mercredi, 30 septembre 2026
Allemagne: les élections régionales et l’échec de la coalition de Merz

Allemagne: les élections régionales et l’échec de la coalition de Merz
Alexandre Douguine
Présentateur : Alexandre Guélievitch [Douguine], le week-end n’a pas été consacré uniquement aux élections russes. L’Allemagne offre une fois de plus un tableau saisissant. Des élections ont eu lieu à Berlin et en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale — des régions qui, certes, ne sont pas les plus peuplées, et il s’agit que de scrutins régionaux. Malgré cela, la coalition gouvernementale et le chancelier Merz en personne ont essuyé un sérieux revers. Dans certains Länder, son parti n’atteint même pas le seuil des 5% nécessaire pour entrer au parlement régional. En Mecklembourg, l’AfD obtient de bons résultats dans les sondages; à Berlin, c’est la gauche. Le décompte final dans les circonscriptions uninominales reste encore à effectuer. Que se passe-t-il en Allemagne? On nous a appris que tenir deux ans au poste de chancelier ou de Premier ministre constituait déjà un exploit, et que les changements de dirigeants étaient devenus monnaie courante aussi bien en Grande-Bretagne qu’en Allemagne. Ou bien quelque chose qui leur est propre est-il malgré tout en train d’y prendre forme?
Alexandre Douguine: Dans la première partie de notre entretien, nous avons dit que la société russe surmonte le côté hideux de la démocratie occidentale en y introduisant ses propres significations — et même ses propres procédures. En Occident, le mot «démocratie» lui-même a été déformé au point d’en devenir méconnaissable et s'est transformé en pouvoir des minorités.
Aujourd’hui, il existe en Occident deux démocraties, deux définitions du mot — en Amérique et en Europe, berceau de la démocratie. Selon l’interprétation la plus «avancée», la démocratie est le pouvoir des minorités.
Dans cette logique, si vous êtes un pervers, un malade — souffrant, par exemple, de démence ou de troubles cognitifs — et qu’en plus vous appartenez à une minorité ethnique, religieuse ou autre, alors c’est vous le bon «démocrate»: vous soutenez les autres minorités, vous ouvrez grand la porte à une immigration illimitée, vous abolissez les valeurs traditionnelles et vous les remplacez par des valeurs non traditionnelles. Voilà ce qui passe pour la version «avancée» de la démocratie.
Mais il existe également de larges couches de la population qui comprennent la démocratie autrement. Le «démocrate à l’ancienne » raisonne simplement: si cela ne me plaît pas, je voterai autrement, contre la coalition en place. Et il reste encore à venir une troisième démocratie, électronique, dans laquelle les robots logiciels et l’intelligence artificielle voteront. Palantir — la grande entreprise américaine d’analyse de données fondée en 2003 — prépare quelque chose de ce genre, bien que cela n’ait pas encore été annoncé.


Ces deux mode de démocratie existent réellement — en science politique, dans le discours et dans les résolutions. Je ne les invente pas. Certains, en Occident, estiment que la démocratie est une affaire de minorités; d’autres pensent toujours que c’est la majorité qui décide. C’est à cela que l’Allemagne se heurte aujourd’hui. Les personnes qui croient au pouvoir de la majorité votent comme elles l’entendent. Celles qui ont été rééduquées, formées à aimer l’ignoble migrant violeur et le déviant qui erre dans les rues des vieilles villes européennes, votent autrement. Il existe même un mot pour cela: la dysgénie. Les libéraux de gauche dans l’esprit de Merz prêchent que plus une personne est repoussante et laide, mieux c’est. On rassemble d’immenses chœurs de dégénérés qui remplissent des hangars entiers — entonnent des chants grotesques, appuyés par des musiciens et des chefs d’orchestre; ils sont censés chanter mal et faux, parce que le beau chant est considéré comme un signe de «suprémacisme élitiste ». Merz est le porte-parole de cette dysgénie, tout comme le couple Macron, chez qui l’on ne saurait distinguer lequel est l’homme et laquelle est la femme.
Ces minorités se considèrent comme les seules détentrices légitimes de la démocratie. Mais certaines régions d’Allemagne — l’Est et le Nord, en particulier la Saxe-Anhalt — voient les choses autrement. Des Baltes et des Slaves y vivaient autrefois; ce sont à l’origine des terres slaves et baltes. Peut-être les gènes des gens respectables y ont-ils survécu. Ou peut-être le socialisme en RDA [République démocratique allemande] a-t-il rendu service à la population locale en la laissant attachée à l’ancienne démocratie.
L’ancienne démocratie, c’est ce qui se produit lorsqu’un citoyen ordinaire contemple le cauchemar qui l’entoure — lorsqu’on le force à dire que deux et deux font cinq, qu’il est plus en sécurité aujourd'hui alors même qu’on peut le poignarder et le tuer à chaque coin de rue, et que quiconque n’est pas d’accord avec cette situation est un fasciste — et que rien de tout cela ne parvient à entrer dans son esprit. Pour lui, pouvoir marcher dans une rue sans que rien ne lui tombe dessus et voir des gens se parler poliment est une bonne chose. Ce n’est pas du fascisme. C’est l’exigence minimale d’un ordre sain.

Une grande partie des Allemands ne votent ni pour la droite ni pour la gauche. Ils votent pour la démocratie à l’ancienne: pour que la vie soit commode et vivable, et non pour financer des chœurs dysgéniques, des hurluberlus qui s'identifient à des animaux, à des chiens, et des habitués de clubs BDSM qui scandent: «Pas d’AfD, pas de normalité». Ce qui s’affronte, au fond, c’est la démocratie telle que la conçoit une personne normale et la démocratie imaginée par une personne gravement perturbée par une démence quelconque. La même chose se produit en Amérique.

Il est difficile de dire laquelle des ces deux conceptions de la démocratie l’emportera. J’ai un jour discuté de cette logique minoritaire avec Francis Fukuyama lors d’un débat. Il disait que toute majorité est dangereuse: elle peut choisir Poutine, un dictateur ou Hitler; il ne faudrait donc pas l’écouter, mais, au contraire, écouter les «minorités dysgéniques», les dégénérés et les personnes atteintes de démence. Parce qu’ils sont faibles, ils incarnent la «pensée faible», une philosophie faible et une théologie faible; selon cette théorie, de tels dirigeants à l’esprit déficient seraient préférables pour un pays à de sérieux bâtisseurs d’ordre. Le chaos et la schizophrénie, soutient-on, seraient préférables à l’ordre et à la paranoïa. Il est difficile de prévoir l’issue de cet affrontement.
Lorsque l’AfD a remporté les élections en Saxe-Anhalt, il a été proposé de lui interdire l’accès aux informations classifiées de la Bundeswehr — au motif qu’elle n’adhère pas à la démocratie des minorités et représente dès lors un autre type anthropologique; elle «n’aurait pas le droit» de savoir, car elle pourrait relier les faits entre eux et agir rationnellement. Selon cette logique, les véritables visages de la nouvelle démocratie sont Kaja Kallas, Ursula von der Leyen et Annalena Baerbock — représentantes de ce qu’ils appellent les «minorités mentales».
Vous direz qu’il s’agit, de ma part, d’une parodie malveillante de l’Occident contemporain. Lisez leurs manuels de science politique, leurs cours de philosophie et leurs études culturelles; parlez aux philosophes qui incarnent cet Occident. Prenez Žižek, une icône de la pensée libérale: négligé, à la parole inarticulée, il transforme chaque phrase en un paradoxe dépourvu de sens qui humilie la raison. Ce n’est pas un hasard s’il a intitulé l’un de ses livres Moins que rien — Hegel et l’ombre du matérialisme dialectique. Voilà le diapason de l’orthodoxie philosophique actuelle: un festival de dégénérés qui ont érigé la dysgénie en principe. La dysgénie est l’opposé de l’eugénisme: il ne s’agit pas de favoriser la reproduction du meilleur type humain, mais de celle du pire, de lui confier le pouvoir et de l’écouter au nom de la «solidarité» et de «l’empathie». Plus la strate des déficients mentaux est importante en politique et aux plus hautes fonctions de l’État, plus la garantie est solide que les personnes normales n’accéderont pas au pouvoir.
Pour l’instant, cela ne fonctionne pas tout à fait. Ils semblent tout contrôler, et pourtant une vague de mécontentement monte. La vieille démocratie citoyenne, tranquille et petite-bourgeoise, semble dire: je n’ai pas disparu; je vais voter. À Berlin, on ne peut pas voter pour l’AfD — car ce serait comme voter pour Poutine ou Trump; dans le bureau de vote, au sens figuré, les groupes dysgéniques vous mettront en pièces. Plus à l’est, les gens votent tout à fait tranquillement pour l’AfD. C’est un vote en faveur de la normalité contre une anti-normalité confortablement installée.
Regardez ce que propose Merz. Premièrement, une immigration illimitée. Deuxièmement, des valeurs anti-traditionnelles et des défilés consacrés à toutes les perversions imaginables. Et, parallèlement, la guerre contre la Russie, la militarisation et la surveillance totale. Ces deux orientations sont incompatibles. Soit vous choisissez les défilés — et vous vous rapprochez alors d’une Greta Thunberg déchaînée et de son fondamentalisme écologique —, soit vous choisissez la guerre, auquel cas il vous faut du nationalisme, du patriotisme, du «fascisme».
Comment concilier le fait que Merz attise d’une main une vague de désintégration et appelle, de l’autre, ces mêmes personnes à se préparer en toute hâte à la guerre contre la Russie? Une personne normale examine cette proposition et constate qu’elle ne tient pas debout. L’exigence de s’abandonner à la décadence tout en devant, simultanément, «se mettre à courir ventre à terre vers le front de l’Est» paraît relever de la folie totale à quiconque possède encore un peu de raison. Selon toute apparence, ces personnes sont plus nombreuses dans l’est de l’Allemagne, dans l’ancienne Prusse. Les gens de ces régions se sont révélés plus sains.
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mardi, 29 septembre 2026
Qui profite de la vague de réarmement en Europe? - BlackRock est aux avant-postes

Qui profite de la vague de réarmement en Europe?
BlackRock est aux avant-postes
Source: https://uncutnews.ch/wer-profitiert-von-europas-aufruestu...
Le paysage politique allemand est soumis à une pression croissante. Lors des élections régionales organisées dimanche en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, la CDU du chancelier fédéral Friedrich Merz n’a pas réussi à franchir le seuil des 5%. Pour la première fois de leur histoire, les chrétiens-démocrates ne seraient plus représentés au parlement d’un Land allemand. Avec 38,2% des voix, l’AfD est arrivée en tête et a nettement amélioré son résultat. Après l’annonce des projections électorales, Merz a néanmoins déclaré vouloir rester en fonction: «Je souhaite faire avancer notre pays».
Parallèlement, les critiques se multiplient concernant le réarmement massif de l’Europe et la question de savoir qui profite des milliards mobilisés à cette fin. Le plus grand gestionnaire d’actifs au monde, BlackRock, se trouve de plus en plus au centre de l’attention. La youtubeuse et militante Naomi Seibt a attiré l’attention sur un discours prononcé par Beatrix von Storch, députée de l’AfD au Bundestag. Celle-ci a formulé une grave accusation devant le Parlement fédéral: la nouvelle donne politique en Allemagne, dans les domaines de l’endettement et de l’armement, profiterait précisément à l’ancien employeur du chancelier Merz.

Avant son retour au premier plan de la vie politique, Friedrich Merz a présidé pendant plusieurs années le conseil de surveillance de BlackRock Asset Management Deutschland. Compte tenu de la politique financière et de défense actuellement menée par l’Allemagne, ce passé suscite des critiques. Sous sa direction, l’Allemagne a adopté un programme de réarmement d’une ampleur historique, prévoyant d’affecter plusieurs centaines de milliards d’euros supplémentaires à la défense. Des critiques comme Beatrix von Storch se demandent donc si cette politique ne favorise pas aussi, directement ou indirectement, les intérêts économiques de l’ancien employeur du chancelier.
Un examen de l’industrie de l’armement permet de comprendre sur quoi repose cette critique. BlackRock détient une participation importante dans Rheinmetall, l’un des plus grands groupes allemands d’armement et l’un des principaux bénéficiaires économiques de la hausse des dépenses européennes de défense. En outre, le gestionnaire d’actifs détient, par l’intermédiaire de ses fonds, des participations dans de nombreuses autres entreprises de l’industrie de l’armement. Lorsque le cours de leurs actions augmente sous l’effet de la hausse des dépenses de défense, les fonds détenant ces actions en profitent eux aussi.

Selon cette présentation des faits, les liens en question dépassent le cadre de l’industrie de l’armement. BlackRock intervient, ou est intervenu, en tant que conseiller dans la mise en place de structures d’investissement destinées à la reconstruction et au développement économique de l’Ukraine. Le gestionnaire d’actifs participe ainsi aux réflexions sur la manière dont des capitaux privés peuvent être mobilisés et employés pour reconstruire le pays. Beatrix von Storch a soutenu devant le Bundestag que des recettes fiscales et des milliards mobilisés par les pouvoirs publics pourraient ainsi, en définitive, être dirigés vers des structures dont bénéficierait également l’ancien employeur de Merz.
Une information publiée par Bloomberg a suscité une attention supplémentaire. Selon cette information, avant l’annonce des nouveaux projets financiers allemands, BlackRock avait sensiblement modifié son positionnement sur les obligations d’État allemandes, ou misé sur une hausse de leurs rendements. La raison en est la suivante: une forte augmentation de la dette publique peut entraîner une hausse du rendement des obligations fédérales allemandes. Les positions financières correspondantes peuvent profiter de cette évolution.
Beatrix von Storch a donc résumé son accusation devant le Bundestag en des termes particulièrement vigoureux: l’Allemagne s’endette tandis que BlackRock en tire profit. Cette accusation relie ainsi trois domaines: les participations de BlackRock dans des entreprises d’armement, son rôle dans les structures d’investissement destinées à l’Ukraine et son positionnement sur le marché allemand des obligations d’État.
Les critiques en déduisent l’existence d’un conflit d’intérêts plus fondamental entre la finance et la politique. Un ancien haut responsable du plus grand gestionnaire d’actifs au monde se trouve aujourd’hui à la tête du gouvernement allemand, tandis que sont prises des décisions politiques concernant des secteurs et des marchés financiers dans lesquels BlackRock a massivement investi.

Il convient toutefois de distinguer les liens publiquement connus de la conclusion politique qui en est tirée. Les participations de BlackRock dans les entreprises d’armement, les anciennes fonctions exercées par Merz au sein de BlackRock, le rôle du gestionnaire d’actifs dans le cadre des investissements en Ukraine ainsi que les positions sur le marché obligataire rapportées par Bloomberg constituent le fondement de l’argumentation. En revanche, l’affirmation selon laquelle Merz mènerait délibérément cette politique au profit de son ancien employeur constitue une accusation politique formulée par Beatrix von Storch et d’autres critiques.
Le fait que cette critique soit formulée par une députée de l’AfD ne change rien au fait que les liens économiques sous-jacents soulèvent une question politique: jusqu’où peut aller la proximité résultant des passages de hauts responsables entre l’un des gestionnaires d’actifs les plus puissants au monde et les plus hautes fonctions gouvernementales, alors même que sont prises des décisions portant sur de gigantesques investissements publics?
La portée de cette question dépasse par ailleurs largement l’Allemagne. Les Pays-Bas, la Belgique et la France subissent également des pressions croissantes afin d’augmenter considérablement leurs dépenses de défense. Dans ces pays aussi, BlackRock détient, par l’intermédiaire de ses fonds, des participations dans de nombreuses entreprises, tout en gérant les capitaux d’investisseurs institutionnels et de fonds de pension qui investissent à leur tour dans des obligations d’État. Le débat allemand devient ainsi une question européenne: qui profite économiquement de la plus grande vague de réarmement que l’Europe ait connue depuis des décennies?
Plus les milliards consacrés à l’armement, à l’endettement public et à la future reconstruction de l’Ukraine seront nombreux, plus la question des éventuels conflits d’intérêts entre le monde politique et l’industrie financière gagnera en importance. Le cas Merz-BlackRock illustre à cet égard la proximité entre ces deux univers: un ancien haut responsable du plus grand gestionnaire d’actifs au monde dirige aujourd’hui l’Allemagne dans une période de dépenses de défense historiquement élevées, tandis que BlackRock intervient, par l’intermédiaire de ses fonds, précisément dans les secteurs économiques et financiers susceptibles de bénéficier de cette évolution.
16:39 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, allemagne, europe, affaires européennes, afd, beatrix von storch, friedrich merz, blackrock |
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lundi, 21 septembre 2026
À propos de la crise énergétique en Europe

À propos de la crise énergétique en Europe
Carlos X. Blanco
L’Europe occidentale manque de ressources énergétiques fossiles. Contrairement à des géants tels que la Chine — qui est en passe de devenir un « État électrique » —, les États-Unis ou la Russie, qui disposent d’importantes ressources énergétiques propres, les États européens sont, dans ce domaine également, devenus dépendants.
La subordination politique et militaire des pays européens depuis l’occupation de 1945 est devenue chronique. Dans une civilisation technologique, celui qui possède et contrôle l’énergie contrôle dans une large mesure le pouvoir. Les précédentes crises pétrolières — comme celle des années 1970 — ont montré que les Européens doivent être prêts à abandonner à tout moment leur voiture au profit du vélo. De même, maintenir les niveaux élevés de consommation des Européens tout en payant des prix exorbitants pour l’énergie et sans disposer d’énergies renouvelables suffisamment développées entraînera la ruine économique de cette partie du monde.

La « crise d’Ormuz », c’est-à-dire l’attaque injustifiable des États-Unis contre la République islamique d’Iran, constitue une preuve supplémentaire de l’incompatibilité des intérêts et des objectifs des États-Unis, d’une part, et de l’Europe, d’autre part.
Selon la presse, les agressions américaines ont provoqué un tel blocage des voies d’approvisionnement que les Européens ont dû, et devront encore, supporter un surcoût considérable sur leurs importations de pétrole brut. Quatre pays européens seulement — les Pays-Bas, l’Italie, la France et l’Espagne — devront payer 41 milliards d’euros supplémentaires en raison du blocage du détroit d’Ormuz, selon Euronews. Sur ces 41 milliards, 8 milliards incomberont au Royaume d’Espagne.
Les États européens, qui manquent d’énergie et de nombreuses ressources fondamentales pour l’industrie technologique moderne, ont eux-mêmes provoqué leur dépendance, leur soumission et leur absence d’autonomie stratégique. En vain, la presse atlantiste, qui continue d’endoctriner l’Europe, accusera les «radicaux» iraniens du blocage du détroit d’Ormuz et de l’instabilité au Moyen-Orient. Pourtant, les attaques illégales et brutales lancées par Trump, qui ont notamment comporté l’assassinat ciblé de négociateurs et de dirigeants politiques, sont la véritable cause de cette crise qui ruinera l’Europe.
Sur le plan géopolitique, les États-Unis forment une grande île, relativement isolée des bouleversements affectant le reste de la planète. Il s’agit d’une vaste île dotée de ses propres ressources minières et énergétiques, où le Nord yankee peut se réfugier ou se replier en cas d’accumulation de défaites, en exploitant le sud de son propre continent — «l’arrière-pays de la doctrine Monroe» —, en s’emparant du Groenland, etc.
Pourtant, les Européens ont vu, sous leurs propres yeux, les Américains déclencher des conflits contraires à leurs intérêts objectifs, les enfonçant encore davantage dans une dépendance quasi coloniale remontant à 1945. Ignorer cette asymétrie est fatal. Il existe des attaques et des actions que les Américains peuvent, pour le moment, se permettre, mais pas les Européens.

L’explosion du gazoduc Nord Stream, le 26 septembre 2022, acceptée et même dissimulée par l’Allemagne — le premier pays d’Europe occidentale à en avoir subi les conséquences —, suivie par la soumission des autres pays européens directement concernés par ce gazoduc, constitue un autre cas flagrant: les intérêts des États-Unis et ceux de l’Europe ne coïncident pas. Au contraire, ils sont contradictoires: ce qui profite à l’une des parties nuit nécessairement à l’autre, et inversement.
Le gaz russe, accessible et bon marché pour une grande partie de l’Europe, est désormais interdit sur ordre des États-Unis. L’Europe achète du gaz coûteux aux États-Unis et, par pur esprit de servilité, refuse de négocier avec la Russie. L’enracinement du conflit ukrainien, devenu une véritable guerre de l’OTAN contre la Russie, peut être interprété comme un nouvel épisode de la colonisation américaine de l’Europe.
Les dirigeants et les principaux partis au pouvoir dans les États européens sont influencés, sinon directement choisis, par les États-Unis. La mise en scène de certaines frictions ou divergences entre Trump et ses alliés ne saurait masquer les faits objectifs. Pour atteindre leurs objectifs géopolitiques, les Américains sont disposés à précipiter toute l’Europe dans la ruine économique.

Le cas espagnol est assez représentatif et comparable au cas allemand. Madrid obtenait de l’Algérie — plutôt que de la Russie — un gaz bon marché et géographiquement proche, couvrant plus de 30% de ses besoins.
La politique de soumission à l’axe atlantique menée par le gouvernement de Pedro Sánchez et le PSOE a provoqué une paralysie des relations avec l’Algérie au cours de l’exercice 2022-2023, blocage auquel il est aujourd’hui remédié.
Plus de 600 millions d’euros ont été perdus en raison de la soumission absolue de Madrid à Rabat, uniquement pour s’aligner sur l’axe atlantiste-sioniste auquel Rabat appartient. L’Espagne doit être le seul cas au monde où un État européen appartenant — prétendument — au «monde libre» et «avancé» est colonisé par une dictature nord-africaine où règnent le sous-développement et l’ignorance.
Cela ne peut s’expliquer que par la vassalité atlantiste. Pourtant, une analyse superficielle des chiffres relatifs aux investissements des entrepreneurs espagnols au Maroc et à ceux des entrepreneurs marocains en Espagne révèle le contraire.
Lors de cette désastreuse crise de 2022, au cours de laquelle l’Espagne a renoncé de facto au Sahara — un territoire qui aurait dû être décolonisé, mais qui demeure de jure sous souveraineté espagnole —, le gouvernement de Madrid a adopté une attitude analogue à celle du gouvernement allemand lorsque le gazoduc Nord Stream a été dynamité sous ses yeux: la ruine nationale et la trahison des intérêts souverains devaient être acceptées avec impassibilité ou résignation en raison de la vassalité envers l’atlantisme, c’est-à-dire envers les États-Unis.
À moins d’un tournant populiste radical, le gouvernement espagnol sera toujours dominé par le gouvernement marocain et risquera de perdre le gaz algérien, ou tout autre avantage nécessaire, en échange de son appartenance à l’axe yankee-sioniste-atlantique, au sein duquel Rabat joue un rôle essentiel — contrairement à l’Espagne. Il en va de même pour les Allemands, qui ont encore intensifié le réarmement et la russophobie même après que Nord Stream eut été saboté sous leurs yeux, allant ainsi à l’encontre des intérêts souverains du peuple allemand et de la moitié de l’Europe.
Être l’ami des Américains coûte cher.
15:35 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, crise énergétique, espagne, allemagne, europe, affaires européennes |
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Ryan Perkins: la désindustrialisation allemande dans le plan de bataille américain pour la nouvelle Europe

Ryan Perkins: la désindustrialisation allemande dans le plan de bataille américain pour la nouvelle Europe
Source: https://www.unser-mitteleuropa.com/206014
Ryan Perkins sur l’intégration de l’Europe de l’UE à la politique impériale atlantiste mondiale
L’auteur et analyste Ryan Perkins explique qu’il n’existe aucun divorce transatlantique. L’Europe serait simplement reconfigurée afin d’accorder aux États-Unis une plus grande liberté d’action dans la région Asie-Pacifique: la désindustrialisation et la financiarisation de l’Allemagne constituent la dot impériale de ce mariage!
Le nouveau rôle de l’Allemagne par la financiarisation, pierre angulaire du plan de bataille américain pour l’Europe
L’article de Ryan Perkins sur la désindustrialisation délibérée de l’Allemagne, traduit en français
Pas de divorce
L’idée selon laquelle les États-Unis et l’Europe se dirigeraient vers une séparation stratégique paraît séduisante sur les plans politique et émotionnel: les différends commerciaux, les subventions industrielles, le partage du fardeau en matière de défense et la rhétorique d’une «autonomie stratégique» européenne sont considérés comme autant de preuves que l’ordre atlantique serait prétendument en train de se désagréger. Mais cela permet seulement aux élites des deux côtés de l’Atlantique de…
… se bercer, elles-mêmes ainsi que leurs électorats, d’illusions quant à leur capacité d’action politique !
Mais cette idée est fausse! Il n’y aura pas de césure transatlantique, non pas parce qu’un amour perdu aurait été retrouvé, mais parce qu’une telle séparation serait structurellement impossible. Les États-Unis et l’Europe ne sont liés ni par des sentiments ni par des valeurs communes. Ils sont liés par le capital, qu’il est impossible de découpler à une telle échelle.
Au cœur de cette relation se dissimule un fait presque entièrement passé sous silence dans les commentaires des médias [occidentaux] :
Le stock d’investissements directs croisés entre les États-Unis et l’Europe s’élève à environ sept mille milliards de dollars!


Il ne s’agit pas de flux commerciaux qui pourraient être réorientés, ni de capitaux de portefeuille qui pourraient être retirés. Il s’agit d’usines, de chaînes d’approvisionnement du secteur de la défense, de banques, d’assureurs, de propriété intellectuelle et d’interconnexions durables entre entreprises, intégrés aux systèmes juridiques nationaux et politiques des deux côtés de l’Atlantique.
Un système édifié sur un socle de capital aussi fondamental ne se désagrège pas: il ne fait que se réorganiser !
Ce à quoi nous assistons aujourd’hui n’est pas l’effondrement de l’ordre atlantique, mais un recalibrage interne au sein d’un empire financier centré sur les États-Unis. Les querelles portant sur la politique industrielle et les dépenses de défense concernent la répartition des coûts et la division du travail, mais ne constituent pas des stratégies de sortie.
Au niveau qui compte réellement, l’intégration s’est au contraire approfondie: les lignes de swap dollar-euro demeurent l’épine dorsale de la stabilité financière mondiale. La coordination réglementaire est aujourd’hui encore plus étroite qu’avant la crise financière mondiale. Lors de chaque période de tension — comme en 2008, durant les crises de l’euro et du Covid, ou lors du choc énergétique —, la coordination s’est au contraire intensifiée et ne s’est nullement délitée.
Ce n’est pas ainsi que se déroulent les divorces. C’est ainsi que se comportent les empires financiers qui ne se dissolvent pas d’eux-mêmes: ils se contentent de réagir et de se réorganiser!

Le facteur chinois
La logique stratégique à l’origine de ce réalignement est la Chine:
Washington considère la région Asie-Pacifique comme le théâtre décisif de la lutte pour la suprématie au XXIe siècle, précisément parce que la Chine est la seule puissance qui serait capable de contester la suprématie technologique, industrielle et militaire des États-Unis. Cette appréciation entraîne une conséquence inévitable: les États-Unis doivent retirer des ressources d’Europe sans pour autant laisser s’effondrer l’ordre sécuritaire européen.
En d’autres termes, l’Europe doit devenir un pilier suffisamment fiable de l’OTAN pour que les États-Unis puissent déployer leurs forces ailleurs:
Cela n’exige pas l’indépendance européenne — cela l’exclut au contraire!
Cela nécessite toutefois des capacités européennes — budgétaires, industrielles et institutionnelles — permettant à l’Europe de gérer sa propre zone tout en restant pleinement intégrée au système atlantique.
Ce qui change réellement
C’est pourquoi l’Europe remanie discrètement son système d’exploitation économique:
Les emprunts communs de l’UE, autrefois tabous, sont devenus la norme. On attend désormais de la Banque centrale européenne qu’elle stabilise les marchés des obligations souveraines en temps de crise, plutôt que de rester à l’écart. La discipline budgétaire a cédé la place à la capacité d’action budgétaire…
…ce qui apparaît le plus clairement dans l’abandon, par l’Allemagne, du frein à l’endettement !
Les politiques de défense et industrielle ne sont plus considérées comme des réponses temporaires à des situations d’urgence, mais comme des composantes permanentes du paysage économique.
Rien de tout cela ne crée un super-État européen. Mais, prises ensemble, ces transformations rendent l’Europe financièrement lisible et opérationnellement mobilisable dans un monde où les États-Unis partent du principe qu’ils seront occupés ailleurs.

Le nouveau rôle de l’Allemagne dans le nouveau concept européen
Le déclin industriel de l’Allemagne n’est pas le fruit accidentel d’une mauvaise politique énergétique:
Il s’agit de la reconfiguration stratégique d’un État central au sein de l’empire financier [atlantique]!
La fermeture des centrales nucléaires et l’abandon de la dépendance au gaz russe n’étaient pas des erreurs, mais le démantèlement contrôlé d’un modèle d’exportation obsolète, incompatible avec une zone euro unifiée. En bref, les excédents commerciaux persistants de l’Allemagne et son autoritarisme budgétaire — l’«ordolibéralisme» allemand — ont déstabilisé la périphérie de l’Europe. La véritable fonction de l’Allemagne est passée de la production de biens à la gestion financière — d’hégémon industriel à ancrage financier. Cette financiarisation ne constitue…
…aucunement un signe d’indépendance européenne, mais celui d’une intégration plus profonde dans un système dirigé par les États-Unis!
[Note de la rédaction: L’école de pensée ordolibérale fut fondée dans la première moitié du XXe siècle par les économistes de l’école de Fribourg. Elle constituait un courant de pensée économique selon lequel l’État fixe un cadre juridique stable afin de garantir la libre concurrence et la liberté du marché.
L’ordolibéralisme sert de fondement théorique à l’économie sociale de marché en Allemagne et en Europe centrale. Il associe les principes de performance et de responsabilité à la compensation sociale, une approche qui est toutefois demeurée complètement étrangère à l’Occident.

Après 1945, les idées de l’école de Fribourg servirent de fondement théorique à l’ordre économique ouest-allemand sous Ludwig Erhard (photo). L’objectif était d’empêcher les monopoles et les cartels afin de permettre la libre concurrence. Une monnaie stable devait en constituer le fondement décisif.
Associée à la Deutschland AG [1], cette école de pensée allemande devait apparaître comme un chiffon rouge aux yeux des représentants de l’impérialisme et du néocolonialisme atlantistes. Dans la lutte décisive pour reconfigurer le modèle économique allemand en fonction de l’impérialisme économique atlantiste, l’ordolibéralisme allemand fut, au tournant du millénaire, de plus en plus pris pour cible par les curateurs atlantistes. Ceux-ci le firent ensuite dénigrer comme relevant prétendument de la «vieille école», conjointement avec la Deutschland AG, avant de les éliminer définitivement dans le sillage de la crise financière de 2008. Parallèlement, l’Allemagne fut atlantisée.
Les articles de Ryan Perkins portent sur ce nouvel ordre européen consécutif à la prise de contrôle atlantiste, strictement conforme au modèle de domination atlantiste sous une oligarchie qui ne tolère les démocraties simulées que dans certaines limites].
En abandonnant son frein à l’endettement et en acceptant une dette collective de l’UE, l’Allemagne s’est transformée en garante budgétaire de la stabilité continentale. Cela rend possible une Europe plus performante et capable de s’autofinancer, qui agit de façon autonome dans la gestion quotidienne — afin que les États-Unis puissent déplacer leur puissance, leurs ressources et leur attention vers la compétition décisive dans la région Asie-Pacifique:
La désindustrialisation de l’Allemagne est le prix à payer pour devenir un pilier fiable de cette structure impériale!
L’Ukraine et l’escalade contrôlée
L’Ukraine se trouve au centre de ce nouvel ordre.
La tâche de l’Europe n’est pas de remplacer la puissance militaire américaine, mais de soutenir l’Ukraine sur le long terme et de conserver la possibilité d’intensifier, voire de «rallumer», un conflit gelé chaque fois que cela paraîtrait opportun sur le plan géopolitique — sans obliger les États-Unis à maintenir de nouveau d’importantes forces armées sur le continent. Cela nécessite de l’argent, de la logistique et des capacités de production [chez les Européens de l’UE], mais aucune autonomie rhétorique.
La nouvelle architecture financière européenne est précisément conçue à cet effet !

Réarmement sans indépendance
Le réarmement de l’Europe ne signifie toutefois pas l’indépendance de sa politique de défense. Bien au contraire!
Les équipements militaires les plus modernes continueront d’être achetés aux États-Unis, avec une production supplémentaire sous licence, notamment dans les pays d’Europe orientale. Les accords transatlantiques conclus en juillet en vue de réorienter le commerce et la sécurité engagent de fait l’Europe à…
… acheter pour quelque 600 milliards de dollars d’armements américains au cours des dix prochaines années!
Cela lie directement le développement militaire européen aux capacités industrielles des États-Unis!
Ce n’est pas un hasard. Cela est présenté comme le prix de la rapidité, de l’ampleur et de l’interopérabilité, mais lie inévitablement l’Europe aux chaînes de commandement américaines et…
…garantit que Wall Street en prélèvera, comme toujours, sa part!
La nouvelle division européenne du travail
Ce qui se dessine n’est pas une Europe souveraine, mais une Europe fonctionnelle, organisée selon des schémas manifestement impériaux:
- La France fournit une marge d’appréciation politique et une crédibilité militaire. L’Allemagne apporte la profondeur de ses bilans, tandis que son modèle industriel axé sur les exportations s’érode et que le financement par le déficit devient inévitable.
- L’Europe du Sud sert de zone de transmission budgétaire et de demande.
- L’Europe de l’Est devient l’atelier industriel où se déroulent la production d’armes sous licence, les activités manufacturières énergivores et la logistique avancée, étroitement intégrées aux systèmes de l’OTAN.
Ce n’est pas de la convergence, mais bien de la différenciation!
L’autonomie stratégique comme simple théâtre politique
Le discours sur l’«autonomie stratégique» persiste avec ténacité parce qu’il remplit une fonction politique utile. Il permet aux chefs d’État et de gouvernement européens de justifier l’expansion budgétaire, les dépenses militaires et la centralisation institutionnelle sans devoir reconnaître que ces changements enchaînent davantage l’Europe au système atlantique, au lieu de desserrer ces liens:
La rhétorique est tournée vers l’extérieur, mais les structures vers l’intérieur!

Il n’existe aucune issue à ce système
Une véritable séparation transatlantique exigerait des contrôles de capitaux, des sanctions financières entre alliés ou l’effondrement de la coopération en matière de liquidités dollar-euro. Rien de tout cela n’est même de loin plausible. Toutes ces mesures entraîneraient des pertes trop importantes pour que l’une ou l’autre partie veuille les supporter.
L’ordre atlantique n’est pas maintenu par la bonne volonté, mais par le fait qu’une sortie serait financièrement catastrophique.
Conclusions
Les relations transatlantiques ne prennent pas fin: elles sont simplement reconfigurées pour une époque marquée par la rivalité entre les États-Unis et la Chine.
L’Europe est recapitalisée, centralisée et militarisée — non pas pour échapper à la puissance américaine, mais pour permettre à celle-ci d’être employée ailleurs. Les États-Unis ne perdent pas l’Europe: ils délèguent simplement la gestion d’un théâtre d’opérations [territoire occupé] afin de pouvoir se concentrer sur un autre.
Ce qui repose sur sept mille milliards de dollars de capitaux irrécupérables ne se dissout pas:
Cela ne fait que s’adapter — au service de l’Empire!
Note:
[1] Il existait en Allemagne, jusqu’au tournant du millénaire, un système comparable, la «Deutschland AG», qui s’était développé comme fondement de l’essor industriel de l’Allemagne après la fondation du deuxième Empire allemand en 1871. La structure de la Deutschland AG fut progressivement démantelée, à commencer par l’assassinat, le 30 novembre 1989, d’Alfred Herrhausen, alors président de la Deutsche Bank, par des services atlantistes, avant d’être définitivement éliminée en 2008. La dissolution étatique ultérieure de la République fédérale d’Allemagne au sein du système financier atlantique s’en trouvait ainsi nécessairement prédéterminée.
* * *
Les articles de Ryan Perkins font partie d’une série consacrée à la désindustrialisation de l’Allemagne et à la restructuration de l’Europe dans le cadre de l’Empire américain.
À propos de l’auteur: Ryan Perkins est analyste principal et rédacteur pour le Global Economic Indicator. Il vit à Pékin. Ses analyses ont été publiées dans des médias internationaux tels que The Atlantic Magazine et ont été sollicitées aussi bien par des entreprises que par des groupes de réflexion. Son blog Substack s’est classé à la 49ème place dans la catégorie «Actualités mondiales et politique».
Le livre L’esprit dans la machine de Ryan Perkins, consacré à la technocratie capitaliste, souvent confondue avec le marxisme | Source : ryanperkins.sustack.com
- L’article de Ryan Perkins du 27 décembre 2025, « Désindustrialisation délibérée : le nouveau rôle de l’Allemagne par la financiarisation dans le plan de bataille américain pour l’Europe », en version originale anglaise - ICI: https://ceinewsletter.substack.com/p/deindustrialization-...
- L’article d’UM de Ryan Perkins du 16 décembre 2025, « Le théâtre politique de Friedrich Merz » - ICI: https://www.unser-mitteleuropa.com/205934
- L’article d’UM de Ryan Perkins du 29 octobre 2025, « La désindustrialisation de l’Allemagne est un coup d’État du capital ! » - ICI: https://www.unser-mitteleuropa.com/205668
- L’article d’UM de Ryan Perkins du 10 novembre 2025, « Finale du coup d’État du capital : l’Europe démantelée entre les États-Unis et la Chine ! » - ICI: https://www.unser-mitteleuropa.com/205778
- L’article d’UM sur le « sombre accord » du 17 janvier 2025 — comment et quand le transfert planifié et systématique de richesses vers les États-Unis a commencé - ICI: https://www.unser-mitteleuropa.com/157313
- L’article d’UM de Ryan Perkins du 20 novembre 2025, « La vassalisation de l’Europe et la Pax Americana dans la pénombre du crépuscule » - ICI: https://www.unser-mitteleuropa.com/205842
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Quand la politique étrangère devient une politique industrielle - ce que Volkswagen révèle du modèle allemand

Quand la politique étrangère devient une politique industrielle - ce que Volkswagen révèle du modèle allemand
Elena Fritz
Source: https://t.me/global_affairs_byelena
Volkswagen a nettement revu à la baisse ses prévisions pour 2026. On peut y voir un problème propre au groupe: coûts, Porsche, logiciels, politique de gamme et transformation.
Mais on peut aussi pousser l’analyse un peu plus loin.
Car le cas de Volkswagen montre avec une grande précision à quel point les conditions permettant à l’industrie allemande de réussir ont changé.
Pendant longtemps, la Chine a représenté pour les constructeurs automobiles allemands à la fois un marché, un site de production et une source de bénéfices. Aujourd’hui, elle est également devenue un concurrent technologique et industriel qu’il faut prendre au sérieux, non seulement sur son propre marché, mais aussi, et de plus en plus, en Europe et sur les marchés tiers.
De leur côté, les États-Unis, depuis longtemps, ne considèrent plus le commerce comme une simple question d’ouverture des marchés. Les droits de douane, les subventions, l’accès aux marchés et les décisions d’implantation font désormais partie d’une politique industrielle stratégique.
L’Union européenne commence elle aussi à réagir: au moyen de droits compensateurs, du mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF), d’une politique des matières premières, de marchés publics stratégiques et de tentatives visant à faire davantage du marché intérieur un levier de politique économique.
Il ne s’agit plus seulement de savoir si une entreprise allemande produit de manière suffisamment efficace ou si elle est capable de rester à la hauteur sur le plan technologique.
Il s’agit de savoir dans quelles conditions politiques elle peut encore produire, d’où viennent l’énergie et les matières premières, quels marchés demeurent ouverts, qui définit les normes technologiques et dans quelle mesure les dépendances économiques peuvent être exploitées à des fins de politique étrangère.
C’est précisément ici que la politique étrangère commence à devenir aussi une politique industrielle.
Pendant longtemps, le modèle allemand a reposé sur une combinaison exceptionnellement favorable: une énergie relativement bon marché, des marchés mondiaux ouverts, une demande croissante en Chine, la protection des États-Unis en matière de sécurité et des chaînes d’approvisionnement mondiales résilientes.
Plusieurs de ces conditions s’érodent simultanément. C’est pourquoi l’annonce que fait Volkswagen est plus intéressante qu’un simple avertissement sur résultats (!).
Elle montre que l’Allemagne ne doit pas seulement débattre des stratégies d’entreprise, mais aussi des conditions permettant de maintenir sur son territoire la création de valeurs industrielles.
Il ne s’agit pas pour autant d’autarcie, mais de marge de manœuvre stratégique. Un pays industriel est en mesure d’agir lorsque, en matière d’énergie, de matières premières, de technologies, de capitaux et de débouchés, il ne dépend pas d’une seule configuration politique.
C’est précisément là que réside le véritable défi pour l’Allemagne: non pas choisir entre Washington, Pékin ou un autre centre de pouvoir, mais être capable d’entretenir des relations avec plusieurs centres de pouvoir sans devenir dépendante de l’un d’entre eux au point que ses décisions économiques puissent lui être dictées de l’extérieur.
Volkswagen est donc bien plus qu’un constructeur automobile en difficulté.
Le groupe illustre un modèle économique allemand désormais plongé dans un monde où la puissance économique est de nouveau plus étroitement liée au pouvoir politique, à la maîtrise technologique et au contrôle des ressources.
C’est précisément pourquoi la question de l’avenir de Volkswagen finira par devenir celle de la position stratégique de l’Allemagne elle-même.
#geopolitiek@global_affairs_byelena
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dimanche, 20 septembre 2026
Clause de l’ONU: l’Allemagne reste un État ennemi des Nations-Unies!

Clause de l’ONU: l’Allemagne reste un État ennemi des Nations-Unies!
Michael von der Schulenburg,
député européen et diplomate auprès de l’ONU
Source: https://www.anonymousnews.org/hintergruende/un-klausel-de...
Le député européen (BSW) et diplomate de longue date aux Nations unies Michael von der Schulenburg met en garde le gouvernement fédéral allemand : la clause dite des États ennemis, qui autorise dans certains cas une intervention militaire contre les anciennes puissances de l’Axe, n’est ni oubliée ni obsolète.
Lorsque les Alliés de la Seconde Guerre mondiale élaborèrent la Charte des Nations unies, ils souhaitaient créer un système mondial de sécurité collective. Celui-ci devait avoir pour objectif de «préserver les générations futures du fléau de la guerre». En adoptant la Charte des Nations unies, tous les États membres s’engagèrent également à régler désormais leurs différends exclusivement par des moyens pacifiques, et non plus par la force militaire. Les décisions relatives au recours à la force pour maintenir ou rétablir la paix ne devaient plus être prises que collectivement, d’abord par les onze membres, et aujourd’hui par les quinze membres du Conseil de sécurité des Nations unies.
La Charte des Nations unies contient toutefois une exception aujourd’hui largement tombée dans l’oubli: la clause dite des États ennemis, figurant aux articles 53, 77 et 107. Elle confère aux anciennes puissances alliées victorieuses le droit de prendre, même sans mandat du Conseil de sécurité, des mesures militaires contre les États ennemis appartenant autrefois aux puissances de l’Axe, afin d’empêcher toute nouvelle agression de leur part. Le Conseil de sécurité étant expressément exclu dans ce cas, cela pourrait signifier que chacun des anciens Alliés est habilité à déterminer lui-même si une ancienne puissance de l’Axe adopte de nouveau une attitude agressive.
Les pays de loin les plus importants auxquels s’appliquait la clause des États ennemis étaient l’Allemagne et le Japon. Mais cette clause demeure-t-elle applicable plus de quatre-vingts ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale? Le gouvernement fédéral allemand répond sans équivoque par la négative. La situation juridique ne paraît cependant pas aussi claire.
Le gouvernement fédéral estime que la clause des États ennemis est depuis longtemps devenue sans objet («obsolète»). Il invoque principalement deux éléments: premièrement, une résolution de l’Assemblée générale des Nations unies datant de 1995 et, deuxièmement, le traité Deux-plus-Quatre de 1990.

En 1995, l’Assemblée générale constata, dans une résolution adoptée, que l’Allemagne réunifiée faisait partie des États épris de paix et que la clause des États ennemis était donc dépassée. Auparavant déjà, selon l’argumentation du gouvernement fédéral, les quatre puissances victorieuses avaient renoncé, dans le traité Deux-plus-Quatre, à leurs droits particuliers à l’égard de l’Allemagne, ce qui inclurait également les droits découlant de la clause des États ennemis. Mais ces arguments sont-ils réellement valables? Voici quelques considérations :
1. La clause des États ennemis n’a jamais été supprimée de la Charte des Nations unies.
L’Assemblée générale s’est contentée de constater que cette clause devait être considérée comme sans objet à l’égard d’une Allemagne éprise de paix. Le texte de la résolution ne précise toutefois pas que cette clause serait désormais définitivement caduque. Si, à l’avenir, l’Allemagne n’était plus considérée comme un État épris de paix, la clause des États ennemis pourrait-elle être appliquée de nouveau? Il n’existe probablement pas de réponse claire à cette question.
2. Les résolutions de l’Assemblée générale des Nations unies ne sont pas juridiquement contraignantes.
Les résolutions de l’Assemblée générale ont généralement valeur de recommandations. En vertu de la Charte des Nations unies, les décisions contraignantes ne peuvent, en principe, être prises que par le Conseil de sécurité. Or, aucune résolution du Conseil de sécurité n’a jamais formellement abrogé la clause des États ennemis. Les dispositions concernées figurent donc toujours dans le texte de la Charte.
3. La suppression de la clause nécessiterait une modification de la Charte des Nations unies.
La suppression de la clause des États ennemis nécessiterait une procédure formelle de révision conformément aux règles de la Charte. Cela nécessiterait sans doute également la ratification de cette modification par tous les États membres. Rien de tel ne s’est produit et les articles concernés demeurent donc en vigueur.

4. Le traité Deux-plus-Quatre ne peut pas modifier la Charte des Nations unies.
Le traité Deux-plus-Quatre est certes un traité juridiquement contraignant au regard du droit international. Toutefois, un traité conclu entre l’Allemagne et les quatre puissances victorieuses ne saurait décider d’une modification de la Charte. Le traité ne contient pas non plus de référence à une abrogation expresse de la clause des États ennemis figurant dans la Charte des Nations unies.
5. La Russie pourrait éventuellement dénoncer le traité Deux-plus-Quatre.
La Russie pourrait faire valoir que l’Allemagne a violé l’esprit et la lettre du traité Deux-plus-Quatre, par exemple en raison de sa participation à l’intervention de l’OTAN contre la Yougoslavie en 1999, du stationnement de troupes allemandes en Lituanie ou de la mise en place de structures militaires de l’OTAN sur le territoire de l’ancienne RDA.
Compte tenu des tensions croissantes entre l’Allemagne et la Russie, la clause des États ennemis pourrait retrouver une importance politique. La Chine l’a déjà invoquée dans le cas du Japon. Comme l’a indiqué l’ambassade de Chine au Japon sur X, la Chine aurait le droit de prendre des «mesures militaires directes» sans solliciter l’autorisation du Conseil de sécurité des Nations unies, si le Japon prenait des mesures allant dans le sens d’une nouvelle agression.
La Russie pourrait tenter d’invoquer la clause des États ennemis, comme elle en a déjà menacé, pour justifier des opérations militaires contre des installations allemandes produisant des drones à longue portée destinés à la guerre en Ukraine. Elle pourrait alors soutenir que, par son soutien à l’Ukraine, l’Allemagne est devenue de fait partie prenante à la confrontation.
Il pourrait également être souligné que le gouvernement fédéral a élaboré une nouvelle stratégie militaire exclusivement dirigée contre la Russie. Comme circonstance aggravante, il pourrait être avancé que la dernière stratégie militaire allemande remonte à 1939 et qu’elle conduisit directement à la Seconde Guerre mondiale. Par l’application de la clause des États ennemis — voire par la seule menace de son application —, l’Allemagne pourrait être rattrapée par son passé. Il est douteux que la République fédérale d’Allemagne puisse compter, dans ce cas, sur un soutien international.
Le gouvernement fédéral ne devrait donc pas écarter d’un revers de main la possibilité d’une nouvelle application de la clause des États ennemis, mais se rappeler que, compte tenu de son passé, l’Allemagne a l’obligation particulière d’œuvrer en faveur d’une solution pacifique à la guerre en Ukraine, d’éviter les risques d’escalade et de ne pas aggraver davantage les tensions politiques. À une époque où la confrontation militaire s’intensifie, il serait donc particulièrement judicieux de rechercher le dialogue entre l’Allemagne et la Russie ainsi que des voies de désescalade.
20:03 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, europe, allemagne, affaires européennes, onu, nations-unies |
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La stratégie est-européenne de la Grande-Bretagne, 1912–2026

La stratégie est-européenne de la Grande-Bretagne, 1912–2026
par Zheng Wei
Analyste stratégique freelance
Source: https://www.linkedin.com/pulse/gro%C3%9Fbritanniens-osteu...
Un siècle d’étranglement par l’«offshore balancer»: la stratégie est-européenne de la Grande-Bretagne, de la poudrière balkanique de 1912 au bourbier du Donbass en 2026.
Sur le grand échiquier géopolitique de l’époque moderne, les effectifs de l’armée britannique n’ont certes jamais égalé ceux des principales puissances terrestres du continent européen. Pourtant, la capacité de Londres à façonner — et à détruire — l’espace géopolitique au cœur de l’Eurasie s’est déployée tout au long d’un siècle. Depuis que Halford Mackinder a formulé sa «théorie du Heartland» en 1904, le centre névralgique stratégique de l’Empire britannique est hanté par un cauchemar immuable: il ne fallait en aucun cas permettre aux ressources essentielles, à l’industrie et à la population de l’Eurasie de s’intégrer en un seul ensemble.
Appliqué à l’espace européen, ce cauchemar stratégique s’est cristallisé en une loi d’airain: il ne fallait jamais que l’industrie de précision, les capacités d’organisation et de mobilisation ainsi que les capitaux de l’Allemagne fusionnent en profondeur avec les immenses ressources naturelles, la profondeur stratégique et l’assise démographique de la Russie.
Afin d’empêcher cette intégration terrestre, la Grande-Bretagne a perfectionné, au cours d’un siècle entier, son rôle traditionnel d’«offshore balancer» pour en faire une technique sophistiquée de fragmentation continentale. Du déclenchement des guerres balkaniques en 1912 afin de couper le chemin de fer de Bagdad, jusqu’à la transformation du Donbass en hachoir destiné à briser, en 2026, la confiance stratégique entre l’Allemagne et la Russie, la stratégie est-européenne de la Grande-Bretagne a toujours suivi la même logique mécanique de la géopolitique.


1. Le sabotage de la ligne ferroviaire des «3 B»: la mèche de la poudrière balkanique et le premier étranglement continental (1912–1914)
Vers la fin du XIXe siècle, l’unification allemande et l’essor fulgurant de la production industrielle poussèrent Berlin à rechercher de nouvelles voies terrestres pour contourner le blocus des routes maritimes mondiales exercé par la Royal Navy. Le chemin de fer de Bagdad, promu par le gouvernement de Guillaume II — la ligne dite des «3 B»: Berlin–Byzance–Bagdad — constituait un coup de poignard stratégique porté directement contre le cœur du Moyen-Orient, jusqu’au golfe Persique. Une fois cette ligne achevée, les troupes allemandes pourraient non seulement être transférées en quelques jours sur le flanc des Indes britanniques, en échappant à toute opération d’interception de la flotte britannique; cela signifiait en outre que les ressources pétrolières des plaines de Mésopotamie ainsi que les droits d’exploitation tout au long du tracé reviendraient à l’alliance entre l’Allemagne et l’Autriche-Hongrie.
Face à cette menace mortelle, l’appareil diplomatique londonien mit en œuvre des mesures froidement calculées et hautement efficaces:
- Le revirement radical de la posture géopolitique: en 1907, la Grande-Bretagne abandonna le «Grand Jeu» qu’elle menait depuis près d’un siècle contre l’Empire tsariste au Moyen-Orient et en Asie centrale, signa la convention de Saint-Pétersbourg et, au moyen de concessions en Perse et en Afghanistan, attela l’Empire tsariste — longtemps considéré comme son ennemi juré — au char de guerre de l’Entente contre l’Allemagne.


- L’activation de la zone de fracture balkanique: le point d’étranglement le plus vulnérable du pont terrestre continental reliant Vienne à Constantinople en direction du sud se trouvait dans les Balkans. La Grande-Bretagne toléra et encouragea secrètement la formation de la Ligue balkanique. Les deux guerres balkaniques de 1912 et 1913, présentées en apparence comme des guerres de libération nationale visant à chasser l’Empire ottoman de la région, servirent essentiellement à la puissance maritime pour réduire en ruines le corridor stratégique entre l’Europe centrale et le Moyen-Orient, en provoquant l’affrontement entre le nationalisme slave et les forces pangermanistes.
- Le dilemme de sécurité irréversible: l’héritage des guerres balkaniques fut une Serbie expansionniste soutenue par Saint-Pétersbourg. Ce coin enfoncé à la frontière méridionale de l’Autriche-Hongrie contraignit l’Allemagne à subordonner toute nouvelle extension de sa puissance terrestre à la soumission complète des Balkans, tandis que l’Empire tsariste ne pouvait en aucun cas reculer s’il voulait préserver son rôle de puissance protectrice. La mèche allumée par la Grande-Bretagne dans les Balkans produisit finalement à Sarajevo l’étincelle qui déclencha la Première Guerre mondiale et fit en sorte que les deux grands empires, l’Allemagne et la Russie, s’épuisent mutuellement jusqu’à leur effondrement dans les plaines d’Europe orientale.


2. Le tournant de l’après-guerre: «Operation Unthinkable» et le rempart devant le rideau de fer (1945–1946)
Les atrocités de la Première Guerre mondiale ne purent empêcher cette logique historique de se répéter. Avant la défaite de l’Allemagne nazie au printemps 1945, les États-Unis et la Grande-Bretagne avaient temporairement favorisé le «plan Morgenthau», qui visait à inonder les mines du bassin de la Ruhr, à transférer toutes les machines-outils lourdes, à désindustrialiser durablement l’Allemagne et à la transformer en un territoire agricole et pastoral docile. Mais lorsque des millions de soldats aguerris de l’Armée rouge se retrouvèrent sur l’Elbe et que le drapeau rouge flotta sur le Reichstag, la peur de Londres passa brusquement de la «revanche allemande» à la «soviétisation complète de l’Eurasie».
Les manœuvres de Churchill au cours de cette période révélèrent sans ménagement le vrai visage des élites de la puissance maritime, dépouillé de toute façade morale:
- «Operation Unthinkable»: en mai 1945 — le mois même de la capitulation allemande — Churchill chargea dans le plus grand secret l’état-major interarmées de planification du cabinet de guerre britannique d’élaborer une attaque surprise contre les troupes soviétiques stationnées en Europe orientale et en Allemagne de l’Est. L’un des principaux éléments de ce plan consistait à maintenir secrètement en unités constituées environ 100.000 soldats de la Wehrmacht et de la Waffen-SS qui venaient d’être désarmés, à les équiper d’armes britanniques et américaines et à les employer comme première vague de chair à canon lors de la progression vers Moscou.
- Du diktat de désindustrialisation au réarmement en première ligne: lorsque l’état-major constata qu’une bataille terrestre conventionnelle contre la masse des blindés soviétiques se solderait par un fiasco, et que le commandement militaire américain mit précipitamment fin à l’offensive, la Grande-Bretagne assuma immédiatement le leadership idéologique de la guerre froide — comme en témoigne le discours de Churchill sur le «rideau de fer», prononcé à Fulton en 1946. Le plan Marshall qui suivit et la reconstruction de l’Allemagne de l’Ouest ne furent nullement un acte de bienfaisance occidentale; ils constituèrent un rempart géopolitique voulu par la Grande-Bretagne: afin de bloquer l’avancée de la puissance terrestre soviétique, il fallait rapidement ranimer l’industrie lourde ouest-allemande et l’intégrer solidement à l’architecture défensive de l’OTAN.

3. Guerre cognitive et forces par procuration: la rupture physique des liens germano-russes à l’époque contemporaine
À l’ère de l’après-guerre froide, la mondialisation et le développement des réseaux de gazoducs créèrent en réalité une base matérielle sans précédent pour une nouvelle intégration du continent eurasiatique. Le gaz naturel russe bon marché et fiable, acheminé par gazoduc — Nord Stream 1 et Nord Stream 2 —, associé aux produits industriels allemands de haute technologie et aux immenses débouchés extérieurs à l’Europe, constituait le fondement porteur de la prospérité européenne.
Dans les calculs britanniques, cependant, cette fusion organique de «l’ingénierie berlinoise et des matières premières moscovites» ne différait en rien du chemin de fer de Bagdad un siècle auparavant: il s’agissait d’une menace mortelle qu’il fallait anéantir à tout prix.
Londres ne disposant plus, au XXIe siècle, des capacités de projection militaire de son ancien empire mondial, elle réorienta son action vers une politique agressive des forces périphériques, agissant par procuration, et de guerre cognitive de facture moralisatrice:
- La constitution d’un bloc avancé radicalement antirusse en Europe orientale: Londres contourna délibérément le noyau traditionnel de l’Europe occidentale formé autour de l’Allemagne et de la France et noua avec la Pologne et les États baltes un axe de sécurité particulièrement intransigeant. En stationnant durablement des groupements tactiques multinationaux en première ligne, notamment en Estonie, la Grande-Bretagne fit avancer la ligne de l’OTAN jusqu’aux flancs les plus vulnérables de la Russie et priva systématiquement Moscou de ses corridors de sécurité historiques.
- La substitution du fanatisme idéologique à la rationalité géopolitique: la Grande-Bretagne et les réseaux transatlantiques composés de groupes de réflexion dûment façonnés par son influence s’infiltrèrent en profondeur dans l’espace du débat européen. Les nécessités relevant de la realpolitik — la préservation de l’État et la sécurité énergétique — furent soudain réduites à un récit bipolaire opposant «le bien au mal». Toute approche rationnelle d’une politique allemande envers la Russie fut étouffée par des campagnes moralisatrices; dans l’espace public, les décideurs pondérés furent ostracisés car considérés comme des «auxiliaires de la dictature».

4. Le piège final: le bourbier du Donbass et l’automutilation stratégique de l’Allemagne (jusqu’en 2026)
Après le déclenchement de la crise ukrainienne en 2022, la Grande-Bretagne se distingua au sein du camp occidental comme le partisan de l’escalade le plus implacable. Depuis le Premier ministre de l’époque, qui se précipita à Kyiv pour faire échouer les premières négociations de paix à Istanbul, jusqu’au rôle de chef de file joué dans le franchissement des lignes rouges par la livraison de chars Challenger 2 et de missiles de croisière Storm Shadow, la Grande-Bretagne accula impitoyablement Berlin à chaque tournant critique.
En 2026, cette stratégie produit pour la puissance maritime les résultats destructeurs escomptés:
- Le double isolement, sur les plans physique et historique: la destruction terroriste des gazoducs Nord Stream coupa définitivement toute voie de retour physique à une coopération énergétique germano-russe. Et lorsque les premiers chars allemands Leopard 2 arborant la croix droite allemande prirent feu dans les steppes de Zaporijjia et du Donbass, la Grande-Bretagne atteignit son objectif historique: la confiance historique et la réconciliation entre Allemands et Russes, patiemment construites pendant des décennies après la Seconde Guerre mondiale, furent irrévocablement anéanties.

- La castration opérationnelle et la saignée économique de l’Allemagne: sous la bannière de la « Zeitenwende » moralement imposée, l’Allemagne s’infligea une explosion des dépenses d’armement et des prix exorbitants pour le gaz naturel liquéfié américain importé. Depuis lors, des centaines de milliards d’euros sont drainés vers le complexe militaro-industriel anglo-américain, tandis que les industries nationales de la chimie, de la construction mécanique et de l’automobile sont frappées par une profonde désindustrialisation. L’Allemagne perdit non seulement sa base énergétique bon marché et sa profondeur stratégique orientale, mais se trouva aussi, dans le gouffre sans fond de l’aide militaire destinée au Donbass, solidement enchaînée au rôle humiliant de bailleur de fonds et d’avant-poste de l’hégémonie atlantique.
Le verdict de l’histoire: les limites de la politique maritime de l’ombre
Au cours des 114 années qui s’étendent des gorges des Balkans en 1912 aux sols gelés du Donbass en 2026, la stratégie est-européenne de la Grande-Bretagne apparaît comme une chronique ininterrompue de division continentale délibérée. Elle s’est toujours caractérisée par sa capacité à pousser les principales puissances continentales à s’affronter dans de sanglantes guerres d’usure, au prix de pertes propres minimales et en attisant les blessures ethniques dans les zones périphériques.
Cette méthode d’étranglement par-derrière atteint cependant ses limites physiques. Alors que la Grande-Bretagne ne cessait d’allumer des incendies dans les plaines d’Europe orientale, sa propre base industrielle s’érodait de plus en plus, jusqu’à ne laisser subsister qu’une structure financière parasitaire. Lorsque les tirs d’artillerie et les essaims de drones sur les champs de bataille du Donbass ramènent de nouveau la guerre à une impitoyable épreuve de force fondée sur la profondeur de l’appareil industriel, la production d’acier et la capacité d’endurance stratégique, les intrigues diplomatiques poussiéreuses et la puissance médiatique de la propagande ne peuvent plus dissimuler la pourriture intérieure de ce vestige impérial. La main de l’« offshore balancer », qui n’a cessé de mettre le feu aux lignes de fracture eurasiatiques, risque, avec le retour inexorable de la realpolitik continentale, d’être consumée par les flammes qu’elle a elle-même allumées.
14:57 Publié dans Actualité, Affaires européennes, Géopolitique, Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : grande-bretagne, royaume-uni, géopolitique, europe orientale, allemagne, russie, europe, affaires européennes, histoire |
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mercredi, 16 septembre 2026
L’amiral Schönbach interrogé par Paolo Arrigotti: «La doctrine militaire allemande est erronée»

L’amiral Schönbach interrogé par Paolo Arrigotti: «La doctrine militaire allemande est erronée»
Par Movisol.org
Source: https://comedonchisciotte.org/l-ammiraglio-schonbach-inte...
EIR et la chaîne YouTube de Paolo Arrigotti, «Spunti di riflessione» («Pistes de réflexion»), ont interrogé le vice-amiral à la retraite Kay-Achim Schönbach, ancien chef de la Marine allemande.
De nombreuses personnes en Allemagne partagent la position de l’amiral, selon laquelle la diabolisation du président russe Vladimir Poutine et de tout un peuple est une erreur.
« La diabolisation — et c’est très important —, la diabolisation du président russe de la Fédération de Russie et, dans une certaine mesure, celle du peuple russe par certains secteurs des médias allemands, est imprudente et trompeuse, car, tôt ou tard, cette guerre prendra fin et il faudra alors continuer à vivre aux côtés d’un État situé à notre frontière orientale », a déclaré Schönbach.
« À mon avis, a poursuivi l’amiral, mais aussi selon l’appréciation bien plus autorisée et significative des principaux services de renseignement — et surtout celle du plus haut commandant militaire américain en Europe —, la Russie n’est ni disposée ni en mesure d’attaquer l’OTAN. »
Ceux qui persistent à affirmer que la Russie veut envahir l’Europe font preuve d’un «niveau intellectuel abyssal», a-t-il déclaré.
Dans cet entretien, l’amiral critique la nouvelle stratégie de sécurité allemande, qu’il juge
« trop axée sur la menace russe, au lieu de placer la République fédérale d’Allemagne et sa population au centre de la mission de défense, dans toutes les directions ».
« Le réarmement militaire russe, qui fait l’objet d’une surveillance attentive, est perçu comme le signe que la Russie se prépare à une guerre en Europe. Notre propre réarmement, qui est parti d’un niveau beaucoup plus élevé — non seulement celui de l’Allemagne, mais aussi celui de l’Europe et de l’OTAN —, devrait en revanche être compris par la Russie comme une mesure en faveur de la paix. »
Peut-être la cause de cette «obsession» réside-t-elle dans le fait que,
« tout comme en matière de politique migratoire, l’objectif est également de montrer au monde entier que nous, Allemands, sommes redevenus bons, ou que nous voulons le redevenir. Du point de vue des élites politiques allemandes, l’Ukraine est une cause commode qu’il convient de défendre avec un soutien inconditionnel contre la bête qu’est Moscou, afin de garantir que, cette fois, l’Allemagne se trouve du bon côté de l’histoire ».
Mais, ce faisant, l’Allemagne franchit une ligne rouge en produisant sur son territoire des armes destinées à l’Ukraine. Kiev frappe avec ces armes des cibles situées en Russie, et l’amiral Schönbach met en garde contre les conséquences :
« La guerre fait également rage loin à l’intérieur du territoire, et la Russie n’a pratiquement aucun moyen de se défendre. Je ne partage pas nécessairement cette position, mais je la comprends. Et la Russie n’a pratiquement aucune possibilité de se défendre en bombardant les installations de production, puisque celles-ci se trouvent hors d’Ukraine.
C’est pourquoi, en tant que citoyen allemand, je dois craindre qu’il y ait un jour des actions militaires russes sur le sol allemand, lesquelles pourraient prendre des formes très diverses. En définitive, nous ne serons pas en mesure de nous en protéger. Peut-être subirons-nous également de lourdes pertes dans ce contexte, et j’espère que cela ne se produira pas. »
L’amiral Schönbach avait fait la une de l’actualité en 2022, lorsqu’il avait été contraint de démissionner de ses fonctions d’inspecteur général de la Marine — l’équivalent allemand du chef d’état-major de la Marine — après que certains propos tenus lors d’une réunion à huis clos en Inde eurent été rendus publics. À cette occasion, il avait affirmé que Vladimir Poutine cherchait à obtenir le respect de l’Occident et que, si ce respect lui avait été accordé, il n’aurait pas marché sur l’Ukraine. Il avait également déclaré que la Russie ne restituerait pas volontairement la Crimée.
L’amiral a signé le récent appel adressé au pape Léon à l’initiative de diverses organisations internationales œuvrant pour la paix, parmi lesquelles l’Institut Schiller.
Par Movisol.org (11 septembre 2026)
Source : https://movisol.org/lamm-schonbach-alleir-la-dottrina-mil...
15:18 Publié dans Actualité, Affaires européennes, Défense | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : allemagne, actualité, kay-achim schönbach, défense, otan, bellicisme, europe, affaires européennes |
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samedi, 12 septembre 2026
Götz Kubitschek: «Nous sommes nés au cœur de la société. Les vieux partis? Ils exploseront»

Götz Kubitschek: «Nous sommes nés au cœur de la société. Les vieux partis? Ils exploseront»
Source: https://www.ilgiornale.it/news/politica-estera/noi-nati-n...
L’idéologue de la Nouvelle Droite Götz Kubitschek: «L’AfD est le parti le plus intéressant d’Europe. La remigration est une politique dure; si nous ne la mettons pas en œuvre, la situation de l’Allemagne ne fera qu’empirer».
Propos recueillis par Francesco De Felice (Il Giornale, Italie)
Remigration, défense de la tradition et droite authentique conçue comme un mouvement populaire : tels sont les thèmes grâce auxquels l’AfD — le parti souverainiste qui, avec environ 30% dans les sondages, constitue la première force politique d’Allemagne — a triomphé aux élections législatives de Saxe-Anhalt. Avec 43,8% des voix, cette droite se prépare à diriger ce Land de l’Est avec Ulrich Siegmund, son candidat au poste de ministre-président. Depuis Magdebourg, capitale de la Saxe-Anhalt où elle a amorcé un tournant historique, l’AfD se met en marche vers Berlin, à la conquête du gouvernement fédéral.
La CDU du chancelier Friedrich Merz s’effondre à 17,2%, écrasée par les souverainistes, tout comme les autres partis qui ont tenté d’enrayer leur progression en les isolant politiquement et en agitant les spectres du nazisme. Götz Kubitschek, idéologue de la Nouvelle Droite, explique à Il Giornale les raisons du succès de l’AfD. Sa maison d’édition Antaios a publié en Allemagne Il mondo al contrario de Roberto Vannacci.
En Saxe-Anhalt, le parti de droite AfD a écrit une page d’histoire en remportant les élections législatives. Comment commentez-vous le résultat du scrutin?
«Un très beau résultat était prévisible, mais son ampleur et l’effondrement de la CDU ont surpris. Séduisant, sincère et positif, Ulrich Siegmund — le candidat des souverainistes au poste de ministre-président du Land, NDLR — s’est révélé être une véritable chance pour le parti et lui a fait gagner des points décisifs. C’est véritablement un événement historique dans l’histoire du parlementarisme allemand. Il est difficile de dire ce qui va se passer maintenant. Je conseille à l’AfD de ne pas faire le premier pas. Les vieux partis doivent d’abord se désagréger et exploser».
Quelles sont les raisons du succès de l’AfD ? La Brandmauer, le «mur coupe-feu» érigé par les autres partis contre l’"extrême-droite", s’est-elle enfin effondrée?
«Depuis des années, l’AfD est le projet de parti de droite le plus intéressant d’Europe. Pourquoi? L’AfD est née au cœur de la société et a compris combien il était important qu’il existe en Allemagne un parti pleinement de droite, et combien il est normal d’être de droite. Par leurs méthodes de dénonciation et de criminalisation, ainsi que par leur Brandmauer, ses adversaires politiques ont fait de l’AfD la seule véritable Alternative pour l’Allemagne. Le résultat était prévisible, mais pas dans de telles proportions».
Siegmund (photo) mise sur la remigration, une proposition qui suscite la peur en Allemagne et en Europe. Que signifie-t-elle? Comment comptez-vous apaiser ces craintes?
« La remigration n’est pas ce que prétendent les adversaires de ce concept. C’est une politique dure. Je crains qu’il ne soit pas possible de dissiper toutes les craintes. De plus, l’avenir de l’Allemagne sera encore plus dur si la remigration n’est pas mise en œuvre. En raison des politiques catastrophiques menées au cours des dernières décennies, il n’existe pas de solution douce».
L’AfD mène un Kulturkampf, une guerre culturelle: avec le mot d’ordre «Pense allemand», le parti a déclaré la guerre à la modernité. «Nous sommes traditionalistes», affirme Hans-Thomas Tillschneider (photo), député de l’AfD au Parlement de Saxe-Anhalt. Que signifie pour vous la tradition? Comment remporte-t-on la guerre contre la modernité?
«La postmodernité a déclaré la guerre à la modernité il y a déjà cinquante ans. Le postmoderne a gagné. Il ne faut pas combattre les vaincus. Au fond, c’est simple: la culture signifie devoir et vouloir vivre avec l’histoire. Soit on la déconstruit et l’on vit parmi les ruines, soit on l’accepte, on la cite et l’on comprend que nous sommes juchés sur les épaules de géants. La tradition fait partie intégrante d’une conception allemande de la culture, tout comme la capacité de penser au-delà d’elle. Ou bien voulons-nous nous contenter de visiter des musées?».
21:01 Publié dans Actualité, Affaires européennes, Entretiens, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : götz kubitschek, actualité, entretien, allemagne, europe, affaires européennes, afd, saxe-anhalt |
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vendredi, 11 septembre 2026
Sahra la Rouge

Sahra la Rouge
Andrea Marcigliano
Source: https://electomagazine.it/sahra-la-rossa/
Certains pourraient dire que la nouvelle politique allemande est déterminée par des femmes. Si ce n’était que ces femmes dérangent. Elles brisent les schémas établis, suscitent des doutes, voire une véritable angoisse.
Sahra Wagenknecht est la dirigeante du BSW, une formation d’extrême gauche qui porte d’ailleurs son nom. Une transition vers un nouveau parti, après la rupture retentissante de Wagenknecht avec Die Linke, le parti de la gauche radicale allemande dont elle était vice-présidente.
En simplifiant beaucoup, Wagenknecht est une «rouge-brune»: elle associe les revendications propres à une gauche communiste, dont elle est issue par sa formation politique, à la défense de l’identité nationale allemande. Notamment face à une immigration incontrôlée qui tend à dénaturer l’Allemagne et qui finit par appauvrir les classes prolétariennes.
Or, lors des élections en Saxe-Anhalt, le BSW a recueilli 5,4% des voix. Des voix qui deviennent essentielles pour former un gouvernement dirigé par l’AfD.
En effet, le parti de droite a obtenu 44,5%. Un score considérable, mais insuffisant pour prendre la tête du gouvernement du Land.
Wagenknecht s’est déclarée disposée à conclure un accord. Grâce à son vote favorable, ou même à sa simple abstention, l’AfD pourrait prendre la direction du Land.
Il ne s’agit pas seulement d’un événement local, circonscrit à une réalité limitée. Il s’agit plutôt d’un signal politique très clair.
Réfléchissons-y bien…
La droite populiste et l’extrême-gauche s’allient. Pour gouverner en opposition à la vieille nomenklatura qui domine la scène politique depuis des décennies.
Ce n’est plus une lutte entre la droite et la gauche, mais plutôt un affrontement entre le haut et le bas.
Autrement dit, entre les forces qui émergent des profondeurs d’un peuple las et en colère, et ceux qui, au cours de ces dernières années, ont décidé de l’avenir de l’Allemagne.
Mais qui ont conduit le pays non seulement au bord de la guerre avec la Russie, mais aussi — et surtout — dans une crise économique sans précédent dans l’histoire de l’Allemagne d’après-guerre.

L’AfD et le BSW ont des origines et des couleurs politiques différentes. Ils représentent néanmoins le soulèvement du peuple allemand contre de prétendues élites qui ne répondent qu’au pouvoir de la finance mondiale.
Et ce qui se passe en Saxe-Anhalt n’est qu’un signal. Le début d’un processus qui pourrait bientôt gagner toute l’Allemagne.
Le falot Merz tentera certainement tout ce qui est en son pouvoir pour enrayer cette menace contre son propre pouvoir et, surtout, contre celui de ses maîtres.
Mais s'il y parviendra est une tout autre affaire.
17:16 Publié dans Actualité, Affaires européennes, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, sahra wagenknecht, bsw, politique, allemagne, europe, affaires européennes |
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mercredi, 09 septembre 2026
Le paradoxe vert: des colombes de la paix aux faucons de guerre

Le paradoxe vert: des colombes de la paix aux faucons de guerre
par Franz Ferdinand
Source: https://www.unser-mitteleuropa.com/205108
Plus d’un lecteur s’est peut-être déjà demandé pourquoi les colombes de la paix écologistes se sont, au fil du temps, transformées en faucons de guerre. Existerait-il éventuellement un lien intrinsèque entre l’hystérie climatique et le bellicisme occidental ?
Le début de la propagande climatique a coïncidé, même sur le plan chronologique, avec l’effondrement de l’Union soviétique
L’effondrement de l’Union soviétique et la réunification allemande ont été interprétés par l’«Occident des valeurs» comme un signe de faiblesse de la Russie; et il est vrai qu’il y a 37 ans, la Russie était réellement très faible. Dès lors, les élites occidentales ont espéré pouvoir démanteler entièrement la Russie en exerçant une pression extérieure par l’élargissement de l’OTAN vers l’Est et une pression intérieure par le soutien aux dissidents, afin d’intégrer cet immense territoire dans l’orbite occidentale. (Voir à ce sujet : https://www.unser-mitteleuropa.com/201573 .)
Vladimir Poutine l’a compris et a donc tenté de s’opposer à cette prétention, ce qui constitue désormais, du point de vue occidental, une «agression», parce que l’ambition occidentale de domination mondiale se trouve contrariée.

Dans la guerre en Ukraine, l’Occident est de fait une partie belligérante
Par ses livraisons d’armes et d’argent, ainsi que par son soutien aux attaques ukrainiennes contre les infrastructures civiles en Russie, l’Occident est partie prenante à cette guerre. De surcroît, il mène de plus en plus d’attaques directes contre la Russie en arraisonnant des navires, ce qui constitue des actes de guerre de faible intensité. Il ne se contente pas de saisir des pétroliers russes importants pour l’effort de guerre de la Russie, mais s’empare également d’autres bâtiments, comme récemment d’un navire de recherche russe. (Voir à ce sujet: https://www.unser-mitteleuropa.com/204991 .)
L’« Occident des valeurs » s’emploie donc consciencieusement à faire dégénérer le conflit ukrainien, dans l’espoir que Vladimir Poutine finisse par perdre patience et réagisse par des attaques directes contre l’Occident. On sait qu’il existe en Russie plusieurs commentateurs, comme le politologue Sergueï Karaganov, qui plaident en faveur d’une frappe nucléaire préventive contre l’Occident.
Les Verts ne veulent pas « exclure complètement » une guerre nucléaire et entendent « mettre clairement en évidence les risques» [1]
Il est évident que des provocations répétées sapent la position de Poutine et qu’elles peuvent soit entraîner son renversement et son remplacement par un dirigeant beaucoup plus radical, comme Dmitri Medvedev, soit le contraindre lui-même à céder aux revendications radicales en faveur d’une première frappe nucléaire.
Manifestement, dans sa tentative de démanteler et de déstabiliser la Russie, l’« Occident des valeurs », tout en connaissant la doctrine nucléaire russe, accepte sciemment le risque d’une escalade atomique !
Quel lien cette politique entretient-elle donc avec l’hystérie climatique, toujours plus envahissante en Allemagne ?
Pour le comprendre, il faut se mettre dans l’univers mental des illuminés de la gauche écologiste. Ce n’est qu’ainsi que l’on peut établir un lien entre l’idéal de société écologiste et l’effondrement social complet qui suivrait une guerre nucléaire dévastatrice avec la Russie.

Fort heureusement, une représentante de la secte écologiste qui prétend améliorer le monde, l’auteure Ulrike Herrmann, a écrit un livre dont on peut tirer les idées directrices des visions écologistes de l’avenir. Cet ouvrage, intitulé Das Ende des Kapitalismus (« La fin du capitalisme »), imagine une société dont la consommation énergétique serait couverte uniquement par l’énergie solaire et éolienne. Naturellement, cette piètre production est immédiatement devenue un « best-seller » dans les médias dominants! Ce livre ne constitue donc pas seulement les élucubrations d’une folle solitaire: son contenu bénéficie d’une large approbation au sein de la communauté des déments de la gauche écologiste qui, malheureusement, décide actuellement de notre sort!
Le but de l’utopie de la gauche écologiste: la pauvreté pour tous !
Ulrike Herrmann parvient logiquement, dans ce livre, à la conclusion que limiter la consommation énergétique aux énergies éolienne et solaire signifiera la fin de notre société industrielle et entraînera ainsi la disparition de la plupart des emplois industriels. L’Allemagne se trouve effectivement déjà sur cette voie de régression, comme le montrent plusieurs exemples:
- Le drame de l’industrie automobile allemande, qui a commencé avec des normes absurdes sur les gaz d’échappement et a atteint son point culminant provisoire avec la menace d’une interdiction des moteurs thermiques.
- La pénurie d’électricité : grâce à la « transition énergétique », l’électricité devra à l’avenir être rationnée pour les entreprises (voir: https://www.youtube.com/watch?v=7TwkarMTjO8 ). Les entreprises allemandes quitteront l’Allemagne les unes après les autres.
- Le niveau d’instruction de la jeunesse s’effondre pour une multitude de raisons (voir: https://www.unser-mitteleuropa.com/204845 ).

Toutefois, la main-d’œuvre ainsi libérée et peu instruite trouvera alors un emploi dans l’agriculture, puisqu’il n’y aura plus non plus de diesel pour les tracteurs et que l’ensemble des travaux agricoles devra donc, à l’avenir, être de nouveau effectué à la main.
La conséquence serait l’appauvrissement complet de l’Allemagne, comme au Moyen Âge ou au Cambodge sous Pol Pot. Il est clair qu’une telle idiotie ne pourrait être mise en œuvre qu’à plusieurs conditions :
- La démocratie — ou ce qu’il en reste après les «cordons sanitaires» et les limites imposées à ce qu’il est permis de dire — doit être entièrement abolie. Le pouvoir doit être repris par une noblesse écosocialiste.
- La religion climatique constitue le fondement idéologique de cette société.
- L’industrie existante doit être physiquement détruite, afin qu’un retour aux bienfaits de l’industrialisation soit impossible sous le dogme du recours exclusif aux énergies éolienne et solaire.
- L’éducation doit être réprimée comme sous Pol Pot. Ce n’est qu’ainsi que la foi climatique naïve pourra être consolidée.
- La population doit être réduite.
Comment parvenir à cet état si bénéfique aux yeux de nos hystériques du climat ?
La réponse est limpide. Il faut une guerre qui détruise tout, ruine la base industrielle, fasse mourir un grand nombre de personnes et au cours de laquelle un régime d’exception militaire soit instauré, avant de ne tout simplement plus être levé à la fin de la guerre. Vladimir Poutine devra servir de bouc émissaire pour cette folie !
Cette conclusion peut paraître quelque peu tirée par les cheveux à certains lecteurs. Mais il ne faut pas oublier que les élites européennes devenues complètement folles, et plus particulièrement les élites allemandes, ont de l’eau jusqu’aux lèvres. Ces élites ne se préoccupent plus que de leur survie politique. Pour conserver leur pouvoir, elles sont prêtes à commettre n’importe quel crime. Après tout, seuls les citoyens stupides sont censés mourir.
Que l’on songe, par exemple, aux prochaines élections régionales en Saxe-Anhalt, où même une majorité absolue de l’AfD est envisageable, ou encore à la situation en Autriche, où l’impopularité de la « coalition des perdants » atteint chaque jour de nouveaux sommets.
En France, Marine Le Pen devient toujours plus populaire. Sa cote de popularité atteint actuellement 36%! Si elle n’est pas autorisée à se présenter à la prochaine élection présidentielle de 2027, Jordan Bardella prendra sa place. Après les prochaines élections, la France deviendra très probablement ingouvernable. Il est impossible de savoir si elle appartiendra encore alors à la «coalition des volontaires». Si la France se tient à l’écart d’une guerre contre la Russie, toute l’Europe du Sud se détournera de l’OTAN.
Seule une guerre avec la Russie peut encore sauver « nos » élites !
Les élites allemandes et autrichiennes se sont totalement fourvoyées, en particulier dans la «transition énergétique». Après des investissements s’élevant à plusieurs milliers de milliards, l’approvisionnement électrique devient de plus en plus cher et de moins en moins fiable. D’ici à 2045, la transition énergétique allemande devrait coûter jusqu’à 5400 milliards d’euros. Il n’est plus possible de faire marche arrière sans que les responsables de cette folie soient chassés!
Une multitude d’autres problèmes dépassent également nos élites démentes, tels que la question migratoire, le problème des retraites, une dette publique totalement hors de contrôle laissant entrevoir un effondrement monétaire, et bien d’autres encore. La seule possibilité, pour le courant politique dominant, de survivre à l’effondrement général de la société est une catastrophe aux allures d’Armageddon dont on pourra rejeter la faute sur Poutine !
Une guerre avec la Russie est donc nécessaire de toute urgence, et le temps presse avant qu’il ne soit trop tard pour « nos » élites!
17:57 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, europe, allemagne, affaires européennes, verts, écologistes, bellicisme, transition énergétique |
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lundi, 07 septembre 2026
AfD - Le nouveau parti des ouvriers

AfD - Le nouveau parti des ouvriers
Par Daniell Pföhringer
Source: https://www.compact-online.de/die-neue-arbeiterpartei/
Lors des élections régionales de Saxe-Anhalt, l’AfD est arrivée en tête dans presque toutes les tranches d’âge. Son avance était particulièrement nette chez les 35-44 ans et les 45-59 ans: dans ces deux catégories, elle a recueilli 53% des voix.
Mais l’AfD a également obtenu de bons résultats chez les jeunes et les primo-votants de 18 à 24 ans, ainsi que chez les 25-34 ans, avec respectivement 42 et 44% des voix, ce qui la place très nettement devant tous les autres partis. Chez les 60-69 ans, elle a recueilli 47% des suffrages. Ce n’est que chez les plus de 70 ans qu’elle se retrouve à égalité avec la CDU, à 31%.
De manière générale, on peut affirmer que plus la tranche d’âge des électeurs est élevée, plus le soutien à la CDU est important. Chez les jeunes électeurs de 18 à 24 ans, le parti du ministre-président encore en fonction, Sven Schulze, atteint tout juste la barre des 5%. Outre l’AfD, Die Linke (17%) et les Verts (13%) ont également obtenu dans cette tranche d’âge des résultats supérieurs à leur moyenne.
Une forte implantation dans toutes les catégories professionnelles
Si l’on examine les catégories professionnelles, les chiffres d’Infratest dimap montrent que l’AfD, victorieuse du scrutin, est particulièrement forte parmi les ouvriers. Dans cette catégorie, 61% des électeurs ont voté pour le parti, qui devance ainsi largement toutes les autres formations. Le SPD, autrefois considéré comme le parti des ouvriers, est très largement distancé: il arrive derrière la CDU (10%), Die Linke (7%) et le BSW (6%), et à égalité avec les Verts (5%).
Parmi les employés également, l’AfD devance largement tous les autres partis avec 46% des voix. Dans cette catégorie, la CDU recueille 13%, les Verts 12% et Die Linke 10%. Chez les travailleurs indépendants, plus d’un électeur sur deux a voté pour l’AfD (52%), contre 19% pour la CDU et 14% pour les Verts.
Une ventilation des résultats selon le sexe fait apparaître en Saxe-Anhalt un phénomène déjà observé lors de précédents scrutins. Alors que 50% des hommes ont voté pour l’AfD, cette proportion n’est que de 39% chez les femmes. Un élément est ici particulièrement frappant: auprès des femmes, tous les partis représentés dans le nouveau Parlement régional, à l’exception de l’AfD, obtiennent de meilleurs résultats qu’auprès des hommes. Le SPD, les Verts et Die Linke recueillent tout au plus deux points de pourcentage supplémentaires chez les femmes, tandis que l’écart atteint quatre points pour la CDU.
L’AfD remporte presque tous les mandats directs
Autre détail remarquable de ces élections: l’AfD a remporté presque toutes les circonscriptions au scrutin direct en Saxe-Anhalt. Dans trois circonscriptions — Magdebourg II, Halle II et Halle III —, les candidats de Die Linke ont été élus directement au Parlement régional. En revanche, la CDU au pouvoir n’a remporté aucun mandat direct. Lors des élections régionales de 2021, l’Union avait encore gagné 40 des 41 circonscriptions au scrutin direct. Cela souligne une nouvelle fois l’ampleur de la débâcle subie hier par la CDU.
Pour ce qui est des secondes voix, attribuées aux listes des partis, l’AfD a dominé dans 40 des 41 circonscriptions. Ce n’est que dans la circonscription de Halle III que les Verts sont arrivés en tête des secondes voix, avec 33,7%. Là encore, le déclin de l’Union est manifeste, puisque la CDU avait encore obtenu le plus grand nombre de secondes voix dans les 41 circonscriptions en 2021.
L’un des mandats directs a été remporté par Ulrich Siegmund, tête de liste de l’AfD. Selon les résultats provisoires, il a recueilli 49,0% des premières voix dans sa circonscription de Genthin. Le meilleur résultat de l’AfD en matière de premières voix a toutefois été obtenu par Reiner Kretschmann, avec 55,6% à Eisleben. Le candidat direct de la CDU, René Barthel, n’y a recueilli que 21,4%. Dans aucune autre circonscription l’écart n’a été aussi important: 34,2 points de pourcentage.

Le deuxième meilleur résultat au scrutin direct a été obtenu par Hans-Thomas Tillschneider (photo), avec 54,9% dans la circonscription de Querfurt. La troisième place du classement de l’AfD pour les premières voix revient à Matthias Büttner, qui a obtenu 53,4% à Staßfurt. Au total, onze candidats directs de l’AfD ont recueilli plus de 50% des suffrages.
Le ministre-président encore en fonction, Sven Schulze, a perdu son mandat direct dans la circonscription de Magdebourg III face à Christian Mertens, de l’AfD. Schulze a obtenu 31,7%, contre 35,2% pour Mertens: il s’agissait du résultat le plus serré de la soirée électorale d’hier. Dans la circonscription de Halle III, Jannik-Loris Balint, de Die Linke, a remporté une victoire écrasante avec 39,9% des premières voix. Il devance ainsi de 22,1 points son adversaire de l’AfD, Martin Sehrndt (17,8%), lequel a obtenu le score le plus faible de tous les candidats arrivés en deuxième position au scrutin direct.
Les bastions électoraux
L’AfD a obtenu des résultats particulièrement élevés en matière de secondes voix dans les zones rurales situées au sud de Magdebourg. Dans l’arrondissement de Mansfeld-Harz-du-Sud, elle a recueilli plus d’une voix sur deux (51,9%); dans les communes de Plötzkau et de Schnaudertal, elle a même dépassé les 60%. Le BSW a enregistré des résultats supérieurs à sa moyenne dans les circonscriptions d’Aschersleben (7,4%), de Dessau-Roßlau (6,6%) et de Stendal (6,4%).
Les bastions des autres partis sont répartis dans l’ensemble du Land. Dans l’arrondissement de Wittenberg, la CDU, avec 20,3%, a obtenu un résultat supérieur à sa moyenne régionale; à l’échelle communale, elle a réalisé son meilleur score à Steigra, avec 23,3%. Die Linke et les Verts ont surtout obtenu de bons résultats dans les villes traditionnellement ancrées à gauche de Magdebourg et de Halle. Quant au SPD, il a enregistré son meilleur score à Wernigerode, dans le Harz, avec 16,5%.
15:48 Publié dans Actualité, Actualité, Affaires européennes, Affaires européennes, Politique, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : classe ouvrière, actualité, allemagne, afd, saxe-anhalt, politique, europe, affaires européennes, classe ouvrière, actualité, allemagne, afd, saxe-anhalt, politique, europe, affaires européennes |
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AfD - Le nouveau parti des ouvriers

AfD - Le nouveau parti des ouvriers
Par Daniell Pföhringer
Source: https://www.compact-online.de/die-neue-arbeiterpartei/
Lors des élections régionales de Saxe-Anhalt, l’AfD est arrivée en tête dans presque toutes les tranches d’âge. Son avance était particulièrement nette chez les 35-44 ans et les 45-59 ans: dans ces deux catégories, elle a recueilli 53% des voix.
Mais l’AfD a également obtenu de bons résultats chez les jeunes et les primo-votants de 18 à 24 ans, ainsi que chez les 25-34 ans, avec respectivement 42 et 44% des voix, ce qui la place très nettement devant tous les autres partis. Chez les 60-69 ans, elle a recueilli 47% des suffrages. Ce n’est que chez les plus de 70 ans qu’elle se retrouve à égalité avec la CDU, à 31%.
De manière générale, on peut affirmer que plus la tranche d’âge des électeurs est élevée, plus le soutien à la CDU est important. Chez les jeunes électeurs de 18 à 24 ans, le parti du ministre-président encore en fonction, Sven Schulze, atteint tout juste la barre des 5%. Outre l’AfD, Die Linke (17%) et les Verts (13%) ont également obtenu dans cette tranche d’âge des résultats supérieurs à leur moyenne.
Une forte implantation dans toutes les catégories professionnelles
Si l’on examine les catégories professionnelles, les chiffres d’Infratest dimap montrent que l’AfD, victorieuse du scrutin, est particulièrement forte parmi les ouvriers. Dans cette catégorie, 61% des électeurs ont voté pour le parti, qui devance ainsi largement toutes les autres formations. Le SPD, autrefois considéré comme le parti des ouvriers, est très largement distancé: il arrive derrière la CDU (10%), Die Linke (7%) et le BSW (6%), et à égalité avec les Verts (5%).
Parmi les employés également, l’AfD devance largement tous les autres partis avec 46% des voix. Dans cette catégorie, la CDU recueille 13%, les Verts 12% et Die Linke 10%. Chez les travailleurs indépendants, plus d’un électeur sur deux a voté pour l’AfD (52%), contre 19% pour la CDU et 14% pour les Verts.
Une ventilation des résultats selon le sexe fait apparaître en Saxe-Anhalt un phénomène déjà observé lors de précédents scrutins. Alors que 50% des hommes ont voté pour l’AfD, cette proportion n’est que de 39% chez les femmes. Un élément est ici particulièrement frappant: auprès des femmes, tous les partis représentés dans le nouveau Parlement régional, à l’exception de l’AfD, obtiennent de meilleurs résultats qu’auprès des hommes. Le SPD, les Verts et Die Linke recueillent tout au plus deux points de pourcentage supplémentaires chez les femmes, tandis que l’écart atteint quatre points pour la CDU.
L’AfD remporte presque tous les mandats directs
Autre détail remarquable de ces élections: l’AfD a remporté presque toutes les circonscriptions au scrutin direct en Saxe-Anhalt. Dans trois circonscriptions — Magdebourg II, Halle II et Halle III —, les candidats de Die Linke ont été élus directement au Parlement régional. En revanche, la CDU au pouvoir n’a remporté aucun mandat direct. Lors des élections régionales de 2021, l’Union avait encore gagné 40 des 41 circonscriptions au scrutin direct. Cela souligne une nouvelle fois l’ampleur de la débâcle subie hier par la CDU.
Pour ce qui est des secondes voix, attribuées aux listes des partis, l’AfD a dominé dans 40 des 41 circonscriptions. Ce n’est que dans la circonscription de Halle III que les Verts sont arrivés en tête des secondes voix, avec 33,7%. Là encore, le déclin de l’Union est manifeste, puisque la CDU avait encore obtenu le plus grand nombre de secondes voix dans les 41 circonscriptions en 2021.
L’un des mandats directs a été remporté par Ulrich Siegmund, tête de liste de l’AfD. Selon les résultats provisoires, il a recueilli 49,0% des premières voix dans sa circonscription de Genthin. Le meilleur résultat de l’AfD en matière de premières voix a toutefois été obtenu par Reiner Kretschmann, avec 55,6% à Eisleben. Le candidat direct de la CDU, René Barthel, n’y a recueilli que 21,4%. Dans aucune autre circonscription l’écart n’a été aussi important: 34,2 points de pourcentage.

Le deuxième meilleur résultat au scrutin direct a été obtenu par Hans-Thomas Tillschneider (photo), avec 54,9% dans la circonscription de Querfurt. La troisième place du classement de l’AfD pour les premières voix revient à Matthias Büttner, qui a obtenu 53,4% à Staßfurt. Au total, onze candidats directs de l’AfD ont recueilli plus de 50% des suffrages.
Le ministre-président encore en fonction, Sven Schulze, a perdu son mandat direct dans la circonscription de Magdebourg III face à Christian Mertens, de l’AfD. Schulze a obtenu 31,7%, contre 35,2% pour Mertens: il s’agissait du résultat le plus serré de la soirée électorale d’hier. Dans la circonscription de Halle III, Jannik-Loris Balint, de Die Linke, a remporté une victoire écrasante avec 39,9% des premières voix. Il devance ainsi de 22,1 points son adversaire de l’AfD, Martin Sehrndt (17,8%), lequel a obtenu le score le plus faible de tous les candidats arrivés en deuxième position au scrutin direct.
Les bastions électoraux
L’AfD a obtenu des résultats particulièrement élevés en matière de secondes voix dans les zones rurales situées au sud de Magdebourg. Dans l’arrondissement de Mansfeld-Harz-du-Sud, elle a recueilli plus d’une voix sur deux (51,9%); dans les communes de Plötzkau et de Schnaudertal, elle a même dépassé les 60%. Le BSW a enregistré des résultats supérieurs à sa moyenne dans les circonscriptions d’Aschersleben (7,4%), de Dessau-Roßlau (6,6%) et de Stendal (6,4%).
Les bastions des autres partis sont répartis dans l’ensemble du Land. Dans l’arrondissement de Wittenberg, la CDU, avec 20,3%, a obtenu un résultat supérieur à sa moyenne régionale; à l’échelle communale, elle a réalisé son meilleur score à Steigra, avec 23,3%. Die Linke et les Verts ont surtout obtenu de bons résultats dans les villes traditionnellement ancrées à gauche de Magdebourg et de Halle. Quant au SPD, il a enregistré son meilleur score à Wernigerode, dans le Harz, avec 16,5%.
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Le deuxième tournant historique de l’Allemagne

Le deuxième tournant historique de l’Allemagne
par Wolfgang Hübner
Source: https://pi-news.net/2026/09/deutschlands-zweite-wende/
Après les événements de Saxe-Anhalt, une nouvelle époque de l’histoire allemande se dessine à l'horizon. Elle a déjà un visage: celui d’Ulrich Siegmund, né en 1990, l’année de la réunification. Au lendemain de son grand succès électoral, rien ne pourrait être plus superficiel que de se demander si, et comment, il deviendra prochainement ministre-président de ce Land, même sans majorité absolue. Car il obtiendra bien entendu cette fonction — qui d’autre pourrait l’obtenir?! Mais Siegmund, cet enfant du premier grand tournant national, signale, du haut de ses 35 ans, la fin de la vassalisation de ce pays et de ce peuple.
Avec cet homme politique de l’AfD réapparaît une Allemagne qui se libère des ombres du national-socialisme et du complexe d’expiation. Quiconque, dans un refus absolu de tirer les leçons du passé, cherche à nuire à Siegmund en brandissant contre lui la fallacieuse massue accusatoire de "nazisme" ne fera que se ranger lui-même parmi les irréductibles. Les prochaines semaines, jusqu’à l’élection de l’homme de Tangermünde au poste de ministre-président, seront certes encore marquées par les mises en scène plus ou moins enragées du front uni de la mouvance Antifa, mais la pénible époque des coalitions formées contre un parti touche à sa fin.
Avec le scrutin de Saxe-Anhalt s’est ouverte une période de nouvelles perspectives pour cette maison de retraite prise de panique qu’est la République fédérale. Cela concerne aussi bien la politique intérieure que la politique étrangère. La chute vertigineuse de la CDU en Saxe-Anhalt et dans les sondages fait sonner le glas de celle qui fut pendant de longues années le « parti d’État » d’Adenauer et de Kohl. Ce parti moribond souffre d’une maladie incurable provoquée par la funeste stratégie du « cordon sanitaire », qui devait pourtant — ironie du sort — le préserver du malheur.
Friedrich Merz peut porter le deuil, mais seul son ami Zelensky pleurera ce chancelier qui a d’ores et déjà échoué. Outre le triomphe de Siegmund, le résultat électoral dans l’Est présente un autre aspect important : le sauvetage in extremis du BSW, le parti de Wagenknecht. Premièrement, le BSW devient ainsi l’arbitre décisif au Parlement de Magdebourg. Et après sa faute politique en Thuringe, le parti ne peut pas une nouvelle fois mettre son existence en jeu avec un spectacle anti-AfD politiquement aveugle. Deuxièmement, la ligne pacifiste relativement constante du BSW a porté ses fruits. Elle reste nécessaire en Allemagne, notamment parce que la position de l’AfD à cet égard est loin d’être univoque.
Le résultat électoral comporte encore d’autres aspects remarquables. Les prochains jours seront consacrés à leur interprétation. Une chose est toutefois claire : en Saxe-Anhalt, des faits ont été établis pour l’avenir de l’Allemagne que plus personne ne peut désormais faire disparaître par des pirouettes interprétatives — le deuxième tournant a commencé !
15:09 Publié dans Actualité, Affaires européennes, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, allemagne, saxe-anhalt, afd, europe, politique, affaires européennes |
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Victoire de l’AfD aux élections en Saxe-Anhalt: quelle suite?

Victoire de l’AfD aux élections en Saxe-Anhalt: quelle suite?
Source: https://report24.news/afd-sieg-in-sachsen-anhalt-wahl-wie...
Le résultat provisoire des élections régionales en Saxe-Anhalt est connu. Avec 43,8% des voix, l’AfD devient ainsi la première force politique du Land, tandis que le score de la CDU a été réduit de plus de moitié. L’entrée du BSW au Parlement empêche toutefois l’AfD de disposer d’une majorité de sièges lui permettant de gouverner seule. Que va-t-il donc se passer maintenant ?
En 2018 encore, Friedrich Merz annonçait avec emphase qu’il briguait la présidence de la CDU afin de réduire de moitié le score de l’AfD. Or, huit ans plus tard, c’est précisément l’AfD qui a divisé par deux celui de la CDU. Tandis que l’"Alternative pour l’Allemagne" a plus que doublé sa part des voix, l’Union chrétienne-démocrate, malgré une participation électorale record, a perdu plus de la moitié de son électorat — soit une baisse de 19,9 points — et n’est plus parvenue à convaincre que 17,2% des électeurs. Les réactions des représentants de la CDU étaient révélatrices.
La seule question qui se pose désormais est celle de la suite. Ulrich Siegmund, qui déclarait encore avant le scrutin ne vouloir devenir ministre-président qu’en cas de majorité nette de l’AfD, considère à présent que d’autres possibilités sont envisageables. Il a qualifié de « bricolage » le modèle proposé par le BSW, qui prévoit un ministre-président au-dessus des partis. Une coopération pourrait avoir lieu avec les forces disposées à soutenir le changement de politique réclamé par l’AfD — expressément, «que cela passe par un groupe parlementaire ou par des députés à titre individuel». En cas d’échec, Siegmund a même évoqué de nouvelles élections, prédisant alors «50 ou 55%» des voix pour son parti.

Le BSW, qui a franchi de justesse du seuil des 5 %, a compliqué la situation, devient maintenant une sorte de «faiseur de roi», d’autant que, selon les résultats provisoires, l’AfD et le BSW totalisent ensemble 44 sièges. Les partis du «cordon sanitaire» — la CDU (15 sièges), le SPD, les Verts et Die Linke (8 sièges chacun) — comptent quant à eux un total de 39 députés.
Mais cela signifie aussi que si, par exemple, trois ou quatre députés de la CDU déclaraient publiquement vouloir soutenir un gouvernement AfD minoritaire, Siegmund pourrait obtenir une majorité avec eux et le BSW — une telle configuration permettrait également de compenser d’éventuelles absences. Parmi les quinze députés CDU élus au Parlement régional, cinq se sont clairement opposés par le passé à toute coopération. Pour trois autres, certains indices laissent au moins entrevoir une certaine ouverture.
L’autre possibilité, celle d’un gouvernement réunissant tous les autres partis contre l’AfD, paraît toutefois improbable. D’une part, la CDU ne veut pas non plus gouverner avec Die Linke, le SPD ne veut pas s’allier au BSW et le BSW refuse également de former une coalition avec la CDU. Toutefois, si les autres partis empêchent l’AfD, victorieuse des élections, de former un gouvernement, la prédiction de Siegmund selon laquelle de nouvelles élections donneraient lieu à un vote protestataire encore plus massif pourrait bel et bien se réaliser. Du moins si Siegmund tente réellement et sérieusement de former un gouvernement et d’obtenir le soutien du BSW ainsi que de certains députés de la CDU.
14:18 Publié dans Actualité, Affaires européennes, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, saxe-anhalt, allemagne, europe, affaires européennes, afd, politique |
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Le séisme allemand qui pourrait annoncer d’autres secousses en Europe



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jeudi, 03 septembre 2026
Le populisme prospère sur le terreau d’une démocratie paralysée

Le populisme prospère sur le terreau d’une démocratie paralysée
L’arrogance morale empêche toute discussion ouverte
Herbert Ammon
Source: https://www.tabularasamagazin.de/herbert-ammon-der-populi...
L’AfD, parti populiste de droite, doit son ascension non seulement à des décisions politiques contestables, mais aussi au fait que toute discussion sur la question centrale de l’immigration sans limites est rejetée avec une «arrogance morale provocatrice» (comte Kielmannsegg). Dans son article, Herbert Ammon rappelle les prises de position d’Eva Quistorp, de Richard Schröder et de Gunter Weißgerber, dont les voix sont restées inaudibles dans les milieux ecclésiastiques.
Encore un commentaire sur l’apocalypse médiatiquement annoncée pour le 6 septembre? Oui, assurément. Ce nouveau commentaire m’a été inspiré par l’essai du politologue, le Comte Peter von Kielmannsegg (photo), publié dans la Frankfurter Allgemeine Zeitung du 31 août 2026 (p. 6) sous le titre: «Le naufrage de la démocratie peut-il encore être évité?». L’auteur ne fait pas partie de ces prophètes de malheur qui, face à la victoire électorale imminente de l’AfD en Saxe-Anhalt, voient déjà se profiler une répétition de la catastrophe allemande de 1933 à 1945. Il désigne et explique plutôt le dilemme dans lequel «la démocratie allemande […] s’est empêtrée», et qui pourrait tout de même «déboucher sur une véritable crise démocratique».
Les phrases essentielles du texte sont les suivantes: «Le dilemme peut se résumer en une phrase: la République fédérale ne peut pas être gouvernée avec l’AfD, mais elle ne peut désormais plus l’être sans elle. La démocratie allemande s’est, dans une large mesure, elle-même placée dans cette situation. D’un côté, elle n’a presque rien omis de ce qui était susceptible de faire naître un puissant populisme de droite. De l’autre, elle a fait tout ce qui était imaginable pour rendre impossible une domestication démocratique de ce populisme. À présent, elle, la démocratie allemande, se heurte à elle-même».
Kielmannsegg désigne sans détour la principale raison de l’essor — particulièrement spectaculaire en comparaison avec d’autres pays — du populisme de droite allemand, sans toutefois mentionner la chancelière Angela Merkel comme principale responsable: l’immigration massive, rendue possible sans égard pour la population locale et élevée au rang d’impératif idéologique. «Ce qui a surtout ouvert la voie à l’AfD, c’est que la politique des frontières ouvertes s’est refusée pendant des années, avec une arrogance morale provocatrice, à toute discussion sérieuse. Un front uni (sic!) des partis politiques établis ne laissait aucune place à la controverse en matière d’immigration, tandis que l’espace public sanctionnait durement, par les moyens dont il disposait, toute infraction à l'ordre de "s’ouvrir au monde"».
Rares sont les représentants de l’élite universitaire à avoir jusqu’ici désigné aussi clairement les causes — et les responsables — de l’envolée de l’AfD. Kielmannsegg aurait également pu mentionner le front idéologique uni dans les médias, ainsi que les ONG, acteurs imbus d’eux-mêmes émanant de la «société civile». Enfin, les Églises, qui revendiquent un rôle de direction morale dans toutes les questions politiquement pertinentes — au premier rang desquelles figure l’«immigration» —, jouent, elles aussi, un rôle contestable du point de vue d’une éthique de la responsabilité.
Il convient néanmoins de rappeler ici une exception éditoriale concernant la «culture de l’accueil», mise en scène avec des ours en peluche et des acclamations après l’ouverture des frontières décidée par Merkel. En 2018, Eva Quistorp (photo) — théologienne et autrefois cofondatrice des Verts —, le philosophe et théologien Richard Schröder — ancien président du groupe parlementaire du SPD à la Chambre du peuple librement élue — et Gunter Weißgerber — alors encore membre du SPD — publièrent aux éditions Herder un mémorandum sur la question des réfugiés intitulé Weltoffenes Deutschland? Zehn Thesen, die unser Land verändern (« Une Allemagne ouverte sur le monde ? Dix thèses qui transforment notre pays »).
Il y était question de la nécessité — également commandée par l’éthique — de tenir compte des limites d'une immigration illimitée. Voir également : https://ulrich-siebgeber.blogspot.com/2018/03/weigerber-schroder-quistorp-10-thesen.html. Dans les milieux de l’Église évangélique en Allemagne (EKD), cet avertissement resta lettre morte. Quiconque aborde aujourd’hui la coresponsabilité des Églises — dont les effectifs diminuent de manière spectaculaire pour de multiples raisons — dans la polarisation croissante de la vie politique et de la société se heurte à une fin de non-recevoir indignée.
Dans son essai, Kielmannsegg relie la question de l’AfD à des problèmes fondamentaux de la théorie démocratique. Il s’agit des contradictions inhérentes à la notion de «souverain» — c’est-à-dire du «peuple» comme source du pouvoir établi — ainsi que de la confiance réciproque entre gouvernants et gouvernés. Le populisme signale la perte de confiance du «peuple» envers le système de pouvoir établi. Voir également H.A. : https://www.globkult.de/geschichte/rezensionen/2488-die-entmachtung-des-demos-in-%E2%80%9Eunserer%E2%80%9C-demokratie.
En ce qui concerne «la troupe» — autrement dit l’AfD —, Kielmannsegg estime que «l’effondrement spectaculaire de la confiance envers l’État, la politique et les responsables politiques, tel qu’il apparaît dans les comportements électoraux, […] reste difficile à comprendre dans son ampleur». Il lui trouve néanmoins une explication dans l’évolution de la CDU, devenue un «parti de l’air du temps» sans profil bien défini.
Les causes de l’essor de l’AfD — qu’il n’est désormais plus possible d’écarter de « notre démocratie » — sont manifestes. Elles apparaissent dans tous les domaines : économie, démographie, infrastructures, éducation et culture. La question de l’immigration demeure au centre. Pendant des décennies — et même après l’ouverture des frontières décidée par Merkel —, aucun débat ouvert sur les graves conséquences de l’«immigration» dans notre «société moderne d’immigration» n’a été mené au sein de l’État dominé par les partis établis; il a été, de fait, étouffé. Lorsque les partis se contentent de défendre leurs parts de pouvoir et leurs prébendes, lorsqu’ils considèrent en définitive le «peuple» comme immature — ou «de droite» — et lorsqu’aucun débat ouvert n’a lieu sur le bien commun et les dangers qui menacent la res publica, il ne s’agit pas d’une démocratie «vécue», mais d’une démocratie paralysée.
21:27 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : démocratie, actualité, allemagne, europe, affaires européennes, afd, peter graf von kielmannsegg |
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La social-démocratie allemande lutte pour ne pas disparaître

La social-démocratie allemande lutte pour ne pas disparaître
Source: https://mpr21.info/la-socialdemocracia-alemana-lucha-para...
Le Parti social-démocrate, le plus ancien d’Allemagne, s’enfonce toujours davantage dans la crise. Les électeurs s’en détournent et les dissensions s’accentuent. Des élections doivent avoir lieu en Saxe-Anhalt et les prévisions annoncent la victoire de l’AfD, qualifiée d’«extrême droite».
Ce n’est pas seulement la crise d’un parti, mais celle de l’État allemand édifié dans l’après-guerre et réunifié en 1990. La Saxe-Anhalt illustre l’échec de cette réunification. Le SPD fait partie de la coalition gouvernementale, et le discrédit de Merz et des siens va entraîner dans sa chute les complices du désastre politique et économique allemand. La réforme du système de retraite a provoqué un profond mécontentement au sein d’une population très vieillissante.
Dès le mois de juin, nous annoncions que la social-démocratie était en train de devenir un parti résiduel. Lors des prochaines élections, elle ne devrait recueillir que 7 ou 8% des voix, un pourcentage insignifiant comparé aux 42% de l’AfD. Sa principale inquiétude est qu’elle pourrait tomber sous le seuil des 5%, ce qui l’exclurait du Parlement.
Cependant, la Saxe-Anhalt n’est pas le seul Land où la social-démocratie lutte pour ne pas disparaître. À l’échelle nationale, le parti ne recueille plus que 12% des voix, derrière l’AfD, la CDU/CSU et les Verts.
Dans le Bade-Wurtemberg, le SPD a enregistré son plus mauvais résultat depuis l’après-guerre et n’a réussi qu’à conserver sa représentation au Parlement régional. En Rhénanie-Palatinat, après trente-cinq années au pouvoir, la social-démocratie est arrivée en deuxième position, derrière la CDU. Son résultat électoral a été le plus mauvais de l’histoire de ce Land.
À Berlin, elle végète à la cinquième place avec seulement 12% des voix, tandis que, dans le Land oriental de Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, elle pourrait connaître le même sort qu’en Rhénanie-Palatinat: une perte d’influence.

Une crise existentielle
Selon une analyse de l’institut de sondage Forsa, publiée en novembre dernier, seuls 9% des ouvriers et des électeurs au chômage votent pour le SPD.
Il s’agit d’une crise existentielle. Le SPD est menacé de perdre toute pertinence politique, et les responsables locaux réclament la tenue de réunions afin de changer de cap et de remplacer des dirigeants tels que Bärbel Bas et Lars Klingbeil, qui siègent au sein du gouvernement Merz.
Outre la réforme des retraites, le réarmement a contraint le gouvernement à réduire les aides au logement et les prestations versées en cas d’arrêt maladie. Dans le même temps, l’industrie automobile disparaît et les licenciements dans les principales usines se comptent par milliers.
20:40 Publié dans Actualité, Affaires européennes, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : socialisme, sociale-démocratie, allemagne, actualité, politique, europe, affaires européennes |
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vendredi, 28 août 2026
Pour une économie viable: ordolibérale à l’intérieur, calquée sur List à l’extérieur

Pour une économie viable: ordolibérale à l’intérieur, calquée sur List à l’extérieur
Jurij Kofner
Source: https://kraut-zone.de/blog/2026/08/22/nach-innen-ordolibe...
L’État allemand souffre d’une contradiction singulière: là où il devrait se retenir, il intervient toujours plus profondément. Là où il devrait agir, il se révèle impuissant. Il régule les chauffages, les chaînes d’approvisionnement, les obligations de reporting et les décisions des entreprises, tandis que les dépendances stratégiques s’accroissent dans les domaines de l’énergie, des semi-conducteurs, des infrastructures cloud ou des plateformes numériques.
Une économie de marché libre n’a besoin ni d’un État transformationnel omniprésent, ni d’un État minimaliste. Elle a besoin d’un État ordonnateur: ordolibéral à l’intérieur, calqué sur les travaux de Friedrich List à l’extérieur.
La leçon de toute politique visant l'ordre en Allemagne est que la liberté n’est pas seulement menacée par un État tout-puissant, mais aussi par un État faible. Sous la République de Weimar, la capacité de décision de l’État était oblitérée par les partis, les associations et les intérêts particuliers. L’image d’Alexander Rüstow de l’État comme « proie » en saisit l’essence: formellement responsable de tout, mais pratiquement trop faible pour défendre le bien commun face à des intérêts particuliers puissants.
Carl Schmitt décrivit ce même problème comme une crise de la souveraineté de l’État: l’État pluraliste des partis et des corporatismes perd son unité politique lorsque des intérêts particuliers organisés s’approprient l’État et que ce dernier n’est plus capable de décider par lui-même. Sa formule du souverain en cas d'état d’exception révèle une condition de base de toute efficacité politique.




De haut en bas: Eucken, Rüstow, Röpke et Böhm.
L’ordolibéralisme (voir à ce sujet notre numéro 34) en a tiré une conclusion: l’État ne doit pas jouer à l’économie (ni être joué par elle), mais créer de l’ordre. Walter Eucken, Franz Böhm, Alexander Rüstow, Wilhelm Röpke et Ludwig Erhard associaient la propriété privée et l’esprit d’entreprise à un État de droit qui garantit l’accès au marché, combat les cartels et applique des règles égales pour tous. Ce n’est pas moins de marché par un État fort – mais c’est seulement un État ordonnateur fort qui rend la concurrence libre possible.
Pour l’Allemagne, cela signifie que la propriété, la responsabilité, la liberté contractuelle, la concurrence par la performance et l’accès ouvert au marché doivent redevenir la norme en politique économique. L’État ne doit pas sélectionner les entreprises selon l’opportunité politique. La politique de compétitivité doit être horizontale: énergie bon marché, fiscalité réduite, procédures d’autorisation rapides, marchés financiers fonctionnels, infrastructures performantes et travailleurs qualifiés – techniciens et ingénieurs.
Cela implique une simplification juridique plutôt qu’un allègement symbolique. Directive sur l’efficacité énergétique, CBAM, taxonomie européenne, RGPD, AI Act et CSRD au niveau européen, ainsi que la loi sur l’efficacité énergétique, la loi sur le devoir de vigilance et la loi sur l’énergie des bâtiments au niveau national, sont des exemples d’une régulation qui est devenue elle-même un désavantage concurrentiel. «One in, two out», les fictions d’autorisation et les révisions automatiques des réglementations au bout de cinq ans maximum seraient des instruments d’ordre cohérents.
L’ordolibéralisme suppose cependant quelque chose qui n’existe pas sur le marché mondial: une instance supérieure qui édicte et fait appliquer des règles contraignantes. À l’intérieur d’un État, la concurrence fonctionne, parce que les tribunaux, les autorités et le monopole de la force protègent la propriété, les contrats et le droit de la concurrence. L’État peut imposer des règles à chaque acteur du marché en tant qu’arbitre.
Au niveau mondial, un tel souverain fait défaut – et il n’est pas près de voir le jour. L’économie mondiale n’est pas un marché intérieur, mais un système d’États concurrents aux intérêts et moyens différents pour asseoir leur puissance. Les institutions internationales comme l’OMC peuvent formuler des règles, mais leur application dépend du pouvoir politique et de l’accord des grands acteurs. En cas de crise, ce qui compte, c’est de savoir qui détient effectivement l’énergie, le capital, la technologie, les infrastructures et les capacités de production stratégiques, et qui peut agir avec. Historiquement, le « libre-échange » n’a surtout fonctionné que durant les périodes où un hégémon mondial avait intérêt à un ordre commercial ouvert – notamment sous la Pax Americana jusqu’aux années 2010. Le blocage de l’organe d’appel de l’OMC depuis 2019 montre clairement cette limite: là où il n’existe pas d’autorité supérieure, ce n’est pas la règle mais la puissance qui prévaut en cas de conflit.

C’est précisément pour cela que l’Allemagne ne doit pas agir à l’extérieur selon les règles énoncées par les doctrines ordolibérales, mais penser de façon listienne. Friedrich List critiquait le libre-échange abstrait de son temps comme irréaliste et soulignait le rôle des forces productives nationales. La puissance économique repose sur l’industrie, la technologie, l’énergie, la recherche et l’infrastructure – et non sur le libre-échange seul. Dans un monde où d’autres États soutiennent stratégiquement leurs entreprises, il faut de la réciprocité, une protection contre le dumping et les transferts de technologie, ainsi qu’une politique industrielle ciblée et limitée dans le temps. À l’intérieur, l’État reste l’arbitre de la concurrence, à l’extérieur il devient un acteur qui défend ses propres bases économiques.
Une politique listienne commence là où la capacité d’action de l’État dépend de ses propres infrastructures. La souveraineté énergétique signifie s’affranchir du dogme selon lequel une nation industrielle doit importer autant d’énergie que possible au lieu de la produire elle-même. L’Allemagne dispose d’importantes options: la réactivation de huit à onze centrales nucléaires est techniquement possible; les ressources nationales de gaz de schiste exploitables s’élèvent à environ 30.000 TWh – soit plus de 35 années de consommation – et les réserves nationales de lignite à environ 56.000 TWh. Le nucléaire, le gaz de schiste et le charbon doivent donc rester des options stratégiques ouvertes.

Au XXIe siècle, il en va de même pour le numérique. Quiconque dépend entièrement de fournisseurs américains pour le cloud, les systèmes d’exploitation, les puces, les plateformes et l’IA ne possède pas de souveraineté technologique. Le « kill switch » numérique peut, dans le pire des cas, s'avérer plus sévère que des sanctions classiques. L’Allemagne et l’Europe ont donc besoin de capacités propres en matière de cloud, de calcul, de puces, d’IA et de cybersécurité.
Il faut y ajouter l’infrastructure physique. Le retard d’investissement s’élève à 231 milliards d’euros; l’IWK et l’IMK estiment les besoins publics d’investissement supplémentaire à près de 600 milliards d’euros sur dix ans. Routes, rails, ports, réseaux numériques et infrastructures énergétiques sont des forces productives au sens de List. Même un gouvernement AfD pourrait, en supprimant les dépenses de transformation d’inspiration gauchiste pour la transition énergétique, le lobbying climatique, les structures d’asile ou les programmes de genre, économiser environ 125 à 140 milliards d’euros. Mais cela ne suffirait pas pour répondre aux besoins d’infrastructure, si bien que des dettes strictement affectées à des investissements productifs supplémentaires sont justifiables sur le plan de toute politique visant la consolidation d'un ordre.

Qui est Jurij Kofner?
En tant qu’Allemand de Russie résidant à Munich, Kofner a non seulement l’avantage de comprendre deux cultures, mais il a aussi travaillé, après des études d’économie, dans des instituts de recherche allemands, autrichiens et russes. Géopolitiquement, il rêve d’une Allemagne souveraine qui brillerait économiquement de Lisbonne à Vladivostok, tandis qu’il applaudit sur le plan idéologique le populisme libertarien venu d’Amérique.
20:20 Publié dans Actualité, Affaires européennes, Economie, Théorie politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : actualité, allemagne, europe, affaires européennes, économie, ordolibéralisme, théorie politique, sciences politiques, politologie |
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lundi, 17 août 2026
Éloge de l’homme nord-germanique : introduction à «Rembrandt éducateur» de Julius Langbehn

Éloge de l’homme nord-germanique: introduction à «Rembrandt éducateur» de Julius Langbehn
par Alexander Jacob
Source: https://www.unz.com/article/in-praise-of-north-germanic-m...
Julius Langbehn est né en 1851 dans le nord du Schleswig. Il étudia les sciences naturelles et la philologie à l’université de Kiel, mais ses études furent interrompues par la guerre franco-prussienne, à laquelle il participa comme volontaire. Après la guerre, en 1873, il voyagea en Italie puis, de retour en Allemagne, poursuivit ses études à l’université de Munich où il obtint un doctorat en histoire de l’art et en archéologie. Sa thèse portait sur les premières statues grecques de Niké, déesse de la victoire. Après de nouveaux voyages et un court séjour à Vienne, il s’installa en 1885 à Dresde. Durant l’hiver 1889, Langbehn rendit visite à Nietzsche, qu’il considérait comme une âme sœur, dans son asile psychiatrique de Iéna, et demanda que le philosophe soit retiré des soins de médecins qu’il jugeait incompétents pour être placé sous sa propre surveillance psychologique. Il n’obtint pas gain de cause et retourna, avec regret, travailler à son ouvrage sur Rembrandt. Le livre fut publié anonymement en 1890, « von einem Deutschen » (par un Allemand), et connut un immense succès. Il fut réimprimé 40 fois en deux ans.
Rembrandt as Educator par Julius Langbehn
Édité, traduit et présenté par le Dr Alexander Jacob.
Le titre du livre de Langbehn fut inspiré par l’essai de Nietzsche Schopenhauer als Erzieher (1874). La préférence de Langbehn pour le Nietzsche philo-sémite plutôt que pour le Schopenhauer antisémite peut trahir son propre philo-sémitisme, trait que releva Theodor Fritsch, qui signala que jusqu’à la 7ème édition, l’ouvrage de Langbehn était effectivement assez philo-sémite, et que c’est sa propre correspondance avec Langbehn, insistant sur la nécessité de l’antisémitisme dans une telle vision du monde, qui poussa ce dernier à rendre les éditions ultérieures plus ouvertement antisémites. Parallèlement, l’ouvrage devint plus pro-catholique dans ses dernières éditions et, en 1900, Langbehn se convertit même au catholicisme.
✤
Les succès politiques de la Prusse lors de l’unification allemande en 1871 menaçaient d’engloutir l’Allemagne sous le militarisme, l’industrialisation et les tendances rationalistes en sciences et en art. Les marxistes réagirent à cette menace par des projets essentiellement économiques fondés sur le principe de la « lutte des classes ». Les idéalistes, quant à eux, proposèrent une révolution culturelle par le renouvellement de la culture allemande elle-même. Cet effort aboutit à ce qu’on appelle généralement la « Révolution conservatrice », incarnée dans des œuvres comme Preußentum und Sozialismus (Prussianisme et socialisme) d’Oswald Spengler (1919), Das dritte Reich (Le Troisième Reich) d’Arthur Moeller van den Bruck (1923) et Die Herrschaft der Minderwertigen (La domination des hommes de moindre valeur) d’Edgar Julius Jung (1930).
L’appel de Langbehn pour une aristocratie sociale trouva un écho dans l’œuvre poétique influente de Stefan George, Das neue Reich (Le Nouveau Reich) (1929), qui esquissa une aristocratie spirituelle comme idéal de la société allemande. Rembrandt als Erzieher (Rembrandt éducateur) de Langbehn peut être considéré comme un précurseur de la Révolution conservatrice, puisqu’il s’efforce de combattre les maux de la culture démocratique du tournant du siècle—instaurée par des élites cosmopolites parvenues, promouvant des modes artistiques étrangères, notamment françaises—par un retour à l’éthos aristocratique naturel de l’élément le plus fort de la population allemande, les Allemands du Nord. Selon Langbehn, seul un retour de l’Allemagne à son caractère nord-allemand pouvait neutraliser efficacement l’esprit scientifique et matérialiste qui avait commencé à désintégrer sa culture à la fin du XIXe siècle.
Dans le même temps, l’ouvrage de Langbehn est aussi une contribution majeure à la série d’œuvres sur l’idéal nordique inaugurée par l'Essai sur l’inégalité des races humaines du comte Arthur de Gobineau (1855) et poursuivie par Les Fondements du XIXe siècle de Houston Stewart Chamberlain (1899), Le Mythe du XXe siècle d’Alfred Rosenberg (1930) et La Piété du caractère nordique de Hans Günther (1934). Ces œuvres formèrent l’arrière-plan intellectuel de l’idéologie raciale nationale-socialiste que Heinrich Himmler et le Rasse- und Siedlungshauptamt (Bureau principal de la race et de l’installation), fondé en 1931, cherchèrent à mettre en œuvre.
Pourtant, l’étude de Langbehn est véritablement psychologique, fondée sur son origine et sa familiarité avec la culture du Schleswig-Holstein, ainsi que sur ses vastes études en histoire de l’art. Son analyse subtile et détaillée du caractère nord-allemand vise à démontrer son aptitude à diriger le jeune Reich allemand, et à servir de modèle pour l’humanité tout entière.
Bien que le travail de Langbehn (portrait, ci-contre) n’ait pas été un précurseur direct du mouvement national-socialiste, ses oeuvres furent réimprimées tout au long du Troisième Reich. En effet, de nombreuses œuvres de la Heimatkunst (art du terroir) exposées à la Grande exposition d’art allemand à Munich en 1937 correspondaient aux exhortations de Langbehn à un style pictural allemand patriotique.
L’insistance de Langbehn sur la préservation et la valorisation du physique allemand comme manifestation extérieure de la personnalité éthique des Allemands trouva aussi une application pratique dans plusieurs mouvements de jeunesse apparus au tournant du siècle, notamment le mouvement Wandervogel (fondé par Hermann Hoffmann-Fölkersamb et Karl Fischer à la fin du XIXe siècle pour promouvoir les activités de plein air et la culture populaire). Beaucoup de ces mouvements furent cependant interdits en 1933 par les nationaux-socialistes, qui créèrent leur propre Hitlerjugend afin d’éviter toute opposition de la part d’autres groupements de jeunesse.
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Langbehn commence son ouvrage en identifiant la dévotion croissante visant à enregistrer et classer toute activité, plutôt qu’à développer une vision organique de la réalité, comme la principale menace pour la culture allemande. La spécialisation a mené à une vision du monde microscopique qu’il faut remplacer par une vision artistique, qui, elle, est macroscopique.
La lumière crue de la raison critique en science doit être remplacée par le clair-obscur qui nourrit la créativité artistique. La stérilité croissante de la science moderne ne peut être combattue que par une régénération des sources psychologiques de la créativité dans le caractère allemand. Celles-ci sont principalement le sens de l’individualité et de la personnalité, qui ont été développées par l’Allemand.
Les Allemands modernes devraient apprendre des meilleurs individus et personnalités de leur passé historique, et, pour faciliter cet exercice, Langbehn choisit le peintre bas-allemand Rembrandt comme l’exemple symbolique de l’esprit allemand par excellence. Le caractère germanique est essentiellement fondé sur la loyauté et s’oppose naturellement à toute forme de frivolité. La tranquillité et la profondeur sont les qualités marquantes de ce caractère, toutes deux se reflétant particulièrement dans les effets lumineux du clair-obscur de Rembrandt. Rembrandt n’était en effet pas un classique, mais était mystérieusement lié à la terre et à la paysannerie néerlandaise ainsi qu’à l’éthos aristocratique naturel des Bas-Allemands.
Ces aspects remarquables des Allemands et de leur jeune empire doivent être protégés des influences étrangères, notamment "galliques et romaines". En art, suivre les modes étrangères, surtout françaises, est particulièrement néfaste car la peinture française est soit trop agitée, soit trop académique et rigide. La préférence française pour le réalisme scientifique, symbolisée par les romans naturalistes d’Émile Zola, doit être combattue par un retour aux traditions folkloriques allemandes. L’architecture doit éviter l’ornementation pour exprimer l’esprit du peuple allemand et privilégier le style monumental et viril qui le caractérise.


Les idéaux artistiques de Langbehn sont toutefois non seulement locaux mais également moraux. Ainsi Rembrandt est considéré comme représentant une vision protestante du monde et ses figures chrétiennes sont souvent issues du peuple modeste. Cette simplicité de caractère se rencontre surtout à la campagne, rarement dans les métropoles, qui ont perdu, par leurs spécialisations scientifiques modernes, le sens de la totalité que l’art devrait exprimer. Ainsi, par exemple, la multiplication des musées à Berlin et dans d’autres villes ne fait que masquer l’absence d’un véritable culte des Muses dans la vie culturelle allemande contemporaine.
En science, la spécialisation a abouti à une préoccupation pour les détails qui ne sont pas éclairés par une appréhension subjective de leur véritable signification. La science doit être imprégnée d’un esprit artistique pour acquérir une vision synthétique et multiple du monde—une vision philosophique. Une telle conception serait nécessairement hiérarchique, car les objets doivent être considérés selon leur degré de valeur humaine intrinsèque, et non comme également significatifs de façon objective.
Contre la vision darwinienne du monde, Langbehn propose celle, organique et artistique, de Johannes Kepler (portrait), qui voyait la Nature comme un organisme unifié.
L’historiographie aussi est devenue froide en négligeant les valeurs au profit des détails. C’est le résultat des méthodes romaines d’écriture de l’histoire, que les Allemands feraient bien d’abandonner au profit de méthodes plus germaniques. Naturellement, Langbehn s’oppose aussi au droit romain, système légal étranger inadapté aux Allemands.
La médecine doit elle aussi devenir plus holistique, se concentrant sur l’homme entier plutôt que sur des maladies individuelles. Langbehn recommande même des expériences douteuses de son temps en crâniologie, physiognomonie, hypnotisme et spiritisme, comme exemples d’une psychologie plus intégrale que les approches scientifiques contemporaines de l’étude de l’homme.
De façon générale, le monde extérieur étudié objectivement ne permet pas de comprendre adéquatement l’univers organique de la nature. Seule une science philosophique le peut. Un des modèles de vision scientifique organique de Langbehn est la « Théorie des couleurs » de Goethe, qui, contrairement à celle de Newton, est subjective, et, contrairement à celle d’Emil du Bois-Reymond, physiologiste de renom de son temps, organique. Les correspondances entre macrocosme et microcosme doivent être étudiées méticuleusement pour développer un système « mathématico-tectonique » de la nature. En effet, si ce système était perfectionné, les lois du mouvement planétaire pourraient même s’appliquer à la coloration des ailes d’un insecte.
En politique, la forme de gouvernement la plus populaire est la monarchie. La paysannerie sur sa terre constitue déjà un ordre aristocratique proche de la nature et, comme elle, hiérarchique. Entre les paysans « nobles » et leur roi se trouvent les artistes formateurs, qui représentent l’aspect créatif de la « classe moyenne ». Ces trois ordres forment ensemble la patrie. Maintenant que l’Allemagne a acquis l’unité politique, elle doit rechercher son unité spirituelle et intellectuelle par la consolidation de ces trois ordres.
Si la Prusse a largement contribué à l’unification politique de l’Allemagne, elle demeure trop rigide dans son esprit militaire. Elle doit se germaniser pour devenir un modèle patriotique chaleureux pour tous les Allemands et non rester un simple modèle politique pour le nouvel État. Par ailleurs, la Prusse doit être représentée par ses provinces plutôt que par la capitale figée, Berlin. Langbehn suggère que, là encore, la Prusse ferait bien de s’allier avec la Hollande, car les Hollandais possèdent ce « rythme » qui peut compléter la « symétrie » prussienne. En fait, la Prusse fut initialement peuplée par de nombreux immigrants néerlandais. Une plus grande infusion de sang hollandais lui serait donc salutaire.


Les Hollandais sont, selon Langbehn, l’incarnation de l’esprit de liberté, exprimé de façon éclatante dans leur guerre d’indépendance contre les Habsbourg d'Espagne à la fin du XVIe et au début du XVIIe siècle. Langbehn considère qu’une nation vraiment conservatrice, enracinée dans ses traditions, est « libérale », c’est-à-dire dévouée à la liberté, alors qu’un peuple disposé « libéralement » a besoin de la discipline du conservatisme.
D’autres sources bas-allemandes pour un réveil psychologique de l’esprit allemand sont le Danemark/Suède et l’Angleterre. Langbehn prend soin de préciser que sa propre patrie, le Schleswig-Holstein, peut être considérée comme le centre historique des terres bas-allemandes, la famille aristocratique d’Oldenbourg y ayant fourni rois et reines à la moitié du monde. C’est de cette même source que doit s’étendre la domination de l’Allemagne moderne.

L’esprit colonisateur des Bas-Allemands s’illustre au mieux par l’épanouissement de la république vénitienne durant la Renaissance, car, selon Langbehn, une grande partie de la classe dirigeante était constituée de Bas-Allemands (Lombards) et de Slaves (Croates). Langbehn décrit la vieille culture vénitienne comme fondée sur une saine association entre commerce et art. Elle était aussi plus grecque (byzantine) que romaine dans son style et, selon lui, sa cathédrale Saint-Marc ressemble au temple de Salomon tel que peint par Rembrandt. Langbehn va même jusqu’à déduire de telles affinités artistiques que la route d’Amsterdam à Jérusalem passe par Venise.
D’un autre côté, lorsqu’il compare Venise à l’Amérique du Nord, également peuplée et développée par les Bas-Allemands, il note le contraste marqué entre le caractère aristocratique de la première et le caractère démocratique de la seconde. Le mépris de Langbehn pour la démocratie nord-américaine fait écho à son aversion pour les modes françaises en art et en littérature. Pourtant, il espère que l’aristocratisme naturel des Bas-Allemands finira par imprégner le Nouveau Monde. Il se montre ici, du point de vue sociologique, plutôt naïf, car l’accent mis sur l’économie par les fondateurs puritains d’Amérique, associé à l’infiltration croissante de l’esprit financier juif, rend désormais impossible la fertilisation spirituelle de la culture américaine par l’Europe germanique. De plus, la qualité d’individualisme que Langbehn présente comme la marque distinctive des Bas-Allemands est devenue le vice incontrôlable de la société américaine actuelle.
En tout cas, Langbehn soutient que, comme les Vénitiens, les Allemands modernes doivent développer une aristocratie sociale pour s’opposer au mouvement croissant de la social-démocratie. Les meilleurs éléments de la société doivent toujours gouverner les inférieurs, et une aristocratie sociale ne sera garantie que si les classes moralement et matériellement les mieux dotées de ses habitants agissent sérieusement comme les avocats et les gardiens nés des classes moralement et matériellement moins bien loties, et si cette relation trouve son expression constitutionnelle durable [p. 262].

On ne doit pas juger les gens seulement selon leur richesse mais aussi selon leurs valeurs morales, intellectuelles, sociales et historiques. Et le peuple doit toujours être protégé par les nobles :
Prendre soin des faibles contre les forts, de la justice contre l’injustice, du peuple contre ses oppresseurs, c’est agir en chevalier: c’est en ce sens actif que la chevalerie doit renaître [p. 263].
En fait, le petit peuple doit être transformé en peuple (politique) en lui accordant des salaires plus élevés et des terres. Le gouvernement aristocratique de l’Allemagne sera essentiellement représenté par l’officier prussien et le prêtre chrétien, particulièrement catholique. Tous deux appartiennent à des ordres naturellement aristocratiques et symbolisent le trône et l’autel. Ces deux ordres reposent sur l’ordre agraire des paysans, dont la société, comme indiqué, est aussi hiérarchisée de manière aristocratique.
La politique allemande doit finalement devenir une sorte de politique artistique (ndt: l'équivalent de l'artecrazia italienne). La Prusse, qui s’est jusque-là concentrée sur le développement scientifique, doit maintenant se tourner vers le développement artistique. L’aspect enfantin du caractère allemand, représenté par les artistes, doit s’unir à l’aspect politique, incarné par les guerriers, à commencer par Siegfried.
L’homme politique-artiste doit faire émerger et développer l’individualité et la spontanéité du peuple. La culture d’une nation ne peut être ranimée par des professeurs et des directeurs de musée. Car, alors que le paysan et l’artiste produisent, le savant spécialiste, comme le commerçant, ne fait que commercialiser des biens intellectuels. De même que tous les arts doivent être considérés ensemble comme un complexe créatif, de même toutes les divisions de la politique doivent être unies dans le but du développement national, qui pourra alors être étendu à la culture internationale—à condition qu’une nation n’absorbe en elle que les éléments nobles d’une autre nation, et non les éléments dégénérés. Comme l’artiste, l’homme politique doit être formé par les anciennes traditions mais capable d’en intégrer de nouvelles dans sa pleine personnalité.
En considérant plus en détail la culture allemande, Langbehn souligne d’abord le défaut du rationalisme chez des auteurs comme Gotthold Lessing (1729–1781) (portrait), qui était détaché du peuple allemand et était devenu plus universaliste dans ses opinions que spécifiquement allemand. Son prussianisme est trop froid, trop cosmopolite.
De même, le philologue et historien Theodor Mommsen (1817–1903) s’intéressait davantage à l’éthos romain qu’à l’éthos grec ou allemand et était donc étranger à l’esprit national allemand. L’aspect excessivement rationnel et mécanique de la culture allemande moderne se manifeste de façon frappante dans son centre culturel actuel: Berlin. Berlin a un aspect juif, que Langbehn décrit comme une dégénérescence de l’ancien judaïsme sain qui habitait les salons de Rahel Varnhagen (1771–1833).
Le regard à courte vue porté sur l’actualité a conduit aux modes éphémères de la littérature romanesque et d’autres productions futiles de salon. L’amour du futile et la haine du génie sont en effet les caractéristiques typiques du philistinisme, que la politique artistique de Langbehn combat vigoureusement. Le remède pour Berlin est d’absorber des influences plus diverses venues de l’extérieur. Berlin ne représente que l’esprit du petit officier prussien, alors que les provinces prussiennes contiennent davantage l’esprit de l’officier aristocratique. Cette Prusse, disciplinée et hiérarchisée, doit être mise au service de la régénération de la culture allemande et, en retour, être enrichie, « civilisée » par l’humanité du reste de la population allemande.
Un autre défaut de la culture allemande actuelle est sa surestimation du monde universitaire. Les professeurs représentent en fait une multiplication démocratique d’opinions qui, par leurs spécialisations étroites, voilent la véritable voix du peuple. Le « sens de l’essentiel » qui est la marque du génie est tout à fait perdu. La tentative de l’écrivain français Émile Zola d’écrire des romans « naturalistes » et scientifiques est un exemple de l’esprit petit-bourgeois de la culture démocratique.
Les historiens de l’art, eux aussi, comme le classiciste Johann Winckelmann (1717–1768) (portrait), ne sont pas assez allemands dans leurs intérêts académiques. Même Goethe a flirté, sans succès, avec le style classique, comme dans son drame Iphigénie. Ce n’est que dans la seconde partie de son Faust qu’il a trouvé un sujet et un style allemands. Ce style fut en effet perfectionné par les remarquables Bas-Allemands, que sont Shakespeare et Rembrandt, le premier par l’ampleur de sa vision, le second par sa profondeur.
La culture doit être subjective, organique et artistique, non rationnelle, objective, mécanique ou matérialiste. L’Allemagne ne doit pas « classiciser » mais créer une culture classique qui lui soit propre. Langbehn relie étymologiquement l’art classique à l’armée et à la marine, et souligne que les vertus classiques de l’esprit militaire prussien doivent désormais être formulées artistiquement afin de créer une nouvelle culture classique allemande.
La culture allemande est avant tout musicale, mais, bien que les œuvres de Richard Wagner aient établi une sorte d’imperium musical allemand, son style est en réalité un style celto-romain bruyant, qui n’a pas la simplicité que la musique allemande doit avoir. La culture allemande doit être héroïque, et Langbehn considère, dans ce contexte, que le Nibelungenlied médiéval constitue une expression plus authentique de l’héroïsme germanique que les sagas nordiques, qui contiennent de nombreuses influences étrangères dans leur composition.
Langbehn évoque la langue bas-allemande elle-même comme un modèle de simplicité et d’héroïsme qui pourrait servir de véhicule à une grande poésie, voire héroïque—si seulement elle trouvait des poètes dignes de ce nom. Par ailleurs, la culture allemande doit être centrée sur l’héroïsme, mais aussi mettre en valeur la qualité de douceur du héros. Cette qualité trouve son accomplissement dans la figure suprêmement douce du Christ.

Enfin, en ce qui concerne le développement de la culture en Allemagne, Langbehn insiste sur l’importance de la culture corporelle, afin que les corps des Allemands restent purs et sains dans leur forme. Les vêtements doivent être naturels et colorés, plutôt que sombres et ternes comme ils le sont actuellement. L’éducation de la jeunesse doit être assouplie par rapport à la discipline rigide actuelle, afin que les élèves ne soient pas effrayés mais libres dans leur apprentissage. Le programme d’études doit être réorienté des études romaines vers les études grecques et germaniques. L’éducation doit être réservée à une minorité noble qui y est adaptée, et ne pas être généralisée de façon démocratique.
Dans la dernière partie de l’ouvrage, sur la signification universelle de l’homme allemand, Langbehn fait l’éloge de l’Allemand comme modèle de simplicité noble, possédant un équilibre sain entre passion et raison. Il est particulièrement intéressant de noter sa référence répétée à la « nature enfantine » du Bas-Allemand, qui le hisse au-dessus des autres. Le Christ lui-même possédait une nature enfantine, qu’il alliait à une nature artistique, en faisant de sa vie une œuvre d’art par le don de son sang pour nos âmes. La noblesse artistique et la noblesse politique doivent aller de pair, car elles cherchent à réaliser le même potentiel spirituel supérieur de l’humanité.
Le but suprême du développement humain est la moralité. La culture germanique repose sur le concept d’honneur et doit s’opposer à l’éthique du parvenu cupide actuelle. Elle doit donc mener « une lutte morale contre l’argent ». Comme il le déclare, « le Siegfried moderne—l’Allemand renaissant—devrait tuer ce dragon luisant » (p. 169).

Des cercles intellectuels aristocratiques tels que ceux qui existaient à Weimar à l’époque de Goethe et Schiller doivent être recréés en Allemagne pour ennoblir sa culture. Le dirigeant politique idéal, le « Kaiser secret » de la tradition allemande, doit également être humble et désintéressé, comme le Christ. Il doit perdre sa personnalité individuelle dans celle de la nation et toujours chercher à défendre les faibles d’esprit, tout comme un vrai Kaiser défend les faibles économiquement.
Pour réformer le Reich, il doit être un chef intellectuellement puissant. En vérité, le peuple attend toujours qu’un génie fort le guide. Les descriptions par Langbehn de son Kaiser idéal annoncent de façon prophétique le principe du Führer qui fut réalisé en Allemagne trente ans après la publication de ce livre.
Comme dans le national-socialisme, Langbehn insiste sur le fait que la culture allemande doit être populaire, c’est-à-dire fondée sur les modes locales et non étrangères, surtout galliques. À l’heure actuelle, disait-il, la littérature et le théâtre sont dominés par des mercantiles qui importent en Allemagne des modes françaises. À ce stade, Langbehn aborde la cruciale question juive, mais il prend soin de distinguer ceux qu’il considère comme de vrais Juifs nobles et les Juifs dégénérés de la Bourse. Il affirme que l’antisémitisme ne doit pas devenir plébéien, mais savoir distinguer les bons Juifs des mauvais, bien que les mauvais doivent être écartés des positions de pouvoir.
La culture allemande doit être à la fois artistique et guerrière, car ce dernier aspect est nécessaire pour défendre le premier. Elle doit aussi être chrétienne, car la tradition allemande est principalement chrétienne. Il est intéressant de noter que, contrairement à Nietzsche qui considérait le christianisme comme l’expression d’une « morale d’esclave », Langbehn voit en lui une religion spirituelle aristocratique née du conflit avec le rationalisme démocratique des pharisiens de son temps. Il souligne l’excellence du catholicisme comme véhicule de culture spirituelle par rapport au protestantisme, car il est indéniablement plus artistique.
Beaucoup fut perdu dans la culture allemande à cause des tendances iconoclastes de nombreux réformateurs protestants. L’esprit créateur du catholicisme doit donc être ravivé à tel point que Luther finira par occuper une place secondaire dans l’histoire des peuples germaniques. C’est en revenant au christianisme originel que les Allemands pourront retrouver l’esprit aristocratique originel qui animait leur culture avant la christianisation.
Ainsi, Langbehn préconise un retour à la vie intellectuelle allemande aristocratique, douce et poétique du Moyen Âge, au profond instinct maternel de la période christiano-germanique primitive, à la vie forte, courageuse, enfantine, imagée et éduquée par l’image de l’Allemand le plus ancien, à la germanité sous sa forme la plus pure [p. 451].
Cette renaissance de la véritable culture germanique, selon Langbehn, est d’une importance vitale non seulement pour l’Allemagne, mais aussi pour l’ensemble de l’humanité, car les Allemands, en tant que peuple le plus enfantin et le plus vigoureux, pourront, grâce à ce réveil, apporter leurs bienfaits aux autres nations, de la même manière que les chrétiens ont autrefois diffusé leur religion.
12:45 Publié dans Révolution conservatrice | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : allemagne, julius langbehn, révolution conservatrice, 19ème siècle |
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vendredi, 14 août 2026
Des voix raisonnables dans les rangs du Bündnis Sahra Wagenknecht: «Mettons fin à l’idiotie du cordon sanitaire!»

Des voix raisonnables dans les rangs du Bündnis Sahra Wagenknecht: «Mettons fin à l’idiotie du cordon sanitaire!»
Magdebourg/Berlin. L’alliance Sahra Wagenknecht (BSW) se positionne en Saxe-Anhalt comme un partenaire potentiel de l’AfD pour promouvoir un changement de gouvernement. L’AfD est créditée d’environ 40% dans les sondages depuis des mois, tandis que la CDU du ministre-président Sven Schulze atteint environ 24%. Explicitement, le BSW n’exclut pas une coopération avec l’AfD.

Les têtes de liste Claudia Wittig et Thomas Schulze ont formulé six projets comme base d’une éventuelle coopération. Il s’agit notamment de plus d’enseignants et de temps d’apprentissage commun plus long, d’une allocation régionale pour les soins, ainsi que d’un renforcement de la police régionale à un effectif d'au moins 7000 agents d’ici 2028. S’y ajoutent une initiative au Bundesrat pour des livraisons de gaz et de pétrole à prix réduit en provenance de Russie, la résiliation du contrat d’État sur les médias et une réforme fondamentale de l’audiovisuel public.
Wittig a déclaré: «Ce n’est que si le BSW entre au parlement régional que le prochain mandat du ministre-président CDU pourra être évité. L’AfD n’y arrivera pas seule».
La fondatrice du parti, Sahra Wagenknecht, mise, elle aussi, sur un changement de pouvoir. «Le changement ne viendra qu’avec le BSW! Notre objectif électoral est la destitution du titulaire CDU et son remplacement par un ministre-président sans étiquette, qui mettra fin à l’idiotie du cordon sanitaire». Schulze ne recevra aucune voix du BSW. Son départ serait, selon Wagenknecht, «la prochaine gifle méritée pour Friedrich Merz et probablement la fin de son mandat de chancelier désastreux».
Le politologue Oliver Lembcke, de l’université de la Ruhr à Bochum, y voit un signal stratégique adressé aux électeurs. Un vote pour le BSW pourrait permettre un changement de gouvernement. Si l’AfD a besoin d’un partenaire, le BSW se présente en même temps comme un possible faiseur de majorité (rk).
Source: Zu erst, Août 2026.
18:40 Publié dans Actualité, Affaires européennes, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, allemagne, europe, affaires européennes, bsw, sahra wagenknecht, politique |
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mardi, 04 août 2026
L’Allemagne sur la voie du capitalisme de Manchester

L’Allemagne sur la voie du capitalisme de Manchester
Par Peter Haisenko
Source: https://www.unser-mitteleuropa.com/203282
À l’origine, je voulais intituler « Retour au capitalisme de Manchester ». Mais après réflexion, je suis arrivé à la conclusion que cette forme brutale de capitalisme n’a jamais existé en Allemagne. On ne peut pas retourner là où l’on n’a jamais été. Pourquoi ce chemin est-il emprunté aujourd’hui ?
L’Empire britannique était aussi le maître des finances mondiales et de leurs règles. Les terres allemandes en ont toujours été exclues. Même après la fondation du Reich allemand, la situation y était différente de celle de l’Angleterre ou de l’Amérique. Le Reich allemand suivait les règles intelligentes de Friedrich List et était, de ce fait, nettement plus performant que les États anglo-américains. De même, les « tigres asiatiques » organisent leur économie selon les théories de List, ce qui explique en partie leur succès. Hitler aussi a détourné l’Allemagne des griffes du capitalisme anglo-saxon. Churchill aurait dit que le crime de l’Allemagne était qu’elle ne se laissait plus exploiter par ce capitalisme.


Après la Seconde Guerre mondiale, la RFA s’est dotée de l’« économie sociale de marché ». Elle a si bien fonctionné que les puissances occidentales victorieuses l’ont tolérée à contrecœur. Mais cela n’a été accepté que tant que la RFA était un État-frontière face à l’URSS. En 1990, après la « victoire du capitalisme », il a fallu, pour l’Allemagne réunifiée, démanteler peu à peu cette économie sociale de marché si efficace. Dès 1990, les grilles de salaires ont été élargies vers le bas et les règles concernant l’argent ont été modifiées progressivement au profit du grand capital. Les oligarques ont pu apparaître et, grâce à leur puissance financière, dominer la politique. Nous voyons aujourd’hui où cela nous a menés. Le fossé social ne cesse de s’élargir et aujourd’hui, une vingtaine de personnes « possèdent » autant que la moitié de l’humanité. La pauvreté se répand.
Le capitalisme de Manchester symbolise l’exploitation impitoyable de la « main-d’œuvre humaine »
Mais ce n’est qu’avec le capitalisme de Manchester que l’on va au bout de cette logique. Les acquis sociaux obtenus au fil de décennies doivent désormais être démantelés. L’assurance maladie, qui a bien fonctionné pendant plus de 70 ans, est ébranlée dans ses fondements.
Même les réglementations sur le temps de travail doivent être plus ou moins supprimées.
Le chancelier Merz veut supprimer les jours de carence en cas de maladie. Dès le premier jour, il veut exiger un certificat médical ou même supprimer le maintien du salaire pour les premiers jours d’arrêt maladie.
Partout, les salaires sont réduits et les conventions collectives contournées.
Des entreprises entières sont vendues, changent continuellement de propriétaire, et tout cela enrichit encore davantage les banques, car ces rachats sont en grande partie financés par le crédit. Avec de l’argent qui n’existe en réalité pas. Ainsi, la protection contre le licenciement est contournée, car les entreprises n’existent alors plus.
D’un autre côté, la bureaucratie et ses employés prolifèrent à tel point que des projets, autrefois réalisés en quelques années, prennent désormais des décennies, voire ne sont plus du tout menés à bien.
L’âge de la retraite doit être porté à 70 ans et les pensions réduites. Et les fonctionnaires ? Ils restent largement épargnés.
Jusqu’en 1990, la RFA avait des standards sociaux exemplaires et tout fonctionnait à la satisfaction générale des citoyens. Il convient de se demander pourquoi il a fallu changer quoi que ce soit. La réponse la plus probable est que, dans le capitalisme désormais « libéré », les marges bénéficiaires pour les puissants de la ploutocratie n’étaient pas suffisantes. Jusqu’en 1990, donc jusqu’à la victoire du capitalisme, ce dernier devait constamment prouver qu’il était le meilleur système pour le bien-être des citoyens. Une fois la concurrence disparue, le capitalisme a pu montrer sans honte son vilain visage. Nous avons découvert le «turbo-capitalisme» puis le «capitalisme prédateur». Et pour couronner le tout, nous avons maintenant un chancelier qui a occupé pendant des années un poste de direction chez BlackRock. Il pourrait être soupçonné de servir davantage ses anciens maîtres que la RFA et ses citoyens. En violation de son serment.
Capitalisme + démocratie = guerre permanente – interne et externe
Partout dans le monde, on constate que ce capitalisme débridé détruit les sociétés. Cela concerne non seulement l’équilibre social, mais aussi le consensus sociétal. Nous sommes tout près de «conditions de la République de Weimar». Les prévisions pour les élections au Sénat à Berlin sont désastreuses. Aucun parti n’obtiendra plus de 20 % des voix. Comment former un gouvernement qui puisse satisfaire au moins une majorité des électeurs? Sans parler d’obtenir des résultats utiles. Et puis la «barrière» contre l’AfD. Comme on le voit au niveau fédéral, des coalitions sont formées qui ne peuvent être qualifiées que de folles. Les taux d’approbation de ce « gouvernement » et de son chef le prouvent clairement. Mais une chose les unit: personne ne s’oppose sérieusement à la voie vers le capitalisme de Manchester. Sauf la gauche et l’AfD, et on s’étonne alors que ces deux partis attirent autant. Non, les Allemands ne veulent pas ce genre de capitalisme, mais qu’importe pour les « démocrates » qui servent en réalité les capitalistes ?

Et puis « notre démocratie ». Quelle démocratie est-ce, si un chancelier et son gouvernement ne démissionnent pas immédiatement alors qu’ils n’obtiennent plus que 13 % d’approbation pour leur « travail » de la part des électeurs ? Est-ce suffisant pour dire que ce gouvernement ne sert pas son souverain, le peuple ? Aussi à l’international. La majorité des Allemands ne veut pas de guerre avec la Russie et ne veut pas non plus continuer à donner des centaines de milliards à Kiev alors que l’argent manque partout dans le pays. Mais à quoi sert l’argent si nous avons une surabondance de bureaucrates et d’autres diplômés inutiles, mais trop peu de travailleurs qualifiés productifs ? Tandis que les premiers sont choyés, les seconds voient leur vie devenir de plus en plus difficile – y compris à cause de ces bureaucrates. Aujourd’hui, seuls environ 20 % occupent un métier productif, tandis que les autres vivent joyeusement du travail de ceux-ci.
Les dirigeants n’assument aucune responsabilité pour leurs actions
Pour que cela perdure, il faut contraindre les productifs à toujours plus de travail. Il n’y a qu’une seule voie, celle du capitalisme de Manchester. Comme autrefois, c’est aussi le cas aujourd’hui. Une « classe » privilégiée se nourrit du travail de ceux qui sont contraints à toujours plus de travail utile. L’histoire a montré que cela doit tôt ou tard mener à des soulèvements et des révoltes. Parfois sanglantes. Ces conditions ont conduit à l’invention du communisme et à son succès. Ce qui est ironique, c’est que capitalisme et communisme ne diffèrent pas vraiment. Dans les deux, il y a une « nomenklatura » privilégiée et trop de gens doivent vivre dans la pauvreté. Le communisme a pratiquement disparu et il en sera de même pour le capitalisme brutal. Tôt ou tard, mais cela viendra.
La RFA, tout l’Occident, se trouve dans un scénario de fin des temps. On essaie sans réfléchir de retarder la fin inévitable avec des crédits insensés. Mais cela aussi a une fin. Que reste-t-il pour masquer ses propres échecs ? La guerre, quoi d’autre, et le chemin vers celle-ci raccourcit de plus en plus. Ce n’est pas le gouvernement qui est responsable, mais les électeurs stupides qui donnent sans réfléchir leur voix à ces gouvernements aventureux. Oui, c’est « notre démocratie », où plus personne n’a à assumer de responsabilité. Et même pas être tenu responsable, car tout est strictement exécuté conformément à la réglementation. N’en avez-vous pas assez d’être toujours servi avec les mêmes « arguments » : C’est la règle, c’est la loi, on ne peut rien y faire. Il en va de même pour le chemin vers le capitalisme de Manchester. Tout se fait selon la loi en vigueur et est, bien sûr, démocratiquement validé. Reste la question : comment mettre fin à cette impasse ? Sans effusion de sang et sans guerre ! C’est ce que veulent les citoyens, mais est-ce aussi le cas pour nos « dirigeants » ? Je pense que cette question est légitime.


À propos de l’auteur :
Peter Haisenko est écrivain, propriétaire des éditions Anderwelt et éditeur d’AnderweltOnline.com (https://anderweltverlag.com/ et https://www.anderweltonline.com/ )
Il existe une voie douce pour sortir du capitalisme d’exploitation, appelée « l’économie de marché humaine ». Ce modèle pour un nouveau système fondamental rend impossible l’accumulation de milliards. Il ne favorise plus la cupidité, mais encourage la cohésion sociale et une économie durable. Ce qui est particulièrement intéressant, c’est que le citoyen ne remarquera pratiquement aucune différence dans sa vie quotidienne. À part le fait qu’il aura soudain environ 30 % de revenus en plus à sa disposition. Renseignez-vous et commandez votre exemplaire de « L’économie de marché humaine » directement auprès de l’éditeur ici ou achetez-le en librairie ( https://anderweltverlag.com/p/die-humane-marktwirtschaft ).
19:05 Publié dans Actualité, Affaires européennes, Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : capitalisme manchesterien, allemagne, europe, économie, actualité, affaires européennes |
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jeudi, 16 juillet 2026
France, Allemagne, Grande-Bretagne: Trois patients, un diagnostic

France, Allemagne, Grande-Bretagne: Trois patients, un diagnostic
Elena Fritz
Source: https://t.me/global_affairs_byelena
Le magazine britannique The New World pose ces jours-ci une question que l’on entend rarement poser aussi ouvertement dans le courant dominant : parmi les trois anciennes puissances dominantes de l’Europe de l’Ouest, laquelle est en réalité la plus profondément en crise? Rien que la formulation de cette question est révélatrice; le constat est désormais si évident que l’on ne peut plus l'escamoter sous le tapis.
Ce qui est réellement remarquable, ce n’est pas le classement, mais le schéma qui se profile derrière lui: trois pays – Londres, Paris, Berlin – affrontent simultanément des crises gouvernementales, connaissent des coalitions qui se désagrègent, et font face à une population qui retire de plus en plus sa confiance à ses institutions. Et dans les trois cas, le débat public reste pourtant dominé par tout autre chose: la course aux armements, la menace russe, le prochain milliard à offrir à l’Ukraine. Quant à l’état dégradé des infrastructures nationales, à l’effondrement des systèmes sociaux, à la perte de confiance des citoyens, on en parle bien plus discrètement, si tant est qu’on en parle.
Lorsque trois gouvernements risquent simultanément de perdre le contrôle de la politique intérieure, l’ennemi extérieur devient la bouée de sauvetage la plus fiable, le seul récit sur lequel les élites de Paris, Berlin et Londres peuvent encore s’accorder, car il détourne l’attention de leurs propres échecs tout en mobilisant des ressources budgétaires qu’il serait autrement presque impossible de justifier politiquement.
La véritable question qui se pose n’est donc pas « qui est le plus profondément en crise », mais bien : combien de temps la politique pourra-t-elle encore se légitimer par l’invocation de menaces extérieures, alors que la substance intérieure s’effrite ?
#géopolitique@global_affairs_byelena
20:32 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, europe, affaires européennes, france, allemagne, royaume-uni, grande-bretagne |
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mercredi, 15 juillet 2026
Modèle allemand pour Pékin. Modèle chinois pour l’Allemagne

Modèle allemand pour Pékin. Modèle chinois pour l’Allemagne
Enrico Toselli
Source: https://electomagazine.it/modello-tedesco-per-pechino-mod...
Modèle allemand ou modèle chinois pour relancer l’économie stagnante de l’Europe en déclin qui, à cause de cela même, se montre de plus en plus belliciste? Paradoxalement, la Chine aurait besoin du modèle allemand, l’original, avec davantage d’État-providence, de cogestion, de participation. Et l’Europe, pas seulement l’Allemagne, aurait besoin de plus de sérieux dans les hautes études, dans la formation professionnelle, de plus de méritocratie et de moins de dirigeants et de cadres cooptés uniquement par relations.
Il est indéniable qu’à ce stade, c’est l’Europe qui court le plus de risques. Avec une classe politique qui patauge dans l'indécence et un monde entrepreneurial atteint de myopie, avachi par sa lâcheté, perclus d'avarice. Les résultats sont visibles, avec un PIB stagnant, aucune idée, aucun projet qui ait une perspective, ne serait-ce qu’à moyen terme. Mañana por la mañana et pas au-delà. Trop compliqué d’imaginer l’avenir à plus trois jours, à plus d'une semaine.
Trop pénible d’essayer d’expliquer à un gouvernement, à n’importe quel gouvernement, que l’austérité se transforme en pauvreté et que la pauvreté réduit la consommation. Les exportations ne suffisent pas, surtout en période de grandes tensions internationales.
Mais cela vaut aussi pour la Chine. Qui possède un marché intérieur immense mais asphyxié. Et qui aurait besoin d’un marché mondial prêt à absorber la surproduction de Pékin. Évidemment, la pauvreté des Européens favorise l’exportation de produits chinois de basse qualité et à bas prix. C’est pourquoi entrepreneurs et politiques européens veulent imposer des droits de douane et des barrières aux produits chinois. Dans l’espoir que les familles européennes, de plus en plus pauvres, achèteront alors des produits européens à des prix aberrants. Mais le chancelier allemand, à la solde de la finance internationale, exige que les familles s’appauvrissent toujours plus pour que l'on achète des armes…
18:37 Publié dans Actualité, Affaires européennes, Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : chine, allemagne, europe, asie, affaires européennes, affaires asiatiques, économie |
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dimanche, 12 juillet 2026
Les Verts veulent livrer d’urgence les missiles Taurus à l’Ukraine : ils sont les premiers des bellicistes allemands!

Les Verts veulent livrer d’urgence les missiles Taurus à l’Ukraine : ils sont les premiers des bellicistes allemands!
Tobias Riegel
Source: https://www.nachdenkseiten.de/?p=153561
Avec une récente motion au Bundestag visant à livrer « enfin et sans délai » des missiles Taurus allemands à l’Ukraine, les Verts confirment une fois de plus leur statut de militaristes les plus impitoyables du Parlement. L’exigence des Verts de détruire « des rampes de lancement, des dépôts de munitions et des sites de production » sur le territoire russe à l’aide de missiles allemands est d’une telle irresponsabilité qu’il est difficile de trouver les mots pour fustiger cette option politique. Un commentaire de Tobias Riegel.
Comme le rapportent les médias, les Verts ont déposé mercredi dernier au Bundestag une motion demandant la livraison de missiles de croisière Taurus et d’autres mesures pour un appui encore plus soutenu à l’Ukraine. La motion des Verts se trouve sur format pdf, et on peut notamment y lire:
« Il est en outre nécessaire de permettre à l’Ukraine d’attaquer avec précision des cibles militaires situées derrière le front, afin de réduire durablement la capacité offensive de la Russie. La destruction de rampes de lancement, de dépôts de munitions et de sites de production peut contribuer à diminuer l’intensité des attaques contre la population civile. De telles mesures sont conformes au droit international et servent directement à la protection de la population. Le gouvernement fédéral devrait donc abandonner son blocage concernant la livraison de missiles de croisière et mettre sans délai le Taurus à la disposition de l’Ukraine. »
Le résultat du vote illustre le rôle très radical que jouent les Verts, même parmi les nombreux autres bellicistes qui siègent au Bundestag: selon Abgeordnetenwatch, la motion des Verts a été rejetée par 510 voix contre, et soutenue par 79 voix pour, et une abstention.
« Le parti le plus dangereux du Bundestag »
Ce rejet est certes une bonne chose, mais cela ne signifie nullement que le pacifisme règne désormais au Bundestag en dehors des Verts. Bien sûr, le comportement de vote est aussi lié à la discipline de groupe. De plus, la politique du gouvernement fédéral envers l’Ukraine doit elle-même déjà être qualifiée de radicale, destructrice et dangereuse. Certaines composantes de la CDU sont depuis longtemps favorables à la livraison des Taurus.
Mais il y a toujours plus destructeur, et les Verts assument ici – à l’instar d’un Roderich Kiesewetter par exemple – par leur radicalité particulière sur la question de la guerre, la fonctions de relativiser en comparaison le caractère déjà radical de la politique ukrainienne du gouvernement fédéral. La coalition Noir-Rouge peut alors prétendre: « Voyez, il existe des forces au Parlement qui sont encore plus irresponsables que nous ».
Et l’exigence qui veut que, 85 ans après l’agression allemande contre l’Union soviétique, des missiles allemands détruisent à nouveau des cibles en Russie est d’une telle irresponsabilité que les mots nous manquent pour dénoncer cette posture. À l’ancienne déclaration de Sahra Wagenknecht, selon laquelle les Verts seraient le parti le plus dangereux du Bundestag, les Verts viennent d’apporter une nouvelle confirmation.
19:52 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, bellicisme, allemagne, verts, missiles taurus, europe, affaires européennes |
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