’intérêts entre le monde politique et l’industrie financière gagnera en importance. Le cas Merz-BlackRock illustre à cet égard la proximité entre ces deux univers: un ancien haut responsable du plus grand gestionnaire d’actifs au monde dirige aujourd’hui l’Allemagne dans une période de dépenses de défense historiquement élevées, tandis que BlackRock intervient, par l’intermédiaire de ses fonds, précisément dans les secteurs économiques et financiers susceptibles de bénéficier de cette évolution.
16:39 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, allemagne, europe, affaires européennes, afd, beatrix von storch, friedrich merz, blackrock |
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La doctrine de la guerre juste à l’ère des drones et des armes nucléaires

La doctrine de la guerre juste à l’ère des drones et des armes nucléaires
Werner Olles
L’essai de David Berger, « La doctrine de la guerre juste à l’ère des drones et des armes nucléaires. Pourquoi l’éthique catholique classique de la paix n’a-t-elle rien perdu de son actualité ? » (Theologisches – Katholische Monatsschrift, septembre 2026), est plus urgent que jamais au regard de l’expérience de deux guerres mondiales dévastatrices et du développement de nouvelles technologies d’armement et de l’intelligence artificielle. Bien entendu, l’espoir d’un monde sans guerre nous paraît moralement souhaitable.
L’auteur pose toutefois en même temps la question légitime de savoir si le renoncement à toute forme de violence militaire correspond réellement à la conception chrétienne de l’être humain, ou s’il ne risque pas lui-même de favoriser de nouvelles formes d’injustice. Ce débat a retrouvé une actualité nouvelle à la suite de déclarations de Léon XIV, qui a affirmé que la doctrine traditionnelle de la guerre juste était dépassée au regard des formes modernes de guerre. Cette appréciation a été largement approuvée dans les médias germanophones, mais a suscité une nette opposition parmi les catholiques aux États-Unis. Elle touche en effet à un domaine central de la doctrine morale catholique, élaboré avec soin au fil de nombreux siècles et confirmé à maintes reprises par le magistère de l’Église.

La question décisive n’est pas de savoir si les systèmes d’armes modernes sont plus terribles que ceux d’autrefois, bien que cela ne fasse aucun doute. Il convient plutôt de se demander si les transformations technologiques de la guerre peuvent rendre caducs les principes moraux fondamentaux à l’aune desquels les actes humains sont jugés, et si l’existence d’armes nucléaires, de drones ou de l’IA rend dépourvue de sens la distinction morale entre une défense juste et un recours injuste à la violence.
La doctrine classique de la guerre juste répond clairement par la négative à cette question. Elle ne se conçoit pas comme une justification de la guerre, mais comme sa limitation et son encadrement moraux les plus rigoureux. Précisément parce que la guerre constitue un mal grave, elle ne doit jamais être entreprise à la légère. Tout au plus peut-elle, sous des conditions strictement définies, être engagée en dernier recours pour défendre le bien commun. L’auteur insiste donc à juste titre sur le fait que la doctrine de la guerre juste n’est pas une éthique de la guerre, mais une éthique de la paix. Son objectif n’est pas de légitimer la violence militaire, mais de soumettre son usage à des conditions morales rigoureuses et de limiter ainsi les souffrances humaines.
L’essai de Berger examine si ces principes demeurent valables dans les conditions du XXIe siècle. À cette fin, il présente la doctrine classique de la guerre juste chez Augustin et Thomas d’Aquin, ainsi que sa genèse, dont le véritable point de départ se trouve dans l’œuvre du saint Père de l’Église Augustin (354-430), dont les réflexions ont façonné de manière décisive l’éthique chrétienne de la paix jusqu’à nos jours. Les premiers chrétiens vivaient en effet dans une situation où la question de la violence étatique ne se posait que de manière limitée. En tant que minorité religieuse dans l’Empire romain, ils n’assumaient aucune responsabilité politique et ne pouvaient influer sur les décisions de l’État. Avec la reconnaissance du christianisme au IVe siècle, cette situation changea radicalement. Les chrétiens assumèrent désormais eux-mêmes des responsabilités au sein de l’État et de la société. Mais cette question, jusque-là plutôt théorique, se posa alors avec une urgence nouvelle : un souverain chrétien peut-il recourir à la violence pour protéger ses sujets ?

Augustin ne répondit à cette question ni par un oui sans réserve ni par un non inconditionnel. Dans son œuvre principale, De civitate Dei, il décrit plutôt la paix comme la « tranquillité de l’ordre », puisqu’elle constitue l’état naturel et véritable de la coexistence humaine. Ainsi, il ne définit jamais la paix comme un simple état politique, mais comme une « réalité morale ». C’est précisément pour cette raison que le renoncement à toute forme de violence ne saurait en aucun cas être moralement requis en toutes circonstances. Une injustice grave, la violence et l’oppression ne doivent donc pas être acceptées passivement, car elles représentent le contraire de la paix, et un tel ordre demeure profondément injuste. Le rétablissement d’un ordre juste peut dès lors, dans des circonstances exceptionnelles, rendre nécessaire le recours à la force militaire. Ce n’est pas la guerre en elle-même qui est moralement condamnable, mais avant tout ses causes.
Augustin affirme tout aussi clairement qu’une guerre juste ne doit jamais être menée par simple désir de conquête, par recherche du profit économique ou par ambition personnelle. Cette séparation entre vengeance privée et protection publique du droit constitue l’un des enseignements évidents de l’éthique augustinienne de l’État et de la paix. Elle concerne également la disposition intérieure avec laquelle une guerre juste doit être menée. La finalité de la force militaire n’est pas l’anéantissement de l’ennemi ; le véritable objectif de l’action militaire et politique demeure toujours la paix.

Des siècles plus tard, Thomas d’Aquin (1225-1274) s’appuiera sur les fondements de cette doctrine classique et déterminera ainsi toute la tradition ultérieure. Sa théorie de la guerre juste, exposée dans la Somme théologique, apporta une contribution décisive en montrant clairement que la guerre ne se situe jamais en dehors de la doctrine morale chrétienne. Il n’élabora cependant aucune doctrine fondamentalement nouvelle, mais ordonna les idées de son prédécesseur en un édifice intellectuel cohérent. Il y intégra également sa théorie selon laquelle la justice privée et l’anarchie menacent lorsque des individus prennent les armes de leur propre initiative. Si l’État détient le monopole de la violence, ce n’est donc pas parce que la violence serait bonne en elle-même, mais uniquement parce qu’une autorité légitime peut la soumettre à des normes juridiques objectives.
Bien entendu, un souverain légitime peut lui aussi commettre de graves injustices. Se référant à Augustin, Thomas voit la finalité de la force militaire non pas dans le châtiment pour lui-même, mais fondamentalement dans la défense du bien commun. La haine, la soif de pouvoir et les cruautés s’opposent à la promotion du bien et au rétablissement d’une paix juste. Cela ressort déjà de l’ensemble de la doctrine morale thomiste, dans laquelle chaque acte particulier est soumis aux normes et aux valeurs du droit naturel. C’est là que se trouve déjà le noyau de la doctrine ultérieure distinguant le droit de faire la guerre (ius ad bellum) de la conduite moralement permise pendant la guerre (ius in bello).
La doctrine de la guerre juste, fondée par Augustin et systématiquement développée par Thomas d’Aquin, n’a cependant jamais été considérée, dans la tradition catholique, comme un édifice doctrinal figé. Les transformations et évolutions historiques, ainsi que l’expérience des deux guerres mondiales dévastatrices, ont finalement placé le catholicisme devant des défis qu’Augustin et Thomas ne pouvaient prévoir. Les guerres de masse industrialisées, les bombardements stratégiques de villes entières et le développement des armes nucléaires ont profondément et radicalement transformé le visage de la guerre. Devenue entre-temps un véritable caméléon, la guerre n’a pas seulement changé de forme technique ; les critères moraux semblent eux aussi avoir perdu leur validité. Cela contredit toutefois l’ensemble de la doctrine du droit naturel, à laquelle les États sont également tenus par principe.
Mais « c’est précisément pour cette raison que de nombreux arguments plaident en faveur de considérer la doctrine de la guerre juste non pas comme une relique des siècles passés, mais comme l’expression d’une éthique de la paix qui ne romantise pas le recours à la force militaire et ne l’exclut pas non plus catégoriquement, mais le soumet à des conditions morales rigoureuses. Aujourd’hui en particulier, dans les circonstances profondément transformées et compte tenu des possibilités techniques (IA, etc.) de la puissance destructrice humaine, cette éthique n’est pas moins nécessaire qu’à l’époque d’Augustin ou de Thomas d’Aquin, mais plus que jamais » (David Berger).
Autres contributions : « Droit, loi et pouvoir. Précieuses indications du juriste Carlos A. Gebauer », « Orage sur l’Europe », « Se convertir à l’orthodoxie ? » et « À contre-courant. Sur l’argumentation théologique dans la critique du colonialisme de Bartolomé de Las Casas ».
Contact : Verlag nova & vetera, Estermannstr. 71, 53117 Bonn.
www.theologisches.net
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lundi, 28 septembre 2026
Travail productif et puissance industrielle

