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lundi, 26 juillet 2021

Pierre Le Vigan: Plotin : trois hypostases ne font pas une trinité

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Pierre Le Vigan:

Plotin : trois hypostases ne font pas une trinité

A Nicolas Bonnal

Né en 205 de notre ère en Egypte, alors dans l’Empire romain, Plotin est d’abord élève d’Ammonios dit Sakkas à Alexandrie. Il voyage en Orient à la suite d’une expédition militaire (malheureuse) de l’empereur Gordien III contre les Perses en Bactriane. Il découvre des pensées, notamment gnostiques, qui, sans le séduire, lui permettent de cheminer et de trouver son lieu  dans un paysage intellectuel riche. Puis, il enseigne en grec et d’abord oralement. Ce n’est que dans un second temps qu’il écrit. Ses écrits sont publiés vers 300 par Porphyre de Tyr (actuel Liban), un de ses disciples. Les Ennéades sont une reconstruction a posteriori. La première regroupe ce qui concerne la morale et la nature de l’homme, la deuxième est une cosmologie (et donc une théorie de la connaissance), la troisième concerne le destin (et est donc une forme de sotériologie). Les trois dernières énnéades concernent les 3 principes ou « hypostases », soit, dans le sens ascendant, l’âme, l’intelligence, l’Un.

176581.1623161184.jpgPlotin est un stoïcien. « Ce n’est tout de même pas à Dieu de prendre les armes pour les pacifiques ». C’est un aspect que l’on oublie souvent car on voit en lui un néo-platonicien. C’est aussi le cas. Mais le moraliste qu’il est nous dit d’apprendre que la vie est dure et qu’il ne faut pas se plaindre, en quoi il est stoïcien. C’est aussi pourquoi Plotin est un réaliste : « Les méchants régnent par la lâcheté de leurs sujets, c’est cela qui est juste, et non le contraire ». Ce qui est juste, c’est ce qui est réel, ce n’est pas ce qui « devrait être », c’est ce qui est. Si la morale de Plotin est une théorie, elle l’est au sens étymologique : ce qui se donne à voir, la vision. C’est pourquoi les Ennéades (ce qui veut dire des groupes de neuf traités. Plotin en a produit six) se situent dans le prolongement de l’Ethique à Nicomaque d’Aristote. Mais avec une contradiction : il faut adhérer au monde, mais en même temps, il n’y a pas de régles de l’action dans ce monde. Il faut même que les hommes supérieurs s’abstiennent de chercher à dominer les autres. Ici, Plotin recoupe le Phédon de Platon : il faut se retirer des agitations du monde, et se débarrasser des empéchements du monde, comme Socrate devant la mort. L’important, c’est d’être, et être, c’est d’abord voir. Le monde a toujours été et sera toujours. Disciple d’Ammonius, connu lui-même surtout par son disciple Porphyre, Plotin identifie trois principes majeurs : l’Un, l’Intellect, l’âme (ou les âmes). Porphyre voit de son côté plusieurs parties dans l’œuvre de Plotin, l’éthique, le monde comme matière, le monde comme destin, l’âme, l’intellect, l’Un, en remontant ainsi vers la source (l’Un). C’est comme cela qu’il reconstruit à sa façon les traités de Plotin, en leur donnant la structure des Ennéades.  En tout état de cause, quel que soit le point de départ, on peut remonter ou descendre vers différents niveaux de réalités.  Le salut consiste en une ascension vers le Bien, le Beau, l’Un ou encore Dieu. « Notre patrie, c'est la région d'où nous sommes descendus ici-bas ; c'est là qu'habite notre Père. » (Ennéades, VI, 8). L’âme, remontant vers l’Un, est ainsi purifiée. Il faut revenir à notre patrie, qui est l’Un. Tout autre que défenseur d’une mystique, Plotin veut ramener l’âme à la « lumière véritable ». C’est le sens de l’opposition de Plotin aux gnostiques tout comme aux platoniciens chrétiens. S’opposant par exemple aux gnostiques séthiens (se référant au troisième fils d’Adam et Eve), Plotin réfute la séparation radicale entre monde sensible et monde intelligible. Que l’Un soit difficile à définir chez Plotin  n’est pas contestable. On ne peut jamais en parler « comme on le veut ». Il faut « le voir en soi-même ». Sa définition sans doute la plus claire est celle-ci : « Il est à la fois objet d’amour et lui-même amour, c’est-à-dire qu’il est amour de soi ». (Ennéades, VI, 8). L’Un est en soi et pour soi. Il n’est pas séparé du monde. Il est pour le monde. La grande particularité, et on peut dire la grande force de Plotin, c’est de ne pas opposer le mythe à la philosophie. De ne pas opposer le mythos au logos, la mythe à la raison. Le mythe aide à comprendre le temps, et le temps c’est la durée, c’est ce qui permet aux choses d’être elles-mêmes, et donc de revenir à ce qu’elles sont, de remonter à leur origine.   

9782081231368.jpgInfluencé par des disciples d’Aristote (comme Alexandre d’Aphrodise), tout comme par des disciplles de Platon (Numénios d’Apamée), Plotin est surtout un grand commentateur de Platon, qu’il réinterpréte et réagence. C’est pourquoi on retrouve chez Plotin des thèmes platoniciens comme l’amour, les genres de l’être, la question parménidienne de l’Un, du Bien et du Beau qui se confondent. En effet, comme Platon le disait dans le Philèbe (sur le plaisir) : « La puissance du Bien s’est réfugiée dans la nature du Beau » (64 e). Le thème de la connaissance de soi, dans lequel on voit souvent l’influence de la philosophie hindoue, n’est pas le soi de Descartes, qui sort du doute par son fameux « je pense donc je suis» de son Discours de la méthode. Le thème de Plotin, c’est plutôt la connaissance de soi comme ouverture à l’absolu, à l’infini, à l’indifférencié, celui-ci, qui pourrait avoir une connotation négative, étant la non dualité, la non contradiction, ou, si on préfère, l’accord des contraires.  Le monde de Plotin est constitué de différents lieux de séjour possible pour l’âme,  le plus élevé est le monde intelligible, celui de l’Un, le plus bas étant le monde sensible. Car beaucoup d’âmes s’éloignent du Bien et du vrai : « (…) par la faute des cochers, beaucoup d’âmes deviennent boiteuses, beaucoup perdent une grande partie de leurs ailes » (Platon, Phèdre). Le monde sensible est celui de la matière, Le monde de l’Un est celui de l’éveil. C’est aussi celui de la contemplation où les autres, où la domination sont des enjeux qui n’ont plus de sens. L’être, la beauté et Dieu ne font qu’Un, c’est « l’être dont tout dépend, vers qui tout regarde, par qui est l’être, la vie et la pensée ». (Ennéades, I, 6). 

Penser et être sont ainsi, comme chez Platon, confondus. Il y a trois principes, ou trois « existants » (appelé hypostases) qui sont l’Un, l’Intellect, l’Ame. L’un est à lui-même sa propre cause, il est le Bien, il n’est pas divisible, ni multipliable. L’Intellect est le pensable, il est le réel et le vrai, mais il dérive de l’Un et non de lui-même. L’Intellect contient la multiplicité des Formes (grand thème platonicien), formes qui déterminent les propriétés des choses. Enfin, il y a l’Ame. Elle est éternelle, et est à la frontière entre l’intelligible et le sensible, entre l’Intellect et la matière. Elle est produite par l’Intellect (lui même produit par l’Un). Mais l’âme n’est pas unique, elle va de l’âme du monde, la plus proche de la perfection et de l’Unique, aux âmes des hommes, diverses, dispersées, et qui sont les plus imparfaites. Il y a donc trois existants (hypostases), mais aussi il y a un mouvement de l’Un au monde. La procession est le monde en tant qu’il émane de l’Un. Mais le monde n’est pas un démembrement de l’Un. Selon une formule forte de Jean-Louis Chrétien, l’Un, c’est-à-dire le Bien « donne ce qu’il n’a pas ». Il donne le monde en tant qu’il n’a rien de mondain.  L’Un donne le monde et l’Intellect, et donc les Formes. L’Intellect donne les Ames, et celles-ci donnent le monde sensible (qui lui ne donne rien). L’Un n’a pas de volonté, et rien ne relève de sa volonté mais tout relève d’émanations de l’Un, ou encore de dérivations de l’Un.  L’Un n’est pas créateur, il est le réel en tant qu‘il se déploie. Il n’y a pas de création du monde, il n’y a pas de temps, il n’y a pas de sucessions d’événements (le « moment » où l’Un donnerait l’intellect, etc). Il n’y a donc pas de commencement du monde, pas plus qu’il n’y a un « début » de l’Un.  Tout relève de l’Un, mais ce « tout » n’a pas été créé par l’Un.  Il en émane, ou il en bénéficie, comme nous bénéficions des rayons du soleil sans avoir pris quoi que ce soit au soleil. De même que nous émanons de l’Un, nous y retournons, par la conversion. C’est « une fuite de l’âme vers Dieu qu’elle voit [l’âme] seul à seul » (Ennéades, VI, 9). Après la procession se produit la conversion, par laquelle le monde et les choses du monde remontent vers l’Un.

9782081450813.jpgLe monde sensible est le plus éloigné du Bien, il est le mal, il est dépourvu d’intelligibilité. Le mal n’est pas un principe, et encore moins un principe opposé au Bien et à l’Un, qui ne font qu’un. Le mal est un éloignement du Bien, un lieu mal éclairé par la lumière du bien et de l’Un.  C’est un manque de Bien. La matière sensible est le mal si elle ne retrourne pas au Bien, c’est-à-dire qi elle ne retourne pas se rapprocher du Bien par la conversion. Mais y-a-t-il une matière de l’Intellect ? Oui, mais elle est indéfinie. C’est pourquoi elle va avec la diversité des Formes. Indéfinie, la matière est sans forme. Mais comment, du sans forme, peut-il émaner de l’Un, qui est la Forme même, puisque c’est le Bien ? Plotin est ici en difficulté. Il envisage une matière intelligible et une matière sensible, cete dernière étant l’image de la première. Puis, Plotin fait de la matière un produit de l’âme, mais pas une image de l’âme. C’est en tout cas la matière qui introduit de la multiplicité dans l’unité. Dans le monde, les matières sont produites des Formes finies et imparfaites, à la différence de la forme infinie et parfait de l’Un, qui, au sens où elle est infinie, est au-delà de toute forme. Enfin, la forme des choses sensibles n’est pas éternelle, tandis que l’Un est éternel. Mais ce mouvement est naturel, si les choses du monde sensible ne peuvent être suffisantes, elles ne sont pas mauvaises pour autant. Ecartons d’abord les douleurs inutiles (épicurisme), regardons la vertu pour nous efforcer d’être vertueux (stoïcisme), laissons-nous aspirer par le divin en le contemplant. N’oublions que les individus, par leur âme personnelle, participent à l’Un, la notion de participation étant employé au sens de Platon, mais aussi au sens de la « sympathie universelle » des stoïciens (le monde entier est affecté par un même feu, et un même logos).

Par la conversion, toute âme, « fille du père » peut se rapprocher de Dieu, voire se confondre avec lui, l’Un, le Beau. Contre le dualisme des gnostiques, Plotin soutient que tout est tenu ensemble par l’Un. La remontée vers l’Un unit le monde sublunaire au monde supralunaire. Pas de manichéisme avec Plotin. Mieux, la distinction sublunaire/supralunaire perd tout sens. Il ne faut donc pas mépriser le monde. Pourquoi mépriser un escalier qui remonte vers Dieu ? Il faut par contre nous purfier de ce qui nous aménerait à tout voir à travers le corps. La recherche du bonheur est une bonne chose, mais le bonheur, c’est la vie conforme à l’Intellect. Pour passer de heureux en puissance à heureux en acte, il nous faut nous identifier à l’Intellect.  En dessous de l’âme, il y a la conscience. Celle-ci se compose de l’intuition , qui peut nous amener à l’Intellect, de la réflexion, qui est la conscience dédoublée (je me vois en train de voir), et de la mémoire. La conscience est entre la vie de Dieu et la vie du corps. Il tient à elle de s’élever vers Dieu par la conversion. L’âme a un attrait naturel pour le Beau, le Bien, l’Un. « L’âme reçoit l’effluve du Bien », résume Jean-Marc Narbonne. La conversion se termine par une sortie de soi, une extase, par laquelle nous rejoignons l’Un.

Influent chez les chrétiens d’Occident (Boèce, Denys l’aréopagite), comme chez ceux de Byzance, mais aussi chez les non chrétiens (Proclus), Plotin fut traduit en latin par Marsile Ficin (1492). Il influence les « platoniciens de Cambridge » (Henry More, John Smith…) au XVIIe siècle, puis est lu avec attention par des auteurs aussi peu négligeables que Leibniz, Hegel, Schelling, Bergson. Bien que souvent appelé néo-platonicien, Plotin est à bien des égards inspiré par Aristote. Pour lui, l’intelligible, c’est ce que saisit l’intelligence, c’est l’intelligence au repos. On pourrait dire que c’est l’intelligence en puissance (dunamis). Par contre, l’intelligence en acte (energeia), c’est l’intelligence qui saisit l’intelligible. En ce sens, « l’être est antérieur à l’intelligence », c’est-à-dire que le réel, l’intellligible, précède l’intelligence, ce qui contemple et comprends le réel. Mais l’intelligence ne prend pas conscience d’elle-même (par la réflexivité) parce qu’elle connait l’intelligible.  C’est parce qu’elle se connait elle-même qu’elle peut comprendre l’intelligible (thèse opposée à celle du gnostque Valentinius-Valentin pour qui il y a deux formes d’intelligence, celle qui se comprend elle-même et celle qui comprend le monde).  La connaissance ne vient pas de Dieu, premier moteur immobile (Aristote) , mais de l‘intelligence elle-même. Elle vient même de l’intelligible. « Toute contemplation suppose un objet », est-il écrit dans les Ennéades. Ce qui évoque Husserl : toute conscience est intentionnelle. Les Idées ne sont, ainsi, pas « au dessus » de l’intelligence. Elles appartiennent à l’intelligence même. L’intelligible se comprend lui-même. Il inclut l’idée de lui-même. Entre intelligible et intelligence, il y a à la fois identité et différence.

9782080712288.jpgL’âme, troisième principe de vie (ou hypostase) est illuminée par l’intelligence. Elle éclaire en même temps les choses, la matière, le sensible. Ce sensible matériel est produit par Dieu, il n’est pas une déchéance du divin. La matière n’est ni créatrice du mal, ni destinée à tomber dans le mal.  Le mal est pour Plotin un déficit de Bien, et non un principe opposé au Bien. Il est un éloignement du Bien. C’est inévitable : plus on s’éloigne de Dieu, plus on s’éloigne de l’être, plus on va vers le non-être, et la matière, c’est le non-être. Ce n’est pas un principe contraire à l’être, c’est simplement un être évaporé.  La matière est une « éclipse de l’être », dit encore Plotin. La matière est l’être sans qualités, et, pour cela même, elle est le non-être. Elle peut être tout et n’importe quoi. Elle n’est pas infinie (apeiron), comme l’être, comme l’Un, elle est indéfinie. Chacun a une âme particulière et ces âmes particulières ne sont pas toutes en sympathie entre elles. Mais, par la conversion, les âmes peuvent reconnaitre leur origine divine. La contemplation de Dieu précède toute description des Formes que prennent les choses. La procession de Plotin, avec ses trois principes, l’Un, l’Intelligence, l’âme, évoque la trinité chrétienne, mais ce qui est égalitaire dans le christianisme est descendant dans Plotin. Enfin, il n’y a pas de péché avec Plotin, différence considérable avec le christianisme.  Il n’y a pas de mépris de la vie. « A mépriser l’être etla vie, on témoigne contre soi-même et contre tous ses sentiments » (Ennéades, VI, 7, 29 trad. Emile Bréhier)). « (…) Celui qui prétend mépriser l'existence et la vie reçoit un démenti de lui-même et de toutes affections qu'il éprouve. Si quelqu'un se dégoûte de la vie, c'est qu'il ne considère que celle à laquelle la mort est mêlée et non la vie véritable. » (Ennéades, trad. Marie-Nicolas Bouillet, wikisource). L’âme chez Plotin est irraisonnée (colère, appétit) ou raisonnable, guidée par la raison. L’Intelligence est au dessus de tous discours, elle nous appartient (Descartes) et/ou nous lui appartenons (Malebranche), comme le remarque pertinemment Michel Piclin.  L’Un est condition de tout ce qui est.

TEXTES

Ennéades V, 1 (trad. Marie-Nicolas Bouillet, 1861).

  1. L'Intelligence et l'Être

« Veut-on arriver par une autre voie à reconnaître la dignité de l'Intelligence ? Après avoir admiré le monde sensible en considérant sa grandeur et sa beauté, la régularité éternelle de son mouvement, les dieux visibles ou cachés, les animaux et les plantes qu'il renferme, [c’est ainsi] qu'on s'élève à l'archétype de ce monde, à un monde plus vrai ; qu'on y contemple tous les intelligibles qui sont éternels comme lui et qui y subsistent au sein de la science et de la vie parfaite. Là préside l'Intelligence pure, la Sagesse ineffable ; là se trouve le vrai royaume de Saturne [Cronos], qui n'est autre chose que l'Intelligence pure. Celle-ci embrasse en effet toute essence immortelle, toute intelligence, toute divinité, toute âme ; et tout y est éternel et immuable. Pourquoi l'Intelligence changerait-elle, puisque son état est heureux ? À quoi aspirerait-elle, puisqu'elle a tout en elle-même ? Pourquoi voudrait-elle se développer, puisqu'elle est souverainement parfaite ? Sa perfection est d'autant plus complète qu'elle ne renferme que des choses qui sont parfaites et qu'elle les pense ; et elle les pense, non parce qu'elle cherche à les connaître, mais parce qu'elle les possède. Sa félicité n'a rien de contingent : l'Intelligence possède tout dès l'éternité ; elle est elle-même l'Éternité véritable, dont le Temps offre la mobile image dans la sphère de l'âme. En effet, l'âme a une action successive, divisée par les objets divers qui attirent son attention : elle se représente tantôt Socrate, tantôt un cheval ; elle ne saisit jamais qu'une partie de la réalité, tandis que l'Intelligence embrasse toujours toutes choses simultanément. L'Intelligence possède donc toutes choses immobiles dans l'identité. Elle est : il n'y a jamais pour elle que le présent ; point de futur : car elle est déjà ce qu'elle peut être plus tard ; point de passé : car nulle des choses intelligibles ne passe ; toutes subsistent dans un éternel présent, toutes restent identiques, satisfaites de leur état actuel. Chacune est intelligence et être ; toutes ensemble, elles sont l'Intelligence universelle, l'Être universel.

unnamENNPL.gifL'Intelligence existe [comme intelligence] parce qu'elle pense l'Être. L'Être existe [comme Être] parce que, étant pensé, il fait exister et penser l'Intelligence. Il y a donc une autre chose qui fait penser l'Intelligence et exister l'Être, et qui est par conséquent principe commun de tous deux : car ils sont contemporains dans l'existence, ils sont consubstantiels et ne peuvent se manquer l'un à l'autre. Comme l'Intelligence et l'Être constituent une dualité, leur principe commun est cette unité consubstantielle qu'ils forment et qui est simultanément l'Être et l'Intelligence, le sujet pensant et l'objet pensé : l'Intelligence, comme sujet pensant ; l'Être, comme objet pensé : car la pensée implique à la fois différence et identité. Les premiers principes sont donc l'Être, l'Intelligence, l'Identité et la Différence ; il faut y joindre le Mouvement et le Repos. Le repos est la condition de l'identité ; le mouvement est la condition de la pensée, puisque celle-ci suppose la différence du sujet pensant et de l'objet pensé, et qu'elle est muette si on la réduit à l'unité. Les éléments de la pensée [le sujet et l'objet] doivent ainsi être dans un rapport de différence, mais aussi dans un rapport d'identité, parce qu'ils forment une unité consubstantielle, et qu'il y a quelque chose de commun dans tout ce qui dérive d'eux. La différence d'ailleurs n'est pas ici autre chose que la distinction. La pluralité que forment les éléments de la pensée constitue la Quantité et le Nombre ; et le caractère propre à chaque élément, la Qualité. De ces premiers principes [qui sont les genres de l'être] dérivent toutes choses.

  1. L'Un, la Dyade et le Nombre [2]

Ainsi, l'âme humaine est pleine de cette Divinité [de l'Intelligence] ; elle y est rattachée par ces essences, si elle ne s'éloigne pas d'elle. Elle approche d'elle, et, ramenée à l'unité, elle se demande : Qui a engendré cette Divinité ? — C'est Celui qui est simple, qui est antérieur à toute multiplicité, qui donne à l'Intelligence son existence et sa multiplicité, qui produit le Nombre par conséquent : car le Nombre n'est pas une chose primitive ; l'Un est antérieur à la Dyade. Celle-ci ne tient que le second rang : elle est engendrée et définie par l'Un, indéterminée qu'elle est par elle-même. Une fois définie, elle est nombre en tant qu'elle est essence. Car [à ce titre] l'Âme aussi est un nombre.

D'ailleurs, toute chose qui est une masse ou une grandeur ne saurait occuper le premier rang dans la nature ; il faut regarder comme inférieurs ces objets grossiers que la sensation prend pour des êtres. Dans les semences, ce n'est pas l'élément humide qu'il faut estimer, mais le principe invisible, le nombre et la raison [séminale]. Nous nommons ici nombre et dyade les raisons [idées] et l'Intelligence. La dyade est indéterminée en tant qu'elle joue le rôle de substratum [par rapport à l'Un]. Le nombre qui dérive de la dyade et de l'Un constitue toute espèce d'idée, en sorte que l'Intelligence a une forme qui est déterminée par les idées engendrées dans son sein. Elle tient sa forme, en une façon de l'Un, et en une autre façon, d'elle-même, semblable à la vue qui est en acte. La pensée, c'est la vue en acte, et ces deux choses [la faculté et l'acte] n'en font qu'une.

  1. L'Un immobile génère l'Intelligence qui génère l'Âme [3]

Comment l'Intelligence voit-elle et qui voit-elle ? Comment est-elle sortie et née de l'Un, de manière qu'elle puisse le voir ? Car maintenant l'âme comprend qu'il est nécessaire que ces principes existent. Elle désire résoudre ce problème souvent posé chez les anciens sages : Si l'Un a la nature que nous lui avons assignée, comment tout tient-il de lui sa substance, la multitude, la dyade, le nombre ? Pourquoi n'est-il pas resté en lui-même, et a-t-il laissé ainsi découler de lui la multiplicité qu'on voit dans les êtres et que nous voulons ramener à lui ? Nous allons le dire. Invoquons d'abord Dieu même, non en prononçant des paroles, mais en élevant notre âme jusqu'à lui par la prière ; or, la seule manière de le prier, c'est de nous avancer solitairement vers l'Un, qui est solitaire. Pour contempler l'Un, il faut se recueillir dans son for intérieur, comme dans un temple, et y demeurer tranquille, en extase, puis considérer les statues qui sont pour ainsi dire placées dehors [l'Âme et l'Intelligence], et avant tout la statue qui brille au premier rang [l'Un], en la contemplant de la manière que sa nature exige.

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Il est nécessaire que tout être qui est mû ait un but vers lequel il soit mû ; nous devons donc admettre que ce qui n'a pas de but vers lequel il soit mû reste immobile, et que ce qui naît de ce principe doit en naître sans que jamais ce principe cesse d'être tourné vers lui-même. Éloignons de notre esprit l'idée d'une génération opérée dans le temps : il s'agit ici de choses éternelles ; en leur appliquant le terme de génération, nous voulons seulement établir entre elles un rapport d'ordre et de causalité. Ce qui est engendré par l'Un doit être engendré par lui sans que l'Un soit mû ; s'il était mû, ce qui est engendré par lui tiendrait, par suite de ce mouvement, le troisième rang au lieu du second [serait l'Âme au lieu d'être l'Intelligence]. Donc, puisque l'Un est immobile, c'est sans consentement, sans volonté, sans aucune espèce de mouvement qu'il produit l'hypostase qui tient le second rang. Comment donc faut-il concevoir la génération de l'Intelligence par cette cause immobile ? C'est le rayonnement d'une lumière qui s'en échappe sans troubler sa quiétude, semblable à la splendeur qui émane perpétuellement du soleil sans qu'il sorte de son repos, et qui l'environne sans le quitter. Ainsi toutes les choses, tant qu'elles persévèrent dans l'être, tirent nécessairement de leur propre essence et produisent au dehors une certaine nature qui dépend de leur puissance et qui est l'image de l'archétype dont elle provient. Ainsi le feu répand la chaleur hors de lui ; la neige répand le froid. Les parfums donnent un exemple frappant de ce fait : tant qu'ils durent, ils émettent des exhalaisons auxquelles participe tout ce qui les entoure. Tout ce qui est arrivé à son point de perfection engendre quelque chose. Ce qui est éternellement parfait engendre éternellement, et ce qu'il engendre est éternel, mais inférieur au principe générateur. Que faut-il donc penser de Celui qui est souverainement parfait ? N'engendre-t-il pas ? Tout au contraire, il engendre ce qu'il y a de plus grand après lui. Or, ce qu'il y a de plus parfait après lui, c'est le principe qui tient le second rang, l'Intelligence. L'Intelligence contemple l'Un, et n'a besoin que de lui ; mais l'Un n'a pas besoin de l'Intelligence. Ce qui est engendré par le Principe supérieur à l'Intelligence ne peut être que l'Intelligence : car elle est ce qu'il y a de meilleur après l'Un, puisqu'elle est supérieure à tous les autres êtres. L'Âme est en effet le verbe et l'acte de l'Intelligence, comme l'Intelligence est le verbe et l'acte de l'Un. Mais l'Âme est un verbe obscur. Étant l'image de l'Intelligence, elle doit contempler l'Intelligence, comme celle-ci doit, pour subsister, contempler l'Un. Si l'Intelligence contemple l'Un, ce n'est pas qu'elle s'en trouve séparée, c'est seulement parce qu'elle est après lui. Il n'y a nul intermédiaire entre l'Un et l'Intelligence, non plus qu'entre l'Intelligence et l'Âme. Tout être engendré désire s'unir au principe qui l'engendre, et il l'aime, surtout quand Celui qui engendre et Celui qui est engendré sont seuls. Or, quand Celui qui engendre est souverainement parfait, Celui qui est engendré doit lui être si étroitement uni qu'il n'en soit séparé que sous ce rapport qu'il en est distinct. »

Bibliographie

Plotin, Traités, Garnier Flammarion, plusieurs volumes, trad. Luc Brisson, notes de Jean-François Pradeau, 2003-2010.

Ennéades, trad. Marie-Nicolas Bouillet, 1861, wikisource.

***

Lucien Jerphagnon, Portraits de l’Antiquité. Platon, Plotin, Saint Augustin et les autres, Champs Flammarion, 2015.

Edouard Krakowski, Plotin et le paganisme religieux, Denoel et Steele,  1933 ; Une philosophie de l’amour et de la beauté. L’esthétique de Plotin et son influence, Boccard, 1929.

imageshadplot.jpgPierre Hadot, Plotin ou la simplicité du regard, Folio Gallimard, 1997.

Agnès Pigler, Plotin, une métaphysique de l’amour. L’amour comme structure du monde intelligible, Vrin, 2003.

 

PLV

10:38 Publié dans Philosophie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : philosophie, plotin, antiquité, hellénisme | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

dimanche, 25 juillet 2021

La revue de presse de CD - 25 juillet 2021

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La revue de presse de CD

25 juillet 2021

AFRIQUE

Présence russe en Afrique : « Il y a eu un réinvestissement assez progressif dès la fin des années 90 »

La Russie est de plus en plus présente en Afrique à travers une diplomatie officielle mais également via des acteurs privés comme Evgueni Prigojine, considéré comme le dirigeant de la milice Wagner ainsi que de différentes entreprises spécialistes de la désinformation en ligne. Dans une étude qui vient de paraître, Maxime Audinet, chercheur à l’IRSEM (Institut de recherche stratégique de l’école militaire) et auteur d’une thèse sur l’influence russe à l’université de Nanterre, analyse cette influence Russe en Afrique, en Centrafrique et au Sahel notamment.

RFI

https://www.rfi.fr/fr/podcasts/invit%C3%A9-afrique/202107...

CHINE

La Chine est-elle en train de faire ce que les États-Unis ne parviennent pas à faire, en freinant les Big Tech ?

L’industrie technologique chinoise a été l’une des plus dynamiques au monde ces dernières années. Des centaines de start-up chinoises s’apprêtent désormais à suivre les traces de mastodontes comme Alibaba, Tencent et Didi en introduisant leurs actions en bourse. Mais le Parti communiste chinois (PCC) a récemment avorté certains de ces plans sous prétexte de sécurité nationale. Après Alibaba et une série d’autres entreprises, le service alternatif de taxis Didi (493 millions d’utilisateurs et 15 millions de chauffeurs) est désormais visé par le régime. La Chine est-elle prête à abattre sa poule aux œufs d’or ?

Business AM

https://fr.businessam.be/la-chine-est-elle-en-train-de-fa...

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DESINFORMATION

Derrière Pegasus ou le mode d’emploi d’un logiciel espion

L’affaire Pegasus fait grand bruit car on y retrouve, pêle-mêle, des journalistes, des chefs d’entreprise, des opposants politiques et autres figures de la vie publique.

Retour sur la technique derrière ce logiciel. Quand est né Pegasus ? Comment l’utilise-t-on ? Pourquoi a-t-il pris une telle ampleur ?

The Conversation

https://theconversation.com/derriere-pegasus-ou-le-mode-d...

ETATS-UNIS

Les États-Unis mettent hors service une société israélienne de logiciels d’espionnage

Qui a la capacité de dresser une liste de 50 000 numéros de téléphone dont au moins 1 000 ont été espionnés avec le logiciel de NSO ? Qui peut faire « fuiter » une telle liste à ONG et s’assurer que de nombreux médias « occidentaux » s’en emparent ? Qui a intérêt à faire fermer NSO ou du moins à rendre ses activités plus difficiles ? La concurrence, je dirais. Et le seul véritable concurrent dans ce domaine est l’Agence nationale de sécurité [la NSA, NdT] étatsunienne. Autant de bonnes questions que la presse mainstream ne s’est pas posée…

Le Saker francophone

https://lesakerfrancophone.fr/les-etats-unis-mettent-hors...

FRANCE

Pass sanitaire : une société flippée et fliquée

En acceptant de conditionner les libertés fondamentales à une condition de santé, la France a mis le doigt dans un engrenage infini.

Contrepoints

https://www.contrepoints.org/2021/07/17/401704-pass-sanit...

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Que raconte le raid judiciaire contre Éric Dupond Moretti ?

L’épisode judiciaire mettant en cause Éric Dupond Moretti Garde des Sceaux ministre de la Justice en exercice, qui vient de se dérouler est très intéressant. Au-delà du battage médiatique et des récupérations politiciennes cyniques ou ignorantes qui n’ont pas manqué, force est de constater qu’il exprime la totalité du problème institutionnel auquel notre pays est confronté.

Vu du Droit

https://www.vududroit.com/2021/07/que-raconte-le-raid-jud...

Feu vert à la surveillance de masse

Profitant de l’émotion suscitée par les attentats de Paris, et sans remédier aux défaillances qu’ils ont révélées, le gouvernement français entend faire adopter une loi sur le renseignement qui permettrait une surveillance généralisée des communications. Le Sénat a étudié début juin ce texte qui alarme tous les défenseurs des droits humains et du respect à la vie privée.

Le Monde diplomatique

https://www.monde-diplomatique.fr/2015/06/TREGUER/53056#f...

GEOPOLITIQUE

La Géopolitique des Terres rares 

Depuis la fin des années 1990, la Chine est devenue le premier producteur mondial de terres rares au détriment des pays occidentaux qui ont perdu au fil des ans leur capacité de production et leur savoir-faire industriel et technologique. C’est donc devenu aussi un enjeu de souveraineté nationale. Face à cette autre tenaille sino-américaine, que peut faire l’Europe ?

Geopragma

https://geopragma.fr/la-geopolitique-des-terres-rares/

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ISRAEL

Le Hamas, gros souci pour Israël

La trêve signée le 21 mai entre Israël et le Hamas, après onze jours d’affrontement (240 Palestiniens et 12 Israéliens tués), est précaire. Tout le monde le sait. Elle permet à chacun de refaire ses forces. Une nouvelle confrontation sera inévitable. Tout le monde le sait. Entre eux, les militaires israéliens disent qu’il faut régulièrement « tondre le gazon » à Gaza, parce que les « mauvaises herbes » repoussent toujours. Pour le Hamas – cette « mauvaise herbe » –, affronter Tsahal à intervalles réguliers lui permet de conforter sa stature de « seul résistant » à Israël, de rallier les Palestiniens à sa bannière et de satisfaire ses sponsors (notamment le Qatar et l’Iran).

Conflits

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TURQUIE

Turquie, que reste-t-il de l’influente confrérie Gülen ?

Cinq ans jour pour jour après le coup d’État manqué contre le président Recep Tayyip Erdogan, la traque des partisans de Fethullah Gülen se poursuit en Turquie, comme en dehors du pays. Une chasse aux sorcières qui a affaibli l’influente confrérie, sans l’éradiquer totalement.

La Croix

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UNION EUROPEENNE

L’euro, catastrophe moderne et tragédie antique

S’il est difficile de critiquer la monnaie unique sur le Vieux continent, on trouve pléthore d’ouvrages sur le sujet dans le monde anglo-américain, souvent rédigés par des économistes mainstream ou orthodoxes. C’est le cas d’Ashoka Mody, professeur d’économie à l’Université de Princeton, ancien représentant-en-chef du FMI dans le cadre du « renflouement » irlandais en 2009 par la Troïka, qui publie EuroTragedy: A Drama in Nine Acts.

Le Vent de Lève

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Le nouvel ordre mondial aurait-il recruté son Robespierre?

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Le nouvel ordre mondial aurait-il recruté son Robespierre?

Notes sur le rôle d'Emmanuel Macron dans la séquence politique de notre temps.

par Frédéric Andreu

On laisse entendre que le président Macron aurait accumulé une somme de bévues dans l'exercice du pouvoir telle qu'il ne puisse pas se représenter en 2022. Les dernières saillies médiatiques du young leader président, alliage d'idéologie, d'incompétence et d'arrogance de classe, prêchent de manière caricaturale vers sa sortie avant même la fin de son présent mandat.

I : Astralité du système versus Théorie du complot.

Évidence en trompe-l'œil, car la réélection de Macron n'est pas la question que se pose l'oligarchie. Celle-ci agit par étapes subversives et non par complot. Un agent du nouvel ordre mondial peut être contraint de jouer la carte de la nation ou au contraire de jouer le tout pour le tout mondialiste quitte à être remplacé par un autre fusil politique à un coup. C'est cette dernière voie stratégique que le président semble avoir prise.
Cependant, face à la comtemporanéïté du Nouvel Ordre mondial (N.O.M.), de ses agencements visibles, il faut garder à l'esprit que le système de domination mondiale, bien réel, ressemble moins à un complot ourdi qu'au reflet de sa propre astralité. Celle du système de l'argent. Guy Debord définit le concept de la cybernétique automate du capital. Ce dernier ne peut pas se repérer dans le court terme médiatique du temps mais se révèle grâce de la longue temporalité historique. Ce sont les longues courbes historiques qui peuvent rendre visible le pouvoir métamorphosant et subversif de la marchandise. Il faut premièrement se tenir éloigné des théories complotistes simplistes désignant une oligarchie qui contrôlerait le monde ou, du moins, comprendre que ces groupes oligarchiques qui contrôlent les multinationales et les banques ne sont elles-mêmes que les métastases de l'"astralité" financière.

Il est des forces d'une tout autre nature aux manettes de l'Histoire que celle d'une petite clique oligarchique cagoulée genre les Cigares du Pharaon de Hergé. "Il existe un Etat visible, un Etat profond, mais aussi un Etat invisible" ajoute Francis Cousin. La cybernétique du capitalisme, dans sa phase terminale génère une esthétique du mal et secrète aussi les phénotypes des derniers temps. La société de 2021 est déjà largement métamorphosée par rapport à celle des années 90. Une génération soumise à l'Éducation (anti-)nationale, à l'antiracisme et au métissage laïc et obligatoire, a déjà tourné la page de la "patrie", des valeurs et des saveurs.

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Les chefs d'État eux-mêmes reflètent cet imaginaire cybernétique. Il est amusant de voir que le fétichisme de la marchandise a engendré aux États-Unis un octogénaire sénile, à peine capable de tenir debout, alors qu'en France, un quadra à la fois tyrannique et incompétent règne sans partage.

Les théories complotistes sont à la fois anxiogènes et rassurantes, elles donnent une explication simpliste qui empêche de penser. En revanche, prendre en compte l'astralité de l'argent, son emprise sur notre imaginaire collectif, nécessite un recul épistémologique et une temporalité longue. Cette prise de conscience décalée permet de comprendre comment le système avance dans nos consciences étape après étape. On comprend aussi beaucoup mieux pourquoi l'opposition que Macron peut engendrer est elle-même un reflet de l'immanence dialectique du capital.

Tout le monde pressent en effet que Marine Le Pen élue ne remettrait rien en cause du système de domination, ayant renoncé à toute radicalité et à toute «incarnation» crédible. Pour gouverner la cinquième puissance économique du monde, encore faudrait-il que Marine le Pen soit capable de gouverner son parti politique. Or, en plus d'avoir provoqué la banqueroute du FN, elle aura accumulé toutes les bourdes, manqué tous les rendez-vous politiques que l'actualité lui présentait sur un plateau d'argent.

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Silence du RN face aux PMA GPA, aucune réaction frontale face au Pass liberticide de juillet 2021. Au lieu de reprendre le flambeau légué par son père, Marine Le Pen agit par anti-anti front national. Elle a validé l'idée que pour arriver au pouvoir, elle devait éteindre le caractère incendiaire et anti-système du parti dont elle a hérité. Elle ne comprend pas que le patriotisme est une énergie, une foi, pas une algorithme électoraliste de conquête du pouvoir. Victoire du système, elle a transformé le patriotisme de l' "espèce amoureuse" en une sorte de national-gouvernance. On a beaucoup de peine à suivre le brillant Alain De Benoist dans son analyse concernant Marine Le Pen. Il faudrait selon lui ne pas risquer une dilusion du vote contre Marine, mais à quoi bon élire une candidate qui pourrait nous faire regretter Macron ?   

Le système électoraliste a peu de chance de faire vaciller le pouvoir usurpateur en France, à moins d'un retournement populaire radical, hors sphère politicienne. Le logos explosif de la France, son fond bonapartiste, le caractère rebelle des Français peut rentre possible une réaction populaire, d'où l'idée de métisser suffisamment le peuple par le double levier de l'affaiblissement de la famille et de l'ouverture des frontières, afin de le dissoudre.

II : Macron et l'"empirisme désorganisateur" :

A l'horizon 2050, la société "française" sera en effet suffisamment métissée pour ne plus représenter de danger pour le pouvoir. Un bétail infantilisé et soumis naîtra du ventre de Macron. Seul le mariage de la base populaire insurrectionnelle et des forces de l'ordre, voire de l'armée, pourrait freiner ce processus mortifère et ébranler le pouvoir mondialiste en France. Il se pourrait aussi que Mélenchon libère le Jacques Doriot qui est en lui des menottes de l'antiracisme. Il sait, comme n'importe quel étudiant de première année d'Histoire, qu'il ne fait que retarder son heure historique en révélant publiquement ce qu'il pense et ce qu'il est.

Mais la capacité du système à torpiller de l'intérieur les contre-révolutions, à fomenter de fausses alternatives qui ne mettront pas en cause la feuille de route de l'oligarchie, tient du prodige. Une fois de plus, comprenons que le système avance par étapes chaotiques et non par complot ourdi. Il avance en bloquant l'Histoire par de fausses alternances politiciennes et de promesses non tenues. C'est l'effet du «fameux cercle de raison» décrété par le divin Alain Minc dans les années 90, consensus à l'intérieur duquel aucune idée ne serait être audible autre que le ronron droit-de-l'hommiste et les petits arrangements entre partis politiques.

De ce point de vue, Macron, en dépit de ses bévues, ou même grâce à la sidération qu'elles engendrent dans l'option, est d'une redoutable efficacité. L'important est qu'il applique objectivement le plan de dissolution des frontières (nationales, familiales et même individuelles) imposées par le mondialisme.

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Bref, tel est le retournement de paradigme qu'il est nécessaire d'effectuer afin de comprendre comment et pourquoi un trader insignifiant issu de la haute finance, n'ayant assumé aucun mandat électoral de sa vie, est parvenu à remporter la magistrature suprême de la cinquième économie mondiale ; comment ce dernier se maintient au pouvoir, au terme d'élections régionales bâclées, avec 3,5 % effectif de son camp. Même si le passage en force de la loi Macron parvient à attirer a lui la suspicion de tout un peuple, rien ne dit qu'il ne sera pas réélu en 2022. En fait, la cage de fer néo-libérale, lorsqu'elle est enguirlandée de promesses et d'une musiquette de foire monarchiste, développe un pouvoir d'attraction envers la masse. Les gens se disent : mieux vaut le plan néo-libéral de soumission au FMI, la vaccination obligatoire que l'aventure lepeniste. Bref, mieux vaut la démocrature macronienne que le risque d'une remise en cause du système.

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Macron n'est d'ailleurs pas qu'un simple exécutant sans profondeur, il est porteur d'une certaine profondeur historique, et sait habiter le paraître du paraitre du principe monarchique. Il sait habiter comme un acteur de théâtre qu'il est, le scène dorées du pouvoir. Il sait faire des génuflexions médiatiques devant le pape tout en favorisant l'avortement de masse. Il n'a pas peur du ridicule, d'où la morgue et l'arrogance qu'il parvient à faire passer pour de l'autorité.

Alors ministre de l'Économie, ne déclarait-il pas : "Il y a dans le processus démocratique et dans son fonctionnement un absent. Dans la politique française, cet absent est la figure du Roi, dont je pense fondamentalement que le peuple français n'a pas voulu la mort" avouait-il tout en gouvernant, une fois élu, à contre-courant de tout «empirisme organisateur». On pourrait même affirmer - sans surenchère rhétorique - que Macron gouverne par «empirisme désorganisateur». Il y a le plan, l'idéologie, mais aussi l'action quotidienne qu'il convient de rendre la plus antinationale possible.

Nombreux sont ceux qui ressentent la casse sociale engendrée par Macron, cet «homme dangereux» (Dupont-Aygnan), ce "fou" (Phillipot), mais mesurons-nous la casse engendrée dans l'âme collective de la nation ? Le désert psychologique qu'engendre la casse sociale et le confinement ?

Le refus idéologique de rétablir des frontières à deux reprises (au début de la pandémie en 2019, puis en juin 2021 alors que le soi-disant "variant Delta" entrait en France), a obligé à instaurer une frontière de toile : la masque. Depuis, séquence cafouillage à répétition : masques proscrits dans les transports, puis rendus obligatoires, principe du "Pass Sanitaire" rejeté puis rendu obligatoire, l'incompétence du gouvernement masque les ajustements de l'agenda mondialiste. Le déroulement des faits dépasse Macron lui-même puisque, une fois encore, il est immanent à l'argent lui-même.

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Le gauleiter de la province France n'a d'ailleurs pas besoin d'être informé de ce qui se trame dans l'État major de l' «État profond». Les flux de la marchandise généralisés n'ont rien à voir avec un soi-disant "complot", mais plutôt à la "Forme-Capital". Le Libéralisme est l'astre noir en orbite autour de notre sphère sociale, c'est cet astre qui crée notre imaginaire collectif. Réélu ou non en 2022, Macron aura de toute façon fait avancer "le plan", et c'est là l'essentiel.

Macron surpassera-t-il le pantin Sarkozy qui, en détruisant le verrou libyen de l'Afrique, en bradant une part importante de la réserve d'or français, en déclarant que le métissage n'était pas "un choix, mais un devoir" ? Le plan doit être appliqué "avec des mesures coercitives s'il le faut" déclarait-il en 2008 devant un public sidéré de l'école polytechnique de Palaiseau. Bref, Sarkozy a manifesté une transparence et une énergie sans égale pour faire avancer la cause. Mais Emmanuel Macron est en de bonnes voies pour accéder au sommet du podium.

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En effet, le gouvernement Macron aura fait passer des lois généticiennes que H.G. Wells n'aurait même pas imaginé dans ses romans de Science Fiction. Désormais, les embryons humains pourront être manipulés ; ils pourront même être croisés à des gènes issus d'animaux, les fameuses "chimères" manipulées en laboratoire. L'avortement légal est pour sa part passé à 9 mois de grossesse ; PMA, GPA, derrière l'amateurisme apparent de l'apprenti sorcier Macron, il y a les rouages du système. Dans un entretien radiophonique, Aude de Kerros posait une de ces réflexions philosophiques dont elle a le secret : peut-on être dissidents dans l'ère du Libéralisme ?

Être dissident du Libéralisme commence par ne pas avoir peur de dire, écrire et publier ce que l'on pense. Mais vivre en illibéral est devenu aussi facile que de ne pas glisser sur un toboggan lubrifié par le savon du politiquement correct. Toute une série de détergents, allant de l'antiracisme au racisme anti- blanc, aura préparé la pente.
Ma génération aura été particulièrement immunisée par toute une série de vaccins. Je me souviens qu'après les séances d'antiracisme de l'éducation nationale on se regardait les yeux dans les yeux en se demandant comment ne pas être suspecté de racisme. Beaucoup ont résolu ce complexe en se mariant avec une chinoise ou une noire.
Il existe d'autres moyens pour limiter la soumission au libéralisme castrateur et tyrannique. La réappropriation de notre Histoire nationale en est une. Il s'agit de désigner les mensonges et non-dits de l'Histoire qui métastasent la république.

III : le pantin Macron dans les scénarios déjà joués de  l'Histoire : 

Afin de donner une voilure historique à ses notes, voyons comment la séquence idéologique exacerbée que nous avons la disgrâce de vivre peut être comparé à d'autres époques. Par ses excès, 2020-2021 ressemble étrangement à la séquence 1793-94 de la décennie révolutionnaire. Ses deux dates marquent l'instauration d'un régime hors-sol, totalitaire, qui ira jusqu'à l'instauration du culte de l'Être suprême. Robespierre, idiot utile de la classe bourgeoise, incorruptible personnellement, resta jusqu'à la fin certain de son bon droit. Il instaura le culte de l'Etre suprême tout comme Macron instaure, par des mesures liberticides, le culte de l'Être à la fois libéral et coercitif. L'augmentation hystérique de l'immigration vise un temps messianique où la lutte des classes sera remplacé, comme le dit Francis Cousin, par la lutte des races. L'immigrationnisme ne vise à rien d'autre que l'effacement de la société traditionnelle, l'annihilation de ses immunités culturelles et l'éradication de ses particularismes. Il s'agit d'un double crime, le premier contre la nation et le second contre les immigrés eux-mêmes.

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Macron et Robespierre vivent les mêmes intensités historiques. D'ailleurs, les deux hommes se ressemblent, chétif de corps, impavides, piètres orateurs, mais convaincus de leur bon droit et se sentant investis d'une sorte de messianisme politique. La dimension religieuse est en effet présente chez Macron, messie de l'Union européenne. La séquence que nous traversons en France n'est pas sans rappeler l'instauration du Salut public. Les élites de l'époque avaient soit été exécutées, soit réduits à l'exil. L'annihilation de la Noblesse rendit possible 10 ans de rivalité entre divers factions républicaines. Ce sont ces 10 ans de guerre civile que l'on nomme dans les livres d'Histoire la "Révolution française", dont la révolution euromondialiste que nous vivons aujourd'hui est la poursuite historique.

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Les deux périodes historiques ne sont pas sans point commun. La pandémie covidiste et la crise économique créent des conditions qui justifient elles aussi des "lois d'exception". En 93, la peur de l'invasion de la France par les armées contre-révolutionnaires correspond, aujourd'hui, à la peur covidiste.

On me rétorquera que les deux épisodes historiques ne sont pas comparables ; on aurait tort : les événements diffèrent, mais l'idéologie des révolutionnaires de 1789 est la même que celle de 2021. Ce sont deux messianismes révolutionnaires, le premier vise la destruction des provinces au nom de la nation ; le second la destruction des nations sur l'autel de l'euromondialisme.

Dans les deux cas, il s'agit de la guerre que livre le pays légal contre le pays réel, l'homme abstrait contre l'homme enraciné. Alors que la France était menacée par la première coalition, le gouvernement de Salut public proclama des lois d'exception. La tentative de fuite du roi, son arrestation à Varennes, donnèrent prétexte à l'assassinat du roi. La suppression de tous les verrous qui freinent l'exploitation bourgeoise et étatique, déchaîne alors les forces d'exploitation et engendre la nuit sociale du XIXe Siècle. La "liberté" scandée par les révolutionnaires est devenue synonyme d'abolition des corporations, loi Le Chapelier en tête.

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Après avoir détruit les ordres organiques d'Ancien Régime, Robespierre fut renversé. Il avait servi la cause et devait être renversé, car jugé pas assez corrompu par la caste bourgeoise au pouvoir. Quelques jours avant sa destitution, sachant que son heure avait sonné, malade et exténué physiquement, il prononça un superbe discours devant l'assemblée. Au lieu de fuir à l'étranger, il prononça ce discours sachant qu'il serait le dernier. Quelques heures plus tard, la mâchoire défoncée, il avance devant l'échafaud, un cri d'effroi retentit lorsque le bourreau lui arrache le bandage qui maintenait son menton.
Je ne souhaite pas que l'idéologue Macron subisse le même sort car la prise de conscience d'avoir été l'idiot utile du système, pourrait lui prodiguer des remords bien plus acides encore. Il deviendra insupportable de vivre avec un tel poids sur la conscience.

Il comprendra alors pourquoi les intérêts de la classe dominante qui l'a mis au pouvoir préfèrent les modérés et les corrompus. Tel fut le cas des gouvernements qui succédèrent à Robespierre. Le Directoire, puis le Consulat aux mains de la Bourgeoisie industrielle et de la banque d'affaire, savaient que le meilleur moyen d'assurer ses prébendes était de se débarrasser de Robespierre et de faire élire un Bonaparte.
Aujourd'hui, Macron doit satisfaire les prébendes de l'hyperbourgeoisie mondiale, patrons de grandes chaînes de supermarchés, trusts internationaux et grands groupes pharmaceutiques, mais le zèle qu'il manifeste pour accélérer les réformes n'est peut-être pas du goût de tous les oligarques. Il convient de mettre une certaine dose de nation et de patriotisme dans la solution pour la rendre plus comestible.

Il s'agit donc de "déconstuire l'Histoire de France" mais tout en jouant sur la fibre patriotique. Il s'agit d'affirmer que "Napoleon est une part d'entre nous", tout en remplaçant le peuple de France.

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On en vient à se poser la question du soft power de la révolution. A la fin de l'Ancien Régime, l'Angleterre parvint à répandre l'idéologie libérale en Europe, soft power de l'époque visant le hard power de la machine industrielle. L'historien Olivier Blanc a montré dans un livre admirable, Les hommes de Londres, la teneur de l'entrisme britannique pendant la Révolution française. Les agitateurs qui ont financé les "Black Blocks" de l'époque étaient payés par l'Angleterre. Le but était de torpiller la France de l'intérieur.

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Une fois sans rivale sur les mers du monde, la couronne anglaise eut les mains libres pour organiser le servage libéral universel, quitte à abolir l'esclavage, afin de se draper dans les habits blancs de la vertu, tout en s'octroyant l'exclusivité des taxes douanières.
Imagine-t-on que pour en finir avec l'hégémonie française, le Royaume-Uni finança ces groupes contre le royauté française puis toutes les guerres contre Napoléon à hauteur d'une somme équivalente à sept fois la masse monétaire mondiale ? C'est dire l'enjeu que représentait la mise à mort de la France dans la domination du monde. Il en vint ensuite de même avec la Russie qui devint, après la France, le rival principal du Royaume-Uni.

Ce parallèle historique, sans doute incomplet, nous montre cependant qu'une nouvelle idéologie est toujours couplée avec une nouvelle classe d'intérêt. Partout, le dispositif avance masqué d'idées de liberté. Les régimes subversifs que nous avons connus depuis la Révolution sont tous marqués par la propension au dualisme, entre le peuple et l'aristocratie sous Robespierre, entre les communistes et les non-communistes après-guerre, les winners et les losers du libéralisme anglo-saxon, les vaccinés et les non-vaccinés de la pandémie de l'ère globale. C'est l'absence d'autorité monarchiste qui rend caduque toute espèce d'empirisme organisateur. Sans cette autorité, la société organique explose et en temps de crise, le chef d'État se transforme alors en apprenti dictateur. Macron en est l'illustration parfaite.

L'Histoire montre qu'une idéologie qui cherche à calquer le principe monarchique sans en être finit toujours en diarrhée tyrannique. Le désordre qu'il engendre rend le retour à l'ordre militaire. N'oublions pas que c'est le directoire qui mit au pouvoir Bonaparte, au départ un simple général opportuniste. Après la remise à l'ordre, un pouvoir plus consensuel apparaît. Louis XVIII succède à Napoléon déclaré "hors-la-loi" par ceux qui l'avaient mis au pouvoir quelques années plus tôt... On comprend que l'oligarchie n'a pas besoin de roi ou de pouvoir légitime. Il a besoin d'idéologue convaincu pour faire le travail de sape nécessaire à la pagaille puis de retour à l'ordre.

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On notera au passage que le retour de De Gaulle se termine aussi par un désaveu ; son successeur, Pompidou, représente un peu l'équivalent de Louis XVIII, personnage poussif et consensuel. Cette séquence politique débute là encore par un entrisme idéologique dans les consciences, le communisme.

Nous vivons aujourd'hui un autre cycle dominé, lui, par l'idéologie mondialiste et l'illimitation du capital. La crise systémique qu'elle engendre entraînera-t-elle un retour à l'ordre militaire ? Puis le retour à un pouvoir plus apaisé ? Les années 2021 et 2022 ne se gêneront pas pour s'imposer comme réponse radicale.

Frédéric Andreu

contact : fredericandreu@yahoo.fr

Paul Nizan et le caractère technocratique de notre tyrannie bourgeoise

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Paul Nizan et le caractère technocratique de notre tyrannie bourgeoise

par Nicolas Bonnal

Nous sommes dirigés par des bourgeois, nous le savons grâce aux gilets jaunes maintenant. Même volage libertin, le « bourgeois sauvage », comme j’écrivais jadis, type Valls ou Hollande, sera sans pitié pour les questions de pognon et de mondialisation, et il le sera d’autant plus qu’il est préoccupé de questions de migrations, de climat, de régionalisme ultra ou de pollution. Il est humanitaire, donc plus moral que le peuple qu’il exploite et méprise. Soros, Rothschild, Macron, BHL, Pinault, les larbins surpayés de la télé et tutta quo sont des bourgeois qui estiment valoir plus que nous, en termes matériels, mais aussi moraux. Ils s’arrogent donc le droit de nous remplacer. Et ils ont gardé, avec leur modèle anglo-saxon, comme ennemi de  toujours, la Russie, qui, tzariste, communiste ou orthodoxe-démocrate, a le pouvoir de les rendre fous.

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On en reviendra à Paul Nizan que j’ai enfin découvert en relisant les Nouveaux chiens de garde de Serge Halimi. Halimi a très bien décrit la déviance du journaliste de marché dans son livre bourré de notes, mais il a omis de rendre un hommage au livre de Nizan (voyez wikisource), qui est un chef-d’œuvre. 

Le bourgeois exploite certes, et il aime les hommes, mais à distance. C’est pourquoi il n’aime pas son prochain. Le milliardaire américain conchie les déplorables, le milliardaire européen conchie son gilet jaune et le fait coffrer en lançant une énième chasse au terroriste invisible.

Nizan donc :

« Le bourgeois est un homme solitaire. Son univers est un monde abstrait de machineries, de rapports économiques, juridiques et moraux. Il n’a pas de contact avec les objets réels : pas de relations directes avec les hommes. Sa propriété est abstraite. Il est loin des événements. Il est dans son bureau, dans sa chambre, avec la petite troupe des objets de sa consommation : sa femme, son lit, sa table, ses papiers, ses livres. »

5b893c8e2886852d6c97f4f429b556a3.jpgJusque-là on est au dix-neuvième siècle. Après Nizan se montre visionnaire. Le bourgeois-Jules-Verne, coincé dans son avion, son building ou son condominium, voit le monde comme une émission de télé-réalité. Comme dans le sketch des Guignols qui nous montrait un Balladur effrayé de ces gens qu’il voyait des fois à la télé, et qui étaient des Français… Nizan annonce ici Debord et sa société du spectacle, il annonce aussi le monde des écrans où tout est vu à distance :

« Tout ferme bien. Les événements lui parviennent de loin, déformés, rabotés, symbolisés. Il aperçoit seulement des ombres. Il n’est pas en situation de recevoir directement les chocs du monde. Toute sa civilisation est composée d’écrans, d’amortisseurs. D’un entrecroisement de schémas intellectuels. D’un échange de signes. Il vit au milieu des reflets. Toute son économie, toute sa politique aboutissent à l’isoler. » 

Charles Gave rappelait récemment que le bourgeois bobo adore l’humanité mais qu’il déteste les Français. Chez Nizan cela donne déjà ça :

« La société lui apparaît comme un contexte formel de relations unissant des unités humaines uniformes. La Déclaration des Droits de l’Homme est fondée sur cette solitude qu’elle sanctionne. Le bourgeois croit au pouvoir des titres et des mots, et que toute chose appelée à l’existence sera, pourvu qu’elle soit désignée : toute sa pensée est une suite d’incantations. Et en effet pour un homme qui n’éprouve pas effectivement le contact de l’objet, par exemple les malheurs de l’injustice, il suffit de croire que la Justice sera : elle existe déjà pour lui dès qu’il la pense. Il n’y a pas un écart douloureux entre ce qu’il éprouve et ce qu’il pense. »

Le bourgeois est dans l’abstraction. Au dix-neuvième on se fout en Grande-Bretagne de la famine irlandaise (trois millions de morts) mais on veut abolir l’esclavage en Amérique. John Hobson parlait d’inconsistance dans son classique sur l’impérialisme occidental : vers 1900, 90% des sanglantes conquêtes coloniales avaient des alibis humanitaires, comme aujourd’hui.

Nizan encore :

« Car sa vie n’est pas moins abstraite et solitaire que sa pensée. Un abîme ne sépare point son être privé et sa personne morale. Les Droits de l’Homme expriment assez complètement le peu de réalité qu’il possède. Marx a donné des descriptions admirables de cet Homme bourgeois « membre imaginaire d’une souveraineté imaginaire, dépouillé de sa vie réelle et individuelle et rempli d’une généralité irréelle ».

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Le bourgeois crée une série d’êtres abstraits avec le transgenre et le reste, et de problèmes abstraits pour éviter de parler des questions qui fâchent, comme le fait qu’1% des gens détiennent 93% des richesses mondiales (80% selon le Figaro, mais pourquoi chicaner avec la presse-Dassault ?), ou que vingt-sept Français possèdent plus que trente-deux millions... Quand on sait que les premiers aiment les domestiques non déclarés, les éoliennes et les évasions fiscales, sans oublier l’art contemporain le plus putréfié (lisez Tolstoï qui le sentait venir), on comprend mieux nos problèmes, surtout qu’ils contrôlent les médias et ont fait élire leur falote et efféminée marionnette à l’Elysée en profitant de la fin, dangereuse pour eux à long terme, du binôme bouffon droite-gauche.

Puis Nizan décrit comment le bourgeois devient dangereux. La technologie est venue pour servir ses desseins, le cancer technologique dont nous parle Philippe Grasset dans plusieurs livres inspirés.

« Dans son univers où rien n’arrive réellement, il doit avoir, pour continuer à vivre, l’illusion qu’il se passe quelque chose. Mais l’intelligence est justement le seul élément de l’homme qui puisse se développer pour soi. La pauvreté réelle de la vie bourgeoise permit aux jeux de l’esprit une prolifération autonome. L’intelligence bourgeoise se développa comme un cancer.Ce que le bourgeois ne trouvait pas dans la pratique véritable de la vie humaine, il dut le remplacer par quelque chose qui était au dedans de lui, qui lui permettait malgré tout de s’affirmer qu’il vivait. »

On répètera cette phrase apocalyptique : « L’intelligence bourgeoise se développa comme un cancer. » Et cela donne dans les hautes sphères bureaucratiques le besoin de faire envahir l’Europe, de fracasser le monde arabe, de démolir la Chine ou la Russie, et de nous mettre sans rire aux énergies non polluantes tout en prenant l’avion cent fois par an.

Car on se doute que le destin de l’ère bourgeoise n’est pas de finir en despotisme éclairé. Découvrez Paul Nizan en tout cas, le penseur obscur qui a mis le doigt ou cela fait le plus mal : le bourgeois est prétentieux, il se la pète, il est content de lui alors qu’il commet toutes les injustices de la terre, que ce soit aujourd’hui en province, au Yémen, en Grèce ou en Palestine :

« Ne parlent-ils pas de Liberté, de Justice, de Raison, de Communion ? Ne se mettent-ils point sans cesse dans la bouche les mots d’Humanisme et d’Humanité ? Ne savent-ils point que leur mission est d’éclairer et d’aider les hommes ? C’est ainsi qu’ils font la théorie de la pratique bourgeoise, qu’ils font la métaphysique de l’univers auquel le bourgeois tient : le bourgeois fut toujours un homme qui justifiait son jeu temporel par le rappel de sa mission spirituelle. Le bourgeois sait. Ses fonctions économiquement, politiquement dirigeantes exigent d’être complétées et garanties par des fonctions spirituellement dirigeantes. »

Tout cela rappelle l’effarant Maurice Godelier, universitaire-anthropologue-concepteur de la théorie du genre, et qui avoue « être fonctionnaire au service de l’Humanité »…

Nizan sur notre omniprésente racaille philanthrope :

« Le bourgeois est conseiller et il est protecteur. Il incline à la philanthropie. Il fonde des dispensaires. Des crèches. Noblesse obligeait. Bourgeoisie oblige. »

Les sources principales :

Paul Nizan – les chiens de garde (wikisource.org)

Serge Halimi – les nouveaux chiens de garde (raisons d’agir)

Nicolas Bonnal – la culture comme arme de destruction massive, Céline pacifiste enragé (Amazon.fr)

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Guy Debord – Commentaires sur la Société du Spectacle

http://www.bvoltaire.fr/bourgeoisie-barbare-hait-populo-r...

https://www.egaliteetreconciliation.fr/Gouverner-par-le-c...

https://nicolasbonnal.wordpress.com/2018/01/15/tocquevill...

https://www.youtube.com/watch?v=skddjC5j4cc

Natella Speranskaya: L'impossible est toujours possible

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Natella Speranskaya:

L'impossible est toujours possible

Il existe une histoire très inspirante qui remonte à 1958. Le gouvernement japonais a confié à la Japan Railways Company la tâche colossale de relier Tokyo et Osaka de la manière la plus rapide et la plus efficace possible. Les ingénieurs ont travaillé pendant plusieurs mois et ont ainsi conçu un train capable de rouler à 100 kilomètres par heure, ce qui était en soi quelque chose de fantastique (à l'époque). Cependant, la réaction des dirigeants de la société a été totalement inattendue: ils ont demandé aux ingénieurs d'augmenter la vitesse du train à 200 km/h. Les ingénieurs ont été déconcertés et ont dit que c'était impossible. Les dirigeants ont répondu en disant qu'ils étaient prêts à allouer n'importe quel budget. Quelques mois de plus ont passé et... qu'en pensez-vous ? Les ingénieurs ont réussi. Mais comment ont-ils fait ? Pensez-vous qu'ils ont un peu modifié le design original, qu'ils ont fait un lifting, pour ainsi dire ? Pas du tout !

La forme, la largeur et la hauteur des voies ont dû être complètement modifiées, le design habituel du train a dû être radicalement changé, de nouveaux tunnels ont dû être construits pour que le train puisse se déplacer à une vitesse de 200 km/h, et la zone problématique - un terrain vallonné autour du Mont Fuji - a dû être surélevée. En d'autres termes, pour réaliser la tâche "impossible", il fallait TOUT CHANGER ! Les Japonais appellent cette approche "l'effet Shinkansen" (le nom lui-même se traduit du japonais par "nouvelle autoroute"). En pratiquant cette approche, les Japonais ont créé le premier train à très grande vitesse au monde.

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L'effet Shinkansen est également pratiqué dans les affaires et dans d'autres sphères. Par exemple, j'ai développé une telle approche pour résoudre le problème de la crise de l'éducation moderne. Pas de réparations cosmétiques, pas de demi-mesures ni de compromis, mais un changement complet et radical du paradigme éducatif. C'est la même chose : si l'on veut éradiquer le problème de la pauvreté dans le monde entier, il ne suffit pas de le régler à l'échelle locale en faisant bénéficier la population d'un des pays les plus pauvres - il faut changer l'ensemble du système financier.

La célèbre General Electric Company (fondée il y a un siècle et qui n'a toujours pas perdu sa position de leader) a longtemps pratiqué le mode de pensée du Shinkansen. Si vous vous fixez comme objectif d'écrire un livre en deux ans, trouvez un moyen de l'écrire en deux mois. Voilà ce qu'est le Shinkansen. La tâche devrait vous sembler presque impossible. C'est la condition préalable de base.

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Natella Speranskaya: Sur la résolution des problèmes

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Natella Speranskaya:

Sur la résolution des problèmes

Lorsque nous sommes confrontés à des problèmes qui semblent (ou sont réellement) insolubles, il est important que nous nous donnions la possibilité de prendre une distance décente, de nous arrêter un instant et d'essayer de voir dans ces problèmes non seulement des obstacles mais aussi des opportunités. Si nous ne les voyons pas, cela signifie que la pause a été trop courte.

Le mot chinois pour "crise" se compose de deux caractères : l'un signifie "danger" et l'autre "opportunité". Souvent, lorsque nous vivons une crise, nous ne voyons que le danger.

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Lorsque nous essayons de résoudre un problème, nous avons tendance à en chercher la cause. Notre erreur est de chercher une cause unique, alors que le problème peut être le résultat d'une combinaison de causes.

Tous les problèmes ne nous sont pas donnés à résoudre. Certains doivent être traités comme les restes d'une jambe après une amputation. Il existe des problèmes sans solution, et nous ne ferons que perdre du temps à courir après quelque chose qui ne nous fuira pas. Il y a des problèmes qui semblent être des obstacles au début, mais après un certain temps, nous nous rendons compte qu'ils sont un tremplin et que tout ce que nous avons à faire est de nous retourner et de sauter.

Pour sauter, il faut être dans un état de débrouillardise. C'est pour l'acquérir que la pause est nécessaire. Les gestes impulsifs conduisent à des décisions hâtives et erronées. Il est préférable de s'en abstenir.

Mais il ne suffit pas de voir un problème non seulement comme un obstacle, mais aussi comme une opportunité. Il faut saisir l'occasion. Si cela ne se produit pas, l'ampleur du problème ne fera qu'augmenter.

La première chose qu'une personne fait lorsqu'elle est confrontée à un gros problème est de demander de l'aide aux autres. Vous devez être prêt à accepter le fait que les autres ne s'intéressent qu'à leurs propres problèmes et que si vos problèmes rendent les leurs encore plus divers et plus difficiles, non seulement vous vous retrouverez avec votre problème non résolu, mais vous vous sentirez déçu et anéanti. Il est donc préférable de commencer par l'attitude suivante : je ne peux compter que sur moi-même. Bien sûr, il y a des exceptions, mais dans une société atomisée et dominée par l'égoïsme et l'étroitesse d'esprit, il vaut mieux ne pas se fier aux exceptions.

La pause que vous prenez pour considérer le problème comme une opportunité ne doit pas être empreinte d'auto-mutilation débilitante. Vous devez soustraire toutes les réactions émotionnelles, vous assurer que le fait de penser au problème ne provoque aucun mouvement intérieur. Chacun atteint cet état à sa manière. Pendant que vos émotions font rage en vous, concentrez-vous uniquement sur les conséquences destructrices du problème. L'expérience montre qu'il est préférable de réduire vos contacts avec les gens pendant cette période, en particulier ceux qui vous ont directement ou indirectement mis dans cet état. Vous ne devez pas les avoir dans votre espace extérieur ou intérieur.

Quelle que soit la décision que vous prenez, elle doit être testée par la question suivante: vous rapproche-t-elle d'une nouvelle opportunité ?

Source : https://vk.com/id41891375 

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vendredi, 23 juillet 2021

L'Iran contraint de torpiller la construction turco-britannico-israélienne dans le Caucase du Sud

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L'Iran contraint de torpiller la construction turco-britannico-israélienne dans le Caucase du Sud

Ismail Shabanov

Ex: https://www.geopolitica.ru/article/iran-vynuzhden-torpedirovat-turecko-britansko-izrailskuyu-konstrukciyu-na-yuzhnom-kavkaze

Les Iraniens voient actuellement se profiler des menaces concrètes pour leurs intérêts nationaux. Le désir de la Turquie de placer trois pays de la région sous son contrôle est lourd de conséquences pour l'Iran. Cette manoeuvre turque est fortement déguisée en "coopération", mais les Iraniens savent comment les choses se passeront à l'avenir. Ils se préparent à leur tour à affronter différents scénarios potentiels. Dans le même temps, l'Iran souhaite établir de bonnes relations avec tous les pays de la Transcaucasie, y compris l'Azerbaïdjan et la Géorgie. Mais étant donné que pendant toutes ces années, l'Azerbaïdjan a mené une politique de double jeu vis-à-vis de l'Iran, étant sous l'influence indéniable d'Israël, de la Turquie et du Royaume-Uni, il est stratégiquement important pour les Iraniens d'avoir de bonnes et étroites relations avec l'Arménie. Et si la Turquie, ainsi que l'Azerbaïdjan, sont déjà impatients de pénétrer dans des zones stratégiques de l'État arménien, l'Iran a tout intérêt à prendre de l'avance. L'Iran est l'État qui peut changer l'équilibre dans la région. Le rôle de l'Arménie dans ce domaine pourrait ne pas être négligeable.

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Les huit dernières années du gouvernement d'Hassan Rouhani ont laissé l'Iran avec des pertes de position importantes dans le Caucase du Sud. Les Iraniens, sous la direction du nouveau président Ibrahim Raisi, sont certains de rectifier la situation.

La République d'Arménie est un pays où il n'y a pas de sentiment anti-iranien, et où il n'a pas été imposé, comme en Azerbaïdjan. Alors qu'en Azerbaïdjan, ce sentiment, hostile à Téhéran, se situait au niveau d'une politique d'État quelque peu tenue secrète; en Arménie, sous tous les chefs d'État, les relations avec l'Iran ont été entretenues avec soin. Les forces politiques arméniennes, tant pro-occidentales que pro-russes, ont une attitude plus que positive envers l'Iran. Chacun en Arménie comprend l'importance stratégique de relations amicales avec l'Iran. En Azerbaïdjan, c'est le contraire. L'Azerbaïdjan ne sera jamais autorisé à se rapprocher de l'Iran au point que les Iraniens puissent influencer la politique intérieure du pays. La nature même de l'Azerbaïdjan actuel est exactement la même. En fait, cette république a été créée pour consolider un projet anti-iranien. 

C'est donc, à notre avis, cette orientation vitale vers l'Iran que l'Arménie devra protéger de tout torpillage. Et cette direction ne manquera pas d'être mise sous pression, étant donné qu'elle est l'une des artères les plus importantes soutenant le statut d'État et la souveraineté de l'Arménie. L'Occident collectif a simplement besoin de créer un front anti-iranien monolithique dans le Caucase du Sud. Toutefois, il faut comprendre que l'intérêt de l'Iran pour la survie et le renforcement de l'Arménie est conditionné par des questions de sécurité stratégique.

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Pour approfondir le thème du renforcement des relations entre l'Arménie et l'Iran, que nous avons déjà abordé, il convient également de noter l'intérêt qu'a l'Iran à tendre la main à la Géorgie par l'intermédiaire de l'Arménie. Personne n'a jamais annulé l'intérêt que cultive l'Iran pour l'accès à la mer Noire. Et naturellement, l'Iran construira ce corridor à travers le territoire de l'Arménie. Et il ne s'agit pas seulement de savoir quelle route est la moins chère, mais l'Iran est naturellement intéressé par cette route qui passe par l'Arménie, car c'est, pour lui, une route alternative.

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La voie ferrée nord-sud qui traverse la région de Talysh en Iran et en Azerbaïdjan aura sa propre utilité. Certaines forces en coulisse ont tenté de torpiller cette voie, en essayant d'entraver par tous les moyens le rapprochement des échanges entre la Russie et l'Iran. En outre, la question se pose de savoir pourquoi se rendre en Iran en faisant un détour par toute la zone frontalière entre l'Azerbaïdjan et l'Iran, en passant par l'Arménie et le Nakhitchevan Julfa, s'il existe une voie ferrée menant directement à Astara en Iran ? En outre, on ne sait toujours pas comment et quand la question du corridor traversant l'Arménie vers la Turquie sera résolue.

Quant à la sortie vers la Géorgie via l'Arménie, il s'agit déjà d'une autre route, qui ne dépend ni de la Turquie ni de l'Azerbaïdjan. Le renforcement des liens avec l'Iran est également nécessaire pour que la Géorgie puisse équilibrer l'influence turque à long terme. La branche iranienne via l'Arménie et la Géorgie vers la mer Noire et plus loin vers l'Europe peut également devenir un débouché alternatif vers la Russie, et en particulier vers le Caucase du Nord.

L'Arménie, pour sa part, est extrêmement intéressée par ces constructions régionales, lorsqu'elle devient un pays clé alternatif pour l'Iran (et pas seulement) pour atteindre l'Europe et la Russie. Une route reliant la mer Noire au golfe Persique et à l'océan Indien serait d'une grande importance pour l'Iran, l'Arménie et la Géorgie. 

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Le principal problème de l'Arménie est sa position géographique. Elle n'a donc pas d'accès à la mer, ce qui réduit considérablement son statut d'acteur et ses possibilités commerciales et économiques. L'accès de l'Iran à la mer Noire via la Géorgie contribuerait à accroître le chiffre d'affaires commercial de l'Arménie, en diversifiant sa dépendance éventuelle à l'égard des marchandises turques. L'Arménie doit donc disposer des infrastructures appropriées pour le transit des marchandises.

En raison de l'histoire et de la géographie, l'Iran est actuellement entouré de pays où le facteur britannique est fort - Turquie, Azerbaïdjan, Kazakhstan et Pakistan. La précédente administration iranienne a activement flirté avec les Britanniques, sapant ainsi la ligne conservatrice et trahissant les idéaux de la révolution islamique en échangeant la souveraineté du pays contre des primes personnelles.

La question du "brûlage" de la ligne britannique est une priorité pour les conservateurs iraniens, pour le nouveau gouvernement. La Turquie ayant toujours fait office de bélier pour les élites britanniques, la pression sur les intérêts iraniens dans la région a donc été exercée par son intermédiaire. Dans ce cas, nous faisons référence au projet du "Grand Turan", par lequel non seulement l'Iran, mais aussi la Russie sont marginalisés en tant qu'acteur régional.

Il convient de noter que l'affaiblissement des réseaux régionaux britanniques résultera principalement de la rupture de la construction du panturquisme directement sur le territoire iranien et de la punition de toutes les personnes qui ont travaillé directement pour la Grande-Bretagne au sein du système iranien. Cela entraînera une pression de l'extérieur, notamment selon des critères ethniques, mais elle sera de courte durée. Selon les experts iraniens, le système énergétique iranien a besoin d'un nettoyage total et d'une remise à zéro, ce qui devrait se produire sous la nouvelle administration d'Ibrahim Raisi.

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La mer Caspienne joue également un rôle important pour l'Iran, tant en termes de sécurité que d'économie - il s'agit d'une liaison maritime directe, principalement vers la Russie. C'est pourquoi les cinq États riverains de la mer Caspienne ont signé la convention sur le statut de la mer Caspienne, afin d'empêcher les acteurs extérieurs de pénétrer dans ces eaux. Ankara poussant activement ses intérêts vers l'est, en Asie centrale, la question de la sécurité se pose à nouveau. 

Il ne faut pas oublier que la Turquie est membre de l'OTAN et que l'apparition de toute unité militaire turque dans les zones côtières de la Caspienne menace directement la sécurité de la Russie et de l'Iran. La Turquie tente actuellement de négocier avec le Turkménistan, par l'intermédiaire de l'Azerbaïdjan, la construction d'un gazoduc sur le lit de la mer Caspienne, qui pourrait transiter par l'Azerbaïdjan jusqu'en Turquie, ce qui renforcerait le statut de plaque tournante énergétique de la Turquie (Turkish Stream, TAP, TANAP).

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En cas d'accord, la partie turque pourrait soulever la question de la protection du champ ou de la sécurité elle-même pendant la construction de l'oléoduc, ou commencer à mener des exercices conjoints avec le MES azerbaïdjanais sur la protection des mêmes plateformes pétrolières en cas d'attaques terroristes, ce qui implique de pratiquer des efforts conjoints.

Pour l'Iran, il y a aussi le problème du facteur israélien dans les pays voisins ou régionaux. De plus, la situation montre que les Israéliens travaillent de concert avec les Britanniques. Par exemple, Israël achète beaucoup aux Kazakhs, jusqu'à 25 % des importations totales en 2009 (un chiffre qui ne cesse de circuler dans les narrations et les informations israéliennes), et est le cinquième partenaire commercial du Kazakhstan; le commerce entre les pays se développe activement. Même le scandale des armes, lorsque le Kazakhstan s'est vu vendre de grandes quantités d'armes de qualité inférieure et défectueuses, n'a pas compliqué les relations.

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Israël entretient une relation particulière avec l'Azerbaïdjan, voisin du Kazakhstan de l'autre côté de la mer Caspienne. Outre 40% des importations de pétrole azéri, Israël vend aussi activement ses armes à Bakou, notamment ces mêmes drones (autour desquels un scandale a également éclaté, mais il n'a pas été médiatisé par les médias azéris). Mais Israël, tout d'abord, mise sur l'Azerbaïdjan, et en parle ouvertement, pour en faire une plateforme anti-iranienne. Le panturquisme, en tant que projet anti-russe et anti-iranien, est absolument en phase avec les intérêts d'Israël dans la région. En outre, Israël renforce sa position dans les pays du Turan - Turquie, Azerbaïdjan et Kazakhstan, qui pourraient à l'avenir constituer un itinéraire pour le projet de la Grande route de la soie. Israël disposait autrefois d'une base de drones en Azerbaïdjan pour recueillir des informations sur le territoire iranien. 

Israël tente donc de faire d'une pierre deux coups : seller la route commerciale, qui pourrait devenir très lucrative à long terme, et pénétrer dans le ventre de l'Iran en affaiblissant la position de son périmètre.

Les États-Unis ont toujours été le principal soutien d'Israël, assurant sa sécurité financière et militaire. Cependant, un fossé s'est récemment creusé entre les élites juives américaines et Israël lui-même en raison d'idéologies et de visions différentes des projets dans la région du Moyen-Orient. La scission était déjà évidente sous le président américain Barack Obama, lorsque l'idée de mettre un terme au projet israélien a commencé à apparaître dans les cercles d'experts, alors que les cercles juifs libéraux américains tentaient d'attirer l'Iran pour le détruire de l'intérieur. Les manifestations qui ont eu lieu en Iran en 2009 ont coïncidé avec l'élection de Barack Obama à la présidence. Dès lors, une promotion active des valeurs libérales en Iran a commencé à ce moment-là, ce qui a finalement conduit à la victoire du réformateur Hassan Rouhani en 2013.

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Le système et la société iraniens ont subi d'importants changements au cours des deux mandats du président, mais la société iranienne a conservé sa foi dans les idéaux de la révolution islamique. Quelle ironie ! Après le départ des démocrates (libéraux) des postes de direction, le républicain Donald Trump est arrivé au pouvoir et s'est opposé aux réformateurs iraniens. Aujourd'hui, la situation a changé, avec l'arrivée des conservateurs au pouvoir en Iran et le retour des démocrates au pouvoir aux États-Unis, qui se concentrent toujours sur le démantèlement d'Israël.

La situation est telle que les États-Unis desserrent indirectement les mains de l'Iran sur la question d'Israël. De plus, Washington a déjà ouvertement déclaré qu'il n'aiderait pas Israël en cas de guerre. Sans soutien extérieur, le projet (et c'est précisément le projet !) d'Israël sera arrêté ; ce n'est qu'une question de temps.

Le démantèlement du soutien à Israël ne signifie pas la destruction physique, mais simplement la désintégration de l'État en tant que système, avec toutes ses conséquences. Mais il y aura inévitablement un exode de la population vers l'étranger en cas de menace critique, lorsque l'État sera incapable de remplir un certain nombre de ses fonctions.

Naturellement, la question se pose: où déménager ? Les élites juives ont toujours existé sous la forme d'élites en réseau (la diaspora), mais les personnes qui ne veulent pas la fermeture du projet Israël souhaitent aujourd'hui le transférer sur un autre territoire.

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Et il y a un tel territoire. Depuis un certain temps, les "têtes parlantes" - experts, analystes, etc. - développent et promeuvent activement l'idée d'une proximité ethnique entre les peuples azerbaïdjanais et juif par le biais des Khazar-Türk nomades, qui se sont convertis au judaïsme (il est intéressant de noter qu'à une époque, Israël a également développé activement l'idée de liens ethniques avec les Tchétchènes), affirmant que les peuples frères liés par des traditions séculaires, les Azerbaïdjanais et le multiculturalisme sont identiques, et ainsi de suite, dans le cadre d'une propagande visant à donner une image positive d'Israël et de ses intérêts dans la région. Il convient de rappeler que ces communautés, parmi lesquelles se trouvent des descendants des Kohen et des Lévites, sont considérées comme de véritables Juifs. Ils n'existent pas en Azerbaïdjan.

Si vous regardez la prétendue carte de la Khazaria, le territoire de l'Azerbaïdjan n'en occupe qu'une petite partie, la majeure partie du Kaganat couvrait le Caucase du Nord, la région de la Volga, la Crimée, une partie de l'Ukraine, une partie du Kazakhstan. Pourquoi l'Azerbaïdjan ?

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Parce que l'Azerbaïdjan se trouve au carrefour des routes, qu'il est le point clé des projets de la route Nord-Sud et de la Grande route de la soie, qu'il a accès à la mer Caspienne, qu'il a des frontières avec l'Iran et la Russie, qu'il bénéficie des meilleures conditions climatiques et qu'il est l'État le plus fort du Caucase du Sud.

Mais même si le projet "Khazaria" peut fonctionner malgré l'opposition de la Russie et de l'Iran, pour une réinstallation complète des Israéliens, même en quelques vagues, des conditions préalables sont nécessaires, notamment le désir de la plupart des Azerbaïdjanais de participer à un tel projet. Et cela est impossible sans créer de l'instabilité et briser les structures étatiques du pays. Pour ce faire, il faudrait créer en Azerbaïdjan une situation proche de la défragmentation ou de la fédéralisation, ce qui nécessiterait l'implication de forces radicales extérieures au pays.

Un tel projet est difficile à mettre en œuvre, mais très efficace du point de vue des élites juives à la sortie, ce qui leur permettra de contrôler les flux financiers et commerciaux dans un climat agréable.

Compte tenu de tout ce qui précède, et après avoir sondé l'humeur des politiciens et des experts iraniens, on peut conclure que l'Iran, sous le nouveau gouvernement, remodèlera sa politique dans la région et que les coûts passeront au second plan. C'est une question de sécurité stratégique. Et toute connivence est porteuse de plus grandes pertes. Un équilibre doit être rétabli dans le Caucase du Sud, et il est indéniable qu'il est rompu. L'Iran est simplement contraint de renforcer sa position en Arménie et en Géorgie, ainsi que de rétablir sa position en Azerbaïdjan, et il est probable qu'il agisse ainsi comme un destructeur de la construction turco-britannico-israélienne. Et il est probable que la Russie soutienne cette politique iranienne afin de rééquilibrer le pouvoir dans la région, ou qu'elle reste simplement à l'écart. Sous le nouveau président iranien, les relations bilatérales devraient s'intensifier rapidement. On en voit déjà certains signes, notamment le soutien russe à l'Iran sur la scène internationale. 

Entre affirmations souveraines et négations radicales, une critique du libéralisme (Donoso Cortés)

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Entre affirmations souveraines et négations radicales, une critique du libéralisme (Donoso Cortés)

 
Dans cette nouvelle vidéo, nous nous pencherons sur la figure méconnue de Juan Donoso Cortés, l'un des trois grands penseurs de la fameuse triade contre-révolutionnaire, avec Joseph de Maistre et Louis de Bonald. Précurseur de la pensée de Carl Schmitt, Donoso Cortés a offert un aperçu original de la philosophie libérale en montrant que cette dernière ne vit que par et pour la discussion sans fin. Or, la nature "discutante" du libéralisme l'empêche justement, selon Donoso, d'apporter un fondement solide à la société et fait qu'elle empêche toute décision politique au sens propre.
 
 
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Musiques utilisées dans la vidéo :
- Isaac Albeniz : Asturias (New Philharmonia Orchestra, Rafael Frühbeck de Burgos)
- Agustín Barrios : La Catedral (par Ana Vidovic)
- Fernando Sor : Study No. 5 in B Minor (par Taso Comanescu)
- Hans Pfitzner : Palestrina, Prélude à l’acte I (Berliner Philharmoniker, Ferdinand Leitner)
 

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Le paradigme monopolaire dans un monde polycentrique

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Le paradigme monopolaire dans un monde polycentrique

par Yevgeny Vertlieb

Recension de la monographie de Leonid V. Savin Ordo Pluriversalis : the Revival of a Multi-polar World Order.

Alexandre Douguine, penseur et leader bien connu du mouvement international eurasien, est convaincu que le meilleur des systèmes est un ordre mondial multipolaire qui remplacerait à terme l'ordre "unipolaire " (1). La défense d'un modèle d'ordre mondial multipolaire est le leitmotiv de la monographie, que nous analysons ici, et qui émane du politologue L.V. Savin (2). Le livre a été écrit et publié à l'occasion du 100ème anniversaire de la publication de l'ouvrage du prince N. S. Trubetskoï "L'Europe et l'humanité" - le premier, selon Douguine, qui constitua un véritable texte eurasiste, une théorie structurée de l'eurasisme de première mouture, composé "pour vaincre l'Occident de l'intérieur". La publication d'information et d'analyse Geopolitika, dirigée par Leonid Savin, a été amenée, en raison de sa farouche position orthodoxe et pro-eurasienne, à être considérée par le département d'État américain comme l'un des piliers de "l'écosystème de la propagande et de la désinformation russes". Le comité de rédaction de ce think tank russe, quant à lui, considère les sanctions américaines comme punitives - "faisant partie d'une répression soutenue dirigée contre les sources d'information alternatives qui n'acceptent pas l'ordre du jour néolibéral, celui d'un monde unipolaire".

L'analyste du système qu'est Leonid Savin mène tambour battant un "brainstorming" pour identifier les dispositifs des systèmes adverses et développer des règles et des mécanismes pour l'établissement et le fonctionnement d'une sécurité globale pour tous. L'argument est que le vieux modèle de "la bonne démocratie contre le mauvais autoritarisme" ne fonctionne plus; que des alternatives aux modèles et aux dogmes dépassés sont nécessaires; que le courant occidental du néolibéralisme-mondialisme cède la place à un monde multipolaire dominé par des valeurs conservatrices. Le changement devient le déclencheur de la dé-modernisation et annonce la réadaptation des modèles et des schémas antérieurs qui avaient régi relations internationales.

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Cette expertise par Savine de la multipolarité est désormais le thésaurus d'une approche non occidentale déterminée par une perspective multivariée sur l'ordre mondial.

Cette monographie repense les fondements de l'État pour y inclure la religion, l'économie, les visions du monde propres aux peuples réels, les attitudes à l'égard du temps et de l'espace, les thèmes de la sécurité et de la souveraineté, le nationalisme et les civilisations. Cette exploration à plusieurs niveaux de la structure polycentrique du système politique mondial s'appuie sur une abondance de faits illustratifs et contient des conclusions existentielles-substantielles originales.

L'équilibre des forces est une loi de la politique et une condition de la non-guerre. Le trouble bipolaire est un malaise bloquant de la politique et une aggravation des contradictions de la société. L'équilibre des pôles mutuellement opposés a pris fin avec l'effondrement de l'URSS. Pour la sécurité mondiale, une telle rupture dans le système bien rodé d'extinction des conflits en résonance est comparable au cataclysme naturel de la croûte terrestre lorsque les plaques tectoniques nord-américaine et eurasienne ont divergé et que des failles géantes sont apparues - le danger des conséquences du déséquilibre de la parité des pouvoirs : la tentation d'une frappe impunie contre l'ennemi ontologique. Et le pathos du discours de Winston Churchill à Fulton en 1946 confirme cet axiome : "L'ancienne doctrine de l'équilibre des forces est désormais inadaptée. Nous ne pouvons pas nous permettre - autant que faire se peut - d'agir à partir d'une position de faible prépondérance, qui introduit une tentation d'engager une épreuve de force". D'où : même une petite prépondérance de forces stratégiques provoque l'expansion.

Le "moment unipolaire" de l'ordre mondial centré sur les États-Unis a duré de la fin 1991 (année de l'effondrement de l'URSS) au 15 septembre 2008 (avec l'effondrement de Lehman Brothers). Les États-Unis sont toujours une superpuissance. Mais ne sont plus un tuteur mondial: ils sont un centre de gravité, un médiateur. Les universitaires J. Nye et R. Keohane estiment qu'en tant que régulateur mondial, un seul État fort ayant le pouvoir d'approuver les règles de base régissant les relations interétatiques et la volonté de le faire est suffisant. Un centre de pouvoir parallèle et émergent revendique de manière hégémonique sa ceinture chinoise mondiale. À court terme, cependant, il n'y aura pas d'"ère à deux pôles".

Le "soft power" de la Chine obtient ce qu'il veut. La Chine a utilisé avec succès la mondialisation pour mener à bien la modernisation sans occidentalisation. Elle s'obstine à former ses propres espaces géopolitiques (SCO, BRICS) et géoéconomiques (zones de libre-échange). Avec son ambitieux projet "One Belt, One Road", elle fait d'une pierre trois coups : 1) elle empêche le pays de tomber dans le "gouffre d'un ralentissement économique imminent", 2) elle construit et protège ses infrastructures avec des bases militaires, et 3) elle attire les pays en développement dans l'orbite des plans stratégiques chinois. Leurs stratèges archaïques parlent de domination économique, culturelle et militaire sur les autres pays et d'un "ordre international fondé sur un système unipolaire" dans lequel la Chine fixe seule les règles. Ils n'ont certainement pas oublié les trois siècles de confrontation géopolitique avec la Russie. Après le conflit de Daman en 1969, les Chinois se sont jusqu'à présent contentés d'un "voisinage harmonieux" avec la Russie, considérée comme "l'arrière" de la géopolitique chinoise. Mais ils ont aussi la géostratégie du fouet à revendre : l'établissement d'une alliance temporaire avec un pays lointain pour vaincre un ennemi voisin. Pékin est capable de tirer un maximum de dividendes - même de l'effondrement de la bipolarité USA-URSS.

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Dans un monde en mutation, l'azimut de la confrontation géopolitique n'est plus Ouest-Est, mais les conglomérats rivaux : l'Union européenne, la zone de libre-échange nord-américaine (ALENA), la zone de la "grande économie chinoise", le Japon et le groupe des pays de l'ANASE. Le monde est consolidé institutionnellement par paires (OTAN-ODCB, G7-SCO, UE-CIS) (3). Un ordre mondial trop interdépendant (aux États-Unis, par exemple, les produits pharmaceutiques de la Chine) est marqué par la prudence puisqu'il faut adhérer au "consensus de légitimité, de souveraineté et de gouvernance".

Mais dans l'actuelle "tripolarité" conflictuelle, il est difficile de parvenir à une harmonie dans les relations internationales. Le modèle multipolaire est né avec la consolidation de la géopolitique comme stratégie visant la sécurité et la justice dans les affaires internationales depuis le Congrès de Vienne en 1815. La multipolarité correspond à la géostratégie actuelle de la Russie, qui consiste à "équilibrer l'équidistance" (ou généraliser le principe d'"équidistance").

Le livre de Leonid Savine établit une méthodologie permettant d'évaluer la multipolarité de retour: c'est un concentré de propédeutique (le commencement des commencements), d'anamnèse (repérer ce qui a précédé), de diagnostic (ce qui est) et de prédiction (ce qui sera) de l'état transitoire actuel où l'ordre mondial est en phase de reformatage. Le concept de culture stratégique (4) est considéré comme un élément d'identification spécial, important pour l'État.

Dans une confrontation multipolaire "tout contre tout", une connaissance inexacte de l'ennemi est dangereuse pour un état-major militaire. Cette vulnérabilité a coûté à Joachim von Ribbentrop la potence et à Adolf Hitler sa défaite dans la guerre. Il est utile pour les développeurs des systèmes qui gèreront les nouvelles relations internationales et la politique globale de se familiariser avec les concepts avancés par Leonid Savine: la théorie du néo-pluralisme, la synthèse de la politique esthétique et de la quatrième théorie politique. La théorie de la politique durable de notre auteur repose sur une pensée holistique conservatrice; elle est particulièrement attrayante pour les personnes orientées "extra-libérales". Le rejet du libéralisme radical, qui caractérise les sociaux-démocrates européens ainsi que les républicains de droite du type gaulliste-adenauérien, pourrait constituer la base d'un rapprochement entre les partisans d'un équilibre durable dans la communauté mondiale. La Russie, dans une situation d'agitation anarchique au siècle dernier, a changé le paradigme de l'orientation spirituelle et civique de la société - vers un libéralisme modéré. "Seule l'énergie du conservatisme raisonnable et libéral, écrivait le savant et homme politique russe B. N. Tchicherine, peut sauver la société d'une vacillation sans fin".

Dans le livre de Leonid Savine, l'abondance des méthodes scientifiques proposées pour décrire un nouveau type d'ordre mondial est frappante: système de systèmes, néofonctionnalisme, systèmes adaptatifs complexes, relationnisme, multiplexité, polylogue, systase et synérèse.

Les zones aveugles de la pensée postmoderne, où l'homme est désorienté dans un "tunnel", deviennent "visibles" grâce aux centres d'intérêt de Savine. Qui repousse les limites de la connaissance de l'homme et du monde. Cette familiarisation avec la vision eurasienne-conservatrice de la polycentricité aidera les analystes de systèmes à développer des stratégies optimales en politique étrangère et une approche multipolaire-polycentrique-pluriverse dans les sciences politiques, des innovations très nécessaires pour le système de sécurité mondial à une époque de turbulences géopolitiques. Le potentiel de conflit dans la multipolarité dépend du résultat de l'intégration stratégique de ses composantes, sous le parapluie unique d'une puissance forte en tant qu'arbitre mondial des différends. Cette approche est proche des idées de Carl Schmitt, Richard Rosencrantz, et Alexander Douguine.

Notes:

(1) Unipolaire et monopolaire sont synonymes. En anglais, "unipolar" ou "monopolar". En traduction anglaise, nous utiliserons "monopolar".  

(2) Ordo Pluriversalis : la renaissance d'un ordre mondial multipolaire. Maison d'édition Oxygen, Moscou, 2020. Traduction anglaise publiée sous le titre Ordo Pluriversalis : The End of Pax Americana and the Rise of Multipolarity. Black House Publishing Ltd, Londres, 2020.

(3) OTAN : Organisation du traité de l'Atlantique Nord ; OTSC : Organisation du traité de sécurité collective ; G-7 : Groupe des sept ; OCS : Organisation de coopération de Shanghai ; UE : Union européenne ; CEI : Communauté des États indépendants.

(4) Il est intéressant de noter que l'auteur a fait une lecture aux diplomates et aux militaires au George C. Centre européen Marshall, Allemagne, son cours spécial "L'esprit russe". Pendant le cours, une grande attention a été accordée à "l'importance stratégique de la culture".

Publié dans Global Security and Intelligence Studies - Volume 6, Number 1 - Spring / Summer 2021.

La Russie et l’Allemagne gagnent la partie au sujet du Nord Stream 2

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La Russie et l’Allemagne gagnent la partie au sujet du Nord Stream 2

Par Moon of Alabama & https://lesakerfrancophone.fr/la-russie-et-lallemagne-gagnent-la-partie-au-sujet-du-nord-stream-2

La guerre de sanctions que les États-Unis ont menée contre l’Allemagne et la Russie au sujet du gazoduc Nord Stream 2 s’est terminée par la défaite totale des États-Unis.

La tentative américaine de bloquer ce gazoduc s’inscrivait dans le cadre de la campagne anti-russe massive menée au cours des cinq dernières années. Mais elle était fondée sur une fausse hypothèse. Le gazoduc n’est pas tant à l’avantage de la Russie, il est par contre important pour l’Allemagne, comme je l’ai décrit dans un précédent article :

Ce n'est pas la Russie qui a besoin du gazoduc. Elle peut gagner autant en vendant 
son gaz à la Chine qu'en le vendant à l'Europe. ...

C'est l'Allemagne, la puissance économique de l'UE, qui a besoin du gazoduc et

du gaz qui y circule. En raison de la politique énergétique malavisée de la
chancelière Merkel - elle a mis fin à l'énergie nucléaire en Allemagne après
qu'un tsunami au Japon a détruit trois réacteurs mal placés - l'Allemagne a un
besoin urgent de gaz pour éviter que les prix déjà élevés de son électricité
n'augmentent encore. Le fait que le nouveau gazoduc contourne les anciens qui passent par l'Ukraine
profite également à l'Allemagne, et non à la Russie. L'infrastructure des
gazoducs en Ukraine est ancienne et en voie de délabrement. L'Ukraine n'a pas
d'argent pour la renouveler. Politiquement, elle est sous l'influence des États-Unis.
Elle pourrait utiliser son contrôle sur le flux d'énergie vers l'UE pour faire du
chantage. (Elle a déjà essayé une fois.) Le nouveau gazoduc, posé au fond de la
mer Baltique, ne nécessite aucun paiement pour traverser les terres ukrainiennes
et est à l'abri de toute influence malveillante potentielle.

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Peut-être que la chancelière Merkel, lors de sa récente visite à Washington DC, a finalement réussi à expliquer cela à l’administration Biden. Mais il est plus probable qu’elle ait simplement dit aux États-Unis d’aller se faire voir. Quoi qu’il en soit, le résultat est là. Comme le rapporte aujourd’hui le Wall Street Journal :

Les États-Unis et l'Allemagne ont conclu un accord permettant l'achèvement du 
gazoduc Nord Stream 2, selon des responsables des deux pays. Dans le cadre de cet accord en quatre points, l'Allemagne et les États-Unis
investiront 50 millions de dollars dans des infrastructures ukrainiennes de
technologie verte, dans les énergies renouvelables et les industries connexes.
L'Allemagne soutiendra également les discussions sur l'énergie dans le cadre
de l'Initiative des trois mers, un forum diplomatique réunissant l'Europe centrale.
[Volontée polonaise, NdSF] Berlin et Washington s'efforceront également de faire en sorte que l'Ukraine
continue de percevoir les quelque 3 milliards de dollars de droits de transit
annuels que la Russie verse dans le cadre de l'accord actuel avec Kiev, qui
dure jusqu'en 2024. Les responsables n'ont pas expliqué comment s'assurer que
la Russie continue à effectuer ces paiements. Les États-Unis conserveraient également la prérogative de lever des sanctions
futures sur les gazoducs, dans le cas d'actions considérées comme représentant
une coercition énergétique de la part de la Russie, ont déclaré des responsables
à Washington.

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L’Allemagne va donc dépenser de la menue monnaie pour racheter, avec les États-Unis, quelques entreprises ukrainiennes actives dans le domaine de l’énergie solaire ou éolienne. Elle « soutiendra » certaines discussions non pertinentes en payant peut-être le café. Elle promet également d’essayer quelque chose qu’elle n’a aucune chance de réussir.

Tout cela n’est que de la poudre aux yeux. Les États-Unis ont vraiment abandonné, sans rien recevoir en échange pour eux-mêmes ou pour leur régime client en Ukraine.

Le lobby ukrainien au Congrès sera très mécontent de cet accord. L’administration Biden espère éviter un tollé à ce sujet. Hier, Politico a rapporté que l’administration Biden avait préventivement demandé à l’Ukraine de ne plus parler de cette affaire :

Au milieu de négociations tendues avec Berlin au sujet d'un gazoduc controversé 
reliant la Russie à l'Allemagne, l'administration Biden demande à un pays ami de
taire son opposition véhémente. Et l'Ukraine n'est pas contente. Les responsables américains ont fait savoir qu'ils avaient renoncé à stopper le
projet, connu sous le nom de gazoduc Nord Stream 2, et qu'ils s'efforcent désormais
de limiter les dégâts en concluant un grand accord avec l'Allemagne. Dans le même temps, les responsables de l'administration ont discrètement exhorté
leurs homologues ukrainiens à ne pas critiquer le futur accord avec l'Allemagne
concernant le gazoduc, selon quatre personnes ayant eu connaissance de ces conversations. Les responsables américains ont indiqué que le fait de s'opposer publiquement à l'accord
à venir pourrait nuire aux relations bilatérales entre Washington et Kiev, ont précisé

ces sources. Les responsables ont également exhorté les Ukrainiens à ne pas discuter
des plans potentiels des États-Unis et de l'Allemagne avec le Congrès.

Si Trump avait passé un tel accord, la présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, aurait demandé un autre impeachment.

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Le président ukrainien Zelensky est furieux de cet accord et de s’être fait dire de se taire. Mais il ne peut guère faire autrement que d’accepter le prix de consolation que l’administration Biden lui a proposé :

La pression exercée par les responsables américains sur les responsables ukrainiens 
pour qu'ils ne critiquent pas l'accord final conclu par les Américains et les Allemands,
quel qu'il soit, se heurtera à une résistance importante. Une source proche du président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a déclaré que la position
de Kiev est que les sanctions américaines pourraient encore empêcher l'achèvement
du projet, si seulement l'administration Biden avait la volonté de les utiliser aux
stades de la construction et de la certification. Cette personne a déclaré que Kiev
reste farouchement opposée au projet. Entre-temps, l'administration Biden a donné à M. Zelensky une date pour une
réunion à la Maison Blanche avec le président, plus tard cet été, selon un haut
fonctionnaire de l'administration.

Nord Stream 2 est prêt à 96 %. Les essais commenceront en août ou septembre et, dès la fin de l’année, il devrait livrer du gaz à l’Europe occidentale.

Les discussions sur la construction d’un Nord Stream 3 devraient bientôt commencer.

Moon of Alabama

Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone

La guerre culturelle en Europe : l’intention libérale devient illibérale

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La guerre culturelle en Europe: l’intention libérale devient illibérale

Le point évident sur lequel Bruxelles ferme les yeux est qu’il n’existe aucun mandat populaire pour annuler la culture européenne établie de longue date.

Par Alastair Crooke

Source: Strategic Culture & https://lesakerfrancophone.fr/la-guerre-culturelle-en-europe-lintention-liberale-devient-illiberale

Quos Deus vult perdere prius dementat – un dicton datant d’environ 450 avant Jésus-Christ dit : « Ceux que les dieux veulent détruire … ils les rendent d’abord fous ». Ces mots résument en quelque sorte la manière dont les premiers Grecs, d’Homère aux grands tragédiens, concevaient la relation entre « les dieux » (ici les forces psychiques invisibles qui nous façonnent) et la sphère humaine au sens large.

Cette phrase exprime également une certaine vérité, dans la mesure où elle suggère que les hommes puissants deviennent souvent responsables de leur propre chute – dans la mesure où ils embrassent une certaine « folie », celle d’être aveugle à l’évidence. (Le viol de Lucrèce de Shakespeare explique précisément comment un homme puissant peut faire s’écrouler « le ciel et l’enfer » sur sa propre tête).

Il s’agit ici de suggérer que le péché d’hubris – si profondément ancré dans l’ensemble de l’entreprise humaniste séculaire et illustré par l’UE – a conduit de nombreux leaders culturels et politiques européens influents à devenir « fous » dans le sens où ils sont aveugles aux conséquences évidentes de leurs actions.

Tout d’abord, ils ont conduit de nombreux Européens au bord de la folie en essayant de s’appuyer sur la « guerre » contre le Covid pour imposer un ethos de soumission de temps de guerre à un commandement centralisé de la « guerre ». En tant que stratégie, elle aurait pu être quelque peu convaincante, si ce n’était l’incompétence totale avec laquelle le « commandement » de l’UE a géré la campagne de distribution des vaccins, et le caprice avec lequel les confinements ont été imposés, levés puis réimposés arbitrairement.

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Le fait que tout cela faisait partie intégrante d’un « projet pilote » secret pour une ingénierie sociale et économique plus large (un reset) de la sphère publique a été révélé, premièrement, par le fait que le commandement de l’UE a « fétichisé » de manière si évidente ses « révolutions » verte et LGBTQI.

Et, deuxièmement, lorsque Christine Lagarde a placé cette semaine l’« urgence » climatique au centre même de la politique de la BCE. Désormais, les achats d’obligations de la BCE seront dirigés vers les seuls actifs éligibles, c’est-à-dire vers les obligations vertes conformes aux objectifs ESG de l’UE. L’assouplissement quantitatif des obligations d’entreprises s’est révélé être un mécanisme de contrôle extrêmement efficace pour les banques centrales, en limitant l’accès aux capitaux pour les « mauvais acteurs ».

Ambrose Evans-Pritchard note qu’aujourd’hui encore, le « commandement » de l’UE ne semble pas être en mesure de se ressaisir:

L’Europe a encore une fois mal évalué les contours, les temporalités et les politiques de la pandémie. De vastes pans du continent connaîtront une quatrième vague incontestable d’ici la fin du mois, avant qu’ils ne soient suffisamment vaccinés pour en ignorer les conséquences médicales. Ce sera difficile à expliquer. Les cas de Covid en Catalogne dépassent actuellement les niveaux britanniques par habitant, et le taux de reproduction R est supérieur à 2,0. Le Portugal suit la trajectoire du Royaume-Uni avec seulement un léger retard, tandis que le ministre français de la santé, Olivier Veran, affirme que son pays pourrait être submergé d’ici fin juillet.

Pourtant, les frontières intérieures de l’Europe restent largement ouvertes. L’impératif de sauver la saison touristique de cette année a paralysé les dirigeants politiques.

Nous assistons à un nouvel étalage des pathologies dysfonctionnelles de l’UE. L’Europe a sous les yeux le laboratoire du variant Delta ultra-contagieux en Angleterre depuis des semaines ; mais le système collectif de l’UE n’a pas su en tirer de leçon. Cette erreur répète ce qui s’est passé plus tôt dans l’année lorsque les politiciens ont minimisé les dangers évidents du variant Alpha du Kent, alors que le déploiement des vaccins de l’UE venait à peine de commencer… Le risque est de voir une quatrième vague longue et désordonnée se prolonger jusqu’en septembre, contaminant la rentrée française.

[Stratégiquement] Je pense que la pandémie a fondamentalement changé l’attitude de l’opinion publique allemande envers l’UE. Elle l’a fait à un moment délicat où l’Allemagne a également été poussée à effectuer d’importants transferts fiscaux par le biais du Fonds de relance de 800 milliards d’euros, initialement présenté comme un plan de secours Covid, mais en réalité un fonds de patronage pour une Commission européenne aux ambitions insatiables.

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Ce qui est clair, c’est que la Grande Réouverture de l’économie européenne et de l’été est en difficulté. Selon Jacob Nell, de Morgan Stanley, l’impact sur le PIB pourrait être de 1,5 % pour l’Italie, de 1,7 % pour le Portugal, de 2,3 % pour la Grèce et de 2,5 % pour l’Espagne dans un « scénario sévère ».

Cela ne constitue peut-être pas la fin du monde en soi, mais cela représente néanmoins un nouveau choc asymétrique pour des électorats déjà malmenés et fatigués par le confinement. De manière plus pertinente, cette situation va exacerber les lignes de clivage existantes, notamment par le biais de la « guerre du choix » de l’Europe : son adhésion à une révolution culturelle totale.

Avec sa culture de la démocratie de type woke, LGBTQI, des révolutions des droits de l’homme et de l’urgence climatique, l’UE s’est gratuitement aliénée la Russie et la Chine (dont elle a besoin pour sauver son économie) et a choisi de lancer une guerre culturelle interne contre la Hongrie et divers autres États de l’UE en raison de leur réticence à approuver la culture woke, mais plus particulièrement de leur rejet du projet de société ouverte de l’UE qui utilise l’immigration pour diluer l’homogénéité ethnique.

Selon Politico (UE), « les libéraux veulent en faire une épreuve de force dans la lutte contre la discrimination à l’égard des personnes homosexuelles en Hongrie. Ils vont lancer un appel pour que des conséquences réelles soient formalisées : « Le Conseil doit déclencher l’article 7 contre ce gouvernement hongrois » » .

Malheureusement, l’escalade des querelles culturelles risque de dominer la politique européenne, comme c’est le cas aux États-Unis. Les fractures ne resteront pas entre les États, comme la guerre de l’UE contre Orbán, mais seront à l’intérieur des États, ainsi qu’entre eux.

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Frank Luntz (photo), militant de longue date du parti républicain, cite les profondes divisions dans l’attitude des électeurs au Royaume-Uni comme preuve de la contagion venant des États-Unis. Bien que la politique britannique soit aujourd’hui conditionnée par le Brexit, il est peu probable que les électorats européens, en particulier dans les pays de l’Est culturellement plus conservateurs, échappent à un processus similaire de fracturation.

Le point de Luntz ici est que la Grande-Bretagne est de plus en plus divisée selon des lignes « woke » contre « non-woke », plutôt que par les tensions sociales et culturelles traditionnelles, comme entre le nord et le sud, les villes et les zones rurales, et même les hommes et les femmes.

Dans son étude, qui a été rapportée pour la première fois dans le Times, sous le titre « La guerre culturelle est la plus grande source de divisions parmi les votants », environ 81% des électeurs conservateurs étaient d’accord avec l’idée que le Royaume-Uni était une nation reflétant l’égalité et la liberté, tandis que 19% seulement déclaraient que la nation était « institutionnellement raciste et discriminatoire ». En revanche, parmi les partisans travaillistes, seuls 52 % considèrent le Royaume-Uni comme un bastion de la liberté, tandis que 48 % déclarent que le pays souffre de racisme systémique.

Interrogées spécifiquement sur la culture de l’annulation, 40 % des personnes interrogées ont déclaré qu’elles pensaient que ce phénomène social servait de « police de la pensée et de la parole », tandis que 25 % l’ont soutenue, affirmant que ceux qui tiennent des propos sexistes ou racistes devraient « en subir les conséquences ».

Selon Luntz, ces résultats constituent un « drapeau rouge » évident : « Lorsque vous avez décidé que votre pays est institutionnellement raciste et discriminatoire, vous ne revenez normalement pas en arrière », prédisant que le gouffre divisant les électeurs ne ferait que se creuser avec le temps. Selon lui, il est probable que d’ici six mois à un an, les « dégâts » causés par des opinions aussi radicalement différentes sur ce que représente le Royaume-Uni conduiront au même vaste bouleversement social que celui qui se produit déjà aux États-Unis.

« Le problème avec le woke[nisme] et avec la culture de l’annulation, c’est qu’on n’en a jamais fini. Le conflit et les divisions ne finissent jamais », a déclaré Luntz. « Ce n’est pas ce que veut la population du Royaume-Uni – mais cela arrive quand même ».

Le point très évident sur lequel Bruxelles, pleine d’hubris, ferme les yeux est qu’il n’y a pas de mandat populaire ou d’enthousiasme pour annuler la culture européenne établie de longue date. Même aux États-Unis, la moitié de la population la rejette, et pourrait se montrer prête à la combattre – peut-être littéralement.

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Cela signifie que les classes dirigeantes de Bruxelles « deviennent folles » – dans le sens où elles sont aveugles aux conséquences évidentes de ce qu’elles font. L’Europe a déjà connu une « guerre » de la culture de l’annulation, lorsque les envahisseurs Francs de Rome, imprégnés de l’exceptionnalisme de l’Ancien Testament, sont entrés en guerre contre tout ce qui était « païen », c’est-à-dire tout ce qui n’était pas aligné sur la nouvelle doctrine chrétienne.

Ce qu’il faut retenir, c’est que lorsque le christianisme a été imposé dans le « monde » romain (en 323 après J.-C.), les chrétiens étaient une minorité, opposée à une ancienne métaphysique, à d’anciennes façons d’être, qui existaient depuis des milliers d’années. Il a fallu quatre siècles d’oppression totale – comme le fait de brûler vifs des dissidents pour éclairer l’arène du Colisée – pour expurger l’ancienne compréhension. Malgré cela, l’ancienne compréhension n’a jamais été définitivement détruite. Elle est devenue « souterraine » et elle existe toujours.

La bibliothèque d’Alexandrie, qui contenait les seuls textes de l’ancienne théosophie, a été brûlée sur ordre de l’évêque chrétien. Sa gardienne philosophe, la belle Hypatie, a été écorchée vive par la foule ; dans tout l’Empire, des livres païens ont été « dénoncés », condamnés et brûlés ; des professeurs ont été « radiés » et leur enseignement dénoncé ; des temples et des biens « païens » ont été expropriés ; des croix chrétiennes ont été gravées sur des statues grecques.

Sous Justinien (527 à 565), la tolérance à toute religion autre que le christianisme prend fin. Le dernier temple égyptien – dédié à la déesse Isis, sur une île du sud de l’Égypte – est fermé en 526. La légendaire Académie de Platon – qui comptait pas moins de 900 ans d’enseignement à son actif – a été fermée à Athènes en 529.

Pour être clair, alors que l’adoption des valeurs chrétiennes était en hausse au cours de ces premiers siècles, sa facette opposée – le christianisme (en tant qu’autorité illibérale et en tant que projet de pouvoir) – est devenue l’outil politique utilisé pour fusionner la papauté avec l’Empire, et l’outil avec lequel établir le féodalisme.

De nombreux libéraux européens contemporains sont clairement bien intentionnés dans leur désir de parvenir à la justice sociale. C’est un objectif admirable. Mais en fin de compte, lorsqu’on se lance dans une guerre culturelle sans mandat populaire, ce qui commence comme « libéral » finit comme illibéral. C’est la nature de la guerre culturelle. En fin de compte, la lutte culturelle devient une « couverture » utilitaire, qui cache un projet politique.

Les classes dirigeantes de l’UE sont-elles vraiment aveugles à ces conséquences, ou se réjouissent-elles secrètement de l’illibéralisme inhérent à la guerre, comme l’outil qui leur permettra de fonder leur empire européen centralisé – tout comme les Francs ont utilisé l’autoritarisme de l’Ancien Testament pour fonder la dynastie carolingienne ?

Alastair Crooke

Traduit par Zineb, relu par Wayan, pour le Saker Francophone

"Mishima, l'univers d'un esthète armé"

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"Mishima, l'univers d'un esthète armé"

Le professeur Riccardo Rosati, interviewé par Michele De Feudis, analyse les multiples facettes de l'artiste japonais entre littérature, art et discipline martiale.

Propos recueillis par Michele De Feudis

https://www.barbadillo.it/97112-mishima-luniverso-di-un-esteta-armato/

Professeur Riccardo Rosati, Yukio Mishima est considéré comme un "esthète armé". A quoi doit-on cette interprétation ?

51KV36TJ4FL.jpg"Mishima, pour reprendre la précieuse définition qu'en donne Marguerite Yourcenar dans son excellent Mishima ou la Vision du vide (1980), est un "univers" dans lequel, en fait, le côté esthétique - je l'explique dans mon livre - joue un rôle prépondérant. À cet élément, le grand intellectuel et écrivain japonais a ajouté la discipline martiale/militaire, sous le signe de la redécouverte d'un héritage capital de cette culture japonaise traditionnelle à laquelle il s'est référé, dans la " deuxième partie " de sa vie, avec vigueur et rigueur ; à savoir le Bunbu Ryōdō (文武両道, la Voie de la vertu littéraire et guerrière), où la plume devient métaphoriquement une épée.

Heureusement, cette théorie a gagné du terrain dans l'exégèse de Mishima depuis un certain temps déjà, bien que plus à l'étranger qu'en Italie pour être honnête. Ce qu'il est essentiel de comprendre, cependant, c'est qu'il est parvenu à souder ces deux mondes, faisant de sa propre existence sa principale "œuvre d'art", du corps un temple et de l'écriture une forme sublime de lutte politique".

Comment avez-vous pris connaissance des écrits de Mishima ?

"'Quand j'étais à l'université. Même si j'étudiais la langue et la littérature anglaise et française, la fascination pour l'Empire du Soleil Levant était déjà dans mon cœur de garçon. Bien que pratiquant assidûment le karaté, je n'ai pas abordé les livres de Mishima pour des raisons évidentes et futiles. J'ai senti, avec les moyens grossiers que peut avoir un jeune étudiant universitaire, que cet auteur incarnait un certain type de Japon qui me semblait profondément "mien". C'est pourquoi, après avoir obtenu mon diplôme de feu l'IsIAO (Institut italien pour l'Afrique et l'Orient) à Rome, j'ai commencé à lui consacrer mes premiers articles universitaires. Ce n'était pas un sujet facile pour moi - rien n'est facile quand on a affaire à Mishima ! - mais sur lesquels je sentais que j'avais des concepts à exprimer.

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Le Pavillon d'or à Kyoto, où Mishima a écrit un roman extraordinaire.

Quel itinéraire dans ses œuvres recommandez-vous ?

"Je ne pense pas qu'il y ait dans l'opus de Mishima une hiérarchie qui exige que certains volumes soient lus en premier et, comme je le soutiens dans la monographie que je lui ai consacrée, chacun de ses écrits fait partie d'un affluent qui revient invariablement, à la fin, à sa seule "source", Mishima lui-même. Je peux suggérer que l'on puisse choisir ses œuvres en fonction de ses goûts personnels : celles du combat politique ou celles qui ont une tournure plus autobiographique, sans pour autant négliger le côté purement romantique-sentimental, que l'on retrouve dans des romans comme Le tumulte des flots (潮騒, "Shiosai", 1954) ou La Musique (音楽, "Ongaku", 1964) ; dans ce dernier en particulier émerge un Mishima capable de pénétrer dans les profondeurs de la sphère psychologique féminine. 

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Néanmoins, il y a trois titres qui, en substance, représentent les moments saillants de son évolution artistique et personnelle. Je veux parler de Confessions d'un masque (仮面の告白, "Kamen no kokuhaku", 1949), imprégné des angoisses morales et sexuelles de sa jeunesse ; du Pavillon d'or (金閣寺, "Kinkakuji", 1956), dans lequel Mishima formule au plus haut niveau formel sa propre vision esthétique contrastée ; Le Soleil et l'acier ( 太陽と鉄, "Taiyō to tetsu", 1968), authentique manifeste idéologique de la dernière partie de son existence, ainsi que, à mon avis, un livre fondamental pour comprendre ce qu'il espérait pour sa personne et pour le Japon".

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Y a-t-il des éléments dans Mishima qui le rapprochent de la figure publique de Gabriele D'Annunzio ? 

md30586526834.jpg" Disons d'abord que Mishima était un admirateur du Vate, au point de traduire en 1965 l'une de ses œuvres : Le martyre de Saint Sébastien (1911). Outre la similitude immédiate de leurs personnalités, qui partagent une exaltation bien connue de l'action virile et de l'audace, il est utile de souligner qu'il existait également une proximité artistique entre les deux. Tous deux, bien qu'appartenant à des époques et des contextes culturels différents, relèvent de ce que les critiques littéraires appellent le "décadentisme". C'est-à-dire une déclinaison du romantisme où l'esthétique se greffe sur un "personnalisme" presque exagéré et, parfois, enclin à la désillusion, où apparaissent également des relents de dandysme.

Malheureusement, le public ignore ou, pire encore, ne souhaite pas approfondir le côté purement artistique de ces deux somptueuses figures, préférant ne retenir que leur engagement politique. Je ne suis pas d'accord avec cette attitude, même si je suis pleinement conscient qu'il s'agit de "l'attitude dominante".

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Riccardo Rosati.

Mishima et les Jeux olympiques. Que ressort-il des Carnets, sujet auquel il consacre un chapitre dans le livre ?

"Je l'ai mentionné dans un article que j'ai écrit pour Barbadillo. On y découvre un nouveau Mishima, admirant les athlètes et la tension musculaire de leurs efforts. Cet aspect est cohérent avec la deuxième et dernière phase de sa vie et de sa pensée, celle dite du "fleuve de l'action", où le corps se transforme en œuvre d'art.

On retrouve un Mishima qui aime être journaliste pour des journaux (l'Asahi, le Hōchi et le Mainichi), suivant, entre autres disciplines, l'haltérophilie et le volley-ball. Le romancier s'est laissé envoûter par la ferveur sportive qui l'entourait, observant avec curiosité chaque geste, regard et émotion des athlètes : "Levant la main bien haut (il est 15h30), il se tenait près de la vasque olympique et semblait alors sourire", écrit-il de Yoshinori Sakai, le dernier porteur de la fameuse torche, le décrivant en train de s'approcher du brasero olympique lors de la cérémonie d'ouverture".

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Le patriotisme au Japon : le témoignage de Mishima a-t-il eu un impact sur l'évolution de la culture japonaise ?

"Je suis désolé de l'admettre, mais non. Si le Soleil Levant avait eu ne serait-ce qu'un petit espoir de "se relever", je ne pense pas qu'il se serait tué. Dans son pays, il est considéré comme un grand auteur, même si peu de gens le lisent et que ses écrits font généralement l'objet de l'attention des chercheurs. Quant à son activité politique, elle est source d'embarras, comme c'est systématiquement le cas pour tous les Japonais qui ont choisi d'aller à contre-courant, et de ne pas se soumettre sans critique aux diktats d'une société souvent monolithique. En bref, Mishima est considéré comme un exemple à suivre uniquement à l'étranger. L'Archipel est progressivement devenu un pays frivole, voué à un consumérisme effréné et considérant ses traditions avec condescendance. La bande dessinée, le cinéma et la technologie sont des choses utiles et "agréables", mais ce n'était certainement pas le Japon que Mishima voulait faire revivre. 

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Y a-t-il de nouveaux documentaires qui ont vu le jour à l'occasion de la célébration du 50e anniversaire de la mort de l'écrivain japonais ?

"Nous parlons de l'homme qui, avec Haruki Murakami, est l'auteur japonais le plus traduit au monde. De nombreux articles et essais ont été publiés sur Mishima, dont beaucoup sont d'un calibre considérable. Il ne reste donc pas grand-chose à découvrir, à l'exception de sa production théâtrale, qui n'a pas encore fait l'objet de traductions et de recherches adéquates. J'ajouterais qu'en Amérique, les critiques suivent une perspective biographique dans les études sur Mishima, alors qu'en France, au contraire, ils prêtent attention au côté artistique de ses œuvres - ce qui est ma propre approche - tandis qu'en Italie, ils ont encore tendance à évaluer essentiellement son "parcours politique".   

Mishima n'est pas seulement un auteur japonais mais une personnalité fondatrice de l'archipel culturel non-conformiste. Quels auteurs ont poursuivi et poursuivent ses recherches héroïco-littéraires ?

"Au Japon" ? Aucun ! Avoir ce genre de profondeur humaine et de courage intellectuel, mélangé à un talent stupéfiant, est presque impossible à trouver chez une seule et même personne. N'oublions pas que les Japonais, mais c'est vrai pour tous les Extrême-Orientaux, sont un peuple très conformiste. Beaucoup plus honnêtes que nous, Occidentaux, bien sûr, mais peu enclins à des tentatives de rébellion ou d'individualisme. Mishima peut agir comme un stimulant, j'en suis absolument convaincu, pour quiconque, japonais ou non. Il faut cependant éviter les interprétations instrumentales ou les enthousiasmes non structurés. Nous parlons d'un personnage complexe qui est, à sa manière, un "univers", offrant ainsi de multiples facteurs à étudier et à analyser. L'important n'est pas d'en faire une sorte de Che Guevara de droite, d'en faire une icône intangible, alors qu'en fait c'était un homme qui aimait la vie, social et sociable, plein d'impulsions et non de haine". 

Entretien réalisé par Michele De Feudis.

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jeudi, 22 juillet 2021

Gerry Adams, Bobby Sands et le socialisme patriotique en Irlande

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Gerry Adams, Bobby Sands et le socialisme patriotique en Irlande

Sur les traces du patriote de Belfast - Le Brexit comme opportunité de référendum : l'unification irlandaise exige des réponses et des perspectives.

par Domenico Pistilli

Ex: https://www.barbadillo.it/99808-gerry-adams-bobby-sands-e-il-socialismo-patriottico-in-irlanda/

En Irlande du Nord, nous recommençons à parler des "Troubles". Une expression réductrice, si l'on y réfléchit, si l'on passe en revue les épisodes explosifs qui ont éclaté entre les années 70 et 80 dans la malheureuse terre des Six Comtés : de la lutte pour l'autodétermination menée par les patriotes républicains aux affrontements avec les troupes "régulières" et les milices unionistes, de la répugnance mutuelle (presque inépuisable) des nationalistes catholiques pour les loyalistes protestants aux grèves contre les conditions inhumaines subies dans les prisons anglaises et au martyre héroïque de Bobby Sands, les événements du pays opprimé par le pouvoir étouffant de l'Union Jack évoquent avant tout - et malheureusement - des histoires de violence et d'abus. Pourtant, la bataille, la guerre de rédemption du peuple irlandais n'a pas cessé, ne s'est pas éteinte. Elle continue à inspirer les vocations idéales de tous les combattants de la liberté qui ont identifié la cause de leur existence à l'indépendance de leur peuple et de leur communauté. L'un d'entre eux est sans aucun doute Gerry Adams, la figure emblématique du Sinn Féin (le parti nationaliste présent sur toute l'île), ami et associé de Sands, qui voit désormais la possibilité d'une réunification réelle.

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Les effets du Brexit

Après les événements de 2016, avec la décision du Royaume-Uni de quitter l'Union européenne, l'Irlande du Nord a connu un mécontentement -rebelle- généralisé: "Le Brexit, explique Adams dans une récente interview à L'Espresso, accordée à l'occasion du quarantième anniversaire de la mort de Bobby Sands (5 mai 1981), "a accru l'intérêt pour un référendum". Il est important de rappeler que la majorité des habitants du Nord ont voté pour rester dans l'UE, tout comme l'Écosse. Les partis unionistes pro-britanniques et le gouvernement britannique ignorent ce vote démocratique. En conséquence, de nombreux citoyens qui n'auraient peut-être jamais pensé à l'unité irlandaise la considèrent désormais comme une option viable pour l'avenir. En effet, il convient de noter que le représentant du Sinn Féin lui-même s'était distingué, au cours de son mandat, par une certaine méfiance à l'égard de l'UE et de son establishment. Mais la question, de toute façon, n'est pas celle-là: selon Adams, la déconnexion du conglomérat européen n'aurait fait que renforcer le désir croissant de renforcer l'opportunité de réaliser enfin une Irlande unie, posée comme une meilleure perspective d'avenir; une hypothèse réalisable, reconnue par l'Accord du Vendredi Saint qui, il y a vingt-trois ans, a été signé pour remettre en cause la ségrégation imposée au détriment des catholiques nationalistes, des irrédentistes et des franges identitaires dévouées à l'émancipation des Six Comtés qu'ils souhaitaient soustraire à la domination coloniale britannique.

"Mais je veux me rappeler", insiste Adams dans son dialogue avec Gigi Riva, "que ce traité n'était pas une solution, mais un accord pour d'autres changements à venir. Depuis qu'il a été atteint, de nombreux progrès ont été réalisés dans le domaine des droits de l'homme et de la fin de la discrimination. Cependant, les événements de ces derniers jours nous apprennent qu'il reste encore beaucoup de travail à faire. Ce n'est que dans une Irlande unie que le passé sera vraiment du passé et que les gens pourront se concentrer sur l'avenir.

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Au nom de Bobby Sands

L'accord de 1998 avait été conclu par la communauté irlandaise après des décennies de répression policière implacable, d'attaques et d'exécutions. Des décennies profondément marqués par le sang tourmenté des rebelles, qui n'ont jamais voulu accepter la suppression d'une tradition millénaire, de ses symboles et de sa physionomie. Une convention qui, affirme Adams, aurait fait la fierté de Bobby Sands et des révolutionnaires enfermés dans les cellules de Long Kesh: c'est grâce à leur sacrifice que nous pouvons aujourd'hui envisager la possibilité de reconstruire une patrie souveraine, maîtresse de son destin et de ses aspirations. Il faut rappeler que dans la grande conflagration de la seconde moitié du vingtième siècle en Irlande du Nord, plus de trois mille personnes ont perdu la vie, alors que les expéditions contre les catholiques mises en place par les escadrons paramilitaires loyalistes avaient déjà commencé en 1966, avec les raids supplémentaires suivants perpétrés par les troupes britanniques dans les villes de Derry et Belfast. Dans ce contexte, l'action politique était de peu d'importance; l'engagement armé devenait, aux yeux des nationalistes, la seule forme de résistance, la seule promesse de rédemption: une effigie de la liberté, un étendard inconsommable pour les peuples soumis à toute forme de servitude impérialiste. La guérilla populaire est la méthode également préconisée par Sands ; il avait dix-huit ans lorsqu'il a décidé de rejoindre l'Armée républicaine irlandaise, l'armée des volontaires républicains qui, dans la clandestinité, luttait pour voir s'effondrer le régime supervisé par les marionnettistes de Londres. Il serait mort en prison, élu quelques semaines plus tôt au Parlement de Westminster, épuisé par les soixante-six jours de jeûne qu'il a décidé de s'infliger, avec fierté et constance, contre le refus du statut de prisonnier politique et la rétrogradation conséquente au rang de délinquant de droit commun; pour Bobby Sands et les neuf prisonniers qui sont morts avec lui, il n'était pas acceptable que l'Angleterre qualifie la bataille irlandaise de crime ou d'acte déplorable de terrorisme: "Nous nous souvenons maintenant", souligne Adams, "des 40 ans de la grève de la faim, de la mort de Bobby et de ses neuf camarades. La cause pour laquelle ils ont été emprisonnés et pour laquelle ils sont morts est la cause irlandaise. C'est la fin de la partition imposée par la force il y a 100 ans [...] Les luttes dans les prisons et les succès électoraux qui ont eu lieu ont été un moment décisif pour notre lutte et pour l'histoire moderne de l'Irlande. L'élection de Bobby Sands comme député de Fermanagh South Tyrone et de Kieran Doherty et Paddy Agnew au Parlement irlandais a prouvé que les affirmations du Premier ministre britannique Margaret Thatcher et d'autres figures politiques britanniques, selon lesquelles la lutte ne bénéficiait d'aucun soutien populaire, étaient fausses." L'avertissement reste donc impérissable ; il ne cesse de conserver sa valeur prophétique au-delà de toutes les barrières idéologiques et temporelles. Et il nous rappelle que là où il y a de l'injustice, "il y aura toujours des gens courageux qui prendront position".

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La voie sociale vers la république

S'il est certain, comme le répète Gerry Adams, que la fusion tant désirée des deux Irlandes n'est pas qu'une utopie réconfortante, nous devrions nous demander quelle solution devrait être esquissée pour sanctionner une agrégation réelle et définitive entre deux factions qui, depuis longtemps, semblent irréductiblement incompatibles. S'il est certain qu'un référendum pourrait entériner la réunification de l'île sous un seul drapeau, il serait alors impératif de trouver un remède qui consoliderait une réconciliation durable entre le camp catholique, prépondérant en République d'Irlande, et le camp protestant, prévalant en Irlande du Nord, dans la région des Six Comtés. Ce sont des questions qu'Adams avait providentiellement posées dans les années 1990. Des questions dont les réponses dessinent des objectifs intéressants, des intentions qui se traduisent par des ambitions politiques novatrices, au-delà des catégorisations usagées qui prévalent. La république qu'Adams tente d'imaginer a une claire intonation sociale et solidaire; elle s'oppose cependant aux tendances mondialistes et atomisantes qui semblent avoir complètement annihilé toute aspiration patriotique et identitaire. "On ne devient pas socialiste", écrit-il dans Pour une Irlande libre, "en abandonnant le nationalisme et le républicanisme et en les remplaçant par des slogans gauchistes vides de sens [...] le républicanisme est une philosophie dans laquelle les dimensions nationale et sociale sont fusionnées"; et il poursuit: "Cette vision classique du problème s'oppose à celle de ceux qui opposent républicanisme et socialisme et qui brisent l'unité du mouvement pour l'indépendance nationale en donnant la priorité à des objectifs socialistes qui ne peuvent être atteints tant que l'autonomie n'est pas réalisée; avec le risque de n'atteindre ni l'indépendance ni le socialisme." Ce n'est que selon ces coordonnées, comme le souligne Gerry Adams, que les différences et les pluralités qui fragmentent la structure civique des deux Irlandes peuvent être réaménagées, harmonisées dans un cadre unitaire et organique. Néanmoins, les voies du rétablissement de la paix refusent d'abdiquer leur complexité intrinsèque ; elles exigent un dévouement généralisé et assidu qui absorbe les controverses, qui ramène les disparités dans une réalité communautaire et eurythmique. Et alors, peut-être, comme l'a prédit Bobby Sands, nous verrons enfin la lune se lever. Tiocfaidh ár lá, Tiocfaidh ár lá, il a été répété entre les mesures de Long Kesh.

Domenico Pistilli

Théorie et pratique du collectivisme oligarchique de J.B.E. Goldstein

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Théorie et pratique du collectivisme oligarchique de J.B.E. Goldstein

Ex: https://rebellion-sre.fr/theorie-et-pratique-du-collectivisme-oligarchique-de-j-b-e-goldstein/

« C’était un lourd volume noir, relié par un amateur sans nom ni titre sur la couverture. L’impression paraissait légèrement irrégulière. Les pages étaient usées sur les bords et se séparaient facilement, comme si le livre avait passé entre beaucoup de mains. Sur la page de garde, il y avait l’inscription suivante : théorie et pratique du collectivisme oligarchique par Emmanuel Goldstein. » Ces mots décrivent l’instant où Winston Smith tient entre ses mains le livre pour la première fois. Il est seul chez lui, se sent en sécurité et commence alors la lecture en savourant chaque mot, chaque phrase, avec une attitude quasi religieuse. C’est l’œuvre damnée par excellence et le lire en Océania relève de la plus grande des transgressions par le simple fait que son auteur, Goldstein, est « l’ennemi du peuple », « le traître fondamental » qui commandait un réseau clandestin de conspirateurs appelé la Fraternité. On raconte qu’il y avait « des histoires que l’on chuchotait à propos d’un livre terrible, résumé de toutes les hérésies […], et qui circulait clandestinement çà et là. Ce livre n’avait pas de titre. Les gens s’y référaient, s’ils s’y référaient jamais, en disant simplement le livre ». Avant de se faire traquer puis torturer par la police de la Pensée, Winston aura eu le temps de lire le premier chapitre « L’ignorance c’est la force » et le troisième, « La guerre c’est la paix »…

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Le lecteur aura bien évidemment reconnu le très fameux 1984 de Georges Orwell, roman dystopique incontournable, écrit en 1948 et qui sous de nombreux aspects, fait écho au monde d’aujourd’hui. Pourtant, ce qui semble être une fiction totale issue d’une imagination débordante, est remise en question dans une vidéo datant de 2014 et qui atteste de l’existence du livre Théorie et pratique du collectivisme oligarchique d’un certain J.B.E. Goldstein. Cette vidéo qui se présente comme une « courte histoire d’un livre maudit » nous explique qu’un client de brocante a trouvé en Belgique un exemplaire dans un carton de vieux livres de sciences politiques datant des années 40. C’est en tombant justement par la suite sur un article traitant de 1984 et qui affirme que le livre en question n’existe pas, que ce client compris la valeur de ce qu’il avait en sa possession. Concernant cette découverte, la vidéo ne nous donne pas beaucoup plus de détails et laisse planer un certain mystère. Qui est ce client ? Dans quelle brocante l’a-t-il déniché ? Où se trouve actuellement l’unique exemplaire ? A-t-il déjà était examiné par des spécialistes ? Sa conclusion est en tout cas sans appel : George Orwell a bien eu connaissance de la théorie de Goldstein, et 1984 n’est qu’une version romancée de ce traité politique. Il est à remarquer que la personne qui met en ligne la vidéo est la même qui publie le texte entier 20 jours plus tôt sur Internet Archive – même pseudo, même principe de compte à usage unique – et l’on peut donc imaginer qu’elle connaisse la vérité sur toute cette affaire. En libre accès sur internet depuis maintenant 7 ans, le texte est désormais disponible en format papier chez Kontre Kulture. 

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Cet ouvrage qui a été traduit du russe en 1948 s’ouvre sur une dédicace pour le moins étrange : « En hommage à mon ami et Frère Édouard Boulard à qui je dois l’idée de cet essai. » L’existence de ce dernier ne laisse planer aucun doute, c’est un militant socialiste et franc-maçon de la fin du xixe siècle qui a notamment écrit une brochure intitulée Théorie et pratique du collectivisme intégral-révolutionnaire, un essai de philosophique politique largement inspiré des idées de Spinoza et qui on ne peut plus modestement se donne pour projet d’« exposer le pourquoi et le comment de tout ce qui est dans le Temps et l’Espace, ainsi que le Vrai et le Faux des principales énigmes que les faits posent à l’Humanité »…

La suite du texte est une citation du chapitre xviii du Prince de Machiavel et qui semble néanmoins avoir était complétée par l’auteur : « Qu’un prince veille donc, avant tout à conserver son État. S’il réussit, les moyens seront toujours estimés honorables, et loués d’un chacun. La foule ne juge que d’après les apparences et les résultats ; le monde entier n’est qu’une foule et pense comme une foule. Les isolés, capables de penser et de comprendre, se tairont, ou on les fera taire. » Ce passage terrible donne le ton et il fait en réalité office d’introduction tant il est révélateur de ce que vont proposer les quatre chapitres du livre. D’ailleurs les titres parlent d’eux-mêmes et sont connus pour être les slogans de l’AngSoc, le mot en novlangue qui désigne le socialisme anglais dans le livre 1984 : « I. Politique intérieure. L’ignorance, c’est la force » ; « II. Information. Qui contrôle le présent contrôle le passé, qui contrôle le passé, contrôle le futur » ; « III. Économie. La liberté, c’est l’esclavage » ; « IV. Politique extérieure. La guerre, c’est la paix ». La théorie du livre est clairement machiavélienne dans le sens où la fin de la politique est la recherche consciente du pouvoir pour le pouvoir et son maintien dans le temps. Il y a donc cette idée complètement assumée que le cœur de l’oligarchie se loge dans les techniques de manipulation des masses issue tout droit de la psychosociologie du xxe siècle d’où les nombreuses références à Psychologie des foules de Gustave Le Bon et Propaganda d’Edward Bernays. La règle fondamentale de la doctrine de J.B.E. Goldstein qui oriente tout le processus de fabrication du consentement se trouve au tout début du premier chapitre : « Il y a une nécessité de ne jamais dévoiler ses véritables intentions à la masse, et de lui présenter d’autres raisons auxquelles on sait qu’elle est sensible. Ainsi il faut nettement séparer la forme de l’intention, et la véritable intention. » Parmi de nombreux exemples, Bernays – neveu de Freud et père de la propagande institutionnelle moderne – est convoqué pour illustrer ce qui pourrait faire songer à l’actualité : Vous êtes le responsable des ventes d’un grossiste en viande et vous voulez décupler la vente de bacon dans le seul but de réaliser du profit (véritable intention) alors inutile de vanter le prix bas du bacon mais faites plutôt appel au corps médical qui se prononcera publiquement sur les effets bénéfiques de sa consommation car manger du bacon tous les matins au petit-déjeuner améliore la santé de tous (forme de l’intention). 

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À vrai dire, ce livre laisse derrière lui plus de questions que de réponses. Qui est véritablement ce J.B.E. Goldstein ou plutôt qui se cache derrière ce pseudonyme ? Est-ce le manuel ésotérique – dans le sens de ce qui se transmet à des initiés, à des adeptes – d’un diplomate russe ou est-ce simplement Orwell lui-même ? Il est possible aussi que ce texte soit le travail d’un fan, un canular à la belge mais si c’est le cas attention, c’est une contrefaçon qui a vraiment beaucoup de classe, une falsification de très belle facture qui doit être considérée sérieusement. Il y a dans ce livre une vraie maîtrise de la philosophie, de la psychologie et de la sociologie qui pourrait même laisser penser à un travail de groupe, c’est un travail considérable qui n’est pas à la portée de tout le monde aujourd’hui. À la lecture, il y a un ton d’authenticité qui se dégage et une justesse du propos qui finalement, quelle que soit sa date d’écriture, met en évidence les tenants et aboutissants de la machinerie oligarchique. 

Contrefaçon ou pas, Théorie et pratique du collectivisme oligarchique de l’énigmatique J.B.E. Goldstein donne la possibilité au lecteur, lorsqu’il est mis en perspective avec 1984, de repenser les interactions entre ce qui fonde la réalité et la fiction dans une société où le spectacle domine et où le mensonge est roi.  

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J.B.E. Goldstein, Théorie et pratique du collectivisme oligarchique,  Kontre Kulture, 448 pages, 24,50 euros

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00:04 Publié dans Livre, Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : livre, dystopie, collectivisme oligarchique, georges orwell | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

mercredi, 21 juillet 2021

Black Lives Matter: une manipulation libérale et mondialiste

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Black Lives Matter: une manipulation libérale et mondialiste

Ex: http://novaresistencia.org/2021/07/17/black-lives-matter-uma-manipulacao-liberal-e-globalista/

Black Lives Matter est-elle une organisation véritablement anti-système et radicale, ou ses manifestations répétées ne sont-elles rien d'autre que des gadgets visant à superficialiser et à dissoudre le discours nationaliste noir et anticapitaliste classique de figures comme Malcolm X ?

Ces derniers temps, nous avons assisté en Occident à un mouvement qui remet en question le racisme, la négrophobie et la brutalité policière. Ce sont des réalités indéniables présentes dans les sociétés caucasiennes et auxquelles les Afro-Américains entendent s'opposer. La négrophobie est une réalité existante, mais on a souvent tendance à critiquer les conséquences d'un mal, sans en analyser la cause.

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Pour comprendre la négrophobie, il faut être capable d'analyser et de déconstruire une idéologie moderne putride qui a proliféré dans l'espace et dans le temps, et qui a toujours cherché à obtenir un consensus parmi ce qu'elle appelle les "minorités" afin de planifier et de mettre en œuvre ses politiques délétères. Nous parlons du libéralisme (dans sa déclinaison anglo-saxonne, ndt). À toutes les époques, et particulièrement aux États-Unis, le libéral-progressiste blanc a tenté de manipuler l'homme noir et de détourner son combat initial pour l'émancipation. Les différents leaders nationalistes noirs du 20ème siècle (stigmatisés et ostracisés par le courant occidental politiquement correct), dont Marcus Mosiah Garvey, Malcolm X ou Khalid Abdul Muhammad, l'ont bien compris et ont même souligné qu'il était important et vital pour l'homme noir de se distancer du "renard libéral" qui voulait se présenter comme une alternative au "loup conservateur".

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Il n'est pas question ici, en l'invoquant, de prendre le conservateur caucasoïde comme baromètre ou allié dans les combats pour l'émancipation des Noirs. L'homme noir doit être en mesure de s'imposer une troisième option, basée sur l'autodétermination communautaire et le rejet de l'assimilationnisme (c'est-à-dire l'inclusion dans le système bourgeois). Stockely Carmichael, Muhammad Ali ou Khalid Muhammad, étaient les meilleurs exemples de cette troisième option qu'ils appelaient "Black Power". Ce concept ne doit pas être considéré comme une forme de suprématie noire. Le concept de Black Power faisait référence, dans les années 1960, à la consolidation des communautés et à la fierté de l'identité noire panafricaine.

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Aujourd'hui, cette expression a été remplacée par "Black Lives Matter", qui, paraphrasé, signifierait "Hé, les Blancs ! Les vies des Noirs comptent !". Il est passé de l'autodétermination, de l'identité et de la consolidation communautaire, rejetant l'assimilationnisme libéral bourgeois, à la victimisation des Noirs et à l'intégrationnisme forcé. En parlant du mouvement "Black Lives Matter", il convient toutefois de souligner et de préciser qu'il s'agissait, à la base, d'un concept interne de la communauté noire visant à se soutenir mutuellement. Dans ce cas, c'était une option logique. Mais depuis quelque temps, Black Lives Matter (BLM) est devenu un hashtag capté par les forces mondialistes, sorosiennes et libérales progressistes qui n'ont pas le sort des Noirs à cœur. La seule direction qu'ils entendent prendre est d'utiliser certaines catégories de la population comme réservoirs électoraux. Le néolibéralisme social a ainsi manipulé les souffrances réelles de la société américaine (injustice sociale, inégalités, négrophobie systémique, brutalités policières...) afin de désorienter un soulèvement vers un ordre du jour qui visait à renverser le régime Trump alors gênant pour les forces mondialistes. Là encore, il convient de préciser que Trump, en tant que personnalité politique, n'est en aucun cas un ami des Africains. Mais comme la géopolitique est aussi une question de géostratégie, Trump représentait le mal nécessaire (en ce qui concerne les Africains et leurs descendants). Pour la finance internationale néolibérale apatride, il était nécessaire de déstabiliser Trump avec des soulèvements artificiels, comme ce fut le cas ailleurs dans le monde (en Egypte par exemple, ndt) avec le printemps arabe, soulèvement fabriqués qui devaient donc attirer des votes pour Biden.

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En analysant cette situation, nous pouvons dire que l'antiracisme moderne est une arme créée par nos ennemis (l'oligarchie financière apatride), par les mêmes personnes qui sont à la base du racisme existant et de l'humanité hiérarchisée dans sa globalité. Leur objectif a toujours été de détourner la colère des peuples, en utilisant les noirs les plus fragiles (afroglobalistes, libéraux noirs progressistes, afropolitains) et les blancs les plus extrêmes (réactionnaires les plus bornés et alt-rights) pour empêcher les plus pauvres, noirs et blancs, de se soulever contre les agents du Capital et de mettre au centre du débat les problèmes sociaux et géopolitiques qui sont la base et l'essence du racisme. Il n'est pas possible de se définir comme antiraciste, sans être anticapitaliste ou antilibéral, car comme l'a dit Stockely Carmichael : "Le racisme n'est pas une question d'attitude, mais de pouvoir".

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Au sujet de la lutte antiraciste, Kemi Seba (président-fondateur de l'ONG Urgences panafricaines que je coordonne en Italie), l'une des plus grandes figures de la résistance anticolonialiste en Afrique au 21ème siècle, déclare dans une interview : "Nous ne nous sommes jamais opposés à la lutte de notre peuple aux États-Unis, nous sommes aux côtés de notre peuple qui lutte contre la discrimination raciale, contre la violence policière, nous serons solidaires jusqu'à la mort de cette lutte, ce à quoi nous nous opposons c'est l'instrumentalisation par les forces mondialistes de la souffrance de notre peuple aux fins d'un projet intégrationniste et progressiste blanc et cela ne nous intéresse pas. Nous ne voulons pas progresser sur la voie de l'Occident, nous voulons notre autodétermination et nous voulons que chaque peuple puisse prendre son destin en main".

Pour la communauté afrodiasporique, il existe deux alternatives vitales comme salut,selon Kemi Seba :

   - Le retour en Afrique sur le modèle garveyiste, pour lutter pour la souveraineté africaine et la décolonisation intégrale face aux forces exogènes (impérialisme) et endogènes (la mauvaise gouvernance de la classe dirigeante africaine) ;
    - La construction d'une communauté africaine diasporique forte, cohésive et unie en Occident, sur le modèle chinois, pakistanais, indien, etc. Le salut ne peut être trouvé en pensant s'assimiler à un système pourri, qu'en Afrique nous essayons d'éradiquer à jamais (mais aussi dans tous les territoires du monde qui résistent à l'occidentalisme néolibéral en faveur d'un monde multipolaire).

Le racisme est une question de relations de pouvoir. S'enraciner dans le paradigme civilisationnel lui-même, et en même temps défier et combattre ceux qui alimentent ce racisme, est la seule façon de le combattre.

Sââ François Sandouno (photo, ci-dessous)

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Source : Geopolitica.ru

Vingt ans après le G8 de Gênes: l'opposition à la mondialisation est aujourd'hui souverainiste

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Vingt ans après le G8 de Gênes: l'opposition à la mondialisation est aujourd'hui souverainiste

par Mario Bozzi Sentieri

Source : Mario Bozzi Sentieri & https://www.ariannaeditrice.it/articoli/a-vent-anni-dal-g8-di-genova-l-opposizione-oggi-alla-globalizzazione-e-sovranista

Vingt ans après le G8 de Gênes, que devient le mouvement no-global ? Qu'est-il arrivé au peuple mythique des jours glorieux de juillet 2001 ? Où est la révolution tant attendue des prolétaires du Sud du monde ? Et de la longue liste des attentes, signe de la parcellisation du mouvement (plus de mille acronymes, allant des bienheureux bâtisseurs de paix et des religieuses anglicanes aux militants militarisés des centres sociaux de l'Europe centrale) ? A l'ordre du jour de cette masse "exterminée" - a rappelé Giovanni Mari (Genova Vent'anni dopo. Il G8 del 2001. Storia di un fallimento) - "la critique de l'intrusion des multinationales et du pouvoir arrogant des organisations supranationales, l'arrêt des guerres, la protection des biens communs (eau, école, santé, infrastructures routières et numériques), la lutte contre les pathologies de la caste politique, l'exigence d'une fiscalité équitable, le soutien au handicap et à la pauvreté, l'arrêt des ventes d'armes, un nouveau paradigme pour la politique environnementale, la promotion des énergies renouvelables, une politique de zéro déchet et de recyclage, l'arrêt des aberrations du néolibéralisme, une demande de justice sociale et d'égalité des chances, et l'abolition des paradis fiscaux, la préservation et la protection de l'environnement et de la biodiversité, l'affirmation des droits des travailleurs, des enfants, des femmes et des handicapés, la diffusion de la démocratie et le boycott des régimes totalitaires ou illibéraux, l'encouragement de l'innovation dans l'économie circulaire, le travail flexible, le lancement de nouvelles politiques en matière de genre, la lutte contre le décrochage scolaire, la réduction des délais de la justice et l'engagement de garanties, l'emprisonnement des fraudeurs fiscaux, la traçabilité des flux financiers, l'augmentation des peines pour les mafiosi, la lutte contre la traite des êtres humains, l'augmentation des investissements publics dans le développement et la recherche, la protection des consommateurs".

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Par rapport à 2001, l'année où le mouvement no-global a exprimé une grande capacité de mobilisation, obtenant une visibilité médiatique maximale, il ne semble pas rester grand-chose de cette contestation, si ce n'est des reconstructions mélancoliques et répétitives, faites de bons sentiments (envers les amis) et de beaucoup de rancœur (envers les ennemis d'hier et d'aujourd'hui).

Voici donc - textes en main - le feu des cocktails molotov, les vitrines incendiées, les voitures utilisées comme barricades, les matraques (des deux côtés), les costumes blancs et les black blocs. Et voici l'image, douloureuse et dramatique, du jeune agresseur étendu sur le trottoir, tué par un autre jeune homme, en uniforme, qui - après un procès judiciaire - a été reconnu en légitime défense, mais qui pour une grande partie de la vulgate actuelle (de gauche) reste un meurtrier. Et encore, les références indéfectibles au pouvoir lancé cyniquement contre le "Pueblo Unido". Cependant, cela ne va pas plus loin. 

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Comme l'a écrit Massimo Cacciari : "Si l'on parle encore de Gênes, c'est à cause de la violence absurde de la "répression" et personne ne semble se souvenir du contexte social et culturel dans lequel ces événements ont eu lieu". Dans le même temps, les drapeaux de l'environnementalisme - "le problème écologique dans toute son ampleur et sa complexité", note Cacciari - semblent désormais avoir été brandis par les multinationales des communications, des technologies de l'information, de la logistique, puis par tous les secteurs clés du système de production. La durabilité rime avec "saut technologique", tandis que l'écologisme devient un instrument de la mondialisation. Et pas seulement - ajouterions-nous - l'écologisme. Aujourd'hui, l'agenda 2030 de l'ONU "dicte la ligne".

D'autre part, il n'y a pas d'héritiers de cette contestation, ni d'idéologues capables de lire le contexte mondial actuel, marqué par vingt ans de feu, mais très différent des jours dramatiques de juillet 2001.

Après le G8 de Gênes - ne l'oublions pas - il y a eu les attentats de septembre 2001, avec l'effondrement des tours jumelles, au cœur du World Trade Center de New York, avec tout ce qui a suivi.  Gilbert Achcar a écrit : "Le fondamentalisme islamique s'est développé sur le cadavre en décomposition du mouvement progressiste". 

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En 2008, la banque Lehman Brothers s'est effondrée et le monde a assisté, impuissant, à l'une des pires crises financières de l'histoire mondiale, mais sans que cela ne déclenche de réaction populaire ou une grande révolte de classe particulière.  "Occupy Wall Street" a duré l'espace d'une matinée. Les attentes suscitées par l'élection de Barack Obama ne sont pas allées au-delà de quelques bonnes intentions. Et en janvier 2017, en effet, le "populiste" Donald Trump est arrivé à la présidence des États-Unis. Au cours des vingt dernières années, nous avons dû faire face à l'industrialisation et à la mondialisation écrasantes de la Chine, associées à une stratégie géopolitique sans scrupules. Puis vint l'urgence de l'immigration, qui divisa l'opinion publique, y compris celle de la gauche.

En 2018, la jeune Greta Thunberg, 16 ans, militante suédoise pour le développement durable et contre le changement climatique, est apparue sur le devant de la scène, pleine de bons sentiments, parfois moralisatrice, mais objectivement incapable d'aller aux racines d'un dérèglement global. Et pas seulement à cause du problème écologique. Si la médiation institutionnelle l'emporte, les grands problèmes demeurent. 

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La dette extérieure continue de peser sur les budgets des nations les plus pauvres. En avril 2021, les gouvernements des pays du G20 ont décidé de prolonger un moratoire de six mois sur les paiements de la dette extérieure pour 73 pays vulnérables. En substance, toutefois, les dettes n'ont pas été annulées, mais suspendues, et devront être honorées entre 2022 et 2024, en ajoutant les intérêts courus entre-temps.

Le nombre de personnes vivant avec moins de 5,50 dollars par jour est resté pratiquement inchangé entre 1990 et 2015, passant de 3,5 milliards à 3,4 milliards. Mais les pays les plus pauvres ne sont pas les seuls à avoir manqué l'objectif d'éradication de la pauvreté : entre 1984 et 2014, la pauvreté a augmenté dans des pays comme l'Australie, l'Irlande, la Nouvelle-Zélande et le Royaume-Uni. Dans les pays de l'OCDE, un enfant sur sept vit en situation de pauvreté monétaire, et la pauvreté des enfants a augmenté dans deux tiers des pays de l'OCDE ces dernières années.

Un récent rapport du Programme des Nations unies pour le développement a révélé que les pays riches dépensaient 212 fois plus en aide par habitant pour amortir les effets économiques du Covid que les pays pauvres. Au niveau mondial, 2.900 milliards de dollars ont été investis dans les politiques de protection sociale, mais seuls 379 milliards de dollars ont été dépensés par les pays en développement. Alors que les pays à revenu élevé ont donné en moyenne 847 dollars d'aide par habitant, les pays à revenu intermédiaire n'ont dépensé en moyenne que 124 dollars par habitant. Dans les pays à faible revenu, le montant alloué à la protection sociale totale par habitant n'a pas dépassé 4 USD. Dans les 41 pays analysés et sur la base des données disponibles, le rapport montre que 80% des personnes qui seraient tombées sous le seuil de pauvreté calculé à 1,90 USD par jour n'ont échappé à la faim que grâce à des mesures d'assistance sociale.

Dans ce contexte, les nouveaux mouvements récemment apparus sont l'expression de l'éclatement idéologique du radicalisme de gauche, désormais homologué dans le cadre de campagnes discrètes avec une faible implication populaire : Black Lives Matter, No Borders No Nations, No Tav, le mouvement iconoclaste. 

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Vingt ans après les "faits de Gênes", les vieux no-globals semblent s'être ratatinés, s'être repliés sur eux-mêmes, révélant leur incapacité structurelle, nous pourrions dire mentale, à aborder - par le biais d'un solide discours de gauche - les problèmes causés par la mondialisation, donc en partant de leurs propres racines culturelles.

Sauf à vouloir transformer la gauche en une confrérie de femmes pieuses, vouées aux œuvres de charité, on ne peut oublier les racines matérialistes, industrialisantes, internationalistes, essentiellement... mondialistes de la " gauche historique " et confusément assumées par la gauche radicale d'aujourd'hui.

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Quiconque a lu l'authentique Marx ne peut manquer de se souvenir de ses pages consacrées à l'exaltation du "déracinement" socio-économique bénéfique opéré par le capitalisme par rapport aux sociétés traditionnelles, de son exaltation de l'industrialisme, de son mépris pour la "sous-classe", aujourd'hui nous dirions les parias du monde ("putréfaction passive - écrit Marx - des couches les plus basses de l'ancienne société").
Le vingtième anniversaire du G8 d'il y a vingt ans, bien au-delà des reconstitutions faciles et répétitives, invite plutôt à fixer des limites réelles et culturellement fondatrices sur la ligne de confrontation entre mondialisation et antimondialisation.

Dans la mesure où la mondialisation est une aliénation culturelle, une perte du sens et de la valeur de la politique, et un économisme exacerbé, c'est alors par la volonté-capacité d'un nouveau radicalisme culturel que nous pouvons espérer relancer le débat.
Les "arguments" ne manquent pas : la récupération des identités nationales, la défense des traditions et des caractéristiques locales, le développement organique des économies, le rejet des processus de financiarisation, la volonté de combiner les valeurs éthiques et productives, la récupération du sens et des raisons de la politique. Ce sont des "lignes de sommet" qui appartiennent au haut patrimoine commun de la culture européenne et qui parlent de liberté plutôt que de "libération", de justice plutôt que d'égalitarisme, d'identité plutôt que de cosmopolitisme.

Au-delà d'un anti-mondialisme maniériste, seule une nouvelle prise de conscience culturelle permet de rééquilibrer un développement objectivement désorganisé et intrinsèquement injuste. Le reste est de la démagogie, capable - comme il y a vingt ans - de remplir les places, de rassurer les "bonnes consciences" de l'Occident et de faire croire à certains gauchistes, anciens et nouveaux, qu'ils sont encore révolutionnaires. En réalité, avec peu de résultats et aucune perspective. Si ce n'est pour évoquer " nostalgiquement " ses échecs historiques.

10:58 Publié dans Ecologie, Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : g8, gênes, contestation, gauches, anticapitalisme | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

Quelle est la stratégie de l’OCS pour l’Afghanistan?

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Quelle est la stratégie de l’OCS pour l’Afghanistan?

Par Andrew Korybko 

Source: https://lesakerfrancophone.fr/ & OneWorld

L’Organisation pour la Coopération de Shanghai ferait bien de coordonner les actions de ses membres pour contenir les menaces terroristes émanant d’Afghanistan vers les pays frontaliers, telle ISIS-K, d’encourager un compromis politique entre Kaboul et les Talibans, et d’élaborer un plan pour développer le potentiel de connectivité porté par ce pays ravagé par la guerre, afin d’assurer sa stabilité à long terme.

L’avenir de l’Afghanistan est plus incertain que jamais, sur fond d’avancée rapide des Talibans dans tout le pays au lendemain du retrait militaire étasunien qui va se terminer le 31 août. La plupart des observateurs prédisent une période intense de guerre civile si le groupe, qui reste considéré comme terroriste par de nombreux pays, comme la Russie — malgré le fait que Moscou les a pris pragmatiquement pour interlocuteurs au fil des années dans les dialogues de paix, ne parvient pas à prendre les principales villes de l’Afghanistan qui restent à ce jour sous contrôle du gouvernement. Le chaos résultant pourrait créer une opportunité dangereuse, en laissant ISIS-K étendre sa présence dans le pays, et même devenir une menace de sécurité majeure pour l’Asie centrale et l’Asie du Sud. Les États-Unis abandonnant de fait leurs engagements anti-terroristes, peut-être pour des raisons machiavéliques visant à provoquer ce même scénario, il en revient donc à l’OCS d’assurer la sécurité régionale à leur place.

Ce groupe comprend la plupart des républiques d’Asie Centrale (RAC, à l’exception du Turkménistan), la Chine, l’Inde, le Pakistan, et la Russie, l’Afghanistan, le Bélarus, l’Iran et la Mongolie y ont le statut d’observateur, cependant que l’Arménie, l’Azerbaïdjan, le Bangladesh, le Cambodge, le Népal, le Sri Lanka et la Turquie sont des partenaires de dialogue. L’un des mandats de l’OCS est de faire face de manière conjointe aux menaces de terrorisme, séparatisme, et d’extrémisme et d’améliorer la coopération économique entre ses membres. Si l’on considère les événements qui s’enchaînent rapidement décris au premier paragraphe de la présente analyse, il s’ensuit donc que les pays membres de l’OCS ont un intérêt naturel à travailler ensemble lorsqu’il s’agit de l’Afghanistan. Cette coopération peut prendre des formes ayant trait à la sécurité, politiques, et économiques. L’aspect sécurité a trait à un soutien aux deux États jouxtant l’Afghanistan, surtout le Tadjikistan très fragile, qui sort d’une guerre civile ; le volet politique peut œuvrer à faciliter le dialogue entre les parties combattantes. Le volet économique, quant à lui, est relatif au potentiel de connectivité de l’Afghanistan.

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Pour développer un peu plus, il a été signalé que presque 1600 soldats afghans ont fui dans le Tadjikistan voisin au cours des dernières semaines, afin d’échapper à l’avancée rapide des Talibans dans le Nord du pays. Spoutnik a rapporté que le groupe a permis une traversée en masse de la frontière pour poursuivre ses opérations sans entrave, et chacun sait que les Talibans n’entretiennent pas de projets d’expansion territoriale. Il est par conséquent extrêmement improbable qu’ils constituent une menace pour le Tadjikistan ou envers une autre RAC. Malgré cela, l’incertitude qui prévaut quant à l’avenir de l’Afghanistan pourrait déboucher sur d’importants flux de réfugiés, surtout si ISIS-K se met à exploiter la situation. Pour cette raison, le président Poutine a récemment promis à son homologue tadjik un soutien total pour assurer la sécurité de sa frontière. Il ne fait aucun doute que la base militaire russe implantée dans ce pays est parfaitement en mesure de remplir cette mission si on lui demande, mais le sujet n’en constitue pas moins une excellente opportunité pour les membres de l’OCS de coopérer plus étroitement sur le front de la sécurité.

À ce stade, sa structure régionale anti-terroriste (SRAT) n’a pas encore connu le feu de l’action. L’OCS est constituée de membres très divers, et n’a pas expérimenté à ce stade de coopération en matière de sécurité hormis les exercices très symboliques qui sont menés de temps à autre. L’efficacité de l’organisation serait fortement améliorée si le Tadjikistan demandait son assistance, quand bien même ce ne serait qu’afin de constituer un « exercice en conditions réelles » de soutien à la mission menée par les Russes. Cela n’implique pas non plus de déploiement prolongé de soldats sous bannière de l’OCS, car une telle mission pourrait aussi bien être accomplie par un partage accru de renseignements en passant par cette structure, ainsi que le déploiement d’un soutien matériel approprié. Bien que l’Inde soit en rivalité avec la Chine et le Pakistan, ces trois pays pourraient mettre leurs différends de côté de manière pragmatique afin d’acquérir l’expérience de sécurité multilatérale qui pourrait être utile pour le traitement des crises régionales futures, qu’elles aient trait à l’Afghanistan ou non.

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La seconde dimension de la stratégie de l’OCS pour l’Afghanistan devrait voir l’ensemble des membres faire de leur mieux pour encourager un compromis politique entre Kaboul et les Talibans. Reuters a rapporté cette semaine que ces derniers comptent présenter un plan de paix au cours des discussions qui devraient avoir lieu le mois prochain, ce qui pourrait dans les faits constituer un ultimatum pour empêcher le déplacement que l’on pense qu’ils projettent en direction de la capitale. Les Talibans réfutent qu’une telle attaque soit à l’étude de leur côté, mais les observateurs craignent que celle-ci pourrait devenir inévitable si Kaboul refuse de se soumettre à leurs exigences. Afin d’éviter l’instabilité prononcée qui suivrait probablement cette bataille, il relève de l’intérêt de l’OCS de veiller à ce que les Talibans et Kaboul parviennent à un accord au cours de la prochaine phase de discussions. Le gouvernement afghan est déjà fortement démoralisé du fait du retrait étasunien, et son allié officiel étasunien sera prochainement moins capable que jamais de le défendre une fois effectué son retrait, au mois de septembre, si bien que ce scénario est bien possible.

C’est là que réside la troisième partie des actions que l’OCS peut mener pour aider l’Afghanistan : présenter les fondamentaux d’une proposition d’intégration économique régionale, pour démontrer à l’ensemble des parties prenantes intérieures que la paix serait véritablement dans l’intérêt de chacun. L’accord du mois de février entre le Pakistan, l’Afghanistan et l’Ouzbékistan, prévoyant la construction d’une voie ferrée trilatérale (que l’on nomme souvent PAKAFUZ en prenant les premières lettres du nom de chacun des trois pays) pourrait débloquer le potentiel d’intégration supercontinentale de ce pays ravagé par la guerre, en rapprochant enfin l’Asie centrale et l’Asie du Sud. Cela pourrait amener à l’établissement d’un nouvel axe économique allant de la Russie en Europe centrale jusque l’Inde en Asie du Sud, que l’on pourrait désigner sous le nom de Couloir de l’OCS. Cette proposition ambitieuse devrait idéalement être présentée à Kaboul ainsi qu’aux Talibans par l’OCS, comme une proposition d’ensemble, avec l’assistance de tous les membres de l’OCS durant la prochaine séance de discussions de paix à venir au mois d’août.

Le temps manque pour en présenter tous les détails, mais chaque pays pourrait apporter une chose ou une autre à ce projet, même des promesses générales d’assistance financière (par dons ou prêts) ainsi que d’expertise technique. La chose la plus importante est que les deux parties en guerre (mais surtout l’obstinée Kaboul) comprennent que parvenir à un compromis pragmatique servirait l’ensemble des intérêts de l’Eurasie, pas uniquement leurs intérêts propres, et que le corps multipolaire très prometteur du supercontinent est bel et bien en jeu dans ce débat. L’OCS doit agir et pas se contenter de parler, d’où la nécessité de mettre de côté certains des différends existants entre ses membres pour présenter conjointement un projet crédible à cette fin (qu’importe le manque de détails à ce stade, au vu du peu de temps qui est disponible). La bonne volonté et la confiance qui pourraient faciliter un tel processus pourraient fortement être stimulées par la proposition énoncée ci-avant, quant à une assistance en matière de sécurité accordée au Tadjikistan.

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Pour assembler l’ensemble, c’est l’OCS qui porte la responsabilité de montrer la voie pour s’assurer que la situation en Afghanistan ne rentre pas prochainement dans une spirale de perte de contrôle, ce qui créerait un terrain fertile pour l’expansion régionale d’ISIS-K. Le bloc ne peut parvenir à cela qu’en contenant conjointement de telles menaces terroristes envers les RAC avoisinantes comme le Tadjikistan, en encourageant Kaboul et les Talibans à parvenir de manière pragmatique à un compromis politique au cours de la prochaine phase de pourparlers de paix qui aura lieu en août, afin de prévenir une intensification de la guerre civile afghane. Opportunité en sera également d’aider Kaboul et les Talibans à discuter d’un projet crédible pour transformer l’Afghanistan en pièce centrale du couloir de l’OCS qui est proposé, depuis l’Europe de l’Est jusque l’Asie du Sud. Certes, cela fait beaucoup pour une organisation qui n’a encore jamais été confrontée à une véritable crise, sans compter sur le caractère urgent de la crise afghane, mais tout ou partie de ce qui est proposé ici est bel et bien réalisable, pourvu que la volonté politique soit au rendez-vous.

Andrew Korybko est un analyste politique étasunien, établi à Moscou, spécialisé dans les relations entre la stratégie étasunienne en Afrique et en Eurasie, les nouvelles Routes de la soie chinoises, et la Guerre hybride.

Traduit par José Martí, relu par Wayan, pour le Saker Francophone

La moralinocratie de l’UE super-wokeniste : il est temps de prendre la guerre culturelle européenne au sérieux

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La moralinocratie de l’UE super-wokeniste : il est temps de prendre la guerre culturelle européenne au sérieux

Le monde globaliste, pour les quelques personnes qui aspirent à s’enrichir, est considéré comme une véritable corne d’abondance de satisfactions matérielles innombrables.

Par Alastair Crooke

Source: https://lesakerfrancophone.fr/ & Strategic Culture

À la fin du mois dernier, l’UE s’est effondrée dans une crise de nerfs affectiviste. Cela s’est produit lorsque Charles Michel, président du Conseil, a décidé d’inscrire au sommet un débat sur les LGBTQI et les valeurs de l’UE, en réaction à une lettre inquiète signée par 17 pays-membres. Le Premier ministre néerlandais Rutte a profité de ce moment pour «monter au nucléaire» (comme il l’avait promis auparavant), en déclarant avant le sommet : «Mon objectif est de mettre la Hongrie à genoux sur cette question». Et, lors du sommet lui-même, Rutte a menacé la Hongrie : ce pays doit «abroger» sa «loi anti-gay» (prétendument anti-gay) et « respecter les droits de l’homme fondamentaux ; ces exigences ne sont pas négociables, la Hongrie les accepte ou elle doit partir [de l’UE]. »

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Rutte a néanmoins reconnu : «Je ne peux pas les pousser dehors».  Il a simplement affirmé que la (prétendue) loi “anti-gay” d’Orbán «contredit gravement les valeurs que défend l’Europe», et a insisté sur le fait qu’elles n’étaient pas à débattre. Si l’UE n’agit pas maintenant, elle cessera d’être une union de valeurs et deviendra un simple bloc commercial, a insisté Rutte. Le débat a ensuite pris une tournure très personnelle et émotionnelle :

«Nous nous connaissons depuis huit ans, mais cela me blesse», a déclaré Xavier Bettel à Orbán dans la salle du sommet. Le Premier ministre luxembourgeois est marié à un homme et a été l’un des initiateurs de la lettre de protestation des 17 États. «Je ne suis pas devenu gay. Je le suis. Ce n’est pas un choix… Ma mère me déteste pour cela. Ce [projet de loi hongrois] est très mauvais. C’est stigmatisant», a-t-il déclaré, selon des responsables. «Je vous respecte, mais c’est une ligne rouge. Il s’agit de droits fondamentaux, du droit d’être différent».

Eh bien, voilà : la guerre culturelle, et sa compagne, – la guerre contre le “populisme”, – gronde, attisée désormais par un vent de tempête. Comme en Amérique, elle aura de profondes conséquences, et donnera lieu à de vives tensions internes.

Le début de cette “guerre” remonte aux années 1990, lorsque la Hongrie et la Pologne «ont mené l’Europe de l’Est dans la thérapie de choc économique, en poussant les réformes du marché au-delà de ce que leurs conseillers occidentaux exigeaient. Mais sur le plan culturel, les droites polonaise et hongroise ont choisi une voie plus conservatrice». En particulier, plutôt que d’ouvrir les frontières de son pays pour compenser le déclin démographique, Viktor Orbán, le Premier ministre hongrois, a considéré la famille traditionnelle comme la voie royale pour stimuler la croissance nationale. Depuis 2010, qui a marqué le début du rôle d’Orbán en tant que Premier ministre, le nombre de mariages chez les Hongrois a augmenté de 89,5% ; et le taux de fécondité est en hausse.

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Ces deux États continuent néanmoins de se considérer comme profondément européens même s’ils se sont éloignés de la promotion par l’UE du cosmopolitisme comme finalité culturelle primordiale, à réaliser par l’ouverture des frontières et le mélange volontaire d’un grand nombre de peuples différents qui en découle.

Orbán est loin d’être le seul à adopter une position traditionaliste. À Rome, par exemple, le Vatican a pris l’initiative inhabituelle d’entreprendre une démarche diplomatique auprès du gouvernement italien concernant un projet de loi. Cette loi, connue sous le nom de “projet de loi Zan” (du nom du législateur militant pour l’homosexualité Alessandro Zan), a été approuvée l’année dernière par la Chambre basse du Parlement italien et fait depuis l’objet d’un débat acharné au Sénat. Le projet de loi qualifie explicitement la violence à l’encontre des personnes LGBTQI de crime de haine, l’assimilant à une attaque raciale ou antisémite, et prévoit des sanctions sévères en cas d’infraction. Le leader de la Ligue (le parti), Salvini, a déclaré que cette loi punirait ceux «qui pensent qu’une maman est une maman et qu’un papa est un papa». De nombreux Italiens ordinaires seraient d’accord.

Même les parents des élites progressistes sont inquiets, – comme en témoigne la démarche du Vatican, – car ils voient la communauté progressiste de méritocratie qu’ils imaginaient se métamorphoser en une sorte de « moralinocratie » super-wokeniste. Et ce n’est peut-être qu’une question de temps avant que les tests académiques ne soient abolis au nom de la lutte contre le racisme. «Alors comment diable êtes-vous supposé faire entrer votre fille à Oxford, si elle est blanche ? Payer un chirurgien wokeniste (à moins que l’assurance sociale couvre cette intervention) pour procéder à l’ablation de ses seins à l’âge de seize ans, – voilà la nouvelle ‘cool-attitude’». Abigail Shrier en parle dans son nouveau livre Irreversible Damage: The Transgender Craze Seducing Our Daughters. De nombreux parents sont au bord de la crise de nerfs.

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Et, comme en Amérique, les parents n’apprécient pas non plus que l’on enseigne à leurs enfants la Théorie critique de la race (TCR). Cette dernière est issue d’une école de pensée d’intellectuels marxistes de l’après-révolution russe désappointés du fait que la révolution communiste n’avait pas balayé l’Europe, comme Marx l’avait prédit. Cette “théorie de la race” révisionniste a actualisé Marx en transformant la lutte des classes en une lutte entre «ceux qui ont le pouvoir dans la société et ceux qui ne l’ont pas».

Les deux variantes marxistes s’appuient pourtant sur le même dualisme perturbateur de l’oppresseur contre l’opprimé, pour provoquer le conflit entre les couches de la société. Et c’est bien le cas : on apprend à une jeune génération en rupture et en désaccord avec ses parents, à considérer ceux-ci comme des racistes congénitaux.

La semaine dernière, l’UE a déclaré la guerre à ces angoisses parentales. Elle a pris le parti de la TCR et a brandi la cause des LGBTQI.

C. J. Hopkins, que Matt Taibbi a un jour décrit comme une version post-soviétique d’un écrivain самиздат (c’est-à-dire un écrivain si perspicace que, tôt ou tard, tant l’écrivain que ses lecteurs seront conduits en prison ! – ce qui, soit dit en passant, est un compliment de la part de Taibbi), a cherché à expliquer ce qui est en train de se passer.

Yves Smith, qui écrit sur le remarquable blog économique Naked Capitalism, développe la prophétie de Hopkins. Il écrit :

Alors que je commence à expliquer le travail de Hopkins à mes amis et voisins progressistes (encore) bien éduqués [à New York], je suis surpris, encore et encore, qu’ils soient sereinement inconscients de ce qui me semble si évident : la montée de la censure aux États-Unis – la censure des libéraux-progressistes ! … “Écoutez”, [écrit Hopkins en 2017, la première année de la présidence de Trump] “Je crois savoir ce que vous pensez. Mais ce n’est pas que les progressistes ne se soucient pas réellement des valeurs libérales-progressistes fondamentales, comme la liberté de la presse et de parole, – et tout le reste. C’est simplement qu’ils ont désespérément besoin que les démocrates reprennent la Chambre des représentants et le Sénat l’année prochaine, afin de pouvoir s’atteler à la mise en accusation de Trump…” “Le but de toute cette propagande [en particulier concernant le piratage russe] est de délégitimer Donald Trump”, “et de réaffirmer de manière prophylactique le monopole des classes dirigeantes néolibérales sur le pouvoir, la ‘réalité’ et la ‘vérité’.

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En pratique, le récit “la Russie a volé l’élection de Trump” a fait d’une pierre deux coups : l’un était contre Trump, l’autre contre Poutine. Pourquoi ? Eh bien, dans le capitalisme oligarchique, l’immense richesse de ce dernier est à la fois l’enclume et le marteau, sur lesquels sont forgés les récits occidentaux de la “réalité” politique. Ils “martèlent” chaque “réalité” successive. Ce n’est pas le cas en Russie et en Chine. Le pouvoir des dirigeants politiques l’emporte sur les machinations oligarchiques (ils vont à l’essentiel). Il n’en a pas toujours été ainsi. Sous Eltsine, les oligarques cosmopolites ont été à deux doigts de kidnapper littéralement la Russie, mais Poutine est entré en scène et à tout gâché. Les oligarques sont toujours tenus à distance.

Le thème principal de Hopkins est cependant la guerre contre le populisme (le sujet qui a tant absorbé les euro-élites lors de leur sommet du Conseil). Il pose la question suivante: Comment, et pourquoi, le capitalisme mondial incontrôlé a-t-il abouti à cette guerre contre le populisme ? «Le problème c’est [répond-il] … eh bien, le problème … c’est les gens.»

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Hopkins écrit, dans The Last Days of the Trumpian Reich :

Ce ne sont pas les gens riches et puissants comme eux [qui sont le problème], ni les gens dont ils ont besoin pour continuer à travailler, à consommer et à servir les intérêts de leurs prêts, mais … vous voyez, ce sont tous ces autres gens. Les gens de la classe ouvrière non éduqués, non-wokenistes. Des gens qui portent des armes et sont fanatiquement religieux. Les racistes, les théoriciens de la conspiration. Les déplorables. Les populistes, pour tout dire.

Des gens dont ils n’ont plus besoin. Ces gens ont été un problème récemment. Non seulement ils sont un frein au système, mais ils ont activement interféré avec lui, en votant pour le Brexit, en élisant Donald Trump, en refusant d’abandonner leurs valeurs traditionnelles et leurs idées dépassées (par exemple, la souveraineté nationale, la liberté d’expression et la biologie des mammifères), en refusant de se rallier à l’idéologie capitaliste mondiale , – ils sont vraiment une épouvantable plaie.

Yves Smith encore :

 Le paragraphe [ci-dessus] éclaire le travail de Thomas Frank et est éclairé par celui-ci, qui a si brillamment montré – surtout dans son chef-d’œuvre, “Listen : Liberal” – comment, depuis l’élection de notre premier président néolibéral en 1992 (qui était, de manière significative, l’année suivant l’effondrement de l’URSS), les démocrates se sont réinventés comme le parti de la classe libérale-progressiste, créative, professionnelle et gestionnaire : le parti de la méritocratie institutionnalisée, le parti, par-dessus tout, des gagnants. Alors, oui, comme une évidence, on a appris aux démocrates à être ouvertement hostiles aux “déplorables” de la classe ouvrière, comme Hillary Clinton les a officiellement nommés, à les considérer comme “une épouvantable plaie”, comme l’écrit Hopkins.

Et les déplorables sont vraiment un frein au système capitaliste mondial. (La plupart d’entre eux veulent des soins de santé gratuits, a-t-on jamais vu ça !) Beaucoup d’entre eux ont voté pour le socialiste Bernie Sanders, et, bien pire, bien pire, un plus grand nombre d’entre eux ont voté pour le “dictateur fasciste suprématiste blanc-nationaliste Nazi-Hitler » (comme l’a dit Glenn Greenwald !), c’est-à-dire Trump. Ils sont vraiment, – le fond du problème ici – des Losers avec un grand “L”.

Les progressistes, les bienpensants (comme les a appelés Thomas Frank), – les “gagnants”, donc,  – qui lisent le New York Times et le Washington Post, écoutent NPR et regardent MSNBC et CNN, qui sont allés dans de bonnes universités et ont obtenu toutes sortes de titres professionnels, sont certainement assez bien informés pour savoir que l’avenir est tout entier dans le capitalisme mondial. Et ils savent que, s’ils respectent les règles, le capitalisme mondial a une place pour eux. En outre, ils savent (ou pourraient facilement le comprendre) que le capitalisme mondial n’a pas de place pour les perdants de la vie. C’est juste de la merde puante, n’est-ce pas ?

Ainsi, lorsque la Reset, – le “Nouveau Normal” – a été dévoilé à Davos, des millions de personnes vivaient déjà une réalité dans laquelle les faits ne comptaient plus du tout, où des choses qui ne se sont jamais produites officiellement, – se sont produites. Et d’autres choses qui se sont manifestement produites ne se sont jamais produites ; pas officiellement dans tous les cas, c’est-à-dire qu’il s’agissait de théories du complot “d’extrême droite”, de “fake news”, de désinformation ou de ce qu’on veut du genre, même si les gens savaient que ce n’était pas le cas.

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Comment le Davos propose-t-il alors de faire passer l’humanité dans le “Nouveau Normal” ? Eh bien, peut-être que le Davos veut aller dans la direction opposée à la pureté épistémologique ? C’est-à-dire qu’il cherche à générer un grand nombre de réalités contradictoires, pas seulement des idéologies contradictoires mais de véritables réalités mutuellement exclusives, qui ne pourraient pas exister simultanément… ce qui pourrait quand même faire assez peur aux gens. Cela pourrait devenir la “page blanche” mentale sur laquelle pourraient être écrites les réalités délibérément fluides du genre cosmopolite et des identités auto-définies.

L’Élite oligarchique cherche maintenant à “dévaloriser” toutes les valeurs nationales restantes, à briser la cohésion nationale, – parce que son objectif logique n’est pas de créer une nouvelle idéologie (il n’en a pas besoin). Il s’agit plutôt d’imposer un ordre mercantiliste mondial unique, en commençant par la monétisation de toutes les “choses” possibles, puis leur “capitalisation” en nouveaux “actifs” financiers.

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Bien sûr, même le Reset a besoin de son récit. Il s’agit alors, – n’importe quel récit de l’establishment fait l’affaire (voyez ce “Reality Check de la BBC), – de mettre une ligne Maginot, une frontière idéologique défensive, entre “la vérité” telle que définie par les classes dirigeantes, et n’importe quelle autre contredisant leur récit.

Les “classes dirigeantes” accréditées (telle celle de Bruxelles) savent que leur succès est en grande partie rendu possible par leur enthousiasme pour les récits officiels. Leur espoir collectif est que le récit correct leur offre un espace sûr et durable. D’un côté de la ligne Maginot se trouve donc la société “normale”, l’emploi bien rémunéré, l’avancement professionnel et tous les autres avantages considérables de la coopération avec les classes dirigeantes. De l’autre côté, c’est la pauvreté, l’anxiété, la stigmatisation sociale et professionnelle, et diverses autres formes de souffrance et de discrimination.

De quel côté du mur voulez-vous être ? Chaque jour, d’innombrables façons, chacun d’entre nous se voit poser cette question et doit y répondre. Conformez-vous, et il y a une place pour vous à l’intérieur. Refusez, et … eh bien, bonne chance de l’autre côté.

Alors, à quoi ressemblera la “Conquête d’Absolument Tout” de l’oligarchie mondiale ? Un monde de consommateurs atomisés, dépouillés de leurs droits et de toute allégeance à la famille, au clan, à la nation, à la religion ou même à une appréciation culturelle significative.

Peu importe, un monde globaliste, pour les quelques personnes qui aspirent à y devenir immensément riches, est toujours considéré comme une véritable corne d’abondance d’innombrables satisfactions matérielles. Un tapis volant qu’ils seraient bien stupides d’abandonner. Et pourtant l’inquiétude monte, même chez les milliardaires. Le monde s’oriente vers de nouvelles directions bien incertaines. Jeter son dévolu sur les “Maîtres de l’Univers” pourrait finalement s’avérer n’avoir été qu’une chimère éphémère.

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Pour “le plus grand nombre”, bien entendu, le Reset technologique et robotique proclamé par les gens de Davos sera un lieu d’esclavage glorifié, vécu dans des déserts d’isolement social. Dans la mesure où certains parmi le grand nombre ont vu ce qu’un Reset technologique leur réserve, ils n’aiment pas ça. On y hume à plein nez le totalitarisme, le féodalisme technologique, – et ils ont commencé à s’y opposer. Ils sont alors … “populistes”. C’est-à-dire qu’ils deviennent un énorme problème pour leurs maîtres. Il n’est pas étonnant que le sommet du Conseil de l’UE ait été si houleux et si désemparé.

Alastair Crooke

Traduit par Dedefensa, relu par Zineb

mardi, 20 juillet 2021

Giorgio Agamben: Carte verte

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Carte verte

par Giorgio Agamben

Dans un texte précédent, nous avons mise en exergue la discrimination injuste frappant une classe de citoyens exclus de la vie sociale normale suite à l'introduction de ce soi-disant "laissez-passer vert". Cette discrimination est une conséquence nécessaire et calculée, mais n'est pas l'objectif principal de l'introduction du laissez-passer vert, qui vise non pas les citoyens qui seront exclus, mais l'ensemble de la population. L'objectif des gouvernements à travers ce passeport sanitaire est, en fait, un contrôle méticuleux et inconditionnel de tout mouvement des citoyens, semblable au passeport interne que chacun devait avoir sur soi pour se déplacer d'une ville à l'autre sous le régime soviétique.

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Dans le cas qui nous préoccupe aujourd'hui, cependant, le contrôle est encore plus absolu, car il concerne tout mouvement du citoyen, qui devra montrer son laissez-passer vert à chaque fois qu'il se déplace, même pour aller au cinéma, assister à un concert ou s'asseoir à la table d'un restaurant. Paradoxalement, le citoyen non enregistré sera plus libre que celui qui dispose d'un laissez-passer vert, et ce devrait être la masse même des citoyens détenteurs de cette carte sanitaire qui devrait protester et se rebeller, car désormais ils seront comptés, surveillés et contrôlés dans une mesure sans précédent, même dans les régimes les plus totalitaires.

Il est important de noter que la Chine a annoncé qu'elle maintiendrait ses systèmes de suivi et de surveillance même après la fin de la pandémie. Comme cela devrait être évident pour tous, avec le passeport vert, ce n'est pas la santé mais le contrôle de la population qui est en jeu, et tôt ou tard, même le public qui a sa carte aura l'occasion de s'en rendre compte à ses dépens.

Source:

https://www.ariannaeditrice.it/articoli/tessera-verde

Vers la stagflation et un krach

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Vers la stagflation et un krach

par Marc Rousset

La Bourse de a terminé, ce vendredi, tout comme Wall Street, dans le rouge à 6.460, plombée par des inquiétudes sur une inflation américaine non temporaire, sur les variants du Covid et l’inégalité vaccinale dans le monde, sur la vigueur de la reprise et un ralentissement en Chine au deuxième trimestre. L’indice des consommateurs américains de l’université du Michigan est ressorti à seulement 80,8, contre 87, de consensus de marché, suite à la hausse des prix de 5,4 % sur un an aux États-Unis (7,3 % pour les prix de gros, au plus haut depuis onze ans). La Fed pourrait resserrer sa monétaire avant même, comme elle le prétend, que « la reprise soit complète ». En Europe, l’inflation a atteint 2,5 % en juin, en Espagne et au Royaume-Uni.

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Marc Rousset

Le prix des logements aux États-Unis augmente plus rapidement qu’au sommet de la bulle des subprimes, il y a quinze ans. L’indice immobilier américain (FHFA) progresse à un rythme record de 15,7 % par an. Sur la base des 4.500 milliards de dollars créés depuis le début de la pandémie, l’inflation américaine pourrait osciller entre 5 et 10 % jusqu’à fin 2022. Les taux d’intérêt sont toujours nuls et la Fed achète toujours 120 milliards de dollars d’obligations chaque mois, alors que les programmes de relance de Biden vont conduire à un déficit budgétaire de 3.000 milliards de dollars, soit 15,5 % du PIB, ce qui équivaut à des chiffres d’une période de guerre, contre une moyenne de 8 % environ dans la zone euro.

De plus, les ménages américains ont amassé 2.400 milliards de dollars d’épargne excédentaire qui est gelée depuis quinze mois, ce qui est très supérieur aux ménages français (180 milliards d’euros). Dès que les dépenses reprendront, la vélocité de la monnaie, source d’inflation, reprendra son cours normal. La Fed, prise au piège de la dette, fait face au dilemme du resserrement monétaire immédiat qui conduira à un sur les marchés ou à ne rien faire, ce qui laissera le génie de l’inflation sortir de sa bouteille. La BRI (Banque des règlements internationaux) craint que les marchés ne réagissent avant la Fed, ce qui conduirait aussi à un krach.

Il semble également que l’effet déflationniste des 800 millions de travailleurs faiblement rémunérés de la Chine et de l’Europe de l’Est soit épuisé car les salaires ont augmenté d’une façon substantielle, même s’il y a encore de la réserve trop nombreuse en Inde et dans les pays émergents. La réalité, c’est qu’il y a trop d’argent pour trop peu d’offre. La Fed risque d’être forcée de réajuster le calendrier de sa réduction d’achats d’actifs et, comme l’écrit la BRI : « Plus les banques centrales tarderont, pire ce sera. »

De nombreuse pénuries hors normes perturbent l’industrie mondiale. 47 % des industriels français ont des difficultés d’approvisionnement. La politique des flux tendus sans stock de est remise en question et il peut être intéressant de produire local. Les coûts du transport maritime atteignent des records, à 8.800 dollars le conteneur de 40 pieds, et les fabricants chinois de conteneurs n’arrivent pas à produire suffisamment. En un an, les cours du cuivre et de l’aluminium ont progressé de 50 %.

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Nouriel Roubini

Le professeur américain Nouriel Roubini est encore plus soucieux que la BRI : il estime que nous nous dirigeons, en fait, vers la stagflation car « la stagflation des années 1970 va bientôt se télescoper avec les crises de la dette de la période post-2008 ». Il écrit, dans le Guardian, que « la question n’est pas de savoir si cela aura lieu mais quand, car les ratios d’endettement sont beaucoup plus élevés que dans les années 1970 ». Il énumère les causes de stagflation : « retour du protectionnisme, vieillissement démographique dans les économies avancées et émergentes, restrictions d’immigration dans les économies avancées, relocalisation de la fabrication dans des à coût élevé, balkanisation des chaînes d’approvisionnement mondiales ».

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Hyman Minsky

Les marchés risquent de bientôt connaître le « moment Minsky » (autre célèbre professeur américain), suite au changement de politique des liquidités ou par du changement de politique à venir des banques centrales, c’est-à-dire le moment où les investisseurs surendettés, après avoir pris des risques élevés mettant en péril la stabilité du système, décident de vendre en masse, déclenchant une spirale de baisse -entretenue – ce que l’on appelle un krach.

La Russie retourne en Afghanistan

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La Russie retourne en Afghanistan

Alexandre Douguine

Parlons de l'Afghanistan. Le retrait des troupes américaines constitue un tournant très sérieux dans l'équilibre global des forces en géopolitique d'Asie centrale. Dans un avenir prévisible, le mouvement radical des Talibans, qui unit les Pachtounes, le plus grand groupe ethnique d'Afghanistan, arrivera au pouvoir d'une manière ou d'une autre. Il s'agit d'une force extrêmement active, et il y a quelques raisons de croire que les reculs honteux des Américains, qui, comme d'habitude, ont abandonné leurs laquais collaborationnistes à leur sort, vont tenter de retourner les talibans contre leurs principaux adversaires géopolitiques dans la région, la Russie et l'Iran.

La Chine sera elle aussi directement touchée, car l'Afghanistan est un élément essentiel du projet d'intégration "One Belt One Road". Les talibans pourraient également servir de base à une escalade dans le Xinjiang, en mobilisant et en soutenant les islamistes ouïghours.

En outre, la montée en puissance des talibans pourrait déstabiliser la situation en Asie centrale dans son ensemble et, dans une certaine mesure, créer des problèmes pour le Pakistan lui-même, qui est de plus en plus libéré de l'influence américaine.

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Les Américains sont entrés en Afghanistan dans un environnement géopolitique très différent. La Russie était extrêmement faible après les années 90 et semblait avoir été mise au placard. Pour être en sécurité dans ce modèle unipolaire, les Américains ont décidé de renforcer une présence militaire directe au sud de la Russie et, ce faisant, d'éliminer les forces du fondamentalisme islamique qui servaient précisément les intérêts géopolitiques occidentaux, surtout à l'époque de la guerre froide.

Aujourd'hui, après avoir évalué les changements survenus dans le monde et, surtout, la transformation de la Russie et de la Chine en deux pôles indépendants, de plus en plus indépendants de l'Occident mondialiste, les États-Unis ont décidé de revenir à leur stratégie précédente. En retirant leur présence militaire directe dans un Afghanistan exsangue, les États-Unis tenteront de se décharger de toute responsabilité et de faire subir à d'autres l'inévitable contrecoup que constitueront les talibans, qui sont, on le sait, extrêmement militants.

Dans une telle situation, Moscou a décidé à juste titre d'être proactive. La consolidation du pouvoir des talibans n'étant qu'une question de temps, il ne faut pas attendre de voir comment et quand le régime actuel, collaborationniste et pro-américain, sera renversé. Il faut négocier avec les Pachtounes maintenant. Comme nous l'avons vu récemment lors de la visite d'une délégation de talibans à Moscou. Les Talibans sont désormais une entité indépendante. Et l'approche réaliste de Poutine exige que l'on tienne compte d'un tel acteur, parce que cet acteur est là, sur le terrain, et s'est avéré inébranlable.

La déstabilisation de toute l'Asie centrale est inévitable si on laisse la situation en Afghanistan se dégrader. Cela affectera directement le Tadjikistan, l'Ouzbékistan, le Kirghizstan et le Turkménistan - c'est-à-dire que cela n'affectera pas directement les intérêts de la Russie et de l'OTSC.  Par conséquent, la Russie doit assumer la responsabilité de ce qui se passe dans le prochain cycle de l'histoire sanglante de l'Afghanistan.

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Ici, la Russie devrait agir en tenant compte de la structure en mosaïque de la société afghane - les intérêts des groupes ethniques non pachtounes d'Afghanistan - Tadjiks et Ouzbeks, ainsi que les chiites Hazaras et la minorité ismaélienne du Bodakhshan - devraient certainement être pris en compte. La Russie a été trop longtemps et trop profondément impliquée dans le labyrinthe afghan pour être enfin apte à comprendre les subtilités de la société afghane. Cette connaissance, ainsi que le potentiel stratégique de la Russie et son prestige accru, constituent un avantage très sérieux.

La coopération de la Russie à la préparation d'un avenir afghan en harmonie avec d'autres acteurs régionaux - avec l'Iran et le Pakistan ainsi qu'avec la Chine, l'Inde et les États du Golfe - est cruciale. La Turquie, un partenaire difficile mais aussi tout à fait souverain, pourrait servir de courroie de transmission vers l'Occident.

Mais l'essentiel est d'exclure sciemment l'Occident - principalement les États-Unis, mais aussi l'Union européenne - du nouveau formatage eurasiatique en gestation qui devra rapidement résoudre le problème afghan. Ils ont montré ce dont ils sont "capables" pour résoudre l'impasse afghane. Cela s'appelle en bref et simplement : un échec total.  Rentrez chez vous, et nous ne voulons plus vous voir en Asie centrale à partir de maintenant. L'Eurasie est aux Eurasiens.

Cela ne signifie pas que le problème afghan sera facile à résoudre sans l'Occident. Ce ne sera certes pas facile. Mais avec l'Occident, ce n'est pas possible du tout.

Source: https://www.geopolitica.ru/article/rossiya-vozvrashchaetsya-v-afganistan

Le train plombé de Lénine et la géostratégie russo-allemande

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Le train plombé de Lénine et la géostratégie russo-allemande

Gaston Pardo

Le lundi 3 avril 1917, jour des Pâques dans la Russie orthodoxe, Vladimir Illitch Oulianov (Lénine) est attendu à la gare de Finlande à Petrograd - aujourd'hui Saint-Pétersbourg - par un important groupe de partisans conduits à la gare pour accueillir le stratège marxiste par les comités bolcheviques des usines, les marins de Cronstadt et les soldats pacifistes, enthousiasmés par la musique d'une fanfare militaire.

Tout ce dispositif imagé a été mis en place pour contrer les inévitables interprétations décrivant un leader revenant d'exil et bien associé à la cause allemande dans la Grande Guerre, qui a commencé en 1914 et qui en était alors à sa troisième année.

À cette époque, la Russie tsariste avait cessé d'exister et l'Allemagne encourageait les mouvements insurrectionnels pour déstabiliser les Français et les Britanniques. L'objectif de Catherine Merridale, historienne britannique formée dans le Hampshire, est de reconstituer le plus fidèlement possible le voyage de Lénine depuis Zurich à partir des archives des musées ferroviaires et des itinéraires existants en 1917, et de comparer les versions officielles créées des années plus tard de ce "voyage qui a changé le monde".

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En onze chapitres, l'auteur développe à partir des variables inhérentes à la situation européenne et russe de ces années-là, l'expérience de Lénine à la tête du groupe revenu d'exil, jusqu'au sort de ses compagnons de route dans les années qui ont suivi l'arrivée au pouvoir des bolcheviks.

La période 1916-1917 se caractérise par le froid le plus rigoureux depuis le début de la guerre, ce qui accentue la pénurie de produits de base pour les travailleurs. Il en résulte un rejet général de l'impératrice et de la participation de la Russie à la Triple-Entente, avec pour conséquence une augmentation des protestations qui passent des revendications économiques aux revendications politiques. Cette situation était aggravée par la faiblesse du régime tsariste résultant de la paralysie institutionnelle causée par le tsar Nicolas II lui-même, des rumeurs de conspiration interne et de l'absence de services secrets unifiés.

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La conséquence: des élites divisées entre un petit groupe de courtisans au pouvoir et une large majorité opposée par le radicalisme et la réaction. L'inapplicabilité du régime tsariste est l'image globale qui se dégage du premier chapitre.

Confrontée à l'impossibilité d'infiltrer l'Europe de l'Est après l'expulsion de ses diplomates, la stratégie de l'Allemagne consiste à encourager l'agitation sociale à l'intérieur du pays. Le facteur externe de la guerre pour la Russie est contenu dans un chapitre qui précise le rôle allemand dans le cadre des actions des bolcheviks pour le retour de Lénine.

En mars 1915, les Allemands décident de soutenir l'initiative proposée par Parvus (Alexander Lvovich Parvus, né Israel Lazarevich Gelfand/Helfand, 1869-1924), rédacteur en chef d'Iskra, visant à unifier l'opposition russe en exil, ce qu'il n'a jamais réussi à faire étant donné les divergences au sein du mouvement social-démocrate russe depuis 1903.

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Malgré ses années d'exil, Lénine connaît la qualité de son parti et de ses membres. Tous étaient marxistes, politiquement conscients et engagés dans la cause du socialisme. Il s'attendait à ce que les positions de Kamenev et de Staline rencontrent une certaine résistance au sein du mouvement bolchevique et de sa base.

Quoi qu'il en soit, les événements en Russie se déroulaient à une vitesse fulgurante: le parti baptisé "bolchevik" était en crise et sa propre présence à Petrograd se trouvait dans une situation critique.

MartovW.jpgLors d'une discussion entre les exilés russes à Zurich le 19 mars, le dirigeant menchevik, Julius Martov, a suggéré de rechercher un accord avec le gouvernement allemand pour les laisser passer par l'Allemagne. Ils pourraient ensuite traverser la mer Baltique jusqu'en Suède, et atteindre la Russie via la Finlande. En contrepartie, a proposé Martov, ils accepteraient de demander la libération des prisonniers de guerre allemands à leur arrivée en Russie.

Acteurs et incidents

Le marxiste suisse, Fritz Platten, entame des négociations avec l'ambassade d'Allemagne à Zurich. Kroupskaya rapporte que les conditions étaient les suivantes :

    - Que les exilés russes seraient autorisés à passer en Allemagne, quelle que soit leur position sur la guerre.
    - Que personne ne pouvait entrer dans les wagons du train sans la permission de Platten.
    - Qu'il n'y aurait pas d'inspection des bagages ou des passeports des exilés.
    - Que les exilés s'engagent à demander la libération d'un nombre correspondant d'internés allemands et autrichiens en Russie.

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Le "train plombé" quitte Zurich le 27 mars, transportant Lénine et 29 autres exilés, dont les bolcheviks Kroupskaya, Inessa Armand et Grigori Zinoviev. Le 31 mars, après avoir traversé la Baltique, ils arrivent en Suède. De là, ils sont passés en Finlande et ont pris le train pour Petrograd. Kroupskaya a rappelé que Lénine "a demandé si nous serions arrêtés à l'arrivée". Ses camarades, écrit-elle, "souriaient".

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Lénine arrive à la gare de Finlande à Petrograd le soir du 3 avril 1917. Loin d'être arrêté, il est accueilli par des milliers d'ouvriers et de soldats qui soutiennent les bolcheviks, lui offrant même un bouquet de roses. Il reçoit une salutation au nom des Soviets de la part du menchevik Alexandre Tchekhidze, qui l'exhorte à soutenir la ligne conciliante du Comité exécutif du Soviet.

Lénine, en revanche, a lancé un appel passionné à la révolution socialiste. En privé, il reproche à Kamenev la ligne politique "défensiste et pro-guerre" qu'il promeut à travers la Pravda. Léon Trotsky qualifie la suite de "Réarmement du Parti".

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Le lendemain, le 4 avril, Lénine a présenté ses "thèses d'avril" à une réunion des délégués bolcheviks au Soviet des ouvriers et des soldats de Petrograd ; il l'a fait à nouveau devant une réunion des délégués bolcheviks et mencheviks. Que disaient ses thèses d'avril ? Le document était composé de dix points. Ils décrivent l'attitude de Lénine à l'égard du gouvernement provisoire et de la guerre, ainsi que son évaluation de la signification historique des Soviets en tant que forme nouvelle et supérieure d'État. Ils ont expliqué les mesures économiques urgentes et nécessaires pour faire face aux conditions sociales de la classe ouvrière et de la paysannerie en Russie. Ils ont appelé à changer le nom du Parti ouvrier social-démocrate russe en Parti communiste bolchevique.

Enfin, et c'est peut-être le plus important, Lénine insiste sur le fait que les bolcheviks doivent prendre l'initiative de créer une nouvelle Internationale révolutionnaire, non seulement en opposition aux partis de la Deuxième Internationale qui ont trahi le socialisme en soutenant leurs bourgeoisies respectives dans la guerre, mais contre tous les "centristes" qui ont refusé de rompre avec ces partis.

David North, du WSWS, analyse le léninisme en tant que force politique russe. Examen des thèses d'avril. L'influence allemande brille par son absence

Premier point : aucun changement dans la position du parti vis-à-vis de la guerre. Dans notre attitude face à la guerre, qui, du côté russe, reste indiscutablement une guerre impérialiste et prédatrice, également sous le nouveau gouvernement Lvov & Co, en vertu du caractère capitaliste de ce gouvernement, la moindre concession à la "défense révolutionnaire" est intolérable ......

Ce que Lénine soulignait aux cadres bolcheviques, c'est qu'il importait peu que le parti représente une minorité aujourd'hui. La tâche était de dire la vérité. La logique de la lutte des classes conduirait Kerensky et les mencheviks à exposer leur caractère contre-révolutionnaire.

Deuxième point : l'adoption par Lénine de la théorie de la "révolution permanente" ou "ininterrompue", associée avant tout à Léon Trotsky.

Lénine avait soutenu, contre Trotsky, que le retard économique et social de la Russie était un obstacle objectif à l'établissement par la classe ouvrière d'un gouvernement ouvrier - la dictature du prolétariat. Les masses russes, la vaste paysannerie rurale, constituaient une classe petite-bourgeoise dont les ambitions se limitaient à la réforme agraire et aux droits démocratiques. Ils n'avaient aucun intérêt de classe essentiel à lutter pour le socialisme.

Lénine n'avait pas répondu à la question de savoir quelle classe, et donc quels intérêts, domineraient une telle "dictature démocratique" et, en outre, comment elle réagirait à l'éruption inévitable d'un conflit entre la classe capitaliste et les travailleurs. En avril 1917, Lénine a appelé à la création d'un État ouvrier, qui gagnerait la loyauté de la majorité de la paysannerie par la réforme agraire et la démocratie.

La Russie, isolée, était caractérisée par un retard économique et social. Mais à l'échelle mondiale, comme Lénine l'avait évalué, la guerre impérialiste signifiait que les conditions objectives du socialisme - une économie mondiale intégrée - étaient mûres. La tâche de la classe ouvrière en Russie était de profiter de cette fenêtre qui s'était ouverte pour elle pour prendre le pouvoir et l'utiliser pour la marche de la révolution mondiale. Par conséquent, le développement de la Russie devait faire partie du développement de la planification socialiste internationale.

Troisième point : aucun soutien au gouvernement provisoire. Dans un reproche accablant à la fois adressé à la direction des Soviets et à la faction Kamenev-Staline du parti bolchevique, les Thèses d'avril déclarent sans ambages :

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Pas de soutien au gouvernement provisoire ; expliquer la fausseté complète de toutes ses promesses, notamment la renonciation aux annexions. Démasquez ce gouvernement, qui est un gouvernement de capitalistes, au lieu de prôner l'inadmissible et illusoire "demande" qu'il cesse d'être impérialiste.

Quatrième point : une évaluation objective de l'équilibre des forces et de l'importance des Soviétiques. Reconnaître que dans la plupart des Soviets de députés ouvriers, notre Parti est en minorité, et pour le moment en petite minorité, face au bloc de tous les éléments petits-bourgeois et opportunistes - soumis à l'influence de la bourgeoisie et exerçant cette influence sur le prolétariat - depuis les socialistes populaires et les révolutionnaires sociaux jusqu'au Comité d'organisation de Chjeidze, Tsereteli, Steklov.

Tant que nous serons minoritaires, disait Lénine, nous poursuivrons le travail de critique et de clarification des erreurs, tout en défendant la nécessité que tout le pouvoir de l'État passe aux Soviets des députés ouvriers, afin que, sur la base de l'expérience, les masses puissent corriger leurs erreurs. Dans une organisation où commençait à prévaloir la position selon laquelle il fallait apporter un soutien critique au gouvernement provisoire parce que les conditions n'étaient pas encore réunies pour établir une "dictature démocratique du prolétariat et des paysans", ces déclarations de Lénine ont eu, comme l'écrit le professeur Alexandre Rabinowitch, "un effet explosif".

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Cinquième point : le Soviet comme forme suprême de l'État.

Le cinquième point des Thèses d'avril indique clairement que Lénine prône le renversement de l'État capitaliste et l'établissement d'une nouvelle forme supérieure de pouvoir d'État, la dictature du prolétariat entraînant derrière lui les sections les plus pauvres de la paysannerie: Non pas une république parlementaire - y revenir à partir des Soviets des députés ouvriers serait faire un pas en arrière - mais une République des Soviets des députés ouvriers, paysans et agriculteurs dans tout le pays, de la base au sommet.

Suppression de la police, de l'armée et de la bureaucratie.

La rémunération des fonctionnaires, qui sont tous éligibles et révocables à tout moment, ne doit pas dépasser le salaire moyen d'un ouvrier qualifié.

Les points restants détaillent la mise en œuvre la plus radicale possible de la réforme agraire, aux dépens des grands propriétaires terriens, afin de gagner le soutien de la paysannerie, ainsi que le contrôle par la classe ouvrière des secteurs financiers, industriels et de distribution par le biais de leurs soviets. Aux dépens de la classe capitaliste.

Le sixième point demande la nationalisation de la terre et l'expropriation des grands domaines des propriétaires terriens, pour répondre aux aspirations et aux revendications de la paysannerie.

Le septième point appelle à la fusion de toutes les banques en une seule banque nationale contrôlée par les Soviétiques.

Dans le huitième point, il demande de placer toute la production et la distribution sous le contrôle des travailleurs.

Le neuvième point appelle à un congrès du parti pour aligner son programme sur la lutte pour le pouvoir soviétique et pour changer le nom du parti du Parti ouvrier social-démocrate au Parti communiste.

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Dixième point : une nouvelle Internationale.

Il déclare simplement : "Initiative pour construire une Internationale révolutionnaire, une Internationale contre les social-chauvins et contre le 'centre'". Lénine définit le "centre" comme la "tendance" de la Deuxième Internationale "qui oscille entre les chauvins (les "défenseurs") et les internationalistes". Il cite parmi ses représentants Kautsky et compagnie en Allemagne, Longuet et compagnie en France, Turati et compagnie en Italie, MacDonald et compagnie en Grande-Bretagne, et Chjeidze (photo) et compagnie en Russie - c'est-à-dire les mencheviks, avec lesquels les comités bolcheviques étaient déjà engagés dans des négociations et avec lesquels, quelques jours auparavant, Staline avait préconisé le regroupement.

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L'impression des bolcheviks en entendant les Thèses d'avril pâlit devant la réaction des députés mencheviks au Soviet. Comme le rappelle le menchevik Soukhanov, le rapport de Lénine est qualifié d'"anarchisme primitif" et de "délires d'un fou". Le dirigeant menchevik Skobelev a déclaré que Lénine était une "personne dépassée qui se trouve en dehors des rangs du mouvement" [10].

Lénine ne reçoit pas le soutien immédiat de la direction du parti bolchevique, mais il n'est certainement pas "dépassé". Son intervention dans la situation politique a eu un impact décisif.

Le 6 avril, Kamenev et Staline s'opposent tous deux à Lénine lors d'une réunion du Comité central bolchevique.

Le 7 avril, les Thèses sont publiées par la Pravda, mais avec l'avertissement qu'elles ne représentent que les opinions de Lénine.  Cependant, des débats intenses et des réalignements au sein du parti étaient déjà en cours.

Le même jour, le 7 avril, onze délégués bolcheviks et trois autres du Comité exécutif du Soviet changent leur position de "soutien critique" au gouvernement provisoire et votent "non" contre une résolution de la majorité menchevik/RS qui donne l'aval du Soviet à un "prêt de liberté" pour financer la poursuite de la guerre.

Le 8 avril, Kamenev, au nom des rédacteurs de la Pravda, a tenté de discréditer les Thèses d'avril comme suit : "En ce qui concerne le schéma général du camarade Lénine, il nous semble inacceptable, car il part de la reconnaissance que la révolution démocratique est terminée et s'appuie sur la transformation immédiate de la révolution en une révolution socialiste....".

Entre le 8 et le 13 avril, Lénine écrit ses Lettres sur la tactique en réponse à la position de Kamenev. Elles ont été diffusées parmi les dirigeants bolcheviks de Petrograd et publiées dans un pamphlet avant la conférence du parti qui s'est tenue du 24 au 29 avril.

Contre les arguments mécaniques selon lesquels le parti bolchevik avait toujours insisté sur le fait que la révolution démocratique bourgeoise ne pouvait être réalisée que par une "dictature démocratique", Lénine a répondu :

" Je réponds : les slogans et les idées bolcheviques, en général, ont été pleinement confirmés par l'histoire, mais concrètement, les choses se sont passées différemment de ce que pouvait (qui que ce soit) prévoir, d'une manière plus originale, particulière et variée.

La "dictature démocratique révolutionnaire du prolétariat et des paysans" a déjà été réalisée dans la révolution russe sous une certaine forme et à un certain degré, puisque cette "formule" n'envisage qu'une corrélation de classes et non une institution politique concrète appelée à réaliser cette collaboration. Le "Soviet des Députés Ouvriers et Soldats" est déjà la réalisation, imposée par la vie, de la "dictature démocratique révolutionnaire du prolétariat et des paysans".

"Cette formule a déjà expiré. La vie l'a fait passer du domaine des formules au domaine de la réalité, en lui donnant chair et sang, en le concrétisant et en le transformant ainsi".

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Répercussion

Rien n'a médiatisé l'avancée de la révolution socialiste telle que Lénine et Trotsky la souhaitaient. Lénine disait que si les bolcheviks devaient quelque chose à l'Allemagne, ils la rembourseraient en organisant une bonne révolution (1919) et son aboutissement dans les accords de Rapallo de 1922, qui favorisaient la collaboration militaire russo-allemande, créant un mécanisme auquel les acteurs bolcheviks et allemands de 1917 n'auraient pu penser pour aucune raison.

Démystifier le léninisme sur son piédestal d'activisme pro-allemand est indispensable pour favoriser une relation géostratégique, favorable à l'alliance de la Russie avec l'Allemagne à l'heure actuelle.

13:04 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : histoire, russie, révolution russe, lénine | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

lundi, 19 juillet 2021

Xavier Naidoo et le Nouvel Ordre Mondial

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Xavier Naidoo et le Nouvel Ordre Mondial

par Joakim Andersen

Un établissement politique, marqué par une intransigeance idéologique, est durement touché lorsque l'un des artistes les plus acclamés du pays se retourne contre divers éléments de son idéologie hégémonique. Un facteur difficile à contrôler lorsque l'artiste en question a également des origines raciales particulières, une circonstance atténuante lorsqu'il s'agit de théories du complot ayant des liens limités avec l'opposition partisane et un soutien populaire limité. Dans ce cas, l'établissement doit-il donner un exemple potentiellement risqué et placer l'ensemble de l'œuvre de l'artiste dans le "dépotoir de la mémoire" au sens orwellien du terme, ou doit-il tenter de séparer musique et politique, avant et après ? Un tel dilemme a tourmenté l'establishment allemand à propos de la métamorphose de Xavier Naidoo, qui est passé du statut de musicien chrétien populaire à celui de contestataire de nombreux tabous.

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Naidoo est un métis d'origine indienne et européenne, et sa foi chrétienne inspire plusieurs de ses chansons. Il connaît également un grand succès dans les domaines de la soul, du R&B et du hip-hop, six de ses albums ayant atteint la première place des hit-parades allemands. La musique de Naidoo a une touche personnelle indéniable, avec une quête récurrente de transcendance, comme dans Alles kann besser werden et Welt. Au cours de sa carrière, il a souvent collaboré avec des artistes "afro-allemands" moins connus et les a soutenus de diverses manières, la race n'étant manifestement pas un facteur pertinent pour le chanteur qui a aussi fait de la musique avec RZA et Kool Savas.

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Kool Savas et RZA.

Mais malgré cela, il n'est plus reconnu aujourd'hui comme une réussite de la politique d'intégration, comme on pourrait pourtant s'y attendre. Pendant des années, Naidoo a défié latéralement et ouvertement les limites de ce qui peut être dit, les privilèges associés à la couleur de la peau et au succès lui donnant un peu plus de latitude que d'autres en Allemagne. Pendant une décennie, il a décrit l'Allemagne comme un pays occupé par les États-Unis. C'est un point de vue qu'il partage avec les Reichsbürgern, les "Citoyens du Reich", pour lesquels il a prononcé un discours en 2014 (ndt: les "Reichsbürger" estiment que seules sont légitimes les institutions du 2ème Empire allemand).

Naidoo est difficile à situer politiquement ; l'élément central semble être un fondamentalisme chrétien libertaire et littéraliste. Ce qui en soi n'est pas acceptable lorsque c'est Friday For Future, la famille Rothschild et la politique migratoire allemande plutôt que les "nazis" qu'il considère comme des menaces pour la liberté et le christianisme. En 2012, bien avant "Q" et autres, dans Wo sind sie jetzt, il décrivait avec le rappeur germano-turc Kool Savas une élite mondiale avec des éléments de "Okkulte Rituale" (de "rituels occultes"), etc. Naidoo et Savas ont été accusés d'homophobie et d'incitation à la haine à cause de la chanson.

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Au lendemain des migrations de 2015 et de la "Wilkommenkultur" établie (la "culture de l'accueil"), Naidoo a de nouveau vivement réagi. Des clips vidéo ont été divulgués dans lesquels il chantait, entre autres, que bien qu'il aime tout le monde, il ne pouvait s'empêcher de réagir "wenn fast jeden Tag ein Mord geschieht, bei dem Gastgeber ein Leben stiehlt", "quand presque tous les jours un meurtre a lieu, l'invité volant une vie à l'hôte". Cela n'a rien à voir avec une quelconque haine des musulmans ; au contraire, Naidoo s'est opposé aux guerres contre les musulmans en Syrie et ailleurs. Mais il est clair qu'il lie la migration au Nouvel Ordre Mondial.

Dans le contexte de la gestion de la corona, des restrictions et des vaccins, l'engagement politique de Xavier est entré dans une nouvelle phase. Pour le meilleur ou pour le pire, on pourrait être tenté d'ajouter. Il collabore notamment sur le titre de la compilation Ich mach' da nicht mit avec des rappeurs allemands moins connus sous le nom collectif Rapbellions. Le message est étonnamment explicite, presque une déclaration de guerre. Le SCEP déclare entre autres qu'il est temps de "prendre les armes et d'écraser l'État profond", Der Typ qui "oublie les moutons, il est temps de réveiller les lions". Un intérêt plus ou moins sincère pour les théories de la conspiration, les illuminati, etc. se retrouve dans la sphère du hip-hop, exprimé par Vinnie Paz et DJ Muggs, entre autres. Parfois comme un fond fascinant pour les paroles, parfois pour être beaucoup plus littéral. Pour la plupart, cependant, cette tendance reste politiquement non pertinente. Ce n'est pas le cas de Naidoo. Il s'est récemment rapproché de la droite nationaliste en Allemagne et a réévalué certaines positions de la jeunesse. En 2020, il a décrit les politiciens comme des traîtres et les médias comme une "Lügenpresse" (une "presse mensongère") dans Marionnet.

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Xavier n'est pas la seule célébrité allemande à avoir effectué un parcours similaire. Le célèbre chef végétalien Attila Hildmann, également connu sous le nom de la "star végétalienne", est l'un d'entre eux. D'origine turque mais adopté par des parents allemands, il était autrefois présenté comme un exemple célèbre d'intégration réussie ; depuis qu'il a pris position pour le nationalisme allemand et "contre l'immigration de masse, les élites juives et la politique de Corona", entre autres, ces éloges se sont quelque peu estompés. Hildmann se trouve actuellement en Turquie pour échapper à diverses poursuites engagées par la "justice" allemande. Moins dramatiquement, la chanteuse Nena remet en question la politique officielle de gestion de la pandémie Corona.

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Attila Hildmann et Nena.

Dans l'ensemble, il s'agit d'un phénomène contemporain complexe mais intéressant. Naidoo est passé du statut d'artiste célèbre, parfois "antiraciste", à une déclaration de guerre totale à l'establishment allemand. L'efficacité de cette démarche reste à voir, d'une part parce qu'il est désormais privé de ses canaux de communication qui les rapprochaient de la population, d'autre part parce qu'il se concentre sur des questions sans grand impact populaire. Ce dernier point est intéressant en soi, car il semble que les musiciens qui s'engagent politiquement aient tendance à le faire sous des formes spécifiques, indépendamment de leur position politique. On pourrait parler d'un "populisme mythifié" dans le cas de Naidoo, de la même manière que de nombreux musiciens des années 1960 ont embrassé une idéologie de gauche mythifiée plutôt que "scientifique". Il est difficile de déterminer dans quelle mesure cela est lié à la surreprésentation d'un type de personnalité païenne ou musicale ; quoi qu'il en soit, Naidoo est profondément chrétien et croit vivre les derniers jours. On peut interpréter cela littéralement et voir les mondialistes comme des satanistes conscients, on peut aussi y voir une description mythique d'une réalité factuelle. On peut le comparer à la façon dont les maoïstes du Sendero Luminoso utilisaient le pishtaco du folklore local, une créature démoniaque qui vole la graisse humaine, pour décrire les impérialistes et leurs complices locaux. Des exploiteurs en chair et en os au sens figuré aux exploiteurs au sens propre. Le langage mythique n'est pas nécessairement de droite ou de gauche, mais il semble plaire davantage à certains types de personnalité qu'à d'autres.

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Le langage mythique semble également être plus répandu dans certaines phases historiques que dans d'autres. Lorsque la classe ouvrière anglaise, dans sa jeunesse, s'est ralliée à des figures comme le "Général Ludd" et le "Capitaine Swing", c'était un premier pas sur la voie de formes d'organisation plus efficaces. Les mouvements Rapbellion et Q peuvent être considérés de ce point de vue, comme des prototypes. Ce sont des personnes qui, plus tôt que d'autres, ont reconnu les signes des temps, notamment le remplacement de l'information et de la communication par la dictée des élites. Et que la liberté et la sécurité sont rapidement réduites. La réponse à cette question est une distinction ami-ennemi très nette, si ultra-politique qu'elle déborde facilement sur l'apolitique. La perspective mythique et religieuse peut également signifier une explication incomplète de ce qui se passe, parfois une perspective temporelle dangereuse. Quoi qu'il en soit, la parenté avec d'autres populismes est claire, que l'on considère qu'ils sont nuisibles, honteux ou potentiellement fructueux, que l'on voit dans ces phénomènes des prototypes populistes ou des problèmes de démarrage. Le fait que l'un des musiciens allemands les plus en vue se retourne contre l'ordre établi doit être considéré comme un signe que nous vivons une époque passionnante et dramatique.

Source : https://motpol.nu/oskorei/2021/07/14/xavier-naidoo-och-nwo/

 

Pour une nouvelle politique sexuelle

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Pour une nouvelle politique sexuelle

par Georges FELTIN-TRACOL

Ex: http://www.europemaxima.com

Conseiller général de l’Ain entre 1935 et 1940, le journaliste et écrivain Alfred Fabre-Luce (1899 – 1983), un temps néo-socialiste aux côtés de Marcel Déat avant de se rapprocher du PPF (Parti populaire français) de Jacques Doriot, défend avant, pendant et après la Seconde Guerre mondiale l’entente franco-allemande, pilier fondamental de toute alliance européenne viable. À la fin des « Années folles », il scandalise la bonne société en rédigeant Pour une politique sexuelle (1). Il promeut la contraception et exige que la syphilis et les autres maladies vénériennes soient déclarées « fléaux nationaux ». Pari audacieux de la part de ce visionnaire !

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Près d’un siècle plus tard, la sexualité demeure une question politique de premier ordre avec le déchaînement actuel de propagande des organisations féministes et LGBTistes. Il faut ici saluer la clairvoyance de Guillaume Faye qui, par deux essais brillants (2), signala l’importance du sujet.

Des constats effrayants

index.jpgEn février 2017, journaux imprimés, numériques et audio-visuels commentent une affaire sordide de mœurs. Le tribunal correctionnel de Pontoise reporte l’audience et demande une requalification des faits. Le Parquet poursuit en effet un homme de 28 ans accusé d’avoir eu des relations sexuelles avec une fille de 11 ans dans une banlieue francilienne. La médiatisation de ce faits-divers incite le gouvernement macroniste d’Édouard Philippe d’envisager l’instauration d’un âge légal minimal à l’acte sexuel.

Le sujet revient en janvier 2020 avec l’incroyable règlement de compte littéraire de Vanessa Springora, nouvelle directrice des éditions Julliard, contre Gabriel Matzneff qui l’initia, trente ans plus tôt, aux plaisirs de la chair quand elle n’avait que quatorze – quinze ans et lui, cinquante ans (3). La parution de ce bouquin au style plat, à la prose fade et à la narration digne d’une lycéenne attardée, déclenche une indignation médiatique conséquente. De belles âmes germanopratines se focalisent sur un octogénaire malade afin de mieux écarter des feux de l’actualité l’existence confirmée de réseaux pédophiles trans-Atlantique autour du milliardaire Jeffrey Epstein qui détenait, avenue Foch à Paris, une modeste thébaïde. Nul ne sait d’ailleurs comme le « suicidé » a pu acquérir une telle fortune opaque en si peu de temps.

Par-delà ces crimes et délits sexuels, on assiste aussi à une véritable intrusion (pénétration ?) de l’État républicain cosmopolite dans la vie privée des Français. Incapable de réclamer de substantiels impôts aux GAFAM, les gouvernements préfèrent perquisitionner l’intimité de leurs concitoyens. Il s’en suit des discussions byzantines tournant autour de l’âge approprié de dépucelage (13, 14, 15, 16, 17, 18, 21 ou 101 ans ?). Le Parlement a voté un seuil d’âge, fixé à 15 ans, en-deçà duquel tout acte de pénétration sexuelle commis par un adulte sera automatiquement considéré comme un viol. Or, le diable se cache toujours dans les détails. Comment la loi réagit si un jeune majeur entretient une relation physique avec une mineure ? Certains législateurs ont craint que des parents accusent le petit copain, âgé de 18 ans et deux mois, de leur fille de 17 ans et un mois, de détournement de mineur.

Cela pourrait changer dans les prochaines années. Toujours en pointe dans la déconstruction de la civilisation européenne, Jacques Attali propose à l’automne 2012 de légaliser le changement de prénom. Il suggère de modifier l’article 60 du Code civil afin de permettre « à chaque personne, à partir de l’âge de 18 ans, de choisir librement son prénom » et ce, de manière irréversible (4). Divagations pré-séniles ? Non ! Le gouvernement sociétaliste islamo-gauchiste espagnol souhaite que le parlement adopte son projet de loi permettant à toute personne âgée au moins de 16 ans de solliciter un changement légal de nom et de sexe sur ses papiers d’identité sans aucune autorisation des parents ou sans avoir accès à un traitement de blocage hormonal au début de la puberté. Si les individus obtiennent le droit de changer de sexe et/ou de genre, pourquoi ne pourraient-ils pas changer de prénom ? Avant de pouvoir changer son âge inscrit à l’état-civil…

Changeons tout !

En novembre 2018, un Néerlandais de 69 ans demande à un tribunal des Pays-Bas de pouvoir légalement avoir vingt ans de moins en prétextant que les études cliniques lui confirment la jeunesse de son organisme. Pour se justifier, lui qui souhaite draguer sur Tinder en toute quiétude, il prend exemple sur le changement de sexe autorisé. « Nous pouvons aujourd’hui choisir notre travail, genre, orientation politique et sexuelle, déclare-t-il à la presse. Nous avons même le droit de changer de nom. Alors pourquoi ne pas avoir le droit de changer d’âge ? (5) » Véritable Rosa Parks de l’âgisme, Emile Ratelband (photo) est un précurseur. Bien que débouté un mois plus tard, son combat commence à peine. Quand il deviendra possible de changer son âge légalement à volonté, un jour, on aura 100 ans et le lendemain, 12 ans, qu’est-ce qui empêchera qu’un « mineur » de 60 ans séduise une lycéenne ou que celle-ci s’affirme âgée de 59 ans ?

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On oublie par ailleurs l’éventualité de relations intimes entre une femme plus âgée et son partenaire, surtout si celui-ci est plus jeune qu’elle. On peut penser au drame de Gabrielle Russier, professeur de français en lycée qui se suicida en 1969 parce qu’elle entretenait une liaison avec l’un de ses élèves qui l’épousera ensuite. Aux États-Unis, une série récente revient sur l’affaire Mary Kay Letourneau, cette enseignante de mathématiques qui eut des relations sexuelles avec l’un de ses élèves alors âgé de 12 ans. Après sept années de détention, elle l’épouse et a d’autres enfants de lui avant de décéder prématurément. Dans le film 20 ans d’écart de David Moreau sorti en 2013, Alice Lantins, jouée par Virginie Elfira, s’approche de la quarantaine. Afin de rester dans le coup et de se faire bien voir de son employeur, elle séduit Balthazar (Pierre Niney) de vingt ans son cadet. La mode est bien aux « cougars », ces femmes d’âge mûr qui recherchent des aventures avec plus jeunes qu’elles. Souvent aisées, ces féministes venues d’Allemagne ou de Scandinavie se paient pendant leur séjour en Afrique un gigolo. Cette forme nouvelle de néo-colonialisme occidental ne semble pas gêner les habituels dénonciateurs « décoloniaux ».

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Palme d’or au festival de Cannes en 2013, La vie d’Adèle d’Abdellatif Kechiche raconte que l’héroïne, Adèle, 17 ans au début du film, devient l’amante d’Emma âgée de 25 ans. Le détournement de mineure, patent, y est donc magnifié ! C’est la raison pour laquelle la majorité a décidé de ne pas criminaliser une relation adolescente qui pourrait se poursuivre au-delà de la majorité du plus âgé des deux en adoptant une notion d’écart d’âge de cinq ans. Elle entérine une réalité de plus en plus banale. Par exemple, la fille adoptive de Johnny Hallyday, Jade, 17 ans, se photographie en bikini près d’une piscine de Saint-Barthélémy dans les Antilles et poste sur Instagram ses clichés pour son chéri, Tristan Garnier Labadie, de trois ans son aîné !

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Une autre loi française de répression sexuelle pénalise encore plus les clients de prostituées. S’ils ont recours à des prostituées mineures, ils sont désormais passibles d’une peine de vingt ans de prison. Qu’on se souvienne d’un jugement récent en appel à propos de l’agression de Viry-Châtillon dont l’un des accusés est condamné à dix-huit ans de prison. Ainsi vouloir brûler des policiers dans leur voiture de fonction coûterait-il moins cher que de s’offrir les services physiques d’une altruiste tarifée. Une erreur – volontaire ou non – de rédaction modifie la teneur de l’article 11 de la loi. En omettant le mot « mineur » accolé à « prostituée », le client d’une prostituée adulte peut se voir inscrit pour deux décennies dans le fichier judiciaire automatisé des auteurs d’infractions sexuelles ou violentes. Enfin, n’oublions pas que ce même client risque une amende de 3750 € et un stage stalinien de citoyenneté alors que le consommateur de drogue ne peut recevoir qu’une amende forfaitaire de 200 €. On perçoit la puissance et la nocivité des idéologies féministe et dyssexuelle.

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Des pré-adultes avancés

L’indispensable décence publique ne semble pas concerner le gouvernement de Jean Castex. Le 27 août 2020 paraissait au Journal officiel un décret rendant la contraception gratuite aux mineures de moins de 15 ans… Comment est-ce possible ? Leurs peluches les mettraient-elles enceintes ? Depuis 2013, la gratuité des moyens contraceptifs, dont la pilule aux effets écologiques dévastateurs, est même autorisée aux adolescentes de 15 à 18 ans. Dans le même temps, l’Éducation nationale devrait multiplier les cours d’éducation sexuelle en les liant à la lutte contre les discriminations, ce qui signifie en fait un intense endoctrinement scolaire en faveur de toutes les dyssexualités. Pourquoi alors écoles primaires, collèges et lycées ne recruteraient-ils pas dans le cadre de ces cours bien intentionnées prostituées et gigolos, actrices et acteurs porno ?

Malgré un discours convenu sur l’« amour » hypostasié, les conservateurs chrétiens ne s’opposent pas aux relations sexuelles entres adolescents. Ils rejettent surtout toute idée de contraception. En 2007, ils s’enthousiasment pour le film étatsunien Juno, Oscar du meilleur scénario original. Ce film qui change des grosses productions hollywoodiennes (pas de courses-poursuites de voitures, de moto, d’avions ou de vaisseaux spatiaux, ni d’affrontements eschatologiques entre le Bien et le Mal) raconte la vie de Juno McGuff, 16 ans, qui, enceinte, refuse d’avorter. Bien des associations pro-vie y voient la consécration cinématographique de leur combat.

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Juno propulse au premier plan l’actrice canadienne interprète de Juno, Ellen Page. Or, après s’être mariée avec la danseuse Emma Portner, cette végane annonce le 1er décembre 2020 son changement trans et non-binaire et souhaite qu’on l’appelle désormais « Elliot ». Les conservateurs ont rarement de chance avec leurs modèles médiatiques…

La question sexuelle en Occident en 2021 révèle une contradiction flagrante : les enfants doivent être vus comme des adultes à part entière tandis que leurs parents ne cessent d’être infantilisés. Ce thème s’inscrit en outre dans des sociétés à la fois avancées du point de vue technique et moralement dégénérées, d’où la prise en compte relative de la diffusion croissante par de nombreux supports de ce vecteur de décadence : la pornographie.

Habituée à une mixité qui vire souvent en promiscuité sexuelle et observant la démission des parents, volontairement ou sous la menace des assistantes sociales, la jeunesse soumise aux droits de l’homme néfastes ignore ses limites et reproduit des comportements vus sur les réseaux sociaux, à la télévision, au cinéma et dans le show biz. Malgré la mièvrerie de son article (6), la journaliste Sophie Carquain aborde les relations adolescentes et montre indirectement la profonde toxicité des séries télévisées regardées par un public immature et naturellement lubrique. On apprend dans cette enquête qu’une certaine Louise « s’affirme “ bisexuelle ” à seulement 12 ans. “ Ma bisexualité, explique-t-elle, je l’ai découverte d’abord en regardant une série télé qui mettait en scène deux lycéennes de 15 ans. Ça m’a donné envie de vivre la même chose… Et puis, peu de temps après, je me suis aperçue que j’aimais ma copine Chloé ! Je lui en ai parlé et l’on a décidé d’être en couple, mais on ne s’est pas embrassées ni tenue la main, précise la jeune fille, parce que c’était le début du confinement. Et l’on continue comme ça ”. »

Parents sous conditions

On ne saura ce qu’en pensent les parents de Louise. À tort ! À 12 ans, cette jeune fille devrait avoir d’autres préoccupations. Cependant, si ses parents apprennent son « choix », ils ont intérêt à l’approuver sous peine de représailles socio-pédagogiques de la part de l’État-nounou libéral de surveillance – despotique libertaire. Il va de soi que si la jeune Louise avait osé assister à une conférence patronnée par le cercle culturel Heidegger et Pataphysique, ses parents l’en auraient immédiatement dissuadée. Toutefois, l’ère du pater familias romain n’est-il pas révolu ? N’est-ce pas concomitant avec l’émergence des transidentités ?

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Une enquête récente du Williams Institute à l’UCLA School of Law (Californie) estime à 1,2 million le nombre d’Étatsuniens non binaires, c’est-à-dire qui ne se ressentent ni strictement hommes, ni strictement femmes, entre les deux, un mélange des deux ou encore aucun des deux. Il est effarant que la majorité ait moins de 29 ans (7). Les sociétalistes espagnols déclenchent d’ailleurs la colère des féministes. Leur projet de loi en faveur de la transidentité rend possible aux personnes non binaires, qui ne se considèrent ni homme, ni femme de ne pas mentionner le sexe sur leur papier d’identité. Certaines féministes hystériques revendiquent des transports en commun ou des compartiments réservés aux femmes. Que faire si un « ancien » homme non opéré qui s’estime être femme y monte ? Le délire sociétal ambiant risque d’enrichir les avocats et de surcharger les tribunaux…

Outre la fin de la mixité scolaire préjudiciable à l’apprentissage des enfants et des adolescents, il importe dans le cadre d’un État inspiré des principes platoniciens et du Docteur Alexis Carrel d’interdire toute expérience sexuelle avant la majorité. Certes, si rester vierge à 40 ou à 55 ans interroge, interdire toute approche charnelle, y compris le moindre baiser, public ou non, entre adolescents canaliserait leur énergie et leur dynamisme vers les buts élevés de l’intellect et de la maîtrise de soi. Les êtres supérieurs n’ont-ils pas une sexualité tardive ?

Les adolescents qui enfreindraient cet interdit seraient sanctionnés par une forte amende payée par leurs parents respectifs ou par eux-mêmes plus tard, par la publication en ligne de leur identité et des périodes supplémentaires de service civique communautaire obligatoire. Période d’éveil et de formation du caractère, l’adolescence doit être en priorité dédiée aux sports de combat et d’endurance ainsi qu’à une quête avide de connaissances théoriques et pratiques. Dans cette perspective de dressage sélectif des jeunes âmes, l’entrée à l’âge adulte se formalise par une épreuve proche de l’antique cryptie spartiate.

Il revient enfin aux parents d’éduquer leurs enfants, et non à l’État authentique qui se réserve pour l’instruction martiale et l’enseignement pédagogique approprié. Reconnaissons cependant que des couples présentent parfois une réelle inaptitude à élever correctement leur progéniture puisque, ne pouvant pas avoir d’animaux, ils ont des gamins. Pourquoi dès lors ne pas imposer un permis de procréation et/ou de parentalité ? Cette mesure de bon sens, véritable acte politique d’hygiène familiale, améliorerait largement les qualités physiques et psychiques d’une population albo-européenne aujourd’hui bien dégradée.

Georges Feltin-Tracol

Notes

1 : Alfred Fabre-Luce, Pour une politique sexuelle, Grasset, 1929.

2 : Guillaume Faye, Sexe et idéologie, Le Labyrinthe, 1983. Contredisant ce livre et le dépassant, Guillaume Faye, Sexe et dévoilement, Éditions du Lore, 2011.

3 : Vanessa Springora, Le consentement, Grasset, 2020.

4 : Jacques Attali, « Le droit de changer de prénom », mis en ligne sur Slate, le 13 novembre 2012.

5 : On peut trouver sur Internet ce cas appelé à se multiplier dans les prochaines années.

6 : Sophie Carquain, « Leurs amours, on s’y perd », dans Version Femina, du 17 au 23 août 2020.

7 : Williams Institute, « Nonbinary LGBTQ Adults in the United States », juin 2021, sur https://williamsinstitute.law.ucla.edu/publications/nonbinary-lgbtq-adults-us/

dimanche, 18 juillet 2021

La revue de presse de CD - 18 juillet 2021

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La revue de presse de CD

18 juillet 2021

DESINFORMATION

L’IA pourrait aussi servir à créer de la désinformation scientifique

L’intelligence peut aussi devenir un vrai danger en matière de désinformation dans le domaine scientifique. Des chercheurs américains ont ainsi constaté qu’il est possible de générer de fausses nouvelles en ayant recours au générateur de texte de type GPT-2 de la société OpenAI. Cette découverte est assez effrayante et ils citent l’exemple de la fourniture de conseils médicaux erronés à des médecins qui mettraient la vie de leurs patients en jeu.

Presse citron

https://www.presse-citron.net/lia-pourrait-aussi-servir-a...

Covid-19 - Berceau du variant Delta, qu'est l'Inde devenue ?

Les médias nous présentent le variant Delta comme une inquiétante menace pour la France et pour l’Europe. On s’intéressera ici au destin de ce variant Delta là où il est apparu : en Inde.

Mediapart blog

https://blogs.mediapart.fr/enzo-lolo/blog/060721/covid-19...

Jean Castex confirme la création d'une agence de lutte contre les manipulations de l'information

Le Premier ministre a confirmé mardi le lancement en septembre de cette agence qui doit permettre de lutter contre la "menace informationnelle et des ingérences étrangères dans le débat public". Baptisée "Viginum", ses effectifs vont croître pour atteindre 50 agents en janvier 2022

France Inter

https://www.franceinter.fr/politique/jean-castex-confirme...

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EDUCATION

Michel Onfray : "On avance à grand pas vers une fabrication d'illettrés"

VIDEO. Xavier Niel, magnat des télécoms, de la presse, et fondateur de l'"Ecole 42", a récemment signé un partenariat avec l'Éducation nationale). L'objectif : enseigner la "pensée algorithmique" aux enfants de CM1, CM2, et de 6ème... Le codage plutôt que les fondamentaux, la machine plutôt que le livre, la robotisation plutôt que l'élévation ? La Macronie, grande horlogère de la "fabrique des crétins" ?

Front populaire

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ETATS-UNIS

Le confinement a détruit les classes populaires aux États-Unis

Les restrictions liées à la crise sanitaire ont engendré de graves inégalités économiques entre les foyers modestes et les classes aisées.

Contrepoints

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FRANCE

Les élections professionnelles, autre visage de la société abstentionniste

On a généralement ignoré l’anomie – soit le déclin des formes de régulation et des valeurs collectives – qui frappe la société française. Les élections professionnelles en apportent une illustration.

Contrepoints

https://www.contrepoints.org/2021/07/10/401293-les-electi...

La guerre de tous contre tous

La fracture vaccinale qui s’installe sera une de plus (une de trop) pour la société française qui ne sait déjà plus « vivrensemble »…

Contrepoints

https://www.contrepoints.org/2021/07/12/401392-la-guerre-...

Les non-vaccinés seront des citoyens de seconde zone

Emmanuel Macron vient de franchir la ligne rouge en désignant ouvertement de potentiels coupables d’une quatrième vague de covid.

Contrepoints

https://www.contrepoints.org/2021/07/13/401477-les-non-va...

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GEOPOLITIQUE

Drogue : l’autre fléau qui mine la Syrie

L’éclatement du conflit syrien en 2012 bouleversa l’équilibre des trafics, en modifiant tant les opportunités que les contraintes pour les trafiquants. De fait, ce que l’on peut appeler à première vue des « économies de guerre » au sens défini par Jenny H. Peterson, à savoir des « systèmes dans lesquels les incitations économiques motivent les acteurs à inciter et à participer à la violence politique, ou qui facilitent le conflit en cours en fournissant un moyen de financer la lutte violente » ont vu le jour, notamment au sein des groupes armés opposés à Damas. Pour répondre aux besoins de liquidité, taxes, kidnapping, trafics des ressources disponibles et autres extorsions devinrent monnaie courante. Dans la même lignée, le trafic de stupéfiants prend peu à peu de l’importance, et notamment le Captagon, facile à synthétiser et très prisé notamment dans le Golfe. La Syrie devient alors en un temps record le centre névralgique de la production de Captagon dans le monde.

Geopragma

https://geopragma.fr/drogue-lautre-fleau-qui-mine-la-syrie/

Sergej Lavrov sur l'Occident : "Son ère est terminée"

Si les Américains pensent, après le sommet Biden-Poutine à Genève, qu'ils ont neutralisé la Russie et peuvent maintenant se consacrer à contenir la Chine afin de préserver leur hégémonie mondiale, ils se trompent. Moscou continuera à agir de concert avec les puissances révisionnistes pour accélérer la transition de l'ordre hégémonique occidental en déclin vers un ordre international multipolaire.

Euro synergies

http://euro-synergies.hautetfort.com/archive/2021/07/09/s...

UNION EUROPEENNE

L'Union européenne se plie aux exigences des États-Unis et suspend son projet de taxe numérique

Washington a obtenu ce qu'il voulait. Bruxelles a accepté lundi 12 juillet de geler son projet de taxe numérique européenne, très critiqué par les États-Unis, pour ne pas compromettre l'accord historique sur la fiscalité des multinationales qui devrait aboutir en octobre. Des négociations sur un big bang fiscal qui doit mettre fin aux paradis fiscaux et conduire les plus grandes entreprises, y compris celles du numérique, à payer une part d'impôt plus équitable, sont en cours à l'OCDE. Elles ont reçu samedi le soutien politique des pays du G20.

Business Insider

https://www.businessinsider.fr/lunion-europeenne-se-plie-...