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lundi, 18 novembre 2013

Apolaire ou antipolaire ?

Apolaire ou antipolaire ?

Ex: http://www.dedefensa.org

elegante-schaufensterpuppe-gold-kopflos_1243_4.JPG16 novembre 2013 – ... Effectivement, nous nous sommes arrêtés à l’expression “apolaire”, parce qu’elle contient bien plus que ce qu’elle semble vouloir dire. Notre référence dedefensa.org est des plus simples et des plus proches, puisqu’elle date du 10 novembre 2013, comme conclusion de ces Notes d’analyse :

«D’une certaine façon, il s’agit, expression appropriée tombée miraculeusement par rapport à la politique française totalement invertie de la bouche du ministre Fabius lors d’une récente conférence à Science Po, de la découverte angoissée d’ un monde apolaire (ou bien “zéropolaire”, mais nous préférons nettement la précédente, et la conservons) ; après les épisodes unipolaire et multipolaire, un monde “sans pôle”, qui a perdu toute forme et toute cohésion... Un monde de toutes les opportunités de crises et de tensions souvent surgies par surprise... Un monde de tempêtes, sans vent dominant et où tous les vents prétendent dominer dans une surenchère de souffles furieux, où la tempête lève de tous les côtés.»

L’expression ne date certainement pas de Fabius et de son speechwritrer standard du Quai d’Orsay, mais l’honnêteté nous oblige à dire qu’elle nous vient de cette circonstance. Il faut noter qu’il existe, depuis la fin de la Guerre froide (1989-1991), un historique fourni de la qualification du monde et de ses relations internationales. Cela nous indique le degré de confusion des choses et la nécessité d’autant plus grande de rechercher une définition à la présente identification. Le rappel préliminaire de l’historique de la chose sera un premier pas dans notre recherche d’identité des relations internationales du temps présent.

• Nous partons donc de la Guerre froide, soit 1989-1991, mais encore plus, avec l’élection de Clinton (novembre 1992) comme substantivation de la période. Il n’est rien de plus caractéristique à cet égard que le destin de GH Bush (Bush-père) qui, au sommet d’une gloire extraordinaire avec la victoire du Golfe-I, de février 1991, s’effondra littéralement et fut ignominieusement battu en novembre 1992 par un inconnu venu de l’Alabama. (Cet épisode “chute de Bush-élection de Clinton”, indiquant le vrai désarroi de l’Amérique et conduisant à considérer la guerre du Golfe-I comme un “accident”, un épiphénomène ne comptant guère dans l’agencement des relations internationales).

En un sens, jusqu’en 1995-1996, le monde avec ses relations internationales traversa une période à première vue assez similaire (“apolaire”) à celle que nous identifions aujourd'hui, du point de vue strict de l’organisation informelle des relations internationales. On en trouverait une assez juste identification avec le titre du livre de Gabriel Robin, publié en février 1995 chez Odile Jacob, Un monde sans maître. Robin termina (en 1993) sa carrière diplomatique active comme ambassadeur de France à l’OTAN, où il put montrer tout son “rigorisme gaulliste” en matière de diplomatie, et particulièrement en matière des principes de la diplomatie. Il put ainsi observer, à partir d’un point privilégié, les interrogations sur la confusion de la période, la disparition de l’URSS, les doutes profonds et paralysants de la puissance américaniste, les hésitations européennes et la démission qui suivit avec le choix européen d’une organisation intérieure appelée à se bureaucratiser (Maastricht et la suite) aux dépens d’une politique de sécurité active et créatrice des nations coopérant entre elles (le refus de l’UEO d’intervenir en ex-Yougoslavie dès 1991, – voir le 4 février 2010).

• Nous avons souvent cité cette description du processus de la politique en Europe, exemplaire de la politique générale des relations internationales, et aussi l’évolution de la situation américaniste, dans les extraits de l’ouvrage Chronique de l’ébranlement, cités notamment le 2 septembre 2005. Effectivement, entre 1995 et l’été 1996, le sentiment dépressif et d’une crise d’identité gravissime des USA (voir des textes de William Pfaff, présentés le 23 novembre 2003) bascula, sous la force d’une poussée considérable de virtualisme, et rétablit les USA dans une sorte de narrative impériale que personne ne pouvait songer à contester, alors que les forces financières déchaînées saccageaient la Russie, puis bientôt toute une chaîne d’autres pays. C’est donc à l’automne de 1996 qu’on pourrait déclarer ouverte l’ère “unipolaire” de ce qu’Hubert Védrines allait baptiser l’“hyperpuissance”, – dito, les USA, cela va de soi.

Cette période durerait, selon nous jusqu’à l’été de 2003 (notamment l’événement de l’attentat de fin août 2003 qui réduisit en poussière le siège de l’ONU à Bagdad et tua le représentant de l’Organisation en Irak), lorsqu’il apparut que la “victoire extraordinaire” en Irak s’avérait être un cauchemar dissimulé pour la puissance miliaire US. Dans le séquence, 9/11 est une ultime bouffée de vertige, une fausse “défaite” fournissant l’argument pour un déchaînement impérial conduisant à la conquête du monde. Il s’agit donc d’une succession de narrative, ou d’autant de bulles, toutes de coloration américaniste, jusqu’à l’avatar fondamental que constitue l’attaque de l’Irak et la dépression rapide qui suit, dès l’été 2003. Depuis lors, l’“hyperpuissance” n’a cessé de se déliter, de se déstructurer, de se dissoudre. L’ère unipolaire fut évidemment un montage de bout en bout du point de vue de la dynamique des relations internationales, mais elle exista simplement parce que personne ne la contesta. Le comble de la contradiction, mais aussi l’exposition de la réalité de la situation, fut que cette unipolarité prétendant rassembler toutes les relations internationales vers elle (un universalisme américaniste) s’acheva par une prétention triomphale qui s’exprima par un complet unilatéralisme, consistant de facto en un isolationnisme expansionniste réfutant toute relation diplomatique normale. Cette absence totale de véritables “relations diplomatiques” réduisit l’unipolarité du monde en une action unilatérale des USA, laissant l’influence et la diffusion de leur puissance à leurs instruments autonomes (finance, dollar, puissance militaire, puissance culturelle, informatique, etc.) Il n’y eut donc pas investissement constructif (à son avantage) du monde par les USA mais action unilatérale des USA dans un “reste du monde” (ROW) complètement paralysé et anesthésié.

• Pour faire juste, nous dirions que le passage à un stade “multipolaire” pourrait être annoncé avec la position française à l’ONU, contre l’intervention US en Irak, entre octobre 2002 et février 2003, avec le discours de Villepin du 14 février 2003. Quoi qu’il en soit, c’est lors d’une visite à Moscou à l’automne 2003 que le Français Chirac affirma que nous entrions dans une “ère multipolaire”, où la puissance US ne serait plus la seule à imposer sa loi. On imagine avec quel enthousiasme, son interlocuteur russe, le déjà-président Poutine, appuya cette analyse.

Cette multipolarité fut aussi bien un leurre que l’unipolarité qui avait précédé. Il s’est agi simplement de l’expression du délitement progressif de l’hyperpuissance, entraînant des réactions de divers autres puissances là où cela était possible, créant ainsi cette “apparence de multipolarité”. Avec et après la crise de 2008, cette “apparence de multipolarité” grandit encore avec la formation de ce que nous nommons le “bloc BAO” (voir le Glossaire.dde, le 10 décembre 2012), qui se caractérise par l’effacement de l’“unipolarité” (prépondérance des USA) au sein des “pays occidentaux” : «Désormais, tous les pays du bloc BAO au travers de leurs élites et des psychologies terrorisées de ces élites, se perçoivent égalitairement, c’est-à-dire essentiellement libérés des liens de domination et de sujétion entre les USA et les autres... Cela ne signifie nullement la fin de la corruption et de l’influence US, comme par le passé, mais, contrairement au passé, cette corruption et cette influence s’exerçant à l’avantage de tous et apparaissant de plus en plus invertébrées, de moins en moins spécifiques. De même observe-t-on une homogénéisation des conceptions et des politiques, simplement par disparition de la substance au profit de l’apparence et de l’image...»

Les réactions du bloc BAO vis-à-vis du “printemps arabe” ont montré cet effacement de la domination US dans le camp occidental, avec l’illustration très récente de la phase crisique syrienne d’août-septembre et le dernier épisode, totalement anarchique, des négociations P5+1 à Genève (le 9 novembre). Cette phase et les événements depuis le début de l’automne ont décisivement acté le passage à l’“apolarité”.

• C’est ce dernier épisode du 9 novembre que l’on pourrait prendre, dans notre propos, comme marque symbolique du passage à un stade apolaire, ou “antipolaire”, des relations internationales. Le désordre de l’événement témoigne de ce refus d’une polarité, c’est-à-dire d’une structure où une ou des forces sont capables d’imposer une évidence d’orientation dans un facteur essentiel des relations internationales, où tous les “composants” flottent dans leurs interprétations des choses, où il est devenu impossible de distinguer une logique, pour ne pas parler de “sagesse” qui semble figurer un concept incompréhensible et d'un autre temps, dans toute cette agitation compulsive. Nous décrivions dans notre texte du 15 novembre 2013 les séquences chaotiques qui ont accompagné et poursuivi cette étrange journées :

«Durant cette journée et en prenant en compte ce qui précédait et ce qui a suivi, on a vu l’accord avec l’Iran annoncé comme quasiment fait et signé ; l’intervention des Français le 9 novembre interrompant cette perception en paraissant refuser cet accord “seuls contre tous” et en fait étant perçus comme parlant “au nom d’Israël” (et de l’Arabie, pour vendre quelques canons) ; les USA effectuant une première tentative de rangement en annonçant qu’en fait les Français n’avaient fait qu’exprimer une position générale du bloc BAO et dénonçant les Iraniens pour leur intransigeance (mais que dire des Russes qui font partie du P5+1 et qui ont observé ce désordre avec une certaine position de retrait mais non sans ironie ? On n’en dit rien et on passe à autre chose) ; la narrative évoluant encore et disant que, finalement, les Iraniens n’étaient pas coupables non plus, que personne n’était coupable, simplement qu’on avait été trop vite dans l'interprétation des choses et que tout se présente fort bien pour un accord qui sera mis en forme définitive, on vous l'assure, à partir du 20 novembre.»

En fait de “passage à un stade apolaire, ou 'antipolaire', des relations internationales ”, là aussi nous parlerions plutôt de l’évolution de la perception, c’est-à-dire cette perception, après l’“unipolarité virtualiste” des USA, passant d’une multipolarité factice (“apparence de multipolarité”) à une absence de polarité (“apolaire”) et même, et surtout, à un refus de polarité (“antipolaire”). Mais l’on précisera aussitôt que les deux termes conviennent comme complémentaires : le monde apolaire (pas de pôle) est un fait de situation, et un fait “structurel” par antithèse ; le monde antipolaire (refus du pôle en tant que structure) décrit une “dynamique” de refus, également “dynamique” par antithèse.

Une évolution nécessaire

Comme nous écrivons dans notre abstract de présentation de cet article, «Il s’agit d’un “monde sans pôle” parce qu’il n’y a plus aucune structure pour soutenir un ou plusieurs ‘pôles’. Notre monde apolaire est un monde qui ne veut plus avoir de pôle...» Il faut donc développer cette définition à partir de ce constat de base, déjà éclairé par la remarque précédente établissant définitions et complémentarité des concept d’“apolarité” et d’“antipolarité” ... Ainsi dirions-nous effectivement que le monde apolaire n’est pas seulement un “monde sans pôle” comme un constat statique, disons par “absence de pôle”, mais qu’il est également un monde antipolaire qui repousse quelque pôle que ce soit, et ainsi comme un constat dynamique, une force en action qui interdit et rejette toute prétention de l’un ou de l’autre, ou de plusieurs, à être “un pôle” ou “plusieurs pôles”. Il s’agit d’un monde vivant, activement rétif à toute “structuration polaire”, et d’ailleurs à toute structuration tout court.

La question qui se pose alors est de savoir si ce monde apolaire-antipolaire l’est à cause du traitement qu’on lui impose, ou s’il l’est devenu par modification de nature, modification ontologique, – ou plus clairement dit, par apparition de sa nature réelle après les épisodes faussaires de l’unipolarité et de la multipolarité. Dans ce deuxième cas, les événements dont on aurait fait la cause de son apolarité-antipolarité, en deviennent en vérité les conséquences. Poser la question sous cette forme, c’est, pour notre compte, y répondre évidemment dans le sens de privilégier le deuxième terme de l’alternative : les événements dont nous parlons, qui sont d’une importance dérisoire dans leurs substance, ne peuvent être des modificateurs d’une nature, d’une essence, – par contre, ils peuvent être l’expression de cette modification.

Quels sont ces événements, ou ces types d’événements qui prédominent actuellement ? Il ne s’agit pas d’événements identifiés, mais de “types d’événements”, caractérisés par des spécificités très remarquables ; ils ont tous le caractère essentiel d’être complètement privés d’influence principielle, et, par suite, à la fois instructuré et d’une substance dissolue ou en cours de dissolution. Les conséquences sont à mesure, principalement dans le chef de l’absence totale de la moindre création de situations nouvelles (y compris les pires d’ailleurs, comme des agressions brutales par la guerre, dont on parle continuellement et que personne n’est capable d’imposer).

• Ces événements sont issus d’une agglomération désordonnée et sans structure principielle de caractère tels que la corruption psychologique en général, c’est-à-dire à la fois la faiblesse de la psychologie et l’absence d’expérience et de culture politique ; l’influence pervertie, l’influence par terrorisation de l’esprit, la corruption vénale ; la manipulation de la communication par faiblesse de compréhension, par courte vue, par seul souci de l’apparence, avec l’emploi grossier de narrative successives. Tout le monde est manipulé par les événements, y compris les acteurs les plus subversifs et agressifs (Israël et l’Arabie), et ne fait que ré-agir plutôt qu’agir, sous l’empire d’événements plus hauts et qui sont incompréhensibles à la plupart des acteurs, sinon hors de leur perception, – sans parler d’intuition dont ils sont totalement dépourvus.

• Il en résulte une agitation forcenée, une sorte de “danse de Saint-Guy” d’une activité pseudo-diplomatique et qui n’est qu’anarchique, dont l’affaire du 9 novembre autour du P5+1 est exemplaire. Les discours et les commentaires tentent de rétablir un semblant d’ordre et de maîtrise, sous l’impulsion d’une raison qui est totalement subvertie pour pouvoir montrer une quelconque efficacité structurante ; ils ne parviennent qu’à mettre en évidence la vanité et la vacuité des “actes” qui apparaissent très vite pour ce qu’ils sont, – des impostures d’actes, des narrative d’actes. Bien entendu, la vision longue, l’appréciation stratégique et structurelle, dont tout le monde parle, sont totalement absentes, absolument interdites de se réaliser.

• Tous les acteurs sont touchés par ce conditions, ce qui est logique parce que ces conditions sont universelles. Les plus touchés sont ceux qui sont les plus affectés, eux-mêmes et en eux-mêmes, par ces conditions, c’est-à-dire ceux qui sont totalement étrangers à toute approche principielle de la situation du monde, et surtout à la nécessité de cette approche. On mettra dans cette catégorie, sans surprise bien entendu, les pays du bloc BAO avec des nuances circonstancielles, et les appendices radicaux tels que l’Arabie et Israël, avec l’ajout circonstanciel et remarquablement original par son caractère de contre-emploi de la France dont la politique est conforme aux variations radicales du rôle de ce pays, qui est en général fondamentalement structurant, plus qu’aucune autre entité, et qui peut être catastrophiquement déstructurant (“plus qu’aucune autre entité”) selon les accidents d'époque, qui est aujourd’hui dans une période de basses eaux si catastrophique et déstructurée qu’on peut avancer l’hypothèse, d’ailleurs renforcée par la situation générale également sans précédent, qu’il n’y en eut jamais de telle auparavant. Un seul pays parmi les principaux acteurs échappe à ces jugements catastrophiques, et l’on se doute que c’est la Russie ; mais la Russie ne peut rien de fondamental qui changerait la substance de la situation, parce que cette situation, dépendant de forces métahistoriques extérieures, ne peut être maîtrisée par elle ; elle grogne, elle avertit, elle manœuvre, elle se réfère aux principes mais elle reste à l’intérieur du Système.

Cette description de l’opérationnalité des situations justifie complètement notre identification d’un monde apolaire-antipolaire, un monde sans pôle et qui refuse quelque pôle que ce soit ; c’est-à-dire sans ordre, et qui refuse l’ordre. On aurait tort pourtant de dénoncer cette situation comme calamiteuse en soi, d’en faire un motif per se d’une situation catastrophique comme quelque chose d’inattendu et de profondément dommageable. Cette observation vaut pour deux raisons :

• La première est que cette “situation catastrophique” n’est nullement un accident, un brutal effondrement, mais la concrétisation et la mise à jour de la vérité de la situation du monde. On l’a vu, unipolarité et multipolarité dans la séquence n’ont été que des situations transitoires et complètement faussaires dans la marche vers la mise à jour de la vérité de la situation. Cette évolution s’est accélérée à partir de 2008 et a commencé à montrer ses effets à partir de 2010 avec les réactions au soi-disant “printemps arabes”, cela en conjonction avec l’aggravation constante dans le sens de la déstructuration des situations intérieures et l’accélération de la crise d’effondrement du Système. Il n’y a donc pas d’accident ni de “surprise catastrophique” mais la marche compréhensible et justifiée d’une logique universelle à l’œuvre, ressortant des effets du cycle surpuissance-autodestruction d’un Système ivre de puissance mais de plus en plus soumis, par des forces métahistoriques lui-même, aux contradictions mortelles de cette surpuissance.

• La seconde est que cette déstructuration, ce refus d’un ordre (apolarité-antipolarité), s’exerce contre une structure absolument perverse, contre un ordre faussaire et imposteur, – dito, on s’en doute, celui du Système. (On sait en effet que le paradoxe mortel du Système [voir le 8 juillet 2013] est qu’il a besoin de se structurer de plus en plus pour conduire son œuvre de déstructuration par sa dynamique de surpuissance, se mettant ainsi lui-même en danger de plus en plus grand d’être déstructuré à mesure par les effets de sa propre action, et fondant ainsi la logique de l’équation surpuissance-autodestruction par augmentation très rapide de la tendance à l’autodestruction avec l’accélération de sa surpuissance, avec la perspective, déjà accomplie dans plusieurs domaines comme le technologisme, où la dynamique de la surpuissance s’est transformée en dynamique de l’autodestruction. Le cas de la NSA est révélateur à cet égard : la surpuissance de l’Agence a très largement entamé sa transmutation en dynamique d’autodestruction.) Ce sentiment du “refus d’un ordre [exercé] contre une structure absolument perverse, contre un ordre faussaire et imposteur” engendre la transmutation classique du comportement vers l’antiSystème. La situation est classique pour nous, renvoyant la fois à l'acte de la résistance et à l’acte du contrefeu avec l’opérationnalité tactique du “faire aïkido”. On en est donc au paradoxe où la “situation (en apparence) calamiteuse” du monde apolaire-antipolaire constitue en réalité une opportunité inattendue d’une action antiSystème : le désordre lui même a fini par être antiSystème.

D’une façon générale, il s’agit d’un déroulement logique inéluctable, et tout ce qu’on peut faire ou interpréter dans un sens constructif dans les circonstances actuelles est voué à l’échec si l’on en attend quelque chose de décisif. Même ce qu’on pourrait considérer comme un acte restructurant, comme la prise en main de la situation opérationnelle par le régime d’Assad ou la perspective d’un accord avec l’Iran, engendre des conséquences déstructurantes, même indirectement, qui accentuent les caractères de la situation qu’on décrit. (Ce “même indirectement” signifie que même si tel ou tel “acte restructurant”, – Syrie ou Iran, – arrive à se concrétiser [victoire d’Assad, accord avec l’Iran], les conséquence déstructurantes seront néanmoins supérieures à la structuration accomplie et annuleront tout espoir de restructuration. Cela ne signifie pas qu’il faut s’opposer à ces actes restructurants, mais les considérer pour ce qu’ils sont : des actes antiSystème, tactiques par définition, pendant qu’ils se font mais sans la capacité de créer une véritable situation stratégique nouvelle, hors-Système. L’exemple de l’Irak peut être avancé : la guerre contre l’Irak a été un calvaire pour les USA [le Système], donc parfaitement antiSystème, mais ce qu’il en résulte n’instaure en rien une situation stratégique antiSystème décisive. Par contre l’aspect antiSystème de la guerre d’Irak, contre les USA, a joué son rôle en affaiblissant à mesure les USA.) En fait, la signification du mot “victoire” ou de l’expression “résolution d’un conflit” ayant perdu tout sens, toute “victoire“ ou “résolution d’un conflit” effective, même perçue lorsqu’elle n’était qu’une perspective comme antiSystème, ne se réalise nullement d’une façon structurante décisive et engendre une surenchère de revendications, de manœuvres, de tendances déstabilisatrices, – et là aussi et encore, “tactiquement” antiSystème, – et ainsi de suite. Donc, toujours cette situation paradoxale, qu'on pourrait juger bénéfique et qui ne l'est pas au terme, mais qui l'est dans son opérationnalité et apportant donc sa contribution à l'attaque générale contre le Système.

C’est une situation effectivement sans issue dans le cadre actuel (Système) parce que la seule issue possible est la destruction totale, par effondrement, du Système. (L’autre issue décisive est inacceptable et impensable, et sans le moindre sens, puisqu'il s'agirait d'une victoire du Système qui signifierait une entropisation générale, – voir le processus dd&e ; la voie vers cette “victoire” emporterait le Système lui-même avant que cette entropisation ait été accomplie, ce qui en fait une proposition absurde.) Il n’y a pas lieu d’être optimiste ni pessimiste, mais de constater que ce phénomène (“sans issue”) ne représente en rien un jugement désespérée, puisqu’une “issue” à ce stade impliquerait qu’elle se ferait à l’intérieur du Système, donc promise à retomber sous l’empire du Système, – donc un répit pour le Système dans sa marche vers l’autodestruction. Quant à la réalité du processus d’autodestruction, on peut toujours la contester au nom d’arguments divers, purement intellectuels et surtout spéculatifs, qui s’appuient d’ailleurs selon nous sur l’acceptation de l’empire du règne de la quantité et du triomphe du “déchaînement de la Matière” qui nous est (cette acceptation) complètement étrangère par conviction et par jugement rationnel. Par contre, qui est capable de hausser sa vision à quelques mois de temps constate tous les signes de cette autodestruction ; il n’y a qu’à comparer les prévisions que nous faisions le 10 juin, ou le 15 juin, ou le 1er juillet, sur les conséquences antiSystème de la crise Snowden/NSA, et la mesure des effets diluviens, globaux, inarrêtables de ces conséquences, pour prendre en compte cette hypothèse de l’autodestruction. Qui peut nier aujourd’hui la validité de cette chose absolument impensable il y a cinq mois : la toute-puissance de la NSA d’ores et déjà acceptée partout et qui nous faisait considérer notre avenir comme un “goulag électronique” inéluctable (voir le 1er août 2013), devenue une NSA aux abois qui est l’enjeu d’une lutte féroce, notamment de groupes importants qui ne sont pas loin de vouloir la détruire, au sein même d’un centre-Système comme le Congrès des Etats-Unis, ou dans le chef de puissances au sein du bloc BAO (Allemagne) ou en-dehors de lui (Brésil). Une telle situation était impensable il y a cinq mois ; aujourd’hui, nul ne s’en étonne (pour ceux qui veulent bien prendre le temps de s’en apercevoir, certes)... Le processus d’autodestruction est non seulement à l’œuvre, il est en plus entré, dans certaines situations, dans les actes même de certaines forces du Système passées à l’antiSystème.

C’est à cette lumière qu’il faut voir la situation apolarité-antipolarité du monde. Ce n’est pas une situation génératrice de désordre, c’est une classification actant le désordre du monde, qui existe largement depuis 9/11, qui existait déjà auparavant, et qu’on paraît d’attributs divers et dissimulateurs dont les plus récents furent les fictions d’unipolarité et de multipolarité. Réaliser la vérité de la situation du monde au lieu de rester la dupe d’une dissimulation de cette même situation de la vérité du monde ne peut être en aucun cas considéré comme un événement catastrophique. Cela (la réalisation de la vérité du monde) doit au reste être accompli du point de vue le plus rationnel du monde, en utilisant la raison pour ce qu’elle doit être, – non pas une puissance faite pour changer le monde à mesure de l’hybris du sapiens en posant ainsi son asservissement au Système, mais un outil pour identifier la vérité du monde et donner à l’esprit les moyens lui permettant de mieux se situer et de rechercher ce qui doit lui être bénéfique, – c’est-à-dire l’attaque continuée sans répit ni relâche contre le Système.

dimanche, 17 novembre 2013

Intégrale de l’interview de Guillaume Faye

Intégrale de l’interview de Guillaume Faye

par Thomas Ferrier

Ex: http://psune.fr

Le politiste engagé Guillaume FAYE, partisan de l’Europe comme nation, comme le rappelle l’intitulé d’un de ses anciens ouvrages, « Nouveau discours à la nation européenne », a accepté notre invitation à évoquer sa conception du monde à partir des questions thématiques que nous lui avons posées. [...]. Vous pouvez également retrouver ses analyses sur son propre blog, www.gfaye.com. Je précise à toutes fins utiles que les propos de Guillaume Faye ne réflètent pas nécessairement les positions de [psune.fr].

***

2006-05a_thumb-300x300.jpgNous ouvrons le bal par le thème de la politique française et notamment de la présidence « Hollande ».

I. Guillaume Faye et la gouvernance « française »

TF: Juste quelques mots sur ce que vous inspire l’actualité politique du moment : affaire Cahuzac, bilan de François Hollande, « mariage pour tous », baisse programmée des allocations familiales, taxation future et probable des Smartphones et plus généralement de tout appareil connecté, laxisme judiciaire, affaire du « mur des cons », affaire du RER de Grigny, émeutes à Trappes, Colombes, Stockholm, agression islamique d’un militaire à Londres, Paris, situation de guerre civile à Marseille, affaire Méric, affaire Vikernes, affaire syrienne (faut-il intervenir ou pas ? Intérêt ou pas pour l’Europe ?)…

Guillaume FAYE: Pour tous ces commentaires politiques, vous voyez mon blog, J’ai Tout Compris ou gfaye.com Le gouvernement socialiste mène sa politique catastrophique dans la plus parfaite inconscience. C’est l’idéologie qui dirige, mêlée aux calculs politiciens classiques, à l’improvisation, etc. L’affaire Cahuzac est très amusante et reflète les terrifiantes contradictions de la gauche et de ce pays : voilà donc un ministre chargé de taxer et d’assommer fiscalement ses concitoyens qui, lui-même, fraude le fisc qu’il estime (d’ailleurs à juste titre) confiscatoire et racketteur. C’est l’arroseur arrosé, le gendarme-voleur. L’État le savait et l’a protégé en vain. La commission parlementaire d’enquête, entièrement truquée par le PS, a essayé de limiter les dégâts.

Mariage pour tous ? Ça fait plus de dix ans que j’avais dit que ça arriverait inéluctablement. C’est un symptôme, il faut s’attaquer aux causes. Sur l’insécurité et la criminalité (dues au mélange détonnant d’immigration incontrôlée et de laxisme judiciaire) nous allons monter vers des niveaux stratosphériques. Comme je l’ai souvent dit, nous nous dirigeons (pas seulement en France) vers soit une rupture, aux conséquences révolutionnaires, soit une mort tiède (Warmtod, concept éthologique lorenzien) , un effondrement mou. Il ne faut pas exclure , sous des formes imprévisibles, la révolte populaire massive des Européens de souche. Un phénomène viral, épidémique, transpolitique, qui ne toucherait pas que la France mais pourra se répandre comme une nuée ardente, au ras du sol, dans l’Union européenne. L’Histoire est ouverte, l’avenir est détectable mais non pas prévisible, l’impensable peut se produire. Mais l’Histoire, quand elle déchaine ses vagues, « n’épargne pas le sang », comme disait Jules César.

TF: En règle générale, comment voyez-vous le fonctionnement de l’actuelle présidence ?

Guillaume FAYE: François Hollande n’est pas à la hauteur d’un chef d’État, encore moins que ses prédécesseurs. Le dernier homme à la hauteur fut Pompidou. Pourquoi cette situation ? La cause est sociologique. Les élites, les vraies, se détournent de la carrière politique. Elles se destinent à la carrière économique (y compris à l’étranger). Les élus, le personnel des cabinets ministériels, les ministres sont d’un niveau plutôt en dessous de la moyenne requise par la fonction. Le plus étonnant, c’est au gouvernement, dont les membres (surtout les femmes) sont nommées au regard de critères (y compris la ”diversité”) qui n’ont rien à voir avec la compétence. Mme Duflot, Mme Taubira, Mme Touraine, Mme Filipetti, Mme Belkacem etc. sont des militantes, des idéologues, mais toutes atteintes par le principe de Peter : dépassement du niveau de compétence (c’était la même chose avec Rama Yade, un vrai gag ambulant). Ce n’est pas nouveau : un Kouchner aux Affaires étrangères était aussi inapte qu’un Douste-Blazy ou aujourd’hui que le prétentieux Fabius (rien à voir avec Hubert Védrine). Bref, pas de pros ou trop peu. La sphère politicienne souffre globalement d’un manque de niveau. Autant que d’une absence de vision, d’intuition et de bon sens.

Second élément, très grave aussi : la pollution de la classe politique, droite et gauche, par les briques idéologiques de la vulgate mortifère que nous connaissons bien., notamment sur la question de la préservation de l’identité ethnique européenne. En rupture avec les sentiments intuitifs d’un peuple de souche, invisible et sans droit à la parole.

TF: Par son côté « inamovible », par l’autisme dont semble faire preuve le Président de la République vis-à-vis d’un mécontentement croissant, illustré par une côte de popularité au plus bas, ne peut-on pas y voir là une certaine dérive monarchique, spécifique à la France, a contrario par exemple des Etats-Unis, où il existe, gravé dans le marbre constitutionnel et juridique, une procédure pouvant destituer le Président de ses fonctions (impeachment).

Guillaume FAYE: Le problème n’est pas tant constitutionnel que relevant du ”peuple français” lui-même, qui est très pusillanime. On mérite ceux qu’on élit. La France est une république monarchique, la Grande Bretagne, une monarchie républicaine. Cela dit, deux rois de France sur trois n’étaient pas à la hauteur, pas plus qu’un Princeps Augustus romain ( on traduit faussement pas ”Empereur”) sur deux. Le problème réside plus dans la solidité de la société civile et de la congruence du corps social autour de la Nation. Aux USA, la destitution est exceptionnelle. En France, elle est remplacée par la cohabitation : le Chef de l’État, le PR, rendu impuissant par une majorité parlementaire hostile. Si, après l’élection de M. Hollande, l’électorat avait élu une majorité non-socialiste au Palais Bourbon, M. Hollande n’aurait pas pu appliquer son programme. Il aurait passé ses journées à l’Élysée, à tourner en rond.

TF: Enfin plus généralement que vous inspire l’observation de l’actuelle classe politique, de l’extrême-gauche, au FN inclus, quand bien même ce dernier semble bénéficier d’une certaine notoriété médiatique plus importante qu’auparavant, notamment sous l’impulsion de Marine Le Pen et de l’énarque techno-souverainiste et ancien chevènementiste Florian Phillippot ? Que vous inspire le ralliement officiel du géopoliticien Aymeric Chauprade au FN, lui qui dans la Nouvelle Revue d’Histoire n°22 proposait comme solution au problème migratoire, le fait de « repasser le film à l’envers » ?

Guillaume FAYE: Les réponses à ces questions sont largement exprimées dans mon blog J’ai Tout Compris. Le FN recueille des voix non-politiques, protestataires. Sa critique des actuelles institutions européennes est exacte, mais la vision de l’Europe qu’il en tire est erronée. D’ailleurs, (contradiction) le FN a prospéré sur les élections européennes tout en étant anti-européiste. Passons. Le vote FN est essentiellement motivé par les problèmes d’immigration massive, d’islamisation et d’insécurité, toutes choses liées. Les positions du FN sur l’économie et le social sont erratiques et irréalistes. Le FN occupe une position symbolique dans la dramaturgie politique française mais pas encore gouvernementale. Il y a une forme de jacquerie dans le vote FN.Concernant la question européenne, le FN rejette en bloc l’UE et l’Euro, parfois pour de bonnes raisons critiques. Cependant, les solutions du FN sont techniquement inappropriées. Sortir de l’€uro, c’est 40% d’inflation pour le Franc de retour et la fonte des neiges pour toutes les épargnes. La cata. Il vaut mieux modifier la structure du navire Europe en construction que de le couler. Encore une fois, l’idée européenne est la bonne mais les institutions européennes doivent être corrigées, comme l’idéologie qui les anime. La question centrale est d’ailleurs l’idéologie : une France souverainiste sans UE avec l’idéologie actuelle, il n’y aurait aucune différence. Le poison, ce n’est pas l’UE ou Bruxelles, c’est la mentalité générale qui nous corrompt. Elle est présente au cœur de toutes les élites de chacun de nos pays. Le problème, ce n’est pas l’UE, pas Bruxelles, pas le souverainisme, c’est l’idéologie dominante : le renoncement à l’identité ethnique et culturelle. L’ennemi, ce n’est pas l’ « Europe », c’est une pathologie mentale. Et, si une révolution surgit, une révolte, elle ne pourra être qu’européenne, c’est à dire épidémique – avec la Russie en arrière cour, derrière le décor.Concernant Aymeric Chauprade et sa remarque que vous citez, je dirais que le problème migratoire a atteint un point de non-retour en Europe. Exactement comme un processus thérapeutique qui doit passer des médicaments à l’intervention chirurgicale. Pour résoudre ce problème, il faudra instaurer des protocoles douloureux. Inverser la tendance, repasser le film à l’envers, effectivement, C’est un processus révolutionnaire, qui relèvera d’une polémologie lourde. Je n’en dirai pas plus.

***

Nous continuons la publication thématique de notre entretien avec Guillaume FAYE. Cette fois, nous abordons la figure de Dominique VENNER, fondateur d’un mouvement européiste dans les années 60, et qui s’est donné la mort il y a quelques mois pour inviter les Européens à sortir de leur dormition mortifère.

II. Guillaume Faye et Dominique Venner

TF: Le mardi 21 mai dernier vers 14h40, sur l’autel même de la cathédrale Notre-Dame de Paris, l’historien Dominique Venner, auteur notamment du Cœur Rebelle (autobiographie), d’une biographie d’Ernst Jünger, de « Histoire des Européens. 35.000 ans d’identité », « le Siècle de 1914″, « Le choc de l’Histoire », liste non exhaustive… et aussi directeur de la revue la Nouvelle revue d’Histoire, a mis fin à ses jours.

Guillaume FAYE: Cette nouvelle fut pour moi un choc. Immédiatement, la comparaison avec la mort volontaire de Mishima, nationaliste japonais, m’est venue à l’esprit. Tout d’abord, en s’immolant à Notre-Dame, Venner a signifié que ce sanctuaire chrétien, il se le réappropriait comme païen. S’immoler sur un autel chrétien comme s’il était un réceptacle de sang à la mode capitoline ou delphique, c’est une première dans l’ Histoire. Venner a voulu frapper de stupeur ses contemporains par son geste. Dans un premier temps, je me suis dit : « quel dommage ! » Venner a décidé de conclure sa vie par sa propre volonté, d’organiser la ”chute”, comme disent les scénaristes et les dramaturges. Ne pas laisser sa mort entre les mains du destin, mais la vouloir. Choisir sa fin et lui donner un sens. L’éthique romaine de Regulus dans sa sombre splendeur. Fiat mors tibi. Ta mort n’appartient qu’à toi, même les dieux n’en décident pas, car le païen est un homme libre. L’inverse absolu du païen étant l’adepte de l’islam, c’est-à-dire de la soumission.

TF: Que vous inspire l’homme, son œuvre, ses idées, et quel est selon vous le meilleur enseignement qu’il faut en tirer ?

Guillaume FAYE: J’ai écrit un long texte sur cette question ainsi qu’un hommage funèbre à Venner, « La mort d’un Romain » que j’ai envoyé à Roland Hélie qui l’a diffusé sur Internet. Je vous y renvoie. Venner est celui qui m’a fait entrer en 1970 dans le milieu identitaire de la résistance européenne, pour employer une appellation peu courante. Je n’en dirai pas plus. Sur son œuvre et ses idées, il semble qu’il avait décidé d’aborder les choses sous un angle historique et détourné et non pas polémique et politiquement direct, contrairement à sa stratégie de jeunesse. Néanmoins son message testamentaire et funéraire est très clair quand on le lit honnêtement : Venner s’insurgeait d’abord contre la destruction de l’identité ethnique des Européens. Et il essayait aussi de résoudre ses propres contradictions.

TF: Considérez-vous que son geste, doit être perçu comme étant un acte désespéré, ou un acte politique ? Ou les deux ?

Guillaume FAYE: Il est très difficile de se mettre dans la peau d’un homme qui se donne la mort. Il y a forcément un mélange de motivations intimes et de raisons ”extérieures”. Néanmoins, on peut donner à son désespoir (dont les causes sont complexes) un sens politique. Par là, Venner a très exactement suivi Mishima. Mais il est impudique et ignoble d’interpréter ou pis, de salir un tel geste, comme l’ont fait les Femen. Le suicide est un mystère. Dans les religions du Salut (où le suicide est peccamineux) le martyre remplace le suicide. Mais c’est un autre débat. Dans l’islam, le martyre, sous forme d’une immolation qui tue les ennemis (p.ex. attentats terroristes) trahit une mentalité de paranoïa perverse, liée à une pathologie mentale.

TF: Pensez-vous qu’il puisse réellement servir à « réveiller les consciences », vœu qu’il avait formulé dans le dernier éditorial de son blog ? Qu’il peut réellement avoir un impact, et disons-le « changer les choses » ? Croyez-vous réellement qu’il peut déboucher sur une refondation politique concrète, à l’instar par exemple de l’immolation de Ian Palach en 1968 ?

Guillaume FAYE: C’est une possibilité. La mort sacrificielle a, depuis le néolithique, chez presque tous les peuples, une signification lourde. Même si notre époque tente, en vain, d’évacuer cette dimension. Le suicide de Dominique Venner au chœur de Notre-Dame fera date et n’est pas destiné à être un ”événement” englouti par l’actualité comme une défaite du PSG face à l’OM. Un mythe va se créer, en forme d’exemple, autour de cette mort volontaire. Mais il faudra un certain temps. Venner n’a tué personne en se tuant, il ne s’est pas fait exploser avec une ceinture de dynamite. Il a interrompu sa vie, et il a mis son plongeon dans la mort au service d’un message. Il a suivi très exactement les traces de Yukio Mishima. Maintenant, ce que je viens de vous dire n’est pas une certitude. Chacun suit sa voie. Personnellement, l’idée du suicide ne m’a jamais effleuré comme moyen de faire passer un message. Tout simplement parce que la mort interrompt la délivrance du message. À moins de penser qu’on ait tout dit…

TF: Ou bien en regardant tout ce qui s’est passé (ou plutôt rien passé) depuis dans « la mouvance nationale » au sens large, ne partagez-vous pas le constat formulé par certains, où il ressort un certain cynisme désabusé (Pensons à un récent éditorial de Philippe Randa, reprenant les constats de Nicolas Gauthier et Alain Soral), pour ne pas dire le nihilisme que dénonçait Nietzsche ? En d’autres termes, ce suicide maintenant oublié des media une semaine après alors qu’on est à quasiment J+ 4 mois, a-t-il réellement « servi à quelque chose » ?

Guillaume FAYE: Encore une fois, les commentaires de Randa, de Gauthier et de Soral sont hors-sujet, trop liés à l’actualisme. Les médias importent peu. La mort volontaire de Venner est un fait transmédiatique, qui restera dans les mémoires. La « mouvance nationale » actuelle n’est pas le réceptacle adéquat. Venner a voulu donner à son geste tragique une dimension historique et non pas médiatique et immédiate. Il ne s’adressait pas à ses amis, à ses proches, à la ”mouvance”, dite d’extrême-droite. Il s’adressait à son peuple, c’est-à-dire aux Européens, et son message portait essentiellement sur la préservation de l’identité ethnique actuellement menacée.

***

Nous avons interrogé Guillaume Faye et sollicité son opinion concernant le projet européiste du PSUNE. Tel est son avis sur l’utilité de notre modeste mouvement.

III. Guillaume Faye et le PSUNE

TF: L’Europe ? De l’Islande à la Russie, ou sans la Russie ? Avec le Caucase ou sans ? Avec la Turquie ?

Guillaume FAYE: La Grande Europe, c’est-à-dire l’idée impériale, doit évidemment inclure la Russie. J’avais nommé cela l’ « Eurosibérie ». Mais mes amis russes de l’association Athenaeum, notamment le Pr. Pavel Toulaev, proches de l’Académie des Sciences de Russie, a préféré le terme d’ « Eurorussie ». Bien préférable au terme « Eurasie ». Les mots comptent car ils sont l’interface entre l’esprit humain et les choses. Une union entre l’Europe péninsulaire, l’Europe centrale et la partie est-ouralienne de la Fédération de Russie (en gros UE-Russie), constituerait le plus grand ensemble ethno-économique de la Terre. La question centrale, c’est l’affectivité d’appartenance, qu’on nomme aussi « patriotisme ». Tant que les peuples apparentés de souche, de même origine globale ethno-culturelle, « de l’Ibérie à la Sibérie », de Dublin à Vladivostok ne se sentiront pas membres d’un même homeland, d’un même volk global, les choses seront difficiles. Et puis, dans l’histoire, il a été démontré qu’il faut aussi la conjonction d’une menace globale perçue et d’un égregor, un chef mobilisateur.

La fantastique « union de peuples apparentés » qu’est l’Union Européenne, après tant de guerres entre nous, ne pourra jamais être féconde dans la mollesse prosaïque de réglementations économiques. C’est vrai, on peut penser que l’UE est un début, position dialectique hégélienne défendue par certains mais on peut aussi estimer que c’est une impasse. C’est-à-dire une mauvaise voie pour un bon projet. Il est extrêmement difficile de conclure. L’idée européenne est un grand projet et comme tout grand projet, sa solution demande de pouvoir sortir du labyrinthe.

L’idée européenne est un chantier, un chantier très difficile. Même s’il est assez mal parti, on ne peut pas y échapper. Votre projet, au PSUNE, me semble en tout cas différent dans son orientation idéologique de celle de l’eurocratie actuelle, qui correspond d’ailleurs exactement à l’idéologie des gouvernements des États membres et qui ne s’impose nullement à ces derniers, contrairement à ce que prétendent les souverainistes. Dans mon essai Mon Programme (Éd. du Lore), je formule une critique acerbe des institutions de l’UE, qui ne doit pas du tout être prise comme un renoncement à l’idée européenne.

TF: Que pensez-vous du projet européiste révolutionnaire du PSUNE ? Et (facultativement) de son dirigeant ?

Guillaume FAYE: C’est une belle initiative. Elle est nécessaire parce que les grandes idées doivent nécessairement à leur début avoir un caractère impensable et irréalisable. De Gaulle en 1940 avait une position impensable mais qui s’est révélée gagnante. L’essentiel est de bien sentir la réalité et de soumettre l’idéologie à la praxis, ce que n’a pas fait Lénine, contrairement à ce qu’il avait écrit. La vraie révolution suppose une certaine froideur, une analyse rigoureuse des faits. Un pragmatisme. Mais en même temps une vision, un idéal à long terme. Le PSUNE me semble posséder ces caractères. Thomas Ferrier, son dirigeant, s’inscrit dans un profil humain à la fois idéaliste et réaliste, ce qui correspond aux deux jambes de la démarche politique. Le PSUNE, à côté d’une démarche politique, doit penser à faire un long travail métapolitique d’influence.

TF: Que pensez-vous de l’idée de « nationalité européenne » qui permettrait de refonder sur des bases juridiques une citoyenneté que les Etats ont dévoyée en la conférant à n’importe qui ? La tabula rasa, qu’implique la naissance d’une Europe-Nation vierge juridiquement ne permettrait-elle pas de rendre tout possible, nous libérant non seulement de traités internationaux contraignants mais aussi des constitutions des Etats, véritables machines à enfermer et à trahir le peuple ?

Guillaume FAYE: Cette solution est parfaite d’un point de vue théorique, mais il est long le chemin de la coupe aux lèvres. D’autre part, attention : c’est aujourd’hui Bruxelles qui défend une ouverture des frontières à l’immigration, avec l’accord des États membres qui pourraient le refuser, et ce, pour la fausse bonne raison de compenser le déficit démographique européen. Fausse bonne raison, car le Japon, qui est dans la même situation refuse l’immigration. Il n’en meurt pas, au contraire, cela l’incite à l’innovation . Comme je l’expose dans « Mon programme » (Éd. du Lore), il faut revoir de fond en comble le fonctionnement de l’Union européenne. L’idée est bonne, mais la forme ne l’est pas. Par exemple, la garde à vue simplifiée pour les clandestins exigée par la Commission européenne et les mesures pro-immigration exigées par la Cour européenne de justice sont catastrophiques pour l’Europe elle-même. En l’état actuel, un pouvoir français qui, par exemple, appliquerait en matière d’immigration, d’expulsions, de statut des étrangers, etc. quelques unes des mesures que je prône, serait obligé d’affronter les institutions européennes et de contrevenir aux règles juridiques de l’UE.

Dans l’absolu, une nationalité européenne différente d’une citoyenneté nationale-étatique, plus restrictive que cette dernière, et donnant droit à des statuts juridiques spécifiques, supposerait un processus de rupture révolutionnaire par rapport à la philosophie du droit de l’UE. Il y aurait « rupture d’égalité ». Car refuser la nationalité européenne aux citoyens non-européens d’origine des États-Nations ne s’inscrit pas dans les principes généraux du droit de l’actuelle UE. Je suis donc bien d’accord : il s’agirait d’un passage en force révolutionnaire. Abolissons l’édit de Caracalla !

***

Guillaume Faye est le théoricien le plus représentatif de l’européisme identitaire, à savoir que l’Europe est sa patrie, et pas une simple construction politique ou économique. Auteur du Nouveau discours à la Nation Européenne (nouvelle édition en 1999), et de nombreux autres ouvrages dédiés à la défense de notre civilisation, son dernier étant Mon Programme, écrit pour enrichir le débat au moment des élections présidentielles de 2012. [...].

IV. Guillaume Faye et l’Europe unie

TF: Bonjour Guillaume Faye. En 1999, vous ressortiez votre « Nouveau discours à la nation européenne », et en 2012 « Mon programme ». En 1999, vous affirmiez que « l’Union Européenne (…) est la mise en œuvre du projet d’union des cités grecques ». En 2012, dans le cadre de la campagne électorale, en revanche, vous déclarez ne plus défendre « la thèse des Etats-Unis d’Europe ». Qu’est-ce qui a changé, selon vous ?

Guillaume FAYE: Ce qui a changé, c’est l’histoire. L’idée d’union européenne a été dévoyée de l’intérieur. Mais ce n’est pas une raison pour l’abandonner. Quand vous aimez une femme et qu’elle vous trompe, ce n’est pas forcément une bonne raison pour cesser de l’aimer et de la détester. Pour l’instant, les États–Unis d’Europe doivent être mis entre parenthèses provisoires. Ce n’est pas néanmoins un argument pertinent pour être souverainiste. J’ai conscience qu’étant profondément machiavélien (au vrai sens du terme et non pas vulgaire), ma position peut poser problème.

TF: Dans « Mon programme », au chapitre sur la France et l’Europe, vous émettez des propositions que pourraient soutenir les souverainistes, avec un « conseil des gouvernements de l’Union », l’abolition du parlement européen, l’abrogation des accords de Schengen, même si vous prônez le maintien de l’€uro, avec exclusion des Etats surendettés, ce qui les amènerait objectivement à la ruine. Vous-êtes-vous converti au souverainisme ou est-ce simplement que, le cadre choisi par l’ouvrage, se plaçant dans une logique nationale, en lien avec les élections présidentielles, amène nécessairement à restaurer la « souveraineté nationale », en attendant une (éventuelle) souveraineté européenne ?

GF: La véritable Union européenne, de puissance, ne pourra se construire qu’autour d’institutions lisibles et simples. Nous sommes actuellement dans une situation ingérable, bureaucratique. Sans vrai fédérateur. L’essentiel est l’Idée Européenne qui, comme je l’ai répété est d’abord ethnique avant d’être économique, institutionnelle ou administrative. On a mis la charrue avant les boeufs. Le sentiment détermine les institutions et non l’inverse. Les Cités grecques ne se sont unies que face à un ennemi commun. En réalité, il faudrait la naissance d’un souverainisme européen. Mais il y a loin de la coupe à la bouche. L’idée européenne ne fonctionnera jamais tant qu’elle ne sera pas affectivement présente chez nos peuples. Ou alors, c’est du calcul de technocrates, sans aucune chance de réalisation. L’histoire a pour matière une certaine exaltation. L’Union européenne ne propose aucun idéal mobilisateur, pas plus – voire beaucoup moins, hélas – que les États qui la composent. Ce qui ne veut pas dire que j’abandonne mon idéal central de Nation Européenne (souveraine).

L’idée officielle actuelle d’Union européenne est l’inverse même de celle de Nation européenne. C’est contradictoire, mais c’est le jeu de la dialectique historique. Compliqué, n’est-ce pas ? Les institutions nouvelles que j’ai proposées dans ce livre procèdent du réalisme. Je me méfie de ce paradoxe qu’est le romantisme technocratique. Maintenant, je ne suis pas un gourou, j’ai une analyse variable. Qui peut prétendre avoir raison alors même que nous ne connaissons pas l’avenir et que nous voyons assez mal le présent ? La détermination de Thomas Ferrier pour des États-Unis d’Europe est une position qui doit être poursuivie, tentée. L’essentiel est l’unité de l’Europe, ethniquement, quelle que soit sa forme. Machiavel, suivant Aristote son maître, disait que seul compte le but. Les formes sont toujours assez secondaires.

TF: Même si le parlement européen n’a aucun pouvoir, il dispose d’une relative légitimité démocratique, en ce sens où des formations politiques marginales au sein de l’assemblée nationale, en raison d’un mode de scrutin majoritaire, peuvent y être représentées. En ce sens, à l’instar des Etats généraux en 1789, le parlement européen ne peut-il être l’antichambre d’une assemblée européenne constituante par auto-proclamation pour peu que des européistes authentiques y soient majoritaires ou en tout cas une forte minorité mobilisatrice (30% des députés par exemple) ? Une institution n’est-elle pas en mesure de s’émanciper et de prendre le pouvoir, malgré ses traités fondateurs ?

GF: Cette remarque est théoriquement vraie mais pratiquement problématique. Les institutions européennes ne sont pas démocratiques puisque la Commission viole en permanence les traités en passant du rôle d’exécution à celui d’ordonnancement. Le Parlement européen ressemble à une chambre d’enregistrement napoléonide. Bien sûr, une révolution serait possible. Le problème est que le Parlement européen n’est qu’une coquille vide. L’idée d’une assemblée européenne constituante et révolutionnaire ? Pourquoi pas ? Piste à suivre. Mais ce genre de situation ne sera possible que dans un contexte de crise très grave.

Il faudrait étudier sérieusement la possibilité juridique d’une révolte parlementaire européenne. L’idée est intéressante, on ne peut que la souhaiter même si l’on en doute. L’idée est brillante mais elle se heurte à la pesanteur d’une opinion publique matraquée et d’élites médiocres. Cela dit, en cas de crise très grave, une prise de conscience européenne globale est possible. Le recours au Parlement européen serait intéressant. Qui sait ? Dans les situations tragiques, l’ordre juridique et institutionnel connaît une distorsion bien connue des historiens. Voir à ce propos la remarquable biographie de Pompée par Éric Thessier (Perrin). Le Parlement européen pourrait-il devenir une instance révolutionnaire ? Dans l’histoire romaine (où le Sénat fut nul) comme dans d’autres, c’est un Princeps qui rétablit l’ordre de marche.

TF: En 1999, vous prôniez la subversion de l’Union Européenne et non la confrontation avec elle, « montons dans l’avion européen et jouons aux pirates de l’air, en montant en douce, puis braquons le pilote ». En 2012, vous évoquez l’idée que la France « fasse chanter » l’Union Européenne pour exiger d’elle une refonte totale.

GF: C’est vrai. Mais le problème, c’est que, tragiquement, l’avion européen n’a pas de réacteurs (contrairement à ce que j’avais cru) et ne peut même pas décoller. On ne s’amuse pas à braquer un avion au sol. En réalité, l’Union européenne est un être politique virtuel. Contrairement aux souverainistes français, je ne ne me réjouis pas de l’impuissance de l’UE. Celle de l’État français est la même. Le mal est global. Bien sûr, j’ai prôné une refonte totale de l’UE. Dans un sens machiavélien : reculer en apparence pour avancer en réalité. Il faut refonder complètement les institutions de l’UE, selon mes principes. Pour renforcer l’Europe.

TF: Demeurez-vous un européiste qui attend que la flamme de la foi en l’Europe se réveille ? Ou avez-vous abandonné l’espoir d’une révolution européenne, d’une république européenne ?

GF: Mon espoir est évidemment celui d’une nation européenne globale. Tout mon courant de pensée a toujours été celui du nationalisme européen, respectueux de tous les autres.

Un entretien de Guillaume Faye par Thomas Ferrier, 2013.

LA DESINDUSTRIALISATION CONTINUE

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LA DESINDUSTRIALISATION CONTINUE
On achève bien le quaternaire…

Michel Lhomme
Ex: http://metamag.fr
Qu’arrive-t-il quand on ne fait plus que compter ses sous, qu’on n’a pas de stratégie politique et qu’on raisonne avec des œillères idéologiques ? On s’enfonce chaque jour un peu plus dans le marasme et là, le marasme c’est la désindustrialisation à coupes sévères du pays. Les réductions  dans le budget Défense inquiètent, par exemple,  fortement les industriels.
 
Le ministre du Budget préparerait en effet des coupes nouvelles et brutales dans le budget de la défense que le président François Hollande s’était engagé pourtant à préserver. Bercy et le gouvernement le feraient, faute de vouloir toucher là où cela fait mal : la couverture maladie universelle, le RSA, le mille-feuille administratif, l’abaissement de la dépense publique trop importante, elle-même générée par l’absence de réforme des structures territoriales (suppression du département) ou de l’éducation nationale. « On parlerait d’annuler 600 millions d’euros de crédits supplémentaires sur le budget de la défense », a déclaré à l’AFP Marwan Lahoud, président du Gifas, qui regroupe les sociétés spécialisées du secteur de l’industrie aéronautique, spatiale et militaire, et qui est aussi le chef de la stratégie du groupe d’aéronautique et de défense EADS.
 
Les nouvelles annulations vont porter cette fois-ci sur des dépenses d’équipement et l’impact de ces réductions en sera terrible dans la société civile. Pourquoi ? Une fois de plus, nos dirigeants oublient le quaternaire, ce concept économique de Gaston Bouthoul qui ne fut d’ailleurs nulle part enseigné alors qu’il était novateur en son temps car il stipulait et soulignait bien que la clef de voûte d’une économie moderne, d’une économie de puissance était son industrie militaire.
 
Les grands groupes industriels seront touchés par les coupes brutales prévues mais ce n’est pas le pire. Le pire, c’est l’atteinte à la recherche développement et ce qui suivra, les deux tiers des annulations qui affecteront les laboratoires de recherche et les équipementiers avec qui les grands groupes sous-traitent la plupart du temps. Tout le tissu de la sous-traitance militaire, un savoir-faire et un dynamisme exceptionnel, par exemple dans la robotique ou les nanotechnologies va être attaqué. Or,  il représente à lui seul des milliers d’emplois mais surtout l’usine de l’avenir. L’industrie de la défense se prépare donc à accepter contrainte et forcée la réduction des crédits militaires dans son industrie, ce qui va entraîner des réductions et des étalements de programme dans les années à venir.
 
En touchant aux programmes militaires industriels, le gouvernement poursuit la désindustrialisation accélérée du pays et accélère le processus de fuite des cerveaux. Que restera-t-il alors en France ?  On n’entend plus le verbe haut d’Arnaud Montebourg devenu le commissaire à la désindustrialisation. On nous dira qu’il n’y a pas d’autre politique possible mais oh que si !... Il faut réduire les dépenses sociales, les subventions aux associations, supprimer une grande partie des niches fiscales, s’attaquer au nombre d’élus, bref s’attaquer au parasitisme français mais surtout pas aux forces vives de l’industrie du futur. 

US-China Relations and the Geopolitics of the Trans Pacific Partnership Agreement (TPPA)

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US-China Relations and the Geopolitics of the Trans Pacific Partnership Agreement (TPPA)

 

In criticising the leaders of her native New Zealand for their myopia in treating the TPPA as a depoliticised international agreement, Jane Kelsey argues that China is the ultimate target of every major US proposal in this ‘new-generation, twenty-first-century agreement.’

The term ‘competitive imperialism’ applies where ‘free trade is subservient to the goal of projecting influence to another country or throughout a region, and checking actual or perceived reciprocal efforts by another power’. Last decade, it was used to describe the contest between the US and the European Union (EU) as they competed to secure new-generation free trade agreements (FTAs) for strategic reasons. Today, ‘competitive imperialism’ is more appropriately used to describe the growing desperation of the US to neutralise the ascent of the ‘BRICS’ – Brazil, Russia, India, China and South Africa. China is preeminent among them, to the point that, even though it is not a party to the proposed Trans-Pacific Partnership Agreement (TPPA), it is the elephant that is constantly in the room and the ultimate target of the US’s most aggressive proposals.

The strategic and foreign policy dimension of the TPPA has especially serious implications for a country like New Zealand which wants to remain best friends with both sides. On the one hand, Trade Minister Tim Groser warned in February 2012 that New Zealand would pull out of the negotiations if politicians in the United States used them as a vehicle to try to contain the rise of China. Senior government representatives from New Zealand and Australia are believed to have been very uncomfortable with some of Washington’s anti-China rhetoric. As detailed below, that rhetoric continues unabated, but predictably Groser has not walked away.

At other times, political leaders and journalists resort to that happy place where New Zealand can claim neutrality as an independent small power and play on both teams. In late 2012 Prime Minister John Key welcomed the talks for a mega-deal involving China and the Association of South-East Asian Nations (ASEAN), ‘but TPP is the big game for us at the moment’.

New Zealand’s approach is to treat the TPPA as a depoliticised international economic arrangement and float above the geopolitics. That may be achievable in the early stages, but if this becomes a Cold War by proxy each side will expect friends to become allies. A similar studied myopia informs the grand plan for all members of the Asia-Pacific Economic Cooperation (APEC) forum and their other agreements to ‘dock’ onto this US-centred treaty and form one regional APEC free trade agreement. Repeated attempts to achieve that goal have foundered since it was first proposed in the early 1990s because there are divergent economic models and strategic relationships among APEC’s 23 members. It is true that all the TPPA countries have their own reasons for being in this game, and some, such as Vietnam, see it as constructing their own bulwark against China. But there is no evidence to suggest those decades of resistance to a binding and enforceable US template for the Asia-Pacific will simply melt away.

The US Pacific century

US President Barack Obama and Secretary of State Hillary Clinton left no doubts at the APEC meeting they hosted in Honolulu in November 2011 about the drivers behind the TPPA. The US aims to revive its geopolitical, strategic and economic influence in the Asian region to counter the ascent of China, in part through constructing a region-wide legal regime that serves the interests of, and is enforceable by, the US and its corporations. In the TPPA context, what the US wants is ultimately what counts.

Expanding on her article entitled ‘America’s Pacific Century’ in the November 2011 issue of Foreign Policy magazine, Clinton said the security and economic challenges that currently confront the Asia-Pacific ‘demand America’s leadership’. Officials described the US role as ‘the anchor of stability in the region’, committed to ‘managing the relationship with China, economically and militarily’.

According to Obama’s advisers, he made it ‘very clear’ during his bilateral discussions with China’s President Hu Jintao ‘that the American people and the American business community were growing increasingly impatient and frustrated with the state of change in the China economic policy and the evolution of the US-China economic relationship’. China had failed to show the same sense of ‘responsible leadership’ as the US had tried to do.

At the TPPA leaders’ meeting Obama had talked about establishing international norms that would ‘be good for the United States, good for Asia, good for the international trading system – good for any country in dealing with issues like innovation and the discipline of state-owned enterprises (SOEs), creating a competitive and level playing field’. Above all, the TPPA would create international norms that would be good for resurrecting US strategic and economic hegemony.

The bellicose tone intensified during the 2012 US presidential election campaign. Republican candidate Mitt Romney complained that Obama had not been tough enough with China and then endorsed the TPPA as a ‘dramatic geopolitical and economic bulwark against China’. Obama was equally belligerent. While China could be a partner, America was ‘sending a very clear signal’ that it is a Pacific power and intended to have a presence there. In a coded reference to the TPPA he said ‘we’re organising trade relations with countries other than China so that China starts feeling more pressure about meeting basic international standards. That’s the kind of leadership we’ve shown in the region. That’s the kind of leadership that we’ll continue to show’.

There is some tension between the antagonistic foreign policy position of the State Department and the commercial drivers of the TPPA. China is the ultimate target of every US major proposal in this ‘new generation, twenty-first century agreement’, in particular stricter protection for intellectual property rights, disciplines on ‘anti-competitive’ state-owned enterprises, and processes and rules to stop ‘unjustified and overly burdensome’ regulation. It is unclear how they intend to get China to adopt these rules. Sometimes it sounds like an encirclement strategy, creating a model that dominates the Asia-Pacific and forces China first to adjust, and ultimately to accede to the TPPA. At other times, the target seems to be China’s alliances and operations in third countries to undercut its economic foothold and strategic influence.

The US’s potential leverage over China stepped up a notch with the announcement in February 2013 of negotiations for a Trans-Atlantic Free Trade Area (TAFTA) between the US and the EU bloc of 27 countries. There is a synergy between the EU’s Global Europe strategy to externalise its internal regulatory regime and the US goal for the TPPA to provide a seamless regulatory environment for capital, goods, services, data and elite personnel throughout the Asia-Pacific. But there is the sticky question of whose regime would rule, given their longstanding conflicts in areas such as agriculture, food safety, telecommunications and intellectual property. The commercial and strategic attractions of a trans-Atlantic pact are obvious, especially for the US. If they were able to pull it off, America would span the powerful TPPA and TAFTA blocs, massively boosting its power in the face of the BRICS.

China’s diplomatic counter

China’s public response has been measured. In late September 2011, China’s Ambassador to the World Trade Organisation (WTO) said diplomatically that they had ‘no objections to the TPP’ and were waiting to see whether there was a possibility that China might be involved in the discussions. Speaking immediately before the APEC Summit in 2011, a senior Chinese official more sharply criticised US goals as ‘too ambitious’ and called for a balance between the TPPA and ‘other paths to achieve multilateral and regional trade liberalisation’. The TPPA negotiations should be ‘open’; China had not been invited to participate. The US replied that any country must apply to join and demonstrate that it is prepared to operate by the TPPA’s gold-standard 21st-century rules.

China has a number of options. Ignoring the TPPA in the hope that it stalls and goes the way of the Doha Round of WTO negotiations and the moribund Free Trade Area of the Americas carries too high a risk. China could seek to join the talks indirectly through its Hong Kong proxy, but that would bring the extensive holdings of China’s SOEs in Hong Kong under the TPPA disciplines. It would also expose Hong Kong’s governance processes to unpalatable obligations on process, disclosure and external participation.

China could make a direct request to participate in the TPPA. That would set off a feeding frenzy among the TPPA negotiating countries that do not have a free trade agreement with China: the US, plus Canada, Japan, Mexico and Australia. But accession involves a lengthy and demeaning process of bilateral discussions and endorsement by each existing participant, then a collective decision to allow them entry, followed by a 90-day notification to the US Congress. The process for Canada and Mexico took a year. They were told they had to accept everything that had been agreed by the time they formally joined the negotiations, but they were not permitted to see the text itself before then. Even though the US ensured that Japan’s accession was expedited, it will come to the table in late July 2013 on the same terms: Japan will not have had access to the formal texts and will not be able to reopen anything that has already been agreed in negotiations. In reality, many of the chapters of greatest interest to Japan will not have been concluded, which guarantees that an October deadline is unachievable.

It seems inconceivable that China would agree to a process of bilateral discussions and arduous preconditions simply to get to the table, and accept a raft of US-drafted rules that are designed to cripple China’s principal sources of commercial advantage.

The most realistic option is for China to grow its own mega-group. That is already in play. China has a free trade agreement with ASEAN whose scope has progressively expanded from goods to services to investment. It is in bilateral negotiations with South Korea, and the first talks for a China-Japan-Korea FTA were held in March 2013. These relationships are crucial for China. There are ongoing foreign policy tensions with Japan over the disputed Diaoyu/Senkaku islands and this was clearly a factor in Japan joining the TPPA talks, despite vigorous domestic opposition. However, South Korea has said it will not follow suit at this stage because it is focusing on the China negotiations and the three-way deal with Japan.

China’s other major counter-play is the 16-country Regional Comprehensive Economic Partnership (RCEP), which brings China and the 10 ASEAN countries together with India, South Korea, Japan, Australia and New Zealand – but not the US. The talks were launched in November 2012. The rhetoric is similar to the TPPA, with supporters describing it as ‘a framework within which business can use the region’s resources to best effect in generating higher living standards and welfare for the region’s people’. There are similar expectations around services and investment liberalisation, supply chains and connectivity, but they are weaker in relation to intellectual property, domestic regulatory reforms, environment, labour, government procurement and non-tariff measures such as consumer protection laws.

Whereas the US sees the TPPA as a vehicle for American leadership in the Asia-Pacific, ASEAN researchers assert ‘it is in the interests of East Asia and the world as a whole that East Asia should be the engine of growth for the world economy’, while being open to the rest of the world. The RCEP negotiations and agreement itself should follow the precedent set by the ASEAN Economic Community and should be guided by the ‘ASEAN way’.

The ethos of the China and ASEAN-led project is fundamentally different from the US-led TPPA. Rather than a uniform commitment to a ‘gold-standard twenty-first century agreement’, the RCEP will recognise ‘the individual and diverse circumstances of the participating countries’. Whereas the TPPA has rejected any special and differential treatment for poorer countries beyond longer phase-in periods and some technical assistance, the RCEP promises to ‘include appropriate forms of flexibility including provision for special and differential treatment’, especially for least developed countries.

Seven countries currently span both sets of negotiations: Australia, Brunei, Japan, Malaysia, New Zealand, Singapore and Vietnam. The timeframe is to conclude an RCEP agreement by the end of 2015. The US clearly does not want these negotiations to advance until it has locked the crossover countries into the orbit of its own TPPA rules, especially those with which it does not already have a free trade agreement. That will become more difficult with Japan at the table.

If both agreements were eventually concluded, countries like New Zealand that are party to both would face some hard decisions further down the line. The two agreements will reflect divergent paradigms, as well as geopolitical allegiances. Parties would be required to implement quite different sets of obligations, and compliance with them both would be enforceable by state parties and foreign firms.

Jane Kelsey is Professor of Law at the University of Auckland in New Zealand. For several decades her work has centred on the interface between globalisation and domestic neoliberalism, with particular reference to free trade and investment agreements. Since 2008 she has played a central role in the international and national campaign to raise awareness of, and opposition to, the Trans-Pacific Partnership Agreement. The above is extracted from her new book Hidden Agendas: What We Need to Know About the TPPA (Bridget Williams Books, May 2013).

samedi, 16 novembre 2013

Quel avenir pour l’industrie navale militaire européenne ?

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Quel avenir pour l’industrie navale militaire européenne ?

Ex: http://alliancgeoestrategique.org

Par ce billet, il est proposé de prolonger la réflexion initiée par ma première collaboration avec un « agsien » (Mon Blog Défense) en novembre 2009 : « Consolidation du secteur terrestre en Europe : scénarios possibles« . Récemment, un autre allié m’a gracieusement donné quelques retours du colloque « Quelle consolidation pour notre industrie d’armement et de Défense ? » organisé par le Club Participation et Progrès et la Revue de Défense Nationale. Revenons, si vous le voulez bien, sur le cas de l’industrie navale.

Trois grandes options ?

L’industrie navale européenne, en général, et française en particulier, pourrait être restructurée selon deux ou trois grandes hypothèses :

  • l’EADS naval,
  • le projet du groupe Dassault de devenir un « French BAE » à travers Thales,
  • un projet alternatif qui pourrait être un groupe mi-civil, mi-militaire.

En ce qui concerne la seconde hypothèse, Thales a d’ores et déjà un pied dans DCNS (35%) et souhaite en faire de même dans Nexter. Thales voudrait continuer à monter au capital de DCNS, ce qui n’enlève en rien le besoin de former une ou des alliances.

L’EADS naval

Le partage industriel est d’une particulière complexité dans l’industrie navale par rapport à ce qui peut se faire dans d’autres industries d’armement. Il n’est pas de ma compétence d’expliquer le pourquoi du comment, néanmoins, quelques exemples et remarques peuvent, au moins, illustrer cette difficulté.

Premièrement, un chantier naval est une somme de compétences humaines comme n’importe quelle entreprise. A la remarque près qu’il y a des compétences que l’on ne trouve que dans des chantiers navals. Certains travaux de soudure ne se réalisent que sur des chantiers bien précis (comme par exemple la soudure de tôles d’acier à haute limite élastique pour les sous-marins). Le temps est nécessaire pour acquérir ces compétences et il faut un volume de travail continu pour les préserver et les renouveler (ceux qui ne respectent pas cet ordre des choses ont bien des difficultés). C’est pourquoi seuls les chantiers qui répètent les mêmes travaux parviennent à rentabiliser ces investissements humains.

Deuxièmement, il est tout aussi difficile de partager la construction du « flotteur », c’est-à-dire le navire en lui-même. Nous parlons d’un EADS naval et peut être avons-nous en tête l’image des éléments des Airbus qui transitent en Europe par la mer, la route ou les air. Cette mobilité est difficile à reproduire dans le naval. Par exemple, la construction des frégates La Fayette a été modulaire, en ce sens où le navire était un assemblage de blocs pré-armés. Et le plus gros de ces blocs atteignait 300 tonnes ! Mais il n’est pas impossible d’échanger des blocs de bateaux entre chantiers navals comme en témoignent les programmes Scorpène, FREMM et BPC pour ne citer qu’eux.

Troisièmement, si la mobilité n’est pas un frein au partage des tâches industrielles, il se heurte à la question de la rentabilité. L’ouvrage « Les frégates furtives La Fayette » (éditions Addim) nous apprend que c’est parce qu’il était question de construire et le porte-avions nucléaire Charles de Gaulle et douze frégates La Fayette que la DCN a pu investir dans de nouvelles grues. La construction modulaire générait donc plus de gains si les blocs étaient moins nombreux, mais donc plus lourds. C’est donc pourquoi l’administration avait investi dans des engins de levage ayant une capacité de 1000 tonnes. Finalement, il faut donc avoir un minimum de volume à construire pour rentabiliser la modernisation de l’outil. A titre d’illustration, la première La Fayette a été construite en dix-huit mois, contre une trentaine de mois onze années avant ce chantier pour un bâtiment de combat. Le Courbet, troisième unité de la série, fut assemblé en six mois…

Quatrièmement, et quand bien même nous voudrions atteindre une telle organisation industrielle, il faudrait que les classes de frégates soient communes. La construction modulaire n’interdit pas de changer les senseurs et les vecteurs. A priori, si nous devions exagérer un peu, il faudrait dire alors que le seul bâtiment en construction entre plusieurs chantiers qui soit d’un modèle vraiment commun est le SNA Virginia dont deux chantiers américains se partagent la construction ou les Scorpène du temps où ils étaient construit entre la France et l’Espagne…

Cinquièmement, même le partage des études de développement des bateaux et l’achat de gros équipements en commun a été une source de déceptions. Le programme FREMM en est la parfaite illustration malheureusement. Patrick Boissier, lors de son audition devant la commission de la Défense et des forces armées à l’Assemblée nationale en mars 2013, précisait notamment que :

  • « Le programme FREMM prévoit une conception commune en amont, et l’achat en commun de la turbine, du système de stabilisation, du système de guerre électronique et du sonar. Ces matériels représentant environ 10 % du coût du navire, l’opération permet d’économiser à peu près 1 million d’euros par bâtiment« .
  • « Moins de 10 % du coût des études a été mutualisé, ce qui représente une économie apparente de 50 millions d’euros pour chacun des partenaires. En fait, si l’on tient compte du coût supplémentaire des études spécifiques relatives aux plateformes différentes pour chaque pays, et du surcoût lié à la coordination, le montant économisé est ramené à une quinzaine de millions d’euros. En définitive, grâce à cette coopération, la France aura donc économisé environ 30 millions d’euros, soit 1 % à 1,5 % du coût total du programme« .

De ce que nous pouvons constater c’est que nous sommes passés d’un cycle à l’autre, d’une tendance à une autre. Dans les années 90 il était question de grands programmes multilatéraux communs, comme la frégate NFR90 otanienne.

Néanmoins, de la fin des années 90 aux premières années 2000, le multilatéralisme a disparu. Il est apparu que les européens ne lançaient plus que des programmes à deux ou trois dans le domaine naval. Par exemple, la frégate NFR 90 a donné naissance à trois projets antagonistes :

  • le programme Horizon centré sur le PAAMS,
  • les frégates AEGIS européennes,
  • la frégate Charles Quint entre l’Allemagne, l’Espagne et les Pays-Bas.

Surtout, ce qui a changé c’est que la coopération se fait beaucoup plus sur les équipements et les systèmes (typiquement le PAAMS) que sur les bateaux eux-mêmes. C’est une évolution tout à fait étonnante car le programme de Chasseurs de Mines Tripartite (France, Belgique et Pays-Bas) avait été une vraie réussite, même la modernisation avait été commune (sauf la construction). Enfin, et c’est peut être le plus contraignant, les chantiers navals européens ont développé des solutions nationales à proposer à l’exportation.

C’est pourquoi l’EADS naval semble bien difficile à imaginer car tant le partage industriel que la concurrence actuelle entre les chantiers supposent… moins de chantiers. Est-ce pour cela que les chantiers ne se lancent plus que dans des produits nationaux et que les gouvernements ne coopèrent plus dans le domaine naval ?

Le chantier naval est-il encore facteur de la puissance navale ?

C’est la question douloureuse : qui accepterait de ne plus assembler un navire dans son pays ? De tous les temps, quand une puissance navale émerge c’est à partir d’un outil industriel capable de construire les vaisseaux qui porteront ses ambitions. La mise en construction d’unités à l’étranger n’avait alors pour but, non pas de réaliser des économies, mais bien d’accélérer un mouvement. C’est ce que fit en France Colbert pour hâter l’émergence de la Marine royale comme première force navale mondiale.

Le cas du Nord de l’Europe est particulièrement central dans le débat. Dans « De la Mer et de sa Stratégie » (aux éditions Tallandier), l’historien Philippe Masson nous retrace le passage du centre de gravité du monde de la Méditerranée à l’Atlantique. A cette fin, il fallait des bateaux hauturiers capables d’affronter l’Atlantique. Et justement, ce sont les puissances maritimes émergentes du Nord de l’Europe qui inventèrent les vaisseaux de haut bord : cogue, carraque, etc…

Est-ce que ces puissances maritimes sont arrivées au bout du cycle à l’occasion du basculement du centre de gravité du monde de l’Atlantique au Pacifique ? Si nous devions adopter cette lecture alors cela expliquerait deux mouvements. Le premier est que un programme comme le Littoral Combat Ship américain trouve ses racines dans les programmes de corvettes du Nord de l’Europe. Ainsi, l’Europe du Nord serait parvenu au terme d’un cycle technologique sur le plan historique.

C’est donc un revirement historique complet. Il est à modérer car ces puissances maritimes du Nord-Est gardent un fort investissement technologique. Mais le volume de leur flotte se réduit inexorablement.

La survie par le sous-marin ?

Dans ce contexte, il y a ceux qui veulent survivre et il y a les autres. L’industrie navale civile a montré que l’innovation n’avait pas révolutionné le secteur : quand le tonnage à construire diminue trop cela implique que des chantiers ferment. Et des chantiers ferment à l’image de Rauma en Finlande ou de Brest qui a tourné la page de la construction navale militaire. Autre signe que la bataille est intense c’est la course aux commandes qui implique de plus en plus les gouvernements.

Si bien que il convient de remettre sur le devant de la scène que pour les industriels de la navale militaire, le graal n’est nullement la frégate mais bien le sous-marin. La majeure partie des bénéfices est tirée de l’activité sous-marine. Pour la construction d’un sous-marin, la part de la coque dans le coût unitaire de production est significativement supérieur à ce qu’elle peut représenter pour un navire de surface. A titre d’exemple, pour le PA2, la coque c’était 982 millions d’euros pour 2500 millions d’investissement. Et la part du flotteur dans le coût d’une frégate est bien moindre.

Le cas des programmes de sous-marins à propulsion classique peut donc être éclairant sur la situation de la navale militaire européenne :

  • l’entreprise Allemande TKMS n’aurait racheté le Suédois Kockums que pour mieux le torpiller (un comble). En obtenant le contrôle de l’entreprise, les allemands se donneraient les moyens d’empêcher le développement d’un nouveau sous-marin (l’A-26) et empêcherait l’entreprise suédoise de concourir à l’export (que les suédois doivent regretter le grand temps du projet Viking…).
  • Navantia, entreprise espagnole avait un avenir radieux du temps de la coopération avec la France centrée sur un sous-marin, le Scorpène, qui entamait une carrière commerciale plus que prometteuse. Depuis que Madrid a choisi de nationaliser le Scorpène et de le produire sous le nom de S-80, tout va mal. L’attente du nouveau sous-marin occasionne des surcoûts (30 millions pour le carénage du Tramontana) et les problèmes rencontrés dans son développement engendrent des surcoûts non-négligeables : 200 millions d’euros. Ajoutez à cela que Bruxelles a récemment demandé aux chantiers navals espagnols de rembourser les subventions perçues de Madrid (3 milliards d’euros) et vous comprendrez mieux pourquoi l’entreprise ne serait pas loin de la faillite à l’heure actuelle.
  • Fincantieri, société italienne, a construit sous licence quatre U-212 de conception allemande pour le compte de la Marina militare. Alors que l’Italie concevait ses sous-marins. Rome tente de renouer sur le marché de l’exportation grâce à une coopération avec les Russes sur un sous-marin côtier de la classe des 1000 tonnes (à moins que Moscou ne fasse que piéger les Italiens comme les américains l’ont fait avec le C-27J pour que les Italiens se retirent de l’A400M).
  • BAE Systems conçoit les SNA et SNLE au service de Sa Majesté. Néanmoins, le trou entre les classes Vanguard et Astute a créé une telle perte de compétences que ce sont les américains qui ont rattrapé les Astute. BMT essaie bien de relancer un sous-marin classique de conception anglaise pour l’exportation mais il ne semble pas réussir à quitter les Power point. Et il y a cette affreuse affaire des sous-marins vendus au Canada.
  • TKMS vit grâce à des succés considérables (U-209 et U-212/214). Les Allemands sont peut être arrivés au bout d’un cycle. Espagnols et français les ont quasiment évincé d’Amérique du Sud grâce au Scorpène, même pour la modernisation d-U-209. L’Asie est un grand marché, mais l’est-il encore pour les sous-marins ? La Corée du Sud tente l’aventure du sous-marin de conception nationale après avoir longtemps acheté allemand. Et Séoul a tenté de vendre des U-209 pour l’Indonésie. Ce qui gêne Berlin, c’est que les coréens n’avaient la licence que pour construire pour la marine sud-coréenne… Et la concurrence s’annonce féroce pour les autres marchés.
  • Les Russes sont un cas à part car ils gardent un grand plan de charge industriel, d’une part, et ils doivent restructurer un outil industriel qui n’est pas parvenu à maturation malgré tous les efforts entreprises depuis 10 ou 15 ans. Entre les difficultés rencontrées sur le Lada, qui devait prendre la succession des Kilo, et ce fâcheux incendie sur un Kilo indien qui revenait d’un grand carénage en Russie, d’autre part.

Les deux « contrats du siècle » viendraient de l’Australie (12 unités) et de la Norvège (4 à 6 unités). Ce ne serait pas les seuls grands contrats. Mais ce sont les deux prochains dans un contexte de rationalisation européenne.

France : un outil industriel exceptionnel

Au milieu de cet océan de marasme, la France rayonne. Son industrie navale militaire, et en particulier dans le cas des sous-marins, bénéficie de deux avantages stratégiques décisifs :

  • la chaîne de production de sous-marins tourne en continue depuis… les débuts du sous-marin en France il y a 120 ou 130 ans (moins les années de guerre). L’alternance dans les constructions et conceptions de SNLE et SNA permettent à l’entreprise de tirer les bateaux vers le haut (n+1), de réutiliser ses investissements sur les SNA et donc, de vendre à l’export ce qui est « n-1″.
  • La France n’a jamais cessé de vendre des sous-marins sur le marché de l’exportation : le moindre problème de tuilage entre SNLE et SNA pouvait être compensé totalement ou partiellement par l’exportation.Sur

Sur un plan plus général, il convient d’être réaliste : nous disposons d’un outil industriel exceptionnel. Il est le fruit d’un long travail. Au début du XXe, notre outil industriel naval était inefficace :

  • quand la construction du cuirassé Dreadnought coûtait 35 milliards de livres à Londres,
  • la France construisait des cuirassés pré-Dreadnought pour 45 milliards de livres.

Depuis les années 60, la productivité de l’outil s’est redressé jusqu’aux succès éclatant des programmes La Fayette, BPC et FREMM (même si pour ce dernier programme, l’efficacité n’a pas pu être atteinte du fait de la casse du programme).

France : la question des capitaux

Le problème français touche, justement, les sous-marins. Nous avions formé une alliance avec les Espagnols car Madrid pouvait financer le coût de développement d’un nouveau sous-marin à propulsion classique quand l’administration DCN et l’Etat ne le pouvaient pas en France. Nous n’avions pas les moyen de financer l’après Agosta. Il en est résulté le Scorpène.

Cette difficulté existe-t-elle encore aujourd’hui depuis que DCN est devenue DCNS et que l’entreprise peut se constituer des fonds propres ? L’exemple de l’Adroit montre qu’il y a peut être espoir que l’entreprise puisse se développer « seule ». Et le cas du Scorpène était assez emblématique puisque le Chili était le client de lancement alors que ni la France, ni l’Espagne n’avait commandé ou mis en service ce sous-marin… Ce qui défi les « règles » en la matière.

Quelles alliances ?

Le nein allemand

Le rapprochement naval franco-allemand est suffisamment ancien pour être devenu un serpent de mer et constituer le coeur du projet d’un EADS naval. Typiquement, aujourd’hui, DCNS cherche à acquérir son concurrent allemand, TKMS. Berlin est si opposé à la chose que le pouvoir allemand a ouvert le capital de l’entreprise à des investisseurs du Golfe plutôt que de laisser le Français prendre le contrôle. Quelque part, cela est peut être lié au destin de l’électronicien naval Atlas Elektronik qui était passé sous le nez de Thales, pourtant favori, pour être racheté par EADS et TKMS.

Le divorce franco-espagnol

La France a vendu des sous-marins de classe Daphné à l’Espagne. Elle a ensuite transférer le savoir-faire nécessaire aux espagnols pour qu’ils puissent assembler sur place les sous-marins de classe Agosta acheté par Madrid. Et enfin, Français et Espagnols ont coopéré pour concevoir ensemble le Scorpène. L’Espagne pris dans la folie des grandeurs de ses ambitions industrielles a préféré tourné le dos aux français pour tenter l’aventure d’un sous-marin de « coneption » nationale avec le choix d’équipements et de systèmes américains. A priori, l’affaire est entendue pour DCNS qui ne semblerait pas enclin à pardonner.

Les autres ?

Les Hollandais semblent abandonner construction et conception de sous-marins. Les Italiens n’ont plus rien conçu depuis bien longtemps . Si les Suédois ne réagissent pas et que l’A-26 ne voit pas le jour ils risquent également le naufrage.

Des surprises ?

Pour en revenir à l’industrie navale civile, il faut rappeler combien le raid du Sud-Coréen STX avait été une surprise. L’entreprise est accusée d’avoir racheté des chantiers navals européens, autrefois détenu par (autre signe du périclitement du Nord de l’Europe) pour piller les savoir-faires. Aujourd’hui, ses actionnaires lui demande de quitter le continent européen : que vont devenir tout ces chantiers civils ?

Cela nous amène à deux options :

  • la première est que les Coréens, et d’autres, ne se contentent plus de construire es navires logistiques pour les marines européens mais bien les coques de navires de combat. C’est déjà le cas de tel ;
  • la seconde option consiste à un nouveau raid d’une entreprise étrangère en Europe pour prendre le contrôle d’un ou plusieurs chantiers : n’est-ce pas ce qui s’était passé avec STX et les entreprises d’armement terrestre européennes rachetées par des sociétés américaines ?

Enfin, nous pourrions aussi assisté à des achats pur et simple de navires de combat à l’étranger, sans même l’ombre d’une conception de quoi que ce soit en Europe. Par exemple, les marines nord-européennes ont développé des frégates de défense aérienne apte à servir d’élément d’un bouclier anti-missiles. La Corée du Sud et le Japon conçoivent bien des destroyers (Kongo et KDX-3) aptent à la lutte anti-missile balistique.

Conclusion

Notre industrie navale est, comme le reste des industries de défense nationale, fondée sur un amortissement des dépenses d’armement par l’export. L’Asie nous concurrence déjà. L’Amérique va tenter de le faire mais elle souffre de deux maux : des produits inadaptés au marché et un manque de productivité savamment caché.

En plus de voir le marché de l’exportation se réduire par accroissement de la concurrence (alors que les volumes devraient encore augmenter), nous devons anticiper une réduction de la demande européenne. Cette restructuration passera inévitablement par la fermeture de chantiers et de bureaux d’études dans la douleur.

Nous pourrions croire que les chantiers européens qui resteront bénéficieront donc d’une sorte de report de charge, même amoindri. Néanmoins, comment ne pas imaginer que dans une perspective de soutien à des politiques commerciales, l’achat de navires de combat constitue un nouveau moyen de négociation commercial ? Dans un autre ordre d’idée, la course à la technologie européenne dans les navires de combat pourrait également rencontrer quelques programmes navals « modérés » américains. Le Joint Strike Fighter illustre assez bien ce qui pourrait se produire.

Il reste la question des alliances, mais avec qui ? Les allemands sont fuyant et un bon accord commercial pour eux, c’est un produit à 80% allemand : du char Napoléon aux coupes allemandes d’aujourd’hui dans les programmes internationaux, cela est assez clair. De plus, nous ne savons pas si les autres chantiers européens vont tomber et s’ils tomber, combien de temps cela prendra.

La surprise pourrait peut être venir de l’Angleterre si Londres se révèle incapable de restructurer son outil naval. Un syndicat anglais avait brandi la menace que les futurs porte-aéronefs Queen Elizabeth soient construit et entretenus en France. Etait-ce de la pure provocation ? Néanmoins, entre les accords de Nassau et le fait que Londres reprennne le large en cherchant à s’affranchir de l’Europe, il y a actuellement un grand pas à franchir.

Une dernière option ?

Elargissons avec une dernière hypothèse. Tout au long du XXe siècle, notre industrie navale s’est restructurée « intelligemment ». L’outil s’est progressivement rationalisé autour de trois chantiers :

  • Cherbourg qui fabrique des sous-marins,
  • Lorient des frégates,
  • St Nazaire tout ce qui est plus gros qu’une frégate.

L’échec du programme FREMM illustre la difficulté française à maintenir de grands programmes de navires de surface (ce qui était une des leçons de l’époque colbertienne et qui est bien mise en oeuvre aux Etats-Unis avec les destroyers Arleigh Burke). Les frégates sont construites en série car il faut maintenir toute une chaîne industrielle à Lorient. Il y aurait alors deux autres manières de faire pour contourner la difficulté :

  • externaliser les activités de chaudronnerie à d’autres entreprises de chaudroneries ; le chantier naval se conteraient d’armer les blocs et de les assembler (ce qui était un peu le cas de la construction des U-Boat pendant la seconde guerre mondiale) ; ce qui n’est pas sans poser quelques difficultés pratiques ; ou bien faire assembler les coques conçues par des bureaux d’études européens par des chantiers à bas coût et les faire armer en Europe : c’est peu ou prou le cas des bâtiments logistiques anglais ;
  • ne plus construire les frégates en série mais en lot au sein d’un chantier vivant de programmes civiles lui permettant de conserver tout ou partie des compétences sans avoir besoin de construire continuellement des navires militaires un autre chantier préserve toute ou partie de ces compétences sur une multitude de classes de navires. Lorient fermerait alors au profit de St Nazaire.

La possible vente des chantiers de STX en Europe pose la question du devenir de St Nazaire, seul chantier français capable de construire porte-avions, navires amphibies et unités logistiques…

Le marquis de Seignelay

EU verbiedt chocoladesigaretten


EU verbiedt chocoladesigaretten

Ex: http://xandernieuws.punt.nl

Ondergetekende was hier met Sinterklaas als kind gek op, maar heeft in zijn leven nog nooit één echte sigaret gerookt.

Toen een officieuze VN-official onlangs suggereerde dat Zwarte Piet racistisch zou zijn en daarom verboden zou moeten worden, brak de hel los in ons land. Nu knabbelt ook de Europese Unie aan het traditionele Sinterklaasfeest, door chocoladesigaretten te verbieden, omdat ze kinderen zouden aanzetten tot roken. Echte sigaretten, dus die met tabak, teer, koolmonoxide en nicotine, blijven echter gewoon verkrijgbaar.

Het EU-parlement heeft de verkoop van sigaretten, sigaren en pijpen van chocolade, drop en marsepein in heel Europa verboden. 'Geïmiteerde tabakswaren, die voor minderjarigen aantrekkelijk zouden kunnen zijn en een potentiële ingang naar de consumptie van tabakswaren laten zien, worden verboden,' luidt de tekst van een nieuwe EU-richtlijn, die door het parlement met een duidelijke meerderheid werd aangenomen.

De echte ziekenmakende staafjes mogen echter nog altijd gewoon verkocht worden, waarschijnlijk omdat zowel de producenten als de kankerindustrie (het medische-farmaceutische complex) hier jaarlijks miljarden aan verdienen. Wel komt er over 3 jaar een verbod op sigaretten met smaakjes, en over 5 jaar op mentholsigaretten (2). Naar schatting zouden er jaarlijks 700.000 EU-burgers overlijden aan de gevolgen van het roken (3).

De EU haalde de afgelopen tijd vaker het nieuws met buitengewoon belangrijke nieuwe richtlijnen, zoals het verplicht terugdraaien van het vermogen van stofzuigers naar maximaal 900 watt, omdat dit het milieu zou sparen. Enkele jaren geleden werd om dezelfde (drog)reden de klassieke gloeilamp verboden, waardoor iedereen moest overschakelen op de veel duurdere, snel kapot gaande en qua productie en verwerking veel milieuvervuilendere spaarlamp.

Xander

(1) Deutsche Wirtschafts Nachrichten
(2) NOS
(3) NOS

Africa: The Forgotten Target of NSA Surveillance

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Wayne Madsen:

Africa: The Forgotten Target of NSA Surveillance

Ex: http://www.strategic-culture.org

For the Western media, Africa is always a mere footnote, a continent that is generally forgotten in matters of espionage and electronic surveillance. However, as leaders in Europe, Latin America, and Asia bemoan the surveillance activities of the U.S. National Security Agency (NSA), Africa has also been a victim of overarching communications surveillance by the United States… 

Although Africa trailed the rest of the world in adopting enhanced information technology, it has not been ignored by the signals intelligence (SIGINT) agencies of the Five Eyes countries (United States, United Kingdom, Canada, Australia, and New Zealand) or one of the Nine Eyes SIGINT alliance nations, France. Satellite communications, undersea fiber optic cables, cell phones, and Internet are all subjected to the same level of surveillance by NSA, Britain’s Government Communications Headquarters (GCHQ), the Communications Security Establishment Canada (CSEC), and Australia’s Defense Signals Directorate as is directed against targeted countries in Latin America, Asia, the Middle East, and eastern Europe. 

In fact, African nations have long worried about the susceptibility of their Internet communications to eavesdropping by the West. In an article written by this author for the May 1, 1990, edition of the computer magazine Datamation, titled «African Nations Emphasizing Security,» it was pointed out that the African countries taking a lead over twenty years ago to protect their sensitive data from surveillance included South Africa, Ghana, Egypt, Senegal, Tanzania, Botswana, Guinea, Ivory Coast, Benin, and Namibia. 

The classified NSA documents revealed by whistleblower Edward Snowden point out how Africa’s communications are under constant surveillance by NSA’s and its allies SIGINT agencies. One TOP SECRET STRAP 1 document from GCHQ states that all countries’ diplomatic services use smart phone and that these are favored targets for surveillance. Thousands of e-mail addresses and cellular phone numbers or «selectors» of African government officials are stored in massive worldwide phone book and e-mail directories. NSA databases containing «selector» and «content» information are used by eavesdroppers to focus in on certain conversations in Africa and abroad. These metadata capture and storage repositories have cover names such as FAIRVIEW, BLARNEY, STORMBREW, OAKSTAR, and PINWALE.

One NSA global email and phone call interception analysis program called BOUNDLESSINFORMANT tracks the monitoring of digital telephony (dial number recognition or DNR) and email and other digital textual communications (digital network intelligence or DNI). A «heat map» generated by BOUNDLESSINFORMANT indicated that the number one target for «Five Eyes» surveillance in Africa was Egypt, followed by Kenya, Libya, Somalia, Algeria, Uganda, Tanzania, and Sudan. In 2009, NSA’s «selector» databases contained the email addresses, phone numbers, and other personal information for 117 customers of Globalsom, an Internet service provider in Mogadishu. The names included senior Somali government officials, a senior UN officer resident in Mogadishu, and an official of World Vision, a non-governmental organization (NGO) which has often been linked to CIA covert activities. A number of informed observers have speculated that Snowden, who worked for the CIA before switching over to the NSA, may have been prompted by nameless officials in Langley, Virginia to release to the world the nature of NSA’s surveillance. NSA’s omniscient surveillance capabilities may have threatened to expose covert CIA agents abroad to a competitive and more powerful intelligence agency so an effort was made, through Snowden, to clip the wings of an NSA that was increasing its influence at the expense of the CIA.

There has always been a rivalry between U.S. intelligence agencies in Africa. Long the haunt of the CIA, especially during the Cold War, there has been resentment in the corridors of the CIA in Langley over the increasing activities of NSA in Africa. In the 1950s and 60s, NSA’s operations in Africa were largely confined to three signals intelligence support bases: Naval Security Group Activity Kenitra (formerly Port Lyautey); the Army Security Agency’s intercept station at Kagnew station, Asmara, in what was then Ethiopia; and airborne SIGINT support at Wheelus U.S. Air Force base, outside of Tripoli, Libya. NSA made no secret of its presence at the three bases and it was the fear of the new revolutionary government of Zanzibar in 1964 that prompted it to expel the National Aeronautics and Space Administration (NASA) Project Mercury tracking station from the island nation because of the presence of Bendix Corporation technical representatives. Bendix, in addition to supporting NASA, also provided technical support for NSA bases circling the Soviet Union. 

After the closure of the three African bases and the creation of the joint NSA-CIA Special Collection Service (SCS), NSA SIGINT outposts, operating under diplomatic cover, were set up in U.S. embassies, including those in Nairobi, Lagos, Kinshasa, Cairo, Dakar, Addis Ababa, Monrovia, Abidjan, and Lusaka.

For the past twenty years, NSA has increased its mobile intercept operations in Africa. In particular, during the first Rwandan invasion of the Democratic Republic of Congo (then Zaire) in the 1990s, the NSA maintained a communications intercept station in Fort Portal, Uganda, which intercepted military and government communications in Zaire. Some of the intelligence derived from the SIGINT was shared with the armed forces of Rwandan leader Paul Kagame, a client dictator of the United States whose invasion of Zaire led to the ouster of long-time American ally Mobutu Sese Seko. 

During the Cold War, NSA’s ground operations in Africa were largely confined to an intelligence-sharing relationship with apartheid South Africa. NSA received South African SIGINT, mostly intercepts of naval and merchant ships sailing around the Cape of Good Hope. NSA covertly supported South Africa’s Silvermine intelligence center, located inside a mountain under Costanzia Ridge, near Cape Town. NSA kept its relationship with Silvermine under complete wraps, owing to international sanctions against South Africa at the time. Silvermine has fallen into general disrepair with thieves now stealing copper from the base’s antenna field.

However, with the mushrooming of drone bases throughout Africa there has come a renewed NSA SIGINT presence on the continent that provides both technical support to drones fitted with signals intelligence-gathering payloads and on-site analysis of the communications intercepted by the remotely-controlled intelligence platforms. The largest permanent NSA presence in Africa is at Camp Lemonnier in Djibouti, where NSA analysts monitor communications intercepted by drones and manned surveillance aircraft and directly from intercept taps on foreign satellites and undersea cables. Pilatus PC-12 surveillance aircraft, complete with SIGINT packages, are flown out of Entebbe, Uganda as part of Operation TUSKER SAND. NSA military and civilian personnel are also assigned to U.S. surveillance installations at Ouagadougou International Airport in Burkina Faso and Diori Hamani International Airport in Niamey, Niger. The base in Ouagadougou is part of Operation CREEK SAND that includes the use of SIGINT packages installed on Pilatus PC-12 surveillance aircraft.

NSA mobile units, such as the one that was set up in a residential home in Fort Portal, routinely operate out of U.S. forward bases in Obo and Djema, Central African Republic, and Kisangani and Dungu in the Democratic Republic of Congo. SIGINT-enabled drones also fly from U.S. bases at Arba Minch, Ethiopia and Victoria Airport on the island of Malé, Seychelles. NSA personnel have also been assigned to Camp Gilbert, Dire Dawa, Ethiopia; Camp Simba, Manda Bay, Kenya; Mombasa, Kenya; Nzara, South Sudan; Leopold Senghor International Airport, Dakar, Senegal; and Boulé International Airport, Addis Ababa, Ethiopia. Small NSA listening facilities have also been located at the Voice of America transmitter stations on Sao Tomé, one of the two islands that comprise the nation of Sao Tomé and Principe, and Mopeng Hill, Botswana. 

In fact, NSA personnel are found in so many exotic locations in Africa and elsewhere in the world, one NSA briefing slide released by Snowden, titled "Know your cover legend," instructs NSA personnel on covert assignment abroad to "sanitize personal effects" and bars them from sending home any postcards or buying local souvenirs. In reality, the fastest means of communications in Africa remains the «jungle telegraph,» the word of mouth alerts that travel from town to town and village to village warning the local residents that there are Americans in their midst. It is the one means of communications NSA cannot automatically tap unless NSA’s agents overhear conversations and understand obscure African dialects. Somali insurgents have stymied NSA eavesdroppers by using coded smoke signals from networks of burning 55-gallon drums to warn of approaching U.S., Kenyan, Ethiopian, and other foreign troops.

NSA proclaims its prowess at eavesdropping on any communication anywhere in the world. Africa has shown the boastful U.S. intelligence agency that the only thing NSA excels at is the art of exaggeration.




Republishing is welcomed with reference to Strategic Culture Foundation on-line journal www.strategic-culture.org.

vendredi, 15 novembre 2013

Libre journal: années de plomb

Notes sur le désordre “apolaire” du Moyen-Orient

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Notes sur le désordre “apolaire” du Moyen-Orient

Ex: http://www.dedefensa.org

10 novembre 2013 – L’étrange “politique” américaniste au Moyen-Orient, que certains voient comme un spectacle de “folies-bouffe” (ce 7 novembre 2013), d’autres comme une quête dérisoire et sans fin de l’«America’s Top Diplomat [Kerry] Lost in Space» (voir le 3 novembre 2013, sur TomDispatch.com), conduit à un désordre considérable que certains acteurs mieux organisés songeraient à réorganiser.

De là s’explique l’entêtement considérable du site DEBKAFiles à construire, nouvelle exclusive après nouvelle exclusive, l’impression d’une sérieuse entreprise de réorganisation de la région de la part de la Russie, à laquelle Israël, incontestable pays favori du même DEBKAFiles, ne serait pas indifférent. D’où, selon une logique développée par la même source, cette rencontre Poutine-Netanyahou du 20 novembre à Moscou, annoncée le 5 novembre un peu avant que John Kerry, le “Top Diplomat Lost in Space” ait posé un pied, le gauche ou le droit, sur le sol israélien. La nouvelle de cette rencontre n’a guère suscité de commentaires ni de supputations dans la presse-Système des pays du bloc BAO, à peine son annonce ici et là, ce qui est peut-être un indice de son importance. Ainsi en est-il également (discrétion) de la visite de Lavrov et du ministre russe de la défense russe au Caire, mardi et mercredi prochain.

Note sur un “fil rouge” à suivre avec des pincettes

Si nous citons DEBKAFiles avec toutes ses casseroles des liens avec la propagande et “les services” israéliens, c’est avec les considérables réserves d’usage, maintes fois mentionnées, avec à boire et à manger, avec fort peu à boire (source claire) et beaucoup à manger (débris troubles et stagnants) ... L’expression «se dit d’un liquide, vin, bouillon, café, etc., trouble et épais» et, au figuré, «se dit d’une question qui présente deux sens, d’une affaire qui peut réussir ou ne pas réussir, d’un ouvrage où il y a du bon et du mauvais».

Il faut donc séparer le bon grain de l’ivraie (autre expression, marquant décidément combien cette sorte de situation est courante) ; c’est notre tâche et une tâche délicate, où l’intuition prend le pas sur la connaissance. Si nous citons DEBKAFiles (bis), un peu comme un fil rouge de cette Notes d’analyse, c’est parce qu’il faut reconnaître au site israélien qu’il a beaucoup insisté et “révélé” sur des événements qui commencent à se concrétiser, et notamment (voir ci-dessous), le cas du rapprochement vers une coopération stratégique et militaire, – ce qui n’est pas rien en fait de bouleversement, – de la Russie et de l’Égypte.

Judo Bandar-Poutine

Il y a plusieurs volets, plusieurs orientations, certains diraient “plusieurs pistes” dans cette supputation que constituent ces Notes d’analyse, mais la logique répond à un grand événement qui est celui d’une nouvelle “grande absence”, qui est la politique en pleine dissolution des USA au Moyen-Orient. Le premier signe déjà lointain, entretemps considérablement brouillé par divers événements où l’habileté bien connue mais un peu trop réduite à la tactique de manigance de Prince Bandar-le-diabolique, remonte à la rencontre extrêmement secrète de ce dernier avec Poutine, à la fin juillet. Rarement rencontre “secrète” n’aura reçu autant d’attention et de célébrité, autant d’interprétations, autant d’appréciations impératives et en divers sens contraires.

Le 24 août 2013, nous donnions notre appréciation de cet événement “secret” en signalant au moins un point d’accord, qui aurait été l’idée que la Russie envisage de vendre des armes à l’Égypte (Bandar parlant alors au nom des Saoudiens qui soutiennent financièrement l’Égypte depuis l’intervention des militaires et la chute de Morsi donnent aux Égyptiens une aide financière puissante, supérieure à $10 milliards). Ces échanges de vue se faisaient sur fond de mésentente grandissante entre les USA et l’Égypte, et un sentiment anti-US grandissant en Égypte, – la chose s’étant confirmée depuis par des mesures de restrictions de l’aide militaire US à l’Égypte. Le reste de l’entretien “secret” est plus incertain, voire franchement antagoniste, avec des menaces voilées de Bandar (qui s’en délectaient) à l’intention des Russes et des réactions furieuses de Poutine.

(Un conseiller de Poutine qui se trouvait, avec quelques autres, dans l’antichambre de cette rencontre en tête-à-tête [plus les interprètes] qui dura quatre heures, a fait quelques confidences à quelques amis. Il vit sortir de l’entretien un Poutine manifestement furieux, presque rouge de colère, et un Bandar avec une expression presque triomphante et certainement sardonique. Dans la perspectives qu’on connaît désormais, on fera de ces précisions d’humeur un témoignage des caractères respectifs plus qu’une mesure des résultats de la rencontre. C’est vrai qu’il y eut des mots de Bandar qui ressemblait à des menaces adressées à la Russie [le passage sur le terrorisme tchétchène et les JO de Sotchi], et Poutine n’aime pas qu’on traite la Russie comme une vulgaire Syrie ; peut-être la colère de Poutine, personnage que les gazettes anglo-saxonnes nous décrivent comme “très physique”, vint-elle de son regret qu’il n’y ait pas eu un complément à l’entretien du type rencontre de judo.)

Lavrov au Caire

Nous restons sur cette question des relations Russie-Égypte et des armes russes ... Après diverses affirmations officieuses à cet égard et dans le sens évoqué plus haut, dès le courant août (voir le 19 août 2013), notamment très péremptoires de la part de DEBKAFiles, l’idée a pris une tournure très officielles depuis hier (Novosti, le 8 novembre 2013), et une allure-turbo avec l’annonce de la visite des ministres russes de la défense et des affaires étrangères la semaine prochaine (les 12-13 novembre) pour la négociation de contrat d’armements russes modernes portant sur $4 milliards.

«“We are ready to negotiate with the Egyptian side the possibility of deliveries of new weaponry as well as repairing equipment supplied in Soviet times,” the Rosoboronexport official told RIA Novosti. He said such new deliveries would depend on Egypt’s ability to pay for them. But he noted, “Moscow is ready to discuss with Cairo a possible loan to that country.” [...]

«Russian Foreign Ministry spokesman Alexander Lukashevich said earlier Friday that Russian Defense Minister Sergei Shoigu and Foreign Minister Sergei Lavrov will meet with their Egyptian counterparts during their visit to Egypt on November 13-14. The Russian delegation will include the first deputy director of the Federal Service on Military-Technical Cooperation, Andrei Boitsov, and Rosoboronexport officials. “The upcoming visit will help us to outline the prospects of our [defense] cooperation,” the Rosoboronexport source said...»

Sur cette question des armements russes pour l’Egypte, DEBKAFiles frappait fort, le 29 octobre 2013, en écrivant que les Egyptiens, qui recevaient ce jour-là au Caire le chef d’état-major adjoint russe et chef du GRU, le général Kondrachov, voudraient effectivement beaucoup d’armes russes, dont des missiles balistiques de théâtre à portée moyenne (2 000 kilomètres), des SS-25. («[The Egyptians] told the Russian general that Moscow’s good faith in seeking to build a new military relationship between the two governments would be tested by its willingness to meet this Egyptian requirement. They are most likely after the brand-new SS-25 road-mobile ICBM which has a range of 2,000 km., which the Russians tested earlier this month.») Le 4 novembre 2013, DEBKAFiles remet cela en annonçant que les Russes demanderaient aux Égyptiens la disposition d’une port de relâche qui serait presque une base en Égypte pour leur flotte en Méditerranée (Alexandrie et Port-SaÏd étant parmi les options envisagées). Le site israélien ne manque pas de répéter ce qu’il martèle régulièrement, savoir que tout cela est soutenu, non plus encore, encouragé et même machiné par les Saoudiens de Riyad, comme vu plus haut dans le chef franc et ouvert de prince Bandar : «As DEBKAfile reported earlier, Saudi Arabia engineered the Russian-Egyptian rapprochement with a view to bringing Russian military advisers back to Egypt for the first time since they were thrown out in 1972. Moscow was designated as major arms supplier to the Egyptian army in lieu of Washington.»

Passons donc, puisqu’on nous y invite, à l’Arabie Saoudite.

Fureurs saoudiennes

Depuis près de deux mois, depuis l’attaque US avortée contre la Syrie, l’Arabie tempête. Il y a d’abord le volet opérationnel et stratégique agressif : prendre en mains les affaires, et suppléer à l’inconsistance et à la dissolution de la politique US, contre la Syrie, mais aussi contre la “machination“ US du rapprochement avec l’Iran. Il y a ensuite et surtout la dénonciation extraordinaire des USA par l’Arabie. La fureur anti-US de l’Arabie s’est étalée publiquement à partir de la mi-octobre. La “crise syrienne” (guillemets nécessaire) est ainsi devenue “la crise autour de la Syrie” avec le considérable appendice iranien. Essayons, non pas d’y voir plus clair, mais simplement de dérouler quelques nouvelles qui, mises à bout à bout, rendent un son charmant de désordre chaotique ou de chaos désordonné, c’est selon. Là-dessus, rien n’empêche de construire de grandes prospectives concernant cette région, ce n’est pas Prince Bandar qui démentira.

La colère, voire le mépris furieux des Saoudiens vis-à-vis de leurs tuteurs et alliés de plus de deux tiers de siècle s’est affichée et s’affiche sans la moindre retenue. Le 24 octobre, le service BBC Monitoring Middle East a diffusé une traduction d’un article du Elaph News Website, site réputé comme influent et bien informé pour l’Arabie Saoudite et les pays du Golfe. Il y a d’abord les remarques extrêmement acerbes, et publiques, de Prince Turki al-Fayçal, membre de la famille royale, ancien chef du renseignement saoudien, ancien ambassadeur du royaume à Londres et à Washington... «Prince Turki al-Faysal made scathing critical remarks of Obama’s policies in Syria and described them as “worthy of lamentation.” [...] Prince Turki described Obama`s policies in Syria as “lamentable” and mocked the US-Russian agreement on getting rid of the chemical weapons of Al-Asad`s government. [...] [Turki] said: “The present drama on the international control of the chemical arsenal of Bashar al-Asad will be comical, if not blatantly ridiculous, and it aims at giving the chance to Mr Obama to back down (on carrying out military strikes) and also help Al-Asad to slaughter his people.”»

Le même texte, après avoir détaillé divers aspects de la situation saoudienne en fonction de sa brouille, ou supposée avec les USA, conclut à partir d’une source saoudienne présentée comme très sûre et de très haut niveau : «The Saudi source said: “All the options are on the table now, and certainly there will be some impact.” He added that no more coordination with the United States will take place concerning the war in Syria where Saudi Arabia provides opposition groups fighting Al-Asad with weapons and money.»

L’idylle Tel Aviv-Ryhad

On sait que cette querelle entre l’Arabie et les USA a été présentée avec le complément d’un rapprochement stratégique remarquable entre les Saoudiens et Israël. Des informations officieuses ont déjà cité des visites de Prince Bandar en Israël et, dans l’autre sens, des déploiement de certains militaires israéliens, notamment en Arabie (voir notre texte du 19 octobre 2013). Le climat de la communication est à mesure ... Un commentaire israélien typique de cette situation est celui de Ariel Kahane, dans Ma’ariv du 25 octobre 2013 : «The rift between the US and its allies in the Middle East on the Iranian issue is widening. For the first time in the region’s history, the Arab countries are forming a united front with Israel against the more lenient position being taken by the Obama administration.» Il y a beaucoup d’écho aux déclarations de la ministre israélienne Tzipi Livni lors d’un récent colloque (voir Gulf News [Reuters], le 25 octobre 2013 : «Israelis, Saudis speaking same language on Iran, says Tzipi Livni. There is a need to cooperate with those who perceive Iran as a threat, says minister...»).

DEBKAFiles s’intéresse évidemment beaucoup à cette querelle entre USA et Arabie, d’autant plus qu’il y a cet élément de proximité de circonstance de l’Arabie avec Israël. Le 25 octobre, le site, dans son domaine payant, affirmait que les Saoudiens avaient décidé de livrer des armes avancées (missiles) antichars et antiaériennes rapprochées, du type que les pays du bloc BAO, et surtout les USA, ont officiellement prohibé de crainte qu’elles ne tombent dans les mains des extrémistes. La décision est aussi bien opérationnelle (en faveur des rebelles syriens) que politique (en défiance des USA). Le rapport de DEBKAFiles annonçait notamment  : «The US media suddenly discovered Tuesday Oct. 22 that Saudi Arabia had a serious bone to pick with US President Barack Obamaover his Middle East policies, a pivotal development which DEBKA has been carefully tracking in the four months since the first major falling-out occurred over Egypt’s military coup. [...] The Saudis had meanwhile gone into action. That same Tuesday, DEBKA's intelligence sources in the Gulf disclose, a small summit met quietly in Riyadh of likeminded Mideast and Gulf heads of state to determine how and from what territory heavy weapons systems would be put in the hands of the Syrian rebel militias backed by Saudi intelligence. They decided that those militias must be given enough anti-aircraft and anti-tank missiles to stand up to Assad’s army – a direct challenge to the Obama administration’s resolve to keep out of rebel hands the heavy hardware capable of contending with Bashar Assad’s tanks and air force.»

L’Amérique qui-n’a-rien-à-craindre

Pour autant, la partie US et le bloc BAO, du côté des commentateurs, ne s’affolent nullement. Ce point de vue du type “pas de panique, la situation est sous contrôle” est appuyé sur les certitudes occidentales et surtout anglo-saxonne, d’une hégémonie continue et de la situation, pour les alliés-vassaux, de ne pouvoir rien faire d’important sans le soutien anglo-saxon. C’est ce que notait Karen Elliott House, dans le Wall Street Journal du 24 octobre 2013 ; elle parlait, pour qualifier la position de l’Arabie, d’une situation où leur propre survivance continue à dépendre de leurs protecteurs de déjà plus d’un demi-siècle : «Sadly for the Saudis, there is no alternative protector, which means the two countries will continue to share an interest, however strained, in combating terrorism and securing stability in the Persian Gulf.» On peut trouver la même analyse, par exemple, chez Shashank Joshi, du Royal United Services Institute (RUSI) britannique, rapporté par Bloomsberg.News le 23 octobre 2013.

Certains vont même jusqu’à rassurer Washington sur l’excellence de sa “politique” en l’assurant que l’Arabie et ses amis du Golfe, avec leur soi-disant politique indépendante, vont rapidement se trouver devant le monstre qu’ils ont contribué à créer : un al Qaïda gonflé aux stéroïdes du Golfe, se retournant contre le Golfe. C’est le cas de David Andrew Weinberg, Senior Fellow à la Foundation for Defense of Democracies (un think tank de tendance néoconservatrice, semble-t-il), sur CNN le 25 novembre 2013...

«Some observers are bullishly optimistic about the foreign policies of America’s Gulf allies, suggesting Saudi Arabia backs “the least Islamist component of the rebellion” and Qatar’s young new emir is displaying a more “mature” foreign policy that seeks to avoid controversy in places like Syria. However, there is worrying news coming from Syria’s Raqqa Province, now controlled by the al Qaeda affiliate Islamic State of Iraq and the Levant (ISIL). Hateful books described by several different sources as the area’s new academic curriculum,reportedly originate from Saudi Arabia.»

Alerte terrorisée

Tous ces avis sont relatifs dans la mesure où ils parlent d’une “politique” des USA au Moyen-Orient. On sait l’état de la chose. Par contre, là où ils n’ont pas nécessairement tort, même si par inadvertance peut-être, dans l’évaluation des situations et la perception des différents acteurs, c’est pour ce qui concerne la “politique extérieure” de l’Arabie/des pays du Golfe. On peut même prendre l’avis de Weinberg et remarquer qu’il rejoint des appréhensions de DEBKAFiles, pourtant dans le camp opposé pour ce cas puisque favorable in fine à la “politique” saoudienne de la saison, à la fois anti-iranienne et anti-US, donc proche d’Israël, – mais tout ce beau monde se trouvant, à cause de leur autre “politique“ syrienne anti-Assad, effectivement en train de fabriquer un monstre.

Donc, le 26 octobre 2013, DEBKAFiles sonne l’alarme, pour Israël, pour le Liban, pour la Jordanie, pour l’Égypte, enfin pour l’Arabie Saoudite, voire pour l’Irak et le Yemen (sans parler de la Syrie), etc. Soudain, l’on fait état d’une monstrueuse extension des effectifs et des capacités d’al Qaïda à partir du “centre” syrien, et cela malgré que les activités des divers pays cités comme étant menacés aient contribué, au moins indirectement, à cette expansion en affrontant le régime syrien d’Assad. (On notera dans cette citation qu’il est même question d’un apport de djihadistes du Caucase, ce qui nous amène à nous interroger à propos des affirmations bombastiques de prince Bandar face à Poutine fin juillet, sur sa capacité à faire faire ce qu’il veut aux terroristes islamistes du même Caucase...)

«The alarm in the Israeli and Jordanian high commands over Al Qaeda’s looming encroachments is shared by Saudi Arabia, whose intelligence services now estimate that Al Qaeda and its multiple branches have massed some 6,000 fighting activists in Syria – 12 percent of them Saudi nationals. Since more are pouring into the country all the time, intelligence experts in Riyadh calculate that the current number will double itself in the next six months. And that will not be the end: the 12,000 jihadists concentrated in Syria by next spring may have multiplied to 15-18,000 by the winter of 2014. Most of them are streaming in from across the Muslim world including the Russian Caucasian.

»Saudi Intelligence chief Prince Bandar bin Sultan, who is in charge of the Saudi effort in Syria, has warned that Riyadh cannot afford to have al Qaeda hanging massively over its front, back and side doors – in Syria, Iraq, Yemen and Egyptian Sinai, and threatening to overrun Lebanon and Jordan. A jihadi victory in Syria would boost al Qaeda in Iraq on its northern border.

»Israel is in the same position...»

Perspectives iranienne et syrienne

... Tout cela nous conduit à minimiser considérablement le tohu-bohu considérable fait autour de la fronde saoudienne, menaçant de partir en guerre au côté d’un Israël qui ne sait plus exactement qui attaquer en premier. Quant à une alliance israélo-saoudienne pour ramener l’Iran “à l’âge de pierre”, selon la délicieuse recette du général LeMay en mal d’attaque aérienne, on peut s’autoriser quelque scepticisme, – entre Israël qui ne contrôle plus ses propres drones destinés à réduire la défense anti-aérienne iranienne (voir le 19 octobre 2013), et l’Arabie qui attaque à coups de $milliards et de djihadistes qui lui reviennent en boomerang “gonflé aux stéroïdes”. Il y a bien les annonces spectaculaires jusqu’au surréalisme d’une Arabie saoudite devenant nucléaire avant l’Iran, grâce à l’achat d’une bombe pakistanaise, resucée d’un vieux canard relancé par la BBC (le 6 novembre 2013) et dont profite DEBKAFiles pour étoffer ses scoops parfois très fantasyland ; le doute est de rigueur, comme chaque fois lorsqu’une narrative veut nous convaincre que l’Arabie a des muscles et aura l’audace de s’en servir. Comme dit la chanson : «Che sera, sera...»

En attendant, les négociations sur l’Iran, comme on le sait, ont avancé. Prêtes d’être bouclées ce 9 novembre, dans tous les cas pour ce qui est d’un accord intermédiaire, bloquées par la France posant en extrémiste de type neocon et défenderesse des intérêts israéliens selon ses étranges et nouvelles habitudes de politique extérieure correspondantes à une situation intérieure en complète dissolution, on espère que leur reprise, le 20 novembre, permettra effectivement un tel accord. (Voir Russia Today le 9 décembre 2013.) A côté de cela, l’autre point chaud qui faillit, lui aussi (puisqu’on a souvent parlé de guerre mondiale à propos de l’Iran), nous précipiter fin août dans une “Troisième Guerre mondiale” terriblement usée à force de n’avoir pas servi, dito la Syrie, se replie dans les violences coutumières et les amertumes des rebelles, entre ceux de ces rebelles qui croient qu’Assad va gagner (Antiwar.com le 9 novembre 2013) et ceux des rebelles qui espèrent qu’Assad l’emportera, plutôt que les extrémistes djihadistes (Buzzfeed, le 8 novembre 2013). Bien entendu, la perspective de Genève-II continue comme d’habitude à s’éloigner au plus l’on s’en rapproche, et DEBKAFiles clame bien fort (le 6 novembre 2013), se référant à de nouvelles perspectives où la rencontre Poutine-Netanyahou tient une place majeure : «Geneva II cancelled: Moscow I is the big coming event...»

... Si nous sommes si courts sur ces deux chapitres, si importants puisqu’ils ont monopolisé l’essentiel de la tension au Moyen-Orient depuis sept et trois ans, et ’attention officielle par conséquent, c’est parce que notre sentiment est que nous serons très vite en voie de découvrir, si leurs tendances actuelles se poursuivent, qu’ils sont moins importants en eux-mêmes que par les tensions centrifuges et indirectes considérables qu’ils ont suscitées. Ces deux énormes crises ont été suscitées par des montages, par des narrative, essentiellement de fabrication garantie bloc BAO comprenant Israël certes (à peu près dans la proportion, pour la paternité des narrative, de 99% contre 1% en faveur du bloc, pour prendre le rapport favori de notre Système triomphant). Ces deux crises sont, pour leur ampleur et leur expansion, l’expression des phantasmes, des paranoïas, de la “fuite en avant” mâtinée d’hybris grossière, enfin de l’auto-terrorisation des directions politiques du Système attentives aux agitations des basse-cours provinciales de leurs capitales respectives. Leurs issues, si issues il y a et si c’est dans le sens qui se dessine, ne constitueraient pas un bouleversement mais un règlement géopolitique dans une époque qui n’évolue que sous la dynamique du système de la communication. Pour prendre la perspective la plus optimiste, on dirait qu’un accord avec l’Iran ne ferait pas de l’Iran le pays hégémonique et conquérant du Moyen-Orient, parce que l’Iran, qui a une diplomatie avisée et principielle, ne mange pas de ce pain-là ; et un tel accord ne créerait pas un axe Washington-Téhéran, parce que les USA ne peuvent faire d’axe avec personne et qu’ils ont l’esprit ailleurs, complètement ailleurs, c’est-à-dire en plein effacement...

Le changement profond de ce bouleversement tourbillonnant et vibrionnaire actuel se trouve, à notre sens, dans deux orientations respectivement d’influence et de désordre, qui, toutes les deux, dépendent dans leur expansion, moins de la géopolitique que de la communication.

Le triomphe méthodologique russe

Certes, on peut parler dans l’évolution générale de la situation du Moyen-Orient d’un “triomphe russe” dans la méthodologie, obtenu avec un sang-froid remarquable et sans agitation excessive malgré des situations qu’on percevait parfois comme très pressantes, et justement ce sang-froid et cette absence d’agitation ayant projeté une perception à la fois de fermeté de comportement, de sûreté de jugement, de solidité de situation, de retenue de l’ambition. A peu près tout le contraire des USA, qui ont congénitalement un comportement erratique, un jugement changeant, une situation totalement incertaine et des ambitions grotesques de réaffirmation constante d’une hégémonie en pleine dissolution, et ainsi les USA qui ne cessent de s’éclipser de plus en plus rapidement, comme on s’efface, des restes de leur position “impériale”. Ainsi les Russes apparaissent-ils comme une “borne de stabilité” (plutôt que l’expression trop structurée de “pôle de stabilité”, – voir plus loin), dont la proximité n’est pas vraiment dangereuse, au contraire de l’instabilité US qui risquerait à chaque moment de vous emporter. (Même des acteurs devenus secondaires à cause de leur propre comportement erratique, reconnaissent cela, comme la Turquie, qui resserre ses liens aussi bien avec l’Iran qu’avec la Russie, selon cette même logique qu’on décrit ici.)

Les cas les plus remarquables concernent les deux pays les plus instables ou les plus extrêmes dans leurs positions vis-à-vis des USA et vis-à-vis des tensions en cours. D’un côté, beaucoup sinon tout semble opposer, dans nombre de circonstances, Israël et l’Arabie Saoudite d’une part, la Russie de l’autre. Il y a des occurrences où l’on pourrait même envisager qu’ils s’opposent directement dans des situations d’affrontement (la Syrie). Pourtant, la tendance inverse semble devoir trouver une possibilité de s’exprimer, voire de gagner du terrain si l’on accepte certaines interprétation, – , savoir que, pour ces deux pays, une proximité avec la Russie présente de nombreux avantages de situation, – sans qu’il soit question d’“alliance”, de “tutorat”, etc., de quelque façon que ce soit. Ainsi, et pour prendre le cas précis vu plus haut, un mouvement se dessine-t-il pour envisager que la Russie puisse constituer, en échange d’avantages stratégiques, une sorte de soutien extérieur à l’Égypte, pour tenter d’éviter à ce pays de sombrer dans une instabilité meurtrière ou suicidaire. C’est favoriser, dans le chef d’une Arabie anti-Assad, deux pays qui sont ouvertement (Russie) ou discrètement (Égypte) pro-Assad.

On peut certes parler d’un “retour triomphal” des Russes, dans la possibilité de telles perspectives, par rapport aux décennies qui viennent de s’écouler. Mais il s’agit plus d’une situation à la fois méthodologique et sanitaire qui s’imposerait devant les dégâts causés à la structuration de la région durant ces dernières années. La Russie, plus qu’une ambition, plus encore que ses intérêts, représente une référence, voire une influence principielle dont tout le monde sent la force stabilisatrice. Bien entendu, le comportement erratique et incontrôlé des pays du bloc BAO a grandement servi à mettre cette vertu en évidence.

... Mais pourtant triomphe le monde apolaire

Pour autant, nous retenons notre plume en évoquant cette perspective, cette hypothèse de développement, du moins dans toutes ses conséquences. Le côté sombre, inéluctable de la situation, c’est le désordre qui s’est installé, qui a proliféré, qui a transgressé les frontières, qui a infesté les psychologies, imprégné les esprits et orienté les pensées, et que plus rien ne semble pouvoir écarter tant il est devenu naturel aux événements. Il n’y a pas de responsabilité directe pour cette évolution, on veut dire pas un seul acteur, pas une seule politique à mettre en accusation principalement mais les divers outils, accélérateurs, fomenteurs que constituent divers acteurs et leurs politiques, d’une tendance générale et irrésistible. Certains sont des exécutants zélés certes, mais ils suivent plus qu’ils ne provoquent même s’ils contribuent à la préparation des événements.

D’une certaine façon, il y a un besoin de stabilisation des crises impliquant les acteurs étatiques (Iran, Syrie) parce que le désordre prend le dessus partout, que ce soit celui de l’expansion du terrorisme semi-idéologique et d’une exaltation nihiliste, et de plus en plus semi-mafieux ; que ce soit le désordre des pays du bloc BAO qui commence à se plonger dans sa crise interne générale (NSA et le reste) après les aventures extérieures couronnées d’échecs et de déstabilisation de ces dernières années, et eux-mêmes, ces pays, outils majeurs de la déstabilisation que l’on décrit ici et acteurs majeurs du processus d’autodestruction ; que ce soit le désordre d’acteurs incertains et passant d’une position extrême à une autre position extrême (Israël, Arabie) ; que ce soit le désordre des situations internes elles-mêmes, qu’on supposerait stabilisées en fonction des développements politiques généraux (voir l’extraordinaire reportage de Andre Vltchek dans CounterPunch, le 14 octobre 2013, sur le désespoir, l’amertume, la haine anarchiste régnant en Égypte). Ainsi, la phase actuelle où l’on perçoit la possibilité du règlement de grandes crises d’axes jusqu’alors déstabilisateurs, où l’acteur principiel prend la place centrale, n'est en rien synonyme d’apaisement, et certainement pas de restructuration ; tout au contraire, la déstructuration subsiste, et la dissolution intervient dans certains cas. Simplement, et somme toute fort logiquement, il y a de moins en moins de cohérence, de logique politique justement dans cette évolution.

D’une certaine façon, il s’agit, expression appropriée tombée miraculeusement par rapport à la politique française totalement invertie de la bouche du ministre Fabius lors d’une récente conférence à Science Po, de la découverte angoissée d’un monde apolaire (ou bien “zéropolaire”, mais nous préférons nettement la précédente, et la conservons) ; après les épisodes unipolaire et multipolaire, un monde “sans pôle”, qui a perdu toute forme et toute cohésion... Un monde de toutes les opportunités de crises et de tensions souvent surgies par surprise... Un monde de tempêtes, sans vent dominant et où tous les vents prétendent dominer dans une surenchère de souffles furieux, où la tempête lève de tous les côtés.

VS probeert anti-Iranfront Israël-Arabische Golfstaten-Europa uit elkaar te spelen

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VS probeert anti-Iranfront Israël-Arabische Golfstaten-Europa uit elkaar te spelen

Zelfs Rusland erkent dat Amerikaans voorstel slecht is - Bijna bankroet Iran vreest volksopstand

Ex: http://xandernieuws.punt.nl

De deal met Iran was in kannen in kruiken, totdat de Verenigde Staten plotseling onverwachte, forse tegenstand ondervonden van de Fransen, die de hakken in het zand zetten en weigerden akkoord te gaan. Parijs, dat ook namens de Britten sprak, vond de Israëliërs, Saudiërs en Golfarabieren aan zijn zijde. In plaats van dat de VS het unieke front, waarin zowel Israël als de Arabische Golfstaten met één stem spreken, serieus neemt, probeert het Witte Huis hen echter uit elkaar te spelen door uitsluitend Israël de schuld te geven van de niet getekende overeenkomst met Iran, en minister Kerry naar de Verenigde Arabische Emiraten te sturen, om hen alsnog aan Obama's kant te krijgen.

Kerry is vandaag in Abu Dhabi, waar hij na aankomst verklaarde dat 'president Obama een man van zijn woord is. Hij zei in een VN toespraak dat de VS niet zal toestaan dat Iran een kernwapen krijgt. Dat is ons beleid, waar we ons aan houden.'

Zijn woorden konden de Arabieren niet overtuigen. Zij herinneren zich nog goed de verzekering dat Obama niet zou toestaan dat er chemische wapens in Syrië zouden worden gebruikt, en militair zou ingrijpen. Tot hun grote woede kwam Obama hier echter op terug, en sloot een deal met Rusland. Ook verwerpen ze de conceptovereenkomst tussen het Washington en Teheran.

Obama probeert Israël te isoleren

De regering Obama ziet zich geconfronteerd met een breed front dat weigert akkoord te gaan met het intact laten van Irans capaciteiten om binnen zeer korte tijd kernwapens te bouwen. Door vrijwel uitsluitend de Israëlische premier Benyamin Netanyahu op de korrel te nemen en als schuldige van het ophouden van de deal aan te wijzen (3), proberen Obama en Kerry de Joodse staat te isoleren en het front uit elkaar te spelen.

Netanyahu reageerde door erop te wijzen dat Israël beslist niet alleen staat met zijn verzet tegen Amerika, en dat hij in nauw contact staat met de Europese machten en de Arabieren. 'De wereld zou er aandacht aan moeten geven als Israël en de Arabieren met één stem spreken,' zei de premier. 'Dat gebeurt niet vaak.'

Ondanks nederlaag weigert Witte Huis voorstel te wijzigen

Het Witte Huis is echter niet van plan het voorstel te wijzigen, ondanks het feit dat de Russische minister van Buitenlandse Zaken op de conferentie geen enkel commentaar gaf op de positie van de Amerikanen, en leden van de Russische delegatie off-the-record toegaven dat de voorgestelde deal tussen de VS en Iran slecht is.

Diplomatieke bronnen in Washington geven toe dat het front Jeruzalem-Parijs-Riyadh de regering Obama een nederlaag heeft toegebracht. Een official wees op de ongekende gezamenlijke inspanning die Israëliërs, Arabieren en Europeanen leverden bij het mobiliseren van individuele Amerikaanse Congresleden en Senatoren, om zich tegen de deal uit te spreken. Tevens weerspreken deze bronnen de bewering van het Witte Huis, dat de Iraniërs zich als eersten terugtrokken van het tekenen van het conceptakkoord.

Beschuldigende vinger richting EU-buitenlandchef Ashton

Tijdens het drukke overleg in Washington om te bepalen hoe de onderhandelingen met Iran gered kunnen worden, werden beschuldigende vingers gewezen naar de voorzitters in Genève, onderminister van Buitenlandse Zaken Wendy Sherman, en EU-buitenland'chef' Catherine Ashton. Zij zouden de Iraanse minister van Buitenlandse Zaken Javad Zarif op het laatste moment hebben toegestaan nog wijzigingen in het conceptakkoord aan te brengen.

Toen Kerry vervolgens in Genève arriveerde en het gewijzigde voorstel las, begreep hij dat dit voor de Israëliërs, Arabieren en Europeanen onacceptabel zou zijn. Daarom trapte hij zelf op de rem door de voorbereidingen voor de ondertekening van de overeenkomst stop te zetten, en te zeggen dat er verder onderhandeld moet worden.

Bijna bankroet Iran vreest volksopstand

De Iraniërs gaan er nog altijd vanuit dat de deal gewoon zal doorgaan. Zoals we al eerder schreven is IAEA-directeur Yukiya Amanon vandaag in Teheran voor de ondertekening van een gezamenlijke verklaring, waarin Iran het atoomagentschap van de VN toestemming geeft om inspecties te verrichten in onder andere de in aanbouw zijnde zwaarwaterreactor in Arak, en de uraniummijn in Gachin. (1)

Wel verzochten de Iraanse president Hassan Rouhani en minister van BuZa Javad Zarif gisteren een spoedontmoeting met opperleider Ayatollah Ali Khamenei. Nog in Genève belde Zarif de president op, om hem te waarschuwen dat er een flexibelere opstelling nodig was om de deal niet te laten mislukken.

Teheran had er op gerekend dat de overeenkomst zou worden getekend en de sancties zouden worden verlicht, want die hebben het land financieel en economisch op de rand van de afgrond gebracht.

De Amerikaanse regering heeft Iran een pakket verlichtingen ter waarde van bijna $ 20 miljard aangeboden, inclusief het vrijgeven van $ 3 miljard van de $ 50 miljard aan bevroren tegoeden bij Westerse banken. Die miljarden zijn dringend nodig, want Teheran heeft vrijwel geen geld meer in kas, en vreest dat de almaar erger wordende economische crisis zal leiden tot gewelddadige protesten, en misschien zelfs wel een volksopstand tegen het regime. (2)

Xander

(1) DEBKA
(2) DEBKA

(3) Ynet News

Zie ook o.a.:

09-11: Grootste ruzie ooit: Israël beschuldigt VS van misleiding over deal met Iran
08-11: Iraanse staatstelevisie zendt gesimuleerde aanval op Israël uit (/ Iran wordt definitief kernmacht... - Netanyahu: Akkoord is historische fout)
07-11: Breuk Israël en VS over Iran; Kremlin geeft Iraans kernwapenprogramma toe

jeudi, 14 novembre 2013

Dimension génocidaire de l’accord de libre-échange USA-UE

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Dimension génocidaire de l’accord de libre-échange USA-UE

Ex: http://www.dedefensa.org

Dans cette note, nous nous permettons de reprendre intégralement l’interview de Max Keiser par Russia Today sur le marché de libre-échange transatlantique USA-UE dont les négociations officielles viennent de s’ouvrir. (Les négociations “officieuses” sont en cours depuis juillet dernier.) Normalement, nous aurions classé cet emprunt dans notre rubrique Ouverture libre, mais nous l’assortissons de commentaires importants qui conduisent à son classement dans le Bloc-Notes.

Il s’agit de commentaires plutôt de type méthodologique, s’entend d’une méthodologie de la façon nécessaire de penser cet événement. L’intérêt de l’interview de Keiser tient d’abord à la personnalité de l’homme, induisant une certaine dialectique très spectaculaire, qui sort le commentaire sur cet accord en cours de négociation de la gangue habituelle du langage technique. Keiser emploie des termes polémiques comme “génocide” ou “holocauste” pour désigner cet accord, ce qui a effectivement l’avantage de donner une idée de la dimension et de l’orientation de l’acte en détruisant effectivement le rideau sémantique des “normes économiques” qui empêche d’en saisir la substance prédatrice. (Keiser est un ancien “boursier” professionnel et innovateur des technologies financières, devenu commentateur de télévision, à la fois spécialiste du domaine mais sur un ton et dans un esprit très polémiques et imagés, beaucoup plus politiques et de communication que spécialisés mais avec l’expérience du spécialiste, ou du connaisseur. La caractérisation professionnelle de Keiser est celle-ci : «Max Keiser, the host of RT's ‘Keiser Report,’ is a former stockbroker, the inventor of the virtual specialist technology, virtual currencies, and prediction markets.») Voici donc l’interview de RT, le 12 novembre 2013.

Russia Today : «An annual profit of 119 billion euros sounds pretty good and it could not come at a better time for the struggling European economy. Why be unhappy about this deal?»

Max Keiser : «This is an unbelievable act of corporate hubris. They’ve invented something now – ‘the corporate state’ or ‘the investor state’ - so that corporations have the ability to override sovereignty, to override countries’ legal framework for profit-seeking or rent-seeking. To give you an example, you’ve got Chevron Corporation, which has been active in Ecuador, devastating the ecology there. Not only will they not be able to go after Chevron for damages, but Chevron can claim the fact that the Ecuadorians are going after them for damages means Chevron can sue Ecuador’s government for damages for being inconvenienced for the ecological holocaust that they’ve created in Ecuador. This is the most remarkably corporate-friendly, devastating, human-centric-non-benefitting law that I’ve ever seen in my life.»

Russia Today : «But European corporations will make huge profits, too. And profits are taxed, aren’t they? Isn’t that exactly what governments want, income from taxation?

Max Keiser : «Corporations are taxed less and less. Here in the UK, the big corporations that we know are taxed very little if anything. Very little of what corporations make and what the wealthy in the world make is actually taxed. That’s the taxable income, the reportable income. Most of the income they make is through offshore accounts, through special-purpose-entities accounts, it’s completely untaxed.

»I don’t think we’re getting to the nettle of how devastating this is. This is basically a business model based on holocaust. This is like saying that the manufacturers of Zyklon B during World War II would sue the million or so victims that were exterminated with Zyklon B for having the nerve of dying for being gassed by the manufacturers of Zyklon B. This makes holocaust a legitimate business model.

»This makes Monsanto’s genetically-modified seeds, which are causing widespread devastation across the world - not only can it cause devastation, but Monsanto can sue a country like India for the Indian farmers who are committing suicide. Because they inconvenienced them. This is the most devastating piece of legislation, pro-corporation in history that we’ve ever seen! It’s absolutely mind-numbing!»

Russia Today : «What if someone comes to you and says, ‘Surely this means my job prospects in Europe are going to be improved.’ Why not let this deal go ahead? Because it’s my life, my life at stake at the moment and it’s a devastated European economy and I want a job to improve my prospects.

Max Keiser : «Because it gives all the power to the entities that have destroyed the European economy, the big banks that have gutted the European economy. This now gives them the ability to sue the countries for damages they impose on these economies, for compensatory damages from the economies that they’ve just devastated. They can then get the governments to sue the citizens for more money after they’ve stolen the money. Imagine, for example, Goldman Sachs. They ransacked Greece, they stole billions from Greece. Now this gives them the opportunity to sue the Greek government for more compensatory damages. Then the Greek government has to go to the population for more money.

»This gives extrajudicial power to corporations, to the investor state...beyond what is imaginable beyond the worst Orwellian nightmare. Whoever cooked this up - and I know who it is, by the way, Barack Obama. The most corporate-friendly, holocaust-, genocide-provoking idiot who has ever occupied the White House. He just threw the keys to these corporations and said, ‘Sue everybody you kill.’ It makes killing and genocide a legitimate business model.»

Russia Today : «Surely Brussels will listen to what you have to say, they have those concerns. And they will surely make those laws protecting consumers’ interests, and, indeed, the environment from any invasive policies from the US.»

Max Keiser : «Some countries are pushing back against this, but unfortunately in this current era, with the NSA spying on every country - what happened to Angela Merkel in Europe? She said I don’t want the NSA spying on me. Now she’s laying down supine, just letting this new law which favors American corporations to roll over her like a little frau in the woods. Like Bambi in the woods, just rolled over. She should stand up for her citizens. She’s being completely duplicitous by saying, ‘We don’t want NSA, but we want this new law.’ So she’s been identified as completely duplicitous, completely in the pocket of American corporations.

»There are some companies that are trying to push back. But, remember, with the NSA in power, with the US dollar as world reserve currency and the Federal Reserve Bank running the world’s economy, there’s very little recourse. And you’ve got extrajudicial killing, extrajudicial lawmaking. America has become a rogue state. America has become an outlaw state. These countries have to wake up or they’re going to find themselves an American-casino-gulag state where they’re just going to be thrown down into a dungeon and forced to trade online virtual games to make virtual gold for their masters at Facebook or some other virtual corporation or gaming entity or casino operator. It’s devastating!»

On peut sans crainte accepter des expression telles que «an unbelievable act of corporate hubris» ou des images telles que celle d’un “génocide” ou celle d’un “holocauste”. La situation économique et sociale générale, et celle qui se développerait avec cet accord, méritent dans leur logique de tels termes. (Il s’agit de la logique de l’essence de la dimension économique et bureaucratique de la modernité, quel que soit son faux-nez, de “libre-échange” à “hyperlibéralisme”, “néo-capitalisme”, etc. Nous avons plusieurs fois rappelé l’analyse que fait l’un des auteurs les plus sérieux sur la question de l’holocauste du régime nazi, le professeur Richard L. Rubenstein, dans La perfidie de l’histoire, publié au Cerf en 2005. Nous écrivions le 16 septembre 2007 : «Ces remarques nous sont inspirées par le livre ‘La perfidie de l’Histoire’, du professeur Richard L. Rubenstein... [...] Rubenstein montre avec une grande précision les similitudes du mécanisme qui aboutit aux camps d’extermination nazis et du mécanisme capitalisto-bureaucratique du système de l’américanisme et de son extension globalisée : “Avec le temps, il devient évident que les atrocités perpétrées par les nazis dans leur société de domination totale, comme les mutilations et expériences médicales meurtrières sur des êtres humains, ainsi que l’utilisation des esclaves dans les camps de la mort, ne sont que la logique extrême des procédures et conduites prédominantes dans les entreprises modernes et le travail bureaucratique.”»)

Cela posé, il est intéressant de noter, dans le discours véhément de Keiser, la façon dont il utilise deux approches différentes : d’une part, celle d’une responsabilité collective de ce qu’on pourrait nommer un Global Corporate Power, qui comprendrait la responsabilité collective des entreprises “globalisées” (donc n’ayant plus d’identité nationale) poursuivant ce type de développement de destruction du monde, avec l’aide active et consciente au moins en ce qui concerne les modalités économiques et anti-principielles de l’accord, des directions politiques aussi bien US que de l’UE et des pays de l’UE ; d’autre part, celle d’une agression du monstre économique US, identifié du point de vue de la nationalité, contre une Europe soit naïve, soit inconsciente, soit asservie, soit corrompue dans le chef de certains manipulateurs et subvertie par la pénétration US, etc. Cette double approche est bonne pour la polémique, mais pour l’identification du phénomène c’est une autre affaire. La contradiction de cette approche est radicalement dommageable à cette identification, laquelle est fondamentalement nécessaire pour comprendre la situation et orienter l’action antiSystème.

... Car, évidemment, notre approche est celle du Système, comme on s’en doute. Il n’y a plus d’entités nationales principielles, c’est-à-dire capables, non seulement de s’imposer, mais de seulement songer à s’opposer à l’attaque du Corporate Power comme si elles étaient vertueusement conscientes du danger de destruction du monde. (Alors qu’elles pourraient le faire, – s’opposer, – sans le moindre doute, et avec efficacité sans le moindre doute également ; il s’agit bien d’une faiblesse corruptrice de la psychologie.) Dans cette bataille apocalyptique qui est celle du Système versus la réaction antiSystème, personne dans ces sphères, – aussi bien les directions politiques que le Global Corporate Power, – n’est conscient de l’enjeu réel ; personne ne se réfère plus à aucun principe, que ce soit la souveraineté ou la légitimité, d’ailleurs par ignorance totale de la chose, par faiblesse psychologique bien plus que par corruption intrinsèque et volontaire de la pensée ; personne ne conçoit l’événement comme un affrontement, mais comme la recherche d’un accord où chacun cherche ses intérêts purement économiques et financiers, c’est-à-dire dans ce cas et en se référant à l’analyse juste sur ce point de Keiser, selon une expression de type-oxymore, disons ses “intérêts génocidaires” puisque l’entreprise conduit au “génocide du monde” (ou à l’“holocauste du monde”). Ils sont donc tous complices par faiblesse de la psychologie plus que par dessein maléfique dans une entreprise dont l’impulsion vient du Système lui-même, une entreprise qui est une autre façon (que celle du régime nazi), sans doute plus extrême encore dans son efficacité et sa globalité, de conduire à l’opérationnalité de «la logique extrême des procédures et conduites prédominantes dans les entreprises modernes et le travail bureaucratique».

Il importe de comprendre cela, c’est-à-dire de faire son choix : USA contre l’UE selon une concurrence classique, ou bien Système opérationnalisant la destruction du monde par coopération active USA-UE dans ce cas. Notre choix est fait, pour des milliards de raisons et d’événements, et selon l’idée symbolique que la destruction de Detroit vaut exactement la destruction de la Grèce, dans leur logique commune tendant vers l’anéantissement qui porterait à son terme le processus dd&e. Une fois cela compris, on comprend qu’il faut écarter les incertitudes de l’interrogation “mais si le Système est détruit, que mettra-t-on à sa place ?”, selon la “logique extrême” de notre image classique qui dit que lorsqu’un homme se noie parce qu’il est habillé d’une cuirasse comme un chevalier du Moyen-Âge et que ce poids l’entraîne vers le fond, on se bat pour le débarrasser de cette cuirasse et tenter de le sauver de la noyade plutôt que de se demander de quoi on va l’habiller si on parvient à le débarrasser de cette cuirasse et à le sauver de la noyade. (On comprend que la cuirasse et son poids, c’est le Système.) Bref, il s’agit de ne pas réfléchir sur le but organisé et opérationnel de l’action et d’agir, parce que la réflexion dans ce cas équivaut évidemment à la capitulation et à l’abdication. Par ailleurs, on sait qu’il y a assez de signes puissants d’autodestruction du Système, y compris les appels d’une partie du corps scientifique qui a contribué à la mise en place du Système à la destruction de ce Système par la révolte populaire (voir le 31 octobre 2013), pour admettre que l’acte de la résistance, c’est-à-dire la réaction antiSystème, est non seulement un acte fondamental nécessaire à la dignité du sapiens s’il veut “être” au sens spirituel, mais un acte qui n’est nullement étranger à une possible sinon probable efficacité catastrophique pour le Système. (Phrase fameuse pour nous du de Gaulle des Mémoires de guerre nous invitant à ne jamais perdre espoir, car “perdre espoir” est une chose absurde évidemment : «Tout peut, un jour arriver, même ceci qu’un acte conforme à l’honneur et à l’honnêteté apparaisse, en fin de compte, comme un bon placement politique.») Par conséquent, que vienne ce grand marché que, de toutes les façons, personne dans les élites-Système, caractérisées par une bassesse im-monde (“hors du monde” dans l’étymologie d’immundus), n’est dans un état psychologique poussant à vouloir l’empêcher, et que l’on soit prêt à exploiter toutes ses catastrophiques conséquence en les retournant contre lui (ce qui s’appelle “faire aïkido”, dans ce cas plus efficace que la réflexion sur une alternative au Système).

(“Faire aïkido” pour notre cas, voir aussi bien le 19 août 2013 que, antérieurement, le 2 juillet 2012  : «L’opérationnalité de la résistance antiSystème se concentre naturellement dans l’application du principe fameux, et lui-même naturel, de l’art martial japonais aïkido : “retourner la force de l'ennemi contre lui...”, – et même, plus encore pour notre cas, “aider la force de cet ennemi à se retourner naturellement contre lui-même”, parce qu’il est entendu, selon le principe d’autodestruction, qu’il s’agit d’un mouvement “naturel”.»)

Hacia un mundo desamericanizado

por Raúl Zibechi 

Ex: http://paginatransversal.wordpress.com

Durante siete décadas Estados Unidos fue el pilar del orden mundial. Aunque republicanos y demócratas consiguieron zurcir un acuerdo de último momento para evitar el default, parece necesario indagar en las causas de fondo, donde destaca el concepto de “crisis sistémica”.

El 15 de febrero de 2006 se publicaba el segundo número del Boletín Global Europeo de Anticipación (GEAB, por sus siglas en inglés), una nueva herramienta para el debate político estratégico con una mirada diferente a la que venían exponiendo los hegemónicos  think tanks británicos y estadounidenses, promovido por el Laboratorio Europeo de Anticipación Política (LEAP), localizado tanto geográfica como geopolíticamente en Europa central.

En esa fecha, casi siete años atrás, el boletín titulaba su análisis: “El fin de Occidente como lo conocemos desde 1945”, y anunciaba “una crisis económica y financiera de una dimensión comparable a la de 1929”. Destacaba siete aspectos de la crisis que se estaba gestando: la pérdida de confianza en el dólar, la explosión de los desequilibrios financieros estadounidenses, crisis del petróleo, pérdida de liderazgo global de Estados Unidos, desconfianza del mundo árabe-musulmán, ineficiencia de la gobernanza mundial y creciente incertidumbre en la Unión Europea.

A la vista de lo ocurrido en los últimos siete años, pueden sacarse dos conclusiones iniciales: no estamos frente a una extraordinaria capacidad de predicción sino ante la utilización rigurosa de herramientas analíticas, entre las que destaca la capacidad de mirar en el largo plazo las grandes tendencias, aquellas que no se visibilizan si nos conformamos con pocos datos y del corto plazo. La segunda, es que en momentos de confusión como los actuales, podemos fiarnos de ese tipo de análisis que, aún sin creerlos infalibles, pueden orientar en momentos de incertidumbre.

Euforia en el caos

En febrero de 2006 el GEAB comenzaba a manejar el concepto de “crisis sistémica global”, quizá la más consistente de las herramientas de su arsenal teórico. Más adelante, en febrero de 2009, hablarán de la “desarticulación geopolítica mundial”, para referirse a la completa modificación de la arquitectura política construida por los países triunfantes en la Segunda Guerra Mundial, que tuvo sus manifestaciones en los acuerdos de Bretton Woods (por los que se crearon el Banco Mundial y el Fondo Monetario Internacional), y en la creación de las Naciones Unidas, entre otros.

Cuando el GEAB anunció la crisis con epicentro en Estados Unidos, la Reserva Federal (FED) se aprestaba a dejar de publicar las cifras del M3, que hacen referencia a la masa monetaria que permite medir la liquidez o el dinero circulante. Para los analistas fue un momento de inflexión: en nueve años la masa monetaria se había duplicado. Además la FED dejaba de publicar los datos respecto a depósitos a largo plazo, acuerdos de recompra y datos de los depósitos en dólares en los bancos fuera de los Estados Unidos. Según analistas europeos esa decisión “podría convertir las inversiones al otro lado del Atlántico en un ejercicio de fe ciega en las declaraciones que haga la FED, más que en un ejercicio de toma de decisiones basada en datos económicos concretos” (Mario Mueller en oroyfinanzas.com 14 de noviembre de 2005).

Un pequeño hecho como éste, era capaz de revelar la profunda debilidad del dólar y de la economía estadounidense. Una situación que era, apenas, “indicador y factor central de la crisis sistémica global”. Por ésta entienden un cambio del sistema que, en rigor, comenzó en 1989 con la caída del muro de Berlín y el fin del sistema bipolar Estados Unidos-Unión Soviética. El haber comprendido que se transita una crisis sistémica, les permitió, “en un momento en que todos los indicadores económicos públicos estaban eufóricos”, anticipar la crisis en base al “análisis transdisciplinario” de un equipo de investigadores.

En estos siete años se sucedieron un conjunto de hechos que terminaron de debilitar la posición de Estados Unidos en el mundo. Quizá el hecho mayor sea la crisis de 2008 (anticipada por un puñado de analistas, entre ellos el GEAB), que determina varias transiciones globales. Sólo recordar algunas de las más trascendentes: en 2010, por primera vez desde que existen mediciones, los países emergentes superan a los desarrollados como receptores de inversión extrajera directa según el informe anual de UNCTAD. No fue un año excepcional, ya que la tendencia s confirmó en los tres años siguientes, sino un viraje de hondas repercusiones en el orden global.

En 2010 China destronó a Estados Unidos como la mayor potencia manufacturera, ya que su producción industrial representó el 19,8 por ciento de la mundial, mientras la de su competidor fue del 19,4 por ciento (France Presse, 14 de marzo de 2011). Los principales indicadores de la industria muestran un viraje profundo: China produce más de 20 millones de vehículos por año, frente a la mitad de Estados Unidos que siempre había llevado la delantera (en 2000, Estados Unidos fabricaba 10 millones de vehículos frente a dos millones de China).

En 2011 China se convirtió en la segunda potencia científica del mundo sólo detrás de Estados Unidos, cuya posición se erosiona, superando a todos los países de Europa, mientras países como Irán y Turquía desarrollan su sector científico a ritmos tan vertiginosos como los chinos (El País, 29 de marzo de 2011).

A mediados de 2011 la agencia S&P degradó la calificación de Estados Unidos, lo que debe considerarse como un punto de inflexión que confirmó que “lo imposible estaba plasmándose” (GEAB, 17 de diciembre de 2011). En 2013 llegó la quiebra de la ciudad de Detroit, anunciando que otros municipios seguirían sus pasos.

Más recientemente, el deterioro de la capacidad de liderazgo de Washington comenzó a ser reconocida por una asombrosa variedad de medios, que hasta tiempo atrás ignoraban el asunto. La intervención de Rusia en la crisis de Siria, forzando a Occidente a aplazar indefinidamente la intervención militar, fue anotada como un síntoma mayor de la decadencia estadounidense. A principios de octubre los analistas bromearon al comprobar cómo el “pivote Asia Pacifico” definido con toda pompa por la Casa Blanca, como la clave de su reposicionamiento estratégico para contener a China, fracasaba estrepitosamente.

La reunión del Foro de Cooperación Asia Pacífico (APEC) en Bali, fue la apoteosis para China cuando debería haber sido la puesta en escena del pivote por parte de Barack Obama. La situación interna le impidió viajar. La falta de consenso entre demócratas y republicanos, ha consumido todas las energías de la Casa Blanca. Los presidentes Xi Jingpin (China) y Vladimir Putin (Rusia) fueron las estrellas del encuentro de la APEC en Bali, donde el chino recordó sus deberes a la Casa Blanca, en el sentido de que no puede permitir un default.

Según Pepe Escobar en Asia Times, “China fue la estrella del show de APEC”, una alianza de 21 países que representa la mitad de la producción y el comercio mundiales (Asia Times, 8 de octubre de 2013). China es el mayor socio comercial de la región, cuestión que contrasta con el Acuerdo Transpacífico impulsado por Obama que, según Escobar, es “un gran chanchullo corporativo que reducirá los aranceles para beneficio únicamente de las multinacionales estadounidenses”.

Recuerda que APEC fue inicialmente un foro afín a Estados Unidos, cuando en la cumbre de Indonesia, en 1994, “un incontestable Bill Clinton parecía dictar el futuro de Asia Pacífico”. En contraste, “Obama ha estado demasiado ocupado girando hacia su persona en lugar de girar hacia Asia”. Por eso, cuando se realice la próxima cumbre de APEC, en 2014 en Pekín, para entonces Obama puede haber encontrado tiempo para girar hacia Asia, pero “para entonces será demasiado poco, demasiado tarde”.

El tobogán del dólar

El muy circunspecto Financial Times, portavoz del capital financiero, publicó un artículo titulado “Sistema basado en el dólar es inherentemente inestable” (Financial Times, 2 de octubre de 2013). El artículo firmado por Ousméne Mandeng, actual director del grupo de gestión de inversiones Pramerica, ex director gerente del banco UBS y ex jefe de división en el FMI, sostiene que el sistema monetario internacional no funciona correctamente y que el culpable es el dólar.

El problema, en su opinión, es que Reserva Federal “no es probable que subordine sus objetivos nacionales a las necesidades de la economía internacional” y que siendo el dólar una moneda nacional dominante en el mundo, debería existir una convergencia entre el emisor y el resto del mundo, “lo cual evidentemente no es el caso”. La desestabilizadora guerra de divisas en curso no encuentra organismos internacionales (FMI, G-20) capaces de apaciguarla, mientras “los políticos carecen de coraje para reformar las bases del sistema y se inclinan por jugar en los márgenes”.

Ante este panorama, Mandeng defiende la necesidad de “reducir la dependencia del dólar” para que la economía mundial funcione mejor, y de ese modo se puedan evitar “crisis cambiarias recurrentes y alta volatilidad de precios de los activos”. En suma, dice que “la economía internacional necesita más monedas” y que la diversificación ayudaría a la economía del mundo a sostenerse sobre una base más amplia y “protegerse contra las vicisitudes de la política nacional de Estados Unidos”. Una mirada sugerente, sobre todo porque proviene del núcleo del sistema financiero.

Es justamente lo que vienen haciendo cada vez más países en el mundo. Días atrás trascendió que India está trabajando en “la posibilidad de pagar a Irán por los suministros de petróleo con divisas como el rublo, el yuan o el yen para eludir las sanciones impuestas por Estados Unidos y la Unión Europea a la República Islámica de Irán, de realizar cualquier transacción por el crudo iraní en dólares y euros” (Russia Today, 5 de octubre de 2013).

Mucho más importante es el acuerdo alcanzado por el Banco Central Europeo y el Banco Central de China para intercambiar yuanes y euros, o sea realizar su comercio sin acudir al dólar (CNN Money, 10 de octubre de 2013). La Unión Europea es el mayor mercado de China y acuerdos de este tipo (ya firmó uno similar en junio con el Banco de Inglaterra) debilitan al dólar y aumentan el poder del yuan que ya es la novena moneda más transada en el mundo y camina hacia su creciente internacionalización.

La sustitución del dólar por otras divisas como monedas de reserva, ya no es un tabú y se debate abiertamente en los foros mundiales. No es, en absoluto, un debate ideológico, sino acerca de la creciente desconfianza en la capacidad de Estados Unidos para pagar su enorme deuda de casi 17.000 billones de dólares, mayor que su PIB anual. Lo que está en debate es “la capacidad de Estados Unidos y del Reino Unido para financiar sus déficits públicos, ya descontrolados” (GEAB, 18 de junio de 2009).

Al no haberse reformado el sistema financiero, causante de la crisis de 2008, las cosas no han hecho sino empeorar. La mirada estratégica es nítida: “En 40 años de desequilibrios comerciales estadounidenses y de variaciones bruscas de sus cotizaciones, el dólar como pilar del sistema monetario internacional fue la correa de transmisión de todos los resfriados de Estados Unidos hacia el resto del mundo, y este pilar que ahora se desestabiliza es el núcleo del problema mundial, porque hoy Estados Unidos ya no sufre un resfriado sino de una peste bubónica” (GEAB, 16 de junio de 2013).

En efecto, una economía deficitaria acostumbrada a que el resto del mundo la financiara, pero que a su a vez era garantía de estabilidad, un papel que ya no puede seguir cumpliendo por el deterioro de su posición en el mundo. Cuando las cosas se ponen de ese modo, sólo queda patear la pelota hacia adelante. Eso fue lo que se sucedió con el ataque al euro, decidido por un grupo de banqueros estadounidenses en febrero de 2010 (The Wall Street Journal, 26 de febrero de 2010). La segunda medida para aplazar la crisis fue la “flexibilización cuantitativa” (Quantitave Easing) decida por la FED, por la cual se inyectan 45 mil millones de dólares mensuales a través de la compra de obligaciones públicas. El problema es que cualquier anuncio de que se retirarán esos estímulos tiene efectos nocivos para “los mercados” que se han vuelto dependientes de los estímulos.

Deuda impagable y crisis política

En diciembre de 2001 el GEAB presentó sus anticipaciones referidas al futuro de la superpotencia. El título del boletín lo dice todo: “2012-2016: Estados Unidos insolvente e ingobernable”. La conclusión es que lo alguna fue el “buque insignia” del mundo parece haberse convertido en un “barco a la deriva”. Uno de los núcleos del análisis efectuado hace ya dos años, consiste en lo que denominan “la parálisis institucional estadounidense y la desarticulación del bipartidismo tradicional”. Como se verá, el análisis parece calcado del libreto que demócratas y republicanos están escenificando estas semanas que gira sobre un telón de fondo de recesión y depresión económicas.

El análisis sostiene que las principales instituciones del país, la Presidencia, el Congreso y la FED, “se revelan impotentes para decidir o poner en ejecución políticas significativas”. Este auténtico “bloqueo institucional” está mostrando la desarticulación del bipartidismo republicano-demócrata por la gravedad de la crisis, que no admite paños tibios y, sobre todo, porque en la última década dejó de haber “permeabilidad entre las visiones políticas de ambos partidos”. En efecto, la aparición del Tea Party entre las filas republicanas y de Occupy Wall Street (OWS) en los linderos del Partido Demócrata, supone una fisura entre ambas colectividades en base a intereses irreconciliables.

“El presidente no puede hacer gran cosa cuando el Congreso no tiene mayoría estable al estar profundamente dividido en las grandes orientaciones del país”, que se orienta hacia una división en cuatro fuerzas sociales, apunta el GEAB. Lo posible son apenas acuerdos de último minuto, pero ninguna solución de fondo ante la incapacidad de programar nuevos equilibrios presupuestarios. Detrás del Tea Party y de OWS hay dos propuestas incompatibles: sacrificar la reforma de la salud y otros gastos sociales del gobierno de Obama o sacrificar el gasto militar.

Entre las elecciones de 2014 y las presidenciales de 2016, estiman que podrá situarse el momento más crítico para el país. Los intereses de los poderosos, alineados por el complejo militar-industrial, pueden jugar la carta de un “salvador” para salir del caos actual. El general David Petraeus puede ser un buen candidato. Todo indica que lo peor está por venir: aún cuando negociaciones de última hora consigan (consiguieron..) llegar a un acuerdo para elevar transitoriamente el techo de la deuda, el daño a la credibilidad del país está hecho.

Mucho más allá de la pelea entre republicanos y demócratas, el problema de fondo el otro: “El país no afronta un crisis ´normal´, incluso ´grave´ como la de 1929, sino una crisis histórica del tipo de las que ocurren sólo una vez cada cuatro o cinco siglos” (GEAB, 17 de diciembre de 2011). Tal vez fue esa convicción la que lleva a las autoridades chinas a considerar que “tal vez sea el momento para que un mundo atónito comience a considerar la construcción de un mundo desamericanizado”

Fuente: Dossier Geopolítico

mercredi, 13 novembre 2013

Paris, Colloque de “Maison Commune” - Interventiosn de L. Ozon et R. Steuckers

Intervention de Laurent Ozon

Le "mariage pour tous" est une guerre de quatrième dimension

Paris, Colloque de “Maison Commune”

28 septembre 2013

Intervention de Robert Steuckers

Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs,

Quand le mystérieux “Enyo”, qui tire son pseudonyme de la déesse grecque des batailles, publiait son livre intitulé “Anatomie d’un désastre” en mars 2009 (1), il entendait stigmatiser l’incohérence d’une politique occidentale, euro-américaine, face à ce “rimland” islamisé du grand-continent eurasiatique, à cette frange littorale, océanique mais très souvent de grande profondeur continentale, qui s’étend du Maroc à l’Indonésie. Les “printemps arabes” n’avaient pas encore eu lieu ni la destruction de la Libye. A l’heure actuelle, le désastre est encore plus profond. Il affecte directement notre plus proche périphérie méditerranéenne, les tragédies récurrentes de Lampedusa et d’ailleurs l’attestent. Les Etats-Unis s’en fichent: le fossé atlantique les sépare du chaos qu’ils ont délibérément créé à nos portes, en Tunisie, en Libye, en Egypte et en Syrie.

Instruments de l’hegemon dans sa volonté de créer ce désordre permanent, les fanatiques religieux participent allègrement à la genèse de ce chaos car ils refusent la complexité et les contradictions du monde. Ils ne cherchent pas à les harmoniser, à générer une féconde “coïncidentia oppositorum” (2). Quand on parle aujourd’hui de fanatisme religieux, on pense immédiatement au salafisme ou au wahhabisme. Et on oublie la tout aussi virulente “théologie puritaine” qui sous-tend le fanatisme américain, né aux 16ème et 17ème siècles d’un refus du Vieux Monde européen, de ses synthèses, de sa nostalgie féconde de l’antiquité grecque. L’histoire de ce refus, les travers d’un fanatisme protestant ont été maintes fois esquissés (3). Plus fréquemment toutefois, on a zappé, oublié, la transformation de ce fanatisme en un “rationalisme” intransigeant qui veut tout autant faire du passé table rase (4). Les “Lumières” américaines, françaises et mitteleuropéennes, voire celtiques (irlandaises, galloises et écossaises), n’ont pas le même arrière-plan culturel, alors qu’elles ont toutes, à titres divers, contribué à façonner les sociétés occidentales modernes: les unes ont inventé un rationalisme éradicateur comme le puritanisme ou le jansénisme avaient été des purismes délirants en marge des continuités historiques anglaises ou françaises (5); les autres ont mis le rationalisme au service d’un retour à des racines, jugées plus libertaires ou mieux inscrites dans leur histoire nationale (6), permettant de la sorte l’éclosion de syncrétismes fructueux. Aujourd’hui, nous faisons face à l’alliance calamiteuse de deux fanatismes religieux: le wahhabisme, visibilisé par les médias, chargé de tous les péchés, et le puritanisme américain, camouflé derrière une façade “rationnelle” et “économiste” et campé comme matrice de la “démocratie” et de toute “bonne gouvernance”.

Mais que nous ayons affaire à un fanatisme salafiste ou hanbaliste (7) qui rejette toutes les synthèses fécondes, génératrices et façonneuses d’empires, qu’elles soient byzantino-islamiques ou irano-islamisées ou qu’elles se présentent sous les formes multiples de pouvoir militaire équilibrant dans les pays musulmans (8), ou que nous ayons affaire à un fanatisme puritain rationalisé qui entend semer le désordre dans tous les Etats de la planète, que ces Etats soient ennemis ou alliés, parce que ces Etats soumis à subversion ne procèdent pas de la même matrice mentale que lui, nous constatons que toutes nos propres traditions européennes dans leurs facettes aristotéliciennes, aristotélo-thomistes, renaissancistes ou pagano-renaissancistes, sont considérées par ces fanatismes contemporains d’au-delà de l’Atlantique ou d’au-delà de la Méditerranée comme des émanations du Mal, comme des filons culturels à éradiquer pour retrouver une très hypothétique pureté, incarnée jadis par les pèlerins du “Mayflower” ou par les naturels de l’Arabie du 8ème siècle (9).

Les fanatismes rationalisés de l’hegemon américain bénéficient de complicités, de relais, au sein même de notre “Maison Commune” européenne, que ce soit dans les milieux médiatiques ou dans les milieux économiques ou encore dans les établissements d’enseignement, les héritiers de ceux dont Nietzsche doutait déjà de la pertinence. Ces complicités peuvent prendre le masque du gauchisme échevelé ou du technocratisme néo-libéral, selon la seule alternance binaire qui, finalement, est encore tolérée —gauche/droite, libéralisme/sociale-démocratie— par les médias contrôlants et surveillants qui nous vendent cette alternance monotone, génératrice d’oligarchies inamovibles, comme unique “bonne gouvernance”. Ces complicités se nichent dans ces trois milieux-clefs —médias, économie, enseignement— et participent à l’élimination graduelle mais certaine des assises idéologiques (au sens dumézilien du terme), des fondements spirituels et éthiques de notre civilisation. Les uns oblitèrent les résidus désormais épars de ces fondements en diffusant une culture de variétés sans profondeur aucune (10), les autres en décentrant l’économie et en l’éclatant littéralement par les pratiques de la spéculation et de la délocalisation (11), les troisièmes, en refusant l’idéal pédagogique de la transmission (12), laquelle est désormais interprétée comme une pratique anachronique et autoritaire, ce qu’elle n’est certainement pas au sens péjoratif que ces termes ont acquis dans le sillage de Mai 68 (13).

Pourtant ce n’est pas un philosophe considéré aujourd’hui comme “autoritaire”, au sens où l’entend l’Ecole de Francfort, qui a, le premier, énoncé l’idée d’une émergence de valeurs fondatrices lors d’une “période axiale” de l’histoire. Ce philosophe est le brave existentialiste protestant Karl Jaspers, qui n’a eu aucune tentation totalitaire entre 1920 et 1945 (14). Pour Jaspers, entre 600 et 450 avant l’ère chrétienne, les idées fondatrices des grandes civilisations ont émergé dans l’histoire, pour se perpétuer jusqu’aux débuts de l’ère contemporaine. L’archéologie, l’exploration des époques dites proto-historiques ont permis de cerner avec davantage de précision ce qu’étaient les cultures humaines génératrices de cette émergence de valeurs, jugées indépassables jusqu’à l’avènement d’une certaine modernité —mais pas de toutes les modernités, de toutes les “Lumières”. Certaines “Lumières” insistent sur les racines et ne retiennent pas l’idée d’une “table rase” (15), comme étape nécessaire de l’histoire, avant l’avènement d’une très hypothétique ère définitive de bonheur et d’harmonie. Karen Armstrong, dans “The Grand Transformation” (16) poursuit la quête de Jaspers et précise ce qu’ont été ces périodes axiales, en s’appuyant sur toutes les sciences archéologiques, ethnologiques et anthropologiques contemporaines. La Grèce, l’Inde védique et l’Iran avestique, la Chine, le monde hébraïque ont tous connu leur “période axiale”; sauf pour l’Europe, héritière de la Grèce et de Rome, ces valeurs nées à la “période axiale” connaissent encore et toujours des avatars actuels. L’Inde et la Chine, puissances émergentes du BRICS, doivent à ces valeurs leur solidité et surtout leur sortie hors des marasmes dus au colonialisme britannique (17) ou à une longue période de ressac particulièrement calamiteuse au 19ème siècle (18).

Pour résumer l’effacement des valeurs classiques en Europe, disons que l’Aufklärung, avec sa tradition révolutionnaire, que la sclérose des études classiques où l’on ne percevait plus le caractère dynamique et dionysiaque de l’hellénité pour n’en retenir qu’une caricature figée d’apollinisme, ensuite, l’engouement techniciste et, enfin, le choc du soixante-huitardisme fabriqué dans les officines de la subversion aux Etats-Unis (19), ont jeté aux orties les valeurs issues de la “période axiale”, posée en hypothèse par Jaspers et explorée à fond par Karen Armstrong au cours de la première décennie du 21ème siècle.

Le rejet définitif de l’enseignement du grec et du latin puis l’imposition de la “correction politique” par les médias et les nouveaux pédagogues ont scellé notre destin: nous avons rejeté nos valeurs ancestrales, nous avons abandonné l’esprit renaissanciste, comme le reprochait Julien Freund à l’Europe de la seconde moitié du 20ème siècle (20). Cet abandon conduit à l’impolitisme (21) car une civilisation qui ne s’aime plus et ne veut plus reproduire son “mos majorum” entre irrémédiablement en déclin. Que l’on soit un décisionnare quiritaire à la mode caudilliste des années 30 ou un démocrate non amnésique qui se souvient du bon fonctionnement des “res publicae” romaines, on sait que la démocratie acclamative ou représentative a besoin des sciences humaines, ou plus exactement des traditions spirituelles, du “mos majorum”, comme le démontre la philosophe américaine Martha Nussbaum, professeur à Chicago, professeur honoris causa à Utrecht et à Louvain (KUL). Martha Nussbaum respecte le vocabulaire usuel qu’admet encore la “correction politique”; elle se soustrait ainsi à toute critique voire à tout lynchage médiatique. Dans son ouvrage largement diffusé en Flandre et aux Pays-Bas (“Niet voor de winst – Waarom de democratie de geesteswetenschappen nodig heeft”) (22), Martha Nussbaum dénonce la crise qui a secoué l’enseignement de fond en comble au cours de ces quatre dernières décennies: l’art grec d’observer le monde tel qu’il est, d’en comprendre les flux et les mécanismes, l’art critique au sens premier et positif du terme, l’art critique qui forme le “zoon politikon” (plutôt que le terme aujourd’hui galvaudé de “citoyen”) a complètement disparu sous les coups de butoir d’un économisme utilitariste qui ne vise plus qu’à former sans trop d’effort, sans aucune profondeur, des êtres appelés seulement à consommer ou à faire fonctionner des rouages abstraits et contrôlants donc liberticides. Cet utilitarisme-consumérisme s’est accompagné d’un discours anti-autoritaire, tablant sur une acception falsifiée et subversive de l’art grec de la critique (23). L’autorité, qui n’est pas définissable a priori comme pouvoir absolu, a été battue en brèche, posée comme intrinsèquement perverse, dangereuse et, bien sûr, “fasciste” selon les thèses boîteuses d’Adorno (24). Derrière ce discours anti-autoritaire propagé dans le sillage de Mai 68, des pouvoirs bien plus lourds s’installaient, beaucoup plus difficilement contournables: ceux de l’argent et de la sophistique médiatique.

Les pratiques pédagogiques anti-traditionnelles, des-hellénisées, déconnectées des valeurs instaurées lors de la période axiale de notre histoire, se sont penchées exclusivement sur des “compétences” soi-disant “utiles” à l’exercice d’un “boulot à la con”, d’un “bullshit job” pour homme unidimensionnel (25). Résultat: la capacité d’empathie pour autrui, ou pour toute altérité collective, s’évanouit, que ce soit l’empathie pour le concitoyen proche ou pour le ressortissant d’un espace géoculturel lointain travaillé par d’autres valeurs nées lors d’une autre période axiale de l’histoire dans une autre aire géographique. Sous les coups de ce discours soi-disant anti-autoritaire et de cette déplorable praxis pédagogique utilitariste, la capacité des Européens à comprendre à fond les grandes dynamiques à l’oeuvre sur l’échiquier géopolitique planétaire est réduite à néant: les quelques voix qui proposent aujourd’hui une vision réalitaire, historique et alternative sur les conflits qui ravagent le rimland de Tunis à Rawalpindi, sont autant de “voces clamantes in deserto”. Le discours médiatique, profitant des arasements produits par le bricolage philosophique anti-autoritaire d’Adorno et profitant des ravages commis par les pédagogues utilitaristes, impose sa seule et unique vision, empêchant les décisionnaires politiques de faire les bons choix, des choix forcément différents de ceux de l’hegemon, pour le Bien Commun de notre Maison Commune européenne. Quand Martha Nussbaum déplore la perte catastrophique des capacités qu’offrait l’art critique grec, déduit des valeurs de la période axiale de l’histoire hellénique, elle ajoute que c’est une menace pour la “démocratie”. C’est là un langage américain: nous dirions plutôt une menace pour la “Cité”, vocable plus classique, soit une Cité qui, pour moi, n’est démocratie qu’aux seuls modes helvétique ou scandinave (26) quand tout va bien, qui use toutefois de l’autorité quand le danger pointe à l’horizon. Les autres acceptions de la “démocratie” ne sont en rien démocratiques, façon vieille-hellénique, ne sont rien d’autre qu’un écran de fumée pour camoufler des dictatures non personnelles masquées, des dictatures “oligarchisées” (Robert Michels), qui confisquent la parole aux peuples.

Pour Martha Nussbaum, comme d’ailleurs pour d’autres observateurs du désastre actuel, tels les psychiatres et neurologues De Wachter en Flandre (27) et Spitzer en Allemagne (28), l’impératif majeur aujourd’hui est de revaloriser les matières scolaires, les disciplines non utilitaires, toutes avatars des valeurs de la période axiale. Elles seules peuvent ressusciter le “zoon politikon”, donc rétablir le politique après avoir balayé les facteurs et les fauteurs d’impolitisme ou, pire, de basculement dans des formes nouvelles de pathologie mentale collective (De Wachter).

Plusieurs études, qui étayent désormais les soupçons épars émis par des voix clamant généralement dans le désert, ont démontré que l’OSS américaine avait organisé délibérément cette catamorphose européenne, dès le réveil de l’Allemagne avec le miracle économique et dès le réveil de la France gaullienne d’après 1963. C’est là un thème à explorer impérativement en séminaire dans nos cercles respectifs: cela aurait pour but de comprendre la généalogie de notre misère et de saisir les mécanismes et les travestissements de la véritable subversion qui a provoqué et entretenu notre déréliction systématique.

L’objectif de Washington, et c’est normal pour tout hegemon, est de diviser pour régner, ou, avec la logique dérivée d’une bonne lecture de Sun Tzu, de faire imploser toute politie étrangère, ennemie ou alliée, pour qu’elle perde toute “épine dorsale” (Ortega y Gasset) (29) ou toute autonomie politique. L’objectif, plus concrètement dans le cas européen, a été de rendre inopérant le tandem franco-allemand de 1963, de réduire le marché Commun puis l’UE au nanisme politique, d’empêcher toute coopération énergétique entre l’Allemagne et la Russie, que celle-ci ait été soviétique ou soit désormais dé-soviétisée, entre le binôme franco-allemand et l’Iran, que celui-ci ait été impérial ou soit désormais islamo-révolutionnaire.

L’Europe dans un tel contexte et face à cette stratégie efficace et triomphante (jusqu’ici) a dû renoncer à la force et se contenter d’appliquer scrupuleusement la norme, comme le démontre le politologue Zaki Laïdi (30). L’Europe, pour Laïdi, c’est donc “la norme sans la force”, dans un environnement global où Américains, Russes, Indiens et Chinois affirment clairement leur souveraineté nationale, plutôt leur souveraineté subcontinentale ou civilisationnelle. Les Européens refusent la Realpolitik. Les autres l’acceptent et la pratiquent. Pourquoi? Quelle est la genèse de cette situation? D’emblée, dès 1951 et 1957, les Européens ont cherché à dévitaliser les souverainetés nationales pour éviter qu’elles ne provoquent encore des guerres désastreuses. Bonne idée, en principe, mais la souveraineté continentale n’a pas suivie: elle a été rejeté au même titre que toute souveraineté nationale, nous plongeant tous dans un no man’s land impolitique parce qu’incapable de poser une décision suivie d’effets concrets. Pour parvenir à ce rejet complet, les Européens —je devrais dire les “eurocrates”— ont inventé un “modèle coopératif stable”, circonvenant, par un jeu de normes contraignantes, la souveraineté des Etats. Celle-ci ne se laisse toutefois pas escamoter aussi vite.

En effet, cette pratique molle, impolitique, castratrice d’énergies vitales a conduit à des divergences rédhibitoires au sein de cette Europe qui reste malgré tout plurielle voire disparate: la France et la Grande-Bretagne demeurent encore très statocentriques, c’est-à-dire revendiquent encore une certaine souveraineté nationale, parfois marquée de quelque grandiloquence, toujours un peu hostile à la Commission, mais seulement quand ces pauvres velléités souverainistes arrangent l’hegemon, comme dans l’affaire libyenne de 2011, où les Etats-Unis n’avaient nulle envie de budgétiser une intervention coûteuse, suite aux ratés d’Afghanistan et d’Irak. L’Allemagne, vaincue en 1945, travaillée au corps par la réactualisation permanente de toutes les initiatives subversives de l’OSS, est l’Etat le plus puissant économiquement parlant de notre sous-continent, mais il est celui qui, officiellement, est le plus éloigné de la Realpolitik traditionnelle des Etats-Nations, tout en revendiquant un siège au Conseil de sécurité de l’ONU (ce qui peut paraître contradictoire) et en menant une politique énergétique tournée vers la Russie sous l’impulsion de ses deux derniers chanceliers socialistes, Helmut Schmidt et Gerhard Schroeder (31). L’UE ne présente donc pas, face au reste du monde, face à des puissances comme l’Inde ou la Chine, un modèle unitaire cohérent, en dépit de ce fétichisme habermassien de la norme (32), que tous les eurocrates partagent officiellement mais qui n’est que l’instrument d’une dissolution de toute souveraineté, qu’elle soit nationale ou supranationale, au sein d’une Europe dont on voudrait qu’elle n’affirme jamais plus la moindre souveraineté continentale. Tel est le sens du discours que l’ex-“Krawallo” gauchiste puis politicien pseudo-écologiste Joschka Fischer, devenu ministre des affaires étrangères de la RFA, avait prononcé en 2000 à la veille de l’introduction de l’euro. L’Allemagne, dans ce discours de Fischer, se déclarait prête à se dissoudre dans l’ensemble européen “normo-centré” et pacifique et appelait ses partenaires européens à en faire autant.

Face à cette volonté de renoncer à toute Realpolitik et à toute forme de souveraineté affirmatrice, les Etats-Unis de Bush II, par la voix du néo-conservateur Robert Kagan (33), réaffirmaient leur position hobbesienne, celle d’être sur l’échiquier global, un LEVIATHAN hégémonique capable d’inspirer la terreur (“awe”) au monde, qui, soumis par la peur, devait, ipso facto, s’aligner sur les ordres donnés par Washington, faute de quoi, il subirait les foudres du Leviathan surarmé. Si l’option normative de l’Europe a donné jusqu’ici au nanisme politique européen le bien-être matériel et la puissance économique et a conservé pour les citoyens de l’Union un système de sécurité sociale inégalé ailleurs dans le monde, une question angoissante se pose désormais, au vu de la crise grecque, espagnole et portugaise, au vu de la fragilité de la France, de l’Irlande et de la Belgique, au vu de la bulle spéculative immobilière qui menace le triple AAA des Pays-Bas; cette question, pour Laïdi, est la suivante: l’Europe a-t-elle les moyens de défendre son modèle social, culturel et environnemental dans un monde globalisé, qui plus est, dérégulé par le néo-libéralisme, par les délocalisations, un monde toujours changeant où ne se renforcent que les seules puissances qui pratiquent souverainement une forme ou une autre de néo-colbertisme? A long terme, bien évidemment, la réponse est négative!

La norme, censée gommer les conflits inter-étatiques intérieurs et générer un vaste consensus social sur base du modèle bismarckien et social-démocrate de sécurité sociale, va subitement apparaître comme un facteur de contrainte ne permettant plus aucune innovation, plus aucune audace politique, plus aucune tentative de déblocage. Ida Magli, anthropologue et essayiste italienne, chroniqueuse au quotidien de centre-gauche “La Repubblica”, professeur à l’Université de Rome, constate avec amertume et avec colère que, depuis 2007, toutes les promesses de l’UE, de faire advenir inexorablement, par la “bonne politique normative”, une Europe juste, se sont évanouies (34). Cet évanouissement a transformé la bonne politique habermassienne, néo-kantienne, en une politique non plus démocratique, idéalement démocratique, mais en une politique censurante et camouflante, où l’on occulte le désastre aux citoyens, parce qu’on ne veut pas avouer l’échec patent des machineries politiques libérales, démocrates-chrétiennes et socialistes, qui donnent le ton à Bruxelles et à Strasbourg. Pour Ida Magli, partisane des souverainetés nationales et avocate d’une revalorisation de la souveraineté nationale italienne, l’UE a démontré son inutilité puisqu’elle n’a pas réussi à éviter la crise (de l’automne 2008) et ses effets déliquescents. Evacué graduellement de l’horizon européen, le monde (im)politique officiel, à tous les échelons, se tait face au putsch des banquiers et des économistes. Ce monde (im)politique est désormais le “Grand Muet” sur les planches du théâtre continental. A court ou moyen terme, il n’y a pas, il n’y aura pas, de triomphe démocratique pour le “zoon politikon” comme l’espèrent encore les lecteurs de Martha Nussbaum: au contraire, nous assistons au triomphe d’une fausse démocratie qui bétonne le gouvernement de quelques oligarques et des banquiers de la BCE (Banque Centrale Européenne).

Ce processus involutif a démarré le 2 mai 1998, lorsque l’on a décidé de créer l’Union Monétaire Européenne, prélude à l’introduction de l’euro. Ida Magli n’y voit pas seulement l’amorce d’une fragilisation de l’Europe, sous la férule d’une monnaie unique, non appuyée sur des éléments économiques concrets, qui auraient été également répartis au sein de tous les Etats européens. Cette disparité implique des transferts Nord-Sud, empêchant notamment de consacrer des budgets à une défense commune ou à une politique souveraine de présence satellitaire dans l’espace circumterrestre. Cette disparité permet aussi l’usage d’une arme bien particulière tirée de la panoplie des “guerres de quatrième dimension”: la spéculation contre les Etats fragiles. On n’a pas hésité à l’utiliser contre la Grèce ou contre l’Espagne dans le but avéré de nuire à l’Europe toute entière et à sa monnaie commune. La politique normativiste et anti-souverainiste a donc conduit à la lente mais inexorable désintégration de l’ensemble européen, dont les responsables politiques sont inféodés aux idéologies et aux partis dominants, désormais faillis et bien faillis. Cette désintégration a lieu au moment où s’affirment justement les ensembles continentaux et civilisationnels qui n’ont nullement renoncé à exercer leur souveraineté. L’Europe de la norme n’est donc pas prête à affronter les aléas du 21ème siècle. Qui pis est, des sondages effectués en mars 2013 par le “PEW Research Global Attitudes Projet” a montré que les Européens ont désormais perdu toute confiance en l’UE, en ses dirigeants aux niveaux national et européen. Au lieu d’être centripète, la politique normativiste menée jusqu’ici, s’avère bel et bien centrifuge: nous allons tous perdre du poids politique dans les décennies à venir, au profit de ceux qui n’ont renoncé ni au politique ni à la souverainté, conclut notre ami espagnol Eduardo Arroyo (35). Cette analyse pessimiste d’un européiste convaincu, animé par la pensée d’Ortega y Gasset, est corroborée par celle de l’Allemand Willy Wimmer (36), ancien secrétaire d’Etat à la défense de la RFA et membre de la CDU, parti pourtant en faveur de l’alliance atlantique inféodée aux Etats-Unis. Les révélations de Snowden ont eu pour effet d’arracher à l’Occident atlantiste, c’est-à-dire à la nouvelle entité américano-centrée depuis 1945, à l’américanosphère, le beau rôle qu’elle s’était toujours donné: celui d’être le réceptacle et l’exportatrice de l’idéal de liberté et des droits de l’homme. Ce sont la Chine et la Russie qui ont protégé Snowden, protégé son droit à la dissidence, rappelle Wimmer. Derrière le masque “démocratique”, affiché par les Etats-Unis et Obama, se profilait la rage de tout contrôler par le truchement de la NSA. Pire: les révélations de Snowden montrent clairement désormais que, depuis la Doctrine Clinton, les “alliés” n’étaient pas vraiment considérés comme tels mais, plus prosaïquement, comme des “alien audiences” qu’il convenait de surveiller et d’espionner, et surtout, au sein de ces “alien audiences”, les entreprises appartenant aux secteurs que l’économie américaine jugeait prépondérants (ou stratégiques).

Wimmer, membre de la CDU pro-occidentale, constate dès lors que la clause des “Etats ennemis” de la Charte des Nations-Unies (37) est toujours en vigueur, en dépit de l’adhésion fidèle de la RFA à l’OTAN! Cette clause frappe l’Allemagne, le Japon, la Finlande, la Hongrie, la Bulgarie, la Roumanie et l’Italie et frappait aussi, dans un premier temps, la Thaïlande, qui est le seul pays de la liste à avoir perdu le statut d’ “Etat ennemi” des Nations-Unies. Rien n’a été prévu pour que le Japon et les autres Etats de la liste, tous européens, notons-le bien, le perdent un jour définitivement. Prenons une carte muette de l’Europe et colorions l’espace occupé par les “Etats ennemis des Nations Unies”: par ce simple petit exercice d’écolier, nous constaterons quelle fraction importante du territoire de notre continent, dont son centre géographique de la Baltique à la Sicile, est privée de toute souveraineté réelle, vu l’article 107 de cette clause dite des “Etats ennemis”, que ne dénoncent jamais les médiacrates et leur valetaille qui se piquent de gauchisme ou d’anti-impérialisme!

Wimmer constate aussi que deux mille collaborateurs actifs de la CIA résident en Allemagne et que de nombreux anciens agents de la STASI ont été recrutés par les Américains. Le système d’espionnage Prism, révélé par Snowden, n’est pas plus surprenant que celui, découvert il y a une dizaine d’années, ECHELON, sauf que les féaux de la CDU, à commencer par Angela Merkel, sont aujourd’hui directement espionnés, même dans leur vie privée, et s’en offusquent. Wimmer en conclut dès lors que les Etats-Unis imposent, comme naguère l’URSS de Brejnev, un système de “souveraineté limitée” pour ses “alliés”. Notre souveraineté est donc limitée parce que nous n’avons pas cherché à mener une Realpolitik et parce que nos capacités industrielles et économiques indéniables n’ont pas été mises en oeuvre pour acquérir une maîtrise au moins partielle de l’espace circumterrestre afin de nous doter d’un système satellitaire adéquat, capable de rivaliser avec celui des Américains. Du coup, le système normatif, pour lequel nos dirigeants indignes ont opté en se drapant dans la toge du “bon démocrate” vole en éclats, précise Wimmer, car la liberté individuelle ou, plus exactement, le droit au secret des organes politiques européens et surtout de nos entreprises de haute technologie est désormais inexistant. Ces espaces politiques et industriels sont aujourd’hui totalement pénétrés et, de ce fait, pillés. Cela rend tout colbertisme européen impossible. Le normativisme, couplé à un libéralisme plus anglo-saxon qu’européen, créait l’illusion d’une liberté individuelle conforme en apparence à l’esprit de certaines Lumières mais générait simultanément un état de faiblesse catastrophique face à l’hegemon américain qui se déclarait officiellement incarnation de ce même esprit, tout en pratiquant une politique colbertiste, renforcée depuis Clinton, à l’aide de ses équipements satellitaires hyper-performants.

Par ailleurs, l’OMC, la Banque Mondiale, le GATT et le FMI ont été autant d’instruments pour affaiblir toutes les économies du monde, appelées à se dé-colbertiser, sauf celle de l’hegemon qui restait en coulisses parfaitement colbertiste. Pour l’activiste politique hispano-catalan Enrique Ravello (38), c’est l’Europe, marquée jadis par diverses formes de colbertisme, qui sera le principal dindon de la farce, la zone la plus défavorisée par les politiques préconisées par l’OMC depuis 1986-1993, parce que l’UE a accepté de démanteler ses défenses face aux politiques extra-européennes de dumping social et économique qui permettent de déverser sur nos marchés des marchandises produites selon des critères bien moins rigoureux que ceux appliqués aux entreprises de chez nous. La dynamique, lancée par l’OMC est donc double, précise Ravello: on crée simultanément un marché mondial et on appauvrit délibérément les économies européennes —celles, au fond, de l’ennemi principal de l’hegemon— en profitant de la vacuité intellectuelle et de l’indigence politique et idéologique des dirigeants actuels de l’Europe. Les économies européennes sont désormais ouvertes à tous vents. Le Traité de libre commerce entre les Etats-Unis et l’Europe, que l’on est en train de nous concocter, va encore accentuer cette double dynamique, dénoncée par Ravello. En effet, le texte du projet dit explicitement en des termes “bonistes”, comme d’habitude: “une association étroite et transatlantique est un instrument-clef pour favoriser une mondialisation basée sur nos valeurs communes, dans la perspective d’un ordre mondial équilibré sur les plans politique et économique; il renforce par ailleurs le processus d’intégration économique transatlantique par le biais de la création d’un Conseil Economique Transatlantique”.

Cette idée d’un “Conseil Economique Transatlantique” a reçu l’aval de Cameron, Merkel et Hollande qui, ipso facto, acceptent que soient abolies les restrictions européennes sur l’importation et la commercialisation de produits OGM, que soit pratiqué l’abaissement de tous les seuils protecteurs contre lesquels butent encore Google, Facebook ou Amazon, que les exportateurs américains obtiennent des dérogations face aux législations en matière d’écologie! La création de ce CET ne reçoit guère l’attention des médias. Pour nous, c’est clair: on cherche à nous l’imposer subrepticement, à l’escamoter à ce qui pourrait nous rester de sens critique. Ce traité de libre commerce entre l’UE et les Etats-Unis aura des conséquences catastrophiques sur la santé économique et la qualité de vie des classes moyennes et populaires en Europe, alors que celle-ci est déjà fortement battue en brèche. De plus, pour parachever l’horreur qui frappe à nos portes, le traité interdira tout monopole des services publics en matière de santé, privera l’Europe normativiste de son plus beau fleuron, la sécurité sociale la plus performante du monde et dont plusieurs catégories de la population usent et abusent en la rendant fort fragile en temps de crise.

La classe dirigeante européenne a donc trahi ses électeurs: il est temps, dès lors, et nous sommes ici pour cela, de changer de paradigmes politiques dans les domaines social, écologique et identitaire, déclare Ravello.

Quant au correspondant européen du journal italien Rinascita, Andrea Perrone (39), il rappelle, dans la foulée de ce projet de CET, que l’UE a raté une autre occasion: elle n’a pas réussi à créer une agence de rating européenne, laissant le terrain aux seules agences américaines Standard & Poor et Moody & Fitch, qui travaillent bien entendu pour le compte exclusif de leurs investisseurs américains, lesquels spéculent évidemment sur la faiblesse de leurs homologues européens potentiels.

Autre incongruité du machin qu’est devenue l’UE: les banques fragilisées pourront désormais être sauvées par les fonds du “Mécanisme de Stabilisation Européen” (MSE) et ces opérations resteront secrètes! Autrement dit, c’est le contribuable européen qui paiera pour les jeux risqués joués par les banquiers! Le culte fétichiste de la norme a donc conduit tout droit à l’usurocratie! N’a pas constitué le barrage nécessaire à l’usurpation du pouvoir réel par les banquiers et les spéculateurs! Et cela, en dépit des promesses qui avaient été faites solennellement, par les eurocrates, lors du Traité de Maastricht en 1993. Ce système secret risque de ruiner les assises industrielles de l’Italie, de la France et de l’Espagne et, au bout du compte, celles de l’Allemagne également qui perdra ses principaux débouchés en Europe occidentale. La crise n’a pas été évitée, comme on l’a prétendu, elle a été renforcée dans ses aspects négatifs pour la population, renforcée par des dispositifs qui vont perpétuer ses effets sur un plus long terme. Tout simplement. L’usurocratie en marche parie sur l’amnésie des masses flouées. Le problème reste en effet toujours structurel: la fragilisation du flanc sud de l’Europe oblige les Etats encore performants du Nord à pratiquer des transferts qui les fragilisent à leur tour et ne permettent plus autant d’investissements dans la défense, les secteurs de pointe, la Recherche & Développement dans le domaine des hautes technologies et de l’espace. En Finlande, je le rappelle, Nokia n’est déjà plus finlando-scandinave mais multinationale au sens voulu par les globalistes. Avec le CET, on pourra toujours acheter américain: le Plan Marshall de la fin des années 40 devient réalité (40); l’Europe étant redevenue un marché pénétrable, comme à l’époque de la défaite germano-italienne et de la ruine du reste du continent (41). Nous voilà donc revenus à la case départ!

La globalisation, c’est donc le maintien de l’Europe, et de l’Europe seule, en état de faiblesse structurelle permanente. Et cette faiblesse structurelle est due, à la base, à un déficit éthique entretenu, à un déficit politique et culturel. Il n’y a pas d’éthique collective, de politique viable ou de culture féconde sans ce que Machiavel et les anciens Romains, auxquels le Florentin se référait, appelaient des “vertus politiques”, le terme “vertu” n’ayant pas le sens stupidement moraliste qu’il a acquis, mais celui, latin, de “force agissante”, de “force intérieure agissante”, étymologiquement apparentée à d’autres termes comme “vis”, la force, ou “vir”, l’homme mûr justement animé par la force physique et morale qui sied à un “civis”, à un citoyen romain, à un “zoon politikon”.

Stuart Miller, un observateur américain, un anthropologue, qui était naguère venu nous observer comme on observe des lynx roux ou des phacochères dans la réserve tanzanienne du Serengeti, énumérait ces forces qu’il voyait encore agissantes chez ses interlocuteurs européens, des forces qui avaient fait l’excellence de l’Europe (42). D’abord, disait-il, avec un optimisme que je ne partage plus, les Européens ont encore des “visages”, des caractères; ils sont capables de discuter avec une certaine profondeur de politique ou de thématiques culturelles originales, qui, souvent, relèvent de notre propre inaliénable, alors que l’Américain, prélude de tous les hommes de demain pour les tenants de l’idéologie globaliste, est un être changeant au gré des influences extérieures, des modes et des productions médiatiques, qui croit qu’il peut devenir n’importe quoi en utilisant des techniques diverses. Stuart Miller ne se fait pas d’illusion, ce “caractère” européen est un résidu, de moins en moins consistant, de la mentalité “éristique” ou “agonale” de l’Européen, l’adjectif “éristique” étant dérivé du grec ancien “eristikos”, soit “celui qui aime la palestre”, qui est prompt au combat (intellectuel), à la “disputatio” philosophique, bref un esprit critique, figure dont Martha Nussbaum espère le retour, même aux Etats-Unis, même si ces attitudes éristiques écornent le consensus béat d’une Amérique abreuvée aux sources fétides de la médiacratie et font émerger des positions philosophiques empreintes de pessimisme et de cynisme (préludes à une action “katéchonique”, mue par la volonté et consciente de sa dimension tragique). Ce pessimisme et ce cynisme, prêtés aux vrais Européens, pourraient alors s’avérer vertus contestatrices, freiner les effets néfastes des “mauvaises politiques impolitiques” (Julien Freund) —bien ancrées dans les vilaines habitudes normativistes— amorcer un bouleversement complet.

L’arme principale qui est dirigée contre l’Europe est donc un “écran moralisateur, à sens unique, légal et moral, composé d’images positives, de valeurs dites occidentales et d’innocences soi-disant menacées, pour justifier des campagnes de violence politique illimitée”, déclare le non-conformiste australien John Pilger (43), en ajoutant que cet “écran moralisateur”, diffusé par les média du “mainstream”, est “si largement accepté qu’il est pratiquement inattaquable”. C’est donc lui, cet écran posé comme inattaquable, que ceux qui se dressent, en Europe et ailleurs, doivent attaquer, dans un travail inlassable et patient. Cet “écran moralisateur” est le joujou de ceux que Pilger nomme, dans son langage d’homme de gauche, les “progressistes réalistes”, terme sans doute malheureux car, dans notre propre logique, nous préférerions les nommer les “progressistes médiacratiques”, utilisant l’écran irréel de leurs propagandes inconsistantes pour imposer au monde des systèmes de fausse et de mauvaise gouvernance qui ne génèrent que le chaos, la misère ou l’enlisement, ce qui est évidemment le but recherché. Les “progressistes médiacratiques”, adversaires de toutes les vertus politiques de machiavélienne mémoire, “ôtent à l’humanité l’étude des nations” —c’est-à-dire nous empêchent de prendre objectivement en compte les facteurs réels et nationaux qui composent le pluriversum politique de la planète— “en la figeant avec un jargon qui sert les intérêts des puissances occidentales (GB + USA) et en posant certains Etats —mais ce pourrait être n’importe quel Etat du pluriversum— comme “voyous”, “maléfiques”, “en faillite” en vue d’interventions humanitaires” (44). Nous ne sommes plus au temps des Bush, père et fils, cibles privilégiées de l’anti-américanisme inopérant des gauches européennes. Nous sommes au temps d’Obama, le Prix Nobel de la Paix, le successeur auto-proclamé de Lincoln, le président souple et généreux selon les médias; pourtant, l’homme de gauche Pilger constate que cette présidence, présentée comme “molle”, a laissé la bride sur le cou au militarisme outrancier réactivé dans un premier temps par les Bush et leurs conseillers néo-conservateurs: en effet, le président “mou” a laissé intactes les structures du Pentagone, a laissé les fauteurs de guerre et d’échecs en place, ceux qui ont ruiné l’Irak, l’Afghanistan et la Libye. Pour John Pilger et Norman Pollack, un contestataire américain, Obama est “un réformateur raté, joyeusement à l’oeuvre, planifiant des assassinats et arborant en permanence le sourire”. Il supervise un réseau militaire mondial qui, avec ses drones, “écrasecomme des insectes” les villages ou les camps où s’aventurent quelques récalcitrants ou d’anciens “alliés” dont on se débarrasse, car ils ne sont plus utiles, tant ils sont devenus compromettants! Le seul succès d’Obama, et il est significatif, c’est d’avoir détruit le mouvement anti-guerre américain, réduit désormais à sa plus simple expression.

L’écran moralisateur et médiatique, que dénonce Pilger, repose évidemment sur l’idéologie des droits de l’homme, mais non pas sur les droits de l’homme en soi, la différence est de taille. Cette idéologie a été ressortie du placard au temps de Jimmy Carter, sous la présidence duquel un certain BHL, sur la place de Paris, a commencé sa carrière étonnante, justement en proposant une version française de cette idéologie (45), présentée comme le “Testament de Yahvé” himself. On en connaît les derniers avatars libyens et surtout les brillants résultats sur place, en Cyrénaïque et en Tripolitaine, pour ne pas parler de toute la zone sahélienne désormais plongée dans le chaos. L’idéologie des droits de l’homme a surtout contribué, écrit Fabrizio Fiorini (46) dans les colonnes du quotidien romain Rinascita, à figer le droit, à le présenter comme totalement immuable, cristallisé, idolâtré. Il est désormais “enchaîné par ces idéologèmes, véritables vieilles cariatides de stuc, typiques de l’ornementalisme de la fin du 19ème siècle, et a abouti à cet insupportable moralisme gauchiste, qui croit avoir recréé un Eden politique et moralisé définitivement les relations internationales”. C’est pourtant exactement le contraire qui s’est produit: si les Etats sont dépouillés de leurs prérogatives d’énoncer un droit taillé à la mesure des peuples qu’ils encadrent, le pouvoir réel, lui, est passé, clandestinement, aux mains d’instances supranationales, non étatiques, qui ignorent tout bonnement le droit, l’oublient. Le monde, déjà devenu a-politique, impolitique, devient aussi a-juridique, “injuridique”. Meilleure preuve: l’ONU, censée avoir “juridifié” le monde, n’est plus consultée par les Etats-Unis et leurs alliés du moment; pire: elle est brocardée, moquée, considérée comme une vieillerie inutile. Jusqu’à l’affaire syrienne de ces dernières semaines: pour éviter un engagement risqué face à la détermination russe —un engagement pourtant annoncé avec fracas et amorcé sur mer avec les porte-avions de l’US Navy en Méditerranée— on se retranche derrière une décision de l’ONU. Le bellicisme était allé trop loin: Obama avait pourtant déclaré, “nous agirons en Syrie comme nous avons agi au Kosovo”, mais le monde a changé, le monde a partiellement compris, sauf les Européens, que ce mode de fonctionnement, que cette manière de mettre le monde entier devant le fait accompli, ne pouvait perdurer. Mais attendons ce que l’avenir nous révélera: l’hegemon a plus d’un tour dans son sac.

Pour le politologue et sociologue français contemporain Loïc Wacquant: “Jamais auparavant la fausse pensée et la fausse science n’ont été aussi prolifiques et ubiquitaires que de nos jours”. Raison de plus, pour nous, de lutter contre fausse science et fausse pensée qui empêche l’avènement d’une pensée et d’une science vraies, du point de vue des “Bons Européens”. C’est là le but d’un combat métapolitique... Où nous pourrons dire, avec l’Irlandais Gearoid O’Colmain (47), que le principe “bellum se ipsum alet”, “la guerre se nourrit d’elle-même”, est désormais bien ancré dans les horreurs du rimland islamisé, au nom de l’idéologie des droits de l’homme —et je le répète non au nom des droits de l’homme en soi. La guerre s’auto-alimente aujourd’hui par les actions des agences privées de mercenariat, par les gangs de narco-trafiquants, par les groupes terroristes et par les mafias internationales liés directement ou indirectement aux Etats-Unis. C’est la fin de l’équilibre préconisé au 17ème siècle par Grotius: les réseaux kosovars ont entraîné leurs homologues syriens, les djihadistes libyens combattent aujourd’hui en Syrie, les gangs armés recyclent le butin de leurs pillages dans les circuits de la contrebande, des mercenaires au service de la Turquie ou du Qatar ont démantelé des usines entières en Syrie pour les transplanter ailleurs, etc. Demain, à coup sûr, les “progressistes” auto-proclamés d’Amérique et d’Europe achèteront directement leur pétrole à des bandes mafieuses, installées dans de nouveaux rouages étatiques, depuis l’effondrement des Etats arabes laïcs.

Je viens donc d’énumérer quelques fragilités auxquelles l’Europe est confrontée aujourd’hui, alors qu’elle est dans un état de faiblesse culturelle et structurelle inédit et très préoccupant. La liste des déboires européens pourrait être plus longue, plus exhaustive. Mais vous aurez compris, rien qu’avec les quelques exemples que j’ai donnés, que l’heure est grave pour notre “Maison Commune” européenne. Et que notre combat est plus urgent que jamais contre:

  1. l’abandon de nos valeurs, qu’il s’agit de conserver en nos fors intérieurs contre vents et marées médiatiques, car seuls ont un avenir les hommes et les femmes qui garderont une épine dorsale culturelle propre (non importée, non greffée);

  2. contre le discours dominant qui masque le réel et nous oblige, par conséquent, par esprit révolutionnaire, à dire ce réel et à dévoiler les véritables causes des événements tragiques qui secouent le monde que Francis Fukuyama nous annonçait comme “sortant de l’histoire”, il y a vingt ans.

Je pense que cette intervention, qui, j’en ai bien conscience, n’a fait qu’effleurer très superficiellement la situation dans laquelle nous nous trouvons, doit nous amener à travailler en séminaire, à intervalles réguliers, chacun des thèmes qui ont été abordés brièvement ici, lors de ce colloque. Exemples de thèmes à approfondir: l’oeuvre subversive de l’OSS dès les années 50 en Europe; le travail de ceux qui, comme Martha Nussbaum, veulent une nouvelle pédagogie d’esprit traditionnel; les valeurs de la période axiale de l’histoire selon Jaspers et Armstrong; les effets pervers d’une politique trop normativiste; les qualités intrinsèques des Européens selon Stuart Miller; les occasions ratées de promouvoir une politique satellitaire, avec ou sans la Russie; etc.

Ce sont là des tâches adéquates pour un nouveau mouvement métapolitique comme “Maison Commune”. Personnellement, quand on m’appelera pour ce type de travail, je répondrai “Présent!”. J’espère que ce sera aussi le cas pour vous tous. Je vous souhaite déjà “Bon travail!”.

Robert Steuckers.

(Forest-Flotzenberg, septembre 2013).

Notes:

  1. Enyo, Anatomie d’un désastre – L’Occident, l’islam et la guerre au XXI° siècle, Denoël, coll. “Impacts”, Paris, 2009.

  2. Pour Carl Schmitt, une idée impériale, une force génératrice d’empire et organisatrice d’un grand-espace (en l’occurrence le “grand espace” européen) doit être, à l’instar du catholicisme médiéval selon ce “Prussien catholique” de Rhénanie, capable de faire coïncider les oppositions, d’harmoniser les différences qui innervent ou structurent les sociétés qu’elle doit fédérer pour en faire un tout cohérent.

  3. Christopher Hill, Society and Puritanism in Pre-Revolutionary England, Panther Books, 1969; Christopher Hill, The World Turned Upside Down – Radical Ideas During the English Revolution, Penguin, Harmodsworth, 1975-76; Clifford Longley, Chosen people – The Big Idea that Shapes England and America, Hodder & Stoughton, London, 2002; Kevin Phillips, American Theocracy – The Peril and Politics of Radical Religion, Oil, and Borrowed Money in the 21st Century, Viking, New York, 2006.

  4. Robert Steuckers, “L’ironie contre la ‘political correctness’”, in: Nouvelles de Synergies Européennes, n°34, mai-juin 1998 (repris sur http://robertsteuckers.blogspot.com et sur http://vouloir.hautetfort.com, septembre 2013).

  5. Ralph Barton Perry, Puritanisme et démocratie, Robert Laffont, Paris, 1952.

  6. Robert Steuckers, “De l’étude des racines celtiques au projet politique pan-celtique de la République d’Irlande”, sur: http://robertsteuckers.blogspot.com (août 2013). Conférence prononcée en mars 2013.

  7. Robert Steuckers, “Définir le fondamentalisme islamique dans le monde arabe”, sur http://robertsteuckers.blogspot.com (à paraître en novembre 2013).

  8. Nikolaos van Dam, The Struggle for Power in Syria – Politics and Society under Asad and the Ba’th Party, I. B. Tauris, London, 1979-2011.

  9. Martin Riesebrodt, Fundamentalismus als patriarchalische Protestbewegung, J. C. B. Mohr, Tübingen, 1990; Martin E. Marty / R. Scott Appleby, Herausforderung Fundamentalismus – Radikale Christen, Moslems und Juden im Kampf gegen die Moderne, Campus, Frankfurt a. M., 1996; Hans G. Kippenberg, Gewalt als Gottesdienst – Religionskriege im Zeitalter der Globalisierung, C. H. Beck, München, 2008.

  10. Susan Jacoby, The Age of American Unreason – Dumbing Down and the Future of Democracy, Old Street Publishing, London, 2008.

  11. Pour cerner le phénomène de la délocalisation au sein du phénomène plus général de “globalisation”, lire: Alex MacGillivray, A Brief History of Globalization, Robinson, London, 2006; John Ralston Saul, The Collapse of Globalism and the Reinvention of the World, Atlantic Books, London, 2005; Gideon Rachman, Zero-Sum World – Politics, Power and Prosperity after the Crash, Atlantic Books, London, 2011.

  12. George Steiner & Cécile Ladjali, Eloge de la transmission – Le maître et l’élève, Pluriel, 2013 (1ère éd., 2003).

  13. Robert Steuckers, “Petites réflexions éparses sur l’Ecole de Francfort”, in: http://robertsteuckers.blogspot.com (octobre 2011). Cf. également, Rolf Kosiek, Die Frankfurter Schule und ihre zersetzenden Auswirkungen, Hohenrain, Tübingen, 2001; Jean-Marc Durand-Gasselin, L’Ecole de Francfort, Gallimard/Tel, Paris, 2012; Numéro spécial de la revue Esprit sur l’Ecole de Francfort, n°5, 1978.

  14. Karl Jaspers, Vom Ursprung und Ziel der Geschichte, Piper (SP 298), München, 1983 (la première édition de cet ouvrage date de 1949).

  15. F. M. Barnard, Herder’s Social and Political Thought, Oxford (Clarendon Press), 1965.

  16. Karen Armstrong, The Great Transformation – The World in the Time of Buddha, Socrates, Confucius and Jeremiah, Atlantic Books, London, 2006.

  17. Cf. Lawrence James, Raj – The Making of British India, Abacus, London, 1997-2003. Pour comprendre l’idéologie du renouveau indien, lire: Jean Vertemont, “Aux origines du nationalisme hindou: la pensée traditionaliste”, in: Antaios, 10, 1996, pp. 139-149.

  18. Robert Steuckers, “Sur la Chine”, in: http://robertsteuckers.blogspot.com (octobre 2011).

  19. Tim B. Müller (Humboldt-Universität, Berlin), Krieger und Gelehrte – Herbert Marcuse und die Denksysteme im Kalten Kriege, Hamburger Edition/HIS Verlag, 2010.

  20. Julien Freund, La fin de la Renaissance, PUF, Paris, 1980.

  21. Julien Freund, Politique et impolitique, Sirey, Paris, 1987.

  22. Martha Nussbaum, Niet voor de winst – Waarom de democratie de geesteswetenschappen nodig heeft, Ambo, Amsterdam, 2011.

  23. De Theodor W. Adorno: TWA, “Kulturkritik und Gesellschaft”, in: TWA, Gesellschaftstheorie undKulturkritik, Suhrkamp, SV772, Frankfurt am Main, 1975. De Max Horkheimer: MH, Traditionelle undkritische Theorie – Vier Aufsätze, Fischer, Frankfurt am Main, 1980; MH, Zur Kritik der instrumentellen Vernunft, Athenäum Fischer Taschenbuch Verlag, Frankfurt am Main, 1974. De Herbert Marcuse: HM, Pour une théorie critique de la société – Contre la force répressive, Denoël, Paris, 1971. De Jürgen Habermas: JH, “Kritische und konservative Aufgaben der Soziologie”, in: JH, Theorie und Praxis, Suhrkamp, st9, Frankfurt am Main, 1974 (3°éd.); Sur Habermas: Jozef Keulartz, De verkeerde wereld van Jürgen Habermas, Boom, Amsterdam, 1992; pour explorer les contradictions entre exposants de l’Ecole de Francfort: Peter Moritz, Kritik des Paradigmentwechsels – Mit Horkheimer gegen Habermas, zu Klampen, Lüneburg, 1992. Pour connaître les dimensions volontaristes (positives comme négatives) des exposants de la “nouvelle gauche” issue des théories de l’Ecole de Francfort: Bernd Guggenberger, Die Neubestimmung des subjektiven Faktors im Neomarxismus – Eine Analyse des voluntarischen Geschichtsverständnisses der Neuen Linken, Alber, Freiburg, 1973. Etude critique sur les implications politiques militantes de l’Ecole de Francfort: Bernd Guggenberger, Wohin treibt die Protesbewegung? Junge Rebellen zwischen Subkultur und Parteikommunismus – Ursachen und Folgen der Unfähigkeit zur Politik, Herder, Freiburg i. Breisgau, 1975. Pour une approche générale (relativement critique): Pierre V. Zima, L’école de Francfort, éd. Universitaires, Paris, 1974. Pour connaître les tenants et aboutissants de la “querelle allemande des sciences sociales”: cf. l’ouvrage collectif De Vienne à Francfort: la querelle allemande des sciences sociales, éd. Complexe, Bruxelles, 1979.

  24. Theodor W. Adorno, Studien zum autoritären Charakter, Suhrkamp, st107, Frankfurt am Main, 1973.

  25. L’expression est due au professeur américain David Graeber; voir les articles de présentation “David Graeber: Bullshit Jobs” et “Vers une société de ‘boulots à la con’”, tous deux sur http://euro-synergies.hautetfort.com/archive/2013/08/29 (29 août 2013).

  26. Olof Petersson, Die politischen Systeme Nordeuropas – Eine Einführung, Nomos Verlagsgesellschaft, Baden-Baden, 1989. Recension de ce livre: cf. Robert Steuckers, “Aux sources de la démocratie scandinave”, sur: http://robertsteuckers.blogspot.com (avril 2012).

  27. Dirk De Wachter, Borderline Times – Het einde van de normaliteit, Lannoo Campus, Tielt, 2012. Voir notre entretien avec Manuel Quesada sur: http://robertsteuckers.blogspot.com (juillet 2013).

  28. Manfred Spitzer, Digitale Demenz – Wie wir uns und unsere Kinder um den Verstand bringen, Droemer, München, 2012. Voir notre entretien avec Manuel Quesada sur: http://robertsteuckers.blogspot.com (juillet 2013).

  29. José Ortega y Gasset, España invertebrada – Bosquejo de algunos pensamientos históricos, Espasa-Calpe, Madrid, 1979 (5°éd.); Alejandro de Haro Honrubia, Elites y masas – Filosofía y política en la obra de José Ortega y Gasset, Biblioteca Nueva/Fundación José Ortega y Gasset, Madrid, 2008.

  30. Zaki Laïdi, La norme sans la force – L’énigme de la puissance européenne, Presses de la Fondation Nationale des Sciences Politiques, 2005. A lire également: Zaki Laïdi, Le monde selon Obama – la politique étrangère des Etats-Unis, Flammarion, coll. “Champs actuel”, n°1046, notamment le chapitre intitulé: “Les Etats-Unis ont-ils encore besoin de l’Europe?” (pp. 281 à 318).

  31. Cf. Helmut Schmidt, Die Mächte der Zukunft – Gewinner und Verlirer in der Welt von morgen, Siedler Verlag, München, 2004; Alexander Rahr, Der kalte Freund – Warum wir Russland brauchen: Die Insider-Analyse, Hanser, München, 2011.

  32. Pour comprendre quels sont les six paradigmes occidentaux en matières de relations internationales, dont les paradigmes kantiens, néo-kantiens et habermassiens cf. Gérard Dussouy, Les théories géopolitiques – Traité de relations internationales (1), L’Harmattan, Paris, 2006.

  33. Cf., entre autres titres, Robert Kagan, The Return of History and the End of Dreams, Atlantic Books, London, 2008.

  34. Ida Magli, La dittatura europea, BUR Futuropassato, Milano, 2010-2011 (3a ed.).

  35. Eduardo Arroyo, El fin de la Unión Europea, in: http://euro-synergies.hautetfort.com, 28 août 2013.

  36. Willy Wimmer, Les Etats-Unis et leurs alliés – La “souveraineté limitée” selon la doctrine Brejnev, in: http://www.horizons-et-debats.ch (août 2013).

  37. Dieter Blumentwitz, Feindstaatenklauseln – Die Friedensordnung der Sieger, Langen Müller, München, 1972.

  38. Enrique Ravello, El Tratado de libre commercio Estados Unidos – Unión Europea – Otro paso hacia la globalización, in: http://enricravello.blogspot.com ; repris sur http://euro-synergies.hautetfort.com , 20 juin 2013.

  39. Andrea Perrone, L’Ue resta alla mercé delle agenzie di rating americane, in: Rinascita,http://rinascita.eu , 3 mai 2013; repris sur http://euro-synergies.hautetfort.com , 8 mai 2013.

  40. Cf. Michel Bugnon-Mordant, L’Amérique totalitaire – Les Etats-Unis et la maîtrise du monde, Favre, Lausanne, 1997.

  41. Keith Lowe, Savage Continent – Europe in the Aftermath of World War II, Penguin, Harmondsworth, 2013.

  42. Stuart Miller, Understanding Europeans, John Muir Publications, Santa Fe, New Mexico, 1990.

  43. John Pilger, “De Hiroshima à la Syrie, le nom de l’ennemi dont Washington n’ose pas parler”, in: http://www.mondialisation.ca ; à lire également: John Pilger, The New Rulers of the World, Verso, London/New York, 2003.

  44. Noam Chomsky, Les états manqués, Editions 10/18, n°4163, Paris, 2008.

  45. Philippe Cohen, BHL – Une biographie, Fayard, Paris, 2005.

  46. Fabrizio Fiorini, L’Occidente allo sbando, l’Occidente ha paura, in: http://www.rinascita.eu , 11 septembre 2013. repris sur http://euro-synergies.hautetfort.com , 12 septembre 2013.

  47. Gearóid Ó’Colmáin, Stealing Syria’s Oil: The EU Al-Qaeda Oil Consortium, in: http://www.globalresearch.ca (2013).

 

 

 

 

 

Les Parlements nationaux ne seront pas consultés sur la ratification du Traité transatlantique

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Les Parlements nationaux ne seront pas consultés sur la ratification du Traité transatlantique

Ex: http://fortune.fdesouche.com

Est-ce que, au terme des négociations, l’Accord de libre-échange UE-USA devra être ratifié par chacun des Etats membres ? Je me pose cette question depuis un bon bout de temps maintenant. Aucune source officielle n’a daignée ne répondre explicitement.

Les seuls éléments de réponse étaient des éléments d’ordre général, consistant à indiquer que les accords mixtes (ceux qui comprennent des dispositions de compétences européennes et nationales) doivent être ratifiés à la fois au niveau européen et au niveau national. Impossible de savoir si l’Accord UE-USA relèverait de cette catégorie.

La publication d’un entretien de Karel de Gucht par Jean Quatremer aujourd’hui [29 octobre 2013] au sujet de l’Accord de libre échange UE-Canada m’a fait reprendre mes recherches.

En effet, le Commissaire indique : « Il faudra ensuite que le Collège des 28 commissaires européens donne son feu vert au texte définitif que je lui présenterai avant de passer à la ratification par le Conseil des ministres (où siègent les États membres, NDLR) et le Parlement européen. »

A la lecture de cette réponse, je me dis que l’on peut vraisemblablement penser que l’Accord transatlantique connaitra le même sort : une ratification par le Conseil de l’Union européenne (les ministres du Commerce) et par les eurodéputés.

Les Parlements nationaux ne seront apparemment pas consultés sur la ratification du Traité transatlantique.

C’est ce que confirme une réponse parue récemment sur le site de la Commission européenne consacré aux négociations transatlantiques, dans la rubrique « Questions fréquentes » :

Il parait incroyable qu’un Traité d’une tel ampleur puisse être secrètement négocié par la Commission européenne et les ministres européens sans aucun contrôle, ne serait-ce qu’a posteriori, des représentants nationaux.

Encore une fois, le fonctionnement des institutions européennes permet de doubler sans difficulté les compétences historiques des parlementaires français. La ratification par le Parlement des Traités commerciaux est en effet inscrite dans l’article 53 notre Constitution.

Certains répondront que l’opinion publique et les parlementaires peuvent cependant tenir, par la pression, la position du gouvernement français.

Comme nous l’explique Craig Willy dans son dernier article « La France peut-elle rejeter le Grand Marché Transatlantique ? », les décisions du Conseil relatives [aux traités] restent prises à l’unanimité. Aucun accord ne sera validé sans l’appui du gouvernement français.

Mais il faudra garder à l’esprit que les discussions au sein du Conseil ne sont pas publiques.

ContreLaCour

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Le marché transatlantique va soumettre l’Union Européenne aux USA

TTIP : Le marché transatlantique qui va soumettre l’Union Européenne aux USA

par Roberto Fiorini

Ex: http://fortune.fdesouche.com

Article de Roberto Fiorini initialement publié dans le Magazine Terre et Peuple n°57 – Automne 2013

Des négociations sont en cours pour préparer le grand marché transatlantique, ce nouveau marché unique entre les USA et l’UE. Cette zone de libre échange sans droits de douane, est en préparation depuis des décennies et devrait aboutir d’ici 2015. Les marchands aux commandes nous la présentent comme une évolution, inoffensive et bénéfique pour prolonger une croissance amorphe. Mais il est évident que les USA vont aussi neutraliser (définitivement ?) le potentiel politique de l’Europe, tout en mettant en laisse nos économies.

 

 

Le nom de code de cette opération de soumission de l’UE est désormais TTIP : Transatlantic Trade and Investment Partnership (1). Le volet de négociations qui s’est ouvert le 17 juin 2013, a surtout été médiatisé grâce à l’affaire d’espionnage des américains à l’encontre de leurs « alliés » européens .

L’esprit du projet économique masque d’autres ambitions

L’ensemble économique « occidental » qui va ainsi se constituer rassemblera 820 millions d’habitants et pèsera près de 50 % du PIB mondial, et 30 % des flux commerciaux. L’ «Occident», enfin réalisé, nous éloignera de nos propres intérêts géopolitiques, en consacrant, encore un peu plus, le règne de l’argent.

Les élites des deux entités aux manettes nous disent qu’il faut créer ce nouvel espace libéral afin de redonner un souffle à la croissance: ils espèrent au mieux une progression supplémentaire de 0,5 % du PIB de la zone UE et de 0,4 % pour le PIB des USA. Cette évolution n’est pas à la mesure des enjeux, car pour récréer de l’emploi il faudrait passer les 2 % de progression du PIB par an.


D’après Jacques Sapir, « si l’on regarde le taux de croissance sur longue période de la France, on voit qu’il est passé de 2,6% par an de 1980 à 1989, dans une période de libéralisation régulée des marchés à 1,8% par an de 1990 à 2007, dans une période de libéralisation déréglementée ». (2). Histoire de rappeler que le libéralisme « dérégulé » ne tient pas ses promesses. Pour 2014, on nous prévoit à peine, entre 0,5 et 0,9 % de croissance…

La fin des barrières douanières

Avant que ce projet n’aboutisse, chacune des deux parties devra faire des concessions dans ces négociations dites bilatérales.

Les négociateurs envisagent de supprimer les barrières douanières entre les deux zones, mais ces taxes aux frontières sont déjà faibles (4 % de moyenne). Une baisse potentielle des prix de revient de 4 %, qui ne profitera aux consommateurs que si les industriels concernés, baissent réellement leurs prix de vente. Sinon, cela augmentera leurs marges. Dans le contexte de compétition mondiale où l’air du temps sanctifie la compétitivité, que choisiront-ils à votre avis ?

Pour les états les conséquences seront autres: ces recettes douanières supprimées seront autant de ressources en moins, qui ne seront pas compensées ! Avec ce nouveau manque à gagner pour les caisses du pays, il faudra raboter encore quelques millions sur notre défense, notre santé, où notre sécurité…

L’ambigüité des barrières non tarifaires

Le plus gros changement, et donc le plus grand péril, viendra de la baisse des « barrières non tarifaires », qui sont des normes « qualitatives » qui sont imposées aux entreprises par le législateur européen, afin de façonner le commerce, tel que nous le voulons.

On parle ici de normes de sécurité, écologiques ou sanitaires qui représentent pour certains produits, des surcoûts augmentant le cout final de 10 à 20 %. Ces formes de protectionnisme s’imposaient déjà à nos entreprises, qui en supportaient le coût, face à une concurrence qui n’avait pas autant de contraintes.

Ces normes qui devront être harmonisées à l’issue de l’accord atlantique, que certains appellent déjà accord OTAN, pourront alors s’imposer au reste du monde, comme atout offensif dans la compétition économique mondiale. Ou comme boulet si les autres refusent ce que l’on voudra leur imposer, comme précédemment la taxe carbone, ou toute autre norme de développement durable… Protectionnisme à peine dissimulé.

Dans la vision Anglo-Saxonne du commerce, le principe de précaution est un frein à la liberté d’entreprendre: il faut être le premier à faire du fric avec une idée, et tant pis si au passage, on empoisonne quelques clients trop crédules. Il est donc évident que le principe de précaution instauré par Chirac dans la constitution française devra être abrogé.

Les secteurs visés par la négociation sont nombreux

De nombreux sujets sont posés sur la table des négociations, tous porteurs de leurs risques ou de leurs opportunités, selon que l’on se place d’un côté ou de l’autre: agriculture, agroalimentaire, matières premières, électronique, textiles, chimie, énergie, produits manufacturés, produits pharmaceutiques, accès aux marchés publics…

Sans oublier l’ouverture du secteur des services, (qui pèse 70 % de notre PIB) ou l’exception culturelle, défendue par la France et qui entraverait le déferlement de productions culturelles US sur le vieux continent.

Tout un programme de libéralisation. Mieux qu’un discours de Thatcher ou de Reagan, sans que les peuples aient à donner leur avis ! Mais comme certaines lois pourraient déplaire aux multinationales, ces dernières ont annoncé qu’elles pourraient se pourvoir en justice contre certaines des lois qui naitront dans cet occident Otanien ! La ploutocratie dans toute sa splendeur !

Les commissaires européens, travailleront sur mandats des pays pendant ces négociations ; mais certains points d’accroches sont déjà connus. Sur l’agriculture d’abord et surtout. Il faudrait réduire la PAC (Politique Agricole Commune) et donc la production autochtone européenne, pour se mettre un peu plus en dépendance alimentaire des multinationales US.

L’Europe ouverte à qui veut bien la prendre

15000 entreprises sont officiellement habilitées à faire de la préconisation aux parlementaires européens (lobbying). De nombreuses victoires peuvent être portées à leur actif: certaines entreprises demandaient que les semences non référencées dans le « catalogue » officiel (déterminé par les apprentis sorciers) ne puissent plus être plantées. L’UE leur a donné raison (directive du 12/07/2013) !

Pour le rinçage à l’acide lactique des carcasses de viandes, autorisé aux USA, plus besoin d’attendre, l’UE l’a aussi autorisé depuis mars 2013 ! (3)

Aux USA le lobbying a aussi fait interdire les petits jardins individuels: les peuples devront acheter, un point c’est tout. Produire pour son propre compte sans débourser un centime n’est plus envisageable dans le monde qu’ils nous préparent. Ni ici, ni là bas.

Parmi les grands gagnants, on pense d’abord à Monsanto, qui souhaite nous mettre en esclavage alimentaire, grâce à ses semences stériles, qui doivent être rachetées obligatoirement chaque année. Finie l’autosuffisance de nos agriculteurs, qui replantaient l’année suivante d’anciennes graines.

« Demain, ce sont les lobbies agricoles américains qui exigeront l’ouverture des frontières européennes aux produits OGM. Le blé Monsanto, qui n’avait, parait-il, pas quitté les laboratoires pousse actuellement gaiement dans l’Oregon. »(4) Blé, soja, maïs, tomates transgéniques…

Du côté des normes que l’UE bloque encore, on pense à cette viande bovine aux hormones ou encore à ces poulets rincés à l’eau de javel… en attendant les viandes clônées brevetées !

Dans le domaine numérique, on sait que Facebook, grâce aux lois US, devient propriétaire, à vie, de tout ce qui est publié sur ses pages. Des comportements contestés par l’Europe, mais pour combien de temps encore ? Big Brother a soif de données fiables pour organiser ses révolutions de velours…

Alors pourquoi l’affaire Snowden, à ce moment-là des négociations transatlantiques?

L’affaire d’espionnage est sortie à point nommé pour déstabiliser la délégation US, et renforcer certaines positions Européennes. Qui ignore encore qu’avec le réseau Echelon (5), les USA espionnent qui ils veulent ? Depuis bien longtemps les services de l’intelligence économique française tirent la sonnette d’alarme: grâce aux serveurs de messageries de Microsoft (Outlook, Live, Messenger…), Google, Yahoo, Black Berry, Apple ou Skype, les USA mènent une guerre économique impitoyable en surveillant la correspondance de leurs alliés.

Obama avait menacé la France de représailles massives, si elle maintenait l’exception culturelle. Il fallait rétablir l’équilibre des négociations car Barroso en fidèle toutou de ses vrais commanditaires, était revenu à la charge, dès le 17 juin, rappelant que la France voulait exclure le secteur audiovisuel du mandat des négociations commerciales avec les États-Unis: “Cela fait partie de ce programme antimondialisation que je considère comme totalement réactionnaire” (6).

Les Français ne lâchent pas la culture ? Qu’à cela ne tienne les USA ne veulent pas que l’on touche au secteur des assurances, ni à leur finance (trop pourrie ?). Donnant, donnant ? Ou trop de choses à cacher ?

Les américains pourraient aussi nous imposer leurs normes comptables, avec des conséquences qui sont à évaluer pour nos entreprises.

Les conséquences stratégiques de ces négociations

Au-delà de l’aspect purement commercial, les conséquences d’un tel accord sont mortelles pour l’indépendance politique de la France et de l’UE. C’est même toute l’histoire d’une mise en dépendance organisée des pays du vieux continent qui continue de s’écrire.

Ceux qui préparent le gouvernement mondial travaillent depuis très longtemps à cet ensemble transatlantique. Qui se souvient de l’Union Latine… qui regroupait la France, la Belgique, la Suisse, l’Italie, et la Grèce. Présidée par Félix Esquirou de Parieu, fervent partisan d’une union monétaire « prélude aux fédérations pacifiques du futur » (= étape préalable au gouvernement mondial), celui-ci proposa en 1867 d’introduire une monnaie commune dans une « Union européenne occidentale »,dont le nom pourrait être changé dans le cas où les États-Unis manifesteraient leur désir d’y participer.(7)

De Gaulle ne disait-il pas la même chose dans son discours du 15 mai 1962 ? (8). Il alertait sur la nature de la construction européenne qui se mettait en place. Il voyait bien qu’elle transformerait les pays européens en simples satellites des USA, comme on parlait alors des satellites de l’URSS: des pays dépendants, asservis et soumis, y compris militairement. Il parlait de fédérateur qui viendrait de l’extérieur, sous entendu pour prendre la direction de l’UE !

Bruxelles, Barroso, et la commission européenne travaillent donc à l’harmonisation des normes dans ce nouvel espace qui va naître. On doit limiter les écarts entre les deux continents, pour mieux préparer ce nouvel ordre mondial dont nous serons le socle… s’ils parviennent à leurs fins.

« Elles s’emploieront en outre à assurer la compatibilité de leur réglementation dans des secteurs spécifiques…. » (9)

La chimie américaine bénéficie actuellement d’une baisse des prix du gaz de près de 30%, grâce au gaz de schiste, qui leur fait bénéficier d’un avantage jugé déloyal par les européens. A moins que chez nous aussi la fracturation devienne possible… par soucis d’équité de traitement !

Le projet de loi Fioraso visant à faire de l’Anglais la langue universitaire en France, prépare, sous d’autres aspects, les nécessaires harmonisations pour fusionner les entités. Y compris en abandonnant notre langue !

L’exemple le plus flagrant de l’harmonisation qui est déjà réalisée, ce sont les coupes budgétaires automatiques qui s’imposeront désormais aux états européens, et qui sont constitutionalisées par le TSCG (Traité sur la Stabilité, la Coordination et la Gouvernance). Elles visent à nous aligner sur le modèle des coupes automatiques qui sont réalisées dans les dépenses publiques aux USA, lorsqu’ils sont confrontés au fameux mur budgétaire de la dette. L’asservissement à la dette et à l’usure est ainsi renforcé ! Merci à Giscard et Pompidou pour avoir initié ce chemin avec la loi du 3 janvier 1973.

Pour que cela puisse se poursuivre on nous demandera sous peu, d’aller vers une Europe Fédérale, ainsi seront réalisés les Etats Unis d’Europe, totalement inféodés aux intérêts US, et dépourvus de pouvoirs régaliens. La matrice de la soumission mondiale où chaque état ne décidera quasiment plus rien ! Qui protégera alors les peuples de la cruauté des hommes qui s’auto élisent à la direction des affaires du monde ?

L’évolution du libre échange ; quand le « bilatéral » modifie le visage de la mondialisation

L’entrée de la Chine à l’OMC, en 2001, a bouleversé les équilibres du commerce mondial ; son modèle capitaliste particulier fait trembler le maître américain, qui doit envisager d’autres règles pour tenter de se maintenir. Le cycle de Doha (libre échange multilatéral) est bloqué. Les ententes ne sont plus possibles, tant les intérêts divergents sont désormais inconciliables entre les différents pays, qui subissent à leur base, la pression de peuples mécontents.

Alors les maîtres du jeu modifient la donne et envisagent leur offensive économique sous une autre forme.

« On voit bien que le bilatéralisme se développe à mesure que le multilatéralisme se bloque. Et depuis 2008, qui a vu les négociations du cycle de Doha capoter,… lorsqu’on examine la politique commerciale américaine on voit bien qu’ elle a délibérément choisi d’abandonner le multilatéralisme commercial pour s’engager sur la voie d’un containment de la Chine en mettant en place deux mâchoires commerciales : la mâchoire asiatique avec le TPP (NDLR : accord bilatéral avec le Japon) et la mâchoire Atlantique avec le TTIP…

Les raisons de ce changement sont simples. Les États-Unis n’ont plus la force de soumettre le système commercial mondial à leurs exigences. En revanche ils s’estiment encore assez forts pour pouvoir le contourner. »(10)

Les promesses d’emplois au menu

« Cet accord, le plus important accord commercial bilatéral jamais négocié, pourrait faire économiser des milliards d’euros aux entreprises et créer des centaines de milliers d’emplois. » (1). (NDLR: 2 millions d’emplois sont « espérés » dans l’UE). Quel avenir prometteur ! Que de promesses exaltantes: mais ces promesses n’engagent que ceux qui les écoutent. Quant aux milliards qui seront économisés par les entreprises, iront-ils en hausses de salaires quand les autres salariés du monde sont si peu payés ?

Démantèlement du « modèle social » de l’Europe continentale

Droit du travail, droit syndical, tout doit être laminé ! Supprimer ce qui protège les travailleurs… Ou corrompre !

Bien plus concrètement, il faut harmoniser les protections sociales et revoir à la baisse les ambitions des travailleurs européens. Puisque ces derniers sont désormais crédules, et décérébrés (parce que conditionnés), ils peuvent subir leur nouvelle destinée. Tout sera nivelé par le bas: à commencer par les salaires qui vont pouvoir baisser.

 

 

La protection sociale doit aussi baisser, et ne devra plus peser autant dans les comptes de la nation.

Regardez le graphique intitulé « les dépenses sociales comparées »: vous y verrez l’effort accompli par l’Allemagne depuis 2003 pour se rapprocher des standards Anglais et US. Leurs dépenses sociales convergent aux environs de 15/16 % de leurs PIB respectifs. Italiens et Français dépensent trop d’après la norme libérale: près de 20 % de leurs PIB sont encore réservés aux dépenses sociales.

Des réformes doivent être menées par ceux qui seront « nommés » au pouvoir, tels Monti en son temps, ou Hollande qui devra réduire les budgets sociaux de 4 % pour coller aux autres pays. Cela implique de les baisser de 80 mds € ! Tant pis pour ceux qui souffrent ; pendant ce temps on versera quand même les 50 mds € annuels d’intérêts aux usuriers !

A qui profitera cette baisse de la protection sociale « solidaire » ? Au privé bien sûr. Au fait qui a payé une partie de la campagne présidentielle du sieur Hollande ? Henri de Castries, le PDG d’Axa ; ce groupe qui vit de contrats de protection « privés »…

Sur le dos de qui va se faire ce renversement d’alliance ?

Selon le Wall Street journal: « David Cameron fait le pari que le TTIP, en cas de succès, réduira sensiblement les pressions exercées à son encontre pour qu’il obtienne, avant 2017 (NDLR: référendum de sortie de l’UE), une renégociation complète des conditions de l’affiliation de la Grande-Bretagne à l’UE. [...] » (11)

Die Welt en Allemagne explique que cet accord bénéficierait essentiellement aux USA dont le PIB par habitant pourrait croitre de 13,4 %. (11)

La Frankfurter Allgemeine Zeitung précise que suite à cet accord, les échanges commerciaux au sein de l’UE diminueraient également: « Le volume d’échanges commerciaux entre l’Allemagne et les pays d’Europe du sud baisserait de 30% [...] celui entre l’Allemagne et la France de 23% [...] tandis qu’il doublerait avec les États-Unis. [Ainsi] l’Union douanière [mise en place par l’UE en 1968] perdrait de sa valeur. » (11)

L’Allemagne fera cavalier seul, et délaisse l’UE ? Juste avant l’euro ?

L’Europe sortira laminée et divisée: ni plus ni moins, car l’Allemagne va changer de partenaires (c’est ça le libre échangisme !) et ceux qui vont être délaissés vont en souffrir ! Le commerce interne de l’UE se tasse ? Alors l’Allemagne cherche de meilleurs débouchés économiques pour ses entreprises. Au détriment de la construction européenne. Un choix qui sera lourd de conséquences… N’en doutons pas.

Le dollar favorisera les USA ?

En revanche rares sont les informations qui viendraient nous rappeler l’avantage compétitif incomparable dont disposent les USA avec leur monnaie, ce dollar qu’ils impriment à façon, et qui a une valeur inférieure à l’euro. Un vrai avantage, qui ne sera pas harmonisé pour le coup.

Et nos entreprises vont souffrir, face à la faiblesse du dollar, qui fait en réalité sa force ! Une force injuste, car déloyale du fait des manipulations sans fin qu’opère la FED.

Peuples et entreprises sous le rouleau compresseur

Les entreprises qui ont cru aux bienfaits des premiers temps de la mondialisation, vont désormais subir le rouleau compresseur des multinationales qui ne supportent pas la concurrence et tendent à grandir jusqu’à détenir des monopoles complets, grâce auxquels ils feront alors, seuls, le prix final !

C’est dans le contexte déjà dramatique de 2013 que ce marché transatlantique plante ses jalons. Cette nouvelle vague de libéralisme économique va déferler au moment où l’économie réelle est en train de s’arrêter. Au moment où les faillites d’entreprises sont nombreuses, entrainant des flots de chômeurs qui viennent peser sur les amortisseurs sociaux (déséquilibrés de ce fait).

La crise financière s’est transformée en crise bancaire ; la crise bancaire est devenue crise budgétaire pour les états qui se sont endettés pour les soutenir. La crise budgétaire ne permet pas la relance attendue pour éviter la crise économique (l’époque actuelle), avant de se transformer en quoi, en crise sociale ?

L’avenir n’est pas certain, mais il est évident que toutes les divisions de notre société seront exacerbées par ce qui se prépare ! A chacun de s’y préparer le plus consciemment possible.

Si vous aspirez à un autre destin que la dictature économique promise par les marchands, plus que jamais, il vous faut vous engager, pour militer activement et donner de votre temps pour travailler contre cette entreprise.

Vous avez souffert du marché Unique Européen ? Alors vous n’aimerez pas non plus sa version transatlantique !

Ceux qui voudraient creuser la question du marché transatlantique, et la régression sociale qui l’accompagne, peuvent écouter l’émission n° 140 réalisée par Méridien Zéro sur cette question intitulée l’offensive générale du système.

Notes:

(1) Ec.europa.eu

(2) Atlantico

(3) Le Figaro

(4) Libre échange transatlantique : Les-européens paieront

(5) La Tribune

(6) Le Monde

(7) Félix_Esquirou_de_Parieu

(8) De Gaulle: conférence de presse du 15 mai 1962 sur les questions européennes

(9) Europa.eu

(10) Telos

(11) Presseurop

Divers:

Début des négociations transatlantiques ambiance tendue et points délicats (France info)

L’Europe face aux États-Unis (France Info)

Libre échange : le précédent de 1860 (La Tribune)

mardi, 12 novembre 2013

Jacqueries, rébellions, révolution: quelle forme finira par prendre la révolte des Français?

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Jacqueries, rébellions, révolution: quelle forme finira par prendre la révolte des Français?

Par Serge Federbusch

Ex: http://fortune.fdesouche.com

C’est une révolte ? Non sire, c’est une ralbolution !“. Si l’écotaxe cristallise tous les mécontentements, les vraies raisons de la révolte grandissante des Français sont plus profondes.

1 – C’est une révolte ? Non sire, c’est une ralbolution !

L’écotaxe n’est évidemment qu’un abcès de fixation. Les vraies raisons de la révolte grandissante des Français ont pour noms récents la Redoute, Fagor, Cristal d’Arques, Alcatel, Michelin, Fralib, Electrolux et Gad. Altares, société spécialisée dans la collecte d’informations sur les entreprises, a recensé au troisième trimestre 13 140 procédures collectives (sauvegardes, redressements et liquidations judiciaires d’entreprises) avec 52.700 emplois directs menacés.

Mieux vaut ne pas parler de leur impact indirect, sur le commerce, les revenus des familles, etc. Et il s’agit de vrais emplois, pas des cataplasmes dont Mou-Président espère une cosmétique et purement transitoire “inversion de la courbe du chômage“. Cette incantation a du reste tendance à se faire discrète ces derniers temps dans les services de communication du pouvoir. Les jobs bidons et subventionnés ne sont même pas capables de faire illusion quelques semaines !

La vraie question est donc : quel chemin prendra la rébellion qui vient ?


Les échauffourées bretonnes font pour le moment penser aux jacqueries médiévales qui perdurèrent jusqu’au 18ème siècle. Elles ont un caractère régional, sont plutôt ancrées dans les zones rurales et dirigées contre la cherté de la vie, la difficulté à joindre les deux bouts, la noblesse protégée – sous sa forme actuelle c’est à dire la fonction publique et les élus à vie – et, surtout, les impôts et octrois mis en place par l’État.

L’écotaxe est le nouveau nom de la gabelle. Les foules défilantes en ont d’ailleurs conscience lorsqu’elles revêtent le bonnet rouge qu’arborèrent leurs lointains prédécesseurs. La France que l’Enfumeur(*) nous prédisait apaisée est en pleine régression historique et sociale, conséquence de son déclin économique.

Pour que la jacquerie devienne révolte, il faut qu’elle se “nationalise”, qu’elle se transforme en contestation générale du pouvoir.

Des premiers bonnets rouges ont été signalés en région parisienne, signe d’un début de contagion. Les portiques d’Ecomouv risquent de devenir les portes d’entrée de la maladie, comme on dit en épidémiologie. Un d’entre eux a été incendié dans les Landes. La révolte en progression doit également, pour peser, fédérer des intérêts divers, ne pas se limiter aux agriculteurs, éleveurs, pêcheurs et autres petits entrepreneurs.

Elle se nourrira quoi qu’il arrive du discrédit de la classe dirigeante. La grande jacquerie de 1358 fut attisée par les déboires de la noblesse d’épée, après les défaites de Crécy en 1346 et de Poitiers en 1356. La sourde colère actuelle est le fruit des défaites de Maastricht (1992) et Lisbonne (2007) qui ont ouvert les marchés français au grand vent de la concurrence internationale tout en leur imposant une monnaie, l’euro, qui les handicape gravement par sa surévaluation. La classe dirigeante française a failli à ces deux occasions. Elle commence à en payer le prix.

Mais ces accès de brutalité populaire, qui voient les équipements publics vandalisés et les représentants locaux du pouvoir malmenés, peuvent-ils se transformer en une révolution en bonne et due forme ?

Ce qui caractérise le processus révolutionnaire, par rapport aux jacqueries et révoltes ordinaires, est d’abord qu’il est précédé d’un travail idéologique, d’un soubassement théorique dont l’ambition est d’offrir une véritable alternative au pouvoir en place, un ordre nouveau en quelque sorte. Ce fut le rôle des philosophes des Lumières dans la France du 18ème siècle ou des marxistes cent ans plus tard.

L’opposition est encore aux balbutiements de cette entreprise intellectuelle. Elle est tiraillée entre critiques libérales de l’État, mots d’ordre protectionnistes et réflexes conservateurs. Que l’économie française ne puisse s’abriter plus de deux ou trois ans derrière de nouvelles barrières sans sombrer dans la sous productivité et l’inflation galopante est certes problématique. Mais l’essentiel n’est pas d’être convaincant, c’est d’être fédérateur. Les victimes de l’ordre européen sont en passe d’être majoritaires en France. D’une manière ou d’une autre, ce mouvement trouvera sa traduction idéologique, probablement dans la contestation de la représentation politique et l’exigence de démocratie directe.

 

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Il manquera alors un dernier ingrédient, indispensable à toute révolution : que les forces protestataires se fédèrent, d’où qu’elles viennent, contre les maîtres du moment. Que, comme sur la barricade peinte par Delacroix, le peuple, l’étudiant, l’artisan se retrouvent. C’est là que le bât révolutionnaire blesse encore.

Pour l’heure, la “ralbolution” progresse en ordre dispersé. Le meilleur allié du pouvoir s’appelle Jean-Luc Mélenchon. Il ne peut s’empêcher de ressortir le préchi-précha gauchiste sur le fait que la révolte bretonne serait téléguidée par un petit patronat revanchard. Il défile dans son coin, fustigeant les chouans et leurs croyances. Il est isolé mais il divise, jouant le rôle d’idiot utile du hollandisme qu’il avait déjà incarné lors de la dernière élection présidentielle. On peut également faire confiance à Sa Normalité élyséenne pour tenter d’affaiblir le mouvement de contestation en le noyant dans les méandres des tables rondes et autres processus de concertation, usines à parlote dont le parti socialiste détient les brevets.

Cependant, la persistance de la crise économique et des difficultés budgétaires peut finalement coaliser les forces de contestation, comme elles le firent sous Louis XVI et Necker. Le pouvoir n’ayant plus la moindre marge de manœuvre pour augmenter les impôts et n’ayant pas le courage de s’attaquer aux dépenses, est frappé de tétanie. Après l’écotaxe, dans quelques semaines, quelques mois, un prétexte quelconque, une mesure vénielle mettra à nouveau le feu aux poudres. Si ce n’est, à plus long terme, l’euro qui ne finisse par s’effondrer, semant le chaos dans l’économie.

Faisons confiance à François Hollande : il finira bien par trouver l’équivalent de la convocation des États généraux pour précipiter la fin du nouvel ancien régime…

2 – L’horizon fuyant du déficit

La Commission de Bruxelles, qui préfère ne pas voir que la hausse actuelle de l’euro va anéantir le timide début de reprise en Europe, est en tout cas pessimiste sur les chances de la France de passer en dessous des 3% de déficit public en 2015. Il sera selon elle d’au moins 4,1% du PIB cette année, 3,8% l’an prochain et 3,7% en 2015, très éloigné donc du chant des sirènes entendu depuis le pédalo présidentiel.

Dans ces conditions, la remontée des taux d’intérêt deviendra insupportable et la croissance de la dette publique ingérable. Tout ce qu’il faut pour justifier que la Commission, forte des nouveaux pouvoirs qui lui ont été conférés, demande au gouvernement français de réécrire son budget. Le grand problème de cette forme d’Europe est qu’elle ne parvient à étendre son pouvoir que sur les décombres des États membres.

3 – Senatus Consulte

100 % des sénateurs ont voté contre un projet de loi du gouvernement socialiste et pas le moindre puisqu’il s’agit de la réforme des retraites ! Comment disait-il déjà ? Une démarche d’écoute, consensuelle et apaisante.

Après tout, l’unanimité contre soi, c’est une façon de faire consensus. Il faut dire qu’au Sénat, on prend sa retraite très tard.

Atlantico.fr

(*) Titre du livre de Serge Federbusch (Ixelles éditions, 2013).

Bielorussia e Cina resistono alle pretese occidentali sui diritti umani

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Bielorussia e Cina resistono alle pretese occidentali sui diritti umani

Minsk, 1 novembre (BelTA)

Ex: http://www.statopotenza.eu

Bielorussia e Cina resistono agli assalti delle forze occidentali sui diritti umani. Il presidente della Bielorussia Aleksandr Lukashenko ha dichiarato incontrando Meng Jianzhu, membro dell’Ufficio Politico del Comitato Centrale del Partito Comunista Cinese, segretario della Commissione per gli affari politici e legali del Comitato centrale del PCC, membro del Consiglio di Stato della Cina, a Minsk il 1° novembre. Aleksandr Lukashenko ha detto: “Credo che la vostra visita come rappresentante del presidente cinese aprirà una nuova pagina nelle nostre intense consultazioni e relazioni“. Il Presidente ha osservato che non vi è alcuna necessità di analizzare la situazione nei rapporti bielorusso-cinesi e d’indicare l’importanza e l’intensità di queste relazioni per le nazioni bielorussa e cinese.


La Cina è un alleato strategico della Bielorussia. I nostri rapporti sono stati costruiti fin dal primo giorno dell’indipendenza, mentre le basi furono gettate ai tempi dell’Unione Sovietica“, ha detto il leader bielorusso. Secondo lui non vi sono assolutamente problemi tra la Bielorussia e la Cina dal punto di vista dei futuri sviluppi della situazione globale. “Oggi abbiamo le stesse idee sull’agenda internazionale“, ha sottolineato Aleksandr Lukashenko. Secondo il capo di Stato bielorusso, la Cina è in prima linea nel tentativo volto a realizzare un mondo multipolare. “Sosteniamo anche la stessa visione“, ha detto Aleksandr Lukashenko. “Abbiamo sempre sostenuto e sosterremo la Cina sull’integrità territoriale. Agiremo insieme anche nel contrastare gli assalti attuati da certe forze occidentali sui diritti umani e altre cose che conosciamo bene“. Aleksandr Lukashenko ha anche detto che i buoni rapporti e la visione comune sulle questioni politiche evolvono tra la Bielorussia e la Cina.

Traduzione di Alessandro Lattanzio

Warum die UKIP täuscht

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Warum die UKIP täuscht

von Johannes Konstantin Poensgen

Ex: http://www.blauenarzisse.de

Ein Rechter hierzulande muss, mangels ernstzunehmender Parteien, ins europäische Ausland blicken. Doch der Schein trügt: Eine Alternative wie die UKIP wird die Probleme nicht beseitigen.

Einen Großteil der deutschen konservativen Aufmerksamkeit hat in den letzten Jahren die britische „United Kingdoms Independence Party” (UKIP) auf sich gezogen. Dieser ist sowohl dank ihres charismatischen Führers Nigel Farage, als auch aufgrund der tiefen wirtschaftlichen Krise des Landes ein kometenhafter Aufstieg gelungen. Deshalb ist es wichtig, die Natur dieser Partei zu untersuchen ‒ und vor allem, was sie geleistet hat und was sie noch leisten kann.

Keine Ein-​Themen-​Partei

Die UKIP hat seit ihrer Gründung 1993 drei wichtige Etappenziele erreicht: 2004 gelang der Einzug ins Europäische Parlament. Die Partei gewann 16,8 Prozent der britischen Wählerstimmen und damit zwölf Sitze. Ironischerweise bot das Parlament in Straßburg der UKIP und insbesondere dem begnadeten Redner Farage eine gute Plattform. Es war ein Gütesiegel der Seriosität. Zweitens ist sie eine der wenigen Protestparteien, der es gelang, die Fixierung auf ein Thema zu überwinden und zu allen Politikbereichen ausgearbeitete Programme zu erstellen.

Hierbei verbindet UKIP ihre zentralen Forderungen nach einem Austritt aus der EU und einem Ende der Masseneinwanderung mit liberalen Positionen in Fragen der Wirtschaft wie der Gesellschaft. Drittens veränderte UKIP tatsächlich die politische Debatte in England. Mit dieser Leistung steht sie unter den Protestparteien Europas allein da. Selbst dem in Wahlen ebenfalls erfolgreichen Front National und und der FPÖ gelang es nie, dem Gegner die eigenen Themen und die eigene Debatte aufzuzwingen.

In Britannien müssen nun aber auch die alteingesessen Parteien zur Einwanderungs– wie zur Europafrage Farbe bekennen. Es zeichnet sich sogar ein, unter Umständen aber nur rhetorisches, Einschwenken auf UKIP-​Forderungen ab. Ein Beispiel dafür sind die jüngsten Forderungen von Premier David Cameron (Conservative Party) gegenüber der EU.

Das liberale Verhängnis der UKIP

Die UKIP stilisiert sich damit als Verteidigerin der britischen Demokratie. Liberales Gedankengut ist derart essenziell für die gesamte Programmatik dieser Partei, dass dieser Anspruch ernstzunehmen ist. Denn die Partei ist nur aus der liberal-​parlamentarischen Tradition Britanniens zu verstehen. Darin liegt das Geheimnis ihres Erfolgs und zugleich ihr Verhängnis.

Die UKIP braucht unter Briten niemanden von einer neuen Weltsicht zu überzeugen. Sie baut auf das auf, was auf der Insel eine lange Tradition hat. Nigel Farage will nichts umstürzen, sondern ein politisches System wieder in sein Recht setzen. Hinter dieser politischen Tradition steht die Geschichte und der Stolz des ganzen britischen Volkes. Unter Brüsseler Vormundschaft, ebenso wie unter dem Kartell seiner etablierten Parteien, droht es zu einer Karikatur herabzusinken.

An der ethnischen Krise ändert die UKIP nichts

Doch dadurch wird die UKIP trotz aller Erfolge zum Anachronismus. Es ist bezeichnend, dass die UKIP glaubt, der Einwanderungsproblematik sei allein mit einer Reduzierung der Migration beizukommen, als wenn zumindest die Großstädte Englands nicht bereits ethnisch zersplittert seien, als wenn es keine Unruhen in Tottenham gegeben hätte, als wenn nicht die großen Unterschiede in der Geburtenrate der einzelnen Gruppen diesen Prozess weiter treiben müssten, egal was an der Grenze geschieht.

Dem Erbe der Premiers Gladstones und Churchills, selbst dem Maggie Thatchers, wird zunehmend die Substanz entzogen. Eine liberale Partei wie die UKIP kann weder mit dieser noch gegen diese Entwicklung regieren. Wie will sie etwa die den Muslimen bereits eingeräumten Schariagerichte auflösen, ohne Widerstand in der muslimischen Bevölkerung auszulösen?

Farage: Der letzte britische Premier?

Es steht außer Zweifel: Die UKIP wird bei den Unterhauswahlen 2015 ins Parlament einziehen. Es ist sogar möglich, dass sie bald den Premierminister stellt. Das Mehrheitswahlrecht, welches sie bisher hinderte, muss sie fördern, sobald sie eine bestimmte Wählermasse erreicht. Es wäre ein demokratischer Traum. Die Bürger hätten tatsächlich eine ungeliebte Machtelite friedlich abgewählt, mit ihren Stimmen der Politik keine andere Fassade, sondern eine andere Richtung gegeben. Aus dieser Welt stammt die UKIP, darüber hinaus wird sie nicht aber nicht wachsen.

Nigel Farage könnte der letzte britische Premierminister werden. Dieser Ausdruck bleibt bewusst mehrdeutig: Er könnte der letzte Premierminister sein und bzw. oder der letzte Brite als Premierminister. Zumindest wird er wohl der letzte Premierminister, bei dessen Wahl britische Stimmen den Ausschlag gaben. Es wäre nicht das schlechteste Ende des britischen Parlamentarismus.

lundi, 11 novembre 2013

Kindersmokkel naar Europa voor orgaanhandel neemt snel toe

Kindersmokkel naar Europa voor orgaanhandel neemt snel toe

Ook autochtone meisjes slachtoffer van verkrachting en uitbuiting Aziatische bendes


Een nieuw soort mensenhandel, misschien nog wel erger dan de ouderwetse slavernij, is in opkomst: kinderen uit arme landen worden naar Europa gesmokkeld, alwaar hun organen worden 'geoogst' voor rijke patiënten. De Britse autoriteiten hebben een recent geval van een Somalisch meisje dat om die reden naar Groot Brittannië werd gesmokkeld, bevestigd. Tegenstanders van (automatische) orgaandonatie zeggen al jaren dat de kans op misbruik, waardoor het leven van 'gewone' mensen uit winstbejag wordt opgeofferd, aanzienlijk is.

De Britse Telegraph schreef dat 'een niet bij name genoemd meisje uit Somalië naar Engeland werd gebracht, zodat hier haar organen konden worden afgenomen, om deze aan ontvangers, die wanhopig op een orgaandonor wachten, te verkopen.' Kinderbeschermingsorganisaties waarschuwen dat het hier vermoedelijk niet om een incident gaat, en de mensenhandelaren waarschijnlijk een hele groep kinderen het land in hebben gesmokkeld.'

Buitenlandse, maar ook Britse meisjes het slachtoffer

Het aantal slachtoffers van mensenhandel in Groot Brittannië explodeerde vorig jaar met 50% naar een recordhoogte. In totaal werden er 371 gevallen geregistreerd van uitbuiting van kinderen. De meesten van hen werden als (seks)slaven gebruikt. 95 kinderen kwamen uit Vietnam, 67 uit Nigeria en 25 uit China. Anderen kwamen uit onder andere Roemenië en Bangladesh.

Volgens de krant waren echter ook 20 Britse meisjes het slachtoffer. Uit gerechtelijke stukken zou blijken dat Britse meisjes door Aziatische bendes worden verkracht en vervolgens uitgebuit.

De kinderbeschermingsorganisatie ECPAT UK zegt dat criminele bendes de grote vraag naar organen en de kwetsbaarheid van kinderen misbruiken. 'Het is onwaarschijnlijk dat een handelaar dit risico aangaat om slechts één kind naar Engeland te brengen. Waarschijnlijk gaat het om een hele groep.'

Levendige zwarte markt

Wereldwijd bestaat er een levendige zwarte markt voor alle mogelijke organen, zoals harten, longen en levers. Nieren zijn echter het meest gewild, omdat deze zonder al te veel gezondheidsschade zouden kunnen worden weggenomen. Volgens de Wereld Gezondheidsorganisatie (WHO) worden er jaarlijks 7000 illegale nieren door handelaren 'geoogst'.

Om kinderen naar Europa te smokkelen zijn meerdere personen nodig. Eerst moeten de kinderen worden uitgekozen, vervolgens getransporteerd, en daarna geopereerd, waarna de organen worden verkocht. Hier is een complete infrastructuur en veel geld voor nodig.

De Britse regering heeft aangekondigd de straffen voor deze moderne slavenhandelaren te verhogen van ten hoogste 14 jaar nu naar maximaal levenslang. 'Moderne slavernij is een verschrikkelijk kwaad in ons midden,' zei minister van Veiligheid James Brokenshire. 'Iedereen, de regering, de rechterlijke macht, de bedrijven en de hulporganisaties, moeten hun deel doen als we deze slavernij naar de geschiedenisboekjes willen verbannen, waar het thuishoort.'

'Ziekenhuizen halen organen van levende donors weg'

In juli berichtten we dat bewezen is dat in Amerikaanse ziekenhuizen de organen van nog levende donors routinematig worden weggehaald om getransplanteerd te worden, waarna de familie valselijk het nieuws krijgt dat hun geliefde op de operatietafel is overleden. We schreven tevens dat het onwaarschijnlijk is dat deze praktijken, waar artsen en ziekenhuizen enorm veel geld mee kunnen verdienen, tot de Verenigde Staten beperkt blijven. Critici waarschuwen al jaren om juist vanwege dit levensbedreigende risico géén orgaandonor te worden.

Xander

(1) KOPP

Zie ook:

15-07: Medisch schandaal: 'Ziekenhuizen VS transplanteren organen van levende donors'

00:05 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, criminalité, trafic d'organes | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

Las siete lecciones geopolíticas de las revelaciones de Edward Snowden

Ex: http://www.elespiadigital.com

EE.UU. se muestra tan preocupado por las filtraciones de Edward Snowden porque estas revelaron que la escala del control ejercido por Washington sobre numerosos países es tan grande que varían el panorama de toda la política mundial.

El portal de la Fundación rusa de la Cultura Estratégica publicó una lista de las lecciones geopolíticas que ofrecen al mundo las revelaciones del extécnico de la CIA sobre el espionaje de las agencias de inteligencia estadounidenses.

La primera y principal lección geopolítica de Snowden, según indica el analista Dmitri Minin, es que EE.UU. realiza constantemente un control tanto abierto como encubierto del ciberespacio mundial con el fin de mantener su liderazgo y al mismo tiempo de aprovechar los beneficios de las relaciones internacionales.

Minin señala que no se trata solo de recoger información confidencial sobre el resto de la humanidad a una escala sin precedentes, sino también del desarrollo de su capacidad de causar, a través del ciberespacio, daños materiales y militares a un enemigo potencial.

La NSA elaboró en secreto métodos que permiten eludir los principales tipos de encriptación de información en Internet que se utilizan para proteger una gran variedad de datos, desde correos electrónicos a transacciones financieras.

Como parte de un programa secreto, la NSA, en colaboración con el Centro de Comunicaciones del Gobierno británico (GCHQ, por sus siglas en inglés), logró acceder a los protocolos de seguridad de la información más conocidos y supuestamente más fiables del mundo, entre ellos el protocolo SSL. El ‘hackeo’ de la protección criptográfica se realizó en el marco del programa de alto secreto BullRun. Actualmente, la NSA es capaz de interceptar el 75% de todo el tráfico de Internet en EE.UU., a través de cuyo territorio pasa la mayor parte del tráfico internacional.

Segunda lección. EE.UU. controla el ciberespacio con el apoyo de determinados países anglosajones vinculados con el país norteamericano cultural e históricamente: el Reino Unido, Canadá, Australia y Nueva Zelanda. Según Minin, el grado de participación de este grupo en las operaciones conjuntas de control cibernético global supera considerablemente al que tiene en los programas similares de cooperación entre Washington y sus otros aliados. Además, el intercambio de información entre los países anglosajones es más completo. Esta alianza informal se aprovecha, con fines geopolíticos entre otros, de la supremacía absoluta de las comunicaciones internacionales en el idioma inglés.

Snowden reveló que otros países aliados de EE.UU., como Dinamarca, Holanda, Francia, Alemania, España e Italia, también tienen acuerdos con Washington para proporcionar datos de sus líneas de comunicación a los estadounidenses. Sin embargo, el Reino Unido , Canadá, Australia y Nueva Zelanda gozan del nivel más alto de confianza.

Tercera lección. Las relaciones amistosas con Washington no garantizan a otros Estados que estén protegidos ante la violación de su soberanía sobre la información por parte de EE.UU. Con el control del ciberespacio los estadounidenses buscan principalmente lograr un objetivo estratégico tradicional que consiste en obtener el dominio geopolítico sobre los “grandes espacios”, publica el portal.

Los documentos presentados por Snowden demuestran que la NSA vigiló tanto a las autoridades de la Unión Europea como a las de los países no pertenecientes a la UE, incluidos sus aliados cercanos no anglosajones, como Japón, México, Corea del Sur y Turquía.

La mayoría de los 35 líderes mundiales, cuyas llamadas telefónicas fueron espiadas por la NSA son aliados del país norteamericano. Entre ellos figura el presidente francés, François Hollande, que siempre ha mostrado un grado elevado de solidaridad frente a Washington, y la canciller alemana, Angela Merkel, que fue sometida a escuchas durante años.

Cuarta lección. La vigilancia más persistente por parte de la NSA se realiza contra las principales potencias emergentes del mundo como China, India, Brasil y México. El portal destaca que Washington considera a estos países como Estados ‘que cambian de juego’ (‘game changers’, capaces de tener un impacto significativo en el equilibrio del poder existente en el mundo.

La intrusión cibernética de la NSA en estos países alcanzó una escala tan grande que la presidenta de Brasil, Dilma Rousseff, llegó a cancelar su visita oficial a EE.UU. y Canadá y a exigirles explicaciones en relación con el espionaje contra el país sudamericano. Un escándalo similar está a punto de estallar en México. China e India, por su parte, anunciaron el desarrollo de programas nacionales a gran escala de contramedidas cibernéticas.

Quinta lección. Rusia sigue siendo objetivo prioritario de las operaciones del ciberespionaje estadounidense. En contraste con las declaraciones públicas, en los documentos secretos de la NSA Moscú se considera un “socio condicional” contra el que se permite poner en práctica medidas extremas.

Asimismo, según un mapa entregado por Edward Snowden al diario británico ‘The Guardian’ que marca toda la red del espionaje extranjero de la NSA con el uso del sistema de vigilancia XKeyscore, uno de los servidores de XKeyscore más grandes se encuentra en la embajada de EE.UU. en Moscú.

Sexta lección. Las principales organizaciones internacionales, entre ellas la ONU y el Organismo Internacional de Energía Atómica (OIEA), son consideradas por EE.UU. como adversarios en la lucha global por el control del planeta, y por lo tanto, también son objeto de su permanente vigilancia, opina el analista Minin.

La NSA mantiene bajo un control total todo lo que sucede en la ONU, obteniendo así importantes beneficios para la diplomacia estadounidense. En las Naciones Unidas, así como en el OIEA y otra serie instituciones internacionales, siempre trabaja un grupo de especialistas de la agencia bajo cobertura diplomática que recopilan y transmiten datos importantes directamente a Washington.

Séptima lección. El control del ciberespacio implementado por EE.UU. no solo tiene el objetivo de recopilar información, sino también de poner en práctica acciones masivas dirigidas a generar un impacto psicológico a una escala sin precedentes y un control de la conducta de los usuarios de la Red global.

El portal concluye que es lógico que con el fin de proteger la seguridad nacional, los estadounidenses actúen del mismo modo que lo han hecho otras potencias de todo el mundo durante siglos. Sin embargo, en sus operaciones EE.UU. superó todos los límites imaginables y creó un ‘monstruo’ que actualmente trata de controlar todo lo que sucede en el planeta.

dimanche, 10 novembre 2013

Syrie-Iran-Arabie : Nouvel ordre mondial

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Syrie-Iran-Arabie : Nouvel ordre mondial
 

Global Research, novembre 04, 2013

Les informations en provenance de mes contacts en Syrie et au Liban confirment mes analyses de géopolitique : le monde bascule dans un nouvel ordre, les pôles de puissance changent entraînant de nouveaux rapports de forces qui s’exercent  sur de nouveaux points d’appui.

Le « pivotement » américain vers l’Asie, s’il est exagéré par certains n’en est pas moins réel. Il implique l’apaisement des tensions au Proche et Moyen-Orient en réglant les crises syrienne et iranienne et en mettant un terme aux affrontements chiites-sunnites instrumentés à des fins stratégiques.

L’Iran retrouvera prochainement sa place géostratégique essentielle dans la région, avec la « modération » dans les relations internationales prônée par le Président Rohani dans son discours aux Nations Unies fin septembre. Plusieurs pays l’ont compris qui cherchent à se rapprocher de Téhéran, comme la Turquie et même le Qatar et l’Arabie.

L’islam politique vit son chant du cygne : ce sont des musulmans sincères qui ont renversé Morsi en Egypte le 30 juin dernier. Les Frères Musulmans, organisation longtemps souterraine dans les états arabes,qui a remporté toutes les élections car elle était la seule structurée depuis longtemps et a disposé de puissants moyens financiers des pays du Golfe,  est l’expression politique de cette idéologie qui proposait de gouverner au nom de la charia. Ils ont prouvé leur incompétence et leur incapacité à répondre aux aspirations des peuples et à gérer des états modernes: la Tunisie les rejette, de même que l’Egypte et le chaos libyen finira par en faire de même. Les musulmans veulent vivre selon leur foi mais entendent être en harmonie avec le « village mondial ». (Expression de René Girard)

Dans les bouleversements politiques et sociaux du monde arabe, les chrétiens qui étaient présents sur ces terres six siècles avant l’islam, ont un rôle essentiel à jouer pour la cohésion sociale des populations et seront un facteur important des réconciliations nationales partout où des drames ont eu lieu. Les rapprochements entre Patriarches orientaux et Imams dans les pays en crise montrent que les appels du Pape François à l’union des fidèles chrétiens et musulmans  répondent à un besoin vital et sont entendus par les populations comme par les dirigeants. Par leurs positions en dehors des rivalités internes aux musulmans, mais profondément patriotes et ancrés dans la vie des pays arabes, ils sont un catalyseur d’harmonie entre les différentes ethnies et confessions de ces pays souvent très composites, notamment la Syrie.

Les islamistes takfiristes restent nombreux, encore soutenus par l’Arabie Séoudite pour les détourner de menacer le royaume des Séoud désormais menacé dans son existence même. Ce sera la tâche la plus ardue d’en finir avec eux après la solution négociée de la crise syrienne. Avec le revirement du Qatar qui cherche à se rapprocher de la Syrie de Bachar el Assad, on assiste à l’isolement des positions séoudiennes et israéliennes. Les deux pays ont d’ailleurs compris qu’ils n’étaient plus les alliés indéfectibles des Etats-Unis qui attendent d’eux des changements de position.

La destruction du stock d’armes chimiques syriennes, constitué pour répondre aux armes de destructions massives israéliennes, notamment nucléaires, biologiques et chimiques, met Tel Aviv en position délicate face aux initiatives pour un PO débarrassé de ces menaces.
L’Arabie est menacée par des dissensions internes à la famille régnante et des irrédentismes qui déboucheraient en une partition possible en trois parties, le nord avec la Jordanie et les Palestiniens, le centre avec  le sud du Yémen de l’Hadramaout à la mer, et l’est chiite et pétrolier.


Le terrorisme islamiste international pourra être éradiqué quand il aura perdu ses commanditaires et soutiens, d’autant plus qu’il représente aux yeux des musulmans sincères un véritable blasphème de l’interprétation du Coran. Simultanément au changement de stratégie américaine dans la région, l’Arabie Séoudite va devoir mettre un terme à sa croisade sunnite contre un axe chiite centré sur l’Iran et appuyé sur l’Iraq, la Syrie et le Liban. Il semble d’ailleurs que la brouille avec les Etats-Unis sur la question syrienne amène la monarchie à revoir ses fondamentaux, comme en attestent des visites récentes en Iran. Son refus d’occuper le siège où elle avait été élue à l’AG de l’ONU est à la fois un signe de son irritation et de sa prise de conscience des nouveaux rapports de force dans la région.

En réalité les Etats-Unis ne font qu’accompagner l’évolution du monde comme Chuck Hagel l’avait annoncé avant même sa prise de fonction de Secrétaire d’état à la Défense (voir PJ).

L’Occident dirigé par l’Amérique a fait croire, grâce à un énorme budget de communication, qu’il représentait le bien et la justice et qu’il avait le soutien de la majorité des peuples pour ses aventures guerrières. Mais lors des menaces de frappes occidentales contre la Syrie fin août-début septembre derniers, qu’en réalité Obama n’avait proférées que pour lâcher du lest aux groupes de pression américains, alors qu’il y était hostile au fond de lui en raison des conséquences catastrophiques qu’elles auraient entraînées, et que son Etat-Major connaissait, cette coalition guerrière « occidentale » ne représentait que 800 millions d’habitants, non consultés d’ailleurs sauf les Britanniques qui s’y étaient opposés, contre les quelques 6 milliards du reste du monde soutenant la Russie et la Chine. On sait les artifices qu’il a utilisés pour retarder la décision et ensuite s’engouffrer dans la proposition russe de destruction du stock d’armes chimiques de la Syrie. Simultanément, cette proposition acceptée avec soulagement entérinait la reconnaissance de Bachar el Assad comme Président d’une Syrie chargée de la faire appliquer jusqu’à son terme.

La réunion de la conférence de Genève II pour régler la crise est désormais inéluctable, quelles que soient les manœuvres de ceux qui y sont hostiles comme l’Arabie, et le plus intelligent est de s’en accommoder.

Les organisations rebelles civiles qui s’y opposent ne représentent que quelques poignées de Syriens déracinés et les militaires, comme les brigades Liwad al Tawhidi, Ahrar al Cham, Souqour al Cham sont des organisations terroristes composées majoritairement d’étrangers qui combattent pour un état islamique mondial et n’ont aucune identité syrienne.  Les forces de l’Armée Syrienne Libre sont devenues insignifiantes ou ont fait allégeance aux djihadistes, quand elles n’ont pas déposé les armes ou rejoint les forces régulières syriennes.

Quant aux Kurdes, l’Armée syrienne leur a donné la responsabilité de tenir leurs régions et ils s’en acquittent au prix de pertes sévères contre les djihadistes mais ils prennent le dessus de plus en plus.

Simultanément le dossier iranien sera également bouclé, peut-être même avant le syrien qui demande du temps pour régler le sort des takfiristes fanatiques qui sévissent sur le terrain. La reconstruction de la Syrie demandera du temps et beaucoup d’argent, de nombreuses infrastructures ayant été détruites. Mais il n’y a pas de solution sans Bachar et les Américains le savent, même si John Kerry est obligé, lui aussi,  de lâcher du lest par des déclarations hostiles ou ambiguës.

Le Liban multiconfessionnel, fragilisé par son voisinage de la Syrie d’où il reçoit plus d’un million de réfugiés de toutes confessions n’a toujours pas de gouvernement pérenne du fait des désaccords attisés par les appuis étrangers des parties prenantes. Cependant les structures étatiques comme l’Armée et la police restent cohérentes et accomplissent leur tâche malgré les difficultés. L’alliance, sans doute majoritaire dans le pays, entre les chrétiens du CPL du général Aoun, le Hezbollah composé principalement de chiites mais pas exclusivement, et le parti Amal de Nabih Berri reste la force politique dominante qui a soutenu le régime en place à Damas Habitués des discussions de diwan pour trouver des compromis, les dirigeants des grandes familles analysent les situations au regard de leurs alliances extérieures et, fins observateurs, ils semblent avoir admis que le régime syrien sortirait vainqueur de la crise et en tirent les conséquences ; le chef druze Walid Joumblatt a récemment apporté son soutien à Nabih Berri pour la formation d’un gouvernement, signe qu’une issue pourrait s’ouvrir, d’autant plus que l’Arabie pourrait la souhaiter aussi et le faire savoir à ses alliés locaux, le chrétien Samir Geagea et le sunnite Saad Hariri.

En l’absence d’état  solide, la fragilité du Liban tient à la présence armée forte du Hezbollah, au nom de la résistance à Israël, simultanément avec celle des milices sunnites présentes officiellement pour certaines ou dans les camps palestiniens, qui en sortent pour combattre en Syrie voisine ou dans la région de Tripoli au Nord, faisant déjà plusieurs dizaines de morts, soldats et civils. Ce mélange est dangereux et pourrait exploser dramatiquement si les djihadistes venaient à quitter la Syrie pour attaquer le Hezbollahau Liban. Des menaces sérieuses sont d’ailleurs annoncées sur la FINUL au Sud contre les soldats occidentaux, dont les Français.

La France a tout intérêt à reprendre langue diplomatiquement avec un régime qui sortira vainqueur d’une crise tragique et à utiliser les liens d’amitié qui demeurent malgré tout entre Syriens et Français, ancrés dans des échanges culturels anciens, en dépit des affrontements qui les ont aussi émaillés.

Elle aurait aussi tout intérêt à se rapprocher de la Russie dont la diplomatie toute en finesse a montré son efficacité. La Russie va marquer des points dans le règlement de ce conflit parce qu’elle a su offrir une porte de sortie honorable à la grande Amérique dans une crise où elle s’était embourbée. Elle défend  ses intérêts stratégiques mais aussi tactiques car de nombreux djihadistes sont des combattants tchétchènes qui se retourneront contre elle s’ils le peuvent.

La Turquie, la Jordanie, l’Arabie Séoudite seront les perdants à divers égards du règlement de la crise, de même qu’Israël. Sans doute ces états sauront-ils trouver une nouvelle posture pour limiter les dégâts avec opportunisme et s’adapter aux nouveaux équilibres du monde. Il faut s’attendre que la Chine nouera ou développera des liens avec les pays de la région, elle qui propose des investissements en échange de la fourniture de l’énergie dont elle a besoin pour sa croissance toujours forte.

Alain Corvez

Le colonel Alain Corvez est Conseiller en stratégie internationale.

samedi, 09 novembre 2013

Révolte de « bonnets rouges » bretons : la vraie cause

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Révolte de « bonnets rouges » bretons : la vraie cause

par Guillaume Faye

Ex: http://www.gfaye.com

La révolte des Bretons contre l’écotaxe (un impôt de plus parmi les milliers que comporte le Code le plus kafkaïen de la planète) est emblématique : toutes les professions réunies, agroalimentaires, pêche , agriculture ; les patrons et les employés, tous ligués contre l’État français spoliateur (on est loin du stupide schéma cégétiste et ”mélanchonien” de lutte des classes, des salauds de patrons capitalistes qui licencient pour maximiser leurs profits). La cause apparente, c’est la disparition progressive du tissu industriel des PME bretonnes, les difficultés des marins pêcheurs, la disparition des exploitations agricoles. Mais quelle est la vraie cause de ce naufrage, qui touche d’ailleurs toutes les autres régions de France ? 

Voyons voir…Les cyniques allemands qui font du dumping social, par exemple en refusant le salaire minimum et qui emploient à 5 € de l’heure  des travailleurs issus des pays de l’Est ?  Oui, mais comment se fait-il que seule la France soit victime de cette concurrence allemande ? C’est peut-être aussi la mondialisation et le libre-échangisme ? Ou les réglementations de la technocratie européenne ? Toutes ces raisons sont partiellement valables. Mais on oublie la cause principale des délocalisations, des fermetures d’usines et de PME, des licenciements, des absences d’embauches, en Bretagne notamment et ailleurs aussi : le fiscalisme délirant de l’État français bureaucratique.  Ce dernier, pourtant animé de bons sentiments ”socialistes” et redistributifs, voire écologistes, mène une politique objectivement anti-sociale dans ses résultats. Comment ? En étranglant les entreprises privées (des TPE aux filiales des groupes internationaux en passant par les PME) par les taxes et le harcèlement administratif. Ce qui tue leur compétitivité, les empêche de vendre, d’investir, d’innover et, évidemment, d’embaucher.

Le président de la FDSEA du Finistère, Thierry Merret, déclarait le 3  novembre, en marge de la révolte des « bonnets rouges » : « l’urgence, c’est de lever les contraintes fiscales, administratives, environnementales qui pèsent sur l’économie et empêchent les chefs d’entreprise, qu’ils soient agriculteurs, artisans ou dirigeants de PME  de travailler ou d’investir ». La cause première des faillites, des fermetures d’usine, des licenciements, ce n’est pas la ”crise”, ni la mondialisation, ni l’Europe ni la méchante Allemagne, c’est l’État-Providence français qui ponctionne, taxe, et qui, au lieu d’aider les entreprises créatrices d’emplois, est, en toute bonne conscience, leur pire ennemi. Bien pire que leurs concurrents.

Il ne s’agit pas d’être contre l’État ou de céder aux excès de l’idéologie libertarienne. Mais l’État français actuel a perdu son rôle d’initiateur, au sens gaullien ou…américain du terme : aider l’économie nationale et non pas la racketter. L’État français est aujourd’hui dirigé par une caste pléthorique de mandarins et de fonctionnaires qui n’ont jamais fait le lien mental entre leur salaire garanti à vie et la productivité de leur travail, imprégnés (même à droite, sans le savoir) par une vulgate socialiste qui enchante et fait rire tout le monde, même les ”communistes” chinois . Cette caste étatico-politique française (y compris chez les élus comme chez les apparatchiks des partis et des cabinets ministériels) ignore le fonctionnement d’une entreprise et n’a pas reçu de formation économique sérieuse. Elle n’est pas méchante, elle est ignorante et naïve.

La révolte des Bretons contre cet État français qui perd les pédales a puisé une certaine force dans l’identité bretonne (la vraie, pas celle des gauchistes), ce qui n’est pas le cas dans d’autres régions. Bien sûr, au départ, la rébellion est économique. Mais les Bretons doivent se poser la question suivante : à qui va l’argent que leur ponctionne l’État français ? 

L’OCCIDENT MET LA MAIN SUR L’EAU

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L’OCCIDENT MET LA MAIN SUR L’EAU
Le grand enjeu du XXIème siècle


Auran Derien
Ex: http://metamag.fr

Parmi les produits fondamentaux pour la vie humaine on trouve l’eau, bien collectif pour les groupes humains, mais les congrégations multinationales la commercialisent désormais. Cette privatisation de l’eau est susceptible de servir de détonateur à des conflits entre groupes multinationaux et populations autochtones, puisque l’eau de qualité est de plus en plus difficile à obtenir. La chaîne allemande de télévision DW a produit un reportage dans lequel est exposé comment trois entreprises commercialisent 70% de l’eau qui se vend sur la planète. Le groupe Nestlé - puis Coca Cola et Pepsi Cola - est propriétaire de 73 marques et il en résulte à la fois une destruction de la qualité des eaux thermales lorsque le groupe a pu s’approprier l’exploitation de celles-ci et une spoliation de la population chaque fois que des accords ont été passés avec les politiciens locaux pour que le groupe Nestlé utilise l’eau déjà traitée par le pays. 

Un débat sans fin

 
Deux positions prétendent synthétiser les attitudes possibles à l’égard des droits de consommation et d’usage de ce produit indispensable. Certains Etats et des ONG affirment qu’il s’agit d’un bien public auquel chacun doit accéder ; le secteur “privé” considère qu’un produit alimentaire comme l’eau n’a rien qui justifie une modalité d’administration publique. Si des individus ne peuvent la payer, il appartient à l’Etat dont ils dépendent de prendre les mesures nécessaires. 

De temps à autre, on arrive à entendre la voix de Maude BARLOW, la spécialiste mondialement reconnue du thème, auteur du livre “l’or bleu”. Elle explique que les quelques entreprises qui ont accaparé le marché de l’eau se retrouvent dans plus de cent pays et dominent 70 % du marché. Elles utilisent pour arriver à leurs fins une méthode bien huilée. D’abord, elles demandent une concession et, en échange, fournissent prébendes, gratifications et soultes aux décideurs qui ont donné cette autorisation. Puis les prix augmentent car chaque activité est soumise à une tarification spéciale : la distribution, la purification, etc., Tout processus est calculé et justifie une hausse. Comme il est fréquent que des pays n’aient pas la technologie dont disposent ces multinationales, le discours en faveur de la privatisation - et des prix de pillage - en est facilité.
 
Le fait que des zones entières manquent d’eau ou en nécessitent pour l’agriculture justifie des évolutions comme le transport par tankers, soit dans des cuves soit dans des sacs plastiques gigantesques. On envisage cette dernière solution pour déplacer par remorquage de grandes quantités d’eau depuis le lieu d’origine jusqu’au pays de destination. Il y a aussi les nouvelles constructions d’aqueducs  prévues par exemple à partir des Alpes pour l’Europe ou vers la Californie,aux Etats-Unis.

Il y a quelques années, à l’époque où le FMI avait à sa tête le français Camdessus, qui fut aussi un bon serviteur des néantologues mondialistes, il fut mis en avant le principe de la désalinisation de l’eau de mer. Mais le coût en limite la pratique à quelques pays aux revenus pétroliers plantureux. Les multinationales comme Nestlé, Coca-Cola, Pepsi-Cola, … préfèrent vider les nappes phréatiques que les techniques actuelles ont détectées. Un exemple très significatif se trouve en Amérique Latine avec la “quadruple frontière”.

Le cas de la quadruple frontière 

 
La nappe phréatique “Guaraní”, dans le sous-sol de l’Argentine, du Brésil, du Paraguay et de l’Uruguay est une justification à la présence de militaires étrangers qui disposent de bases, comme celle des USA au Paraguay, lieu où s’entraînent aussi des commandos aux fonctions douteuses. Il a déjà été évoqué, dans les années écoulées, la possibilité de transporter l’eau de cette réserve vers des pays demandeurs en utilisant les voies des fleuves Parana et Paraguay. Cela est susceptible de démarrer à n’importe quel moment car la corruption est aussi facile à mener à bien là-bas qu’ici.
 
L’été dernier, entre le 1 juillet et le 31 août, l’armée du Paraguay et les forces américaines ont mené de concert des exercices, dans la zone du “Chaco Paraguayo”, connue pour être un terrain très inhospitalier. Les trompettes de la propagande assurent que l’empathie et la camaraderie entre les militaires des Etats-Unis et du Paraguay est parfaite, aussi parfaite que l’était celle qui régnait en 1960 entre les pays bolchéviques et leur grand frère.  L’astuce, quoique grossière, continue à s’utiliser avec succès : nous sommes tous camarades et le pouvoir infâme aime tout le monde, à condition d’être son esclave obéissant. 

Depuis le 5 mai 2005, le Paraguay a autorisé le gang des néantologues à s’installer de manière permanente dans le pays. Les étatsuniens entrent et sortent sans contrôle, avec toutes les cochonneries qu’ils veulent, sous forme d’armes et autres...Ils ne sont responsables de rien vis à vis de la population ou du milieu ambiant. Leur base militaire est établie dans la province de Boqueronen à l’Ouest du Paraguay, soit à 250 Km de la Bolivie et proche de l’Argentine. Elle est dotée d’une piste d’atterrissage pour les avions B52 et autres Galaxie. De là, elle surveille les réserves de gaz et de pétrole de la Bolivie, puis la réserve d’eau douce, seconde en importance sur la planète, la nappe Guarani.

Les Israéliens aussi

Le Président Horacio Cartes est protégé par 5 gardes du corps israéliens, auxquels il conviendrait d’ajouter ceux qui veillent sur ses filles, sa femme, sa mère, etc., lesquels profitent de leur position pour inviter des coreligionnaires à arpenter le pays et ses frontières, afin de connaître et combattre l’Armée du Peuple Paraguayen. D’un bout à l’autre de l’Occident, les mensonges se ressemblent. Cette Armée du Peuple n’existe que dans l’imagination de ceux qui en ont besoin pour camoufler leurs infamies. Elle justifie une militarisation du pays et surtout la mise sous tutelle israélienne des ressources en eau. La nappe Guarani n’est pas une ressource pour les populations, mais un butin que les pillards de la planète veulent s’approprier.

Tout prendre, tout contrôler

 
La spécialiste de la question de l’eau en Argentine, Elsa Bruzzone, a rappelé qu’en 2004, le Pentagone avait adressé un rapport au gouvernement des Etats-Unis pour proposer de prendre le contrôle militaire des ressources en eau de la planète. Le rapport s’appuyait sur l’analyse des experts de l’ONU affirmant qu’entre 2020 et 2030, 90% de la population n’aura plus accès à une eau vraiment saine. Laissera-t-on piller l’eau de la réserve Guarani et organiser le contrôle de l’accès à l’eau un peu potable à travers quelques congrégations multinationales.
 
Comment tolérer cette infamie?

vendredi, 08 novembre 2013

Die Annäherung zwischen den USA und Iran: die Entwicklung einer neuen geopolitischen Lage?

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Die Annäherung zwischen den USA und Iran: die Entwicklung einer neuen geopolitischen Lage?

von Prof. Dr. Albert A. Stahel, Institut für Strategische Studien, Wädenswil

Ex: http://www.zeit-fragen.ch

Vor wenigen Wochen haben kurz vor dem Rückflug des iranischen Präsidenten nach Teheran Rouhani und Obama miteinander telefoniert. Beinahe gleichzeitig fand auch ein Treffen zwischen dem amerikanischen und dem iranischen Aussenminister statt. Zum ersten Mal seit der Besetzung der US-Botschaft in Teheran 1979 hat damit wieder eine direkte Begegnung zwischen den beiden Staaten stattgefunden. Obwohl das Treffen wie auch das Telefongespräch nur ein erster Schritt zu einer Normalisierung der Beziehungen zwischen den USA und Iran sein kann, könnte sich daraus eine neue geopolitische Lage im Mittleren Osten entwickeln.


Die Annäherung ist für beide Staaten zum gegenwärtigen Zeitpunkt notwendig und sinnvoll. Während die Wirtschaft Irans unter den Sanktionen leidet, wollen die USA ihre Präsenz im Mittleren Osten aus zwei Gründen reduzieren. Erstens wollen sie ihre Alliierten mit ihren Machtmitteln und mit ihrer Seemacht im westlichen Pazifik vermehrt bei der Eindämmung von China unterstützen und damit ihren neuen Rivalen in Schach halten. Zweitens müssen sie aus Gründen ihrer wirtschaftlichen und finanziellen Schwäche die Überdehnung ihrer Machtmittel dringend reduzieren. Eine gleichzeitige Präsenz in zwei Regionen können sich die USA nicht mehr leisten. Die Annäherung an Iran erfolgt deshalb zur richtigen Zeit und ist auch von der Obama-Administration in der letzten Zeit gefördert worden. Auch die Ayatollahs in Teheran dürften die Kontakte von Rouhani unterstützen. Wenn Revolutionsführer Khamenei öffentlich vor einer überhasteten Annäherung an die USA warnt, so ist dies als Beruhigung der Konservativen in Teheran zu verstehen. Rouhani hat mit Sicherheit seine Aktion mit Khamenei abgesprochen.


Zu welchen Folgen und Auswirkungen könnte eine Annäherung zwischen Iran und den USA führen? Zunächst einmal werden die USA schrittweise die Sanktionen und das Embargo gegenüber der iranischen Volkswirtschaft reduzieren müssen. Mit dieser Reduzierung dürfte auch die Aufnahme direkter diplomatischer Beziehungen einhergehen. Mittelfristig wird Teheran sein nukleares Programm der engen Kontrolle der Internationalen Energieagentur unterwerfen müssen. Im Gegenzug werden die USA die zivile Nutzung der Kernenergie durch Iran akzeptieren. Langfristig werden die USA nur schon wegen der Reduzierung ihrer Verpflichtungen im Mittleren Osten auch die iranische Vorherrschaft im Persischen Golf akzeptieren. Dies bedeutet, dass die Vereinigten Staaten das neue geopolitische Einflussgebiet Teherans, das sich auf Grund der verfehlten Intervention der Bush-Administration im Irak entwickelt, anerkennen werden. Dieses Einflussgebiet könnte sich nach dem Abzug der USA aus Afghanistan 2014 von Afghanistan bis einschliesslich Libanon erstrecken. Die Partnerschaft mit Iran wäre für die USA auch eine willkommene Eindämmung und Bekämpfung der sunnitischen Salafisten in Afghanistan, Pakistan und Syrien. In Syrien werden die Iraner im Gegenzug dem Ersatz von Assad durch einen anderen Alawiten zustimmen müssen.


Das eigentliche Opfer dieser geopolitischen Neuorientierung wird Saudi-Arabien sein. Die Zukunft des Königreichs, das bis anhin sehr aktiv die sunnitischen Extremisten weltweit unterstützt hat, könnte in Frage gestellt sein. Was Israel betrifft, so werden die USA weiterhin die Sicherheit des jüdischen Staates garantieren, allerdings ohne sich den Launen der jeweiligen Regierungen in Jerusalem unterwerfen zu wollen. Die Zeiten, in denen die USA im Mittleren Osten geopolitisch in israelischer Geiselhaft waren, dürften vorbei sein.
Die ersten Schritte der Obama-Administration zur Annäherung an Iran sind zu begrüssen. Sie waren dringend notwendig. Die Perser sind nur schon auf Grund der geostrategischen Lage Irans der natürliche Verbündete der USA in der Region.    •

jeudi, 07 novembre 2013

Conférence de Renaud Camus

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Le « Cercle Bourguignon » organise une nouvelle conférence sur le thème « Le Grand Remplacement », par Renaud CAMUS (www.renaud-camus.net).

Renaud CAMUS est écrivain et Président de NON au Changement de Peuple et de Civilisation.

La conférence aura lieu le vendredi 22 novembre 2013 à 20h.

La conférence commencera à 20h précises.

Si vous souhaitez assister à la conférence, merci de régler la PAF de 6€ avant la conférence (ou de 7€ par Weezevent pour compenser les frais de commission).

Ce règlement en amont nous permet de ne pas perdre de temps à l'entrée pour l'encaissement et ainsi faciliter l'organisation et la bonne tenue de la conférence.

Pour cela plusieurs moyens de paiement ont été mis en place :

  1. envoyer un chèque de 6€ à l’ordre du Cercle Bourguignon à l’adresse suivante :

Le Cercle Bourguignon - BP 50428 - 59337 Tourcoing Cedex

  1. en passant par Paypal (6€) en indiquant notre adresse mail : cerclebourguignon@gmail.com
  1. par virement bancaire : Le Cercle Bourguignon

IBAN FR76 3007 6029 2431 7116 0020 012

BIC NORDFRPP

  1. par carte bancaire (7€). Pour cela, merci de vous rendre sur : http://www.weezevent.com/conference-de-renaud-camus-sur-le-grand-remplacement

Ensuite, suivez les instructions afin de pouvoir payer en Carte Bleue.

A réception, vous recevrez le carton d’invitation par mail, vous indiquant le lieu de la conférence et le plan pour y accéder, la veille de la conférence.

N’hésitez pas à en parler autour de vous et à ne pas venir seul !

Votre réponse est souhaitée le plus tôt possible.

Si vous ne pouvez pas venir, merci également de m’en informer, ce qui m’évitera de ne pas vous relancer inutilement.

Dans l’attente de vos nouvelles.

Courtoises salutations,

Nicolas pour « Le Cercle Bourguignon »

P.S : ci-joint et ci-dessous le flyer d’invitation

 

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Le Cercle Bourguignon

BP 50428

59337 Tourcoing Cedex