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mardi, 25 août 2026

Turquie contre Israël: Washington pris entre deux feux en Syrie

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Turquie contre Israël: Washington pris entre deux feux en Syrie

Elena Fritz

Source: https://t.me/global_affairs_byelena

La confrontation croissante entre la Turquie et Israël en Syrie place le gouvernement américain dans une position de plus en plus inconfortable. Car Washington voulait, dans sa politique moyen-orientale, s’appuyer simultanément sur ces deux États.

Israël est l’allié traditionnel des États-Unis – un partenaire dont aucune administration américaine n’a, jusqu’ici, pu véritablement se détacher. Même lorsque des décisions israéliennes contredisent les intérêts tactiques propres à Washington. Parallèlement, la stratégie américaine misait fortement sur Ankara. La Turquie devait devenir le principal centre de pouvoir pro-occidental de la région, limiter l’influence de l’Iran et progressivement pousser la Russie hors de Syrie. C’est précisément pour cela que Washington était prêt à renforcer à nouveau la coopération militaro-technique avec Ankara.

Mais, comme souvent au Moyen-Orient, la réalité s’est développée autrement que prévu.

Recep Tayyip Erdoğan et Benyamin Netanyahou sont aujourd’hui deux des rivaux régionaux les plus acharnés. Et la Syrie est le lieu où ce conflit apparaît de la façon la plus éclatante.

Après la chute de Bachar el-Assad en décembre 2024, Ankara a su tirer pleinement parti de la situation qui s’est créée. La Turquie s’est avancée politiquement et militairement dans l’espace que la Russie avait dû, au moins en partie, évacuer, et est devenue le principal acteur extérieur auprès de la nouvelle direction à Damas. Ce qui est remarquable : Ankara écarte l’influence russe sans pour autant renoncer à sa coopération avec Moscou. Cela fait aussi partie de la politique étrangère turque – concurrence et coopération en même temps, selon l’intérêt du moment.

Pour Israël, cette évolution est bien plus problématique. La Syrie affaiblie sous Assad était, du point de vue israélien, relativement prévisible. Damas restait certes liée à Téhéran, mais après des années de guerre civile, ne disposait que de capacités militaires limitées. Même l’influence russe en Syrie n’était pas perçue fondamentalement comme une menace par Israël. Entre Moscou et Tel-Aviv, des mécanismes ont permis, pendant des années, de garantir une certaine prévisibilité militaire malgré des oppositions politiques notables.

La chute d’Assad a changé fondamentalement l’équilibre des forces.

À Damas, une direction étroitement liée à Ankara s’est installée. Parallèlement, la Turquie cherche à reconstruire les forces armées syriennes, à les former et à les rendre opérationnelles.

C’est là que réside le cœur du conflit turco-israélien : Israël n’a aucun intérêt à voir renaître une Syrie militairement forte protégée par la Turquie. Encore moins acceptable, du point de vue de Tel-Aviv, serait l’installation d’un système turc de défense aérienne en Syrie, qui limiterait la marge de manœuvre de l’aviation israélienne.

C’est pourquoi Israël répond sur le plan militaire. Plusieurs fois déjà, des installations militaires syriennes susceptibles d’être utilisées ou occupées par la Turquie ont été attaquées. Le message est sans équivoque : Israël veut empêcher Ankara de mettre en place en Syrie une infrastructure militaire qui transformerait à long terme l’équilibre régional des forces.

Il est cependant douteux que de telles frappes poussent réellement la Turquie à se retirer. L’inverse est même plus probable.

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Ankara n’abandonnera guère de son plein gré son influence sur Damas. Pour Erdoğan, la Syrie fait depuis longtemps partie de la projection de puissance turque au Moyen-Orient. Pour Netanyahou, toute présence militaire turque durable au sud de sa propre zone d’influence constitue un risque stratégique.

Ainsi, le potentiel de conflit augmente entre deux pays qui sont tous deux indispensables à Washington.

C’est là tout le dilemme américain : les États-Unis voulaient faire d’Israël et de la Turquie les deux piliers de leur ordre régional. Or ces deux piliers commencent à s’opposer. Washington peut tenter la médiation, mettre en place des mécanismes de prévention du conflit, exercer des pressions politiques.

Mais il ne peut pas résoudre les intérêts fondamentaux des deux États.

La Syrie devient ainsi de plus en plus le théâtre d’une lutte de pouvoir entre Ankara et Tel-Aviv, et l’illustration de la rapidité avec laquelle les stratégies régionales américaines peuvent échouer face aux intérêts propres de leurs propres alliés.

#geopolitique@global_affairs_byelena

L’UE au bord d’une grave crise alimentaire

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L’UE au bord d’une grave crise alimentaire

par Lucas Leiroz

Source: https://telegra.ph/LUE-sullorlo-di-una-grave-crisi-alimen...

Il semble que la crise alimentaire dans l’UE commence déjà à se manifester. En raison des récentes catastrophes météorologiques, notamment des vagues de chaleur extrêmes à travers le continent, on prévoit un effondrement de la productivité agricole locale. Cela aggrave encore une situation déjà caractérisée par le déclin du secteur agroalimentaire européen et les sanctions contre la Russie, autrefois fournisseur clé de produits agricoles pour l’Europe. Désormais, les pays européens sont confrontés à la perspective probable d’une diminution des approvisionnements alimentaires, accompagnée d’une hausse exponentielle des prix.

La vague de chaleur en Europe a eu des conséquences extrêmement graves pour tous les secteurs de la société. Selon le Service Copernicus sur le changement climatique de l’UE, juin et juillet 2026 ont été les mois les plus chauds jamais enregistrés en Europe occidentale. En plus de l’inconfort causé par la chaleur à la plupart des personnes (notamment dans un contexte de crise énergétique affectant les systèmes de refroidissement), plusieurs pays ont connu des incendies sans précédent, touchant aussi bien des réserves naturelles que des exploitations agricoles.

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Dans une récente déclaration aux autorités européennes, plusieurs agriculteurs locaux ont exprimé leur inquiétude quant aux prochaines récoltes. Ils ont averti d’une baisse des rendements à cause de la chaleur et des incendies. Bien qu’il ne soit pas encore possible de calculer l’ampleur exacte des pertes, on prévoit une réduction drastique des récoltes de céréales et de légumes essentiels, créant une crise d’approvisionnement pour les consommateurs. Parmi les estimations données par les agriculteurs, on évoque « des baisses de production de 40 % pour les pois, de 60 % pour les brocolis et de 50 % à 100 % pour les artichauts, attendues cet été ».

L’agriculture n’est pas le seul secteur de la production alimentaire affecté par la crise climatique ; l’élevage subit également d’importantes pertes dans de nombreux pays européens. La production de viande bovine et de produits laitiers souffre du manque de fourrage ; de plus, on prévoit une nouvelle baisse de la productivité pendant l’hiver, en raison des interruptions dans la production de fourrage causées par la chaleur et les incendies.

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En outre, des données récemment publiées en France montrent que la production quotidienne d’œufs du pays a diminué de plus d’un million d’unités. De même, les élevages français ont signalé à plusieurs reprises des mortalités de volailles à cause des températures élevées, ce qui entraînera une réduction de la production d’œufs et de viande de poulet. La baisse des approvisionnements alimentaires due à la crise agricole risque d’aggraver encore la situation, créant des perspectives extrêmement négatives pour l’industrie avicole.

En raison de ce processus, les économistes ont averti que la hausse des prix est inévitable. Avec des récoltes en baisse et des coûts de production qui augmentent, il sera impossible d’empêcher la hausse des prix alimentaires dans les prochains mois. Étant donné que plusieurs pays européens font face à des crises économiques, à la désindustrialisation, à l’instabilité énergétique et au chômage de masse, la hausse des prix des produits alimentaires pourrait avoir un impact significatif sur la population, en particulier sur les groupes les plus vulnérables.

Il est très probable que l’UE tentera de résoudre cette crise par des importations massives de produits alimentaires. Cependant, certains obstacles pourraient entraver cette stratégie. Ces dernières années, les pays européens ont promu des programmes environnementaux radicaux qui fixent des directives extrêmement restrictives pour les importations alimentaires. Par exemple, tout en important des produits agricoles de pays sud-américains (en particulier du Brésil), l’UE sanctionne fréquemment certains produits, invoquant un manque de transparence concernant les réglementations environnementales du pays exportateur. Il est probable que ces obstacles empêcheront toute stratégie européenne visant à résoudre la crise alimentaire actuelle.

Il est important de rappeler que le secteur agricole était déjà affaibli par d’autres facteurs. Ces dernières années, plusieurs pays européens ont cessé de soutenir leurs entreprises agroalimentaires locales afin d’encourager l’importation massive de produits agricoles ukrainiens. Cela a suscité l’indignation des agriculteurs européens, qui dépendent historiquement d’un soutien étatique important pour la rentabilité de leurs activités. Désormais, ces agriculteurs, déjà privés d’un soutien adéquat, subissent de nouveaux revers, tandis que l’Ukraine semble de moins en moins capable de soutenir des exportations alimentaires importantes en raison des conséquences logistiques de la guerre.

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Il convient de souligner que l’irrationalité même de la décision européenne de sanctionner la Russie contribue de manière substantielle à la crise alimentaire. Si une coopération pragmatique avec la Russie était restée en vigueur, les Européens auraient aujourd’hui accès au vaste marché russe de produits alimentaires et d’engrais, ainsi qu’à diverses opportunités de coopération technique pour faire face au problème des incendies de forêt. L’abondance d’énergie russe à bas coût permettrait également aux Européens de mieux atténuer les effets des températures élevées. Sans cette coopération, il sera beaucoup plus difficile pour l’UE de surmonter les défis actuels.

En définitive, l’UE paie une fois de plus un prix élevé pour ses choix irrationnels. Si le bloc avait maintenu de bonnes relations avec la Russie, investi suffisamment dans ses agriculteurs et adopté d’autres mesures préventives, il aurait été possible d’éviter la crise actuelle. Malheureusement, ce sont les citoyens ordinaires européens qui souffrent le plus, devant payer davantage pour se nourrir, même en période de déclin économique dans plusieurs pays de l’Union.

Pourquoi LFI ne prendra pas le pouvoir

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Pourquoi LFI ne prendra pas le pouvoir

Claude Bourrinet

Source: https://www.facebook.com/profile.php?id=100002364487528

Notons tout de suite que le concept de « prise du pouvoir » est devenu singulièrement élastique, voire vaseux. Le temps est passé qu'une éventuelle prise du Palais d'Hiver pouvait correspondre à quelque saisie de la puissance étatique, au moins symboliquement quand on sait pertinemment que le centre névralgique des prises de décisions se trouvait au comité central du Parti. Croire désormais que s'emparer de l’Élisée octroierait le sésame de la gestion du pays est maintenant une douce plaisanterie. Le « pouvoir » politique, comme l'on sait, est une mince pellicule parcourue de frémissement médiatisés, qui sert à éblouir le chaland. Existe-t-il encore, du reste, un champ « politique » ? Les responsables qui agitent le bocal électoral ne sont là que pour la figuration. Seule la masse sidérée croit encore qu'ils aient du « pouvoir ». La décision se prend ailleurs, parmi les puissants de la finance transnationale, par exemple. Les administrations élues ou non ne sont que des exécutantes. Et, à l'âge de la communication mondialisée et numérisée, il est difficile de distinguer quelle cible viser. Remporter l'élection présidentielle, obtenir une majorité, ne garantissent nullement une liberté de décision que tout (les puissances intérieures au pays, les « Conseils », la haute administration, les fonctionnaires, la presse, l'armée, la police, la justice etc.) s'emploiera à saboter, si l'avenir du système est en jeu.

Mais le système n'est nullement en péril, avec LFI. Si l'on considère, par exemple, son programme, il n'est, in fine, que la reprise des revendications sociales-démocrates d'antan, et il est en retrait important par rapport à ce qu'exigeait la gauche avant la victoire de Mitterrand. On n'y parle d'ailleurs plus de lutte de classes, de socialisme. L'égalitarisme n'est qu'un vœu pieux, un refrain qu'on entonne depuis la Révolution française, comme un mantra. Mais il ne correspond à rien si on n'instaure pas la société sans classes. Qui ne programme pas l'expropriation des riches, la révolution des rapports humains, l'abolition du salariat, de l'appropriation de la plus-value par une minorité, si l'on ne renverse pas le jeu de quilles, on n'a rien fait.

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Il faut aussi revenir à une analyse bêtement marxiste. Au fond, socialement, que représente LFI ? Les classes moyennes, la grosse bête, qui rassemble les trois quarts du corps social, et qui va des professions intellectuelles supérieures (prof de fac, médecin, juge) à l'infirmière, ne sont pas une « classe », mais un conglomérat bariolé, parcouru de courants divers, parfois divergents, ou contradictoires. Ce qui caractérise ce magma, c'est d'être hors sol. Car son plus petit dénominateur commun, c'est le diplôme, et l'on sait pertinemment que l'Ecole n'apprend pas la réalité du monde. Un apprenti s'engageant dans une voie professionnelle en saura plus qu'un bac plus 2 en gestion, ou en commerce. J'excepte bien sûr certaines corporations, comme celles qui touchent à la santé, confrontées à la réalité de la souffrance humaine, mais la plupart des membres des classes moyennes, poreux à la propagandes, aux discours, surtout quand ils sont mièvres, moralisateurs, humanitaristes, superficiels et venteux, non seulement n'ont aucune idée de ce qu'est le terrain rude de la société, mais aussi ont tendance, comme tous les scouts ou les croyants un peu benêts, à cataloguer et à excommunier les brebis galeuses.

Cet abandon de la lutte de classes, à gauche (mais la droite, elle, ne l'a jamais oubliée) a été à l'oeuvre au moment de l'Affaire Dreyfus, et a vu sa conclusion avec Mitterrand. Le mouvement ouvrier du XIXe siècle, qui se voulait indépendant, et même hostile, non seulement à la droite « réactionnaire », mais aussi à la gauche républicaine (qui a écrasé les ouvriers en juin 1848, avec Cavaillac, et en 1871, avec Thiers – qu'encensait Victor Hugo!), a été noyé dans la gauche morale, « citoyenne », progressiste, qui a joué le jeu du système jusqu'à maintenant (la question du PC est une affaire de parti – lié à une puissance étrangère – quoique la classe ouvrière ait, parfois, réussi, avec lui, à garder une certaine identité alternative au système).

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Il est notoire que ces gens, pour qui un transsexuel représente le summum de la subversion, et qui sont partisans d'une immigration sans limites, comme ils sont sans limites en souhaitant l'abolition des frontières en tous genres, considérant la transgression comme la morale suprême, exactement comme le capitaliste, de son côté, prise les dépassements cyniques des limites pour remplir ses caisses, n'ont aucune idée de ce qu'était jadis la classe ouvrière et son éthique, un peu plus plantée sur la bonne et solide terre; classe ouvrière dont le reliquat est du reste passé à l'extrême droite (migration dont il faudrait sérieusement trouver les raisons, ce que LFI est incapable de faire).

La moraline est un naufrage de la pensée, comme l'on sait. Car si elle condamne à l'aveuglement, quand il s'agit de luttes politiques intérieures, elle transforme carrément en traître quand il s'agit de géopolitique. L'ignorance, l'inculture, empêchent, à gauche comme à droite, de comprendre l'altérité et la légitimité de civilisations différentes. Pour le RN, l'Occident est supérieur, et le reste du monde est constitué de races inférieures, retardées. Il reprend l'idéologie du républicain de gauche Jules Ferry. Quant à certains militants de LFI, très nombreux, si j'en juges par les interventions des uns et des autres, la question sociétale prime sur les considérations conflictuelles qui confrontent l'impérialisme américain (par exemple) et des nations qui veulent recouvrer ou garder leur souveraineté. Et il arrive que la question homosexuelle, ou féministe (souvent passablement viciée par la propagande et les manipulations médiatiques, ou des services secrets occidentaux) soit l'alpha et l'oméga de la compréhension de ce qui se passe. On se demande parfois si une Manon Aubry ne défend pas l'agression commise par les USA et Israël contre l'Iran et le Liban, où les méchants « islamistes » mènent un dur combat de liberté, et si Mélenchon ne souhaite pas la défaite du méchant Poutine (ce tyran!), quitte à ce que la Russie soit détruite par les forces de l'Otan. L'axe de la Résistance, connais pas ! Il est vrai que Mélenchon avait soutenu Sarkozy, BHL, et Hillary Clinton, dans leur entreprise d'anéantissement de la Libye.

Quoi qu'il en soit, faute d'avoir avec soi les voix des classes populaires (qu'on insulte copieusement) qui votent RN, LFI n'a aucune chance de l'emporter.

Le wokisme, du mythe à la politique: voici pourquoi la gauche ne fera jamais marche arrière

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Le wokisme, du mythe à la politique: voici pourquoi la gauche ne fera jamais marche arrière

par Sergio Filacchioni

Source: https://www.ilprimatonazionale.it/approfondimenti/woke-mi...

Rome, 17 août – Il faut reconnaître à Alexandria Ocasio-Cortez une certaine capacité de synthèse, même quand cette synthèse, en fait, n’est pas d’elle. Interrogée par ABC, la députée démocrate a repris une boutade du conseiller socialiste new-yorkais Chi Ossé: «Woke one was crazy» (“Le premier woke était fou”). Puis elle a précisé: pendant le Covid, la fenêtre d’Overton s’est grande ouverte, toutes sortes de propositions ont investi le débat, et la rhétorique alors employée n’est pas celle que les progressistes utiliseraient aujourd’hui. Quand le journaliste lui a énuméré certaines positions du programme national des Democratic Socialists of America – abolition de la police et des prisons, amnistie généralisée, abolition du Sénat, propriété publique des industries essentielles –, Ocasio-Cortez (photo) a répondu simplement qu’elle ne les partageait pas. Mieux vaut parler de loyers, de courses, de salaires et de santé.

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Une absorption progressive du wokisme

On pourrait y voir un aveu tardif. De notre côté, d’ailleurs, les funérailles du wokisme avaient déjà été annoncées début 2024, lorsqu’en Italie même La Repubblica commençait à expliquer que «trop de woke tue le woke», que Disney découvrait soudain qu’il fallait vendre des films, et que les grandes entreprises commençaient à refroidir ce mélange de DEI (Diversité, Équité et Inclusion), d’écologisme corporatiste, de représentation post-identitaire et de militantisme symbolique qui avait atteint son apogée après la mort de George Floyd et le cycle Black Lives Matter. Puis, en 2025, la confirmation la plus flagrante de ce repositionnement est venue : Meta, avec d’autres géants de la Silicon Valley, a commencé à démonter pièce par pièce l’architecture interne du paradigme woke. Non seulement un rétrécissement des politiques DEI, mais aussi la suppression de ces petits «drapeaux» microsymboliques qui avaient marqué l’époque précédente: des programmes d’inclusion poussée jusqu’aux choix les plus paradoxaux, comme la distribution de serviettes hygiéniques dans les toilettes pour hommes dans les bureaux de la Silicon Valley, du Texas ou de New York, justifiée au nom des salariés non-binaires ou en transition. Une mesure qui, au-delà des intentions, était devenue le symbole d’une réécriture idéologique du réel matériel.

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Ce ne fut pas un cas isolé. Entre 2024 et 2025, une série de grandes entreprises – de McDonald’s à Amazon, de Walmart à Ford – ont progressivement réduit ou abandonné des programmes structurés d’inclusivité et de diversité, les remplaçant par un langage plus neutre, axé sur la performance et les résultats. Comme l’a résumé un dirigeant d’Amazon, l’objectif n’est plus la multiplication des programmes, mais la construction d’une culture « plus réellement inclusive », à travers des indicateurs vérifiables et des objectifs d’entreprise. Plus récemment, c’est Larry Fink qui a expliqué que le balancier était allé « trop loin ». BlackRock a revu à la baisse certaines politiques qui, quelques années auparavant, semblaient être le nouveau catéchisme obligatoire de la grande finance. Mais le point, alors comme aujourd’hui, n’était pas de crier victoire. Il s’agissait de comprendre que le capitalisme n’avait pas soudain retrouvé le «bon sens»: il avait simplement changé de besoins. C’est précisément pour cela que la phrase d’Ocasio-Cortez, et l’écho qu’elle a reçu, mérite attention. Parce qu’elle montre quelque chose de plus intéressant que le simple «nous avions raison»: la phase «mythologique» du wokisme a pu s’achever au moment même où commence sa phase politique.

De l’«excès idéologique» à la nouvelle gauche

L’année 2020 n’a pas été simplement un moment d’« excès idéologique », mais une phase typique de mobilisation mythopoïétique: un cycle où un ensemble de symboles, de récits et de rituels sert à rendre politiquement disponible un nouveau champ de conflit. Les genoux à terre, les carrés noirs sur les réseaux sociaux, les statues déboulonnées, les manuels d’antiracisme obligatoires, le blackwashing obsessionnel dans les productions audiovisuelles, la révision des canons de beauté féminins et les entreprises qui, pendant quelques mois, se comportaient comme des départements d’études culturelles : ce ne sont pas des phénomènes esthétiques isolés, mais des dispositifs de synchronisation symbolique. Ils servent à produire un langage commun et, surtout, à signaler l’entrée de nouveaux critères de légitimité publique. En termes sociologiques, il s’agit de la phase «mythique» d’un cycle politique: non pas parce qu’elle serait irrationnelle, mais parce qu’elle agit sur la production de sens avant sa traduction institutionnelle. Le mythe est une structure narrative qui permet à des questions latentes (inégalités, race, violence institutionnelle, patriarcat) de devenir dicibles et rassemblées dans une seule grammaire morale. C’est ce qui rend la coalition possible, non ce qui la remplace.

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Aujourd’hui, Ocasio-Cortez l’admet presque candidement en parlant de la fenêtre d’Overton. Mais la dynamique est plus précise que ne le suggère la métaphore: une fois qu’une fenêtre de légitimité s’ouvre, elle ne se referme pas simplement; elle s’institutionnalise. Les idées qui traversent la phase mythique ne restent pas identiques à elles-mêmes: elles sont sélectionnées, traduites, épurées, puis intégrées dans des appareils stables – partis, administrations, politiques publiques, langages techniques. C’est là que réside l’erreur d’interprétation la plus courante: lire le reflux du wokisme comme un démenti du phénomène, plutôt que comme sa transition de phase. Netflix, Disney ou les campagnes publicitaires ne sont que la surface visible d’un moment esthétique désormais dépassé ; mais le véritable héritage du cycle n’est pas esthétique, il est infrastructurel.

La gauche des grandes coalitions

C’est ici que des cas politiques comme ceux de Zohran Mamdani et Abdul El-Sayed deviennent intéressants, même si la question ne se limite pas aux États-Unis. Mamdani est devenu maire de New York en axant l’essentiel de son programme sur le coût de la vie. Son administration parle de logements abordables, de transports, de services et de défense des locataires ; le plan logement présenté en mai prévoit la construction de 200.000 nouveaux logements abordables et la préservation de 200.000 autres sur la prochaine décennie.

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El-Sayed (photo), tout juste vainqueur des primaires démocrates pour le Sénat dans le Michigan, utilise une formule encore plus élémentaire: retirer l’argent de la politique, le remettre dans les poches des Américains, adopter Medicare for All. Il parle de supermarché, de loyer, d’hôpital, de salaires et de syndicats. Il serait difficile de trouver une forme plus «anti-woke» dans la présentation. Mais ce même schéma, avec des variantes locales, se retrouve désormais aussi en dehors des États-Unis.

Au Royaume-Uni, par exemple, la trajectoire d’une partie du Labour post-Corbyn et des administrations municipales progressistes s’est progressivement déplacée vers un vocabulaire beaucoup plus matériel: crise du logement, coût de l’énergie, transports publics, salaires réels. Même lorsque la culture politique reste imprégnée de multiculturalisme et de droits civils, la compétition électorale se joue de plus en plus sur les loyers et les factures que sur les batailles symboliques. En France, La France Insoumise de Mélenchon est un cas encore plus explicite: dans une structure idéologique qui conserve des éléments fortement identitaires et postcoloniaux, la campagne politique s’est concentrée de plus en plus sur l’inflation, le pouvoir d’achat, les retraites et le conflit social. L’axe n’est plus seulement celui de la « reconnaissance », mais aussi de la redistribution, avec une rhétorique qui revient à opposer le peuple aux élites économiques avant de penser en termes de minorités contre majorités culturelles.

En Italie, le fameux « champ large » progressiste montre une dynamique similaire, bien que plus confuse: la solidité des coalitions dépend de moins en moins d’un agenda culturel cohérent et de plus en plus de la capacité à rassembler des demandes sociales très concrètes – santé de proximité, salaires stagnants, précarité du logement, coût de la vie – qui traversent des électorats différents et souvent incompatibles sur le plan idéologique. Là aussi, le vocabulaire woke survit en surface, tandis que la substance de la compétition politique se déplace. Et pourtant, c’est précisément là l’essentiel. La gauche radicale, des deux côtés de l’Atlantique, apprend à dissocier son programme politique de l’esthétique qui l’accompagnait au cycle précédent. Ocasio-Cortez peut prendre ses distances avec l’abolition de la police tout en restant membre du chapitre new-yorkais des DSA. Elle peut tourner la page de la rhétorique de 2020 et, dans le même temps, saluer comme un « renouveau » du Parti démocrate la percée de la nouvelle gauche socialiste.

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La gauche ne pourra plus jamais être non-woke

Il y a quelques jours, The American Spectator publiait un article au titre volontairement provocateur : « Why All Leftism Is Now Far Left ». La thèse d’Itxu Díaz est que des thèmes qui, au XXe siècle, appartenaient à la gauche radicale – politique de genre, multiculturalisme, frontières, révision de l’histoire, abolitionnisme pénal – ont progressivement colonisé l’ensemble du camp progressiste. Pris à la lettre, bien sûr, « toute la gauche est extrême » est faux. Il existe des démocrates modérés aux États-Unis, des sociaux-démocrates européens, des administrateurs pragmatiques, etc. Mais la provocation met le doigt sur un phénomène réel: il a presque entièrement disparu, ce courant de gauche qui pouvait être socialiste sur l’économie, national sur la communauté, populaire dans les mœurs et radicalement étranger à la constellation idéologique articulée autour du genre, de l’intersectionnalité, de l’écologisme et du tiers-mondisme. L’ancienne gauche pouvait se disputer sur les salaires sans avoir nécessairement une théorie sur la fluidité de genre. Elle pouvait défendre l’État-providence sans considérer que toute frontière est une forme de violence. Elle pouvait organiser les ouvriers sans s’imaginer investie de la mission de représenter universellement toutes les minorités existantes. Désormais, toute la gauche doit emporter avec elle un peu de woke, même pour parler de santé, d’infrastructures et de travail. Le wokisme a profondément changé la signification même d’« être de gauche ».

Au sein de cette transformation s’inscrit aussi un phénomène qui mériterait d’être analysé sans caricatures: la convergence politique croissante entre le progressisme occidental et une partie des communautés musulmanes. Non pas à cause de la foi personnelle en soi, qui ne prouve rien, mais parce que des questions comme Gaza, Israël, l’immigration et la discrimination sont devenues des points de mobilisation à travers lesquels une partie de l’électorat musulman entre durablement dans les nouvelles coalitions progressistes. El-Sayed soutient ouvertement l’embargo sur les armes à Israël et l’abolition de l’ICE, tout en axant sa campagne sur Medicare for All et le coût de la vie. En ce sens, « woke » et lutte des classes ne sont pas des pôles opposés, mais deux moments d’une même dialectique historique qui tend à se rejoindre après une phase de gestation et de séparation apparente.

Du mythe à la politique: que se passe-t-il maintenant ?

En somme, on peut sourire des boutades sur le «Woke 1» et suivre les trajectoires des candidats démocrates qui n’ont plus envie de discuter de l’abolition de la police. Le carnaval, du moins pour l’instant, semble terminé. Mais les fenêtres d’Overton fonctionnent précisément ainsi: certaines propositions entrent, d’autres sont rejetées, d’autres encore deviennent si normales qu’elles n’ont plus besoin de l’étiquette qui les a fait passer. Le vrai succès d’une idéologie arrive quand elle n’a plus besoin de se présenter comme idéologie. En 2020, le wokisme fut une explosion mobilisatrice, un véritable mythe avec ses symboles, ses prêtres et ses liturgies. Mais il a entre-temps sélectionné des cadres, modifié des coalitions, déplacé des priorités, mais surtout changé le vocabulaire politique d’une génération entière.

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C’est là, sans doute, que la droite devrait commencer une réflexion moins consolatrice. Car si une partie d’entre elle a eu le mérite de reconnaître très tôt la nature idéologique du phénomène woke, elle a trop souvent confondu cette capacité de diagnostic avec une politique. Elle a parfaitement appris le mythe de l’adversaire, sans jamais réussir à en construire un pour elle-même. Pendant des années, elle a su dire ce qu’elle ne voulait pas: la cancel culture, l’immigration sans limites, la fluidité de genre, l’écologisme punitif, la réécriture du passé. Mais elle a beaucoup moins clairement su dire quelle forme de société, quelle idée du peuple, quel rapport entre travail, technique, famille, État et nation devait leur succéder. Et là, le problème devient brutalement politique, plus que simplement culturel. Un mythe ne se combat pas avec de «meilleures» idées, ou en démontrant que celles des autres sont scientifiquement «fausses», mais quand une autre représentation du monde devient assez puissante pour produire un langage, des hommes, des institutions et des comportements.

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Qui est Sergio Filacchioni? 

Journaliste, graphiste et photographe, actif pour le magazine en ligne Il Primato Nazionale. Romain, né en 1998.

dimanche, 23 août 2026

Le Heartland russe reconfigure ses liens avec le sud pour fonder un nouvel axe de gravité eurasiatique

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Le Heartland russe reconfigure ses liens avec le sud pour fonder un nouvel axe de gravité eurasiatique

José Luis Preciado

Source: https://geoestrategia.eu/noticia/46643/geoestrategia/el-h...

Kamil Askerkhanov écrit, dans un texte lucide publié le 11 août 2026 dans le média d’opinion qui accueille sa voix d'analyste, qu’il existe des processus difficiles à percevoir à travers l’information quotidienne: aujourd’hui on décide la construction d’une voie ferrée, demain on discute des tarifs, après-demain on construit un port, un terminal ou un gazoduc, mais si l’on superpose tout cela sur une carte, il devient évident que la géométrie même de l’Eurasie est en train de changer progressivement, et que, derrière le bruit des conjonctures, le continent le plus vaste de la planète est en train de réécrire silencieusement les coordonnées de sa puissance.

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Après l’effondrement de l’URSS, le Heartland (ou "Pivot Area") — cette masse continentale intérieure que Halford Mackinder érigea en axe de l’histoire mondiale — s’est réduit systématiquement pendant trois décennies, car la Russie a perdu une partie significative de son territoire, de ses infrastructures et de ses connexions, tandis que l’économie eurasiatique s’est de plus en plus orientée selon l’axe Est-Ouest, où la Chine produisait, l’Europe consommait, et entre les deux on construisait des chemins de fer, des ports et des centres logistiques, tandis que le pétrole et le gaz russes étaient également principalement dirigés vers l’Occident, et même l’Asie centrale s’intégrait progressivement dans cette structure horizontale qui semblait dictée par la géographie du capitalisme global.

Aujourd’hui, cependant, la direction commence à changer, et ce que suggère finement Askerkhanov, c’est qu’il ne faut plus considérer le corridor « Nord-Sud » uniquement comme une voie de transport, mais plutôt comme l’embryon d’un nouveau axe d’organisation de l’Eurasie, une colonne vertébrale qui recompose les maillons brisés de l’empire intérieur et ouvre de nouvelles brèches vers les mers chaudes du globe.

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La preuve de cette mutation tectonique se déploie dans trois directions convergentes qui, loin d’être des alternatives exclusives, fonctionnent comme un faisceau de fibres renforçant la même tension longitudinale: à l’ouest, la ligne Resht-Astara, qui doit relier le système ferroviaire russe, via l’Azerbaïdjan, à l’Iran et à ses ports du sud, est en voie d’achèvement ; plus à l’est, se développe la route Russie-Kazakhstan-Turkménistan-Iran, qui répète le schéma de pénétration méridienne mais par une voie plus continentale ; et plus à l’est encore, une troisième direction émerge progressivement à travers l’Asie centrale, l’Afghanistan et le Pakistan, où le chemin de fer transafghan doit offrir à l’Asie centrale un accès direct aux ports pakistanais de la mer d’Arabie, et où la Russie et le Pakistan préparent un transport ferroviaire test tandis qu’à Moscou, on discute simultanément d’un projet bien plus ambitieux: un accès ferroviaire terrestre direct de la Russie à l’océan Indien.

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Cet ensemble ne forme pas un seul corridor, mais un véritable éventail de routes du nord au sud : une via le Caucase et l’Iran, une via le Kazakhstan, le Turkménistan et l’Iran, et une troisième via l’Asie centrale, l’Afghanistan et le Pakistan, de sorte que l’infrastructure de transport se complète progressivement avec l’énergétique et le commerce: l’UEEA dispose déjà d’une zone de libre-échange avec l’Iran et négocie avec l’Inde, tandis que la Russie et l’Iran discutent d’une connexion gazière via l’Azerbaïdjan d’une capacité potentielle allant jusqu’à 55 milliards de mètres cubes, et au nord, comme contrepoint arctique, on trouve également la Route maritime du Nord, qui referme l’arc polaire de cette ambitieuse verticalité.

Ce qui émerge à l’horizon des prochaines décennies, c’est donc une structure verticale assez claire : Arctique, Russie, Asie centrale, océan Indien, une ligne de force qui inverse la logique horizontale qui dominait l’intégration eurasienne depuis la chute du mur, et qui oblige à revenir à Mackinder pour comprendre la profondeur historique de ce virage, car la faiblesse séculaire du Heartland était précisément sa continentalité, cette malédiction géographique qui combinait un vaste territoire, des ressources et de la profondeur stratégique avec un accès limité à l’océan mondial, d’où la lutte séculaire de la Russie pour la mer Baltique, la mer Noire, le Caucase et les détroits, une pression constante vers les bords du continent qui s’est encore accentuée après 1991 avec la perte de ports et de bases navales clés, mais qui aujourd’hui, selon la lecture perspicace d’Askerkhanov, peut se résoudre de façon totalement différente, non plus par un mouvement vers l’Ouest et la tentative de briser le « Rimland » qui entoure le Heartland, mais par un pivotement vers le Sud qui ne cherche pas à percer l’anneau côtier mais à construire ses propres débouchés méridionaux depuis le cœur même du continent.

Cet axe assume en outre une autre fonction capitale qui va au-delà de la logistique pour s’inscrire au cœur de la géopolitique contemporaine : car si l’on observe ce qui se passe à l’ouest de cette ligne verticale, on constate un paysage de désolation croissante : l’Ukraine et la mer Noire sont devenues une zone de guerre, la Méditerranée orientale se militarise rapidement, le Moyen-Orient traverse une période d’instabilité majeure, les détroits d’Ormuz et de Bab-el-Mandeb, artères commerciales vitales, deviennent en même temps les principaux risques pour la logistique mondiale, et plus loin encore se trouve l’Europe, qui ressent de plus en plus les conséquences de ce qui se passe à travers l’énergie, les assurances, la logistique et le coût des importations, de sorte que le corridor « Nord-Sud » devient progressivement aussi une sorte de frontière entre deux espaces radicalement différents : à l’est de cette ligne, on tente de construire une nouvelle architecture eurasienne basée sur l’intégration profonde et la connectivité intérieure, tandis qu’à l’ouest s’étend une ceinture d’instabilité croissante, de l’Ukraine et de la mer Noire à la Méditerranée orientale et au golfe Persique, une fracture civilisationnelle qui sépare la zone de construction de la zone de conflit.

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La situation de l’Iran, dans ce nouveau jeu, est particulièrement intéressante, car d’un côté il est directement impliqué dans la crise du Moyen-Orient, exposé à toutes les tensions sectaires et géopolitiques de la région, mais de l’autre, il est traversé par les routes les plus importantes qui relient l’Eurasie intérieure aux mers du Sud, ce qui fait de Téhéran une charnière inconfortable mais indispensable, même si l’émergence de la route afghano-pakistanaise rend l’ensemble beaucoup plus stable en offrant une alternative qui réduit la vulnérabilité liée à un point de passage unique, de sorte que l’Iran cesse d’être la seule porte d’accès au Sud et que le système gagne en résilience et en redondance, alors que l’Occident et la Turquie promeuvent leur propre structure horizontale — le Corridor médian à travers l’Asie centrale, la mer Caspienne, le Caucase du Sud et la Turquie vers l’Europe — qui concurrence directement la vision russe et aboutit à deux géométries eurasiennes opposées: l’axe Est-Ouest vers l’Europe, qui reproduit la logique de l’intégration atlantique et de la dépendance aux marchés occidentaux, et l’axe Nord-Sud vers l’océan Indien, qui mise sur une réorientation radicale des flux commerciaux et énergétiques vers le Sud global.

La question n’est donc plus de savoir quelle est la route la plus rapide pour livrer un conteneur, car le débat s’est déplacé vers un terrain bien plus décisif: dans quelle direction l’Eurasie intérieure sera-t-elle orientée économiquement dans les prochaines décennies, vers l’Occident, comme cela semblait évident après l’effondrement de l’URSS, ou vers le Sud et l’Est, comme cela commence à se dessiner de façon de plus en plus claire, car le Heartland, après trente ans de contraction et de repli, commence peu à peu à rétablir ses connexions internes et, chose plus importante encore, à ouvrir de multiples débouchés vers les mers du Sud, rompant ainsi son isolement océanique historique.

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La thèse centrale qui traverse l’analyse d’Askerkhanov, c’est que si ce processus continue, la Russie, de la périphérie orientale de l’économie européenne, deviendra progressivement le nœud septentrional d’un système méridional reliant l’Arctique, l’Asie centrale et l’océan Indien ; et c’est cela, et non les volumes actuels de fret passant par le corridor « Nord-Sud », qui importe vraiment, car l’enjeu n’est pas l’efficacité logistique du présent mais l’orientation stratégique du futur, la capacité d’un pays continental à redéfinir sa propre géographie par l’infrastructure, à transformer son isolement historique en avantage comparatif qui lui permet d’articuler l’espace eurasiatique autour d’un nouveau méridien de puissance.

Ce pivot vers le sud n’est donc pas un simple ajustement des routes commerciales, mais une refondation de la place de la Russie dans le monde, un pari pour se découpler de la dynamique atlantique et construire son propre axe de gravité, en tirant parti des nouvelles technologies de transport, de la demande croissante des marchés asiatiques et de l’instabilité systémique des routes maritimes traditionnelles, qui ont fait de la mer Rouge et du golfe Persique des zones à haut risque pour le commerce mondial.

Le corridor « Nord-Sud » apparaît ainsi comme le symbole d’une nouvelle étape de l’histoire eurasienne, une étape où le continent intérieur cesse d’être un espace passif traversé par des routes horizontales reliant les côtes pour devenir un acteur actif tissant son propre réseau de connexions verticales, qui ne cherche pas à accéder à l’océan pour s’intégrer au système mondial existant, mais pour créer un système alternatif dont la force réside dans son intériorité continentale, et non dans sa faiblesse.

La géopolitique de Mackinder, qui a servi pendant un siècle à expliquer la lutte pour la domination du monde, doit être réévaluée à la lumière de ces évolutions, car si le Heartland n’est plus prisonnier du Rimland, s’il peut générer ses propres sorties vers la mer par des corridors terrestres traversant des pays alliés ou neutres, alors l’équation classique du pouvoir maritime face au pouvoir terrestre se déstabilise et ouvre un champ de possibles inédits, où la connectivité intérieure devient un atout stratégique de premier ordre et où les chaînes d’approvisionnement mondiales ne dépendent plus exclusivement des détroits et canaux contrôlés par les puissances navales occidentales.

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Le pari russe sur le corridor « Nord-Sud » est, en ce sens, un pari sur l’autonomie stratégique, sur la capacité à générer des routes alternatives échappant au contrôle des goulets d’étranglement maritimes qui ont traditionnellement assuré l’hégémonie des puissances anglo-saxonnes sur le commerce mondial, et c’est aussi un pari sur l’intégration avec l’Asie centrale, le Caucase et l’Asie du Sud, régions historiquement périphériques qui deviennent désormais le cœur opérationnel de ce nouvel axe vertical.

La complexité du projet ne doit cependant pas être sous-estimée, car elle implique non seulement des investissements massifs en infrastructures et une coordination politique de haut niveau entre des pays dont les intérêts ne coïncident pas toujours, mais aussi la capacité à gérer les risques géopolitiques qui traversent chacune des routes proposées, de l’instabilité en Afghanistan aux tensions entre l’Iran et l’Occident, en passant par les différends dans le Caucase et la concurrence avec le Corridor médian promu par la Turquie. Mais c’est précisément cette complexité qui rend le projet si fascinant, car il ne s’agit pas d’une œuvre linéaire, mais d’un système de routes interconnectées qui se renforcent mutuellement, de sorte que si une direction rencontre des obstacles, les autres peuvent absorber le trafic et maintenir la fluidité de l’ensemble, créant un réseau redondant et résilient, meilleure garantie contre l’interruption et le conflit.

L’article d’Askerkhanov, publié le 11 août 2026, paraît à un moment crucial où les décisions en matière d’infrastructures et de connectivité prennent une dimension existentielle pour les États eurasiatiques, et sa lecture nous invite à aller au-delà des statistiques de fret et des calendriers de construction pour creuser le sens profond de ce réaménagement spatial, car l’enjeu ultime, c’est l’orientation civilisationnelle d’un continent qui fut le théâtre des grandes confrontations du XXe siècle et qui cherche désormais à se reconfigurer autour de nouvelles logiques d’intégration.

Le Heartland, ce vaste territoire que Mackinder considérait comme le pivot de l’histoire, s’éveille de sa léthargie postsoviétique et soigne ses os brisés pour en faire une nouvelle colonne vertébrale tournée vers le sud, cherchant la chaleur de l’océan Indien et promettant de transformer non seulement la géographie du commerce, mais aussi l’architecture du pouvoir mondial, car lorsqu’une puissance continentale comme la Russie décide d’orienter son infrastructure vers le sud, elle transforme sa propre identité géopolitique, elle tourne le dos à la tentation européiste qui l’a longtemps poussée à regarder vers la Baltique et la Méditerranée, et elle embrasse un destin asiatique et méridional qui la relie aux marchés les plus dynamiques et aux routes les plus prometteuses du XXIe siècle.

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Le corridor « Nord-Sud » est, à cet égard, bien plus qu’un projet de transport: il est la manifestation physique d’une nouvelle conscience stratégique, la matérialisation d’un tournant copernicien dans la géopolitique russe, et la promesse d’un avenir où la continentalité, autrefois perçue comme une malédiction, deviendra le socle d’une nouvelle forme de puissance qui n’a pas besoin de côtes pour être globale, car elle a appris à construire ses propres océans sur la terre ferme.

Source consultée:

Kamil Askerkhanov. Nord – Sud. La renaissance du Heartland. Opinion. 11 août 2026.

L’Amérique sacrifie ses colonies européennes

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L’Amérique sacrifie ses colonies européennes

par Alessandro Volpi (*)

Source: https://www.sinistrainrete.info/articoli-brevi/33510-ales...

Les stratégies monétaires des prochains mois, face à un risque d’inflation et de stagnation de plus en plus évident, seront décisives.

L’action de la Réserve Fédérale et de la BCE sera donc particulièrement déterminante.

Il est alors utile de s’arrêter, ne serait-ce que brièvement, pour essayer de comprendre ce qui se passe au sein de ces institutions.

À la Réserve Fédérale, le nouveau président Kevin Warsh, nommé par Trump, a décidé de constituer un « groupe de travail » pour définir la ligne de la banque centrale américaine.

Dans ce groupe figurent :

– l’ancien gouverneur de la Banque d’Angleterre, Mervyn King, membre du Group of Thirty (G30), une organisation privée et exclusive qui réunit les dirigeants des banques centrales et les PDG des plus grandes banques privées (comme Goldman Sachs et JPMorgan),

– Marc Andreessen, cofondateur d’Andreessen Horowitz, un fonds de capital-risque gérant plus de 40 milliards de dollars d’actifs, très actif dans le domaine des cryptomonnaies,

– l’économiste (FMI) et ancien gouverneur de la Banque centrale indienne, Raghuram Rajan, aujourd’hui conseiller principal chez BDT & MSD Partners (banque d’affaires qui gère les capitaux de certaines des familles les plus riches du monde, dont les Dell) et, comme King, membre du Group of Thirty,

– le Prix Nobel 2011 Thomas Sargent, très actif dans le monde des fonds spéculatifs quantitatifs,

– l’ancien gouverneur de la Banque centrale du Brésil, Arminio Fraga qui, avant de diriger la banque centrale, a été le bras droit de George Soros en tant que directeur général du Quantum Fund, et fondateur de Gávea Investimentos, l’une des principales sociétés de gestion d’actifs et de private equity en Amérique latine, autrefois contrôlée par JP Morgan Asset Management.

En résumé, la stratégie monétaire de la plus grande banque centrale du monde, qui déterminera l’avenir du dollar, sera conçue avec la contribution fondamentale d’une élite très restreinte de grands conseillers de la finance privée.

L’affaire de la BCE sera probablement caractérisée, quant à elle, par la démission anticipée de Christine Lagarde afin de permettre à Macron, avant la fin de son mandat, de participer au choix du ou de la prochaine dirigeant(e) de l’institution de Francfort, qui pourrait être l’un des suivants : Klaas Knot, président de la banque centrale des Pays-Bas et membre du Conseil des gouverneurs de la BCE, Isabel Schnabel, membre du directoire, ou Joachim Nagel, président de la Bundesbank.

En Europe, la stratégie monétaire pourrait donc être définie par un «faucon» de l’austérité.

Si nous essayons de relier les points en réunissant ces deux situations, il en ressort un scénario dans lequel la Fed accompagnera les opérations des géants de la finance américaine sans faire défaut à la liquidité de la bulle hypertrophiée en cours, tandis que le rigorisme de la BCE facilitera la colonisation par ces mêmes géants de la finance américaine de l’épargne du Vieux Continent.

* * *

P.S. J’ai utilisé le terme « stratégie » car il ne s’agit pas ici de « politique » monétaire. Il s’agit de la stratégie du capitalisme financier qui, pour sauver le cœur de l’empire, doit sacrifier les colonies, lesquelles sont d’ailleurs responsables d’avoir accepté cette subordination et d’avoir confié le destin économique de leurs populations à ce système.

(1) Facebook.

samedi, 22 août 2026

Entre multipolarité et “fin des temps” apocalyptique

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Entre multipolarité et “fin des temps” apocalyptique

Lorenzo Carrasco

Source: https://jornalpurosangue.net/2026/04/29/entre-a-multipola...

Dans un article opportun intitulé «La fausseté mécaniste – pourquoi l’Occident échoue si souvent en géopolitique», l’ex-diplomate et ancien analyste du MI-6 britannique Alastair Crooke affirme sans détour que la grille de lecture de la rationalité séculière occidentale n’est pas adaptée pour comprendre le conflit israélo-palestinien. Pour lui, il est évident que l’avenir de la région est de plus en plus décidé par des symboles religieux — «[la mosquée] Al-Aqsa contre le Troisième Temple».

Crooke précise: «(…) En Israël, les élections nationales de novembre 2022 ont amené au pouvoir une nouvelle direction qui s'est engagée à parachever la fondation d’Israël sur la “Terre du (Grand) Israël”, en déplaçant la population non juive et en mettant en œuvre la loi halakhique [liée aux coutumes dictées par la Torah et la tradition rabbinique].

«La plateforme du nouveau gouvernement était l’expression d’un dessein eschatologique et messianique, avec une téléologie visant à ouvrir la voie vers la Rédemption messianique. Elle n’était ni séculière, ni formulée dans des termes éclairés.

« Mon argument… est que les modes de pensée occidentaux, séculiers et mécanistes, ne comprennent pas ces changements fondamentaux. L’Occident s’obstine à appliquer ses préceptes conceptuels occidentalisés à quelque chose — le messianisme et la quête de la Rédemption — qui échappe totalement au champ de conscience occidentale postmoderne. Nous comprenons bien la politique de puissance, mais l’eschatologie reste, dans une large mesure, un livre fermé pour la plupart des Occidentaux séculiers ».

61QFqVr2VeL._AC_UF1000,1000_QL80_.jpgD’un autre côté, il affirme que «les États-Unis eux-mêmes sont loin d’être immunisés contre les courants de l’idéalisme messianique, du millénarisme et du manichéisme». Citant l’historien Michael Vlahos, il observe: «Depuis leur fondation, les États-Unis ont recherché, avec une ferveur religieuse ardente, un appel supérieur pour racheter l’humanité, punir les impies et inaugurer un millénaire d’or sur Terre. L’Amérique est restée fidèle à sa vision singulière d’une mission divine en tant que “Nouvel Israël de Dieu”».

Autrement dit, «les États-Unis ne sont pas seulement ‘messianiques’ dans leur nature… mais ils manifestent une vision implicitement biblique, proclamant leur foi dans la nature prédestinée de leur destinée. Une “nation élue”, désignée divinement pour agir au nom de la Providence comme Rédemptrice du monde».

Néanmoins, ce que signale Alastair Crooke, c’est la fin de l’ère dominée par la suprématie de la pensée mécaniste consolidée par les Lumières occidentales, en gros, ces derniers trois siècles et demi. Un système qui s’avère de plus en plus incapable d’expliquer des phénomènes qui relèvent de la métaphysique, y compris la révolution islamique elle-même et la résilience conséquente de l’Iran dans sa confrontation avec deux des plus grandes puissances militaires du monde, la résurgence de la Russie orthodoxe et l’expansion du catholicisme aux États-Unis, en grande partie impulsée par l’immigration hispanique.

En somme, un carrefour entre une multipolarité réelle et la « fin des temps » souhaitée et préparée par des fondamentalistes qui se déguisent en avant-gardistes de la civilisation.

Les BRICS n’ont pas besoin d’une monnaie commune pour affaiblir le dollar

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Les BRICS n’ont pas besoin d’une monnaie commune pour affaiblir le dollar

Source: https://www.unser-mitteleuropa.com/203884

Les BRICS peuvent « tout simplement » réduire leur dépendance au dollar, sans même avoir à essayer de créer une monnaie commune semblable à l’euro.

Les échanges peuvent aussi être réglés en monnaies nationales via un système de compensation multilatéral, permettant ainsi aux membres d’utiliser de façon productive les soldes accumulés.

Les « intermédiaires » deviennent superflus

Même les échanges qui n’impliquent jamais les États-Unis passent souvent par le dollar. Les importateurs reçoivent des dollars, les banques utilisent des canaux libellés en dollars et les gouvernements détiennent des réserves en dollars. Le règlement direct en roubles, roupies, yuans ou autres monnaies des BRICS élimine automatiquement cet intermédiaire, réduit les coûts de conversion et la vulnérabilité face aux sanctions financières.

Des échanges déséquilibrés posent toutefois un autre problème. Si un pays exporte beaucoup plus qu’il n’importe, il accumule la monnaie d’un partenaire, avec peu de possibilités de la dépenser ou de l’investir. Ces soldes inutilisés peuvent finir par pousser les exportateurs à refuser les paiements dans la monnaie locale.

Le système proposé limiterait donc la quantité de chaque devise que les membres pourraient détenir. Une institution de compensation des BRICS gèrerait les flux commerciaux nets entre plusieurs pays, au lieu de régler chaque opération séparément. Les soldes excédentaires pourraient être investis dans des obligations d’État, des fonds pour l’infrastructure et le développement, convertis via des échanges de devises ou, en dernier recours, transformés.

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La stabilité du dollar est remise en cause

Cela vise donc la fonction qui confère au dollar une grande partie de sa stabilité. Les pays acceptent le dollar notamment parce que la profondeur des marchés américains leur permet de réinvestir leurs excédents commerciaux dans des actifs liquides. Les BRICS n’ont cependant pas besoin d’une banque centrale commune ou d’une politique fiscale partagée pour reproduire cette fonction. Il suffit de règles de compensation crédibles et d’actifs utiles pour les détenteurs d’excédents.

Certains éléments existent déjà. Les banques centrales des BRICS ont développé une initiative volontaire de paiements transfrontaliers et discutent de « BRICS Clear », un éventuel réseau indépendant de compensation et de dépôt. Les comptes spéciaux Vostro en roupies de l’Inde permettent déjà aux banques étrangères de détenir des recettes commerciales en roupies et de les investir dans des titres de créance autorisés.

Le risque de change, les contrôles de capitaux, les marchés inégaux et la méfiance politique restent toutefois des obstacles possibles. Une union de compensation doit rendre les devises nationales attractives à détenir en période de déséquilibres commerciaux. Un tel système ne détrônerait évidemment pas le dollar du jour au lendemain. Sa valeur réside dans la possibilité de transférer davantage d’échanges hors du circuit du dollar, de réduire la dépendance aux réserves et de limiter la portée des sanctions financières occidentales.

La puissance du dollar peut donc s’éroder via l’infrastructure de paiement, bien avant que les BRICS ne s’accordent sur une monnaie commune.

11:10 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : brics, finance, monnaie, actualité | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

vendredi, 21 août 2026

Les escrocs nationaux-bourgeois: Dick Erixon et la droite "Excel" et moderne

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Les escrocs nationaux-bourgeois: Dick Erixon et la droite "Excel" et moderne

Source: https://hardensrost.substack.com/p/de-nationalborgerliga-...

Une forme particulière de tromperie caractérise une grande partie de la droite contemporaine. Des personnalités qui, depuis des décennies, ont défendu exactement le même ordre économique et culturel qui a jadis dissous nos communautés, affaibli nos traditions et rendu l’homme toujours plus déraciné, tentent aujourd’hui de se présenter comme les défenseurs de la civilisation, tout en continuant de défendre la même logique économique qui a contribué à cette dissolution.

Europadagen_2024_på_Kulturhuset_i_Stockholm_08.jpgDick Erixon (photo) est un exemple clair de cette évolution. Issu des milieux néolibéraux du Parti du Centre et pétri de l’idéologie de marché de la boîte à penser Timbro, il s’est progressivement transformé en commentateur conservateur, qui vante notre héritage chrétien, notre identité occidentale et la décadence civilisationnelle actuelle qui, à l’heure où j’écris, ronge la société suédoise.

Mais sous la surface, la vision du monde fondamentale reste la même. Il s’agit toujours de gérer la société libérale de marché, mais avec une rhétorique plus patriotique et une nostalgie d'ordre culturel. Il s’est créé ainsi une sorte de langage nationalisé pour protéger les valeurs du libéralisme de marché.

C’est pourquoi ce nouveau conservatisme bourgeois semble si souvent totalement creux. Il défend les formes extérieures de la civilisation tout en ayant perdu son contenu.

La société comme projet de management

Lorsque Dick Erixon et d’autres chroniqueurs similaires parlent de la crise de la société, l’accent est presque toujours mis sur les institutions, l’économie et l’administration. Il s’agit d’un État plus fort, d’une croissance accrue, de plus de policiers, de budgets de défense plus élevés, d’une politique migratoire plus stricte et d’un positionnement géopolitique. Les problèmes sont traités comme des questions purement techniques. On imagine que si les systèmes fonctionnent simplement un peu mieux, alors la société se guérira aussi.

Mais une civilisation n’est pas avant tout un projet administratif. Elle repose sur une culture vivante, sur des coutumes et des loyautés, des croyances religieuses et un profond sentiment de continuité historique. Lorsque ces racines s’affaiblissent, il ne sert à rien que l’économie fonctionne efficacement ou que l’État soit mieux organisé. Une société peut être parfaitement bien administrée et mourir spirituellement en même temps.

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Le marché, destructeur de la tradition

C’est ici que la droite moderne révèle sa contradiction la plus profonde. Elle prétend vouloir défendre la famille, la nation et les communautés traditionnelles, mais elle s’appuie sur le même ordre économique qui, peu à peu, les a détruites.

La logique du marché dérégulé exige mobilité, flexibilité et transformation permanente. On attend des gens qu’ils déménagent là où il y a du travail, qu’ils adaptent leur vie aux besoins de l’économie et qu’ils se considèrent comme des individus en compétition, plutôt que comme des membres d’un organisme historique et social. Les cultures locales, les structures familiales et les communautés stables sont constamment subordonnées aux exigences d’efficacité du marché. L’homme cesse alors d’être membre d’une culture vivante et devient, à la place, un acteur économique remplaçable ou une unité de production.

Ce n’est pas une nouvelle prise de conscience. Dès l’essor de l’industrialisation, il y a eu des penseurs qui ont vu comment les forces du marché commençaient à défaire les liens des anciennes structures sociales et morales. Déjà au XVIIIe siècle, Justus Möser mettait en garde contre la montée du rationalisme et des intérêts commerciaux centralisés qui menaçaient les coutumes locales uniques et les usages hérités des ancêtres.

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Hilaire Belloc et G.K. Chesterton

Dans le même esprit, Hilaire Belloc et G.K. Chesterton ont montré comment le marché du travail libre fonctionnait en pratique comme une gigantesque machine qui privait les gens de leurs biens et les arrachait à leur milieu naturel. Karl Polanyi l’a formulé mieux que n’importe quel traditionaliste, bien qu’il fût socialiste, en décrivant comment la société s’est trouvée subordonnée à l’économie, au lieu que ce soit l’inverse. Il en va de même pour le socialiste chrétien R.H. Tawney, qui a critiqué un système dans lequel l’intérêt pur du profit est progressivement devenu le principe moral suprême de la société. Cette critique touche la droite moderne de plein fouet encore aujourd’hui, bien que ces penseurs aient vécu il y a près d’un siècle.

Mais pourquoi regarder ailleurs alors que nous pouvons regarder notre propre Suède? Ici aussi nous avions des penseurs radicaux mais conservateurs sur le plan culturel, comme Elin Wägner, qui, à l’instar de ses homologues internationaux, a vu exactement la même chose se produire ici. Elle a décrit comment la société industrielle moderne arrachait l’homme à son environnement naturel et comment le respect de la terre et des relations proches était sacrifié pour le profit à court terme.

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Tout ce qui est solide se volatilise

Que vaut un conservatisme s’il se réduit à n’être que le gardien culturel du marché ?

Il ne suffit pas de parler avec chaleur du christianisme, de la nation et de la tradition, tout en défendant un ordre économique qui rend tout fluide: travail, identité, relations et appartenance. Aucun système n’est sans doute totalement exempt de contradictions, mais elles ne peuvent pas être aussi profondes et aussi fondamentales. C’est un peu comme dire qu’on croit en Dieu tout en le rejetant.

Tôt ou tard, le conflit logique éclate. Une société ne peut pas longtemps s’organiser autour de l’expansion économique et de la croissance, tout en espérant conserver des liens culturels et moraux forts.

Ici aussi, le discours de la droite bourgeoise sur l’Occident devient souvent étrangement superficiel. L’Occident se réduit à des institutions, à l’économie de marché et à la géopolitique, au lieu d’être compris comme une tradition culturelle et spirituelle plus profonde. Le christianisme n’est plus traité comme une vérité qui exige quelque chose de l’homme, mais comme un simple ciment pratique pour assurer l’ordre et la stabilité de la société. La spiritualité devient un contenant vide si elle n’est qu’un marqueur culturel au service des forces économiques.

La faillite de la droite "libéro-réactive"

La politique devient ainsi de plus en plus technocratique. Les problèmes de société sont compris comme de simples questions de gestion, d’incitations et d’administration, plutôt que comme l’expression d’une dissolution culturelle et existentielle profonde. Mais l’homme ne vit pas seulement de consommation, de sécurité et d’efficacité. Tôt ou tard, le vide surgit quand même.

C’est pourquoi la droite moderne apparaît si souvent comme réactive et impuissante, malgré sa grande confiance en elle-même. Elle tente fébrilement de freiner les conséquences d’un développement dont elle continue à défendre les principes de base.

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La réaction traditionnelle vs la réaction libérale

Une critique vraiment traditionaliste ou réactionnaire ne cherche pas seulement à administrer les conséquences de la dissolution libérale par une meilleure gestion et une rhétorique plus dure. Elle pose une question plus profonde: qu’y avait-il dans la logique économique de la modernité libérale qui a rendu nos sociétés si fragiles dès le départ?

La dissolution culturelle n’est pas un accident de l’histoire. Elle naît d’un système qui, pendant longtemps, a subordonné la communauté, la continuité et les loyautés locales aux exigences du marché en termes de mobilité, de croissance et de transformation permanente. Lorsque les gens sont arrachés à leur contexte et que tout devient interchangeable, les liens sur lesquels repose une civilisation s’affaiblissent aussi.

Dick Erixon n’a jamais vraiment affronté cette contradiction. Il a surtout changé de langage, passant du néolibéralisme au national-libéralisme. Le bureau de Stockholm a été remplacé par un bureau à Bruxelles, mais l’analyse de fond reste la même: des institutions plus efficaces, une rhétorique plus dure et une fidélité constante à l’ordre libéral du marché.

C’est pourquoi la nouvelle droite apparaît si souvent comme une forme étrange de réaction libérale. Elle réagit aux conséquences sociales du libéralisme, mais continue de défendre bon nombre de principes économiques qui les ont créées.

On ne peut pas sauver la famille tout en adorant la logique économique qui rend toutes les relations provisoires. On ne peut pas parler de continuité culturelle quand tout dans la société est organisé autour du changement permanent. Et on ne peut pas défendre une civilisation si l’on se réduit à n’être qu’un producteur, consommateur ou unité administrative.

Une droite qui ne comprend pas ce que le marché fait aux gens ne pourra jamais, à terme, défendre ce qu’elle prétend aimer. Il est temps de quitter les constructions de bureau et de revenir au foyer vivant.

Voilà pourquoi l’Europe a une gauche aussi médiocre - Gabriel Rockhill montre comment les États-Unis l’ont pilotée avec de l’argent

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Voilà pourquoi l’Europe a une gauche aussi médiocre

Gabriel Rockhill montre comment les États-Unis l’ont pilotée avec de l’argent

Kajsa Ekis Ekman

Source: https://www.aftonbladet.se/kultur/bokrecensioner/a/Wv69qr...

Hannah Arendt, Bertrand Russell et Albert Camus – trois parmi tant d’autres qui ont été financés par le CCF, le Congress for Cultural Freedom, fondé par la CIA, écrit Gabriel Rockhill dans Who paid the pipers of western marxism.

Lorsque les tours jumelles se sont effondrées le 11 septembre 2001, Gabriel Rockhill, originaire d’une ferme du Kansas, se trouvait très loin de chez lui. Il étudiait alors la philosophie dans l’une des meilleures universités de Paris, sous la direction de Jacques Derrida. Il s’y était rendu car la "théorie française" était considérée comme la plus radicale au monde: elle remettait tout en question, même les mots eux-mêmes ! Mais lorsque Rockhill fut invité à donner une conférence à l’université sur l’attentat du 11 septembre, il eut soudain un blanc – rien de ce qu’il avait appris ne pouvait expliquer ce qui s’était passé ni pourquoi. Il fouilla dans son arsenal théorique: pouvait-il utiliser l’objet petit a, les lois du désir, ou peut-être choisir une confrontation avec l’Autre?

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Choqué, Rockhill comprit que tout ce qu’il avait appris était complètement déconnecté de la réalité. Et si les théories les plus prestigieuses du monde étaient incapables d’expliquer la réalité, comment pouvaient-elles être radicales?

Depuis, Rockhill a tenté de répondre à cette question, et le résultat est l’ouvrage le plus bouleversant et novateur que j’aie lu ces dix dernières années. Who paid the pipers of western marxism m’a permis de comprendre, comme sous un éclairage brutal, pourquoi l’université européenne et les intellectuels de gauche européens sont si mous et édulcorés. Toute ma vie adulte, j’ai essayé de comprendre pourquoi ils caracolent avec des concepts sans jamais rien expliquer, pourquoi ils se disent radicaux sans vouloir rien changer, et pourquoi ils partagent si souvent l’opinion de l’establishment sur les questions de première importance.

J’ai pensé que c’était une question de pression de groupe ou de routine, parfois je me suis dit que ceux qui sont mis en avant étaient ceux qui ne menaçaient pas trop l’ordre établi, mais en même temps, j’ai eu du mal à imaginer comment le processus fonctionnait concrètement.

Rockhill a la réponse: ils sont payés par la CIA ! Pas tous, bien sûr, mais ce qu’il démontre dans cet ouvrage truffé de notes, c’est que la pensée de la gauche ouest-européenne est, dans une large mesure, le résultat d’une vaste opération d’influence des États-Unis. Pendant toute la période d’après-guerre, les États-Unis ont mené d’amples projets pour réorienter la gauche européenne.

Après la victoire de l’Armée rouge sur les nazis, le communisme bénéficiait d’un grand prestige au sein des mouvements radicaux en Europe. Éliminer physiquement la gauche, comme les États-Unis l’ont fait en Asie et en Amérique centrale, aurait été trop difficile et sanglant. Ils ont donc préféré la canaliser autrement, lançant un vaste projet visant à neutraliser la gauche en l'achetant.

Ils ont aussi placé leurs employés dans la plupart des agences de presse européennes, comme Reuters, AP et la danoise Ritzau.

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Le CCF, Congress for Cultural Freedom, a été fondé par la CIA en 1950. Son financement provenait en partie du budget de l’État, en partie des fondations Ford et Rockefeller. L’objectif était de pousser les intellectuels européens à prendre leurs distances avec le socialisme réel, et de créer une division entre l’Est et l’Ouest. Le siège était à Paris, et l’activité consistait à sponsoriser des journaux (plus de vingt magazines entretenus par le CCF), des revues académiques, des maisons d’édition (Routledge et Free Press, notamment), des conférences, etc. On plaçait aussi des employés dans la plupart des agences de presse européennes, comme Reuters, AP et leur homologue danoise Ritzau.

La mission était la suivante: éliminer l’influence communiste; transférer le nationalisme des pays individuels à une dimension paneuropéenne; unifier l’Europe de l’Ouest et les États-Unis et montrer aux non-Européens que la communauté atlantique n’est pas un club d’hommes blancs mais un bastion démocratique du monde libre.

Parmi les auteurs financés par le CCF, on trouve Hannah Arendt, Bertrand Russell, Raymond Aron, Albert Camus, Daniel Bell, André Malraux et Heinrich Böll. Certains ont affirmé par la suite qu’ils ignoraient qui était derrière ces généreuses subventions, mais selon Tom Braden de la CIA, cité par Rockhill, c’est ridicule: «À la fin des années 1960, tout le monde savait qui était derrière le CCF».

La différence était telle entre ces universitaires, qui bénéficiaient de moyens pratiquement illimités, et les autres, que cela ne pouvait pas passer inaperçu – mais il n'y a pas que cela: la CIA, grâce à son large réseau dans la presse, pouvait aussi s’assurer que ses auteurs aient droit à de grands articles et de bonnes critiques.

32296412561.jpgPar exemple, le Times Literary Supplement a inclus le livre de Daniel Bell, The End of Ideology, entièrement financé par la CIA et qui remercie ses agents dans la préface, dans sa liste des livres les plus influents du siècle. Comme par hasard, ce livre soutient que le marxisme est mort et que la gauche n’attire plus la classe ouvrière.

Cela ne signifiait évidemment pas que des agents de la CIA dictaient dans le détail ce que les intellectuels de gauche européens devaient écrire. Cela n’aurait donné guère plus que de la propagande grossière. De plus, on ne peut pas contrôler un intellectuel de cette façon. Non, ils étaient entièrement libres d’écrire ce qu’ils voulaient, et pouvaient être aussi radicaux et provocateurs qu’ils le souhaitaient, sauf sur un point: ils devaient prendre leurs distances avec le socialisme réel. Ils pouvaient critiquer le capitalisme autant qu’ils voulaient, proclamer la mort de la famille ou l’effondrement complet de la société, et même se dire communistes, tant qu’ils étaient d’accord pour ne pas vouloir que ce soit un communisme comme en Union soviétique. Autrement dit, entre capitalisme et socialisme réel, ils devaient toujours choisir le capitalisme.

Tout le monde à gauche en Suède devrait porter un regard attentif sur ses valeurs et examiner d’où elles viennent.

9780394704807-us.jpgLa révélation la plus choquante de Rockhill concerne peut-être l’École de Francfort, source du fameux «marxisme culturel». Cette école a engendré des penseurs comme Herbert Marcuse, Theodor Adorno et Max Horkheimer ; toute la « nouvelle gauche » pourrait en être issue. Quel intellectuel de gauche en Europe n’a pas puisé dans le terreau de l’École de Francfort? Moi-même, j’ai lu Reich et Marcuse à quinze ans – aujourd’hui, je devrais peut-être me réjouir de ne pas avoir tout compris à l’époque.

L’École de Francfort était en réalité totalement infiltrée et sponsorisée par l’État américain. Adorno a réalisé des études pour l’armée américaine, Horkheimer a personnellement veillé à purger les termes « communisme » et « révolution » des publications de l’École de Francfort, et Marcuse était le plus impliqué de tous. Il a travaillé sept ans pour le précurseur de la CIA, l’OSS, et son livre Le marxisme soviétique – une analyse critique a été financé par Rockefeller, tandis que ses brouillons étaient envoyés à l’US Air Force pour approbation.

On ne peut pas passer à côté de ce livre. Toute la gauche suédoise devrait examiner soigneusement ses valeurs et leur origine. Car le postmodernisme même, qui a marginalisé la gauche ouest-européenne (la seule fois qu’un parti de gauche a gagné une élection, c’était en Grèce, lors d’une crise économique profonde, et l’économie en était le seul enjeu) et l’a rendue ridicule, est le produit de l’anticommunisme de l’École de Francfort.

Le résultat, c’est que l’Europe a sans doute la gauche la plus médiocre du monde. Une gauche qui se drape dans la moralité et condamne les mouvements de résistance mais qui n’arrive même pas à faire interdire les oranges israéliennes dans les supermarchés, une gauche qui cultive la mélancolie au lieu de l’action, qui privilégie la culture sur l’économie et qui a une peur bleue de la victoire. Si c’est une gauche qui a été payée pour perdre, alors tout s’explique.

Cet ouvrage est le premier d’une trilogie, dont le dernier volume portera sur les penseurs contemporains. Rockhill annonce déjà qu’il s’attaquera à Judith Butler, Slavoj Žižek et Wendy Brown. J’ai hâte de lire la suite !

Kajsa Ekis Ekman est journaliste et écrivaine.

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jeudi, 20 août 2026

Asiatiques optimistes, Européens pessimistes

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Asiatiques optimistes, Européens pessimistes

Les Européens rejettent clairement la politique menée par leurs élites politiques

Bernhard Tomaschitz

Source: https://zurzeit.at/index.php/optimistische-asiaten-pessim...

« Asiatiques optimistes, Européens pessimistes » – c’est ainsi que l’on peut résumer brièvement une enquête de l’institut international d’études de marché Ipsos. Ipsos Global Opinion Polls – 25.709 personnes ont été interrogées dans différents pays – montre que les citoyens des États asiatiques sont majoritairement d’avis que leur pays est sur la bonne voie, alors que c’est l’inverse chez les citoyens des pays européens.

Les citoyens les plus optimistes sont ceux de Singapour: 86 % estiment que leur pays va dans la bonne direction, tandis que seulement 14% pensent le contraire. La Malaisie occupe la deuxième place avec 74% contre 26%, suivie de l’Inde avec 69% contre 31%. Les quatrième à sixième places reviennent à la Thaïlande, l’Indonésie et la Corée du Sud, soit d’autres pays asiatiques, et à la huitième place figure l’Argentine, premier pays non asiatique. 55% des Argentins pensent que leur pays va dans la bonne direction, ce qui semblerait confirmer une adhésion aux réformes lancées par le président de droite Javier Milei.

Parmi les Européens, les Polonais sont les moins mécontents: 43 % pensent que leur pays est sur la bonne voie. Toutefois, la majorité des Polonais – 57% – sont d’un avis contraire. Les citoyens des principaux pays européens, la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni, sont particulièrement pessimistes. Ainsi, seulement 23% des Allemands estiment que la République fédérale est sur la bonne voie. Chez les Britanniques, ils sont 21%, et chez les Français, à peine 10%. Aucune donnée n’a été recueillie concernant l’Autriche.

L’enquête d’Ipsos montre que les Européens rejettent la politique menée par une élite politique déconnectée, notamment la désindustrialisation, les sanctions contre la Russie qui nuisent à leur propre économie, l’hystérie climatique, la « wokeness », la correction politique et bien plus encore.

La solution de la Russie contre le chantage maritime de l’Occident – Un pont terrestre vers l’océan Indien

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La solution de la Russie contre le chantage maritime de l’Occident – Un pont terrestre vers l’océan Indien

Source: https://www.unser-mitteleuropa.com/203881

La Russie envisage désormais des liaisons ferroviaires vers l’océan Indien via l’Iran, le Turkménistan, l’Afghanistan et le Pakistan.

L’objectif est de maintenir le commerce, au cas où un goulet d’étranglement viendrait à être fermé ou si les services maritimes contrôlés par l’Occident venaient à être retirés.

Accès alternatif à l’Inde

Le vice-premier ministre Marat Khousnoulline a déclaré que les risques au Bosphore et dans le détroit d’Ormuz signifient que Moscou a besoin d’un accès alternatif à l’Inde.

La puissance maritime occidentale ne repose pas seulement sur des navires de guerre. Les services d’assurance, financiers, de courtage et portuaires peuvent déterminer si le fret circule ou non. Le plafonnement du prix du pétrole a révélé ce mécanisme. Le Royaume-Uni a interdit le transport maritime et les services connexes pour le pétrole russe vendu au-dessus d’un prix fixé par la coalition du G7, tandis que l’UE a refusé l’accès à ses ports et services à des centaines de pétroliers. L’Occident a ainsi tenté non seulement d’imposer où la Russie pouvait commercer, mais aussi de fixer le prix que les acheteurs de pays tiers étaient « autorisés » à payer.

L’alternative la plus avancée est donc le Corridor International de Transport Nord-Sud via l’Azerbaïdjan et l’Iran. En 2024, environ 20 millions de tonnes y ont déjà été transportées. Le maillon manquant essentiel est toutefois la ligne ferroviaire Rasht–Astara, longue de 162 km, qui permettra ainsi de créer une infrastructure ferroviaire continue le long de la route occidentale de la Caspienne. La Russie la soutient avec un prêt d’État de 1,3 milliard d’euros, tandis que l’Iran a naturellement accordé à une entreprise russe l’accès aux terrains de construction. Moscou s’attend à ce que la branche ouest achevée puisse transporter au moins 15 millions de tonnes par an.

Une deuxième axe également en projet

Un deuxième axe devrait traverser l’Asie centrale et l’Afghanistan jusqu’à Karachi et Gwadar sur la mer d’Arabie, contournant ainsi « habilement » Ormuz. L’Ouzbékistan, l’Afghanistan et le Pakistan ont signé en 2025 le cadre d’une étude de faisabilité. Des responsables russes estiment que l’itinéraire pourrait à terme transporter chaque année de 8 à 15 millions de tonnes de marchandises russes.

Le chemin de fer ne peut bien sûr pas remplacer les pétroliers et les vraquiers. Sa valeur réside cependant dans la redondance stratégique. Il permet de maintenir le commerce important lorsque Suez, Ormuz, le Bosphore ou les services maritimes occidentaux ne sont pas disponibles. Une route de secours n’a pas besoin d’être moins chère que la mer pour devenir inestimable lorsque la mer est fermée.

Ces corridors transformeraient l’intégration eurasienne en une infrastructure physique. Des voies ferrées communes exigent des tarifs communs, des règles douanières communes, des terminaux et aussi des mesures de sécurité partagées. L’Iran devient ainsi un pont important entre la Russie et l’Inde, l’Afghanistan gagne également une part de stabilité de transit, et le Pakistan devient ainsi une porte océanique pour l’intérieur de l’Eurasie.

L’Occident a transformé l’infrastructure maritime en une arme pour appuyer ses sanctions. La réponse une fois de plus « astucieuse » de la Russie est une assurance de transport à l’échelle du continent, destinée à garantir qu’aucun blocus maritime, aucune autorité portuaire ni aucun assureur ne puisse décider seul qui peut participer au commerce eurasiatique.

UE/Sécurité: Infrastructures vulnérables - Câbles sous-marins et pipelines dans la ligne de mire

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UE/Sécurité: Infrastructures vulnérables

Câbles sous-marins et pipelines dans la ligne de mire

Auteur : R.T. 

Source: https://zurzeit.at/index.php/eu-sicherheit-verwundbare-in...

Des pannes fréquentes, des traces de frottement dus aux ancres de navires et des incidents inexpliqués sur les câbles de données et les lignes énergétiques sous-marines en mer du Nord et en mer Baltique révèlent la vulnérabilité du continent européen. Bruxelles réagit désormais avec des plans d’action, des cartes de risques et sa propre « boîte à outils pour la sécurité des câbles ». Mais la question décisive demeure: ces mesures sont-elles suffisantes pour protéger réellement le système nerveux maritime de l’Europe en cas de crise ?

Le talon d’Achille maritime: 99% du trafic de données sous l’eau

Plus de 99% du trafic international de données passe par des câbles sous-marins. Les transactions financières, l’infrastructure du cloud, les communications gouvernementales et une grande partie de la vie économique moderne dépendent de fibres optiques posées sur le fond marin.

Cette infrastructure est vulnérable. Plus de 200 incidents sur des câbles sont recensés chaque année dans le monde. La plupart ne sont pas dus à un sabotage, mais à des ancres, à la pêche, à des événements naturels ou des causes techniques. Cependant, ces dernières années ont montré que cette vulnérabilité pouvait aussi être exploitée délibérément.

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Des dommages au câble de données C-Lion1 entre la Finlande et l’Allemagne, ainsi que d’autres incidents sur les connexions électriques et télécoms dans la région baltique, ont alerté les autorités de sécurité. Dans l’affaire du pétrolier Eagle S, les enquêteurs finlandais soupçonnaient des membres d’équipage d’avoir traîné une ancre sur le fond marin, endommageant ainsi la connexion électrique Estlink 2 et plusieurs câbles de télécommunication. Les personnes mises en cause nient toute intention malveillante.

C’est précisément là que réside le problème des opérations dites de « zone grise » : un défaut technique, un accident et une attaque ciblée peuvent se ressembler extérieurement. Le temps qu’une intention délibérée et les responsabilités soient clairement établies, le dommage est déjà fait.

Des outils bruxellois face à une menace physique

L’Union européenne a désormais pris conscience du problème. Après un plan d’action en 2025 sont venus des cartographies de risques et des tests de résistance. En février 2026, la Commission a finalement présenté une «boîte à outils pour la sécurité des câbles» et alloué 347 millions d’euros à des projets stratégiques de câbles sous-marins. Sur ce montant, 20 millions sont destinés à améliorer les capacités de réparation.

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Carte des câbles sous-marins d'Europe

C’est plus qu’un simple geste symbolique. Mais compte tenu de l’ampleur de l’infrastructure, la question de la sécurité opérationnelle demeure.

Des milliers de kilomètres de câbles et de conduites ne peuvent pas être surveillés sans faille. Les responsabilités sont partagées entre opérateurs privés, autorités nationales, gardes-côtes, forces armées, institutions européennes, et dans la région baltique, l’OTAN s’y ajoute encore. Parallèlement, le droit maritime international complique toute action préventive contre des navires circulant légalement dans les eaux internationales ou les zones économiques exclusives.

C’est précisément cette « zone grise » qui fait de l’infrastructure maritime une cible attrayante pour des opérations hybrides.

L’illusion d’une connectivité mondiale sans protection propre

La vulnérabilité de l’infrastructure sous-marine révèle un point faible de l’architecture de sécurité européenne. L’Europe a massivement développé son réseau numérique et énergétique sans renforcer au même rythme la protection physique de ces artères vitales.

Des redondances peuvent compenser des pannes isolées. Mais restent particulièrement vulnérables les régions et États dépendant de quelques câbles seulement. De plus, des attaques coordonnées sur plusieurs connexions peuvent avoir des conséquences bien plus graves que la coupure d’une seule ligne.

La leçon essentielle est donc: la numérisation n’existe pas dans le vide.

Le cloud repose à la fin sur des centres de données. Les flux de données internationaux passent par des fibres optiques. Les marchés de l’électricité dépendent de câbles physiques. Et chacune de ces connexions peut être endommagée.

La sécurité nécessite plus que des capacités de réparation

Les incidents dans les eaux européennes sont un signal d’alarme. Les infrastructures critiques ne peuvent être protégées ni par la seule régulation ni uniquement par une présence militaire.

Il faut des connexions redondantes, un meilleur renseignement maritime, des capteurs et une surveillance sous-marine, un nombre suffisant de navires de réparation ainsi que des procédures claires pour gérer les activités suspectes à proximité des infrastructures stratégiques.

Les opérateurs privés ne peuvent pas non plus être déchargés de leur responsabilité. Mais la protection d’infrastructures dont la panne peut affecter la sécurité de pays entiers reste in fine une mission régalienne.

L’Europe a désormais pris la mesure du danger. Il faut maintenant transformer cartes de risques, boîtes à outils et programmes de soutien en résilience opérationnelle.

Car qui ne peut pas protéger ses artères de données, d’électricité et d’approvisionnement reste vulnérable en cas de crise géopolitique.

mercredi, 19 août 2026

USA/Chine: le piège des matières premières - La riposte silencieuse de Pékin contre l’Occident

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USA/Chine: le piège des matières premières

La riposte silencieuse de Pékin contre l’Occident

Auteur : R.T. 

Source: https://zurzeit.at/index.php/usa-china-die-rohstoff-falle/

Tandis que Washington et Bruxelles se félicitent dans les médias parce que de nouveaux paquets de sanctions et barrières douanières ont été décrétés, Pékin resserre les vis en coulisses: par des contrôles ciblés à l’exportation et des exigences de licence pour les matières premières critiques, les terres rares et les technologies de transformation, la République populaire révèle le talon d’Achille de l’industrie occidentale. Le dogme de la croyance globaliste en la fiabilité des chaînes d’approvisionnement se retourne désormais contre ses adeptes, avec une rudesse sans appel.

L’étau à la source des matières premières: le régime des licences de Pékin

Pékin a adapté la logique des sanctions occidentales et l’a retournée contre ses inventeurs. Par le biais d’autorisations d’exportation pour des métaux clés – des terres rares comme le samarium, le dysprosium et le terbium, jusqu’au gallium, germanium et graphite – le ministère chinois du commerce (MOFCOM) contrôle de facto les artères vitales de la haute technologie moderne. Des contrôles extraterritoriaux plus avancés ont été annoncés en 2025, puis suspendus pendant un an.

Ceux qui pensaient que le conflit se limiterait aux semi-conducteurs et aux logiciels se trompent. La Chine contrôle environ 60% de l’extraction mondiale des terres rares nécessaires aux aimants, 91% de leur raffinage et près de 94% de la production d’aimants permanents. Si Pékin ralentit même légèrement ces livraisons ou subordonne les exportations à des autorisations officielles, les chaînes de production occidentales peuvent immédiatement être interrompues.

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La transition verte fait de l'Europe un otage géopolitique

La situation est particulièrement critique pour l’Europe et son économie locale. Tandis que la bureaucratie de l’UE impose au continent des diktats de décarbonisation et de transformation, l’Europe dépend fortement des chaînes d’approvisionnement chinoises pour de nombreuses matières premières nécessaires, en particulier pour les aimants à terres rares. Moteurs électriques, éoliennes, robotique ou électronique de défense moderne: sans matériaux magnétiques suffisants et métaux raffinés, des secteurs clés de la production industrielle européenne sont sous forte pression.

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Le projet phare de Bruxelles, le Critical Raw Materials Act (CRMA), doit réduire cette dépendance et renforcer l’extraction, le traitement et le recyclage européens. Mais la création de capacités alternatives avance lentement. Nouvelles mines et installations de raffinage nécessitent des années, tandis que les procédures d’autorisation, les normes environnementales et l’opposition locale ajoutent des obstacles supplémentaires. L’Europe a pris conscience de sa dépendance stratégique – mais est encore loin de l’avoir surmontée.

Du culte du libre-échange à la vulnérabilité stratégique

La crise actuelle des matières premières résulte aussi de décennies de politique économique ayant sous-estimé les risques stratégiques de chaînes d’approvisionnement mondiales très concentrées. L’idée que le marché mondial fournirait des matières premières de manière fiable et sans discrimination, quelles que soient les conditions géopolitiques, s’effondre sous les yeux de la nomenklatura occidentale.

Tandis que les États-Unis essaient au moins d’imposer leurs propres clauses de protection par des accords bilatéraux, l’Union européenne reste particulièrement vulnérable. L’industrie locale – des fournisseurs de l'industrie automobile, en Autriche et en Allemagne du Sud, à la construction mécanique – se retrouve face à des incertitudes d’approvisionnement, à des coûts d’achat parfois fortement augmentés et à des obligations de reporting supplémentaires vis-à-vis des autorités chinoises.

La fin des illusions exige la souveraineté sur les matières premières

La riposte chinoise dans le domaine des matières premières montre clairement que la souveraineté économique ne peut être assurée par des discours ou des directives sur papier, mais seulement par des chaînes d’approvisionnement solides et diversifiées.

Si l’Europe ne veut pas être durablement réduite au rôle de jouet industriel entre Washington et Pékin, il faut un changement de cap: la suppression des blocages réglementaires inutiles pour les projets de matières premières locaux, le développement de capacités européennes de raffinage et une politique commerciale qui prend au sérieux les dépendances stratégiques sont désormais essentiels.

Celui qui perd le contrôle du socle matériel de son économie perd aussi, à terme, sa capacité d’action en politique étrangère.

Contre les sanctions contre la Russie: l’UDC lance l’«Initiative pour la neutralité»

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Suisse

Contre les sanctions contre la Russie: l’UDC lance l’«Initiative pour la neutralité»

Berne. Coup de tonnerre en Suisse: lors d’une conférence de presse commune, Christoph Blocher, figure emblématique de l’UDC, Walter Wobmann et Stephan Rietiker ont lancé la campagne pour la dite « Initiative pour la neutralité ». Selon les initiateurs, il est grand temps: la Confédération doit revenir à sa «neutralité perpétuelle, armée et crédible» et inscrire ce principe durablement dans la Constitution fédérale.

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D’après l’UDC, la neutralité suisse a été de plus en plus érodée ces dernières années. En adoptant les sanctions de l’UE contre la Russie en 2022, la Suisse aurait perdu son rôle traditionnel de médiateur et se serait retrouvée sur la liste de sanctions russes. Blocher s’est également opposé au concept d’une neutralité «flexible» ou «pragmatique».

L’initiative prévoit de maintenir la Suisse durablement neutre et armée. L’adhésion à des alliances militaires serait exclue. Des sanctions propres contre des États en guerre ne seraient à l’avenir autorisées que si elles reposent sur une décision du Conseil de sécurité de l’ONU. Par ailleurs, la Confédération devrait renforcer à nouveau son rôle de médiateur dans les conflits internationaux.

Selon l’UDC, la majorité du Conseil fédéral et du Parlement suit une autre voie. Elle mise sur des prises de position en politique étrangère et sur des sanctions, ce qui affaiblit l’indépendance nationale. Blocher et ses partisans appellent donc à un retour à la conception traditionnelle de la neutralité. La population suisse se prononcera sur l’initiative le 27 septembre (mü).

Source: Zu erst, Août 2026.

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"Les Suisses voteront pour un retour à la stricte neutralité - Linitiative de l'UDC prévoit l'interdiction des sanctions".

lundi, 17 août 2026

Des théories de Brzezinski à Palantir: comment le conflit en Ukraine est devenu le plus grand test militaire des États-Unis

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Des théories de Brzezinski à Palantir: comment le conflit en Ukraine est devenu le plus grand test militaire des États-Unis

par Michele Blanco

Source: https://www.sinistrainrete.info/articoli-brevi/33490-mich...

La thèse avancée par Jeffrey Sachs et Sybil Fares est claire: la guerre en Ukraine n’est pas seulement un affrontement entre Moscou et Kiev, mais le produit d’une stratégie américaine planifiée depuis plus de trente ans. Une stratégie qui a transformé le territoire ukrainien en principal champ de bataille et de test pour la nouvelle guerre technologique contemporaine, alors que Kiev continue d’en payer le prix humain, économique et territorial, prix qui est extrêmement élevé.

Aujourd’hui, la puissance du complexe militaro-industriel ne se limite plus aux seuls généraux et fabricants d’armes. Elle réunit des sociétés informatiques, des fonds d’investissement, des entreprises énergétiques, des services de renseignement et des géants du numérique. Ce système n’influence pas seulement la politique étrangère des États-Unis, il tend à l’hégémoniser, en déterminant totalement ses objectifs et ses instruments.

L’idée ne naît pas avec le conflit actuel. Dans son célèbre essai Le Grand Échiquier, Zbigniew Brzezinski désignait l’Ukraine comme l’un des principaux pivots géographiques de l’Eurasie. Sans Kiev, affirmait-il, la Russie aurait d’immenses difficultés à conserver son rang de grande puissance.

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Dans cette perspective, l’élargissement de l’OTAN n’a pas été seulement un processus d’intégration politique des pays d’Europe de l’Est à l’alliance occidentale, mais l’avancée progressive de l’infrastructure stratégique jusqu’aux frontières russes.

Bill Clinton a entamé avec force l’expansion; George W. Bush a ouvert la voie à l’adhésion future de l’Ukraine et de la Géorgie; Barack Obama a soutenu les nouveaux équilibres politiques nés à Kiev en 2014 après la destitution du gouvernement pro-russe; Donald Trump a fourni les premières armes antichars; Joe Biden a rejeté les demandes russes pour une nouvelle architecture de sécurité européenne. Différents présidents, avec des langages et des styles variés, ont assuré une continuité stratégique bien perceptible: empêcher Moscou de reconstituer une zone d’influence autonome dans l’espace post-soviétique.

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La véritable transformation concerne cependant le plan militaire. L’Ukraine est devenue un immense laboratoire de guerre où sont expérimentés drones, systèmes de reconnaissance automatique, guerre électronique, liaisons satellitaires et logiciels capables d’identifier des cibles en traitant d’énormes quantités de données.

Dans cet écosystème, Palantir joue un rôle central, entreprise née aussi grâce au soutien financier du renseignement américain et aujourd’hui engagée dans l’analyse du champ de bataille ukrainien. Les données recueillies lors de millions de missions alimentent des algorithmes conçus pour accélérer la sélection des cibles et automatiser la gestion des opérations.

Militairement, l’avantage pour les États-Unis est évident: observer la réaction des armes russes, tester des contre-mesures, perfectionner leurs propres systèmes et entraîner les algorithmes sans engager directement leurs troupes sur le terrain, éliminant ainsi le risque de pertes humaines. Toutefois, plus Washington participe au choix des cibles, à la planification des itinéraires et à la transmission des informations, plus la frontière entre simple soutien militaire et participation directe au conflit devient mince.

Sur le plan économique, l’affrontement a déclenché une nouvelle et immense expansion des dépenses militaires occidentales. Les arsenaux européens doivent être reconstitués, les infrastructures numériques modernisées, les usines de munitions agrandies. Les entreprises d’armement, de satellites, de logiciels et de drones font face à un marché extrêmement lucratif et destiné à durer.

L’Europe finance sur fonds publics une grande partie de cette transformation, mais reste dépendante des technologies, des systèmes d’information et des plateformes américaines. Le résultat géoéconomique est paradoxal : alors qu’elle affirme vouloir atteindre une autonomie politique et stratégique, l’Union européenne augmente sa dépendance industrielle et militaire à l’égard de Washington.

L’Ukraine elle-même est progressivement intégrée dans ce système. Ses ressources minières, ses infrastructures énergétiques, ses compétences informatiques et l’expérience acquise sur le terrain deviennent les éléments d’une nouvelle économie de guerre. Kiev reçoit des armes et des financements, mais accumule des dettes, perd de la population et voit, de façon inexorable, ses marges de souveraineté politique se réduire.

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Le lien avec l’Iran, en outre, n’est pas secondaire. Brzezinski considérait également Téhéran comme un nœud fondamental: contrôler la zone iranienne, c’est influencer le Golfe Persique, la mer Caspienne, les routes énergétiques et les liaisons entre l’Asie centrale, la Russie, la Chine et le Moyen-Orient. Les technologies expérimentées contre la Russie peuvent être transférées vers les pays du Golfe pour contrer la "menace iranienne". L’Ukraine devient ainsi le banc d’essai, tandis que le Moyen-Orient représente le grand marché de débouché et le second front de la compétition géopolitique.

D’un côté, Washington cherche à empêcher la formation d’un bloc continental entre la Russie, la Chine et l’Iran; de l’autre, il entend garder le contrôle sur les routes énergétiques, les technologies stratégiques et les systèmes financiers internationaux.

La contradiction finale concerne l’Ukraine elle-même. Présentée comme bénéficiaire de la protection occidentale, elle se retrouve avec des territoires perdus, des infrastructures détruites, des millions de réfugiés et une vie politique fortement limitée et subordonnée aux exigences de la guerre.

La paix supposerait un compromis basé sur la neutralité de l’Ukraine et de nouvelles garanties pour la sécurité européenne. Un tel accord réduirait toutefois l’utilité stratégique du pays comme avant-poste anti-russe et interromprait un cycle économique extrêmement profitable pour les États-Unis et les grandes multinationales.

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La guerre se poursuit donc non seulement en raison de l’incapacité de Moscou et de Kiev à trouver un accord, mais aussi parce qu’autour du conflit s’est consolidé un système d’intérêts pour lequel la paix apparaît moins avantageuse que la poursuite de l’affrontement. La crainte exprimée par Dwight Eisenhower en 1961—que l’appareil militaire et technologique puisse prendre le pas sur la politique—trouve aujourd’hui dans le drame ukrainien sa confirmation la plus évidente.

Des théories de Brzezinski à Palantir: comment le conflit en Ukraine est devenu le plus grand test militaire des États-Unis

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Des théories de Brzezinski à Palantir: comment le conflit en Ukraine est devenu le plus grand test militaire des États-Unis

par Michele Blanco

Source: https://www.sinistrainrete.info/articoli-brevi/33490-mich...

La thèse avancée par Jeffrey Sachs et Sybil Fares est claire: la guerre en Ukraine n’est pas seulement un affrontement entre Moscou et Kiev, mais le produit d’une stratégie américaine planifiée depuis plus de trente ans. Une stratégie qui a transformé le territoire ukrainien en principal champ de bataille et de test pour la nouvelle guerre technologique contemporaine, alors que Kiev continue d’en payer le prix humain, économique et territorial, prix qui est extrêmement élevé.

Aujourd’hui, la puissance du complexe militaro-industriel ne se limite plus aux seuls généraux et fabricants d’armes. Elle réunit des sociétés informatiques, des fonds d’investissement, des entreprises énergétiques, des services de renseignement et des géants du numérique. Ce système n’influence pas seulement la politique étrangère des États-Unis, il tend à l’hégémoniser, en déterminant totalement ses objectifs et ses instruments.

L’idée ne naît pas avec le conflit actuel. Dans son célèbre essai Le Grand Échiquier, Zbigniew Brzezinski désignait l’Ukraine comme l’un des principaux pivots géographiques de l’Eurasie. Sans Kiev, affirmait-il, la Russie aurait d’immenses difficultés à conserver son rang de grande puissance.

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Dans cette perspective, l’élargissement de l’OTAN n’a pas été seulement un processus d’intégration politique des pays d’Europe de l’Est à l’alliance occidentale, mais l’avancée progressive de l’infrastructure stratégique jusqu’aux frontières russes.

Bill Clinton a entamé avec force l’expansion; George W. Bush a ouvert la voie à l’adhésion future de l’Ukraine et de la Géorgie; Barack Obama a soutenu les nouveaux équilibres politiques nés à Kiev en 2014 après la destitution du gouvernement pro-russe; Donald Trump a fourni les premières armes antichars; Joe Biden a rejeté les demandes russes pour une nouvelle architecture de sécurité européenne. Différents présidents, avec des langages et des styles variés, ont assuré une continuité stratégique bien perceptible: empêcher Moscou de reconstituer une zone d’influence autonome dans l’espace post-soviétique.

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La véritable transformation concerne cependant le plan militaire. L’Ukraine est devenue un immense laboratoire de guerre où sont expérimentés drones, systèmes de reconnaissance automatique, guerre électronique, liaisons satellitaires et logiciels capables d’identifier des cibles en traitant d’énormes quantités de données.

Dans cet écosystème, Palantir joue un rôle central, entreprise née aussi grâce au soutien financier du renseignement américain et aujourd’hui engagée dans l’analyse du champ de bataille ukrainien. Les données recueillies lors de millions de missions alimentent des algorithmes conçus pour accélérer la sélection des cibles et automatiser la gestion des opérations.

Militairement, l’avantage pour les États-Unis est évident: observer la réaction des armes russes, tester des contre-mesures, perfectionner leurs propres systèmes et entraîner les algorithmes sans engager directement leurs troupes sur le terrain, éliminant ainsi le risque de pertes humaines. Toutefois, plus Washington participe au choix des cibles, à la planification des itinéraires et à la transmission des informations, plus la frontière entre simple soutien militaire et participation directe au conflit devient mince.

Sur le plan économique, l’affrontement a déclenché une nouvelle et immense expansion des dépenses militaires occidentales. Les arsenaux européens doivent être reconstitués, les infrastructures numériques modernisées, les usines de munitions agrandies. Les entreprises d’armement, de satellites, de logiciels et de drones font face à un marché extrêmement lucratif et destiné à durer.

L’Europe finance sur fonds publics une grande partie de cette transformation, mais reste dépendante des technologies, des systèmes d’information et des plateformes américaines. Le résultat géoéconomique est paradoxal : alors qu’elle affirme vouloir atteindre une autonomie politique et stratégique, l’Union européenne augmente sa dépendance industrielle et militaire à l’égard de Washington.

L’Ukraine elle-même est progressivement intégrée dans ce système. Ses ressources minières, ses infrastructures énergétiques, ses compétences informatiques et l’expérience acquise sur le terrain deviennent les éléments d’une nouvelle économie de guerre. Kiev reçoit des armes et des financements, mais accumule des dettes, perd de la population et voit, de façon inexorable, ses marges de souveraineté politique se réduire.

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Le lien avec l’Iran, en outre, n’est pas secondaire. Brzezinski considérait également Téhéran comme un nœud fondamental: contrôler la zone iranienne, c’est influencer le Golfe Persique, la mer Caspienne, les routes énergétiques et les liaisons entre l’Asie centrale, la Russie, la Chine et le Moyen-Orient. Les technologies expérimentées contre la Russie peuvent être transférées vers les pays du Golfe pour contrer la "menace iranienne". L’Ukraine devient ainsi le banc d’essai, tandis que le Moyen-Orient représente le grand marché de débouché et le second front de la compétition géopolitique.

D’un côté, Washington cherche à empêcher la formation d’un bloc continental entre la Russie, la Chine et l’Iran; de l’autre, il entend garder le contrôle sur les routes énergétiques, les technologies stratégiques et les systèmes financiers internationaux.

La contradiction finale concerne l’Ukraine elle-même. Présentée comme bénéficiaire de la protection occidentale, elle se retrouve avec des territoires perdus, des infrastructures détruites, des millions de réfugiés et une vie politique fortement limitée et subordonnée aux exigences de la guerre.

La paix supposerait un compromis basé sur la neutralité de l’Ukraine et de nouvelles garanties pour la sécurité européenne. Un tel accord réduirait toutefois l’utilité stratégique du pays comme avant-poste anti-russe et interromprait un cycle économique extrêmement profitable pour les États-Unis et les grandes multinationales.

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La guerre se poursuit donc non seulement en raison de l’incapacité de Moscou et de Kiev à trouver un accord, mais aussi parce qu’autour du conflit s’est consolidé un système d’intérêts pour lequel la paix apparaît moins avantageuse que la poursuite de l’affrontement. La crainte exprimée par Dwight Eisenhower en 1961—que l’appareil militaire et technologique puisse prendre le pas sur la politique—trouve aujourd’hui dans le drame ukrainien sa confirmation la plus évidente.

L’Arctique, enjeu entre la militarisation occidentale et le développement sino-russe

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L’Arctique, enjeu entre la militarisation occidentale et le développement sino-russe

par Giulio Chinappi

Source: https://www.cese-m.eu/2026/08/lartico-conteso-tra-la-mili...

Routes, ressources, dissuasion nucléaire et droits des peuples autochtones font du Grand Nord un carrefour décisif de l’ordre mondial. Tandis que l’Occident en accentue la militarisation et l’exploitation corporative, la Russie et la Chine construisent un corridor eurasiatique fondé sur la souveraineté, les infrastructures et la coopération.

Le recul progressif des glaces est en train de transformer l’Arctique, de périphérie extrême du système international, en l’un des principaux espaces de la compétition géopolitique contemporaine. La région concentre en effet quatre dimensions stratégiques difficilement séparables: l’ouverture de nouvelles routes maritimes, l’accès à d’immenses ressources énergétiques et minières, la centralité en matière de dissuasion nucléaire et la possibilité d’influencer la future gouvernance des communications entre l’Asie, l’Europe et l’Amérique du Nord.

L’enjeu ne concerne donc pas seulement le contrôle de territoires reculés ou de gisements jusqu’à récemment inaccessibles. L’Arctique représente l’un des lieux où se mesure concrètement la crise de l’ordre maritime construit par les États-Unis et leurs alliés après la Seconde Guerre mondiale. La Route maritime du Nord, développée le long des côtes russes, peut relier l’Asie orientale à l’Europe par un itinéraire bien plus court que les routes passant par les détroits de Malacca et de Suez. Elle réduit également la dépendance à l’égard de passages obligés sur lesquels les puissances anglo-saxonnes conservent une capacité de surveillance, de pression et un potentiel d’interdiction navale. Pour ces raisons, la Route de la soie polaire et la convergence stratégique entre la Russie et la Chine peuvent reconfigurer la logistique et les flux énergétiques au profit des puissances eurasiennes, limitant la suprématie occidentale traditionnelle sur les grandes lignes de communication maritimes.

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Pour la Chine, la route arctique constitue avant tout une réponse structurelle au fameux « dilemme de Malacca ». Une part déterminante des importations énergétiques et du commerce chinois continue de transiter par des détroits qui, en cas de grave crise internationale, pourraient être contrôlés ou bloqués par les forces navales américaines et alliées. Un corridor septentrional, protégé par les capacités russes, offre à Pékin une diversification qui n’est pas seulement commerciale, mais aussi stratégique.

Pour la Russie, la Route maritime du Nord est à la fois une voie navigable nationale, un projet de développement des régions du nord et un outil de projection internationale. Moscou dispose de la géographie, des infrastructures côtières, des ressources et surtout de la plus grande flotte de brise-glaces au monde, y compris des unités à propulsion nucléaire nécessaires pour garantir la navigation dans des conditions extrêmes. Des terminaux comme Sabetta, les installations de gaz naturel liquéfié de la péninsule de Yamal, les ports de Mourmansk et Arkhangelsk ainsi que les réseaux de recherche et de secours transforment progressivement le littoral nord russe en un système logistique intégré.

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Notre analyse est confirmée par les chiffres. Selon Rosatom, en 2024, le volume total des marchandises transportées le long de la Route maritime du Nord a atteint le record de près de 37,9 millions de tonnes. En 2025, les cargaisons à destination de l’est sont montées à 8,3 millions de tonnes, soit une augmentation de 15 % par rapport à l’année précédente. Il s’agit encore de volumes limités par rapport aux grands corridors maritimes du sud, mais suffisants pour démontrer que l’Arctique n’est plus une simple hypothèse cartographique.

Ces éléments rendent également évidente la complémentarité sino-russe. La Russie offre l’accès territorial, l’expérience opérationnelle, les ressources énergétiques et les brise-glaces ; la Chine met à disposition des capitaux, des chantiers navals, des capacités technologiques, la demande commerciale et une immense base industrielle. Le résultat est la formation d’un corridor eurasiatique dans lequel la souveraineté russe sur la route se combine avec l’intérêt chinois pour des liaisons plus sûres et diversifiées.

Ce n’est pas un hasard si le Livre blanc chinois sur l’Arctique de 2018 place explicitement la Route de la soie polaire dans le cadre de la Belt and Road Initiative. Le document affirme que la participation chinoise doit être fondée sur le respect, la coopération, l’avantage mutuel et la durabilité, en reconnaissant la souveraineté et la juridiction des États arctiques, le droit international de la mer et les intérêts des populations locales. Pékin entend contribuer à la construction d’infrastructures, à la sécurité de la navigation, à la recherche scientifique et à l’utilisation rationnelle des ressources, en subordonnant formellement les activités économiques à la protection de l’environnement et au respect des cultures indigènes.

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Cette approche montre clairement que la Russie et la Chine tendent à considérer le développement de la région arctique comme faisant partie d’un projet d’intégration territoriale et économique à long terme, dans lequel infrastructures, établissements humains, production énergétique et routes commerciales doivent être coordonnées. À l’inverse, les États-Unis et leurs alliés l’interprètent de plus en plus ouvertement comme un espace à intégrer dans le dispositif militaire de l’OTAN et à ouvrir aux intérêts des grandes entreprises énergétiques, minières et technologiques occidentales.

La stratégie arctique du Département de la Défense américain de 2024 est révélatrice de cette approche. Le document décrit l’Arctique comme essentiel à la défense du territoire des États-Unis, accorde une place centrale à la compétition avec la Russie et la Chine, et prévoit le renforcement des capacités de renseignement, de surveillance, de communication, de mobilité militaire et d’entraînement dans les régions du nord. Le Pentagone a explicitement indiqué l’augmentation de la présence et des opérations militaires comme l’un des moyens de protéger les intérêts américains.

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Cette orientation s’est encore renforcée avec l’entrée de la Finlande et de la Suède dans l’OTAN. Sept des huit États membres du Conseil de l’Arctique appartiennent désormais à l’Alliance atlantique. En 2026, l’OTAN a mis en place de nouvelles forces terrestres multinationales en Finlande et en Suède, organisé l’exercice Cold Response 26 et lancé la Task Force X-Arctic, destinée à accroître la connaissance opérationnelle et la présence de l’Alliance dans le Grand Nord. Ainsi, l’Arctique est progressivement intégré au front militaire qui, de l’Europe orientale, s’étend jusqu’à la mer de Barents et à l’Atlantique Nord.

Le Groenland constitue le point le plus évident de cette conception. La base américaine de Pituffik, anciennement appelée Thulé, joue un rôle fondamental dans les systèmes d’alerte antimissile, de surveillance spatiale et de défense aérospatiale des États-Unis et du Commandement de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord. Comme on le sait, et comme l’ont réaffirmé à de nombreuses reprises Donald Trump et d’autres membres de son administration, Washington considère ouvertement l’île comme étant «d’une grande valeur stratégique» pour les États-Unis et l’OTAN.

L’héritage de la présence militaire américaine démontre cependant l’écart existant entre la rhétorique occidentale sur la protection de l’environnement et la réalité de ses politiques arctiques. À Camp Century, base construite sous la calotte glaciaire du Groenland et abandonnée en 1967, on a laissé des déchets physiques, des eaux contaminées, du carburant, des polychlorobiphényles et des matériaux radioactifs. Des études scientifiques ont estimé la présence d’environ 200.000 litres de diesel et 24 millions de litres d’eaux usées. La fonte des glaces risque à long terme de remettre ces substances en circulation.

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En janvier 1968, de plus, un bombardier américain B-52 engagé dans une mission d’alerte nucléaire s’écrasa près de la base de Thulé alors qu’il transportait des armes thermonucléaires, provoquant la dispersion de matières radioactives. Ces épisodes montrent comment la militarisation occidentale a laissé dans le Grand Nord un héritage environnemental et politique qui continue de peser sur la population groenlandaise.

Pour ce qui est d’un épisode plus récent, en 2023, l’administration américaine de Joe Biden a approuvé le projet pétrolier Willow dans la National Petroleum Reserve-Alaska. Cette décision a confirmé la primauté du développement pétrolier dans une zone essentielle à la faune et aux activités de subsistance des communautés autochtones. En janvier 2025, la nouvelle administration américaine menée par Donald Trump a ordonné d’accélérer l’exploitation des ressources énergétiques, minières et forestières de l’Alaska, présentant la mesure comme une question de sécurité nationale.

La Russie, pour sa part, adopte une approche différente, fondée sur la reconnaissance de l’Arctique comme partie intégrante de son territoire national et sur la nécessité de maintenir la population, les activités économiques et les services publics dans les régions du nord. Sa stratégie jusqu’en 2035 fixe parmi ses objectifs officiels l’amélioration de la qualité de vie, la protection de l’environnement, le soutien aux communautés autochtones, le développement économique et la défense de la souveraineté nationale.

Le budget fédéral pour la période 2025-2027 a prévu environ 405 millions de roubles par an pour le soutien direct aux petits peuples autochtones de l’Arctique russe. Des programmes sont également en cours pour intégrer les activités traditionnelles dans l’économie régionale, soutenir l’élevage de rennes, la pêche, l’artisanat, les langues minoritaires et l’accès aux outils technologiques et logistiques. Une nouvelle conception du développement durable des peuples autochtones du Nord, de la Sibérie et de l’Extrême-Orient a été mise en place pour la période allant jusqu’en 2036.

La différence entre les deux approches apparaît enfin sur le terrain de la gouvernance. Après 2022, la suspension des réunions diplomatiques du Conseil de l’Arctique a montré l’impossibilité d’administrer la région sans la Russie, qui possède environ la moitié du littoral arctique. Depuis 2024, les huit États ont progressivement repris les réunions virtuelles des groupes de travail et, en mai 2025, toutes les délégations ont participé au passage de la présidence de la Norvège au Royaume du Danemark. En 2026, toutefois, les réunions diplomatiques officielles restent suspendues, tandis que la coopération scientifique et technique se poursuit.

L’avenir du Grand Nord dépendra donc du choix entre deux trajectoires. La première est celle d’un Arctique militarisé, divisé en blocs et soumis à la combinaison de la présence de l’OTAN, des intérêts des multinationales de l’énergie et à l’utilisation sélective de l’écologie. La seconde est celle d’un corridor eurasiatique construit grâce à des investissements infrastructurels, à la coopération entre États souverains et à la participation des économies asiatiques au développement de la Route maritime du Nord.

La coopération sino-russe n’élimine pas automatiquement les risques écologiques ni ne garantit à elle seule les droits des peuples autochtones. Elle offre toutefois une perspective alternative à la prétention occidentale de contrôler tant les routes traditionnelles qu’émergentes. La bataille pour l’Arctique concerne, en dernière analyse, la question de savoir qui pourra établir les règles du commerce, de l’accès aux ressources, de la sécurité et du développement dans le nouvel ordre multipolaire. Pour cette raison, le Grand Nord ne représente plus la marge glacée de la politique mondiale: il en est devenu un des centres décisifs.

dimanche, 16 août 2026

Quand l’espace devient un champ de bataille

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Quand l’espace devient un champ de bataille

Elena Fritz

Source: https://t.me/global_affairs_byelena  

La guerre en Ukraine ne se décide plus seulement sur le front. Celui qui contrôle l’espace informationnel contrôle le champ de bataille. C’est précisément pour cette raison que la constellation de satellites russe «Rasswet» provoque actuellement de fortes inquiétudes à Kiev.

Selon Politico, le système russe se développe beaucoup plus rapidement que prévu initialement. Des experts ukrainiens mettent en garde: Moscou pourrait ainsi acquérir un avantage technologique qui dépasserait largement le cadre de l’Ukraine. La véritable importance de ce développement réside cependant ailleurs.

La guerre en Ukraine a toujours été, dès le départ, une guerre d’asymétrie technologique. Starlink est devenu l’un des instruments militaires les plus importants pour Kiev. La communication par satellite a permis d’assurer des liaisons stables, même lorsque les infrastructures classiques étaient détruites ou perturbées. Renseignement, communication, pilotage de drones et commandement des opérations se sont progressivement fondus en un système numérique global.

Cela a créé une constellation remarquable. Une entreprise privée américaine est devenue l’un des acteurs majeurs sur un théâtre de guerre européen.

L’accès à un réseau de communication s’est soudainement transformé en une ressource stratégique. Dans le même temps, le contrôle de cette ressource n’était ni à Kiev, ni à Bruxelles, mais en dernier ressort entre les mains d’un groupe américain. L’incident lié au blocage de certains terminaux Starlink a montré combien la guerre moderne dépend désormais des plateformes numériques. Celui qui contrôle l’infrastructure contrôle aussi sa disponibilité.

C’est ici que «Rasswet» entre en jeu. La Russie ne dispose pas encore d’une flotte de satellites comparable à Starlink. Pour des usages militaires, ce n’est d’ailleurs pas nécessaire dans l’immédiat.

Ce qui compte n’est pas le nombre absolu de satellites. Ce qui compte, c’est la capacité d’assurer, à un moment donné, une connexion stable sur une zone déterminée. Une couverture limitée pourrait déjà suffire pour piloter des drones en temps réel, transmettre des données de renseignement sans délais importants et connecter plus efficacement les unités militaires entre elles.

Cela changerait les rapports de force.

Jusqu’à présent, une partie du problème pouvait être résolue de façon administrative. Les accès indésirables ou non autorisés pouvaient être bloqués. Un réseau satellitaire national obéit à d’autres règles. Le conflit se déplace alors du contrôle des accès vers une confrontation technique beaucoup plus complexe.

La guerre électronique, les opérations de brouillage, les attaques contre les stations au sol, les cyber-opérations ou même la capacité à détruire des satellites deviendraient soudain beaucoup plus importantes et beaucoup plus coûteuses. Le véritable tournant ne réside donc pas uniquement dans la nouvelle technologie. Il réside dans le fait que la voie à sens unique prend fin.

La guerre en Ukraine apporte donc un enseignement qui dépasse largement l’Europe de l’Est. La puissance militaire du XXIᵉ siècle ne se définit plus exclusivement par les chars, l’artillerie ou les avions de combat. Elle naît à l’intersection de l’espace, de l’intelligence artificielle, des technologies de communication et des systèmes d’armes autonomes.

Qui possède ses propres satellites gagne une indépendance stratégique.

Qui dépend de systèmes étrangers, reste dépendant des décisions étrangères. La prochaine concurrence globale entre grandes puissances ne se jouera donc pas seulement sur terre, en mer ou dans les airs. Elle se décidera en orbite.

#geopolitique@global_affairs_byelena

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Les États-Unis vendent de l’euro pour sauver le yen – le séisme financier japonais atteint désormais l’Allemagne

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Les États-Unis vendent de l’euro pour sauver le yen – le séisme financier japonais atteint désormais l’Allemagne

Source: https://report24.news/usa-verkaufen-euro-um-den-yen-zu-re...

Washington, en collaboration avec Tokyo, a soutenu le yen en chute libre – et pour cela, a précisément vendu des euros. Selon le Financial Times, la BCE n’a été informée qu’après la transaction, alors que le Japon, plus grand détenteur étranger de bons du Trésor américain, a de moins en moins de raisons de placer son capital aux États-Unis ou en Europe. Ce revirement japonais tombe particulièrement mal pour l’Allemagne : Berlin inonde le marché des capitaux de nouvelles dettes, alors que l’un des principaux créanciers de l’Occident pourrait rapatrier ses fonds.

Le vendredi 31 juillet, le Japon et les États-Unis sont intervenus conjointement sur le marché des changes pour éviter une nouvelle chute du yen. La devise japonaise était tombée à près de 164 yens pour un dollar – un niveau inédit depuis environ quarante ans. Tokyo aurait mobilisé près de 36,6 milliards de dollars ce jour-là ; la veille, presque 59 milliards de dollars avaient déjà été injectés sur le marché, selon les calculs de Reuters. Le yen s’est alors temporairement redressé jusqu’à 155,20 pour un dollar. Il cote désormais autour de 159. Le message des marchés est clair : même des interventions de plusieurs dizaines de milliards n’offrent à Tokyo guère plus qu’un court répit.

Mais le plus intéressant a été la façon dont Washington a financé ses achats de yen : les Américains ont vendu des euros. Pas de vente de dollars, ce qui aurait affaibli leur propre monnaie et ravivé les inquiétudes inflationnistes. Pas de pression supplémentaire sur le marché obligataire américain, déjà fragilisé. À la place, le Trésor américain a puisé dans ses réserves d’euros. HSBC a qualifié cette démarche d’« éventuellement sans précédent » auprès de Reuters. Washington dispose d’environ 26 milliards d’euros immédiatement mobilisables pour ce type d’intervention. Lorsqu’il a fallu limiter ses propres problèmes, c’est donc une devise de réserve étrangère qui a été sacrifiée.

À Francfort, on n’aurait été informé que lorsque tout était déjà joué. Selon le Financial Times, la BCE n’a pas été consultée avant la transaction américaine. La présidente de la BCE, Christine Lagarde, n’a parlé à Scott Bessent, le secrétaire au Trésor américain, que le samedi suivant. Plusieurs banquiers centraux européens ont vu dans cette opération une rupture avec les usages entre grandes banques centrales occidentales. Reuters avait d’abord seulement mentionné des contacts entre la BCE et la Fed ; la chronologie n’a été clarifiée que plus tard. Washington avait besoin d’une devise dont la vente ne lui ferait pas trop de mal. L’euro a manifestement  rempli ce rôle de façon parfaite.

Les milliers de milliards japonais pèsent sur Washington

Pourquoi l’administration Trump s’occupe-t-elle autant du yen ? Le Japon est un allié proche, mais sur les marchés financiers, l’amitié s’arrête là où commencent les milliers de milliards. Selon les dernières données disponibles du Trésor américain, le Japon détenait, fin mai, 1143 milliards de dollars de bons du Trésor américain. Il reste ainsi le principal créancier étranger de Washington. En février, ce chiffre était encore de 1239 milliards de dollars. En trois mois, les avoirs déclarés ont donc diminué de plus de 96 milliards.

C’est risqué pour Washington. Si Tokyo veut soutenir le yen, il lui faut des dollars ou d’autres devises étrangères à vendre contre des yens. Une grande partie des réserves japonaises est investie en bons du Trésor américain. S’ils sont vendus, leur prix baisse et leurs rendements augmentent. Or, Washington ne peut pas se permettre cela actuellement. Le rendement des obligations américaines à 30 ans a récemment approché à nouveau les 5,3 %. Pour un État qui doit continuellement refinancer son immense dette, chaque hausse de rendement devient très coûteuse. Reuters a d’ailleurs cité la crainte de ventes supplémentaires de Treasuries japonais comme l’une des principales motivations de l’intervention américaine.

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Bessent a donc déjà prévu la suite. Grâce au dispositif FIMA Repo de la Fed, les banques centrales étrangères peuvent déposer des Treasuries en garantie et obtenir des dollars en échange. Le Japon n’a donc pas besoin de vendre ses Treasuries sur le marché en cas de besoin de liquidités. Le secrétaire au Trésor américain a même évoqué, après l’intervention, une possible extension de cet instrument. En d’autres termes : Washington aménage une sortie de secours à son principal créancier étranger pour éviter qu’il ne vende massivement les Treasuries en cas de crise.

Le calcul est simple. Si le yen continue de baisser, Tokyo doit mobiliser des sommes de plus en plus importantes pour le défendre. Si le Japon vend des Treasuries, les coûts de financement américains augmentent. Si Washington vend lui-même des dollars, il affaiblit sa propre monnaie et risque d’aggraver l’inflation. Donc, on vend de l’euro. Pour les Américains, c’était la solution la plus confortable. Apparemment, les Européens n’ont même pas été consultés.

L’argent japonais n’a plus besoin de l’Occident

Derrière cette spectaculaire intervention se cache un problème bien plus vaste. Pendant des décennies, les investisseurs japonais ont placé leur argent à l’étranger, faute de rendements au pays. Assureurs, banques, fonds de pension et gestionnaires d’actifs achetaient des Treasuries américains, des obligations d’État européennes et d’autres actifs étrangers. En parallèle, le yen est devenu la devise de prédilection pour les carry trades: s’endetter à bas coût au Japon, placer l’argent ailleurs à meilleur rendement, et empocher la différence.

Cette époque s’achève. Les obligations d’État japonaises à 30 ans offrent désormais presque 4% de rendement. Les titres allemands de même maturité, environ 3,6%. Même les obligations japonaises à deux ans rapportent environ 1,64% – un record depuis 31 ans. Mitsubishi UFJ, Daiwa et d’autres gestionnaires japonais lancent déjà de nouveaux fonds pour attirer à nouveau les épargnants nationaux vers les obligations japonaises. Parallèlement, la Banque du Japon entend réduire son portefeuille d’environ 48.000 milliards de yens sur l’exercice en cours, tandis que le gouvernement devrait, selon JPMorgan, émettre environ 15.000 milliards de yens de dette supplémentaire. Tokyo a besoin d’acheteurs – et les cherche de préférence sur le marché domestique.

La question devient donc de plus en plus gênante pour les investisseurs japonais: pourquoi placer son argent à Washington, Francfort ou Paris, alors que le rendement est de retour au pays ? Investir à l’étranger, c’est aussi prendre un risque de change ou payer pour le couvrir. Avec des taux japonais plus élevés, l’ancien attrait des obligations occidentales disparaît vite. Il n’est pas nécessaire que le Japon vende un millier de milliards de Treasuries en un jour. Il suffit que les assureurs, fonds et banques achètent moins de nouvelles obligations américaines ou européennes et rapatrient davantage de capitaux à l’échéance.

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La BCE avait déjà mis en garde en 2023, alors que les rendements japonais étaient encore beaucoup plus bas. Une normalisation de la politique monétaire nippone pourrait entraîner un rapatriement de capitaux, soulignait le rapport sur la stabilité financière. Les investisseurs japonais auraient un impact significatif sur les marchés obligataires internationaux, notamment sur certains segments de la zone euro. Trois ans plus tard, ce scénario théorique est devenu une réalité motivée par le rendement.

Les carry trades risquent de provoquer la prochaine vague de ventes

La situation est encore plus explosive à cause du yen carry trade. Pendant des années, les investisseurs pouvaient se financer quasiment gratuitement au Japon et placer cet argent dans des obligations, actions ou autres actifs mieux rémunérés à travers le monde. Tant que le yen restait faible, c’était lucratif. Si la devise s’apprécie fortement, cela devient vite un piège. Les positions doivent être débouclées, les actifs vendus et les yens rachetés. Ce mécanisme a déjà provoqué de fortes turbulences à l’été 2024. UBS estimait le volume du yen carry trade concerné à environ 500 milliards de dollars à l’époque.

Pour l’instant, ce commerce perdure. Le yen s’est de nouveau affaibli après la récente intervention, attirant à nouveau les spéculateurs. Pour Tokyo, c’est un cercle vicieux : plus le carry trade reste attractif, plus la pression sur la devise perdure. Il faudra tôt ou tard intervenir à nouveau pour des milliards, ou relever davantage les taux. Or, des taux japonais plus élevés rendent le rapatriement du capital encore plus attractif. Washington, Francfort et les marchés actions internationaux dépendent ainsi d’une devise qui a longtemps servi de distributeur automatique à bas coût pour le monde entier.

L’Allemagne a soudainement besoin de chaque acheteur

Pour l’Allemagne, ce déplacement intervient au pire moment. Le frein à l’endettement a déjà été assoupli politiquement à tel point que son nom devient ironique. Pour 2026, près de 97,9 milliards d’euros de nouvelles dettes sont prévues dans le budget principal. En y ajoutant les « fonds spéciaux », l’endettement doit dépasser 180 milliards d’euros. S’y ajoute un fonds spécial pour les infrastructures de 500 milliards d’euros. Berlin a donc besoin, pour des années, d’acheteurs pour d’énormes volumes de dette nouvelle.

Or, ces acheteurs retrouvent désormais des alternatives ailleurs. Si les assureurs ou fonds de pension japonais préfèrent placer leurs milliards au pays, les emprunteurs européens devront offrir des rendements plus élevés. Les premiers signes sont déjà visibles. Quand les taux longs japonais ont fortement augmenté en juillet, les marchés obligataires européens ont eux aussi souffert. Les analystes de la Commerzbank ont explicitement évoqué le risque de rapatriement du capital japonais. L’Allemagne paie déjà nettement plus d’intérêts qu’à l’époque des taux zéro. Chaque dixième de point supplémentaire devient, avec la montée des dettes, une somme réelle. Et ce n’est ni le ministre des Finances ni un fonds spécial qui paiera – ce sera le contribuable.

La France et l’Italie souffrent encore plus de telles hausses de taux. Mais l’Allemagne est dans le même bateau que les autres pays de la zone euro. Si les taux des États très endettés montent plus vite que ceux des Bunds allemands, la BCE sera à nouveau pressée d’intervenir. La zone euro connaît ce scénario. Dès que les marchés recommencent à différencier le risque des dettes souveraines, les responsables politiques européens retrouvent soudainement leur attachement aux fameux « instruments de stabilité ».

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Le yen faible exerce une pression supplémentaire sur l’industrie allemande

Pour l’industrie exportatrice allemande, le yen n’est pas un détail. Un taux de change extrêmement faible donne aux industriels japonais un avantage compétitif substantiel sur les marchés mondiaux. Nomura a calculé qu’environ un tiers de la forte hausse des profits des grands groupes japonais au premier trimestre 2026 était due à la faiblesse du yen. Toyota, Honda et d’autres exportateurs en profitent directement. Honda a vu son bénéfice trimestriel plus que doubler récemment et a cité elle-même la faiblesse du yen comme facteur favorable.

Les concurrents se trouvent notamment à Stuttgart, Munich et Wolfsburg. Les constructeurs allemands font déjà face à des prix de l’énergie élevés, la réglementation européenne, une demande intérieure faible et la concurrence chinoise. Dans le même temps, le Japon vend avec un « rabais de change ». Il en va de même pour la mécanique, l’électronique et de nombreux produits industriels spécialisés. Un yen plus fort ôterait donc au moins une partie de ce désavantage aux exportateurs allemands. C’est ici que le calcul s’inverse: un yen plus fort serait le bienvenu pour les industriels allemands. Mais ce même yen fort peut faire éclater les carry trades, rapatrier le capital japonais et ainsi augmenter les coûts de financement de l’Allemagne. Le Japon agit donc sur deux leviers très différents de l’économie allemande.

Le grand effondrement du dollar n’a pas lieu – pour l’instant

La disparition annoncée du dollar n’apparaît, pour l’instant, guère dans les chiffres sur les réserves. À long terme, la devise américaine a certes perdu du terrain, mais au premier trimestre 2026, sa part dans les réserves mondiales a même augmenté, selon le FMI, de 56,42 % à 57,13 %. L’euro est passé sur la même période de 20,38 % à 20,03 %. Ceux qui voient déjà le dollar à l’agonie doivent donc interpréter les chiffres de manière très généreuse. Le vrai problème de Washington est ailleurs: les Treasuries américains doivent trouver chaque année des acheteurs en quantités gigantesques – et c’est justement le Japon, jusqu’ici l’un des principaux acheteurs, qui retrouve des taux attractifs chez lui.

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L’or reste néanmoins recherché. Les banques centrales ont acheté 289 tonnes nettes au deuxième trimestre, et 345 tonnes sur le premier semestre. La Pologne, l’Ouzbékistan et la Chine figurent parmi les plus gros acheteurs. Mais c’est le chiffre semestriel le plus bas depuis 2022. Il n’est donc pour l’instant pas question d’une fuite accélérée de toutes les banques centrales hors du dollar. L’attaque la plus sérieuse contre le modèle financier américain vient actuellement d’un phénomène beaucoup plus banal : le retour des taux d’intérêt au Japon.

Et cela suffit déjà à rendre Washington nerveux. Tokyo détient plus de 1000 milliards de dollars de Treasuries, doit défendre sa monnaie et peut soudain offrir à ses épargnants des rendements inimaginables depuis des décennies. Les Américains réagissent par des soutiens de liquidité, des achats conjoints de yen et la vente de réserves en euros. Quand les États-Unis ont dû choisir ce qu’ils souhaitaient protéger – le dollar, leur marché de la dette ou les sensibilités européennes –, c’est manifestement l’euro qui a été sacrifié en premier.

samedi, 15 août 2026

La guerre en Ukraine oblige l’Occident à revenir à la géopolitique

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La guerre en Ukraine oblige l’Occident à revenir à la géopolitique

Elena Fritz

Source: https://t.me/global_affairs_byelena

Après plus de quatre ans de guerre, un changement remarquable se profile dans le débat sur la politique étrangère américaine: une paix durable ne peut pas être obtenue simplement à partir d'exigences individuelles, de garanties de sécurité et d'accords bilatéraux. Elle doit lier les intérêts de tous les acteurs décisifs, y compris la Russie.

C’est précisément l’objet d’un nouvel article de Matt Waldman et Samuel Charap dans Foreign Affairs ( https://www.foreignaffairs.com/ukraine/how-broker-peace-ukraine ). Rien que la question de départ est mérite le détour: comment un processus de médiation doit-il être structuré pour que des discussions parallèles puissent finalement aboutir à un accord solide?

Les auteurs critiquent la structure actuelle des négociations. Washington, Kiev, Moscou et les gouvernements européens discutent dans différents formats de documents différents. Il manque un cadre de négociation commun dans lequel les questions décisives seraient abordées simultanément et de façon liée.

Cela paraît d’abord technique. En réalité, cela touche au cœur du conflit.

En effet, un compromis entre Washington et Kiev peut être inacceptable pour Moscou. Des concessions à la Russie peuvent, à leur tour, être bloquées à Londres, Bruxelles ou dans certains États membres de l’UE. Garanties de sécurité, sanctions, territoires, stationnement de troupes, reconstruction et future orientation de la politique étrangère de l’Ukraine ne peuvent donc pas être séparés clairement les uns des autres.

Une deuxième idée est encore plus intéressante. Les négociations doivent s’orienter en fonction des intérêts et non seulement des positions publiquement affichées. Cela remet indirectement en question une méthode qui a marqué la diplomatie occidentale pendant des années: dans un premier temps, on formule une solution au sein de sa propre alliance, ensuite on essaie de convaincre l’autre partie de l’accepter.

Or, un accord essentiellement conçu par une partie et ensuite présenté à l’autre reste dépendant de la pression politique et militaire qui en impose l’acceptation.

C’est là que commence la véritable portée géopolitique de l’article: les États-Unis peuvent offrir des garanties de sécurité à l’Ukraine. Mais si la mise en œuvre concrète de ces garanties crée, du point de vue russe, une menace stratégique permanente, il n’en résulte pas encore la paix. Washington peut, en même temps, promettre à Moscou un allègement des sanctions. Mais une part importante des sanctions est entre les mains de l’UE et du Royaume-Uni.

Ainsi, la nature même des négociations change. Il ne s’agit plus seulement de savoir où, un jour, passera une ligne de cessez-le-feu. Il s’agit de relier territoire, présence militaire, garanties de sécurité, sanctions, forces armées ukrainiennes et future position stratégique de l’Ukraine.

Quiconque relie ces questions se retrouve inévitablement face à une question plus vaste: quel ordre de sécurité doit prévaloir en Europe de l’Est après cette guerre? C’est là que réside l’enjeu politique: pendant des années, la guerre en Ukraine a été traitée en Occident principalement comme un problème dont la solution politique pouvait être définie entre Kiev et ses soutiens occidentaux. La Russie devait, au final, être amenée à accepter cet ordre.

Une telle construction montre clairement ses limites. Les ordres de sécurité ne fonctionnent pas parce qu’ils sont moralement souhaités ou décidés diplomatiquement. Ils fonctionnent lorsque les grandes puissances concernées ont suffisamment de raisons pour ne pas les remettre en question en permanence.

Le débat revient ainsi à un point que l’on cherchait à éviter depuis des années:

La guerre en Ukraine est depuis longtemps plus qu’une guerre pour le territoire ukrainien. Elle fait partie de la lutte pour l’ordre futur du pouvoir et de la sécurité en Europe de l’Est.

Et c’est précisément pour cette raison que la paix sera nettement plus difficile à obtenir qu’un simple cessez-le-feu. On peut négocier sur les lignes de front. Il faudra cependant s’entendre sur un nouvel ordre de sécurité européen.

#geopolitique@global_affairs_byelena

Quelles pistes pour une renaissance européenne?

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Quelles pistes pour une renaissance européenne?

Après la partie I : Retour aux sources, la nostalgie de l’Europe
et la partie II : La Belgique traditionnelle résiste-t-elle à l’uniformisation wokiste ?,
voici le troisième et dernier volet de cette série consacrée à la Belgique, considérée comme l’un de mes pays d’origine mais aussi, plus politiquement, comme siège des institutions européennes, série intitulée Fragments d’Europe : la Belgique dans l’œil du cyclone.
Chacun des volets composant cet article peut être lu séparément, mais l’ensemble peut apporter une quatrième dimension tout aussi significative.

L’Europe n’est pas l’Occident : elle est son antithèse

En réalité, ce titre : Quelles pistes pour une renaissance européenne ? n’est pas tout à fait conforme à la longue histoire de l’Europe : il ne s’agit pas d’une « renaissance européenne » ; pour qu’il y ait une renaissance, il faut d’abord qu’il y ait eu une naissance ; l’Europe unie, solidaire dans la diversité de ses peuples et se reconnaissant un socle ethnique commun, une histoire commune, des mœurs communes, un destin commun et un avenir — un projet —commun, n’a jamais existé.

e5ff63fbd8a5d4e71f3acd736533d808.jpgTout au long des siècles, voire des millénaires, les peuples européens n’ont cessé de s’étriller, de s’écharper, de se massacrer mutuellement. Cette attitude tient à l’esprit européen fondamentalement rebelle et querelleur, certes, mais aussi plein de contradictions ; le type d’homme européen peut être un anticonformiste avéré et fier de l’être (de nos jours totalement minoritaire), ou un bien-pensant bourgeois conservateur et formaliste, tel celui qui a facilement succombé à la propagande, certes massive, qui s’est abattue sur l’ensemble des peuples européens avec une accélération au début des années 2020 (fausse pandémie et faux vaccins en ont été les principaux vecteurs et supports).

Pour prendre un exemple plus ancien, la France celtique, composée de dizaines de tribus gauloises perpétuellement en guerre les unes contre les autres, n’a jamais réussi à se rassembler contre l’ennemi commun: Rome, et il faut souligner le courage des résistants gaulois qui, sous la conduite de Vercingétorix, ont osé se lever contre un ennemi largement plus fort parce que militairement plus structuré ; les autres Gaulois sont devenus des Gallo-romains, en clair, des collabos de l’envahisseur. Nous retrouverons la même configuration lors de la Deuxième Guerre Mondiale où les résistants qu’on dirait aujourd’hui « de plateau » (télé) se sont soudain révélés, à la fin de la guerre, bien plus nombreux que les vrais, ceux qui ont risqué leur vie dans les combats et l’y ont souvent laissée.

e8244564b6d582cbd79eded228968ddf.jpgUne suite de « coïncidences significatives »

Je veux ici évoquer le concept de « synchronicité » élaboré par Carl Gustav Jung (portrait, ci-contre).

Je soutiens l’idée, dans le premier volet de cette série de trois articles, appelé Retour aux sources, la nostalgie de l’Europe, que l’Europe n’a existé qu’une seule fois, en 1830, lorsque l’ensemble des Européens, excédé par les exactions des pirates barbaresques qui écumaient la Méditerranée et, au-delà, les côtes européennes, à partir de leurs bases situées en Algérie, décida de monter une opération d’envergure contre ces esclavagistes-rançonneurs, opération confiée à la France qui assuma l’ensemble de la réalisation ; la quasi-totalité des pays européens approuva cette intervention(1), si ce n’est quelques réticences ambigües des habituels blancs non-Européens, les Anglais, qui jouaient leur tout aussi habituel double-jeu.

Quelques remarques à propos de cette opération hautement symbolique :
• La Russie, d’où sont issus les premiers Européens, approuva cette opération « spéciale » et se joindra à cette coalition.
• la date, 1830, fut à la fois la date de naissance de l’Algérie, celle de la naissance de la Belgique, celle de la seule opération commune européenne, la seule fois où les peuples européens seront unis contre un ennemi commun et qui reste actuellement, pour les Européens, le plus grand ennemi commun : l’islam fanatique et conquérant, instrumentalisé à notre époque en partie par la coalition occidentale et en partie par ses propres démons(2).
• L’Europe dite « de Bruxelles » deviendra ensuite l’ennemie de la véritable Europe des peuples, mais aussi l’ennemie de la plus grande partie du véritable territoire européen qui inclut l’immense Russie, qui fut également le berceau des plus anciens Européens.

Je n’ai jamais cru au hasard, j’ai toujours été attentif aux signes qu’envoient quotidiennement les dieux pour nous indiquer le chemin. La synchronicité est l’un des canaux par lequel Dieu, ou les dieux, nous adressent des messages.
• Les premiers Européens sont apparus en Russie, il y a 6000 ans, sur ce territoire tellement haï par les faux dirigeants « européens » actuels (et l’on commence à comprendre pourquoi(3)), entre l’embouchure du Danube et le fleuve Oural, au bord de la mer Noire, fondant la culture des Kourganes(4).

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En remontant bien plus loin dans le temps, les Européens sont les héritiers des Hyperboréens, encore quelques milliers d’années auparavant ; c’est la vision primordialiste : le monde est issu d’une civilisation originelle primordiale dont les vestiges sont situés désormais sous la calotte glaciaire de l’Arctique, qui a essaimé ses connaissances sur toute la planète ; toutes les civilisations en sont issues(5).

L’Occident comme déclin

Je reprends ici le titre d’un livret de Guillaume Faye paru en 1984 aux éditions du Labyrinthe qui commençait ainsi : « La vieille tradition se trompe : l’Occident n’est plus européen, et l’Europe n’est plus l’Occident. Dans sa marche vers l’ouest, le soleil de notre civilisation s’est terni.
Parti d’Hellade, investissant l’Italie, puis l’Europe occidentale, puis l’Angleterre et, enfin, ayant traversé les mers, s’étant installé en Amérique, le centre de ʺl’Occidentʺ s’est lentement défiguré. Aujourd’hui, comme le comprit Raymond Abellio, c’est la Californie qui s’est instaurée comme épicentre et comme essence de l’Occident. Terre pacifiée des bords du Pacifique, elle est le symbole de ce bonheur où meurt notre civilisation ; terre de la fin de l’histoire, et terre hollywoodienne du simulacre, elle marque l’asymptote qui monte jusqu’à la folie, de la société marchande, de la société du spectacle et du cosmopolitisme
. »

Guillaume Faye - Occident comme déclin Oswald Spengler - Déclin Occident

Il y a plus d’un siècle, Oswald Spengler a écrit un livre capital paru en 1916 après dix ans de recherches, où il décrit la fin de notre civilisation: Le déclin de l’Occident, mais c’est à cette époque-là que l’Occident a commencé à produire ses plus néfastes effets. L’Occident est né du rejet par les Américains de leurs racines européennes; Spengler a décrit le génie spécifique des différents peuples européens avec une minutie, une justesse et une érudition qui laissent pantois, mais l’Europe n’est pas l’Occident ; le schéma bien connu de Spengler : naissance-culture-civilisation où la culture apparaît comme l’apogée et la civilisation comme le déclin, semble couler de source mais Spengler a confondu le déclin de l’Occident avec le déclin de l’Europe.

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Le même Guillaume Faye que je citais plus haut, écrivait déjà en 1980 : « La civilisation occidentale n’est pas la civilisation européenne. Elle est le fruit monstrueux de la culture européenne, à laquelle elle a emprunté son dynamisme et son esprit d’entreprise, mais à laquelle elle s’oppose fondamentalement. »

D’accord avec Guillaume Faye, je dirais que le génie européen n’a aucun rapport avec le déclin de l’Occident ; l’Europe n’est pas en déclin, elle n’a même pas commencé à naître et ses valeurs se sont à peine étendues sur le monde(6), à l’instar de la civilisation primordiale dont elle est issue, que son élan a été bloqué par les puissances satano-mondialistes qui l’ont considérée comme leur ennemi de prédilection.

Car l’Occident est une fabrication démoniaque de fin de cycle, constituée d’un triptyque, une hydre à trois têtes :
• L’Israël sioniste,
• l’Amérique,
• et ce machin, comme dirait de Gaulle, qui s’appelle « l’Union européenne » qui n’a absolument rien d’Européen.

L’Occident n’existe pas : c’est une chimère, une création artificielle :
• l’Amérique est une création des Européens biblistes puritains chassés d’Europe qui ont identifié leur histoire à celle des Juifs chassés d’Égypte, en en reprenant tous les codes, les prénoms, les us et les coutumes.
• la fausse Europe, dite « Union européenne », ou « L’Europe de Bruxelles », est une création des Américains à la fin de la deuxième guerre mondiale, dirigée à la fin de la guerre en partie par d’anciens nazis recyclés par la CIA et, actuellement, par des Young leaders formés par la French American Foundation, comme Emmanuel Macron, Jean-Noël Barrot, François Hollande, Laurent Wauquiez, Alain Juppé ou Édouard Philippe (et bien d’autres) en France. Nous retrouvons là les noms de quelques-uns des principaux destructeurs-fossoyeurs de la France.

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• Israël est une création des Britanniques, à la fin de cette même guerre. L’Israël sioniste n’est pas l’Israël des Juifs traditionnels ; le sionisme israëlien n’est même pas majoritairement constitué de Juifs d’origine mais de Khazars, d’Ashkénazes, des slaves convertis au judaïsme au Ve siècle.

Alors, quel avenir pour l’Europe ?

Mon voyage au cœur de la Bête (la Belgique, capitale de « l’Europe ») m’a permis de prendre son pouls ; elle n’était pas encore immonde (la Bête) avant que je découvre que les plus grandes villes belges arboraient les drapeaux de la honte et de la décadence contemporaines (le drapeau ukrainien, le drapeau LGBTQ, le drapeau « européen »). Il n’y a pas de drapeau européen reconnu et accepté par les peuples européens, pour les autres…

 

Les drapeaux de Bruges place du Palais de justice : drapeau de l’Ukraine, de Bruges, drapeau LGBTQ, drapeau de la Flandre, drapeau de la Belgique

Les drapeaux de Bruges place du Palais de justice : drapeau de l’Ukraine, de Bruges, drapeau LGBTQ, drapeau de la Flandre, drapeau de la Belgique

Au vu de ce constat, dans n’importe quel cas de figure de l’une des hypothèses que je vais évoquer ci-après, les Européens ne s’en sortiront pas sans dommage. Mais j’espère que les premières lueurs du nouveau cycle viendront très vite effacer les mauvais souvenirs.

Certains se consoleront en sachant que cette configuration catastrophique — les bouleversements qui apparaissent immanquablement lors d’une fin de cycle, qu’ils soient d’origine naturelle ou provoqués par des humains (ou des pseudo-humains) — affectera l’ensemble de la population terrestre mais les modalités de ce séisme seront différentes selon les peuples concernés, leur mode de vie, la géographie, le degré de manipulation et de soumission exercé contre ces populations par leurs propres dirigeants, etc.

Si je limite mes considérations au seul cas spécifique européen, je vois trois pistes :
• le suicide programmé, une agonie lente et silencieuse,
• la guerre civile raciale, une hypothèse élaborée par Guillaume Faye,
• la guerre civile européenne voulue par les dirigeants européens qui, sous la pression des Otano-sionistes, provoquent en permanence la Russie pour qu’elle entre en guerre, des dirigeants suffisamment stupides pour ne pas comprendre que la Russie pourrait éliminer physiquement la totalité de l’Europe en quelques minutes.

Ces trois cas de figure peuvent évidemment se conjuguer et s’interpénétrer.
1. Suicide programmé : une agonie lente et silencieuse
D’une manière générale, les « Occidentaux », et plus précisément les Européens, ont été conditionnés à accepter un suicide général qui se décline de diverses façons :
• importations en masse de populations allogènes criminelles qui pratiquent quasi-impunément meurtres, assassinats, vols, viols, attentats, lynchages des populations obligées de les accueillir et de subir leurs méfaits(7).
• agressions institutionnelles : avortements, euthanasie, épandages chimiques, guerres, génocides, création de faux vaccins, fabrication de vraies pandémies…

La culture de mort est la plus facile à mettre en œuvre(8). Dans ce cadre, nos dirigeants agissent au grand jour et ne s’en cachent même pas ; ils font voter légalement leurs députés acquis à leur cause qui organisent ainsi la mort douce de nos anciens(9) façon « Soleil vert » ou sournoise façon Rivotril.

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Ces gens qui ont accepté, dans les années 2020 toutes les contraintes sans broncher: confinements, masques, faux vaccins, pass sanitaire, prescriptions absurdes… étaient près de 80% de la population française; autant dire que ces personnes hantées par leur idée de sauvegarder à tout prix la moindre parcelle de leur confort vont mourir à petit feu devant leur poste de télévision à ingurgiter toutes les balivernes déversées par les médias. Comme disait Schwab : « Vous ne posséderez rien et vous serez heureux ». Le Meilleur des Mondes.

Ces gens-là sont donc déjà condamnés à disparaître, et peut-être plus vite qu’ils ne l’auraient espéré, soit par le biais des gouvernements en place qui appliquent les ordres de l’Ordre mondial dont le principal objectif reste la dépopulation planétaire par tous moyens(10), soit sous le couteau des hordes islamiques (ce qui est un moyen de dépopulation parmi d’autres) si une guerre civile raciale se déclenche, parce qu’ils sont les plus faibles et donc les plus vulnérables et donc les moins dangereux à attaquer, soit, de l’autre côté, par les résistants(11) qui les considèreront comme des traîtres alors que ce ne sont que des crétins lâches, égoïstes et rabougris. Pour Guillaume Faye, il s’agit là de « l’émasculation mentale des Français de souche, comme des autres Européens de l’Ouest, unique dans le monde et à travers les âges. » (La Guerre civile raciale, p.58).

 

Guillaume Faye - Pierre-Emile Blairon

Guillaume Faye (à gauche) avec Pierre-Émile Blairon

2. La guerre civile raciale, l’hypothèse de Guillaume Faye

C’est un autre titre d’ouvrage de Guillaume Faye, son dernier livre qui a été édité à titre posthume ; je l’avais acheté à son éditeur au cimetière, le jour de l’enterrement de Guillaume.

Guillaume Faye avait aussi émis trois hypothèses mais qui ne concernaient que la guerre civile raciale: soumission, défaite ou victoire. « La première, la pire, serait celle de la soumission. Si, face aux envahisseurs et agresseurs étrangers, les Français blancs ne se défendent pas, il n’y aura pas de guerre. Ce sera le pourrissement, l’effondrement sans vrai combat, ni vengeance isolée. La deuxième hypothèse, et elle est terrible, angoissante, impensable, c’est l’éclatement d’une guerre civile raciale avec défaite des autochtones français et autres Européens ethniques, ayant contre eux leur propre État collabo(12). La troisième hypothèse, c’est celle d’une guerre civile victorieuse, avec bien sûr des conséquences historiques incalculables, dont l’effondrement de tous nos paradigmes politiques. » (p.69).

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J’aurais aimé que Guillaume soit encore en vie pour voir Citizen Vigilante(13), ce film promu par Elon Musk qu’il a diffusé gratuitement sur l’ensemble de la planète pendant quelques jours ; on peut critiquer la réalisation du film sur le plan technique, selon certains commentateurs (je n’y ai pas trouvé grand-chose à redire), mais ces critiques sont là surtout pour minimiser le choc que provoque le film qui brise tous les tabous au sujet de l’inefficacité de la police, de la corruption de la justice et de la protection des délinquants par la classe politique et les médias aux ordres, tous aspects qui sont clairement exposés dans ce film sans aucune sorte de retenue et qui suggère une réponse radicale aux agressions perpétrées par les délinquants allogènes.

Aujourd’hui même, 5 juillet 2026, à Narbonne, Amandine Chaudier, la mère de Louis, lynché à mort par une bande de racailles, est intervenue lors d’une « marche blanche »(14) : « « Aujourd’hui, la justice des hommes telle qu’elle est écrite ne me convient pas. Je vais me battre pour que justice te soit rendue. » La mère de Louis, 17 ans, lynché à mort à Narbonne, a réclamé « 30 ans de peine ferme, incompressible, définitive » pour les meurtriers de son fils, à l’issue d’une marche blanche organisée sur les lieux de l’agression. » (France Info).

3. La guerre civile européenne
Je ne vais pas revenir sur les circonstances de l’intervention de la Russie pour protéger les habitants russophones et russophiles d’une région de l’Ukraine, le Donbass, massacrés quotidiennement par les forces otano-kieviennes depuis 2014 jusqu’à l’opération spéciale décidée par Vladimir Poutine en 2022 pour les protéger et faire cesser ces exactions. Le nombre des victimes des agresseurs otano-ukrainiens est évalué à 15.000 morts civils.

Nos dirigeants européens, prétextant l’invasion illégale du territoire ukrainien par la Russie tiennent absolument à lui faire la guerre; ils oublient quand même qu’un traité (Minsk) a été signé et qu’il a été bafoué, de l’aveu même du président Hollande qui avait déclaré qu’il cherchait juste du temps pour préparer l’armement de l’Ukraine(15).

En réalité, les Pieds-Nickelés (les dirigeants européens qui étaient trois à l’origine mais qui ne sont plus que deux : Macron et Merz, Starmer ayant été mis hors-jeu) ont eu l’idée de ressusciter une vieille doctrine du XIXe siècle qui professe le prométhéisme (une doctrine politique qui n’a pas grand-chose à voir avec le personnage mythique) dont le projet consiste à créer une nouvelle Europe toujours liée à l’Amérique mais sans … la Russie(16).
Comme ces deux lascars, fermement soutenus par deux folles : von der Leyen et Kallas, sont aussi têtus que stupides, ils finiront peut-être par y arriver.

 

Ursula von der Leyen - Kaja Kallas

Kaja Kallas et Ursula Von der Leyen

Il y aura donc inévitablement une guerre nucléaire mais pas comme on l’imagine. Selon Gérard Chevrier, dès les premières attaques des Pieds-Nickelés contre la Russie, cette dernière répliquera en envoyant des missiles à tête nucléaire mais Chevrier nous rappelle qu’il existe toutes sortes de bombes nucléaires de différentes puissances, lancées à différentes hauteurs qui n’impliquent pas forcément la destruction du monde, ni même d’une ville, à condition de savoir s’en servir(17).

Je ne sais pas choisir entre ces trois éventualités ; je pense qu’il y aura vraisemblablement une conjonction de ces trois calamités à plus ou moins forte intensité qui affectera l’Europe qui n’échappera pas à son destin.

Dans le pire des cas, des archéologues du 80e siècle trouveront quelques traces d’une haute civilisation qui aurait existé quelques milliers d’années plus tôt mais ils seront tout aussi moqués que Schliemann quand il n’avait pas encore découvert Troie, ou raillés comme ceux qui cherchent toujours l’emplacement de l’Atlantide.

Pierre-Émile Blairon

Notes: 

(1) « Afin de marquer leur approbation à l’expédition punitive, les États européens ont détaché des officiers auprès de Bourmont. Le colonel du génie Filosoloff et le lieutenant Doubenski représentent la Russie de Nicolas Ier, le prince Schwarzenberg l’Autriche de François Ier. Le grand-duc de Toscane a dépêché le chevalier Mazzi et Ferdinand VII d’Espagne don Guerrero de Torres, don Villalonga, don Lasanca, don Soria et les comtes de Mirasol et de la Porterie. » (Georges Fleury, Comment l’Algérie devint française, 1830-1848, éditions Tempus, 2004)

(2)  Voir mon article du 17 octobre 2020 : Terrorisme islamique et terreur sanitaire : le monde pris dans l’étau de Big Brother

Pierre-Emile-Blairon-Convergences-malefiques.jpg(3) Ces « chefs d’État » qui dirigent actuellement l’Europe sont des imposteurs à la solde des satano-mondialistes. La fin d’un cycle est caractérisée par deux phénomènes qui semblent antagonistes mais qui se complètent : l’Apocalypse et la Révélation ; ces événements sont presque simultanés, mais la Révélation suit de très près l’Apocalypse - une fausse victoire des forces du Mal - par laquelle le monde doit inévitablement passer d’abord ; ces forces maléfiques seront anéanties pour laisser place à la Révélation. L’Âge de Fer est immédiatement remplacé par l’Âge d’Or. J’emploie un vocabulaire à la fois traditionnel-primordialiste et chrétien ; il n’y a pas incompatibilité ; la Tradition primordiale inclut toutes les spiritualités authentiques du Monde. Voir mon livre Les convergences maléfiques, Amazon, 2026.

(4) Voir mon article du 4 mars 2023 : L’Ukraine, berceau et tombeau des Européens, inclus dans mon livre : Les Stratégies du mensonge, p. 138, paru en 2026 chez Amazon

(5) Voir mon article du 13 septembre 2024, La Prophétie du Grand Monarque, inclus dans mon livre : La Satanisation du Monde, p. 131, Amazon 2024

Pierre-Emile-Blairon-Haute-trahison-couverture.jpg(6) Les ennemis de la véritable Europe n’ont pas de valeurs ; toute grande culture, toute grande civilisation est fondée sur des valeurs spirituelles qui se dégradent, au fil du temps, dans les émanations morbides des matières organiques en décomposition qu’engendrent, in fine, le matérialisme. Voir mon article du 9 février 2025 sur les valeurs européennes qui vont à l’encontre des anti-valeurs républicaines, révolutionnaires, démocratiques dont on nous rebat les oreilles en permanence : L’être « sigma » : manipulation CIA-woke-LGBTQ+ ou résurgence des valeurs chevaleresques? inclus dans mon livre Haute trahison, p.234, Amazon 2026.

(7) On se souvient du meurtre de ce jeune Anglais, Henry Nowak, poignardé par un immigré indien dans la nuit du 3 décembre 2025 : « Le rôle de la police dans l’affaire du meurtre de Henry Nowak, un étudiant blanc de 18 ans poignardé à mort à Southampton (sud) par Vickrum Digwa, un jeune homme sikh de 23 ans, a suscité l’indignation au Royaume-Uni, et des accusations de partialité de la part de l’extrême droite. Les agents ont d’abord cru le meurtrier, qui prétendait, à tort, avoir été victime d’une agression raciste de la part de l’étudiant. Au lieu de porter secours à Henry Nowak, qui leur disait avoir été poignardé et se plaignait de ne plus pouvoir respirer, les policiers lui avaient passé les menottes en lui signifiant son arrestation, peu avant qu’il ne succombe à ses blessures. » (Sud-Ouest du 1er juillet 2026).

Nous avons ici un parfait exemple de ce que Guillaume Faye appelle l’ethnomasochisme.

https://www.facebook.com/watch/?v=2445749542574292

(8)  Voir mon article du 5 mars 2024 : L’avortement gravé dans le marbre de la Constitution : Pulsion de mort ou suicide assisté de la France ?

(9) Dans  toutes les cultures traditionnelles, les anciens sont considérés comme un réservoir précieux de connaissances destiné à éduquer les jeunes générations et à perpétuer la mémoire des peuples dont ils sont issus.

(10) Les « êtres différenciés », comme les appelait Evola: au maximum 20% de la population de souche, mais on sait que ce sont les minorités actives qui créent le monde et qui font l’Histoire.

(11) https://odysee.com/@Rediffusions.com:0/Citizen.Vigilante.2026.VOSTFR.:e

(12) Intervention de la mère de Louis à Narbonne : https://www.facebook.com/reel/1023907800556337?locale=fr_FR

(13) Voir mon livre Les Convergences maléfiques, p.74 et suiv. Amazon, 2026.

(14) https://www.facebook.com/reel/2799699787047961?locale=fr_FR

(15) Lire dans nos colonnes : Hollande et Merkel : responsables de la guerre en Ukraine du 13 décembre 2022.

(16) Voir mon livre Les Convergences maléfiques, p.74 et suiv. Amazon, 2026.

(17) L’Union Européenne va réussir à déclencher la guerre avec la Russie /Gérard Chevrier – 30 juin 2026
https://www.facebook.com/reel/2799699787047961

 

vendredi, 14 août 2026

Lorsque la Pax Americana atteint ses limites

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Lorsque la Pax Americana atteint ses limites

Elena Fritz

Source: https://t.me/global_affairs_byelena

Dans le magazine britannique The Spectator, Tom Switzer met en garde contre un nouveau cataclysme, façon 1914. Ukraine, Iran, mer Rouge, Taïwan, mer de Chine méridionale, Corée, Inde et Pakistan: de plus en plus de crises pourraient se lier, des erreurs de calcul pourraient entraîner une escalade régionale après l’autre – jusqu’à la perte de contrôle.

Cette idée n’est pas nouvelle. Ce qui est plus intéressant, c’est pourquoi ces conflits, pourtant très éloignés les uns des autres, sont liés entre eux.

Le lien, selon Switzer, ce sont les États-Unis. La guerre contre l’Iran consomme des avions, des système de défense antiaérienne, des missiles et des munitions. Le soutien à l’Ukraine mobilise en partie les mêmes ressources,qui sont limitées. Plus Washington a besoin de moyens au Moyen-Orient et en Europe, moins il en reste pour la dissuasion de la Chine dans l’Indo-Pacifique.

Switzer décrit ainsi assez précisément le talon d’Achille de l’ordre actuel: les États-Unis ont des obligations mondiales, mais ne disposent pas de ressources illimitées. Sa conclusion est cependant que c’est précisément pour cette raison que le leadership américain est nécessaire. L’ordre international libéral ne peut pas se maintenir tout seul. Les règles ont besoin de quelqu’un pour les faire respecter. Sans une Amérique désireuse et capable de le faire, l’ordre est mis sous pression.

Mais de quel ordre parlons-nous exactement ?

Si les États-Unis doivent contenir simultanément la Russie en Europe, l’Iran au Moyen-Orient et la Chine en Asie de l’Est, une surcharge pour Washington ne signifie pas nécessairement la fin de tout ordre international.

Cela signifie la fin d’un ordre bien précis: celui de la Pax Americana. Pour l’Allemagne en particulier, cette distinction est révélatrice: en effet, un recul de la domination américaine ne signifierait pas qu’il n’y aurait soudainement plus de politique de puissance sur le continent européen. Au contraire. L’Allemagne, la France, la Pologne, le Royaume-Uni, la Russie et les États intermédiaires devraient ajuster beaucoup plus directement leurs intérêts, leurs besoins de sécurité et les rapports de force entre eux. Cela ne serait pas automatiquement pacifique. La transition pourrait même être dangereuse. Mais à long terme, il pourrait en émerger un ordre européen fondé davantage sur les rapports de force et les intérêts réels de ce continent, au lieu de rester dépendant de la manière dont Washington répartit ses priorités mondiales entre l’Europe, le Moyen-Orient et le Pacifique.

C’est une question fondamentale pour l’Allemagne. Car tant que l’architecture de sécurité européenne est essentiellement organisée par les États-Unis, la sécurité allemande reste inévitablement liée aux intérêts américains hors d’Europe. Un conflit à propos de Taïwan deviendrait alors indirectement une question de sécurité européenne. Une guerre contre l’Iran influencerait les ressources militaires disponibles pour l’OTAN. Et un changement de priorités américain vers le Pacifique modifierait immédiatement la situation stratégique de l’Allemagne.

La puissance mondiale américaine protège l’Europe, mais elle lie aussi l’Europe à la stratégie globale de Washington.

En Asie de l’Est également, un retrait américain ne laisserait pas simplement un vide que la Chine remplirait. Le Japon, la Corée du Sud, l’Inde et l’Australie auraient un intérêt bien plus fort à contrebalancer la Chine par eux-mêmes. Au Moyen-Orient, l’Iran, la Turquie, l’Arabie Saoudite et Israël devraient organiser davantage l’équilibre régional entre eux. Le monde deviendrait peut-être plus agité et régionalisé. Mais c’est justement cette régionalisation qui pourrait, à long terme, empêcher que chaque conflit local ne devienne automatiquement une question de puissance américano-russe ou américano-chinoise. Et c’est ici que la comparaison avec 1914 devient intéressante. À l’époque, des mécanismes rigides d’alliances ont fait qu’une guerre régionale est devenue, en quelques semaines, une guerre entre grandes puissances. Aujourd’hui, il existe une autre forme de couplage: les États-Unis sont présents simultanément dans presque toutes les zones de conflit majeures.

Ainsi, Switzer décrit involontairement autre chose: la Russie, la Chine et l’Iran n’ont pas besoin d’un pacte militaire commun pour mettre l’ordre américain sous pression. Ils n’ont même pas besoin de coordonner entièrement leurs politiques.

Il suffit que chacun agisse là où résident ses propres intérêts: la Russie mobilise des forces en Europe. L’Iran le fait au Moyen-Orient. La Chine oblige Washington à garder des réserves dans le Pacifique.

Trois États, trois intérêts, trois théâtres, mais la même base de puissance américaine.

C’est sans doute le véritable changement de notre époque. Les adversaires de la Pax Americana n’ont pas besoin de vaincre l’Amérique ensemble. Ils doivent simplement faire en sorte que Washington tente de rester suffisamment fort partout à la fois.

Et pour l’Allemagne, une question se pose alors, qui va bien au-delà de Trump, de l’Ukraine ou de l’Iran :

Voulons-nous attendre de voir quelle partie de son ordre mondial Washington pourra encore défendre à l’avenir, ou commencerons-nous un jour à penser un ordre européen selon nos propres intérêts ?

#geopolitique@global_affairs_byelena

Des voix raisonnables dans les rangs du Bündnis Sahra Wagenknecht: «Mettons fin à l’idiotie du cordon sanitaire!»

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Des voix raisonnables dans les rangs du Bündnis Sahra Wagenknecht: «Mettons fin à l’idiotie du cordon sanitaire!»

Magdebourg/Berlin. L’alliance Sahra Wagenknecht (BSW) se positionne en Saxe-Anhalt comme un partenaire potentiel de l’AfD pour promouvoir un changement de gouvernement. L’AfD est créditée d’environ 40% dans les sondages depuis des mois, tandis que la CDU du ministre-président Sven Schulze atteint environ 24%. Explicitement, le BSW n’exclut pas une coopération avec l’AfD.

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Les têtes de liste Claudia Wittig et Thomas Schulze ont formulé six projets comme base d’une éventuelle coopération. Il s’agit notamment de plus d’enseignants et de temps d’apprentissage commun plus long, d’une allocation régionale pour les soins, ainsi que d’un renforcement de la police régionale à un effectif d'au moins 7000 agents d’ici 2028. S’y ajoutent une initiative au Bundesrat pour des livraisons de gaz et de pétrole à prix réduit en provenance de Russie, la résiliation du contrat d’État sur les médias et une réforme fondamentale de l’audiovisuel public.

Wittig a déclaré: «Ce n’est que si le BSW entre au parlement régional que le prochain mandat du ministre-président CDU pourra être évité. L’AfD n’y arrivera pas seule».

La fondatrice du parti, Sahra Wagenknecht, mise, elle aussi, sur un changement de pouvoir. «Le changement ne viendra qu’avec le BSW! Notre objectif électoral est la destitution du titulaire CDU et son remplacement par un ministre-président sans étiquette, qui mettra fin à l’idiotie du cordon sanitaire». Schulze ne recevra aucune voix du BSW. Son départ serait, selon Wagenknecht, «la prochaine gifle méritée pour Friedrich Merz et probablement la fin de son mandat de chancelier désastreux».

Le politologue Oliver Lembcke, de l’université de la Ruhr à Bochum, y voit un signal stratégique adressé aux électeurs. Un vote pour le BSW pourrait permettre un changement de gouvernement. Si l’AfD a besoin d’un partenaire, le BSW se présente en même temps comme un possible faiseur de majorité (rk).

Source: Zu erst, Août 2026.

Cuba, le troisième front

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Cuba, le troisième front

Andrea Marcigliano

Source: https://electomagazine.it/il-terzo-fronte/

Miguél Díaz-Canel est le président de Cuba. Peu connu du grand public occidental, qui reste le plus souvent ancré dans la mythologie des Castro.

Cuba, aujourd’hui, est une réalité complexe. Bien au-delà des mythologies de nos castristes de salon. Une réalité en devenir, en pleine transformation, souvent tourmentée.

Le projet de Fidel de créer un État fondé sur une économie solidaire, différente du libéralisme sauvage qui domine le continent américain, conserve encore une certaine vitalité et validité. Et pourtant, il peine, ce projet, surtout parce qu’il est isolé.

Castro n’était pas marxiste. Même si les circonstances de l’histoire l’ont contraint à se rapprocher de l’URSS pour survivre à la pression des États-Unis.

En réalité, il s’agissait avant tout d’une révolution nationale, pour racheter Cuba, alors réduite à un gigantesque bordel aux mains des mafias américaines.

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Une révolution qui ne fut pas particulièrement sanglante. Car le régime de Batista s’effondra de lui-même, emporté par la corruption et ses contradictions internes.

Puis, il y eut la tentative de Kennedy de reprendre le contrôle de la grande île. Elle échoua lamentablement.

La Baie des Cochons fut l’un des pires épisodes de l’histoire occidentale. Et des centaines de jeunes Cubains, encadrés et armés par la CIA, furent envoyés au massacre. Puis abandonnés.

Washington, cependant, a la mémoire longue. Et n’a jamais totalement renoncé à reprendre le contrôle total de Cuba.

Et aujourd’hui, avec Trump, l’étau se resserre autour du régime cubain.

Il l’étouffe, dans le but de forcer La Havane à revenir complètement dans son orbite.

C’est un étau mortel. Qui ne permet même plus à Cuba de maintenir son système de santé, fierté et orgueil du régime. Et cet étau accule de plus en plus un système déjà éprouvé par l’isolement.

Naturellement, Cuba peut compter sur l’aide de la Russie et de la Chine.

Moscou envoie des marchandises, et surtout des pétroliers, pour tenter de ravitailler la Grande Île caribéenne.

Pékin procède à l’installation de systèmes de production d’énergie solaire, afin de pallier le manque de sources capables d’alimenter le système cubain.

Cependant, les difficultés de Cuba semblent s’accroître. Washington est déterminée à l’étouffer et à reprendre le contrôle.

Díaz-Canel tente, de plus en plus désespérément, de faire savoir au monde ce qui est en train de se passer.

En jeu, il n’y a pas seulement son régime.

Ce qui est remis en cause, c’est la possibilité même de l’existence d’un système politique indépendant des États-Unis dans leur sphère d’influence directe.

Cuba est le Troisième Front de la guerre mondiale, asymétrique, qui se déroule sous nos yeux.

Des yeux qui, trop souvent, ne veulent pas voir la réalité. Ni la reconnaître.

18:03 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, cuba, caraïbes, castrisme, amérique ibérique | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook