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mercredi, 09 février 2011

Belgien = Griechenland 2.0 ?

Belgien = Griechenland 2.0?

Michael Grandt

Während alle europäischen Politiker gebannt auf die Krisen in Irland und Griechenland blicken, bahnt sich in unserem Nachbarland Belgien bereits das nächste Unheil an.

Mehr: http://info.kopp-verlag.de/hintergruende/europa/michael-g...

Niederlande rüsten von Windenergie auf Kernkraft um

Niederlande rüsten von Windenergie auf Kernkraft um

Udo Ulfkotte


Die Niederlande gelten als die Erfinder umweltfreundlicher Windenergie. Sie haben nun einmal genauer nachgerechnet – und setzen künftig auf Kernkraft. Und zwar aus Gründen des Umweltschutzes.

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Arnaud Gouillon: la république française est-elle compatible avec l'identité française?

Arnaud Gouillon : la république française est-elle compatible avec l’identité française ?

Tribune libre d’Arnaud Gouillon, candidat identitaire à l’élection présidentielle de 2012 (www.arnaud-gouillon2012.com [1]).

[Tribune libre] Arnaud Gouillon : la république française est-elle compatible avec l’identité française ?La République est un système de gouvernement, une forme d’organisation politique. Notre pays en a connu d’autres : Empire, féodalité, monarchie absolue, monarchie constitutionnelle, consulat… Et il n’est pas exclu que d’autres formes apparaissent demain. La République, elle-même, n’est pas un bloc. Il existe ou a existé dans le monde de nombreuses formes de république. Il en a existé cinq en France, avec des Constitutions parfois très différentes. Cependant, il convient de distinguer la république, système de gouvernement, de la république, concept politique construisant une idéologie à vocation totalitaire. C’est le cas en France où l’idéologie « républicaine » apparue en 1789 n’a de « républicain » que le nom et sert, en fait, à masquer la destruction méthodique, au XIXème siècle des identités régionales, et, depuis 40 ans, de l’identité nationale.

La République n’est donc pas la France et la France ne saurait être réduite à la République. Notre pays (France) et notre peuple (français) existaient avant 1789, existent toujours aujourd’hui alors même que la République a investi la France en lui imposant ses symboles, ses valeurs et son hymne, et existera à l’avenir quoi qu’il advienne de notre système républicain.

La République définit le peuple français comme un « corps d’associés » (Sieyès), une « communauté civique » ouverte « à tous les hommes de la terre » (St Just) liés par des valeurs « universelles ». C’est ce préjugé sur la nature du peuple français qui fait de l’outil républicain une machine à fabriquer des Français de papiers. Car Français de papiers nous le sommes tous ! La République a enlevé la connotation identitaire au mot « Français » pour en faire une catégorie administrative. Dès lors, tout le monde peut se dire « Français ». Or, le nom sert à distinguer les réalités. Ce qui n’est pas distinct n’est pas nommé, et ce qui n’est pas nommé n’existe pas. En perdant notre nom, nous avons perdu notre capacité à nous distinguer et à exister. Le « peuple français » est alors identifié à la communauté civique, somme des administrés par la république.

Nous devons marquer une différence très claire entre la communauté civique et le peuple français. La communauté civique est composée de tous les Français de papiers (c’est-à-dire qui possèdent une carte d’ « identité »), peuple autochtone inclus. Le peuple français est quant à lui composé d’autochtones, c’est-à-dire d’Européens de culture et d’expression française. La communauté civique est donc une société Frankenstein créée à partir de peuples étrangers les uns aux autres, que la République tente vainement de fondre ensemble en invoquant les « valeurs républicaines ». Or, ces valeurs ont été rejetées hier par les peuples colonisés, et le sont aujourd’hui par leurs descendants de cités. Les Identitaires ont conscience que le peuple français est une partie, non la totalité, de cette communauté civique en déliquescence, et ne se résolvent pas à le voir disparaître avec elle.

L’idée de considérer politiquement et juridiquement les citoyens comme des « individus sans particularités » (Debray), est une aberration intellectuelle réductionniste qui ne tient pas devant la réalité et la complexité de l’humain. L’Histoire nous apprend que les Identités et les Appartenances finissent toujours par s’imposer. C’est au politique et au juridique de s’adapter à la réalité et non l’inverse. Nous Identitaires, pensons donc qu’il est indispensable d’anticiper ce mouvement afin de ne pas le subir. Il est nécessaire de faire valoir notre identité propre ainsi que nos spécificités en créant une nouvelle république, débarrassée de l’idéologie républicaine des siècles passés, qui ne sera plus un creuset dans lequel viendront mourir les peuples, et au premier chef le nôtre, mais, au contraire, un cadre politique permettant l’existence et la souveraineté du peuple autochtone.

Arnaud Gouillon
Candidat identitaire à l’élection présidentielle de 2012

Article printed from :: Novopress.info France: http://fr.novopress.info

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[1] www.arnaud-gouillon2012.com: http://www.arnaud-gouillon2012.com/


Erdogans Griff nach der Weltmacht - das Ende aller Integrationsträume

Erdogans Griff nach der Weltmacht - das Ende aller Integrationsträume


mardi, 08 février 2011

Facing Terror- The Russian Future


Facing Terror

The Russian Future

by Mark Hackard

Ex: http://www.alternativeright.com/

russianterror.jpgThe January 24th terrorist bombing at Domodedovo Airport in Moscow serves as a reminder of why Russia throughout its history has dwelt in a state of mobilization. The vast spaces of the Eurasian heartland have concealed a wide array of adversaries, from Poland’s Winged Hussars and the Grande Armée to Turkic nomads and rebellious Caucasian mountaineers. War is a reality that manifests itself here with depressing regularity, and it has been firmly impressed in the Russian historical memory. From fields of battle to the dark recesses of the soul, Russia more than other cultures is defined by struggle.

And so the carnage persists into our brave new twenty-first century; this time a suicide bomber killed 35 innocents during the hours of Monday-morning travel. The attack was most likely carried out by a cell of the Caucasus Emirate, a jihadist umbrella organization. It was calculated to further destabilize the republics of the North Caucasus and possibly drive inter-ethnic tensions in Russia’s major cities to a breaking point. Retribution, as Prime Minister Vladimir Putin remarked, will be inevitable. But in calibrating a response, the Kremlin is placed in an extraordinarily difficult position, as it must attend to a situation that could quickly spin out of control.


The North Caucasus is a region of high strategic value for Russia- oil transits there from the Caspian to the Black Sea, and holding it allows Moscow to anchor its southern flank. Georgia and Azerbaijan can be kept in line, and Russian power projected into the Middle East. Yet for all these advantages, the provinces of Dagestan, Kabardino-Balkaria and Karachai-Circassia, not to mention Chechnya and Ingushetia, are not simply poor and undeveloped; they are systemically unstable.


Two centuries of intermittent warfare have resulted from the mountaineers’ refusal to submit to Russian dominion, and the nature of the contest has changed little. Clan societies with the enduring custom of blood-feud and criminality as the national pastime can hardly be expected to integrate into whatever model of civil order technocrats in Moscow might have planned. Mountain tribes the world over are known both for their defiance and noble savagery, and those of the Caucasus maintain legendary status in this regard thanks to Mikhail Lermontov and Lev Tolstoy.

After the Second Chechen war wound down, considerable funds have been devoted to reconstruction and economic development across the region. Lower-level bloodshed spread from Chechnya into neighboring republics over the decade, and led to counterinsurgency operations against multiplying terror cells. If the North Caucasus could never be permanently pacified, perhaps it could be bought off. President Dmitry Medvedev has pushed forward with this strategy, appointing a financial expert as his plenipotentiary there. Yet massive funds from the federal budget have done little to change socio-economic conditions. The clans that maintain power dominate what might exist of the local industries and often use the money from Moscow for their own purposes. Even more than in other parts of Russia, corruption is endemic.

When one factors in the growing population among Caucasian Muslims, young men in impoverished cities like Nalchik and Khasavyurt have little opportunity for advancement. They might end up in Moscow as migrant laborers (or engaged in various criminal enterprises), or they could join the local Wahabbi jaamat (Islamic association) and with it the terrorist underground. In either case there is an expanding potential for chaos. Moscow’s Muslim population nears two million, with increasing numbers from the south and Central Asia. Reserves of Russian good will are depleted in the face of displays of Islamic power, habitual violence, and generally aggressive behavior. The Caucasus Emirate is looking to capitalize on events such as the December murder of Russian Yegor Sviridov to ignite interethnic war and push the country over the edge.

Militants have the resources needed to play out their gambit. They possess cash siphoned from crime and corruption, weaponry drawn from government arsenals, and radicalized volunteers with a deep hatred of Russia. And due to the particularities of culture as well as Mohammedan ethical standards, buying off the tribes will come to naught. Presidential advisors like Igor Yurgens and Arkadii Dvorkovich are but liberal social engineers who see the world through an exclusively materialist prism. Their vision of society, a Russia westernized and decadent, can only evoke the contempt of enemies. The Eurasianist Aleksandr Bovdunov writes:

The main allies of the Wahabbis today are the inactivity of the central government, lawlessness in the regions, and Russian national television. So a young Caucasian should love this, respect this? Our Russia [a comedy sketch show], Urgant [an MTV-style television personality], Tsekalo [a producer of musicals], and the iPad- are these your values, Mr. Medvedev? Are these your aspirations, Mr. Dvorkovich? Is all this what is worth living and dying for? If not, then why are you surprised that against such a system of values where deceit and shamelessness are honored and elevated as norms, where the scammer and the prostitute are ideals and examples for the rising generation, these men carry out unrelenting struggle? What is Russia for them?

And what is Russia for ethnic Russians? Never will they gain the affection of the mountaineers, but they could win respect. To do so, the Russian nation must reassert control over its own cultural destiny and act against the liberal forces that corrode, subvert and destroy tradition in the name of the Open Society. Only then might Russia confront separatism and the Islamic challenge, on its own terms and without falling to provocations. In geopolitics as in other matters, beasts of prey are not moved to pity; they can only be defeated through the will to resistance and renewal.

The most profound terror Russia faces is in the premonition of its own death. The effects of the Soviet experiment and its collapse still reverberate today, having brought the Eastern Slavs to the brink of oblivion. Time operates against the Russian people; they face the harsh realities of declining demographics and are scourged by alcoholism, abortion and HIV. Every year 30,000 die from heroin addiction, a phenomenon equivalent to losses in a major regional war. The Kremlin has restored much of its influence in the former Soviet space, but the state can ultimately do little without a spiritual resurgence from Russians themselves.

Wherever doctrines of progress pervade the minds of men, despair and nihilism prevail in their hearts. Modern civilization forsakes God and enshrines self-worship; it proclaims mastery over nature even at its moment of implosion. How frivolous and wretched are the attempts to build a workers’ paradise, or a global society of free and equal consumers, under the shadow of omnipotent death? To stand against desolation and to conquer calls for nothing less than supernatural grace, that the fight for existence might be sanctified. Action in the face of catastrophe only affirms what was revealed in Christ’s path from Golgotha to the Resurrection: Love is stronger than death, and the lives of men and nations attain their full meaning in eternity.

Globalist elites will look on with satisfaction if Russia is eviscerated by plundering oligarchs, jihadists and secular anti-culture before moving in for the kill. Meanwhile Russians are supposed to congratulate themselves on their tolerance and rejoice in disintegration. Yet as Fedor Dostoevsky foresaw, this great Slavic tribe must not perish with the atheistic West, but survive and save it under the sign of the cross. And as our age grows darker, may Russia be a light from the East.

Mark Hackard

Mark Hackard

Mark Hackard has a a BA in Russian from Georgetown University and an MA in Russian, East European, and Eurasian Studies from Stanford University.

La société civile: de l'état libéral à la gouvernance réactionnaire

La société civile : de l’état libéral à la gouvernance réactionnaire

Ex: http://www.mecanopolis.org/

Une société libérale réfute théoriquement l’idée d’une surcharge juridique, l’Etat se place donc en retrait de tout interventionnisme dans les champs de l’individualité. Il s’agit d’un modèle de société qui, en théorie, n’est pas gouvernée par une autorité morale, et dont les principes traditionnels sont pour la plupart devenus de simples pièces de la mosaïque des subjectivités. Mais à la tradition, s’est en réalité substitué un ordre moral, dont l’exercice provient désormais d’une autorité anti-traditionnelle : la classe dirigeante. Cette dernière détient son pouvoir grâce à l’appui d’une entreprise globale de manipulation: pas de médias indépendants, des processus électoraux manipulés ou absents, et une frontière poreuse entre le privé et la classe dirigeante.


La morale quant à elle est réservée à ce qui est en dehors de l’état, au non-gouvernemental, soit à la société civile. Bien que les instances religieuses y soient représentées conformément à la loi de 1905, leurs influences restent mineures. Car la société civile est avant tout le foyer des associations, des lobbys, et des think-tanks, qui selon l’organisme auquel ils s’adressent, peuvent avoir un degré d’influence différent. Mais pour y parvenir, il leur faut être reconnu en tant qu’organisme de la société civile (OSC), et obtenir un statut de la part de la classe dirigeante. La morale provient donc d’un appareil qui est à l’initiative du pouvoir et ce dernier organise l’écoute des revendications de l’ “appareil moral ».

Comme le disait Foucault : « la société civile, ce n’est pas une réalité première et immédiate […], c’est quelque chose qui fait partie de la technologie gouvernementale moderne« . En effet, il s’agit avant tout d’un outil de régulation de l’opinion qui sert des intérêts précis et temporels. En utilisant la morale et donc en s’octroyant le droit de déterminer ce qui est juste, la société civile permet à la classe dirigeante d’élargir son champ de possibilités. Par conséquent la promotion de causes présentées comme justes par la sphère extra-étatique, permet d’acquérir par avance l’aval du peuple.

La société civile est par ailleurs moins hétérogène que ce qu’on peut en penser au premier abord. En effet, il existe des causes pour lesquelles l’extrême majorité des associations, think-tanks, etc. s’accordent sans le moindre problème. Ces accords peuvent parfois surprendre comme dans le cas du Centre d’Étude et de Prospection Stratégique (CEPS). Le CEPS est une ONG dotée du statut participatif au Conseil de l’Europe. Elle fonctionne essentiellement à travers ses clubs de réflexions, sur le modèle suivant:  « Nous adoptons les « Chatham house rules », c’est-à-dire que nous avons tous le droit de reprendre des idées exprimées pendant ces rencontres, mais ne devons jamais communiquer d’informations sur l’auteur des propos, ni sur le lieu où ils ont été tenus. Ces rencontres sont exclusivement destinées aux membres du club, lesquels font tous l’objet d’une cooptation. » Parmi les partenaires et animateurs du CEPS, on trouve : SOS-Racisme; l’OTAN; Areva; JP Morgan; Endemol, EADS, La Croix Rouge, L’OCDE, L’Institut Robert Schuman pour l’Europe, etc. On pourrait se demander quel intérêt commun officiel ces organismes partagent-ils. Mais il est évident que la réponse réside dans l’existence même de la société civile et de son homogénéité effective.

Dans cette mesure, il est tout à fait logique que la société civile et la classe dirigeante ne fassent qu’un. Un des buts recherchés étant de parvenir à une morale qui soutient la doctrine de la globalisation libéral: en instaurant un tas d’organismes réactionnaires, en soutenant l’émergence de structures supra-étatiques et en organisant la tenue d’un monde organisé autour du Conseil de Sécurité des Nations Unies. Tout ce qui n’entre pas dans ce cadre est immédiatement considéré comme irrecevable car en-dehors du consentement global. Il s’agit donc, pour la société civile, d’installer une instance réactionnaire d’une part, et de soutenir l’action de la classe dirigeante d’autre part. Pour conclure, le décryptage du rôle de la société civile incite à se référer à la théorie de Tittytainment de Zbigniew Brzezinski : la volonté de construire une lente dépolitisation de l’humanité, en procédant en premier lieu par la construction d’une morale qui va manifestement à l’encontre de l’humanité.

Julien Teil, pour Mecanopolis [2]

Notes :

[1] FOUCAULT Michel, Naissance de la Biopolitique, Cours au Collège de France, 1978-1979,
Paris : Gallimard/Seuil, 2004, p.300

[1] http://www.ceps.asso.fr/Nos-actions/Les-Clubs [3]

[1] http://www.ceps.asso.fr/Le-CEPS/Nos-partenaires [4]


Article printed from Mecanopolis: http://www.mecanopolis.org

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[1] Image: http://www.mecanopolis.org/wp-content/uploads/2010/12/barcode.png

[2] Mecanopolis: http://www.mecanopolis.org

[3] http://www.ceps.asso.fr/Nos-actions/Les-Clubs: http://www.ceps.asso.fr/Nos-actions/Les-Clubs

[4] http://www.ceps.asso.fr/Le-CEPS/Nos-partenaires: http://www.ceps.asso.fr/Le-CEPS/Nos-partenaires

Michel Drac: entretien avec E&R-Bretagne

Michel Drac, entretien avec E&R Bretagne

 Ex: http://www.scriptoblog.com/

Les ouvrages du Retour Aux Sources font la part belle aux méthodes d’organisation et d'action  pensées par la gauche radicale (TAZ d’Hakim Bey, théorie des multitudes de Négri, éco-villages, …).

drac3.gifCroyez-vous la droite anti-libérale incapable de produire des idées pertinentes et des outils opérationnels adaptés à notre époque en crise ?

La droite anti-libérale a de toute évidence un problème pour se penser en rupture avec le Système. Ceci peut paraître curieux, dans la mesure où elle est objectivement plus étrangère au Système que n’importe quelle autre tendance politique. Mais au fond, c’est logique : pour se penser en rupture avec le Système, il faudrait que la droite anti-libérale conceptualise une rupture au sein du concept général de « droite », car une partie de la « droite » est dans le Système. Or, la droite anti-libérale, prisonnière de l’illusion d’un continuum de la « droite », ne parvient pas à penser cette rupture.

Ici, il faut bien dire que les logiques de classe ont tendance à prendre le pas sur les logiques purement politiques : il y a toujours un moment où le bon bourgeois anti-libéral est renvoyé à ses contradictions : comment être un bourgeois anti-libéral, aujourd’hui ?

Bref, je ne crois pas que la droite anti-libérale soit incapable de produire des idées pertinentes. Je constate en revanche qu’elle a du mal à les concrétiser, et même à les amener au stade du programme, du plan d’action. La droite anti-libérale est une sensibilité qui ne peut pas s’organiser.


Penser restaurer le système, l'aider à s'auto-corriger ou lutter pour le réformer (comme le font les réactionnaires, par exemple) n'aura pour résultat que de retarder la fin du Cycle et le début du suivant, selon vous. Quel peut donc être le rôle à jouer et la voie à suivre par des hommes différenciés en cette fin de Kali-Yuga? Cultiver une conscience politique propre à la formation d'une élite capable d'encadrer une (hypothétique et future) révolte des masses? Montrer l'exemple en se plaçant en dehors du jeu (retraite physique, élévation individuelle)? Ou combiner les deux?

L’économie occidentale contemporaine n’est pas réformable. C’est une énorme machine hypersophistiquée, une bonne partie des pièces s’est mise à fonctionner sans souci de l’ensemble, on a perdu le cahier de maintenance, et pour tout arranger, le pilote de machine est sourd, fou et ivre mort. La seule chose à faire, c’est d’attendre que le moteur explose, en se protégeant autant que possible contre les projections ! La priorité pour des hommes différenciés, comme vous dites, c’est de se préparer à se sauver eux-mêmes, alors que nous allons vers une période très, très dure.

Au demeurant, je pense que ce travail, s’il est conduit à termes, portera des fruits au-delà de son objectif immédiat. Au fond, si nous nous organisons pour nous en tirer le mieux possible, nous produisons simultanément et spontanément un modèle que d’autres voudront imiter. Paradoxalement, penser un égoïsme collectif, dans le contexte actuel, c’est aussi une manière d’aider tous ceux qui ne peuvent plus penser que l’égoïsme individuel. Plus que la noblesse des intentions, il faut juger l’efficacité concrète, et sous cet angle, la démarche consistant à structurer une contre-société me paraît aujourd’hui la plus porteuse.

Le narrateur de Vendetta explique ses actes (des assassinats, ndlr) à mots (ironiquement) choisis : ceux du champs-lexical managérial (« expérience passionnante et vie pleine de sens », etc.).

Penser les médiations nécessaires à une révolution, avec les concepts du système, résonne comme un aveu d'incapacité à produire du sens à l’extérieur de la matrice. Sens que le dernier opus du Retour au Sources (G5G – La Guerre de Cinquième génération) se propose, lui, de recréer. Pouvez-vous nous en dire plus?

Vous avez très bien saisi l’esprit des deux livres. Vendetta est une description de ce que l’on peut redouter, si la démarche proposé dans G5G est empêchée.

Il ne faut pas perdre de vue que les révoltés structurent toujours leur révolte avec, à la base, les concepts, les catégories du système qu’ils combattent. C’est pourquoi le parti communiste soviétique avait repris une partie des « techniques de gouvernement » propres à l’Eglise orthodoxe. C’est pourquoi le cérémonial napoléonien avait récupéré une partie des us et coutumes de la société de cour à la française. Etc.

Vendetta a été écrit pour expliquer, en gros : le Hitler, le Staline, le Mao de demain sont dans les tuyaux, et c’est la « démocratie libérale » contemporaine qui est en train de les incuber. Elle les incube d’une part parce que son dérèglement finit par rendre la vie impossible aux gens, ce qui va les pousser à la révolte ; et d’autre part parce qu’elle leur apporte sur un plateau les ingrédients de la violence révolutionnaire future : primat de la jouissance, de l’instantanéité, réduction de l’expérience humaine à l’individualité, compensée par un fonctionnement en réseau fluide.

On commence d’ailleurs à voir poindre cette nouvelle violence politique. Cette semaine (NB : début janvier 2011), nous avons eu une tuerie aux USA, avec un type qui a ouvert le feu en aveugle, lors d’un rassemblement politique. C’est là une pulsion de destruction (et d’autodestruction) qui ne s’organise pas, ou alors seulement de manière informelle, en réseau, et qui ne poursuit aucun autre objectif que la satisfaction de ceux qui s’y livrent. C’est ce vers quoi nous allons : la dictature par l’anarchie, l’extrême violence incontrôlable servant de prétexte à l’encadrement paranoïaque, partout, tout le temps.

G5G, à l’inverse, consiste à dire : dépêchons-nous d’offrir une issue, une voie vers le dehors de ce Système devenu fou, et qui nous rend fous. G5G, c’est le seul antidote à Vendetta, si vous voulez.

Dans De la souveraineté, vous expliquez que le mondialisme néolibéral se caractérise par l'absence d'idéologie originelle, combinée à une pathologie narcissique et au profit comme finalité - ce tout menant, selon vous, à la dictature du matérialisme bourgeois (fortification de l'élite du capital et asservissement de la masse).

Vous y opposez une posture européenne et traditionnelle : celle de la soumission du corps à la force, et de la force à l'esprit. Cette posture est-elle consubstantielle, comme mentionné par ailleurs, d’un certain élitisme et d’une purification éthique (mais pas ethnique) inévitable?

Dans De la souveraineté, j’ai essayé de faire comprendre rapidement quelque chose à mes lecteurs, tout en sachant que c’est quelque chose qu’on ne peut faire comprendre rapidement qu’au prix d’un certain simplisme. Ce quelque chose, c’est : le Système dans lequel nous vivons est une idéologie, à l’intérieur de laquelle nous habitons, et si nous avons l’impression qu’il n’y a pas d’idéologie, c’est parce que nous sommes dedans. L’absence d’idéologie originelle perçue par nous à la racine du Système provient uniquement du fait que nous confondons notre habitation au monde avec le rapport spontané, naturel, immédiat, de l’homme au monde. C’est la différence entre notre totalitarisme et les défunts modèles soviétiques et nazis : chez Goebbels, chez Souslov, tout le monde savait qu’il existait une idéologie ; c’était visible, revendiqué, même. Chez nous, cela reste caché. A aucun moment, le capitalisme et le consumérisme contemporain ne se donnent explicitement pour des constructions idéologiques. Le néolibéralisme lui-même se vit comme une simple description du réel. Quand un économiste néolibéral confond profit comptable et richesse, il ne sait pas qu’il opère un choix idéologique ; dans son esprit, c’est pareil, forcément pareil.

Ce qui permet, à mon avis, de prendre conscience du caractère idéologique du mondialisme néolibéral, c’est le rappel tranché, brutal, des alternatives possibles. On ne se sait enfermé dans l’idéologie que quand on en voit le dehors. C’est pourquoi j’ai rappelé qu’il avait existé, et qu’il existait encore, des mondes où l’impératif consumériste en contrepoint de l’impératif productiviste aurait été à peu près complètement dénué de sens – des mondes où le corps était là pour construire la force, et la force nécessaire pour préserver l’esprit. Des mondes, en somme, où l’être se réalise en réalisant sa nature, et non en violant la nature autour de lui. Ce rappel permet de faire comprendre en quoi le mondialisme néolibéral est idéologique : quand on voit le dehors, on comprend qu’on est à l’intérieur de quelque chose, d’une construction, qui n’est pas tout le monde, seulement un certain rapport au monde.

Quant à la question de l’élitisme, à la nécessité d’une forme de purification, il ne faut pas en faire un impératif figé, une sorte d’affirmation par hypothèse, que je donnerais là, au nom de je ne sais quelle autorité imaginaire. Il s’agit surtout dans mon esprit de rendre pensable une alternative, donc de rendre possible l’énonciation du négatif. Que ce négatif soit énoncé à partir d’une alternative élitiste ou non-élitiste, en fait, peu m’importe : à mes yeux, l’essentiel, c’est qu’il soit à nouveau énoncé. C’est la dynamique collective qui doit définir l’alternative au nom de laquelle le négatif est énoncé.

Sous diverses formes (action violente, retraite armée), l’engagement physique tient une place de choix dans les ouvrages du Retour Aux Sources.

Si le Grand Jihad (lutte intérieure contre ses mauvais penchants) doit précéder le Petit Jihad (lutte physique), pourquoi choisir de mettre plus en lumière l’action de révolte – au détriment du cheminement intérieur et individuel qui y mène ?

Vous trouvez que l’engagement physique tient une place de choix ? Pour l’instant, ce n’est que du papier… Plus tard, on verra de quoi il retourne, quand on passera à la pratique.

On sait, grâce à Norbert Elias notamment, que l’interdiction de la violence conduit à un auto-contrôle qui s’étend inexorablement à tous les domaines de la moralité (autocensure,…).

Rejoignez-vous cette idée que, pour redevenir humain, il faut d’abord redevenir barbare ?

Je pourrais vous répondre que les barbares sont généralement contraints à un très fort autocontrôle, puisque leur barbarie peut à tout moment se manifester entre eux. En ce sens, on pourrait tout aussi bien retourner le propos, et dire que pour nous libérer de l’obligation de l’auto-contrôle, il faut au contraire nous re-civiliser.

C’est la Loi qui libère. L’auto-contrôle, l’auto-censure contemporains trouvent leur source dans la disparition de la Loi. On ne sait plus ce qu’on a le droit de dire, de prôner. On ne sait plus où est l’orthodoxie. La Loi existe peut-être, mais elle est fixée si haute, si loin, qu’on ne peut plus la lire, tout au plus la deviner.

Ce que nous devons faire, c’est nous organiser entre nous pour définir une Cité à nous, distincte de la fausse cité définie par le Système. Et dans notre Cité à nous, nous fixerons notre Loi à nous. Et tout le monde pourra la lire, et tout le monde saura ce qu’on peut dire ou ne pas dire, et pourquoi. Alors nous serons libres. Il ne s’agit donc pas d’être barbares : il s’agit d’avoir une ville à nous, pour être civilisés entre nous.

Dans vos livres, l’individualité des personnages et leur temporalité (vie et mort) ne sont que des moyens au service d'une tâche (combat) sans cesse à recommencer. L'assurance de ne pas voir "le jour de la victoire" peut décourager certains de passer à l'action ("A quoi bon?") – mais  constitue aussi pour d'autres l'essence de leur engagement (dépassement de la peur de la mort). Comment peut-on (ou pourquoi doit-on) lutter, en ces temps de chaos, dans la joie et l'espérance?

Je n’ai écrit aucun roman, je suppose donc que le « vos » de « vos livres » fait référence ici aux romans publiés par le Retour aux Sources. Ou alors, il s’agit d’Eurocalypse, auquel j’ai participé ?

Bref. En tout cas, à titre personnel, je crois qu’un homme ne peut échapper à l’Absurde qu’en préparant sa mort. C’est sans doute en quoi je suis radicalement étranger à mon époque, d’ailleurs. Je n’arrive pas à comprendre à quoi rime l’existence qu’on nous propose, et qui pourrait se résumer ainsi : vous allez consommer le plus possible pour penser le moins possible à la mort, et quand vous mourrez, ce sera discrètement, dans une chambre d’hôpital, avec des soins palliatifs pour que vous ne fassiez pas de bruit et une euthanasie pour économiser les frais médicaux. Où est l’intérêt ?

drac4.gifJe trouve qu’une vie intéressante est une vie où l’on se bat, où l’on souffre, où l’on affronte l’adversité, et surtout, où l’on s’affronte soi-même. Je trouve qu’une vie intéressante est une vie difficile. C’est ce qui me donne de la joie, en tout cas, et peut-être de l’espérance ; je me dis que quand je partirai, couché sur un lit à regarder le plafond en sentant le froid qui remonte de mes pieds vers mon cœur, je pourrai dire au patron, dont je suppose qu’il m’attend de l’autre côté : j’ai joué ma partition, maintenant, tu décides pour la suite. Je trouve que ce qui rend la vie intéressante, c’est de se battre pour en arriver là : savoir qu’on a lutté.

Donc, en somme, pour répondre à votre question : c’est la lutte qui donne joie et espérance. Il ne s’agit donc pas de trouver joie et espérance pour lutter, mais de lutter pour trouver joie et espérance. Enfin, c’est comme ça que je vois les choses.

On trouve dans Vendetta cette sentence très juste : « On peut tout vouloir (…) à condition de vouloir les conséquences de ce qu’on veut ».

Dans un contexte de tensions réelles, et de surenchère générale – consciente ou ignorée - peut-on réellement vouloir précipiter le chaos?

Le narrateur de Vendetta est un homme absolument désespéré. Et c’est terrifiant : imaginez un monde où on aurait fabriqué des millions de fils uniques narcissiques, shootés à la consommation, plongés dans une absurdité radicale, et du jour au lendemain, réduits à la pauvreté, à l’impossibilité de se délivrer de l’Absurde par la consommation, de l’absence de transcendance par la mondanité. C’est le monde de demain, si la machine économique occidentale tombe complètement en panne, d’un coup, alors que le conditionnement consumériste des populations s’est poursuivi jusqu’au dernier moment.

Alors là, oui, en effet, on va avoir des gens qui pourront tout vouloir…

Vous explorez, à travers l'écriture, deux scenarii envisageables dans un futur proche : version décliniste, l’élite continue de piloter sans rencontrer d’écueil majeur et nous mourrons spirituellement. Version catastrophiste (Eurocalypse), l'accident se produit et laisse place au désastre. Comme les survivalistes, croyez-vous à la possibilité d'un collapse rapidement généralisable? Dans ce cas, pourquoi l'élite prendrait-elle le risque d'un clash intégral, alors que le chaos modéré lui permet de régner?

Je suppose que « l’élite », qui a manifestement créé le chaos, est persuadée qu’elle pourra le contrôler de bout en bout, dans un scénario décliniste. Mais la question, c’est : est-ce qu’elle pourra le contrôler de bout en bout ?

Vous savez, le Système n’est pas aussi fort qu’on le croit. Oh, certes, ce n’est pas nous qui allons le renverser frontalement. Mais le risque est réel qu’il se renverse lui-même. Tenez, imaginez, dans quelques années : révolte au Congrès des USA, audit de la FED, fin du financement de la dette par la dette, faillite des Etats US, réduction drastique du budget militaire étatsunien, évacuation des bases US un peu partout dans le monde. Peu après, l’Iran, délivré de la pression US, annonce disposer de l’arme nucléaire. Une « super-Intifada » traverse les « territoires occupés », le Hezbollah multiplie les attaques contre Israël. La Chine, furieuse que les Occidentaux aient organisé la déstabilisation du Soudan pour en récupérer le pétrole, laisse faire la révolte musulmane, et même la soutient discrètement. Paniquée, Tel-Aviv ordonne au MOSSAD de déclencher une série d’attentats sous faux drapeau, en Europe occidentale, pour obliger les Européens à s’engager massivement au Proche-Orient. La France, dont le président est un certain Dominique Strauss-Kahn, envoie des troupes en Palestine. Les banlieues françaises, du coup, s’enflamment…

C’est un scénario possible, parmi des dizaines qui peuvent nous plonger, très vite et presque sans crier gare, dans un contexte si instable que plus personne ne pourra vraiment le maîtriser. Alors la question, ce n’est pas est-ce que « l’élite » veut le chaos (elle le veut), ni elle est-ce qu’elle pense le maîtriser (elle le pense). La question, c’est : est-ce qu’elle pourra le maîtriser ?

Entre violence de bande synonyme de « refus de l’atomisation imposée par le monde moderne » (M. Maffesoli), et dépouille de blancs nantis interprétée comme de la « lutte des classes qui s’ignore » (A. Soral), la banlieue française est-elle en train de « rappeler au peuple qu’il s’est éloigné de la vertu » (in Vendetta)? Peut-elle, entre islam modéré et frustration exaspérée, constituer un relais de force révolutionnaire?

La banlieue française, peut-on en parler au singulier ? « On » voudrait nous faire croire qu’elle est peuplée majoritairement d’islamo-gangsters violeurs, ce qui est ridicule. Il serait tout aussi ridicule de prétendre qu’elle n’est peuplée que de gens vertueux…

La banlieue française me semble surtout, aujourd’hui, faire l’objet de beaucoup de fantasmes. En pratique, j’ai plutôt l’impression qu’on a affaire à un patchwork très hétérogène, où les forces les plus positives coexistent avec des forces extrêmement négatives. Le jeu, de mon point de vue de « de souche », consiste à nouer des alliances avec les forces positives pour neutraliser et si possible éradiquer progressivement les forces négatives.

D’où, soit dit en passant, l’intérêt d’une démarche comme E&R : il est essentiel que les hommes de bonne volonté réfléchissent ensemble à la manière dont on peut sortir de la situation inextricable où notre classe dirigeante nous a mis. Il s’agit de définir un processus de ré-enracinement des populations déportées chez nous par le capitalisme mondialisé – un ré-enracinement soit ici, soit dans leur pays d’origine, selon les cas, mais toujours dans le respect du droit des gens, sans naïveté mais sans préjugés. Il va falloir que tout le monde y mette du sien.

Votre idée de BAD (Base Autonome Durable), ilot fractionnaire, est pensée comme un système superposable au Système. Une alternative en lisière, reposant sur l'autonomie sécuritaire et médiatique, la construction d'une économie alternative et "une esthétique de la rareté, de la conscience et de la possession de soi". L'autonomie de la communauté y serait assurée par le trinôme Gardes (sécurité), Référents (éducation) et Intendants (production visant l'autarcie). Vous soulignez par ailleurs l'importance du légalisme ("c'est de loin la meilleure subversion").

Pourtant, entre bouc-émissairisation (cf. Tarnac) et accomplissement limité (cf. la Desouchière), la BAD n'est-elle pas une idée "grillée"? Par ailleurs, accepter de ne pas dépasser les bornes du système,  n'est ce pas réduire sa marge de manœuvre?

Tout d’abord, je vous ferai remarquer une chose : si j’avais décidé de « dépasser les bornes du système », je ne préviendrais pas…

Ensuite, je reste ouvert à toute autre proposition. Quel concept alternatif à la BAD peut-on me proposer ? Pour l’instant, j’observe qu’on ne m’a rien avancé de bien concluant. Alors la BAD n’est pas la panacée, certes, mais en attendant, c’est une expérimentation à conduire.

Les modes de vie alternatifs existent d'ores et déjà : dans le domaine de l'éducation (écoles Montessori, Steiner, homeschooling,…), de l'autonomie alimentaire (AMAP, magasins de producteurs, …), de l'habitat (auto construction, énergies renouvelables,…),…

Quelle urgence ou nécessité implique de penser l'autonomie sous forme communautaire, comme dans le cas de la BAD ?

Je ne sais pas si la BAD sera nécessairement communautaire. Ce qui est certain, c’est que si vous voulez résister à la pression du Système, il faut que ce soit collectif. Mais communautaire, ce n’est pas obligatoire. On peut très bien imaginer d’ailleurs plusieurs niveaux d’intégration, avec des noyaux communautaires et des entreprises non communautaires gravitant autour, et intégrant progressivement des individus « à cheval », un pied « dans le Système », un pied dehors.

Bref, sur le plan organisationnel, tout est à construire, tout est ouvert. Je crois qu’il faut tester, et c’est l’expérimentation qui nous dira progressivement comment faire.

Nombre de nos camarades s’interrogent sur l’organisation concrète d’une BAD. Se rapproche-t-on des écos-villages développés par Diana Leafe Christian ?  Selon vous, qu’elle serait - entre petites structures totalement autarciques et communautés plus poreuses, donc dépendantes -, la taille optimale d’une BAD? Comment y gérer l’humain (« recrutement », sélection, …) en fonction des différentes sensibilités (du néo-baba au survivaliste) ?

Je n’ai pas d’opinion arrêtée sur la taille des BAD. Il est très possible qu’il existe plusieurs « formats » de BAD, et que ces formats présentent tous points faibles et points forts, à étudier selon les circonstances, les choix des individus constituant le groupe, etc. Nous allons d’ailleurs tester prochainement, avec quelques amis, un projet collectif : nous nous ferons un plaisir d’informer E&R Bretagne sur le déroulement de ce projet, ce sera l’occasion d’échanger des expériences.

Cela dit, ce n’est pas la question-clef.

La question-clef, pour moi, ce n’est pas la BAD, mais le réseau des BAD. Là où la démarche « fractionnaire » que je propose se distingue des solutions « survivalistes » ou « écolos » préexistantes, c’est que je ne suggère pas d’installer des BAD ici, là, et là, d’une certaine manière et pas d’une autre. Ce que je suggère, c’est de construire progressivement, par le réseau des BAD, une contre-société.

Pour moi, si un jour on met au point la « BAD idéale », ce sera très bien, mais ce n’est pas l’objectif. L’objectif, c’est par exemple qu’un jour, la population « ordinaire » apprenne qu’il existe désormais un tribunal d’appel pour traiter en deuxième instance tous les litiges que les tribunaux locaux des BAD auront jugés, en fonction d’un code juridique « fractionnaire » (appelez ça autrement si vous voulez, du moment que cela veut dire : séparé, distinct, de l’autre côté d’une ligne imaginaire séparant Système et contre-société). Ce jour-là, le jour où il existera une Loi de la contre-société, je peux vous dire que nous aurons porté au Système que nous combattons le coup le plus rude que nous pouvions lui porter, avec nos faibles ressources : nous aurons repris la parole.

C’est de cela qu’il s’agit. Et comme vous le voyez, ça n’a rien à voir avec les néo-babas.

Pour conclure cet entretien, et avant de laisser nos lecteurs retourner fourbir leurs armes contre l’hétéronomie, avez-vous quelque chose à ajouter ? Une remarque, un conseil de lecture, une recommandation ou une digression sur un sujet de votre choix, …

Peut-être un mot sur votre président, Alain Soral, qui a (encore) des démêlés avec le lobby qui n’existe pas.

Nous ne sommes pas tout à fait d’accord sur cette question : lui, il croit que c’est la question centrale, et moi, je crois qu’elle est très périphérique, même si elle est très perceptible. En outre, peut-être influencé par le protestantisme, je porte sur le monde juif un regard beaucoup plus nuancé que le sien – et même, dans certains cas, un regard de sympathie. J’aurais sans doute, un jour, pas mal de choses à lui dire sur le livre d’Ezéchiel, l’éthique de responsabilité et la question du « contrat » passé entre l’homme et Dieu dans la religion hébraïque… où notre ami pourrait voir que lire Ezéchiel comme un texte « sioniste », c’est faire un léger anachronisme !

Mais, en attendant, je trouve lamentable qu’on attaque quelqu’un en justice pour des propos où il ne fait que formuler une opinion sur l’état du pays et le rôle d’une communauté. Si ces propos sont fallacieux, qu’on en apporte la preuve dans une discussion ouverte et contradictoire. Depuis quand, en France, la justice doit-elle sanctionner les simples opinions ? Il est possible que celles de monsieur Soral soient erronées : eh bien, qu’on le prouve, qu’on déconstruise son propos, qu’on en montre les limites ou les erreurs. Mais la justice n’a pas à intervenir dans le débat d’idées, ou alors, et qu’on nous le dise franchement, nous vivons sous une dictature.

La judiciarisation du débat, en France, devient étouffante. Elle participe d’une entreprise générale d’intimidation des esprits libres. C’est pourquoi, indépendamment de notre opinion sur le fond, nous devons soutenir Alain Soral quand on prétend le faire taire par décision de justice, alors qu’il n’a formulé aucun appel explicite à commettre le moindre acte illégal.

Sinon, après, à qui le tour, et sous quel prétexte ?

Pour E&R en Bretagne,

Mathieu M. et Guytan


lundi, 07 février 2011

Conférence de Michel Drac au Carré: texte et questions

Conférence de Michel Drac au Carré : le texte et les questions

Ex: http://www.scriptoblog.com/

drac.png La conférence était donnée par Michel Drac au Carré Parisien, 1 rue du général Beuret, à Paris, le 24 janvier 2011, à l’invitation du Cercle Aristote. Le thème en était : « le choc des civilisations ».

La salle étant trop petite, une partie du public ayant dû rester debout, la conférence ayant débuté légèrement en retard, le conférencier a sauté quelques passages du texte prévu, pour raccourcir son intervention. Cependant, le texte complet est donné ici. Les questions et réponses se trouvent à la fin.




Bonsoir mesdames et messieurs. Je suis invité ce soir par le cercle Aristote. Ce qui me vaut cet honneur, c’est un livre coécrit l’an dernier avec deux anonymes : « Choc et Simulacre ».

La thèse générale de ce livre peut être résumée ainsi : « Il y a un choc des civilisations. L’Histoire a été ponctuée par d’innombrables chocs de civilisations. Le concept n’est donc nullement absurde, même s’il faut le relativiser. Cependant, la réalité du choc des civilisations est très éloignée de sa représentation propagandiste par ceux qui veulent l’utiliser pour les meilleurs intérêts de l’impérialisme US/Grande-Bretagne/Israël. »

« Choc et simulacre » faisait, à partir de là, un balayage des stratégies contemporaines de ce que l’on appelle parfois la « guerre de l’information », et qu’on devrait plutôt appeler la « guerre cognitive ». Le livre établissait en particulier la mise en contexte de cette notion de « guerre cognitive » dans le cadre plus général de la « guerre de quatrième génération » théorisée à West Point dès la fin des années 80, et illustrait cette mise en contexte en zoomant sur une problématique précise : l’instrumentalisation du « choc » entre Islam et « Occident » par les réseaux US/Grande-Bretagne/Israël.

Si nous avons choisi cet axe de présentation, ce n’est pas que nous estimions par hypothèse que l’Empire US/Grande-Bretagne/Israël est le seul à recourir aux stratégies de la guerre cognitive : il est évident qu’il n’est pas le seul. Et, à vrai dire, si nous avions écrit non depuis l’Europe, mais depuis, disons, la péninsule indochinoise, nous aurions probablement zoomé sur le concept chinois de « guerre hors limite », équivalant pékinois du « fourth generation warfare » américain.

Le choix de cet axe de présentation n’implique pas davantage qu’à nos yeux, le heurt « Islam » / « Occident » soit le seul « choc de civilisation » susceptible de donner lieu à une instrumentalisation par l’Empire US/Grande-Bretagne/Israël. Si, par exemple, nous avions écrit depuis la Pologne, et non depuis la France, nous nous serions probablement intéressé à d’autres aspects de la cartographie civilisationnelle élaborée en 1993 par Samuel Huntington, et particulièrement à la question de savoir si le Dniepr, qui sépare catholiques romains et orthodoxes slaves, est vraiment plus large que l’Atlantique, qui sépare les protestants non-conformistes anglo-saxons de la vieille Europe majoritairement catholique.

Nous avons choisi cet axe de présentation parce qu’à nos yeux, au sein de la problématique générale soulevée par l’évolution de la guerre vers sa « quatrième génération », pour nous Français, la question essentielle est l’instrumentalisation du heurt « Islam » / « Occident » par l’Empire US/Grande-Bretagne/Israël.

Sous l’angle de cette urgence, ce livre a été écrit pour de bonnes raisons. Sans doute il était utile d’avoir ce titre au catalogue de notre maison d’édition, le Retour aux Sources. Parler de la « guerre occulte », pour reprendre la terminologie évolienne, est toujours une bonne chose, justement parce que cela rend cette guerre « moins occulte ».

Toutefois, je vous avouerais que ce soir, devant un public averti, qui sait déjà à quoi s’en tenir quant aux manipulations impérialistes, je ne vois pas l’utilité de revenir sur cet aspect des choses. Au demeurant, les évolutions montrent de manière évidente que l’islamisme est très largement une baudruche, un leurre agité par les impérialistes pour cautionner leur politique d’ingérence. Les choses deviennent si claires, qu’il serait sans doute mal venu de les exposer une énième fois.

Voici Ben Ali, le supposé « rempart contre l’islamisme », se réfugiant en Arabie Saoudite à la suggestion des Etats-Unis : est-il besoin d’expliquer en quoi il est curieux qu’un « adversaire de l’islamisme » trouve refuge précisément en Arabie Saoudite ? A peine Ben Ali a-t-il quitté Tunis que l’armée organise un gouvernement de transition, chargé de faire en sorte, évidemment, que tout change pour que rien ne change. Et voilà que, comme par miracle, des islamistes réfugiés au Londonistan, donc au cœur de l’Empire US/Grande-Bretagne/Israël, reviennent en Tunisie, où, masquant les véritables problématiques sociales et économiques, ils vont représenter, on le pressent déjà, une « menace » contre la « démocratie », une « menace » qui justifiera qu’on maintienne la « démocratie » avec l’aide des tanks, comme en Algérie, dans les années 90… Tout cela est si cousu de fil blanc ! Pourquoi commenter encore ?

C’est pourquoi je préfère vous parler ce soir d’un autre aspect de la question. Il ne s’agira pas dans cette conférence de décortiquer les stratégies de l’impérialisme autour du concept de « choc des civilisations », mais plutôt de décortiquer le concept en lui-même, et en particulier de cerner exactement dans quelle mesure il recouvre une réalité. Et quelle réalité.

Le « choc des civilisations », le vrai, c’est quoi ?

Voilà ma question.


Le discours des salauds


Partons de l’argumentaire de Samuel Huntington. Je crois qu’il y a dans cet argumentaire une part de vérité, et une part de mensonge.

A mon avis, ce qui est vrai, chez Huntington, c’est ce qui, dans son « clash of civilizations » renvoie au concept préexistant de « clash of cultures ». Il est exact que les cultures peuvent se heurter les unes aux autres.

On peut voir les cultures, après tout, comme des ensembles de virus mentaux plus ou moins coordonnés, tantôt opportunistes les uns par rapport aux autres, tantôt fonctionnant comme antivirus les uns des autres. Chaque culture, sous cet angle, est un complexe de virus mentaux opportunistes s’adossant les uns aux autres. Il est clair que de tels complexes peuvent entrer en compétition lorsqu’ils coexistent au sein du même « système d’information », disons dans le même espace social et médiatique, et incluent des virus fonctionnant mutuellement comme des antivirus.

Dans ces conditions, on comprend bien que la mondialisation va engendrer une multiplication des « clashs of cultures ». Et on se doute qu’ils vont effectivement s’avérer très structurants dans l’évolution des sociétés.

Sur ce plan, Huntington a raison : il est hors de doute que l’unification de l’espace informationnel mondial va fabriquer, dans un premier temps, beaucoup plus de clashs que de convergence. Le choc des cultures entre culture européenne et culture arabo-musulmane est resté un phénomène de frontières, donc marginal, tant qu’il existait une frontière linéaire entre le monde européen et le monde arabo-musulman. Dès lors que la frontière s’abaisse, deux complexes de virus mentaux se trouvent en concurrence dans un seul et même monde ; de cette concurrence sortira peut-être un jour une synthèse disjonctive. En attendant, ce qu’on voit, ce qu’on constate, c’est la concurrence.

Ce qui est faux, en revanche, chez Huntington, c’est l’idée selon laquelle le « clash of cultures » devrait se superposer aux failles, ruptures et conflits géostratégiques dans une logique quasi-mécanique, la concurrence entre complexes de virus mentaux devant en quelque sorte, dans sa vision, prédéterminer les choix opérés par les Etats et ligues d’Etats dans une perspective de puissance. Toute l’Histoire est là pour démonter l’inanité de cette thèse. De François Ier de France allié au Turc contre l’Empire de Charles Quint à Guillaume II d’Allemagne allié, lui aussi, au Turc, contre l’Empire Britannique : en pratique, les acteurs géopolitiques ont obéi, toujours, à des logiques de puissance, dans lesquelles la question du « choc des cultures » n’est pas un élément prédéterminant, mais au contraire un aspect du social utilisable dans une pure perspective « réaliste », voire machiavélique.

Même quand le « choc des cultures » a joué temporairement un rôle moteur, ce rôle s’est très vite réduit à une fonction de justification, pour ne pas dire à un argument de propagande ; une fois passée la première croisade, le conflit médiéval pour la Terre Sainte eut beaucoup plus à voir avec les intérêts commerciaux des marchands italiens qu’avec la religion, et les acteurs les plus intelligents le comprirent parfaitement. On se souviendra à ce propos que pour finir, les croisés saccagèrent Byzance sans reprendre Jérusalem, et que Philippe Auguste fut, sans aucun doute, absolument ravi des malheurs glorieux de Richard Cœur de Lion au pays des Sarrazins. Ces quelques exemples devraient donner matière à réflexion à ceux qui envisagent de se  croiser vertueusement ; qu’on se le dise : en général, le principal bénéficiaire d’une croisade est celui qui l’a prêché avec flamme, pas celui qui s’est croisé après le prêche enflammé ! On aimerait qu’ici, les héritiers du rusé Capétien aient retenu sa leçon aussi bien que ceux du fougueux Plantagenêt.

Au final, s’agissant de Samuel Huntington et compagnie, nous dirons donc : d’une part, que ces gens disent la vérité quand ils annoncent l’intensification du « choc des cultures » ; mais qu’en parfaits salauds, ils utilisent cette vérité pour promouvoir un mensonge, le supposé « choc des  civilisations ».


La déculturation par le mélange


Zoomons maintenant sur la réalité : le choc des cultures. Essayons de comprendre comment il se déroule, quel impact il a.

La première conséquence du choc des cultures, c’est la dislocation accélérée des rares cadres de référence collectifs qui avaient survécu au rouleau compresseur consumériste. Les « cultures », ces complexes de virus mentaux opportunistes, ne peuvent se propager et se maintenir au sein de leur espace de propagation que dans la mesure où cet espace n’est pas infesté de virus mentaux fonctionnant, à l’égard du complexe culturel en cause, comme autant d’antivirus. Si un espace social est saturé de virus et d’antivirus s’annulant mutuellement, plus aucun complexe structuré ne peut émerger, et il n’y a plus d’esprit collectif harmonieux possible.

Il faut l’admettre, dans un premier temps, les mélanges prennent mal. Ils aboutissent d’abord à généraliser les pathologies induites  par les diverses cultures, et non leurs productions supérieures. Au demeurant, rien de mystérieux à cela : ce qui se propage le plus facilement, c’est ce qui est simple ; or ce qui est simple, c’est rarement ce qu’il y a de supérieur dans une culture.

Pour prendre l’exemple de la culture française, ce qu’elle a produit de plus élevé, de plus beau, c’est sans doute notre conception de la fraternité, auto-extériorité de l’immanence politique ; eh bien, c’est compliqué, et au fond, personne en Europe ne nous a compris sur ce plan. Inversement, ce que notre culture a produit de plus pathogène est probablement notre esprit de cour ; or, cela, c’est simple, et nous l’avons exporté facilement.

Voici une loi historique : quand deux cultures se mélangent, il faut du temps, beaucoup de temps, pour qu’une synthèse disjonctive marie leurs aspects supérieurs. A la longue, cela se fait. Mais il faut généralement plusieurs générations. Prenez les Saxons et les Normands en Angleterre : il a fallu environ deux siècles. Prenez les Espagnols et les Nahuatls au Mexique : trois siècles environ pour créer des Mexicains. Quand Alexandre a conquis la Judée, l’esprit juif a pénétré dans l’espace grec. De cette date à l’invention d’une synthèse par Saint Paul, presque quatre siècles. De l’invention de cette synthèse à sa compréhension réelle par les masses ? On ne sait pas, le processus est encore en cours. Plus les cultures sont éloignées, plus ce qu’elles ont à synthétiser est élevé donc complexe, plus la synthèse prend du temps.

LE-LOC~1.JPGA la longue, il est exact que les mélangent sont fructueux. Mais cela prend du temps, beaucoup de temps, et l’Histoire ne laisse pas toujours le temps au temps. A l’inverse, l’exacerbation mutuelle des pathologies va vite. Au début, c’est donc cela qu’on constate : le caractère pathogène du choc des cultures. Et ce mécanisme général d’arasement, de destruction de toute construction culturelle élevée, débouche mécaniquement sur une acculturation générale. Il ne s’agit même pas ici de parler des stratégies d’abrutissement collectif promues par le pouvoir, bien que ces stratégies existent ; il s’agit de constater un effet mécanique et très logique de la constitution d’un espace culturel mondialisé. Le niveau baisse, si vous voulez, de lui-même, parce que ce qui permet une synthèse rapide, c’est ce qui est simple, et donc dans l’ensemble, plutôt ce qui est bas.

Remarquons ici que ce processus n’est pas spécifique au heurt entre culture arabo-musulmane et culture européenne, ni même au heurt entre culture européenne et culture extra-européenne.  Avant la déculturation par la mondialisation, il y a eu, et il y a encore, l'acculturation destructrice par l’occidentalisation.

On définit une culture comme un complexe de virus mentaux capables de s’adosser les uns aux autres. Mais on peut aussi constater qu’une culture renvoie toujours plus ou moins explicitement à une sorte de « virus primordial », un principe essentiel dont découle une forte proportion des virus mentaux constitutifs du complexe terminal.

Or, force est de constater qu’il existe, en Europe, trois « virus primordiaux » distincts.

Dans le monde latin, et particulièrement en France, la valeur centrale est la fraternité, réconciliation de l’égalité et de la liberté. C’est une sécularisation des conceptions catholiques de la Contre Réforme. Mais dans le monde germanique, c’est l’unité qui tient la position centrale – unité du peuple, fondée sur l’unité de la conscience, sécularisation des conceptions issues de la Réforme.

Si notre devise est « Liberté, Egalité, Fraternité », le premiers vers de l’hymne allemand est : « Unité et Justice et Liberté pour la patrie allemande ». On voit bien la distinction : la liberté, chez les Allemands, n’est pas un prédicat qu’il faudrait ensuite réconcilier avec l’égalité ; elle est au terme d’un processus qui l’encadre, la définit comme fondamentalement collective, et la ramène ainsi à la conscience de la justice comme sa condition, et de l’unité comme condition de la justice. Il en découle que si nous, Français, voulons concilier égalité et liberté, chez les Allemands, il s’agit, pour garantir une autre conception de la liberté, de préserver l’unité au besoin via l’inégalité. On voit bien qu’entre leur culture et la nôtre, il y aura au final la différence qui sépare leur « virus primordial » et le nôtre, tant que nous n’aurons pas inventé une synthèse disjonctive.

A cette opposition entre Germains et Latins, il faut ajouter l’existence d’un troisième terme, distinct et des uns et des autres : les anglo-saxons. Fondamentalement, le « virus primordial » constitutif de leur culture a été exprimé par le cri : « Give me Liberty, or give me death ! ». « La liberté ou la mort ! » : ce cri, que les Français et les Allemands ont parfois repris, n’a jamais été qu’un des termes de leur pensée, alors qu’il est au cœur de la pensée anglo-saxonne. La liberté, et finalement la liberté seule : voilà le « programme » déployé par cette culture, qui ignore donc aussi bien notre soif de fraternité que l’exigence germanique d’unité.

L’occidentalisation est, en Europe comme ailleurs depuis quelques décennies, le processus par lequel le « virus primordial » de la culture anglo-saxonne, prédominante, contamine et déstructure les autres cultures, latines et germaniques. Elle explique que l’exigence de liberté soit devenue le prétexte à une destruction de toute fraternité, à l’empêchement de toute unité. Elle n’est pas la cause unique du désastre culturel contemporain, bien sûr : les stratégies du pouvoir jouent un rôle, avec par exemple la casse du système éducatif. Mais elle constitue, depuis les années 50, une toile de fond favorable au déploiement de ces stratégies – raison pour laquelle l’impérialisme a constamment encouragé le processus.

Il est à noter, soit dit en passant, qu’elle participe d’une entreprise générale d’arasement qui revient en boomerang dans les pays anglophones, si bien qu’on peut parler, à travers l’occidentalisation, de destruction de la culture européenne et de la culture américaine. Une machine à incuber ce qui est bas, en ne laissant subsister que ce qui est assez simple, assez  rudimentaire, pour être compris même par ceux dépourvus des clefs de décodage culturel les plus élémentaires : voilà à quoi nous avons affaire. Qu’on ne s’y trompe pas : les peuples anglo-saxons n’y sont pour rien. Le Globish est aussi une arme contre l’Anglais, le vrai.


Le conflit de civilisation comme père du nouvel être occidental


Une des questions qui viennent à l’esprit, une fois ce constat dressé, c’est évidemment : pourquoi, dans ces conditions, le « choc des cultures » Islam / Occident est-il constamment mis en avant, perçu, souligné, alors qu’on voit bien que l’occidentalisation recouvre, en elle-même, un choc destructeur ?

A cette question, je propose une réponse simple : c’est justement le choc de l’occidentalisation, trop complexe pour être décodé, qui crée un appétit de simplicité, de brutalité même, appétit que le heurt Islam / Occident vient satisfaire.

C’est que le heurt entre Islam et Occident permet de poser le problème du « virus primordial » sous notre culture, sans avoir à reconnaître la complexité de la question. Derrière la mise en avant obsessionnel de cette opposition, le fantasme d’une réunification de soi. Pour les Français, qui aiment à croire que leur idéal de fraternité survit sous le culte anglo-saxon du Marché, pour les Allemands, qui font de même avec leur idéal d’unité, l’opposition avec l’Islam permet de reconstruire une cohérence autour de l’idée de liberté, devenue si évidente, du fait de l’opposition avec l’Islam, que sa définition n’est plus nécessaire.

Il faut reconnaître ici, bien sûr, que l’opposition Islam / Occident est réelle, qu’elle renvoie à une véritable différence culturelle majeure. Si c’est à juste titre qu’un Emmanuel Todd a pu souligner que catholicisme et islam partagent une conception du monde fondamentalement universaliste, il n’en reste pas moins qu’il s’agit, aussi, de deux universalismes rivaux.

On a vu, à l’instant, la complexité de la culture européenne, complexité telle, en fait, qu’on peut se poser la question de l’unité de cette culture. Mais il faut admettre aussi que, renvoyée à la différence radicale que l’islam peut incarner, cette unité cesse de faire débat.

Les « virus primordiaux » allemands, anglais, français, font en effet tous une place à la liberté – pas la même place, mais toujours une place. A l’inverse, la notion de liberté n’est pas centrale en Islam. On peut même se demander si elle existe. Le croyant, en Islam, est dans le Bien quand il suit la « guidée » que Dieu a mis dans son cœur, et généralement, il suit cette « guidée », en pratique, en respectant la tradition, interprétée par les clercs.

Cela fait bel et bien deux univers mentaux difficilement compatibles.

L’actuelle conception musulmane est peut-être le mode de pensée qui prévalait dans l’Europe médiévale, peut-être même pas, peut-être est-ce quelque chose de fondamentalement différent.

Dans l’Europe médiévale, il existait peut-être, tout de même, cette prédisposition que Marcel Gauchet a décelée dans le christianisme, et qui préparait ce qu’il appelle la sortie de la religion. Nombre de musulmans soulignent d’ailleurs, dans leurs écrits, cette différence irréductible ; il faut dire cependant que ce sont surtout les musulmans extérieurs à l’Afrique du Nord qui pensent ainsi. Il faudrait, pour approfondir ce débat, connaître à fond l’islam, savoir en particulier à quoi correspond cette « soumission », ce complet « abandon » exigé par la doctrine musulmane. Je n’ai hélas pas le niveau de connaissance requis pour traiter ce point du débat en profondeur.

Quoi qu’il en soit, la différence Islam/Europe est là, réelle, on ne peut pas la nier. Selon qu’on retiendra ou pas la thèse de Gauchet, on situera la rupture entre Islam et monde européen, sur la question de la liberté, soit à l’épître de Paul aux Romains, qui introduisait la personne comme acteur autonome de la religion, soit à la Réforme, qui remet en cause l’autorité de l’Eglise et prépare sa séparation d’avec l’Etat. Mais de toute façon, on doit reconnaître qu’aujourd’hui, entre « nous », la majorité des européens, et « eux », la majorité des musulmans, il y a une différence culturelle majeure, en comparaison de laquelle nos différences internes à l’Occident sont en quelque sorte reléguées à l’arrière plan – donc minorées, presque rendues négligeables. C’est un peu  comme quand on floute une image : on en simplifie les formes, on finit par en gommer certaines.

Il me paraît évident que c’est précisément cet effet simplificateur qui vaut à la thèse simpliste du « choc des civilisations » une certaine audience dans le grand public occidental. C’est un mécanisme vieux comme le monde : la conscience de la différence externe comme outil pour oblitérer du champ de conscience collectif les débats sur les différences internes, qu’on ne veut pas voir. Tout cela est, vraiment, vieux comme le monde.

Le choc Islam/Occident sert de traitement antidouleurs aux traumatisés de l’Occidentalisation. Le conflit de civilisation est le père du nouvel être occidental.


La ronde des barjos utiles


Simplification : c’est le mot-clef. Quand le réel est trop complexe pour rester pensable par la majorité, les discours qui portent sont les discours simplificateurs. Et dans le genre, hélas, il ne manque pas de fous pour cautionner, par leurs aberrations, le discours des salauds. Des fous que les paumés écoutent, parce que les fous parlent simplement des choses compliquées ; ils proposent une axiologie unique, claire, avec un bien et un mal, essentialisés et réconfortants dans leur stabilité.

Souvent, c’est presque comique, d’ailleurs, tant c’est caricatural.

Dans la famille « idiot utile » du « choc des civilisations », je demande le bobo pro-immigration.  « Faisons venir des millions de musulmans en Europe, et enrichissons-nous de leur différence ! »

Ils s’imaginent quoi, les gens qui disent ça ? Qu’une synthèse des éléments supérieurs de ces cultures va émerger spontanément, par l’opération du Saint Esprit ? Ces doux dingues vous expliqueront que le mélange se fait, que la synthèse opère, parce qu’on mange du couscous en buvant du bordeaux. En quoi ils prouvent qu’ils ne savent pas que la culture va au-delà de la gastronomie… Ou encore, si on veut être méchant, qu’ils sont heureux de voir, dans le processus, les musulmans perdre leur foi et les chrétiens de même. L’égalité par l’arasement, la ressemblance par le vide. Quelle synthèse !

Le résultat de ce processus, c’est la production en séries de types humains médiocres, déracinés, acculturés à l'inculture. Le rappeur Morsay, si vous voulez, du côté « issu de l’immigration ». Et les ahuris style « j’ai ma place dans Loft Story », du côté « de souche ». C’est pathétique, tout ça. Ça finit par fabriquer le petit bolo bêlant racketté par la racaille – un phénomène d’ailleurs maintenant si répandu que les doux dingues pro-immigration sont en train tout doucement de disparaître : ils ont perdu toute crédibilité.

Cela dit, les barjos utiles travaillent en équipe, c’est le fond du problème. Le barjo utile « pro-immigration » invite chez nous le barjo utile « islamiste fou », lequel suscite le barjo utile « islamophobe obsessionnel », lequel fait un bon compagnon au barjo utile du type le plus redoutable, le genre « sioniste en délire ». Il y a une sorte de chaîne d’engendrement des discours simplistes, qui se cautionnent et se fabriquent les uns les autres, dans une espèce de ronde des fous. Concrètement, le « choc des civilisations » se manifeste, se déploie, se communique beaucoup ainsi, par la production d’un espace fantasmatique commun aux fous des tendances opposées ou alliées.

C’est tellement fantasmatique, tout cela, d’ailleurs, que c’en est parfois comique. Il y a un décalage extraordinaire entre le réel et sa représentation par les fous simplistes.

Le barjo utile « islamiste fou » est, je trouve, particulièrement drôle. Dans le genre, je citerais par exemple l’inénarrable Abdelkader Bouziane, dit « l’imam de Vénissieux ». Pour ceux qui auraient oublié ce grand comique méconnu, il s’agit du bonhomme qui nous avait expliqué, en 2004, que dans sa version de l’islam, un mari pouvait frapper sa femme, mais seulement sous le nombril. Je n’ai jamais réussi à savoir si la survenue de ce cas était liée à l’affaire Cantat/Trintignant… En tout cas, ce que je peux dire à mes auditeurs d’origine arabo-musulmane, c’est que, dans mon regard de Français dit « de souche », un type comme ça, c’est vraiment déconcertant. La forme de vie religieuse la plus basse sur terre. Franchement, on se demande d’où ça peut sortir. Qu’est-ce ? De l’humour wahhabite peut-être ? Ou alors il nous demande de reconnaître ses lumières sérieusement ? Il nous offre son wahhabisme saoudien 100 % garanti sans sucre ajouté pour remercier, à cause des allocs touchées au titre de ses je ne sais plus combien de rejetons ? Avouez qu’il y a de quoi être surpris…

Par contraste, le barjo utile « islamophobe obsessionnel » est plutôt tristounet. Il me fait un peu pitié. Le discours, dans son cas, est très caricatural, mais sans exotisme. C’est vraiment le choc avec l’Islam comme antidote au désarroi identitaire. On va trouver là des gens qui vont regretter la disparition du mode de vie français des années 60/70, et imputer cette disparition quasi-exclusivement à la survenue de la religion musulmane en France, ce qui est ridicule ; cette survenue joue un  rôle dans la déstructuration de l’espace français jadis relativement homogène, mais tout le monde voit bien que le néolibéralisme et l’esprit libertaire, avec leur cortège de catastrophes économiques, sociales et culturelles, ont fait beaucoup plus de dégât, à ce stade, que la présence musulmane. Ça ne se compare pas. Le nier, c’est vraiment le signe d’une panique devant le réel.

Cette négation, en fait, ce qu’elle veut dire, c’est : « Je ne veux pas voir que j’ai attrapé une sorte de pathologie, une idolâtrie de la liberté qui m’empêche de définir la liberté, et qui aboutit à nier la fraternité, autre valeur que je porte, et que je ne veux pas renier, mais que je ne peux plus vraiment comprendre, en profondeur – parce que mon mode de pensée a été déstructuré. Et ça, je ne veux pas le voir. Alors, n’est-ce pas, le problème, c’est ‘les musulmans’, c’est plus simple. »

Quand je tombe sur ce genre de discours, ça me fait de la peine.

Et pour finir, n’oublions pas que dans la chaîne des barjos utiles, il y a le timbré sioniste. Grand ami en général de l’islamophobe obsessionnel, pour des raisons qu’il n’est même pas nécessaire d’expliquer…

Alors là, on peut rencontrer des cas relevant carrément de la psychiatrie lourde. Je pense par exemple à quelqu’un comme le rav Dynovisz. Pour ceux qui ne situent pas le personnage, il s’agit du rabbin qui vient récemment de faire un buzz formidable sur le web, avec un discours où il explique que la race blanche est menacée d’extinction.

Ce n’est pas ce discours-là qui me fait dire qu’il y a un problème psychologique chez lui. Ça, ça se discute. Ce qui m’interpelle chez lui, c’est un autre « cours », comme il dit, qu’il a donné au moment de l’opération Plomb Durci, à Gaza, et où il explique, dans la joie et la bonne humeur, qu’il est « bon » que l’armée israélienne ait tué beaucoup de Palestiniens, parce que, voyez-vous, c’est un peuple « impur » ; c’est même un peuple qui est un « concentré d’impureté » (il le dit comme ça). Mais, pour autant, dit-il, il ne faut pas les tuer tous, les Palestiniens, parce que les derniers, « c’est pour le Messie », figurez-vous. Seul le Messie est, selon le rav Dynovisz, « qualifié », « spirituellement », pour tuer les derniers Palestiniens…

Quand on entend ça, on se dit qu’on préfèrerait être sourd.

Mais surtout, on se dit que ce délire obsessionnel tendance internement d’urgence, concrètement, ce que ça veut dire, c’est : « Je n’ai plus d’identité, parce que mon identité, c’était l’attente du jour où Dieu lèverait le châtiment, et où il rendrait la Terre Promise au peuple juif, parce que ce peuple se serait enfin libéré de l’idolâtrie et du péché. Je n’ai pas eu la patience d’attendre, donc maintenant, ou bien j’admets que mon identité est israélienne mais pas juive, et alors j’appartiens à une nation, comme les autres, ou bien je dois transformer ma religion pour fabriquer une nouvelle attente. Et comme je n’ai pas envie d’appartenir à une nation ordinaire ; comme je veux le beurre, c'est-à-dire le principe d’élection, et l’argent du beurre, c'est-à-dire une patrie à moi, où je ne suis pas le réprouvé, l’errant ; comme je ne veux donc pas reconnaître que l’Etat d’Israël n’est qu’une œuvre humaine, eh bien je décide que désormais, je n’attends plus l’heure où Israël sera sans péchés, puisque cette heure est supposée déjà venue ; maintenant, j’attends l’heure où Israël aura la force pour lui, toute la force pour lui. Et je vais vivre, maintenant, la psychose à la place de la névrose, grâce à la perversion de mon identité originelle, m’effrayer et me rassurer alternativement devant ma propre violence, et donc devant celle que je suppose en l’Autre, pour maintenir une tension dans mon esprit qui, sans cela, serait condamné à se disloquer, faute de principe structurant… »

Et là, quand on a compris que le délire de Dynovisz, ça veut dire tout ça, on sait que lui, il clôt la ronde des barjos utiles.


Pessimiste, mais pas désespéré


Que dire, en conclusion ?

Eh bien, tout d’abord, qu’il faut être raisonnablement pessimiste, pour anticiper sur ce qui vient.

drac2.pngVous voyez certainement, après ce tour d’horizon, la nature du problème : le choc des civilisations existe en partie, mais il n’a presque rien à voir avec ce qui est présenté généralement comme tel. Il est instrumentalisé par des salauds, très malins, qui comptent sur les difficultés prévisibles des gens ordinaires, un peu paumés en ce moment quand il faut décoder la complexité de ce choc à plusieurs niveaux, dans plusieurs directions, qui crée un malaise diffus, dont on n’arrive pas à isoler la cause. Et pour tout arranger, toutes sortes de barjos utiles viennent gambader au milieu du tableau, proposant des discours simplistes qui séduisent les gens égarés.

Dans ces conditions, il est bien évident que nous n’arriverons pas à empêcher complètement les salauds de manipuler les paumés avec l’aide des fous.

Ils y arriveront au moins en partie, parce que ce que nous avons à expliquer aux gens est beaucoup trop compliqué, pour que nous le fassions comprendre avant que les salauds n’aient manipulé certains paumés. On peut faire se faire comprendre vite des gens malins, mais il y a toujours une frange de retardataires. Trop lents, trop simples, trop frustrés. Trop d’accidents dans la vie aussi, parfois… Des gens comme ça, il y en a partout. Des deux côtés du choc des cultures. Il ne faut jamais l’oublier : les paumés sont parmi nous. Et ils vont gober tout rond ce que leur diront les fous.

Vous comprenez, ça va beaucoup plus vite de raconter qu’il faut tuer les Palestiniens mais pas tous, que d’analyser en détail la mécanique de sortie de la religion appliquée spécifiquement au monde juif. Ça va beaucoup plus vite d’expliquer à un pauvre gars qui a eu des ennuis avec les racailles pourquoi il doit détester les musulmans, que de lui faire comprendre pourquoi le problème des racailles n’est pas le « problème musulman ». C’est toujours plus facile de faire passer un message bête, mais simple, qu’un message intelligent, mais compliqué.

Donc on va perdre. En partie au moins. Les salauds vont réussir à manipuler les cons avec l’aide des tarés – excusez ma rudesse.

Et donc les cons, qui veulent leur guerre civile parce qu’ils s’imaginent que la guerre civile, c’est la solution… eh bien, ils risquent de l’avoir, leur guerre.

A vrai dire, ce n’est pas une surprise. Quand avec quelques amis, nous avons écrit « Eurocalypse », en 2006, nous le savions déjà. Historiquement, ça s’est toujours passé comme ça : ce sont les cons qui gagnent.

Cela dit, il ne faut pas désespérer.

D’abord on peut se consoler en se disant que, certes, ce sont les cons qui gagnent, mais enfin, ils ne gagnent jamais que le droit de se faire trouer la peau pour le compte des salauds. Donc on peut aussi se dire qu’une fois qu’ils auront commencé à y goûter, à leur guerre, ils vont se calmer très vite. J’ai remarqué que les gens, qui ont vu réellement des situations de troubles civils violents, ne souhaitent pas revivre ce type de situation. Parfois, ils s’habituent. Jamais ils ne demandent que ça reprenne, quand ça s’est arrêté. Et ça, c’est une constante : tout le monde réagit ainsi.

Ensuite, il faut voir qu’une fois que la température va monter sérieusement en France, ce qui finira par arriver, plusieurs forces contradictoires vont traverser le corps collectif. Certaines de ces forces seront positives, et elles viendront peut-être contrebalancer les forces négatives orchestrées par les ordonnateurs du « choc des civilisations ». C’est une raison de plus de souhaiter la révolte sociale. Si la guerre civile est, pour certains, un antidote à la révolution, la révolution peut aussi être un antidote à la guerre civile. C’est d’ailleurs pourquoi, à mon avis, il vaut mieux ne pas trop parler du choc des cultures : cela lui donne une importance excessive, et peut nuire à l’émergence de logiques étrangères à sa formulation.

Il faut s’attendre à devoir jouer ce genre de partition. Je ne saurais pas vous dire exactement quand ou comment, mais je pense que le début des réjouissances, c’est pour bientôt. Une affaire d’années, pas de décennies. A ce moment-là, il faudra susciter, canaliser, organiser ces forces positives, ces forces de la révolte positive – ces forces révolutionnaires latentes. Elles nous permettront peut-être de repousser les échéances quant au clash des cultures, sur notre sol.

Et cela peut nous laisser ensuite le temps qu’il faudra pour gérer ce clash, pour dialectiser, pour inventer les médiations nécessaires. Bref, pour faire le travail d’éducation évoqué à la fin de « Choc et simulacre », un travail qui, lui prendra, des décennies. Une génération au moins, peut-être deux ou trois.

Voilà, à mon avis, où nous en sommes, s’agissant de la France et du « choc des civilisations ».




Quelle différence faites-vous entre salafisme et wahhabisme ?

Vous êtes probablement originaire de la culture arabo-musulmane, et donc c’est vous qui pourriez sans doute m’instruire sur ce point !

Vous avez sans doute remarqué que je suis resté très vague sur le monde musulman dans mon propos, me contentant de souligner ce qui, à mon avis, le sépare de l’Europe. Ce n’est pas que je souhaite l’ignorer. Je me doute que les mécanismes mentaux que j’ai décrits pour l’Europe ont leur contrepartie dans le monde arabo-musulman, où manifestement, une certaine propagande antichrétienne est instrumentalisée par les pouvoirs, sans doute en partie pour produire cette simplification perverse qui conduit au « choc des civilisations ».

J’ai été vague sur le monde musulman pour la simple raison que je le connais mal. Ce n’est pas mon monde. Je ne parle pas arabe. Je peux évidemment lire le Coran, les commentaires du Coran, les classiques de la littérature arabe. Mais tout cela est loin de moi, je peux faire des contresens, tout le temps. Vous savez, je suis protestant ; et cela fait des années que j’entends des gens porter sur le supposé « monde protestant » des jugements qu’ils construisent en généralisant ce qu’ils ont, d’ailleurs souvent très mal, compris au sujet d’une fraction très minoritaire de ce monde. Alors je n’ai pas envie d’infliger aux musulmans des considérations du même ordre, les concernant.

La seule chose que j’ai comprise au sujet de cette histoire de salafisme, d’islamisme etc., c’est qu’il est important de regarder, quand on nous parle des « islamistes », qui est soutenu par l’Arabie Saoudite et qui ne l’est pas. Même depuis mon point de vue euro-centré, j’ai compris que l’emploi d’une même catégorie « islamiste », regroupant les musulmans soutenus par l’Iran et ceux soutenus par l’Arabie Saoudite, ne peut constituer qu’une erreur, d’entrée de jeu. Une faille dans la catégorisation, qui interdit tout raisonnement sérieux.

On utilise plus ou moins ces termes pour dire, en fait, « qui ne veut pas la séparation de l’Eglise et de l’Etat », enfin, « de la religion et de l’Etat », mais je pense qu’il peut y avoir plusieurs raisons, plusieurs manières, de ne pas vouloir cette séparation. Bref, une catégorie simplificatrice, que j’emploie toujours entre guillemets, si vous voulez.

Pour le reste, je serais bien en peine de vous donner une définition précise des doctrines religieuses en place. J’ai cru comprendre que le wahhabisme était porteur d’une interprétation plus littérale du Coran, qui sous-entend en quelque sorte une rigidité contraire, me semble-t-il, à ce que comme chrétien, je juge juste pour ma propre religion, et il me semble que cela peut expliquer certaines choses sur le régime politique saoudien. Quant au reste, je m’intéresse surtout à ces questions dans la mesure où elles ont un impact sur nous, ici, en Europe.

J’ai lu « Les secrets de la Réserve Fédérale ». J’en ai tiré pas mal de conclusions, sur l’idéologie sioniste entre autres, sur ces liens avec le mondialisme, sur l’apologie du métissage, mais seulement pour les non-juifs… Voici ma question : pensez-vous que le sionisme soit le cœur du problème ?

Quelques définitions, tout d’abord. Sinon, on ne sait pas de quoi on parle.

Il y a historiquement au moins deux grands « types » de sionisme.

Le premier type, qui apparaît au XVIII° siècle, est religieux. Il naît dans l’espace chrétien, dans une catégorie particulière de protestants, qu’on appelle les puritains. Sans entrer dans les détails très compliqués des évolutions à mon avis franchement pathologiques d’une partie du protestantisme anglo-saxon, il s’agit d’une théorie historiciste, qu’on pourrait définir ainsi : à la différence des idéologies classiques, issues des premières générations sorties de la religion et qui consistaient à faire de l’Histoire, de telle ou telle classe sociale, ou encore de l’Etat, des formes divinisées, ce sionisme a transformé la religion elle-même en idéologie.

Ce n’est donc pas une sortie de la religion, mais une inclusion dans la religion d’une forme proto-idéologique, forme ensuite enflée jusqu’à saturer tout l’espace religieux. Il reste donc une enveloppe religieuse, avec un contenu en réalité purement idéologique. La forme est religieuse, parce qu’on annonce la fin des tribulations et le retour d’Israël, on s’appuie sur les prophètes. Le contenu est idéologique, de manière dissimulée, parce que ce n’est pas Dieu qui ramène en Israël une génération sans péché, c’est Israël qui s’auto-élit, si j’ose dire, « zappant » pour ainsi dire l’étape purificatrice qu’est la production d’une génération sans péché.

Cela revient en gros à lire la fin du livre d’Ezéchiel sans en connaître le début, à recevoir la promesse du pardon de Dieu sans passer par le châtiment qui, donné par amour, dans le cadre de l’éducation de l’homme par Dieu, doit corriger les fils des fautes de leurs pères, afin qu’ils ne recommencent pas, qu’Israël soit digne de son Election. En fait, cette démarche, lire la  fin du prophète sans le début, revient pour faire court à se pardonner à soi-même. Bref, sur le plan religieux, c’est un sacrilège, et sur le plan psychologique, une perversion : la négation du nom du père, de l’interdit, et le refus de la sublimation.

Le second type de sionisme, qui naît au XIX° siècle, est idéologique. Il s’inscrit, lui, dans le cadre général classique des productions idéologiques, au moment où un groupe humain sort de la religion, ou en tout cas de la régulation stricte par la religion.

Il a deux  versants.

Dans un versant militariste, Jabotinsky par exemple, il ne fait que reproduire les productions idéologiques des anciennes sociétés d’ordre, autoritaires et inégalitaires, en train de passer de la religion à l’idéologie. C’est logique : dans une grande partie du monde juif, le modèle anthropologique n’est pas très éloigné de celui qui prévaut en Allemagne, ou en Hollande. Ce sont des cultures de la dictature du Surmoi, et donc, quand elles passent de la religion à l’idéologie, elles passent de l’Ancien Testament au fascisme, ou à peu près. D’où cette curiosité historique trop peu connue : l’entente finalement longtemps assez bonne entre sionistes et nazis, dans les années 30, en Allemagne !

Il existe un second versant de l’idéologie sioniste, qui renvoie à une autre partie du monde juif, caractérisée par un certain universalisme, conséquence de siècles de Diaspora. C’est le sionisme de gauche, sans doute plus sympathique aux Français, puisque plus proche de leurs représentations.

Aujourd’hui, ces deux grands types de sionisme ont tendance à se marier pour accoucher d’improbables rejetons, des protestants devenus bizarrement universalistes, ou disons mondialistes, par sionisme chrétien, ce qui ne veut rien dire, ou encore des Juifs religieux devenus sionistes via la pathologie du puritanisme anglo-saxon, importée dans leur propre système de représentation. D’où le rav Dynovisz, par exemple.

Cet ensemble d’idéologies floues sur fond de religion déstructurée est-il central dans la catastrophe actuelle ? A mon avis, non. C’est un des rares points sur lesquels je me sépare de mon ami Alain Soral, et donc, il peut être intéressant de préciser ma pensée.

Pour Soral, si j’ai bien compris, il existe une continuité stricte entre judaïsme talmudique et sionisme, et le sionisme est en quelque sorte l’esprit, la quintessence de la volonté de domination, qui en procèderait nécessairement. Je réfute ces deux affirmations.

Je pense qu’il n’existe pas de continuité stricte et parfaite entre judaïsme talmudique et sionisme idéologique, parce qu’il n’existe pas de continuité stricte entre religion et idéologie. Bien sûr, une idéologie sortant d’un monde jadis religieux sera porteuse de certains traits hérités de ce monde religieux, donc de cette religion. Mais ces traits sont alors resitués dans l’idéologie, ce qui en modifie le sens. Il n’y a continuité entre judaïsme et sionisme idéologique qu’au sens où il y a continuité entre le catholicisme classique gallican et l’universalisme républicain, ou entre le protestantisme allemand et le nazisme, ou entre le catholicisme autoritaire espagnol et le phalangisme. En fait, il y a continuité des fragments, mais pas de leur arrangement, pas du sens qu’ils produisent. C’est plus compliqué qu’une simple continuité stricte, franche.

Il n’existe pas non plus de continuité stricte et parfaite entre judaïsme talmudique et sionisme religieux parce que le sionisme religieux vient fondamentalement du monde protestant, plus précisément de sa composante puritaine. On ne peut comprendre ce phénomène que dans les catégories particulières du puritanisme, en fonction de son histoire. C’est très complexe, mais pour faire court : c’est ce qui arrive quand vous vous êtes mis une telle pression, que vous disjonctez littéralement. Dans les entreprises aujourd’hui, on appelle ça un burn out. Or, cela n’est pas juif : l’Election collective sur une base ethnique produit sans doute des pathologies, clanisme, rapport tronqué à l’universel, insertion ambiguë dans les processus sociaux généraux, etc. Mais elle ne peut pas engendrer ce type de burn out. Quand on répète l’année prochaine à Jérusalem, en réalité on est hors du temps. Le rapport juif au temps, je veux dire le rapport religieux juif au temps, dissipait l’angoisse ; c’est la combinaison d’un rapport au temps issu de la modernité, en particulier dans sa variante anglaise, et d’une métaphysique de l’Election à la fois prédéterminée et individuelle, personnelle disons, qui a créé la surpression à l’origine du burn out. Les Juifs ont leur défaut, leur idéologie nationale agressive est aussi conne que les autres, mais on ne peut pas leur mettre sur le dos la catastrophe du sionisme religieux. Ça, c’est un bug du logiciel protestant anglo-hollandais. Sous cet angle, soit dit en passant, il est très maladroit de réfuter l’argumentaire sioniste sur la base d’une lecture historiciste de l’Ecriture.

Je pense ensuite que le sionisme n’est pas nécessairement l’esprit, la quintessence de la volonté de domination, qui peut venir d'ailleurs ; et je pense encore moins qu’on puisse inscrire ce trait, l'esprit de domination, dans une continuité avec un judaïsme supposé parfaitement unitaire.

Concernant le lien supposé entre judaïsme et esprit de domination, je sais bien sûr qu’ici on me sortira les passages sanglants du Talmud, ceux où il est expliqué qu’un goy n’a pas toutes les fonctions de l’esprit, qu’un Juif a le droit de tuer un goy, etc. Le seul problème, c’est que vous trouverez l’équivalent à peu près dans toutes les traditions, y compris celle du christianisme. Il est vrai que nous n’avons jamais écrit nos lois orales, ce qui limite le caractère sanguinolent des fragments qu’on exhumera de notre tradition. Mais quant au reste, vous n’avez qu’à piocher dans ce que nous avons dit des musulmans, ce qu’eux ont dit de nous ou des Hindous, lesquels ne doivent pas être en reste, etc. Sur ce plan, la seule originalité des Juifs, réelle et significative il est vrai, est d’avoir écrit très tôt leur loi orale, créant ainsi une mémoire de tout, y compris du pire.

En réalité, aucune tradition ne peut survivre des siècles si elle n’inclut pas plusieurs tendances opposées. La tradition juive ne fait pas exception. Il y a toujours eu, chez les Juifs comme ailleurs, des types assoiffés de domination. Et il y a toujours eu, chez les Juifs comme ailleurs, des types assoiffés de justice. Comme la tradition juive est fondamentalement différencialiste, il est vrai que la justice n’y rime pas avec l’égalité. Mais elle est bien là, d’une manière qui peut étonner en France, aujourd’hui, mais qui est réelle.

Enfin, concernant le lien supposé entre sionisme et esprit de domination, il est exact, mais pas exclusif ou même particulièrement structurant dans la réalité du monde contemporain.

Le sionisme idéologique juif est dominateur parce que c’est une idéologie nationaliste, et les idéologies nationalistes sont dominatrices. Ce n’est pas une spécificité juive ; les Allemands, dans le genre, ont fait très fort aussi, ainsi que les Japonais. Nous-mêmes, nous aurions quelques reproches à nous faire.

Le sionisme religieux est dominateur, et il est vrai qu’il l’est de manière particulièrement dangereuse. C’est une perversion de l’esprit qui se rapproche beaucoup de la perversion idéale, et sans doute, pour un occidental, il est tentant d’y voir en quelque sorte l’alpha et l’oméga du principe de domination. Ça peut se comprendre. Les sionistes, d’ailleurs, se donnent énormément de mal pour nous convaincre de cela ; je me demande parfois s’il n’y a pas ici une forme de sadomasochisme, une perversion dans la perversion. Ça fait penser à un enfant qui sait qu’il a désobéi, et qui cherche inconsciemment à se faire choper par la patrouille, pour vérifier que papa va le punir, et donc s’intéresse à lui. Bref.

Le hic, en tout cas, c’est qu’il n’y a pas de sioniste en Chine, et que pourtant, on fait difficilement plus dominateur que le pouvoir chinois contemporain. Il faudrait quand même se souvenir à un moment donné qu’il n’y a pas qu’en Palestine qu’on ne peut pas faire trois mètres sans qu’un militaire vous fasse ouvrir votre sac. Allez donc vous balader à Pékin dans les zones gouvernementales, vous allez voir. Semblablement, il n’y a pas que les financiers juifs de Wall Street qui se comportent comme des porcs ; renseignez-vous sur le capitalisme indien, ce n’est pas triste.

En réalité, le fond du problème, c’est le capitalisme, et derrière le capitalisme, le pouvoir de la technique régnante, auto-justifiée. Nos sociétés fabriquent les conditions objectives pour que les pires sociopathes s’installent au sommet du pouvoir, et en jouissent sans retenue. Et la création de ces conditions objectives résulte, fondamentalement, d’un progrès technologique qui est allé beaucoup, beaucoup plus vite que l’avancement spirituel de l’humanité. En dernière analyse, c’est ça le problème. Le reste, c'est-à-dire l’action des réseaux d’influence, n’est que maladie opportuniste.

Attention : qu’on ne me fasse pas dire ce que je n’ai pas dit. D’abord, je n’ai pas dit que le sionisme n’était pas un problème. C’en est un, et un gros. Des types dans l’état psychologique du rav Dynovisz avec 400 têtes nucléaires à portée de la main, c’est un très, très gros problème. Ensuite, je n’ai pas dit que Soral devait être puni pour ses propos à ce sujet. Je trouve qu’il faut le contredire quand il dit quelque chose de faux, mais je suis prêt à le soutenir, financièrement si nécessaire, si on l’embête avec cette histoire, judiciairement je veux dire. On doit avoir le droit de donner son opinion en France, même quand on se plante.

Ce que je dis en revanche, pour synthétiser, c’est qu’il ne faut pas croire, si on voit un tankiste debout dans une tourelle, que c’est forcément lui qui a donné l’ordre de faire rouler le char sur une foule de manifestants. Au fond, c’est peut-être, tout au plus, un barjo utile, voire un simple exécutant.

Quant à Jacques Attali, il n’est représentatif que du niveau des « élites » actuelles.

Est-ce que vous pensez vraiment que le gars qui est contrôlé dix fois par jour par un militaire, en Irak, il a le temps de comprendre que ce militaire américain n’est pas représentatif de sa société ?

Je crois, hélas, que ce militaire est représentatif de la société US, qui est dans l’ensemble brutale et très stupide. En revanche, il n’est pas représentatif du projet de Thomas Jefferson.

Pour le reste, bien sûr que non, le gars n’a pas le temps de comprendre. C’est d’ailleurs ma conclusion : les salauds vont réussir à manipuler les gens. Là-bas comme ici. A nous de faire en sorte qu’ils manipulent le moins possible, le moins longtemps possible.

Est-ce que vous ne croyez pas que le choc des cultures, que vous dites réel, n’est pas déjà surmonté par les classes dirigeantes elles-mêmes ?

D’une manière générale, le choc des civilisations, c’est pour les pauvres. Au niveau des classes supérieures, le besoin de créer une synthèse des aspects supérieurs des cultures antagonistes est beaucoup plus faible, parce que ces classes ont le temps et les codes pour intégrer la coexistence de plusieurs cultures. En surplomb de ces cultures, elles ont généralement accès aux méthodes d’intermédiation et de dialectisation qui permettent justement ces coexistences culturelles. En outre, elles disposent des conditions de vie matérielle qui rendent possible une mise à distance physique de l’Autre, qu’on peut aller voir quand on le souhaite, mais aussi cesser de voir quand on préfère ne pas le voir. Et, cerise sur le gâteau, ces classes supérieures s’inscrivent dans des logiques collectives de réseau qui permettent la coopération même sans lien culturel fort – quand on a beaucoup à gagner avec quelqu’un, on oublie sa couleur de peau ou sa religion…

Ce sont ces méthodes du surplomb culturel qu’il faudra, dans les générations qui viennent, enseigner aux pauvres, pour que le choc des civilisations, ce ne soit plus l’affaire de personne. Mais ce sera très difficile, parce que ces méthodes reposent généralement sur la construction d’une authenticité de la personne à travers le pouvoir, la richesse, le principe de différenciation que la personne détient. D’où le problème : comment mettre le peuple en surplomb de la culture populaire ? C’est la complexité de cette question qui fait qu’à mon avis, il faudra des générations pour inventer le monde culturel de la mondialisation matérielle.

Est-ce que vous ne croyez pas qu’au fond, il faudrait arrêter complètement de parler du choc, faire comme s’il n’existait pas ? Est-ce que rien ne peut nous unifier ?

Je suis d’accord qu’il ne faut pas trop en parler. Cela dit, on ne peut pas non plus faire comme si on ne remarquait rien, quand un monsieur au Bengladesh sort un bouquin, intitulé « Le livre du Dajjal », où il est écrit en toute lettre, si je résume, que l’Antéchrist, c’est notre civilisation, parce qu’à cause de Saint Paul, nous avons un jour séparé l’Eglise et l’Etat, et donc nié que l’homme doive vivre entièrement selon la Loi divine. On voit bien qu’il y a un problème, quand au même moment, des milliers de mosquées sont en projet chez nous.

Je pense qu’il faut parler du sujet pour en montrer la complexité, produire de l’analyse, refuser les simplismes – mais ne pas trop en parler. C’est un équilibre à trouver. L’objectif, c’est de faire comprendre au maximum de gens que nous devons trouver, ensemble, une voie pour sortir de la situation impossible où nos dirigeants nous ont mis. Si les gens comprennent cela, ils sortiront de la logique de confrontation.

Ce qui peut nous unifier, en réalité, c’est la prise de conscience du caractère obscène de nos classes dirigeantes et des manipulations par lesquelles elles se maintiennent. En ce  sens, dénoncer le choc des civilisations est utile aussi pour dénoncer ceux qui le promeuvent.

Ce qui nous unifie, c’est l’exigence de respect, au fond. Quand on est musulman, on ne comprend pas forcément pourquoi les occidentaux défendent ce qu’ils appellent la liberté, sans bien définir le mot. Quand on est occidental, on ne comprend pas pourquoi les musulmans défendent l’islam, qui de notre point de vue les opprime. Mais tout chrétien peut comprendre pourquoi un musulman refuse que les émirs se payent du champagne et des putes à Marbella, pendant que ces mêmes émirs prêchent le puritanisme wahhabite au Saoudien ordinaire. Et tout musulman peut comprendre pourquoi il n’est pas normal qu’un chômeur américain crève de faim, au pied d’un gratte-ciel où des traders se versent des bonus monstrueux parce qu’ils ont détruit son entreprise. Si quelque chose peut nous sauver du choc programmé, faire prendre conscience à tous qu’il faut sortir du piège, c’est bien cette commune conscience de l’indécence et cette universelle exigence de respect.


Le Bassin du Levant assiégé par Israël

Le Bassin du Levant assiégé par Israël

Ressources énergétiques : l’exploitation déjà confiée à des sociétés états-uniennes

Ex: http://www.polemia.com/

bassin-levant-130111.jpgA la fin de l’année 2012, Israël commencera à pomper du gaz dans le gisement offshore de Tamar, confié à un consortium international chapeauté par la société états-unienne Noble Energy. Celle-ci apportera ce mois-ci une seconde plate-forme de forage (Pride North America) pour étendre les prospections dans le Bassin du Levant. Dans cette zone de la Méditerranée orientale -estime l’agence gouvernementale états-unienne U.S. Geological Survey- se trouvent des réserves de gaz se montant à 3.500 milliards de m3, et des réserves de pétrole pour 1,7 milliards de barils. On se prépare donc à de grandes affaires : en une année, l’indice énergétique de la Bourse de Tel Aviv a augmenté de 1.700 %.

Partage des zones d’exploitation : nouvelle source de contentieux et de… conflits

Mais il y a un problème : les réserves énergétiques du Bassin du Levant n’appartiennent qu’en partie à Israël. Les gisements de gaz Tamar et Léviathan se trouvent à environ 100 Kms des côtes, hors des eaux territoriales israéliennes qui s’étendent jusqu’à 22 Kms de la côte. Toutefois, selon la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer, Israël peut exploiter les réserves offshores de gaz et de pétrole dans une zone allant jusqu’à 370 Kms de la côte. Mais il en va de même pour les autres pays riverains. Il est donc déterminant de définir les zones respectives.

Dans les eaux libanaises, d’après la compagnie norvégienne Petroleum Geo-Services, il y a de gros gisements de gaz et pétrole. A ce propos, le ministre des affaires étrangères Ali Shami a demandé le 4 janvier au Secrétaire Général des Nations Unies d’empêcher que ces gisements soient exploités par Israël. La réponse ne s’est pas faite attendre : le jour suivant, le porte-parole onusien Martin Nesirsky a rejeté la requête en déclarant que les Nations Unies ne sont pas préparées pour intervenir dans la dispute. Même réponse de la part de l’Unifil (United Nations Interim Force in Lebanon) : le porte-parole Andrea Tenenti a déclaré au quotidien libanais The Daily Star (6 janvier) qu’ « une frontière maritime n’a jamais été établie » et que « la ligne de bouées dans la zone de Naqoura, non reconnue par le gouvernement libanais, a été instaurée unilatéralement par Israël ». Puis, le coordinateur spécial pour le Liban, Michael Williams, a diplomatiquement déclaré qu’« il pourrait y avoir un rôle pour les Nations Unies, mais nous devons en discuter avec nos juristes à New York » (The Daily Star, 11 janvier).

Israël a les mains libres

En réalité, donc, l’ONU laisse les mains libres à Israël dont le gouvernement a prévenu qu’il n’hésitera pas à employer la force pour protéger « ses » gisements. Comme le parlement libanais a approuvé une loi sur l’exploration des réserves énergétiques offshore et allouera les premières concessions au début de 2012, s’ouvre ainsi un contentieux qui pourra facilement conduire à une nouvelle guerre israélienne contre le Liban.

Qu’entend faire l’Italie, qui joue un rôle de premier plan dans l’Unifil, d’un point de vue naval aussi ? Attendra-t-elle que les navires de guerre israéliens bombardent les côtes libanaises, comme ils le firent déjà en 2006, pour s’emparer des réserves offshore du Liban ?

Il est plus difficile encore que les Palestiniens réussissent à exploiter les réserves énergétiques de leurs Territoires. Il résulte de la carte établie par U.S. Geological Survey que la plus grande partie des gisements de gaz se trouve dans les eaux côtières et dans le territoire de Gaza. L’Autorité palestinienne en a confié principalement l’exploitation à la compagnie British Gas, qui a creusé deux puits, Gaza Marine-1 et Gaza Marine-2, qui ne sont cependant jamais entrés en fonction.

Les Palestiniens sont écartés

Le gouvernement israélien a d’abord rejeté toutes les propositions, présentées par l’Autorité palestinienne et par British Gas, d’exporter le gaz en Israël et en Égypte. Elle a ensuite ouvert une négociation directe avec la compagnie britannique, qui détient la majorité des droits d’exploitation, pour arriver à un accord excluant les Palestiniens. Ce n’est pas un hasard si la négociation a été lancée en juin 2008, ce même mois où commençait (selon ce qui est admis même par des sources militaires israéliennes) la préparation de l’opération « Plomb durci » lancée contre Gaza en décembre 2008 (voir l’article par Michel Chossudovsky «La guerre et le gaz naturel : l’invasion israélienne et les gisements de Gaza en mer», Mondialisation.ca, le 12 janvier 2009, NdA). L’embargo qui a suivi, blocus naval compris, a de fait exproprié les Palestiniens du droit d’exploiter leurs propres réserves énergétiques, dont Israël veut s’emparer d’une façon ou d’une autre.

Le plan prévoit de relier, à travers un gazoduc sous-marin, les puits palestiniens de Gaza au port israélien d’Ashqelon, où, à partir de 2012, arrivera le gaz du gisement de Tamar. À une dizaine de kilomètres, au sud, il y a Gaza où les autorités israéliennes laissent passer au compte-gouttes le combustible pour la centrale électrique : ce qui provoque de continuels black-out qui, en laissant hôpitaux et stations d’épuration sans énergie, augmentent les victimes de l’embargo.

Manlio Dinucci
il manifesto
12 janvier 2011

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio pour Mondialisation.ca,

More Pie for Monsieur Lévy

More Pie for Monsieur Lévy

by Taki Theodoracopulos

Ex: http://takimag.com/

BHLarton492-139x190.jpgAbout fifteen years ago I received a very polite letter from Belgium asking me to list three of the most pompous and self-important people in the UK. It came with a self-addressed return envelope and stamp. The writer was known as l’entarteur, a man who would approach the pompous and vainglorious and shove a pie in their face. He would never insult the victims nor use foul language—in fact, he always remained silent—and he assured me in his letter that he used only the finest ingredients and freshest milk in his pies.

The first potential target who came to my mind was Edward Heath, but I immediately took his name off the list. Heath was too bloated, his face too red, and the last thing I wished was for him to have a stroke while covered in a lemon-meringue pie. L’entarteur agreed, and we started a lively correspondence. One of the candidates I submitted was not a Brit, but Algerian-born Frog Bernard-Henri Lévy, whom my Belgian buddy had already pelted with pies on at least three occasions. Four is a good round number, suggested yours truly.

One month later at the airport in Nice Lévy got blasted by l’entarteur like never before. The pie was giant size, and the cream made him look like a Yeti while he fumbled around and screamed bloody murder. Then les gendarmes interfered and arrested my friend, who offered no resistance. One thing the onlookers noticed was that the fuzz had trouble making the arrest because they were laughing so hard. Led in front of a judge, my NBF promised he would no longer throw pies on BHL (as the pompous Lévy is known in the land of cheese) and was let off with a fine for disturbing the peace. We lost touch with each other after that.

“There are those, mind you, who take Lévy seriously—French image-makers, PR hucksters, and other such modern pests—but serious people do not.”

gloupier.jpgLast week I almost got on a plane to Paris to help continue my Belgian friend’s good work, but I got lazy and went skiing instead. There is no pie big enough to make the bum BHL mend his wicked ways. His latest outrage involves Stéphane Hessel, a German-born Jew whose father emigrated to France in 1924 when Stéphane was seven. Hessel’s father was the model of one of the two lovers in Jules et Jim, the novel which later became a very popular film. Stéphane served in the French Army, became a prisoner of war, escaped, and joined de Gaulle. Dispatched to France to help organize the Resistance, he was captured, tortured, and sent to Buchenwald. While being transferred to Bergen-Belsen, he escaped again.

After the war he was named ambassador and worked with the United Nations. Honors and awards followed. Late last year—his 93rd—he published his book Be Indignant!, his defense of Palestinians under brutal Israeli occupation. The book became an overnight bestseller, moving 600,000 copies in three months. (Charles Glass Books, an imprint of London’s Quartet Books, has landed the UK rights and will publish it shortly.)

StephaneHessel.jpgHessel’s alma mater, the École Normale Supérieure, invited him to speak to the students. Then a pro-Israeli website objected. In comes our hero, Bernard-Henri Lévy, the multi-millionaire son of an Algerian timber tycoon, and one whose father I am sure never donned a military uniform for France or any other country. Lévy objected virulently to Hessel’s invitation, and the 93-year-old was silenced.

Well, I have not been silenced. I met the self-publicist and self-proclaimed philosopher once, and it was not pleasant. His trademark white shirt open to his navel was there for all to see—in the French Embassy, of all places—and his current squeeze, a blonde with whom I used to step out, introduced us. Lévy tried to stare me down like bullies do in sleazy clubs, but it didn’t work. I know how to handle phonies, and he’s as phony as they come. There are those, mind you, who take Lévy seriously—French image-makers, PR hucksters, and other such modern pests—but serious people do not. As a historian BHL has offered a very dark picture of French history in an attempt to draw attention to himself as an independent thinker. He is nothing of the kind and has never come up with a single philosophical proposition. In fact, he has been caught in his refutation of Kant quoting “the famous French philosopher Botul,” naively falling for a spoof perpetrated by a journalist who’d had enough of BHL’s phony pomposity.

Although I regret not having shoved a pie in his face, or a knuckle sandwich for that matter, what he did to the Pearl family deserved much more than lemon pies. BHL wrote a very bad book on Daniel Pearl’s murder but fictionalized it to the extent that Pearl’s widow and family were outraged, accusing Lévy’s ego of getting in the way of the truth. BHL’s methods are vile and, in the case of Israeli outrages against unarmed Palestinians, downright disgusting. No outrage by Israeli Zionists has ever caught his attention, but the moment the 93-year-old Hessel’s name came up, there was BHL, peacock-like, denouncing a fellow Jew who fought for his adopted country against the Nazis and suffered as a result.

Such are the joys of modern celebrities posing as hommes sérieux. BHL is a boaster and an impostor, a shameless publicity freak who has given philosophy a bad smell. We need to bake more pies. In a better world, he’d be eating knuckle sandwiches.

dimanche, 06 février 2011

Si se incendia el petroleo, el capitalismo cae al abismo

Si se incendia el petróleo, el capitalismo cae al abismo

(CMMInternacional 00983 - Ex: http://www.cadenamarianomoreno.com.ar)

Reproducimos la info del diario INFOBAE. Venimos desde la CMM monitoreando la crisis mundial, la crisis del capitalismo. Africa está en rebelión. El temor que la rebelión se extienda a los emiratos árabes aliados al mundo occidental. El temor que los pueblos se adueñen de lo que es suyo?

Desde nuestro CENTRO DE NOTICIAS, en San Miguel Arcángel, Buenos Aires, Argentina en la UNASUR.

La CMM,informa:

Las bolsas europeas bajaban a primera hora del lunes por las preocupaciones sobre los disturbios en Egipto y el temor a que los problemas se extiendan a otras partes de Oriente Oriente, con consecuencias para los precios del petróleo.

Los bancos de mayor ponderación se sumaban a las caídas. Barclays, Societé Générale y Unicredito, caían entre un 1,2 por ciento y un 2,8 por ciento. El crudo Brent cotizaba esta mañana en torno a los 100 dólares por barril.

“Egipto por sí solo no sería una preocupación, la preocupación es que podamos tener inestabilidad en los Estados petroleros. Cualquier inestabilidad es negativa para los mercados”, expresó Bernard McElinder, estratega de inversión de NCB Stockbrokers en Dublín.

El crudo Brent de Londres se acercó el lunes a 100 dólares el barril por la preocupación de que las protestas en Egipto generen inestabilidad en el resto de Oriente Medio y el norte de Africa, regiones que en conjunto producen más de un tercio del petróleo del mundo. 

Seis días de disturbios en Egipto han dejado más de 100 muertos, sacudido a Oriente Medio y agitado a los inversores globales. Egipto no es un importante productor de petróleo, pero las protestas y demandas de cambio político comenzaron sólo dos semanas después de que el presidente de Túnez fuera derrocado.

La preocupación de que los estados productores de crudo en la región podrían enfrentar similares protestas está apoyando al crudo. “La situación egipcia parece ser el factor primario“, dijo David Land, analista de mercado en jefe de CMC Markets.

00:29 Publié dans Actualité, Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : pétrole, hydrocarbures, économie, capitalisme | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

Russie, alliance vitale

Bientôt en librairie : "Russie, alliance vitale" de Jean-Bernard PINATEL

Ex: http://theatrum-belli.hautetfort.com/

Les grandes inflexions dans le système international peuvent être perçues, bien avant qu'elles ne se produisent, par les observateurs qui disposent d'une grille de lecture et qui fondent leurs réflexions sur les faits en se débarrassant de tout a priori idéologique ou sentiment partisan. Ainsi cet essai soutient des thèses et fournit une analyse des événements internationaux qui sont éloignés de la pensée dominante actuelle d'inspiration essentiellement américaine. 

pinatel001.jpgCette vision a été élaborée en utilisant une méthodologie fondée sur de nombreux emprunts aux enseignements de Marcel Merle (1), à la méthode prospective d'Hugues de Jouvenel et à l'œuvre d'Edgar Morin avec lesquels j'ai eu la chance de partager des réflexions dans le cadre de Futuribles et de la Fondation pour les études de défense à l'époque où elle était présidée par le général Buis. 

Ce n'est pas la première fois que je propose une vision prospective différente de celle communément admise. Dès les années 1970 déjà, j'avais pressenti que le temps de l'affrontement Ouest-Est fondé sur l'équilibre des forces nucléaires et classiques était révolu et qu'il serait remplacé par une forme nouvelle d'affrontement entre le Nord et le Sud. Je caractérisais ma vision de la nature différente de la "guerre" que nous connaîtrions dans le futur par le concept de "guerre civile mondiale". Pour ce faire je reçus l'aide précieuse et critique de mon amie Jacqueline Grapin qui était, à l'époque, journaliste au Monde et proche collaboratrice de Paul Fabra. 

La publication par Calman-Levy en 1976 de notre livre (2) fit l'effet d'une bombe dans les milieux politico-militaires puisqu'il soutenait que les guerres futures prendraient plus la forme d'une « guerre civile » Nord-Sud que celles d'un affrontement entre deux puissantes armées conventionnelles sous menace nucléaire auquel on se préparait. Nous écrivions : "À y regarder d'un peu près, le concept d'une guerre civile mondiale cerne assez étroitement la réalité. Il transpose, à l'échelle de la planète désormais ressentie comme un monde fini, l'idée du combat fratricide que se livrent les citoyens d'un même État. Et il est bien exact que le système international actuel est le premier à avoir une vocation mondiale, sans échappatoires possibles à ses blocages et à ses conflits. Il implique une guerre sans fronts, qui déborde les frontières et dépasse les militaires, pour défendre des enjeux vitaux dans un processus qui peut aller jusqu'à la mort... À force de détournements d'avions et d'actes terroristes, les Palestiniens ont essayé d'impliquer le monde entier dans leur cause, et le monde dans leur ensemble est devenu leur champ de tir". 

Le système international, qui évolue rapidement sous nos yeux, sera dominé dans les prochaines années par deux grands acteurs, les États- Unis et la Chine, qui interagissent dans une relation d'"adversaire- partenaire" : adversaires quand il s'agit d'enjeux ou d'intérêts vitaux à protéger, partenaires pour conquérir de nouveaux espaces et marchés et, surtout, pour empêcher de nouveaux acteurs d'acquérir une autonomie qui pourrait remettre en cause leur sphère d'influence et le partage du monde qu'ils préconisent implicitement ou explicitement. Un exemple récent en est l'accueil condescendant qui a été réservé par les grandes puissances à l'initiative de la Turquie et du Brésil pour apporter une solution à la crise iranienne. 

L'élaboration de cette vision s'appuie sur l'analyse et la hiérarchisation des intérêts permanents, vitaux ou majeurs, de ces grands acteurs, et sur l'évaluation de la marge de manœuvre, souvent limitée, que peuvent acquérir par leur charisme les dirigeants de ces pays. C'est ce qui explique les difficultés rencontrées par Barack Obama pour mettre en œuvre sa vision généreuse des rapports internationaux. Elle heurte de plein fouet les intérêts du complexe militaro-industriel américain qui s'est arrogé depuis longtemps le monopole de la désignation des menaces et de la défense des "intérêts permanents" des États-Unis et du "monde libre". 

C'est au Premier ministre de la reine Victoria, Benjamin Disraeli (1804-1881), qu'il est généralement convenu d'accorder la paternité de ce concept. En considérant que les États n'ont ni amis ni ennemis mais des "intérêts permanents", il introduisait pour la première fois les enjeux économiques dans la compréhension des relations internationales. Ce concept s'est étendu progressivement à d'autres dimensions comme la dimension culturelle. Ainsi le maintien de liens étroits entre les États francophones fait partie des intérêts permanents de la France car cela lui permet de peser plus que de par son poids dans les instances internationales (3). 

Dans les pays démocratiques c'est la perception de ces "intérêts permanents" par les citoyens qui est essentielle. Car il n'est de légitimité que reconnue par l'opinion publique. Ainsi la construction d'une Europe politique disposant de pouvoirs fédéraux ne deviendra un "intérêt permanent" pour les Européens que lorsque la grande majorité de la population des nations qui la composent en auront compris l'importance. Cette construction fait déjà partie des intérêts permanents de la France puisque la majorité des forces politiques y est favorable. La crise financière récente que nous avons traversée a montré la faiblesse d'une Europe fondée sur le plus petit commun dénominateur. De même, la présence des forces armées allemandes en Afghanistan est très critiquée par une majorité des forces politiques et de la population qui n'en comprennent pas les enjeux (4). Ces "intérêts permanents" sont rarement explicités par les dirigeants en dehors de cénacles restreints. Le maintien d'une incertitude sur leur définition précise constitue un atout dont les États auraient tort de se priver dans la compétition mondiale. 

Avec l'apparition de l'arme nucléaire, est apparue la notion d'"intérêts vitaux", au nom desquels un État se réserve le droit d'utiliser en premier l'arme nucléaire (5). Là encore, l'ambiguïté et l'imprécision font partie de la logique dissuasive, aucune puissance nucléaire ne déclarant ce qu'elle considère comme ses intérêts vitaux. 

Il est cependant possible d'évaluer les "intérêts permanents" des États en analysant les facteurs déterminants de leurs forces et de leurs vulnérabilités. Ainsi dans la Guerre civile mondiale (6) publiée en 1976, en pleine Guerre froide, nous nous interrogions sur la réalité de la menace militaire soviétique comme vecteur de la propagation du communisme, qui a été un des facteurs déterminants du système international entre 1945 et 1989. 

À l'époque, analystes et leaders d'opinion s'alarmaient à longueur de pages sur la menace que représentaient les 167 divisions militaires russes, sans jamais analyser les vulnérabilités de l'URSS qui pouvaient légitimer cet effort militaire. Prenant à contre-pied ces analyses, nous mîmes en relief plusieurs facteurs qui offraient un autre éclairage sur la menace soviétique : 

  • une relative faiblesse en nombre : rapportée à la superficie de l'URSS et, d'un point de vue défensif, cette force militaire "ne représentait plus que 12 militaires de l'armée de terre au km2 contre 60 en France" ;
  • une immensité de frontières à défendre : "L'URSS est le plus proche voisin de toutes les puissances actuelles et potentielles. À l'Est, l'URSS n'est séparée de l'Alaska américain que par les 30 km du détroit de La Pérouse, au Sud, elle a 7.000 km de frontières avec la Chine, 2.000 km avec l'Afghanistan, 2.500 avec l'Iran, 500 avec la Turquie..." ;
  • un manque de cohésion intérieure : "Mosaïque de 95 nationalités, d'ores et déjà l'URSS connaît un problème musulman avec la hausse de la natalité des populations islamisées qui représenteraient en 1980 72% de la population contre 52% en 1970 dans les cinq républiques d'Asie centrale" ;
  • et une "faiblesse de peuplement à l'Est de l'Oural".
  • Nous concluions : "L'URSS a de nombreuses vulnérabilités qui peuvent la pousser à s'armer au moins autant que les objectifs offensifs avancés par tous les observateurs".

Cet essai vise ainsi à éclairer d'un jour nouveau les intérêts permanents de l'Europe et de la Russie dans la gestion des menaces et des crises qui se développent à leurs frontières. Il soutient que l'insécurité qui règne à nos frontières sert directement les intérêts du complexe militaro-industriel américain au point de faire penser que les crises qui s'y enracinent ne sont pas le résultat d'erreurs stratégiques des dirigeants américains, mais proviennent d'options mûrement pesées par des conseillers qui en sont issus. Tout se passe en effet comme si la politique américaine visait à maintenir une insécurité permanente dans la région du Moyen-Orient et de la Caspienne. Elle viserait ainsi à freiner le développement économique de nos proches voisins tout en s'appropriant leurs ressources et, par contrecoup, à pénaliser la croissance de l'Europe et de la Russie en les privant de débouchés pour leurs produits et, enfin, à empêcher par tous les moyens la création d'une alliance stratégique de Dunkerque à l'Oural, qui constituerait un troisième acteur du système international capable de s'opposer à leurs ambitions. 

Jean-Bernard PINATEL


178 pages, 17 euros

Général (2S) et dirigeant d'entreprise, J.-B. Pinatel est un expert reconnu des questions géopolitiques et d'intelligence économique. Docteur en études politiques et diplômé en physique nucléaire, il est breveté de l'École supérieure de guerre et ancien auditeur de l'IHEDN.

Sommaire :

  • Préface, p7
  • Avant-propos, p 13
  • Introduction, p 19
  • La montée en puissance de l'impérialisme chinois, p 23
  • Les relations sino-américaines à l'heure de l'interdépendance économique, p 43
  • La stratégie américaine d'"adversaire-partenaire", p 63
  • Les États-Unis face à l'Europe : éviter l'unification du "Heartland", maintenir la suprématie du "Rimland", p 77
  • Les pièges fondamentaux de la politique étrangère américaine, p 99
  • Pour un partenariat stratégique entre l'Europe et la Russie, p 119
  • La Russie, acteur clé dans la résolution des conflits et dans la lutte contre le terrorisme au Moyen-Orient, p 133
  • Irak et Afghanistan : pour une implication accrue de l'Europe et de la Russie, p 149
  • Conclusion, p 167

Notes :  

1. Sociologie des relations internationales (1987).

2. La Guerre civile mondiale, Paris, Calmann-Levy, 1976.

3. Forte d'une population de plus de 803 millions et de 200 millions de locuteurs de français de par le inonde, l'Organisation internationale de la Francophonie (01F) a pour mission de donner corps à une solidarité active entre les 70 États et gouvernements qui la composent (56 membres et 14 observateurs) — soit plus du tiers des États membres des Nations unies.

4. Le président allemand Horst Köhler, qui occupe une fonction principalement honorifique, a créé la surprise en annonçant sa démission le 31 mai 2010 après avoir déclenché un tollé politique suite à ses déclarations légitimant la participation accrue de son pays aux combats en Afghanistan par des raisons économiques. Il a jugé dans une déclaration à une radio cet effort « nécessaire pour maintenir nos intérêts, comme par exemple libérer les routes commerciales ou prévenir des instabilités régionales qui pourraient avoir un impact négatif sur nos perspectives en termes de commerce, d'emplois et de revenus » allemand sont déplacés, car ils suscitent méprise et malentendu. De fait, il est compréhensible qu'Horst Köhler, qui occupe une fonction symbolisant l'image de l'Allemagne, démissionne de son poste honorifique après les violentes réactions contre ses propos controversées sur une importante mission de son pays à l'étranger.

5. L. Mandeville, "Barack Obama peine à imposer sa doctrine", Le Figaro, 2/3/2010 : "Spécialistes du Pentagone et de la Maison Blanche ferraillent encore sur plusieurs points cruciaux de doctrine. Ainsi l'administration Obama devrait-elle refuser de souscrire au "non-emploi en premier" de l'arme nucléaire pour rester dans l'ambiguïté actuelle, contrairement à ce que les partisans du désarmement nucléaire espéraient, à en croire le quotidien new-yorkais".

6. J. Grapin, J.-P. Pinatel, op. cit., p. 256 et ssq.

"Choc et simulacre"

« Choc et Simulacre » par un collectif européen d'auteurs, présenté par Michel Drac

Ex: http://www.polemia.com/


choc_et_simulacr_4c4066bcbfea1.gifÉcrit par un collectif d’auteurs dont certains avaient déjà participé à la rédaction du roman d’anticipation politique Eurocalypse et qui ont assimilé l’œuvre de Jean Baudrillard, Choc et Simulacre est un ouvrage dense qui interprète, d’une manière décapante, les grands événements en cours.

Les auteurs s’intéressent à la genèse récente du projet hégémonique des États-Unis. Ils rappellent que, sous la présidence de Bill « Tacheur de robe » Clinton (1993 – 2001), des intellectuels préparaient la domination mondiale de leur pays à travers le Project for a New American Century. Ce programme ambitieux parvint à regrouper « conservateurs réalistes », mondialistes patentés et néo-conservateurs malgré des tensions inhérentes incessantes. Au sein du néo-conservatisme même, le collectif relève que « la base militante […] était à l’origine composée de trois groupes dont les valeurs ne sont pas totalement compatibles, et dont les intérêts divergent largement : le “ big business ”, les milieux pro-Israël, la “ moral majority ” (p. 26) ».

Sommes-nous en présence d’une « entente idéologique » factuelle qui œuvre à la suprématie planétaire de Washington ? Oui, mais sans chef d’orchestre patenté puisqu’il s’y concurrence et s’y affronte divers clivages, d’où les ambiguïtés intrinsèques du « conservatisme étatsunien » au début du XXIe siècle. Le collectif prend pour preuve les études de Samuel Huntington. Son « choc des civilisations » était au départ un article répondant à la thèse de Francis Fukuyama sur la fin de l’histoire et le triomphe final du libéralisme. Certes, Huntington y exprimait une vision étatsunienne du monde en distinguant l’Occident euro-atlantique d’une civilisation européenne orthodoxe et en niant toute particularité à l’Europe. Pourtant, même si son thème du « choc des civilisations » va être instrumentalisé au profit du mondialisme yanqui conquérant, Huntington comprit ensuite, dans son dernier essai, Qui sommes-nous ?, que le « choc des civilisations » atteignait les fondements des États-Unis avec une lente « latino-américanisation » de sa patrie…

Les méandres du pouvoir réel à Washington

Les interventions militaires en Afghanistan (2002) et en Irak (2003) marquent l’apogée du néo-conservatisme et donc le début de son déclin à l’intérieur de la « coalition » dominante. « La fracture entre néo-conservateurs d’une part, mondialistes et conservateurs réalistes d’autre part, continue à perdurer, mais désormais, ce sont à nouveau les conservateurs réalistes qui mènent la danse, ayant récupéré le soutien clair et fort des milieux mondialistes (p. 63). » Par ailleurs, le plan « néo-con » a échoué auprès de la population U.S. qui réagit maintenant par le phénomène du Tea Party. Cette nébuleuse mouvementiste présente de fortes inclinations libertariennes et isolationnistes (mais pas toujours !).

Avec ce retour au réel géopolitique, on assiste au regain d’influence de Zbigniew Kazimierz Brzezinski – que les auteurs désignent par ses initiales Z.K.B. -, qui est probablement le plus talentueux penseur géopolitique des États-Unis vivant. Bien que démocrate, ce conservateur réaliste s’active en faveur d’« un ordre mondial aussi unifié que possible, au sein duquel les élites anglo-saxonnes sont prédominantes (p. 47) ». Z.K.B. réactualise de la sorte les vieux desseins de Cecil Rhodes, de la Fabian Society et de l’« Anglosphère » en partie matérialisée par le système Échelon. Ainsi, « l’objectif de la conquête de l’Asie centrale doit être, selon Z.K.B., d’assurer la victoire non de l’Amérique proprement dite, mais plutôt celle d’un Nouvel Ordre Mondial entièrement dominé par les grandes entreprises multinationales (occidentales principalement). Le Grand Échiquier se présente d’ailleurs comme un véritable hymne aux instances gouvernantes du mondialisme économique (Banque mondiale, F.M.I.). Z.K.B. est le premier patriote du Richistan – un pays en surplomb de tous les autres, où ne vivent que les très, très riches (p. 49) ».

Faut-il ensuite s’étonner d’y rencontrer le chantre des « sociétés ouvertes », le co-directeur de la célèbre O.N.G. bien-pensante Human Rights Watch et l’instigateur occulte des révolutions colorées, Georges Soros ? Il soutient de ses deniers « l’Open Society Fund […qui] est destiné officiellement à “ ouvrir des sociétés fermées ” (en clair : empêcher les États de réguler l’activité des grands prédateurs financiers mondialisés) (p. 55) ». Le collectif évoque une « méthode Soros » qui consiste à « semer le chaos souterrainement pour proposer ensuite la médiation qui rétablit l’ordre (p. 82) ». Il n’y a pourtant ni complot, ni conspiration de la part d’un nouveau S.P.E.C.T.R.E. cher à Ian Fleming et à son héros James Bond…

En analysant la production éditoriale d’outre-Atlantique, les auteurs observent néanmoins une nette « difficulté de la coordination entre le tendances de l’oligarchie fédérée U.S. – une oligarchie qui ne parvient à surmonter son incohérence que par la fuite en avant (p. 77) ». En effet, les différentes tendances de la « coalition hégémoniste » veulent d’abord défendre leurs propres intérêts. Ils rappellent en outre l’importance du lobby israélien aux États-Unis, groupe d’influence qui ne se recoupe pas avec l’emprise de la communauté juive sur le pays. Ils signalent aussi les liens très étroits tissés entre le Mossad et la C.I.A. au point que « la coopération entre les deux appareils de renseignement va si loin qu’on peut parler d’intégration mutuelle (p. 70) ». Via l’A.I.P.A.C. (American Israel Public Affairs Committee) et d’autres cénacles spécialisés dont l’Anti Defamation League, « spécialisée dans le harcèlement des opposants. Elle utilise très largement l’accusation d’antisémitisme et, d’une manière générale, promeut un “ souvenir ” de la Shoah qui ressemble à s’y méprendre à une stratégie d’ingénierie des perceptions visant à développer, dans la population juive, le syndrome de Massada (p. 67) », Israël est bien défendu outre-Atlantique. Or la diplomatie de la canonnière néo-conservatrice des années 2000, en chassant du pouvoir les Talibans et Saddam Hussein, a favorisé l’Iran et affaibli les soutiens arabes traditionnels des États-Unis (Égypte, Arabie Saoudite, Jordanie). Prenant acte de cette nouvelle donne non souhaitée, « il y aurait donc renversement d’alliance latent entre W.A.S.P. conservateurs réalistes de l’appareil d’État U.S., mondialistes financés par la haute finance londonienne et lobby pro-israélien néoconservateur, avec Z.K.B., le mondialiste réaliste, en médiateur (pp. 64 – 65). »

L’heure du « médiaterrorisme »

Il ne faut surtout pas se méprendre : ces conflits internes, inévitables, n’empêchent pas l’unité en cas de nécessité ou de but commun. Par ailleurs, cette « entente » emploie avec aisance le mensonge, la désinformation, l’intox et le truquage qui « est l’imprégnation progressive de la cible (p. 17) ». L’hyper-classe étatsunienne pratique une nouvelle forme de guerre : la guerre de quatrième génération (G4G). « Faisant suite à la guerre des masses en armes, à celle de la puissance de feu et à la Blitzkrieg, cette quatrième génération est définie comme la guerre de l’information, impliquant des populations entières dans tous les domaines (politique, économique, social et culturel). L’objectif de cette guerre est le système mental collectif de l’adversaire. Et par conséquent, le mental des individus qui composent sa collectivité (pp. 13 – 14). »

Selon les circonstances et les modalités d’emploi, cette G4G s’utilise diversement. « Le terrorisme est un moyen, pour un pouvoir occulte, de conserver le contrôle soit en éliminant un adversaire (instrumentalisation de l’assassin politique), soit en perturbant un processus sociopolitique (stratégie de la tension), soit en poussant un groupe assimilable à l’ennemi à commettre un acte odieux (stratégie du renversement des rôles, l’agresseur réel se faisant passer pour l’agressé – cas le plus célèbre : la conspiration des poudres, dès le XVIIe siècle, en Angleterre) (p. 106). » Les États-Unis ne sont pas en reste dans l’application régulière de cette tactique, de l’explosion de leur navire, U.S.S. Maine, dans la rade du port espagnol de La Havane en 1898 au 11 septembre 2001 en passant par le transport clandestin d’armes pour les Britanniques dans les soutes des navires neutres – dont le Lusitania – coulés entre 1915 et 1917 et l’attaque de Pearl Harbor, le 7 décembre 1941, après avoir imposé un blocus pétrolier contre le Japon et décrypter dès 1936 les codes secrets nippons… Cessons d’être naïfs ! Comme l’avait déjà bien perçu le situationniste italien Censor (1), « la manipulation du terrorisme, voire sa fabrication, est une vieille stratégie de l’oligarchie américano-britannique. Quelques exemples : Giuseppe Mazzini, au service de l’Empire britannique, pour déstabiliser l’Autriche; ou encore l’instrumentalisation notoire de la Rote Armee Fraktion par les services anglo-américains; ou encore l’instrumentalisation des Brigades Rouges par les services U.S. pour se débarrasser d’Aldo Moro, qui voulait associer le P.C. italien au gouvernement démocrate-chrétien (p. 105) ». N’oublions pas le financement et l’entraînement d’Oussama Ben Laden et d’Al-Qaïda par la C.I.A. ou bien le téléguidage de certains éléments des Groupes islamiques armés algériens par quelques agents anglo-saxons en mission commandée contre les intérêts français en Afrique du Nord, au Sahara et au Sahel…

Le terrorisme se voit compléter par l’arme médiatique. « Aux U.S.A., le storytelling est en train de devenir non seulement une méthode de gouvernement (ce qu’il était depuis longtemps), mais le gouvernement lui-même, l’acte de gouverner. La révolution amorcée pendant le Watergate vient de s’achever : désormais, la gestion de la communication est au centre de l’acte de gouverner, elle n’est plus chargée d’accompagner l’action politique, elle est l’action politique. Désormais, la politique est l’art de parler non du pays réel, mais de l’imaginaire (pp. 99 – 100, souligné par les auteurs). » Le collectif expose ensuite des cas flagrants de « médiaterrorisme » à partir des exemples irakien, afghan et iranien.

Et là encore, les auteurs apportent un tiers point de vue. Pour eux, « que l’Irak ait possédé des armes de destruction massive ne fait aucun doute, et les Anglo-Américains étaient bien placés pour le savoir : pour l’essentiel, c’est eux qui avaient fourni ces armes à Saddam Hussein. […] Il est possible qu’en franchissant la ligne séparant armes chimiques et armes bactériologiques, Saddam ait outrepassé les autorisations de ses soutiens occidentaux (pp. 91 – 92) », d’où les rétorsions financières, l’incitation suggérée par Washington de s’emparer du Koweït, la guerre du Golfe, le blocus et l’invasion de l’Irak par les gars de Bush fils.

Quant à la situation iranienne, il est clair que « l’Iran inquiète les Américains précisément parce qu’il est en train de réussir ce que les payas arabes sunnites échouent à accomplir : définir une voie musulmane vers la modernité. Les Iraniens sont en train d’entrer dans l’ère du progrès technologique sans pour autant s’occidentaliser en profondeur. La société iranienne se libère, mais pas pour s’américaniser. Téhéran menace de briser l’alternative piégée où l’Occident a jusqu’ici enfermé le monde musulman : s’occidentaliser ou végéter dans l’arriération (p. 121) ». Bref, « l’Iran est un pays musulman qui a des ambitions… et les moyens de ses ambitions (p. 123) ».

Les auteurs dénoncent le détournement médiatique par les Occidentaux des propos du président Ahmadinejad qui n’a jamais parlé de rayer Israël de la carte ! On nuancera en revanche leur appréciation convenue quand ils estiment que « l’Iran n’est pas une démocratie au sens où les pays occidentaux sont démocratiques [sic ! Nos États occidentaux sont-ils vraiment démocratiques ?], mais c’est un État de droit, où le peuple est consulté régulièrement, à défaut d’être reconnu comme pleinement souverain (p. 131) ». Comme si les électeurs français, britanniques, allemands ou espagnols étaient, eux, pleinement souverains ! La Grasse Presse a orchestré un formidable tintamarre autour de la magnifique réélection en juin 2009 d’Ahmadinejad comme elle déplore l’extraordinaire succès populaire du président Loukachenko au Bélarus le 19 décembre 2010. En fait, les premiers tours des présidentielles iranienne et bélarussienne sont plus justes, conformes et légitimes que l’élection de Bush fils en 2000 ou le second tour de la présidentielle française de 2002 ! Ce n’était pas en Iran ou au Bélarus que se déchaînèrent télés serviles et radios soumises aux ordres contre le candidat-surprise du 21 avril !

On aura compris que, dans cette perspective, « avec la G4G, l’armée des U.S.A. avoue donc qu’elle est l’armée du capitalisme globalisé, et que son arme principale est le marketing. Fondamentalement, dans l’esprit de ses promoteurs, la G4G est la guerre de contre-insurrection d’une armée d’occupation planétaire à la solde du capital (p. 14) ».

Un champ de bataille parmi d’autres…

Et la France ? Craignant « le conflit métalocal, c’est-à-dire à la fois totalement local et totalement mondial (p. 8, souligné par les auteurs) » et pensant que « le retour des nations n’est donc pas forcément celui des États-nations : seuls les États-nations cohérents sous l’angle culturel seront cohérents sous l’angle national (p. 37) ». L’État-nation est-il encore un concept pertinent avec une population de plus en plus hétérogène sur les plans ethnique, religieux et cognitif ? Le sort de France préoccupent les auteurs qui insistent fortement sur l’acuité de la question sociale. Ils notent que les fractures françaises deviennent de très larges béances. Ils décèlent dans ce contexte d’angoisse sociale les premières manœuvres de la G4G. « La guerre civile visible, entre groupes au sein de la population, constitue un terrain propice à la conduite souterraine d’une autre guerre, qui l’encourage et l’instrumentalise, c’est-à-dire la guerre des classes dirigeantes contre les peuples. Par ailleurs, avec le trafic de drogues, on a précisément un exemple de contrôle exercé par des forces supérieures sur les quartiers “ ethniques ”. D’où l’inévitable question ? : et où, derrière la constitution en France de “ zones de non-droit ”, il y avait, plus généralement, une stratégie de déstabilisation latente, constitutive du pouvoir de ceux qui peuvent déstabiliser ? (p. 145, souligné par les auteurs). » La G4G emploie des leurres et des simulacres. « Le simulacre, c’est le choc des “ civilisations ”, c’est-à-dire l’affrontement des peuples et familles de peuples. La réalité, c’est le conflit entre le haut et le bas de la structure sociale, et parfois la recherche d’une entente horizontale entre les composantes du haut de cette structure. Le simulacre, c’est presque exactement l’inverse : conflit obligé entre les structures sur une base civilisationnelle, recherche de l’entente verticale au sein de chacune d’elle (p. 152). » Attention toutefois à ne pas tomber dans le piège réductionniste et à se focaliser sur un seul problème comme l’islamisation par exemple. Les auteurs prennent bien soin de ne pas nier les chocs de civilisations qui parcourent l’histoire. Ils se refusent en revanche d’entériner tant sa version néo-conservatrice que dans sa variante angélique. « Énoncer, par exemple, qu’il n’existerait pas d’antagonisme entre populations d’origine européenne et populations d’origine extra-européenne en France serait non seulement dire une contre-vérité manifeste (et se décrédibiliser), mais encore s’inscrire dans la grille de lecture de l’adversaire, qui veut que la question de l’antagonisme soit placé au centre du débat (p. 153). »

Au bord de l’explosion générale, l’Hexagone se retrouve au centre d’une imbrication de luttes d’influence variées. « Les tensions observées en France ne peuvent se comprendre indépendamment de l’action des réseaux d’influence géopolitiques. On citera en particulier l’action des réseaux F.L.N. au sein de la population d’origine algérienne, le poids de l’islam marocain au sein de l’islam “ de France ”, l’influence certaine des services israéliens (Mossad) au sein de la population juive, à quoi il faut sans doute ajouter des influences construites par les services U.S. (pp. 141 – 142) (2) ». Écrit avant la publication des documents diplomatiques par WikiLeaks, les rapports secrets du département d’État des États-Unis prouvent l’incroyable sape des services yankees auprès des médias hexagonaux, du microcosme germano-pratin et dans les banlieues. Sur ce dernier point, Luc Bronner rapporte que « les Américains rappellent la nécessité de “ discrétion ” et de “ tact ” pour mettre en œuvre leur politique de soutien en faveur des minorités (3) ». L’objectif de Washington demeure d’éliminer une puissance gênante… Loin d’être des combattants de l’islam radical, la racaille des périphéries urbaines est plutôt l’auxiliaire zélé de l’américanisme globalitaire ! Ils en ignorent ses richesses métaphysiques et les expériences soufies et singent plutôt les Gangasta Rap yankees : on peut les qualifier sans erreur d’« Islaméricains ».

Que faire alors ? « La réponse adaptée à la guerre de quatrième génération, c’est la guerre de cinquième génération : la guerre faite pour préserver la structure générale du sens (p. 154) », soit élaborer une métapolitique liée au militantisme de terrain sans portée électorale immédiate. Et puis, ajoutent-ils, « fondamentalement, il faut faire un travail de formation (p. 154) ». Que fleurissent mille séminaires discrets d’où écloront les rébellions française et européenne ! Que se développe un ordonnancement réticulaire, polymorphe et viral des milieux de la dissidence régionale, nationale et continentale ! L’heure des hommes providentiels et des sauveurs suprêmes est révolu ! Dorénavant, l’impersonalité active doit être un impératif pour tous les militants ! Choc et Simulacre nous aide dans la juste compréhension des enjeux actuels.

Georges Feltin-Tracol
8 janvier 2011
Europe maxima

Notes :

  1. Alias Gianfranco Sanguinetti. Il publia en 1975, sous ce nom de plume, un Véridique Rapport sur les dernières chances de sauver le capitalisme en Italie, puis en 1980, Du terrorisme et de l’État, la théorie et la pratique du terrorisme divulguées pour la première fois révélant le rôle trouble des services secrets italiens dans les activités des Brigades Rouges.
  2. Il serait bienvenu (un vœu pieu ?) qu’un éditeur traduise en français l’ouvrage récent du journaliste Giovanni Fasanella et du juge anti-terroriste, Rosario Priore, qui, dans Intrigo Internazionale (Chiarelettere éditeur, Milan, 2010), dévoilent la véritable guerre secrète opposant dans les décennies 1970 – 1980 les différents « services » des puissances occidentales et atlantistes. Qui nous dit que les États-Unis ne chercheraient pas à transposer en France ce que l’Italie des « années de plomb » a connu avec une nouvelle « stratégie de la tension », cette fois-ci, activée dans les banlieues ? Par ailleurs, dans une bande dessinée politique intitulée La Droite ! : petites trahisons entre amis (scénario de Pierre Boisserie et Frédéric Ploquin, dessin de Pascal Gros et couleur d’Isabelle Lebeau, Éditions 12 bis, 2010), les auteurs assènent dans une vignette que dans les années 1970, le S.D.E.C.E. (le contre-espionnage extérieur français) était partagé entre les obligés des Anglo-Saxons et les affidés des services israéliens…
  3.  Luc Bronner, Le Monde, 2 décembre 2010. • Collectif européen pour une information libre présenté par Michel Drac, Choc et Simulacre, éditions Le Retour aux Sources, 2010, 164 p.

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samedi, 05 février 2011

Teilung des Sudans - Eine Tragödie ohne Ende?

Teilung des Sudans – Eine Tragödie ohne Ende?

Wolfgang Effenberger

Der Südsudan strebt die Unabhängigkeit vom Zentralstaat an. Er verfügt über große Ölreserven, doch nur der Norden hat die Raffinerien und die dafür notwendige Infrastruktur. Streit scheint vorprogrammiert. Erstaunlicherweise steht die Selbstständigkeit des Südsudans im Weißen Haus ganz oben auf der Tagesordnung. Außenministerin Hillary Clinton forderte den sudanesischen Vizepräsidenten Ali Osman Taha und den politischen Führer des autonomen Südens, Salva Kiir, in Telefonaten auf, das Friedensabkommen umzusetzen.

Mehr: http://info.kopp-verlag.de/hintergruende/geostrategie/wol...

WikiLeaks, die CIA und die amerikanische Regierung

WikiLeaks, die CIA und die amerikanische Regierung

Webster G. Tarpley

Weltweit wächst die Erkenntnis, dass das absurde Theater von WikiLeaks und Julian Assange keineswegs authentisch, sondern vielmehr eine Psychokriegs-Operation ist. WikiLeaks und sein Chef sind die klassische Form von »Limited Hangout« oder partieller Selbstenthüllung, eine Art von reißerischem Striptease, bei der eine Frontorganisation sorgfältig ausgewählte, oft genug auch getürkte Dokumente veröffentlicht, die ihr vom Geheimdienst überlassen werden, und zwar in der Absicht, nicht etwa der CIA, Großbritannien oder den Israelis Schaden zuzufügen, sondern vielmehr klassischen Vertretern auf der »Feindesliste« der CIA wie beispielsweise Putin, Berlusconi, Karzai, Gaddafi oder Rodriguez de Kirchner. In Tunesien haben von WikiLeaks veröffentlichte Dokumente, in denen sich abfällig über Ex-Präsident Ben Ali geäußert wurde, der CIA in Langley schon zu einem unverhofften Gewinn verholfen, indem sie zum eher seltenen Sturz einer etablierten arabischen Regierung geführt haben.

Mehr: http://info.kopp-verlag.de/hintergruende/geostrategie/web...

Moscou: des critiques malgré les bombes


Alexander LATSA:

Des critiques malgré les bombes

Ex: http://fr.rian.ru/

Ainsi l’abominable s’est encore produit. Vers 14h30 lundi dernier, un kamikaze a fait exploser sa bombe dans le hall d’arrivée de l’aéroport international de Domodedovo. L’attentat, qui survient après la visite du président Russe au Proche-Orient et à la veille du sommet mondial de Davos, visait clairement tant à fragiliser le pouvoir russe qu’à inquiéter la communauté internationale, notamment en ciblant des étrangers. Le bilan est lourd, 35 personnes sont mortes et 180 blessées. La Russie apprend-on aurait pu en outre plus mal terminer l’année 2010 puisque le kamikaze de l’aéroport serait lié à une cellule terroriste, en cours d’identification et de démantèlement, qui avait planifié un attentat sur la place rouge le 31 décembre au soir.

Même dans ce moment difficile, la Russie n’a encore eu droit qu’à beaucoup de critiques et peu de soutien. Mention spéciale à la presse française qui s’est encore distinguée. Pour Hélène Blanc sur France-info par exemple, il faut se montrer particulièrement prudent car nous dit-elle en citant la série d’attentats qui avait fait 293 morts en Russie en 1999 : "ces attentats n’étaient pas du tout l’œuvre des Tchétchènes auxquels on les a attribués mais l’œuvre du FSB". Pour Anne Nivat: "Poutine comme Medvedev exploitent l’obsession sécuritaire pour gagner des votes et ils se sont fait élire grâce à leur rhétorique sur la Tchétchénie". Pour le correspondant du Figaro en Russie, Pierre Avril: "le pays serait en proie à une quasi guerre civile". Enfin pour Vincent Jauvert, l’attentat démontrerait "la faillite du système Poutine". Cette affirmation nous a déjà été martelé cet été, lorsque les incendies qui ont frappé la Russie avaient soit disant démontré une faillite d’un hypothétique système Poutine. En outre, ce dernier ajoute: "corrompus et incompétents, les services de sécurité n’ont pas repéré le kamikaze".

Pourtant, bien loin des bureaux des rédactions des quartiers huppés de Moscou ou Paris, sur le terrain, les résultats de la Russie en matière de lutte anti-terrorisme sont assez éloquents. Pour la seule année 2010, dans le Caucase du nord, 301 terroristes ont été abattus et 468 arrêtés, 4.500 raids ont été réalisés, ainsi que 50 opérations antiterroristes d'envergure. 66 attentats ont été déjoués, même si 500 actes terroristes (dont 92 explosions et attentats) ont coûté la vie à plus de 600 personnes. En Russie pour la seule année 2010, plus de 360 policiers russes sont  morts dans l’exercice de leurs fonctions.

Bien sur, le Caucase musulman, Tchétchénie en tête, à longtemps été présenté par les médias occidentaux comme une région du monde occupée par la tyrannique Russie, mais aspirant à l’indépendance et à la liberté. Le terrorisme dans le Caucase serait une sorte de réaction désespérée de peuples opprimés. Les Français, ayant la nostalgie du village Gaulois assiégé par la puissante Rome, et désinformés sur la réalité du terrain, ne pouvaient que se laisser séduire, du moins pour une grande partie d’entre eux. Pourtant, il n’en est rien. Le but des terroristes n’est pas de libérer des peuples opprimés mais de les asservir. Les terroristes du Caucase sont liés à une nébuleuse islamiste sous forte influence étrangère, Wahhabite, reliée elle à une idéologie révolutionnaire et destructrice, qui vise à l’établissement d’un émirat Islamique dans tout la région. Ce noyau Wahhabite a probablement ses racines dans la première guerre de Tchétchénie, lorsque de très nombreux supplétifs étrangers (Arabes, Afghans…) ont rejoint les rangs Tchétchènes, pensant transformer la guerre d’indépendance en un conflit religieux et amener la guerre sainte dans la région. On sait ce qu’il advint, les nationalistes Tchétchènes, s’ils ont perdu la guerre sur  le terrain contre l’armée fédérale, ont au final obtenu pour la Tchétchénie une autonomie très importante, politique et religieuse, mais au sein de la fédération. Les tensions entre caucasiens et étrangers ont même explosé au grand jour, les premiers ne reconnaissant que difficilement les méthodes des seconds et leur radicalité intransigeante, bien loin du soufisme du Caucase, qui s’est quand même un tant soi peu accommodé des traditions locales. Ramzan Kadyrov proclamait d’ailleurs récemment et symboliquement, la défaite du Wahhabisme en Tchétchénie.

La séparation du Caucase et de la Russie comme le souhaitent et les Islamistes Wahhabites et certains intellectuels étrangers ne représenterait en rien une solution. Il semble évident que la conséquence première d’une telle décision serait de livrer la région à des conflits internes avec la probabilité qu’elle ne devienne rapidement un foyer régional de terrorisme. Il faut aussi rappeler que ces régions du sud de la Russie sont pour la plupart russes depuis plus longtemps que Nice n’est définitivement devenue Française. Enfin, de très nombreux Caucasiens musulmans se sentent russes et citoyens à part entière de la fédération, dont ils représentent une des facettes de l’identité multiculturelle.

Il serait appréciable que les commentateurs étrangers concentrent leurs attaques et leur énergie sur les criminels et non sur l’Etat russe. A ce que je sache, de Madrid à Londres ou Moscou, les victimes sont les victimes d’un seul et même terrorisme. Je ne crois pas que lorsque des événements similaires ont frappé d’autres démocraties européennes, comme l’Espagne ou l’Angleterre, en 2004 et 2005, avoir lu de la part de commentateurs russes que les attentats signifiaient un échec des gouvernements de ces pays ou que les services de sécurité n’auraient pas bien fait leur travail. Cela pour la simple et bonne raison qu’il est quasiment impossible d’empêcher tous les attentats terroristes. Les Espagnols, les Israéliens, les Turcs ou les Indiens, dont les pays sont souvent visés par le terrorisme ont depuis longtemps compris la nécessité de mesures de sécurité drastiques pour prévenir au maximum ces attentats, avec plus ou moins de succès. Ces mesures même si elles entravent certaines libertés individuelles sont sans doute essentielles pour que la vie puisse suivre un cours paisible malgré la menace.

Les esprits sont préparés si de nouveaux attentats surviennent, en Russie et peut-être encore dans la capitale, ce qui semble malheureusement inévitable. Le but des terroristes est toujours d’effrayer la population et déstabiliser la société. Mais aucun cas nous ne devons nous citoyens russes et étrangers nous laisser déstabiliser. Bien au contraire, c’est la coordination d’un état volontaire et décidé, et d’une population soudée et attentive qui est le meilleur rempart contre le terrorisme. La Russie a la capacité de surmonter ces épreuves. Comme l’a parfaitement résumé Alexeï Pimanov, le présentateur du programme Chelovek i Zakon (Homme et loi) dans l’émission récente consacrée à ces évènements: "Ceux qui ont spontanément et bénévolement proposé leur aide suite à cet attentat, qui ont transporté gratuitement de l’aéroport au métro des passagers, ceux qui ont donné leur sang ou aidé les secours dans les premiers difficiles moments, ces gens la représentent la vraie Russie".

"Un autre regard sur la Russie": Polémiques vestimentaires

"Un autre regard sur la Russie": Made in Russia

"Un autre regard sur la Russie": Divine Carélie

"Un autre regard sur la Russie": La démographie russe, objet de tous les fantasmes

"Un autre regard sur la Russie": Moscou, capitale de l'Europe?

"Un autre regard sur la Russie": Vladivostok, une ville au bout du monde

"Un autre regard sur la Russie": Rio Grande

"Un autre regard sur la Russie": Mistral gagnant

* Alexandre Latsa, 33 ans, est un blogueur français qui vit en Russie. Diplômé en langue slave, il anime le blog DISSONANCE, destiné à donner un "autre regard sur la Russie".

Krantenkoppen - Februari 2011 (1)



Februari 2011 (1)

'Meer antisemitisme door secularisering’
Jodenhaat komt ook voort uit de ontkerkelijking van de samenleving, zegt minister Piet Hein Donner (CDA, Binnenlandse Zaken).
Minister Piet Hein Donner, verantwoordelijk voor integratie, deed zijn opmerkelijke uitspraken in een Kamerdebat over bestrijding van antisemitisme. PVV-Kamerlid Joram van Klaveren had daarin gevraagd om een onderzoek naar de samenhang tussen een toename van anti-joodse incidenten en de groei van de islam.
Statenverkiezingen Program voor verstandelijk gehandicapten
Wij stemmen op de PVV, ‘Jij ook wel denken wij’
VV in Noord Brabant manipuleert volgens deskundigen mensen met een verstandelijke beperking.
Van der Laan: schudweigering onwenselijk
Burgemeester Eberhard van der Laan gooit ook nog maar eens zijn mening op tafel in de handengate. Hij vindt het “een onwenselijke situatie” dat een docent van de Hogeschool van Amsterdam (HvA) vrouwen geen hand wil geven.
'Verrechtsing samenleving: Wat te doen?'
Fatima Elatik is weer eens in opspraak geraakt. De Amsterdamse PvdA'er, die landelijke bekendheid kreeg door de hoofddoek als emancipatiesymbool te bestempelen en na een miljoenenstrop toch op het pluche van stadsdeel Oost te blijven zitten, gaat een debatavond organiseren over de 'verrechtsing van de samenleving'.

vendredi, 04 février 2011

Generation Null: Vom Normalbürger zum Wutbürger

Generation Null: Vom Normalbürger zum Wutbürger

Udo Ulfkotte


Überall in Europa freuen sich Medienvertreter in diesen Tagen über die Revolutionen in Nordafrika. Man begrüßt die Tage des Zorns und liefert in allen Gazetten gleich einleuchtende Erklärungen für die Umsturzversuche mit: soziale Probleme, hohe Arbeitslosigkeit und eine Jugend ohne Perspektive. Und die Analysen der Journalisten enden häufig mit den Worten: Genug Probleme für eine Revolution. Dummerweise verdrängen jene, die aus ihren europäischen Schreibstuben über die grassierende Unzufriedenheit der jungen Menschen in Nordafrika (und jetzt auch Indien) berichten, dass die Lage vor unseren europäischen Haustüren keinen Deut besser ist.

Mehr: http://info.kopp-verlag.de/hintergruende/europa/udo-ulfko...



Helft huwelijksmigranten na één jaar nog werkloos


Helft huwelijksmigranten na één jaar nog werkloos (PRESS)

BRUSSEL 31/01 (BELGA) = De jongste jaren is het aantal huwelijksmigranten
sterk toegenomen. Een jaar na hun aankomst heeft de helft van hen nog
geen werk. Dat blijkt uit een studie die de KU Leuven (HIVA) en de
Universiteit Antwerpen (CeMIS) uitvoerden in opdracht van de Koning
Boudewijnstichting, schrijft De Morgen maandag.

Gezinshereniging is sinds de migratiestop van 1974 de omvangrijkste
vorm van legale migratie. De helft van alle in België afgeleverde
verblijfsvergunningen heeft volgens de studie betrekking op
gezinshereniging. De meeste huwelijksmigranten zijn afkomstig uit Marokko en

Turkije. Het gaat overwegend om jonge vrouwen, ook al verschilt dat
van regio tot regio.

Volgmigranten hebben het op de arbeidsmarkt niet gemakkelijk, al is
op dat vlak de jongste jaren een positieve evolutie merkbaar. De
helft van de huwelijksmigranten is een jaar na hun aankomst in België
niet aanwezig op de arbeidsmarkt. "In zekere zin is dat logisch. De
partner komt meestal naar België voor een huwelijk en daarvoor
moeten tijdens de eerste maanden van het verblijf tal van administratieve
formaliteiten vervuld worden", zegt Chris Timmerman van de
Universiteit Antwerpen.

Bij gezinshereniging gaan een op de vijf koppels binnen vijf jaar
uit elkaar, blijkt uit de studie. Het gaat hier vooral om partners
van Marokkaanse origine. "Een mogelijke hypothese is dat veel van de
Marokkaanse gezinsherenigingen in meer of mindere mate gearrangeerde
huwelijken zijn, waarin de partners het niet met elkaar kunnen
vinden", aldus Timmerman. "Tegelijk is het best mogelijk dat man en vrouw
al te hoge verwachtingen hebben van de gezinshereniging." TVP/

Immigration: un nécessaire renversement des perspectives politiques et idéologiques


Immigration : un nécessaire renversement des perspectives politiques et idéologiques

par POLÉMIA (www.polemia.com/)

L’affaire est entendue : l’immigration en France et en Europe pose des problèmes économiques, sociaux, sécuritaires, culturels, civilisationnels de moins en moins admissibles. Il faut donc mettre un terme au processus migratoire. Mais comment ? Des réformettes à la marge ne régleront rien. Ce qu’il faut, c’est changer de paradigmes dominants. Polémia présente ici en douze points l’inventaire des bouleversements nécessaires pour inverser les flux migratoires.

1 – Rétablir la liberté d’expression

Depuis 1972, la loi Pleven, sous couvert de « lutter contre le racisme et l’antisémitisme », réprime la liberté d’expression. Une législation pénale de plus en plus extensive, appliquée lato sensu par des tribunaux politiquement corrects, rend de moins en moins facile la simple analyse de la réalité et a fortiori la possibilité de la faire connaître à l’opinion. Sans liberté d’expression, il n’y a pas de démocratie possible. Et sans diagnostic préalable, il n’y a pas de solution envisageable.

2 – Supprimer le financement des associations immigrationnistes

Les associations « antiracistes » et immigrationnistes vivent à 95% de subventions publiques. Elles se servent de cet argent pour encombrer les tribunaux : — devant les juridictions pénales pour réprimer la liberté d’expression de ceux qui ne pensent pas « bien » et pour exercer un chantage sur les autorités publiques nationales ou locales (« je ne te poursuis pas si tu me subventionnes »); une attitude en elle-même délictuelle; — devant les juridictions judiciaires et administratives pour défendre la cause des étrangers clandestins et des fraudeurs du droit d’asile ; en matière d’immigration, l’État n’a pas d’argent pour payer des avocats pour défendre la cause de la loi… mais il en donne à ceux qui la combattent !

3 – Changer de paradigme moral : retrouver la fierté, rompre avec la repentance

La France – comme l’Europe – souffre d’une idéologie culpabilisante. Jeunes générations et acteurs publics se voient constamment reprocher les malheurs de l’histoire : de la Seconde Guerre mondiale, de la colonisation ou de l’esclavage. Il faut en sortir : abroger les « lois mémorielles » et retrouver la fierté de notre passé.

4 – Changer de paradigme juridique : renoncer à l’idéologie des droits de l’homme et recouvrer la souveraineté française sur les lois françaises

Et pour cela dénoncer la Convention européenne des droits de l’homme. Une Convention dont l’interprétation par la Cour européenne des droits de l’homme ne protège pas la liberté d’expression mais rend toutes nos lois de protection nationale inefficaces avant même d’être appliquées; une telle dénonciation est possible puisqu’elle est explicitement prévue par l’article 58 de la Convention (avec un préavis de six mois).

5 – Sortir du mondialisme économique et du sans-frontiérisme, revenir au patriotisme économique

L’immigration, c’est-à-dire « les délocalisations à domicile », est le pendant des délocalisations « offshore » : ce qui est à l’œuvre, c’est la même logique du mondialisme économique qui considère les hommes comme de simples marchandises. L’immigration, c’est aussi un moyen de faire baisser les salaires.

La relocalisation, la préférence nationale à l’emploi, le patriotisme économique sont des concepts à faire entrer en résonance pour revitaliser notre économie : « fabriquer français avec des Français. » Le succès des produits « made in local », appuyé sur la notion de circuits courts inhérente au développement durable, illustre la popularité – et donc l’acceptation – potentielle de ce mouvement.

6 – Rétablir de vraies frontières

Les frontières de l’Union européenne sont des passoires. L’Union européenne ne sait d’ailleurs même pas où elle s’arrête.

Or la frontière est une paroi protectrice : elle doit laisser passer ce qui est bon et maintenir à l’extérieur ce qui ne l’est pas. La France peut accueillir des étudiants étrangers à condition qu’ils soient en nombre limité et sérieusement sélectionnés. La France peut accueillir des réfugiés politiques à condition qu’il s’agisse de vrais réfugiés venant d’un tout petit nombre de pays. Pour le reste, la France doit drastiquement limiter les autorisations de séjour qu’elle accorde, ainsi que le nombre des visas attribués aux ressortissants des pays à risque. Il faut établir un contrôle préférentiel aux frontières pour les ressortissants de certains pays. Les pays d’émigration clandestine doivent figurer sur une liste noire. Il faut aussi comme les Suisses expulser tous les délinquants étrangers.

Partout dans le monde, en dehors d’une « sphère occidentale » en repli depuis la crise financière de 2007 – 2008, on assiste à un retour en force de la notion de frontière : la France serait dans son rôle en assumant une fonction d’avant-garde dans le rétablissement, en Europe, de cette condition essentielle à l’exercice des libertés politiques et économiques.

7 – Remettre en vigueur la liberté de préférence, abandonner la lutte contre les « discriminations »

Il faut mettre un terme au racisme anti-français, anti-européen, antichrétien. Il faut aussi redonner vie au beau concept de préférence. C’est une liberté fondamentale que de pouvoir choisir librement ses collaborateurs, ses fournisseurs, ses aides à domicile, ses voisins, ses locataires, l’école de ses enfants. Y compris selon les critères de la nationalité, de la religion, de l’ethnie ou de la civilisation.

8 – Adopter le principe de préférence nationale

Les ressources financières de l’État sont rares, surtout dans un contexte budgétaire marqué par un fort endettement. Il faut donc fermer les robinets des déficits et par là même couper les pompes aspirantes de l’immigration : par la préférence nationale à l’emploi, aux prestations familiales et aux aides sociales.

9 – Valoriser les principes de la civilisation française et refuser les mœurs étrangères

Tout ne se vaut pas et le multiculturalisme est un échec reconnu. La sagesse est d’en revenir à l’identité française, celle des terroirs et des clochers. La France, ce n’est pas une abstraction, c’est une culture, c’est une civilisation, où les mosquées, les minarets, le voile islamique, l’abattage rituel banalisé, la viande de singe et le culte vaudou n’ont pas leur place. A fortiori dans l’espace public.

10 – Réformer le droit de la nationalité

Être français, cela s’hérite ou se mérite. Cela signifie en revenir au jus sanguinis, au droit de la filiation : est français l’enfant né de parents français; peut devenir français l’étranger qui appartient à la civilisation européenne d’expression française par les mœurs, par la culture, par la langue et par l’affectio societatis.

11 – Mettre en œuvre la démocratie directe

Ce n’est pas aux élites de dire ce qui convient au peuple. C’est au peuple de tracer les voies de son avenir : en s’exprimant directement sur les grands sujets par référendum; après des campagnes loyales partageant équitablement l’expression entre les thèses opposées.

12 – Et en attendant ? Développer une attitude dissidente !

Ne nous méprenons pas. Ces changements supposent un bouleversement du monde et le renversement des élites dirigeantes politiques, financières, médiatiques qui gouvernent. En attendant il faut développer une attitude dissidente : dans le choix de l’école de ses enfants, dans l’enseignement qui leur est délivré, dans la sélection de ses fournisseurs, dans l’achat local plutôt que dans l’achat global, dans l’affirmation sans complexes de ses convictions politiques, de sa foi religieuse ou de ses choix philosophiques, de ses préférences culturelles et gastronomiques.


• Mis en ligne sur Polémia, le 9 décembre 2010.

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jeudi, 03 février 2011

Ist Zypern der nächste EU-Bankrott-Staat?

Ist Zypern der nächste EU-Bankrott-Staat?

Michael Grandt


Noch beachtet niemand die kleine Insel im Mittelmeer, doch sie könnte bald schon in den Mittelpunkt des Interesses rücken, wenn ihr das gleiche Schicksal droht wie Griechenland – der Staatsbankrott.

Mehr: http://info.kopp-verlag.de/hintergruende/europa/michael-g...



Die Rolle der CIA in Ägypten: wer ist Omar Suleiman?

Die Rolle der CIA in Ägypten: wer ist Omar Suleiman?



Omar Suleiman ist eine der Personen, die derzeit als mögliche Alternative für die Nachfolge des ägyptischen Präsidenten Hosni Mubarak ins Spiel gebracht werden. Nachdem Mubarak am 28. Januar sein Kabinett entlassen hatte, ernannte er Suleiman zum Vizepräsidenten. Doch wer ist dieser Omar Suleiman?

Mehr: http://info.kopp-verlag.de/hintergruende/geostrategie/red...



La Russie dit non à l'invasion migratoire!


La Russie dit non à l’invasion migratoire !

par Marc ROUSSET

En  matière démographique, les Russes sont moins naïfs que les Européens de l’Ouest déniant les catastrophiques réalités, endoctrinés par la nouvelle religion droit-de-l’hommiste ! Les Occidentaux ont raillé la Russie qui doit faire face  au déclin de sa population, mais s’ils ont effectivement  bien vu  la paille dans l’œil de la Russie, ils ont oublié la poutre de l’immigration extra-européenne qui était dans le leur ! Certes, les Russes vont connaître encore des moments très difficiles, mais suite aux mesures prises par les présidents Poutine et Medvedev, ils font face et vont s’en sortir progressivement, sans compromettre leur avenir et leur identité, alors que les élites dirigeantes de l’Europe de l’Ouest commettent un crime, une trahison inadmissible, celui de porter atteinte à la patrie charnelle des peuples européens, en acceptant des hordes d’immigrés (l’immigration continue derrière les rideaux de fumée médiatiques avec le Président Sarkozy, soit 250 000 personnes par an et une agglomération comme Lille tous les trois ans) pratiquement inassimilables, principalement en provenance de l’Afrique.

Aujourd’hui, les perspectives réelles de l’Europe de l’Ouest, c’est à terme une inéluctable guerre civile comme en ont connu le Liban, la Bosnie, le Kosovo, la Géorgie, les pays africains , Sri Lanka…, si des mesures favorisant la natalité des populations de souche européenne ne sont pas prises immédiatement. A contrario, l’avenir appartient toujours à la Russie, au-delà de  difficultés structurelles, suite en particulier, à la catastrophique décennie de 1990 à 2000 avec une natalité en chute libre et une perte de population de 800 000 individus par an, pendant l’ère de  Boris Eltsine. Le déclin démographique, le mal être, la baisse de la natalité de la Russie avait commencé en fait, dans les années 80, dès les premiers signes de l’essoufflement et de l’implosion à venir  de l’U.R.S.S. En 2007, au moment même où Poutine exposait son projet de stabilisation démographique, la Russie ne comptait déjà plus que 142 millions d’habitants, alors que la population était encore de 150 millions en 1992. Un rapport présenté en Russie en 2007 et largement diffusé par l’agence Novosti illustrait de manière criante l’érosion inéluctable : chaque heure, la Russie perd cent habitants; toutes les vingt-et-une secondes, on enregistre une naissance, mais une mort se produit toutes les quinze secondes… (1).

En Russie, l’opinion publique est hostile à l’immigration. Contrairement aux affabulations de l’Occident, même si le péril jaune est très réel à terme, plus particulièrement en Sibérie et en Extrême-Orient , il y a à ce jour en Russie, un maximum de 400 000 Chinois, selon Zhanna Zayonchkouskaya, chef de laboratoire de migration des populations de l’Institut national de prévision économique de l’Académie des sciences de Russie, et non pas plusieurs millions comme cela a pu être annoncé. Les Russes ont veillé au grain et ont pris des mesures très sévères pour éviter une possible invasion. La seule immigration qui a été favorisée est le rapatriement de Russes établis dans les anciennes républiques soviétiques (Kirghizistan, Kazakhstan, Pays baltes, Turkménistan). Des villes comme Vladivostok, Irkoutsk, Khabarovsk, Krasnoïarsk… et même Blagovetchensk, à la frontière chinoise, sont des villes européennes avec seulement quelques commerçants ou immigrés chinois en nombre très limité. Une invasion aurait pu avoir lieu en Extrême-Orient dans les années 1990, tant la situation s’était dégradée. Il est à remarquer que les migrants chinois de l’époque ont profité du laxisme et de l’anarchie ambiante pour filer à l’Ouest de la Russie. Être clandestin n’est pas aisé aujourd’hui en Extrême-Orient et en Sibérie : la frontière est relativement imperméable; le risque est grand; les hôtels sont sous contrôle étroit; le chaos qui suivit l’éclatement de l’U.R.S.S. est déjà loin.

Quant aux immigrés en Russie de l’Ouest en provenance du Caucase (Géorgie, Arménie, Azerbaïdjan) ou de l’Asie centrale (Tadjikistan), ils sont quelques millions, dont beaucoup de clandestins, mais ne représentent  aucun danger ou aucune menace réelle à ce jour sur le territoire russe tant par leur nombre, que par leur implantation contrôlée d’une façon très étroite par la police et les autorités. La population russe autochtone les perçoit d’une façon très défavorable avec des sentiments nationalistes, comme a pu le montrer l’émeute villageoise pendant plusieurs jours à Kondopoga en Carélie, en septembre 2006, à l’égard de communautés caucasiennes, principalement tchétchènes.

La Russie a réagi à la crise démographique selon le bon sens, en pensant courageusement et d’instinct la natalité à relever. Dès 2003, suite à la proposition du député conservateur Alexandre Tchouev, le Parlement a supprimé la pratique de l’I.V.G. pour raisons sociales; l’avortement n’est autorisé qu’en cas de viol, si la mère est déchue de ses droits parentaux, ou si le père est handicapé. En mai 2006, le président Poutine a confirmé la mise en place d’une politique nataliste. Cette politique permet aux mères de bénéficier d’une « prime de maternité » conséquente (1 250 000 roubles, soit 17 350 euros pour la naissance d’un second enfant et 1 300 000 roubles (18 825 euros pour le troisième). Depuis février 2006, des « certificats de naissance » ont été introduits dans les maternités : remplis lors de la naissance d’un enfant, ils permettent à la mère de toucher sa « prime de maternité » et à la sage-femme de bénéficier d’une « prime d’assistance » de 10 000 roubles (294 euros) pour chaque enfant né dans son service.

La Russie a dû aussi faire face à un véritable drame humanitaire en matière de logement avec l’absence d’espace physique pour l’enfant qui conduisait à l’enfant unique. La construction, en plein essor, devrait contribuer au redressement de la natalité. Le logement, l’éducation, l’agriculture et la santé constituent les quatre « projets nationaux » des perspectives 2020 pour la Russie. Aux États-Unis, le « Baby boom » avait été la conséquence d’une migration de masse des centres-villes vers les banlieues, « vers la terre ».

L’espérance de vie, selon Boris Revitch du Centre de démographie russe, était de 59 ans pendant les années 1990 à la naissance, soit vingt ans de moins qu’en Europe occidentale. Elle est aujourd’hui en 2011, supérieure à 69 ans. Les fléaux que la Russie doit affronter en matière démographique sont les suivants : l’alcoolisme (34 500 morts par an), le tabagisme (500 000 morts par an), les maladies cardio-vasculaires (1,3 millions de morts par an), le cancer (300 000 morts par an), le sida, les accidents de la route (39000 morts par an, soit le plus élevé du monde et trois fois plus qu’en France), les meurtres (36 000 par an), les suicides (46 000 par an), la déficience du système de santé qui faisait la fierté de l’U.R.S.S. et qui est devenue une catastrophe sanitaire. La mortalité infantile (11 pour 1 000 est deux fois plus élevée que dans l’U.E.). Au-delà de la nouvelle législation en place, des progrès doivent encore être faits pour la diminution du nombre d’avortements qui a diminué de 25 % entre 2003 et 2008, mais on recensait tout de même encore 1,234 millions d’avortements en 2008, pour 1,714 million de naissances de la même année ! Par ailleurs, la Russie doit faire face à un effet d’hystérésis, suite à la structure de sa population et à toutes ces années catastrophiques, ce qui a généré  un rétrécissement de la strate de population en âge de procréer.

Le retour aux valeurs traditionnelles, à la religion orthodoxe devrait aussi contribuer à sortir de l’habitude de l’enfant unique. Tout progrès réel repose en fait sur une révolution des mentalités favorisant la famille nombreuse. Il semble que la situation à ce sujet soit moins désespérée en Russie qu’en Allemagne. Le président Medvedev a proposé en 2010, en plus des mesures Poutine ci-dessus mentionnées, une réduction d’impôts de trois mille roubles (72 euros) par mois et par enfant à partir du troisième enfant. Pour les autres familles avec enfants, il s’est déclaré également favorable à une réduction des impôts, sans pour autant donner de chiffres. Un exemple anecdotique, mais hautement symbolique de l’attitude politique russe envers les familles et les naissances, est la campagne officielle « Donnez naissance à un patriote pour la fête de l’Indépendance de la Russie ! », dans la région d’Ulyanovsk située à environ 850 km à l’Est de Moscou, campagne dotée de prix, dont le premier est une voiture !

En 2005, la population avait  décru de 760 000 habitants, ce qui était le record absolu. En 2006, la baisse ne fut que de 520 000 habitants, puis 280 000 habitants en 2007,116 000 habitants en 2008.  La bonne nouvelle, c’est qu’en 2009 avec 1,76 millions de naissances, 1,95 millions de décès, 100 000 émigrants, et 330 000 naturalisations, la population russe a augmenté pour la première fois depuis quinze ans de  50 000 habitants. Le taux de fécondité de 1,9 enfants par femme en 1990, tombé  à 1,1 enfant par femme en 2000, est remonté à 1,56 enfants par femme en 2009, soit un taux similaire à celui de l’U.E. qui était de 1,57 enfants par femme en 2008.

Trois  prévisions démographiques majeures ont été envisagées pour la démographie en Russie en 2010. Selon une prévision estimée mauvaise du ministère russe de la Santé, la population devrait continuer à baisser pour atteindre 139 630 000 habitants en 2016 et 128 000 000 d’habitants en 2030. Le taux d’immigration resterait faible autour de 200 000 personnes par an pour les vingt prochaines années.

Selon une prévision estimée moyenne du même ministère, la population russe devrait légèrement augmenter jusqu’en 2016 pour atteindre 142 160 000 habitants, puis recommencer à légèrement baisser, de 200 000 ou 300 000 habitants dès 2020, pour atteindre 139 372 000 habitants en 2030. Le taux d’immigration serait contenu à une moyenne de 350 000 nouveaux entrants par an, ce qui est à peu près la moyenne de 2009, année durant laquelle 334 500 étrangers et apatrides ont reçu la nationalité russe.

Selon une prévision haute toujours du même ministère de la Santé, la population devrait augmenter à près de 144 000 000 d’habitants en 2016 et continuer à augmenter jusqu’à 148 000 000 en 2030. Le taux d’immigration serait plus élevé dans cette variante, soutenant la hausse de la population et avoisinerait les 475 000 nouveaux entrants par an. D’ici vingt ans, on arriverait à une « immigration » équivalente à 8 % de la population du pays. Celle-ci serait principalement du  Caucase et de la C.E.I., donc de populations post-soviétiques, russophones, dont des communautés sont déjà présentes en Russie et pas foncièrement déstabilisantes.

En conclusion, la hausse de la natalité est le résultat de la politique volontaire de Vladimir Poutine, de Dimitri Medvedev et de leurs gouvernements. La baisse de la natalité dans les pays occidentaux, elle, est  le résultat de la politique volontaire de l’oligarchie mondialiste au pouvoir qui ne tient pas compte des causes qu’elle a créées (déchristianisation, corruption des mœurs, libéralisation de la contraception, de l’avortement, de l’homosexualité, féminisme et travail des femmes, destruction des petits agriculteurs, regroupement des populations dans les métropoles, diminution des allocations familiales  qui ne sont plus réservées aux citoyens français de souche, mais bien au contraire de plus en plus aux populations immigrées, ce qui est le comble de la bêtise et du suicide programmé…), bref, ce qu’on appelle « la culture de mort ». Déjà Emmanuel Le Roy Ladurie, membre de l’Institut, remarquait que la France reste un pays où le pourcentage des avortements (220 000 par an) égale le taux de mortalité des bébés âgés de moins d’un an au temps de Louis XIV. Peut–on vraiment parler de progrès dans ces conditions ? L’oligarchie mondialiste  considère que l’unique remède contre la dénatalité est l’immigration. L’objectif est de fabriquer à l’échelle planétaire, une population d’apatrides et de déracinés opposés les uns aux autres dans une guerre civile mondiale, les peuples devenant des minorités dans leurs propres patries (2).

La Russie  qui fait  face à des difficultés bien plus grandes que l’U.E. a dit non à ces folies occidentales. Elle nous montre le chemin du redressement démographique, du coup d’arrêt à donner à l’immigration, bref le chemin de la survie de  notre civilisation européenne !

Marc Rousset


1 : Hélène Carrère d’Encausse, La Russie entre deux mondes, Fayard, 2010, p. 64.

2 : cf. Dissonance, le blogue d’Alexandre Latsa.

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Alexander Dugin on the failure of Russian philosophy

Alexander Dugin on the failure of Russian philosophy

Cas Mudde: "Populisme hoeft geen probleem te zijn"


Ex: http://www.volkskrant.nl/vk/nl/2844/Archief/

'Populisme hoeft geen probleem te zijn'

29/01/11, De Volkskrant
> Getatoeëerde wetenschappers zijn betrekkelijk zeldzaam, maar Cas Mudde is
> waarschijnlijk uniek. Op zijn rechteronderarm heeft de politicoloog de
> Nederlandse Leeuw, op zijn linker onderarm een gebalde vuist. Op een
> winterse middag in Amsterdam wil hij ze niet ontbloten. Ach, zo interessant
> zijn ze niet, zegt hij, gewoon een herinnering aan zijn tienertijd, toen hij
> skinhead was.
> Cas Mudde is een van de meest vooraanstaande experts op het gebied van het
> populisme in Europa. Hij werkte jarenlang voor de Universiteit van Antwerpen
> en doceert tegenwoordig aan DePauw University in de Amerikaanse staat
> Indiana. Vorige week was hij even in Nederland voor een congres aan de
> Radboud Universiteit in Nijmegen.
> 'Ik was skinhead van mijn 15de tot mijn 18de', zegt hij. 'Ik was de enige
> liberale skinhead van Nederland. Althans, ik ben geen andere tegengekomen.'
> Hij hield van de stijl, de mode, de muziek. Ska en oi, een punkvariant. Hij
> stapte eruit toen skinheads steeds meer geassocieerd werden met neonazi's.
> 'Ik ben gestopt in 1983, toen de Antilliaanse Kerwin Duinmeijer door een
> skinhead werd vermoord. Ik woonde toen in Hoofddorp, waar ook veel
> Marokkanen woonden. Het werd toen echt gevaarlijk om een skinhead te zijn.
> Als je bedreigd werd, kon je moeilijk roepen: ja, maar ik ben een liberale
> skinhead.'
muddeLivre.jpg> Aanvankelijk bestudeerde Mudde het rechts-extremisme van de jaren tachtig en
> negentig: de Centrumpartij van Janmaat, het Vlaams Blok, de Duitse
> Republikaner. Gaandeweg verschoof zijn aandacht naar het populisme, van de
> PVV tot het Franse Front National en de Oostenrijkse FPÖ van Jörg Haider. In
> wetenschappelijk opzicht heeft zijn skinheadperiode hem zeker beïnvloed.
> 'Toen ik begon, probeerden wetenschappers vooral te bewijzen hoe fout
> extreem-rechts was, door een link met de Tweede Wereldoorlog te leggen. Maar
> anders dan de meeste onderzoekers kende ik radicaal-rechtse mensen', zegt
> hij. 'Ik wist hoe weinig het voorstelde, dat er maar honderd man kwamen bij
> een demonstratie, terwijl de krant schreef dat het er 1.500 waren. Ik wist
> ook dat radicaal-rechtse mensen net zo complex zijn als alle andere. Ik
> kende bijvoorbeeld iemand die een hekel had aan buitenlanders, maar wel ging
> voetballen met Ali. Want Ali was geen Turk, want Ali had werk.'
> Zijn oudere broer Tim was actief in de CP '86, speelde in bands als De
> Dietse Patriotten en drijft een nationalistisch postorderbedrijf. Mudde is
> nooit zo bang geweest voor extreem-rechts en later voor het populisme. Voor
> hem waren de aanhangers van radicaal-rechtse partijen geen eendimensionale
> stripfiguren die klaar stonden om de Tweede Wereldoorlog over te doen. In
> zijn wetenschappelijk werk probeert hij de radicaal-rechtse kiezer te
> begrijpen en serieus te nemen. Lange tijd meenden onderzoekers dat je gek,
> bang of werkloos moest zijn om op een rechtse partij te stemmen. De
> aanhangers van Le Pen, Filip de Winter of Pim Fortuyn waren verliezers die
> hun rancune richtten op immigranten. Maar empirisch onderzoek laat iets heel
> anders zien. De verschillen tussen de kiezers van radicaal-rechts en de
> gevestigde partijen zijn helemaal niet zo groot. Aanhangers van Wilders of
> de Deense Volkspartij zijn ook helemaal geen verliezers, blijkt uit
> onderzoek, ook niet als ze wat lager opgeleid zijn. Menige vakman doet het
> beter dan een academicus of hbo'er met een incourante studie.
> Mudde: 'Het onderzoek naar extreem-rechts is sterk beïnvloed door het
> naoorlogse onderzoek naar het fascisme. Een studie als The Authoritarian
> Personality van Adorno heeft een grote rol gespeeld. Er bestond de neiging
> om de rechtse aanhangers te pathologiseren. Ze zijn bang, ze zijn agressief,
> ze kunnen intellectueel niet mee.'
> 'Vaak is er wel een klassenverschil tussen populisten en gevestigde
> partijen. Maar dat verschil wordt veel kleiner als een partij meer wordt
> geaccepteerd. De Centrumpartij van Janmaat was een partij voor een
> onderlaag. Maar van een partij die 25 procent van de stemmen trekt, kun je
> niet meer beweren dat ze slechts een klein en specifiek deel van de
> bevolking vertegenwoordigt. Bovendien: als je kijkt naar opvattingen is het
> verschil tussen de kiezers van de populisten en de gevestigde partijen nog
> veel kleiner.'
> Mudde wijst op Europees opinie-onderzoek. Tweederde van de Europeanen vindt
> dat er geen immigranten meer bij mogen komen. Bijna 80 procent vindt dat
> jongeren harder aangepakt moeten worden, thuis en op school. Maar liefst 85
> procent vindt de samenleving te tolerant.
> 'Vaak is gezegd dat populisten vijandig staan tegenover de democratische
> westerse waarden, waardoor je niet met ze zou kunnen samenwerken. Maar ze
> bieden slechts een radicale versie van de waarden die in de mainstream van
> de samenleving volop gedeeld worden. Daar is niets pathologisch aan.'
> 'Hij streeft naar een shockeffect. Toch vindt bijna iedereen dat 'we'
> bedreigd worden. We verschillen alleen van mening over de mate waarin.'
> 'Op nationaal niveau zeker. Op het niveau van sommige wijken kun je een heel
> ander verhaal houden. De multiculturele samenleving heeft grote problemen.
> Ik ben net in Schaarbeek bij Brussel geweest, daar word je niet vrolijk van.
> Maar voor mij is niet de islam het probleem.
> 'In Nederland wordt de meeste overlast niet veroorzaakt door 'de'
> buitenlanders of 'de' moslims, maar door Marokkaanse jongens, van wie we
> weten dat ze niet zo vaak naar de moskee gaan. Toch blijven we ze als moslim
> beschouwen. En we blijven zoeken: wat zit er in de islam waardoor kinderen
> zich zo gedragen. Daardoor zien we ook de verschillen tussen moslims niet
> meer. Turken veroorzaken minder overlast, Marokkaanse meisjes doen het goed.
> Bovendien: ook niet-moslims zoals Antilliaanse jongens veroorzaken
> problemen.'
> 'Ja, dankzij de islam mocht het eindelijk. Wat Nederland altijd heel sterk
> heeft gehad, is het idee: geen tolerantie voor de intoleranten. We hadden
> een buitengewoon sterk anticommunisme. Postbodes werden ontslagen omdat ze
> lid van de CPN waren. Dat ging veel verder dan in de meeste andere landen.
> Toen kwam extreem-rechts, dat waren de nieuwe intoleranten. Die werden ook
> bijna alle rechten ontzegd. Ze mochten bijvoorbeeld bijna nooit
> demonstreren. Nu zijn moslims de nieuwe intoleranten. We hebben een lange
> traditie om datgene wat we als intolerant zien, ook volledig uit te sluiten.
> 'Nederlanders vinden zichzelf ongelooflijk tolerant. Op een bepaalde manier
> zijn we dat ook wel, bijvoorbeeld in de acceptatie van homoseksualiteit. We
> hebben een heel brede mainstream. Maar als je daarbuiten valt, ben je dood.
> Sociaal dood, politiek dood en vaak ook juridisch dood. In de Verenigde
> Staten is dat heel anders. Daar heb je een smalle mainstream. Als je daar
> buiten valt, so be it. Neonazi's bijvoorbeeld. Iedereen is er tegen, maar
> niemand zal naar de rechter lopen om ze te verbieden. Ze mogen daar gewoon
> demonstreren.'
> Net als Denemarken en Zweden is Nederland een conformistisch land, zegt
> Mudde. Noord-Europeanen worden zenuwachtig van mensen die er totaal andere
> ideeën op nahouden. Dat valt hem nog meer op sinds hij in Amerika woont, na
> zijn huwelijk met de politicologe Maryann Gallagher.
> 'We geloven dat we heel kritisch zijn. Nederlandse studenten staan erom
> bekend dat ze altijd kritische vragen stellen, ook al hebben ze de boeken
> helemaal niet doorgenomen. Amerikaanse studenten doen dat niet. Ze denken
> ook meer: jij bent de hoogleraar, dus jij zult er wel meer van weten dan ik.
> Terwijl Nederlandse studenten eerder zeggen: jouw mening is ook maar een
> mening.'
> Vreemd genoeg gaat die kritische instelling gepaard met een sterke
> eenvormigheid. Iedereen stelt dezelfde kritische vragen. Jarenlang mocht je
> niets negatiefs zeggen over immigranten, nu mag je er niets positiefs over
> zeggen. De publieke opinie zwiept van links naar rechts. De multiculturele
> samenleving was ooit de trots van een natie die zichzelf als ruimdenkend en
> tolerant beschouwde, maar wordt inmiddels door niemand meer verdedigd.
> Mudde: 'Waar ik mij altijd over verbaas: als Nederlanders immigranten
> bekritiseren, zeggen ze er heel vaak bij: maar dat mag je hier niet zeggen.
> Sorry hoor, maar ik hoor al tien jaar niets anders dan islamofobische
> idiotie.'
> Sinds hij in 1998 uit Nederland wegging - eerst naar Antwerpen, toen naar
> Amerika - is het populisme in de Nederlandse cultuur sterk toegenomen.
> 'Vroeger zag je op tv hoogleraren het nieuws duiden, nu stappen
> verslaggevers op de man in de straat af. Zo'n programma als Oh Oh Cherso
> illustreert ook de enorme fascinatie met de onderste klasse. Niet met de
> bovenste klasse, die is verdacht.'
> De man in de straat is geëmancipeerd, maar wordt nog altijd gewantrouwd,
> anders dan in Amerika. 'Amerika heeft een grote populistische traditie. Het
> volk is zuiver en goed. In Nederland werd het volk altijd gewantrouwd. De
> democratie werd van bovenaf toegestaan, het electoraat werd heel voorzichtig
> in kleine stapjes uitgebreid. En deep down vertrouwen veel mensen het volk
> nog steeds niet. Net als in Duitsland is dat versterkt door het trauma dat
> Hitler langs democratische weg aan de macht is gekomen.'
muddelivre2222.jpg> 'Voor een deel is populisme geen probleem. Kritiek is goed. Het is goed dat
> de bevolking niet meer denkt: die meneer heeft ervoor doorgeleerd, laten we
> het zo maar doen.
> 'Maar als liberaal democraat vind ik wel dat er gevaren zitten aan het
> populisme, vooral in het idee dat 'wij' - 'het volk' - allemaal hetzelfde
> zouden willen. Het volk bestaat uit mensen met verschillende belangen en
> verschillende meningen. Daar moet je een consensus in vinden. Je kunt van
> mening verschillen over de vraag hoe ver je moet gaan met het sluiten van
> compromissen. Maar het idee dat consensus iets slechts is, dat is
> levensgevaarlijk.
> 'Populisten geloven in het idee van een 'algemene wil', de wil van de
> meerderheid van het volk, waarbij anderen zich moeten neerleggen. Daarom
> hebben zij grote moeite met constitutionele rechten van minderheden. Niet
> alleen etnische, maar ook religieuze en politieke minderheden. Bovendien
> gaat populisme vaak gepaard met nationalisme en andere vormen van collectief
> denken. Daardoor wordt het individu gereduceerd tot vertegenwoordiger van
> een groep. Als liberaal vind ik dat problematisch.
> 'Populisten verzetten zich ook vaak tegen onafhankelijke instanties, zoals
> de rechterlijke macht. Ik vind dat Wilders zich redelijk netjes heeft
> gedragen tijdens zijn proces. Hij heeft wel een paar keer iets gezegd over
> D66-rechters, maar iemand als Berlusconi gaat veel verder. Die zegt tegen
> rechters: ik ben gekozen door het volk, jullie niet, dus ik ben altijd
> hoger. Maar in een rechtsstaat hebben we niet voor niets een scheiding der
> machten.'
> 'Je moet niet de boodschappers bestrijden, maar de onderliggende problemen.
> In Nederland wordt altijd ingehakt op Janmaat, Fortuyn of Wilders. Maar stel
> dat je Wilders wegkrijgt, daarmee heb je het probleem nog niet opgelost.
> 'Het Vlaams Belang is over zijn hoogtepunt heen. Maar die kiezers zijn echt
> geen tevreden sociaal-democraten geworden. Ze gaan helemaal niet meer
> stemmen, of kiezen voor andere partijen met populistische trekjes, zoals de
> Lijst Dedecker.'
> 'Ik vind het heel logisch dat VVD en CDA met de PVV regeren. Ze hebben meer
> gemeen met de PVV dan met de PvdA. De PVV ligt helemaal niet zo ver buiten
> de mainstream. Het populisme heeft alleen punten die strijdig zijn met de
> liberale democratie. Die grens moet je bewaken.'
> 'Nee, uit elk onderzoek blijkt dat burgers helemaal niet meer aan politiek
> willen doen. Ze vinden een keer in de vier jaar stemmen al vervelend genoeg.
> De meeste aanhangers van radicaal-rechtse partijen willen vertegenwoordigd
> worden door mensen door wie ze zich begrepen voelen. Pim wist wat de mensen
> bewoog. Laat Pim het ook maar uitvoeren.
> 'Kiezers willen politici die voor een visie staan die ze ook op een
> competente manier kunnen uitvoeren. En die zien ze niet. Ik weet niet of
> politici vroeger beter waren. We zagen natuurlijk ook veel minder, omdat de
> media niet zo alomtegenwoordig waren. Maar er waren wel meer politici die
> zeiden: hier sta ik voor. Als je dat niet bevalt, ga je maar naar een
> ander.'
> 'Misschien. Misschien kun je tegenwoordig maar vier jaar de macht hebben,
> waarna het voorbij is. Maar wat is het alternatief? Je op de vlakte houden
> en hopen dat je kunt mee hobbelen? Dat leidt ook nergens toe. Partijen
> moeten terug naar hun eigen ideologische kern, als ze die kunnen vinden. Nu
> richten ze zich te veel op Wilders. De PvdA komt met Cohen als de
> anti-Wilders. Maar zo ga je helemaal mee in zijn verhaal. Je hoeft niet zo
> bang te zijn voor Wilders. Laat hem maar 25 procent halen, dan blijft er nog
> altijd 75 procent over.'
> De PvdA is voor Mudde hét voorbeeld van hoe het niet moet. 'Ideologisch is
> die partij dood. Sociaal-economisch was ze al dood, door mee te gaan met het
> neo-liberalisme. Nu zijn ze ook sociaal-cultureel dood, omdat ze meegaan in
> het discours dat cultuur en religie de belangrijkste oorzaak van problemen
> zijn', zegt hij.
> Natuurlijk kunnen zulke factoren best een rol spelen, maar een
> sociaal-democratische partij zou de nadruk moeten leggen op solidariteit en
> klassenverschillen, op onderwijs en werk als sleutel tot integratie.
> Maar ook als de traditionele partijen zich hervinden, zal het populisme niet
> verdwijnen. Mede door het gestegen opleidingspeil hebben burgers meer
> zelfvertrouwen gekregen, waardoor zij zich niet meer zo gemakkelijk laten
> leiden door een bovenlaag. Wel zullen populistische partijen meer onderhevig
> zijn aan schommelingen, naarmate zij gewoner worden.
> 'Journalisten vergeten dat vaak. Ze tellen alleen op, waardoor het lijkt
> alsof de populisten overal winnen. Maar oudere partijen als het Vlaams
> Belang en de Franse partij Front National doen het helemaal niet zo goed',
> aldus Mudde.
> De PVV zit wel in de lift, ook dankzij het politieke meesterschap van Geert
> Wilders, die voor Mudde geen onversneden populist is. 'Bij Wilders is
> islamofobie duidelijk de kern van de zaak. Het populisme is er pas later bij
> gekomen. Wilders voelt zich ook niet zo op zijn gemak onder het volk, heel
> anders dan Fortuyn.
> 'Het knappe van Wilders is dat hij zo veel geduld heeft. Hij denkt op lange
> termijn, daarom liet hij de gemeenteraadsverkiezingen grotendeels aan zich
> voorbijgaan. Vanwege de Eerste Kamer moet hij nu wel meedoen aan de
> Statenverkiezingen.
> 'Het is heel moeilijk om zo snel zo veel goede mensen bij elkaar te krijgen.
> Dat gaat ook mislukken. Normaal gesproken is niemand geïnteresseerd in
> Provinciale Staten. Hoe vaak schrijven de kranten over ruziënde
> Statenfracties? Nooit, behalve als het over de PVV gaat.'

Professor Cas Mudde


87838Despite only having been in the United States for a few years, Cas Mudde can rattle off recent election results with the finesse of a network news correspondent. It helps that Mudde, the Nancy Schaenen Visiting Scholar in Ethics and visiting associate professor of political science, is an expert on right-wing politics, especially during the hard-to-starboard shift of the 2010 American midterms.

Mudde came to DePauw this summer from University of Notre Dame's Helen Kellogg Institute for International Studies, where was a visiting fellow for a year. Before arriving stateside in 2008, he spent a decade studying Europe's radical right parties at universities in Belgium, the Czech Republic, Hungary, Scotland and his home in the Netherlands.

He has published widely on topics such as political extremism,
democratization in Eastern Europe, civil society, and Euroskepticism. His most recent book is Populist Radical Right Parties in Europe, which won the Stein Rokkan Prize for Comparative Social Science Research and was named a Choice "Outstanding Academic Title." Among his other publications are the co-edited mini-symposium "The Numbers We Use, The World We See" in Political Research Quarterly; the co-edited special issue "Deviant Democracies: Democratization Against the Odds" of Democratization; and the edited volume Racist Extremism in Central and Eastern Europe.

But Europe doesn't share the United States' political landscape. Students in Mudde's first-year seminar, Radical Right Politics in Europe, learn a political language filled with new directional connotations. Outside of America, what is right and what is left?

For example, Mudde explains, "Europeans had bizarrely favorable views toward Obama. We had Social Democrats and even Greens supporting Obama, whereas in much of Europe he would be considered center-right."

Or, on how the Tea Party movement, formed in the wake of the 2008 election, compares to populist movements overseas: "The idea of a small government really isn't that popular in Europe," Mudde says. "Most populists there actually support a fairly well-developed welfare state. In Europe, the key issue has been nativism. So, you have very different ideologies, even though both can be considered right wing."

Next spring, Mudde will teach a course based on his current research. Liberal democracies often face the dilemma of having to defend themselves from extremism without undermining their core values. Does our Fifth Amendment's Due Process Clause apply to terrorism suspects? How is it possible for a free society such as Germany to ban Nazi paraphernalia? Answers to those questions don't come without debate.

"Some of the actors who have challenged liberal democracies truly are anti-democratic," Mudde says. "They can be violent or non-violent, and some are pro-democratic. Nevertheless, they all  create repression. I want to look at where the boundaries should be."

This semester, Mudde organized Cinema Oi!, a film series about one such group, known globally as skinheads. The films, however, weren't his introduction to skinhead counter-culture – his body is marked with signs of membership.


For Mudde, being a skinhead was about being part of a social scene. It meant that you liked a certain type of music – ska or Oi!, a type of street punk – and wore the right clothes. Political beliefs were never the allure, but they would end up pushing Mudde out.

"At a certain point in time, because of developments in the Netherlands, 'skinhead' became associated with 'neo-Nazi,' even though the majority of skinheads were not," Mudde says. "I felt that my struggle to be the last liberal skinhead was not really worth it."

Today, much of what constitutes political discourse affirms Godwin's Law, the observation that the longer something is discussed, the more likely it will end with a comparison to Adolf Hitler or the Nazis. But having been in the presence of radicals who unabashedly carry that banner, Mudde says the rhetoric goes too far.

"Lewis Black called it 'Hitler Tourette's,' and it has gone both ways," Mudde says. "Neither Obama nor Bush is anything like Hitler. If you had a little bit of an education, you'd be ashamed to say that."