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dimanche, 16 février 2020

Mondialisation : le combat perdu d’Emmanuel Macron

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Mondialisation : le combat perdu d’Emmanuel Macron

 
 
par Jean Goychman 
Ex: http://www.zejournal.mobi

L’Histoire de l’Humanité n’est jamais figée dans le temps. Le jeu des puissances à la surface de la planète ne s’arrête jamais. Le Monde tel qu’il est apparu à la fin de la seconde guerre mondiale, consacrant l’hyper-puissance des États-Unis d’Amérique est en train de s’estomper et laisse apparaître une nouvelle organisation géopolitique.

Les mondialistes n’ont plus d’avenir

Cette phrase, prononcée par Donald Trump aux Nations Unies l’an passé, en écho du discours qu’Emmanuel Macron venait de tenir, dans le cadre d’une réunion sur le climat, mérite qu’on l’examine. Le cadre était loin d’être neutre, il s’agissait d’un « Sommet Climat » terme consacré à ces grand’messes mondialistes organisées sous l’égide de l’ONU afin de nous rappeler que, comme le disait Simon Linett en 2008 « le réchauffement anthropique est un problème mondial qui ne peut se résoudre qu’au niveau d’un gouvernement mondial.. »

Cette mondialisation a une apparence : celle d’une sécurité et d’une prospérité mondiales qui résulteraient de la généralisation d’un libre-échange planétaire dans lequel il n’existerait plus de raison de déclencher des guerres, le bonheur des peuples étant assuré. Dans la réalité, il s’agissait surtout de donner le pouvoir à une « élite », seule capable aux yeux des promoteurs de cette idée, de diriger le monde en contrôlant les leviers essentiels.

Pour arriver dans ce « paradis terrestre », il fallait progressivement faire disparaître les frontières, mais aussi les peuples et leurs identités culturelles.

La seconde tentative

Après l’échec patent de la Société des Nations, définitivement acté au début de la seconde guerre mondiale, ayant montré que, du point de vue de cette élite, les peuples et surtout la démocratie qui leur donnait le pouvoir politique étaient des obstacles dont il fallait s’affranchir. Après la seconde guerre mondiale et les massacres des populations (y compris civiles) qu’elle avait engendrée, l’heure devenait propice pour installer un pouvoir mondial qui garantirait la paix. L’Organisation des Nations Unies était une première étape. Mais il fallait trouver une sorte « d’appartement témoin » qui ferait la démonstration in situ de ce que pourrait être le monde futur. Particulièrement touchée par deux guerres successives, la population européenne était particulièrement sensible et il suffisait de dénoncer le nationalisme comme responsable des guerres. Le raisonnement était simple. Le nationalisme cause la guerre, faisons disparaître les nations. C’est sur cette base fausse que les théoriciens de l’Europe « intégrée » jetèrent leur dévolu. Pour « enjamber » les nations européennes,  le fédéralisme était l’objectif final, mais nécessitait une approche progressive. Ce fut la « politique des petits pas » chère à Jean Monnet, qui préconisait de multiplier les associations dans tous les domaines des pays européens, et en particulier la France et L’Allemagne. Créée avec l’aide vigilante du Département d’État, l’Allemagne fédérale, composée de « landers » était devenue « facile à manier » pour ces projets, qui étaient tous autant de perte de souveraineté nationale. On assista alors à plusieirs tentatives telles que la création de la CED (défense européenne) ou encore la CECA (charbon et acier) et d’autres moins connues qui échouérent toutes, en raison de l’attachement du peuple français à sa souveraineté. Ce ne fut qu’en 1957, après une gestation difficile, que fut créé le « marché commun » par la signature du Traité de Rome en mars 1957.

De Gaulle entre en scène

En mai 1958, la IVème République vit ses derniers instants le Président Coty se résoud à faire appel « au plus illustre des Français » en appelant le Général de Gaulle. Au début, de Gaulle veut régler en priorité le problème algérien pour se retourner ensuite vers l’Europe ayant « les mains libres ».

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Dollar AMGOT (Allied Military Government of Occupied Territories )

De Gaulle, qui avait suivi de près la construction européenne, avait parfaitement discerné que le but final était une fédéralisation de l’Europe sous le contrôle de « l’ami américain »auquel il s’était opposé dès la Libération. Il avait notamment fait échouer la tentative américaine d’imposer le dollar « AMGOT » à la population française. Cependant, même si l’affaire algérienne est pour lui une priorité, il arrive avec un plan bien arrêté dans sa tête. Il veut doter au plus vite la France de l’arme nucléaire. Bien que lancé sous la IVème République, à laquelle il faut rendre cette justice, le programme nucléaire militaire n’était pas considéré avant de Gaulle comme une priorité. Ce dernier était informé des idées en matière de dissuasion, des réflexions du général Gallois, qui venait de passer en 2ème section. De Gaulle s’en inspira assez largement, cela me fut confirmé par Pierre Clostermann, qui voulût bien m’honorer de son amitié, et qui me raconta la genèse de la force de dissuasion française et les réunions auxquelles il avait assisté.

En 1960, à Reggane, eut lieu la première explosion nucléaire, mettant ainsi notre pays dans le club alors très fermé des pays disposant de l’arme atomique. Pour autant, et malgré les pressions innombrables qui s’exerçaient sur lui, de Gaulle refusa, contrairement aux Anglais, de donner les clés de la force nucléaire française aux Américains. Il justifia cette position en disant que le concept de la dissuasion nucléaire était basé sur une défense « tous azimuts » sans aucune exception. C’est cette position formelle qui a permis à la France d’occuper une place à part sur l’échiquier international en lui donnant une indépendance totale. C’est justement ce dont de Gaulle allait avoir besoin pour proposer, dans le Traité de l’Élysée signé en janvier 1963 par le chancelier Conrad Adenauer, à l ‘Allemagne la protection du bouclier nucléaire français. Il se trouvait alors en opposition frontale avec l’OTAN. La suite est connue, les députés allemands ont préféré la puissance militaire américaine.

La désindustrialisation

De Gaulle disparu, l’Angleterre entra dans l’Europe et fit pencher la balance vers le libéralisme débridé.

Crée en 1973, la « Commission Triatérale » est devenue un des relais majeurs de ce projet. Un article du Monde Diplomatique publié en novembre 2003 sous le titre « Pouvoirs opaques de la Trilatérale » est très explicite. Dans cette nouvelle organisation mondiale, destinée à affirmer la toute-puissance de la finance et des échanges commerciaux. Dans un cadre totalement déréglementé,  les grands perdants ne pouvaient être que les classes moyennes que le capitalisme industriel avait réussi à faire émerger dans les pays occidentaux. Les plus touchées par ces transferts industriels qui faisaient des pays émergents les nouveaux ateliers du monde – en raison de leurs coûts de fabrication  beaucoup plus faibles -, furent naturellement ces classes sociales. Peu enclines à la révolte, elles allaient se servir de leurs bulletins de vote pour manifester leur aversion et la crainte que leur inspirait ce système qui leur avait été imposé, souvent malgré elles.

Autant le capitalisme industrie était distributeur de richesses (Henry Ford construisait des voitures pour les vendre à ses ouvriers), autant le capitalisme financier est concentrateur de ces mêmes richesses dans un petit nombre des mains.

Le divorce et la montée du populisme.

Ce qui faisait la fortune des « élites » ruinait les classes plus « populaires » Les élites devinrent de moins en moins démocratiques et les peuples de plus en plus avides de souveraineté. Les élites mondialistes voulaient la fin des nations, alors que les peuples réclamaient leur protection. De partout, les partis populistes gagnèrent du terrain, élection après élection. En France, cela commença avec le traité destiné a promulguer une constitution européenne. Le score du référendum du 29 mai 2005 fut sans appel. Pourtant, la présence au second tour de l’élection présidentielle de 2002 de Jean Marie Le Pen aurait dû inciter la classe politique française gouvernante à y réfléchir. Sa réponse à l’époque a été de modifier la Constitution pour ne plus avoir à proposer de référendum. Pourtant, le peuple français croyait en l’avenir de l’Europe. Simplement, lorsqu’il pensait Europe, il pensait plutôt à la vision d’une Europe des nations et on se gardait bien de le détromper. Comme disait le cardinal de Retz : « on ne sort de l’ambiguïté qu’à son propre détriment » et il était plus confortable pour nos élites de conserver cette ambiguité. Mais la machine fédérale avançait. L’euro était en vigueur et, au delà des délocalisations d’usine, on vit arriver, autorisés par « l’espace Schengen » les premiers « travailleurs détachés » La crise financière de 2008 et son long cortège de mesures dites « d’austérité » ont suffi pour retirer à nos concitoyens les rares illusions qu’ils conservaient.

Ensuite, ce fut le Brexit, interminable affrontement entre une élite dirigeante acquise à la mondialisation et un peuple britannique qui, après l’avoir expérimenté, n’en voulait plus.

Le coup fatal à la mondialisation : Poutine, Trump et Xi-Jiping

Avec ces trois chefs d’État, est réapparu un système que les mondialistes croyaient avoir éradiqué, celui des intérêts nationaux.Poutine a, le premier, dit clairement qu’il défendrait les intérêts de la Russie et a agi dans ce sens. Trump ne se cache pas de son engouement pour la « doctrine de Monroe » et le retour à l’isolationisme américain. Quant à Xi Jimping, son discours de Davos de 2018 est on ne peut plus clair. En 2049, cent après la révolution communiste chinoise, la Chine sera la première puissance économique et militaire de la planète. On voit donc parfaitement ce qui a justifié le propos de Donald Trump cité au second paragraphe.

La riposte de Emmanuel Macron

Apparemment, notre président se refuse à enterrer la mondialisation. Son idée, qu’il est pratiquement le seul à défendre encore, est celle de l’intégration européenne. Dans son discours devant la dernière promotion de l’École de Guerre, il se félicite de la réduction de notre force de dissuasion nucléaire. Or, le principe élémentaire qui soutend la dissuasion est que, pour être efficace, elle se doive d’être dissuasive. Sa réduction semble donc plutôt contre-productive.

Ensuite, il envisage de s’associer avec d’autres pays européens pour élargir cette force de dissuasion.

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Le Charles de Gaulle et le sous-marin nucléaire Saphir en rade de Toulon en 2004

PATRICK GARDIN/ASSOCIATED PRESS

«Soyons clairs : si une négociation et un traité plus larges (sont) possibles, nous le souhaitons […]. Les Européens doivent être parties prenantes et signataires du prochain traité car il s’agit de notre sol»

Or, ce qu’oublie Emmanuel Macron, c’est qu’une telle décision, qui engage les intérêts vitaux de notre pays, (puisqu’il s’agit de notre défense nationale) ne peut-être décidée par lui seul. Elle concerne l’ensemble du peuple Français, dont le consentement ne peut-être obtenu sans recours à un référendum. Évidemment, il faudrait renégocier certains traités, mais on peut s’attendre, (contrairement au vote du Bundestag de juin 1963 sur le traité de Paris) que les Allemands soient tout à fait d’accord. Dans le climat social actuel, il est quasi-certain que le peuple français répondrait « non » à un tel référendum. Un passage « en force » risque également d’être périlleux et certaines voix se sont d’ores et déjà mobilisées contre ce projet. Notre président devrait pourtant savoir qu’une force dite « de dissuasion », ne peut se concevoir que dans le cadre de la défense d’une nation souveraine qui serait menacée par une puissance étrangère. L’Europe n’étant pas une nation, on ne voit pas qui pourrait menacer l’Europe en tant que telle. La souveraineté européenne n’existe pas, pas plus d’ailleurs que le peuple européen. Pourquoi vouloir à tout prix pousser les feux d’une mondialisation moribonde en allant à marche forcée vers une intégration européenne qui ne peut se faire aujourd’hui qu’à l’encontre de nos intérêts nationaux ?

Encore une fois, Emmanuel Macron devrait méditer  les deux phrases suivantes du général de Gaulle :

«  La seule réalité internationale, ce sont les nations » et « Il n’est pire déformation de l’esprit que de voir les choses non pas telles qu’elles sont mais telles que l’on voudrait qu’elles soient »


- Source : RI

Les recettes néolibérales pour écraser les peuples

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Les recettes néolibérales pour écraser les peuples

Par Nicolas Bonnal

Irak, Iran, Syrie… ubi solitudinem faciunt, pacem appellant – Le bilan mondial occidental résumé par Tacite au temps des bretons : Rafler, massacrer, saccager, c’est ce qu’ils appellent à tort asseoir leur pouvoir. Font-ils d’une terre un désert (ubi solitudinem faciunt) ? Ils diront qu’ils la pacifient (pacem appellant). Actuel, non ?

Raptores orbis, postquam cuncta vastantibus defuere terrae, et mare scrutantur: si locuples hostis est, avari; si pauper, ambitiosi: quos non Oriens, non Occidens, satiaverit. Soli omnium opes atque inopiam pari affectu concupiscunt. Auferre, trucidare, rapere, falsis nominibus imperium; atque, ubi solitudinem faciunt, pacem appellant.

Ces Romains, qui veulent tout, ne trouvent plus de terre à ruiner. Alors, c’est la mer qu’ils fouillent ! Riche, leur ennemi déchaîne leur cupidité, pauvre, il subit leur tyrannie. L’Orient, pas plus que l’Occident, n’a calmé leurs appétits. Ils sont les seuls au monde qui convoitent avec la même passion les terres d’abondance et d’indigence. 7. Rafler, massacrer, saccager, c’est ce qu’ils appellent à tort asseoir leur pouvoir. Font-ils d’une terre un désert ? Ils diront qu’ils la pacifient.

Agricola, XXX, discours du rebelle breton Calgacus.

Certains trouvent que le peuple réagit en France, je trouve moi qu’il réagit peu. C’est du congelé (frozen conflict), dixit la subtile Caitlin Johnstone, qui espérait encore l’an dernier une énième révolution 2.0. Une jacquerie n’est pas une révolution, pas même une rébellion, et elle renforce le pouvoir.

La gauche sociale a disparu, les minoritaires partis populistes sont infiltrés, sous contrôle, tous adorateurs de l’OTAN (voyez Manlio Dinucci). Depuis Thatcher, comme je l’ai montré dans ma Lettre ouverte à la vieille race blanche, le système autoritaire-libéral n’a fait que se renforcer (cruauté, incontestabilité, tartuferie). Et à chaque fois nous avons moins réagi. En France dans le pire des cas on pourrait remplacer l’actuel pion de cour par un autre pion – une pionne – et le tour serait joué. Le système occidental fonctionne, et tout le monde se soumet benoîtement  au modèle américain promu sous Reagan : la révolution conservatrice décrite par Sorman dans les années 80 a très bien marché. La fortune et la morale pour les oligarques ;  la pauvreté, la précarité et les insultes (« raciste, fasciste, inadapté, antisémite, violent, macho », etc.) pour le bon peuple. Monsieur LVMH est ainsi plus riche que dix millions de Français, et il leur fait la morale avec sa presse et ses rebelles défilés de mode.

Il y a dix ans, Lucien Cerise disait déjà :

« L’oligarchie occidentale ne craint qu’une chose : que les peuples qu’elle est en train de martyriser, à commencer par les Grecs et à suivre par nous, se tournent vers des pays non-occidentaux pour y trouver du soutien, d’abord moral et plus si affinités. L’oligarchie craint par-dessus tout que l’on puisse comparer les systèmes de société et que cela soit en défaveur du système dans lequel elle veut nous faire rester. Elle veut que nous aimions notre cage et nous inoculer le syndrome de Stockholm afin que nous aimions notre bourreau. À cette fin, les pays non-occidentaux sont décrits dans les médias comme  » autoritaires « , ou pires encore, des horribles dictatures, où les gens sont malheureux, persécutés, assassinés, les élections truquées, etc. »

arton24817-c4dc0.jpgLucien appelait à une saine réaction populaire, comme disait Pie X dans les prédictions qu’on lui prête. Mais tout cela a fait long feu et les sondages donnent Macron vainqueur aux prochaines élections… Ou Sarkozy. On continuera de tonner contre (Flaubert) puis on fera la queue devant Picard, McDonald,  ou chez le marchand d’or.

Dix ans après, Trump a trahi, la Russie est toujours aussi isolée et sanctionnée, et la Chine est considérée comme un tiers-monde incapable de gérer sa crise médicale. Syrie, Irak, Iran sont ruinés, comme le Venezuela. Les peuples de ces pays-cibles vivent un martyre économique, comme jadis les irakiens, et ceux qui cliquent en leur faveur ne font pas le moindre geste pour les soulager. Les USA peuvent imposer n’importe quoi à l’Europe, et tous les leaders humanitaires, les féminins et les efféminés, sont contents. On a eu une hausse dantesque du coût du logement, trois millions de migrants, des attentats irréels, Notre-Dame, une dizaine de guerres et on a voté pour qui l’on sait en France avec les conséquences mutilantes que l’on sait. Que fabriquent nos grands militants, nos grands révoltés ?

Cerise dressait un tableau déjà triste :

« Balayons devant notre porte et ne cessons jamais de rappeler la triste réalité de l’Occident atlantiste : dictature des banques, démocratie virtuelle, référendums annulés et scrutins trafiqués par diverses méthodes, fiction totale de la  » menace terroriste  » ici, mais soutien au terrorisme ailleurs, kidnappings de milliers d’innocents dans des prisons plus ou moins secrètes où on les torture en douce, épidémies de dépressions, de cancers, de divorces et d’enfants obèses ou hyperactifs, etc. Le multiculturalisme, qui permet de comparer les codes culturels, donc de les critiquer, est l’ennemi frontal de l’oligarchie occidentale car il ouvre sur autre chose que son modèle unique de société ; raison pour laquelle cette oligarchie essaie de remplacer le multiculturalisme et la pluralité des nations souveraines par un seul monde sans frontières où règnerait la monoculture occidentale libérale-libertaire. »

Depuis, on a touché le fond (voyez ce pape ou le déclin arabo-musulman…), et on a creusé encore. La crise de la dette mitonnée par l’élite achèvera de nous mettre au pas. On prendra sur ce qui reste de retraite ou d’épargne pour sauver ce système menacé qui ne fait que se renforcer….

Il faudrait comprendre enfin notre manque de réaction face aux réformes néolibérales et aux razzias écologiques de mille milliards et plus : la vérité simple c’est qu’il faut affamer le peuple, l’abrutir, et le rouer de coups, car dès qu’on lui donne à manger et à voter, il en veut plus. La logique néolibérale vise à de nouveau priver le peuple de tout, même d’air et d’eau (réservés aux riches), pour qu’il ne puisse plus râler.

517P4roYlcL._SX210_.jpgVilliers-de L’Isle-Adam le disait déjà dans ses Contes cruels : « le premier des bienfaits dont nous soyons, positivement, redevables à la Science, est d’avoir placé les choses simples essentielles et « naturelles » de la vie HORS DE LA PORTEE DES PAUVRES. »

Eau, air, logement, travail rétribué, mais aussi bagnole ou liberté : le peuple apprend partout à se passer de tout.

Tout cela était expliqué en 2010 dans ma Lettre ouverte (Editions de Maule, à télécharger gratuitement), bien avant l’actuel résident. Je rappelais que les derniers à résister étaient les « privilégiés », les fonctionnaires en l’occurrence, et ce depuis les années Juppé. Et qu’artisans et paysans avaient depuis longtemps été soumis et anéantis, eux qui résistaient encore du temps du maudit Poujade, quand on ne les avait pas encore ruinés et sidérés. La programmation d’une société désindustrialisée de termites et de serviteurs (servus, l’esclave), asexués arrive à bon terme sous Philippe-Juppé-bis. Reconnaissons que la réaction populaire est insignifiante comparée à celle de novembre 1995.

Le système n’a plus peur du peuple, c’est lui qui fait peur au peuple. Imposer une marionnette embrouillée dans ses fils comme Trump n’a fait que renforcer les maîtres. A coups de migrants, de transition énergétique, de sexophobie orwellienne et de manip’ médiatique en boucle, on vient à bout d’une résistance qui se limite à cliquer, elle qui a perdu tout  « pouvoir tellurique ». C’est Carl Schmitt qui parlait de cette résistance tellurique perdue partout. Voyez ce que deviennent les boliviens ou les vietnamiens qui vont bosser masqués (pollution…) pour Gap.

C’est le triomphe de la guerre hybride et des bombardements culturels qui justifie le reflux militaire américain. La guerre n’est plus nécessaire.

Deux citations de Nietzsche et Tocqueville pour expliquer ce qui se passe. Pourquoi le peuple résistait, pourquoi il ne résiste plus ; pourquoi il se résigne.                                                                                                                      

Nietzsche écrit dans Volonté de puissance (§ 154) :

« A l’arrière-plan de ces débordements, il y a l’explosion d’une répugnance concentrée contre les  » maîtres « , l’instinct profond du bonheur qu’il y aurait rien qu’à se sentir libéré d’une si longue oppression… (C’est généralement le symptôme que les couches inférieures ont été traitées avec trop d’humanité, qu’elles commencent déjà à sentir sur la langue le goût d’un bonheur qui leur est interdit… Ce n’est pas la faim qui engendre les révolutions, c’est le fait que chez le peuple l’appétit vient en mangeant…) »

715-luYXq9L._AC_SY445_.jpgCela c’est quelque chose que les leaders de Davos appliquent. Pas d’humanitarisme, privons le peuple et il se calmera. Il ne s’agit pas de donner plus, comme au cours des Trente Glorieuses, quand on avait une U.R.S.S. un peu plus convaincante que la Russie miniature de Poutine, des syndicats marxistes et des partis communistes. Car si on lui donne, il demandera plus. Faisons-lui peur avec la dette, le climat, le machisme, les attentats, il se soumettra. Trottinette/bicyclette, jeûne et smartphone au programme. Dix mètres carrés pour mille euros. Voyez le film Marie-Francine, de Valérie Lemercier, qui a très bien compris tout cela. Quatre ans plus tard le mouvement social se contente d’empuantir un peu plus Paris, avec sa grève des éboueurs qui ne débouche sur rien.

Tocqueville confirme Nietzsche, dans l’Ancien régime et la révolution (livre troisième, chapitre IV). Le peuple peut exploser dans certains cas, ce qui a contrario prouve qu’il ne réagissait pas dans d’autres :

« Nulle part, au contraire, l’ancien régime ne s’était mieux conservé que le long de la Loire, vers son embouchure, dans les marécages du Poitou et dans les landes de la Bretagne. C’est précisément là que s’alluma et se nourrit le feu de la guerre civile et qu’on résista le plus violemment et le plus longtemps à la Révolution ; de telle sorte qu’on dirait que les Français ont trouvé leur position d’autant plus insupportable qu’elle devenait meilleure. »

En ce moment c’est l’inverse ; les Français trouvent leur position d’autant plus supportable qu’elle devient pire. Ceux qui réagissent fuient sans demander leur compte. Les rares qui râlent dans la rue ne font reculer personne. C’est devenu la Bolivie… 

Tocqueville (Soljenitsyne confirmera avec le tsarisme) ajoute que le régime devenu trop suave et gentil se fait exterminer. A contrario encore celui qui devient dictatorial est encensé, surtout en France où le bourgeois, le catho comme le retraité, adore traditionnellement la poigne, le képi.

Tocqueville, toujours dans son trop oublié Ancien Régime rappelle que le régime de Louis XIV pouvait commettre n’importe quelle monstruosité alors que l’on ne passa rien au mari de Marie-Antoinette :

« Une telle vue étonne ; l’histoire est toute remplie de pareils spectacles. Ce n’est pas toujours en allant de mal en pis que l’on tombe en révolution. Il arrive le plus souvent qu’un peuple qui avait supporté sans se plaindre, et comme s’il ne les sentait pas, les lois les plus accablantes, les rejette violemment dès que le poids s’en allège. Le régime qu’une révolution détruit vaut presque toujours mieux que celui qui l’avait immédiatement précédé, et l’expérience apprend que le moment le plus dangereux pour un mauvais gouvernement est d’ordinaire celui où il commence à se réformer. Il n’y a qu’un grand génie qui puisse sauver un prince qui entreprend de soulager ses sujets après une oppression longue. Le Mal qu’on souffrait patiemment comme inévitable semble insupportable dès qu’on conçoit l’idée de s’y soustraire. Tout ce qu’on ôte alors des abus semble mieux découvrir ce qui en reste et en rend le sentiment plus cuisant : le mal est devenu moindre, il est vrai, mais la sensibilité est plus vive. La féodalité dans toute sa puissance n’avait pas inspiré aux Français autant de haine qu’au moment où elle allait disparaître. Les plus petits coups de l’arbitraire de Louis XVI paraissaient plus difficiles à supporter que tout le despotisme de Louis XIV. Le court emprisonnement de Beaumarchais produisit plus d’émotion dans Paris que les Dragonnades. »

Je ne sais plus quel libertarien disait que tout va bien quand l’Etat a peur de ses citoyens, et pas les citoyens de l’Etat ; nous n’y sommes pas, et la conséquence de tout cela n’est pas la révolte mais la soumission aux bras armés du néolibéralisme étatisé. Je ne répéterai pas la phrase de Céline sur les Français parfaitement enthousiastes à la veille de la plus grosse raclée de leur histoire. Je citerai la chanson de Boris Vian plutôt : « ils cassent le monde… Il en reste assez pour moi. »

NICOLAS BONNAL

Sources :

  • Nietzsche – Volonté de puissance
  • Tocqueville – L’Ancien régime et la révolution
  • Guy Sorman – La révolution conservatrice américaine

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L’écologie vue de droite

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L’écologie vue de droite

William de Vere

Quelles que soient ses associations contemporaines, la demeure naturelle de l’écologie politique se trouve à droite – pas la fausse droite associée au Parti Républicain en Amérique, bien sûr, dont le conservatisme n’est guère plus qu’un attachement désespéré et autodestructeur aux principes libéraux des Lumières, mais ce que Julius Evola appelait la Vraie Droite : l’éternelle dévotion pour l’ordre, la hiérarchie et la justice, impliquant une hostilité implacable envers les principes anarchiques et désintégrants de l’âge moderne.

Cependant, si un engagement pour l’intégrité écologique a longtemps été un pilier de la droite européenne, aux Etats-Unis cela est typiquement considéré comme une planche de la plateforme politique progressiste – une partie de sa proposition préemballée d’ouverture des frontières, de redistribution économique, et d’individualisme amoral. L’absence de tout large consensus de droite sur les questions environnementales dans ce pays est partiellement due au fait que notre principal parti conservateur, une coalition tendue de fondamentalistes protestants et d’oligarques néolibéraux, s’est révélé incapable (ou non-désireux) de réellement conserver la plupart des vestiges de la société traditionnelle. Cela inclut la pureté, la totalité, et l’intégrité de notre terre natale, qui constitue une partie significative de l’héritage national américain. Articuler une approche de droite de l’écologie tout en dénonçant sa subversion par la gauche politique reste donc une tâche nécessaire, due à ses connotations invariablement progressistes dans ce pays.

Mon argumentation pour la place essentielle de l’écologie dans tout programme de Restauration Américaine, ainsi que mes idées concernant la forme qu’elle devrait prendre, différera nettement des autres approches « conservatrices » bien connues. Elle n’est pas fondée simplement sur notre devoir de conserver sagement les ressources naturelles pour un futur usage humain, ni sur le pouvoir de restauration de la beauté naturelle et de la récréation, et elle n’est pas non plus un engagement patriotique pour préserver l’héritage de notre pays natal. Ceux-ci ont leur place, mais sont subordonnés au principe ultime de l’écologie bien comprise : que le monde naturel et ses lois sont une expression primordiale de l’ordre cosmique et méritent donc notre respect. Ressaisir l’attitude métaphysique et éthique du monde traditionnel, et restaurer une société en accord avec lui, demande donc une défense de l’ordre naturel contre ceux qui chercheraient à le subvertir.

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Pour commencer, il faut distinguer entre les variantes de droite et de gauche de l’écologie politique, qui diffèrent si grandement dans leurs fondements métaphysiques et leurs ramifications politiques qu’elles constituent deux approches complètement séparées de la préservation écologique.

L’écologie gauchiste ou progressiste est essentiellement une excroissance des idéaux des Lumières de liberté et d’égalitarisme, étendus au monde naturel. L’écologie progressiste se présente sous deux apparences. La plus connue est la version d’élite, technocratique et internationaliste associée aux Verts européens, au Parti Démocrate américain, et à une myriade d’ONG, d’agences internationales et de célébrités sur tout le globe. Lorsqu’elle est sincère (et pas simplement un moyen d’obtenir du pouvoir ou une croix pour y crucifier les Blancs mâles hostiles à l’écologie), cette variante d’écologie progressiste place ses espoirs dans l’énergie propre, les accords internationaux, le développement durable, et l’aide humanitaire comme moyens nécessaires pour inaugurer une société écologiquement saine. Sa cause symbolique est le réchauffement global, une faute qui est attribuée presque exclusivement au monde développé et qui peut être vaincue par des réglementations pénalisant ces nations pour leurs péchés historiques.

Cover-for-Direct-Action-Manual-655x1024.jpgL’autre version est plus ouvertement radicale dans ses prescriptions politiques, et pourrait être comprise comme le bras écologique de la Nouvelle Gauche. Elle trouve son armée parmi les adhérents des mouvements post-1980 « Earth First ! » et des Fronts de Libération de la Terre ou des Animaux, ainsi que parmi les anarchistes verts, les anarcho-primitivistes et les éco-féministes ; ses tactiques sont les manifestations de masse, la désobéissance civile, et les actes mineurs de sabotage qui sont parfois qualifiés d’« éco-terrorisme ». Les activistes souscrivant à ces vues tendent à rejeter complètement la civilisation, et travaillent à combattre ses nombreux maux – hiérarchie, racisme, patriarcat, spécisme, homophobie, transphobie, les classes, l’étatisme, le fascisme, privilège blanc, capitalisme industriel, et ainsi de suite – pour mettre fin à l’exploitation et à l’oppression de toute vie sur Terre. « Libération totale » est leur cri de ralliement. Bien que s’inspirant du primitivisme romantique et du Transcendantalisme de la Nouvelle-Angleterre, les fondements philosophiques de l’écologie gauchiste peuvent être retrouvés plus directement dans la contre-culture des années 60, la critique de la théorie des races, le féminisme, et les mouvements pour la paix et les droits civiques.

En dépit de leur engagement ostensible en faveur de la préservation naturelle, les deux variantes de l’écologie gauchiste (pour des raisons discutées plus loin) se résument finalement à une fixation sur la « justice environnementale » et l’humanitarisme facile, et sont dépourvues des traits d’une vision-du-monde écologique véritablement holistique et intégrale. Cependant, en dépit de la nature apparemment monolithique de l’environnementalisme américain, la compréhension progressiste de l’écologie n’est pas la seule à prendre racine dans ce pays.

Pour beaucoup de ses premiers prophètes, comme les poètes romantiques et les transcendantalistes de Nouvelle-Angleterre, ainsi que les philosophes de la nature du XIXe siècle et les défenseurs de la vie sauvage, le mysticisme de la nature était l’expression contemporaine d’une doctrine primordiale, une doctrine qui met l’accent sur l’ordre naturel et sur une dévotion à des forces qui transcendant l’humanité. Pour les hommes de l’Occident, cette ancienne doctrine et sa compréhension du cosmos sont exprimées, symboliquement et théoriquement, dans les religions indo-européennes traditionnelles et leurs ramifications philosophiques.

D’après certains défenseurs de cette tradition, si l’homme primordial – avec son accès direct à la réalité divine – a pu posséder cette sagesse dans son entièreté, quand l’humanité chuta de son état primordial, ces anciennes connaissances passèrent dans la mémoire lointaine. On en trouve un vague écho dans les doctrines religieuses traditionnelles du monde antique, comme les anciens paganismes européens, l’hindouisme védique, et le premier bouddhisme. Des traces philosophiques de cette ancienne sagesse peuvent aussi être discernées dans la métaphysique des pythagoriciens, des néoplatoniciens et des stoïciens.

Si certains courants du christianisme ont mis l’accent sur une conception strictement dualiste et antinaturelle du cosmos, ce n’est pas la seule vision ni même la vision prédominante. Les théologiens et les mystiques chrétiens plus ésotériques (très souvent des Européens influencés par leur panthéisme ou leur néoplatonisme ancestral) ont aussi regardé le monde naturel comme le déploiement d’une réalité divine, comme cela est exprimé dans la théologie du mysticisme franciscain et rhénan, ainsi que dans l’hermétisme chrétien de la Renaissance.

51y9ZYpQKDL.jpgFinalement, pour s’opposer au développement du libéralisme des Lumières, du socialisme, du matérialisme scientifique et de l’industrialisme dans l’époque moderne, le romantisme et l’idéalisme allemand offrirent une nouvelle expression artistique et philosophique de l’ancienne vision-du-monde holistique, qui trouva plus tard son expression la plus radicale dans l’anti-anthropocentrisme de Nietzsche, Heidegger, and Robinson Jeffers.

Bien sûr ce serait une exagération de prétendre que tous ces penseurs étaient des proto-écologistes ou même, d’ailleurs, préoccupés de la préservation de la nature sauvage. L’important est plutôt de comprendre qu’ils proposent tous, dans des langages et des concepts adaptés à des cultures et des époques différentes, une manière particulière d’approcher une vérité primordiale : que le cosmos est un tout organique interconnecté, un ordre naturel qui demande notre soumission.

L’orientation métaphysique fondamentale du monde traditionnel, et donc de la Vraie Droite, pourrait être techniquement décrite comme un « émanationnisme panenthéiste ». Dit simplement, il y a une réalité ultime, un fond silencieux qui contient et transcende tout ce qui est, qui est connu sous le nom de Dieu, Brahman, Absolu, Tao, Un, ou Etre. Tout ce qui existe est un déploiement ou une émanation de cette unité primordiale, des plus hautes déités et des anges jusqu’aux éléments matériels dans les boyaux de la Terre. S’il y a une hiérarchie de l’être, tout ce qui existe a une dignité dans la mesure où cela participe à ce déploiement divin. Tout dans le cosmos est une émanation de cette réalité transcendante, incluant toutes les choses sur la Terre et dans le Ciel : les animaux, les plantes, les montagnes, les fleuves et les mers, et les rythmes du temps, ainsi que les processus biologiques, chimiques et écosystémiques qui leur donnent ordre et être.

Cela inclut la race humaine, qui occupe une position unique dans la hiérarchie cosmique. Dans l’unité primordiale, le vêtement sans coutures qui reliait toutes les autres créatures connues dans leur allégeance sans faille à la loi naturelle, la conscience humaine naquit. Bien que partageant la forme matérielle des autres animaux et des ordres « inférieurs » de la création, l’humanité possède aussi la raison et la volonté propre, introduisant la multiplicité dans l’unité divine. Nous nous trouvons entre la Terre et le Ciel, en quelque sorte.

D’une part, cela nous rend capables de transcender les limitations du monde matériel et d’obtenir un aperçu dans les niveaux supérieurs de l’être, fonctionnant ainsi comme un aspect de « la nature réfléchissant sur elle-même ». De la même manière, unique parmi les autres émanations connues du Divin, nous sommes capables d’agir par notre volonté propre, violant la loi naturelle et nous plaçant nous-mêmes ainsi que notre intelligence comme des rivaux de l’Absolu. De plus, étant donné notre volonté propre, nos désirs artificiels, et nos moyens artificiels efficaces pour les obtenir, les humains ne peuvent pas en bonne conscience poursuivre les fins purement naturelles de la propagation, de l’hédonisme et de la survie à tout prix. Pour vraiment accomplir sa nature, pour se réintégrer dans cette unité primordiale dont il est actuellement aliéné, l’homme doit transcender ce qui est simplement humain et accorder sa volonté avec celle de l’Absolu. Certains humains sont capables d’approcher cet état : ce sont les aristocrates naturels, les arhats, les saints, les Übermenschen.

260px-Савитри_Деви.jpgBien sûr, étant donné notre nature défectueuse et déchue, la plupart des humains resteront attachés à leur volonté propre et à leurs intérêts matériels. Ainsi, alors que la religion de l’égalitarisme propose un anthropocentrisme fondamental par lequel tous les humains sont égaux simplement du fait qu’ils sont humains, dans la doctrine traditionnelle cela est nié par le fait de l’inégalité humaine. Comme l’a observé Savitri Devi, un beau lion a plus de valeur qu’un humain dégénéré, étant donné la plus grande conformité du lion vis-à-vis de l’ordre naturel et de l’Eidos divin. Pour cette raison, la métaphysique traditionnelle aussi bien qu’une écologie vue de droite requièrent le rejet de l’humanitarisme sentimental de la gauche moderne, d’après lequel chaque vie humaine (ou même chaque vie non-humaine, dans le cas des droits des animaux) a une valeur égale.

Une implication additionnelle de cette vision est que, les humains étant inégaux dans leur capacité à approcher le divin et à exercer le pouvoir d’une manière juste, les arrangements sociaux doivent assurer le règne du type supérieur. C’est l’essence de la structure sociale indo-européenne tripartite ; le système de castes du prêtre, du guerrier, et du marchand/artisan qui formait la base des sociétés traditionnelles. La régression des castes caractéristique du monde moderne, l’effondrement de toutes les structures sociales traditionnelles et la consécration du règne démocratique ne signifient pas vraiment que nous bénéficions d’un auto-gouvernement. Cela signifie simplement qu’au lieu d’être gouvernés par des valeurs cléricales (spirituelles) ou royales (nobles), nous sommes gouvernés au mieux par des valeurs bourgeoises (économiques) ou au pire plébéiennes (anarchiques). Les valeurs du bourgeois et du plébéien sont invariablement orientées vers le confort, le plaisir et la possession, plutôt que vers la transcendance ou l’honneur. L’organisation tripartite est donc nécessaire pour contrôler les impulsions les plus profanes et les plus destructives de l’humanité contre elle-même et contre le monde naturel.

Le corollaire de cette attitude est une suspicion envers les fondements philosophiques de la modernité tardive, avec son réductionnisme débridé, son atomisme, et sa vision purement instrumentale de l’homme. D’autres implications sociopolitiques s’ensuivent.

L’écologie de droite implique un rejet de l’économie marxiste-communiste et de l’économie néolibérale, la première pour son nivellement égalitaire et les deux pour leur réduction de l’homme à un être purement économique. En plus de sa toxicité pour l’esprit humain, cette tyrannie de l’économie conduit les humains à regarder le monde non comme le vêtement de Dieu mais comme une simple réserve, une collection de ressources pour la satisfaction des désirs humains.

Tout en défendant la technologie qui améliore vraiment la vie humaine et minimise l’impact humain sur les autres espèces, l’écologiste de droite rejette la technologie qui encourage la laideur, l’hédonisme, la faiblesse et la destruction irresponsable.

Tout en comprenant l’importance des villes comme centres de culture et de commerce, l’écologiste de droite préfère la cité fortifiée italienne, en harmonie avec l’environnement, avec une cathédrale en son centre, à la métropole moderniste inhumaine ou à la banlieue bétonnée.

Cette écologie implique aussi une opposition à la croissance excessive de la population humaine, qui menace la solitude spirituelle, la beauté de la vie sauvage, et l’espace nécessaire pour la continuation de la spéciation. La qualité et la quantité sont mutuellement exclusives.

Additionnellement, contrairement à l’accusation de « totalitarisme » souvent employée contre elle, la Vraie Droite croit que la différence et la variété sont un cadeau de Dieu. Au lieu de voir cela comme un impératif catégorique d’apporter autant de diversité que possible dans un endroit donné, la droite cherche à préserver les différences culturelles, ethniques et raciales. Elle doit donc chercher aussi à préserver les différents écosystèmes et espèces du monde, ainsi que la diversité humaine des races et des cultures, contre la destruction irresponsable par des acteurs humains (les catastrophes naturelles inévitables sont une autre question). A mesure que le monde de l’humanité sombre dans une plus grande corruption, le monde naturel demeure comme un reflet des valeurs supérieures éternelles, un tout unifié se déployant en accord avec l’ordre divin.

Une objection possible doit être discutée. Toutes les croyances indo-européennes, et en fait la plupart des doctrines traditionnelles sur le monde, postulent une fin inévitable à ce monde. Que cela prenne le nom d’Age de Fer, de Seconde Venue, d’Age du Loup, ou de Kali Yuga, la plupart enseignent que ce cycle cosmique doit finir pour faire place à un nouveau cycle. Cela implique généralement la destruction de la Terre et de tout ce qui s’y trouve. Comment cela peut-il être réconcilié avec une écologie de droite, qui postule le devoir de préserver ces vestiges de la nature vierge qui reflète le mieux l’ordre divin ? Quel est donc l’intérêt, si tout cela est destiné à être détruit de toute façon ?

Avant tout, ce scénario apocalyptique est aussi un dogme de la science moderne, inévitablement impliqué par sa théorie de l’évolution cosmique. Si ce n’est pas par la folie humaine, la vie sur Terre sera détruite par l’expansion du Soleil ou par le refroidissement de l’univers. La différence est que l’écologiste progressiste n’a aucune raison impérieuse et objective de préserver ce qui est pur et authentique dans la nature au-delà de son goût personnel ; aucune échappatoire, en fait, devant les griffes de la subjectivité complète et du nihilisme. C’est pourquoi l’écologie progressiste se résume typiquement à un souci pour la justice sociale, quand elle n’est pas simplement une préférence personnelle pour une belle mise en scène ou des opportunités de récréation en plein air.

A-3638849-1389612017-5305.jpeg.jpgPour l’écologiste de droite, cependant, la fin de toutes les choses humaines n’est pas un argument pour ne pas vivre avec honneur et combattre sans passion contre les forces de désintégration et de chaos. L’Homme contre le Temps peut, sur le long terme, être voué à échouer dans ses entreprises terrestres, mais cela ne diminue pas sa résolution. C’est parce qu’il agit avec le sens du détachement noble – le karma yoga de la Bhagavad Gita, le wou-wei de Lao-Tseu, ou l’Abgeschiedenheit de Maître Eckhart – par lequel l’action découle de la pureté de son être et de son rôle dans le cosmos plutôt que d’un calcul utilitaire ou d’un effort volontaire. Soutenir l’ordre naturel demande de défendre ses expressions les plus pures : le saint, l’innocent et le noble parmi l’humanité, ainsi que les arbres et les loups et les rochers qui étaient là avant nous, qui respectent dans une harmonie inconsciente l’ordre cosmique auquel l’homme peut seulement aspirer.

Dans son engagement à vivre en conformité avec l’ordre naturel et à le maintenir contre l’arrogance de l’homme moderne, l’écologiste de droite accepte le rôle de la violence détachée. La plupart de la rhétorique environnementaliste que l’on entend aujourd’hui est formulée dans le verbiage mou du gauchisme contemporain : droits, égalité, anti-oppression, « éthique du soin », etc. En plus de son fort penchant métaphysique, l’écologie de droite offre aussi une écologie plus virile, une croyance de fer qui dédaigne la technologisation et la surpopulation du monde parce que cela conduit à la diminution de toute vie ; qui respecte les lois de fer de la nature, du sang et du sacrifice, de l’ordre et de la hiérarchie ; et qui méprise l’hybris humain à cause de sa petitesse. C’est une écologie qui aime le loup, l’ours, le guerrier, ainsi que l’orage et le feu de forêt, pour le rôle qu’ils jouent dans le maintien de l’ordre naturel ; qui veut conserver de larges parties de la Terre sauvage et libre, qui ne peut pas supporter de la voir rationalisée, mécanisée et domestiquée. C’est une écologie qui méprise la mollesse, la facilité, le sentimentalisme, et la faiblesse.

L’écologiste de droite sait que « la vie en accord avec la nature » n’est pas une idylle rousseauiste ou un impératif néo-branché de « tout laisser aller », mais qui demande du stoïcisme, de la dureté, et la conformité envers un millier de lois dures pour la recherche de la force et de la beauté. C’est une religiosité virile, une ascèse de l’action plutôt qu’un simple salut personnel ou une extinction.

Vue sous cet angle, l’écologie est un trait nécessaire pour la restauration de la société traditionnelle. Par « traditionnelle » nous ne voulons pas parler des valeurs familiales de l’économie de marché, du fanatisme fondamentaliste bruyant que le terme implique dans l’Amérique du XXIe siècle, mais plutôt d’une attitude qui est fondée sur l’ordre divin et naturel, qui dicte que toutes les choses doivent être à leur place. Concernant l’homme et la nature, cela signifie que l’humanité doit reconnaître sa place dans l’ordre cosmique et son rôle de gardienne consciente du tout, plutôt que de se voir comme un seigneur tyrannique. Cela demande la sagesse et l’introspection nécessaires pour comprendre notre rôle dans le plan divin et pour bien accomplir nos devoirs. Cela demande de l’authenticité, de reconnaître le sol culturel et historique dont nous sommes sortis, et de préserver les traditions et la mémoire de nos ancêtres. Ce respect envers l’ordre cosmique demande de respecter sa manifestation dans les rochers, les arbres et le ciel, dont la beauté et le pouvoir servent continuellement à nous rappeler la sagesse transcendante de l’ensemble.

Une esquisse antérieure de cet essai a été publiée dans Social Matter Magazine.

Source: http://www.counter-currents.com

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Hegemon américain: le chant des sirènes

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Hegemon américain: le chant des sirènes

 
 
par Pepe Escobar
Ex: http://www.zejournal.mobi

Une grande partie de l’Occident libéral considère l’interprétation américaine de la civilisation comme une sorte de loi immuable de la nature. Mais, et si cette interprétation était au bord d’une rupture irréparable ?

Michael Vlahos a exposé que les États-Unis ne sont pas un simple État-nation mais un « leader de système » (un "hegemon") – « une puissance civilisationnelle comme Rome, Byzance et l’Empire ottoman ». Et, faut-il ajouter, la Chine – qu’il n’a pas mentionnée. Un leader de système est « un cadre identitaire universaliste lié à un État. Cette position est utile car les États-Unis possèdent clairement ce cadre identitaire aujourd’hui ».

414CnrU9NyL._SX313_BO1,204,203,200_.jpgDans un essai virulent, Alastair Crooke, notre indéfectible allié issu du renseignement, approfondit la manière dont cette « vision civilisationnelle » a été « déployée avec force à travers le monde » comme une expression inévitable de la Destinée manifeste [1] des Américains : non seulement politiquement – avec tout l’attirail de l’individualisme et du néo-libéralisme occidentaux, mais aussi en combinaison avec « les valeurs du judéo-christianisme ». [2]

Crooke note également à quel point l’élite du pays croit dur comme fer que sa victoire dans la Guerre froide a « affirmé de façon spectaculaire » la supériorité de la vision civilisationnelle américaine.

Eh bien, la tragédie post-moderne – du point de vue des élites américaines – est que cela pourrait bientôt ne plus être le cas. La sordide guerre civile qui fait rage à Washington depuis trois ans – avec le monde entier comme spectateurs stupéfaits – a encore accéléré le malaise.

Souvenons-nous de la Pax Mongolica

Il est inquiétant de constater que la Pax Americana est peut-être condamnée à une existence historique plus courte que la Pax Mongolica – créée après que Gengis Khan, le chef d’une nation nomade, eut entrepris de conquérir le monde.

Genghis a d’abord investi dans une offensive commerciale pour s’emparer des Routes de la Soie, écrasant les Kara-Kitais du Turkestan oriental, conquérant le Khorezm islamique et annexant Boukhara, Samarcande, la Bactriane, le Khorassan et l’Afghanistan. Les Mongols ont atteint la périphérie de Vienne en 1241 et l’Adriatique un an plus tard.

Cette superpuissance de l’époque s’étendait du Pacifique à l’Adriatique. Il est difficile de s’imaginer le choc pour la Chrétienté occidentale. Le pape Grégoire X n’avait qu’une seule idée, qui étaient ces conquérants du monde et pouvaient-ils être christianisés ?

Parallèlement, seule une victoire des Mamelouks égyptiens en Galilée, en 1260, a sauvé l’Islam d’une annexion à la Pax Mongolica.

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La Pax Mongolica – une puissance unique, organisée, efficace et tolérante – a coïncidé historiquement avec l’âge d’or des Routes de la soie. [3] Kubilai Khan – le maître de Marco Polo – voulait être plus chinois que les Chinois. Il voulait prouver que les conquérants nomades, devenus sédentaires, pouvaient apprendre les règles de l’administration, du commerce, de la littérature et même de la navigation.

Pourtant, à la mort de Kubilai Khan, l’empire s’est fragmenté en khanats rivaux. L’Islam en a tiré profit. Tout a changé. Un siècle plus tard, les Mongols de Chine, de Perse, de Russie et d’Asie centrale n’avaient déjà plus rien à voir avec leurs ancêtres cavaliers.

Un saut dans le jeune XXIe siècle montre que l’initiative, historiquement, se trouve à nouveau du côté de la Chine, à travers le Heartland et le Rimland. Les entreprises qui changent le monde et les règles du jeu ne sont plus originaires d’Occident, comme ce fut le cas du XVIe siècle à la fin du XXe siècle.

Malgré tous les vœux pieux pour que le coronavirus fasse dérailler le « siècle chinois », qui sera en fait le siècle eurasiatique, et au milieu du tsunami myope de la diabolisation des nouvelles Routes de la soie, il est toujours facile d’oublier que la mise en œuvre d’une myriade de projets chinois n’a même pas encore commencé.

C’est en 2021 que tous ces corridors et axes de développement continental devraient s’accélérer à travers l’Asie du Sud-Est, l’océan Indien, l’Asie centrale, l’Asie du Sud-Ouest, la Russie et l’Europe, parallèlement à la Route maritime de la soie, qui prépare un véritable collier de perles eurasiennes, de Dalian [en Chine, NdT] jusqu’au Pirée en passant par Trieste, Venise, Gênes, Hambourg et Rotterdam.

Pour la première fois depuis deux millénaires, la Chine est en mesure de combiner le dynamisme de l’expansion politique et économique à la fois sur le plan continental et maritime, ce que l’État n’avait pas connu depuis le court périple expéditionnaire mené par l’amiral Zheng He dans l’océan Indien, au début du XVe siècle. L’Eurasie, dans un passé récent, vivait sous le joug colonial occidental et soviétique. Aujourd’hui, elle passe à la multipolarité – dans une série de permutations complexes et évolutives emmenées par la Russie, la Chine, l’Iran, la Turquie, l’Inde, le Pakistan et le Kazakhstan.

Aucun des acteurs ne se fait d’illusions sur les obsessions du « leader du système » : empêcher l’Eurasie de s’unir sous une seule puissance – ou une coalition telle que le partenariat stratégique Russie-Chine ; veiller à ce que l’Europe reste sous l’hégémonie des États-Unis ; empêcher l’Asie du Sud-Ouest – le « Grand Moyen-Orient », si vous préférez – d’être liée aux puissances eurasiennes ; et empêcher par tous les moyens la Russie-Chine d’avoir un accès facile aux voies maritimes et aux corridors commerciaux.

Le message de l’Iran

Pendant ce temps, un soupçon s’installe : le plan de l’Iran, en écho à la guerre du Donbass de 2014, pourrait consister à aspirer les néocons américains dans un chaudron à la russe, [4] au cas où leur obsession du changement de régime deviendrait encore plus hystérique.

Il existe une possibilité sérieuse pour que, sous pression maximale, Téhéran abandonne définitivement le JCPOA ainsi que le TNP (Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires), invitant ainsi ouvertement une attaque américaine.

En l’état actuel des choses, Téhéran a envoyé deux messages très clairs. La précision de l’attaque de missiles sur la base américaine d’Ayn Al-Asad en Irak, en réponse à l’assassinat ciblé du général de division Qassem Soleimani, signifie qu’aucune base du vaste réseau militaire américain n’est désormais invulnérable.

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Et le brouillard des dénis de non-déni qui entoure la destruction du Battlefield Airborne Communications Node de la CIA (BACN) – essentiellement un nid à espions volant – à Ghazni, en Afghanistan, est également porteur d’un message.

La star de la CIA Mike d’Andrea, connu sous les noms « Ayatollah Mike », le « Croque-mort », le « Prince noir », ou tout ce qui précède à la fois, peut ou non avoir fait partie des victimes. Indépendamment du fait qu’aucune source du gouvernement américain ne confirmera ou ne niera jamais que l’Ayatollah Mike soit mort ou vivant, ou même qu’il existe, le message reste le même : vos soldats et vos espions sont également vulnérables.

Depuis Pearl Harbor, aucune nation n’avait osé prendre de haut le leader du système de façon aussi flagrante que l’a fait l’Iran en Irak. Vlahos a mentionné une chose que j’ai pu constater par moi-même en 2003, à savoir que « les jeunes soldats américains qualifiaient les Irakiens ‘d’Indiens’, comme si la Mésopotamie était le Far West ». La Mésopotamie est l’un des principaux berceaux de la civilisation telle que nous la connaissons. Eh bien, en fin de compte, les 2 000 milliards de dollars dépensés pour bombarder l’Irak en vue d’y apporter la démocratie n’ont pas joué en faveur de la vision civilisationnelle du « leader du système ».

Les sirènes et la dolce vita

Ajoutons maintenant de l’esthétique à notre politique « civilisationnelle ». Chaque fois que je visite Venise – qui est en elle-même un reflet vivant de la fragilité des empires et du déclin de l’Occident – je choisis certaines étapes des Cantos, le chef-d’œuvre d’Ezra Pound.

En décembre dernier, après de nombreuses années, je suis retourné à l’église Santa Maria dei Miracoli, également connue sous le nom de « La boîte à bijoux », qui joue un rôle de premier plan dans les Cantos. En arrivant, j’ai dit à la signora gardienne que j’étais venu pour voir « Les sirènes ». Avec un sourire complice, elle a éclairé mon chemin le long de la nef jusqu’à l’escalier central. Et elles étaient là, sculptées sur des piliers des deux côtés d’un balcon : « des colonnes de cristal, des acanthes, des sirènes sur les chapiteaux », comme on peut le lire dans le Canto 20.

monumento_funebre_al_doge_andrea_vendramin_02.jpgCes sirènes ont été sculptées par Tullio et Antonio Lombardo, fils de Pietro Lombardo, maîtres vénitiens de la fin du XVe et du début du XVIe siècle – « et Tullio Romano a sculpté les sirènes, comme le dit l’ancienne gardienne : de sorte que depuis lors, personne n’a pu en sculpter d’autres pour la boîte à bijoux, Santa Maria dei Miracoli », comme on peut le lire dans le Canto 76.

Pound s’est trompé sur les noms des créateurs des sirènes, mais là n’est pas la question. La question est la façon dont Pound voyait les sirènes comme l’incarnation d’une culture forte – « la perception de tout un âge, d’une accumulation de savoirs et d’une séquence de causes, est entrée dans un assemblage de détails dont il serait impossible de parler en termes de portée », comme l’écrit Pound dans Guide to Kulchur.

Autant que ses chefs-d’œuvre chéris de Giovanni Bellini et Piero della Francesca, Pound a bien compris que ces sirènes étaient l’antithèse de l’usura – « l’art » de prêter de l’argent à des taux d’intérêt exorbitants, qui non seulement prive une culture du meilleur de l’art, comme le décrit Pound, mais qui est aussi l’un des piliers de la financiarisation et de la marchandisation totales de la vie elle-même, un processus que Pound avait brillamment prévu lorsqu’il a écrit dans Hugh Selwyn Mauberley que, « toutes les choses sont en perpétuel changement, a dit le Sage Héraclite ; mais une vulgarité bon marché régnera tout au long de nos jours.” [5]

aff_dolce_vita-1.jpgLa dolce vita aura 60 ans en 2020. Tout comme les sirènes de Pound, le tour de force aujourd’hui légendaire de Fellini à Rome est comme un palimpseste en celluloïd noir et blanc d’une époque révolue, la naissance des Swingin’ Sixties. Marcello (Marcello Mastroianni) et Maddalena (Anouk Aimée), impossiblement cool et chic, apparaissent comme la dernière femme et le dernier homme avant le déluge de « vulgarité bon marché ». À la fin, Fellini nous montre Marcello désespéré par la laideur et, oui, la vulgarité qui s’immiscent dans son magnifique mini-univers – l’esquisse de la culture trash fabriquée et vendue par le ‘leader du système’ qui allait rapidement nous engloutir tous.

Pound était un non-conformiste américain humain, trop humain, au génie classique débridé. Le ‘leader du système’ l’a mal interprété, l’a traité en traître, l’a mis en cage à Pise et l’a envoyé dans un hôpital psychiatrique aux États-Unis. Je me demande encore s’il a pu voir et apprécier La dolce vita dans les années 1960, avant de mourir à Venise en 1972. Après tout, il y avait un petit cinéma à quelques pas de la maison de la rue Querini, où il vivait avec Olga Rudge.

« Marcello ! » Nous sommes encore hantés par le chant de sirène d’Anita Ekberg, debout dans la Fontana di Trevi. Aujourd’hui, toujours otages de la vision civilisationnelle du ‘leader du système’ en déliquescence, nous réussissons à peine à jeter, comme l’a mémorablement écrit TS Eliot, « un demi-regard en arrière, par-dessus notre épaule, vers la terreur primitive ».

Traduction et introduction Entelekheia

Note de la traduction:

[1] Sur la « Destinée manifeste », doctrine fondatrice des USA, voir l’article : Aux origines de l’exceptionnalisme des USA : la « Destinée manifeste »

[2] « les valeurs du judéo-christianisme » : en fait, les valeurs protestantes. Voir à ce sujet Max Weber, L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme (1904-1905), en libre téléchargement ici. 

[3] L’entreprise commerciale historique des « Routes de la soie » (IIe siècle av.J.C. – XIVe siècle après J.C.) s’appelait encore récemment la Route de la soie, au singulier. Mais sa réouverture par Xi Jinping a fait émerger un problème : le public la voyait comme une route unique, de Chine jusqu’au cœur de l’Europe, et non comme ce qu’elle était en réalité, un réseau dense de routes, de relais, de carrefours et de pistes caravanières étendues à partir de Chine sur toute l’Asie centrale, l’Europe centrale et le Moyen-Orient. De sorte que le pluriel a été adopté pour mieux la définir.

[4] Le chaudron à la russe est une tactique militaire qui consiste à prendre l’adversaire en tenaille, puis à l’encercler. Elle a été notamment illustrée par la bataille de Debaltsevo, dans le Donbass ukrainien en 2015, où les armées des Républiques populaires de Donetsk et de Lougansk avaient piégé des centaines de soldats de l’armée de Porochenko dans un chaudron de ce type.

[5] Selon le pré-socratique Héraclite (fin du VIe siècle av. J.-C.), rien n’était immuable, toutes choses étant soumises à des changements continuels. Pour Pound donc, dans le monde à venir qu’il prévoyait au début du XXe siècle, seule la vulgarité bon marché allait être immuable.

Erdogan, un néo-sultan ottoman mal inspiré

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Erdogan, un néo-sultan ottoman mal inspiré

par Jean-Paul Baquiast

Ex: http://www.europesolidaire.eu

Il serait temps de cesser de considérer Recep Tayyip Erdogan comme un allié fiable de la Russie, de l'Iran et de la Syrie dans leur lutte contre le terrorisme islamique

Nous avons plusieurs fois observé qu'en envoyant des militaires dans le nord-ouest de la Syrie, dans la région d'Idlib, sous contrôle de l'organisation Hayat Tahrir al Shams qui se veut héritière d'Al Qaida, il comptait y rester après que cette dernière en aurait été chassée.

Comme il se croit héritier de l'Empire ottoman, il rêve de reconstituer ce dernier dans cette partie de la Syrie. Sa légitimité n'aurait pu alors être contestée. Malheureusement les territoires autour d'Alep et d'Idlib avaient été depuis la fin des guerres mondiales attribués à Damas. Aujourd'hui, Bashar al Assad entend en récupérer la propriété. Il dispose contrairement à ce que l'on croit souvent d'une armée efficace et bien armée. Devant celle-ci les détachements turcs ne font pas le poids. Il a donc entrepris de s'y installer après en avoir chassé les islamistes.

La présence turque contrarie bien entendu cet objectif. Bashar al Assad ne s'embarrasse pas de scrupules et a décidé de la combattre, si besoin est militairement. Ses forces ont repris, le 11 février, aux jihadistes le dernier tronçon d'une autoroute clé entre Damas et Alep, dans le nord-ouest de la Syrie. Précédemment, cinq soldats turcs avaient été tués lors de l'attaque d'un poste d'observation turc. Ce terme de poste d'observation est un euphémisme employé par Erdogan pour désigner un début d'installation militaire. Peu après huit militaires turcs ont été tués dans un bombardement d'artillerie syrien autour d'Idlib. Des émissaires russes viennent d'y être envoyés pour calmer le jeu. Mais on peut douter qu'ils soient écoutés.

Vladimir Poutine dispose de suffisamment de moyens de pression sur Bashar al Assad, dont il a restauré le pouvoir, pour l'obliger à éviter les risques d'affrontement avec les Turcs. S'il ne le fait pas, c'est probablement parce qu'il considère que la reconstitution de l'Empire Ottoman dans cette région ne correspond pas aux intérêts politiques de la Russie.

Ces derniers temps, la progression rapide des forces syriennes, appuyées par l'aviation russe et les milices pro-iraniennes, a provoqué l'exode de près de 700 000 personnes au cours des dix dernières semaines, selon les agences humanitaires. Il est compréhensible qu'Erdogan refuse désormais de les accueillir.
 

Sur ce sujet, on pourra consulter un article de Pepe Escobar dans Asiatimes en date du 13 février:
https://www.asiatimes.com/2020/02/article/its-time-to-rec...

Notes

1) A Benghazi, en Libye, comme dans d'autres villes de la région, des images murales apparaissent, présentant Erdogan comme un allié d'Isis. 

2) Selon la Russie (le centre de réconciliation qui est sur place) il n'y a aucun exode de civils vers l'extérieur. Au contraire les civils cherchent à rejoindre les zones sous contrôle du gouvernement officiel.

samedi, 15 février 2020

Jean-François Fiorina s’entretient avec Olivier Zajec

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Jean-François Fiorina s’entretient avec Olivier Zajec

Ex: http://notes-geopolitiques.com

Constamment mise à jour et rééditée, l’Introduction à l’analyse géopolitique d’Olivier Zajec (Le Rocher, 2018), publiée pour la première fois en 2013, est en passe de devenir un classique, et son auteur l’une des figures universitaires marquantes de sa génération.

Très impliqué dans la réflexion stratégique, c’est aussi un pédagogue qui excelle dans l’art de sensibiliser le grand public aux questions complexes, comme l’illustre son superbe album de 2017, Frontières (Chronique Editions).

Il n’en était que plus indiqué pour nous parler de son parcours, de sa vision de la géopolitique, et des évolutions que connaît cette discipline, instrument indispensable, résume-t-il, pour « saisir l’alterité » et comprendre les transformations du monde.

Comment en êtes-vous venu à la géopolitique, puis avez-vous choisi d’orienter votre enseignement vers cette discipline ?

Je suis venu à la géopolitique par l’histoire (maîtrise puis agrégation), avant de choisir la science politique comme enseignant-chercheur, à l’issue de ma thèse.

Plus j’enseigne la géopolitique et les Relations internationales, que ce soit à mes étudiants de master à Lyon 3, ou aux officiers dans les écoles de guerre, en France comme à l’étranger, et plus le socle historique m’apparaît comme indispensable.

En règle générale, les géopoliticiens qui ne se préoccupent que d’économie ou de science politique – pour ne rien dire de ceux qui ont un agenda purement idéologique – ont tendance à privilégier les dynamiques par rapport aux inerties, même inconsciemment.

La géopolitique est l’art de pondérer ces deux forces, en tenant compte des conditionnements culturels et spatiaux.

L’histoire, qui donne l’intuition de la longue durée, de ce qui est « lent à couler, à se transformer », comme l’écrivait Braudel, est donc l’une des ancres référentielles majeures de la géopolitique.

Il n’y a pas d’analyse socio-spatiale utile sans prise en compte de la longue durée.

Pour comprendre notre monde, où s’entremêlent sans cesse passé et présent, mémoires et espoirs, coopération et compétition, peut-être vaut-il mieux lire René Grousset que Robert Kaplan.

Vous avez consacré votre thèse à Nicholas Spykman. Sa pensée ou à tout le moins sa méthode d’analyse sont-elles toujours utiles aujourd’hui ?

63318573_14150726.jpgSpykman est un personnage assez fascinant. De nombreux auteurs de géographie politique le classent parmi les géopoliticiens « matérialistes », uniquement préoccupés de quantification des facteurs de force, en particulier militaires, et obnubilés par les déterminismes liés à la localisation des acteurs étatiques.

Tous les manuels répètent ce topos. C’est malheureusement une perspective complètement faussée, qui montre à quel point l’historiographie des concepts et théories géopolitiques est parfois mal connue en France, malgré les travaux récents de Martin Motte, de Pascal Vénier, de Florian Louis, de Philippe Boulanger et d’autres auteurs.

L’originalité de Spykman réside en premier lieu dans sa formation sociologique, laquelle prend racine dans la thèse de doctorat qu’il consacre à la sociologie de Georg Simmel en 1923, et qui fut lue avec profit dans l’entre-deux guerres par de nombreux sociologues, philosophes et spécialistes de relations internationales, parmi lesquels le jeune Aron, comme je l’ai montré dans une biographie publiée en 2016.

Cette culture sociologique, fondée sur une intégration fonctionnelle des interactions, des distances et du conflit, contribue à faire de Spykman un cas singulier chez les politistes et les « géopoliticiens » de l’entre-deux guerres : « Je suis, répétera-t-il souvent, un théoricien social, l’un de ceux qui adaptent un peu de leur théorie sociale dans le domaine des relations internationales… »

Spykman, en raison de son éducation au regard sociologique, sera de fait l’un des rares pionniers des Relations internationales à penser le mot relations au même titre que le mot international.

C’est extrêmement moderne, presque constructiviste, et cela se passe à la fin des années 1920 !

La géopolitique de ce globe-trotter polyglotte est en réalité une géo-sociologie, une modélisation socio-spatiale qui fait la différence entre l’aspect quantitatif de la force, et l’aspect qualitatif de la puissance.

Son concept de « rimland », par exemple, privilégie l’équilibre à l’opposition. Contrairement à ce que répètent les manuels à ce propos, c’est Mackinder, beaucoup plus que Spykman, qui inspire le containment de la Guerre froide.

Spykman est mort prématurément en 1943. En quoi est-il utile dans le monde multipolaire qui est déjà le nôtre ?

D’abord, par sa méthode. Pour lui, la géostructure demeure bien la plus permanente des réalités de la politique internationale.

Mais il est également le premier, des décennies avant la Critical Geopolitics, à faire reposer sa théorie des Relations internationales sur un socle « social ». C’est d’une géopolitique interstitielle et contextualisée de ce type dont nous avons aujourd’hui besoin, me semble-t-il. La géopolitique n’est pas une « science » déterministe.

C’est une méthode d’approche des conditionnements de la scène internationale.

Elle nous suggère des modèles, plutôt que de nous imposer des lois. C’est cette approche dont Spykman a été le pionnier négligé.

Redécouvrir la géopolitique à travers son regard est extrêmement enrichissant.

Par quels autres auteurs, anciens ou actuels, avez-vous été marqué ?

Bien entendu, en matière de géopolitique, il faut connaître et redécouvrir les « classiques » : Ratzel, Mackinder, Mahan, Haushofer, pour s’apercevoir tout à la fois de la richesse de leur pensée (les Allemands, Ratzel surtout, ont été caricaturés) mais également… de leurs limites. Mahan n’est pas très profond, il a beaucoup emprunté.

Mackinder a un regard qui embrasse les continents et brasse les époques, mais son anglo-centrisme outré lui fait exagérer la dichotomie terre-mer d’une manière excessive.

Les auteurs les plus intéressants, anciens ou nouveaux, sont pour moi ceux qui se situent généralement aux marges de la géopolitique.

Par exemple le sociologue Robert Park et son concept de Human Ecology, l’approche d’économie géographique de l’économiste Paul Krugman, ou le travail pionnier et extrêmement pénétrant réalisé sur les frontières par le géographe Michel Foucher.

Pour la synthèse entre géopolitique et stratégie, Coutau-Bégarie doit être lu et relu, car nul n’est plus clair et synthétique.

Le terme « géopolitique » est aujourd’hui très utilisé, souvent de manière extensive, et parfois abusive. Tout ne se résume pas à la géopolitique. A contrario, certains auteurs considèrent aujourd’hui que la mondialisation, parce qu’elle ôte de l’influence aux Etats, donc relativise l’importance politique du territoire, rend la géopolitique, sinon obsolète, en tout cas moins légitime. Comment vous situez-vous dans ce débat ? Et d’une manière générale, dans quelle(s) direction(s) la géopolitique évolue-t-elle aujourd’hui ?

71skiYG2LXL.jpgL’interdépendance économique est certes une réalité. Elle l’était aussi à la veille de 1914.

Son extension ne vaut nullement garantie d’un futur pacifique. Ainsi que le rappelait Hassner dans une optique tout aronienne, « l’universalité ne saurait faire fi de la pluralité, le cosmopolitique de l’interétatique, donc de la rivalité et du conflit ».

La géopolitique a un bel avenir devant elle, contrairement à certaines théories performatives à obsolescence programmée qui promettent, semble-t-il, de disparaître avec les cohortes les plus idéologisées de la génération du baby-boom.

Les années 1990-2000 ont été marquées par une illusion intellectuelle, parfois fortement polarisée idéologiquement.

Après avoir diagnostiqué la fin de la géographie (O’Brien), de l’histoire (Fukuyama), ou des frontières (Ohmae), les analystes transnationalistes ou libéraux-institutionnalistes semblent aujourd’hui sur la défensive.

Sans sous-estimer la force des phénomènes globaux de convergence normative, il nous faut effectivement constater que, dans la société internationale contemporaine, les dynamiques de différenciation politiques semblent bien progresser au rythme même des dynamiques d’uniformisation technologiques.

Je fais souvent la comparaison avec le processus de mise à feu thermonucléaire, fondé sur la fission-fusion : nous voyons en effet à l’oeuvre dans la géopolitique mondiale une concomitance de la fusion globale (économique, financière et technologique) et des fissions locales (culturelles et identitaires).

La première s’accélère, les autres se multiplient. Mal régulé, ce mélange peut libérer des forces explosives d’une intensité accrue.

Le plus urgent, pour préserver la paix, est sans doute de considérer avec attention les mutations dynamiques de la structure internationale actuelle, en estimant à leur juste poids les agendas politiques et culturels des acteurs qui la polarisent.

Certains auteurs voudraient que le monde à venir ne soient fait que de lieux et d’espaces interconnectés d’où les appartenances auraient quasi-disparu.

C’est une dangereuse illusion, qui sous-estime la centralité renouvelée du politique dans notre monde réticulé où la connexion, je le répète souvent aux étudiants, n’est pas forcément le lien.

Entre le local et le global, il y aura toujours des territoires politiquement appropriés, représentés et défendus par des États.

Ces derniers utiliseront le droit et la technologie comme des instruments et non des fins en soi, de manière à augmenter leur influence et densifier leur puissance, au nom de leur autonomie stratégique et de leur liberté d’action.

C’est la raison pour laquelle la géopolitique est aussi intéressante : interprétative et non explicative, elle permet de tempérer nos projections, en modélisant les conditionnements qui agiront sur les matrices de coopération, de compétition et d’opposition de cette nouvelle scène internationale.

En ce sens, les analyses que l’on pourrait appeler « statophobes » voilent la réalité des relations internationales.

Il y a, me semble-t-il, un immense désir d’État dans le monde. Mais des États réformés. Représentatifs. Respectueux de leurs peuples. Que veulent d’ailleurs ces derniers ?

Une connexion au niveau global qui ne détériore pas le respect de leur identité au niveau local.

L’État, à la charnière du global et du local, est donc consubstantiel à la mondialisation, parce que dans un monde accéléré, on attend de lui qu’il assure la paix et la sécurité sur un territoire, en produisant du commun plutôt que de se soumettre aux seules lois du marché.

Sur ce point de la place des États dans la mondialisation, vous avez parfaitement raison de dire que tout ne se résume pas à la géopolitique. Il faut aussi, entre autres, se tourner vers la théorie des relations internationales.

Comme le rappelle ainsi avec raison Michael Williams, reprenant en cela des avertissements similaires du constructiviste Alexander Wendt, « Il est important de noter que l’État demeure une limite – non la limite de la communauté politique. Reconnaître la centralité continue des acteurs étatiques n’empêche en aucune manière le développement – et l’étude analytique – d’autres formes d’ordres, d’institutions, de solidarités transversales et de transformations par-delà les frontières ».

affolement-monde-beandeau.pngDans son récent essai, L’affolement du monde, Thomas Gomart dit que nous vivons un moment « machiavélien », au sens où l’analyse des rapports de force, qui était passée au second plan à l’ère des grandes conférences sur le désarmement, reprend une importance fondamentale dès lors que les trois principales puissances, Etats-Unis, Russie et Chine, réarment comme jamais. Après avoir contribué à stabiliser le monde, ce que le général Gallois appelait « le pouvoir égalisateur de l’atome » est-il en train de devenir obsolète ?

L’analyse de Thomas Gomart est fondamentalement juste. Il faut également lire les développements qu’il a récemment consacrés à la notion d’intérêt national.

En étant sur une ligne pour l’essentiel complémentaire, j’aurais simplement tendance à dire que le moment que nous vivons est sans doute autant « clausewitzien » que « machiavélien ».

Machiavel raisonne en termes de rapports de force transactionnels. Il faut le compléter avec les aspects interactionnels de la théorie réaliste de la guerre clausewitzienne. Celle-ci ne peut pas être restreinte à la stratégie dite « classique ».

Relire Clausewitz, c’est comprendre l’importance de distinguer, pour reprendre son expression, les genres de guerres dans lesquels s’engagent ou auxquelles se préparent les États, et les relations stratégiques qui en découlent au niveau international.

Ceux qui ont négligé Clausewitz pendant la parenthèse idéaliste des années 1990-2000 ont eu tendance à oublier que De la Guerre était un ouvrage de théorie sociale, fondée non pas sur les seuls rapports de force, mais sur la dialectique des intérêts et des volontés.

Et précisément, la dissuasion nucléaire est une dialectique, avant d’être un rapport de force. Les Français l’ont parfaitement compris avec leur concept de stricte suffisance.

La dissuasion reste plus que jamais pertinente et stabilisatrice dans le monde qui vient. Simplement, elle ne peut pas résoudre tous les problèmes.

Sous la voûte nucléaire qui nous garantit des guerres absolues, un considérable espace de conflits potentiels – y compris de guerres majeures – demeure, qu’il faut anticiper et auxquels il faut se préparer en renforçant l’autonomie stratégique de la France et de l’Europe.

Que peut apporter une culture géopolitique aux futurs managers qui auront à évoluer dans une économie mondialisée ?

Le sens des permanences, qui seul donne l’intelligence des transformations. Et je ne vois pas d’aptitude professionnelle qui soit plus précieuse aujourd’hui.

Que faudrait-il enseigner concrètement aux étudiants en matière de géopolitique ?

Je constate depuis une dizaine d’années, à l’occasion des cours et des conférences que je donne en stratégie, géopolitique ou relations internationales, que le niveau de culture historique, artistique, religieuse et surtout littéraire décroît de manière dramatique. Ce n’est pas un lamento régressif.

C’est un fait brut, massif, inquiétant. Or, il ne peut y avoir de compréhension, d’interprétation, de saisie de ce qui porte l’autre, de ses traumatismes historiques, de ce qui l’attache à un territoire, sans prise en compte de sa matrice spirituelle, de ses modes de représentation du bien et du mal, du beau et du laid, du juste et de l’injuste.

On ne saisit pas la spécificité iranienne sans connaître sa poésie millénaire. Balzac permet toujours de comprendre ce pays déconcertant qu’est la France. Kennan – l’un de mes auteurs préférés – conseillait au Département d’Etat de lire Tchekhov plutôt que les briefs de la CIA pour mieux comprendre les Russes.

Sans les humanités, nous analysons à vide.

9782707178329.jpgDu point de vue des apprentissages, la « géopolitique » n’y fera rien, ni l’économie, ni la « communication ».

Le rejet de la culture générale dans les écoles qui forment les élites françaises est une stupidité sans nom. L’économie, le marketing, sont importants. Mais c’est la culture, pas l’économie, qui nous empêche de nous jeter les uns sur les autres.

La culture n’est pas un produit de nos déterminismes sociaux, elle n’est pas un outil de reproduction de ces derniers, c’est au contraire ce qui permet de leur échapper. Elle est tout ce qui peut parfois paraître inutile de prime abord.

Mais c’est cette culture générale qui donne son prix à une analyse géopolitique, à une dissertation d’économie, à un policy paper de think-tank, parce qu’elle permet de lever le nez des chiffres ou des oracles liés aux taux de croissance, au débit internet, ou au nombre de porte-avions.

Je conseillerais aux étudiants en géopolitique de ne pas utiliser exclusivement les méthodologies instrumentales et quantifiées qu’on leur présente parfois comme plus efficaces, et d’investir aussi dans les outils d’analyse qui permettent d’approfondir l’inquantifiable des vies humaines.

Simone Weil avait saisi cette dimension lorsqu’elle écrivait que « La perte du passé, collective ou individuelle, est la grande tragédie humaine, et nous avons jeté le nôtre comme un enfant déchire une rose. C’est avant tout pour éviter cette perte, concluait-elle, que les peuples résistent désespérément à la conquête. »

Lire cette phrase, la retenir, la méditer, permet de mieux comprendre la raison pour laquelle un petit pays peut résister à un grand pendant si longtemps.

La géopolitique, méthode d’approche multidisciplinaire des Relations internationales, permet de mieux saisir l’altérité.

À condition de l’ouvrir à l’histoire et à la littérature : celles-ci nous fournissent les clés d’un passé qui, en transmettant ce qui fut, nous murmure parfois ce qui sera.

Comment a été reçu votre dernier livre ?

Frontières, paru en 2017, a été bien reçu. Je suis très fier que l’Armée de terre l’ait distingué par le prix « L’Épée ».

Mieux nous comprendrons la nécessité fonctionnelle et indépassable des frontières, moins il y aura de murs dans le monde.

Faire de la géopolitique, c’est également, me semble-t-il, comprendre ce type de paradoxes.

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Pour en savoir plus sur Olivier Zajec:

Olivier Zajec, 43 ans, est maître de conférences en science politique à la faculté de droit de l’université Jean Moulin – Lyon III (EA 4586), où il a fondé et dirige l’Institut d’études de stratégie et de défense (IESD).

Agrégé et docteur en Histoire des relations internationales (Paris-IV Sorbonne), diplômé de l’École Spéciale Militaire de Saint Cyr et de Sciences-Po Paris, il est membre du Conseil scientifique et chef du cours de géopolitique de l’École de Guerre (Paris) depuis 2015.

Conférencier à l’Institut des Hautes Études de la Défense Nationale (IHEDN), à Paris Sorbonne Université Abou Dhabi (PSUAD) et au Centre des Hautes Études Militaires (CHEM), il est chargé de recherches à l’Institut de Stratégie Comparée (ISC, Paris) et directeur adjoint de la revue Stratégique.

En même temps, il collabore régulièrement à diverses publications de défense et de relations internationales : Le Monde diplomatique, Défense et sécurité internationale (DSI), Res Militaris, Conflits, La Revue de Défense nationale.

Il prépare actuellement un ouvrage consacré aux fonctions politiques de la guerre dans les relations internationales.

Olivier Zajec est l’auteur de nombreux articles et de divers ouvrages, dont :

La Mesure de la Force. Traité de stratégie de l’École de Guerre, (avec Martin Motte, Jérôme de Lespinois et Georges-Henri Soutou), Paris, Tallandier, avril 2018 (voir CLES, HS 81, janvier 2019, notre entretien avec Martin Motte) ;

Frontières. Des confins d’autrefois aux murs d’aujourd’hui, Paris, Éditions Chronique, septembre 2017 (Prix « L’Épée » 2018) ;

French Military Operations, dans Hugo Meijer and Marco Wyss (dir.), The Handbook on European Armed Forces, Oxford University Press ;

La formation des élites militaires : un enjeu de politique publique, Stratégique, n° 116, août 2017 ;

Introduction à l’analyse géopolitique. Histoire, outils, méthodes, quatrième édition revue et augmentée, Paris, Éditions du Rocher, septembre 2018 ;

La formation des élites militaires : un enjeu de politique publique, Stratégique, n° 116, août 2017 ;

Hyperconnectivité et souveraineté : les nouveaux paradoxes opérationnels de la puissance aérienne, Défense et sécurité internationale, septembre 2017 ;

Security studies et pensée stratégique française : de la vision globale à la myopie contextuelle, Res Militaris. Revue européenne d’études militaires, hors-série France : opérations récentes, enjeux futurs, décembre 2016 ;

Nicholas J. Spykman, l’invention de la géopolitique américaine, Paris, Presses Universitaires de Paris-Sorbonne, mars 2016 (Prix Albert Thibaudet 2016) ;

Carl von Clausewitz en son temps : die Natur des Mannes, lecture critique de Bruno Colson, Clausewitz, Paris, Perrin, 2016, Stratégique, n° 114, décembre 2016.

Photonis, firme stratégique française, sera rachetée par un concurrent américain

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Photonis, firme stratégique française, sera rachetée par un concurrent américain

Ex: http://www.europesolidaire.eu

Michel Cabirol est rédacteur en chef Industries et services à La Tribune du monde de la défense, du spatial et de l'aéronautique. Il vient de publier cet article inquiétant que nous reproduisons ici.
 

Photonis bientôt rachetée par un groupe américain

Par Michel Cabirol 

Vendue par le fonds français Ardian, la PME Photonis va très certainement être rachetée par un groupe américain. L'incapacité de la France à protéger ses pépites "offre aux autres puissances la possibilité de nous affaiblir", a rappelé vendredi à l'Ecole de Guerre Emmanuel Macron.

Vendue par le fonds français Ardian, la PME Photonis va-t-elle être passée par pertes et profits par la France et sa base industrielle et technologique de défense (BITD) ? Sauf intervention de l'Etat de dernière minute, le leader mondial dans la conception, le développement et la fabrication de composants destinés à détecter de faibles niveaux de lumière ou de rayonnement, dans les domaines de l'industrie, des sciences, du médical et de la vision nocturne, va finir, faute d'offre française, dans l'escarcelle d'un groupe américain, notamment Teledyne, qui apparaît comme le grand favori. La transaction est évaluée à plus de 400 millions d'euros (soit environ dix fois l'Ebitda).

Ce serait un grave échec pour la France si cette pépite, suivie par le service des affaires industrielles et de l'intelligence économique de la DGA (Direction générale de l'armement), passait sous drapeau américain. Un échec collectif, de Matignon aux ministères des Armées et de l'Economie en passant par la banque publique Bpifrance, étrangement absente sur un tel dossier, ainsi que par les armées incapables de monter au créneau pour défendre ses intérêts opérationnels. Un échec d'autant plus retentissant que le discours de vendredi à l'Ecole de Guerre d'Emmanuel Macron a été clair sur la souveraineté :

"Nous avons fini par penser, dans les années 90 et 2000, que l'Europe était devenue un gros marché, confortable, théâtre d'influence et de prédation à tout-va (...) Funeste erreur ! Nous devons pour ces infrastructures critiques, retrouver, au niveau européen, une vraie politique de souveraineté !", a expliqué vendredi le Chef de l'Etat.

Matignon fait de la gonflette

Edouard Philippe a tenté de rassurer à très bon compte les 17 députés qui s'inquiétaient fin novembre dans un courrier adressé au Premier ministre du sort de Latécoère et Photonis mis en vente. Dans une lettre datée du 8 janvier 2020, dont La Tribune a pris connaissance, il leur annonce "un projet de décret en Conseil d'Etat (qui) a été élaboré afin de renforcer le dispositif de contrôle" des acquisitions de sociétés stratégiques françaises par des groupes étrangers. Mais il n'entrera en vigueur que le 1er juillet. Une date qui a probablement fonctionné comme un chiffon rouge pour d'éventuels repreneurs étrangers et accéléré leur réflexion.

La mise en vigueur du décret arrive bien trop tard pour Latécoère, déjà racheté par le fonds américain Searchlight, et très certainement pour Photonis, en passe d'être avalé par un des trois groupes américains intéressés par cette pépite, qui a décroché en 2019 des contrats de fourniture d'équipements de vision nocturne pour l'armée allemande et suisse (tubes intensificateurs d'image 4G). En clair, la BITD française est complètement démunie face à une nouvelle "prédation". Latécoère et Photonis, sous la "protection" des 17 députés, seront passés sous contrôle étranger avant même l'entrée en vigueur du mécanisme censé les protéger.

Bercy et Brienne incapables de trouver une solution française

Mais que font Bercy et Brienne alertés depuis juin dernier de la vente de Photonis? Le ministère des Armées, qui s'est fortement mobilisé, est très embarrassé par le dossier. Il a poussé sans succès une solution avec Safran et Thales, sollicités pour reprendre Photonis. Puis, le ministère a remué tout le tissu industriel pour trouver une solution française mais... sans plus de succès. Selon nos informations, il existe encore un très léger espoir avec une ébauche de solution française : Safran est prêt à prendre une participation minoritaire aux côtés d'un ou plusieurs partenaires majoritaires.

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C'est là où la banque publique Bpifrance pourrait jouer un rôle de protection de la BITD française à condition qu'elle s'intéresse enfin à ce dossier. Elle a jusqu'ici fait la sourde oreille. Dommage que Bercy n'ait pas insisté pour mettre Bpifrance dans le projet. Pour sa part, le fonds d'investissement français PAI Partners pourrait être partant comme il l'avait été pour la reprise de Souriau en 2019. Enfin, l'Agence de l'innovation de défense (AID) planche sur la constitution d'un fond d'investissement, dont l'ambition est de lever 500 millions d'euros environ. Mais le temps d'y arriver, ce sera bien évidemment trop tard pour sauver le soldat Photonis. Ce fonds, même s'il est beaucoup plus ambitieux que Definvest, pourrait difficilement racheter tout seul Photonis au regard du montant de la transaction. On est donc loin, très loin des propos tenus vendredi par le président à l'Ecole de Guerre :

"La bonne utilisation de ces outils de souveraineté commune nécessite, d'abord et avant tout, bien évidemment des investissements, une politique industrielle, des standards de souveraineté, beaucoup plus forte et ambitieuse mais aussi la construction d'une culture stratégique partagée, car notre incapacité à penser ensemble nos intérêts souverains et à agir ensemble de façon convaincante met chaque jour en cause notre crédibilité en tant qu'Européens. Elle offre aux autres puissances la possibilité de nous diviser, de nous affaiblir".

Une nationalisation ?

Faut-il nationaliser la PME bordelaise, qui contribue à la performance des équipements de défense, et notamment ceux des forces spéciales ? Pourquoi pas en attendant de trouver une solution pérenne. Car depuis 20 ans, Photonis, qui participe au projet de laser mégajoule, fait l'objet d'une surveillance par l'Etat, a officiellement expliqué début janvier le ministère des Armées en réponse à une question du député Les Républicains Patrice Verchère. Ainsi, depuis plus de vingt ans, Photonis a fait l'objet de cessions régulières entre différents fonds d'investissement : Barclays PE, AXA PE, Astorg, et dernièrement Ardian (ex-AXA PE) en 2011.

"Chacune de ces cessions a constitué un risque de prise de contrôle par un acteur étranger et a donc fait l'objet d'une surveillance par l'État, a expliqué le ministère des Armées. Des conditions liées aux autorisations de cession ont ainsi pu être imposées au cas par cas (à titre d'exemple : pérennité des activités, préservation des capacités industrielles, obligation de notifier à l'Etat toute délocalisation en ou hors de France, etc.)".

Dans le cadre de la cession actuelle de Photonis, le ministère des armées "accordera une vigilance toute particulière à ces conditions d'autorisation de cession". Dans l'hypothèse où un acteur étranger souhaiterait prendre le contrôle de Photonis, "une telle opération ferait l'objet d'une demande d'autorisation préalable auprès du ministère de l'économie et des finances. Le dossier serait instruit avec l'ensemble des administrations en charge de la protection des activités de cette société afin de déterminer les conditions de cette autorisation, dont l'Etat contrôlerait ensuite le respect à l'issue de la cession". Mais Photonis, dont le siège social est à Mérignac, serait bradé au profit d'un groupe américain.

 

Bachelard penseur de l’écologie ?

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Bachelard penseur de l’écologie ?

par Frédéric Andreu

« Bachelard penseur de l’Écologie ? » n’est pas une problématique qui s’impose à l’esprit à la première lecture de l’œuvre du philosophe. En effet, dans cette œuvre foisonnante, le terme «écologie» semble anachronique ; quant à la notion de «nature», elle n’est jamais conceptualisée mais passe par le prisme d’un environnement natif magnifié. Bachelard évoque souvent sa « Champagne native » : «Je suis né dans un coin de la Champagne vallonnée, de ruisseaux et de rivières, dans le Vallage», image qui répond à l’ «appel des sources et des fontaines». La « nature », cher Bachelard, s’envisage incontestablement sur fond de nostalgie narrative.

Autre difficulté : l'écologie contemporaine, quant à elle, s’inscrit moins sur fond de nostalgie des origines que comme critique radicale du système capitaliste, un système qui entraînerait un innéluctable "réchauffement climatique" et autres «effet de serre».

Nous verrons en quoi la rêverie bachelardienne peut s'avérer utile à dépasser les testaments idéologiques de notre temps, a refuser d’entrer dans le jeu dialectique entre "partisans de la nature" et "partisan du progrès". A mon sens, cette problématique ne peut pas être élucidé  sans prendre en compte l’imaginaire contemporain de la nature. Nous n'hésiterons donc pas à emprunter "les avenues du rêve" auxquelles Bachelard nous invite. Si tels ou tels musiques, poèmes, événements rencontrés au cours de notre méditation nous y engagent, pourquoi ne pas les suivre ?

Mais commençons par rappeler le sens de quelques mots-clés contenu dans la question. Le mot "écologie", d'origine grecque, a étymologiquement partie liée avec la maison ("éco"). La maison est le circonscrit, le limité, la dualité ouvert/fermé matérialisé par les fenêtres qui s’ouvrent et se ferment, autant de notions incompatible avec l'"hybris" contemporain, tant redouté par les Anciens Grecs. C’est l’orgueil humain qui conduit l'abolition des limites, des bornes, entraînant la destruction de la diversité, sceau même du vivant. Les partisans écologistes s’inscrivent-ils dans cette conception traditionnelle ? tournent-ils le dos à l’ «hybris», ou bien partagent-ils avec les progressistes, une conception « ouverte » de la nature ? En d'autres termes, le «citoyen de la planète» se veut-il traditionnel ou progressiste, messianiste ?

41q5KnlZUYL._SX327_BO1,204,203,200_.jpgSoulignons également que l’époque antique est celle où les dieux étaient les garants de l'harmonie du cosmos. Ils interviennent par ailleurs dans les rêves des hommes pour leur délivrer des messages. A plusieurs reprises, Athéna intervient dans les songes d’Ulysse pour le guider.

Que l'on prenne « Eco » au sens restreint d'"habitat" ou au sens large de "nature", Bachelard a donc toute légitimité. Pourquoi ?

L’auteur de ‘la Psychanalyse du feu’ a toujours gardé un contact charnel avec sa nature, puisqu'il a vécu dans la campagne de l'Aude, né dans une maison située "en lisière de la ville". Il nous rappelle qu’une maison doit avoir une cave "où l'on descend les escaliers avec un chandelier" et un grenier où «l'enfant boudeur peut monter les escaliers pour se réfugier». Si l’on transpose cette anecdote à la nature, on comprends que la cave et la grenier renvoie aux dimensions de la rêverie diurne, voire nocturne, quant les testaments idéologiques de notre temps équivaudrait plutôt à des appartements de HLM.

Voici tout l'art de Bachelard, refuser les raccourcis, les captations conceptuelles de la pensée abstraite, non pour les nier mais pour les ouvrir, les dilater a des dimensions plus grandes, plus oniriques.

Dans le même esprit, Bachelard critiqua en son temps la Psychanalyse dans une époque où elle se voulait souveraine sur les savoirs. A plusieurs reprises, il dit qu’elle aurait « dépoétiser les symboles ».

Refusant les génuflexions devant les idéologies totalisantes de son temps, Bachelard aurait-il accepter les nôtres ?

Rêvons avec Bachelard...

A la lecture de Bachelard, l’Homme ordinaire est un roi détrôné qui a oublié son royaume. Les rêveurs le savent bien eux, qui, au petit matin, pendant les instants dorés qui entrent dans l’état de veille se consument comme une comète dans l’atmosphère, portent encore la couronne étoilée du rêve.

Son double onirique retourne à l’oubli, le laissant orphelin, seul sur terre.

Nous sommes des rois sans couronne et nous habitons le pire des royaumes, celui qui se croit isolé, univers et universel, dans le plus absurde des théâtres où une planète se croirait isolée dans l'univers. Ayant substitué son imaginaire cosmo-centré autour de la figure du roi par un universalisme abstrait, la France est particulièrement touchée par ce sortilège. Seul existe l’individu-roi dans son royaume « technique » ; le règne qui nous entoure est devenu une sorte de méga-machine complexe, il est bien le résultat d’un messianisme, mais terrestre ; le monde de la technoscience est, lui, a côté de ce monde. D’années en années, la campagne préindustrielle recule au profit d’une périphérie Bouygues universelle. Quelques siècles d’idéologies matérialistes sont parvenu à faire de Pinocchio une marionnette de bois, incapable de se souvenir d'autre chose, au volant de son automobile, que du Code de la Route. Le conte dit que la Fée Bleue (la rêverie cosmique), celle qui donne la clé des songes, apparaîtra dans l’atelier de Gepetto.  

Le feu passe au rouge, tu t'arrêtes ; le feu passe au vert, tu avances.  Voici ta condition de marionnette. C'est tout ce qu'il nous reste du feu originel. Imaginaire normatif et atrophié.

La domestication du feu fut une avancée fulgurante de l’humanité, à côté de laquelle l’avion supersonique n’est qu’un jouet de bac-à-sable. Il paraît même que l'Homme a dérobé le feu aux dieux. Mais a-t-on pris conscience que le feu n'est pas de ce monde ? Voyons comme le feu (un vrai feu de camps) est à la fois difficile à allumer et difficile à atteindre comme s’il ne rentrait que difficilement dans les lois de ce monde. Le flamme monte verticalement comme si elle cherchait à fuir ce monde et retrouver sa patrie originelle.

41Wi1XGvOVL._SX302_BO1,204,203,200_.jpgOr, le feu et le rêve appartiennent au même monde. Ils partagent les mêmes propriétés peu à l’aise avec celles de ce monde. Le rêve est comme le feu, immatériel, fluctuant, instable, prompte à retourner dans son monde nocturne.  

Mais, alors que l'invention du briquet-à-galène s'est depuis longtemps banalisée, nous n'avons rien inventé d’équivalent pour le rêve, le "briquet-à-rêve" n’existe pas, à moins d'admettre qu'un poème de poche pourrait jouer cette fonction.

La banalisation du feu domestique, la perte du signifiant originel avec notamment la plaque électrique, n’est pas le moindre signe du matérialisme moderne. Il nous faut réapprendre à allumer un vrai «feu de camps», fendre le bois, frotter le silex, afin de redevenir spirituel c’est-à-dire retrouver l’Enfant Eternel. Pour cela, le bushkraft est une voie salutaire. La rêverie stimulée par le feu de camps m’emporte vers d’autres rivages. Elle me dit que la flamme est à la fois ici et ailleurs, simultanément. Un ailleurs non spatio-temporel, mystérieux, spirituel, onirique ; un feu sur la terre est aussi un feu dans une autre dimension du réel, dans un «ciel» imaginaire. C’est pourquoi le feu nous relie à l’ailleurs. Nous communions au spectacle des flammes ondulantes moins pour nous réchauffer que pour communier avec le monde des rêves.

De même, abandonné à la rêverie, nous sommes en deux endroits simultanés, le rêve fait de nous un bi-national. Il nous intime l’idée que, bien que de « citoyenneté terrestre », notre véritable patrie est ailleurs. Notre "patrie" est celle des dieux, l’azur immaculé de l’Enfant Eternel.

Nous avons été envoyés ici en mission exploratrice et nous avons oubliés de rentrer chez nous. La religion chrétienne est la religion insolite du « retour » allégorisée dans la personne de Jésus-Christ. Devant le gouverneur romain Pons Pilate, qui avait le pouvoir de la mettre à mort, Jésus dit «mon royaume n’est pas de ce monde». Beaucoup de Chrétiens inversent cette révélation sismique en son contraire : ils veulent faire de ce monde un royaume.

Devant cette tentation, le rêve marque un arrêt-sur-image, une piccure de rappel du véritable univers onirique et pré-onirique. Soudain, l'identification étroite du moi et de ce monde s'évanouïe. Le rêve est une ressouvenance lente, allégorisée, de l'Autre Monde.  

lblob.aspx.jpgPoussée par force nostalgie, l’humanité est parvenue à se hisser dans l’espace. L’homme a marché sur la lune, escale retour d’un aller métaphorique vers la planète terre, vers le plan matériel, dont la mémoire s’est perdue. Vu sous cet angle, la conquête de l’Espace n'est qu’une manifestation de la nostagie profonde qui habite l’homme.

Elle donne l’impression d’un voyage-retour. Or, ce voyage-retour peut se faire sans quitter cette terre, dans sa rêverie du jour, étape de l’état d’homo mechanicus vers l’état d’Homo Legendicum.

Gaston Bachelard fut le Newton de la science du rêve ; il nous manque un Einstein de cette même science qui rendra fusées et roquettes totalement désuètes. Ce génie découvrira peut-être l’«atome-germe», l’agent actif surnaturel caché dans les images, les univers et les mondes pliés de l’imaginaire. Il faut « s’évertuer à trouver, derrière les images qui se montrent, celles qui se cachent, aller à la racine même de la force imaginante » nous exhorte Bachelard. Pour se faire, ni le microscope, ni le sonar ultramoderne ne seront d’un grand secours, ou du moins, le seront-ils pour confirmer les rêveries intimes du rêveur éveillé ayant rencontré en lui l'Enfant Eternel.

On découvrira alors que nos existences ne sont que les oripeaux d’anciennes croyances, de fausses identifications. Tel Ulysse de retour à Ithaque, l’Éveillé livrera un combat aux usurpateurs, les prétendants aux trône, ces fausses identifications de lui-même. Il renouera ainsi avec Pénélope, allégorie de cet atome autonome doué d’un puissance qui n’est pas de ce monde. Et si Ithaque était le cœur de l’Homme enfin investi du vrai germe-divin et si Pénélope était le germe divin, Ulysse la reddition du moi.  

Alors, comme l’écrit Victor Ségalen, ce bon voyageur «parviendra sans mérites ni peines, non pas au marais des joies immortelles, mais aux remous pleins d’ivresses du grand fleuve Diversité».

« Seul un dieu peut nous sauver » ou le barbare salvateur

En recherchant, tel un sourcier, les sources actuelles de l’imaginaire écologique, je vécu dans l'appréhension qu'une sorte de crochet conceptuel en vienne à déchirer brutalement la grande voile méditative de ma rêverie. Je ne voulais pas que la fleur vitale de l'âme se rétracte subitement en elle-même à cause d'une événement extérieure mineur. Son parfum est celle-même de la vie véritable qui est à la fois d'ici et d'ailleurs. Notre mémoire traumatique est polluée de semblables angoisses.

Je trouvais refuge dans le hors espace-temps de Conan le Barbare, un peu comme on se blotti prêt d'un feu en hiver. Diffusée tel un rempart, la musique recouvrait toute ma ville tel un vortex. Un morceau plus que les autres, à la grande beauté aurorale, enchanta mon âme. Je cherchais dans le dictionnaire le sens exact de son titre : "Orphans of Doom/Awakning» , et ce que je trouvais me subjugua au plus haut point. "Doom" veut dire à la fois «ruine» et «destin tragique», quant à Awakening, c'est "L'éveil oui, l'éveil, comment sortir de ce sortilège infernal. Le drame cosmique faite musique. Je me reportais à la scène correspondante du film : on y voyait Thulsa Doom, le Guru de la secte du Serpent, haranguant une foule d'adeptes anesthésiés et serviles. Subitement, le guru est décapité d'un coup d'épée par celui qui a gardé le secret de l'acier, Conan. Les "orphans" (orphelins du champs astral du guru) jettent un après l'autre leurs bâtons enflammés dans une fontaine. Cette fin rituelle me fit penser à la disparition des étoiles, au petit matin. Cette musique d’une étrange beauté métaphorise à merveille celle de la reddition du moi. Les adeptes s'en retournent chez eux comprenant que c'est la fin d'un monde. L’imaginaire individuel et collectif se retrouve tout-à-coup libéré de fascination nocturne du guru.

Pourquoi Conan, le libérateur, est-il un "barbare" ? Sans doute afin de surligner sa nature différente, étrangère à celle du monde. Moins au pays lui-même qu'à la nature même de ce monde. De même, Ulysse arrive en étranger à Ithaque, habillé en mendiant hirsute alors qu'il se présenta au palais d'Ithaque, prêt à en découdre avec les prétendants au trône.

La superbe musique de Basil Poledouris m'avait conduit ce matin vers des rivages du rêve où des fréquences de douceurs qui bercent quelque chose comme un souvenir d'enfance, comme si un drap onirique m'entraînait vers un repos profond. Ma rêverie matinale miroitait de mille images enchantées et douces, maternantes, bienveillantes.

Mais, au lieu de glisser dans la pente du sommeil, une idée me vint à l'esprit avec la vitesse d'un éclair. J'en étais venu à l'idée que derrière Conan le Barbare, le personnage de film, se cache une figure métaphorique centrale. On trouve bien sûr les héros tueur de dragon, Siegfried ou Saint Georges, mais Conan a une particularité. Il est revanchard. Son ennemi est un homme qui a le pouvoir de transformation. Il peut en effet se transformer en serpent. Il est un enchanteur car il symbolise l'enchantement coupé de sa source quant Conan représente la source elle-même.

Un des plus haut mystère qui touche à la littérature et au langage est de savoir pourquoi les mythes anciens métaphorisent le combat symbolique vers la lumière, l'entrée et la sortie du labyrinthe ? Un saut de géant s'est produit le jour où je compris que les mythes comportent une telle structure uniquement parce qu'ils portent eux-même les impulsions de l'imaginaire et que l'imaginaire est lui-même une ondulation divine, algorithmique, auto-structurante. C'est là un point capital, les légendes "racontées au coin du feu" proviennent d'un rayonnement qui n'est pas de ce monde. Pas étonnant qu'elles contiennent sous forme métaphorique, le fameux Plan de Retour. C'est en tout cas la seule explication rationnelle possible.

L'univers qui nous entoure peut parfois faire penser à une "ruine". Le HLM étant la ruine caractérisée. Incomplétude, brisement de l'origine, processus déshumanisant, le HLM est l'habitat de l'insecte mécanique. L'homme moderne est l'équivalent des ruines, désenchanté, mécanisé, interchangeable. Les ruines nourrissent aussi l'imaginaire du retour.

Face à ce déclin algorithmique, le combat le plus haut, le plus noble est le réenchantement qui seul peut être conduire par un "barbare radical", l'étranger provenant d'un autre monde, l'étranger en nous-même que Bachelard appelle l'"Enfant Eternel". Le prix du réenchantement, c'est le choc frontal entre les spectres d'une réalité desséchée et la puissance du rêve. Une version de ce combat s'est récemment illustré avec le magistral Cameraman Gods de Neil Gaiman. On y voit une lutte à mort entre les "nouveaux dieux" du système de la consommation et des médias de l'Amérique et les dieux anciens, oubliés et jusque-là réduits à la portion congrue.

9782714308764-475x500-1.jpgA travers ces exemples, on est saisi par l'idée qu'un immense et implacable dispositif concerté a visé, depuis des temps immémoriaux (serait-ce même la pente de l'Histoire ?), a assécher l'imaginaire des peuples par un imaginaire de substitution. Ce dispositif est apparu historiquement avec le pouvoir centralisateur de l'Empire Romain, les Conciles, et devenu totalement incontrôlable par la suite, comme une machine planétaire devenue folle. Il poursuit aujourd'hui sa course folle avec la réplique de l'Empire qu'est l'Empire Américain, le Soft Power, le Nouvel Ordre Mondial qui contrôle à la fois le capitalisme avec sa technoscience destructrice de l'environnement et l'imaginaire de l'écologie et des médias.

Ce roman magistral montre que le combat pertinent et salvateur se situe moins entre la technoscience et l'écologie qu'entre deux imaginaires, l'ancien et le nouveau.

Les grands esprits de notre temps ont bien compris ce subterfuge. Bachelard exhortait a trouvé le germe-racine de l'imaginaire. Dans un entretien au Spiegel de 1956, Heidegger prononce une phrase énigmatique qui n’est pas sans évoquer la geste mythique de Conan le Barbare : "Seul un dieu peut nous sauver".

Quoi de commun entre la marionnette de bois et le petit garçon qui court et qui va à l'école? aucun. Une transformation totale les sépare.
Le "barbare" n’est-il pas, aussi, notre double onirique ?

« L’appel des sources » contre l’idéologie écologiste

A travers les exemples cités, on comprends que notre époque a sans doute moins besoin d’une pythie adolescente (Greta Gunberg) qu’un « dieu » au sens mystérieux donné par par Heidegger ou un « barbare» décliné dans la Science Fiction, notamment l’Héroic Fantasy. Ils répondent parfaitement à cet «appel des sources» cher à Bachelard.

On notera que l’imaginaire de la Fantasy n’est pas toujours celle d’une lutte à mort entre technologie et nature vierge, mais produit parfois des univers où la plus haute technologie cohabite avec la nature la plus luxuriante, univers « archéo-futuriste » où les hommes généralement cohabitent avec les dieux.

La croisade écologiste relayée par les mass-médias s‘inscrit tout comme la destruction de la nature sous l’horizon du progrès. Elle nous projette dans les mêmes espoirs et ornières que la psychanalyse au temps de Bachelard.

Gaston Bachelard s’en prend à la psychanalyse qui nous aurait  « écarté de la méditation de l’image primitive», « dépoétisé le rapport au monde» et aurait « intellectualiser les symboles». Gageons qu’il en dirait de même, aussi bien de la science désenchantée que de l’écologie militante !    

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Oswald Spengler and the Morphology of Cultures

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Oswald Spengler and the Morphology of Cultures

Arthur Chandler

Ex: http://www.arthurchandler.com

(originally printed in Humanities, 1978)

Morphology: “the study of the form and structure of organisms and their specific structural features” (Wikipedia)

Prelude

Under the gloom of the funeral day, adult hands persuade the child to the pews. The minister intones the solemn ceremony, while grown-up faces weep, or press their sadness between steady eyes and firm lips. The child feels the strange oppressiveness of the atmosphere, but as yet cannot fathom the reason. 

Then the final processional: grim men and women file by the casket. The father’s hands reach down and lift the child high: and there, hovering like a captive angel in his father’s grip, the child first sees the shell of his grandfather’s soul. He stares down at the face he knew last week: the same face, but now shrunken into something remote and unfamiliar. It’s not like grandfather sleeping: something is gone.

“The child suddenly grasps the lifeless corpse for what it is: something that has become wholly matter, wholly space; and at the same moment it feels itself an individual being in an alien and extended world. Here, in the decisive moments of existence, when the child first becomes man and realizes his immense loneliness in the universal, the world-fear reveals itself for the first time as the human fear in the presence of death.”

Later, back in the subdued warmth of his own home, the child gazes out the window. People walk, cats prowl, birds dart. All live — but not grandfather. He will never walk the earth again. Never.

The day completes its cycle. Distinctions blur in the landscape. Stars wink into sight — tiny brightnesses in a vast dark. People lie down to sleep. Some people, like grandfather, will never see the morning: this the child now knows with certitude. 

The tears well up and shatter down his cheeks. He cries not only for the loss of what grandfather was for him: he cries for the inescapable loneliness that the sureness of grandfather’s death now means.

In these moments, the soul of the culture, like the soul of the child, is born. 

First Act: The Birth of the Soul of the Culture

“Primeval man is a ranging animal, a being whose waking consciousness restlessly feels its way through life, under no servitude of place or home, keen and anxious in its senses, ever alert to drive off some element of hostile Nature. A deep transformation sets in at first with agriculture — for that is something artificial, with which the hunter and shepherd have no touch. He who digs and plows is seeking not to plunder, but to alter nature. To plant implies, not to take something, but to produce something. Man roots in the earth that he tends, the soul of man discovers a soul in the countryside, and a new earth-boundness of being, a new feeling, pronounces itself. Hostile Nature becomes the friend, earth becomes Mother Earth. Between sowing and begetting, harvest and death, the child and the grain, a profound affinity is set up.”

People in landscape — this is the one fundamental, the basic unity of life and place that accompanies the birth of every culture. And from the shared unity of experience of the landscape comes the Culture: that totality of traditions and institutions that marks the expansion of a people’s existence into an organic unity greater than the sum of the individual lives that compose it.

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The local earth and air surround them. The new-born are delivered into a regional Nature that envelops them with its special shape of hills, demands of the soil, felt rhythm of the seasons, and sublime procession of the heavens at night. The old are finally delivered into the earth, or scattered to the winds — back to the mother-landscape. All life between infancy and death becomes a participation in the greater life of the Culture itself. 

In every culture, attitudes toward the surrounding world coalesce, and shape themselves, in their highest mode of expression, as religion. In the springtime of a society, the myth of a people expresses for them what the world is and means, why it is fashioned thus, and what they must do in obedience to the Ordering Principle. It is here, in the forms and assumptions of each religion, where cultural axioms reside.

Most of the countless human societies that come into being never become civilizations. With a very few Cultures, however, a new form of growth cycle begins. The first herald of this beginning is the birth of the soul of a town. “This is a mass-soul of a wholly new kind, which suddenly buds off from the general spirituality of its Culture. As soon as it awakes, it forms for itself a visible body. Out of the rustic group of farms and cottages, each of which has its own history, arises a totality. And the whole lives, breathes, grows, and acquires a face and an inner form and history.” When this budding culture metamorphoses into a civilization, the fateful and fated cycle has begun. Thenceforward the style-history of the Culture ever more resides in the town, the city, and finally in the gigantic megalopolis.

The Prime Symbol

As the town grows in the passage of time, the grand religious myths of its beginnings take on a style — those recognizable traits that separate each culture from all others — and mark the limits and possibilities of its soul. “Style itself is the rhythm of the process of self-implementing.” And it is the style that tells us that a building is Roman and not Renaissance, that a proof of a theorem belongs to Desargues and not Euclid, that a bas-relief is Assyrian and not Sumerian.

As an individual, everyone enacts a personal style of gesture, inflection, habit. The overall rhythm is given to us by the Culture, but its inflections are our own. Just so, people build and paint and create mathematics. Every architect, every artist, every mathematician shows forth in their work a style: unique personal inflections on the overarching rhythms of tradition. The unity of that cultural rhythm, the basic bond that integrates all branches of a culture into a pervasive whole, is its Prime Symbol. This symbol exists in every phase of a culture’s life, no matter how apparently grand or modest. But in its highest modes of creativity — in art, thought, political action and above all in religion, that the Prime Symbol is expressed with greatest purity and force.

“All that is, symbolizes.” In the great cultures — those entities that are destined to unfold into civilizations — world-fear and world-longing find expression in their Prime Symbols, which set the limits and define the possiblities of their growth and the secret of their inner principle of decay.

For Faustian Civilization — the outcome of the Culture of Western Europe and its siblings — the matrix of all reality, the core of its Prime Symbol, is infinite space.

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The Gothic Cathedral’s spires and arches yearn upward for the infinite, just as its space-commanding giant of sound, the bellows organ, storms heaven with its counterpoint of expanding volume. In Faustian painting, the ever-present and unifying device of perspective commands the eye to follow out to the vanishing point at infinity. In the realm of mathematics — where cultures show their beliefs about reality in purest form — Western mathematicians posit an infinitely extensive and infinitesimally divisible grid of space-points which radiate out to infinity in three dimension — and later, in an infinite number of directions.

For the classical culture of Greece, the Prime Symbol was radically different — and so, too, was the form-ideal is sought to express in its arts and thought. For the people of classical civilization, the near and present bodily form of things made up the basis, the ἀρχή, of existence. Greek painting contains no ordered distances, only bodies. Euclidean geometry always gives us the mathematics of surface and volume, never point-systems of variables in a matrix of infinite, Cartesian space. Even the music of Greece, with its supposed harmonic connection with Western music, is in fact based on a sound-appreciation of a radically different sort. For the classical mind, harmony consists of the relationship of two sounded notes. To the Western sensibility, music consists of the ever-changing relationship among moving intervals — mobile spaces between note clusters — that provides the sense of sonic dynamism.

The Western/Faustian mind perceives the universe as infinite space: the Classical/Apollonian as well-ordered aggregates of bodily forms beneath a corporeal vault of the heavens. A third civilization — the Near-Eastern/Magian — conceives of the universe as a cavern. Here, the primordial light-versus-dark struggle pervades the cavern dome of the heavens even as it dominates the eternal wars among the human race. The Magian world is thus a cosmos of opposing substances: God versus the devil, the righteous versus the infidel. “Even death, for the author of the John Gospel, as for the strict Moslem, is not the end of life, but a Something, a death force that contends with the life-force for the possession of man.”

By setting the high cultural achievements of the Magian world alongside those of the Apollonian and Faustian, we perceive the radical dissimilarity among them. The classical temple is an architectural body of ordered elements, optically graspable in a single glance, designed as a completely exterior experience for the eye. The Western cathedral is an expression of an inward yearning for the light from infinity. The Near-Eastern mosque is a cavern from which the symbolic duality of light and dark contend in the enclosing dome.

In Classical mathematics, proportions among magnitudes comprise the entirety of number-thought. In the West, it is the relationships among varying functions operating in infinite space that make up the concept of number. In Arabian mathematics, is the “alchemical” transmutation of undefined qualities that pervades the essence of mathematics. “And as Euclidean geometry is to Attic statuary (the same expression-form in a different medium) and the analysis of space to polyphonic music, so is algebra to the Magian art of the gold mosaic and the arabesque.”

Infinite space, the cavern cosmos, the sum of the forms of bodies — these are the essential cultural axioms of three of the great civilizations that have actualized their Prime Symbols. To the historical imagination searching for the morphology of other cultures, other Prime Symbols can be discovered:

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For the Egyptian, reality was “a resolute march down the path once entered.” The pyramids, seen in this light, are not buildings in the Western sense but pathways enclosed by mighty masonry.

“For the Chinese, the world-around is approached as a hither-and-thither wandering that nevertheless goes to the goal.” It is The Way: and in a culture where the path through Nature becomes the highest and deepest form of sensibility, landscape gardening becomes a high art, comparable in its richness and philosophical depth to the Gothic Notre Dame, the Magian Blue Mosque, and the Parthenon.

For the soul of India, the world is illusion, an existential zero, and its goal, the ever-circling phantom show of creation and destruction, to be escaped by attaining Nirvana. Here, the Prime Symbol is Zero — an idea which, in the realm of numbers, meant something entirely different to traditional Indian mathematicians than to their Faustian counterparts, for whom the 0 has always entailed deep paradoxes.

Interlude

The Child attains maturity. In the course of life, the growing youth encounters heroes and villains, profound thinkers and shallow phrased-spinners, firm friends and sly enemies. From all these people, real and fictional, we learn — but they do not influence us. We choose what we will take, and what we will ignore. Tough we expand and deepen our outlook throughout life, it is a deepening and expansion of our own nature. All outside forces are converted by our minds and bodies to our own uses. Those forces do not influence us: we pick and choose among them.  

We see a painting, hear a symphony, read a sonnet. In doing so, we “experience something in ourselves, but cannot give any account of the relation between this experience and what the creators lived in themselves. We see a form, but we do not know what in the other’s soul begat that form: we can only have some belief about the matter, and we believe by putting in our own soul. However definitely and distinctly a religion may express itself in words, they are words, and we put our own sense into them. However impressive the artist’s notes to colors, he sees and hears in them only ourselves, and if we cannot do so, the work is for us meaningless.”

Just so, the relationships between Cultures: connotations are not transferrable.

The Integrity of the Prime Symbol

Once a culture’s own Prime Symbol is established and expressed, its essence is unalterable. Individual works, or whole expression-forms such as Attic drama or Arabian alchemy, can be studied by Western dramatists or scientists. But outside their culture of origin, such works are lifeless. They have no power within themselves to move people of another origin. The choice to use this or that element must be made; and at that point, the user, not the work, dictates the nature to which the plot or formula will be put.

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Furthermore, most alien works are never “borrowed” at all. “In all conventional history, it is only the relations that are accepted that we observe. But what of those that were not accepted? Why, for example, do we fail to find in Classical expression-forms — supposedly “influenced” by Egypt — the pyramid, pylon, obelisk, hieroglyphic? What of the stock of Byzantium and of the Moorish East was not accepted by Gothic art and thought in Spain and Sicily?”

“Consider how every living Culture is continuously bathed in innumerable potential influences. But out of these, only some few are admitted as such — the great majority are not. Is the choice, then, concerned with the works, or with those creators who choose or ignore them?”

In the end, nothing reaches maturity except through the fulfillment of its own nature. Each Culture transvalues all its borrowings and makes them its own. Denotations may be taken, but connotations are inevitably transformed. The Prime Symbol, the Culture’s basic attitude toward its environment, translates all influences, expands, grows deeper and richer thereby, but remains in its essence inviolable.

Finale

Children become men and women, marry, and beget their own children. In them and through them, the parents seem to be reborn, surrounding their offspring with affection, knowledge and moral lessons condensed from life. But for all the parents’ efforts, children still go their own ways, absorbing, rejecting, and recreating themselves with all that their environment offers them. The child is the father and mother of the adult.

And so the child grows old, following the unalterable decay endemic to all creatures born and moving through time. Early creativity stiffens into pattern and habit. The fire in the blood cools, leaving noble the lukewarm pleasures of the philosophic mind, or a death-driven flight into a second religiousness.

But even in the winter years, there are tasks to perform. Twilight and winter leave bare the shape of things: the darkening mountain, the leafless tree, the multicolored past stripped to its essential components and toned down by the blank certitude of impending death. Still the world-fear and world-longing are at work, even in the deficient veins of the old; and if accident and senility can be avoided, the prime feelings of meaning in the world may yet produce final, austere monuments as departing symbols of a mature mind drawing to a close.

And then, the only end of age.

The Last Task

Some civilizations, like the Egyptian and the Indian, prolong their final years into centuries. In extended crepuscule of long-lived civilizations, the main creative works had long since been accomplished, and only a diminished echo of earlier greatness lingered in art and thought.

In some instances, late megalopolitans yearn and clamor for barbarian vigor, and turn aside from their own spiritual sources in an attempt to rediscover  meaning in borrowed forms. This second religiousness sprouts like mushroom clusters on the great sitting tree of the civilization ion. And though the death of the Culture may be postponed, the decline may not, and must proceed on its destined course to the end.

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For Western/Faustian culture, ripe autumn — the period known as the Enlightenment — has concluded. Already with the advent of Romanticism, the yellow softness of decay appears in the arts, and even in science and mathematics. “Impressionism is atheism in colors,” and n-dimensional geometry liberates Western mathematics from the obligation of perfecting the analogy between number and reality. Even the Prime Symbol of infinite space comes under challenge from thinkers who argue for a finite but unbounded universe.

In the sciences, arts, mathematics — in all of the highest orders of Faustian enterprise — the sureness of feel, the universal acceptance of the Prime Symbol of infinite space, has been lost. In all areas, a pervasive skepticism replaces certitude — a skepticism which is, in all cases, the mark of later stages of the Culture’s advance into Civilization. But in the West, this skepticism takes on an especially historical form. Faustian skepticism does not mean, as it did the Apollonian mind, a denial of the possibility of knowledge, nor, as it did for the Magians, a world-weary acceptance of Kismet. Faustian doubt takes the form of acknowledging that different conditions produce different results, that there is no truth that holds true everywhere and in all circumstances. In this connection, it is an occurrence of high cultural significance that Newton’s Laws have given way to Einstein’s theories.

With the loss of the sure feel of tradition, each of us stands at the center of our own conceptual universe and propounds our own unique theory of coherence. For each of us, this theory grows from the roots of Truth as we see it, and puts into practice the principles of action that anyone who aspires to first rank must have. But next to us in the city-scape grows another human-plant, sinking different roots and bearing different fruit. The whole of our era in Faustian civilization is a rich, varied complexity of such exotic growths, each one vying, unsuccessfully, to cover the land, to establish a new Prime Symbol.

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Only in the world of technics is the high level of traditional Faustian world-view maintained, and where the Prime Symbol is pursued with something like the intensity of earlier centuries. In the realm of technics, Faustian longing aspires towards its final achievement: the application of power-knowledge for the conquest of astronomical space. “Not this or that bit of the world, as when Prometheus stole fire, but the world itself, complete with its secrets of force, is dragged away as spoil to be built into our culture.”

Religious faith comes at the beginning, practical results at the end. The faith that first sustained Western Culture comes to be superseded by causal, scientific myths which are, nevertheless, still predicated through and through upon the religious foundations at the origin of belief. It is the expansion, refinement, and universal application of technics for the mastery of endless space that constitutes the last and greatest task of Faustian Culture.

“And so the drama of a high Culture — that wondrous world of deities, arts, thoughts, battles, cities — closes with the return of the pristine facts of the blood eternal that is one and the same as the ever-circling cosmic flow. Time triumphs over space, and it is Time whose inexorable movement embeds the ephemeral incident of the Culture, on this planet, in the incident of Man — a form wherein the incident life flows on for a time, while behind it all the streaming horizons of geological stellar histories pile up in the light-world of our eyes.”

In the end, Faustian Culture, like all that lives, must pass away. “Even our machine technics, which seems so imperishable, a contribution to the history of civilization, will end with the Faustian civilization and one day will lie in fragments, forgotten — our railways and steamships as dead as the Roman roads and the Chinese wall, our giant cities and skyscrapers in ruins like old Memphis and Babylon.”

To hope, in fond and vain delusion, for renewed life, or for technics itself to save us from the decline is worse than folly. “Optimism is cowardice.” To recognize the inevitable, and yet perform what our heritage demands of us — this is the highest form of creativity left to us in the final season of our life-course. To face the world-fear of extinction, if not with the confidence of spring then with the determination of age — that is the last task of Faustian technics.

“We are born into this time and must bravely follow the path to the destined end. Our duty is to hold on to the lost position, without hope, without rescue, like that Roman soldier whose bones were found in front of a door in Pompeii, who, during the eruption of Vesuvius, died at his post because they forgot to relieve him. That is greatness. That is what it means to be a thoroughbred. The honorable end is the one thing that cannot be taken from a man.”

All quotations in this essay are from Oswald Spengler’s Decline of the West and Man and Technics, translated by Charles Francis Atkinson.

Backstory to “Oswald Spengler and the Morphology of Cultures”

When  I joined the interdisciplinary humanities program at my university, I at once recognized that I needed a unifying structure to unify the various works of literature, the fine arts, philosophy and history that I would be teaching — and, eventually, writing about. I had long been interested in all those fields, plus mathematics, film and photography — but had never thought about them or their interrelationships in any systematic way.

Over a lunch one day, a friend and colleague, David Renaker, suggested that I should look into Spengler’s Decline of the West for just such a unifying overview. I had heard of the book, but assumed it was just another one of the many apocalyptic pronouncements that had been popular in recent decades. But on the strength of David’s recommendation, I bought the book and started reading.

spengler-oswald-decline-west-modern_1_dd1f48fb07de64e38692927a923d4e6b.jpgThe Decline of the West, I discovered, as neither a traditional history book or a dirge predicting the end of civilization as we know it. Instead, Spengler opened up vast and profound vistas of world cultures, often with startling insights like this:

"Who amongst [present-day historians] realizes that between the Differential Calculus and the dynastic principle of politics in the age of Louis XIV, between the Classical city-state and the Euclidean geometry, between the space perspective of Western oil painting and the conquest of space by railroad, telephone and long-range weapon, between contrapuntal music and credit economics, there are deep uniformities?" (Spengler, Decline of the West, Volume I, page 7)

The special attraction of the book for me was Spengler’s unusual willingness to see mathematics, not as a system of universal truth, but as yet another creation of each culture, just as much bound to its cultural “Prime Symbol” as its works of literature, art, and religion.

Later, Spengler’s thought served as my inspiration for an essay I wrote for the Western Humanities Review (link here). And though, in the passage of time, I’ve become skeptical of some of his wide-ranging assertions, I still admire the power of his mind and his heroic determination to find unity in the infinite diversity of human history.

vendredi, 14 février 2020

Después del Brexit, ¿Rusia como alternativa?

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Después del Brexit, ¿Rusia como alternativa?

  • "¿A ningún dirigente se le ha ocurrido pensar por qué, desde 1992 ninguna consulta sobre Europa ha resultado vencedora? Solo en España, lo que no es casualidad"
  • "Solo se puede entender lo que está pasando en EEUU y en Gran Bretaña partiendo de que el mundo está cambiando de base geopolítica"
  • "EEUU ha intentado convertir a Rusia en una gran potencia adversaria de los pueblos europeos. Es la búsqueda de un enemigo que justifique la existencia de la OTAN"

Enric Juliana es un periodista singular y, en muchos sentidos, diferente. Su estilo consiste en situar el hecho, el dato, la noticia históricamente; intentar ir más allá del día a día y enmarcar lo que ocurre en un contexto más amplio. Hace unos días relacionaba el Brexit con la geopolítica que tiene como referente a Mackinder. No dijo mucho más. He esperado que desarrollara esta idea pero no lo ha hecho. Así que tiro de este hilo sabiendo que, seguramente, el conocido periodista catalán no estará de acuerdo con muchas de las cosas que escribo.

Sir Halford Mackinder (1861-1947) fue un geógrafo notable británico y un político muy influyente. Esta doble condición siempre hay que tenerla en cuenta; intentó conocer la realidad, siempre al servicio de los intereses estratégicos de su país. Si bien no usó nunca el término geopolítica, influyó decisivamente en esta disciplina que unos consideran ciencia y otros un arte político de Estado. En 1904 publicó una conocida conferencia con el título de El pivote geográfico de la historia. En 1919 desarrolló estas ideas en un libro muy importante en su época, llamado Democratic Ideals and Reality. No es fácil explicar en un artículo como este la complejidad, hondura y los supuestos de una concepción geográfica que ha marcado, durante más de un siglo, los debates estratégicos y políticos de un mundo en perpetuo cambio. Quizás esto es lo que más sorprende. La “problemática Mackinder” vuelve una y otra vez, y retorna -precisamente- cuando los teóricos de la globalización consideran que el territorio y la geografía habían perdido su relevancia en las relaciones internacionales.

Para entender bien lo que Mackinder nos sigue diciendo hoy, hay que partir de dos ideas centrales. La primera es la que opone estructuralmente la geopolítica del mundo entre el poder marítimo (talasocracia) y el poder terrestre (telurocracia); esta oposición es sustancial y afecta a las estrategias políticas y militares, y tiene consecuencias en la construcción y desarrollo de los Estados. La segunda se desarrolla ampliamente en el artículo de Mackinder antes citado, tiene que ver con la llegada de una nueva etapa de la geografía-mundo que podríamos llamar post-colombino. Los descubrimientos de Cristóbal Colón marcaron toda una etapa histórico-social de las potencias de Europa (que es una península de Eurasia) que se expandieron mundialmente a través de los océanos convirtiéndose en vastos imperios en colisión permanente. Mackinder considera que esa etapa terminó. El mundo se había cerrado, quedando repartido entre las grandes potencias, con una clara hegemonía del Imperio Británico. La clave -entramos ya en el fondo del debate- es que las potencias talasocráticas habían perdido parte de su ventaja estratégica y que el territorio volvía a ser un elemento central (telurocracia).

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El geógrafo británico identifica un territorio fundamental que llama la isla mundial compuesta por Europa, Asia y África. En su centro, un pivote geográfico que, posteriormente, llamaría Heartland o Corazón continental. De este centro surgen dos grandes líneas, una interna y otra externa. El Heartland ocuparía un amplio espacio de lo que llamamos Siberia y Asia central; es decir, desde el Volga al Yangtze y desde el Himalaya al océano Ártico. La conclusión de Mackinder marca toda una época y es muy conocida. “Cuando nuestros estadistas estén en conversación con el enemigo derrotado, algún alado querubín debería susurrarles, de tiempo en tiempo: quien domina la Europa oriental, controla el corazón continental; quien domina el corazón continental controla la isla mundial; quien domina la isla mundial, controla el mundo”. Una pequeña nota: lo que se está jugando en ese momento (1919) es el nuevo orden pactado en Versalles.

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Volvamos al Brexit. Este mes he publicado en El Viejo Topo un ensayo sobre la salida de Gran Bretaña de la Unión Europea. Me remito a él para otras consideraciones. Una cosa quisiera subrayar: la ferocidad de la clase dirigente y de los medios europeos contra una decisión democrática y legítima, no tiene fácil explicación. Los insultos y desprecios han llegado a límites difícilmente soportables, hasta el punto que se anima a la secesión de Escocia en un momento en el que la cuestión territorial es un problema grave en España. En esto han participado tanto la derecha como la izquierda. ¿A ningún dirigente significativo se le ha ocurrido pensar por qué, desde 1992 (referéndum francés) ninguna consulta sobre Europa ha resultado vencedora? Solo en España, lo que no es casualidad. La falta de autocrítica de la élites europeas el alarmante. La paradoja de todo este debate es que para los europeístas más federalistas la salida de Gran Bretaña tendría que haber sido vivida como una oportunidad. La construcción neoliberal de Europa ha sido justificada, en gran medida, por la presencia de Gran Bretaña; la involución social, el predominio de las libertades comunitarias y la desregulación de los mercados han tenido tradicionalmente como culpable la presencia de unas islas percibidas, más como quinta columna que como constructores leales de un proceso de integración unitario.

Solo se puede entender lo que está pasando en EEUU y en Gran Bretaña partiendo de que el mundo está cambiando de base geopolítica y que nos encontramos (en este mundo cerrado) ante una gran transición que tiene en su centro una enorme redistribución de poder. Para decirlo de otra forma, lo que hemos llamado globalización ha iniciado su fin. No será fácil comprender las mutaciones que estamos viviendo; no será fácil entenderlas y, mucho menos, disponer de una plataforma ideo-política capaz de guiarnos en un mundo que cambia aceleradamente. Lo que está pasando lo tenemos delante de nuestros ojos: una potencia (EEUU) que se niega a aceptar su decadencia, que no está dispuesta a compartir, en nuevas condiciones, su hegemonía mundial y que se enfrenta a una potencia emergente (China) que está obligada a cambiar el orden mundial. Lo diré como ha expresado Kaplan: EEUU no va a aceptar el predominio de una gran potencia en el hemisferio oriental. Lo combatirá por todos los medios y llegará hasta el final. La “trampa de Tucídides” sigue estando presente.

M0208070088X-large.jpgEn este mundo que cambia, los grandes poderes económicos británicos quieren caminar solos; ponen sus intereses estratégicos en el centro y, desde su autonomía, buscarán alianzas con Europa; mejor dicho, con algunos países europeos. Nadie cuestiona sus acuerdos de fondo con los EEUU, y el Reino Unido seguirá en ellos con voz e intereses propios. El otro lado de la cuestión debería suscitar alguna reflexión a los europeístas de andar por casa que hoy nos abruman. El dato más relevante para los hombres y mujeres que estamos en el marco de la UE es que a más integración, menos capacidad de Europa para ser un sujeto autónomo y diferenciado en unas relaciones internacionales donde las grandes potencias están definiendo intereses y marcos de actuación.

Con Mackinder retorna Rusia. Para EEUU el frente europeo es secundario, ellos están ahora en otra cosa: disputarle la hegemonía a China en el Pacífico. La OTAN sirve para este objetivo, subalternizar a una UE sin alma y sin proyecto, dividirla e impedir una asociación duradera con Rusia. La casa común europea fue un proyecto fracasado de unas élites rusas que habían llegado a confiar en una alianza con las democracias occidentales. Putin es hijo de ese fracaso. Tomó nota y sacó las consecuencias estratégicas oportunas. Los EEUU han intentado -y seguirán intentándolo- convertir a Rusia en una gran potencia adversaria de los pueblos europeos. Es la búsqueda de un enemigo que justifique la existencia de la OTAN, la carrera de armamentos y la enemistad entre Alemania y Rusia. La ampliación al Este de la OTAN, la rápida integración de los países ex socialistas en la UE y el rígido alineamiento de estos con el amigo americano es un mismo proceso dirigido, hay que insistir, a impedir cualquier asociación económica y política con Rusia; es decir, con el pivote geográfico mundial o el Heartland continental.

Hace más de 20 años Brzezinski, hablando de los peligros futuros para EEUU escribía lo siguiente: “El escenario potencialmente más peligroso sería el de una gran coalición entre China, Rusia y quizás Irán, una coalición ‘antihegemónica’ unida no por una ideología sino por agravios complementarios. Recordaría, por su escala y por su alcance, a la amenaza que planteó, en determinado momento, el bloque sino-soviético, aunque esta vez China sería probablemente el líder y Rusia el seguidor. Evitar esta contingencia, por más remota que pueda ser, requerirá un despliegue simultáneo de habilidad estratégica estadounidense en los perímetros occidental, oriental, y sur de Eurasia”. El conocido analista geopolítico norteamericano acierta de pleno y es capaz de atisbar el futuro. A la hora de las soluciones, aparece siempre Rimland  o “anillo continental” de Spykman.

Europa y Alemania tienen unas geoeconomías complementarias y podrían tener estrategias geopolíticas convergentes. Hay conflictos (como el de Ucrania) pero serían solucionables en el marco de un acuerdo de asociación económica, energética y política. La condición previa es que Europa tenga un proyecto propio y autónomo en las relaciones internacionales; es decir, que se desenganche de la OTAN, defina sus intereses estratégicos y busque su lugar en un mundo que transita, bajo enormes dificultades, a la multipolaridad. Mi viejo maestro Samir Amín habló hasta el final de un eje París-Berlín-Moscú-Beijing. Mackinder retorna y, con él, Eurasia. La historia, no solo no terminó, sino que comienza de nuevo.

Rééduquer l'homme occidental

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Rééduquer l'homme occidental

Par Mathieu BOCK-CÔTÉ

Ex: https://metainfos.fr

Dans L’Homme surnuméraire, un roman paru en 2018, Patrice Jean a eu l’intuition géniale de mettre en scène un personnage dont le travail consiste à réécrire les classiques de la littérature pour les rendre compatibles avec les valeurs de notre temps. Mais comme c’est trop souvent le cas, le réel vient de dépasser la fiction. Dans certaines maisons d’édition américaine, la tendance est à l’embauche des « sensitivity readers ». Leur rôle ? Réviser les manuscrits pour y traquer les préjugés raciaux ou les stéréotypes de genre et s’assurer d’une représentation positive de la diversité dans le texte publié, qu’il faudrait délivrer de l’emprise du « patriarcat blanc ». Parfaits commissaires politiques, ils lisent les œuvres à partir d’une grille idéologique et distribuent les bons et mauvais points. La littérature doit s’y soumettre ou se démettre.

On peine à ne pas penser à la censure aux temps de l’URSS : là aussi, les textes devaient passer sous les yeux des lecteurs du régime, qui s’assuraient de leur conformité avec l’idéologie officielle. L’art devait contribuer à la célébration du régime, et non en miner les fondements. La mobilisation des intellectuels et des artistes, perçus comme des « ingénieurs des âmes », était jugée nécessaire pour parachever la révolution dans l’imaginaire collectif. De même, aujourd’hui, dans plusieurs pays occidentaux, les subventions publiques dans le domaine de la culture sont attachées à des critères idéologiques explicites – il importe généralement d’assurer la promotion du vivre ensemble et de la diversité, pour le dire avec le jargon autorisé. C’est le retour de la littérature édifiante, au service d’une pédagogie à destination des masses.

Cette surveillance idéologique des productions culturelles est indissociable de la révolution diversitaire qui œuvre à la transformation des mentalités occidentales. On aurait tort de croire qu’elle se limite aux élucubrations théoriques d’universitaires. Elle a pénétré depuis longtemps administrations, entreprises et médias, qui intègrent à leurs activités nombre de « conseillers à la diversité », censés sensibiliser les cadres et les employés à la diversité, tout en les poussant à prendre conscience de leur « privilège blanc », pour mieux le déconstruire. Aucune société occidentale n’est épargnée. Il faudrait faire le décompte des séances de formation dans les milieux de travail pour constater l’étendue de son emprise. Voyons-y une forme de formatage idéologique permanent, pour pressuriser les consciences et assurer leur anesthésie ou leur soumission enthousiaste. Le régime diversitaire transforme la société en camp de rééducation à ciel ouvert.

L’autocritique théâtralisée devient une manière d’afficher sa noblesse morale dans un environnement où la haine du réactionnaire passe pour la forme achevée de l’amour de l’humanité. Mais c’est quand même avec étonnement qu’on a appris dans les pages du Guardian, ces derniers jours, que le marché de la culpabilisation de l’homme blanc, et plus particulièrement, de la femme blanche, était de plus en plus lucratif aux États-Unis. Des activistes « racisées » organisent de coûteux dîners en ville où se rassemblent des femmes blanches de la bonne société qui viennent s’y faire expliquer qu’elles sont racistes et comment ne plus l’être. On marchandise ainsi un sentiment de culpabilité médiatiquement entretenu. Ce désir d’être rééduqué relève de la névrose et témoigne de la destructuration psychique des sociétés occidentales, hantée par la haine de leur expérience historique.

On ne saurait sous-estimer la portée de cette entreprise de rééducation. À terme, il s’agit de faire basculer l’homme occidental dans un monde parallèle. Orwell disait que le propre du totalitarisme consiste à pousser l’homme à admettre que 2 + 2 = 5. De là une campagne de provocation permanente ayant pour vocation de déstabiliser définitivement les consciences et de détruire les repères anthropologiques les plus élémentaires. Même la classe politique s’y met. Quand Emmanuel Macron, selon Valeurs Actuelles, déclare à la présidente des Associations familiales catholiques, lors d’une conversation informelle à l’Élysée : « Votre problème, c’est que vous croyez qu’un père est forcément un mâle », il y participe, sans doute inconsciemment. Toujours, il s’agit de renverser les structures anthropologiques les plus fondamentales et de faire passer pour sot celui qui doute. C’est le règne de l’indifférenciation absolue et de l’interchangeabilité des êtres. Il est tentant d’assimiler ces exemples à des dérives loufoques, devant davantage faire rire qu’inquiéter. À tort. C’est en les pensant ensemble que se révèle l’ambition fondamentale du régime diversitaire : fabriquer un homme nouveau, arraché à sa civilisation, et désirant même la renier de manière ostentatoire, pour se faire enfin pardonner d’exister.

Source : Le Figaro – samedi 8 février 2020

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Les nouveaux paramètres de la guerre économique

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Les nouveaux paramètres de la guerre économique

 
Ex: http://notes-geopolitiques.com

L’entrepreneuriat se transforme au fil des évolutions géopolitiques du monde. Après les Trente Glorieuses, une nouvelle économie s’est développée à la vitesse du numérique, sur fond de mondialisation heureuse.

Les nouveaux échanges devaient répandre partout le capitalisme libéral et le modèle démocratique, associant « fin de l’histoire »  (1) et succès des entreprises. Très vite, le rêve s’est dissipé.

Et ont surgi de nouvelles fractures : antagonisme Nord / Sud, tensions religieuses, crise environnementale, réveil des empires endormis…

Aujourd’hui, c’est l’économie mondiale dans son ensemble qui est devenue le champ des affrontements entre puissances.

Dès lors, comment pour les entreprises se préparer à ces conflits inédits ?

Sur quel mode pratique former leurs dirigeants à la « guerre économique » ?

Au-delà des compétences techniques, n’est-il pas grand temps de donner toute sa place à la géopolitique, de réhabiliter la culture générale, de favoriser l’éclosion de vertus comme la lucidité et l’audace, bref de replacer l’humain au centre de la formation ?…

Entreprendre en temps de guerre… économique

« L’affrontement économique entre les Etats-Unis et la Chine remet en question beaucoup d’idées reçues depuis des décennies dans le monde académique comme dans le monde politique. L’idée d’un marché pacifié et régulé par des institutions internationales a dominé la réflexion sur l’économie mondiale pendant des décennies. Force est de constater que la réalité est tout autre. Les affrontements économiques sont au coeur des enjeux du monde contemporain. »

Ainsi Christian Harbulot, fondateur et directeur de l’Ecole de guerre économique, ouvre-t-il la 3ème édition du Manuel d’intelligence économique (2).

Or, si le monde a vécu un basculement si violent, n’est-il pas temps de former nos élites à cette nouvelle configuration ?

Préfaçant un livre intitulé Former des cadres pour la guerre économique, Christian Harbulot précise sa pensée : « Le monde a changé. Le marché mondial est fracturé en deux mondes, matériel et immatériel ; en plusieurs blocs géoéconomiques de plus en plus agressifs ; en sociétés consuméristes qui divergent sur leur finalité sociétale. Autrement dit, il ne suffit plus d’être un futur patron centré sur le coeur de métier, passionné par les enjeux de l’innovation, affûté sur la connaissance du marché, remarqué par sa maîtrise des questions financières pour développer une entreprise. » (3)

Au coeur de toute formation, on trouve l’humain, confronté à la réalité du monde. Dès lors, quid de sa capacité à l’appréhender dans sa complexité, pour y détecter, sans a priori, tout à la fois les opportunités et les menaces ?

Résumons. Dans un contexte d’économie libérale, la concurrence appartient depuis toujours à la culture entrepreneuriale.

Encadrée par la loi, elle est censée favoriser la satisfaction des clients et la performance des entreprises.

Toute transgression d’une concurrence « claire et loyale » (corruption, monopole, ententes ou cartels, par exemple) est une faute économique sanctionnée par les pouvoirs publics.

Cependant, le processus de mondialisation a fait que la concurrence est passée du registre de la compétition commerciale à celui de la « guerre économique ».

Aujourd’hui, tous les coups sont permis.Les concurrents sont devenus des ennemis.

Dès lors, les entreprises peuvent faire les frais d’affrontements massifs, Etat contre Etat, comme ceux qui opposent actuellement les USA à la Chine ou à l’Iran.

Les armes utilisées sont essentiellement le contrôle des échanges, les droits de douane, la confiscation d’avoirs ou, plus brutale, l’interdiction de tout commerce avec l’Etat visé, diktat qui peut être étendu aux nations tierces, sous la menace de représailles.

L’interdit peut viser un produit ou une marque, (cf. Huawei aux USA), ou s’étendre à la totalité des transactions commerciales avec un Etat, comme l’embargo décidé par Donald Trump contre l’Iran, en mai 2018.

Quand un tel choix est fait par une puissance hégémonique, les entreprises du reste du monde sont sacrifiées.

Ainsi Airbus, Renault, Peugeot et Total, comme leurs sous-traitants, souvent des PME, ont-ils été contraints de renoncer à leurs investissements et à leurs activités en Iran, victimes collatérales d’un conflit dont leur pays d’origine n’est en rien partie prenante.

On comprend dès lors que la compréhension des configurations géopolitiques sans cesse mouvantes soit l’une des clés majeures à disposition des directions pour définir leurs stratégies et décliner leurs modes opératoires.

Mais en réalité, que peut faire une entreprise, même innovante, agile et performante, confrontée à l’arme de dissuasion (ou de destruction…) massive qu’est le principe d’extraterritorialité du droit américain ?

La Société Générale, le Crédit Agricole, BNP Paribas, Total, Alcatel et Technip ont dû accepter de payer des amendes colossales pour éviter de voir leurs activités bannies de tous les échanges internationaux.

Il s’agit bien ici d’une arme de guerre économique contre les entreprises françaises, lesquelles, comme le précisait la DGSI dans une note d’avril 2018, « font l’objet d’attaques ciblées, notamment par le biais de contentieux juridiques, de tentatives de captation d’informations et d’ingérence économique. »

Plus que jamais, il importe donc avant tout de jeter un regard lucide sur le monde et d’en finir avec la candeur qui conduit à l’erreur.

Un certain entrepreneuriat face au déni de réalité

Malheureusement, en France, les exemples de candeur entrepreneuriale ne manquent pas ! Pour s’en convaincre, examinons ces 100 cas d’intelligence économique (4), décortiqués récemment par une promotion d’étudiants sous l’égide de Nicolas Moinet, professeur à l’université de Poitiers, l’une des rares figures de l’intelligence économique dans le monde académique.

On découvre ainsi que l’Union des fabricants de calissons d’Aix est passée à deux doigts de devoir racheter sa propre marque à un industriel chinois aussi malin que cynique !

Ou que Thomson CSF s’est fait souffler en 1994 un important appel d’offres brésilien par l’américain Raytheon après que Bill Clinton en personne ait appelé les décideurs du Brésil pour leur signaler un cas de corruption.

Cet échec français embarrassant a mis en lumière les armes puissantes et discrètes des USA.

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En effet, les informations délictueuses – malheureusement exactes – avaient été « aspirées » par le système d’écoute Echelon, analysées par la NSA et fournies au Président américain.

Quant à l’entreprise française, elle avait été victime tant de ses mauvaises habitudes commerciales que de sa légèreté.

Une variante de ce scénario catastrophe économique s’est rejouée quand Alstom, fleuron industriel et stratégique, a été bradé à l’américain General Electric dans des conditions douteuses (voir note CLES HS83 de mars 2019).

Autre exemple, devenue leader mondial des cartes à puce, la PME Gemplus est passée sous contrôle d’un fonds d’investissement américain qui a nommé à sa tête Alex Mandl, ancien N°2 d’AT&T et administrateur d’In-Q-Tel, société de capital-risque gérée par la CIA !

Alain Juillet réussira à éviter ce « hold-up technologique » et créera Gemalto.

En revanche, la société Activcard, spécialisée dans les logiciels de gestion d’identité n’a pas su rester française : elle est passée avec son savoir-faire et ses brevets, sous contrôle du fonds de pension américain Fidelity, dirigé par Robert Gates, ancien directeur, bis repetita, de la CIA ! (5)

À ces quelques exemples, on mesure la force de frappe régalienne et les avantages concurrentiels extraordinaires dont bénéficient les entrepreneurs américains.

En revanche, note Robert Papin, l’un des premiers Français à avoir saisi cette dimension, « [si] l’économie a intégré le domaine de la guerre […], les Français abordent généralement cette réalité avec une inquiétante naïveté, à l’inverse de leurs concurrents américains, chinois ou britanniques dont la maîtrise dans la captation de données sensibles ou de technologies se nourrit de l’aveuglement de certains de leurs concurrents, au premier rang desquels les Français, dont la candeur est aussi appréciée que les compétences. » (6)

Or la géopolitique intègre bien évidemment la dimension « intelligence culturelle », qui permet de cerner au plus près les différences entre pays en matière de modèle éducationnel ou social, religieux ou philosophique.

Preuve que la culture générale fait partie intégrante du bagage intellectuel du manager, bagage qu’il lui incombe de faire croître et fructifier tout au long de sa vie.

Apprendre un nouvel « art de la guerre » entrepreneurial

On le voit, le nouveau contexte économique mondial a fait évoluer le métier d’entrepreneur par addition de nouveaux besoins en compétences. Mais certains ont raté la marche.

Ainsi, la généralisation du numérique et d’internet ont entraîné des disruptions explosives dans des secteurs entrepreneuriaux solidement établis.

Kodak a disparu faute d’avoir adopté le numérique, BlackBerry et Rank-Xerox pour n’avoir pas adopté les standards internationaux.

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Plus près de nous, Airbnb attaque de plein fouet le secteur hôtelier, Deliveroo la restauration, Uber les transports individuels et Amazon les entreprises de distribution.

Quant aux big data et à l’intelligence artificielle, elles annoncent déjà de prochaines batailles pour des marchés énormes en même temps que stratégiques dans les développements militaires, les activités médicales, les transports, la sécurité et les services.

Ces nouveaux affrontements s’accompagneront de nouvelles formes d’entrepreneuriat, donc de nouvelles qualités et de nouvelles compétences.

Il va de soi que la vigilance, l’intuition et la modestie devant le réel resteront encore longtemps dans l’ADN entrepreneurial.

Mais le courage du « corsaire », capable de s’affranchir des routines, des conforts, des modèles, voire des règles, va certainement devenir un atout dans un monde où la guerre a définitivement envahi l’économie.

Spécialiste en communication, Mathilde Aubinaud évoque ainsi le parcours de quelques entrepreneurs audacieux qui ont fait le pari de la singularité (7).

Mais l’audace peut-elle être un objet d’enseignement dans les écoles de management comme c’est le cas pour la géopolitique ?

Sans doute moins par la théorie que par l’exemple !

De fait, une fois intégré ce paramètre sur un mode théorique, il revient à chaque entrepreneur d’inventer son « art de la guerre », qui sera d’abord un art d’oser, reposant tout à la fois sur l’intelligence des situations, la lucidité, le courage, la capacité à agir et à penser autrement…

Et là encore, c’est le principe de réalité qui doit primer.

A cet égard, il n’est inutile d’écouter ce que ne cesse de marteler Chrsitian Harbulot, fin connaisseur s’il en est de la guerre économique : « La prise en compte de la conflictualité latente entre les puissances, les limites d’exploitation des ressources de la planète, les contraintes posées par la dégradation de l’environnement sont autant de nouveaux paradigmes qui modifient le cadre cognitif de formation des élites. Les futurs chefs d’entreprise ne peuvent faire abstraction de ces nouveaux enjeux en se défaussant sur le pouvoir politique ou sur le corps électoral qui les élit. Désormais, le pilotage d’une entreprise implique une approche lucide de ces questions. Autrement dit, il n’est plus possible de s’engager dans des activités économiques sans chercher à comprendre quel type d’affrontement elles peuvent générer. Apprendre à diriger, c’est aussi apprendre à combattre l’adversité et éventuellement ses ennemis. »  (8)

Décidément, se former à la géopolitique se révèle être incontournable !

Pour en savoir plus :

1566869422_9782130817703_v100.jpgManuel d’intelligence économique, sous la direction de Christian Harbulot (PUF, 2019) ;

Former des cadres pour la guerre économique – L’itinéraire de Robert Papin, par Raphaël Chauvancy, (VA Editions, 2019) ; 100 cas d’intelligence économique, sous la direction de Nicolas Moinet, (VA Editions, 2019) ;

La saga des audacieux, par Mathilde Aubinaud (VA Editions, 2019).

1/ Pour reprendre le titre du livre de l’économiste américain Francis Fukuyama (1989).

2/ Collectif, sous la direction de Christian Harbulot (PUF, 2019).

3/ Former des cadres pour la guerre économique – L’itinéraire de Robert Papin, par Raphaël Chauvancy (VA Editions, 2019), préface de Christian Harbulot.

4/ 100 cas d’intelligence économique, sous la direction de Nicolas Moinet (VA Editions, 2019).

5/ Tous ces exemples sont tirés de l’ouvrage 100 cas d’intelligence économique, op.cit.

6/ Témoignage de Robert Papin, in Former des cadres pour la guerre économique, op. cit.

7/ La saga des audacieux, par Mathilde Aubinaud (VA Editions, 2019).

8/ Former des cadres pour la guerre économique, op.cit., préface de Christian Harbulot.

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Angela Merkel – Die Totengräberin der Demokratie

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Stefan Schubert:

Angela Merkel – Die Totengräberin
der Demokratie

Ex: https://kopp-report.de

Angela Merkel hat in wenigen Tagen drei tragende Säulen eines demokratischen Rechtstaates abgeschafft: Den Willen des Volkes, der durch freie und geheime Wahlen bekundet wird, den Föderalismus der Bundesländer, und das parlamentarische Regierungssystem. Das totalitäre Gebaren der Kanzlerin wurde durch eine Ministerpräsidentenwahl ausgelöst, dessen Abstimmungsergebnis Merkel missfiel.

Angela Merkels politische Agenda dreht sich nur noch um sie selbst und den eigenen Machterhalt. Im Bundestag ist sie allenfalls physisch anwesend, mitreißende Reden an ihr Volk oder gar in Pressekonferenzen, selbst vor regierungskonformen Medien, sind bei ihr absolute Mangelware. Es existieren nur wenige hohe Repräsentanten seit dem Bestehen der Bundesrepublik, die ihre Verachtung gegenüber dem Souverän so arrogant zu Schau stellen wie die ehemalige FDJ-Sekretärin.

Wenn überhaupt jettet die Kanzlerin im Ausland herum, lässt sich beklatschen und mit irgendwelchen Preisen huldigen, während sie unermüdlich deutsche Gelder und Interessen verteilt. Ihre Reisedaten sind entsprechend entlarvend: Merkel spricht vor dem UN-Klimagipfel in New York und vor dem Weltwirtschaftsforum in Davos – das einzige Thema der Kanzlerin: Klima, Klima, Klima.

Um Deutschland sorgt sich diese Kanzlerin seit Jahren nicht mehr, wenn sie es denn je getan hat. Unmotiviert, gleichgültig und abgehoben sind sicherlich noch die harmloseren Adjektive, die ihr politisches Wirken der vergangenen Jahre beschreiben. Die CDU hat Merkel erst inhaltlich entkernt, sozialdemokratisert und jetzt, ganz im Sinne einer grünen Ideologie, auch den Multi-Kulti-Ideologen geopfert.

Wenige Stichworte reichen aus, um die desaströse Bilanz ihrer Kanzlerschaft zu belegen: ein übereilter und planloser Atomausstieg, eine wirtschaftsfeindliche Ausrichtung, die erst die Dieseltechnologie und dann das Automobil als Ganzes zum Feindbild erklärt, eine »Energiewende«, die die Explosion des Strompreises zu verantworten hat, die Abschaffung der Wehrpflicht, das Beibehalten des Doppelpasses, und schließlich die Mutter aller Sünden – die Grenzöffnungen sowie die unkontrollierte Masseneinwanderung aus mehrheitlich muslimischen Herkunftsstaaten. Auf die Destabilisierung der inneren Sicherheit folgt nun die Destabilisierung der politischen Landschaft und der Demokratie im Land.

Wem diese Wortwahl zu drastisch ist, muss sich die Thüringer Vorkommnisse vergegenwärtigen. Ein demokratisch gewählter Landtag wählt mit einer parlamentarischen Mehrheit einen Ministerpräsidenten, so etwas nennt man Demokratie. Dann schaltete sich die Bundeskanzlerin während ihrer Auslandsreise aus Südafrika ein. Kemmerichs Ministerpräsidentenwahl sei »unverzeihlich« und das Ergebnis müsse »rückgängig gemacht werden«. Diese Sprachwahl erinnert an kommunistische Diktaturen, an einen Erich Honecker, aber auf keinen Fall an eine Demokratie im 21. Jahrhundert.

Die AfD hat aus diesem Grund Strafanzeige nach Paragraph 106 Strafgesetzbuch (Nötigung von Mitgliedern eines Verfassungsorgans) gestellt. Da Merkel den CDU-Vorsitz verloren hatte, habe sie diese Äußerungen in ihrer Funktion als Kanzlerin getan und Amtsmissbrauch begangen, so Kritiker. Andere Politiker sprachen in diesem Zusammenhang von einem Putsch der Bundeskanzlerin gegen ein Verfassungsorgan des Landes Thüringen.

Allgegenwärtige Nazi-Diffamierungen anstatt inhaltlicher Debatten

Aus einem Mangel an Argumenten greifen die Eliten gefühlt im Minutentakt zu sich ständig überbietenden Nazi-Vergleichen. So bezeichnete der ZDF-Chefredakteur Frey die demokratische Ministerpräsidentenwahl von Thüringen als einen Weg nach Buchenwald, eines der Konzentrationslager der Nationalsozialisten. Diese Instrumentalisierung von Millionen Opfern für eigene innenpolitische Zwecke belegt einmal mehr den Werteverlust im politischen Berlin.

Wer demokratische Wahlen mit der Vernichtung von Millionen Menschen gleichsetzt, erfüllt den Straftatbestand der Verharmlosung des Holocaust, jedenfalls nach dem Werteempfinden des Autors. Das Gleiche gilt für die inflationäre Diffamierung von politischen Konkurrenten als »Nazi« oder »Faschist«. Die Verlautbarungen der Altparteien und ihren medialen Armen klingen im Jahr 2020, als seien sie von der linksextremen Antifa abgeschrieben worden. Und während die schwarzvermummten Schlägertrupps der Antifa nun den politischen Willen aus Berlin mit Gewalt auf der Straße exekutieren, schließt sich hier wieder der Kreis der Anti-Demokraten.

Angela Merkel hat die CDU/CSU so weit nach links geführt, dass deren politische Vorgaben durch linksterroristische Sturmabteilungen mit Straßenterror durchgesetzt werden. Ein Aufschrei der Zivilgesellschaft bleibt aus. Ebenso wie Gratiskonzerte des Juste Milieu für die Opfer linker Gewalt. Nach der bundesweiten Hetz-Kampagne gegen den 24-Stunden FDP-Ministerpräsidenten Kemmerich folgte eine Gewaltwelle gegen FDP-Mitglieder. Kemmerichs Frau wurde auf offener Straße angespuckt, und selbst vor Morddrohungen gegen seine Kinder, die Polizeischutz erhalten mussten, schreckte der linke Mob nicht zurück. Worte des Bedauerns oder der Anteilnahme erfuhren die Drangsalierten weder von Angela Merkel noch von anderen Berliner Regierungsmitgliedern.

51QqrlGzSxL._SX318_BO1,204,203,200_.jpgPolitische Gewalttäter können und werden dieses Schweigen als Zustimmung und Legitimierung der Gewalt durch den Mainstream werten, solange die Brandanschläge und Gewaltexzesse im Namen der guten Sache begangen werden. Die ständige Drohkulisse durch Nazi-Vergleiche und einer linksextremen, geduldeten Gewalt auf der Straße, wird augenscheinlich ganz offen als Herrschaftsform durch das Merkel-Regime eingesetzt. Die Einheitsparteien der Grenzöffnungen ersticken so den breiten Unmut in der bürgerlichen Mitte und tabuisieren jegliche Kritik und Debatte an den epochalen Fehlentwicklungen im Land.

Das demokratiefeindliche Agieren dieser Protagonisten wird durch die Vierte Gewalt im Staate nicht etwa aufs heftigste kritisiert, sondern beklatscht. Selbst der Aufruf nach »Säuberungen« innerhalb von FDP und CDU wird von diesen Demokratiefeinden öffentlich geteilt. Demokratie scheint von der Antifa über die Altparteien bis zu den Mainstreammedien nur solange erstrebenswert zu sein, wie es die eigene Macht und den Einfluss sichert.

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Mittwoch, 12.02.2020

jeudi, 13 février 2020

Macron, de l'incapacité politique au bouclier constitutionnel

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Macron, de l'incapacité politique au bouclier constitutionnel

Par Franck BULEUX

Ex: https://metainfos.fr

Le constat est patent : les troupes de La République en marche (LRM), le mouvement du président Macron ne constituent en rien un vrai parti, de surcroît présidentiel. D’ailleurs, on ne cotise pas à ce « mouvement », on « clique » pour adhérer en exprimant son accord numérique. Il en est d’ailleurs de même pour La France insoumise (LFI), signe de modernité post-démocratique…

L’élection municipale parisienne à venir est emblématique : elle inventorie au moins trois candidats macronistes : l’officiel Benjamin Griveaux, ancien élu socialiste en Saône-et-Loire, Gaspard Gantzer, lui-aussi ancien socialiste proche de l’ancien président Hollande et celui qui se présente, lui-même, comme « surdoué dès son plus jeune âge », Cédric Villani. La capacité de ce dernier à se définir le consacre définitivement comme « macroniste », une équipe de « surdoués ». Paris est symptomatique des déchirures personnelles de LRM mais les divisions ne sont pas seulement concentrées dans la capitale, mais partout en France, les macronistes passent de l’extrême centre à gauche, voire à droite comme la députée de la 2e circonscription de l’Oise, Agnès Thill, qui défile avec la droite française contre la PMA et la GMA et siège maintenant avec les non-inscrits à l’Assemblée nationale. Tout près de Marine Le Pen.

La République en marche, issue d’En Marche !, mouvement créé par Emmanuel Macron, en 2016, pour l’accompagner dans son irrésistible ascension vers le sommet de l’État, n’a aucune colonne vertébrale. Certains macronistes candidatent, aux élections municipales, avec des LR, d’autres seuls, d’autres avec des socialistes…

Édouard Philippe n’est pas soutenu par LR au Havre, mais aucune liste LR ne postule dans la plus grande ville normande (du point de vue de sa population). Cette absence de liste ne vaut-il pas soutien ?

Ce « marais » politique est issu, notamment, des 19 % recueillis par François Bayrou en 2007 (Macron n’en a jamais rassemblés que 24 %, soit 5 points de plus 10 ans après). Ce conglomérat d’électeurs sans attache, de Patrick Sébastien, le seul humoriste à l’époque condamné pour incitation à la haine raciale (sic) aux centristes anti-gaullistes et aux socialistes orphelins de Laurent Fabius (pour lesquels Ségolène Royal paraissait trop réactionnaire). Le « mouvement central » français ou l’extrême centre. On ne le dira jamais assez, l’électorat bigarré de Bayrou a préparé celui de Macron mais, de la même façon, les errements des candidats du Modem (Mouvement démocrate), dès les municipales de 2008, préjugeaient et présageaient les errements des candidats LRM.

Après les actions des Gilets jaunes et ceux des syndicats contre la réforme des retraites, le pouvoir ne tiendrait donc qu’à un fil. Les divisions politiques internes viendraient « couronner » la débâcle ressentie dans la rue. « On vient te chercher chez toi ! » ne manquent pas de scander les opposants au Président depuis 15 mois, s’adressant à ce dernier.

Pas du tout, Emmanuel Macron, comme ses prédécesseurs, profite immanquablement des institutions de la Ve République. La protection du Président ne réside pas dans son autorité personnelle ou dans un improbable charisme mais tout simplement dans la Constitution gaulliste, remaniée par le néo-gaulliste Chirac, grâce à la substitution du septennat par le quinquennat depuis le référendum de l’automne 2000.

Ce n’est pas la vindicte populaire, ni les errements, voire les erreurs politiques qui peuvent mettre en cause le président Macron. Au pire, le fusible Philippe sera démis de son mandat, ce qui lui permettra de préparer sa campagne à la présidence de la région normande (le président actuel, Hervé Morin, malgré de bonnes initiatives, devrait se garder de cette offensive déguisée via la mairie du Havre qu’Édouard Philippe ne souhaite même pas…).

Non, le bouclier de Macron c’est la Constitution. Ce n’est pas en France qu’une procédure de destitution serait possible (sauf pour haute trahison…), en ce sens la France est devenue, au fil de la Ve République, un pays présidentiel. Pour vous en convaincre, vous observerez le taux d’abstention aux élections législatives, qui dépasse 50 %.

En France, le Président peut se couper de toutes et de tous, y compris de ses propres électeurs.

Peut-être est-ce le choix des Français ? Mais dans ce cas, il serait temps de cesser ces campagnes puériles contre le Président et d’attendre, patiemment ou non, le prochain scrutin. Les gesticulations des uns et des autres ne représentent au mieux que de la démagogie, au pire de l’incompétence politique.

Le renouveau de la démocratie française, pour peu que certains le souhaitent, passe, outre par une décentralisation nouvelle des lieux de pouvoir mais aussi par une révision constitutionnelle. C’est à cette double condition que la démocratie retrouvera ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être, un système de représentation populaire fondé sur la proximité entre édiles et représentés.

La Haute Culture Surhumaniste: l’avenir de l’Occident

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La Haute Culture Surhumaniste:
l’avenir de l’Occident

English original here [2]

L’Occident et ses peuples peuvent-ils être sauvés ? Et que faudra-t-il pour cela – en particulier si nous recherchons une solution à long terme plutôt qu’une dernière digue « provisoire » ? Une nouvelle Haute Culture de l’Occident peut-elle naître pour assurer l’existence des peuples de l’Occident pour une longue durée ? Quelles caractéristiques une telle nouvelle culture devrait-elle posséder ?

Je supposerai que le lecteur connaît le the modèle civilisationnel d’Oswald Spengler [3], un  modèle en grande partie adopté par Francis Parker Yockey dans ses divers travaux sur l’Occident et ses possibilités futures. Avec un Printemps, un Eté, un Automne et un Hiver dans une Haute Culture, l’« Hiver » est la phase de la fin imminente. Il est clair, du moins pour moi (et il semble que Michael O’Meara soit d’accord avec cette évaluation), que nous sommes dans l’« Hiver » de notre Haute Culture Occidentale (c’est-à-dire « faustienne ») moderne actuelle. Et, immergée dans ce déclin, privée d’un principe organisateur dominant qui puisse fournir une structure spirituelle permettant la continuation de son existence, la race blanche est en train de mourir, ne parvient plus à se reproduire, est remplacée par des étrangers, et oppose un degré de résistance inapproprié à la mort de l’Occident.

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Dans les véritables saisons du climat physique, le printemps suit l’hiver. La même chose peut-elle être vraie pour des peuples particuliers et leurs Hautes Cultures ? Si la volonté de (re)-naissance civilisationnelle conduit à la survie raciale à long terme, devrions-nous au moins examiner les possibilités ? Bien sûr, on ne peut pas prédire avec une entière exactitude si une (re)-naissance civilisationnelle aura lieu, et encore moins la forme précise qu’un tel événement prendra. De plus, on ne peut pas planifier à l’avance et créer une Haute Culture de la même manière qu’on établit la formulation générale d’une stratégie et qu’on conduit ensuite les troupes à la bataille. Une Haute Culture doit se développer selon ses propres lois, d’après des facteurs qui ne sont pas entièrement sous contrôle humain (conscient). Cependant, on peut et on doit examiner les données, envisager les possibilités, et, dans la mesure du possible, encourager les tendances conduisant à une (re)-naissance civilisationnelle. De plus, ces tendances pourraient et devraient être guidées, dans la mesure du possible, dans des directions qui seraient plus fructueuses et plus cohérentes avec la nature de notre peuple.

Un point de départ est d’examiner notre Haute Culture actuelle, dont nous voyons les vestiges mourant autour de nous. La dénommée civilisation « occidentale » ou « faustienne » a été décrite par Spengler, et est résumée ainsi [4]:

« …les Occidentaux [5] modernes étant faustiens [6]. D’après ses théories, nous vivons maintenant dans l’hiver de la civilisation [7] faustienne. Sa description de la civilisation faustienne est celle d’une civilisation où la masse recherche constamment l’inaccessible – faisant de l’Homme Occidental une figure fière mais tragique, car tout en luttant et en créant il sait secrètement que le but réel ne sera jamais atteint. »

Ici nous voyons deux caractéristiques définissantes de la civilisation « faustienne » de l’Occident moderne (c’est-à-dire post-antique) : d’abord, un accent placé sur l’infini et l’inconnu, et ensuite que l’effort dirigé vers cela sera toujours infructueux ; les objectifs de l’Occidental sont toujours « inaccessibles ». Le second point et ses implications seront discutés plus loin. Pour l’instant, acceptons le modèle spenglérien et acceptons aussi que nous sommes dans l’Hiver de la culture faustienne. Or l’école spenglérienne, imbue d’« acceptation stoïque » (de « pessimisme »), nous conseillera d’accepter nos circonstances et d’en tirer le meilleur parti. L’ère dans laquelle nous vivons est ce qu’elle est, et, comme le soldat romain montant la garde sous le Vésuve en éruption, nous devons rester à notre poste jusqu’à la fin, jusqu’à ce que tout soit submergé par le déclin inévitable (l’entropie civilisationnelle, si vous préférez).

Mais si la race et la culture sont liées, la disparition de la culture signifie la destruction de la race. Mais est-ce vrai ? La Culture Faustienne n’est pas la première Haute Culture de l’Europe ; elle fut précédée par la Culture Antique. Spengler et son adepte Yockey rompent avec les interprétations culturelles précédentes pour souligner la forte discontinuité entre cultures antique et faustienne. Elles sont perçues comme deux Hautes Cultures distinctes, aussi différentes l’une de l’autre que, disons, la culture égyptienne et la culture « magique ».

Par conséquent, dans le même article sur l’œuvre de Spengler, nous lisons:

Spengler emprunte fréquemment à la philosophie mathématique. Il affirme que les mathématiques [8]et l’art d’une civilisation révèlent sa vision-du-monde. Il note que dans les mathématiques antiques grecques il y a seulement des entiers [9] et pas de véritables concepts  des limites [10] ou de l’infini [11]. Par conséquent, sans le concept de l’infini, tous les événements du passé lointain étaient vus comme également lointains, et ainsi Alexandre le Grand [12] n’avait aucune gêne à se déclarer descendant d’un dieu. D’autre part, le monde occidental – qui a des concepts du zéro [13], de l’infini, et de la limite – possède une vision-du-monde historique qui accorde une grande importance aux dates exactes.

De même, Revilo Oliver écrit [14] :

« Spengler identifie comme deux civilisations entièrement séparées et distinctes la civilisation antique (‘apollinienne’), entre 1100 av. J.C. et 300 apr. J.C., et la civilisation occidentale (‘faustienne’), entre 900 et 2200 apr. J.C. Ce sont les deux pour lesquelles nous avons l’information la plus complète, et entre elles Spengler établit quelques-uns de ses plus brillants synchronismes (par ex., Alexandre le Grand correspond à Napoléon). Même un siècle plus tôt, cette dichotomie aurait semblé presque folle, car chacun savait et prenait comme allant de soi que quoi qu’il puisse en être des cultures étrangères, la nôtre était une continuation, ou du moins un renouveau, de l’antique. Le rejet par Spengler de cette continuité était l’aspect le plus radical et le plus étonnant de sa synthèse historique, mais son influence écrasante a été si grande que cet aspect a été accepté par une majorité des nombreux auteurs ultérieurs sur la philosophie de l’histoire, dont nous pouvons mentionner ici seulement Toynbee, Raven, Bagby et Brown (20). L’antique, nous dit-on, était une civilisation comme les Egyptiens, maintenant morte et enterrée et sans lien organique avec la nôtre. (…)

Spengler (que Brown suit particulièrement à cet égard) appuie sa dichotomie drastique en opposant d’une manière impressionnante les mathématiques et la technologie gréco-romaines aux nôtres ; à partir de cette opposition, il déduit des différences dans la perception de l’espace et du temps, manifestées particulièrement dans la musique, et parvient à la conclusion que la Weltanschauung antique était essentiellement statique, ne désirant et ne reconnaissant qu’un monde strictement délimité et familier, alors que la nôtre est dynamique et manifeste un désir passionné pour l’infini et l’inconnu. On peut avancer diverses objections aux généralisations que j’ai si brièvement et inadéquatement résumées (par ex., la différence de vision est-elle réellement plus grande qu’entre la littérature ‘classique’ de l’Europe du XVIIIe siècle et le romantisme de l’ère suivante ?), mais le point crucial est de savoir si les différences, qui appartiennent à l’ordre que nous devons appeler spirituel par manque d’un meilleur terme, sont fondamentales ou épiphénoménales. »

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J’ai tendu vers l’explication épiphénoménale – mais en tous cas, on peut accepter la conclusion globale d’Oliver dans ses divers travaux : soit la civilisation antique et la civilisation faustienne sont des phases différentes mais connectées de la même Civilisation, soit, même si elles sont complètement distinctes, l’Homme Occidental est capable de produire de multiples Hautes Cultures. De toute manière, on peut en conclure deux choses : (1) un successeur de la Haute Culture faustienne est possible et a un précédent, et (2) ce successeur sera intimement connecté de manières importantes à son (ses) prédécesseur(s) (même si Spengler et Yockey nieraient que cela soit possible).

Par conséquent, soit la civilisation antique et la civilisation faustienne sont effectivement liées (par une réserve génétique commune, une « âme raciale », et une attitude occidentale), soit, si elles sont vraiment distinctes, elles ne sont pas complètement déconnectées, puisqu’elles proviennent d’une source commune ou d’un fondement commun (encore une fois, la réserve génétique générale, l’« âme raciale », et la mentalité occidentale d’individualisme et d’empirisme plus grands que dans d’autres peuples et d’autres cultures). Non seulement la civilisation antique et la civilisation faustienne sont en un certain sens liées, mais, contrairement à ce que disent Spengler et Yockey – et c’est en fait un blasphème pour l’école spenglérienne, qui rejette l’histoire linéaire –, il y a une idée de progression, car la vision-du-monde de la civilisation faustienne est plus large que celle de l’antique ; en effet, cette plus grande largeur de vision est une caractéristique définissante de la faustienne. Cette largeur se manifestant dans des phénomènes comme la technique de haut niveau, et une connaissance massive de base de la science, de l’histoire, de la philosophie et de la moralité et de l’éthique, les bases sont donc posées pour une nouvelle Haute Culture ayant une vision encore plus large que celle de la faustienne. Un spenglérien dirait qu’une Haute Culture de l’Occident, même si elle est possible (et il nierait peut-être cette possibilité), serait complètement déconnectée des aspects « faustiens » de la précédente Haute Culture faustienne occidentale (c’est-à-dire de l’actuelle). Cependant, je dirais que, ayant été éveillé à l’univers dans son ensemble, il est peu probable que l’homme blanc créerait une nouvelle Haute Culture qui serait insulaire, rejetant l’infini. Dans la mesure (limitée) où nous pouvons prédire, ou même influencer, le développement d’une nouvelle Haute Culture, une direction potentielle serait une direction qui ne serait pas purement « faustienne » – au sens de la recherche de l’inaccessible. Au lieu de cela, on pourrait projeter une future Haute Culture qui serait basée sur la réalisation ultime et réussie (finale) de ce qui était précédemment considéré comme « inaccessible ».

Je dirais que le fondement Chrétien de la Haute Culture faustienne est responsable du fait que les buts ultimes que l’homme occidental cherche à atteindre finissent par être « inaccessibles » – et qu’il sait secrètement qu’ils sont « inaccessibles ». La mentalité chrétienne place des limites inhérentes dans l’esprit de l’homme occidental, et il est donc condamné à échouer finalement même si le plein succès est théoriquement possible (finalement). Après tout, le centre d’intérêt du christianisme est Dieu et non pas l’Homme, c’est le « salut » et non le triomphe, et l’accent est mis sur « l’autre monde » et non celui-ci, notre monde réel. Car que l’homme parvienne à la divinité – ou même qu’il ait cela pour but – est une forme de « blasphème », c’est quelque chose qui ne peut pas être toléré. Par conséquent, l’échec ultime doit survenir, puisque la réalisation du but « faustien » (la réalisation elle-même ferait d’ailleurs en sorte que l’événement ne serait plus vraiment « faustien ») n’est simplement pas possible dans une Haute Culture basée sur le christianisme. Le plein développement de l’homme occidental a été restreint par une religion étrangère qui a placé des chaînes sur son esprit et son âme. Nietzsche a bien reconnu les contraintes imposées par le (judéo)-christianisme ; dans L’Antéchrist [15], nous lisons (caractères gras ajoutés) :

« A-t-on vraiment compris la célèbre histoire qui se trouve au commencement de la Bible – de la terreur mortelle de Dieu devant la science ?… Personne, en fait, ne l’a comprise. Ce livre de prêtre par excellence commence, comme il convient, avec la grande difficulté intérieure du prêtre : celui-ci connaît un seul grand danger ; par conséquent, ‘Dieu’ connaît un seul grand danger.

L’ancien Dieu, tout ‘esprit’, tout grand-prêtre, tout perfection, musarde dans ses jardins : il s’ennuie et cherche à tuer le temps. Contre l’ennui, même les dieux luttent en vain. Que fait-il ? Il crée l’homme – l’homme est distrayant… Mais ensuite il remarque que l’homme aussi s’ennuie. La pitié divine pour la seule forme de détresse qui envahit tous les paradis ne connaît plus de bornes : il crée sans tarder d’autres animaux. Première erreur de Dieu : l’homme ne trouva pas ces autres animaux distrayants – il chercha à les dominer ; il ne voulut plus être un ‘animal’ lui-même. – Dieu créa donc la femme. De cette manière il mit fin à l’ennui – et aussi à beaucoup d’autres choses ! La femme fut la seconde erreur de Dieu. – ‘La femme, dans son essence, est serpent, Heva’ – tout prêtre sait cela ; ‘de la femme proviennent tous les malheurs du monde’ – tout prêtre sait cela aussi. Par conséquent, la science aussi vient d’elle… C’est par la femme que l’homme apprit à goûter de l’arbre de la connaissance. – Qu’arriva-t-il ? L’ancien Dieu fut saisi par une terreur mortelle. Voici que l’homme lui-même était devenu sa plus grosse bévue ; il s’était créé un rival ; la science rend les hommes pareils aux dieux – c’en est fait des prêtres et des dieux quand l’homme devient scientifique ! – Morale : la science est l’interdit en soi ; elle seule est interdite. La science est le premier des péchés, le germe de tous les péchés, le péché originel. Voilà toute la morale. – ‘Tu ne connaîtras pas’ – le reste découle de cela. – La terreur mortelle de Dieu, cependant, ne le priva pas de son ingéniosité. Comment se défend-on contre la science ? Pendant longtemps ce fut pour lui le problème capital. Réponse : chasser l’homme du paradis ! Le bonheur, le loisir encouragent la pensée – et toutes les pensées sont de mauvaises pensées. – L’homme ne doit pas penser. – Et donc le prêtre invente la détresse, la mort, les dangers mortels de l’enfantement, toutes sortes de misères, la vieillesse, la décrépitude, la maladie surtout – autant d’armes dans le combat contre la science ! Les problèmes de l’homme ne lui permettent pas de penser… Et pourtant – quelle horreur ! – l’édifice de la connaissance commence à s’élever, assaillant le ciel, faisant de l’ombre aux dieux – que faire ? – L’ancien Dieu invente la guerre ; il sépare les peuples ; il les fait se détruire les uns les autres (– les prêtres ont toujours eu besoin de la guerre…). La guerre – parmi d’autres choses, un grand perturbateur de la science ! – Incroyable ! La connaissance, l’affranchissement du joug des prêtres, prospère en dépit de la guerre. – Alors l’ancien Dieu en arrive à sa dernière résolution : ‘L’homme est devenu scientifique – il n’y a plus rien à faire, il faut le noyer !’… »

FN-antichrist.jpgEffectivement. Si « les doux hériteront de la Terre », il n’y a pas de place pour un effort humain vers l’infini, qui atteigne son but, et qui place l’Homme sur le même plan que Dieu. Si la douceur, l’humilité, l’« humble agneau de Dieu » est l’archétype fondateur d’une culture, alors bien sûr l’infini et l’inconnu ne pourront jamais être atteints. « Tu ne connaîtras pas » : il est étonnant de voir tout ce que nous avons réalisé en dépit de cela, et ces remarquables réalisations occidentales sont survenues – pas par hasard – principalement pendant les périodes automnale et hivernale de la Haute Culture faustienne. C’est seulement quand les contraintes imposées par la culture à définition chrétienne se sont dissipées dans une large mesure que l’acceptation a priori de l’échec s’est affaiblie. Le problème est qu’avec une haute Culture décadente et mourante, cette émancipation (partielle) vis-à-vis du culte de l’humilité ne mènera nulle part. Seule une nouvelle Haute Culture bâtie sur le concept fondamental de la transcendance humaine, et sur la conquête de l’infini et de l’inconnu, permettra à l’Homme Occidental d’accomplir son destin. Les ruines croulantes de la Haute Culture précédente peuvent servir de blocs de construction pour le futur, c’est certain, elles peuvent fournir une inspiration, certainement, et être une source de fierté, c’est sûr. Mais nous devons regarder vers le Futur, et non pas monter la garde auprès d’un Passé mourant ou mort, comme le soldat romain de Spengler.

Si je n’ai aucun dédain pour les croyances des gens, qu’elles soient chrétiennes ou païennes, je ne vois pas un renouveau des anciens dieux païens comme une amélioration avancée par rapport au déclin du faustianisme. Remplacer Jésus par Thor, à mon avis, revient simplement à remplacer une béquille par une autre. Les hommes blancs ne devraient plus aller chercher des dieux exogènes, qu’ils soient nouveaux ou anciens ; nous devrions plutôt rechercher la divinité pour notre race. Pour l’homme blanc, il est temps de grandir et de rejeter les fantaisies de l’enfance, les fantaisies des dieux et des forces intelligentes externes contrôlant un destin que nous devrions être les seuls, vraiment les seuls, à modeler. La devise du monde antique était « Connais-toi toi-même », alors que celle de l’Age Faustien était une combinaison de « Tu ne connaîtras pas » et de « Tu tenteras de connaître et tu échoueras ». Pour la nouvelle Haute Culture de l’Occident, je propose la devise : « Tu connaîtras et tu triompheras ». Cela inaugurera une ère dans laquelle l’Homme Occidental libérera son potentiel en brisant les chaînes imposées par une infériorité supposée devant des dieux imaginaires.

La citation suivante de Yockey, dans The Enemy of Europe [16], résume l’objectif palingénésique que nous tenterions d’atteindre, si nous le voulions :

« Notre Mission européenne est de créer la Culture-Nation-Etat-Imperium de l’Occident, et ainsi nous accomplirons de telles actions, accomplirons de tels travaux, et transformerons tellement notre monde que notre descendance lointaine, en voyant les vestiges de nos édifices et de nos remparts, dira à ses petits-enfants qu’une tribu de dieux vivait jadis sur le sol de l’Europe. »

En d’autres mots, pas de dieux imaginaires. C’est l’Homme qui deviendra « Dieu ». Dans le livre The Portable Nietzsche, l’éditeur Walter Kaufmann interprète ainsi le « surhomme » de Nietzsche :

« ce qui est évoqué n’est pas une super-brute mais un être humain qui a créé pour lui-même cette position unique dans le cosmos, que la Bible considérait comme son droit de naissance. »

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Tout cela est très bien sauf la dernière partie : « La Bible ». Non, monsieur Kaufman, la Bible ne considère pas le Surhomme comme le droit ultime de l’humanité, elle considère plutôt que c’est le « dernier homme ». C’est nous qui devons choisir ce qu’est notre « droit de naissance », pas les fantaisies délirantes de « la Bible ». Cependant, cela étant dit, le reste de la description est sain, si nous considérons qu’elle est appliquée à la race dans son ensemble et pas seulement à des individus sélectionnés dans cette race. Plus d’échec « fier et tragique » dans « l’effort vers l’inaccessible » comme dans la culture « faustienne » – au contraire, la Culture Surhumaniste sera caractérisée par le fier accomplissement réussi de la recherche de l’infini. C’est ce qu’un individu optimiste peut envisager comme nouvelle Haute Culture de l’Occident, avec des liens avec la culture antique et avec la culture faustienne, mais surpassant les deux dans le but et l’objectif de l’esprit humain. Voilà ce que peut être et doit être le Destin Occidental.

Que pouvons-nous faire pour pousser les choses dans la bonne direction ?

Bien que l’auteur juif Isaac Asimov ne soit peut-être pas très populaire parmi les nationalistes blancs, sa série Fondation [17] peut fournir une analogie utile. « La Fondation » était conçue comme piste de lancement pour une nouvelle civilisation après l’effondrement de l’« Empire galactique », afin que l’« ère barbare » après l’effondrement ne dure que quelques milliers d’années, au lieu de 30.000 ans. Placés comme nous le sommes devant l’effondrement de l’Occident à travers l’Hiver de l’Age Faustien, il serait prudent de semer les graines d’une nouvelle civilisation occidentale blanche émergente sur le long terme, tout en luttant aussi à court terme et à moyen terme pour préserver la race blanche et sauver la plus grande partie possible de la civilisation faustienne occidentale. Sans ces objectifs à plus court terme, la renaissance civilisationnelle à long terme ne sera pas possible. Inversement, sans une renaissance civilisationnelle, le préservationnisme blanc à long terme serait contestable.

Ainsi, il y a deux choses qui sont nécessaires ici. D’abord il y a la lutte pour la préservation raciale blanche et pour sauver autant que possible de la culture faustienne, pour servir de base de connaissance et de blocs de construction pour la nouvelle Haute Culture de l’Occident. Ensuite, il faut initier un effort pour commencer à poser les fondations de cette nouvelle Haute Culture. Comme indiqué plus haut, une Haute Culture est bien sûr un phénomène organique qui ne peut pas être créé sous une forme préparée à l’avance et artificiellement imposée à un peuple. Néanmoins, il est possible de semer les graines et d’avoir quelque choix concernant les gaines qui doivent être semées. Et ensuite, nous pourrons nourrir le jeune plant pendant qu’il poussera, et pendant qu’il se développera d’après son propre caractère inhérent. Cela, nous pouvons le faire et nous devons le faire.

C’est une question sérieuse requérant une stratégie pensée à l’avance et d’un caractère visionnaire extrême, pas une chose qui peut être « discutée » légèrement sur des « liens de blogs » ou sur des forums publics (typiquement malsains). Ce n’est pas une chose qui peut être faite en un jour. C’est un projet à long terme, sur plusieurs générations, qui doit être entrepris par des individus dévoués voulant poser les fondations de quelque chose de grand et de noble pour la postérité. Ce ne sera pas une « réparation rapide » dont les résultats pourraient être vus dans une décennie ou deux ; au contraire, c’est un projet qui a le potentiel pour influencer le cours de l’histoire humaine, et il doit être mis en œuvre à ce niveau supérieur.

Par conséquent, cet essai est simplement un appel à l’action et un examen initial et rapide des possibilités. Si un tel projet est initié un jour, il ne devrait pas et ne doit pas se perdre dans les détails des « mouvements » habituels qui obsèdent beaucoup de militants, et ne peut pas non plus être lié à l’activisme « défensif » plus sérieux, mais à court terme, qui est requis pour sauver notre peuple et notre culture aujourd’hui. C’est une autre question, sur un plan entièrement différent.

Beaucoup sont appelés ; peu sont élus. Le Futur attend.

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[2] here: https://www.counter-currents.com/2010/10/the-overman-high-culture-future-of-the-west/

[3] modèle civilisationnel d’Oswald Spengler: http://en.wikipedia.org/wiki/Spengler%27s_civilization_model

[4] ainsi: http://en.wikipedia.org/wiki/The_Decline_of_the_West

[5] Occidentaux: http://en.wikipedia.org/wiki/Western_world

[6] faustiens: http://en.wikipedia.org/wiki/Faustian

[7] civilisation: http://en.wikipedia.org/wiki/Civilization

[8] mathématiques: http://en.wikipedia.org/wiki/Mathematics

[9] entiers: http://en.wikipedia.org/wiki/Integer

[10] limites: http://en.wikipedia.org/wiki/Limit_%28mathematics%29

[11] infini: http://en.wikipedia.org/wiki/Infinity

[12] Alexandre le Grand: http://en.wikipedia.org/wiki/Alexander_the_Great

[13] zéro: http://en.wikipedia.org/wiki/0_%28number%29

[14] écrit: http://www.revilo-oliver.com/rpo/Enemy_1.html

[15] L’Antéchrist: http://www.fns.org.uk/ac.htm

[16] The Enemy of Europe: http://en.wikiquote.org/wiki/Francis_Parker_Yockey#The_Enemy_of_Europe_.281953.29

[17] Fondation: http://en.wikipedia.org/wiki/Foundation_series

 

Le métissage des cultures est-il possible?

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Le métissage des cultures est-il possible?

par Pierre Marcowich

Ex: https://oswald-spengler-le-retour.e-monsite.com

Pour Oswald SPENGLER, les cultures sont des courants de vie organiques, c’est-à-dire un ensemble d’organes par lesquels la vie s’exprime et constitue un processus créateur de formes diverses (peuples, État, nation, religion, langues, droit, art, économie, coutumes, etc.). 

Remarquons, au passage, que, pour Oswald SPENGLER, c’est la culture qui crée le peuple, et non pas le peuple qui crée sa culture, comme il est d’usage de penser. 

Oswald SPENGLER constate que moins la pensée historique connaît ces courants de vie (cultures), plus elle s’acharne à considérer que la vie se trouve dans les relations multiples de ces cultures entre elles, et, par conséquent (et paradoxalement) moins elle comprend ces relations elles-mêmes : 

« Quelle richesse de psychologie dans ces cultures qui s’attirent, se repoussent, se rapprochent, s’étudient, se corrompent, s’entrechoquent ou se sacrifient, soit qu’elle s’admirent ou se combattent en contact immédiat, soit qu’elles vivent isolées en face du monde formel d’une culture défunte, dont le paysage montre encore les ruines. » (1) 

Oswald SPENGLER porte, à mon avis, un regard très perspicace sur les différentes sortes de relations que peuvent avoir les cultures entre elles. Qui d’entre nous, lecteur, je vous le demande, n’a pas lu un ouvrage ou un article répertoriant et décrivant avec minutie les relations commerciales depuis 1.000 ans entre l’Occident et le monde arabe, ou entre le monde arabe et la Chine, dans lequel l’auteur conclue, péremptoire, que ces relations démontrent l’influence réciproque des cultures, sans analyser plus au fond, c’est-à-dire sans tenter de découvrir l’univers intérieur produit dans chaque être par les différentes cultures qui se rencontrent. 

En effet, la pensée historique actuelle ne voit ou ne comprend pas l’univers intérieur des hommes de cultures différentes, nous dit Oswald SPENGLER. Ce sont alors deux mondes aux antipodes l’un de l’autre. Mais l’historien rationaliste et causaliste ne veut voir que les faits bruts avec lesquels il construit une chaîne continue de relations de cause à effet. 

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Oswald SPENGLER nous donne l’explication du comportement de l’historien moderne : 

« À la base de cette mentalité scientifique se trouve l’image grandiose d’une unité de l’histoire humaine, telle qu’elle est apparue un jour aux grands maîtres du gothique. » (2) 

C’est donc, nous dit Oswald SPENGLER, une vision purement occidentale. L’homme occidental veut embrasser le monde entier pour le comprendre. Du coup, il s’élève à la généralisation des êtres humains la plus élevée possible, en ignorant les courants de vie qui sont propres aux cultures.

L’unicité de l’être humain, comme on dit au XXIème siècle, signifie que tous les êtres humains ont le même univers intérieur, le même regard sur le monde, les cultures n’étant qu’un habit superficiel. 

Et Oswald SPENGLER de constater : 

« C’est une dynamique purement faustienne. Aucun homme d’une autre culture ne s’est représenté ainsi l’histoire. » (3) 

En effet, nous dit Oswald SPENGLER, jamais l’esprit grec n’a recherché les effets des unités d’expression communes entre le drame attique et l’art égyptien. Pour l’homme antique, chaque nation menait sa vie propre. 

Qu’on pense également à la notion de gentils  ou d’infidèles (païens) propre à la culture arabe (qu’on la considère au stade juif ou au stade islamique) : pas de salut pour les païens. 

Nous sommes alors, dans ces cultures, en présence d’une ligne de démarcation infranchissable : grecs/barbares, peuple élu(juif)/gentilité (idolâtres), croyants(musulmans)/infidèles (qafir). 

Par contre, pour le christianisme, qui se trouve à la racine de la culture occidentale, le païen ou l’adepte d’une autre religion (musulman, juif, indou) peut toujours mériter le paradis chrétien, même s’il ne devient pas chrétien. 

C’est pourquoi, l’homme d’Occident fait la recherche chaque jour de l’élément spécifique et général de l’être humain. 

Mais pour ce faire, il doit théoriser toute chose pour parvenir, je dirais, au plus grand commun dénominateur général. 

Oswald SPENGLER nous décrit la logique de la pensée historique moderne : 

« On confond l’être avec l’être éveillé, la vie avec ses moyens d’expression […] la pensée théorique voit partout des unités théoriques mouvantes » (4) 

Oswald SPENGLER décrit alors la logique du chercheur faustien (=occidental) en sociologie, en histoire, psychologie, etc. : 

1)   il perçoit un système de formes d’expression (langue, coutumes, État, etc.) ;

2)   il lui donne un nom ;

3)    le nom dégage à ses yeux un réseau de rapports ;

4)   dès lors il croira que le nom est un organisme vivant ayant une fonction constituée de rapports entre des formes d’expression. 

On ne peut qu’admirer la perspicacité d’Oswald SPENGLER pour démonter le système de la plupart de nos théoriciens en sciences humaines, même contemporains, plagiant la méthode scientifique.

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On ne peut pas, non plus, s’empêcher de penser, parmi d’autres, à Claude LEVY-STRAUSS avec son structuralisme, voulant, avec un acharnement inouï, construire un système de rapports de parenté global, applicable à toute l’humanité et à toutes les cultures et réussissant à obtenir que l’on mette à son service un mathématicien pour tenter (en vain) de traduire ce système structuraliste en fonctions mathématiques.

On comprend qu’un de ses laudateurs ait loué Claude LEVY-STRAUSS pour le fait qu’il voyait une égalité totale entre la diversité culturelle (humaine) et la diversité naturelle (végétale ?). On ne peut pas aller plus loin dans la généralisation théorique : le niveau supérieur consiste à intégrer les étoiles. Ce n’est plus seulement une simple spécificité occidentale. Cela devient de l’arrogance, la fameuse hybris occidentale ! 

Un autre exemple pourrait être pris dans la notion d’indo-européen qui représente un système de rapports entre diverses langues situées de l’Inde à l’Europe. À partir de ce système d’expression linguistique, on a créé ex nihilo le « peuple indo-européen » ! 

En réalité, nous dit Oswald SPENGLER, lorsque l’homme occidental découvre une structure étrangère à sa culture (religion, forme étatique, coutumes, etc.), il ignore, en général, ce qui l’a engendré dans l’âme de l’autre. Sa réaction immédiate, consiste à  projeter sa propre âme dans cette forme d’une culture qui lui est étrangère. 

Cette constatation d’Oswald SPENGLER, nous la découvrons quotidiennement dans les articles de journaux ou dans les ouvrages d’« experts » à la mode. Ainsi, cherchant à comprendre (ou plutôt « expliquer ») l’islamisme, ces « experts » considèrent que le monde musulman est divisé entre partisans de la laïcité (les « modernes ») et les intégriste (les « conservateurs »). L’Occidental ne peut même pas comprendre que la notion de « laïcité » ne peut se concevoir en Islam sans remettre en cause la nature même de l’Islam. Un « musulman avec une vision laïque » n’est déjà plus tout-à-fait musulman, me semble-t-il, ou c’est la religion islamique qui a muté, et c’est un autre problème. Il en de même pour la notion de « nation », typiquement occidentale, que l’Occidental tente de coller aux pays musulmans ou autres, et pour bien d’autres points. 

Mais, peut-on objecter, si l’on convertit l’homme de l’autre culture à notre religion, n’est-il pas possible de le transformer en Occidental ? 

La réponse d’Oswald SPENGLER est, sur ce point, formellement négative. 

En effet, selon Oswald SPENGLER, il ne peut pas y avoir de « transhumance psychique » (comme il dit) entre deux individus de culture différentes : 

« Une religion a beau se révéler dans des paroles aussi claires que possible, elle reste parole et l’auditeur y projette son sens intérieur. » (5) Il en est de même au plan artistique, politique, etc. 

Oswald SPENGLER concède tout de même que le don de « transhumance psychique », « très rare et très moderne est réservé à quelques hommes éminemment historiques », parmi lesquels, je me permets de l’ajouter, il se compte certainement, ce qui nous fait de bénéficier de son intéressante et magistrale vision de l’histoire universelle. 

Oswald SPENGLER précise qu’il y a incommunicabilité psychique entre deux cultures différentes que ce soit au niveau artistique ou religieux. Celui qui écoute ne fait qu’y projeter sa propre âme. 

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Mais alors, que penser des influences indubitables que l’on peut constater entre deux cultures étrangères ? le chiffre 0 conçu par la culture indoue et transmis par les Arabes à l’Occident, l’arc en forme de voûte des églises romanes et gothiques empruntée à la culture arabe ? 

Oswald SPENGLER commence par définir ce qu’est une « influence » : 

Pour Oswald SPENGLER, une influence est une activité organique, c’est-à-dire qu’elle est une action exercée par un courant de vie organique, une unité cosmique (vision globale du monde), en l’espèce une culture. 

Par contre, les formes d’expression d’une culture donnée (art, langue, sciences, religion, formes étatiques, etc.) et- qui apparaissent concrètement dans les relations interculturelles, Oswald SPENGLER les définit comme des unités microcosmiques, car une forment un univers particulier, réduit à une sphère spécifique, produit par la culture, courant de vie organique. 

Et Oswald SPENGLER d’observer que, dans les multiples relations interculturelles, « ce ne sont pas les unités microcosmiques qui se déplacent, mais les unités cosmiques qui les choisissent et se les approprient. » (6) 

Autrement dit, lorsqu’un homme de culture A entre en relation avec un homme de culture B, chacun des deux dispose, pour lui-même, une multitude de systèmes d’expression (art, sciences, formes politiques, langues, coutumes, etc.) spécifiques à sa propre cultures. 

Pourtant, tout au long de la relation interculturelle, seuls quelques uns des systèmes d’expression passeront dans l’autre culture. 

En effet, si les influences entre les cultures s’étaient librement donné cours, il n’y aurait depuis longtemps qu’une seule « civilisation » éternelle. Ce n’est pas le cas. 

Lorsque deux hommes de cultures différentes entrent en relation, ce ne sont pas les unités d’expression (art, structures de la parenté, religion, etc.) qui sont actives, c’est, nous dit Oswald SPENGLER, l’homme seul qui est actif. Et l’action de l’un ne peut être intégré dans l’autre de façon vivante que si l’autre la sent dans son propre être. 

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Ainsi, pour Oswald SPENGLER, ce n’est pas le bouddhisme qui a émigré de l’Inde dans la Chine, mais ce sont les Chinois d’une certaine culture (d’une certaine orientation de sentiments) qui ont accueilli le bouddhisme et l’ont transformé en une nouvelle sorte d’expression religieuse.

 En outre, Oswald SPENGLER constate que, au mépris de la théorie de ceux qui prétendre qu’il y a continuité entre les vieilles civilisations et les plus jeunes cultures, ce sont seulement les plus jeunes cultures qui empruntent aux organismes plus âgés un petit nombre d’éléments qu’elles interprètent sans égard à leurs significations originelles (dans la culture plus âgée). 

Pour Oswald SPENGLER, prétendre qu’il y a continuité entre la philosophie grecque et la nôtre, c’est utiliser un « jargon artificiel ». 

En effet, nous dit Oswald SPENGLER, l’interprétation de la philosophie grecque par les Grecs eux-mêmes, puis les Arabes et enfin par les Occidentaux constitue trois interprétations différentes. 

« […] : il n’ y a pas une seule proposition d’Héraclite, de Démocrite, de Platon, qui soit vrai pour nous, si nous ne l’avons pas tout d’abord rectifiée. » (7) 

On ne peut qu’être d’accord avec Oswald SPENGLER, en particulier lorsqu’on pense au destin de la fameuse proposition de PROTAGORAS « L'homme est la mesure de toute chose », qui était la marque d’un relativisme absolu (une sorte de nihilisme de l’homme antique), et à laquelle l’homme occidental déclinant donne spontanément un sens humanitariste, comme on a pu le constater notamment lors des affoulements provoqués par les déplacements de feu le Pape JEAN XXIII dans divers pays, durant lequels cette proposition avaient transformée en slogan sous le regard approbateur des grands médias. 

En outre Oswald SPENGLER pose alors la question que ne se posent pas les philosophes "modernes" : pourquoi certaines influences ne sont pas acceptés ? pourquoi ne montre-t-on que les influences acceptées ? 

En effet, observe Oswald SPENGLER, il est dit que la Renaissance fut entièrement sous l’influence de l’art antique. « mais alors qu’a-t-elle fait » de la forme du temple dorique, de la colonne ionique, de la tectonique des statues, etc. ? 

Pour Oswald SPENGLER, l’acceptation d’une influence, choix inconscient, constitue une exception qui va entraîner une nouvelle interprétation du sens profond de l’apport accepté. 

Oswald SPENGLER donne des exemples concrets de ces nouvelles interprétations dans le christianisme avec ses deux interprétations, sans qu’un seul mot du dogme soit modifié : culture magique (juive, arabe)  et culture faustienne (occidental). 

Ainsi, les premiers conciles chrétiens ressortaient de la conception magique (juive, arabe) où chaque homme est l’expression du pneuma (souflle, esprit) divin. Donc, dans le rassemblement conciliaire, l’idée d’origine était que  la majorité exprime la parole divine, la Vérité immédiate. Ce raisonnement était inintelligible pour l’homme d’Occident qui a fait du Concile un moyen de contrôle du pouvoir spirituel du Pape à l’époque gothique. Puis, dans un mouvement de spiritualisation totale, spécifique à l’esprit occidental, l’infaillibilité papale s’est imposée. 

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On constate la même transformation du sens profond pour le dogme de la résurrection des morts, prise à l’origine au sens propre (résurrection de chair) dans la culture magique (juive), car le pneuma divin a élu domicile dans le corps humain. Cette résurrection de la chair, bien que jamais remise en cause, s’est transformée dans le christianisme occidental, porté à la spiritualisation, en l’immortalité de l’âme humaine. 

Oswald SPENGLER cite également d’autres exemples sur CALVIN et LUTHER dans ouvrage auquel j’invite le lecteur de se reporter. 

Comme le démontre Oswald SPENGLER, la jeune culture occidentale (faustienne), tout en maintenant le dogme ancien, l’a totalement réinterprété dans le sens d’une spiritualisation qui lui convenait, tout en créant de nouveaux dogmes (confession auriculaire) sur la base des Écritures évangéliques dont pas un iota n’aura été modifié depuis la période de la culture magique (juive). 

Pierre Marcowich 

(1)  Oswald SPENGLER, Le Déclin de l’Occident ; Éditions Gallimard, 1948, renouvelé en 1976, Tome II, Chap. I, Origine et paysage, § 12, page 54, alinéa 2 ;  

(2)     Ibidem, § 12, page 54, alinéa 3 ; 

(3)     Ibidem, § 12, page 55, alinéa 1 ; 

(4)     Ibidem, § 12, pages 54 et 55, alinéa 1 ; 

(5)     Ibidem, § 12, pages 55, alinéa 2 ; 

(6)     Ibidem, § 12, pages 56, alinéa 1 ; 

(7)     Ibidem, § 12, pages 57, alinéa 1 ; 

 

The Pre-Death Thoughts of Faust

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The  Pre-Death  Thoughts  of  Faust

(1922 - #59)

N. A. BERDYAEV (BERDIAEV)

         The fate of Faust -- is the fate of European culture. The soul of Faust -- is the soul of Western Europe. This soul was full of stormy, of endless strivings. In it there was an exceptional dynamism, unknown to the soul of antiquity, to the Greek soul. In its youth, in the era of the Renaissance, and still earlier, in the Renaissance of the Middle Ages, the soul of Faust sought passionately for truth, they fell in love with Gretchen and for the realisation of his endless human aspirations it entered into a pact with Mephistopheles, with the evil spirit of the earth. And the Faustian soul was gradually corroded by the Mephistophelean principle. Its powers began to wane. What ended the endless strivings of the Faustian soul, to what did they lead? The Faustian soul led to the draining of swamps, to the engineering art, to a material arranging of the earth and to a material mastery over the world. Thus we find spoken towards the conclusion of the second part of Faust:

   Ein Sumpf zieht am Gebirge hin,
   Verpestet alles schon Errungene;
   Den faulen Pfuhl auch abzuziehn,
   Das letzte waer das Hoechsterrungene,
   Eroeffn ich Raeume vielen Millionen,
   Nicht sicher zwar, doch taetig-frei zu wohnen.

   Nigh the mountain a swamp doth stretch,
   Pollutes there every advancement;
   To drain off the foul pool,
   Would be the utmost highest achievement,
   I'd open up space for many a million,
   Not indeed secure, but active-free to be.

       And thus do end during the XIX-XX Centuries the searchings of the man of modern history. With genius Goethe foresaw this. But the final word for him belongs with the mystic chorus:

   Alles Vergaengliche
   Ist nur ein Gleichnis;
   Das Unzulaengliche,
   Hier wird's Ereignis;
   Das Unbeschreibliche,
   Hier ist's getan;
   Das Ewig-Weibliche
   Zieht uns hinan.

   All the Transitory
   Is but a Symbol Image
   The Insufficient
   Here doth transpire;
   The Ineffable
   Here doth act;
   The Eternal-Feminine
   Upward doth draw us.

        And draining the swamp is but a symbol of the spiritual path of Faust, merely a sign of spiritual activity. Upon his path, Faust passes from a religious culture over to an irreligious civilisation. And in this irreligious civilisation the creative energy of Faust becomes drained, his endless aspirations die. Goethe gave expression to the soul of Western European culture and its fate. Spengler, in his challenging book, "Der Untergang des Abendslandes" ["The Decline of the West"], announces the end of European culture, its ultimate transition over into civilisation, which is the beginning of the death-process. "Civilisation -- is the irreversible fate of a culture". The book of Spengler bears within it an enormous symptomatic significance. It conveys the feeling of crisis, of sudden impending change, that of the end of an entire historical era. It speaks about the great sorry affair of things in Western Europe. We, as Russians, have been split off from Western Europe already for many a long year, from its spiritual life. And since our access to it has been blocked, it has seemed to us to be more fortunate, more orderly, more happy, than it is in actuality. Even prior to the World War, I very acutely sensed the crisis of European culture, the impending end of an entire world era, and I expressed this in my book, "The Meaning of Creativity". During wartime also I wrote an article, "The End of Europe", in which I expressed the thought, that the twilight period of Europe has begun, that Europe is at an end as a monopolist of culture, that the emergence of culture out beyond the bounds of Europe has been inevitable, for other continents and other races. Moreover, two years back I wrote an etude, "The End of the Renaissance", and a book, "The Meaning of History: Attempt at a Philosophy of Human Fate", in both which I definitely expressed the idea, that we are experiencing the end of modern history, that we are living out the final remnants of the Renaissance period of history, that the culture of old Europe has tended towards deterioration. And therefore I read the book of Spengler with an especial tremulation. In our era, with its historical disintegration, thought is focused upon the problems of the philosophy of history. It was the same in the epoch, when Bl. Augustine conceived of his first rendering of a Christian philosophy of history. It is possible to foresee, that philosophic thought henceforth will be concerned not so much with problems of gnosseology, as rather by problems of the philosophy of history. In the "Bhagavad Gita" revelations occur during a time of warfare. During a time of war there can be resolved ultimate problems about God and the meaning of life, but it is difficult to get concerned over analytic gnosseology. And in out time is at work the thinking during a time of war. We live in an epoch inwardly akin to the Hellenistic epoch, the epoch of the collapse of the ancient world. The book of Spengler -- is a remarkable book, in places almost of genius, it stimulates and makes for thought. But it cannot be too much a surprise for those Russian people, who long since already have sensed the crisis, about which Spengler speaks.

* * *

       

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Spengler can convey the impression of being an extreme relativist and sceptic. Even mathematics for him is something relative. There exists the ancient Apollonian mathematics, -- a finite mathematics, and there exists the European Faustian mathematics, -- an infinite mathematics. Science is not unconditional, not absolute, but is rather the expression of the souls of various cultures, of various races. But still, in essence, it is impossible to classify Spengler under any sort of current. Academic philosophy is quite alien to him, and he holds it in contempt. He is first of all his own unique individualist. And in this he is akin to the Goethean spirit of contemplation. Goethe intuitively contemplated the primal phenomena of nature. Spengler intuitively contemplates the history of the primal phenomena of culture. He, just also as with Goethe, is a symbolist as regards world-concept. He refuses to think employing abstract concepts, he does not believe in the fruitfulness of such thinking. All abstract metaphysics is foreign to him. From the morbid methodologism and gnosseologism, in which German great thought emerged, from the sick and futile reflection, Spengler has instead turned away towards living intuition. He casts himself into the dark ocean of the historical existence of peoples and penetrates into the soul of races and cultures, into the styles of the various epochs. He makes a break with the epoch of gnosseologism in the philosophy of thought, but he does not pass over to ontologism, he does not construct any sort of ontology and does not believe in the possibility of ontology. He knows only of being, as manifest in cultures, as reflected in cultures. The primal grounds of being and the meaning of existence remain for him hidden. The morphology of history for him -- is the solely possible philosophy. With him there is not even a philosophy of history, exclusively it is rather -- a morphology of history. All the truths, the truths of science, of philosophy, religion, -- are for Spengler merely the truths of culture, of cultural types, of cultured souls. The truths of mathematics -- are the symbols of various styles of cultured souls. Such an attitude towards cognition and being is characteristic to a man of a late and waning culture. The soul of a man set within an epoch of cultural decline tends to ponder over the fate of cultures, over the historical fate of mankind. It has always been so. Such a soul has no interest either in the abstract knowledge of nature, nor in the abstract knowledge of the essence and meaning of being. Of interest to it is the culture itself, and everything -- is merely reflected in the culture. It is struck by the dying off of once flourishing cultures. It is wounded by the inevitability of fate. Spengler is very capricious, he does not consider himself bound by anything in general obligatory. He is, first of all -- a paradoxicalist. For him, just as for Nietzsche, paradox is a means of cognition. In the book of Spengler there is a sort of affinity with the book of the youthful genius [Otto] Weininger, "Sex and Character", and despite all the different themes and spiritual outlook, the book of Spengler -- is just as remarkable a phenomenon in the spiritual culture of Germany, as is the book of Weininger. In breadth of intent, in scope, in its unique intuitive insights into the history of cultures, the book of Spengler can take its place alongside the remarkable book of [Houston Stewart] Chamberlain ("Die Grundlagen des neunzehnten Jahrhunderts" ["The Foundations of the Nineteen-Hundreds"]). After Nietzsche -- comes Weininger, Chamberlain and Spengler -- the sole genuinely original and remarkable figures in German spiritual culture. Just like Schopenhauer, Spengler has contempt for professors of philosophy. He offers a very arbitrary list of writers and thinkers, and in his opinion of the remarkable books, esteemed by him. These people are of a quite various a spirit. But they all bear some relationship to the principle of the will to live and the will to power, all have bearing on the crisis of culture. These are -- Schopenhauer, Proudhon, Marx, R. Wagner, Duhring, Ibsen, Nietzsche, Strindberg, Weininger. Is Spengler a pessimist? For many, his book has to produce the impression of a very boundless pessimism. But this is not a metaphysical pessimism. Spengler does not desire the quenching of the will to live. On the contrary, he desires the affirmation of the will to live and the will to power. In this he is closer to Nietzsche, than to Schopenhauer. All cultures are doomed to a withering away and death. Our European culture is also doomed. But it is necessary to accept fate, not oppose it, and to live it out to the end, and to the end manifesting the will to power. With Spengler there is the amor fati. The pessimism of Spengler, if such a term be properly applicable to him, is a pessimism culturo-historical, and is neither a pessimism individually-metaphysical nor individually-ethical. He -- is a pessimist on civilisation. He denies the idea of progress, and he returns to the teaching about cyclical returns. But with him there is no pessimistic balance of suffering and pleasure, of a pessimistic understanding of the very essence of life. He admits of an inexhaustible creative wellspring of life, lodged within the primal impulse, begetting culture all ever new and anew. He is fond of this will to cultural flourishing. And he perceives the death of a culture as a law of life, as an inevitable moment within the vital fate of a culture itself. Surprisingly strong with Spengler is a correlation of phenomena in various spheres of a culture and the discerning from them of an unique symbol, such as signifies that selfsame culture, that selfsame cultural style. He transfers concepts from mathematics and physics over into painting and music, from art into politics, from politics into religion. Thus, he speaks about an Apollonian and a Faustian mathematics. He discerns one and the same primary phenomenon within various epochs, within various cultures. And he regards it possible to admit of one and the same sort of such phenomena, as Buddhism, Stoicism and Socialism, belonging to various epochs and cultures. His most remarkable thoughts are about art and about mathematics and physics. And with him there are truly intuitions of genius.

         Spengler -- is of an areligious nature. In this is his tragedy. With him there is as it were an atrophied religious sense. Whereas both Weininger and Chamberlain -- are of a religious nature, Spengler -- is areligious. He is not only himself non-religious, but he also does not understand the religious life of mankind. Yet he examined the role of Christianity within the fate of European culture. This -- is the most striking side of his book. In this is its spiritual deformity, almost its monstrous defect. It is not necessary to be a Christian, in order to understand the significance of Christianity within the history of European culture. The pathos of objectivity ought to be brought to bear on this. But Spengler does not sense himself under the compulsion of any such objectivity. He does not ponder on Christianity within history, he does not see a religious meaning. He knows, that culture is religious by its nature and by this it is distinct from civilisation, which is irreligious. But he has been able to express very noble thoughts, such as only can be expressed by a non-believing soul in our epoch. Behind his civilised self-feeling and self-awareness can be sense the imprint of a culture, which has lost its faith and is tending towards decline.

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Spengler understands and senses the world foremost of all as history. This he regards as the modern perception of the world. It is only to such an attitude towards the world that there belongs a future. Dynamism is characteristic to our times. And only a perceiving the world as history is a dynamic perception. The world as nature is static. Spengler contrasts nature and history, as two methods of viewing the world. Nature is expanse. History is time. The world presents itself to us as nature, when we view it from the perspective of causality, and it presents itself to us as history, when we view it from the perspective of fate. That history is a matter of fate, is all very well and good with Spengler. Fate cannot be conceived of by means of a causal explanation. Only the perspective of fate gives us a grasp upon the concrete. Spengler's assertion is quite correct, that for ancient man there was no history. The Greek perceived the world as static, for him it was from nature, from the cosmos, and not from history. He did not know historical remoteness. Spengler's thoughts on antiquity are very insightful. And it mustneeds be admitted, that Greek thought did not know of a philosophy of history. It was not a matter of either Plato, or of Aristotle. The point of view of a philosophy of history is contrary to the aesthetic ponderings of the Hellene. The world for him was a completed cosmos. Hellenic thought created the Hellenic metaphysics, so inconducive for conceiving the world as an historical process. Spengler senses himself as an European man with a Faustian soul, with its infinite aspirations. He not only sets himself distinct from ancient man, he moreover asserts, that the ancient soul for him is inconceivable, is impenetrable. This however does not prevent him from drawing upon its understanding and insights. But does history exist for Spengler himself, is he one for whom there is a world, as history, and not as nature? I think, that for Spengler history does not exist and for him a philosophy of history is impossible. Not by chance did he call his book a morphology of world history. The morphological perspective derives from nature-knowledge. Historical fate, the fate of culture exists for Spengler only in that sense, that fate exists for a flower. The historical fate of mankind does not exist. There does not exist a single mankind, a single subject of history. Christianity was the first to have rendered possible a philosophy of history, in that it revealed the existence of a single mankind with a single historical fate, having its own beginning and end. Thus first for the Christian consciousness is revealed the tragedy of world history, the fate of mankind. Spengler however turns back to the pagan particularism. For him there is no mankind, no worldwide history. Cultures, races -- are isolated monads with an isolated fate. For him the varied types of culture experience a cyclical turning of their own fate. He returns to the Hellenic perspective, which was surpassed by the Christian consciousness. With Spengler the Baptismal water as it were was missing. He abjures his own Christian blood. And for him, just as for the Hellene, there does not exist the perspective of an historical remoteness. The historically remote distance exists only in this instance, if there exists an historical fate of mankind, a worldwide history, if each type of culture is but a moment of a worldwide fate.

       The Faustian soul with its endless aspirations, with the distance opening up before it, is the soul of the Christian period of history. This Christianity shatters the boundaries of the ancient world, with its delimited and narrowed horizons. After the appearance of Christianity in the world, an infinity opened up. Christianity rendered possible the Faustian mathematics, the mathematics of the endless. Of this Spengler is not at all aware. He does not posit the appearance of the Faustian soul in any sort of connection with Christianity. He has made an examination of the significance of Christianity for European culture, for the fate of European culture. This fate however -- is a Christian fate. He wants to push Christianity back exclusively to the sense of a magical soul, to a type of Hebrew and Arabic culture, to the east. And he thus dooms himself to a lack of understanding of the meaning of European culture. For Spengler generally there does not exist a meaning to history. The meaning of history also cannot exist amidst such a denial of the subject of the historical process. The cyclical turnings of the various types of culture, lacking connections between them of a single fate, is totally meaningless. Moreover, the denial of a meaning to history makes impossible a philosophy of history. There remains but the morphology of history. But for the morphology of history there is merely the manifestation of nature, in it there is no unique historical process, no fate, as a manifestation of meaning. In Spengler the Faustian soul ultimately loses its connection with Christianity, which gave it birth, and in the hour of the waning of the Faustian culture it attempts to return to the ancient sense of life, tacking on it also the theme of history. In Spengler, despite his distasteful civilisation pathos, there is sensed also the exhaustion of a trans-cultural man. This weariness of a man of an era of decline quenches any sense of the meaning of history and its connections to historical fates. There remains only the possibility of an intuitive-aesthetic insight into the types and styles of the souls of cultures. Faust does not bear up under a time of historical fate, he does not want to experience it to the final end. He, weary and exhausted by the modern history, agrees it the better to die, having experienced a short moment of civilisation, set at the summit of culture. He is captivated by the thought, that he is to be given this final mitigation and consolation of death. But there is no death. Fate continues on even beyond this side of what the Faustian soul had acknowledged as the sole life. And the burden of this fate has to be carried across into the remote eternity. For Spengler's Faustian soul the remote eternity is hidden, the historical fate beyond the bounds of this life, of this culture and civilisation; to the end of his days he wants to restrict himself to the cycle of a dying civilisation. He foresees the rise of new cultures, which likewise will pass over into a civilisation and die. But these new souls of cultures are foreign to him and he regards them for himself as impenetrable. These new cultures which, perhaps, will arise in the East, will not have any sort of inward connection with the dying European culture. Faust loses the perspective of history, of historical fate. Culture for him -- is merely a springing forth, a blossoming and fading flower. Faust ceases to understand the meaning and the bond of fate, since for him the light of the Logos has grown dim, there has grown dark the sun of Christianity. And the appearance of Spengler, a man exceptionally gifted, at times close to genius in certain of his intuitions, is very remarkable for the fate of European culture, for the fate of the Faustian soul. There is nowhere further to go. After Spengler -- there is already the plunge into the abyss. With Spengler there is a great intuitive gift, but this -- is but the giftedness of a blindman. As a blindman, no longer still seeing the light, he throws himself off into the murky ocean of culturo-historical being. With Hegel there was still a Christian philosophy of history, in its sort no less Christian, than the philosophy of history of Bl. Augustine. It knows of an unified subject of history and meaning to history. It shines through everything with the rays of the Christian sun. With Spengler there are no longer these rays. Hegel belongs to a culture, possessing a religious basis; Spengler senses himself as already having passed over into a civilisation, bereft of religious basis. One might moreover still note, that the point of view of Spengler unexpectedly reminds one of the perspective of N. Danilevsky, as developed in his book, "Russia and Europe". The culturo-historical types of Danilevsky are very similar to the souls of the cultures of Spengler, but with this difference, that Danilevsky is quite lacking in the enormous intuitive gift of Spengler. Vl. Solov'ev criticised N. Danilevsky from the Christian point of view. For Spengler the fate of the history of the world remains unsolved, since for him history is but an aspect of nature, a phenomenon of nature, and it is not in that nature -- is an aspect of history, as it is for historical metaphysics.

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  Every culture inevitably passes over into civilisation. Civilisation is the fate, the doomed lot of culture. Civilisation however ends up by death, it is already the beginning of death, the exhaustion of the creative powers of a culture. This -- is a central thought of Spengler's book. "We are civilised people, and not people of the Gothic or Rococco". What differentiates civilisation from culture? A culture -- is religious as to its basis, civilisation -- is irreligious. For Spengler -- this is a fundamental distinction. And he regards himself as a man of civilisation, since he is irreligious. A culture derives from a cult, it is bound up with a cult of ancestors, it is impossible without sacred traditions. Civilisation is the will to worldwide might, to an ordering of the surface of the earth. A culture -- is national. Civilisation -- is international. Civilisation is the worldwide city. Imperialism and socialism alike -- are civilisation, and not culture. Philosophy and art exist only in a culture, in a civilisation they are impossible and unnecessary. Possible and necessary within civilisation is only the engineering art. And Spengler gives the appearances, that he understands the pathos of the engineering art. Culture -- is organic. Civilisation -- is mechanical. Culture is grounded upon inequality, upon qualities. Civilisation in contrast is pervaded by the aspiration for equality, it seeks to be based upon quantities. Culture -- is something aristocratic. Civilisation -- is something democratic. The distinction of culture in contrast to civilisation is of something extraordinarily fruitful. With Spengler there is a very acute sense of an inexorable process of the victory of civilisation over culture. The decline of Western Europe for him is first of all the decline of the old European culture, the exhaustion within it of the creative powers, the end of art, of philosophy, of religion. Civilisation has still not reached its finish. Civilisation will still celebrate its victory. But after civilisation will come the onset of death for the Western European cultural race. And after this, culture can blossom forth only in other races, only in other souls.

       These thoughts are expressed by Spengler with an astounding brilliance. But are these thoughts something new? For us, as Russians, it is impossible to be taken aback by these thoughts. We long since already know of the difference of culture from civilisation. All the Russian religious thinkers have asserted this difference. they all sensed a certain sacred terror at the perishing of culture and the ensuing triumph of civilisation. The struggle against the spirit of philistinism, which so wounded Hertsen and K. Leont'ev, people of quite varied tendencies and outlook, was grounded upon this motif. Civilisation by its nature is pervaded by a spiritual philistinism, by a spiritual bourgeoisness. Capitalism and socialism entirely alike are infected by this spirit. Beneathe the hostility towards the West of many a Russian writer and thinker lies concealed not hostility towards Western culture, but rather hostility towards Western civilisation. Konstantin Leont'ev, one of the most insightful of Russian thinkers, loved the great culture of the West, he loved the colourful culture of the Renaissance, he loved the Catholic great culture of the Middle Ages, he loved the spirit of chivalry, he loved the genius of the West, he loved the mighty manifestation of the sense of person within this great cultural world. But he abominated the civilisation of the West, the fruition of the liberal-egalitarian process, the extinguishing of spirit and the death of creativity within civilisation. He comprehended already the law of the transition of culture over into civilisation. For him this was an inexorable law within the life of societies. Culture for him corresponded to that period in the developing of societies, which he termed as the period of the "blossoming of complexity", civilisation however corresponded to a period of "simplistic confusion". The problem of Spengler was quite clearly posited by K. Leont'ev. He likewise denied progress, he confessed a theory of cycles, he asserted, that after the complex blossoming forth of culture there ensues decline, decay, death. The process of "liberal-egalitarian" civilisation is the onset of death, of disintegration. For Western European culture he regarded this death as irreversible. He saw the perishing of the flourishing culture in the West. But he wanted to believe, that a flourishing culture was still possible in the East, in Russia. Though towards the end of his life he lost also this faith, he saw, that also in Russia civilisation was triumphing, that in Russia matters were going towards a "simplistic confusion". And then he came to be imbued with a dark apocalyptic outlook. So also Vl. Solov'ev towards the end lost faith of a possibility within the world of a religious culture and he had an anguished sense of the onset of the kingdom of the Anti-Christ. Culture is possessed of a religious basis, there is in it a sacred symbolism. Civilisation however is of the kingdom of this world. It is the triumph of the "bourgeois" spirit, of a spiritual "bourgeoisness". And it makes totally no difference, whether it be a civilisation capitalistic or socialistic, it is alike -- a godless philistine civilisation. Indeed even Dostoevsky was not an enemy of Western culture. Remarkable in this regard are the thoughts of Versilov in "The Adolescent". "They are not free, -- says Versilov, -- but we are free". "Only I alone in Europe with my Russian melancholy then was free... To the Russian, Europe is precious the same, as is Russia: each stone in it is dear and precious. Europe has been our fatherland the same, as also is Russia... O, to the Russian, dear are these old foreign stones, these miracles of God's old world, these bits of sacred wonders: and to us this is even more dear, than it is to them themselves. They have now other thoughts and other feelings, and they have ceased to appreciate the old stones". Dostoevsky loved these "old stones" of Western Europe, "these miracles of God's old world". But he, just as with K. Leont'ev, denounces the people of the West for this, that they have ceased to revere their "old stones", they have forsaken their own great culture and have surrendered themselves completely to the spirit of civilisation. Dostoevsky loathed not the West, not the Western culture, but rather the irreligious, the godless civilisation of the West. Russian Easternism, Russian Slavophilism was merely a veiled struggle of the spirit of a religious culture against the spirit of an irreligious civilisation. The struggle of these two spirits, of these two types, is innate to Russia itself. This is not a struggle of East and West, of Russia and Europe. And many Western people too have felt anguish, almost to the point of agony, at the triumph of the irreligious and monstrous civilisation over a great and sacred culture. Suchlike have been the romantics of the West. Suchlike were the French Catholics and symbolists -- Barbey d'Aurevilly, [Paul] Verlaine, Villiers de L'Isle-Adam, Huysmans, Leon Bloy. Suchlike was Nietzsche, with his anguish over the tragic Dionysian culture. Not only remarkable Russian people, but also the most refined and perceptive Western people with anguish felt, that the great and holy culture of the west was perishing, that it was dying, that coming to it was a civilisation alien to it, a worldwide city, irreligious and international, that a new sort of man was coming, a parvenue, obsessed with a will to world power and taking possession of all the earth. In this victorious march of civilisation was dying the soul of Europe, the soul of European culture.

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The originality of Spengler was not in the positing of this theme. This theme had already been posited with an extraordinary alacrity by Russian thought. The originality of Spengler lies however in this, that he has no desire to be a romantic, he does not wish to anguish over the dying great culture of the past. He wants to live in the present, he wants to accept the pathos of civilisation. He wants to be a citizen of the worldwide city of civilisation. He preaches a civilisation's will to world power. He is consentual to trading off religion, philosophy, art for technology, for the draining of swamps and the erecting of bridges, for the invention of machines. The uniqueness of Spengler lies in this, that there has not been yet a man of civilisation, a drainer of swamps, endowed with such an awareness as with Spengler, a sad awareness of the inexorable decline of the old culture, endowed with such a keenness and such a gift of penetration into the culture of the past. Spengler's self-feeling for civilisation and his self-awareness are at the root contradictory and ambiguous. In him there is not civilisation's arbitrary sense of value and self-smugness, there is not that faith in the absolute excellence of its own epoch, of its own generation over all the epochs and generations that went before. It is impossible to construct a civilisation, to defend the interests of a civilisation, to dry up swamps with such a mindset as Spengler has. For these deeds what is necessary is a dulling of consciousness, becoming thick-skinned, with a naive faith in the endless progress of civilisation. Spengler tends to understand everything too well. He is not the new man of civilisation, he is rather, the dying Faust -- the man of the old European culture. He -- is a romantic in an era of civilisation. He wants to give the appearance, that he is interested by the engineering art, by the draining of swamps, by the erection of the world city. In actuality, he writes instead a remarkable book about the decline of European culture and by this he works a deed of culture, rather than of civilisation. He is as such unusual a cultural man, overwhelmingly a cultural man. Such people tend poorly to build the world city of civilisation. They are better at writing books. Faust hardly can be called a fine engineer, a fine maker of civilisation. He is dying at the very moment, when he decides to set about the draining of swamps. Spengler is not a man of civilisation, as he wants both himself and us to believe,  - he is a man of a late and declining culture. And therefore in his book is discerned the evidence of grief, foreign to a man of civilisation. Spengler -- is a German patriot, a German nationalist and imperialist. This is clearly expressed in his booklet, "Preussentum und Sozialismus" ["The Prussian and Socialism"]. In him there is the will to world power for Germany, there is the faith, that during the period of civilisation, such as still remains for Western Europe, this world power of Germany will be realised. He combines with civilisation this will and this faith for himself, he finds for himself a place within it. But the history of recent years has inflicted such a blow to the imperialistic mindset of Spengler. If imperialism and socialism -- be not one and the same thing, then -- certainly, Spengler is moreso the imperialist, than a socialist. The civilisation of a world city however is beginning to move more rapidly in the direction of realisation of a world power and world kingdom, the kingdom of this world, through socialism, rather than through imperialism.

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       Our era has features of affinity with the Hellenistic era. The Hellenistic era brought to an end the culture of antiquity. And, according to the thought of Spengler, this was a transition of the culture of antiquity over into civilisation. Suchlike is the doomed lot of every culture. And for both our era and for the Hellenistic era alike there is characteristic the mutual interaction of East and West, the meeting and coming together of all cultures and all races, a syncretism, the universalism of civilisation, the feeling of an end-time, the demise of an historical era. And in our era too the civilisation of the West turns towards the East and the trans-cultural people of this civilisation seek for light from the East. And in our era too within the various theosophic and mystical currents there occurs the jumbling together and combining of various systems of beliefs and cults. And in our era too there is the will towards a worldwide uniting in imperialism and the selfsame will finds expression also in socialism. Cultures and states cease to be nationally isolated. The individuality of the cultures passes over into the universality of civilisation. And in our era too there is the thirst to believe and a powerlessness to believe, a thirst to create and a powerlessness to create. And in our era too there predominates an Alexandrianism both in thought and in creativity. Within history daylike and nightlike eras follow in succession. The Hellenistic era was a transition from the daylight of the Hellenic world over to the night of the Medieval Dark Ages. And we stand at the threshhold of a new night era. The daytime of modern history is at an end. Its rational light is dying down. Evening ensues. And it is not Spengler alone who sees the signs of the encroaching twilight. Our time in many of its portents is reminiscent of the beginning of the early Middle Ages. The have begun the processes of drawing back and consolidation, similar to the processes of drawing back and consolidation during the time of the emperor Diocletian. And it is not so improbable an opinion, to imagine that there is beginning a feudalisation of Europe. The process of the collapse of states is transpiring parallel to an universalistic uniting. There are occurring enormous transmigrations and displacements of masses of mankind. And there will perhaps ensue a new chaos of peoples, from which nowise quickly will a new orderly cosmos take shape.

        The World War has drawn Western Europe out of its customary, its established boundaries. Central Europe lies inwardly devastated. Its powers not only materially, but also spiritually, have become overstrained. Civilisation through imperialism and through socialism has to pour forth across the surface of all the earth, has to move even towards the East. Into the civilisation will be brought ever new masses of mankind, new segments. But the new Middle Ages will be a civilised barbarism, a barbarism amidst machines, and not amidst forests and fields. The great and sacred traditions of culture will turn inward. The true spiritual culture, perhaps, will happen to experience a catacomb period. The true spiritual culture, having survived its Renaissance period, having gone through its humanistic pathos, will happen to return to certain principles of a religious medieval culture, not a barbarian Middle Ages, but rather a cultural Middle Ages. Upon the pathways of the modern, the humanistic, the renaissance history, everything is already exhausted. Faust upon the paths of an outward endlessness of aspirations exhausted his powers, he wore down his spiritual energy. Still, there remains for him movement towards an inner infinity. In one of his aspects, Faust has had to totally surrender himself over to the external material civilisation, a civilised barbarism. Though in another of his aspects he has to be faithful to the eternal spiritual culture, the symbolic existence of which was expressed by the mystical chorus at the finish of the second part of "Faust". Suchlike is the fate of the Faustian soul, the fate of European culture. The future is twofold. With Spengler, the preeminence of spiritual culture is sundered. It passes as it were over totally into civilisation and dies. Spengler does not believe in an abiding meaning to world life, he does not believe in the eternal aspect of a spiritual reality. But even if spiritual culture should perish amidst the quantities, it then still will be preserved and abide amidst the qualities. It was carried forth both through the barbarity and night of the old Middle Ages. It will be carried forth also through the barbarity and night of the new Middle Ages, prior to the dawn of a new day, to a coming Christian Renaissance, when there will appear the St. Francis and the Dante of the new epoch.

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       The truths of science for Spengler are not independent truths, but are rather truths relevant of the culture, of cultural styles. And the truths of physics are connected with the souls of a culture. There is a very remarkable chapter about the Faustian and Apollonian nature-knowledge. Mighty strides in physics have been characteristic of our era. Within physics there is occurring a genuine revolution. But the discoveries, which the physics of our era is uncovering, are characteristic of the decline of a culture. Entropy, connected with the Second Law of Thermodynamics, radioactivity and the decaying apart of atoms of matter, the Law of Relativity -- all this tends to shake the solidity and stability of the physico-mathematical world-perception, and it undermines faith in the lasting existence of our world. I might say, that all this -- represents a physical apocalypsis, a teaching about the inevitability of the physical end of the world, the death of the world. Only during the era of the waning of European culture does there arise such an "apocalyptic" disposition within physics. What a difference it is from the physics of Newton. Newton in his physics did not give his own interpretation of the Apocalypsis. The physics of our day can be termed the pre-death thoughts of Faust. It has become impossible to seek for stability in the physical world order. Physics posits a death sentence for the world. The world is perishing in its proportionate discharge of warm energy into the universe, of energy, unreturnable into other forms of energy. The creating energies at work in forming the manifold of the cosmos, are subsiding. The world is perishing from an irreversible and insurmountable striving towards physical equilibrium. And is not the striving towards equilibrium, towards equality, in the social world that same sort of entropy, that same ruination of the social cosmos and culture in a proportionate discharge of warm energy, unreturnable in any sort of energy as is creative of culture? A pondering over the themes, posited by Spengler, leads to these bitter thoughts. But the bitterness of these thoughts ought not to be inescapable and gloomy. Not only physics, but also sociology, do not have belonging to them the final word in deciding the fates of the world and of man. The loss of a physical stability is not an irreversible loss. It is in the spiritual world that it is necessary to seek for stability. It is in the depths that it is necessary to seek for points of support. The world as external lacks infinite perspectives. The absurdity within it has been shown over the ages. But there is apparent an infinite inner world. And it is with it that there ought to be connected our hopes.

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        In the large book of Spengler nothing is said about Russia. Only in the table of contents of the projected second volume is there a final chapter entitled -- "Das Russentum und die Zukunft" ["The Russian and the Future"]. There are grounds to think, that Spengler sees in the Russian East that new world, which will come to replace the dying world of the West: in his booklet "Preussentum und Sozialismus" several pages are devoted to Russia. Russia for him -- is a mysterious world, incomprehensible for the world of the West. The soul of Russia is still more remote and ungraspable for Western man, than is the soul of Greece or of Egypt. Russia is an apocalyptic revolt against antiquity. Russia -- is religious and nihilistic. In Dostoevsky is revealed the mystery of Russia. In the East can be expected the appearance of a new type of culture, of a new soul of culture. Yet this too contradicts the suggestions about Russia as a land nihilistic and hostile to culture. In the thoughts of Spengler, ultimately not followed out to the end, there is a sort of something turned backwards, where its opposite end seems an assertion of Slavophilism. And for us these thoughts are of interest, this turning of the West towards Russia, these expectations, connected with Russia. We are situated in more propitious a position, than is Spengler and the people of the West. For us the Western culture is attainable and graspable. The soul of Europe does not represent for us a soul remote and incomprehensible. We are in an inner communion with it, we sense in ourselves its energy. And yet at the same time we are the Russian East. Therefore the scope of Russian thought has to be broader, from its apparent remoteness. The philosophy of history, towards which the thought of our era turns, with great success has to be worked out in Russia. The philosophy of history always was of a basic interest within Russian thought, beginning with Chaadayev. That, which we are experiencing at present, ought ultimately to lead us out of our isolated existence. Granted that at present we are still moreso pushed back eastwards, but at the end of this process we shall cease to be the isolated East. Whatever happens with us, we inevitably have to emerge onto the world stage. Russia -- is at the middle between East and West. In it clash two torrents of world history, the Eastern and the Western. In Russia is hidden a mystery, which we ourselves cannot fully fathom. But this mystery is connected with a resolving of whatever the themes of world history. Our hour has still not come. It will be connected with the crisis of European culture. And therefore such books, as the book of Spengler, cannot but excite us. Such books are closer to us, than to the European peoples. This -- is our style of book.

Nikolai  Berdyaev.

(1922)

©  2003  by translator Fr. S. Janos

(1922 - 59,1 -en)

PREDSMERTNYE  MYSLI  FAUSTA.  Berdyaev's article is the 3rd of a four part anthology, "Osval'd Shpengler i Zakat Evropy", first published by book-publisher "Bereg" 1922, Moscow, p. 55-72. This entire 1922 Oswald Spengler anthology has been included in the V. V. Sapov edited Berdyaev-reprint under the partially inclusive title, "Smysl Istorii; Novoe Srednevekov'e", Publisher "Kanon", 2002 Moscow, p. 312-404; the Berdyaev title p. 364-381. (The other three selections included in this Spengler anthology are: F. Stepun -- "Osval'd Shpengler i 'Zakat Evropy'", S. Frank -- "Krizis zapadnoi kul'tury", Ya. Bukshpan -- "Nepreodolennyi ratsionalizm".

 




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mercredi, 12 février 2020

La nouvelle inquisition bien-pensante

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La nouvelle inquisition bien-pensante

par Paul MELUN

Ex: https://metainfos.fr

Outre-Atlantique, des dîners entre femmes blanches sont maintenant organisés pour traquer les préjugés faisant émerger ainsi un antiracisme de la surveillance et de la censure. C’est ce que nous révèlait d’ailleurs dans un article récent Mathieu Bock-Côté que nous venons de publier (https://metainfos.fr/2020/02/10/reeduquer-lhomme-occident... ). Paul Melun traite directement du porblème et craint l’apparition d’un univers orwellien où chaque individu est potentiellement coupable d’un racisme inconscient. C’est pourquoi en complément de l’article précédent, nous mettons ici en ligne son texte. ML.

Si le maccarthysme promettait de traquer les communistes dans les États-Unis d’après-guerre, c’est désormais au nom du progressisme que l’Amérique connaît une chasse aux sorcières d’un nouveau type. Outre-Atlantique, au nom de l’antiracisme, on assiste maintenant à la condamnation immédiate de quiconque contreviendrait aux nouvelles normes établies. Aux États-Unis, d’onéreux dîners (2 500 dollars) permettent à des femmes blanches, de milieux favorisés, souvent démocrates, de comprendre pourquoi elles sont foncièrement racistes, rapporte The Guardian. Au cours de réceptions, supervisées par les deux fondatrices du projet, huit femmes de couleur blanche peuvent échanger des problèmes de racisme dans le pays. Ces dernières doivent comprendre au fil des échanges que malgré leurs bonnes intentions, elles sont inconsciemment racistes et «font partie du problème». Ces dîners rencontrent un certain succès et permettraient aux participantes de faire évoluer leurs mentalités sur la question du racisme.

En 2018 à New-York, le géant du luxe Prada a dû faire face à de virulentes accusations de racisme. En cause, une vitrine de la marque ornée de petites figurines de couleur noire semblant reproduire un «blackface» (considéré par certains antiracistes comme attentatoire à la dignité des Noirs). En très peu de temps, la polémique avait enflé sur les réseaux sociaux, contraignant Prada au retrait immédiat des objets incriminés et à la formulation d’excuses avec volonté d’agir pour la diversité à l’avenir. Le New York Times rapporte que la commission des droits de l’homme de New-York a pu ouvrir une enquête pour violation des lois sur les droits de l’homme. La marque ayant fait montre de sa volonté immédiate de coopérer avec les autorités, un accord a pu être conclu visant à offrir aux personnels des «formations sur l’équité raciale», à nommer un responsable de la diversité au sein de la marque, et à rendre compte tous les six mois de la situation à la commission.

Par ces mesures, l’Amérique du Nord ouvre la voie à un antiracisme de la surveillance et de la censure. Sous l’illusion trompeuse du progressisme et de ses dogmes communément admis, un univers orwellien prend forme en Occident, un monde dans lequel chaque individu est un coupable potentiel. Dans ce futur proche, la bourgeoise de Brooklyn a autant à craindre pour sa réputation que le créateur de mode; s’ils sont dénoncés, ils seront condamnés. Cette nouvelle inquisition promet au XXIe siècle un espace public où les individus seront inquiétés pour ce qu’ils pensent, ce qu’ils disent ou ce qu’ils font, sans même avoir conscience de heurter telle ou telle communauté. Terrifiés à l’idée d’être perçus comme hérétiques, les jeunes Occidentaux sont condamnés à se taire: leur mutisme est la meilleure manière de ne transgresser aucune règle. Dans cette nouvelle société, il suffit de voir quelque part du racisme ou du sexisme pour purger le débat public d’une œuvre d’art, d’un livre ou d’un film. Ce totalitarisme résulte d’une morale incertaine, car sans cesse changeante, déterminée par les nouveaux censeurs présents sur les réseaux sociaux notamment. Dans le même temps, la mise au pilori des contrevenants semble produire l’effet inverse de celui recherché. Car les sociétés occidentales ne s’apaisent pas ; bien au contraire, les tensions s’accroissent.

En France comme ailleurs, les moyens colossaux de l’antiracisme semblent inefficaces face à la montée de la haine et des fractures entre communautés. Cette nouvelle nébuleuse intersectionnelle, figure de proue du progressisme, piétine les valeurs universalistes. Les mêmes qui prétendent combattre les discriminations sont souvent les responsables d’un nouveau fossé culturel et social. Dans l’enseignement supérieur comme dans les associations de lutte contre les discriminations, on isole, on trie et on oppose. Au nom de l’antiracisme, la notion de race fait son grand retour dans le débat citoyen. Certaines réunions sont réservées aux minorités ethniques, et d’autres, pour les purger de leurs préjugés inconscients, aux Blancs ; tandis que des manifestations sont réservées aux femmes pour ne pas subir les oppressions des hommes. Cette nouvelle nébuleuse intersectionnelle, figure de proue du progressisme, piétine les valeurs universalistes qui ont pourtant façonné les grandes démocraties libérales. Les nouveaux antiracistes voient derrière chaque homme blanc un potentiel oppresseur. Le blanc est coupable d’un crime existentiel: celui d’être né dominant. Le résultat est tristement ironique: l’antiracisme réhabilite le racisme.

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Détroit d’Ormuz – Une mission navale européenne…

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Détroit d’Ormuz – Une mission navale européenne…

 
 
par Richard Labévière
Ex: http://www.zejournal.mobi

La dernière provocation américaine d’un soi-disant « plan de paix » israélo-palestinien – qu’il faudrait plutôt qualifier, selon Guillaume Berlat, de « plan de guerre » – ravive les tensions récurrentes dans le Détroit d’Ormuz, véritable couloir stratégique.

Entre Iran et Oman – large de 40 km et long de 63 km – le Détroit voit passer près de 30% du pétrole mondial, ce qui en fait l’un des segments maritimes les plus importants du monde. Principalement dans les eaux territoriales d’Oman, il est organisé en « rails de navigation » empruntés par les supertankers à destination de l’Atlantique, de la mer Rouge et des mers de Chine. L’essentiel des installations pétrolières de la région (raffinage, stockage et transport) borde le golfe dont il est la porte. C’est donc une zone hautement stratégique, qui explique notamment l’importance du budget militaire omanais (10% du PIB, deuxième rang mondial derrière la Corée du Nord). Les intérêts américains dans cet « axe vital du pétrole » sont assurés, depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, par la Vème Flotte basée au Bahreïn et appuyés par la base arrière de Diego Garcia[1].

Depuis l’accord conclu le 1er janvier 1975, l’Iran et le sultanat d’Oman assurent – conjointement – la surveillance du libre transit. En réalité, l’essentiel du passage se fait dans la partie omanaise du Détroit, là où se trouvent les eaux les plus profondes et le dispositif de séparation du trafic. Les navires en transit suivent des couloirs de circulation larges de 3 km (l’un dans le sens est-ouest, et l’autre dans le sens ouest-est), séparés par un espace interdit à la navigation sur 3 km. Ces dispositions ont été arrêtées en vertu de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (art. 41-42). Par ailleurs, Oman dispose d’une station radar située à la pointe de la péninsule de Musandam pour le contrôle du trafic.

Enjeux pétroliers

Durant la guerre Irak-Iran (1980 – 1988), le Détroit a été plusieurs fois miné par les Iraniens pour faire pression sur les alliés occidentaux de Saddam Hussein – États-Unis, France, Royaume Uni. Depuis l’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche, le risque de nouvelles atteintes à la liberté de circulation dans le Détroit ressurgit d’autant que l’Iran dispose, désormais, de missiles de croisière de nouvelle génération. De fait, la géopolitique du Détroit s’est vue modifiée à travers les tentatives de trouver des routes alternatives : les projets de pipeline vers la Turquie pour évacuer la production irakienne vers le nord ; le développement des terminaux sur la côte ouest de l’Arabie saoudite (en mer rouge) ; les plans de contournement via l’Afghanistan et le Pakistan pour charger les pétroliers hors du golfe Persique, quitte à privilégier le pétrole d’Asie centrale au détriment de celui du Golfe ; l’installation par la Chine de bases navales dans l’océan Indien – notamment à Djibouti et à Gwadar au Pakistan, qui pourrait concurrencer le projet de terminal pétrolier américain de Karachi… Ces différentes initiatives traduisent l’intensité de la menace à laquelle s’ajoutent les difficultés de normalisation du terminal de Bassorah (Irak), le plus important de la région.

Les enjeux du Détroit s’étendent aussi à la Turquie, à la Syrie, aux républiques d’Asie centrale – où le Pakistan joue un rôle majeur dans le marchandage énergétique en cours. Ces enjeux expliquent partiellement les excellentes relations que La Russie et la Chine maintiennent avec Téhéran. Les Américains, quant à eux, sont pris au piège. Un rapprochement diplomatique avec l’Iran reste des plus improbables et ils ne peuvent lâcher ni l’Irak, ni l’Afghanistan, ni le Yémen, quand bien même le candidat Trump a promis de faire rentrer ses « Boys » à la maison.

En dépit de cette géopolitique élargie, sinon distendue, il demeure que le Détroit d’Ormuz borde les eaux iraniennes, Téhéran conservant un accès privilégié à cet espace qui demeure un verrou potentiel aux ressources pétrolières les plus importantes du monde. Pour la France, il constitue l’une des charnières de son axe vital Méditerranée/océan Indien à partir duquel notre pays entend élargir et affermir sa grande ambition Indo-Pacifique associant, non seulement l’Inde, mais aussi l’Australie et le Japon.

Eaux tumultueuses

D’une manière générale, les Gardiens de la révolution – qui assurent la surveillance des eaux iraniennes dans le Détroit – sortent régulièrement de leur base militaire du port de Bandar Abbas, avec leurs vedettes rapides (équipées de mitrailleuses, de canons sans recul et de mines dérivantes et mines Ludion[2]) dès qu’un bâtiment militaire croise dans la zone. Plateforme interarmées, le port de Bandar Abbas se situe au niveau du détroit de Clarence, qui la sépare de la grande île de Qeshm par une mangrove naturelle dite « forêt d’Hara », ainsi que des deux îles d’Ormuz et Larak. Malgré l’absence de port naturel, sa localisation géographique en fait l’un des « hubs » portuaires de la zone.

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Le Détroit a été le théâtre de nombreux affrontements, on l’a dit, durant la guerre Irak/Iran (1980 – 1988). Le 18 avril 1988, la frégate américaine USS Samuel B. Roberts est gravement endommagée par une mine iranienne. Les États-Unis, qui soutiennent l’Irak, lancent une opération de représailles sous le nom de code Praying Mantis (mante religieuse). Plusieurs unités navales appuyées par l’aviation embarquée d’un porte-avions, attaquent et détruisent les plates-formes pétrolières iraniennes Sassan et Sirri. Une bataille navale s’ensuit, au cours de laquelle les Iraniens perdent un patrouilleur, une vedette, ainsi que la frégate Sahand. Quatre-vingt-sept militaires iraniens sont tués et plus de trois cents blessés. Cet affrontement est la plus grande bataille navale livrée par les États-Unis depuis la Seconde Guerre mondiale.

L’Iran saisit la Cour internationale de Justice (CIJ) contre les États-Unis pour la destruction de ses deux plates-formes. Dans son arrêt du 6 novembre 2003, la Cour estime que considérant les circonstances, cette destruction ne pouvait pas se justifier au nom de la légitime défense car elle ne répondait pas aux critères de nécessité et de proportionnalité de la légitime défense en droit international. Cependant, elle repousse la demande iranienne d’indemnisation.

Le 3 juillet 1988, un Airbus de la compagnie aérienne Iran Air est abattu au-dessus du détroit d’Ormuz par un tir de missiles provenant du croiseur américain USS Vincennes. La catastrophe fait 290 victimes civiles, dont 66 enfants. Elle est due à une méprise des militaires américains qui ont cru avoir affaire à un avion militaire iranien.

Le 6 janvier 2008, le gouvernement américain annonce que trois de ses navires de guerre, patrouillant dans le détroit d’Ormuz, ont été menacés par des vedettes rapides des Pasdaran iraniens agissant de manière coordonnée. Les vedettes sont parties après les sommations d’usage. Washington dénonce des manœuvres « provocatrices » commanditées par le gouvernement iranien. Le 29 juin 2008, le commandant des Gardiens de la révolution – Mohammad Ali Jafari – déclare que si l’Iran est attaqué par Israël ou les États-Unis, il fermera le détroit d’Ormuz. Le vice-amiral commandant la Vème Flotte américaine réagit en indiquant qu’une telle mesure sera considérée comme un acte de guerre.

Le 27 décembre 2011, dans un contexte de renforcement des sanctions occidentales contre l’Iran – en raison de son programme nucléaire -, le premier vice-président iranien Mohammad Reza Rahimi annonce que son pays peut fermer le détroit d’Ormuz en cas de sanctions visant les exportations iraniennes de pétrole. Survenu le 12 mai 2019 au large du port de Fujaïrah (Émirats Arabes Unis), ce qu’on appelle « l’incident du golfe d’Oman » correspond au sabotage de quatre navires (Pétroliers) naviguant dans le golfe d’Oman.

Paris lance la mission « EMASOH »

Dans ce contexte, en janvier dernier, le Quai d’Orsay a annoncé la création d’une nouvelle mission de surveillance maritime dans le Golfe et le détroit d’Ormuz en partenariat avec plusieurs pays de l’Union Européenne (UE). Baptisée EMASOH (pour European-led Maritime Awareness mission in the Strait Of Hormuz), cette mission a pour objet de garantir la liberté de navigation dans le golfe Persique tout en protégeant les intérêts économiques européens et internationaux. Elle ne vise aucun État particulier et cherche à assurer la stabilité de la zone.

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Considérant que l’instabilité politique de la région porte atteinte à la sécurité de la navigation, des navires et des équipages, les pays engagés estiment que cette situation risque de compromettre les échanges commerciaux et l’approvisionnement énergétique, ce qui est susceptible d’avoir des conséquences économiques dans le monde entier. Communiqué du ministère français des Armées : « les récents événements au Moyen-Orient sont très préoccupants car ils attisent les tensions et accroissent le risque d’un éventuel conflit de grande ampleur, qui aurait des conséquences sur toute la région. Le contexte exige des initiatives de désescalade renforcées pour interrompre la tendance actuelle ».

Cette surveillance maritime sera exercée au travers de moyens aériens et navals et portera sur les activités aériennes et maritimes, civiles et militaires, pour les rendre plus sûres et restaurer la confiance et la sécurité dans la région. Cette mission reste ouverte à la participation de tous les pays désireux de s’investir au profit de la stabilité régionale du Détroit d’Ormuz. Pour l’instant, l’EMASOH réunit : la France, le Danemark, les Pays-Bas, l’Allemagne, la Grèce, l’Italie et le Portugal. La Belgique a également proposé de fournir des officiers de liaison pour la cellule de coordination installée sur la base française d’Abu Dabi, siège du commandement d’ALINDIEN (Amiral commandant de la zone maritime de l’océan Indien). Le Danemark a été le premier pays à annoncer sa participation : la société danoise Maersk est en effet la première compagnie de transport maritime du monde.

Le déploiement opérationnel se décompose comme suit. La France : la frégate Courbet de la Marine Nationale, qui assure déjà une mission de présence dans la zone, assure le premier mandat de cette mission multilatérale. Le Courbet a souvent été le précurseur d’opérations maritimes de grande ampleur. Il a ainsi été l’un des premiers navires en escorte de l’opération européenne anti-piraterie EUNAVFOR Atalante au large des côtes de Somalie et du Yémen. Le Danemark fournit depuis le lancement de l’opération un ou deux officiers d’état-major au QG d’EMASOH, à l’état-major français d’Abu Dhabi pour une durée de douze mois. À partir de l’automne 2020, elle mettra à disposition une frégate avec 150 personnes et un hélicoptère, pour une durée de quatre mois. « EMASOH constituera un instrument utile de préservation de la liberté de la navigation en garantissant l’existence d’une coordination appropriée et de mécanismes de partage d’informations entre tous les partenaires actifs dans le domaine, notamment l’industrie maritime. De plus, EMASOH a pour objectif d’encourager la désescalade et de compléter les efforts diplomatiques fondamentaux visant à assurer une stabilité accrue et un dialogue régional ouvert dans un contexte critique », souligne le communiqué du ministère danois des affaires étrangères.

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Les Pays-Bas intégreront également une frégate pour un coût de déploiement estimé entre 10 et 15 millions d’euros. « Assurer un passage libre et sûr pour le trafic maritime dans cette zone est expressément dans notre intérêt » détaille Ank Bijleveld-Schouten. En effet, l’une des principales compagnies pétrolières mondiales, Shell, est anglo-néerlandaise. « La frégate de commandement et de défense aérienne Zr. Ms De Ruyter va partir pour la région du Golfe en janvier » indique le communiqué gouvernemental. Elle sera dotée d’un hélicoptère de transport NH90 – équipé pour la surveillance comme pour les évacuations médicales – et renforcée d’officiers d’état-major supplémentaires à bord. La frégate restera jusqu’en juin sur zone, dans le cadre de cette mission EMASOH.

Vu de Téhéran

Évidemment vu de Téhéran, l’initiative française n’est pas forcément accueillie avec des fleurs. Mais dans la mesure où elle ne comporte pas de dimension étatsunienne, Téhéran en profite habilement pour en faire un pion de sa diplomatie dialectique. Un communiqué récent des Gardiens de la révolution souligne que « le Détroit n’est pas la propriété des États-Unis (…) L’intégrité et la souveraineté des eaux nationales iraniennes doivent être respectées, même si celles-ci bordent une zone d’intense trafic international ».

Malgré les dernières péripéties de la tension Washington/Téhéran, l’Iran n’envisage plus un minage du Détroit d’Ormuz qui impacterait directement les intérêts de son allié stratégique chinois. Selon plusieurs experts pétroliers, 65% des flux énergétiques de la Chine transitent par le Détroit d’Ormuz. Aussi Pékin, comme Washington et les autres pays occidentaux, a le plus grand intérêt à surveiller, sinon à participer directement à la stabilité de ce passage maritime. Du reste, le dossier est évoqué par la Chine et l’Iran lors de leurs échanges réguliers sur leurs intérêts communs de défense et de sécurité. A plusieurs reprises, Téhéran a dû rassurer ses interlocuteurs chinois en leur précisant qu’il n’était plus question désormais de miner le détroit, sauf dans le cas d’une crise majeure qui aboutirait à une confrontation directe avec les États-Unis et/ou Israël.

L’autre intérêt de la diplomatie iranienne est de démontrer que la stabilité de cette zone maritime peut être garantie, non seulement sans la participation des États-Unis, mais avec des pays occidentaux ne partageant pas toujours les mêmes intérêts que ceux de Washington. Et ce n’est pas la première fois que Téhéran cherche à dissocier certains pays européens de leur arrimage traditionnel au parrain américain. Si les experts du ministère iranien des Affaires étrangères savent parfaitement que l’exercice a ses limites et, qu’en dernière instance la solidarité des pays membres de l’OTAN finit toujours par prévaloir, ils ne renoncent pas pour autant à chercher à capitaliser toute espèce de nuances ou de différences entre alliés occidentaux.

Sur cet échiquier de finesses et de complexités diplomatiques, la France occupe une position particulière. Même si Nicolas Sarkozy a ramené la France éternelle dans le Commandement intégré de l’Alliance Atlantique en 2008, les dirigeants iraniens ne désespèrent pas de pouvoir réactiver – sur tel ou tel dossier et selon des circonstances toujours différentes – la dimension gaulliste, sinon gaullienne de la politique étrangère française. Malgré la vaine tentative de rencontre entre les présidents américain et iranien – tentée par Emmanuel Macron lors de la dernière Assemblée générale de l’ONU en septembre dernier -, la relation bilatérale Paris/Téhéran demeure sinusoïdale. Vu de Téhéran, Paris a cautionné l’assassinat ciblé du général Qassem Soleimani et n’a pas clairement désavoué le dernier « plan de paix » américain pour le Proche-Orient, considéré en Iran comme la dernière provocation de Donald Trump.

Liberté des mers

En dépit de ces considérations diplomatiques, énergétiques et militaires, l’avenir de la stabilité du Détroit d’Ormuz touche à la liberté de navigation qui est en jeu non seulement dans le golfe Persique, mais aussi en mer de Chine méridionale, dans les mers d’Azov, Méditerranée et d’ailleurs. Partout, il s’agit d’assurer et de garantir la liberté de navigation sur l’ensemble des mers et des océans de la planète. De manière opérationnelle, il s’agit de maintenir une « posture de vigilance à 360 degrés ».

Parce que dans le contexte de la mondialisation contemporaine, « une course à l’armement naval » ne cesse de s’intensifier, souligne le capitaine de vaisseau Hervé Hamelin : « Les nations voulant compter sont désireuses de disposer d’une Marine de dernier cri, pouvant mettre en œuvre tout l’éventail des moyens modernes, du porte-avions au missile de croisière, en passant par les drones »[3]. Il ajoute : « Un avion de chasse décollant d’un porte-avions croisant dans les eaux internationales dispose aujourd’hui d’un rayon d’action de 1 850 kilomètres. S’y ajoute la mise en service de missiles de croisière à bord des frégates et des sous-marins dont la portée est encore plus impressionnante ».

Il est dans cette perspective indispensable d’améliorer la coordination des différents acteurs, au sein des États, entre les États, entre États et organisations internationales, et entre organisations internationales. Et ce, pour promouvoir le développement des normes internationales et de prévenir les menaces identifiées et à venir.

« Dans cette perspective, Téhéran comme Pékin et Moscou ont compris, semble-t-il, que la mission EMASOH ne leur est pas a priori hostile, que cette mission européenne n’est pas au service de Washington mais bien au service de la liberté des mers dans le golfe Persique », explique un ambassadeur de France, « comme pour la mission Atalante pour la lutte contre la piraterie au large de la Somalie, EMASOH peut faire la preuve par l’acte d’un non-alignement opérationnel au service de la paix ».

Notes:

[1] Diego Garcia est un atoll de l’archipel des Chagos, dans le territoire britannique de l’océan Indien. L’île principale de l’atoll – Diego Garcia – abrite une base militaire américaine que le Royaume-Uni lui loue.

[2] Mine « Ludion » : mine dont l’immersion est assurée par un système de contrôle hydrostatique qui la maintient à une profondeur prédéterminée.

[3] Hervé Hamelin : « La liberté des mers » – L’ENA hors les murs – numéro 689, avril 2019.

Renaud Beauchard : Christopher Lasch Une éthique de l'espérance

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Renaud Beauchard : Christopher Lasch Une éthique de l'espérance

 
Renaud Beauchard, universitaire, nous présentent ses travaux issus de son livre dédié à la pensée de Christopher Lasch https://www.amazon.fr/Christopher-Las...
 
Pour nous contacter (agenda des conférences, revue, propositions d'aide) : cerclearistote@gmail.com
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New-Age et Dev Pers : la pseudo-religion contemporaine

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New-Age et Dev Pers : la pseudo-religion contemporaine

 
Discussion avec Ralf au sujet de l'influence de la pensée New-Age et du Développement personnel dans nos sociétés post-modernes déspiritualisées.
 
 

mardi, 11 février 2020

Frédéric Pierucci et Ali Laïdi sur Alstom, Airbus et la guerre économique

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Frédéric Pierucci et Ali Laïdi sur Alstom, Airbus et la guerre économique

 
 
Frédéric Taddeï reçoit :
- Frédéric Pierucci, ancien haut cadre dirigeant d’Alstom aux Philippines
- Ali Laïdi, politologue #IDI #Taddeï
 
Abonnez-vous à la chaîne YouTube de RT France : https://www.youtube.com/rtenfrancais
 
RT en français : http://rtfrance.tv
 

Expansion du corridor économique Chine-Pakistan (CPEC) - Téhéran veut construire « l’anneau d’or »

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Expansion du corridor économique Chine-Pakistan (CPEC)

Téhéran veut construire «l’anneau d’or»

 
par Andrew Korybko
Ex: https://www.katehon.com

Les processus d’intégration eurasienne menés par l’Initiative la Ceinture et la Route (BRI) sont l’une des caractéristiques des relations internationales contemporaines, et l’Anneau d’Or pourrait éventuellement devenir la pièce maîtresse de ces efforts si la proposition du O-CPEC+ de l’Ambassadeur Hosseini aboutit, surtout si elle est menée en parallèle avec le N-CPEC+.

L’Ambassadeur iranien au Pakistan a partagé ses plans visionnaires pour le CECP+, le néologisme devenu populaire au Pakistan ces temps-ci pour désigner l’expansion du Corridor Économique Chine-Pakistan le long de différents axes géographiques tels que ceux du nord (N-CECP+), de l’ouest (O-CECP+) et du sud (S-CECP+). L’Agence Anadoloude Turquie a fait état de la conférence de l’Ambassadeur Seyyed Mohammad Ali Hosseini à l’Institut d’Études Stratégiques d’Islamabad (IESI) en début de semaine, qui mérite d’être analysée plus en profondeur.

Selon l’Ambassadeur Hosseini, « la mise en place d’un réseau ferroviaire entre Gwadar et Chabahar et sa liaison avec l’Europe et l’Asie Centrale via l’Iran, va entraîner un développement économique majeur dans la région. D’autre part, la construction d’une voie ferrée sur le territoire pakistanais vers la Chine, reliant les deux ports, conduira au développement économique de cette région ». En pratique, cela répondrait à ce que j’ai écrit sur le O-CECP+ dans mon analyse sur CGTN en avril dernier intitulée « Le CECP+ est la clé pour atteindre les objectifs d’intégration régionale ».

Dans cet article, j’ai écrit que « la récente visite du Premier Ministre pakistanais Khan en Iran a vu les deux pays voisins s’entendre pour approfondir leur coopération, qui pourrait vraisemblablement évoluer vers une route commerciale terrestre du O-CECP+ passant par la République Islamique pour rejoindre Islamabad et les partenaires de Pékin en Turquie, qui pourrait être associée à un corridor maritime parallèle reliant le point terminal du CECP de Gwadar aux royaumes du Golfe ».

C’est exactement ce que l’Ambassadeur Hosseini a proposé lors de sa conférence à l’IESI (moins la partie concernant les royaumes du Golfe), qui pourrait révolutionner le rôle géostratégique de l’Iran dans l’ordre mondial multipolaire émergent et, par conséquent, en faire l’un des pays les plus importants de la BRI si elle est mise en œuvre avec succès dans le temps. Cela pourrait avoir des implications économiques importantes, mais aussi politiques.

L’ambassadeur est également cité par l’Agence Anadoloucomme ayant déclaré que « des pays comme l’Iran, le Pakistan, la Turquie, la Russie et la Chine ont le potentiel de former une nouvelle alliance pour un meilleur avenir de la région ». Si la Chine et la Russie évitent le terme « alliance » pour décrire leurs relations étroites avec d’autres pays, l’intention de ses propos est suffisamment claire dans la mesure où il appelle à un partenariat stratégique renforcé entre ces cinq pays. Cela devient une possibilité réaliste entre la Chine, le Pakistan, l’Iran et la Turquie si le O-CECP+ est mené à bien.

Quant à la Russie, elle pourrait être associée à cette proposition ambitieuse de connectivité si le O-CECP+ est élargi pour l’inclure via l’Azerbaïdjan en suivant la voie proposée par le Corridor de Transport International Nord-Sud que ces deux pays, l’Iran et l’Inde, tentent de construire. En outre, la création d’un corridor commercial entre la Russie et le Pakistan via l’Afghanistan et l’Asie Centrale de l’après-guerre (N-CECP+) pourrait grandement contribuer à faire de Moscou une plus grande partie prenante de ce quintet stratégique centré sur le CECP que certains ont appelé « l’Anneau d’Or ».

Les processus d’intégration eurasienne menés par la BRI sont l’une des caractéristiques des relations internationales contemporaines, et l’Anneau d’Or pourrait éventuellement devenir la pièce maîtresse de ces efforts si la proposition de l’Ambassadeur Hosseini du O-CECP+ aboutit, surtout si elle est réalisée en parallèle avec le N-CECP+. Les cinq États piliers de cette vision de la connectivité pourraient être reliés entre eux et aux États qui se trouvent entre eux (Afghanistan, Azerbaïdjan et Républiques d’Asie Centrale) par une multitude de corridors ferroviaires et de transport construits par la Chine.

Par ces moyens, la Chine fonctionnerait comme le moteur de l’intégration eurasienne et lierait plus étroitement tous les pays concernés dans une Communauté de destin partagé. L’interdépendance complexe qui résulterait de cette vision ferait de chaque partie une plus grande partie prenante du succès de l’autre, avec la construction de mégaprojets multilatéraux offrant à leurs citoyens des opportunités économiques sans précédent. L’Anneau d’Or centré sur le CECP renforcerait donc la stabilité du cœur géostratégique de l’Eurasie.

Andrew Korybko

Source : Mondialisation.ca

De la lucha de clases a la lucha de género

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De la lucha de clases a la lucha de género

POR CRISTIAN TABORDA,

para OTRA VOZ RADIO

Ex: https://hernandezarregui.blogspot.com

Decía Marx en la "Ideología Alemana": "las ideas de la clase dominante son las ideas dominantes en cada época [...] por eso, en cuanto dominan como clase y en cuanto determinan todo el ámbito de una época histórica, se comprende que lo hagan en toda su extensión y por tanto, entre otras cosas, también como pensadores, como productores de ideas, que regulen la producción y distribución de las ideas de su tiempo; y que sus ideas sean, por ello mismo, las ideas dominantes de la época".

Cabe preguntarse entonces, en torno a la actualidad, ¿Cuáles son las ideas dominantes de nuestra época? ¿Cuál es la "clase" dominante? ¿Quiénes producen, regulan y distribuyen esas ideas? ¿Cuál es la ideología incuestionable?.

Uno de los principales rasgos de cualquier ideología es no asumirse como tal, se naturaliza y es dado como algo obvio, logra instalarse en el sentido común sin ser cuestionada. La ideología como un conjunto de ideas, nos permite darnos una forma de conocer las cosas, una cosmovisión, teniendo el sesgo de expandir esa forma particular de ver el mundo a la totalidad. Ve el mundo bajo esos lentes. Así lo hicieron el marxismo, el liberalismo y el fascismo durante el siglo pasado, la ideología dominante terminó convirtiéndose en un totalitarismo, las ideologías terminan pensando por el pueblo e instalando el pensamiento único, persiguiendo y eliminando al disidente.

HEGEMONÍA Y GLOBALIZACIÓN

Tras la implosión de la Unión Soviética y la caída del muro de Berlín el liberalismo se alzó triunfal y el dominio de la economía a nivel global mediante un mercado único se impuso por sobre todo, se produjo una neutralización de la política en términos de Carl Schmitt. El marxismo, el liberalismo y las posturas de tercera posición fueron fagocitadas, absorbidas, por el capitalismo financiero y la globalización. La lucha por la distribución del ingreso, los derechos sociales, la libertad, la justicia social y las ideas de familia, patria y religión fueron sustituidas por la lucha de derechos individuales, reivindicación de minorías y la integración cultural en un mundo cosmopolita. La globalización logró su hegemonía pos liberal en base al consenso de los derrotados y la interdependencia económica construida.

Ante la consagración de un capitalismo absoluto el marxismo abandono la lucha de clases y a los trabajadores como sujeto político integrándose al mundo globalizado; el liberalismo se vio absorbido por la gestión tecnocrática y la administración económica dejando de lado los ideales liberales; y los partidos que expresaban los movimientos de tercera posición institucionalizados implementaron políticas neoliberales y discursos progresistas. Acompañaron el proceso de globalización con la reivindicación de minorías, los postulados cosmopolitas de un mundo sin fronteras, descartando sus ideas tradicionales y sometiéndose a la corrección política. Se vieron estas tradiciones filosóficas recicladas ahora en la única ideología viva, la ideología globalista, el "progresismo transnacional" como describe el politólogo estadounidense John Fonte. El pensamiento hegemónico.

EL '68 COMO "REVOLUCIÓN CULTURAL". LA IZQUIERDA POSMODERNA

Pero esta ideología tiene origen un tiempo atrás, donde su expresión histórico-política es el Mayo francés de 1968 un movimiento cultural donde cambia el eje de la izquierda que adopta las ideas provenientes de la “Escuela de Frankfurt”, la cual enfatiza los elementos éticos, subjetivos e individuales de la “teoría crítica”, de forma que ésta se configuraba como una teoría general de la transformación social, espoleada por un deseo de “liberación” comprendida en sentido individual. La “liberación” y la “emancipación” eclipsaban así el objetivo de la revolución y se fundían en el horizonte utópico de una “felicidad” orientada al desarrollo personal. Se partía del individuo, su deseo, el arte y la cultura como forma de expresión política contra el orden establecido, abandonando las viejas premisas socialistas.

Este movimiento tenía una amalgama de pensadores que construían su visión de la realidad y terminarán dando forma a la ideología actual cuyos basamentos se encuentran en la Teoría Queer de Judith Butler. Parte de la "escuela de la sospecha" Nietzsche, Marx, Freud, la "teórica crítica" de Adorno, Marcuse, Horkheimer, el postestructuralismo de Michel Foucault, Gilles Deleuze y Jacques Derrida con su deconstrucción.

LA IDEOLOGÍA DE GÉNERO Y EL RELATIVISMO

Influenciada por todos estos pensadores, de los cuales toma distintos conceptos, y por feministas radicales como Simone de Beauvoir y Monique Wittig, Butler realiza una síntesis que expone en "Deshacer el género" donde sostiene como premisa fundamental que "las categorías hombre y mujer son políticas y no naturales" idea que da soporte a la ideología dominante de esta época. La ideología de género.

Propone al género como una construcción social, diferente al sexo biológico naturalmente dado, donde las mujeres y las "minorías" por su condición de género son oprimidas por una estructura patriarcal machista. Y una heteronormatividad que sanciona a las "disidencias" y sexualidades "no binarias".

La solución ya no sería una revolución social y la lucha de clases como proponía el marxismo, sino la subversión de los valores y la disputa de poder en los espacios públicos por parte de los cuerpos (individuos). La deconstrucción como método de resistencia, tergiversando la propuesta gramática de Derrida.

Esta ideología consecuente con el capitalismo financiero y funcional a la liberación absoluta del individuo que lo desvincula de cualquier lazo histórico, colectivo, trascendente y biológico, que promueve el hedonismo incesante, concluye en el consumismo y el placer sexual como única realización del hombre o la mujer, la liberalización del deseo, la mera satisfacción material, aniquilando toda espiritualidad y naturalidad. El nihilismo de Nietzsche, el deseo de Freud, la descentralización que plantea Deleuze y la idea transgénero de Butler son el resumen de la nueva ideología dominante, de un capitalismo especulativo, que en términos de Hegel, refleja los conceptos de la nueva clase global (global class) en la realidad: Una élite sin Dios, sin patria, consumista y transexual.

LA REVOLUCIÓN ANTROPOLÓGICA

Como plantea Michel Onfray hemos entrado en un nuevo tipo de sociedad totalitaria que destruye la verdad, abole la libertad y niega la naturaleza. Esto es lo que define perfectamente a la ideología de género que promueve una verdadera revolución, una "revolución antropológica", borrando la diferencia biológica de sexos bajo la máscara conceptual del género, eliminando la trascendencia, la idea de Dios y con la dictadura del relativismo que instala la "posverdad" y elimina la distinción entre el bien y el mal, abre las puertas al transhumanismo como una consecuencia lógica de la evolución, el hombre sin límites el "Homo Deus".

Las burguesías industriales de raíz nacional se vieron superadas por el desarrollo económico transnacional ante esta nueva clase global apátrida, que retomó el control de la economía, la oligarquía financiera internacional, la clase dominante representante del capital financiero que se afianzó en su poder económico proveniente del mercado mundial encuentra, hoy, como límites de su expansión política, la soberanía de los territorios, los Estados reguladores y la Iglesia, un obstáculo para instalar el sistema de gobernanza global acorde al mercado único, y que encuentra como otro de sus límites de expansión biológica al humano, a la condición humana.

Teniendo "conciencia para sí" allí radica su necesidad de producir, financiar, distribuir y regular sus ideas, transnacionalistas, transhumanistas y transexuales, para superar las barreras nacionales, los límites humanos impuestos por la moral y una revolución sexual para frenar la reproducción, sobre todo en los países de la periferia, que ve como una explosión demográfica en perjuicio de sus intereses como plasma Henry Kissinger en el informe NSSM 200 (National Security Study Memorandum 200).

EL TOTALITARISMO GLOBALISTA

Medios de comunicación, ONGs y universidades son las "fábricas de subjetividades" que se encargan de reproducir las ideas del poder global y censurar a las disidentes. Podemos ver como estos "aparatos ideológicos del mercado", reformulando el concepto de Althusser, son hoy los promotores del aborto, la subrogación de vientre o el lenguaje "inclusivo" entre otras políticas "progresistas". Un claro ejemplo es la propaganda emanada en series de empresas como Netflix o Disney que promueven la hipersexualizacion o la transexualidad, distintos medios que realizan un bombardeo sistemático de noticias vinculadas al género, femicidios o el hedonismo en redes sociales y televisión, las políticas que fomentan organizaciones como Open Society Foundation o Human Right Watchs, y universidades como la UBA que aceptan el lenguaje "inclusivo" de manera oficial.

En el plano de la censura y marginación basta con ver el poco espacio que tienen quienes difieren al pensamiento políticamente correcto, y si hay lugar, el intento de ridiculización o calificación de "retrógrado", "conservador" o "conspirador" a modo de anular la opinión de quien piense diferente. Más explícito se hace en el espacio público; cuando la intolerancia y el ridículo llega a tal punto de tapar un mural de un bebé en el vientre de su madre y luego el de una mujer embarazada, como los realizados por la artista Lisette Feider en la parte exterior del área de maternidad del hospital Piñero en CABA, estos fueron censurados por ser considerados un acto de "violencia simbólica" y una "provocación". Claramente, expresar mediante el arte la representación de traer una vida al mundo es una provocación para la necropolítica.

Como si fuera poco para instalar su ideología en lo más hondo de la conciencia el globalismo cuenta, siguiendo con conceptos de Pierre Bourdieu, con el Estado, que tiene en su poder el "monopolio de la violencia simbólica". La institucionalización de la ideología de género como credo oficial con el dispositivo legal-represivo en sus manos. Podemos ver a modo de ejemplificación el caso de España con el nuevo Ministerio de la "igualdad" o nuestro país con el Ministerio de "Géneros y diversidad" organismos encargados de la difusión propagandística ideológica de género. Los gobiernos cooptados y bajo presión de organismos supranacionales que representan a la élite financiera se encargan de difundir la ideología dominante mediante la utilización del Estado. Organismos como la ONU, FMI, la Unión Europea o el Banco Mundial que carecen de legitimidad democrática y forman parte de la plutocracia globalista. El totalitarismo financiero que mediante la dictadura del dólar promueve el progresismo cultural y la anarquía comercial.

La ideología de género es utilizada por la oligarquía de tres formas: 1) Como dominación política a través de la corrección política y bajo el disfraz moral de la "diversidad", la "igualdad" y la "inclusión", de esta forma se eleva ante el resto ejerciendo un supremacismo moral; 2) Como disciplinamiento social se impone a través del punitivismo y el normativismo legal promovido por el derecho con "perspectiva de género", terminando con el principio de inocencia ante una acusación mediante la sentencia mediática, y cuando no, por medio del escrache público; 3) Como subordinación cultural, aceptando crédito internacional bajo la condición de implementar políticas de género o antinatalistas como lo hace el Banco Mundial o el FMI, la financiación de organismos para promover políticas públicas en base al lobby LGTB y ONGs que financian el activismo feminista, la aceptación de ideas con origen en los grandes Think Tanks extranjeros, utilizadas como métodos de dominación. Asistimos a una neocolonización, que es ideológica, a una homologación cultural donde el pensamiento se vuelve homogéneo y se borran las diferencias que enriquecen a cada pueblo, subordinados estos a la monocultura mundialista del consumo.

Hoy incuestionable ante el circo mediático que representa al establishment globalista, la ideología del poder se presenta como noble y en defensa de las minorías "oprimidas", quien busque correr el velo y desenmascarar las falacias en las que incurre, informar quienes financian y promueven esas ideas o señalar los medios de comunicación y empresas aliados en el negocio del Capitalismo Gay Friendly, es demonizado y perseguido por la Policía del pensamiento progresista que bajo una supuesta superioridad moral y en nombre de la "inclusión" excluye al que piense diferente, quien se atreva a desafiar la dictadura del relativismo que impone la ideología de género es acusado de "ultraderecha" o "populista", como mínimo, sino es tildado de fascista en nombre del antifascismo. La ideología está consiguiendo consumar el crimen perfecto, como diría Jean Baudrillard, matar la realidad.

EL NUEVO ORDEN SIMBÓLICO

Este nuevo orden simbólico que intenta destruir la tradición, las costumbres y la cultura, se impone con la apropiación de los símbolos nacionales y populares por parte del progresismo para su beneficio político y mediante la neolengua de género, la promoción de los individuos unisex sin distinción de género, la hipersexualizacion de la vida y la feminización de la política. Es la consumación de la batalla cultural librada por la izquierda progresista desde el '68. Al convertirse en la hegemonía político-cultural, ahora está simbología logro consenso por izquierda y por derecha.

El nuevo orden lo impone por izquierda el progresismo con la ideología de género y por derecha el neoliberalismo con la ideología del libre comercio, desde los dos polos determinan un individuo sin familia, cosmopolita, precarizado, de bajo costo, en un mercado único global sin fronteras donde su única libertad es la de consumir. El globalismo tiene como ideal el hombre consumista sin identidad, sin patria y sin sexo. Una No-persona. La propuesta de la clase global radicalizada es la configuración de un nuevo orden mental mediante la psicopolítica y la guerra psicocultural manteniendo el control de las ideas y la desigualdad social, sin alterar el orden material y el statu quo.

A partir de este nuevo orden simbólico el progresismo clasifica la familia tradicional como una "opresión patriarcal", la nación como una idea fascista y ve en la religión una mentira. Desde el peronismo vemos, en todo ello lo contrario, la construcción de un pueblo: unidad, identidad y cultura. La familia, anterior al individuo, como la célula orgánica de toda sociedad es la primera comunidad donde se forman los lazos naturales de solidaridad y amor, en la relación única de madre e hijo. La Nación como conformación de la identidad de un pueblo que fomenta la unidad en un territorio determinado en el cual se realiza la comunidad preservando sus tradiciones y costumbres. La religión como el fundamento de la cultura que determina la moral del pueblo y sus valores de raíz cristiana en nuestro caso. Familia, patria y religión son los pilares de una vida en común que construyen una identidad y una cultura con arraigo en la tradición y las costumbres, son hoy la verdadera resistencia al poder hegemónico.

CULTURA DE LA VIDA

Ante el avance de esta cultura del descarte y colonización ideológica impera fomentar la cultura de la vida y el amor de la familia, reivindicar la patria y la fé en los valores trascendentes, el bien, la verdad y la justicia.

Al desquicio de la ideología de género, el relativismo absoluto y la revolución antropológica oponerle el sentido común. Y el principio que reza: "La realidad es superior a la idea".

Al capitalismo financiero absolutista una economía en beneficio de los pueblos, donde en el centro este el trabajo y no el Dios dinero.

A la lucha de sexos y la disputa de género la máxima que dice: "la unidad prevalece al conflicto". Porque ni el hombre ni la mujer se realizan solos, mucho menos en una comunidad que no se realiza.

By CENTRO DE ESTUDIOS HERNANDEZ ARREGUI en febrero 05, 2020

Le message de Pompeo aux Irakiens : Si vous nous virez, on vous enterrera vivants

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Le message de Pompeo aux Irakiens : Si vous nous virez, on vous enterrera vivants

 
 
par Mike Whitney 
Ex: http://www.zejournal.mobi

L'administration Trump menace de détruire l'économie irakienne en détenant une source essentielle de revenus qui est sous le contrôle de la Réserve fédérale US. Cette menace vient en réponse à la décision unanime du Parlement irakien de mettre fin à l'occupation militaire par Washington, qui dure depuis 17 ans.

Le peuple irakien et ses représentants au parlement sont révoltés par le récent assassinat du plus respecté des généraux iraniens, Qassem Soleimani, qui a été sauvagement pulvérisé par un missile Hellfire sur ordre direct de Donald Trump. Le Premier ministre irakien, Adel Abdul-Mahdi, et les députés qui le soutiennent, estiment que les USA ont violé de manière flagrante la souveraineté de l'Irak en tuant un dignitaire en visite sans obtenir au préalable l'aval du gouvernement. C'est pourquoi le Parlement et le Premier ministre ont demandé à l'administration de respecter la volonté du peuple irakien et de retirer toutes les troupes usaméricaines du pays.

En réponse à la demande du parlement, le président Trump a menacé d'imposer des sanctions économiques draconiennes à l'Irak, le Département d'État publiant dans le même temps une déclaration provocatrice, rejetant catégoriquement les demandes de l'Irak et refusant même d’en discuter. Voici un extrait de cette déclaration :

« L'Amérique est une « force pour le bien » au Moyen-Orient. Nos forces militaires présentes en Irak vont poursuivre leur lutte contre Daech et, comme l'a dit le secrétaire d'État, nous sommes résolus à protéger les Américains, les Irakiens et nos partenaires de la coalition... À l'heure actuelle, toute délégation envoyée en Irak aurait pour rôle de discuter de la meilleure façon de réaffirmer notre partenariat stratégique - pas de discuter du retrait de nos troupes, mais du déploiement juste et approprié de nos forces au Moyen-Orient. …. Il est néanmoins nécessaire qu’une conversation s’engage entre nos gouvernements, non seulement sur les questions de sécurité, mais aussi sur notre partenariat financier, économique et diplomatique. Nous voulons être l’ami et le partenaire d’un Irak souverain, prospère et stable ».

Il serait intéressant de savoir si le « président fantôme » Mike Pompeo a rédigé le communiqué lui-même ou s'il a été assisté par les autres conseillers néoconservateurs du Département d'État. Quoi qu'il en soit, cette directive laconique ne laisse planer aucun doute sur le fait que l'Irak reste la propriété exclusive du gouvernement des USA, qui ne permettra pas que qui que ce soit conteste sa poigne de fer. Quelle que soit la définition qu’on en donne, l'Irak reste une colonie usaméricaine, c'est-à-dire « un pays qui est sous le contrôle politique total ou partiel d'un autre pays et qui est occupé (militairement) par ce pays ».

L’impérieuse réponse de Pompeo montre que, malgré un absurde battage dans les médias occidentaux, l'Irak n'est ni indépendant ni souverain.

Un examen plus attentif du communiqué du Département d'État laisse entrevoir la manière dont Pompeo entend maintenir l'Irak sous la coupe de Washington. Lorsqu'il dit : « Il faut discuter ... de notre partenariat financier, économique et diplomatique », il semble vouloir dire : « Nous n'avons pas l'intention de lancer une nouvelle opération contre-insurrectionnelle coûteuse en Irak. Simplement, nous allons retenir le produit des revenus pétroliers de l'Irak, ce qui mènera le gouvernement à la faillite et plongera le pays dans une nouvelle phase de conflits sectaires ».

Cette nouvelle stratégie, qui revient à du chantage, est étoffée dans plusieurs articles récents qui n'ont suscité que peu d’attention dans les médias. Selon le Wall Street Journal:

"Le Département d'État a prévenu que les USA pourraient fermer l'accès de l'Irak au compte de la banque centrale du pays détenu à la Banque de la Réserve fédérale de New York, une mesure qui pourrait constituer un coup dur pour une économie irakienne déjà chancelante, selon certains responsables....

L'avertissement concernant le compte de la banque centrale irakienne a été transmis par téléphone au Premier ministre irakien mercredi... La Banque de la Réserve fédérale de New York, qui peut geler les comptes en vertu de la loi américaine sur les sanctions ... a déclaré ne pas faire de commentaires sur les titulaires de comptes spécifiques.

« La Réserve fédérale des USA a la mainmise sur l'ensemble de l'économie [irakienne] », a déclaré Shwan Taha, président de la banque d'investissement irakienne Rabee Securities... ("U.S. Warns Iraq It Risks Losing Access to Key Bank Account if Troops Told to Leave", Wall Street Journal)

C'est ainsi que l'administration Trump fait des affaires. Après avoir envahi l'Irak sous de faux prétextes, tué un million de personnes et réduit de vastes étendues du pays à un désert inhabitable, les USA mènent actuellement une politique de « terre brûlée » financière visant à forcer l'Irak à se conformer à leurs diktats. On voit mal comment le Département d'État peut qualifier ce comportement de « force pour le bien », mais c’est peut-être une forme d’humour. En tout cas, le danger pour la fragile économie irakienne est bien réel, comme le montre cet article de l'Agence France-Presse (AFP). En voici un extrait:

« Les responsables irakiens craignent un "effondrement" économique si Washington met à exécution ses menaces de sanctions, notamment en bloquant l'accès à un compte aux USA où Bagdad dépose ses revenus du pétrole, qui alimentent 90% du budget national... »

Le Bureau du Premier ministre a reçu par téléphone cette menace : « Si les troupes américaines sont expulsées, « nous » - les USA - bloquerons votre compte à la Banque fédérale de réserve de New York ». Le compte de la Banque centrale d'Irak auprès de la Fed a été créé en 2003 à la suite de l’invasion usaméricaine qui a renversé l’ex-dictateur Sadam Hussein… En vertu de la résolution 1483 du Conseil de sécurité des Nations unies, qui levait les cruelles sanctions globales et l'embargo pétrolier imposés à l'Irak après l'invasion du Koweït par Saddam, tous les revenus des ventes de pétrole irakien seraient versés sur ce compte.

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L'Irak est le deuxième producteur de brut de l'OPEP, et plus de 90 % du budget de l'État, qui a atteint 112 milliards de dollars en 2019, provient des revenus pétroliers... À ce jour, les revenus sont versés quotidiennement en dollars sur le compte de la Fed, le solde s'élevant maintenant à environ 35 milliards de dollars, ont déclaré des responsables irakiens à l'AFP... Chaque mois environ, l'Irak transfère de ce compte de 1 à 2 milliards de dollars en espèces pour des transactions officielles et commerciales.

« Nous sommes un pays producteur de pétrole. Ces comptes sont en dollars. En couper l'accès signifie fermer totalement le robinet », a déclaré le premier fonctionnaire irakien... Le second a déclaré que cela signifierait que le gouvernement ne pourrait pas assurer les dépenses quotidiennes ou payer les salaires et que la monnaie irakienne baisserait fortement. « Cela signifierait l'effondrement de l'Irak, a déclaré ce fonctionnaire ». (“Iraq warns of ‘collapse’ if Trump blocks oil money”, Daily Sabah)

Cet article est essentiel pour comprendre la politique usaméricaine en Irak, alors prenons une minute pour le résumer :

1- La richesse de l'Irak est entre les mains de la Fed
Depuis les premiers jours de l'invasion (2003), la Réserve fédérale retient les revenus des recettes pétrolières de l'Irak. Cet argent n'a jamais été directement sous le contrôle du peuple irakien ou de ses représentants élus.

2-Les revenus du pétrole irakien ne bénéficient pas au peuple irakien
L'Irak est actuellement le deuxième producteur de brut de l'OPEP, et plus de 90 % du budget de l'État, qui a atteint 112 milliards de dollars en 2019, provient des revenus du pétrole. Bien que cela semble être une somme importante, il faut noter que les contrats pétroliers de l'Irak ont été établis sous la férule des USA, ce qui signifie que le pétrole irakien n'est pas assez payé, et que les revenus ne sont pas répartis équitablement entre les Irakiens.

3- La Fed est un acteur politique profondément impliqué dans la mise en œuvre de la politique étrangère us-américaine
La Réserve fédérale est un acteur politique qui joue un rôle essentiel dans la diffusion du néolibéralisme. La Fed travaille avec des agents du gouvernement pour empêcher des pays comme l'Irak de contrôler leurs propres richesses ou d'exercer leur propre souveraineté.

4- Le gouvernement irakien reste soumis à l'étreinte mortelle de Washington
L'Irak a actuellement 35 milliards de dollars sur un compte de la Fed dont il ne peut pas disposer, auquel il n'a pas accès et qui ne peut être utilisé pour améliorer la vie du peuple irakien. Au lieu de cela, le gouvernement irakien doit attendre que ses maîtres yankees libèrent l'argent au compte-gouttes ,comme bon leur semble. Maintenant que le Parlement irakien a mis l'Oncle Sam en colère en exigeant que ses troupes quittent le pays, Washington menace de « fermer le robinet », ouvrant ainsi la voie à un effondrement économique suivi de troubles sociaux généralisés.

5-L'Irak doit vendre son pétrole en dollars US
Le pétrole irakien est uniquement libellé en dollars US, ce qui renforce le système pétrodollar, lequel recycle les revenus en dette usaméricaine. Cela contribue à son tour à maintenir la domination du dollar en tant que monnaie de réserve mondiale, qui est un outil politique utilisé par Washington pour imposer son propre modèle de développement aux pays étrangers.

Ce bref rappel montre que la politique des USA en Irak est un racket éhonté qui ne sert que les intérêts de Washington et de son allié israélien. Il faut toutefois rajouter un item à cette liste : c'est l’incapacité de la politique usaméricaine à aborder le problème des infrastructures détruites ou négligées du pays, de son chômage massif persistant, de la pollution généralisée de son eau potable ou de la pauvreté extrême et désespérante qui frappe une grande partie de la population. (23% de la population irakienne vit en dessous du seuil de pauvreté alors que « plus de la moitié de la population urbaine vit dans des taudis »).

L'électricité n'est disponible qu’environ 8 heures par jour, alors que les températures estivales dépassent souvent les 38 degrés Celsius. 20 % des ménages irakiens boivent une eau dont la qualité est peu sûre, tandis que 65 % doivent utiliser les réseaux publics comme principale source d'eau potable.
Le chômage s'élève à 23% (selon le FMI) alors que le chômage des jeunes atteint 40% (toujours selon le FMI).

Ainsi, alors que les géants du pétrole continuent à engranger des profits florissants sur l'extraction record de pétrole, des millions d'Irakiens vivent au jour le jour dans un environnement de plus en plus précaire et misérable.

Les médias font généralement porter le chapeau au gouvernement pour les problèmes de l'Irak (« mauvaise gestion, inefficacité bureaucratique et corruption »), mais la véritable source des problèmes est l'invasion usaméricaine. Avant l'invasion, l'Irak était un pays relativement sûr et modérément prospère. Aujourd'hui, c'est un État « failli », brisé et dysfonctionnel, qui demeure impuissant, coincé sous la botte de Washington. Il est peu probable que cela change sous l'administration actuelle, qui a déjà exprimé son intention de prolonger l'occupation à perpétuité.

La guerre en Irak est la plus grande catastrophe de notre temps. À part une poignée de Likoudniks [membres du Likoud, parti dominant de la droite israélienne] fanatiques et de compagnies pétrolières géantes, personne n'en a tiré le moindre bénéfice. Une civilisation vieille de 5 000 ans a été sadiquement anéantie sous les bombes pour que Washington et son allié, Israël, puissent redessiner la carte du Moyen-Orient et imposer leur hégémonie sur une région du monde hautement stratégique.

L'auteur, Nir Rosen, a résumé les choses ainsi dans une interview accordée à Democracy Now il y a dix ans :

« Nous avons détruit l'Irak, et nous avons détruit toute la région, et il faut que les US-Américains le sachent ».

Traduit par Jacques Boutard Tlaxcala