Travail productif et puissance industrielle
Dr Neema Parvini
Contribution invitée pour l’Institut de politique économique conservatrice (IKW). Munich, le 25 septembre 2026.
Source: https://institutkw.de/produktive-arbeit-und-industrielle-...
Messages clés et recommandations d’action
- La distinction classique entre travail productif et travail improductif devrait de nouveau être davantage prise en compte dans la politique économique moderne : toute valeur ajoutée mesurée en termes monétaires ne crée pas dans la même mesure du capital reproductible, des connaissances techniques, des capacités industrielles ou des possibilités d’action stratégique.
- Le produit intérieur brut ne constitue pas, à lui seul, un indicateur suffisant de la puissance économique et de la résilience d’un pays, car il agrège des formes de valeur ajoutée qualitativement très différentes. Un milliard supplémentaire provenant des services financiers, du divertissement ou des services à la personne peut être précieux pour l’économie nationale, mais ne revêt pas la même importance stratégique que des capacités de production supplémentaires dans les domaines des machines, des installations énergétiques, des véhicules, des produits chimiques ou d’autres biens critiques.
- La faiblesse centrale du modèle économique néolibéral réside dans l’hypothèse selon laquelle la disponibilité mondiale pourrait, dans une large mesure, se substituer aux capacités de production nationales. Dans des conditions internationales stables, cette logique maximise l’efficacité à court terme, mais elle peut simultanément engendrer des dépendances industrielles qui ne deviennent pleinement visibles qu’en cas de sanctions, de conflits commerciaux, de crises énergétiques ou de tensions géopolitiques.
- L’industrie ne se réduit pas à la production actuelle : elle constitue une capacité d’action accumulée. Les usines incarnent des machines, des relations avec les fournisseurs, des routines techniques, des ouvriers qualifiés, des ingénieurs, des savoirs issus de l’expérience ainsi qu’un savoir-faire institutionnel constitué au fil des décennies. La disparition de telles structures est donc qualitativement différente d’un déplacement temporaire de la valeur ajoutée entre secteurs.
- Le capital financier ne peut pas remplacer rapidement et intégralement les capacités industrielles perdues. Certaines usines standardisées peuvent certes être construites en partie dans un délai d’un à trois ans, tandis que la mise en place de chaînes complexes de matières premières, d’infrastructures et de création de valeur peut nécessiter plus de dix ans. La politique économique doit donc davantage tenir compte de l’irréversibilité temporelle des pertes de structures industrielles.
- Les exemples de l’Iran, de la Russie et de la Chine montrent que les performances économiques sous pression géopolitique ne peuvent être évaluées uniquement à partir des revenus nominaux ou du PIB. Malgré de longues années de sanctions, l’Iran a encore produit plus de 1,07 million de véhicules automobiles en 2024 et accru sa production de gaz naturel de 64 % entre 2013 et 2023 ; de telles capacités illustrent la valeur stratégique d’une base matérielle de production.
- À l’inverse, le Royaume-Uni montre qu’une économie peut perdre une profondeur industrielle considérable malgré une forte productivité et un secteur des services développé : l’emploi dans l’industrie manufacturière est passé de 6,704 millions de personnes en 1979 à 2,482 millions au premier trimestre de 2026. La désindustrialisation ne doit donc pas être comprise uniquement comme un recul de la production industrielle, mais comme la disparition de sites, d’emplois, de chaînes d’approvisionnement et de capacités reproductibles.
- Une stratégie de réindustrialisation doit donc prendre le capital humain aussi au sérieux que le capital physique. La proportion d’environ 30 % de diplômés de l’enseignement supérieur en ingénierie, industrie manufacturière et construction enregistrée en Iran, contre 9 % au Royaume-Uni, montre que la puissance industrielle dépend à long terme de la formation de compétences techniques et qu’elle ne peut être créée par de seuls programmes d’investissement.
- La politique économique devrait donc compléter la perspective traditionnelle de l’efficacité par une perspective stratégique de la production. Outre le PIB, la productivité et les prix, il conviendrait de mesurer régulièrement les capacités industrielles, la profondeur du tissu national de fournisseurs, les qualifications techniques, la disponibilité de l’énergie et des matières premières, les dépendances à l’égard des importations ainsi que le temps nécessaire à la reconstruction des chaînes de valeur critiques.
- La question décisive de politique économique n’est donc pas seulement de savoir quelle quantité de valeur ajoutée une économie produit, mais aussi quels biens et quelles technologies fondamentaux elle est capable de fabriquer elle-même, à quelle vitesse elle peut accroître sa production et quelles capacités lui restent lorsque les marchés internationaux ne fonctionnent plus sans heurts.
La notion perdue de travail productif
L’une des distinctions fondamentales de l’économie politique classique, qui a largement disparu du débat contemporain sur la politique économique, concerne la différence entre travail productif et travail improductif. Paul Cockshott (photo) reprend cette question dans How the World Works et s’inscrit ainsi dans une longue tradition allant d’Adam Smith à Karl Marx en passant par David Ricardo. [1–3]


Chez Smith, le travail productif se caractérise par le fait qu’il crée une valeur qui se fixe dans un bien vendable et subsiste au-delà du moment immédiat où la prestation est fournie. Parmi les contre-exemples, Smith cite notamment le domestique et même le chanteur d’opéra : le service peut être utile, précieux et socialement apprécié, mais son résultat disparaît au moment de sa consommation et ne laisse derrière lui aucun stock de capital reproductible. [1]
Marx développe cette distinction, mais en lui donnant une précision conceptuelle différente. Pour lui, dans les conditions capitalistes, est avant tout productif le travail qui produit directement de la plus-value et valorise le capital. Chez Marx, la frontière ne correspond donc pas simplement à la séparation entre production matérielle et services. Un service peut lui aussi constituer un travail productif, dès lors qu’il produit de la plus-value dans le cadre d’un processus de production capitaliste. [2]
Cette différence est précisément déterminante. La catégorie classique de « productif » ne signifie pas « moralement précieux », « socialement nécessaire » ou « agréable ». Elle vise plutôt à déterminer quel type de travail produit un surplus économique reproductible, un stock de capital ou un système de production. Cette distinction analytique revêt, pour la compréhension des processus modernes de désindustrialisation, une importance plus grande que ne l’admet généralement la science économique contemporaine.
Le PIB et l’angle mort néolibéral
Dans la comptabilité nationale moderne, cette distinction classique a été largement abandonnée. Le produit intérieur brut mesure la valeur ajoutée créée au sein d’une économie, qu’elle provienne de la production industrielle, des services financiers, du divertissement, de la restauration ou de nombreux autres services. Les activités liées aux jeux d’argent peuvent elles aussi faire partie de la valeur ajoutée brute mesurée. [4–5]
Il serait donc techniquement inexact d’affirmer que la science économique actuelle considère simplement « toute activité permettant de gagner de l’argent comme productive ». Le véritable problème est plus profond : dans la pratique politique, la valeur ajoutée mesurée en termes monétaires sert régulièrement d’indicateur central des performances économiques, alors même que les différentes formes de valeur ajoutée sont loin d’être équivalentes en matière de formation du capital, de capacités technologiques, de sécurité d’approvisionnement et de capacité d’action géopolitique.
Un casino peut générer des revenus, des emplois, des bénéfices et des recettes fiscales, et contribuer ainsi aux performances économiques mesurées. Mais il ne produit pour autant ni machines-outils, ni turbines à gaz, ni micropuces, ni véhicules automobiles, ni installations chimiques, ni capacités de production présentant un intérêt militaire. Un pays peut donc demeurer riche sur le papier tout en perdant des capacités qui, en cas de crise, ne peuvent être remplacées par l’argent seul.
C’est précisément là que se situe l’angle mort de l’ordre économique néolibéral. Pendant des décennies, son économie politique a de plus en plus considéré la valeur ajoutée monétaire et les capacités réelles de production comme des grandeurs interchangeables. Lorsqu’un bien pouvait être fabriqué à moindre coût à l’étranger, la délocalisation de sa production apparaissait comme un gain d’efficacité. Là où l’usine nationale disparaissait, le marché international était censé reprendre sa fonction. Le prix, le rendement du capital et la valeur ajoutée agrégée étaient déterminants ; la question de savoir quelles capacités physiques une économie possédait encore elle-même faisait l’objet d’une moindre attention.
L’erreur qui en découle ne consiste pas à déclarer les services sans valeur. Elle consiste à considérer comme interchangeables, du point de vue de leur importance stratégique, différents types d’activités économiques.

L’Iran : les sanctions comme politique industrielle imposée
L’Iran offre à cet égard un contre-exemple remarquable. Dès novembre 1979, les États-Unis ont imposé à l’Iran, par l’Executive Order 12170, d’importantes sanctions portant sur les avoirs; la portée, l’orientation et l’intensité du régime de sanctions ont ensuite été modifiées à plusieurs reprises et considérablement élargies. [6]
Depuis 1979, le développement industriel de l’Iran n’a pas progressé chaque année, contrairement à ce que l’on affirme parfois de manière simplificatrice. Les données de la Banque mondiale font plutôt apparaître d’importantes fluctuations. Une vaste base industrielle s’est néanmoins constituée et maintenue sous des décennies de pression économique extérieure. [7] Cela apparaît de façon particulièrement nette dans le secteur énergétique. Selon l’Energy Information Administration des États-Unis, la production iranienne de gaz naturel sec a augmenté de 64% entre 2013 et 2023 seulement, pour atteindre 9,4 billions de pieds cubes. L’Iran figurait ainsi parmi les plus grands producteurs de gaz naturel au monde. [8]
Il en va de même pour l’industrie automobile. Malgré un léger recul par rapport à l’année précédente, l’Iran a encore produit 1.077.839 véhicules automobiles en 2024. [9] Il ne s’agit pas d’une production artisanale marginale, mais d’une production à l’échelle industrielle qui suppose une vaste structure de fournisseurs, d’ingénierie et de fabrication.
La thèse plus générale est que les sanctions et les restrictions à l’importation ont précisément contribué à imposer cette évolution. Il est naturellement impossible de démontrer l’affirmation contrefactuelle selon laquelle l’Iran n’aurait développé aucune industrie automobile en l’absence de sanctions. Le mécanisme n’en demeure pas moins plausible : lorsque des biens importants ne peuvent être importés de manière fiable, les incitations à développer sur le territoire national des chaînes de production, des pièces de rechange, des connaissances techniques et des capacités de fabrication augmentent.
Dans de telles conditions, les sanctions fonctionnent involontairement comme une forme brutale de politique industrielle imposée. Elles provoquent d’importantes pertes de prospérité et des inefficacités, mais peuvent simultanément imposer une substitution aux importations et une autonomie technologique. Une économie devient ainsi moins efficace au sens étroit de la division internationale du travail à court terme, mais éventuellement plus résiliente du point de vue de ses capacités physiques de production.
Dans une lecture fondée sur les rapports de puissance, il faut ajouter que l’adoption généralisée des régimes de sanctions américains par les proches alliés de Washington restreint la marge de manœuvre de ces États en matière de politique économique. La description polémique de telles relations comme « analogues à celles de vassaux » ne désigne donc pas une catégorie du droit international, mais exprime une critique de la dépendance économique extérieure asymétrique.

Les ingénieurs constituent un capital stratégique
La structure industrielle se reflète dans la formation du capital humain. Le Global Engineering Capability Review de la Royal Academy of Engineering fait état, pour l’Iran, d’une proportion exceptionnellement élevée de diplômes universitaires techniques : au cours de la période de comparaison utilisée dans ce rapport, environ 30% des diplômés de l’enseignement supérieur relevaient de l’ingénierie, de l’industrie manufacturière et de la construction. [10]
Pour le Royaume-Uni, en revanche, l’OCDE indique qu’en 2023, seuls 9% des diplômés de l’enseignement supérieur étaient issus des filières de l’ingénierie, de l’industrie manufacturière et de la construction ; selon cet indicateur, le pays se classait au 38e rang sur 44 pays recensés. [11] Les années de référence des deux statistiques ne sont pas identiques, raison pour laquelle il ne convient pas d’en tirer une comparaison annuelle précise. La différence structurelle demeure néanmoins considérable.
La critique acerbe selon laquelle les universités occidentales produiraient un nombre croissant de diplômés dans les domaines des réseaux sociaux, du féminisme, des sciences humaines et d’autres disciplines axées sur les « compétences relationnelles », tandis que les économies industrielles formeraient des ingénieurs, est formulée de manière polémique. Elle soulève toutefois une question vérifiable d’allocation des ressources : quelle proportion de sa jeune élite universitaire un pays forme-t-il dans les domaines du génie mécanique, de la production industrielle, de l’énergie, de l’électrotechnique, de la chimie et d’autres disciplines directement liées à sa capacité de fabriquer des objets complexes?
Cette évolution présente également une ironie historique. Pendant des décennies, le Royaume-Uni a lui-même été l’un des principaux centres internationaux de formation technique. Avant 1979, les relations éducatives entre le Royaume-Uni et l’Iran étaient étroites : entre 1942 et 1978, le British Council a fait venir au Royaume-Uni près de 10.000 étudiants et visiteurs iraniens et a participé, dans les années 1970, à d’importants projets de formation en Iran. [12] La biographie personnelle d’un ingénieur iranien venu au Royaume-Uni dans les années 1970 pour y étudier l’ingénierie s’inscrit, elle aussi, dans ce schéma historique. [13]
À l’époque, de jeunes Iraniens se rendaient au Royaume-Uni parce que la formation technique britannique jouissait d’un prestige international et que le pays constituait lui-même une puissance industrielle majeure. Aujourd’hui, un ingénieur iranien peut effectuer une part beaucoup plus importante de sa formation dans son propre pays. Le transfert de connaissances s’est donc, au moins partiellement, inversé.

Royaume-Uni : désindustrialisation malgré les gains de productivité
L’évolution britannique offre le contraste le plus marqué. Il convient toutefois d’employer le terme de désindustrialisation avec précision. Il serait erroné d’affirmer que la production industrielle réelle du Royaume-Uni a diminué chaque année depuis Margaret Thatcher. L’industrie britannique restante est en même temps devenue nettement plus productive: l’indice de l’ONS relatif à la production industrielle par emploi est passé de 35,3 en 1997 à 99,9 en 2025, pour une valeur de référence de 100 en 2023. [14]
Mais c’est précisément pour cette raison qu’une analyse portant exclusivement sur la production dissimule la rupture structurelle. Le nombre d’emplois dans l’industrie manufacturière britannique est passé de 6,704 millions en 1979 à 2,482 millions au premier trimestre de 2026. Cela correspond à une perte d’environ 63%. [15]
La désindustrialisation ne signifie donc pas nécessairement que la quantité de biens matériels produits diminue chaque année. Elle signifie la perte de profondeur industrielle: moins de sites, moins de travailleurs, des chaînes d’approvisionnement plus fragiles, une capacité d’approvisionnement nationale plus faible et la disparition de branches entières de production. Les gains de productivité peuvent longtemps masquer ce processus dans les données agrégées relatives à la production.
Le secteur de l’énergie présente une évolution similaire. Le Royaume-Uni dispose d’importantes réserves de pétrole et de gaz en mer du Nord, mais leur exploitation connaît depuis longtemps un déclin structurel. La production britannique de gaz naturel est passée de 108,4 millions de tonnes équivalent pétrole en 2000 à 28,6 millions en 2025, soit une baisse d’environ 74%. En 2025, la production totale d’énergie primaire du Royaume-Uni était inférieure d’environ 68% à son niveau record de 1999. [16]
Parallèlement, la consommation finale d’énergie de l’industrie est passée de 38,7 millions de tonnes équivalent pétrole en 1990 à 17,3 millions en 2025. [16] La consommation d’énergie ne se confond pas avec la production industrielle, mais un recul d’une telle ampleur constitue un indice supplémentaire de la transformation à long terme de la base matérielle de production.
Les fermetures concrètes d’usines rendent visibles des transformations structurelles abstraites. L’usine de moteurs Ford de Bridgend, au pays de Galles, a définitivement cessé sa production le 25 septembre 2020. [17] Les données les plus récentes du secteur automobile soulignent également l’ampleur de la pression: en 2025, 764.715 véhicules au total ont été produits au Royaume-Uni, soit 15,5% de moins que l’année précédente. La production de voitures particulières a diminué de 8,0%, tandis que celle de véhicules utilitaires légers a chuté de 62,3%. [18]
Cette évolution ne peut être entièrement attribuée à un programme politique particulier. Les taux de change, les technologies, l’évolution de la productivité, les prix de l’énergie, la concurrence internationale et les décisions des entreprises jouent également un rôle. Le néolibéralisme a toutefois fourni la justification intellectuelle permettant de considérer la perte des capacités nationales de production non comme une perte stratégique, mais souvent comme l’expression d’une spécialisation efficace.
C’est précisément là que réside la critique décisive.

L’argent ne fait pas surgir une usine sur simple pression d’un bouton
L’idée néolibérale selon laquelle les capacités de production perdues pourraient, en cas de besoin, être simplement rachetées grâce au capital sous-estime le temps, les connaissances et les complémentarités industrielles nécessaires.
Certaines installations de production modernes peuvent être construites plus rapidement que ne le laisse penser l’hypothèse générale d’un délai de cinq à dix ans. L’Agence internationale de l’énergie estime que de nombreuses installations standardisées destinées à la fabrication de technologies énergétiques propres nécessitent environ un à trois ans de construction. Mais cette même analyse montre que les infrastructures en amont, les autorisations, les réseaux et les projets d’exploitation de matières premières peuvent demander beaucoup plus de temps. Les nouveaux projets miniers et certains éléments des infrastructures fondamentales nécessitent souvent plus de dix ans. [19]
L’unité pertinente n’est donc pas le bâtiment industriel pris isolément. C’est l’écosystème industriel qui importe: le terrain, les autorisations, le raccordement énergétique, le parc de machines, la fabrication d’outils, les fournisseurs, les matières premières, la logistique, les ingénieurs, les ouvriers qualifiés, l’expérience opérationnelle et les connaissances tacites accumulées au fil des décennies.
Pour reconstruire des chaînes de valeur complexes, une période de cinq à dix ans n’a donc rien d’exceptionnel, même si certaines usines peuvent être édifiées plus rapidement.
L’argent n’est pas, en ce sens, une usine maintenue en réserve. Le capital financier peut financer une usine, mais il ne peut pas faire en sorte qu’elle ait déjà existé. Il peut rémunérer des ingénieurs, mais il ne peut pas faire l’économie de leur formation. Il peut commander des machines, mais il ne peut pas garantir qu’en cas de crise, les fournisseurs étrangers les livreront. Il peut acquérir des brevets, mais il ne peut pas reproduire automatiquement des connaissances de production accumulées au fil de plusieurs décennies.
Renoncer à des capacités industrielles ne revient donc pas simplement à céder une production actuelle. Cela revient à abandonner des possibilités d’action futures.

La Russie et le retour de la puissance matérielle
La Russie offre un autre exemple. Les réformes économiques menées au début des années 1990 sous Boris Eltsine ont suivi une logique radicalement favorable au marché: libéralisation rapide des prix, ouverture économique extérieure et vaste programme de privatisations. Le terme de « thérapie de choc » n’est pas ici une invention polémique rétrospective ; il a également été employé dans la littérature internationale consacrée à la politique économique. [20]
La phase de privatisation a simultanément créé d’importantes concentrations de richesse privée et d’influence politique. Sous Vladimir Poutine, le rapport de forces s’est de nouveau déplacé en faveur du contrôle étatique, notamment dans les industries stratégiques liées aux matières premières. [21]
Après 2022, les sanctions occidentales, les restrictions commerciales et la confrontation géopolitique ont de nouveau accentué les pressions en faveur de la substitution aux importations, de chaînes d’approvisionnement alternatives ainsi que d’une production industrielle et militaire davantage dirigée par l’État.
La résilience surprenante de l’économie russe immédiatement après la première vague de sanctions s’explique en partie par ces capacités matérielles. La BERD a enregistré pour le premier semestre de 2024 une croissance russe de 4,7%, après 3,6% en 2023. Parmi les causes, elle cite notamment l’augmentation des revenus pétroliers, les échanges commerciaux avec des économies n’appliquant pas de sanctions et la forte hausse des dépenses militaires. [22]
Cet exemple ne prouve toutefois pas que la capacité industrielle élimine toutes les contraintes économiques. La pénurie de main-d’œuvre et les goulets d’étranglement en matière de capacités sont devenus de plus en plus contraignants; pour 2025, la Banque mondiale ne fait plus état que d’une croissance réelle de 1,0%. [23]
C’est précisément cette combinaison qui est révélatrice: la capacité physique de production peut conférer à un État soumis à une pression géopolitique une résilience que son PIB nominal, pris isolément, sous-estime. Elle ne supprime toutefois ni la rareté des ressources, ni les contraintes démographiques, ni les dépendances technologiques.
Le même principe fondamental s’applique à la Chine, mais à une échelle encore plus grande. L’importance géopolitique de la Chine ne peut s’expliquer uniquement par les revenus, la taille de ses marchés financiers ou son secteur des services. Elle repose en grande partie sur le fait que des usines, des ports, des machines, des produits chimiques intermédiaires, des capacités de production électronique, des installations métallurgiques, des chaînes de fabrication de batteries et des millions de travailleurs techniquement qualifiés y sont physiquement présents.
L’erreur de catégorie néolibérale
C’est à ce stade que réapparaît la distinction classique entre travail productif et travail improductif.
L’objection néolibérale habituelle consiste à dire que l’accent placé sur l’industrie ne serait rien d’autre qu’un «fétichisme de l’industrie manufacturière»: les services seraient tout aussi nécessaires, les entreprises hautement productives des secteurs de la finance, du logiciel, de la recherche ou du conseil pourraient générer une valeur ajoutée considérable, et une économie moderne n’aurait pas besoin de fabriquer elle-même le plus grand nombre possible de biens.
Cette objection soulève un point réel, mais elle ne réfute pas la critique.
Bien entendu, les services sont nécessaires. Bien entendu, un logiciel peut revêtir une importance stratégique supérieure à celle de la production d’un simple bien de consommation. Et il serait évidemment absurde, du point de vue économique, de vouloir produire chaque bien dans une autarcie nationale.
La question décisive est plutôt de savoir si chaque unité de valeur ajoutée monétaire possède la même qualité stratégique. La réponse est manifestement négative.
Un pays qui génère un milliard d’euros supplémentaire grâce à l’intermédiation financière, aux jeux d’argent ou aux services à la personne ne dispose pas automatiquement des mêmes capacités qu’un pays qui produit pour un milliard d’euros supplémentaire de machines-outils, d’équipements destinés à la fabrication de semi-conducteurs, de turbines, de véhicules ou de produits chimiques intermédiaires. Ces deux types d’activités peuvent figurer dans le PIB. Leur importance pour la capacité d’une société à reproduire elle-même ses systèmes énergétiques, industriels, militaires ou d’approvisionnement diffère néanmoins fondamentalement.
L’époque néolibérale a systématiquement sous-estimé cette différence. Elle a maximisé l’efficacité à court terme par la division mondiale du travail et considéré que les capacités industrielles pouvaient à tout moment être remplacées sur le marché mondial. Les avantages liés à la baisse des coûts de production ont été immédiatement réalisés; les dépendances stratégiques qui en découlaient ont, en revanche, été reportées dans l’avenir et socialisées en cas de crise.
Ainsi, une économie pouvait devenir sur le papier plus prospère et plus efficace, tout en perdant simultanément des capacités dont dépend sa souveraineté à long terme.

Les États-Unis et le difficile retour de l’industrie
Aux États-Unis également, ce problème est désormais reconnu sur le plan politique. Le programme électoral républicain de 2024 plaçait explicitement le rapatriement des chaînes d’approvisionnement critiques et de la production industrielle au cœur de sa politique économique. [24]
La question de savoir si cela a déjà débouché sur une réindustrialisation durable en est une autre. Les données confirment précisément le scepticisme qu’il convient d’adopter face aux grands programmes de «relocalisation» annoncés à grand renfort de publicité.
Dans une étude sur les chaînes de valeur mondiales publiée en 2026, l’OCDE conclut que, pour 2023 et 2024, les éléments attestant d’un vaste mouvement de relocalisation sont limités. Dans les 41 économies étudiées, la part de valeur ajoutée nationale pondérée par les exportations n’est passée que de 77,0% en 2022 à 77,6% en 2024. Les entreprises diversifient leurs fournisseurs et réorganisent leurs chaînes de production, mais ces évolutions ne permettent pas de conclure à une relocalisation massive de l’ensemble de la production. [25]
L’évolution de l’emploi aux États-Unis ne révèle pas non plus, jusqu’à présent, une véritable renaissance industrielle. En août 2026, le nombre de salariés affectés à la production ou occupant des fonctions non dirigeantes dans l’industrie manufacturière américaine s’élevait à environ 8,749 millions, contre 8,781 millions un an auparavant. [26]
La politique industrielle peut infléchir la tendance. Mais elle ne peut pas reconstituer par décret les écosystèmes industriels disparus. Cela confirme précisément la thèse centrale: les usines, les ouvriers qualifiés, les fournisseurs et les connaissances techniques réagissent beaucoup plus lentement que les marchés de capitaux et les annonces politiques.
Fuite des cerveaux, classements de QI et composition des élites
Une autre partie de l’argumentation, beaucoup plus spéculative, concerne la représentation répandue de la «fuite des cerveaux» hors d’Iran, de Russie et de Chine.
Dans certains classements internationaux de QI en ligne, ces pays apparaissent relativement bien placés. Une analyse de l’International IQ Test publiée en 2025 attribuait 107,19 points à la Chine, 106,3 à l’Iran et 103,16 à la Russie; le Royaume-Uni, avec environ 99,68 points, ne figurait qu’au 33e rang. Dès l’analyse suivante, le tableau avait considérablement changé : le Royaume-Uni obtenait 101,57 points et se classait au 14e rang, tandis que la Chine, l’Iran et la Russie demeuraient relativement bien placés. [27]
Ces variations importantes montrent précisément pourquoi de telles statistiques doivent être considérées avec beaucoup de prudence. Il s’agit de participants auto-sélectionnés à un test en ligne, et non d’échantillons nationaux représentatifs. Les recherches méthodologiques consacrées aux comparaisons internationales de QI indiquent en outre que de telles estimations nationales peuvent être fortement biaisées par les conditions de développement, la sélection des échantillons et les méthodes de mesure. [28]
Le classement peut donc susciter une question, mais il ne saurait apporter la preuve de l’«intelligence» moyenne des populations nationales.
Il serait tout aussi erroné d’en conclure que la fuite des cerveaux iraniens n’a pas eu lieu. La Banque mondiale décrit expressément l’émigration des travailleurs qualifiés hors d’Iran comme un problème ancien qui s’est récemment aggravé ; elle touche notamment des spécialistes techniques des secteurs de l’énergie et des technologies de l’information, ainsi que du personnel médical. [29]

La question la plus intéressante consiste toutefois à savoir si la fuite des cerveaux et le développement de capacités techniques nationales peuvent se produire simultanément. Les données iraniennes relatives à la formation d’ingénieurs, à la production énergétique et à l’industrie automobile tendent à l’indiquer.
Une hypothèse dérangeante se dessine ainsi : l’émigration des classes moyennes urbaines diplômées ne doit pas être automatiquement assimilée à l’émigration proportionnelle de l’ensemble des compétences déterminantes pour les performances industrielles. La composition sociale et politique d’une diaspora peut différer considérablement de celle des milieux techniques et industriels qui demeurent dans le pays.
L’idée simpliste selon laquelle l’émigration entraînerait chaque fois automatiquement la disparition de «l’intelligence» d’un pays est donc insuffisante. La diaspora iranienne comporte notamment une composante oppositionnelle très visible sur le plan politique et en partie monarchiste. Sa mobilisation politique contre la République islamique ne prouve toutefois ni une perte ni un gain de compétence industrielle dans le pays d’origine.
La thèse plus générale, délibérément provocatrice, est donc la suivante : ce qui est décrit comme une «fuite des cerveaux» du point de vue des pays occidentaux d’accueil peut en partie constituer également une forme de sélection sociale et politique. Certains segments d’une bourgeoisie cosmopolite quittent le pays, tandis que d’autres groupes de population et certaines institutions continuent de développer des compétences techniques. Il ne s’agit pas d’une loi générale suffisamment établie, mais d’une question de recherche légitime.
Le paradoxe historique de la Chine et de la Russie
La Chine et la Russie rendent cette question encore plus aiguë. Au XXe siècle, ces deux sociétés ont subi des persécutions politiques massives qui ont notamment frappé les couches instruites et techniquement qualifiées.
Pendant la Révolution culturelle chinoise, des écoles et des universités ont temporairement fermé, des enseignants, des professeurs et d’autres membres de l’intelligentsia ont été persécutés, et des étudiants ont été envoyés à la campagne. [30] En Union soviétique, les répressions staliniennes menées pendant la Grande Terreur ont également frappé des scientifiques, des artistes, des élites techniques et d’autres groupes dirigeants de la société. [31]
Il ne découle évidemment pas de ces catastrophes historiques que les purges créent du capital humain. Elles ont détruit du capital humain.
Ce qui est remarquable, en revanche, c’est que des États ont pu reconstruire de vastes systèmes techniques et industriels même après de telles pertes. Malgré son coût humain extraordinairement élevé, l’industrialisation soviétique a créé une immense base industrielle fortement axée sur l’industrie lourde et la production militaire. [31]
Cela remet en question une représentation linéaire largement répandue : le groupe social qui émigre ou qui est éliminé politiquement ne correspond pas nécessairement à l’ensemble des compétences qui déterminent, à long terme, le stock de capital technique d’une économie. Les institutions peuvent reproduire les connaissances techniques; de nouvelles générations d’ingénieurs peuvent être formées; des processus d’apprentissage industriel peuvent se dérouler même dans des conditions politiques extrêmement défavorables.

Un barista est-il productif ?
La distinction classique conduit enfin à des cas limites apparemment banals, mais éclairants sur le plan analytique.
Un barista est-il un travailleur productif ou improductif ?
Selon une définition matérielle simplifiée à l’extrême, la réponse serait incertaine: le café est immédiatement consommé et ne laisse aucun stock de capital durable. Chez Marx, le cas est en revanche beaucoup plus clair. Un barista employé par une entreprise capitaliste et dont le travail contribue à la valorisation du capital engagé peut parfaitement accomplir, au sens marxiste, un travail productif. [2]
Il en va de même pour de nombreux services. La distinction décisive ne passe donc pas simplement entre l’usine et le café.
L’exemple délibérément provocateur des barbiers turcs au Royaume-Uni touche lui aussi au cœur du problème. Si tous les barbiers disparaissaient, la société serait manifestement moins bien pourvue en ce type de services; la valeur ajoutée, les revenus et le bien-être des consommateurs diminueraient. Il ne s’ensuit toutefois pas que leur disparition aurait les mêmes conséquences stratégiques que celle d’une usine de moteurs, d’une raffinerie, d’un fournisseur de semi-conducteurs ou d’une industrie de machines-outils.
La catégorie de travail productif est donc utile sur le plan analytique lorsqu’elle n’est pas comprise comme une hiérarchie morale entre les professions, mais comme une question de capacité de reproduction, de formation du capital et d’options stratégiques.
L’industrie est une capacité d’action accumulée
L’ancienne distinction entre travail productif et travail improductif n’est donc nullement un simple vestige théorique.
Elle met en évidence une faiblesse des indicateurs modernes de politique économique : le produit intérieur brut mesure l’activité économique et la valeur ajoutée, mais non la capacité physique directe d’un État à maintenir des systèmes de production complexes ou à les mobiliser en cas de crise. Même l’OCDE souligne que le PIB ne constitue pas une mesure exhaustive du bien-être social. [4]
Pour la géopolitique et la politique économique stratégique, la perspective du PIB est encore moins suffisante.
Sont également pertinents le volume et la qualité du stock de capital industriel, la profondeur des chaînes d’approvisionnement nationales, l’énergie et les matières premières disponibles, le nombre de travailleurs possédant une formation technique, les stocks d’outils et de machines, l’approvisionnement en pièces de rechange, les capacités de recherche industrielle ainsi que le temps nécessaire pour rétablir les capacités perdues.
C’est en définitive là que réside la critique la plus sévère du modèle néolibéral des dernières décennies. Celui-ci a trop souvent traité les capacités réelles de production comme si elles pouvaient être rachetées à tout moment en échange d’argent. Il a confondu la minimisation des coûts avec la résilience, la disponibilité mondiale avec les capacités propres, et la valeur ajoutée nominale avec le capital stratégique.
Cette hypothèse fonctionne tant que les chaînes d’approvisionnement internationales restent ouvertes, que l’énergie demeure disponible, que les rivaux géopolitiques veulent continuer à fournir des biens et que les conflits militaires ou politiques n’interrompent pas les échanges commerciaux. Dès que ces conditions cessent d’être réunies, ce qui a été perdu devient visible.

Les usines ne sont pas seulement des bâtiments. Elles concentrent des machines, des fournisseurs, des ingénieurs, des ouvriers qualifiés, des routines d’exploitation, des brevets, des connaissances sur les matériaux et l’expérience cumulée de plusieurs générations. L’industrie constitue donc une capacité d’action accumulée.
L’Iran a pu préserver et développer une partie de cette capacité précisément sous la pression extérieure. Après 2022, la Russie a pu s’appuyer sur d’importantes capacités matérielles. La Chine dispose d’un écosystème industriel d’une ampleur qui détermine dans une large mesure sa position géopolitique. Le Royaume-Uni et d’autres économies occidentales ont, en revanche, sacrifié pendant des décennies une partie de leur profondeur industrielle et longtemps considéré les dépendances qui en résultaient comme une transformation structurelle normale.
Défendre ce modèle en invoquant le «fétichisme de l’industrie manufacturière» est donc insuffisant. Il ne s’agit pas de remplacer chaque coiffeur par un sidérurgiste ni de déclarer tout service inutile. Il s’agit de reconnaître qu’une économie ne se compose pas uniquement de flux monétaires et que chaque million d’euros de valeur ajoutée ne crée pas la même capacité de réaction face à une crise énergétique, une guerre commerciale, des sanctions ou un conflit militaire.
Le critère décisif de la politique économique du XXIe siècle ne doit donc pas être exclusivement le suivant : quelle quantité de revenus une économie génère-t-elle? Il doit également être formulé ainsi: que peut-elle encore produire elle-même, à quelle vitesse peut-elle accroître ses capacités de production et de quelles connaissances dispose-t-elle lorsque le marché mondial cesse de l’approvisionner?
Sources et bibliographie:
(1) Smith A. (1776). An Inquiry into the Nature and Causes of the Wealth of Nations, Book II, Chapter III. URL: https://en.wikisource.org/wiki/The_Wealth_of_Nations/Book_II/Chapter_3
(2) Marx K. (1864). Results of the Direct Production Process: Productive and Unproductive Labour. URL: https://www.marxists.org/archive/marx/works/1864/economic/ch02a.htm
(3) Cockshott P. (2020). How the World Works: The Story of Human Labor from Prehistory to the Modern Day. Monthly Review Press. URL: https://monthlyreview.org/9781583677780/
(4) OECD (o. J.). Nominal gross domestic product (GDP). OECD Data. URL: https://www.oecd.org/en/data/indicators/nominal-gross-domestic-product-gdp.html
(7) Office for National Statistics (2017). Double deflation: methods and application to UK National Accounts experimental statistics. URL: https://www.ons.gov.uk/economy/nationalaccounts/uksectoraccounts/articles/doubledeflation/methodsandapplicationtouknationalaccountsexperimentalstatistics

(8) U.S. Department of the Treasury, Office of Foreign Assets Control (2026). Iran Sanctions. URL: https://ofac.treasury.gov/sanctions-programs-and-country-information/iran-sanctions
(9) World Bank (2026). Manufacturing, value added – Iran, Islamic Rep. World Development Indicators. URL: https://data.worldbank.org/indicator/NV.IND.MANF.KN?locations=IR
(10) U.S. Energy Information Administration (2024). Iran – Country Analysis Brief. URL: https://www.eia.gov/international/content/analysis/countries_long/Iran/
(11) Japan External Trade Organization (2025). Iran automobile production statistics based on OICA data. URL: https://www.jetro.go.jp/biz/areareports/2025/12940875b2aa9f23.html
(12) Royal Academy of Engineering (o. J.). Global Engineering Capability Review – Labour Force. URL: https://reports.raeng.org.uk/global-engineering-capability-review/labour-force.html
(13) OECD (2025). Education GPS – United Kingdom: Fields of study among tertiary graduates. URL: https://gpseducation.oecd.org/CountryProfile?primaryCountry=GBR&topic=EO&treshold=10
(14) Pendred P. (1989). British Council: Activities in Iran, 1942–79. Encyclopaedia Iranica. URL: https://www.iranicaonline.org/articles/british-council-activities-in-iran-1942-79/
(15) Parvini N. (2022). Am I White? Forbidden Texts. URL: https://forbiddentexts.substack.com/p/am-i-white
(16) Office for National Statistics (2026). Output per job: Manufacturing. URL: https://www.ons.gov.uk/employmentandlabourmarket/peopleinwork/labourproductivity/timeseries/dj4p/prdy/previous/v47
(17) Office for National Statistics (2026). Workforce jobs: Manufacturing. URL: https://www.ons.gov.uk/employmentandlabourmarket/peopleinwork/employmentandemployeetypes/timeseries/jwr7/lms
(18) Department for Energy Security and Net Zero (2026). UK Energy in Brief 2026. UK Government. URL: https://www.gov.uk/government/statistics/uk-energy-in-brief-2026
(19) Welsh Government (2020). Written Statement: Bridgend Ford Closure. URL: https://www.gov.wales/written-statement-bridgend-ford-closure
(20) Society of Motor Manufacturers and Traders (2026). Tough year for auto but new models and industrial strategy can deliver growth. URL: https://www.smmt.co.uk/tough-year-for-auto-but-new-models-and-industrial-strategy-can-deliver-growth/
(21) International Energy Agency (2023). Energy Technology Perspectives 2023: Energy supply chains between transition and disruption. URL: https://www.iea.org/reports/energy-technology-perspectives-2023/energy-supply-chains-between-transition-and-disruption
(22) Timmer H. (2014). From shock therapy to sustainable development. World Bank. URL: https://blogs.worldbank.org/en/developmenttalk/shock-therapy-sustainable-development
(23) World Bank (2004). Corporate Governance Country Assessment: Russian Federation. URL: https://www.worldbank.org/en/country/russia/publication/rosc
(24) European Bank for Reconstruction and Development (2024). Growth in EBRD regions trimmed as economies adjust to new realities. URL: https://www.ebrd.com/home/news-and-events/news/2024/growth-in-ebrd-regions-trimmed-as-economies-adjust-to-new-realities.html
(25) World Bank (2026). The Russian Federation – Overview and economic indicators. URL: https://www.worldbank.org/ext/en/country/russia
(26) Republican Party (2024). 2024 Republican Party Platform. The American Presidency Project. URL: https://www.presidency.ucsb.edu/documents/2024-republican-party-platform

(27) OECD (2026). Global Value Chain Repositioning: What We Know and What It Means for Policy. URL: https://www.oecd.org/en/publications/global-value-chain-repositioning_8c97068d-en/full-report.html
(28) U.S. Bureau of Labor Statistics (2026). The Employment Situation – August 2026. URL: https://www.bls.gov/news.release/empsit.t22.htm
(29) International IQ Test (2026). Average IQ by Country. URL: https://international-iq-test.com/en/test/IQ_by_country
(30) Wicherts J. M., Borsboom D. und Dolan C. V. (2010). Why national IQs do not support evolutionary theories of intelligence. Personality and Individual Differences.
(31) World Bank (2023). Iran Economic Monitor. URL: https://documents1.worldbank.org/curated/en/099107508212324041/pdf/IDU021ade6b80e3fd045190b8530b2ad462b0d6c.pdf
(32) Giles J., Park A. und Wang M. (2008). The Great Proletarian Cultural Revolution, Disruptions to Education, and the Returns to Schooling in Urban China. World Bank.
(33) Library of Congress (o. J.). Internal Workings of the Soviet Union: The Great Terror. Revelations from the Russian Archives.
* * *
* Mit Zustimmung des Autors basiert dieser Beitrag auf dessen Originalveröffentlichung vom 03.11.2025; er wurde lediglich zur besseren Strukturierung, Sachlichkeit und Verständlichkeit überarbeitet und um aktuelle Quellen ergänzt, wobei KI-gestützte Methoden unterstützend eingesetzt wurden.
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Sombres nuages sur la nation «arc-en-ciel»

Sombres nuages sur la nation «arc-en-ciel»
par Georges Feltin-Tracol
L’information est passée inaperçue au début de l’été. L’Afrique du Sud, la fameuse «nation ”arc-en-ciel”», préfiguration d’un avenir mondial radieux, fait face à une flambée xénophobe inouïe. Pourtant, les chemises brunes ne défilent pas dans les rues du Cap ou de Pretoria. La vindicte populaire n’affecte pas pour l’instant les descendants européens, mais plutôt des populations africaines immigrées.
Le 30 juin dernier marquait le dernier jour de l’ultimatum posé par plusieurs groupes activistes favorables au départ immédiat des étrangers noirs. Ce jour-là, outre de nombreuses manifestations en maints points d’Afrique du Sud, bien des magasins ont gardé leurs rideaux baissés; les lignes de bus ont noté une faible fréquentation et tous remarquèrent l’étonnante absence d’embouteillages routiers. À Durban, plus de 11.000 Malawites se rassemblèrent aussitôt dans un parc de stationnement motorisé. La veille, l’un des leurs, âgé de 29 ans, venait d’être assassiné. Les intimidations verbales et les menaces physiques ne suscitent néanmoins qu’une réaction mitigée d’autorités, souvent dépassées sur le plan local par l’ampleur du mécontentement.

Les tensions entre Noirs d’Afrique du Sud et immigrés originaires d’autres États africains sont fréquentes. Les Asiatiques sont eux aussi visés par cette colère populaire difficilement contrôlable. En 2008, des violences similaires avaient provoqué une soixantaine de morts. Treize ans plus tard, en juillet 2021, on recensait jusqu’à 350 morts. La «Bête immonde» semble se complaire dans la patrie de feu «Madiba» Mandela…
Les données démographiques estiment à 5,1%, soit plus de trois millions de personnes, le nombre d’étrangers africains présents légalement en Afrique du Sud. D’autres chiffres, plus ou moins officieux, indiquent au contraire un nombre élevé d’étrangers, légaux et clandestins, de dix à vingt millions ! L’attrait s’explique par le «mirage économique» sud-africain bâti par les Afrikaners et les Blancs anglophones, qui continue d’attirer bien des gens en quête d’espoir matériel. Or trois décennies de gouvernement ininterrompu de l’ANC (Congrès national africain) ont fortement mis à mal les structures économiques déjà affaiblies par des années de sanctions économiques occidentales pour cause d’apartheid.
La corruption endémique des gouvernants, la déliquescence accélérée des services publics et l’obsolescence des infrastructures industrielles et des transports alimentent le fort taux de chômage: 30%. Il monte jusqu’à 60% chez les 15–24 ans. La forte pression migratoire accroît –c’est inévitable!- les tensions sociales. Dans les provinces de Gauteng et du Kwazulu–Natal, des individus hostiles aux étrangers filtrent l’entrée des malades et des enfants devant les écoles et les hôpitaux. Ils effectuent aussi dans les rues des contrôles d’identité aléatoires, interrogent en zoulou ou en xhosa et molestent leurs interlocuteurs s’ils ne répondent pas.
D’après les enquêtes d’opinion, plus de 40% de Sud-Africains, en particulier les Noirs de la classe ouvrière et des milieux agricoles, ne cachent plus leur exaspération envers les étrangers. Cette hostilité manifeste déchire tout discours panafricaniste; elle se distingue aussi parfois de la leucophobie persistante qui heurte les propriétaires terriens boers – afrikaners.

