Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

dimanche, 31 mars 2024

Intoxications sondagières

ae8d13d710f019687aad1d98f65086aa.jpg

Intoxications sondagières

par Georges FELTIN-TRACOL

À deux mois et demi environ des élections européennes du 9 juin, sondages et enquêtes d’opinion s’accordent sur l’avance de la liste du Rassemblement national (RN) conduite par son président, Jordan Bardella, prise sur la liste de la majorité présidentielle emmenée par Valérie Hayer. Selon les instituts et suivant les jours, l’écart varie entre huit et dix points. En 2019, Bardella devançait la macronienne Nathalie Loiseau de 0,92 point.

Quitte à se tromper, la chronique d’aujourd’hui estime que la différence réelle au soir de l’élection entre le RN et la coalition macroniste sera moindre. Sciemment ou non, les résultats envisagés sur le vote possible induisent en erreur l’opinion. Les électeurs de l’Hexagone ont la mémoire courte. Au moment des élections régionales et départementales des 20 et 27 juin 2021, enquêtes et sondages prévoyaient déjà la victoire du RN dans deux à trois régions ainsi que dans un à deux départements. Dans les faits, aucune collectivité territoriale ne tomba aux mains du parti mariniste. Pis, entre 2015 et 2021, le RN perdit 106 conseillers régionaux et 36 conseillers départementaux. Dans l’un de ses éditoriaux qui ouvrent l’excellent Réfléchir & Agir, Eugène Krampon emploie la formule juste : « Marine Le Pen transforme l’or des sondages en plomb des élections. »

vignette-site-sondage.jpg

FwPett_WwAAX26_.jpg

Il est fort possible que ce triste constat se répète au soir du 9 juin. Il faut se rappeler la campagne présidentielle d’Éric Zemmour en 2022. Les premiers sondages le donnaient entre 15 et 18 %. L’un d’eux le mettait même en duel face à Emmanuel Macron ! Au premier tour, l’ancien journaliste du Figaro ne fit que 7,07 %, d’où les sarcasmes permanents de la caste médiacratique. Dommage qu’aucun zemmourien ne leur ait rétorqué qu’en 2002, François Bayrou, ancien ministre et déjà candidat à de nombreuses élections, n’obtenait que 6,84 % des suffrages. Et que dire de Jean-Pierre Chevènement (5,33 %) ? Les partisans d’Éric Zemmour se sont trop fiés aux pronostics sondagiers et à la notoriété obtenue par leur candidat sur Internet et les réseaux sociaux.

Une trop grande assurance risque de jouer un mauvais tour (de scrutin) à Jordan Bardella. Ce dernier et son entourage de consultants peuvent vite prendre la « grosse tête ». Jugeant la victoire acquise, ils peuvent se montrer moins attentifs et commettre des erreurs sur lesquels les plumitifs du Régime fonderont dessus avec le secret espoir de déstabiliser, plus ou moins rapidement, le candidat.

F_ZYScJXYAAoXIu.jpg

En outre, être en tête dans les intentions de vote constitue en général un sérieux handicap. Les analyses socio-politiques démontrent que le RN bénéficie du socle électoral le plus solide. Toutefois, maints de ses électeurs potentiels demeurent tentés par l’abstention. S’ils entendent que leur chouchou va gagner largement, ils se démotiveront et resteront chez eux, ce qui fragilisera le résultat final. Par ailleurs, Jordan Bardella focalise sur lui l’attention médiatique. Tous ses faits et gestes sont épiés, examinés, commentés… Après un reportage à charge dans « Complément d’enquête » du 18 janvier 2024, une émission du service public télévisé, il est possible de sortir de nouvelles « révélations » croustillantes dans le but de le disqualifier moralement. Collégien, Jordan Bardella prenait sûrement du rab à la cantine sans autorisation préalable ou bien, à la sortie de la crèche, il se ruait sur les petites filles et les autres petits garçons. Bref, des actions inadmissibles qui relèvent du crime contre l’humanité ! 

Disposer d’une grande avance favorise enfin la mobilisation des électeurs anti-RN. Il y a parmi eux les retraités macroniens qui fantasment toujours sur leur « Mozart de la finance » alors que se prépare le suicide assisté presque obligatoire pour cause de rationnement à venir des soins médicaux. Il y a aussi les jeunes formatés aux délires climatistes et inclusifs qui rejouent en toute quiétude un anti-fascisme de bazar et qui considèrent comme pertinent le continuum idéologique entre la macronie et le RN. Fort heureusement, ces détraqués climatiques n’ont pas de liste commune. Leur choix – cornélien - se répartira entre le social-démocrate mondialiste Raphaël Glucksmann, l’éco-belliciste Marie Toussaint, le communiste bobo Léon Deffontaines et l’« Insoumise » Manon Aubry. Ouf !

Candidats-gauche.jpg

Dès à présent, un régime à bout de souffle sature l’opinion d’injonctions phobiques dans la pré-campagne électorale à travers des radios et des chaînes télévisées complaisantes. Tout est bon pour propager une peur lancinante : le dérèglement climatique, les risques d’intervention militaire française en Ukraine, de nouvelles pandémies, la multiplication des faillites d’entreprises, une inflation toujours virulente. Le gouvernement dystopique hexagonal parie sur la crédulité des masses désinformées par les relais, officiels ou non, de la communication d’État.

Sondages et enquêtes d’opinion sculptent donc en douceur et hors de toute pression publique l’état d’esprit d’une population fortement à cran. Avant le 9 juin, bien des officines tenteront de brouiller l’image des candidats qui déplaisent ou qui pensent déplaire au Système établi alors qu’ils travaillent en  « opposants contrôlés ». Pourtant, les déconvenues tombent si vite surtout quand il s’agit d’élections nationales de « mi-mandat » !

Salutations flibustières !

GF-T

  • « Vigie d’un monde en ébullition », n° 108, mise en ligne le 27 mars 2024 sur Radio Méridien Zéro.

samedi, 30 mars 2024

Entre l'enclume et le marteau : les Hazara en Afghanistan

1fefa6136030ae5bcad6cd53b1e697e8.jpg

Entre l'enclume et le marteau: les Hazara en Afghanistan

Anjjali Srivastav & Shivam Shekhawat

Source: https://www.geopolitika.ru/it/article/tra-lincudine-e-il-martello-gli-hazara-afghanistan

Le 6 janvier 2024, un minibus transportant des civils a été attaqué par l'État islamique de la province de Khorasan (ISKP) dans le quartier majoritairement hazara de Dasht-e-Barchi, dans l'ouest de Kaboul, faisant cinq morts et quinze blessés. Cet attentat a été suivi de deux autres revendiqués par l'ISKP et de trois autres non revendiqués, mais aux tactiques similaires, visant la communauté chiite minoritaire. Ces attaques s'inscrivent dans la continuité des attaques persistantes de l'ISKP contre les Hazaras depuis la chute de Kaboul. Pour les Hazaras, il ne s'agit là que d'une des formes de violence auxquelles ils sont confrontés, en plus de la discrimination et de la persécution systémiques qui leur sont infligées par l'Émirat islamique des talibans. Alors que les talibans consolident leur position en Afghanistan et que la communauté internationale développe une relation de travail avec ce groupe, il est impératif que nous prenions conscience de la double nature de la menace que les talibans et l'ISKP font peser sur les Hazaras, par le biais d'une persécution systématique et d'attaques violentes dirigées contre le groupe.

Pour les Hazaras, il ne s'agit là que d'une des formes de violence auxquelles ils sont confrontés, en plus de la discrimination et de la persécution systémique que leur inflige l'Émirat islamique des Talibans.

2013-flag-hz-symbol.png

Aliénation systémique : les Hazaras dans l'émirat

La population chiite d'Afghanistan, principalement des Hazaras, représente environ 10% de la population totale du pays. Les talibans et l'ISKP les considèrent comme des "infidèles". En raison de leur identité ethnique et religieuse, les Hazaras ont toujours été la cible de violences de la part d'acteurs étatiques et non étatiques. Après leur retour en 2021, même si les talibans ont réaffirmé leur engagement à protéger les minorités du pays, en particulier les minorités religieuses, la peur des exécutions massives et le souvenir du précédent gouvernement taliban (1996-2001) ont poussé de nombreux Hazaras à se réfugier dans d'autres pays, comme les imambargahs de Quetta, au Baloutchistan. Certains secteurs ont également étendu leur soutien à l'Émirat; en novembre 2021, dans une tentative apparente de protéger leurs intérêts, près d'un millier d'anciens Hazaras se sont rassemblés à Kaboul pour prêter serment de soutien aux Talibans, saluant la fin de la "période sombre" sous la République soutenue par les États-Unis et réaffirmant leur loyauté envers l'Émirat.

Peu après leur arrivée au pouvoir, les talibans ont fait exploser la statue du chef hazara Abdul Ali Mazari à Bamiyan, portant ainsi un coup à tout espoir de modération à l'égard des minorités. Des rapports ont également fait état de déplacements forcés et d'expulsions de Hazaras de leurs terres ancestrales, qui ont été données à des partisans des talibans. Ils ont été expulsés des provinces de Daykundi, Uruzgan, Kandahar, Helmand et Balkh dans un délai très court et sans aucun recours légal. En septembre 2021, près de 2800 Hazaras ont été expulsés de 15 villages des provinces de Daykundi et d'Uruzgan. Cette stratégie consistant à prendre de force les terres des Hazaras a toujours été utilisée pour soumettre le groupe. Sous couvert de réformes visant à instaurer un système islamique créé par et pour les talibans, les Hazaras ont également été exclus de la bureaucratie et du système judiciaire du gouvernement. Ils n'ont reçu qu'une représentation symbolique dans la structure politique: Mawlawi Mehdi Mujahid a été le seul Hazara nommé chef des renseignements d'une province centrale lorsque le groupe fondamentaliste a pris le pouvoir. Mujahid a ensuite été tué en août 2022, prétendument pour s'être rebellé contre l'émirat. Le groupe a également pris pour cible les membres de la communauté qu'il considère comme une menace, et des exécutions extrajudiciaires ont été signalées depuis qu'il a usurpé le pouvoir.

Hazaras-map1.jpg

Map_of_Ethnic_Groups_(in_Districts)_in_Afghanistan.jpg

Les pratiques discriminatoires des talibans, notamment les restrictions imposées aux droits des femmes et à l'éducation, ont affecté de manière disproportionnée les femmes de la communauté hazara.

Selon un rapport du secrétaire général des Nations unies, António Guterres, sur la situation en Afghanistan, les talibans se sont rapprochés de différents groupes en rencontrant des représentants de la communauté chiite. Mais ils ont utilisé leur contrôle sur la bureaucratie du pays et sur toutes les autres branches du gouvernement pour exproprier et aliéner les Hazaras. Depuis le 1er janvier, le tristement célèbre ministère de la vertu et du vice du groupe a arrêté des femmes accusées de porter un "mauvais hijab". Ces arrestations ont commencé dans les zones dominées par les Hazaras et ont été perçues par de nombreux dirigeants hazaras comme un ciblage sélectif du groupe.

Les pratiques discriminatoires des talibans, notamment les restrictions imposées aux droits des femmes et à l'éducation, ont touché de manière disproportionnée les femmes de la communauté hazara. Le groupe a détourné l'aide destinée aux Hazaras vers des groupes qui le soutiennent. En outre, l'année dernière, le ministère taliban de l'enseignement supérieur a publié un décret ordonnant le retrait de tous les livres appartenant à la secte chiite ou écrits par des chiites, des salafis et des opposants politiques aux talibans et considérés comme différents de la jurisprudence hanafi. Le groupe a également interdit le mariage entre chiites et sunnites. Même la formation de conseils provinciaux d'oulémas dans plusieurs provinces ne comprenait pas de chiites ou de femmes.

La détérioration des relations entre le Pakistan et l'Afghanistan, due à la menace du Tehreek-i-Taliban (TTP), a également eu un impact négatif indirect sur les Hazaras afghans. Historiquement, les Hazaras se sont réfugiés au Pakistan pour échapper à la répression brutale qui sévit dans leur pays. La décision du gouvernement pakistanais d'expulser les réfugiés afghans du pays en novembre 2023 a mis en danger les Hazaras qui craignaient d'être persécutés dans leur pays. Même après l'annonce du plan d'expulsion, nombre d'entre eux ont été arrêtés et licenciés.

ibrahimi-Hazaras-web.jpg

Sous le radar de l'ISKP

Même avant le retour des talibans, les établissements d'enseignement et les maternités des régions à majorité hazara étaient dans le collimateur de l'ISKP. Au fil des ans, des Hazaras ont été attaqués lors de réunions publiques, dans des écoles, des mosquées et des services hospitaliers. En 2018, la MANUA a signalé 19 incidents et, en 2019, 10 incidents au cours desquels l'ISKP a ciblé des chiites. L'intensité des attaques perpétrées par l'ISKP a augmenté après la chute de Kaboul. En octobre 2021, le groupe a pris pour cible la plus grande mosquée chiite de Kandahar, tuant environ 40 personnes. L'ISKP a suivi une stratégie consistant à viser simultanément des groupes minoritaires et des cibles de grande valeur. Selon la MANUA, depuis la prise de pouvoir des talibans, environ 345 Hazaras ont été tués ou blessés au cours des 21 premiers mois. Entre le 1er août et le 7 novembre 2023, l'ONU a recensé huit attaques menées par l'ISKP contre des civils, en particulier des chiites.

L'ISKP a suivi une stratégie consistant à viser simultanément des groupes minoritaires et des cibles de grande valeur.

Le contrôle exercé par les talibans sur le gouvernement et toutes les structures existantes en Afghanistan, ainsi que leur inimitié historique à l'égard du groupe, ont pu inciter des groupes comme l'ISKP à poursuivre leurs attaques et leurs assassinats ciblés contre les Hazaras. De nombreux groupes de résistance y voient un point de convergence entre les talibans et l'ISKP et n'excluent pas la possibilité d'une coordination entre les deux groupes sur cette question.

Afin d'attirer l'attention sur la persécution des Hazaras et d'exhorter la communauté internationale à reconnaître leur "génocide", de nombreuses organisations et activistes se sont rassemblés dans plus de 30 villes du monde entier le mois dernier, exigeant que des mesures soient prises et que les auteurs des attaques contre les Hazaras répondent de leurs actes. Au cours des deux dernières années et demie, le degré d'engagement entre la communauté internationale et les talibans s'est accru. Si les pays ont exhorté le groupe à accroître la représentation des femmes et des minorités ethniques et à répondre aux exigences en matière de gouvernance, de sécurité et d'autres questions, leur influence en termes de pression sur l'émirat pour qu'il se plie à leurs exigences en échange d'une coopération ne s'est pas concrétisée.

Récemment, l'émirat a organisé une réunion de l'initiative de coopération régionale à Kaboul, à laquelle ont participé 11 pays voisins, dont l'Inde, la Chine et la Russie. Les talibans ont utilisé cette plateforme pour définir leur propre discours sur la manière dont ils souhaitent que la communauté internationale s'engage avec eux, en se concentrant sur les liens commerciaux et économiques et sur la sécurité régionale, tandis que les questions relatives à l'inclusion des femmes et d'autres groupes marginalisés ont été rejetées. Les questions sur l'inclusion des femmes et d'autres groupes marginalisés ont été rejetées. Cette situation marginalisera davantage ces groupes minoritaires, les rendant plus vulnérables à la violence et permettant à l'Émirat islamique de poursuivre ses politiques discriminatoires et sa bureaucratie.

18:32 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : hazaras, afghanistan, asie, affaires asiatiques, talibans, chiites | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

Guerres statistiques et attractivité de la Chine en matière d'investissement

cq5dam.chinastat0.9999.jpeg

Guerres statistiques et attractivité de la Chine en matière d'investissement

Konstantin Batanov

Source: https://www.geopolitika.ru/article/statisticheskie-voyny-i-investicionnaya-privlekatelnost-kitaya

Le 18 février 2024, l'Administration nationale des changes de Chine a publié un rapport sur la balance des paiements pour 2023. Sur la base des données fournies dans ce rapport, les médias occidentaux, en particulier le Wall Street Journal, Newsweek et d'autres, ont fait état de la sortie de capitaux étrangers de Chine.

Ils ont indiqué que les engagements de la Chine en matière d'investissements étrangers pour 2023 s'élevaient à 33 milliards de dollars, soit 80 % de moins qu'en 2022 et 90 % de moins qu'en 2021.

Cette information a suscité une vive réaction dans le monde entier: les analystes occidentaux ont commencé à déclarer que la Chine perdait son attrait pour les investisseurs étrangers en raison de facteurs économiques. Certains sont arrivés à la conclusion que cette situation résultait des conséquences de la guerre commerciale et de la complication générale des relations avec les États-Unis.

D'une manière générale, il faut dire qu'au cours des dix dernières années, les analystes occidentaux ont régulièrement évoqué le thème de l'effondrement économique de la Chine: ils font des prévisions sombres et prédisent même parfois à la Chine le sort de l'URSS.

2022xi0528_DE_EU.jpg

Les experts chinois et certains experts étrangers ont commencé à expliquer qu'en fait la situation n'est pas critique: selon le ministère chinois du commerce, l'utilisation réelle de capitaux étrangers par la Chine en 2023 s'élevait à 1133,9 milliards de yuans, soit 8% de moins qu'en 2022. Si vous le comptez en dollars, il s'agit de 163,3 milliards de dollars américains, et la baisse est alors de 13,7%.

Cependant, il est noté que tandis que 53.766 nouvelles entreprises d'investissement direct étranger ont été établies au cours de l'année dernière, ce qui est 39,7% de plus qu'en 2022.

Les pays qui participent à l'initiative "Une ceinture, une route" ont investi 122,1 milliards de yuans (en baisse de 11,4%) ou 17,6 milliards de dollars américains (en baisse de 16,7%) en Chine. Le nombre de nouvelles entreprises impliquant leur investissement a atteint 13.649, en hausse de 82,7%.

Dans le même temps, les investissements réels en Chine de la France (+ 84%), du Royaume-Uni (+ 81%), des Pays-Bas (+ 31,5%), de la Suisse (+ 21,4%) et de l'Australie (+ 17,1%) ont augmenté en 2023. Les investissements directs de l'Allemagne en Chine ont augmenté de 4,3% pour atteindre 11,9 milliards d'euros, un record dans les relations sino-allemandes.

20210320_cna1280.jpg

Les experts chinois expliquent que le rapport sur la balance des paiements de la State Administration of Foreign Exchange of China faisait référence aux engagements d'investissements étrangers, et non à l'utilisation réelle des capitaux étrangers. L'utilisation effective se réfère aux projets réels, tandis que les engagements en matière d'investissements étrangers se réfèrent aux investissements en actions (y compris les nouveaux investissements en actions et le réinvestissement des bénéfices) et à la dette des filiales (c'est-à-dire les prêts accordés par les actionnaires étrangers des entreprises à investissements étrangers). Les organisations utilisent des termes différents pour mesurer l'activité et l'attractivité des investissements, en fonction de leurs objectifs.

Par exemple, le Fonds monétaire international a tendance à utiliser les "engagements d'investissement étranger", tandis que la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED) utilise "l'utilisation effective des capitaux étrangers". Les engagements en matière d'investissements étrangers sont un concept plus complexe et sont influencés par une série de facteurs, notamment les modifications des taux d'intérêt par la Réserve fédérale américaine.

Cela dit, la situation économique globale de la Chine n'est pas mauvaise. Le 29 février, le Bureau national des statistiques de la République populaire de Chine a publié un rapport sur le développement économique et social pour 2023, selon lequel le PIB s'élevait à 126058,2 milliards de yuans, soit une hausse de 5,2% en glissement annuel. Le PIB par habitant a augmenté de 5,4% pour atteindre 89.358 yuans.

Le taux de croissance économique de la Chine est nettement plus élevé que celui des États-Unis (2,5%), de l'Union européenne (0,5%) et du Japon (1,9%).

En d'autres termes, l'application de méthodes statistiques différentes conduit à des résultats différents en matière d'évaluation de l'attractivité des investissements.

Cependant, la Chine, en raison de sa forte intégration dans l'économie mondiale, ne peut pas abandonner les méthodes qui, selon les spécialistes chinois, donnent une image erronée de l'économie du pays.

Si nous considérons la situation non pas du point de vue des statistiques, mais sur la base de la pratique quotidienne, nous pouvons supposer que si la situation de l'économie chinoise était vraiment si mauvaise que les investisseurs étrangers retireraient la majeure partie de leurs investissements, il est très probable que nous le verrions dans la vie de tous les jours, car la Chine est le plus grand pays manufacturier du monde, et si la position de la Chine dans l'économie mondiale est fortement ébranlée, ce serait une catastrophe qui affecterait le monde entier.

On peut donc conclure que l'environnement commercial et macroéconomique de la Chine reste au même niveau. Dans le même temps, l'une des caractéristiques de ces dernières années est la libéralisation dans le domaine de l'attraction des investissements étrangers - les exigences concernant l'enregistrement des sociétés à capitaux étrangers, leur dotation en capital social, le remboursement de certaines taxes et l'amélioration générale du régime fiscal sont en train d'être assouplies.

20200815_cna1280.jpg

En août 2023, le Conseil d'État de la République populaire de Chine (un analogue du gouvernement) a publié des "Propositions sur la poursuite de l'optimisation des conditions de l'investissement étranger et le renforcement de la dynamique d'attraction de l'investissement étranger", qui comprennent 59 mesures.

Sur la base des informations ci-dessus, plusieurs conclusions peuvent être tirées.

Premièrement, les pays occidentaux mènent une guerre de l'information contre la Chine dans divers domaines, en essayant de détériorer son image, y compris dans le système des relations économiques internationales.

Deuxièmement, ces efforts ont peut-être un effet positif pour les sociétés transnationales, mais dans le contexte d'une diminution du montant total des investissements, on observe en fait une augmentation du nombre de projets, ce qui signifie que le nombre de participants à la coopération de la part des petites et moyennes entreprises, en particulier de la part des pays occidentaux, est en augmentation.

Troisièmement, les autorités chinoises s'efforcent de rendre les conditions plus confortables pour les entrepreneurs étrangers qui font des affaires en Chine. Par conséquent, il est conseillé aux participants russes à la coopération avec la Chine de profiter de cette opportunité pour une interaction plus étroite avec le consommateur final chinois (dans le cas des exportations vers la Chine) ou un environnement commercial favorable (lorsqu'il s'agit de la fabrication et de l'approvisionnement en Chine).

18:10 Publié dans Actualité, Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : économie, chine, actualité, asie, affaires asiatiques | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

Dadaïste, séducteur, dandy. L'aventure d'être Evola

s518kawm8fla1.png

Dadaïste, séducteur, dandy. L'aventure d'être Evola

par Stenio Solinas

Source : Il Giornale & https://www.ariannaeditrice.it/articoli/dadaista-seduttore-dandy-l-avventura-di-essere-evola

3051158418.jpg"Tout ce que vous avez voulu savoir sur Evola sans jamais oser le demander" pourrait être, en paraphrasant Woody Allen, le sous-titre de la solide biographie de plus de 700 pages qu'Andrea Scarabelli, avec Vita avventurosa di Julius Evola (Bietti, 39 euros), consacre à ce personnage complexe et controversé. Fort d'une décennie de recherches, d'archives italiennes et étrangères, de correspondances, d'interviews et de témoignages, Scarabelli a réussi à contextualiser son œuvre tout en mettant l'accent sur le type humain qui l'a rendue possible et à dresser un portrait convaincant de l'époque, ou plutôt des époques, dans lesquelles Evola a vécu: la Rome artistique, politique et idéologique du début du 20ème siècle puis de l'entre-deux-guerres; Vienne, qui n'est plus habsbourgeoise mais pas encore nazie; Paris surréaliste et moderniste; l'"île païenne" de Capri, par excellence: mais aussi le fer et le feu de la Seconde Guerre mondiale, l'effondrement italien et la capitulation allemande, la difficile période de l'après-guerre marquée par la paralysie physique de ses jambes, par de longues hospitalisations, par des difficultés économiques et de soudaines poussées de notoriété publique, des arrestations et des procès, qui ne contribueront pas peu à sa réputation de "mauvais maître" ou de maître tout court du néo-fascisme italien dans les années 1950 et 1960.

Le premier élément qui saute aux yeux, contredisant et/ou corrigeant cette aura d'impassibilité et d'impersonnalité qu'il a lui-même contribué à construire et que ses exégètes ont transformé en une sorte de totem intemporel, est qu'Evola était un interventionniste, immergé dans son époque, désireux de se tailler un espace public et de jouer un rôle à l'ère de l'agonie culturelle. C'était un homme colérique et polémique, mais il était prêt à faire des compromis lorsque d'autres voies n'étaient pas viables, à être marqué et dénoncé, voire calomnié dans la presse, et à se faire battre la main... Dès ses débuts, il fut un peintre dadaïste et théoricien d'un art abstrait dans sa volonté de faire tabula rasa de tout ce qui était tradition, conservation, passé, ainsi qu'un adepte d'un dandysme à la Oscar Wilde, comme le lui reprochaient ses détracteurs: monocle, brillantine, ongles émaillés, élégance extrême, faux titre de noblesse, prédilection pour les femmes mûres qui voyaient sans doute dans la séduction de cet "élégant abatino" (définition du futuriste Bragaglia) quelque chose de pervers et en même temps d'excitant.