Les États concernés rapatrient dans l’urgence le maximum de leurs concitoyens. Ces actes auraient en effet provoqué le départ de 25.000 à 160.000 étrangers. Des sources journalistiques font pour leur part état de 45.000 personnes rentrant dans la précipitation au Malawi, au Zimbabwe, au Mozambique, au Ghana et au Nigeria. Elles laissent derrière elles affaires personnelles et locaux professionnels derrière elles. Outrés, le Ghana et le Nigeria s’élèvent contre l’inaction du gouvernement sud-africain. Ils auraient l’intention de saisir des juridictions internationales. Ces départs n’éteignent pas la fronde populaire. Depuis le mois de juillet s’organisent tous les jeudis des manifestations contre l’immigration, et ce jusqu’aux élections municipales de novembre 2026. Y aurait-il donc des interférences politiques?


Deux mouvements plus ou moins informels sont en pointe dans ce combat. Le premier se nomme «Operation Dudula», soit en zoulou «Opération Repousser». Son porte-parole, Thami Madondo, collabore avec «March and March»-«Défiler encore et toujours»-dont la principale meneuse s’appelle Jacinta Ngobese–Zuma (photo). Cette ancienne animatrice à la radio de 40 ans condamne le laxisme d’État et une violence quotidienne souvent hors de contrôle. Lors d’une précédente manifestation anti-immigration, elle n’a pas hésiter à brandir un gourdin devant les caméras pour montrer sa détermination.

Créé en 2024 à Durban, «March and March» dont le mot d’ordre est «Abahamba!» qu’on peut traduire du zoulou par «Qu’ils dégagent!», irrite l’ANC qui, depuis les élections législatives de 2024, doit partager le pouvoir avec son opposition incarnée par l’Alliance démocratique. Au début du mois d’août, Jacinta Ngobese–Zuma annonce la fondation d’une ONG, SA First Forum («Forum Afrique du Sud d’abord!») et se rapproche dans la foulée d’une autre ONG, composée d’Afrikaners, l’AfriForum. Au risque de déplaire et de heurter les sympathisants de «March and March» et d’«Operation Dudula»?

Les commentateurs politiques pensent que cette agitation serait soutenue en sous-main par Jacob Zuma. Président de l’Afrique du Sud de 2009 à 2018, cet ancien convive aux repas de Jeffrey Epstein traîne plusieurs enquêtes de corruption. Il quitte l’ANC en 2024 et fonde un nouveau parti politique, uMKhonto we Sizwe (MK ou «Lance de la nation» en zoulou). Il reprend sciemment le nom de la branche armée de l’ANC du temps de la lutte contre l’apartheid. Aux législatives de 2024, sa jeune formation arrive en troisième position avec 58 députés sur 400. Son irruption électorale freine un autre parti, scission elle aussi de l’ANC en 2013, réputé pour son radicalisme révolutionnaire marxiste anti-Blancs, les Combattants pour la liberté économique de Julius Malema (39 sièges, soit cinq de moins).
Ainsi l’Afrique du Sud connaît-elle des populismes guère évoqués par la médiacratie occidentale. Elle a en effet à cœur de ne pas briser des clichés éculés, ni de montrer l’incurie du gouvernement kleptocratique sud-africain. Par ailleurs, cet exemple de remigration incite le Kenya à expulser les marchands d’autres États africains limitrophes alors que le président kenyan se proclame panafricaniste… Qu’attendent donc les vedettes de la musique anglo-saxonne pour organiser un triple concert simultané dans le but de recueillir des fonds pour tous ces déplacés chassés de l’Azanie, ce vrai paradis sur terre ?
GF-T
- « Chronique flibustière », n° 199, d’abord mise en ligne sur Synthèse nationale, le 24 septembre 2026.
12:19 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, afrique du sud, afrique, affaires africaines, immigration |
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samedi, 26 septembre 2026
La fin de l’ONU

La fin de l’ONU
Andrea Marcigliano
Source: https://electomagazine.it/la-fine-dellonu/
Soixante-dix-sept délégations ont quitté l’Assemblée générale des Nations unies lorsque Bibi Netanyahou s’apprêtait à prendre la parole.
Soixante-dix-sept… et, manifestement, il ne s’agissait pas uniquement de pays musulmans, loin de là, puisque figuraient notamment parmi eux le Venezuela et la Slovénie, pour ne citer que deux exemples.
Netanyahou a néanmoins pris la parole, sur un ton méprisant et devant une salle à moitié vide.
Sans probablement se rendre compte que cet «incident» confirme, ni plus ni moins, la fin de l’ONU.
Du moins de l’ONU telle qu’elle a existé jusqu’à présent.
C’est-à-dire une assemblée de pays contrôlée, dans les faits, par leur hôte. Un hôte — les États-Unis — qui se montre par ailleurs extrêmement vigilant et intrusif, et qui n’a jamais manqué une occasion de faire sentir qu’il était l’actionnaire majoritaire.
Certes, il y a déjà eu par le passé des moments où l’Assemblée s’est montrée réticente à obéir aux desiderata — ou plutôt aux ordres — de Washington.
Cependant, il s’est toujours agi de cas relativement marginaux, qui ne touchaient pas au fond même de la politique américaine.
Ici, la situation est nettement différente. Netanyahou représente celui qui a déterminé le choix des États-Unis de s’engager résolument contre l’Iran. Celui qui a fortement influencé leurs choix et leurs décisions, et qui continue de le faire.
Naturellement, la spectaculaire protestation des délégués de l’ONU concernait le massacre de Gaza, et non le conflit en cours avec l’Iran.
Il est toutefois inutile de se voiler la face. Les deux questions sont étroitement liées.
Condamner explicitement le carnage palestinien et le boucher israélien signifie aussi stigmatiser ceux qui permettent et cautionnent ce carnage.
Il s’agit donc de l’administration Trump, qui a placé l’alliance avec Tel-Aviv au-dessus de toute autre considération, lui sacrifiant tout reste de crédibilité.
Dans les faits, cela marque — ou plutôt pourrait marquer — la fin de l’ONU. Ou, du moins, de ce que l’ONU a jusqu’à présent feint et prétendu être.
La brutalité et l’arrogance de Netanyahou contraignent les Nations unies à se regarder en face. Et, surtout, à constater que l’administration Trump ne fait même plus semblant de leur reconnaître un rôle impartial.
C’est le signe de la fin. La fin, par ailleurs, d’un malentendu. D’un mensonge qui, depuis l’après-Seconde Guerre mondiale jusqu’à aujourd’hui, a laissé croire aux rêveurs et aux utopistes qu’il pouvait exister un gouvernement mondial placé au-dessus des véritables puissances militaires et économiques.
Un réveil assurément brutal. Le rictus de Bibi sonnant le glas de cette chimère.
La salle qui se vide comme un retour à la réalité de la politique mondiale.
18:59 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : actualité, politique internationale, onu, nations unies |
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