Il l'était encore plus sous sa forme ultérieure de philosophe et, comment dire, d'idéologue, dans cet archipel déchiqueté qu'était le mouvement fasciste avant qu'il ne se cristallise en régime, et qui pourtant, une fois qu'il l'était, maintenait en son sein une telle vivacité de positions et de contrastes qu'elle rendait caduque aussi bien l'idée d'un système monolithique que celle d'une absence de débat culturel, voire d'une absence totale de culture.

3657945660.jpgDe ce point de vue, le livre de Scarabelli est d'autant plus intéressant qu'il dresse une carte, aussi raisonnée que composite, des différentes âmes intellectuelles qui ont vu le jour à l'époque, chacune avec ses propres points de référence, qu'il s'agisse de journaux, de lieux de rencontre, de maisons d'édition, ainsi que des référents politiques et donc des centres de pouvoir alternatifs. Une chose que l'on n'a jamais assez soulignée, et que Scarabelli met au contraire en évidence, c'est que l'intellectualité fasciste qui s'est manifestée à l'époque était l'enfant de l'interventionnisme de guerre qui l'avait précédée. Tout le monde, plus ou moins, avait été au front, tout le monde était revenu du front à la vie civile en conservant une mentalité militaire. C'était la répétition de ce phénomène que furent les demi-soldes napoléoniens si bien décrits par Balzac, des inadaptés par rapport au monde qui aurait dû les accueillir comme si rien ne s'était passé entre-temps...

L'idée que ceux qui avaient été dans les tranchées ou à l'attaque devaient maintenant s'asseoir derrière un bureau et recevoir des ordres de ceux qui étaient restés à la maison semblait surréaliste, tout comme l'appel au vieux décorum bourgeois, à l'échange poli d'opinions, à la polémique polie... Bien que moins virulent que les champions de l'insulte gratuite tels que Mario Carli et Emilio Settimelli dans les colonnes de L'Impero, Evola a également joué son rôle, un bellicisme des mots qui a paradoxalement débordé du fascisme vers le néo-fascisme d'après-guerre, où ce n'est pas une coïncidence qu'Evola se retrouve souvent décrit sur les mêmes tons et avec les mêmes épithètes dénigrantes qui l'avaient accompagné pendant les vingt années de fascisme...

Il faut cependant préciser, et Scarabelli le fait très bien, qu'Evola n'était en aucun cas un personnage marginal dans la culture fasciste. S'il s'est trouvé en marge, c'est en raison des batailles idéologiques très précises qui ont été menées et débattues, les batailles anticatholiques et racialistes, pour ne citer que les deux plus importantes, et qui, même si elles l'ont enveloppé d'un cône d'ombre, n'ont jamais réussi à le mettre complètement hors-jeu. Il est significatif qu'en décembre 1942, le jeune Italo Calvino demande à Eugenio Scalfari, collaborateur de la Rome fasciste, des éclaircissements sur Evola et "ses balivernes sur la pensée aryenne" qui, pour balourdes qu'elles soient, "exercent une certaine fascination, au point qu'en lisant certains de ses articles, j'ai puisé plus d'une inspiration dramatique". D'ailleurs, de Moravia à de Pisis, de Croce à Gentile, à Marinetti et Papini, de la maison d'édition Laterza à la maison d'édition Bocca, Evola a eu, dès sa première apparition, des fréquentations et des publications qui ont contribué à faire de lui un personnage complet, pas du tout folklorique, et encore moins insignifiant.

tableau-julius-evola.jpgIl a également des connaissances chez les politiques, en premier lieu Farinacci, qui le prend sous son aile protectrice, mais aussi Bottai, bien que de manière discontinue et fluctuante. Surtout, et malgré ses dénégations à cet égard, il avait en Mussolini, sinon un protecteur, un référent pragmatique et non a priori hostile. Ce que l'historiographie sur le fascisme tend à oublier, c'est qu'avant le Mussolini politique, il y avait eu le Mussolini intellectuel, le fondateur d'Utopia et le collaborateur de La Voce, l'ami de Prezzolini, mais aussi de Lombardo Radice et de Salvemini, l'agitateur socialiste et interventionniste, le préfet du Porto sepolto d'Ungaretti, l'ami et le compagnon d'armes de Marinetti...

Mussolini connaissait la culture de son temps parce qu'il l'avait pratiquée, elle ne lui était pas étrangère, il la comprenait. Cela explique l'attention, même paroxystique, avec laquelle il en suivait les événements, punissant ou récompensant tel ou tel écrivain, tel ou tel mouvement. C'était en quelque sorte son terrain de chasse et les intellectuels son gibier, avec autant d'espèces protégées et d'espèces à tuer ou à sacrifier. Evola, après tout, se rangeait dans la première catégorie.

Le livre contient également un examen approfondi de sa pensée, passionnant et difficile, mais, comme le titre l'indique, l'intérêt de l'auteur se porte ailleurs, sur cette vie "aventureuse", en fait, qui, au moins jusqu'à la tragique crise de 1945 au cours de laquelle il a perdu l'usage de ses jambes, correspondait tout à fait à cet adjectif. Depuis son expérience dadaïste, Evola avait également une vision non provinciale de lui-même : il était polyglotte, avait une bonne connaissance des langues classiques, une passion pour l'Europe de l'Est et une irritation pour le climat culturel romain qui s'est souvent avéré asphyxiant pour lui.

Par rapport à la mythologie que l'après-guerre a construite autour de lui, le portrait que dessine Scarabelli est aussi celui d'un bon vivant, brillant et jamais ennuyeux, à l'humour discret, conscient de sa valeur, mais soucieux de ne pas tomber dans la caricature. Très jaloux aussi de sa liberté: du travail, des charges familiales, des contingences matérielles, et prêt à en payer le prix. Courageux aussi, amoureux du danger compris comme une sorte de blind date, un test spirituel en quelque sorte, un test et en même temps une offrande, et finalement un signe. À Vienne, marcher sous les bombes signifiait précisément cela. "Nous ne pouvons comprendre qu'à travers toutes les conséquences". Toutes, sans exception, comme il l'a expérimenté lui-même, mais sans jamais s'insurger contre le destin cynique et barbare.

Notre ennemi s'appelle "remplacisme"!

robots-replace-humans.jpg

Notre ennemi s'appelle "remplacisme"!

Par Frédéric Andreu

Il nous faut tout d'abord comprendre que le monde dans lequel nous survivons est essentiellement une doublure factice. Comprendre cela, c'est déjà lui résister, se déprendre autant que possible de  son essence subliminale. Je crie cela depuis des millénaires – vox clamans in deserto, parmi les dunes et les serpents, à quoi cela sert-il ?

Avant le temps du désert qui croît, le règne du scorpion, il y eut, parait-il, un temps mythique où régnaient l'aigle et le faucon. Les grands rapaces tournoyaient en lacets au-dessus des falaises et des mers... Les Hommes étaient alors aristocrates et souverains. Mais il y eut, en leur sein, le «bourgeois» corrupteur, dont le tropisme du coucou le prédisposait à occuper les nids des aigles et des faucons.

image_1490480_20210213_ob_4ce7a7_coucou-mere-abusee.jpg

Est-ce que la loi du remplacisme s'explique par cet irrésistible instinct de parodie en l'Homme ? Qui saurait me répondre ?

Je me suis dis un jour: un bourgeois n'est bourgeois qu'en imitant et remplaçant l'Aristocrate. Le régime politique du bourgeois est lui-même hautement remplaçant. Jugez-en plutôt: la république n'est république qu'en remplaçant la monarchie...

Ainsi, le président de la république se recouvre de tous les apparats du roi, tous, sauf la légitimité. Il joue le jeu de la pacotille, de la pièce à deux faces dont il occupe l'invisible.

Le président entre dans l'Histoire comme le coucou entre dans le nid de l'aigle. Il prend des airs parodiques et des manières de roi, la bouche pleine de paroles subliminales apprises dans des écoles à mentir vrai. Vous dites des mots qui ne veulent rien dire, des mots macronoïdes.

accro-au-telephone.jpg

Mais il y a un autre remplacisme encore plus subliminal que le premier. Ce remplacisme-là est celui de la technique qui envahit aujourd'hui tous les espaces extérieurs et intérieurs de l'Homme. Les iPhones plus envahissants que les virus. Les virus, au moins, l'homme cherche à s'en prémunir, tandis qu'il recherche le progrès technique. En cela, l'homme moderne est un esclave consentant, un pute à machine.

Je sais, j'ai vu, je sens le double captatif et subliminal qu'est la technoscience ! En tant que voyageur au long cours (à pied et à bicyclette), je sais les distances qu'il faut désormais parcourir pour rencontrer la nature authentique, non remplacée par son double technomorphique. Une rivière propre, une forêt pas trop ravagée par les bulldozers. Les mots eux-même subissent l'emprise du double.

Le double parodique de la nature, c'est ce monde de plastique et de ferraille qui colonise la terre entière. Une occupation totalement étrangère qui se fait passer pour le monde réel. Son essence hautement remplaciste est aussi celui de tous les autres doubles. Le monde original est aujourd'hui devenu un rêve. Celui dont rêvent les Ecolo-bobos faisant du jogging le dimanche. Il dort dans un cercueil de verre, leur monde onirique ! Le Bourgeois - surtout d'obédience Industrielle - est le prince de ce monde parodique et subliminal. Le Bourgeois Industriel dirige tous les Etats du monde. C'est lui le boss de notre temps. Par temps de guerre, il fournit les armes à tous les camps pour être certain de ne pas perdre la guerre; par temps de paix, ses usines fabriquent des médicaments et de l'agro-alimentaire.

Des camps de concentration, il faudrait en ouvrir quelques-uns pour enfermer ces gens de nuisance. Vous direz que mes propos sont excessifs, et peut-être auriez vous raison ? Mais, un camp de concentration de quelques kilomètres carrés vaut mieux que le camps de consommation sans limites dans lequel le Bourgeois nous enferme. Qui empêchera la planète de se transformer en un immense supermarché sinon un camp pour enfermer cette classe hautement nuisible ?

Sur la chemise rayée du bourgeois, il faudra coudre une petite roue dentée de couleur noire. Le soleil noir dont le Bourgeois industriel est le germe vivant. La roue inversée du soleil des vivants.

unécrevissemed.jpg

Et l'art dans tout cela ? L'art, vous savez, il ne faut pas lui raconter d'histoires ! L’art.… il enregistre toujours les secousses sismiques qui ébranlent la société ! Les secousses et les sismographes, il faut les entendre s'agiter dans les œuvres d'art ! Alors, me direz-vous, à quoi riment donc ces arts bidulaires qui emplissent nos espaces publics ? L'autre jour, on montrait une écrevisse en plastique géante, accrochée à un plafond du château de Versailles...

Il rime pourtant bien à quelque chose, n'est-ce pas cet art biduloïde à la mode Jeff Koons ? Mais alors, à quoi rime-il ?

Tout d'abord, ne dites pas, ces œuvres s'exposent ; elles s'imposent au contraire dans nos espaces publics.

Assez de cet AC ! Ces crustacés, on en a assez ! Sauvons au moins les extincteurs des salles d'imposition ! Sauvons les extincteurs rouge-pompiers ! Au moins, les extincteurs sont beaux ! Si ces bidules d'art se mettaient à brûler, il ne faudrait surtout pas éteindre les flammes ! Je vous dis que l'extincteur est l'objet le plus «pompier» de ces salles blanches comme la mort.

Ni beau, ni laid, cet art dit «conceptuel» est pour moi un hors champ de l'art. Il pourrait être en temps qu'oeuvre, un enregistrement cybernétique de toutes les doublures de notre temps, la technique, le Bourgeois ?

Pour fabriquer un Bourgeois, le Bourgeois prétentieux et cupide que l'on connaît, il lui faut un Aristocrate à remplacer. A partir de là, ce lécheur de bottes copiera tout ce qu'il peut, les habits, les gestes, les rictus, tout en rejetant les valeurs ancestrales de l'Aristocrate. On se dit, la technoscience fait de même avec la nature : elle est un calque mimétique de la nature. Sa courbe de croissance vise le remplacement total du réel par son réel factice.

Et l'art dans tout cela ? Je vous dis : il est à la fois le calque et la réplique – au sens sismique du terme – de ce qui se passe dans la société remplacée. Combien d'autres mondes parodiques se projettent cybernétiquement dans l'artefact conceptuel ? Je l'ignore.

Le bidule conceptuel imposé au regard public, pourrait bien être la réplique de tous les doubles ? Le porte-clé de tous les mimétismes. C'est tout ce que j'entrevois dans ce texte écrit avec les yeux du coeur.

Le vrai est dentelle ; le faux est surface.

vendredi, 29 mars 2024

Confrontation avec la Russie: la réalité impose des limites

HCSS-website-2022-880x572-pixels-2022-09-09T142040.998.png

Confrontation avec la Russie : la réalité impose des limites

Source: https://www.sinistrainrete.info/articoli-brevi/27733-piccole-note-il-confronto-con-la-russia-la-realta-impone-limiti.html

Gel des avoirs russes, fiabilité des banques occidentales en jeu. Les appels de Borrell

Les annonces grandiloquentes des dirigeants occidentaux et les prétendus succès ukrainiens se heurtent souvent à la réalité. Ainsi, la proposition d'utiliser les intérêts accumulés par les avoirs russes gelés en Occident pour aider l'Ukraine - plus de trois milliards d'euros par an - a suscité une frénésie qui a empêché son approbation, du moins pour l'instant.

La raison est simple et Reuters l'écrit, expliquant que plusieurs banques ont averti les dirigeants de l'UE qu'elles craignaient des représailles de la part de la Russie, mais surtout que la décision pourrait conduire à "une érosion plus large de la confiance dans le système bancaire occidental".

Le danger est évident : les pays qui ont confié leur argent à ces banques ne peuvent que s'alarmer. Leurs avoirs pourraient subir le même sort en cas de collision avec l'Occident. Ils risquent de les retirer et de les diriger vers des banques plus fiables.

En ce qui concerne les succès ukrainiens, une autre question cruciale se pose. Alors que ses forces sont écrasées sur la ligne de front, Kiev tente de remporter des succès tactiques qu'il peut exhiber au monde, et en particulier à ses alliés, pour signaler qu'il est encore capable de blesser l'ennemi et que la guerre n'est donc pas encore perdue.

Incursions en territoire russe et sur le front de la mer Noire

Les Ukrainiens tentent d'obtenir ces succès de trois manières. Tout d'abord, les attaques terrestres, par infiltration, en territoire russe, qui semblent toutefois limitées à ce jour.

En effet, elles ont été menées pour la première fois dans la période précédant la déclaration de Prigojine, dans le but de créer une bulle d'instabilité qui favoriserait leur action. Une fois la parenthèse Prigojine refermée, ils se sont essoufflés, pour reprendre avant les élections russes, pour tenter d'attiser la peur qu'ils se répercutent dans les urnes (c'est bizarre, mais c'est une méthodologie propre au terrorisme). Là encore, elles n'ont pas eu l'effet escompté et, à l'heure actuelle, les opérations sont au point mort.

Il s'agit d'actions sophistiquées, qui coûtent cher en termes de renseignement et, surtout, qui envoient des éléments d'élite à une mort plus ou moins certaine. D'où la nécessité d'un dosage judicieux.

L'autre front sur lequel Kiev se concentre est celui de la mer Noire, où ses actions ont d'ailleurs connu un certain succès, puisqu'elles ont permis de couler ou d'endommager quelques navires ennemis. A tel point que le Kremlin a dû se mettre à l'abri en remplaçant le commandant de la marine, l'amiral Nikolai Yevmenov.

Cela dit, il faut souligner un détail non négligeable: il y a longtemps qu'il n'y a pas eu d'attaques contre le port de Sébastopol, qui se sont produites au début du conflit et qui étaient beaucoup plus incisives, même sur le plan symbolique, que celles contre les navires.

Il n'en reste pas moins que l'action ukrainienne a rendu les eaux de la mer Noire peu sûres pour les Russes. En revanche, sur le terrain, elle peut bénéficier du soutien non dissimulé de l'OTAN qui, contrairement à celui déployé sur le champ de bataille ukrainien, reste hors de portée des missiles russes.

Attaques contre l'infrastructure énergétique russe

L'autre direction sur laquelle Kiev se concentre est celle des attaques à l'intérieur du territoire russe, soit par sabotage, soit par des attaques de drones et de missiles à longue portée. La cible privilégiée de ces attaques est constituée par les lignes de production et de distribution d'énergie russes. Sur ce front, elles semblent avoir remporté un certain succès, Moscou ayant été contrainte d'admettre la perte de 600.000 barils de pétrole.

Mais, selon le Financial Times, les Américains auraient demandé aux Ukrainiens de renoncer à de telles opérations, car ils craignent une hausse des prix de l'énergie, ce qui, en cette année électorale, serait désastreux pour la fortune de Joe Biden.

La chose a été confirmée par le gouvernement ukrainien qui, par la bouche d'Olga Stefanishina, vice-premier ministre, a déclaré qu'il s'agissait d'"objectifs légitimes", rejetant ainsi la demande de Washington.

Il est probable que les choses se soient déroulées différemment de ce que rapporte le FT, c'est-à-dire que les Russes ont informé les États, avec lesquels ils restent en communication sous le radar, qu'ils n'étaient plus disposés à tolérer de telles attaques, qui ne sont possibles que grâce à l'armement et aux renseignements de l'OTAN. Et ils ont menacé de riposter, d'où la pression américaine.

Au-delà des possibles coulisses, il reste que le refus de Kiev explique pourquoi Moscou a attaqué hier l'infrastructure énergétique de l'Ukraine à une échelle aussi massive. Il s'agissait d'un signal fort, destiné à persuader les ennemis récalcitrants de suivre des conseils plus cléments et de reconnaître la réalité. Jusqu'à présent, Moscou a évité de se déchaîner contre ces infrastructures, se limitant à des coups de fleuret, mais elle pourrait changer d'avis et brandir l'épée.

Telle est la dynamique complexe de la guerre en Ukraine, qui se développe à différents niveaux et donne lieu à des compromis continus entre les parties, où l'OTAN joue un rôle important, voire décisif.

L'option de l'apocalypse reste en suspens

En ce qui concerne l'OTAN, l'option de l'apocalypse, c'est-à-dire la possibilité pour l'Europe d'envoyer des troupes avec des risques très élevés de conflit mondial, reste d'actualité. Le sursaut musculaire de Macron, et d'autres avec lui, n'est pas totalement retombé, malgré les craintes et les réactions négatives (tout récemment, le chef du Comité militaire de l'OTAN, l'amiral Rob Bauer, s'est lui aussi lancé dans cet exercice, selon lequel l'OTAN est prête pour un conflit avec la Russie),

josep-borrell-fontelles_1.jpg

Sur ce point, le ministre des affaires étrangères de l'UE, Josep Borrell, s'est exprimé, appelant à ne pas déclencher de fausses alertes et réaffirmant que l'Europe se contenterait de soutenir Kiev de l'extérieur. Il n'est pas à l'ordre du jour d'aller mourir pour le Donbass", a-t-il conclu.

Précision importante, puisqu'il a évoqué la fameuse question : "Mourir pour Dantzig ?", qui a résonné en Europe au début de la Seconde Guerre mondiale. Borrell s'est ainsi voulu rassurant, tout en rappelant les risques encourus.

Une ambiguïté qui contraste avec "l'ambiguïté stratégique" revendiquée par Macron dans son vague défi à Moscou. Dans les intentions du président transalpin, une telle ambiguïté, brandissant l'impensable, c'est-à-dire la guerre à grande échelle jusqu'à l'affrontement nucléaire, devrait convaincre l'ennemi de reculer.

En réalité, une certaine clarté est nécessaire dans les périodes sombres ; l'ambiguïté ne fait qu'épaissir les ténèbres. Qu'il en soit ainsi.

Campagne Ukraine: les déclarations (inquiétantes) du chef d'état-major français

59bf38d4479a45e1008b486e.jpg

Campagne Ukraine: les déclarations (inquiétantes) du chef d'état-major français

par Giuseppe Masala

Source: https://www.sinistrainrete.info/articoli-brevi/27735-giuseppe-masala-la-campagna-d-ucraina-le-dichiarazioni-inquietanti-del-capo-di-stato-maggiore-francese.html

Malgré la levée de boucliers de nombreuses capitales européennes suite aux propos de Macron, qui a émis l'hypothèse d'une intervention terrestre dans le conflit ukrainien par l'OTAN, ou par une coalition de volontaires dirigée par la France elle-même, des rumeurs continuent d'arriver de Paris sur les préparatifs de la Campagne d'Ukraine. 

L'intervention du chef d'état-major de l'armée de terre française, Pierre Schill, dans le journal Le Monde, est particulièrement pertinente à cet égard : "L'armée française est prête. Quelle que soit l'évolution de la situation internationale, les Français peuvent être sûrs que leurs soldats réagiront rapidement. Pour se prémunir contre les attaques et protéger les intérêts nationaux, l'armée française se prépare aux combats les plus difficiles".

C'est une véritable déclaration d'intention qu'exprime le général dans le journal le plus prestigieux de France. Un signe que le moment doit être considéré comme solennel et que le peuple doit se préparer ; après tout, les propres déclarations de Macron avaient la même intention évidente. Le général conclut d'ailleurs en reprenant un autre concept fondamental exprimé par Macron: "L'enjeu est de faire en sorte que la force dont font preuve les troupes françaises inverse la tendance afin de dissuader les attaques contre la France".

Elle s'appuie pour sa défense sur son arsenal nucléaire, ainsi que sur une armée entraînée et compatible avec les armées de ses alliés, notamment en Europe". Ici aussi, le général réitère un concept fondamental déjà exprimé par Macron, presque comme pour souligner que ce que le président a déjà dit ne doit pas être considéré comme mal exprimé: les armes nucléaires de la France couvrent uniquement et exclusivement le territoire français, garantissant, en cas de menace, des représailles qui dissuaderont quiconque d'une attaque. Une déclaration lue à contre-jour n'a qu'une seule interprétation: les autres pays européens (à l'exception de la Grande-Bretagne) sont dépourvus de parapluie nucléaire défensif, de sorte que quiconque le souhaite peut en principe frapper leur territoire sans risquer grand-chose. A moins que l'on veuille croire à un bouclier nucléaire garanti par les Etats-Unis, mais il faudrait être vraiment naïf pour croire que quelqu'un à la Maison Blanche et au Pentagone prendrait le risque de voir des villes comme New York, Chicago ou Los Angeles frappées par des engins nucléaires afin de garantir des représailles en cas d'attaque nucléaire sur Berlin, Varsovie ou Rome.

Un concept d'ailleurs bien compris par le vieux Romano Prodi qui a immédiatement lancé un appel public à la France: "Je le répète : l'Europe a besoin d'une politique étrangère et d'une défense communes. Et en ce qui concerne cette dernière, la France, qui détient la bombe atomique, a une plus grande responsabilité et un leadership naturel, mais elle devra se dépêcher de mettre l'arme nucléaire à la disposition de l'Europe, compte tenu de l'augmentation des dépenses militaires allemandes". On notera la finesse du vieux renard des chancelleries européennes: Prodi insiste sur l'augmentation des dépenses militaires allemandes, qui manifestement, selon l'ancien Premier ministre, rendra l'Allemagne militairement autonome en fermant la fenêtre d'opportunité pour que Paris prenne le leadership européen.

20180814dymanowski.jpg

Cependant, le déclenchement du mécanisme pervers des préparatifs de guerre est démontré par d'autres déclarations importantes comme celles du chef d'état-major adjoint de l'armée polonaise, Karol Dymanowski (photo), qui a déclaré à un journal polonais: "Avant, il y avait 40.000 soldats prêts à devenir un bouclier de l'OTAN, et maintenant, il y en a déjà 300.000 de disponibles. Ces soldats arriveront dans le pays non pas après le début de la guerre, mais avant". Le général polonais prévient que la préparation du conflit a déjà largement commencé avec le déplacement d'un très grand nombre de troupes en Pologne (auxquelles s'ajoutent celles de la péninsule scandinave, des pays baltes, de la Roumanie, de la Moldavie et des autres pays limitrophes de l'Ukraine, de la Russie et de la Biélorussie): des préparatifs d'ailleurs dûment camouflés par les habituels exercices militaires qui permettent de déplacer des troupes sans trop alarmer les populations civiles. Les Russes ont utilisé cette tactique dans les mois qui ont précédé l'attaque de l'Ukraine, et l'Occident l'utilise maintenant en massant des troupes et du matériel sur le flanc oriental de l'OTAN, à la frontière russe.

2022A49_NatoGipfel_002.png

Ce que l'on appelle le "build-up" n'est cependant pas seulement lié à la construction du dispositif militaire au sens strict, mais aussi à la construction des infrastructures nécessaires à son fonctionnement optimal. En effet, nous venons d'apprendre que la plus grande base de l'OTAN en Europe est en cours de construction en Roumanie. Il s'agit de la 57e base aérienne "Mihail Kogalniceanu" de Constanta qui, grâce à des travaux d'agrandissement colossaux (pour la modique somme de 2,5 milliards de dollars), s'apprête à devenir la plus grande base de l'OTAN en Europe, taillée sur mesure, selon les experts, pour la guerre contre Moscou.

Il ne semble pas exagéré de définir la Roumanie comme un véritable bastion de l'OTAN tourné contre Moscou. Cette affirmation est également valable si l'on considère que la base militaire de Deveselu, dans le sud de la Roumanie, qui abrite le système de défense antimissile balistique Aegis Ashore de la marine américaine, a également été achevée. En ce qui concerne ce système d'armement, les responsables russes avertissent depuis des années que les systèmes de lancement vertical MK-41 de la base pourraient facilement être calibrés pour lancer des missiles de croisière Tomahawk vers la Russie.

nato2.jpg

Mais dans la péninsule scandinave et dans les pays baltes également, le renforcement militaire est largement en cours, tout comme le concert de déclarations d'hommes politiques qui tendent à créer cet effet de grenouille ébouillantée qui habitue l'opinion publique à l'inévitabilité de la guerre. Tout d'abord, la Finlande et la Suède ont officiellement adhéré à l'OTAN, autorisant le déploiement de troupes et de véhicules des pays de l'Alliance atlantique sur leur territoire national. D'autre part, les déclarations russophobes d'hommes politiques locaux se sont multipliées, à l'instar du président réélu du Parlement finlandais, Jussi Halla-aho, qui a déclaré que tuer des soldats russes était "juste et nécessaire". Sans parler de la ministre finlandaise des affaires étrangères, Elina Valtonen, qui a déclaré qu'elle ne pouvait exclure l'envoi de troupes en Ukraine.

Enfin, il convient de mentionner qu'au sein de l'Union européenne, les déclarations se succèdent sur la nécessité de convertir l'appareil de production européen au statut d'économie de guerre. Les déclarations du président du Conseil européen, le Belge Charles Michel, qui, imitant Mario Draghi, a déclaré qu'il fallait faire "tout ce qu'il faut" pour éviter une victoire russe, sont à cet égard significatives.

Si l'on additionne toutes ces déclarations et surtout les actes politiques et administratifs qui en découlent, il est vraiment difficile de ne pas voir le cadre qui nous conduit pas à pas vers un conflit direct avec la Russie. Alors bien sûr, on peut toujours espérer qu'il s'agit d'une simple escarmouche pour une meilleure place à la table de paix. Mais, dans l'état actuel des choses, il faut être optimiste pour y croire.

Masala.jpg

Qui est Giuseppe Masala?

Giuseppe Masala est né en Sardaigne en 25 Avanti Google, il est diplômé en économie et s'est spécialisé dans la "finance éthique". Il cultive deux passions, la langue python et la littérature. Il a publié le roman (qui, selon ses ambitions, devrait être le premier d'une trilogie) "Una semplice formalità", lauréat de la troisième édition du prix littéraire "Città di Dolianova" et également publié en France sous le titre "Une simple formalité", ainsi qu'une nouvelle "Therachia, breve storia di una parola infame", publiée dans un recueil par Historica Edizioni. Il se déclare cybermarxiste, mais comme Leonardo Sciascia, il pense qu'"il n'y a pas d'échappatoire à Dieu, ce n'est pas possible. L'exode de Dieu est une marche vers Dieu".

53700a632578a83b0dbba26f2bb4537521d391cd90e1cdf60b63c46129c7.png

Les ennemis veulent créer une instabilité interne avec un attentat terroriste en Russie

d7e78096-1z8txlnexbf5z2wnvwo64y.png

Les ennemis veulent créer une instabilité interne avec un attentat terroriste en Russie

Par Lucas Leiroz,

journaliste, chercheur au Centre d'études géostratégiques, consultant en géopolitique.

Source: https://jornalpurosangue.net/2024/03/25/inimigos-querem-g...

Le récent attentat terroriste contre la mairie de Crocus, dans la banlieue de Moscou, est sans aucun doute l'une des plus grandes tragédies de l'histoire récente de la Fédération de Russie. Plus de 130 civils, dont plusieurs enfants, ont été sauvagement assassinés par des hommes armés dans la nuit du 22 mars. Le bilan devrait encore s'alourdir puisque plusieurs dizaines de personnes ont été hospitalisées.

Les criminels qui ont participé à l'attaque ont déjà été capturés par les forces de sécurité russes. Au total, onze personnes ont été arrêtées, dont les quatre tireurs. Les tueurs étaient des immigrants tadjiks, apparemment liés à des groupes islamiques radicaux. Ils ont été arrêtés à la frontière de l'oblast de Briansk alors qu'ils tentaient de s'enfuir en territoire ukrainien. Après avoir été interrogés, ils ont déclaré avoir été engagés via Telegram. Les commanditaires leur auraient alors remis les armes utilisées pour le crime et promis une récompense d'un demi-million de roubles russes.

Curieusement, immédiatement après l'attaque, des rumeurs ont commencé à circuler dans les médias occidentaux sur la responsabilité présumée de l'État islamique. Les journaux américains ont non seulement accusé le groupe extrémiste islamique, mais ont également souligné à plusieurs reprises que l'Ukraine n'était pas responsable de l'attentat. Cette hypothèse semble toutefois fausse au vu des faits qui ont été élucidés jusqu'à présent au cours des enquêtes.

Les tueurs ont manifestement travaillé comme mercenaires dans le cadre de l'attaque. Bien qu'ils soient des radicaux islamiques, il n'y a aucune preuve que leur travail dans le cas spécifique de l'hôtel de ville de Crocus ait eu un lien avec cette idéologie extrémiste. Le mode opératoire des tueurs ne semble pas être lié à l'Etat islamique/ISIS (groupe avec lequel ils ne semblent pas avoir de liens). En plus de tuer pour de l'argent, ils ont tenté de fuir les lieux et de franchir la frontière ukrainienne, ce qui n'est pas attendu des militants de l'Etat islamique/ISIS, qui commettent presque toujours des attentats-suicides en quête de "martyre".

970526fd-9fef-459f-91df-5a308919fcd4.jpg

Il convient également de rappeler que l'Etat islamique/ISIS est actuellement une organisation faible, incapable de mener des attaques à grande échelle. Depuis l'intervention russe en Syrie, la majeure partie de l'Etat islamique/ISIS a été liquidée, ne laissant que les milices restantes du groupe original opérant dans divers pays - y compris en Ukraine même, où l'on voit souvent des militants islamiques radicaux parmi les troupes anti-russes. Les services de renseignement occidentaux semblent faire un usage stratégique de l'acronyme "ISIS", la responsabilité étant attribuée au groupe chaque fois que Washington veut dissimuler sa propre implication dans un crime.

Qui plus est, les terroristes ont tenté de s'échapper par la frontière de Briansk, une région fortement protégée par les forces russes, avec une grande présence de champs de mines. Même lors des récentes incursions ukrainiennes à la frontière, il n'y a pas eu de tentative d'invasion terrestre ukrainienne par Briansk, ce qui montre à quel point il est difficile de traverser cette région. En essayant de s'échapper, les terroristes ont certainement bénéficié d'un soutien solide de la part des services de renseignement ukrainiens, qui disposaient de données précises sur la manière de contourner la défense russe et d'échapper aux champs de mines, ce qui contredit la thèse occidentale selon laquelle Kiev n'aurait pas participé à l'attaque.

Les raisons pour lesquelles l'Occident veut dissimuler la participation ukrainienne dans cette affaire sont faciles à comprendre. Kiev n'agit pas seul dans ses actes terroristes, mais compte toujours sur la coparticipation de l'Occident. En tant qu'État vassal, l'Ukraine n'obéit qu'aux ordres de ses soutiens occidentaux, ce qui signifie que s'il y a eu une participation ukrainienne à l'attaque contre Moscou, des agents occidentaux ont certainement coopéré d'une manière ou d'une autre pour que l'incident se produise.

Il convient de rappeler que les dirigeants occidentaux menacent ouvertement la Russie depuis longtemps. Récemment, l'ancienne sous-secrétaire américaine Victoria Nuland a promis des "surprises" au gouvernement russe dans une déclaration interprétée par de nombreux analystes comme un signe que des opérations de sabotage allaient commencer sur le territoire russe. En outre, l'ambassade américaine a récemment conseillé aux citoyens américains d'éviter les rassemblements publics à Moscou, en invoquant des informations sur le risque terroriste. Ces informations n'ont jamais été partagées avec les autorités russes, ce qui indique que même s'il n'y a pas eu de participation américaine à l'attentat, il y a eu au moins une absence de volonté d'agir conjointement contre le terrorisme.

Il convient de rappeler que ces attaques terroristes ont lieu dans un contexte d'incursions ukrainiennes accrues à travers la frontière. Le régime de Kiev a bombardé des villes russes pacifiques telles que Belgorod et Koursk, bien qu'il n'y ait pas de cibles militaires dans ces régions. Il semble que le régime et ses partisans aient clairement l'intention de semer la terreur sur le territoire russe. Face à l'échec militaire, la guerre asymétrique utilisant le terrorisme est la seule "alternative" laissée au régime néo-nazi.

Le choix d'immigrés d'Asie centrale pour jouer le rôle d'assassins semble encore plus intéressant pour les intentions du régime ukrainien et de l'Occident. Les ennemis de la Russie espèrent encourager le développement du racisme et de la polarisation ethnique dans la société russe en essayant de monter la majorité de la population contre les immigrants de l'espace post-soviétique. Rien ne prouve qu'un tel plan réussira, étant donné le niveau élevé de cohésion sociale dans la Russie d'aujourd'hui, mais il est bien connu que la fomentation du chaos interne en Russie est un plan de longue date de l'Occident.

L'Occident et l'Ukraine veulent que les Russes ordinaires se sentent en danger et commencent à critiquer le gouvernement. Ils s'efforcent de rétablir un scénario similaire à celui des années 1990 et 2000, lorsque plusieurs attaques terroristes ont touché les grandes villes russes. En réveillant de tels traumatismes et souvenirs chez les Russes, les réseaux de renseignement occidentaux espèrent créer une crise de légitimité à l'encontre du gouvernement du pays.

Or, c'est exactement le contraire qui se produit : plus il est attaqué, plus le peuple russe approuve le gouvernement et soutient l'opération militaire spéciale, car il comprend que c'est le seul moyen de neutraliser la terreur.

Vous pouvez suivre Lucas Leiroz sur : https://twitter.com/leiroz_lucas  et https://t.me/lucasleiroz

 

17:05 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : actualité, moscou, russie, terrorisme | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

Désordre mondial et contrôle des routes maritimes

Un-E2-C-Hawkeye-pret-a-etre-catapulter-sur-le-pont-du-Porte-avions-nucleaire-francais-Charles-de-Gaulle.jpg

Désordre mondial et contrôle des routes maritimes

Par Mario Porrini

Source: https://www.centroitalicum.com/disordine-mondiale-e-controllo-delle-rotte-marittime/

La crise des Etats-Unis est la crise d'un empire thalassocratique, c'est-à-dire fondé sur la domination des mers. La question de Taïwan s'inscrit dans le vaste contexte géographique de la mer de Chine méridionale où la Chine, si elle supplantait les États-Unis, deviendrait la première puissance mondiale. Les attaques des Houthis dans le détroit de Bab el Mandeb contre les navires commerciaux naviguant vers le canal de Suez pourraient entraîner une hausse vertigineuse du coût de l'énergie et des marchandises, sachant que 10 à 13 % du commerce mondial et 20 % des importations de gaz et de pétrole en Europe passent par là. La Méditerranée est le trait d'union entre l'Atlantique, contrôlé par l'alliance Europe-Amérique du Nord, et l'Indo-Pacifique, où se joue la compétition entre les Chinois et les Américains. La mer Méditerranée est vitale pour notre survie et l'Italie doit agir pour regagner le terrain perdu.

2020S14_Arktis_003.jpg

1029703.jpg

arc_shippingmap20001.gif

L'importance et la force d'une nation se révèlent dans sa capacité à contrôler les routes maritimes. La mer occupe une place de plus en plus centrale sur le plan géostratégique. 70 % de la surface de la Terre est recouverte d'eau et 80 % de la population mondiale est concentrée dans une ceinture située à moins de 200 km de la côte. La plupart des activités productives de l'humanité se développent sur la mer : le transport le long des lignes de communication maritimes, l'écoulement du pétrole et du gaz, les activités de pêche et l'exploitation des ressources énergétiques et minérales trouvées dans les fonds marins. Aujourd'hui, 90 % des marchandises et des matières premières transitent par la mer et 75 % de ce flux passe par quelques passages vulnérables, les "choke points" ("points d'étranglement" ou "goulots d'étranglement"), constitués par les canaux internationaux et les détroits. L'histoire nous a appris comment les empires occidentaux, du britannique à l'américain, sont nés et se sont consolidés en dominant la mer. La crise des États-Unis et du monde occidental en général provoque des situations d'instabilité qui poussent de nombreux pays émergents, même de taille moyenne, à agir sans scrupules pour exploiter toutes les opportunités possibles de mettre en pratique leurs "doctrines bleues", fondées sur l'hypothèse que "si vous ne dominez pas en mer, vous n'avez pas de pouvoir".

lmd_feb23_karte_meere_suedostasien.png

Comme nous le disions, le monopole de la puissance américaine semble s'estomper progressivement et les zones de crise se multiplient. La question de Taïwan s'inscrit dans le vaste contexte géographique de la mer de Chine méridionale où se développe depuis quelque temps le grand enjeu stratégique pour le contrôle de l'océan Pacifique et de l'Asie du Sud-Est. L'île reste en effet la clé de l'accès de la mer de Chine orientale à la mer de Chine méridionale, car elle fait partie, avec Okinawa et les Philippines, de ce que l'on appelle la "première chaîne d'îles", qui conditionne la sortie des navires civils, commerciaux et militaires de la Chine populaire dans le vaste océan Pacifique, en conjonction avec la "deuxième chaîne d'îles", qui s'étend des îles japonaises à Guam et aux îles Mariannes. Si la Chine y parvenait en supplantant les États-Unis, elle franchirait une étape décisive pour s'établir et se consolider en tant que première puissance mondiale. Cette perspective va également à l'encontre des intérêts du Japon et de la Corée du Sud, en termes de sécurité de leurs flux commerciaux, car elle impliquerait un renforcement décisif du contrôle politico-militaire de Pékin sur la mer de Chine méridionale, qui constitue à son tour la clé obligatoire pour l'accès au détroit de Malacca. Afin d'empêcher toute modification du statu quo, les États-Unis maintiennent des bases terrestres et navales au Japon et en Corée du Sud, ainsi que leurs propres débarquements militaires aux Philippines, en Australie, en Nouvelle-Zélande, à Guam et à Singapour, ainsi que sur l'île de Diego Garcia et en Thaïlande, cette dernière étant située au milieu de l'océan Indien. Les contacts entre les avions de la marine chinoise et américaine sont pratiquement quotidiens et les risques d'un accident pouvant conduire à la guerre ne sont pas si éloignés.

2023-12-15-SchifffahrtimRotenMeer-big.jpg

Une autre zone de crise dangereuse est représentée par la mer Rouge, où ces dernières semaines les attaques se sont multipliées dans le détroit de Bab el Mandeb, contre des navires commerciaux naviguant vers le canal de Suez, touchés par des drones et des missiles lancés depuis le Yémen par les rebelles houthis, les miliciens pro-iraniens, qui ont annoncé vouloir stopper les navires marchands à destination d'Israël si les bombardements sur Gaza ne cessent pas. Chaque année, 23 000 navires transitent entre Suez et Bab el Mandeb, mais au cours des deux derniers mois, ces volumes ont diminué d'un tiers. Pour des raisons de sécurité, en effet, plusieurs compagnies maritimes ont décidé de changer de route, à commencer par la Mediterranean Shipping Co (MSC), la plus importante compagnie de transport de conteneurs au monde, qui a ordonné à ses navires de se diriger vers le cap de Bonne-Espérance, en allongeant considérablement la route, afin de ne pas courir le risque d'attaques. Depuis octobre dernier, plus de 100 navires marchands ont déjà opté pour le contournement de l'Afrique. Sachant que 10 à 13 % du commerce mondial et 20 % des importations de gaz et de pétrole de l'Europe passent par là, il est certain que des hausses vertigineuses du coût de l'énergie et des marchandises se produiront. Si la situation d'insécurité devait perdurer, elle causerait d'énormes dommages économiques aux pays riverains de la Méditerranée, car les navires marchands chargés de marchandises destinées à l'Europe feraient escale à Rotterdam et dans d'autres ports de l'Atlantique. À Trieste et à Gênes, on est déjà en état d'alerte et l'on s'inquiète beaucoup de l'avenir. Ceux qui tremblent sont surtout l'Égypte, qui perçoit 9,3 milliards de dollars par an sur le péage du canal de Suez. Les États-Unis ont annoncé qu'ils voulaient combattre les rebelles et, en vue d'une éventuelle intervention militaire, ils renforcent leur flotte dans la région. Ils ont également annoncé la mise en place d'une coalition internationale, sans que l'on sache exactement qui en fait partie. L'Italie, quant à elle, se prépare à envoyer la frégate "Fasan" en mer Rouge. Cependant, toute intervention militaire risque d'impliquer l'Iran, qui protège les rebelles houthis, et de déclencher une guerre aux conséquences totalement imprévisibles.

chine-20180410.jpg

De nombreux pays émergents misent sur la mer pour s'affirmer sur tous les plans, économique, géostratégique et militaire. De la Chine à la Turquie, de l'Inde au Nigeria, plusieurs acteurs se disputent la primauté sur des espaces maritimes même très étendus. L'accès aux principales routes commerciales représente une "condition sine qua non" pour étendre son influence, à tel point que les mers sont traitées comme des terres et que la compétition pour dessiner les zones économiques exclusives respectives suit les mêmes principes que la géopolitique classique, ignorant toute règle de droit international.

Malgré les apparences, l'étroit bassin méditerranéen revêt une importance particulière car, avec seulement 1 % de la surface mondiale des eaux, il est traversé par 20 % du trafic maritime mondial. Pour rappeler les dimensions du jeu méditerranéen, il semble opportun de fournir quelques données géopolitiques et quelques chiffres de base. La mer qui est déjà "la nôtre" se révèle géopolitiquement comme le résultat du jeu entre les Etats-Unis et la Chine, dont l'enjeu ultime est le contrôle du maximum de routes océaniques, donc des détroits, des goulets d'étranglement, qui les facilitent. La Méditerranée est en effet un connecteur entre l'Atlantique, océan sous contrôle total de l'alliance Europe-Amérique du Nord, et l'Indo-Pacifique, où se joue la compétition entre Chinois et Américains. Comme nous l'avons déjà mentionné, l'Océan central assure non seulement 20 % du trafic maritime mondial, mais aussi 27 % du commerce de conteneurs, développant ainsi 10 % du PIB mondial. Après le récent élargissement du canal de Suez, ces pourcentages devraient encore augmenter. La route méditerranéenne est trop importante pour le commerce mondial et les grandes puissances ne peuvent pas permettre que sa navigation soit entravée.

L'Italie, avec ses quelque 8 000 km de côtes au milieu de ce qui était pour les Romains la "Mare Nostrum", est le premier pays d'Europe en termes de quantité de marchandises importées par voie maritime, tandis qu'environ 80 % du pétrole nécessaire aux besoins nationaux arrive dans ses ports. Notre pays possède la 11e flotte marchande du monde et la 3e flotte de pêche d'Europe, avec plus de 12 700 bateaux de pêche et 60 000 employés travaillant dans le secteur. Le secteur maritime national génère à lui seul environ 3 % du PIB, avec un multiplicateur économique de 2,9 fois le capital investi. Pour nous tous, l'économie bleue représente plus de 50 milliards d'euros par an, avec près d'un million d'employés et plus de 200 000 entreprises, dans un contexte géoéconomique en pleine croissance. Pour le "système-pays", expression très en vogue aujourd'hui, le rôle de la mer est déterminant pour la prospérité et la sécurité nationale. Les routes maritimes par lesquelles transitent les matières premières importées sont cruciales pour une économie de transformation comme celle de l'Italie. Il s'agit d'une vaste zone, pleine d'opportunités pour notre réalité commerciale, mais aussi de menaces qui mettent en péril ses intérêts. Malheureusement, en termes de logistique et d'installations portuaires en général, nous, Italiens, sommes à la traîne, notamment en raison de rivalités de clocher et d'un manque de coordination de la part de l'État. Nous devrions investir massivement dans les infrastructures, car l'Italie est au centre d'une mer stratégique et occupe une position plus que privilégiée. Dommage que la grande majorité de nos hommes politiques, depuis des décennies, ne semblent pas s'en rendre compte.

32323434656_db45fbcec7_o.jpg

Maritime-traffic-in-the-Mediterranean-region-also-showing-the-transiting-shipping-routes.png

La mer Méditerranée devient chaque jour plus encombrée. Compte tenu du retour des Russes, à partir de l'intervention en Syrie en 2015 et des guerres en Ukraine et à Gaza qui ont marqué le renforcement de l'US Navy, nous nous trouvons au centre de la zone possible de confrontation entre les puissances qui étaient déjà des protagonistes de la guerre froide. Les bases US/OTAN sur notre territoire, presque toutes situées à proximité de la mer, témoignent de la manière dont, depuis Washington, la Botte est considérée comme une plate-forme logistique et stratégique irremplaçable ainsi qu'un carrefour entre l'Eurasie et l'Afrique, avec le détroit de Sicile comme jonction fondamentale. L'occupation américaine de notre territoire, qui remonte à la Seconde Guerre mondiale, ainsi que la passivité de nos hommes politiques, limitent considérablement notre indépendance en nous empêchant d'agir dans le sens de nos intérêts nationaux. Le gouvernement soi-disant souverainiste de Giorgia Meloni s'est lié pieds et poings à l'Algérie, qui a assumé un rôle clé dans notre approvisionnement énergétique et considère donc comme siennes de vastes zones de la mer de Sardaigne, y envoyant ses sous-marins pour y faire flotter son drapeau. La situation est délicate, mais nous ne pouvons pas rester passifs en permettant à quiconque de s'introduire dans nos eaux territoriales. Ces dernières années, sur notre frontière maritime méridionale, dans ce qui fut la Libye et qui est aujourd'hui une terre disputée entre milices et puissances étrangères, la Russie s'est installée en Cyrénaïque et la Turquie en Tripolitaine sans que rien ne soit fait de notre part pour contrer l'intrusion de nations géographiquement éloignées dans une région qui devrait relever de notre sphère d'influence. La Turquie elle-même est très active pour étendre sa présence loin de ses frontières. Nous avons évoqué la Libye, mais le contrôle du détroit des Dardanelles par Ankara lui permet non seulement de tenir en échec la Russie qui, sans son autorisation, ne peut faire transiter sa flotte de la mer Noire à la Méditerranée, mais aussi l'Ukraine dont les exportations de blé partent exclusivement d'Odessa. La Turquie, installée à Chypre depuis des décennies, revendique la possession des îles grecques au large de ses côtes et, dans ce contexte d'agitation générale, pourrait profiter d'une occasion favorable pour faire un coup d'État. Enfin, Ankara, par l'intermédiaire de sociétés turques, a obtenu des concessions dans les ports d'Oslo, de Stockholm, de Trieste, de Tarente, de Malte et de Bizerte, utiles à la fois pour stimuler l'économie nationale - la demande de produits turcs est forte dans les pays d'Europe centrale en raison des vagues migratoires - et pour se projeter géopolitiquement dans le centre-ouest de la Méditerranée et, grâce au système autoroutier africain, dans l'Afrique sub-saharienne.

La mer Méditerranée est vitale pour notre survie et l'Italie doit agir pour regagner le terrain perdu. Un saut qualitatif décisif dans notre approche de la géopolitique devrait consister à ajouter la dimension sous-marine aux cinq domaines stratégiques classiques : terre, mer, air, espace et cyberespace. La face cachée de la mer, dont nous ignorons presque tout, concerne les ressources stockées dans les fonds marins, mais surtout les câbles Internet sous-marins, par lesquels transitent 95 % des données, et les oléoducs et gazoducs. L'environnement sous-marin est important pour de nombreuses questions stratégiques pour le pays : de l'énergie à la sécurité alimentaire, en passant par la recherche technologique, la santé et la médecine. La vulnérabilité des cibles situées dans les fonds marins a été confirmée par le sabotage du gazoduc de la Baltique Nord Stream. Un premier signe de l'intérêt particulier que nous portons à cette dimension et de la construction d'une stratégie nationale en la matière est la nouvelle de l'inauguration, ces derniers jours à La Spezia du Pôle sous-marin national, coordonné par la Marine italienne, basé sur la coopération entre structures publiques et privées - ministères, industries, dont Leonardo et Fincantieri, universités et organismes de recherche - pour développer des synergies entre les différentes excellences nationales dans le domaine de la sécurité environnementale sous-marine. La Marine met à disposition le Centre de Soutien et d'Expérimentation Navale et bénéficie de la proximité du "Centre de Recherche Maritime", organe exécutif de l'OTAN qui s'occupe de la recherche scientifique et technologique dans le domaine de la navigation.

maxresditnavyefault.jpg

La création de ce pôle serait également louable, mais l'élément essentiel doit être la volonté politique de protéger fermement les intérêts nationaux pour ne pas courir le risque d'être étranglé. C'est pourquoi il semble étrange que le gouvernement "souverainiste", qui prétend vouloir défendre les infrastructures sous-marines par lesquelles transitent toutes les informations, y compris les informations confidentielles, ait donné un avis favorable à la vente de TIM au fonds américain KKR, cédant ainsi le contrôle d'un secteur stratégique comme les télécommunications à une entreprise privée étrangère. La défense de nos intérêts est une question de survie. Sans une action décisive, cohérente et soutenue dans ce sens, nous sommes destinés à disparaître, en tant que nation et en tant que peuple.

jeudi, 28 mars 2024

Qu'est-ce qui va changer dans la politique intérieure de la Russie après l'attentat contre la mairie de Crocus ?

72bde3e24854b82819b3d2d9a59ea4ea.jpg

Qu'est-ce qui va changer dans la politique intérieure de la Russie après l'attentat contre la mairie de Crocus ?

Par Raphael Machado

Source: https://jornalpurosangue.net/2024/03/27/o-que-vai-mudar-na-politica-interna-da-russia-apos-o-atentado-do-crocus-city-hall/

Après l'horrible attentat terroriste perpétré il y a quelques jours contre le Crocus City Hall près de Moscou, de nombreux analystes se sont demandés quelle serait la réaction de Moscou dans l'environnement international, compte tenu des pays potentiellement impliqués, des États-Unis à l'Ukraine, sans oublier les liens perçus avec le Tadjikistan et la Turquie.

Certains changements ont déjà été détectés, la Russie ayant bombardé d'importants bâtiments des services de renseignement ukrainiens, causant des dommages en termes de morts, de blessés et de pertes matérielles que Kiev préfère ne pas rendre publics. Certaines articulations internationales ont également permis l'arrestation d'éventuels collaborateurs de l'attaque en question en Turquie.

D'autres développements dans cette direction, y compris des représailles pour les attaques, viendront au fur et à mesure que les autorités russes elles-mêmes recevront plus d'informations sur les résultats des enquêtes.

Mais les changements demandés par le peuple russe à la suite du massacre sont tout aussi importants que les changements possibles dans la position de l'opération militaire spéciale et dans les relations internationales.

Tout d'abord, l'une des discussions les plus importantes en Russie aujourd'hui est le rétablissement de la peine de mort. La peine de mort n'a pas été abolie en Russie, mais elle est prévue dans le code pénal pour les infractions les plus graves contre la vie, telles que le meurtre aggravé, le meurtre de fonctionnaires et le génocide.

Toutefois, en 1996, le président de l'époque, Boris Eltsine, a imposé un moratoire "informel" sur les exécutions dans le but de faire entrer la Russie dans le Conseil de l'Europe. Ce moratoire a été légalement formalisé par la Cour constitutionnelle russe en 1999, de sorte qu'il n'y a pas eu d'exécutions dans ce pays depuis près de 30 ans.

Il convient toutefois de noter que la loi prévoit toujours l'application de la peine de mort. En outre, la Russie a été expulsée du Conseil de l'Europe en mars 2022, de sorte que la justification politique du moratoire sur les exécutions n'existe plus.

L'opinion publique est favorable au retour de la peine de mort. Un sondage réalisé par une agence liée au département d'État américain (le Levada Center) a montré en 2019 que 49 % des Russes étaient favorables au rétablissement de la peine de mort. 19 % souhaitaient son abolition. On peut s'attendre à ce que la proportion de ceux qui souhaitent le retour de la peine de mort, au moins pour les terroristes et les traîtres, soit beaucoup plus élevée aujourd'hui qu'en 2019.

En réponse à ces demandes, les députés du parti au pouvoir, Russie Unie, se mobilisent pour apporter les changements nécessaires à la réactivation de la peine capitale.

EmeMluGWMAE7-wv.jpg

Un autre problème est celui des armes. En général, les agents de sécurité russes ne portent pas d'armes. Au moins dans le contexte du conflit actuel et des menaces terroristes, on discute de la nécessité pour les agents de sécurité dans les lieux publics de porter des armes pour faire face à des situations d'urgence de ce type. Il est clair que des agents de sécurité armés auraient fait une différence significative dans cet attentat.

Quant au port d'armes en général en Russie, il obéit à des critères tout à fait rationnels et raisonnables, étant moins restreint qu'au Brésil, mais plus restreint que dans une grande partie des États-Unis.

En Russie, il existe l'équivalent du CAC brésilien, mais aussi la possession d'armes d'autodéfense, qui doivent néanmoins être conservées à la maison - leur but est la défense du foyer, de la famille, des biens, en cas d'invasion, de vol ou de tentative d'enlèvement.

De plus, pour pouvoir acheter un fusil, il faut avoir possédé une arme plus légère pendant plusieurs années sans aucun incident.

La question la plus débattue aujourd'hui, cependant, est la nécessité de mieux contrôler l'immigration en Russie. Pas seulement l'immigration illégale, mais l'immigration en général.

Tous les responsables directs de l'attaque terroriste étant des Tadjiks qui seraient entrés légalement en Russie, l'attention est attirée sur le laxisme de la Russie à l'égard de ses propres frontières (qui sont, comme chacun le sait, immenses).

La Russie est loin d'être aussi laxiste que l'Europe sur cette question, mais il est un fait, par exemple, qu'au cours des deux dernières années, environ 100.000 Tadjiks sont entrés en Russie chaque année. En général, l'immigration en Russie est de nature temporaire, pour un travail temporaire, et le migrant doit quitter le pays à la fin de son visa (que certains contournent pour rester illégalement dans le pays).

Ces migrations, contrairement à celles qui ont lieu en Europe, ne sont pas susceptibles de modifier de manière significative la démographie nationale de la Russie, mais en raison de l'absence de contrôle, elles représentent un risque pour la sécurité nationale.

Les intellectuels russes organiques influents dans la société civile, tels qu'Alexandre Douguine, exigent une réduction drastique et un plus grand contrôle de l'État sur ces flux, ainsi que la consécration du caractère essentiellement "russe" de l'État, en tant que noyau de la politeia impériale de la Russie.

On peut s'attendre à une augmentation des expulsions d'immigrants illégaux, ainsi qu'à des critères plus stricts pour l'octroi de visas et de la citoyenneté, tels qu'une meilleure connaissance de la langue et un engagement explicite en faveur des valeurs nationales.

19:36 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, russie, moscou | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

Mourir de l'OTAN

32008121-nato-symbolbild-35QviTdfPgea.jpg

Mourir de l'OTAN

Par Marco Della Luna  

Source: https://www.centroitalicum.com/morire-di-nato/

La seule raison pour laquelle la Russie pourrait nous frapper avec des missiles nucléaires est la présence en Italie de missiles nucléaires américains dirigés vers la Russie. Si la guerre éclate entre Washington et Moscou, nous serons pulvérisés pour cette seule raison. Ainsi, loin d'être une protection, l'OTAN est la seule cause possible de notre destruction.

Assiégée depuis des décennies par l'expansion de l'OTAN vers l'Est et la soixantaine de bases militaires américaines autour de ses frontières, la Russie n'a ni les moyens ni les effectifs pour nous envahir ou pour soutenir une guerre conventionnelle avec l'OTAN, dont les membres ont un PIB et un budget de défense vingt fois supérieurs à ceux de la Russie. En outre, annexer un pays, par exemple la Pologne, contre la volonté de son peuple, signifierait pour elle tout d'abord le conquérir militairement (avec des pertes et des coûts énormes, outre le fait que l'intervention de l'OTAN serait déclenchée), puis engager des coûts énormes et permanents pour l'occupation, tout en subissant continuellement des attaques partisanes sanglantes, tant en Pologne qu'en Russie, et en les réprimant par des mesures policières tout aussi sanglantes, tandis qu'une grande partie de l'opinion publique dans une grande partie du monde, ainsi qu'à l'intérieur du pays, serait fortement dressée contre Moscou.

Compte tenu de ce qui précède, il est tout à fait invraisemblable que la Russie ait l'intention d'annexer ne serait-ce que la partie non russophone de l'Ukraine, et encore plus invraisemblable qu'elle ait l'intention d'occuper les pays de l'OTAN, tandis qu'à l'inverse, il est clair que ceux qui prétendent avoir de tels plans mentent afin d'apporter à l'industrie de l'armement l'argent du contribuable déjà harcelé, et ce en nous exposant au risque d'une guerre thermonucléaire. Il convient également de mentionner que les États-Unis en particulier, en plus de décliner de plus en plus en tant que puissance mondiale unipolaire, sont en proie à une grave crise, principalement sociale, et menacés, avec le reste de l'Occident, d'un gigantesque effondrement financier, bancaire et monétaire, notamment en raison de l'énorme masse d'argent et d'obligations créée lors de la pandémie, puis de la campagne ukrainienne. Les alarmes de guerre servent probablement aussi à détourner l'opinion publique de ces problèmes et à préparer un état d'urgence guerrier permanent, qui permettrait de gérer le corps social de manière plus libre et plus coercitive.

Encore une fois, il ressort de ce qui précède que si une guerre éclatait entre l'OTAN et la Russie, il s'agirait automatiquement d'une guerre avec des missiles nucléaires stratégiques, et nous, avec toutes les bases américaines que nous hébergeons sur notre territoire, serions littéralement grillés en quelques heures, et il ne servirait à rien que les États-Unis viennent ensuite à notre secours - et probablement ils ne viendraient pas du tout, ils ne pourraient pas venir, ayant également été frappés comme nous et n'ayant aucun intérêt à venir, d'autant plus qu'ils devraient traverser un océan Atlantique patrouillé par des sous-marins russes. Alors, encore une fois, pourquoi avons-nous besoin de l'OTAN ?

(Si vous me permettez une plaisanterie, j'espère qu'en cas de guerre thermonucléaire, les dirigeants russes décideront de concentrer leurs missiles sur des cibles politiquement plus importantes et d'épargner l'Italie et les pays méditerranéens de l'OTAN, afin de laisser ces régions exemptes de contamination radioactive, pour qu'ils puissent s'y installer après la catastrophe, qui gâchera également la partie la plus vivable de la Russie elle-même).

thumbnailpanpan.jpg

Pendant ce temps, les dirigeants de Washington, Londres, Paris, Berlin, Stockholm et Varsovie évoquent explicitement une guerre avec la Russie. Le pathétique Macron, produit synthétique des laboratoires Rothschild, parle même d'envoyer des soldats français sur le front du Donbass. Cela augmente objectivement le risque d'une telle guerre, même si le but de ces évocations n'est très probablement que de faire gagner de l'argent aux industriels de l'armement et de construire un régime de contrôle social dans un état d'économie de guerre ainsi que de pandémie et de crise climatique permanentes - avec un contrôle sans faille de l'information.

Grâce aux sanctions officiellement dirigées contre la Russie, l'Europe "libre" a déjà été amenée à payer son gaz au moins quatre fois plus cher, au profit des entreprises américaines qui nous le vendent et qui ont doublé leurs profits au détriment de nos factures et de la compétitivité de nos industries qui, de fait, ferment et se délocalisent, puisque l'Europe libre est désormais la zone du monde où l'énergie coûte le plus cher, et donc où elle est la moins chère à produire. Cela s'explique aussi par les coûts de la transition verte, qui n'a été adoptée que par nous dans le monde, et qui est donc déjà absurde et autodestructrice. Même Porsche délocalise sa production aux États-Unis qui, grâce à cette migration des usines et des capitaux, se réindustrialisent à nos dépens et récupèrent, au détriment de l'euro, une partie du terrain perdu par le dollar en tant que monnaie du commerce international.

Tel est le tableau des alliances entre les vassaux que nous sommes et le capital dominant outre-Atlantique. Mais c'est aussi le tableau d'un appareil institutionnel étatique et supra-étatique qui est désormais clairement aux mains d'une oligarchie porteuse d'intérêts antisociaux - une " Oligarchie des peuples superflus " (comme je l'avais intitulé dans mon essai de 2010) : la fin du " public ", de la res publica.  Dernière note : exhorter à l'envoi de nos soldats en Ukraine pour contrer l'impérialisme russe, c'est précisément Emmanuel Macron, président d'un pays qui exerce, lui-même, un féroce impérialisme économique et militaire sur ses 14 anciennes colonies africaines, contraintes de verser 85% de leurs recettes d'exportation à la Banque de France. Jusqu'à ce qu'elles se rebellent.

Massacres inutiles et idiots utiles

moscou-crocus-city-hall-terrorisme-moscou-etat-islamique-768x466.jpg

Massacres inutiles et idiots utiles

Andrea Marcigliano

Source: https://electomagazine.it/inutili-stragi-utili-idioti/

Les massacres, les attaques terroristes, sont souvent, voire presque toujours, inutiles. Inutiles d'un point de vue militaire et stratégique, bien sûr. Parce qu'aucun conflit n'a jamais connu de tournant suite à une attaque, à une action terroriste. Ni même d'une véritable campagne de terreur.

Mais le terrorisme, les massacres surtout, revêtent une importance considérable d'un point de vue éminemment politique. Ils doivent être examinés et évalués avec soin. Afin de mieux comprendre l'état des choses. Et, surtout, dans quelle direction elles évoluent.

Le massacre de Moscou. Qu'il ne faut cependant pas réduire de manière simpliste à un acte terroriste plus ou moins improvisé. Car il n'en a pas les caractéristiques. Au contraire, toutes les reconstitutions montrent l'action d'un commando bien organisé, préparé militairement, avec un plan bien défini. Probablement depuis longtemps. Et surtout, un commando qui n'avait aucune intention suicidaire. Qui avait également bien préparé ses issues de secours. Ce qui exclut les groupes djihadistes caucasiens, daghestanais et ingouches... sans parler du fantôme de l'Etat islamique, que d'aucuns tentent de ressusciter en ces heures.

On parle de Tadjiks. Mais l'appartenance ethnique n'est pas importante. Ce qui est plus clair, c'est qu'il s'agit de mercenaires. Des professionnels, bien entraînés, payés et qui se souciaient de leur peau.

Le problème, bien sûr, n'est pas celui des auteurs. Mais celui des commanditaires. Et des objectifs qu'ils se sont fixés avec ce massacre.

Bien sûr, tous nos médias ont repris le même refrain. Tout le monde aurait pu le faire, sauf les Ukrainiens. Zelenski est innocent.

Et les idiots utiles les plus zélés et les plus actifs vont même jusqu'à insinuer qu'il pourrait s'agir du FSB, les services secrets russes. Bref... c'est Poutine.

001ff7ac-1200.jpg

De telles sottises sont inutiles à évoquer. Elles ne méritent pas qu'on s'y attarde. Cependant, des analystes comme Orsini, qui ne sont certainement pas tendres avec Kiev, se sont également prononcés en faveur d'une hypothèse qui disculpe l'Ukraine.

Et ce pour deux raisons.

La folie absolue d'une telle action, qui pourrait provoquer une réaction russe dans des proportions encore difficilement imaginables.

Et le fait que l'ambassade américaine à Moscou avait déjà mis en garde le 8 mars contre le risque d'attentats dans les salles de concert moscovites. Elle avait appelé les citoyens américains à ne pas s'y rendre.

Washington s'est alors empressé de condamner l'action. Et à exprimer ses condoléances au Kremlin.

Et si Washington s'exprime ainsi, c'est que Zelenski, sa marionnette, n'est pas responsable. Telle est la logique du raisonnement.

Mais qui, franchement, ne convainc pas. Parce qu'il est... trop grossier.

Et pas seulement parce que personne, jusqu'à présent, n'a posé une question évidente. Comment l'ambassade américaine a-t-elle su ? A l'avance, et avec une précision remarquable sur les cibles ? Cette question a été posée aujourd'hui par le pédicure russe que j'ai visité. Et nos grands experts et analystes ne le savaient pas ? Eh bien...

Ce n'est pas cela, cependant, qui m'intrigue le plus.

En effet, je me demande qui pourrait avoir intérêt à commettre un acte similaire à Moscou en ce moment. Honnêtement, je ne vois pas qui, dans le Caucase, en Asie centrale ou au Moyen-Orient, pourrait avoir un quelconque intérêt ou une quelconque raison. Aussi fou soit-il.

Et si l'on exclut l'impossible, ce qui reste, aussi improbable soit-il, c'est la vérité. Comme le dit Sherlock Holmes.

Donc... l'Ukraine.

Dont les services de renseignement, rappelons-le, ne sont pas étrangers aux actes de terrorisme. La bombe qui a tué Darya Dougina en est un exemple. Pas le seul.

Et il faut rappeler que Kiev n'est pas un monolithe fait d'un seul homme. Le drôle de Zelenski.

Il y a des jeux internes et des rapports de force, des liens avec l'étranger qui sont difficiles à déchiffrer. Alors Zelenski ne sait peut-être pas vraiment... mais, pour donner un exemple, Boudanov ? Qui a souvent donné l'impression d'agir en totale autonomie. Ou du moins de répondre à d'autres... commanditaires.

Kiev est au bord de l'effondrement militaire. Et celui du front intérieur. Au sein de sa classe militaire, de plus en plus de voix commencent à réclamer des négociations avec Moscou. C'est... le courage du drapeau blanc. Comme l'a dit Bergoglio.

Mais il y a aussi ceux qui, de la paix, auraient beaucoup, voire tout à perdre.

En Ukraine et... ailleurs. Bien plus loin.

Hypothèses, bien sûr. Mais, du moins me semble-t-il, fondées sur un raisonnement réaliste. Et concrètes.

Alors... on verra. Le silence du Kremlin est éloquent. Et inquiétant. Les prochains jours pourraient être décisifs.

Et très dangereux.

19:07 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, terrorisme, moscou, russie | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

Les fantômes du djihad

different-types-of-ghosts.jpg

Les fantômes du djihad

Andrea Marcigliano

Source: https://electomagazine.it/fantasmi-jihadisti/

Parfois, ils reviennent - certains fantômes, je veux dire. Fantômes de la politique, fantômes de la terreur. Des fantômes de l'histoire.

C'est le cas, aujourd'hui, de celui de l'Etat islamique. Souvenez-vous d'al-Baghdadi, le califat noir. Celui qui, il y a à peine quelques années, enflammait le Moyen-Orient et le Maghreb. Entre la Syrie et l'Irak, il a construit une sorte d'État qui a semblé se répandre comme une traînée de poudre... jetant les capitales occidentales dans la terreur.

Les médias, journaux et télévisions, ne parlaient que de cela...

Et puis, soudain, c'est la fin de la partie. Le calife est mort. Ses légions noires se sont dispersées. Son royaume s'est évanoui comme une Morgane du désert. Tout ce qui restait, comme souvenir, c'était les morts. Et les destructions qu'il avait causées.

Rien ou presque n'a été dit sur les raisons de la disparition du califat djihadiste. Et sur qui, surtout, avait provoqué son effondrement. Une attribution générique du mérite à l'Occident collectif. Qui, une fois de plus, sauverait le monde.

Aucune analyse. Pas même un chiffon de document ni même une once de raisonnement lucide.

On a ainsi omis de dire qu'au moins en Irak - centre permanent du mouvement djihadiste - la victoire avait été iranienne. De cet Iran perpétuellement sous sanctions, cet "État voyou" par excellence.

Et qu'en Syrie, pour bloquer les forces du calife, ce sont encore les Iraniens qui l'ont emporté. Avec le soutien substantiel de la Russie...

Alors que nous, Occidentaux, avons soutenu, et continuons à soutenir, le soulèvement anti-Assad. Un soulèvement porté par d'hypothétiques résistants démocratiques. Alors qu'il était et est toujours évident que l'épine dorsale des forces rebelles est précisément constitué par les djihadistes.

Soyons clairs. Aucune sympathie pour les ayatollahs ou Moscou. Mais les faits sont les faits. Pas des opinions. Et c'est ainsi que les choses se sont passées, qu'on le veuille ou non. Ce qui prouve une chose que l'on a toujours fait semblant de ne pas comprendre. L'affrontement avec l'Etat islamique était avant tout interne au monde islamique. Un conflit entre les différentes âmes de l'islam. Comme cela a souvent été le cas dans son histoire.

L'ingérence de nous, "Occidentaux", a souvent été préjudiciable. Accentuant les conflits internes, pour... les exploiter à nos propres fins.

Ensuite, nous en avons payé le prix. Même les plus lourds, comme le Bataclan... ou plutôt, les innocents ont payé le prix. Comme toujours.

Vieille histoire. Des fantômes. Qui, cependant, sont rappelés aujourd'hui, après le massacre de Moscou.

C'était l'Etat islamique. Un seul chœur. Experts (sic !), intellectuels (sic !), politiciens de tout poil.

Sans jamais se poser la simple question: pourquoi ?

Oui, pourquoi l'Etat islamique, dans son rejeton du Khorasan, aurait-il soudain émergé des steppes d'Asie centrale pour frapper la Russie ?

Et la frapper avec des mercenaires précarisés, avec une technique militaire qui n'a rien à voir avec celles propres au djihad.

Et, surtout, pour frapper la Russie en ce moment. Alors qu'elle est en train de gagner la guerre contre l'Ukraine, et que les opinions publiques européennes sont fatiguées de soutenir Kiev. Alors que de nouvelles aides à Zelenski sont bloquées aux Etats-Unis.

Pourquoi les djihadistes s'en prendraient-ils à Moscou, et pas à Paris ou à Londres ? Ou Rome ?

J'attends avec espoir qu'un des grands experts toujours présents à la télévision pose la question... sans exiger de réponse.

Ce serait trop demander...

18:53 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, djihadisme, russie, moscou | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

mercredi, 27 mars 2024

L'Europe de Brzezinski est née

01dea0b_15421-14v2rz.13q59oogvi.jpg

L'Europe de Brzezinski est née

par Fabrizio Bertolami

Source: https://www.sinistrainrete.info/articoli-brevi/27724-fabr...

La configuration envisagée par la rencontre entre Macron, Scholz et Tusk était déjà l'un des points centraux de la stratégie énoncée par Zbignew Brzezinski dans son célèbre essai de 1997 intitulé "Le grand échiquier", dans lequel il affirmait que l'Ukraine devait adhérer à l'OTAN et à l'UE, dessinant ainsi un scénario géopolitique totalement nouveau, différent à la fois du scénario "méditerranéen" (France, Allemagne, Italie) et du scénario "carolingien" (France, Allemagne, Benelux) dans lequel la France, l'Allemagne, la Pologne et l'Ukraine forment un bloc capable d'intégrer les trois nations les plus peuplées du continent et en même temps capable de se consolider jusqu'aux frontières de la Russie.

* * * *

Le 15 mars à Berlin, lors d'une réunion à trois, le président français Macron, le chancelier allemand Scholz et le Premier ministre polonais nouvellement élu Tusk ont signé un accord visant à fournir un soutien conjoint en matière d'armement à l'Ukraine.

"Nous utiliserons les bénéfices des actifs russes gelés en Europe pour soutenir financièrement les achats d'armes pour l'Ukraine", a déclaré Scholz, énumérant les efforts de l'UE pour accroître le soutien à Kiev.

La réunion fait suite à certaines déclarations du président français sur la possibilité d'envoyer des troupes occidentales en Ukraine, bien que certains pays comme l'Italie aient rapidement souligné qu'ils n'enverraient pas de soldats car "nous ne sommes pas en guerre avec la Russie", comme l'a déclaré le ministre italien des affaires étrangères, M. Tajani.

000_34LJ3AA.jpg

En effet, lors d'une interview à la télévision nationale française, M. Macron a déclaré qu'une victoire russe en Ukraine "réduirait la crédibilité de l'Europe à zéro" et signifierait que "nous n'avons pas de sécurité", ajoutant que la sécurité du continent est "en jeu" dans le conflit qui, selon lui, "est existentiel pour notre Europe et pour la France et si la situation s'aggrave, nous serions prêts à faire en sorte que la Russie ne gagne jamais cette guerre".

L'accord tripartite comprend un engagement commun à fournir de l'armement à Kiev et n'envisage pas, pour l'instant, l'envoi de troupes des trois pays sur le terrain. La France, comparée aux deux autres partenaires, a jusqu'à présent envoyé moins d'armes et fourni moins de fonds, ce qui impose probablement à Macron la nécessité de changer de rythme, mais certains analystes suggèrent que la raison pourrait être géoéconomique et étroitement liée à la possibilité que l'Ukraine perde son accès à la mer.

Selon le journal français Le Monde, "le cabinet de M. Macron a expliqué que l'objectif était de restaurer l'ambiguïté stratégique de l'Occident. Après l'échec de la contre-offensive ukrainienne en 2023, le président français estime que promettre des dizaines de milliards d'euros d'aide et fournir - tardivement - des équipements militaires à Kiev ne suffisent plus. Surtout si Poutine est convaincu que "l'Occident a définitivement exclu de mobiliser ses forces".

Ce nouveau schéma d'alliances, qui exclut les nations méditerranéennes au détriment de celles de l'Europe du Nord et de l'Est, était déjà l'un des points centraux de la stratégie énoncée par Zbignew Brzezinski dans son célèbre ouvrage intitulé "Le grand échiquier" de 1997, dans lequel il affirmait que l'Ukraine devait rejoindre l'OTAN et l'UE, dessinant ainsi un scénario géopolitique totalement inédit, différent du scénario "méditerranéen" (France, Allemagne, Italie) et du scénario "carolingien" (France, Allemagne, Benelux) dans lequel la France, l'Allemagne, la Pologne et l'Ukraine forment un bloc capable d'intégrer les trois nations les plus peuplées du continent et, en même temps, de se consolider aux frontières de la Russie.

Lors d'une conférence de presse tenue le 4 mars, l'ancien président russe Medvedev a présenté une carte montrant une possible disposition de l'Ukraine après la guerre, dans laquelle tout l'est et le sud deviendraient russes, tandis que l'ouest serait divisé entre la Pologne, la Hongrie et la Roumanie. Cette carte se fonde en partie sur le passé historique de la région ukrainienne, qui a été attribuée pendant des siècles aux quatre nations contiguës : la région située à l'ouest, qui comprend la Galicie, puis Lvov/Lemberg et Ivano-Frankivsk, a fait partie intégrante de la Pologne jusqu'en 1772, puis est passée à l'empire des Habsbourg après le premier partage de la Pologne et connaît toujours la présence d'une importante minorité ethnique polonaise. Toujours à l'ouest, la région connue sous le nom de Transcarpathie faisait partie intégrante de la Grande Hongrie depuis sa semi-indépendance au temps des Habsbourg jusqu'à la fin de la Première Guerre mondiale. La région riveraine a été russe pendant des siècles, Odessa ayant été fondée en 1794 par l'impératrice Catherine, et à ce jour, la proportion de la population russophone dans la région est légèrement supérieure à 40 %. Les régions du Donbass, de la Crimée et, d'une manière générale, celles situées à l'est du Dniepr étaient des protectorats russes depuis leur création jusqu'à la naissance de l'Union soviétique, lorsqu'elles ont été cédées à ce que nous connaissons aujourd'hui sous le nom d'Ukraine.

Corridoi_energetici_Trimarium_1217.jpg

Malgré le partage de région de l'Ouest en faveur des nations susmentionnées, c'est probablement la conquête par la Russie du littoral ukrainien qui effraie le plus le président français, car elle supprimerait simultanément l'accès de Kiev à la mer et empêcherait la création de la zone connue sous le nom de "Trimarium", qui s'étend de la mer Baltique à la mer Noire, en passant par la Méditerranée orientale ; la première éventualité empêcherait l'Ukraine de faire usage du droit d'inviter des navires militaires d'autres nations, comme le prévoit la convention de Montreaux de 1936, qui réglemente également l'accès à la mer Noire par les détroits du Bosphore et des Dardanelles, et l'empêcherait totalement d'accéder aux voies maritimes pour exporter sa production de blé, dont elle est l'un des plus grands producteurs mondiaux.

Weizen-Export_2020_3-2.jpg

Ce classement particulier est aujourd'hui dominé par l'Australie, la Russie se situant en cinquième position et, comme le montrent les chiffres ci-dessous, la somme des exportations russes et ukrainiennes dépasserait le quota français, ce qui entraînerait la possibilité d'une concurrence pour la fixation des prix des céréales, précisément en faveur des Russes.

    - Australie : 10,2 milliards de dollars (15,4 % du total des exportations mondiales de blé)

    - États-Unis : 8,52 milliards de dollars (12,9 %)

    - Canada : 7,9 milliards de dollars (12%)

    - France : 7,4 milliards de dollars (11,2 %)

    - Russie : 6,8 milliards de dollars (10,3 %)

    - Argentine : 3,1 milliards de dollars (4,7 %)

    - Ukraine : 2,7 milliards de dollars (4 %)

L'éventualité que le projet "Trimarium" ne se concrétise pas aurait également une incidence sur la possibilité de fermer l'accès maritime à la Russie, tant au nord (mer Baltique) qu'au sud (Méditerranée, via la mer Noire). Il n'est un secret pour personne que la défense de la Crimée, d'où la prompte intervention russe en 2014 suivie du référendum sur l'annexion organisé de la péninsule, est la principale préoccupation russe, compte tenu de la présence de la flotte militaire de Moscou et de la possibilité d'atteindre la Méditerranée et les côtes d'Afrique du Nord, et en particulier la Syrie où se trouve, à Tartous, la seule base navale russe en dehors de ses frontières.

Sources :

https://www.politico.eu/article/emmanuel-macron-olaf-scho...

https://www.elpais.cr/2024/03/15/scholz-macron-y-tusk-com...

https://www.reuters.com/world/europe/scholz-macron-tusk-s...

https://simplicius76.substack.com/p/sitrep-3724-macron-ra...

https://www.themoscowtimes.com/2024/01/11/putin-says-ukra...

https://www.lemonde.fr/en/france/article/2024/03/14/macro...

https://www.repubblica.it/esteri/2024/03/04/news/mappa_me...

https://it.wikipedia.org/wiki/Convenzione_di_Montreux

https://www.worldstopexports.com/wheat-exports-country/?e...

https://comedonchisciotte.org/quando-brzezinski-ordino-al...

La Russie veut des éclaircissements: qui étaient les commanditaires de l'attaque terroriste?

timthumb.jpg

La Russie veut des éclaircissements: qui étaient les commanditaires de l'attaque terroriste?

Source: https://zuerst.de/2024/03/27/russland-will-klarheit-wer-waren-die-hintermaenner-des-terroranschlags/

Moscou. Plusieurs jours après l'attaque terroriste dévastatrice à Moscou, les dirigeants russes ne sont toujours pas convaincus que la milice terroriste islamiste radicale "Etat islamique" (EI) en soit responsable. Les Etats-Unis ont fait cette déclaration deux heures après l'annonce de l'attentat.

Le porte-parole du Kremlin, M. Peskov, a déclaré lundi qu'il serait inopportun de commenter les revendications de l'EI tant que l'enquête était en cours. Dans une tribune publiée par un journal russe, la porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Maria Zakharova, s'est adressée directement aux États-Unis, qui semblent considérer les déclarations de l'EI comme crédibles. Elle accuse Washington d'agiter l'épouvantail de l'IS pour détourner l'attention de ses propres "protégés" à Kiev.

Le chef du Kremlin lui-même, Poutine, n'a en revanche plus voulu exclure la version de l'EI lundi. Il a déclaré lundi soir : "Nous savons que le crime a été commis par des islamistes radicaux dont l'idéologie est combattue par le monde islamique lui-même depuis des siècles". Il faut maintenant déterminer qui a ordonné l'attaque de la salle de concert près de Moscou, a-t-il ajouté. "Nous savons maintenant quelles mains ont commis ce crime contre la Russie et son peuple, nous voulons maintenant savoir qui en est le commanditaire", a déclaré Poutine. Enfin, les auteurs de l'attentat auraient tenté de s'enfuir vers l'Ukraine après l'attaque. La question se pose de savoir pourquoi il en est ainsi et qui les attendait là-bas. "Cette atrocité n'est peut-être qu'un maillon de toute une série de tentatives de la part de ceux qui sont en guerre contre notre pays depuis 2014 à cause des actions du régime néonazi de Kiev", a poursuivi M. Poutine.

1292329-le-bataclan-a-ete-une-cible-des-attentats-du-13-novembre-2015.jpg

Samedi, Poutine avait également fait indirectement le lien avec l'Ukraine. Il n'a en revanche pas évoqué publiquement l'EI, bien que la milice terroriste, qui s'est notamment rendue tristement célèbre par son attaque terroriste dévastatrice contre le théâtre parisien du "Bataclan" en novembre 2015, ait rapidement revendiqué l'acte et ait entre-temps également publié des séquences vidéo qui auraient été tournées lors de l'attaque. L'Ukraine, quant à elle, rejette toute implication et insinue que Poutine tente de détourner l'attention de ses propres échecs.

En réponse aux accusations selon lesquelles les services spéciaux russes auraient échoué, le porte-parole du Kremlin, M. Peskov, a déclaré lundi : "Malheureusement, notre monde montre qu'aucune ville ni aucun pays n'est totalement immunisé contre la menace du terrorisme". Les services spéciaux travaillent sans relâche pour défendre la Russie, mais "la lutte contre le terrorisme est un processus continu qui nécessite une vaste coopération internationale. Mais vous pouvez voir qu'à l'heure actuelle, dans cette phase de confrontation extrêmement aiguë, cette coopération n'est en aucune façon pleinement mise en œuvre". (rk)

Demandez ici un exemplaire de lecture gratuit du magazine d'information allemand ZUERST ! ou abonnez-vous ici dès aujourd'hui à la voix des intérêts allemands !

Suivez également ZUERST ! sur Telegram : https://t.me/s/deutschesnachrichtenmagazin

20:45 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, russie, moscou | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

Moscou : le massacre du Crocus Mall et les ambiguïtés de l'Occident

-1corcus.jpg

Moscou : le massacre du Crocus Mall et les ambiguïtés de l'Occident

L'attentat contre Poutine. Pour une fois, certains des assaillants ont été arrêtés. Les trop nombreuses ambiguïtés américaines dans la "lutte contre le terrorisme".

Source: https://www.piccolenote.it/mondo/mosca-la-strage-al-crocus

Alors que le bilan de l'attentat contre l'hôtel de ville de Crocus à Moscou s'alourdit et que l'on attend l'intervention de Poutine, quelques réflexions. Le massacre aurait dû être perpétré avant les élections présidentielles, comme le prévoyait la note de l'ambassade américaine à Moscou qui, le 7 mars, annonçait un attentat à Moscou "dans les prochaines 48 heures".

Quelque chose a mal tourné, probablement une intensification des contrôles, et la cellule terroriste s'est endormie en attendant un moment plus propice. Et hier, elle a frappé.

Il est honteux (ou peut-être pas, puisqu'il s'agit d'une dynamique habituelle ces deux dernières années) que les autorités ukrainiennes aient d'abord accusé Moscou d'être à l'origine de l'incident. La raison ? Une excuse pour intensifier les opérations de guerre en Ukraine.

Crocus : l'attaque contre Poutine

En rapportant les accusations de Kiev contre Moscou, Strana - peu après l'attaque et avant la prétendue revendication d'Isis - a commenté : "La principale question est : Poutine avait-il réellement l'intention d'annoncer une mobilisation et une éventuelle escalade, un "ultimatum nucléaire" à l'Ukraine ou à l'Occident, etc.".

"Si c'est le cas, il pourrait utiliser l'attaque terroriste pour justifier une telle action. Mais il n'y a aucune preuve que le Kremlin ait réellement planifié cela".

"Il n'y a eu que des rumeurs sur la mobilisation, qui n'ont pas encore été confirmées. De plus, même si le Kremlin veut la mener à bien, il y a des limites : les personnes mobilisées doivent être armées, entraînées, etc. Ce n'est pas un processus rapide".

Et si le Kremlin ne prévoyait pas de mesures radicales en vue d'une guerre en Ukraine, mais entendait poursuivre sa stratégie des "mille petites coupures", alors l'attaque terroriste contre Crocus sera à son désavantage, et non à son avantage".

"Si Poutine ne réagit pas très durement à l'attaque terroriste, des questions se poseront en Russie sur son leadership. S'il est contraint de réagir par des mesures non planifiées, ce sera mauvais pour lui. La stratégie échouera.

"Il y a cependant une autre option : la version officielle de l'implication de l'Ukraine sera rejetée. Et les islamistes seront tenus pour responsables de l'attaque terroriste".

beschuldigter-einer-der.jpg

La capture des assaillants

En fait, la version d'une attaque menée par Moscou n'aurait convaincu personne, car après les élections présidentielles, Poutine est plus fort que jamais et n'a aucun intérêt à affaiblir sa position par un massacre dans son pays. D'où la piste islamiste, revendiquée par un message sur Telegram et immédiatement créditée par les États-Unis.

Ria novosti nous apprend que certains des assaillants "ont été capturés près de la frontière avec l'Ukraine, a rapporté le comité d'enquête". Et certains d'entre eux, ou tous (on ne le sait pas encore), ont été capturés vivants. Ce qui est inhabituel pour les attaquants d'Isis, qui ne s'enfuient pas et s'immolent généralement eux-mêmes.

Dans la note d'hier, consacrée aux opérations ukrainiennes en Russie et publiée peu après 15 heures, nous écrivions que les attaques ukrainiennes par infiltration en territoire russe, après une première flambée, "se sont essoufflées pour reprendre avant les élections russes, dans le but d'attiser les craintes qu'elles ne se répercutent dans les urnes (bizarre, mais c'est une méthodologie propre au terrorisme)".

Nous n'accusons pas les Ukrainiens, nous n'avons pas d'éléments et nous pensons que, seuls, ils auraient difficilement pu mener des actions similaires. Nous ne faisons qu'assembler des éléments.

Les trop nombreuses ambiguïtés américaines dans la lutte contre le terrorisme

Concrètement, nous ne pouvons que réitérer ce que nous avons écrit dans tant d'autres notes par le passé, à savoir que l'ambiguïté avec laquelle les États-Unis ont abordé la lutte contre la terreur ne contribue pas à éliminer ce fléau.

En fait, Isis a combattu un antagoniste existentiel des États-Unis, l'Iran. En janvier 2020, le New York Times a noté la jubilation avec laquelle Isis avait accueilli la nouvelle de l'assassinat par Washington du général Qassem Soleimani, car le chef des gardiens de la révolution était leur pire ennemi et le plus efficace.

Le mouvement à l'origine d'Isis, al Qaeda (dont al Baghdadi s'est séparé pour fonder la nouvelle Agence de la Terreur) a en effet été utilisé comme armée de terre dans l'intervention de l'OTAN contre Kadhafi (National Interest).

Dans la guerre du Yémen, l'Associated Press a dénoncé les relations indues entre l'alliance anti-Houti, coordonnée par les Etats-Unis, et Al-Qaïda. Enfin, et nous pourrions continuer ainsi, en Syrie, Isis et Al-Qaïda ont mené leur guerre contre Assad en convergence parallèle avec les opérations militaires de changement de régime alimentées par l'Occident.

À tel point que l'actuel conseiller américain à la sécurité nationale, Jake Sullivan, qui a effectué il y a deux jours une visite surprise à Kiev, a écrit dans un câble à Hillary Clinton, alors sa patronne au poste de secrétaire d'État : "AQ est de notre côté en Syrie", où AQ est al-Qaïda (l'un des nombreux câbles rendus publics par Assange, qui croupit en prison pour cela).

1 ZjQSwbG_dO1kOtmjM5uITg.jpg

main-qimg-d86eea48f83cd903fc07d31b1cfb7263-lq.jpg

Toutes ces ambiguïtés, répétons-le, ne contribuent pas à la lutte contre la terreur globale, qui a frappé hier Moscou et s'apprête peut-être à frapper l'Europe. Elles ne contribuent pas non plus à détendre les relations entre les grandes puissances.

Nous attendons l'intervention de Poutine, qui doit rassurer la nation et annoncer une réponse dont nous ne verrons probablement que la partie émergée de l'iceberg. A moins qu'il n'annonce une accélération sur le front ukrainien, cause d'instabilité permanente. Nous verrons bien.

Les bombardements et l'opération Rafah

Enfin, un clin d'œil. L'attentat a eu lieu le jour même où la motion américaine a été votée à l'ONU sur Gaza (en accord avec Israël, comme l'a noté Trita Parsi dans Responsible Statecraft).

Une résolution qui avait déjà échoué avant même d'être soumise au vote et qui n'a servi qu'à faire porter à la Chine et à la Russie, qui y ont opposé leur veto, la responsabilité de l'échec à freiner Israël et à étouffer les protestations au sein des États-Unis contre l'administration Biden pour son alignement sur Tel-Aviv.

Bref, un écran de fumée pour éviter l'inévitable retour de bâton de la campagne israélienne imminente contre la redoute de Rafah. Si l'attaque d'hier est suivie d'autres, comme c'est possible, ou si la guerre en Ukraine s'intensifie, le massacre de Gaza disparaîtra de l'horizon médiatique. Il ne contribue en rien à enrayer l'horreur naissante dans la bande de Gaza.

20:36 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : moscou, russie, crocus mall, actualité | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

Les racines occultes du bolchevisme

7236beacf8c4d4e37dc7e705ac5c1ad3.jpg

Les racines occultes du bolchevisme

par Joakim Andersen

Source: https://motpol.nu/oskorei/2024/03/10/bolsjevismens-ockulta-rotter/

La plupart des gens auront entendu parler de diverses interprétations des "racines occultes du nazisme", de l'imaginatif Spear of Destiny de Trevor Ravenscroft au plus académique Occult Roots of Nazism de Nicholas Goodrick-Clarke. La fascination de la culture populaire pour le sujet suggère également que l'inconscient collectif aime associer les nazis, les Allemands et les SS à l'occultisme et à la magie. Nous n'avons ni l'espace ni la capacité de développer ici dans quelle mesure cela est lié à de multiples niveaux de projection, à une incapacité à expliquer rationnellement certains phénomènes historiques, à des stéréotypes inversés d'Allemands magiques, ou à d'autres facteurs. Néanmoins, le sujet est à la fois intéressant et fructueux, non seulement les racines occultes du national-socialisme méritent d'être explorées plus avant, même si elles sont souvent réservées à des traditions politiques et idéologiques marginales ou diabolisées. Les racines occultes bien réelles du libéralisme dans diverses sociétés secrètes, par exemple, sont un domaine où l'on est vite catalogué comme conspirationniste si l'on s'y intéresse.

RO80202756.jpg

Une tradition politique souvent considérée comme rationnelle, à la limite de l'absence d'émotions, est le bolchevisme, souvent associé par les siens à un socialisme scientifique plutôt qu'utopique. En même temps, on sait relativement peu de choses en Occident sur les racines du bolchevisme, à l'exception peut-être des théories de quelques Allemands à barbe vénérable. Comme pour le national-socialisme et le libéralisme, ces racines sont multiples, et les racines occultes ne sont pas les seules ni même les plus fortes, mais le bolchevisme a également un certain nombre de racines occultes intéressantes. Ces racines sont examinées en détail par Stephen E. Flowers dans The Occult Roots of Bolshevism, sous-titré From Cosmist Philosophy to Magical Marxism. Flowers est une connaissance précieuse ; en tant que runologue, magicien des runes et païen, il devrait déjà être connu des lecteurs les plus dévoués de notre site Motpol. C'est un auteur prolifique ; son point de vue et ses connaissances le rendent particulièrement apte à écrire sur le sujet des racines occultes. Flowers note d'emblée que son objectif est de fournir un compte rendu factuel du sujet, ce qui en fait une bonne lecture pour les communistes également.

51HQlgWkw6L._AC_UF1000,1000_QL80_.jpg

Le bolchevisme russe avait trois racines principales: outre le marxisme, il y avait le nativisme russe et le cosmisme russe. En ce qui concerne le nativisme, les bolcheviks ont joué pendant un certain temps avec l'idée d'utiliser le folklore slave, le rodnovery, à leurs fins. Flowers décrit brièvement un certain nombre d'éléments occultes chez Marx, notamment sa "sympathie pour le diable" dans sa jeunesse, l'influence de l'hermétisme à travers Hegel et l'élément du "matérialisme mystique". Ce dernier est aujourd'hui tellement normalisé qu'il nous échappe facilement, mais l'idée que l'histoire est guidée par des forces matérielles cachées/occultes dans une certaine direction est, à bien des égards, une innovation à la fois radicale et mystique. En tentant d'identifier le cœur de la "magie rouge", Flowers note qu'elle peut être résumée par les mots "Pouvoir- Temps - Pouvoir+". Le groupe qui manque initialement de pouvoir, comme le prolétariat, gagne du pouvoir avec le temps. Il s'agit d'une "incantation sorcière" plutôt que d'une prophétie. Elle dissimule également les dirigeants et les magiciens des mots qui dirigent le processus et en tirent profit.

ca3a3716dd8fa83e80ffb09802ea5244.jpg

Relativement peu connu en Occident, mais tout aussi influent sur le bolchevisme que les ariosophes sur le national-socialisme, est le cosmisme. Il s'agit d'une tradition d'idées décentralisée dans laquelle Nikolaï Fedorov, entre autres, a joué un rôle important. Le cosmisme a pris forme à peu près en même temps que le marxisme. Il était futuriste et visait une "évolution active", identifiant la mortalité humaine comme la racine de la plupart des maux du monde. La mission commune de l'humanité est donc de combattre et de vaincre la mort, par la médecine, la recherche, le contrôle de la nature et la colonisation d'autres planètes. Les cosmistes s'intéressaient à tout, du clonage aux transfusions sanguines en passant par les voyages dans l'espace, la biosphère et la noosphère. Une grande partie de ces éléments semble être pertinente même à notre époque : la noosphère rappelle l'internet et l'IA ; la recherche visant à arrêter le vieillissement est également une forme de cosmisme. En même temps, il était parfaitement possible d'être à la fois cosmiste et orthodoxe ; Fedorov a rompu avec son ami Tolstoï, par exemple, lorsque ce dernier a critiqué l'État et l'Église. Mais l'influence du cosmisme anthropocentrique et cosmocentrique sur le bolchevisme a été significative.

26f252070689066de43ed1510bc4ebf8.jpg

Flowers décrit également l'"âge d'argent" russe, vers 1890-1914, lorsque les décadents et les symbolistes occupaient une place prépondérante dans l'avant-garde artistique et culturelle. Parmi eux figurent des magiciens noirs et des bolcheviks comme Brioussov, des musiciens influencés par la théosophie comme Scriabine, des mystiques comme Soloviev et des artistes comme le couple Roehrich, ainsi que le bolchevik et éminent spécialiste des fusées Tsiolkovski, qui était clairement influencé par le cosmisme. De nombreux bolcheviks évoluaient dans ou autour de ces cercles. Pendant son exil en Suisse, Lénine fait la connaissance d'ésotéristes, dont l'ariosophe Lanz von Liebenfels, et cultive un personnage qui lui vaut d'être qualifié d'Antéchrist par ses amis et ses ennemis.

698570d274a608bfba8a7cb8cfdf39b5.jpg

Son secrétaire, Bonch-Bruevich, ne s'intéressait pas seulement aux sectes religieuses russes persécutées, mais croyait aussi qu'elles avaient un potentiel révolutionnaire, interviewant Raspoutine et vivant pendant un certain temps avec les Doukhobors. Alexandre Bogdanov, qui fut un temps le rival de Lénine à la tête des bolcheviks, a contribué à développer Proletkult, un projet visant à créer une nouvelle culture prolétarienne. Le projet est influencé par le cosmisme ; Bogdanov écrit également des ouvrages de science-fiction, comme L'Étoile rouge en 1908. Son beau-frère, Lunacharsky, est à la fois franc-maçon et marxiste ; son domaine d'intérêt est la "construction de dieux". L'athéisme ne suffit pas, une société socialiste a besoin d'un dieu socialiste, de rites et de prières socialistes. Fait intéressant, et suspect aux yeux des bolcheviks plus orthodoxes, il identifiait les éléments religieux ou mystiques de Marx comme l'inévitabilité de la révolution. Toutefois, il n'a pas tourné ces idées contre le marxisme, mais les a utilisées dans le projet de construction d'une nouvelle "religion". Flowers montre comment cette approche a influencé la politique soviétique à plusieurs reprises.

1274043.jpg

L'ancien bolchevik Gleb Boky (photo) est également intéressant dans ce contexte. Il était à la fois un tchékiste brutal, peut-être l'architecte du système du goulag, et s'intéressait à la recherche parapsychologique. Il a notamment participé à des expériences sur les techniques bouddhistes dans les laboratoires secrets du NKVD et a planifié un voyage en Asie centrale pour trouver Shambala. La tentative de Boky de combiner le tantrisme du Kalachakra et le marxisme-léninisme a pris fin brutalement en 1937 lorsque Staline l'a fait fusiller. Dans ce contexte, Staline n'est pas totalement atypique. Il critiquait le cosmisme, mais il était superstitieux, avait une sorcière personnelle et avait probablement connu Gurdjieff dans sa jeunesse. Flowers souligne également son obsession pour le langage et les mots, une sorte de magie des mots.

Les sections consacrées à l'Union soviétique post-stalinienne et à la Russie post-soviétique sont courtes mais concises. La renaissance rapide de la foi orthodoxe, de la rodnovery et du cosmisme s'explique en partie par le fait que de nombreux membres du parti y étaient également attachés à l'époque soviétique. Nous apprenons que Poutine a inscrit plusieurs cosmistes sur les listes de lecture des gouverneurs locaux, ainsi qu'une brève présentation d'Alexandre Douguine. Même Askr Svarte, connu des amis d'Arktos, fait une brève apparition.

4be5e2aed3a5911363d5078e9cac1a89.jpg

Dans l'ensemble, il s'agit d'une étude passionnante et précieuse du bolchevisme, dans laquelle Flowers parvient à "décoder son "ADN" culturel et idéologique profondément ancré". Cette étude est d'autant plus pertinente que la "magie rouge" développée par les bolcheviks par le biais du symbolisme, de la magie des mots et de la formule "Pouvoir- Temps - Pouvoir+" imprègne aujourd'hui des pans entiers de l'Occident. Flowers écrit que "les modes opératoires utilisés par les bolcheviks se sont infiltrés dans tous les aspects de la culture", d'abord parce que le NSDAP a copié en partie les méthodes du mouvement auquel il constituait à bien des égards une contre-réaction. Aujourd'hui, cependant, la vision du monde et les méthodes sont devenues normalisées dans la plupart des institutions occidentales, bien que Flowers note que "Power- Time - Power+" et la magie rouge sont désormais appliquées aux minorités ethniques, religieuses et sexuelles plutôt qu'à la classe ouvrière. Le seul inconvénient de ce livre est qu'il est court (128 pages). Des sujets fascinants, tels que les tendances contemporaines au "marxisme magique", ne peuvent donc être que résumés ou même évoqués. Toutefois, les informations qu'il contient, ainsi que l'analyse et la perspective de Flowers, en font un ouvrage qui vaut la peine d'être lu.

20:21 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : histoire, union soviétique, cosmisme, bolchevisme | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

mardi, 26 mars 2024

Attaque terroriste à Moscou

f4834f5ff554447ca427b926b116eff7.jpg

Attaque terroriste à Moscou

Markku Siira

Source: https://markkusiira.com/2024/03/25/moskovan-terrori-isku/

À Krasnogorsk, à l'extérieur du périphérique de Moscou, le plus grand centre d'exposition et de spectacle de Russie, Crocus City Hall, est entré dans les livres d'histoire vendredi dernier en tant que scène d'un attentat terroriste sanglant.

Le golem créé par le Mossad, la CIA et le MI6, soit la branche Isis-K de l'organisation terroriste islamiste, a revendiqué l'attentat, bien qu'il ne s'agisse pas cette fois d'un attentat-suicide classique. Cette explication n'a pas été retenue en Russie: le doigt accusateur de Poutine est plutôt pointé en direction de l'Ukraine.

L'architecte du conflit ukrainien, la vice-secrétaire d'État américaine Victoria Nuland, avait déjà promis à Poutine des "surprises désagréables" au début de l'année. Il n'est donc pas exclu que les services de renseignement militaire ukrainiens dirigés par Kyrylo Boudanov aient pu mettre en œuvre le plan "kaganiste" avec l'appui de mercenaires tadjiks.

Nuland et ses associés sont-ils allés trop loin, puisqu'elle a brusquement quitté son poste après sa visite à Kiev ? Le 7 mars, l'ambassade des États-Unis a conseillé à ses ressortissants d'éviter les événements publics en Russie. Le même jour, l'un des auteurs de l'attentat terroriste s'est également rendu à l'hôtel de ville de Crocus pour procéder à un état des lieux.

L'attaque terroriste à Moscou ne facilite certainement pas l'objectif de l'Occident de laisser l'Ukraine comme tête de pont anti-russe au bénéfice de l'Occident après l'opération militaire. Au contraire, il est possible que l'emprise de la Russie ne fasse que se resserrer et que le conflit connaisse une conclusion brutale.

La Grande-Bretagne a déjà mis en garde Poutine contre une escalade de la guerre en Ukraine en invoquant l'attaque terroriste. Pourquoi le président, qui a renouvelé son mandat, aurait-il besoin d'invoquer quoi que ce soit alors qu'une opération militaire qui dure depuis plus de deux ans est de toute façon en cours ? L'Ukraine a également mené des attaques contre la ville de Sébastopol en Crimée.

Après l'explosion des gazoducs Nord Stream, une tentative absurde a été faite pour faire de la Russie un suspect dans le sabotage de ses propres gazoducs. L'Occident affirme désormais que l'attentat terroriste de vendredi était une opération "faux drapeau" ("false flag") organisée par Poutine lui-même.

Comme dans le cas de Nord Stream, l'Occident finira-t-il par imputer la tuerie de Moscou aux radicaux ukrainiens ? Cela priverait Zelensky de toute sympathie, et le public occidental en a déjà assez de ce spectacle.

Officiellement, les États-Unis affirment avoir reçu des renseignements concernant précisément l'attentat islamiste anti-russe. Bien entendu, Washington n'assume pas la responsabilité de l'acte terroriste et n'a pas l'intention de poursuivre Nuland, de sorte que les djihadistes de l'Isis-K (des extrémistes utiles dans la guerre hybride de l'Occident) continueront probablement à être à l'ordre du jour.

Peut-être d'autres attentats seront-ils perpétrés ailleurs pour brouiller davantage les pistes ? Récemment, les autorités allemandes ont arrêté deux djihadistes afghans soupçonnés de préparer une attaque terroriste contre le parlement suédois. La menace terroriste fait l'affaire des pouvoirs en place dans les différents pays, car elle leur permet de durcir leurs politiques.

Alexandre Douguine: Moscou en première ligne !

ffd707903a1c933512fb80ae6b5de50d.jpg

Moscou en première ligne !

Alexandre Douguine

Source: https://www.geopolitika.ru/article/moskva-prifrontovaya

Moscou est désormais, elle aussi, une ville de front, tout comme Donetsk, Sébastopol et Belgorod. Un pays en guerre ne peut pas avoir de villes pacifiques. Il vaut mieux s'en rendre compte maintenant et profondément. Et bien sûr, des mesures spéciales de comportement, des règles spéciales doivent être introduites dans un pays en guerre.

Le territoire du front intérieur n'est pas le territoire de la paix. C'est là que se forge la victoire. Les victimes du centre Crocus sont tombées sur le champ de bataille. Car la Russie d'aujourd'hui est un champ de bataille.

L'Ukraine est aussi la Russie, c'est la même Russie, en continuité territoriale, de Lvov à Vladivostok, et elle est en guerre.

La conscience publique doit devenir la conscience d'une nation en guerre. Et quiconque s'en écarte doit être considéré comme une anomalie.

Il doit y avoir un nouveau code de conduite. Les citoyens d'une nation en guerre peuvent ne pas revenir lorsqu'ils quittent leur pays. Tout le monde doit s'y préparer. Après tout, sur la ligne de front, à Donetsk et à Belgorod, c'est exactement le cas. L'UE est susceptible de fournir des missiles à longue portée au régime de Kiev, qui a perdu la guerre et qui, à nos yeux, perdra définitivement sa légitimité dans moins de deux mois. Nous le reconnaîtrons enfin comme une entité terroriste criminelle, et non comme un pays. Et ce régime ouvertement terroriste, lorsqu'il tombera, est également susceptible de frapper aussi loin qu'il le peut.  Il est difficile de spéculer sur ce qu'il fera d'autre - il vaut mieux ne rien supposer. Il ne s'agit pas d'un motif de panique, mais d'un appel à la responsabilité.

Nous sommes en train de devenir un véritable peuple, nous commençons à nous rendre compte que nous sommes un peuple.

Et ce peuple vient d'acquérir une douleur commune. Un sang commun - le sang donné par d'immenses files de Moscovites indifférents aux victimes du monstrueux attentat terroriste. Une douleur commune. Les gens ont un tarif commun lorsque des personnes emmènent gratuitement les victimes de l'hôtel de ville de Crocus à l'hôpital ou à leur domicile. C'est comme au front - le leur. Quel argent ! Il ne peut y avoir de capitalisme dans un pays en guerre, seulement de la solidarité. Tout ce qui est collecté pour le front, pour la Victoire, est imprégné d'âme.

Et l'État n'est plus un mécanisme, mais un organisme. L'État ressent lui aussi la douleur, prie à l'église, organise des cérémonies commémoratives, dépose des cierges. L'État devient vivant, populaire, russe. Parce que l'État est réveillé par la guerre.

Et les migrants d'aujourd'hui sont appelés à devenir une partie organique de la nation en guerre contre l'ennemi. À devenir leur propre peuple - ceux qui donnent leur sang, qui conduisent gratuitement quand c'est nécessaire, qui font la queue au bureau d'enrôlement militaire pour être les premiers à partir au front, qui tissent des filets de camouflage, qui partent en troisième équipe. S'ils font partie de la société, ils peuvent eux aussi, un jour ou l'autre, devenir la cible de l'ennemi. Sortez et ne revenez pas. L'un des garçons qui a sauvé des gens à Crocus Hall s'appelle Islam. Mais il s'agit du véritable islam, le russe. Il existe certes un autre islam.

Quand on vit en Russie, on ne peut pas ne pas être russe. Surtout quand la Russie est en guerre. La Russie est un pays pour ceux qui la considèrent comme leur mère.

Et aujourd'hui, notre mère souffre.

Massimo Scaligero: "L'homme renaît du sacré"

fdb5b7e08095126decd02a7e980f056a.jpg

Massimo Scaligero: "L'homme renaît du sacré"

par Luca Leonello Rimbotti

Source : Italicum & https://www.ariannaeditrice.it/articoli/l-uomo-rinasce-dal-sacro

En réalité, le lien entre l'archaïque et le postmoderne serait toujours possible, à condition qu'il y ait une décision politique adéquate. Selon Scaligero, l'actualité n'est que le dernier exutoire du primordial. Et nul ne peut invoquer l'incompatibilité du primordial et du futuriste.

La vertu de la pensée serait de créer l'action. La question est de savoir s'il n'est pas possible d'établir un lien entre la sphère intérieure, d'où naît la volonté, et la décision, d'où naît l'action. Habituellement, dans l'histoire, c'est dans les moments d'effondrement civil, de décadence politique et culturelle, que l'homme se tourne vers son âme, l'interrogeant sur le sens de l'existence, exigeant des réponses absolues et recherchant la possibilité d'activer des solidarités protectrices. Lorsqu'une société est triomphante, noyée dans le bien-être, les mystiques et les prophètes ne se manifestent guère. La science du quotidien, qui répond à toutes les questions, suffit. La contrefaçon de l'esprit, la superficialité, comme l'a fait le New Age dans le monde occidental, suffisent. L'esprit d'un peuple, mais aussi celui de l'individu, plane lorsque les inquiétudes sont éveillées et que les questions sont posées. La véritable antithèse créative au matérialisme séculaire est le soin de l'âme, la construction d'un esprit artistique.

Édouard_Schuré.jpg

9782755694215-625x1024.jpg

GUSTAV_MEYRINK_-_(Viena,_19_de_janeiro_de_1868_–_Stanberg,_4_de_dezembro_de_1932)_escritor_austro-húngaro.jpg

910ZM8KGIPL._AC_UF894,1000_QL80_.jpg

Les sciences de l'esprit, en ce sens, ont toujours constitué une contre-culture visant à reconstruire l'histoire comme une apparition du sacré. Surtout dans la modernité, cette convergence a souvent pris des significations de résistance caractérielle et culturelle, capable de tailler des lignes de roc sur lesquelles construire l'appareil d'une volonté antagoniste. L'Europe du vingtième siècle a connu des personnages qui, de Schuré à Guénon, de Meyrink à Steiner et au-delà, ont contribué, du côté ésotérique, pour ainsi dire, à ériger une barrière - quelle que soit la manière dont on la juge - sur laquelle certaines dérives de la modernité se sont parfois brisées, laissant non seulement des témoignages, mais des arguments, des gestes mentaux, des attitudes et des exemples qui, à chaque époque, constituent le précieux héritage de la "race indomptable".

massimo-scaligero.jpg

36710782.jpg

9781584209232.jpg

Un personnage comme Massimo Scaligero, aujourd'hui réduit à n'être plus qu'une divinité secondaire et relevant presque du sectaire, lui comme tant d'autres présents sur la dangereuse crête des "nouvelles spiritualités" rongées par le vice américain, dans ce compartiment ambigu qu'est la pensée ésotérique, nous le prenons comme exemple de ce que pourrait représenter la condition dans laquelle se trouve l'homme qui entend s'opposer à l'expansion de la Cosmopolis matérialiste. On pourrait dire qu'il s'agit d'individualités, d'individus, d'avant-gardes, mais potentiellement l'événement de la révolte intérieure investit les masses, implique toute la société chancelante. En effet, la révolution de l'esprit créateur, nécessaire à la fois pour supporter le poids de la dégradation quotidienne et pour penser à l'abattre, est le premier tour d'une roue confucéenne capable de faire bouger l'histoire et même de la renverser.

La recherche d'une vérité absolue se tourne vers l'Orient. C'est un classique de la modernité européenne. Depuis Schopenhauer, cet "ex Oriente lux" a régné pendant plus d'une saison. Et c'est précisément l'"homme de lumière", sur la piste persane de la gnose éclairante, c'est précisément cette entité transfigurée qui est le mirage qui maintient la volonté créatrice en éveil. Scaligero en a ravivé le sens à une époque de grands bouleversements, celle de l'immédiat après-guerre. C'est alors que se rejoignent la demande de salut, l'évasion du monde de l'envie, l'entrée dans une dimension d'altérité et de libération du besoin. La vertu "consolatrice" de la philosophie, appliquée à la catastrophe historique, engendre la mystique, on le sait. Et la mystique de la lumière, c'est la pensée de Scaligero.

Il s'agit d'une tentative - l'une des nombreuses, au 20ème siècle, mais l'une des rares, en Italie - d'endiguer la vague moderniste et de greffer sur le progrès matériel quelques-unes des branches les plus touffues de la tradition. Mais la pensée est-elle capable d'enrayer l'effondrement de la civilisation dans l'inculture ? Le repli sur les plis de l'esprit peut-il construire une vérité encore nouvelle ?

61Lg0I7twwL._AC_UF1000,1000_QL80_.jpg

9788827222065-us-300.jpg

Tout tourne autour du concept d'édification. La pensée puisée dans les profondeurs de la transcendance peut construire, éduquer, former. Sur ce point, la procédure de concentration intérieure quitte la phase solipsiste individuelle et devient - peut devenir - une affaire communautaire, de repousse de nouvelles techniques d'apprentissage formatif. La solitude du sage, à partir de Zarathoustra, devient le cadre de valeurs d'un peuple. Toute pensée qui creuse l'énergie en elle-même, toute religion ou religiosité, à condition d'être mise en contact avec le feu de l'action, peut devenir et devient une révolution.  Cela signifie donc que le retour aux soins de l'âme n'est pas une fuite dans l'irréalité, dans l'intimité ou dans le secret des arcanes, s'il est effectué avec la compréhension de la véritable metànoia, la soif de changement qui grandit chaque fois qu'un homme lit dans les yeux d'un de ses semblables ses propres rêves.

L'Orient repensé par Maximus Scaligerus devait être un remède pour l'Occident perturbé par la démocratie libérale et jeté à corps perdu dans les mâchoires d'un matérialisme séculaire brutal. L'obsession progressiste a besoin d'un apaisement, et c'est ce pouvoir que l'essai met en évidence dans les processus de renaissance de l'ego. Comment échapper à l'emprise du temps progressif, qui enferme les individus et les masses dans l'angoisse de l'égarement, au contact de la violence nihiliste ? Comment ne pas ressentir dans son cerveau et dans sa chair la violence du monde à notre égard ? Cette civilisation de l'anéantissement n'a qu'un seul adversaire : nous-mêmes et notre force. Scaligero s'est formé à travers Nietzsche, Stirner et Steiner : cela nous dit déjà tout. L'homme brise sa chaîne schizophrénique en brisant le sortilège progressiste qui l'a forgée. L'homme est puissance, force, lutte. Il a en lui les outils de la libération. Ici, donc, la pensée peut devenir et devient un exercice, c'est-à-dire une ascèse, d'opposition. Chacun peut boire à la fontaine qui lui plaît. Scaligero, comme beaucoup d'autres avant lui, dans le long après-guerre, a désigné l'Orient traditionnel comme un réservoir de conscience et d'édification intérieure encore suffisamment limpide, puis l'a fusionné avec des apports christiques, avec des intuitions néo-païennes, avec des foudres hermétiques. Même si cet Orient s'est entre-temps contracté davantage, du fait de la désastreuse occidentalisation planétaire, avec sa cour du profit, son règne de l'argent, son oubli du savoir, sa domination techno-scientiste, malgré l'ensemble grandiose qui massacre les héritages et s'appelle puissance mondiale, malgré cela et le recul d'époque de la pensée mythique et transcendante, tout cela ne suffit pas encore à déclarer l'inanité de la persévérance.

9781584201793-de-300.jpg

La civilisation issue de la dialectique socratique et du scientisme cartésien a été elle-même détruite et engloutie par la tempête ruineuse qu'est l'irruption mondiale du pouvoir économique sur les substrats cognitifs de l'homme et ses paramètres existentiels habituels. Face à cet assaut, l'homme conscient a besoin d'armes pour faire face. La "vitalité transcendante" et la "chaleur des instincts" étaient, selon Scaligero, des moments de cette "puissance d'amour" qui, comme une nouvelle gnose, devait enlever la lourdeur du présent. Et voici le devenir de la lumière, l'avènement d'une puissance solaire qui se concrétise dans le détachement de la ruine et dans la gymnastique/ascèse de la contemplation du symbole : quelque chose qui bouge et qui dérive, comme toute notre vie, de la "mémoire sensible", cette sorte d'atavisme communautaire inné que chaque individu peut déterrer de lui-même, comme avec une hachette [1].

Dans ces propositions, nous ne trouvons pas d'impuissance passéiste. Nous y trouvons au contraire la détermination sereine de déterrer les trésors de la conscience de soi. Le retour à la source aujourd'hui n'est pas une lubie d'intellectuel désorganisé, ni une complainte impuissante de mélancolique : celui qui voit, touche et savoure la source accomplit un miracle communautaire, il irradie autour de lui la puissance du sacré. "Une montée des temps, à contre-courant", si je ne me trompe, disait Evola. Savoir unir les choses du monde à celles de l'idée hyperboréenne déclenche la puissance de cette révolution expansive: le ciel et la terre. Se pencher sur les dangers de la transcendance, décider d'activer l'ascétisme, ce sont des voies du monde, pas des échappatoires au monde. La formation d'une espèce humaine ancienne et rénovatrice est mise en gestation, l'avènement d'un type est invoqué, auquel est réservée la tâche de détruire la société de l'usure pour donner naissance à la société de la valeur. Penser la transcendance et vivre la vie. Deux symboles en mouvement. Ce que Scaligero, à un certain moment, encore jeune, de sa maturation intellectuelle, avait aussi esquissé en termes de pouvoir politique organique, qui, historiquement, unit les sphères privées et cosmiques :

md31542434270.jpg

611ZL6mdU4L._AC_UF1000,1000_QL80_.jpg

La race qui vénère les forces du ciel conçoit un rapport symbolique entre le feu du foyer, l'atmosphère et le feu solaire, de sorte que, par la flamme, les offrandes sont brûlées et absorbées par l'éther, la grande divinité céleste ; la race qui vénère les forces terrestres communique avec ses divinités en apportant des offrandes dans les cavernes et en les plongeant dans l'abîme. Dans l'unité olympienne-terrestre, d'origine hyperboréenne, renouvelée par Rome, un motif symbolique dominant est le "feu qui réchauffe la terre", la flamme qui brûle à l'intérieur du temple de Vesta : ici se manifeste la rencontre des deux symboles et des deux spiritualités qui sont les fondements métaphysiques de l'Empire [2].

L'union du tellurique et de l'uranique est la garantie qu'il n'y a pas de dissociation entre le sacré et le profane.

S'agit-il d'une conception de l'existence trop éloignée du quotidien banal de la société de l'anarcho-libéralisme mondialiste ? En apparence seulement, et seulement pour ceux qui ont perdu toute capacité à croire en la possibilité de renverser le néant massifié.

En réalité, le lien entre archaïque et postmoderne serait toujours possible, dès lors qu'il y a une décision politique adéquate. Il n'existe rien d'inéluctable, sauf la résignation. Les cultes anciens, par exemple, pourraient encore aujourd'hui, et même demain, réapparaître comme des moments crédibles de réciprocité sociale, à nouveau viables. La tradition sacerdotale et la tradition héroïque, en ce sens, selon le langage des sciences de l'esprit, peuvent très bien coexister avec la technoscience de masse et la "mégamachine" productiviste.

9788886222167_0_424_0_75.jpg

Zenmscogos.jpg

Selon Scaligero, comme selon les grandes voies de l'Orient et de l'Occident métaphysique, l'actualité n'est que le dernier débouché du primordial. Et nul ne peut invoquer l'incompatibilité du primordial et du futuriste. L'argument nous mènerait loin, mais l'histoire a montré à maintes reprises que le primordial revit dans l'actualité, pour peu qu'il y ait une volonté - non seulement culturelle, mais précisément politique - qui l'évoque. Le monde du Logos et du Mythos se voit barrer la route si la transcendance se réfugie dans les plis de l'intimité individuelle ; il voit l'horizon s'ouvrir si, au contraire, le sacré se répand dans le monde comme obéissance à la vie. "La mémoire du Logos est le principe de la régénération de l'homme", écrit Scaligero. "Chaque fois que l'Esprit rencontre l'âme pour l'expression de la pensée, le Logos resplendit, mais imperceptiblement". Pour inverser la tendance et pour que l'ouverture à la transcendance soit perçue même au milieu du vacarme moderniste, il faut que surgisse une pensée qui unisse l'idée et l'expérience, le monde et le surmonde :

Dans les temps nouveaux, le chemin vers le don de la Vie passe par la pensée : elle seule peut réveiller la vie perdue du sentiment. Aujourd'hui, la possibilité directe de l'Esprit est la pensée. [...] Cette pensée veut se relever de sa mort, veut revenir à la vie, à la Lumière de la Vie : elle veut se relever en tant que mélodie, parce que la mélodie cosmique est la force à partir de laquelle elle se meut réellement [3].

Il ne s'agit pas de promenades gratuites dans les prairies de l'illusion ou de digression ésotérique rêveuse, mais du produit d'un effort empirique, physique, sans lequel il n'est pas possible d'attaquer le monde dans lequel nous vivons, si imposant, si monolithique, pas même du côté de l'utopie. Il s'agit en effet de donner la parole à cette race particulière d'hommes qui, dans l'histoire du monde de toutes les époques, a toujours constitué le moteur immobile du changement et de l'événement : ceux qui, par l'éducation, l'édification personnelle, la sanctification providentielle ou autre, gardent toujours en eux, à chaque moment, même le plus désespéré en apparence, le "courage de l'impossible" [4].

Notes:

[1] Cf. Scaligero, L'immaginazione creatrice [1964], introd. par Pio Filippani Ronconi, F.lli Melita Editori, Rome 1989, p. 27, où, se référant à la substance de lumière de l'être éthérique, Scaligero affirme que dans l'homme sont produites des images qui "se traduisent en lui immédiatement en sensations et en pensées conformes à la mémoire sensible : qui est la mémoire de la race et du sang".

[2] Scaligero, La razza di Roma, éd. Mantero, Tivoli 1938, p. 49.

[3] Scaligero, Isis-Sophia, la dea ignota, Edizioni Mediterranee, Rome 1980, pp. 62-63.

[4] Cf. Aa. Vv, Massimo Scaligero, Il coraggio dell'impossibile, Tilopa, Teramo 1982.

Les filles de plus en plus à gauche et de plus en plus éloignées des garçons

OIG4-2-3.jpeg

Les filles de plus en plus à gauche et de plus en plus éloignées des garçons

Augusto Grandi

Sources: https://electomagazine.it/ragazze-sempre-piu-a-sinistra-e-sempre-piu-lontane-dai-ragazzi/

Hommes conservateurs et femmes progressistes. Les recherches toujours en cours sur le comportement des nouvelles générations montrent une différence de plus en plus marquée entre les positions politiques des deux sexes canoniques (les choix idéologiques des minorités lgbtqia++ n'apparaissent pas dans les statistiques). Et ce, non seulement aux États-Unis, mais aussi en Europe, en Asie et en Afrique du Nord. Avec des différences allant jusqu'à 30 points de pourcentage. Par ailleurs, l'augmentation de l'écart entre les sexes coïncide également avec la baisse du taux de natalité.

Post hoc et non pas propter hoc. Mais en réalité, le lien semble exister. En effet, les mondes masculin et féminin semblent se rencontrer de moins en moins et de plus en plus tard. Et pas seulement pour des raisons d'alignement politique. Et en se rencontrant de moins en moins, il devient plus difficile de se comprendre, de s'aimer, de créer les conditions d'une vie commune, peut-être avec des enfants.

Selon le New York Times, "la génération Z est à bien des égards le produit des tendances parentales de la génération X, qui a remplacé l'extraordinaire liberté de notre éducation d'antant par une enfance mise en scène qui inhibe le jeu libre, décourage la résolution autonome des conflits et canalise une grande partie de l'enfance dans une série d'activités micro-gérées qui aident à constituer des dossiers de candidature brillants pour l'université, mais privent les enfants d'une grande partie de la joie spontanée et de la convivialité de la jeunesse".

Pour banaliser, on pourrait dire que l'obsession des parents occupés à organiser chaque moment libre de leurs enfants, transportés de l'école au cours de danse ou à l'entraînement de volley-ball, sans interruption, a conduit à la fin de toute possibilité de rencontre et de confrontation. Paradoxalement, les rencontres étaient plus faciles lorsque les classes étaient divisées entre garçons et filles. Sans parler, bien sûr, de l'âge d'or des "immenses entreprises" dont parle la chanson Les années 883.

R-4043249-1353343007-7386.jpg

Aujourd'hui, c'est la liberté qui a disparu, remplacée par des activités trépidantes et ghettoïsantes. On n'a plus le temps de sortir avec les copains et les copines, de chanter ensemble, de passer la nuit à discuter de tout et de rien, de se disputer et de se réconcilier, mais seulement d'échanger quatre mots pressés avec ses coéquipiers dans les vestiaires.

sub-buzz-2994-1649885956-10.jpg

En l'absence de confrontation, il est inévitable que les deux mondes s'éloignent l'un de l'autre. Mais les institutions peuvent dormir sur leurs deux oreilles. Il manque le ciment, la soudure d'une contestation générationnelle. D'autre part, même la grande illusion de 77, des Indiens métropolitains, de la révolte alternative à celle des BR (= Brigades rouges) ou des Potop, s'est éteinte à Bologne quand les collectifs féministes, au lieu de se consacrer à la conquête de la ville, ont cru bon de se consacrer au procès contre les mâles gauchistes qui ne savaient pas faire l'amour de manière satisfaisante. Car, de toute évidence, la révolution la plus importante était celle qui se déroulait entre les draps.

17:33 Publié dans Actualité, Sociologie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : sociologie | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

dimanche, 24 mars 2024

L'arrogance nous conduit à l'abîme

temmmhumarrbnail.png

L'arrogance nous conduit à l'abîme

par Claudio Risé

Source : Claudio Risé & https://www.ariannaeditrice.it/articoli/l-arroganza-ci-porta-verso-l-abisso

Rares sont les personnes qui, qui ont vécu la Seconde Guerre mondiale et qui en gardant un certain souvenir, acceptent d'en risquer une autre. Aussi résilientes soient-elles, elles sont bien sûr minoritaires: en Italie, le fameux "trop de grands-parents par enfant" a été comptabilisé dans les statistiques il y a quelques années. Les politiciens ne s'en préoccupent donc pas du tout, et leur désaccord ne semble pas être un problème pour le pouvoir.

Leur expérience face aux proclamations courageuses du "armez-vous et partez" peut toutefois présenter un certain intérêt, notamment parce qu'ils ont vu et vécu la guerre mondiale, même s'ils étaient enfants. L'impression qui domine toutes les autres est celle de l'incrédulité: comment est-il possible aujourd'hui, avec l'arme atomique sur le terrain (fabriquée précisément pour écarter les grands conflits, comme en témoigne Raymond Aron dans son ouvrage sur la guerre), de songer à risquer une nouvelle guerre mondiale ? Pour les très vieux, franchement, c'est ce qui compte.

L'éventualité proche d'une guerre mondiale atomique est une perspective tellement folle et impie (elle détruit la création) qu'il devient totalement indifférent de savoir qui a tort ou raison. Une guerre atomique mondiale est un acte de destruction totale, et ceux qui la provoquent sont un danger pour l'humanité. Chacun des belligérants, dans quelque situation que ce soit, est coupable car il est plus ou moins dominé par la fascination mortifère de la guerre ; tandis que la paix, quelle qu'elle soit, est l'aspiration de sociétés encore relativement saines, comme en témoigne le fait qu'elles préfèrent la vie en paix à la guerre et à la mort.

Ce conflit présente donc des caractéristiques précises qui surprennent, non seulement parce que nous en sommes là mais que nous avons pris cette direction. Aujourd'hui, l'Europe et les États-Unis parlent à nouveau ouvertement de campagnes militaires contre la Russie, alors que les deux siècles précédents ont déjà vu deux campagnes militaires européennes colossales pour la conquérir, qui se sont soldées par des milliers de morts et des défaites sanglantes. Il est compréhensible que Poutine, qui est peut-être un criminel mais pas un imbécile, conseille ironiquement aux envahisseurs potentiels de se familiariser avec le déroulement de ces deux guerres, qui n'ont pas été menées par des novices: la première par nul autre que Napoléon Bonaparte, qui dirigeait personnellement l'armée, et la seconde par Adolf Hitler, qui est resté à l'arrière de l'armée allemande, mais ne s'en est pas mieux sorti.

51wLOggejBL._AC_UF1000,1000_QL80_.jpg

Le fait est que les dirigeants/guerriers sont presque toujours malades de protagonisme et  souffrent de fantasmes mortels d'omnipotence. Ils "négligent les leçons du passé", comme le souligne Peter Burke, l'un des historiens européens les plus réputés, dans son récent ouvrage Ignorance. A Global History. Il existe certaines constantes objectives qui ont rendu la Russie imprenable et que seuls des fous ont tenté de conquérir. "L'une d'entre elles, explique Burke, est l'immensité du pays dans lequel les envahisseurs se sont retrouvés, puis se sont dispersés comme s'ils avaient été aspirés. Après tout, von Clausewitz l'avait déjà dit: un pays de cette taille ne pouvait être conquis. La deuxième constante est météorologique: le "général Hiver", comme l'appellent les Russes, chasse régulièrement les envahisseurs, et il arrive sans regarder personne en face, parce qu'il ne dépend d'aucun ministère; ses armes sont différentes.

Il ne s'agit cependant pas d'une ignorance "pure", note Burke: Napoléon et Hitler savaient très bien que l'hiver russe est froid et rude. Le problème est autre : "L'incapacité à mettre la connaissance au service de la décision" a un autre nom : "l'arrogance". Elle concerne tous ceux qui osent encore parler de la guerre et la présenter comme une nécessité et non comme un acte de folie douloureuse. La même arrogance étonnante avec laquelle le "doux" Premier ministre ukrainien Zelenski se permet de présenter à son homologue italien des listes d'Italiens, soupçonnés d'être des amis de la Russie. La guerre naît du côté de l'arrogance (certes déjà bien éloignée de toute démocratie véritable), elle est l'enfant de la maladie.

Qui devient perversion. Typiquement humaine : "même les animaux féroces" ne s'attaquent pas entre eux au sein d'une même espèce, observait en 1500 Érasme de Rotterdam, l'un des fondateurs de la pensée européenne, dans son ouvrage: la complainte de la paix. L'arrogance belliqueuse du pouvoir humain est pire que l'animal féroce. C'est ainsi que les guerres éclatent et que le monde peut finir.

19:54 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : claudio risé, psychologie, bellicisme, actualité | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

Gastronomiquement correct. McDonald's et la mondialisation à table

8190da154e36bf0b5084fc7a9b4be6d1.jpg

Gastronomiquement correct. McDonald's et la mondialisation à table

Diego Fusaro

Source: https://posmodernia.com/gastronomicamente-correcto-mcdonalds-y-la-mundializacion-a-la-mesa/

L'identité gastronomique se déclare au pluriel car il y a de nombreuses traditions à table et chacune d'entre elles existe dans un nexus constant de mélange et d'hybridation avec les autres. Chaque identité existe, en soi, comme le résultat jamais définitif d'un processus par lequel elle s'entrelace ou - pour rester dans le domaine des métaphores culinaires - se mélange avec les autres.

Il est vrai que dans le passé, si l'on s'aventure dans l'"archéologie du goût", cette riche pluralité culturelle liée aux traditions alimentaires a eu tendance, dans certains cas, à dégénérer en des formes de nationalisme culinaire, en vertu desquelles chaque peuple se considérait comme détenteur d'une sorte de primauté oeno-gastronomique. À cet égard, certains ont inventé la catégorie de "gastro-nationalisme", bien qu'en réalité, même si la cuisine est fondamentale pour tracer les frontières politiques et culturelles des identités nationales, les traditions culinaires n'ont jamais existé à l'origine sous une forme nationale, étant plutôt des héritages régionaux, comme l'a montré Mintz. Quoi qu'il en soit, les politiques gastro-nationales se sont également manifestées en raison de la tendance des États à utiliser la reconnaissance de leur propre patrimoine alimentaire comme un instrument de leur propre politique, de leur propre reconnaissance sur la scène internationale et dans la sphère de ce qui est généralement défini comme la "gastro-diplomatie", faisant ainsi allusion à la pratique qui tire parti de la nature relationnelle de la nourriture et cherche à consolider et à renforcer les liens au niveau politique.

ee5ea0f18762c97b8ff59a84d5eee183.jpg

9e2bf27d7ee0d3d38126773e1cf2a4f9.jpg

Dans l'apothéose d'une sorte de "boria delle nazioni", comme aurait pu l'appeler la Scienza nuova de Giambattista Vico, les Anglais se croyaient supérieurs grâce à leur roast-beef, les Français grâce à leur grande cuisine - le camembert, en particulier, est devenu un "mythe national" gaulois - ou les Italiens grâce à leur variété, unique au monde. Très souvent, cette pluralité a favorisé un désir fructueux d'expérimenter et de connaître ce qui est différent, et donc un dialogue interculturel médiatisé par le patrimoine alimentaire de chaque peuple.

À cet égard, l'étude de Mennell sur la différence gastronomique entre les Anglais et les Français, emblème de la diversité des deux peuples, reste essentielle. Montanari, pour sa part, s'est risqué à soutenir la thèse suggestive selon laquelle l'identité italienne est née à table bien avant l'unification politique du pays. Par ailleurs, Ortensio Lando, dans son Commentario delle più notabili e mostruose e cose d'Italia ed altri luoghi (1548), décrit les spécialités gastronomiques et œnologiques des différentes villes et régions italiennes avec un luxe de détails et de particularités. Et le plus célèbre cuisinier italien du 15ème siècle, le maestro Martino, avait inscrit dans son livre de recettes le chou romanesco et le gâteau bolognais, les œufs florentins et tant d'autres spécialités locales qui, en fait, forgeaient l'identité italienne à table.

Conformément à son idéologie, la désimbrication capitaliste mondiale trouve dans la suppression des identités œno-gastronomiques et dans l'éloignement de leurs racines historiques un moment fondamental qui lui est propre. Même la table est submergée par les processus de redéfinition post-identitaire et homologue qui sont essentiels au rythme de la globalisation turbo-capitaliste.

C'est pourquoi nous assistons très souvent au remplacement des aliments dans lesquels se trouve l'esprit du peuple et de la civilisation dont nous sommes les enfants - la viande rouge, le fromage, le vin, les aliments locaux et villageois - par des substituts créés ad hoc et, plus précisément, par des aliments produits par des multinationales sans visage et sans racines, ces mêmes multinationales qui financent assidûment les opérateurs et les agences qui décideront "scientifiquement" ce qui est sain et ce qui ne l'est pas, en prolongeant le lien hégémonique entre le marché capitaliste et le système techno-scientifique.

78f31a143372f209033524cb6d53f181.jpg

Ainsi, dans le cadre du nouvel ordre gastronomique "indigeste", les goûts tendent à devenir de plus en plus horizontaux à l'échelle planétaire, dans l'anéantissement de la pluralité et de la richesse oeno-gastronomique dans laquelle s'enracinent les identités des peuples: si la tendance actuelle n'est pas contrée, on assistera à la création d'un mode d'alimentation unique et standardisé, privé de variété et de diversité, ou, si l'on préfère, d'un sentire idem global, qui se présentera comme la variante gastronomique d'un consensus de masse. Les aliments historiquement ancrés dans le patrimoine identitaire et les racines traditionnelles des peuples - il y a en effet un genius gustus et un genius loci - seront remplacés par des aliments sans identité et sans culture, intégralement désymbolisés, identiques dans tous les coins de la planète, comme c'est déjà en partie le cas. Cela nous permet d'affirmer que le gastronomiquement correct est la variante alimentaire du politiquement correct, tout comme le "plat unique" devient l'équivalent de la pensée unique. L'ordre économique dominant produit, à son image et à sa ressemblance, les ordres symboliques et gastronomiques correspondants.

Leur dénominateur commun est la destruction de la pluralité des cultures, sacrifiées sur l'autel du monothéisme du marché et du modèle du consommateur individualisé et standardisé, soumis à cette "grande charrette" qui succède au Big Brother orwellien. Les pédagogues du mondialisme et les architectes du néo-capitalisme, avec un paternalisme alimentaire sans précédent fondé sur l'ordre du discours médico-scientifique, cherchent à rééduquer les peuples et les individus au nouveau programme gastronomiquement correct, c'est-à-dire au nouveau menu mondialisé composé d'aliments homologués et homogénéisés, L'alimentation composée d'aliments standardisés, souvent incompatibles avec l'identité des peuples, est présentée par les administrateurs du consensus comme optimale pour l'environnement et la santé, contrairement aux plats traditionnels, qui sont ostracisés comme "nocifs" à tous égards.

47995fd10a9689426af3b4c5b993892a.jpg

Cela confirme, également sur le plan alimentaire, la thèse du Manifeste "marxo-engelsien": le Capital "a imprimé un cachet cosmopolite à la production et à la consommation de toutes les nations", en les poussant vers cette homologation qui est la négation du pluralisme internationaliste. La dé-souverainisation des aliments, menée au nom du mondialisme gastronomiquement correct et des intérêts multinationaux, est pilotée par les cyniques et apatrides seigneurs du profit, grâce aussi à l'utilisation d'outils biologiques spécifiques, tels que les pesticides et les engrais de synthèse, ainsi qu'aux pratiques du génie génétique. C'est ainsi que s'explique, à titre d'exemple, l'utilisation des "organismes génétiquement modifiés" (OGM), qui contaminent génétiquement les espèces naturelles, sabotent l'agriculture conventionnelle et privent les peuples de leur souveraineté alimentaire. Ce faisant, ils les obligent à dépendre des multinationales qui leur fournissent des semences et des substances brevetées, protégeant dans l'abstrait, au niveau de la propagande idéologique, la santé de tous et, dans le concret, les profits de quelques-uns.

D'après ce qui a été expliqué ci-dessus, historiquement, l'alimentation a toujours été un véhicule culturel fondamental et, en particulier, interculturel, se révélant comme la manière la plus simple et la plus immédiate de décoder le langage d'une autre culture, afin d'entrer en contact avec elle et ses coutumes. L'élimination des spécificités alimentaires locales est, pour cette même raison, cohérente avec la désintégration continue de toute relation authentiquement interculturelle, remplacée par le monoculturalisme de la consommation: la multiplicité historique des goûts enracinés dans la tradition est remplacée par l'unité des goûts an-historiques et a-prospectifs du menu mondialisé. Après la limitation de "ce qui peut être dit et pensé" par l'imposition du nouvel ordre symbolique politiquement correct, la nouvelle réglementation de "ce qui peut être mangé et bu" est maintenant imposée, de plus en plus furieusement, selon l'ordre hégémonique global-élitiste du bloc oligarchique néolibéral.

Si, dans le passé, la cuisine déterminait aussi les identités culturelles, aujourd'hui, surtout depuis 1989, elle tend à les supplanter. Les aliments traditionnels enracinés dans l'histoire des peuples sont de plus en plus souvent remplacés - parce qu'ils ne sont plus considérés comme "convenables" - par ces aliments de marque délocalisés et "global fusion" qui, dépourvus d'identité et d'histoire, donnent naissance à un régime alimentaire artificiel et nomade, déraciné et culturellement vide, qui homogénéise les palais et les têtes ; un régime qui, cependant - nous assurent les stratèges du consensus - respecte l'environnement et la santé.

4b5cb9fbbe8643580de3b2b9a38315a7.jpg

Grâce au pouvoir immédiat et inégalé de l'image, une scène de Salò (1975) de Pier Paolo Pasolini - un film conçu ad hoc pour être horrible et obscène, tout aussi horrible et obscène que la civilisation de consommation qu'il photographie - peut valoir plus que n'importe quelle description conceptuelle articulée. La scène se déroule dans l'un des "cercles infernaux" les plus macabres dont le film est composé et qui, à son tour, se veut une allégorie de la civilisation de consommation et de ses erreurs: les détenus de la Villa de los suplicios sont condamnés à manger des excréments.

L'acte coprophagique devient ainsi le symbole même de la société marchande, qui condamne quotidiennement ses ergostuli dociles et inconscients à manger la merde liée à la forme marchandise, un objet simple et apparemment banal, qui cristallise pourtant en lui toutes les contradictions de la société capitaliste, à commencer par celle liée à l'antithèse entre valeur d'usage et valeur d'échange. Entraînant Pasolini "au-delà de Pasolini", cette scène macabre et scandaleuse semble trouver une nouvelle confirmation dans les nouvelles tendances gastronomiquement correctes de la société de marché globale qui, sans autre violence que le glamour de la manipulation, contraint ses propres serviteurs au geste coprophagique.

311efd1fdaa251d6118c3293356d0c37.jpg

À l'ère du capitalisme mondial, l'alimentation est généralement gérée par des multinationales et des sociétés offshore, qui manipulent le goût et contrôlent l'abandon de tout ce qui est pluriel et qui n'est pas spécifiquement modelé par le nouveau style de vie déraciné et flexible. Dans ce contexte, McDonald's (paradigme indépassable du "non-lieu", interrogé par Marc Augé - et on pourrait aussi ajouter, du "non-alimentaire") représente la figure par excellence de la globalisation gastronomique et de l'impérialisme culinaire de l'assiette unique triomphant après 1989 : une seule façon de manger et de penser la nourriture, de la distribuer et de la présenter, de la produire et d'organiser le travail, naturalisant un geste et ses conditions d'opportunité dans quelque chose d'aussi évident et manifeste que l'air que nous respirons.

Mais McDonald's lui-même incarne le sens profond de la mondialisation d'un autre point de vue, identifié par Ritzer et exprimé dans sa considération selon laquelle "il est devenu plus important que les États-Unis d'Amérique eux-mêmes". McDonald's, en effet, représente le pouvoir écrasant du capital supranational, aujourd'hui au-dessus - par la puissance et la force spécifique, par la reconnaissance et par la capacité d'attraction - des pouvoirs nationaux traditionnels qui, précisément pour cette raison, ne sont pas capables de le gouverner et, souvent, sont fortement conditionnés par lui.

Que le célèbre fast-food mondialiste représente la figure par excellence de la mondialisation capitaliste semble d'ailleurs conforté par le fait que les deux arcs jaunes qui forment le "M" stylisé de son logo sont aujourd'hui, selon toute vraisemblance, plus célèbres et plus connus que la croix chrétienne, le croissant islamique et le drapeau américain lui-même. Le merchandising universel se confirme, même sur le plan iconographique, comme la grande religion de notre temps en termes de diffusion, de nombre de prosélytes et de capacité à conquérir les âmes avant les corps. C'est pourquoi les arches jaunes de McDonald's, tout comme la bouteille profilée de Coca-Cola, représentent le symbole de la mondialisation en tant que "mauvais universalisme" et, en même temps, la cible privilégiée de l'anti-impérialisme gastronomique.

2ba53cf56cab478985e894c72bda57bd.jpg

Comme le souligne Marco D'Eramo, mordre dans un hamburger McDonald's peut, à première vue, sembler un geste évident et naturel. Avec ses saveurs standardisées, sa moutarde et son ketchup, ses cornichons et ses oignons, les mêmes de Seattle à Singapour, de Gênes à Madrid, servis de la même manière et par des serveurs vêtus d'uniformes identiques, le hamburger semble toujours et partout le même, presque comme si, partout dans le monde et à tout moment, il était prêt à se matérialiser à la demande du client; presque comme s'il était la manière naturelle de manger et, pour cette raison même, générait partout une identification et un sentiment de familiarité.

Comme la table dont parlait Marx dans les premières sections du Capital, le hamburger de McDonald's apparaît désormais comme un objet évident et trivial, mais qui, s'il est analysé du point de vue de la "valeur d'échange" et de la socialité, de la division du travail et de la standardisation de la manière de manger, révèle tout le volume de significations et de contradictions qui innerve le mode de production capitaliste à l'ère de la mondialisation néolibérale.

En ce sens, le slogan publicitaire choisi par McDonald's en Italie il y a quelques années mérite d'être pris en considération, même s'il est télégraphique : "Ça n'arrive que chez McDonald's". La formule promet une expérience unique et non reproductible, qui est toujours proposée, toujours de la même manière, dans tous les McDonald's du monde. De plus, elle augure d'une expérience hors du commun qui, en réalité, coïncide en tous points avec l'expérience standardisée de plus en plus répandue de la consommation alimentaire à l'heure de la mondialisation gastro-anomique.

Il serait tout à fait juste d'identifier le hamburger de McDonald's comme l'effigie même de la mondialisation, quel que soit le point de vue à partir duquel on l'observe : qu'il s'agisse de l'homologation des savoirs et des saveurs, ou de la rationalisation capitaliste du mode de gestion de la production et de l'organisation sociale du travail, McDonald's incarne parfaitement le nouvel esprit du capitalisme, sa disposition combinée à l'uniformisation et à l'aliénation, à la réification et à l'exploitation qui, au lieu de reculer au nom de rêves de libertés meilleures, s'étend à l'espace du monde, devenant l'image d'un bonheur réifié et low-cost.

33349115025_3b31177f29_b.jpg

La preuve en est que, quelques mois après la chute du mur de Berlin, le premier fast-food McDonald's a ouvert ses portes en Allemagne de l'Est, à Plauen (photo), où avait eu lieu la première manifestation de masse contre le gouvernement communiste. Un tel événement, sur le plan symbolique avant même d'être matériel, a marqué d'un impact fort la transition soudaine du socialisme réel au mondialisme capitaliste, du communisme au consumérisme.

Deux exemples typiques de la mondialisation flexible sont imbriqués dans le régime alimentaire de McDonald. D'une part, nous avons la présence d'une nourriture standardisée, sans racines culturelles et accessible à tous. Et d'autre part, l'organisation flexible : a) d'une nourriture extrêmement rapide, consommée aux heures les plus diverses de la journée ; b) de lieux conçus comme des non-lieux, comme de simples points de passage inhabitables ; et c) de travailleurs, soumis à des contrats à très haut taux de flexibilité et à faible qualification.

19:37 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : mcdonald, diego fusaro, gastronomie, philosophie | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

L’Europe est-elle "une puissance herbivore" dans un monde de "puissances carnivores"?

4de7e7a951304a6afcbd412fc6d311e1.jpg

L’Europe est-elle "une puissance herbivore" dans un monde de "puissances carnivores"?

Irnerio Seminatore

TABLE DES MATIERES

- Introduction

- L’Europe, « puissance herbivore »

- E. Macron et l’envoi de troupes au sol

- Le monde de demain et les forces centripètes

- La France, la diplomatie et la prospective stratégique.

- Répercussions stratégiques de la guerre d’Ukraine aux Etats-Unis

- Problèmes régionaux et « Balance Mondiale »

*****************

Introduction

Le déterminisme des forces historiques, dont chaque collectivité a une connaissance différente selon les lieux et selon les époques, s’exprime ici en deux parties du même texte qui ont pour objet deux formes d’engagement, européen et mondial. Pour le premier, l’intention de l’auteur vise à éclairer, par une forme de paradoxe, celui de l’Europe « puissance herbivore », les traits du pouvoir qui s’est constitué à partir du Traité de Rome de 1957 et ses limites d’action. Pour le deuxième, cette même intention tâche de rendre intelligible à notre conscience l’idée de l’Europe affaiblie, la situant dans l’histoire globale d’un système planétaire, hégémonisé par les deux vainqueurs de la deuxième guerre mondiale et, après la dislocation de la Fédération des Républiques Socialistes Soviétiques en 1989, par les Etats-Unis d’Amérique seuls. Pour parvenir à tisser un lien entre l’évolution du vieux continent et le monde, on fera recours aux notions de puissance et de souveraineté et à l’émergence d’un nouveau rapport entre risque et liberté politique. Ainsi, dans la dialectique multiforme qui bouleverse les paradigmes hérités, remettant en cause les époques et les civilisations, l’objectif inavoué de l’analyse est d’aspirer à préfigurer les nouveaux visages des aspirants à l’empire de demain, en perturbateurs rationnels et déclarés qui entendent confirmer ou infirmer par la force, le pouvoir immanent d’hégémon.  Dans la première partie, qui concerne l’Europe et l’évocation de l’arme nucléaire, la dimension de la conscience historique fera référence aux solutions possibles des conflits en cours et à l’enracinement précaire du régime démocratique, dans la deuxième à l’importance et à la relativité de la relation entre autocraties, philosophies de l’histoire et géopolitique planétaire.

Sonderthema_10022022_Steinmeier_0.jpg

L’Europe, « puissance herbivore »

L’expression de « puissance herbivore » appartient à Frank-Walter Steinmeier (photo), Président de la République Fédérale d’Allemagne et à l’évocation d’un débat qui a trop duré et qui divise la France et L’Allemagne sur la souveraineté politique de l’Europe, sa puissance militaire et son autonomie stratégique (1991-2017). Cet état a-t-il été surmonté ? Depuis le passage brutal aux rapports de force de la part de l’Union européenne, qui s’est voulue géopolitique lors de son investiture, en 2017, le réveil des opinions apparaît choquant et apeuré. Nous entrons de pleins fouets, depuis les déclarations improvisées du Président Macron de mardi 5 mars 2024 à Prague, dans l’âge inconnu des grands bouleversements historiques. Le thème de l’indépendance politique et de l’autonomie stratégique de l’Europe a été un réquisitoire permanent adressé à l’Europe établie et aussi sa pierre d’achoppement. Ce thème sera-t-il le tombeau du continent ? L’épouvante de la situation actuelle est dictée pour l’essentiel par le pouvoir de décision irrévocable et non partagé de l’arme nucléaire, évoqué comme repoussoir de la soumission à une puissance tutélaire extérieure, l’Amérique. Pour l’autre, par la crainte en un nouvel isolationnisme de celle-ci, suite aux élections présidentielles de novembre 2024. L’ordre européen de l’équilibre des forces entre l’Est et l’Ouest a pris fin avec l’ouverture des hostilités en Ukraine et le principe de légitimité de cet ordre de sécurité s’est effondré sur l’écueil du régime politique qui fonde la légitimité de son pouvoir sur l'usage délibéré de la force. Dès lors ce régime, autocratique, peut-il franchir impunément les lignes rouges du « tiers non engagé » (Union européenne), face à une dégradation de la situation militaire (défaite possible de l’Ukraine) et aux répercussions que cela entrainerait ?

thuemsoldnail.png

Macron et l’envoi de troupes au sol

Emmanuel Macron a appelé mardi à Prague les alliés de l'Ukraine à "ne pas être lâches" face à une Russie "devenue inarrêtable", semblant assumer ses propos controversés sur la possibilité d'envoyer des troupes occidentales dans ce pays en guerre. "Nous abordons à coup sûr un moment de notre Europe où il conviendra de ne pas être lâches", a lancé le président français au début de sa visite en République tchèque. "On ne veut jamais voir les drames qui viennent", a-t-il prévenu devant la communauté française.

"Il nous faudra être à la hauteur de l'Histoire et du courage qu'elle implique", a-t-il insisté.

Déclarations inopportunes et visant une posture de leadership européen, selon certains, ces déclarations ont été confirmées par l’intéressé après une réunion des chefs d’Etat et de gouvernement des 27 à Paris, tous unanimes sur une politique de non engagement au sol de troupes combattantes de la part des européens, qui ont désavoué le président français. De surcroit et dans le but d’éviter tout malentendu, John Kirby, porte-parole de la Maison Blanche, a déclaré sans tarder "Il n'y aura pas de troupes américaines engagées au sol en Ukraine.  Ce n'est pas ce que demande le président Zelensky. Il demande des outils et des capacités. Il n'a jamais demandé que des troupes étrangères combattent pour son pays".

En passant aux perspectives sécuritaires et historiques quels accommodements prendront les relations entre l’Europe et la Russie après la défaite possible et annoncée de Ukraine dans le couloir continental de l'Eurasie qui a permis par le passé, l’existence de l’empire russe, puis soviétique ?

L'ordre européen de demain ne naîtra pas d'une perspective géopolitique unique, ni d'un rapport mondial des forces de conception équilibrée, avec un partenariat entre la Russie et la Chine qui ne joueront plus au contre-poids avec l’Occident, mais profiteront de toutes les variables des rapports de pouvoir, de légitimité et de force à l'échelle du monde

Les triangulations stratégiques Etats-Unis, Russie et Chine et, en subordre, les allégeances des Brics et des puissances relatives émergentes (le Sud global) conduiront à se poser fatalement la question essentielle de toute coalition: Qui gouvernera ce processus de changement et qui décidera des jeux d’influence et de contrôle sur le Heartland du monde et au-delà ?

9f2838863f57c35ae88b581de86f3675.jpg

Le monde de demain et les forces centripètes

Il est fort probable que l'ordre planétaire de demain sera celui où des forces centripètes pourront contribuer à définir l'avenir commun et où la reconnaissance de l'unité planétaire s'accompagnera de l'acceptation du nouveau centre de gravité du monde, l'Asie-Pacifique. relativisant le poids de l’Europe.

Entre-temps  le changement de l'Hégémonie (américaine), sera l'objectif prioritaire de la nouvelle phase historique, la phase néo-machiavélienne de l'histoire universelle, qui procédera de la priorité de tout système de « blocs instables » pour parvenir à l'établissement d'une rivalité  maîtrisée. Si l'hégémonie sera l'objectif affiché pour maintenir l'unité du système, des revendications de groupes minoritaires multiples dépasseront, et de loin, le respect dû autrefois aux autorités établies et il n'y aura pas d'uniformité rationnelle des sociétés ni de théories politiques ( soient -elles démocratiques) préfigurant un ordre d'avenir.

Face à la « menace russe » vis-à-vis des pays d'Europe centrale (Pologne, Hongrie, Etats baltes), obligés de choisir entre l'unité de façade proposée par l'Union européenne et l'exigence de protection et de sécurité, garantie par l'Hégémon à travers l'Otan, ces pays choisiront l'asservissement à l'Hégémon et la guerre contre l'ennemi désigné, voulue par le leader de bloc.

Ainsi la vassalité de l'Europe centrale vis à vis de l'Amérique deviendra une nécessité politique pour éviter que l’Allemagne joue la carte d'une nouvelle entente stratégique avec Moscou, une réédition de l'Ostpolitik contre les puissances passives de l'Ouest et contre les illusions politiques de la France de durcir le verbe (Macron) et de préférer la politique intérieure à la politique internationale et continentale.

Un débat, au même temps qu'un combat, est en cours en Europe occidentale sur le soutien humanitaire aux populations civiles ukrainiennes. Ne croyant plus à une résistance de Kiev face à Moscou, l'Amérique entend clairement affaiblir et épuiser la Russie, par personne interposée. Or, dans l'éloignement d'un compromis, imposé par les Américains à Zelensky, comment l'Europe doit elle se définir par rapport aux cinquante-huit pays qui, aux Nations Unies, n'ont pas voté la censure contre Moscou pour son initiative militaire, dictée par son exigence de sécurité et de cohésion intérieure ?

Fichier-2.jpg

La France, la diplomatie triangulaire et la prospective stratégique

Au titre d'une rétrospective historique, l'issue de la première « guerre froide » a comporté le remplacement des tensions et des crises par le développement d'une coopération paneuropéenne entre nations indépendantes, situées entre l'Atlantique et l'Oural. Ceci a impliqué pour la France, de considérer le pan-européisme comme un moyen pour dépasser l'ordre bipolaire.

Cependant la transition de la bipolarité à la diplomatie triangulaire a comporté le renversement du « jeu d'antagonismes asymétriques » entre Washington-Pékin et Moscou, par l'antagonisme sino-américain, qui a pris le dessus sur le rapprochement russo-chinois, à l'époque improbable. A un aperçu très général les autres changements de l'échiquier géopolitique nous autorisent à une  esquisse de prospective stratégique, caractérisée par les variables systémiques suivantes :

- une neutralisation de l’Ukraine et un partage des influences territoriales est-ouest;

- des hypothèses de conflit entre pôles et des scénarios de belligérance entre alliances continentales et alliances insulaires;

- la riposte de l’Hégémon à une grande coalition eurasienne et anti-hégémonique (Russie, Chine, Iran);

- les incertitudes des nouvelles « coalitions multipolaires » dans un contexte de bipolarisme sous-jacent (Chine-USA);

- un système de sécurité ou de défense collectives, qui échappe en large partie aux organes multilatéralistes existants (ONU, OTAN, autres...) et aux instances de gouvernance actuelles (G7, G20), et cela en raison des variations de la « mix security »;

- des combinaisons croisées de la « Balance of Power » et de la « Balance of Threats » (la première pratiquée par les puissances traditionnelles et la deuxième par les puissances montantes comme mélange de menaces et de vulnérabilités);

- la démocratisation du feu ballistico-nucléaire (ADM) et la généralisation multiforme de nuisances et de terrorisme (Iran, Corée du Nord...);

- la dominance offensive de la cyber-guerre et des guerres spatiales, qui induit une modification du rapport de forces entre attaquants et défenseurs (avec une prime à l'attaquant);

- l'asymétrie, les guerres hybrides et les conflits non maîtrisées;

- une tentative d'isolement international de la Russie, sous l’effet d’une multitude de sanctions économiques et financières, personnelles et de groupe, à l'efficacité douteuse. Ces mesures, impliquant une logique de rétorsions, frappent en retour l'Allemagne (Nord Stream 2, désindustrialisation, stagnation économique) et les autres pays européens, suscitant une fracturation de l'unité de camp occidental, déjà compromise par la subordination de la démocratie à l'Hégémonie.

14078403.jpeg

Répercussions politiques de la guerre d’Ukraine aux Etats-Unis

La guerre en Ukraine et sa fonction imposée et presque fatale d’Etat -tampon a relancé un débat aux Etats-Unis entre les deux courants de pensée, les idéalistes interventionnistes, en gros Biden et les démocrates, défenseurs de la démocratie libérale et du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes et les réalistes classiques, Trump, Elon Musk, Carlson Tucker, porteurs du souverainisme et du nationalisme américain quant au rôle des Etats-Unis dans le monde. La manifestation plus évidente de cette opposition a été le rejet du vote au Congrès américain pour une énième allocation de fonds à l’Ukraine et Israël pour un montant de 106 milliards de dollars, qui seront pris en charge par l’UE à hauteur de 50 milliards d’euros

En l’absence d’un débat équivalent en Europe, le bilan européen ne va pas plus loin d’une préoccupation pour le retour de Trump et un appel à indépendance et à l’autonomie stratégique de l’Europe qui touche indirectement, surtout en France, au vieux débat sur la souveraineté et la supranationalité et à « l’irresponsabilité stratégique, diplomatique et, in fine politique du Chef de l’Etat ». Ce bilan investit le domaine du multilatéralisme et de ses institutions, (UE, ONU, FMI, BM...) et donc le rapport entre autorités fonctionnelles et autorités politiques dans la scène internationale. Il a été remarqué que, pour le Secrétaire d'Etat, Antony Blinken, la guerre en Ukraine est la transposition du débat interne entre républicains-populistes et idéalistes-progressistes, intégrant l'Ukraine et l'Europe centrale dans une zone de redéfinition de la géopolitique américaine. En son sein, la posture prioritaire est représentée par la menace de l'Empire du milieu. Ainsi l'issue de la crise ukrainienne et de celle israélo-palestinienne et au sens large, moyen-orientale, est resituée à la marge du baromètre des relations globales entre Washington-Moscou-Beijing.

Problèmes régionaux et « balance » mondiale

Le sur le plan politique, le théâtre euro-méditerranéen (par l'inclusion des crises en chaîne, allant des zones contestées de l'Europe orientale au Moyen Orient et donc des Pays Baltes, Bélarus et Ukraine au Golfe et à l'Iran, en passant par la Syrie et par la confrontation israélo-palestinienne), peut-devenir soudainement l'activateur d'un conflit inter-étatique de haute intensité. Cette hypothèse n'est pas nulle et nous pousse à la conjecture que la clé, déterminante et finale, de l'antagonisme régional en Europe, dont l'enjeu est la suprématie, jugée dangereuse, d'un État sur le continent, par le contrôle de sa zone d'influence est, aux yeux des occidentaux, la répétition par la Russie des aventures des grands États du passé (Espagne, France et Allemagne). La conclusion d'une pareille aventure se situerait dans la bordure continentale et maritime de l'Eurasie et dans la stratégie du Rimland du monde. Ainsi, l'actuelle progression vers une guerre générale repropose aux décideurs le dilemme classique, hégémonie ou équilibre des forces, comme dans les guerres du passé. Or, suite à la constitution d'un système asiatique autonome autour de la Chine, comme nouveau centre de gravité mondial, la victoire finale, dans un affrontement général, pourrait échapper à la coalition des puissances maritimes, le Rimland, par l'impossibilité d'une conquête ou reconquête de l'Eurasie de la part de l'Amérique et de ses forces coalisées et vassales. Au sein de la triade, Russie, États-Unis et Chine les deux plans d'analyse, régional et planétaire, présentent des interdépendances conflictuelles majeures et caractérisent cette conjoncture comme de « révolution systémique », plus encore que de « transition hégémonique ». En ce qui concerne l'Europe, qui a inventé tous les concepts-clés de la vie internationale, la souveraineté, l'État-nation, l'équilibre des forces, l'empire universel et la jalouse émulation ; elle demeurera le seul ensemble du monde moderne à ne jamais avoir connu de structure politique unifiée et, de ce fait, elle sera affaiblie, divisée et impuissante.

4wg9zsmcws3c1.jpg

Ainsi en Europe de l'Ouest, dépourvue d'unité et d'identité politique et militaire, la confrontation colporte une déstabilisation des régimes au pouvoir et des formes de sociétés, au cœur desquels s'affrontent des guerres civiles latentes entre héritages ethniques et culturels antinomiques. Depuis 1945 et le processus de décolonisation, l'Europe a perdu la force et la confiance en elle-même, qu'elle a remplacé par le règne de la morale et de la loi, aggravé par l'égarement de ses intérêts et de son rôle. Quant aux aspects géopolitiques et stratégiques, la crise des démocraties occidentales engendre deux tentatives contradictoires, dont la première est constituée l'exigence de compenser les faiblesses internes de l'autorité et de l'État, marquées par le terrorisme et par l'ennemi islamique et la deuxième par subordination accrue à l'alliance atlantique, l'Otan. Dans une pareille situation, la Chine, puissance extérieure à l'Europe, mais dominante en Eurasie, serait bénéficiaire d'une lutte à mort entre l'Occident et la Russie et marquerait sa prééminence finale sur le monde connu.

Bruxelles, le 9 Février 2024.

Wokisme en Dune

thumdunebnail.jpg

Wokisme en Dune

par Georges FELTIN-TRACOL

Deux films très opposés viennent d’être projetés dans les salles de l’Hexagone. Le premier, Tombés du camion, de Philippe Pollet-Villard s’intéresse à une famille qui compte parmi les siens des gendarmes. Elle recueille néanmoins - mais bien sûr ! - un mineur isolé migrant sans-papiers. Cette pâle comédie promeut après tant d’autres tels Les Vieux Fourneaux 2. Bons pour l'asile, Les Survivants, Pour l'honneur, une vision idyllique et irénique de l’acceptation des médecins, architectes, dramaturges potentiels dans une société en pleine décadence. Cette production française existe par la grâce de l’« exception culturelle », incontestable préférence nationale déguisée. Il est d’ailleurs insupportable d’assister au détournement de ce magnifique principe et d’observer le milieu frelaté du cinoche encourager la subversion migratoire. À la mi-mars, on recensait 85.000 entrés pour ce chef d’œuvre à oublier le plus vite possible.

Diffusé à partir du 28 février dernier, Dune. Deuxième partie est la suite de Dune. Première partie (2019) que TF1 a programmé le dimanche 3 mars à 21 h 10. Réalisé par le francophone canadien Denis Villeneuve, ce film compte plusieurs acteurs de langue française : le Franco-Étatsunien Timothée Chalamet, la Française Léa Seydoux, la Suissesse Souheila Yacoub.

3dune deuxieme partie affiche rebecca ferguson.jpg

Dune 2 – pour faire simple – est plus spectaculaire que Dune 1. Il n’a rien à voir avec Dune de David Lynch (1984). Autant Blade Runner 2049 du même réalisateur en 2017 avait été une déception, autant ces deux films, en particulier Dune 2, - et en attendant un éventuel troisième et dernier - sont jubilatoires. Alors que les réalisations autour des super-héros abusent des studios sur fond vert, le tournage a pu se passer dans de superbes décors naturels à Abou Dhabi, en Jordanie et en Namibie. Le résultat donne un film intense et efficace.

91vVTsLa9xL._AC_UF1000,1000_QL80_.jpg

Denis Villeneuve et son co-scénariste Jon Spaihts interprètent selon leur point de vue l’œuvre monumentale de Frank Herbert (1920 - 1986). Quand David Lynch l’a adaptée en partie, il ne disposait que de six titres (de Dune en 1965 à La Maison des mères en 1985). Aujourd’hui, cet univers imaginaire compte une vingtaine de romans et de recueils de nouvelles. Le fils de Frank Herbert, Brian, associé à Kevin J. Anderson, a poursuivi la saga à partir des notes, des brouillons et des indications posthumes de l’auteur. Denis Villeneuve bénéficie d’une vision plus large que n’avait pas David Lynch. Dune 1 et 2 sont-ils cependant fidèles à l’intrigue ? Non ! Sa complexité rend difficile toute adaptation fidèle. Par exemple, David Lynch insiste sur l’importance vitale de l’épice. Denis Villeneuve en fait l’impasse. Le spectateur ne sait donc pas que son usage est indispensable dans le cadre d’un voyage spatial. Il pense peut-être qu’il s’agit d’un condiment culinaire hallucinogène. Dans Dune 2, Paul Atréides mange dans un sietch fremen un plat composé d’épice d’Arrakis. En outre, à l’instar des réalisations françaises grand public, le wokisme, le multiculturalisme et le féminisme s’invitent de manière subreptice dans le scénario.

dune-part-2-character-posters_r63y.jpg

Certes, contrairement aux pitoyables films hexagonaux, ils demeurent subtiles. Ajoutons qu’il n’y a pas encore d’interactions gendéristes LGBTQIA++, à l’exception, peut-être, de la scène où le baron Vladimir Harkonnen embrasse sur les lèvres son neveu, le na-baron Feyd-Rautha Harkonnen, fait gouverneur d’Arrakis, à la place de son frère Rabban. Ne serait-ce pas plutôt un baiser à la russe comme celui, célébrissime, entre le Soviétique Leonid Brejnev et l’Allemand de l’Est Erich Honecker ?

61MQVzuDnTL._AC_UF1000,1000_QL80_.jpg

Le wokisme se fond dans Dune 2 au multiculturalisme. Les Fremen (de l’anglais Free Men, « Hommes libres ») forment un peuple du désert dont les membres ont des traits européens et africains. Notons que les Asiatiques y sont exclus. Dans Dune 1, un Asiatique joue le traître, à savoir le docteur Wellington Yueh. Bonjour le préjugé tout droit sorti du « Péril jaune » du début du XXe siècle !

ca-times.bharktcdn.jpg

En revanche, les totalitarismes contemporains se retrouvent dans le monde des Harkonnen. Leur planète, Guidi Prime, tourne autour d’un astre solaire à très faible luminosité appelé - tiens, tiens, tiens… - « soleil noir ». Les scènes y sont en noir et blanc. En plus de porter des tenues sombres, les habitants ont le crâne rasé, femmes incluses. Les skin heads constitueraient-ils l’une des Maisons les plus puissantes de l’Imperium de l’Univers connu ?

85a0d5e6-acfc-4cac-93d0-2153eed22049_2764x4096.jpg

Sardaukar-in-Dune.jpg

Pourquoi les Harkonnen ne porteraient-ils pas plutôt des Dreadlocks ? Dans Le Monde (du 28 février 2024), Mathieu Macheret évoque ce « régime brutal et fascistoïde mené par un répugnant baron […] nommé – tenez-vous bien – Vladimir ! ». Pour Frank Herbert qui sort le premier tome en pleine Guerre froide, Vladimir peut être une allusion implicite à Vladimir Ilitch Oulianov alias Lénine. Quant à la Cour impériale de Shaddam IV et aux Sardaukars, les redoutables troupes impériales, force est de constater – là encore - l’absence de « diversité »… Rappelons que Hollywood impose désormais des quotas d’acteurs de couleurs (et bientôt aux pratiques dyssexuelles) aux films et aux séries.

84586220.jpg

Le féminisme influence les structures sociales fremen, d’où un relatif matriarcat. Lors d’une discussion entre Paul Atréides et Chani, cette dernière explique que les relations entre Fremen, hommes et femmes, sont égalitaires. D’ailleurs, Chani est un Feydakin, un combattant d’élite. Les chefs des sietch fremen demandent leur avis aux femmes âgées ainsi qu’aux révérentes-mères formées par l’Ordre sororal des Bene Gesserit. David Lynch les relègue au second plan au profit de la Guilde spatiale. Denis Villeneuve fait le choix inverse. La Guilde spatiale n’est jamais mentionnée dans ses deux films.

Un doux parfum de complotisme parcourt Dune 2. Le réalisateur a en effet pris le parti de dénoncer l’instrumentalisation vers un objectif politique des croyances religieuses. Des Bene Gesserit ont propagé, de génération en génération, auprès des Fremen le mythe du Mahdi. Dune 2 éclaire les nombreuses manigances de cet Ordre qui ne veut pas refermer la moindre perspective de réussite. Vers la fin de Dune 2, Dame Jessica,  la mère de Paul Atréides, devenue révérente-mère fremen, parle par télépathie avec son homologue, Helen Mohiam, l’intrigante Diseuse de vérité auprès de l’empereur, en lui disant qu’elle a choisi le mauvais camp. Mohiam lui rétorque qu’il n’existe pas de camp et que l’avènement impérial de son fils Paul a été envisagé.

Charlotte-Rampling-0002A-191cmx284cm-12-06-2023-scaled.jpg

L’orientalisme traverse tout le film puisque Arrakis est couverte de déserts. Les vêtements des Fremen ressemblent aux habits des bédouins et des Touareg. Le commencement de la guerre sainte qui clôt Dune 2 rappelle le djihad musulman, mot qu’on retrouve dans les romans. Frank Herbert a lu René Guénon et Frithjof Schuon. Dans sa fresque romanesque, il décrit ensuite l’empire universel de Paul Muad'Dib Atréides en théocratie implacable continuée et amplifiée par son fils Leto II, devenu un ver géant des sables éternel et omniscient qui impose finalement une paix féroce de trois millénaires...

skin-dune-paul-atreides-mw3.jpg

Denis Villeneuve s’attarde volontiers sur les réticences initiales de Paul Atréides à se conformer à son destin messianique. Mais ne joue-t-il pas au naïf ? Dans la première partie, Paul Atréides pense déjà à convoiter le trône impérial et à épouser la princesse Irulan. Sous le poids des circonstances, ce mâle blanc hétérosexuel cisgenre accepte finalement sa prédestination avant d’ordonner l’assaut contre les Grandes Maisons, négatrices de sa légitimité. Qu’attendent donc les pétroleuses des nouveaux sexes genrés pour dénoncer cette phallocratie plus qu’explicite ?

Dune. Deuxième partie se regarde aussi comme un éloge de la décolonisation et/ou des guerres de libération nationale. En filmant les ornithoptères pourvus d’un servant de mitrailleuse-laser, le réalisateur reproduit des scènes d’Apocalypse Now (1979) de Francis Ford Coppola et d’Avatar (2009) de James Cameron. Plusieurs plans du film présentent Paul Atréides, capuche sur la tête, ce qui fait penser à Anakin Skywalker en train de devenir Dark Vador dans La Revanche des Sith (2005) de George Lucas.

Mathieu Macheret du Monde ne se trompe pas quand il voit dans ce film « une sorte de techno-archaïsme, soit une idée du futur où le progrès technique irait de pair avec un retour du religieux, des sociétés grégaires et du culte des chefs. Les combats individuels se font au sabre métallique et au corps-à-corps ». Bref, tout ce qu’avait annoncé, il y a un quart de siècle, le visionnaire Guillaume Faye dans L’Archéofuturisme. Plus qu’une œuvre rétro-futuriste, Dune. Deuxième partie plonge avec un ravissement certain le spectateur dans un univers néo-féodal où l’emprise de la technique y serait moindre depuis le triomphe du Djihad butlérien (la grande révolte humaine contre les machines intelligentes et l’informatique).

Malgré donc des divagations wokistes de nos jours inévitables, Dune 2 est à voir, surtout si ce film se trouve à l’étonnante intersection du post-modernisme libéral-libertaire et d’une non-Modernité balbutiante.        

GF-T

  • « Vigie d’un monde en ébullition », n° 107, mis en ligne le 19 mars 2024 sur Radio Méridien Zéro.

17:51 Publié dans Cinéma, Film | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : cinéma, film, dune 2, frank herbert | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook